{"id":418,"date":"2021-03-02T16:15:26","date_gmt":"2021-03-02T16:15:26","guid":{"rendered":"https:\/\/loisdumonde.com\/?p=418"},"modified":"2021-03-02T16:15:26","modified_gmt":"2021-03-02T16:15:26","slug":"affaire-kolesnikova-c-russie-cour-europeenne-des-droits-de-lhomme-requete-no-45202-14","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/loisdumonde.com\/?p=418","title":{"rendered":"AFFAIRE KOLESNIKOVA c. RUSSIE (Cour europ\u00e9enne des droits de l\u2019homme) Requ\u00eate no 45202\/14"},"content":{"rendered":"<p><strong>INTRODUCTION<\/strong>. La pr\u00e9sente affaire concerne l\u2019atteinte pr\u00e9tendument port\u00e9e \u00e0 la pr\u00e9somption d\u2019innocence de la requ\u00e9rante par la motivation d\u2019une d\u00e9cision des autorit\u00e9s d\u2019enqu\u00eate ainsi que le manque all\u00e9gu\u00e9 d\u2019impartialit\u00e9<!--more--> des juges de la juridiction saisie de la contestation de l\u2019int\u00e9ress\u00e9e contre la d\u00e9cision litigieuse.<\/p>\n<p style=\"text-align: center;\">TROISI\u00c8ME SECTION<br \/>\n<strong>AFFAIRE KOLESNIKOVA c. RUSSIE<\/strong><br \/>\n<em>(Requ\u00eate no 45202\/14)<\/em><br \/>\nARR\u00caT<\/p>\n<p>Art 6 \u00a7 1 (p\u00e9nal) \u2022 Tribunal impartial \u2022 Rejet d\u2019une demande de r\u00e9cusation non abusive de tous les juges d\u2019un tribunal ayant d\u00e9cid\u00e9 eux\u2011m\u00eames de la r\u00e9cusation dirig\u00e9e contre eux \u2022 Instance de cassation n\u2019ayant pas rem\u00e9di\u00e9 aux d\u00e9ficiences litigieuses<\/p>\n<p style=\"text-align: center;\">STRASBOURG<br \/>\n2 mars 2021<\/p>\n<p>Cet arr\u00eat deviendra d\u00e9finitif dans les conditions d\u00e9finies \u00e0 l\u2019article 44 \u00a7 2 de la Convention . Il peut subir des retouches de forme.<\/p>\n<p><strong>En l\u2019affaire Kolesnikova c. Russie,<\/strong><\/p>\n<p>La Cour europ\u00e9enne des droits de l\u2019homme (troisi\u00e8me section), si\u00e9geant en une Chambre compos\u00e9e de\u00a0:<\/p>\n<p>Paul Lemmens, pr\u00e9sident,<br \/>\nGeorgios A. Serghides,<br \/>\nDmitry Dedov,<br \/>\nGeorges Ravarani,<br \/>\nMar\u00eda El\u00f3segui,<br \/>\nAnja Seibert-Fohr,<br \/>\nPeeter Roosma, juges,<br \/>\net de Olga Chernishova, greffi\u00e8re adjointe de section,<\/p>\n<p>Vu\u00a0:<\/p>\n<p>la requ\u00eate (no\u00a045202\/14) dirig\u00e9e contre la F\u00e9d\u00e9ration de Russie et dont une ressortissante de cet \u00c9tat, Mme Olga Kondratyevna Kolesnikova (\u00ab\u00a0la requ\u00e9rante\u00a0\u00bb), a saisi la Cour en vertu de l\u2019article\u00a034 de la Convention de sauvegarde des droits de l\u2019homme et des libert\u00e9s fondamentales (\u00ab\u00a0la Convention\u00a0\u00bb) le 2 juin 2014,<\/p>\n<p>la d\u00e9cision de porter la requ\u00eate \u00e0 la connaissance du gouvernement russe (\u00ab\u00a0le Gouvernement\u00a0\u00bb),<\/p>\n<p>les observations des parties,<\/p>\n<p>Apr\u00e8s en avoir d\u00e9lib\u00e9r\u00e9 en chambre du conseil le 2 f\u00e9vrier 2021,<\/p>\n<p>Rend l\u2019arr\u00eat que voici, adopt\u00e9 \u00e0 cette date\u00a0:<\/p>\n<p><strong>INTRODUCTION<\/strong><\/p>\n<p>1. La pr\u00e9sente affaire concerne l\u2019atteinte pr\u00e9tendument port\u00e9e \u00e0 la pr\u00e9somption d\u2019innocence de la requ\u00e9rante par la motivation d\u2019une d\u00e9cision des autorit\u00e9s d\u2019enqu\u00eate ainsi que le manque all\u00e9gu\u00e9 d\u2019impartialit\u00e9 des juges de la juridiction saisie de la contestation de l\u2019int\u00e9ress\u00e9e contre la d\u00e9cision litigieuse.<\/p>\n<p><strong>EN FAIT<\/strong><\/p>\n<p>2. La requ\u00e9rante est n\u00e9e en 1958 et r\u00e9side \u00e0 Arkhangelsk. Elle a \u00e9t\u00e9 repr\u00e9sent\u00e9e par Me\u00a0V.I. Nifantyev, avocat.<\/p>\n<p>3. Le Gouvernement a \u00e9t\u00e9 repr\u00e9sent\u00e9 par M.\u00a0M.\u00a0Galperine, repr\u00e9sentant permanent de la F\u00e9d\u00e9ration de Russie aupr\u00e8s de la Cour europ\u00e9enne des droits de l\u2019homme.<\/p>\n<p>4. Les faits de la cause, tels qu\u2019ils ont \u00e9t\u00e9 expos\u00e9s par les parties, peuvent se r\u00e9sumer comme suit.<\/p>\n<p>5. Au mois de mai 2008, la requ\u00e9rante d\u00e9missionna de ses fonctions de juge et de pr\u00e9sidente de la cour du district autonome N\u00e9netski de la r\u00e9gion d\u2019Arkhangelsk (\u00ab\u00a0la cour du district\u00a0\u00bb).<\/p>\n<p>6. \u00c0 une date non sp\u00e9cifi\u00e9e dans le dossier, deux employ\u00e9es charg\u00e9es des finances \u00e0 la cour du district, S. et M., furent poursuivies pour un d\u00e9tournement de fonds qu\u2019elles auraient commis entre 2004 et 2008. Dans le cadre des poursuites p\u00e9nales dirig\u00e9es contre ces employ\u00e9es, la requ\u00e9rante figura en tant que t\u00e9moin.<\/p>\n<p>7. Le 12 juillet 2011, les autorit\u00e9s d\u2019enqu\u00eate lanc\u00e8rent une proc\u00e9dure de v\u00e9rification pr\u00e9liminaire contre la requ\u00e9rante sur la base de l\u2019article 144 du code de proc\u00e9dure p\u00e9nale (CPP) eu \u00e9gard \u00e0 des \u00e9l\u00e9ments rassembl\u00e9s dans le cadre de l\u2019investigation men\u00e9e \u00e0 l\u2019endroit de S. et de M. D\u2019apr\u00e8s les autorit\u00e9s d\u2019enqu\u00eate, la requ\u00e9rante avait commis une infraction r\u00e9prim\u00e9e par l\u2019article\u00a0293\u00a0\u00a7\u00a01 du code p\u00e9nal (CP) (paragraphe 24 ci\u2011dessous), ayant omis de prendre des mesures n\u00e9cessaires pour pr\u00e9venir le d\u00e9tournement de fonds dont S. et M. avaient \u00e9t\u00e9 accus\u00e9es.<\/p>\n<p>8. Ult\u00e9rieurement, respectivement en septembre 2011 et en d\u00e9cembre 2011, S.\u00a0et M. furent reconnues coupables de d\u00e9tournement de fonds et condamn\u00e9es \u00e0 des peines diff\u00e9rentes.<\/p>\n<p>9. Le 16 mars 2012, dans le cadre de la v\u00e9rification pr\u00e9liminaire conduite contre la requ\u00e9rante, l\u2019enqu\u00eateur Ch. du d\u00e9partement du comit\u00e9 d\u2019instruction de la r\u00e9gion d\u2019Arkhangelsk et du district autonome N\u00e9netski (\u00ab\u00a0le comit\u00e9 d\u2019instruction\u00a0\u00bb) rendit une d\u00e9cision de non-lieu. S\u2019appuyant sur un certain nombre d\u2019\u00e9l\u00e9ments rassembl\u00e9s au cours de la v\u00e9rification pr\u00e9liminaire, dont les d\u00e9clarations de la requ\u00e9rante, l\u2019enqu\u00eateur estima que les \u00e9l\u00e9ments constitutifs de l\u2019infraction r\u00e9prim\u00e9e par l\u2019article 293\u00a0\u00a7\u00a01 du CP n\u2019\u00e9taient pas r\u00e9unis. Il indiqua notamment qu\u2019aucun \u00e9l\u00e9ment du dossier ne permettait d\u2019affirmer que la requ\u00e9rante avait omis de remplir ses devoirs professionnels ou qu\u2019elle avait fait montre de n\u00e9gligence en les accomplissant. Il indiqua en outre que le d\u00e9lai de prescription de la responsabilit\u00e9 p\u00e9nale pour l\u2019infraction vis\u00e9e \u00e0 l\u2019article 293\u00a0\u00a7\u00a01 du CP avait expir\u00e9 en 2010.<\/p>\n<p>10. \u00c0 une date non sp\u00e9cifi\u00e9e dans le dossier, la d\u00e9cision du 16 mars 2012 fut annul\u00e9e.<\/p>\n<p>11. Le 5 mai 2012, l\u2019enqu\u00eateur N. du comit\u00e9 d\u2019instruction rendit \u00e0 son tour une d\u00e9cision par laquelle il refusa d\u2019ouvrir une enqu\u00eate p\u00e9nale contre la requ\u00e9rante, cette fois-ci pour cause de prescription, cas pr\u00e9vu par l\u2019article\u00a024\u00a0\u00a7\u00a01 alin\u00e9a 3 du CPP (paragraphe 25 ci\u2011dessus). La d\u00e9cision se lisait comme suit en ses parties pertinentes en l\u2019esp\u00e8ce\u00a0:<\/p>\n<p>\u00ab\u00a0Il est \u00e9tabli que, pendant la p\u00e9riode allant du 17 juin 2002 au 1er mai 2008, [Mme]\u00a0Kolesnikova a occup\u00e9 le poste de pr\u00e9sidente de la cour du district autonome N\u00e9netski et \u00e9tait charg\u00e9e de remplir, outre ses fonctions de juge et des fonctions proc\u00e9durales, les fonctions visant \u00e0 assurer le travail de la cour et de son personnel (&#8230;), y compris la mise en place de la comptabilit\u00e9. Toutefois, ayant fait preuve d\u2019une attitude peu consciencieuse et de n\u00e9gligence envers le service, [Mme]\u00a0Kolesnikova n\u2019a pas d\u00fbment rempli ses fonctions\u00a0; [notamment], elle n\u2019a pas rempli l\u2019int\u00e9gralit\u00e9 de ses fonctions relatives \u00e0 [la tenue] de la comptabilit\u00e9 et [n\u2019a pas respect\u00e9] les dispositions l\u00e9gales [en la mati\u00e8re].<\/p>\n<p>(&#8230;)<\/p>\n<p>Selon l\u2019article 15\u00a0\u00a7\u00a02 du CP, l\u2019infraction r\u00e9prim\u00e9e par l\u2019article 293\u00a0\u00a7\u00a01 du CP est d\u2019une gravit\u00e9 moyenne. Selon l\u2019article 78\u00a0\u00a7 1 a) du CP, une personne est [d\u00e9gag\u00e9e] de toute responsabilit\u00e9 p\u00e9nale une fois le d\u00e9lai de deux ans apr\u00e8s la commission de l\u2019infraction \u00e9coul\u00e9. [Mme]\u00a0Kolesnikova a commis la n\u00e9gligence [en cause] pendant la p\u00e9riode comprise entre 2004 et le 1er mai 2008\u00a0; par cons\u00e9quent, le d\u00e9lai de prescription de sa responsabilit\u00e9 p\u00e9nale a expir\u00e9 le 2 mai 2010.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p>12. Le 10 d\u00e9cembre 2012, le pr\u00e9sident de la cour du district, agissant au nom du conseil des juges du district N\u00e9netski, adressa une lettre au conseil des juges de la F\u00e9d\u00e9ration de Russie. Dans cette lettre, il demandait des clarifications quant \u00e0 la fa\u00e7on la plus appropri\u00e9e de lancer une proc\u00e9dure en annulation du statut de juge \u00e0 la retraite de la requ\u00e9rante eu \u00e9gard au contenu de la d\u00e9cision de l\u2019enqu\u00eateur N. du 5 mai 2012.<\/p>\n<p>13. La requ\u00e9rante saisit la justice d\u2019une demande en annulation de la d\u00e9cision de l\u2019enqu\u00eateur N. du 5 mai 2012 sur la base de l\u2019article 125 du CPP (paragraphe 35 ci\u2011dessous). Dans sa demande, elle se plaignait que la conclusion de l\u2019enqu\u00eateur selon laquelle elle avait commis l\u2019infraction vis\u00e9e \u00e0 l\u2019article 293\u00a0\u00a71 du CP n\u2019\u00e9tait pas \u00e9tay\u00e9e par les \u00e9l\u00e9ments du dossier et, par cons\u00e9quent, \u00e9tait ill\u00e9gale.<\/p>\n<p>14. Le 27 d\u00e9cembre 2012, le tribunal de la ville de Naryan-Mar d\u00e9bouta l\u2019int\u00e9ress\u00e9e. Dans sa d\u00e9cision, le tribunal estima que tant la proc\u00e9dure ayant conduit \u00e0 l\u2019adoption de la d\u00e9cision litigieuse que les motifs sous-tendant ladite d\u00e9cision \u00e9taient conformes \u00e0 la l\u00e9gislation nationale.<\/p>\n<p>15. La requ\u00e9rante interjeta appel de cette d\u00e9cision devant la cour du district.<\/p>\n<p>16. La cour du district fixa la date de l\u2019examen de l\u2019appel de la requ\u00e9rante au 18\u00a0avril 2013.<\/p>\n<p>17. Le 3 avril 2013, la requ\u00e9rante forma une demande de r\u00e9cusation visant tous les juges de la cour du district, pr\u00e9cisant souhaiter que l\u2019examen de son appel f\u00fbt d\u00e9volu \u00e0 une juridiction d\u2019appel situ\u00e9e en dehors du district N\u00e9netski. Dans sa demande, elle indiquait tout d\u2019abord craindre un manque d\u2019impartialit\u00e9 du pr\u00e9sident de la cour du district. Elle faisait r\u00e9f\u00e9rence \u00e0 cet \u00e9gard \u00e0 la lettre envoy\u00e9e par ce dernier le 10\u00a0d\u00e9cembre 2012 au conseil des juges de la F\u00e9d\u00e9ration de Russie, et elle se r\u00e9f\u00e9rait en outre \u00e0 des plaintes p\u00e9nales que ce magistrat avait pr\u00e9c\u00e9demment soumises au procureur aux fins de l\u2019ouverture d\u2019une enqu\u00eate p\u00e9nale contre elle pour abus de fonctions. Ensuite, elle exprimait ses craintes quant \u00e0 un manque d\u2019impartialit\u00e9 des juges Ku. et N., ainsi que du vice-pr\u00e9sident de la cour du district, F., pr\u00e9cisant que ces magistrats avaient repr\u00e9sent\u00e9 la partie l\u00e9s\u00e9e, c\u2019est-\u00e0-dire la cour du district elle-m\u00eame, dans les proc\u00e9dures p\u00e9nales dirig\u00e9es contre M. et S. Enfin, elle all\u00e9guait que les autres juges de la cour du district pouvaient manquer d\u2019impartialit\u00e9 au motif qu\u2019ils avaient travaill\u00e9 avec elle pendant la p\u00e9riode correspondant \u00e0 sa pr\u00e9sidence de la cour du district.<\/p>\n<p>18. Le 18 avril 2013, la cour du district, si\u00e9geant en une formation compos\u00e9e des juges G., Ka., et S., rejeta la demande de r\u00e9cusation introduite par l\u2019int\u00e9ress\u00e9e le 3 avril 2013. Pour ce faire, les juges indiqu\u00e8rent qu\u2019aucune des raisons invoqu\u00e9es par la requ\u00e9rante dans sa demande ne pouvait constituer un motif de r\u00e9cusation au sens de l\u2019article 61 du CPP. De plus, ils relev\u00e8rent que les juges de la cour du district b\u00e9n\u00e9ficiaient des garanties d\u2019ind\u00e9pendance dans l\u2019exercice de leurs fonctions conform\u00e9ment \u00e0 la loi no\u00a03132-FZ du 26 juin 1992 portant sur le statut des juges.<\/p>\n<p>19. Toujours le 18 avril 2013, la cour du district, si\u00e9geant en la m\u00eame composition, rejeta l\u2019appel interjet\u00e9 par la requ\u00e9rante contre la d\u00e9cision du tribunal de la ville de Naryan-Mar du 27 d\u00e9cembre 2012. Elle fit siennes les conclusions du tribunal de premi\u00e8re instance quant \u00e0 la l\u00e9galit\u00e9 de la d\u00e9cision de l\u2019enqu\u00eateur N. du 5 mai 2012.<\/p>\n<p>20. La requ\u00e9rante introduisit un pourvoi en cassation contre la d\u00e9cision du 18\u00a0avril 2013.<\/p>\n<p>21. Par une d\u00e9cision du 10 octobre 2013, la cour du district refusa de transmettre le pourvoi de la requ\u00e9rante au pr\u00e9sidium de cette juridiction pour examen sur le fond. Les parties n\u2019ont pas soumis de copie de cette d\u00e9cision \u00e0 l\u2019attention de la Cour.<\/p>\n<p>22. La requ\u00e9rante introduisit un deuxi\u00e8me pourvoi en cassation devant la Cour supr\u00eame de la F\u00e9d\u00e9ration de Russie (\u00ab\u00a0la Cour supr\u00eame\u00a0\u00bb). Dans son recours, elle se plaignait notamment d\u2019un manque d\u2019impartialit\u00e9 de la cour du district dans les termes suivants\u00a0:<\/p>\n<p>\u00ab\u00a0Je consid\u00e8re [que] l\u2019examen de mes contestations par les juges de la cour du district N\u00e9netski [\u00e9tait] contraire \u00e0 l\u2019\u00e9thique et aux articles 61\u00a0\u00a7\u00a02 et 63\u00a0\u00a7\u00a01 du CPP, car le 10 d\u00e9cembre 2012 \u2013 encore au stade de l\u2019examen de ma contestation sur le fond \u2013 le pr\u00e9sident [de ladite cour] M. (qui [remplit] en m\u00eame temps [la fonction de] pr\u00e9sident du conseil des juges du district N\u00e9netski) a adress\u00e9 au conseil des juges de la F\u00e9d\u00e9ration de Russie une demande [tendant] \u00e0 l\u2019annulation de mon statut de juge \u00e0 la retraite en se basant sur la d\u00e9cision de l\u2019enqu\u00eateur du 5 mai 2012 qui faisait l\u2019objet de ma contestation, s\u2019\u00e9tant donc d\u00e9j\u00e0 [forg\u00e9] son opinion quant \u00e0 la l\u00e9galit\u00e9 de la d\u00e9cision attaqu\u00e9e. [Ma] demande de r\u00e9cusation des juges de la cour district a \u00e9t\u00e9 rejet\u00e9e\u00a0\u00bb.<\/p>\n<p>23. Par une d\u00e9cision du 4 mars 2014, la Cour supr\u00eame, si\u00e9geant en formation de juge unique, refusa de transmettre le second pourvoi de la requ\u00e9rante pour examen sur le fond. S\u2019agissant du grief relatif au manque all\u00e9gu\u00e9 d\u2019impartialit\u00e9 de la cour du district, le juge unique indiqua que les juges de la cour du district n\u2019avaient \u00e9t\u00e9 emp\u00each\u00e9s de si\u00e9ger le 18 avril 2013 lors de l\u2019examen de l\u2019appel de l\u2019int\u00e9ress\u00e9e par aucun des motifs pr\u00e9vus par les articles 61 et 63 du CPP et que la demande de r\u00e9cusation introduite par cette derni\u00e8re avait \u00e9t\u00e9 examin\u00e9e conform\u00e9ment \u00e0 la l\u00e9gislation en vigueur.<\/p>\n<p>LE CADRE JURIDIQUE INTERNE PERTINENT<\/p>\n<p>I. LE CODE P\u00c9NAL<\/p>\n<p>24. L\u2019article 293 du CP en vigueur au moment des faits \u00e9tait ainsi libell\u00e9 en ses parties pertinentes en l\u2019esp\u00e8ce\u00a0:<\/p>\n<p>\u00ab\u00a0293. N\u00e9gligence<\/p>\n<p>1. La n\u00e9gligence, c\u2019est-\u00e0-dire le non-accomplissement ou l\u2019accomplissement incomplet par un fonctionnaire de ses obligations d\u00fb \u00e0 une attitude peu consciencieuse ou n\u00e9gligente envers le service, si elle a caus\u00e9 un pr\u00e9judice consid\u00e9rable ou a port\u00e9 atteinte aux droits et int\u00e9r\u00eats l\u00e9gitimes de citoyens ou de personnes morales ou aux int\u00e9r\u00eats juridiquement prot\u00e9g\u00e9s de la soci\u00e9t\u00e9 ou de l\u2019\u00c9tat, est punie (&#8230;)\u00a0\u00bb<\/p>\n<p>II. LE CODE DE PROC\u00c9DURE P\u00c9NALE<\/p>\n<p><strong>A. Sur l\u2019abandon des poursuites p\u00e9nales<\/strong><\/p>\n<p>25. Selon l\u2019article 24\u00a0\u00a7\u00a01 alin\u00e9a 3 du CPP, en cas de d\u00e9passement du d\u00e9lai de prescription, une enqu\u00eate p\u00e9nale ne peut \u00eatre ouverte et une enqu\u00eate p\u00e9nale ouverte doit \u00eatre close.<\/p>\n<p>26. Selon l\u2019article 27\u00a0\u00a7\u00a02 du CPP en vigueur au moment des faits, l\u2019abandon des poursuites p\u00e9nales pour les motifs indiqu\u00e9s \u00e0 l\u2019alin\u00e9a 3 de l\u2019article 24\u00a0\u00a7\u00a01 du CPP n\u2019\u00e9tait pas permis si le suspect ou l\u2019accus\u00e9 s\u2019y opposait. Dans ces circonstances, l\u2019action p\u00e9nale se d\u00e9roulait conform\u00e9ment aux dispositions g\u00e9n\u00e9rales de la proc\u00e9dure.<\/p>\n<p><strong>B. Sur la comp\u00e9tence territoriale<\/strong><\/p>\n<p>27. Selon l\u2019article 35\u00a0\u00a7\u00a01 alin\u00e9a 1 du CPP, une affaire p\u00e9nale peut \u00eatre examin\u00e9e sur demande d\u2019une partie \u00e0 la proc\u00e9dure par un tribunal d\u2019un ressort territorial diff\u00e9rent dans le cas o\u00f9 il a \u00e9t\u00e9 fait droit \u00e0 la demande de r\u00e9cusation de cette partie visant toute la formation judiciaire conform\u00e9ment \u00e0 l\u2019article 65 du CPP.<\/p>\n<p><strong>C. Sur la r\u00e9cusation<\/strong><\/p>\n<p>28. Les articles 61 \u00e0 65 du CPP r\u00e9gissent les cas de r\u00e9cusation et d\u2019abstention des juges dans la proc\u00e9dure p\u00e9nale.<\/p>\n<p>29. Les articles 61 et 63 du CPP en vigueur au moment des faits \u00e9num\u00e9raient les circonstances dans lesquelles un juge ne pouvait participer \u00e0 l\u2019examen d\u2019une affaire p\u00e9nale\u00a0:<\/p>\n<p>&#8211; si le juge en question \u00e9tait partie \u00e0 l\u2019affaire soumise \u00e0 son examen (article\u00a061\u00a0\u00a7\u00a01 alin\u00e9a\u00a01 du CPP)\u00a0;<\/p>\n<p>&#8211; s\u2019il avait auparavant pris part \u00e0 l\u2019examen de l\u2019affaire p\u00e9nale en une qualit\u00e9 diff\u00e9rente (jur\u00e9, expert, sp\u00e9cialiste, traducteur, t\u00e9moin instrumentaire, greffier, d\u00e9fenseur, repr\u00e9sentant l\u00e9gal de la victime, repr\u00e9sentant de la partie civile demanderesse, repr\u00e9sentant de la partie civile d\u00e9fenderesse, investigateur, enqu\u00eateur ou procureur) (article 61\u00a0\u00a7\u00a01 alin\u00e9a 2 du CPP)\u00a0;<\/p>\n<p>&#8211; s\u2019il avait des liens de parent\u00e9 avec une personne participant \u00e0 la proc\u00e9dure (article 61\u00a0\u00a7\u00a01 alin\u00e9a 3 du CPP)\u00a0;<\/p>\n<p>&#8211; en cas d\u2019existence de toute autre circonstance laissant \u00e0 penser qu\u2019il avait un int\u00e9r\u00eat, direct ou indirect, \u00e0 l\u2019issue de l\u2019affaire p\u00e9nale (article 61\u00a0\u00a7\u00a02 du CPP)\u00a0;<\/p>\n<p>&#8211; ou s\u2019il avait auparavant pris part \u00e0 l\u2019examen de l\u2019affaire en tant que juge d\u2019une instance de fond, d\u2019appel ou de r\u00e9vision (article 63 du CPP).<\/p>\n<p>30. Selon l\u2019article 62 du CPP en vigueur au moment des faits, en pr\u00e9sence des circonstances d\u00e9crites aux articles 61 et 63, le juge devait s\u2019abstenir de si\u00e9ger lors de l\u2019examen de l\u2019affaire p\u00e9nale (\u00a7\u00a01) et, \u00e0 d\u00e9faut, il pouvait \u00eatre r\u00e9cus\u00e9 \u00e0 la demande des parties \u00e0 la proc\u00e9dure p\u00e9nale (\u00a7\u00a02).<\/p>\n<p>31. La proc\u00e9dure de r\u00e9cusation est d\u00e9taill\u00e9e \u00e0 l\u2019article 65 du CPP. Toute d\u00e9cision portant sur une abstention ou sur une demande de r\u00e9cusation formul\u00e9e par les parties \u00e0 la proc\u00e9dure est prise en la forme d\u2019une d\u00e9cision \u00e9crite rendue apr\u00e8s le retrait du (des) juge(s) dans la salle des d\u00e9lib\u00e9rations (article 65\u00a0\u00a7 1 du CPP). La n\u00e9cessit\u00e9 de motiver la d\u00e9cision prise sur le fondement de l\u2019article 65 du CPP, y compris en appel, a \u00e9t\u00e9 soulign\u00e9e \u00e0 plusieurs reprises par la Cour constitutionnelle russe (d\u00e9cisions no\u00a02084-O du 29 septembre 2016, no\u00a0630-O-O du 27 mai 2010 et no\u00a0237\u2011O\u2011O du 19\u00a0mars 2009).<\/p>\n<p>32. La d\u00e9cision par laquelle il est statu\u00e9 sur une demande de r\u00e9cusation ou sur une d\u00e9cision d\u2019abstention \u00e9manant d\u2019un juge est prise par la formation judiciaire elle\u2011m\u00eame\u00a0:<\/p>\n<p>&#8211; dans le cas d\u2019une formation judiciaire \u00e0 juge unique, tant en ce qui concerne l\u2019examen de l\u2019affaire p\u00e9nale sur le fond que celui des questions relatives \u00e0 la d\u00e9tention provisoire et aux mesures d\u2019instruction p\u00e9nale (article 65\u00a0\u00a7\u00a04 du CPP), c\u2019est le juge unique lui-m\u00eame qui rend une d\u00e9cision sur la demande de r\u00e9cusation dirig\u00e9e contre lui\u00a0;<\/p>\n<p>&#8211; dans le cas d\u2019une formation coll\u00e9giale de trois juges, en cas de demande de r\u00e9cusation dirig\u00e9e contre l\u2019un des juges, ce sont les deux autres juges qui rendent une d\u00e9cision sur cette demande apr\u00e8s avoir recueilli l\u2019avis du magistrat vis\u00e9 par celle-ci (article 65\u00a0\u00a7\u00a02 du CPP)\u00a0; si la demande de r\u00e9cusation concerne deux des juges ou tous les juges de la formation coll\u00e9giale, c\u2019est la formation elle\u2011m\u00eame qui rend une d\u00e9cision \u00e0 la majorit\u00e9 simple des voix (article\u00a065\u00a0\u00a7\u00a03 du CPP).<\/p>\n<p>33. L\u2019instance d\u2019appel est charg\u00e9e du contr\u00f4le de la d\u00e9cision prise sur le fondement de l\u2019article 65 du CPP. Si cette d\u00e9cision porte rejet de la demande de r\u00e9cusation, elle n\u2019est pas susceptible d\u2019appel interlocutoire\u00a0; elle peut toutefois faire l\u2019objet d\u2019un grief inclus dans l\u2019appel interjet\u00e9 contre la d\u00e9cision sur le fond prise \u00e0 l\u2019issue de la proc\u00e9dure principale (d\u00e9cisions de la Cour constitutionnelle russe no\u00a0550\u2011O du 5 mars 2014 et no\u00a02084\u2011O du 29 septembre 2016). Si en revanche elle fait droit \u00e0 la demande de r\u00e9cusation, elle peut faire l\u2019objet d\u2019un appel interlocutoire de la part des parties \u00e0 la proc\u00e9dure.<\/p>\n<p>34. Lorsque la d\u00e9cision prise sur le fondement de l\u2019article 65 du CPP fait droit \u00e0 la demande de r\u00e9cusation, l\u2019affaire p\u00e9nale est soumise \u00e0 l\u2019examen d\u2019une autre formation judiciaire (article 65\u00a0\u00a7\u00a05 du CPP).<\/p>\n<p><strong>D. Sur la contestation judiciaire des d\u00e9cisions et actes des autorit\u00e9s d\u2019enqu\u00eate et du procureur<\/strong><\/p>\n<p>35. Selon l\u2019article 125 du CPP, les d\u00e9cisions portant refus d\u2019ouvrir une enqu\u00eate p\u00e9nale ou toutes autres d\u00e9cisions ainsi que les actes (ou omissions) d\u2019un enqu\u00eateur ou d\u2019un procureur qui sont susceptibles de porter atteinte aux droits et libert\u00e9s constitutionnels des parties \u00e0 la proc\u00e9dure p\u00e9nale ou d\u2019entraver l\u2019exercice par les citoyens du droit d\u2019acc\u00e8s \u00e0 la justice peuvent faire l\u2019objet d\u2019une contestation aupr\u00e8s d\u2019un tribunal (\u00a7\u00a01). \u00c0 l\u2019issue de l\u2019examen de la contestation, le tribunal peut soit d\u00e9clarer l\u2019acte (ou l\u2019omission) ou la d\u00e9cision attaqu\u00e9e ill\u00e9gal ou infond\u00e9 et enjoindre \u00e0 la personne concern\u00e9e de rem\u00e9dier au d\u00e9faut constat\u00e9, soit rejeter la contestation (\u00a7\u00a05).<\/p>\n<p><strong>EN DROIT<\/strong><\/p>\n<p>I. SUR LA VIOLATION ALL\u00c9GU\u00c9E DE L\u2019ARTICLE 6\u00a0\u00a7\u00a01 DE LA CONVENTION<\/p>\n<p>36. La requ\u00e9rante d\u00e9nonce un manque d\u2019ind\u00e9pendance et d\u2019impartialit\u00e9 de la cour du district ayant rendu les d\u00e9cisions du 18 avril 2013. Elle invoque les articles 6 et 13 de la Convention.<\/p>\n<p>37. Ma\u00eetresse de la qualification juridique des faits (Radomilja et autres c. Croatie [GC], nos\u00a037685\/10 et 22768\/12, \u00a7\u00a7\u00a0114 et 126, 20 mars 2018), la Cour estime que le grief de la requ\u00e9rante se pr\u00eate \u00e0 un examen sous l\u2019angle du seul article 6\u00a0\u00a7\u00a01 de la Convention, qui est ainsi libell\u00e9 en ses parties pertinentes\u00a0:<\/p>\n<p>\u00ab\u00a01. Toute personne a droit \u00e0 ce que sa cause soit entendue \u00e9quitablement, publiquement et dans un d\u00e9lai raisonnable, par un tribunal ind\u00e9pendant et impartial, \u00e9tabli par la loi, qui d\u00e9cidera, soit des contestations sur ses droits et obligations de caract\u00e8re civil, soit du bien-fond\u00e9 de toute accusation en mati\u00e8re p\u00e9nale dirig\u00e9e contre elle (&#8230;)\u00bb<\/p>\n<p><strong>A. Sur la recevabilit\u00e9<\/strong><\/p>\n<p><em>1. Th\u00e8ses des parties<\/em><\/p>\n<p>38. Le Gouvernement argue que dans son pourvoi en cassation introduit devant la Cour supr\u00eame la requ\u00e9rante n\u2019a pas soutenu que l\u2019examen de sa demande de r\u00e9cusation par la cour du district lors de l\u2019audience du 18 avril 2013 \u00e9tait contraire au principe nemo judex in causa sua (nul ne peut \u00eatre \u00e0 la fois juge et partie).<\/p>\n<p>39. La requ\u00e9rante conteste la th\u00e8se du Gouvernement. Elle soutient que dans le pourvoi en question elle s\u2019est bien plainte d\u2019un manque d\u2019impartialit\u00e9 des juges de la cour du district.<\/p>\n<p><em>2. Appr\u00e9ciation de la Cour<\/em><\/p>\n<p>a) Sur l\u2019\u00e9puisement des voies de recours internes<\/p>\n<p>40. La Cour constate que, dans le cadre du grief qu\u2019elle formule sur le terrain de l\u2019article 6\u00a0\u00a7\u00a01 de la Convention, la requ\u00e9rante se plaint d\u2019un manque d\u2019ind\u00e9pendance et d\u2019impartialit\u00e9 de la cour du district qui a si\u00e9g\u00e9 le 18 avril 2013 pour examiner l\u2019appel interjet\u00e9 par elle contre la d\u00e9cision du 27 d\u00e9cembre 2012. La Cour rel\u00e8ve que, dans son second pourvoi en cassation introduit devant la Cour supr\u00eame, la requ\u00e9rante s\u2019est appuy\u00e9e sur les articles 61\u00a0\u00a7\u00a02 et 63\u00a0\u00a7\u00a01 du CPP (paragraphe 29 ci\u2011dessus) pour formuler ses craintes quant \u00e0 l\u2019impartialit\u00e9 des juges de l\u2019instance d\u2019appel compte tenu des agissements du pr\u00e9sident de la cour du district et qu\u2019elle a indiqu\u00e9 que sa demande de r\u00e9cusation introduite \u00e0 cet \u00e9gard avait \u00e9t\u00e9 rejet\u00e9e (paragraphe 22 ci-dessus). Au vu de la base factuelle des griefs et du libell\u00e9 des dispositions du droit interne invoqu\u00e9es par la requ\u00e9rante, la Cour consid\u00e8re que l\u2019int\u00e9ress\u00e9e a avanc\u00e9 devant les tribunaux internes des arguments juridiques d\u2019effet similaire \u00e0 ceux qu\u2019elle a soumis \u00e0 sa juridiction sur le terrain de l\u2019article\u00a06\u00a0\u00a7\u00a01 de la Convention (voir, pour les principes applicables, Radomilja et autres, pr\u00e9cit\u00e9, \u00a7\u00a0117) et qu\u2019elle a ainsi donn\u00e9 aux autorit\u00e9s nationales l\u2019occasion de redresser la violation all\u00e9gu\u00e9e, \u00e0 savoir un d\u00e9faut d\u2019ind\u00e9pendance et d\u2019impartialit\u00e9 de la cour du district. La Cour estime qu\u2019il appartenait aux instances nationales de r\u00e9pondre \u00e0 l\u2019argument de la requ\u00e9rante et de v\u00e9rifier, le cas \u00e9ch\u00e9ant, si la demande de r\u00e9cusation introduite par l\u2019int\u00e9ress\u00e9e avait \u00e9t\u00e9 examin\u00e9e dans le cadre d\u2019une proc\u00e9dure respectant le principe nemo judex in causa sua. Elle rejette donc l\u2019exception d\u2019irrecevabilit\u00e9 soulev\u00e9e par le Gouvernement.<\/p>\n<p>b) Sur le respect du d\u00e9lai de six mois<\/p>\n<p>41. Bien que le Gouvernement n\u2019ait pas argu\u00e9 d\u2019une inobservation par la requ\u00e9rante de la r\u00e8gle des six mois, la Cour rappelle que rien ne l\u2019emp\u00eache d\u2019examiner proprio\u00a0motu cette question, qui touche \u00e0 sa comp\u00e9tence (Ramos Nunes de Carvalho e S\u00e1 c. Portugal [GC], nos 55391\/13 et 2 autres, \u00a7\u00a098, 6 novembre 2018).<\/p>\n<p>42. La Cour rappelle \u00e0 cet \u00e9gard que les r\u00e8gles \u00e9nonc\u00e9es \u00e0 l\u2019article\u00a035\u00a0\u00a7\u00a01 concernant l\u2019\u00e9puisement des voies de recours internes et le d\u00e9lai de six mois sont \u00e9troitement li\u00e9es car non seulement elles figurent dans le m\u00eame article mais, de plus, elles sont exprim\u00e9es dans une m\u00eame phrase dont la construction grammaticale implique une telle corr\u00e9lation (Lopes de Sousa Fernandes c. Portugal [GC], no 56080\/13, \u00a7\u00a0130, 19 d\u00e9cembre 2017). Ainsi, en r\u00e8gle g\u00e9n\u00e9rale, le d\u00e9lai de six mois commence \u00e0 courir \u00e0 la date de la d\u00e9cision d\u00e9finitive intervenue dans le cadre du processus d\u2019\u00e9puisement des voies de recours internes. L\u2019article 35\u00a0\u00a7\u00a01 ne saurait \u00eatre interpr\u00e9t\u00e9 d\u2019une mani\u00e8re qui exigerait qu\u2019un requ\u00e9rant saisisse la Cour de son grief avant que la situation relative \u00e0 la question en jeu n\u2019ait fait l\u2019objet d\u2019une d\u00e9cision d\u00e9finitive au niveau interne, faute de quoi le principe de subsidiarit\u00e9 en serait atteint. Cependant, dans le cadre de cette disposition, seuls les recours normaux et effectifs peuvent \u00eatre pris en compte car un requ\u00e9rant ne peut pas repousser le d\u00e9lai strict impos\u00e9 par la Convention en cherchant \u00e0 adresser des requ\u00eates inopportunes ou abusives \u00e0 des instances ou institutions qui n\u2019ont pas le pouvoir ou la comp\u00e9tence n\u00e9cessaires pour accorder une r\u00e9paration effective concernant le grief tir\u00e9 de la Convention (ibidem, \u00a7\u00a7\u00a0131\u2011132).<\/p>\n<p>43. La Cour rappelle aussi que, en ce qui concerne la proc\u00e9dure p\u00e9nale existant avant le 1er\u00a0janvier 2013, une d\u00e9cision interne \u00ab\u00a0d\u00e9finitive\u00a0\u00bb au sens de l\u2019article 35 de la Convention \u00e9tait celle rendue par une juridiction statuant en appel (une juridiction de deuxi\u00e8me degr\u00e9) (Berdzenishvili c.\u00a0Russie (d\u00e9c.), no\u00a031697\/03, 29 janvier 2004). Le 1er janvier 2013, une nouvelle proc\u00e9dure de cassation est venue compl\u00e9ter le CPP, ouvrant deux nouveaux recours cons\u00e9cutifs devant les pr\u00e9sidiums des cours r\u00e9gionales (juridictions de troisi\u00e8me degr\u00e9) et devant la Cour supr\u00eame russe (juridiction de quatri\u00e8me degr\u00e9), respectivement, et instaurant un d\u00e9lai d\u2019un an pour l\u2019introduction des recours susmentionn\u00e9s (Kashlan c.\u00a0Russie (d\u00e9c.), no\u00a060189\/15, \u00a7\u00a7\u00a010 et 19, 19 avril 2016). Le 31 d\u00e9cembre 2014, le d\u00e9lai d\u2019un an imparti pr\u00e9c\u00e9demment pour l\u2019exercice des recours en cassation a \u00e9t\u00e9 aboli (ibidem, \u00a7\u00a020). Dans la d\u00e9cision Kashlan pr\u00e9cit\u00e9e (\u00a7\u00a7\u00a024-27), la Cour a indiqu\u00e9 que la proc\u00e9dure de cassation devant les juridictions p\u00e9nales telle qu\u2019elle existait entre le 1er\u00a0janvier 2013 et le 31\u00a0d\u00e9cembre 2014 \u00e9tait largement similaire \u00e0 celle devant les juridictions civiles et dont l\u2019effectivit\u00e9 au sens de l\u2019article\u00a035\u00a0\u00a7\u00a01 de la Convention avait \u00e9t\u00e9 reconnue dans la d\u00e9cision Abramyan et autres c. Russie ((d\u00e9c.), nos 38951\/13 et 59611\/13, \u00a7\u00a093, 12\u00a0mai 2015). La suppression apr\u00e8s le 31 d\u00e9cembre 2014 du d\u00e9lai d\u2019unan imparti pour saisir les juridictions du troisi\u00e8me et du quatri\u00e8me degr\u00e9 a cependant fait obstacle \u00e0 la reconnaissance par la Cour de la proc\u00e9dure de cassation telle qu\u2019elle \u00e9tait en place apr\u00e8s cette date en tant que recours \u00e0 \u00e9puiser (Kashlan, d\u00e9cision pr\u00e9cit\u00e9e, \u00a7\u00a027).<\/p>\n<p>44. Se tournant vers les faits de l\u2019esp\u00e8ce, la Cour note que, apr\u00e8s avoir fait usage de l\u2019appel ordinaire, la requ\u00e9rante s\u2019est pourvue en cassation devant les juridictions p\u00e9nales de troisi\u00e8me et de quatri\u00e8me degr\u00e9, qui ont rendu leurs d\u00e9cisions respectives le 10 octobre 2013 et le 4\u00a0mars 2014 (paragraphes 21 et 23 ci\u2011dessus). L\u2019int\u00e9ress\u00e9e a donc eu recours \u00e0 la proc\u00e9dure de cassation dans sa version existant avant la modification du 31\u00a0d\u00e9cembre 2014. Eu \u00e9gard \u00e0 ses consid\u00e9rations expos\u00e9es aux paragraphes\u00a042 et 43 ci\u2011dessus, la Cour estime que ces recours n\u2019\u00e9taient pas vou\u00e9s \u00e0 l\u2019\u00e9chec et que les instances saisies par la requ\u00e9rante avaient le pouvoir n\u00e9cessaire d\u2019accorder une r\u00e9paration effective. Le Gouvernement n\u2019a d\u2019ailleurs pas soutenu le contraire et il a argu\u00e9 que la requ\u00e9rante n\u2019avait pas soulev\u00e9 son grief tir\u00e9 de l\u2019article 6 de la Convention devant la Cour supr\u00eame, privant ainsi celle-ci de la possibilit\u00e9 de rem\u00e9dier \u00e0 la situation d\u00e9nonc\u00e9e (paragraphe 38 ci\u2011dessus), ce qui, pour la Cour, implique n\u00e9cessairement l\u2019effectivit\u00e9 du recours en question exerc\u00e9 par l\u2019int\u00e9ress\u00e9e.<\/p>\n<p>45. Eu \u00e9gard \u00e0 ce qui pr\u00e9c\u00e8de, la Cour estime que la d\u00e9cision interne d\u00e9finitive au sens de l\u2019article 35\u00a0\u00a7\u00a01 de la Convention a \u00e9t\u00e9 prise le 4 mars 2014, date \u00e0 laquelle l\u2019instance de quatri\u00e8me degr\u00e9 a rejet\u00e9 le second pourvoi en cassation interjet\u00e9 par la requ\u00e9rante. Ayant introduit sa requ\u00eate le 2\u00a0juin 2014, l\u2019int\u00e9ress\u00e9e a respect\u00e9 le d\u00e9lai de six mois imparti par l\u2019article\u00a035\u00a0\u00a7\u00a01 de la Convention.<\/p>\n<p>c) Conclusion quant \u00e0 la recevabilit\u00e9<\/p>\n<p>46. Constatant que ce grief n\u2019est pas manifestement mal fond\u00e9 ni irrecevable pour un autre motif vis\u00e9 \u00e0 l\u2019article\u00a035 de la Convention, la Cour le d\u00e9clare recevable.<\/p>\n<p><strong>B. Sur le fond<\/strong><\/p>\n<p><em>1. Th\u00e8ses des parties<\/em><\/p>\n<p>47. La requ\u00e9rante soutient qu\u2019elle pouvait raisonnablement craindre un manque d\u2019impartialit\u00e9 de la part des juges de la cour du district eu \u00e9gard aux pouvoirs du pr\u00e9sident de ladite cour de r\u00e9partir les affaires parmi les juges, de d\u00e9cider la composition des formations judiciaires et de nommer leurs pr\u00e9sidents, d\u2019ordonner le paiement des primes et de proc\u00e9der \u00e0 l\u2019appr\u00e9ciation des qualit\u00e9s professionnelles des juges lors de leur reconduction \u00e0 leurs postes.<\/p>\n<p>48. Le Gouvernement soutient que les juges qui ont si\u00e9g\u00e9 le 18\u00a0avril 2013 au sein de la formation judiciaire de la cour du district pour examiner l\u2019appel de la requ\u00e9rante n\u2019avaient pas pris part aux proc\u00e9dures p\u00e9nales dirig\u00e9es contre M. et S. et n\u2019avaient pas eu de \u00ab\u00a0relations quelconques\u00a0\u00bb avec la requ\u00e9rante lorsqu\u2019elle \u00e9tait pr\u00e9sidente de la cour du district. Le Gouvernement argue que les juges de la cour du district n\u2019ont pas subi de pressions quelconques et que les craintes de la requ\u00e9rante quant \u00e0 un manque d\u2019impartialit\u00e9 de leur part \u00e9taient des suppositions qui, selon lui, se sont av\u00e9r\u00e9es \u00eatre sans fondement. Il renvoie \u00e0 cet \u00e9gard aux motifs de la d\u00e9cision de la Cour supr\u00eame du 4 mars 2014.<\/p>\n<p><em>2. Appr\u00e9ciation de la Cour<\/em><\/p>\n<p>49. La Cour rel\u00e8ve que, soup\u00e7onn\u00e9e d\u2019avoir commis une n\u00e9gligence, infraction r\u00e9prim\u00e9e par l\u2019article 293\u00a0\u00a7\u00a01 du CP, la requ\u00e9rante a fait l\u2019objet d\u2019une v\u00e9rification pr\u00e9liminaire men\u00e9e sur la base de l\u2019article 144 du CPP et a \u00e9t\u00e9 amen\u00e9e \u00e0 d\u00e9poser sur le fond \u00e0 cet \u00e9gard (paragraphe 9 ci\u2011dessus). La Cour estime que la requ\u00e9rante \u00e9tait donc \u00ab\u00a0une personne soup\u00e7onn\u00e9e, interrog\u00e9e sur son implication dans des faits constitutifs d\u2019une infraction p\u00e9nale\u00a0\u00bb au sens de l\u2019article 6 de la Convention (voir, pour les principes applicables, Simeonovi c.\u00a0Bulgarie [GC], no\u00a021980\/04, \u00a7\u00a7\u00a0110\u2011111, 12 mai 2017). Elle constate qu\u2019il y avait bien, au sens de la Convention, \u00ab\u00a0accusation en mati\u00e8re p\u00e9nale\u00a0\u00bb dirig\u00e9e contre l\u2019int\u00e9ress\u00e9e, et ce nonobstant le fait qu\u2019il n\u2019existait pas d\u2019enqu\u00eate p\u00e9nale ou de jugement de condamnation au sens du CPP en vigueur au moment des faits (voir, dans le m\u00eame sens, Stirmanov c. Russie, no\u00a031816\/08, \u00a7\u00a039, 29 janvier 2019).<\/p>\n<p>50. La Cour note en m\u00eame temps que la d\u00e9cision du 5\u00a0mai 2012 par laquelle il a \u00e9t\u00e9 mis fin \u00e0 cette accusation \u00e9tait susceptible d\u2019appel par voie de contestation judiciaire et que la requ\u00e9rante a utilis\u00e9 cette voie pour critiquer le bien\u2011fond\u00e9 de la d\u00e9cision litigieuse, notamment en ce qui concerne les conclusions de l\u2019enqu\u00eateur quant \u00e0 la commission, par elle, d\u2019une infraction vis\u00e9e \u00e0 l\u2019article 293\u00a0\u00a7\u00a01 du CP (paragraphes 13\u201115 ci\u2011dessus). Par cons\u00e9quent, la Cour estime les juridictions saisies de cette contestation, y compris la cour du district, devaient pr\u00e9senter les garanties d\u2019ind\u00e9pendance et d\u2019impartialit\u00e9 au sens de l\u2019article\u00a06\u00a0\u00a7\u00a01 de la Convention.<\/p>\n<p>51. La Cour rappelle que l\u2019impartialit\u00e9 se d\u00e9finit d\u2019ordinaire par l\u2019absence de pr\u00e9jug\u00e9 ou de parti pris et peut s\u2019appr\u00e9cier de diverses mani\u00e8res. Selon sa jurisprudence constante, aux fins de l\u2019article\u00a06\u00a0\u00a7\u00a01 de la Convention, l\u2019impartialit\u00e9 doit s\u2019appr\u00e9cier selon une d\u00e9marche subjective, en tenant compte de la conviction personnelle et du comportement du juge, c\u2019est\u2011\u00e0\u2011dire du point de savoir si celui-ci a fait preuve de parti pris ou pr\u00e9jug\u00e9 personnel en telle occasion, et aussi selon une d\u00e9marche objective consistant \u00e0 d\u00e9terminer si le tribunal offrait, notamment \u00e0 travers sa composition, des garanties suffisantes pour exclure tout doute l\u00e9gitime quant \u00e0 son impartialit\u00e9 (Morice c. France [GC], no\u00a029369\/10, \u00a7\u00a073, CEDH 2015).<\/p>\n<p>52. Pour ce qui est de l\u2019appr\u00e9ciation objective, elle consiste \u00e0 se demander si, ind\u00e9pendamment de la conduite personnelle du juge, certains faits v\u00e9rifiables autorisent \u00e0 suspecter l\u2019impartialit\u00e9 de ce dernier (voir, \u00e0 titre d\u2019exemple, Ramljak c. Croatie, no 5856\/13, \u00a7\u00a7\u00a027\u201142, 27 juin 2017, et Mitrov c. l\u2019ex-R\u00e9publique yougoslave de Mac\u00e9doine, no 45959\/09, \u00a7\u00a7\u00a049\u201152, 2 juin 2016).<\/p>\n<p>53. La Cour rappelle ensuite que l\u2019article 6\u00a0\u00a7\u00a01 de la Convention implique pour toute juridiction nationale l\u2019obligation de v\u00e9rifier si, par sa composition, elle constitue \u00ab\u00a0un tribunal impartial\u00a0\u00bb au sens de cette disposition lorsque surgit sur ce point une contestation qui n\u2019appara\u00eet pas d\u2019embl\u00e9e manifestement d\u00e9pourvue de s\u00e9rieux (Farhi c. France, no\u00a017070\/05, \u00a7\u00a025, 16 janvier 2007). Elle redit \u00e9galement que l\u2019existence de proc\u00e9dures nationales destin\u00e9es \u00e0 garantir l\u2019impartialit\u00e9, \u00e0 savoir des r\u00e8gles en mati\u00e8re de d\u00e9port des juges, est un facteur pertinent. De telles r\u00e8gles expriment le souci du l\u00e9gislateur national de supprimer tout doute raisonnable quant \u00e0 l\u2019impartialit\u00e9 du juge ou de la juridiction concern\u00e9e et constituent une tentative d\u2019assurer l\u2019impartialit\u00e9 en \u00e9liminant la cause des pr\u00e9occupations en la mati\u00e8re. En plus de garantir l\u2019absence de v\u00e9ritable parti pris, elles visent \u00e0 supprimer toute apparence de partialit\u00e9 et renforcent ainsi la confiance que les tribunaux d\u2019une soci\u00e9t\u00e9 d\u00e9mocratique se doivent d\u2019inspirer au public (Micallef c.\u00a0Malte [GC], no\u00a017056\/06, \u00a7\u00a099, CEDH 2009).<\/p>\n<p>54. La Cour a \u00e9galement jug\u00e9 que les craintes d\u2019un requ\u00e9rant quant \u00e0 l\u2019impartialit\u00e9 des juges examinant son affaire \u00e9taient objectivement justifi\u00e9es eu \u00e9gard \u00e0 la proc\u00e9dure que lesdits juges avaient suivie pour rejeter sa demande de r\u00e9cusation dirig\u00e9e contre eux, tout en trouvant en m\u00eame temps que les circonstances invoqu\u00e9es par l\u2019int\u00e9ress\u00e9 \u00e0 l\u2019appui de sa demande n\u2019\u00e9taient pas en elles-m\u00eames suffisantes pour mettre en doute l\u2019impartialit\u00e9 du tribunal du point de vue objectif (A.K.c.\u00a0Liechtenstein, no\u00a038191\/12, \u00a7\u00a7\u00a076\u201184, 9\u00a0juillet 2015, et A.K. c.\u00a0Liechtenstein (no 2), no\u00a010722\/13, \u00a7\u00a066, 18\u00a0f\u00e9vrier 2016). En d\u00e9terminant si la proc\u00e9dure suivie a entach\u00e9 l\u2019impartialit\u00e9 du juge, la Cour prend en compte les motifs invoqu\u00e9s dans la demande de r\u00e9cusation. En cas de demande fond\u00e9e sur des motifs d\u2019ordre g\u00e9n\u00e9ral et abstrait, ou de demande abusive, le fait que le juge examine lui\u2011m\u00eame pareille demande ne remet pas en cause son impartialit\u00e9 (Debled\u00a0c. Belgique,\u00a022\u00a0septembre 1994, s\u00e9rie A no\u00a0292\u2011B,\u00a0\u00a7\u00a037, et A.K.c.\u00a0Liechtenstein, pr\u00e9cit\u00e9, \u00a7\u00a078).<\/p>\n<p>55. Se tournant vers les faits de l\u2019esp\u00e8ce, la Cour rel\u00e8ve que la requ\u00e9rante a demand\u00e9 la r\u00e9cusation de tous les juges de la cour du district en se fondant sur plusieurs motifs (paragraphe 17 ci\u2011dessus). Elle estime que les circonstances mises en avant par la requ\u00e9rante \u00e0 l\u2019appui de sa demande de r\u00e9cusation pouvaient faire na\u00eetre des craintes chez l\u2019int\u00e9ress\u00e9e quant \u00e0 l\u2019impartialit\u00e9 objective de la formation judiciaire de la cour du district. Elle constate que les motifs invoqu\u00e9s par la requ\u00e9rante ont \u00e9t\u00e9 suffisamment circonstanci\u00e9s et faisaient \u00e9tat d\u2019\u00e9l\u00e9ments concrets et que, d\u00e8s lors, la demande tendant \u00e0 la r\u00e9cusation des juges n\u2019\u00e9tait pas abusive (Past\u00f6rs c.\u00a0Allemagne, no 55225\/14, \u00a7\u00a063, 3 octobre 2019). La Cour note par ailleurs que la cour du district n\u2019a pas non plus consid\u00e9r\u00e9 ladite demande comme abusive et qu\u2019elle l\u2019a examin\u00e9e au fond (paragraphe 18 ci\u2011dessus). Cette demande ne pouvait pas non plus paralyser l\u2019ensemble du syst\u00e8me judiciaire puisque l\u2019autorit\u00e9 saisie n\u2019\u00e9tait pas une instance de dernier degr\u00e9 ou une juridiction de petite taille devant laquelle des standards excessivement stricts relatifs \u00e0 la r\u00e9cusation des juges auraient pu entraver l\u2019administration de la justice (A.K. c.\u00a0Liechtenstein, pr\u00e9cit\u00e9, \u00a7\u00a7\u00a082\u201183). En effet, la Cour note que l\u2019article 35\u00a0\u00a7\u00a01 du CPP comportait un m\u00e9canisme susceptible de permettre, le cas \u00e9ch\u00e9ant, le transfert de l\u2019examen de l\u2019appel de la requ\u00e9rante \u00e0 un tribunal d\u2019un ressort territorial diff\u00e9rent (paragraphe\u00a027 ci\u2011dessus).<\/p>\n<p>56. La Cour note ensuite que, conform\u00e9ment \u00e0 l\u2019article 65\u00a0\u00a7\u00a03 du CPP (paragraphe 32 ci\u2011dessus), la demande de r\u00e9cusation introduite par la requ\u00e9rante a \u00e9t\u00e9 examin\u00e9e par tous les membres de la formation judiciaire de la cour du district \u00e0 laquelle l\u2019appel de l\u2019int\u00e9ress\u00e9e avait \u00e9t\u00e9 attribu\u00e9 pour examen. Dans la mesure o\u00f9 la demande de r\u00e9cusation introduite par la requ\u00e9rante visait tous les juges de la cour du district, notamment quant \u00e0 leurs relations avec le pr\u00e9sident de ladite cour, la Cour estime que les juges G., Ka., et S. ont examin\u00e9 eux\u2011m\u00eames la demande de r\u00e9cusation les concernant. Elle constate ensuite que, dans leur d\u00e9cision du 18 avril 2013, les juges ont rejet\u00e9 les arguments de la requ\u00e9rante d\u2019une mani\u00e8re globale et sans les examiner individuellement, se limitant \u00e0 indiquer qu\u2019aucune des raisons invoqu\u00e9es par l\u2019int\u00e9ress\u00e9e dans sa demande ne pouvait constituer un motif de r\u00e9cusation au sens de l\u2019article 61 du CPP (paragraphe 18 ci\u2011dessus).<\/p>\n<p>57. Par cons\u00e9quent, la Cour estime que la proc\u00e9dure d\u2019examen de la demande de r\u00e9cusation introduite par la requ\u00e9rante n\u2019\u00e9tait pas conciliable avec le principe nemo judex in causa sua (nul ne peut \u00eatre \u00e0 la fois juge et partie) et ne pouvait, d\u00e8s lors, faire dissiper les doutes raisonnables et objectifs de l\u2019int\u00e9ress\u00e9e sur l\u2019impartialit\u00e9 de la formation judiciaire de la cour du district (voir, \u00e0 titre de comparaison, A.K.c.\u00a0Liechtenstein, pr\u00e9cit\u00e9, \u00a7\u00a7\u00a081\u201185, A.K. c.\u00a0Liechtenstein (no 2), pr\u00e9cit\u00e9, \u00a7\u00a7\u00a066\u201167, et,mutatis mutandis, Revtyuk c. Russie, no\u00a031796\/10, \u00a7\u00a026, 9\u00a0janvier 2018).<\/p>\n<p>58. La Cour rappelle qu\u2019une juridiction sup\u00e9rieure peut, dans certains cas, effacer le vice dont \u00e9tait entach\u00e9e la proc\u00e9dure devant le tribunal de premi\u00e8re instance (Kyprianou c. Chypre [GC], no\u00a073797\/01, \u00a7\u00a0134, CEDH 2005\u2011XIII). En l\u2019occurrence, la Cour constate que la requ\u00e9rante a soulev\u00e9 le grief tir\u00e9 du manque all\u00e9gu\u00e9 d\u2019impartialit\u00e9 de la cour du district dans son pourvoi en cassation devant la Cour supr\u00eame (paragraphe 22 ci\u2011dessus). Or l\u2019instance de cassation n\u2019a pas effectu\u00e9 sa propre analyse des arguments de la requ\u00e9rante, mais a fait siennes les conclusions des juges de la cour du district auxquelles ces derniers \u00e9taient parvenus en d\u00e9cidant eux\u2011m\u00eames sur la r\u00e9cusation dirig\u00e9e contre eux. Elle n\u2019a donc pas rem\u00e9di\u00e9 aux d\u00e9ficiences litigieuses en renvoyant, le cas \u00e9ch\u00e9ant, l\u2019examen de l\u2019affaire \u00e0 une juridiction dans un ressort territorial diff\u00e9rent (Boyan Gospodinov c.\u00a0Bulgarie, no\u00a028417\/07, \u00a7\u00a7\u00a057-58, 5 avril 2018).<\/p>\n<p>59. Eu \u00e9gard \u00e0 ces \u00e9l\u00e9ments, la Cour estime que les instances nationales n\u2019ont pas dissip\u00e9 les doutes raisonnables de la requ\u00e9rante quant \u00e0 l\u2019impartialit\u00e9 de la cour du district. Partant, il y a eu violation de l\u2019article\u00a06\u00a0\u00a7\u00a01 de la Convention.<\/p>\n<p>II. SUR LES AUTRES VIOLATIONS ALL\u00c9GU\u00c9ES DE LA CONVENTION<\/p>\n<p>60. Sur le terrain de l\u2019article 6 de la Convention, la requ\u00e9rante all\u00e8gue que la motivation retenue par l\u2019enqu\u00eateur N. dans les conclusions de sa d\u00e9cision du 5\u00a0mai 2012 quant \u00e0 la commission, par elle, d\u2019une infraction vis\u00e9e \u00e0 l\u2019article 293\u00a0\u00a7\u00a01 du CP a port\u00e9 atteinte au respect de la pr\u00e9somption d\u2019innocence \u00e0 son \u00e9gard ainsi qu\u2019\u00e0 son honneur et \u00e0 sa r\u00e9putation. Elle soutient en outre que les juridictions nationales saisies de sa demande en annulation de la d\u00e9cision susmentionn\u00e9e n\u2019ont pas d\u00fbment motiv\u00e9 leurs d\u00e9cisions et qu\u2019elles ont failli \u00e0 redresser les violations all\u00e9gu\u00e9es de ses droits.<\/p>\n<p>61. Au vu des faits de la cause et compte tenu de sa conclusion selon laquelle il y a eu violation de l\u2019article 6\u00a0\u00a7 1 de la Convention \u00e0 raison d\u2019un d\u00e9faut d\u2019ind\u00e9pendance et d\u2019impartialit\u00e9 de la cour du district (paragraphe 59 ci\u2011dessus), la Cour consid\u00e8re qu\u2019il n\u2019y a pas lieu de statuer s\u00e9par\u00e9ment sur la recevabilit\u00e9 et sur le fond du reste des griefs formul\u00e9s sur le terrain de cette disposition (voir, parmi d\u2019autres pr\u00e9c\u00e9dents, Centre de ressources juridiques au nom de Valentin C\u00e2mpeanu c. Roumanie\u00a0[GC], no\u00a047848\/08, \u00a7\u00a0156, CEDH 2014, avec d\u2019autres r\u00e9f\u00e9rences, et Denisov c. Ukraine [GC], no 76639\/11, \u00a7\u00a0139, 25\u00a0septembre 2018).<\/p>\n<p>III. SUR L\u2019APPLICATION DE L\u2019ARTICLE\u00a041 DE LA CONVENTION<\/p>\n<p>62. Aux termes de l\u2019article 41 de la Convention\u00a0:<\/p>\n<p>\u00ab\u00a0Si la Cour d\u00e9clare qu\u2019il y a eu violation de la Convention ou de ses Protocoles, et si le droit interne de la Haute Partie contractante ne permet d\u2019effacer qu\u2019imparfaitement les cons\u00e9quences de cette violation, la Cour accorde \u00e0 la partie l\u00e9s\u00e9e, s\u2019il y a lieu, une satisfaction \u00e9quitable.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p><strong>A. Dommage<\/strong><\/p>\n<p>63. La requ\u00e9rante n\u2019a pr\u00e9sent\u00e9 aucune demande de satisfaction \u00e9quitable pour dommages mat\u00e9riel et moral. Partant, la Cour estime qu\u2019il n\u2019y a pas lieu de lui octroyer de sommes \u00e0 ce titre.<\/p>\n<p><strong>B. Frais et d\u00e9pens<\/strong><\/p>\n<p>64. La requ\u00e9rante r\u00e9clame 500\u00a0000 roubles russes (RUB) au titre des frais et d\u00e9pens qu\u2019elle dit avoir engag\u00e9s aux fins de la proc\u00e9dure men\u00e9e devant la Cour. Elle soumet \u00e0 l\u2019appui de sa demande une copie de la convention d\u2019assistance juridique conclue avec Me\u00a0V.I. Nifantyev, ainsi qu\u2019une copie d\u2019une attestation de paiement y aff\u00e9rente pour un montant de 40\u00a0000 RUB.<\/p>\n<p>65. Le Gouvernement ne s\u2019est pas prononc\u00e9 sur ce point.<\/p>\n<p>66. Selon la jurisprudence de la Cour, un requ\u00e9rant ne peut obtenir le remboursement de ses frais et d\u00e9pens que dans la mesure o\u00f9 se trouvent \u00e9tablis leur r\u00e9alit\u00e9, leur n\u00e9cessit\u00e9 et le caract\u00e8re raisonnable de leur taux (voir, mutatis mutandis, Iatridis c. Gr\u00e8ce (satisfaction \u00e9quitable) [GC], no\u00a031107\/96, \u00a7\u00a055, CEDH 2000\u2011XI). Dans ce cas, la Cour tient compte des \u00e9l\u00e9ments fournis \u00e0 l\u2019appui des pr\u00e9tentions de remboursement des frais et d\u00e9pens, notamment du nombre d\u2019heures de travail que l\u2019affaire soumise \u00e0 son examen a n\u00e9cessit\u00e9 et du tarif horaire indiqu\u00e9 (ibidem). En vertu de l\u2019article 60\u00a0\u00a7\u00a7\u00a02 et 3 du r\u00e8glement de la Cour, le requ\u00e9rant doit soumettre des pr\u00e9tentions chiffr\u00e9es et ventil\u00e9es par rubriques et accompagn\u00e9es des justificatifs pertinents, faute de quoi la Cour peut rejeter tout ou une partie de celles-ci (Mazeli\u00e9 c. France, no\u00a05356\/04, \u00a7\u00a039, 27 juin 2006). En l\u2019esp\u00e8ce, la Cour note que la requ\u00e9rante n\u2019a ni soumis de d\u00e9compte horaire du travail accompli par son repr\u00e9sentant ni indiqu\u00e9 le tarif horaire correspondant. Compte tenu des documents dont elle dispose et des crit\u00e8res susmentionn\u00e9s, la Cour juge raisonnable d\u2019allouer \u00e0 la requ\u00e9rante la somme de 1\u00a0500\u00a0euros\u00a0(EUR), plus tout montant pouvant \u00eatre d\u00fb sur cette somme par l\u2019int\u00e9ress\u00e9e \u00e0 titre d\u2019imp\u00f4t.<\/p>\n<p><strong>C. Int\u00e9r\u00eats moratoires<\/strong><\/p>\n<p>67. La Cour juge appropri\u00e9 de calquer le taux des int\u00e9r\u00eats moratoires sur le taux d\u2019int\u00e9r\u00eat de la facilit\u00e9 de pr\u00eat marginal de la Banque centrale europ\u00e9enne major\u00e9 de trois points de pourcentage.<\/p>\n<p><strong>PAR CES MOTIFS, LA COUR, \u00c0 L\u2019UNANIMIT\u00c9,<\/strong><\/p>\n<p>1. D\u00e9clare la requ\u00eate recevable quant au grief relatif au manque d\u2019ind\u00e9pendance et d\u2019impartialit\u00e9 de la cour du district\u00a0;<\/p>\n<p>2. Dit qu\u2019il y a eu violation de l\u2019article 6\u00a0\u00a7\u00a01 de la Convention \u00e0 raison du manque d\u2019ind\u00e9pendance et d\u2019impartialit\u00e9 de la cour du district\u00a0;<\/p>\n<p>3. Dit qu\u2019il n\u2019y a pas lieu d\u2019examiner la recevabilit\u00e9 et le fond du reste des griefs formul\u00e9s sur le terrain de l\u2019article 6 de la Convention\u00a0;<\/p>\n<p>4. Dit<\/p>\n<p>a) que l\u2019\u00c9tat d\u00e9fendeur doit verser \u00e0 la requ\u00e9rante, dans un d\u00e9lai de trois mois \u00e0 compter de la date \u00e0 laquelle l\u2019arr\u00eat sera devenu d\u00e9finitif conform\u00e9ment \u00e0 l\u2019article\u00a044\u00a0\u00a7\u00a02 de la Convention, 1\u00a0500 EUR (mille cinq cents euros), plus tout montant pouvant \u00eatre d\u00fb sur cette somme par l\u2019int\u00e9ress\u00e9e \u00e0 titre d\u2019imp\u00f4t, pour frais et d\u00e9pens,\u00e0 convertir dans la monnaie de l\u2019\u00c9tat d\u00e9fendeurau taux applicable \u00e0 la date du r\u00e8glement\u00a0;<\/p>\n<p>b) qu\u2019\u00e0 compter de l\u2019expiration dudit d\u00e9lai et jusqu\u2019au versement, ce montant sera \u00e0 majorer d\u2019un int\u00e9r\u00eat simple \u00e0 un taux \u00e9gal \u00e0 celui de la facilit\u00e9 de pr\u00eat marginal de la Banque centrale europ\u00e9enne applicable pendant cette p\u00e9riode, augment\u00e9 de trois points de pourcentage\u00a0;<\/p>\n<p>5. Rejette la demande de satisfaction \u00e9quitable pour le surplus.<\/p>\n<p>Fait en fran\u00e7ais, puis communiqu\u00e9 par \u00e9crit le 2 mars 2021, en application de l\u2019article\u00a077\u00a0\u00a7\u00a7\u00a02 et\u00a03 du r\u00e8glement.<\/p>\n<p>Olga Chernishova \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 Paul Lemmens<br \/>\nGreffi\u00e8re adjointe \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0Pr\u00e9sident<\/p>\n<div class=\"social-share-buttons\"><a href=\"https:\/\/www.facebook.com\/sharer\/sharer.php?u=https:\/\/loisdumonde.com\/?p=418\" target=\"_blank\" rel=\"noopener\">Facebook<\/a><a href=\"https:\/\/twitter.com\/intent\/tweet?url=https:\/\/loisdumonde.com\/?p=418&text=AFFAIRE+KOLESNIKOVA+c.+RUSSIE+%28Cour+europ%C3%A9enne+des+droits+de+l%E2%80%99homme%29+Requ%C3%AAte+no+45202%2F14\" target=\"_blank\" rel=\"noopener\">Twitter<\/a><a href=\"https:\/\/www.linkedin.com\/shareArticle?url=https:\/\/loisdumonde.com\/?p=418&title=AFFAIRE+KOLESNIKOVA+c.+RUSSIE+%28Cour+europ%C3%A9enne+des+droits+de+l%E2%80%99homme%29+Requ%C3%AAte+no+45202%2F14\" target=\"_blank\" rel=\"noopener\">LinkedIn<\/a><a href=\"https:\/\/pinterest.com\/pin\/create\/button\/?url=https:\/\/loisdumonde.com\/?p=418&description=AFFAIRE+KOLESNIKOVA+c.+RUSSIE+%28Cour+europ%C3%A9enne+des+droits+de+l%E2%80%99homme%29+Requ%C3%AAte+no+45202%2F14\" target=\"_blank\" rel=\"noopener\">Pinterest<\/a><\/div>","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>INTRODUCTION. 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