{"id":73,"date":"2020-11-09T10:23:32","date_gmt":"2020-11-09T10:23:32","guid":{"rendered":"https:\/\/loisdumonde.com\/?p=73"},"modified":"2020-11-09T10:23:32","modified_gmt":"2020-11-09T10:23:32","slug":"affaire-muhammad-et-muhammad-c-roumanie-cour-europeenne-des-droits-de-lhomme","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/loisdumonde.com\/?p=73","title":{"rendered":"AFFAIRE MUHAMMAD ET MUHAMMAD c. ROUMANIE (Cour europ\u00e9enne des droits de l\u2019homme)"},"content":{"rendered":"<p style=\"text-align: center;\">GRANDE CHAMBRE<br \/>\nAFFAIRE MUHAMMAD ET MUHAMMAD c. ROUMANIE<br \/>\n(Requ\u00eate no 80982\/12)<br \/>\nARR\u00caT<\/p>\n<p><!--more-->Art 1 P7 \u2022 Garanties proc\u00e9durales en cas d\u2019expulsion d\u2019\u00e9trangers \u2022 Expulsion prononc\u00e9e par un tribunal pour des raisons de s\u00e9curit\u00e9 nationale sur la base d\u2019informations class\u00e9es secr\u00e8tes non communiqu\u00e9es aux requ\u00e9rants et en l\u2019absence de garanties compensatrices suffisantes \u2022 Droit d\u2019\u00eatre inform\u00e9des \u00e9l\u00e9ments factuels pertinents sous-tendant la d\u00e9cision d\u2019expulsion \u2022 Droit d\u2019avoir acc\u00e8s au contenu des documents et des informations sur lesquels s\u2019est fond\u00e9e l\u2019autorit\u00e9 nationale comp\u00e9tente \u2022 Les restrictions \u00e0 ces droits doivent \u00eatre d\u00fbment justifi\u00e9es par une autorit\u00e9 ind\u00e9pendante et comp\u00e9tente et suffisamment contrebalanc\u00e9es par des facteurs compensateurs, notamment des garanties proc\u00e9durales \u2022 Contr\u00f4le strict des facteurs compensateurs en l\u2019absence de v\u00e9rification rigoureuse, par les autorit\u00e9s internes, de la n\u00e9cessit\u00e9 des importantes restrictions apport\u00e9es aux droits des requ\u00e9rants \u2022 Caract\u00e8re inad\u00e9quat des informations fournies aux requ\u00e9rants quant aux motifs de leur expulsion, au d\u00e9roulement de la proc\u00e9dure et aux droits dont ils jouissaient \u2022 Inefficacit\u00e9 de la d\u00e9fense assur\u00e9e par des avocats n\u2019ayant pas acc\u00e8s aux informations du dossier de l\u2019affaire \u2022 L\u2019intervention de la plus haute instance judiciaire constitue une garantie importante, mais non suffisante en l\u2019absence d\u2019information sur la nature et l\u2019intensit\u00e9 du contr\u00f4le exerc\u00e9<\/p>\n<p style=\"text-align: center;\">STRASBOURG<br \/>\n15 octobre 2020<\/p>\n<p>Cet arr\u00eat est d\u00e9finitif. Il peut subir des retouches de forme.<\/p>\n<p>En l\u2019affaire Muhammad et Muhammad c. Roumanie,<\/p>\n<p>La Cour europ\u00e9enne des droits de l\u2019homme, si\u00e9geant en une Grande Chambre compos\u00e9e de\u00a0:<\/p>\n<p>Robert Spano, pr\u00e9sident,<br \/>\nLinos-Alexandre Sicilianos,<br \/>\nJon Fridrik Kj\u00f8lbro,<br \/>\nKsenija Turkovi\u0107,<br \/>\nAngelika Nu\u00dfberger,<br \/>\nPaul Lemmens,<br \/>\nGanna Yudkivska,<br \/>\nPaulo Pinto de Albuquerque,<br \/>\nFaris Vehabovi\u0107,<br \/>\nIulia Antoanella Motoc,<br \/>\nCarlo Ranzoni,<br \/>\nPauliine Koskelo,<br \/>\nGeorgios A. Serghides,<br \/>\nMarko Bo\u0161njak,<br \/>\nJovan Ilievski,<br \/>\nP\u00e9ter Paczolay,<br \/>\nMar\u00eda El\u00f3segui, juges,<br \/>\net de Johan Callewaert, greffier adjoint de la Grande Chambre,<\/p>\n<p>Apr\u00e8s en avoir d\u00e9lib\u00e9r\u00e9 en chambre du conseil les 25\u00a0septembre 2019 et18 juin 2020,<\/p>\n<p>Rend l\u2019arr\u00eat que voici, adopt\u00e9 \u00e0 cette derni\u00e8re date\u00a0:<\/p>\n<p><strong>PROC\u00c9DURE<\/strong><\/p>\n<p>1. \u00c0 l\u2019origine de l\u2019affaire se trouve une requ\u00eate (no 80982\/12) dirig\u00e9e contre la Roumanie et dont deux ressortissants pakistanais, MM. Adeel Muhammad et Ramzan Muhammad (\u00ab\u00a0les requ\u00e9rants\u00a0\u00bb), ont saisi la Cour le 19 d\u00e9cembre 2012 en vertu de l\u2019article\u00a034 de la Convention de sauvegarde des droits de l\u2019homme et des libert\u00e9s fondamentales (\u00ab\u00a0la Convention\u00a0\u00bb).<\/p>\n<p>2. Les requ\u00e9rants, qui ont \u00e9t\u00e9 admis au b\u00e9n\u00e9fice de l\u2019assistance judiciaire, ont \u00e9t\u00e9 repr\u00e9sent\u00e9s par Mes E. Cr\u00e2ngariu et F. Dumitru, avocates \u00e0 Bucarest. Le gouvernement roumain (\u00ab\u00a0le Gouvernement\u00a0\u00bb) a \u00e9t\u00e9 repr\u00e9sent\u00e9 par son agent, Mme S.-M. Teodoroiu, du minist\u00e8re des Affaires \u00e9trang\u00e8res.<\/p>\n<p>3. Les requ\u00e9rants se plaignent d\u2019avoir \u00e9t\u00e9 expuls\u00e9s de la Roumanie vers le Pakistan. Ils s\u2019estiment victimes d\u2019une violation des droits garantis par les articles 13 de la Convention et 1 du Protocole no 7 \u00e0 la Convention.<\/p>\n<p>4. La requ\u00eate a \u00e9t\u00e9 attribu\u00e9e \u00e0 la troisi\u00e8me section de la Cour (article\u00a052\u00a0\u00a7\u00a01 du r\u00e8glement de la Cour \u2013 \u00ab\u00a0le r\u00e8glement\u00a0\u00bb). Le 10 juillet 2015, le grief formul\u00e9 sur le terrain de l\u2019article 1 du Protocole no 7 a \u00e9t\u00e9 communiqu\u00e9 au Gouvernement et les griefs formul\u00e9s sur le terrain des articles 5 et 8 de la Convention ont \u00e9t\u00e9 d\u00e9clar\u00e9s irrecevables en application de l\u2019article\u00a054\u00a0\u00a7\u00a03 du r\u00e8glement. Par la suite, la requ\u00eate a \u00e9t\u00e9 attribu\u00e9e \u00e0 la quatri\u00e8me section de la Cour. Le 26 f\u00e9vrier 2019, une chambre de cette section compos\u00e9e de Ganna Yudkivska, pr\u00e9sidente, Paulo Pinto de Albuquerque, Faris Vehabovi\u0107, Iulia Antoanella Motoc, Carlo Ranzoni, Marko Bo\u0161njak et P\u00e9ter Paczolay, juges, ainsi que de Marialena Tsirli, greffi\u00e8re de section, s\u2019est dessaisie au profit de la Grande Chambre, aucune des parties ne s\u2019y \u00e9tant oppos\u00e9e (articles 30 de la Convention et 72 du r\u00e8glement).<\/p>\n<p>5. La composition de la Grande Chambre a \u00e9t\u00e9 arr\u00eat\u00e9e conform\u00e9ment aux dispositions des articles 26 \u00a7\u00a7 4 et 5 de la Convention et 24 du r\u00e8glement.<\/p>\n<p>6. Tant les requ\u00e9rants que le Gouvernement ont d\u00e9pos\u00e9 un m\u00e9moire sur la recevabilit\u00e9 et sur le fond de l\u2019affaire. La Fondation Helsinki pour les droits de l\u2019homme en Pologne et l\u2019Association pour l\u2019intervention juridique, ainsi que Amnesty International et la Rapporteure sp\u00e9ciale des Nations unies sur la promotion et la protection des droits de l\u2019homme et des libert\u00e9s fondamentales dans la lutte antiterroriste, qui avaient \u00e9t\u00e9 autoris\u00e9es \u00e0 intervenir dans la proc\u00e9dure \u00e9crite (articles 36 \u00a7 2 de la Convention et 44\u00a0\u00a7\u00a03 du r\u00e8glement), ont elles aussi communiqu\u00e9 des observations.<\/p>\n<p>7. Une audience s\u2019est d\u00e9roul\u00e9e en public au Palais des droits de l\u2019homme, \u00e0 Strasbourg, le 25 septembre 2019 (articles 71 et 59 \u00a7 3 du r\u00e8glement).<\/p>\n<p>Ont comparu\u00a0:<\/p>\n<p>\u2013 pour le Gouvernement<br \/>\nMmes S.-M. Teodoroiu, du minist\u00e8re des Affaires \u00e9trang\u00e8res, agente,<br \/>\nO. Ezer, conseill\u00e8re diplomatique au Minist\u00e8re<br \/>\ndes Affaires \u00c9trang\u00e8res,<br \/>\nS.D. Popa, adjointe au repr\u00e9sentant permanent<br \/>\nde la Roumanie aupr\u00e8s du Conseil de l\u2019Europe,<br \/>\nD.A. St\u0103ni\u0219or, juge \u00e0 la Haute Cour de Cassation et de Justice,<br \/>\nI. M\u0103iereanu, juge \u00e0 la Haute Cour de Cassation et de Justice,<br \/>\nM. O. Sp\u00eenu, juge \u00e0 la cour d\u2019appel de Bucarest, conseillers\u00a0;<\/p>\n<p>\u2013 pour les requ\u00e9rants<br \/>\nMes E. Cr\u00e2ngariu, avocate,<br \/>\nF. Dumitru, avocate, conseils.<\/p>\n<p>La Cour a entendu MmeTeodoroiu, MeCr\u00e2ngariu et Me Dumitru en leurs d\u00e9clarations ainsi qu\u2019en leurs r\u00e9ponses \u00e0 ses questions.<\/p>\n<p>Avec l\u2019autorisation du pr\u00e9sident de la Grande Chambre, le Gouvernement a soumis par \u00e9crit des compl\u00e9ments de r\u00e9ponse \u00e0 certaines des questions pos\u00e9es par les juges \u00e0 l\u2019audience. Ces r\u00e9ponses ont \u00e9t\u00e9 port\u00e9es \u00e0 la connaissance de la partie requ\u00e9rante qui a pu pr\u00e9senter ses observations \u00e0 leur \u00e9gard.<\/p>\n<p><strong>EN FAIT<\/strong><\/p>\n<p>I. Le contexte de l\u2019affaire<\/p>\n<p>8. Adeel Muhammad est n\u00e9 en 1993 et r\u00e9side \u00e0 TehsilKaror (Pakistan). Ramzan Muhammad est n\u00e9 en 1982 et r\u00e9side \u00e0 Duba\u00ef (\u00c9mirats Arabes Unis).<\/p>\n<p>9. En septembre 2012, Adeel Muhammad (le premier requ\u00e9rant) entra en Roumanie, apr\u00e8s avoir obtenu, le 7 septembre 2012, un visa d\u2019\u00e9tudiant valable jusqu\u2019en 2015. Il b\u00e9n\u00e9ficiait d\u2019une bourse d\u2019\u00e9tudes \u00ab\u00a0Erasmus Mundus\u00a0\u00bb. Il entama des \u00e9tudes \u00e0 la facult\u00e9 des sciences \u00e9conomiques de l\u2019Universit\u00e9 Lucian Blaga de Sibiu.<\/p>\n<p>10. Le 17 f\u00e9vrier 2009, Ramzan Muhammad (le second requ\u00e9rant) entra en Roumanie muni d\u2019un visa de long s\u00e9jour pour \u00e9tudes. Il suivit une premi\u00e8re ann\u00e9e d\u2019\u00e9tudes pr\u00e9paratoires \u00e0 Pite\u015fti avant d\u2019\u00eatre transf\u00e9r\u00e9 \u00e0 l\u2019Universit\u00e9 Lucian Blaga de Sibiu, o\u00f9 il b\u00e9n\u00e9ficiait d\u2019une bourse d\u2019\u00e9tudes \u00ab\u00a0Erasmus Mundus\u00a0\u00bb. Le 14 avril 2012, son \u00e9pouse le rejoignit en Roumanie. Elle \u00e9tait titulaire d\u2019un visa de long s\u00e9jour pour regroupement familial.<\/p>\n<p>II. La demande du parquet de d\u00e9clarer les requ\u00e9rants personnes ind\u00e9sirables<\/p>\n<p>11. Par une note du 4 d\u00e9cembre 2012, le Service roumain du renseignement (Serviciulrom\u00e2n de informa\u021bii, ci-apr\u00e8s \u00ab\u00a0le SRI\u00a0\u00bb) proposa au parquet pr\u00e8s la cour d\u2019appel de Bucarest (\u00ab\u00a0le parquet\u00a0\u00bb) de saisir la juridiction comp\u00e9tente pour appr\u00e9cier s\u2019il convenait de d\u00e9clarer les requ\u00e9rants ind\u00e9sirables sur le territoire pour une dur\u00e9e de quinze ans. \u00c0 l\u2019appui de sa proposition, il joignait des documents class\u00e9s \u00ab\u00a0secret\u00a0\u00bb (strict secret) (paragraphe 51 ci-dessous).<\/p>\n<p>12. Le 4 d\u00e9cembre 2012, le parquet saisit la chambre administrative de la cour d\u2019appel de Bucarest (\u00ab\u00a0la cour d\u2019appel\u00a0\u00bb) d\u2019une demande (rezolu\u021bie) par laquelle il la priait de d\u00e9clarer les deux requ\u00e9rants ind\u00e9sirables sur le territoire roumain. Il y indiquait que, selon des informations class\u00e9es \u00ab\u00a0secret\u00a0\u00bb que lui avait communiqu\u00e9es le SRI, il existait des indices s\u00e9rieux donnant \u00e0 penser que les int\u00e9ress\u00e9s pr\u00e9voyaient de mener des activit\u00e9s susceptibles de porter atteinte \u00e0 la s\u00e9curit\u00e9 nationale, au sens de l\u2019article\u00a085\u00a0\u00a7\u00a01 de l\u2019ordonnance d\u2019urgence no\u00a0194\/2002 sur le r\u00e9gime des \u00e9trangers en Roumanie (\u00ab\u00a0l\u2019OUG no\u00a0194\/2002\u00a0\u00bb) combin\u00e9 avec l\u2019article 3 i) et l) de la loi no 51\/1991 sur la s\u00e9curit\u00e9 nationale (\u00ab\u00a0la loi no\u00a051\/1991\u00a0\u00bb) et l\u2019article 44 de la loi no\u00a0535\/2004 sur la pr\u00e9vention et la r\u00e9pression du terrorisme (\u00ab\u00a0la loi no\u00a0535\/2004). Il pr\u00e9cisait que cette mesure ne m\u00e9conna\u00eetrait pas les garanties pr\u00e9vues par l\u2019article 1 du Protocole no 7 \u00e0 la Convention car le respect des droits \u00e9num\u00e9r\u00e9s au premier 1 alin\u00e9as a) \u00e0 c) de cet article ne faisait pas obstacle \u00e0 l\u2019expulsion d\u2019un \u00e9tranger lorsque cette mesure \u00e9tait n\u00e9cessaire aux fins du maintien de l\u2019ordre public ou fond\u00e9e sur des motifs de s\u00e9curit\u00e9 nationale. Il fondait sa demande sur les articles 85 \u00a7 2 et 97 \u00a7 3 de l\u2019OUG no 194\/2002.<\/p>\n<p>13. \u00c0 l\u2019appui de sa demande, le parquet transmit \u00e0 la cour d\u2019appel les documents class\u00e9s \u00ab\u00a0secret\u00a0\u00bb que lui avait communiqu\u00e9s le SRI. Il indiqua que ces documents pouvaient \u00eatre utilis\u00e9s dans le respect des dispositions de l\u2019arr\u00eat\u00e9 gouvernemental no\u00a0585\/2002 relatif \u00e0 l\u2019approbation des normes nationales de protection des informations class\u00e9es secr\u00e8tes en Roumanie (\u00ab\u00a0l\u2019arr\u00eat\u00e9 gouvernemental no\u00a0585\/2002\u00a0\u00bb). La pr\u00e9sidente de la chambre du contentieux administratif de la cour d\u2019appel fut inform\u00e9e de ce que le parquet avait d\u00e9pos\u00e9 au service de la cour d\u2019appel charg\u00e9 des informations class\u00e9es secr\u00e8tes \u00ab\u00a0un \u00e9crit\u00a0\u00bb class\u00e9 \u00ab\u00a0secret\u00a0\u00bb, \u00e0 l\u2019intention du juge qui examinerait l\u2019affaire des requ\u00e9rants.<\/p>\n<p>14. Selon les observations du Gouvernement, le document secret que le SRI avait communiqu\u00e9 au parquet d\u00e9taillait, exemples \u00e0 l\u2019appui, les activit\u00e9s men\u00e9es par les deux requ\u00e9rants pour le compte d\u2019un groupement islamiste extr\u00e9miste se r\u00e9clamant de l\u2019id\u00e9ologie d\u2019Al-Qa\u00efda, ainsi que les liens des int\u00e9ress\u00e9s avec diverses entit\u00e9s terroristes et la formation qu\u2019ils avaient suivie\u00a0; et il renfermait des donn\u00e9es et des informations concr\u00e8tes et pr\u00e9cises sur leur implication dans des activit\u00e9s constitutives de menaces pour la s\u00e9curit\u00e9 nationale. Ces diff\u00e9rentes informations auraient \u00e9t\u00e9 recueillies par le SRI \u00e0 l\u2019aide de moyens techniques sp\u00e9cifiques \u00e0 ses activit\u00e9s de renseignement.<\/p>\n<p>15. Toujours le 4 d\u00e9cembre 2012, apr\u00e8s 17\u00a0h\u00a020, le commissariat de police de Sibiu remit aux requ\u00e9rants des citations \u00e0 compara\u00eetre le lendemain matin \u00e0 9 heures devant la cour d\u2019appel, dans le cadre de la proc\u00e9dure d\u2019examen de la demande du parquet. Aucun document n\u2019\u00e9tait joint \u00e0 ces citations \u00e0 compara\u00eetre.<\/p>\n<p>16. Le 5 d\u00e9cembre 2012 \u00e0 5 heures du matin, les requ\u00e9rants arriv\u00e8rent \u00e0 Bucarest, apr\u00e8s avoir fait le voyage de nuit en autocar. Ils se pr\u00e9sent\u00e8rent devant la cour d\u2019appel \u00e0 l\u2019heure indiqu\u00e9e.<\/p>\n<p>III. La proc\u00e9dure men\u00e9e en premi\u00e8re instance devant la cour d\u2019appel<\/p>\n<p>17. Par un jugement avant-dire droit du 5 d\u00e9cembre 2012, la formation \u00e0 laquelle l\u2019affaire avait \u00e9t\u00e9 attribu\u00e9e s\u2019en dessaisit, au motif que le juge n\u2019avait pas l\u2019autorisation requise par la loi no\u00a0182\/2002 sur la protection des informations secr\u00e8tes (\u00ab\u00a0la loi no\u00a0182\/2002\u00a0\u00bb) pour pouvoir acc\u00e9der au document secret que le parquet avait vers\u00e9 au dossier, et elle joignit \u00e0 l\u2019instance l\u2019Inspection g\u00e9n\u00e9rale de l\u2019immigration (\u00ab\u00a0l\u2019IGI\u00a0\u00bb), en sa qualit\u00e9 d\u2019autorit\u00e9 comp\u00e9tente pour ex\u00e9cuter la d\u00e9cision qui serait rendue.<\/p>\n<p>18. L\u2019affaire fut attribu\u00e9e \u00e0 une autre formation de jugement, habilit\u00e9e en vertu d\u2019une autorisation d\u00e9livr\u00e9e par l\u2019Office du registre national des informations relevant du secret-d\u00e9fense (\u00ab\u00a0l\u2019ORNISS\u00a0\u00bb) \u00e0 acc\u00e9der aux documents relevant du niveau de classification des informations en cause.<\/p>\n<p>19. Une audience eut lieu le 5 d\u00e9cembre 2012. Les requ\u00e9rants y \u00e9taient pr\u00e9sents et assist\u00e9s d\u2019un interpr\u00e8te en langue ourdoue.<\/p>\n<p>20. La cour d\u2019appel accorda aux requ\u00e9rants le temps de prendre connaissance de l\u2019acte introductif d\u2019instance, avec l\u2019assistance de l\u2019interpr\u00e8te. Il y \u00e9tait indiqu\u00e9 qu\u2019il existait des indices s\u00e9rieux donnant \u00e0 penser qu\u2019ils pr\u00e9voyaient de mener des activit\u00e9s susceptibles de porter atteinte \u00e0 la s\u00e9curit\u00e9 nationale, au sens de l\u2019article\u00a085\u00a0\u00a7 1 de l\u2019OUG no\u00a0194\/2002, combin\u00e9 avec les dispositions de l\u2019article 3 i) et l) de la loi no\u00a051\/1991 et de l\u2019article 44 de la loi no\u00a0535\/2004. Il \u00e9tait \u00e9galement pr\u00e9cis\u00e9 que les donn\u00e9es et renseignements qui fondaient la demande du parquet avaient \u00e9t\u00e9 transmis \u00e0 la cour d\u2019appel.<\/p>\n<p>21. Les requ\u00e9rants indiqu\u00e8rent oralement \u00e0 la cour d\u2019appel qu\u2019ils ne comprenaient pas les raisons de leur convocation, \u00e9tant donn\u00e9 que l\u2019acte introductif d\u2019instance ne contenait que des r\u00e9f\u00e9rences \u00e0 des articles de loi. La cour d\u2019appel leur r\u00e9pondit que les documents du dossier \u00e9taient class\u00e9s secrets et que seul le juge y avait acc\u00e8s de par son habilitation \u00e0 cette fin.<\/p>\n<p>22. Les requ\u00e9rants ayant indiqu\u00e9 ne pas avoir de demandes pr\u00e9alables \u00e0 formuler, la cour d\u2019appel invita les parties \u00e0 produire des \u00e9l\u00e9ments de preuve. Le parquet demanda l\u2019admission en tant qu\u2019\u00e9l\u00e9ments de preuve des informations class\u00e9es secr\u00e8tes transmises \u00e0 la cour d\u2019appel (paragraphe\u00a013 ci\u2011dessus). Les requ\u00e9rants indiqu\u00e8rent qu\u2019ils n\u2019avaient aucune preuve \u00e0 produire, et ils pri\u00e8rent la cour d\u2019appel de v\u00e9rifier minutieusement les pi\u00e8ces du dossier, affirmant qu\u2019ils n\u2019avaient rien fait qui p\u00fbt porter atteinte \u00e0 la s\u00e9curit\u00e9 nationale. Le repr\u00e9sentant de l\u2019IGI demanda l\u2019admission en tant qu\u2019\u00e9l\u00e9ments de preuve des informations secr\u00e8tes transmises \u00e0 la cour d\u2019appel.<\/p>\n<p>23. Se r\u00e9f\u00e9rant \u00e0 l\u2019article 167 du code de proc\u00e9dure civile, la cour d\u2019appel admit en tant qu\u2019\u00e9l\u00e9ments de preuve les informations secr\u00e8tes, les estimant probantes, pertinentes et utiles pour trancher l\u2019affaire. Elle ouvrit ensuite les d\u00e9bats au fond.<\/p>\n<p>24. Le parquet pria la cour de d\u00e9clarer les requ\u00e9rants ind\u00e9sirables sur le territoire national et d\u2019ordonner leur \u00e9loignement. Selon lui, il ressortait des informations secr\u00e8tes que les int\u00e9ress\u00e9s avaient men\u00e9 des activit\u00e9s susceptibles de porter atteinte \u00e0 la s\u00e9curit\u00e9 nationale.<\/p>\n<p>25. Les requ\u00e9rants r\u00e9pliqu\u00e8rent qu\u2019ils n\u2019avaient rien fait d\u2019ill\u00e9gal, qu\u2019ils \u00e9taient de simples \u00e9tudiants et que le premier requ\u00e9rant n\u2019\u00e9tait arriv\u00e9 en Roumanie que deux mois auparavant. L\u2019un et l\u2019autre s\u2019estimaient soup\u00e7onn\u00e9s \u00e0 tort, et demand\u00e8rent \u00e0 avoir acc\u00e8s \u00e0 un avocat commis d\u2019office.<\/p>\n<p>26. Apr\u00e8s avoir soumis au d\u00e9bat des parties la demande d\u2019assistance par un avocat commis d\u2019office, la cour d\u2019appel la rejeta pour tardivet\u00e9, au motif qu\u2019elle aurait d\u00fb \u00eatre formul\u00e9e avant l\u2019ouverture des d\u00e9bats sur le fond de l\u2019affaire (paragraphe 23 ci-dessus).<\/p>\n<p>27. Par un arr\u00eat rendu le m\u00eame jour en chambre du conseil, elle d\u00e9clara les requ\u00e9rants ind\u00e9sirables sur le territoire pour une dur\u00e9e de quinze ans et ordonna leur placement en r\u00e9tention administrative (luare\u00een custodie public\u0103) jusqu\u2019\u00e0 leur \u00e9loignement.<\/p>\n<p>28. Elle tint le raisonnement suivant\u00a0:<\/p>\n<p>\u00ab\u00a0(&#8230;) Les d\u00e9nomm\u00e9s Ramzan Muhammad et Adeel Muhammad, citoyens pakistanais, se trouvent en Roumanie en vertu de visas d\u2019\u00e9tudes, ils \u00e9tant tous les deux b\u00e9n\u00e9ficiaires d\u2019une bourse \u00ab\u00a0Erasmus Mundus\u00a0\u00bb \u00e0 la facult\u00e9 dessciences \u00e9conomiques de l\u2019Universit\u00e9 Lucian Blaga de Sibiu.<\/p>\n<p>Apr\u00e8s avoir examin\u00e9 les informations communiqu\u00e9es par le SRI, qui sont class\u00e9es secret-d\u00e9fense au niveau \u00ab\u00a0secret\u00a0\u00bb, la cour [d\u2019appel] constate que ces informations prouvent que les \u00e9trangers [en cause] se livrent \u00e0 des activit\u00e9s susceptibles de porter atteinte \u00e0 la s\u00e9curit\u00e9 nationale.<\/p>\n<p>Il convient de prendre en consid\u00e9ration les dispositions de l\u2019article 3 i) et l) de la loi no\u00a051\/1991 [sur la s\u00fbret\u00e9 nationale], selon lesquelles sont constitutifs d\u2019une menace pour la s\u00e9curit\u00e9 nationale de la Roumanie les faits suivants\u00a0: i) les actes terroristes, leur conception ou la suspicion [sic] par tout moyen \u00e0 de tels actes\u00a0; (&#8230;)\u00a0l)\u00a0la cr\u00e9ation ou la constitution d\u2019organisations ou des groupe ou l\u2019adh\u00e9sion ou l\u2019appui par tout moyen \u00e0 ceux-ci, ayant pour finalit\u00e9 l\u2019une des activit\u00e9s \u00e9num\u00e9r\u00e9es aux points a) \u00e0 k) (&#8230;), ainsi que le d\u00e9roulement en secret de telles activit\u00e9s par des organisations ou groupes l\u00e9galement constitu\u00e9s.<\/p>\n<p>La cour [d\u2019appel] tient compte \u00e9galement des dispositions de l\u2019article 44 de la loi no\u00a0535\/2004 [sur la pr\u00e9vention et la r\u00e9pression du terrorisme], en vertu desquelles les citoyens \u00e9trangers et les apatrides au sujet desquels il existe des donn\u00e9es ou des indices s\u00e9rieux indiquant qu\u2019ils nourrissent le projet de mener des activit\u00e9s terroristes ou de s\u2019en rendre complices sont d\u00e9clar\u00e9s ind\u00e9sirables en Roumanie et peuvent voir leur droit de s\u00e9jour annul\u00e9 s\u2019ils n\u2019ont pas fait l\u2019objet d\u2019une mesure d\u2019interdiction de quitter le territoire prononc\u00e9e en vertu de la loi sur le r\u00e9gime des \u00e9trangers en Roumanie.<\/p>\n<p>[La cour d\u2019appel] tient compte \u00e9galement du fait que la Roumanie s\u2019est engag\u00e9e, en tant que membre de l\u2019Organisation des Nations unies, \u00e0 refuser d\u2019h\u00e9berger sur son territoire toute personne qui financerait, pr\u00e9parerait, ou commettrait des actes de nature terroriste, ou qui apporterait son soutien \u00e0 de tels actes.<\/p>\n<p>La mesure ordonn\u00e9e [en l\u2019esp\u00e8ce] ne m\u00e9conna\u00eet pas l\u2019article 8 de la Convention [europ\u00e9enne des droits de l\u2019homme], \u00e9tant donn\u00e9 que, bien que cette mesure constitue une ing\u00e9rence dans [l\u2019exercice par les int\u00e9ress\u00e9s de] leur droit au respect de leur vie priv\u00e9e et familiale, cette ing\u00e9rence est pr\u00e9vue par la loi, elle poursuit un but l\u00e9gitime et elle est n\u00e9cessaire dans une soci\u00e9t\u00e9 d\u00e9mocratique.<\/p>\n<p>Ainsi, la mesure est pr\u00e9vue par l\u2019article 85 de l\u2019OUG no 194\/2002, qui permet d\u2019ordonner l\u2019\u00e9loignement du territoire et l\u2019interdiction de s\u00e9jour d\u2019un \u00e9tranger, [soit par un] acte normatif publi\u00e9 au Moniteur officiel, ce qui satisfait ainsi \u00e0 la condition d\u2019accessibilit\u00e9 du texte de loi.<\/p>\n<p>De m\u00eame, les garanties proc\u00e9durales sont respect\u00e9es pour l\u2019\u00e9tranger objet de la mesure le d\u00e9clarant ind\u00e9sirable, la mesure \u00e9tant ordonn\u00e9e par un tribunal au sens de l\u2019article 6 de la CEDH dans le respect du contradictoire et du droit \u00e0 la d\u00e9fense.<\/p>\n<p>La mesure d\u00e9clarant les \u00e9trangers ind\u00e9sirables poursuit un but l\u00e9gitime, \u00e0 savoir la pr\u00e9vention de la commission de faits graves de nature \u00e0 porter atteinte \u00e0 la s\u00e9curit\u00e9 de l\u2019\u00c9tat roumain.<\/p>\n<p>Quant \u00e0 la n\u00e9cessit\u00e9 d\u2019adopter une telle mesure \u00e0 l\u2019\u00e9gard des \u00e9trangers, elle est justifi\u00e9e par la nature et la gravit\u00e9 des activit\u00e9s men\u00e9es [par les int\u00e9ress\u00e9s], [\u00e9l\u00e9ments] au regard desquels il convient de v\u00e9rifier si la mesure est proportionn\u00e9e au but poursuivi.<\/p>\n<p>Compte tenu de ces consid\u00e9rations et \u00e0 la lumi\u00e8re des dispositions de l\u2019article 85 \u00a7 5 de l\u2019OUG no\u00a0194\/2002, en vertu desquelles les donn\u00e9es et renseignements sur lesquels reposent les d\u00e9cisions portant interdiction de s\u00e9jour pour raisons de s\u00e9curit\u00e9 nationale ne sont pas mentionn\u00e9s dans les arr\u00eats correspondants, la cour [d\u2019appel] fait droit \u00e0 la demande [du parquet] et d\u00e9clare [les requ\u00e9rants] ind\u00e9sirables sur le territoire pendant quinze ans pour raisons de s\u00e9curit\u00e9 nationale.<\/p>\n<p>En m\u00eame temps, la cour [d\u2019appel] ordonne le placement des int\u00e9ress\u00e9s en r\u00e9tention administrative, en vertu des dispositions de l\u2019article 97 \u00a7 3 de l\u2019OUG no 194\/2002, jusqu\u2019\u00e0 leur \u00e9loignement du territoire, [\u00e9tant entendu que cette r\u00e9tention ne pourra pas d\u00e9passer] dix-huit mois.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p>29. Toujours le 5 d\u00e9cembre 2012, les requ\u00e9rants furent inform\u00e9s, par une lettre de l\u2019IGI de Bucarest r\u00e9dig\u00e9e en roumain et en anglais, qu\u2019ils avaient \u00e9t\u00e9 d\u00e9clar\u00e9s ind\u00e9sirables sur le territoire et qu\u2019ils allaient \u00eatre reconduits \u00e0 la fronti\u00e8re sous escorte. Ils furent plac\u00e9s au centre d\u2019h\u00e9bergement pour \u00e9trangers d\u2019Otopeni dans l\u2019attente de leur \u00e9loignement.<\/p>\n<p>IV. Le communiqu\u00e9 de presse du SRI<\/p>\n<p>30. Le 6 d\u00e9cembre 2012, le SRI publia un communiqu\u00e9 de presse ainsi libell\u00e9\u00a0:<\/p>\n<p>\u00ab\u00a0Dans le contexte des mesures d\u00e9ploy\u00e9es par les autorit\u00e9s roumaines comp\u00e9tentes pour la pr\u00e9vention et la r\u00e9pression du terrorisme, qui ont fond\u00e9 la d\u00e9cision de la cour d\u2019appel de Bucarest no 6906 du 5 d\u00e9cembre 2012, par laquelle les ressortissants \u00e9trangers R.M. et A.M. [les requ\u00e9rants, dont les noms n\u2019\u00e9taient pas r\u00e9v\u00e9l\u00e9s] ont \u00e9t\u00e9 d\u00e9clar\u00e9s ind\u00e9sirables pour une p\u00e9riode de quinze ans, le SRI est autoris\u00e9 \u00e0 communiquer ce qui suit\u00a0:<\/p>\n<p>[Sur le fondement de] renseignements recueillis dans le cadre du Syst\u00e8me national de pr\u00e9vention et de r\u00e9pression du terrorisme (SNPCT), le SRI a entrepris des d\u00e9marches complexes, en coop\u00e9ration avec les autres institutions [int\u00e9gr\u00e9es \u00e0 ce] Syst\u00e8me, afin de recueillir des informations sur des activit\u00e9s pr\u00e9paratoires men\u00e9es par une structure extr\u00e9miste affili\u00e9e id\u00e9ologiquement \u00e0 l\u2019organisation Al-Qa\u00efda qui pr\u00e9voyait de commettre une action terroriste sur le territoire de la Roumanie pendant la p\u00e9riode des f\u00eates de fin d\u2019ann\u00e9e.<\/p>\n<p>\u00c0 cet effet, les services comp\u00e9tents ont surveill\u00e9 les activit\u00e9s des membres de cette structure pr\u00e9sents dans notre pays, [ces individus] consid\u00e9r\u00e9s comme des \u00ab\u00a0points d\u2019appui\u00a0\u00bb, agissaient de concert sous la coordination d\u2019entit\u00e9s externes de mani\u00e8re conspirative. Il a \u00e9t\u00e9 \u00e9tabli qu\u2019ils devaient assurer l\u2019appui \u00e0 la r\u00e9alisation de l\u2019op\u00e9ration dans sa totalit\u00e9. Il convient de souligner que l\u2019un de ceux [qui ont \u00e9t\u00e9] mis en cause avait les connaissances n\u00e9cessaires pour confectionner des engins explosifs artisanaux.<\/p>\n<p>De m\u00eame, il ressort des renseignements obtenus [par les services comp\u00e9tents] qu\u2019afin de mettre en \u0153uvre l\u2019action projet\u00e9e, [la structure extr\u00e9miste] a essay\u00e9 de coopter des individus connus pour soutenir des groupes djihadistes, qui devaient agir en collaboration avec \u00ab\u00a0les points d\u2019appui\u00a0\u00bb [se trouvant] en Roumanie.<\/p>\n<p>Les donn\u00e9es et les informations pertinentes recueillies dans cette affaire ont \u00e9t\u00e9 communiqu\u00e9es, conform\u00e9ment \u00e0 la loi, au parquet pr\u00e8s la cour d\u2019appel de Bucarest, [celui-ci] a appuy\u00e9 devant l\u2019instance comp\u00e9tente la proposition du SRI tendant \u00e0 ce que les citoyens \u00e9trangers R.M. et A.M. soient d\u00e9clar\u00e9s ind\u00e9sirables sur le territoire au motif qu\u2019ils \u00e9taient impliqu\u00e9s dans des activit\u00e9s de nature \u00e0 nuire gravement \u00e0 la s\u00e9curit\u00e9 nationale dans le domaine antiterroriste.<\/p>\n<p>\u00c0 la suite de la d\u00e9cision de la cour d\u2019appel de Bucarest, les deux int\u00e9ress\u00e9s ont \u00e9t\u00e9 arr\u00eat\u00e9s et plac\u00e9s en r\u00e9tention administrative, en vue de leur \u00e9loignement du territoire national.<\/p>\n<p>En sa qualit\u00e9 d\u2019autorit\u00e9 charg\u00e9e au niveau national de la pr\u00e9vention et de la r\u00e9pression du terrorisme, le SRI, de m\u00eame que les autres institutions du SNPCT, a pour priorit\u00e9 majeure la pr\u00e9vention de tout risque et [de toute] menace de nature terroriste.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p>31. Le journal Adev\u0103rul publia deux articles relayant le communiqu\u00e9 de presse du SRI, sans toutefois le citer comme source de l\u2019information, et indiquant les noms des requ\u00e9rants et les d\u00e9tails de leur cursus universitaire en Roumanie. \u00c0 une date non pr\u00e9cis\u00e9e, les requ\u00e9rants prirent connaissance du contenu du communiqu\u00e9 de presse.<\/p>\n<p>V. La proc\u00e9dure de recours introduite devant la Haute Cour de cassation et de justice<\/p>\n<p>32. Les requ\u00e9rants form\u00e8rent devant la Haute Cour de cassation et de justice (\u00ab\u00a0la Haute Cour\u00a0\u00bb) un recours contre l\u2019arr\u00eat rendu par la cour d\u2019appel le 5 d\u00e9cembre 2012 (paragraphes 27 et 28 ci-dessus). Ils avaient entre-temps engag\u00e9 pour les repr\u00e9senter deux avocates. N\u2019\u00e9tant pas titulaires d\u2019un certificat ORNISS, celles-ci ne pouvaient acc\u00e9der aux pi\u00e8ces class\u00e9es secr\u00e8tes du dossier (paragraphe 54ci-dessous).<\/p>\n<p>33. Dans leur recours, les requ\u00e9rants se plaignaient de ne pas avoir \u00e9t\u00e9 inform\u00e9s par la cour d\u2019appel de la proc\u00e9dure \u00e0 suivre, et notamment des d\u00e9marches \u00e0 entreprendre pour solliciter l\u2019assistance d\u2019un avocat. Ils all\u00e9guaient que la cour d\u2019appel n\u2019avait pas indiqu\u00e9 quels \u00e9taient les \u00e9l\u00e9ments qui \u00ab\u00a0fond[ai]ent la proposition\u00a0\u00bb d\u2019interdiction de s\u00e9jour mais s\u2019\u00e9tait born\u00e9e \u00e0 renvoyer au niveau de classification \u00ab\u00a0secret\u00a0\u00bb des documents vers\u00e9s au dossier, et qu\u2019elle avait ainsi m\u00e9connu l\u2019article 85 \u00a7 4 de l\u2019OUG no\u00a0194\/2002. Ils affirmaient que le dossier ne comprenait aucune mention de documents secrets, de quelque niveau que ce f\u00fbt, et ils consid\u00e9raient qu\u2019\u00e0 supposer m\u00eame qu\u2019il e\u00fbt renferm\u00e9 de tels documents, la cour d\u2019appel restait l\u00e9galement tenue de les informer des faits qui leur \u00e9taient reproch\u00e9s. Ils soutenaient que, en ne leur communiquant pas les accusations concr\u00e8tes port\u00e9es contre eux, les autorit\u00e9s les avaient priv\u00e9s de la possibilit\u00e9 de se d\u00e9fendre et avaient ainsi port\u00e9 atteinte \u00e0 leurs droits \u00e0 un proc\u00e8s \u00e9quitable et \u00e0 un recours effectif.<\/p>\n<p>34. Ils se plaignaient \u00e9galement de ce que, alors qu\u2019eux-m\u00eames s\u2019\u00e9taient vu opposer la classification \u00ab\u00a0secret\u00a0\u00bb des \u00e9l\u00e9ments du dossier et avaient \u00e9t\u00e9 laiss\u00e9s dans l\u2019ignorance des faits qui leur \u00e9taient reproch\u00e9s, le SRI ait publi\u00e9 le lendemain du prononc\u00e9 de l\u2019arr\u00eat de la cour d\u2019appel un communiqu\u00e9 de presse, repris par les m\u00e9dias, o\u00f9 ces faits \u00e9taient expos\u00e9s.<\/p>\n<p>35. Ils estimaient que la cour d\u2019appel aurait pu les informer des faits concrets qui leur \u00e9taient imput\u00e9s sans pour autant d\u00e9voiler des renseignements secrets tels par exemple que les m\u00e9thodes d\u2019investigation du SRI, les noms des agents qui les avaient suivis ou encore les \u00e9l\u00e9ments de preuve recueillis. Ils arguaient qu\u2019elle avait motiv\u00e9 sa d\u00e9cision par les \u00ab\u00a0activit\u00e9s\u00a0\u00bb auxquelles elle estimait qu\u2019ils s\u2019\u00e9taient \u00ab\u00a0livr\u00e9s\u00a0\u00bb et par la nature de ces activit\u00e9s\u00a0; et ils en d\u00e9duisaient qu\u2019on leur reprochait non pas le simple dessein de mener des activit\u00e9s susceptibles de porter atteinte \u00e0 la s\u00e9curit\u00e9 nationale mais bien l\u2019accomplissement de faits concrets. Ils consid\u00e9raient que, n\u2019ayant pas \u00e9t\u00e9 inform\u00e9s des faits dont il s\u2019agissait, ils avaient \u00e9t\u00e9 mis dans l\u2019impossibilit\u00e9 de pr\u00e9senter des preuves \u00e0 d\u00e9charge.<\/p>\n<p>36. Enfin, ils indiquaient que le second requ\u00e9rant avait \u00e9t\u00e9 auparavant pers\u00e9cut\u00e9 par des agents du SRI et que, pour cette raison, le 19 novembre 2012, ils avaient d\u00e9j\u00e0 adress\u00e9 une demande \u00e0 l\u2019Universit\u00e9 afin de tirer au clair la situation et, \u00e9ventuellement, d\u2019\u00eatre transf\u00e9r\u00e9s dans un autre pays membre du programme des bourses \u00ab\u00a0Erasmus Mundus\u00a0\u00bb.<\/p>\n<p>37. Une audience eut lieu le 20 d\u00e9cembre 2012 devant la Haute Cour. Les requ\u00e9rants y \u00e9taient pr\u00e9sents et assist\u00e9s de leurs avocates et d\u2019un interpr\u00e8te. Ils demand\u00e8rent l\u2019autorisation de verser au dossier des documents \u00e9crits attestant de leur comportement \u00e0 l\u2019universit\u00e9 et de leur bonne int\u00e9gration dans le milieu universitaire.<\/p>\n<p>38. Ils pri\u00e8rent par ailleurs la Haute Cour de se procurer aupr\u00e8s de la banque T. un document bancaire attestant de leur situation financi\u00e8re, et de le verser au dossier. Ils produisirent une note du 18 d\u00e9cembre 2012 \u00e9manant de la banque T., o\u00f9 il \u00e9tait indiqu\u00e9 que, en application des articles 111 \u00e0 113 de l\u2019ordonnance du gouvernement no\u00a099\/2006 relative aux \u00e9tablissements de cr\u00e9dit et \u00e0 l\u2019ad\u00e9quation des fonds propres, qui garantissaient le secret des donn\u00e9es, la banque ne pouvait communiquer les extraits de leur compte bancaire \u00e0 un tiers, mais elle pouvait si n\u00e9cessaire les mettre \u00e0 la disposition de la Haute Cour. Ils estimaient que, \u00e9tant donn\u00e9 que ni eux ni leurs avocates, qui n\u2019avaient pas le niveau d\u2019habilitation n\u00e9cessaire, n\u2019avaient acc\u00e8s aux \u00e9l\u00e9ments secrets du dossier, ce document bancaire leur permettrait de r\u00e9futer les accusations port\u00e9es contre eux dans le communiqu\u00e9 de presse du SRI et de d\u00e9montrer qu\u2019ils ne finan\u00e7aient pas une activit\u00e9 terroriste (paragraphe 30 ci\u2011dessus).<\/p>\n<p>39. Le parquet et l\u2019Office roumain de l\u2019immigration (\u00ab\u00a0l\u2019ORI\u00a0\u00bb), parties \u00e0 la proc\u00e9dure, s\u2019oppos\u00e8rent \u00e0 cette demande, estimant l\u2019un et l\u2019autre que le document bancaire en question ne permettrait d\u2019apporter aucune preuve pertinente et utile dans l\u2019affaire. Selon l\u2019ORI, seuls les documents class\u00e9s \u00e9tait pertinent car la proc\u00e9dure portait sur les renseignements qu\u2019il renfermait et non sur des informations publi\u00e9es ult\u00e9rieurement dans la presse. Selon le procureur en charge de l\u2019affaire, le document bancaire que les requ\u00e9rants souhaitaient faire verser au dossier \u00e9tait sans pertinence ni utilit\u00e9 pour l\u2019examen de l\u2019affaire.<\/p>\n<p>40. S\u2019appuyant sur l\u2019article 305 du code de proc\u00e9dure civile, la Haute Cour versa au dossier les documents relatifs au comportement des requ\u00e9rants \u00e0 l\u2019universit\u00e9 et rejeta la demande pr\u00e9sent\u00e9e par les int\u00e9ress\u00e9s aux fins de l\u2019obtention de documents bancaires. Elle soumit ensuite la cause au d\u00e9bat des parties.<\/p>\n<p>41. Sur le fond de l\u2019affaire, les requ\u00e9rants affirm\u00e8rent qu\u2019ils \u00e9taient de simples \u00e9tudiants et qu\u2019ils n\u2019avaient commis aucun acte terroriste. Ils r\u00e9p\u00e9t\u00e8rent que la cour d\u2019appel ne leur avait pas communiqu\u00e9 les faits qui avaient fond\u00e9 la demande du parquet et qu\u2019elle avait ainsi m\u00e9connu les dispositions pertinentes de l\u2019OUG 194\/2002\u00a0; qu\u2019alors qu\u2019on leur avait oppos\u00e9 la classification \u00ab\u00a0secret\u00a0\u00bb des \u00e9l\u00e9ments du dossier, les faits qui leur \u00e9taient reproch\u00e9s avaient \u00e9t\u00e9 r\u00e9v\u00e9l\u00e9s dans un communiqu\u00e9 de presse du SRI publi\u00e9 le lendemain du prononc\u00e9 de l\u2019arr\u00eat de premi\u00e8re instance (paragraphe\u00a030 ci-dessus)\u00a0; et qu\u2019ils n\u2019avaient \u00e9t\u00e9 inform\u00e9s ni des modalit\u00e9s d\u2019exercice du droit \u00e0 l\u2019assistance d\u2019un avocat ni des faits qui leur \u00e9taient reproch\u00e9s. Ils soutinrent qu\u2019ils n\u2019avaient pas b\u00e9n\u00e9fici\u00e9 des garanties proc\u00e9durales du proc\u00e8s \u00e9quitable et que la proc\u00e9dure men\u00e9e jusqu\u2019alors avait ainsi \u00e9t\u00e9 purement formelle.<\/p>\n<p>42. Par un arr\u00eat d\u00e9finitif du 20 d\u00e9cembre 2012, la Haute Cour rejeta le recours des requ\u00e9rants. Apr\u00e8s avoir rappel\u00e9 la d\u00e9cision de la cour d\u2019appel, elle jugea qu\u2019il ressortait des \u00e9l\u00e9ments secrets dont elle disposait que la cour d\u2019appel avait retenu \u00e0 bon droit l\u2019existence d\u2019indices tendant \u00e0 d\u00e9montrer que les requ\u00e9rants nourrissaient le projet de mener des activit\u00e9s de nature \u00e0 porter atteinte \u00e0 la s\u00e9curit\u00e9 nationale. Elle observa ensuite que, en vertu de l\u2019article\u00a085 \u00a7 5 de l\u2019OUG no\u00a0194\/2002, lorsque la d\u00e9cision d\u2019interdiction de s\u00e9jour \u00e9tait prononc\u00e9e pour raisons de s\u00e9curit\u00e9 nationale, les juges ne pouvaient pas mentionner dans l\u2019arr\u00eat les donn\u00e9es, les informations ni les raisons factuelles (motivele de fapt) au vu desquelles ils avaient statu\u00e9. Elle pr\u00e9cisa ceci\u00a0:<\/p>\n<p>\u00ab\u00a0Les arguments que les requ\u00e9rants tirent de leur bon comportement \u00e0 l\u2019universit\u00e9 ne peuvent \u00eatre retenus et ne modifient pas la conviction [des juges] forg\u00e9e sur les documents secrets, o\u00f9 figurent les informations n\u00e9cessaires et suffisantes pour prouver l\u2019existence d\u2019indices forts d\u2019o\u00f9 il ressort que les requ\u00e9rants nourrissaient le projet de mener des activit\u00e9s de nature \u00e0 porter atteinte \u00e0 la s\u00e9curit\u00e9 nationale.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p>43. Examinant ensuite l\u2019argument que les requ\u00e9rants tiraient d\u2019un non\u2011respect de leurs droits fondamentaux et des garanties proc\u00e9durales du proc\u00e8s \u00e9quitable, la Haute Cour tint le raisonnement suivant\u00a0:<\/p>\n<p>\u00ab\u00a0Les mesures d\u2019expulsion, de r\u00e9tention administrative et de reconduite \u00e0 la fronti\u00e8re appliqu\u00e9es aux \u00e9trangers d\u00e9clar\u00e9s ind\u00e9sirables sur le territoire de la Roumanie sont l\u00e9gitimes, et sont r\u00e9gies en droit interne par les dispositions du Chapitre V ( \u00ab\u00a0R\u00e9gime de l\u2019\u00e9loignement des \u00e9trangers hors du territoire de la Roumanie\u00a0\u00bb) de l\u2019OUG no\u00a0194\/2002\u00a0; [elles] sont n\u00e9cessaires et proportionn\u00e9es au but poursuivi d\u00e8s lors que le tribunal (instan\u021ba de judecat\u0103) a constat\u00e9 que les preuves instruites prouvent l\u2019existence d\u2019indices forts (indiciitemeinice) selon lesquels les personnes auxquelles elles s\u2019appliquent nourrissent le projet de mener des activit\u00e9s de nature \u00e0 porter atteinte \u00e0 la s\u00e9curit\u00e9 nationale.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p>44. Elle consid\u00e9ra ensuite que les dispositions de l\u2019article 1 du Protocole no\u00a07 \u00e0 la Convention \u00e9taient applicables dans l\u2019affaire. Elle nota que les requ\u00e9rants se trouvaient en situation de s\u00e9jour r\u00e9gulier sur le territoire roumain au moment du d\u00e9clenchement de la proc\u00e9dure d\u2019\u00e9loignement mais que toutefois les dispositions du paragraphe 2 de cet article ne leur \u00e9taient pas applicables, \u00e9tant donn\u00e9 qu\u2019ils n\u2019avaient pas \u00e9t\u00e9 \u00e9loign\u00e9s du territoire avant de pouvoir exercer leurs droits. Apr\u00e8s avoir rappel\u00e9 que dans les affaires Ahmed c. Roumanie (no 34621\/03, 13 juillet 2010), Kaya c.\u00a0Roumanie (no\u00a033970\/05, 12 octobre 2006) et Lupsa c.\u00a0Roumanie (no\u00a010337\/04, CEDH\u00a02006\u2011VII), la Cour avait consid\u00e9r\u00e9 qu\u2019il y avait violation de l\u2019article 1 du Protocole no 7 \u00e0 la Convention lorsque les autorit\u00e9s n\u2019avaient communiqu\u00e9 \u00e0 l\u2019\u00e9tranger concern\u00e9 ni l\u2019acte introductif d\u2019instance ni le moindre \u00e9l\u00e9ment d\u2019information quant aux faits qui lui \u00e9taient reproch\u00e9s, elle jugea que les circonstances de la cause \u00e9taient diff\u00e9rentes.<\/p>\n<p>45. La Haute Cour nota qu\u2019en l\u2019esp\u00e8ce, les requ\u00e9rants s\u2019\u00e9taient vu remettre l\u2019acte introductif d\u2019instance \u00e9manant du parquet et ils avaient b\u00e9n\u00e9fici\u00e9 du temps n\u00e9cessaire pour prendre connaissance, avec l\u2019aide de l\u2019interpr\u00e8te, du contenu de cet acte ainsi que des \u00e9l\u00e9ments vers\u00e9s au dossier \u00e0 l\u2019appui de la demande d\u2019interdiction de s\u00e9jour. Elle estima qu\u2019ils avaient ainsi \u00e9t\u00e9 mis en mesure de comprendre la raison pour laquelle ils avaient fait l\u2019objet de la proc\u00e9dure d\u2019interdiction de s\u00e9jour et d\u2019\u00e9loignement. Elle tint le raisonnement suivant\u00a0:<\/p>\n<p>\u00ab\u00a0Il est vrai que les \u00e9l\u00e9ments class\u00e9s \u00ab\u00a0secret\u00a0\u00bb qui ont \u00e9t\u00e9 vers\u00e9s au dossier, [et qui se] trouvaient \u00e0 la disposition de l\u2019instance [qui a examin\u00e9 l\u2019affaire], n\u2019ont pas \u00e9t\u00e9 communiqu\u00e9s aux int\u00e9ress\u00e9s.<\/p>\n<p>L\u2019absence de communication directe et concr\u00e8te des informations contenues dans les documents class\u00e9s secrets-d\u00e9fense (secret de Stat) de niveau \u00ab\u00a0secret\u00a0\u00bb (strict secret) qui avait \u00e9t\u00e9 fourni par le SRI correspond \u00e0 une obligation l\u00e9gale qui incombe au juge, en vertu des dispositions de l\u2019article 85 \u00a7 5 de l\u2019ordonnance no\u00a0194\/2002 (&#8230;) et surtout des dispositions de la loi no 182\/2002 sur la protection des informations class\u00e9es secr\u00e8tes [citation des articles 2 \u00a7 2, 15 f) et 39 \u00a7\u00a7 1 et 2 de la loi].<\/p>\n<p>Selon les dispositions pr\u00e9cit\u00e9es, les juges qui ont pris connaissance des informations contenues dans les documents secrets vers\u00e9s au dossier sont tenus de n\u2019en rien divulguer.<\/p>\n<p>Le respect de la garantie \u00e9nonc\u00e9e \u00e0 l\u2019article 1 du Protocole no 7 \u00e0 la Convention, [\u00e0 savoir celle] d\u2019assurer la protection de la personne (faisant l\u2019objet de la proc\u00e9dure d\u2019expulsion) contre des atteintes arbitraires de la puissance publique \u00e0 ses droits garantis par la Convention (CEDH, affaire Ahmed, pr\u00e9cit\u00e9e, \u00a7 52), est assur\u00e9 en l\u2019esp\u00e8ce par le fait que tant le juge du fond que la juridiction de recours ont eu la possibilit\u00e9 de v\u00e9rifier le bien-fond\u00e9 de l\u2019existence d\u2019indices [tendant \u00e0 d\u00e9montrer que les int\u00e9ress\u00e9s] \u00ab\u00a0[nourrissaient] le projet de mener des activit\u00e9s de nature \u00e0 porter atteinte \u00e0 la s\u00e9curit\u00e9 nationale\u00a0\u00bb (au sens de l\u2019article 85 \u00a7 1 de l\u2019OUG no\u00a0194\/2002)\u00a0; ainsi, la cause des requ\u00e9rants a \u00e9t\u00e9 examin\u00e9e \u00e0 deux degr\u00e9s de juridiction par une \u00ab\u00a0instance ind\u00e9pendante et impartiale\u00a0\u00bb au sens de l\u2019article\u00a06\u00a0\u00a7 1 de la Convention.<\/p>\n<p>Consid\u00e9rer qu\u2019informer la personne qui fait l\u2019objet de la proc\u00e9dure d\u2019expulsion des raisons qui fondent son expulsion implique, de mani\u00e8re non\u2011\u00e9quivoque, la pr\u00e9sentation directe, effective, concr\u00e8te et ponctuelle des indices (&#8230;) \u00e9quivaut \u2013 dans l\u2019opinion de la Haute Cour et par rapport \u00e0 l\u2019obligation qu\u2019elle a de ne pas divulguer ou de ne pas favoriser la divulgation des informations qui pourraient provoquer des dommages graves \u00e0 la s\u00e9curit\u00e9 nationale \u2013 \u00e0 la remise en question de la notion m\u00eame de s\u00e9curit\u00e9 nationale et de l\u2019ensemble des mesures destin\u00e9es \u00e0 prot\u00e9ger les informations relevant de cette notion.<\/p>\n<p>[La Haute Cour] note qu\u2019[en l\u2019esp\u00e8ce], les droits garantis par l\u2019article 1 du Protocole no\u00a07 \u00e0 la Convention ont \u00e9t\u00e9 respect\u00e9s\u00a0dans le cadre de la proc\u00e9dure judiciaire\u00a0: [les requ\u00e9rants] ont eu la possibilit\u00e9 r\u00e9elle d\u2019\u00eatre pr\u00e9sents tant devant la juridiction du fond que devant la juridiction de recours, et ils ont \u00e9t\u00e9 assist\u00e9s par des avocats qu\u2019ils avaient eux-m\u00eames choisis\u00a0; [ils ont pu pr\u00e9senter]\u00a0les motifs qui plaidaient contre leur expulsion\u00a0; leur cause a \u00e9t\u00e9 examin\u00e9e de mani\u00e8re directe et effective par un tribunal ind\u00e9pendant et impartial\u00a0; [et] ils ont \u00e9t\u00e9 repr\u00e9sent\u00e9s par des avocats de leur choix.<\/p>\n<p>Eu \u00e9gard aux arguments expos\u00e9s ci-dessus, la Haute Cour consid\u00e8re que, contrairement \u00e0 ce que soutiennent [les requ\u00e9rants] dans leur recours, ni le droit \u00e0 un recours effectif, ni le droit d\u2019acc\u00e8s \u00e0 un tribunal garanti par l\u2019article 6 de la Convention, ni le principe de non-discrimination consacr\u00e9 aux articles 14 de la Convention et 1 du Protocole no 12 n\u2019ont \u00e9t\u00e9 m\u00e9connus aux fins de l\u2019article 18 \u00a7 1 de la Constitution.<\/p>\n<p>Le fait qu\u2019apr\u00e8s le prononc\u00e9 de l\u2019arr\u00eat de la cour d\u2019appel la presse \u00e9crite et audiovisuelle ait r\u00e9v\u00e9l\u00e9 les \u00e9l\u00e9ments qui avaient fond\u00e9 la d\u00e9cision d\u2019expulsion ne permet pas de conclure que le droit d\u2019acc\u00e8s \u00e0 la justice ou le droit \u00e0 un proc\u00e8s \u00e9quitable aient \u00e9t\u00e9 m\u00e9connus. Pour les m\u00eames raisons que celles expos\u00e9es ci-dessus, la th\u00e8se [des requ\u00e9rants] consistant \u00e0 dire que leur droit d\u2019acc\u00e8s \u00e0 un tribunal n\u2019a \u00e9t\u00e9 respect\u00e9 que formellement ne peut \u00eatre retenue.<\/p>\n<p>L\u2019argument que [les requ\u00e9rants] tirent de l\u2019article 3 de la Convention est lui aussi mal fond\u00e9, car il n\u2019a pas \u00e9t\u00e9 prouv\u00e9 par des documents \u00e9manant d\u2019autorit\u00e9s \u00e9tatiques (statale) qu\u2019ils risqueraient d\u2019\u00eatre soumis \u00e0 des traitements inhumains ou d\u00e9gradants dans le pays de destination\u00a0: [les requ\u00e9rants] n\u2019ont produit qu\u2019un rapport du Conseil national roumain pour les r\u00e9fugi\u00e9s \u00e9tabli sur la base de certaines \u00ab\u00a0informations publiques, s\u00e9lectionn\u00e9es et traduites \u00e0 la suite d\u2019une recherche faite sur internet\u00a0\u00bb.<\/p>\n<p>Il est \u00e9galement mal fond\u00e9 l\u2019argument que Muhammad Ramzan tire, sur le terrain de l\u2019article 8 de la Convention, de la pr\u00e9sence en Roumanie de son \u00e9pouse enceinte de neuf mois et d\u00e9pendante de la bourse doctorale qu\u2019il per\u00e7oit. Il est vrai que la mesure d\u2019expulsion de l\u2019int\u00e9ress\u00e9 constitue une ing\u00e9rence dans l\u2019exercice par celui-ci de son droit au respect de la vie familiale, n\u00e9anmoins la [Haute Cour] consid\u00e8re que, pour les motifs expos\u00e9s pr\u00e9c\u00e9demment, cette ing\u00e9rence satisfait aux exigences de l\u2019article\u00a08\u00a0\u00a7\u00a02 de la Convention\u00a0: elle est pr\u00e9vue par la loi et n\u00e9cessaire pour assurer la s\u00e9curit\u00e9 nationale.<\/p>\n<p>Pour ce qui est du respect des droits de la d\u00e9fense [des requ\u00e9rants] devant la cour d\u2019appel, la Haute Cour note que [les int\u00e9ress\u00e9s] ont eu la possibilit\u00e9 de pr\u00e9senter eux\u2011m\u00eames des arguments contre leur expulsion et de s\u2019exprimer dans leur langue, en b\u00e9n\u00e9ficiant de l\u2019assistance d\u2019un interpr\u00e8te. Par ailleurs, il convient de noter que, en application des dispositions l\u00e9gales (\u00eenmodlegal), la cour d\u2019appel avait d\u00e9clar\u00e9 tardive leur demande d\u2019assistance par un avocat commis d\u2019office, au motif que cette demande avait \u00e9t\u00e9 pr\u00e9sent\u00e9e alors que le fond de l\u2019affaire avait d\u00e9j\u00e0 \u00e9t\u00e9 soumis au d\u00e9bat des parties, et non au stade ant\u00e9rieur de la proc\u00e9dure. En outre, devant la juridiction de recours, [les requ\u00e9rants] ont \u00e9t\u00e9 assist\u00e9s par des avocats de leur choix et ils ont eu la possibilit\u00e9 d\u2019exposer tous les arguments qu\u2019ils souhaitaient \u00e0 l\u2019appui de leur d\u00e9fense. En cons\u00e9quence, on ne saurait conclure \u00e0 la violation du droit \u00e0 un proc\u00e8s \u00e9quitable, au sens de l\u2019article 21 \u00a7 3 de la Constitution et de l\u2019article 6 \u00a7 1 de la Convention.<\/p>\n<p>Les arguments que [les requ\u00e9rants] tirent du fait que la cour d\u2019appel a mentionn\u00e9 [qu\u2019ils s\u2019\u00e9taient] \u00ab\u00a0livr\u00e9s \u00e0 des activit\u00e9s\u00a0\u00bb (desf\u0103\u0219urarea de activit\u0103\u021bi) alors que la demande du parquet visait \u00ab\u00a0le projet de mener certaines activit\u00e9s\u00a0\u00bb et de ce qu\u2019elle a cit\u00e9 de mani\u00e8re erron\u00e9e le texte de l\u2019article 3 lettre i) de la loi no\u00a051\/1991 ne sont pas de nature \u00e0 mettre en cause la l\u00e9galit\u00e9 ou le bien-fond\u00e9 de la d\u00e9cision prononc\u00e9e.<\/p>\n<p>Compte tenu de ce qui pr\u00e9c\u00e8de, (&#8230;) la Haute Cour rejette le recours [des requ\u00e9rants], pour d\u00e9faut de fondement (&#8230;)\u00a0\u00bb.<\/p>\n<p>46. Les requ\u00e9rants quitt\u00e8rent le territoire roumain le 27 d\u00e9cembre 2012.<\/p>\n<p><strong>LE CADRE JURIDIQUE ET LA PRATIQUE PERTINENTS<\/strong><\/p>\n<p>I. LE DROIT ET LA PRATIQUE INTERNES<\/p>\n<p><strong>A. Le droit interne<\/strong><\/p>\n<p><em>1. La Constitution<\/em><\/p>\n<p>47. Les dispositions pertinentes de la Constitution sont ainsi libell\u00e9es\u00a0:<\/p>\n<p style=\"text-align: center;\">Article 18<br \/>\nCitoyens \u00e9trangers et apatrides<\/p>\n<p>\u00ab\u00a0(1) Les citoyens \u00e9trangers et les apatrides qui r\u00e9sident en Roumanie b\u00e9n\u00e9ficient de la protection g\u00e9n\u00e9rale des personnes et des biens garantie par la Constitution et d\u2019autres lois.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p style=\"text-align: center;\">Article 21<br \/>\nLibre acc\u00e8s \u00e0 la justice<\/p>\n<p>\u00ab\u00a0(3) Les justiciables ont droit \u00e0 un proc\u00e8s \u00e9quitable et au r\u00e8glement de leurs litiges dans un d\u00e9lai raisonnable. (&#8230;) \u00bb<\/p>\n<p style=\"text-align: center;\">Article 24<br \/>\nDroits de la d\u00e9fense<\/p>\n<p>\u00ab\u00a0(1) Les droits de la d\u00e9fense sont garantis.<\/p>\n<p>(2) Tout au long de la proc\u00e9dure, les justiciables ont droit \u00e0 l\u2019assistance d\u2019un avocat, choisi par eux ou commis d\u2019office.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p style=\"text-align: center;\">Article 31<br \/>\nDroit \u00e0 l\u2019information<\/p>\n<p>\u00ab\u00a0(3) Le droit \u00e0 l\u2019information ne doit pas compromettre les mesures de protection (&#8230;) de la s\u00e9curit\u00e9 nationale.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p><em>2. Le code de proc\u00e9durecivile<\/em><\/p>\n<p>48. Les dispositions pertinentes du code de proc\u00e9dure civile, telles qu\u2019en vigueur au moment des faits, se lisaient ainsi\u00a0:<\/p>\n<p style=\"text-align: center;\">Article 129<\/p>\n<p>\u00ab\u00a0(2). Le juge informe les parties de leurs droits et obligations en fonction de leur qualit\u00e9 dans la proc\u00e9dure (&#8230;)\u00a0\u00bb<\/p>\n<p style=\"text-align: center;\">Article 167<\/p>\n<p>\u00ab\u00a0(1). Ne peuvent \u00eatre admises que les preuves dont le tribunal (instan\u021ba) consid\u00e8re qu\u2019elles sont de nature \u00e0 contribuer \u00e0 la manifestation de la v\u00e9rit\u00e9 (c\u0103ele pot s\u0103aduc\u0103dezlegareapricinii) (&#8230;).<\/p>\n<p>(2). Elles seront administr\u00e9es avant l\u2019ouverture des d\u00e9bats au fond.<\/p>\n<p>(3). Dans la mesure du possible, les \u00e9l\u00e9ments de preuve contradictoires sont administr\u00e9s en m\u00eame temps.<\/p>\n<p>(&#8230;)\u00a0\u00bb<\/p>\n<p style=\"text-align: center;\">Article 305<\/p>\n<p>\u00ab\u00a0Il ne peut \u00eatre produit en recours (recurs) aucune preuve nouvelle, \u00e0 l\u2019exception des documents \u00e9crits qui peuvent \u00eatre vers\u00e9s \u00e0 la proc\u00e9dure jusqu\u2019\u00e0 la fin des d\u00e9bats.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p>3. La loi no 51\/1991 sur la s\u00fbret\u00e9 nationale<\/p>\n<p>49. En leurs parties applicables en l\u2019esp\u00e8ce, les dispositions pertinentes de la loi no 51\/1991 sur la s\u00fbret\u00e9 nationale sont ainsi libell\u00e9es\u00a0:<\/p>\n<p style=\"text-align: center;\">Article 3<\/p>\n<p>\u00ab\u00a0Constituent des menaces pour la s\u00fbret\u00e9 nationale de la Roumanie\u00a0:<\/p>\n<p>a) les plans et les activit\u00e9s qui visent \u00e0 an\u00e9antir ou entamer la souverainet\u00e9, l\u2019unit\u00e9, l\u2019ind\u00e9pendance ou l\u2019indivisibilit\u00e9 de l\u2019\u00c9tat roumain\u00a0;<\/p>\n<p>b) les activit\u00e9s qui ont pour finalit\u00e9 directe ou indirecte de provoquer une guerre contre l\u2019\u00c9tat ou une guerre civile, de faciliter l\u2019occupation militaire \u00e9trang\u00e8re ou l\u2019asservissement \u00e0 une puissance \u00e9trang\u00e8re, ou d\u2019aider une puissance ou une organisation \u00e9trang\u00e8re \u00e0 obtenir pareilles situations\u00a0;<\/p>\n<p>c) la trahison par l\u2019aide apport\u00e9e \u00e0 l\u2019ennemi\u00a0;<\/p>\n<p>d) les actions arm\u00e9es ou violentes qui visent \u00e0 affaiblir le pouvoir de l\u2019\u00c9tat\u00a0;<\/p>\n<p>e) l\u2019espionnage, la communication \u00e0 une puissance ou une organisation \u00e9trang\u00e8res ou \u00e0 leurs agents d\u2019informations relevant du secret-d\u00e9fense, la d\u00e9tention ill\u00e9gale d\u2019informations relevant du secret-d\u00e9fense en vue de leur communication \u00e0 une puissance ou une organisation \u00e9trang\u00e8res ou \u00e0 leurs agents (&#8230;)\u00a0;<\/p>\n<p>f) les actions de sape ou de sabotage, les activit\u00e9s qui visent \u00e0 renverser par la force les institutions d\u00e9mocratiques de l\u2019\u00c9tat, qui portent gravement atteinte aux droits et libert\u00e9s fondamentaux des citoyens roumains, ou qui sont susceptibles de porter atteinte \u00e0 la capacit\u00e9 de d\u00e9fense ou \u00e0 d\u2019autres int\u00e9r\u00eats similaires du pays, ainsi que les actes de destruction ou de d\u00e9gradation (&#8230;) des infrastructures n\u00e9cessaires au bon d\u00e9roulement de la vie socio\u00ad\u00e9conomique ou \u00e0 la d\u00e9fense nationale\u00a0;<\/p>\n<p>g) les actions par lesquelles il est port\u00e9 atteinte \u00e0 la vie, \u00e0 l\u2019int\u00e9grit\u00e9 physique ou \u00e0 la sant\u00e9 des personnes qui exercent des fonctions nationales importantes (&#8230;)\u00a0;<\/p>\n<p>h) la conception, l\u2019organisation ou la commission d\u2019actions totalitaires ou extr\u00e9mistes de nature communiste, fasciste, (&#8230;) raciste, antis\u00e9mites, r\u00e9visionnistes, s\u00e9paratiste susceptibles de mettre en p\u00e9ril, d\u2019une quelconque mani\u00e8re, l\u2019unit\u00e9 et l\u2019int\u00e9grit\u00e9 territoriale de la Roumanie, ainsi que l\u2019incitation \u00e0 commettre des actes risquant de mettre en p\u00e9ril l\u2019\u00e9tat de droit\u00a0;<\/p>\n<p>i) les actions terroristes, ainsi que la conception ou l\u2019appui apport\u00e9 \u00e0 de de tels actes, par quelque moyen que ce soit\u00a0;<\/p>\n<p>j) les attentats contre une collectivit\u00e9, commis par quelque moyen que ce soit\u00a0;<\/p>\n<p>k) le vol d\u2019armes, de munitions, de substances explosives ou radioactives, toxiques ou biologiques d\u00e9tenues par des entit\u00e9s autoris\u00e9es \u00e0 cette fin, le trafic, la fabrication, la d\u00e9tention, la cession, le transport ou leur utilisation dans d\u2019autres conditions que celles pr\u00e9vues par la loi, ainsi que le port ill\u00e9gal d\u2019armes ou de munitions mettant en danger la s\u00e9curit\u00e9 nationale\u00a0;<\/p>\n<p>l) la cr\u00e9ation ou la constitution d\u2019organisations ou des groupe ou l\u2019adh\u00e9sion ou l\u2019appui par tout moyen \u00e0 ceux-ci, ayant pour finalit\u00e9 l\u2019une des activit\u00e9s \u00e9num\u00e9r\u00e9es aux points a) \u00e0 k) ci-dessus, ainsi que le d\u00e9roulement en secret de telles activit\u00e9s par des organisations ou groupes l\u00e9galement constitu\u00e9s.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p style=\"text-align: center;\">Article 8<\/p>\n<p>\u00ab\u00a0L\u2019activit\u00e9 de renseignement visant la sauvegarde de la s\u00fbret\u00e9 nationale est men\u00e9e par le Service roumain du renseignement, (&#8230;)\u00a0\u00bb<\/p>\n<p style=\"text-align: center;\">Article 10<\/p>\n<p>\u00ab\u00a0L\u2019activit\u00e9 de renseignement visant la sauvegarde de la s\u00fbret\u00e9 nationale rel\u00e8ve du secret-d\u00e9fense (secret de stat).\u00a0\u00bb<\/p>\n<p style=\"text-align: center;\">Article 11 \u00a7 1<\/p>\n<p>\u00ab\u00a0Les informations relevant de la s\u00fbret\u00e9 nationale peuvent \u00eatre communiqu\u00e9es\u00a0:<\/p>\n<p>(&#8230;)<\/p>\n<p>d) aux organes de poursuite p\u00e9nale lorsqu\u2019elles concernent la commission d\u2019une infraction.<\/p>\n<p>La communication de [ces] informations doit \u00eatre approuv\u00e9e par les responsables des organismes charg\u00e9s de la s\u00e9curit\u00e9 nationale.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p><em>4. La loi no\u00a0535\/2004 sur la pr\u00e9vention et la r\u00e9pression du terrorisme<\/em><\/p>\n<p>50. L\u2019article 44 de la loi no\u00a0535\/2004 sur la pr\u00e9vention et la r\u00e9pression du terrorisme, en vigueur \u00e0 l\u2019\u00e9poque des faits, \u00e9tait ainsi r\u00e9dig\u00e9 en sa partie pertinente en l\u2019esp\u00e8ce\u00a0:<\/p>\n<p>\u00ab\u00a01. Les citoyens \u00e9trangers et les apatrides au sujet desquels il existe des donn\u00e9es ou des indices forts (indiciitemeinice) [indiquant] qu\u2019ils nourrissent le projet de mener des activit\u00e9s terroristes ou de s\u2019en rendre complices sont d\u00e9clar\u00e9s ind\u00e9sirables en Roumanie et peuvent voir leur droit de s\u00e9jour annul\u00e9 s\u2019ils n\u2019ont pas fait l\u2019objet d\u2019une mesure d\u2019interdiction de quitter le territoire (&#8230;).\u00a0\u00bb<\/p>\n<p><em>5. La loi no\u00a0182\/2002 sur la protection des informations secr\u00e8tes<\/em><\/p>\n<p>51. Les dispositions pertinentes en l\u2019esp\u00e8ce de la loi no\u00a0182\/2002 sur la protection des informations secr\u00e8tes sont ainsi libell\u00e9es\u00a0:<\/p>\n<p style=\"text-align: center;\">Article 15<\/p>\n<p>\u00ab Les termes suivants sont ainsi d\u00e9finis, au sens de la pr\u00e9sente loi.<\/p>\n<p>(&#8230;)<\/p>\n<p>b) [On entend par] informations class\u00e9es secr\u00e8tes\u00a0: les informations, donn\u00e9es et documents qui rev\u00eatent un int\u00e9r\u00eat de s\u00e9curit\u00e9 nationale et qui, compte tenu de leur niveau d\u2019importance et des cons\u00e9quences que pourraient entra\u00eener leur divulgation et leur diffusion non autoris\u00e9es, doivent \u00eatre prot\u00e9g\u00e9s.<\/p>\n<p>c) Les cat\u00e9gories de classification sont les suivantes\u00a0: secret-d\u00e9fense (secret de stat) et secret de service.<\/p>\n<p>d) [On entend par] informations [class\u00e9es] secret-d\u00e9fense\u00a0: les informations qui rel\u00e8vent de la s\u00e9curit\u00e9 nationale et dont la divulgation risquerait de nuire \u00e0 la s\u00fbret\u00e9 nationale et \u00e0 la d\u00e9fense du pays.<\/p>\n<p>(&#8230;)<\/p>\n<p>f) Les informations [class\u00e9es] secret-d\u00e9fense sont r\u00e9parties en diff\u00e9rents niveaux de classification (de secretizare) qui sont\u00a0:<\/p>\n<p>&#8211; tr\u00e8s secret (strict secret de importan\u021b\u0103deosebit\u0103)\u00a0: informations dont la divulgation non autoris\u00e9e risquerait de porter une atteinte d\u2019une gravit\u00e9 exceptionnelle \u00e0 la s\u00e9curit\u00e9 nationale\u00a0;<\/p>\n<p>&#8211; secret (strict secrete)\u00a0: informations dont la divulgation non autoris\u00e9e risquerait de porter gravement atteinte \u00e0 la s\u00e9curit\u00e9 nationale\u00a0;<\/p>\n<p>&#8211; confidentiel (secrete)\u00a0: informations dont la divulgation non autoris\u00e9e risquerait de porter atteinte \u00e0 la s\u00e9curit\u00e9 nationale\u00a0; (&#8230;)\u00a0\u00bb<\/p>\n<p style=\"text-align: center;\">Article 17<\/p>\n<p>\u00ab (1) Sont class\u00e9es secret-d\u00e9fense (secret de stat) les informations qui concernent\u00a0:<\/p>\n<p>(&#8230;)<\/p>\n<p>f) l\u2019activit\u00e9 de renseignement men\u00e9e par les autorit\u00e9s publiques charg\u00e9es par la loi pour la d\u00e9fense du pays et la s\u00fbret\u00e9 nationale\u00a0;<\/p>\n<p>g) les moyens, les m\u00e9thodes, la technologie et le mat\u00e9riel de travail ainsi que les sources d\u2019informations sp\u00e9cifiques auxquels ont recours les autorit\u00e9s publiques menant des activit\u00e9s de renseignement\u00a0;<\/p>\n<p>(&#8230;)\u00a0\u00bb<\/p>\n<p style=\"text-align: center;\">Article 21<\/p>\n<p>\u00ab\u00a0(1) L\u2019Office du registre national des informations relevant du secret-d\u00e9fense est directement rattach\u00e9 (\u00eensubordinea) au gouvernement.<\/p>\n<p>(2) L\u2019Office du registre national des informations relevant du secret-d\u00e9fense tient l\u2019\u00e9vidence des listes et des informations appartenant \u00e0 cette cat\u00e9gorie et des d\u00e9lais d\u2019application du niveau de classification qui leur est attribu\u00e9, [la liste] du personnel autoris\u00e9 et habilit\u00e9 \u00e0 acc\u00e9der \u00e0 des informations secret-d\u00e9fense, [et] les registres d\u2019autorisation (&#8230;).\u00a0\u00bb<\/p>\n<p style=\"text-align: center;\">Article 24<\/p>\n<p>\u00ab\u00a0(4) Les informations class\u00e9es secr\u00e8tes en vertu de l\u2019article 15 lettre f) peuvent \u00eatre d\u00e9classifi\u00e9es par un arr\u00eat\u00e9 du gouvernement, sur demande motiv\u00e9e de l\u2019[organe] comp\u00e9tent.<\/p>\n<p>(&#8230;)<\/p>\n<p>(10) La d\u00e9classification ou le d\u00e9classement sont prononc\u00e9s par les personnes ou autorit\u00e9s publiques ayant comp\u00e9tence pour approuver la classification et le niveau de classification de l\u2019information concern\u00e9e.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p style=\"text-align: center;\">Article 28<\/p>\n<p>\u00ab\u00a0(1) L\u2019acc\u00e8s aux informations class\u00e9es secret-d\u00e9fense n\u2019est permis que sur autorisation \u00e9crite d\u00e9livr\u00e9e par le dirigeant de l\u2019organisme qui d\u00e9tient ces informations, apr\u00e8s notification pr\u00e9alable \u00e0 l\u2019Office du registre national des informations relevant du secret-d\u00e9fense.<\/p>\n<p>(2) L\u2019autorisation est d\u00e9livr\u00e9e en fonction des niveaux de classification vis\u00e9s \u00e0 l\u2019article 15 lettre f), apr\u00e8s la r\u00e9alisation de v\u00e9rifications de la personne int\u00e9ress\u00e9e, avec son accord \u00e9crit pr\u00e9alable. Les personnes juridiques, (&#8230;) informent l\u2019Office du registre national des informations relevant du secret-d\u00e9fense de l\u2019\u00e9mission de l\u2019autorisation d\u2019acc\u00e8s.<\/p>\n<p>(&#8230;)<\/p>\n<p>(4) La dur\u00e9e de validit\u00e9 de l\u2019autorisation est de quatre ans\u00a0; pendant cette p\u00e9riode, les v\u00e9rifications peuvent \u00eatre reprises \u00e0 tout moment.<\/p>\n<p>(&#8230;)\u00a0\u00bb.<\/p>\n<p style=\"text-align: center;\">Article 36<\/p>\n<p>\u00ab\u00a0(1) Les personnes auxquelles sont confi\u00e9es des informations class\u00e9es secr\u00e8tes sont tenues d\u2019en assurer la protection conform\u00e9ment \u00e0 la loi et de respecter les dispositions des programmes de pr\u00e9vention des fuites d\u2019informations class\u00e9es secr\u00e8tes.<\/p>\n<p>(&#8230;)\u00a0\u00bb<\/p>\n<p style=\"text-align: center;\">Article 37<\/p>\n<p>(1) Les autorit\u00e9s publiques et toutes les personnes morales qui d\u00e9tiennent ou se sont vu confier des informations relevant du secret-d\u00e9fense ou du secret de service engagent les fonds n\u00e9cessaires pour s\u2019acquitter de leurs obligations et pour prendre les mesures n\u00e9cessaires concernant la protection de ces informations.<\/p>\n<p>(2) La responsabilit\u00e9 de prot\u00e9ger les informations class\u00e9es secr\u00e8tes incombe au responsable de l\u2019autorit\u00e9, de l\u2019institution publique ou de la personne morale qui d\u00e9tient les informations, selon le cas.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p style=\"text-align: center;\">Article 39<\/p>\n<p>\u00ab\u00a0(1) Tout manquement aux r\u00e8gles relatives \u00e0 la protection des informations class\u00e9es secr\u00e8tesentra\u00eene la responsabilit\u00e9 disciplinaire, administrative, civile ou p\u00e9nale de son auteur, selon le cas.<\/p>\n<p>(2) Les personnes qui exercent des fonctions au sein des services de renseignement et de s\u00e9curit\u00e9, de l\u2019arm\u00e9e ou du service des relations ext\u00e9rieures ainsi que celles qui ont \u00e9t\u00e9 sp\u00e9cialement charg\u00e9es de la protection des informations relevant du secret\u2011d\u00e9fense perdent d\u00e9finitivement leurs fonctions (calitatea) si elles se rendent coupables intentionnellement ou par n\u00e9gligence d\u2019actes de nature \u00e0 aboutir \u00e0 la divulgation ou \u00e0 la fuite d\u2019informations secr\u00e8tes.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p><em>6. L\u2019ordonnance du gouvernement no\u00a0194\/2002sur le r\u00e9gime des \u00e9trangers en Roumanie<\/em><\/p>\n<p>52. Les dispositions pertinentes en l\u2019esp\u00e8ce de l\u2019OUG no\u00a0194\/2002 sur le r\u00e9gime des \u00e9trangers en Roumanie, telles qu\u2019en vigueur \u00e0 l\u2019\u00e9poque des faits, \u00e9taient ainsi libell\u00e9es\u00a0:<\/p>\n<p style=\"text-align: center;\">Article 85<br \/>\nLa d\u00e9claration d\u2019un \u00e9tranger comme personne ind\u00e9sirable<\/p>\n<p>\u00ab\u00a0(1) La d\u00e9claration [qu\u2019une personne comme personne] ind\u00e9sirable est une mesure prise \u00e0 l\u2019encontre d\u2019un \u00e9tranger qui a men\u00e9, m\u00e8ne ou [\u00e0 l\u2019\u00e9gard duquel] il existe des indices forts (indiciitemeinice) d\u00e9montrant son intention de mener des activit\u00e9s de nature \u00e0 porter atteinte \u00e0 la s\u00e9curit\u00e9 nationale ou \u00e0 l\u2019ordre public.<\/p>\n<p>(2) La mesure pr\u00e9vue au paragraphe 1 est prononc\u00e9e par la cour d\u2019appel de Bucarest, sur demande du procureur (&#8230;), qui la saisit sur proposition des institutions charg\u00e9es du maintien de l\u2019ordre public et de la protection de la s\u00e9curit\u00e9 nationale qui disposent de pareils indices (&#8230;).<\/p>\n<p>(3) Les donn\u00e9es et renseignements qui fondent la proposition de d\u00e9clarer un \u00e9tranger ind\u00e9sirable pour raisons de s\u00e9curit\u00e9 nationale sont mis \u00e0 la disposition de la [cour d\u2019appel], dans les conditions pr\u00e9vues par les textes qui r\u00e9gissent les activit\u00e9s relatives \u00e0 la s\u00fbret\u00e9 nationale et la protection des renseignements class\u00e9s secrets.<\/p>\n<p>(4) La demande vis\u00e9e au paragraphe 2 est examin\u00e9e en chambre du conseil, avec la citation des parties. La cour d\u2019appel informe l\u2019\u00e9tranger concern\u00e9 des faits qui fondent la demande, dans le respect des dispositions des textes r\u00e9gissant les activit\u00e9s relatives \u00e0 la s\u00fbret\u00e9 nationale et la protection des renseignements class\u00e9s secrets.<\/p>\n<p>(5) La cour d\u2019appel rend un arr\u00eat motiv\u00e9, dans un d\u00e9lai de dix jours \u00e0 compter de la date \u00e0 laquelle elle a \u00e9t\u00e9 saisie de la demande vis\u00e9e au paragraphe\u00a02. La d\u00e9cision de la juridiction est d\u00e9finitive. Lorsqu\u2019elle d\u00e9clare un \u00e9tranger ind\u00e9sirable pour raisons de s\u00e9curit\u00e9 nationale, elle n\u2019indique pas dans son arr\u00eat les donn\u00e9es et renseignements qui justifient cette d\u00e9cision.<\/p>\n<p>(&#8230;)<\/p>\n<p>(9). Un \u00e9tranger peut \u00eatre d\u00e9clar\u00e9 ind\u00e9sirable pour une p\u00e9riode de cinq \u00e0 quinze ans (&#8230;)\u00a0\u00bb<\/p>\n<p style=\"text-align: center;\">Article 86<br \/>\nRecours ouverts contre l\u2019arr\u00eat [rendu en vertu de] l\u2019article 85 \u00a7 5<\/p>\n<p>\u00ab\u00a0L\u2019arr\u00eat pr\u00e9vu \u00e0 l\u2019article 85 \u00a7 5 peut faire l\u2019objet d\u2019un recours devant la Haute Cour de cassation et de justice dans un d\u00e9lai de dix jours \u00e0 compter de la date de sa communication [\u00e0 l\u2019int\u00e9ress\u00e9]. La Haute Cour statue dans un d\u00e9lai de cinq jours \u00e0 compter de la date du d\u00e9p\u00f4t du recours.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p>7. L\u2019arr\u00eat\u00e9gouvernemental no\u00a0585\/2002<\/p>\n<p>53. Les dispositions pertinentes des normes nationales de protection des informations class\u00e9es secr\u00e8tes en Roumanie, approuv\u00e9es par l\u2019arr\u00eat\u00e9 gouvernemental no\u00a0585\/2002, sont ainsi libell\u00e9es\u00a0:<\/p>\n<p style=\"text-align: center;\">Article 19<\/p>\n<p>\u00ab\u00a0Les informations [class\u00e9es] secret-d\u00e9fense peut \u00eatre d\u00e9classifi\u00e9es par un arr\u00eat\u00e9 du gouvernement, sur demande motiv\u00e9e de l\u2019[organe] \u00e9metteur.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p style=\"text-align: center;\">Article 20<\/p>\n<p>\u00ab\u00a0(1) Les informations [classi\u00e9es secr\u00e8tes] sont d\u00e9classifi\u00e9es dans les cas suivants\u00a0:<\/p>\n<p>a) la dur\u00e9e de couverture par le secret a expir\u00e9\u00a0;<\/p>\n<p>b) la divulgation des informations ne risque plus de nuire \u00e0 la s\u00fbret\u00e9 nationale (&#8230;)\u00a0;<\/p>\n<p>c) [la classification] a \u00e9t\u00e9 r\u00e9alis\u00e9e par une personne non autoris\u00e9e (ne\u00eemputernicit\u0103) par la loi \u00e0 le faire.<\/p>\n<p>(2) La d\u00e9classification ou le d\u00e9classement des informations [class\u00e9es] secret-d\u00e9fense sont prononc\u00e9s par des personnes mandat\u00e9es \u00e0 cette fin ou par des fonctionnaires de rang sup\u00e9rieur habilit\u00e9s par la loi \u00e0 attribuer les diff\u00e9rents niveaux de classification, apr\u00e8s avis des institutions qui coordonnent les activit\u00e9s de protection des informations class\u00e9es secr\u00e8tes et le contr\u00f4le des mesures correspondantes (&#8230;).\u00a0\u00bb<\/p>\n<p style=\"text-align: center;\">Article 26<\/p>\n<p>\u00ab\u00a0La transmission des informations class\u00e9es secr\u00e8tes peut \u00eatre faite aux personnes qui d\u00e9tiennent des habilitations de s\u00e9curit\u00e9 ou des autorisations d\u2019acc\u00e8s correspondant au niveau de classification [des informations].\u00a0\u00bb<\/p>\n<p style=\"text-align: center;\">Article 159<\/p>\n<p>\u00ab\u00a0Les situations suivantes imputables au demandeur [d\u2019acc\u00e8s aux informations classifi\u00e9es] (&#8230;) repr\u00e9sentent des situations d\u2019incompatibilit\u00e9 pour l\u2019acc\u00e8s aux informations [classifi\u00e9es] secret-d\u00e9fense\u00a0:<\/p>\n<p>a) si l\u2019individu a commis ou a pr\u00e9vu de commettre des actes d\u2019espionnage, de terrorisme ou de trahison, ou d\u2019autres infractions contre la s\u00fbret\u00e9 de l\u2019\u00c9tat (&#8230;);\u00a0\u00bb<\/p>\n<p><em>8. La proc\u00e9dure d\u2019obtention d\u2019un certificat ORNISS<\/em><\/p>\n<p>54. Depuis 2010, les avocats peuvent solliciter la d\u00e9livrance d\u2019un certificat de s\u00e9curit\u00e9 \u00e9mis par l\u2019ORNISS (\u00ab\u00a0certificat ORNISS\u00a0\u00bb) afin d\u2019avoir acc\u00e8s \u00e0 des documents class\u00e9s secrets. Pour ce faire, l\u2019avocat int\u00e9ress\u00e9 doit soumettre sa demande au b\u00e2tonnier de son barreau, qui la transmet \u00e0 l\u2019Union nationale des barreaux de Roumanie (\u00ab\u00a0l\u2019UNBR\u00a0\u00bb). L\u2019avocat doit joindre \u00e0 sa demande, parmi d\u2019autres documents, une copie du pouvoir que son client lui a remis pour l\u2019autoriser \u00e0 le repr\u00e9senter dans son affaire ainsi qu\u2019une note, \u00e9manant de l\u2019autorit\u00e9 saisie de l\u2019affaire de son client, attestant que des \u00e9l\u00e9ments class\u00e9s secret ont \u00e9t\u00e9 produits \u00e0 titre de preuve et qu\u2019il a besoin d\u2019un certificat pour acc\u00e9der aux \u00e9l\u00e9ments en question pour pr\u00e9parer la d\u00e9fense de son client. L\u2019UNBR ouvre alors la proc\u00e9dure, et l\u2019autorit\u00e9 comp\u00e9tente conduit des v\u00e9rifications pr\u00e9alables sur la situation de l\u2019avocat. La dur\u00e9e de la proc\u00e9dure de v\u00e9rification men\u00e9e dans le cadre d\u2019une demande d\u2019acc\u00e8s \u00e0 des renseignements class\u00e9s \u00ab\u00a0secrets\u00a0\u00bb est de soixante jours ouvr\u00e9s (article 148 de l\u2019arr\u00eat\u00e9 gouvernemental no\u00a0585\/2002). \u00c0 l\u2019issue des v\u00e9rifications, l\u2019autorit\u00e9 comp\u00e9tente remet ses conclusions \u00e0 l\u2019ORNISS. Celui-ci rend son avis et le communique \u00e0 l\u2019UNBR. Cette derni\u00e8re dispose alors de cinq jours pour \u00e9mettre la d\u00e9cision d\u2019acc\u00e8s aux documents class\u00e9s secrets.<\/p>\n<p>55. Lorsqu\u2019il re\u00e7oit le certificat ORNISS, l\u2019avocat doit signer un engagement de confidentialit\u00e9 pour la protection des informations class\u00e9es secr\u00e8tes dont il prendra connaissance. Une fois d\u00e9livr\u00e9, le certificat ORNISS est valable quatre ans. Pendant cette p\u00e9riode de validit\u00e9, les services comp\u00e9tents peuvent proc\u00e9der \u00e0 tout moment \u00e0 de nouvelles v\u00e9rifications relatives \u00e0 l\u2019avocat.<\/p>\n<p>56. Le 10 octobre 2013, le pr\u00e9sident de l\u2019UNBR a sollicit\u00e9 l\u2019avis de l\u2019ORNISS sur la possibilit\u00e9 de publier, sur les sites des diff\u00e9rents barreaux, les noms des avocats titulaires de certificats leur donnant acc\u00e8s \u00e0 des informations class\u00e9es secr\u00e8tes. Le 6 novembre 2013, l\u2019ORNISS a rendu son avis. Il y observait qu\u2019une telle publication aurait pour effet l\u2019instauration de cat\u00e9gories d\u2019avocats diff\u00e9rentes au sein du m\u00eame syst\u00e8me, et donc une situation discriminatoire \u00e0 l\u2019\u00e9gard des avocats non titulaires du certificat. Il soulignait que, en vertu de l\u2019article 2 de la loi no\u00a0182\/2002, l\u2019acc\u00e8s \u00e0 des informations class\u00e9es secr\u00e8tes n\u2019\u00e9tait pas un droit l\u00e9galement garanti \u00e0 tous les citoyens et n\u2019\u00e9tait autoris\u00e9 que dans les cas et conditions pr\u00e9vus par la loi, et que d\u00e8s lors, rien ne permettait de dire que tous les avocats inscrits au barreau pourraient obtenir un tel acc\u00e8s. Il concluait qu\u2019il n\u2019y avait pas lieu de publier sur les sites des diff\u00e9rents barreaux ou sur celui de l\u2019UNBR les noms des avocats autoris\u00e9s \u00e0 acc\u00e9der \u00e0 des informations class\u00e9es secr\u00e8tes.<\/p>\n<p>57. Il ressort d\u2019une lettre adress\u00e9e par l\u2019UNBR au Gouvernement en janvier 2018 que publier une liste des avocats titulaires d\u2019un certificat ORNISS pourrait \u00eatre contraire \u00e0 l\u2019article 24 de la Constitution (droit de choisir son propre avocat). En r\u00e9ponse \u00e0 une demande des requ\u00e9rants, l\u2019UNBR a pr\u00e9cis\u00e9 dans une lettre du 19 avril 2019 que tout avocat qui a \u00e9t\u00e9 choisi ou d\u00e9sign\u00e9 pour repr\u00e9senter une personne concern\u00e9e par des informations class\u00e9es secr\u00e8tes ou pour lui apporter une assistance judiciaire peut solliciter la d\u00e9livrance d\u2019un certificat ORNISS, que, par cons\u00e9quent, il n\u2019existe pas de \u00ab\u00a0liste des avocats titulaires d\u2019un certificat ORNISS\u00a0\u00bb, et que l\u2019\u00e9laboration et l\u2019utilisation d\u2019une telle liste seraient en outre contraires \u00e0 l\u2019article 24 de la Constitution.<\/p>\n<p>58. Se fondant sur des renseignements qui lui ont \u00e9t\u00e9 fournis par les autorit\u00e9s nationales comp\u00e9tentes en la mati\u00e8re, le Gouvernement a indiqu\u00e9 qu\u2019en d\u00e9cembre 2012, huit avocats \u00e9taient titulaires d\u2019un certificat ORNISS, et que de 2011 jusqu\u2019\u00e0 la date \u00e0 laquelle il a communiqu\u00e9 ses observations \u00e0 la Grande Chambre, trente-trois avocats avaient \u00e9t\u00e9 autoris\u00e9s \u00e0 acc\u00e9der \u00e0 des informations class\u00e9es secr\u00e8tes.<\/p>\n<p><strong>B. La jurisprudence interne pertinente<\/strong><\/p>\n<p>59. Les parties ont vers\u00e9 au dossier de l\u2019affaire des d\u00e9cisions de justice relatives \u00e0 des contestations form\u00e9es contre des d\u00e9cisions d\u2019interdiction de s\u00e9jour sur le territoire roumain ou contre des refus, de la part de l\u2019Office roumain de l\u2019immigration (l\u2019ORI), d\u2019octroyer un droit de r\u00e9sidence permanente en Roumanie.<\/p>\n<p>60. Dans plusieurs arr\u00eats (28 janvier 2011, 18 octobre 2011, 14 mars 2012, 9 juillet 2012, 26 octobre 2012, 9 novembre 2012, 20\u00a0d\u00e9cembre 2012, 22 ao\u00fbt 2013, 7 novembre 2013 et 2 avril 2015), la cour d\u2019appel a consid\u00e9r\u00e9 que l\u2019acte introductif d\u2019instance, qui indiquait que les \u00e9trangers concern\u00e9s \u00e9taient soup\u00e7onn\u00e9s d\u2019activit\u00e9s li\u00e9es au terrorisme au sens de l\u2019article 3 lettres i) et l) de la loi no\u00a051\/1991, renfermait des renseignements suffisants pour permettre aux int\u00e9ress\u00e9s de pr\u00e9parer leur d\u00e9fense.<\/p>\n<p>61. Dans d\u2019autres arr\u00eats, elle n\u2019a pas seulement cit\u00e9 le texte de l\u2019article 3 lettres i) et l) de la loi no\u00a051\/1991, elle a aussi pr\u00e9cis\u00e9 certains \u00e9l\u00e9ments factuels concrets. Par exemple, elle a indiqu\u00e9 que les \u00e9trangers faisant l\u2019objet de la proc\u00e9dure \u00e9taient soup\u00e7onn\u00e9s de nourrir le projet de mener des activit\u00e9s subversives en faveur d\u2019une organisation terroriste (arr\u00eats des 24\u00a0ao\u00fbt 2012, 10 juin 2015 et 30 ao\u00fbt 2016), d\u2019apporter un soutien financier \u00e0 une organisation terroriste, de faire de la propagande (arr\u00eats des 6 f\u00e9vrier 2013, 19\u00a0juillet 2017, 2 ao\u00fbt 2017, 13 d\u00e9cembre 2017, 7 mars 2019, 26 mars 2019 et 3 avril 2019) ou de l\u2019espionnage pour des organisations \u00e9trang\u00e8res, d\u2019avoir pris contact par internet avec des organisations terroristes ou d\u2019avoir manifest\u00e9 la volont\u00e9 de commettre des actes de violence au nom d\u2019une id\u00e9ologie terroriste (arr\u00eats des 17 mai 2012, 23 avril 2013, 31 mars 2015, 29\u00a0d\u00e9cembre 2015, 14\u00a0juin 2016, 1er septembre 2016, 1er mars 2017, 14\u00a0novembre 2017, 4 avril 2018 et 20 juin 2018, par exemple).<\/p>\n<p>62. Il ressort des exemples de jurisprudence vers\u00e9s au dossier par le Gouvernement que dans deux affaires, apr\u00e8s avoir examin\u00e9 dans leur int\u00e9gralit\u00e9 les preuves mises \u00e0 sa disposition et leur cr\u00e9dibilit\u00e9, la cour d\u2019appel n\u2019a accueilli que partiellement la demande d\u2019interdiction du territoire pr\u00e9sent\u00e9e par le parquet (arr\u00eat du 31 mars 2015 et arr\u00eat du 19\u00a0juillet 2017).<\/p>\n<p>63. Dans plusieurs affaires, des \u00e9trangers ont contest\u00e9 une d\u00e9cision par laquelle l\u2019ORI avait refus\u00e9 de leur octroyer un droit de r\u00e9sidence permanente en Roumanie au motif qu\u2019il ressortait de preuves class\u00e9es secr\u00e8tes qu\u2019ils menaient des activit\u00e9s de nature \u00e0 porter atteinte \u00e0 l\u2019ordre public ou \u00e0 la s\u00e9curit\u00e9 nationale. Dans certains cas, les juridictions nationales comp\u00e9tentes (cour d\u2019appel et Haute Cour) ont fait droit \u00e0 leur recours, estimant que le refus de l\u2019ORI n\u2019\u00e9tait justifi\u00e9 ni par des \u00e9l\u00e9ments objectifs ni par les pi\u00e8ces class\u00e9es secr\u00e8tes vers\u00e9es au dossier (voir les arr\u00eats d\u00e9finitifs de la Haute Cour en date des 28 septembre 2010, 22 f\u00e9vrier 2011, 24 mars 2011, 16 septembre 2011, 8 mars 2012, 29 mai 2014 et 25\u00a0septembre 2018). Dans d\u2019autres, la Haute Cour a rejet\u00e9 les recours form\u00e9s par les \u00e9trangers, jugeant fond\u00e9 le refus que leur avait oppos\u00e9 l\u2019ORI (arr\u00eats d\u00e9finitifs de la Haute Cour en date des 16 juin 2011, 19\u00a0juin 2012 et 28\u00a0f\u00e9vrier 2014).<\/p>\n<p>64. Dans certaines des affaires vers\u00e9es au dossier par le Gouvernement, les juridictions nationales n\u2019ont pas inform\u00e9 les int\u00e9ress\u00e9s de ce qu\u2019ils avaient la possibilit\u00e9 de se faire assister d\u2019un avocat (arr\u00eats de la cour d\u2019appel des 24 ao\u00fbt 2012, 26\u00a0octobre 2012 et 7 mars 2019). Dans d\u2019autres affaires, la cour d\u2019appel a inform\u00e9 les \u00e9trangers de ce que seules des personnes titulaires d\u2019une autorisation sp\u00e9ciale pouvaient avoir acc\u00e8s aux documents class\u00e9s secrets mais elle a omis de dire que certains avocats \u00e9taient titulaires de cette autorisation (arr\u00eats des 7\u00a0novembre 2013, 2 avril 2015 et 1er septembre 2016).<\/p>\n<p>65. Dans plusieurs affaires o\u00f9 l\u2019\u00e9tranger concern\u00e9 avait introduit une demande d\u2019ajournement afin de pouvoir engager un avocat, la cour d\u2019appel a rejet\u00e9 cette demande aux motifs que la loi imposait de mener avec c\u00e9l\u00e9rit\u00e9 les proc\u00e9dures de ce type et que l\u2019\u00e9tranger en question conservait la possibilit\u00e9 de former un recours (arr\u00eats des 9 juillet 2012, 7 novembre 2013, 10 juin 2015, 14\u00a0juin 2016 et 30\u00a0ao\u00fbt 2016\u00a0; voir aussi l\u2019arr\u00eat de la Haute Cour en date du 8\u00a0janvier 2016, o\u00f9 il est pr\u00e9cis\u00e9 qu\u2019il ne peut \u00eatre d\u00e9rog\u00e9 au d\u00e9lai fix\u00e9 par la loi pour statuer sur ce type de recours).<\/p>\n<p>66. Dans d\u2019autres de ces affaires, les juridictions nationales ont fait droit \u00e0 la demande, et ont pr\u00e9cis\u00e9 que l\u2019\u00e9tranger devrait choisir un avocat d\u00e9j\u00e0 titulaire d\u2019un certificat ORNISS (cour d\u2019appel, affaire no\u00a02138\/2\/2018, et Haute Cour, jugement avant-dire droit du 11 juillet 2016) car, du fait des d\u00e9lais l\u00e9gaux, il ne serait pas possible \u00e0 un avocat non titulaire de ce certificat de l\u2019obtenir pendant le d\u00e9roulement de la proc\u00e9dure. Cependant, dans deux proc\u00e9dure li\u00e9e \u00e0 l\u2019immigration, l\u2019une de 2017 et l\u2019autre de 2019, les juridictions nationales ont ajourn\u00e9 la proc\u00e9dure \u00e0 plusieurs reprises et au\u2011del\u00e0 du d\u00e9lai l\u00e9gal, afin que l\u2019avocat du justiciable fasse les d\u00e9marches n\u00e9cessaires pour obtenir un certificat ORNISS.<\/p>\n<p>II. LeS DOCUMENTS du conseil de l\u2019Europe<\/p>\n<p><strong>A. Le rapport explicatif du Protocole no\u00a07 \u00e0 la Convention<\/strong><\/p>\n<p>67. Le rapport explicatif du Protocole no\u00a07 a \u00e9t\u00e9 r\u00e9dig\u00e9 par le Comit\u00e9 directeur pour les droits de l\u2019homme et soumis au Comit\u00e9 des Ministres du Conseil de l\u2019Europe. Il y est pr\u00e9cis\u00e9 d\u2019embl\u00e9e qu\u2019il \u00ab\u00a0ne constitue pas un instrument d\u2019interpr\u00e9tation authentique du texte du Protocole, bien qu\u2019il puisse faciliter la compr\u00e9hension des dispositions qui y sont contenues\u00a0\u00bb.<\/p>\n<p>68. En ses parties pertinentes en l\u2019esp\u00e8ce, il se lit comme suit\u00a0:<\/p>\n<p style=\"text-align: center;\">\u00ab\u00a0Article 1<\/p>\n<p>6. Dans l\u2019esprit de la remarque g\u00e9n\u00e9rale faite dans l\u2019introduction (voir supra, paragraphe 4), il convient de souligner qu\u2019un \u00e9tranger se trouvant sur le territoire d\u2019un \u00c9tat membre du Conseil de l\u2019Europe b\u00e9n\u00e9ficie d\u00e9j\u00e0, s\u2019il fait l\u2019objet d\u2019une mesure d\u2019expulsion, de certaines garanties. Il s\u2019agit en particulier de celles qui sont accord\u00e9es par les articles 3 (interdiction des traitements inhumains ou d\u00e9gradants), et 8 (droit au respect de la vie priv\u00e9e et familiale), combin\u00e9s avec l\u2019article 13 (droit \u00e0 l\u2019octroi d\u2019un recours effectif devant une instance nationale) de la Convention europ\u00e9enne des Droits de l\u2019Homme, tels qu\u2019interpr\u00e9t\u00e9s par la Cour et la Commission europ\u00e9ennes des Droits de l\u2019Homme, et \u2013 dans les \u00c9tats qui y sont Parties \u2013 par la Convention europ\u00e9enne d\u2019\u00e9tablissement de 1955 (article 3), la Charte sociale europ\u00e9enne de 1961 (article 19, paragraphe 8), le Trait\u00e9 instituant la Communaut\u00e9 \u00e9conomique europ\u00e9enne de 1957 (article 48), la Convention de Gen\u00e8ve relative au statut des r\u00e9fugi\u00e9s de 1951 (articles 32 et 33) et le Pacte des Nations Unies relatif aux droits civils et politiques de 1966 (article 13).<\/p>\n<p>7. Compte tenu des droits qui sont ainsi reconnus aux \u00e9trangers, le pr\u00e9sent article a \u00e9t\u00e9 ajout\u00e9 \u00e0 la Convention europ\u00e9enne des Droits de l\u2019Homme afin de donner \u00e0 ces personnes des garanties minimales en cas d\u2019expulsion du territoire d\u2019une Partie contractante. Cela permet de leur assurer une protection dans les cas qui ne sont pas couverts par d\u2019autres instruments internationaux et d\u2019introduire cette protection dans le syst\u00e8me de contr\u00f4le pr\u00e9vu par la Convention europ\u00e9enne des Droits de l\u2019Homme.<\/p>\n<p>(&#8230;)<\/p>\n<p>11. Le paragraphe 1 de cet article pr\u00e9voit tout d\u2019abord que les personnes concern\u00e9es ne peuvent \u00eatre expuls\u00e9es \u00ab\u00a0qu\u2019en ex\u00e9cution d\u2019une d\u00e9cision prise conform\u00e9ment \u00e0 la loi\u00a0\u00bb. Cette r\u00e8gle ne souffre aucune exception. Par ailleurs, ici encore, le mot \u00ab\u00a0loi\u00a0\u00bb d\u00e9signe la loi nationale de l\u2019\u00c9tat en question. La d\u00e9cision doit donc \u00eatre prise par l\u2019autorit\u00e9 comp\u00e9tente conform\u00e9ment aux dispositions du droit mat\u00e9riel et aux r\u00e8gles de proc\u00e9dure applicables.<\/p>\n<p>12. Les alin\u00e9as a, b et c de ce m\u00eame paragraphe \u00e9num\u00e8rent ensuite trois garanties. \u00c0 la diff\u00e9rence du libell\u00e9 de l\u2019article 13 du Pacte de Nations Unies, ces trois garanties ont \u00e9t\u00e9 clairement distingu\u00e9es dans trois alin\u00e9as diff\u00e9rents.<\/p>\n<p>13.1. La premi\u00e8re garantie consiste dans le droit, pour la personne concern\u00e9e, de faire valoir les raisons qui militent contre son expulsion. Les conditions de l\u2019exercice de ce droit rel\u00e8vent de la l\u00e9gislation nationale. En pr\u00e9voyant pour cette garantie un alin\u00e9a particulier, on a voulu indiquer clairement qu\u2019un \u00e9tranger peut l\u2019exercer avant m\u00eame d\u2019avoir pu faire examiner son cas.<\/p>\n<p>13.2. La deuxi\u00e8me garantie est le droit de la personne concern\u00e9e de faire examiner son cas. Ce droit n\u2019exige pas n\u00e9cessairement que la proc\u00e9dure se d\u00e9roule en deux \u00e9tapes devant des autorit\u00e9s diff\u00e9rentes\u00a0; il requiert seulement un examen du cas par l\u2019autorit\u00e9 comp\u00e9tente \u00e0 la lumi\u00e8re des raisons militant contre l\u2019expulsion que l\u2019int\u00e9ress\u00e9 aura fait valoir. Sous r\u00e9serve de cette condition et de l\u2019alin\u00e9a c, il appartient \u00e0 la l\u00e9gislation interne de d\u00e9terminer la forme que doit rev\u00eatir cet examen. Dans certains \u00c9tats, un \u00e9tranger a la possibilit\u00e9 d\u2019exercer un recours contre la d\u00e9cision prise \u00e0 l\u2019issue de l\u2019examen de son cas. Le pr\u00e9sent article ne concerne pas cette phase de la proc\u00e9dure et n\u2019exige donc pas que la personne en cause soit autoris\u00e9e \u00e0 rester sur le territoire de l\u2019\u00c9tat en attendant qu\u2019il soit statu\u00e9 sur le recours qu\u2019elle a pu exercer contre la d\u00e9cision prise \u00e0 l\u2019issue de l\u2019examen de son cas.<\/p>\n<p>13.3. L\u2019alin\u00e9a c pr\u00e9voit que l\u2019int\u00e9ress\u00e9 doit avoir le droit de se faire repr\u00e9senter devant l\u2019autorit\u00e9 comp\u00e9tente [par] ou une ou plusieurs personnes d\u00e9sign\u00e9es par cette autorit\u00e9. L\u2019\u00ab\u00a0autorit\u00e9 comp\u00e9tente\u00a0\u00bb peut \u00eatre une autorit\u00e9 administrative ou judiciaire. En outre, l\u2019\u00ab\u00a0autorit\u00e9 comp\u00e9tente\u00a0\u00bb pour examiner le cas n\u2019est pas n\u00e9cessairement celle \u00e0 qui il appartient de statuer en dernier ressort sur la question de l\u2019expulsion. Ainsi, une proc\u00e9dure en vertu de laquelle un tribunal, ayant examin\u00e9 le cas conform\u00e9ment \u00e0 l\u2019alin\u00e9a b, adresserait une recommandation d\u2019expulsion \u00e0 une autorit\u00e9 administrative \u00e0 qui il appartiendrait de trancher en dernier ressort, satisferait aux dispositions de l\u2019article. Une l\u00e9gislation interne ne serait pas non plus en contradiction avec les exigences de cet article ou de l\u2019article 14 de la Convention, si elle \u00e9tablissait des proc\u00e9dures diff\u00e9rentes et d\u00e9signait des autorit\u00e9s diff\u00e9rentes pour examiner certaines cat\u00e9gories de cas, \u00e0 condition que les garanties contenues dans l\u2019article soient par ailleurs respect\u00e9es.<\/p>\n<p>(&#8230;)<\/p>\n<p>16. La Commission europ\u00e9enne des Droits de l\u2019Homme a d\u00e9clar\u00e9 \u00e0 propos de la Requ\u00eate no 7729\/76, que la d\u00e9cision d\u2019expulser une personne \u00abn\u2019implique aucune d\u00e9cision sur ses droits et obligations de caract\u00e8re civil, ni sur le bien-fond\u00e9 d\u2019une accusation en mati\u00e8re p\u00e9nale dirig\u00e9e contre lui\u00bb au sens de l\u2019article 6 de la Convention. Le pr\u00e9sent article n\u2019affecte pas cette interpr\u00e9tation de l\u2019article 6. (&#8230;)\u00a0\u00bb<\/p>\n<p><strong>B. La Convention europ\u00e9enne relative au statut juridique du travailleur migrant<\/strong><\/p>\n<p>69. L\u2019article 9 \u00a7 5 de la Convention europ\u00e9enne relative au statut juridique du travailleur migrant sign\u00e9e \u00e0 Strasbourg du 24 novembre 1977 se lit ainsi\u00a0:<\/p>\n<p>\u00ab\u00a0Le permis de s\u00e9jour, d\u00e9livr\u00e9 conform\u00e9ment aux dispositions des paragraphes 1 \u00e0 3 du pr\u00e9sent article, pourra \u00eatre retir\u00e9:<\/p>\n<p>a) pour des raisons de s\u00e9curit\u00e9 nationale, d\u2019ordre public ou de bonne m\u0153urs;<\/p>\n<p>b) si le titulaire refuse, apr\u00e8s avoir \u00e9t\u00e9 d\u00fbment inform\u00e9 des cons\u00e9quences d\u2019un tel refus, de se conformer aux prescriptions \u00e9dict\u00e9es par une autorit\u00e9 publique m\u00e9dicale \u00e0 son \u00e9gard dans un but de protection de la sant\u00e9 publique;<\/p>\n<p>c) si une condition substantielle pour sa d\u00e9livrance ou sa validit\u00e9 n\u2019est pas remplie.<\/p>\n<p>Toute Partie contractante s\u2019engage toutefois \u00e0 assurer aux travailleurs migrants \u00e0 l\u2019\u00e9gard desquels une telle mesure de retrait du permis de s\u00e9jour serait prise un droit de recours effectif, conform\u00e9ment \u00e0 la proc\u00e9dure pr\u00e9vue par sa l\u00e9gislation, aupr\u00e8s d\u2019une autorit\u00e9 judiciaire ou administrative.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p><strong>C. La Convention europ\u00e9enned\u2019\u00e9tablissement<\/strong><\/p>\n<p>70. L\u2019article 3 \u00a7 2 de la Convention europ\u00e9enne d\u2019\u00e9tablissement sign\u00e9 \u00e0 Paris le 13 d\u00e9cembre 1955 se lit ainsi:<\/p>\n<p>\u00ab\u00a0Ceux d\u2019entre eux qui r\u00e9sident r\u00e9guli\u00e8rement depuis plus de deux ans sur le territoire de l\u2019une des Parties contractantes ne peuvent faire l\u2019objet d\u2019une mesure d\u2019expulsion qu\u2019apr\u00e8s avoir \u00e9t\u00e9 admis, \u00e0 moins de motifs imp\u00e9rieux touchant \u00e0 la s\u00e9curit\u00e9 de l\u2019\u00c9tat, \u00e0 faire valoir les raisons qu\u2019ils peuvent invoquer contre leur expulsion, \u00e0 pr\u00e9senter un recours \u00e0 cet effet et \u00e0 se faire repr\u00e9senter devant une autorit\u00e9 comp\u00e9tente ou devant une ou plusieurs personnes sp\u00e9cialement d\u00e9sign\u00e9es par l\u2019autorit\u00e9 comp\u00e9tente.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p>III. LE DROIT DE L\u2019UNION EUROP\u00c9ENNE et la jurisprudence de la Cour DE justice de l\u2019union europ\u00c9enne<\/p>\n<p>71. L\u2019article 12 \u00a7 1 de la Directive 2008\/115\/CE du Parlement europ\u00e9en et du Conseil du 16\u00a0d\u00e9cembre 2008 relative aux normes et proc\u00e9dures communes applicables dans les \u00c9tats membres au retour des ressortissants de pays tiers en s\u00e9jour irr\u00e9gulier, se lit ainsi\u00a0:<\/p>\n<p>\u00ab\u00a0Les d\u00e9cisions de retour et, le cas \u00e9ch\u00e9ant, les d\u00e9cisions d\u2019interdiction d\u2019entr\u00e9e ainsi que les d\u00e9cisions d\u2019\u00e9loignement sont rendues par \u00e9crit, indiquent leurs motifs de fait et de droit et comportent des informations relatives aux voies de recours disponibles.<\/p>\n<p>Les informations relatives aux motifs de fait peuvent \u00eatre limit\u00e9es lorsque le droit national permet de restreindre le droit \u00e0 l\u2019information, en particulier pour sauvegarder la s\u00e9curit\u00e9 nationale, la d\u00e9fense et la s\u00e9curit\u00e9 publique, ou \u00e0 des fins de pr\u00e9vention et de d\u00e9tection des infractions p\u00e9nales et d\u2019enqu\u00eates et de poursuites en la mati\u00e8re.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p>72. Les articles pertinents de la Directive 2004\/38\/CE du Parlement europ\u00e9en et du Conseil du 29 avril 2004 relative au droit des citoyens de l\u2019Union et des membres de leurs familles de circuler et de s\u00e9journer librement sur le territoire des \u00c9tats membres se lisent ainsi :<\/p>\n<p style=\"text-align: center;\">Article 28<\/p>\n<p style=\"text-align: center;\">Protection contre l\u2019\u00e9loignement<\/p>\n<p>\u00ab 1. Avant de prendre une d\u00e9cision d\u2019\u00e9loignement du territoire pour des raisons d\u2019ordre public ou de s\u00e9curit\u00e9 publique, l\u2019\u00c9tat membre d\u2019accueil tient compte notamment de la dur\u00e9e du s\u00e9jour de l\u2019int\u00e9ress\u00e9 sur son territoire, de son \u00e2ge, de son \u00e9tat de sant\u00e9, de sa situation familiale et \u00e9conomique, de son int\u00e9gration sociale et culturelle dans l\u2019\u00c9tat membre d\u2019accueil et de l\u2019intensit\u00e9 de ses liens avec son pays d\u2019origine.<\/p>\n<p>2. L\u2019\u00c9tat membre d\u2019accueil ne peut pas prendre une d\u00e9cision d\u2019\u00e9loignement du territoire \u00e0 l\u2019encontre d\u2019un citoyen de l\u2019Union ou des membres de sa famille, quelle que soit leur nationalit\u00e9, qui ont acquis un droit de s\u00e9jour permanent sur son territoire sauf pour des raisons imp\u00e9rieuses d\u2019ordre public ou de s\u00e9curit\u00e9 publique.<\/p>\n<p>3. Une d\u00e9cision d\u2019\u00e9loignement ne peut \u00eatre prise \u00e0 l\u2019encontre des citoyens de l\u2019Union, quelle que soit leur nationalit\u00e9, \u00e0 moins que la d\u00e9cision ne se fonde sur des motifs graves de s\u00e9curit\u00e9 publique d\u00e9finis par les \u00c9tats membres, si ceux-ci:<\/p>\n<p>a) ont s\u00e9journ\u00e9 dans l\u2019\u00c9tat membre d\u2019accueil pendant les dix ann\u00e9es pr\u00e9c\u00e9dentes; ou<\/p>\n<p>b) sont mineurs, sauf si l\u2019\u00e9loignement est n\u00e9cessaire dans l\u2019int\u00e9r\u00eat de l\u2019enfant, comme pr\u00e9vu dans la convention des Nations unies sur les droits de l\u2019enfant du 20\u00a0novembre 1989.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p style=\"text-align: center;\">Article 31<\/p>\n<p style=\"text-align: center;\">Garanties proc\u00e9durales<\/p>\n<p>\u00ab\u00a01. Les personnes concern\u00e9es ont acc\u00e8s aux voies de recours juridictionnelles et, le cas \u00e9ch\u00e9ant, administratives dans l\u2019\u00c9tat membre d\u2019accueil pour attaquer une d\u00e9cision prise \u00e0 leur encontre pour des raisons d\u2019ordre public, de s\u00e9curit\u00e9 publique ou de sant\u00e9 publique.<\/p>\n<p>2. Lorsque le recours form\u00e9 contre une d\u00e9cision d\u2019\u00e9loignement est accompagn\u00e9 d\u2019une demande en r\u00e9f\u00e9r\u00e9 visant \u00e0 obtenir le sursis \u00e0 l\u2019ex\u00e9cution de cette d\u00e9cision, l\u2019\u00e9loignement effectif du territoire ne peut pas avoir lieu tant qu\u2019une ordonnance de r\u00e9f\u00e9r\u00e9 n\u2019a pas \u00e9t\u00e9 prise, sauf:<\/p>\n<p>&#8211; lorsque la d\u00e9cision d\u2019\u00e9loignement se fonde sur une d\u00e9cision judiciaire ant\u00e9rieure, ou<\/p>\n<p>&#8211; lorsque les personnes concern\u00e9es ont eu auparavant acc\u00e8s \u00e0 un recours juridictionnel, ou<\/p>\n<p>&#8211; lorsque la d\u00e9cision d\u2019\u00e9loignement se fonde sur des motifs imp\u00e9rieux de s\u00e9curit\u00e9 publique pr\u00e9vus \u00e0 l\u2019article 28, paragraphe 3.<\/p>\n<p>3. Les proc\u00e9dures de recours permettent un examen de la l\u00e9galit\u00e9 de la d\u00e9cision ainsi que des faits et circonstances justifiant la mesure envisag\u00e9e. Elles font \u00e9galement en sorte que la d\u00e9cision ne soit pas disproportionn\u00e9e, notamment par rapport aux exigences pos\u00e9es par l\u2019article 28.<\/p>\n<p>4. Les \u00c9tats membres peuvent refuser la pr\u00e9sence de l\u2019int\u00e9ress\u00e9 sur leur territoire au cours de la proc\u00e9dure de recours, mais ils ne peuvent pas lui interdire de pr\u00e9senter ses moyens de d\u00e9fense en personne, sauf si sa comparution risque de provoquer des troubles graves \u00e0 l\u2019ordre et \u00e0 la s\u00e9curit\u00e9 publics ou lorsque le recours porte sur un refus d\u2019entrer sur le territoire.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p>73. Dans la d\u00e9cision pr\u00e9judicielle rendue dans l\u2019affaire ZZ\u00a0c.\u00a0Royaume\u2011Uni (affaire C\u2011300\/11, 4 juin 2013), qui portait sur une d\u00e9cision mettant en cause la citoyennet\u00e9 et les droits de libre circulation des personnes en vertu du droit de l\u2019Union en ce qu\u2019elle avait refus\u00e9 l\u2019admission d\u2019un citoyen de l\u2019Union dans un \u00c9tat membre de celle-ci pour des motifs de s\u00e9curit\u00e9 nationale, la Cour de justice de l\u2019Union europ\u00e9enne (CJUE) s\u2019est exprim\u00e9e ainsi\u00a0:<\/p>\n<p>\u00ab\u00a065. \u00c0 cet \u00e9gard, d\u2019une part, compte tenu du respect n\u00e9cessaire de l\u2019article 47 de la Charte, ladite proc\u00e9dure doit garantir, dans la mesure la plus large possible, le respect du principe du contradictoire, afin de permettre \u00e0 l\u2019int\u00e9ress\u00e9 de contester les motifs sur lesquels est fond\u00e9e la d\u00e9cision en cause ainsi que de pr\u00e9senter des observations au sujet des \u00e9l\u00e9ments de preuve aff\u00e9rents \u00e0 celle-ci et, partant, de faire valoir utilement ses moyens de d\u00e9fense. Notamment, il importe que soit communiqu\u00e9e \u00e0 l\u2019int\u00e9ress\u00e9, en tout \u00e9tat de cause, la substance des motifs sur lesquels est fond\u00e9e une d\u00e9cision de refus d\u2019entr\u00e9e (&#8230;), la protection n\u00e9cessaire de la s\u00fbret\u00e9 de l\u2019\u00c9tat ne pouvant avoir pour effet de priver l\u2019int\u00e9ress\u00e9 de son droit d\u2019\u00eatre entendu et, partant, de rendre ineffectif son droit de recours (&#8230;).<\/p>\n<p>66. D\u2019autre part, la pond\u00e9ration du droit \u00e0 une protection juridictionnelle effective avec la n\u00e9cessit\u00e9 d\u2019assurer la protection de la s\u00fbret\u00e9 de l\u2019\u00c9tat membre concern\u00e9 sur laquelle repose la conclusion \u00e9nonc\u00e9e au point pr\u00e9c\u00e9dent ne vaut pas de la m\u00eame mani\u00e8re pour les \u00e9l\u00e9ments de preuve \u00e0 la base des motifs produits devant le juge national comp\u00e9tent. En effet, dans certains cas, la divulgation de ces \u00e9l\u00e9ments de preuve est susceptible de compromettre de mani\u00e8re directe et particuli\u00e8re la s\u00fbret\u00e9 de l\u2019\u00c9tat, en ce qu\u2019elle peut notamment mettre en danger la vie, la sant\u00e9 ou la libert\u00e9 de personnes ou d\u00e9voiler les m\u00e9thodes d\u2019investigation sp\u00e9cifiquement employ\u00e9es par les autorit\u00e9s nationales de s\u00e9curit\u00e9 et ainsi entraver s\u00e9rieusement, voire emp\u00eacher, l\u2019accomplissement futur des t\u00e2ches de ces autorit\u00e9s.<\/p>\n<p>67. Dans ce contexte, il appartient au juge national comp\u00e9tent d\u2019appr\u00e9cier si et dans quelle mesure les restrictions aux droits de la d\u00e9fense du requ\u00e9rant d\u00e9coulant notamment d\u2019une non-divulgation des \u00e9l\u00e9ments de preuve et des motifs pr\u00e9cis et complets sur lesquels est fond\u00e9e la d\u00e9cision (&#8230;) sont de nature \u00e0 influer sur la force probante des \u00e9l\u00e9ments de preuve confidentiels.<\/p>\n<p>68. Dans ces conditions, il incombe au juge national comp\u00e9tent, d\u2019une part, de veiller \u00e0 ce que la substance des motifs qui constituent le fondement de la d\u00e9cision en cause soit communiqu\u00e9e \u00e0 l\u2019int\u00e9ress\u00e9 d\u2019une mani\u00e8re qui tienne d\u00fbment compte de la confidentialit\u00e9 n\u00e9cessaire des \u00e9l\u00e9ments de preuve et, d\u2019autre part, de tirer, en vertu du droit national, les cons\u00e9quences d\u2019une \u00e9ventuelle m\u00e9connaissance de cette obligation de communication.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p>IV. Autres textes internationaux<\/p>\n<p><strong>A. Le Pacte international relatif aux droits civils et politiques<\/strong><\/p>\n<p>74. En son article 13, le Pacte international relatif aux droits civils et politiques, auquel la Roumanie est partie depuis son entr\u00e9e en vigueur le 23\u00a0mars 1976, pr\u00e9voit ceci\u00a0:<\/p>\n<p>\u00ab\u00a0Un \u00e9tranger qui se trouve l\u00e9galement sur le territoire d\u2019un \u00c9tat partie au pr\u00e9sent Pacte ne peut en \u00eatre expuls\u00e9 qu\u2019en ex\u00e9cution d\u2019une d\u00e9cision prise conform\u00e9ment \u00e0 la loi et, \u00e0 moins que des raisons imp\u00e9rieuses de s\u00e9curit\u00e9 nationale ne s\u2019y opposent, il doit avoir la possibilit\u00e9 de faire valoir les raisons qui militent contre son expulsion et de faire examiner son cas par l\u2019autorit\u00e9 comp\u00e9tente, ou par une ou plusieurs personnes sp\u00e9cialement d\u00e9sign\u00e9es par ladite autorit\u00e9, en se faisant repr\u00e9senter \u00e0 cette fin.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p><strong>B. La D\u00e9claration sur les droits de l\u2019homme des personnes qui ne poss\u00e8dent pas la nationalit\u00e9 du pays dans lequel elles vivent<\/strong><\/p>\n<p>75. L\u2019article 7 de la D\u00e9claration sur les droits de l\u2019homme des personnes qui ne poss\u00e8dent pas la nationalit\u00e9 du pays dans lequel elles vivent, annex\u00e9e \u00e0 la R\u00e9solution de l\u2019Assembl\u00e9e g\u00e9n\u00e9rale des Nations unies 40\/144 du 13\u00a0d\u00e9cembre 1985, se lit ainsi\u00a0:<\/p>\n<p>\u00ab\u00a0Un \u00e9tranger qui se trouve l\u00e9galement sur le territoire d\u2019un \u00e9tat ne peut en \u00eatre expuls\u00e9 qu\u2019en ex\u00e9cution d\u2019une d\u00e9cision prise conform\u00e9ment \u00e0 la loi et, \u00e0 moins que des raisons imp\u00e9rieuses de s\u00e9curit\u00e9 nationale ne s\u2019y opposent, il doit avoir la possibilit\u00e9 de faire valoir les raisons qui militent contre son expulsion et de faire examiner son cas par l\u2019autorit\u00e9 comp\u00e9tente, ou par une ou plusieurs personnes sp\u00e9cialement d\u00e9sign\u00e9es par ladite autorit\u00e9, en se faisant repr\u00e9senter \u00e0 cette fin. L\u2019expulsion individuelle ou collective d\u2019\u00e9trangers se trouvant dans cette situation pour des motifs de race, de couleur, de religion, de culture, d\u2019ascendance ou d\u2019origine nationale ou ethnique est interdite.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p><strong>C. La recommandation g\u00e9n\u00e9rale no 30 (2004) du Comit\u00e9 pour l\u2019\u00e9limination de la discrimination raciale<\/strong><\/p>\n<p>76. Dans sa recommandation g\u00e9n\u00e9rale no 30 (2004) concernant la discrimination contre les non-ressortissants, le Comit\u00e9 pour l\u2019\u00e9limination de la discrimination raciale a recommand\u00e9 aux \u00e9tats parties \u00e0 la Convention internationale sur l\u2019\u00e9limination de toutes les formes de discrimination raciale de\u00a0:<\/p>\n<p>\u00ab\u00a025. Veiller \u00e0 ce que (&#8230;) les non ressortissants aient un acc\u00e8s \u00e9gal \u00e0 des recours efficaces, notamment le droit de contester une mesure d\u2019expulsion, et qu\u2019ils soient autoris\u00e9s \u00e0 utiliser ces recours effectivement.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p><strong>D. Le projet d\u2019articles sur l\u2019expulsion des \u00e9trangers de la Commission du droit international<\/strong><\/p>\n<p>77. Lors de sa soixante-sixi\u00e8me session, en 2014, la Commission du droit international a adopt\u00e9 un projet d\u2019articles sur l\u2019expulsion des \u00e9trangers. Ce texte, dont l\u2019Assembl\u00e9e g\u00e9n\u00e9rale des Nations unies a pris note (R\u00e9solution\u00a0A\/RES\/69\/119 du 10 d\u00e9cembre 2014), comprend notamment les dispositions suivantes :<\/p>\n<p style=\"text-align: center;\">Article 26<\/p>\n<p style=\"text-align: center;\">Droits proc\u00e9duraux de l\u2019\u00e9tranger objet de l\u2019expulsion<\/p>\n<p>\u00ab\u00a01. L\u2019\u00e9tranger objet de l\u2019expulsion jouit des droits proc\u00e9duraux suivants:<\/p>\n<p>a) Le droit \u00e0 la notification de la d\u00e9cision d\u2019expulsion;<\/p>\n<p>b) Le droit de contester la d\u00e9cision d\u2019expulsion, \u00e0 moins que des raisons imp\u00e9rieuses de s\u00e9curit\u00e9 nationale ne s\u2019y opposent;<\/p>\n<p>c) Le droit d\u2019\u00eatre entendu par une autorit\u00e9 comp\u00e9tente;<\/p>\n<p>d) Le droit d\u2019acc\u00e8s \u00e0 des recours effectifs pour contester la d\u00e9cision d\u2019expulsion;<\/p>\n<p>e) Le droit de se faire repr\u00e9senter devant l\u2019autorit\u00e9 comp\u00e9tente;<\/p>\n<p>f) Le droit de se faire assister gratuitement d\u2019un interpr\u00e8te s\u2019il ne comprend pas ou ne parle pas la langue employ\u00e9e par l\u2019autorit\u00e9 comp\u00e9tente.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p style=\"text-align: center;\">Commentaire<\/p>\n<p>1) Le projet d\u2019article 26 \u00e9nonce, en son paragraphe 1, une liste de droits proc\u00e9duraux dont doit b\u00e9n\u00e9ficier tout \u00e9tranger faisant l\u2019objet d\u2019une expulsion, ind\u00e9pendamment du caract\u00e8re l\u00e9gal ou non de sa pr\u00e9sence sur le territoire de l\u2019\u00c9tat expulsant, sous la seule r\u00e9serve \u2212 vis\u00e9e au paragraphe 4 du projet d\u2019article \u2212 des \u00e9trangers qui se trouvent ill\u00e9galement sur le territoire de cet \u00c9tat depuis une courte p\u00e9riode.<\/p>\n<p>2) Le paragraphe 1 a) \u00e9nonce le droit \u00e0 la notification de la d\u00e9cision d\u2019expulsion. Il s\u2019agit d\u2019une garantie essentielle dont le respect par l\u2019\u00c9tat expulsant constitue une conditio sine qua non de l\u2019exercice par l\u2019\u00e9tranger objet de l\u2019expulsion de l\u2019ensemble de ses droits proc\u00e9duraux. Cette condition a re\u00e7u une cons\u00e9cration explicite au paragraphe 3 de l\u2019article 22 de la Convention internationale de 1990 sur la protection des droits de tous les travailleurs migrants et des membres de leur famille, qui \u00e9nonce que la d\u00e9cision d\u2019expulsion \u00ab\u00a0doit \u00eatre notifi\u00e9e aux int\u00e9ress\u00e9s dans une langue qu\u2019ils comprennent\u00a0\u00bb. D\u00e9j\u00e0 en 1892, l\u2019Institut de droit international a consid\u00e9r\u00e9 que \u00ab[l]\u2019acte ordonnant l\u2019expulsion est notifi\u00e9 \u00e0 l\u2019expuls\u00e9 [&#8230;]\u00a0\u00bb et en outre que, \u00ab\u00a0si l\u2019expuls\u00e9 a la facult\u00e9 de recourir \u00e0 une haute cour judiciaire ou administrative, il doit \u00eatre inform\u00e9, par l\u2019acte m\u00eame, et de cette circonstance et du d\u00e9lai \u00e0 observer\u00a0\u00bb. On notera \u00e9galement que l\u2019obligation de notifier la d\u00e9cision d\u2019expulsion \u00e0 l\u2019\u00e9tranger concern\u00e9 est consacr\u00e9e par la l\u00e9gislation de plusieurs \u00c9tats.<\/p>\n<p>3) Le paragraphe 1 b) \u00e9nonce le droit de contester la d\u00e9cision d\u2019expulsion, qui est bien \u00e9tabli en droit international. Au niveau universel, l\u2019article 13 du Pacte international relatif aux droits civils et politiques reconna\u00eet \u00e0 l\u2019individu sous le coup d\u2019une expulsion, \u00ab\u00a0\u00e0 moins que des raisons imp\u00e9rieuses de s\u00e9curit\u00e9 nationale ne s\u2019y opposent\u00a0\u00bb, le droit de faire valoir les raisons qui militent contre son expulsion (&#8230;). L\u2019article 7 de la D\u00e9claration sur les droits de l\u2019homme des personnes qui ne poss\u00e8dent pas la nationalit\u00e9 du pays dans lequel elles vivent, annex\u00e9e \u00e0 la r\u00e9solution 40\/144 de l\u2019Assembl\u00e9e g\u00e9n\u00e9rale du 13 d\u00e9cembre 1985, consacre la m\u00eame garantie\u00a0: \u00ab\u00a0[u]n \u00e9tranger qui se trouve l\u00e9galement sur le territoire d\u2019un \u00c9tat (&#8230;) \u00e0 moins que des raisons imp\u00e9rieuses de s\u00e9curit\u00e9 nationale ne s\u2019y opposent (&#8230;) doit avoir la possibilit\u00e9 de faire valoir les raisons qui militent contre son expulsion\u00a0\u00bb. Au niveau r\u00e9gional, la lettre a) du paragraphe 1 de l\u2019article 1 du Protocole no 7 \u00e0 la Convention europ\u00e9enne des droits de l\u2019homme dispose qu\u2019un \u00e9tranger r\u00e9sidant r\u00e9guli\u00e8rement sur le territoire d\u2019un \u00c9tat et objet d\u2019une mesure d\u2019expulsion doit pouvoir \u00ab\u00a0faire valoir les raisons qui militent contre son expulsion\u00a0\u00bb. Le paragraphe 2 de l\u2019article 3 de la Convention europ\u00e9enne d\u2019\u00e9tablissement offre la m\u00eame garantie en disposant que ceux d\u2019entre les ressortissants des Parties contractantes \u00ab\u00a0qui r\u00e9sident r\u00e9guli\u00e8rement depuis plus de deux ans sur le territoire de l\u2019une des Parties contractantes ne peuvent faire l\u2019objet d\u2019une mesure d\u2019expulsion qu\u2019apr\u00e8s avoir \u00e9t\u00e9 admis, \u00e0 moins de motifs imp\u00e9rieux touchant \u00e0 la s\u00e9curit\u00e9 d\u2019\u00c9tat, \u00e0 faire valoir les raisons qu\u2019ils peuvent invoquer contre leur expulsion\u00a0\u00bb. Enfin, le droit de l\u2019\u00e9tranger de contester son expulsion est \u00e9galement consacr\u00e9 par les l\u00e9gislations internes.<\/p>\n<p>4) Le droit d\u2019\u00eatre entendu par une autorit\u00e9 comp\u00e9tente, qui est \u00e9nonc\u00e9 au paragraphe 1 c), est essentiel \u00e0 l\u2019exercice du droit de contester la d\u00e9cision d\u2019expulsion qui fait l\u2019objet du paragraphe 1 b). Bien que l\u2019article 13 du Pacte international relatif aux droits civils et politiques n\u2019accorde pas express\u00e9ment \u00e0 l\u2019\u00e9tranger le droit d\u2019\u00eatre entendu, le Comit\u00e9 des droits de l\u2019homme a estim\u00e9 que l\u2019id\u00e9e qu\u2019une d\u00e9cision d\u2019expulsion puisse \u00eatre prise sans que l\u2019\u00e9tranger ait eu la possibilit\u00e9 d\u2019\u00eatre entendu pouvait soulever des questions au titre de l\u2019article 13 du Pacte\u00a0:<\/p>\n<p>(&#8230;)<\/p>\n<p>L\u2019article 83 de la Convention internationale sur la protection des droits de tous les travailleurs migrants et des membres de leur famille, l\u2019article 32, paragraphe 2, de la Convention relative au statut des r\u00e9fugi\u00e9s, l\u2019article 31, paragraphe 2, de la Convention relative au statut des apatrides, l\u2019article 9, paragraphe 5, de la Convention europ\u00e9enne relative au statut juridique des travailleurs migrants et l\u2019article 26, paragraphe 2, de la Charte arabe des droits de l\u2019homme exigent aussi que la d\u00e9cision d\u2019expulsion soit assortie d\u2019une possibilit\u00e9 de recours. Ce droit de recours a \u00e9galement \u00e9t\u00e9 consacr\u00e9 par l\u2019Assembl\u00e9e g\u00e9n\u00e9rale, en des termes identiques \u00e0 ceux de l\u2019article 13 du Pacte international relatif aux droits civils et politiques, \u00e0 l\u2019article 7 de la D\u00e9claration sur les droits de l\u2019homme des personnes qui ne poss\u00e8dent pas la nationalit\u00e9 du pays dans lequel elles vivent, annex\u00e9e \u00e0 sa r\u00e9solution 40\/144.<\/p>\n<p>(&#8230;)<\/p>\n<p>5) Le paragraphe 1 d) \u00e9nonce le droit d\u2019acc\u00e8s \u00e0 des recours effectifs pour contester la d\u00e9cision d\u2019expulsion. L\u2019article 13 du Pacte international relatif aux droits civils et politiques donne \u00e0 l\u2019\u00e9tranger se trouvant l\u00e9galement dans l\u2019\u00c9tat expulsant un droit de recours contre l\u2019expulsion, sans pour autant pr\u00e9ciser le type d\u2019organe qui doit examiner le recours (&#8230;)<\/p>\n<p>Le Comit\u00e9 des droits de l\u2019homme a rappel\u00e9 que le droit de recours et les autres garanties vis\u00e9es \u00e0 l\u2019article 13 ne pouvaient \u00eatre supprim\u00e9s que si \u00ab\u00a0des raisons imp\u00e9rieuses de s\u00e9curit\u00e9 nationale\u00a0\u00bb l\u2019exigeaient. Il a aussi soulign\u00e9 que le recours ouvert \u00e0 l\u2019\u00e9tranger expuls\u00e9 devait \u00eatre effectif\u00a0:<\/p>\n<p>(&#8230;)<\/p>\n<p>6) Le paragraphe 1 e), dont la teneur est bas\u00e9e sur celle de l\u2019article 13 du Pacte international relatif aux droits civils et politiques, \u00e9nonce le droit de l\u2019\u00e9tranger objet de l\u2019expulsion de se faire repr\u00e9senter devant l\u2019autorit\u00e9 comp\u00e9tente. Au regard du droit international, ce droit ne comporte pas n\u00e9cessairement, dans le contexte d\u2019une proc\u00e9dure d\u2019expulsion, le droit de se faire repr\u00e9senter par un avocat. En tout \u00e9tat de cause, il ne comporte pas une obligation pour l\u2019\u00c9tat expulsant de payer les frais de la repr\u00e9sentation.<\/p>\n<p>7) Le droit de l\u2019\u00e9tranger de se faire assister gratuitement d\u2019un interpr\u00e8te s\u2019il ne comprend pas ou ne parle pas la langue employ\u00e9e par l\u2019autorit\u00e9 comp\u00e9tente, \u00e9nonc\u00e9 au paragraphe 1 f) et reconnu dans la l\u00e9gislation de plusieurs \u00c9tats, est une composante essentielle du droit d\u2019\u00eatre entendu qui est reconnu au paragraphe 1 c). Il rev\u00eat \u00e9galement une pertinence certaine en relation avec le droit \u00e0 la notification de la d\u00e9cision d\u2019expulsion et le droit de contester cette d\u00e9cision, auxquels se r\u00e9f\u00e8rent les paragraphes 1 a) et 1 b) du pr\u00e9sent projet d\u2019article (&#8230;)\u00a0\u00bb<\/p>\n<p><strong>E. L\u2019arr\u00eat rendu par la Cour internationale de justice (CIJ) le 30\u00a0novembre 2010 dans l\u2019affaire Ahmadou Sadio Diallo<\/strong><\/p>\n<p>78. Le 30 novembre 2010, la Cour internationale de justice (CIJ) a rendu son arr\u00eat dans l\u2019affaire Ahmadou Sadio Diallo ((R\u00e9publique de Guin\u00e9e c.\u00a0R\u00e9publique d\u00e9mocratique du Congo), fond, arr\u00eat, C.I.J., Recueil 2010, p.639). Dans cette affaire, la CIJ \u00e9tait appel\u00e9e \u00e0 se prononcer sur l\u2019all\u00e9gation de la Guin\u00e9e selon laquelle l\u2019expulsion dont M. Diallo avait fait l\u2019objet \u00e9tait contraire \u00e0 l\u2019article 13 du Pacte et \u00e0 l\u2019article 12 \u00a7 4 de la Charte africaine des droits de l\u2019homme et des peuples (\u00ab\u00a0la Charte africaine\u00a0\u00bb). Elle a relev\u00e9 que pour \u00eatre compatible avec ces dispositions, la d\u00e9cision d\u2019expulser un \u00e9tranger se trouvant l\u00e9galement sur le territoire d\u2019un \u00e9tat partie \u00e0 ces instruments devait \u00eatre prise conform\u00e9ment au droit national applicable en la mati\u00e8re \u2013 lequel devait lui-m\u00eame \u00eatre compatible avec les autres exigences du Pacte et de la Charte africaine \u2013 et ne devait pas rev\u00eatir un caract\u00e8re arbitraire. Elle a estim\u00e9 que le d\u00e9cret d\u2019expulsion litigieux n\u2019\u00e9tait pas conforme aux dispositions du droit congolais pour deux raisons\u00a0: il n\u2019avait pas \u00e9t\u00e9 pr\u00e9c\u00e9d\u00e9 de la consultation de l\u2019autorit\u00e9 nationale comp\u00e9tente et n\u2019\u00e9tait pas \u00ab motiv\u00e9\u00a0\u00bb, contrairement aux exigences du droit interne. Elle a conclu que sur ces deux points, l\u2019expulsion litigieuse n\u2019avait pas \u00e9t\u00e9 prononc\u00e9e \u00ab\u00a0conform\u00e9ment \u00e0 la loi\u00a0\u00bb et qu\u2019elle avait viol\u00e9 l\u2019article 13 du Pacte et l\u2019article 12 \u00a7 4 de la Charte africaine. Elle a \u00e9galement jug\u00e9 que la Guin\u00e9e \u00e9tait fond\u00e9e \u00e0 soutenir que le droit reconnu par l\u2019article 13 du Pacte \u00e0 l\u2019\u00e9tranger se trouvant sous le coup d\u2019une mesure d\u2019expulsion de \u00ab\u00a0faire valoir les raisons qui militent contre son expulsion et de faire examiner son cas par l\u2019autorit\u00e9 comp\u00e9tente\u00a0\u00bb n\u2019avait pas \u00e9t\u00e9 respect\u00e9 dans le cas de M.\u00a0Diallo. Elle a aussi constat\u00e9 que la R\u00e9publique d\u00e9mocratique du Congo n\u2019avait pas \u00e9tabli l\u2019existence des \u00ab\u00a0raisons imp\u00e9rieuses de s\u00e9curit\u00e9 nationale\u00a0\u00bb cens\u00e9es justifier le fait que M. Diallo se soit vu refuser le droit de faire valoir les raisons militant contre son expulsion et de faire examiner son cas par l\u2019autorit\u00e9 comp\u00e9tente. Elle a conclu, pour ce motif \u00e9galement, que l\u2019article 13 du Pacte avait \u00e9t\u00e9 viol\u00e9 eu \u00e9gard aux conditions dans lesquelles M. Diallo avait \u00e9t\u00e9 expuls\u00e9.<\/p>\n<p>V. \u00c9L\u00c9MENTS DE DROIT COMPAR\u00c9<\/p>\n<p>79. \u00c0 la lumi\u00e8re des informations comparatives dont dispose la Cour concernant quarante \u00c9tats membres, dans une large majorit\u00e9 de ces \u00c9tats, la l\u00e9gislation permet de limiter l\u2019acc\u00e8s \u00e0 des preuves class\u00e9es secr\u00e8tes et aux informations confidentielles qui fondent une d\u00e9cision d\u2019expulsion n\u00e9cessaire pour la protection de la s\u00e9curit\u00e9 nationale, m\u00eame dans le cadre des proc\u00e9dures judiciaires.<\/p>\n<p>80. En ce qui concerne l\u2019\u00e9tendue des informations factuelles communiqu\u00e9es aux \u00e9trangers qui font l\u2019objet d\u2019une proc\u00e9dure d\u2019expulsion pour raisons de s\u00e9curit\u00e9 nationale, il appara\u00eet que dans six des \u00c9tats membres \u00e9tudi\u00e9s les \u00e9trangers concern\u00e9s sont inform\u00e9s en g\u00e9n\u00e9ral de l\u2019int\u00e9gralit\u00e9 de l\u2019affaire qui est \u00e0 l\u2019origine de la proc\u00e9dure dont ils font l\u2019objet mais l\u2019acc\u00e8s aux informations class\u00e9es secr\u00e8tes peut \u00eatre restreint. Dans treize \u00c9tats membres, ces \u00e9trangers sont inform\u00e9s en termes g\u00e9n\u00e9raux des faits qui fondent l\u2019expulsion mais les motifs de s\u00e9curit\u00e9 nationale qui sous-tendent la d\u00e9cision ne leur sont pas enti\u00e8rement divulgu\u00e9s. Dans dix\u2011sept \u00c9tats, ils sont inform\u00e9s de mani\u00e8re g\u00e9n\u00e9rale des faits qui leur sont reproch\u00e9s, sans que des informations li\u00e9es \u00e0 des preuves class\u00e9es secr\u00e8tes ne leur soient communiqu\u00e9es.<\/p>\n<p>81. En Arm\u00e9nie, il n\u2019y a pas de limitation du droit d\u2019acc\u00e8s aux documents class\u00e9s secrets dans le cadre des proc\u00e9dures d\u2019expulsion pour raisons de s\u00e9curit\u00e9 nationale. Dans onze \u00c9tats membres, les tribunaux d\u00e9terminent si et dans quelle mesure les \u00e9trangers en cause peuvent acc\u00e9der aux preuves class\u00e9es secr\u00e8tes. Dans douze autres \u00c9tats, les \u00e9trangers en question n\u2019ont en principe pas acc\u00e8s aux preuves class\u00e9es secr\u00e8tes. Dans certains de ces douze \u00c9tats, un tribunal ou une autre autorit\u00e9 comp\u00e9tente peut n\u00e9anmoins leur accorder l\u2019acc\u00e8s \u00e0 des informations class\u00e9es secr\u00e8tes dans des circonstances sp\u00e9cifiques. Dans sept \u00c9tats, l\u2019acc\u00e8s \u00e0 des documents class\u00e9s secrets peut \u00eatre restreint par les autorit\u00e9s nationales. Dans deux \u00c9tats, ni le requ\u00e9rant ni son repr\u00e9sentant n\u2019ont acc\u00e8s \u00e0 ce type de documents.<\/p>\n<p>82. Dans vingt-quatre \u00c9tats membres, lorsque l\u2019acc\u00e8s \u00e0 des documents class\u00e9s secrets est refus\u00e9 et que l\u2019\u00e9tranger concern\u00e9 n\u2019est pas inform\u00e9 des faits qui lui sont reproch\u00e9s, les tribunaux doivent mettre en balance les diff\u00e9rents int\u00e9r\u00eats en jeu. Au Royaume-Uni, l\u2019avocat sp\u00e9cial analyse ces int\u00e9r\u00eats lors de l\u2019examen de la pertinence de la demande de non\u2011divulgation de documents class\u00e9s secrets. Dans quatre autres \u00c9tats, les tribunaux peuvent proc\u00e9der \u00e0 une telle mise en balance. Dans un cinqui\u00e8me \u00c9tat, les juridictions ont r\u00e9alis\u00e9 cette mise en balance dans certaines affaires mais non dans d\u2019autres.<\/p>\n<p>83. Dans treize \u00c9tats, les juridictions nationales ont le pouvoir de v\u00e9rifier si la classification des documents est justifi\u00e9e par des motifs de s\u00e9curit\u00e9 nationale. Dans seize autre \u00c9tats, elles ne l\u2019ont pas.<\/p>\n<p>84. En Finlande, les tribunaux peuvent d\u00e9classifier eux-m\u00eames des documents s\u2019ils l\u2019estiment n\u00e9cessaire. Dans sept autres \u00c9tats membres, ils peuvent demander la d\u00e9classification de donn\u00e9es ou documents class\u00e9s secrets mais ils ne peuvent pas d\u00e9classifier eux-m\u00eames les informations. Dans quinze \u00c9tats, les tribunaux ne peuvent ni demander la d\u00e9classification ni d\u00e9classifier eux-m\u00eames des documents class\u00e9s secrets.<\/p>\n<p>85. Dans vingt-deux \u00c9tats, les tribunaux peuvent v\u00e9rifier l\u2019exactitude et la pertinence des informations contenues dans les documents class\u00e9s secrets qui leur sont soumis. Dans huit autres \u00c9tats, ils n\u2019ont pas ce pouvoir.<\/p>\n<p>86. Dans dix-sept \u00c9tats, les avocats qui repr\u00e9sentent un \u00e9tranger peuvent avoir acc\u00e8s \u00e0 des documents class\u00e9s secrets. Dans quinze autres \u00c9tats, ils ne le peuvent pas. Dans certains de ces quinze \u00c9tats, l\u2019avocat peut obtenir une habilitation de s\u00e9curit\u00e9 lui donnant le droit d\u2019acc\u00e9der aux documents class\u00e9s secrets. Au Royaume-Uni et en Norv\u00e8ge, il y a des \u00ab\u00a0avocats sp\u00e9ciaux\u00a0\u00bb.<\/p>\n<p>87. En Islande, il n\u2019y a pas de base l\u00e9gale permettant d\u2019expulser pour raisons de s\u00e9curit\u00e9 nationale un \u00e9tranger en situation de s\u00e9jour r\u00e9gulier. Au Liechtenstein, l\u2019\u00e9loignement se rapporte uniquement \u00e0 des affaires p\u00e9nales de droit commun.<\/p>\n<p><strong>EN DROIT<\/strong><\/p>\n<p>I. SUR LA VIOLATION ALL\u00c9GU\u00c9E DE L\u2019ARTICLE 1 DU PROTOCOLE No 7 \u00c0 LA CONVENTION<\/p>\n<p>88. Invoquant l\u2019article 1 \u00a7 1 du Protocole no\u00a07 et l\u2019article 13 de la Convention, les requ\u00e9rants se plaignent de ne pas avoir b\u00e9n\u00e9fici\u00e9 de garanties proc\u00e9durales ad\u00e9quates et, d\u00e8s lors, de ne pas avoir pu se d\u00e9fendre utilement dans la proc\u00e9dure \u00e0 l\u2019issue de laquelle ils ont \u00e9t\u00e9 d\u00e9clar\u00e9s ind\u00e9sirables sur le territoire roumain pour raisons de s\u00e9curit\u00e9 nationale. Plus particuli\u00e8rement, ils indiquent qu\u2019ils n\u2019ont \u00e9t\u00e9 aucunement inform\u00e9s au cours de la proc\u00e9dure des faits concrets qui leur \u00e9taient reproch\u00e9s, alors qu\u2019ils ne pouvaient pas avoir acc\u00e8s aux documents du dossier.<\/p>\n<p>89. Le Gouvernement s\u2019oppose \u00e0 la th\u00e8se des requ\u00e9rants.<\/p>\n<p>90. Ma\u00eetresse de la qualification juridique des faits (Radomilja et autres c. Croatie [GC], nos 37685\/10 et 22768\/12, \u00a7\u00a7 113-115 et 126, 20 mars 2018), la Cour estime appropri\u00e9 d\u2019examiner les all\u00e9gations des requ\u00e9rants sous le seul angle de l\u2019article 1 du Protocole no\u00a07 \u00e0 la Convention. En ses parties pertinentes en l\u2019esp\u00e8ce, cette disposition est ainsi libell\u00e9e\u00a0:<\/p>\n<p>\u00ab\u00a01. Un \u00e9tranger r\u00e9sidant r\u00e9guli\u00e8rement sur le territoire d\u2019un \u00c9tat ne peut en \u00eatre expuls\u00e9 qu\u2019en ex\u00e9cution d\u2019une d\u00e9cision prise conform\u00e9ment \u00e0 la loi et doit pouvoir :<\/p>\n<p>a) faire valoir les raisons qui militent contre son expulsion,<\/p>\n<p>b) faire examiner son cas, et<\/p>\n<p>c) se faire repr\u00e9senter \u00e0 ces fins devant l\u2019autorit\u00e9 comp\u00e9tente ou une ou plusieurs personnes d\u00e9sign\u00e9es par cette autorit\u00e9.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p><strong>A. Sur la recevabilit\u00e9<\/strong><\/p>\n<p>91. La Cour rappelle que les garanties pr\u00e9vues par l\u2019article 1 du Protocole no\u00a07 ne s\u2019appliquent qu\u2019aux \u00e9trangers \u00ab\u00a0r\u00e9sidant r\u00e9guli\u00e8rement\u00a0\u00bb sur le territoire d\u2019un \u00c9tat ayant ratifi\u00e9 ce Protocole (G\u00e9orgie c. Russie (I) [GC], no\u00a013255\/07, \u00a7 228, CEDH 2014 (extraits), et Sejdovic et Sulejmanovic c. Italie (d\u00e9c.), no\u00a057575\/00, 14 mars 2002). En l\u2019esp\u00e8ce, les requ\u00e9rants sont arriv\u00e9s en Roumanie munis de visas de long s\u00e9jour, afin d\u2019y suivre des \u00e9tudes universitaires (paragraphes 9 et 10 ci\u2011dessus). Ils r\u00e9sidaient donc r\u00e9guli\u00e8rement sur le territoire roumain lorsque la proc\u00e9dure d\u2019interdiction de s\u00e9jour a \u00e9t\u00e9 engag\u00e9e \u00e0 leur encontre. D\u00e8s lors, compte tenu de ce que les int\u00e9ress\u00e9s ont fait l\u2019objet d\u2019une proc\u00e9dure d\u2019expulsion alors qu\u2019ils \u00e9taient des \u00e9trangers r\u00e9sidant r\u00e9guli\u00e8rement sur le territoire de la Roumanie, l\u2019article 1 du Protocole no 7 est applicable en l\u2019esp\u00e8ce ratione materiae.<\/p>\n<p>92. Constatant que le grief n\u2019est pas manifestement mal fond\u00e9 au sens de l\u2019article\u00a035\u00a0\u00a7\u00a03\u00a0a) de la Convention et qu\u2019il ne se heurte par ailleurs \u00e0 aucun autre motif d\u2019irrecevabilit\u00e9, la Cour le d\u00e9clare recevable.<\/p>\n<p><strong>B. Sur le fond<\/strong><\/p>\n<p><em>1. Th\u00e8ses des parties et observations des tiers intervenants<\/em><\/p>\n<p>a) Les requ\u00e9rants<\/p>\n<p>93. Les requ\u00e9rants se plaignent de ce que ni eux-m\u00eames ni leurs avocates n\u2019aient eu la possibilit\u00e9 de prendre connaissance des faits qui leur \u00e9taient reproch\u00e9s concr\u00e8tement car la proc\u00e9dure dont ils faisaient l\u2019objet \u00e9tait fond\u00e9e sur des documents class\u00e9s \u00ab\u00a0secret\u00a0\u00bb. Ils estiment qu\u2019en l\u2019esp\u00e8ce le principe de l\u2019\u00e9galit\u00e9 des armes n\u2019a pas \u00e9t\u00e9 respect\u00e9.<\/p>\n<p>94. Ils affirment qu\u2019aucune autorit\u00e9 administrative ou judiciaire ne leur a donn\u00e9 connaissance des faits qui leur \u00e9taient reproch\u00e9s, et ils soutiennent que le fait qu\u2019un interpr\u00e8te les ait inform\u00e9s devant la cour d\u2019appel de la mesure propos\u00e9e \u00e0 leur encontre et des articles correspondants de la loi roumaine n\u2019\u00e9quivaut pas \u00e0 une \u00ab\u00a0communication\u00a0\u00bb de l\u2019acte introductif d\u2019instance. Ils soulignent \u00e0 cet \u00e9gard qu\u2019en toute hypoth\u00e8se, l\u2019acte lui-m\u00eame ne renfermait aucune indication quant aux faits qui leur \u00e9taient reproch\u00e9s.<\/p>\n<p>95. Ils arguent que les conditions impos\u00e9es par les diff\u00e9rentes dispositions l\u00e9gales de protection des informations class\u00e9es secr\u00e8tes (paragraphes 43 et 51 ci-dessus) ont emp\u00each\u00e9 les juridictions nationales de leur donner connaissance des faits qui leur \u00e9taient reproch\u00e9s concr\u00e8tement.<\/p>\n<p>96. Ils se plaignent \u00e9galement que dans son communiqu\u00e9 de presse du 6\u00a0d\u00e9cembre 2012 (paragraphe 30 ci\u2011dessus), le SRI ait rendu publiques des informations plus d\u00e9taill\u00e9es sur les activit\u00e9s qui leur \u00e9taient imput\u00e9es. Ils estiment qu\u2019une telle diff\u00e9rence d\u2019approche entre la cour d\u2019appel et le SRI quant \u00e0 l\u2019\u00e9tendue des informations qui pouvaient \u00eatre rendues publiques permet de douter de la n\u00e9cessit\u00e9 de classer secr\u00e8tes ces informations.<\/p>\n<p>97. Ils ajoutent que rien dans le dossier ne permet de dire qu\u2019il \u00e9tait justifi\u00e9 de classer secrets les documents pr\u00e9sent\u00e9s comme relevant de la classification \u00ab\u00a0secret\u00a0\u00bb. Ils pr\u00e9cisent que, d\u2019une part, la loi n\u2019oblige pas les juridictions internes \u00e0 v\u00e9rifier le bien-fond\u00e9 de la classification attribu\u00e9e aux informations par le SRI ni \u00e0 examiner les raisons que celui-ci invoque pour refuser de communiquer aux justiciables les informations qui les concernent, et que, d\u2019autre part, elle ne leur permet pas de d\u00e9classifier les documents et informations class\u00e9s secrets (paragraphe 51 ci-dessus).<\/p>\n<p>98. Ils exposent \u00e9galement que pour ce type de litiges, le droit roumain n\u2019impose aux autorit\u00e9s judiciaires aucune obligation d\u2019assurer aux justiciables l\u2019assistance d\u2019un avocat ni de les informer de ce qu\u2019ils peuvent b\u00e9n\u00e9ficier d\u2019une telle assistance ou de ce que certains avocats sont titulaires d\u2019un certificat ORNISS. Ils admettent qu\u2019en vertu des dispositions l\u00e9gales r\u00e9gissant la proc\u00e9dure civile, ils auraient pu, th\u00e9oriquement, se faire assister devant la cour d\u2019appel par un avocat de leur choix, mais ils affirment que compte tenu de la vitesse \u00e0 laquelle s\u2019est d\u00e9roul\u00e9e la proc\u00e9dure et de la distance qu\u2019ils ont d\u00fb parcourir pour assister \u00e0 l\u2019audience de la cour d\u2019appel, ils n\u2019ont pas dispos\u00e9 de suffisamment de temps pour trouver un avocat.<\/p>\n<p>99. Sur la question de la possibilit\u00e9 pour les avocates qui les ont repr\u00e9sent\u00e9s devant la Haute Cour d\u2019obtenir un certificat ORNISS, ils indiquent que la dur\u00e9e de la proc\u00e9dure \u00e0 suivre \u00e0 cette fin est bien plus longue que celle de la proc\u00e9dure pr\u00e9vue par la loi roumaine pour d\u00e9clarer une personne ind\u00e9sirable (paragraphes 35 et 54 ci\u2011dessus). Pour ce qui est de la possibilit\u00e9 de se faire repr\u00e9senter d\u00e8s le d\u00e9but de la proc\u00e9dure par un avocat titulaire d\u2019un certificat ORNISS, ils indiquent que, d\u2019apr\u00e8s leurs recherches, le site du barreau de Bucarest ne comporte aucune information permettant de trouver un avocat titulaire de ce certificat. Ils renvoient \u00e0 une lettre de l\u2019UNBR qui explique qu\u2019il n\u2019y a pas de liste disponible des avocats titulaires d\u2019un certificat ORNISS (paragraphe 58 ci\u2011dessus). Ils ajoutent qu\u2019en tout \u00e9tat de cause, eu \u00e9gard \u00e0 la r\u00e9glementation interne applicable (paragraphes 43 et 51 ci-dessus), m\u00eame un avocat titulaire de ce certificat n\u2019aurait pas pu leur communiquer des informations class\u00e9es secr\u00e8tes.<\/p>\n<p>100. Ils exposent que m\u00eame si, en vertu des dispositions l\u00e9gales r\u00e9gissant ce type de proc\u00e9dure, rien n\u2019emp\u00eache le juge de v\u00e9rifier les informations que lui communiquent le SRI et le parquet, par exemple en administrant les preuves d\u2019office, ils doutent de l\u2019\u00e9tendue du contr\u00f4le effectu\u00e9 par les juridictions nationales quant au bien-fond\u00e9 de la mesure ordonn\u00e9e contre eux. \u00c0 cet \u00e9gard, ils avancent que la Haute Cour a refus\u00e9 d\u2019obtenir par la voie officielle des informations bancaires les concernant, et ils consid\u00e8rent que la proc\u00e9dure a \u00e9t\u00e9 purement formelle et que les juges se sont content\u00e9s de pr\u00e9sumer fond\u00e9es les demandes du SRI et du parquet.<\/p>\n<p>101. Enfin, les requ\u00e9rants estiment avoir subi un pr\u00e9judice du fait de leur \u00e9loignement\u00a0: celui-ci les aurait emp\u00each\u00e9s de poursuivre leurs \u00e9tudes universitaires et les aurait isol\u00e9s socialement et coup\u00e9s de leur famille, et les graves accusations port\u00e9es contre eux auraient entach\u00e9 leur r\u00e9putation. Apr\u00e8s leur retour au Pakistan, ils auraient fait l\u2019objet d\u2019une enqu\u00eate visant \u00e0 v\u00e9rifier les all\u00e9gations dont ils faisaient l\u2019objet, mais les enqu\u00eateurs n\u2019auraient rien trouv\u00e9 \u00e0 leur reprocher.<\/p>\n<p>b) Le Gouvernement<\/p>\n<p>102. Le Gouvernement expose que la pr\u00e9vention des atteintes \u00e0 la s\u00fbret\u00e9 de l\u2019\u00c9tat et la lutte contre les menaces \u00e0 la s\u00e9curit\u00e9 nationale repr\u00e9sentent des t\u00e2ches prioritaires pour les autorit\u00e9s de d\u00e9fense de la s\u00e9curit\u00e9 nationale. En sa qualit\u00e9 d\u2019autorit\u00e9 nationale l\u00e9galement charg\u00e9e de la pr\u00e9vention et de la r\u00e9pression du terrorisme, le SRI serait comp\u00e9tent pour solliciter la limitation de certains droits des \u00e9trangers sur le territoire roumain. De m\u00eame, afin de pr\u00e9venir la commission d\u2019actes terroristes, il serait comp\u00e9tent pour collecter, v\u00e9rifier et exploiter, en utilisant des techniques sp\u00e9ciales, les informations n\u00e9cessaires pour la pr\u00e9vention du terrorisme, en coop\u00e9ration avec d\u2019autres autorit\u00e9s de d\u00e9fense de la s\u00e9curit\u00e9 nationale. En vertu des dispositions l\u00e9gales pertinentes (paragraphe 51 ci\u2011dessus), les informations qu\u2019il obtiendrait dans ce cadre ainsi que les moyens et les \u00e9quipements utilis\u00e9s \u00e0 cette fin seraient class\u00e9s \u00ab\u00a0secret\u2011d\u00e9fense\u00a0\u00bb.<\/p>\n<p>103. Le Gouvernement explique que les mesures d\u2019interdiction de s\u00e9jour et d\u2019\u00e9loignement du territoire sont des mesures administratives destin\u00e9es \u00e0 pr\u00e9venir et combattre le terrorisme. Il expose que la proc\u00e9dure se d\u00e9roule de la mani\u00e8re suivante\u00a0: le SRI communique d\u2019abord au parquet pr\u00e8s la cour d\u2019appel de Bucarest les informations sur la base desquelles il estime qu\u2019il y a lieu de demander que tel ou tel \u00e9tranger soit d\u00e9clar\u00e9 ind\u00e9sirable sur le territoire\u00a0; si, apr\u00e8s examen de ces informations, le parquet estime la demande fond\u00e9e, il saisit la cour d\u2019appel de Bucarest\u00a0; enfin, l\u2019acte introductif d\u2019instance \u2013 qui renferme la qualification juridique des faits reproch\u00e9s \u00e0 l\u2019\u00e9tranger concern\u00e9 et, parfois, certains \u00e9l\u00e9ments factuels concrets \u2013 est communiqu\u00e9 \u00e0 l\u2019int\u00e9ress\u00e9.<\/p>\n<p>104. Le Gouvernement explique qu\u2019ensuite, en vertu du droit interne, les juridictions nationales comp\u00e9tentes pour examiner ce type d\u2019affaires, dont il souligne qu\u2019elles sont ind\u00e9pendantes et impartiales, ont acc\u00e8s \u00e0 l\u2019int\u00e9gralit\u00e9 des documents secrets sur lesquels repose la demande du parquet et que m\u00eame si ces juridictions ne sont pas elles-m\u00eames comp\u00e9tentes pour lever le secret des donn\u00e9es et informations mises \u00e0 leur disposition, elles ont la possibilit\u00e9 de demander \u00e0 l\u2019autorit\u00e9 comp\u00e9tente d\u2019examiner l\u2019opportunit\u00e9 d\u2019une d\u00e9classification ou d\u2019une reclassification des documents correspondants aux fins de leur versement au dossier pour consultation par le justiciable concern\u00e9. Il reconna\u00eet qu\u2019aucune disposition l\u00e9gale ne permet aux juridictions nationales d\u2019examiner d\u2019office le bien-fond\u00e9 de la classification des informations secr\u00e8tes, mais il pr\u00e9cise que lorsque la l\u00e9galit\u00e9 de la classification des documents correspondants est contest\u00e9e dans le cadre du recours, la juridiction comp\u00e9tente peut examiner cette question, dans les limites pr\u00e9vues par la loi.<\/p>\n<p>105. Renvoyant aux exemples de jurisprudence communiqu\u00e9s \u00e0 la Cour (paragraphes 60 \u00e0 61 ci-dessus), le Gouvernement indique \u00e9galement qu\u2019en r\u00e8gle g\u00e9n\u00e9rale, apr\u00e8s avoir examin\u00e9 les documents secrets vers\u00e9s au dossier par le parquet, la cour d\u2019appel communique \u00e0 l\u2019int\u00e9ress\u00e9 les informations qu\u2019elle juge suffisantes pour permettre \u00e0 celui-ci de comprendre, avec l\u2019aide d\u2019un interpr\u00e8te, la substancedes faits qui sous-tendent la proc\u00e9dure dont il fait l\u2019objet. Il pr\u00e9cise qu\u2019elle ne divulgue toutefois pas les donn\u00e9es dont elle estime qu\u2019elles sont de nature \u00e0 engager la s\u00e9curit\u00e9 nationale. Il expose que lorsqu\u2019elles s\u2019acquittent de l\u2019obligation qui leur incombe d\u2019informer les \u00e9trangers des faits qui leur sont reproch\u00e9s, les juridictions roumaines doivent m\u00e9nager un juste \u00e9quilibre entre les int\u00e9r\u00eats en pr\u00e9sence\u00a0: d\u2019une part, elles doivent informer suffisamment les \u00e9trangers pour leur permettre de se d\u00e9fendre et, d\u2019autre part, elles doivent respecter les dispositions l\u00e9gales r\u00e9gissant la confidentialit\u00e9 des informations class\u00e9es secr\u00e8tes.<\/p>\n<p>106. Le Gouvernement soutient que la pratique des juridictions roumaines consistant \u00e0 informer les \u00e9trangers de la substance des accusations dont il font l\u2019objet est conforme tant \u00e0 la jurisprudence de la CJUE \u2013 il cite \u00e0 cet \u00e9gard les arr\u00eats Ben Alayacontre BundesrepublikDeutschland (10\u00a0septembre 2014, affaire C-491\/13, EU:C:2014:2187, point\u00a033) et ZZ\u00a0contre Secretary of State for the Home Department(4 juin 2013, affaire\u00a0C\u2011300\/11, ECLI:EU:C:2013:363) \u2013 qu\u2019\u00e0 celle de la Cour, et en particulier \u00e0 l\u2019arr\u00eat Regner c. R\u00e9publique tch\u00e8que ([GC], no35289\/11, 19\u00a0septembre 2017). Il indique que, si la pratique des juridictions internes a \u00e9t\u00e9 fluctuante jusqu\u2019en 2015 ou 2016 quant \u00e0 l\u2019\u00e9tendue des informations factuelles \u00e0 divulguer aux \u00e9trangers faisant l\u2019objet de ce type de proc\u00e9dures, la jurisprudence s\u2019est ensuite consolid\u00e9e dans le sens d\u2019une transmission aux int\u00e9ress\u00e9s d\u2019informations concr\u00e8tes. En ce qui concerne le cas des requ\u00e9rants, il argue que, \u00e0 supposer m\u00eame que, comme ils l\u2019ont affirm\u00e9, la cour d\u2019appel ne leur ait pas fourni suffisamment d\u2019informations factuelles quant aux soup\u00e7ons qui pesaient sur eux, ils en auraient au moins eu connaissance par le communiqu\u00e9 de presse du 6\u00a0d\u00e9cembre 2012. Il explique \u00e0 ce sujet que le SRI informe le public par voie de communiqu\u00e9 de presse des \u00e9l\u00e9ments d\u2019int\u00e9r\u00eat public, sans toutefois d\u00e9voiler les informations class\u00e9es secr\u00e8tes.<\/p>\n<p>107. Renvoyant aux exemples de jurisprudence qu\u2019il a communiqu\u00e9s \u00e0 la Cour (paragraphes 62 et 63 ci-dessus), le Gouvernement soutient que lorsqu\u2019elles examinent la n\u00e9cessit\u00e9 de d\u00e9clarer un \u00e9tranger ind\u00e9sirable sur le territoire, les juridictions nationales tiennent compte non seulement des documents secrets mais aussi de toutes les autres preuves et informations, y compris celles port\u00e9es \u00e0 leur connaissance par l\u2019int\u00e9ress\u00e9, ainsi que des cons\u00e9quences que les activit\u00e9s dont celui-ci est soup\u00e7onn\u00e9 pourraient avoir sur la s\u00e9curit\u00e9 nationale s\u2019il n\u2019\u00e9tait pas \u00e9loign\u00e9 du territoire. Il pr\u00e9cise que lorsque la d\u00e9cision de d\u00e9clarer une personne ind\u00e9sirable sur le territoire repose sur des donn\u00e9es ou des informations class\u00e9es secr\u00e8tes li\u00e9es \u00e0 la s\u00e9curit\u00e9 nationale, la loi interdit express\u00e9ment de mentionner les \u00e9l\u00e9ments secrets dans le texte de la d\u00e9cision.<\/p>\n<p>108. Enfin, le Gouvernement expose que, en vertu du droit interne, un \u00e9tranger faisant l\u2019objet d\u2019une proc\u00e9dure d\u2019interdiction de s\u00e9jour ne peut pas avoir acc\u00e8s aux documents class\u00e9s secrets mais a la possibilit\u00e9 de se faire repr\u00e9senter par un avocat titulaire d\u2019un certificat ORNISS qui pourra, lui, y acc\u00e9der. Il explique que si l\u2019avocat choisi par l\u2019\u00e9tranger concern\u00e9 n\u2019est pas titulaire de ce certificat, il doit demander que la proc\u00e9dure soit ajourn\u00e9e pour lui laisser le temps d\u2019entreprendre les d\u00e9marches n\u00e9cessaires \u00e0 l\u2019obtention du certificat ou de contacter un avocat qui en est d\u00e9j\u00e0 titulaire. Il estime que l\u2019obligation pour l\u2019avocat titulaire du certificat ORNISS de respecter les dispositions l\u00e9gales relatives \u00e0 la protection des documents class\u00e9s secrets qu\u2019il a pu consulter n\u2019est pas un obstacle \u00e0 la pr\u00e9paration de la d\u00e9fense de l\u2019\u00e9tranger mis en cause et n\u2019emp\u00eache pas l\u2019avocat de r\u00e9unir des preuves visant \u00e0 r\u00e9futer les informations que renferment ces documents. Il souligne qu\u2019en l\u2019esp\u00e8ce, les avocates choisies par les requ\u00e9rants n\u2019\u00e9taient pas titulaires d\u2019un certificat ORNISS et n\u2019ont pas demand\u00e9 l\u2019ajournement de la proc\u00e9dure aux fins d\u2019entreprendre les d\u00e9marches d\u2019obtention de ce certificat ou de se faire remplacer par d\u2019autres avocats qui en auraient \u00e9t\u00e9 titulaires.<\/p>\n<p>109. Le Gouvernement conclut qu\u2019en l\u2019esp\u00e8ce, les requ\u00e9rants ont b\u00e9n\u00e9fici\u00e9 de garanties conformes \u00e0 l\u2019article 1 du Protocole no\u00a07 et \u00e0 la jurisprudence de la Cour. Il estime que m\u00eame s\u2019ils n\u2019ont pas pu acc\u00e9der aux donn\u00e9es et informations secr\u00e8tes, ils ont \u00e9t\u00e9 suffisamment inform\u00e9s pour pr\u00e9parer leur d\u00e9fense. Il argue que la d\u00e9cision rendue \u00e0 leur \u00e9gard a \u00e9t\u00e9 prise dans le respect des dispositions l\u00e9gales applicables, que leur cause a \u00e9t\u00e9 examin\u00e9e de mani\u00e8re effective par deux juridictions ind\u00e9pendantes et impartiales qui ont eu acc\u00e8s \u00e0 l\u2019ensemble des documents et qui ont jug\u00e9 justifi\u00e9 de les \u00e9loigner du territoire pour prot\u00e9ger la s\u00e9curit\u00e9 nationale. Ils ont pu assister aux audiences tenues par ces juridictions et s\u2019y faire repr\u00e9senter par des avocats.<\/p>\n<p>c) Les tiers intervenants<\/p>\n<p>i. La Fondation Helsinki pour les droits de l\u2019homme et l\u2019Association pour l\u2019intervention juridique<\/p>\n<p>110. La Fondation Helsinki pour les droits de l\u2019homme et l\u2019Association pour l\u2019intervention juridique (StowarzyszenieInterwencjiPrawnej) consid\u00e8rent que, ind\u00e9pendamment du fait que le tribunal qui rendra la d\u00e9cision ait ou non acc\u00e8s aux documents class\u00e9s secrets, les garanties proc\u00e9durales minimales impos\u00e9es par l\u2019article 1 du Protocole no 7 ne peuvent pas \u00eatre assur\u00e9es si l\u2019\u00e9tranger qui fait l\u2019objet d\u2019une proc\u00e9dure d\u2019expulsion n\u2019est pas inform\u00e9 de la substance des motifs qui en sont \u00e0 l\u2019origine. Elles estiment que, pour que la proc\u00e9dure soit conforme \u00e0 la jurisprudence pertinente de la CJUE ainsi qu\u2019\u00e0 la l\u00e9gislation europ\u00e9enne et aux standards des Nations Unies en mati\u00e8re d\u2019expulsion d\u2019\u00e9trangers, il faut que l\u2019\u00e9tranger, ou le cas \u00e9ch\u00e9ant son repr\u00e9sentant, soit inform\u00e9 des raisons factuelles qui la sous-tendent une d\u00e9cision d\u2019expulsion.<\/p>\n<p>ii. Amnesty International<\/p>\n<p>111. Amnesty International est d\u2019avis que les garanties d\u00e9coulant du droit \u00e0 un proc\u00e8s \u00e9quitable sont transposables sur le terrain de l\u2019article 1 du Protocole no\u00a07. Ainsi, le respect des principes du contradictoire et de l\u2019\u00e9galit\u00e9 des armes, l\u2019obligation pour les tribunaux de motiver leurs d\u00e9cisions et la protection contre l\u2019arbitraire s\u2019opposeraient \u00e0 l\u2019utilisation dans des proc\u00e9dures judiciaires de documents class\u00e9s secrets auxquels l\u2019\u00e9tranger concern\u00e9 et son repr\u00e9sentant n\u2019ont pas acc\u00e8s et en l\u2019absence desquels ils ne peuvent pas utilement pr\u00e9parer la d\u00e9fense de l\u2019int\u00e9ress\u00e9. L\u2019utilisation de tels documents serait encore plus probl\u00e9matique lorsque l\u2019\u00e9tranger en question all\u00e8gue au cours de la proc\u00e9dure qu\u2019il risquerait s\u2019il \u00e9tait \u00e9loign\u00e9 du territoire de subir des traitements contraires \u00e0 l\u2019article 3 de la Convention.<\/p>\n<p>iii. La Rapporteure sp\u00e9ciale des Nations unies sur la promotion et la protection des droits de l\u2019homme et des libert\u00e9s fondamentales dans la lutte anti\u2011terroriste<\/p>\n<p>112. Selon la Rapporteure sp\u00e9ciale des Nations unies sur la promotion et la protection des droits de l\u2019homme et des libert\u00e9s fondamentales dans la lutte anti-terroriste (\u00ab\u00a0la Rapporteure sp\u00e9ciale\u00a0\u00bb), l\u2019utilisation d\u2019\u00e9l\u00e9ments de preuve secrets doit demeurer exceptionnelle, que ce soit en mati\u00e8re p\u00e9nale, en mati\u00e8re civile ou en mati\u00e8re de droit des \u00e9trangers, car elle va \u00e0 l\u2019encontre des principes du libre acc\u00e8s \u00e0 un tribunal, du caract\u00e8re contradictoire des proc\u00e9dures judiciaires et de l\u2019\u00e9galit\u00e9 des armes. La Rapporteure sp\u00e9ciale estime qu\u2019il faut d\u00e9finir avec pr\u00e9cision la notion de \u00ab\u00a0s\u00e9curit\u00e9 nationale\u00a0\u00bb afin d\u2019en \u00e9viter un emploi abusif, et qu\u2019il incombe aux autorit\u00e9s de prouver qu\u2019une affaire rel\u00e8ve de la s\u00e9curit\u00e9 nationale. Elle observe que les diff\u00e9rents droits nationaux renferment souvent peu de dispositions visant \u00e0 encadrer l\u2019utilisation d\u2019\u00e9l\u00e9ments de preuve class\u00e9s secrets, et elle consid\u00e8re que le recours \u00e0 de tels \u00e9l\u00e9ments devrait demeurer exceptionnel et que les preuves correspondantes devraient \u00eatre soumises \u00e0 des crit\u00e8res de recevabilit\u00e9 tr\u00e8s stricts. Elle appelle l\u2019attention de la Cour sur le fait qu\u2019une proc\u00e9dure d\u2019expulsion dirig\u00e9e contre un individu au motif que des informations secr\u00e8tes indiquent qu\u2019il pourrait \u00eatre impliqu\u00e9 dans des activit\u00e9s terroristes ou affili\u00e9 \u00e0 un groupe terroriste peut \u00eatre lourde de cons\u00e9quences pour l\u2019int\u00e9ress\u00e9, du fait de la cat\u00e9gorisation \u00e0 laquelle elle l\u2019expose.<\/p>\n<p><em>2. Appr\u00e9ciation de la Cour<\/em><\/p>\n<p>113. La Cour note que les requ\u00e9rants invoquent le droit d\u2019\u00eatre inform\u00e9s, au cours de la proc\u00e9dure les d\u00e9clarant ind\u00e9sirables, des raisons factuelles concr\u00e8tes qui sous-tendent la d\u00e9cision de leur expulsion. Les requ\u00e9rants estiment \u00e9galement que le refus de communication des documents classifi\u00e9s vers\u00e9s par le parquet au dossier pr\u00e9sent\u00e9 \u00e0 la cour d\u2019appel afin de justifier la demande de leur \u00e9loignement m\u00e9conna\u00eet leur droit d\u2019acc\u00e8s au dossier de l\u2019affaire.<\/p>\n<p>a) Les principesg\u00e9n\u00e9raux<\/p>\n<p>i. L\u2019\u00e9tat de la jurisprudence<\/p>\n<p>114. La Cour rappelle que, d\u2019apr\u00e8s un principe de droit international bien \u00e9tabli, les \u00c9tats ont le droit, sans pr\u00e9judice des engagements d\u00e9coulant pour eux des trait\u00e9s, de contr\u00f4ler l\u2019entr\u00e9e, le s\u00e9jour et l\u2019\u00e9loignement des non-nationaux de leur sol.La Convention ne garantit pas le droit pour un \u00e9tranger d\u2019entrer ou de r\u00e9sider dans un pays particulier (voir, parmi beaucoup d\u2019autres, De Souza Ribeiro c. France [GC], no 22689\/07, \u00a7 77,CEDH 2012, etIlias et Ahmed c. Hongrie [GC], no47287\/15, \u00a7 125, 21\u00a0novembre 2019).<\/p>\n<p>115. La proc\u00e9dure administrative d\u2019expulsion d\u2019un \u00e9tranger n\u2019implique pas une d\u00e9cision sur des droits et obligations de caract\u00e8re civil, ni une d\u00e9cision sur le bien-fond\u00e9 d\u2019une accusation en mati\u00e8re p\u00e9nale, au sens de l\u2019article 6 \u00a7\u00a01 de la Convention (Maaouia c. France [GC], no\u00a039652\/98, \u00a7\u00a038, CEDH 2000\u2011X). Conscients de ce que l\u2019article 6 de la Convention n\u2019\u00e9tait pas applicable aux proc\u00e9dures d\u2019expulsion, les \u00c9tats ont souhait\u00e9 prendre des mesures sp\u00e9cifiques dans ce domaine et ont adopt\u00e9 l\u2019article 1 du Protocole no 7 qui d\u00e9finit des garanties proc\u00e9durales applicables \u00e0 ce type de proc\u00e9dure (Maaouia, pr\u00e9cit\u00e9, \u00a7\u00a036\u00a0; voir aussi les points 6, 7 et 16 du rapport explicatif relatif au Protocole\u00a0no 7 cit\u00e9 au paragraphe 68 ci-dessus).<\/p>\n<p>116. L\u2019article 1 \u00a7 1 du Protocole no 7 se r\u00e9f\u00e8re express\u00e9ment aux \u00e9trangers \u00ab\u00a0r\u00e9sidant r\u00e9guli\u00e8rement sur le territoire d\u2019un \u00c9tat\u00a0\u00bb (G\u00e9orgie c.\u00a0Russie (I), pr\u00e9cit\u00e9, \u00a7 228) qui, en cas d\u2019expulsion, b\u00e9n\u00e9ficient des garanties sp\u00e9cifiques pr\u00e9vues par cette disposition (C.G. et autres c.\u00a0Bulgarie, no\u00a01365\/07, \u00a7\u00a070, 24 avril 2008, et Ljatifi c. l\u2019ex-R\u00e9publique yougoslave de Mac\u00e9doine, no19017\/16, \u00a7 32, 17 mai 2018). L\u2019article 1 \u00a7\u00a02 du Protocole no\u00a07 pr\u00e9voit une exception qui permet aux \u00c9tats d\u2019expulser un \u00e9tranger r\u00e9sidant r\u00e9guli\u00e8rement sur leur territoire m\u00eame avant l\u2019exercice par l\u2019int\u00e9ress\u00e9 des garanties proc\u00e9durales pr\u00e9vues en sa faveur \u00e0 l\u2019article 1 \u00a7\u00a01 du Protocole no 7, lorsque l\u2019int\u00e9r\u00eat de l\u2019ordre public ou des motifs de s\u00e9curit\u00e9 nationale l\u2019imposent.<\/p>\n<p>117. D\u2019apr\u00e8s le rapport explicatif relatif au Protocole\u00a0no 7, en adoptant l\u2019article 1 du Protocole no 7, les \u00c9tats ont consenti \u00e0 des garanties proc\u00e9durales \u00ab\u00a0minimales\u00a0\u00bb en cas d\u2019expulsion (voir le point 7 dudit rapport cit\u00e9 au paragraphe 68 ci-dessus).<\/p>\n<p>118. Une premi\u00e8re garantie fondamentale \u00e9nonc\u00e9e par l\u2019article 1 \u00a7 1 du Protocole no 7 pr\u00e9voit que l\u2019\u00e9tranger concern\u00e9 ne peut \u00eatre expuls\u00e9 qu\u2019\u00ab\u00a0en ex\u00e9cution d\u2019une d\u00e9cision prise conform\u00e9ment \u00e0 la loi\u00a0\u00bb. Cette expression rev\u00eat un sens similaire partout o\u00f9 elle est employ\u00e9e dans la Convention et ses Protocoles (C.G. et autres, pr\u00e9cit\u00e9, \u00a7\u00a073). Elle requiert non seulement l\u2019existence d\u2019une base l\u00e9gale en droit interne, mais aussi la qualit\u00e9 de la loi, ce qui suppose l\u2019accessibilit\u00e9 et la pr\u00e9visibilit\u00e9 de celle-ci, ainsi qu\u2019une certaine protection contre les atteintes arbitraires de la puissance publique aux droits garantis par la Convention (Lupsa c.\u00a0Roumanie, no\u00a010337\/04, \u00a7\u00a055, CEDH 2006\u2011VII, et Baltaji c.\u00a0Bulgarie, no\u00a012919\/04, \u00a7\u00a055, 12\u00a0juillet 2011). Cela vaut \u00e9galement pour les articles de la Convention qui renferment des garanties proc\u00e9durales, comme le fait l\u2019article 1 du Protocole no 7, car il est de jurisprudence constante que la pr\u00e9\u00e9minence du droit, express\u00e9ment mentionn\u00e9e dans le pr\u00e9ambule de la Convention, est inh\u00e9rente \u00e0 tous les articles de la Convention (Baka c. Hongrie [GC], no 20261\/12, \u00a7\u00a0117, 23 juin 2016). L\u2019arbitraire, qui implique la n\u00e9gation de l\u2019\u00c9tat de droit (Al-Dulimi et Montana Management Inc. c. Suisse [GC], no 5809\/08, \u00a7 145, 21\u00a0juin 2016), est tout aussi intol\u00e9rable en mati\u00e8re de droits proc\u00e9duraux qu\u2019en mati\u00e8re de droits substantiels.<\/p>\n<p>119. Outre la condition g\u00e9n\u00e9rale de l\u00e9galit\u00e9, l\u2019article 1 \u00a7 1 du Protocole no 7 pr\u00e9voit trois garanties sp\u00e9cifiques de proc\u00e9dure\u00a0: l\u2019\u00e9tranger doit pouvoir faire valoir les raisons qui militent contre son expulsion, faire examiner son cas et, enfin, se faire repr\u00e9senter \u00e0 ces fins devant l\u2019autorit\u00e9 comp\u00e9tente (voir le point 12 du rapport explicatif cit\u00e9 au paragraphe 68 ci-dessus).<\/p>\n<p>120. Dans certaines affaires, la Cour a examin\u00e9 non seulement la qualit\u00e9 de la loi interne, mais aussi le respect des garanties \u00e9num\u00e9r\u00e9es au paragraphe\u00a01 de l\u2019article 1 du Protocole no 7. Afin de v\u00e9rifier si ces garanties \u00e9taient accord\u00e9es dans les cas pertinents, elle a tenu compte des circonstances suivantes\u00a0: l\u2019acte de saisine de l\u2019instance n\u2019avait pas \u00e9t\u00e9 notifi\u00e9 \u00e0 l\u2019int\u00e9ress\u00e9 (Lupsa, pr\u00e9cit\u00e9, \u00a7 59)\u00a0; les tribunaux avaient refus\u00e9 d\u2019examiner au fond un recours contre la d\u00e9cision d\u2019expulsion et aucun organe ind\u00e9pendant et impartial n\u2019avait examin\u00e9 ladite d\u00e9cision (Baltaji, pr\u00e9cit\u00e9, \u00a7\u00a057)\u00a0; l\u2019int\u00e9ress\u00e9 n\u2019avait pu, \u00e0 aucun moment de la proc\u00e9dure, prendre connaissance des raisons factuelles \u2013 m\u00eame des moindres \u2013 de son expulsion, si bien qu\u2019il n\u2019avait pas pu faire valoir les raisons qui militaient contre cette mesure (Lupsa, pr\u00e9cit\u00e9, \u00a7\u00a059, Ahmed c. Roumanie, no\u00a034621\/03, \u00a7\u00a053, 13 juillet 2010, Geleri c.\u00a0Roumanie, no\u00a033118\/05, \u00a7 46, 15 f\u00e9vrier 2011, et Baltaji, pr\u00e9cit\u00e9, \u00a7 58)\u00a0; la juridiction comp\u00e9tente avait rejet\u00e9 toute demande d\u2019ajournement, emp\u00eachant ainsi l\u2019avocat du requ\u00e9rant d\u2019\u00e9tudier l\u2019ordonnance prise \u00e0 l\u2019encontre de celui-ci (Lupsa, pr\u00e9cit\u00e9, \u00a7\u00a059)\u00a0; et le contr\u00f4le purement formel r\u00e9alis\u00e9 par les juridictions internes (C.G. et autres, pr\u00e9cit\u00e9, \u00a7\u00a7 73 et 74, Kaushal et autres c. Bulgarie, no\u00a01537\/08, \u00a7 49, 2\u00a0septembre 2010, Geleri, pr\u00e9cit\u00e9, \u00a7 48, et Takush c. Gr\u00e8ce, no 2853\/09, \u00a7\u00a7\u00a060-63, 17 janvier 2012).<\/p>\n<p>121. Plus r\u00e9cemment, dans l\u2019affaire Ljatifi c. l\u2019ex-R\u00e9publique yougoslave de Mac\u00e9doine, pr\u00e9cit\u00e9e, en examinant la compatibilit\u00e9 avec l\u2019article 1 \u00a7 1 a) et b) du Protocole no 7 d\u2019une d\u00e9cision d\u2019expulsion fond\u00e9e sur des motifs li\u00e9s \u00e0 la protection de la s\u00e9curit\u00e9 nationale, la Cour a r\u00e9sum\u00e9 ainsi les principes applicables en la mati\u00e8re\u00a0:<\/p>\n<p>\u00ab\u00a035. Dans la mesure o\u00f9 l\u2019ordonnance incrimin\u00e9e reposait sur des consid\u00e9rations de s\u00e9curit\u00e9 nationale, la Cour a estim\u00e9 que l\u2019exigence de pr\u00e9visibilit\u00e9 n\u2019allait pas jusqu\u2019\u00e0 obliger les \u00c9tats \u00e0 adopter des dispositions juridiques \u00e9num\u00e9rant en d\u00e9tail tous les comportements susceptibles de donner lieu \u00e0 une d\u00e9cision d\u2019expulser une personne pour des raisons de s\u00e9curit\u00e9 nationale. Pourtant, m\u00eame lorsque des imp\u00e9ratifs de s\u00e9curit\u00e9 nationale entrent en ligne de compte, les principes de l\u00e9galit\u00e9 et de pr\u00e9\u00e9minence du droit applicables dans une soci\u00e9t\u00e9 d\u00e9mocratique exigent que toute mesure d\u2019\u00e9loignement qui touche aux droits fondamentaux de la personne puisse \u00eatre soumise \u00e0 une forme de proc\u00e9dure contradictoire devant un organe ou un tribunal ind\u00e9pendant comp\u00e9tent pour examiner effectivement les motifs de la d\u00e9cision en question et les preuves pertinentes, pr\u00e9voyant, si n\u00e9cessaire, des limitations proc\u00e9durales ad\u00e9quates quant \u00e0 l\u2019utilisation d\u2019informations classifi\u00e9es. Devant cet organe de contr\u00f4le, la personne concern\u00e9e doit pouvoir contester l\u2019affirmation des autorit\u00e9s selon laquelle la s\u00e9curit\u00e9 nationale est en jeu. L\u2019appr\u00e9ciation port\u00e9e par les autorit\u00e9s sur ce qui constitue une menace pour la s\u00e9curit\u00e9 nationale a \u00e9videmment un poids important, mais l\u2019organe ou le tribunal ind\u00e9pendant doit pouvoir r\u00e9agir au cas o\u00f9 la mise en avant de cette notion serait d\u00e9nu\u00e9e de toute base factuelle raisonnable ou r\u00e9v\u00e9lerait une interpr\u00e9tation de la \u00ab s\u00e9curit\u00e9 nationale \u00bb illicite ou contraire au bon sens et arbitraire (C.G. et autres, pr\u00e9cit\u00e9, \u00a7 40).\u00a0\u00bb<\/p>\n<p>122. Dans le contexte de l\u2019article 1 du Protocole no 7, la Cour a tenu compte de ce que l\u2019objet et le but de la Convention, instrument de protection des droits de l\u2019homme, appellent \u00e0 comprendre et \u00e0 appliquer ses dispositions d\u2019une mani\u00e8re qui en rend les exigences concr\u00e8tes et effectives, et non th\u00e9oriques et illusoires (Geleri, pr\u00e9cit\u00e9, \u00a7\u00a048, et Takush, pr\u00e9cit\u00e9, \u00a7\u00a063). Il s\u2019agit l\u00e0 d\u2019un principe g\u00e9n\u00e9ral d\u2019interpr\u00e9tation de l\u2019ensemble des dispositions de la Convention et de ses Protocoles (voir, par exemple, Artico c.\u00a0Italie, 13\u00a0mai 1980, \u00a7 33, s\u00e9rie A no 37, Soering c. Royaume\u2011Uni, 7\u00a0juillet 1989, \u00a7\u00a087, s\u00e9rie A no 161, et Magyar Helsinki Bizotts\u00e1g c. Hongrie [GC], no\u00a018030\/11, \u00a7\u00a0121, 8\u00a0novembre 2016).<\/p>\n<p>123. Il ressort de ce qui pr\u00e9c\u00e8de que s\u2019agissant de l\u2019article 1 \u00a7 1 du Protocole no 7, la Cour a toujours \u00e9t\u00e9 soucieuse de s\u2019assurer que la d\u00e9cision d\u2019expulsion n\u2019\u00e9tait pas arbitraire (paragraphes 116 et 121 ci-dessus) et que l\u2019\u00e9tranger concern\u00e9 a pu exercer de mani\u00e8re effective les droits \u00e9num\u00e9r\u00e9s au premier paragraphe de l\u2019article susmentionn\u00e9 (paragraphes 119 et 121 ci\u2011dessus).<\/p>\n<p>124. La Cour examinera successivement, \u00e0 la lumi\u00e8re de cette jurisprudence, si les droits revendiqu\u00e9s par les requ\u00e9rants sont garantis par l\u2019article 1 du Protocole no 7, et dans l\u2019affirmative, quelle est leur port\u00e9e (ii), s\u2019il est possible d\u2019y apporter des restrictions (iii) et quels sont les crit\u00e8res \u00e0 prendre en consid\u00e9ration pour statuer sur la compatibilit\u00e9 d\u2019une restriction apport\u00e9e auxdits droits avec l\u2019article 1 du Protocole no 7 (iv).<\/p>\n<p>ii. Sur la question de savoir si les droits revendiqu\u00e9s par les requ\u00e9rants sont garantis par l\u2019article 1 du Protocole no 7, et dans l\u2019affirmative, quelle est leur port\u00e9e<\/p>\n<p>125. La Cour observe que les droits revendiqu\u00e9s par les requ\u00e9rants, \u00e0 savoir le droit d\u2019\u00eatre inform\u00e9s des raisons de leur expulsion et celui d\u2019avoir acc\u00e8s aux documents vers\u00e9s au dossier de l\u2019affaire, ne sont pas express\u00e9ment mentionn\u00e9s dans le texte de l\u2019article 1 du Protocole no 7. Il appartient donc \u00e0 la Cour de d\u00e9terminer, en gardant \u00e0 l\u2019esprit que la Convention garantit des droits \u00ab\u00a0concrets et effectifs\u00a0\u00bb, si ces droits peuvent \u00eatre consid\u00e9r\u00e9s comme d\u00e9coulant de l\u2019article 1 \u00a7 1 susmentionn\u00e9, et dans l\u2019affirmative, quelle est leur port\u00e9e.<\/p>\n<p>126. La Cour rappelle que la condition impos\u00e9e par l\u2019article 1 \u00a7 1 du Protocole no 7 de n\u2019\u00eatre expuls\u00e9 qu\u2019en ex\u00e9cution d\u2019une d\u00e9cision prise \u00ab\u00a0conform\u00e9ment \u00e0 la loi\u00a0\u00bb implique, comme mentionn\u00e9 plus haut, que la loi remplit les qualit\u00e9s requises par la jurisprudence de la Cour en la mati\u00e8re, y compris celle d\u2019assurer une certaine protection contre l\u2019arbitraire des autorit\u00e9s (paragraphe 118 ci-dessus). En outre, l\u2019article 1 \u00a7 1 a) du Protocole\u00a0no 7 garantit express\u00e9ment le droit pour l\u2019\u00e9tranger concern\u00e9 de faire valoir les raisons qui militent contre son expulsion. Or, de l\u2019avis de la Cour, un \u00e9tranger ne peut pas utilement contester les all\u00e9gations des autorit\u00e9s selon lesquelles la s\u00e9curit\u00e9 nationale est en cause ni faire raisonnablement valoir les raisons qui militent contre son expulsion sans conna\u00eetre les \u00e9l\u00e9ments factuels pertinents qui ont conduit les autorit\u00e9s internes \u00e0 consid\u00e9rer que l\u2019int\u00e9ress\u00e9 met en danger la s\u00e9curit\u00e9 nationale. Une telle information est essentielle pour assurer un exercice effectif par l\u2019\u00e9tranger en question du droit consacr\u00e9 \u00e0 l\u2019article 1 \u00a7 1 a) du Protocole no 7.<\/p>\n<p>127. Dans les affaires examin\u00e9es jusqu\u2019\u00e0 pr\u00e9sent par la Cour sur le terrain de l\u2019article 1 du Protocole no 7, les requ\u00e9rants n\u2019ont pas \u00e9t\u00e9 inform\u00e9s des faits concrets qui leur \u00e9taient reproch\u00e9s, ni m\u00eame du contexte g\u00e9n\u00e9ral justifiant l\u2019expulsion, les actes de saisine des instances se limitant \u00e0 dire qu\u2019il y avait des indices que les personnes mises en cause menaient des activit\u00e9s de nature \u00e0 mettre en danger la s\u00e9curit\u00e9 nationale (voir, par exemple, Lupsa, pr\u00e9cit\u00e9, \u00a7\u00a010, Kaushal et autres, pr\u00e9cit\u00e9, \u00a7 6, Baltaji, pr\u00e9cit\u00e9, \u00a7\u00a09, et Ljatifi, pr\u00e9cit\u00e9 \u00a7\u00a07). Dans ces affaires, la Cour a exig\u00e9 qu\u2019au minimum \u00ab\u00a0un organe ou un tribunal ind\u00e9pendant\u00a0\u00bb soit inform\u00e9 des \u00ab\u00a0motifs de la d\u00e9cision en question et des preuves pertinentes\u00a0\u00bb, sans pour autant s\u2019\u00eatre prononc\u00e9 sur la question de savoir s\u2019il \u00e9tait \u00e9galement n\u00e9cessaire que les motifs susmentionn\u00e9s soient communiqu\u00e9s \u00e0 la personne concern\u00e9e. Toutefois, la Cour a jug\u00e9 que l\u2019article 1 du Protocole no\u00a07 implique le droit pour l\u2019\u00e9tranger concern\u00e9 de se voir notifier les reproches port\u00e9es contre lui (Lupsa, pr\u00e9cit\u00e9, \u00a7\u00a059) et elle a toujours sanctionn\u00e9 l\u2019absence de toute information fournie aux int\u00e9ress\u00e9s quant aux raisons qui fondaient la d\u00e9cision d\u2019expulsion (Lupsa, pr\u00e9cit\u00e9, \u00a7\u00a7\u00a040 et 56, Ahmed, pr\u00e9cit\u00e9, \u00a7\u00a053, Kaushal et autres, pr\u00e9cit\u00e9, \u00a7\u00a7 30 et 48, Baltaji, pr\u00e9cit\u00e9, \u00a7\u00a058, et Ljatifi, pr\u00e9cit\u00e9, \u00a7\u00a7 36 \u00e0 39).<\/p>\n<p>128. Quant au droit d\u2019avoir acc\u00e8s aux pi\u00e8ces du dossier, il n\u2019a pas, \u00e0 ce jour, \u00e9t\u00e9 consacr\u00e9 en tant que tel dans la jurisprudence de la Cour sur le terrain de l\u2019article 1 du Protocole no 7. La Cour a toutefois \u00e9t\u00e9 amen\u00e9e \u00e0 dire que, m\u00eame lorsque la s\u00e9curit\u00e9 nationale \u00e9tait en jeu, une mesure d\u2019\u00e9loignement doit \u00eatre soumise \u00e0 une forme de proc\u00e9dure contradictoire, pr\u00e9voyant, si n\u00e9cessaire, des limitations proc\u00e9durales ad\u00e9quates quant \u00e0 l\u2019utilisation d\u2019informations classifi\u00e9es (Ljatifi, pr\u00e9cit\u00e9, \u00a7 35). De l\u2019avis de la Cour, l\u2019article 1 du Protocole no 7 garantit \u00e0 l\u2019\u00e9tranger concern\u00e9 le droit d\u2019\u00eatre inform\u00e9, de pr\u00e9f\u00e9rence par \u00e9crit et en tout \u00e9tat de cause d\u2019une mani\u00e8re telle qu\u2019il puisse se d\u00e9fendre de fa\u00e7on effective, du contenu des documents et des informations sur lesquels s\u2019est fond\u00e9e l\u2019autorit\u00e9 nationale comp\u00e9tente pour d\u00e9cider de l\u2019expulsion, sans pr\u00e9judice de la possibilit\u00e9 d\u2019apporter, si n\u00e9cessaire, des restrictions d\u00fbment justifi\u00e9es quant \u00e0 ce type d\u2019information.<\/p>\n<p>129. Eu \u00e9gard \u00e0 ce qui pr\u00e9c\u00e8de, la Cour conclut que l\u2019article 1 du Protocole no 7 exige en principe que les \u00e9trangers concern\u00e9s soient inform\u00e9s des \u00e9l\u00e9ments factuels pertinents qui ont conduit l\u2019autorit\u00e9 nationale comp\u00e9tente \u00e0 consid\u00e9rer qu\u2019ils repr\u00e9sentent une menace pour la s\u00e9curit\u00e9 nationale et qu\u2019ils aient acc\u00e8s au contenu des documents et des informations du dossier de l\u2019affaire sur lesquels ladite autorit\u00e9 s\u2019est fond\u00e9e pour d\u00e9cider de leur expulsion.<\/p>\n<p>iii. Sur les restrictions qui peuvent \u00eatre apport\u00e9es au droit d\u2019\u00eatre inform\u00e9 des \u00e9l\u00e9ments factuels pertinents motivant la d\u00e9cision d\u2019expulsion et \u00e0 celui d\u2019avoir acc\u00e8s au contenu des documents et des informations sur lesquels s\u2019est fond\u00e9e l\u2019autorit\u00e9 nationale comp\u00e9tente<\/p>\n<p>130. Pour autant, ces droits ne sont pas absolus. En effet, comme certaines proc\u00e9dures p\u00e9nales, une proc\u00e9dure administrative d\u2019expulsion peut, elle aussi, \u00eatre caract\u00e9ris\u00e9e par la pr\u00e9sence d\u2019int\u00e9r\u00eats concurrents \u2013 tels que la s\u00e9curit\u00e9 nationale et la n\u00e9cessit\u00e9 de prot\u00e9ger des t\u00e9moins risquant des repr\u00e9sailles ou de garder secr\u00e8tes des m\u00e9thodes d\u2019enqu\u00eate polici\u00e8res \u2013 qui doivent \u00eatre mis en balance avec les droits de l\u2019\u00e9tranger concern\u00e9 (voir, parmi beaucoup d\u2019autres, Jasper c. Royaume-Uni [GC], no\u00a027052\/95, \u00a7 52, 16 f\u00e9vrier 2000, pour le cas d\u2019une proc\u00e9dure p\u00e9nale, et Regner, pr\u00e9cit\u00e9, \u00a7\u00a0148, pour une proc\u00e9dure administrative). La Cour a d\u2019ailleurs consid\u00e9r\u00e9 que les \u00c9tats contractants jouissent d\u2019une certaine marge d\u2019appr\u00e9ciation en la mati\u00e8re (Regner, pr\u00e9cit\u00e9, \u00a7 147)<\/p>\n<p>131. La Cour a \u00e9galement accept\u00e9 des restrictions aux droits d\u2019acc\u00e9der au dossier et d\u2019\u00eatre inform\u00e9 des faits reproch\u00e9s dans des affaires portant sur des proc\u00e9dures d\u2019expulsion lorsque la s\u00e9curit\u00e9 nationale \u00e9tait en cause (voir, parmi d\u2019autres, Al-Nashif c.\u00a0Bulgarie, no\u00a050963\/99, \u00a7 137, 20 juin 2002, concernant les articles 8 et 13 de la Convention, et Ljatifi, pr\u00e9cit\u00e9, \u00a7\u00a035, concernant l\u2019article 1 du Protocole no 7). Par ailleurs, la Cour constate que s\u2019agissant de la possibilit\u00e9 de restreindre les droits proc\u00e9duraux des \u00e9trangers sous le coup d\u2019une mesure d\u2019expulsion, la vaste majorit\u00e9 des \u00c9tats membres pr\u00e9voient express\u00e9ment dans leur l\u00e9gislation interne la possibilit\u00e9 de limiter ces droits lorsque la s\u00e9curit\u00e9 nationale est en cause (paragraphe 79 ci\u2011dessus).<\/p>\n<p>132. La Cour r\u00e9it\u00e8re qu\u2019elle est pleinement consciente de l\u2019ampleur du danger que repr\u00e9sente le terrorisme pour la collectivit\u00e9 et, par cons\u00e9quent, de l\u2019importance des enjeux de la lutte antiterroriste. Elle est aussi au courant des difficult\u00e9s consid\u00e9rables que rencontrent \u00e0 notre \u00e9poque les \u00c9tats pour prot\u00e9ger leur population de la violence terroriste (voir, parmi d\u2019autres, \u00d6calan c.\u00a0Turquie [GC], no 46221\/99, \u00a7 179, CEDH 2005\u2011IV, A. et autres c.\u00a0Royaume-Uni [GC], no 3455\/05, \u00a7 126, CEDH 2009,et A. c.\u00a0Pays\u2011Bas, no\u00a04900\/06, \u00a7 143, 20 juillet 2010). D\u00e8s lors, il convient de ne pas appliquer l\u2019article 1 du Protocole no 7 d\u2019une mani\u00e8re qui entra\u00eenerait pour les autorit\u00e9s comp\u00e9tentes des difficult\u00e9s excessives pour combattre efficacement le terrorisme et d\u2019autres crimes graves, comme il leur revient de le faire au titre de l\u2019obligation, d\u00e9coulant pour elles des articles 2, 3 et 5 \u00a7 1 de la Convention, de prot\u00e9ger le droit \u00e0 la vie et le droit \u00e0 l\u2019int\u00e9grit\u00e9 physique des membres de la population (voir, mutatis mutandis, Sher et autres c.\u00a0Royaume-Uni, no\u00a05201\/11, \u00a7 149,CEDH 2015 (extraits), et Ibrahim et autres c. Royaume\u2011Uni [GC], nos 50541\/08 et 3\u00a0autres, \u00a7 252, 13\u00a0septembre 2016).<\/p>\n<p>133. Pour autant, les restrictions apport\u00e9es aux droits en question ne doivent pas r\u00e9duire \u00e0 n\u00e9ant la protection proc\u00e9durale assur\u00e9e par l\u2019article\u00a01\u00a0du Protocole no 7 en touchant \u00e0 la substance m\u00eame des garanties pr\u00e9vues par cette disposition (voir, mutatis mutandis, Regner, pr\u00e9cit\u00e9, \u00a7\u00a0148). M\u00eame lorsqu\u2019il existe des limitations, l\u2019\u00e9tranger doit se voir offrir une possibilit\u00e9 effective de faire valoir les raisons qui militent contre son expulsion et b\u00e9n\u00e9ficier d\u2019une protection contre l\u2019arbitraire. La Cour doit donc tout d\u2019abord rechercher si l\u2019autorit\u00e9 ind\u00e9pendante comp\u00e9tente a jug\u00e9 que les limitations apport\u00e9es aux droits proc\u00e9duraux de l\u2019\u00e9tranger \u00e9taient d\u00fbment justifi\u00e9es \u00e0 la lumi\u00e8re des circonstances de l\u2019esp\u00e8ce. La Cour examinera ensuite si les difficult\u00e9s caus\u00e9es par ces limitations \u00e0 l\u2019\u00e9tranger concern\u00e9 ont \u00e9t\u00e9 suffisamment contrebalanc\u00e9es par des facteurs compensateurs. En effet, seules sont admissibles au regard de l\u2019article 1 du Protocole\u00a0no\u00a07 les restrictions qui, eu \u00e9gard aux circonstances de la cause, sont d\u00fbment justifi\u00e9es et suffisamment contrebalanc\u00e9es.<\/p>\n<p>iv. Sur les crit\u00e8res \u00e0 prendre en compte pour statuer sur la compatibilit\u00e9 avec l\u2019article 1 \u00a7 1 du Protocole no\u00a07 de restrictions apport\u00e9es au droit d\u2019\u00eatre inform\u00e9 des \u00e9l\u00e9ments factuels pertinents motivant la d\u00e9cision d\u2019expulsion et \u00e0 celui d\u2019avoir acc\u00e8s au contenu des documents et des informations sur lesquels s\u2019est fond\u00e9e l\u2019autorit\u00e9 nationale comp\u00e9tente<\/p>\n<p>134. La Cour rappelle qu\u2019elle a d\u00e9j\u00e0 jug\u00e9, sous l\u2019angle de l\u2019article 6 de la Convention, que m\u00eame lorsque la s\u00e9curit\u00e9 nationale ou l\u2019ordre public \u00e9taient en cause, seules \u00e9taient l\u00e9gitimes les limitations des droits proc\u00e9duraux qui n\u2019atteignent pas ceux-ci dans leur substance m\u00eame (voir, par exemple, Regner, pr\u00e9cit\u00e9, \u00a7 148, et, mutatis mutandis, Fayed c. Royaume-Uni, 21\u00a0septembre 1994, \u00a7 54, s\u00e9rie A no 294\u2011B, et Omar c. France, 29 juillet 1998, \u00a7 34, Recueil des arr\u00eats et d\u00e9cisions 1998\u2011V). En pr\u00e9sence de limitations de certains droits proc\u00e9duraux, elle a fr\u00e9quemment consid\u00e9r\u00e9 que les autorit\u00e9s nationales avaient l\u2019obligation d\u2019appliquer des mesures destin\u00e9es \u00e0 compenser de mani\u00e8re ad\u00e9quate les effets de ces limitations sur la situation des int\u00e9ress\u00e9s (voir, par exemple, Jasper, pr\u00e9cit\u00e9, \u00a7 52, Fitt c.\u00a0Royaume-Uni [GC], no\u00a029777\/96, \u00a7\u00a045 avec d\u2019autres r\u00e9f\u00e9rences, CEDH 2000-II, et Schatschaschwili c. Allemagne [GC], no 9154\/10, \u00a7 107, CEDH 2015, quant \u00e0 l\u2019article 6 de la Convention, et A. et autres, pr\u00e9cit\u00e9, \u00a7\u00a0218, quant \u00e0 l\u2019article 5 \u00a7 4 de la Convention).<\/p>\n<p>135. Bien que l\u2019on ne puisse d\u00e9duire de la jurisprudence pr\u00e9cit\u00e9e relative aux articles 5 et 6 de la Convention que l\u2019\u00e9tendue des garanties proc\u00e9durales attach\u00e9es \u00e0 l\u2019article 1 \u00a7 1 du Protocole no 7 devrait n\u00e9cessairement \u00eatre identique \u00e0 celle des garanties inh\u00e9rentes aux dispositions susmentionn\u00e9es, ladite jurisprudence fournit des indications utiles quant \u00e0 la m\u00e9thodologie \u00e0 suivre pour appr\u00e9cier les restrictions apport\u00e9es aux droits consacr\u00e9s par l\u2019article 1 du Protocole no 7.<\/p>\n<p>136. Aussi la Cour doit-elle d\u00e9terminer dans quelles circonstances les restrictions apport\u00e9es au droit d\u2019\u00eatre inform\u00e9 des \u00e9l\u00e9ments factuels qui sous\u2011tendent la d\u00e9cision d\u2019expulsion et\/ou les restrictions du droit d\u2019avoir acc\u00e8s au contenu des documents et des informations sur lesquels s\u2019est fond\u00e9e l\u2019autorit\u00e9 nationale comp\u00e9tente pour d\u00e9cider de l\u2019expulsion sont compatibles avec l\u2019article 1 \u00a7 1 du Protocole no\u00a07. Pour des raisons pratiques, ces droits seront appel\u00e9s ci-apr\u00e8s les \u00ab\u00a0droits proc\u00e9duraux\u00a0\u00bb des \u00e9trangers.<\/p>\n<p>137. Pour ce faire, la Cour doit d\u2019abord rechercher si les restrictions en question \u00e9taient d\u00fbment justifi\u00e9es dans les circonstances de l\u2019affaire, puis appr\u00e9cier si ces restrictions ont \u00e9t\u00e9 suffisamment compens\u00e9es, notamment par des garanties proc\u00e9durales solides, de mani\u00e8re \u00e0 pr\u00e9server la substance m\u00eame des droits en cause (paragraphe 133 ci-dessus).<\/p>\n<p>138. La Cour effectue son examen eu \u00e9gard aux circonstances concr\u00e8tes d\u2019une affaire donn\u00e9e, en prenant en compte l\u2019ensemble de la proc\u00e9dure en cause. Une telle d\u00e9marche correspond au r\u00f4le de la Cour, \u00e0 qui il n\u2019incombe pas d\u2019examiner in abstracto la l\u00e9gislation et la pratique pertinentes, mais de rechercher si la mani\u00e8re dont elles ont touch\u00e9 le requ\u00e9rant a enfreint la Convention (voir, mutatis mutandis, N.C. c. Italie [GC], no 24952\/94, \u00a7 56, CEDH 2002\u2011X).<\/p>\n<p>1) Sur la question de savoir si les restrictions aux \u00ab\u00a0droits proc\u00e9duraux\u00a0\u00bb des \u00e9trangers \u00e9taient d\u00fbment justifi\u00e9es<\/p>\n<p>139. La Cour admet qu\u2019il peut exister des motifs d\u00fbment justifi\u00e9s, tels que la n\u00e9cessit\u00e9 de prot\u00e9ger la s\u00e9curit\u00e9 nationale, d\u2019imposer des restrictions aux droits proc\u00e9duraux des \u00e9trangers. Conform\u00e9ment au principe de subsidiarit\u00e9, il revient en premier lieu aux autorit\u00e9s nationales d\u2019appr\u00e9cier si les restrictions apport\u00e9es dans une affaire donn\u00e9e aux droits proc\u00e9duraux des \u00e9trangers sont n\u00e9cessaires et d\u00fbment justifi\u00e9es (voir, mutatis mutandis, Schatschaschwili, pr\u00e9cit\u00e9, \u00a7 119). En cons\u00e9quence, la Cour examinera le processus d\u00e9cisionnel ayant conduit aux limitations apport\u00e9es aux droits proc\u00e9duraux de l\u2019\u00e9tranger. \u00c0 cet \u00e9gard, la Cour rappelle que dans une soci\u00e9t\u00e9 d\u00e9mocratique r\u00e9gie par l\u2019\u00c9tat de droit, l\u2019appr\u00e9ciation de la n\u00e9cessit\u00e9 des restrictions apport\u00e9es aux droits proc\u00e9duraux d\u2019un \u00e9tranger doit \u00eatre entour\u00e9e de garanties contre l\u2019arbitraire (paragraphe 118 ci-dessus). \u00c0 cet effet, il faut notamment que la d\u00e9cision imposant de telles restrictions soit d\u00fbment motiv\u00e9e et qu\u2019il existe une proc\u00e9dure permettant d\u2019en contr\u00f4ler les motifs de mani\u00e8re appropri\u00e9e, notamment lorsqu\u2019ils ne sont pas divulgu\u00e9s \u00e0 l\u2019int\u00e9ress\u00e9.<\/p>\n<p>140. Pour qu\u2019un tel contr\u00f4le r\u00e9ponde aux exigences de l\u2019\u00c9tat de droit, qui sont incompatibles avec l\u2019octroi d\u2019un pouvoir discr\u00e9tionnaire illimit\u00e9 \u00e0 l\u2019ex\u00e9cutif (voir, mutatis mutandis, Amann c. Suisse [GC], no\u00a027798\/95, \u00a7 56, CEDH 2000\u2011II), il est souhaitable que ce contr\u00f4le soit confi\u00e9 \u00e0 une autorit\u00e9 \u2013 juridictionnelle ou autre \u2013 ind\u00e9pendante de l\u2019autorit\u00e9 ex\u00e9cutive ayant impos\u00e9 la limitation (voir, mutatis mutandis, Klass et autres c. Allemagne, 6\u00a0septembre 1978, \u00a7\u00a7\u00a055-56, s\u00e9rie A no 28, et Roman Zakharov c. Russie [GC], no 47143\/06, \u00a7\u00a0233, CEDH 2015). \u00c0 cet \u00e9gard, il est rappel\u00e9 que dans le cadre de l\u2019examen de la compatibilit\u00e9 d\u2019une d\u00e9cision d\u2019expulsion pour des raisons de s\u00e9curit\u00e9 nationale avec l\u2019article 1 \u00a7 1 a) et b) du Protocole\u00a0no\u00a07, la Cour a soulign\u00e9 la n\u00e9cessit\u00e9 d\u2019un contr\u00f4le ind\u00e9pendant de l\u2019appr\u00e9ciation de ces motifs (Ljatifi, pr\u00e9cit\u00e9, \u00a7 35).<\/p>\n<p>141. La question de savoir si une autorit\u00e9 nationale ind\u00e9pendante a examin\u00e9 la n\u00e9cessit\u00e9 des restrictions aux droits proc\u00e9duraux de l\u2019\u00e9tranger mis en cause est donc un premier crit\u00e8re dans l\u2019examen de la Cour sur le terrain de l\u2019article 1 du Protocole no 7. Dans ce contexte, la Cour attachera de l\u2019importance \u00e0 l\u2019\u00e9tendue des comp\u00e9tences de ladite autorit\u00e9 nationale et notamment au point de savoir si celle-ci peut contr\u00f4ler la n\u00e9cessit\u00e9 de maintenir la confidentialit\u00e9 des donn\u00e9es classifi\u00e9es (voir, mutatis mutandis, Regner, pr\u00e9cit\u00e9, \u00a7 152).<\/p>\n<p>142. Ensuite, la Cour devra s\u2019int\u00e9resser aussi aux pouvoirs d\u00e9volus \u00e0 l\u2019autorit\u00e9 ind\u00e9pendante en fonction du constat qu\u2019elle aura fait dans un cas donn\u00e9 quant \u00e0 la n\u00e9cessit\u00e9 de restreindre les droits proc\u00e9duraux des \u00e9trangers. Plus pr\u00e9cis\u00e9ment, il conviendra de rechercher si, lorsque l\u2019autorit\u00e9 ind\u00e9pendante estime que la s\u00e9curit\u00e9 nationale ne justifie pas le refus de transmettre \u00e0 l\u2019\u00e9tranger concern\u00e9 le contenu des documents et des informations sur lesquels s\u2019est fond\u00e9e l\u2019autorit\u00e9 comp\u00e9tente pour d\u00e9cider de l\u2019expulsion, ladite autorit\u00e9 ind\u00e9pendante peut demander \u00e0 l\u2019organe comp\u00e9tent en mati\u00e8re de s\u00e9curit\u00e9 nationale de revoir la classification des documents en cause, voire les d\u00e9classifier elle-m\u00eame (voir, mutatis mutandis, Regner, pr\u00e9cit\u00e9, \u00a7 152) en vue de les transmettre \u00e0 l\u2019\u00e9tranger en question ou, \u00e0 tout le moins, lui en communiquer le contenu.<\/p>\n<p>143. En revanche, dans l\u2019hypoth\u00e8se o\u00f9 l\u2019autorit\u00e9 ind\u00e9pendante estimerait que la protection de la s\u00e9curit\u00e9 nationale s\u2019oppose \u00e0 la divulgation \u00e0 l\u2019int\u00e9ress\u00e9 du contenu des documents classifi\u00e9s, la Cour devra rechercher si, pour parvenir \u00e0 cette conclusion, ladite autorit\u00e9 a d\u00fbment identifi\u00e9 les int\u00e9r\u00eats en jeu et mis en balance les int\u00e9r\u00eats tenant \u00e0 la pr\u00e9servation de la s\u00e9curit\u00e9 nationale et ceux des \u00e9trangers concern\u00e9s.<\/p>\n<p>144. Toutefois, le fait que les autorit\u00e9s nationales n\u2019aient pas examin\u00e9 ou qu\u2019elles aient insuffisamment examin\u00e9 et justifi\u00e9 la n\u00e9cessit\u00e9 de restrictions aux droits proc\u00e9duraux des \u00e9trangers mis en cause ne suffit pas, \u00e0 lui seul, \u00e0 emporter violation de l\u2019article 1 \u00a7 1 du Protocole no 7. En tout \u00e9tat de cause, la Cour recherchera \u00e9galement si des \u00e9l\u00e9ments compensateurs ont \u00e9t\u00e9 appliqu\u00e9s dans le cas concret de l\u2019int\u00e9ress\u00e9 et s\u2019ils ont \u00e9t\u00e9 suffisants pour contrebalancer les effets des restrictions apport\u00e9es \u00e0 ses droits proc\u00e9duraux, de mani\u00e8re \u00e0 pr\u00e9server la substance m\u00eame de ceux-ci.<\/p>\n<p>145. \u00c0 cet \u00e9gard, moins les autorit\u00e9s nationales seront rigoureuses dans l\u2019examen de la n\u00e9cessit\u00e9 d\u2019apporter des restrictions aux droits proc\u00e9duraux des \u00e9trangers concern\u00e9s, plus le contr\u00f4le par la Cour des \u00e9l\u00e9ments compensateurs mis en place pour contrebalancer la limitation des droits en cause devra \u00eatre strict (voir, pour la m\u00e9thodologie, mutatis mutandis, Ibrahim et autres, pr\u00e9cit\u00e9, \u00a7 265\u00a0; voir aussi le paragraphe 133 ci-dessus). Concr\u00e8tement, un examen trop sommaire au niveau national de la n\u00e9cessit\u00e9 d\u2019apporter des restrictions aux droits en question appellera la mise en place d\u2019\u00e9l\u00e9ments compensateurs renforc\u00e9s pour pr\u00e9server, en fonction des circonstances de l\u2019esp\u00e8ce, la substance m\u00eame des droits garantis par l\u2019article\u00a01 \u00a7 1 du Protocole no\u00a07 (paragraphe 133 ci-dessus).<\/p>\n<p>146. Dans son appr\u00e9ciation, la Cour sera guid\u00e9e par deux principes de base\u00a0: plus les informations fournies \u00e0 l\u2019\u00e9tranger concern\u00e9 sont limit\u00e9es, plus les garanties mises en place pour contrebalancer la limitation de ses droits proc\u00e9duraux doivent \u00eatre importantes\u00a0; lorsque les circonstances d\u2019une affaire r\u00e9v\u00e8lent un enjeu particuli\u00e8rement important pour l\u2019\u00e9tranger en question, les garanties compensatoires doivent encore \u00eatre renforc\u00e9es.<\/p>\n<p>2) Sur les \u00e9l\u00e9ments susceptibles de compenser suffisamment les restrictions apport\u00e9es aux \u00ab\u00a0droits proc\u00e9duraux\u00a0\u00bb des \u00e9trangers concern\u00e9s<\/p>\n<p>147. Dans un deuxi\u00e8me temps (paragraphe 136 ci-dessus), la Cour recherchera si les restrictions apport\u00e9es aux droits proc\u00e9duraux des \u00e9trangers ont \u00e9t\u00e9 compens\u00e9es par des garanties ad\u00e9quates et suffisantes.<\/p>\n<p>148. \u00c0 cet \u00e9gard, la Cour remarque que les donn\u00e9es \u00e0 sa disposition ne mettent pas en \u00e9vidence l\u2019existence d\u2019un consensus au niveau europ\u00e9en quant aux types de facteurs susceptibles de compenser les limitations des droits proc\u00e9duraux des \u00e9trangers ou quant \u00e0 leur port\u00e9e. En effet, les limitations aux droits d\u2019acc\u00e8s aux documents class\u00e9 secrets et aux raisons qui fondent une d\u00e9cision d\u2019expulsion sont att\u00e9nu\u00e9es \u00e0 travers des m\u00e9canismes variant selon les sp\u00e9cificit\u00e9s de la l\u00e9gislation ou de la proc\u00e9dure mise en place dans un pays donn\u00e9 (paragraphes 82 \u00e0 86 ci-dessus).<\/p>\n<p>149. La Cour en d\u00e9duit que sur le terrain de l\u2019article 1 du Protocole no 7, les \u00c9tats b\u00e9n\u00e9ficient d\u2019une certaine marge d\u2019appr\u00e9ciation dans le choix des facteurs \u00e0 mettre en place pour compenser la restriction des droits proc\u00e9duraux. Cette marge d\u2019appr\u00e9ciation va toutefois de pair avec un contr\u00f4le europ\u00e9en, la t\u00e2che de la Cour consistant en l\u2019occurrence \u00e0 s\u2019assurer que la protection proc\u00e9durale garantie par l\u2019article 1 du Protocole no 7 n\u2019est pas r\u00e9duite \u00e0 n\u00e9ant (paragraphe 133 ci-dessus).<\/p>\n<p>150. Lorsque la proc\u00e9dure d\u2019expulsion est examin\u00e9e dans son ensemble de mani\u00e8re \u00e0 mesurer les cons\u00e9quences de certaines restrictions sur l\u2019exercice effectif par un \u00e9tranger de ses droits proc\u00e9duraux, les \u00e9l\u00e9ments suivants, \u00e9num\u00e9r\u00e9s ci-apr\u00e8s de mani\u00e8re non-limitative et d\u00e9coulant de la jurisprudence de la Cour ainsi que de l\u2019analyse comparative (paragraphes\u00a080-86 ci-dessus), doivent \u00eatre pris en compte (voir aussi, mutatis mutandis, Ibrahim et autres, pr\u00e9cit\u00e9, \u00a7 274, et Beuze c. Belgique [GC], no\u00a071409\/10, \u00a7\u00a0150, 9 novembre 2018).<\/p>\n<p>\u2012 Sur la pertinence des informations communiqu\u00e9es aux \u00e9trangers quant aux raisons de leur expulsion et l\u2019acc\u00e8s au contenu des documents sur lesquels les autorit\u00e9s se sont fond\u00e9es<\/p>\n<p>151. La jurisprudence de la Cour ne fixe pas dans l\u2019abstrait le volume de l\u2019information \u00e0 fournir aux \u00e9trangers concern\u00e9s, ce volume variant au cas par cas selon les circonstances de chaque esp\u00e8ce. Par cons\u00e9quent, la Cour tiendra compte, dans chaque cas, de la pertinence des informations effectivement communiqu\u00e9es aux \u00e9trangers mis en cause dans une affaire donn\u00e9e quant aux \u00e9l\u00e9ments factuels qui sous-tendent la d\u00e9cision d\u2019expulsion et quant \u00e0 l\u2019acc\u00e8s au contenu des documents et des informations sur lesquels l\u2019autorit\u00e9 de d\u00e9cision s\u2019est fond\u00e9e. Elle recherchera si les autorit\u00e9s nationales ont, dans toute la mesure compatible avec la pr\u00e9servation de la confidentialit\u00e9 et la bonne conduite des investigations, inform\u00e9 les int\u00e9ress\u00e9s, dans le cadre de la proc\u00e9dure, de la substance des reproches dont ils ont fait l\u2019objet (voir, en ce sens, Lupsa, pr\u00e9cit\u00e9, \u00a7 59, Ljatifi, pr\u00e9cit\u00e9, \u00a7\u00a039, et, mutatis mutandis, Regner, pr\u00e9cit\u00e9, \u00a7\u00a0153).<\/p>\n<p>152. Rev\u00eat aussi de l\u2019importance la question de savoir s\u2019il appartient \u00e0 une autorit\u00e9 ind\u00e9pendante, juridictionnelle ou autre, de d\u00e9terminer, dans une affaire donn\u00e9e, apr\u00e8s avoir examin\u00e9 l\u2019ensemble des preuves class\u00e9es secr\u00e8tes, quelles sont les informations factuelles qui peuvent \u00eatre communiqu\u00e9es aux int\u00e9ress\u00e9s sans que la s\u00e9curit\u00e9 nationale soit mise en p\u00e9ril et cela dans une phase de la proc\u00e9dure o\u00f9 l\u2019int\u00e9ress\u00e9 pourrait encore les contester utilement.<\/p>\n<p>\u2012 Sur l\u2019information des \u00e9trangers quant au d\u00e9roulement de la proc\u00e9dure et quant aux dispositifs pr\u00e9vus au niveau interne pour compenser la limitation de leurs droits<\/p>\n<p>153. La Cour consid\u00e8re en outre qu\u2019une mise \u00e0 la disposition des int\u00e9ress\u00e9s d\u2019informations minimales mais suffisantes sur les droits dont ils b\u00e9n\u00e9ficient en droit interne constitue un \u00e9l\u00e9ment inh\u00e9rent pr\u00e9alable \u00e0 un exercice effectif de ceux-ci (voir, mutatis mutandis, Ibrahim et autres, pr\u00e9cit\u00e9, \u00a7 272, et Beuze, pr\u00e9cit\u00e9, \u00a7 129). Dans ce type d\u2019affaire, la Cour recherchera si les autorit\u00e9s internes ont fourni ces informations \u00e0 l\u2019int\u00e9ress\u00e9, au\u00a0moins \u00e0 des moments cl\u00e9s dans le d\u00e9roulement de la proc\u00e9dure. En particulier ces informations se r\u00e9v\u00e8lent utiles lorsque l\u2019\u00e9tranger concern\u00e9 n\u2019est pas repr\u00e9sent\u00e9 et lorsqu\u2019un d\u00e9faut d\u2019information \u00e0 ce sujet risque d\u2019avoir pour cons\u00e9quence que l\u2019int\u00e9ress\u00e9 omette d\u2019exercer des droits pr\u00e9vus en sa faveur par le droit interne. Enfin, cette obligation d\u2019information s\u2019av\u00e9rera d\u2019autant plus importante quand les r\u00e8gles de proc\u00e9dure interne imposent une certaine c\u00e9l\u00e9rit\u00e9 dans l\u2019examen de l\u2019affaire.<\/p>\n<p>\u2012 Sur la repr\u00e9sentation des \u00e9trangers<\/p>\n<p>154. Comme l\u2019indique l\u2019article 1 \u00a7 1 c) du Protocole no 7, les \u00e9trangers doivent pouvoir se faire repr\u00e9senter devant l\u2019autorit\u00e9 comp\u00e9tente pour d\u00e9cider de leur expulsion. Cela implique tout d\u2019abord l\u2019existence en droit interne de normes l\u00e9gales assurant une possibilit\u00e9 effective pour les \u00e9trangers de se faire repr\u00e9senter. La possibilit\u00e9 de se faire repr\u00e9senter par un avocat, voire par un avocat sp\u00e9cialis\u00e9 en la mati\u00e8re et titulaire des habilitations donnant acc\u00e8s aux documents class\u00e9s secrets du dossier de l\u2019affaire qui ne sont pas accessibles \u00e0 l\u2019\u00e9tranger concern\u00e9, est un facteur compensateur important. De m\u00eame, la Cour aura \u00e9gard \u00e0 la possibilit\u00e9 concr\u00e8te pour l\u2019\u00e9tranger concern\u00e9 d\u2019avoir un acc\u00e8s effectif \u00e0 une telle repr\u00e9sentation au cours de la proc\u00e9dure engag\u00e9e contre lui.<\/p>\n<p>155. La Cour consid\u00e9rera comme une autre garantie importante les droits dont dispose le repr\u00e9sentant de l\u2019\u00e9tranger concern\u00e9 dans une affaire donn\u00e9e. \u00c0 ce titre, elle s\u2019int\u00e9ressera par exemple, \u00e0 l\u2019\u00e9tendue du droit d\u2019acc\u00e8s au dossier dont dispose le repr\u00e9sentant de l\u2019\u00e9tranger en question, y compris aux documents class\u00e9s secrets qui ne sont pas accessibles \u00e0 ce dernier. Ou encore \u00e0 la question de savoir si, apr\u00e8s avoir obtenu un acc\u00e8s \u00e0 des pi\u00e8ces class\u00e9es secr\u00e8tes, la communication entre le repr\u00e9sentant et son client a \u00e9t\u00e9 restreinte ou non (voir, mutatis mutandis, A. et autres, pr\u00e9cit\u00e9, \u00a7\u00a0220).<\/p>\n<p>\u2012 Sur l\u2019intervention d\u2019une autorit\u00e9 ind\u00e9pendante dans la proc\u00e9dure<\/p>\n<p>156. L\u2019article 1 \u00a7 1 a) et b) du Protocole no 7 pr\u00e9voit en faveur de l\u2019\u00e9tranger concern\u00e9 le droit de \u00ab\u00a0faire valoir les raisons qui militent contre son expulsion\u00a0\u00bb et celui de \u00ab\u00a0faire examiner son cas\u00a0\u00bb. De l\u2019avis de la Cour, les \u00e9l\u00e9ments suivants pourraient \u00eatre pris en compte dans l\u2019\u00e9valuation du respect de ces dispositions\u00a0:<\/p>\n<p>i) Une ou des autorit\u00e9s ind\u00e9pendantes, administratives ou juridictionnelles, sont-elles intervenues dans la proc\u00e9dure, selon le cas, soit pour prendre elles-m\u00eames la mesure d\u2019expulsion, soit pour en contr\u00f4ler la l\u00e9galit\u00e9 voire le bien-fond\u00e9 (voir, parmi beaucoup d\u2019autres, Al-Nashif, pr\u00e9cit\u00e9, \u00a7 137, Lupsa, pr\u00e9cit\u00e9, \u00a7 56, et Ljatifi, pr\u00e9cit\u00e9, \u00a7 32) et, dans l\u2019hypoth\u00e8se d\u2019une autorit\u00e9 juridictionnelle, quelle \u00e9tait sa place dans la hi\u00e9rarchie des juridictions internes\u00a0? \u00c0 cet \u00e9gard, un contr\u00f4le juridictionnel de la mesure d\u2019expulsion aura en principe un effet compensatoire sup\u00e9rieur \u00e0 un contr\u00f4le de type administratif.<\/p>\n<p>ii) Le requ\u00e9rant a-t-il eu la possibilit\u00e9 de contester de mani\u00e8re effective devant une autorit\u00e9 ind\u00e9pendante les motifs retenus contre lui selon lesquels il repr\u00e9sente un danger pour la s\u00e9curit\u00e9 nationale (Ljatifi, pr\u00e9cit\u00e9, \u00a7\u00a035)\u00a0?<\/p>\n<p>iii) L\u2019autorit\u00e9 ind\u00e9pendante \u00e9tait-elle comp\u00e9tente pour examiner de mani\u00e8re effective les motifs qui fondaient la demande ou, le cas \u00e9ch\u00e9ant, la d\u00e9cision d\u2019expulsion et les \u00e9l\u00e9ments de preuve pr\u00e9sent\u00e9s \u00e0 l\u2019appui et, dans l\u2019affirmative, a-t-elle d\u00fbment exerc\u00e9 cette comp\u00e9tence dans le cas d\u2019esp\u00e8ce (C.G. et autres, pr\u00e9cit\u00e9, \u00a7\u00a7\u00a073 et 74, Geleri, pr\u00e9cit\u00e9, \u00a7 48, et Ljatifi, pr\u00e9cit\u00e9, \u00a7\u00a035)\u00a0? Sur ce point, la Cour prendra en consid\u00e9ration si, pour remplir sa mission, ladite autorit\u00e9 avait acc\u00e8s \u00e0 l\u2019int\u00e9gralit\u00e9 du dossier constitu\u00e9 par l\u2019organe comp\u00e9tent en mati\u00e8re de s\u00e9curit\u00e9 nationale en vue d\u2019engager son action contre l\u2019\u00e9tranger mis en cause, y compris aux documents classifi\u00e9s (Ljatifi, pr\u00e9cit\u00e9, \u00a7\u00a032). Un autre \u00e9l\u00e9ment important sera la comp\u00e9tence de ladite autorit\u00e9 de v\u00e9rifier l\u2019authenticit\u00e9 des pi\u00e8ces du dossier ainsi que la cr\u00e9dibilit\u00e9 et la r\u00e9alit\u00e9 des informations classifi\u00e9es pr\u00e9sent\u00e9es \u00e0 l\u2019appui de la demande ou, le cas \u00e9ch\u00e9ant, de la d\u00e9cision d\u2019expulsion (voir C.G. et autres, pr\u00e9cit\u00e9, \u00a7\u00a7 73-74, Kaushal et autres, pr\u00e9cit\u00e9, \u00a7 49, et, mutatis mutandis, Regner, \u00a7 152). \u00c0 cet \u00e9gard, il n\u2019existe pas de pr\u00e9somption en faveur de l\u2019existence et du bien-fond\u00e9 des raisons tir\u00e9es de la s\u00fbret\u00e9 de l\u2019\u00c9tat invoqu\u00e9es par l\u2019organe comp\u00e9tent en mati\u00e8re de s\u00e9curit\u00e9 nationale\u00a0: l\u2019autorit\u00e9 ind\u00e9pendante devrait pouvoir v\u00e9rifier les faits \u00e0 la lumi\u00e8re des preuves soumises (Kaushal et autres, pr\u00e9cit\u00e9, \u00a7\u00a7 31-32 et 49).<\/p>\n<p>iv) L\u2019autorit\u00e9 ind\u00e9pendante appel\u00e9e \u00e0 contr\u00f4ler une d\u00e9cision d\u2019expulsion disposait-elle du pouvoir d\u2019annuler ou de r\u00e9former celle-ci au cas o\u00f9 elle aurait estim\u00e9, au vu du dossier, que l\u2019invocation de la notion de s\u00e9curit\u00e9 nationale \u00e9tait d\u00e9nu\u00e9e d\u2019une base factuelle raisonnable et suffisante\u00a0?<\/p>\n<p>v) La n\u00e9cessit\u00e9 de l\u2019expulsion appara\u00eet-elle suffisamment plausible \u00e0 la lumi\u00e8re des circonstances de l\u2019affaire et du raisonnement fourni par l\u2019autorit\u00e9 ind\u00e9pendante pour justifier sa d\u00e9cision\u00a0? Dans ce contexte, la Cour recherchera si la nature et l\u2019intensit\u00e9 du contr\u00f4le exerc\u00e9 par l\u2019autorit\u00e9 nationale sur les faits reproch\u00e9s \u00e0 l\u2019\u00e9tranger concern\u00e9 se manifestent, m\u00eame sommairement, dans la motivation de la d\u00e9cision prise par celle-ci.<\/p>\n<p>157. Au terme de cette \u00e9num\u00e9ration, la Cour tient \u00e0 pr\u00e9ciser que le respect de l\u2019article 1 \u00a7 1 du Protocole no 7 ne requiert pas n\u00e9cessairement la mise en place de mani\u00e8re cumulative de tous les \u00e9l\u00e9ments \u00e9num\u00e9r\u00e9s ci\u2011dessus. Cette \u00e9num\u00e9ration ne contient que des exemples de facteurs susceptibles de compenser ad\u00e9quatement la limitation des droits proc\u00e9duraux que les \u00e9trangers tirent de l\u2019article 1 \u00a7 1 du Protocole no 7, \u00e9tant entendu que l\u2019\u00e9valuation de la nature et de l\u2019ampleur des facteurs compensateurs \u00e0 mettre en place pourra varier en fonction des circonstances du cas d\u2019esp\u00e8ce (voir, mutatis mutandis, Ibrahim et autres, pr\u00e9cit\u00e9, \u00a7 274, et Beuze, pr\u00e9cit\u00e9, \u00a7\u00a0150). \u00c0 chaque fois, il s\u2019agira pour la Cour de d\u00e9terminer, \u00e0 la lumi\u00e8re de la proc\u00e9dure dans son ensemble, si la substance m\u00eame des droits garantis par l\u2019article 1 \u00a7 1 du Protocole no\u00a07 aux \u00e9trangers a \u00e9t\u00e9 pr\u00e9serv\u00e9e (paragraphe 133 ci-dessus).<\/p>\n<p>b) Application de ces principes au cas d\u2019esp\u00e8ce<\/p>\n<p>i. La restriction apport\u00e9e aux droits proc\u00e9duraux des requ\u00e9rants<\/p>\n<p>158. S\u2019agissant du droit des requ\u00e9rants d\u2019\u00eatre inform\u00e9s des \u00e9l\u00e9ments factuels qui sous-tendaient la d\u00e9cision d\u2019expulsion, il convient de noter qu\u2019en vertu de l\u2019article 85 (3) et (4) de l\u2019OUG no 194\/2002 telle qu\u2019en vigueur \u00e0 l\u2019\u00e9poque des faits, la cour d\u2019appel avait l\u2019obligation d\u2019informer les \u00e9trangers des faits qui fondaient la demande tendant \u00e0 les d\u00e9clarer ind\u00e9sirables, \u00ab\u00a0dans le respect des dispositions des actes normatifs qui r\u00e9gissent les activit\u00e9s li\u00e9es \u00e0 la s\u00fbret\u00e9 nationale et la protection des renseignements classifi\u00e9s\u00a0\u00bb. Selon l\u2019article\u00a085 (5) de la m\u00eame OUG no\u00a0194\/2002, lorsque la d\u00e9cision de d\u00e9clarer un \u00e9tranger ind\u00e9sirable \u00e9tait fond\u00e9e sur des raisons li\u00e9es \u00e0 la s\u00e9curit\u00e9 nationale, les donn\u00e9es et les informations ainsi que les raisons factuelles (motivele de fapt) ayant forg\u00e9 l\u2019opinion des juges ne pouvaient pas \u00eatre mentionn\u00e9es dans l\u2019arr\u00eat. Par ailleurs, les dispositions l\u00e9gales pertinentes de la loi no 182\/2002 (paragraphes 51 et 53 ci-dessus) s\u2019opposaient \u00e0 la divulgation des informations class\u00e9es secr\u00e8tes \u00e0 des personnes qui n\u2019\u00e9taient pas titulaires d\u2019un certificat les autorisant \u00e0 avoir acc\u00e8s \u00e0 ce type de documents. En faisant une application combin\u00e9e de ces dispositions l\u00e9gales, les juridictions nationales ont jug\u00e9 en l\u2019esp\u00e8ce qu\u2019elles \u00e9taient contraintes par la loi de ne pas fournir aux requ\u00e9rants des informations concr\u00e8tes sur les faits et les motifs qui fondaient la demande d\u2019expulsion.<\/p>\n<p>159. Au sujet du droit des requ\u00e9rants d\u2019\u00eatre inform\u00e9s du contenu des documents et des informations du dossier fondant les reproches port\u00e9s contre eux, la Cour rel\u00e8ve que d\u00e8s le d\u00e9but de la proc\u00e9dure, en appliquant les dispositions l\u00e9gales pertinentes, les juridictions internes ont estim\u00e9 que les requ\u00e9rants ne pouvaient pas avoir acc\u00e8s aux pi\u00e8ces du dossier, celles-ci \u00e9tant class\u00e9es secr\u00e8tes (paragraphe 21 ci\u2011dessus).<\/p>\n<p>160. Il en r\u00e9sulte une limitation importante des droits des requ\u00e9rants d\u2019\u00eatre inform\u00e9s des \u00e9l\u00e9ments factuels et du contenu des documents qui sous\u2011tendaient tant la demande d\u2019expulsion formul\u00e9e contre eux par le parquet que la d\u00e9cision des juridictions nationales d\u2019ordonner leur \u00e9loignement du territoire.<\/p>\n<p>161. La Cour examinera ci-dessous la n\u00e9cessit\u00e9 des restrictions ainsi apport\u00e9es aux droits proc\u00e9duraux des requ\u00e9rants (paragraphes 139 \u00e0 143 ci\u2011dessus) et les mesures compensatoires mises en place par les autorit\u00e9s nationales pour contrebalancer ces restrictions (paragraphes144 \u00e0 156 ci\u2011dessus) avant d\u2019\u00e9valuer leur impact concret sur la situation des requ\u00e9rants \u00e0 la lumi\u00e8re de la proc\u00e9dure dans son ensemble (paragraphes 136 et 144 ci\u2011dessus). \u00c0 cet \u00e9gard, la Cour note que l\u2019expulsion des requ\u00e9rants a eu pour effet principal de rendre impossible la poursuite de leurs \u00e9tudes universitaires et de couper tous les liens sociaux qu\u2019ils avaient tiss\u00e9s en Roumanie. En outre, les accusations port\u00e9es contre eux \u00e9taient tr\u00e8s graves en ce qu\u2019ils \u00e9taient soup\u00e7onn\u00e9s de vouloir mener des activit\u00e9s terroristes sur le territoire roumain. Elles ont ainsi port\u00e9 atteinte \u00e0 leur r\u00e9putation (paragraphe 101 ci-dessus).<\/p>\n<p>ii. Sur la question de savoir si les limitations apport\u00e9es aux droits proc\u00e9duraux des requ\u00e9rants \u00e9taient d\u00fbment justifi\u00e9es<\/p>\n<p>162. En l\u2019esp\u00e8ce, la Cour note que les juridictions nationales, en appliquant les dispositions l\u00e9gales pertinentes (paragraphes 51 et 53 ci\u2011dessus), ont jug\u00e9 d\u2019embl\u00e9e que les requ\u00e9rants ne pouvaient pas avoir acc\u00e8s au dossier, au motif que les documents \u00e9taient class\u00e9s secrets (paragraphe 158 ci-dessus). Le droit interne, quant \u00e0 lui, ne pr\u00e9voit pas la possibilit\u00e9 pour les juridictions nationales de v\u00e9rifier d\u2019office si la sauvegarde de la s\u00e9curit\u00e9 nationale impose dans une affaire donn\u00e9e la non\u2011divulgation du dossier (paragraphes 51 et 53 ci-dessus\u00a0; voir, pour une situation contraire, Regner, pr\u00e9cit\u00e9, \u00a7 152).<\/p>\n<p>163. Il ne ressort pas non plus des arr\u00eats rendus par les juridictions nationales qu\u2019elles ont proc\u00e9d\u00e9 en l\u2019esp\u00e8ce \u00e0 un examen de la n\u00e9cessit\u00e9 de restreindre les droits proc\u00e9duraux des requ\u00e9rants et donc de ne pas leur divulguer les documents confidentiels. Les raisons concr\u00e8tes tir\u00e9es de la protection de la s\u00e9curit\u00e9 nationale qui, de l\u2019avis des autorit\u00e9s, s\u2019opposaient \u00e0 la divulgation des preuves et des informations class\u00e9es secr\u00e8tes \u00e0 l\u2019\u00e9gard des requ\u00e9rants n\u2019ont aucunement \u00e9t\u00e9 explicit\u00e9es par les juridictions nationales. Qui plus est, lorsque les requ\u00e9rants ont expos\u00e9 devant la Haute Cour leurs doutes quant au niveau de classification appliqu\u00e9 en l\u2019esp\u00e8ce, aucun \u00e9claircissement n\u2019a \u00e9t\u00e9 apport\u00e9 sur ce point par la juridiction de recours (paragraphe 33 ci\u2011dessus).<\/p>\n<p>164. Enfin, de l\u2019avis de la Cour, le fait que le communiqu\u00e9 de presse publi\u00e9 par le SRI le lendemain de l\u2019arr\u00eat rendu par la cour d\u2019appel contenait des informations factuelles plus d\u00e9taill\u00e9es que celles qui avaient \u00e9t\u00e9 fournies aux requ\u00e9rants dans l\u2019acte de saisine d\u2019instance et pendant la proc\u00e9dure de premi\u00e8re instance contredit la th\u00e8se selon laquelle il \u00e9tait n\u00e9cessaire de priver les int\u00e9ress\u00e9s de toute information concr\u00e8te sur les raisons factuelles avanc\u00e9es \u00e0 l\u2019appui de leur expulsion.<\/p>\n<p>165. D\u00e8s lors, \u00e0 d\u00e9faut de tout examen par les juridictions saisies de l\u2019affaire de la n\u00e9cessit\u00e9 de restreindre les droits proc\u00e9duraux des requ\u00e9rants, la Cour exercera un contr\u00f4le strict pour \u00e9tablir si les facteurs compensateurs mis en place \u00e9taient de nature \u00e0 contrebalancer efficacement en l\u2019esp\u00e8ce les restrictions apport\u00e9es aux droits proc\u00e9duraux des requ\u00e9rants. \u00c0 cet \u00e9gard, la Cour tiendra compte de ce que ces restrictions \u00e9taient importantes (paragraphe 161 ci-dessus).<\/p>\n<p>iii. Quant aux \u00e9l\u00e9ments compensateurs existant en l\u2019esp\u00e8ce<\/p>\n<p>166. La Cour note que selon le Gouvernement, plusieurs aspects doivent \u00eatre pris en consid\u00e9ration par la Cour lorsqu\u2019elle examine le respect des droits des requ\u00e9rants en l\u2019esp\u00e8ce. Il a soulign\u00e9 plus particuli\u00e8rement que dans la proc\u00e9dure et dans le communiqu\u00e9 de presse du SRI (paragraphe 106 ci-dessus), les requ\u00e9rants ont quand m\u00eame \u00e9t\u00e9 inform\u00e9s de certains \u00e9l\u00e9ments factuels retenus contre eux, qu\u2019ils pouvaient b\u00e9n\u00e9ficier de l\u2019assistance d\u2019un avocat titulaire d\u2019un certificat ORNISS (paragraphe 108 ci-dessus) et surtout que des hautes juridictions impartiales et ind\u00e9pendantes ont conduit la proc\u00e9dure et d\u00e9cid\u00e9 de la n\u00e9cessit\u00e9 de l\u2019expulsion, \u00e0 la lumi\u00e8re des pi\u00e8ces classifi\u00e9es (paragraphes 104 et 107 ci-dessus).<\/p>\n<p>167. La Cour examinera ci-dessous l\u2019impact concret qu\u2019a eu chacun des facteurs mentionn\u00e9s par le Gouvernement en l\u2019esp\u00e8ce. Le cas \u00e9ch\u00e9ant, elle prendra en compte aussi d\u2019autres \u00e9l\u00e9ments que ceux mentionn\u00e9s par le Gouvernement et qu\u2019elle a identifi\u00e9s ci-dessus (paragraphes 151 \u00e0 156 ci\u2011dessus).<\/p>\n<p>1) Sur l\u2019\u00e9tendue des informations fournies aux requ\u00e9rants quant aux \u00e9l\u00e9ments factuels sous-tendant leur expulsion<\/p>\n<p>168. S\u2019agissant de l\u2019\u00e9tendue des informations fournies aux requ\u00e9rants au sujet des \u00e9l\u00e9ments factuels sous-tendant leur expulsion, la Cour rel\u00e8ve que lors de l\u2019audience du 5\u00a0d\u00e9cembre 2012 devant la cour d\u2019appel, les int\u00e9ress\u00e9s se sont vu communiquer, \u00e0 l\u2019aide d\u2019un interpr\u00e8te, l\u2019acte de saisine d\u2019instance (paragraphe\u00a020 ci-dessus). Seuls les num\u00e9ros des articles de loi qui r\u00e9gissaient, d\u2019apr\u00e8s le parquet, la conduite reproch\u00e9e aux int\u00e9ress\u00e9s \u00e9taient mentionn\u00e9s dans l\u2019acte de saisine d\u2019instance sans que ladite conduite y soit d\u00e9crite. Aucun fait concret retenu contre les requ\u00e9rants n\u2019y \u00e9tait mentionn\u00e9. Il est vrai qu\u2019un interpr\u00e8te a assist\u00e9 les requ\u00e9rants dans la traduction de l\u2019acte de saisine d\u2019instance. Toutefois, de l\u2019avis de la Cour, une simple \u00e9num\u00e9ration des num\u00e9ros des articles de loi ne saurait constituer, m\u00eame a minima, une information suffisante sur les faits reproch\u00e9s (voir, par exemple, mutatis mutandis, Fox, Campbell et Hartley c. Royaume-Uni, 30\u00a0ao\u00fbt 1990, \u00a7 41, s\u00e9rie A no 182, et Kerr c. Royaume-Uni (d\u00e9c.), no\u00a040451\/98, 7\u00a0d\u00e9cembre 1999). La Cour en conclut qu\u2019au cours de la proc\u00e9dure devant la cour d\u2019appel, aucune information quant aux raisons factuelles justifiant la mesure d\u2019expulsion n\u2019a \u00e9t\u00e9 fournie aux requ\u00e9rants.<\/p>\n<p>169. Il convient de rechercher \u00e0 pr\u00e9sent si les requ\u00e9rants ont re\u00e7u plus d\u2019informations pendant la proc\u00e9dure de recours devant la Haute Cour.<\/p>\n<p>170. \u00c0 cet \u00e9gard, et s\u2019agissant tout d\u2019abord des informations que les requ\u00e9rants auraient pu tirer de l\u2019arr\u00eat de la cour d\u2019appel, la Cour observe que celle-ci s\u2019est content\u00e9e de reproduire dans son arr\u00eat les parties de l\u2019article\u00a03 de la loi no\u00a051\/1991 qu\u2019elle estimait pertinentes, d\u00e9limitant ainsi le cadre juridique dans lequel s\u2019inscrivaient les faits reproch\u00e9s aux requ\u00e9rants, \u00e0 savoir la conception d\u2019actes terroristes ainsi que l\u2019adh\u00e9sion et l\u2019appui par tout moyen \u00e0 de tels actes. Certes, la mention de l\u2019article\u00a03 i) et l) de la loi no\u00a051\/1991 donnait aux int\u00e9ress\u00e9s des indications g\u00e9n\u00e9rales sur les faits qui pouvaient constituer les infractions retenues et sur leur qualification juridique. N\u00e9anmoins, ici non plus, aucun fait concret n\u2019a \u00e9t\u00e9 mentionn\u00e9.<\/p>\n<p>171. La Cour note ensuite que le lendemain du prononc\u00e9 de l\u2019arr\u00eat de la cour d\u2019appel et alors que la proc\u00e9dure en recours \u00e9tait pendante, le SRI a diffus\u00e9 un communiqu\u00e9 de presse pr\u00e9sentant certains faits reproch\u00e9s aux requ\u00e9rants (paragraphe 30 ci-dessus). Toutefois, elle n\u2019estime pas n\u00e9cessaire de s\u2019interroger plus avant sur la question de savoir si l\u2019\u00e9tendue de l\u2019information pr\u00e9sent\u00e9e dans le communiqu\u00e9 de presse aurait pu permettre aux int\u00e9ress\u00e9s de contester utilement leur expulsion et si ces informations auraient ainsi \u00e9t\u00e9 suffisantes pour satisfaire aux exigences de l\u2019article 1 \u00a7 1 du Protocole no 7. \u00c0 supposer m\u00eame que l\u2019information contenue dans ce communiqu\u00e9 de presse soit suffisante pour permettre aux requ\u00e9rants de pr\u00e9parer leur d\u00e9fense, la Cour consid\u00e8re qu\u2019en l\u2019esp\u00e8ce, le communiqu\u00e9 de presse ne peut pas \u00eatre pris en consid\u00e9ration comme une source valide d\u2019information, pour les raisons suivantes.<\/p>\n<p>172. Tout d\u2019abord, il n\u2019appara\u00eet pas que le communiqu\u00e9 de presse du SRI aurait \u00e9t\u00e9 vers\u00e9 au dossier de l\u2019affaire devant la Haute Cour. Il n\u2019est pas non plus \u00e9tabli que le parquet aurait consid\u00e9r\u00e9 les faits mentionn\u00e9s dans ledit communiqu\u00e9 comme \u00e9tant \u00e0 la base de sa demande ni que la Haute Cour aurait confirm\u00e9 aupr\u00e8s des requ\u00e9rants que lesdits faits fondaient les accusations port\u00e9es contre eux.<\/p>\n<p>173. Ensuite, apr\u00e8s avoir pris connaissance des faits qui leur \u00e9taient reproch\u00e9s dans le communiqu\u00e9 de presse, dans leurs moyens de recours soulev\u00e9s devant la Haute Cour, les requ\u00e9rants ont formul\u00e9 leur d\u00e9fense par rapport \u00e0 ceux-ci (paragraphe 38 ci\u2011dessus). Or, il ne ressort pas du dossier ni du libell\u00e9 de l\u2019arr\u00eat d\u00e9finitif de la Haute Cour que cette derni\u00e8re se serait appuy\u00e9e sur ce communiqu\u00e9 de presse et son contenu pour motiver son arr\u00eat.<\/p>\n<p>174. Enfin et surtout, un communiqu\u00e9 de presse, f\u00fbt-il diffus\u00e9 par une instance officielle, ne saurait constituer un moyen ad\u00e9quat pour fournir aux parties \u00e0 une proc\u00e9dure juridictionnelle les informations dont elles ont besoin pour plaider leur cause devant l\u2019autorit\u00e9 comp\u00e9tente. Par nature, en effet, un communiqu\u00e9 de presse, m\u00eame quand il concerne une proc\u00e9dure juridictionnelle, pr\u00e9sente un contenu adapt\u00e9 \u00e0 l\u2019objectif qui consiste \u00e0 informer l\u2019opinion publique de mani\u00e8re g\u00e9n\u00e9rale. Or, les parties \u00e0 un litige qui peuvent ais\u00e9ment \u00eatre contact\u00e9es par les autorit\u00e9s ont droit \u00e0 une information officielle dont le niveau de sp\u00e9cificit\u00e9 et de pr\u00e9cision est calibr\u00e9 en fonction des particularit\u00e9s du litige en question et de l\u2019ampleur de leurs droits proc\u00e9duraux. \u00c0 cet \u00e9gard, la Cour rel\u00e8ve \u00e9galement que le SRI n\u2019\u00e9tait pas partie \u00e0 la proc\u00e9dure.<\/p>\n<p>175. Il en r\u00e9sulte qu\u2019au niveau de la proc\u00e9dure devant la Haute Cour non plus, les requ\u00e9rants n\u2019ont pas \u00e9t\u00e9 inform\u00e9s des griefs retenus contre eux d\u2019une fa\u00e7on qui leur e\u00fbt permis d\u2019exercer de mani\u00e8re effective les droits proc\u00e9duraux qu\u2019ils tirent de l\u2019article 1 du Protocole no 7.<\/p>\n<p>176. La Cour prend note des exemples pr\u00e9sent\u00e9s par le Gouvernement pour d\u00e9montrer l\u2019\u00e9volution de la jurisprudence interne quant \u00e0 l\u2019\u00e9tendue de l\u2019information \u00e0 fournir aux int\u00e9ress\u00e9s dans ce type de proc\u00e9dure (paragraphe\u00a061 ci-dessus). Cependant, les \u00e9l\u00e9ments factuels transmis \u00e0 l\u2019int\u00e9ress\u00e9 s\u2019appr\u00e9cient au cas par cas et dans le contexte de la proc\u00e9dure le concernant, de sorte que ces exemples, bien que louables, n\u2019ont pas d\u2019incidence sur la situation concr\u00e8te des requ\u00e9rants. En outre, si ces exemples d\u00e9montrent la comp\u00e9tence des juridictions nationales d\u2019informer l\u2019\u00e9tranger mis en cause de certains faits, ils n\u2019expliquent pas pour quelles raisons ces juridictions ont d\u00e9cid\u00e9 de ne pas l\u2019exercer en l\u2019esp\u00e8ce.<\/p>\n<p>177. La Cour consid\u00e8re qu\u2019\u00e0 d\u00e9faut de toute information concr\u00e8te transmise aux requ\u00e9rants dans le cadre de la proc\u00e9dure par une autorit\u00e9 ind\u00e9pendante, l\u2019information fournie n\u2019est pas de nature \u00e0 contrebalancer en l\u2019esp\u00e8ce la restriction des droits proc\u00e9duraux des requ\u00e9rants. Il conviendrait donc de rechercher plus loin si d\u2019autres \u00e9l\u00e9ments ont \u00e9t\u00e9 mis en place dans le cas des requ\u00e9rants. En outre, les importantes restrictions apport\u00e9es \u00e0 la communication d\u2019informations concr\u00e8tes appellent des garanties compensatoires solides (paragraphe 146 ci-dessus).<\/p>\n<p>2) L\u2019information des requ\u00e9rants au sujet du d\u00e9roulement de la proc\u00e9dure et de leurs droits proc\u00e9duraux<\/p>\n<p>178. La Cour note que dans la soir\u00e9e du 4 d\u00e9cembre 2012, les requ\u00e9rants ont \u00e9t\u00e9 cit\u00e9s \u00e0 compara\u00eetre le lendemain, \u00e0 9 heures, devant la cour d\u2019appel de Bucarest, dans le cadre d\u2019une proc\u00e9dure engag\u00e9e sur demande du parquet tendant \u00e0 les d\u00e9clarer personnes ind\u00e9sirables (paragraphe 15 ci\u2011dessus). Aucun document ou information concernant le d\u00e9roulement ou l\u2019objet de la proc\u00e9dure n\u2019a \u00e9t\u00e9 joint aux citations \u00e0 compara\u00eetre.<\/p>\n<p>179. Par la suite, au cours de l\u2019audience du 5 d\u00e9cembre 2012, la cour d\u2019appel s\u2019est assur\u00e9e que les requ\u00e9rants b\u00e9n\u00e9ficiaient de l\u2019assistance d\u2019un interpr\u00e8te pour la traduction de l\u2019acte de saisine d\u2019instance (paragraphes19 et 20 ci-dessus). Elle a aussi indiqu\u00e9 aux requ\u00e9rants que les documents du dossier \u00e9taient confidentiels et que seul le juge y avait acc\u00e8s de par l\u2019autorisation dont il disposait (paragraphe 21 ci-dessus). La cour d\u2019appel a ainsi inform\u00e9 les requ\u00e9rants de la restriction apport\u00e9e \u00e0 leur droit d\u2019acc\u00e8s aux pi\u00e8ces du dossier ainsi que de la garantie pr\u00e9vue par le droit interne pour compenser ce d\u00e9faut d\u2019acc\u00e8s, \u00e0 savoir l\u2019acc\u00e8s du juge auxdits documents.<\/p>\n<p>180. Toutefois, la Cour observe que la cour d\u2019appel n\u2019a pas estim\u00e9 n\u00e9cessaire de s\u2019assurer que les requ\u00e9rants \u2013 des \u00e9trangers dont le premier \u00e9tait arriv\u00e9 depuis peu de temps en Roumanie et l\u2019un d\u2019eux ne parlait pas le roumain \u2013 \u00e9taient bien inform\u00e9s du d\u00e9roulement de la proc\u00e9dure devant elle et de l\u2019existence en droit interne d\u2019autres garanties destin\u00e9s \u00e0 compenser les effets de la restriction apport\u00e9e \u00e0 leurs droits proc\u00e9duraux.<\/p>\n<p>181. Ainsi la cour d\u2019appel n\u2019a-t-elle pas v\u00e9rifi\u00e9 si les requ\u00e9rants savaient qu\u2019en vertu du droit roumain ils avaient la possibilit\u00e9, s\u2019ils le souhaitaient, de se faire repr\u00e9senter par un avocat et \u00e0 quel moment de la proc\u00e9dure une demande de repr\u00e9sentation pouvait \u00eatre faite utilement. De m\u00eame, alors que la cour d\u2019appel a bien inform\u00e9 les requ\u00e9rants de la limitation de leur droit d\u2019acc\u00e8s au dossier, elle ne leur a fourni aucune information quant \u00e0 l\u2019existence d\u2019avocats titulaires d\u2019un certificat ORNISS autoris\u00e9s \u00e0 avoir acc\u00e8s aux documents class\u00e9s secrets vers\u00e9s au dossier.<\/p>\n<p>182. De l\u2019avis de la Cour, une telle lacune dans l\u2019information fournie aux requ\u00e9rants au sujet du d\u00e9roulement de la proc\u00e9dure devant la cour d\u2019appel et des droits dont ils auraient pu b\u00e9n\u00e9ficier, combin\u00e9e avec la c\u00e9l\u00e9rit\u00e9 de la proc\u00e9dure, a eu pour effet d\u2019an\u00e9antir les garanties proc\u00e9durales dont les requ\u00e9rants avaient le droit de jouir devant cette juridiction.<\/p>\n<p>183. La Cour note ensuite que pendant la proc\u00e9dure de recours, les requ\u00e9rants ont \u00e9t\u00e9 assist\u00e9s par deux avocates de leur choix. La Cour laisse ouverte la question de savoir si le fait que les requ\u00e9rants ont \u00e9t\u00e9 repr\u00e9sent\u00e9s par des avocates de leur choix devant la Haute Cour d\u00e9livre les autorit\u00e9s nationales de leur obligation d\u2019informer les int\u00e9ress\u00e9s des droits et des garanties dont ils auraient pu b\u00e9n\u00e9ficier en vertu du droit interne. Quoi qu\u2019il en soit, il transparait du dossier que la Haute Cour n\u2019a pas inform\u00e9 d\u2019office les int\u00e9ress\u00e9s des garanties proc\u00e9durales existant en droit interne de sorte que cet \u00e9l\u00e9ment compensatoire n\u2019a pas agi en l\u2019esp\u00e8ce pour estomper la restriction apport\u00e9e aux droits proc\u00e9duraux des int\u00e9ress\u00e9s.<\/p>\n<p>3) La repr\u00e9sentation des requ\u00e9rants<\/p>\n<p>184. La Cour note d\u2019abord que selon le droit interne, les autorit\u00e9s nationales n\u2019avaient pas l\u2019obligation d\u2019assurer, au b\u00e9n\u00e9fice des requ\u00e9rants, les services d\u2019un repr\u00e9sentant dans la proc\u00e9dure. Il \u00e9tait toutefois loisible aux requ\u00e9rants, s\u2019ils le souhaitaient, de se faire repr\u00e9senter par un avocat.<\/p>\n<p>185. La Cour observe ensuite que les autorit\u00e9s internes, tant judiciaires qu\u2019administratives, n\u2019\u00e9taient pas tenues en droit interne d\u2019informer les int\u00e9ress\u00e9s de la possibilit\u00e9 de se faire repr\u00e9senter par un avocat titulaire d\u2019un certificat ORNISS. Elle note en outre que le nombre d\u2019avocats titulaires d\u2019un tel certificat \u00e9tait tr\u00e8s r\u00e9duit (paragraphe 58 ci-dessus) et que le nom de ces avocats ne faisait pas l\u2019objet d\u2019une communication par le barreau des avocats (paragraphe 57 ci-dessus).<\/p>\n<p>186. La Cour prend note de l\u2019argument du Gouvernement selon lequel les avocates des requ\u00e9rants auraient d\u00fb aider leurs clients \u00e0 trouver un avocat titulaire d\u2019un certificat ORNISS (paragraphe 108 ci-dessus). \u00c0 supposer m\u00eame que l\u2019on puisse attendre de l\u2019avocat choisi par un \u00e9tranger qu\u2019il aide son client \u00e0 trouver un autre avocat titulaire d\u2019un certificat ORNISS, la Cour rel\u00e8ve que le Gouvernement n\u2019a pas pr\u00e9cis\u00e9 par quel moyen les avocates des requ\u00e9rants auraient pu, \u00e0 l\u2019\u00e9poque pertinente, acc\u00e9der effectivement et en temps utile \u00e0 la liste des avocats titulaires d\u2019un tel certificat (paragraphes 57 et 58 ci-dessus).<\/p>\n<p>187. La Cour estime que, dans le contexte d\u00e9crit ci-dessus (paragraphes\u00a0184 et 185 ci-dessus) et eu \u00e9gard \u00e0 la c\u00e9l\u00e9rit\u00e9 de la proc\u00e9dure de premi\u00e8re instance, les requ\u00e9rants n\u2019ont pas b\u00e9n\u00e9fici\u00e9 d\u2019une possibilit\u00e9 effective d\u2019engager un avocat, voire un avocat titulaire d\u2019un certificat ORNISS, pour les repr\u00e9senter devant la cour d\u2019appel.<\/p>\n<p>188. La Cour constate ensuite que devant la Haute Cour, les requ\u00e9rants ont \u00e9t\u00e9 repr\u00e9sent\u00e9s par deux avocates choisies par eux-m\u00eames qui n\u2019\u00e9taient pas titulaires d\u2019un certificat ORNISS. Reste donc \u00e0 rechercher si l\u2019assistance assur\u00e9e par ces avocates en vertu des comp\u00e9tences dont elles disposaient selon le droit interne \u00e9tait suffisante afin d\u2019assurer aux int\u00e9ress\u00e9s une d\u00e9fense effective.<\/p>\n<p>189. \u00c0 cet \u00e9gard, la Cour prend en compte qu\u2019\u00e0 d\u00e9faut d\u2019\u00eatre titulaires d\u2019un certificat ORNISS, les avocates choisies par les requ\u00e9rants ne pouvaient pas avoir acc\u00e8s aux documents class\u00e9s secrets vers\u00e9s au dossier. S\u2019agissant de la possibilit\u00e9 pour ces avocates de demander l\u2019ajournement de la proc\u00e9dure de recours afin d\u2019obtenir un certificat ORNISS, la Cour remarque que les d\u00e9lais pr\u00e9vus par la loi interne pour l\u2019obtention d\u2019un tel certificat (paragraphe 52 ci-dessus) d\u00e9passaient ceux qui \u00e9taient pr\u00e9vus pour le d\u00e9roulement d\u2019une proc\u00e9dure de d\u00e9claration d\u2019un \u00e9tranger comme personne ind\u00e9sirable (paragraphe 54 ci-dessus). Une demande d\u2019ajournement n\u2019aurait donc pas permis, en principe, aux avocates en question de se procurer un tel certificat pour s\u2019en pr\u00e9valoir dans le cadre de la proc\u00e9dure de recours. Les exemples de jurisprudence vers\u00e9s au dossier par les parties confortent cette affirmation (paragraphes 65 et 66 ci-dessus), aucun exemple de pratique permettant d\u2019ajourner la proc\u00e9dure au-del\u00e0 du d\u00e9lai pr\u00e9vu par le droit interne n\u2019\u00e9tant contemporain aux faits de l\u2019esp\u00e8ce.<\/p>\n<p>190. Par ailleurs, selon les informations fournies par les parties, un avocat qui engage la proc\u00e9dure d\u2019obtention d\u2019un certificat doit produire une copie du pouvoir que son client lui a remis pour l\u2019autoriser \u00e0 le repr\u00e9senter dans son affaire (paragraphes 54 et 57 ci-dessus). Il n\u2019est donc pas certain que les avocates des requ\u00e9rants auraient pu demander un tel certificat avant d\u2019avoir \u00e9t\u00e9 choisies par les requ\u00e9rants pour les repr\u00e9senter dans la proc\u00e9dure.<\/p>\n<p>191. La Cour consid\u00e8re donc qu\u2019en l\u2019occurrence, la pr\u00e9sence des avocates des requ\u00e9rants devant la Haute Cour, sans aucune possibilit\u00e9 de conna\u00eetre les reproches port\u00e9es contre leurs clients, n\u2019\u00e9tait pas de nature \u00e0 assurer leur d\u00e9fense effective.<\/p>\n<p>192. Il r\u00e9sulte de tout ceci que la repr\u00e9sentation des requ\u00e9rants n\u2019a pas \u00e9t\u00e9 suffisamment effective pour pouvoir contrebalancer de mani\u00e8re significative les restrictions subies par les requ\u00e9rants dans l\u2019exercice de leurs droits proc\u00e9duraux.<\/p>\n<p>4) Le contr\u00f4le ind\u00e9pendant de la d\u00e9cision d\u2019expulsion<\/p>\n<p>193. La Cour observe d\u2019embl\u00e9e que la proc\u00e9dure pr\u00e9vue en droit roumain pour d\u00e9clarer une personne ind\u00e9sirable rev\u00eatait un caract\u00e8re judiciaire. Les juridictions comp\u00e9tentes en la mati\u00e8re, la cour d\u2019appel et la Haute Cour, jouissaient de l\u2019ind\u00e9pendance requise au sens de la jurisprudence de la Cour, ce qui n\u2019a d\u2019ailleurs pas \u00e9t\u00e9 remis en cause par les int\u00e9ress\u00e9s (S.C.c. Roumanie, no\u00a09356\/11, \u00a7 73, 10\u00a0f\u00e9vrier 2015\u00a0; voir, parmi beaucoup d\u2019autres, pour ce qui est de la d\u00e9finition d\u2019un tribunal ind\u00e9pendant,Micallef c. Malte [GC], no\u00a017056\/06, \u00a7 93, CEDH\u00a02009). La Cour accorde aussi une importance particuli\u00e8re au fait que la proc\u00e9dure s\u2019est d\u00e9roul\u00e9e devant des juridictions sup\u00e9rieures dans la hi\u00e9rarchie des juridictions roumaines, la Haute Cour repr\u00e9sentant l\u2019autorit\u00e9 judiciaire la plus \u00e9lev\u00e9e. De l\u2019avis de la Cour, il s\u2019agit l\u00e0 de garanties importantes \u00e0 prendre en consid\u00e9ration dans l\u2019\u00e9valuation des facteurs ayant pu att\u00e9nuer les effets des restrictions subies par les requ\u00e9rants dans la jouissance de leurs droits proc\u00e9duraux.<\/p>\n<p>194. Devant ces juridictions, vu les informations tr\u00e8s r\u00e9duites et g\u00e9n\u00e9rales dont ils disposaient, les requ\u00e9rants ne pouvaient se fonder, pour d\u00e9fendre leur cause, que sur des suppositions et sur des aspects g\u00e9n\u00e9raux de leur vie d\u2019\u00e9tudiant ou de leur situation financi\u00e8re (paragraphes 37 et 38 ci\u2011dessus), sans pouvoir contester concr\u00e8tement tel ou tel comportement dont il serait affirm\u00e9 qu\u2019il met en danger la s\u00e9curit\u00e9 nationale. De l\u2019avis de la Cour, dans une telle hypoth\u00e8se, l\u2019\u00e9tendue du contr\u00f4le op\u00e9r\u00e9 par les juridictions nationales quant au bien-fond\u00e9 de l\u2019expulsion demand\u00e9e devrait \u00eatre d\u2019autant plus approfondie.<\/p>\n<p>195. En droit roumain, en vertu de l\u2019article 85 (2) et (3) de l\u2019OUG\u00a0194\/2002, il revenait \u00e0 la cour d\u2019appel de d\u00e9cider si la mesure demand\u00e9e par le parquet \u00e9tait n\u00e9cessaire et justifi\u00e9e. En vertu de ces dispositions l\u00e9gales, la cour d\u2019appel et la Haute Cour \u2013 cette derni\u00e8re en tant que juridiction de contr\u00f4le \u2013 devaient avoir acc\u00e8s aux documents class\u00e9s secrets qui fondaient la demande du parquet (voir, pour une situation diff\u00e9rente, Abou Amer c.\u00a0Roumanie, no 14521\/03, \u00a7 58, 24 mai 2011, et Ljatifi, pr\u00e9cit\u00e9, \u00a7 40). Les juges devaient ainsi \u00eatre, en principe, d\u00fbment inform\u00e9s des faits qui \u00e9taient reproch\u00e9s aux requ\u00e9rants et qui faisaient l\u2019objet des informations class\u00e9es secr\u00e8tes. Il leur appartenait de v\u00e9rifier sur cette base si les requ\u00e9rants repr\u00e9sentaient v\u00e9ritablement un danger pour la s\u00e9curit\u00e9 nationale.<\/p>\n<p>196. De m\u00eame, afin d\u2019ordonner l\u2019expulsion, la cour d\u2019appel pouvait, en vertu de l\u2019article 85 (1) et (2) de l\u2019OUG 194\/2002, se contenter de s\u2019assurer qu\u2019il existait \u00ab\u00a0des informations suffisantes\u00a0\u00bb ou des \u00ab\u00a0indices\u00a0\u00bb que l\u2019\u00e9tranger en question avait l\u2019intention de mener des activit\u00e9s qui mettaient en danger la s\u00e9curit\u00e9 nationale. La Cour rappelle que selon sa jurisprudence (C.G. et autres, pr\u00e9cit\u00e9, \u00a7\u00a074, et Kaushal et autres, pr\u00e9cit\u00e9, \u00a7 49), la juridiction nationale comp\u00e9tente pour d\u00e9cider de l\u2019expulsion devrait v\u00e9rifier si la demande d\u2019expulsion dont elle se voit saisie est justifi\u00e9e par les pi\u00e8ces pr\u00e9sent\u00e9es \u00e0 l\u2019appui de celle-ci.<\/p>\n<p>197. En l\u2019occurrence, le parquet a vers\u00e9 au dossier devant la cour d\u2019appel \u00ab\u00a0un \u00e9crit\u00a0\u00bb qui, selon le Gouvernement, d\u00e9taillait les activit\u00e9s reproch\u00e9es aux requ\u00e9rants et mentionnait des donn\u00e9es et des informations concr\u00e8tes recueillies par le SRI concernant l\u2019implication des deux\u00a0requ\u00e9rants dans des activit\u00e9s qui constituaient des menaces \u00e0 la s\u00e9curit\u00e9 nationale (paragraphe 14 ci-dessus). Pour autant, il n\u2019en ressort pas clairement si les juridictions nationales ont effectivement eu acc\u00e8s \u00e0 l\u2019ensemble des informations class\u00e9es secr\u00e8tes qui fondaient la demande d\u2019expulsion ou seulement \u00e0 cet \u00ab\u00a0\u00e9crit\u00a0\u00bb. Bien qu\u2019invit\u00e9 \u00e0 le faire, le Gouvernement n\u2019a pas \u00e9clairci ce point.<\/p>\n<p>198. Qui plus est, lorsque les requ\u00e9rants ont expos\u00e9 devant la Haute Cour leurs doutes sur la pr\u00e9sence dans le dossier des documents class\u00e9s secrets, aucun \u00e9claircissement n\u2019a \u00e9t\u00e9 apport\u00e9 sur ce point par la juridiction de recours (paragraphe 33 ci\u2011dessus). En outre, celle-ci a refus\u00e9 d\u2019ordonner la production de la seule preuve demand\u00e9e par les int\u00e9ress\u00e9s en vue de r\u00e9futer les all\u00e9gations selon lesquelles ils finan\u00e7aient des activit\u00e9s terroristes (paragraphes38 et 40 ci-dessus). En d\u2019autres termes, aucun \u00e9l\u00e9ment du dossier ne laisse entrevoir qu\u2019une v\u00e9rification a bien \u00e9t\u00e9 r\u00e9alis\u00e9e par les juridictions nationales quant \u00e0 la cr\u00e9dibilit\u00e9 et \u00e0 la r\u00e9alit\u00e9 des informations qui lui ont \u00e9t\u00e9 soumises par le parquet (voir, mutatis mutandis, Raza c.\u00a0Bulgarie, no 31465\/08, \u00a7 54, 11 f\u00e9vrier 2010).<\/p>\n<p>199. De surcro\u00eet, les juridictions nationales ont fourni des r\u00e9ponses tr\u00e8s g\u00e9n\u00e9rales pour rejeter les affirmations des requ\u00e9rants selon lesquelles ils n\u2019avaient pas agi au d\u00e9triment de la s\u00e9curit\u00e9 nationale. Elles se sont limit\u00e9es \u00e0 indiquer qu\u2019il ressortait des preuves instruites l\u2019existence d\u2019indices forts selon lesquels les requ\u00e9rants avaient l\u2019intention de mener des activit\u00e9s de nature \u00e0 mettre en danger la s\u00e9curit\u00e9 nationale sans aucune v\u00e9rification de la cr\u00e9dibilit\u00e9 de l\u2019\u00e9crit mis \u00e0 leur disposition par le parquet.<\/p>\n<p>200. La Cour prend acte des efforts entrepris par les juridictions nationales pour se reporter \u00e0 sa jurisprudence pertinente en la mati\u00e8re. Elle constate en particulier que la Haute Cour a fait r\u00e9f\u00e9rence dans son arr\u00eat \u00e0 la jurisprudence de la Cour qui indiquait aux autorit\u00e9s nationales la n\u00e9cessit\u00e9 de mettre en place un contr\u00f4le r\u00e9alis\u00e9 par une juridiction ind\u00e9pendante comme garantie contre l\u2019arbitraire du pouvoir public (paragraphes 44 et 45 ci-dessus).<\/p>\n<p>201. En effet, la Cour accepte que l\u2019examen de l\u2019affaire par une autorit\u00e9 judiciaire ind\u00e9pendante est une garantie de grand poids pour contrebalancer la restriction apport\u00e9e aux droits proc\u00e9duraux des requ\u00e9rants. Cependant \u2013 et tel est le cas en l\u2019esp\u00e8ce, une telle garantie n\u2019est pas \u00e0 elle seule suffisante pour combler la restriction apport\u00e9e aux droits proc\u00e9duraux des int\u00e9ress\u00e9s si la nature et l\u2019intensit\u00e9 du contr\u00f4le exerc\u00e9 par les autorit\u00e9s ind\u00e9pendantes ne se manifestent pas, m\u00eame sommairement, dans la motivation des d\u00e9cisions prises par celles-ci (paragraphe 156in fine ci-dessus).<\/p>\n<p>202. La Cour note aussi que certains des exemples de jurisprudence fournis par le Gouvernement d\u00e9montrent que la cour d\u2019appel peut, \u00e0 la lumi\u00e8re des documents classifi\u00e9s \u00e0 sa disposition, v\u00e9rifier la r\u00e9alit\u00e9 et la cr\u00e9dibilit\u00e9 des informations qui lui sont pr\u00e9sent\u00e9es (paragraphes 62 et 63 ci\u2011dessus). Toutefois, les exemples relatifs \u00e0 l\u2019\u00e9poque des faits du cas pr\u00e9sent sont peu nombreux. En tout \u00e9tat de cause, les pi\u00e8ces du dossier ne font pas appara\u00eetre qu\u2019en l\u2019esp\u00e8ce les juridictions nationales ont effectivement et suffisamment exerc\u00e9 les pouvoirs dont elles disposaient \u00e0 cet effet.<\/p>\n<p>iv. Conclusion quant au respect de l\u2019article 1 du Protocole no 7<\/p>\n<p>203. La Cour rappelle qu\u2019en l\u2019esp\u00e8ce, les requ\u00e9rants ont subi des restrictions importantes dans l\u2019exercice de leur droit d\u2019\u00eatre inform\u00e9s des \u00e9l\u00e9ments factuels qui sous-tendaient la d\u00e9cision de les expulser et de celui d\u2019avoir acc\u00e8s au contenu des documents et des informations du dossier sur lesquels l\u2019autorit\u00e9 comp\u00e9tente avait fond\u00e9 sa d\u00e9cision (paragraphe 160 ci\u2011dessus). Il ne ressort pas du dossier que la n\u00e9cessit\u00e9 de cette restriction ait \u00e9t\u00e9 examin\u00e9e et jug\u00e9e d\u00fbment justifi\u00e9e par une autorit\u00e9 ind\u00e9pendante au niveau national. D\u00e8s lors, la Cour est appel\u00e9e \u00e0 exercer un contr\u00f4le strict des \u00e9l\u00e9ments mis en place dans la proc\u00e9dure concernant les requ\u00e9rants pour contrebalancer les effets de ces restrictions, dans le but de pr\u00e9server la substance m\u00eame de leurs droits garantis par l\u2019article 1 \u00a7 1 du Protocole no\u00a07 (paragraphes 133, 144 et 145 ci-dessus).<\/p>\n<p>204. Or, en l\u2019occurrence, la Cour note que les requ\u00e9rants n\u2019ont re\u00e7u que des informations tr\u00e8s g\u00e9n\u00e9rales sur la qualification juridique des faits retenus contre eux, sans qu\u2019aucun de leurs comportements concrets susceptibles de mettre en danger la s\u00e9curit\u00e9 nationale ne transparaisse du dossier. De m\u00eame, aucune information ne leur a \u00e9t\u00e9 fournie quant au d\u00e9roulement des moments cl\u00e9s de la proc\u00e9dure et quant \u00e0 la possibilit\u00e9 d\u2019avoir acc\u00e8s aux preuves classifi\u00e9es du dossier par le biais d\u2019un avocat titulaire d\u2019un certificat ORNISS.<\/p>\n<p>205. Quant \u00e0 l\u2019\u00e9tendue du contr\u00f4le op\u00e9r\u00e9 par une autorit\u00e9 ind\u00e9pendante, la Cour consid\u00e8re que le seul fait que la d\u00e9cision d\u2019expulsion a \u00e9t\u00e9 prise par des hautes autorit\u00e9s judiciaires ind\u00e9pendantes, sans qu\u2019il puisse \u00eatre constat\u00e9 qu\u2019elles ont exerc\u00e9 concr\u00e8tement les pouvoirs que la loi roumaine leur conf\u00e9rait, n\u2019est pas de nature \u00e0 pouvoir compenser les restrictions subies par les int\u00e9ress\u00e9s dans l\u2019exercice de leurs droits proc\u00e9duraux.<\/p>\n<p>206. En conclusion, eu \u00e9gard \u00e0 la proc\u00e9dure dans son ensemble et tout en tenant compte de la marge d\u2019appr\u00e9ciation dont disposent les \u00c9tats en la mati\u00e8re, la Cour estime que les restrictions subies par les requ\u00e9rants dans la jouissance des droits qu\u2019ils tirent de l\u2019article 1 du Protocole no 7 n\u2019ont pas \u00e9t\u00e9 compens\u00e9es dans la proc\u00e9dure interne de mani\u00e8re \u00e0 pr\u00e9server la substance m\u00eame de ces droits.<\/p>\n<p>c) Conclusion g\u00e9n\u00e9rale<\/p>\n<p>207. Partant, il y a eu violation de l\u2019article 1 du Protocole no 7 \u00e0 la Convention.<\/p>\n<p>II. SUR L\u2019APPLICATION DE L\u2019ARTICLE\u00a041 DE LA CONVENTION<\/p>\n<p>208. Aux termes de l\u2019article\u00a041 de la Convention,<\/p>\n<p>\u00ab\u00a0Si la Cour d\u00e9clare qu\u2019il y a eu violation de la Convention ou de ses Protocoles, et si le droit interne de la Haute Partie contractante ne permet d\u2019effacer qu\u2019imparfaitement les cons\u00e9quences de cette violation, la Cour accorde \u00e0 la partie l\u00e9s\u00e9e, s\u2019il y a lieu, une satisfaction \u00e9quitable.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p><strong>A. Dommage<\/strong><\/p>\n<p>209. Les requ\u00e9rants demandent chacun la somme de 104\u00a0000 euros (EUR) au titre du pr\u00e9judice mat\u00e9riel qu\u2019ils estiment avoir subi. Ils indiquent que cette somme correspond \u00e0 la perte de la possibilit\u00e9 effective pour eux de trouver un emploi, depuis leur \u00e9loignement de Roumanie, pendant plus de deux ans. Ils incluent \u00e9galement dans la somme sollicit\u00e9e la perte de chances quant \u00e0 la conduite \u00e0 leur terme d\u2019\u00e9tudes de doctorat et \u00e0 la poursuite d\u2019une carri\u00e8re universitaire. Ils r\u00e9clament \u00e9galement 10\u00a0000 EUR chacun au titre du pr\u00e9judice moral qu\u2019ils disent avoir subi.<\/p>\n<p>210. Pour ce qui est de la somme demand\u00e9e au titre du pr\u00e9judice mat\u00e9riel, le Gouvernement indique qu\u2019il n\u2019y a pas de lien r\u00e9el entre la d\u00e9cision d\u2019\u00e9loignement des requ\u00e9rants du territoire et le pr\u00e9judice all\u00e9gu\u00e9, et que les int\u00e9ress\u00e9s n\u2019ont pas soumis les modalit\u00e9s de calcul du montant r\u00e9clam\u00e9. Pour ce qui est du pr\u00e9judice moral, il invite la Cour \u00e0 consid\u00e9rer qu\u2019un \u00e9ventuel constat de violation repr\u00e9senterait une r\u00e9paration suffisante, et, subsidiairement, \u00e0 tenir compte de sa jurisprudence dans l\u2019examen de la pr\u00e9tention des requ\u00e9rants.<\/p>\n<p>211. La Cour rappelle que la seule base \u00e0 retenir pour l\u2019octroi d\u2019une satisfaction \u00e9quitable r\u00e9side en l\u2019esp\u00e8ce dans le fait que les requ\u00e9rants n\u2019ont pas b\u00e9n\u00e9fici\u00e9 de garanties proc\u00e9durales suffisantes dans la proc\u00e9dure qui a abouti \u00e0 leur \u00e9loignement du territoire. La Cour ne saurait sp\u00e9culer sur ce qu\u2019aurait \u00e9t\u00e9 l\u2019issue du proc\u00e8s dans le cas contraire. En tout \u00e9tat de cause, elle consid\u00e8re que le dommage mat\u00e9riel all\u00e9gu\u00e9 n\u2019est pas \u00e9tabli par les pi\u00e8ces du dossier. D\u00e8s lors, il convient de rejeter la pr\u00e9tention aff\u00e9rente au pr\u00e9judice mat\u00e9riel.<\/p>\n<p>212. La Cour estime toutefois que les int\u00e9ress\u00e9s ont subi un pr\u00e9judice moral certain qui ne saurait \u00eatre r\u00e9par\u00e9 par le seul constat de violation. Compte tenu de la nature de la violation constat\u00e9e, la Cour, statuant en \u00e9quit\u00e9, alloue \u00e0 chacun des requ\u00e9rants 10\u00a0000\u00a0EUR pour pr\u00e9judice moral.<\/p>\n<p><strong>B. Frais et d\u00e9pens<\/strong><\/p>\n<p>213. Les requ\u00e9rants, qui ont formul\u00e9 leur demande alors que l\u2019affaire \u00e9tait pendante devant la Chambre, demandent 3\u00a0000 EUR au titre des frais et d\u00e9pens, pour les honoraires d\u2019avocat devant les instances nationales et devant la Cour. Le Gouvernement soutient que la somme sollicit\u00e9e au titre de frais et d\u00e9pens devant la Chambre n\u2019est pas justifi\u00e9e par des documents suffisants et lisibles.<\/p>\n<p>214. Les requ\u00e9rants ont formul\u00e9 une demande d\u2019assistance judiciaire devant la Grande Chambre et ont demand\u00e9 le remboursement des frais encourus par leurs avocates pour les assister devant la Grande Chambre et pour participer \u00e0 l\u2019audience devant la Cour, en fournissant des justificatifs. Lors de l\u2019audience devant la Grande Chambre, ils ont demand\u00e9 le remboursement int\u00e9gral de leurs frais encourus pour la participation de leurs avocates \u00e0 l\u2019audience.<\/p>\n<p>215. La Cour note que seule la demande des requ\u00e9rants concernant le remboursement des frais li\u00e9s \u00e0 la pr\u00e9sence de leurs avocates \u00e0 l\u2019audience est \u00e9tay\u00e9e par des documents pertinents et lisibles. Compte tenu de la jurisprudence de la Cour en la mati\u00e8re (Iatridis c. Gr\u00e8ce (satisfaction \u00e9quitable) [GC], no\u00a031107\/96, \u00a7 54, CEDH 2000\u2011XI) et de ce que les requ\u00e9rants n\u2019ont b\u00e9n\u00e9fici\u00e9 que d\u2019un remboursement partiel des frais de d\u00e9placement \u00e0 l\u2019audience dans le cadre de l\u2019assistance judiciaire, la Cour octroie conjointement aux requ\u00e9rants 1\u00a0365\u00a0EUR \u00e0 ce titre.<\/p>\n<p><strong>C. Int\u00e9r\u00eatsmoratoires<\/strong><\/p>\n<p>216. La Cour juge appropri\u00e9 de calquer le taux des int\u00e9r\u00eats moratoires sur le taux d\u2019int\u00e9r\u00eat de la facilit\u00e9 de pr\u00eat marginal de la Banque centrale europ\u00e9enne major\u00e9 de trois points de pourcentage.<\/p>\n<p><strong>PAR CES MOTIFS, LA COUR<\/strong><\/p>\n<p>1. D\u00e9clare, \u00e0 l\u2019unanimit\u00e9, la requ\u00eate recevable\u00a0;<\/p>\n<p>2. Dit, par quatorze voix contre trois, qu\u2019il y a eu violation de l\u2019article 1 du Protocole no 7 \u00e0 la Convention\u00a0;<\/p>\n<p>3. Dit, par quatorze voix contre trois\u00a0:<\/p>\n<p>a) que l\u2019\u00c9tat d\u00e9fendeur doit verser aux requ\u00e9rants, dans les trois mois, les sommes suivantes\u00a0:<\/p>\n<p>i. 10 000 EUR (dix mille euros) \u00e0 chacun des requ\u00e9rants, plus tout montant pouvant \u00eatre d\u00fb \u00e0 titre d\u2019imp\u00f4t, pour dommage moral\u00a0;<\/p>\n<p>ii. 1 365\u00a0EUR (mille trois cent soixante-cinq euros), conjointement aux requ\u00e9rants, plus tout montant pouvant \u00eatre d\u00fb par les requ\u00e9rants \u00e0 titre d\u2019imp\u00f4t, pour frais et d\u00e9pens\u00a0;<\/p>\n<p>b) qu\u2019\u00e0 compter de l\u2019expiration dudit d\u00e9lai et jusqu\u2019au versement, ces montants seront \u00e0 majorer d\u2019un int\u00e9r\u00eat simple \u00e0 un taux \u00e9gal \u00e0 celui de la facilit\u00e9 de pr\u00eat marginal de la Banque centrale europ\u00e9enne applicable pendant cette p\u00e9riode, augment\u00e9 de trois points de pourcentage\u00a0;<\/p>\n<p>4. Rejette, \u00e0 l\u2019unanimit\u00e9, la demande de satisfaction \u00e9quitable pour le surplus.<\/p>\n<p>Fait en fran\u00e7ais et en anglais, puis prononc\u00e9 en audience publique au Palais des droits de l\u2019homme, \u00e0 Strasbourg, le 15 octobre 2020.<\/p>\n<p>Johan Callewaert RobertSpano<br \/>\nAdjoint au Greffier Pr\u00e9sident<\/p>\n<p>Au pr\u00e9sent arr\u00eat se trouve joint, conform\u00e9ment aux articles 45 \u00a7 2 de la Convention et 74 \u00a7 2 du r\u00e8glement, l\u2019expos\u00e9 des opinions s\u00e9par\u00e9es suivantes\u00a0:<\/p>\n<p>\u2013 opinion concordante commune aux juges\u00a0Nu\u00dfberger, Lemmens et Koskelo\u00a0;<\/p>\n<p>\u2013 opinion concordante du juge\u00a0Pinto de Albuquerque, \u00e0 laquelle se rallie la juge El\u00f3segui\u00a0;<\/p>\n<p>\u2013 opinion concordante du juge\u00a0Serghides\u00a0;<\/p>\n<p>\u2013 opinion concordante de la juge\u00a0El\u00f3segui\u00a0;<\/p>\n<p>\u2013 opinion dissidente commune aux juges Yudkivska, Motoc et Paczolay.<\/p>\n<p style=\"text-align: right;\">R.S.O.<br \/>\nJ.C.<\/p>\n<p style=\"text-align: center;\"><strong>Opinion concordante commune aux juges NUSSBERGER, LEMMENS ET KOSKELO<\/strong><\/p>\n<p style=\"text-align: center;\"><strong>(Traduction)<\/strong><\/p>\n<p>1. Nous souscrivons \u00e0 la conclusion de la majorit\u00e9 selon laquelle il y a eu en l\u2019esp\u00e8ce violation de l\u2019article 1 du Protocole no\u00a07 \u00e0 la Convention.<\/p>\n<p>Toutefois, l\u2019approche suivie par la majorit\u00e9 nous pose des probl\u00e8mes m\u00e9thodologiques \u00e0 deux \u00e9gards. En premier lieu, on ne saurait ignorer la disposition sp\u00e9cifique relative aux expulsions \u00ab\u00a0bas\u00e9e[s] sur des motifs de s\u00e9curit\u00e9 nationale\u00a0\u00bb que renferme l\u2019article 1 \u00a7 2 du Protocole no 7, car le texte m\u00eame de la Convention doit toujours constituer le point de d\u00e9part de toute interpr\u00e9tation. En second lieu, l\u2019article en question se distingue de l\u2019article 6 en ce que l\u2019examen des garanties proc\u00e9durales sp\u00e9cifiques qu\u2019il instaure ne peut \u00eatre remplac\u00e9 par une appr\u00e9ciation de \u00ab\u00a0l\u2019\u00e9quit\u00e9 globale\u00a0\u00bb. Pareille approche m\u00e9conna\u00eet la sp\u00e9cificit\u00e9 des garanties mises en place par l\u2019article 1 du Protocole no\u00a07.<\/p>\n<p><strong>A. La structure de l\u2019article 1 du Protocole no\u00a07<\/strong><\/p>\n<p>2. L\u2019article 1 du Protocole no\u00a07\u00a0est ainsi libell\u00e9\u00a0:<\/p>\n<p>\u00ab\u00a01. Un \u00e9tranger r\u00e9sidant r\u00e9guli\u00e8rement sur le territoire d\u2019un \u00c9tat ne peut en \u00eatre expuls\u00e9 qu\u2019en ex\u00e9cution d\u2019une d\u00e9cision prise conform\u00e9ment \u00e0 la loi et doit pouvoir\u00a0:<\/p>\n<p>a) faire valoir les raisons qui militent contre son expulsion,<\/p>\n<p>b) faire examiner son cas, et<\/p>\n<p>c) se faire repr\u00e9senter \u00e0 ces fins devant l\u2019autorit\u00e9 comp\u00e9tente ou une ou plusieurs personnes d\u00e9sign\u00e9es par cette autorit\u00e9.<\/p>\n<p>2. Un \u00e9tranger peut \u00eatre expuls\u00e9 avant l\u2019exercice des droits \u00e9num\u00e9r\u00e9s au paragraphe\u00a01. a), b) et c) de cet article lorsque cette expulsion est n\u00e9cessaire dans l\u2019int\u00e9r\u00eat de l\u2019ordre public ou est bas\u00e9e sur des motifs de s\u00e9curit\u00e9 nationale.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p>L\u2019article 1 poss\u00e8de donc une structure similaire \u00e0 celle de nombreuses autres dispositions mat\u00e9rielles de la Convention\u00a0: son premier paragraphe \u00e9nonce les garanties prot\u00e9g\u00e9es, tandis que son second paragraphe fixe les conditions auxquelles sont soumises les restrictions pouvant y \u00eatre apport\u00e9es.<\/p>\n<p>3. L\u2019article 1 \u00a7 1 vise \u00e0 offrir des \u00ab\u00a0garanties minimales\u00a0\u00bb aux \u00e9trangers (voir le rapport explicatif du Protocole no\u00a07, \u00a7 7). Les r\u00e9dacteurs du Protocole no\u00a07, qui \u00e9taient au fait de la jurisprudence excluant l\u2019applicabilit\u00e9 de l\u2019article 6 de la Convention aux affaires d\u2019expulsion, ont express\u00e9ment indiqu\u00e9 que l\u2019article 1 du Protocole no\u00a07 \u00ab\u00a0n\u2019affect[ait] pas cette interpr\u00e9tation de l\u2019article\u00a06\u00a0\u00bb (ibidem, \u00a7 16). Bien que les garanties consacr\u00e9es par l\u2019article\u00a01\u00a0du Protocole no\u00a07 puissent correspondre \u00e0 certaines des garanties offertes par l\u2019article 6 de la Convention, il n\u2019entrait certainement pas dans l\u2019intention des r\u00e9dacteurs de ce Protocole d\u2019accorder aux \u00e9trangers l\u2019ensemble des garanties d\u00e9coulant de la notion de \u00ab\u00a0proc\u00e8s \u00e9quitable\u00a0\u00bb.<\/p>\n<p>Les garanties \u00e9nonc\u00e9es au paragraphe 1 sont de deux ordres.<\/p>\n<p>Premi\u00e8rement, toute d\u00e9cision d\u2019expulsion doit \u00eatre prise \u00ab\u00a0conform\u00e9ment \u00e0 la loi\u00a0\u00bb (paragraphe 118 de l\u2019arr\u00eat). Cette garantie ne paraissant pas pertinente en l\u2019esp\u00e8ce, nous n\u2019y reviendrons pas.<\/p>\n<p>Deuxi\u00e8mement, un \u00e9tranger menac\u00e9 d\u2019expulsion b\u00e9n\u00e9ficie de trois\u00a0garanties\u00a0: il doit pouvoir a) faire valoir les raisons qui militent contre son expulsion, b) faire examiner son cas, et c) se faire repr\u00e9senter devant l\u2019autorit\u00e9 comp\u00e9tente (paragraphe 119 de l\u2019arr\u00eat). \u00c0 la diff\u00e9rence du libell\u00e9 de l\u2019article 13 du Pacte international relatif aux droits civils et politiques, ces trois garanties ont \u00e9t\u00e9 \u00ab\u00a0clairement distingu\u00e9es\u00a0\u00bb dans trois alin\u00e9as diff\u00e9rents dans le Protocole no 7 (rapport explicatif, \u00a7 12). La majorit\u00e9 les qualifie de garanties \u00ab\u00a0sp\u00e9cifiques\u00a0\u00bb de proc\u00e9dure (paragraphe 119 de l\u2019arr\u00eat), ce \u00e0 quoi nous souscrivons enti\u00e8rement.<\/p>\n<p>4. Le second paragraphe \u00ab\u00a0autorise des exceptions\u00a0\u00bb en pr\u00e9voyant les cas o\u00f9 l\u2019expulsion peut intervenir \u00ab\u00a0avant l\u2019exercice de[s] (&#8230;) droits [pr\u00e9vus aux alin\u00e9as a), b) et c) du paragraphe 1]\u00a0\u00bb (rapport explicatif, \u00a7 15).<\/p>\n<p>Un \u00e9tranger peut \u00eatre expuls\u00e9 sans avoir eu au pr\u00e9alable la possibilit\u00e9 d\u2019exercer les droits en question dans deux situations. La premi\u00e8re concerne les cas o\u00f9 l\u2019expulsion est \u00ab\u00a0n\u00e9cessaire dans l\u2019int\u00e9r\u00eat de l\u2019ordre public\u00a0\u00bb. En pareils cas, l\u2019ex\u00e9cution d\u2019une d\u00e9cision d\u2019expulsion est consid\u00e9r\u00e9e comme une mesure \u00ab exceptionnelle\u00a0\u00bb, dont l\u2019\u00c9tat doit pouvoir prouver le caract\u00e8re n\u00e9cessaire au regard des circonstances de l\u2019esp\u00e8ce (ibidem). La seconde concerne les expulsions \u00ab\u00a0bas\u00e9e[s] sur des motifs de s\u00e9curit\u00e9 nationale\u00a0\u00bb. Nous reviendrons ci-dessous sur cette deuxi\u00e8me exception (au paragraphe\u00a010 de la pr\u00e9sente opinion).<\/p>\n<p>L\u2019article 1 du Protocole no\u00a07ne pr\u00e9voit aucune autre exception. Compte tenu de la structure de l\u2019article 1, nous consid\u00e9rons qu\u2019\u00e0 l\u2019instar de celles que pr\u00e9voient d\u2019autres articles de la Convention, les exceptions \u00e9num\u00e9r\u00e9es au paragraphe 2 sont \u00ab d\u2019interpr\u00e9tation restrictive \u00bb (Perin\u00e7ek c. Suisse [GC], no 27510\/08, \u00a7 122, CEDH 2015 (extraits)). Il s\u2019ensuit non seulement qu\u2019elles appellent une interpr\u00e9tation \u00e9troite, mais aussi que les garanties consacr\u00e9es par le premier paragraphe n\u2019admettent aucune autre limitation implicite. En effet, des limitations implicites ne peuvent \u00eatre autoris\u00e9es qu\u2019en l\u2019absence d\u2019\u00e9num\u00e9ration exhaustive des exceptions express\u00e9ment admises (Sitaropoulos et Giakoumopoulos c. Gr\u00e8ce [GC], no\u00a042202\/07, \u00a7\u00a064, CEDH 2012).<\/p>\n<p><strong>B. Les droits ou garanties en jeu<\/strong><\/p>\n<p>5.\u00a0La majorit\u00e9 consid\u00e8re que les requ\u00e9rants revendiquent deux droits, \u00e0 savoir \u00ab\u00a0le droit d\u2019\u00eatre inform\u00e9s des raisons de leur expulsion\u00a0\u00bb et \u00ab\u00a0celui d\u2019avoir acc\u00e8s aux documents vers\u00e9s au dossier de l\u2019affaire\u00a0\u00bb (paragraphe\u00a0125 de l\u2019arr\u00eat). Elle consid\u00e8re que ces deux droits doivent \u00eatre examin\u00e9s sous l\u2019angle de l\u2019article 1 \u00a7 1 a) du Protocole no\u00a07, qui conf\u00e8re aux \u00e9trangers le droit \u00ab de faire valoir les raisons qui militent contre [leur] expulsion\u00a0\u00bb.<\/p>\n<p>Nous souscrivons \u00e0 cette analyse.<\/p>\n<p>6. Toutefois, nous estimons que d\u2019autres droits sont \u00e9galement en jeu dans la pr\u00e9sente affaire.<\/p>\n<p>En effet, les requ\u00e9rants se plaignent de \u00ab\u00a0l\u2019\u00e9tendue du contr\u00f4le effectu\u00e9 par les juridictions nationales quant au bien-fond\u00e9 de la mesure ordonn\u00e9e contre eux\u00a0\u00bb (paragraphe 100 de l\u2019arr\u00eat). Ils soutiennent que \u00ab\u00a0la proc\u00e9dure a \u00e9t\u00e9 purement formelle\u00a0\u00bb (ibidem). Nous consid\u00e9rons que ce grief doit \u00eatre examin\u00e9 sous l\u2019angle de l\u2019article 1 \u00a7 1 b) du Protocole no\u00a07, qui garantit aux \u00e9trangers le droit de \u00ab\u00a0faire examiner [leur] cas\u00a0\u00bb et implique, pour les autorit\u00e9s comp\u00e9tentes (en l\u2019occurrence, la cour d\u2019appel et, sur pourvoi, la Haute Cour de Cassation et de Justice), l\u2019obligation d\u2019examiner les \u00ab\u00a0raisons militant contre l\u2019expulsion que l\u2019int\u00e9ress\u00e9 aura fait valoir\u00a0\u00bb (rapport explicatif, \u00a7 13.2). Le soin apport\u00e9 \u00e0 cet examen est \u00e9videmment un \u00e9l\u00e9ment \u00e0 prendre en compte aux fins de l\u2019appr\u00e9ciation du respect du droit en question.<\/p>\n<p>Les requ\u00e9rants soutiennent par ailleurs qu\u2019ils se sont trouv\u00e9s dans l\u2019impossibilit\u00e9 pratique de s\u2019assurer l\u2019assistance d\u2019un avocat \u00ab\u00a0compte tenu de la vitesse \u00e0 laquelle s\u2019est d\u00e9roul\u00e9e la proc\u00e9dure et de la distance qu\u2019ils ont d\u00fb parcourir pour assister \u00e0 l\u2019audience de la cour d\u2019appel\u00a0\u00bb (paragraphe\u00a098 de l\u2019arr\u00eat). \u00c0 cet \u00e9gard, ils se plaignent en particulier des difficult\u00e9s qui, selon eux, les ont emp\u00each\u00e9s de se faire repr\u00e9senter par un avocat titulaire d\u2019un certificat ORNISS (paragraphe 99 de l\u2019arr\u00eat). Nous estimons que ces griefs doivent \u00eatre examin\u00e9s sur le terrain de l\u2019article 1 \u00a7 1 c) du Protocole\u00a0no\u00a07, qui garantit le droit de \u00ab\u00a0se faire repr\u00e9senter (&#8230;) devant l\u2019autorit\u00e9 comp\u00e9tente (&#8230;)\u00a0\u00bb.<\/p>\n<p>Nous regrettons que la majorit\u00e9 ne r\u00e9ponde pas explicitement \u00e0 ces griefs. Elle semble consid\u00e9rer que le respect des droits garantis par l\u2019article\u00a01 \u00a7 1 b) et c) est un simple facteur compensateur susceptible de contrebalancer les limitations apport\u00e9es au droit consacr\u00e9 par l\u2019article\u00a01\u00a0\u00a7\u00a01\u00a0a) (paragraphes 154 et 156-57 de l\u2019arr\u00eat). Nous pensons que cela ne rend pas justice \u00e0 l\u2019autonomie des droits prot\u00e9g\u00e9s par les alin\u00e9as b) et c). En outre, ce genre de raisonnement a tendance \u00e0 aboutir \u00e0 une approche globale centr\u00e9e sur la qualit\u00e9 du processus d\u00e9cisionnel. De fait, la majorit\u00e9 estime devoir examiner la proc\u00e9dure d\u2019expulsion \u00ab\u00a0dans son ensemble\u00a0\u00bb (paragraphes 150, 157, 161 et 206 de l\u2019arr\u00eat). \u00c0 nos yeux, cette approche m\u00e9conna\u00eet le caract\u00e8re sp\u00e9cifique des droits garantis par l\u2019article 1 \u00a7\u00a01.<\/p>\n<p>7. En bref, nous estimons que les requ\u00e9rants all\u00e8guent que chacun de leurs droits garantis par l\u2019article 1 \u00a7 1 a), b) et c) du Protocole no\u00a07 a \u00e9t\u00e9 viol\u00e9.<\/p>\n<p>Nous consid\u00e9rons que chacun de ces griefs doit \u00eatre examin\u00e9 s\u00e9par\u00e9ment, puisque les droits en cause se rattachent \u00e0 des garanties \u00ab\u00a0sp\u00e9cifiques\u00a0\u00bb et distinctes les unes des autres (paragraphe 3 ci-dessus). Nous ne pensons pas que l\u2019article 1 \u00a7 1 habilite la Cour \u00e0 conclure, \u00e0 la lumi\u00e8re d\u2019un examen de la proc\u00e9dure dans son ensemble, que certaines ou l\u2019int\u00e9gralit\u00e9 des dispositions de cet article ont \u00e9t\u00e9 m\u00e9connues. C\u2019est pourtant ce qu\u2019a fait la majorit\u00e9 (voir la conclusion \u00e0 laquelle elle est parvenue au paragraphe\u00a0206 de l\u2019arr\u00eat).<\/p>\n<p><strong>C. Les restrictions apport\u00e9es aux droits des requ\u00e9rants<\/strong><\/p>\n<p>8. Les droits dont la violation est all\u00e9gu\u00e9e ayant \u00e9t\u00e9 identifi\u00e9s, il nous faut maintenant rechercher si les restrictions qui leur ont \u00e9t\u00e9 apport\u00e9es \u00e9taient en l\u2019esp\u00e8ce justifi\u00e9es.<\/p>\n<p>L\u2019approche adopt\u00e9e par la majorit\u00e9 consiste \u00e0 examiner s\u2019il existait des motifs d\u00fbment justifi\u00e9s, \u00ab\u00a0tels que\u00a0\u00bb la n\u00e9cessit\u00e9 de prot\u00e9ger la s\u00e9curit\u00e9 nationale (paragraphe 139 de l\u2019arr\u00eat), d\u2019imposer les restrictions litigieuses, et si celles-ci \u00e9taient suffisamment contrebalanc\u00e9es, notamment par des garanties proc\u00e9durales (paragraphes 133 et 137 de l\u2019arr\u00eat). Cette approche semble s\u2019inspirer largement de celle suivie dans les affaires mettant en cause des restrictions aux droits garantis par l\u2019article 6 de la Convention (comparer le paragraphe 133 du pr\u00e9sent arr\u00eat avec l\u2019arr\u00eat Regner c.\u00a0R\u00e9publique tch\u00e8que [GC], no 35289\/11, \u00a7 148, 19 septembre 2017, auquel il renvoie).<\/p>\n<p>Avec tout le respect que nous devons \u00e0 nos coll\u00e8gues de la majorit\u00e9, nous estimons que la transposition des principes \u00e9labor\u00e9s dans le contexte de l\u2019article 6 de la Convention \u00e0 l\u2019examen d\u2019une affaire relevant de l\u2019article\u00a01\u00a0du Protocole no\u00a07 n\u2019est pas justifi\u00e9e. D\u2019une part, comme indiqu\u00e9 au paragraphe 4 ci-dessus, l\u2019article 1 du Protocole no\u00a07, contrairement \u00e0 l\u2019article 6 de la Convention, n\u2019admet pas de limitations implicites des droits proc\u00e9duraux mais fixe lui-m\u00eame les conditions auxquelles sont soumises les restrictions pouvant \u00eatre apport\u00e9es aux droits qu\u2019il garantit. D\u2019autre part, l\u2019article 1 du Protocole no\u00a07 ne garantit pas de mani\u00e8re g\u00e9n\u00e9rale l\u2019\u00e9quit\u00e9 du proc\u00e8s, ou l\u2019\u00e9quit\u00e9 de la proc\u00e9dure dans son ensemble, mais seulement le respect de certains droits proc\u00e9duraux sp\u00e9cifiques (paragraphe 3 ci-dessus).<\/p>\n<p>Dans ces conditions, nous nous voyons contraints de nous \u00e9carter de l\u2019approche adopt\u00e9e par la majorit\u00e9 pour appr\u00e9cier si les limitations apport\u00e9es aux droits proc\u00e9duraux des requ\u00e9rants \u00e9taient ou non compatibles avec l\u2019article 1 du Protocole no\u00a07 (paragraphes 130-206 de l\u2019arr\u00eat).<\/p>\n<p>9. \u00c0 notre avis, les restrictions apport\u00e9es au droit des requ\u00e9rants ne peuvent se justifier que si elles figurent au nombre des exceptions pr\u00e9vues par l\u2019article 1 \u00a7 2 du Protocole no\u00a07, disposition dont la majorit\u00e9 ne fait aucun cas.<\/p>\n<p>Dans l\u2019arr\u00eatLjatifi c. l\u2019\u00ab\u00a0ex-R\u00e9publique yougoslave de Mac\u00e9doine\u00a0\u00bb (no\u00a019017\/16\u00a7\u00a041, 17 mai 2018), il est indiqu\u00e9 que l\u2019article 1 \u00a7 2 \u00ab\u00a0concerne les situations dans lesquelles un \u00e9tranger a d\u00e9j\u00e0 \u00e9t\u00e9 expuls\u00e9\u00a0\u00bb. La Haute Cour de Cassation et de Justice a adopt\u00e9 la m\u00eame position dans l\u2019affaire des requ\u00e9rants (paragraphe 44 de l\u2019arr\u00eat). Toutefois, nous ne faisons pas la m\u00eame lecture de cette disposition. L\u2019article 1 \u00a7 2 autorise l\u2019expulsion d\u2019un \u00e9tranger \u00ab\u00a0avant l\u2019exercice des droits \u00e9num\u00e9r\u00e9s au paragraphe 1 a), b) et c)\u00a0\u00bb, mais cela ne signifie pas que ces garanties n\u2019entrent en jeu que de mani\u00e8re r\u00e9troactive, lorsque l\u2019expulsion est d\u00e9j\u00e0 intervenue. Les droits des \u00e9trangers peuvent \u00eatre limit\u00e9s m\u00eame au cours de la proc\u00e9dure d\u2019expulsion, comme dans le cas des requ\u00e9rants, et il est tout \u00e0 fait logique que ces limitations soient soumises aux m\u00eames conditions que celles qui \u00ab\u00a0s\u2019appliquent\u00a0\u00bb dans le cas o\u00f9 l\u2019\u00e9tranger a d\u00e9j\u00e0 \u00e9t\u00e9 expuls\u00e9. D\u2019ailleurs, c\u2019est pr\u00e9cis\u00e9ment lorsque la proc\u00e9dure d\u2019expulsion est pendante que la question des conditions auxquelles sont soumises les restrictions \u00e9ventuellement apport\u00e9es aux droits proc\u00e9duraux des \u00e9trangers est pertinente\u00a0; d\u00e8s lors qu\u2019un \u00e9tranger a \u00e9t\u00e9 expuls\u00e9, il sera moins enclin \u00e0 prendre la peine de se pr\u00e9valoir de ses droits d\u00e9coulant de l\u2019article 1 du Protocole no\u00a07, car il devrait pour cela engager une action depuis l\u2019\u00e9tranger en vue de contester son expulsion.<\/p>\n<p>10. En l\u2019esp\u00e8ce, les limitations apport\u00e9es aux droits proc\u00e9duraux des requ\u00e9rants garantis par l\u2019article 1 \u00a7 1 a), b) et c) \u00e9taient bas\u00e9es sur des motifs de \u00ab\u00a0s\u00e9curit\u00e9 nationale\u00a0\u00bb.<\/p>\n<p>Pour que la Cour puisse appr\u00e9cier si ces limitations \u00e9taient justifi\u00e9es au regard de l\u2019exception de \u00ab s\u00e9curit\u00e9 nationale \u00bb pr\u00e9vue par l\u2019article 1 \u00a7 2, il lui faut en premier lieu rechercher si l\u2019expulsion des requ\u00e9rants \u00e9tait fond\u00e9e sur de \u00ab\u00a0v\u00e9ritables motifs\u00a0\u00bb de s\u00e9curit\u00e9 nationale (comparer avec C.G. et autres c. Bulgarie, no 1365\/07, \u00a7 77, 24 avril 2008). Lorsque le gouvernement d\u00e9fendeur \u00ab\u00a0ne produit aucun \u00e9l\u00e9ment ou preuve propre \u00e0 corroborer sa th\u00e8se selon laquelle les int\u00e9r\u00eats de la s\u00e9curit\u00e9 nationale (&#8230;) \u00e9taient en jeu\u00a0\u00bb, il ne peut se pr\u00e9valoir de l\u2019exception pr\u00e9vue \u00e0 l\u2019article\u00a01\u00a0\u00a7\u00a02\u00a0(Nolan et K. c. Russie, no 2512\/04, \u00a7 115, 12 f\u00e9vrier 2009).<\/p>\n<p>Comme l\u2019a relev\u00e9 la majorit\u00e9, \u00ab\u00a0[l]es raisons concr\u00e8tes tir\u00e9es de la protection de la s\u00e9curit\u00e9 nationale qui, de l\u2019avis des autorit\u00e9s, s\u2019opposaient \u00e0 la divulgation des preuves et des informations class\u00e9es secr\u00e8tes \u00e0 l\u2019\u00e9gard des requ\u00e9rants n\u2019ont aucunement \u00e9t\u00e9 explicit\u00e9es par les juridictions nationales\u00a0\u00bb (paragraphe 163 de l\u2019arr\u00eat). Certes, le communiqu\u00e9 de presse du Service roumain du renseignement (SRI) contient un certain nombre d\u2019informations (paragraphe 30 de l\u2019arr\u00eat), mais trop impr\u00e9cises selon nous pour d\u00e9montrer l\u2019existence de \u00ab\u00a0v\u00e9ritables\u00a0\u00bb motifs de s\u00e9curit\u00e9 nationale pouvant \u00eatre invoqu\u00e9s \u00e0 l\u2019encontre des requ\u00e9rants. Nous relevons que le gouvernement d\u00e9fendeur n\u2019a fourni \u00e0 la Cour aucune autre information sur ce point.<\/p>\n<p>Ce d\u00e9faut de motivation nous suffit pour conclure que l\u2019exception pr\u00e9vue \u00e0 l\u2019article 1 \u00a7 2 n\u2019est pas applicable en l\u2019esp\u00e8ce. Il n\u2019y a donc pas lieu de rechercher en outre si l\u2019existence \u00e9ventuelle de v\u00e9ritables motifs de s\u00e9curit\u00e9 nationale aurait suffi pour justifier les restrictions impos\u00e9es aux droits proc\u00e9duraux des requ\u00e9rants (voir ce qu\u2019en dit le paragraphe 15 du rapport explicatif du Protocole no 7), ou si le gouvernement d\u00e9fendeur aurait alors d\u00fb d\u00e9montrer que les restrictions en question \u00e9taient proportionn\u00e9es au but poursuivi (voir C.G. et autres,pr\u00e9cit\u00e9, \u00a7 77; voir aussi le rapport explicatif du Protocole no 7, \u00a7 15).<\/p>\n<p><strong>D. Conclusion<\/strong><\/p>\n<p>11. En bref, nous estimons que les requ\u00e9rants ont subi des restrictions de leurs droits proc\u00e9duraux garantis par l\u2019article 1 \u00a7 1 a), b) et c) du Protocole\u00a0no 7, et que celles-ci n\u2019\u00e9taient pas justifi\u00e9es au regard de l\u2019article\u00a01 \u00a7\u00a02.<\/p>\n<p>En cons\u00e9quence, nous concluons, comme la majorit\u00e9 mais pour d\u2019autres raisons, qu\u2019il y a eu violation de l\u2019article 1 du Protocole no 7.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p style=\"text-align: center;\"><strong>Opinion concordante du juge PINTO DE ALBUQUERQUE, \u00e0 laquelle se rallie lajuge\u00a0EL\u00d3SEGUI<\/strong><\/p>\n<p style=\"text-align: center;\">(Traduction)<\/p>\n<p><strong>Introduction<\/strong><\/p>\n<p>1. Je souscris au constat de violation auquel la Grande Chambre est parvenue dans la pr\u00e9sente affaire, mais j\u2019estime que le raisonnement tenu en l\u2019esp\u00e8ce est incorrect sur deux points cruciaux. La Grande Chambre omet non seulement de d\u00e9finir ce qui constitue la substance du droit garanti par l\u2019article\u00a01 du Protocole no 7, mais encore confond l\u2019examen de cette substance avec le contr\u00f4le de proportionnalit\u00e9. La pr\u00e9sente opinion vise d\u2019abord \u00e0 justifier ces deux assertions, puis \u00e0 exposer les raisons pour lesquelles je consid\u00e8re qu\u2019il y a eu violation de cette disposition.<\/p>\n<p style=\"text-align: center;\">La protection de la substance des droits par le droit national et international<\/p>\n<p>2. La garantie de la protection de la substance des droits et libert\u00e9s n\u2019est pas une nouveaut\u00e9 pour les ordres juridiques internes. La notion de substance des droits et libert\u00e9s constitutionnels figure dans certaines Constitutions ou lois constitutionnelles telles que celles de l\u2019Allemagne (article 19-2 de la Loi fondamentale de 1949), du Portugal (article 18-3 de la Constitution de 1976), de l\u2019Espagne (article 53-1 de la Constitution de 1978), de la Turquie (article 13 de la Constitution de 1982), de la Roumanie (article 53-2 de la Constitution de 1991), de la R\u00e9publique tch\u00e8que (article\u00a04-4 de la Charte des droits et libert\u00e9s fondamentaux tch\u00e8que de 1991, combin\u00e9 avec l\u2019article\u00a03 de la Constitution de 1992), de l\u2019Estonie (article 11 de la Constitution de 1992), de la Slovaquie (article 13-4 de la Constitution de 1992), de la G\u00e9orgie (article 21-2 de la Constitution de 1995), de la Pologne (article 31-3 de la Constitution de 1997), de la Suisse (article 36-4 de la Constitution de 1999), de la Serbie (article 18-2 de la Constitution de 2006) et de la Hongrie (article I-3 de la Constitution de 2011), ainsi que dans la jurisprudence constitutionnelle italienne[1] et russe[2].<\/p>\n<p>3. Les dispositions susmentionn\u00e9es exigent que les \u00e9ventuelles limitations \u00e0 l\u2019exercice des droits et libert\u00e9s constitutionnels respectent leur substance. Dans les situations d\u2019\u00e9tat d\u2019urgence, sp\u00e9cialement, le niveau de protection des droits et libert\u00e9s constitutionnels ne doit pas tomber en dessous d\u2019un seuil minimal, c\u2019est-\u00e0-dire que les d\u00e9rogations apport\u00e9es aux droits et libert\u00e9s en question au nom de la sauvegarde de l\u2019ordre public ou de la s\u00fbret\u00e9 nationale ne peuvent porter atteinte \u00e0 leur substance.<\/p>\n<p>4. La m\u00eame notion figure dans le droit de l\u2019Union europ\u00e9enne. L\u2019article\u00a052\u00a0\u00a7\u00a01 de la Charte des droits fondamentaux admet que l\u2019exercice des droits puisse subir des limitations \u00e0 condition qu\u2019elles soient pr\u00e9vues par la loi et qu\u2019elles respectent le contenu essentiel desdits droits, et il pr\u00e9cise que, dans le respect du principe de proportionnalit\u00e9, des limitations ne peuvent \u00eatre apport\u00e9es que si elles sont n\u00e9cessaires et r\u00e9pondent effectivement \u00e0 des objectifs d\u2019int\u00e9r\u00eat g\u00e9n\u00e9ral reconnus par l\u2019Union europ\u00e9enne ou au besoin de protection des droits et libert\u00e9s d\u2019autrui[3]. Il ressort de l\u2019arr\u00eat Schrems[4] qu\u2019une mesure portant atteinte au contenu essentiel d\u2019un droit fondamental est en soi inacceptable, sans qu\u2019il soit n\u00e9cessaire de mesurer par ailleurs le poids respectif des droits et int\u00e9r\u00eats concurrents. En d\u2019autres termes, une mesure touchant \u00e0 la substance d\u2019un droit fondamental est automatiquement disproportionn\u00e9e. Mais l\u2019inverse n\u2019est pas n\u00e9cessairement vrai. Comme l\u2019ont d\u00e9montr\u00e9 les arr\u00eats Digital Rights Ireland[5] et Tele2 Sverige[6], une mesure respectant la substance d\u2019un droit fondamental n\u2019est pas ipso facto conforme au principe de proportionnalit\u00e9.<\/p>\n<p>5. La notion de substance des droits est aussi abondamment utilis\u00e9e dans le cadre de la Charte sociale europ\u00e9enne, o\u00f9 elle se distingue du principe de proportionnalit\u00e9[7].<\/p>\n<p>6. La question du contenu de la notion de substance des droits et libert\u00e9s fait depuis longtemps l\u2019objet de discussions dans le monde judiciaire et universitaire[8]. Selon l\u2019opinion pr\u00e9dominante, cette notion postule que les droits et libert\u00e9s constitutionnels poss\u00e8dent tous un noyau dur et des aspects accessoires. En exigeant le respect de la substance des droits et libert\u00e9s quelles que soient les circonstances du moment, le l\u00e9gislateur constitutionnel entend garantir l\u2019intangibilit\u00e9 de ce noyau dur et impose aux \u00e9ventuelles ing\u00e9rences de l\u2019\u00e9tat une limite intangible, ne souffrant aucune exception. Il s\u2019ensuit, comme l\u2019a observ\u00e9 Koen Lenaerts, que \u00ab\u00a0[p]our que la notion de contenu essentiel soit op\u00e9rante du point de vue constitutionnel, les juridictions de l\u2019UE et les tribunaux internes doivent \u00ab\u00a0contr\u00f4ler le respect de la substance\u00a0\u00bb avant de se pencher sur la question de la proportionnalit\u00e9[9]\u00a0\u00bb.<\/p>\n<p style=\"text-align: center;\">La protection de la substance des droits dans la jurisprudence de la Cour<\/p>\n<p>7. C\u2019est dans l\u2019\u00a0\u00ab\u00a0Affaire relative \u00e0 certains aspects du r\u00e9gime linguistique de l\u2019enseignement en Belgique[10]\u00a0\u00bb que la Cour europ\u00e9enne des droits de l\u2019homme (\u00ab\u00a0la Cour\u00a0\u00bb) a pour la premi\u00e8re fois fait \u00e9tat de la notion de \u00ab\u00a0substance du droit\u00a0\u00bb en tant que limite au pouvoir de l\u2019\u00e9tat de r\u00e9glementer le droit \u00e0 l\u2019instruction. Cette approche novatrice a par la suite \u00e9t\u00e9 \u00e9tendue \u00e0 de nombreux autres articles de la Convention europ\u00e9enne des droits de l\u2019homme (\u00ab\u00a0la Convention\u00a0\u00bb) et de ses Protocoles, notamment les articles\u00a05[11], 6[12], 8[13], 9[14], 10[15], 11[16], 12[17] et 34[18] de la Convention ainsi que les articles 1[19], 2[20] et 3[21] du Protocole no 1 et l\u2019article 2 du Protocole no 7[22].<\/p>\n<p>8. Le caract\u00e8re probl\u00e9matique de cette notion juridique est aggrav\u00e9 par la terminologie flottante et impr\u00e9cise employ\u00e9e par la Cour, qui utilise de fa\u00e7on interchangeable les expressions \u00ab\u00a0substance[23]\u00a0\u00bb, \u00ab\u00a0substance\u00a0m\u00eame[24]\u00a0\u00bb, \u00ab\u00a0essence[25]\u00a0\u00bb, \u00ab\u00a0essence m\u00eame[26]\u00a0\u00bb, \u00ab\u00a0c\u0153ur[27]\u00a0\u00bb, \u00ab\u00a0c\u0153ur m\u00eame[28]\u00a0\u00bb, \u00ab\u00a0core[29]\u00a0\u00bb ou \u00ab\u00a0noyau dur[30]\u00a0\u00bb, comme si ces termes avaient la m\u00eame signification. En outre, on peut d\u00e9celer deux approches m\u00e9thodologiques dans la pratique de la Cour, \u00e0 savoir une approche utilitariste et une approche essentialiste.<\/p>\n<p style=\"text-align: center;\">L\u2019approche utilitariste de la Cour<\/p>\n<p>9. La grande majorit\u00e9 des arr\u00eats et d\u00e9cisions de la Cour ne mentionnent pas la substance du droit sur lequel ils portent, la Cour se livrant plut\u00f4t \u00e0 un exercice de mise en balance des droits et int\u00e9r\u00eats en cause pour r\u00e9gler le diff\u00e9rend dont elle est saisie. Lorsqu\u2019elle mentionne cette notion, la Cour proc\u00e8de souvent \u00e0 une appr\u00e9ciation de la proportionnalit\u00e9 de la mesure nationale contest\u00e9e, estime que celle-ci est proportionn\u00e9e et en conclut de mani\u00e8re axiomatique que le droit en cause n\u2019a pas non plus \u00e9t\u00e9 atteint dans sa substance[31]. Il arrive parfois \u00e0 la Cour d\u2019inverser les termes de son contr\u00f4le en s\u2019interrogeant d\u2019abord sur l\u2019existence d\u2019une atteinte \u00e0 la substance du droit, et en appr\u00e9ciant ensuite la proportionnalit\u00e9 de la mesure interne litigieuse. Dans l\u2019arr\u00eat novateur qu\u2019elle a rendu dans l\u2019affaire Young, James et Webster c. Royaume-Uni, l\u2019ancienne Cour s\u2019est exprim\u00e9e ainsi\u00a0:\u00a0\u00ab\u00a0[t]ouche donc \u00e0 la substance m\u00eame de cet article (art. 11) l\u2019exercice de pressions, du genre de celles inflig\u00e9es aux int\u00e9ress\u00e9s, visant \u00e0 forcer quelqu\u2019un \u00e0 adh\u00e9rer \u00e0 une association contrairement \u00e0 ses convictions[32]\u00a0\u00bb. Bien que le gouvernement d\u00e9fendeur e\u00fbt express\u00e9ment d\u00e9clar\u00e9 que si la Cour constatait une atteinte \u00e0 un droit garanti par le paragraphe 1 de l\u2019article\u00a011, il ne chercherait pas \u00e0 plaider que celle-ci se justifiait au regard du paragraphe 2, la Cour a r\u00e9solu d\u2019examiner la question d\u2019office et elle a conclu que le tort inflig\u00e9 \u00e0 MM.\u00a0Young, James et Webster se r\u00e9v\u00e9lait sup\u00e9rieur \u00e0 ce qu\u2019exigeait la r\u00e9alisation d\u2019un juste \u00e9quilibre entre les diff\u00e9rents int\u00e9r\u00eats en pr\u00e9sence, et qu\u2019il ne pouvait \u00eatre consid\u00e9r\u00e9 comme proportionn\u00e9 aux buts poursuivis. La nouvelle Cour a proc\u00e9d\u00e9 exactement de la m\u00eame mani\u00e8re dans l\u2019affaire Matos e Silva Lda., et autres c. Portugal, estimant que les actes litigieux touchaient non seulement\u00a0\u00e0 \u00ab\u00a0la substance m\u00eame de la propri\u00e9t\u00e9 en ce que trois d\u2019entre eux reconnaiss[ai]ent par avance la l\u00e9galit\u00e9 d\u2019une expropriation[33]\u00a0\u00bb, mais aussi qu\u2019ils avaient rompu le juste \u00e9quilibre devant r\u00e9gner entre la sauvegarde du droit au respect des biens et les exigences de l\u2019int\u00e9r\u00eat g\u00e9n\u00e9ral. De m\u00eame, dans la r\u00e9cente affaire Centre pour la d\u00e9mocratie et l\u2019\u00e9tat de droit c. Ukraine, la Cour a d\u00e9clar\u00e9 qu\u2019\u00a0\u00ab\u00a0en refusant de communiquer \u00e0 l\u2019organisation requ\u00e9rante les informations sur la formation et le parcours professionnel que les principaux candidats avaient fait figurer dans les CV d\u00e9pos\u00e9s aupr\u00e8s de la CEC dans le cadre de leur candidature au Parlement, les autorit\u00e9s internes l\u2019[avaient] emp\u00each\u00e9e exercer sa libert\u00e9 de recevoir et de communiquer des informations et [avaient] ainsi port\u00e9 atteinte \u00e0 la substance m\u00eame de ses droits garantis par l\u2019article 10[34]\u00a0\u00bb, mais elle a ensuite examin\u00e9 la l\u00e9galit\u00e9 de la mesure litigieuse, la l\u00e9gitimit\u00e9 du but poursuivi par celle-ci et sa proportionnalit\u00e9. La Cour a en d\u00e9finitive conclu \u00e0 la violation de la Convention, au motif que le refus oppos\u00e9 par les autorit\u00e9s n\u2019\u00e9tait pas n\u00e9cessaire dans une soci\u00e9t\u00e9 d\u00e9mocratique.<\/p>\n<p>10. Toutefois, l\u2019atteinte port\u00e9e \u00e0 la substance d\u2019un droit n\u2019implique pas n\u00e9cessairement un constat de violation. Dans l\u2019affaire Sporrong et L\u00f6nnroth\u00a0c. Su\u00e8de, la Cour a jug\u00e9 que les permis d\u2019exproprier litigieux touchaient \u00e0 \u00ab\u00a0la substance m\u00eame de la propri\u00e9t\u00e9 en ce qu\u2019ils reconnaissaient par avance la l\u00e9galit\u00e9 d\u2019une expropriation et autorisaient la ville de Stockholm \u00e0 y proc\u00e9der \u00e0 tout moment qu\u2019elle trouverait opportun[35]\u00a0\u00bb. Sans se prononcer sur la substance du droit de propri\u00e9t\u00e9, la Cour a ensuite recherch\u00e9 si la limitation incrimin\u00e9e \u00e9tait justifi\u00e9e en proc\u00e9dant \u00e0 un exercice de mise en balance. \u00c9tonnamment, le fait que les permis en question touchaient \u00e0 \u00ab\u00a0la substance m\u00eame de la propri\u00e9t\u00e9\u00a0\u00bb n\u2019a pas emp\u00each\u00e9 la Cour de juger que la limitation en cause \u00e9tait l\u00e9gitime.<\/p>\n<p>11. En r\u00e9sum\u00e9, la notion de substance des droits et libert\u00e9s conventionnels ne fait pas efficacement barrage aux ing\u00e9rences \u00e9tatiques, dont la validit\u00e9 d\u00e9pend en dernier ressort de la mise en balance des int\u00e9r\u00eats en jeu.<\/p>\n<p>12. La Cour nuance son approche utilitariste lorsqu\u2019il s\u2019agit de circonscrire la marge d\u2019appr\u00e9ciation de l\u2019\u00e9tat. Si c\u2019est un aspect non pas fondamental mais secondaire ou accessoire du droit qui est touch\u00e9, la marge nationale d\u2019appr\u00e9ciation sera plus large et l\u2019ing\u00e9rence, par sa nature, sera plus vraisemblablement proportionn\u00e9e[36]. La Cour admet implicitement que l\u2019ing\u00e9rence peut toucher le noyau m\u00eame d\u2019un droit conventionnel, bien que celle-ci ait alors moins de chances d\u2019\u00eatre jug\u00e9e proportionn\u00e9e. Vue sous cet angle, la notion de substance d\u2019un droit semble apporter \u00e0 la marge d\u2019appr\u00e9ciation de l\u2019\u00e9tat une limitation bien t\u00e9nue.<\/p>\n<p style=\"text-align: center;\">Critique de l\u2019approche utilitariste de la Cour<\/p>\n<p>13. L\u2019approche utilitariste de la Cour encourt une critique fondamentale, que je r\u00e9sumerai en trois points essentiels pour les besoins de la pr\u00e9sente opinion. Premi\u00e8rement, comme l\u2019ont rappel\u00e9 les juges Raimondi, Sicilianos, Spano, Ravarani et PastorVilanova dans l\u2019affaire Regner c. R\u00e9publique tch\u00e8que[37], il n\u2019est gu\u00e8re raisonnable de conclure, dans telle ou telle affaire, que la substance d\u2019un droit n\u2019a pas \u00e9t\u00e9 touch\u00e9e sans d\u00e9finir dans le m\u00eame temps en quoi celle-ci consiste. Cette critique vaut pour la pr\u00e9sente affaire.<\/p>\n<p>14. Deuxi\u00e8mement, la majorit\u00e9 reconna\u00eet en l\u2019esp\u00e8ce que la communication \u00e0 l\u2019\u00e9tranger des \u00ab \u00e9l\u00e9ments factuels pertinents qui ont conduit les autorit\u00e9s internes \u00e0 consid\u00e9rer que l\u2019int\u00e9ress\u00e9 met en danger la s\u00e9curit\u00e9 nationale\u00a0\u00bb est\u00a0\u00ab essentielle pour assurer un exercice effectif par l\u2019\u00e9tranger en question du droit consacr\u00e9 \u00e0 l\u2019article 1 \u00a7 1 a) du Protocole no\u00a07[38]\u00a0\u00bb. Pourtant, la majorit\u00e9 est pr\u00eate \u00e0 sacrifier cette information \u00ab\u00a0essentielle\u00a0\u00bb lorsque doivent pr\u00e9valoir des \u00ab\u00a0int\u00e9r\u00eats concurrents\u00a0\u00bb, tels que la s\u00e9curit\u00e9 nationale[39]. Elle admet m\u00eame, par principe, l\u2019existence de situations dans lesquelles ces motifs \u00ab\u00a0ne sont pas divulgu\u00e9s \u00e0 l\u2019int\u00e9ress\u00e9[40]\u00a0\u00bb. Je ne comprends pas comment l\u2019acc\u00e8s de l\u2019\u00e9tranger \u00e0 ces \u00e9l\u00e9ments factuels peut \u00eatre qualifi\u00e9 d\u2019\u00ab\u00a0essentiel\u00a0\u00bb \u00e0 la sauvegarde du droit consacr\u00e9 par l\u2019article 1\u00a0\u00a7\u00a01 a) sans qu\u2019il fasse pour autant partie de la substance du droit en question et que l\u2019on puisse s\u2019en dispenser au point de le rendre inop\u00e9rant. Force est de constater que la position contradictoire adopt\u00e9e par la majorit\u00e9 r\u00e9duit la substance du droit consacr\u00e9 par l\u2019article 1 \u00a7\u00a01 a) \u00e0 une garantie vide de sens.<\/p>\n<p>15. En r\u00e9alit\u00e9, pour la majorit\u00e9, il importe \u00ab\u00a0tout d\u2019abord de rechercher si l\u2019autorit\u00e9 ind\u00e9pendante comp\u00e9tente a jug\u00e9 que les limitations apport\u00e9es aux droits proc\u00e9duraux de l\u2019\u00e9tranger \u00e9taient d\u00fbment justifi\u00e9es \u00e0 la lumi\u00e8re des circonstances de l\u2019esp\u00e8ce\u00a0\u00bb et \u00ab[d\u2019] examiner ensuite si les difficult\u00e9s caus\u00e9es par ces limitations \u00e0 l\u2019\u00e9tranger concern\u00e9 ont \u00e9t\u00e9 suffisamment contrebalanc\u00e9es par des facteurs compensateurs[41]\u00a0\u00bb. La majorit\u00e9 recense les \u00e9l\u00e9ments compensateurs en question dans la partie de l\u2019arr\u00eat intitul\u00e9e \u00ab\u00a0[s]ur les \u00e9l\u00e9ments susceptibles de compenser suffisamment les restrictions apport\u00e9es aux \u00ab\u00a0droits proc\u00e9duraux\u00a0\u00bb des \u00e9trangers concern\u00e9s[42]\u00a0\u00bb, mais sans aucun souci d\u2019exhaustivit\u00e9, car ces \u00e9l\u00e9ments sont \u00ab\u00a0\u00e9num\u00e9r\u00e9s (&#8230;) de mani\u00e8re non-limitative[43]\u00a0\u00bb, et sans les pr\u00e9senter par ordre de pr\u00e9valence ou d\u2019importance d\u00e8s lors qu\u2019aucun d\u2019entre eux, pris isol\u00e9ment, ni aucun de leurs aspects constitutifs ne peut passer pour obligatoire, la majorit\u00e9 indiquant clairement que\u00a0\u00ab\u00a0le respect de l\u2019article 1\u00a0\u00a7\u00a01 du Protocole no 7 ne requiert pas n\u00e9cessairement la mise en place de mani\u00e8re cumulative de tous les \u00e9l\u00e9ments \u00e9num\u00e9r\u00e9s[44]\u00a0\u00bb.<\/p>\n<p>16. Troisi\u00e8mement, et surtout, la majorit\u00e9 consid\u00e8re que l\u2019examen de la substance du droit \u00e0 un proc\u00e8s \u00e9quitable et la recherche de facteurs compensateurs se recoupent. En effet, pour reprendre les termes de la majorit\u00e9,<\/p>\n<p>\u00ab En tout \u00e9tat de cause, la Cour recherchera \u00e9galement si des \u00e9l\u00e9ments compensateurs ont \u00e9t\u00e9 appliqu\u00e9s dans le cas concret de l\u2019int\u00e9ress\u00e9 et s\u2019ils ont \u00e9t\u00e9 suffisants pour contrebalancer les effets des restrictions apport\u00e9es \u00e0 ses droits proc\u00e9duraux, de mani\u00e8re \u00e0 pr\u00e9server la substance m\u00eame de ceux-ci[45].\u00a0\u00bb<\/p>\n<p>De m\u00eame,<\/p>\n<p>\u00ab\u00a0Concr\u00e8tement, un examen trop sommaire au niveau national de la n\u00e9cessit\u00e9 d\u2019apporter des restrictions aux droits en question appellera la mise en place d\u2019\u00e9l\u00e9ments compensateurs renforc\u00e9s pour pr\u00e9server, en fonction des circonstances de l\u2019esp\u00e8ce, la substance m\u00eame des droits garantis par l\u2019article\u00a01 \u00a7 1 du Protocole no\u00a07[46]\u00a0(&#8230;)\u00a0\u00bb.<\/p>\n<p>Et plus pr\u00e9cis\u00e9ment,<\/p>\n<p>\u00ab D\u00e8s lors, la Cour est appel\u00e9e \u00e0 exercer un contr\u00f4le strict des \u00e9l\u00e9ments mis en place dans la proc\u00e9dure concernant les requ\u00e9rants pour contrebalancer les effets de ces restrictions, dans le but de pr\u00e9server la substance m\u00eame de leurs droits garantis par l\u2019article\u00a01\u00a0\u00a7\u00a01 du Protocole no\u00a07[47] (&#8230;)\u00a0\u00bb.<\/p>\n<p>17. Cette argumentation est erron\u00e9e du point de vue logique et historique. Elle est erron\u00e9e du point de vue logique car la question de la proportionnalit\u00e9 (et l\u2019exercice de mise en balance qu\u2019elle implique) ne peut se poser que \u00ab\u00a0de fa\u00e7on subsidiaire, au cas o\u00f9 la substance m\u00eame du droit \u00e0 un tribunal n\u2019a pas \u00e9t\u00e9 touch\u00e9e[48]\u00a0\u00bb. Il est illogique d\u2019affirmer qu\u2019une limitation touchant la \u00ab substance m\u00eame \u00bb d\u2019un droit puisse \u00eatre compens\u00e9e par des proc\u00e9dures judiciaires ult\u00e9rieures[49]. Or c\u2019est pr\u00e9cis\u00e9ment ce que la majorit\u00e9 persiste \u00e0 soutenir, \u00e0 tort, dans le pr\u00e9sent arr\u00eat.<\/p>\n<p>18. Comme indiqu\u00e9 ci-dessus, la notion de substance des droits et libert\u00e9s est historiquement une cr\u00e9ation du droit constitutionnel et du droit international destin\u00e9e \u00e0 fixer une limite intangible et ne souffrant aucune exception aux ing\u00e9rences de l\u2019\u00e9tat. Or le raisonnement de la majorit\u00e9 transforme cette notion en un instrument rh\u00e9torique donnant carte blanche aux ing\u00e9rences de l\u2019\u00e9tat. Par exemple, la majorit\u00e9 admet que \u00ab\u00a0le fait que les autorit\u00e9s nationales n\u2019aient pas examin\u00e9 ou qu\u2019elles aient insuffisamment examin\u00e9 et justifi\u00e9 la n\u00e9cessit\u00e9 de restrictions aux droits proc\u00e9duraux des \u00e9trangers mis en cause ne suffit pas, \u00e0 lui seul, \u00e0 emporter violation de l\u2019article 1 \u00a7 1 du Protocole no\u00a07[50]\u00a0\u00bb. \u00e0 vrai dire, elle est \u00e9galement pr\u00eate \u00e0 s\u2019accommoder d\u2019\u00ab\u00a0un examen trop sommaire au niveau national de la n\u00e9cessit\u00e9 d\u2019apporter des restrictions aux droits en question[51]\u00a0\u00bb, et m\u00eame de situations o\u00f9 \u00ab\u00a0l\u2019\u00e9tranger concern\u00e9 n\u2019est pas repr\u00e9sent\u00e9 et lorsqu\u2019un d\u00e9faut d\u2019information \u00e0 ce sujet risque d\u2019avoir pour cons\u00e9quence que l\u2019int\u00e9ress\u00e9 omette d\u2019exercer des droits pr\u00e9vus en sa faveur par le droit interne[52]\u00a0\u00bb pourvu qu\u2019il soit possible de d\u00e9celer un facteur compensateur, quel qu\u2019il soit.<\/p>\n<p>19. En bref, l\u2019interpr\u00e9tation casuistique de la Convention \u00e0 laquelle se livre la majorit\u00e9 transforme la notion de substance des droits en un produit mall\u00e9able de son environnement[53]. Cela ressort de mani\u00e8re flagrante du lien cr\u00e9\u00e9 par la majorit\u00e9 entre cette notion et les circonstances de la cause (\u00ab\u00a0en fonction des circonstances de l\u2019esp\u00e8ce[54]\u00a0\u00bb). Il est encore plus inqui\u00e9tant de constater que la majorit\u00e9 propose aux autorit\u00e9s nationales un menu \u00e0 la carte de facteurs compensateurs, dans lequel celles-ci peuvent choisir ce que bon leur semble pour telle ou telle affaire[55]. Cette doctrine judiciaire casuistique ne donne pas d\u2019orientation claire aux autorit\u00e9s nationales et n\u2019offre pas de protection efficace contre l\u2019arbitraire[56].<\/p>\n<p>20. La majorit\u00e9 finit par r\u00e9v\u00e9ler son but inavou\u00e9, qui consiste \u00e0 introduire le crit\u00e8re de l\u2019\u00e9quit\u00e9 globale dans le domaine de l\u2019article 1 du Protocole\u00a0no\u00a07, ce \u00e0 quoi elle parvient par trois mentions discr\u00e8tes (\u00ab\u00a0en prenant en compte l\u2019ensemble de la proc\u00e9dure en cause[57]\u00a0\u00bb, \u00ab\u00a0[l]orsque la proc\u00e9dure d\u2019expulsion est examin\u00e9e dans son ensemble[58]\u00a0\u00bb\u00a0et \u00ab\u00a0\u00e0 la lumi\u00e8re de la proc\u00e9dure dans son ensemble[59]\u00a0\u00bb) et un renvoi mutatis mutandis d\u00e9terminant au regrettable paragraphe 274 de l\u2019arr\u00eat Ibrahim et autres c.\u00a0Royaume-Uni [GC], qui \u00e9nonce de mani\u00e8re explicite le crit\u00e8re de l\u2019\u00e9quit\u00e9 globale[60]. En d\u00e9clarant que la Cour doit rechercher \u00ab\u00a0\u00e0 la lumi\u00e8re de la proc\u00e9dure dans son ensemble[61]\u00a0\u00bb si \u00ab\u00a0la substance m\u00eame des droits garantis par l\u2019article 1 \u00a7 1 du Protocole no\u00a07\u00a0\u00bb a \u00e9t\u00e9 pr\u00e9serv\u00e9e, la majorit\u00e9 ent\u00e9rine la dissolution compl\u00e8te de cette garantie. Dans ces conditions, l\u2019amalgame pratiqu\u00e9 par la majorit\u00e9 au paragraphe 206 du pr\u00e9sent arr\u00eat entre le crit\u00e8re de l\u2019\u00e9quit\u00e9 globale, la marge d\u2019appr\u00e9ciation, l\u2019examen des facteurs compensateurs et la substance du droit \u00e0 un proc\u00e8s \u00e9quitable n\u2019est gu\u00e8re surprenant\u00a0:<\/p>\n<p>\u00ab\u00a0(&#8230;) eu \u00e9gard \u00e0 la proc\u00e9dure dans son ensemble et tout en tenant compte de la marge d\u2019appr\u00e9ciation dont disposent les \u00c9tats en la mati\u00e8re, la Cour estime que les restrictions subies par les requ\u00e9rants dans la jouissance des droits qu\u2019ils tirent de l\u2019article 1 du Protocole\u00a0no\u00a07 n\u2019ont pas \u00e9t\u00e9 compens\u00e9es dans la proc\u00e9dure interne de mani\u00e8re \u00e0 pr\u00e9server la substance m\u00eame de ces droits\u00a0\u00bb.<\/p>\n<p>21. Pour le dire autrement, d\u00e8s lors que la pr\u00e9servation de la substance des droits garantis par la Convention d\u00e9pend de l\u2019existence de facteurs compensateurs et que les \u00e9tats doivent se voir accorder une \u00ab\u00a0certaine marge d\u2019appr\u00e9ciation\u00a0\u00bb dans le choix desdits facteurs[62], la \u00ab\u00a0substance m\u00eame\u00a0\u00bb des droits dispara\u00eet en tant que notion conventionnelle autonome \u00e0 m\u00eame de limiter efficacement les ing\u00e9rences de l\u2019\u00c9tat. En d\u00e9finitive, la substance des droits et libert\u00e9s prot\u00e9g\u00e9s par la Convention ne constitue pour la majorit\u00e9 qu\u2019un simple \u00e9l\u00e9ment de langage inapte \u00e0 limiter l\u2019exercice, par les \u00e9tats, de leur marge d\u2019appr\u00e9ciation. Si le proc\u00e9d\u00e9 consistant \u00e0 orner une d\u00e9claration relative au contenu d\u2019un droit conventionnel des atours de son essence\/substance\/noyau peut r\u00e9pondre \u00e0 un besoin \u00e9thique des juges, il ne saurait dissimuler les n\u00e9gociations \u00e0 coloration id\u00e9ologique qui transparaissent dans certains arr\u00eats rendus \u00e0 Strasbourg[63].<\/p>\n<p>22. Pire encore, l\u2019influence omnipr\u00e9sente de la doctrine de \u00ab\u00a0l\u2019\u00e9quit\u00e9 globale\u00a0\u00bb, con\u00e7ue pour exon\u00e9rer les autorit\u00e9s nationales et la Cour elle-m\u00eame de l\u2019obligation de respecter strictement les garanties consacr\u00e9es par l\u2019article 6 dans le cadre des proc\u00e9dures p\u00e9nales, s\u2019est d\u00e9sormais subrepticement \u00e9tendue au domaine des proc\u00e9dures d\u2019expulsion. Bien qu\u2019elle ait d\u2019embl\u00e9e d\u00e9clar\u00e9 que l\u2019article 6 ne s\u2019applique pas aux proc\u00e9dures d\u2019expulsion[64], la majorit\u00e9 se contredit en invoquant une doctrine pr\u00e9cis\u00e9ment \u00e9labor\u00e9e sur le terrain de cette disposition. Le message de la majorit\u00e9 est clair\u00a0: les autorit\u00e9s nationales doivent se voir accorder dans les proc\u00e9dures d\u2019expulsion un pouvoir d\u2019appr\u00e9ciation illimit\u00e9 identique \u00e0 celui que leur a octroy\u00e9 l\u2019arr\u00eat Ibrahim et autres c. Royaume-Uni (pr\u00e9cit\u00e9) dans le domaine des proc\u00e9dures p\u00e9nales. \u00c0 une \u00e9poque o\u00f9 les \u00e9tats multiplient leursrevendications li\u00e9es \u00e0 la s\u00e9curit\u00e9 nationale, le message de la majorit\u00e9 offre aux gouvernements qui font \u00e9talage de leur z\u00e8le le pouvoir de court-circuiter les r\u00e8gles et d\u2019agir comme bon leur semble avec les terroristes pr\u00e9sum\u00e9s et leurs homologues, r\u00e9duisant ainsi l\u2019indispensable \u00ab\u00a0contr\u00f4le europ\u00e9en[65]\u00a0\u00bb au rang de simple exercice de ratification des choix nationaux. Une confiance aussi aveugle dans les d\u00e9cisions des autorit\u00e9s internes constitue une renonciation claire au devoir de contr\u00f4le incombant \u00e0 la Cour. Un certain nombre de gouvernements en Europe se r\u00e9jouiront de ce ch\u00e8que en blanc qui leur est donn\u00e9 pour pr\u00e9server leurs int\u00e9r\u00eats politiques dans les proc\u00e9dures d\u2019expulsion.<\/p>\n<p>23. J\u2019ai d\u00e9j\u00e0 exprim\u00e9 mon avis sur la doctrine de l\u2019\u00ab\u00a0\u00e9quit\u00e9 globale\u00a0\u00bb et sur les cons\u00e9quences d\u00e9l\u00e9t\u00e8res qu\u2019elle produit \u2013 et continuera de produire \u2013 sur la jurisprudence de la Cour[66], ainsi que sur la m\u00e9thode d\u2019interpr\u00e9tation casuistique qui lui est inh\u00e9rente[67]. Il n\u2019est pas n\u00e9cessaire d\u2019y revenir dans la pr\u00e9sente opinion. \u00c0 ce stade, je ne peux que regretter que se trouve d\u00e9sormais confirm\u00e9 le pressentiment que j\u2019avais exprim\u00e9 dans l\u2019affaire Murtazaliyeva c.Russie, selon lequel cette doctrine n\u00e9faste risquait de se propager \u00e0 d\u2019autres domaines de la jurisprudence de Strasbourg. Ainsi, sous couvert d\u2019une apparente l\u00e9galit\u00e9, cette doctrine d\u00e9pouille peu \u00e0 peu les droits conventionnels de leur substance, et la Cour de sa cr\u00e9dibilit\u00e9.<\/p>\n<p>24. Enfin, je n\u2019engagerai pas ici une discussion philosophique plus profonde sur les fondements de l\u2019approche utilitariste de la Cour, qui se trouve parfaitement exprim\u00e9e dans la conclusion selon laquelle toutes les limitations apport\u00e9es aux droits conventionnels peuvent \u00eatre\u00a0\u00ab\u00a0contrebalanc\u00e9es par des facteurs compensateurs[68]\u00a0\u00bb. Je souligne simplement que l\u2019emploi du verbe \u00ab\u00a0contrebalancer\u00a0\u00bb en dit long sur le fondement id\u00e9ologique de l\u2019approche utilitariste employ\u00e9e dans le pr\u00e9sent arr\u00eat. En ce qui me concerne, j\u2019abhorre la Weltanschauung\u00a0inh\u00e9rente \u00e0 cette approche, d\u2019o\u00f9 il d\u00e9coule que toute anomalie juridique peut \u00eatre rachet\u00e9e, ou, en r\u00e9sum\u00e9, que tout est n\u00e9gociable.<\/p>\n<p style=\"text-align: center;\">L\u2019approche essentialiste de la Cour<\/p>\n<p>25. La question de savoir s\u2019il a \u00e9t\u00e9 port\u00e9 atteinte \u00e0 la substance d\u2019un droit conventionnel doit constituer la premi\u00e8re \u00e9tape de la m\u00e9thodologie suivie par la Cour pour trancher les affaires dont elle est saisie, avant l\u2019examen de la l\u00e9gitimit\u00e9 du but poursuivi par l\u2019ing\u00e9rence reproch\u00e9e \u00e0 l\u2019\u00c9tat et de la proportionnalit\u00e9 de celle-ci[69]. La raison en est qu\u2019aucun but l\u00e9gitime ne peut justifier qu\u2019il soit port\u00e9 atteinte \u00e0 la substance d\u2019un droit prot\u00e9g\u00e9 par la Convention, que ce soit en temps ordinaire ou dans une p\u00e9riode troubl\u00e9e telle qu\u2019un \u00e9tat d\u2019urgence. Ni la clause de d\u00e9rogation pr\u00e9vue \u00e0 l\u2019article 15 de la Convention ni les clauses de limitation telles que celles stipul\u00e9es aux articles\u00a08 \u00e0 11 ne peuvent justifier une atteinte \u00e0 la substance de l\u2019un quelconque des droits et libert\u00e9s conventionnels[70]. En outre, il ressort clairement de l\u2019article 17 de la Convention[71] qu\u2019il existe une limite absolue aux ing\u00e9rences de l\u2019\u00c9tat dans les droits et libert\u00e9s conventionnels, puisque cette disposition \u00e9nonce que les \u00e9tats contractants ne peuvent se livrer \u00e0 une activit\u00e9 ou accomplir un acte visant \u00e0 la destruction desdits droits ou libert\u00e9s ou \u00e0 des limitations plus amples que celles pr\u00e9vues \u00e0 la Convention[72]. La logique qui sous-tend l\u2019article 17 est que chacun des droits et libert\u00e9s reconnus par la Convention comporte des \u00e9l\u00e9ments fondamentaux garantissant \u00e0 leurs titulaires une sph\u00e8re de protection qui doit rester \u00e0 jamais hors d\u2019atteinte des ing\u00e9rences de l\u2019\u00c9tat. Par cons\u00e9quent, le principe selon lequel les \u00e9tats ne disposent d\u2019aucune marge d\u2019appr\u00e9ciation s\u2019agissant de la pr\u00e9servation de la substance de chacun des droits conventionnels n\u2019est gu\u00e8re contest\u00e9[73]. Ce principe ne r\u00e9sulte pas d\u2019une interpr\u00e9tation extensive qui imposerait de nouvelles obligations aux \u00e9tats contractants, mais des termes m\u00eames de la Convention lue dans son contexte et \u00e0 la lumi\u00e8re de son objet et de son but en tant que \u00ab\u00a0trait\u00e9 normatif[74]\u00a0\u00bb, et des principes g\u00e9n\u00e9raux du droit constitutionnel et du droit international.<\/p>\n<p>26. Il convient donc d\u2019op\u00e9rer une nette distinction entre l\u2019examen de la substance d\u2019un droit et le contr\u00f4le de proportionnalit\u00e9. Il est vrai que l\u2019un et l\u2019autre peuvent se recouper en ce qu\u2019une mesure portant atteinte \u00e0 la substance d\u2019un droit fondamental emporte ipso facto violation du principe de proportionnalit\u00e9. Il est \u00e9galement exact qu\u2019une mesure conforme au principe de proportionnalit\u00e9 respecte \u00e9galement la substance du droit fondamental en cause. Cela dit, une mesure peut respecter la substance d\u2019un droit fondamental tout en \u00e9tant contraire au principe de proportionnalit\u00e9.<\/p>\n<p>27. Cette distinction a deux cons\u00e9quences cruciales pour le droit \u00e0 un proc\u00e8s \u00e9quitable et les droits de la d\u00e9fense. En premier lieu, une atteinte port\u00e9e \u00e0 la substance du droit \u00e0 un proc\u00e8s \u00e9quitable doit \u00eatre qualifi\u00e9e de \u00ab\u00a0d\u00e9ni de justice flagrant\u00a0\u00bb. En second lieu, il est possible \u2013 et cela a d\u00e9j\u00e0 \u00e9t\u00e9 fait \u2013 de d\u00e9duire de la substance du droit \u00e0 un proc\u00e8s \u00e9quitable de nouveaux droits tels que le droit d\u2019acc\u00e8s \u00e0 un tribunal[75], le droit de garder le silence[76] et le droit \u00e0 une proc\u00e9dure contradictoire[77].<\/p>\n<p>28. S\u2019agissant des limitations apport\u00e9es au droit d\u2019acc\u00e8s \u00e0 un tribunal, la Cour a jug\u00e9, \u00e0 juste titre, que\u00a0:<\/p>\n<p>\u00ab \u00ab Bien entendu, le droit d\u2019acc\u00e8s aux tribunaux n\u2019est pas absolu; il peut donner lieu \u00e0 des limitations implicitement admises car il \u00ab appelle de par sa nature m\u00eame une r\u00e9glementation par l\u2019\u00c9tat (&#8230;)\u00a0\u00bb. En \u00e9laborant pareille r\u00e9glementation, les \u00c9tats contractants jouissent d\u2019une certaine marge d\u2019appr\u00e9ciation (&#8230;).<\/p>\n<p>N\u00e9anmoins, les limitations appliqu\u00e9es ne sauraient restreindre l\u2019acc\u00e8s ouvert \u00e0 l\u2019individu d\u2019une mani\u00e8re ou \u00e0 un point tels que le droit s\u2019en trouve atteint dans sa substance m\u00eame (&#8230;) En outre, elles ne se concilient avec l\u2019article 6 par. 1 (&#8230;) que si elles poursuivent un but l\u00e9gitime et s\u2019il existe un rapport raisonnable de proportionnalit\u00e9 entre les moyens employ\u00e9s et le but vis\u00e9[78]. \u00bb<\/p>\n<p>Il s\u2019agit l\u00e0 de la premi\u00e8re formulation, par la Cour, de l\u2019approche m\u00e9thodologique essentialiste. Selon cette approche juridique m\u00e9ritoire, l\u2019examen de la l\u00e9gitimit\u00e9 du but poursuivi et le contr\u00f4le de proportionnalit\u00e9 constituent deux garanties venant s\u2019ajouter (\u00ab\u00a0en outre\u00a0\u00bb) \u00e0 la garantie de la substance du droit au proc\u00e8s \u00e9quitable. Dans cette ligne jurisprudentielle louable, \u00e0 laquelle je souscris enti\u00e8rement[79], ces deux garanties suppl\u00e9mentaires ne se recoupent pas. Elles sont distinctes l\u2019une de l\u2019autre, du point de vue logique et axiologique. En outre, un d\u00e9ni de justice flagrant \u2013 autrement dit, une violation de la substance du droit \u00e0 un proc\u00e8s \u00e9quitable \u2013 va au-del\u00e0 de simples irr\u00e9gularit\u00e9s de la proc\u00e9dure pr\u00e9c\u00e9dant le proc\u00e8s ou du proc\u00e8s lui-m\u00eame, il suppose une violation si grave qu\u2019elle entra\u00eene l\u2019annulation (ou l\u2019an\u00e9antissement[80]) du droit garanti par l\u2019article 6. Il s\u2019agit d\u2019erreurs ou d\u2019omissions structurelles auxquelles il ne peut \u00eatre rem\u00e9di\u00e9, car elles franchissent les lignes rouges sur lesquelles j\u2019ai attir\u00e9 l\u2019attention de la Cour, avec d\u2019autres juges dissidents, dans une opinion s\u00e9par\u00e9e jointe \u00e0 l\u2019arr\u00eat Dvorski c. Croatie[81]. D\u00e8s lors qu\u2019une telle erreur ou omission structurelle a \u00e9t\u00e9 constat\u00e9e, celle-ci ne peut \u00eatre mise en balance avec d\u2019autres int\u00e9r\u00eats, quelle que soit leur importance politique ou sociale, tels que la lutte contre le terrorisme[82].<\/p>\n<p>29. Un d\u00e9ni de justice flagrant ne peut faire l\u2019objet d\u2019aucun compromis. Par exemple, dans l\u2019affaire Baka c. Hongrie, l\u2019interruption pr\u00e9matur\u00e9e des fonctions de pr\u00e9sident de la K\u00faria hongroise exerc\u00e9es par le requ\u00e9rant \u00e9tait insusceptible de recours juridictionnel, m\u00eame devant la Cour constitutionnelle, car elle d\u00e9coulait d\u2019une disposition de nature constitutionnelle. La Cour y a vu un motif suffisant pour conclure que \u00ab\u00a0l\u2019\u00c9tat d\u00e9fendeur a[vait] port\u00e9 atteinte \u00e0 la substance m\u00eame du droit pour le requ\u00e9rant d\u2019acc\u00e9der \u00e0 un tribunal[83]\u00a0\u00bb, sans examen subs\u00e9quent du but et de la proportionnalit\u00e9 de la mesure litigieuse[84]. On retrouve cette m\u00e9thodologie dans certaines affaires portant sur d\u2019autres droits garantis par la Convention et ses Protocoles, tels que celui de participer aux \u00e9lections[85].<\/p>\n<p style=\"text-align: center;\">L\u2019application de l\u2019approche essentialiste au cas d\u2019esp\u00e8ce<\/p>\n<p>30. Il ressort du rapport explicatif du Protocole no 7 que l\u2019article 1 de cet instrument donne \u00ab\u00a0des garanties minimales\u00a0\u00bb aux \u00e9trangers. Il est donc tout \u00e0 fait logique qu\u2019il puisse \u00eatre n\u00e9cessaire de reconna\u00eetre des droits implicites pour garantir une protection effective aux droits consacr\u00e9s par l\u2019article 1 du Protocole no 7.<\/p>\n<p>La majorit\u00e9 avance qu\u2019il n\u2019existe pas de consensus europ\u00e9en quant aux types de facteurs susceptibles de compenser les limitations des droits proc\u00e9duraux des \u00e9trangers ou quant \u00e0 leur port\u00e9e[86]. Elle d\u00e9duit de cette absence de consensus que les \u00e9tats contractants doivent se voir reconna\u00eetre \u00ab\u00a0une certaine marge d\u2019appr\u00e9ciation dans le choix des facteurs \u00e0 mettre en place pour compenser la restriction des droits proc\u00e9duraux[87]\u00a0\u00bb.<\/p>\n<p>31. Ce type de raisonnement a pour d\u00e9faut manifeste de ne pas tenir compte du sens initial de la notion de substance des droits et de n\u00e9gliger l\u2019immense contribution du droit international \u00e0 la cr\u00e9ation de garanties proc\u00e9durales fondamentales et intangibles devant \u00eatre respect\u00e9es dans les proc\u00e9dures d\u2019expulsion, y compris celles qui sont fond\u00e9es sur des motifs de s\u00e9curit\u00e9 nationale. Cette omission est d\u2019autant plus surprenante que les normes de droit international pertinentes sont cit\u00e9es dans l\u2019arr\u00eat[88].<\/p>\n<p>32. \u00e0 ce stade, je souhaiterais rappeler ce que j\u2019ai \u00e9crit sur ce sujet[89]. Dans un souci de concision, je me bornerai ici \u00e0 r\u00e9affirmer que le droit des \u00e9trangers de faire valoir les raisons qui militent contre leur expulsion (article\u00a01 \u00a7 1 a) du Protocole no 7) est fond\u00e9 sur le principe juridique audialterampartem, qui implique logiquement et axiologiquement le droit de prendre connaissance des assertions factuelles, des documents et des informations dont se pr\u00e9vaut la partie adverse. Le principe selon lequel les \u00e9trangers doivent obtenir suffisamment d\u2019informations pour r\u00e9pondre aux all\u00e9gations formul\u00e9es contre eux est un principe de justice naturelle[90]. Faute d\u2019obtenir ces informations, les int\u00e9ress\u00e9s n\u2019ont pas la possibilit\u00e9 de faire v\u00e9ritablement entendre et examiner leur cause \u00e0 la lumi\u00e8re des raisons qui militent contre leur expulsion (article 1 \u00a7 1 du Protocole no 7[91]).<\/p>\n<p>33. En l\u2019esp\u00e8ce, les juridictions roumaines n\u2019ont communiqu\u00e9 aux requ\u00e9rants et \u00e0 leurs avocats aucune information pr\u00e9cise sur les faits motivant la d\u00e9cision d\u2019expulsion dirig\u00e9e contre les int\u00e9ress\u00e9s. En outre, les requ\u00e9rants et leurs avocats n\u2019ont \u00e9t\u00e9 autoris\u00e9s \u00e0 prendre connaissance des pr\u00e9tendus documents \u00e0 charge \u00e0 aucun moment de la proc\u00e9dure d\u2019expulsion. Ces deux d\u00e9ficiences structurelles sont suffisantes pour que l\u2019on puisse conclure \u00e0 l\u2019existence d\u2019une atteinte \u00e0 la substance du droit des int\u00e9ress\u00e9s de faire valoir les raisons militant contre leur expulsion (article 1 \u00a7 1 du Protocole no 7). La jurisprudence concernant les affaires dirig\u00e9es contre la Roumanie confirme cette conclusion de fa\u00e7on constante\u00a0: dans l\u2019affaire Lupsa c. Roumanie, la Cour a jug\u00e9 que le contr\u00f4le juridictionnel exerc\u00e9 par la cour d\u2019appel \u00e9tait \u00ab\u00a0purement formel\u00a0\u00bb parce que les autorit\u00e9s n\u2019avaient pas fourni au requ\u00e9rant \u00ab\u00a0le moindre indice concernant les faits qui lui \u00e9taient reproch\u00e9s[92]\u00a0\u00bb, dans l\u2019affaire Kaya c. Roumanie, elle a \u00e9galement conclu que ce contr\u00f4le \u00e9tait \u00ab\u00a0purement formel\u00a0\u00bb parce que \u00ab\u00a0les autorit\u00e9s n\u2019[avaient] pas fourni au requ\u00e9rant le moindre indice concernant les faits qui lui \u00e9taient reproch\u00e9s[93]\u00a0\u00bb, dans l\u2019affaire Ahmed c. Roumanie, elle a constat\u00e9 que la communication faite au requ\u00e9rant ne contenait \u00ab\u00a0aucune r\u00e9f\u00e9rence aux faits reproch\u00e9s, ayant un caract\u00e8re purement formel\u00a0[94]\u00a0\u00bb et dans l\u2019affaire Geleri c. Roumanie, elle a de nouveau conclu que la communication faite au requ\u00e9rant ne contenait \u00ab\u00a0aucune r\u00e9f\u00e9rence aux faits reproch\u00e9s et [qu\u2019elle] avait un caract\u00e8re purement formel[95]\u00a0\u00bb. Aucune de ces affaires n\u2019a donn\u00e9 lieu, de la part de la Cour, \u00e0 un examen des \u00e9ventuels facteurs compensateurs destin\u00e9 \u00e0 \u00e9pargner au gouvernement d\u00e9fendeur un constat imm\u00e9diat de violation[96]. Pourquoi la majorit\u00e9 s\u2019est-elle livr\u00e9e \u00e0 un tel exercice de mise en balance en l\u2019esp\u00e8ce\u00a0?<\/p>\n<p>34. Dans ces conditions, il n\u2019y a pas lieu de se pencher sur les autres particularit\u00e9s de l\u2019esp\u00e8ce, notamment le fait que les juridictions nationales n\u2019ont m\u00eame pas recherch\u00e9 si la sauvegarde de la s\u00e9curit\u00e9 nationale imposait la non divulgation du dossier et qu\u2019elles n\u2019ont apport\u00e9 aucun \u00e9claircissement sur la question de savoir si le niveau de classification appliqu\u00e9 en l\u2019esp\u00e8ce \u00e9tait ou non appropri\u00e9[97]. Il est \u00e9galement inutile de s\u2019arr\u00eater sur le fait stup\u00e9fiant que le communiqu\u00e9 de presse publi\u00e9 par le SRI contenait des informations factuelles plus d\u00e9taill\u00e9es que celles fournies aux requ\u00e9rants[98].<\/p>\n<p>Les raisons pour lesquelles la majorit\u00e9 croit devoir s\u2019interroger sur l\u2019existence \u00e9ventuelle de facteurs compensateurs\u00a0\u00ab\u00a0\u00e0 d\u00e9faut de tout examen par les juridictions saisies de l\u2019affaire de la n\u00e9cessit\u00e9 de restreindre les droits proc\u00e9duraux des requ\u00e9rants[99]\u00a0\u00bb, apr\u00e8s avoir elle-m\u00eame conclu que le communiqu\u00e9 de presse \u00ab\u00a0contredi[sai]t la th\u00e8se selon laquelle il \u00e9tait n\u00e9cessaire de priver les int\u00e9ress\u00e9s de toute information concr\u00e8te sur les raisons factuelles avanc\u00e9es \u00e0 l\u2019appui de leur expulsion[100]\u00a0\u00bb \u2013 autrement dit que la limitation des droits proc\u00e9duraux n\u2019\u00e9tait pas n\u00e9cessaire, d\u00e9passe mon entendement. L\u2019examen subs\u00e9quent des facteurs compensateurs auquel la majorit\u00e9 s\u2019est livr\u00e9e dans le pr\u00e9sent arr\u00eat ne peut s\u2019expliquer que par l\u2019hypoth\u00e8se selon laquelle la majorit\u00e9 aurait \u00e9t\u00e9 pr\u00eate \u00e0 conclure \u00e0 la non-violation de l\u2019article 1 du Protocole no 7 malgr\u00e9 la gravit\u00e9 des d\u00e9faillances structurelles de la proc\u00e9dure interne. Ce type de raisonnement donne \u00e0 penser que l\u2019atteinte port\u00e9e \u00e0 la substance de cette disposition aurait pu \u00eatre jug\u00e9e justifi\u00e9e dans d\u2019autres circonstances.<\/p>\n<p>35. Dans l\u2019arr\u00eat Malone c. Royaume-Uni, la Cour a d\u00e9clar\u00e9 que \u00ab\u00a0le danger d\u2019arbitraire appara\u00eet avec une nettet\u00e9 singuli\u00e8re l\u00e0 o\u00f9 un pouvoir de l\u2019ex\u00e9cutif s\u2019exerce en secret[101]\u00a0\u00bb. Toute limitation apport\u00e9e au principe audialterampartem peut facilement amener des juges \u00e0 tenir pour acquis, sans se poser de questions et en toute bonne foi, que des faits, des documents ou d\u2019autres informations dont se pr\u00e9vaut un gouvernement sont authentiques, en particulier lorsque ceux-ci constituent la mati\u00e8re quotidienne de leur travail. Ce message de la Cour plein de sagesse semble avoir \u00e9t\u00e9 oubli\u00e9 dans le pr\u00e9sent arr\u00eat. L\u2019arr\u00eat rendu par la majorit\u00e9 incrimine \u00e0 juste titre la Roumanie, mais il ouvre la porte \u00e0 des combinaisons discr\u00e9tionnaires \u2013 en d\u2019autres termes, \u00e0 dev\u00e9ritables manipulations des \u00ab\u00a0facteurs compensateurs\u00a0\u00bb \u2013 par les autorit\u00e9s nationales dans les proc\u00e9dures d\u2019expulsion, d\u00e8s lors que la Cour ne donne aucune directive claire sur les rapports qu\u2019entretiennent entre eux les facteurs en question ni aucune explication sur la mani\u00e8re dont ils sont effectivement limit\u00e9s par la \u00ab\u00a0substance m\u00eame\u00a0\u00bb du droit prot\u00e9g\u00e9 par l\u2019article 1 du Protocole no 7[102].<\/p>\n<p style=\"text-align: center;\">Conclusion<\/p>\n<p>36. Faute de d\u00e9finir la substance des droits de la d\u00e9fense dans les proc\u00e9dures d\u2019expulsion fond\u00e9es sur des imp\u00e9ratifs de s\u00e9curit\u00e9 nationale, la majorit\u00e9 se d\u00e9robe \u00e0 son obligation de motiver ses conclusions. Dans l\u2019affaire Heaney et McGuinness c. Irlande, la Cour n\u2019avait pas h\u00e9sit\u00e9 \u00e0 d\u00e9clarer, dans les termes les plus cat\u00e9goriques, que des pr\u00e9occupations de s\u00e9curit\u00e9 et d\u2019ordre publics ne pouvaient primer sur la substance du droit \u00e0 un proc\u00e8s \u00e9quitable et des droits de la d\u00e9fense[103]. Dans un domaine aussi sensible que celui de la protection de la s\u00e9curit\u00e9 nationale et la lutte contre le terrorisme, si propice aux abus des autorit\u00e9s \u00e9tatiques et aux exc\u00e8s de z\u00e8le de certains dirigeants, dont d\u2019illustres cours supr\u00eames ou constitutionnelles se rendent parfois complices, on aurait pu s\u2019attendre \u00e0 ce que la Cour demeure aujourd\u2019hui encore la gardienne de la s\u00e9curit\u00e9 juridique et des libert\u00e9s civiles. Malheureusement, il n\u2019en est rien. La Cour actuelle est tr\u00e8s diff\u00e9rente de celle qui a rendu l\u2019arr\u00eat Heaney et McGuinness. Ma conscience me dicte de m\u2019en tenir \u00e0 la jurisprudence traditionnelle de la Cour. \u00c0\u00a0Strasbourg, le progressisme consiste aujourd\u2019hui \u00e0 maintenir la tradition. Partant, je souscris au constat de violation de l\u2019article\u00a01 du Protocole no\u00a07 op\u00e9r\u00e9 par la majorit\u00e9, mais pour des motifs fondamentalement diff\u00e9rents.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p style=\"text-align: center;\"><strong>opinion concordante du juge SERGHIDES<\/strong><\/p>\n<p style=\"text-align: center;\">(Traduction)<\/p>\n<p>L\u2019article 1 du Protocole no 7\u00a0: un droit absolu, avec toutes les cons\u00e9quences que cela entra\u00eene<\/p>\n<p>a) Le grief des requ\u00e9rants<\/p>\n<p>1. En l\u2019esp\u00e8ce, les requ\u00e9rants all\u00e8guent qu\u2019ils n\u2019ont pas b\u00e9n\u00e9fici\u00e9 des garanties proc\u00e9durales requises par l\u2019article 1 du Protocole no 7 \u00e0 la Convention et qu\u2019ils n\u2019ont donc pas pu se d\u00e9fendre utilement dans la proc\u00e9dure visant \u00e0 les faire d\u00e9clarer ind\u00e9sirables en Roumanie, qui a abouti \u00e0 leur expulsion pour des raisons de s\u00e9curit\u00e9 nationale, alors pourtant qu\u2019ils r\u00e9sidaient r\u00e9guli\u00e8rement sur le territoire roumain, o\u00f9 ils poursuivaient des \u00e9tudes. Plus particuli\u00e8rement, ils indiquent qu\u2019ils n\u2019ont aucunement \u00e9t\u00e9 inform\u00e9s des faits concrets qui leur \u00e9taient reproch\u00e9s, et qu\u2019ils n\u2019ont pas pu avoir acc\u00e8s aux documents du dossier (paragraphe 88 du pr\u00e9sent arr\u00eat).<\/p>\n<p>b) Les clauses de l\u2019article 1 du Protocole no 7<\/p>\n<p>2. Le paragraphe 90 du pr\u00e9sent arr\u00eat cite l\u2019article 1 du Protocole no 7, mais il omet de mentionner le second paragraphe de cette disposition. Bien que celui-ci ne soit pas applicable en l\u2019esp\u00e8ce, puisqu\u2019il concerne uniquement le cas o\u00f9 l\u2019expulsion intervient avant l\u2019exercice des droits proc\u00e9duraux minimaux garantis par le premier paragraphe, il est impossible d\u2019interpr\u00e9ter et d\u2019appliquer correctement ce premier paragraphe sans examiner et interpr\u00e9ter l\u2019article 1 dans son ensemble. Pour cette raison, et par souci de commodit\u00e9, je reproduirai ci-apr\u00e8s l\u2019int\u00e9gralit\u00e9 de cet article, intitul\u00e9 \u00ab\u00a0garanties proc\u00e9durales en cas d\u2019expulsion d\u2019\u00e9trangers\u00a0\u00bb\u00a0:<\/p>\n<p>\u00ab\u00a01. Un \u00e9tranger r\u00e9sidant r\u00e9guli\u00e8rement sur le territoire d\u2019un \u00c9tat ne peut en \u00eatre expuls\u00e9 qu\u2019en ex\u00e9cution d\u2019une d\u00e9cision prise conform\u00e9ment \u00e0 la loi et doit pouvoir :<\/p>\n<p>a) faire valoir les raisons qui militent contre son expulsion,<\/p>\n<p>b) faire examiner son cas, et<\/p>\n<p>c) se faire repr\u00e9senter \u00e0 ces fins devant l\u2019autorit\u00e9 comp\u00e9tente ou une ou plusieurs personnes d\u00e9sign\u00e9es par cette autorit\u00e9.<\/p>\n<p>2. Un \u00e9tranger peut \u00eatre expuls\u00e9 avant l\u2019exercice des droits \u00e9num\u00e9r\u00e9s au paragraphe\u00a01. a), b) et c) de cet article lorsque cette expulsion est n\u00e9cessaire dans l\u2019int\u00e9r\u00eat de l\u2019ordre public ou est bas\u00e9e sur des motifs de s\u00e9curit\u00e9 nationale[104].\u00a0\u00bb<\/p>\n<p>c) L\u2019arr\u00eat et les raisons de mon dissentiment<\/p>\n<p>3. Le pr\u00e9sent arr\u00eat conclut qu\u2019\u00ab\u00a0eu \u00e9gard \u00e0 la proc\u00e9dure dans son ensemble et tout en tenant compte de la marge d\u2019appr\u00e9ciation dont disposent les \u00c9tats en la mati\u00e8re, (&#8230;) les restrictions subies par les requ\u00e9rants dans la jouissance des droits qu\u2019ils tirent de l\u2019article 1 du Protocole no 7 n\u2019ont pas \u00e9t\u00e9 compens\u00e9es dans la proc\u00e9dure interne de mani\u00e8re \u00e0 pr\u00e9server la substance m\u00eame de ces droits\u00a0\u00bb (paragraphe 206) et, \u00ab\u00a0[p]artant, [qu\u2019]\u00a0il y a eu violation de l\u2019article 1 du Protocole no 7 \u00e0 la Convention\u00a0\u00bb (paragraphe\u00a0207).<\/p>\n<p>4. Bien que je souscrive au constat de violation de l\u2019article 1 du Protocole no 7 op\u00e9r\u00e9 dans le pr\u00e9sent arr\u00eat, je marque respectueusement mon d\u00e9saccord avec le raisonnement suivi dans la mesure o\u00f9 celui-ci a)\u00a0consid\u00e8re que le droit garanti par cette disposition n\u2019est pas absolu et qu\u2019il peut donc subir des limitations, et b) estime en cons\u00e9quence n\u00e9cessaire que soient mis en place des facteurs compensateurs \u2013 ou des garanties \u00e0 mettre en balance avec les limitations en question \u2013 visant \u00e0 \u00ab\u00a0compenser\u00a0\u00bb les difficult\u00e9s pouvant d\u00e9couler. Il s\u2019agit l\u00e0 d\u2019une approche tr\u00e8s complexe et certainement \u00e9trang\u00e8re \u00e0 ce que les r\u00e9dacteurs de cet article avaient pr\u00e9vu s\u2019agissant des garanties proc\u00e9durales minimales \u00e0 accorder aux \u00e9trangers en situation r\u00e9guli\u00e8re. Surtout, \u00e0 mon humble avis, cette approche est incompatible avec la lettre et l\u2019objet de cet article, et elle sape l\u2019efficacit\u00e9 de la protection assur\u00e9e par le droit qu\u2019il garantit, comme je l\u2019expliquerai ci\u2011apr\u00e8s.<\/p>\n<p>5. La m\u00e9thode mise en \u0153uvre dans le pr\u00e9sent arr\u00eat, qui consiste \u00e0 analyser d\u2019abord les limitations, puis les facteurs compensateurs, peut pr\u00e9senter un int\u00e9r\u00eat lorsqu\u2019il s\u2019agit d\u2019examiner des all\u00e9gations de violation de droits non absolus. Toutefois, avec tout le respect que je dois \u00e0 mes coll\u00e8gues, c\u2019est \u00e0 tort que le pr\u00e9sent arr\u00eat applique la m\u00e9thode en question \u00e0 des garanties proc\u00e9durales minimales qui rev\u00eatent un caract\u00e8re absolu. Les droits absolus ne souffrant aucune limitation, quelles que soient les circonstances invoqu\u00e9es pour les justifier, il ne saurait \u00eatre question de facteurs compensateurs ou de contr\u00f4le de proportionnalit\u00e9. D\u00e8s lors que l\u2019article 1 \u00a7 1 du Protocole no 7 consacre un droit absolu, il s\u2019ensuit ipso facto que la Cour n\u2019aurait pas d\u00fb admettre que des limitations lui soient apport\u00e9es ni rechercher s\u2019il existait en l\u2019esp\u00e8ce des facteurs compensateurs.<\/p>\n<p>d) La nature, le contenu et la substance du droit ici en cause<\/p>\n<p>6. \u00e0 mon avis, bien que l\u2019article 1 du Protocole no 7 soit intitul\u00e9 \u00ab\u00a0garanties proc\u00e9durales en cas d\u2019expulsion d\u2019\u00e9trangers\u00a0\u00bb, il consacre un droit composite unique renfermant trois garanties proc\u00e9durales individuelles, ou encore trois droits proc\u00e9duraux d\u00e9riv\u00e9s. Il s\u2019agit du \u00ab\u00a0droit d\u2019un \u00e9tranger r\u00e9sidant r\u00e9guli\u00e8rement sur le territoire d\u2019un \u00c9tat\u00a0\u00bb de ne pas \u00ab\u00a0en \u00eatre expuls\u00e9\u00a0\u00bb, sauf i) \u00ab\u00a0en ex\u00e9cution d\u2019une d\u00e9cision prise conform\u00e9ment \u00e0 la loi\u00a0\u00bb, et ii) seulement s\u2019il a b\u00e9n\u00e9fici\u00e9 des trois garanties \u2013 ou droits proc\u00e9duraux d\u00e9riv\u00e9s \u2013 \u00e9nonc\u00e9es aux alin\u00e9as a), b) et c) de l\u2019article\u00a01\u00a0\u00a7\u00a01. D\u00e8s lors que le pr\u00e9ambule du Protocole no 7 pr\u00e9cise que cet instrument est destin\u00e9 \u00e0 garantir \u00ab\u00a0certains droits et libert\u00e9s\u00a0\u00bb, il est clair que chacun des cinq premiers articles de ce Protocole[105] consacre au minimum un droit ou une libert\u00e9. Le second paragraphe de l\u2019article 1 qualifie de \u00ab\u00a0droits\u00a0\u00bb les garanties proc\u00e9durales minimales prot\u00e9g\u00e9es par le premier paragraphe. La th\u00e8se ici d\u00e9fendue, selon laquelle l\u2019article 1 \u00a7 1 conf\u00e8re \u00e0 ses b\u00e9n\u00e9ficiaires un droit compos\u00e9 de trois droits d\u00e9riv\u00e9s[106], s\u2019en trouve renforc\u00e9e.<\/p>\n<p>7. J\u2019estime pour ma part que le droit garanti par l\u2019article 1\u00a0\u00a7 1 du Protocole no 7 est un droit proc\u00e9dural dont la nature, le contenu et la substance rev\u00eatent un caract\u00e8re absolu, et qui n\u2019admet aucune limitation. Ce droit peut \u00eatre invoqu\u00e9 dans toutes les affaires d\u2019expulsion mettant en cause un \u00e9tranger r\u00e9sidant r\u00e9guli\u00e8rement sur le territoire d\u2019un \u00c9tat, que l\u2019expulsion ait lieu avant ou apr\u00e8s l\u2019exercice dudit droit. Le second paragraphe de l\u2019article 1 du Protocole no\u00a07 pr\u00e9voit qu\u2019un \u00e9tranger peut \u00eatre expuls\u00e9 avant d\u2019exercer le droit garanti par le premier paragraphe. La nature, le contenu et la substance de ce droit absolu ne sont pas affect\u00e9s par cette limitation ou exception temporelle, qui influe seulement sur le moment o\u00f9 il peut \u00eatre exerc\u00e9 en pr\u00e9voyant que dans certaines circonstances, l\u2019expulsion peut intervenir avant qu\u2019il ne soit exerc\u00e9. Conform\u00e9ment \u00e0 la r\u00e8gle g\u00e9n\u00e9rale \u00e9nonc\u00e9e au premier paragraphe, l\u2019exercice de ce droit doit pr\u00e9c\u00e9der l\u2019ex\u00e9cution de la mesure d\u2019expulsion. Toutefois, dans les deux circonstances exceptionnelles \u00e9num\u00e9r\u00e9es au second paragraphe (lorsque sont en jeu \u00ab\u00a0(&#8230;)\u00a0l\u2019int\u00e9r\u00eat de l\u2019ordre public ou (&#8230;) des motifs de s\u00e9curit\u00e9 nationale[107] \u00bb), ce droit pourra \u00eatre exerc\u00e9 apr\u00e8s l\u2019expulsion de l\u2019\u00e9tranger concern\u00e9. La limitation pr\u00e9vue par le second paragraphe de l\u2019article 1 se pr\u00e9sente donc comme une exception \u00e0 la r\u00e8gle g\u00e9n\u00e9rale voulant que ce droit s\u2019exerce avant l\u2019expulsion.<\/p>\n<p>8. Il convient de souligner que les deux paragraphes de l\u2019article 1 portent l\u2019un et l\u2019autre sur le m\u00eame droit composite qui, comme indiqu\u00e9 ci-dessus, renferme les trois garanties proc\u00e9durales minimales\u2013 ou droits proc\u00e9duraux d\u00e9riv\u00e9s \u2013 \u00e9num\u00e9r\u00e9es au premier paragraphe, que les \u00e9trangers concern\u00e9s doivent pouvoir exercer que ce soit avant ou apr\u00e8s leur expulsion. Cela ressort clairement de l\u2019expression \u00ab\u00a0avant l\u2019exercice des droits \u00e9num\u00e9r\u00e9s au paragraphe 1 (a), (b) et (c) de cet article \u00bb employ\u00e9e dans le second paragraphe, qui indique sans \u00e9quivoque a) que ces trois droits proc\u00e9duraux peuvent \u00eatre exerc\u00e9s m\u00eame si l\u2019expulsion a d\u00e9j\u00e0 eu lieu[108], et b) qu\u2019ils ne peuvent \u00eatre limit\u00e9s ou m\u00e9connus. Cela ressort aussi clairement du paragraphe 15 du rapport explicatif du Protocole no\u00a07 (Strasbourg, 22.XI.1984), lequel pr\u00e9cise que dans les cas exceptionnels mentionn\u00e9s au second paragraphe, \u00ab\u00a0l\u2019int\u00e9ress\u00e9 doit \u00eatre autoris\u00e9 \u00e0 exercer les droits \u00e9nonc\u00e9s au paragraphe 1 apr\u00e8s son expulsion\u00a0\u00bb. \u00c0 cet \u00e9gard, dans l\u2019arr\u00eat qu\u2019elle a rendu en l\u2019affaire Nolan et K. c. Russie (no 2512\/04, \u00a7 114, 12\u00a0f\u00e9vrier 2009), la Cour a rappel\u00e9 que\u00a0:<\/p>\n<p>\u00ab\u00a0[l]es Hautes Parties contractantes ont un pouvoir discr\u00e9tionnaire pour d\u00e9cider de l\u2019expulsion d\u2019un \u00e9tranger qui se trouve sur leur territoire, mais ce pouvoir doit \u00eatre exerc\u00e9 de telle sorte qu\u2019il ne porte pas atteinte aux droits garantis \u00e0 l\u2019int\u00e9ress\u00e9 par la Convention (&#8230;) Le premier paragraphe de cet article dispose que la personne concern\u00e9e ne peut \u00eatre expuls\u00e9e qu\u2019\u00ab en ex\u00e9cution d\u2019une d\u00e9cision prise conform\u00e9ment \u00e0 la loi \u00bb et sous r\u00e9serve de l\u2019exercice de certaines garanties proc\u00e9durales. Son second paragraphe ne permet aux autorit\u00e9s de proc\u00e9der \u00e0 une expulsion avant l\u2019exercice de ces garanties que si cette mesure est n\u00e9cessaire dans l\u2019int\u00e9r\u00eat de l\u2019ordre public ou de la s\u00e9curit\u00e9 nationale\u00a0\u00bb.<\/p>\n<p>e) Analyse juridique \u00e9tayant le caract\u00e8re absolu du droit ici en cause<\/p>\n<p>9. La th\u00e8se selon laquelle le droit prot\u00e9g\u00e9 par l\u2019article 1 \u00a7 1 rev\u00eat un caract\u00e8re absolu repose sur des arguments convaincants qui ne laissent subsister aucun doute sur le fait que ce droit n\u2019admet aucune limitation ou exception.<\/p>\n<p>10.\u00a0En premier lieu, cela ressort clairement du texte m\u00eame de l\u2019article\u00a01\u00a0\u00a7\u00a01\u00a0:<\/p>\n<p>a) Cette disposition ne mentionne aucune limitation explicite ou implicite au droit qu\u2019elle garantit. Pour indiquer sans \u00e9quivoque que ce droit n\u2019admet aucune limitation, elle \u00e9nonce qu\u2019un \u00e9tranger\u00a0\u00ab\u00a0ne peut \u00bb (\u00ab\u00a0shall not\u00a0\u00bb dans la version anglaise) \u00eatre expuls\u00e9 \u00ab\u00a0qu\u2019en ex\u00e9cution d\u2019une d\u00e9cision prise conform\u00e9ment \u00e0 la loi \u00bb, et elle instaure les garanties proc\u00e9durales minimales qu\u2019elle \u00e9num\u00e8re ensuite en utilisant \u00e0 nouveau une expression imp\u00e9rative \u2013 \u00ab\u00a0doit pouvoir \u00bb (\u00ab\u00a0shallbeallowed\u00a0\u00bb dans la version anglaise) \u2013 pour signifier qu\u2019il s\u2019agit l\u00e0 de pr\u00e9rogatives dont l\u2019\u00e9tranger doit obligatoirement b\u00e9n\u00e9ficier. La r\u00e9p\u00e9tition du terme \u00ab\u00a0shall\u00a0\u00bb dans la version anglaise de l\u2019article 1 \u00a7 1 du Protocole no 7 marque la volont\u00e9 d\u2019instaurer des garanties proc\u00e9durales obligatoires. On ne retrouve nulle part ailleurs dans la Convention pareille r\u00e9p\u00e9tition de cette formulation imp\u00e9rative.<\/p>\n<p>b) La notion de garanties proc\u00e9durales minimales expresses et la nature de celles-ci excluent que des limitations implicites et impr\u00e9cises puissent leur \u00eatre apport\u00e9es, d\u2019autant plus qu\u2019elles b\u00e9n\u00e9ficient \u00e0 des \u00e9trangers r\u00e9sidant r\u00e9guli\u00e8rement sur le territoire d\u2019un \u00c9tat. Dans le cas contraire, elles seraient d\u00e9pourvues de sens et d\u2019effet utile. La mise en \u0153uvre effective de garanties minimales implique n\u00e9cessairement que les pr\u00e9rogatives extr\u00eamement r\u00e9duites qui s\u2019y attachent ne puissent \u00eatre davantage restreintes.<\/p>\n<p>En cons\u00e9quence, l\u2019article 1 \u00a7 1 ne laisse \u00e0 l\u2019\u00c9tat aucune option ou latitude pour accorder ces garanties proc\u00e9durales, et n\u2019admet aucune exception \u00e0 ce principe. Si les garanties proc\u00e9durales de l\u2019article 1 \u00a7 1 ne rev\u00eataient pas un caract\u00e8re absolu, la Convention serait impuissante \u00e0 prot\u00e9ger les requ\u00e9rants contre les mesures abusives ou arbitraires imput\u00e9es aux autorit\u00e9s internes dans ce genre d\u2019affaires.<\/p>\n<p>11. En second lieu, la th\u00e8se selon laquelle le droit garanti par l\u2019article\u00a01\u00a0\u00a7\u00a01 rev\u00eat un caract\u00e8re absolu est corrobor\u00e9e par une lecture coh\u00e9rente et globale des dispositions de l\u2019article 1 \u00a7\u00a7 1 et 2, conform\u00e9ment au principe, bien ancr\u00e9 dans la jurisprudence la Cour, selon lequel il faut parvenir \u00e0 une harmonie ou une coh\u00e9rence internes dans l\u2019interpr\u00e9tation des dispositions de la Convention[109]. En lisant l\u2019article 1 \u00a7 1 du Protocole no 7 dans son ensemble, on peut soutenir que si ses r\u00e9dacteurs avaient voulu que des restrictions puissent \u00eatre apport\u00e9es aux garanties proc\u00e9durales minimales \u2013 ou droits d\u00e9riv\u00e9s \u2013 pr\u00e9vues par cette disposition, ils l\u2019auraient mentionn\u00e9 dans son libell\u00e9, comme ils l\u2019ont fait dans le second paragraphe du m\u00eame article. L\u2019absence, dans le premier paragraphe de l\u2019article 1, de toute mention autorisant des limitations ne peut \u00eatre comprise comme un simple oubli, mais doit au contraire \u00eatre interpr\u00e9t\u00e9e en accord avec les termes cat\u00e9goriques employ\u00e9s dans le libell\u00e9 de cet article, ce qui permet de d\u00e9duire que la Cour ne peut autoriser aucune limitation au nom de la pr\u00e9servation d\u2019autres int\u00e9r\u00eats concurrents.<\/p>\n<p>12. Il ressort clairement de l\u2019expression \u00ab\u00a0et doit pouvoir\u00a0\u00bb employ\u00e9e dans l\u2019article 1 \u00a7 1 que les trois garanties proc\u00e9durales minimales \u2013 ou droits d\u00e9riv\u00e9s \u2013 \u00e9num\u00e9r\u00e9es par la suite constituent des exigences autonomes venant s\u2019ajouter \u00e0 celle d\u2019\u00ab\u00a0une d\u00e9cision prise conform\u00e9ment \u00e0 la loi\u00a0\u00bb pr\u00e9c\u00e9demment mentionn\u00e9e dans ce m\u00eame paragraphe. Il s\u2019ensuit que la l\u00e9gislation et la jurisprudence internes ne peuvent en aucune mani\u00e8re compromettre, limiter ou m\u00e9conna\u00eetre ces garanties proc\u00e9durales minimales \u2013 ou droits d\u00e9riv\u00e9s \u2013 sous pr\u00e9texte ou dans le souci de les r\u00e9glementer. Pour le dire autrement, ces droits d\u00e9riv\u00e9s sont express\u00e9ment r\u00e9gis par le premier paragraphe de l\u2019article 1, et pr\u00e9valent en cons\u00e9quence sur toute r\u00e9glementation interne ult\u00e9rieure.<\/p>\n<p>13. L\u2019\u00e9num\u00e9ration de ces garanties proc\u00e9durales minimales \u2013 ou droits d\u00e9riv\u00e9s \u2013 vise \u00e0 emp\u00eacher l\u2019\u00e9tat de substituer une garantie \u00e0 une autre. Par exemple, comme l\u2019indique clairement le paragraphe 13 du rapport explicatif du Protocole no 7, il ne suffit pas que l\u2019\u00e9tranger concern\u00e9 puisse faire r\u00e9examiner son cas par une autorit\u00e9 ind\u00e9pendante comp\u00e9tente, encore faut-il qu\u2019il puisse faire valoir les raisons militant contre son expulsion. En l\u2019esp\u00e8ce, par exemple, l\u2019examen des preuves \u00e0 charge par les juridictions internes ne pouvait remplacer le droit des requ\u00e9rants d\u2019\u00eatre inform\u00e9s des faits qui leur \u00e9taient reproch\u00e9s. L\u2019article 1 n\u2019autorise aucun compromis et n\u2019admet aucune limitation. Il vise \u00e0 assurer l\u2019\u00e9galit\u00e9 des armes dans les proc\u00e9dures auxquelles il s\u2019applique, qui mettent les \u00e9trangers dans une situation de vuln\u00e9rabilit\u00e9 en ce qu\u2019ils risquent d\u2019\u00eatre expuls\u00e9s de l\u2019\u00e9tat sur le territoire duquel ils r\u00e9sident r\u00e9guli\u00e8rement. L\u2019issue de ces proc\u00e9dures peut avoir des cons\u00e9quences d\u00e9vastatrices sur la situation des \u00e9trangers concern\u00e9s et la vie qu\u2019ils ont construite dans l\u2019\u00e9tat h\u00f4te, qu\u2019ils ne pourront plus continuer \u00e0 mener. Dans la pr\u00e9sente affaire, les requ\u00e9rants ont non seulement \u00e9t\u00e9 emp\u00each\u00e9s de poursuivre leurs \u00e9tudes, mais ils ont aussi \u00e9t\u00e9 inqui\u00e9t\u00e9s \u00e0 leur retour dans leur pays d\u2019origine. Compte tenu des int\u00e9r\u00eats consid\u00e9rables qui s\u2019attachent \u00e0 l\u2019issue des proc\u00e9dures d\u2019expulsion, il est primordial que les \u00e9tats garantissent un niveau minimal de protection proc\u00e9durale de mani\u00e8re \u00e0 ce que ces d\u00e9cisions soient prises en toute \u00e9quit\u00e9, raison pour laquelle les r\u00e9dacteurs ont consacr\u00e9 ces obligations dans l\u2019article\u00a01 \u00a7 1 du Protocole no 7. La possibilit\u00e9, pour un \u00e9tranger, de prendre connaissance des faits qui lui sont reproch\u00e9s par les autorit\u00e9s est un \u00e9l\u00e9ment fondamental pour l\u2019exercice effectif de son droit de faire valoir les raisons militant contre son expulsion. Il n\u2019en faut pas moins pour garantir l\u2019\u00e9galit\u00e9 des armes dans la proc\u00e9dure.<\/p>\n<p>14. Au vu de ce qui pr\u00e9c\u00e8de, il faut pr\u00e9ciser que les garanties proc\u00e9durales minimales \u00e9nonc\u00e9es \u00e0 l\u2019article 1 \u00a7 1 servent de bouclier \u00e0 l\u2019\u00e9quit\u00e9 mat\u00e9rielle et qu\u2019elles rev\u00eatent un caract\u00e8re fondamental pour le principe d\u2019\u00e9quit\u00e9 inh\u00e9rent \u00e0 la Convention. L\u2019interpr\u00e9tation de la Convention ne saurait aboutir \u00e0 des solutions injustes et compromettre la protection effective des droits les plus fondamentaux de chacun, a fortiori lorsque ces droits rev\u00eatent un caract\u00e8re absolu. Il s\u2019ensuit que la Cour ne peut autoriser les \u00e9tats \u00e0 apporter des limitations aux garanties proc\u00e9durales minimales prot\u00e9g\u00e9es par l\u2019article 1 du Protocole no 7, sans lesquelles l\u2019\u00e9quit\u00e9 ne peut \u00eatre assur\u00e9e. Il est impossible de qualifier d\u2019\u00a0\u00ab\u00a0\u00e9quitable\u00a0\u00bb une proc\u00e9dure qui ne permet pas \u00e0 la personne qu\u2019elle vise de prendre connaissance des faits qui lui sont reproch\u00e9s. Dans son arr\u00eat Malone c.\u00a0Royaume-Uni (2 ao\u00fbt 1984, \u00a7 67, s\u00e9rie A no\u00a082), la Cour a fort justement observ\u00e9 que \u00ab\u00a0le danger d\u2019arbitraire appara\u00eet avec une nettet\u00e9 singuli\u00e8re l\u00e0 o\u00f9 un pouvoir de l\u2019ex\u00e9cutif s\u2019exerce en secret (&#8230;)\u00a0\u00bb. Selon moi, c\u2019est ce qui s\u2019est produit en l\u2019esp\u00e8ce. Le refus absolu des autorit\u00e9s de porter \u00e0 la connaissance des requ\u00e9rants les accusations dirig\u00e9es contre eux \u00e9tait non seulement arbitraire mais aussi injuste, car il a compromis leur d\u00e9fense et \u00e9galement viol\u00e9 les principes du contradictoire et de l\u2019\u00e9galit\u00e9 des armes[110]. Ce genre de refus absolu, inacceptable lorsqu\u2019il porte atteinte \u00e0 des droits non absolus, est encore plus grave lorsque sont en cause des droits absolus n\u2019admettant aucune limitation.<\/p>\n<p>f) Le droit en cause et le principe d\u2019effectivit\u00e9 en tant que norme de droit international et m\u00e9thode d\u2019interpr\u00e9tation<\/p>\n<p>15. En tant que norme de droit international inh\u00e9rente \u00e0 l\u2019ensemble des dispositions de la Convention[111], le principe d\u2019effectivit\u00e9 irrigue le texte de l\u2019article 1 \u00a7 1 du Protocole no 7 tout entier, y compris les trois garanties proc\u00e9durales minimales \u2013 ou droits d\u00e9riv\u00e9s \u2013 \u00e9nonc\u00e9es aux alin\u00e9as a), b) et c). Eu \u00e9gard \u00e0 ce qui pr\u00e9c\u00e8de, j\u2019estime que le principe d\u2019effectivit\u00e9 exige que le droit d\u2019une personne r\u00e9sidant r\u00e9guli\u00e8rement sur le territoire d\u2019un \u00e9tat de ne pas en \u00eatre expuls\u00e9, si ce n\u2019est en ex\u00e9cution d\u2019une d\u00e9cision prise conform\u00e9ment \u00e0 la loi et \u00e0 condition de b\u00e9n\u00e9ficier des garanties proc\u00e9durales requises, soit effectif et consid\u00e9r\u00e9 comme tel.<\/p>\n<p>Je consid\u00e8re en outre que le principe d\u2019effectivit\u00e9 est aussi une m\u00e9thode ou un outil interpr\u00e9tatif venant au soutien de la r\u00e8gle de l\u2019effectivit\u00e9 en tant que norme de droit international, de mani\u00e8re \u00e0 ce que l\u2019article 1 \u00a7 1 du Protocole no 7 soit interpr\u00e9t\u00e9 dans un sens garantissant en pratique \u00e0 ses dispositions l\u2019efficacit\u00e9 voulue[112].<\/p>\n<p>Par ailleurs, le principe de l\u00e9galit\u00e9[113] est aussi clairement exprim\u00e9 dans l\u2019article\u00a01 \u00a7 1, cette disposition exigeant en effet que la d\u00e9cision d\u2019expulsion soit \u00ab\u00a0prise conform\u00e9ment \u00e0 la loi\u00a0\u00bb. Le crit\u00e8re de qualit\u00e9 de la loi est un corollaire de cette exigence. En d\u2019autres termes, la loi interne doit \u00eatre libell\u00e9e de mani\u00e8re \u00e0 emp\u00eacher tout arbitraire des autorit\u00e9s comp\u00e9tentes vis-\u00e0-vis de l\u2019\u00e9tranger concern\u00e9. Comme le pr\u00e9sent arr\u00eat l\u2019indique \u00e0 juste titre, \u00ab\u00a0[l\u2019]arbitraire (&#8230;) implique la n\u00e9gation de l\u2019\u00c9tat de droit\u00a0\u00bb (paragraphe\u00a0118). La protection contre l\u2019arbitraire est un aspect, un \u00e9l\u00e9ment ou une fonction du principe d\u2019effectivit\u00e9 en tant que norme de droit international. Le principe de l\u00e9galit\u00e9 inh\u00e9rent \u00e0 l\u2019article 1 \u00a7 1 se refl\u00e8te \u00e9galement dans l\u2019exigence de r\u00e9sidence r\u00e9guli\u00e8re de l\u2019\u00e9tranger concern\u00e9 sur le territoire de l\u2019\u00e9tat.<\/p>\n<p>16. Le pr\u00e9sent arr\u00eat indique fort justement que \u00ab\u00a0[d]ans le contexte de l\u2019article 1 du Protocole no 7, la Cour a tenu compte de ce que l\u2019objet et le but de la Convention, instrument de protection des droits de l\u2019homme, appellent \u00e0 comprendre et \u00e0 appliquer ses dispositions d\u2019une mani\u00e8re qui en rend les exigences concr\u00e8tes et effectives, et non th\u00e9oriques et illusoires\u00a0\u00bb (paragraphe 122). Ce principe \u2013 le principe d\u2019effectivit\u00e9 \u2013 y est ensuite qualifi\u00e9, \u00e0 juste titre, de \u00ab\u00a0principe g\u00e9n\u00e9ral d\u2019interpr\u00e9tation de l\u2019ensemble des dispositions de la Convention et de ses Protocoles\u00a0\u00bb. C\u2019est la premi\u00e8re fois, \u00e0 ma connaissance, que la Cour d\u00e9clare express\u00e9ment que ce principe s\u2019applique de mani\u00e8re g\u00e9n\u00e9rale \u00e0 toutes les dispositions de la Convention. Le pr\u00e9sent arr\u00eat pr\u00e9cise ensuite que la Cour a toujours \u00e9t\u00e9 soucieuse d\u2019appliquer ce principe dans le contexte de l\u2019article 1 \u00a7 1 du Protocole no\u00a07 (paragraphe 123). Toutefois, avec tout le respect que je dois \u00e0 mes coll\u00e8gues, la Cour applique ce principe de mani\u00e8re erron\u00e9e en l\u2019esp\u00e8ce, car elle consid\u00e8re que le droit garanti par cette disposition ne rev\u00eat pas un caract\u00e8re absolu. En effet, le pr\u00e9sent arr\u00eat se penche sur la question de savoir si l\u2019exercice de mise en balance effectu\u00e9 par les autorit\u00e9s internes pr\u00e9serve la substance m\u00eame du droit en question. Pourtant, une telle mise en balance est \u00e0 mon avis inutile pour assurer la protection effective de ce droit. Il est ind\u00e9niable que le fait de permettre aux Parties contractantes d\u2019imposer et de justifier des limitations au droit des \u00e9trangers de faire valoir les raisons qui militent contre leur expulsion \u2013 dont le droit de conna\u00eetre les raisons concr\u00e8tes d\u2019une expulsion fond\u00e9e sur des motifs de s\u00e9curit\u00e9 nationale est indissociable \u2013 amoindrit consid\u00e9rablement l\u2019effectivit\u00e9 de la protection accord\u00e9e. \u00c0 cet \u00e9gard, on notera avec regret que les requ\u00e9rants ont \u00e9t\u00e9 inform\u00e9s de certaines des raisons de leur expulsion par un communiqu\u00e9 de presse du Service roumain du renseignement (\u00ab\u00a0le SRI\u00a0\u00bb) repris dans deux articles de presse (paragraphes 30-31), et non au moyen d\u2019une notification en bonne et due forme \u00e9mise par l\u2019autorit\u00e9 comp\u00e9tente. S\u2019appuyant sur ces informations mises \u00e0 la disposition du public, les requ\u00e9rants ont essay\u00e9 de reconstituer les motifs de leur expulsion et de produire en instance d\u2019appel des preuves propres \u00e0 r\u00e9futer les accusations port\u00e9es contre eux, notamment en priant laHaute Cour de se procurer aupr\u00e8s de leur banque un document bancaire attestant de leur situation financi\u00e8re, qui aurait d\u00e9menti les accusations en question (paragraphe 38). Le parquet s\u2019est oppos\u00e9 \u00e0 cette demande, estimant que ce document bancaire \u00e9tait d\u00e9nu\u00e9 de pertinence (paragraphe 39). L\u2019in\u00e9galit\u00e9 d\u2019information existant entre les autorit\u00e9s de poursuite et les requ\u00e9rants a irr\u00e9m\u00e9diablement compromis la d\u00e9fense des int\u00e9ress\u00e9s et entrav\u00e9 de ce fait le cours de la justice. Admettre que l\u2019\u00c9tat puisse l\u00e9gitimement, dans certaines circonstances, refuser de divulguer les motifs de l\u2019expulsion d\u2019un \u00e9tranger affaiblirait grandement ou r\u00e9duirait \u00e0 n\u00e9ant le principe d\u2019effectivit\u00e9. En l\u2019absence d\u2019une protection absolue des garanties proc\u00e9durales minimales, la protection conf\u00e9r\u00e9e par l\u2019article 1 du Protocole no\u00a07 devient inop\u00e9rante. Comme indiqu\u00e9 ci-dessus, ce qui est arriv\u00e9 aux requ\u00e9rants est la cons\u00e9quence in\u00e9luctable du refus des autorit\u00e9s de reconna\u00eetre le caract\u00e8re absolu des garanties proc\u00e9durales minimales instaur\u00e9es par l\u2019article 1.<\/p>\n<p>17. Comme cela a d\u00e9j\u00e0 \u00e9t\u00e9 pr\u00e9cis\u00e9, le principe d\u2019effectivit\u00e9 en tant qu\u2019outil interpr\u00e9tatif vient au soutien de la r\u00e8gle d\u2019effectivit\u00e9 en tant que norme de droit international inh\u00e9rente aux dispositions de la Convention. Cela \u00e9tant, l\u2019utilit\u00e9 de ce soutien suppose au pr\u00e9alable une bonne compr\u00e9hension de la r\u00e8gle d\u2019effectivit\u00e9 inh\u00e9rente \u00e0 la disposition conventionnelle en cause, qui est li\u00e9e au caract\u00e8re \u2013 absolu ou non absolu \u2013 du droit prot\u00e9g\u00e9. Le pr\u00e9sent arr\u00eat ne fait pas express\u00e9ment \u00e9tat du principe d\u2019effectivit\u00e9 en tant que norme de droit international inh\u00e9rente \u00e0 l\u2019article\u00a01\u00a0du Protocole no 7. En outre, en se m\u00e9prenant sur la nature des garanties proc\u00e9durales minimales \u2013 ou droits d\u00e9riv\u00e9s \u2013 \u00e9num\u00e9r\u00e9es \u00e0 l\u2019article\u00a01 \u00a7 1 du Protocole no 7, et en consid\u00e9rant \u00e0 tort que le droit composite unique garanti par cette disposition ne rev\u00eat pas un caract\u00e8re absolu, le pr\u00e9sent arr\u00eat m\u00e9conna\u00eet la nature m\u00eame de la norme d\u2019effectivit\u00e9 inh\u00e9rente \u00e0 cette disposition, ce qui le conduit \u00e0 interpr\u00e9ter et \u00e0 appliquer de mani\u00e8re erron\u00e9e ladite norme dans la pr\u00e9sente affaire. \u00c0 mon humble avis, le principe d\u2019effectivit\u00e9, en tant que norme inh\u00e9rente \u00e0 l\u2019article 1 \u00a7 1, exclut toute limitation du droit prot\u00e9g\u00e9 par cette disposition, y compris l\u2019ensemble des garanties proc\u00e9durales minimales \u2013 ou droits d\u00e9riv\u00e9s, qui doivent \u00eatre appliqu\u00e9es cumulativement et sans exception.<\/p>\n<p>18. Au vu de ce qui pr\u00e9c\u00e8de, on peut soutenir \u00e0 juste titre qu\u2019en tant qu\u2019outil interpr\u00e9tatif, le principe d\u2019effectivit\u00e9 ne saurait atteindre son but s\u2019il est employ\u00e9 pour faciliter l\u2019interpr\u00e9tation et l\u2019application d\u2019une r\u00e8gle dont la nature et le contenu ont \u00e9t\u00e9 d\u2019embl\u00e9e mal compris. En tant que m\u00e9thode d\u2019interpr\u00e9tation, le principe d\u2019effectivit\u00e9 doit reposer sur la bonne base, la bonne r\u00e8gle. En effet, la protection d\u2019un droit absolu est plus \u00e9tendue que celle d\u2019un droit non absolu, qui conna\u00eet des limitations. Il en r\u00e9sulte n\u00e9cessairement que la r\u00e8gle de l\u2019effectivit\u00e9 n\u2019a pas le m\u00eame contenu et la m\u00eame nature \u00e0 l\u2019\u00e9gard de droits absolus qu\u2019\u00e0 l\u2019\u00e9gard de droits non absolus.\u00a0C\u2019est la raison pour laquelle je suis convaincu que dans toutes les affaires o\u00f9 elle fait \u00e9tat du principe d\u2019effectivit\u00e9, la Cour devrait express\u00e9ment mentionner les deux dimensions de ce principe, c\u2019est-\u00e0-dire sa fonction de norme de droit international et sa fonction de m\u00e9thode d\u2019interpr\u00e9tation. Elle devrait \u00e9galement mettre en \u00e9vidence les liens et l\u2019interd\u00e9pendance qui existent entre ces deux fonctions, et pr\u00e9ciser la mani\u00e8re dont elles s\u2019appliquent aux faits de l\u2019affaire dont elle est saisie. Il est regrettable que la fonction de norme de droit international du principe d\u2019effectivit\u00e9 ait jusqu\u2019\u00e0 pr\u00e9sent \u00e9t\u00e9 n\u00e9glig\u00e9e ou seulement sous-entendue dans la jurisprudence de la Cour, qui ne la mentionne pas express\u00e9ment. Pourtant, il est constant que la Convention fait partie du droit international, et que ses dispositions sont des normes de droit international. Il ne faut donc pas perdre de vue qu\u2019en tant que norme de droit international, le principe d\u2019effectivit\u00e9 est inh\u00e9rent \u00e0 toutes les dispositions de la Convention. Si la Cour n\u00e9glige les deux fonctions de ce principe et si elle ne les emploie pas correctement, elle risque de l\u2019appliquer comme m\u00e9thode d\u2019interpr\u00e9tation sur la base d\u2019une norme d\u2019effectivit\u00e9 erron\u00e9e. Avec tout le respect d\u00fb \u00e0 mes coll\u00e8gues, je pense que tel est le cas en l\u2019esp\u00e8ce. Comme l\u2019a observ\u00e9 Ingo Venzke[114], \u00ab\u00a0[l]e d\u00e9veloppement de r\u00e8gles internationales dans la pratique de l\u2019interpr\u00e9tation m\u00e9rite une attention particuli\u00e8re[115]\u00a0\u00bb. La pr\u00e9sente affaire m\u00e9ritait une attention particuli\u00e8re, qu\u2019elle n\u2019a pas re\u00e7ue.<\/p>\n<p>g) Conclusion<\/p>\n<p>19. Les droits absolus ne peuvent \u00eatre efficacement prot\u00e9g\u00e9s si on leur applique le r\u00e9gime propre aux droits non absolus en essayant inutilement de pr\u00e9server leur substance m\u00eame par des facteurs compensateurs. C\u2019est sur ce point que je marque respectueusement mon d\u00e9saccord avec le raisonnement suivi dans le pr\u00e9sent arr\u00eat. J\u2019estime que le droit ici en cause est un droit absolu et qu\u2019il doit \u00eatre consid\u00e9r\u00e9 comme tel, avec toutes les cons\u00e9quences que cela entra\u00eene.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p style=\"text-align: center;\"><strong>opinion concordante dE LA juge EL\u00d3SEGUI<\/strong><\/p>\n<p style=\"text-align: center;\">(Traduction)<\/p>\n<p>1. Je souhaite pr\u00e9ciser d\u2019embl\u00e9e que je souscris pleinement \u00e0 la conclusion \u00e0 laquelle la Grande Chambre est parvenue dans la pr\u00e9sente affaire. Mon opinion concordante vise simplement \u00e0 souligner, comme l\u2019a fait le juge Pinto de Albuquerque dans la sienne, que le pr\u00e9sent arr\u00eat aurait gagn\u00e9 \u00e0 op\u00e9rer une distinction plus nette entre le crit\u00e8re de la substance des droits et le contr\u00f4le de proportionnalit\u00e9 (l\u2019appr\u00e9ciation des \u00e9l\u00e9ments compensateurs). Comme l\u2019ont expliqu\u00e9 le HCR, la Cour et la Commission interam\u00e9ricaines des droits de l\u2019homme, la Cour constitutionnelle f\u00e9d\u00e9rale allemande (BVerfG) et de nombreuses autres cours constitutionnelles, ces deux \u00e9l\u00e9ments sont tr\u00e8s diff\u00e9rents. Sur ce point, je renvoie \u00e0 l\u2019ouvrage de Robert Alexy intitul\u00e9 A Theory of ConstitutionalRights[116].<\/p>\n<p>2. La question sur laquelle porte l\u2019arr\u00eat Muhammad et Muhammad c.\u00a0Roumanie rev\u00eat aujourd\u2019hui une importance cruciale, car il y a danger \u00e0 justifier la violation de la substance des droits fondamentaux au nom de la pr\u00e9vention du terrorisme[117]. Il est d\u00e9sormais assez fr\u00e9quent, chez les juristes et les universitaires, de justifier le recours \u00e0 la torture tendant \u00e0 l\u2019obtention de renseignements dans le contexte de la lutte contre le terrorisme[118]. La Cour europ\u00e9enne des droits de l\u2019homme condamne sans \u00e9quivoque le recours \u00e0 la torture, qui s\u2019analyse selon elle en une violation de l\u2019article 3 de la Convention[119].<\/p>\n<p>3. En l\u2019esp\u00e8ce, les requ\u00e9rants se plaignaient de ne pas avoir \u00e9t\u00e9 inform\u00e9s des faits concrets qui leur \u00e9taient reproch\u00e9s au cours de la proc\u00e9dure ayant conduit \u00e0 leur \u00e9loignement du territoire roumain en raison de leurs liens avec des activit\u00e9s terroristes, au m\u00e9pris, selon eux, des garanties proc\u00e9durales pr\u00e9vues par l\u2019article 1 du Protocole no 7 \u00e0 la Convention.<\/p>\n<p>4. La principale question qui se posait \u00e0 la Grande Chambre consistait \u00e0 savoir quelle est l\u2019\u00e9tendue minimale des garanties proc\u00e9durales offertes aux \u00e9trangers par l\u2019article 1 \u00a7 1 du Protocole no 7 dans le cadre d\u2019une proc\u00e9dure administrative d\u2019\u00e9loignement lorsque leurs droits d\u2019\u00eatre inform\u00e9s des motifs justifiant leur expulsion et d\u2019acc\u00e9der au dossier sont restreints pour des raisons li\u00e9es \u00e0 la s\u00e9curit\u00e9 nationale.<\/p>\n<p>5. Apr\u00e8s avoir expos\u00e9 l\u2019\u00e9tat de la jurisprudence relative \u00e0 l\u2019article\u00a01\u00a0\u00a7\u00a01 du Protocole no 7, la Grande Chambre a recherch\u00e9 si \u2013 et, le cas \u00e9ch\u00e9ant, dans quelle mesure \u2013 les droits revendiqu\u00e9s par les requ\u00e9rants \u00e9taient garantis par cette disposition (paragraphes 118-122). Pour ce faire, la Grande Chambre s\u2019est fond\u00e9e sur le texte de l\u2019article 1 \u00a7 1 du Protocole no 7 et la jurisprudence de la Cour en la mati\u00e8re. Dans son arr\u00eat, elle a conclu que cet article exige en principe que les \u00e9trangers concern\u00e9s soient inform\u00e9s des \u00e9l\u00e9ments factuels pertinents ayant conduit l\u2019autorit\u00e9 nationale comp\u00e9tente \u00e0 consid\u00e9rer qu\u2019ils repr\u00e9sentent une menace pour la s\u00e9curit\u00e9 nationale, et qu\u2019ils aient acc\u00e8s au contenu des documents du dossier de l\u2019affaire sur lesquels cette autorit\u00e9 s\u2019est fond\u00e9e pour d\u00e9cider de leur expulsion.<\/p>\n<p>6. La Cour a ensuite cherch\u00e9 \u00e0 d\u00e9finir le seuil \u00e0 respecter pour que l\u2019article 1 du Protocole no 7 ne soit pas m\u00e9connu m\u00eame en cas de limitation des droits proc\u00e9duraux qu\u2019il garantit. Dans le droit fil de la jurisprudence Regner c. R\u00e9publique tch\u00e8que ([GC], no 35289\/11, \u00a7 148, 19 septembre 2017), la Cour a jug\u00e9 que la substance m\u00eame des droits garantis aux \u00e9trangers par l\u2019article 1 du Protocole no 7 doit \u00eatre pr\u00e9serv\u00e9e.<\/p>\n<p>7. L\u2019arr\u00eat \u00e9tablit \u00e9galement les crit\u00e8res \u00e0 prendre en compte pour statuer sur la compatibilit\u00e9 avec l\u2019article 1 \u00a7 1 du Protocole no 7 des restrictions apport\u00e9es aux droits proc\u00e9duraux. \u00c0 cet \u00e9gard, la Cour doit rechercher si ces restrictions sont n\u00e9cessaires et si la pr\u00e9servation de la substance m\u00eame des droits en cause exige des mesures compensatoires et, dans l\u2019affirmative, lesquelles.<\/p>\n<p>8. Deux points m\u00e9ritent d\u2019\u00eatre soulign\u00e9s. En premier lieu, l\u2019absence de tout examen ou un examen insuffisant par les autorit\u00e9s nationales de la n\u00e9cessit\u00e9 des restrictions apport\u00e9es aux droits proc\u00e9duraux de l\u2019\u00e9tranger concern\u00e9 ne suffisent pas, \u00e0 eux seuls, \u00e0 emporter violation de l\u2019article 1 \u00a7\u00a01 du Protocole\u00a0no 7. En tout \u00e9tat de cause, la Cour recherchera si des \u00e9l\u00e9ments compensateurs ont \u00e9t\u00e9 appliqu\u00e9s dans le cas concret de l\u2019int\u00e9ress\u00e9. Cela \u00e9tant, moins les autorit\u00e9s nationales seront rigoureuses dans l\u2019examen de la n\u00e9cessit\u00e9 d\u2019apporter des restrictions aux droits proc\u00e9duraux d\u2019un \u00e9tranger, plus le contr\u00f4le par la Cour des \u00e9l\u00e9ments compensateurs sera strict. En second lieu, le respect de l\u2019article 1 \u00a7 1 du Protocole no 7 ne requiert pas n\u00e9cessairement la mise en place de mani\u00e8re cumulative de tous les \u00e9l\u00e9ments compensateurs \u00e9num\u00e9r\u00e9s dans l\u2019arr\u00eat. L\u2019\u00e9num\u00e9ration ne contient que des exemples de facteurs susceptibles de compenser ad\u00e9quatement la limitation des droits proc\u00e9duraux, \u00e9tant entendu que l\u2019\u00e9valuation de la nature et de l\u2019ampleur de ces facteurs pourra varier en fonction des circonstances de l\u2019esp\u00e8ce (paragraphe 150).<\/p>\n<p>9. Enfin, en appliquant les crit\u00e8res susmentionn\u00e9s, la Cour a recherch\u00e9 si la substance m\u00eame des droits d\u00e9coulant pour les requ\u00e9rants de l\u2019article\u00a01\u00a0du Protocole no 7 avait \u00e9t\u00e9 pr\u00e9serv\u00e9e en l\u2019esp\u00e8ce (paragraphes\u00a0151-199). Apr\u00e8s analyse, elle a conclu qu\u2019il y avait eu en l\u2019esp\u00e8ce violation de l\u2019article 1 du Protocole no 7.<\/p>\n<p>10. Le juge Pinto de Albuquerque ayant trait\u00e9 du principe de la substance des droits dans son opinion, je m\u2019int\u00e9resserai ici au contr\u00f4le de proportionnalit\u00e9.<\/p>\n<p>11. Dans la pr\u00e9sente opinion, qui repose sur le postulat selon lequel il est l\u00e9gitime de restreindre certains droits pour assurer la coexistence harmonieuse de l\u2019ensemble des droits et int\u00e9r\u00eats concurrents, je prendrai pour hypoth\u00e8se que le principe de proportionnalit\u00e9 offre une structure argumentative permettant de contr\u00f4ler la l\u00e9gitimit\u00e9 des restrictions permises aux droits fondamentaux.<\/p>\n<p>12. J\u2019ai expos\u00e9 dans divers articles les principales th\u00e8ses d\u00e9velopp\u00e9es sur le principe de proportionnalit\u00e9 dans les milieux universitaires, en particulier europ\u00e9ens, concluant que cette technique aide les juges \u00e0 construire un raisonnement structur\u00e9 en vue de la r\u00e9solution d\u2019une affaire. J\u2019ai soulign\u00e9 l\u2019utilit\u00e9 de la th\u00e9orie de Robert Alexy pour l\u2019analyse du raisonnement r\u00e9ellement suivi par les tribunaux[120]. Je souscris \u00e9galement \u00e0 la th\u00e8se de Carlos Bernal selon laquelle il est impossible d\u2019exclure la subjectivit\u00e9 du juge dans l\u2019exercice de mise en balance. Toutefois, cet \u00e9l\u00e9ment demeure compatible avec la rationalit\u00e9 si le juge applique et justifie chacune des phases du contr\u00f4le de proportionnalit\u00e9. Cette id\u00e9e peut sans aucun doute se rattacher au cadre th\u00e9orique qui puise son origine dans les travaux de Robert Alexy et de ses disciples (Borowski[121], BernalPulido, Klatt[122], M\u00f6ller), parmi lesquels j\u2019ai l\u2019honneur de figurer. Le professeur Alexy a particip\u00e9 \u00e0 un s\u00e9minaire organis\u00e9 par la Cour europ\u00e9enne des droits de l\u2019homme en avril 2019, o\u00f9 il a pr\u00e9sent\u00e9 une analyse du principe de proportionnalit\u00e9 appliqu\u00e9 dans l\u2019affaire Delfi c. Estonie, qui fait l\u2019objetd\u2019un article \u00e0 para\u00eetre prochainement chez Springer[123]. Auxfins de la pr\u00e9sente opinion, je renvoie \u00e9galement aux articles du professeur Laura Cl\u00e9rico[124], une autre disciple de Robert Alexy. Parmi les autres chercheurs ou auteurs ayant contribu\u00e9 par leurs \u00e9crits \u00e0 ces travaux figurent un certain nombre de professeurs belges, notamment Eva Brems, S\u00e9bastien Van Drooghenbroeck et Fran\u00e7oise Tulkens, ancienne juge de la Cour. D\u2019autres auteurs tels que Barak[125], Bomhoff[126], Cohen-Eliya[127], Porat et Ducoulombier ont eux aussi apport\u00e9 des contributions fondamentales sur ce sujet.<\/p>\n<p>13. En ce qui concerne le principe selon lequel la limitation doit \u00eatre pr\u00e9vue par la loi et poursuivre un but l\u00e9gitime, la Cour se borne \u00e0 v\u00e9rifier que la mesure restrictive vise \u00e0 prot\u00e9ger des droits ou int\u00e9r\u00eats qui satisfont aux crit\u00e8res qu\u2019elle a fix\u00e9s pour autoriser les limitations.<\/p>\n<p>14. Par ailleurs la Cour recherche si la mesure adopt\u00e9e rev\u00eat uncaract\u00e8re appropri\u00e9 en se fondant sur la n\u00e9cessit\u00e9 de celle-ci, mais non de mani\u00e8re directe car ce contr\u00f4le est int\u00e9gr\u00e9 dans son analyse du caract\u00e8re l\u00e9gitime du but poursuivi. Elle v\u00e9rifie dans un premier temps si la mesure est pr\u00e9vue par la loi et, dans un second temps, si le but poursuivi est l\u00e9gitime. Le contr\u00f4le du caract\u00e8re appropri\u00e9 exerc\u00e9 par la Cour diff\u00e8re de celui appliqu\u00e9 dans le contr\u00f4le de proportionnalit\u00e9 tel que le con\u00e7oit la doctrine constitutionnelle allemande. La Cour se borne en effet \u00e0 v\u00e9rifier si la mesure restrictive a une base l\u00e9gale, sans rechercher ni exposer la justification pr\u00e9cise du lien de causalit\u00e9 entre la mesure en question et le but poursuivi. En d\u2019autres termes, elle ne v\u00e9rifie pas si la mesure restrictive contribue \u00e0 la r\u00e9alisation du but poursuivi. Elle met l\u2019accent sur l\u2019appr\u00e9ciation de l\u2019ing\u00e9rence d\u00e9coulant de la restriction, et c\u2019est \u00e0 ce stade qu\u2019elle se livre \u00e0 un exercice de mise en balance.<\/p>\n<p>15. En ce qui concerne la n\u00e9cessit\u00e9 de la mesure et l\u2019existence \u00e9ventuelle d\u2019autres mesures moins restrictives, la Cour s\u2019abstient en g\u00e9n\u00e9ral de porter une appr\u00e9ciation sur ces questions et ne v\u00e9rifie pas toujours si la mesure la moins restrictive a \u00e9t\u00e9 appliqu\u00e9e, se bornant \u00e0 rechercher si les autorit\u00e9s internes se sont conform\u00e9es aux crit\u00e8res autorisant des restrictions aux droits fondamentaux qu\u2019elle a elle-m\u00eame fix\u00e9s. Elle laisse ces questions \u00e0 l\u2019appr\u00e9ciation des juridictions internes, respectant ainsi la latitude reconnue aux \u00e9tats. En cons\u00e9quence, la Cour ne proc\u00e8de g\u00e9n\u00e9ralement pas \u00e0 un examen s\u00e9par\u00e9 de l\u2019existence \u00e9ventuelle d\u2019autres mesures moins pr\u00e9judiciables, cet examen s\u2019inscrivant dans son appr\u00e9ciation de la n\u00e9cessit\u00e9 de l\u2019atteinte \u00e0 un droit prot\u00e9g\u00e9 par la Convention dans une soci\u00e9t\u00e9 d\u00e9mocratique.<\/p>\n<p>16. Il importe avant tout de relever que le contr\u00f4le exerc\u00e9 par la Cour diff\u00e8re du contr\u00f4le de proportionnalit\u00e9 stricto sensu tel que le con\u00e7oit la doctrine constitutionnelle allemande, lequel comporte habituellement trois phases. Pour ma part, j\u2019ai joint \u00e0 l\u2019arr\u00eat Voynov c. Russie[128]une opinion concordante dans laquelle je me suis efforc\u00e9e d\u2019appliquer le principe de proportionnalit\u00e9 stricto sensu en \u00e9valuant les diff\u00e9rents droits en cause et en recherchant s\u2019il existait une autre mesure susceptible de r\u00e9pondre \u00e0 l\u2019objectif poursuivi par le gouvernement mais moins contraignante pour le requ\u00e9rant. Dans mon argumentation, j\u2019ai appliqu\u00e9 dans une certaine mesure la formule du professeur Alexy[129].<\/p>\n<p>17. Il ne fait aucun doute que la troisi\u00e8me phase du contr\u00f4le de proportionnalit\u00e9 au sens strict ne fait pas l\u2019objet d\u2019une analyse d\u00e9taill\u00e9e de la part de la Cour. L\u2019une des principales raisons en est que la Cour recherche si les juridictions internes ont correctement proc\u00e9d\u00e9 \u00e0 l\u2019exercice de mise en balance. Dans le cas contraire, la Cour s\u2019efforce g\u00e9n\u00e9ralement d\u2019en faire \u00e9tat, en renvoyant pour l\u2019essentiel aux crit\u00e8res ou principes qui se d\u00e9gagent de ses arr\u00eats de principe, sans pour autant substituer sa propre appr\u00e9ciation \u00e0 celle des juridictions internes. L\u2019id\u00e9e selon laquelle il convient de respecter la marge d\u2019appr\u00e9ciation des \u00e9tats a incontestablement gagn\u00e9 du terrain au sein de la Cour, surtout depuis la D\u00e9claration de Brighton d\u2019avril 2012 sur la r\u00e9forme du syst\u00e8me de la Convention.<\/p>\n<p>18. Toutefois, la Cour accorde \u00e0 ses propres principes jurisprudentiels un poids consid\u00e9rable lorsqu\u2019elle les applique \u00e0 l\u2019affaire dont elle est saisie. Cette d\u00e9marche conduit \u00e0 l\u2019\u00e9laboration de principes issus de r\u00e8gles fond\u00e9es sur les r\u00e9sultats. La Cour exerce ainsi son contr\u00f4le de proportionnalit\u00e9 au regard des principes g\u00e9n\u00e9raux qu\u2019elle fixe au fil de sa jurisprudence.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p style=\"text-align: center;\"><strong>OPINION DISSIDENTE COMMUNE AUX juges Yudkivska, Motoc et Paczolay<\/strong><\/p>\n<p>Nous ne pouvons nous rallier \u00e0 la majorit\u00e9 dans cette affaire, pour deux consid\u00e9rations essentielles\u00a0: \u00e0 notre avis, l\u2019arr\u00eat rendu par la majorit\u00e9 s\u2019\u00e9carte substantiellement de l\u2019arr\u00eat Regner c. R\u00e9publique tch\u00e8que ([GC], no\u00a035289\/11, 19 septembre 2017), se rapprochant plut\u00f4t de l\u2019opinion en partie dissidente qui y a \u00e9t\u00e9 jointe par les juges Raimondi, Sicilianos, Spano, Ravarani et PastorVilanova, et il ne tient pas compte de la possibilit\u00e9, pr\u00e9vue par le droit roumain, de permettre aux avocats titulaires d\u2019un certificat ORNISS d\u2019acc\u00e9der aux informations sensibles des dossiers. Notre objection principale tient \u00e0 ce que la protection offerte par l\u2019article 1 du Protocole no 7 est sup\u00e9rieure \u00e0 celle conf\u00e9r\u00e9e par l\u2019article 6, situation qui nous semble paradoxale. Le pr\u00e9ambule du texte du rapport explicatif du Protocole no 7 mentionne express\u00e9ment qu\u2019en adoptant l\u2019article 1 de cet instrument, les \u00c9tats ont consenti \u00e0 des garanties proc\u00e9durales \u00ab\u00a0minimales\u00a0\u00bb.<\/p>\n<p>Pour rappel, l\u2019arr\u00eat Regner, pr\u00e9cit\u00e9, concernait une d\u00e9cision administrative ayant mis fin \u00e0 la validit\u00e9 d\u2019une attestation de s\u00e9curit\u00e9 dont le requ\u00e9rant avait absolument besoin pour exercer de hautes fonctions au minist\u00e8re de la D\u00e9fense. Invoquant l\u2019article 6 \u00a7 1 (droit \u00e0 un proc\u00e8s \u00e9quitable) de la Convention, le requ\u00e9rant se plaignait de ne pas avoir pu prendre connaissance d\u2019un \u00e9l\u00e9ment de preuve d\u00e9terminant, qualifi\u00e9 d\u2019information confidentielle, au cours de la proc\u00e9dure qu\u2019il avait intent\u00e9e pour contester le retrait de son attestation de s\u00e9curit\u00e9. Dans son arr\u00eat, la Cour a relev\u00e9 que la proc\u00e9dure intent\u00e9e par le requ\u00e9rant afin de contester le retrait de son attestation de s\u00e9curit\u00e9 avait subi deux limitations par rapport aux r\u00e8gles de droit commun tendant \u00e0 garantir un proc\u00e8s \u00e9quitable\u00a0: d\u2019une part, les documents et informations classifi\u00e9s n\u2019\u00e9taient accessibles ni \u00e0 lui-m\u00eame ni \u00e0 son avocat et, d\u2019autre part, dans la mesure o\u00f9 la d\u00e9cision de retrait \u00e9tait fond\u00e9e sur de telles pi\u00e8ces, les motifs \u00e0 la base de la d\u00e9cision ne lui avaient pas \u00e9t\u00e9 communiqu\u00e9s.<\/p>\n<p>Pour d\u00e9terminer si le droit du requ\u00e9rant \u00e0 un proc\u00e8s \u00e9quitable avait \u00e9t\u00e9 atteint dans sa substance, la Cour a estim\u00e9 qu\u2019elle devait consid\u00e9rer la proc\u00e9dure dans son ensemble et rechercher si les limitations aux principes du contradictoire et de l\u2019\u00e9galit\u00e9 des armes, tels qu\u2019applicables dans la proc\u00e9dure civile, avaient \u00e9t\u00e9 suffisamment compens\u00e9es par d\u2019autres garanties proc\u00e9durales. Apr\u00e8s analyse, la Cour a jug\u00e9, eu \u00e9gard \u00e0 la proc\u00e9dure dans son ensemble, \u00e0 la nature du litige et \u00e0 la marge d\u2019appr\u00e9ciation reconnue aux autorit\u00e9s nationales, que les limitations subies par le requ\u00e9rant dans la jouissance des droits qu\u2019il tirait des principes du contradictoire et de l\u2019\u00e9galit\u00e9 des armes avaient \u00e9t\u00e9 compens\u00e9es de telle mani\u00e8re que le juste \u00e9quilibre entre les parties n\u2019avait pas \u00e9t\u00e9 affect\u00e9 au point de porter atteinte \u00e0 la substance m\u00eame du droit de l\u2019int\u00e9ress\u00e9 \u00e0 un proc\u00e8s \u00e9quitable (Regner, pr\u00e9cit\u00e9, \u00a7 161).<\/p>\n<p>L\u2019affaire Muhammad et Muhammad c. Roumanie pr\u00e9sente \u00e0 l\u2019\u00e9vidence des similitudes factuelles avec l\u2019affaire Regner\u00a0: elles portent toutes deux sur des proc\u00e9dures contentieuses administratives dans lesquelles les int\u00e9ress\u00e9s ont vu leurs droits proc\u00e9duraux limit\u00e9s par l\u2019impossibilit\u00e9 d\u2019avoir acc\u00e8s aux pi\u00e8ces du dossier. Dans ces deux affaires, les pi\u00e8ces sur lesquelles reposaient les d\u00e9cisions des juridictions nationales \u00e9taient classifi\u00e9es et les avocats repr\u00e9sentant les int\u00e9ress\u00e9s n\u2019y avaient pas acc\u00e8s. En revanche, les juridictions nationales avaient acc\u00e8s \u00e0 l\u2019ensemble des pi\u00e8ces du dossier, y compris aux preuves confidentielles.<\/p>\n<p>Si la Cour a examin\u00e9 le grief du requ\u00e9rant sur le terrain de l\u2019article 6 de la Convention dans l\u2019affaire Regner, elle \u00e9tait appel\u00e9e en l\u2019esp\u00e8ce \u00e0 examiner des all\u00e9gations similaires sous l\u2019angle de l\u2019article 1 du Protocole\u00a0no 7. En effet, dans la pr\u00e9sente affaire, la Cour a not\u00e9 d\u2019embl\u00e9e que l\u2019article 6 de la Convention n\u2019\u00e9tait pas applicable (paragraphe 115 du pr\u00e9sent arr\u00eat). En outre, elle a rappel\u00e9 le texte du rapport explicatif, qui mentionne express\u00e9ment qu\u2019en adoptant l\u2019article 1 du Protocole no 7, les \u00c9tats ont consenti \u00e0 des garanties proc\u00e9durales \u00ab\u00a0minimales\u00a0\u00bb en cas d\u2019expulsion (paragraphe 117 du pr\u00e9sent arr\u00eat).<\/p>\n<p>\u00c9tant donn\u00e9 que les articles de la Convention respectivement applicables dans l\u2019une et l\u2019autre de ces affaires garantissent tous deux des droits proc\u00e9duraux mais qu\u2019ils n\u2019en sont pas moins diff\u00e9rents, et surtout que l\u2019article 1 du Protocole no 7 pr\u00e9voit des garanties proc\u00e9durales \u00ab\u00a0minimales\u00a0\u00bb, les droits proc\u00e9duraux respectivement reconnus aux justiciables par ces deux articles ne devraient pas avoir la m\u00eame port\u00e9e. Il est m\u00eame naturel que l\u2019\u00e9tendue des garanties proc\u00e9durales offertes par l\u2019article\u00a01 du Protocole no 7 soit moins \u00e9lev\u00e9e que celle des garanties consacr\u00e9es par l\u2019article 6 de la Convention.<\/p>\n<p>D\u2019ailleurs, dans son arr\u00eat, la Cour est consciente de cette distinction \u00e0 op\u00e9rer entre les port\u00e9es respectives des droits garantis par ces deux articles, et elle ne transpose pas sur le terrain de l\u2019article 1 du Protocole no 7 les droits prot\u00e9g\u00e9s par l\u2019article 6 de la Convention. Ainsi, apr\u00e8s un rappel de sa jurisprudence relative \u00e0 l\u2019article 1 du Protocole no 7, la Cour limite la port\u00e9e des droits garantis par cette disposition : si l\u2019article 6 de la Convention garantit en principe au justiciable le droit d\u2019\u00eatre inform\u00e9 de tous les faits qui lui sont reproch\u00e9s et d\u2019avoir acc\u00e8s \u00e0 l\u2019ensemble des pi\u00e8ces du dossier, l\u2019article 1 du Protocole no 7 \u00ab exige en principe que les \u00e9trangers concern\u00e9s soient inform\u00e9s des \u00e9l\u00e9ments factuels pertinents qui ont conduit l\u2019autorit\u00e9 nationale comp\u00e9tente \u00e0 consid\u00e9rer qu\u2019ils repr\u00e9sentent une menace pour la s\u00e9curit\u00e9 nationale et qu\u2019ils aient acc\u00e8s au contenu des documents et des informations du dossier de l\u2019affaire sur lesquels ladite autorit\u00e9 s\u2019est fond\u00e9e pour d\u00e9cider de leur expulsion \u00bb (paragraphe 129 du pr\u00e9sent arr\u00eat).<\/p>\n<p>Dans son examen des \u00e9ventuelles limitations apport\u00e9es aux droits proc\u00e9duraux des \u00e9trangers et de leur compatibilit\u00e9 avec l\u2019article 1 du Protocole\u00a0no 7, la Cour indique s\u2019inspirer de la m\u00e9thodologie utilis\u00e9e dans des affaires ant\u00e9rieures pour appr\u00e9cier des restrictions impos\u00e9es aux droits proc\u00e9duraux prot\u00e9g\u00e9s par la Convention, et plus particuli\u00e8rement ceux garantis par les articles 5 et 6 de cet instrument (paragraphe 135 de l\u2019arr\u00eat).<\/p>\n<p>Nous doutons cependant que la fusion des garanties de l\u2019article 1 du Protocole no 7 avec celles des articles 6 et 5 refl\u00e8te la nature des droits respectivement en jeu dans ces dispositions\u00a0: les garanties applicables en mati\u00e8re de d\u00e9tention et de proc\u00e9dure p\u00e9nale ne doivent pas n\u00e9cessairement \u00eatre identiques \u00e0 celles qui s\u2019appliquent au simple renvoi, exempt de risques, d\u2019une personne dans son pays.<\/p>\n<p>Par la suite, la Cour d\u00e9veloppe un raisonnement qu\u2019elle essaye de rendre compatible avec l\u2019arr\u00eat Regner. Ainsi, pour statuer sur la compatibilit\u00e9 avec la Convention d\u2019une limitation apport\u00e9e en l\u2019esp\u00e8ce aux droits des requ\u00e9rants, la Cour adopte le m\u00eame crit\u00e8re que celui qu\u2019elle applique sur le terrain de l\u2019article 6 de la Convention : \u00ab\u00a0les restrictions apport\u00e9es aux droits en question ne doivent pas r\u00e9duire \u00e0 n\u00e9ant la protection proc\u00e9durale assur\u00e9e par l\u2019article 1 du Protocole no 7 en touchant \u00e0 la substance m\u00eame des garanties pr\u00e9vues par cette disposition (voir, mutatis mutandis, Regner, pr\u00e9cit\u00e9, \u00a7 148)\u00a0\u00bb (paragraphe 133 du pr\u00e9sent arr\u00eat). De m\u00eame, toutes les difficult\u00e9s caus\u00e9es \u00e0 la partie requ\u00e9rante par une limitation de ses droits doivent \u00eatre suffisamment compens\u00e9es (voir le paragraphe 133 du pr\u00e9sent arr\u00eat et Regner, \u00a7 148). Comme indiqu\u00e9 dans l\u2019arr\u00eat Regner (pr\u00e9cit\u00e9, \u00a7\u00a0161), l\u2019examen de la compatibilit\u00e9 des limitations avec l\u2019article 1 du Protocole\u00a0no\u00a07 doit \u00eatre fait \u00e0 la lumi\u00e8re de la proc\u00e9dure dans son ensemble (paragraphe 157 du pr\u00e9sent arr\u00eat).<\/p>\n<p>Si la prise en compte de la jurisprudence de la Cour quant \u00e0 la m\u00e9thodologie \u00e0 suivre en cas de limitation des droits proc\u00e9duraux est pertinente, il n\u2019en reste pas moins qu\u2019\u00e0 y regarder de plus pr\u00e8s, l\u2019\u00e9num\u00e9ration des crit\u00e8res \u00e0 prendre en consid\u00e9ration pour examiner la compatibilit\u00e9 des limitations apport\u00e9es aux droits proc\u00e9duraux \u00e0 laquelle la Cour se livre dans le pr\u00e9sent arr\u00eat para\u00eet transposer les \u00e9l\u00e9ments retenus par la Cour dans l\u2019arr\u00eat Regner, voire \u00e9largir des obligations qui p\u00e8sent sur les \u00c9tats contractants en la mati\u00e8re.<\/p>\n<p>Ainsi, s\u2019agissant du crit\u00e8re selon lequel une limitation doit \u00eatre d\u00fbment justifi\u00e9e, il convient de noter que la Cour se penche sur les comp\u00e9tences des juridictions nationales en mati\u00e8re de classification des documents. Alors que dans l\u2019arr\u00eat Regner, la Cour avait jug\u00e9 suffisant que les juridictions tch\u00e8ques aient le pouvoir d\u2019appr\u00e9cier si la non-communication des pi\u00e8ces classifi\u00e9es \u00e9tait justifi\u00e9e et d\u2019ordonner la communication de celles qui ne m\u00e9ritaient pas de l\u2019\u00eatre, elle croit devoir examiner, dans la pr\u00e9sente affaire, si une autorit\u00e9 ind\u00e9pendante \u00ab peut contr\u00f4ler la n\u00e9cessit\u00e9 de maintenir la confidentialit\u00e9 des donn\u00e9es classifi\u00e9es \u00bb et, dans le cas o\u00f9 ladite autorit\u00e9 estimerait que la protection de la s\u00e9curit\u00e9 nationale s\u2019oppose \u00e0 la divulgation \u00e0 l\u2019int\u00e9ress\u00e9 du contenu des documents classifi\u00e9s, si elle a d\u00fbment identifi\u00e9 les int\u00e9r\u00eats en jeu et mis en balance les int\u00e9r\u00eats tenant \u00e0 la pr\u00e9servation de la s\u00e9curit\u00e9 nationale et ceux des \u00e9trangers concern\u00e9s (paragraphes 141et143 du pr\u00e9sent arr\u00eat). Cela implique qu\u2019une autorit\u00e9 comp\u00e9tente non seulement contr\u00f4le la n\u00e9cessit\u00e9 de rendre confidentiels certains documents, mais aussi qu\u2019elle fournisse une certaine motivation, apr\u00e8s une mise en balance des int\u00e9r\u00eats en cause. Or une telle exigence va au-del\u00e0 de la comp\u00e9tence des juridictions nationales jug\u00e9e suffisante par la Cour dans l\u2019arr\u00eat Regner.<\/p>\n<p>S\u2019agissant ensuite des facteurs susceptibles de compenser suffisamment les restrictions apport\u00e9es aux droits proc\u00e9duraux des \u00e9trangers concern\u00e9s, la Cour en dresse une liste non limitative et en d\u00e9crit le contenu.<\/p>\n<p>Le premier facteur a trait \u00e0 la pertinence des informations communiqu\u00e9es aux \u00e9trangers quant aux raisons de leur expulsion. Bien que la Cour admette que l\u2019\u00e9tendue des informations \u00e0 fournir s\u2019appr\u00e9cie au cas par cas, il n\u2019en reste pas moins qu\u2019elle estime devoir rechercher \u00ab\u00a0si les autorit\u00e9s nationales ont, dans toute la mesure compatible avec la pr\u00e9servation de la confidentialit\u00e9 et la bonne conduite des investigations, inform\u00e9 les int\u00e9ress\u00e9s, dans le cadre de la proc\u00e9dure, de la substance des reproches dont ils ont fait l\u2019objet\u00a0\u00bb (paragraphe 151 du pr\u00e9sent arr\u00eat). Or dans l\u2019arr\u00eat Regner, la Cour avait jug\u00e9 que \u00ab\u00a0le droit tch\u00e8que aurait pu pr\u00e9voir, dans toute la mesure compatible avec la pr\u00e9servation de la confidentialit\u00e9 et de la bonne conduite des investigations visant une personne, que celle-ci soit inform\u00e9e, \u00e0 tout le moins sommairement, dans le cadre de la proc\u00e9dure, de la substance des reproches dont elle fait l\u2019objet.\u00a0\u00bb (Regner, pr\u00e9cit\u00e9, \u00a7 153).<\/p>\n<p>On note ici une divergence \u00e9vidente, entre ces deux affaires, en ce qui concerne le contenu de l\u2019information dont la Cour exige la communication aux int\u00e9ress\u00e9s. Le fait que la Cour ait supprim\u00e9 l\u2019expression \u00ab\u00a0\u00e0 tout le moins sommairement\u00a0\u00bb dans le pr\u00e9sent arr\u00eat indique qu\u2019elle estime que l\u2019int\u00e9ress\u00e9 devrait \u00eatre inform\u00e9, au titre de l\u2019article 1 du Protocole no 7, de la substance des reproches dont il fait l\u2019objet, et qu\u2019une information sommaire de la substance de ces faits ne saurait \u00eatre consid\u00e9r\u00e9e comme suffisante. On en d\u00e9duit que l\u2019arr\u00eat Muhammad et Muhammad impose une exigence distincte de celle formul\u00e9e dans l\u2019arr\u00eat Regner. Peut-on y voir un renforcement implicite des garanties proc\u00e9durales devant \u00eatre accord\u00e9es au titre de l\u2019article 1 du Protocole no 7 \u2013 article cens\u00e9 offrir des garanties proc\u00e9durales \u00ab\u00a0minimales\u00a0\u00bb \u2013 par rapport \u00e0 celles exig\u00e9es sur le terrain de l\u2019article 6 de la Convention\u00a0?<\/p>\n<p>On observe donc que la majorit\u00e9 a d\u00e9velopp\u00e9 en l\u2019esp\u00e8ce des garanties proc\u00e9durales que non seulement les \u00ab\u00a0p\u00e8res de la Convention\u00a0\u00bb n\u2019entendaient pas octroyer, mais qui ne font pas non plus l\u2019objet d\u2019un consensus europ\u00e9en. \u00c0 cet \u00e9gard, force est de constater que deux \u00ab\u00a0\u00c9tats fondateurs\u00a0\u00bb de la Convention \u2013 le Royaume-Uni et les Pays-Bas, ainsi que l\u2019Allemagne, n\u2019ont jamais ratifi\u00e9 le Protocole no 7, et que la Suisse l\u2019a ratifi\u00e9 avec cette r\u00e9serve claire\u00a0: \u00ab\u00a0[l]orsque l\u2019expulsion intervient \u00e0 la suite d\u2019une d\u00e9cision du Conseil f\u00e9d\u00e9ral (&#8230;) pour menace de la s\u00fbret\u00e9 int\u00e9rieure ou ext\u00e9rieure de la Suisse, la personne concern\u00e9e ne b\u00e9n\u00e9ficie pas des droits \u00e9num\u00e9r\u00e9s au 1er alin\u00e9a, m\u00eame apr\u00e8s l\u2019ex\u00e9cution de l\u2019expulsion\u00a0\u00bb.<\/p>\n<p>S\u2019agissant de la repr\u00e9sentation des int\u00e9ress\u00e9s, la Cour n\u2019a pas examin\u00e9 dans l\u2019arr\u00eat Regner si l\u2019avocat du requ\u00e9rant aurait pu avoir acc\u00e8s aux documents classifi\u00e9s et, dans l\u2019affirmative, dans quelles conditions. \u00c0 cet \u00e9gard, il faut noter que dans l\u2019affaire Muhammad et Muhammad, le syst\u00e8me judiciaire roumain permettait aux int\u00e9ress\u00e9s de se faire assister par un avocat titulaire d\u2019un certificat ORNISS lui donnant acc\u00e8s aux documents classifi\u00e9s. Une telle garantie peut compenser de mani\u00e8re efficace la limitation du droit d\u2019acc\u00e8s aux pi\u00e8ces du dossier. Or en l\u2019esp\u00e8ce, les requ\u00e9rants ont \u00e9t\u00e9 repr\u00e9sent\u00e9s pendant la proc\u00e9dure de recours par deux avocates qui auraient pu \u2013 et auraient d\u00fb \u2013 les informer de la possibilit\u00e9 de se faire repr\u00e9senter par un avocat titulaire d\u2019un certificat ORNISS, voire les assister dans leurs d\u00e9marches aupr\u00e8s du barreau pour trouver un tel avocat.<\/p>\n<p>Enfin, s\u2019agissant du facteur relatif \u00e0 l\u2019intervention dans la proc\u00e9dure d\u2019une autorit\u00e9 ind\u00e9pendante, il faut noter que dans l\u2019arr\u00eat Muhammad et Muhammad, la Cour d\u00e9finit son contenu en prenant en compte des \u00e9l\u00e9ments qu\u2019elle a consid\u00e9r\u00e9s pertinents et suffisants dans l\u2019arr\u00eat Regner pour contrebalancer la limitation des droits proc\u00e9duraux du requ\u00e9rant\u00a0: l\u2019autorit\u00e9 comp\u00e9tente doit jouir d\u2019ind\u00e9pendance, elle doit avoir acc\u00e8s aux documents classifi\u00e9s qui fondent la demande d\u2019expulsion, elle doit pouvoir d\u00e9cider du bien-fond\u00e9 de la d\u00e9cision ou au moins de sa l\u00e9galit\u00e9 et sanctionner, le cas \u00e9ch\u00e9ant, une d\u00e9cision arbitraire, elle doit d\u00fbment exercer le pouvoir de contr\u00f4le dont elle dispose dans ce type de proc\u00e9dure et fournir une certaine motivation pour justifier sa d\u00e9cision au regard des circonstances concr\u00e8tes du cas d\u2019esp\u00e8ce.<\/p>\n<p>Une lecture parall\u00e8le du pr\u00e9sent arr\u00eat et de l\u2019arr\u00eat Regner permet donc de constater qu\u2019apr\u00e8s avoir d\u00e9clar\u00e9 que les garanties accord\u00e9es par l\u2019article\u00a06 de la Convention n\u2019\u00e9taient pas transposables \u00e0 l\u2019article 1 du Protocole no\u00a07, la Cour n\u2019en a pas moins suivi en l\u2019esp\u00e8ce un raisonnement qui reprend les \u00e9l\u00e9ments dont elle avait tenu compte dans l\u2019arr\u00eat Regner.<\/p>\n<p>Qui plus est, comme indiqu\u00e9 ci-dessus, la Cour \u00e9nonce dans le pr\u00e9sent arr\u00eat une exigence plus stricte quant \u00e0 l\u2019information \u00e0 fournir aux int\u00e9ress\u00e9s.<\/p>\n<p>Bien que la Cour souligne que l\u2019article 1 \u00a7 1 du Protocole no\u00a07 ne requiert pas n\u00e9cessairement la mise en place de mani\u00e8re cumulative de tous les \u00e9l\u00e9ments \u00e9num\u00e9r\u00e9s dans son arr\u00eat (paragraphe 157 du pr\u00e9sent arr\u00eat), il n\u2019en reste pas moins que les garanties \u00ab\u00a0minimales\u00a0\u00bb offertes par cette disposition paraissent similaires \u00e0 celles accord\u00e9es par l\u2019article 6 de la Convention pour un m\u00eame type de limitation des droits proc\u00e9duraux.<\/p>\n<p>Les aspects mis en \u00e9vidence ci-dessus nous conduisent \u00e0 conclure que dans le pr\u00e9sent arr\u00eat, la Cour s\u2019\u00e9carte de sa propre jurisprudence r\u00e9cente telle qu\u2019elle ressort de l\u2019arr\u00eat Regner, ou qu\u2019elle entend revenir indirectement sur les constats op\u00e9r\u00e9s par elle dans ce dernier arr\u00eat.<\/p>\n<p>_____________<\/p>\n<p>[1] Voir Gatto c. Italie (d\u00e9c.), n\u00b0\u00a019424\/08, \u00a7\u00a018, 8 mars 2016, qui renvoie \u00e0 l\u2019 arr\u00eat n\u00b0\u00a0231 rendu en 1975 par la Cour constitutionnelle italienne, o\u00f9 il est fait \u00e9tat de la notion de \u00ab\u00a0substance\u00a0\u00bb du droit \u00e0 la d\u00e9fense.<br \/>\n[2] Voir Kimlya et autres c. Russie, n\u00b0\u00a076836\/01, \u00a7\u00a059, 1er octobre 2009, qui renvoie \u00e0 un arr\u00eat n\u00b0\u00a016-P rendu par la Cour constitutionnelle russe le 23 novembre 1999\u00a0; et Zinovchik\u00a0c.\u00a0Russie, n\u00b0\u00a027217\/06, \u00a7\u00a034, 9 f\u00e9vrier 2016, qui renvoie \u00e0 deux arr\u00eats de cette m\u00eame Cour (nos\u00a043-O et 231-O), rendus le 14 janvier 2003 et le 20 juin 2006 respectivement.<br \/>\n[3] Voir les arr\u00eats de la Cour de justice de l\u2019Union europ\u00e9enne (CJUE) Volker und Markus Schecke et Eifert(C-92\/09 et C-93\/09), 9 novembre 2010; et Conseil c. Manufacturing Support &amp;ProcurementKalaNaft (C-348\/12 P), \u00a7\u00a7\u00a065-73, 28 novembre 2013; l\u2019arr\u00eat du Tribunal de premi\u00e8re instance de l\u2019Union europ\u00e9enne Ben\u00a0Ali\u00a0c.\u00a0Conseil (T-133\/12), \u00a7\u00a7\u00a076, 80, 2 avril 2014; ainsi que les arr\u00eats de la CJUE Digital Rights Ireland etSeitlinger et autres (affaires jointes\u00a0C-293\/12 et C-594\/12), \u00a7\u00a039, 8 avril 2014; Spasic(C-129\/14 PPU), \u00a7\u00a7\u00a055, 57-59, 62-65, 68, 73, 74, 27 mai 2014; et Schrems c. Data Protection Commissioner (C-362\/14), \u00a7\u00a7\u00a094 et 95, 6 octobre 2015.<br \/>\n[4] Voir Schrems,CJUE,pr\u00e9cit\u00e9.<br \/>\n[5] Voir Digital Rights Ireland Ltd. et Seitlinger et autres, CJUE, arr\u00eat du 8 avril 2014, pr\u00e9cit\u00e9.<br \/>\n[6] Voir Tele2 Sverige AB et Tom Watson et autres (affaires jointes C-203\/15 et C-698\/15), CJUE, arr\u00eat du 21 d\u00e9cembre 2016.<br \/>\n[7] Voir, entre autres, Conf\u00e9d\u00e9ration des entreprises su\u00e9doises c. Su\u00e8de, Comit\u00e9 europ\u00e9en des droits sociaux, r\u00e9clamation n\u00b0\u00a012\/2002, \u00a7 30, 22 mai 2003; Centrale g\u00e9n\u00e9rale des services publics (CGSP) c. Belgique, Comit\u00e9 europ\u00e9en des droits sociaux, r\u00e9clamation n\u00b0\u00a025\/2004, \u00a7\u00a041, 9\u00a0mai 2005; F\u00e9d\u00e9ration des entreprises finlandaises c. Finlande, Comit\u00e9 europ\u00e9en des droits sociaux, r\u00e9clamation n\u00b0\u00a035\/2006, \u00a7\u00a7\u00a029-30, 16 octobre 2007; Conf\u00e9d\u00e9ration\u00a0europ\u00e9enne de Police (EuroCOP) c. Irlande, Comit\u00e9 europ\u00e9en des droits sociaux, r\u00e9clamation n\u00b0\u00a083\/2012, \u00a7\u00a0212, 2\u00a0d\u00e9cembre 2013; Conseil Europ\u00e9en des Syndicats de Police (CESP) c. France, Comit\u00e9 europ\u00e9en des droits sociaux, r\u00e9clamation n\u00b0\u00a0101\/2013, \u00a7\u00a0134, 27 janvier 2016; Bedriftsforbundet c. Norv\u00e8ge, Comit\u00e9 europ\u00e9en des droits sociaux, r\u00e9clamation n\u00b0\u00a0103\/2013, \u00a7\u00a076, 17 mai 2016; ConfederazioneGeneraleItalianadelLavoro (CGIL) c. Italie, Comit\u00e9 europ\u00e9en des droits sociaux, r\u00e9clamation n\u00b0\u00a0140\/2016, \u00a7\u00a0144, 22\u00a0janvier 2019.<br \/>\n[8] Pour une introduction au d\u00e9bat scientifique sur ce sujet du point de vue de la Convention europ\u00e9enne des droits de l\u2019homme, voir F. Sudre, \u00ab Droits intangibles et\/ou droits fondamentaux : y a-t-il des droits pr\u00e9\u00e9minents dans la Convention europ\u00e9enne des droits de l\u2019homme ? \u00bb, in Liber Amicorum Marc-Andr\u00e9 Eissen, Bruxelles, Bruylant, 1995, pp.\u00a0381-398; O. de Frouville, \u00ab\u00a0L\u2019intangibilit\u00e9 des droits de l\u2019homme en droit international\u00a0\u2013 R\u00e9gime conventionnel des droits de l\u2019homme et droits des trait\u00e9s\u00a0\u00bb, Paris, Pedone, 2004; M. Afroukh, \u00ab\u00a0La hi\u00e9rarchie des droits et libert\u00e9s dans la jurisprudence de la Cour europ\u00e9enne des droits de l\u2019homme\u00a0\u00bb, Bruxelles, Bruylant, 2011\u00a0; Blanc-Fily, \u00ab\u00a0Les valeurs dans la jurisprudence de la Cour europ\u00e9enne des droits de l&rsquo;homme \u2013 Essai critique sur l&rsquo;interpr\u00e9tation axiologique du juge europ\u00e9en\u00a0\u00bb, Bruxelles, Bruylant, 2016\u00a0; O. Rouziere-Beaulieu, \u00ab\u00a0La protection de la substance du droit par la Cour europ\u00e9enne des droits de l\u2019homme\u00a0\u00bb, Th\u00e8se doctorale, universit\u00e9 de Montpellier, 2017\u00a0; et S. Van Drooghenbroeck et C. Rizcallah, \u00ab\u00a0The ECHR and the Essence of FundamentalRights: Searching for Sugar in Hot Milk\u00a0?\u00a0\u00bb, inGerman Law Journal (2019), 20, pp. 904-923.<br \/>\n[9] Koen Lenaerts, \u00ab\u00a0Limits on Limitations: The Essence of Fundamental Rights in the EU\u00a0\u00bb, in German Law Journal, Volume 20, num\u00e9rosp\u00e9cial 6, septembre 2019, p. 779.<br \/>\n[10] Voir Affaire relative \u00e0 certains aspects du r\u00e9gime linguistique de l\u2019enseignement en Belgique, nos\u00a01474\/62, 1677\/62, 1691\/62, 1769\/63, 1994\/63, 2126\/64, partie en droit,\u00a7\u00a05, 23\u00a0juillet 1968.<br \/>\n[11] La substance de l\u2019article 5 a \u00e9t\u00e9 mentionn\u00e9e pour la premi\u00e8re fois dans l\u2019arr\u00eat Winterwerp\u00a0c.\u00a0Pays-Bas, n\u00b0\u00a06301\/73, \u00a7\u00a060, 24 octobre 1979\u00a0; puis par la nouvelle Cour dans les arr\u00eats Freimanis et Lidums c.\u00a0Lettonie, nos\u00a073443\/01 et 74860\/01, \u00a7\u00a096, 9 f\u00e9vrier 2006\u00a0; et Koutalidis c. Gr\u00e8ce, n\u00b0\u00a018785\/13, \u00a7\u00a040, 27 novembre 2014\u00a0; et par la Grande Chambre dans les arr\u00eats Medvedyev et autres c. France [GC], n\u00b0\u00a03394\/03, \u00a7\u00a0100, CEDH 2010\u00a0; et Centre\u00a0de ressources juridiques au nom de Valentin C\u00e2mpeanu c. Roumanie [GC], n\u00b0\u00a047848\/08, \u00a7\u00a0113, CEDH 2014.<br \/>\n[12] La substance de l\u2019article 6 a \u00e9t\u00e9 mentionn\u00e9e pour la premi\u00e8re fois dans l\u2019arr\u00eat Golder\u00a0c.\u00a0Royaume-Uni, 21 f\u00e9vrier 1975, \u00a7\u00a038, s\u00e9rie A n\u00b0 18\u00a0; puis dans les arr\u00eats Philis\u00a0c.\u00a0Gr\u00e8ce (n\u00b01), 27 ao\u00fbt 1991, \u00a7\u00a065, s\u00e9rie A n\u00b0 209\u00a0; et Fayed\u00a0c.\u00a0Royaume-Uni, n\u00b0\u00a017101\/90, \u00a7\u00a065, 21 septembre 1994, ainsi que dans de nombreuses autres affaires (voir la note de bas de page n\u00b0 78).<br \/>\n[13] La substance de l\u2019article 8 a \u00e9t\u00e9 mentionn\u00e9e pour la premi\u00e8re fois dans l\u2019arr\u00eatPhinikaridou\u00a0c. Chypre, n\u00b0\u00a023890\/02, \u00a7\u00a065, 20 d\u00e9cembre 2007\u00a0; et \u00e0 nouveau dans les arr\u00eats<\/p>\n<p>Backlund c. Finlande, n\u00b0\u00a036498\/05, \u00a7\u00a056, 6 juillet 2010, et Sch\u00fcth c. Allemagne, n\u00b0\u00a01620\/03, \u00a7\u00a071, 23 septembre 2010\u00a0; et en dernier lieu par la Grande Chambre dans l\u2019arr\u00eat Fern\u00e1ndez\u00a0Mart\u00ednez c. Espagne [GC], n\u00b0\u00a056030\/07, \u00a7\u00a0132, CEDH 2014.<br \/>\n[14] La notion de substance de l\u2019article 9 a \u00e9t\u00e9 mentionn\u00e9e pour la premi\u00e8re fois dans l\u2019arr\u00eat Hassan et Tchaouch c. Bulgarie [GC], n\u00b0\u00a030985\/96, \u00a7\u00a062, CEDH 2000\u2011XI\u00a0; et d\u00e9velopp\u00e9e plus r\u00e9cemment dans l\u2019arr\u00eat Sinan Isik c. Turquie, n\u00b0\u00a021924\/05, \u00a7\u00a042, 2 f\u00e9vrier 2010.<br \/>\n[15] La substance de l\u2019article 10 a \u00e9t\u00e9 mentionn\u00e9e pour la premi\u00e8re fois dans l\u2019arr\u00eat Barthold\u00a0c.\u00a0Allemagne, n\u00b0\u00a08734\/79, \u00a7\u00a053, 25 mars1985\u00a0; puis par la nouvelle Cour dans l\u2019arr\u00eat Appleby et autres c. Royaume-Uni, n\u00b0\u00a044306\/98, \u00a7\u00a047, 6 mai 2003.<br \/>\n[16] La substance de l\u2019article 11 a \u00e9t\u00e9 mentionn\u00e9e pour la premi\u00e8re fois dans l\u2019arr\u00eat Young,\u00a0James et Webster c. Royaume-Uni, 13 ao\u00fbt 1981, \u00a7\u00a7\u00a052, 55 et 57, s\u00e9rie A n\u00b0 44\u00a0; puis d\u00e9velopp\u00e9e par la nouvelle Cour dans les arr\u00eats Wilson, National Union of Journalists et autres c. Royaume-Uni, nos\u00a030668\/96, 30671\/96 et 30678\/96, \u00a7\u00a046, CEDH 2002\u2011V\u00a0; et Association Rhino et autres c. Suisse, n\u00b0\u00a048848\/07, \u00a7\u00a066, 11 octobre 2011.<br \/>\n[17] La substance de l\u2019article 12 a \u00e9t\u00e9 mentionn\u00e9e pour la premi\u00e8re fois dans l\u2019arr\u00eat Rees\u00a0c.\u00a0Royaume-Uni, n\u00b0\u00a09532\/81, 17 octobre 1986, \u00a7\u00a050, s\u00e9rie A n\u00b0 106\u00a0; puis par la nouvelle Cour dans l\u2019arr\u00eat I. c. Royaume-Uni [GC], n\u00b0\u00a025680\/94, \u00a7\u00a079, 11 juillet 2002.<br \/>\n[18] La substance de l\u2019article 34 a \u00e9t\u00e9 mentionn\u00e9e pour la premi\u00e8re fois dans l\u2019arr\u00eat Cruz\u00a0Varas et autres c. Su\u00e8de, 20 mars 1991, \u00a7\u00a099, s\u00e9rie A n\u00b0 201\u00a0; puis par la nouvelle Cour dans l\u2019arr\u00eat Tanrikulu c. Turquie [GC], n\u00b0\u00a023763\/94, \u00a7\u00a0132, CEDH 1999\u2011IV.<br \/>\n[19] La substance de l\u2019article 1 du Protocole n\u00b0 1 a \u00e9t\u00e9 mentionn\u00e9e pour la premi\u00e8re fois dans l\u2019arr\u00eat Sporrong et L\u00f6nnroth c. Su\u00e8de, 23 septembre 1982, \u00a7\u00a7\u00a060 et 63, s\u00e9rie A n\u00b0 52\u00a0; et de nouveau dans l\u2019arr\u00eat Matos\u00a0e\u00a0Silva Lda., et autres c. Portugal, n\u00b0\u00a015777\/89, \u00a7\u00a079, 16\u00a0septembre 1996.<br \/>\n[20] La substance de l\u2019article 2 du Protocole n\u00b0 1 a \u00e9t\u00e9 mentionn\u00e9e pour la premi\u00e8re fois dans l\u2019arr\u00eat Chypre c. Turquie [GC], n\u00b0\u00a025781\/94, \u00a7\u00a0278, CEDH 2001\u2011IV\u00a0; et cette notion a \u00e9t\u00e9 r\u00e9affirm\u00e9e dans l\u2019arr\u00eat Leyla Sahin c. Turquie [GC], n\u00b0\u00a044774\/98, \u00a7154, 10 novembre 2005.<br \/>\n[21] La substance de l\u2019article 3 du Protocole n\u00b0\u00a01 a \u00e9t\u00e9 mentionn\u00e9e pour la premi\u00e8re fois dans l\u2019arr\u00eat Mathieu-Mohin et Clerfayt c. Belgique, 2 mars 1987, \u00a7\u00a052, s\u00e9rie A n\u00b0 113\u00a0; et de nouveau par la nouvelle Cour dans l\u2019arr\u00eat Matthews c. Royaume-Uni [GC], n\u00b0\u00a024833\/94, \u00a7\u00a7\u00a063 et 65, CEDH 1999\u2011I.<br \/>\n[22] La substance de l\u2019article 2 du Protocole n\u00b0\u00a07 a \u00e9t\u00e9 mentionn\u00e9e pour la premi\u00e8re fois dans la d\u00e9cision Haser c. Suisse (d\u00e9c.), n\u00b0\u00a033050\/96, 27 avril 2000\u00a0; et de nouveau dans l\u2019arr\u00eat Krombach c. France, n\u00b0\u00a029731\/96, \u00a7\u00a096, 13 f\u00e9vrier 2001.<br \/>\n[23] Voir Affaire relative \u00e0 certains aspects du r\u00e9gime linguistique de l\u2019enseignement en Belgique, pr\u00e9cit\u00e9e, partie en droit, \u00a7 5.<br \/>\n[24] Voir Young, James et Webster, pr\u00e9cit\u00e9, \u00a7\u00a7\u00a052, 55 et 57.<br \/>\n[25] Voir T.P. et K.M. c. Royaume-Uni [GC], n\u00b0\u00a028945\/95, \u00a7\u00a098, CEDH 2001\u2011V (extraits). Le terme \u00ab\u00a0essence\u00a0\u00bb employ\u00e9 dans le paragraphe 98 de la version anglaise de cet arr\u00eat a \u00e9t\u00e9 traduit par \u00ab substance \u00bb dans la version fran\u00e7aise.<br \/>\n[26] Voir Winterwerp, pr\u00e9cit\u00e9, \u00a7\u00a060, et Brogan et autres c. Royaume-Uni, \u00a7\u00a7\u00a059 et 62, s\u00e9rie A\u00a0n\u00b0 145\u2011B.<br \/>\n[27] Voir G\u00f6rg\u00fcl\u00fc c. Allemagne, n\u00b0\u00a074969\/01, \u00a7\u00a059, 26 f\u00e9vrier 2004\u00a0; Vasilakis c. Gr\u00e8ce, n\u00b0\u00a025145\/05, \u00a7\u00a043, 17 janvier 2008\u00a0; et Garib c. Pays-Bas [GC], n\u00b0\u00a043494\/09,\u00a0\u00a7\u00a0141, 6\u00a0novembre 2017.<br \/>\n[28] Voir Hassan et Tchaouch, pr\u00e9cit\u00e9, \u00a7\u00a062, et Sch\u00fcth c. Allemagne, pr\u00e9cit\u00e9, \u00a7\u00a071.<br \/>\n[29] Voir F\u00e9d\u00e9ration nationale des associations et syndicats de sportifs (FNASS) et autres\u00a0c.\u00a0France, nos 48151\/11 et 77769\/13, \u00a7\u00a0186, 18 janvier 2018.Le terme \u00ab\u00a0core\u00a0\u00bb employ\u00e9 dans le paragraphe 186 de la version anglaise de cet arr\u00eat correspond au terme \u00ab\u00a0c\u0153ur\u00a0\u00bb dans la version fran\u00e7aise.<br \/>\n[30] Voir Losonci Rose et Rose c. Suisse, n\u00b0\u00a0664\/06, \u00a7\u00a7\u00a051 et 52, 9 novembre 2010.<br \/>\n[31] Voir Platakou c. Gr\u00e8ce, n\u00b0\u00a038460\/97, \u00a7\u00a049, 11 janvier 2001\u00a0; Nedzela c. France, n\u00b0\u00a073695\/01, \u00a7\u00a058, 27 juillet 2006, Phinikaridou, pr\u00e9cit\u00e9, \u00a7\u00a7\u00a065 et 66\u00a0; Association\u00a0Rhino et\u00a0autres, pr\u00e9cit\u00e9, \u00a7\u00a066\u00a0; et Wallishauser c. Autriche, n\u00b0\u00a0156\/04, \u00a7\u00a072, 17\u00a0juillet 2012.<br \/>\n[32] Voir Young, James et Webster, pr\u00e9cit\u00e9, \u00a7\u00a057.<br \/>\n[33] Voir Matos e Silva Lda., et autres, pr\u00e9cit\u00e9, \u00a7\u00a079.<br \/>\n[34] Voir Centre pour la d\u00e9mocratie et l\u2019\u00e9tat de droit c. Ukraine, no\u00a010090\/16, \u00a7\u00a0102, 26\u00a0mars\u00a02020.<br \/>\n[35] Voir Sporrong et L\u00f6nnroth, pr\u00e9cit\u00e9, \u00a7\u00a7\u00a060 et 63.<br \/>\n[36] Voir National Union of Rail, Maritime and Transport Workersc. Royaume-Uni, n\u00b0\u00a031045\/10, \u00a7\u00a087, CEDH 2014, et Tek Gida Is Sendikasi c. Turquie, n\u00b0\u00a035009\/05, \u00a7\u00a036, 4\u00a0avril 2017.<br \/>\n[37] Voir Regner c. R\u00e9publique tch\u00e8que [GC], no35289\/11, 19 septembre 2017. Voir aussi le paragraphe\u00a08 de l\u2019opinion du juge Wojtyczek jointe \u00e0 l\u2019arr\u00eatNa\u00eft-Liman c. Suisse [GC], n\u00b0\u00a051357\/07, \u00a7\u00a0112, 15 mars 2018.<br \/>\n[38] Voir le paragraphe 126 du pr\u00e9sent arr\u00eat.<br \/>\n[39] Voir le paragraphe 130 du pr\u00e9sent arr\u00eat.<br \/>\n[40] Voir le paragraphe 139 du pr\u00e9sent arr\u00eat.<br \/>\n[41] Voir le paragraphe 133 du pr\u00e9sent arr\u00eat. Il n\u2019y a donc aucune place autonome pour l\u2019examen de la \u00ab\u00a0substance m\u00eame\u00a0\u00bb du droit en cause dans l\u2019approche en deux temps utilis\u00e9e dans le raisonnement de la majorit\u00e9, approche que l\u2019on retrouve au paragraphe 137 du pr\u00e9sent arr\u00eat.<br \/>\n[42] Voir les paragraphes 147-157 du pr\u00e9sent arr\u00eat.<br \/>\n[43] Voir le paragraphe 150 du pr\u00e9sent arr\u00eat.<br \/>\n[44] Voir le paragraphe\u00a0157 du pr\u00e9sent arr\u00eat.<br \/>\n[45] Voir le paragraphe\u00a0144 du pr\u00e9sent arr\u00eat (italiques ajout\u00e9s).<br \/>\n[46] Voir le paragraphe\u00a0145 du pr\u00e9sent arr\u00eat\u00a0(italiques ajout\u00e9s).<br \/>\n[47] Voir le paragraphe\u00a0203 du pr\u00e9sent arr\u00eat\u00a0(italiques ajout\u00e9s).<br \/>\n[48] Voir l\u2019opinion du juge Costa jointe \u00e0 l\u2019arr\u00eat Prince Hans-Adam II de Liechtenstein\u00a0c.\u00a0Allemagne [GC], no 42527\/98, CEDH 2001\u2011VIII, et, dans le m\u00eame sens et jointe au m\u00eame arr\u00eat, l\u2019opinion du juge Ress, \u00e0 laquelle s\u2019est ralli\u00e9 le juge Zupan\u010di\u010d\u00a0; l\u2019opinion des juges Russo et Spielmann jointe \u00e0 l\u2019arr\u00eat Lithgow et autres c. Royaume-Uni, 8 juillet 1986,s\u00e9rie\u00a0A n\u00b0 102\u00a0; les opinions des juges Jambrek, Martens et Matscher jointes \u00e0 l\u2019arr\u00eat Gustafsson c. Su\u00e8de (r\u00e9vision), 30 juillet 1998, Recueil des arr\u00eats et d\u00e9cisions 1998\u2011VI; l\u2019opinion du juge Bonello, \u00e0 laquelle se sont ralli\u00e9s les juges Zupan\u010di\u010d et Gyulumyan, jointe \u00e0 l\u2019arr\u00eat Kart c.\u00a0Turquie [GC], n\u00b0\u00a08917\/05, CEDH 2009\u00a0; ainsi que l\u2019opinion du juge Serghides jointe \u00e0 l\u2019arr\u00eat Regner, pr\u00e9cit\u00e9, \u00a7\u00a044.<br \/>\n[49] Voir l\u2019opinion du juge Sajo jointe \u00e0 l\u2019arr\u00eat Regner, pr\u00e9cit\u00e9, \u00a7\u00a7\u00a05 et 15. Voir aussi Van Droogenbroeck, \u00ab\u00a0La proportionnalit\u00e9 dans le droit de la Convention europ\u00e9enne des droits de l\u2019homme. Prendre l\u2019id\u00e9e simple au s\u00e9rieux\u00a0\u00bb, Bruxelles, Bruylant, 2001, pp. 406 et suiv.\u00a0; et Muzny, \u00ab\u00a0La technique de proportionnalit\u00e9 et le juge de la Convention europ\u00e9enne des droits de l\u2019homme. Essai sur un instrument n\u00e9cessaire dans une soci\u00e9t\u00e9 d\u00e9mocratique\u00a0\u00bb, Aix-en-Provence, Presses universitaires, 2005, pp. 293 et suiv.<br \/>\n[50] Voir le paragraphe\u00a0137 du pr\u00e9sent arr\u00eat.<br \/>\n[51] Voir le paragraphe 138 du pr\u00e9sent arr\u00eat.<br \/>\n[52] Voir le paragraphe 146 du pr\u00e9sent arr\u00eat.<br \/>\n[53] Voir Van Der Schyff, \u00ab Limitation of Rights: a study of the European Convention on Human Rights and the South African Bill of Rights \u00bb, Nijmegen, Wolf, 2005, p. 166.<br \/>\n[54] Voir le paragraphe 145 du pr\u00e9sent arr\u00eat.<br \/>\n[55] Dans les limites d\u2019une \u00ab\u00a0certaine marge d\u2019appr\u00e9ciation\u00a0\u00bb (\u00a7 149 du pr\u00e9sent arr\u00eat), quoi que cela puisse signifier.<br \/>\n[56] Voir le paragraphe 132 du pr\u00e9sent arr\u00eat.<br \/>\n[57] Voir le paragraphe 137 du pr\u00e9sent arr\u00eat.<br \/>\n[58] Voir le paragraphe 150 du pr\u00e9sent arr\u00eat.<br \/>\n[59] Voir le paragraphe 157 du pr\u00e9sent arr\u00eat.<br \/>\n[60] Au paragraphe 150 du pr\u00e9sent arr\u00eat, la majorit\u00e9 cite les arr\u00eats Ibrahim et autres\u00a0c.\u00a0Royaume-Uni [GC], nos 50541\/08 et 3 autres, \u00a7\u00a0274, 13 septembre 2016, et Beuze\u00a0c.\u00a0Belgique [GC], no 71409\/10, \u00a7\u00a0150, 9\u00a0novembre 2018. Au paragraphe 153, elle cite \u00e0 nouveau ces arr\u00eats et, au paragraphe 168, d\u2019autres arr\u00eats de principe rendus dans des affaires p\u00e9nales. Ce faisant, elle renforce l\u2019impression g\u00e9n\u00e9rale selon laquelle est para\u00eet d\u00e9sormais vouloir assimiler les proc\u00e9dures d\u2019expulsion aux proc\u00e9dures p\u00e9nales. Faut-il en d\u00e9duire qu\u2019elle s\u2019appr\u00eate \u00e0 revenir sur le regrettable paragraphe 38 de l\u2019arr\u00eat Maaouia\u00a0c.\u00a0France [GC], no\u00a039652\/98, 5\u00a0octobre\u00a02000, malgr\u00e9 la d\u00e9claration pieuse en sens contraire formul\u00e9e au paragraphe 115 du pr\u00e9sent arr\u00eat\u00a0? Pour ma part, j\u2019ai d\u00e9j\u00e0 dit que Maaouia \u00e9tait une mauvaise d\u00e9cision \u00e0 laquelle l\u2019article 1 du Protocole n\u00b0 7 n\u2019apportait pas enti\u00e8rement rem\u00e8de (voir la note de bas de page n\u00b0 49 de mon opinion jointe \u00e0 l\u2019arr\u00eat HirsiJamaa et autres c. Italie [GC],no\u00a027765\/09, CEDH 2012; et la note de bas de page n\u00b0 38 de mon opinion jointe \u00e0 l\u2019arr\u00eat De Souza Ribeiro c. France [GC], n\u00b0\u00a022689\/07, CEDH 2012).<br \/>\n[61] Voir le paragraphe \u00a7\u00a0157 du pr\u00e9sent arr\u00eat.<br \/>\n[62] Voir le paragraphe \u00a7\u00a0149 du pr\u00e9sent arr\u00eat.<br \/>\n[63] J\u2019ai eu l\u2019occasion d\u2019aborder cet aspect de la jurisprudence de Strasbourg dans mon opinion jointe \u00e0 l\u2019arr\u00eat Hutchinson c. Royaume-Uni [GC], no 57592\/08, 17 janvier 2017, en particulier aux \u00a7\u00a7 38-40 de celle-ci.<br \/>\n[64] Voir le paragraphe \u00a7\u00a0115 du pr\u00e9sent arr\u00eat.<br \/>\n[65] Voir le paragraphe\u00a0149 du pr\u00e9sent arr\u00eat.<br \/>\n[66] Voir mes opinions jointes aux arr\u00eats Murtazaliyeva c. Russie [GC], no36658\/05, 18\u00a0d\u00e9cembre 2018, etFarrugia c. Malte, no 63041\/13, 4 juin 2019.<br \/>\n[67] J\u2019oppose \u00e0 cette lecture casuistique de la Convention une interpr\u00e9tation fond\u00e9e sur des principes. Voir mon opinion jointe \u00e0 l\u2019arr\u00eat Centre de ressources juridiques au nom de Valentin C\u00e2mpeanu, pr\u00e9cit\u00e9.<br \/>\n[68] \u00c0 laquelle la majorit\u00e9 est parvenue dans les paragraphes\u00a0133 et 157 du pr\u00e9sent arr\u00eat, qui rev\u00eatent une importance cruciale.<br \/>\n[69] Cette m\u00e9thode est aussi celle employ\u00e9e par la CJUE (voir Koen Lenaerts, pr\u00e9cit\u00e9, p.787\u00a0: \u00ab la Cour recherchera d\u2019abord si la mesure sous examen respecte la substance des droits fondamentaux en cause et ne portera une appr\u00e9ciation sur sa proportionnalit\u00e9 que si la r\u00e9ponse \u00e0 cette premi\u00e8re question est affirmative \u00bb).<br \/>\n[70] Voir le paragraphe 71 de mon opinion jointe \u00e0 l\u2019arr\u00eat Lopes de Sousa Fernandes\u00a0c.\u00a0Portugal [GC], n\u00b0 56080\/13, 19 d\u00e9cembre 2017.<br \/>\n[71] Ainsi que de l\u2019article 30 de la D\u00e9claration universelle des droits de l\u2019homme et de l\u2019article\u00a029 a) de la Convention interam\u00e9ricaine des droits de l&rsquo;homme.<br \/>\n[72] Comme l\u2019ont observ\u00e9 le juge Van Dijk au paragraphe\u00a08 de son opinion jointe \u00e0 l\u2019arr\u00eat Sheffield et Horsham c. Royaume-Uni, 30 juillet 1998, Recueil 1998\u2011V; les juges Pejchal, Dedov, Ravarani, Eicke et Paczolay aux paragraphes\u00a07-19 de leur opinion s\u00e9par\u00e9e commune jointe \u00e0 l\u2019arr\u00eat Navalnyy c. Russie, nos 29580\/12 et autres, 15\u00a0novembre 2018\u00a0; le\u00a0juge Serghides aux paragraphes 44 et 50 de son opinion jointe \u00e0 l\u2019arr\u00eat Regner, pr\u00e9cit\u00e9\u00a0; ainsi que Frouville, pr\u00e9cit\u00e9, pp.\u00a0236-237\u00a0; Rouziere-Beaulieu, pr\u00e9cit\u00e9, p. 92\u00a0; et S. Van Drooghenbroeck et C.\u00a0Rizcallah. pr\u00e9cit\u00e9, p. 908.<br \/>\n[73] Voir le paragraphe 2 de l\u2019opinion du juge De Meyer jointe \u00e0 l\u2019arr\u00eat Tinnelly&amp; Sons Ltd et autres et McElduff et autres c. Royaume-Uni, 10 juillet 1998, Recueil 1998\u2011IV\u00a0; et le paragraphe 8 de l\u2019opinion du juge Van Dijk jointe \u00e0 l\u2019arr\u00eat Sheffield et Horsham, pr\u00e9cit\u00e9.<br \/>\n[74] Voir Golder, pr\u00e9cit\u00e9, \u00a7\u00a036.<br \/>\n[75] VoirGolder, pr\u00e9cit\u00e9, \u00a7 38.<br \/>\n[76] Voir Heaney et McGuinness c. Irlande, no34720\/97, \u00a7\u00a058, CEDH 2000\u2011XII\u00a0; et Serves\u00a0c.\u00a0France, 20 octobre 1997, \u00a7\u00a047,Recueil 1997\u2011VI.<br \/>\n[77] Voir Matelly c. France, n\u00b0\u00a010609\/10, \u00a7\u00a057, 2 octobre 2014\u00a0; Regner, pr\u00e9cit\u00e9, \u00a7\u00a0148\u00a0; et Ognevenko c. Russie, n\u00b0 44873\/09, \u00a7\u00a059, 20\u00a0novembre\u00a02018.<br \/>\n[78] Voir Ashingdane c. Royaume-Uni, n\u00b0\u00a08225\/78, \u00a7\u00a057, s\u00e9rie A n\u00b0 93 (italiques ajout\u00e9s); Lithgow et autres, pr\u00e9cit\u00e9, \u00a7\u00a0194; Mathieu-Mohin et Clerfayt, pr\u00e9cit\u00e9, \u00a7\u00a052; Fayed, pr\u00e9cit\u00e9; Bellet\u00a0c. France, n\u00b0\u00a023805\/94, 4\u00a0d\u00e9cembre 1995, \u00a7\u00a031, s\u00e9rie A n\u00b0 333\u2011B; Stubbings et autres\u00a0c. Royaume-Uni, 22\u00a0octobre 1996, \u00a7\u00a050, 52 et 56,Recueil 1996\u2011IV; Tinnelly&amp; Sons Ltd et autres etMcElduff et autres, pr\u00e9cit\u00e9s, \u00a7\u00a072\u00a0; T.P. et K.M. c. Royaume-Uni, pr\u00e9cit\u00e9, \u00a7\u00a098; Z et autres c. Royaume-Uni [GC], no 29392\/95, \u00a7\u00a093, CEDH 2001; R.P. et autres\u00a0c.\u00a0Royaume-Uni, no 38245\/08 \u00a7\u00a064, 9 octobre 2012; Al-Dulimi et Montana Management Inc. c. Suisse [GC], no 5809\/08, \u00a7\u00a0129, 21 juin 2016; Paroisse gr\u00e9co-catholique Lupeni et autres c. Roumanie [GC], no 76943\/11, \u00a7\u00a089, 29\u00a0novembre 2016; Na\u00eft-Liman,pr\u00e9cit\u00e9, \u00a7\u00a7\u00a0114-15\u00a0; Zubac c. Croatie [GC], no 40160\/12, \u00a7\u00a078, 5 avril 2018; et Nicolae\u00a0VirgiliuT\u0103nase c. Roumanie [GC], no 41720\/13, \u00a7\u00a0195, 25 juin 2019.<br \/>\n[79] Voir mes opinions s\u00e9par\u00e9es jointes aux arr\u00eats Mouvement ra\u00eblien suisse c. Suisse [GC], no\u00a016354\/06, CEDH 2012; Konstantin Markin c. Russie [GC], no 30078\/06, CEDH 2012; et Lopes de Sousa Fernandes [GC], pr\u00e9cit\u00e9.<br \/>\n[80] En g\u00e9n\u00e9ral, la Cour rattache la violation de la substance d\u2019un droit conventionnel \u00e0 la privation totale de la possibilit\u00e9 de l\u2019exercer, c\u2019est-\u00e0-dire \u00e0 son an\u00e9antissement (Heaney et McGuinness c.\u00a0Irlande, pr\u00e9cit\u00e9, \u00a7\u00a055, Allan\u00a0c.\u00a0Royaume-Uni, no\u00a048539\/99, \u00a7\u00a044, CEDH 2002\u2011IX\u00a0; Appleby et autres, pr\u00e9cit\u00e9, \u00a7\u00a047\u00a0; Aziz\u00a0c. Chypre, n\u00b0\u00a069949\/01 \u00a7\u00a7\u00a029 et 30, 22\u00a0juin\u00a02004\u00a0; Jalloh c. Allemagne [GC], no 54810\/00, \u00a7\u00a0101, CEDH 2006\u2011IX\u00a0; Othman (Abu Qatada) c. Royaume-Uni, no 8139\/09, \u00a7\u00a0260, CEDH\u00a02012; R.P. et autres c. Royaume-Uni, pr\u00e9cit\u00e9, \u00a7 65; Al-Dulimi et Montana Management Inc., pr\u00e9cit\u00e9, \u00a7\u00a0129\u00a0; Magyar\u00a0Helsinki Bizotts\u00e1g c. Hongrie [GC], no 18030\/11, \u00a7\u00a0155, 8\u00a0novembre 2016, Paroisse gr\u00e9co-catholique Lupeni et autres, pr\u00e9cit\u00e9, \u00a7\u00a099\u00a0; et Al Nashiri c. Roumanie, no\u00a033234\/12, \u00a7\u00a0717, 31 mai 2018). Il arrive aussi \u00e0 la Cour de consid\u00e9rer que certains actes des autorit\u00e9s nationales reviennent \u00e0 nier la substance m\u00eame du droit conventionnel en cause (voir, par exemple, Tanrikulu, pr\u00e9cit\u00e9, \u00a7\u00a0132\u00a0; et Brogan et autres, pr\u00e9cit\u00e9, \u00a7\u00a059).<br \/>\n[81] En ce qui concerne la cons\u00e9quence des erreurs structurelles sur l\u2019\u00e9quit\u00e9 du proc\u00e8s p\u00e9nal, voir l\u2019opinion partiellement dissidente jointe \u00e0 l\u2019arr\u00eat Dvorski c. Croatie [GC], no 25703\/11, CEDH 2015.<br \/>\n[82] Dans l\u2019arr\u00eat Brogan et autres, pr\u00e9cit\u00e9, \u00a7 61, la Cour a admis que \u00ab\u00a0[l]a recherche des infractions terroristes place sans nul doute les autorit\u00e9s devant des probl\u00e8mes particuliers\u00a0\u00bb, ce qui ne l\u2019a pas emp\u00each\u00e9e de conclure que l\u2019\u00ab\u00a0[o]n \u00e9largirait de mani\u00e8re inacceptable le sens manifeste d\u2019\u00a0\u00ab\u00a0aussit\u00f4t\u00a0\u00bb si l\u2019on attachait aux caract\u00e9ristiques de la cause un poids assez grand pour justifier une si longue d\u00e9tention sans comparution devant un juge ou un \u00ab\u00a0autre magistrat\u00a0\u00bb. On mutilerait de la sorte, au d\u00e9triment de l\u2019individu, une garantie de proc\u00e9dure offerte par l\u2019article 5 par. 3 (art. 5-3) et l\u2019on aboutirait \u00e0 des cons\u00e9quences contraires \u00e0 la substance m\u00eame du droit prot\u00e9g\u00e9 par lui\u00a0\u00bb.Elle l\u2019a dit de mani\u00e8re encore plus claire dans l\u2019arr\u00eat Fox, Campbell et Hartley c. Royaume-Uni, 30 ao\u00fbt 1990,\u00a7\u00a032, s\u00e9rie A n\u00b0 182\u00a0: \u00ab\u00a0la n\u00e9cessit\u00e9 de combattre la criminalit\u00e9 terroriste ne saurait justifier que l&rsquo;on \u00e9tende la notion de \u00ab\u00a0plausibilit\u00e9\u00a0\u00bb jusqu&rsquo;\u00e0 porter atteinte \u00e0 la substance de la garantie assur\u00e9e par l&rsquo;article 5 \u00a7 1 c) (art. 5-1-c)\u00a0\u00bb. Cette position est exactement identique \u00e0 celle que la Cour de justice de l\u2019Union europ\u00e9enne a adopt\u00e9e dans l\u2019arr\u00eat Schrems, pr\u00e9cit\u00e9 (selon Koen Lenaerts, pr\u00e9cit\u00e9, p. 782 :\u00a0\u00ab En premier lieu, [cet arr\u00eat] indique clairement qu\u2019aucun motif ne peut justifier une mesure portant atteinte \u00e0 la substance d\u2019un droit fondamental, m\u00eame dans le cas o\u00f9 la s\u00e9curit\u00e9 nationale d\u2019un \u00c9tat tiers est en jeu\u00a0\u00bb).<br \/>\n[83] Voir Baka c. Hongrie [GC], no 20261\/12, \u00a7\u00a7\u00a0120 et 121, 23 juin 2016.<br \/>\n[84] Toutefois, la jurisprudence de la Cour n\u2019est pas toujours coh\u00e9rente. La Cour a estim\u00e9, dans l\u2019arr\u00eat K\u00e1roly Nagy c. Hongrie, qu\u2019une interdiction totale d\u2019acc\u00e8s \u00e0 un tribunal ne portait pas atteinte \u00e0 la substance du droit prot\u00e9g\u00e9 par l\u2019article 6(K\u00e1roly Nagyc. Hongrie [GC], no\u00a056665\/09, 14 septembre 2017). Cette incoh\u00e9rence m\u2019a conduit \u00e0 m\u2019\u00e9carter de la conclusion \u00e0 laquelle la majorit\u00e9 est parvenue dans cette affaire.<br \/>\n[85] Mathieu-Mohin et Clerfayt, pr\u00e9cit\u00e9, \u00a7 52 ; Matthews, pr\u00e9cit\u00e9, \u00a7\u00a7 63 et 65 ; et Aziz, pr\u00e9cit\u00e9, \u00a7 30.<br \/>\n[86] Voir le paragraphe\u00a0148 du pr\u00e9sent arr\u00eat.<br \/>\n[87] Voir le paragraphe\u00a0149 du pr\u00e9sent arr\u00eat.<br \/>\n[88] Voir les paragraphes\u00a071-78 du pr\u00e9sent arr\u00eat.<br \/>\n[89] En ce qui concerne l\u2019expulsion d\u2019un \u00e9tranger en phase terminale, voir S.J.c. Belgique [GC], no 70055\/10, CEDH 2015\u00a0; en ce qui concerne l\u2019expulsion d\u2019un \u00e9tranger sans papiers, voirDe Souza Ribeiro, pr\u00e9cit\u00e9\u00a0; en ce qui concerne le refoulement collectif de demandeurs d\u2019asile intercept\u00e9s en haute mer, voir HirsiJamaa et autres, pr\u00e9cit\u00e9\u00a0; en ce qui concerne l\u2019expulsion d\u2019un jeune \u00e9tranger condamn\u00e9 pour coups et blessures graves, voir Zakharchuk\u00a0c. Russie, no\u00a02967\/12, 17 d\u00e9cembre 2019; en ce qui concerne le refoulement d\u2019un demandeur d\u2019asile \u00e0 la fronti\u00e8re, voir M.A. c. Lituanie, no59793\/17, 11\u00a0d\u00e9cembre 2018; en ce qui concerne l\u2019expulsion administrative d\u2019un \u00e9tranger condamn\u00e9 pour infraction sexuelle, alors m\u00eame que la juridiction r\u00e9pressive avait sursis \u00e0 l\u2019ex\u00e9cution de la mesure d\u2019expulsion, voir Vasquez\u00a0c.\u00a0Suisse, no1785\/08, 26\u00a0novembre 2013; en ce qui concerne l\u2019expulsion d\u2019un \u00e9tranger condamn\u00e9 pour trafic de stup\u00e9fiants, voir Kissiwa Koffi\u00a0c. Suisse, no 38005\/07, 15\u00a0novembre 2012; et, en ce qui concerne l\u2019expulsion d\u2019un \u00e9tranger condamn\u00e9 pour plusieurs infractions de faible gravit\u00e9, voir Shala c. Suisse, no\u00a052873\/09, 15\u00a0novembre 2012.<br \/>\n[90] En ce qui concerne les proc\u00e9dures d\u2019expulsion fond\u00e9es sur des motifs de s\u00e9curit\u00e9 nationale, ce principe a \u00e9t\u00e9 \u00e9nonc\u00e9 dans les affaires Ljatifi c. l\u2019\u00ab\u00a0ex-R\u00e9publique yougoslave de Mac\u00e9doine\u00a0\u00bb, no19017\/16, \u00a7\u00a035, 17 mai 2018\u00a0; ZZ c.Secretary of State for the Home Department (C-300\/11), Cour de justice de l\u2019Union europ\u00e9enne, arr\u00eat du 4\u00a0juin\u00a02013, \u00a7\u00a065\u00a0; Ahani c. Canada, Comit\u00e9 des droits de l\u2019homme des Nations unies, communication n\u00b0 1051\/2002, \u00a7\u00a7 10.5-10.8\u00a0; etBachan Singh Sogi c. Canada, Comit\u00e9 des Nations unies contre la torture, communication n\u00b0\u00a0297\/2006, \u00a7\u00a7\u00a010.4-10.5.<br \/>\n[91] Voir C.G. et autres c. Bulgarie, no 1365\/07, \u00a7\u00a074, 24 avril 2008.<br \/>\n[92] Lupsa c. Roumanie, no 10337\/04, \u00a7 59, CEDH 2006.<br \/>\n[93] Kaya c. Roumanie, no 33970\/05, \u00a7 59, 12 octobre 2006.<br \/>\n[94] Ahmed c. Roumanie, no 34621\/03, \u00a7 53, 13 juillet 2010.<br \/>\n[95] Geleri c. Roumanie, no 33118\/05, \u00a7 46, 15 f\u00e9vrier 2011. Ce probl\u00e8me ne touche pas uniquement la Roumanie. Voir, par exemple, l\u2019affaire Baltaji c. Bulgarie, n\u00b0 12919\/04, \u00a7 58, 12 juillet 2011, dans laquelle la Cour a conclu que le recours ouvert au requ\u00e9rant \u00e9tait \u00ab purement formel \u00bb, car celui-ci n\u2019avait pu prendre connaissance des raisons factuelles de son expulsion.<br \/>\n[96] Il est donc tout simplement inexact de dire, comme le fait la majorit\u00e9 au paragraphe 127 du pr\u00e9sent arr\u00eat, que la Cour n\u2019a pas examin\u00e9 \u00ab\u00a0la question de savoir s\u2019il \u00e9tait \u00e9galement n\u00e9cessaire que les motifs susmentionn\u00e9s soient communiqu\u00e9s \u00e0 la personne concern\u00e9e\u00a0\u00bb dans les affaires dont elle a eu jusqu\u2019\u00e0 pr\u00e9sent \u00e0 conna\u00eetre. La Cour a impos\u00e9 la communication aux personnes concern\u00e9es des raisons factuelles de leur expulsion dans l\u2019ensemble des affaires roumaines pr\u00e9cit\u00e9es, et elle a en cons\u00e9quence conclu \u00e0 la violation de l\u2019article 1 du Protocole n\u00b0 7 \u00e0 chaque fois qu\u2019elle a constat\u00e9 que les autorit\u00e9s roumaines \u2013 notamment les juridictions internes \u2013 n\u2019avaient pas r\u00e9v\u00e9l\u00e9 aux int\u00e9ress\u00e9s les faits ayant motiv\u00e9 leur expulsion.<br \/>\n[97] Voir les paragraphes 162 et 163 du pr\u00e9sent arr\u00eat.<br \/>\n[98] Voir le paragraphe\u00a0164 du pr\u00e9sent arr\u00eat.<br \/>\n[99] Voir le paragraphe 165 du pr\u00e9sent arr\u00eat.<br \/>\n[100] Voir le paragraphe 164 du pr\u00e9sent arr\u00eat.<br \/>\n[101] Malone c. Royaume-Uni, n\u00b0 8691\/79, 2 ao\u00fbt 1984, \u00a7 67, s\u00e9rie A n\u00b0 82.<br \/>\n[102] Voir Jonas Christoffersen, in \u00ab\u00a0Fair Balance:\u00a0Proportionality, and Primarity in the European Convention on HumanRights\u00a0\u00bb,\u00a0Leyde, 2009, p. 137, o\u00f9 Christoffersen observe que \u00ab [p]our comprendre le principe de proportionnalit\u00e9, il est essentiel de savoir comment la substance m\u00eame est d\u00e9limit\u00e9e, et comment les moyens de d\u00e9limitation interagissent avec les autres facteurs inh\u00e9rents au contr\u00f4le de proportionnalit\u00e9\u00a0\u00bb. Le pr\u00e9sent arr\u00eat ne d\u00e9limite pas la notion de substance et ne dit rien des interactions en question.<br \/>\n[103] Heaney et McGuinness, pr\u00e9cit\u00e9, \u00a7 58: \u00ab La Cour estime donc que les pr\u00e9occupations de s\u00e9curit\u00e9 et d&rsquo;ordre publics qu&rsquo;invoque le Gouvernement ne sauraient justifier une disposition vidant de leur substance m\u00eame les droits des requ\u00e9rants de garder le silence et de ne pas contribuer \u00e0 leur propre incrimination garantis par l&rsquo;article 6 \u00a7 1 de la Convention. \u00bb<br \/>\n[104] Sur cette disposition, voir, de mani\u00e8re g\u00e9n\u00e9rale, Harris, O\u2019Boyle et Warbrick, \u00ab\u00a0Law of the European Convention on Human Rights\u00a0\u00bb, 4e \u00e9d., Oxford, 2018, pp. 957-959; William A. Schabas, \u00ab\u00a0The European Convention on Human Rights \u2013 A commentary\u00a0\u00bb,Oxford, 2015, pp.\u00a01125-1133; KeesFlinterman, \u00ab\u00a0Procedural Safeguards Relating to Expulsion of Aliens\u00a0\u00bb (chapitre 25), in Pieter van Dijk, Fried van Hoof, Arjen van Rijn et Leo Zwaak (\u00e9ds.), \u00ab\u00a0Theory and Practice of the European Convention on Human Rights\u00a0\u00bb,Cambridge-Antwerp-Portland, 2018, pp. 965-969; et Juan Fernando Dur\u00e1n Alba, \u00ab\u00a0Guarantees against Expulsion of Aliens under Article 1 of Protocol No. 7\u00a0\u00bb, in Javier Garcia Roca et Pablo Santolaya (\u00e9ds.), \u00ab\u00a0Europe of Rights: A Compendium on the European Convention of Human Rights\u00a0\u00bb, Leiden-Boston, 2012, pp. 635-640.<br \/>\n[105] Les quatre autres articles de ce Protocole ne rev\u00eatent pas un caract\u00e8re mat\u00e9riel.<br \/>\n[106] William A. Schabas, pr\u00e9cit\u00e9,p. 1125, avance que le pr\u00e9ambule du Protocole n\u00b0 7, \u00ab\u00a0succinct et plut\u00f4t laconique\u00a0\u00bb, \u00ab n\u2019apporte aucune contribution significative \u00e0 [l\u2019]interpr\u00e9tation [de cet instrument]\u00a0\u00bb, ajoutant qu\u2019\u00ab\u00a0[i]l ne semble pas que [ce pr\u00e9ambule] ait jamais \u00e9t\u00e9 cit\u00e9 dans la jurisprudence des organes de la Convention\u00a0\u00bb (ibidem). Toutefois, la position exprim\u00e9e dans la pr\u00e9sente opinion montre que ce pr\u00e9ambule, enfin cit\u00e9 dans la jurisprudence de la Cour \u2013 ne f\u00fbt-ce que par le biais d\u2019une opinion s\u00e9par\u00e9e, peut contribuer \u00e0 l\u2019interpr\u00e9tation du Protocole en question.<br \/>\n[107] \u00ab\u00a0Ces exceptions doivent \u00eatre appliqu\u00e9es en tenant comptedu principe de proportionnalit\u00e9 tel que d\u00e9fini par la jurisprudence de la Cour (\u2026) \u00bb. Voir le paragraphe 15 du rapport explicatif du Protocole n\u00b0\u00a07 (Strasbourg, 22.XI.1984).<br \/>\n[108] Sur ce point, voir O\u2019BoyleetWarbrick, pr\u00e9cit\u00e9, p. 958; Schabas, pr\u00e9cit\u00e9,pp. 1127, 1132; et Flinterman, pr\u00e9cit\u00e9, pp. 965, 968-9.<br \/>\n[109] Voir, par exemple,Johnston et autres c. Irlande, 18 d\u00e9cembre 1986, \u00a7\u00a7 57-58, s\u00e9rie A n\u00b0 112. Pour plus d\u2019informations sur ceprincipe, voir, entre autres, John G. Merrills, \u00ab The Development of International Law by the European Court of Human Rights \u00bb, 2e\u00e9d., Manchester, 1993, pp. 72 et suiv..; Bernadette Rainey, Elizabeth Wicks, et Clare Ovey (\u00e9ds.), Jacobs, White et Ovey, \u00ab The European Convention on Human Rights \u00bb, 7e\u00e9d.,Oxford, 2017, 69 et suiv.; Daniel Rietiker, \u00ab \u00ab The Principle of Effectiveness \u00bb in the Recent Jurisprudence of the European Court of Human rights: its Different Dimensions and its Consistency with Public International Law \u2013 no Need for the Concept of Treaty Sui Generis \u00bb, Nordic Journal of International Law, 2010, 79, 245pp. 271 et suiv.; C\u00e9line Brawmann et August Reinisch, \u00ab Effet Utile \u00bb, in Joseph Klingler, Yuri Parkhomenko et ConstantinosSalonidis (\u00e9ds.), \u00ab Between the Lines of the Vienna Convention? \u2013 Canons and Other Principles of Interpretation in Public International Law \u00bb, Alphen aan den Rijn, 2019, 47 etsuiv.<br \/>\n[110] Voir le paragraphe 20 de l\u2019opinion en partie dissidente du juge Serghidesjointe \u00e0 l\u2019arr\u00eatRegnerc. R\u00e9publique tch\u00e8que [GC], n\u00b0 35289\/11, 19 septembre 2017.<br \/>\n[111] Sur le r\u00f4le du principe d\u2019effectivit\u00e9 en tant que m\u00e9thode d\u2019interpr\u00e9tation et que norme de droit international, voirGeorgios A. Serghides, \u00ab The Principle of Effectiveness in the European Convention on HumanRights, in Particularits Relationship to the Other Convention Principles \u00bb, Annuaire de La Haye de Droit International, 2017, Vol. 30, pp. 1 et suiv.; les paragraphes 15 et 22 de l\u2019opinion concordante du jugeSerghidesjointe \u00e0 l\u2019arr\u00eatS.M. c. Croatie[GC], n\u00b0 60561\/14, 25 juin 2020; le paragraphe 19 de l\u2019opinion concordante du jugeSerghidesjointe \u00e0 l\u2019arr\u00eatObote c. Russie, n\u00b0 58954\/09, 19 novembre 2019; les paragraphes 8-12 de l\u2019opinion dissidente du jugeSerghidesjointe \u00e0 l\u2019arr\u00eatRashkinc. Russie, n\u00b0 69575\/10, 7 juillet 2020 (non encore d\u00e9finitif); etle paragraphe 6 de l\u2019opinion concordante du jugeSerghidesjointe \u00e0 l\u2019arr\u00eatOOO Regnumc. Russie, n\u00b0 22649\/08, 8 septembre 2020 (non encore d\u00e9finitif).<br \/>\n[112] Voir Georgios A. Serghides, \u00ab The Principle of Effectiveness (&#8230;) \u00bb, pr\u00e9cit\u00e9, pp. 5-6.<br \/>\n[113] Sur ce principe en g\u00e9n\u00e9ral, voir,entre autres, Xavier Souvignet, \u00ab La pr\u00e9\u00e9minence du droit dans le droit de la Convention europ\u00e9enne des droits de l\u2019homme \u00bb, Bruxelles, 2012.<br \/>\n[114] Voir Ingo Venzke, \u00ab How Interpretation Makes International Law: on Semantic Change and Normative Twists \u00bb, Oxford, 2012.<br \/>\n[115] Ibidem., p. 7.<br \/>\n[116] Robert Alexy, \u00ab\u00a0A Theory of ConstitutionalRights\u00a0\u00bb, publi\u00e9 pour la premi\u00e8re fois en 1985 (deuxi\u00e8me \u00e9d. 2002), traduction de Julian Rivers, Oxford: Oxford UniversityPress.<br \/>\n[117]Voir Richard Posner, \u00ab\u00a0Torture, Terrorism and Interrogation\u00a0\u00bb, in Sanford Levinson (\u00e9d.), Torture. A Collection, Oxford, 2004, pp. 291-298.<br \/>\n[118] Elaine Scarry, \u00ab\u00a0Five errors in the Reasoning of Alan Dershowitz\u00a0\u00bb, in Sanford Levinson (\u00e9d.), pr\u00e9cit\u00e9, pp. 281-290. Pour une condamnation de la torture, voir Aksoy c. Turquie, n\u00b0\u00a021987\/93, 18 d\u00e9cembre 1996.<br \/>\n[119] Voir Al Nashiri c. Roumanie, n\u00b0 33234\/12, 31 mai 2018; Al Nashiri c. Pologne, n\u00b0 28761\/11, 24 juillet 2014; etAbu Zubaydah c. Lituanie, n\u00b0 46454\/11, 31 mai 2018.<br \/>\n[120] Alexy, R. \u00ab On Balancing and Subsumption. A Structural Comparison \u00bb, Ratio Juris, 10, 2003, 433-449. Alexy, R. \u00ab Kollision und Abw\u00e4gungalsGrundprobleme der Grunrechtsdogmatik \u00bb World Constitutional Law Review, 6, 2002, 9-26. Alexy, A, \u00ab Die Abw\u00e4gung in der Rechtsanwendung \u00bb.Jahresbericht des Institutes f\u00fcrRechtswissenschaften an der MeeijGakuinUniversit\u00e4t, 2002, 17, 69-83, Mar\u00edaEl\u00f3segui, (coordinatrice), \u00ab El principio de proporcionalidad de Alexy y losacomodamientosrazonablesen el caso del TEDH Eweida y otros c. ReinoUnido\/ Das Verh\u00e4ltnism\u00e4ssigenanpassungen in der Entscheidung des Europ\u00e4ischenGerichtshofsf\u00fcrMenschenrechte (EGMR) im Fall Eweida und Anderegegen das VereignigteK\u00f6nigsreich \u00bb, \u00ab Los principios y la interpretaci\u00f3n judicial de losDerechosFundamentales. Homenaje a Robert Alexy en su 70 Aniversario \u00bb, Zaragoza, Fondation Gim\u00e9nezAbad, Alexander von Humboldt Stiftung et Marcial Pons, 2016. Alejandra Flores, Mar\u00eda El\u00f3segui et Enrique Uribe (\u00e9ds.) \u00ab El neoconstitucionalismo en la teor\u00eda de la argumentaci\u00f3n de Robert Alexy. Homenaje en su 70 Aniversario \u00bb, Mexico, EditorialPorr\u00faa et Universit\u00e9 autonome de l&rsquo;\u00c9tat de Mexico, 2015.<br \/>\n[121] Martin Borowski, \u00ab GrundrechtealsPrinzipien \u00bb, deuxi\u00e8me \u00e9dition, Baden-Baden, Nomos, 2007.<br \/>\n[122] Matthias Klatt et Moritz Meister partagent cette opinion, voir Matthias Klatt et Moritz Meister (\u00e9ds.), \u00ab\u00a0The Constitutional Structure of Proportionality\u00a0\u00bb, Oxford UniversityPress, 2012, 9\u00a0: \u00ab\u00a0l\u2019analyse du contr\u00f4le de proportionnalit\u00e9 propos\u00e9e par Alexy est aussi proche que possible de la jurisprudence de la CEDH\u00a0\u00bb.<br \/>\n[123] Robert Alexy, \u00ab\u00a0The Responsibility of Internet Portal Providers for Readers\u00b4Comments. Argumentation and Balancing in the Case of Delfi A.S. v. Estonia\u00a0\u00bb, inMar\u00edaEl\u00f3segui, Iulia Motoc et Alina Miron (\u00e9ds.), The Rule of Law. Recent Challenges and JudicialResponses. Springer, 2020 (sous presse).<br \/>\n[124] Laura Cl\u00e9rico, \u00ab\u00a0El examen de proporcionalidad en el DerechoConstitucional\u00a0\u00bb, Eudeba, Buenos Aires, 2009.<br \/>\n[125] Aharon Barak, \u00ab Proportionality: Constitutional Rights and their Limitations \u00bb, Cambridge University Press, 2012.<br \/>\n[126] JaccoBomhoff, \u00ab Balancing Constitutional Rights: The Origins and Meaning of Postwar Legal Discourse \u00bb (Cambridge Studies in Constitutional Law), Cambridge University Press, 2015.<br \/>\n[127] Moshe Cohen-EliyaetIddoPorat, \u00ab\u00a0Proportionality and Constitutional Culture\u00a0\u00bb, Cambridge University Press, 2013.<br \/>\n[128] CEDH, Voynov c. Russie (requ\u00eate n\u00b0 39747\/10), troisi\u00e8me section, opinion concordante de la juge El\u00f3segui.<br \/>\n[129] Alexy, R. \u00ab Die Gewichtsformel \u00bb in J. Jickeli, P. Kreutz et D. Reuter (\u00e9ds.). Ged\u00e4chtnisschriftf\u00fcr J\u00fcrgen Sonnenschein, Berl\u00edn: De Gruyter, 2003.<\/p>\n<div class=\"social-share-buttons\"><a href=\"https:\/\/www.facebook.com\/sharer\/sharer.php?u=https:\/\/loisdumonde.com\/?p=73\" target=\"_blank\" rel=\"noopener\">Facebook<\/a><a href=\"https:\/\/twitter.com\/intent\/tweet?url=https:\/\/loisdumonde.com\/?p=73&text=AFFAIRE+MUHAMMAD+ET+MUHAMMAD+c.+ROUMANIE+%28Cour+europ%C3%A9enne+des+droits+de+l%E2%80%99homme%29\" target=\"_blank\" rel=\"noopener\">Twitter<\/a><a href=\"https:\/\/www.linkedin.com\/shareArticle?url=https:\/\/loisdumonde.com\/?p=73&title=AFFAIRE+MUHAMMAD+ET+MUHAMMAD+c.+ROUMANIE+%28Cour+europ%C3%A9enne+des+droits+de+l%E2%80%99homme%29\" target=\"_blank\" rel=\"noopener\">LinkedIn<\/a><a href=\"https:\/\/pinterest.com\/pin\/create\/button\/?url=https:\/\/loisdumonde.com\/?p=73&description=AFFAIRE+MUHAMMAD+ET+MUHAMMAD+c.+ROUMANIE+%28Cour+europ%C3%A9enne+des+droits+de+l%E2%80%99homme%29\" target=\"_blank\" rel=\"noopener\">Pinterest<\/a><\/div>","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>GRANDE CHAMBRE AFFAIRE MUHAMMAD ET MUHAMMAD c. 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