{"id":925,"date":"2021-09-28T10:29:51","date_gmt":"2021-09-28T10:29:51","guid":{"rendered":"https:\/\/loisdumonde.com\/?p=925"},"modified":"2021-09-28T10:29:51","modified_gmt":"2021-09-28T10:29:51","slug":"affaire-shevelev-c-russie-cour-europeenne-des-droits-de-lhomme-requete-no-46173-15","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/loisdumonde.com\/?p=925","title":{"rendered":"AFFAIRE SHEVELEV c. RUSSIE (Cour europ\u00e9enne des droits de l\u2019homme) Requ\u00eate no 46173\/15"},"content":{"rendered":"<p>La pr\u00e9sente affaire concerne la condamnation p\u00e9nale du requ\u00e9rant en raison de ses propos tenus lors d\u2019une manifestation publique.<!--more--> Le 29 mars 2014, le requ\u00e9rant participa \u00e0 une manifestation publique dans la ville de Yochkar-Ola (r\u00e9publique de Mariy-El) dont le but \u00e9tait d\u2019attirer l\u2019attention publique aux probl\u00e8mes dans la gestion et le financement du r\u00e9seau routier. Pendant la manifestation, qui rassembla environ 250 personnes, quinze orateurs prirent la parole dont le requ\u00e9rant. Dans ses propos, le requ\u00e9rant a \u00e9mis des critiques envers le gouverneur de la r\u00e9gion, M., en s\u2019exprimant notamment comme suit : <a href=\"https:\/\/loisdumonde.com\/wp-content\/uploads\/2021\/09\/AFFAIRE-SHEVELEV-c.-RUSSIE.pdf\" target=\"_blank\" rel=\"noopener\">PDF<\/a>, <a href=\"https:\/\/loisdumonde.com\/wp-content\/uploads\/2021\/09\/AFFAIRE-SHEVELEV-c.-RUSSIE.docx\">WORD<\/a>.<\/p>\n<hr \/>\n<p style=\"text-align: center;\">TROISI\u00c8ME SECTION<br \/>\n<strong>AFFAIRE SHEVELEV c. RUSSIE<\/strong><br \/>\n<em>(Requ\u00eate no 46173\/15)<\/em><br \/>\nARR\u00caT<br \/>\nSTRASBOURG<br \/>\n28 septembre 2021<\/p>\n<p>Cet arr\u00eat est d\u00e9finitif. Il peut subir des retouches de forme.<\/p>\n<p><strong>En l\u2019affaire Shevelev c. Russie,<\/strong><\/p>\n<p>La Cour europ\u00e9enne des droits de l\u2019homme (troisi\u00e8me section), si\u00e9geant en un comit\u00e9 compos\u00e9 de\u00a0:<\/p>\n<p>Darian Pavli, pr\u00e9sident,<br \/>\nDmitry Dedov,<br \/>\nPeeter Roosma, juges,<br \/>\net de Olga Chernishova, greffi\u00e8re adjointe de section,<\/p>\n<p>Vu la requ\u00eate (no\u00a046173\/15) dirig\u00e9e contre la F\u00e9d\u00e9ration de Russie et dont un ressortissant de cet \u00c9tat, M. Yevgeniy Nikolayevich Shevelev (\u00ab\u00a0le requ\u00e9rant\u00a0\u00bb) a saisi la Cour en vertu de l\u2019article\u00a034 de la Convention de sauvegarde des droits de l\u2019homme et des libert\u00e9s fondamentales (\u00ab\u00a0la Convention\u00a0\u00bb) le 2 septembre 2015,<\/p>\n<p>Vu la d\u00e9cision de porter la requ\u00eate \u00e0 la connaissance du gouvernement russe (\u00ab\u00a0le Gouvernement\u00a0\u00bb),<\/p>\n<p>Vu les observations des parties,<\/p>\n<p>Vu la d\u00e9cision par laquelle la Cour a rejet\u00e9 l\u2019opposition du Gouvernement \u00e0 l\u2019examen de la requ\u00eate par un comit\u00e9,<\/p>\n<p>Apr\u00e8s en avoir d\u00e9lib\u00e9r\u00e9 en chambre du conseil le 7 septembre 2021,<\/p>\n<p>Rend l\u2019arr\u00eat que voici, adopt\u00e9 \u00e0 cette date\u00a0:<\/p>\n<p><strong>INTRODUCTION<\/strong><\/p>\n<p>1. La pr\u00e9sente affaire concerne la condamnation p\u00e9nale du requ\u00e9rant en raison de ses propos tenus lors d\u2019une manifestation publique.<\/p>\n<p><strong>EN FAIT<\/strong><\/p>\n<p>2. Le requ\u00e9rant est n\u00e9 en 1954 et r\u00e9side \u00e0 Medvedovo. Il a \u00e9t\u00e9 repr\u00e9sent\u00e9 par Me\u00a0S.I. Kuzevanova, avocate.<\/p>\n<p>3. Le Gouvernement a \u00e9t\u00e9 repr\u00e9sent\u00e9 initialement par M.\u00a0M.\u00a0Galperine, ancien repr\u00e9sentant de la F\u00e9d\u00e9ration de Russie aupr\u00e8s de la Cour europ\u00e9enne des droits de l\u2019homme, puis par M.\u00a0M.\u00a0Vinogradov, son successeur dans cette fonction.<\/p>\n<p>4. Le 29 mars 2014, le requ\u00e9rant participa \u00e0 une manifestation publique dans la ville de Yochkar-Ola (r\u00e9publique de Mariy-El) dont le but \u00e9tait d\u2019attirer l\u2019attention publique aux probl\u00e8mes dans la gestion et le financement du r\u00e9seau routier. Pendant la manifestation, qui rassembla environ 250 personnes, quinze orateurs prirent la parole dont le requ\u00e9rant. Dans ses propos, le requ\u00e9rant a \u00e9mis des critiques envers le gouverneur de la r\u00e9gion, M., en s\u2019exprimant notamment comme suit\u00a0:<\/p>\n<p>\u00ab\u00a0Vous vous souvenez, il y a un an ou un an et demi, un grand panneau publicitaire \u00e9tait install\u00e9 ici [avec le slogan] \u00ab\u00a0De bonnes routes dans [la r\u00e9publique] de Mariy\u2011El \u2011 c\u2019est le programme principal de Russie Unie\u00a0\u00bb, alors, il semble que c\u2019est l\u00e0 le grand probl\u00e8me, ils s\u2019en fichent de nos routes, ils se sont fait construire des bureaux, [on voit les annonces] de location de bureaux publi\u00e9s dans le journal gratuit \u00ab\u00a0Gorod\u00a0\u00bb, ils ont fait d\u00e9loger les gens, ont fait construire des bureaux et les mettent en location.<\/p>\n<p>[ci-apr\u00e8s, les propos litigieux]<\/p>\n<p>A l\u2019instar des vory v zakone[1] qui placent leur smotriashchiy[2] pour contr\u00f4ler la ville de Yochkar-Ola, les voleurs au-dessus de la loi ont plac\u00e9 leur smotriashchiy [M.] avec ses hommes de main, ils vont piller le budget [de la r\u00e9publique] et ils s\u2019en fichent de nous\u00a0; tant que le pouvoir sera d\u00e9tenu par Russie Unie il n\u2019y aura aucun changement, mais si (&#8230;) ils [sentiront] la menace de perdre leur pouvoir, leur fauteuil confortable, leur part du g\u00e2teau avec du beurre, c\u2019est seulement \u00e0 ce moment qu\u2019ils commenceront \u00e0 bouger\u00a0\u00bb (\u00ab\u041a\u0430\u043a \u0432\u043e\u0440\u044b \u0432 \u0437\u0430\u043a\u043e\u043d\u0435 \u0441\u0442\u0430\u0432\u044f\u0442 \u0441\u0432\u043e\u0435\u0433\u043e \u0441\u043c\u043e\u0442\u0440\u044f\u0449\u0435\u0433\u043e \u0437\u0430 \u0433. \u0419\u043e\u0448\u043a\u0430\u0440-\u041e\u043b\u0430, \u0442\u0430\u043a \u0438 \u0432\u043e\u0440\u044b \u043d\u0430\u0434 \u0437\u0430\u043a\u043e\u043d\u043e\u043c \u043f\u043e\u0441\u0442\u0430\u0432\u0438\u043b\u0438 \u0441\u0432\u043e\u0435\u0433\u043e \u0441\u043c\u043e\u0442\u0440\u044f\u0449\u0435\u0433\u043e [\u041c.] \u0441\u043e \u0441\u0432\u043e\u0438\u043c\u0438 \u043f\u043e\u0434\u0440\u0443\u0447\u043d\u044b\u043c\u0438, \u0440\u0430\u0441\u043f\u0438\u043b\u044f\u0442 \u043e\u043d\u0438 \u043d\u0430\u0448 \u0431\u044e\u0434\u0436\u0435\u0442 \u0438 \u043d\u0430\u043f\u043b\u0435\u0432\u0430\u0442\u044c \u0438\u043c \u043d\u0430 \u043d\u0430\u0441, \u0438 \u043f\u043e\u043a\u0430 \u0443 \u0432\u043b\u0430\u0441\u0442\u0438 \u0431\u0443\u0434\u0435\u0442 \u0415\u0434\u0438\u043d\u0430\u044f \u0420\u043e\u0441\u0441\u0438\u044f, \u044f \u0434\u0443\u043c\u0430\u044e, \u043f\u0435\u0440\u0435\u043c\u0435\u043d \u043d\u0438\u043a\u0430\u043a\u0438\u0445 \u043d\u0435 \u0431\u0443\u0434\u0435\u0442, \u0430 \u0432\u043e\u0442 \u0435\u0441\u043b\u0438 \u043c\u044b (&#8230;.) \u0443 \u043d\u0438\u0445 \u0431\u0443\u0434\u0435\u0442 \u0443\u0433\u0440\u043e\u0437\u0430 \u043f\u043e\u0442\u0435\u0440\u044f\u0442\u044c \u0441\u0432\u043e\u044e \u0432\u043b\u0430\u0441\u0442\u044c, \u0441\u0432\u043e\u0435 \u043c\u044f\u0433\u043a\u043e\u0435 \u043a\u0440\u0435\u0441\u043b\u043e, \u0441\u0432\u043e\u0439 \u043f\u0438\u0440\u043e\u0433 \u0441 \u043c\u0430\u0441\u043b\u043e\u043c, \u043b\u0438\u0448\u044c \u0442\u043e\u043b\u044c\u043a\u043e \u0442\u043e\u0433\u0434\u0430 \u043e\u043d\u0438 \u043d\u0430\u0447\u043d\u0443\u0442 \u0448\u0435\u0432\u0435\u043b\u0438\u0442\u044c\u0441\u044f\u00bb).<\/p>\n<p>5. Le requ\u00e9rant fut poursuivi pour diffamation sur le fondement de l\u2019article\u00a0128.1\u00a0\u00a7\u00a02 du code p\u00e9nal (paragraphe 10 ci\u2011dessous) en raison des propos litigieux prononc\u00e9s lors de la manifestation du 29 mars 2014. L\u2019affaire p\u00e9nale \u00e0 son encontre fut transmise pour jugement au juge de paix de la circonscription judiciaire no\u00a012 de la ville de Yochkar-Ola (\u00ab\u00a0le juge de paix\u00a0\u00bb).<\/p>\n<p>6. Par un jugement du 26 novembre 2014, le juge de paix reconnut le requ\u00e9rant coupable de diffamation et le condamna \u00e0 une amende de 20\u00a0000\u00a0roubles russes (RUB) ainsi qu\u2019\u00e0 7\u00a0350 RUB de frais et d\u00e9pens. Tenant compte du montant de la retraite per\u00e7ue par le requ\u00e9rant, le juge de paix \u00e9chelonna le paiement de l\u2019amende \u00e0 raison de 2\u00a0000 RUB par mois. Pour conclure \u00e0 la culpabilit\u00e9 du requ\u00e9rant, il s\u2019appuya principalement sur les \u00e9l\u00e9ments suivants\u00a0:<\/p>\n<p>\u2012 l\u2019enregistrement vid\u00e9o du discours du requ\u00e9rant tenu lors de la manifestation 29 mars 2014\u00a0;<\/p>\n<p>\u2012 les d\u00e9clarations de M., qui affirmait que la comparaison de ses activit\u00e9s \u00e0 celles de smotriashchiy \u00e9tait attentatoire \u00e0 son honneur et \u00e0 sa r\u00e9putation\u00a0;<\/p>\n<p>\u2012 les d\u00e9clarations de quelques t\u00e9moins pr\u00e9sents lors de la manifestation du 29 mars 2014 relatives \u00e0 son d\u00e9roulement\u00a0;<\/p>\n<p>\u2012 un rapport d\u2019expertise linguistique, qui concluait que les propos litigieux du requ\u00e9rant contenaient \u00ab\u00a0une information n\u00e9gative sur le chef de la r\u00e9publique [M.] et sur son activit\u00e9\u00a0\u00bb en raison de l\u2019utilisation du mot smotriashchiy \u00e0 l\u2019\u00e9gard de ce dernier et de la comparaison de son activit\u00e9 \u00e0 celle des repr\u00e9sentants des milieux criminels.<\/p>\n<p>7. Dans son jugement du 26 novembre 2014, le juge de paix se pronon\u00e7a entre autres comme suit\u00a0:<\/p>\n<p>\u00ab\u00a0Apr\u00e8s avoir analys\u00e9 le discours que E.\u00a0N.\u00a0Shevelev a tenu pendant la manifestation, le tribunal conclut que, en exprimant son opinion subjective \u00e0 l\u2019\u00e9gard de la victime, [une opinion qui] correspondait pr\u00e9tendument \u00e0 la r\u00e9alit\u00e9, E.\u00a0N.\u00a0Shevelev a pass\u00e9 outre les limites de son droit d\u2019exprimer son opinion subjective. Les renseignements diss\u00e9min\u00e9s par l\u2019accus\u00e9 sont sciemment mensongers, puisque E.\u00a0N.\u00a0Shevelev avait confirm\u00e9 qu\u2019il n\u2019\u00e9tait pas au courant de faits [quelconques] relatifs au comportement illicite de [M.][\u00a0;] ces renseignements sont clairement injurieux pour la victime, portent atteinte \u00e0 son honneur, \u00e0 sa dignit\u00e9 et \u00e0 sa r\u00e9putation, et contiennent une affirmation d\u2019un comportement indigne de sa part, sortant du cadre [de comportement] g\u00e9n\u00e9ralement accept\u00e9, dans l\u2019exercice de son activit\u00e9 professionnelle\u00a0\u00bb.<\/p>\n<p>8. Par un arr\u00eat du 4 f\u00e9vrier 2015, le tribunal de la ville de Yochkar-Ola confirma en appel le jugement du 26 novembre 2014, faisant siennes les conclusions de la juridiction de premi\u00e8re instance.<\/p>\n<p>9. Le requ\u00e9rant se pourvut en cassation contre cet arr\u00eat. Par une d\u00e9cision du 27 mars 2015, la cour supr\u00eame de la r\u00e9publique de Mariy-El, statuant en formation de\u00a0juge unique, refusa de transmettre le pourvoi \u00e0 son pr\u00e9sidium pour examen.<\/p>\n<p>LE CADRE JURIDIQUE INTERNE PERTINENT<\/p>\n<p>10. L\u2019article\u00a0128.1 du code p\u00e9nal est ainsi libell\u00e9 en ses parties pertinentes en l\u2019esp\u00e8ce\u00a0:<\/p>\n<p>\u00ab\u00a01. La diffamation [\u043a\u043b\u0435\u0432\u0435\u0442\u0430], c\u2019est-\u00e0-dire la diffusion de renseignements que l\u2019on sait faux [\u0437\u0430\u0432\u0435\u0434\u043e\u043c\u043e \u043b\u043e\u0436\u043d\u044b\u0445 \u0441\u0432\u0435\u0434\u0435\u043d\u0438\u0439], qui portent atteinte \u00e0 l\u2019honneur et \u00e0 la dignit\u00e9 d\u2019une personne ou \u00e0 sa r\u00e9putation, est passible de (&#8230;)<\/p>\n<p>2. Une diffamation prof\u00e9r\u00e9e dans un discours public, une \u0153uvre publique ou dans les m\u00e9dias est passible d\u2019une amende d\u2019un montant maximal d\u2019un million de roubles ou d\u2019un montant allant jusqu\u2019\u00e0 un an de salaire ou de tout autre revenu de la personne condamn\u00e9e, ou de travaux d\u2019int\u00e9r\u00eat g\u00e9n\u00e9ral d\u2019une dur\u00e9e pouvant aller jusqu\u2019\u00e0 deux cent quarante heures.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p><strong>EN DROIT<\/strong><\/p>\n<p>I. SUR LA VIOLATION ALL\u00c9GU\u00c9E DE L\u2019ARTICLE 10 DE LA CONVENTION<\/p>\n<p>11. Le requ\u00e9rant voit dans la condamnation p\u00e9nale dont il a fait l\u2019objet une atteinte \u00e0 son droit \u00e0 la libert\u00e9 d\u2019expression. Il invoque l\u2019article\u00a010 de la Convention, qui est ainsi libell\u00e9 dans ses parties pertinentes en l\u2019esp\u00e8ce\u00a0:<\/p>\n<p>\u00ab\u00a01. Toute personne a droit \u00e0 la libert\u00e9 d\u2019expression. Ce droit comprend la libert\u00e9 d\u2019opinion et la libert\u00e9 de recevoir ou de communiquer des informations ou des id\u00e9es sans qu\u2019il puisse y avoir ing\u00e9rence d\u2019autorit\u00e9s publiques (&#8230;)<\/p>\n<p>2. L\u2019exercice de ces libert\u00e9s comportant des devoirs et des responsabilit\u00e9s peut \u00eatre soumis \u00e0 certaines formalit\u00e9s, conditions, restrictions ou sanctions pr\u00e9vues par la loi, qui constituent des mesures n\u00e9cessaires, dans une soci\u00e9t\u00e9 d\u00e9mocratique, \u00e0 la s\u00e9curit\u00e9 nationale, \u00e0 l\u2019int\u00e9grit\u00e9 territoriale ou \u00e0 la s\u00fbret\u00e9 publique, \u00e0 la d\u00e9fense de l\u2019ordre et \u00e0 la pr\u00e9vention du crime, \u00e0 la protection de la sant\u00e9 ou de la morale, \u00e0 la protection de la r\u00e9putation ou des droits d\u2019autrui, pour emp\u00eacher la divulgation d\u2019informations confidentielles ou pour garantir l\u2019autorit\u00e9 et l\u2019impartialit\u00e9 du pouvoir judiciaire.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p><strong>A. Sur la recevabilit\u00e9<\/strong><\/p>\n<p>12. La Cour note que le requ\u00e9rant a saisi la Cour dans les six mois apr\u00e8s la d\u00e9cision rendue par la juridiction de cassation le 27 mars 2015 (paragraphe 9 ci\u2011dessus). Elle rappelle avoir trouv\u00e9 que la proc\u00e9dure de cassation devant les juridictions p\u00e9nales telle qu\u2019elle existait apr\u00e8s le 31\u00a0d\u00e9cembre 2014 ne constituait pas une voie de recours \u00e0 \u00e9puiser (Kashlan c.\u00a0Russie (d\u00e9c.), no\u00a060189\/15, \u00a7\u00a029, 19 avril 2016). La Cour estime toutefois qu\u2019il ne peut \u00eatre reproch\u00e9 au requ\u00e9rant d\u2019avoir fait usage d\u2019un recours \u00e0 une \u00e9poque o\u00f9 elle ne s\u2019\u00e9tait pas encore prononc\u00e9e sur la compatibilit\u00e9 de celui-ci avec l\u2019article 35 de la Convention (Kruglov et autres c. Russie, nos\u00a011264\/04 et 15 autres, \u00a7\u00a0119, 4 f\u00e9vrier 2020). Par cons\u00e9quent, elle consid\u00e8re que, ayant introduit sa requ\u00eate le 2 septembre 2015, le requ\u00e9rant a respect\u00e9 le d\u00e9lai de six mois pr\u00e9vu par cette disposition.<\/p>\n<p>13. Constatant par ailleurs que la requ\u00eate n\u2019est pas manifestement mal fond\u00e9e ni irrecevable pour un autre motif vis\u00e9 \u00e0 l\u2019article\u00a035 de la Convention, la Cour la d\u00e9clare recevable.<\/p>\n<p><strong>B. Sur le fond<\/strong><\/p>\n<p><em>1. Th\u00e8ses des parties<\/em><\/p>\n<p>14. Le requ\u00e9rant soutient que sa condamnation au p\u00e9nal pour diffamation a constitu\u00e9 une ing\u00e9rence disproportionn\u00e9e dans l\u2019exercice de son droit \u00e0 la libert\u00e9 d\u2019expression. Selon lui, son discours concernait un sujet d\u2019int\u00e9r\u00eat g\u00e9n\u00e9ral, \u00e0 savoir l\u2019\u00e9tat des routes dans la r\u00e9publique de Mariy-El. Il soutient qu\u2019il n\u2019a jamais affirm\u00e9 que M. avait commis des infractions p\u00e9nales. Le requ\u00e9rant avance que le caract\u00e8re brusque de ses expressions n\u2019\u00e9tait qu\u2019un moyen stylistique pour attirer l\u2019attention du public. Pour lui, les juridictions nationales n\u2019ont pas effectu\u00e9 une mise en balance de son droit \u00e0 la libert\u00e9 d\u2019expression et celui de M. \u00e0 la protection de sa r\u00e9putation conform\u00e9ment aux standards de la Cour. Le requ\u00e9rant estime surtout que sa condamnation au p\u00e9nal et l\u2019infliction d\u2019une amende coupl\u00e9e au remboursement des frais et d\u00e9pens constituaient une mesure disproportionn\u00e9e, surtout, eu \u00e9gard au montant de sa pension mensuelle qui s\u2019\u00e9levait \u00e0 11\u00a0758 RUB \u00e0 l\u2019\u00e9poque des faits.<\/p>\n<p>15. Le Gouvernement admet que la sanction inflig\u00e9e au requ\u00e9rant \u00e0 l\u2019issue de la proc\u00e9dure p\u00e9nale dirig\u00e9e contre lui a constitu\u00e9 une ing\u00e9rence dans l\u2019exercice par l\u2019int\u00e9ress\u00e9 de son droit \u00e0 la libert\u00e9 d\u2019expression. Il estime cependant que cette ing\u00e9rence \u00e9tait pr\u00e9vue par la loi, qu\u2019elle visait la protection des droits d\u2019autrui, plus pr\u00e9cis\u00e9ment la r\u00e9putation de M., et qu\u2019elle poursuivait donc bien un but l\u00e9gitime reconnu par l\u2019article\u00a010\u00a0\u00a7\u00a02 de la Convention.<\/p>\n<p>16. Selon le Gouvernement, les juridictions ont correctement mis en balance le droit du requ\u00e9rant \u00e0 la libert\u00e9 d\u2019expression au sens de l\u2019article\u00a010 de la Convention et le droit de M. au respect de son honneur et de sa r\u00e9putation d\u00e9coulant de l\u2019article\u00a08 de la Convention.<\/p>\n<p><em>2. Appr\u00e9ciation de la Cour<\/em><\/p>\n<p>17. La Cour renvoie aux principes g\u00e9n\u00e9raux maintes fois r\u00e9affirm\u00e9s par elle depuis l\u2019arr\u00eat Handyside c.\u00a0Royaume\u2011Uni (7\u00a0d\u00e9cembre 1976, s\u00e9rie\u00a0A no\u00a024) et rappel\u00e9s r\u00e9cemment dans les affaires Morice c.\u00a0France ([GC], no\u00a029369\/10, \u00a7\u00a7\u00a0124\u2011127, CEDH 2015), et Med\u017elis Islamske Zajednice Br\u010dko et autres c.\u00a0Bosnie-Herz\u00e9govine ([GC], no\u00a017224\/11, \u00a7\u00a7\u00a075\u201177, 27\u00a0juin 2017).<\/p>\n<p>18. Elle observe que les parties conviennent que l\u2019infliction d\u2019une sanction p\u00e9nale au requ\u00e9rant s\u2019analyse en une ing\u00e9rence dans l\u2019exercice par celui-ci de son droit \u00e0 la libert\u00e9 d\u2019expression. Elle note ensuite que cette ing\u00e9rence \u00e9tait bien pr\u00e9vue par la loi, en l\u2019occurrence par l\u2019article\u00a0128.1 du code p\u00e9nal (paragraphe\u00a010 ci\u2011dessus). Elle constate que la mesure incrimin\u00e9e avait pour but la protection de la r\u00e9putation de M., et qu\u2019elle poursuivait bien un int\u00e9r\u00eat l\u00e9gitime au sens de l\u2019article\u00a010\u00a0\u00a7\u00a02 de la Convention. Il reste donc \u00e0 d\u00e9terminer si cette ing\u00e9rence \u00e9tait \u00ab\u00a0n\u00e9cessaire dans une soci\u00e9t\u00e9 d\u00e9mocratique\u00a0\u00bb.<\/p>\n<p>19. La Cour rappelle que, lorsqu\u2019elle examine la question de savoir si une ing\u00e9rence dans l\u2019exercice du droit \u00e0 la libert\u00e9 d\u2019expression \u00e9tait \u00ab\u00a0n\u00e9cessaire\u00a0\u00bb, elle v\u00e9rifie si les motifs invoqu\u00e9s par les autorit\u00e9s nationales pour la justifier apparaissent \u00ab\u00a0pertinents et suffisants\u00a0\u00bb (Morice, pr\u00e9cit\u00e9, \u00a7\u00a0124). Ce faisant, elle doit se convaincre que les autorit\u00e9s nationales ont appliqu\u00e9 des r\u00e8gles conformes aux principes consacr\u00e9s \u00e0 l\u2019article\u00a010 de la Convention et ce, de surcro\u00eet, en se fondant sur une appr\u00e9ciation acceptable des faits pertinents (ibidem).<\/p>\n<p>20. La Cour rappelle \u00e9galement que dans de nombreuses affaires dirig\u00e9es contre la Russie elle a d\u00e9j\u00e0 conclu \u00e0 la violation de l\u2019article\u00a010 de la Convention au motif que les juridictions nationales n\u2019avaient pas appliqu\u00e9 lesdits principes au niveau interne (voir, parmi d\u2019autres, Krassoulia c.\u00a0Russie, no\u00a012365\/03, \u00a7\u00a7\u00a033\u201146, 22 f\u00e9vrier 2007, Porubova c.\u00a0Russie, no\u00a08237\/03, \u00a7\u00a7\u00a039\u201151, 8 octobre 2009, Cheltsova c.\u00a0Russie, no\u00a044294\/06, \u00a7\u00a7\u00a069\u2011101, 13\u00a0juin 2017, et Margulev c.\u00a0Russie, no\u00a015449\/09, \u00a7\u00a7\u00a033\u201155, 8\u00a0octobre 2019). Eu \u00e9gard aux \u00e9l\u00e9ments dont elle dispose, la Cour estime que le Gouvernement n\u2019a mis en avant aucun \u00e9l\u00e9ment de fait ou de droit \u00e0 m\u00eame de la convaincre de parvenir \u00e0 une conclusion diff\u00e9rente en l\u2019esp\u00e8ce.<\/p>\n<p>21. En effet, la Cour note que les juridictions internes n\u2019ont pas cherch\u00e9 \u00e0 savoir dans quel contexte le requ\u00e9rant avait formul\u00e9 les propos litigieux ni en quelle qualit\u00e9 il avait agi. Elle rel\u00e8ve que l\u2019int\u00e9ress\u00e9 a pris parole lors de la manifestation afin d\u2019attirer l\u2019attention du public sur l\u2019\u00e9tat du r\u00e9seau routier dans la r\u00e9publique de Mariy-El. La Cour consid\u00e8re qu\u2019un tel sujet rel\u00e8ve indubitablement de l\u2019int\u00e9r\u00eat g\u00e9n\u00e9ral. Elle rappelle \u00e0 cet \u00e9gard que tout individu qui s\u2019engage dans le d\u00e9bat public b\u00e9n\u00e9ficie des m\u00eames garanties et a les m\u00eames obligations que l\u2019article 10 de la Convention offre aux journalistes (Steel et Morris c.\u00a0Royaume-Uni, no\u00a068416\/01, \u00a7\u00a090, CEDH 2005\u2011II). La marge d\u2019appr\u00e9ciation dont disposaient les autorit\u00e9s pour juger de la \u00ab\u00a0n\u00e9cessit\u00e9\u00a0\u00bb de la sanction prononc\u00e9e contre le requ\u00e9rant \u00e9tait, par cons\u00e9quent, particuli\u00e8rement restreinte.<\/p>\n<p>22. La Cour rel\u00e8ve que les juridictions internes n\u2019ont pas non plus \u00e9lucid\u00e9 la question de la qualit\u00e9 de la personne vis\u00e9e par les propos litigieux. Elle estime que M., en tant que chef de l\u2019ex\u00e9cutif de la r\u00e9publique de Mariy\u2011El, \u00e9tait in\u00e9vitablement expos\u00e9 \u00e0 un contr\u00f4le attentif de ses faits et gestes et devait donc faire preuve de plus de tol\u00e9rance \u00e0 l\u2019\u00e9gard des critiques.<\/p>\n<p>23. La Cour observe ensuite que les juridictions internes ne se sont pas clairement prononc\u00e9es sur la question de savoir si les propos litigieux du requ\u00e9rant constituaient une d\u00e9claration de fait ou un jugement de valeur. En effet, d\u2019un c\u00f4t\u00e9, le juge de paix a indiqu\u00e9 que, dans ses propos tenus lors de la manifestation du 29 mars 2014, le requ\u00e9rant a \u00ab\u00a0exprim\u00e9 son opinion subjective\u00a0\u00bb, et de l\u2019autre, il a consid\u00e9r\u00e9 que, ce faisant, il avait diffus\u00e9 \u00ab\u00a0des renseignements (&#8230;) sciemment mensongers\u00a0\u00bb (paragraphe 7 ci\u2011dessus). \u00c0 cet \u00e9gard, la Cour rappelle la distinction qu\u2019il convient d\u2019op\u00e9rer entre d\u00e9clarations de fait et jugements de valeur\u00a0: si la mat\u00e9rialit\u00e9 des premi\u00e8res peut se prouver, les seconds ne se pr\u00eatent pas \u00e0 une d\u00e9monstration de leur exactitude. Toutefois, m\u00eame lorsqu\u2019une d\u00e9claration \u00e9quivaut \u00e0 un jugement de valeur, elle doit se fonder sur une base factuelle suffisante, faute de quoi elle serait excessive (Jerusalem c. Autriche, no\u00a026958\/95, \u00a7\u00a7\u00a042\u201143, CEDH 2001-II).<\/p>\n<p>24. En l\u2019occurrence, la Cour estime que le passage litigieux contenait essentiellement un jugement de valeur dont la v\u00e9racit\u00e9 ne pouvait \u00eatre \u00e9tablie. Certes, la comparaison de M. \u00e0 des repr\u00e9sentants de milieux criminels \u00e9tait un moyen brusque d\u2019exprimer son opinion. Toutefois, la Cour rappelle que m\u00eame si tout individu qui s\u2019engage dans un d\u00e9bat public d\u2019int\u00e9r\u00eat g\u00e9n\u00e9ral est tenu au respect de la r\u00e9putation et des droits d\u2019autrui, il lui est cependant permis de recourir \u00e0 une certaine dose d\u2019exag\u00e9ration, voire de provocation (Mam\u00e8re c.\u00a0France, no\u00a012697\/03, \u00a7\u00a025, CEDH 2006\u2011XIII). La Cour note que l\u2019article 128.1 du code p\u00e9nal requiert que les d\u00e9clarations diffamatoires soient faites en connaissance de leur fausset\u00e9, ce qui est un seuil \u00e9lev\u00e9 qui ne devrait normalement s\u2019appliquer qu\u2019aux d\u00e9clarations de fait susceptibles d\u2019\u00eatre fausses. La d\u00e9claration litigieuse selon laquelle le gouverneur \u00e9tait \u00ab\u00a0smotriashchiy\u00a0\u00bb suivait les d\u00e9clarations du requ\u00e9rant concernant l\u2019incapacit\u00e9 du gouvernement r\u00e9gional \u00e0 r\u00e9parer les routes alors qu\u2019il d\u00e9pensait de l\u2019argent pour construire des immeubles de bureaux qui \u00e9taient ensuite mis en location (paragraphe 4 ci\u2011dessus). La Cour consid\u00e8re donc qu\u2019il existait une base factuelle suffisante pour le jugement de valeur exprim\u00e9 par le requ\u00e9rant et qu\u2019il n\u2019\u00e9tait pas abusif.<\/p>\n<p>25. Enfin, la Cour rappelle que la nature et la lourdeur des peines inflig\u00e9es sont des \u00e9l\u00e9ments \u00e0 prendre en compte (voir, notamment, B\u00e9dat c.\u00a0Suisse [GC], no\u00a056925\/08, \u00a7\u00a079, 29\u00a0mars 2016). Elle rappelle que, par sa nature m\u00eame, une sanction p\u00e9nale en g\u00e9n\u00e9ral produit immanquablement un effet dissuasif quant \u00e0 l\u2019exercice de la libert\u00e9 d\u2019expression, compte tenu notamment des effets de la condamnation et des retomb\u00e9es durables de toute inscription au casier judiciaire (\u00d6nal c.\u00a0Turquie (no\u00a02), no\u00a044982\/07, \u00a7\u00a042, 2\u00a0juillet 2019). Or elle constate qu\u2019en l\u2019esp\u00e8ce le requ\u00e9rant a \u00e9t\u00e9 d\u00e9clar\u00e9 coupable d\u2019une infraction p\u00e9nale et condamn\u00e9 \u00e0 une amende dont le montant \u00e9tait loin d\u2019\u00eatre insignifiant, ce qui, en soi, conf\u00e8re \u00e0 la mesure un degr\u00e9 \u00e9lev\u00e9 de gravit\u00e9 (Lindon, Otchakovsky-Laurens et July [GC], nos\u00a021279\/02 et 36448\/02, \u00a7\u00a059, CEDH 2007\u2011IV). Bien que le juge de paix ait ordonn\u00e9 le paiement \u00e9chelonn\u00e9 de l\u2019amende pour tenir compte de la situation financi\u00e8re du requ\u00e9rant (voir, a contrario, Pirogov c.\u00a0Russie [comit\u00e9], no\u00a027474\/08, \u00a7\u00a047, 14 janvier 2020), la Cour estime que cet \u00e9l\u00e9ment n\u2019est pas suffisant pour diminuer le degr\u00e9 de la gravit\u00e9 de la sanction. La Cour n\u2019est pas convaincue, compte tenu des circonstances de l\u2019esp\u00e8ce, que les d\u00e9clarations litigieuses du requ\u00e9rant puissent \u00eatre consid\u00e9r\u00e9es comme suffisamment graves pour appeler une sanction p\u00e9nale.<\/p>\n<p>26. Compte tenu de l\u2019absence d\u2019une mise en balance ad\u00e9quate et conforme aux crit\u00e8res \u00e9tablis dans sa jurisprudence entre les int\u00e9r\u00eats en jeu, elle juge qu\u2019il n\u2019a pas \u00e9t\u00e9 d\u00e9montr\u00e9 que la mesure litigieuse, qui rev\u00eatait un caract\u00e8re p\u00e9nal, \u00e9tait proportionn\u00e9e aux buts l\u00e9gitimes vis\u00e9s et qu\u2019elle \u00e9tait \u00ab\u00a0n\u00e9cessaire dans une soci\u00e9t\u00e9 d\u00e9mocratique\u00a0\u00bb.<\/p>\n<p>27. Partant, il y a eu violation de l\u2019article\u00a010 de la Convention.<\/p>\n<p>II. SUR L\u2019APPLICATION DE L\u2019ARTICLE\u00a041 DE LA CONVENTION<\/p>\n<p>28. Aux termes de l\u2019article 41 de la Convention\u00a0:<\/p>\n<p>\u00ab\u00a0Si la Cour d\u00e9clare qu\u2019il y a eu violation de la Convention ou de ses Protocoles, et si le droit interne de la Haute Partie contractante ne permet d\u2019effacer qu\u2019imparfaitement les cons\u00e9quences de cette violation, la Cour accorde \u00e0 la partie l\u00e9s\u00e9e, s\u2019il y a lieu, une satisfaction \u00e9quitable.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p><strong>A. Dommage<\/strong><\/p>\n<p>29. Le requ\u00e9rant r\u00e9clame 27\u00a0350 roubles russes (RUB) pour pr\u00e9judice mat\u00e9riel, soit le montant de l\u2019amende et des frais et d\u00e9pens auxquels il a \u00e9t\u00e9 condamn\u00e9 \u00e0 l\u2019issue du proc\u00e8s p\u00e9nal dirig\u00e9 contre lui. Il r\u00e9clame en outre 10\u00a0000 euros (EUR) au titre du pr\u00e9judice moral qu\u2019il dit avoir subi.<\/p>\n<p>30. Le Gouvernement invite la Cour \u00e0 rejeter cette demande, qu\u2019il qualifie d\u2019infond\u00e9e et d\u2019excessive.<\/p>\n<p>31. La Cour estime qu\u2019il existe un lien de causalit\u00e9 suffisant entre le dommage mat\u00e9riel all\u00e9gu\u00e9 et la violation constat\u00e9e sur le terrain de l\u2019article\u00a010 de la Convention (Terentyev c.\u00a0Russie, no\u00a025147\/09, \u00a7\u00a029, 26\u00a0janvier 2017). Il y a donc lieu d\u2019ordonner le remboursement de la somme mise \u00e0 la charge du requ\u00e9rant, \u00e0 savoir 330 EUR. La Cour estime par ailleurs que le requ\u00e9rant a subi un pr\u00e9judice moral certain du fait de sa condamnation au p\u00e9nal pour diffamation. Par cons\u00e9quent, elle d\u00e9cide qu\u2019il y a lieu de lui octroyer 7\u00a0500\u00a0EUR pour pr\u00e9judice moral.<\/p>\n<p><strong>B. Frais et d\u00e9pens<\/strong><\/p>\n<p>32. Le requ\u00e9rant demande \u00e9galement 1\u00a0800 EUR pour ses frais et d\u00e9pens engag\u00e9s devant la Cour, dont 1\u00a0650 EUR pour ses frais de conseil et 150\u00a0EUR pour ses frais de traduction.<\/p>\n<p>33. Le Gouvernement indique que le requ\u00e9rant n\u2019a soumis \u00e0 la Cour aucune preuve d\u00e9montrant le versement effectif des sommes r\u00e9clam\u00e9es par lui.<\/p>\n<p>34. La Cour rappelle que, selon sa jurisprudence, un requ\u00e9rant ne peut obtenir le remboursement de ses frais et d\u00e9pens que dans la mesure o\u00f9 se trouvent \u00e9tablis leur r\u00e9alit\u00e9, leur n\u00e9cessit\u00e9 et le caract\u00e8re raisonnable de leur taux. En ce qui concerne la demande relative aux frais de conseil pour la proc\u00e9dure devant elle, compte tenu des documents dont elle dispose et des crit\u00e8res susmentionn\u00e9s, la Cour alloue au requ\u00e9rant 1\u00a0650 EUR, plus tout montant pouvant \u00eatre d\u00fb sur cette somme \u00e0 titre d\u2019imp\u00f4t. En ce qui concerne la demande relative aux frais de traduction, elle constate que le requ\u00e9rant n\u2019a produit aucune preuve du versement effectif de la somme r\u00e9clam\u00e9e. Elle rejette donc les pr\u00e9tentions du requ\u00e9rant \u00e0 ce titre.<\/p>\n<p><strong>C. Int\u00e9r\u00eats moratoires<\/strong><\/p>\n<p>35. La Cour juge appropri\u00e9 de calquer le taux des int\u00e9r\u00eats moratoires sur le taux d\u2019int\u00e9r\u00eat de la facilit\u00e9 de pr\u00eat marginal de la Banque centrale europ\u00e9enne major\u00e9 de trois points de pourcentage.<\/p>\n<p><strong>PAR CES MOTIFS, LA COUR, \u00c0 L\u2019UNANIMIT\u00c9,<\/strong><\/p>\n<p>1. D\u00e9clare la requ\u00eate recevable\u00a0;<\/p>\n<p>2. Dit qu\u2019il y a eu violation de l\u2019article 10 de la Convention\u00a0;<\/p>\n<p>3. Dit,<\/p>\n<p>a) que l\u2019\u00c9tat d\u00e9fendeur doit verser au requ\u00e9rant, dans un d\u00e9lai de trois mois les sommes suivantes, \u00e0 convertir dans la monnaie de l\u2019\u00c9tat d\u00e9fendeur au taux applicable \u00e0 la date du r\u00e8glement\u00a0:<\/p>\n<p>i. 330\u00a0EUR (trois cent trente euros), plus tout montant pouvant \u00eatre d\u00fb sur cette somme \u00e0 titre d\u2019imp\u00f4t, pour dommage mat\u00e9riel\u00a0;<\/p>\n<p>ii. 7\u00a0500 EUR (sept mille cinq cents euros), plus tout montant pouvant \u00eatre d\u00fb sur cette somme \u00e0 titre d\u2019imp\u00f4t, pour dommage moral\u00a0;<\/p>\n<p>iii. 1\u00a0650 EUR (mille six cent cinquante euros), plus tout montant pouvant \u00eatre d\u00fb sur cette somme par le requ\u00e9rant \u00e0 titre d\u2019imp\u00f4t, pour frais et d\u00e9pens\u00a0;<\/p>\n<p>b) qu\u2019\u00e0 compter de l\u2019expiration dudit d\u00e9lai et jusqu\u2019au versement, ces montants seront \u00e0 majorer d\u2019un int\u00e9r\u00eat simple \u00e0 un taux \u00e9gal \u00e0 celui de la facilit\u00e9 de pr\u00eat marginal de la Banque centrale europ\u00e9enne applicable pendant cette p\u00e9riode, augment\u00e9 de trois points de pourcentage\u00a0;<\/p>\n<p>4. Rejette le surplus de la demande de satisfaction \u00e9quitable.<\/p>\n<p>Fait en fran\u00e7ais, puis communiqu\u00e9 par \u00e9crit le 28 septembre 2021, en application de l\u2019article\u00a077\u00a0\u00a7\u00a7\u00a02 et\u00a03 du r\u00e8glement.<\/p>\n<p>Olga Chernishova \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 Darian Pavli<br \/>\nGreffi\u00e8re adjointe \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0Pr\u00e9sident<\/p>\n<p>___________<\/p>\n<p>[1] Litt\u00e9ralement \u00ab\u00a0voleur dans la loi\u00a0\u00bb, chef criminel respectant le code de conduite informel<br \/>\n[2] Litt\u00e9ralement \u00ab\u00a0celui qui regarde\u00a0\u00bb, membre d\u2019une organisation criminelle charg\u00e9 de contr\u00f4ler une zone ou un territoire particulier<\/p>\n<p>T\u00e9l\u00e9charger: <a href=\"https:\/\/loisdumonde.com\/wp-content\/uploads\/2021\/09\/AFFAIRE-SHEVELEV-c.-RUSSIE.pdf\" target=\"_blank\" rel=\"noopener\">PDF<\/a>, <a href=\"https:\/\/loisdumonde.com\/wp-content\/uploads\/2021\/09\/AFFAIRE-SHEVELEV-c.-RUSSIE.docx\">WORD<\/a>.<\/p>\n<div class=\"social-share-buttons\"><a href=\"https:\/\/www.facebook.com\/sharer\/sharer.php?u=https:\/\/loisdumonde.com\/?p=925\" target=\"_blank\" rel=\"noopener\">Facebook<\/a><a href=\"https:\/\/twitter.com\/intent\/tweet?url=https:\/\/loisdumonde.com\/?p=925&text=AFFAIRE+SHEVELEV+c.+RUSSIE+%28Cour+europ%C3%A9enne+des+droits+de+l%E2%80%99homme%29+Requ%C3%AAte+no+46173%2F15\" target=\"_blank\" rel=\"noopener\">Twitter<\/a><a href=\"https:\/\/www.linkedin.com\/shareArticle?url=https:\/\/loisdumonde.com\/?p=925&title=AFFAIRE+SHEVELEV+c.+RUSSIE+%28Cour+europ%C3%A9enne+des+droits+de+l%E2%80%99homme%29+Requ%C3%AAte+no+46173%2F15\" target=\"_blank\" rel=\"noopener\">LinkedIn<\/a><a href=\"https:\/\/pinterest.com\/pin\/create\/button\/?url=https:\/\/loisdumonde.com\/?p=925&description=AFFAIRE+SHEVELEV+c.+RUSSIE+%28Cour+europ%C3%A9enne+des+droits+de+l%E2%80%99homme%29+Requ%C3%AAte+no+46173%2F15\" target=\"_blank\" rel=\"noopener\">Pinterest<\/a><\/div>","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>La pr\u00e9sente affaire concerne la condamnation p\u00e9nale du requ\u00e9rant en raison de ses propos tenus lors d\u2019une manifestation publique. FacebookTwitterLinkedInPinterest<\/p>\n<p class=\"more-link-p\"><a class=\"more-link\" href=\"https:\/\/loisdumonde.com\/?p=925\">Read more &rarr;<\/a><\/p>\n","protected":false},"author":1,"featured_media":0,"comment_status":"open","ping_status":"open","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"_lmt_disableupdate":"","_lmt_disable":"","footnotes":""},"categories":[1],"tags":[],"class_list":["post-925","post","type-post","status-publish","format-standard","hentry","category-cour-europeenne-des-droits-de-lhomme"],"modified_by":"loisdumonde","_links":{"self":[{"href":"https:\/\/loisdumonde.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/925","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/loisdumonde.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/loisdumonde.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/loisdumonde.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/users\/1"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/loisdumonde.com\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcomments&post=925"}],"version-history":[{"count":1,"href":"https:\/\/loisdumonde.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/925\/revisions"}],"predecessor-version":[{"id":928,"href":"https:\/\/loisdumonde.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/925\/revisions\/928"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/loisdumonde.com\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fmedia&parent=925"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/loisdumonde.com\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcategories&post=925"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/loisdumonde.com\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Ftags&post=925"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}