{"id":703,"date":"2021-07-13T11:49:15","date_gmt":"2021-07-13T11:49:15","guid":{"rendered":"https:\/\/loisdumonde.com\/?p=703"},"modified":"2021-07-13T11:50:12","modified_gmt":"2021-07-13T11:50:12","slug":"affaire-bio-farmland-betriebs-s-r-l-c-roumanie-cour-europeenne-des-droits-de-lhomme-requete-no-43639-17","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/loisdumonde.com\/?p=703","title":{"rendered":"AFFAIRE BIO FARMLAND BETRIEBS S.R.L. c. ROUMANIE (Cour europ\u00e9enne des droits de l\u2019homme) Requ\u00eate no 43639\/17"},"content":{"rendered":"<p>La soci\u00e9t\u00e9 requ\u00e9rante all\u00e8gue qu\u2019en m\u00e9connaissance de l\u2019article 6 \u00a7\u00a01 de la Convention la cour d\u2019appel, statuant en derni\u00e8re instance, a rejet\u00e9 sans indiquer de motif sa demande visant \u00e0 saisir \u00e0 titre pr\u00e9judiciel la Cour de justice de l\u2019Union europ\u00e9enne (CJUE).<!--more--><\/p>\n<hr \/>\n<p style=\"text-align: center;\">QUATRI\u00c8ME SECTION<br \/>\n<strong>AFFAIRE BIO FARMLAND BETRIEBS S.R.L. c. ROUMANIE<\/strong><br \/>\n<em>(Requ\u00eate no 43639\/17)<\/em><br \/>\nARR\u00caT<\/p>\n<p>Art 6 \u00a7 1 (civil) \u2022 Proc\u00e8s \u00e9quitable \u2022 Cour d\u2019appel, statuant en derni\u00e8re instance, ayant rejet\u00e9 une demande de renvoi pr\u00e9judiciel \u00e0 la Cour de justice de l\u2019Union europ\u00e9enne (CJUE) sans r\u00e9f\u00e9rence \u00e0 l\u2019un des trois crit\u00e8res Cilfit de la CJUE<\/p>\n<p style=\"text-align: center;\">STRASBOURG<br \/>\n13 juillet 2021<\/p>\n<p>Cet arr\u00eat deviendra d\u00e9finitif dans les conditions d\u00e9finies \u00e0 l\u2019article 44 \u00a7 2 de la Convention. Il peut subir des retouches de forme.<\/p>\n<p><strong>En l\u2019affaire Bio Farmland Betriebs S.R.L. c. Roumanie,<\/strong><\/p>\n<p>La Cour europ\u00e9enne des droits de l\u2019homme (quatri\u00e8me section), si\u00e9geant en une Chambre compos\u00e9e de\u00a0:<\/p>\n<p>Yonko Grozev, pr\u00e9sident,<br \/>\nTim Eicke,<br \/>\nFaris Vehabovi\u0107,<br \/>\nIulia Antoanella Motoc,<br \/>\nArmen Harutyunyan,<br \/>\nGabriele Kucsko-Stadlmayer,<br \/>\nAna Maria Guerra Martins, juges,<br \/>\net de Andrea Tamietti, greffier de section,<\/p>\n<p>Vu\u00a0:<\/p>\n<p>la requ\u00eate (no\u00a043639\/17) dirig\u00e9e contre la Roumanie et dont une soci\u00e9t\u00e9 \u00e0 responsabilit\u00e9 limit\u00e9 ayant son si\u00e8ge dans cet \u00c9tat, la soci\u00e9t\u00e9 Bio Farmland Betriebs (\u00ab\u00a0la soci\u00e9t\u00e9 requ\u00e9rante\u00a0\u00bb), a saisi la Cour en vertu de l\u2019article\u00a034 de la Convention de sauvegarde des droits de l\u2019homme et des libert\u00e9s fondamentales (\u00ab\u00a0la Convention\u00a0\u00bb) le 8 juin 2017,<\/p>\n<p>la d\u00e9cision de porter \u00e0 la connaissance du gouvernement roumain (\u00ab\u00a0le Gouvernement\u00a0\u00bb) le grief fond\u00e9 sur l\u2019article 6 \u00a7 1 de la Convention quant au d\u00e9faut de motivation par la juridiction statuant en derni\u00e8re instance du rejet d\u2019une demande de renvoi pr\u00e9judiciel devant la Cour de justice de l\u2019Union europ\u00e9enne et de d\u00e9clarer irrecevable la requ\u00eate pour le surplus,<\/p>\n<p>les observations des parties,<\/p>\n<p>Apr\u00e8s en avoir d\u00e9lib\u00e9r\u00e9 en chambre du conseil le 22 juin 2021,<\/p>\n<p>Rend l\u2019arr\u00eat que voici, adopt\u00e9 \u00e0 cette date\u00a0:<\/p>\n<p><strong>INTRODUCTION<\/strong><\/p>\n<p>1. La soci\u00e9t\u00e9 requ\u00e9rante all\u00e8gue qu\u2019en m\u00e9connaissance de l\u2019article 6 \u00a7\u00a01 de la Convention la cour d\u2019appel, statuant en derni\u00e8re instance, a rejet\u00e9 sans indiquer de motif sa demande visant \u00e0 saisir \u00e0 titre pr\u00e9judiciel la Cour de justice de l\u2019Union europ\u00e9enne (CJUE).<\/p>\n<p><strong>EN FAIT<\/strong><\/p>\n<p>2. La soci\u00e9t\u00e9 requ\u00e9rante a \u00e9t\u00e9 constitu\u00e9e en 2005 et a son si\u00e8ge \u00e0 Firiteaz. Elle a \u00e9t\u00e9 repr\u00e9sent\u00e9e par Me\u00a0M. Galanton, avocate \u00e0 Timi\u015foara.<\/p>\n<p>3. Le Gouvernement a \u00e9t\u00e9 repr\u00e9sent\u00e9 par son agente, Mme O. Ezer, du minist\u00e8re des Affaires \u00e9trang\u00e8res.<\/p>\n<p>4. Le domaine d\u2019activit\u00e9 de la soci\u00e9t\u00e9 requ\u00e9rante est la culture de c\u00e9r\u00e9ales, de l\u00e9gumineuses et de plantes \u00e0 graines.<\/p>\n<p>5. En 2011, l\u2019int\u00e9ress\u00e9e sollicita un soutien au d\u00e9veloppement rural aupr\u00e8s de l\u2019Agence de paiement et d\u2019intervention pour l\u2019agriculture (Agen\u021bia de pl\u0103\u021bi \u0219i interven\u021bie pentru agricultur\u0103 \u2013 \u00ab\u00a0APIA\u00a0\u00bb) de Bucarest en vue d\u2019avoir acc\u00e8s aux paiements agroenvironnementaux octroy\u00e9s par le Fonds europ\u00e9en agricole pour le d\u00e9veloppement rural (Feader) sur le fondement de l\u2019article 36 point a) iv) combin\u00e9 avec l\u2019article 39 du R\u00e8glement (CE) no\u00a01698\/2005 du Conseil du 20 septembre 2005 concernant le soutien au d\u00e9veloppement rural par le Fonds europ\u00e9en agricole pour le d\u00e9veloppement rural (Feader) (\u00ab\u00a0le R\u00e8glement (CE) no\u00a01698\/2005\u00a0\u00bb). La soci\u00e9t\u00e9 requ\u00e9rante fut admise, parmi d\u2019autres, \u00e0 recevoir une aide qui correspondait \u00e0 l\u2019engagement agroenvironnemental qu\u2019elle avait conclu conform\u00e9ment au paquet 5.1 relatif \u00e0 l\u2019agriculture \u00e9cologique. D\u2019apr\u00e8s l\u2019engagement sign\u00e9 par la soci\u00e9t\u00e9 requ\u00e9rante le 15 avril 2011, elle s\u2019\u00e9tait engag\u00e9e \u00e0 mener des activit\u00e9s agricoles dans une zone d\u00e9favoris\u00e9e pour une p\u00e9riode de cinq ans et \u00e0 respecter de bonnes conditions agricoles et environnementales.<\/p>\n<p>6. En 2012, la soci\u00e9t\u00e9 requ\u00e9rante r\u00e9it\u00e9ra sa demande pour b\u00e9n\u00e9ficier de l\u2019aide relative aux paiements agroenvironnementaux octroy\u00e9s en vertu de l\u2019article 36 point a) iv) combin\u00e9 avec l\u2019article 39 du R\u00e8glement (CE) no\u00a01698\/2005. Dans la demande formul\u00e9e en 2012, la soci\u00e9t\u00e9 requ\u00e9rante d\u00e9clara des superficies inf\u00e9rieures \u00e0 celles d\u00e9clar\u00e9es en 2011 pour certaines parcelles de terrain pour lesquelles elle avait sign\u00e9 l\u2019engagement agroenvironnemental en 2011.<\/p>\n<p>7. Le 4 d\u00e9cembre 2012, l\u2019APIA de Arad rendit \u00e0 l\u2019encontre de la soci\u00e9t\u00e9 requ\u00e9rante une d\u00e9cision dite de paiement avec sanctions pluriannuelles. Par cette d\u00e9cision fond\u00e9e sur l\u2019annexe no 2 de l\u2019Ordre no 161\/2012 du ministre de l\u2019Agriculture et du D\u00e9veloppement rural (\u00ab\u00a0l\u2019Ordre no 161\/2012\u00a0\u00bb), la soci\u00e9t\u00e9 requ\u00e9rante s\u2019\u00e9tait vu infliger la sanction du \u00ab\u00a0code 3\u00a0\u00bb qui pr\u00e9voyait une r\u00e9duction de 50\u00a0% de l\u2019aide obtenue selon le programme de financement.<\/p>\n<p>8. Par une note du 6\u00a0mars 2013, l\u2019APIA de Arad rejeta le recours gracieux form\u00e9 par la soci\u00e9t\u00e9 requ\u00e9rante contre la d\u00e9cision du 4 d\u00e9cembre 2012. Il ressortait de cette note que l\u2019int\u00e9ress\u00e9e avait \u00e9t\u00e9 sanctionn\u00e9e pour ne pas avoir respect\u00e9 son engagement agroenvironnemental conclu en 2011 correspondant au paquet 5.1 selon lequel elle devait respecter les conditions li\u00e9es au syst\u00e8me de gestion pour une p\u00e9riode de cinq ans.<\/p>\n<p>9. Le 30 mai 2013, la soci\u00e9t\u00e9 requ\u00e9rante saisit la cour d\u2019appel de Timi\u0219oara (\u00ab\u00a0la cour d\u2019appel\u00a0\u00bb) d\u2019une action en contentieux administratif contre le minist\u00e8re de l\u2019Agriculture et du D\u00e9veloppement rural, contre l\u2019APIA de Bucarest et l\u2019APIA de Arad, en vue d\u2019annuler la d\u00e9cision du 4\u00a0d\u00e9cembre 2012 dans sa partie concernant la sanction correspondant \u00e0 la r\u00e9duction de 50\u00a0% de l\u2019aide de soutien. La soci\u00e9t\u00e9 requ\u00e9rante invoqua \u00e0 titre liminaire l\u2019exception de nullit\u00e9 de ladite d\u00e9cision, soutenant qu\u2019elle n\u2019\u00e9tait pas motiv\u00e9e.<\/p>\n<p>10. Concernant le fond de l\u2019affaire, la soci\u00e9t\u00e9 requ\u00e9rante soutint que le fait de ne pas d\u00e9clarer, pour une ann\u00e9e donn\u00e9e, certaines superficies de terrain comme ayant la m\u00eame dimension que celles mentionn\u00e9es dans l\u2019engagement agroenvironnemental ne constituait pas une m\u00e9connaissance d\u2019un crit\u00e8re g\u00e9n\u00e9ral d\u2019admissibilit\u00e9 sanctionn\u00e9e au point B de l\u2019annexe no\u00a02 de l\u2019Ordre no\u00a0161\/2012 mais tombait dans le champ d\u2019application du point\u00a0D de la m\u00eame annexe r\u00e9gissant les sanctions pour la non-d\u00e9claration des toutes les superficies.<\/p>\n<p>11. Elle expliqua aussi que les dimensions de la superficie du terrain constituaient une question essentiellement distincte des crit\u00e8res d\u2019admissibilit\u00e9 et que, comme il ressortait express\u00e9ment de l\u2019article 18 \u00a7\u00a01 du R\u00e8glement (CE) no 1975\/2006 de la Commission du 7 d\u00e9cembre 2006 portant modalit\u00e9s d\u2019application du r\u00e8glement (CE) no\u00a01698\/2005 du Conseil en ce qui concerne l\u2019application de proc\u00e9dures de contr\u00f4le et de conditionnalit\u00e9 pour les mesures de soutien au d\u00e9veloppement rural (\u00ab\u00a0le R\u00e8glement (CE) no\u00a01975\/2006\u00a0\u00bb), les r\u00e9ductions des aides ou les exclusions appliqu\u00e9es en cas de non-respect des crit\u00e8res d\u2019admissibilit\u00e9 n\u2019\u00e9taient pas applicables \u00e0 la fluctuation de la superficie du terrain. Selon la soci\u00e9t\u00e9 requ\u00e9rante, les dispositions du point D de l\u2019annexe no\u00a02 de l\u2019Ordre\u00a0no\u00a0161\/2012 correspondaient \u00e0 l\u2019article 16 \u00a7 1 du R\u00e8glement (UE) no\u00a065\/2011 de la Commission du 27\u00a0janvier 2011 portant modalit\u00e9s d\u2019application du r\u00e8glement (CE) no\u00a01698\/2005 du Conseil en ce qui concerne l\u2019application de proc\u00e9dures de contr\u00f4le et de conditionnalit\u00e9 pour les mesures de soutien au d\u00e9veloppement rural (\u00ab\u00a0le R\u00e8glement (UE) no\u00a065\/2011\u00a0\u00bb) et \u00e0 l\u2019article 55 \u00a7 2 du R\u00e8glement (CE) no 1122\/2009 qui \u00e9tablissaient une sanction n\u2019exc\u00e9dant pas 3\u00a0% du montant de l\u2019aide financi\u00e8re en cas de non-d\u00e9claration ou de retrait de certaines parties des superficies pour une ann\u00e9e civile donn\u00e9e et excluaient implicitement la qualification de ces \u00ab\u00a0irr\u00e9gularit\u00e9s\u00a0\u00bb comme des violations des conditions d\u2019admissibilit\u00e9.<\/p>\n<p>12. Lors de l\u2019audience du 9 septembre 2013, la soci\u00e9t\u00e9 requ\u00e9rante demanda \u00e0 la cour d\u2019appel, sur le fondement de l\u2019article 267 du Trait\u00e9 sur le fonctionnement de l\u2019Union europ\u00e9enne, d\u2019adresser \u00e0 la CJUE des questions pr\u00e9judicielles relatives aux dispositions europ\u00e9ennes qu\u2019elle estimait pertinentes en l\u2019esp\u00e8ce.<\/p>\n<p>13. Par un jugement du 7 octobre 2013, la cour d\u2019appel fit droit \u00e0 l\u2019action de l\u2019int\u00e9ress\u00e9e et annula la d\u00e9cision contest\u00e9e pour d\u00e9faut de motivation. La cour d\u2019appel ne s\u2019exprima pas sur la demande de renvoi pr\u00e9judiciel form\u00e9e par la soci\u00e9t\u00e9 requ\u00e9rante.<\/p>\n<p>14. L\u2019APIA de Bucarest et l\u2019APIA de Arad form\u00e8rent un recours contre ce jugement devant la Haute Cour de cassation et de justice (\u00ab\u00a0la Haute Cour\u00a0\u00bb). Par un arr\u00eat du 24 f\u00e9vrier 2015, la Haute Cour fit droit \u00e0 leur recours, cassa le jugement contest\u00e9 et renvoya l\u2019affaire pour un nouveau proc\u00e8s devant le tribunal d\u00e9partemental de Arad (\u00ab\u00a0le tribunal d\u00e9partemental\u00a0\u00bb), tribunal comp\u00e9tent selon la Haute Cour pour juger l\u2019affaire en premi\u00e8re instance.<\/p>\n<p>15. Lors de l\u2019audience du 5 mai 2015, la soci\u00e9t\u00e9 requ\u00e9rante demanda au tribunal d\u00e9partemental d\u2019adresser \u00e0 la CJUE des questions pr\u00e9judicielles relatives \u00e0 l\u2019interpr\u00e9tation de l\u2019article 18 du R\u00e8glement (UE) no 65\/2011.<\/p>\n<p>16. Par un jugement avant dire droit du 19 mai 2015, le tribunal d\u00e9partemental rejeta la demande de renvoi pr\u00e9judiciel form\u00e9e par la soci\u00e9t\u00e9 requ\u00e9rante. Il rappela que le juge national avait la possibilit\u00e9 de ne pas initier le renvoi pr\u00e9judiciel soit parce qu\u2019il consid\u00e9rait qu\u2019il pouvait interpr\u00e9ter lui-m\u00eame les dispositions europ\u00e9ennes respectives, soit parce qu\u2019il estimait que le droit europ\u00e9en invoqu\u00e9 n\u2019\u00e9tait pas pertinent en l\u2019esp\u00e8ce, soit enfin que la r\u00e9ponse \u00e0 la question soulev\u00e9e ressortait de la jurisprudence d\u00e9j\u00e0 existante de la CJUE. Il nota ensuite que le juge national n\u2019\u00e9tait pas tenu d\u2019accueillir une telle demande lorsque la d\u00e9cision \u00e0 rendre \u00e9tait susceptible de recours. Il expliqua que lorsque le juge national avait des doutes quant \u00e0 la compatibilit\u00e9 d\u2019une norme interne avec une norme europ\u00e9enne, le principe de primaut\u00e9 du droit europ\u00e9en lui permettait, le cas \u00e9ch\u00e9ant, d\u2019\u00e9liminer les effets de la premi\u00e8re. D\u00e8s lors, il consid\u00e9ra que dans l\u2019affaire en question il n\u2019\u00e9tait pas opportun de saisir la CJUE comme la soci\u00e9t\u00e9 requ\u00e9rante l\u2019avait demand\u00e9e.<\/p>\n<p>17. Par un jugement du 16 juin 2015, le tribunal d\u00e9partemental fit droit \u00e0 l\u2019action de la requ\u00e9rante et annula la d\u00e9cision contest\u00e9e.<\/p>\n<p>18. L\u2019APIA de Bucarest et l\u2019APIA de Arad form\u00e8rent un recours devant la cour d\u2019appel. Par un arr\u00eat du 19\u00a0novembre 2015, la cour d\u2019appel fit droit \u00e0 ces recours, cassa le jugement rendu en premi\u00e8re instance et renvoya l\u2019affaire pour un nouveau jugement en premi\u00e8re instance devant le tribunal d\u00e9partemental.<\/p>\n<p>19. Par un jugement du 9 f\u00e9vrier 2016, le tribunal d\u00e9partemental rejeta l\u2019action de la requ\u00e9rante. Pour en d\u00e9cider ainsi, le tribunal d\u00e9partemental observa que l\u2019article 7 \u00a7 1 de l\u2019Ordonnance d\u2019urgence du gouvernement no\u00a0125\/2006 relative \u00e0 l\u2019approbation des r\u00e9gimes de paiements directs et de paiements directs nationaux compl\u00e9mentaires, accord\u00e9s dans l\u2019agriculture \u00e0 partir de 2007 (\u00ab\u00a0l\u2019OUG no 125\/2006\u00a0\u00bb) pr\u00e9voyait des conditions pour pouvoir b\u00e9n\u00e9ficier desdits paiements. Il nota ensuite que, pour obtenir le paiement, l\u2019agriculteur devait, entre autres, conclure un engagement pour une dur\u00e9e de cinq ans. Il \u00e9num\u00e9ra les conditions li\u00e9es au syst\u00e8me de gestion que l\u2019agriculteur devait remplir pour b\u00e9n\u00e9ficier d\u2019une aide correspondant au paquet 5. Il ajouta enfin qu\u2019il convenait de prendre en compte que, dans son annexe no\u00a02, l\u2019Ordre no\u00a0161\/2012 comportait le point B intitul\u00e9 \u00ab\u00a0les sanctions g\u00e9n\u00e9rales et sp\u00e9cifiques pour le non-respect des crit\u00e8res d\u2019admissibilit\u00e9\u00a0\u00bb et que parmi ces crit\u00e8res il mentionnait que \u00ab\u00a0les superficies pour lesquelles l\u2019engagement avait \u00e9t\u00e9 conclu devaient continuer \u00e0 \u00eatre enregistr\u00e9es aupr\u00e8s d\u2019un organisme de contr\u00f4le et \u00eatre certifi\u00e9es pour toute la p\u00e9riode de l\u2019engagement\u00a0\u00bb. Ce crit\u00e8re \u00e9tait un crit\u00e8re sp\u00e9cial pr\u00e9vu express\u00e9ment au paquet 5.<\/p>\n<p>20. Le tribunal d\u00e9partemental expliqua ensuite qu\u2019en vertu de l\u2019article\u00a036 point a) iv) du R\u00e8glement (CE) no 1698\/2005 les paiements agroenvironnementaux devaient soutenir le d\u00e9veloppement durable des zones rurales et qu\u2019en vertu de l\u2019article 39 alin\u00e9as 2 et 3 du m\u00eame R\u00e8glement l\u2019agriculteur s\u2019engageait volontairement et en g\u00e9n\u00e9ral pour une p\u00e9riode allant de cinq \u00e0 sept ans. Il exposa ensuite les contenus des articles\u00a013 et 14 de l\u2019arr\u00eat\u00e9 (hot\u0103r\u00e2rea) du gouvernement no 224\/2008 \u00e9tablissant le cadre g\u00e9n\u00e9ral de mise en \u0153uvre des mesures cofinanc\u00e9es par le Fonds europ\u00e9en agricole pour le d\u00e9veloppement rural dans le cadre du Programme national de d\u00e9veloppement rural 2007-2013 (paragraphe 30 ci\u2011dessus).<\/p>\n<p>21. Le tribunal d\u00e9partemental nota que dans sa demande de 2012 la soci\u00e9t\u00e9 requ\u00e9rante avait d\u00e9clar\u00e9, pour cinq de ses parcelles, des superficies plus r\u00e9duites que celles d\u00e9clar\u00e9es en 2011 ce qui contrevenait aux conditions li\u00e9es au syst\u00e8me de gestion correspondant au paquet agroenvironnemental accord\u00e9 pour une dur\u00e9e de cinq ans. Il nota aussi que pour trois parcelles la soci\u00e9t\u00e9 requ\u00e9rante n\u2019avait pas pu pr\u00e9senter la certification donn\u00e9e par l\u2019organisme de contr\u00f4le. Pour le tribunal d\u00e9partemental, ces faits relevaient du point B de l\u2019annexe no\u00a02 de l\u2019Ordre no\u00a0161\/2012 et non pas du point D, comme le soutenait la soci\u00e9t\u00e9 requ\u00e9rante. Il expliqua que les sanctions pr\u00e9vues pour la non-d\u00e9claration de toutes les superficies \u00e9taient applicables lorsque la condition d\u2019admissibilit\u00e9 requise \u00e0 l\u2019article 7 alin\u00e9a 1) lettres b) et e) de l\u2019OUG no 1125\/2006 \u00e9tait m\u00e9connue. Selon le tribunal d\u00e9partemental, le l\u00e9gislateur europ\u00e9en imposait que pour pouvoir b\u00e9n\u00e9ficier d\u2019un soutien financier provenant du budget de l\u2019Union europ\u00e9enne, l\u2019agriculteur devait respecter des exigences agricoles et environnementales minimales sur toute la superficie de l\u2019exploitation et non pas seulement sur celle pour laquelle l\u2019aide financi\u00e8re avait \u00e9t\u00e9 octroy\u00e9e.<\/p>\n<p>22. La soci\u00e9t\u00e9 requ\u00e9rante forma un recours contre ce jugement devant la cour d\u2019appel. Elle soutint que la d\u00e9cision contest\u00e9e avait \u00e9t\u00e9 prononc\u00e9e en m\u00e9connaissance des articles 16 et 18 du R\u00e8glement (UE) no\u00a065\/2011, que la condition li\u00e9e au maintien de la m\u00eame superficie du terrain n\u2019\u00e9tait pas un crit\u00e8re d\u2019admissibilit\u00e9 et que, compte tenu de la superficie tr\u00e8s r\u00e9duite du terrain non d\u00e9clar\u00e9 en 2012, l\u2019application des sanctions pr\u00e9vues \u00e0 l\u2019annexe no\u00a02 de l\u2019Ordre no 161\/2012 \u00e9tait incorrecte et avait eu lieu en m\u00e9connaissance de la l\u00e9gislation de l\u2019Union europ\u00e9enne applicable en la mati\u00e8re, qui devait pr\u00e9valoir sur la l\u00e9gislation nationale.<\/p>\n<p>23. Lors d\u2019une audience du 28 octobre 2016, \u00e0 la fin des d\u00e9bats en s\u00e9ance publique, la soci\u00e9t\u00e9 requ\u00e9rante sollicita aupr\u00e8s de la cour d\u2019appel la reprise de l\u2019affaire et la r\u00e9ouverture des d\u00e9bats afin d\u2019invoquer un incident de proc\u00e9dure. La cour d\u2019appel fit droit \u00e0 cette demande.<\/p>\n<p>24. La soci\u00e9t\u00e9 requ\u00e9rante demanda \u00e0 la cour d\u2019appel d\u2019adresser \u00e0 la CJUE des questions pr\u00e9judicielles, \u00e9tant donn\u00e9 que l\u2019interpr\u00e9tation des dispositions l\u00e9gales applicables et leur conformit\u00e9 avec le droit europ\u00e9en se pr\u00eataient \u00e0 plusieurs interpr\u00e9tations. La demande de renvoi en cause \u00e9tait relative \u00e0 l\u2019interpr\u00e9tation des normes suivantes\u00a0:<\/p>\n<p>\u2013 l\u2019article 16 \u00a7 1 deuxi\u00e8me phrase et l\u2019article 18 \u00a7 1 du R\u00e8glement (UE) no\u00a065\/2011\u00a0;<\/p>\n<p>\u2013 les points 79 et 80 du Pr\u00e9ambule du R\u00e8glement (CE) no 1122 de la Commission du 30 novembre 2009 fixant les modalit\u00e9s d\u2019application du r\u00e8glement (CE) no 73\/2009 du Conseil en ce qui concerne la conditionnalit\u00e9, la modulation et le syst\u00e8me int\u00e9gr\u00e9 de gestion et de contr\u00f4le dans le cadre des r\u00e9gimes de soutien direct en faveur des agriculteurs pr\u00e9vus par ce r\u00e8glement\u00a0;<\/p>\n<p>\u2013 l\u2019article 24 \u00a7\u00a7 1 et 2 du R\u00e8glement (CE) no 73\/2009 du Conseil du R\u00e8glement (CE) no 73\/2009 du Conseil du 19 janvier 2009 \u00e9tablissant des r\u00e8gles communes pour les r\u00e9gimes de soutien direct en faveur des agriculteurs dans le cadre de la politique agricole commune et \u00e9tablissant certains r\u00e9gimes de soutien en faveur des agriculteurs \u2013 article abrog\u00e9 mais en vigueur au moment de la r\u00e9alisation des pr\u00e9tendues actions susceptibles d\u2019\u00eatre sanctionn\u00e9es et de l\u2019introduction de l\u2019instance\u00a0;<\/p>\n<p>\u2013 les sanctions r\u00e9gies par l\u2019Ordre no 161\/2012 et dont certaines dispositions devaient constituer, selon la requ\u00e9rante, la transposition de l\u2019article 16 \u00a7 1 du R\u00e8glement (UE) no 65\/2011 et de l\u2019article 55 \u00a7 2 du R\u00e8glement (CE) no\u00a01122\/2009.<\/p>\n<p>25. La requ\u00e9rante \u00e9tablit aussi une liste des questions juridiques et des interrogations \u00e0 adresser \u00e0 la CJUE, qu\u2019elle versa au dossier.<\/p>\n<p>26. Par un arr\u00eat d\u00e9finitif du 28 octobre 2016, la cour d\u2019appel rejeta le recours de la requ\u00e9rante. Quant \u00e0 la demande de renvoi pr\u00e9judiciel, elle s\u2019exprima ainsi dans la partie introductive de son arr\u00eat\u00a0:<\/p>\n<p>\u00ab\u00a0La cour [d\u2019appel], en d\u00e9lib\u00e9rant, a consid\u00e9r\u00e9 qu\u2019il ne s\u2019imposait pas de discuter la demande visant \u00e0 saisir la CJUE aux fins de prononcer une d\u00e9cision sur l\u2019interpr\u00e9tation pr\u00e9liminaire des dispositions des R\u00e8glements CE, comme l\u2019a sugg\u00e9r\u00e9 (&#8230;) la requ\u00e9rante. (&#8230;)\u00a0\u00bb<\/p>\n<p>27. Sur le fond de l\u2019affaire, la cour d\u2019appel jugea que les dispositions de l\u2019Ordre no 161\/2012 \u00ab\u00a0n\u2019allaient pas \u00e0 l\u2019encontre de l\u2019article 18 du R\u00e8glement (UE) no 65\/2011\u00a0\u00bb, comme le soutenait la requ\u00e9rante. Elle consid\u00e9ra en effet que les dispositions dudit Ordre \u00ab\u00a0\u00e9tablissaient correctement, dans son annexe no\u00a02, les sanctions g\u00e9n\u00e9rales et sp\u00e9cifiques applicables en cas de non-respect des crit\u00e8res d\u2019admissibilit\u00e9\u00a0\u00bb, et qu\u2019elles \u00ab\u00a0pr\u00e9voyaient au point\u00a0B de ladite annexe les crit\u00e8res d\u2019admissibilit\u00e9 correspondant au paquet\u00a05 relatif \u00e0 l\u2019agriculture \u00e9cologique, qui fixait une condition principale d\u2019admissibilit\u00e9 selon laquelle les superficies pour lesquelles l\u2019engagement avait \u00e9t\u00e9 conclu en vue d\u2019obtenir une aide financi\u00e8re devaient continuer \u00e0 \u00eatre enregistr\u00e9es aupr\u00e8s d\u2019un organisme de contr\u00f4le et \u00eatre certifi\u00e9es pour toute la p\u00e9riode de l\u2019engagement\u00a0\u00bb. Apr\u00e8s examen des pi\u00e8ces du dossier, la cour d\u2019appel jugea que la condition d\u2019admissibilit\u00e9 requise pour obtenir une aide financi\u00e8re dans le respect de l\u2019engagement agroenvironnemental conclu en 2011 n\u2019\u00e9tait pas remplie, \u00e9tant donn\u00e9 qu\u2019en 2012 la superficie totale pour laquelle la requ\u00e9rante s\u2019\u00e9tait engag\u00e9e en 2011 n\u2019avait \u00e9t\u00e9 ni enregistr\u00e9e ni certifi\u00e9e, en m\u00e9connaissance de la condition qui imposait que l\u2019engagement initialement conclu soit respect\u00e9e pour une p\u00e9riode de cinq ans. Elle ajouta que le tribunal d\u00e9partemental avait correctement appliqu\u00e9 en l\u2019esp\u00e8ce les dispositions pertinentes de l\u2019OUG no\u00a0125\/2006.<\/p>\n<p>28. La soci\u00e9t\u00e9 requ\u00e9rante forma une contestation en annulation, voie extraordinaire de recours, contre l\u2019arr\u00eat du 28 octobre 2016, en invoquant un d\u00e9faut de motivation de cet arr\u00eat. Par un arr\u00eat d\u00e9finitif du 26 avril 2017, la cour d\u2019appel rejeta la contestation en annulation, en indiquant que la juridiction qui avait statu\u00e9 en dernier ressort s\u2019\u00e9tait prononc\u00e9e sur la demande de renvoi pr\u00e9judiciel pour autant qu\u2019elle l\u2019avait rejet\u00e9e et que la motivation insuffisante de cette d\u00e9cision ne constituait pas une omission au sens de la loi de proc\u00e9dure.<\/p>\n<p>LE CADRE JURIDIQUE INTERNE ET EUROP\u00c9EN PERTINENTS<\/p>\n<p><strong>I. Le DROIt interne pertinent<\/strong><\/p>\n<p>29. Les articles pertinents du code de proc\u00e9dure civile sont ainsi libell\u00e9s\u00a0:<\/p>\n<p style=\"text-align: center;\">Article 425<\/p>\n<p>\u00ab\u00a0Le jugement doit comporter\u00a0:<\/p>\n<p>(&#8230;)<\/p>\n<p>b) les consid\u00e9rants, o\u00f9 sont pr\u00e9cis\u00e9s l\u2019objet de la demande et expos\u00e9s succinctement les pr\u00e9tentions respectives des parties, l\u2019expos\u00e9 de la situation en fait retenue par le juge sur la base des preuves instruites, la motivation en fait et en droit de la d\u00e9cision, en indiquant tant les raisons pour lesquelles les demandes des parties ont \u00e9t\u00e9 admises que les motifs pour lesquels celles-ci ont \u00e9t\u00e9 rejet\u00e9es.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p>30. L\u2019arr\u00eat\u00e9 (hot\u0103r\u00e2rea) du gouvernement no 224\/2008 \u00e9tablissant le cadre g\u00e9n\u00e9ral de la mise en \u0153uvre de mesures cofinanc\u00e9es par le Fonds europ\u00e9en agricole pour le d\u00e9veloppement rural dans le cadre du Programme national de d\u00e9veloppement rural 2007-2013, tel qu\u2019en vigueur \u00e0 l\u2019\u00e9poque des faits, pr\u00e9voyait dans son article 13 que l\u2019utilisation durable des terres agricoles \u00e9tait assur\u00e9e entre autres par la mesure 214 intitul\u00e9e \u00ab\u00a0Paiements agroenvironnementaux\u00a0\u00bb. Selon l\u2019article 14 du m\u00eame arr\u00eat\u00e9, l\u2019APIA devait d\u00e9terminer si le demandeur de l\u2019aide avait droit au paiement, d\u00e9finir le montant \u00e0 allouer et effectuer le paiement.<\/p>\n<p>31. Les dispositions pertinentes en l\u2019esp\u00e8ce de l\u2019ordonnance d\u2019urgence du gouvernement no 125\/2006 pour l\u2019approbation des r\u00e9gimes de paiements directs et de paiements directs nationaux compl\u00e9mentaires, qui avaient \u00e9t\u00e9 accord\u00e9s dans l\u2019agriculture \u00e0 partir de 2007, en vigueur \u00e0 l\u2019\u00e9poque des faits, \u00e9taient ainsi libell\u00e9es\u00a0:<\/p>\n<p style=\"text-align: center;\">Article 7<\/p>\n<p>\u00ab\u00a01. Afin de b\u00e9n\u00e9ficier de l\u2019octroi de paiements au titre des r\u00e9gimes de paiement unique \u00e0 la surface, les candidats doivent \u00eatre inscrits au registre des agriculteurs, administr\u00e9 par l\u2019Agence des paiements et des interventions agricoles, demander des paiements en temps opportun et remplir les conditions g\u00e9n\u00e9rales suivantes\u00a0:<\/p>\n<p>a) exploiter une terre agricole d\u2019une superficie d\u2019au moins 1 ha, et la surface de la parcelle agricole d\u2019au moins 0,3 ha (&#8230;)\u00a0;<\/p>\n<p>b) d\u00e9clarer toutes les parcelles agricoles\u00a0;<\/p>\n<p>(&#8230;)<\/p>\n<p>e) respecter de bonnes conditions agricoles et environnementales, r\u00e9glement\u00e9es par la l\u00e9gislation nationale, sur l\u2019ensemble de la superficie agricole de l\u2019exploitation\u00a0;<\/p>\n<p>(&#8230;)\u00a0\u00bb<\/p>\n<p>32. L\u2019Ordre no 161\/2012 du ministre de l\u2019Agriculture et du D\u00e9veloppement rural, tel qu\u2019en vigueur \u00e0 l\u2019\u00e9poque des faits, pr\u00e9voyait entre autres, dans le cadre du Programme national de d\u00e9veloppement rural 2007\u20112013, le syst\u00e8me de sanctions li\u00e9es aux demandes de paiement d\u00e9pos\u00e9es d\u00e8s 2012, qui \u00e9tait approuv\u00e9 pour la mesure 214 intitul\u00e9e \u00ab\u00a0Paiements agroenvironnementaux\u00a0\u00bb. Son annexe no 2 r\u00e9gissait le syst\u00e8me de sanctions pour la mesure 214.<\/p>\n<p>33. Le point B de l\u2019annexe no 2 portait sur les sanctions g\u00e9n\u00e9rales et sp\u00e9cifiques applicables en cas de non-respect des crit\u00e8res d\u2019admissibilit\u00e9\u00a0\u00bb. Sur ce point, \u00ab\u00a0la signature et le maintien de l\u2019engagement pour une p\u00e9riode de cinq ans \u00e0 partir de la date de signature\u00a0\u00bb figuraient au deuxi\u00e8me tableau de l\u2019annexe no 2, parmi les conditions d\u2019admissibilit\u00e9. Concernant le paquet\u00a05 relatif \u00e0 l\u2019agriculture \u00e9cologique, il \u00e9tait mentionn\u00e9 dans le m\u00eame tableau, parmi les conditions d\u2019admissibilit\u00e9, que \u00ab\u00a0les superficies pour lesquelles l\u2019engagement avait \u00e9t\u00e9 conclu devaient continuer \u00e0 \u00eatre enregistr\u00e9es aupr\u00e8s d\u2019un organisme de contr\u00f4le et certifi\u00e9es pour toute la p\u00e9riode de l\u2019engagement\u00a0\u00bb. Lorsque ce crit\u00e8re n\u2019\u00e9tait pas rempli et que la superficie \u00e9tait r\u00e9duite de plus de 30\u00a0% que celle pour laquelle l\u2019engagement avait \u00e9t\u00e9 conclu, il convenait d\u2019appliquer la sanction du code 3, \u00e0 savoir la r\u00e9duction de 50\u00a0% de l\u2019aide octroy\u00e9e.<\/p>\n<p>34. Le point D de l\u2019annexe no 2 de l\u2019Ordre no 161\/2012 intitul\u00e9 \u00ab\u00a0Sanctions pour la non-d\u00e9claration de toutes les superficies\u00a0\u00bb pr\u00e9voyait ce qui suit\u00a0:<\/p>\n<p>\u00ab\u00a0Si, pour une ann\u00e9e donn\u00e9e, un agriculteur ne d\u00e9clare pas toutes les superficies agricoles et que la diff\u00e9rence entre la superficie agricole totale d\u00e9clar\u00e9e dans la demande de paiement, d\u2019une part, et la superficie d\u00e9clar\u00e9e plus la superficie totale des parcelles agricoles non d\u00e9clar\u00e9es, d\u2019autre part, est sup\u00e9rieure \u00e0 3\u00a0% de la superficie d\u00e9clar\u00e9e, le montant global des paiements dus \u00e0 un agriculteur pour l\u2019ann\u00e9e o\u00f9 l\u2019irr\u00e9gularit\u00e9 a \u00e9t\u00e9 constat\u00e9e subit une r\u00e9duction pouvant aller jusqu\u2019\u00e0 3\u00a0% (&#8230;)\u00a0\u00bb<\/p>\n<p><strong>II. LE droit de l\u2019Union europ\u00c9ene pertinent<\/strong><\/p>\n<p>35. L\u2019article\u00a0267 du Trait\u00e9 sur le fonctionnement de l\u2019Union europ\u00e9enne (\u00ab\u00a0TFUE\u00a0\u00bb\u00a0; ancien article 234 du Trait\u00e9 instituant la Communaut\u00e9 europ\u00e9enne) pr\u00e9voit la saisine \u00e0 titre pr\u00e9judiciel de la CJUE en ces termes\u00a0:<\/p>\n<p>\u00ab\u00a0La Cour de justice est comp\u00e9tente pour statuer, \u00e0 titre pr\u00e9judiciel\u00a0:<\/p>\n<p>a) sur l\u2019interpr\u00e9tation du pr\u00e9sent trait\u00e9,<\/p>\n<p>b) sur la validit\u00e9 et l\u2019interpr\u00e9tation des actes pris par les institutions de la Communaut\u00e9 (&#8230;)\u00a0;<\/p>\n<p>(&#8230;)<\/p>\n<p>Lorsqu\u2019une telle question est soulev\u00e9e devant une juridiction d\u2019un des \u00c9tats membres, cette juridiction peut, si elle estime qu\u2019une d\u00e9cision sur ce point est n\u00e9cessaire pour rendre son jugement, demander \u00e0 la Cour de justice de statuer sur cette question.<\/p>\n<p>Lorsqu\u2019une telle question est soulev\u00e9e dans une affaire pendante devant une juridiction nationale dont les d\u00e9cisions ne sont pas susceptibles d\u2019un recours juridictionnel de droit interne, cette juridiction est tenue de saisir la Cour de justice.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p>36. Interpr\u00e9tant cette disposition, la CJUE a pr\u00e9cis\u00e9 ce qui suit dans l\u2019affaire S.r.l. CILFIT et Lanificio di Gavardo S.p.a. c.\u00a0Minist\u00e8re de la sant\u00e9 (C-283\/81, arr\u00eat du 6 octobre 1982, ECLI:EU:C:1982:335, \u00a7 21)\u00a0:<\/p>\n<p>\u00ab\u00a0(&#8230;) une juridiction dont les d\u00e9cisions ne sont pas susceptibles d\u2019un recours juridictionnel de droit interne est tenue, lorsqu\u2019une question de droit [de l\u2019Union] se pose devant elle, de d\u00e9f\u00e9rer \u00e0 son obligation de saisine, \u00e0 moins qu\u2019elle n\u2019ait constat\u00e9 que la question soulev\u00e9e n\u2019est pas pertinente ou que la disposition [de l\u2019Union] en cause a d\u00e9j\u00e0 fait l\u2019objet d\u2019une interpr\u00e9tation de la part de la Cour ou que l\u2019application correcte du droit [de l\u2019Union] s\u2019impose avec une telle \u00e9vidence qu\u2019elle ne laisse place \u00e0 aucun doute raisonnable; l\u2019existence d\u2019une telle \u00e9ventualit\u00e9 doit \u00eatre \u00e9valu\u00e9e en fonction des caract\u00e9ristiques propres au droit [de l\u2019Union], des difficult\u00e9s particuli\u00e8res que pr\u00e9sente son interpr\u00e9tation et du risque de divergences de jurisprudence \u00e0 l\u2019int\u00e9rieur de la Communaut\u00e9.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p>37. S\u2019agissant de l\u2019initiation de la proc\u00e9dure pr\u00e9judicielle, la CJUE a indiqu\u00e9 ceci dans l\u2019affaire Gy\u00f6rgy Katz c. Istv\u00e1n Roland S\u00f3s (C-404\/07, 9\u00a0octobre 2008, ECLI:EU:C:2008:553, \u00a7 37)\u00a0:<\/p>\n<p>\u00ab\u00a0(&#8230;) il appartient au juge national et non aux parties au litige au principal de saisir la Cour. La facult\u00e9 de d\u00e9terminer les questions \u00e0 soumettre \u00e0 la Cour est donc d\u00e9volue au seul juge national et les parties ne sauraient en changer la teneur (&#8230;)\u00a0\u00bb<\/p>\n<p>38. Dans son jugement du 9 novembre 2010 dans l\u2019affaire VB P\u00e9nz\u00fcgyi L\u00edzing Zrt. v. Ference Schneider (C-137\/08, ECLI:EU:C:2010:659, \u00a7 28), la CJUE a pr\u00e9cis\u00e9 ce qui suit\u00a0:<\/p>\n<p>\u00ab\u00a0(&#8230;) le syst\u00e8me instaur\u00e9 \u00e0 l\u2019article 267 TFUE en vue d\u2019assurer l\u2019unit\u00e9 de l\u2019interpr\u00e9tation du droit de l\u2019Union dans les \u00c9tats membres institue une coop\u00e9ration directe entre la Cour et les juridictions nationales par une proc\u00e9dure \u00e9trang\u00e8re \u00e0 toute initiative des parties (&#8230;)\u00a0\u00bb<\/p>\n<p>39. Le 25 novembre 2016 the CJUE a publi\u00e9 une actualisation de ses \u00ab\u00a0recommandations \u00e0 l\u2019attention des juridictions nationales relatives \u00e0 l\u2019introduction de proc\u00e9dures pr\u00e9judicielles\u00a0\u00bb (2016\/C 439\/01), dont la partie pertinente est la suivante\u00a0:<\/p>\n<p>\u00ab\u00a03. La comp\u00e9tence de la Cour pour statuer, \u00e0 titre pr\u00e9judiciel, sur l\u2019interpr\u00e9tation ou la validit\u00e9 du droit de l\u2019Union s\u2019exerce \u00e0 l\u2019initiative exclusive des juridictions nationales, que les parties au litige au principal aient ou non exprim\u00e9 le souhait d\u2019une saisine de la Cour. Dans la mesure o\u00f9 elle est appel\u00e9e \u00e0 assumer la responsabilit\u00e9 de la d\u00e9cision judiciaire \u00e0 intervenir, c\u2019est en effet \u00e0 la juridiction nationale saisie d\u2019un litige \u2013 et \u00e0 elle seule \u2013 qu\u2019il appartient d\u2019appr\u00e9cier, au regard des particularit\u00e9s de chaque affaire, tant la n\u00e9cessit\u00e9 d\u2019une demande de d\u00e9cision pr\u00e9judicielle pour \u00eatre en mesure de rendre son jugement que la pertinence des questions qu\u2019elle pose \u00e0 la Cour.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p>40. Les dispositions pertinentes du R\u00e8glement (CE) no 1698\/2005 du Conseil du 20 septembre 2005 concernant le soutien au d\u00e9veloppement rural par le Fonds europ\u00e9en agricole pour le d\u00e9veloppement rural (Feader) se lisent ainsi\u00a0:<\/p>\n<p style=\"text-align: center;\">Article 36 \u2013 Mesures<\/p>\n<p>\u00ab\u00a0L\u2019aide pr\u00e9vue au titre de la pr\u00e9sente section concerne\u00a0:<\/p>\n<p>a) les mesures ax\u00e9es sur l\u2019utilisation durable des terres agricoles gr\u00e2ce \u00e0\u00a0:<\/p>\n<p>(&#8230;)<\/p>\n<p>iv) des paiements agroenvironnementaux,<\/p>\n<p>(&#8230;)\u00a0\u00bb<\/p>\n<p style=\"text-align: center;\">Article 39 \u2013 Paiements agroenvironnementaux<\/p>\n<p>\u00ab\u00a0(&#8230;)<\/p>\n<p>2. Les paiements agroenvironnementaux sont accord\u00e9s aux agriculteurs qui prennent volontairement des engagements en faveur de l\u2019agroenvironnement. Lorsque la r\u00e9alisation des objectifs environnementaux le justifie, les paiements agroenvironnementaux peuvent \u00eatre accord\u00e9s \u00e0 d\u2019autres gestionnaires de terres.<\/p>\n<p>3. Les paiements agroenvironnementaux ne concernent que les engagements qui d\u00e9passent les normes obligatoires \u00e9tablies conform\u00e9ment aux articles 4 et 5 du r\u00e8glement (CE) no 1782\/2003 et aux annexes III et IV dudit r\u00e8glement, ainsi que les exigences minimales pour les engrais et les produits phytosanitaires et les autres exigences obligatoires appropri\u00e9es \u00e9tablies par la l\u00e9gislation nationale et indiqu\u00e9es dans le programme.<\/p>\n<p>Ces engagements sont pris en g\u00e9n\u00e9ral pour une dur\u00e9e de cinq \u00e0 sept ans. (&#8230;)\u00a0\u00bb<\/p>\n<p>41. Les articles pertinents du R\u00e8glement (UE) no 65\/2011 de la commission du 27 janvier 2011, portant modalit\u00e9s d\u2019application du r\u00e8glement (CE) no 1698\/2005 du Conseil en ce qui concerne l\u2019application de proc\u00e9dures de contr\u00f4le et de conditionnalit\u00e9 pour les mesures de soutien au d\u00e9veloppement rural, se lisent ainsi\u00a0:<\/p>\n<p style=\"text-align: center;\">Article premier<\/p>\n<p style=\"text-align: center;\">Champ d\u2019application<\/p>\n<p>\u00ab\u00a0Le pr\u00e9sent r\u00e8glement d\u00e9finit les modalit\u00e9s de mise en \u0153uvre de proc\u00e9dures de contr\u00f4le et de conditionnalit\u00e9 pour les mesures cofinanc\u00e9es de soutien au d\u00e9veloppement rural \u00e9tablies en application du r\u00e8glement (CE) no 1698\/2005.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p style=\"text-align: center;\">Sous-section II<\/p>\n<p style=\"text-align: center;\">R\u00e9ductions et exclusions<\/p>\n<p style=\"text-align: center;\">Article 16<\/p>\n<p style=\"text-align: center;\">R\u00e9ductions et exclusions en ce qui concerne la taille des superficies<\/p>\n<p>\u00ab\u00a01. Si, pour une ann\u00e9e donn\u00e9e, un b\u00e9n\u00e9ficiaire ne d\u00e9clare pas toutes les superficies agricoles et que la diff\u00e9rence entre la superficie agricole totale d\u00e9clar\u00e9e dans la demande de paiement, d\u2019une part, et la superficie d\u00e9clar\u00e9e plus la superficie totale des parcelles agricoles non d\u00e9clar\u00e9es, d\u2019autre part, est sup\u00e9rieure \u00e0 3\u00a0% de la superficie d\u00e9clar\u00e9e, le montant global des paiements pour les mesures \u00ab\u00a0surfaces\u00a0\u00bb \u00e0 verser \u00e0 ce b\u00e9n\u00e9ficiaire pour ladite ann\u00e9e subit une r\u00e9duction pouvant aller jusqu\u2019\u00e0 3\u00a0%, en fonction de la gravit\u00e9 de l\u2019omission.<\/p>\n<p>(&#8230;)\u00a0\u00bb<\/p>\n<p style=\"text-align: center;\">Article 18<\/p>\n<p style=\"text-align: center;\">R\u00e9ductions et exclusions en cas de non-respect d\u2019autres crit\u00e8res d\u2019admissibilit\u00e9, engagements et obligations y aff\u00e9rentes<\/p>\n<p>\u00ab\u00a01. L\u2019aide demand\u00e9e est r\u00e9duite ou refus\u00e9e lorsque les obligations et crit\u00e8res suivants ne sont pas remplis\u00a0:<\/p>\n<p>a) pour les mesures vis\u00e9es \u00e0 l\u2019article 36, points a) iv) et a) v) ainsi qu\u2019\u00e0 l\u2019article 36, point b) v), du r\u00e8glement (CE) no 1698\/2005, les normes obligatoires appropri\u00e9es ainsi que les exigences minimales appropri\u00e9es pour les engrais et les produits phytosanitaires, les autres exigences obligatoires appropri\u00e9es vis\u00e9es \u00e0 l\u2019article 39, paragraphe 3, \u00e0 l\u2019article 40, paragraphe 2, et \u00e0 l\u2019article 47, paragraphe 1, du r\u00e8glement (CE) no\u00a01698\/2005 et les engagements qui vont au-del\u00e0 de ces normes et exigences\u00a0;<\/p>\n<p>b) les crit\u00e8res d\u2019admissibilit\u00e9 autres que ceux qui sont li\u00e9s \u00e0 la superficie ou au nombre d\u2019animaux d\u00e9clar\u00e9.<\/p>\n<p>Dans le cas d\u2019engagements pluriannuels, les r\u00e9ductions d\u2019aides, les exclusions et les recouvrements s\u2019appliquent \u00e9galement aux montants d\u00e9j\u00e0 pay\u00e9s au cours des ann\u00e9es ant\u00e9rieures en ce qui concerne cet engagement. (&#8230;)\u00a0\u00bb<\/p>\n<p>EN DROIT<\/p>\n<p>I. SUR LA VIOLATION ALL\u00c9GU\u00c9E DE L\u2019ARTICLE 6 \u00a7 1 DE LA CONVENTION<\/p>\n<p>42. La soci\u00e9t\u00e9 requ\u00e9rante all\u00e8gue que la cour d\u2019appel a rejet\u00e9 sans indiquer de motif sa demande de renvoi pr\u00e9judiciel. Elle invoque l\u2019article 6 \u00a7\u00a01 de la Convention, dont les parties pertinentes sont ainsi libell\u00e9es\u00a0:<\/p>\n<p>\u00ab\u00a0Toute personne a droit \u00e0 ce que sa cause soit entendue \u00e9quitablement (&#8230;) par un tribunal (&#8230;), qui d\u00e9cidera (&#8230;) des contestations sur ses droits et obligations de caract\u00e8re civil (&#8230;)\u00a0\u00bb<\/p>\n<p><strong>A. Sur la recevabilit\u00e9<\/strong><\/p>\n<p>43. La Cour rappelle que, pour que l\u2019article 6 \u00a7 1 trouve \u00e0 s\u2019appliquer sous son volet \u00ab\u00a0civil\u00a0\u00bb, il faut qu\u2019il y ait \u00ab\u00a0contestation\u00a0\u00bb sur un \u00ab\u00a0droit\u00a0\u00bb que l\u2019on peut pr\u00e9tendre, au moins de mani\u00e8re d\u00e9fendable, reconnu en droit interne, et ce, que le droit en question soit prot\u00e9g\u00e9 par la Convention ou non (voir, parmi bien d\u2019autres pr\u00e9c\u00e9dents, Bochan c. Ukraine (no 2) [GC], no\u00a022251\/08, \u00a7 42, CEDH 2015). La Cour note que la proc\u00e9dure interne portait sur l\u2019\u00e9tendue de la r\u00e9duction des aides financi\u00e8res dont b\u00e9n\u00e9ficiait la soci\u00e9t\u00e9 requ\u00e9rante qui menait des activit\u00e9s agricoles, en vertu des dispositions europ\u00e9ennes concernant le soutien au d\u00e9veloppement rural et du droit interne y relatif (paragraphe 5 ci-dessus). Dans ces conditions, la Cour estime que la soci\u00e9t\u00e9 requ\u00e9rante pouvait pr\u00e9tendre, au moins de mani\u00e8re d\u00e9fendable, avoir un droit reconnu en droit interne. Compte tenu de l\u2019int\u00e9r\u00eat patrimonial et des r\u00e9percussions potentielles que l\u2019issue du litige pouvait avoir sur l\u2019activit\u00e9 de l\u2019int\u00e9ress\u00e9e, la Cour consid\u00e8re que le volet civil de l\u2019article 6 de la Convention est applicable en l\u2019esp\u00e8ce.<\/p>\n<p>44. Constatant que ce grief n\u2019est pas manifestement mal fond\u00e9 ni irrecevable pour un autre motif vis\u00e9 \u00e0 l\u2019article\u00a035 de la Convention, la Cour le d\u00e9clare recevable.<\/p>\n<p><strong>B. Sur le fond<\/strong><\/p>\n<p><em>1. Th\u00e8ses des parties<\/em><\/p>\n<p>a) La soci\u00e9t\u00e9 requ\u00e9rante<\/p>\n<p>45. La soci\u00e9t\u00e9 requ\u00e9rante fait valoir que le refus par la cour d\u2019appel de saisir la CJUE des questions pr\u00e9judicielles qu\u2019elle lui avait soumises n\u2019\u00e9tait pas motiv\u00e9 au regard des crit\u00e8res \u00e9nonc\u00e9s dans l\u2019arr\u00eat Cilfit. Elle ajoute que dans les motifs de l\u2019arr\u00eat du 28 octobre 2016 aucun \u00e9l\u00e9ment ne s\u2019y trouvait qui aurait permis de d\u00e9duire que l\u2019approche de la cour d\u2019appel aurait vis\u00e9 le crit\u00e8re de la non-pertinence de la demande et\/ou le crit\u00e8re de l\u2019\u00e9vidence quant \u00e0 l\u2019interpr\u00e9tation exacte des dispositions du droit de l\u2019Union. Elle expose que la motivation du tribunal d\u00e9partemental dans son jugement avant dire droit du 19 mai 2015 ne comblait point le d\u00e9faut de motivation de la cour d\u2019appel, \u00e9tant donn\u00e9 qu\u2019il s\u2019agissait d\u2019un tribunal de premi\u00e8re instance pour qui la demande de renvoi pr\u00e9judiciel \u00e9tait facultative et qu\u2019il avait fond\u00e9 sa d\u00e9cision sur le principe de primaut\u00e9 du droit europ\u00e9en et non pas sur les crit\u00e8res \u00e9tablis dans la jurisprudence Cilfit.<\/p>\n<p>b) Le Gouvernement<\/p>\n<p>46. Le Gouvernement explique qu\u2019en l\u2019esp\u00e8ce la cour d\u2019appel a rejet\u00e9 la demande de renvoi pr\u00e9judiciel form\u00e9e par la soci\u00e9t\u00e9 requ\u00e9rante au motif qu\u2019aucun examen sur cette demande n\u2019\u00e9tait n\u00e9cessaire. Il ajoute que le tribunal d\u00e9partemental, dans son jugement avant dire droit du 19 mai 2015, avait mentionn\u00e9 que le juge national n\u2019\u00e9tait pas tenu de proc\u00e9der \u00e0 un renvoi pr\u00e9judiciel parce qu\u2019il consid\u00e9rait soit qu\u2019il pouvait interpr\u00e9ter lui-m\u00eame les dispositions europ\u00e9ennes, soit que le droit europ\u00e9en invoqu\u00e9 n\u2019\u00e9tait pas pertinent en l\u2019esp\u00e8ce (paragraphe 16 ci-dessus).<\/p>\n<p>47. Pour le Gouvernement, la r\u00e9ponse fournie \u00e0 la soci\u00e9t\u00e9 requ\u00e9rante impliquait que les juridictions nationales n\u2019avaient pas de doute quant \u00e0 l\u2019application correcte en l\u2019esp\u00e8ce du droit de l\u2019Union europ\u00e9enne et que le moyen ainsi soulev\u00e9 par la soci\u00e9t\u00e9 requ\u00e9rante n\u2019\u00e9tait pas pertinent. Le Gouvernement soutient que le tribunal d\u00e9partemental a motiv\u00e9 de mani\u00e8re approfondie sa d\u00e9cision en mettant en avant le caract\u00e8re inopportun de saisir la CJUE de questions pr\u00e9judicielles (paragraphe 16 ci-dessus). Il ajoute que les raisons du rejet de la demande de renvoi pr\u00e9judiciel au regard des crit\u00e8res \u00e9tablis dans l\u2019affaire Cilfit pouvaient se d\u00e9duire de la motivation de l\u2019arr\u00eat rendu par la cour d\u2019appel sur le fond de l\u2019affaire. Il explique qu\u2019en r\u00e9pondant au moyen de recours de la soci\u00e9t\u00e9 requ\u00e9rante fond\u00e9 sur le droit de l\u2019Union europ\u00e9enne, la cour d\u2019appel a indiqu\u00e9 que les dispositions de l\u2019Ordre no\u00a0161\/2012 ne contredisaient pas les dispositions de l\u2019article 18 \u00a7 1 b) du R\u00e8glement (UE) no\u00a065\/2011 et a expos\u00e9 la mani\u00e8re dont ledit Ordre avait \u00e9tabli les sanctions applicables.<\/p>\n<p><em>2. Appr\u00e9ciation de la Cour<\/em><\/p>\n<p>a) Les principes g\u00e9n\u00e9raux<\/p>\n<p>48. Comme la Cour l\u2019a expos\u00e9 dans l\u2019arr\u00eat Ullens de Schooten et Rezabek c. Belgique (nos 3989\/07 et 38353\/07, \u00a7 56, 20 septembre 2011) et rappel\u00e9 plus r\u00e9cemment dans l\u2019arr\u00eat Sanofi Pasteur c. France (no\u00a025137\/16, \u00a7\u00a068, 13 f\u00e9vrier 2020), il r\u00e9sulte du troisi\u00e8me alin\u00e9a de l\u2019article 267 TFUE que, lorsqu\u2019une question relative notamment \u00e0 l\u2019interpr\u00e9tation du Trait\u00e9 ou des actes pris par les institutions de l\u2019Union europ\u00e9enne est soulev\u00e9e dans le cadre d\u2019une proc\u00e9dure devant une juridiction nationale dont les d\u00e9cisions ne sont pas susceptibles d\u2019un recours juridictionnel de droit interne \u2013 telle, en l\u2019esp\u00e8ce, la cour d\u2019appel \u2013, cette juridiction est tenue d\u2019en saisir la CJUE \u00e0 titre pr\u00e9judiciel. Cette obligation n\u2019est toutefois pas absolue. Il ressort en effet de la jurisprudence Cilfit de la CJUE qu\u2019il revient aux juridictions nationales dont les d\u00e9cisions ne sont pas susceptibles d\u2019un recours juridictionnel de droit interne comme aux autres juridictions nationales, d\u2019appr\u00e9cier si une d\u00e9cision sur un point de droit de l\u2019Union est n\u00e9cessaire pour leur permettre de rendre leur d\u00e9cision. L\u2019arr\u00eat pr\u00e9cise \u00e0 cet \u00e9gard qu\u2019en cons\u00e9quence, elles ne sont pas tenues de renvoyer une question d\u2019interpr\u00e9tation de droit de l\u2019Union soulev\u00e9e devant elles lorsqu\u2019elles constatent que \u00ab\u00a0[cette question] n\u2019est pas pertinente\u00a0\u00bb, que \u00ab\u00a0la disposition [de l\u2019Union] en cause a d\u00e9j\u00e0 fait l\u2019objet d\u2019une interpr\u00e9tation de la part de la Cour [de justice]\u00a0\u00bb ou que \u00ab\u00a0l\u2019application correcte du droit [de l\u2019Union] s\u2019impose avec une telle \u00e9vidence qu\u2019elle ne laisse place \u00e0 aucun doute raisonnable\u00a0\u00bb (paragraphes 36-39 ci-dessus).<\/p>\n<p>49. La Convention ne garantit pas, comme tel, un droit \u00e0 ce qu\u2019une affaire soit renvoy\u00e9e \u00e0 titre pr\u00e9judiciel par le juge interne devant la CJUE (Baydar c. Pays-Bas, no\u00a055385\/14, \u00a7 39, 24 avril 2018\u00a0; voir aussi Ullens de Schooten et Rezabek, pr\u00e9cit\u00e9, \u00a7 57). L\u2019article 6 \u00a7\u00a01 met toutefois \u00e0 la charge des juridictions internes une obligation de motiver au regard du droit applicable les d\u00e9cisions par lesquelles elles refusent de poser une question pr\u00e9judicielle, d\u2019autant plus lorsque le droit applicable n\u2019admet un tel refus qu\u2019\u00e0 titre d\u2019exception. La Cour en a d\u00e9duit que, lorsqu\u2019elle est saisie sur ce fondement d\u2019une all\u00e9gation de violation de l\u2019article 6 \u00a7 1, sa t\u00e2che consiste \u00e0 s\u2019assurer que la d\u00e9cision de refus critiqu\u00e9e devant elle est d\u00fbment assortie de tels motifs. Cela \u00e9tant, elle a rappel\u00e9 que, s\u2019il lui revient de proc\u00e9der rigoureusement \u00e0 cette v\u00e9rification, il ne lui appartient pas de conna\u00eetre d\u2019erreurs qu\u2019auraient commises les juridictions internes dans l\u2019interpr\u00e9tation ou l\u2019application du droit pertinent (Ullens de Schooten et Rezabek, pr\u00e9cit\u00e9, \u00a7\u00a7\u00a060-61, Dhahbi c. Italie, no 17120\/09, \u00a7 31, 8 avril 2014, et Sanofi Pasteur, pr\u00e9cit\u00e9, \u00a7 69). Sur ce dernier point, elle a \u00e9galement rappel\u00e9 qu\u2019il revient au premier chef aux autorit\u00e9s nationales, tout particuli\u00e8rement aux cours et tribunaux, d\u2019interpr\u00e9ter et d\u2019appliquer le droit interne, le cas \u00e9ch\u00e9ant en conformit\u00e9 avec le droit de l\u2019Union europ\u00e9enne, le r\u00f4le de la Cour se limitant \u00e0 v\u00e9rifier la compatibilit\u00e9 avec la Convention des effets de leurs d\u00e9cisions (Ullens de Schooten et Rezabek, pr\u00e9cit\u00e9, \u00a7\u00a054).<\/p>\n<p>50. La Cour a aussi pr\u00e9cis\u00e9 que, dans le cadre sp\u00e9cifique du troisi\u00e8me alin\u00e9a de l\u2019article 267 du Trait\u00e9 sur le fonctionnement de l\u2019Union europ\u00e9enne, cela signifie que les juridictions nationales dont les d\u00e9cisions ne sont pas susceptibles d\u2019un recours juridictionnel de droit interne, qui refusent de saisir la CJUE \u00e0 titre pr\u00e9judiciel d\u2019une question relative \u00e0 l\u2019interpr\u00e9tation du droit de l\u2019Union europ\u00e9enne soulev\u00e9e devant elles, sont tenues de motiver leur refus au regard des exceptions pr\u00e9vues par la jurisprudence de la CJUE (Ullens de Schooten et Rezabek, pr\u00e9cit\u00e9, \u00a7 62, et Sanofi Pasteur, pr\u00e9cit\u00e9, \u00a7\u00a070).<\/p>\n<p>51. La Cour a confirm\u00e9 ces principes dans des arr\u00eats et d\u00e9cisions post\u00e9rieurs, tout en pr\u00e9cisant qu\u2019ils ne faisaient pas obstacle \u00e0 ce que, lorsqu\u2019une juridiction interne sup\u00e9rieure rejette par une motivation sommaire une requ\u00eate parce qu\u2019elle ne soul\u00e8ve pas de questions juridique fonci\u00e8rement importante ou qu\u2019elle n\u2019a pas de chance d\u2019aboutir, il est le cas \u00e9ch\u00e9ant acceptable au regard de l\u2019article 6 de la Convention, qu\u2019elle ne traite pas explicitement de la demande de renvoi pr\u00e9judiciel soulev\u00e9e dans le cadre de cette requ\u00eate (voir, en particulier, Baydar, pr\u00e9cit\u00e9, \u00a7\u00a7 42, 46 et\u00a048). Il en va de m\u00eame lorsque le recours est d\u00e9clar\u00e9 irrecevable pour non\u2011respect des conditions de recevabilit\u00e9 (Astikos Kai Paratheristikos Oikodomikos Synetairismos Axiomatikon et Karagiorgos c. Gr\u00e8ce (d\u00e9c.), nos\u00a029382\/16 et 489\/17, \u00a7 47, 9 mai 2017). Dans de tels cas de figure, les r\u00e9ponses aux questions envisag\u00e9es, quelles qu\u2019elles soient, n\u2019auraient pas d\u2019effet sur le r\u00e9sultat de l\u2019affaire (ibidem). La Cour admet aussi que, in concreto, les raisons du rejet de la demande de renvoi pr\u00e9judiciel au regard des crit\u00e8res Cilfit puissent se d\u00e9duire de la motivation du reste de la d\u00e9cision de la juridiction concern\u00e9e (Krikorian c. France (d\u00e9c.), no\u00a06459\/07, \u00a7\u00a7\u00a097\u201199, 26\u00a0novembre 2013, Harisch c. Allemagne, no\u00a050053\/16, \u00a7\u00a7\u00a037-42, 11\u00a0avril 2019, et Ogieriakhi c. Irlande (d\u00e9c.), [Comit\u00e9] no\u00a057551\/17, \u00a7 62, 30\u00a0avril 2019) ou de motifs quelque peu implicites indiqu\u00e9s dans la d\u00e9cision rejetant la demande (Repcevir\u00e1g Sz\u00f6vetkezet c.\u00a0Hongrie, no 70750\/14, \u00a7\u00a7\u00a057-58, 30\u00a0avril 2019).<\/p>\n<p>b) L\u2019application de ces principes en l\u2019esp\u00e8ce<\/p>\n<p>52. En l\u2019esp\u00e8ce, les questions pr\u00e9judicielles que la soci\u00e9t\u00e9 requ\u00e9rante souhaitait voir transmises par la cour d\u2019appel \u00e0 la CJUE, qui visaient l\u2019interpr\u00e9tation de plusieurs articles de droit europ\u00e9en, \u00e9taient formul\u00e9es avec pr\u00e9cision et selon les modalit\u00e9s requises par le droit interne (paragraphes 24-25 ci-dessus) (comparer avec Somorjai c. Hongrie, no\u00a060934\/13, \u00a7\u00a7 59-60, 28\u00a0ao\u00fbt 2018). Cela n\u2019a du reste pas pr\u00eat\u00e9 \u00e0 controverse entre les parties. Par ailleurs, la cour d\u2019appel n\u2019a pas d\u00e9clar\u00e9 le recours de la soci\u00e9t\u00e9 requ\u00e9rante irrecevable, mais l\u2019a rejet\u00e9 apr\u00e8s avoir proc\u00e9d\u00e9 \u00e0 un examen au fond de l\u2019affaire. On ne se trouve donc pas dans le premier cas \u00e9voqu\u00e9 au paragraphe\u00a051 ci-dessus.<\/p>\n<p>53. Ensuite, en r\u00e9ponse \u00e0 la demande visant \u00e0 saisir \u00e0 titre pr\u00e9judiciel la CJUE form\u00e9e par la soci\u00e9t\u00e9 requ\u00e9rante, la cour d\u2019appel s\u2019est limit\u00e9e \u00e0 indiquer qu\u2019\u00ab\u00a0il ne s\u2019imposait pas de discuter la demande visant \u00e0 saisir la CJUE\u00a0\u00bb (paragraphe 26 ci-dessus). La cour d\u2019appel ne s\u2019est donc pas express\u00e9ment r\u00e9f\u00e9r\u00e9e \u00e0 l\u2019un des trois crit\u00e8res Cilfit, et rien n\u2019indique qu\u2019elle aurait estim\u00e9 que les dispositions du droit de l\u2019Union en cause avaient \u00ab\u00a0d\u00e9j\u00e0 fait l\u2019objet d\u2019une interpr\u00e9tation\u00a0\u00bb par la CJUE, le Gouvernement ne le soutient du reste pas. Le Gouvernement semble en revanche consid\u00e9rer qu\u2019il ressort de mani\u00e8re implicite de l\u2019arr\u00eat de la cour d\u2019appel que pour les juges ayant tranch\u00e9 l\u2019affaire l\u2019application correcte du droit de l\u2019Union europ\u00e9enne s\u2019imposait de mani\u00e8re \u00e9vidente et que d\u00e8s lors les questions n\u2019\u00e9taient\u00a0pas pertinentes (paragraphe 47 ci-dessus). Il fait valoir \u00e0 cet \u00e9gard que, dans son arr\u00eat du 28\u00a0octobre 2016, la cour d\u2019appel a mentionn\u00e9 que les dispositions de l\u2019Ordre no 161\/2012 \u00ab\u00a0n\u2019allaient pas \u00e0 l\u2019encontre de l\u2019article 18 du R\u00e8glement (UE) no 65\/2011\u00a0\u00bb.<\/p>\n<p>54. La Cour ne voit cependant dans les motifs de l\u2019arr\u00eat de la cour d\u2019appel aucun \u00e9l\u00e9ment qui permettrait de d\u00e9duire que telle aurait \u00e9t\u00e9 l\u2019approche de la cour d\u2019appel.<\/p>\n<p>55. Certes, l\u2019arr\u00eat de la cour d\u2019appel fait du moins dans sa partie introductive r\u00e9f\u00e9rence aux questions pr\u00e9judicielles soulev\u00e9es par la soci\u00e9t\u00e9 requ\u00e9rante (en utilisant la formule \u00ab\u00a0il ne s\u2019imposait pas de discuter la demande visant \u00e0 saisir la CJUE\u00a0\u00bb). N\u00e9anmoins, cet arr\u00eat n\u2019indique pas les raisons pour lesquelles il a \u00e9t\u00e9 consid\u00e9r\u00e9 que les questions soulev\u00e9es ne m\u00e9ritaient pas d\u2019\u00eatre discut\u00e9es et transmises \u00e0 la CJUE (Sanofi Pasteur, pr\u00e9cit\u00e9, \u00a7 78, et Schipani et autres c. Italie, no 38369\/09, \u00a7\u00a7 70-71, 21 juillet 2015). Le simple fait de mentionner que les dispositions de l\u2019Ordre no\u00a0161\/2012 n\u2019\u00e9taient pas contraires \u00e0 l\u2019article 18 du R\u00e8glement (UE) no\u00a065\/2011\u00a0ne constitue pas une r\u00e9ponse claire quant \u00e0 la raison du refus (voir, pour une situation diff\u00e9rente, Sindicatul Pro Asisten\u021b\u0103 social\u0103 c.\u00a0Roumanie (d\u00e9c.), no 24456\/13, \u00a7\u00a7 29-30, 6 mars 2014, o\u00f9 les juridictions nationales ont expliqu\u00e9 pour quelles raisons les dispositions europ\u00e9ennes n\u2019\u00e9taient pas applicables en l\u2019esp\u00e8ce). Qui plus est, l\u2019analyse faite par la cour d\u2019appel qui s\u2019\u00e9tait r\u00e9f\u00e9r\u00e9e \u00e0 l\u2019article 18 \u00a7 1 du R\u00e8glement (UE) no\u00a065\/2011 (paragraphe\u00a027 ci-dessus) ne couvrait gu\u00e8re l\u2019absence de toute explication quant au refus de poser \u00e0 la CJUE des questions concernant les autres dispositions europ\u00e9ennes mentionn\u00e9es dans la demande de renvoi. De l\u2019avis de la Cour, la motivation de l\u2019arr\u00eat de la cour d\u2019appel ne permet donc pas d\u2019\u00e9tablir si ces questions ont \u00e9t\u00e9 examin\u00e9es \u00e0 l\u2019aune des crit\u00e8res Cilfit et, le cas \u00e9chant, au regard duquel ou desquels de ces crit\u00e8res la juridiction statuant en derni\u00e8re instance a d\u00e9cid\u00e9 de ne pas les transmettre \u00e0 la CJUE.<\/p>\n<p>56. Quant \u00e0 l\u2019argument du Gouvernement selon lequel le tribunal d\u00e9partemental avait fourni dans son jugement avant dire droit du 19 mai 2015 une explication approfondie justifiant le rejet de la demande de renvoi pr\u00e9judiciel form\u00e9e par la soci\u00e9t\u00e9 requ\u00e9rante (paragraphe 47 ci-dessus), la Cour note que devant ce tribunal la soci\u00e9t\u00e9 requ\u00e9rante n\u2019avait pas soulev\u00e9 des questions identiques \u00e0 celles pos\u00e9es devant la cour d\u2019appel (paragraphes\u00a015 et 24 ci-dessus). En outre, \u00e0 la suite de la cassation du jugement du 16\u00a0juin 2015 rendu par le tribunal d\u00e9partemental (paragraphe\u00a018 ci-dessus), l\u2019affaire a \u00e9t\u00e9 renvoy\u00e9e devant le tribunal d\u00e9partemental pour un nouveau jugement, son jugement avant dire droit du 19 mai 2015 n\u2019\u00e9tant plus valable. Enfin, \u00e9tant donn\u00e9 que la d\u00e9cision que le tribunal d\u00e9partemental devait rendre \u00e9tait susceptible de recours, les crit\u00e8res \u00e0 appliquer par celui-ci pour rejeter la demande de renvoi de la soci\u00e9t\u00e9 requ\u00e9rante n\u2019\u00e9taient pas ceux expos\u00e9s dans la jurisprudence Cilfit (paragraphe 16 ci-dessus).<\/p>\n<p>57. Compte tenu de ce qui pr\u00e9c\u00e8de, la Cour conclut qu\u2019il y a eu en l\u2019esp\u00e8ce violation de l\u2019article 6 \u00a7 1 de la Convention.<\/p>\n<p>II. SUR L\u2019APPLICATION DE L\u2019ARTICLE\u00a041 DE LA CONVENTION<\/p>\n<p>58. Aux termes de l\u2019article 41 de la Convention,<\/p>\n<p>\u00ab\u00a0Si la Cour d\u00e9clare qu\u2019il y a eu violation de la Convention ou de ses Protocoles, et si le droit interne de la Haute Partie contractante ne permet d\u2019effacer qu\u2019imparfaitement les cons\u00e9quences de cette violation, la Cour accorde \u00e0 la partie l\u00e9s\u00e9e, s\u2019il y a lieu, une satisfaction \u00e9quitable.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p><strong>A. Dommage<\/strong><\/p>\n<p>59. La soci\u00e9t\u00e9 requ\u00e9rante ne r\u00e9clame pas de somme au titre du pr\u00e9judice mat\u00e9riel. Elle demande en revanche 6\u00a0000 euros (EUR) en r\u00e9paration du pr\u00e9judice moral qu\u2019elle estime avoir subi.<\/p>\n<p>60. Le Gouvernement soutient qu\u2019un \u00e9ventuel constat de violation de la Convention pourrait constituer une r\u00e9paration ad\u00e9quate. Subsidiairement, il consid\u00e8re que la somme sollicit\u00e9e par l\u2019int\u00e9ress\u00e9e est excessive et d\u00e9raisonnable.<\/p>\n<p>61. La Cour note que la soci\u00e9t\u00e9 requ\u00e9rante ne demande pas r\u00e9paration de son pr\u00e9judice mat\u00e9riel. D\u00e8s lors, aucune somme ne sera accord\u00e9e \u00e0 ce titre. En ce qui concerne la r\u00e9paration du pr\u00e9judice moral, la Cour a d\u00e9j\u00e0 dit que le pr\u00e9judice autre que mat\u00e9riel peut comporter, pour une personne morale, des \u00e9l\u00e9ments plus ou moins \u00ab\u00a0objectifs\u00a0\u00bb et \u00ab\u00a0subjectifs\u00a0\u00bb. Parmi ces \u00e9l\u00e9ments, il faut reconna\u00eetre la r\u00e9putation de l\u2019entit\u00e9 juridique, mais \u00e9galement l\u2019incertitude dans la planification des d\u00e9cisions \u00e0 prendre, les troubles caus\u00e9s \u00e0 la gestion de l\u2019entit\u00e9 juridique elle-m\u00eame, dont les cons\u00e9quences ne se pr\u00eatent pas \u00e0 un calcul exact, et enfin, quoique dans une moindre mesure, l\u2019angoisse et les d\u00e9sagr\u00e9ments \u00e9prouv\u00e9s par les membres des organes de direction de la soci\u00e9t\u00e9 (Paroisse gr\u00e9co-catholique Lupeni et autres c.\u00a0Roumanie [GC], no 76943\/11, \u00a7 182, 29 novembre 2016). La Cour estime qu\u2019en l\u2019esp\u00e8ce le simple constat de violation ne constitue pas une r\u00e9paration suffisante du pr\u00e9judice moral subi par la soci\u00e9t\u00e9 requ\u00e9rante. Statuant en \u00e9quit\u00e9 comme le veut l\u2019article 41 de la Convention, elle accorde \u00e0 l\u2019int\u00e9ress\u00e9e la somme de 1\u00a0500\u00a0EUR pour dommage moral.<\/p>\n<p><strong>B. Frais et d\u00e9pens<\/strong><\/p>\n<p>62. La soci\u00e9t\u00e9 requ\u00e9rante demande 8\u00a0892 EUR pour les frais et d\u00e9pens engag\u00e9s devant les juridictions internes et 6\u00a0273 EUR pour ceux engag\u00e9s devant la Cour. Elle fournit des notes d\u2019honoraires correspondant \u00e0 ces montants.<\/p>\n<p>63. Le Gouvernement soutient que la soci\u00e9t\u00e9 requ\u00e9rante n\u2019a pas fourni de justificatifs prouvant la r\u00e9alit\u00e9 et la n\u00e9cessit\u00e9 des d\u00e9pens engag\u00e9es.<\/p>\n<p>64. Selon la jurisprudence de la Cour, un requ\u00e9rant ne peut obtenir le remboursement de ses frais et d\u00e9pens que dans la mesure o\u00f9 se trouvent \u00e9tablis leur r\u00e9alit\u00e9, leur n\u00e9cessit\u00e9 et le caract\u00e8re raisonnable de leur taux. En l\u2019esp\u00e8ce, compte tenu des documents dont elle dispose et de sa jurisprudence, la Cour estime raisonnable d\u2019allouer \u00e0 la soci\u00e9t\u00e9 requ\u00e9rante la somme de 5\u00a0000 EUR tous frais confondus.<\/p>\n<p><strong>C. Int\u00e9r\u00eats moratoires<\/strong><\/p>\n<p>65. La Cour juge appropri\u00e9 de calquer le taux des int\u00e9r\u00eats moratoires sur le taux d\u2019int\u00e9r\u00eat de la facilit\u00e9 de pr\u00eat marginal de la Banque centrale europ\u00e9enne major\u00e9 de trois points de pourcentage.<\/p>\n<p><strong>PAR CES MOTIFS, LA COUR, \u00c0 L\u2019UNANIMIT\u00c9,<\/strong><\/p>\n<p>1. D\u00e9clare la requ\u00eate recevable\u00a0;<\/p>\n<p>2. Dit qu\u2019il y a eu violation de l\u2019article 6 de la Convention\u00a0;<\/p>\n<p>3. Dit<\/p>\n<p>a) que l\u2019\u00c9tat d\u00e9fendeur doit verser \u00e0 la soci\u00e9t\u00e9 requ\u00e9rante, dans un d\u00e9lai de trois mois \u00e0 compter de la date \u00e0 laquelle l\u2019arr\u00eat sera devenu d\u00e9finitif conform\u00e9ment \u00e0 l\u2019article\u00a044\u00a0\u00a7\u00a02 de la Convention, les sommes suivantes, \u00e0 convertir dans la monnaie de l\u2019\u00c9tat d\u00e9fendeur au taux applicable \u00e0 la date du r\u00e8glement\u00a0:<\/p>\n<p>i. 1\u00a0500 EUR (mille cinq cents euros) plus tout montant pouvant \u00eatre d\u00fb sur cette somme \u00e0 titre d\u2019imp\u00f4t, pour dommage moral\u00a0;<\/p>\n<p>ii. 5\u00a0000 EUR (cinq mille euros), plus tout montant pouvant \u00eatre d\u00fb sur cette somme par la soci\u00e9t\u00e9 requ\u00e9rante \u00e0 titre d\u2019imp\u00f4t, pour frais et d\u00e9pens\u00a0;<\/p>\n<p>b) qu\u2019\u00e0 compter de l\u2019expiration dudit d\u00e9lai et jusqu\u2019au versement, ces montants seront \u00e0 majorer d\u2019un int\u00e9r\u00eat simple \u00e0 un taux \u00e9gal \u00e0 celui de la facilit\u00e9 de pr\u00eat marginal de la Banque centrale europ\u00e9enne applicable pendant cette p\u00e9riode, augment\u00e9 de trois points de pourcentage\u00a0;<\/p>\n<p>4. Rejette le surplus de la demande de satisfaction \u00e9quitable.<\/p>\n<p>Fait en fran\u00e7ais, puis communiqu\u00e9 par \u00e9crit le 13 juillet 2021, en application de l\u2019article\u00a077\u00a0\u00a7\u00a7\u00a02 et\u00a03 du r\u00e8glement.<\/p>\n<p>Andrea Tamietti \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 Yonko Grozev<br \/>\nGreffier \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0Pr\u00e9sident<\/p>\n<div class=\"social-share-buttons\"><a href=\"https:\/\/www.facebook.com\/sharer\/sharer.php?u=https:\/\/loisdumonde.com\/?p=703\" target=\"_blank\" rel=\"noopener\">Facebook<\/a><a href=\"https:\/\/twitter.com\/intent\/tweet?url=https:\/\/loisdumonde.com\/?p=703&text=AFFAIRE+BIO+FARMLAND+BETRIEBS+S.R.L.+c.+ROUMANIE+%28Cour+europ%C3%A9enne+des+droits+de+l%E2%80%99homme%29+Requ%C3%AAte+no+43639%2F17\" target=\"_blank\" rel=\"noopener\">Twitter<\/a><a href=\"https:\/\/www.linkedin.com\/shareArticle?url=https:\/\/loisdumonde.com\/?p=703&title=AFFAIRE+BIO+FARMLAND+BETRIEBS+S.R.L.+c.+ROUMANIE+%28Cour+europ%C3%A9enne+des+droits+de+l%E2%80%99homme%29+Requ%C3%AAte+no+43639%2F17\" target=\"_blank\" rel=\"noopener\">LinkedIn<\/a><a href=\"https:\/\/pinterest.com\/pin\/create\/button\/?url=https:\/\/loisdumonde.com\/?p=703&description=AFFAIRE+BIO+FARMLAND+BETRIEBS+S.R.L.+c.+ROUMANIE+%28Cour+europ%C3%A9enne+des+droits+de+l%E2%80%99homme%29+Requ%C3%AAte+no+43639%2F17\" target=\"_blank\" rel=\"noopener\">Pinterest<\/a><\/div>","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>La soci\u00e9t\u00e9 requ\u00e9rante all\u00e8gue qu\u2019en m\u00e9connaissance de l\u2019article 6 \u00a7\u00a01 de la Convention la cour d\u2019appel, statuant en derni\u00e8re instance, a rejet\u00e9 sans indiquer de motif sa demande visant \u00e0 saisir \u00e0 titre pr\u00e9judiciel la Cour de justice de l\u2019Union&hellip;<\/p>\n<p class=\"more-link-p\"><a class=\"more-link\" href=\"https:\/\/loisdumonde.com\/?p=703\">Read more &rarr;<\/a><\/p>\n","protected":false},"author":1,"featured_media":0,"comment_status":"open","ping_status":"open","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"_lmt_disableupdate":"","_lmt_disable":"","footnotes":""},"categories":[1],"tags":[],"class_list":["post-703","post","type-post","status-publish","format-standard","hentry","category-cour-europeenne-des-droits-de-lhomme"],"modified_by":"loisdumonde","_links":{"self":[{"href":"https:\/\/loisdumonde.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/703","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/loisdumonde.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/loisdumonde.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/loisdumonde.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/users\/1"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/loisdumonde.com\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcomments&post=703"}],"version-history":[{"count":2,"href":"https:\/\/loisdumonde.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/703\/revisions"}],"predecessor-version":[{"id":705,"href":"https:\/\/loisdumonde.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/703\/revisions\/705"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/loisdumonde.com\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fmedia&parent=703"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/loisdumonde.com\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcategories&post=703"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/loisdumonde.com\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Ftags&post=703"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}