{"id":85,"date":"2020-11-09T11:19:25","date_gmt":"2020-11-09T11:19:25","guid":{"rendered":"https:\/\/loisdumonde.com\/?p=85"},"modified":"2020-11-09T11:19:25","modified_gmt":"2020-11-09T11:19:25","slug":"affaire-krekhalev-c-russie-cour-europeenne-des-droits-de-lhomme","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/loisdumonde.com\/?p=85","title":{"rendered":"AFFAIRE KREKHALEV c. RUSSIE (Cour europ\u00e9enne des droits de l\u2019homme)"},"content":{"rendered":"<p style=\"text-align: center;\">TROISI\u00c8ME SECTION<br \/>\nAFFAIRE KREKHALEV c. RUSSIE<br \/>\n(Requ\u00eate no 72444\/14)<br \/>\nARR\u00caT<br \/>\nSTRASBOURG<br \/>\n13 octobre 2020<\/p>\n<p><!--more-->Cet arr\u00eat est d\u00e9finitif. Il peut subir des retouches de forme.<\/p>\n<p><strong>En l\u2019affaire Krekhalev c. Russie,<\/strong><\/p>\n<p>La Cour europ\u00e9enne des droits de l\u2019homme (troisi\u00e8me section), si\u00e9geant en un comit\u00e9 compos\u00e9 de\u00a0:<\/p>\n<p>Georgios A. Serghides, pr\u00e9sident,<br \/>\nErik Wennerstr\u00f6m,<br \/>\nLorraine Schembri Orland, juges,<br \/>\net de Olga Chernishova, greffi\u00e8re adjointede section,<\/p>\n<p>Vu\u00a0:<\/p>\n<p>la requ\u00eate (no\u00a072444\/14) dirig\u00e9e contre la F\u00e9d\u00e9ration de Russie et dont un ressortissant de cet \u00c9tat, M. Vladimir Yevgenyevich Krekhalev (\u00ab\u00a0le requ\u00e9rant\u00a0\u00bb) a saisi la Cour en vertu de l\u2019article\u00a034 de la Convention de sauvegarde des droits de l\u2019homme et des libert\u00e9s fondamentales (\u00ab\u00a0la Convention\u00a0\u00bb) le 7 novembre 2014,<\/p>\n<p>la d\u00e9cision de porter la requ\u00eate \u00e0 la connaissance du gouvernement russe (\u00ab\u00a0le Gouvernement\u00a0\u00bb),<\/p>\n<p>les observations des parties,<\/p>\n<p>Apr\u00e8s en avoir d\u00e9lib\u00e9r\u00e9 en chambre du conseil le 22 septembre 2020,<\/p>\n<p>Rend l\u2019arr\u00eat que voici, adopt\u00e9 \u00e0 cette date\u00a0:<\/p>\n<p><strong>EN FAIT<\/strong><\/p>\n<p>1. Le requ\u00e9rant est n\u00e9 en 1965 et r\u00e9side \u00e0 Arkhangelsk. Il a \u00e9t\u00e9 repr\u00e9sent\u00e9 par Me\u00a0Y.A. Utkina, avocate.<\/p>\n<p>2. Le Gouvernement a \u00e9t\u00e9 repr\u00e9sent\u00e9 par M.\u00a0M.\u00a0Galperine, repr\u00e9sentant permanent de la F\u00e9d\u00e9ration de Russie aupr\u00e8s de la Cour europ\u00e9enne des droits de l\u2019homme.<\/p>\n<p>3. \u00c0 une date non pr\u00e9cis\u00e9e, le requ\u00e9rant, ancien agent du minist\u00e8re de l\u2019Int\u00e9rieur, fut accus\u00e9 d\u2019avoir commis un d\u00e9passement de fonctions (\u043f\u0440\u0435\u0432\u044b\u0448\u0435\u043d\u0438\u0435 \u0434\u043e\u043b\u0436\u043d\u043e\u0441\u0442\u043d\u044b\u0445 \u043f\u043e\u043b\u043d\u043e\u043c\u043e\u0447\u0438\u0439) lors de son service.<\/p>\n<p>4. En ao\u00fbt 2013, il fut renvoy\u00e9 en jugement devant le tribunal de l\u2019arrondissement Oktiabrski de la ville d\u2019Arkhangelsk (\u00ab\u00a0le tribunal\u00a0\u00bb).<\/p>\n<p>5. Le 4 octobre 2013, le tribunal, si\u00e9geant en formation de juge unique, tint une audience pr\u00e9liminaire pour examiner des demandes proc\u00e9durales introduites par le requ\u00e9rant. Par une d\u00e9cision rendue le m\u00eame jour, il d\u00e9cida que l\u2019examen du fond de l\u2019affaire commencerait lors de l\u2019audience publique fix\u00e9e au 15 octobre 2013.<\/p>\n<p>6. Entre le 15 octobre 2013 et le 16 avril 2014, le tribunal tint un certain nombre d\u2019audiences publiques.<\/p>\n<p>7. Lors de l\u2019audience du 16 avril 2014, le repr\u00e9sentant du minist\u00e8re de l\u2019Int\u00e9rieur, qui s\u2019\u00e9tait vu attribuer le statut de partie l\u00e9s\u00e9e dans la proc\u00e9dure p\u00e9nale dirig\u00e9e contre le requ\u00e9rant, demanda au juge de proc\u00e9der \u00e0 l\u2019examen du dossier administratif de l\u2019int\u00e9ress\u00e9 conserv\u00e9 aupr\u00e8s du minist\u00e8re en question et au versement dudit dossier au dossier p\u00e9nal. Au vu de cette demande, qui fut accueillie par le juge, le procureur sollicita la tenue de l\u2019audience \u00e0 huis clos au motif que le dossier administratif du requ\u00e9rant contenait des informations classifi\u00e9es, notamment s\u2019agissant des postes pr\u00e9c\u00e9demment occup\u00e9s par l\u2019int\u00e9ress\u00e9 au sein du minist\u00e8re de l\u2019Int\u00e9rieur. Le requ\u00e9rant donna son accord \u00e0 la tenue de l\u2019audience \u00e0 huis clos pour le temps n\u00e9cessaire \u00e0 l\u2019examen de son dossier administratif.<\/p>\n<p>8. Lors de la m\u00eame audience, le juge fit droit \u00e0 la demande du procureur et proc\u00e9da \u00e0 la lecture du dossier administratif du requ\u00e9rant \u00e0 huis clos. \u00c0 la fin de la lecture, le requ\u00e9rant sollicita la reprise de l\u2019examen de l\u2019affaire p\u00e9nale en audience publique, ce \u00e0 quoi le procureur ne s\u2019opposa pas. Le tribunal d\u00e9cida toutefois de rejeter la demande du requ\u00e9rant, pour les motifs suivants\u00a0:<\/p>\n<p>\u00ab\u00a0Les informations concernant un agent du minist\u00e8re de l\u2019Int\u00e9rieur sont confidentielles, [elles] contiennent des donn\u00e9es class\u00e9es [secret de service], [secret d\u2019\u00c9tat] ou tout autre secret prot\u00e9g\u00e9 par la loi f\u00e9d\u00e9rale et peuvent \u00eatre reproduites dans la d\u00e9cision finale sur l\u2019affaire p\u00e9nale\u00a0; par cons\u00e9quent, la demande [de l\u2019int\u00e9ress\u00e9] est rejet\u00e9e. [L\u2019examen de l\u2019affaire p\u00e9nale se fera \u00e0 huis clos jusqu\u2019\u00e0 son terme].\u00a0\u00bb<\/p>\n<p>9. Le requ\u00e9rant demanda \u00e0 nouveau la poursuite du proc\u00e8s en audience publique au motif que les donn\u00e9es class\u00e9es \u00ab\u00a0secret d\u2019\u00c9tat\u00a0\u00bb ne pouvaient \u00eatre examin\u00e9es que dans des salles sp\u00e9cialement am\u00e9nag\u00e9es. En r\u00e9ponse \u00e0 cette objection du requ\u00e9rant, le juge se pronon\u00e7a comme suit\u00a0:<\/p>\n<p>\u00ab\u00a0Les informations en question ne portent pas la mention \u00ab\u00a0secret\u00a0\u00bb. [Il s\u2019agit] de copies du dossier administratif [de l\u2019int\u00e9ress\u00e9] [&#8230;]<\/p>\n<p>Les informations concernant un agent du minist\u00e8re de l\u2019Int\u00e9rieur sont confidentielles mais ne portent pas la mention \u00ab\u00a0secret\u00a0\u00bb\u00a0; [par cons\u00e9quent] la demande [de l\u2019int\u00e9ress\u00e9e] est rejet\u00e9e.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p>10. Les audiences des 16, 25 et 30 avril et des 8, 16, 26 et 27 mai 2014 eurent ainsi lieu \u00e0 huis clos. Lors desdites audiences, le tribunal examina un certain nombre de preuves documentaires et entendit des t\u00e9moins.<\/p>\n<p>11. Dans une d\u00e9cision de proc\u00e9dure du 27 mai 2014, le tribunal indiqua que le dossier administratif du requ\u00e9rant examin\u00e9 pr\u00e9c\u00e9demment contenait des informations confidentielles class\u00e9es \u00ab\u00a0secret de service\u00a0\u00bb conform\u00e9ment \u00e0 la loi f\u00e9d\u00e9rale du 30 novembre 2011 portant sur le service au sein du minist\u00e8re de l\u2019Int\u00e9rieur et que des informations dudit dossier se trouvaient \u00ab\u00a0refl\u00e9t\u00e9es\u00a0\u00bb (\u043d\u0430\u0448\u043b\u0438\u0441\u0432\u043e\u0435\u043e\u0442\u0440\u0430\u0436\u0435\u043d\u0438\u0435) dans son jugement. Tenant compte de ces \u00e9l\u00e9ments et se r\u00e9f\u00e9rant notamment \u00e0 l\u2019article 241\u00a0\u00a7\u00a07 du code de proc\u00e9dure p\u00e9nale (CPP) (paragraphe 15 ci\u2011dessous), le tribunal d\u00e9cida de ne prononcer que la partie introductive et le dispositif du jugement.<\/p>\n<p>12. Ainsi, par un jugement du 27 mai 2014, le tribunal d\u00e9clara le requ\u00e9rant coupable et le condamna \u00e0 deux ans d\u2019emprisonnement avec sursis.<\/p>\n<p>13. Le requ\u00e9rant interjeta appel. Dans le cadre de son recours, il se plaignait, entre autres, de la tenue d\u2019une partie du proc\u00e8s p\u00e9nal \u00e0 huis clos.<\/p>\n<p>14. Par un arr\u00eat du 11 ao\u00fbt 2014, la cour r\u00e9gionale d\u2019Arkhangelsk r\u00e9forma le jugement du 27 mai 2014 et r\u00e9duisit la peine inflig\u00e9e \u00e0 l\u2019int\u00e9ress\u00e9 \u00e0 un an d\u2019emprisonnement avec sursis. S\u2019agissant du grief du requ\u00e9rant tir\u00e9 de l\u2019absence de publicit\u00e9 d\u2019une partie du proc\u00e8s p\u00e9nal, l\u2019instance d\u2019appel se pronon\u00e7a comme suit\u00a0:<\/p>\n<p>\u00ab\u00a0\u00c9tant donn\u00e9 que, lors de l\u2019examen judiciaire, [il a \u00e9t\u00e9 donn\u00e9 lecture] de donn\u00e9es relatives aux postes occup\u00e9s par [M.] Krekhalev au sein des forces arm\u00e9es et du minist\u00e8re de l\u2019Int\u00e9rieur qui constituent un secret de service et pr\u00e9sentent un caract\u00e8re confidentiel, [le tribunal], se fondant sur l\u2019article 241\u00a0\u00a7\u00a02 du [CPP], a d\u00e9cid\u00e9 \u2013 dans l\u2019int\u00e9r\u00eat du pr\u00e9venu lui-m\u00eame \u2013 de continuer l\u2019examen judiciaire de l\u2019affaire p\u00e9nale \u00e0 huis clos. [Partant, en proc\u00e9dant ainsi], le tribunal n\u2019a pas enfreint la loi.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p><strong>LE CADRE JURIDIQUE INTERNE PERTINENT<\/strong><\/p>\n<p>15. Les parties pertinentes en l\u2019esp\u00e8ce de l\u2019article 241 du CPP en vigueur au moment des faits se lisent comme suit\u00a0:<\/p>\n<p>\u00ab\u00a01. Le proc\u00e8s devant toute juridiction p\u00e9nale est public sauf dans les cas pr\u00e9vus par le pr\u00e9sent article.<\/p>\n<p>2. Le tribunal peut d\u00e9cider, en adoptant une d\u00e9cision de proc\u00e9dure ou une ordonnance, de tenir un proc\u00e8s \u00e0 huis clos dans les cas o\u00f9\u00a0:<\/p>\n<p>1) l\u2019examen judiciaire [d\u2019une affaire p\u00e9nale] peut d\u00e9voiler un secret d\u2019\u00c9tat ou toute information classifi\u00e9e conform\u00e9ment \u00e0 la loi f\u00e9d\u00e9rale\u00a0;<\/p>\n<p>(&#8230;)<\/p>\n<p>2.1. La d\u00e9cision de proc\u00e9dure ou l\u2019ordonnance du tribunal portant sur la tenue du proc\u00e8s \u00e0 huis clos doit se r\u00e9f\u00e9rer [aux] \u00e9l\u00e9ments factuels concrets ayant servi de fondement pour la prise de cette d\u00e9cision.<\/p>\n<p>3. L\u2019affaire p\u00e9nale est examin\u00e9e \u00e0 huis clos dans le respect de toutes les r\u00e8gles de la proc\u00e9dure p\u00e9nale. La d\u00e9cision de proc\u00e9dure ou l\u2019ordonnance portant sur la tenue du proc\u00e8s \u00e0 huis clos peut concerner tout ou partie du proc\u00e8s p\u00e9nal.<\/p>\n<p>(&#8230;)<\/p>\n<p>7. Le jugement du tribunal est prononc\u00e9 en audience publique. Dans le cas de la tenue du proc\u00e8s \u00e0 huis clos (&#8230;), le tribunal [peut d\u00e9cider], en adoptant une d\u00e9cision de proc\u00e9dure ou une ordonnance, de ne prononcer que la partie introductive et le dispositif du jugement.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p><strong>EN DROIT<\/strong><\/p>\n<p>I. SUR LA VIOLATION ALL\u00c9GU\u00c9E DE L\u2019ARTICLE 6\u00a0\u00a7\u00a01 DE LA CONVENTION<\/p>\n<p>16. Le requ\u00e9rant se plaint de l\u2019absence de publicit\u00e9 des d\u00e9bats devant le tribunal de premi\u00e8re instance. Il invoque l\u2019article 6\u00a0\u00a7\u00a01 de la Convention, qui est ainsi libell\u00e9 en ses parties pertinentes en l\u2019esp\u00e8ce\u00a0:<\/p>\n<p>\u00ab\u00a01. Toute personne a droit \u00e0 ce que sa cause soit entendue \u00e9quitablement (&#8230;) par un tribunal (&#8230;) qui d\u00e9cidera (&#8230;) du bien-fond\u00e9 de toute accusation en mati\u00e8re p\u00e9nale dirig\u00e9e contre elle. Le jugement doit \u00eatre rendu publiquement, mais l\u2019acc\u00e8s de la salle d\u2019audience peut \u00eatre interdit \u00e0 la presse et au public pendant la totalit\u00e9 ou une partie du proc\u00e8s dans l\u2019int\u00e9r\u00eat de la moralit\u00e9, de l\u2019ordre public ou de la s\u00e9curit\u00e9 nationale dans une soci\u00e9t\u00e9 d\u00e9mocratique, lorsque les int\u00e9r\u00eats des mineurs ou la protection de la vie priv\u00e9e des parties au proc\u00e8s l\u2019exigent, ou dans la mesure jug\u00e9e strictement n\u00e9cessaire par le tribunal, lorsque dans des circonstances sp\u00e9ciales la publicit\u00e9 serait de nature \u00e0 porter atteinte aux int\u00e9r\u00eats de la justice.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p><strong>A. Sur la recevabilit\u00e9<\/strong><\/p>\n<p>17. Constatant que la requ\u00eate n\u2019est pas manifestement mal fond\u00e9e ni irrecevable pour un autre motif vis\u00e9 \u00e0 l\u2019article\u00a035 de la Convention, la Cour la d\u00e9clare recevable.<\/p>\n<p><strong>B. Sur le fond<\/strong><\/p>\n<p><em>1. Th\u00e8ses des parties<\/em><\/p>\n<p>18. Le requ\u00e9rant maintient son grief. Il ajoute qu\u2019il n\u2019y avait aucune n\u00e9cessit\u00e9 d\u2019exclure le public des audiences tenues entre le 16 avril et le 27\u00a0mai 2014. Il indique que la d\u00e9fense a \u00e9t\u00e9 autoris\u00e9e \u00e0 effectuer un enregistrement audio des d\u00e9bats men\u00e9s lors desdites audiences, ce qui, \u00e0 ses dires, d\u00e9montre que le tribunal n\u2019a examin\u00e9 \u00e0 ces occasions aucun renseignement \u00e0 caract\u00e8re confidentiel. Selon le requ\u00e9rant, l\u2019absence de publicit\u00e9 des d\u00e9bats n\u2019a pas permis au public d\u2019avoir connaissance des preuves examin\u00e9es au cours des audiences en question. Le requ\u00e9rant argue en outre que le jugement du 27 mai 2014 ne contenait aucune r\u00e9f\u00e9rence \u00e0 des documents confidentiels et que, par cons\u00e9quent, la d\u00e9cision du juge de ne prononcer que la partie introductive et le dispositif dudit jugement n\u2019\u00e9tait pas fond\u00e9e.<\/p>\n<p>19. Le Gouvernement reprend les conclusions des juridictions internes quant \u00e0 la n\u00e9cessit\u00e9 de tenir le proc\u00e8s \u00e0 huis clos \u00e0 raison de la nature confidentielle du dossier administratif du requ\u00e9rant examin\u00e9 \u00e0 l\u2019audience du 16 avril 2014 (paragraphes 8, 9, 11 et 14 ci\u2011dessus). Il argue que la d\u00e9cision du tribunal de tenir le reste du proc\u00e8s \u00e0 huis clos \u00e9tait conforme \u00e0 la l\u00e9gislation nationale, notamment \u00e0 l\u2019article 241 du CPP (paragraphe 15 ci\u2011dessus). Selon le Gouvernement, le proc\u00e8s p\u00e9nal dirig\u00e9 contre le requ\u00e9rant a respect\u00e9 les exigences de l\u2019article 6\u00a0\u00a7\u00a01 de la Convention.<\/p>\n<p><em>2. Appr\u00e9ciation de la Cour<\/em><\/p>\n<p>20. La Cour rappelle avoir d\u00e9j\u00e0 conclu dans de nombreuses affaires \u00e0 la violation de l\u2019article 6\u00a0\u00a7\u00a01 de la Convention apr\u00e8s avoir constat\u00e9 que les juridictions internes avaient ordonn\u00e9 l\u2019exclusion du public des d\u00e9bats en raison de la simple pr\u00e9sence de documents classifi\u00e9s dans un dossier judiciaire sans se livrer \u00e0 une quelconque \u00e9valuation de la n\u00e9cessit\u00e9 d\u2019une telle exclusion par la mise en balance du principe de publicit\u00e9 des d\u00e9bats et des imp\u00e9ratifs de protection de l\u2019ordre public et de la s\u00e9curit\u00e9 nationale (Belachev c. Russie, no\u00a028617\/03, \u00a7\u00a7\u00a079\u201188, 4\u00a0d\u00e9cembre 2008, Romanova c.\u00a0Russie, no\u00a023215\/02, \u00a7\u00a7\u00a0152\u2011160, 11\u00a0octobre 2011, Raks c. Russie, no\u00a020702\/04, \u00a7\u00a7\u00a043\u201151, 11\u00a0octobre 2011, Pichugin c. Russie, no\u00a038623\/03, \u00a7\u00a7\u00a0185\u2011192, 23\u00a0octobre 2012, et Sheynoyev c. Russie [comit\u00e9], no\u00a065783\/09, \u00a7\u00a7\u00a014\u201116, 25 septembre 2018).<\/p>\n<p>21. En l\u2019occurrence, eu \u00e9gard aux \u00e9l\u00e9ments dont elle dispose, la Cour estime que le Gouvernement n\u2019a mis en avant aucun \u00e9l\u00e9ment de fait ou de droit \u00e0 m\u00eame de la convaincre de parvenir \u00e0 une conclusion diff\u00e9rente en l\u2019esp\u00e8ce.<\/p>\n<p>22. En effet, la Cour rel\u00e8ve tout d\u2019abord que, bien que le requ\u00e9rant ne se soit pas oppos\u00e9 \u00e0 l\u2019examen de son dossier administratif \u00e0 huis clos, il a demand\u00e9 au tribunal de reprendre l\u2019audience publique imm\u00e9diatement apr\u00e8s ledit examen (paragraphes 7\u20118 ci\u2011dessus). Elle consid\u00e8re que, si les autorit\u00e9s pouvaient en principe avoir un int\u00e9r\u00eat l\u00e9gitime \u00e0 pr\u00e9server la confidentialit\u00e9 des documents classifi\u00e9s, notamment ceux contenus dans le dossier administratif du requ\u00e9rant, le tribunal devait limiter l\u2019exclusion du public des d\u00e9bats \u00e0 ce qui \u00e9tait strictement n\u00e9cessaire pour atteindre l\u2019objectif poursuivi. Or aucun \u00e9l\u00e9ment dont dispose la Cour ne fait ressortir qu\u2019il \u00e9tait strictement n\u00e9cessaire d\u2019exclure le public des audiences tenues apr\u00e8s l\u2019examen du dossier administratif du requ\u00e9rant. La Cour note que le tribunal n\u2019a pas envisag\u00e9 de prendre des mesures pour limiter les effets de l\u2019absence de publicit\u00e9 du proc\u00e8s, telle la restriction de l\u2019acc\u00e8s aux seuls documents litigieux ou telle la tenue \u00e0 huis clos de l\u2019audience du 16\u00a0avril 2014 exclusivement alors que pareille possibilit\u00e9 \u00e9tait express\u00e9ment pr\u00e9vue par l\u2019article\u00a0241 \u00a7\u00a03 du CPP (paragraphe 15 ci\u2011dessus). Il \u00e9tait d\u2019autant plus important d\u2019avoir \u00e9gard \u00e0 ces effets que le jugement du 27 mai 2014 n\u2019a pas \u00e9t\u00e9 prononc\u00e9 dans son int\u00e9gralit\u00e9 (paragraphe 11 ci\u2011dessus) et que le public a ainsi \u00e9t\u00e9 priv\u00e9 de la possibilit\u00e9 d\u2019avoir connaissance des \u00e9l\u00e9ments de preuve qui avaient fait l\u2019objet de l\u2019examen judiciaire au cours des audiences tenues entre le 16 avril et le 27\u00a0mai 2014 (paragraphe 10 ci\u2011dessus). La Cour rappelle que la publicit\u00e9 de la proc\u00e9dure des organes judiciaires vis\u00e9s \u00e0 l\u2019article 6\u00a0\u00a7\u00a01 de la Convention prot\u00e8ge les justiciables contre une justice secr\u00e8te \u00e9chappant au contr\u00f4le du public, et qu\u2019elle constitue aussi l\u2019un des moyens de pr\u00e9server la confiance dans les cours et tribunaux (Martinie c.\u00a0France [GC], no\u00a058675\/00, \u00a7\u00a039, CEDH 2006\u2011VI).<\/p>\n<p>23. Par cons\u00e9quent, la Cour estime que l\u2019exclusion du public du proc\u00e8s dirig\u00e9 contre le requ\u00e9rant, notamment apr\u00e8s l\u2019examen des documents classifi\u00e9s lors de l\u2019audience du 16 avril 2014, ne pouvait passer pour justifi\u00e9e au regard des circonstances de l\u2019esp\u00e8ce.<\/p>\n<p>24. Enfin, la Cour rappelle qu\u2019une juridiction sup\u00e9rieure peut, dans certains cas, effacer le vice ayant entach\u00e9 la proc\u00e9dure devant le tribunal de premi\u00e8re instance (Riepan c.\u00a0Autriche, no\u00a035115\/97, \u00a7\u00a040, CEDH 2000\u2011XII). Il peut ainsi \u00eatre rem\u00e9di\u00e9 \u00e0 un d\u00e9faut de publicit\u00e9 devant le tribunal de premi\u00e8re instance par l\u2019instance d\u2019appel si cette derni\u00e8re proc\u00e8de \u00e0 un r\u00e9examen complet de l\u2019affaire de sorte que l\u2019ensemble des preuves soit produit en pr\u00e9sence de l\u2019accus\u00e9, dans le cadre d\u2019une audience publique et contradictoire (Riepan, pr\u00e9cit\u00e9, \u00a7\u00a041, et Krestovskiy c. Russie, no\u00a014040\/03, \u00a7\u00a7\u00a034\u201135, 28 octobre 2010). Or, en l\u2019occurrence, la cour r\u00e9gionale d\u2019Arkhangelsk n\u2019a pas proc\u00e9d\u00e9 \u00e0 un tel r\u00e9examen et n\u2019a donc pas rem\u00e9di\u00e9 au d\u00e9faut de publicit\u00e9 d\u2019une partie du proc\u00e8s p\u00e9nal conduit devant le tribunal de premi\u00e8re instance (paragraphe 14 ci\u2011dessus).<\/p>\n<p>25. Partant, il y a eu violation de l\u2019article 6\u00a0\u00a7\u00a01 de la Convention.<\/p>\n<p>II. SUR L\u2019APPLICATION DE L\u2019ARTICLE\u00a041 DE LA CONVENTION<\/p>\n<p>26. Aux termes de l\u2019article 41 de la Convention\u00a0:<\/p>\n<p>\u00ab\u00a0Si la Cour d\u00e9clare qu\u2019il y a eu violation de la Convention ou de ses Protocoles, et si le droit interne de la Haute Partie contractante ne permet d\u2019effacer qu\u2019imparfaitement les cons\u00e9quences de cette violation, la Cour accorde \u00e0 la partie l\u00e9s\u00e9e, s\u2019il y a lieu, une satisfaction \u00e9quitable.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p><strong>A. Dommage<\/strong><\/p>\n<p>27. Le requ\u00e9rant demande 1\u00a0000\u00a0000 roubles russes (RUB) pour le dommage moral qu\u2019il estime avoir subi. Il r\u00e9clame en outre 501\u00a0631\u00a0RUB au titre du pr\u00e9judice mat\u00e9riel qu\u2019il dit avoir subi \u00e0 raison d\u2019un manque \u00e0 gagner induit par sa condamnation p\u00e9nale et de l\u2019engagement de frais m\u00e9dicaux pendant le proc\u00e8s p\u00e9nal.<\/p>\n<p>28. Le Gouvernement indique que le requ\u00e9rant n\u2019a pas soumis de documents pertinents pour \u00e9tayer sa demande pour dommage mat\u00e9riel. En ce qui concerne le dommage moral, il s\u2019en remet \u00e0 la sagesse de la Cour.<\/p>\n<p>29. La Cour ne distingue aucun lien de causalit\u00e9 entre la violation constat\u00e9e et le dommage mat\u00e9riel all\u00e9gu\u00e9. Elle rejette donc la demande soumise \u00e0 ce titre. Pour ce qui est de la demande pour dommage moral, la Cour estime que le constat de violation constitue \u00e0 son \u00e9gard une satisfaction \u00e9quitable suffisante. Elle rappelle que, lorsqu\u2019un requ\u00e9rant a \u00e9t\u00e9 condamn\u00e9 en d\u00e9pit d\u2019un potentiel manquement \u00e0 ses droits tels que garantis par l\u2019article 6 de la Convention, il doit, dans toute la mesure du possible, \u00eatre replac\u00e9 dans la situation o\u00f9 il se serait trouv\u00e9 si les exigences de cette disposition n\u2019avaient pas \u00e9t\u00e9 m\u00e9connues, et un nouveau proc\u00e8s ou la r\u00e9ouverture de la proc\u00e9dure, \u00e0 la demande de l\u2019int\u00e9ress\u00e9, repr\u00e9sente en principe le moyen le plus appropri\u00e9 de redresser la violation constat\u00e9e (Sakhnovski c. Russie [GC], no\u00a021272\/03, \u00a7\u00a0112, 2\u00a0novembre 2010). La Cour note \u00e0 ce propos que l\u2019article 413 du CPP dispose qu\u2019une instance p\u00e9nale peut \u00eatre rouverte si la Cour constate une violation de la Convention (ibidem).<\/p>\n<p><strong>B. Frais et d\u00e9pens<\/strong><\/p>\n<p>30. Le requ\u00e9rant r\u00e9clame 2\u00a0005\u00a0906,80 RUB au titre des frais et d\u00e9pens qu\u2019il dit avoir engag\u00e9s devant les instances nationales et devant la Cour.<\/p>\n<p>31. Le Gouvernement soutient que le requ\u00e9rant n\u2019a pas d\u00e9montr\u00e9 que les frais engag\u00e9s \u00e9taient n\u00e9cessaires et raisonnables quant \u00e0 leur taux.<\/p>\n<p>32. Compte tenu des documents dont elle dispose et de sa jurisprudence, la Cour juge raisonnable d\u2019allouer au requ\u00e9rant la somme de 2\u00a0500 EUR, tous frais confondus.<\/p>\n<p><strong>C. Int\u00e9r\u00eats moratoires<\/strong><\/p>\n<p>33. La Cour juge appropri\u00e9 de calquer le taux des int\u00e9r\u00eats moratoires sur le taux d\u2019int\u00e9r\u00eat de la facilit\u00e9 de pr\u00eat marginal de la Banque centrale europ\u00e9enne major\u00e9 de trois points de pourcentage.<\/p>\n<p><strong>PAR CES MOTIFS, LA COUR, \u00c0 L\u2019UNANIMIT\u00c9,<\/strong><\/p>\n<p>1. D\u00e9clare la requ\u00eate recevable\u00a0;<\/p>\n<p>2. Dit qu\u2019il y a eu violation de l\u2019article 6\u00a0\u00a7\u00a01 de la Convention\u00a0;<\/p>\n<p>3. Dit\u00a0que le constat de violation constitue en lui-m\u00eame une satisfaction \u00e9quitable suffisante pour le dommage moral subi par le requ\u00e9rant\u00a0;<\/p>\n<p>4. Dit,<\/p>\n<p>a) que l\u2019\u00c9tat d\u00e9fendeur doit verser au requ\u00e9rant, dans un d\u00e9lai de trois mois, 2\u00a0500 EUR (deux mille cinq cents euros), plus tout montant pouvant \u00eatre d\u00fb sur cette somme par le requ\u00e9rant \u00e0 titre d\u2019imp\u00f4t, pour frais et d\u00e9pens,\u00e0 convertir dans la monnaie de l\u2019\u00c9tat d\u00e9fendeur au taux applicable \u00e0 la date du r\u00e8glement ;<\/p>\n<p>b) qu\u2019\u00e0 compter de l\u2019expiration dudit d\u00e9lai et jusqu\u2019au versement, ces montants seront \u00e0 majorer d\u2019un int\u00e9r\u00eat simple \u00e0 un taux \u00e9gal \u00e0 celui de la facilit\u00e9 de pr\u00eat marginal de la Banque centrale europ\u00e9enne applicable pendant cette p\u00e9riode, augment\u00e9 de trois points de pourcentage\u00a0;<\/p>\n<p>5. Rejette la demande de satisfaction \u00e9quitable pour le surplus.<\/p>\n<p>Fait en fran\u00e7ais, puis communiqu\u00e9 par \u00e9crit le 13 octobre 2020, en application de l\u2019article\u00a077\u00a0\u00a7\u00a7\u00a02 et\u00a03 du r\u00e8glement.<\/p>\n<p>Olga Chernishova \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 Georgios A. Serghides<br \/>\nGreffi\u00e8re adjointe \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 Pr\u00e9sident<\/p>\n<div class=\"social-share-buttons\"><a href=\"https:\/\/www.facebook.com\/sharer\/sharer.php?u=https:\/\/loisdumonde.com\/?p=85\" target=\"_blank\" rel=\"noopener\">Facebook<\/a><a href=\"https:\/\/twitter.com\/intent\/tweet?url=https:\/\/loisdumonde.com\/?p=85&text=AFFAIRE+KREKHALEV+c.+RUSSIE+%28Cour+europ%C3%A9enne+des+droits+de+l%E2%80%99homme%29\" target=\"_blank\" rel=\"noopener\">Twitter<\/a><a href=\"https:\/\/www.linkedin.com\/shareArticle?url=https:\/\/loisdumonde.com\/?p=85&title=AFFAIRE+KREKHALEV+c.+RUSSIE+%28Cour+europ%C3%A9enne+des+droits+de+l%E2%80%99homme%29\" target=\"_blank\" rel=\"noopener\">LinkedIn<\/a><a href=\"https:\/\/pinterest.com\/pin\/create\/button\/?url=https:\/\/loisdumonde.com\/?p=85&description=AFFAIRE+KREKHALEV+c.+RUSSIE+%28Cour+europ%C3%A9enne+des+droits+de+l%E2%80%99homme%29\" target=\"_blank\" rel=\"noopener\">Pinterest<\/a><\/div>","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>TROISI\u00c8ME SECTION AFFAIRE KREKHALEV c. 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