{"id":425,"date":"2021-03-09T16:32:50","date_gmt":"2021-03-09T16:32:50","guid":{"rendered":"https:\/\/loisdumonde.com\/?p=425"},"modified":"2021-03-09T16:32:50","modified_gmt":"2021-03-09T16:32:50","slug":"affaire-hassine-c-roumanie-cour-europeenne-des-droits-de-lhomme-requete-no-36328-13","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/loisdumonde.com\/?p=425","title":{"rendered":"AFFAIRE HASSINE c. ROUMANIE (Cour europ\u00e9enne des droits de l\u2019homme) Requ\u00eate no 36328\/13"},"content":{"rendered":"<p><strong>INTRODUCTION<\/strong>. La requ\u00eate a trait \u00e0 la proc\u00e9dure administrative \u00e0 l\u2019issue de laquelle le requ\u00e9rant a \u00e9t\u00e9 \u00e9loign\u00e9 du territoire roumain pour des raisons li\u00e9es \u00e0 la s\u00e9curit\u00e9 nationale.<!--more--> Elle concerne en particulier la question de la r\u00e9gularit\u00e9 du placement en r\u00e9tention administrative du requ\u00e9rant et celle des garanties proc\u00e9durales reconnues \u00e0 l\u2019int\u00e9ress\u00e9, celui-ci n\u2019ayant, au cours de cette proc\u00e9dure, ni \u00e9t\u00e9 inform\u00e9 des faits reproch\u00e9s ni eu acc\u00e8s aux pi\u00e8ces du dossier fondant la d\u00e9cision d\u2019expulsion. Sont en jeu l\u2019article\u00a05\u00a0\u00a7\u00a7\u00a01\u00a0et\u00a04 et l\u2019article\u00a08 de la Convention ainsi que l\u2019article 1 du Protocole no 7 \u00e0 la Convention.<\/p>\n<p style=\"text-align: center;\">QUATRI\u00c8ME SECTION<br \/>\n<strong>AFFAIRE HASSINE c. ROUMANIE<\/strong><br \/>\n<em>(Requ\u00eate no 36328\/13)<\/em><br \/>\nARR\u00caT<\/p>\n<p>Art 1 P7 \u2022 Garanties proc\u00e9durales en cas d\u2019expulsion d\u2019\u00e9trangers \u2022 Expulsion prononc\u00e9e par un tribunal pour des raisons de s\u00e9curit\u00e9 nationale sur la base d\u2019informations class\u00e9es secr\u00e8tes non communiqu\u00e9es au requ\u00e9rant et en l\u2019absence de garanties compensatrices suffisantes \u2022 Absence d\u2019examen par une juridiction nationale ind\u00e9pendante de la n\u00e9cessit\u00e9 des restrictions importantes des droit proc\u00e9duraux du requ\u00e9rant \u2022 Aucune information re\u00e7ue par celui-ci sur son comportement concret susceptible de mettre en danger la s\u00e9curit\u00e9 nationale et sur le d\u00e9roulement des moments cl\u00e9s de la proc\u00e9dure \u2022 Pas de compensation des restrictions par le seul fait que la d\u00e9cision d\u2019expulsion ait \u00e9t\u00e9 prise par des hautes autorit\u00e9s judiciaires ind\u00e9pendantes, sans pouvoir constater leur exercice concret des pouvoirs conf\u00e9r\u00e9s par la loi nationale<\/p>\n<p style=\"text-align: center;\">STRASBOURG<br \/>\n9 mars 2021<\/p>\n<p>Cet arr\u00eat deviendra d\u00e9finitif dans les conditions d\u00e9finies \u00e0 l\u2019article 44 \u00a7 2 de la Convention. Il peut subir des retouches de forme.<\/p>\n<p><strong>En l\u2019affaire Hassine c. Roumanie,<\/strong><\/p>\n<p>La Cour europ\u00e9enne des droits de l\u2019homme (quatri\u00e8me section), si\u00e9geant en une Chambre compos\u00e9e de\u00a0:<\/p>\n<p>YonkoGrozev, pr\u00e9sident,<br \/>\nTim Eicke,<br \/>\nFaris Vehabovi\u0107,<br \/>\nIulia Antoanella Motoc,<br \/>\nArmen Harutyunyan,<br \/>\nPere Pastor Vilanova,<br \/>\nJolien Schukking, juges,<br \/>\net de Ilse Freiwirth, greffi\u00e8re adjointede section,<\/p>\n<p>Vu\u00a0:<\/p>\n<p>la requ\u00eate (no\u00a036328\/13) dirig\u00e9e contre la Roumanie et dont un ressortissant tunisien, M. Amine Hassine (\u00ab\u00a0le requ\u00e9rant\u00a0\u00bb), a saisi la Cour en vertu de l\u2019article\u00a034 de la Convention de sauvegarde des droits de l\u2019homme et des libert\u00e9s fondamentales (\u00ab\u00a0la Convention\u00a0\u00bb) le 30 avril 2013,<\/p>\n<p>la d\u00e9cision de porter la requ\u00eate \u00e0 la connaissance du gouvernement roumain (\u00ab\u00a0le Gouvernement\u00a0\u00bb),<\/p>\n<p>les observations des parties,<\/p>\n<p>Apr\u00e8s en avoir d\u00e9lib\u00e9r\u00e9 en chambre du conseil le 4 f\u00e9vrier 2021,<\/p>\n<p>Rend l\u2019arr\u00eat que voici, adopt\u00e9 \u00e0 cette date\u00a0:<\/p>\n<p><strong>INTRODUCTION<\/strong><\/p>\n<p>1. La requ\u00eate a trait \u00e0 la proc\u00e9dure administrative \u00e0 l\u2019issue de laquelle le requ\u00e9rant a \u00e9t\u00e9 \u00e9loign\u00e9 du territoire roumain pour des raisons li\u00e9es \u00e0 la s\u00e9curit\u00e9 nationale. Elle concerne en particulier la question de la r\u00e9gularit\u00e9 du placement en r\u00e9tention administrative du requ\u00e9rant et celle des garanties proc\u00e9durales reconnues \u00e0 l\u2019int\u00e9ress\u00e9, celui-ci n\u2019ayant, au cours de cette proc\u00e9dure, ni \u00e9t\u00e9 inform\u00e9 des faits reproch\u00e9s ni eu acc\u00e8s aux pi\u00e8ces du dossier fondant la d\u00e9cision d\u2019expulsion. Sont en jeu l\u2019article\u00a05\u00a0\u00a7\u00a7\u00a01\u00a0et\u00a04 et l\u2019article\u00a08 de la Convention ainsi que l\u2019article 1 du Protocole no 7 \u00e0 la Convention.<\/p>\n<p><strong>EN FAIT<\/strong><\/p>\n<p>2. Le requ\u00e9rant est n\u00e9 en 1982 et dans le formulaire de requ\u00eate a indiqu\u00e9 r\u00e9sider \u00e0 Cluj-Napoca. Il a \u00e9t\u00e9 repr\u00e9sent\u00e9 par Me\u00a0A. Irimie\u0219, avocat exer\u00e7ant \u00e0 Cluj.<\/p>\n<p>3. Le Gouvernement a \u00e9t\u00e9 repr\u00e9sent\u00e9 par ses agentes, Mme C. Brumar, et en dernier lieu Mme O. Ezer, du minist\u00e8re des Affaires \u00e9trang\u00e8res.<\/p>\n<p>4. Le requ\u00e9rant entra en Roumanie au cours de l\u2019ann\u00e9e 2007 et \u00e9tablit sa r\u00e9sidence \u00e0 Cluj-Napoca. En 2009, il \u00e9pousa une ressortissante roumaine, avec laquelle il eut un enfant. Il obtint un titre de s\u00e9jour pour \u00ab\u00a0vie familiale\u00a0\u00bb valable jusqu\u2019en 2015.<\/p>\n<p>5. Le 6 novembre 2012, le parquet pr\u00e8s la cour d\u2019appel de Bucarest (\u00ab\u00a0le parquet\u00a0\u00bb) saisit la cour d\u2019appel de Bucarest (\u00ab\u00a0la cour d\u2019appel\u00a0\u00bb) d\u2019une action tendant \u00e0 d\u00e9clarer le requ\u00e9rant personne ind\u00e9sirable et \u00e0 lui interdire de s\u00e9journer en Roumanie pour une p\u00e9riode de cinq ans. Dans sa demande, le parquet indiquait que, selon des informations classifi\u00e9es de niveau \u00ab\u00a0secret\u00a0\u00bb (strict secret) mises \u00e0 sa disposition par le Service roumain de renseignement (\u00ab\u00a0le SRI\u00a0\u00bb), il existait des indices s\u00e9rieux d\u2019apr\u00e8s lesquels le requ\u00e9rant menait des activit\u00e9s de nature \u00e0 mettre en danger la s\u00e9curit\u00e9 nationale. Le parquet fondait sa demande sur l\u2019article 85 de l\u2019ordonnance d\u2019urgence du gouvernement no\u00a0194\/2002 sur le r\u00e9gime des \u00e9trangers en Roumanie (\u00ab\u00a0l\u2019OUG no\u00a0194\/2002\u00a0\u00bb \u2013 paragraphe 29 ci-dessous) combin\u00e9 avec l\u2019article 3 i) et l) de la loi no\u00a051\/1991 sur la s\u00fbret\u00e9 nationale (\u00ab\u00a0la loi no\u00a051\/1991\u00a0\u00bb) et l\u2019article 44 de la loi no\u00a0535\/2004 sur la pr\u00e9vention et la r\u00e9pression du terrorisme (\u00ab\u00a0la loi no\u00a0535\/2004 \u2013 paragraphe 30 ci-dessous). \u00c0 l\u2019appui de sa demande, le parquet transmit, en m\u00eame temps que celle-ci, un document classifi\u00e9 \u00ab\u00a0secret\u00a0\u00bb \u00e0 la cour d\u2019appel.<\/p>\n<p>6. Le 7 novembre 2012, \u00e0 17 heures, le requ\u00e9rant, qui habitait \u00e0 Cluj\u2011Napoca, re\u00e7ut une citation \u00e0 compara\u00eetre le 9 novembre 2012 \u00e0 9\u00a0heures devant la cour d\u2019appel, dans le cadre de la proc\u00e9dure d\u2019examen de la demande du parquet. L\u2019acte de saisine d\u2019instance du parquet (paragraphe\u00a05 ci-dessus) fut joint \u00e0 la citation \u00e0 compara\u00eetre.<\/p>\n<p><strong>I. La proc\u00e9dure MEN\u00c9E en premi\u00e8re instance devant la cour d\u2019appel<\/strong><\/p>\n<p>7. \u00c0 une date non sp\u00e9cifi\u00e9e, la formation \u00e0 laquelle l\u2019affaire avait d\u2019abord \u00e9t\u00e9 attribu\u00e9e s\u2019en dessaisit, au motif que le pr\u00e9sident de la formation de jugement n\u2019avait pas l\u2019autorisation requise par la loi no 182\/2002 sur la protection des informations secr\u00e8tes (\u00ab\u00a0la loi no 182\/2002\u00a0\u00bb \u2013 paragraphe 30 ci-dessous) pour pouvoir acc\u00e9der au document secret que le parquet avait vers\u00e9 au dossier. L\u2019affaire fut attribu\u00e9e \u00e0 une autre formation de jugement, habilit\u00e9e en vertu d\u2019une autorisation d\u00e9livr\u00e9e par l\u2019Office du registre national des informations relevant du secret-d\u00e9fense (\u00ab\u00a0l\u2019ORNISS\u00a0\u00bb) \u00e0 acc\u00e9der aux documents relevant du niveau de classification des informations en cause.<\/p>\n<p>8. Le 8 novembre 2012, \u00e0 midi, le requ\u00e9rant envoya par t\u00e9l\u00e9copie \u00e0 la cour d\u2019appel une demande d\u2019ajournement de l\u2019audience pr\u00e9vue le 9\u00a0novembre 2012, afin de pouvoir pr\u00e9parer sa d\u00e9fense et engager un avocat. Il pr\u00e9cisa qu\u2019il n\u2019avait pas r\u00e9ussi \u00e0 trouver un avocat disponible pour le repr\u00e9senter \u00e0 l\u2019audience du 9 novembre 2012.<\/p>\n<p>9. L\u2019\u00e9pouse du requ\u00e9rant forma une demande d\u2019intervention dans la proc\u00e9dure fond\u00e9e sur le droit au respect de la vie familiale.<\/p>\n<p>10. Le 9 novembre 2012, \u00e0 9\u00a0heures, la cour d\u2019appel examina l\u2019affaire en pr\u00e9sence des repr\u00e9sentants du parquet et de l\u2019Inspection g\u00e9n\u00e9rale de l\u2019immigration (\u00ab\u00a0l\u2019IGI\u00a0\u00bb) et en l\u2019absence du requ\u00e9rant. Elle soumit au d\u00e9bat des parties la demande d\u2019ajournement du requ\u00e9rant. Le repr\u00e9sentant du minist\u00e8re public s\u2019opposa \u00e0 la demande d\u2019ajournement, se fondant pour cela sur l\u2019objet de l\u2019affaire, l\u2019urgence de la proc\u00e9dure et le fait que l\u2019int\u00e9ress\u00e9 avait b\u00e9n\u00e9fici\u00e9 de deux jours pour engager un avocat.<\/p>\n<p>11. Quant \u00e0 l\u2019IGI, elle indiqua \u00e0 la cour d\u2019appel que, selon les informations mises \u00e0 sa disposition, le requ\u00e9rant avait pris contact avec un avocat mais qu\u2019il n\u2019avait pas souhait\u00e9 l\u2019engager pour le repr\u00e9senter dans la proc\u00e9dure. Interrog\u00e9e \u00e0 cet \u00e9gard par la cour d\u2019appel, l\u2019IGI exposa que cet avocat avait indiqu\u00e9 au requ\u00e9rant qu\u2019il \u00e9tait peu probable qu\u2019il obt\u00eent gain de cause et lui avait conseill\u00e9 de formuler une demande d\u2019ajournement et de faire soumettre par son \u00e9pouse une demande d\u2019intervention dans la proc\u00e9dure. Selon cette instance, il y avait intention, de la part du requ\u00e9rant, de faire durer la proc\u00e9dure. En outre, l\u2019IGI indiqua que, selon les m\u00eames informations, le requ\u00e9rant avait affirm\u00e9 qu\u2019en tout \u00e9tat de cause il souhaitait quitter la Roumanie et qu\u2019il ne l\u2019avait pas fait auparavant car il n\u2019avait pas de documents de voyage. De l\u2019avis de l\u2019IGI, le comportement de l\u2019int\u00e9ress\u00e9 montrait que celui-ci n\u2019avait pas l\u2019intention de quitter le territoire national et qu\u2019il repr\u00e9sentait un danger pour les personnes amen\u00e9es \u00e0 le c\u00f4toyer.<\/p>\n<p>12. S\u2019appuyant sur le fait que la citation \u00e0 compara\u00eetre avait \u00e9t\u00e9 transmise au requ\u00e9rant deux jours avant l\u2019audience et sur les affirmations de l\u2019IGI selon lesquelles l\u2019int\u00e9ress\u00e9 avait pris contact avec un avocat, la cour d\u2019appel rejeta la demande d\u2019ajournement en soulignant l\u2019urgence de la proc\u00e9dure.<\/p>\n<p>13. Le 9 novembre 2012, \u00e0 11 heures environ, le requ\u00e9rant se vit communiquer une nouvelle citation \u00e0 compara\u00eetre, aux fins de sa participation \u00e0 l\u2019audience fix\u00e9e dans l\u2019affaire plus tard dans la journ\u00e9e, \u00e0 13\u00a0h\u00a030. Il \u00e9tait pr\u00e9cis\u00e9 dans la citation que la cour d\u2019appel pouvait juger l\u2019affaire en l\u2019absence des parties.<\/p>\n<p>14. Le m\u00eame jour, lors de l\u2019audience tenue \u00e0 13\u00a0h\u00a030, en l\u2019absence du requ\u00e9rant, la cour d\u2019appel examina d\u2019abord la demande d\u2019intervention de l\u2019\u00e9pouse de l\u2019int\u00e9ress\u00e9. Elle nota que, bien que cette derni\u00e8re n\u2019e\u00fbt pas vers\u00e9 au dossier de document attestant sa qualit\u00e9 d\u2019\u00e9pouse du requ\u00e9rant, cette qualit\u00e9 ressortait du document classifi\u00e9 \u00ab\u00a0secret\u00a0\u00bb qui lui avait \u00e9t\u00e9 pr\u00e9sent\u00e9. Apr\u00e8s avoir not\u00e9 que l\u2019\u00e9pouse du requ\u00e9rant pouvait justifier d\u2019un int\u00e9r\u00eat \u00e0 formuler sa demande d\u2019intervention dans la proc\u00e9dure, la cour d\u2019appel rejeta ladite demande compte tenu de l\u2019objet de l\u2019affaire et, plus particuli\u00e8rement, du caract\u00e8re tr\u00e8s personnel du droit du requ\u00e9rant mis en cause dans la proc\u00e9dure. En cons\u00e9quence, la cour d\u2019appel d\u00e9clara la demande d\u2019intervention irrecevable.<\/p>\n<p>15. Ensuite, se r\u00e9f\u00e9rant \u00e0 l\u2019article 167 du code de proc\u00e9dure civile, selon lequel seules les preuves qui \u00e9taient de nature \u00e0 contribuer \u00e0 la manifestation de la v\u00e9rit\u00e9 \u00e9taient admises, et sur demande du parquet, la cour d\u2019appel admit en tant qu\u2019\u00e9l\u00e9ments de preuve les informations secr\u00e8tes qui lui avaient \u00e9t\u00e9 communiqu\u00e9es (paragraphe 5in fine ci-dessus), les estimant probantes, pertinentes et utiles pour trancher l\u2019affaire. Elle ouvrit ensuite les d\u00e9bats sur le fond de celle-ci.<\/p>\n<p>16. Devant la cour d\u2019appel, le parquet soutint qu\u2019il ressortait des preuves classifi\u00e9es que le requ\u00e9rant avait l\u2019intention de mener des activit\u00e9s de nature \u00e0 mettre en danger la s\u00e9curit\u00e9 nationale et plaida en faveur de l\u2019admission de l\u2019action sur le fondement de l\u2019article 92 \u00a7 3 de l\u2019OUG no 194\/2002 (paragraphe 29 ci-dessous), nonobstant le fait que l\u2019int\u00e9ress\u00e9 s\u2019\u00e9tait mari\u00e9 avec une citoyenne roumaine, avec qui il avait eu un enfant. L\u2019IGI souscrivit aux conclusions du parquet.<\/p>\n<p>17. Par un arr\u00eat du 9 novembre 2012, la cour d\u2019appel d\u00e9clara le requ\u00e9rant personne ind\u00e9sirable sur le territoire roumain pour une dur\u00e9e de cinq ans et ordonna son placement en r\u00e9tention administrative jusqu\u2019\u00e0 son \u00e9loignement du territoire. La cour d\u2019appel tint le raisonnement suivant\u00a0:<\/p>\n<p>\u00ab\u00a0(&#8230;)<\/p>\n<p>Il convient de prendre en consid\u00e9ration les dispositions de l\u2019article 3 i) et l) de la loi no\u00a051\/1991 [sur la s\u00fbret\u00e9 nationale], selon lesquelles sont constitutifs d\u2019une menace pour la s\u00e9curit\u00e9 nationale de la Roumanie les faits suivants\u00a0: i) les actes terroristes, leur conception ou [le soutien apport\u00e9] par tout moyen \u00e0 de tels actes\u00a0; (&#8230;)\u00a0l)\u00a0la cr\u00e9ation ou la constitution d\u2019organisations ou de groupes ayant pour finalit\u00e9 l\u2019une des activit\u00e9s \u00e9num\u00e9r\u00e9es aux points a) \u00e0 k) (&#8230;) ou l\u2019adh\u00e9sion ou l\u2019appui par tout moyen \u00e0 de tels organisations ou groupes, ainsi que la conduite secr\u00e8te de telles activit\u00e9s par des organisations ou groupes l\u00e9galement constitu\u00e9s.<\/p>\n<p>La cour [d\u2019appel] tient compte \u00e9galement des dispositions de l\u2019article 44 de la loi no\u00a0535\/2004 [sur la pr\u00e9vention et la r\u00e9pression du terrorisme], en vertu desquelles les citoyens \u00e9trangers et les apatrides au sujet desquels il existe des donn\u00e9es ou des indices s\u00e9rieux indiquant qu\u2019ils nourrissent le projet de mener des activit\u00e9s terroristes ou de s\u2019en rendre complices sont d\u00e9clar\u00e9s ind\u00e9sirables en Roumanie et peuvent voir leur droit de s\u00e9jour annul\u00e9 s\u2019ils n\u2019ont pas fait l\u2019objet d\u2019une mesure d\u2019interdiction de quitter le territoire prononc\u00e9e en vertu de la loi sur le r\u00e9gime des \u00e9trangers en Roumanie.<\/p>\n<p>[La cour d\u2019appel] tient compte \u00e9galement du fait que la Roumanie s\u2019est engag\u00e9e, en tant que membre de l\u2019Organisation des Nations unies, \u00e0 refuser d\u2019h\u00e9berger sur son territoire toute personne qui financerait, pr\u00e9parerait, ou commettrait des actes de nature terroriste, ou qui apporterait son soutien \u00e0 de tels actes.<\/p>\n<p>La mesure ordonn\u00e9e [en l\u2019esp\u00e8ce] ne m\u00e9conna\u00eet pas l\u2019article 8 de la Convention [europ\u00e9enne des droits de l\u2019homme], \u00e9tant donn\u00e9 que, bien que cette mesure constitue une ing\u00e9rence dans [l\u2019exercice par les int\u00e9ress\u00e9s de] leur droit au respect de leur vie priv\u00e9e et familiale, cette ing\u00e9rence est pr\u00e9vue par la loi, elle poursuit un but l\u00e9gitime et elle est n\u00e9cessaire dans une soci\u00e9t\u00e9 d\u00e9mocratique.<\/p>\n<p>Ainsi, la mesure est pr\u00e9vue par l\u2019article 85 de l\u2019OUG no\u00a0194\/2002, qui permet d\u2019ordonner l\u2019\u00e9loignement du territoire et l\u2019interdiction de s\u00e9jour d\u2019un \u00e9tranger, [soit par un] acte normatif publi\u00e9 au Moniteur officiel, ce qui satisfait ainsi \u00e0 la condition d\u2019accessibilit\u00e9 du texte de loi.<\/p>\n<p>De m\u00eame, les garanties proc\u00e9durales sont respect\u00e9es pour l\u2019\u00e9tranger vis\u00e9 par la mesure le d\u00e9clarant ind\u00e9sirable, la mesure \u00e9tant ordonn\u00e9e par un tribunal au sens de l\u2019article 6 de la [Convention] dans le respect du principe du contradictoire et des droits de la d\u00e9fense.<\/p>\n<p>La mesure d\u00e9clarant l\u2019\u00e9tranger ind\u00e9sirable poursuit un but l\u00e9gitime, \u00e0 savoir la pr\u00e9vention de la commission de faits graves de nature \u00e0 porter atteinte \u00e0 la s\u00e9curit\u00e9 de l\u2019\u00c9tat roumain.<\/p>\n<p>Quant \u00e0 la n\u00e9cessit\u00e9 d\u2019adopter une telle mesure \u00e0 l\u2019\u00e9gard de l\u2019\u00e9tranger, elle est justifi\u00e9e par la nature et la gravit\u00e9 des activit\u00e9s men\u00e9es [par l\u2019int\u00e9ress\u00e9], [\u00e9l\u00e9ments] au regard desquels il convient de v\u00e9rifier si la mesure est proportionn\u00e9e au but poursuivi.<\/p>\n<p>Compte tenu de ces consid\u00e9rations et \u00e0 la lumi\u00e8re des dispositions de l\u2019article 85 \u00a7\u00a05 de l\u2019OUG no\u00a0194\/2002, en vertu desquelles les donn\u00e9es et renseignements sur lesquels reposent les d\u00e9cisions portant interdiction de s\u00e9jour pour raisons de s\u00e9curit\u00e9 nationale ne sont pas mentionn\u00e9s dans les arr\u00eats correspondants, la cour [d\u2019appel] fait droit \u00e0 la demande [du parquet] et d\u00e9clare [le requ\u00e9rant] ind\u00e9sirable sur le territoire pendant cinq ans pour raisons de s\u00e9curit\u00e9 nationale.<\/p>\n<p>En m\u00eame temps, la cour [d\u2019appel] ordonne le placement de l\u2019int\u00e9ress\u00e9 en r\u00e9tention administrative, en vertu des dispositions de l\u2019article 97 \u00a7 3 de l\u2019OUG no\u00a0194\/2002, jusqu\u2019\u00e0 son \u00e9loignement du territoire, [\u00e9tant entendu que cette r\u00e9tention ne pourra pas d\u00e9passer] dix-huit mois.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p>18. Dans le dispositif de l\u2019arr\u00eat de la cour d\u2019appel, il \u00e9tait mentionn\u00e9 que celui-ci pouvait faire l\u2019objet d\u2019un recours dans les dix jours \u00e0 partir de la date de sa communication \u00e0 l\u2019int\u00e9ress\u00e9.<\/p>\n<p>19. La d\u00e9cision de la cour d\u2019appel fut communiqu\u00e9e \u00e0 l\u2019Office roumain de l\u2019immigration (\u00ab\u00a0l\u2019ORI\u00a0\u00bb), qui \u00e9tait charg\u00e9 de l\u2019ex\u00e9cution de la mesure (paragraphe 29 ci-dessous). Dans la soir\u00e9e du 9 novembre 2012, le requ\u00e9rant fut interpell\u00e9 et conduit au centre de r\u00e9tention administrative d\u2019Arad. Le 29\u00a0novembre 2012, il fut transf\u00e9r\u00e9 au centre de transit d\u2019Otopeni. Le 5 d\u00e9cembre 2012, il fut \u00e9loign\u00e9 du territoire roumain et renvoy\u00e9 en Tunisie.<\/p>\n<p><strong>II. La proc\u00e9dure de recours INTRODUITE devant la Haute Cour de cassation et de justice<\/strong><\/p>\n<p>20. Le 20 novembre 2012, l\u2019avocat du requ\u00e9rant, qui avait \u00e9t\u00e9 entre\u2011temps mandat\u00e9 par celui-ci pour le repr\u00e9senter dans la proc\u00e9dure, forma devant la Haute Cour de cassation et de justice (\u00ab\u00a0la Haute Cour\u00a0\u00bb) un recours contre l\u2019arr\u00eat de la cour d\u2019appel du 9 novembre 2012 (paragraphe\u00a017 ci-dessus). N\u2019\u00e9tant pas titulaire d\u2019un certificat ORNISS, l\u2019avocat ne pouvait acc\u00e9der aux pi\u00e8ces class\u00e9es secr\u00e8tes du dossier. Aucune information concr\u00e8te concernant les faits reproch\u00e9s ne lui fut communiqu\u00e9e lors de la proc\u00e9dure en recours.<\/p>\n<p>21. Une audience eut lieu le 12 d\u00e9cembre 2012. L\u2019avocat du requ\u00e9rant demanda l\u2019annulation de l\u2019arr\u00eat et le renvoi de l\u2019affaire, pour nouvel arr\u00eat, devant la cour d\u2019appel. \u00c0 titre subsidiaire, il sollicita le rejet de la demande du parquet pour d\u00e9faut de fondement. Il argua d\u2019une m\u00e9connaissance des r\u00e8gles proc\u00e9durales concernant la citation \u00e0 compara\u00eetre du requ\u00e9rant \u00e0 l\u2019audience du 9\u00a0novembre 2012, \u00e0 13\u00a0h\u00a030, soutenant que celle-ci avait \u00e9t\u00e9 transmise \u00e0 11 heures le m\u00eame jour (paragraphe 13 ci-dessus), soit deux\u00a0heures avant l\u2019audience, et que son client s\u2019\u00e9tait trouv\u00e9 dans l\u2019impossibilit\u00e9 physique de se pr\u00e9senter \u00e0 l\u2019audience. Il all\u00e9gua aussi une violation des droits de la d\u00e9fense du requ\u00e9rant, se fondant \u00e0 cet \u00e9gard sur la circonstance que, selon lui, le rejet de la demande d\u2019ajournement de l\u2019audience n\u2019avait pas \u00e9t\u00e9motiv\u00e9.<\/p>\n<p>22. En outre, il soutint que le principe du contradictoire avait \u00e9t\u00e9 enfreint parce que le requ\u00e9rant n\u2019avait pas pu prendre connaissance des accusations qui pesaient contre lui et qu\u2019il n\u2019avait pas eu acc\u00e8s aux donn\u00e9es recueillies par le SRI pour pr\u00e9parer sa d\u00e9fense, en m\u00e9connaissance de l\u2019article 85 \u00a7\u00a04 de l\u2019OUG no 195\/2002 (paragraphe 29 ci-dessous). Se r\u00e9f\u00e9rant aux arr\u00eats rendus par la Cour dans les affaires Lup\u1e63a c. Roumanie (no\u00a010337\/04, CEDH 2006\u2011VII) et Kaya c.\u00a0Roumanie (no 33970\/05, 12\u00a0octobre 2006), il plaida que le requ\u00e9rant n\u2019avait pas b\u00e9n\u00e9fici\u00e9 devant la cour d\u2019appel de garanties contre l\u2019arbitraire, qu\u2019il n\u2019avait pas pu combattre les all\u00e9gations des autorit\u00e9s selon lesquelles la s\u00e9curit\u00e9 nationale \u00e9tait en cause et qu\u2019il avait subi une violation de son droit \u00e0 la vie priv\u00e9e, prot\u00e9g\u00e9 par l\u2019article 8 de la Convention. Il exposa que l\u2019article 85 de l\u2019OUG no\u00a0194\/2002 \u00e9tait impr\u00e9visible, arguant \u00e0 cet \u00e9gard que pas le moindre indice quant aux faits reproch\u00e9s n\u2019avait \u00e9t\u00e9 communiqu\u00e9 \u00e0 son client et qu\u2019aucune poursuite p\u00e9nale n\u2019avait \u00e9t\u00e9 engag\u00e9e contre celui\u2011ci des chefs mentionn\u00e9s par le parquet.<\/p>\n<p>23. Le parquet et l\u2019IGI, cit\u00e9s dans la proc\u00e9dure devant la Haute Cour, demand\u00e8rent le rejet du recours. L\u2019IGI soutint que la proc\u00e9dure de citation \u00e0 compara\u00eetre avait \u00e9t\u00e9 respect\u00e9e, d\u00e8s lors que la demande d\u2019ajournement du requ\u00e9rant avait \u00e9t\u00e9 examin\u00e9e par la formation de jugement constitu\u00e9e \u00e0 13\u00a0h\u00a030, ce qui, pour elle, impliquait que l\u2019int\u00e9ress\u00e9 avait pris connaissance de la date de l\u2019audience fix\u00e9e pour le 9 novembre 2012.<\/p>\n<p>24. Par un arr\u00eat du 12 d\u00e9cembre 2012, la Haute Cour rejeta le recours du requ\u00e9rant. La haute juridiction jugea d\u2019abord que la cour d\u2019appel avait \u00e0 bon droit retenu que la proc\u00e9dure de citation des parties avait \u00e9t\u00e9 r\u00e9guli\u00e8rement accomplie et que la juridiction de premi\u00e8re instance avait rejet\u00e9 la demande d\u2019ajournement de mani\u00e8re correcte et motiv\u00e9e. Elle indiqua ensuite que la proc\u00e9dure avait \u00e9t\u00e9 conduite dans le respect du contradictoire et que la mesure de d\u00e9claration du requ\u00e9rant comme personne ind\u00e9sirable pour des motifs li\u00e9s \u00e0 la s\u00e9curit\u00e9 nationale avait \u00e9t\u00e9 prise apr\u00e8s v\u00e9rification du respect des proc\u00e9dures l\u00e9gales en assurant un juste \u00e9quilibre entre l\u2019exigence d\u2019adopter des mesures pr\u00e9ventives contre le terrorisme et l\u2019obligation de respecter les droits de l\u2019homme.<\/p>\n<p>25. Puis la Haute Cour exposa que la cour d\u2019appel s\u2019\u00e9tait livr\u00e9e \u00e0 un examen effectif de la demande du parquet et des pi\u00e8ces class\u00e9es \u00ab\u00a0secret\u00a0\u00bb vers\u00e9es au dossier m\u00eame si le document et les informations qui avaient fond\u00e9 son arr\u00eat n\u2019avaient pu \u00eatre transmis au requ\u00e9rant. Elle nota que cette limitation du droit \u00e0 l\u2019information \u00e9tait pr\u00e9vue par l\u2019article 83 de l\u2019OUG no\u00a0194\/2002, ainsi que par l\u2019article 31 alin\u00e9a 3 de la Constitution, selon lequel le droit de communiquer des informations ne devait pas porter pr\u00e9judice \u00e0 la s\u00e9curit\u00e9 nationale.<\/p>\n<p>26. La Haute Cour pr\u00e9cisa aussi que l\u2019article 6 de la Convention n\u2019avait pas \u00e9t\u00e9 m\u00e9connu dans la mesure o\u00f9 l\u2019int\u00e9ress\u00e9 avait eu acc\u00e8s \u00e0 un tribunal et avait pu se pr\u00e9valoir des garanties proc\u00e9durales. Elle rappela par ailleurs que la Cour avait jug\u00e9 dans l\u2019arr\u00eat Maaouia c. France ([GC], no 39652\/98, CEDH 2000\u2011X) que les d\u00e9cisions li\u00e9es \u00e0 l\u2019entr\u00e9e, au s\u00e9jour et \u00e0 l\u2019expulsion des \u00e9trangers ne portaient ni sur des droits et obligations de caract\u00e8re civil ni sur des accusations de nature p\u00e9nale, au sens de l\u2019article 6 \u00a7 1 de la Convention. Elle nota qu\u2019en vertu de l\u2019article 1 \u00a7 2 du Protocole no 7 \u00e0 la Convention, un \u00e9tranger pouvait \u00eatre expuls\u00e9 avant l\u2019exercice des droits pr\u00e9vus au premier paragraphe du m\u00eame article lorsque l\u2019expulsion \u00e9tait fond\u00e9e sur des raisons d\u2019ordre public ou de s\u00e9curit\u00e9 nationale.<\/p>\n<p>27. La Haute Cour poursuivit ainsi\u00a0:<\/p>\n<p>\u00ab\u00a0[Le requ\u00e9rant] a all\u00e9gu\u00e9 sans fondement l\u2019existence d\u2019une ing\u00e9rence dans [l\u2019exercice de son droit au respect de] la vie priv\u00e9e garanti par l\u2019article 8 de la Convention, \u00e9tant donn\u00e9 que la mesure ordonn\u00e9e poursuivait un but l\u00e9gitime, notamment la d\u00e9fense de la s\u00e9curit\u00e9 nationale, et qu\u2019elle \u00e9tait n\u00e9cessaire dans une soci\u00e9t\u00e9 d\u00e9mocratique, justifi\u00e9e par un besoin social imp\u00e9rieux et proportionn\u00e9e \u00e0 ce but l\u00e9gitime poursuivi.<\/p>\n<p>En accord avec la jurisprudence de la [Cour] invoqu\u00e9e en recours (les arr\u00eats Lup\u1e63a c. Roumanie et Kaya c. Roumanie (pr\u00e9cit\u00e9s)), la solution de la juridiction de premi\u00e8re instance est le r\u00e9sultat du contr\u00f4le de la mesure par un organe ind\u00e9pendant et impartial comp\u00e9tent pour examiner tous les \u00e9l\u00e9ments de fait et de droit pertinents afin d\u2019appr\u00e9cier la l\u00e9galit\u00e9 de la mesure et sanctionner un \u00e9ventuel abus de la part des autorit\u00e9s, [contr\u00f4le exerc\u00e9] en tant que garantie contre l\u2019arbitraire pour la personne concern\u00e9e par la mesure fond\u00e9e sur des raisons de s\u00e9curit\u00e9 nationale.<\/p>\n<p>En ce qui concerne la critique li\u00e9e \u00e0 la qualit\u00e9 de la loi appliqu\u00e9e par la cour d\u2019appel, notamment [quant \u00e0 un] manque de pr\u00e9visibilit\u00e9 de l\u2019article 85 de l\u2019OUG no\u00a0194\/2002, elle est mal fond\u00e9e, compte tenu de ce que le niveau de pr\u00e9cision de la l\u00e9gislation interne d\u00e9pend, dans une grande mesure, du domaine qu\u2019elle r\u00e9glemente. Comme il a \u00e9t\u00e9 retenu dans la jurisprudence de la [Cour] (arr\u00eat Al-Nashif c.\u00a0Bulgarie (no\u00a050963\/1999, 20 juin 2002, \u00a7 121)), les dangers li\u00e9s \u00e0 la s\u00e9curit\u00e9 nationale varient dans le temps, ce qui les rend difficilement identifiables \u00e0 l\u2019avance.<\/p>\n<p>Compte tenu de ce qui pr\u00e9c\u00e8de, apr\u00e8s avoir constat\u00e9 qu\u2019il n\u2019y a pas de raisons de casser ou de modifier l\u2019arr\u00eat rendu par la cour d\u2019appel, la Haute Cour rejette le recours pour d\u00e9faut de fondement.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p>28. La mesure prise contre le requ\u00e9rant lui interdisant l\u2019entr\u00e9e en Roumanie prit fin en novembre 2017. Il ne ressort pas du dossier que le requ\u00e9rant soit retourn\u00e9 en Roumanie.<\/p>\n<p>LE CADRE JURIDIQUE ET LA PRATIQUE INTERNES PERTINENTS<\/p>\n<p>29. Les articles pertinents en l\u2019esp\u00e8ce de l\u2019OUG no\u00a0194\/2002 sur le r\u00e9gime des \u00e9trangers en Roumanie, tels qu\u2019en vigueur \u00e0 l\u2019\u00e9poque des faits, \u00e9taient ainsi libell\u00e9s\u00a0:<\/p>\n<p style=\"text-align: center;\">Article 85<br \/>\nLa d\u00e9claration d\u2019un \u00e9tranger comme personne ind\u00e9sirable<\/p>\n<p>\u00ab\u00a0(1) La d\u00e9claration [qu\u2019une personne est] ind\u00e9sirable est une mesure prise \u00e0 l\u2019encontre d\u2019un \u00e9tranger qui a men\u00e9, m\u00e8ne ou [\u00e0 l\u2019\u00e9gard duquel] il existe des indices forts (indiciitemeinice) d\u00e9montrant son intention de mener des activit\u00e9s de nature \u00e0 porter atteinte \u00e0 la s\u00e9curit\u00e9 nationale ou \u00e0 l\u2019ordre public.<\/p>\n<p>(2) La mesure pr\u00e9vue au paragraphe 1 est prononc\u00e9e par la cour d\u2019appel de Bucarest, sur demande du procureur (&#8230;), qui la saisit sur proposition des institutions charg\u00e9es du maintien de l\u2019ordre public et de la protection de la s\u00e9curit\u00e9 nationale qui disposent de pareils indices (&#8230;).<\/p>\n<p>(3) Les donn\u00e9es et renseignements qui fondent la proposition de d\u00e9clarer un \u00e9tranger ind\u00e9sirable pour raisons de s\u00e9curit\u00e9 nationale sont mis \u00e0 la disposition de la [cour d\u2019appel], dans les conditions pr\u00e9vues par les textes qui r\u00e9gissent les activit\u00e9s relatives \u00e0 la s\u00fbret\u00e9 nationale et la protection des renseignements class\u00e9s secrets.<\/p>\n<p>(4) La demande vis\u00e9e au paragraphe 2 est examin\u00e9e en chambre du conseil, avec la citation des parties. La cour d\u2019appel informe l\u2019\u00e9tranger concern\u00e9 des faits qui fondent la demande, dans le respect des dispositions des textes r\u00e9gissant les activit\u00e9s relatives \u00e0 la s\u00fbret\u00e9 nationale et la protection des renseignements class\u00e9s secrets.<\/p>\n<p>(5) La cour d\u2019appel rend un arr\u00eat motiv\u00e9, dans un d\u00e9lai de dix jours \u00e0 compter de la date \u00e0 laquelle elle a \u00e9t\u00e9 saisie de la demande vis\u00e9e au paragraphe\u00a02. La d\u00e9cision de la juridiction est d\u00e9finitive. Lorsqu\u2019elle d\u00e9clare un \u00e9tranger ind\u00e9sirable pour raisons de s\u00e9curit\u00e9 nationale, elle n\u2019indique pas dans son arr\u00eat les donn\u00e9es et renseignements qui justifient cette d\u00e9cision.<\/p>\n<p>(6) L\u2019arr\u00eat est communiqu\u00e9 \u00e0 l\u2019\u00e9tranger et, lorsque la cour d\u2019appel d\u00e9clare l\u2019\u00e9tranger personne ind\u00e9sirable, \u00e0 l\u2019Office roumain pour l\u2019immigration, pour \u00eatre mis \u00e0 ex\u00e9cution.<\/p>\n<p>(7) Le droit de s\u00e9jour de l\u2019\u00e9tranger cesse \u00e0 la date du prononc\u00e9 de l\u2019arr\u00eat le d\u00e9clarant ind\u00e9sirable.<\/p>\n<p>(8) L\u2019ex\u00e9cution de l\u2019arr\u00eat par lequel l\u2019\u00e9tranger a \u00e9t\u00e9 d\u00e9clar\u00e9 ind\u00e9sirable est r\u00e9alis\u00e9e par la reconduite de l\u2019\u00e9tranger \u00e0 la fronti\u00e8re ou dans son pays d\u2019origine, par le personnel sp\u00e9cialis\u00e9 de l\u2019Office roumain pour l\u2019immigration.<\/p>\n<p>(9) Un \u00e9tranger peut \u00eatre d\u00e9clar\u00e9 ind\u00e9sirable pour une p\u00e9riode de cinq \u00e0 quinze ans (&#8230;)\u00a0\u00bb<\/p>\n<p>Article 86<br \/>\nRecours ouverts contre l\u2019arr\u00eat [rendu en vertu de] l\u2019article 85 \u00a7 5<\/p>\n<p>\u00ab\u00a0(1) L\u2019arr\u00eat pr\u00e9vu \u00e0 l\u2019article 85 \u00a7 5 peut faire l\u2019objet d\u2019un recours devant la Haute Cour de cassation et de justice dans un d\u00e9lai de dix jours \u00e0 compter de la date de sa communication [\u00e0 l\u2019int\u00e9ress\u00e9]. La Haute Cour statue dans un d\u00e9lai de cinq jours \u00e0 compter de la date du d\u00e9p\u00f4t du recours.<\/p>\n<p>(2) Le recours pr\u00e9vu au paragraphe (1) n\u2019a pas d\u2019effet suspensif pour l\u2019ex\u00e9cution de la d\u00e9cision par laquelle l\u2019\u00e9tranger a \u00e9t\u00e9 d\u00e9clar\u00e9 ind\u00e9sirable. Dans des cas d\u00fbment justifi\u00e9s et afin d\u2019\u00e9viter la r\u00e9alisation de dommages imminents, l\u2019\u00e9tranger peut demander au tribunal d\u2019ordonner le sursis de l\u2019ex\u00e9cution de la d\u00e9cision par laquelle il a \u00e9t\u00e9 d\u00e9clar\u00e9 ind\u00e9sirable, jusqu\u2019\u00e0 la d\u00e9cision sur le recours. Le tribunal tranchera la demande de sursis d\u2019urgence, la d\u00e9cision prononc\u00e9e dans ce cas \u00e9tant ex\u00e9cutoire.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p style=\"text-align: center;\">Article 92<br \/>\nL\u2019interdiction de l\u2019\u00e9loignement<\/p>\n<p>\u00ab\u00a0(1) L\u2019\u00e9loignement de l\u2019\u00e9tranger est interdit dans les cas suivants\u00a0:<\/p>\n<p>(&#8230;)<\/p>\n<p>b) l\u2019\u00e9tranger est le parent d\u2019un mineur qui a la nationalit\u00e9 roumaine, si le mineur est \u00e0 sa charge ou s\u2019il existe une obligation de payer une pension alimentaire, obligation dont l\u2019\u00e9tranger s\u2019acquitte r\u00e9guli\u00e8rement\u00a0;<\/p>\n<p>c) l\u2019\u00e9tranger est mari\u00e9 \u00e0 un citoyen roumain (&#8230;)\u00a0;<\/p>\n<p>(&#8230;)<\/p>\n<p>(3) Les dispositions de l\u2019alin\u00e9a premier (&#8230;) ne s\u2019appliquent pas aux \u00e9trangers qui repr\u00e9sentent un danger pour l\u2019ordre public, la s\u00e9curit\u00e9 nationale (&#8230;).\u00a0\u00bb<\/p>\n<p style=\"text-align: center;\">Article 97<br \/>\nLe placement en r\u00e9tention administrative des \u00e9trangers<\/p>\n<p>\u00ab\u00a0(1) Le placement en r\u00e9tention administrative (luarea in custodie public\u0103) est une mesure de restriction temporaire de la libert\u00e9 de circulation sur le territoire roumain, ordonn\u00e9e par un magistrat contre l\u2019\u00e9tranger qui n\u2019a pas pu \u00eatre \u00e9loign\u00e9 sous escorte dans les d\u00e9lais pr\u00e9vus par la loi, dans l\u2019une des situations suivantes\u00a0:<\/p>\n<p>(&#8230;)<\/p>\n<p>c) l\u2019\u00e9tranger a \u00e9t\u00e9 d\u00e9clar\u00e9 personne ind\u00e9sirable sur le territoire roumain\u00a0;<\/p>\n<p>(&#8230;)\u00a0\u00bb<\/p>\n<p>(2) La mesure de placement en r\u00e9tention administrative est ordonn\u00e9e par le procureur d\u00e9sign\u00e9 \u00e0 cet effet [au sein] du parquet pr\u00e8s la cour d\u2019appel de Bucarest, pour une p\u00e9riode de trente jours, \u00e0 la demande de l\u2019Office roumain de l\u2019immigration, en vue de l\u2019accomplissement de toutes les d\u00e9marches n\u00e9cessaires pour l\u2019\u00e9loignement sous escorte.<\/p>\n<p>(3) La mesure peut \u00e9galement \u00eatre ordonn\u00e9e par le tribunal en m\u00eame temps que le prononc\u00e9 de la d\u00e9cision par laquelle l\u2019\u00e9tranger est d\u00e9clar\u00e9 ind\u00e9sirable ou son expulsion est ordonn\u00e9e. Dans ce cas, le placement en r\u00e9tention administrative est ordonn\u00e9 jusqu\u2019\u00e0 l\u2019\u00e9loignement du territoire roumain, pour une dur\u00e9e qui ne peut d\u00e9passer dix-huit mois.<\/p>\n<p>(&#8230;)<\/p>\n<p>(9) Les \u00e9trangers contre lesquels la mesure de placement en r\u00e9tention administrative a \u00e9t\u00e9 ordonn\u00e9e dans les conditions pr\u00e9vues \u00e0 l\u2019alin\u00e9a 2 peuvent porter plainte, dans les cinq jours suivant la prise de la d\u00e9cision de placement en r\u00e9tention administrative, aupr\u00e8s de la cour d\u2019appel (&#8230;), celle-ci \u00e9tant oblig\u00e9e de se prononcer sur la plainte dans les trois jours suivant la r\u00e9ception. Le d\u00e9p\u00f4t d\u2019une plainte n\u2019a pas d\u2019effet suspensif sur la proc\u00e9dure d\u2019\u00e9loignement.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p>30. Les articles pertinents en l\u2019esp\u00e8ce de la loi no 51\/1991 sur la s\u00fbret\u00e9 nationale, de la loi no\u00a0535\/2004 sur la pr\u00e9vention et la r\u00e9pression du terrorisme, de la loi no\u00a0182\/2002 sur la protection des informations secr\u00e8tes et de l\u2019arr\u00eat\u00e9 gouvernemental no\u00a0585\/2002 sont pr\u00e9sent\u00e9s dans l\u2019arr\u00eat Muhammad et Muhammad c. Roumanie [GC] (no 80982\/12, \u00a7\u00a7 49 \u00e0 51 et\u00a053, 15 octobre 2020). L\u2019article 28 de cette derni\u00e8re loi, telle qu\u2019en vigueur \u00e0 l\u2019\u00e9poque des faits, s\u2019opposait \u00e0 la divulgation des informations class\u00e9es secr\u00e8tes \u00e0 des personnes qui n\u2019\u00e9taient pas titulaires d\u2019un certificat les autorisant \u00e0 avoir acc\u00e8s \u00e0 ce type de documents (ibidem, \u00a7\u00a051).<\/p>\n<p>31. La proc\u00e9dure d\u2019obtention par un avocat d\u2019un certificat ORNISS (paragraphe 7 ci-dessus) ainsi que la jurisprudence interne pertinente en la mati\u00e8re, qui corresponde \u00e0 celle vers\u00e9e au dossier par le Gouvernement dans la pr\u00e9sente affaire, sont d\u00e9crites dans l\u2019arr\u00eat Muhammad et Muhammad (pr\u00e9cit\u00e9, \u00a7\u00a7 54-58 et 64-66). Plus pr\u00e9cis\u00e9ment, la dur\u00e9e de la proc\u00e9dure de v\u00e9rification men\u00e9e dans le cadre d\u2019une demande d\u2019acc\u00e8s \u00e0 des renseignements class\u00e9s \u00ab\u00a0secret\u00a0\u00bb est de soixante jours ouvr\u00e9s (article 148 de l\u2019arr\u00eat\u00e9 gouvernemental no 585\/2002). \u00c0 l\u2019issue des v\u00e9rifications, l\u2019autorit\u00e9 comp\u00e9tente remet ses conclusions \u00e0 l\u2019ORNISS. Celui-ci rend son avis et le communique \u00e0 l\u2019Union nationale des barreaux de Roumanie (\u00ab\u00a0l\u2019UNBR\u00a0\u00bb). Cette derni\u00e8re dispose alors de cinq jours pour \u00e9mettre la d\u00e9cision d\u2019acc\u00e8s aux documents class\u00e9s secrets.<\/p>\n<p><strong>EN DROIT<\/strong><\/p>\n<p>I. SUR LA VIOLATION ALL\u00c9GU\u00c9E DE L\u2019ARTICLE 5 \u00a7\u00a7 1 f) et 4 DE LA CONVENTION<\/p>\n<p>32. Le requ\u00e9rant soutient que son placement en r\u00e9tention administrative en vue de son \u00e9loignement du territoire constitue une privation irr\u00e9guli\u00e8re de libert\u00e9 contre laquelle il n\u2019a pas b\u00e9n\u00e9fici\u00e9 de recours effectif. Il cite l\u2019article 5 \u00a7\u00a7 1 f) et 4 de la Convention, ainsi libell\u00e9 en ses parties pertinentes en l\u2019esp\u00e8ce\u00a0:<\/p>\n<p>\u00ab\u00a01. Toute personne a droit \u00e0 la libert\u00e9 et \u00e0 la s\u00fbret\u00e9. Nul ne peut \u00eatre priv\u00e9 de sa libert\u00e9, sauf dans les cas suivants et selon les voies l\u00e9gales :<\/p>\n<p>(&#8230;)<\/p>\n<p>f) s\u2019il s\u2019agit de l\u2019arrestation ou de la d\u00e9tention r\u00e9guli\u00e8res d\u2019une personne pour l\u2019emp\u00eacher de p\u00e9n\u00e9trer irr\u00e9guli\u00e8rement dans le territoire, ou contre laquelle une proc\u00e9dure d\u2019expulsion ou d\u2019extradition est en cours.<\/p>\n<p>(&#8230;)<\/p>\n<p>4. Toute personne priv\u00e9e de sa libert\u00e9 par arrestation ou d\u00e9tention a le droit d\u2019introduire un recours devant un tribunal, afin qu\u2019il statue \u00e0 bref d\u00e9lai sur la l\u00e9galit\u00e9 de sa d\u00e9tention et ordonne sa lib\u00e9ration si la d\u00e9tention est ill\u00e9gale.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p><strong>A. Arguments des parties<\/strong><\/p>\n<p><em>1. Le Gouvernement<\/em><\/p>\n<p>33. Le Gouvernement excipe du non-\u00e9puisement des voies de recours internes, indiquant que le requ\u00e9rant n\u2019a pas contest\u00e9 la l\u00e9galit\u00e9 de son placement en r\u00e9tention administrative en exer\u00e7ant un recours s\u00e9par\u00e9 de celui pr\u00e9vu pour contester la d\u00e9cision par laquelle il a \u00e9t\u00e9 d\u00e9clar\u00e9 ind\u00e9sirable. D\u2019apr\u00e8s le Gouvernement, selon l\u2019article 97 \u00a7\u00a09 de l\u2019OUG no\u00a0194\/2002, les \u00e9trangers contre lesquels une mesure de r\u00e9tention administrative \u00e9tait ordonn\u00e9e en vertu de l\u2019article 97\u00a0\u00a7\u00a02 du m\u00eame texte pouvaient saisir la cour d\u2019appel d\u2019une contestation dans les cinq jours suivant la prise de la d\u00e9cision (paragraphe 29 ci\u2011dessus).<\/p>\n<p>34. Le Gouvernement indique aussi que, dans ses moyens de recours contre l\u2019arr\u00eat du 9 novembre 2012 (paragraphes 20-22 ci-dessus), le requ\u00e9rant n\u2019a nullement contest\u00e9 la mesure de r\u00e9tention administrative ordonn\u00e9e contre lui et qu\u2019il s\u2019est content\u00e9 de pr\u00e9senter des arguments contre la mesure le d\u00e9clarant personne ind\u00e9sirable.<\/p>\n<p><em>2. Le requ\u00e9rant<\/em><\/p>\n<p>35. Le requ\u00e9rant r\u00e9plique que la mesure de placement en r\u00e9tention administrative \u00e9tait la cons\u00e9quence de la mesure le d\u00e9clarant personne ind\u00e9sirable et qu\u2019elle pouvait \u00eatre contest\u00e9e avec le fond de l\u2019affaire, au moyen du recours indiqu\u00e9 dans l\u2019arr\u00eat du 9 novembre 2012 de la cour d\u2019appel (paragraphe 18 ci-dessus). Il met en avant le fait que la mesure prise contre lui \u00e9tait fond\u00e9e sur l\u2019article 97 \u00a7 3 de l\u2019OUG no 194\/2002, et non pas sur l\u2019article 97 \u00a7 2 de cette OUG.<\/p>\n<p>a) Appr\u00e9ciation de la Cour<\/p>\n<p>36. La Cour renvoie aux principes applicables en mati\u00e8re de non\u2011\u00e9puisement des voies de recours internes tels qu\u2019\u00e9tablis dans les affaires Vu\u010dkovi\u0107 et autres c. Serbie ((exception pr\u00e9liminaire) [GC], nos 17153\/11 et 29 autres, \u00a7\u00a7\u00a069-77, 25 mars 2014) et Gherghina c. Roumanie ([GC] (d\u00e9c.), no\u00a042219\/07, \u00a7\u00a7 83-89, 9 juillet 2015). Elle rappelle plus particuli\u00e8rement que les \u00c9tats n\u2019ont pas \u00e0 r\u00e9pondre de leurs actes devant un organisme international avant d\u2019avoir eu la possibilit\u00e9 de redresser la situation dans leur ordre juridique interne (Gherghina, d\u00e9cision pr\u00e9cit\u00e9e, \u00a7 84).<\/p>\n<p>37. En l\u2019esp\u00e8ce, la Cour observe que l\u2019exception du Gouvernement comporte deux volets\u00a0: d\u2019une part, celui-ci soutient que le requ\u00e9rant aurait pu contester la d\u00e9cision de r\u00e9tention administrative en exer\u00e7ant le recours pr\u00e9vu \u00e0 l\u2019article 97 \u00a7 9 de l\u2019OUG no 194\/2002\u00a0; d\u2019autre part, il plaide que dans ses moyens de recours form\u00e9s contre l\u2019arr\u00eat du 9 novembre 2012, le requ\u00e9rant n\u2019a pas contest\u00e9 la mesure privative de libert\u00e9 ordonn\u00e9e contre lui, ex\u00e9cut\u00e9e dans la soir\u00e9e du 9 novembre 2012 (paragraphe 19 ci-dessus).<\/p>\n<p>38. S\u2019agissant du premier volet de l\u2019exception, la Cour observe que la voie de recours indiqu\u00e9e par le Gouvernement pr\u00e9voyait la possibilit\u00e9 pour l\u2019\u00e9tranger de contester la mesure de placement en r\u00e9tention administrative lorsque celle-ci \u00e9tait ordonn\u00e9e en vertu de l\u2019article 97 \u00a7 2 de l\u2019OUG no\u00a0194\/2002. Ce dernier article r\u00e9gissait l\u2019hypoth\u00e8se dans laquelle la mesure de placement en r\u00e9tention administrative \u00e9tait ordonn\u00e9e par un procureur (paragraphe 29 ci-dessus). Or la Cour note que, en l\u2019esp\u00e8ce, le requ\u00e9rant avait \u00e9t\u00e9 plac\u00e9 en r\u00e9tention administrative sur d\u00e9cision de la cour d\u2019appel, dans les conditions pr\u00e9vues \u00e0 l\u2019article 97 \u00a7 3 de l\u2019OUG no 194\/2002 comme il ressort de l\u2019arr\u00eat du 9 novembre 2012 prononc\u00e9 par cette juridiction (paragraphe 17 ci-dessus). D\u00e8s lors, la voie de recours en question ne vise pas la situation du requ\u00e9rant. Partant, la Cour rejette ce volet de l\u2019exception du Gouvernement.<\/p>\n<p>39. S\u2019agissant du deuxi\u00e8me volet de l\u2019exception, la Cour note que, par l\u2019arr\u00eat du 9 novembre 2012, la cour d\u2019appel a ordonn\u00e9 deux mesures contre le requ\u00e9rant\u00a0: une premi\u00e8re mesure d\u00e9clarant celui-ci personne ind\u00e9sirable en vertu de l\u2019article 85 \u00a7 5 de l\u2019OUG no 194\/2002 et une deuxi\u00e8me mesure d\u00e9cidant son placement en r\u00e9tention administrative sur le fondement de l\u2019article 97\u00a0\u00a7\u00a03 de l\u2019OUG no 194\/2002 (paragraphes 17 et 29 ci-dessus). Elle rappelle qu\u2019elle a d\u00e9j\u00e0 admis dans le contexte roumain qu\u2019un recours contre l\u2019arr\u00eat d\u00e9clarant un \u00e9tranger personne ind\u00e9sirable et ordonnant sa r\u00e9tention administrative en vue de son expulsion \u00e9tait une voie effective \u00e0 exercer pour remettre en cause cette derni\u00e8re mesure (voir, en ce sens, S.C.c.\u00a0Roumanie, no\u00a09356\/11, \u00a7\u00a7\u00a050-51, 10 f\u00e9vrier 2015). Par ailleurs, en l\u2019esp\u00e8ce, la cour d\u2019appel a indiqu\u00e9 express\u00e9ment dans son arr\u00eat le recours \u00e0 exercer (paragraphe 18 ci\u2011dessus).<\/p>\n<p>40. La Cour estime important dans ce contexte de rappeler que l\u2019introduction d\u2019un recours en justice pour contester la l\u00e9galit\u00e9, sur le terrain de l\u2019article 5 \u00a7 1 f) de la Convention, d\u2019un placement en r\u00e9tention administrative en vue d\u2019une reconduite \u00e0 la fronti\u00e8re n\u2019a pas \u00e0 avoir un effet suspensif \u00e0 l\u2019\u00e9gard de cette mesure. L\u2019exigence d\u2019un tel effet aboutirait, paradoxalement, \u00e0 prolonger la situation que l\u2019int\u00e9ress\u00e9 souhaite faire cesser en contestant le placement en r\u00e9tention (A.M.c. France, no 56324\/13, \u00a7 38, 12\u00a0juillet 2016).<\/p>\n<p>41. En l\u2019occurrence, le requ\u00e9rant a \u00e9t\u00e9 priv\u00e9 de libert\u00e9 pendant une courte p\u00e9riode avant son \u00e9loignement du territoire (paragraphe 19 ci\u2011dessus). Or, bien que repr\u00e9sent\u00e9 par un avocat, il n\u2019a pas contest\u00e9 devant la Haute Cour la mesure de r\u00e9tention administrative en tant que telle et a remis en cause seulement la mesure le d\u00e9clarant personne ind\u00e9sirable. Si le requ\u00e9rant a entendu se plaindre de certains manquements dans la proc\u00e9dure men\u00e9e en premi\u00e8re instance, il les a pr\u00e9sent\u00e9s sous l\u2019angle du respect de ses droits \u00e0 b\u00e9n\u00e9ficier de garanties proc\u00e9durales et de son droit au respect de la vie familiale sans mentionner son placement en r\u00e9tention administrative (paragraphes 21-22 ci-dessus). La Cour consid\u00e8re donc que, surtout compte tenu de la dur\u00e9e de la r\u00e9tention administrative, en l\u2019esp\u00e8ce le requ\u00e9rant avait \u00e0 sa disposition un recours pour contester cette mesure mais qu\u2019il ne l\u2019a pas utilis\u00e9.<\/p>\n<p>42. Il s\u2019ensuit que le grief tir\u00e9 de l\u2019article 5 \u00a7 4 de la Convention est manifestement mal fond\u00e9 et doit \u00eatre rejet\u00e9 en application de l\u2019article\u00a035 \u00a7\u00a7\u00a03\u00a0a) et 4 de la Convention et que le grief tir\u00e9 de l\u2019article 5 \u00a7 1 f) de la Convention doit \u00eatre rejet\u00e9 pour non-\u00e9puisement des voies de recours internes, en application de l\u2019article\u00a035\u00a0\u00a7\u00a7\u00a01 et\u00a04 de la Convention.<\/p>\n<p>II. SUR LA VIOLATION ALL\u00c9GU\u00c9E DE L\u2019ARTICLE 1 du PROTOCOLE No 7 \u00c0 LA CONVENTION<\/p>\n<p>43. Le requ\u00e9rant se plaint de ne pas avoir b\u00e9n\u00e9fici\u00e9 des garanties contre l\u2019arbitraire dans la proc\u00e9dure \u00e0 l\u2019issue de laquelle il a \u00e9t\u00e9 d\u00e9clar\u00e9 ind\u00e9sirable, en m\u00e9connaissance selon lui de l\u2019article 1 du Protocole no 7 \u00e0 la Convention, ainsi libell\u00e9 :<\/p>\n<p>\u00ab\u00a01. Un \u00e9tranger r\u00e9sidant r\u00e9guli\u00e8rement sur le territoire d\u2019un \u00c9tat ne peut en \u00eatre expuls\u00e9 qu\u2019en ex\u00e9cution d\u2019une d\u00e9cision prise conform\u00e9ment \u00e0 la loi et doit pouvoir\u00a0:<\/p>\n<p>a) faire valoir les raisons qui militent contre son expulsion,<\/p>\n<p>b) faire examiner son cas, et<\/p>\n<p>c) se faire repr\u00e9senter \u00e0 ces fins devant l\u2019autorit\u00e9 comp\u00e9tente ou une ou plusieurs personnes d\u00e9sign\u00e9es par cette autorit\u00e9.<\/p>\n<p>2. Un \u00e9tranger peut \u00eatre expuls\u00e9 avant l\u2019exercice des droits \u00e9num\u00e9r\u00e9s au paragraphe\u00a01 a), b) et c) de cet article lorsque cette expulsion est n\u00e9cessaire dans l\u2019int\u00e9r\u00eat de l\u2019ordre public ou est bas\u00e9e sur des motifs de s\u00e9curit\u00e9 nationale.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p><strong>A. Sur la recevabilit\u00e9<\/strong><\/p>\n<p>44. La Cour rappelle que les garanties pr\u00e9vues par l\u2019article 1 du Protocole no\u00a07 ne s\u2019appliquent qu\u2019aux \u00e9trangers \u00ab\u00a0r\u00e9sidant r\u00e9guli\u00e8rement\u00a0\u00bb sur le territoire d\u2019un \u00c9tat ayant ratifi\u00e9 ce protocole (G\u00e9orgie c. Russie (I) (fond) [GC], no\u00a013255\/07, \u00a7 228, CEDH 2014 (extraits), et Sejdovic et Sulejmanovic c. Italie (d\u00e9c.), no 57575\/00, 14 mars 2002). En l\u2019esp\u00e8ce, le requ\u00e9rant vivait en Roumanie muni d\u2019un visa pour \u00ab\u00a0vie familiale\u00a0\u00bb, en raison de son mariage avec une ressortissante roumaine (paragraphe\u00a04 ci\u2011dessus). Il r\u00e9sidait donc r\u00e9guli\u00e8rement sur le territoire roumain lorsque la proc\u00e9dure d\u2019interdiction de s\u00e9jour a \u00e9t\u00e9 engag\u00e9e contre lui. D\u00e8s lors, compte tenu de ce que l\u2019int\u00e9ress\u00e9 a fait l\u2019objet d\u2019une proc\u00e9dure d\u2019expulsion alors qu\u2019il avait le statut d\u2019\u00e9tranger r\u00e9sidant r\u00e9guli\u00e8rement sur le territoire de la Roumanie, l\u2019article 1 du Protocole no 7 est applicable en l\u2019esp\u00e8ce.<\/p>\n<p>45. Constatant que le grief n\u2019est pas manifestement mal fond\u00e9 au sens de l\u2019article 35 \u00a7 3 a) de la Convention et qu\u2019il ne se heurte par ailleurs \u00e0 aucun autre motif d\u2019irrecevabilit\u00e9, la Cour le d\u00e9clare recevable.<\/p>\n<p><strong>B. Sur le fond<\/strong><\/p>\n<p><em>1. Arguments des parties<\/em><\/p>\n<p>a) Le requ\u00e9rant<\/p>\n<p>46. Le requ\u00e9rant se plaint de ne pas avoir pu b\u00e9n\u00e9ficier des droits de la d\u00e9fense et du droit \u00e0 un proc\u00e8s \u00e9quitable au cours de la proc\u00e9dure administrative au motif qu\u2019il n\u2019a pas \u00e9t\u00e9 inform\u00e9 des faits reproch\u00e9s et qu\u2019il n\u2019a pas eu acc\u00e8s au document ayant fond\u00e9 l\u2019arr\u00eat de la cour d\u2019appel par lequel son \u00e9loignement du territoire a \u00e9t\u00e9 ordonn\u00e9.<\/p>\n<p>47. Le requ\u00e9rant pr\u00e9cise que ni lui-m\u00eame ni son avocat n\u2019ont eu acc\u00e8s aux pi\u00e8ces du dossier. S\u2019agissant de la possibilit\u00e9 de se faire repr\u00e9senter par un avocat titulaire d\u2019un certificat ORNISS, il avance que le rejet de sa demande d\u2019ajournement de l\u2019audience devant la cour d\u2019appel n\u2019\u00e9tait pas motiv\u00e9. Il ajoute que, compte tenu du d\u00e9lai tr\u00e8s court pr\u00e9vu par l\u2019OUG no\u00a0194\/2002 pour l\u2019examen du recours, son avocat \u00e9tait dans l\u2019impossibilit\u00e9 d\u2019obtenir un tel certificat aux fins de son utilisation devant la Haute Cour. Il estime que, compte tenu des dispositions de la loi no 182\/2002 (paragraphe\u00a030 ci\u2011dessus), m\u00eame si son repr\u00e9sentant avait pu b\u00e9n\u00e9ficier d\u2019un certificat ORNISS et avoir ainsi acc\u00e8s aux pi\u00e8ces class\u00e9es secr\u00e8tes du dossier, il n\u2019aurait pas pu \u00eatre inform\u00e9 par lui de leur contenu. Il dit aussi que les exemples de jurisprudence interne vers\u00e9s au dossier par le Gouvernement (paragraphe 31 ci-dessus) sont ult\u00e9rieurs \u00e0 l\u2019\u00e9poque des faits de la pr\u00e9sente esp\u00e8ce.<\/p>\n<p>48. Le requ\u00e9rant indique enfin qu\u2019il n\u2019y avait pas dans le dossier de preuves qui auraient pu confirmer les soup\u00e7ons selon lesquels il \u00e9tait susceptible de commettre un d\u00e9lit contre la s\u00e9curit\u00e9 nationale. Il ajoute qu\u2019il n\u2019a pas pu exprimer sa position lors de la proc\u00e9dure en recours car, \u00e0 la date du jugement de l\u2019affaire par la Haute Cour, il avait d\u00e9j\u00e0 \u00e9t\u00e9 \u00e9loign\u00e9 de la Roumanie.<\/p>\n<p>b) Le Gouvernement<\/p>\n<p>49. Le Gouvernement estime que la d\u00e9cision de la cour d\u2019appel de rejeter la demande d\u2019ajournement de l\u2019audience pr\u00e9sent\u00e9e par le requ\u00e9rant \u00e9tait raisonnable eu \u00e9gard \u00e0 la nature et \u00e0 l\u2019urgence de l\u2019affaire ainsi qu\u2019au fait que, selon lui, l\u2019int\u00e9ress\u00e9 avait b\u00e9n\u00e9fici\u00e9 de suffisamment de temps pour trouver un avocat. Il expose que, \u00e0 la diff\u00e9rence de ce qui a \u00e9t\u00e9 observ\u00e9 dans l\u2019affaire Lup\u1e63a c.\u00a0Roumanie (no\u00a010337\/04, CEDH 2006\u2011VII), dans la pr\u00e9sente affaire, la cour d\u2019appel et la Haute Cour n\u2019ont pas proc\u00e9d\u00e9 \u00e0 un examen formel de l\u2019ordonnance du parquet et les limitations proc\u00e9durales, y compris concernant l\u2019acc\u00e8s aux informations classifi\u00e9es, ont \u00e9t\u00e9 \u00e9valu\u00e9es par l\u2019instance judiciaire en toute ind\u00e9pendance. Il indique que le requ\u00e9rant n\u2019a jamais demand\u00e9 \u00e0 verser de documents \u00e0 l\u2019appui de sa cause. Il dit enfin que l\u2019avocat du requ\u00e9rant aurait pu demander l\u2019ajournement de la proc\u00e9dure pour conclure un contrat d\u2019assistance juridique avec un avocat titulaire d\u2019un certificat ORNISS ou pour obtenir lui-m\u00eame un tel certificat. Il renvoie aux exemples de jurisprudence interne qu\u2019il a vers\u00e9s au dossier (paragraphe 31 ci-dessus).<\/p>\n<p><em>2. Appr\u00e9ciation de la Cour<\/em><\/p>\n<p>a) Les principes applicables<\/p>\n<p>50. Les principes applicables en la mati\u00e8re sont d\u00e9crits par la Cour dans l\u2019affaire Muhammad et Muhammad c. Roumanie ([GC] no 80982\/12, \u00a7\u00a7\u00a0125-157, 15 octobre 2020).<\/p>\n<p>51. Ainsi, la Cour a d\u2019abord jug\u00e9 que l\u2019article 1 du Protocole no 7 exige en principe, d\u2019une part, que les \u00e9trangers concern\u00e9s soient inform\u00e9s des \u00e9l\u00e9ments factuels pertinents qui ont conduit l\u2019autorit\u00e9 nationale comp\u00e9tente \u00e0 consid\u00e9rer qu\u2019ils repr\u00e9sentent une menace pour la s\u00e9curit\u00e9 nationale et, d\u2019autre part, qu\u2019ils aient acc\u00e8s au contenu des documents et des informations du dossier de l\u2019affaire sur lesquels ladite autorit\u00e9 s\u2019est fond\u00e9e pour d\u00e9cider de leur expulsion (ibidem, \u00a7 129).<\/p>\n<p>52. Elle a ensuite indiqu\u00e9 que ces droits d\u00e9coulant de l\u2019article 1 \u00a7 1 du Protocole no\u00a07 ne sont pas absolus. Pour autant, les restrictions apport\u00e9es aux droits en question ne doivent pas r\u00e9duire \u00e0 n\u00e9ant la protection proc\u00e9durale assur\u00e9e par l\u2019article\u00a01\u00a0du Protocole no 7 en touchant \u00e0 la substance m\u00eame des garanties pr\u00e9vues par cette disposition. M\u00eame lorsqu\u2019il existe des limitations, l\u2019\u00e9tranger doit se voir offrir une possibilit\u00e9 effective de faire valoir les raisons qui militent contre son expulsion et b\u00e9n\u00e9ficier d\u2019une protection contre l\u2019arbitraire. La Cour doit donc tout d\u2019abord rechercher si l\u2019autorit\u00e9 ind\u00e9pendante comp\u00e9tente a jug\u00e9 que les limitations apport\u00e9es aux droits proc\u00e9duraux de l\u2019\u00e9tranger \u00e9taient d\u00fbment justifi\u00e9es \u00e0 la lumi\u00e8re des circonstances de l\u2019esp\u00e8ce. Elle doit ensuite examiner si les difficult\u00e9s caus\u00e9es par ces limitations \u00e0 l\u2019\u00e9tranger concern\u00e9 ont \u00e9t\u00e9 suffisamment contrebalanc\u00e9es par des facteurs compensateurs. En effet, seules sont admissibles au regard de l\u2019article 1 du Protocole\u00a0no\u00a07 les restrictions qui, eu \u00e9gard aux circonstances de la cause, sont d\u00fbment justifi\u00e9es et suffisamment contrebalanc\u00e9es (ibidem, \u00a7 133).<\/p>\n<p>53. La Cour a aussi indiqu\u00e9, que moins les autorit\u00e9s nationales seront rigoureuses dans l\u2019examen de la n\u00e9cessit\u00e9 d\u2019apporter des restrictions aux droits proc\u00e9duraux des \u00e9trangers concern\u00e9s, plus le contr\u00f4le par elle des \u00e9l\u00e9ments compensateurs mis en place pour contrebalancer la limitation des droits en cause devra \u00eatre strict (ibidem, \u00a7 145). Dans son appr\u00e9ciation, la Cour sera guid\u00e9e par deux principes de base\u00a0: plus les informations fournies \u00e0 l\u2019\u00e9tranger concern\u00e9 sont limit\u00e9es, plus les garanties mises en place pour contrebalancer la limitation de ses droits proc\u00e9duraux doivent \u00eatre importantes\u00a0; lorsque les circonstances d\u2019une affaire r\u00e9v\u00e8lent un enjeu particuli\u00e8rement important pour l\u2019\u00e9tranger en question, les garanties compensatoires doivent encore \u00eatre renforc\u00e9es (ibidem, \u00a7 146).<\/p>\n<p>54. La Cour a mentionn\u00e9 comme \u00e9l\u00e9ments susceptibles de compenser suffisamment les restrictions apport\u00e9es aux \u00ab\u00a0droits proc\u00e9duraux\u00a0\u00bb des \u00e9trangers concern\u00e9s la pertinence des informations communiqu\u00e9es \u00e0 ces derniers quant aux raisons de leur expulsion et l\u2019acc\u00e8s au contenu des documents sur lesquels les autorit\u00e9s se sont fond\u00e9es, l\u2019information des int\u00e9ress\u00e9s quant au d\u00e9roulement de la proc\u00e9dure et quant aux dispositifs pr\u00e9vus au niveau interne pour compenser la limitation de leurs droits, ainsi que la repr\u00e9sentation des \u00e9trangers et l\u2019intervention d\u2019une autorit\u00e9 ind\u00e9pendante dans la proc\u00e9dure (ibidem, \u00a7\u00a7 147-156). La Cour a toutefois pr\u00e9cis\u00e9 que le respect de l\u2019article\u00a01\u00a0\u00a7\u00a01 du Protocole no 7 ne requiert pas n\u00e9cessairement la mise en place de mani\u00e8re cumulative de tous les \u00e9l\u00e9ments \u00e9num\u00e9r\u00e9s ci\u2011dessus. L\u2019\u00e9valuation de la nature et de l\u2019ampleur des facteurs compensateurs \u00e0 mettre en place pourra varier en fonction des circonstances du cas d\u2019esp\u00e8ce. \u00c0 chaque fois, il s\u2019agira pour la Cour de d\u00e9terminer, \u00e0 la lumi\u00e8re de la proc\u00e9dure dans son ensemble, si la substance m\u00eame des droits garantis par l\u2019article 1 \u00a7 1 du Protocole no\u00a07 aux \u00e9trangers a \u00e9t\u00e9 pr\u00e9serv\u00e9e (ibidem, \u00a7\u00a0157).<\/p>\n<p>b) Application de ces principes au cas d\u2019esp\u00e8ce<\/p>\n<p>55. Il convient de noter que, en l\u2019occurrence, en vertu de l\u2019article 85 \u00a7\u00a05 de l\u2019OUG no 194\/2002, tel qu\u2019en vigueur \u00e0 l\u2019\u00e9poque des faits, lorsque la d\u00e9cision de d\u00e9clarer un \u00e9tranger ind\u00e9sirable \u00e9tait fond\u00e9e sur des raisons li\u00e9es \u00e0 la s\u00e9curit\u00e9 nationale, les donn\u00e9es et les informations ainsi que les raisons factuelles ayant forg\u00e9 l\u2019opinion des juges ne pouvaient pas \u00eatre mentionn\u00e9es dans l\u2019arr\u00eat (paragraphe 29 ci-dessus). Par ailleurs, les dispositions l\u00e9gales pertinentes en l\u2019esp\u00e8ce de la loi no 182\/2002 s\u2019opposaient \u00e0 la divulgation des informations class\u00e9es secr\u00e8tes \u00e0 des personnes qui n\u2019\u00e9taient pas titulaires d\u2019un certificat les autorisant \u00e0 avoir acc\u00e8s \u00e0 ce type de documents (paragraphe 30 ci-dessus). En application des dispositions l\u00e9gales pertinentes, le requ\u00e9rant ne pouvait pas avoir acc\u00e8s aux pi\u00e8ces du dossier, celles-ci \u00e9tant class\u00e9es secr\u00e8tes, comme l\u2019a d\u2019ailleurs not\u00e9 la Haute Cour (paragraphe 25 ci-dessus).<\/p>\n<p>56. Il en r\u00e9sulte une limitation importante des droits du requ\u00e9rant garantis par l\u2019article 1 du Protocole no 7 (voir la jurisprudence cit\u00e9e au paragraphe 51 ci-dessus). La Cour examinera ci-dessous la n\u00e9cessit\u00e9 des restrictions ainsi apport\u00e9es aux droits proc\u00e9duraux du requ\u00e9rant et les mesures compensatoires mises en place par les autorit\u00e9s nationales pour contrebalancer ces restrictions avant d\u2019\u00e9valuer leur impact concret sur la situation de l\u2019int\u00e9ress\u00e9 \u00e0 la lumi\u00e8re de la proc\u00e9dure dans son ensemble (voir la jurisprudence cit\u00e9e aux paragraphes 52 \u00e0 54 ci-dessus). \u00c0 cet \u00e9gard, la Cour note que l\u2019expulsion du requ\u00e9rant a eu pour effet principal une s\u00e9paration temporaire du requ\u00e9rant de certains membres de sa famille dans l\u2019exercice par l\u2019int\u00e9ress\u00e9 de son droit au respect de sa vie familiale (voir la jurisprudence cit\u00e9e au paragraphe 53in fine ci-dessus).<\/p>\n<p>57. Sur la question de savoir si les limitations apport\u00e9es aux droits proc\u00e9duraux du requ\u00e9rant \u00e9taient d\u00fbment justifi\u00e9es, la Cour note qu\u2019en l\u2019esp\u00e8ce, comme dans l\u2019affaire Muhammad et Muhammad, pr\u00e9cit\u00e9e, les juridictions nationales, en appliquant les dispositions l\u00e9gales pertinentes, ont jug\u00e9 d\u2019embl\u00e9e que le requ\u00e9rant ne pouvait pas avoir acc\u00e8s au dossier, sans qu\u2019elles aient proc\u00e9d\u00e9 elles-m\u00eames \u00e0 un examen de la n\u00e9cessit\u00e9 de restreindre les droits proc\u00e9duraux de l\u2019int\u00e9ress\u00e9 (paragraphe 25 ci\u2011dessus). D\u00e8s lors, \u00e0 d\u00e9faut de tout examen par les juridictions saisies de l\u2019affaire de la n\u00e9cessit\u00e9 de restreindre les droits proc\u00e9duraux du requ\u00e9rant, la Cour exercera un contr\u00f4le strict pour \u00e9tablir si les facteurs compensateurs mis en place \u00e9taient de nature \u00e0 contrebalancer efficacement en l\u2019esp\u00e8ce les restrictions apport\u00e9es \u00e0 ces droits (voir la jurisprudence cit\u00e9e au paragraphe\u00a053 ci-dessus).<\/p>\n<p>58. Sur cette question des facteurs compensateurs, la Cour recherche d\u2019abord si des informations factuelles pertinentes et concr\u00e8tes ont \u00e9t\u00e9 port\u00e9es \u00e0 la connaissance du requ\u00e9rant au cours de la proc\u00e9dure. \u00c0 cet \u00e9gard, elle note qu\u2019en l\u2019esp\u00e8ce l\u2019int\u00e9ress\u00e9 a \u00e9t\u00e9 cit\u00e9 \u00e0 compara\u00eetre dans la proc\u00e9dure et que l\u2019acte de saisine d\u2019instance a \u00e9t\u00e9 joint \u00e0 cette citation (paragraphe 6 ci\u2011dessus). Toutefois, seuls les num\u00e9ros des articles de loi qui r\u00e9gissaient, d\u2019apr\u00e8s le parquet, la conduite reproch\u00e9e \u00e0 l\u2019int\u00e9ress\u00e9 \u00e9taient mentionn\u00e9s dans l\u2019acte de saisine d\u2019instance sans que ladite conduite y soit d\u00e9crite (paragraphe 5 ci-dessus). Par la suite, dans son arr\u00eat rendu en premi\u00e8re instance, la cour d\u2019appel a reproduit les parties de l\u2019article\u00a03 de la loi no\u00a051\/1991 qu\u2019elle estimait pertinentes, d\u00e9limitant ainsi le cadre juridique dans lequel s\u2019inscrivaient les faits reproch\u00e9s au requ\u00e9rant, \u00e0 savoir la conception d\u2019actes terroristes ainsi que l\u2019adh\u00e9sion et l\u2019appui par tout moyen \u00e0 de tels actes (paragraphe 17 ci\u2011dessus). Aucune information suppl\u00e9mentaire n\u2019a \u00e9t\u00e9 transmise \u00e0 l\u2019avocat du requ\u00e9rant pendant la proc\u00e9dure de recours (paragraphe 20 ci-dessus).<\/p>\n<p>59. La Cour note qu\u2019au cours de la proc\u00e9dure le requ\u00e9rant n\u2019a re\u00e7u que des informations tr\u00e8s g\u00e9n\u00e9rales sur la qualification juridique des faits retenus contre lui, sans qu\u2019aucun de ses comportements concrets susceptibles de mettre en danger la s\u00e9curit\u00e9 nationale ne transparaisse du dossier. Or, comme la Cour a d\u00e9j\u00e0 jug\u00e9, une simple \u00e9num\u00e9ration des num\u00e9ros des articles de loi et des indications g\u00e9n\u00e9rales sur les faits qui pouvaient constituer les infractions retenues et sur leur qualification juridique ne sauraient constituer une information suffisante sur les faits reproch\u00e9s pour rendre l\u2019exercice des garanties proc\u00e9durales pr\u00e9vues \u00e0 l\u2019article 1 du Protocole no 7 effectives (Muhammad et Muhammad, pr\u00e9cit\u00e9, \u00a7\u00a7\u00a0168 et 170).<\/p>\n<p>60. La Cour note ensuite que, d\u2019apr\u00e8s les informations fournies \u00e0 la cour d\u2019appel par l\u2019IGI, le requ\u00e9rant s\u2019est int\u00e9ress\u00e9 \u00e0 la proc\u00e9dure \u00e0 l\u2019issue de laquelle il a \u00e9t\u00e9 d\u00e9clar\u00e9 ind\u00e9sirable et qu\u2019il a essay\u00e9 de prendre contact avec un avocat pour le repr\u00e9senter dans cette proc\u00e9dure (paragraphe\u00a011 ci\u2011dessus). Le requ\u00e9rant a par la suite transmis \u00e0 la cour d\u2019appel une demande d\u2019ajournement dans la proc\u00e9dure pour pouvoir engager un avocat et pr\u00e9parer sa d\u00e9fense (paragraphe 8 ci-dessus).<\/p>\n<p>61. La Cour ne peut s\u2019emp\u00eacher de constater que le d\u00e9lai tr\u00e8s court apr\u00e8s lequel la cour d\u2019appel avait repris les d\u00e9bats \u2013 \u00e0 savoir quelques heures apr\u00e8s le rejet de la demande d\u2019ajournement alors que l\u2019int\u00e9ress\u00e9 habitait dans une ville \u00e9loign\u00e9e du si\u00e8ge de la cour d\u2019appel \u2013 et la d\u00e9cision d\u2019examiner l\u2019affaire en l\u2019absence du requ\u00e9rant (paragraphe 14 ci\u2011dessus) ont eu pour effet d\u2019an\u00e9antir les garanties proc\u00e9durales dont l\u2019int\u00e9ress\u00e9 aurait pu jouir devant cette juridiction. La Cour estime que, dans ce contexte, et eu \u00e9gard \u00e0 l\u2019urgence de la proc\u00e9dure en premi\u00e8re instance, le requ\u00e9rant n\u2019a ni re\u00e7u des informations pertinentes sur le d\u00e9roulement de la proc\u00e9dure ni b\u00e9n\u00e9fici\u00e9 d\u2019une possibilit\u00e9 effective d\u2019engager un avocat, \u00e9ventuellement titulaire d\u2019un certificat ORNISS (paragraphe 31 ci-dessus), pour le repr\u00e9senter devant la cour d\u2019appel.<\/p>\n<p>62. La Cour note \u00e9galement que devant la Haute Cour l\u2019int\u00e9ress\u00e9 a \u00e9t\u00e9 repr\u00e9sent\u00e9 par un avocat choisi par lui qui n\u2019\u00e9tait pas titulaire d\u2019un certificat ORNISS (paragraphe 20 ci-dessus). Eu \u00e9gard \u00e0 l\u2019argument du Gouvernement selon lequel l\u2019avocat du requ\u00e9rant aurait d\u00fb aider son client \u00e0 trouver un avocat titulaire d\u2019un certificat ORNISS (paragraphe\u00a049 ci\u2011dessus), et \u00e0 supposer m\u00eame que l\u2019on puisse attendre de l\u2019avocat choisi par un \u00e9tranger qu\u2019il aide son client \u00e0 trouver un autre avocat titulaire d\u2019un certificat ORNISS, la Cour rel\u00e8ve que le Gouvernement n\u2019a pas pr\u00e9cis\u00e9 par quel moyen l\u2019avocat du requ\u00e9rant aurait pu, \u00e0 l\u2019\u00e9poque pertinente, acc\u00e9der effectivement et en temps utile \u00e0 la liste des avocats titulaires d\u2019un tel certificat, d\u2019autant plus que leur nombre \u00e9tait tr\u00e8s r\u00e9duit (Muhammad et Muhammad, pr\u00e9cit\u00e9, \u00a7\u00a7 185 et 186).<\/p>\n<p>63. S\u2019agissant de la possibilit\u00e9 pour l\u2019avocat du requ\u00e9rant de demander l\u2019ajournement de la proc\u00e9dure de recours afin d\u2019obtenir un certificat ORNISS, la Cour remarque que les d\u00e9lais pr\u00e9vus par la loi interne pour l\u2019obtention d\u2019un tel certificat d\u00e9passaient ceux qui \u00e9taient pr\u00e9vus pour le d\u00e9roulement d\u2019une proc\u00e9dure de d\u00e9claration d\u2019un \u00e9tranger comme personne ind\u00e9sirable (paragraphe 31 ci-dessus). Une demande d\u2019ajournement n\u2019aurait donc pas permis, en principe, \u00e0 l\u2019avocat en question de se procurer un tel certificat pour s\u2019en pr\u00e9valoir dans le cadre de la proc\u00e9dure de recours et les exemples de jurisprudence contemporains aux faits vers\u00e9s au dossier ne prouvent pas le contraire (ibidem, \u00a7\u00a7 189-190\u00a0; voir aussi le paragraphe 31 ci-dessus). \u00c0 cet \u00e9gard, la Cour prend en compte la circonstance que, \u00e0 d\u00e9faut d\u2019\u00eatre titulaire d\u2019un certificat ORNISS, l\u2019avocat choisi par le requ\u00e9rant ne pouvait pas avoir acc\u00e8s aux pi\u00e8ces class\u00e9es secr\u00e8tes vers\u00e9es au dossier.<\/p>\n<p>64. La Cour observe enfin que la proc\u00e9dure pr\u00e9vue en droit roumain pour d\u00e9clarer une personne ind\u00e9sirable rev\u00eatait un caract\u00e8re judiciaire et que les juridictions comp\u00e9tentes en la mati\u00e8re \u00e9taient des juridictions sup\u00e9rieures dans la hi\u00e9rarchie des juridictions roumaines, qui jouissaient de l\u2019ind\u00e9pendance requise au sens de la jurisprudence de la Cour. De l\u2019avis de la Cour, il s\u2019agit l\u00e0 de garanties importantes \u00e0 prendre en consid\u00e9ration dans l\u2019\u00e9valuation des facteurs ayant pu att\u00e9nuer les effets des restrictions subies par le requ\u00e9rant dans la jouissance de ses droits proc\u00e9duraux (ibidem, \u00a7\u00a0193).<\/p>\n<p>65. Toutefois, la Cour tient compte de ce que, vu les informations tr\u00e8s r\u00e9duites et g\u00e9n\u00e9rales dont le requ\u00e9rant disposait (paragraphe 59 ci-dessus), devant ces juridictions, l\u2019int\u00e9ress\u00e9 ne pouvait se fonder, pour d\u00e9fendre sa cause, que sur des suppositions, sans pouvoir contester concr\u00e8tement tel ou tel comportement dont il aurait \u00e9t\u00e9 affirm\u00e9 qu\u2019il mettait en danger la s\u00e9curit\u00e9 nationale. Le requ\u00e9rant avait d\u2019ailleurs indiqu\u00e9 qu\u2019il n\u2019avait pas fait l\u2019objet de poursuites p\u00e9nales en Roumanie des chefs reproch\u00e9s par le parquet (paragraphe 22in fine ci-dessus). De l\u2019avis de la Cour, dans un tel cas de figure, l\u2019\u00e9tendue du contr\u00f4le op\u00e9r\u00e9 par les juridictions nationales quant au bien-fond\u00e9 de l\u2019expulsion demand\u00e9e devrait \u00eatre d\u2019autant plus approfondie (ibidem, \u00a7 194).<\/p>\n<p>66. Or, en l\u2019esp\u00e8ce, la Cour note que le parquet a vers\u00e9 au dossier devant la cour d\u2019appel un document class\u00e9 secret (paragraphe 5 ci-dessus). Bien que la cour d\u2019appel et la Haute Cour affirment avoir fond\u00e9 leurs d\u00e9cisions sur ce document, elles ont fourni des r\u00e9ponses tr\u00e8s g\u00e9n\u00e9rales pour rejeter les affirmations du requ\u00e9rant selon lesquelles il n\u2019avait pas agi au d\u00e9triment de la s\u00e9curit\u00e9 nationale. En d\u2019autres termes, aucun \u00e9l\u00e9ment du dossier ne laisse entrevoir qu\u2019une v\u00e9rification a bien \u00e9t\u00e9 r\u00e9alis\u00e9e par les juridictions nationales quant \u00e0 la cr\u00e9dibilit\u00e9 et \u00e0 la r\u00e9alit\u00e9 des informations soumises par le parquet (paragraphes 17, 24 et 27 ci\u2011dessus\u00a0; voir \u00e9galement, mutatis mutandis,Muhammad et Muhammad, pr\u00e9cit\u00e9, \u00a7\u00a7\u00a0198-199). Si la Cour admet que l\u2019examen de l\u2019affaire par une autorit\u00e9 judiciaire ind\u00e9pendante est une garantie de grand poids pour contrebalancer la restriction apport\u00e9e aux droits proc\u00e9duraux du requ\u00e9rant, une telle garantie n\u2019est pas \u00e0 elle seule suffisante pour combler la restriction apport\u00e9e aux droits proc\u00e9duraux de l\u2019int\u00e9ress\u00e9 si la nature et l\u2019intensit\u00e9 du contr\u00f4le exerc\u00e9 par les autorit\u00e9s ind\u00e9pendantes ne se manifestent pas, m\u00eame sommairement, dans la motivation des d\u00e9cisions prises par celles-ci (paragraphes 17 et 27 ci\u2011dessus\u00a0; voir aussi, mutatis mutandis,Muhammad et Muhammad, pr\u00e9cit\u00e9, \u00a7\u00a0202).<\/p>\n<p>67. La Cour constate donc qu\u2019en l\u2019esp\u00e8ce les droits proc\u00e9duraux du requ\u00e9rant ont subi des restrictions importantes sans que la n\u00e9cessit\u00e9 de ces limitations ait \u00e9t\u00e9 examin\u00e9e et jug\u00e9e d\u00fbment par une autorit\u00e9 ind\u00e9pendante au niveau national. Elle note aussi que le requ\u00e9rant n\u2019a re\u00e7u aucune information sur son comportement concret susceptible de mettre en danger la s\u00e9curit\u00e9 nationale et sur le d\u00e9roulement des moments cl\u00e9s de la proc\u00e9dure. Quant \u00e0 l\u2019\u00e9tendue du contr\u00f4le op\u00e9r\u00e9, la Cour consid\u00e8re que le seul fait que la d\u00e9cision d\u2019expulsion a \u00e9t\u00e9 prise par des hautes autorit\u00e9s judiciaires ind\u00e9pendantes, sans qu\u2019il puisse \u00eatre constat\u00e9 qu\u2019elles ont exerc\u00e9 concr\u00e8tement les pouvoirs que la loi roumaine leur conf\u00e9rait, n\u2019est pas de nature \u00e0 pouvoir compenser les restrictions subies par l\u2019int\u00e9ress\u00e9 dans l\u2019exercice de ses droits proc\u00e9duraux (voir, mutatis mutandis,Muhammad et Muhammad, pr\u00e9cit\u00e9, \u00a7 205).<\/p>\n<p>68. \u00c0 la lumi\u00e8re d\u2019un examen d\u2019ensemble des limitations apport\u00e9es aux droits proc\u00e9duraux du requ\u00e9rant et des \u00e9l\u00e9ments mis en place en l\u2019esp\u00e8ce pour les compenser, et tout en tenant compte de la marge d\u2019appr\u00e9ciation dont disposent les \u00c9tats en la mati\u00e8re, la Cour estime que les restrictions subies par l\u2019int\u00e9ress\u00e9 dans la jouissance des droits qu\u2019il tire de l\u2019article 1 du Protocole no 7 n\u2019ont pas \u00e9t\u00e9 compens\u00e9es dans la proc\u00e9dure interne de mani\u00e8re \u00e0 pr\u00e9server la substance m\u00eame de ces droits.<\/p>\n<p>69. Partant, il y a eu violation de l\u2019article 1 du Protocole no 7 \u00e0 la Convention.<\/p>\n<p>III. SUR LA VIOLATION ALL\u00c9GU\u00c9E DE L\u2019ARTICLE 8 DE LA CONVENTION<\/p>\n<p>70. Le requ\u00e9rant se plaint que la mesure prise contre lui ait m\u00e9connu son droit au respect de sa vie priv\u00e9e et familiale, garanti par l\u2019article 8 de la Convention, ainsi libell\u00e9\u00a0:<\/p>\n<p style=\"text-align: center;\">Article 8<\/p>\n<p>\u00ab\u00a01. Toute personne a droit au respect de sa vie priv\u00e9e et familiale, de son domicile et de sa correspondance.<\/p>\n<p>2. Il ne peut y avoir ing\u00e9rence d\u2019une autorit\u00e9 publique dans l\u2019exercice de ce droit que pour autant que cette ing\u00e9rence est pr\u00e9vue par la loi et qu\u2019elle constitue une mesure qui, dans une soci\u00e9t\u00e9 d\u00e9mocratique, est n\u00e9cessaire \u00e0 la s\u00e9curit\u00e9 nationale, \u00e0 la s\u00fbret\u00e9 publique, au bien-\u00eatre \u00e9conomique du pays, \u00e0 la d\u00e9fense de l\u2019ordre et \u00e0 la pr\u00e9vention des infractions p\u00e9nales, \u00e0 la protection de la sant\u00e9 ou de la morale, ou \u00e0 la protection des droits et libert\u00e9s d\u2019autrui.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p><strong>A. Sur la recevabilit\u00e9<\/strong><\/p>\n<p>71. Constatant que ce grief n\u2019est pas manifestement mal fond\u00e9 au sens de l\u2019article 35 \u00a7 3 a) de la Convention et qu\u2019il ne se heurte par ailleurs \u00e0 aucun autre motif d\u2019irrecevabilit\u00e9, la Cour le d\u00e9clare recevable.<\/p>\n<p><strong>B. Sur le fond<\/strong><\/p>\n<p><em>1. Arguments des parties<\/em><\/p>\n<p>72. Le requ\u00e9rant indique qu\u2019il a v\u00e9cu plusieurs ann\u00e9es en Roumanie, ce qui pour lui repr\u00e9sente une p\u00e9riode suffisamment longue pour \u00e9tablir des liens forts avec son \u00e9pouse, et que son d\u00e9part affecte profond\u00e9ment sa vie de famille. Il dit ensuite que la mesure en cause, qu\u2019il qualifie d\u2019ing\u00e9rence dans l\u2019exercice de son droit au respect de sa vie familiale, n\u2019\u00e9tait pas pr\u00e9vue par une loi pr\u00e9visible offrant des garanties suffisantes contre l\u2019arbitraire, qu\u2019elle ne poursuivait pas de but l\u00e9gitime et qu\u2019elle n\u2019\u00e9tait pas n\u00e9cessaire, \u00e9tant donn\u00e9 que ni les faits ni les preuves qui auraient pu \u00eatre \u00e0 la base de cette mesure n\u2019ont \u00e9t\u00e9 port\u00e9s \u00e0 sa connaissance.<\/p>\n<p>73. Le Gouvernement consid\u00e8re que la mesure prise en l\u2019esp\u00e8ce par les autorit\u00e9s roumaines ne constitue pas une ing\u00e9rence dans la vie priv\u00e9e et familiale du requ\u00e9rant. Il ajoute qu\u2019en tout \u00e9tat de cause, \u00e0 supposer m\u00eame qu\u2019il y ait eu ing\u00e9rence, celle-ci \u00e9tait pr\u00e9vue par l\u2019OUG no 194\/2002, elle poursuivait le but l\u00e9gitime de la protection de la s\u00e9curit\u00e9 nationale et elle \u00e9tait n\u00e9cessaire dans une soci\u00e9t\u00e9 d\u00e9mocratique compte tenu de la gravit\u00e9 des faits que le requ\u00e9rant \u00e9tait soup\u00e7onn\u00e9 d\u2019avoir commis.<\/p>\n<p><em>2. Appr\u00e9ciation de la Cour<\/em><\/p>\n<p>74. La Cour consid\u00e8re que, compte tenu de ses constats sous l\u2019angle de l\u2019article 1 du Protocole no 7 \u00e0 la Convention (paragraphes 55 \u00e0 69 ci\u2011dessus), il n\u2019y a pas lieu d\u2019examiner le grief formul\u00e9 sur le terrain de l\u2019article 8 de la Convention.<\/p>\n<p>IV. SUR L\u2019APPLICATION DE L\u2019ARTICLE\u00a041 DE LA CONVENTION<\/p>\n<p>75. Aux termes de l\u2019article 41 de la Convention\u00a0:<\/p>\n<p>\u00ab\u00a0Si la Cour d\u00e9clare qu\u2019il y a eu violation de la Convention ou de ses Protocoles, et si le droit interne de la Haute Partie contractante ne permet d\u2019effacer qu\u2019imparfaitement les cons\u00e9quences de cette violation, la Cour accorde \u00e0 la partie l\u00e9s\u00e9e, s\u2019il y a lieu, une satisfaction \u00e9quitable.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p><strong>A. Dommage<\/strong><\/p>\n<p>76. Le requ\u00e9rant demande 100\u00a0000 euros (EUR) au titre du dommage moral qu\u2019il dit avoir subi.<\/p>\n<p>77. Le Gouvernement invite la Cour \u00e0 constater qu\u2019un \u00e9ventuel arr\u00eat de condamnation constitue, par lui-m\u00eame, une r\u00e9paration suffisante du pr\u00e9judice moral pr\u00e9tendument subi. De plus, il estime que le montant sollicit\u00e9 par le requ\u00e9rant pour dommage moral est exorbitant et injustifi\u00e9.<\/p>\n<p>78. La Cour consid\u00e8re que les faits qui ont abouti \u00e0 la violation de l\u2019article 1 du Protocole no 7 \u00e0 la Convention ont caus\u00e9 au requ\u00e9rant un pr\u00e9judice moral ind\u00e9niable que le simple constat de violation ne saurait r\u00e9parer. Elle octroie au requ\u00e9rant 5\u00a0000 EUR pour dommage moral, plus tout montant pouvant \u00eatre d\u00fb sur cette somme \u00e0 titre d\u2019imp\u00f4t.<\/p>\n<p><strong>B. Frais et d\u00e9pens<\/strong><\/p>\n<p>79. Le requ\u00e9rant r\u00e9clame 2\u00a0300 EUR au titre des frais et d\u00e9pens qu\u2019il a engag\u00e9s dans le cadre des proc\u00e9dures men\u00e9es devant les juridictions internes et devant la Cour, pour les honoraires d\u2019avocat.<\/p>\n<p>80. Le Gouvernement indique que, pour justifier ses pr\u00e9tentions, le requ\u00e9rant n\u2019a vers\u00e9 au dossier que des quittances peu lisibles, sans joindre le contrat d\u2019assistance judiciaire conclu avec son avocat et sans d\u00e9tailler les heures de travail prest\u00e9es par celui-ci.<\/p>\n<p>81. Selon la jurisprudence de la Cour, un requ\u00e9rant ne peut obtenir le remboursement de ses frais et d\u00e9pens que dans la mesure o\u00f9 se trouvent \u00e9tablis leur r\u00e9alit\u00e9, leur n\u00e9cessit\u00e9 et le caract\u00e8re raisonnable de leur taux (Iatridis c. Gr\u00e8ce (satisfaction \u00e9quitable) [GC], no 31107\/96, \u00a7 54, CEDH 2000 XI). En l\u2019esp\u00e8ce, compte tenu des documents dont elle dispose et des crit\u00e8res susmentionn\u00e9s, la Cour juge raisonnable d\u2019allouer au requ\u00e9rant la somme de 2\u00a0300 EUR tous frais confondus, plus tout montant pouvant \u00eatre d\u00fb par celui-ci sur cette somme \u00e0 titre d\u2019imp\u00f4t.<\/p>\n<p><strong>C. Int\u00e9r\u00eats moratoires<\/strong><\/p>\n<p>82. La Cour juge appropri\u00e9 de calquer le taux des int\u00e9r\u00eats moratoires sur le taux d\u2019int\u00e9r\u00eat de la facilit\u00e9 de pr\u00eat marginal de la Banque centrale europ\u00e9enne major\u00e9 de trois points de pourcentage.<\/p>\n<p><strong>PAR CES MOTIFS, LA COUR, \u00c0 L\u2019UNANIMIT\u00c9,<\/strong><\/p>\n<p>1. D\u00e9clare les griefs concernant l\u2019article 8 de la Convention et l\u2019article\u00a01 du Protocole no 7 \u00e0 la Convention recevables, et la requ\u00eate irrecevable pour le surplus\u00a0;<\/p>\n<p>2. Dit qu\u2019il y a eu violation de l\u2019article 1 du Protocole no 7 \u00e0 la Convention\u00a0;<\/p>\n<p>3. Dit qu\u2019il n\u2019y a pas lieu d\u2019examiner le grief formul\u00e9 sur le terrain de l\u2019article 8 de la Convention\u00a0;<\/p>\n<p>4. Dit<\/p>\n<p>a) que l\u2019\u00c9tat d\u00e9fendeur doit verser au requ\u00e9rant, dans un d\u00e9lai de trois mois \u00e0 compter de la date \u00e0 laquelle l\u2019arr\u00eat sera devenu d\u00e9finitif conform\u00e9ment \u00e0 l\u2019article\u00a044\u00a0\u00a7\u00a02 de la Convention, les sommes suivantes, \u00e0 convertir dans la monnaie de l\u2019\u00c9tat d\u00e9fendeur au taux applicable \u00e0 la date du r\u00e8glement\u00a0:<\/p>\n<p>i. 5\u00a0000 EUR (cinq mille euros), plus tout montant pouvant \u00eatre d\u00fb sur cette somme \u00e0 titre d\u2019imp\u00f4t, pour dommage moral,<\/p>\n<p>ii. 2\u00a0300 EUR (deux mille trois cents euros), plus tout montant pouvant \u00eatre d\u00fb sur cette somme par le requ\u00e9rant \u00e0 titre d\u2019imp\u00f4t, pour frais et d\u00e9pens\u00a0;<\/p>\n<p>b) qu\u2019\u00e0 compter de l\u2019expiration dudit d\u00e9lai et jusqu\u2019au versement, ces montants seront \u00e0 majorer d\u2019un int\u00e9r\u00eat simple \u00e0 un taux \u00e9gal \u00e0 celui de la facilit\u00e9 de pr\u00eat marginal de la Banque centrale europ\u00e9enne applicable pendant cette p\u00e9riode, augment\u00e9 de trois points de pourcentage\u00a0;<\/p>\n<p>5. Rejette la demande de satisfaction \u00e9quitable pour le surplus.<\/p>\n<p>Fait en fran\u00e7ais, puis communiqu\u00e9 par \u00e9crit le 9 mars 2021, en application de l\u2019article\u00a077\u00a0\u00a7\u00a7\u00a02 et\u00a03 du r\u00e8glement.<\/p>\n<p>Ilse Freiwirth \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 Yonko Grozev<br \/>\nGreffi\u00e8re adjointe \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0Pr\u00e9sident<\/p>\n<p>_____________<\/p>\n<p>Au pr\u00e9sent arr\u00eat se trouve joint, conform\u00e9ment aux articles\u00a045 \u00a7\u00a02 de la Convention et\u00a074 \u00a7\u00a02 du r\u00e8glement, l\u2019expos\u00e9 de l\u2019opinion s\u00e9par\u00e9e de la juge\u00a0Motoc.<\/p>\n<p style=\"text-align: right;\">Y.G.R.<br \/>\nI.F.<\/p>\n<p style=\"text-align: center;\"><strong>OPINION CONCORDANTE DE LA JUGE MOTOC<\/strong><\/p>\n<p>J\u2019ai vot\u00e9 pour la violation dans la pr\u00e9sente affaire pour respecter ce qu\u2019avait dit la majorit\u00e9 de l\u2019arr\u00eat Muhammad et Muhammad c. Roumanie, mais mon opinion reste celle qui a \u00e9t\u00e9 exprim\u00e9e dans l\u2019opinion dissidente jointe \u00e0 ce dernier arr\u00eat.<\/p>\n<div class=\"social-share-buttons\"><a href=\"https:\/\/www.facebook.com\/sharer\/sharer.php?u=https:\/\/loisdumonde.com\/?p=425\" target=\"_blank\" rel=\"noopener\">Facebook<\/a><a href=\"https:\/\/twitter.com\/intent\/tweet?url=https:\/\/loisdumonde.com\/?p=425&text=AFFAIRE+HASSINE+c.+ROUMANIE+%28Cour+europ%C3%A9enne+des+droits+de+l%E2%80%99homme%29+Requ%C3%AAte+no+36328%2F13\" target=\"_blank\" rel=\"noopener\">Twitter<\/a><a href=\"https:\/\/www.linkedin.com\/shareArticle?url=https:\/\/loisdumonde.com\/?p=425&title=AFFAIRE+HASSINE+c.+ROUMANIE+%28Cour+europ%C3%A9enne+des+droits+de+l%E2%80%99homme%29+Requ%C3%AAte+no+36328%2F13\" target=\"_blank\" rel=\"noopener\">LinkedIn<\/a><a href=\"https:\/\/pinterest.com\/pin\/create\/button\/?url=https:\/\/loisdumonde.com\/?p=425&description=AFFAIRE+HASSINE+c.+ROUMANIE+%28Cour+europ%C3%A9enne+des+droits+de+l%E2%80%99homme%29+Requ%C3%AAte+no+36328%2F13\" target=\"_blank\" rel=\"noopener\">Pinterest<\/a><\/div>","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>INTRODUCTION. La requ\u00eate a trait \u00e0 la proc\u00e9dure administrative \u00e0 l\u2019issue de laquelle le requ\u00e9rant a \u00e9t\u00e9 \u00e9loign\u00e9 du territoire roumain pour des raisons li\u00e9es \u00e0 la s\u00e9curit\u00e9 nationale. 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