{"id":407,"date":"2021-02-23T18:32:28","date_gmt":"2021-02-23T18:32:28","guid":{"rendered":"https:\/\/loisdumonde.com\/?p=407"},"modified":"2021-02-23T18:32:28","modified_gmt":"2021-02-23T18:32:28","slug":"affaire-vilela-et-autres-c-portugal-cour-europeenne-des-droits-de-lhomme-requete-no-63687-14","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/loisdumonde.com\/?p=407","title":{"rendered":"AFFAIRE VILELA ET AUTRES c. PORTUGAL (Cour europ\u00e9enne des droits de l\u2019homme) Requ\u00eate no 63687\/14"},"content":{"rendered":"<p><strong>INTRODUCTION<\/strong>. L\u2019affaire concerne des all\u00e9gations de n\u00e9gligence m\u00e9dicale. Les requ\u00e9rants soutiennent que la mani\u00e8re dont la troisi\u00e8me requ\u00e9rante a \u00e9t\u00e9 prise en charge lorsqu\u2019elle a \u00e9t\u00e9 hospitalis\u00e9e pour accoucher<!--more--> du premier requ\u00e9rant est la raison pour laquelle celui-ci est n\u00e9 avec un handicap de 100\u00a0%. Ils all\u00e8guent une violation des articles2, 3, 6\u00a71, 8 et 14 de la Convention et de l\u2019article\u00a01 du Protocole no1 \u00e0 la Convention.<\/p>\n<p style=\"text-align: center;\">QUATRI\u00c8ME SECTION<br \/>\n<strong>AFFAIRE VILELA c. PORTUGAL<\/strong><br \/>\n<em>(Requ\u00eate no 63687\/14)<\/em><br \/>\nARR\u00caT<\/p>\n<p>Art 8 (mat\u00e9riel) \u2022 Vie priv\u00e9e \u2022 All\u00e9gations de n\u00e9gligence m\u00e9dicale au moment de la naissance ayant entra\u00een\u00e9 l\u2019invalidit\u00e9 de l\u2019enfant \u2022 Absence de circonstances exceptionnelles propres \u00e0 engager la responsabilit\u00e9 de l\u2019\u00c9tat<br \/>\nArt 8 (proc\u00e9dural) \u2022 Proc\u00e9dure en responsabilit\u00e9 civile contre l\u2019h\u00f4pital jug\u00e9e d\u00e9faillante \u2022 Manque de promptitude \u2022 Exigences d\u00e9coulant de l\u2019obligation proc\u00e9durale tir\u00e9e de l\u2019art 8 non satisfaites<\/p>\n<p style=\"text-align: center;\">STRASBOURG<br \/>\n23 f\u00e9vrier 2021<\/p>\n<p>Cet arr\u00eat deviendra d\u00e9finitif dans les conditions d\u00e9finies \u00e0 l\u2019article 44 \u00a7 2 de laConvention. Il peut subir des retouches de forme.<\/p>\n<p><strong>En l\u2019affaire Vilela c. Portugal,<\/strong><\/p>\n<p>La Cour europ\u00e9enne des droits de l\u2019homme (quatri\u00e8me section), si\u00e9geant en une Chambre compos\u00e9e de\u00a0:<\/p>\n<p>Yonko Grozev, pr\u00e9sident,<br \/>\nTim Eicke,<br \/>\nArmen Harutyunyan,<br \/>\nGabriele Kucsko-Stadlmayer,<br \/>\nPere Pastor Vilanova,<br \/>\nJolien Schukking,<br \/>\nAna Maria Guerra Martins, juges,<br \/>\net de Ilse Freiwirth, greffi\u00e8re adjointede section,<\/p>\n<p>Vu la requ\u00eate (no\u00a063687\/14) dirig\u00e9e contre la R\u00e9publique portugaise et dont trois ressortissants de cet \u00c9tat, M.\u00a0Pedro Miguel Afonso Vilela (\u00ab\u00a0le premier requ\u00e9rant\u00a0\u00bb), M.Benedito Alves Vilela (\u00ab\u00a0le deuxi\u00e8me requ\u00e9rant\u00a0\u00bb) et Mme\u00a0Maria dos Anjos Pereira Afonso (\u00ab\u00a0la troisi\u00e8me requ\u00e9rante\u00a0\u00bb), ont saisi la Cour le 16septembre 2014 en vertu de l\u2019article\u00a034 de la Convention de sauvegarde des droits de l\u2019homme et des libert\u00e9s fondamentales (\u00ab\u00a0la Convention\u00a0\u00bb),<\/p>\n<p>Vu les observations des parties,<\/p>\n<p>Notant que, le 16d\u00e9cembre 2015, le grief concernant l\u2019article2, pris seul ou combin\u00e9 avec l\u2019article\u00a014 de la Convention, et le grief concernant l\u2019article6 \u00a71 ont \u00e9t\u00e9 communiqu\u00e9s au Gouvernement,<\/p>\n<p>Notant que, le 29novembre 2016, le pr\u00e9sident de la section a d\u00e9cid\u00e9, en vertu de l\u2019article54 \u00a72c) du r\u00e8glement de la Cour, d\u2019inviter le Gouvernement \u00e0 lui pr\u00e9senter par \u00e9crit des observations compl\u00e9mentaires concernant les griefs formul\u00e9s sur le terrain de l\u2019article8 de la Convention,<\/p>\n<p>Apr\u00e8s en avoir d\u00e9lib\u00e9r\u00e9 en chambre du conseil le 4 f\u00e9vrier 2021,<\/p>\n<p>Rend l\u2019arr\u00eat que voici, adopt\u00e9 \u00e0 cette date\u00a0:<\/p>\n<p><strong>INTRODUCTION<\/strong><\/p>\n<p>1. L\u2019affaire concerne des all\u00e9gations de n\u00e9gligence m\u00e9dicale. Les requ\u00e9rants soutiennent que la mani\u00e8re dont la troisi\u00e8me requ\u00e9rante a \u00e9t\u00e9 prise en charge lorsqu\u2019elle a \u00e9t\u00e9 hospitalis\u00e9e pour accoucher du premier requ\u00e9rant est la raison pour laquelle celui-ci est n\u00e9 avec un handicap de 100\u00a0%. Ils all\u00e8guent une violation des articles2, 3, 6\u00a71, 8 et 14 de la Convention et de l\u2019article\u00a01 du Protocole no1 \u00e0 la Convention.<\/p>\n<p><strong>EN FAIT<\/strong><\/p>\n<p>2. Le deuxi\u00e8me requ\u00e9rant et la troisi\u00e8me requ\u00e9rante sont n\u00e9s respectivement en 1965 et en 1966 et r\u00e9sident \u00e0 Vila Verde. Ils sont les parents et repr\u00e9sentants l\u00e9gaux du premier requ\u00e9rant, leur fils, n\u00e9 en 1994 et d\u00e9c\u00e9d\u00e9 le 6\u00a0avril 2017. Le 13\u00a0juillet 2017, ils ont exprim\u00e9 le souhait de poursuivre au nom de leur fils l\u2019instance men\u00e9e devant la Cour.<\/p>\n<p>3. Les requ\u00e9rants ont \u00e9t\u00e9 repr\u00e9sent\u00e9s par Me\u00a0J.J.\u00a0Ferreira Alves, avocat \u00e0 Matosinhos. Le gouvernement portugais (\u00ab\u00a0le Gouvernement\u00a0\u00bb) a \u00e9t\u00e9 repr\u00e9sent\u00e9 par son agente, Mme\u00a0M.F. da Gra\u00e7a Carvalho, procureure g\u00e9n\u00e9rale adjointe.<\/p>\n<p><strong>I. La gen\u00e8se de l\u2019affaire<\/strong><\/p>\n<p>4. Le 18\u00a0d\u00e9cembre 1994, \u00e0 17\u00a0h\u00a049, alors qu\u2019elle \u00e9tait enceinte de son deuxi\u00e8me enfant (le premier requ\u00e9rant), la troisi\u00e8me requ\u00e9rante se rendit aux urgences de l\u2019h\u00f4pital S\u00e3o Marcos \u00e0 Braga. Elle fut transf\u00e9r\u00e9e au service d\u2019obst\u00e9trique et mise sous perfusion dans l\u2019attente de la dilatation compl\u00e8te du col de l\u2019ut\u00e9rus aux fins d\u2019un accouchement par voie basse.<\/p>\n<p>5. Le lendemain matin, \u00e0 10\u00a0h\u00a010, la dilatation du col \u00e9tant compl\u00e8te mais le f\u0153tus non engag\u00e9, l\u2019\u00e9quipe m\u00e9dicale d\u00e9cida de recourir \u00e0 une c\u00e9sarienne. Celle-ci fut r\u00e9alis\u00e9e \u00e0 10\u00a0h\u00a045. Le nouveau-n\u00e9 \u2013 le premier requ\u00e9rant \u2013 pesait 3\u00a0490\u00a0g et pr\u00e9sentait un score d\u2019Apgar[1] de 8\/8. Comme il g\u00e9missait et pr\u00e9sentait une ecchymose circulaire au cou, il fut conduit au service des urgences de n\u00e9onatologie.<\/p>\n<p>6. Le 20\u00a0d\u00e9cembre, \u00e0 5\u00a0h\u00a030, l\u2019\u00e9quipe m\u00e9dicale demanda \u00e0 l\u2019INEM (Instituto Nacional de Emerg\u00eancia M\u00e9dica) l\u2019intervention d\u2019une ambulance \u00e9quip\u00e9e pour le transport de nouveau-n\u00e9s \u00e0 haut risque en vue du transfert de l\u2019enfant vers l\u2019h\u00f4pital de Vila Nova de Gaia. \u00c0 son arriv\u00e9e, \u00e0 9\u00a0h\u00a004, le\u00a0premier requ\u00e9rant fut admis \u00e0 l\u2019unit\u00e9 de soins intensifs de l\u2019h\u00f4pital.<\/p>\n<p>7. Le m\u00eame jour, il fut soumis \u00e0 une \u00e9chographie transfontanellaire qui r\u00e9v\u00e9la un \u0153d\u00e8me c\u00e9r\u00e9bral. Dans la semaine qui suivit, alors qu\u2019il \u00e9tait toujours hospitalis\u00e9 \u00e0 l\u2019h\u00f4pital de Vila Nova de Gaia, il souffrit de convulsions et pr\u00e9senta une hypotonie et une faible r\u00e9ponse aux stimulations. Le septi\u00e8me jour, l\u2019\u00e9quipe m\u00e9dicale r\u00e9alisa une nouvelle \u00e9chographie, qui r\u00e9v\u00e9la une hyper\u00e9chog\u00e9nicit\u00e9 diffuse au niveau des noyaux de la base.<\/p>\n<p>8. Le 2\u00a0janvier 1995, le premier requ\u00e9rant fut autoris\u00e9 \u00e0 quitter l\u2019h\u00f4pital. Il pr\u00e9sentait des signes d\u2019irritation et un d\u00e9faut de r\u00e9action au niveau des quatre membres, et il g\u00e9missait constamment.<\/p>\n<p>9. Il fut ensuite suivi par des p\u00e9diatres.<\/p>\n<p><strong>II. La proc\u00e9dure administrative engag\u00e9e contre l\u2019h\u00f4pital<\/strong><\/p>\n<p><strong>A. La proc\u00e9dure men\u00e9e devant le tribunal administratif et fiscal de Braga et le jugement du 12\u00a0octobre 2011<\/strong><\/p>\n<p><em>1. L\u2019acte introductif d\u2019instance et la d\u00e9fense de l\u2019h\u00f4pital<\/em><\/p>\n<p>10. Le 22\u00a0d\u00e9cembre 2004, agissant en leur qualit\u00e9 de repr\u00e9sentants du premier requ\u00e9rant, alors \u00e2g\u00e9 de dix ans, le deuxi\u00e8me requ\u00e9rant et la troisi\u00e8me requ\u00e9rante engag\u00e8rent devant le tribunal administratif et fiscal de Braga une action en responsabilit\u00e9 civile contre l\u2019h\u00f4pital S\u00e3o Marcos.<\/p>\n<p>11. Ils sollicitaient 250\u00a0000 euros (EUR) pour pr\u00e9judice mat\u00e9riel et 200\u00a0000\u00a0EUR pour pr\u00e9judice moral, soit 450\u00a0000\u00a0EUR au total. Ils exposaient que le premier requ\u00e9rant \u00e9tait atteint d\u2019une invalidit\u00e9 permanente de 100\u00a0% due \u00e0 une asphyxie p\u00e9rinatale, dont ils tenaient pour responsable l\u2019\u00e9quipe m\u00e9dicale de l\u2019h\u00f4pital S\u00e3o Marcos. Ils all\u00e9guaient que la c\u00e9sarienne avait \u00e9t\u00e9 pratiqu\u00e9e trop tard et que le personnel soignant avait ainsi commis une n\u00e9gligence m\u00e9dicale. \u00c0 l\u2019appui de leur demande, ils produisaient un rapport dat\u00e9 du 12\u00a0f\u00e9vrier 1998, \u00e9tabli par le docteur R.G., neurop\u00e9diatre \u00e0 l\u2019h\u00f4pital Pedro Hispano de Matosinhos. Ce document retra\u00e7ait l\u2019\u00e9volution clinique du premier requ\u00e9rant depuis sa naissance et indiquait que la m\u00e8re avait \u00e9t\u00e9 suivie pendant sa grossesse et que celle-ci s\u2019\u00e9tait d\u00e9roul\u00e9e normalement.<\/p>\n<p>12. Le 9\u00a0f\u00e9vrier 2006, l\u2019h\u00f4pital S\u00e3o Marcos fut assign\u00e9.<\/p>\n<p>13. Le 21\u00a0mars 2006, il pr\u00e9senta son m\u00e9moire en r\u00e9ponse. Il excipait d\u2019abord de la prescription de l\u2019action en responsabilit\u00e9 civile, arguant que le rapport m\u00e9dical produit par les requ\u00e9rants \u00e0 l\u2019appui de leur demande \u00e9tait vieux de plusieurs ann\u00e9es. Il r\u00e9cusait ensuite les all\u00e9gations de n\u00e9gligence m\u00e9dicale. Sa version des faits \u00e9tait la suivante\u00a0:<\/p>\n<p>\u00ab\u00a019. (&#8230;) au moment de son admission \u00e0 l\u2019h\u00f4pital, [la troisi\u00e8me requ\u00e9rante] pr\u00e9sentait un col en d\u00e9but d\u2019effacement, interm\u00e9diaire ant\u00e9rieur, dilat\u00e9 \u00e0 2\u00a0cm, une pr\u00e9sentation c\u00e9phalique au premier plan de Hodge, des bruits f\u0153taux normaux et une hauteur ut\u00e9rine \u00e0 28\u00a0cm.<\/p>\n<p>20. Elle fut conduite dans la salle d\u2019accouchement, o\u00f9 on lui administra du s\u00e9rum glucos\u00e9 et dix unit\u00e9s d\u2019ocytocine et on mit sous surveillance les bruits du c\u0153ur du f\u0153tus.<\/p>\n<p>21. Vers 22\u00a0h\u00a045, elle pr\u00e9sentait un col mou et effac\u00e9 \u00e0 30\u00a0%, dilat\u00e9 \u00e0 3\u00a0cm, et des membranes int\u00e8gres. Le f\u0153tus se pr\u00e9sentait par la t\u00eate au premier plan de Hodge et ses battements cardiaques \u00e9taient normaux.<\/p>\n<p>22. Vers 9\u00a0h\u00a045 le lendemain, le col \u00e9tait effac\u00e9 \u00e0 dilatation compl\u00e8te. Le f\u0153tus se pr\u00e9sentait par la t\u00eate en ODP (occipitale droite post\u00e9rieure) et les bruits f\u0153taux \u00e9taient normaux.<\/p>\n<p>23. On administra \u00e0 nouveau [\u00e0 la troisi\u00e8me requ\u00e9rante] du s\u00e9rum glucos\u00e9 et dix unit\u00e9s d\u2019ocytocine.<\/p>\n<p>24. \u00c0 10\u00a0h\u00a010, compte tenu de l\u2019absence d\u2019engagement, l\u2019\u00e9quipe m\u00e9dicale d\u00e9cida de pr\u00e9parer [la troisi\u00e8me requ\u00e9rante] en vue d\u2019une c\u00e9sarienne.<\/p>\n<p>25. Celle-ci fut r\u00e9alis\u00e9e \u00e0 10\u00a0h\u00a045, avec extraction d\u2019un nouveau-n\u00e9 vivant de sexe masculin, pr\u00e9sentant un score d\u2019Apgar de 8\/8, un poids de 3\u00a0490\u00a0g et une ecchymose circulaire au cou.<\/p>\n<p>(&#8230;)\u00a0\u00bb<\/p>\n<p>14. L\u2019h\u00f4pital concluait que l\u2019\u00e9quipe m\u00e9dicale avait respect\u00e9 les r\u00e8gles de l\u2019art m\u00e9dical et qu\u2019il n\u2019existait aucun lien de causalit\u00e9 entre la conduite du personnel soignant et les l\u00e9sions dont souffrait le premier requ\u00e9rant.<\/p>\n<p><em>2. L\u2019audience pr\u00e9liminaire et la d\u00e9cision pr\u00e9paratoire du 12\u00a0juin 2006<\/em><\/p>\n<p>15. Le 12\u00a0juin 2006, \u00e0 l\u2019issue de son audience pr\u00e9liminaire (audi\u00eancia preliminar), le tribunal administratif et fiscal de Braga rejeta l\u2019exception de prescription, au motif que les d\u00e9lais de prescription en mati\u00e8re de responsabilit\u00e9 civile ne s\u2019appliquaient pas aux enfants mineurs.<\/p>\n<p>16. Il rendit \u00e9galement sa d\u00e9cision pr\u00e9paratoire (despacho saneador). Il y indiquait les faits qu\u2019il consid\u00e9rait comme \u00e9tablis et ceux qui restaient \u00e0 \u00e9tablir. \u00c0 titre pr\u00e9liminaire, il soulignait que le demandeur \u00e9tait le premier requ\u00e9rant et que le deuxi\u00e8me requ\u00e9rant et la troisi\u00e8me requ\u00e9rante n\u2019intervenaient qu\u2019en qualit\u00e9 de repr\u00e9sentants de l\u2019int\u00e9ress\u00e9, juridiquement incapable. Il entreprit ensuite l\u2019analyse factuelle de l\u2019affaire (base instrut\u00f3ria). Il \u00e9tablit une liste de questions (quesitos) correspondant aux faits qui restaient selon lui \u00e0 \u00e9tablir. Ces questions portaient sur le d\u00e9roulement de l\u2019hospitalisation de la troisi\u00e8me requ\u00e9rante, l\u2019accouchement et le suivi m\u00e9dical ult\u00e9rieur. La question no\u00a034 se lisait ainsi\u00a0:<\/p>\n<p>\u00ab\u00a0Apr\u00e8s que la [troisi\u00e8me requ\u00e9rante] a \u00e9t\u00e9 admise au service des urgences de [l\u2019h\u00f4pital], le d\u00e9lai maximal pour d\u00e9cider de proc\u00e9der \u00e0 une c\u00e9sarienne a-t-il \u00e9t\u00e9 d\u00e9pass\u00e9\u00a0?\u00a0\u00bb<\/p>\n<p><em>3. L\u2019avis m\u00e9dical et les expertises m\u00e9dicales<\/em><\/p>\n<p>a) L\u2019avis du centre m\u00e9dicol\u00e9gal<\/p>\n<p>17. Le 26\u00a0ao\u00fbt 2006, \u00e0 la demande de la troisi\u00e8me requ\u00e9rante, le professeur P.C., du centre priv\u00e9 m\u00e9dicol\u00e9gal de Porto, \u00e9tablit un avis m\u00e9dical sur l\u2019existence d\u2019un lien de causalit\u00e9 entre les circonstances de l\u2019accouchement de la troisi\u00e8me requ\u00e9rante et l\u2019\u00e9tat de sant\u00e9 du premier requ\u00e9rant. Pour ce faire, il avait examin\u00e9 l\u2019enfant et consult\u00e9 son dossier m\u00e9dical. Ses conclusions \u00e9taient les suivantes\u00a0:<\/p>\n<p>\u00ab\u00a0(&#8230;) en l\u2019occurrence, il existe une contradiction entre les informations [figurant dans le dossier] et le d\u00e9roulement des faits\u00a0: selon le registre clinique, l\u2019accouchement \u00e9tait pr\u00e9vu pour le 14\u00a0d\u00e9cembre 1994 mais n\u2019a eu lieu que le 19\u00a0d\u00e9cembre, alors que la patiente s\u2019\u00e9tait rendue \u00e0 l\u2019h\u00f4pital pour accoucher le 14\u00a0d\u00e9cembre.<\/p>\n<p>Les risques de complication pour le f\u0153tus pendant l\u2019accouchement sont connus depuis des si\u00e8cles. (&#8230;)<\/p>\n<p>Dans 25\u00a0% des cas de grossesse prolong\u00e9e, il survient une insuffisance respiratoire, qui peut \u00eatre mod\u00e9r\u00e9e ou grave. (&#8230;)<\/p>\n<p>(&#8230;) \u00e9tant donn\u00e9 que le terme avait \u00e9t\u00e9 d\u00e9pass\u00e9, il aurait \u00e9t\u00e9 plus appropri\u00e9 de placer la [patiente] en observation afin de pouvoir surveiller l\u2019\u00e9tat du f\u0153tus et pratiquer une c\u00e9sarienne si cela devenait n\u00e9cessaire, ce qui s\u2019est effectivement produit par la suite.<\/p>\n<p>Il faut noter que, si \u00e0 9\u00a0h\u00a045 le 19\u00a0d\u00e9cembre 1994 le f\u0153tus semblait bien aller, on ne dispose de la fr\u00e9quence pr\u00e9cise de ses bruits cardiaques (132\u00a0battements par minute) que pour ce moment-l\u00e0, les autres relev\u00e9s indiquant seulement la pr\u00e9sence des bruits [mais non leur fr\u00e9quence]. Par ailleurs, l\u2019accouchement n\u2019a eu lieu qu\u2019apr\u00e8s 10\u00a0heures. Ce d\u00e9lai [d\u2019un quart d\u2019heure] est suffisant pour permettre l\u2019apparition d\u2019une anoxie f\u0153tale susceptible d\u2019entra\u00eener les s\u00e9quelles que l\u2019enfant pr\u00e9sente aujourd\u2019hui.<\/p>\n<p>(&#8230;)<\/p>\n<p>L\u2019agression f\u0153tale a \u00e9t\u00e9 caus\u00e9e par une compression, avant ou pendant l\u2019accouchement, de la circulation f\u0153tale, qui aurait pu \u00eatre \u00e9vit\u00e9e si le f\u0153tus avait \u00e9t\u00e9 extrait plus t\u00f4t.<\/p>\n<p>Cela \u00e9tant dit, il faut noter que m\u00eame si l\u2019accouchement avait eu lieu \u00e0 la date pr\u00e9vue, c\u2019est-\u00e0-dire le 14\u00a0d\u00e9cembre 1994, l\u2019anoxie p\u00e9rinatale aurait pu se produire aussi. En effet, des complications de tous types peuvent survenir pendant l\u2019accouchement et causer une telle anoxie.<\/p>\n<p>(&#8230;)<\/p>\n<p>Il convient de noter qu\u2019une grossesse prolong\u00e9e peut \u00eatre due \u00e0 divers facteurs et qu\u2019il est pr\u00e9f\u00e9rable d\u2019agir de fa\u00e7on anticip\u00e9e plut\u00f4t que de courir le risque de laisser la situation \u00e9voluer de fa\u00e7on potentiellement incontr\u00f4lable.<\/p>\n<p>(&#8230;)<\/p>\n<p>Il est \u00e9vident que la d\u00e9cision quant \u00e0 un accouchement par voie basse ou par c\u00e9sarienne appartient au m\u00e9decin, qui la prend au cas par cas. Nul ne le conteste. Ce qui est ici en cause, c\u2019est le caract\u00e8re \u00ab\u00a0tardif\u00a0\u00bb ou \u00ab\u00a0erron\u00e9\u00a0\u00bb de la d\u00e9cision\u00a0: si l\u2019on avait pris \u00e0 temps la bonne d\u00e9cision, on aurait probablement pu \u00e9viter les s\u00e9quelles graves que le nouveau-n\u00e9 a subies.<\/p>\n<p>Une chose est ind\u00e9niable\u00a0: la mani\u00e8re dont la patiente a \u00e9t\u00e9 prise en charge est \u00e0 l\u2019origine du dommage dont souffre [l\u2019enfant].<\/p>\n<p>(&#8230;)<\/p>\n<p><strong>Conclusion<\/strong><\/p>\n<p>1. La t\u00e9trapar\u00e9sie spastique, le retard cognitif grave, l\u2019absence compl\u00e8te de langage, le d\u00e9ficit visuel et l\u2019\u00e9pilepsie incurable sont le r\u00e9sultat de complications survenues au moment de l\u2019accouchement.<\/p>\n<p>2. La grossesse a d\u00e9pass\u00e9 le terme pr\u00e9vu, et ce facteur a pu contribuer \u00e0 l\u2019apparition de l\u2019anoxie p\u00e9rinatale qui a provoqu\u00e9 des s\u00e9quelles neurologiques irr\u00e9versibles.<\/p>\n<p>(&#8230;)\u00a0\u00bb<\/p>\n<p>b) Le rapport du cabinet m\u00e9dicol\u00e9gal de Braga de l\u2019Institut national de m\u00e9decine l\u00e9gale<\/p>\n<p>18. Le 7\u00a0f\u00e9vrier 2007, C.S., un expert m\u00e9dical du cabinet m\u00e9dicol\u00e9gal (Gabinete M\u00e9dico-Legal)de Braga, branche locale de l\u2019Institut national de m\u00e9decine l\u00e9gale (\u00ab\u00a0IML\u00a0\u00bb), remit son rapport d\u2019expertise au tribunal. Il l\u2019avait \u00e9tabli en s\u2019appuyant notamment sur les \u00e9l\u00e9ments suivants\u00a0: une audition de la troisi\u00e8me requ\u00e9rante, un examen clinique du premier requ\u00e9rant, le dossier m\u00e9dical de l\u2019enfant \u00e0 l\u2019h\u00f4pital S\u00e3o Marcos et \u00e0 l\u2019h\u00f4pital de Vila Nova de Gaia, le rapport \u00e9tabli le 12\u00a0f\u00e9vrier 1998 par le docteur R.G., neurop\u00e9diatre \u00e0 l\u2019h\u00f4pital de Matosinhos (paragraphe\u00a011 ci-dessus), et l\u2019avis m\u00e9dicol\u00e9gal r\u00e9dig\u00e9 par le professeur P.C. sur l\u2019existence d\u2019un lien de causalit\u00e9 entre l\u2019accouchement et l\u2019\u00e9tat de sant\u00e9 de l\u2019enfant (paragraphe\u00a017 ci-dessus). Ce dernier document lui avait \u00e9t\u00e9 remis par la troisi\u00e8me requ\u00e9rante.<\/p>\n<p>Dans son rapport, l\u2019expert retra\u00e7ait l\u2019historique de l\u2019accouchement de la troisi\u00e8me requ\u00e9rante \u00e0 l\u2019h\u00f4pital S\u00e3o Marcos, en pr\u00e9cisant le suivi qui avait \u00e9t\u00e9 fait de l\u2019ouverture du col de la m\u00e8re et du rythme cardiaque du f\u0153tus, dont il confirma le caract\u00e8re normal. Il indiquait notamment ce qui suit\u00a0:<\/p>\n<p>\u2013 le 14\u00a0d\u00e9cembre 1994, la troisi\u00e8me requ\u00e9rante, arriv\u00e9e au terme de sa grossesse, s\u2019\u00e9tait rendue \u00e0 l\u2019h\u00f4pital S\u00e3o Marcos\u00a0;<\/p>\n<p>\u2013 elle avait \u00e9t\u00e9 renvoy\u00e9e chez elle pour attendre que les contractions surviennent, dans un d\u00e9lai maximal de sept jours\u00a0;<\/p>\n<p>\u2013 elle s\u2019\u00e9tait pr\u00e9sent\u00e9e \u00e0 nouveau \u00e0 l\u2019h\u00f4pital le 18\u00a0d\u00e9cembre 1994 \u00e0 17\u00a0h\u00a049, et avait alors \u00e9t\u00e9 emmen\u00e9e en salle d\u2019accouchement et mise sous perfusion d\u2019ocytocine afin de d\u00e9clencher le travail\u00a0;<\/p>\n<p>\u2013 le 19 d\u00e9cembre \u00e0 9\u00a0h\u00a045, la dilatation du col \u00e9tait compl\u00e8te\u00a0;<\/p>\n<p>\u2013 \u00e0 10\u00a0h\u00a010, en l\u2019absence d\u2019engagement du f\u0153tus, l\u2019\u00e9quipe avait d\u00e9cid\u00e9 de proc\u00e9der \u00e0 une c\u00e9sarienne\u00a0;<\/p>\n<p>\u2013 au moment de l\u2019extraction, le nouveau-n\u00e9 pr\u00e9sentait une ecchymose circulaire au cou\u00a0;<\/p>\n<p>\u2013 selon le bulletin de transfert vers l\u2019h\u00f4pital de Vila Nova de Gaia, le nouveau-n\u00e9 avait subi une asphyxie p\u00e9rinatale, il faisait des convulsions avec des apn\u00e9es fr\u00e9quentes, il \u00e9tait peu r\u00e9actif, ses pupilles ne r\u00e9agissaient pas \u00e0 la lumi\u00e8re et il \u00e9tait en situation de souffrance\u00a0;<\/p>\n<p>\u2013 \u00e0 l\u2019h\u00f4pital de Vila Nova de Gaia, le personnel m\u00e9dical avait confirm\u00e9 que les pupilles du nouveau-n\u00e9 ne r\u00e9agissaient pas \u00e0 la lumi\u00e8re, qu\u2019il avait des convulsions et qu\u2019il pr\u00e9sentait une tr\u00e8s faible r\u00e9activit\u00e9\u00a0;<\/p>\n<p>\u2013 l\u2019enfant \u00e9tait sorti de l\u2019h\u00f4pital le 2\u00a0janvier 1995, apr\u00e8s treize jours d\u2019hospitalisation\u00a0;<\/p>\n<p>\u2013 il avait \u00e9t\u00e9 par la suite hospitalis\u00e9 \u00e0 plusieurs reprises pour le m\u00eame type de probl\u00e8mes ainsi que pour des crises d\u2019\u00e9pilepsie et une paralysie c\u00e9r\u00e9brale.<\/p>\n<p>19. L\u2019expert pr\u00e9cisait qu\u2019il avait observ\u00e9 lorsqu\u2019il avait examin\u00e9 le premier requ\u00e9rant que celui-ci ne fixait pas le regard, ne r\u00e9agissait pas aux stimulations verbales ou autres, et pr\u00e9sentait des signes de t\u00e9trapar\u00e9sie ainsi qu\u2019une atrophie musculaire aig\u00fce.<\/p>\n<p>20. Il relevait que, dans son avis m\u00e9dicol\u00e9gal (paragraphe\u00a017 ci-dessus), le professeur P.C. avait conclu que les graves s\u00e9quelles dont \u00e9tait porteur le premier requ\u00e9rant \u00e9taient la cons\u00e9quence de complications survenues au moment de l\u2019accouchement.<\/p>\n<p>En leurs parties pertinentes, les conclusions du rapport de l\u2019expert se lisaient comme suit\u00a0:<\/p>\n<p>\u00ab\u00a01. Au vu des \u00e9l\u00e9ments disponibles, l\u2019expert ne peut pas se prononcer sur l\u2019existence d\u2019un lien de causalit\u00e9 entre la prise en charge de la m\u00e8re au moment de l\u2019accouchement et les s\u00e9quelles qui ont \u00e9t\u00e9 constat\u00e9es sur l\u2019enfant. N\u00e9anmoins, il semble \u00e9vident que l\u2019\u00e9tat de (&#8230;) \u00ab\u00a0paralysie c\u00e9r\u00e9brale\u00a0\u00bb de l\u2019int\u00e9ress\u00e9 est d\u00fb \u00e0 un traumatisme subi au moment de l\u2019accouchement.<\/p>\n<p>2. Il y a donc lieu de conclure que ces s\u00e9quelles sont apparues le 19\u00a0d\u00e9cembre 1994, soit le jour de l\u2019accouchement.<\/p>\n<p>(&#8230;)<\/p>\n<p>4. L\u2019invalidit\u00e9 permanente g\u00e9n\u00e9rale (&#8230;) est totale, autrement dit, elle est de 100\u00a0%.<\/p>\n<p>(&#8230;)\u00a0\u00bb<\/p>\n<p>21. Enfin, l\u2019expert indiquait que les questions concernant la prise en charge de la m\u00e8re et la responsabilit\u00e9 du corps m\u00e9dical seraient trait\u00e9es par le Conseil m\u00e9dicol\u00e9gal de l\u2019IML.<\/p>\n<p>22. Le 1er\u00a0mars 2007, ce rapport fut port\u00e9 \u00e0 la connaissance des requ\u00e9rants.<\/p>\n<p>c) L\u2019avis du Conseil m\u00e9dicol\u00e9gal de l\u2019Institut national de m\u00e9decine l\u00e9gale<\/p>\n<p>23. Le 20\u00a0septembre 2007, le Conseil m\u00e9dicol\u00e9gal de l\u2019IML rendit son avis technique et scientifique. Cet avis avait \u00e9t\u00e9 \u00e9tabli par le professeur P.M. et approuv\u00e9 par le Conseil \u00e0 l\u2019unanimit\u00e9. Il y \u00e9tait indiqu\u00e9 que, globalement, la prise en charge de la troisi\u00e8me requ\u00e9rante par le personnel soignant avait \u00e9t\u00e9 ad\u00e9quate. Le professeur P.M. notait que l\u2019\u00e9quipe m\u00e9dicale n\u2019avait certes pas plac\u00e9 le f\u0153tus sous surveillance par cardiotocographie, ce qui constituait selon lui une erreur technique, mais qu\u2019il \u00e9tait impossible de d\u00e9terminer quelle aurait \u00e9t\u00e9 l\u2019issue de la situation si la bonne technique avait \u00e9t\u00e9 adopt\u00e9e. En ses parties pertinentes, l\u2019avis se lisait ainsi\u00a0:<\/p>\n<p>\u00ab\u00a0R\u00e9sum\u00e9 des faits<\/p>\n<p>(&#8230;)<\/p>\n<p>[Le 18\u00a0d\u00e9cembre 1994], \u00e0 partir de 18\u00a0heures, [la troisi\u00e8me requ\u00e9rante] est rest\u00e9e sous surveillance, avec une perfusion intraveineuse d\u2019ocytocine. La surveillance f\u0153tale a \u00e9t\u00e9 r\u00e9alis\u00e9e au moyen d\u2019une auscultation intermittente (dont il existe de nombreux relev\u00e9s, toujours normaux). Il n\u2019y a dans le dossier aucune mention d\u2019une cardiotocographie ni aucun relev\u00e9 de cardiotocographie. Nous pouvons donc conclure que cette technique [de surveillance] n\u2019a pas \u00e9t\u00e9 utilis\u00e9e. Les registres cliniques de surveillance de l\u2019accouchement ne mentionnent aucune anomalie, notamment relative \u00e0 l\u2019\u00e9tat du f\u0153tus.<\/p>\n<p>(&#8230;)<\/p>\n<p>R\u00e9ponses aux questions soulev\u00e9es<\/p>\n<p>(&#8230;)<\/p>\n<p>5. La d\u00e9termination de la cause de l\u00e9sions neurologiques telles que celles qui ont \u00e9t\u00e9 diagnostiqu\u00e9es chez l\u2019enfant et l\u2019attribution de cette cause \u00e0 des \u00e9v\u00e9nements survenus pendant la p\u00e9riode p\u00e9rinatale s\u2019accompagnent toujours de difficult\u00e9s et d\u2019incertitudes. En particulier, il est habituellement difficile de distinguer ce qui est survenu pendant l\u2019accouchement [intraparto] de ce qui est survenu imm\u00e9diatement avant.<\/p>\n<p>Dans le cas pr\u00e9sent, le score d\u2019Apgar normal \u00e0 la naissance (8\/8) et l\u2019apparition relativement pr\u00e9coce de convulsions (\u00e0 deux heures de vie) commandent de garder une r\u00e9serve prudente par rapport \u00e0 la relation chronologique entre l\u2019\u00e9v\u00e9nement causal et le moment de la naissance, l\u2019\u00e9v\u00e9nement causal pouvant avoir eu lieu soit imm\u00e9diatement avant l\u2019accouchement soit pendant.<\/p>\n<p>Il n\u2019est fait \u00e9tat d\u2019aucune anomalie f\u0153tale dans les registres cliniques. Cela \u00e9tant, il appara\u00eet qu\u2019il n\u2019a pas \u00e9t\u00e9 r\u00e9alis\u00e9 de cardiotocographie aux fins de la surveillance du f\u0153tus\u00a0: selon nous, ce choix n\u2019\u00e9tait techniquement pas optimal. Cependant, il n\u2019est pas possible de dire dans quelle mesure le recours \u00e0 la cardiotocographie aurait pu modifier la conduite clinique et l\u2019issue de la situation, d\u2019autant que, comme nous l\u2019avons dit ci-dessus, la chronologie des l\u00e9sions est incertaine.<\/p>\n<p>En conclusion, (&#8230;) il n\u2019y a aucun \u00e9l\u00e9ment permettant d\u2019\u00e9tablir un lien de causalit\u00e9 entre la prise en charge de la m\u00e8re au moment de l\u2019accouchement et les l\u00e9sions constat\u00e9es chez le nouveau-n\u00e9.<\/p>\n<p>6. Globalement, les proc\u00e9dures ont \u00e9t\u00e9 ad\u00e9quates, \u00e0 l\u2019exception de ce qui a d\u00e9j\u00e0 \u00e9t\u00e9 relev\u00e9 ci-dessus en ce qui concerne la m\u00e9thode utilis\u00e9e pour la surveillance de l\u2019\u00e9tat f\u0153tal.<\/p>\n<p>7. Eu \u00e9gard aux motifs ayant conduit l\u2019\u00e9quipe m\u00e9dicale \u00e0 pratiquer la c\u00e9sarienne (\u00ab\u00a0la dilatation compl\u00e8te\u00a0\u00bb et \u00ab\u00a0l\u2019absence d\u2019engagement\u00a0\u00bb), il y a lieu de conclure que celle-ci a \u00e9t\u00e9 r\u00e9alis\u00e9e au moment ad\u00e9quat.<\/p>\n<p>(&#8230;)<\/p>\n<p>20. (&#8230;) M\u00eame si nous estimons inad\u00e9quate la m\u00e9thode de surveillance f\u0153tale utilis\u00e9e au moment de l\u2019accouchement, nous ne pouvons conclure que cet \u00e9l\u00e9ment ait caus\u00e9 directement les l\u00e9sions constat\u00e9es chez l\u2019enfant.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p><em>4. Les audiences tenues devant le tribunal administratif et fiscal de Braga, et l\u2019ordonnance du 2\u00a0novembre 2010<\/em><\/p>\n<p>24. Les audiences commenc\u00e8rent le 16\u00a0avril 2009 et se termin\u00e8rent le 28\u00a0octobre 2010. Le tribunal entendit les parties et leurs t\u00e9moins, notamment le docteur R.G., auteur du rapport du 22\u00a0f\u00e9vrier 1998 que les requ\u00e9rants avaient joint \u00e0 leur acte introductif d\u2019instance (paragraphe\u00a011 ci-dessus), ainsi que des m\u00e9decins et des infirmi\u00e8res de l\u2019h\u00f4pital S\u00e3o Marcos.<\/p>\n<p>25. Par une ordonnance du 2\u00a0novembre 2010, le tribunal \u00e9tablit les faits de la cause en r\u00e9pondant aux questions qui avaient \u00e9t\u00e9 pos\u00e9es dans la d\u00e9cision pr\u00e9paratoire du 12juin 2006 (paragraphe16 ci-dessus). S\u2019appuyant sur les deux rapports de l\u2019IML et sur l\u2019avis m\u00e9dicol\u00e9gal du professeur P.C., qui avaient \u00e9t\u00e9 vers\u00e9s au dossier (paragraphes17\u201118 et 23 ci-dessus), il r\u00e9pondit ainsi \u00e0 la question no\u00a034\u00a0:<\/p>\n<p>\u00ab\u00a0Apr\u00e8s que la [troisi\u00e8me requ\u00e9rante] a \u00e9t\u00e9 admise au service des urgences de [l\u2019h\u00f4pital], il a \u00e9t\u00e9 proc\u00e9d\u00e9 \u00e0 une c\u00e9sarienne lorsque le personnel m\u00e9dical a pris la d\u00e9cision de recourir \u00e0 cette proc\u00e9dure.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p>5. Le jugement rendu par le tribunal administratif et fiscal de Braga le 12\u00a0octobre 2011<\/p>\n<p>26. Le 12\u00a0octobre 2011, le tribunal administratif et fiscal de Braga rendit son jugement. Il consid\u00e9ra comme \u00e9tablis les faits suivants\u00a0:<\/p>\n<p>\u00ab\u00a0(&#8230;)<\/p>\n<p>24. \u00c0 l\u2019\u00e2ge d\u2019un mois et demi environ, le [premier requ\u00e9rant] fut, compte tenu de son \u00e9tat clinique, (&#8230;) adress\u00e9 \u00e0 un neurop\u00e9diatre.<\/p>\n<p>25. Il subit des examens neurologiques qui r\u00e9v\u00e9l\u00e8rent des alt\u00e9rations compatibles avec une paralysie c\u00e9r\u00e9brale.<\/p>\n<p>(&#8230;)<\/p>\n<p>27. \u00c0 l\u2019\u00e2ge de deux mois, le [premier requ\u00e9rant] fut repris de convulsions.<\/p>\n<p>28. Un \u00e9lectroenc\u00e9phalogramme temporal r\u00e9v\u00e9la des pointes-ondes brusques [pontas e ondas abruptas temporais].<\/p>\n<p>29. \u00c0 l\u2019\u00e2ge de quatre mois, le [premier requ\u00e9rant] d\u00e9veloppa un syndrome de West secondaire\u00a0; son \u00e9tat g\u00e9n\u00e9ral se d\u00e9grada, des modifications neurologiques et une \u00e9pilepsie apparurent.<\/p>\n<p>30. L\u2019enfant dut \u00eatre hospitalis\u00e9 \u00e0 plusieurs reprises en raison des crises qu\u2019il pr\u00e9sentait.<\/p>\n<p>(&#8230;)<\/p>\n<p>37. Un examen du cerveau par imagerie par r\u00e9sonnance magn\u00e9tique (IRM) fut r\u00e9alis\u00e9. Il r\u00e9v\u00e9la une couche c\u00e9r\u00e9brale mince, pr\u00e9sentant un relief profond, et une substance blanche limit\u00e9e \u00e0 une petite surface dans les cornes occipitales.<\/p>\n<p>(&#8230;)<\/p>\n<p>39. Sur la base de cet examen, les m\u00e9decins diagnostiqu\u00e8rent une asphyxie p\u00e9rinatale.<\/p>\n<p>40. Apr\u00e8s que la [troisi\u00e8me requ\u00e9rante] a \u00e9t\u00e9 admise au service des urgences de [l\u2019h\u00f4pital], il a \u00e9t\u00e9 proc\u00e9d\u00e9 \u00e0 une c\u00e9sarienne lorsque le personnel m\u00e9dical a pris la d\u00e9cision de recourir \u00e0 cette proc\u00e9dure.<\/p>\n<p>41. Le [premier requ\u00e9rant] souffre d\u2019une invalidit\u00e9 permanente de 100\u00a0% (&#8230;)<\/p>\n<p>42. Il d\u00e9pendra toute sa vie de l\u2019assistance d\u2019une tierce personne.<\/p>\n<p>(&#8230;)<\/p>\n<p>44. Actuellement \u00e2g\u00e9 de quinze ans, le [premier requ\u00e9rant] a un niveau d\u2019intelligence de 10\u00a0%\u00a0; il r\u00e9agit aux sons mais non aux stimuli visuels\u00a0; il souffre d\u2019une enc\u00e9phalopathie r\u00e9fractaire grave, ce qui l\u2019emp\u00eache de contr\u00f4ler ses mouvements, et rien ne permet, m\u00e9dicalement, de dire s\u2019il est conscient de son \u00e9tat.<\/p>\n<p>(&#8230;)<\/p>\n<p>46. Au moment de son admission \u00e0 l\u2019h\u00f4pital, la [troisi\u00e8me requ\u00e9rante] pr\u00e9sentait un col de l\u2019ut\u00e9rus en d\u00e9but d\u2019effacement, interm\u00e9diaire ant\u00e9rieur, dilat\u00e9 \u00e0 2\u00a0cm\u00a0; le f\u0153tus \u00e9tait en position c\u00e9phalique au premier plan de Hodge, les bruits f\u0153taux \u00e9taient normaux et la hauteur ut\u00e9rine \u00e9tait \u00e0 28\u00a0cm.<\/p>\n<p>(&#8230;)<\/p>\n<p>49. [Le 19\u00a0d\u00e9cembre 1994], vers 9\u00a0h\u00a045, la [troisi\u00e8me requ\u00e9rante] pr\u00e9sentait un col effac\u00e9 \u00e0 dilatation compl\u00e8te. Le f\u0153tus se pr\u00e9sentait par la t\u00eate en ODP (occipitale droite post\u00e9rieure) et les bruits f\u0153taux \u00e9taient normaux.<\/p>\n<p>(&#8230;)<\/p>\n<p>51. Vers 10\u00a0h\u00a010, compte tenu de l\u2019absence d\u2019engagement, l\u2019\u00e9quipe m\u00e9dicale d\u00e9cida de pr\u00e9parer la [troisi\u00e8me requ\u00e9rante] pour une c\u00e9sarienne.<\/p>\n<p>52. Celle-ci fut r\u00e9alis\u00e9e \u00e0 10\u00a0h\u00a045. Le nouveau-n\u00e9 \u00e9tait vivant, de sexe masculin, il pr\u00e9sentait un score d\u2019Apgar de 8\/8, un poids de 3\u00a0490\u00a0g et une ecchymose circulaire au cou.<\/p>\n<p>(&#8230;)\u00a0\u00bb<\/p>\n<p>27. Le tribunal consid\u00e9ra que l\u2019action engag\u00e9e par les requ\u00e9rants devait \u00eatre examin\u00e9e \u00e0 la lumi\u00e8re dud\u00e9cret-loi no\u00a048051 du 21\u00a0novembre 1967, qui r\u00e9gissait la responsabilit\u00e9 extracontractuelle de l\u2019\u00c9tat au moment des faits (paragraphe\u00a043 ci-dessous). Il rappela que, selon une jurisprudence constante de la Cour supr\u00eame administrative, l\u2019\u00c9tat n\u2019\u00e9tait tenu \u00e0 r\u00e9paration que s\u2019il y avait eu un acte illicite fautif (com culpa), et s\u2019il y avait un lien de causalit\u00e9 entre cet acte et le dommage subi. Il nota \u00e9galement que, aux fins d\u2019appr\u00e9ciation de la faute, l\u2019article\u00a04 du d\u00e9cret-loi renvoyait \u00e0 l\u2019article\u00a0487 du code civil et que, en mati\u00e8re de responsabilit\u00e9 civile extracontractuelle de l\u2019\u00c9tat pour actes illicites, la jurisprudence constante de la Cour supr\u00eame administrative posait une pr\u00e9somption de faute (in vigilando) au sens de l\u2019article\u00a0493 \u00a7\u00a02 du code civil. Il consid\u00e9ra d\u00e8s lors qu\u2019il appartenait au demandeur de prouver l\u2019existence des l\u00e9sions et au d\u00e9fendeur de prouver qu\u2019il avait pris toutes les mesures n\u00e9cessaires pour les \u00e9viter, conform\u00e9ment aux r\u00e8gles de l\u2019art m\u00e9dical.<\/p>\n<p>28. En l\u2019esp\u00e8ce, il jugea que le premier requ\u00e9rant avait r\u00e9ussi \u00e0 d\u00e9montrer que son \u00e9tat \u00e9tait d\u00fb \u00e0 la tardivet\u00e9 de son extraction par c\u00e9sarienne et\/ou \u00e0 des d\u00e9ficiences dans cette extraction. \u00c0 cet \u00e9gard, il observa que selon les relev\u00e9s de surveillance f\u0153tale, les bruits f\u0153taux \u00e9taient normaux, et que les signes de souffrance, \u00e0 savoir les g\u00e9missements du nouveau-n\u00e9, \u00e9taient apparus apr\u00e8s la c\u00e9sarienne. Il estima que la partie d\u00e9fenderesse n\u2019avait pas r\u00e9ussi \u00e0 renverser la pr\u00e9somption de faute\u00a0: elle n\u2019avait pas d\u00e9montr\u00e9 que le personnel m\u00e9dical e\u00fbt pris toutes les mesures exig\u00e9es par les r\u00e8gles de l\u2019art pour pr\u00e9venir l\u2019apparition des l\u00e9sions c\u00e9r\u00e9brales vu l\u2019\u0153d\u00e8me d\u00e9tect\u00e9 lors de l\u2019\u00e9chographie pratiqu\u00e9e sur le nouveau-n\u00e9 (paragraphe 7 ci-dessus).<\/p>\n<p>Il en conclut qu\u2019il y avait eu un dysfonctionnement grave des services d\u2019obst\u00e9trique de l\u2019h\u00f4pital d\u00e9fendeur, et une violation du devoir de prudence que le personnel m\u00e9dical devait respecter, en vertu de l\u2019article\u00a06 du d\u00e9cret-loi no\u00a048051, afin d\u2019assurer que le premier requ\u00e9rant naisse en bonne sant\u00e9. Il consid\u00e9ra en outre que, ind\u00e9pendamment de la pr\u00e9somption de faute, les faits de la cause d\u00e9montraient clairement que les l\u00e9sions subies par le premier requ\u00e9rant \u00e9taient dues au caract\u00e8re tardif tant de la d\u00e9cision de pratiquer une c\u00e9sarienne que de la mise en \u0153uvre de cette d\u00e9cision.<\/p>\n<p>La responsabilit\u00e9 civile extracontractuelle ayant \u00e9t\u00e9 \u00e9tablie, le tribunal fit droit aux pr\u00e9tentions du premier requ\u00e9rant et condamna l\u2019h\u00f4pital S\u00e3o Marcos \u00e0 verser \u00e0 l\u2019int\u00e9ress\u00e9 250\u00a0000\u00a0EUR pour pr\u00e9judice mat\u00e9riel et 200\u00a0000\u00a0EUR pour pr\u00e9judice moral, soit un total de 450\u00a0000\u00a0EUR au titre des dommages et int\u00e9r\u00eats.<\/p>\n<p><strong>B. L\u2019appel interjet\u00e9 par l\u2019h\u00f4pital S\u00e3o Marcos et l\u2019arr\u00eat du tribunal administratif central du Nord<\/strong><\/p>\n<p>29. Le 7\u00a0d\u00e9cembre 2011, l\u2019h\u00f4pital S\u00e3o Marcos interjeta appel de ce jugement devant le tribunal administratif central du Nord. Il contestait l\u2019existence d\u2019un acte illicite fautif propre \u00e0 engager sa responsabilit\u00e9 civile extracontractuelle. Il soutenait que le tribunal administratif et fiscal de Bragan\u2019avait pas consid\u00e9r\u00e9 comme \u00e9tabli que la c\u00e9sarienne e\u00fbt \u00e9t\u00e9 pratiqu\u00e9e tardivement ni qu\u2019elle e\u00fbt \u00e9t\u00e9 d\u00e9cid\u00e9e parce que le f\u0153tus montrait des signes de souffrance. Il exposait qu\u2019en r\u00e9alit\u00e9, l\u2019\u00e9quipe m\u00e9dicale avait d\u00e9cid\u00e9 de recourir \u00e0 la c\u00e9sarienne en raison de l\u2019absence d\u2019engagement du f\u0153tus malgr\u00e9 la dilatation compl\u00e8te du col de la patiente. Il pr\u00e9cisait que le nouveau-n\u00e9 pr\u00e9sentait un score d\u2019Apgar de 8\/8, indicateur d\u2019unebonne sant\u00e9. Citant le rapport de l\u2019expert m\u00e9dical, il affirmait que la c\u00e9sarienne avait \u00e9t\u00e9 pratiqu\u00e9e au moment ad\u00e9quat. Il ajoutait qu\u2019il n\u2019y avait pas de pr\u00e9somption de faute en mati\u00e8re de responsabilit\u00e9 civile extracontractuelle hormis les cas d\u2019activit\u00e9s dangereuses et, dans le domaine m\u00e9dical, de l\u2019utilisation d\u2019appareils dangereux. Il contestait aussi l\u2019existence d\u2019un lien de causalit\u00e9 entre la c\u00e9sarienne et les l\u00e9sions du premier requ\u00e9rant, renvoyant sur ce point \u00e9galement au rapport de l\u2019expert m\u00e9dical. Enfin, il contestait les montants allou\u00e9s par le tribunal de Braga au titre des dommages et int\u00e9r\u00eats.<\/p>\n<p>30. Par un arr\u00eat du 30\u00a0novembre 2012, adopt\u00e9 \u00e0 la majorit\u00e9 par deux voix contre une, le tribunal administratif central du Nord d\u00e9bouta l\u2019h\u00f4pital S\u00e3o Marcos de son recours et confirma le jugement du tribunal administratif et fiscal de Braga.<\/p>\n<p>Se r\u00e9f\u00e9rant \u00e0 plusieurs arr\u00eats de la Cour supr\u00eame administrative, il consid\u00e9ra qu\u2019il existait bien une pr\u00e9somption de faute en mati\u00e8re de responsabilit\u00e9 civile extracontractuelle et qu\u2019en l\u2019esp\u00e8ce, il incombait \u00e0 l\u2019h\u00f4pital, en vertu de l\u2019article\u00a0493 \u00a7\u00a02 du code civil, de prouver qu\u2019il avait pris toutes les mesures n\u00e9cessaires pour \u00e9viter tout dommage pour la m\u00e8re ou l\u2019enfant. En ses parties pertinentes, l\u2019arr\u00eat \u00e9tait ainsi libell\u00e9\u00a0:<\/p>\n<p>\u00ab\u00a0Dans le pr\u00e9sent litige, o\u00f9 se pose la question de la responsabilit\u00e9 n\u00e9e de dommages suppos\u00e9ment caus\u00e9s par des actes m\u00e9dicaux pratiqu\u00e9s dans un h\u00f4pital public, nous devons nous r\u00e9f\u00e9rer \u00e0 la responsabilit\u00e9 contractuelle, plus concr\u00e8tement \u00e0 la prestation de services, \u00e9tant donn\u00e9 que nous nous trouvons dans une situation de fait qui est \u00e9quivalente \u00e0 celle d\u2019un contrat de prestation de services (&#8230;) et qui doit ainsi relever de la m\u00eame protection juridique (&#8230;)<\/p>\n<p>(&#8230;)<\/p>\n<p>Il est plus sens\u00e9 &#8211; et plus juste \u2013 que ce soient les professionnels [t\u00e9cnicos] de la sant\u00e9, en l\u2019occurrence les membres de l\u2019\u00e9quipe m\u00e9dicale qui a proc\u00e9d\u00e9 \u00e0 l\u2019accouchement, qui aient \u00e0 prouver qu\u2019ils ont agi avec diligence (&#8230;) plut\u00f4t que les patients \u2013 qui, dans la majorit\u00e9 des cas, n\u2019ont pas de connaissances techniques dans le domaine de la sant\u00e9 \u2013 qui aient \u00e0 prouver l\u2019inverse.<\/p>\n<p>(&#8230;)<\/p>\n<p>La pr\u00e9sente affaire ne concerne pas \u00e0 proprement parler un cas de responsabilit\u00e9 n\u00e9e d\u2019une prestation de service public. En effet, en mati\u00e8re de prise en charge hospitali\u00e8re, notamment pour un accouchement, il n\u2019existe pas d\u2019attribution de comp\u00e9tences ni de r\u00e9glementation de nature publique permettant de distinguer les soins prodigu\u00e9s dans un h\u00f4pital public, en tant que prestation de service public, de ceux apport\u00e9s dans un h\u00f4pital priv\u00e9, en tant qu\u2019acte de prestation de service priv\u00e9e.<\/p>\n<p>(&#8230;)<\/p>\n<p>Quoi qu\u2019il en soit, comme nous l\u2019avons dit, nous nous trouvons face \u00e0 une situation contractuelle de fait et il nous faut donc l\u2019examiner \u00e0 l\u2019aune du cadre juridique de r\u00e9f\u00e9rence correspondant, c\u2019est-\u00e0-dire celui de la responsabilit\u00e9 contractuelle (&#8230;)<\/p>\n<p>(&#8230;) d\u00e8s lors qu\u2019il ressort des faits \u00e9tablis que tout allait bien avant l\u2019accouchement, force est de conclure que (&#8230;) les l\u00e9sions sont apparues au cours de l\u2019accouchement.<\/p>\n<p>Or, si tel est le cas, il en d\u00e9coule n\u00e9cessairement, par imp\u00e9ratif logique, que ces l\u00e9sions sont dues \u00e0 l\u2019intervention du personnel m\u00e9dical ou soignant pendant l\u2019accouchement.<\/p>\n<p>En toute hypoth\u00e8se, il a \u00e9t\u00e9 estim\u00e9 \u00e9tabli avec certitude que les l\u00e9sions sont apparues alors que la m\u00e8re et l\u2019enfant se trouvaient \u00e0 l\u2019h\u00f4pital S\u00e3o Marcos, pendant, avant ou apr\u00e8s l\u2019accouchement, c\u2019est-\u00e0-dire alors qu\u2019ils se trouvaient sous la responsabilit\u00e9 des agents de cet h\u00f4pital, et en particulier de son personnel m\u00e9dical, lequel avait, d\u00e8s lors, le devoir d\u2019\u00e9viter tout dommage pour la m\u00e8re ou l\u2019enfant.<\/p>\n<p>(&#8230;)<\/p>\n<p>Nous aurions abouti \u00e0 la m\u00eame conclusion si nous avions consid\u00e9r\u00e9, comme les juges qui ont rendu la d\u00e9cision attaqu\u00e9e, que nous nous trouvions dans le cas d\u2019une responsabilit\u00e9 extracontractuelle.<\/p>\n<p>(&#8230;) [l\u2019h\u00f4pital] n\u2019a pas prouv\u00e9 (&#8230;) que ses agents aient entrepris toutes les d\u00e9marches ni fait preuve de toute la rigueur technique n\u00e9cessaires et que les dommages soient survenus par le jeu du hasard ou dus \u00e0 un cas de force majeure, impr\u00e9visible ou irr\u00e9sistible.<\/p>\n<p>(&#8230;)\u00a0\u00bb<\/p>\n<p><strong>C. Le pourvoi en cassation et l\u2019arr\u00eat de la Cour supr\u00eame administrative<\/strong><\/p>\n<p>31. Le 21\u00a0janvier 2013, l\u2019h\u00f4pital S\u00e3o Marcos se pourvut en cassation devant la Cour supr\u00eame administrative contre l\u2019arr\u00eat du 30\u00a0novembre 2012. Il soutenait que l\u2019activit\u00e9 de l\u2019administration publique de la sant\u00e9 n\u2019\u00e9tait pas une activit\u00e9 contractuelle de fait et que les actes pratiqu\u00e9s par un h\u00f4pital ne pouvaient \u00eatre consid\u00e9r\u00e9s comme des actes de gestion priv\u00e9e de l\u2019\u00c9tat excluant l\u2019application du r\u00e9gime de la responsabilit\u00e9 civile extracontractuelle de l\u2019\u00c9tat r\u00e9gie par le d\u00e9cret-loi no 48051 du 21\u00a0novembre 1967. Il contestait \u00e9galement l\u2019application de l\u2019article\u00a0493 \u00a7\u00a02 du code civil, la prise en charge des parturientes ne constituant pas, selon lui, une activit\u00e9 dangereuse. Enfin, il avan\u00e7ait que le tribunal administratif central du Nord n\u2019avait pas indiqu\u00e9 quel devoir ou quelle r\u00e8gle de l\u2019art m\u00e9dical auraient \u00e9t\u00e9 m\u00e9connus en l\u2019esp\u00e8ce.<\/p>\n<p>32. Le 27\u00a0f\u00e9vrier 2013, les requ\u00e9rants pr\u00e9sent\u00e8rent leur m\u00e9moire en r\u00e9ponse. Ils y r\u00e9p\u00e9taient, notamment, qu\u2019il incombait \u00e0 l\u2019h\u00f4pital de prouver l\u2019absence de faute et de n\u00e9gligence, que ce soit dans le cadre de la responsabilit\u00e9 contractuelle ou dans celui de la responsabilit\u00e9 extracontractuelle.<\/p>\n<p>33. Le 6\u00a0septembre 2013, le procureur g\u00e9n\u00e9ral adjoint pr\u00e8s la Cour supr\u00eame administrative rendit son avis. Il estimait qu\u2019il n\u2019y avait pas pr\u00e9somption de faute en l\u2019esp\u00e8ce, et qu\u2019il n\u2019avait pas \u00e9t\u00e9 \u00e9tabli que l\u2019\u00e9quipe m\u00e9dicale e\u00fbt tard\u00e9 \u00e0 r\u00e9aliser la c\u00e9sarienne.<\/p>\n<p>34. Le 16\u00a0janvier 2014, la Cour supr\u00eame administrative rendit son arr\u00eat. Elle infirma l\u2019arr\u00eat du tribunal administratif central du Nord, \u00e9cartant d\u2019une part l\u2019application en l\u2019esp\u00e8ce de la responsabilit\u00e9 contractuelle et d\u2019autre part l\u2019existence d\u2019une pr\u00e9somption de faute. Les parties pertinentes de son raisonnement se lisent comme suit\u00a0:<\/p>\n<p>\u00ab\u00a0(&#8230;) ni l\u2019usager [utente] ni les agents [funcion\u00e1rios] de l\u2019h\u00f4pital n\u2019agissent dans le cadre d\u2019un contrat [neg\u00f3cio jur\u00eddico]. (&#8230;) La loi n\u2019attribue donc pas d\u2019effet juridique \u00e0 la volont\u00e9 des parties (&#8230;) [Il s\u2019agit purement et simplement d\u2019un] service public [servi\u00e7o p\u00fablico] mis \u00e0 la disposition des usagers en vertu du bloc de l\u00e9galit\u00e9 applicable (&#8230;)<\/p>\n<p>L\u2019application de la pr\u00e9somption de faute pr\u00e9vue \u00e0 l\u2019article\u00a0799 \u00a7\u00a01 du code civil est ainsi \u00e9cart\u00e9e (&#8230;)<\/p>\n<p>(&#8230;) les actes pratiqu\u00e9s par [les agents de] l\u2019\u00c9tat et [des] autres entit\u00e9s relevant du droit public, ce qui est incontestablement le cas [des \u00e9tablissements] du syst\u00e8me national de sant\u00e9 [Servi\u00e7o Nacional de Sa\u00fade], sont des actes de gestion publique. (&#8230;) Les actes pratiqu\u00e9s dans le cadre du syst\u00e8me national de sant\u00e9, dans un h\u00f4pital public, sont [r\u00e9gis] (&#8230;) par les normes de droit public, et par cons\u00e9quent la responsabilit\u00e9 civile qui en d\u00e9coule est (m\u00eame si elle est qualifi\u00e9e de \u00ab\u00a0civile\u00a0\u00bb) celle pr\u00e9vue par le d\u00e9cret-loi no\u00a048051 [du 21\u00a0novembre 1967].<\/p>\n<p>Pour cette raison, l\u2019article\u00a0493 \u00a7\u00a02 du code civil ne trouve pas \u00e0 s\u2019appliquer [en l\u2019esp\u00e8ce].<\/p>\n<p>(&#8230;) [Il est vrai que] la Cour supr\u00eame administrative a d\u00e9j\u00e0 accept\u00e9 (&#8230;) l\u2019application [\u00e0 la responsabilit\u00e9 de l\u2019\u00c9tat et des autres entit\u00e9s publiques] des pr\u00e9somptions de faute pr\u00e9vues \u00e0 l\u2019article\u00a0493 \u00a7\u00a01 du code civil.<\/p>\n<p>(&#8230;)<\/p>\n<p>Toutefois, on ne peut en d\u00e9duire [qu\u2019elle] admette [\u00e9galement] l\u2019application de l\u2019article\u00a0493 \u00a7\u00a02 du code civil.<\/p>\n<p>En fait, l\u2019application du r\u00e9gime pr\u00e9vu \u00e0 l\u2019article 493 \u00a7 2 du code civil \u00e0 la responsabilit\u00e9 civile de l\u2019\u00c9tat et autres entit\u00e9s publiques est assez probl\u00e9matique.<\/p>\n<p>(&#8230;)<\/p>\n<p>Dans l\u2019arr\u00eat de la Cour supr\u00eame administrative du 22\u00a0juin 2004, prononc\u00e9 dans le cadre de la proc\u00e9dure no\u00a0010810, cette application a \u00e9t\u00e9 express\u00e9ment \u00e9cart\u00e9e, en ces termes\u00a0:<\/p>\n<p>\u00ab\u00a0Contrairement aux actes de gestion priv\u00e9e, pour lesquels il existe une responsabilit\u00e9 objective dans le cadre des activit\u00e9s simplement dangereuses (article\u00a0493 \u00a7\u00a02 du code civil), dans le domaine des actes de gestion publique,cette responsabilit\u00e9 n\u2019est applicable qu\u2019aux activit\u00e9s exceptionnellement dangereuses (article\u00a08 du d\u00e9cret-loi no\u00a048051) (&#8230;)\u00a0\u00bb<\/p>\n<p>Nous souscrivons au raisonnement (&#8230;) expos\u00e9 dans l\u2019arr\u00eat [du 22\u00a0juin 2004] (&#8230;)\u00a0; dans le terrain de la gestion priv\u00e9e, l\u2019activit\u00e9 dangereuse est en g\u00e9n\u00e9ral exerc\u00e9e au b\u00e9n\u00e9fice de son auteur, ce qui justifie un r\u00e9gime de responsabilit\u00e9 civile plus proche de la responsabilit\u00e9 pour risque (article 493 \u00a7\u00a02 du code civil). Il incombe \u00e0 tout b\u00e9n\u00e9ficiaire d\u2019une activit\u00e9 p\u00e9rilleuse d\u2019\u00e9carter le danger susceptible d\u2019en d\u00e9couler, d\u2019o\u00f9 la r\u00e9partition particuli\u00e8rement stricte de la charge de la preuve dans ce type de situation. La justification de l\u2019inversion de la charge de la preuve pr\u00e9vue \u00e0 l\u2019article\u00a0493 \u00a7\u00a02 du code civil (&#8230;) s\u2019apparente \u00e0 la justification de la responsabilit\u00e9 pour risque, d\u2019o\u00f9 la ressemblance entre les deux r\u00e9gimes (le b\u00e9n\u00e9ficiaire de l\u2019activit\u00e9 dangereuse doit supporter la charge des dommages caus\u00e9s par cette activit\u00e9, \u00e0 moins de prouver qu\u2019ils ne peuvent lui \u00eatre imput\u00e9s).<\/p>\n<p>La situation est diff\u00e9rente dans le cas des services et activit\u00e9s dangereuses mis en \u0153uvre par l\u2019\u00c9tat au profit des citoyens, car ils b\u00e9n\u00e9ficient aux usagers \u2013 tel est le cas, notamment, de la prestation de soins de sant\u00e9. (&#8230;) Par cons\u00e9quent, compte tenu de l\u2019existence d\u2019un r\u00e9gime g\u00e9n\u00e9ral de responsabilit\u00e9 civile pour les activit\u00e9s dangereuses [pr\u00e9vu par le d\u00e9cret-loi no\u00a048051], il y a lieu de conclure que, pour ce qui est de ces services et activit\u00e9s, l\u2019\u00c9tat assume une responsabilit\u00e9 objective mais uniquement dans les conditions pr\u00e9vues \u00e0 l\u2019article\u00a08 [du d\u00e9cret-loi no\u00a048051], c\u2019est-\u00e0-dire lorsque la dangerosit\u00e9 est particuli\u00e8re [especial] et que les dommages sont particuliers [especiais] et anormaux.<\/p>\n<p>(&#8230;) Bien entendu, ce r\u00e9gime n\u2019an\u00e9antit pas la responsabilit\u00e9 qui incombe \u00e0 l\u2019\u00c9tat et aux autres entit\u00e9s publiques en vertu des dispositions g\u00e9n\u00e9rales\u00a0: lorsque la faute est d\u00e9montr\u00e9e, il n\u2019est pas n\u00e9cessaire de recourir \u00e0 la pr\u00e9somption pr\u00e9vue \u00e0 l\u2019article\u00a0493 \u00a7\u00a02 du code civil \u2013 le recours \u00e0 des pr\u00e9somptions naturelles [presun\u00e7\u00f5es naturais] \u00e9tant \u00e9galement permis en ce qui concerne la faute.<\/p>\n<p>(&#8230;)\u00a0\u00bb<\/p>\n<p>35. La Cour supr\u00eame administrative estima ensuite que les conclusions expos\u00e9es dans l\u2019arr\u00eat attaqu\u00e9 ne concordaient pas avec les faits que les juridictions inf\u00e9rieures avaient jug\u00e9s \u00e9tablis, et en particulier avec le rapport d\u2019expertise du Conseil m\u00e9dicol\u00e9gal de l\u2019IML. Elle consid\u00e9ra qu\u2019il n\u2019\u00e9tait pas possible de d\u00e9duire de ces faits que \u00ab\u00a0tout allait bien avant l\u2019accouchement\u00a0\u00bb ni, d\u00e8s lors, que les l\u00e9sions subies par le premier requ\u00e9rant avaient \u00e9t\u00e9 caus\u00e9es par la conduite du personnel soignant\u00a0: selon elle, ils ne permettaient pas d\u2019aboutir \u00e0 de telles pr\u00e9somptions l\u00e9gales ni, par cons\u00e9quent,d\u2019engager la responsabilit\u00e9 extracontractuelle de l\u2019h\u00f4pital S\u00e3o Marcos. Elle jugea qu\u2019il lui fallait donc, en vertu de l\u2019article\u00a0150 \u00a7\u00a7\u00a03 et 4 du code de proc\u00e9dure des tribunaux administratifs (\u00ab\u00a0CPTA\u00a0\u00bb, paragraphe\u00a047 ci-dessous), r\u00e9examiner le point de savoir si ces pr\u00e9somptions l\u00e9gales trouvaient \u00e0 s\u2019appliquer et, partant, la conclusion \u00e0 laquelle \u00e9tait parvenu le tribunal administratif central du Nord quant \u00e0 l\u2019existence d\u2019un lien de causalit\u00e9 entre la conduite du personnel soignant et les l\u00e9sions avec lesquelles \u00e9tait n\u00e9 le premier requ\u00e9rant.<\/p>\n<p>La Cour supr\u00eame administrative observa que, d\u2019apr\u00e8s les faits \u00e9tablis, les dommages subis par le premier requ\u00e9rant \u00e9taient dus \u00e0 une asphyxie p\u00e9rinatale. Revenant sur le d\u00e9roulement chronologique de l\u2019accouchement litigieux, elle estima qu\u2019on ne pouvait en d\u00e9duire que l\u2019asphyxie p\u00e9rinatale e\u00fbt \u00e9t\u00e9 caus\u00e9e par une conduite inappropri\u00e9e (conduta inapropriada) du personnel soignant de l\u2019h\u00f4pital. Elle \u00e9carta donc l\u2019existence d\u2019un lien de causalit\u00e9 entre la conduite des soignants et les dommages subis par le premier requ\u00e9rant et, en cons\u00e9quence, elle jugea que la responsabilit\u00e9 de l\u2019h\u00f4pital ne pouvait \u00eatre engag\u00e9e \u00e0 cet \u00e9gard.<\/p>\n<p>Sur ce point, elle tint le raisonnement suivant\u00a0:<\/p>\n<p>\u00ab\u00a0La r\u00e9ponse \u00e0 la question no\u00a034 [paragraphe\u00a016 ci-dessus] et les faits jug\u00e9s \u00e9tablis au point no\u00a052 [du jugement, paragraphe\u00a026 ci-dessus] ne suffisent pas \u00e0 prouver l\u2019existence d\u2019un lien de causalit\u00e9.<\/p>\n<p>De la r\u00e9ponse \u00e0 la question no\u00a034 on ne peut rien d\u00e9duire\u00a0: cette r\u00e9ponse ne permet de dire ni que la c\u00e9sarienne a \u00e9t\u00e9 pratiqu\u00e9e tardivement, ni l\u2019inverse.<\/p>\n<p>De la r\u00e9ponse expos\u00e9e au point no\u00a052 il ressort qu\u2019est \u00e9tabli un fait (la pr\u00e9sence de l\u2019ecchymose circulaire au cou) susceptible d\u2019\u00eatre \u00e0 l\u2019origine de l\u2019asphyxie p\u00e9rinatale. Cet \u00e9l\u00e9ment n\u2019est toutefois pas suffisant pour permettre de trancher clairement le point essentiel de savoir si une maladresse du personnel [soignant de l\u2019h\u00f4pital] a rendu possible cette asphyxie. Plus concr\u00e8tement, elle ne permet pas de dire si c\u2019est l\u2019enroulement du cordon ombilical qui a caus\u00e9 l\u2019asphyxie ni si cet enroulement est lui-m\u00eame survenu en raison d\u2019une conduite inappropri\u00e9e du [personnel soignant de l\u2019h\u00f4pital d\u00e9fendeur].<\/p>\n<p>Il n\u2019est donc pas \u00e9tabli que le comportement du personnel [de l\u2019h\u00f4pital] a \u00e9t\u00e9 \u00e0 l\u2019origine de l\u2019asphyxie p\u00e9rinatale [du premier requ\u00e9rant]. En outre, l\u2019Institut national de m\u00e9decine l\u00e9gale a r\u00e9pondu de mani\u00e8re cat\u00e9gorique \u00e0 la question portant sur le lien de causalit\u00e9.<\/p>\n<p>(&#8230;) des faits \u00e9tablis, nous ne pouvons d\u00e9duire aucun lien de causalit\u00e9 entre la conduite des services [de l\u2019h\u00f4pital] et les l\u00e9sions subies par [le premier requ\u00e9rant].<\/p>\n<p>\u00c9tant donn\u00e9 l\u2019absence de lien de causalit\u00e9, il n\u2019est pas n\u00e9cessaire d\u2019examiner les questions de la lic\u00e9it\u00e9 des faits et de la faute [de l\u2019h\u00f4pital]. Il y a lieu de conclure que la responsabilit\u00e9 de celui-ci n\u2019est pas engag\u00e9e en l\u2019esp\u00e8ce.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p>36. Le 5\u00a0f\u00e9vrier 2014, les requ\u00e9rants form\u00e8rent une r\u00e9clamation en nullit\u00e9 contre l\u2019arr\u00eat de la Cour supr\u00eame administrative. Ils soutenaient que, la d\u00e9cision de recevabilit\u00e9 du pourvoi ne leur ayant pas \u00e9t\u00e9 communiqu\u00e9e, le principe du contradictoire avait \u00e9t\u00e9 m\u00e9connu. Ils avan\u00e7aient \u00e9galement que l\u2019article\u00a0150 \u00a7\u00a05 du CPTA \u00e9tait inconstitutionnel. Ils se plaignaient que la Cour supr\u00eame administrative se soit prononc\u00e9e sur les faits, et ils contestaient sa conclusion selon laquelle il n\u2019existait pas de lien de causalit\u00e9 entre la conduite du personnel soignant de l\u2019h\u00f4pital S\u00e3o Marcos et les l\u00e9sions du premier requ\u00e9rant.<\/p>\n<p>37. Par un arr\u00eat du 20\u00a0mars 2014, la Cour supr\u00eame administrative rejeta la r\u00e9clamation. Elle consid\u00e9ra que les requ\u00e9rants avaient pu s\u2019exprimer sur la recevabilit\u00e9 du pourvoi et qu\u2019il n\u2019y avait donc pas eu atteinte au principe du contradictoire sur ce point. Elle estima \u00e9galement qu\u2019elle n\u2019avait pas outrepass\u00e9 son pouvoir de contr\u00f4le. \u00c0 cet \u00e9gard, elle rappela que, en l\u2019occurrence, elle avait constat\u00e9 que les faits ne confirmaient pas la pr\u00e9somption l\u00e9gale, et elle avait appliqu\u00e9 le droit aux faits mat\u00e9riels jug\u00e9s \u00e9tablis par les juridictions inf\u00e9rieures, comme le lui permettait l\u2019article150 \u00a7\u00a03 du CPTA (paragraphe47 ci-dessous).<\/p>\n<p><strong>D. Les d\u00e9veloppements post\u00e9rieurs \u00e0 l\u2019introduction de la requ\u00eate devant la Cour<\/strong><\/p>\n<p>38. \u00c0 une date non pr\u00e9cis\u00e9e, le deuxi\u00e8me requ\u00e9rant et la troisi\u00e8me requ\u00e9rante introduisirent un recours en r\u00e9vision de l\u2019arr\u00eat de la Cour supr\u00eame administrative. Ils produisirent les r\u00e9sultats des examens et analyses cliniques r\u00e9alis\u00e9s \u00e0 l\u2019h\u00f4pital S\u00e3o Marcos au cours de la grossesse de la troisi\u00e8me requ\u00e9rante, \u00e9l\u00e9ments qui ne figuraient pas dans son dossier m\u00e9dical et qui montraient que sa grossesse avait \u00e9t\u00e9 normale.<\/p>\n<p>39. Par un jugement du 9\u00a0septembre 2019, le tribunal administratif et fiscal de Braga reconnut que les documents en cause ne figuraient pas dans le dossier m\u00e9dical de la troisi\u00e8me requ\u00e9rante et qu\u2019ils n\u2019\u00e9taient ainsi pas connus des requ\u00e9rants lors de la proc\u00e9dure en responsabilit\u00e9 civile extracontractuelle. Examinant leur contenu, il constata qu\u2019il en ressortait effectivement que la grossesse de la troisi\u00e8me requ\u00e9rante avait \u00e9t\u00e9 normale. Il consid\u00e9ra cependant que ces \u00e9l\u00e9ments nouveaux ne permettaient pas de remettre en cause l\u2019arr\u00eat de la Cour supr\u00eame administrative et plus particuli\u00e8rement la conclusion selon laquelle il n\u2019y avait pas de lien de causalit\u00e9 entre la conduite du personnel soignant de l\u2019h\u00f4pital S\u00e3o Marcos et l\u2019asphyxie p\u00e9rinatale qui avait \u00e9t\u00e9 \u00e0 l\u2019origine des l\u00e9sions subies par le premier requ\u00e9rant. Il estima en particulier que les documents en question ne d\u00e9montraient pas que le personnel soignant e\u00fbt commis une quelconque maladresse au moment de l\u2019accouchement ni que la c\u00e9sarienne e\u00fbt \u00e9t\u00e9 pratiqu\u00e9e tardivement. Il conclut donc que les \u00e9l\u00e9ments nouveaux pr\u00e9sent\u00e9s par les requ\u00e9rants n\u2019\u00e9taient pas suffisants pour justifier une modification de l\u2019arr\u00eat rendu par la Cour supr\u00eame et, en cons\u00e9quence, il rejeta la demande de r\u00e9vision.<\/p>\n<p>40. \u00c0 une date non pr\u00e9cis\u00e9e, le deuxi\u00e8me requ\u00e9rant et la troisi\u00e8me requ\u00e9rante interjet\u00e8rent appel devant le tribunal administratif central du Nord. Par un arr\u00eat du 16 octobre 2020, celui-ci confirma le jugement rendu par le tribunal administratif et fiscal de Braga.<\/p>\n<p>41. Le 23 octobre 2020, le deuxi\u00e8me requ\u00e9rant et la troisi\u00e8me requ\u00e9rante se pourvurent en cassation devant la cour supr\u00eame administrative, le pourvoi \u00e9tant pendant.<\/p>\n<p>LE CADRE JURIDIQUE ET LA PRATIQUE INTERNES PERTINENTS<\/p>\n<p>I. LA CONSTITUTION<\/p>\n<p>42. L\u2019article\u00a022 de la Constitution d\u00e9finit la responsabilit\u00e9 civile de l\u2019\u00c9tat et de ses organes et agents dans les termes suivants\u00a0:<\/p>\n<p>\u00ab\u00a0L\u2019\u00c9tat et les autres entit\u00e9s publiques sont civilement responsables, conjointement avec les membres de leurs organes et leurs fonctionnaires ou agents, de toutes les actions et omissions commises par ceux-ci dans l\u2019exercice de leurs fonctions ou \u00e0 cause de l\u2019exercice de leurs fonctions et dont il r\u00e9sulte des violations des droits, libert\u00e9s et garanties fondamentales ou un pr\u00e9judice pour autrui.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p><strong>II. Le d\u00e9cret-loi nO48051 du 21novembre 1967<\/strong><\/p>\n<p>43. Au moment o\u00f9 les requ\u00e9rants engag\u00e8rent la proc\u00e9dure, la responsabilit\u00e9 civile extracontractuelle de l\u2019\u00c9tat \u00e9tait r\u00e9gie par le d\u00e9cret-loi no\u00a048051 du 21novembre 1967. Les dispositions pertinentes en l\u2019esp\u00e8ce de ce texte se lisaient ainsi\u00a0:<\/p>\n<p>Article 1<\/p>\n<p>\u00ab\u00a0Dans le domaine des actes de gestion publique, la responsabilit\u00e9 civile extracontractuelle de l\u2019\u00c9tat et des autres personnes morales publiques [pessoas colectivas p\u00fablicas] est r\u00e9gie par le pr\u00e9sent d\u00e9cret-loi, sauf disposition contraire dans des lois sp\u00e9ciales.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p>Article 2 \u00a7 1<\/p>\n<p>\u00ab\u00a0L\u2019\u00c9tat et les autres personnes collectives publiques sont civilement responsables envers les tiers des atteintes aux droits de ceux-ci ou aux dispositions l\u00e9gales destin\u00e9es \u00e0 prot\u00e9ger leurs int\u00e9r\u00eats qui r\u00e9sultent d\u2019actes illicites fautivement (culpa) commis par leurs organes ou agents administratifs dans l\u2019exercice de leurs fonctions ou en lien avec pareil exercice.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p style=\"text-align: center;\">Article 4<\/p>\n<p>\u00ab\u00a01. La faute (culpa) des membres d\u2019un organe public ou des agents administratifs concern\u00e9s s\u2019appr\u00e9cie sur le fondement de l\u2019article 487 du code civil.<\/p>\n<p>2. Lorsque plusieurs personnes sont responsables, les dispositions de l\u2019article 497 du code civil s\u2019appliquent.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p style=\"text-align: center;\">Article 6<\/p>\n<p>\u00ab\u00a0Aux fins du pr\u00e9sent d\u00e9cret-loi, sont r\u00e9put\u00e9s illicites les actes juridiques qui enfreignent les lois et r\u00e8glements ou les principes g\u00e9n\u00e9raux pertinents ainsi que les actes mat\u00e9riels qui enfreignent lesdits textes et principes, les r\u00e8gles techniques ou les principes relatifs \u00e0 la prudence requise qui doivent \u00eatre observ\u00e9s.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p style=\"text-align: center;\">Article 8<\/p>\n<p>\u00ab\u00a0L\u2019\u00c9tat et les autres personnes morales publiques r\u00e9pondent de tout pr\u00e9judice sp\u00e9cial et anormal r\u00e9sultant d\u2019activit\u00e9s publiques exceptionnellement dangereuses ou de choses ou d\u2019activit\u00e9s de m\u00eame nature, sauf, de mani\u00e8re g\u00e9n\u00e9rale, en cas de force majeure de nature \u00e9trang\u00e8re \u00e0 ces activit\u00e9s et \u00e0 l\u2019exercice de ces activit\u00e9s ou de faute de la victime ou d\u2019une tierce personne, la responsabilit\u00e9 \u00e9tant dans cette derni\u00e8re hypoth\u00e8se d\u00e9termin\u00e9e par le degr\u00e9 de faute de chacun.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p>44. Le d\u00e9cret-loi no\u00a0480501 du 21\u00a0novembre 1967 a \u00e9t\u00e9 abrog\u00e9 par la loi no\u00a067\/2007 du 31\u00a0d\u00e9cembre 2007, qui r\u00e9git depuis lors la responsabilit\u00e9 civile extracontractuelle de l\u2019\u00c9tat. En son article\u00a02, cette loi \u00e9nonce qu\u2019elle pr\u00e9vaut sur tout renvoi l\u00e9gal \u00e0 un r\u00e9gime de responsabilit\u00e9 civile extracontractuelle de droit priv\u00e9 applicable \u00e0 des personnes morales publiques. L\u2019article\u00a04 \u00a7\u00a01 dispose que la faute est d\u00e9termin\u00e9e \u00e0 la lumi\u00e8re de l\u2019article\u00a0487 du code civil.<\/p>\n<p><strong>III. Le code civil<\/strong><\/p>\n<p>45. Au moment des faits, les dispositions pertinentes en l\u2019esp\u00e8ce du code civil se lisaient comme suit\u00a0:<\/p>\n<p style=\"text-align: center;\">Article 483<\/p>\n<p>\u00ab 1. Quiconque, par un dol ou une faute simple, porte atteinte de mani\u00e8re illicite \u00e0 un droit d\u2019autrui ou \u00e0 une quelconque disposition l\u00e9gale ayant pour but la protection des int\u00e9r\u00eats d\u2019autrui doit indemniser la personne l\u00e9s\u00e9e pour les dommages r\u00e9sultant d\u2019un tel acte.<\/p>\n<p>2. En l\u2019absence de faute, l\u2019auteur du pr\u00e9judice n\u2019est tenu d\u2019indemniser la partie l\u00e9s\u00e9e que dans les cas pr\u00e9vus par la loi.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p style=\"text-align: center;\">Article 487<\/p>\n<p>\u00ab 1. Il incombe \u00e0 la partie ayant subi le pr\u00e9judice de prouver la responsabilit\u00e9 pour faute [culpa], \u00e0 moins que celle-ci ne fasse l\u2019objet d\u2019une pr\u00e9somption l\u00e9gale.<\/p>\n<p>2. En l\u2019absence de tout autre crit\u00e8re juridique, la faute s\u2019appr\u00e9cie par r\u00e9f\u00e9rence \u00e0 la diligence que l\u2019on peut attendre d\u2019un bon p\u00e8re de famille, au vu des circonstances de la cause.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p style=\"text-align: center;\">Article 493<\/p>\n<p>\u00ab1. Toute personne ayant en sa possession ou sous sa garde un bien mobilier ou immobilier ou un animal est responsable des dommages caus\u00e9s par la chose ou l\u2019animal en question, sauf s\u2019il est av\u00e9r\u00e9 qu\u2019elle n\u2019a commis aucune faute ou si [bien qu\u2019elle ait commis une faute] il est \u00e9tabli que le dommage serait survenu m\u00eame en l\u2019absence de faute de sa part.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p>2. Toute personne qui cause un dommage \u00e0 autrui dans l\u2019exercice d\u2019une activit\u00e9 dangereuse de par sa nature m\u00eame ou de par les moyens employ\u00e9s est tenue de le r\u00e9parer, \u00e0 moins de prouver qu\u2019elle a pris toutes les dispositions n\u00e9cessaires pour pr\u00e9venir la survenue du dommage.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p style=\"text-align: center;\">Article 799<\/p>\n<p>\u00ab\u00a01. En cas d\u2019inex\u00e9cution ou d\u2019ex\u00e9cution d\u00e9ficiente d\u2019une obligation, il incombe au d\u00e9biteur de prouver que la cause n\u2019en est pas une faute de sa part.<\/p>\n<p>(&#8230;)\u00a0\u00bb<\/p>\n<p><strong>IV. Le code de proc\u00e9dure civile<\/strong><\/p>\n<p>46. En vertu de la disposition pertinente du code de proc\u00e9dure civile (l\u2019article\u00a0571 au moment des faits, devenu aujourd\u2019hui l\u2019article\u00a0470), les experts sont soumis aux m\u00eames conditions d\u2019emp\u00eachement que les juges. Selon l\u2019article\u00a0572, toute partie \u00e0 une proc\u00e9dure peut demander la r\u00e9cusation d\u2019un expert, soit dans les dix jours suivant la d\u00e9signation de cet expert, soit apr\u00e8s avoir pris connaissance d\u2019une cause d\u2019emp\u00eachement de celui-ci.<\/p>\n<p><strong>V. Le code de proc\u00e9dure devant les tribunaux administratifs<\/strong><\/p>\n<p>47. Au moment des faits, l\u2019article\u00a0150 du code de proc\u00e9dure devant les tribunaux administratifs (\u00ab\u00a0CPTA\u00a0\u00bb) se lisait ainsi :<\/p>\n<p>\u00ab\u00a01. Les d\u00e9cisions rendues en deuxi\u00e8me instance par un tribunal administratif central peuvent \u00eatre attaqu\u00e9es, \u00e0 titre exceptionnel, devant la Cour supr\u00eame administrative, lorsque sont en cause des questions qui rev\u00eatent de par leur int\u00e9r\u00eat juridique et social une importance fondamentale, ou que l\u2019examen du recours est clairement n\u00e9cessaire \u00e0 une meilleure application du droit.<\/p>\n<p>2. Le recours ne peut se fonder que sur la violation de la loi substantive ou de proc\u00e9dure.<\/p>\n<p>3. La Cour [supr\u00eame administrative] applique les r\u00e8gles de droit dont elle estime que rel\u00e8vent les faits tels qu\u2019ils ont \u00e9t\u00e9 \u00e9tablis par le tribunal qui a rendu la d\u00e9cision attaqu\u00e9e, et sa d\u00e9cision \u00e0 cet \u00e9gard est d\u00e9finitive.<\/p>\n<p>4. Il ne peut pas \u00eatre introduit de recours pour erreur dans l\u2019appr\u00e9ciation des preuves ou l\u2019\u00e9tablissement des faits, \u00e0 moins qu\u2019ait \u00e9t\u00e9 m\u00e9connue une disposition l\u00e9gale soumettant l\u2019\u00e9tablissement d\u2019un fait \u00e0 la production d\u2019une preuve pr\u00e9cise ou fixant la force probante d\u2019un \u00e9l\u00e9ment donn\u00e9.<\/p>\n<p>5. Dans chaque cas, l\u2019appr\u00e9ciation du respect des conditions \u00e9nonc\u00e9es au paragraphe\u00a01 appartient \u00e0 la Cour supr\u00eame administrative. Celle-ci doit proc\u00e9der \u00e0 une appr\u00e9ciation pr\u00e9liminaire sommaire, confi\u00e9e \u00e0 une formation de trois juges choisis parmi les plus anciens juges de la chambre du contentieux administratif.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p><strong>VI. Le cadre r\u00e9glementaire interne applicable en mati\u00e8re de sant\u00e9<\/strong><\/p>\n<p>48. Le cadre r\u00e9glementaire interne applicable en mati\u00e8re de sant\u00e9 au moment des faits est expos\u00e9 aux paragraphes\u00a088 \u00e0 109 de l\u2019arr\u00eat Lopes de Sousa Fernandes c.\u00a0Portugal ([GC], no\u00a056080\/13, 19\u00a0d\u00e9cembre 2017).<\/p>\n<p><strong>VII. Sur l\u2019institut national de m\u00e9decine l\u00e9gale<\/strong><\/p>\n<p>49. L\u2019institut national de m\u00e9decine l\u00e9gale (\u00ab\u00a0IML\u00a0\u00bb) est un institut public relevant de la supervision et de la tutelle du minist\u00e8re de la Justice (article\u00a01 du d\u00e9cret-loi no\u00a096\/2001 du 26\u00a0mars 2001 et article\u00a01 du d\u00e9cret-loi no\u00a0131\/2007 du 27\u00a0avril 2007 au moment o\u00f9 les expertises ont \u00e9t\u00e9 demand\u00e9es en l\u2019esp\u00e8ce, article\u00a01 du d\u00e9cret-loi no\u00a0166\/2012 du 31\u00a0juillet 2012 actuellement). Entre autres missions, l\u2019IML collabore avec les tribunaux en r\u00e9alisant \u00e0 leur demande des examens et des expertises m\u00e9dicol\u00e9gales et forensiques (forenses) (article\u00a02 du d\u00e9cret-loi no\u00a096\/2001 du 26\u00a0mars 2001, article\u00a03 du d\u00e9cret-loi no\u00a0131\/2007 du 27\u00a0avril 2007 et article\u00a03 du d\u00e9cret-loi no\u00a0166\/2012 du 31\u00a0juillet 2012). Le Conseil m\u00e9dicol\u00e9gal (Conselho M\u00e9dico-Legal) est un organe de l\u2019IML. Il a pour mission d\u2019\u00e9mettre des avis sur des questions d\u2019expertise technique et scientifique (article\u00a09 du d\u00e9cret-loi no\u00a096\/2001 du 26\u00a0mars 2001, article\u00a06 du d\u00e9cret-loi no\u00a0131\/2007 du 27\u00a0avril 2007 et article\u00a07 du d\u00e9cret-loi no\u00a0166\/2012 du 31\u00a0juillet 2012). Aux termes de l\u2019article\u00a06 \u00a7\u00a04 du d\u00e9cret-loi no\u00a0131\/2007 du 27\u00a0avril 2007, en vigueur au moment o\u00f9 la deuxi\u00e8me expertise de l\u2019IML fut rendue en l\u2019esp\u00e8ce, les avis technico-scientifiques \u00e9mis par le Conseil m\u00e9dicol\u00e9gal n\u2019\u00e9taient pas susceptibles de r\u00e9vision. Ils constituaient l\u2019opinion d\u00e9finitive du Conseil sur la question concr\u00e8te qui lui avait \u00e9t\u00e9 pos\u00e9e, \u00e0 moins que de nouveaux \u00e9l\u00e9ments pertinents ne soient pr\u00e9sent\u00e9s ult\u00e9rieurement.<\/p>\n<p><strong>VIII. La pratique interne pertinente<\/strong><\/p>\n<p>50. Selon une jurisprudence constante de la Cour supr\u00eame administrative et de la Cour supr\u00eame, les demandes d\u2019indemnisation concernant des dommages caus\u00e9s dans le cadre d\u2019une intervention chirurgicale r\u00e9alis\u00e9e dans un h\u00f4pital public du syst\u00e8me national de sant\u00e9 (Servi\u00e7o Nacional de Sa\u00fade) sont examin\u00e9es sous l\u2019angle de la responsabilit\u00e9 civile extracontractuelle de l\u2019\u00c9tat (Cour supr\u00eame administrative, 20\u00a0avril 2004, affaire no\u00a00982\/03, et 9\u00a0juin 2011, affaire no\u00a00762\/09\u00a0; Cour supr\u00eame, 9\u00a0d\u00e9cembre 2008, affaire no\u00a008A3323, 24 mai 2011, affaire no\u00a01347\/04.2TBPNF.P1.S1, et 25\u00a0f\u00e9vrier 2015, affaire no\u00a0804\/03.2TAALM.L.S1). La responsabilit\u00e9 civile extracontractuelle de l\u2019\u00c9tat a \u00e9t\u00e9 r\u00e9gie successivement par le d\u00e9cret-loi no\u00a048051 du 21\u00a0novembre 1967 puis par la loi no\u00a067\/2007 du 31\u00a0d\u00e9cembre 2007.<\/p>\n<p>Dans l\u2019arr\u00eat qu\u2019elle a rendu le 20\u00a0avril 2004 dans l\u2019affaire no\u00a00982\/03, la Cour supr\u00eame administrative a tenu le raisonnement suivant\u00a0:<\/p>\n<p>\u00ab\u00a0Toute personne ayant recours \u00e0 un \u00e9tablissement public de sant\u00e9 est engag\u00e9e \u00e0 cet \u00e9gard en tant que \u00ab\u00a0patient\u00a0\u00bb dans une relation juridique administrative encadr\u00e9e par la loi et soumise \u00e0 un r\u00e9gime juridique g\u00e9n\u00e9ral statutaire, applicable de fa\u00e7on \u00e9gale \u00e0 tous les usagers de ce service public, qui d\u00e9finit l\u2019ensemble de ses droits, devoirs et obligations et auquel il ne peut \u00eatre d\u00e9rog\u00e9 par contrat, avec l\u2019introduction de discriminations positives ou n\u00e9gatives.<\/p>\n<p>[Le patient] n\u2019a donc pas la qualit\u00e9 de partie contractante (&#8230;)\u00a0\u00bb<\/p>\n<p>51. En mati\u00e8re de responsabilit\u00e9 civile extracontractuelle de l\u2019\u00c9tat, la Cour supr\u00eame administrative consid\u00e8re de fa\u00e7on constante que l\u2019\u00c9tat n\u2019est tenu \u00e0 r\u00e9paration que lorsqu\u2019un acte illicite fautif a \u00e9t\u00e9 commis et qu\u2019il existe un lien de causalit\u00e9 entre cet acte et le dommage all\u00e9gu\u00e9 (voir, parmi beaucoup d\u2019autres, les arr\u00eats qu\u2019elle a rendus le 27\u00a0janvier 1987 sur le recours no\u00a023963, le 13\u00a0octobre 1998 sur le recours no\u00a043138 et le 26\u00a0novembre 2003 sur le recours no\u00a001019\/03).<\/p>\n<p>52. Il ressort \u00e9galement de la jurisprudence constante de la Cour supr\u00eame administrative que la pr\u00e9somption l\u00e9gale pos\u00e9e \u00e0 l\u2019article\u00a0493 \u00a7\u00a02 du code civil n\u2019est pas applicable en ce qui concerne la responsabilit\u00e9 civile extracontractuelle de l\u2019\u00c9tat (arr\u00eats rendus le 9\u00a0juin 2011 dans l\u2019affaire no\u00a00762\/09 et le 15\u00a0mai 2014 dans l\u2019affaire no\u00a001504\/13).<\/p>\n<p>53. La Cour supr\u00eame, quant \u00e0 elle, a reconnu dans certains cas que l\u2019activit\u00e9 m\u00e9dicale pouvait \u00eatre consid\u00e9r\u00e9e comme une activit\u00e9 dangereuse au sens de l\u2019article\u00a0493 \u00a7\u00a02 du code civil et donner lieu \u00e0 l\u2019application de la pr\u00e9somption de faute pos\u00e9e par cette disposition, notamment lorsque l\u2019intervention m\u00e9dicale implique l\u2019utilisation de machines ou appareils m\u00e9dicaux (18\u00a0f\u00e9vrier 1992, affaire no\u00a0080855, 13\u00a0mars 2007, recours no\u00a096\/07, et 9\u00a0d\u00e9cembre 2008, affaire no\u00a008A3323).<\/p>\n<p>Dans l\u2019arr\u00eat qu\u2019elle a rendu le 25\u00a0f\u00e9vrier 2015 dans l\u2019affaire no\u00a0804\/03.2TAALM.L.S1, elle a tenu le raisonnement suivant\u00a0:<\/p>\n<p>\u00ab\u00a0L\u2019activit\u00e9 m\u00e9dicale ne peut \u00eatre qualifi\u00e9e d\u2019exceptionnellement dangereuse que dans certains cas exceptionnels. Consid\u00e9rer le contraire aboutirait \u00e0 l\u2019exercice d\u2019une m\u00e9decine d\u00e9fensive, et aurait pour cons\u00e9quence d\u2019entraver les progr\u00e8s [scientifiques] dans certaines sp\u00e9cialit\u00e9s, au pr\u00e9judice des patients eux-m\u00eames, et de porter une atteinte inadmissible \u00e0 la dignit\u00e9 personnelle et professionnelle des m\u00e9decins (&#8230;)\u00a0\u00bb<\/p>\n<p>54. Dans une autre affaire (14\u00a0septembre 2014, recours no\u00a08121311), la Cour supr\u00eame administrative a fait droit \u00e0 une demande d\u2019indemnisation pour des l\u00e9sions subies par un nouveau-n\u00e9 au moment de sa naissance dans un h\u00f4pital public. Dans cette affaire, il avait \u00e9t\u00e9 jug\u00e9 \u00e9tabli que, face \u00e0 l\u2019absence d\u2019engagement du f\u0153tus et \u00e0 une souffrance f\u0153tale aig\u00fce, l\u2019\u00e9quipe m\u00e9dicale aurait d\u00fb pratiquer imm\u00e9diatement une c\u00e9sarienne ou amener l\u2019accouchement par voie basse \u00e0 l\u2019aide de forceps, mais qu\u2019il y avait eu un retard de vingt \u00e0 trente-cinq minutes.<\/p>\n<p>55. Peu apr\u00e8s (12mars 2015, affaire no\u00a01212\/08.4TBBCL.G2.S1), la Cour supr\u00eame a fait droit \u00e0 une demande d\u2019indemnisation dirig\u00e9e contre un centre de radiologie priv\u00e9 qui, en d\u00e9pit de trois \u00e9chographies, pratiqu\u00e9es sur la demanderesse pendant sa grossesse, n\u2019avait pas d\u00e9tect\u00e9 la pr\u00e9sence de malformations graves sur le f\u0153tus qu\u2019elle portait. Elle a reconnu qu\u2019il y avait en l\u2019esp\u00e8ce pr\u00e9somption de faute du d\u00e9fendeur en raison de la d\u00e9ficience du diagnostic. Elle a \u00e9galement jug\u00e9 \u00e9tablie l\u2019existence d\u2019un lien de causalit\u00e9 entre l\u2019erreur de diagnostic et les malformations du nouveau-n\u00e9. Elle a en effet consid\u00e9r\u00e9 que si ces malformations cong\u00e9nitales incurables avaient \u00e9t\u00e9 d\u00e9cel\u00e9es, les parents auraient eu le choix d\u2019interrompre la grossesse.<\/p>\n<p>56. En une autre occasion (2juin 2015, affaire no\u00a01263\/06.3TVPRT.P1.S1), la Cour supr\u00eame a reconnu la responsabilit\u00e9 d\u2019un chirurgien qui avait pratiqu\u00e9 sur la demanderesse, dans un h\u00f4pital priv\u00e9, une lipoaspiration dans la r\u00e9gion vulvaire. Elle est parvenue \u00e0 cette conclusion apr\u00e8s avoir constat\u00e9 que le chirurgien avait, outre la lipoaspiration, proc\u00e9d\u00e9, sans l\u2019autorisation de la patiente, \u00e0 une vulvoplastie qui avait entra\u00een\u00e9 une infection et des douleurs tr\u00e8s intenses et persistantes. Elle a jug\u00e9 que le m\u00e9decin d\u00e9fendeur n\u2019avait pas r\u00e9ussi \u00e0 prouver que l\u2019ex\u00e9cution d\u00e9ficiente de l\u2019op\u00e9ration n\u2019\u00e9tait pas due \u00e0 une faute de sa part, au sens de l\u2019article\u00a0799 du code civil (paragraphe45 ci-dessus), et qu\u2019il n\u2019avait donc pas renvers\u00e9 la pr\u00e9somption de faute pr\u00e9vue dans le cadre du r\u00e9gime de la responsabilit\u00e9 contractuelle.<\/p>\n<p>EN DROIT<\/p>\n<p><strong>I. Observations pr\u00e9liminaires<\/strong><\/p>\n<p><strong>A. Sur la qualit\u00e9 de victime du deuxi\u00e8me requ\u00e9rant et de la troisi\u00e8me requ\u00e9rante<\/strong><\/p>\n<p>57. La Cour note que le Gouvernement n\u2019a pas soulev\u00e9 d\u2019exception concernant la qualit\u00e9 de victime des deuxi\u00e8me et troisi\u00e8me requ\u00e9rants. Elle estime que rien ne l\u2019emp\u00eache toutefois d\u2019examiner d\u2019office cette question, qui touche \u00e0 sa comp\u00e9tence (voir, par exemple, Ble\u010di\u0107 c.\u00a0Croatie [GC], no\u00a059532\/00, \u00a7\u00a067, CEDH 2006\u2011III, et R.P. et autres c.\u00a0Royaume-Uni, no\u00a038245\/08, \u00a7\u00a047, 9\u00a0octobre 2012).<\/p>\n<p>58. Elle rappelle que, pour pouvoir introduire une requ\u00eate en vertu de l\u2019article\u00a034 de la Convention, une personne physique, une organisation non gouvernementale ou un groupe de particuliers doit pouvoir se pr\u00e9tendre \u00ab\u00a0victime d\u2019une violation (&#8230;) des droits reconnus dans la Convention (&#8230;)\u00a0\u00bb. Pour pouvoir se pr\u00e9tendre victime d\u2019une violation, un individu doit avoir subi directement les effets de la mesure litigieuse (Burden c.\u00a0Royaume-Uni [GC], no\u00a013378\/05, \u00a7\u00a033, CEDH 2008). L\u2019existence d\u2019une victime personnellement touch\u00e9e par la violation all\u00e9gu\u00e9e d\u2019un droit garanti par la Convention est une condition de la mise en \u0153uvre du m\u00e9canisme de protection de la Convention, m\u00eame si ce crit\u00e8re ne doit pas \u00eatre appliqu\u00e9 de mani\u00e8re rigide et inflexible (Bitenc c.\u00a0Slov\u00e9nie (d\u00e9c.), no\u00a032963\/02, 18\u00a0mars 2008). La Cour interpr\u00e8te le concept de victime de fa\u00e7on autonome, ind\u00e9pendamment des notions internes telles que celles d\u2019int\u00e9r\u00eat \u00e0 agir ou de qualit\u00e9 pour agir (Aksu c.\u00a0Turquie [GC], nos\u00a04149\/04 et 41029\/04, \u00a7\u00a052, CEDH 2012). Cela \u00e9tant, une personne ne saurait, en principe, se plaindre d\u2019avoir subi une violation de ses droits dans le cadre d\u2019une proc\u00e9dure \u00e0 laquelle elle n\u2019\u00e9tait pas partie (Centro Europa 7 S.r.l. et Di Stefano c.\u00a0Italie [GC], no\u00a038433\/09, \u00a7\u00a092, CEDH 2012, et Margulev c.\u00a0Russie, no\u00a015449\/09, \u00a7\u00a035, 8\u00a0octobre 2019).<\/p>\n<p>59. En l\u2019esp\u00e8ce, la Cour note que le deuxi\u00e8me requ\u00e9rant et la troisi\u00e8me requ\u00e9rante sont les parents et repr\u00e9sentants l\u00e9gaux du premier requ\u00e9rant. Elle constate qu\u2019ils ont engag\u00e9 la proc\u00e9dure interne relative aux faits de la pr\u00e9sente esp\u00e8ce non pas en qualit\u00e9 de demandeurs mais au nom du premier requ\u00e9rant (paragraphe\u00a010 ci-dessus). Dans sa d\u00e9cision pr\u00e9paratoire, le tribunal administratif et fiscal de Braga a d\u2019ailleurs soulign\u00e9 que, dans le cadre de la proc\u00e9dure civile, le demandeur \u00e9tait seulement le premier requ\u00e9rant, tandis que le deuxi\u00e8me requ\u00e9rant et la troisi\u00e8me requ\u00e9rante n\u2019intervenaient qu\u2019en tant que repr\u00e9sentants l\u00e9gaux de l\u2019int\u00e9ress\u00e9 (paragraphe\u00a016 ci-dessus). Par cons\u00e9quent, \u00e9tant donn\u00e9 qu\u2019ils n\u2019\u00e9taient pas partie \u00e0 la proc\u00e9dure men\u00e9e au niveau interne, la Cour ne saurait les consid\u00e9rer comme \u00ab\u00a0victimes\u00a0\u00bb, au sens de l\u2019article\u00a034 de la Convention, des faits dont ils se plaignent.<\/p>\n<p>60. \u00c0 la lumi\u00e8re de ce qui pr\u00e9c\u00e8de, la Cour conclut que, pour autant qu\u2019elle concerne les deuxi\u00e8me et troisi\u00e8me requ\u00e9rants, la requ\u00eate est incompatible ratione personae avec les dispositions de la Convention au sens de l\u2019article\u00a035 \u00a7\u00a03 a), et doit \u00eatre rejet\u00e9e en application de l\u2019article\u00a035 \u00a7\u00a04 de la Convention.<\/p>\n<p>61. Elle se limitera donc \u00e0 examiner la requ\u00eate dans sa partie introduite au nom du premier requ\u00e9rant.<\/p>\n<p><strong>B. Sur le locus standi<\/strong><\/p>\n<p>62. \u00c0 la suite du d\u00e9c\u00e8s du premier requ\u00e9rant, les parents du premier requ\u00e9rant ont inform\u00e9 la Cour, par une lettre du 13\u00a0juillet 2017, qu\u2019ils souhaitaient poursuivre la proc\u00e9dure en son nom (paragraphe 2 ci-dessus).<\/p>\n<p>63. La Cour rappelle que, dans les cas o\u00f9 le requ\u00e9rant d\u00e9c\u00e8de apr\u00e8s l\u2019introduction de la requ\u00eate, elle autorise normalement les proches de l\u2019int\u00e9ress\u00e9 \u00e0 poursuivre la proc\u00e9dure, \u00e0 condition qu\u2019ils aient un int\u00e9r\u00eat l\u00e9gitime \u00e0 le faire (voir, par exemple, Murray c.\u00a0Pays-Bas [GC], no\u00a010511\/10, \u00a7\u00a079, 26\u00a0avril 2016, et les affaires qui y sont cit\u00e9es). Eu \u00e9gard \u00e0 l\u2019objet de la requ\u00eate et \u00e0 l\u2019ensemble des \u00e9l\u00e9ments dont elle dispose, elle estime qu\u2019en l\u2019esp\u00e8ce, le deuxi\u00e8me requ\u00e9rant et la troisi\u00e8me requ\u00e9rante ont un int\u00e9r\u00eat l\u00e9gitime au maintien de la requ\u00eate au nom de leur fils et, de ce fait, qualit\u00e9 pour agir au titre de l\u2019article\u00a034 de la Convention. Pour des raisons d\u2019ordre pratique, elle continuera de d\u00e9signer M.\u00a0Pedro Miguel Afonso Vilela comme \u00ab le premier requ\u00e9rant\u00a0\u00bb.<\/p>\n<p><strong>II. SUR LA VIOLATION ALL\u00c9GU\u00c9E DE L\u2019ARTICLE 8 DE LA CONVENTION<\/strong><\/p>\n<p>64. Invoquant les articles\u00a02, 3, 6 \u00a7\u00a01 et 8 de la Convention et l\u2019article\u00a01 du Protocole no\u00a01 \u00e0 la Convention, le premier requ\u00e9rant all\u00e8gue qu\u2019une n\u00e9gligence m\u00e9dicale commise au moment de sa naissance est la cause de son invalidit\u00e9 \u00e0 100\u00a0%. Sous l\u2019angle de l\u2019article\u00a013, il se plaint de ne pas avoir dispos\u00e9 d\u2019un recours effectif qui lui aurait permis de faire reconna\u00eetre par les juridictions administratives la responsabilit\u00e9 de l\u2019h\u00f4pital quant \u00e0 son handicap. Sur le terrain de l\u2019article\u00a06 \u00a7\u00a01, il se plaint aussi de la dur\u00e9e, selon lui excessive, de la proc\u00e9dure administrative dans le cadre de laquelle a \u00e9t\u00e9 examin\u00e9e l\u2019action qu\u2019il avait engag\u00e9e contre l\u2019h\u00f4pital.<\/p>\n<p>65. Ma\u00eetresse de la qualification juridique des faits de la cause (Radomilja et autres c.\u00a0Croatie [GC], nos 37685\/10 et 22768\/12, \u00a7\u00a0126, 20\u00a0mars 2018), la Cour estime qu\u2019il convient d\u2019examiner les griefs du premier requ\u00e9rant sous l\u2019angle du seul article\u00a08 de la Convention, dans ses volets mat\u00e9riel et proc\u00e9dural, le champ de cette disposition couvrant les questions li\u00e9es \u00e0 la protection de l\u2019int\u00e9grit\u00e9 morale et physique des individus dans le contexte de l\u2019apport de soins m\u00e9dicaux (voir, Spyra et Kranczkowski c.\u00a0Pologne, no\u00a019764\/07, \u00a7\u00a067, 25\u00a0septembre 2012, et Mehmet Ulusoy et autres c.\u00a0Turquie, no\u00a054969\/09, \u00a7\u00a064, 25\u00a0juin 2019).<\/p>\n<p>En sa partie pertinente en l\u2019esp\u00e8ce, l\u2019article\u00a08 est ainsi libell\u00e9\u00a0:<\/p>\n<p>\u00ab\u00a01. Toute personne a droit au respect de sa vie priv\u00e9e (&#8230;)\u00a0\u00bb<\/p>\n<p><strong>A. Sur la recevabilit\u00e9<\/strong><\/p>\n<p>66. Constatant que ces griefs ne sont pas manifestement mal fond\u00e9s ni irrecevables pour un autre motif vis\u00e9 \u00e0 l\u2019article\u00a035 de la Convention, la Cour les d\u00e9clare recevables.<\/p>\n<p><strong>B. Sur le fond<\/strong><\/p>\n<p><em>1. Th\u00e8ses des parties<\/em><\/p>\n<p>a) Le premier requ\u00e9rant<\/p>\n<p>67. Le premier requ\u00e9rant soutient que le handicap dont il est atteint est le r\u00e9sultat de n\u00e9gligences m\u00e9dicales commises selon lui par le personnel soignant de l\u2019h\u00f4pital S\u00e3o Marcos au moment de l\u2019accouchement de la troisi\u00e8me requ\u00e9rante. Il expose que celle-ci s\u2019\u00e9tait pr\u00e9sent\u00e9e \u00e0 l\u2019h\u00f4pital au terme de sa grossesse, le 14\u00a0d\u00e9cembre 1994, mais qu\u2019elle avait \u00e9t\u00e9 renvoy\u00e9e chez elle dans l\u2019attente des contractions, et que cette information figure dans le rapport du cabinet m\u00e9dicol\u00e9gal (paragraphe 18 ci-dessus). Il ajoute que, selon le rapport de l\u2019h\u00f4pital Pedro Hispano de Matosinhos en date du 12\u00a0f\u00e9vrier 1998 (paragraphe\u00a011 ci-dessus) et la fiche m\u00e9dicale de suivi de la troisi\u00e8me requ\u00e9rante \u00e0 l\u2019h\u00f4pital S\u00e3o Marcos, la grossesse s\u2019\u00e9tait d\u00e9roul\u00e9e normalement. Il consid\u00e8re qu\u2019il faut d\u00e9duire de ces \u00e9l\u00e9ments qu\u2019il aurait d\u00fb na\u00eetre en bonne sant\u00e9. S\u2019appuyant sur l\u2019avis m\u00e9dicol\u00e9gal du professeur P.C. (paragraphes\u00a017 et 20 ci-dessus), il soutient que la c\u00e9sarienne a \u00e9t\u00e9 r\u00e9alis\u00e9e trop tard et que les l\u00e9sions qui sont \u00e0 l\u2019origine de son handicap se sont produites pendant l\u2019accouchement.<\/p>\n<p>68. Il estime par ailleurs que la proc\u00e9dure men\u00e9e devant les juridictions administratives n\u2019a pas \u00e9t\u00e9 conduite de mani\u00e8re prompte et \u00e9quitable. Il se plaint plus particuli\u00e8rement de l\u2019examen que la Cour supr\u00eame administrative a fait de l\u2019affaire\u00a0: il soutient que la haute juridiction n\u2019aurait pas d\u00fb conclure que la pr\u00e9somption de faute pos\u00e9e \u00e0 l\u2019article\u00a0493 \u00a7\u00a02 du code civil n\u2019\u00e9tait pas applicable en l\u2019esp\u00e8ce (paragraphe\u00a045 ci-dessus). Il\u00a0avance \u00e0 cet \u00e9gard que, dans son arr\u00eat du 16\u00a0janvier 2014, la Cour supr\u00eame administrative n\u2019a pas pris en compte les documents qui montraient que la grossesse de la troisi\u00e8me requ\u00e9rante avait \u00e9t\u00e9 normale. Il\u00a0all\u00e8gue par ailleurs que les experts m\u00e9dicaux qui ont rendu les rapports sur lesquels se sont fond\u00e9es les juridictions internes n\u2019\u00e9taient ni ind\u00e9pendants ni impartiaux. Il se plaint en outre que les juridictions internes n\u2019aient pas tenu compte de l\u2019avis m\u00e9dicol\u00e9gal du professeur P.C. (paragraphe\u00a017 ci-dessus).<\/p>\n<p>69. Enfin, il argue que, par un arr\u00eat du 14\u00a0septembre 2014, la Cour supr\u00eame administrative a fait droit \u00e0 la pr\u00e9tention de demandeurs qui se trouvaient dans une situation similaire \u00e0 la sienne (paragraphe\u00a054 ci-dessus).<\/p>\n<p>b) Le Gouvernement<\/p>\n<p>70. Le Gouvernement avance d\u2019abord que, au cours de la proc\u00e9dure interne, les requ\u00e9rants n\u2019ont pas pr\u00e9cis\u00e9 quelles fautes avaient selon eux \u00e9t\u00e9 commises par le personnel soignant et provoqu\u00e9 les l\u00e9sions affectant le premier requ\u00e9rant. Il argue ensuite qu\u2019au cours de cette proc\u00e9dure,il n\u2019a pas \u00e9t\u00e9 \u00e9tabli que ces l\u00e9sions aient \u00e9t\u00e9 provoqu\u00e9es par un traumatisme survenu pendant l\u2019accouchement, et la cause de l\u2019enroulement du cordon que pr\u00e9sentait le premier requ\u00e9rant \u00e0 sa naissance n\u2019a pas \u00e9t\u00e9 d\u00e9termin\u00e9e. Il\u00a0admet qu\u2019il est certain que les l\u00e9sions ont \u00e9t\u00e9 provoqu\u00e9es par une asphyxie p\u00e9rinatale, mais il souligne que la Cour supr\u00eame administrative a \u00e9cart\u00e9 toute responsabilit\u00e9 du personnel soignant de l\u2019h\u00f4pital S\u00e3o Marcos \u00e0 cet \u00e9gard.<\/p>\n<p>71. Il expose que, en l\u2019absence d\u2019action ou d\u2019omission fautives du personnel m\u00e9dical, les juridictions de premi\u00e8re et de deuxi\u00e8me instance ont appliqu\u00e9 des pr\u00e9somptions de fait et de droit, et que la Cour supr\u00eame administrative, statuant en derni\u00e8re instance, a jug\u00e9 ces pr\u00e9somptions inapplicables en l\u2019esp\u00e8ce. Il pr\u00e9cise que ce n\u2019est pas sur ce fondement que la Cour supr\u00eame administrative a infirm\u00e9 l\u2019arr\u00eat du tribunal administratif et fiscal de Braga qui avait \u00e9t\u00e9 confirm\u00e9 par le tribunal administratif central du Nord. Il explique qu\u2019en l\u2019esp\u00e8ce, la Cour supr\u00eame administrative a jug\u00e9 que, en l\u2019absence d\u2019une base factuelle suffisante, on ne pouvait conclure \u00e0 l\u2019existence d\u2019un lien de causalit\u00e9 entre la prise en charge de la troisi\u00e8me requ\u00e9rante et les l\u00e9sions subies par le premier requ\u00e9rant. Il indique que sur ce point, elle s\u2019est d\u2019ailleurs r\u00e9f\u00e9r\u00e9e au rapport du Conseil m\u00e9dicol\u00e9gal de l\u2019IML, qui aurait r\u00e9pondu de fa\u00e7on claire aux questions qui avaient \u00e9t\u00e9 pos\u00e9es par le tribunal. Selon lui, la grossesse avait certes \u00e9t\u00e9 normale, mais les faits jug\u00e9s \u00e9tablis par les juridictions internes ne permettaient pas de conclure que les l\u00e9sions subies par le premier requ\u00e9rant se fussent produites pendant l\u2019accouchement par suite d\u2019une n\u00e9gligence de la part du personnel soignant de l\u2019h\u00f4pital S\u00e3o Marcos.<\/p>\n<p>72. Du point de vue proc\u00e9dural, le Gouvernement soutient que, en l\u2019esp\u00e8ce, les juridictions administratives ont fait tout ce qui \u00e9tait possible pour d\u00e9terminer la cause des l\u00e9sions subies par le premier requ\u00e9rant. Ainsi, le tribunal administratif aurait consult\u00e9 le dossier m\u00e9dical de la requ\u00e9rante, entendu des t\u00e9moins (six m\u00e9decins et quatre infirmi\u00e8res) et requis des expertises m\u00e9dicales, dans lesquelles les experts auraient r\u00e9pondu aux questions pos\u00e9es par les parties. En outre, les requ\u00e9rants auraient pu pr\u00e9senter leurs arguments et leurs moyens de preuve et contredire ceux de la partie adverse, et ils auraient aussi \u00e9t\u00e9 entendus. Le Gouvernement consid\u00e8re donc que m\u00eame s\u2019il n\u2019a pas \u00e9t\u00e9 possible de d\u00e9terminer la cause des l\u00e9sions du premier requ\u00e9rant, l\u2019\u00c9tat s\u2019est acquitt\u00e9 de ses obligations proc\u00e9durales. Quant \u00e0 la dur\u00e9e de la proc\u00e9dure, le Gouvernement reconna\u00eet qu\u2019elle \u00e9tait excessive au regard de l\u2019article 6 de la Convention. Cependant, d\u2019apr\u00e8s lui, celle-ci \u00e9tait due \u00e0 la complexit\u00e9 de l\u2019affaire et la difficult\u00e9 \u00e0 produire des preuves, d\u2019autant que l\u2019action en responsabilit\u00e9 civile contre l\u2019\u00c9tat n\u2019avait \u00e9t\u00e9 introduite que dix ans apr\u00e8s les faits.<\/p>\n<p><em>2. Appr\u00e9ciation de la Cour<\/em><\/p>\n<p>a) Rappel des principes g\u00e9n\u00e9raux<\/p>\n<p>73. La Cour rappelle que selon sa jurisprudence bien \u00e9tablie, m\u00eame si le droit \u00e0 la sant\u00e9 ne figure pas en tant que tel parmi les droits garantis par la Convention et ses Protocoles, les Hautes Parties contractantes ont, parall\u00e8lement \u00e0 leurs obligations positives d\u00e9coulant de l\u2019article\u00a02 de la Convention, une obligation positive d\u00e9coulant de l\u2019article\u00a08, qui consiste, d\u2019une part, \u00e0 mettre en place une r\u00e9glementation obligeant les h\u00f4pitaux publics et priv\u00e9s \u00e0 adopter des mesures appropri\u00e9es pour prot\u00e9ger l\u2019int\u00e9grit\u00e9 physique de leurs patients et, d\u2019autre part, \u00e0 mettre \u00e0 la disposition des victimes de n\u00e9gligences m\u00e9dicales une proc\u00e9dure leur permettant d\u2019obtenir, le cas \u00e9ch\u00e9ant, une indemnisation de leur dommage corporel (Jurica c.\u00a0Croatie, no\u00a030376\/13, \u00a7\u00a084, 2\u00a0mai 2017, et les r\u00e9f\u00e9rences qui y sont cit\u00e9es). Elle rappelle \u00e9galement que les obligations d\u00e9coulant de l\u2019article\u00a08 de la Convention co\u00efncident largement avec celles d\u00e9coulant de l\u2019article\u00a02 (Brincat et autres c.\u00a0Malte, nos\u00a060908\/11 et 4\u00a0autres, \u00a7\u00a0102, 24\u00a0juillet 2014, Vasileva c.\u00a0Bulgarie, no\u00a023796\/10, \u00a7\u00a063, 17\u00a0mars 2016, et, pour les principes g\u00e9n\u00e9raux, Lopes de Sousa Fernandes c.\u00a0Portugal [GC], no\u00a056080\/13, \u00a7\u00a7\u00a0185-196, 19\u00a0d\u00e9cembre 2017).<\/p>\n<p>74. La Cour rappelle encore que dans le contexte d\u2019all\u00e9gations de n\u00e9gligence m\u00e9dicale, les obligations positives mat\u00e9rielles des \u00c9tats en mati\u00e8re de traitement m\u00e9dical sont limit\u00e9es au devoir de poser des r\u00e8gles, c\u2019est-\u00e0-dire de mettre en place un cadre r\u00e9glementaire effectif obligeant les \u00e9tablissements hospitaliers, qu\u2019ils soient publics ou priv\u00e9s, \u00e0 adopter les mesures appropri\u00e9es pour prot\u00e9ger la vie des patients (Lopes de Sousa Fernandes, pr\u00e9cit\u00e9, \u00a7\u00a0186). M\u00eame lorsque la n\u00e9gligence m\u00e9dicale a \u00e9t\u00e9 \u00e9tablie, la Cour ne conclut normalement \u00e0 la violation du volet mat\u00e9riel des articles\u00a02 et 8 de la Convention que si le cadre r\u00e9glementaire applicable ne prot\u00e9geait pas d\u00fbment la vie ou l\u2019int\u00e9grit\u00e9 physique du patient. D\u00e8s lors qu\u2019un \u00c9tat contractant a pris les dispositions n\u00e9cessaires pour assurer un haut niveau de comp\u00e9tence chez lesprofessionnels de la sant\u00e9 et pour garantir la protection de la vie et de l\u2019int\u00e9grit\u00e9 physique des patients, on ne peut admettre que des questions telles qu\u2019une erreur de jugement de la part d\u2019un professionnel de la sant\u00e9 ou une mauvaise coordination entre des professionnels de la sant\u00e9 dans le cadre du traitement d\u2019un patient en particulier suffisent en elles-m\u00eames \u00e0 obliger un \u00c9tat contractant \u00e0 rendre des comptes en vertu de l\u2019obligation positive de prot\u00e9ger le droit \u00e0 la vie et \u00e0 l\u2019int\u00e9grit\u00e9 physique mise \u00e0 sa charge par les articles\u00a02 et 8 de la Convention (ibidem, \u00a7\u00a0187, et les r\u00e9f\u00e9rences qui y sont cit\u00e9es).<\/p>\n<p>75. Autrement dit, c\u2019est dans des circonstances tout \u00e0 fait exceptionnelles que la responsabilit\u00e9 de l\u2019\u00c9tat peut \u00eatre engag\u00e9e sur le terrain du volet mat\u00e9riel de l\u2019article\u00a08 \u00e0 raison des actions et omissions des prestataires de sant\u00e9. Le premier type de circonstances exceptionnelles survient dans le cas o\u00f9 l\u2019on a sciemment mis en danger la vie d\u2019un patient en lui refusant l\u2019acc\u00e8s \u00e0 un traitement vital\u00a0; le second type de circonstances exceptionnelles correspond aux situations o\u00f9 un patient n\u2019a pas eu acc\u00e8s \u00e0 un tel traitement en raison d\u2019un dysfonctionnement syst\u00e9mique ou structurel dans les services hospitaliers, et o\u00f9 les autorit\u00e9s avaient ou auraient d\u00fb avoir connaissance de ce risque et n\u2019ont pas pris les mesures n\u00e9cessaires pour emp\u00eacher qu\u2019il ne se r\u00e9alise (ibidem, \u00a7\u00a7 190 \u00e0 192, 194 \u00e0 196 et Mehmet Ulusoy et autres, pr\u00e9cit\u00e9, \u00a7 84).<\/p>\n<p>76. Les articles 2 et 8 de la Convention impliquent \u00e9galement l\u2019obligation d\u2019instaurer un syst\u00e8me judiciaire efficace et ind\u00e9pendant permettant d\u2019\u00e9tablir la cause du d\u00e9c\u00e8s ou des atteintes \u00e0 l\u2019int\u00e9grit\u00e9 physique d\u2019un individu se trouvant sous la responsabilit\u00e9 de professionnels de la sant\u00e9, qu\u2019ils agissent dans le cadre du secteur public ou qu\u2019ils travaillant dans des structures priv\u00e9es et, le cas \u00e9ch\u00e9ant, d\u2019obliger ceux-ci \u00e0 r\u00e9pondre de leurs actes (Erdin\u00e7 Kurt et autres c. Turquie, no 50772\/11, \u00a7 54, 6 juin 2017). Cette obligation ne peut \u00eatre satisfaite si les m\u00e9canismes de protection pr\u00e9vus en droit interne n\u2019existent qu\u2019en th\u00e9orie : il faut surtout qu\u2019ils fonctionnent effectivement en pratique ce qui suppose un examen de l\u2019affaire prompt et sans retards inutiles (Calvelli et Ciglio c.\u00a0Italie [GC], no\u00a032967\/96, \u00a7\u00a053, CEDH 2002\u2011I, Byrzykowski c.\u00a0Pologne, no\u00a011562\/05, \u00a7\u00a0117, 27\u00a0juin 2006, \u0160ilih c.\u00a0Slov\u00e9nie [GC], no\u00a071463\/01, \u00a7\u00a0195, 9\u00a0avril 2009, et Lopes de Sousa Fernandes, pr\u00e9cit\u00e9, \u00a7\u00a0218). C\u2019est pourquoi la Cour a dit, dans des affaires faisant entrer en jeu l\u2019article 2, en particulier dans des affaires concernant des proc\u00e9dures engag\u00e9es pour d\u00e9terminer les circonstances d\u2019un d\u00e9c\u00e8s survenu \u00e0 l\u2019h\u00f4pital, que la lenteur de la proc\u00e9dure \u00e9tait un indice solide de la pr\u00e9sence d\u2019une d\u00e9faillance constitutive d\u2019une violation par l\u2019\u00c9tat d\u00e9fendeur de ses obligations positives au titre de la Convention, \u00e0 moins que l\u2019\u00c9tat n\u2019ait fourni des justifications tr\u00e8s convaincantes et plausibles pour expliquer cette lenteur (Lopes de Sousa Fernandes, pr\u00e9cit\u00e9, \u00a7\u00a0219).<\/p>\n<p>77. Cela dit, cette obligation proc\u00e9durale est une obligation non de r\u00e9sultat mais de moyens. Ainsi, le simple fait qu\u2019une proc\u00e9dure relative \u00e0 une n\u00e9gligence m\u00e9dicale n\u2019a pas eu une issue favorable pour la personne concern\u00e9e ne signifie pas en lui-m\u00eame que l\u2019\u00c9tat d\u00e9fendeur a failli \u00e0 l\u2019obligation positive qui lui incombe au titre des articles\u00a02 et 8 de la Convention (Besen c.\u00a0Turquie (d\u00e9c.), no\u00a048915\/09, \u00a7\u00a038 in fine, 19\u00a0juin 2012, Spyra et Kranczkowski, pr\u00e9cit\u00e9, \u00a7\u00a089, etE.M. et autres c.\u00a0Roumanie (d\u00e9c.), no\u00a020192\/07, \u00a7\u00a050, 3\u00a0juin 2014).<\/p>\n<p>78. Au demeurant, c\u2019est \u00e0 l\u2019aune de l\u2019objectif d\u2019effectivit\u00e9 de l\u2019enqu\u00eate que toute question en la mati\u00e8re, dont celle de c\u00e9l\u00e9rit\u00e9 et de diligence raisonnable, doit \u00eatre appr\u00e9ci\u00e9e (Nicolae Virgiliu T\u0103nase c. Roumanie [GC], no 41720\/13, \u00a7 171, 25 juin 2019).<\/p>\n<p>79. Dans tous les cas, le syst\u00e8me mis en place pour d\u00e9terminer la cause de l\u2019atteinte \u00e0 l\u2019int\u00e9grit\u00e9 de la personne se trouvant sous la responsabilit\u00e9 de professionnels de la sant\u00e9 doit \u00eatre ind\u00e9pendant. Cela suppose non seulement une absence de lien hi\u00e9rarchique ou institutionnel, mais aussi l\u2019ind\u00e9pendance tant formelle que concr\u00e8te \u00e0 l\u2019\u00e9gard des personnes impliqu\u00e9es dans les \u00e9v\u00e9nements de toutes les parties charg\u00e9es d\u2019appr\u00e9cier les faits dans le cadre de la proc\u00e9dure devant conduire \u00e0 \u00e9tablir la cause de l\u2019atteinte incrimin\u00e9e. Cette exigence est particuli\u00e8rement importante lorsqu\u2019il s\u2019agit de recueillir des expertises m\u00e9dicales car il est tr\u00e8s probable que les rapports des m\u00e9decins experts p\u00e8sent d\u2019un poids d\u00e9terminant dans l\u2019appr\u00e9ciation que fera le tribunal de questions hautement complexes de n\u00e9gligence m\u00e9dicale, ce qui leur conf\u00e8re un r\u00f4le particuli\u00e8rement important dans la proc\u00e9dure (voir, Mehmet Ulusoy et autres, pr\u00e9cit\u00e9, \u00a7\u00a093 et les r\u00e9f\u00e9rences qui y sont cit\u00e9es).<\/p>\n<p>b) Application de ces principes \u00e0 la pr\u00e9sente esp\u00e8ce<\/p>\n<p>i. Sur la violation all\u00e9gu\u00e9e du volet mat\u00e9riel de l\u2019article\u00a08<\/p>\n<p>80. En l\u2019esp\u00e8ce, le premier requ\u00e9rant all\u00e8gue que son invalidit\u00e9 \u00e0 100\u00a0% est due \u00e0 une n\u00e9gligence m\u00e9dicale commise au moment de sa naissance (paragraphe 64 ci-dessus). Il ne pr\u00e9tend pas qu\u2019il y ait eu un dysfonctionnement syst\u00e9mique ou structurel \u00e0 l\u2019h\u00f4pital S\u00e3o Marcos (voir, a contrario, Sarishvili-Bolkvadze c.\u00a0G\u00e9orgie, no\u00a058240\/08, \u00a7\u00a7\u00a075\u201176, 19\u00a0juillet 2018). Il n\u2019all\u00e8gue pas non plus, explicitement ou implicitement, que le handicap dont il souffre ait \u00e9t\u00e9 provoqu\u00e9 intentionnellement ou que la troisi\u00e8me requ\u00e9rante n\u2019ait pas eu acc\u00e8s \u00e0 des soins de sant\u00e9 (voir, a\u00a0contrario, Mehmet \u015eent\u00fcrk et Bekir \u015eent\u00fcrk c.\u00a0Turquie, no\u00a013423\/09, \u00a7\u00a7\u00a096\u201197, CEDH 2013, et Asiye Gen\u00e7c.\u00a0Turquie, no\u00a024109\/07, \u00a7\u00a082, 27\u00a0janvier 2015). Pour \u00e9tayer sa th\u00e8se tir\u00e9e de la n\u00e9gligence m\u00e9dicale, il soutient que la grossesse de la troisi\u00e8me requ\u00e9rante s\u2019est d\u00e9roul\u00e9e normalement et que le personnel soignant ne l\u2019a pas correctement prise en charge au moment de son accouchement. Il estime en particulier que la c\u00e9sarienne a \u00e9t\u00e9 r\u00e9alis\u00e9e trop tard (paragraphe\u00a067 ci-dessus). Or pareille situation ne rel\u00e8ve ni du premier ni du deuxi\u00e8me type de circonstances exceptionnelles propres \u00e0 engager la responsabilit\u00e9 de l\u2019\u00c9tat sur le terrain du volet mat\u00e9riel de l\u2019article\u00a08 de la Convention (paragraphe\u00a075 ci-dessus).<\/p>\n<p>81. Au demeurant, la Cour souligne qu\u2019il ne lui appartient pas de revenir sur l\u2019appr\u00e9ciation qu\u2019ont faite les professionnels de la sant\u00e9 de l\u2019\u00e9tat d\u2019un patient, ni sur leurs d\u00e9cisions quant au traitement qui aurait d\u00fb lui \u00eatre administr\u00e9 (Glass c.\u00a0Royaume-Uni (d\u00e9c.), no\u00a061827\/00, 18\u00a0mars 2003). Quoi qu\u2019il en soit, elle constate que, d\u00e8s son admission \u00e0 l\u2019h\u00f4pital S\u00e3o Marcos, la troisi\u00e8me requ\u00e9rante a \u00e9t\u00e9 transf\u00e9r\u00e9e au service d\u2019obst\u00e9trique en vue de son accouchement et que, \u00e0 10\u00a0h\u00a010, la patiente pr\u00e9sentant un col totalement dilat\u00e9 et le f\u0153tus n\u2019\u00e9tant pas engag\u00e9, l\u2019\u00e9quipe m\u00e9dicale a d\u00e9cid\u00e9 de pratiquer une c\u00e9sarienne, qui a \u00e9t\u00e9 r\u00e9alis\u00e9e \u00e0 10\u00a0h\u00a045 (paragraphes\u00a04-5 et 18 ci-dessus). Sur ce point, elle rel\u00e8ve que, dans son avis du 20\u00a0septembre 2007, le Conseil m\u00e9dicol\u00e9gal de l\u2019IML a consid\u00e9r\u00e9 que la c\u00e9sarienne avait \u00e9t\u00e9 r\u00e9alis\u00e9e au moment ad\u00e9quat (paragraphe\u00a023 ci-dessus, point\u00a07 de l\u2019avis). Certes, l\u2019expert du Conseil m\u00e9dicol\u00e9gal a exprim\u00e9 des r\u00e9serves quant au mode de surveillance du rythme cardiaque du f\u0153tus choisi par l\u2019h\u00f4pital S\u00e3o Marcos, estimant que l\u2019\u00e9quipe m\u00e9dicale aurait d\u00fb opter pour une cardiotocographie. Cependant, ni l\u2019avis du professeur P.C., du centre m\u00e9dicol\u00e9gal de Porto (paragraphe\u00a017 ci-dessus), ni les expertises de l\u2019IML (paragraphes\u00a018, 20 et 23 ci-dessus) n\u2019ont \u00e9tabli de mani\u00e8re concluante qu\u2019une n\u00e9gligence m\u00e9dicale e\u00fbt \u00e9t\u00e9 commise pendant l\u2019accouchement de la troisi\u00e8me requ\u00e9rante. Plus pr\u00e9cis\u00e9ment, les expertises m\u00e9dicales ont \u00e9cart\u00e9 tout lien de causalit\u00e9 entre la prise en charge de la troisi\u00e8me requ\u00e9rante et les l\u00e9sions que pr\u00e9sentait le premier requ\u00e9rant \u00e0 sa naissance (paragraphe\u00a023 ci-dessus, points\u00a05 et 20 de l\u2019avis). Or, sauf cas d\u2019arbitraire ou d\u2019erreur manifestes, la Cour n\u2019a pas pour t\u00e2che de remettre en question les constats de fait op\u00e9r\u00e9s par les autorit\u00e9s internes. Cela vaut particuli\u00e8rement pour les expertises scientifiques, lesquelles, par d\u00e9finition, n\u00e9cessitent une connaissance sp\u00e9ciale et approfondie du sujet (Po\u010dkajevs c.\u00a0Lettonie (d\u00e9c.), no\u00a076774\/01, 21\u00a0octobre 2004).<\/p>\n<p>82. Ainsi, eu \u00e9gard \u00e0 ce qui pr\u00e9c\u00e8de, la Cour conclut qu\u2019il n\u2019y a pas eu violation de l\u2019article\u00a08 sous son volet mat\u00e9riel dans le chef du premier requ\u00e9rant.<\/p>\n<p>ii. Sur la violation all\u00e9gu\u00e9e du volet proc\u00e9dural de l\u2019article\u00a08<\/p>\n<p>83. En ce qui concerne l\u2019effectivit\u00e9 de l\u2019action en responsabilit\u00e9 civile extracontractuelle engag\u00e9e par le premier requ\u00e9rant, la Cour observe d\u2019embl\u00e9e que rien dans le dossier n\u2019indique que celui-ci n\u2019ait pu participer activement \u00e0 la proc\u00e9dure pour influer sur son issue. Sur ce point, elle rel\u00e8ve notamment qu\u2019il a \u00e9t\u00e9 repr\u00e9sent\u00e9 par un avocat tout au long de la proc\u00e9dure, qu\u2019il a \u00e9t\u00e9 entendu et qu\u2019il a pu soumettre ses moyens de preuve, notamment deux rapports m\u00e9dicaux dont celui du centre m\u00e9dicol\u00e9gal de Porto (paragraphes 11 et 17 ci-dessus). Il a pu \u00e9galement contester les arguments de l\u2019h\u00f4pital S\u00e3o Marcos, soumettre les questions aux fins de l\u2019expertise m\u00e9dicale et ses arguments ont \u00e9t\u00e9 entendus. Il reste donc \u00e0 d\u00e9terminer si la proc\u00e9dure men\u00e9e devant les juridictions administratives a \u00e9t\u00e9 approfondie et si elle a \u00e9t\u00e9 conclue promptement et sans retards inutiles.<\/p>\n<p>84. La Cour rappelle que c\u2019est au premier chef aux autorit\u00e9s nationales, notamment aux cours et tribunaux, qu\u2019il incombe d\u2019interpr\u00e9ter la l\u00e9gislation interne (voir, parmi d\u2019autres, Nejdet \u015eahin et Perihan \u015eahin c.\u00a0Turquie [GC], no\u00a013279\/05, \u00a7\u00a049, 20\u00a0octobre 2011). En l\u2019occurrence, l\u2019\u00e9l\u00e9ment qui semble avoir \u00e9t\u00e9 d\u00e9terminant pour l\u2019issue de la proc\u00e9dure est l\u2019analyse, \u00e0 l\u2019aune des faits jug\u00e9s \u00e9tablis par les tribunaux, du lien de causalit\u00e9 entre l\u2019activit\u00e9 de l\u2019h\u00f4pital d\u00e9fendeur et les l\u00e9sions subies par le nouveau-n\u00e9. En effet, si la proc\u00e9dure interne a permis d\u2019\u00e9tablir qu\u2019une asphyxie p\u00e9rinatale avait \u00e9t\u00e9 la cause des l\u00e9sions subies par le premier requ\u00e9rant, la Cour supr\u00eame administrative a exclu tout lien de causalit\u00e9 entre l\u2019activit\u00e9 du personnel soignant de l\u2019h\u00f4pital d\u00e9fendeur et cette asphyxie. Elle est parvenue \u00e0 cette conclusion en s\u2019appuyant sur les rapports d\u2019expertise \u00e9manant du cabinet m\u00e9dicol\u00e9gal et du Conseil m\u00e9dicol\u00e9gal de l\u2019IML (paragraphes\u00a020 et 23 ci-dessus). La Cour note \u00e0 cet \u00e9gard que, contrairement aux all\u00e9gations du premier requ\u00e9rant, ces rapports tenaient compte de l\u2019avis du centre m\u00e9dicol\u00e9gal de Porto que la troisi\u00e8me requ\u00e9rante avait remis \u00e0 l\u2019IML (paragraphes\u00a018, 20 et 25 ci-dessus).<\/p>\n<p>85. Le premier requ\u00e9rant conteste l\u2019ind\u00e9pendance et l\u2019impartialit\u00e9 de l\u2019IML. La Cour observe quant \u00e0 elle que, d\u2019une part, l\u2019IML est un organe public dont le but est d\u2019assister les tribunaux en r\u00e9alisant des expertises m\u00e9dicol\u00e9gales \u00e0 leur demande (paragraphe\u00a049 ci-dessus) et, d\u2019autre part, ses experts sont soumis aux m\u00eames r\u00e8gles d\u2019emp\u00eachement que celles qui s\u2019appliquent aux juges, toute partie \u00e0 une proc\u00e9dure pouvant demander leur r\u00e9cusation en vertu de l\u2019article\u00a0570 du code de proc\u00e9dure civile(paragraphe\u00a046 ci-dessus), possibilit\u00e9 dont le premier requ\u00e9rant n\u2019a pas fait usage. Du reste, aucun \u00e9l\u00e9ment du dossier ne permet de mettre en cause l\u2019ind\u00e9pendance de l\u2019IML et l\u2019impartialit\u00e9 des personnes ayant rendu les expertises m\u00e9dicales en l\u2019esp\u00e8ce.<\/p>\n<p>86. La Cour constate, par ailleurs, que les rapports de l\u2019IML r\u00e9pondent de mani\u00e8re claire \u00e0 la principale question soulev\u00e9e par les requ\u00e9rants (\u00e0 cet \u00e9gard, voir, a contrario, Altu\u011f et autres c.\u00a0Turquie, no\u00a032086\/07, \u00a7\u00a7\u00a077\u201186, 30\u00a0juin 2015, Erdin\u00e7 Kurt et autres c.\u00a0Turquie, no\u00a050772\/11, \u00a7\u00a067, 6\u00a0juin 2017, et T\u00fclay Y\u0131ld\u0131z c.\u00a0Turquie, no\u00a061772\/12, \u00a7\u00a7\u00a066\u201169, 11\u00a0d\u00e9cembre 2018), c\u2019est-\u00e0-dire celle de savoir si la c\u00e9sarienne a \u00e9t\u00e9 pratiqu\u00e9e trop tard (paragraphe\u00a016 ci-dessus). En l\u2019occurrence, compte tenu des raisons qui avaient motiv\u00e9 la d\u00e9cision de recourir \u00e0 une c\u00e9sarienne, les experts ont consid\u00e9r\u00e9 que celle-ci avait \u00e9t\u00e9 r\u00e9alis\u00e9e au moment ad\u00e9quat (paragraphe\u00a023 ci-dessus, point\u00a07 de l\u2019avis du 20\u00a0septembre 2007). Ils ont donc conclu qu\u2019il n\u2019y avait pas eu de retard dans l\u2019intervention. Le Conseil m\u00e9dicol\u00e9gal de l\u2019IML a certes not\u00e9 une d\u00e9faillance au niveau de la surveillance du rythme cardiaque du f\u0153tus, mais il a consid\u00e9r\u00e9 que l\u2019on ne pouvait sp\u00e9culer sur ce qu\u2019auraient \u00e9t\u00e9 les circonstances de la naissance du premier requ\u00e9rant si la cardiotocographie avait \u00e9t\u00e9 utilis\u00e9e (paragraphe\u00a023 ci-dessus). Ainsi, les conclusions des experts m\u00e9dicol\u00e9gaux sont claires et suffisamment motiv\u00e9es. Elles r\u00e9pondent, du reste, \u00e0 toutes les autres questions qui avaient \u00e9t\u00e9 pos\u00e9es par les parties (paragraphes\u00a018, 20 et 23 ci-dessus).<\/p>\n<p>87. Se tournant vers la proc\u00e9dure men\u00e9e devant les juridictions administratives, la Cour rappelle, de nouveau, que ce n\u2019est pas simplement la dur\u00e9e de cette proc\u00e9dure, au regard de l\u2019article 6 \u00a7 1 de la Convention qui est en cause. Il s\u2019agit plut\u00f4t de savoir si, dans les circonstances de l\u2019affaire prise globalement, l\u2019\u00c9tat peut passer pour avoir satisfait \u00e0 ses obligations proc\u00e9durales au regard de l\u2019article\u00a08 de la Convention (voir, mutatis mutandis, Byrzykowski, pr\u00e9cit\u00e9, \u00a7\u00a090, G.N. et autres c.\u00a0Italie, no\u00a043134\/05, \u00a7\u00a0101, 1er\u00a0d\u00e9cembre 2009 et, Fernandes de Oliveira c. Portugal, no\u00a078103\/14, \u00a7 139, 28 mars 2017). En l\u2019esp\u00e8ce, l\u2019action en responsabilit\u00e9 civile a \u00e9t\u00e9 introduite le 22\u00a0d\u00e9cembre 2004, soit dix ans apr\u00e8s les faits, par les deuxi\u00e8me et troisi\u00e8me requ\u00e9rants en leur qualit\u00e9 de repr\u00e9sentants du premier requ\u00e9rant (paragraphes4 et 10 ci-dessus). La proc\u00e9dure a \u00e9t\u00e9 cl\u00f4tur\u00e9e le 16\u00a0janvier 2014, soit neuf ans et vingt-sept jours plus tard, apr\u00e8s avoir parcouru trois niveaux de juridiction. La Cour constate en particulier qu\u2019il y a eu certains retards dans le traitement de l\u2019affaire. Ainsi, alors que les requ\u00e9rants ont d\u00e9pos\u00e9 l\u2019acte introductif d\u2019instance devant le tribunal administratif et fiscal de Braga le 22\u00a0d\u00e9cembre 2004, l\u2019h\u00f4pital n\u2019a \u00e9t\u00e9 assign\u00e9 que le 9f\u00e9vrier 2006, soit plus d\u2019un an plus tard (paragraphes10 et 12 ci-dessus). De m\u00eame, alors que le rapport du Conseil m\u00e9dicol\u00e9gal de l\u2019IML a \u00e9t\u00e9 \u00e9tabli le 20\u00a0septembre 2007, les audiences du tribunal n\u2019ont commenc\u00e9 que le 16\u00a0avril 2009, soit un an et demi plus tard (paragraphes23\u201124 ci-dessus). Le Gouvernement n\u2019a pas fourni de justifications convaincantes et plausibles pour expliquer ces retards et la dur\u00e9e de la proc\u00e9dure interne. Or, comme la Cour l\u2019a reconnu, un prompt examen est important afin qu\u2019il puisse \u00eatre rem\u00e9di\u00e9 pour l\u2019avenir aux \u00e9ventuelles d\u00e9faillances ou erreurs \u00e9tablies (Fernandes de Oliveira, pr\u00e9cit\u00e9, \u00a7\u00a0139).<\/p>\n<p>88. En conclusion, la Cour estime que, face au grief d\u00e9fendable selon lequel une n\u00e9gligence m\u00e9dicale aurait \u00e9t\u00e9 \u00e0 l\u2019origine du lourd handicap du premier requ\u00e9rant, la proc\u00e9dure administrative a \u00e9t\u00e9 d\u00e9faillante en ce qu\u2019elle n\u2019a pas apport\u00e9 une r\u00e9ponse suffisamment prompte pour r\u00e9pondre aux exigences d\u00e9coulant de l\u2019obligation proc\u00e9durale que l\u2019article8 de la Convention fait peser sur les \u00c9tats.<\/p>\n<p>89. Partant, il y a eu violation du volet proc\u00e9dural de l\u2019article8 de la Convention dans le chef du premier requ\u00e9rant.<\/p>\n<p>III. SUR LA VIOLATION ALL\u00c9GU\u00c9E DE L\u2019ARTICLE 14 de la convention combin\u00e9 avec l\u2019article 8 DE LA CONVENTION<\/p>\n<p>90. Sur le terrain de l\u2019article\u00a014 de la Convention, le premier requ\u00e9rant se plaint d\u2019un traitement discriminatoire. Il all\u00e8gue qu\u2019il aurait obtenu gain de cause devant les tribunaux si l\u2019h\u00f4pital d\u00e9fendeur avait \u00e9t\u00e9 un h\u00f4pital priv\u00e9 car alors la pr\u00e9somption de faute pr\u00e9vue \u00e0 l\u2019article493 \u00a72 du code civil (paragraphe45 ci-dessus) se serait appliqu\u00e9e, alors qu\u2019elle a \u00e9t\u00e9 \u00e9cart\u00e9e par la Cour supr\u00eame administrative en l\u2019esp\u00e8ce.<\/p>\n<p>91. La Cour rappelle que l\u2019article\u00a014 de la Convention compl\u00e8te les autres clauses normatives de la Convention et de ses Protocoles. Il n\u2019a pas d\u2019existence ind\u00e9pendante, puisqu\u2019il vaut uniquement pour \u00ab\u00a0la jouissance des droits et libert\u00e9s\u00a0\u00bb qu\u2019elles garantissent. Il ne saurait trouver a\u0300 s\u2019appliquer si les faits du litige ne tombent pas sous l\u2019empire de l\u2019une au moins desdites clauses (F\u00e1bi\u00e1n c.\u00a0Hongrie [GC], no\u00a078117\/13, \u00a7\u00a0112, 5\u00a0septembre 2017). En l\u2019esp\u00e8ce, le premier requ\u00e9rant ayant formul\u00e9 des griefs relevant en substance du volet mat\u00e9riel de l\u2019article\u00a08 de la Convention, la Cour estime qu\u2019il y a lieu d\u2019examiner le grief de discrimination sous l\u2019angle de l\u2019article\u00a014 de la Convention, combin\u00e9 avec l\u2019article\u00a08. Il s\u2019agit plus particuli\u00e8rement de savoir si l\u2019issue de la proc\u00e9dure a r\u00e9sult\u00e9 d\u2019une application discriminatoire d\u2019une pr\u00e9somption juridique fond\u00e9e sur l\u2019article\u00a0493 \u00a7\u00a02 du code civil, par rapport aux usagers qui se trouvaient dans une situation analogue \u00e0 la sienne apr\u00e8s avoir \u00e9t\u00e9 trait\u00e9s dans un \u00e9tablissement hospitalier priv\u00e9. L\u2019article 8, en sa partie pertinente en l\u2019esp\u00e8ce, est cit\u00e9 au paragraphe 65 ci-dessus, l\u2019article 14 de la Convention, quant \u00e0 lui, se lit ainsi\u00a0:<\/p>\n<p>\u00ab\u00a0La jouissance des droits et libert\u00e9s reconnus dans la (&#8230;) Convention doit \u00eatre assur\u00e9e, sans distinction aucune, fond\u00e9e notamment sur le sexe, la race, la couleur, la langue, la religion, les opinions politiques ou toutes autres opinions, l\u2019origine nationale ou sociale, l\u2019appartenance \u00e0 une minorit\u00e9 nationale, la fortune, la naissance ou toute autre situation.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p><strong>A. Th\u00e8ses des parties<\/strong><\/p>\n<p>92. Le premier requ\u00e9rant soutient que si les faits avaient eu lieu dans un \u00e9tablissement priv\u00e9, la Cour supr\u00eame administrative aurait d\u00fb reconna\u00eetre la responsabilit\u00e9 du personnel m\u00e9dical en application de la pr\u00e9somption de faute pr\u00e9vue \u00e0 l\u2019article\u00a0493 \u00a7\u00a02 du code civil, la partie d\u00e9fenderesse n\u2019ayant pas r\u00e9ussi \u00e0 prouver qu\u2019elle avait pris toutes les mesures utiles pour \u00e9viter les l\u00e9sions qu\u2019il pr\u00e9sentait \u00e0 sa naissance. \u00c0 l\u2019appui de sa th\u00e8se, il cite deux arr\u00eats de la Cour supr\u00eame\u00a0: le premier, du 12\u00a0mars 2015, concernait une \u00e9chographie qui n\u2019avait pas permis de d\u00e9tecter des malformations graves, le second, du 2\u00a0juin 2015, concernait une op\u00e9ration de chirurgie plastique (paragraphes\u00a055\u201156 ci-dessus).<\/p>\n<p>93. Le Gouvernement conteste les arguments du premier requ\u00e9rant. Il reconna\u00eet qu\u2019il existe en droit portugais une diff\u00e9rence au niveau proc\u00e9dural entre la responsabilit\u00e9 civile d\u00e9coulant d\u2019actions ou d\u2019omissions imputables \u00e0 des organes d\u00e9livrant une prestation de service public (article\u00a022 de la Constitution, paragraphe42 ci-dessus) et la responsabilit\u00e9 civile d\u00e9coulant d\u2019actions ou d\u2019omissions imputables \u00e0 des organes de prestation de service priv\u00e9e de l\u2019\u00c9tat, mais il explique que cette diff\u00e9rence est ancr\u00e9e dans la tradition juridique nationale, et il consid\u00e8re qu\u2019elle rel\u00e8ve de la marge d\u2019appr\u00e9ciation de l\u2019\u00c9tat d\u00e9fendeur. Il expose que la prestation de soins de sant\u00e9 dans un \u00e9tablissement du syst\u00e8me national de sant\u00e9 fait partie des obligations de l\u2019\u00c9tat et rel\u00e8ve de sa mission sociale. Ainsi, les soins de sant\u00e9 dispens\u00e9s par les entit\u00e9s publiques rel\u00e8veraient juridiquement d\u2019une relation administrative entre le patient et l\u2019entit\u00e9 correspondante, tandis que ceux prodigu\u00e9s par les \u00e9tablissements de sant\u00e9 priv\u00e9s rel\u00e8veraient d\u2019une relation contractuelle. L\u2019une et l\u2019autre situation ne seraient donc pas analogues juridiquement. Partant, la diff\u00e9rence entre l\u2019un et l\u2019autre r\u00e9gime de responsabilit\u00e9 civile serait pleinement justifi\u00e9e et nullement discriminatoire. Le r\u00e9gime de la responsabilit\u00e9 civile extracontractuelle d\u00e9coulant d\u2019actes de prestation de service public ne serait d\u2019ailleurs pas moins favorable aux usagers que le r\u00e9gime applicable aux actes de prestation de service priv\u00e9e. Il\u00a0reposerait sur les m\u00eames crit\u00e8res que ceux appliqu\u00e9s dans les relations de droit civil\u00a0: le fait illicite, la faute, le dommage et le lien de causalit\u00e9 entre l\u2019acte et le dommage.<\/p>\n<p>94. Le Gouvernement ajoute que l\u2019article 8 du d\u00e9cret-loi no\u00a048051 en vigueur au moment des faits pr\u00e9voyait une responsabilit\u00e9 objective avec pr\u00e9somption de faute dans le cas des activit\u00e9s exceptionnellement dangereuses (paragraphe\u00a043 ci-dessus), et que cette responsabilit\u00e9 \u00e9tait comparable \u00e0 celle r\u00e9gie par l\u2019article\u00a0493 \u00a7\u00a02 du code civil (paragraphe45 ci-dessus), seul le degr\u00e9 d\u2019exigence \u00e9tant diff\u00e9rent. Il explique que la raison pour laquelle la pr\u00e9somption ne s\u2019appliquait, dans le cas des actes de prestation de service public, qu\u2019aux pr\u00e9judices \u00ab\u00a0sp\u00e9ciaux et anormaux\u00a0\u00bb caus\u00e9s par une activit\u00e9 \u00ab\u00a0exceptionnellement\u00a0\u00bb dangereuse est que lorsque les entit\u00e9s priv\u00e9es exercent une activit\u00e9 dangereuse, c\u2019est dans le but d\u2019en retirer un b\u00e9n\u00e9fice propre, alors que les activit\u00e9s dangereuses exerc\u00e9es dans le cadre public visent \u00e0 b\u00e9n\u00e9ficier \u00e0 l\u2019usager, d\u2019o\u00f9 des degr\u00e9s de responsabilit\u00e9 diff\u00e9rents.<\/p>\n<p>95. Le Gouvernement ajoute qu\u2019au demeurant, ce qui a d\u00e9termin\u00e9 l\u2019issue de la proc\u00e9dure en l\u2019esp\u00e8ce c\u2019est l\u2019exclusion par la Cour supr\u00eame administrative du lien de causalit\u00e9 entre la conduite du personnel soignant de l\u2019h\u00f4pital S\u00e3o Marcos et les l\u00e9sions constat\u00e9es sur le nouveau-n\u00e9, et que cette exclusion \u00e9tait fond\u00e9e sur les faits tels qu\u2019ils avaient \u00e9t\u00e9 \u00e9tablis par les juridictions inf\u00e9rieures.<\/p>\n<p><strong>B. Appr\u00e9ciation de la Cour<\/strong><\/p>\n<p>96. La Cour rappelle que, pour qu\u2019un probl\u00e8me se pose au regard de l\u2019article\u00a014 de la Convention, il doit y avoir une diff\u00e9rence de traitement entre des personnes plac\u00e9es dans des situations analogues ou comparables. Cette diff\u00e9rence de traitement est discriminatoire si elle ne repose pas sur une justification objective et raisonnable, c\u2019est-\u00e0-dire si elle ne poursuit pas un but l\u00e9gitime ou s\u2019il n\u2019y a pas un rapport raisonnable de proportionnalit\u00e9 entre les moyens employ\u00e9s et le but vis\u00e9. Par ailleurs, les \u00c9tats contractants jouissent d\u2019une certaine marge d\u2019appr\u00e9ciation pour d\u00e9terminer si et dans quelle mesure des diff\u00e9rences entre des situations \u00e0 d\u2019autres \u00e9gards analogues justifient des traitements distincts. L\u2019\u00e9tendue de cette marge d\u2019appr\u00e9ciation varie selon les circonstances, les domaines et le contexte. (F\u00e1bi\u00e1n,pr\u00e9cit\u00e9, \u00a7\u00a7 113-114, et r\u00e9f\u00e9rences qui y sont cit\u00e9es).<\/p>\n<p>97. S\u2019agissant des diff\u00e9rences de traitement qui ne sont pas fond\u00e9es sur l\u2019un des crit\u00e8res explicitement \u00e9num\u00e9r\u00e9s \u00e0 l\u2019article 14 de la Convention, seules celles qui sont fond\u00e9es sur une caract\u00e9ristique personnelle par laquelle des personnes ou groupes de personnes se distinguent les uns des autres sont susceptibles de relever de \u00ab toute autre situation \u00bb (other status, dans la version anglaise de la Convention), au sens de l\u2019article\u00a014 de la Convention, et de rev\u00eatir un caract\u00e8re discriminatoire aux fins de cette disposition (voir, Carson et autres c.\u00a0Royaume-Uni [GC], no\u00a042184\/05, \u00a7\u00a070, CEDH 2010).<\/p>\n<p>98. En l\u2019esp\u00e8ce, la question se pose de savoir si l\u2019on peut consid\u00e9rer que le premier requ\u00e9rant se trouvait dans une situation comparable aux personnes cherchant \u00e0 obtenir une r\u00e9paration en raison d\u2019une n\u00e9gligence m\u00e9dicale all\u00e9gu\u00e9e survenue dans un h\u00f4pital priv\u00e9. La Cour n\u2019estime cependant pas n\u00e9cessaire de se pencher sur la question, le grief du premier requ\u00e9rant tir\u00e9 de l\u2019article 14 combin\u00e9 avec l\u2019article 8 \u00e9tant de toute fa\u00e7on irrecevable pour les raisons suivantes.<\/p>\n<p>99. En effet, la Cour estime qu\u2019en l\u2019esp\u00e8ce, comme elle l\u2019a d\u00e9j\u00e0 relev\u00e9 ci-dessus, l\u2019\u00e9l\u00e9ment qui a jou\u00e9 un r\u00f4le d\u00e9terminant dans l\u2019analyse qu\u2019ont faite les juridictions internes de la cause du requ\u00e9rant a \u00e9t\u00e9 l\u2019absence de lien de causalit\u00e9, selon les conclusions de l\u2019IML, entre les actions ou omissions du personnel soignant et les l\u00e9sions du requ\u00e9rant (paragraphes84 et 86 ci-dessus). Or, la Cour constate que, en droit interne, il n\u2019existe de\u00a0pr\u00e9somption quant \u00e0 l\u2019existence d\u2019un lien de causalit\u00e9 ni en ce qui concerne les h\u00f4pitaux publics ni en ce qui concerne les h\u00f4pitaux priv\u00e9s (paragraphes 52-53 ci-dessus).<\/p>\n<p>100. Compte tenu de ce qui pr\u00e9c\u00e8de, la Cour conclut que le grief formul\u00e9 sous l\u2019angle de l\u2019article\u00a014 de la Convention, combin\u00e9 avec l\u2019article\u00a08, est manifestement mal fond\u00e9. Elle le d\u00e9clare donc irrecevable, en application de l\u2019article\u00a035 \u00a7\u00a7\u00a03 a) et 4 de la Convention.<\/p>\n<p>IV. SUR L\u2019APPLICATION DE L\u2019ARTICLE\u00a041 DE LA CONVENTION<\/p>\n<p>101. Aux termes de l\u2019article41 de la Convention\u00a0:<\/p>\n<p>\u00ab\u00a0Si la Cour d\u00e9clare qu\u2019il y a eu violation de la Convention ou de ses Protocoles, et si le droit interne de la Haute Partie contractante ne permet d\u2019effacer qu\u2019imparfaitement les cons\u00e9quences de cette violation, la Cour accorde \u00e0 la partie l\u00e9s\u00e9e, s\u2019il y a lieu, une satisfaction \u00e9quitable.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p><strong>A. Dommage<\/strong><\/p>\n<p>102. Le premier requ\u00e9rant demande deux millions d\u2019euros (EUR) pour dommage mat\u00e9riel et moral.<\/p>\n<p>103. Le Gouvernement conteste ces pr\u00e9tentions, qu\u2019il estime sur\u00e9valu\u00e9es.<\/p>\n<p>104. La Cour rappelle que les membres de la famille d\u2019un requ\u00e9rant qui ont qualit\u00e9 pour poursuivre la proc\u00e9dure apr\u00e8s le d\u00e9c\u00e8s de celui-ci peuvent \u00e9galement se substituer \u00e0 lui en ce qui concerne les pr\u00e9tentions au titre de la satisfaction \u00e9quitable, pour ce qui est tant du dommage mat\u00e9riel que du dommage moral\u00a0(Sargsyan c. Azerba\u00efdjan (satisfaction \u00e9quitable) [GC], no\u00a040167\/06, \u00a7 53, 12 d\u00e9cembre 2017 et les r\u00e9f\u00e9rence qui y sont cit\u00e9es). En l\u2019esp\u00e8ce, la Cour a constat\u00e9 une violation du volet proc\u00e9dural de l\u2019article\u00a08 de la Convention \u00e0 raison de l\u2019absence d\u2019une r\u00e9ponse prompte des juridictions internes, qui ont tard\u00e9 \u00e0 statuer sur les accusations de n\u00e9gligence m\u00e9dicale formul\u00e9es par le premier requ\u00e9rant. Elle estime par cons\u00e9quent qu\u2019il y a lieu de r\u00e9parer seulement le dommage subi de ce chef. D\u00e8s lors, en l\u2019absence de lien de causalit\u00e9 entre la violation constat\u00e9e et un \u00e9ventuel dommage mat\u00e9riel, elle rejette toute pr\u00e9tention formul\u00e9e sur ce terrain. En revanche, elle consid\u00e8re que le premier requ\u00e9rant a subi un dommage moral certain du fait de la dur\u00e9e de la proc\u00e9dure men\u00e9e devant les juridictions administratives. Partant, la Cour estime qu\u2019il y a lieu d\u2019octroyer aux parents du premier requ\u00e9rant, qui poursuivent la proc\u00e9dure devant elle, 6\u00a0500\u00a0EUR pour dommage moral, plus tout montant pouvant \u00eatre d\u00fb sur cette somme \u00e0 titre d\u2019imp\u00f4t.<\/p>\n<p><strong>B. Frais et d\u00e9pens<\/strong><\/p>\n<p>105. Le premier requ\u00e9rant r\u00e9clame \u00e9galement 32\u00a0900\u00a0EUR au titre des frais et d\u00e9pens engag\u00e9s dans le cadre de la proc\u00e9dure men\u00e9e devant la Cour.<\/p>\n<p>106. Le Gouvernement conteste cette demande, qu\u2019il estime d\u00e9raisonnable, excessive et non \u00e9tay\u00e9e.<\/p>\n<p>107. La Cour rappelle que, selon sa jurisprudence, un requ\u00e9rant ne peut obtenir le remboursement de ses frais et d\u00e9pens que dans la mesure o\u00f9 se trouvent \u00e9tablis leur r\u00e9alit\u00e9, leur n\u00e9cessit\u00e9 et le caract\u00e8re raisonnable de leur taux, et qu\u2019en vertu de l\u2019article\u00a060 \u00a7\u00a7\u00a02 et 3 du r\u00e8glement, il doit soumettre des pr\u00e9tentions chiffr\u00e9es, ventil\u00e9es par rubrique et accompagn\u00e9es des justificatifs pertinents, faute de quoi elle peut les rejeter en tout ou en partie (Mazeli\u00e9 c.\u00a0France, no\u00a05356\/04, \u00a7\u00a039, 27\u00a0juin 2006).<\/p>\n<p>108. En l\u2019esp\u00e8ce, compte tenu notamment de ce qu\u2019elle n\u2019a conclu \u00e0 la violation de la Convention qu\u2019\u00e0 l\u2019\u00e9gard d\u2019une partie des griefs formul\u00e9s par le premier requ\u00e9rant, la Cour estime raisonnable d\u2019allouer la somme de 10\u00a0000\u00a0EUR aux parents du premier requ\u00e9rant au titre des frais et d\u00e9pens engag\u00e9s aux fins de la proc\u00e9dure men\u00e9e devant elle.<\/p>\n<p><strong>C. Int\u00e9r\u00eats moratoires<\/strong><\/p>\n<p>109. La Cour juge appropri\u00e9 de calquer le taux des int\u00e9r\u00eats moratoires sur le taux d\u2019int\u00e9r\u00eat de la facilit\u00e9 de pr\u00eat marginal de la Banque centrale europ\u00e9enne major\u00e9 de trois points de pourcentage.<\/p>\n<p><strong>PAR CES MOTIFS, LA COUR, \u00c0 L\u2019UNANIMIT\u00c9,<\/strong><\/p>\n<p>1. D\u00e9clare la requ\u00eate irrecevable en ce qui concerne le deuxi\u00e8me requ\u00e9rant et la troisi\u00e8me requ\u00e9rante\u00a0;<\/p>\n<p>2. Dit que les parents du premier requ\u00e9rant ont qualit\u00e9 pour poursuivre la pr\u00e9sente proc\u00e9dure en lieu et place de leur fils ;<\/p>\n<p>3. D\u00e9clare la requ\u00eate recevable quant aux griefs formul\u00e9s par le premier requ\u00e9rant sur le terrain de l\u2019article\u00a08 de la Convention et irrecevable pour le surplus\u00a0;<\/p>\n<p>4. Dit qu\u2019il n\u2019y a pas eu violation du volet mat\u00e9riel de l\u2019article\u00a08 de la Convention dans le chef du premier requ\u00e9rant\u00a0;<\/p>\n<p>5. Ditqu\u2019il y a eu violation du volet proc\u00e9dural de l\u2019article\u00a08 de la Convention dans le chef du premier requ\u00e9rant\u00a0;<\/p>\n<p>6. Dit<\/p>\n<p>a) que l\u2019\u00c9tat d\u00e9fendeur doit verser aux parents du premier requ\u00e9rant, dans un d\u00e9lai de trois mois \u00e0 compter de la date \u00e0 laquelle l\u2019arr\u00eat sera devenu d\u00e9finitif conform\u00e9ment \u00e0 l\u2019article\u00a044\u00a0\u00a7\u00a02 de la Convention, les sommes suivantes\u00a0:<\/p>\n<p>i. 6\u00a0500\u00a0EUR (six mille cinq cents euros), plus tout montant pouvant \u00eatre d\u00fb sur cette somme \u00e0 titre d\u2019imp\u00f4t, pour dommage moral,<\/p>\n<p>ii. 10\u00a0000\u00a0EUR (dix mille euros), plus tout montant pouvant \u00eatre d\u00fb sur cette somme par eux \u00e0 titre d\u2019imp\u00f4t, pour frais et d\u00e9pens\u00a0;<\/p>\n<p>b) qu\u2019\u00e0 compter de l\u2019expiration dudit d\u00e9lai et jusqu\u2019au versement, ces montants seront \u00e0 majorer d\u2019un int\u00e9r\u00eat simple \u00e0 un taux \u00e9gal \u00e0 celui de la facilit\u00e9 de pr\u00eat marginal de la Banque centrale europ\u00e9enne applicable pendant cette p\u00e9riode, augment\u00e9 de trois points de pourcentage\u00a0;<\/p>\n<p>7. Rejette le surplus de la demande de satisfaction \u00e9quitable.<\/p>\n<p>Fait en fran\u00e7ais, puis communiqu\u00e9 par \u00e9crit le 23 f\u00e9vrier 2021, en application de l\u2019article\u00a077\u00a0\u00a7\u00a7\u00a02 et\u00a03 du r\u00e8glement.<\/p>\n<p>Ilse Freiwirth \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0Yonko Grozev<br \/>\nGreffi\u00e8re adjointe \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 Pr\u00e9sident<\/p>\n<p>____________<\/p>\n<p>[1] On trouvera des explications sur le score d\u2019Apgar \u00e0 la note de bas de page no\u00a01 de l\u2019arr\u00eat Aydo\u011fdu c.\u00a0Turquie (no\u00a040448\/06, 30\u00a0ao\u00fbt 2016).<\/p>\n<div class=\"social-share-buttons\"><a href=\"https:\/\/www.facebook.com\/sharer\/sharer.php?u=https:\/\/loisdumonde.com\/?p=407\" target=\"_blank\" rel=\"noopener\">Facebook<\/a><a href=\"https:\/\/twitter.com\/intent\/tweet?url=https:\/\/loisdumonde.com\/?p=407&text=AFFAIRE+VILELA+ET+AUTRES+c.+PORTUGAL+%28Cour+europ%C3%A9enne+des+droits+de+l%E2%80%99homme%29+Requ%C3%AAte+no+63687%2F14\" target=\"_blank\" rel=\"noopener\">Twitter<\/a><a href=\"https:\/\/www.linkedin.com\/shareArticle?url=https:\/\/loisdumonde.com\/?p=407&title=AFFAIRE+VILELA+ET+AUTRES+c.+PORTUGAL+%28Cour+europ%C3%A9enne+des+droits+de+l%E2%80%99homme%29+Requ%C3%AAte+no+63687%2F14\" target=\"_blank\" rel=\"noopener\">LinkedIn<\/a><a href=\"https:\/\/pinterest.com\/pin\/create\/button\/?url=https:\/\/loisdumonde.com\/?p=407&description=AFFAIRE+VILELA+ET+AUTRES+c.+PORTUGAL+%28Cour+europ%C3%A9enne+des+droits+de+l%E2%80%99homme%29+Requ%C3%AAte+no+63687%2F14\" target=\"_blank\" rel=\"noopener\">Pinterest<\/a><\/div>","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>INTRODUCTION. L\u2019affaire concerne des all\u00e9gations de n\u00e9gligence m\u00e9dicale. Les requ\u00e9rants soutiennent que la mani\u00e8re dont la troisi\u00e8me requ\u00e9rante a \u00e9t\u00e9 prise en charge lorsqu\u2019elle a \u00e9t\u00e9 hospitalis\u00e9e pour accoucher FacebookTwitterLinkedInPinterest<\/p>\n<p class=\"more-link-p\"><a class=\"more-link\" href=\"https:\/\/loisdumonde.com\/?p=407\">Read more &rarr;<\/a><\/p>\n","protected":false},"author":1,"featured_media":0,"comment_status":"open","ping_status":"open","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"_lmt_disableupdate":"","_lmt_disable":"","footnotes":""},"categories":[1],"tags":[],"class_list":["post-407","post","type-post","status-publish","format-standard","hentry","category-cour-europeenne-des-droits-de-lhomme"],"modified_by":"loisdumonde","_links":{"self":[{"href":"https:\/\/loisdumonde.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/407","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/loisdumonde.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/loisdumonde.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/loisdumonde.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/users\/1"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/loisdumonde.com\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcomments&post=407"}],"version-history":[{"count":2,"href":"https:\/\/loisdumonde.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/407\/revisions"}],"predecessor-version":[{"id":410,"href":"https:\/\/loisdumonde.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/407\/revisions\/410"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/loisdumonde.com\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fmedia&parent=407"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/loisdumonde.com\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcategories&post=407"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/loisdumonde.com\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Ftags&post=407"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}