{"id":53,"date":"2020-11-09T07:40:07","date_gmt":"2020-11-09T07:40:07","guid":{"rendered":"https:\/\/loisdumonde.com\/?p=53"},"modified":"2020-11-09T07:40:07","modified_gmt":"2020-11-09T07:40:07","slug":"affaire-alpergin-et-autres-c-turquie-cour-europeenne-des-droits-de-lhomme","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/loisdumonde.com\/?p=53","title":{"rendered":"AFFAIRE ALPERGIN ET AUTRES c. TURQUIE (Cour europ\u00e9enne des droits de l\u2019homme)"},"content":{"rendered":"<p style=\"text-align: center;\">DEUXI\u00c8ME SECTION<br \/>\nAFFAIRE ALPERGIN ET AUTRES c. TURQUIE<br \/>\n(Requ\u00eate no 62018\/12)<br \/>\nARR\u00caT<\/p>\n<p><!--more-->Art 5 \u00a7 1 \u2022 Arrestation ou d\u00e9tention r\u00e9guli\u00e8res \u2022 Art 5 \u00a7 1 c \u2022 Absence de raisons plausibles de soup\u00e7onner, lors de la mise en d\u00e9tention, l&rsquo;appartenance des requ\u00e9rants \u00e0 une organisation terroriste<\/p>\n<p style=\"text-align: center;\">STRASBOURG<br \/>\n27 octobre 2020<\/p>\n<p>Cet arr\u00eat deviendra d\u00e9finitif dans les conditions d\u00e9finies \u00e0 l\u2019article 44 \u00a7 2 de la Convention . Il peut subir des retouches de forme.<\/p>\n<p>En l\u2019affaire Alpergin et autres c. Turquie,<\/p>\n<p>La Cour europ\u00e9enne des droits de l\u2019homme (deuxi\u00e8me section), si\u00e9geant en une Chambre compos\u00e9e de\u00a0:<\/p>\n<p>Jon Fridrik Kj\u00f8lbro, pr\u00e9sident,<br \/>\nMarko Bo\u0161njak,<br \/>\nEgidijus K\u016bris,<br \/>\nIvana Jeli\u0107,<br \/>\nArnfinn B\u00e5rdsen,<br \/>\nSaadet Y\u00fcksel,<br \/>\nPeeter Roosma, juges,<br \/>\net de Hasan Bak\u0131rc\u0131, greffieradjoint de section,<\/p>\n<p>Vu la requ\u00eate susmentionn\u00e9e (no\u00a062018\/12), dirig\u00e9e contre la R\u00e9publique de Turquie et dont vingt-quatre ressortissants de cet \u00c9tat (\u00ab\u00a0les requ\u00e9rants\u00a0\u00bb), dont la liste figure en annexe, ont saisi la Cour le 22\u00a0septembre 2012 en vertu de l\u2019article\u00a034 de la Convention de sauvegarde des droits de l\u2019homme et des libert\u00e9s fondamentales (\u00ab\u00a0la Convention\u00a0\u00bb),<\/p>\n<p>Vu la d\u00e9cision de porter \u00e0 la connaissance du gouvernement turc (\u00ab\u00a0le Gouvernement\u00a0\u00bb) les griefs concernant l\u2019article\u00a05 \u00a7\u00a01 et les articles\u00a010 et 11 de la Convention,<\/p>\n<p>Vu les observations des parties,<\/p>\n<p>Apr\u00e8s en avoir d\u00e9lib\u00e9r\u00e9 en chambre du conseil le 29 septembre 2020,<\/p>\n<p>Rend l\u2019arr\u00eat que voici, adopt\u00e9 \u00e0 cette date\u00a0:<\/p>\n<p><strong>INTRODUCTION<\/strong><\/p>\n<p>1. \u00c0 l\u2019\u00e9poque des faits, les requ\u00e9rants \u00e9taient membres et dirigeants des syndicats rattach\u00e9s \u00e0 la Conf\u00e9d\u00e9ration des syndicats des travailleurs des services publics. Soup\u00e7onn\u00e9s d\u2019appartenance \u00e0 une organisation ill\u00e9gale, ils furent mis en d\u00e9tention provisoire. Ils voient dans cette mise en d\u00e9tention une violation de l\u2019article\u00a05 \u00a7\u00a01.<\/p>\n<p><strong>EN FAIT<\/strong><\/p>\n<p>2. Les requ\u00e9rants ont \u00e9t\u00e9 repr\u00e9sent\u00e9s devant la Cour par Me\u00a0M.R. Tiryaki et Me\u00a0B.\u00a0BoranBulut, avocats \u00e0 Ankara.<\/p>\n<p>3. Le Gouvernement a \u00e9t\u00e9 repr\u00e9sent\u00e9 par son agent.<\/p>\n<p>I. L\u2019organisation KCK<\/p>\n<p>4. En 2009, une enqu\u00eate p\u00e9nale fut ouverte \u00e0 l\u2019\u00e9gard de plusieurs personnes soup\u00e7onn\u00e9es d\u2019appartenance \u00e0 une organisation ill\u00e9gale, l\u2019Union des communaut\u00e9s du Kurdistan (KomaCivak\u00ean Kurdistan, KCK).<\/p>\n<p>5. Par plusieurs actes d\u2019accusation, les procureurs de la R\u00e9publique charg\u00e9s de l\u2019enqu\u00eate intent\u00e8rent devant les cours d\u2019assises comp\u00e9tentes des actions p\u00e9nales contre plusieurs personnes \u2013 des hommes politiques, des hommes d\u2019affaires, des avocats, des professeurs d\u2019universit\u00e9, des \u00e9tudiants et des journalistes \u2013 qu\u2019ils soup\u00e7onnaient en substance d\u2019appartenir \u00e0 une organisation terroriste.<\/p>\n<p>6. Selon les procureurs de la R\u00e9publique, la KCK \u00e9tait une \u00ab\u00a0branche civile\u00a0\u00bb du Parti des travailleurs du Kurdistan (PartiyaKarker\u00ean Kurdistan, PKK), une organisation arm\u00e9e ill\u00e9gale, et elle avait pour but de mettre en place un syst\u00e8me politique, d\u00e9crit dans la \u00ab\u00a0Convention de la KCK\u00a0\u00bb (KCK S\u00f6zle\u015fmesi), afin d\u2019\u00e9tablir un \u00c9tat kurde ind\u00e9pendant suivant les principes du \u00ab\u00a0conf\u00e9d\u00e9ralisme d\u00e9mocratique\u00a0\u00bb pr\u00f4n\u00e9 par Abdullah \u00d6calan, le chef du PKK condamn\u00e9 en 1999 pour avoir men\u00e9 des actions visant \u00e0 provoquer la s\u00e9cession d\u2019une partie du territoire turc et pour avoir fond\u00e9 et dirig\u00e9 \u00e0 cette fin une organisation terroriste.<\/p>\n<p>II. L\u2019arrestation des requ\u00e9rants et la proc\u00e9dure p\u00e9nale dirig\u00e9e contre les int\u00e9ress\u00e9s<\/p>\n<p>7. Le 25\u00a0juin 2012, les requ\u00e9rants, soup\u00e7onn\u00e9s d\u2019appartenance au PKK\/KCK, furent arr\u00eat\u00e9s et plac\u00e9s en garde \u00e0 vue.<\/p>\n<p>8. Les 27 et 28\u00a0juin 2012, le parquet d\u2019Ankara interrogea les requ\u00e9rants, plus particuli\u00e8rement sur leurs activit\u00e9s syndicales, ainsi que sur certains discours qu\u2019ils avaient tenus lors de manifestations et r\u00e9unions auxquelles ils avaient particip\u00e9. Les int\u00e9ress\u00e9s ni\u00e8rent toute appartenance \u00e0 une organisation ill\u00e9gale. Ils d\u00e9clar\u00e8rent, en r\u00e9sum\u00e9, que les faits qui leur \u00e9taient reproch\u00e9s relevaient des activit\u00e9s l\u00e9gales prot\u00e9g\u00e9es par leur droit \u00e0 la libert\u00e9 de r\u00e9union et d\u2019association.<\/p>\n<p>9. \u00c0 la suite de ces auditions, le 28\u00a0juin 2012 un juge assesseur de la cour d\u2019assises d\u2019Ankara (\u00ab\u00a0le juge assesseur\u00a0\u00bb et \u00ab\u00a0la cour d\u2019assises\u00a0\u00bb) ordonna la mise en d\u00e9tention provisoire des requ\u00e9rants \u0130zzettinAlpergin, Tar\u0131k Kaya, SakineEsen Y\u0131lmaz, Erdal Y\u0131lmaz, BekirG\u00fcrb\u00fcz, AykutErhanTurgut, Han\u0131mKo\u00e7yi\u011fit, Sibel An\u0131l \u00d6zkan, Mehmet Arda, Deniz Bozbey, Mustafa Bozan, Feruh\u00c7elik, MetinVuranok, BelgizarSazak, Seyran\u015eikKarabulut, NihatK\u0131l\u0131n\u00e7alp, YunusAk\u0131l, Y\u0131lmaz Y\u0131ld\u0131r\u0131mci et Mehmet Sezgin\u0130bin. Il motiva sa d\u00e9cision par les \u00e9l\u00e9ments suivants\u00a0: la nature de l\u2019infraction reproch\u00e9e et le fait que celle-ci figurait parmi les infractions \u00e9num\u00e9r\u00e9es \u00e0 l\u2019article\u00a0100 \u00a7\u00a03 du code de proc\u00e9dure p\u00e9nale (CPP), \u00e0 savoir celles dites \u00ab\u00a0catalogu\u00e9es\u00a0\u00bb, pour lesquelles, en cas de fortes pr\u00e9somptions, la d\u00e9tention provisoire de la personne soup\u00e7onn\u00e9e \u00e9tait r\u00e9put\u00e9e justifi\u00e9e, la peine pr\u00e9vue pour l\u2019infraction en cause et le risque de fuite et d\u2019alt\u00e9ration des preuves.<\/p>\n<p>10. Le 29\u00a0juin 2012, les requ\u00e9rants \u00c7erkezAydemir, \u015eerif\u0130ldo\u011fan, Hasan \u00d6lg\u00fcn, Veysel\u00d6zhekti et Mehmet Bozgeyik furent \u00e9galement plac\u00e9s en d\u00e9tention provisoire. Dans sa d\u00e9cision, le juge assesseur consid\u00e9ra qu\u2019il existait de fortes raisons de penser que l\u2019infraction reproch\u00e9e avait bien \u00e9t\u00e9 commise, que les \u00e9l\u00e9ments de preuve n\u2019avaient pas \u00e9t\u00e9 encore recueillis par les autorit\u00e9s d\u2019enqu\u00eate et que l\u2019infraction en question figurait parmi celles \u00e9num\u00e9r\u00e9es \u00e0 l\u2019article\u00a0100 \u00a7\u00a03 du CPP.<\/p>\n<p>11. Par la suite, les requ\u00e9rants form\u00e8rent des recours dans lesquels ils contestaient leur placement en d\u00e9tention provisoire et sollicitaient leur mise en libert\u00e9. Le 10\u00a0juillet 2012, la cour d\u2019assises rejeta ces recours.<\/p>\n<p>12. Les requ\u00e9rants \u0130zzettinAlpergin, SakineEsen Y\u0131lmaz, BelgizarSazak, Veysel\u00d6zhekti, Seyran\u015eikKarabulut, Feruh\u00c7elik, Y\u0131lmaz Y\u0131ld\u0131r\u0131mci et Mustafa Bozan form\u00e8rent de nouveau des recours contre la d\u00e9cision du 10\u00a0juillet 2012. La cour d\u2019assises les en d\u00e9bouta le 20\u00a0juillet 2012, \u00e0 la suite d\u2019un examen sur pi\u00e8ces du dossier. Aux motifs donn\u00e9s lors de la d\u00e9cision initiale de placement en d\u00e9tention provisoire, elle en ajouta un disant que les mesures de substitution \u00e0 la d\u00e9tention \u00e9taient insuffisantes dans les circonstances de l\u2019affaire.<\/p>\n<p>13. \u00c0 une date non pr\u00e9cis\u00e9e, les avocats des requ\u00e9rants NihatK\u0131l\u0131n\u00e7alp, \u015eerif\u0130ldo\u011fan, Mehmet Arda, Hasan \u00d6lg\u00fcn, Erdal Y\u0131lmaz, \u00c7erkezAydemir, AykutErhanTurgut, Sibel An\u0131l \u00d6zkan, Tar\u0131k Kaya, Deniz Bozbey, Mehmet Bozgeyik, BekirG\u00fcrb\u00fcz, Han\u0131mKo\u00e7yi\u011fit et SakineEsen Y\u0131lmaz contest\u00e8rent la d\u00e9cision de maintien en d\u00e9tention provisoire et demand\u00e8rent l\u2019\u00e9largissement de leurs clients.<\/p>\n<p>14. Par deux d\u00e9cisions rendues les 27\u00a0juillet et 8\u00a0ao\u00fbt 2012, la cour d\u2019assises rejeta ces demandes, consid\u00e9rant qu\u2019il existait des preuves solides d\u00e9montrant l\u2019existence de fortes raisons de penser que l\u2019infraction reproch\u00e9e avait bien \u00e9t\u00e9 commise\u00a0; que les preuves n\u2019avaient pas \u00e9t\u00e9 encore recueillies\u00a0; que l\u2019infraction en question figurait parmi celles \u00e9num\u00e9r\u00e9es \u00e0 l\u2019article\u00a0100 \u00a7\u00a03 du CPP\u00a0; qu\u2019il n\u2019y avait pas eu de changement dans les faits qui \u00e9taient \u00e0 l\u2019origine de la mise en d\u00e9tention provisoire des int\u00e9ress\u00e9s\u00a0; qu\u2019il n\u2019y avait aucun nouvel \u00e9l\u00e9ment de preuve propre \u00e0 jouer en faveur des accus\u00e9s, et que les mesures de substitution \u00e0 la d\u00e9tention \u00e9taient insuffisantes.<\/p>\n<p>15. Le 23\u00a0septembre 2012, le recours individuel devant la Cour constitutionnelle turque fut introduit dans le syst\u00e8me juridique national.<\/p>\n<p>16. Par un acte d\u2019accusation du 28\u00a0janvier 2013, le procureur de la R\u00e9publique d\u2019Ankara engagea une action p\u00e9nale devant la 13e\u00a0chambre de la cour d\u2019assises d\u2019Ankara contre soixante-douze personnes, dont les requ\u00e9rants, et requit la condamnation des int\u00e9ress\u00e9s pour appartenance \u00e0 une organisation terroriste. Le procureur expliquait que les requ\u00e9rants menaient des activit\u00e9s au sein de la Plateforme de travail d\u00e9mocratique qui faisait partie, selon lui, du \u00ab\u00a0front social\u00a0\u00bb de l\u2019organisation terroriste PKK\/KCK. Il estimait que cette structure avait \u00e9t\u00e9 cr\u00e9\u00e9e pour faire contrepoids \u00e0 l\u2019\u00c9tat et qu\u2019elle recrutait des militants pour cette organisation parmi les personnes travaillant dans diff\u00e9rents secteurs professionnels. \u00c0 cet \u00e9gard, il reprochait aux requ\u00e9rants d\u2019avoir particip\u00e9 \u00e0 plusieurs r\u00e9unions et activit\u00e9s des syndicats et d\u2019avoir ainsi men\u00e9 des activit\u00e9s sur les instructions de l\u2019organisation terroriste en question. Il fondait ses accusations sur les rapports de surveillance technique, les transcriptions d\u2019enregistrements sonores, les proc\u00e8s-verbaux d\u2019examen des CD, des DVD et des disques durs externes saisis lors de la phase d\u2019instruction, ainsi que sur les comptes rendus d\u2019\u00e9coutes t\u00e9l\u00e9phoniques et de surveillance secr\u00e8te.<\/p>\n<p>17. Le 15\u00a0f\u00e9vrier 2013, la cour d\u2019assises ordonna la remise en libert\u00e9 des requ\u00e9rants Han\u0131mKo\u00e7yi\u011fit, Sibel An\u0131l \u00d6zkan, Hasan \u00d6lg\u00fcn, Erdal Y\u0131lmaz et Veysel\u00d6zhekti.<\/p>\n<p>18. Le 13\u00a0avril 2013, \u00e0 l\u2019issue de sa premi\u00e8re audience, la cour d\u2019assises remit \u00e9galement les autres requ\u00e9rants en libert\u00e9.<\/p>\n<p>19. \u00c0 la suite de l\u2019entr\u00e9e en vigueur de la loi no\u00a06526 du 21\u00a0f\u00e9vrier 2014 portant modification de la loi no\u00a03713 relative \u00e0 la lutte contre le terrorisme, le proc\u00e8s des requ\u00e9rants se poursuivit devant la 6e\u00a0chambre de la cour d\u2019assises d\u2019Ankara.<\/p>\n<p>20. Il ressort des derniers \u00e9l\u00e9ments fournis par les parties en novembre 2017 que la proc\u00e9dure p\u00e9nale engag\u00e9e contre les requ\u00e9rants est toujours pendante devant cette juridiction.<\/p>\n<p>III. Le recours individuel devant la Courconstitutionnelle du requ\u00e9rant \u0130zzettin Alpergin<\/p>\n<p>21. Le 4\u00a0janvier 2013, le requ\u00e9rant \u0130zzettinAlpergin saisit la Cour constitutionnelle d\u2019un recours individuel dans lequel il plaidait la violation de son droit \u00e0 la libert\u00e9 et \u00e0 la s\u00fbret\u00e9 et de son droit \u00e0 un proc\u00e8s \u00e9quitable. Il estimait en particulier qu\u2019il avait \u00e9t\u00e9 mis en d\u00e9tention provisoire en l\u2019absence de fortes raisons de le soup\u00e7onner d\u2019avoir commis l\u2019infraction qui lui \u00e9tait reproch\u00e9e.<\/p>\n<p>22. Par une d\u00e9cision du 14\u00a0juillet 2015, la Cour constitutionnelle rejeta le recours individuel de l\u2019int\u00e9ress\u00e9. En ce qui concerne la l\u00e9galit\u00e9 de la d\u00e9tention provisoire subie par lui, elle se pencha sur l\u2019existence d\u2019une forte pr\u00e9somption de commission par lui d\u2019une infraction. Dans ce contexte, notant que le procureur de la R\u00e9publique avait fond\u00e9 ses accusations sur les rapports de surveillance technique, les transcriptions d\u2019enregistrements sonores, les proc\u00e8s-verbaux d\u2019examen des CD, des DVD et des disques durs externes saisis lors de la phase d\u2019instruction, et les comptes rendus d\u2019\u00e9coutes t\u00e9l\u00e9phoniques et de surveillance secr\u00e8te, elle estima qu\u2019il y avait suffisamment de donn\u00e9es pour \u00e9tablir l\u2019existence de fortes raisons de soup\u00e7onner M.\u00a0Alpergin d\u2019avoir commis l\u2019infraction qui lui \u00e9tait reproch\u00e9e. En cons\u00e9quence, elle d\u00e9clara cette partie de la requ\u00eate irrecevable pour d\u00e9faut manifeste de fondement.<\/p>\n<p>23. Pour ce qui est de l\u2019absence all\u00e9gu\u00e9e d\u2019un recours effectif pour contester la d\u00e9tention provisoire, eu \u00e9gard \u00e0 l\u2019impossibilit\u00e9 pour M.\u00a0Alpergin et pour ses avocats d\u2019acc\u00e9der au dossier de l\u2019enqu\u00eate, la Cour constitutionnelle estima que l\u2019int\u00e9ress\u00e9 avait eu une connaissance suffisante de la teneur des \u00e9l\u00e9ments de preuve sur la base desquels il avait \u00e9t\u00e9 plac\u00e9 en d\u00e9tention et qu\u2019il avait eu ainsi la possibilit\u00e9 de contester de mani\u00e8re satisfaisante les motifs expos\u00e9s pour justifier sa d\u00e9tention provisoire. En cons\u00e9quence, elle d\u00e9clara ce grief irrecevable pour d\u00e9faut manifeste de fondement.<\/p>\n<p>24. Ensuite, la Cour constitutionnelle d\u00e9clara le grief relatif \u00e0 l\u2019\u00e9quit\u00e9 de la proc\u00e9dure p\u00e9nale irrecevable pour non-\u00e9puisement des voies de recours internes dans la mesure o\u00f9 la proc\u00e9dure p\u00e9nale dirig\u00e9e contre l\u2019int\u00e9ress\u00e9 \u00e9tait pendante devant les juridictions de premi\u00e8re instance.<\/p>\n<p>25. Enfin, concernant le grief tir\u00e9 de la dur\u00e9e de la d\u00e9tention provisoire, la Cour constitutionnelle nota que celle-ci avait \u00e9t\u00e9 de neuf mois et quinze jours. Consid\u00e9rant la nature de l\u2019infraction reproch\u00e9e, le nombre de personnes accus\u00e9es dans le cadre de la proc\u00e9dure p\u00e9nale, les preuves fondant les fortes raisons de soup\u00e7onner ces personnes d\u2019avoir commis l\u2019infraction en question et le raisonnement suivi par les juges comp\u00e9tents pour justifier la d\u00e9tention provisoire, la Cour constitutionnelle conclut \u00e0 la non-violation de l\u2019article\u00a019 \u00a7\u00a07 de la Constitution, qui est libell\u00e9 en des termes similaires \u00e0 l\u2019article\u00a05 \u00a7\u00a03 de la Convention.<\/p>\n<p><strong>LE CADRE JURIDIQUE ET LA PRATIQUE INTERNES PERTINENTS<\/strong><\/p>\n<p>26. Le droit et la pratique internes pertinents sont expos\u00e9s dans l\u2019arr\u00eat rendu par la Cour dans l\u2019affaire Mustafa Avci c.\u00a0Turquie (no\u00a039322\/12, \u00a7\u00a7\u00a027\u201146, 23\u00a0mai 2017).<\/p>\n<p><strong>EN DROIT<\/strong><\/p>\n<p>I. OBSERVATIONS PR\u00c9LIMINAIRES<\/p>\n<p>27. La Cour observe que bien qu\u2019elle ait initialement communiqu\u00e9 des griefs fond\u00e9s sur les articles\u00a010 et 11 de la Convention, il ressort de l\u2019examen du dossier que les requ\u00e9rants n\u2019ont pas valablement soulev\u00e9 de tels griefs. En effet, les int\u00e9ress\u00e9s n\u2019ont pas invoqu\u00e9, m\u00eame en substance, les articles\u00a010 et 11 de la Convention.<\/p>\n<p>II. EXCEPTIONS PR\u00c9LIMINAIRES<\/p>\n<p>28. Le Gouvernement plaide le non-\u00e9puisement des voies de recours internes pour deux raisons. D\u2019abord, exposant que l\u2019article\u00a0141 \u00a7\u00a01 a) et d) du CPP permet aux personnes ill\u00e9galement arr\u00eat\u00e9es ou injustement d\u00e9tenues d\u2019obtenir une indemnisation, il soutient que, les requ\u00e9rants ayant \u00e9t\u00e9 remis en libert\u00e9 \u00e0 l\u2019issue de leur d\u00e9tention provisoire, ils auraient pu, et d\u00fb, introduire une action en indemnisation sur le fondement de cette disposition. \u00c0 cet \u00e9gard, il indique que, selon la jurisprudence bien \u00e9tablie de la Cour de cassation, il n\u2019est pas n\u00e9cessaire d\u2019attendre une d\u00e9cision d\u00e9finitive sur le fond de l\u2019affaire pour introduire, en vertu de l\u2019article\u00a0141 du CPP, une demande d\u2019indemnisation pour d\u00e9tention provisoire d\u2019une dur\u00e9e excessive et obtenir une d\u00e9cision sur cette demande.<\/p>\n<p>29. Ensuite, soulignant que les requ\u00e9rants, \u00e0 l\u2019exception de M.\u00a0Alpergin, n\u2019ont pas saisi la Cour constitutionnelle d\u2019un recours individuel, il invite la Cour \u00e0 d\u00e9clarer leur requ\u00eate irrecevable pour non-\u00e9puisement des voies de recours internes. En ce qui concerne la requ\u00eate introduite par M.\u00a0Alpergin, le Gouvernement indique qu\u2019il a eu l\u2019opportunit\u00e9 de soulever ses arguments devant la Cour constitutionnelle et qu\u2019en cons\u00e9quence il ne peut plus se pr\u00e9tendre \u00ab\u00a0victime\u00a0\u00bb d\u2019une violation all\u00e9gu\u00e9e de la Convention.<\/p>\n<p>30. Les requ\u00e9rants soutiennent que la voie de recours pr\u00e9vue par l\u2019article\u00a0141 du CPP ne peut pas \u00eatre consid\u00e9r\u00e9e comme effective. Ils ne s\u2019expriment pas sur les autres motifs d\u2019irrecevabilit\u00e9 cit\u00e9s par le Gouvernement.<\/p>\n<p>31. La Cour observe que les requ\u00e9rants l\u2019ont saisie d\u2019un recours individuel le 22\u00a0septembre 2012. Elle note que le recours individuel devant la Cour constitutionnelle turque a \u00e9t\u00e9 introduit dans le syst\u00e8me juridique national \u00e0 la suite des amendements constitutionnels entr\u00e9s en vigueur le 23\u00a0septembre 2012, soit un jour apr\u00e8s la date d\u2019introduction de la pr\u00e9sente requ\u00eate, alors que les requ\u00e9rants \u00e9taient toujours priv\u00e9s de libert\u00e9. La Cour rappelle que l\u2019\u00e9puisement des voies de recours internes s\u2019appr\u00e9cie normalement \u00e0 la date d\u2019introduction de la requ\u00eate devant elle (A.\u015e. c.\u00a0Turquie, no\u00a058271\/10, \u00a7\u00a093, 13\u00a0septembre 2016). Cette r\u00e8gle ne va cependant pas sans exceptions, qui peuvent \u00eatre justifi\u00e9es par les circonstances particuli\u00e8res du cas d\u2019esp\u00e8ce (Baumann c.\u00a0France, no\u00a033592\/96, \u00a7\u00a047, 22\u00a0mai 2001).<\/p>\n<p>32. La Cour rel\u00e8ve que le nouvel article\u00a0148 \u00a7\u00a03 de la Constitution donne comp\u00e9tence \u00e0 cette juridiction pour examiner, apr\u00e8s \u00e9puisement des voies de recours ordinaires, des recours form\u00e9s par des individus s\u2019estimant l\u00e9s\u00e9s dans leurs droits et libert\u00e9s fondamentaux prot\u00e9g\u00e9s par la Constitution et par la Convention et ses Protocoles. Elle rappelle qu\u2019elle a d\u00e9j\u00e0 analys\u00e9 cette nouvelle voie de recours dans le cadre de l\u2019affaire Uzun c. Turquie ((d\u00e9c.), no\u00a010755\/13, \u00a7\u00a7\u00a025-27, 30\u00a0avril 2013). Lors de l\u2019examen de cette affaire, elle s\u2019est d\u2019abord int\u00e9ress\u00e9e aux aspects pratiques de cette voie de droit, tels que l\u2019accessibilit\u00e9 \u00e0 celle-ci et les modalit\u00e9s du recours individuel. Elle s\u2019est ensuite pench\u00e9e sur la volont\u00e9 du l\u00e9gislateur concernant ce nouveau recours, notamment quant au champ de la comp\u00e9tence de la Cour constitutionnelle, aux moyens qui lui \u00e9taient accord\u00e9s, ainsi qu\u2019\u00e0 l\u2019\u00e9tendue et aux effets de ses d\u00e9cisions (ibidem, \u00a7\u00a053). Apr\u00e8s avoir examin\u00e9 les principaux aspects de cette nouvelle voie de droit, la Cour a estim\u00e9 qu\u2019elle ne disposait d\u2019aucun \u00e9l\u00e9ment qui lui e\u00fbt permis de dire que le recours en question ne pr\u00e9sentait pas, en principe, des perspectives de redressement appropri\u00e9 des griefs formul\u00e9s sur le terrain de la Convention. Elle a conclu qu\u2019il incombait \u00e0 l\u2019individu s\u2019estimant victime de tester les limites de cette protection (ibidem, \u00a7\u00a069).<\/p>\n<p>33. Par la suite, la Cour a jug\u00e9 \u00e0 maintes reprises que le recours individuel devant la Cour constitutionnelle devait \u00eatre consid\u00e9r\u00e9 comme une voie de recours \u00e0 exercer au sens de l\u2019article 35 \u00a7 1 de la Convention pour des griefs tir\u00e9s de l\u2019article 5 \u00a7\u00a7\u00a01, 2, 3 et 4 de la Convention (voir, entre autres, Hebat Aslan et Firas Aslan c.\u00a0Turquie, no 15048\/09, \u00a7 50, 28\u00a0octobre 2014, I\u011fs\u0131z c. Turquie (d\u00e9c.), no\u00a016086\/12, \u00a7\u00a7 24-28, 3\u00a0mars 2015, LeventBekta\u015f c. Turquie, no 70026\/10, \u00a7\u00a7 42-44, 16 juin 2015, Sakkal et Fares c Turquie (d\u00e9c.), no 52902\/15, \u00a7\u00a7 45-64, 7 juin 2016, et Mercan c.\u00a0Turquie (d\u00e9c.), no 56511\/16, \u00a7\u00a7 17-30, 8 novembre 2016). En outre, en ce qui concerne les personnes dont la d\u00e9tention a commenc\u00e9 avant le 23 septembre 2012 et a pris fin apr\u00e8s cette date, la Cour rappelle avoir jug\u00e9, notamment dans l\u2019affaire Ko\u00e7intar c. Turquie ((d\u00e9c.), no 77429\/12, \u00a7 39, 1er\u00a0juillet 2014), qu\u2019il ressortait clairement des arr\u00eats rendus par la Cour constitutionnelle que celle-ci admettait l\u2019extension de sa comp\u00e9tence rationetemporisaux situations de violation continue ayant commenc\u00e9 avant la date d\u2019entr\u00e9e en vigueur du recours individuel et se poursuivant apr\u00e8s celle-ci. En l\u2019occurrence, la Cour ne voit aucune raison de s\u2019\u00e9carter de sa jurisprudence constante.<\/p>\n<p>34. En l\u2019occurrence, la Cour observe que les requ\u00e9rants, \u00e0 l\u2019exception de M.\u00a0Alpergin, n\u2019ont pas saisi la Cour constitutionnelle d\u2019un recours individuel. Or, \u00e0 la lumi\u00e8re de ce qui pr\u00e9c\u00e8de, la Cour ne dispose donc d\u2019aucun \u00e9l\u00e9ment qui lui permettrait de dire que le recours en question n\u2019est pas susceptible d\u2019apporter un redressement appropri\u00e9 aux griefs des vingt-trois personnes int\u00e9ress\u00e9es et qu\u2019il n\u2019offre pas des perspectives raisonnables de succ\u00e8s. Elle estime par cons\u00e9quent que ces vingt-trois requ\u00e9rants n\u2019ont pas \u00e9puis\u00e9 les voies de recours internes (Uzun, d\u00e9cision pr\u00e9cit\u00e9e, \u00a7\u00a7\u00a068\u201170, et Mercan c.\u00a0Turquie (d\u00e9c.), no 56511\/16, \u00a7\u00a7\u00a021\u201130, 8\u00a0novembre 2016).<\/p>\n<p>35. En revanche, le requ\u00e9rant \u0130zzettinAlpergin a soulev\u00e9 ses griefs relatifs aux articles\u00a05 et 6 de la Convention devant la Cour constitutionnelle, laquelle a rejet\u00e9 sa requ\u00eate. Quant \u00e0 l\u2019exception d\u2019irrecevabilit\u00e9 concernant la qualit\u00e9 de victime du requ\u00e9rant en question, la Cour rappelle qu\u2019une d\u00e9cision ou mesure favorable au requ\u00e9rant ne suffit pas en principe \u00e0 le priver de la qualit\u00e9 de \u00ab\u00a0victime\u00a0\u00bb au sens de l\u2019article\u00a034 de la Convention, sauf si les autorit\u00e9s nationales reconnaissent, explicitement ou en substance, puis r\u00e9parent, la violation de la Convention (Scordino c.\u00a0Italie(no\u00a01) [GC], no\u00a036813\/97, \u00a7\u00a7\u00a0179\u2011180, CEDH 2006\u2011V, G\u00e4fgen c.\u00a0Allemagne [GC], no\u00a022978\/05, \u00a7\u00a0115, CEDH 2010, Kuri\u0107 et autres c.\u00a0Slov\u00e9nie [GC], no\u00a026828\/06, \u00a7\u00a0259, CEDH 2012, et Cristea c.\u00a0R\u00e9publique de Moldova, no\u00a035098\/12, \u00a7\u00a025, 12\u00a0f\u00e9vrier 2019). Ce n\u2019est que lorsqu\u2019il est satisfait \u00e0 ces deux conditions que la nature subsidiaire du m\u00e9canisme de protection de la Convention s\u2019oppose \u00e0 un examen de la requ\u00eate (Rooman c.\u00a0Belgique [GC], no\u00a018052\/11, \u00a7\u00a0129, 31\u00a0janvier 2019). En l\u2019occurrence, comme la Cour constitutionnelle n\u2019a conclu \u00e0 aucune violation de la Convention, la Cour estime que le requ\u00e9rant peut toujours se pr\u00e9tendre \u00ab\u00a0victime\u00a0\u00bb d\u2019une violation de ses droits prot\u00e9g\u00e9s par la Convention.<\/p>\n<p>36. Ensuite, pour ce qui concerne l\u2019exception d\u2019irrecevabilit\u00e9 relative \u00e0 l\u2019article\u00a0141 du CPP, la Cour rappelle qu\u2019elle a examin\u00e9 une exception similaire dans le cadre de l\u2019affaire L\u00fctfiyeZenginet autres c.\u00a0Turquie (no\u00a036443\/06, \u00a7\u00a7\u00a061\u201168, 14\u00a0avril 2015) et qu\u2019elle l\u2019a rejet\u00e9e, tenant compte du fait que, dans cette affaire, les autorit\u00e9s nationales n\u2019avaient \u00e0 aucun moment de la proc\u00e9dure reconnu une quelconque irr\u00e9gularit\u00e9 ou ill\u00e9galit\u00e9 de la privation de libert\u00e9 en cause. Elle a relev\u00e9, d\u2019une part, que la voie de recours vis\u00e9e \u00e0 l\u2019article 141 \u00a7\u00a01 d) du CPP permettait uniquement de contester la dur\u00e9e d\u2019une privation de libert\u00e9, alors que les requ\u00e9rants, qui invoquaient l\u2019article\u00a05 \u00a7\u00a03 de la Convention, ne se plaignaient pas seulement de la dur\u00e9e de leur d\u00e9tention provisoire, et, d\u2019autre part, que le Gouvernement n\u2019avait pas \u00e9t\u00e9 en mesure de produire de d\u00e9cisions internes permettant de conclure qu\u2019une action en indemnisation fond\u00e9e sur l\u2019article\u00a0141 du CPP \u00a7\u00a01 d) aurait pu aboutir dans des circonstances telles que celles de l\u2019affaire en question. Elle ne distingue en l\u2019esp\u00e8ce aucune raison de s\u2019\u00e9carter de cette jurisprudence. Il s\u2019ensuit que l\u2019exception de non-\u00e9puisement soulev\u00e9e par le Gouvernement ne peut \u00eatre retenue.<\/p>\n<p>37. Constatant que le grief formul\u00e9 par le requ\u00e9rant \u0130zzettinAlpergin (\u00ab\u00a0le requ\u00e9rant\u00a0\u00bb) sur le terrain de l\u2019article\u00a05 \u00a7\u00a01 de la Convention n\u2019est pas manifestement mal fond\u00e9 au sens de l\u2019article\u00a035 \u00a7\u00a03 de la Convention et qu\u2019il ne se heurte par ailleurs \u00e0 aucun autre motif d\u2019irrecevabilit\u00e9, la Cour le d\u00e9clare recevable.<\/p>\n<p>III. SUR LA VIOLATION ALL\u00c9GU\u00c9E DE L\u2019ARTICLE\u00a05 \u00a7\u00a01 DE LA CONVENTION<\/p>\n<p>38. Le requ\u00e9rant soutient qu\u2019\u00e0 aucun moment de sa privation de libert\u00e9 les juridictions nationales n\u2019ont mentionn\u00e9 le moindre \u00e9l\u00e9ment de preuve propre \u00e0 faire conclure qu\u2019il existait des raisons plausibles de le soup\u00e7onner d\u2019avoir commis une infraction p\u00e9nale et qu\u2019il \u00e9tait n\u00e9cessaire de le placer en d\u00e9tention provisoire. Il invoque \u00e0 cet \u00e9gard l\u2019article\u00a05 \u00a7\u00a01 de la Convention, dont les parties pertinentes se lisent comme suit\u00a0:<\/p>\n<p>\u00ab\u00a01. Toute personne a droit \u00e0 la libert\u00e9 et \u00e0 la s\u00fbret\u00e9. Nul ne peut \u00eatre priv\u00e9 de sa libert\u00e9, sauf dans les cas suivants et selon les voies l\u00e9gales\u00a0:<\/p>\n<p>(&#8230;)<\/p>\n<p>c) s\u2019il a \u00e9t\u00e9 arr\u00eat\u00e9 et d\u00e9tenu en vue d\u2019\u00eatre conduit devant l\u2019autorit\u00e9 judiciaire comp\u00e9tente, lorsqu\u2019il y a des raisons plausibles de soup\u00e7onner qu\u2019il a commis une infraction ou qu\u2019il y a des motifs raisonnables de croire \u00e0 la n\u00e9cessit\u00e9 de l\u2019emp\u00eacher de commettre une infraction ou de s\u2019enfuir apr\u00e8s l\u2019accomplissement de celle-ci\u00a0;<\/p>\n<p>(&#8230;)\u00a0\u00bb<\/p>\n<p>39. Pour sa part, le Gouvernement invite la Cour \u00e0 conclure \u00e0 la non-violation de l\u2019article\u00a05 \u00a7\u00a01 de la Convention dans la pr\u00e9sente affaire. Il explique que le requ\u00e9rant a \u00e9t\u00e9 plac\u00e9 en d\u00e9tention provisoire dans le cadre d\u2019une enqu\u00eate p\u00e9nale men\u00e9e contre une organisation terroriste, le groupe PKK\/KCK, au motif qu\u2019on le soup\u00e7onnait d\u2019\u00eatre l\u2019un des responsables du \u00ab\u00a0front social\u00a0\u00bb de cette organisation. Il affirme que les membres et les sympathisants de celle-ci agissaient sous le couvert d\u2019organisations non gouvernementales et de partis politiques en utilisant des activit\u00e9s l\u00e9gales pour donner le change. Il soutient que l\u2019existence de raisons plausibles de soup\u00e7onner le requ\u00e9rant d\u2019avoir commis l\u2019infraction en cause \u00e9tait objectivement d\u00e9montr\u00e9e par les \u00e9l\u00e9ments de preuve recueillis dans le cadre de l\u2019enqu\u00eate p\u00e9nale, \u00e0 savoir\u00a0les rapports de surveillance technique, les transcriptions d\u2019enregistrements sonores, les proc\u00e8s-verbaux d\u2019examen des CD, des DVD et des disques durs externes saisis lors de la phase d\u2019instruction, et les comptes rendus d\u2019\u00e9coutes t\u00e9l\u00e9phoniques et de surveillance secr\u00e8te. Il consid\u00e8re que ces \u00e9l\u00e9ments constituaient des faits et informations propres \u00e0 convaincre un observateur objectif de l\u2019existence de motifs raisonnables de soup\u00e7onner le requ\u00e9rant d\u2019avoir commis l\u2019infraction en question.<\/p>\n<p>40. La Cour rappelle que l\u2019article\u00a05 \u00a7\u00a01 c) de la Convention ne permet de placer une personne en d\u00e9tention que dans le cadre d\u2019une proc\u00e9dure p\u00e9nale, en vue de la traduire devant l\u2019autorit\u00e9 judiciaire comp\u00e9tente, lorsqu\u2019il y a des raisons plausibles de la soup\u00e7onner d\u2019avoir commis une infraction (Mehmet Hasan Altan c.\u00a0Turquie, no\u00a013237\/17, \u00a7\u00a0124, 20\u00a0mars 2018).<\/p>\n<p>41. Pour qu\u2019une arrestation puisse \u00eatre consid\u00e9r\u00e9e comme fond\u00e9e sur des soup\u00e7ons plausibles au sens de l\u2019article\u00a05 \u00a7\u00a01 c), il n\u2019est pas indispensable que les autorit\u00e9s d\u2019enqu\u00eate aient rassembl\u00e9 des preuves suffisantes pour porter des accusations au moment de l\u2019arrestation ou pendant la garde \u00e0 vue (Brogan et autres c.\u00a0Royaume-Uni, 29\u00a0novembre 1988, \u00a7\u00a053, s\u00e9rie\u00a0A n\u00ba\u00a0145\u2011B). Il n\u2019est pas imp\u00e9ratif non plus que le d\u00e9tenu ait \u00e9t\u00e9 inculp\u00e9 ou renvoy\u00e9 en jugement. Un placement en d\u00e9tention ordonn\u00e9 en vue d\u2019un interrogatoire vise \u00e0 compl\u00e9ter l\u2019enqu\u00eate p\u00e9nale en confirmant ou en dissipant les soup\u00e7ons qui \u00e9taient \u00e0 l\u2019origine de l\u2019arrestation. Ainsi, les faits qui peuvent donner naissance \u00e0 des soup\u00e7ons ne sont pas du m\u00eame niveau que ceux qui sont n\u00e9cessaires pour justifier une condamnation ou m\u00eame pour porter une accusation, ce qui intervient dans la phase suivante de la proc\u00e9dure de l\u2019enqu\u00eate p\u00e9nale (Murray c.\u00a0Royaume-Uni, 28\u00a0octobre 1994, \u00a7\u00a055, s\u00e9rie\u00a0A n\u00ba\u00a0300\u2011A).<\/p>\n<p>42. Toutefois, la \u00ab\u00a0plausibilit\u00e9\u00a0\u00bb des soup\u00e7ons sur lesquels doit se fonder une privation de libert\u00e9 constitue un \u00e9l\u00e9ment essentiel de la protection offerte par l\u2019article\u00a05 \u00a7\u00a01 c) de la Convention. La suspicion de bonne foi n\u2019est pas suffisante. Les mots \u00ab\u00a0raisons plausibles\u00a0\u00bb signifient qu\u2019il doit exister des faits ou des renseignements propres \u00e0 persuader un observateur objectif que l\u2019individu en cause peut avoir accompli l\u2019infraction. Ce qui peut passer pour \u00ab\u00a0plausible\u00a0\u00bb d\u00e9pend de l\u2019ensemble des circonstances (Fox, Campbell et Hartley c.\u00a0Royaume-Uni, 30\u00a0ao\u00fbt 1990, \u00a7\u00a032, s\u00e9rie\u00a0A n\u00ba\u00a0182, voir aussi IlgarMammadov c.\u00a0Azerba\u00efdjan, no\u00a015172\/13, \u00a7\u00a088, 22\u00a0mai 2014, RasulJafarovc.\u00a0Azerba\u00efdjan, no\u00a069981\/14, \u00a7\u00a7\u00a0117\u2011118, 17\u00a0mars 2016, et \u015eahinAlpay c.\u00a0Turquie, no\u00a016538\/17, \u00a7\u00a0103, 20\u00a0mars 2018). Par cons\u00e9quent, lorsqu\u2019elle est appel\u00e9e \u00e0 appr\u00e9cier la \u00ab\u00a0plausibilit\u00e9\u00a0\u00bb des soup\u00e7ons, la Cour doit pouvoir d\u00e9terminer si la substance de la garantie offerte par l\u2019article\u00a05 \u00a7\u00a01 c) est demeur\u00e9e intacte. D\u00e8s lors, il incombe au gouvernement d\u00e9fendeur de lui communiquer au moins certains faits ou renseignements propres \u00e0 la convaincre qu\u2019il existait des motifs plausibles de soup\u00e7onner la personne arr\u00eat\u00e9e d\u2019avoir commis l\u2019infraction all\u00e9gu\u00e9e (Kavala c.\u00a0Turquie, no\u00a028749\/18, \u00a7\u00a0127, 10\u00a0d\u00e9cembre 2019).<\/p>\n<p>43. Le terme \u00ab\u00a0plausibilit\u00e9\u00a0\u00bb d\u00e9signe aussi le seuil que doit atteindre le soup\u00e7on pour convaincre l\u2019observateur objectif de la vraisemblance des accusations. En r\u00e8gle g\u00e9n\u00e9rale, les probl\u00e8mes en la mati\u00e8re se posent au niveau des faits. Il faut alors se demander si l\u2019arrestation et la d\u00e9tention se fondaient sur des \u00e9l\u00e9ments objectifs suffisants pour constituer des \u00ab\u00a0raisons plausibles\u00a0\u00bb de croire \u00e0 la r\u00e9alit\u00e9 des faits en cause (W\u0142och c.\u00a0Pologne, no\u00a027785\/95, \u00a7\u00a7\u00a0108\u2011109, CEDH 2000\u2011XI). Outre l\u2019aspect factuel, l\u2019exigence de \u00ab\u00a0raisons plausibles de soup\u00e7onner\u00a0\u00bb au sens de l\u2019article\u00a05 \u00a7\u00a01\u00a0c) signifie que les faits invoqu\u00e9s doivent pouvoir raisonnablement passer pour relever de l\u2019une des dispositions de la l\u00e9gislation p\u00e9nale traitant du comportement vis\u00e9. Ainsi, il ne peut \u00e0 l\u2019\u00e9vidence y avoir de soup\u00e7ons raisonnables si les actes ou faits retenus contre un d\u00e9tenu ne constituaient pas une infraction au moment o\u00f9 ils se sont produits (Kandjov c.\u00a0Bulgarie, no\u00a068294\/01, \u00a7\u00a057, 6\u00a0novembre 2008, et Mammadli c.\u00a0Azerba\u00efdjan, no\u00a047145\/14, \u00a7\u00a052, 19\u00a0avril 2018).<\/p>\n<p>44. En outre, les faits reproch\u00e9s eux-m\u00eames ne doivent pas \u00eatre reli\u00e9s \u00e0 l\u2019exercice par le requ\u00e9rant de droits garantis par la Convention (voir, mutatis mutandis, Merabishvili c.\u00a0G\u00e9orgie [GC], no\u00a072508\/13, \u00a7\u00a0187, 28\u00a0novembre 2017).<\/p>\n<p>45. La Cour tient \u00e9galement \u00e0 rappeler que les soup\u00e7ons pesant sur une personne au moment de son arrestation doivent \u00eatre \u00ab\u00a0plausibles\u00a0\u00bb (Fox, Campbell et Hartley, pr\u00e9cit\u00e9, \u00a7\u00a033). Il en va a fortiori de m\u00eame lorsqu\u2019un suspect est plac\u00e9 en d\u00e9tention\u00a0: les soup\u00e7ons plausibles doivent exister au moment de l\u2019arrestation et de la d\u00e9tention initiale (IlgarMammadov, pr\u00e9cit\u00e9, \u00a7\u00a090). Par ailleurs, l\u2019obligation pour les juridictions nationales d\u2019avancer des motifs pertinents et suffisants \u00e0 l\u2019appui de la privation de libert\u00e9 \u2013 outre la persistance de raisons plausibles de soup\u00e7onner la personne arr\u00eat\u00e9e d\u2019avoir commis une infraction \u2013 s\u2019applique d\u00e8s la premi\u00e8re d\u00e9cision ordonnant le placement en d\u00e9tention provisoire, c\u2019est-\u00e0-dire \u00ab\u00a0aussit\u00f4t\u00a0\u00bb apr\u00e8s l\u2019arrestation (Buzadji c.\u00a0R\u00e9publique de Moldova [GC], no\u00a023755\/07, \u00a7\u00a0102, 5\u00a0juillet 2016).<\/p>\n<p>46. La Cour rappelle que sa t\u00e2che consiste \u00e0 d\u00e9terminer si les conditions \u00e9nonc\u00e9es \u00e0 l\u2019alin\u00e9a\u00a0c) de l\u2019article\u00a05 \u00a7\u00a01 de la Convention, y compris la poursuite d\u2019un but l\u00e9gitime vis\u00e9, \u00e9taient remplies dans l\u2019affaire soumise \u00e0 son examen. Dans ce contexte, il ne lui appartient pas, en principe, de substituer sa propre appr\u00e9ciation des faits \u00e0 celle des juridictions internes\u00a0: celles-ci sont en effet mieux plac\u00e9es pour \u00e9valuer les preuves produites devant elles (Ers\u00f6z c.\u00a0Turquie (d\u00e9c.), no\u00a045746\/11, \u00a7\u00a050, 17\u00a0f\u00e9vrier 2015, Mergen et autres c.\u00a0Turquie, nos\u00a044062\/09 et 4\u00a0autres, \u00a7\u00a048, 31\u00a0mai 2016, Y\u00fcksel et autres c.\u00a0Turquie, nos\u00a055835\/09 et 2\u00a0autres, \u00a7\u00a053, 31\u00a0mai 2016, Mehmet Hasan Altan, pr\u00e9cit\u00e9, \u00a7\u00a0126,\u015eahinAlpay, pr\u00e9cit\u00e9, \u00a7\u00a0105, et AlparslanAltan c.\u00a0Turquie, no\u00a012778\/17, \u00a7\u00a0128, 16\u00a0avril 2019).<\/p>\n<p>47. En l\u2019esp\u00e8ce, la Cour observe que, le 25\u00a0juin 2012, le requ\u00e9rant, qui \u00e9tait soup\u00e7onn\u00e9 d\u2019appartenir \u00e0 la KCK, a \u00e9t\u00e9 arr\u00eat\u00e9 et plac\u00e9 en garde \u00e0 vue dans le cadre d\u2019une enqu\u00eate p\u00e9nale men\u00e9e contre cette organisation. Apr\u00e8s avoir \u00e9t\u00e9 interrog\u00e9 par le parquet, l\u2019int\u00e9ress\u00e9 a comparu le 28\u00a0juin 2012 devant un juge assesseur de la cour d\u2019assises, lequel a ordonn\u00e9 sa mise en d\u00e9tention provisoire (paragraphe\u00a09 ci-dessus). Cette d\u00e9tention a dur\u00e9 jusqu\u2019au 13\u00a0avril 2013. La Cour constate \u00e9galement que, le 28\u00a0janvier 2013, une action p\u00e9nale a \u00e9t\u00e9 engag\u00e9e contre plusieurs personnes, dont le requ\u00e9rant, soup\u00e7onn\u00e9es d\u2019appartenir \u00e0 une organisation terroriste, le groupe PKK\/KCK. Elle rel\u00e8ve par ailleurs, \u00e0 la lumi\u00e8re des observations du Gouvernement et des \u00e9l\u00e9ments du dossier relatifs \u00e0 l\u2019acte d\u2019accusation, que les faits qui \u00e9taient \u00e0 l\u2019origine des soup\u00e7ons pesant sur le requ\u00e9rant se r\u00e9sument essentiellement aux activit\u00e9s qu\u2019il menait pour le compte du syndicat dont il \u00e9tait membre et dirigeant.<\/p>\n<p>48. Le Gouvernement affirme que, sous le couvert d\u2019activit\u00e9s syndicales, l\u2019int\u00e9ress\u00e9 menait des activit\u00e9s pour le compte d\u2019une organisation terroriste. Il en d\u00e9duit que la privation de libert\u00e9 subie par le requ\u00e9rant \u00e9tait conforme \u00e0 l\u2019article\u00a05 \u00a7\u00a01 de la Convention. La Cour n\u2019est pas convaincue par cet argument. Le Gouvernement n\u2019a pas fourni d\u2019\u00e9l\u00e9ments propres \u00e0 d\u00e9montrer qu\u2019il y e\u00fbt, au moment de placer le requ\u00e9rant en d\u00e9tention provisoire, le moindre lien entre l\u2019int\u00e9ress\u00e9 et l\u2019organisation terroriste en question. Au demeurant, la d\u00e9cision du 28\u00a0juin 2012 par laquelle la cour d\u2019assises a ordonn\u00e9 la mise en d\u00e9tention provisoire du requ\u00e9rant ne mentionne elle non plus aucun \u00e9l\u00e9ment de preuve de nature \u00e0 corroborer l\u2019all\u00e9gation du Gouvernement. L\u2019assertion selon laquelle certains membres et sympathisants d\u2019une organisation terroriste agissaient sous le couvert d\u2019organisations non gouvernementales et de partis politiques en utilisant des activit\u00e9s l\u00e9gales pour donner le change ne peut \u00eatre consid\u00e9r\u00e9e comme suffisante pour persuader un observateur objectif que le requ\u00e9rant pouvait avoir commis une infraction s\u00e9v\u00e8rement r\u00e9prim\u00e9e telle que l\u2019appartenance \u00e0 une organisation terroriste. En outre, la Cour est \u00e9galement incapable de discerner aucun \u00e9l\u00e9ment de la d\u00e9cision de la cour d\u2019assises d\u2019Ankara qui pourraient indiquer l\u2019existence d\u2019un soup\u00e7on raisonnable.<\/p>\n<p>49. Le Gouvernement explique par ailleurs que les accusations du procureur contre les requ\u00e9rants \u00e9taient fond\u00e9es sur les rapports de surveillance technique, les transcriptions d\u2019enregistrements sonores, les proc\u00e8s-verbaux d\u2019examen des CD, des DVD et des disques durs externes saisis lors de la phase d\u2019instruction, et les comptes rendus d\u2019\u00e9coutes t\u00e9l\u00e9phoniques et de surveillance secr\u00e8te. La Cour observe que ces \u00e9l\u00e9ments de preuve ont \u00e9t\u00e9 pr\u00e9sent\u00e9s lors du d\u00e9p\u00f4t de l\u2019acte d\u2019accusation, soit plusieurs mois apr\u00e8s la privation de libert\u00e9 de l\u2019int\u00e9ress\u00e9. Par cons\u00e9quent, elle estime qu\u2019il n\u2019y a pas lieu de les prendre en compte pour \u00e9tablir la plausibilit\u00e9 des soup\u00e7ons ayant motiv\u00e9 la d\u00e9cision initiale de placement en d\u00e9tention provisoire, dans la mesure o\u00f9 ils ont \u00e9t\u00e9 sans emport sur celle-ci. Ces \u00e9l\u00e9ments ne peuvent \u00eatre pris en compte que pour l\u2019examen de la question relative \u00e0 la persistance ou \u00e0 la survenance de soup\u00e7ons plausibles dans le cadre du maintien en d\u00e9tention de l\u2019int\u00e9ress\u00e9 durant le proc\u00e8s p\u00e9nal. Ceci dit, la Cour n\u2019est pas en mesure de d\u00e9terminer le contenu et la port\u00e9e de ces \u00e9l\u00e9ments de preuve. Dans ces circonstances, en l\u2019absence de faits, d\u2019informations ou de preuves solides, les \u00e9l\u00e9ments invoqu\u00e9s par le Gouvernement ne d\u00e9montrent aucunement que le requ\u00e9rant f\u00fbt engag\u00e9 dans des activit\u00e9s d\u00e9lictueuses n\u00e9cessitant son maintien en d\u00e9tention provisoire.<\/p>\n<p>50. \u00c0 la lumi\u00e8re de ces consid\u00e9rations, la Cour estime que l\u2019interpr\u00e9tation et l\u2019application faites en l\u2019esp\u00e8ce des dispositions l\u00e9gales invoqu\u00e9es par les autorit\u00e9s internes ont \u00e9t\u00e9 d\u00e9raisonnables au point de conf\u00e9rer \u00e0 la privation de libert\u00e9 subie par le requ\u00e9rant un caract\u00e8re irr\u00e9gulier et arbitraire.<\/p>\n<p>51. Partant, il y a eu violation de l\u2019article\u00a05 \u00a7\u00a01 de la Convention.<\/p>\n<p>IV. SUR L\u2019APPLICATION DE L\u2019ARTICLE\u00a041 DE LA CONVENTION<\/p>\n<p>52. Aux termes de l\u2019article\u00a041 de la Convention\u00a0:<\/p>\n<p>\u00ab\u00a0Si la Cour d\u00e9clare qu\u2019il y a eu violation de la Convention ou de ses Protocoles, et si le droit interne de la Haute Partie contractante ne permet d\u2019effacer qu\u2019imparfaitement les cons\u00e9quences de cette violation, la Cour accorde \u00e0 la partie l\u00e9s\u00e9e, s\u2019il y a lieu, une satisfaction \u00e9quitable.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p><strong>A. Dommage<\/strong><\/p>\n<p>53. Le requ\u00e9rant demande 25\u00a0000 euros (EUR) au titre du dommage moral qu\u2019il estime avoir subi.<\/p>\n<p>54. Le Gouvernement consid\u00e8re que la demande pr\u00e9sent\u00e9e est excessive et qu\u2019elle ne correspond pas aux montants accord\u00e9s par la Cour dans sa jurisprudence.<\/p>\n<p>55. La Cour estime raisonnable d\u2019octroyer 5\u00a0000\u00a0EUR au requ\u00e9rant pour dommage moral, plus tout montant pouvant \u00eatre d\u00fb \u00e0 titre d\u2019imp\u00f4t sur cette somme.<\/p>\n<p><strong>B. Frais et d\u00e9pens<\/strong><\/p>\n<p>56. Le requ\u00e9rant r\u00e9clame 4\u00a0725\u00a0EUR au titre des frais et d\u00e9pens engag\u00e9s par lui dans le cadre des proc\u00e9dures men\u00e9es devant les juridictions nationales et devant la Cour. \u00c0 l\u2019appui de sa demande, il fournit une copie d\u2019un contrat par lequel il s\u2019est engag\u00e9, dans le cadre des travaux relatifs \u00e0 sa requ\u00eate devant la Cour, \u00e0 verser \u00e0 son avocat un montant calcul\u00e9 \u00e0 partir du bar\u00e8me tarifaire du barreau d\u2019Ankara qui serait applicable \u00e0 la date de l\u2019arr\u00eat de la Cour. Il n\u2019a pas fourni de copie de ce bar\u00e8me.<\/p>\n<p>57. Le Gouvernement expose que le requ\u00e9rant n\u2019a pr\u00e9sent\u00e9 aucun justificatif de paiement ou autre document \u00e0 l\u2019appui de sa demande, et qu\u2019il n\u2019a pas d\u00e9taill\u00e9 ses frais all\u00e9gu\u00e9s.<\/p>\n<p>58. Selon la jurisprudence de la Cour, un requ\u00e9rant ne peut obtenir le remboursement de ses frais et d\u00e9pens que dans la mesure o\u00f9 se trouvent \u00e9tablis leur r\u00e9alit\u00e9, leur n\u00e9cessit\u00e9 et le caract\u00e8re raisonnable de leur taux. En l\u2019esp\u00e8ce, compte tenu des documents dont elle dispose et de sa jurisprudence, la Cour estime raisonnable d\u2019accorder 1\u00a0000\u00a0EUR au requ\u00e9rant.<\/p>\n<p><strong>C. Int\u00e9r\u00eatsmoratoires<\/strong><\/p>\n<p>59. La Cour juge appropri\u00e9 de calquer le taux des int\u00e9r\u00eats moratoires sur le taux d\u2019int\u00e9r\u00eat de la facilit\u00e9 de pr\u00eat marginal de la Banque centrale europ\u00e9enne major\u00e9 de trois points de pourcentage.<\/p>\n<p><strong>PAR CES MOTIFS, LA COUR, \u00c0 L\u2019UNANIMIT\u00c9,<\/strong><\/p>\n<p>1. D\u00e9clare la requ\u00eate recevable pour autant qu\u2019elle concerne le requ\u00e9rant \u0130zzettinAlpergin et irrecevable pour le surplus\u00a0;<\/p>\n<p>2. Dit qu\u2019il y a eu violation de l\u2019article\u00a05 \u00a7\u00a01 de la Convention\u00a0;<\/p>\n<p>3. Dit<\/p>\n<p>a) que l\u2019\u00c9tat d\u00e9fendeur doit verser au requ\u00e9rant M. \u0130zzettinAlpergin, dans un d\u00e9lai de trois mois \u00e0 compter de la date \u00e0 laquelle l\u2019arr\u00eat sera devenu d\u00e9finitif conform\u00e9ment \u00e0 l\u2019article\u00a044 \u00a7\u00a02 de la Convention, les sommes suivantes, \u00e0 convertir dans la monnaie de l\u2019\u00c9tat d\u00e9fendeur au taux applicable \u00e0 la date du r\u00e8glement\u00a0:<\/p>\n<p>i. 5\u00a0000\u00a0EUR (cinq mille euros), plus tout montant pouvant \u00eatre d\u00fb \u00e0 titre d\u2019imp\u00f4t sur cette somme, pour dommage moral\u00a0;<\/p>\n<p>ii. 1\u00a0000\u00a0EUR (mille euros), plus tout montant pouvant \u00eatre d\u00fb par le requ\u00e9rant \u00e0 titre d\u2019imp\u00f4t sur cette somme, pour frais et d\u00e9pens\u00a0;<\/p>\n<p>b) qu\u2019\u00e0 compter de l\u2019expiration dudit d\u00e9lai et jusqu\u2019au versement, ces montants seront \u00e0 majorer d\u2019un int\u00e9r\u00eat simple \u00e0 un taux \u00e9gal \u00e0 celui de la facilit\u00e9 de pr\u00eat marginal de la Banque centrale europ\u00e9enne applicable pendant cette p\u00e9riode, augment\u00e9 de trois points de pourcentage\u00a0;<\/p>\n<p>4. Rejette le surplus de la demande de satisfaction \u00e9quitable.<\/p>\n<p>Fait en fran\u00e7ais, puis communiqu\u00e9 par \u00e9crit le 27 octobre 2020, en application de l\u2019article\u00a077\u00a0\u00a7\u00a7\u00a02 et\u00a03 du r\u00e8glement.<\/p>\n<p>Hasan Bak\u0131rc\u0131\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0 Jon Fridrik Kj\u00f8lbro<br \/>\nGreffier adjoint \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0Pr\u00e9sident<\/p>\n<div class=\"social-share-buttons\"><a href=\"https:\/\/www.facebook.com\/sharer\/sharer.php?u=https:\/\/loisdumonde.com\/?p=53\" target=\"_blank\" rel=\"noopener\">Facebook<\/a><a href=\"https:\/\/twitter.com\/intent\/tweet?url=https:\/\/loisdumonde.com\/?p=53&text=AFFAIRE+ALPERGIN+ET+AUTRES+c.+TURQUIE+%28Cour+europ%C3%A9enne+des+droits+de+l%E2%80%99homme%29\" target=\"_blank\" rel=\"noopener\">Twitter<\/a><a href=\"https:\/\/www.linkedin.com\/shareArticle?url=https:\/\/loisdumonde.com\/?p=53&title=AFFAIRE+ALPERGIN+ET+AUTRES+c.+TURQUIE+%28Cour+europ%C3%A9enne+des+droits+de+l%E2%80%99homme%29\" target=\"_blank\" rel=\"noopener\">LinkedIn<\/a><a href=\"https:\/\/pinterest.com\/pin\/create\/button\/?url=https:\/\/loisdumonde.com\/?p=53&description=AFFAIRE+ALPERGIN+ET+AUTRES+c.+TURQUIE+%28Cour+europ%C3%A9enne+des+droits+de+l%E2%80%99homme%29\" target=\"_blank\" rel=\"noopener\">Pinterest<\/a><\/div>","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>DEUXI\u00c8ME SECTION AFFAIRE ALPERGIN ET AUTRES c. 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