{"id":828,"date":"2021-09-15T13:36:49","date_gmt":"2021-09-15T13:36:49","guid":{"rendered":"https:\/\/loisdumonde.com\/?p=828"},"modified":"2021-09-15T13:44:14","modified_gmt":"2021-09-15T13:44:14","slug":"decision-sur-la-competence-de-la-cour-pour-rendre-un-avis-consultatif-au-titre-de-larticle-29-de-la-convention-doviedo","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/loisdumonde.com\/?p=828","title":{"rendered":"D\u00e9cision sur la comp\u00e9tence de la Cour pour rendre un avis consultatif au titre de l\u2019article 29 de la Convention d\u2019Oviedo"},"content":{"rendered":"<p>D\u00e9cision sur la comp\u00e9tence de la Cour pour rendre un avis consultatif au titre de l\u2019article 29 de la Convention d\u2019Oviedo. <a href=\"https:\/\/loisdumonde.com\/wp-content\/uploads\/2021\/09\/D-cision-sur-la-comp-tence-de-la-Cour-pour-rendre-un-avis-consultatif-au-titre-de-larticle-29-de-la-Convention-dOviedo.pdf\" target=\"_blank\" rel=\"noopener\">PDF<\/a>, <a href=\"https:\/\/loisdumonde.com\/wp-content\/uploads\/2021\/09\/D-cision-sur-la-comp-tence-de-la-Cour-pour-rendre-un-avis-consultatif-au-titre-de-larticle-29-de-la-Convention-dOviedo.docx\">WORD<\/a>.<!--more--><\/p>\n<p style=\"text-align: center;\">GRANDE CHAMBRE<br \/>\nD\u00c9CISION<\/p>\n<p style=\"text-align: center;\"><strong>Demande d\u2019avis consultatif au titre de l\u2019article\u00a029 de la Convention pour la protection des droits de l\u2019homme et de la dignit\u00e9 de l\u2019\u00eatre humain \u00e0 l\u2019\u00e9gard des applications de la biologie et de la m\u00e9decine\u00a0: Convention sur les droits de l\u2019homme et la biom\u00e9decine<\/strong><\/p>\n<p style=\"text-align: center;\">STRASBOURG<br \/>\n15 septembre 2021<\/p>\n<p>La Cour europ\u00e9enne des droits de l\u2019homme, si\u00e9geant en une Grande Chambre compos\u00e9e de\u00a0:<\/p>\n<p>Robert Spano, pr\u00e9sident,<br \/>\nJon Fridrik Kj\u00f8lbro,<br \/>\nKsenija Turkovi\u0107,<br \/>\nPaul Lemmens,<br \/>\nS\u00edofra O\u2019Leary,<br \/>\nYonko Grozev,<br \/>\nCarlo Ranzoni,<br \/>\nArmen Harutyunyan,<br \/>\nGabriele Kucsko-Stadlmayer,<br \/>\nAlena Pol\u00e1\u010dkov\u00e1,<br \/>\nMarko Bo\u0161njak,<br \/>\nTim Eicke,<br \/>\nJovan Ilievski,<br \/>\nLado Chanturia,<br \/>\nMaria El\u00f3segui,<br \/>\nRaffaele Sabato,<br \/>\nLorraine Schembri Orland, juges,<br \/>\net de Johan Callewaert, greffier adjoint de la Grande Chambre,<\/p>\n<p>Apr\u00e8s en avoir d\u00e9lib\u00e9r\u00e9 en chambre du conseil les 10\u00a0f\u00e9vrier et 9\u00a0juin 2021,<\/p>\n<p>Rend la d\u00e9cision que voici, adopt\u00e9e \u00e0 cette derni\u00e8re date\u00a0:<\/p>\n<p><strong>PROC\u00c9DURE<\/strong><\/p>\n<p>1. Par une lettre du 3\u00a0d\u00e9cembre 2019, le pr\u00e9sident du Comit\u00e9 de Bio\u00e9thique du Conseil de l\u2019Europe (\u00ab\u00a0le DH-BIO\u00a0\u00bb) a inform\u00e9 le pr\u00e9sident de la Cour europ\u00e9enne des droits de l\u2019homme (\u00ab\u00a0la Cour\u00a0\u00bb) de la d\u00e9cision du Comit\u00e9, adopt\u00e9e dans sa composition restreinte aux repr\u00e9sentants des Parties \u00e0 la Convention pour la protection des droits de l\u2019homme et de la dignit\u00e9 de l\u2019\u00eatre humain \u00e0 l\u2019\u00e9gard des applications de la biologie et de la m\u00e9decine\u00a0: Convention sur les droits de l\u2019homme et la biom\u00e9decine (\u00ab\u00a0la Convention d\u2019Oviedo\u00a0\u00bb), de demander \u00e0 la Cour un avis consultatif au titre de l\u2019article\u00a029 de la Convention d\u2019Oviedo. La demande \u00e9tait ainsi libell\u00e9e\u00a0:<\/p>\n<p>\u00ab\u00a0Conform\u00e9ment \u00e0 l\u2019article\u00a029 de la Convention sur les droits de l\u2019homme et la biom\u00e9decine (STE no\u00a0164, \u00ab\u00a0la Convention d\u2019Oviedo\u00a0\u00bb), le Comit\u00e9 de bio\u00e9thique, dans sa composition restreinte aux repr\u00e9sentants des Parties \u00e0 la Convention d\u2019Oviedo, demande \u00e0 la Cour europ\u00e9enne des droits de l\u2019homme de donner un avis consultatif sur les questions juridiques suivantes relatives \u00e0 l\u2019interpr\u00e9tation de la Convention d\u2019Oviedo, vu la Convention europ\u00e9enne des droits de l\u2019homme, la jurisprudence pertinente de la Cour europ\u00e9enne des droits de l\u2019homme et la Convention d\u2019Oviedo\u00a0:<\/p>\n<p>1) \u00c0 la lumi\u00e8re de l\u2019objectif de la Convention d\u2019Oviedo de \u00ab\u00a0[garantir] \u00e0 toute personne, sans discrimination, le respect de son int\u00e9grit\u00e9\u00a0\u00bb (Article\u00a01 de la Convention d\u2019Oviedo), quelles sont les \u00ab\u00a0conditions de protection\u00a0\u00bb vis\u00e9es \u00e0 l\u2019article\u00a07 de la Convention d\u2019Oviedo qui doivent \u00eatre pr\u00e9vues par la loi dans les \u00c9tats membres pour r\u00e9pondre aux exigences minimales de protection\u00a0?<\/p>\n<p>2) Dans le cas du traitement d\u2019un trouble mental sans le consentement de la personne concern\u00e9e dans le but de prot\u00e9ger autrui contre un pr\u00e9judice grave (voir l\u2019article\u00a026 \u00a7\u00a01 de la Convention d\u2019Oviedo), qui ne rel\u00e8ve donc pas du champ d\u2019application de l\u2019article\u00a07 de la Convention d\u2019Oviedo, les m\u00eames conditions de protection que celles mentionn\u00e9es dans la question 1) devraient-elles s\u2019appliquer\u00a0?\u00a0\u00bb<\/p>\n<p>2. \u00c0 l\u2019appui de sa demande, le DH-BIO a donn\u00e9 l\u2019explication suivante\u00a0:<\/p>\n<p>\u00ab\u00a0Les deux questions visent \u00e0 clarifier certains aspects de l\u2019interpr\u00e9tation juridique de l\u2019article\u00a07 de la Convention d\u2019Oviedo, dans le but d\u2019\u00e9clairer les actuels et futurs travaux du DH-BIO en la mati\u00e8re.<\/p>\n<p>La premi\u00e8re question propos\u00e9e a pour objectif d\u2019obtenir des \u00e9claircissements, fond\u00e9s sur l\u2019ensemble de la jurisprudence pertinente de la Cour, quant aux exigences auxquelles doivent r\u00e9pondre ces \u00ab\u00a0conditions de protection\u00a0\u00bb vis\u00e9es \u00e0 l\u2019article\u00a07 pour prot\u00e9ger efficacement les droits de l\u2019homme de la personne concern\u00e9e et prot\u00e9ger son int\u00e9grit\u00e9.<\/p>\n<p>L\u2019article\u00a07 de la Convention d\u2019Oviedo limite express\u00e9ment le traitement involontaire d\u2019une personne souffrant d\u2019un trouble mental dans le cas o\u00f9 un tel traitement est n\u00e9cessaire pour pr\u00e9venir un pr\u00e9judice grave pour la sant\u00e9 de cette personne. Ainsi, l\u2019article 7 ne pr\u00e9voit pas de traitement involontaire dans les cas o\u00f9 un tel traitement peut \u00eatre n\u00e9cessaire pour \u00e9viter tout pr\u00e9judice grave \u00e0 autrui.<\/p>\n<p>Selon le paragraphe\u00a0151 du rapport explicatif de la Convention d\u2019Oviedo, \u00ab\u00a0[l]a personne qui, en raison de ses troubles mentaux, repr\u00e9sente une menace d\u2019atteinte grave \u00e0 la s\u00e9curit\u00e9 des autres peut, conform\u00e9ment \u00e0 la loi, \u00eatre l\u2019objet sans son accord d\u2019une mesure de placement ou de traitement. Dans ce cas, en plus des cas vis\u00e9s \u00e0 l\u2019article\u00a07, la restriction fond\u00e9e sur des motifs de protection des droits et libert\u00e9s d\u2019autrui peut \u00eatre applicable\u00a0\u00bb.<\/p>\n<p>La deuxi\u00e8me question vise \u00e0 pr\u00e9ciser les conditions de protection applicables dans ce cas par rapport \u00e0 celles vis\u00e9es \u00e0 l\u2019article\u00a07.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p>3. En l\u2019absence de r\u00e8gles r\u00e9gissant sp\u00e9cifiquement ce type de proc\u00e9dure, le pr\u00e9sident de la Cour a d\u00e9cid\u00e9 qu\u2019il convenait d\u2019appliquer par analogie le chapitre IX du r\u00e8glement de la Cour. Le greffier a, par une lettre du 23\u00a0juin 2020, inform\u00e9 les Parties contractantes \u00e0 la Convention europ\u00e9enne des droits de l\u2019homme (\u00ab\u00a0la Convention\u00a0\u00bb) qu\u2019elles pouvaient soumettre \u00e0 la Cour des observations \u00e9crites concernant cette demande (article\u00a084 \u00a7\u00a02 du r\u00e8glement). Les Parties contractantes ont \u00e9t\u00e9 invit\u00e9es \u00e0 se prononcer sur la question de la comp\u00e9tence de la Cour, \u00e0 soumettre leurs observations sur la demande formul\u00e9e par le DH-BIO et \u00e0 fournir des informations concernant leur droit et leur pratique internes pertinents, notamment sur le point de savoir si une personne qui souffre d\u2019un trouble mental grave pourrait \u00eatre soumise, sans son consentement, \u00e0 un traitement qui vise \u00e0 prot\u00e9ger autrui contre un pr\u00e9judice grave et, dans l\u2019affirmative, si cette possibilit\u00e9 trouve une base l\u00e9gale dans l\u2019article\u00a026 \u00a7\u00a01 de la Convention d\u2019Oviedo.<\/p>\n<p>4. Des observations ont \u00e9t\u00e9 re\u00e7ues des gouvernements albanais, andorran, arm\u00e9nien, azerba\u00efdjanais, chypriote, estonien, finlandais, fran\u00e7ais, grec, hongrois, italien, letton, lituanien, luxembourgeois, n\u00e9erlandais, norv\u00e9gien, polonais, portugais, roumain, russe, slov\u00e8ne, suisse, tch\u00e8que, turc et ukrainien. Ces observations ont \u00e9t\u00e9 communiqu\u00e9es au DH-BIO et \u00e0 toutes les Parties contractantes (article\u00a085 \u00a7\u00a02 du r\u00e8glement, par analogie).<\/p>\n<p>5. Le pr\u00e9sident a autoris\u00e9 les organisations de la soci\u00e9t\u00e9 civile suivantes \u00e0 intervenir dans la proc\u00e9dure\u00a0: Validity\u00a0; l\u2019International Disability Alliance, le Forum europ\u00e9en des personnes handicap\u00e9es, Inclusion Europe, Autisme\u2011Europe et Mental Health Europe (conjointement)\u00a0; et le Center for Human Rights of Users and Survivors of Psychiatry. Leurs observations \u00e9crites ont \u00e9t\u00e9 communiqu\u00e9es au DH-BIO et \u00e0 toutes les Parties contractantes. Les organisations intervenantes ont \u00e9galement re\u00e7u une copie des observations des Parties contractantes (article\u00a044 \u00a7\u00a7\u00a03-6, par analogie).<\/p>\n<p>6. La demande a \u00e9t\u00e9 attribu\u00e9e \u00e0 la Grande Chambre de la Cour. La composition de la Grande Chambre a \u00e9t\u00e9 arr\u00eat\u00e9e conform\u00e9ment aux articles\u00a026 de la Convention et 24 du r\u00e8glement, mutatis mutandis.<\/p>\n<p><strong>I. LE CONTEXTE DANS LEQUEL S\u2019INSCRIT LA DEMANDE<\/strong><\/p>\n<p><strong>A. La Convention d\u2019Oviedo et sa gen\u00e8se<\/strong><\/p>\n<p>7. Ouverte \u00e0 la signature le 4\u00a0avril 1997, la Convention d\u2019Oviedo a \u00e9t\u00e9 \u00e9labor\u00e9e dans le but d\u2019offrir un cadre commun de protection des droits de l\u2019homme et de la dignit\u00e9 de l\u2019\u00eatre humain \u00e0 l\u2019\u00e9gard des applications de la biologie et de la m\u00e9decine tant dans les domaines \u00e9tablis de longue date que dans ceux en \u00e9volution. Il ressort clairement de ce texte, en particulier de son titre, de son pr\u00e9ambule ainsi que de son objet et de son but tels qu\u2019\u00e9nonc\u00e9s dans son premier article, qu\u2019il a beaucoup en commun avec la Convention. \u00c0 cet \u00e9gard, le rapport explicatif de la Convention d\u2019Oviedo, dans son paragraphe\u00a09, \u00e9nonce ce qui suit\u00a0:<\/p>\n<p>\u00ab\u00a0Non seulement la philosophie des deux textes, mais aussi nombre de principes \u00e9thiques et de notions juridiques sont communs. Ainsi, la pr\u00e9sente Convention d\u00e9veloppe-t-elle certains des principes qui figurent dans la Convention europ\u00e9enne des droits de l\u2019homme.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p>8. La Convention d\u2019Oviedo est entr\u00e9e en vigueur le 1er\u00a0d\u00e9cembre 1999, apr\u00e8s avoir obtenu le nombre de ratifications n\u00e9cessaire (cinq \u00c9tats, tous membres du Conseil de l\u2019Europe \u2013 article\u00a033 \u00a7\u00a03). \u00c0 la date o\u00f9 la pr\u00e9sente d\u00e9cision a \u00e9t\u00e9 adopt\u00e9e, les vingt-neuf \u00c9tats suivants \u00e9taient parties \u00e0 la Convention d\u2019Oviedo\u00a0: l\u2019Albanie, la Bosnie-Herz\u00e9govine, la Bulgarie, Chypre, la Croatie, le Danemark, l\u2019Espagne, l\u2019Estonie, la Finlande, la France, la G\u00e9orgie, la Gr\u00e8ce, la Hongrie, l\u2019Islande, la Lettonie, la Lituanie, la Mac\u00e9doine du Nord, le Mont\u00e9n\u00e9gro, la Norv\u00e8ge, le Portugal, la R\u00e9publique de Moldova, la R\u00e9publique tch\u00e8que, la Roumanie, Saint\u2011Marin, la Serbie, la Slovaquie, la Slov\u00e9nie, la Suisse et la Turquie. La Convention d\u2019Oviedo est \u00e9galement ouverte \u00e0 la signature des \u00c9tats non membres qui ont particip\u00e9 \u00e0 son \u00e9laboration et de l\u2019Union europ\u00e9enne (article\u00a033 \u00a7\u00a01), ainsi qu\u2019\u00e0 tout autre \u00c9tat tiers conform\u00e9ment \u00e0 la proc\u00e9dure d\u00e9finie \u00e0 l\u2019article\u00a034. \u00c0 ce jour, aucun \u00c9tat tiers n\u2019y a adh\u00e9r\u00e9.<\/p>\n<p>9. L\u2019article\u00a029 de la Convention d\u2019Oviedo est ainsi libell\u00e9\u00a0:<\/p>\n<p><strong>Article\u00a029 \u2013 Interpr\u00e9tation de la Convention<\/strong><\/p>\n<p>\u00ab\u00a0La Cour europ\u00e9enne des droits de l\u2019homme peut donner, en dehors de tout litige concret se d\u00e9roulant devant une juridiction, des avis consultatifs sur des questions juridiques concernant l\u2019interpr\u00e9tation de la pr\u00e9sente Convention \u00e0 la demande\u00a0:<\/p>\n<p>\u2013 du Gouvernement d\u2019une Partie, apr\u00e8s en avoir inform\u00e9 les autres Parties\u00a0;<\/p>\n<p>\u2013 du Comit\u00e9 institu\u00e9 par l\u2019article\u00a032, dans sa composition restreinte aux Repr\u00e9sentants des Parties \u00e0 la pr\u00e9sente Convention, par d\u00e9cision prise \u00e0 la majorit\u00e9 des deux tiers des voix exprim\u00e9es.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p>10. L\u2019article\u00a031 de la Convention d\u2019Oviedo est ainsi libell\u00e9 en sa partie pertinente\u00a0:<\/p>\n<p><strong>Article\u00a031 \u2013 Protocoles<\/strong><\/p>\n<p>\u00ab\u00a0Des protocoles peuvent \u00eatre \u00e9labor\u00e9s conform\u00e9ment aux dispositions de l\u2019article\u00a032, en vue de d\u00e9velopper, dans des domaines sp\u00e9cifiques, les principes contenus dans la pr\u00e9sente Convention.<\/p>\n<p>(&#8230;)\u00a0\u00bb<\/p>\n<p>11. L\u2019article\u00a032 de la Convention d\u2019Oviedo est ainsi libell\u00e9 en ses parties pertinentes\u00a0:<\/p>\n<p><strong>Article\u00a032 \u2013 Amendements \u00e0 la Convention<\/strong><\/p>\n<p>\u00ab\u00a01. Les t\u00e2ches confi\u00e9es au \u00ab\u00a0comit\u00e9\u00a0\u00bb dans le pr\u00e9sent article et dans l\u2019article\u00a029 sont effectu\u00e9es par le Comit\u00e9 directeur pour la bio\u00e9thique (CDBI), ou par tout autre comit\u00e9 d\u00e9sign\u00e9 \u00e0 cette fin par le Comit\u00e9 des Ministres.<\/p>\n<p>2. Sans pr\u00e9judice des dispositions sp\u00e9cifiques de l\u2019article\u00a029, tout \u00c9tat membre du Conseil de l\u2019Europe ainsi que toute Partie \u00e0 la pr\u00e9sente Convention qui n\u2019est pas membre du Conseil de l\u2019Europe peut se faire repr\u00e9senter au sein du comit\u00e9, lorsque celui-ci accomplit les t\u00e2ches confi\u00e9es par la pr\u00e9sente Convention, et y dispose d\u2019une voix.<\/p>\n<p>(&#8230;)\u00a0\u00bb<\/p>\n<p>\u00c0 la suite de la r\u00e9organisation des instances intergouvernementales au Conseil de l\u2019Europe, le Comit\u00e9 directeur pour la bio\u00e9thique susmentionn\u00e9 a \u00e9t\u00e9 remplac\u00e9, le 1er\u00a0janvier 2012, par le DH-BIO qui, depuis cette date, est le comit\u00e9 d\u00e9sign\u00e9 au sens de l\u2019article\u00a032 \u00a7\u00a01 de la Convention d\u2019Oviedo.<\/p>\n<p>12. S\u2019agissant de la premi\u00e8re fois qu\u2019une demande d\u2019avis consultatif est soumise \u00e0 la Cour au titre de l\u2019article\u00a029, celle-ci juge utile d\u2019\u00e9voquer la gen\u00e8se de cette disposition.<\/p>\n<p>13. Les travaux pr\u00e9paratoires (publi\u00e9s par le Conseil de l\u2019Europe sous la r\u00e9f\u00e9rence CDBI\/INF (2000) 1) indiquent que l\u2019id\u00e9e de conf\u00e9rer \u00e0 la Cour un r\u00f4le \u00e0 l\u2019\u00e9gard de ce qui devait devenir la Convention d\u2019Oviedo a \u00e9t\u00e9 initialement discut\u00e9e mi-1994 avec les repr\u00e9sentants de la Cour, notamment. Lors de cette discussion initiale, ceux-ci accueillirent favorablement un possible r\u00f4le interpr\u00e9tatif de la Cour (op. cit., p.\u00a0119). En 1995, l\u2019Assembl\u00e9e parlementaire du Conseil de l\u2019Europe adopta l\u2019avis 184 sur le projet de Convention de bio\u00e9thique, dans lequel \u00e9tait propos\u00e9e l\u2019institution d\u2019\u00ab\u00a0un organe de contr\u00f4le en liaison avec la Cour europ\u00e9enne des droits de l\u2019homme\u00a0\u00bb, charg\u00e9 de surveiller l\u2019application de la nouvelle convention et d\u2019en interpr\u00e9ter le texte. Les r\u00e9dacteurs de la convention \u00e9tablirent le projet de disposition qui suit (qui devint l\u2019article\u00a028 du projet de convention)\u00a0:<\/p>\n<p>\u00ab\u00a0Les Parties \u00e0 la pr\u00e9sente Convention membres du Conseil de l\u2019Europe [et la Communaut\u00e9 europ\u00e9enne] peuvent d\u00e9clarer \u00e0 tout moment qu\u2019elles acceptent la comp\u00e9tence de la Cour europ\u00e9enne des droits de l\u2019homme pour statuer sur l\u2019interpr\u00e9tation de [certaines dispositions de] la pr\u00e9sente Convention \u00e0 la demande\u00a0:<\/p>\n<p>\u2013 du Gouvernement d\u2019une Partie [ou de la Commission europ\u00e9enne si la Communaut\u00e9 est Partie],<\/p>\n<p>\u2013 \u00e0 titre pr\u00e9judiciel, d\u2019une juridiction d\u2019une Partie,<\/p>\n<p>\u2013 du Comit\u00e9 des Ministres du Conseil de l\u2019Europe.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p>14. La Cour r\u00e9pondit \u00e0 cette proposition par un avis rendu le 6\u00a0novembre 1995 (Cour (95) 413). Dans cet avis, elle se f\u00e9licitait de mani\u00e8re g\u00e9n\u00e9rale du projet et observait que \u00ab\u00a0[v]u son objet et sa finalit\u00e9, cette convention s\u2019inscrit dans le droit fil de la Convention europ\u00e9enne des droits de l\u2019homme, dont elle partage non seulement la philosophie mais aussi certaines notions juridiques\u00a0\u00bb.<\/p>\n<p>Elle poursuivait ainsi\u00a0:<\/p>\n<p>\u00ab\u00a0Plusieurs de[s] dispositions [du projet de convention] et notamment les quelques notions juridiques qu\u2019[il] a en commun avec la Convention des droits de l\u2019homme se pr\u00eatent facilement \u00e0 des interpr\u00e9tations divergentes. On comprend d\u00e8s lors le souci de ses auteurs d\u2019instituer un syst\u00e8me qui permettrait d\u2019obtenir, au sujet desdites dispositions, une interpr\u00e9tation uniforme faisant autorit\u00e9 pour tous les \u00c9tats contractants. L\u2019exercice de cette fonction par la Cour europ\u00e9enne des droits de l\u2019homme devrait permettre d\u2019atteindre ce but et \u00e9viter en m\u00eame temps les divergences de compr\u00e9hension et d\u2019interpr\u00e9tation de quelques termes et concepts communs \u00e0 la Convention bio\u00e9thique et \u00e0 la Convention des droits de l\u2019homme.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p>La Cour se d\u00e9clarait favorable au principe d\u2019assumer une comp\u00e9tence interpr\u00e9tative dans ce domaine mais n\u2019estimait pas opportun de statuer \u00e0 titre pr\u00e9judiciel. Elle pr\u00e9cisait qu\u2019elle devrait \u00eatre saisie en dehors de tout litige concret se d\u00e9roulant devant une juridiction interne, ce qui \u00ab\u00a0r\u00e9duirait sensiblement le risque d\u2019une interpr\u00e9tation de nature \u00e0 g\u00eaner la Cour ult\u00e9rieurement si elle \u00e9tait saisie des faits de la cause ayant provoqu\u00e9 la demande pr\u00e9judicielle dans le cadre de la Convention des droits de l\u2019homme\u00a0\u00bb.<\/p>\n<p>15. Au lieu du libell\u00e9 propos\u00e9 (\u00ab\u00a0pour statuer sur l\u2019interpr\u00e9tation de [certaines dispositions de] la pr\u00e9sente Convention\u00a0\u00bb), la Cour sugg\u00e9rait une formule analogue \u00e0 celle figurant \u00e0 l\u2019article\u00a01 du Protocole no\u00a02 \u00e0 la Convention des droits de l\u2019homme (d\u00e9sormais l\u2019article\u00a047 de la Convention)\u00a0: \u00ab\u00a0pour donner, en dehors de tout litige concret se d\u00e9roulant devant une juridiction interne (&#8230;), des avis consultatifs sur des questions juridiques concernant l\u2019interpr\u00e9tation de [certaines dispositions de] la pr\u00e9sente Convention (&#8230;)\u00a0\u00bb. Cette formulation fut accept\u00e9e par les r\u00e9dacteurs mais les mots plac\u00e9s entre crochets furent supprim\u00e9s afin que, \u00e9tant entendu que la proc\u00e9dure se limiterait \u00e0 des questions juridiques, la consultation puisse s\u2019effectuer sur toute question juridique concernant la Convention d\u2019Oviedo. Certaines autres modifications furent apport\u00e9es au texte sur lequel la Cour avait \u00e9t\u00e9 consult\u00e9e (CDBI\/INF (2000) 1, pp.\u00a0120-121), mais elles ne sont pas importantes aux fins de l\u2019examen de la pr\u00e9sente demande. Le libell\u00e9 d\u00e9finitif du texte fut adopt\u00e9 par une large majorit\u00e9 de d\u00e9l\u00e9gations (25\u00a0voix pour, 1\u00a0contre et 8 abstentions). Les travaux pr\u00e9paratoires ne pr\u00e9cisent pas les raisons ayant justifi\u00e9 la voix contre et les abstentions.<\/p>\n<p>16. L\u2019article\u00a07 de la Convention d\u2019Oviedo, qui fait l\u2019objet de la premi\u00e8re question pos\u00e9e par le DH-BIO, figure au chapitre II de ce trait\u00e9. Portant sur le consentement, ce chapitre \u00e9nonce tout d\u2019abord une r\u00e8gle g\u00e9n\u00e9rale en la mati\u00e8re\u00a0:<\/p>\n<p><strong>Article\u00a05 \u2013 R\u00e8gle g\u00e9n\u00e9rale<\/strong><\/p>\n<p>\u00ab\u00a0Une intervention dans le domaine de la sant\u00e9 ne peut \u00eatre effectu\u00e9e qu\u2019apr\u00e8s que la personne concern\u00e9e y a donn\u00e9 son consentement libre et \u00e9clair\u00e9.<\/p>\n<p>Cette personne re\u00e7oit pr\u00e9alablement une information ad\u00e9quate quant au but et \u00e0 la nature de l\u2019intervention ainsi que quant \u00e0 ses cons\u00e9quences et ses risques.<\/p>\n<p>La personne concern\u00e9e peut, \u00e0 tout moment, librement retirer son consentement.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p>L\u2019article\u00a07 \u00e9tablit une exception \u00e0 la r\u00e8gle g\u00e9n\u00e9rale ci-dessus. Il dispose ce qui suit\u00a0:<\/p>\n<p><strong>Article\u00a07 \u2013 Protection des personnes souffrant d\u2019un trouble mental<\/strong><\/p>\n<p>\u00ab\u00a0La personne qui souffre d\u2019un trouble mental grave ne peut \u00eatre soumise, sans son consentement, \u00e0 une intervention ayant pour objet de traiter ce trouble que lorsque l\u2019absence d\u2019un tel traitement risque d\u2019\u00eatre gravement pr\u00e9judiciable \u00e0 sa sant\u00e9 et sous r\u00e9serve des conditions de protection pr\u00e9vues par la loi comprenant des proc\u00e9dures de surveillance et de contr\u00f4le ainsi que des voies de recours.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p>17. La gen\u00e8se de cette disposition, pour autant qu\u2019elle est pertinente aux fins de la question ici examin\u00e9e, peut \u00eatre r\u00e9sum\u00e9e comme suit. Les travaux pr\u00e9paratoires (CDBI\/INF (2000) 1, pp.\u00a038-41) indiquent que l\u2019intention des r\u00e9dacteurs \u00e9tait d\u2019inclure un article afin de traiter du probl\u00e8me des patients souffrant d\u2019une maladie mentale qui doivent subir un traitement obligatoire pour cette maladie. Cet article devait permettre aux m\u00e9decins de passer outre le refus de ce patient de subir cette intervention mais seulement pour le traitement de la maladie mentale lorsqu\u2019il existait un risque grave pour la sant\u00e9 de l\u2019int\u00e9ress\u00e9 et en respectant les conditions de protection pr\u00e9vues par le droit national. Il fut propos\u00e9 au cours des discussions que le texte pr\u00e9voie l\u2019intervention d\u2019un tribunal pour ordonner le diagnostic ou le traitement et que les conditions de protection incluent des proc\u00e9dures de contr\u00f4le et d\u2019appel. L\u2019id\u00e9e de mentionner l\u2019intervention d\u2019un tribunal ne fut pas accept\u00e9e. Il fut \u00e9galement sugg\u00e9r\u00e9 de prendre en compte la Recommandation\u00a0(83) 2 du Comit\u00e9 des Ministres sur la protection juridique des personnes atteintes de troubles mentaux et plac\u00e9es comme patients involontaires. Ce texte, qui au moment de la r\u00e9daction de la Convention d\u2019Oviedo \u00e9tablissait les normes du Conseil de l\u2019Europe applicables en la mati\u00e8re, contient un ensemble de r\u00e8gles instaurant des garanties dont le respect est recommand\u00e9 aux \u00c9tats. Il est cit\u00e9, ainsi que des textes provenant d\u2019autres sources, au paragraphe\u00a055 du rapport explicatif de la Convention d\u2019Oviedo. Au cours de la discussion, des doutes furent \u00e9mis quant \u00e0 la valeur ajout\u00e9e de l\u2019article\u00a07 de cette convention. Cet avis ne fut pas partag\u00e9 par la majorit\u00e9 des d\u00e9l\u00e9gations pour qui la disposition en question \u00e9tait n\u00e9cessaire en ce qu\u2019elle limitait le nombre d\u2019hypoth\u00e8ses dans lesquelles on pouvait proc\u00e9der sans le consentement de la personne souffrant d\u2019un trouble mental au traitement de ce trouble en le soumettant \u00e0 des conditions pr\u00e9cises. Il fut argu\u00e9 que cette disposition permettrait de prot\u00e9ger tant la sant\u00e9 de la personne que son autonomie. Le libell\u00e9 finalement retenu (\u00ab\u00a0sous r\u00e9serve des conditions de protection pr\u00e9vues par la loi comprenant des proc\u00e9dures de surveillance et de contr\u00f4le ainsi que des voies de recours\u00a0\u00bb) se d\u00e9gagea au cours d\u2019une r\u00e9union de septembre 1995. Certaines d\u00e9l\u00e9gations sugg\u00e9r\u00e8rent ensuite de supprimer cette disposition dans l\u2019attente des travaux d\u2019un autre comit\u00e9 du Conseil de l\u2019Europe sur la psychiatrie et les droits de l\u2019homme, mais cette proposition ne fut pas accept\u00e9e, une large majorit\u00e9 \u00e9tant d\u2019avis qu\u2019il \u00e9tait n\u00e9cessaire que cet article f\u00fbt inclus dans la convention. L\u2019article\u00a07 fut adopt\u00e9 par le Comit\u00e9 des Ministres le 19\u00a0novembre 1996 dans le texte d\u00e9finitif de la Convention d\u2019Oviedo.<\/p>\n<p>18. Le rapport explicatif de la Convention d\u2019Oviedo expose ce qui suit, en sa partie pertinente aux fins de l\u2019examen de la pr\u00e9sente demande\u00a0:<\/p>\n<p>\u00ab\u00a054. (&#8230;) L\u2019article ne traite ici que le risque pour la sant\u00e9 du patient lui-m\u00eame, l\u2019article 26 de la Convention permettant par ailleurs de le traiter contre son gr\u00e9 pour prot\u00e9ger les droits et libert\u00e9s d\u2019autrui (par exemple en cas de comportement violent). L\u2019article prot\u00e8ge donc d\u2019un c\u00f4t\u00e9 la sant\u00e9 de la personne (dans la mesure o\u00f9 le traitement sans consentement du trouble mental est admis lorsque l\u2019absence d\u2019un tel traitement serait gravement pr\u00e9judiciable \u00e0 sa sant\u00e9) et d\u2019un autre c\u00f4t\u00e9 son autonomie (dans la mesure o\u00f9 le traitement sans consentement est exclu d\u00e8s lors que l\u2019absence de traitement ne constitue pas un risque grave pour sa sant\u00e9).<\/p>\n<p>55. La derni\u00e8re [condition] est le respect des conditions de protection pr\u00e9vues par la loi nationale. L\u2019article pr\u00e9voit que ces conditions doivent comprendre, entre autres, des proc\u00e9dures de surveillance, de contr\u00f4le et des voies de recours, comme par exemple l\u2019intervention d\u2019une autorit\u00e9 judiciaire. Cette exigence se comprend si l\u2019on consid\u00e8re que l\u2019on va pouvoir effectuer une intervention sur une personne qui n\u2019y a pas consenti\u00a0; il est donc n\u00e9cessaire de pr\u00e9voir un m\u00e9canisme qui prot\u00e8ge de mani\u00e8re ad\u00e9quate les droits de cette personne. \u00c0 cet \u00e9gard, la Recommandation no R (83) 2 du Comit\u00e9 des Ministres du Conseil de l\u2019Europe sur la protection juridique des personnes atteintes de troubles mentaux et plac\u00e9es comme patients involontaires pr\u00e9voit un certain nombre de principes qui devraient \u00eatre observ\u00e9s lors d\u2019un traitement et d\u2019un placement psychiatriques. Il convient \u00e9galement de mentionner la D\u00e9claration de Hawa\u00ef de l\u2019Association mondiale des Psychiatres du 10 juillet 1983 et ses r\u00e9visions, la D\u00e9claration de Madrid du 25\u00a0ao\u00fbt 1996 ainsi que la Recommandation 1235 (1994) de l\u2019Assembl\u00e9e parlementaire relative \u00e0 la psychiatrie et les droits de l\u2019homme.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p>19. L\u2019article\u00a026 de la Convention d\u2019Oviedo est ainsi libell\u00e9\u00a0:<\/p>\n<p><strong>Article\u00a026 \u2013 Restrictions \u00e0 l\u2019exercice des droits<\/strong><\/p>\n<p>\u00ab\u00a01. L\u2019exercice des droits et les dispositions de protection contenus dans la pr\u00e9sente Convention ne peuvent faire l\u2019objet d\u2019autres restrictions que celles qui, pr\u00e9vues par la loi, constituent des mesures n\u00e9cessaires, dans une soci\u00e9t\u00e9 d\u00e9mocratique, \u00e0 la s\u00fbret\u00e9 publique, \u00e0 la pr\u00e9vention des infractions p\u00e9nales, \u00e0 la protection de la sant\u00e9 publique ou \u00e0 la protection des droits et libert\u00e9s d\u2019autrui.<\/p>\n<p>2. Les restrictions vis\u00e9es \u00e0 l\u2019alin\u00e9a pr\u00e9c\u00e9dent ne peuvent \u00eatre appliqu\u00e9es aux articles\u00a011, 13, 14, 16, 17, 19, 20 et\u00a021.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p>20. La gen\u00e8se de cette disposition, telle qu\u2019elle est consign\u00e9e dans les travaux pr\u00e9paratoires CDBI\/INF (2000) 1, t\u00e9moigne des d\u00e9bats qui ont eu lieu quant au choix des motifs permettant aux \u00c9tats d\u2019apporter des restrictions. Les r\u00e9dacteurs prirent comme point de d\u00e9part la terminologie employ\u00e9e dans la Convention, en particulier dans son article\u00a08, afin de montrer les liens entre les deux textes. Au cours du processus, les repr\u00e9sentants des organes de la Convention donn\u00e8rent leur avis sur la pertinence et l\u2019ad\u00e9quation des diff\u00e9rents motifs mentionn\u00e9s dans l\u2019article 8, ce qui amena les r\u00e9dacteurs \u00e0 convenir de la liste plus restreinte qui figure maintenant \u00e0 l\u2019article\u00a026. La gen\u00e8se de cette derni\u00e8re disposition explique \u00e9galement qu\u2019il a \u00e9t\u00e9 jug\u00e9 pr\u00e9f\u00e9rable qu\u2019une disposition g\u00e9n\u00e9rale, assortie de certaines exceptions, permette d\u2019apporter des restrictions aux droits, plut\u00f4t que de pr\u00e9voir cette possibilit\u00e9 article par article.<\/p>\n<p>21. Concernant l\u2019article\u00a026, le rapport explicatif de la Convention d\u2019Oviedo \u00e9nonce ce qui suit en ses parties pertinentes\u00a0:<\/p>\n<p>\u00ab\u00a0148. Cet article \u00e9num\u00e8re les seules exceptions possibles aux droits et dispositions de protection contenus dans chacune des dispositions de la Convention, sans pr\u00e9judice des restrictions sp\u00e9cifiques que chaque article peut comporter.<\/p>\n<p>(&#8230;)<\/p>\n<p>151. La personne qui, en raison de ses troubles mentaux, repr\u00e9sente une menace d\u2019atteinte grave \u00e0 la s\u00e9curit\u00e9 des autres peut, conform\u00e9ment \u00e0 la loi, \u00eatre l\u2019objet sans son accord d\u2019une mesure de placement ou de traitement. Dans ce cas, en plus des cas vis\u00e9s \u00e0 l\u2019article 7, la restriction fond\u00e9e sur des motifs de protection des droits et libert\u00e9s d\u2019autrui peut \u00eatre applicable.<\/p>\n<p>(&#8230;)<\/p>\n<p>155. En revanche, la protection de la sant\u00e9 du patient lui-m\u00eame ne figure pas sous cet article comme \u00e9tant l\u2019une des raisons pouvant fonder une exception \u00e0 l\u2019ensemble des dispositions de la Convention. En effet, afin de mieux en pr\u00e9ciser la port\u00e9e, il a sembl\u00e9 pr\u00e9f\u00e9rable de d\u00e9finir une telle exception dans chacune des dispositions o\u00f9 elle est express\u00e9ment envisag\u00e9e. Il en est ainsi notamment \u00e0 l\u2019article 7, qui pr\u00e9cise dans quelles conditions une personne atteinte de troubles mentaux peut \u00eatre soumise sans son consentement \u00e0 un traitement dont l\u2019absence risquerait d\u2019\u00eatre gravement pr\u00e9judiciable \u00e0 sa sant\u00e9.<\/p>\n<p>(&#8230;)\u00a0\u00bb<\/p>\n<p>22. L\u2019article\u00a027 de la Convention d\u2019Oviedo est ainsi libell\u00e9\u00a0:<\/p>\n<p><strong>Article\u00a027 \u2013 Protection plus \u00e9tendue<\/strong><\/p>\n<p>\u00ab\u00a0Aucune des dispositions de la pr\u00e9sente Convention ne sera interpr\u00e9t\u00e9e comme limitant ou portant atteinte \u00e0 la facult\u00e9 pour chaque Partie d\u2019accorder une protection plus \u00e9tendue \u00e0 l\u2019\u00e9gard des applications de la biologie et de la m\u00e9decine que celle pr\u00e9vue par la pr\u00e9sente Convention.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p><strong>B. Autres textes pertinents du Conseil de l\u2019Europe<\/strong><\/p>\n<p>23. En 2004, le Comit\u00e9 des Ministres a adopt\u00e9 la Recommandation REC(2004)10 relative \u00e0 la protection des droits de l\u2019homme et de la dignit\u00e9 des personnes atteintes de troubles mentaux. Son chapitre III concerne le placement involontaire dans des \u00e9tablissements psychiatriques et le traitement involontaire pour trouble mental. Il \u00e9nonce une s\u00e9rie de crit\u00e8res, de normes et de droits que les \u00c9tats devraient respecter en pareilles situations. Aux fins de l\u2019examen de la pr\u00e9sente demande, le deuxi\u00e8me crit\u00e8re, qui figure \u00e0 l\u2019article\u00a017.1, rev\u00eat une certaine importance\u00a0:<\/p>\n<p>\u00ab\u00a0Sous r\u00e9serve que les conditions suivantes sont r\u00e9unies, une personne peut faire l\u2019objet d\u2019un placement involontaire\u00a0:<\/p>\n<p>(&#8230;)<\/p>\n<p>ii. l\u2019\u00e9tat de la personne pr\u00e9sente un risque r\u00e9el de dommage grave pour sa sant\u00e9 ou pour autrui\u00a0;<\/p>\n<p>(&#8230;)\u00a0\u00bb<\/p>\n<p>Le m\u00eame crit\u00e8re figure \u00e9galement \u00e0 l\u2019article 18 relativement au traitement involontaire.<\/p>\n<p><strong>C. Le projet de Protocole additionnel relatif \u00e0 la protection des droits de l\u2019homme et de la dignit\u00e9 des personnes atteintes de troubles mentaux \u00e0 l\u2019\u00e9gard du placement et du traitement involontaires<\/strong><\/p>\n<p>24. L\u2019article\u00a031 de la Convention d\u2019Oviedo pr\u00e9voit que des protocoles peuvent \u00eatre \u00e9labor\u00e9s \u00ab\u00a0en vue de d\u00e9velopper, dans des domaines sp\u00e9cifiques, les principes contenus dans la pr\u00e9sente Convention\u00a0\u00bb (paragraphe\u00a010 ci\u2011dessus). Comme l\u2019expose le rapport explicatif, la Convention d\u2019Oviedo se limite \u00e0 l\u2019\u00e9nonc\u00e9 des principes les plus importants. Les normes compl\u00e9mentaires et des r\u00e8gles plus d\u00e9taill\u00e9es doivent faire l\u2019objet de protocoles additionnels (paragraphe\u00a07 du rapport explicatif). \u00c0 ce jour, trois protocoles additionnels ont \u00e9t\u00e9 conclus, concernant la transplantation d\u2019organes et de tissus d\u2019origine humaine[1], la recherche biom\u00e9dicale[2] et les tests g\u00e9n\u00e9tiques \u00e0 des fins m\u00e9dicales[3].<\/p>\n<p>25. En 2018, un projet de Protocole additionnel relatif \u00e0 la protection des droits de l\u2019homme et de la dignit\u00e9 des personnes atteintes de troubles mentaux \u00e0 l\u2019\u00e9gard du placement et du traitement involontaires (\u00ab\u00a0le projet de Protocole additionnel\u00a0\u00bb) a \u00e9t\u00e9 publi\u00e9 (DH-BIO\/INF (2018) 7, 4\u00a0juin 2018), suivi d\u2019un projet de rapport explicatif (DH\u2011BIO\/INF (2018)\u00a08, 15\u00a0juin 2018). Son but, tel qu\u2019expos\u00e9 dans l\u2019avant-dernier paragraphe de son pr\u00e9ambule, est de pr\u00e9ciser les normes de protection applicables au placement et au traitement involontaires. L\u2019objet de ce projet, tel qu\u2019\u00e9nonc\u00e9 dans son article\u00a01, est que les Parties \u00ab\u00a0prot\u00e8gent la dignit\u00e9 et l\u2019identit\u00e9 des personnes atteintes de troubles mentaux et garantissent, sans discrimination, le respect de leur int\u00e9grit\u00e9 et de leurs autres droits et libert\u00e9s fondamentales, \u00e0 l\u2019\u00e9gard du placement et du traitement involontaires\u00a0\u00bb.<\/p>\n<p>26. Comme cela est pr\u00e9cis\u00e9 dans le projet de rapport explicatif, l\u2019objectif est \u00ab\u00a0de pr\u00e9ciser et d\u2019\u00e9laborer les normes relatives \u00e0 la protection des droits de l\u2019homme applicables au recours aux mesures involontaires, sur la base, notamment, de la jurisprudence de la Cour europ\u00e9enne des droits de l\u2019homme, dans un instrument juridiquement contraignant\u00a0\u00bb (paragraphe\u00a01). Le projet de Protocole additionnel \u00ab\u00a0compl\u00e8te et \u00e9largit\u00a0\u00bb les dispositions de la Convention d\u2019Oviedo (paragraphe\u00a04).<\/p>\n<p>27. Le projet de Protocole additionnel s\u2019appuie sur la Recommandation Rec\u00a0(2004) 10 du Comit\u00e9 des Ministres aux \u00c9tats membres (mentionn\u00e9e dans le sixi\u00e8me paragraphe de son pr\u00e9ambule\u00a0; paragraphe\u00a023 ci-dessus).<\/p>\n<p>28. Le projet de Protocole additionnel s\u2019est heurt\u00e9 \u00e0 l\u2019opposition de divers milieux et des doutes ont \u00e9t\u00e9 vivement exprim\u00e9s quant \u00e0 sa compatibilit\u00e9 avec les obligations d\u00e9coulant de la Convention des Nations unies relative aux droits des personnes handicap\u00e9es. Il a suscit\u00e9 l\u2019opposition, entre autres, de l\u2019Assembl\u00e9e parlementaire du Conseil de l\u2019Europe, du Commissaire aux droits de l\u2019homme du Conseil de l\u2019Europe, du Comit\u00e9 des droits des personnes handicap\u00e9es des Nations unies et de la soci\u00e9t\u00e9 civile.<\/p>\n<p>II. D\u00c9CISION DE LA COUR<\/p>\n<p>29. S\u2019agissant de la premi\u00e8re fois o\u00f9 la proc\u00e9dure pr\u00e9vue par l\u2019article\u00a029 de la Convention d\u2019Oviedo est mise en \u0153uvre, la Cour juge appropri\u00e9 d\u2019examiner, tout d\u2019abord, en termes g\u00e9n\u00e9raux, la question de sa comp\u00e9tence au regard de cette disposition. Elle pr\u00e9cisera ensuite la nature, l\u2019\u00e9tendue et les limites de cette comp\u00e9tence et, au vu des principes ainsi d\u00e9finis, elle statuera sur la question de sa comp\u00e9tence dans le cadre de la pr\u00e9sente demande.<\/p>\n<p><strong>A. Le cadre juridique pertinent<\/strong><\/p>\n<p>30. Outre l\u2019article\u00a029 de la Convention d\u2019Oviedo (cit\u00e9 au paragraphe\u00a09 ci\u2011dessus), il est n\u00e9cessaire de tenir compte des dispositions suivantes de la Convention europ\u00e9enne des droits de l\u2019homme.<\/p>\n<p>31. L\u2019article\u00a019 de la Convention europ\u00e9enne \u00e9tablit la Cour et d\u00e9finit ainsi sa fonction\u00a0:<\/p>\n<p>\u00ab\u00a0Afin d\u2019assurer le respect des engagements r\u00e9sultant pour les Hautes Parties contractantes de la pr\u00e9sente Convention et de ses Protocoles, il est institu\u00e9 une Cour europ\u00e9enne des droits de l\u2019homme (&#8230;)\u00a0\u00bb<\/p>\n<p>32. La comp\u00e9tence que la Convention conf\u00e8re \u00e0 la Cour est d\u00e9finie \u00e0 l\u2019article 32 dans les termes suivants\u00a0:<\/p>\n<p>\u00ab\u00a01. La comp\u00e9tence de la Cour s\u2019\u00e9tend \u00e0 toutes les questions concernant l\u2019interpr\u00e9tation et l\u2019application de la Convention et de ses Protocoles qui lui seront soumises dans les conditions pr\u00e9vues par les articles 33, 34, 46 et 47.<\/p>\n<p>2. En cas de contestation sur le point de savoir si la Cour est comp\u00e9tente, la Cour d\u00e9cide.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p>33. L\u2019article\u00a047 de la Convention se lit ainsi dans sa partie pertinente\u00a0:<\/p>\n<p>\u00ab\u00a01. La Cour peut, \u00e0 la demande du Comit\u00e9 des Ministres, donner des avis consultatifs sur des questions juridiques concernant l\u2019interpr\u00e9tation de la Convention et de ses Protocoles.<\/p>\n<p>2. Ces avis ne peuvent porter ni sur les questions ayant trait au contenu ou \u00e0 l\u2019\u00e9tendue des droits et libert\u00e9s d\u00e9finis au titre I de la Convention et dans les Protocoles ni sur les autres questions dont la Cour ou le Comit\u00e9 des Ministres pourraient avoir \u00e0 conna\u00eetre par suite de l\u2019introduction d\u2019un recours pr\u00e9vu par la Convention.<\/p>\n<p>(&#8230;)\u00a0\u00bb<\/p>\n<p>34. La comp\u00e9tence consultative de la Cour \u00e0 cet \u00e9gard est d\u00e9finie par l\u2019article 48 qui est ainsi libell\u00e9\u00a0:<\/p>\n<p>\u00ab\u00a0La Cour d\u00e9cide si la demande d\u2019avis consultatif pr\u00e9sent\u00e9e par le Comit\u00e9 des Ministres rel\u00e8ve de sa comp\u00e9tence telle que d\u00e9finie par l\u2019article\u00a047.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p>35. Comme cela a \u00e9t\u00e9 expos\u00e9 ci-dessus, lorsqu\u2019au cours de la n\u00e9gociation de la Convention d\u2019Oviedo elle a \u00e9t\u00e9 consult\u00e9e sur le r\u00f4le qu\u2019elle pourrait \u00eatre amen\u00e9e \u00e0 jouer dans le cadre de ce trait\u00e9, la Cour a propos\u00e9 que sa comp\u00e9tence soit calqu\u00e9e sur la comp\u00e9tence consultative que lui conf\u00e9rait \u00e0 l\u2019\u00e9poque l\u2019article\u00a01 du Protocole no\u00a02 \u00e0 la Convention en des termes pour l\u2019essentiel identiques \u00e0 ceux de l\u2019actuel article\u00a047 \u00a7\u00a01 (paragraphe\u00a015 ci-dessus).<\/p>\n<p>36. Outre les types de comp\u00e9tence mentionn\u00e9s ci-dessus, qui sont \u00e9tablis par la Convention, la Cour dispose \u00e9galement d\u2019une comp\u00e9tence consultative en vertu du Protocole no 16, que les \u00c9tats peuvent d\u00e9cider d\u2019accepter et dont les dispositions sont consid\u00e9r\u00e9es comme des articles additionnels \u00e0 la Convention. Dans le cadre de cette comp\u00e9tence consultative, qui est devenue effective le 1er ao\u00fbt 2018, la Cour examine les questions de principe relatives \u00e0 l\u2019interpr\u00e9tation ou \u00e0 l\u2019application des droits et libert\u00e9s d\u00e9finis par la Convention ou ses Protocoles qui lui sont adress\u00e9es par les plus hautes juridictions des \u00c9tats parties (article\u00a01 \u00a7\u00a01 du Protocole no\u00a016). L\u2019objectif poursuivi par ce protocole est de renforcer l\u2019interaction, et notamment le dialogue judiciaire, entre la Cour et les autorit\u00e9s nationales et d\u2019am\u00e9liorer ainsi la mise en \u0153uvre de la Convention, conform\u00e9ment au principe de subsidiarit\u00e9. Les limites de cet exercice sont express\u00e9ment \u00e9nonc\u00e9es par le Protocole, qui dispose en particulier que la juridiction qui proc\u00e8de \u00e0 la demande ne peut solliciter un avis consultatif que dans le cadre d\u2019une affaire pendante devant elle et qu\u2019elle doit produire les \u00e9l\u00e9ments pertinents du contexte juridique et factuel de l\u2019affaire en question (article\u00a01 \u00a7\u00a7\u00a02 et\u00a03 de ce Protocole). La Cour a confirm\u00e9 que les avis consultatifs qu\u2019elle est amen\u00e9e \u00e0 rendre en application de ce protocole doivent se limiter aux points qui ont un lien direct avec le litige en instance au plan interne (Avis consultatif relatif \u00e0 la reconnaissance en droit interne d\u2019un lien de filiation entre un enfant n\u00e9 d\u2019une gestation pour autrui pratiqu\u00e9e \u00e0 l\u2019\u00e9tranger et la m\u00e8re d\u2019intention [GC], demande no P16-2018-001, Cour de cassation fran\u00e7aise, \u00a7 26, 10\u00a0avril 2019, et Avis consultatif relatif \u00e0 l\u2019utilisation de la technique de \u00ab\u00a0l\u00e9gislation par r\u00e9f\u00e9rence\u00a0\u00bb pour la d\u00e9finition d\u2019une infraction et aux crit\u00e8res \u00e0 appliquer pour comparer la loi p\u00e9nale telle qu\u2019elle \u00e9tait en vigueur au moment de la commission de l\u2019infraction et la loi p\u00e9nale telle que modifi\u00e9e [GC], demande no P16-2019-001, Cour constitutionnelle arm\u00e9nienne, \u00a7\u00a7\u00a044 et\u00a047, 29\u00a0mai 2020). La Cour a consid\u00e9r\u00e9 que dans ce contexte elle ne peut r\u00e9pondre \u00e0 des questions th\u00e9oriques et g\u00e9n\u00e9rales relatives au droit de la Convention (ibidem, \u00a7\u00a055).<\/p>\n<p><strong>B. Les observations des gouvernements concernant la comp\u00e9tence de la Cour<\/strong><\/p>\n<p>37. Les gouvernements andorran, azerba\u00efdjanais, polonais, russe et turc (la Turquie \u00e9tant Partie \u00e0 la Convention d\u2019Oviedo) soutiennent que, par principe, la Cour n\u2019a pas comp\u00e9tence pour interpr\u00e9ter la Convention d\u2019Oviedo, en ce que sa comp\u00e9tence est exclusivement r\u00e9gie par la Convention et qu\u2019elle est donc limit\u00e9e, ratione materiae, \u00e0 la Convention et \u00e0 ses Protocoles. Selon certains de ces gouvernements, pour \u00e9largir la comp\u00e9tence de la Cour, il est n\u00e9cessaire de modifier la Convention ou d\u2019adopter un nouveau protocole, et un trait\u00e9 distinct, m\u00eame aussi \u00e9troitement li\u00e9 par son but et son objet que l\u2019est la Convention d\u2019Oviedo, ne suffit pas. Le seul organe autoris\u00e9 \u00e0 demander un avis consultatif \u00e0 la Cour serait le Comit\u00e9 des Ministres. Il est fait r\u00e9f\u00e9rence, dans ce contexte, \u00e0 l\u2019article\u00a034 de la Convention de Vienne sur le droit des trait\u00e9s (\u00ab\u00a0la Convention de Vienne\u00a0\u00bb) qui \u00e9tablit le principe g\u00e9n\u00e9ral selon lequel un trait\u00e9 ne cr\u00e9e ni obligations ni droits pour un \u00c9tat tiers sans son consentement, dont on pourrait d\u00e9duire que toute lacune normative devrait \u00eatre combl\u00e9e par un protocole d\u2019amendement ou additionnel, et non par la voie de l\u2019interpr\u00e9tation. Il est par ailleurs argu\u00e9 que m\u00eame si la Convention d\u2019Oviedo pr\u00e9tendait conf\u00e9rer une comp\u00e9tence consultative \u00e0 la Cour, elle n\u2019a pas pr\u00e9cis\u00e9 la proc\u00e9dure \u00e0 suivre, et que cette lacune ne peut \u00eatre combl\u00e9e par la simple adaptation du r\u00e8glement de la Cour. Pour l\u2019un de ces gouvernements intervenants, les modalit\u00e9s proc\u00e9durales auraient d\u00fb \u00eatre \u00e9nonc\u00e9es dans la Convention d\u2019Oviedo et ainsi obtenir l\u2019assentiment expr\u00e8s des \u00c9tats.<\/p>\n<p>38. Un nombre plus important de gouvernements intervenants admettent que la Cour a une comp\u00e9tence de principe relativement \u00e0 la Convention d\u2019Oviedo. Telle est la position des gouvernements de l\u2019Estonie, de la Finlande, de la France, de l\u2019Italie, de la Lettonie, du Luxembourg, des Pays\u2011Bas, de la Norv\u00e8ge, du Portugal, de la Roumanie, de la R\u00e9publique tch\u00e8que et de l\u2019Ukraine (huit de ces douze \u00c9tats \u00e9tant Parties \u00e0 la Convention d\u2019Oviedo). Pour le gouvernement lituanien, la question rel\u00e8ve du pouvoir d\u2019appr\u00e9ciation de la Cour. Les observations produites peuvent \u00eatre r\u00e9sum\u00e9es comme suit. Il est plaid\u00e9 que les dispositions pertinentes de la Convention, cit\u00e9es ci-dessus, doivent \u00eatre consid\u00e9r\u00e9es comme r\u00e9gissant la comp\u00e9tence de la Cour relativement \u00e0 la Convention et \u00e0 ses Protocoles uniquement mais n\u2019excluent pas que la Cour puisse se voir attribuer une fonction distincte par un autre trait\u00e9 conclu au sein du Conseil de l\u2019Europe, en particulier un trait\u00e9 aussi \u00e9troitement li\u00e9 \u00e0 la Convention que l\u2019est la Convention d\u2019Oviedo, \u00e0 laquelle la Cour elle-m\u00eame s\u2019est d\u00e9j\u00e0 r\u00e9f\u00e9r\u00e9e dans plusieurs de ses arr\u00eats. Il est argu\u00e9 que l\u2019article\u00a029 exprime l\u2019intention des r\u00e9dacteurs de la Convention d\u2019Oviedo de confier \u00e0 la Cour la t\u00e2che d\u2019interpr\u00e9ter ce texte pour de bonnes raisons qui ressortent clairement de la gen\u00e8se de cette disposition. Il est relev\u00e9 que la Cour s\u2019est elle-m\u00eame d\u00e9clar\u00e9e favorable \u00e0 l\u2019exercice d\u2019une telle fonction et que l\u2019Assembl\u00e9e parlementaire a \u00e9galement souhait\u00e9 en 1995 que la Cour joue un r\u00f4le dans ce contexte. Il est, en effet, observ\u00e9 qu\u2019au cours de la n\u00e9gociation de la Convention d\u2019Oviedo, l\u2019article\u00a029 de ce texte a b\u00e9n\u00e9fici\u00e9 d\u2019un large soutien et que l\u2019adoption du texte d\u00e9finitif par le Comit\u00e9 des Ministres indique clairement que les \u00c9tats membres du Conseil de l\u2019Europe dans leur ensemble, c\u2019est\u2011\u00e0\u2011dire toutes les Parties contractantes \u00e0 la Convention, ont accept\u00e9 cette fonction suppl\u00e9mentaire de la Cour. Il est pr\u00e9cis\u00e9 qu\u2019en ratifiant la Convention d\u2019Oviedo, vingt-neuf des \u00c9tats membres du Conseil de l\u2019Europe ont formellement accept\u00e9 la comp\u00e9tence interpr\u00e9tative de la Cour au titre de l\u2019article\u00a029 de ce trait\u00e9, et ce sans aucun effet sur la situation des autres Parties contractantes \u00e0 la Convention ni sur les dispositions de la Convention, la Cour ne s\u2019\u00e9tant vu attribuer aucune comp\u00e9tence contentieuse au titre de la Convention d\u2019Oviedo. Certains gouvernements intervenants soutiennent que l\u2019article\u00a029 doit \u00eatre consid\u00e9r\u00e9 comme une r\u00e8gle pertinente de droit international au sens de l\u2019article\u00a031 \u00a7\u00a03\u00a0c) de la Convention de Vienne. L\u2019un d\u2019entre eux fait par ailleurs valoir que la relation entre les deux conventions \u00e0 cet \u00e9gard est r\u00e9gie par l\u2019article 30 de la Convention de Vienne, qui concerne l\u2019application de trait\u00e9s successifs portant sur la m\u00eame mati\u00e8re, compte tenu du lien mat\u00e9riel \u00e9troit qui existe entre elles. On pourrait ainsi en d\u00e9duire que les limites strictes qui s\u2019appliquent \u00e0 la comp\u00e9tence consultative de la Cour au titre de l\u2019article\u00a047 de la Convention, et qui sont clairement justifi\u00e9es dans ce contexte, ne doivent pas s\u2019appliquer \u00e0 l\u2019article\u00a029 de la Convention d\u2019Oviedo, sans quoi l\u2019intention manifeste des r\u00e9dacteurs de cette derni\u00e8re serait ignor\u00e9e et l\u2019effectivit\u00e9 de l\u2019article\u00a029 compromise.<\/p>\n<p>39. Huit gouvernements font r\u00e9f\u00e9rence \u00e0 la limitation \u00e9nonc\u00e9e \u00e0 l\u2019article\u00a047 \u00a7\u00a02 de la Convention quant \u00e0 l\u2019\u00e9tendue de la comp\u00e9tence de la Cour. Il est argu\u00e9 que certaines des questions pos\u00e9es par le DH-BIO sont incompatibles avec cette restriction en ce qu\u2019elles portent sur des probl\u00e8mes dont la Cour a d\u00e9j\u00e0 souvent eu \u00e0 conna\u00eetre dans le contexte de proc\u00e9dures contentieuses et dont elle aura vraisemblablement encore \u00e0 conna\u00eetre. Certains gouvernements soutiennent donc que la Cour devrait se d\u00e9clarer incomp\u00e9tente pour accepter la demande en ce que la limitation \u00e9nonc\u00e9e \u00e0 l\u2019article\u00a047 \u00a7\u00a02 devrait \u00e9galement \u00eatre respect\u00e9e dans ce contexte (telle est la position des gouvernements arm\u00e9nien, grec, polonais et turc). D\u2019autres plaident que la demande ne devrait pas \u00eatre automatiquement rejet\u00e9e pour cette raison et que la Cour devrait plut\u00f4t s\u2019assurer que sa r\u00e9ponse est formul\u00e9e de mani\u00e8re \u00e0 ne pas affecter ses fonctions au titre de la Convention (telle est la position des gouvernements italien, norv\u00e9gien, tch\u00e8que et ukrainien).<\/p>\n<p><strong>C. Les observations des organisations intervenantes concernant la comp\u00e9tence de la Cour<\/strong><\/p>\n<p>40. Une des organisations intervenantes, Validity, aborde la question de la comp\u00e9tence de la Cour. Elle soutient que la Cour devrait appliquer l\u2019article\u00a047 de la Convention par analogie, voire directement. Sur ce fondement, la demande devrait \u00eatre consid\u00e9r\u00e9e, selon l\u2019organisation intervenante, comme \u00e9chappant \u00e0 la comp\u00e9tence de la Cour puisqu\u2019elle ne serait compatible avec aucune des conditions \u00e9nonc\u00e9es \u00e0 l\u2019article\u00a047 \u00a7 2\u00a0: elle aurait, en effet, trait au contenu ou \u00e0 l\u2019\u00e9tendue de diff\u00e9rentes dispositions de la Convention et porterait sur des questions que la Cour a d\u00e9j\u00e0 examin\u00e9es dans de nombreuses affaires et qu\u2019elle pourrait \u00eatre appel\u00e9e \u00e0 r\u00e9examiner fr\u00e9quemment \u00e0 l\u2019avenir. Pour elle, tout avis rendu par la Cour serait pr\u00e9judiciable \u00e0 l\u2019examen ult\u00e9rieur d\u2019affaires soulevant de telles questions au titre de l\u2019article\u00a034 de la Convention.<\/p>\n<p><strong>D. Appr\u00e9ciation de la Cour<\/strong><\/p>\n<p><em>1. La comp\u00e9tence de la Cour au titre de l\u2019article\u00a029 de la Convention d\u2019Oviedo<\/em><\/p>\n<p>41. L\u2019article\u00a029 de la Convention d\u2019Oviedo a pour objet de rendre la Cour comp\u00e9tente pour interpr\u00e9ter cet instrument. Il n\u2019est pas in\u00e9dit qu\u2019une juridiction internationale dispose, outre sa comp\u00e9tence contentieuse, d\u2019une ample fonction consultative qui peut s\u2019\u00e9tendre au-del\u00e0 de son trait\u00e9 principal. On peut citer les exemples de la Cour interam\u00e9ricaine des droits de l\u2019homme et de la Cour africaine des droits de l\u2019homme et des peuples, qui poss\u00e8dent chacune une comp\u00e9tence consultative qui d\u00e9passe le trait\u00e9 principal de leurs syst\u00e8mes respectifs de protection des droits de l\u2019homme et inclut certains autres instruments dans ce domaine. Le trait\u00e9 constitutif de chacune de ces deux juridictions pr\u00e9voit toutefois express\u00e9ment que celles-ci peuvent exercer pareille comp\u00e9tence (article\u00a064 de la Convention am\u00e9ricaine relative aux droits de l\u2019homme\u00a0; article\u00a04 du Protocole relatif \u00e0 la Charte africaine des droits de l\u2019homme et des peuples portant cr\u00e9ation d\u2019une Cour africaine des droits de l\u2019homme et des peuples), ce qui n\u2019est pas le cas pour la Cour.<\/p>\n<p>42. La Cour a pour instrument constitutif la Convention\u00a0; ses fonctions et pouvoirs sont d\u00e9termin\u00e9s par les articles\u00a019, 32 et 47 de ce trait\u00e9 (voir aussi la D\u00e9cision sur la comp\u00e9tence de la Cour pour rendre un avis consultatif [GC], \u00a7 26, CEDH 2004\u2011VI). La Convention est silencieuse quant \u00e0 une quelconque possibilit\u00e9 pour la Cour d\u2019exercer une comp\u00e9tence en dehors du syst\u00e8me de la Convention. Certains des gouvernements intervenants dans la pr\u00e9sente proc\u00e9dure soutiennent que les dispositions de la Convention cit\u00e9es ci-dessus constituent le seul et unique fondement de la comp\u00e9tence de la Cour et qu\u2019est ainsi exclue toute autre fonction d\u00e9rivant d\u2019un autre trait\u00e9 qui n\u2019aurait pas \u00e9t\u00e9 express\u00e9ment pr\u00e9vue par une modification de la Convention ou un nouveau protocole. La Cour ne partage pas ce point de vue. S\u2019il est indiscutable que la comp\u00e9tence de la Cour \u00e0 l\u2019\u00e9gard de la Convention et de ses Protocoles est r\u00e9gie par les dispositions susmentionn\u00e9es, celles-ci n\u2019excluent pas express\u00e9ment que la Cour puisse se voir attribuer par un autre trait\u00e9 relatif aux droits de l\u2019homme et \u00e9troitement li\u00e9 \u00e0 la Convention qui serait conclu dans le cadre du Conseil de l\u2019Europe une comp\u00e9tence relativement \u00e0 ce trait\u00e9, et rien n\u2019oblige \u00e0 les interpr\u00e9ter comme excluant enti\u00e8rement pareille possibilit\u00e9. Telle est \u00e9galement la position de la majorit\u00e9 des gouvernements intervenants qui ont abord\u00e9 cette question. La Cour a souvent d\u00e9clar\u00e9 que la Convention ne doit pas \u00eatre interpr\u00e9t\u00e9e dans le vide (voir, parmi beaucoup d\u2019autres, S.M. c.\u00a0Croatie [GC], no 60561\/14, \u00a7\u00a0287, 25\u00a0juin 2020). Conform\u00e9ment \u00e0 une pratique \u00e9tablie de longue date, qui refl\u00e8te la r\u00e8gle \u00e9nonc\u00e9e \u00e0 l\u2019article\u00a031 \u00a7\u00a03\u00a0c) de la Convention de Vienne, la Cour doit, lorsqu\u2019elle interpr\u00e8te la Convention, prendre en consid\u00e9ration toute r\u00e8gle de droit international applicable aux relations entre les Parties contractantes, en l\u2019esp\u00e8ce les dispositions de l\u2019article 29 de la Convention d\u2019Oviedo. Si ce principe d\u2019interpr\u00e9tation a essentiellement \u00e9t\u00e9 appliqu\u00e9 aux clauses normatives de la Convention, la Cour consid\u00e8re qu\u2019il n\u2019est pas d\u00e9nu\u00e9 de pertinence pour d\u2019autres types de dispositions, dont celles relatives \u00e0 la comp\u00e9tence de la Cour. Par ailleurs, elle attache de l\u2019importance au fait que, m\u00eame si la Convention d\u2019Oviedo n\u2019a pas \u00e9t\u00e9 ratifi\u00e9e par les quarante-sept Parties contractantes \u00e0 la Convention, elle a obtenu, en tant que trait\u00e9 du Conseil de l\u2019Europe, l\u2019approbation du Comit\u00e9 des Ministres qui l\u2019a adopt\u00e9e le 19\u00a0novembre 1996.<\/p>\n<p>43. En outre, comme cela ressort de la gen\u00e8se de l\u2019article\u00a029, les institutions comp\u00e9tentes partageaient l\u2019id\u00e9e que le r\u00f4le consultatif qu\u2019il \u00e9tait envisag\u00e9 de conf\u00e9rer \u00e0 la Cour \u00e9tait \u00e0 la fois l\u00e9gitime et justifi\u00e9 (paragraphe\u00a013 ci-dessus).<\/p>\n<p>44. La Cour elle-m\u00eame a accueilli favorablement cette id\u00e9e dans son avis de 1995 sur le projet de Convention d\u2019Oviedo (paragraphe 14 ci-dessus), dans lequel elle a soulign\u00e9 le degr\u00e9 important de convergence entre cet instrument et la Convention. La Convention d\u2019Oviedo compte parmi les trait\u00e9s relatifs aux droits de l\u2019homme conclus dans le cadre du Conseil de l\u2019Europe, dans le but de r\u00e9aliser une union plus \u00e9troite entre ses membres par la sauvegarde et le d\u00e9veloppement des droits de l\u2019homme et des libert\u00e9s fondamentales. Il a \u00e9t\u00e9 consid\u00e9r\u00e9 \u00e0 l\u2019\u00e9poque qu\u2019eu \u00e9gard au fait que ces deux instruments partageaient une s\u00e9rie de notions, l\u2019exercice par la Cour d\u2019une fonction interpr\u00e9tative \u00e0 l\u2019\u00e9gard de la Convention d\u2019Oviedo serait propre \u00e0 garantir une interpr\u00e9tation uniforme de ces notions et \u00e0 \u00e9viter qu\u2019elles re\u00e7oivent des interpr\u00e9tations divergentes au titre de chacune de ces conventions.<\/p>\n<p>45. Quant \u00e0 l\u2019argument qu\u2019un gouvernement tire de l\u2019absence dans le r\u00e8glement de la Cour de r\u00e8gles proc\u00e9durales sp\u00e9cifiques pour la pr\u00e9sente proc\u00e9dure (paragraphe\u00a037 ci-dessus), la Cour estime que ce point n\u2019est pas d\u00e9terminant pour la question de sa comp\u00e9tence au titre de l\u2019article\u00a029 de la Convention d\u2019Oviedo et qu\u2019il ne pose pas de difficult\u00e9 particuli\u00e8re. Elle consid\u00e8re en effet que compte tenu du silence de la Convention d\u2019Oviedo \u00e0 cet \u00e9gard, il lui appartient, par analogie avec l\u2019article\u00a025\u00a0d) de la Convention, en vertu duquel elle est seule comp\u00e9tente pour adopter son r\u00e8glement, de d\u00e9finir la proc\u00e9dure \u00e0 suivre.<\/p>\n<p>46. Pour conclure sur ce premier point, la Cour, eu \u00e9gard, d\u2019une part, \u00e0 l\u2019absence en l\u2019esp\u00e8ce de conflit entre les dispositions pertinentes des deux instruments en question, et, d\u2019autre part, \u00e0 l\u2019accord des \u00c9tats contractants tel qu\u2019exprim\u00e9 par le Comit\u00e9 des Ministres lors de l\u2019adoption de la Convention d\u2019Oviedo, consid\u00e8re que la Convention ne met pas obstacle \u00e0 ce qu\u2019elle exerce une comp\u00e9tence \u00e0 elle attribu\u00e9e par la Convention d\u2019Oviedo. Elle se reconna\u00eet donc comp\u00e9tente pour rendre des avis consultatifs au titre de l\u2019article\u00a029 de la Convention d\u2019Oviedo. Il lui appartient maintenant de d\u00e9terminer la nature, l\u2019\u00e9tendue et les limites de la comp\u00e9tence issue de ladite clause, tant au regard de la Convention d\u2019Oviedo elle-m\u00eame que relativement \u00e0 la comp\u00e9tence que lui conf\u00e8re la Convention.<\/p>\n<p><em>2. La nature, l\u2019\u00e9tendue et les limites de la comp\u00e9tence consultative de la Cour au titre de l\u2019article\u00a029 de la Convention d\u2019Oviedo<\/em><\/p>\n<p>47. L\u2019article\u00a029 de la Convention d\u2019Oviedo pr\u00e9voit que la Cour peut donner des avis consultatifs sur des \u00ab\u00a0questions juridiques\u00a0\u00bb qui concernent \u00ab\u00a0l\u2019interpr\u00e9tation\u00a0\u00bb de la \u00ab\u00a0pr\u00e9sente Convention\u00a0\u00bb. Il est n\u00e9cessaire de d\u00e9terminer le sens de ces termes dans le contexte dans lequel ils sont employ\u00e9s. \u00c0 cet \u00e9gard, la Cour juge appropri\u00e9 de se r\u00e9f\u00e9rer, une fois encore, \u00e0 la gen\u00e8se de cette disposition. Comme elle l\u2019a expos\u00e9 ci-dessus (paragraphe\u00a015), la terminologie employ\u00e9e \u00e0 l\u2019article\u00a029 trouve manifestement son origine dans l\u2019avis rendu par la Cour en 1995, dans lequel elle s\u2019inspirait express\u00e9ment du libell\u00e9 qui est maintenant celui de l\u2019article\u00a047 \u00a7\u00a01 de la Convention. Par cons\u00e9quent, le sens des termes employ\u00e9s devrait \u00eatre le m\u00eame dans les deux contextes.<\/p>\n<p>48. La Cour a d\u00e9j\u00e0 eu l\u2019occasion de pr\u00e9ciser la nature de la comp\u00e9tence consultative qui est la sienne au titre de la Convention. Elle a ainsi observ\u00e9 qu\u2019il ressortait des travaux pr\u00e9paratoires pertinents que l\u2019emploi de l\u2019adjectif \u00ab\u00a0juridique\u00a0\u00bb \u00e0 l\u2019article\u00a047 \u00a7\u00a01 d\u00e9notait l\u2019intention des r\u00e9dacteurs d\u2019exclure toute comp\u00e9tence de la Cour \u00e0 l\u2019\u00e9gard de questions d\u2019opportunit\u00e9 politique (Avis consultatif sur certaines questions juridiques relatives aux listes de candidats pr\u00e9sent\u00e9es en vue de l\u2019\u00e9lection des juges de la Cour europ\u00e9enne des droits de l\u2019homme [GC], \u00a7\u00a7\u00a019 et 36, 12\u00a0f\u00e9vrier 2008). Ce point est \u00e9galement expos\u00e9 dans le rapport explicatif du Protocole no 2, selon lequel les termes \u00ab\u00a0questions juridiques\u00a0\u00bb excluent les questions qui iraient au\u2011del\u00e0 de la simple interpr\u00e9tation des textes et qui tendraient par des additions, des am\u00e9liorations ou des correctifs, \u00e0 en modifier la substance (paragraphe\u00a06 du rapport explicatif). Compte tenu de l\u2019origine de l\u2019article\u00a029 de la Convention d\u2019Oviedo, la Cour consid\u00e8re que toute demande qui lui est adress\u00e9e au titre de cette disposition doit \u00eatre soumise \u00e0 la m\u00eame limitation. Toutes les questions pos\u00e9es en vertu de cette disposition doivent donc rev\u00eatir un caract\u00e8re \u00ab\u00a0juridique\u00a0\u00bb.<\/p>\n<p>49. Pour ce qui est des autres termes \u2013 \u00ab\u00a0interpr\u00e9tation\u00a0\u00bb et \u00ab\u00a0pr\u00e9sente Convention\u00a0\u00bb \u2013 figurant \u00e0 l\u2019article\u00a029, la Cour souhaite clarifier son approche m\u00e9thodologique en pr\u00e9cisant que cette proc\u00e9dure suppose un exercice d\u2019interpr\u00e9tation des trait\u00e9s selon les m\u00e9thodes \u00e9nonc\u00e9es aux articles\u00a031 \u00e0\u00a033 de la Convention de Vienne. Ce sont ces m\u00eames dispositions qui depuis longtemps guident la Cour lorsqu\u2019il s\u2019agit pour elle de clarifier le sens de la Convention \u00e0 travers l\u2019exercice de sa comp\u00e9tence contentieuse (voir, parmi beaucoup d\u2019autres, Magyar Helsinki Bizotts\u00e1g c.\u00a0Hongrie [GC], no 18030\/11, \u00a7\u00a7\u00a0118\u2011125, 8\u00a0novembre 2016). \u00c0 plusieurs reprises, la Cour a toutefois aussi mis l\u2019accent sur la nature sp\u00e9cifique de la Convention, trait\u00e9 de garantie collective des droits de l\u2019homme et des libert\u00e9s fondamentales (voir, parmi beaucoup d\u2019autres, Soering c.\u00a0Royaume-Uni, 7\u00a0juillet 1989, \u00a7\u00a087, s\u00e9rie\u00a0A no\u00a0161, et Slov\u00e9nie c.\u00a0Croatie (d\u00e9c.) [GC], no 54155\/16, \u00a7\u00a7\u00a060 et 67, 18\u00a0novembre 2020). Elle a notamment soulign\u00e9 le caract\u00e8re unique que la Convention rev\u00eat en tant qu\u2019instrument constitutionnel de l\u2019ordre public europ\u00e9en dans le domaine des droits de l\u2019homme (voir, parmi beaucoup d\u2019autres, Bosphorus Hava Yollar\u0131 Turizm ve Ticaret Anonim \u015eirketi c.\u00a0Irlande [GC], no\u00a045036\/98, \u00a7\u00a0156, CEDH 2005\u2011VI). Cela am\u00e8ne la Cour \u00e0 consid\u00e9rer la Convention, pour l\u2019interpr\u00e9tation et l\u2019application de laquelle elle a pl\u00e9nitude de juridiction en vertu de l\u2019article\u00a032, comme un instrument vivant qui doit \u00eatre interpr\u00e9t\u00e9 selon les conditions actuelles de la soci\u00e9t\u00e9 (voir, parmi beaucoup d\u2019autres, Khamtokhu et Aksenchik c.\u00a0Russie [GC], nos 60367\/08 et\u00a0961\/11, \u00a7\u00a073, 24\u00a0janvier 2017). La Cour souligne que cette m\u00e9thode d\u2019interpr\u00e9tation particuli\u00e8re, qui fait partie int\u00e9grante de sa comp\u00e9tence contentieuse, doit \u00eatre consid\u00e9r\u00e9e comme \u00e9tant sp\u00e9cifique \u00e0 la Convention et \u00e0 ses Protocoles. L\u2019article\u00a029 n\u2019offre aucun fondement similaire pour adopter la m\u00eame m\u00e9thode relativement \u00e0 l\u2019interpr\u00e9tation de la Convention d\u2019Oviedo, alors m\u00eame que cette m\u00e9thode \u00e9tait d\u00e9j\u00e0 bien connue au moment o\u00f9 a \u00e9t\u00e9 r\u00e9dig\u00e9 cet instrument. C\u2019est donc bien la \u00ab\u00a0pr\u00e9sente Convention\u00a0\u00bb que la Cour peut \u00eatre appel\u00e9e \u00e0 interpr\u00e9ter. La Cour observe \u00e0 cet \u00e9gard que la Convention d\u2019Oviedo repr\u00e9sente un mod\u00e8le normatif diff\u00e9rent de la Convention, puisqu\u2019il s\u2019agit d\u2019un instrument cadre qui d\u00e9finit une s\u00e9rie de grands principes, destin\u00e9s \u00e0 \u00eatre d\u00e9velopp\u00e9s, dans des domaines sp\u00e9cifiques, au travers de protocoles (voir l\u2019article\u00a031 de la Convention d\u2019Oviedo cit\u00e9 au paragraphe\u00a010 ci-dessus).<\/p>\n<p>50. La Cour juge appropri\u00e9 de saisir l\u2019occasion d\u2019apporter des pr\u00e9cisions sur la relation entre la comp\u00e9tence consultative que lui attribue la Convention d\u2019Oviedo et la comp\u00e9tence contentieuse et consultative qu\u2019elle exerce au titre de la Convention. Elle souligne tout d\u2019abord que, dans la Convention, la relation entre la comp\u00e9tence contentieuse et la comp\u00e9tence consultative de la Cour est r\u00e9gie par l\u2019article\u00a047 \u00a7\u00a02, qui, de deux mani\u00e8res connexes, limite significativement la seconde par rapport \u00e0 la premi\u00e8re. Ainsi, un avis consultatif ne peut porter ni sur les questions ayant trait au contenu ou \u00e0 l\u2019\u00e9tendue des droits et libert\u00e9s d\u00e9finis au titre I de la Convention (articles\u00a02\u201118) et dans les protocoles ni sur les autres questions dont la Cour ou le Comit\u00e9 des Ministres pourraient avoir \u00e0 conna\u00eetre par suite de l\u2019introduction d\u2019un recours pr\u00e9vu par la Convention.<\/p>\n<p>51. Concernant la seconde limitation, la Cour a pr\u00e9cis\u00e9 sa finalit\u00e9 comme suit\u00a0:<\/p>\n<p>\u00ab\u00a0La Cour estime que les dispositions excluant sa comp\u00e9tence consultative ont pour but d\u2019\u00e9viter une situation dans laquelle elle adopterait dans son avis consultatif une position de nature \u00e0 pr\u00e9juger l\u2019examen ult\u00e9rieur par elle d\u2019une requ\u00eate introduite en vertu des articles 33 ou 34 de la Convention, le fait qu\u2019une telle requ\u00eate n\u2019ait pas \u00e9t\u00e9 introduite ou ne le soit jamais n\u2019\u00e9tant nullement d\u00e9terminant. \u00c0 cet \u00e9gard, elle renvoie une fois de plus aux travaux pr\u00e9paratoires, dans lesquels il est pr\u00e9cis\u00e9 qu\u2019il importe \u00ab\u00a0que la Cour ne soit jamais mise dans la difficult\u00e9 d\u2019avoir, en pr\u00e9sence d\u2019une demande d\u2019avis, \u00e0 se prononcer directement ou indirectement sur une question de droit dont elle pourrait \u00e9ventuellement avoir \u00e0 conna\u00eetre \u00e0 titre principal, \u00e0 l\u2019occasion d\u2019une affaire susceptible d\u2019\u00eatre port\u00e9e devant elle\u00a0\u00bb (CM(61)91). La Cour consid\u00e8re donc qu\u2019il suffit, pour exclure sa comp\u00e9tence consultative, qu\u2019elle soit saisie d\u2019une question juridique dont elle pourrait avoir \u00e0 conna\u00eetre \u00e0 l\u2019avenir dans l\u2019exercice de sa fonction judiciaire premi\u00e8re, \u00e0 savoir l\u2019examen de la recevabilit\u00e9 ou du fond d\u2019une affaire concr\u00e8te\u00a0\u00bb (D\u00e9cision sur la comp\u00e9tence de la Cour pour rendre un avis consultatif [GC], \u00a7 33, CEDH 2004\u2011VI, 2\u00a0juin 2004).<\/p>\n<p>52. Cette finalit\u00e9 de l\u2019article\u00a047 \u00a7\u00a02 est formul\u00e9e en des termes tr\u00e8s g\u00e9n\u00e9raux, et elle se refl\u00e8te \u00e9galement dans la gen\u00e8se de la Convention d\u2019Oviedo. Comme cela a \u00e9t\u00e9 d\u00e9crit ci-dessus (paragraphe\u00a014), la proposition initiale pr\u00e9sent\u00e9e \u00e0 la Cour envisageait une proc\u00e9dure de renvoi pr\u00e9judiciel. La Cour rejeta cette id\u00e9e et expliqua dans son avis sur le projet de convention qu\u2019un tel r\u00f4le au titre de la (future) Convention d\u2019Oviedo pourrait avoir une influence sur l\u2019exercice de sa comp\u00e9tence contentieuse au titre de la Convention, en ce qu\u2019elle risquerait d\u2019\u00eatre g\u00ean\u00e9e dans l\u2019examen d\u2019une cause \u00e0 propos de laquelle elle aurait d\u00e9j\u00e0 rendu une d\u00e9cision pr\u00e9judicielle \u00e0 la demande de la juridiction interne saisie de l\u2019affaire. Cette particularit\u00e9 a par la suite \u00e9t\u00e9 omise. Les r\u00e9dacteurs pr\u00e9cis\u00e8rent \u00e9galement dans le texte du futur article\u00a029 qu\u2019une demande d\u2019avis consultatif ne devait comporter aucune r\u00e9f\u00e9rence directe \u00e0 un litige concret se d\u00e9roulant devant une juridiction. Cette pr\u00e9cision fut \u00e9galement sugg\u00e9r\u00e9e par la Cour, qui entendait r\u00e9duire le risque d\u2019une interpr\u00e9tation susceptible de la g\u00eaner \u00e0 un stade ult\u00e9rieur dans l\u2019hypoth\u00e8se o\u00f9 une demande trouvant son origine dans une proc\u00e9dure interne d\u00e9boucherait ensuite sur une requ\u00eate au titre de la Convention. Elle estima qu\u2019une fonction purement consultative r\u00e9pondant \u00e0 des questions juridiques d\u2019interpr\u00e9tation permettrait d\u2019\u00e9viter cet \u00e9cueil. Cette pr\u00e9occupation demeure pertinente. La Cour souligne donc qu\u2019elle doit exercer la comp\u00e9tence consultative que lui attribue la Convention d\u2019Oviedo de mani\u00e8re \u00e0 ce qu\u2019elle puisse s\u2019harmoniser avec la comp\u00e9tence qui est la sienne au titre de la Convention, en particulier avec sa comp\u00e9tence contentieuse, qui constitue sa fonction pr\u00e9\u00e9minente et doit \u00eatre soigneusement pr\u00e9serv\u00e9e.<\/p>\n<p>53. La comp\u00e9tence consultative que la Cour s\u2019est ult\u00e9rieurement vu attribuer par le Protocole no\u00a016 (paragraphe\u00a036 ci-dessus) doit \u00eatre clairement distingu\u00e9e de celle que lui conf\u00e8re la Convention d\u2019Oviedo. Au-del\u00e0 de la diff\u00e9rence de forme \u00e9vidente, le Protocole no\u00a016 faisant partie de la s\u00e9rie de trait\u00e9s internationaux constitutifs du syst\u00e8me de la Convention, la proc\u00e9dure introduite par ce protocole a pour objet d\u2019am\u00e9liorer la mise en \u0153uvre de la Convention dans des affaires concr\u00e8tes pendantes devant les juridictions nationales, en tenant compte des circonstances factuelles et juridiques propres \u00e0 ces affaires, afin de renforcer la mise en \u0153uvre du principe de subsidiarit\u00e9 d\u00e9sormais express\u00e9ment \u00e9nonc\u00e9 dans le pr\u00e9ambule de la Convention. Eu \u00e9gard \u00e0 cette diff\u00e9rence fondamentale entre le Protocole no\u00a016 et les deux autres textes conf\u00e9rant une comp\u00e9tence consultative \u00e0 la Cour, \u00e0 savoir l\u2019article\u00a047 de la Convention et l\u2019article\u00a029 de la Convention d\u2019Oviedo, les limites qui s\u2019appliquent \u00e0 la comp\u00e9tence que cette derni\u00e8re disposition attribue \u00e0 la Cour, lesquelles visent \u00e0 pr\u00e9server la fonction judiciaire de la Cour, ne sauraient s\u2019appliquer de la m\u00eame mani\u00e8re \u00e0 la comp\u00e9tence que le Protocole no\u00a016 conf\u00e8re \u00e0 la Cour.<\/p>\n<p>54. Les dispositions pertinentes de la Convention n\u2019excluent donc pas enti\u00e8rement que la Cour puisse se voir conf\u00e9rer une fonction judiciaire \u00e0 l\u2019\u00e9gard d\u2019autres trait\u00e9s en mati\u00e8re de droits de l\u2019homme conclus dans le cadre du Conseil de l\u2019Europe. Encore faut-il que l\u2019exercice par la Cour de la comp\u00e9tence qu\u2019elle tient de son instrument constitutif ne s\u2019en trouve pas affect\u00e9. Sans qu\u2019il soit n\u00e9cessaire pour elle de prendre une position d\u00e9finitive sur certains des arguments formul\u00e9s devant elle sur le fondement de la Convention de Vienne, la Cour souligne qu\u2019elle ne saurait exercer ses fonctions dans le cadre de la proc\u00e9dure pr\u00e9vue par l\u2019article\u00a029 de la Convention d\u2019Oviedo d\u2019une mani\u00e8re incompatible avec la finalit\u00e9 de l\u2019article\u00a047 \u00a7 2 de la Convention (que l\u2019on retrouve \u00e9galement dans la gen\u00e8se de l\u2019article\u00a029), qui est de pr\u00e9server sa fonction judiciaire premi\u00e8re de juridiction internationale administrant la justice au titre de la Convention.<\/p>\n<p>3. La comp\u00e9tence de la Cour \u00e0 l\u2019\u00e9gard de la pr\u00e9sente demande<\/p>\n<p>55. Apr\u00e8s avoir affirm\u00e9, d\u2019une mani\u00e8re g\u00e9n\u00e9rale, sa comp\u00e9tence consultative au titre de l\u2019article\u00a029 de la Convention d\u2019Oviedo et pr\u00e9cis\u00e9 sa nature, son \u00e9tendue et les limites qui doivent n\u00e9cessairement s\u2019y appliquer, la Cour doit maintenant d\u00e9terminer si elle a comp\u00e9tence pour accepter la demande qui lui est soumise, en examinant l\u2019une apr\u00e8s l\u2019autre les questions qui lui sont pos\u00e9es.<\/p>\n<p>56. Pour commencer, la Cour observe que la demande a \u00e9t\u00e9 pr\u00e9sent\u00e9e par le comit\u00e9 \u2013 le DH-BIO \u2013 d\u00e9sign\u00e9 au titre de l\u2019article\u00a032 de la Convention d\u2019Oviedo. Selon les informations fournies, la demande a \u00e9t\u00e9 adopt\u00e9e par le DH-BIO dans sa composition restreinte aux repr\u00e9sentants des Parties \u00e0 la Convention d\u2019Oviedo. En l\u2019absence de toute mention du nombre de suffrages exprim\u00e9s pour l\u2019adoption de la demande, la Cour pr\u00e9sume que la majorit\u00e9 requise (les deux tiers des voix exprim\u00e9es) a \u00e9t\u00e9 obtenue.<\/p>\n<p>57. Conform\u00e9ment \u00e0 l\u2019article\u00a029, la demande ne fait aucune r\u00e9f\u00e9rence directe \u00e0 une quelconque proc\u00e9dure dont une juridiction aurait \u00e9t\u00e9 saisie.<\/p>\n<p>58. Il reste \u00e0 d\u00e9terminer si la demande respecte la nature, l\u2019\u00e9tendue et les limites de la comp\u00e9tence consultative de la Cour. La Cour observe que l\u2019article\u00a029 de la Convention d\u2019Oviedo n\u2019exige pas que les demandes d\u2019avis consultatifs soient assorties de motifs ou d\u2019explications. Pour pouvoir se convaincre qu\u2019elle a effectivement comp\u00e9tence pour accepter la demande, elle doit toutefois prendre en compte non seulement le libell\u00e9 de cette demande et l\u2019explication qui l\u2019accompagne, mais aussi sa gen\u00e8se et le contexte dans lequel elle s\u2019inscrit.<\/p>\n<p>59. \u00c0 cet \u00e9gard, la Cour note le libell\u00e9 de la premi\u00e8re question (\u00ab\u00a0(&#8230;) quelles sont les \u00ab\u00a0conditions de protection\u00a0\u00bb (&#8230;) qui doivent \u00eatre pr\u00e9vues par la loi dans les \u00c9tats membres (&#8230;)\u00a0\u00bb), ainsi que l\u2019explication g\u00e9n\u00e9rale du DH\u2011BIO selon laquelle il souhaite, par cette question, clarifier \u00ab\u00a0certains aspects de l\u2019interpr\u00e9tation juridique de l\u2019article\u00a07 de la Convention d\u2019Oviedo, dans le but d\u2019\u00e9clairer [s]es actuels et futurs travaux (&#8230;) en la mati\u00e8re\u00a0\u00bb. Si la demande ne fait pas r\u00e9f\u00e9rence au d\u00e9bat international qui s\u2019est ouvert relativement au projet de Protocole additionnel relatif \u00e0 la protection des droits de l\u2019homme et de la dignit\u00e9 des personnes atteintes de troubles mentaux \u00e0 l\u2019\u00e9gard du placement et du traitement involontaires, il s\u2019agit d\u2019une question publique.<\/p>\n<p>a) Les observations des gouvernements<\/p>\n<p>60. Comme cela a d\u00e9j\u00e0 \u00e9t\u00e9 expos\u00e9 ci-dessus (paragraphe 39), certains gouvernements arguent que la nature des questions pos\u00e9es les fait relever de l\u2019article\u00a047 \u00a7\u00a02 de la Convention et que la Cour n\u2019est donc pas comp\u00e9tente pour y r\u00e9pondre. Concernant la premi\u00e8re question, certains autres gouvernements formulent diff\u00e9rentes suggestions quant aux \u00ab\u00a0conditions de protection\u00a0\u00bb qui devraient \u00eatre pr\u00e9vues par les \u00c9tats parties \u00e0 la Convention d\u2019Oviedo. Le gouvernement tch\u00e8que identifie un certain nombre de principes g\u00e9n\u00e9raux qui devraient, selon lui, \u00eatre pris en consid\u00e9ration, tels que la n\u00e9cessit\u00e9, la proportionnalit\u00e9, l\u2019adoption d\u2019une approche individualis\u00e9e et un recours aux interventions hors consentement uniquement en dernier ressort. Il sugg\u00e8re ensuite une s\u00e9rie de garanties, inspir\u00e9es des textes internationaux pertinents, notamment la Recommandation REC(2004)10 du Comit\u00e9 des Ministres et le projet de Protocole additionnel relatif \u00e0 la protection des droits de l\u2019homme et de la dignit\u00e9 des personnes atteintes de troubles mentaux \u00e0 l\u2019\u00e9gard du placement et du traitement involontaires, qui devraient \u00eatre pr\u00e9vues en droit interne. Les gouvernements estonien, letton et polonais (ce dernier uniquement pour le cas o\u00f9 la Cour se reconna\u00eetrait une comp\u00e9tence de principe au titre de l\u2019article\u00a029 de la Convention d\u2019Oviedo) consid\u00e8rent que la r\u00e9ponse de la Cour devrait se r\u00e9f\u00e9rer \u00e0 sa jurisprudence concernant les dispositions pertinentes de la Convention, en particulier les articles\u00a03, 5 et\u00a08, directement applicables selon eux \u00e0 l\u2019objet de la question examin\u00e9e. Ils d\u00e9duisent d\u2019un certain nombre d\u2019arr\u00eats rendus par la Cour une s\u00e9rie de conditions de protection. Le gouvernement n\u00e9erlandais met en avant divers aspects que les l\u00e9gislations nationales devraient selon lui contenir, ajoutant que le droit interne devrait \u00e9galement m\u00e9nager la possibilit\u00e9 d\u2019un jugement professionnel dans chaque cas individuel. Le gouvernement portugais observe que l\u2019article\u00a07 de la Convention d\u2019Oviedo laisse \u00e0 chaque Partie le soin de d\u00e9terminer dans le d\u00e9tail les conditions de protection \u00e0 appliquer lorsqu\u2019une personne est soumise \u00e0 une intervention sans son consentement. Il soutient que les \u00c9tats jouissent ainsi d\u2019une certaine marge d\u2019appr\u00e9ciation en la mati\u00e8re, tout en soulignant que les lignes directrices \u00e9nonc\u00e9es dans la Recommandation REC(2004)10 du Comit\u00e9 des Ministres rev\u00eatent une importance particuli\u00e8re dans ce contexte, notamment les articles\u00a021 \u00e0\u00a025 de cet instrument.<\/p>\n<p>61. Concernant la deuxi\u00e8me question, la plupart des gouvernements intervenants indiquent que leur droit interne pr\u00e9voit la possibilit\u00e9 de soumettre les personnes souffrant d\u2019un trouble mental \u00e0 des interventions sans leur consentement lorsque pareilles interventions sont n\u00e9cessaires pour pr\u00e9munir autrui d\u2019un pr\u00e9judice grave. Ils pr\u00e9cisent que les interventions en question sont g\u00e9n\u00e9ralement r\u00e9gies par les m\u00eames dispositions et soumises aux m\u00eames conditions de protection que les interventions ayant pour but de prot\u00e9ger les personnes concern\u00e9es du risque qu\u2019elles pr\u00e9sentent pour elles\u2011m\u00eames. Ils soutiennent qu\u2019il serait difficile de chercher \u00e0 distinguer entre ces deux motifs pouvant justifier une intervention hors consentement, \u00e9tant donn\u00e9 que de nombreuses pathologies repr\u00e9sentent un risque tant pour la personne concern\u00e9e que pour les tiers. Le gouvernement n\u00e9erlandais observe que lorsque le but est la protection d\u2019autrui, des conditions suppl\u00e9mentaires peuvent \u00eatre requises. Il cite l\u2019exemple de l\u2019obligation pour le personnel m\u00e9dical de consulter les autorit\u00e9s locales comp\u00e9tentes et le parquet avant de mettre un terme \u00e0 un traitement hors consentement ordonn\u00e9 pour ce motif. Le gouvernement suisse pr\u00e9cise qu\u2019en vertu de son droit interne, la protection des tiers est un \u00e9l\u00e9ment \u00e0 prendre en compte lors de l\u2019\u00e9valuation de la mise en \u0153uvre d\u2019un traitement hors consentement, mais il ajoute qu\u2019il ne s\u2019agit pas en soi d\u2019un \u00e9l\u00e9ment d\u00e9terminant. Plusieurs gouvernements sont d\u2019avis que l\u2019article\u00a026 de la Convention d\u2019Oviedo autorise de telles interventions et que les \u00ab\u00a0conditions de protection\u00a0\u00bb mentionn\u00e9es \u00e0 l\u2019article\u00a07 devraient \u00e9galement s\u2019appliquer dans ces circonstances. Ils soutiennent que rien ne permet de consid\u00e9rer que l\u2019article\u00a026 envisage des normes ou garanties diff\u00e9rentes. Le gouvernement portugais expose que le fait que les deux motifs pouvant justifier une intervention sont r\u00e9gis par des dispositions diff\u00e9rentes correspond \u00e0 une technique l\u00e9gislative bien connue, la disposition la plus large couvrant d\u2019autres situations, non sp\u00e9cifi\u00e9es, justifiant l\u2019adoption de mesures identiques. Il ajoute que ces deux dispositions devraient \u00eatre interpr\u00e9t\u00e9es de mani\u00e8re concert\u00e9e.<\/p>\n<p>b) Les observations des organisations intervenantes<\/p>\n<p>62. La th\u00e8se commune aux trois interventions re\u00e7ues consiste \u00e0 dire que les articles\u00a07 et\u00a026 de la Convention d\u2019Oviedo ne sont pas compatibles avec les normes aujourd\u2019hui applicables telles qu\u2019\u00e9tablies par la Convention des Nations unies relative aux droits des personnes handicap\u00e9es (CNUDPH). Les organisations intervenantes soutiennent que la notion m\u00eame d\u2019imposition d\u2019un traitement sans consentement est contraire \u00e0 la CNUDPH, qui a modifi\u00e9 le paradigme de la protection des droits des personnes souffrant de maladies psychiques ou de handicaps psychosociaux. Selon elles, le Comit\u00e9 des droits des personnes handicap\u00e9es des Nations unies a \u00e9tabli qu\u2019une telle pratique est contraire aux principes de dignit\u00e9, de non-discrimination, de libert\u00e9 et de s\u00e9curit\u00e9 de la personne, et qu\u2019elle porte atteinte \u00e0 plusieurs dispositions de la CNUDPH, notamment \u00e0 son article\u00a014. Ce comit\u00e9 n\u2019aurait eu de cesse d\u2019exhorter les \u00c9tats \u00e0 cesser de telles pratiques et \u00e0 abroger les lois les autorisant. Cette position serait largement admise dans l\u2019ensemble du syst\u00e8me des droits de l\u2019homme des Nations unies ainsi que par l\u2019Organisation mondiale de la sant\u00e9, qui aurait modifi\u00e9 ses politiques en la mati\u00e8re afin d\u2019en tenir compte. Les organisations intervenantes soulignent que tous les \u00c9tats parties \u00e0 la Convention d\u2019Oviedo ont ratifi\u00e9 la CNUDPH, comme l\u2019ont fait quarante-six des quarante-sept \u00c9tats parties \u00e0 la Convention europ\u00e9enne.<\/p>\n<p>63. Elles font plusieurs observations sur la mani\u00e8re dont la Cour devrait, selon elles, r\u00e9pondre \u00e0 la demande du DH-BIO. Elles soutiennent que l\u2019article\u00a053 de la Convention europ\u00e9enne est applicable et que cette disposition garantit que la Convention ne puisse servir \u00e0 abaisser le niveau de protection des droits de l\u2019homme offert par le droit interne ou d\u2019autres accords internationaux. Elles en d\u00e9duisent que la Cour ne saurait interpr\u00e9ter la Convention d\u2019une mani\u00e8re qui ne cadrerait pas avec la CNUDPH, et qu\u2019il devrait en \u00eatre de m\u00eame relativement \u00e0 la Convention d\u2019Oviedo. Elles soutiennent par ailleurs que la CNUDPH devrait \u00eatre consid\u00e9r\u00e9e comme la lex specialis dans ce domaine particulier et qu\u2019en cas de conflit entre cet instrument, d\u2019une part, et la Convention europ\u00e9enne et la Convention d\u2019Oviedo, d\u2019autre part, il conviendrait de ne pas appliquer les dispositions pertinentes de ces deux derniers instruments ou, tout au moins, de les interpr\u00e9ter \u00e0 la lumi\u00e8re de la lex specialis. Elles arguent \u00e9galement que la CNUDPH devrait \u00eatre reconnue comme un \u00ab\u00a0trait\u00e9 successif\u00a0\u00bb au sens de l\u2019article\u00a030 de la Convention de Vienne et que l\u2019article\u00a07 de la Convention d\u2019Oviedo devrait ainsi \u00eatre consid\u00e9r\u00e9 comme ne s\u2019appliquant que dans la mesure o\u00f9 il peut \u00eatre interpr\u00e9t\u00e9 d\u2019une mani\u00e8re compatible avec les dispositions de la CNUDPH. Elles soutiennent que la Cour devrait en tout \u00e9tat de cause s\u2019efforcer d\u2019adopter une interpr\u00e9tation harmonieuse des dispositions correspondantes de la Convention europ\u00e9enne, de la Convention d\u2019Oviedo et de la CNUDPH. Elles plaident que puisque la Cour appr\u00e9hende la Convention comme un instrument vivant en l\u2019interpr\u00e9tant \u00e0 la lumi\u00e8re des r\u00e8gles pertinentes du droit international applicable aux \u00c9tats contractants et qu\u2019elle tient \u00e9galement compte du consensus \u00e9mergeant des instruments internationaux sp\u00e9cialis\u00e9s, elle devrait aligner son interpr\u00e9tation des dispositions pertinentes de la Convention sur les exigences plus strictes d\u00e9finies par la CNUDPH dans ce domaine et interpr\u00e9ter ensuite les dispositions correspondantes de la Convention d\u2019Oviedo de la m\u00eame mani\u00e8re. Elles estiment que la Cour devrait s\u2019efforcer d\u2019\u00e9viter autant que possible tout conflit entre ces trait\u00e9s internationaux simultan\u00e9ment applicables, et de refl\u00e9ter le consensus croissant dans les l\u00e9gislations et politiques nationales pour juger inacceptables les traitements hors consentement. Selon elles, la Convention d\u2019Oviedo elle-m\u00eame ouvre la voie pour r\u00e9soudre le conflit qui pourrait l\u2019opposer aux normes actuellement en vigueur\u00a0: en s\u2019appuyant sur son article\u00a027, qui permet une protection plus \u00e9tendue, ainsi que sur les principes fondamentaux cit\u00e9s aux articles 1 et\u00a05, il serait possible de conclure que l\u2019article\u00a07 devrait d\u00e9sormais \u00eatre consid\u00e9r\u00e9 comme \u00e9tant d\u00e9pourvu de tout effet.<\/p>\n<p>c) Appr\u00e9ciation de la Cour<\/p>\n<p>i. Question 1<\/p>\n<p>64. Par sa premi\u00e8re question, le DH-BIO demande \u00e0 la Cour d\u2019interpr\u00e9ter les termes \u00ab\u00a0conditions de protection\u00a0\u00bb qui figurent \u00e0 l\u2019article\u00a07 de la Convention d\u2019Oviedo afin de pr\u00e9ciser les exigences minimales de protection que les Parties doivent pr\u00e9voir dans leur l\u00e9gislation en application de cette disposition, et de le faire \u00e0 la lumi\u00e8re de l\u2019objectif de ce trait\u00e9 tel que d\u00e9fini dans son premier article. Il invite \u00e9galement la Cour \u00e0 tenir compte de la Convention et de la jurisprudence pertinente pour rendre l\u2019avis consultatif demand\u00e9. Le DH-BIO explique que la premi\u00e8re question a pour objectif d\u2019obtenir des \u00e9claircissements, fond\u00e9s sur l\u2019ensemble de la jurisprudence pertinente de la Cour, quant aux exigences \u00e0 respecter pour prot\u00e9ger efficacement les droits de l\u2019homme de la personne concern\u00e9e et son int\u00e9grit\u00e9, dans le but d\u2019\u00e9clairer les travaux qu\u2019il m\u00e8ne ou m\u00e8nera en la mati\u00e8re.<\/p>\n<p>65. Pour la Cour, toutefois, les \u00ab\u00a0conditions de protection\u00a0\u00bb, au sens de l\u2019article 7 de la Convention d\u2019Oviedo, qui doivent \u00eatre \u00ab\u00a0pr\u00e9vues par la loi dans les \u00c9tats membres pour r\u00e9pondre aux exigences minimales de protection\u00a0\u00bb ne sauraient \u00eatre pr\u00e9cis\u00e9es dans le cadre d\u2019une interpr\u00e9tation judiciaire abstraite. Il est en effet clair que la disposition en question refl\u00e8te le choix d\u00e9lib\u00e9r\u00e9 de ses r\u00e9dacteurs de laisser aux Parties le soin de d\u00e9terminer de mani\u00e8re plus d\u00e9taill\u00e9e et plus compl\u00e8te dans leur droit interne les conditions de protection applicables dans ce contexte. \u00c0 cet \u00e9gard, l\u2019article 7 contraste avec d\u2019autres dispositions plus d\u00e9taill\u00e9es du m\u00eame trait\u00e9, par exemple les articles\u00a016, 17 et 20. Il est \u00e9vident que les r\u00e9dacteurs n\u2019ignoraient rien de l\u2019existence \u00e0 l\u2019\u00e9poque de normes sp\u00e9cifiques pertinentes, qui sont d\u2019ailleurs mentionn\u00e9es dans le rapport explicatif, notamment les normes non contraignantes \u00e9labor\u00e9es par le Comit\u00e9 des Ministres (paragraphe\u00a055 du rapport explicatif, cit\u00e9 au paragraphe 18 ci-dessus). Ils se sont toutefois abstenus de les inclure dans le trait\u00e9 (voir la gen\u00e8se de cette disposition, r\u00e9sum\u00e9e au paragraphe 17 ci-dessus).<\/p>\n<p>66. Ni le contexte g\u00e9n\u00e9ral du trait\u00e9 ni son objet et son but ne m\u00e8nent \u00e0 une interpr\u00e9tation de l\u2019article\u00a07 dans le sens demand\u00e9. Le th\u00e8me essentiel de la Convention d\u2019Oviedo, ainsi qu\u2019en attestent son titre complet, son pr\u00e9ambule et ses dispositions g\u00e9n\u00e9rales, en particulier ses articles\u00a01 et\u00a02, est la protection de la dignit\u00e9 et des droits de l\u2019\u00eatre humain. Si cela suppose de r\u00e9glementer avec grand soin les circonstances et les conditions dans lesquelles une exception peut \u00eatre apport\u00e9e \u00e0 la r\u00e8gle g\u00e9n\u00e9rale du consentement aux interventions dans le domaine de la sant\u00e9, qui est \u00e9nonc\u00e9e \u00e0 l\u2019article 5, et si de nombreuses suggestions inspir\u00e9es par les normes nationales et internationales existantes ont \u00e9t\u00e9 faites par les gouvernements intervenants qui ont abord\u00e9 ce point, l\u2019article\u00a07 laisse aux \u00c9tats parties une certaine latitude \u00e0 cet \u00e9gard. La Cour estime que cette latitude ne saurait \u00eatre restreinte par une interpr\u00e9tation de l\u2019article\u00a07 qui serait donn\u00e9e par elle \u00e0 la suite d\u2019une demande d\u2019avis consultatif. Comme elle l\u2019a indiqu\u00e9 ci-dessus (paragraphe 47), elle dispose dans ce contexte d\u2019une comp\u00e9tence interpr\u00e9tative. Elle ne peut donner d\u2019avis consultatifs que sur des \u00ab\u00a0questions juridiques concernant l\u2019interpr\u00e9tation de la Convention\u00a0\u00bb, \u00e0 l\u2019exclusion des questions d\u2019opportunit\u00e9 politique et de celles qui iraient au\u2011del\u00e0 de la simple interpr\u00e9tation des textes et qui tendraient par des additions, des am\u00e9liorations ou des correctifs, \u00e0 en modifier la substance.<\/p>\n<p>67. Cette appr\u00e9ciation est \u00e9galement conforme \u00e0 l\u2019approche g\u00e9n\u00e9rale de la Convention d\u2019Oviedo quant \u00e0 l\u2019\u00e9volution des normes qu\u2019elle \u00e9tablit dans des domaines sp\u00e9cifiques. La Convention d\u2019Oviedo est un trait\u00e9 cadre qui \u00e9nonce les droits de l\u2019homme et principes les plus importants dans le domaine de la biom\u00e9decine, lesquels doivent \u00eatre d\u00e9velopp\u00e9s et pr\u00e9cis\u00e9s par des protocoles additionnels (article\u00a031 de la Convention d\u2019Oviedo\u00a0; paragraphes\u00a010 et 49 ci-dessus). Il s\u2019agit l\u00e0, par nature, d\u2019un exercice l\u00e9gislatif, ancr\u00e9 dans l\u2019\u00e9laboration de politiques au niveau international, tendant \u00e0 l\u2019adoption de nouvelles normes juridiques internationales. Il appara\u00eet \u00e0 la Cour que pour ce qui est des mesures pouvant \u00eatre prises aux fins de traitement, sans leur consentement, de personnes souffrant de troubles mentaux ce processus est toujours en cours.<\/p>\n<p>68. Bien que le DH-BIO demande \u00e0 la Cour de tenir compte de la Convention et de la jurisprudence pertinente, la Cour doit, comme elle l\u2019a expliqu\u00e9 ci-dessus (paragraphes\u00a050-52), exercer la comp\u00e9tence consultative que lui attribue la Convention d\u2019Oviedo de mani\u00e8re \u00e0 ce qu\u2019elle puisse s\u2019harmoniser avec la comp\u00e9tence qui est la sienne au titre de la Convention et pr\u00e9server cette derni\u00e8re, dont les limites continuent de s\u2019appliquer dans le pr\u00e9sent contexte. Par cons\u00e9quent, la Cour ne saurait, dans le cadre de cet exercice, interpr\u00e9ter des clauses normatives ou principes jurisprudentiels de la Convention. M\u00eame si la pr\u00e9sente proc\u00e9dure concerne la Convention d\u2019Oviedo et que les avis rendus par la Cour au titre de l\u2019article\u00a029 sont consultatifs, et donc non contraignants, une r\u00e9ponse en pareils termes serait n\u00e9anmoins une d\u00e9cision judiciaire faisant autorit\u00e9 qui porterait au moins autant sur la Convention elle-m\u00eame que sur la Convention d\u2019Oviedo. La Cour ne peut adopter une telle approche, qui risquerait de la g\u00eaner dans l\u2019exercice de la comp\u00e9tence contentieuse pr\u00e9\u00e9minente que lui conf\u00e8re la Convention. Il s\u2019ensuit a fortiori que, au rebours de ce que sugg\u00e8rent les organisations intervenantes, la Cour ne saurait saisir l\u2019occasion de la pr\u00e9sente demande d\u2019avis consultatif pour modifier son interpr\u00e9tation de certaines dispositions de la Convention afin de l\u2019aligner sur la CNUDPH, puis interpr\u00e9ter l\u2019article\u00a07 de la Convention d\u2019Oviedo de la m\u00eame mani\u00e8re.<\/p>\n<p>69. Eu \u00e9gard au degr\u00e9 de convergence entre les deux trait\u00e9s, particuli\u00e8rement \u00e9vident dans le domaine sur lequel porte la demande du DH\u2011BIO, la Cour souhaite n\u00e9anmoins formuler l\u2019observation qui suit. Malgr\u00e9 le caract\u00e8re distinct de la Convention d\u2019Oviedo, les exigences qui d\u00e9coulent pour les \u00c9tats de son article 7 devront en pratique s\u2019appliquer en concomitance avec celles d\u00e9coulant de la Convention, d\u2019autant que tous les \u00c9tats ayant ratifi\u00e9 la Convention d\u2019Oviedo sont \u00e9galement li\u00e9s par la Convention. Il en r\u00e9sulte que les garanties pr\u00e9vues en droit interne qui correspondent aux \u00ab\u00a0conditions de protection\u00a0\u00bb exig\u00e9es par l\u2019article\u00a07 de la Convention d\u2019Oviedo doivent \u00eatre de nature \u00e0 satisfaire \u00e0 tout le moins aux exigences des dispositions pertinentes de la Convention, telles qu\u2019interpr\u00e9t\u00e9es par la Cour dans sa jurisprudence, laquelle est abondante concernant le traitement des troubles mentaux. De surcro\u00eet, cette jurisprudence de la Cour en la mati\u00e8re se caract\u00e9rise par une approche dynamique dans l\u2019interpr\u00e9tation de la Convention, guid\u00e9e notamment par des normes juridiques et m\u00e9dicales en \u00e9volution constante, tant au niveau national qu\u2019au niveau international. Les autorit\u00e9s nationales comp\u00e9tentes doivent donc au minimum s\u2019assurer que leur droit interne est et demeure pleinement conforme aux normes pertinentes d\u00e9coulant de la Convention, notamment \u00e0 celles qui font peser des obligations positives sur les \u00c9tats.<\/p>\n<p>70. Pour les raisons expos\u00e9es ci-dessus, ni l\u2019\u00e9tablissement d\u2019exigences minimales \u00e0 pr\u00e9voir dans la loi, au sens de l\u2019article\u00a07 de la Convention d\u2019Oviedo (question 1), ni des \u00ab\u00a0\u00e9claircissements\u00a0\u00bb quant \u00e0 ces exigences sur la base de la jurisprudence de la Cour relative aux mesures non consenties de traitement de personnes souffrant de troubles mentaux (voir les commentaires du DH-BIO sur la question 1) ne peuvent faire l\u2019objet de l\u2019avis consultatif demand\u00e9 au titre de l\u2019article\u00a029 de cet instrument. La question\u00a01 ne rel\u00e8ve donc pas de la comp\u00e9tence de la Cour.<\/p>\n<p>ii. Question 2<\/p>\n<p>71. En ce qui concerne la question\u00a02, qui r\u00e9sulte de la premi\u00e8re et y est \u00e9troitement li\u00e9e, la Cour consid\u00e8re de m\u00eame qu\u2019il n\u2019est pas de sa comp\u00e9tence d\u2019y r\u00e9pondre.<\/p>\n<p><strong>PAR CES MOTIFS, LA COUR, \u00c0 LA MAJORIT\u00c9,<\/strong><\/p>\n<p>D\u00e9cide que la demande d\u2019avis consultatif au titre de l\u2019article\u00a029 de la Convention d\u2019Oviedo ne rel\u00e8ve pas de sa comp\u00e9tence.<\/p>\n<p>Fait en fran\u00e7ais et en anglais, puis communiqu\u00e9 par \u00e9crit le 15\u00a0septembre\u00a02021.<\/p>\n<p>Johan Callewaert\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0 Robert Spano<br \/>\nAdjoint \u00e0 la greffi\u00e8re\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0 Pr\u00e9sident<\/p>\n<p>___________<\/p>\n<p>\u00c0 la pr\u00e9sente d\u00e9cision se trouve joint, conform\u00e9ment \u00e0 l\u2019article 88 \u00a7\u00a02 du r\u00e8glement (par analogie), l\u2019expos\u00e9 de l\u2019opinion s\u00e9par\u00e9e commune aux juges Lemmens, Grozev, Eicke et Schembri Orland.<\/p>\n<p style=\"text-align: right;\">R.S.O.<br \/>\nJ.C.<\/p>\n<p style=\"text-align: center;\"><strong>OPINION DISSIDENTE COMMUNE AUX JUGES LEMMENS, GROZEV, EICKE ET SCHEMBRI ORLAND<\/strong><\/p>\n<p style=\"text-align: center;\"><strong>(Traduction)<\/strong><\/p>\n<p>1. Nous regrettons de ne pouvoir partager la conclusion de la majorit\u00e9 selon laquelle la pr\u00e9sente demande d\u2019avis consultatif ne rel\u00e8ve pas de la comp\u00e9tence de la Cour.<\/p>\n<p>\u00c0 notre avis, non seulement la Cour est comp\u00e9tente, de mani\u00e8re g\u00e9n\u00e9rale, pour rendre des avis consultatifs au titre de l\u2019article\u00a029 de la Convention d\u2019Oviedo \u2013 comme le reconna\u00eet la majorit\u00e9 \u2013, mais encore rien dans les deux questions pos\u00e9es \u00e0 la Cour ne les rend irrecevables \u00e0 un examen par elle.<\/p>\n<p><strong>I. La comp\u00e9tence de la Cour au titre de l\u2019article\u00a029 de la Convention d\u2019Oviedo<\/strong><\/p>\n<p>2. Nous parvenons \u00e0 la m\u00eame conclusion que la majorit\u00e9 quant \u00e0 la comp\u00e9tence consultative de la Cour au titre de la Convention d\u2019Oviedo, mais nous le faisons avec beaucoup moins d\u2019h\u00e9sitation.<\/p>\n<p>La majorit\u00e9 analyse la comp\u00e9tence que la Convention d\u2019Oviedo attribue \u00e0 la Cour au regard de ce qu\u2019elle appelle la \u00ab\u00a0fonction judiciaire premi\u00e8re\u00a0\u00bb que la Cour tire de la Convention europ\u00e9enne des droits de l\u2019homme (\u00ab\u00a0la Convention\u00a0\u00bb). Nous pensons que la Convention d\u2019Oviedo devrait \u00eatre interpr\u00e9t\u00e9e de mani\u00e8re plus autonome. Il ne s\u2019agit pas d\u2019une simple \u00ab\u00a0annexe\u00a0\u00bb \u00e0 la Convention mais d\u2019un instrument distinct qui dispose de sa propre logique interne. Il est vrai qu\u2019il existe des liens importants entre ces deux trait\u00e9s et que la Cour est int\u00e9gr\u00e9e dans le dispositif institutionnel de la Convention d\u2019Oviedo, mais cela ne signifie pas que cette derni\u00e8re est hi\u00e9rarchiquement subordonn\u00e9e \u00e0 la Convention. Selon nous, les dispositions de la Convention d\u2019Oviedo ne sont pas soumises aux limitations qui d\u00e9coulent de la logique sp\u00e9cifique inh\u00e9rente \u00e0 la Convention.<\/p>\n<p>3. L\u2019article\u00a029 de la Convention d\u2019Oviedo donne \u00e0 la Cour la comp\u00e9tence pour rendre \u00ab\u00a0des avis consultatifs sur des questions juridiques concernant l\u2019interpr\u00e9tation\u00a0\u00bb de cette convention, \u00e0 la demande du Gouvernement d\u2019une Partie ou du comit\u00e9 comp\u00e9tent, qui est d\u00e9sormais le Comit\u00e9 de Bio\u00e9thique du Conseil de l\u2019Europe (\u00ab\u00a0le DH-BIO\u00a0\u00bb).<\/p>\n<p>Le texte de cette disposition est, d\u2019apr\u00e8s nous, tr\u00e8s clair. L\u2019article\u00a029 ne pose aucune limite \u00e0 la comp\u00e9tence de la Cour. En particulier, il ne pr\u00e9voit aucune limitation similaire \u00e0 celles \u00e9nonc\u00e9es par l\u2019article\u00a047 \u00a7\u00a02 de la Convention relativement aux \u00ab\u00a0avis consultatifs sur des questions juridiques concernant l\u2019interpr\u00e9tation de la Convention et de ses Protocoles\u00a0\u00bb, que la Cour peut donner \u00e0 la demande du Comit\u00e9 des Ministres. L\u2019article\u00a047 \u00a7\u00a02 dispose que \u00ab\u00a0[c]es avis ne peuvent porter ni sur les questions ayant trait au contenu ou \u00e0 l\u2019\u00e9tendue des droits et libert\u00e9s d\u00e9finis au titre I de la Convention et dans les protocoles ni sur les autres questions dont la Cour ou le Comit\u00e9 des Ministres pourraient avoir \u00e0 conna\u00eetre par suite de l\u2019introduction d\u2019un recours pr\u00e9vu par la Convention\u00a0\u00bb. Cette restriction est parfaitement compr\u00e9hensible dans le contexte de la Convention\u00a0: les r\u00e9dacteurs du Protocole no\u00a02 (article\u00a047) voulaient \u00e9viter que la Cour puisse donner une interpr\u00e9tation d\u2019une disposition de la Convention que la Cour ou le Comit\u00e9 des Ministres pourraient avoir \u00e0 examiner dans le contexte d\u2019une proc\u00e9dure contentieuse. Aucun chevauchement de ce type n\u2019est possible entre la proc\u00e9dure consultative au titre de la Convention d\u2019Oviedo et la proc\u00e9dure contentieuse r\u00e9gie par la Convention. L\u2019objet de ces deux types de proc\u00e9dure est, au moins formellement, totalement diff\u00e9rent. Selon nous, il est donc tout \u00e0 fait logique que l\u2019article\u00a029 de la Convention d\u2019Oviedo ne contienne aucune limitation similaire \u00e0 celles \u00e9nonc\u00e9es par l\u2019article\u00a047 \u00a7\u00a02 de la Convention.<\/p>\n<p>4. La majorit\u00e9 lit toutefois dans l\u2019article\u00a029 de la Convention d\u2019Oviedo les m\u00eames exceptions que celles pr\u00e9vues \u00e0 l\u2019article\u00a047 \u00a7\u00a02 (paragraphes\u00a050\u201152 et\u00a054 de la d\u00e9cision). Nous regrettons de ne pouvoir souscrire \u00e0 cette analyse.<\/p>\n<p>Nous ne pensons pas que le texte de l\u2019article\u00a029 permette une telle interpr\u00e9tation (paragraphe\u00a03 ci-dessus). En outre, celle-ci nous para\u00eet difficile \u00e0 concilier avec l\u2019objet et le but de cette disposition. En effet, comme l\u2019\u00e9nonce le rapport explicatif de la Convention d\u2019Oviedo dans son paragraphe\u00a09, \u00ab\u00a0[n]on seulement la philosophie [de la Convention d\u2019Oviedo et de la Convention], mais aussi nombre de principes \u00e9thiques et de notions juridiques sont communs\u00a0\u00bb. Attribuer \u00e0 la Cour une comp\u00e9tence consultative, \u00e9tablie afin d\u2019assurer la conformit\u00e9 avec la Convention, vise \u00e9videmment \u00e0 \u00ab\u00a0garantir une interpr\u00e9tation uniforme [des] notions [partag\u00e9es] et \u00e0 \u00e9viter qu\u2019elles re\u00e7oivent des interpr\u00e9tations divergentes au titre de chacune de ces conventions\u00a0\u00bb (paragraphe\u00a044 de la pr\u00e9sente d\u00e9cision). Un tel objectif plaide pour une ample comp\u00e9tence de la Cour au titre de la Convention d\u2019Oviedo, et non pour des restrictions \u00e0 cette comp\u00e9tence. Une interpr\u00e9tation uniforme peut difficilement \u00eatre garantie, et des interpr\u00e9tations divergentes peuvent difficilement \u00eatre \u00e9vit\u00e9es, si la Cour n\u2019est pas en mesure d\u2019examiner des questions qui pourraient \u00e9galement se poser dans une proc\u00e9dure contentieuse introduite au titre de la Convention.<\/p>\n<p>5. La majorit\u00e9 tire argument des travaux pr\u00e9paratoires de la Convention d\u2019Oviedo, et en particulier de l\u2019avis rendu par la Cour le 6\u00a0novembre 1995 sur le projet de la future Convention d\u2019Oviedo (Cour (95) 413\u00a0; paragraphes\u00a014-15 et 44 de la pr\u00e9sente d\u00e9cision). Notre interpr\u00e9tation des travaux pr\u00e9paratoires est quelque peu diff\u00e9rente.<\/p>\n<p>Tout d\u2019abord, \u00e0 l\u2019\u00e9poque, la Cour se f\u00e9licitait dans l\u2019ensemble de la disposition qui allait devenir l\u2019article\u00a029 de la Convention d\u2019Oviedo. Elle jugeait compr\u00e9hensible \u00ab\u00a0le souci de ses r\u00e9dacteurs d\u2019instituer un syst\u00e8me qui permettrait d\u2019obtenir, au sujet desdites dispositions, une interpr\u00e9tation uniforme faisant autorit\u00e9 pour tous les \u00c9tats contractants\u00a0\u00bb et souscrivait \u00e0 l\u2019id\u00e9e que ce but pourrait \u00eatre atteint en confiant cette fonction \u00e0 la Cour (paragraphe\u00a03 de l\u2019avis de la Cour, cit\u00e9 au paragraphe 14 de la pr\u00e9sente d\u00e9cision). Elle se d\u00e9clarait express\u00e9ment \u00ab\u00a0favorable au principe d\u2019assumer une comp\u00e9tence interpr\u00e9tative dans ce domaine\u00a0\u00bb (paragraphe\u00a05 de l\u2019avis de la Cour, cit\u00e9 au paragraphe\u00a014 de la pr\u00e9sente d\u00e9cision).<\/p>\n<p>Ensuite, s\u2019il est vrai que la Cour \u00e9mettait une r\u00e9serve relativement \u00e0 la comp\u00e9tence contentieuse qu\u2019elle tire de la Convention, il convient toutefois de lire cette r\u00e9serve dans son contexte. La Cour \u00e9tait pr\u00e9occup\u00e9e par le projet de disposition qui lui permettait de statuer \u00e0 titre pr\u00e9judiciel \u00e0 la demande d\u2019une juridiction interne, en ce qu\u2019elle y voyait un risque que l\u2019avis consultatif qu\u2019elle rendrait dans le cadre d\u2019une affaire pendante devant la juridiction interne \u00ab\u00a0pourrait la g\u00eaner si elle se trouvait saisie ult\u00e9rieurement par le biais notamment des articles 2, 8 et 14 de la Convention, des faits de la cause qui a[vait] amen\u00e9 la juridiction interne \u00e0 solliciter de la Cour l\u2019interpr\u00e9tation d\u2019une clause de la Convention de bio\u00e9thique\u00a0\u00bb (paragraphe\u00a05 de l\u2019avis de la Cour). Cette pr\u00e9occupation a \u00e9t\u00e9 pleinement prise en compte par les r\u00e9dacteurs de la Convention d\u2019Oviedo\u00a0: la possibilit\u00e9 pour une juridiction nationale de saisir la Cour d\u2019une question pr\u00e9judicielle a \u00e9t\u00e9 totalement supprim\u00e9e de l\u2019article\u00a029 de la Convention d\u2019Oviedo. De surcro\u00eet, suivant une autre suggestion de la Cour (paragraphe\u00a05 de l\u2019avis de la Cour), les r\u00e9dacteurs de la Convention d\u2019Oviedo ont ajout\u00e9 la condition qu\u2019une demande d\u2019avis consultatif (soumise par un gouvernement ou par le comit\u00e9 comp\u00e9tent, actuellement le DH-BIO) ne devait comporter \u00ab\u00a0aucune r\u00e9f\u00e9rence directe \u00e0 un litige concret se d\u00e9roulant devant une juridiction\u00a0\u00bb.<\/p>\n<p>Si des conclusions peuvent \u00eatre tir\u00e9es des travaux pr\u00e9paratoires, elles indiquent \u00e0 notre avis, d\u2019une part, que l\u2019intention des r\u00e9dacteurs, avec le soutien de la Cour, \u00e9tait d\u2019accorder \u00e0 celle-ci une large comp\u00e9tence consultative au titre de la Convention d\u2019Oviedo et, d\u2019autre part, que tout risque de chevauchement entre une demande d\u2019avis consultatif au titre de la Convention d\u2019Oviedo et une requ\u00eate ult\u00e9rieure introduite au titre de la Convention a \u00e9t\u00e9 \u00e9cart\u00e9 gr\u00e2ce \u00e0 la formulation de l\u2019article 29.<\/p>\n<p><strong>II. La recevabilit\u00e9 de la pr\u00e9sente demande<\/strong><\/p>\n<p>6. C\u2019est sur la base d\u2019une interpr\u00e9tation large de la comp\u00e9tence consultative de la Cour au titre de l\u2019article\u00a029 de la Convention d\u2019Oviedo que nous en venons maintenant \u00e0 la question de savoir si la pr\u00e9sente demande satisfait aux exigences fix\u00e9es par cette disposition. Nous consid\u00e9rons qu\u2019il s\u2019agit d\u2019une question relative \u00e0 la recevabilit\u00e9 de la demande et des questions qui y sont pos\u00e9es.<\/p>\n<p>7. Une demande formul\u00e9e au titre de l\u2019article\u00a029 de la Convention d\u2019Oviedo est recevable si elle a \u00e9t\u00e9 soumise par le Gouvernement d\u2019une Partie ou par le DH-BIO, si elle ne fait aucune r\u00e9f\u00e9rence directe \u00e0 une quelconque proc\u00e9dure dont une juridiction aurait \u00e9t\u00e9 saisie et si elle porte sur \u00ab\u00a0des questions juridiques concernant l\u2019interpr\u00e9tation de la pr\u00e9sente Convention\u00a0\u00bb. En l\u2019esp\u00e8ce, les deux premi\u00e8res conditions sont remplies, comme l\u2019admet la majorit\u00e9 (paragraphes\u00a056-57 de la pr\u00e9sente d\u00e9cision). La difficult\u00e9 r\u00e9side dans la troisi\u00e8me condition.<\/p>\n<p>8. Pour autant que l\u2019article\u00a029 exige que les questions pos\u00e9es \u00e0 la Cour rev\u00eatent un caract\u00e8re \u00ab\u00a0juridique\u00a0\u00bb, nous souscrivons \u00e0 l\u2019analyse de la majorit\u00e9 selon laquelle cette exigence exclut les questions \u00ab\u00a0d\u2019opportunit\u00e9 politique\u00a0\u00bb (paragraphe\u00a048 de la pr\u00e9sente d\u00e9cision). La Cour est un organe judiciaire charg\u00e9 de traiter des questions juridiques, et non un organe investi du pouvoir de prendre des d\u00e9cisions sur des questions relevant d\u2019un choix politique.<\/p>\n<p>Nous consid\u00e9rons toutefois que l\u2019article\u00a029 ne saurait exclure les demandes d\u2019avis sur une question juridique au seul motif que la r\u00e9ponse de la Cour pourrait \u00eatre source d\u2019interpr\u00e9tation pour un \u00e9ventuel projet de protocole \u00e0 la Convention d\u2019Oviedo. Nous sommes d\u2019avis que le fait que le DH-BIO a pr\u00e9cis\u00e9 qu\u2019il avait d\u00e9cid\u00e9 de soumettre deux questions \u00e0 la Cour \u00ab\u00a0dans le but d\u2019\u00e9clairer les actuels et futurs travaux du DH-BIO en la mati\u00e8re\u00a0\u00bb (paragraphe\u00a02 de la pr\u00e9sente d\u00e9cision), ce qui peut \u00eatre compris comme une allusion aux d\u00e9bats internes concernant le projet de Protocole additionnel relatif \u00e0 la protection des droits de l\u2019homme et de la dignit\u00e9 des personnes atteintes de troubles mentaux \u00e0 l\u2019\u00e9gard du placement et du traitement involontaires (paragraphes\u00a024-28 et 59 de la d\u00e9cision), ne devrait nullement influer sur la recevabilit\u00e9 de la demande. C\u2019est l\u2019objet de la demande qui compte, et non le but dans lequel un avis est sollicit\u00e9.<\/p>\n<p>9. Pour autant que l\u2019article\u00a029 exige, par ailleurs, que les questions pos\u00e9es concernent \u00ab\u00a0l\u2019interpr\u00e9tation de la pr\u00e9sente Convention\u00a0\u00bb, nous consid\u00e9rons que \u00ab\u00a0l\u2019interpr\u00e9tation\u00a0\u00bb qui peut \u00eatre demand\u00e9e \u00e0 la Cour ne doit pas n\u00e9cessairement se borner \u00e0 la Convention d\u2019Oviedo telle qu\u2019elle \u00e9tait entendue en 1997, alors que tout d\u00e9veloppement ult\u00e9rieur des principes contenus dans la Convention d\u2019Oviedo devrait \u00eatre le r\u00e9sultat exclusif de protocoles additionnels adopt\u00e9s par les Parties contractantes \u00e0 la Convention d\u2019Oviedo conform\u00e9ment \u00e0 l\u2019article\u00a031 de celle-ci (paragraphe 49 de la pr\u00e9sente d\u00e9cision).<\/p>\n<p>Nous observons que la majorit\u00e9 rejette cat\u00e9goriquement l\u2019id\u00e9e de la Convention d\u2019Oviedo comme un \u00ab\u00a0instrument vivant\u00a0\u00bb (ibidem). Nous pensons que cette question n\u00e9cessite une r\u00e9flexion plus approfondie et que les choses pourraient ne pas \u00eatre aussi \u00e9videntes. Certes, les r\u00e9dacteurs de la Convention d\u2019Oviedo ont opt\u00e9 pour le d\u00e9veloppement des principes g\u00e9n\u00e9raux au travers de protocoles sp\u00e9cifiques\u00a0; mais ces protocoles visent aussi \u00e0 pr\u00e9ciser le sens dans des domaines sp\u00e9cifiques de principes qui sont \u00ab\u00a0valables pour l\u2019ensemble des applications de la biologie et de la m\u00e9decine humaines\u00a0\u00bb (paragraphe 167 du rapport explicatif).<\/p>\n<p>En tout \u00e9tat de cause, le fait que la Convention d\u2019Oviedo pr\u00e9voit la possibilit\u00e9 d\u2019un d\u00e9veloppement de ses principes au travers de protocoles additionnels concernant des domaines sp\u00e9cifiques n\u2019interdit pas, selon nous, une interpr\u00e9tation du sens des dispositions de la Convention d\u2019Oviedo elle\u2011m\u00eame, m\u00eame si c\u2019est en vue de l\u2019application de ces principes \u00e0 un domaine sp\u00e9cifique.<\/p>\n<p>10. Concernant les questions sp\u00e9cifiques pos\u00e9es \u00e0 la Cour dans la pr\u00e9sente demande, nous sommes d\u2019avis qu\u2019elles ont pour objet de clarifier quelles sont les exigences minimales d\u00e9coulant des articles 7 et 26 de la Convention d\u2019Oviedo dans le domaine sp\u00e9cifique du traitement des troubles mentaux. Le DH-BIO invite la Cour \u00e0 tenir compte, dans son avis, de la Convention, de sa jurisprudence et de la Convention d\u2019Oviedo.<\/p>\n<p>Ces questions concernent l\u2019interpr\u00e9tation de la Convention d\u2019Oviedo, et non une politique quelconque que les autorit\u00e9s comp\u00e9tentes devraient adopter. Le fait que l\u2019avis de la Cour puisse contenir des \u00e9l\u00e9ments qui pourraient aider le DH-BIO dans son examen du projet de Protocole additionnel relatif au placement et au traitement involontaires des personnes atteintes de troubles mentaux ne change en rien notre conclusion.<\/p>\n<p>Nous concluons donc que les deux questions r\u00e9pondent aux exigences de l\u2019article\u00a029 de la Convention d\u2019Oviedo et que la demande aurait d\u00fb \u00eatre d\u00e9clar\u00e9e recevable.<\/p>\n<p><strong>III. L\u2019absence de r\u00e9ponse aux questions pos\u00e9es \u00e0 la Cour<\/strong><\/p>\n<p>11. Nous regrettons qu\u2019en cons\u00e9quence de sa conclusion quant \u00e0 la comp\u00e9tence de la Cour la majorit\u00e9 n\u2019entre pas dans un d\u00e9bat sur le fond des deux questions pos\u00e9es par le DH-BIO. Il s\u2019agit de questions importantes et nous pensons que la Cour aurait pu y apporter une r\u00e9ponse significative.<\/p>\n<p>Selon la majorit\u00e9, la Cour ne doit pas \u00eatre impliqu\u00e9e dans un domaine qui rel\u00e8ve largement de la comp\u00e9tence d\u2019autres acteurs en vertu de la Convention d\u2019Oviedo. Bien que nous soyons en d\u00e9saccord avec cette interpr\u00e9tation, nous admettons que nous ne sommes qu\u2019une minorit\u00e9 parmi les juges de la Grande Chambre. Dans ces circonstances, il ne nous semble pas appropri\u00e9 de pr\u00e9tendre pouvoir fournir des r\u00e9ponses alors que celles-ci n\u2019ont pas fait l\u2019objet de d\u00e9lib\u00e9rations coll\u00e9giales de fond.<\/p>\n<p>12. Nous notons que la majorit\u00e9, dans une sorte d\u2019obiter dictum, formule une observation g\u00e9n\u00e9rale sur les probl\u00e8mes de fond soulev\u00e9s par la premi\u00e8re question, relativement \u00e0 l\u2019article\u00a07 de la Convention d\u2019Oviedo (paragraphe\u00a069 de la pr\u00e9sente d\u00e9cision). Nous sommes d\u2019accord sur le fait que les garanties pr\u00e9vues en droit interne qui correspondent aux \u00ab\u00a0conditions de protection\u00a0\u00bb exig\u00e9es par l\u2019article\u00a07 de la Convention d\u2019Oviedo \u00ab\u00a0doivent \u00eatre de nature \u00e0 satisfaire \u00e0 tout le moins aux exigences des dispositions pertinentes de la Convention, telles qu\u2019interpr\u00e9t\u00e9es par la Cour dans sa jurisprudence\u00a0\u00bb. Nous souscrivons \u00e9galement \u00e0 la r\u00e9f\u00e9rence \u00e0 l\u2019\u00ab\u00a0approche dynamique dans l\u2019interpr\u00e9tation de la Convention, guid\u00e9e notamment par des normes juridiques et m\u00e9dicales en \u00e9volution constante, tant au niveau national qu\u2019au niveau international\u00a0\u00bb.<\/p>\n<p>Mais nous aurions pr\u00e9f\u00e9r\u00e9 que la Cour approfondisse son analyse sur la base de ces points de d\u00e9part. Nous regrettons de ne pouvoir faire plus.<\/p>\n<p>_____________<\/p>\n<p>[1] Protocole additionnel \u00e0 la Convention sur les droits de l\u2019homme et la biom\u00e9decine relatif \u00e0 la transplantation d\u2019organes et de tissus d\u2019origine humaine, STE no 186, Strasbourg, 24\u00a0janvier 2002.<br \/>\n[2] Protocole additionnel \u00e0 la Convention sur les droits de l\u2019homme et la biom\u00e9decine, relatif \u00e0 la recherche biom\u00e9dicale, STCE no 195, Strasbourg, 25 janvier 2005.<br \/>\n[3] Protocole additionnel \u00e0 la Convention sur les droits de l\u2019homme et la biom\u00e9decine relatif aux tests g\u00e9n\u00e9tiques \u00e0 des fins m\u00e9dicales, STCE no 203, Strasbourg, 27 juin 2008.<\/p>\n<p>Document en format: <a href=\"https:\/\/loisdumonde.com\/wp-content\/uploads\/2021\/09\/D-cision-sur-la-comp-tence-de-la-Cour-pour-rendre-un-avis-consultatif-au-titre-de-larticle-29-de-la-Convention-dOviedo.pdf\" target=\"_blank\" rel=\"noopener\">PDF<\/a>, <a href=\"https:\/\/loisdumonde.com\/wp-content\/uploads\/2021\/09\/D-cision-sur-la-comp-tence-de-la-Cour-pour-rendre-un-avis-consultatif-au-titre-de-larticle-29-de-la-Convention-dOviedo.docx\">WORD<\/a>.<\/p>\n<div class=\"social-share-buttons\"><a href=\"https:\/\/www.facebook.com\/sharer\/sharer.php?u=https:\/\/loisdumonde.com\/?p=828\" target=\"_blank\" rel=\"noopener\">Facebook<\/a><a href=\"https:\/\/twitter.com\/intent\/tweet?url=https:\/\/loisdumonde.com\/?p=828&text=D%C3%A9cision+sur+la+comp%C3%A9tence+de+la+Cour+pour+rendre+un+avis+consultatif+au+titre+de+l%E2%80%99article+29+de+la+Convention+d%E2%80%99Oviedo\" target=\"_blank\" rel=\"noopener\">Twitter<\/a><a href=\"https:\/\/www.linkedin.com\/shareArticle?url=https:\/\/loisdumonde.com\/?p=828&title=D%C3%A9cision+sur+la+comp%C3%A9tence+de+la+Cour+pour+rendre+un+avis+consultatif+au+titre+de+l%E2%80%99article+29+de+la+Convention+d%E2%80%99Oviedo\" target=\"_blank\" rel=\"noopener\">LinkedIn<\/a><a href=\"https:\/\/pinterest.com\/pin\/create\/button\/?url=https:\/\/loisdumonde.com\/?p=828&description=D%C3%A9cision+sur+la+comp%C3%A9tence+de+la+Cour+pour+rendre+un+avis+consultatif+au+titre+de+l%E2%80%99article+29+de+la+Convention+d%E2%80%99Oviedo\" target=\"_blank\" rel=\"noopener\">Pinterest<\/a><\/div>","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>D\u00e9cision sur la comp\u00e9tence de la Cour pour rendre un avis consultatif au titre de l\u2019article 29 de la Convention d\u2019Oviedo. 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