{"id":438,"date":"2021-03-16T16:15:30","date_gmt":"2021-03-16T16:15:30","guid":{"rendered":"https:\/\/loisdumonde.com\/?p=438"},"modified":"2021-03-16T16:15:30","modified_gmt":"2021-03-16T16:15:30","slug":"affaire-gavrilova-et-autres-c-russie-cour-europeenne-des-droits-de-lhomme-requete-no-2625-17","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/loisdumonde.com\/?p=438","title":{"rendered":"AFFAIRE GAVRILOVA ET AUTRES c. RUSSIE (Cour europ\u00e9enne des droits de l\u2019homme) Requ\u00eate no 2625\/17"},"content":{"rendered":"<p>INTRODUCTION. La pr\u00e9sente affaire concerne l\u2019annulation en justice des titres de propri\u00e9t\u00e9 que d\u00e9tenaient les requ\u00e9rants sur des parcelles de terrain qu\u2019ils avaient achet\u00e9es,<!--more--> et la r\u00e9int\u00e9gration de ces parcelles dans le patrimoine de l\u2019\u00c9tat au motif qu\u2019il s\u2019agissait de \u00ab\u00a0ressources foresti\u00e8res\u00a0\u00bb. Est en jeu l\u2019article 1 du Protocole no 1 \u00e0 la Convention.<\/p>\n<p style=\"text-align: center;\">TROISI\u00c8ME SECTION<br \/>\n<strong>AFFAIRE GAVRILOVA ET AUTRES c. RUSSIE<\/strong><br \/>\n<em>(Requ\u00eate no 2625\/17)<\/em><br \/>\nARR\u00caT<br \/>\n(Fond)<\/p>\n<p>Art 1 P1 \u2022 Annulation des titres de propri\u00e9t\u00e9 sur des parcelles de terrain achet\u00e9es et r\u00e9int\u00e9gration de celles-ci dans le patrimoine municipal \u2022 Absence de faute des requ\u00e9rants ayant subi les cons\u00e9quences des erreurs des autorit\u00e9s et de l\u2019application rigide des dispositions sur la revendication \u2022 Absence d\u2019indemnisation \u2022 Juste \u00e9quilibre rompu au d\u00e9triment des requ\u00e9rants<\/p>\n<p style=\"text-align: center;\">STRASBOURG<br \/>\n16 mars 2021<\/p>\n<p>Cet arr\u00eat deviendra d\u00e9finitif dans les conditions d\u00e9finies \u00e0 l\u2019article 44 \u00a7 2 de la Convention. Il peut subir des retouches de forme.<\/p>\n<p><strong>En l\u2019affaire Gavrilova et autres c. Russie,<\/strong><\/p>\n<p>La Cour europ\u00e9enne des droits de l\u2019homme (troisi\u00e8me section), si\u00e9geant en une chambre compos\u00e9e de\u00a0:<\/p>\n<p>Paul Lemmens, pr\u00e9sident,<br \/>\nDmitry Dedov,<br \/>\nGeorges Ravarani,<br \/>\nMar\u00eda El\u00f3segui,<br \/>\nDarian Pavli,<br \/>\nAnja Seibert-Fohr,<br \/>\nPeeter Roosma, juges,<\/p>\n<p>et de Milan Bla\u0161ko, greffierde section,<\/p>\n<p>Vu la requ\u00eate (no\u00a02625\/17) dirig\u00e9e contre la F\u00e9d\u00e9ration de Russie et dont cinq ressortissants russes(\u00ab\u00a0les requ\u00e9rants\u00a0\u00bb) ont saisi la Cour en vertu de l\u2019article\u00a034 de la Convention de sauvegarde des droits de l\u2019homme et des libert\u00e9s fondamentales (\u00ab\u00a0la Convention\u00a0\u00bb) le 22\u00a0d\u00e9cembre 2016,<\/p>\n<p>Vu la d\u00e9cision de porter \u00e0 la connaissance du gouvernement russe (\u00ab\u00a0le Gouvernement\u00a0\u00bb) les griefs formul\u00e9s sur le terrain de l\u2019article 1 du Protocole\u00a0no 1 \u00e0 la Convention,<\/p>\n<p>Vu les observations des parties,<\/p>\n<p>Apr\u00e8s en avoir d\u00e9lib\u00e9r\u00e9 en chambre du conseil le 9 f\u00e9vrier 2021,<\/p>\n<p>Rend l\u2019arr\u00eat que voici, adopt\u00e9 \u00e0 cette date\u00a0:<\/p>\n<p><strong>INTRODUCTION<\/strong><\/p>\n<p>1. La pr\u00e9sente affaire concerne l\u2019annulation en justice des titres de propri\u00e9t\u00e9 que d\u00e9tenaient les requ\u00e9rants sur des parcelles de terrain qu\u2019ils avaient achet\u00e9es, et la r\u00e9int\u00e9gration de ces parcelles dans le patrimoine de l\u2019\u00c9tat au motif qu\u2019il s\u2019agissait de \u00ab\u00a0ressources foresti\u00e8res\u00a0\u00bb. Est en jeu l\u2019article 1 du Protocole no 1 \u00e0 la Convention.<\/p>\n<p><strong>EN FAIT<\/strong><\/p>\n<p>2. Les noms des requ\u00e9rants et les autres informations les concernant figurent \u00e0 l\u2019annexe au pr\u00e9sent arr\u00eat.<\/p>\n<p>3. Le Gouvernement a \u00e9t\u00e9 repr\u00e9sent\u00e9 par M.\u00a0M. Galperine, repr\u00e9sentant de la F\u00e9d\u00e9ration de Russie aupr\u00e8s de la Cour europ\u00e9enne des droits de l\u2019homme.<\/p>\n<p><strong>I. Les faits relatifs au terrain en cause et aux parcelles achet\u00e9es par les requ\u00e9rants<\/strong><\/p>\n<p>4. Dans les ann\u00e9es 1960, un parc r\u00e9sidentiel de loisirs (\u0434\u043e\u043c\u043e\u0442\u0434\u044b\u0445\u0430) Lesno\u00ef\u00e9 fut ouvert dans le district de Gatchina (r\u00e9gion de Leningrad). Ce parc (\u00ab\u00a0le parc\u00a0\u00bb) comprenait en particulier un terrain de 30,5 hectares de for\u00eat (\u00ab\u00a0le terrain litigieux\u00a0\u00bb, \u00ab\u00a0le terrain\u00a0\u00bb). Selon certains documents dat\u00e9s de 1982, il s\u2019agissait d\u2019une \u00ab\u00a0for\u00eat de groupe I\u00a0\u00bb. Depuis les ann\u00e9es 1970, le parc appartenait \u00e0 une autorit\u00e9 publique r\u00e9gionale (\u041b\u0435\u043d\u0438\u043d\u0433\u0440\u0430\u0434\u0441\u043a\u0438\u0439\u0442\u0435\u0440\u0440\u0438\u0442\u043e\u0440\u0438\u0430\u043b\u044c\u043d\u044b\u0439\u0441\u043e\u0432\u0435\u0442\u043f\u043e\u0443\u043f\u0440\u0430\u0432\u043b\u0435\u043d\u0438\u044e\u043a\u0443\u0440\u043e\u0440\u0442\u0430\u043c\u0438\u043f\u0440\u043e\u0444\u0441\u043e\u044e\u0437\u043e\u0432).<\/p>\n<p>5. Il ressort des \u00e9l\u00e9ments du dossier que, en 1990, le parc fut abandonn\u00e9 et que, \u00e0 partir de 2005, la for\u00eat fut endommag\u00e9e par des abattages d\u2019arbres et des incendies et certaines parties du parc devinrent des d\u00e9charges \u00e0 ordures.<\/p>\n<p>6. Par deux actes en date respectivement du 30 septembre 1991 et du 4\u00a0ao\u00fbt 1992, le conseil des d\u00e9put\u00e9s du district de Gatchina (r\u00e9gion de L\u00e9ningrad), le comit\u00e9 de gestion des ressources fonci\u00e8res (\u043a\u043e\u043c\u0438\u0442\u0435\u0442\u043f\u043e\u0437\u0435\u043c\u0435\u043b\u044c\u043d\u043e\u0439\u0440\u0435\u0444\u043e\u0440\u043c\u0435 \u0438 \u0437\u0435\u043c\u0435\u043b\u044c\u043d\u044b\u043c\u0440\u0435\u0441\u0443\u0440\u0441\u0430\u043c) de la r\u00e9gion de Leningrad et le service forestier du district de Gatchina (\u043b\u0435\u0441\u0445\u043e\u0437, \u0413\u0430\u0442\u0447\u0438\u043d\u0441\u043a\u043e\u0435\u043b\u0435\u0441\u043d\u0438\u0447\u0435\u0441\u0442\u0432\u043e) transf\u00e9r\u00e8rent le terrain litigieux \u00e0 la municipalit\u00e9 de Siverski aux fins de l\u2019extension du domaine municipal.<\/p>\n<p>7. En 1992, l\u2019autorit\u00e9 publique r\u00e9gionale vendit le parc \u00e0 la soci\u00e9t\u00e9 priv\u00e9e Podyomtransmach et lui loua le terrain d\u2019assise, qui comprenait le terrain litigieux.<\/p>\n<p>8. En ao\u00fbt 2005, la soci\u00e9t\u00e9 Podyomtransmach vendit le parc \u00e0 la soci\u00e9t\u00e9 priv\u00e9e Lesno\u00ef\u00e9.<\/p>\n<p>9. Le 21 d\u00e9cembre 2005, l\u2019administration du district de Gatchina adopta un d\u00e9cret aux fins de la vente du terrain litigieux \u00e0 la soci\u00e9t\u00e9 Lesno\u00ef\u00e9. Le 26\u00a0d\u00e9cembre 2005, l\u2019administration vendit le terrain \u00e0 cette soci\u00e9t\u00e9, au prix de 29\u00a0109\u00a0000 roubles (RUB) environ (l\u2019\u00e9quivalent de 851\u00a0900 euros (EUR) \u00e0 l\u2019\u00e9poque). Selon le contrat de vente, il s\u2019agissait d\u2019un terrain urbain (\u0437\u0435\u043c\u043b\u0438\u043f\u043e\u0441\u0435\u043b\u0435\u043d\u0438\u0439) destin\u00e9 \u00e0 l\u2019exploitation d\u2019un parc r\u00e9sidentiel de loisirs. Ce contrat ainsi que le droit de propri\u00e9t\u00e9 de la soci\u00e9t\u00e9 Lesno\u00ef\u00e9 furent d\u00fbment enregistr\u00e9s au registre unifi\u00e9 des droits immobiliers (le \u00ab\u00a0registre unifi\u00e9\u00a0\u00bb).<\/p>\n<p>10. Le 26 novembre 2006, la soci\u00e9t\u00e9 Lesno\u00ef\u00e9 revendit le terrain et les b\u00e2timents restants du parc \u00e0 la soci\u00e9t\u00e9 Lesno\u00ef\u00e9-2, qui fit enregistrer son droit de propri\u00e9t\u00e9 dans le registre unifi\u00e9.<\/p>\n<p>11. Le 26 d\u00e9cembre 2006, \u00e0 l\u2019issue des travaux d\u2019arpentage, qui avaient re\u00e7u l\u2019agr\u00e9ment de la municipalit\u00e9 de Siverski, le terrain fut inscrit au cadastre d\u2019\u00c9tat en tant que terrain urbain.<\/p>\n<p>12. Le 29 juin 2009, le service forestier du district de Gatchina informa la municipalit\u00e9 de Siverski que le terrain ne relevait pas des ressources foresti\u00e8res (\u0437\u0435\u043c\u043b\u0438\u043b\u0435\u0441\u043d\u043e\u0433\u043e\u0444\u043e\u043d\u0434\u0430).<\/p>\n<p>13. Par un arr\u00eat\u00e9 du 7 septembre 2009, le maire de Siverski modifia l\u2019affectation (\u0432\u0438\u0434\u0440\u0430\u0437\u0440\u0435\u0448\u0435\u043d\u043d\u043e\u0433\u043e\u0438\u0441\u043f\u043e\u043b\u044c\u0437\u043e\u0432\u0430\u043d\u0438\u044f) du terrain litigieux. Selon cet arr\u00eat\u00e9, le terrain n\u2019\u00e9tait plus destin\u00e9 \u00e0 l\u2019exploitation d\u2019un parc r\u00e9sidentiel de loisirs, mais \u00e0 la construction individuelle. L\u2019arr\u00eat\u00e9 fut publi\u00e9 au journal officiel local et la modification fut inscrite au cadastre d\u2019\u00c9tat.<\/p>\n<p>14. En 2009, \u00e0 une date non pr\u00e9cis\u00e9e dans le dossier, certains habitants de Siverski, constatant que des arbres \u00e9taient abattus et inquiets pour le devenir de la for\u00eat, form\u00e8rent un recours administratif en annulation de l\u2019arr\u00eat\u00e9 du 7 septembre 2009. Par un jugement du 10 novembre 2010, le tribunal de la ville de Gatchina rejeta le recours aux motifs qu\u2019il \u00e9tait tardif, que le terrain ne relevait pas des ressources foresti\u00e8res, qu\u2019il n\u2019avait pas \u00e9t\u00e9 prouv\u00e9 que ce f\u00fbt autrefois une for\u00eat, et que le changement d\u2019affectation du terrain avait \u00e9t\u00e9 op\u00e9r\u00e9 dans le respect de la proc\u00e9dure applicable. Le 23\u00a0d\u00e9cembre 2010, le jugement devint d\u00e9finitif.<\/p>\n<p>15. Le 5 mai 2011, le comit\u00e9 de gestion du patrimoine de l\u2019\u00c9tat de la r\u00e9gion de Leningrad demanda \u00e0 l\u2019agence f\u00e9d\u00e9rale de gestion du patrimoine de l\u2019\u00c9tat (\u0444\u0435\u0434\u0435\u0440\u0430\u043b\u044c\u043d\u043e\u0435\u0430\u0433\u0435\u043d\u0442\u0441\u0442\u0432\u043e\u043f\u043e\u0443\u043f\u0440\u0430\u0432\u043b\u0435\u043d\u0438\u044e\u0433\u043e\u0441\u0443\u0434\u0430\u0440\u0441\u0442\u0432\u0435\u043d\u043d\u044b\u043c\u0438\u043c\u0443\u0449\u0435\u0441\u0442\u0432\u043e\u043c\u00a0;\u00ab\u00a0l\u2019agence f\u00e9d\u00e9rale\u00a0\u00bb) de dire si le terrain \u00e9tait ou non une propri\u00e9t\u00e9 f\u00e9d\u00e9rale. Par une lettre du 5\u00a0juin 2011, l\u2019agence f\u00e9d\u00e9rale r\u00e9pondit que l\u2019\u00c9tat n\u2019avait jamais fait enregistrer son droit de propri\u00e9t\u00e9 sur ce terrain et que celui-ci n\u2019\u00e9tait pas inscrit au registre de la propri\u00e9t\u00e9 f\u00e9d\u00e9rale (\u0440\u0435\u0435\u0441\u0442\u0440\u0444\u0435\u0434\u0435\u0440\u0430\u043b\u044c\u043d\u043e\u0433\u043e\u0438\u043c\u0443\u0449\u0435\u0441\u0442\u0432\u0430).<\/p>\n<p>16. \u00c0 une date non pr\u00e9cis\u00e9e dans le dossier, la soci\u00e9t\u00e9 Lesno\u00ef\u00e9-2 fit diviser le terrain en 85 parcelles constructibles. Entre mars 2011 et juin 2013, les requ\u00e9rants achet\u00e8rent dix de ces parcelles, les uns directement aupr\u00e8s de la soci\u00e9t\u00e9 Lesno\u00ef\u00e9-2, les autres aupr\u00e8s d\u2019autres particuliers. Ils firent enregistrer leurs droits de propri\u00e9t\u00e9 au registre unifi\u00e9 en pr\u00e9sentant les contrats de vente.<\/p>\n<p>17. Au cours de l\u2019\u00e9t\u00e9 et de l\u2019automne 2011, le parquet r\u00e9gional, saisi par les habitants de Siverski, proc\u00e9da \u00e0 des v\u00e9rifications sur l\u2019usage et la cat\u00e9gorie du terrain litigieux.<\/p>\n<p>18. Le 1er avril 2013, il adressa \u00e0 l\u2019agence f\u00e9d\u00e9rale un avis selon lequel la vente du terrain \u00e0 la soci\u00e9t\u00e9 Lesno\u00ef\u00e9 avait \u00e9t\u00e9 conclue en violation de la loi. En outre, le 5 ao\u00fbt 2013, le parquet ouvrit une enqu\u00eate p\u00e9nale pour escroquerie aggrav\u00e9e (appropriation frauduleuse d\u2019un terrain appartenant \u00e0 l\u2019\u00c9tat f\u00e9d\u00e9ral). L\u2019ancien directeur du service forestier du district de Gatchina fut mis en examen. \u00c0 des dates non pr\u00e9cis\u00e9es dans le dossier, une d\u00e9cision de non-lieu \u00e0 poursuivre fut prononc\u00e9e pour cause de prescription de l\u2019action publique, puis annul\u00e9e. L\u2019issue de cette enqu\u00eate n\u2019a pas \u00e9t\u00e9 communiqu\u00e9e \u00e0 la Cour.<\/p>\n<p>19. Le 1er novembre 2013, la soci\u00e9t\u00e9 Lesno\u00ef\u00e9-2 fut dissoute sans laisser d\u2019ayants droit.<\/p>\n<p>20. Par un jugement du 28 novembre 2013, le tribunal de commerce de la r\u00e9gion de Leningrad, saisi par l\u2019agence f\u00e9d\u00e9rale, annula le contrat de vente qui avait \u00e9t\u00e9 conclu le 26\u00a0d\u00e9cembre 2005 entre l\u2019administration du district de Gatchina et la soci\u00e9t\u00e9 Lesno\u00ef\u00e9 (paragraphe 9 ci-dessus). Il jugea que le terrain relevait des ressources foresti\u00e8res au moins depuis 1982 et que la proc\u00e9dure de conversion en une autre cat\u00e9gorie de terrain n\u2019avait pas \u00e9t\u00e9 respect\u00e9e (paragraphes 36-39 et 41 ci-dessous). Il conclut que le terrain \u00e9tait la propri\u00e9t\u00e9 de l\u2019\u00c9tat f\u00e9d\u00e9ral et qu\u2019il ne pouvait pas \u00eatre privatis\u00e9. Le 29\u00a0avril 2014, le jugement devint d\u00e9finitif.<\/p>\n<p><strong>II. La proc\u00e9dure en revendication des parcelles<\/strong><\/p>\n<p>21. Le 4 septembre 2014, l\u2019agence f\u00e9d\u00e9rale intenta une action en revendication contre les requ\u00e9rants et cinq autres acheteurs des parcelles issues du terrain litigieux. Elle demanda \u00e0 \u00eatre relev\u00e9e de la prescription extinctive pour cette action et, sur le fond, \u00e0 voir r\u00e9int\u00e9grer (\u0438\u0441\u0442\u0440\u0435\u0431\u043e\u0432\u0430\u0442\u044c) quinze parcelles dans le patrimoine de l\u2019\u00c9tat f\u00e9d\u00e9ral.<\/p>\n<p><strong>A. Le jugement de premi\u00e8re instance<\/strong><\/p>\n<p>22. Par un jugement du 12 novembre 2015, le tribunal de Gatchina rejeta l\u2019action de l\u2019agence f\u00e9d\u00e9rale. Il constata d\u2019abord que, selon les \u00e9l\u00e9ments du dossier, le terrain litigieux \u00e9tait une ancienne for\u00eat relevant des ressources foresti\u00e8res et que, d\u00e8s lors, l\u2019\u00c9tat en \u00e9tait le propri\u00e9taire.<\/p>\n<p>23. Il observa ensuite que, depuis 1991, ce terrain avait relev\u00e9 des pouvoirs et comp\u00e9tences de plusieurs autorit\u00e9s publiques f\u00e9d\u00e9rales, dont le comit\u00e9 de gestion du patrimoine de l\u2019\u00c9tat (\u0433\u043e\u0441\u0443\u0434\u0430\u0440\u0441\u0442\u0432\u0435\u043d\u043d\u044b\u0439\u043a\u043e\u043c\u0438\u0442\u0435\u0442\u043f\u043e\u0443\u043f\u0440\u0430\u0432\u043b\u0435\u043d\u0438\u044e\u0433\u043e\u0441\u0443\u0434\u0430\u0440\u0441\u0442\u0432\u0435\u043d\u043d\u044b\u043c\u0438\u043c\u0443\u0449\u0435\u0441\u0442\u0432\u043e\u043c). Il nota que ce comit\u00e9, cr\u00e9\u00e9 le 21 janvier 1991, avait pour mission de g\u00e9rer les terrains appartenant \u00e0 l\u2019\u00c9tat, que, dans ce cadre, il \u00e9tait comp\u00e9tent pour en disposer, notamment au moyen de la proc\u00e9dure de changement de cat\u00e9gorie, et qu\u2019entre 1997 et 2004, il avait chang\u00e9 trois fois de d\u00e9nomination, pour devenir finalement en 2004 l\u2019agence f\u00e9d\u00e9rale de gestion du patrimoine de l\u2019\u00c9tat.<\/p>\n<p>24. Le tribunal observa \u00e9galement que le contr\u00f4le de l\u2019exploitation et la protection des terrains relevaient de la comp\u00e9tence du service forestier et du comit\u00e9 d\u2019\u00c9tat cr\u00e9\u00e9 pour les besoins de la r\u00e9forme fonci\u00e8re (\u0433\u043e\u0441\u0443\u0434\u0430\u0440\u0441\u0442\u0432\u0435\u043d\u043d\u044b\u0439\u043a\u043e\u043c\u0438\u0442\u0435\u0442\u043f\u043e\u0437\u0435\u043c\u0435\u043b\u044c\u043d\u043e\u0439\u0440\u0435\u0444\u043e\u0440\u043c\u0435) et que, s\u2019ils d\u00e9tectaient des irr\u00e9gularit\u00e9s, ces organes devaient les signaler au comit\u00e9 de gestion du patrimoine de l\u2019\u00c9tat susmentionn\u00e9 pour que celui-ci engage\u00e2t, le cas \u00e9ch\u00e9ant, une action en justice.<\/p>\n<p>25. Le tribunal nota que l\u2019autorit\u00e9 charg\u00e9e de l\u2019enregistrement des droits immobiliers et le service du cadastre \u00e9taient aussi des autorit\u00e9s publiques f\u00e9d\u00e9rales et qu\u2019ainsi, ils auraient d\u00fb r\u00e9agir en cas d\u2019irr\u00e9gularit\u00e9s dans la privatisation et la revente des ressources foresti\u00e8res.<\/p>\n<p>26. Il releva que la conversion du terrain litigieux en terrain urbain (paragraphes 38 et 40 ci-dessous) n\u2019avait pas \u00e9t\u00e9 op\u00e9r\u00e9e conform\u00e9ment \u00e0 la proc\u00e9dure applicable et il conclut que l\u2019\u00c9tat avait perdu la propri\u00e9t\u00e9 et la possession du terrain de mani\u00e8re irr\u00e9guli\u00e8re et illicite, et contre sa volont\u00e9.<\/p>\n<p>27. Le tribunal constata \u00e9galement que, d\u00e8s 1991, les autorit\u00e9s \u00e9tatiques susmentionn\u00e9es \u2013 et plus particuli\u00e8rement le service forestier et le comit\u00e9 d\u2019\u00c9tat cr\u00e9\u00e9 pour les besoins de la r\u00e9forme fonci\u00e8re \u2013 \u00e9taient parfaitement au courant du changement illicite de cat\u00e9gorie du terrain et de sa privatisation. Il releva que pendant vingt-quatre ans \u2013 de 1991 \u00e0 2015 \u2013 ces autorit\u00e9s publiques n\u2019avaient jamais \u00e9mis la moindre objection quant au sort du terrain litigieux. \u00c0 cet \u00e9gard, il estima que les diff\u00e9rentes r\u00e9formes institutionnelles et le transfert de comp\u00e9tences entre les autorit\u00e9s de l\u2019\u00c9tat \u00e9taient sans incidence sur le cours de la prescription extinctive. Il consid\u00e9ra que l\u2019\u00c9tat f\u00e9d\u00e9ral avait toujours eu la possibilit\u00e9 et l\u2019obligation de veiller \u00e0 la pr\u00e9servation de son patrimoine, mais qu\u2019il n\u2019avait tout simplement pas respect\u00e9 cette obligation. Il jugea donc que l\u2019action de l\u2019agence f\u00e9d\u00e9rale \u00e9tait prescrite et qu\u2019il n\u2019\u00e9tait pas possible de relever la demanderesse de la prescription (paragraphe 57 ci-dessous).<\/p>\n<p>28. Le tribunal consid\u00e9ra que les d\u00e9fendeurs \u00e9taient des acqu\u00e9reurs de bonne foi qui n\u2019avaient pas la possibilit\u00e9 de se retourner contre la soci\u00e9t\u00e9 Lesno\u00efe-2, celle-ci ayant \u00e9t\u00e9 dissoute, et qu\u2019ils ne devaient pas \u00eatre p\u00e9nalis\u00e9s pour les erreurs commises par les autorit\u00e9s et collectivit\u00e9s publiques. Enfin, il observa que des n\u00e9gociations avaient \u00e9t\u00e9 men\u00e9es entre l\u2019administration r\u00e9gionale de Leningrad, celle du district de Gatchina et les acqu\u00e9reurs des parcelles quant \u00e0 une \u00e9ventuelle attribution \u00e0 ces derniers d\u2019autres parcelles, mais qu\u2019elles n\u2019avaient pas abouti\u00a0; et il nota que l\u2019\u00c9tat pouvait redevenir propri\u00e9taire du terrain en rachetant les parcelles aux int\u00e9ress\u00e9s.<\/p>\n<p>29. Eu \u00e9gard \u00e0 ces circonstances, le tribunal conclut que la r\u00e9int\u00e9gration des parcelles dans le patrimoine f\u00e9d\u00e9ral, sans contrepartie \u00e0 leurs propri\u00e9taires, aurait port\u00e9 atteinte au principe de la s\u00e9curit\u00e9 des transactions (\u0441\u0442\u0430\u0431\u0438\u043b\u044c\u043d\u043e\u0441\u0442\u044c\u0433\u0440\u0430\u0436\u0434\u0430\u043d\u0441\u043a\u043e\u0433\u043e\u043e\u0431\u043e\u0440\u043e\u0442\u0430).<\/p>\n<p><strong>B. L\u2019arr\u00eat d\u2019appel et les rejets des pourvois en cassation form\u00e9s par les requ\u00e9rants<\/strong><\/p>\n<p>30. Le 7 avril 2016, la cour r\u00e9gionale de Leningrad, saisie d\u2019un appel de l\u2019agence f\u00e9d\u00e9rale, infirma le jugement du 12 novembre 2015. En ce qui concernait la prescription extinctive, elle souligna d\u2019embl\u00e9e que, eu \u00e9gard au principe d\u2019\u00e9quit\u00e9, la prescription ne devait pas \u00eatre utilis\u00e9e comme un moyen de l\u00e9gitimer des agissements illicites pr\u00e9judiciables au propri\u00e9taire. Elle consid\u00e9ra, d\u2019une part, que l\u2019atteinte port\u00e9e aux droits de l\u2019\u00c9tat avait un \u00ab\u00a0caract\u00e8re continu et \u00e9volutif (\u0434\u043b\u044f\u0449\u0438\u0439\u0441\u044f\u0438\u0432\u0438\u0434\u043e\u0438\u0437\u043c\u0435\u043d\u044f\u044e\u0449\u0438\u0439\u0441\u044f\u0445\u0430\u0440\u0430\u043a\u0442\u0435\u0440)\u00a0\u00bb, car le terrain litigieux avait \u00e9t\u00e9 plusieurs fois modifi\u00e9 et revendu, ce qui en avait rendu difficile l\u2019identification m\u00eame, et, d\u2019autre part, que l\u2019agence f\u00e9d\u00e9rale n\u2019avait pas pour mission de d\u00e9tecter les violations de la l\u00e9gislation fonci\u00e8re et foresti\u00e8re. Elle nota qu\u2019ainsi, l\u2019agence f\u00e9d\u00e9rale n\u2019avait eu connaissance de l\u2019atteinte port\u00e9e aux droits de l\u2019\u00c9tat qu\u2019apr\u00e8s en avoir \u00e9t\u00e9 inform\u00e9e par le parquet r\u00e9gional en avril 2013 (paragraphe 17 ci-dessus).<\/p>\n<p>31. Sur le fond, la cour r\u00e9gionale consid\u00e9ra, en s\u2019appuyant sur le jugement du 28 novembre 2013 (paragraphe 20 ci-dessus), que le terrain litigieux relevait depuis toujours des ressources foresti\u00e8res et qu\u2019il \u00e9tait la propri\u00e9t\u00e9 de l\u2019\u00c9tat en vertu de la loi, ind\u00e9pendamment du fait que le droit de propri\u00e9t\u00e9 de l\u2019\u00c9tat e\u00fbt ou n\u2019e\u00fbt pas \u00e9t\u00e9 enregistr\u00e9 dans le registre unifi\u00e9 ou dans un autre registre. Elle conclut que ce terrain ne pouvait donc pas \u00eatre privatis\u00e9, \u00e0 moins que sa cat\u00e9gorie ne f\u00fbt chang\u00e9e selon les modalit\u00e9s l\u00e9gales, ce qui n\u2019avait pas \u00e9t\u00e9 fait en l\u2019esp\u00e8ce.<\/p>\n<p>32. Qualifiant d\u2019illicite la vente du terrain \u00e0 la soci\u00e9t\u00e9 Lesno\u00ef\u00e9, la cour r\u00e9gionale jugea que cette transaction avait \u00e9t\u00e9 effectu\u00e9e contre la volont\u00e9 de l\u2019\u00c9tat et que l\u2019objection de bonne foi soulev\u00e9e par les d\u00e9fendeurs \u00e9tait d\u00e8s lors inop\u00e9rante. En application de l\u2019article 302 du code civil (paragraphe\u00a050\u00a0ci-dessous), elle pronon\u00e7a l\u2019annulation du droit de propri\u00e9t\u00e9 des d\u00e9fendeurs et ordonna la radiation de l\u2019inscription de ce droit du registre unifi\u00e9.<\/p>\n<p>33. Les requ\u00e9rants se pourvurent en cassation contre cet arr\u00eat. Par des d\u00e9cisions des 7 et 12 juillet 2016, la cour r\u00e9gionale de Leningrad, statuant en formation de juge unique, refusa de transmettre leurs pourvois \u00e0 son pr\u00e9sidium pour examen. Elle fit siennes les conclusions de la juridiction d\u2019appel et ajouta que la loi russe ne pr\u00e9voyait pas la possibilit\u00e9 d\u2019exploiter des terrains forestiers \u00e0 des fins de construction individuelle.<\/p>\n<p>34. Les requ\u00e9rants saisirent alors la Cour supr\u00eame. Par des d\u00e9cisions des 12 septembre et 12 octobre 2016, celle-ci, statuant en formation de juge unique, refusa de transmettre leurs pourvois \u00e0 sa chambre civile pour examen.<\/p>\n<p>LE CADRE JURIDIQUE ET LA PRATIQUE INTERNES PERTINENTS<\/p>\n<p>I. LES DIFF\u00c9RENTES CAT\u00c9GORIES DE TERRAINS EN RUSSIE<\/p>\n<p><strong>A. Les dispositions pertinentes du code foncier<\/strong><\/p>\n<p>35. L\u2019article 1 du code foncier, entr\u00e9 en vigueur en octobre 2001, proclame le principe selon lequel la protection de la terre comme composante la plus importante de l\u2019environnement et comme moyen de production agricole et foresti\u00e8re prime sur son usage en tant que bien immeuble. Les terrains sont poss\u00e9d\u00e9s et exploit\u00e9s librement par leurs propri\u00e9taires tant que cela ne nuit pas \u00e0 l\u2019environnement.<\/p>\n<p>36. Selon l\u2019article 7 du code foncier, il existe en Russie sept cat\u00e9gories de terrains, dont les terrains urbains (\u0437\u0435\u043c\u043b\u0438\u043d\u0430\u0441\u0435\u043b\u0435\u043d\u043d\u044b\u0445\u043f\u0443\u043d\u043a\u0442\u043e\u0432) et les terrains relevant des ressources foresti\u00e8res (\u0437\u0435\u043c\u043b\u0438\u043b\u0435\u0441\u043d\u043e\u0433\u043e\u0444\u043e\u043d\u0434\u0430).<\/p>\n<p>37. L\u2019article 27 du code foncier pr\u00e9voit des restrictions au droit de disposer (o\u0433\u0440\u0430\u043d\u0438\u0447\u0435\u043d\u0438\u044f\u043e\u0431\u043e\u0440\u043e\u0442\u043e\u0441\u043f\u043e\u0441\u043e\u0431\u043d\u043e\u0441\u0442\u0438) de certaines cat\u00e9gories de terrain. En particulier, les terrains relevant des ressources foresti\u00e8res ne peuvent pas \u00eatre librement vendus ou c\u00e9d\u00e9s.<\/p>\n<p><strong>B. Les dispositions pertinentes des codes forestiers<\/strong><\/p>\n<p>38. Selon les articles 3 et 4 du code forestier de la R\u00e9publique socialiste f\u00e9d\u00e9rative sovi\u00e9tique de Russie (RSFSR), en vigueur jusqu\u2019en 1997, toutes les for\u00eats de Russie \u00e9taient la propri\u00e9t\u00e9 de l\u2019\u00c9tat. Selon l\u2019article\u00a037 de ce code, la conversion des terrains forestiers du groupe I en une autre cat\u00e9gorie de terrain \u00e0 des fins non li\u00e9es \u00e0 l\u2019exploitation foresti\u00e8re pouvait \u00eatre d\u00e9cid\u00e9e dans des cas exceptionnels par d\u00e9cret du Conseil des ministres de la RSFSR.<\/p>\n<p>39. L\u2019ancien code forestier de la F\u00e9d\u00e9ration de Russie fut en vigueur de 1997 \u00e0 2009. Selon les articles 7 et 10 de ce code, les for\u00eats situ\u00e9es sur le territoire des municipalit\u00e9s ne constituaient pas des ressources foresti\u00e8res (\u043b\u0435\u0441\u0430, \u043d\u0435\u0432\u0445\u043e\u0434\u044f\u0449\u0438\u0435\u0432\u043b\u0435\u0441\u043d\u043e\u0439\u0444\u043e\u043d\u0434).<\/p>\n<p>40. Selon les articles 12 et 19 de l\u2019ancien code, les ressources foresti\u00e8res \u00e9taient la propri\u00e9t\u00e9 de l\u2019\u00c9tat f\u00e9d\u00e9ral et ne pouvaient pas faire l\u2019objet de transactions emportant ali\u00e9nation. Selon les articles 43 et 63 du m\u00eame code, le gouvernement f\u00e9d\u00e9ral \u00e9tait comp\u00e9tent pour proc\u00e9der \u00e0 la conversion de terrains relevant des ressources foresti\u00e8res en terrains d\u2019une autre cat\u00e9gorie.<\/p>\n<p>41. Selon les articles 6 et 10 du nouveau code forestier (entr\u00e9 en vigueur en 2007), les for\u00eats peuvent \u00eatre situ\u00e9es sur des terrains relevant des ressources foresti\u00e8res ou sur des terrains d\u2019autres cat\u00e9gories. Selon l\u2019article\u00a08 du m\u00eame code, les terrains relevant des ressources foresti\u00e8res (\u043b\u0435\u0441\u043d\u044b\u0435\u0443\u0447\u0430\u0441\u0442\u043a\u0438) sont la propri\u00e9t\u00e9 de l\u2019\u00c9tat f\u00e9d\u00e9ral.<\/p>\n<p>II. L\u2019ENREGISTREMENT DU DROIT DE PROPRI\u00c9T\u00c9 ET L\u2019INSCRIPTION AU CADASTRE D\u2019\u00c9TAT<\/p>\n<p>42. Selon l\u2019article 2 de la loi f\u00e9d\u00e9rale no\u00a0122-FZ du 3 juillet 1997 relative \u00e0 l\u2019enregistrement des droits immobiliers et des transactions immobili\u00e8res, en vigueur du 28 janvier 1998 au 1er\u00a0janvier 2017, l\u2019enregistrement de droits immobiliers dans le registre unifi\u00e9 \u00e9tait un acte juridique valant reconnaissance par l\u2019\u00c9tat de ces droits. D\u2019apr\u00e8s ce m\u00eame article, un droit enregistr\u00e9 ne pouvait \u00eatre contest\u00e9 qu\u2019en justice. Selon l\u2019article 13 de cette loi, apr\u00e8s r\u00e9ception de la demande d\u2019enregistrement du droit et des documents pr\u00e9sent\u00e9s \u00e0 l\u2019appui de celle-ci, l\u2019autorit\u00e9 en charge de l\u2019enregistrement menait une expertise juridique (\u043f\u0440\u0430\u0432\u043e\u0432\u0430\u044f\u044d\u043a\u0441\u043f\u0435\u0440\u0442\u0438\u0437\u0430) au sujet desdits documents.<\/p>\n<p>43. L\u2019article 17 de la loi f\u00e9d\u00e9rale pr\u00e9cit\u00e9e contenait une liste des fondements (\u043e\u0441\u043d\u043e\u0432\u0430\u043d\u0438\u044f) pouvant \u00eatre invoqu\u00e9s pour l\u2019enregistrement d\u2019un droit r\u00e9el. Parmi ces fondements figuraient les contrats de cession des biens immobiliers, ainsi que les actes adopt\u00e9s par les autorit\u00e9s f\u00e9d\u00e9rales ou locales dans la limite de leurs comp\u00e9tences et selon les modalit\u00e9s l\u00e9gales alors en vigueur.<\/p>\n<p>44. L\u2019article 19 \u00e9non\u00e7ait les causes de suspension de l\u2019inscription d\u2019un droit r\u00e9el. Il pr\u00e9voyait notamment que l\u2019autorit\u00e9 charg\u00e9e de l\u2019enregistrement devait surseoir \u00e0 l\u2019inscription si elle avait des doutes sur les fondements invoqu\u00e9s pour l\u2019enregistrement (au sens de l\u2019article 17, voir le paragraphe\u00a043 ci-dessus), sur l\u2019authenticit\u00e9 des documents pr\u00e9sent\u00e9s ou sur la v\u00e9racit\u00e9 des informations figurant dans ces documents. En pareil cas, l\u2019autorit\u00e9 devait prendre les mesures n\u00e9cessaires pour obtenir des informations compl\u00e9mentaires et\/ou pour s\u2019assurer de l\u2019authenticit\u00e9 des documents et de la v\u00e9racit\u00e9 des informations.<\/p>\n<p>45. L\u2019article 20 concernait les situations o\u00f9 la demande d\u2019enregistrement d\u2019un droit r\u00e9el devait \u00eatre rejet\u00e9e. Tel \u00e9tait le cas en particulier si l\u2019acte par lequel les autorit\u00e9s avaient attribu\u00e9 un droit r\u00e9el avait ensuite \u00e9t\u00e9 annul\u00e9 (\u043f\u0440\u0438\u0437\u043d\u0430\u043d\u043d\u0435\u0434\u0435\u0439\u0441\u0442\u0432\u0438\u0442\u0435\u043b\u044c\u043d\u044b\u043c) ab initio ou si la personne (l\u2019entit\u00e9) ayant d\u00e9livr\u00e9 un document justificatif du droit n\u2019\u00e9tait pas habilit\u00e9e \u00e0 disposer du bien immobilier indiqu\u00e9 dans ce document, ou encore s\u2019il y avait des contradictions entre un droit r\u00e9el d\u00e9j\u00e0 enregistr\u00e9 et le droit dont l\u2019enregistrement \u00e9tait demand\u00e9.<\/p>\n<p>46. La loi f\u00e9d\u00e9rale no 28-FZ relative au cadastre foncier d\u2019\u00c9tat fut en vigueur de 2000 \u00e0 2008. Selon l\u2019article 20 de cette loi, l\u2019inscription d\u2019un terrain ou d\u2019une parcelle de terrain au cadastre d\u2019\u00c9tat (\u043f\u043e\u0441\u0442\u0430\u043d\u043e\u0432\u043a\u0430\u043d\u0430\u043a\u0430\u0434\u0430\u0441\u0442\u0440\u043e\u0432\u044b\u0439\u0443\u0447\u0435\u0442) devait \u00eatre suspendue si les donn\u00e9es fournies \u00e0 l\u2019appui de la demande d\u2019inscription \u00e9taient contradictoires ou incompl\u00e8tes. Si dans un d\u00e9lai d\u2019un mois la cause de la suspension n\u2019\u00e9tait pas \u00e9limin\u00e9e, ou si les documents pr\u00e9sent\u00e9s \u00e0 l\u2019appui de la demande d\u2019inscription ne satisfaisaient pas aux exigences l\u00e9gales, l\u2019inscription au cadastre devait \u00eatre refus\u00e9e.<\/p>\n<p>47. Le 1er mars 2008, la loi f\u00e9d\u00e9rale no 28-FZ fut remplac\u00e9e par la loi f\u00e9d\u00e9rale no\u00a0221-FZ relative au cadastre de l\u2019immobilier de l\u2019\u00c9tat. L\u2019article\u00a022 de cette loi, en vigueur jusqu\u2019au 1er janvier 2017, dressait une liste des documents qui devaient \u00eatre pr\u00e9sent\u00e9s \u00e0 l\u2019appui d\u2019une demande d\u2019inscription au cadastre. Parmi ces documents figuraient les pi\u00e8ces justificatives du droit de propri\u00e9t\u00e9 sur la parcelle objet de cette demande dont la personne sollicitant l\u2019inscription \u00e9tait titulaire (\u043f\u0440\u0430\u0432\u043e\u0437\u0430\u044f\u0432\u0438\u0442\u0435\u043b\u044f\u043d\u0430\u0441\u043e\u043e\u0442\u0432\u0435\u0442\u0441\u0442\u0432\u0443\u044e\u0449\u0438\u0439\u043e\u0431\u044c\u0435\u043a\u0442\u043d\u0435\u0434\u0432\u0438\u0436\u0438\u043c\u043e\u0441\u0442\u0438). Selon l\u2019article 38 \u00a7\u00a010 de cette loi, en vigueur jusqu\u2019au 1er janvier 2017, les parcelles cr\u00e9\u00e9es \u00e0 l\u2019issue de l\u2019arpentage devaient \u00eatre conformes aux dispositions l\u00e9gales applicables en mati\u00e8re civile, en mati\u00e8re de gestion foresti\u00e8re, en mati\u00e8re de gestion de l\u2019eau et des milieux aquatiques, en mati\u00e8re d\u2019urbanisme et dans tous les domaines concernant les parcelles de terrain. Jusqu\u2019au 1er janvier 2017, cette loi contenait des dispositions similaires \u00e0 celles de la loi f\u00e9d\u00e9rale no\u00a028-FZ (paragraphe 46 ci-dessus) quant \u00e0 la suspension d\u2019une inscription cadastrale et au rejet d\u2019une demande d\u2019inscription.<\/p>\n<p>48. Le 1er janvier 2017, la nouvelle loi f\u00e9d\u00e9rale relative \u00e0 l\u2019enregistrement des biens immobiliers (\u043e \u0433\u043e\u0441\u0443\u0434\u0430\u0440\u0441\u0442\u0432\u0435\u043d\u043d\u043e\u0439\u0440\u0435\u0433\u0438\u0441\u0442\u0440\u0430\u0446\u0438\u0438\u043d\u0435\u0434\u0432\u0438\u0436\u0438\u043c\u043e\u0441\u0442\u0438), no 218-FZ, est entr\u00e9e en vigueur. Cette loi pr\u00e9voit un syst\u00e8me unique d\u2019enregistrement des biens immobiliers dans un registre unifi\u00e9 de l\u2019immobilier, par la fusion des services d\u2019enregistrement des droits immobiliers et du cadastre. Les articles 1 et 7 de cette loi proclament le principe d\u2019authenticit\u00e9 (\u0434\u043e\u0441\u0442\u043e\u0432\u0435\u0440\u043d\u043e\u0441\u0442\u044c) des informations relatives aux biens immobiliers contenues dans le registre unifi\u00e9 de l\u2019immobilier.<\/p>\n<p>49. Le 21 septembre 2017, la Cour constitutionnelle a rendu deux d\u00e9cisions, nos 1793-O et 1794-O, dans lesquelles elle a rappel\u00e9 le principe de la primaut\u00e9 des informations figurant dans le registre unifi\u00e9 de l\u2019immobilier sur celles contenues dans d\u2019autres registres.<\/p>\n<p>III. LA PROC\u00c9DURE EN REVENDICATION<\/p>\n<p>50. L\u2019article 302 \u00a7 1 du code civil concerne les cas o\u00f9 une personne a acquis un bien aupr\u00e8s d\u2019une autre personne qui n\u2019avait pas le droit d\u2019en disposer. Il \u00e9nonce que l\u2019acqu\u00e9reur est de bonne foi s\u2019il ne savait pas et n\u2019\u00e9tait pas cens\u00e9 savoir que son cocontractant n\u2019avait pas le droit de disposer du bien. Dans cette situation, le propri\u00e9taire peut revendiquer aupr\u00e8s de l\u2019acqu\u00e9reur de bonne foi le bien qu\u2019il a perdu, qu\u2019on lui a vol\u00e9 ou dont il a \u00e9t\u00e9 autrement d\u00e9poss\u00e9d\u00e9 contre sa volont\u00e9 (\u0432\u044b\u0431\u044b\u043b\u043e\u0438\u0437\u0432\u043b\u0430\u0434\u0435\u043d\u0438\u044f\u0438\u043d\u044b\u043c\u043f\u0443\u0442\u0435\u043c\u043f\u043e\u043c\u0438\u043c\u043e\u0432\u043e\u043b\u0438).<\/p>\n<p><strong>A. Les dispositions pertinentes relatives \u00e0 la bonne foi de l\u2019acqu\u00e9reur<\/strong><\/p>\n<p>51. L\u2019article 10 du code civil pose pour principe la pr\u00e9somption de la bonne foi des participants aux relations juridiques de droit civil et du caract\u00e8re raisonnable de leurs actions.<\/p>\n<p>52. Dans la directive conjointe no\u00a010\/22 du 29 avril 2010 intitul\u00e9e \u00ab\u00a0Certaines questions (&#8230;) relatives aux litiges ayant trait \u00e0 la protection du droit de propri\u00e9t\u00e9 et \u00e0 d\u2019autres droits r\u00e9els\u00a0\u00bb (\u00ab\u00a0la directive conjointe\u00a0\u00bb), les pl\u00e9nums de la Cour supr\u00eame et de la Cour sup\u00e9rieure de commerce ont expliqu\u00e9, au paragraphe 38, alin\u00e9as deuxi\u00e8me \u00e0 quatri\u00e8me, que l\u2019acqu\u00e9reur ne peut pas \u00eatre d\u00e9clar\u00e9 de bonne foi si, au moment de la conclusion du contrat, le registre unifi\u00e9 renfermait une mention de la saisie provisoire du bien objet du contrat. L\u2019acqu\u00e9reur peut \u00eatre d\u00e9clar\u00e9 de bonne foi si le contrat qu\u2019il a conclu pr\u00e9sente toutes les caract\u00e9ristiques d\u2019un contrat valide \u00e0 l\u2019exception du fait que le vendeur n\u2019avait pas le droit de disposer du bien (\u043d\u0435\u0443\u043f\u0440\u0430\u0432\u043e\u043c\u043e\u0447\u0435\u043d\u043d\u044b\u0439\u043e\u0442\u0447\u0443\u0436\u0434\u0430\u0442\u0435\u043b\u044c). Si le propri\u00e9taire \u2013 demandeur \u00e0 l\u2019instance \u2013 prouve que l\u2019acqu\u00e9reur aurait d\u00fb douter du pouvoir de disposition de son cocontractant, l\u2019objection de bonne foi de l\u2019acqu\u00e9reur est rejet\u00e9e.<\/p>\n<p>53. Le 25 novembre 2015, le pr\u00e9sidium de la Cour supr\u00eame de Russie a valid\u00e9 un rapport sur la jurisprudence relative aux actions en revendication intent\u00e9es par des entit\u00e9s publiques contre des acqu\u00e9reurs de logements. Dans ce rapport, la Cour supr\u00eame a pr\u00e9cis\u00e9 que la charge de la preuve de la mauvaise foi de l\u2019acqu\u00e9reur \u2013 d\u00e9fendeur \u00e0 l\u2019instance \u2013 pesait sur le demandeur.<\/p>\n<p>54. Le 22 juin 2017, la Cour constitutionnelle a rendu l\u2019arr\u00eat no 17-P (dit \u00ab\u00a0arr\u00eat Dubovets\u00a0\u00bb), o\u00f9 elle a expos\u00e9 certains principes constitutionnels relatifs aux actions en revendication intent\u00e9es par des entit\u00e9s publiques contre des acqu\u00e9reurs de logements. Dans cet arr\u00eat, elle a dit qu\u2019est acqu\u00e9reur de bonne foi d\u2019un bien immobilier l\u2019acqu\u00e9reur dont le droit de propri\u00e9t\u00e9 a \u00e9t\u00e9 enregistr\u00e9 selon les modalit\u00e9s l\u00e9gales, \u00e0 moins que les circonstances \u00e9tablies par la justice ne d\u00e9montrent \u00e0 l\u2019\u00e9vidence qu\u2019il savait que son cocontractant n\u2019avait pas le droit de disposer du bien immobilier, ou encore, compte tenu des circonstances concr\u00e8tes du cas d\u2019esp\u00e8ce, qu\u2019il n\u2019a pas exerc\u00e9 la prudence et la diligence raisonnables qui lui auraient permis de comprendre que son cocontractant ne pouvait pas disposer du bien.<\/p>\n<p>55. Dans ses d\u00e9cisions du 21 septembre 2017 (paragraphe 49 ci-dessus), la Cour constitutionnelle a dit que, appel\u00e9s \u00e0 examiner les actions en revendication des parcelles de terrain intent\u00e9es par les autorit\u00e9s publiques contre des particuliers, les juges devaient respecter le principe de l\u2019\u00e9quilibre entre les int\u00e9r\u00eats publics et priv\u00e9s, et s\u2019efforcer de prot\u00e9ger les acqu\u00e9reurs de bonne foi, notamment en tenant compte de l\u2019interpr\u00e9tation faite de l\u2019article\u00a0302 du code civil dans l\u2019arr\u00eat Dubovets.<\/p>\n<p><strong>B. Les dispositions pertinentes relatives \u00e0 la volont\u00e9 du propri\u00e9taire de perdre la possession ou la propri\u00e9t\u00e9 de son bien<\/strong><\/p>\n<p>56. Au paragraphe 39 de la directive conjointe, les pl\u00e9nums de la Cour supr\u00eame et de la Cour sup\u00e9rieure de commerce ont indiqu\u00e9 que l\u2019objection de bonne foi de l\u2019acqu\u00e9reur \u00e9tait inop\u00e9rante si le propri\u00e9taire prouvait qu\u2019il avait \u00e9t\u00e9 priv\u00e9 du bien contre sa volont\u00e9. Ils ont pr\u00e9cis\u00e9 que la nullit\u00e9 du contrat par lequel le bien avait \u00e9t\u00e9 transmis ne d\u00e9montrait pas en elle-m\u00eame la non-conformit\u00e9 de l\u2019acte de disposition \u00e0 la volont\u00e9 du propri\u00e9taire, mais que les tribunaux devaient \u00e9tablir dans chaque cas concret quelle \u00e9tait cette volont\u00e9.<\/p>\n<p>57. Dans l\u2019arr\u00eat Dubovets, la Cour constitutionnelle a dit que l\u2019inaction d\u2019une autorit\u00e9 publique qui avait omis d\u2019enregistrer dans un d\u00e9lai raisonnable son droit de propri\u00e9t\u00e9 sur un bien immobilier \u00e9tait dans une certaine mesure susceptible de contribuer \u00e0 la perte de ce bien, qui pouvait notamment \u00eatre caus\u00e9e par des agissements illicites de tiers. Elle a aussi estim\u00e9 que l\u2019enregistrement d\u2019un droit r\u00e9el \u00e9tait un acte qui confirmait la lic\u00e9it\u00e9 du contrat, m\u00eame si celui-ci avait \u00e9t\u00e9 conclu par une personne qui n\u2019avait pas le droit de disposer du bien, ainsi que celle de toutes les transactions pass\u00e9es ult\u00e9rieurement \u00e0 l\u2019\u00e9gard de ce bien. Sur ce point, elle a soulign\u00e9 que les autorit\u00e9s \u00e9taient mieux plac\u00e9es et disposaient de plus de moyens que les particuliers pour contr\u00f4ler la validit\u00e9 des transactions immobili\u00e8res et pour d\u00e9celer les irr\u00e9gularit\u00e9s.<\/p>\n<p>IV. LA PRESCRIPTION EXTINCTIVE<\/p>\n<p>58. Selon l\u2019article 196 du code civil, le d\u00e9lai de la prescription extinctive de droit commun est de trois ans. Selon l\u2019article 200, il commence \u00e0 courir \u00e0 partir du moment o\u00f9 la personne int\u00e9ress\u00e9e a ou devrait avoir connaissance d\u2019une atteinte \u00e0 ses droits.<\/p>\n<p>59. Dans sa directive no 43 du 29 septembre 2015, le pl\u00e9num de la Cour supr\u00eame a indiqu\u00e9 que, lorsqu\u2019une collectivit\u00e9 publique introduisait une action en justice, le d\u00e9lai de prescription courait \u00e0 compter du moment o\u00f9 cette collectivit\u00e9, repr\u00e9sent\u00e9e par ses organes comp\u00e9tents, avait ou aurait d\u00fb avoir connaissance du transfert de ses biens \u00e0 un tiers ou de l\u2019usage de ses biens par un tiers, ainsi que de l\u2019identit\u00e9 du bon d\u00e9fendeur \u00e0 l\u2019instance. Il a dit \u00e9galement que seules les personnes physiques pouvaient \u00eatre relev\u00e9es de la prescription, et ce dans des cas exceptionnels. Enfin, il a expliqu\u00e9 que les r\u00e9organisations institutionnelles et les transferts de comp\u00e9tences entre diff\u00e9rentes autorit\u00e9s publiques \u00e9taient sans incidence sur le cours du d\u00e9lai de prescription.<\/p>\n<p>60. Le 27 mars 2012, le pr\u00e9sidium de la Cour sup\u00e9rieure de commerce a rendu un arr\u00eat (no\u00a0\u041057-15708\/2010) sur une action que l\u2019agence f\u00e9d\u00e9rale avait engag\u00e9e en 2010 contre deux soci\u00e9t\u00e9s priv\u00e9es aux fins de la r\u00e9int\u00e9gration dans le patrimoine de l\u2019\u00c9tat de certains immeubles privatis\u00e9s en 1997. La demanderesse soutenait que compte tenu de leur importance culturelle et architecturale, ces immeubles ne pouvaient pas \u00eatre privatis\u00e9s. Elle affirmait qu\u2019elle n\u2019avait eu connaissance de leur privatisation illicite qu\u2019en 2010, \u00e0 l\u2019issue de certaines v\u00e9rifications. La Cour sup\u00e9rieure de commerce a observ\u00e9 que la demanderesse \u00e9tait une autorit\u00e9 publique, qui avait pour t\u00e2che notamment d\u2019assurer la conservation des biens appartenant \u00e0 l\u2019\u00c9tat, et qu\u2019elle \u00e9tait donc \u00e0 m\u00eame d\u2019\u00eatre inform\u00e9e de l\u2019enregistrement de droits de propri\u00e9t\u00e9 priv\u00e9e dans le registre unifi\u00e9 bien avant l\u2019expiration du d\u00e9lai de prescription. Eu \u00e9gard \u00e0 ces consid\u00e9rations, elle a rejet\u00e9 l\u2019action de l\u2019agence f\u00e9d\u00e9rale pour cause de prescription.<\/p>\n<p><strong>EN DROIT<\/strong><\/p>\n<p>I. SUR LA VIOLATION ALL\u00c9GU\u00c9E DE L\u2019ARTICLE 1 du Protocole no 1 \u00e0 LA CONVENTION<\/p>\n<p>61. Les requ\u00e9rants se plaignent de l\u2019annulation en justice de leur droit de propri\u00e9t\u00e9 sur les parcelles qu\u2019ils avaient achet\u00e9es. Ils invoquent l\u2019article 1 du Protocole no 1 de la Convention, qui est ainsi libell\u00e9 en sa partie pertinente en l\u2019esp\u00e8ce\u00a0:<\/p>\n<p>\u00ab\u00a0Toute personne physique ou morale a droit au respect de ses biens. Nul ne peut \u00eatre priv\u00e9 de sa propri\u00e9t\u00e9 que pour cause d\u2019utilit\u00e9 publique et dans les conditions pr\u00e9vues par la loi et les principes g\u00e9n\u00e9raux du droit international.<\/p>\n<p>Les dispositions pr\u00e9c\u00e9dentes ne portent pas atteinte au droit que poss\u00e8dent les \u00c9tats de mettre en vigueur les lois qu\u2019ils jugent n\u00e9cessaires pour r\u00e9glementer l\u2019usage des biens conform\u00e9ment \u00e0 l\u2019int\u00e9r\u00eat g\u00e9n\u00e9ral (&#8230;)\u00a0\u00bb<\/p>\n<p><strong>A. Sur la recevabilit\u00e9<\/strong><\/p>\n<p>62. Tant les requ\u00e9rants que le Gouvernement indiquent que les parcelles litigieuses \u00e9taient les \u00ab\u00a0biens\u00a0\u00bb des requ\u00e9rants au sens de l\u2019article 1 du Protocole no 1 \u00e0 la Convention et que l\u2019annulation du droit de propri\u00e9t\u00e9 des int\u00e9ress\u00e9s a constitu\u00e9 une ing\u00e9rence dans leur droit au respect de leurs biens. La Cour ne voit aucune raison de conclure autrement.<\/p>\n<p>63. Constatant que la requ\u00eate n\u2019est pas manifestement mal fond\u00e9e au sens de l\u2019article\u00a035 de la Convention et qu\u2019elle ne se heurte \u00e0 aucun autre motif d\u2019irrecevabilit\u00e9, la Cour la d\u00e9clare recevable.<\/p>\n<p><strong>B. Sur le fond<\/strong><\/p>\n<p><em>1. Th\u00e8ses des parties<\/em><\/p>\n<p>a) Les requ\u00e9rants<\/p>\n<p>64. Les requ\u00e9rants consid\u00e8rent que l\u2019\u00c9tat a consenti \u00e0 perdre la propri\u00e9t\u00e9 du terrain litigieux. Ils font valoir que les autorit\u00e9s et les collectivit\u00e9s publiques ont toujours approuv\u00e9 les transactions qui portaient sur ce terrain et arguent que, m\u00eame \u00e0 supposer que celui-ci relev\u00e2t des ressources foresti\u00e8res, cela n\u2019\u00e9tait que de fa\u00e7on formelle, car il n\u2019y avait plus de for\u00eat \u00e0 cet endroit. Ils s\u2019estiment acqu\u00e9reurs de bonne foi et se plaignent d\u2019avoir d\u00fb supporter les cons\u00e9quences des erreurs des autorit\u00e9s. Ils voient l\u00e0 une violation de l\u2019article 1 du Protocole no 1 \u00e0 la Convention.<\/p>\n<p>65. \u00c0 l\u2019appui des arguments qu\u2019ils avancent pour obtenir un constat de violation de leur droit au respect de leurs biens, les requ\u00e9rants citent les consid\u00e9rants du jugement du tribunal de Gatchina du 12\u00a0novembre 2015 (paragraphes 20-29 ci\u2011dessus). Ils soutiennent que l\u2019ing\u00e9rence leur a impos\u00e9 une charge excessive.<\/p>\n<p>b) Le Gouvernement<\/p>\n<p>66. Le Gouvernement soutient que l\u2019annulation du droit de propri\u00e9t\u00e9 des requ\u00e9rants est conforme aux exigences de l\u2019article 1 du Protocole\u00a0no 1 \u00e0 la Convention.<\/p>\n<p>67. Il argue \u00e0 cet \u00e9gard que l\u2019ing\u00e9rence \u00e9tait pr\u00e9vue par la loi, en l\u2019esp\u00e8ce l\u2019article 302 du code civil, le paragraphe\u00a039 de la directive conjointe et les dispositions du code foncier et du code forestier (paragraphes 38, 39, 41, 42, 50 et 56 ci-dessus). Il estime que l\u2019\u00c9tat a perdu la propri\u00e9t\u00e9 du terrain litigieux contre sa volont\u00e9 et en violation de la proc\u00e9dure de conversion de terrain forestier en terrain urbain, donc de fa\u00e7on illicite.<\/p>\n<p>68. Il estime que la mesure dont se plaignent les requ\u00e9rants poursuivait des buts l\u00e9gitimes, \u00e0 savoir la gestion des transactions immobiliers (\u0440\u0435\u0433\u0443\u043b\u0438\u0440\u043e\u0432\u0430\u043d\u0438\u0435\u043e\u0431\u043e\u0440\u043e\u0442\u0430\u043d\u0435\u0434\u0432\u0438\u0436\u0438\u043c\u043e\u0441\u0442\u0438) par les autorit\u00e9s et la protection des for\u00eats. Il avance que l\u2019\u00c9tat jouit d\u2019une large marge d\u2019appr\u00e9ciation dans ces domaines et que l\u2019ing\u00e9rence litigieuse a respect\u00e9 un juste \u00e9quilibre entre l\u2019int\u00e9r\u00eat g\u00e9n\u00e9ral de la collectivit\u00e9 et les droits des requ\u00e9rants.<\/p>\n<p><em>2. Appr\u00e9ciation de la Cour<\/em><\/p>\n<p>a) Sur la nature de l\u2019ing\u00e9rence<\/p>\n<p>69. En l\u2019esp\u00e8ce, le droit de propri\u00e9t\u00e9 des requ\u00e9rants sur les parcelles a \u00e9t\u00e9 annul\u00e9 quelques ann\u00e9es apr\u00e8s les achats de ces parcelles. La Cour observe d\u2019embl\u00e9e il s\u2019agit d\u2019un contentieux opposant les requ\u00e9rants \u2011 particuliers\u2011 \u00e0 l\u2019\u00c9tat (voir, a contrario, Kanevska c. Ukraine (d\u00e9c.), no\u00a073944\/11, 17 novembre 2020, s\u2019agissant d\u2019un litige purement priv\u00e9). Elle rappelle sa jurisprudence constante selon laquelle l\u2019annulation r\u00e9troactive d\u2019un titre de propri\u00e9t\u00e9 valide constitue une privation de propri\u00e9t\u00e9, au sens de la deuxi\u00e8me phrase du premier alin\u00e9a de l\u2019article\u00a01 du Protocole no\u00a01 (Turgut et autres c. Turquie, no\u00a01411\/03, \u00a7\u00a7\u00a087-88, 8\u00a0juillet 2008, \u015eat\u0131r c.\u00a0Turquie, no\u00a036192\/03, \u00a7\u00a031, 10\u00a0mars 2009, Silahy\u00fcrekli c.\u00a0Turquie, no\u00a016150\/06, \u00a7 33, 26 novembre 2013, Maksymenko et Gerasymenko c.\u00a0Ukraine, no\u00a049317\/07, \u00a7\u00a050, 16 mai 2013, Vuku\u0161i\u0107 c.\u00a0Croatie, no\u00a069735\/11, \u00a7\u00a050, 31\u00a0mai 2016, avec les r\u00e9f\u00e9rences qui y sont cit\u00e9es, et Bidzhiyeva c. Russie, no\u00a030106\/10, \u00a7\u00a061, 5\u00a0d\u00e9cembre 2017). Elle ne voit aucune raison de conclure autrement en l\u2019esp\u00e8ce. Ainsi, elle estime que l\u2019annulation des droits de propri\u00e9t\u00e9 des requ\u00e9rants s\u2019analyse en une \u00ab\u00a0privation de propri\u00e9t\u00e9\u00a0\u00bb.<\/p>\n<p>b) Sur la justification de l\u2019ing\u00e9rence<\/p>\n<p>70. La Cour rappelle sa jurisprudence constante selon laquelle, pour \u00eatre conforme \u00e0 l\u2019article 1 du Protocole no\u00a01, toute mesure doit \u00eatre op\u00e9r\u00e9e \u00ab\u00a0dans les conditions pr\u00e9vues par la loi\u00a0\u00bb, poursuivre un but d\u2019utilit\u00e9 publique et \u00eatre proportionn\u00e9e \u00e0 ce but, c\u2019est-\u00e0-dire m\u00e9nager un juste \u00e9quilibre entre l\u2019int\u00e9r\u00eat g\u00e9n\u00e9ral et le droit de l\u2019individu au respect de ses biens.<\/p>\n<p>i. Sur la l\u00e9galit\u00e9 et le but d\u2019utilit\u00e9 publique de l\u2019ing\u00e9rence<\/p>\n<p>71. Selon le Gouvernement, l\u2019ing\u00e9rence a \u00e9t\u00e9 op\u00e9r\u00e9e \u00ab\u00a0dans les conditions pr\u00e9vues par la loi\u00a0\u00bb. Les requ\u00e9rants n\u2019ont pas pr\u00e9sent\u00e9 de contre\u2011arguments sur ce point. La Cour rappelle que l\u2019article 1 du Protocole no\u00a01 exige qu\u2019une ing\u00e9rence de l\u2019autorit\u00e9 publique dans la jouissance du droit au respect des biens soit l\u00e9gale : la seconde phrase du premier alin\u00e9a de cet article n\u2019autorise une privation de propri\u00e9t\u00e9 que \u00ab dans les conditions pr\u00e9vues par la loi \u00bb (Visti\u0146\u0161 et Perepjolkins c. Lettonie [GC], no\u00a071243\/01, \u00a7\u00a095, 25 octobre 2012).<\/p>\n<p>72. En l\u2019esp\u00e8ce, les juridictions russes ont \u00e9tabli que le terrain litigieux relevait des ressources foresti\u00e8res et qu\u2019il ne pouvait pas \u00eatre privatis\u00e9 \u00e0 moins d\u2019\u00eatre converti en une autre cat\u00e9gorie de terrain conform\u00e9ment \u00e0 la proc\u00e9dure sp\u00e9ciale de conversion, et qu\u2019elles ont finalement consid\u00e9r\u00e9 que l\u2019action en revendication n\u2019\u00e9tait pas prescrite et \u00e9tait bien fond\u00e9e. En l\u2019absence de moyens pr\u00e9sent\u00e9s par les requ\u00e9rants sur ce point, la Cour ne saurait se prononcer de mani\u00e8re p\u00e9remptoire sur le point de savoir si la revendication peut passer pour avoir \u00e9t\u00e9 op\u00e9r\u00e9e \u00ab dans les conditions pr\u00e9vues par la loi \u00bb. Toutefois, rappelant qu\u2019elle ne dispose que d\u2019une comp\u00e9tence limit\u00e9e pour contr\u00f4ler le respect du droit interne, elle n\u2019estime pas n\u00e9cessaire de trancher cette question, d\u00e8s lors que la mesure m\u00e9conna\u00eet l\u2019article 1 du Protocole no\u00a01 pour d\u2019autres raisons (paragraphes 75 et suivants ci-dessous\u00a0; voir, pour une approche similaire, Visti\u0146\u0161 et Perepjolkins, pr\u00e9cit\u00e9, \u00a7 105, etPchelintseva et autres c. Russie, nos\u00a047724\/07 et 4 autres, \u00a7 95, 17 novembre 2016).<\/p>\n<p>73. La Cour note ensuite qu\u2019il ne fait pas controverse entre les parties que la mesure litigieuse r\u00e9pondait \u00e0 un but d\u2019utilit\u00e9 publique, \u00e0 savoir la gestion des terrains par les autorit\u00e9s et la pr\u00e9servation de la for\u00eat en tant que composante de l\u2019environnement appelant une politique d\u2019am\u00e9nagement du territoire appropri\u00e9e. Elle rappelle \u00e0 cet \u00e9gard que la protection de l\u2019environnement est devenue une valeur dont la d\u00e9fense suscite dans l\u2019opinion publique, et par cons\u00e9quent aupr\u00e8s des pouvoirs publics, un int\u00e9r\u00eat constant et soutenu (voir Depalle c. France [GC], no\u00a034044\/02, CEDH 2010, \u00a7 81 et les r\u00e9f\u00e9rences qui y sont cit\u00e9es, et, mutatis mutandis, Beinarovi\u010d et autres c. Lituanie,nos\u00a070520\/10 et 2 autres, \u00a7 135, 12\u00a0juin 2018).<\/p>\n<p>ii. Sur la proportionnalit\u00e9 de l\u2019ing\u00e9rence<\/p>\n<p>1) Les principes g\u00e9n\u00e9raux relatifs \u00e0 la proportionnalit\u00e9 de l\u2019ing\u00e9rence dans le droit au respect des biens<\/p>\n<p>74. La Cour rappelle que la proportionnalit\u00e9 de l\u2019ing\u00e9rence implique l\u2019existence d\u2019un juste \u00e9quilibre entre les exigences de l\u2019int\u00e9r\u00eat g\u00e9n\u00e9ral de la collectivit\u00e9 et les imp\u00e9ratifs de la sauvegarde des droits fondamentaux des individus. Cet \u00e9quilibre est rompu si la personne concern\u00e9e a eu \u00e0 supporter \u00ab\u00a0une charge sp\u00e9ciale et exorbitante\u00a0\u00bb. La v\u00e9rification de l\u2019existence d\u2019un juste \u00e9quilibre exige un examen global des diff\u00e9rents int\u00e9r\u00eats en jeu. Les aspects examin\u00e9s par la Cour varient d\u2019une affaire \u00e0 une autre et d\u00e9pendent des faits et de l\u2019ing\u00e9rence en cause. Dans son analyse de la proportionnalit\u00e9, outre le comportement des autorit\u00e9s, la Cour examine souvent l\u2019attitude du propri\u00e9taire, notamment le degr\u00e9 de faute ou de prudence dont il a fait preuve (AGOSI c.\u00a0Royaume-Uni, 24\u00a0octobre 1986, \u00a7\u00a054, s\u00e9rie A no\u00a0108, et G.I.E.M. S.R.L. et autres c. Italie [GC], nos 1828\/06 et 2 autres, \u00a7\u00a0301, 28\u00a0juin 2018). Plus particuli\u00e8rement, lorsqu\u2019une personne acquiert un bien immobilier, elle doit faire preuve de vigilance au cas o\u00f9 des indices \u00e9vidents pointent vers des fraudes commises en amont de la cha\u00eene des transmissions de propri\u00e9t\u00e9. La Cour examine \u00e9galement les cons\u00e9quences de l\u2019ing\u00e9rence pour le requ\u00e9rant et, en cas de privation de propri\u00e9t\u00e9, le point de savoir s\u2019il a \u00e9t\u00e9 indemnis\u00e9 et selon quelles modalit\u00e9s (Turgut et autres, pr\u00e9cit\u00e9, \u00a7\u00a091, et les r\u00e9f\u00e9rences qui y sont cit\u00e9es), et cela ind\u00e9pendamment des pr\u00e9occupations environnementales. Elle rappelle \u00e0 cet \u00e9gard que lorsque, en corrigeant leurs propres erreurs, les autorit\u00e9s se trouvent amen\u00e9es \u00e0 porter atteinte au droit au respect des biens, le principe de la bonne gouvernance (good governance) exige qu\u2019elles agissent en temps utile et de fa\u00e7on correcte et coh\u00e9rente (voir, par exemple, Osipkovs et autres c.\u00a0Lettonie, no 39210\/07, \u00a7\u00a080, 4\u00a0mai 2017, Beinarovi\u010d et autres, pr\u00e9cit\u00e9, \u00a7\u00a7\u00a0138-139, et, derni\u00e8rement,Maltsev et autres c. Russie, nos 77335\/14 et 2 autres, \u00a732, 17\u00a0d\u00e9cembre 2019), et qu\u2019elles veillent aussi \u00e0 ne pas corriger ce type d\u2019erreurs au d\u00e9triment du particulier concern\u00e9, surtout en l\u2019absence d\u2019un autre int\u00e9r\u00eat priv\u00e9 qui irait dans le sens contraire (voir, mutatis mutandis, Gladysheva c. Russie, no\u00a07097\/10, \u00a7 80, 6\u00a0d\u00e9cembre 2011, et Beinarovi\u010d et autres, pr\u00e9cit\u00e9, \u00a7 140, et les r\u00e9f\u00e9rences qui y sont cit\u00e9es).<\/p>\n<p>2) Le comportement des autorit\u00e9s dans la pr\u00e9sente affaire<\/p>\n<p>75. La Cour observe tout d\u2019abord que les autorit\u00e9s n\u2019ont jamais fait enregistrer de droit de propri\u00e9t\u00e9 de l\u2019\u00c9tat sur le terrain litigieux \u2013 ce dont elles avaient l\u00e9galement la possibilit\u00e9 \u2013 et n\u2019ont pas fait inscrire ce terrain au cadastre en tant que ressource foresti\u00e8re. Elle estime que, fondamentalement, ce sont ces omissions qui ont rendu possible le transfert du terrain \u00e0 la collectivit\u00e9 locale, sa privatisation, sa division et la vente des parcelles ainsi cr\u00e9\u00e9es (voir \u00e9galement, dans le m\u00eame ordre d\u2019id\u00e9es, les consid\u00e9rations expos\u00e9es dans le raisonnement de la Cour constitutionnelle, au paragraphe\u00a057 ci-dessus).<\/p>\n<p>76. Elle note \u00e9galement que l\u2019autorit\u00e9 charg\u00e9e de l\u2019enregistrement et le service du cadastre n\u2019ont \u00e9mis aucune objection quant au terrain puis aux parcelles en cause. Or l\u2019enregistrement du droit de propri\u00e9t\u00e9 immobili\u00e8re \u00e9tait, et reste \u00e0 ce jour, un acte juridique valant reconnaissance par l\u2019\u00c9tat du droit en question, effectu\u00e9 apr\u00e8s une \u00ab\u00a0expertise juridique\u00a0\u00bb des documents pr\u00e9sent\u00e9s \u00e0 cette fin, et l\u2019autorit\u00e9 charg\u00e9e de l\u2019enregistrement \u00e9tait comp\u00e9tente pour rejeter la demande d\u2019enregistrement si elle n\u2019\u00e9tait pas certaine du pouvoir de disposition du c\u00e9dant (paragraphes 42-43 et 48-49 ci\u2011dessus). De son c\u00f4t\u00e9, le service du cadastre avait le pouvoir de rejeter la demande d\u2019inscription cadastrale si les informations soumises \u00e9taient contradictoires ou incompl\u00e8tes, si les documents ne satisfaisaient pas aux exigences l\u00e9gales ou si le terrain et les parcelles, pr\u00e9sent\u00e9es comme urbains, n\u2019\u00e9taient pas en conformit\u00e9 avec les dispositions l\u00e9gales applicables notamment en mati\u00e8re de gestion foresti\u00e8re (paragraphes 46-47 ci-dessus).<\/p>\n<p>77. Compte tenu des omissions indiqu\u00e9es au paragraphe\u00a075 ci-dessus et du fait que les autorit\u00e9s cit\u00e9es au paragraphe 76 ci-dessus ne pouvaient pas se rendre sur place pour d\u00e9terminer si le terrain relevait des ressources foresti\u00e8res, si c\u2019\u00e9tait une for\u00eat ne relevant pas des ressources foresti\u00e8res ou encore s\u2019il s\u2019agissait d\u2019une autre cat\u00e9gorie de terrain, la Cour ne saurait sans sp\u00e9culer se prononcer sur l\u2019obligation ou m\u00eame sur la simple possibilit\u00e9 pour ces autorit\u00e9s de d\u00e9celer des irr\u00e9gularit\u00e9s et d\u2019emp\u00eacher les transactions portant sur le terrain et les parcelles (voir, mutatis mutandis, Zhidov et autres c. Russie, nos 54490\/10 et 3 autres, \u00a7 101, 16\u00a0octobre 2018, et Kvyatkovksiy c. Russie (d\u00e9c.), no 6390\/18, \u00a7\u00a031, 18 octobre 2018).<\/p>\n<p>78. En revanche, elle consid\u00e8re, comme le tribunal de Gatchina, que l\u2019\u00c9tat, en tant que propri\u00e9taire du terrain litigieux, disposait d\u2019autres organes qui pouvaient, d\u2019une part, d\u00e9tecter les irr\u00e9gularit\u00e9s susceptibles d\u2019en affecter le devenir (paragraphes 23, 24 et 27 ci-dessus) et, d\u2019autre part, agir le cas \u00e9ch\u00e9ant avant l\u2019expiration du d\u00e9lai de prescription (voir, dans le m\u00eame ordre d\u2019id\u00e9es, l\u2019arr\u00eat de la Cour sup\u00e9rieure de commerce, au paragraphe 60 ci\u2011dessus). Elle ne peut que souscrire \u00e0 la conclusion du tribunal de Gatchina selon laquelle le service forestier, le comit\u00e9 cr\u00e9\u00e9 pour les besoins de la r\u00e9forme fonci\u00e8re et le comit\u00e9 de gestion du patrimoine de l\u2019\u00c9tat, devenu en 2004 l\u2019agence f\u00e9d\u00e9rale, ne pouvaient pas ignorer que l\u2019\u00c9tat avait perdu depuis 1991 la propri\u00e9t\u00e9 et la possession du terrain en question et que celui\u2011ci avait \u00e9t\u00e9 divis\u00e9 et revendu (paragraphes 26-27 ci-dessus). La Cour rappelle \u00e0 cet \u00e9gard que l\u2019\u00c9tat ne peut \u00e0 bon droit se pr\u00e9valoir de son organisation interne ou d\u2019une distinction entre les diff\u00e9rentes autorit\u00e9s publiques (Hamer c. Belgique, no 21861\/03, \u00a7\u00a076, CEDH 2007-V (extraits)).<\/p>\n<p>79. En r\u00e9sum\u00e9, les autorit\u00e9s ont d\u2019un c\u00f4t\u00e9 fait preuve d\u2019inertie \u2013 elles ont omis d\u2019enregistrer le droit de propri\u00e9t\u00e9 de l\u2019\u00c9tat sur le terrain et la cat\u00e9gorisation de celui-ci en tant que terrain relevant des ressources foresti\u00e8res, elles sont rest\u00e9es inactives pendant pr\u00e8s de vingt-quatre ans alors qu\u2019elles savaient que l\u2019\u00c9tat avait perdu la possession et la propri\u00e9t\u00e9 du terrain, et elles ont permis l\u2019abandon et la destruction progressive de la for\u00eat dont celui-ci \u00e9tait couvert (voir, a contrario, Maltsev et autres c.\u00a0Russie, nos\u00a077335\/14 et 2 autres, \u00a7 33, 17 d\u00e9cembre 2019, affaire o\u00f9 les autorit\u00e9s ont r\u00e9agi rapidement). D\u2019un autre c\u00f4t\u00e9, elles ont valid\u00e9 la cat\u00e9gorisation et l\u2019affectation du terrain ainsi que les transactions portant sur celui-ci et sur les parcelles issues de sa division. En agissant de la sorte, les autorit\u00e9s ont manqu\u00e9 \u00e0 leur devoir d\u2019agir en temps utile et avec diligence.<\/p>\n<p>80. En outre, en statuant sur l\u2019action en revendication engag\u00e9e par l\u2019\u00c9tat, la juridiction d\u2019appel \u2013 qui a admis la bonne foi des requ\u00e9rants (sur ce point, voir les paragraphes 83-85 ci\u2011dessous) \u2013 n\u2019a pas proc\u00e9d\u00e9 \u00e0 une mise en balance des int\u00e9r\u00eats concurrents, publics et priv\u00e9s\u00a0: elle s\u2019est born\u00e9e \u00e0 constater que le terrain litigieux avait toujours \u00e9t\u00e9 propri\u00e9t\u00e9 de l\u2019\u00c9tat et qu\u2019il ne pouvait pas \u00eatre privatis\u00e9. La Cour consid\u00e8re que la juridiction n\u2019a tenu aucun compte de la bonne foi des acqu\u00e9reurs, contrairement aux exigences conventionnelles et aux indications des Cours supr\u00eame et constitutionnelle (paragraphes 52-57 ci-dessus).<\/p>\n<p>81. Par ailleurs, alors que le tribunal de Gatchina avait indiqu\u00e9 que le but d\u2019utilit\u00e9 publique aurait pu \u00eatre atteint par l\u2019application de mesures moins drastiques, par exemple au moyen du rachat par l\u2019\u00c9tat des parcelles des requ\u00e9rants ou de l\u2019attribution aux int\u00e9ress\u00e9s d\u2019autres parcelles \u00e9quivalentes (paragraphe\u00a028 ci-dessus), la juridiction d\u2019appel n\u2019a pas envisag\u00e9 ces possibilit\u00e9s.<\/p>\n<p>82. La Cour note de surcro\u00eet que la cour r\u00e9gionale a conclu que la prescription ne devait pas \u00eatre utilis\u00e9e comme un moyen de l\u00e9gitimer des agissements illicites commis au d\u00e9triment du propri\u00e9taire \u2013 l\u2019\u00c9tat \u2013 et que l\u2019agence f\u00e9d\u00e9rale n\u2019avait eu connaissance de la violation des droits de l\u2019\u00c9tat qu\u2019apr\u00e8s en avoir \u00e9t\u00e9 inform\u00e9e par le parquet (paragraphe 30 ci-dessus), alors que, selon les constatations faites par le tribunal (paragraphe\u00a027 ci\u2011dessus), non contredites par la cour r\u00e9gionale, plus de vingt ans s\u2019\u00e9taient \u00e9coul\u00e9s depuis la premi\u00e8re transaction avec le terrain. Non seulement cette approche va \u00e0 l\u2019encontre de l\u2019arr\u00eat de la Cour sup\u00e9rieure de commerce (paragraphe 60 ci-dessus), mais encore elle prive d\u2019effet r\u00e9el les r\u00e8gles de prescription \u00e9tablies par la loi en faisant d\u00e9pendre la prescription des r\u00e9sultats des v\u00e9rifications faites par le parquet, lesquelles peuvent \u00eatre men\u00e9es sur plusieurs ann\u00e9es, voire plusieurs d\u00e9cennies, apr\u00e8s la privatisation d\u2019un bien immobilier. Cela donne un avantage disproportionn\u00e9 aux autorit\u00e9s publiques (comparer avec Zouboulidis c. Gr\u00e8ce (no\u00a02), no\u00a036963\/06, \u00a7\u00a7 32 et 35, 25\u00a0juin 2009), rend les actions en revendication virtuellement imprescriptibles et contribue \u00e0 cr\u00e9er une ins\u00e9curit\u00e9 sur le march\u00e9 de l\u2019immobilier.<\/p>\n<p>3) Le comportement des requ\u00e9rants dans la pr\u00e9sente affaire<\/p>\n<p>83. La Cour observe qu\u2019il n\u2019a jamais \u00e9t\u00e9 all\u00e9gu\u00e9 que les requ\u00e9rants eussent \u00e9t\u00e9 de mauvaise foi ou n\u00e9gligents lors de l\u2019achat des parcelles. Pour sa part, elle ne d\u00e9c\u00e8le aucun \u00e9l\u00e9ment permettant de penser que ce soit le cas (voir, a contrario, Maltsev et autres, pr\u00e9cit\u00e9, \u00a7 34), eu \u00e9gard en particulier au droit interne et \u00e0 la pr\u00e9somption de bonne foi applicable en la mati\u00e8re (paragraphes 50-54 ci\u2011dessus).<\/p>\n<p>84. Par ailleurs, les for\u00eats situ\u00e9es sur le territoire des municipalit\u00e9s ne constituaient pas des ressources foresti\u00e8res selon l\u2019ancien code forestier, et pouvaient se trouver sur des terrains ne relevant pas des ressources foresti\u00e8res selon le nouveau code forestier (paragraphes 39 et 41 ci-dessus), de sorte qu\u2019elles pouvaient \u00eatre privatis\u00e9es.<\/p>\n<p>85. De l\u2019avis de la Cour, il r\u00e9sulte de ce qui pr\u00e9c\u00e8de que les requ\u00e9rants, \u00e9tant de bonne foi, se fiant aux autorit\u00e9s et disposant de moyens r\u00e9duits pour d\u00e9celer les irr\u00e9gularit\u00e9s affectant les acquisitions des parcelles (paragraphe\u00a057 ci-dessus), pouvaient l\u00e9gitimement croire qu\u2019en achetant des parcelles dont certaines au moins \u00e9taient bois\u00e9es, situ\u00e9es sur le territoire de la municipalit\u00e9 Siverski, ils agissaient conform\u00e9ment \u00e0 la loi et qu\u2019ils \u00e9taient juridiquement en s\u00e9curit\u00e9.<\/p>\n<p>86. Or, ni la bonne foi des requ\u00e9rants, ni le fait que la situation ne leur \u00e9tait pas imputable n\u2019ont jou\u00e9 le moindre r\u00f4le dans la proc\u00e9dure interne (Zhidov et autres, pr\u00e9cit\u00e9, \u00a7 110).<\/p>\n<p>iii. Conclusion<\/p>\n<p>87. Eu \u00e9gard \u00e0 l\u2019ensemble de ce qui pr\u00e9c\u00e8de, la Cour conclut que les requ\u00e9rants, qui n\u2019avaient commis aucune faute, ont d\u00fb subir les cons\u00e9quences des erreurs des autorit\u00e9s et de l\u2019application rigide des dispositions relatives \u00e0 la revendication, sans qu\u2019il leur soit vers\u00e9 aucune forme d\u2019indemnisation. Partant, le juste \u00e9quilibre qui devait r\u00e9gner entre les exigences de l\u2019int\u00e9r\u00eat public et la n\u00e9cessit\u00e9 de prot\u00e9ger le droit de propri\u00e9t\u00e9 des requ\u00e9rants a \u00e9t\u00e9 rompu.<\/p>\n<p>Il s\u2019ensuit qu\u2019il y a eu violation de l\u2019article 1 du Protocole no\u00a01 \u00e0 la Convention.<\/p>\n<p>II. SUR L\u2019APPLICATION DE L\u2019ARTICLE\u00a041 DE LA CONVENTION<\/p>\n<p>88. Aux termes de l\u2019article 41 de la Convention\u00a0:<\/p>\n<p>\u00ab\u00a0Si la Cour d\u00e9clare qu\u2019il y a eu violation de la Convention ou de ses Protocoles, et si le droit interne de la Haute Partie contractante ne permet d\u2019effacer qu\u2019imparfaitement les cons\u00e9quences de cette violation, la Cour accorde \u00e0 la partie l\u00e9s\u00e9e, s\u2019il y a lieu, une satisfaction \u00e9quitable.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p><strong>A. Dommage<\/strong><\/p>\n<p>89. Au titre du dommage mat\u00e9riel qu\u2019ils estiment avoir subi, les requ\u00e9rants demandent que leurs parcelles leur soient restitu\u00e9es. \u00c0 d\u00e9faut, ils sollicitent l\u2019allocation des sommes correspondant au prix qu\u2019ils ont pay\u00e9 pour acheter les parcelles (ces sommes sont d\u00e9taill\u00e9es dans l\u2019annexe au pr\u00e9sent arr\u00eat). Pour le dommage moral qu\u2019ils consid\u00e8rent avoir subi, ils demandent \u00e0 la Cour de leur allouer des montants qu\u2019elle fixera en statuant en \u00e9quit\u00e9.<\/p>\n<p>90. R\u00e9p\u00e9tant que l\u2019ing\u00e9rence litigieuse \u00e9tait compatible avec les exigences de l\u2019article 1 du Protocole no 1 \u00e0 la Convention, le Gouvernement invite la Cour \u00e0 rejeter les demandes formul\u00e9es pour dommage moral, qu\u2019il estime par ailleurs faites in abstracto et, d\u00e8s lors, non constitutives de r\u00e9elles demandes d\u2019indemnisation.<\/p>\n<p>91. La Cour rappelle que les \u00c9tats contractants parties \u00e0 une affaire sont en principe libres de choisir les moyens dont ils useront pour se conformer \u00e0 un arr\u00eat constatant une violation. En l\u2019esp\u00e8ce, elle observe que des n\u00e9gociations ont \u00e9t\u00e9 men\u00e9es entre les requ\u00e9rants, d\u2019un c\u00f4t\u00e9, et les administrations de la r\u00e9gion de Leningrad et du district de Gatchina, de l\u2019autre, pour r\u00e9soudre le probl\u00e8me (paragraphe 28 ci-dessus). Compte tenu de la vari\u00e9t\u00e9 des moyens qui existent pour redresser la violation constat\u00e9e et de la possibilit\u00e9 de reprendre les n\u00e9gociations, elle estime que la question de l\u2019application de l\u2019article 41 de la Convention ne se trouve pas en \u00e9tat en ce qui concerne le dommage mat\u00e9riel et moral. Partant, il y a lieu de r\u00e9server cette question et de fixer la proc\u00e9dure ult\u00e9rieure en tenant compte d\u2019un \u00e9ventuel accord entre l\u2019\u00c9tat d\u00e9fendeur et les requ\u00e9rants (article\u00a075 \u00a7 1 du r\u00e8glement de la Cour).<\/p>\n<p><strong>B. Frais et d\u00e9pens<\/strong><\/p>\n<p>92. \u00c0 l\u2019exception de M.\u00a0Ryabov, les requ\u00e9rants n\u2019ont pas formul\u00e9 de demande au titre des frais et d\u00e9pens. M.\u00a0Ryabov demande quant \u00e0 lui 60\u00a0000\u00a0roubles (RUB) pour frais de repr\u00e9sentation devant la Cour et 1\u00a0420\u00a0RUB pour frais postaux.<\/p>\n<p>93. Soutenant que les droits de ce dernier requ\u00e9rant n\u2019ont pas \u00e9t\u00e9 viol\u00e9s, le Gouvernement prie la Cour de rejeter cette demande.<\/p>\n<p>94. Selon la jurisprudence de la Cour, un requ\u00e9rant ne peut obtenir le remboursement de ses frais et d\u00e9pens que dans la mesure o\u00f9 se trouvent \u00e9tablis leur r\u00e9alit\u00e9, leur n\u00e9cessit\u00e9 et le caract\u00e8re raisonnable de leur taux. En l\u2019esp\u00e8ce, compte tenu des documents dont elle dispose et des crit\u00e8res susmentionn\u00e9s, la Cour alloue \u00e0 M. Ryabov 870 euros (EUR), plus tout montant pouvant \u00eatre d\u00fb sur cette somme \u00e0 titre d\u2019imp\u00f4t.<\/p>\n<p>95. La Cour juge appropri\u00e9 de calquer le taux des int\u00e9r\u00eats moratoires sur le taux d\u2019int\u00e9r\u00eat de la facilit\u00e9 de pr\u00eat marginal de la Banque centrale europ\u00e9enne major\u00e9 de trois points de pourcentage.<\/p>\n<p>96. En ce qui concerne les autres requ\u00e9rants, la Cour estime qu\u2019il n\u2019y a pas lieu de leur octroyer de somme pour frais et d\u00e9pens.<\/p>\n<p><strong>PAR CES MOTIFS, LA COUR, \u00c0 L\u2019UNANIMIT\u00c9,<\/strong><\/p>\n<p>1. D\u00e9clarela requ\u00eate recevable\u00a0;<\/p>\n<p>2. Dit qu\u2019il y a eu violation de l\u2019article 1 du Protocole no 1 \u00e0 la Convention\u00a0;<\/p>\n<p>3. Dit que la question de l\u2019article 41 de la Convention ne se trouve pas en \u00e9tat en ce qui concerne le dommage mat\u00e9riel et le dommage moral, en cons\u00e9quence,<\/p>\n<p>a) r\u00e9serve cette question\u00a0;<\/p>\n<p>b) invite le Gouvernement et les requ\u00e9rants \u00e0 lui donner connaissance, dans les six mois \u00e0 compter du jour o\u00f9 l\u2019arr\u00eat sera devenu d\u00e9finitif conform\u00e9ment \u00e0 l\u2019article 44 \u00a7 2 de la Convention, de tout accord auquel ils pourraient aboutir\u00a0;<\/p>\n<p>c) r\u00e9serve la proc\u00e9dure et d\u00e9l\u00e8gue au pr\u00e9sident le soin de la fixer au besoin\u00a0;<\/p>\n<p>4. Dit<\/p>\n<p>a) que l\u2019\u00c9tat d\u00e9fendeur doit verser \u00e0 M. Ryabov, dans un d\u00e9lai de trois mois \u00e0 compter de la date \u00e0 laquelle l\u2019arr\u00eat sera devenu d\u00e9finitif conform\u00e9ment \u00e0 l\u2019article\u00a044\u00a0\u00a7\u00a02 de la Convention, 870 EUR (huit cent soixante-dix euros), \u00e0 convertir dans la monnaie de l\u2019\u00c9tat d\u00e9fendeur au taux applicable \u00e0 la date du r\u00e8glement, plus tout montant pouvant \u00eatre d\u00fb sur cette somme par ce requ\u00e9rant \u00e0 titre d\u2019imp\u00f4t, pour frais et d\u00e9pens\u00a0;<\/p>\n<p>b) qu\u2019\u00e0 compter de l\u2019expiration dudit d\u00e9lai et jusqu\u2019au versement, ce montant sera \u00e0 majorer d\u2019un int\u00e9r\u00eat simple \u00e0 un taux \u00e9gal \u00e0 celui de la facilit\u00e9 de pr\u00eat marginal de la Banque centrale europ\u00e9enne applicable pendant cette p\u00e9riode, augment\u00e9 de trois points de pourcentage.<\/p>\n<p>Fait en fran\u00e7ais, puis communiqu\u00e9 par \u00e9crit le 16 mars 2021, en application de l\u2019article\u00a077 \u00a7\u00a7\u00a02 et 3 du r\u00e8glement.<\/p>\n<p>Milan Bla\u0161ko\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0 Paul Lemmens<br \/>\nGreffier\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0 Pr\u00e9sident<\/p>\n<p>___________<\/p>\n<p style=\"text-align: center;\"><strong>ANNEXE<\/strong><\/p>\n<table>\n<tbody>\n<tr>\n<td width=\"36\">N<sup>o<\/sup><\/td>\n<td width=\"132\">Requ\u00e9rant<\/p>\n<p>Ann\u00e9e de naissance<\/p>\n<p>Lieu de r\u00e9sidence<\/td>\n<td width=\"132\">Repr\u00e9sent\u00e9 par<\/td>\n<td width=\"189\">Demandes de satisfaction \u00e9quitable<\/td>\n<\/tr>\n<tr>\n<td width=\"36\">1<\/td>\n<td width=\"132\"><strong>Oksana Vladimirovna GAVRILOVA<\/strong><\/p>\n<p>1971<\/p>\n<p>Nijni Novgorod<\/td>\n<td width=\"132\">Roman Vyacheslavovich SUZDALEV<\/td>\n<td width=\"189\">6\u00a0000\u00a0000 RUB (1\u00a0500\u00a0000 RUB pour chacune des quatre parcelles)<\/td>\n<\/tr>\n<tr>\n<td width=\"36\">2<\/td>\n<td width=\"132\"><strong>Denis Mikhaylovich ZAMARAYEV<\/strong><\/p>\n<p>1979<\/p>\n<p>Saint-P\u00e9tersbourg<\/td>\n<td width=\"132\"><em>Idem <\/em><\/td>\n<td width=\"189\">1\u00a0600\u00a0000 RUB<\/td>\n<\/tr>\n<tr>\n<td width=\"36\">3<\/td>\n<td width=\"132\"><strong>Dmitriy Yevgenyevich MOZHAYSKIY<\/strong><\/p>\n<p>1969<\/p>\n<p>Saint-P\u00e9tersbourg<\/td>\n<td width=\"132\"><em>Idem <\/em><\/td>\n<td width=\"189\">1\u00a0800\u00a0000 RUB<\/td>\n<\/tr>\n<tr>\n<td width=\"36\">4<\/td>\n<td width=\"132\"><strong>Aleksandra Aleksandrovna PELLI<\/strong><\/p>\n<p>1944<\/p>\n<p>Belogorka<\/td>\n<td width=\"132\"><em>Idem <\/em><\/td>\n<td width=\"189\">3\u00a0200\u00a0000 RUB (1\u00a0600\u00a0000 RUB pour chacune des deux parcelles)<\/td>\n<\/tr>\n<tr>\n<td width=\"36\">5<\/td>\n<td width=\"132\"><strong>Petr Valeryevich RYABOV<\/strong><\/p>\n<p>1985<\/p>\n<p>Saint-P\u00e9tersbourg<\/td>\n<td width=\"132\">Oleg Olegovich ANISHCHIK<\/td>\n<td width=\"189\">1\u00a0776\u00a0160\u00a0RUB, plus 45,28\u00a0% sur cette somme \u00e0 titre d\u2019inflation entre 2013 et 2019, soit 11\u00a0336\u00a0EUR.<\/td>\n<\/tr>\n<\/tbody>\n<\/table>\n<div class=\"social-share-buttons\"><a href=\"https:\/\/www.facebook.com\/sharer\/sharer.php?u=https:\/\/loisdumonde.com\/?p=438\" target=\"_blank\" rel=\"noopener\">Facebook<\/a><a href=\"https:\/\/twitter.com\/intent\/tweet?url=https:\/\/loisdumonde.com\/?p=438&text=AFFAIRE+GAVRILOVA+ET+AUTRES+c.+RUSSIE+%28Cour+europ%C3%A9enne+des+droits+de+l%E2%80%99homme%29+Requ%C3%AAte+no+2625%2F17\" target=\"_blank\" rel=\"noopener\">Twitter<\/a><a href=\"https:\/\/www.linkedin.com\/shareArticle?url=https:\/\/loisdumonde.com\/?p=438&title=AFFAIRE+GAVRILOVA+ET+AUTRES+c.+RUSSIE+%28Cour+europ%C3%A9enne+des+droits+de+l%E2%80%99homme%29+Requ%C3%AAte+no+2625%2F17\" target=\"_blank\" rel=\"noopener\">LinkedIn<\/a><a href=\"https:\/\/pinterest.com\/pin\/create\/button\/?url=https:\/\/loisdumonde.com\/?p=438&description=AFFAIRE+GAVRILOVA+ET+AUTRES+c.+RUSSIE+%28Cour+europ%C3%A9enne+des+droits+de+l%E2%80%99homme%29+Requ%C3%AAte+no+2625%2F17\" target=\"_blank\" rel=\"noopener\">Pinterest<\/a><\/div>","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>INTRODUCTION. La pr\u00e9sente affaire concerne l\u2019annulation en justice des titres de propri\u00e9t\u00e9 que d\u00e9tenaient les requ\u00e9rants sur des parcelles de terrain qu\u2019ils avaient achet\u00e9es, FacebookTwitterLinkedInPinterest<\/p>\n<p class=\"more-link-p\"><a class=\"more-link\" href=\"https:\/\/loisdumonde.com\/?p=438\">Read more &rarr;<\/a><\/p>\n","protected":false},"author":1,"featured_media":0,"comment_status":"open","ping_status":"open","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"_lmt_disableupdate":"","_lmt_disable":"","footnotes":""},"categories":[1],"tags":[],"class_list":["post-438","post","type-post","status-publish","format-standard","hentry","category-cour-europeenne-des-droits-de-lhomme"],"modified_by":"loisdumonde","_links":{"self":[{"href":"https:\/\/loisdumonde.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/438","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/loisdumonde.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/loisdumonde.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/loisdumonde.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/users\/1"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/loisdumonde.com\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcomments&post=438"}],"version-history":[{"count":1,"href":"https:\/\/loisdumonde.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/438\/revisions"}],"predecessor-version":[{"id":439,"href":"https:\/\/loisdumonde.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/438\/revisions\/439"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/loisdumonde.com\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fmedia&parent=438"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/loisdumonde.com\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcategories&post=438"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/loisdumonde.com\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Ftags&post=438"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}