{"id":371,"date":"2021-02-11T17:58:47","date_gmt":"2021-02-11T17:58:47","guid":{"rendered":"https:\/\/loisdumonde.com\/?p=371"},"modified":"2021-02-11T17:58:47","modified_gmt":"2021-02-11T17:58:47","slug":"affaire-kargakis-c-grece-cour-europeenne-des-droits-de-lhomme-requete-no-27025-13","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/loisdumonde.com\/?p=371","title":{"rendered":"AFFAIRE KARGAKIS c. GR\u00c8CE (Cour europ\u00e9enne des droits de l\u2019homme) Requ\u00eate no 27025\/13"},"content":{"rendered":"<p><strong>INTRODUCTION<\/strong>.\u00a0La requ\u00eate concerne notamment les\u00a0conditions de d\u00e9tention du requ\u00e9rant dans la prison de Diavata et le suivi m\u00e9dical dont il a fait l\u2019objet pendant sa d\u00e9tention provisoire<!--more--> (article 3 de la Convention), l\u2019absence all\u00e9gu\u00e9e d\u2019un recours effectif \u00e0 cet \u00e9gard (article 13 de la Convention) et l\u2019examen du recours form\u00e9 par l\u2019int\u00e9ress\u00e9 contre le mandat de mise en d\u00e9tention dans un \u00ab\u00a0bref d\u00e9lai\u00a0\u00bb (article 5 \u00a7 4 de la Convention).<\/p>\n<p style=\"text-align: center;\">PREMI\u00c8RE SECTION<br \/>\n<strong>AFFAIRE KARGAKIS c. GR\u00c8CE<\/strong><br \/>\n<em>(Requ\u00eate no 27025\/13)<\/em><br \/>\nARR\u00caT<\/p>\n<p>Art 3 (mat\u00e9riel) \u2022 Mauvaises conditions de d\u00e9tention (handicap et dur\u00e9e)<br \/>\nArt 13 + 3 \u2022 Recours effectif \u2022 D\u00e9faut de r\u00e9ponse aux griefs relatifs aux conditions de d\u00e9tention, nonobstant la lib\u00e9ration de l\u2019int\u00e9ress\u00e9<br \/>\nArt 5 \u00a7 4 \u2022 Contr\u00f4le \u00e0 bref d\u00e9lai \u2022 D\u00e9lai de 65 jours entre la demande de lib\u00e9ration invoquant des raisons m\u00e9dicales et l\u2019ordonnance de remise en libert\u00e9 \u2022 Allongement partiellement d\u00fb \u00e0 l\u2019obligation l\u00e9gale pour le juge d\u2019instruction de consulter le parquet \u2022 Complexit\u00e9 de l\u2019affaire \u2022 Fait que la mise en d\u00e9tention avait d\u00e9j\u00e0 elle-m\u00eame \u00e9t\u00e9 d\u00e9cid\u00e9e par un juge d\u2019instruction, autorit\u00e9 pr\u00e9sentant des garanties d\u2019ind\u00e9pendance et d\u2019impartialit\u00e9 \u2022 D\u00e9lais plus longs tol\u00e9rables<\/p>\n<p style=\"text-align: center;\">STRASBOURG<br \/>\n14 janvier 2021<\/p>\n<p>Cet arr\u00eat deviendra d\u00e9finitif dans les conditions d\u00e9finies \u00e0 l\u2019article 44 \u00a7 2 de la Convention. Il peut subir des retouches de forme.<\/p>\n<p><strong>En l\u2019affaire Kargakis c. Gr\u00e8ce,<\/strong><\/p>\n<p>La Cour europ\u00e9enne des droits de l\u2019homme (premi\u00e8re section), si\u00e9geant en une Chambre compos\u00e9e de\u00a0:<\/p>\n<p>Ksenija Turkovi\u0107, pr\u00e9sidente,<br \/>\nKrzysztof Wojtyczek,<br \/>\nLinos-Alexandre Sicilianos,<br \/>\nAlena Pol\u00e1\u010dkov\u00e1,<br \/>\nErik Wennerstr\u00f6m,<br \/>\nRaffaele Sabato,<br \/>\nLorraine Schembri Orland, juges,<br \/>\net de Abel Campos, greffierde section,<\/p>\n<p>Vu\u00a0:<\/p>\n<p>la requ\u00eate susmentionn\u00e9e (no.\u00a027025\/13) dirig\u00e9e contre la R\u00e9publique hell\u00e9nique et dont un ressortissant de cet \u00c9tat, M. Kleanthis Kargakis (\u00ab\u00a0le\u00a0requ\u00e9rant\u00a0\u00bb) a saisi la Cour en vertu de l\u2019article\u00a034 de la Convention de sauvegarde des droits de l\u2019homme et des libert\u00e9s fondamentales (\u00ab\u00a0la\u00a0Convention\u00a0\u00bb) le 17 avril 2013,<\/p>\n<p>la d\u00e9cision de porter \u00e0 la connaissance du gouvernement grec (\u00ab\u00a0le\u00a0Gouvernement\u00a0\u00bb) les griefs concernant les articles 3, 13 (conditions de d\u00e9tention du requ\u00e9rant et absence all\u00e9gu\u00e9e d\u2019un recours effectif \u00e0 cet \u00e9gard) et 5 \u00a7 4 de la Convention (examen du recours form\u00e9 par l\u2019int\u00e9ress\u00e9 contre le mandat de mise en d\u00e9tention dans un \u00ab\u00a0bref d\u00e9lai\u00a0\u00bb) et la de d\u00e9clarer irrecevable pour le surplus,<\/p>\n<p>les observations des parties,<\/p>\n<p>Apr\u00e8s en avoir d\u00e9lib\u00e9r\u00e9 en chambre du conseil le 8 d\u00e9cembre 2020,<\/p>\n<p>Rend l\u2019arr\u00eat que voici, adopt\u00e9 \u00e0 cette date\u00a0:<\/p>\n<p><strong>INTRODUCTION<\/strong><\/p>\n<p>1. La requ\u00eate concerne notamment les\u00a0conditions de d\u00e9tention du requ\u00e9rant dans la prison de Diavata et le suivi m\u00e9dical dont il a fait l\u2019objet pendant sa d\u00e9tention provisoire (article 3 de la Convention), l\u2019absence all\u00e9gu\u00e9e d\u2019un recours effectif \u00e0 cet \u00e9gard (article 13 de la Convention) et l\u2019examen du recours form\u00e9 par l\u2019int\u00e9ress\u00e9 contre le mandat de mise en d\u00e9tention dans un \u00ab\u00a0bref d\u00e9lai\u00a0\u00bb (article 5 \u00a7 4 de la Convention).<\/p>\n<p><strong>EN FAIT<\/strong><\/p>\n<p>2. Le requ\u00e9rant est n\u00e9 en 1950. Il a \u00e9t\u00e9 repr\u00e9sent\u00e9 par Me\u00a0E.-L. Koutra, avocate au barreau d\u2019Ath\u00e8nes.<\/p>\n<p>3. Le gouvernement grec (\u00ab\u00a0le Gouvernement\u00a0\u00bb) a \u00e9t\u00e9 repr\u00e9sent\u00e9 par la d\u00e9l\u00e9gu\u00e9e de son agent, Mme A. Dimitrakopoulou, assesseure aupr\u00e8s du Conseil juridique de l\u2019\u00c9tat.<\/p>\n<p><strong>I. Le contexte de l\u2019affaire<\/strong><\/p>\n<p>4. \u00c0 une date non pr\u00e9cis\u00e9e, des poursuites p\u00e9nales furent engag\u00e9es contre le requ\u00e9rant pour tentative de facilitation de la sortie du territoire d\u2019un ressortissant \u00e9tranger en l\u2019absence de soumission de ce dernier au contr\u00f4le pr\u00e9vu, par une personne agissant dans l\u2019exercice de sa profession et en concours d\u2019infractions (\u03ba\u03b1\u03c4\u0384\u03b5\u03c0\u03ac\u03b3\u03b3\u03b5\u03bb\u03bc\u03b1\u03ba\u03b1\u03b9\u03ba\u03b1\u03c4\u03ac\u03c3\u03c5\u03c1\u03c1\u03bf\u03ae).<\/p>\n<p>5. Le 16 janvier 2013, le requ\u00e9rant fut arr\u00eat\u00e9 et plac\u00e9 en d\u00e9tention provisoire en vertu du mandat \u00e9mis par le juge d\u2019instruction pr\u00e8s le tribunal correctionnel de Thessalonique (\u00ab\u00a0le juge d\u2019instruction\u00a0\u00bb) (mandat\u00a0no\u00a02\/2013). Le m\u00eame jour, il d\u00e9posa son m\u00e9moire en d\u00e9fense devant ce juge.<\/p>\n<p>6. Le 7 f\u00e9vrier 2013, il fut incarc\u00e9r\u00e9 \u00e0 la prison de Diavata de Thessalonique.<\/p>\n<p><strong>II. Le suivi m\u00e9dical du requ\u00e9rant<\/strong><\/p>\n<p>7. D\u2019apr\u00e8s un certificat\u00a0m\u00e9dical \u00e9tabli par les autorit\u00e9s de la prison de Thessalonique, lors de son placement en d\u00e9tention, le requ\u00e9rant avait signal\u00e9 un ant\u00e9c\u00e9dent d\u2019accident vasculaire c\u00e9r\u00e9bral, ainsi qu\u2019un historique de diab\u00e8te et de myocardiopathie, et il \u00e9tait sous traitement.<\/p>\n<p>8. Pendant sa d\u00e9tention, le requ\u00e9rant fut examin\u00e9 par le psychiatre de la prison, qui lui diagnostiqua une d\u00e9pression r\u00e9actionnelle autodestructrice et le pla\u00e7a sous traitement psychiatrique.<\/p>\n<p>9. Le 24 janvier 2013, le requ\u00e9rant fut hospitalis\u00e9 en urgence \u00e0 l\u2019h\u00f4pital g\u00e9n\u00e9ral Papanikolaou de Thessalonique pour un probable accident c\u00e9r\u00e9bral.<\/p>\n<p>10. Le 29 janvier 2013, il sortit de la clinique neurologique de l\u2019h\u00f4pital, car son \u00e9tat s\u2019\u00e9tait am\u00e9lior\u00e9, et il fut hospitalis\u00e9 \u00e0 la clinique cardiologique pour des sympt\u00f4mes de fibrillation auriculaire et de flutter. Il fut plac\u00e9 sous suivi et fut soumis \u00e0 des examens cliniques (\u00e9chographie du c\u0153ur, mise en place d\u2019un Holter et scanner du myocarde). Pendant l\u2019hospitalisation, son \u00e9tat de sant\u00e9 s\u2019am\u00e9liora.<\/p>\n<p>11. Le 6 f\u00e9vrier 2013, le requ\u00e9rant sortit de sa propre initiative de l\u2019h\u00f4pital. Le formulaire de sortie de l\u2019h\u00f4pital mentionnait comme diagnostic\u00a0: \u00ab\u00a0fibrillation auriculaire et flutter, accident vasculaire c\u00e9r\u00e9bral, cardiomyopathie hypertensive, arythmie cardiaque, arythmie, arr\u00eat cardiaque et troubles de conductivit\u00e9 avec des affections coexistantes destructrices (syst\u00e9matiques) ou graves, complications\u00a0\u00bb. La note d\u2019information du patient, dat\u00e9e du m\u00eame jour, mentionnait ce qui suit\u00a0: \u00ab\u00a0recommandation (au patient) d\u2019\u00e9viter de fumer et de s\u00e9journer dans un environnement enfum\u00e9, de (se soumettre \u00e0 un) suivi cardiologique r\u00e9gulier, de (suivre un) r\u00e9gime sans sel et sans graisses (&#8230;)\u00a0\u00bb.<\/p>\n<p>12. Le 15 mars 2013, le requ\u00e9rant fut de nouveau transf\u00e9r\u00e9 \u00e0 la clinique cardiologique de l\u2019h\u00f4pital g\u00e9n\u00e9ral Papanikolaou pour une douleur abdominale avec diffusion au niveau du dos. Il fut soumis \u00e0 un examen cardiologique et neurologique clinique, puis fut reconduit \u00e0 la prison.<\/p>\n<p>13. Le 21 mars 2013, il fut transf\u00e9r\u00e9 \u00e0 la clinique neurologique de l\u2019h\u00f4pital Papanikolaou d\u2019urgence pour une c\u00e9phalalgie et des troubles de la marche \u2013 mouvements involontaires de la jambe gauche. Il fit l\u2019objet d\u2019un suivi, subit une IRM, un contr\u00f4le neurophysiologique, un \u00e9lectroenc\u00e9phalogramme, un examen par ultrasons des art\u00e8res carotides\u2011vert\u00e9brales, un contr\u00f4le ophtalmologique et un contr\u00f4le clinique, et fut soumis \u00e0 une \u00e9tude clinique sur le sommeil. Selon un diagnostic en date du 29 mars 2013, l\u2019int\u00e9ress\u00e9 souffrait d\u2019un syndrome d\u2019apn\u00e9e du sommeil et le traitement recommand\u00e9 \u00e9tait l\u2019utilisation d\u2019un appareil respiratoire durant le sommeil.<\/p>\n<p>14. Un nouveau diagnostic fut \u00e9tabli le 5 avril 2013 par le directeur de la clinique neurologique de l\u2019h\u00f4pital Papanikolaou. Celui-ci indiquait que le requ\u00e9rant \u00e9tait incapable de marcher et n\u2019\u00e9tait pas autonome pour faire ses besoins et qu\u2019il devait \u00eatre hospitalis\u00e9 dans un environnement d\u00e9pourvu d\u2019agents pathog\u00e8nes (\u03c7\u03c9\u03c1\u03af\u03c2\u03c4\u03bf\u03be\u03b9\u03ba\u03ad\u03c2\u03b5\u03c0\u03b9\u03b4\u03c1\u03ac\u03c3\u03b5\u03b9\u03c2) et suivre un traitement pharmaceutique, ainsi que des s\u00e9ances de physioth\u00e9rapie.<\/p>\n<p>15. Le 9 avril 2013, le requ\u00e9rant sortit de l\u2019h\u00f4pital.<\/p>\n<p><strong>III. Les recours exerc\u00e9s par le requ\u00e9rant<\/strong><\/p>\n<p>16. Le requ\u00e9rant expose que, d\u00e8s son placement en d\u00e9tention, il a d\u00e9sign\u00e9 T.S. pour le repr\u00e9senter aux fins du d\u00e9p\u00f4t d\u2019un recours contre le mandat de mise en d\u00e9tention \u00e9tabli \u00e0 son endroit et que celui-ci lui a fourni une copie du recours. Il ajoute que, ce recours n\u2019ayant en fait jamais \u00e9t\u00e9 d\u00e9pos\u00e9 devant le juge d\u2019instruction, sa femme a d\u00e9nonc\u00e9 T.S. aupr\u00e8s du barreau d\u2019Ath\u00e8nes et qu\u2019il a d\u00fb trouver un autre avocat. Il pr\u00e9cise avoir d\u00e9couvert plus tard que T.S. \u00e9tait radi\u00e9 du barreau d\u2019Ath\u00e8nes depuis 2007, et il produit \u00e0 cet \u00e9gard une attestation en date du 3 f\u00e9vrier 2017 \u00e9manant dudit barreau.<\/p>\n<p>17. Le 18 f\u00e9vrier 2013, le requ\u00e9rant introduisit un recours devant le juge d\u2019instruction contre son placement en d\u00e9tention, sur le fondement de l\u2019article 286 \u00a7 2 du code de proc\u00e9dure p\u00e9nale (CPP), et demanda la lev\u00e9e de sa d\u00e9tention ou, alternativement, son remplacement par d\u2019autres mesures restrictives. \u00c0 l\u2019appui de son recours, il faisait \u00e9tat de ses probl\u00e8mes de sant\u00e9, de son invalidit\u00e9, dont le taux avait \u00e9t\u00e9 fix\u00e9 \u00e0 80\u00a0%, ainsi que du fait qu\u2019il avait \u00e9t\u00e9 hospitalis\u00e9 quelques jours apr\u00e8s son placement en d\u00e9tention, et il joignait les certificats m\u00e9dicaux y aff\u00e9rents.<\/p>\n<p>18. Le 1er avril 2013, le juge d\u2019instruction transmit le recours au bureau du procureur (\u03b5\u03b9\u03c3\u03b1\u03b3\u03b3\u03b5\u03bb\u03af\u03b1)\u00a0et, le 5 avril 2013, le recours fut attribu\u00e9 \u00e0 un procureur pr\u00e8s le tribunal de premi\u00e8re instance (\u03b1\u03bd\u03c4\u03b5\u03b9\u03c3\u03b1\u03b3\u03b3\u03b5\u03bb\u03ad\u03b1\u03a0\u03c1\u03c9\u03c4\u03bf\u03b4\u03b9\u03ba\u03ce\u03bd).<\/p>\n<p>19. \u00c0 cette derni\u00e8re date, le requ\u00e9rant introduisit trois demandes devant le juge d\u2019instruction par lesquelles il sollicitait l\u2019acc\u00e9l\u00e9ration de l\u2019examen de son recours, l\u2019autorisation de compara\u00eetre devant le procureur, ainsi que la d\u00e9livrance d\u2019une copie de l\u2019avis de celui-ci sur son recours.<\/p>\n<p>20. Dans ses demandes, le requ\u00e9rant faisait \u00e9tat de ses probl\u00e8mes de sant\u00e9, ainsi que de ses conditions de d\u00e9tention, qu\u2019il disait \u00eatre mauvaises.<\/p>\n<p>21. Le 9 avril 2013, il d\u00e9posa un m\u00e9moire suppl\u00e9mentaire. Il y mentionnait une aggravation de son \u00e9tat de sant\u00e9 et ses conditions de d\u00e9tention, qu\u2019il qualifiait de mauvaises. Il s\u2019appuyait \u00e0 cet \u00e9gard sur des articles de presse et sur un rapport du M\u00e9diateur de la R\u00e9publique, ainsi que sur quatre attestations m\u00e9dicales \u00e9tablies apr\u00e8s son placement en d\u00e9tention.<\/p>\n<p>22. Le 15 avril 2013, le procureur pr\u00e8s le tribunal de premi\u00e8re instance r\u00e9digea son avis pour le juge d\u2019instruction (avis no 52\/2013). Il proposa d\u2019ordonner la lev\u00e9e de la d\u00e9tention du requ\u00e9rant et de la remplacer par d\u2019autres mesures restrictives. Le procureur s\u2019exprima en ces termes\u00a0:<\/p>\n<p>\u00ab\u00a0(&#8230;) En plus, un autre param\u00e8tre tr\u00e8s s\u00e9rieux en l\u2019esp\u00e8ce qui doit \u00eatre particuli\u00e8rement pris en compte est le fait que le demandeur est une personne souffrant d\u2019un taux d\u2019invalidit\u00e9 de 80\u00a0% (il se d\u00e9place en fauteuil roulant) et de probl\u00e8mes cardiologiques graves, selon les certificats m\u00e9dicaux produits\u00a0; aussi, par cons\u00e9quent, la prolongation de son placement dans un \u00e9tablissement p\u00e9nitentiaire peut s\u2019av\u00e9rer fatale en raison des mauvaises conditions qui, comme il est connu, r\u00e8gnent dans les lieux de d\u00e9tention en Gr\u00e8ce (&#8230;)\u00a0\u00bb.<\/p>\n<p>23. Le 24 avril 2013, le juge d\u2019instruction ent\u00e9rina l\u2019avis du procureur et d\u00e9cida la mise en libert\u00e9 du requ\u00e9rant sous condition\u00a0: a)\u00a0du versement d\u2019une caution de 3\u00a0000\u00a0euros (EUR), b) de la pr\u00e9sentation de l\u2019int\u00e9ress\u00e9 deux fois par mois au commissariat proche de son domicile, et c) de l\u2019interdiction de sortie du territoire (ordonnance no 56\/2013). Le juge d\u2019instruction, se r\u00e9f\u00e9rant \u00e0 l\u2019avis du procureur, consid\u00e9ra que la raison pour laquelle le requ\u00e9rant avait \u00e9t\u00e9 plac\u00e9 en d\u00e9tention n\u2019\u00e9tait, en partie, plus valable. Il indiqua ce qui suit dans son ordonnance :<\/p>\n<p>\u00ab\u00a0(&#8230;) il est d\u00e9sormais assez douteux que le demandeur-accus\u00e9, apr\u00e8s sa d\u00e9tention d\u2019une dur\u00e9e de quatre mois environ, puisse \u00eatre consid\u00e9r\u00e9 comme membre du groupe de personnes (ayant commis l\u2019infraction en question) et par cons\u00e9quent qu\u2019il risque de commettre de nouvelles infractions similaires. (&#8230;)\u00a0\u00bb<\/p>\n<p>24. Le 25 avril 2013, le requ\u00e9rant versa la caution de 3 000 EUR et fut remis en libert\u00e9.<\/p>\n<p>25. Le 26 avril 2018, le requ\u00e9rant fut condamn\u00e9 \u00e0 une peine d\u2019emprisonnement de cinq ans pour l\u2019infraction, consomm\u00e9e et tent\u00e9e (\u03c4\u03b5\u03bb\u03b5\u03b9\u03c9\u03bc\u03ad\u03bd\u03b7\u03ba\u03b1\u03b9\u03c3\u03b5\u03b1\u03c0\u03cc\u03c0\u03b5\u03b9\u03c1\u03b1), de facilitation de la sortie du territoire d\u2019un ressortissant \u00e9tranger en l\u2019absence de soumission de ce dernier au contr\u00f4le pr\u00e9vu par une personne agissant dans l\u2019exercice de sa profession seule et en commun, et en concours d\u2019infractions (\u03ba\u03b1\u03c4\u0384\u03b5\u03c0\u03ac\u03b3\u03b3\u03b5\u03bb\u03bc\u03b1\u03ba\u03b1\u03b9\u03ba\u03b1\u03c4\u03ac\u03c3\u03c5\u03c1\u03c1\u03bf\u03ae) (jugement\u00a0no\u00a0767\/2018).<\/p>\n<p>26. Le m\u00eame jour, le requ\u00e9rant interjeta appel du jugement de condamnation.<\/p>\n<p><strong>IV. Les conditions de d\u00e9tention \u00e0 la prison de Diavata<\/strong><\/p>\n<p><strong>A. La version du requ\u00e9rant<\/strong><\/p>\n<p>27. Les conditions de d\u00e9tention sont d\u00e9crites comme suit par le requ\u00e9rant.<\/p>\n<p>28. Celui-ci partageait avec quatre autres d\u00e9tenus une cellule de 20\u00a0m2, qui n\u2019\u00e9tait pas adapt\u00e9e aux besoins des personnes handicap\u00e9es et dans laquelle l\u2019espace personnel octroy\u00e9 \u00e0 chaque d\u00e9tenu \u00e9tait l\u00e9g\u00e8rement sup\u00e9rieur \u00e0 3\u00a0m2. Ni les toilettes ni les douches n\u2019\u00e9taient adapt\u00e9es aux besoins des personnes handicap\u00e9es, qui n\u2019avaient pas \u00e0 leur disposition d\u2019assistance sp\u00e9ciale. Les d\u00e9tenus assuraient eux-m\u00eames le nettoyage des cellules et lavaient eux-m\u00eames leurs v\u00eatements et leurs draps dans des bassines en plastique et les faisaient s\u00e9cher dans la cour. La cellule n\u2019\u00e9tait pas suffisamment \u00e9clair\u00e9e par la lumi\u00e8re naturelle et il n\u2019\u00e9tait pas interdit d\u2019y fumer. Aucune d\u00e9sinfection n\u2019avait \u00e9t\u00e9 effectu\u00e9e durant le s\u00e9jour de l\u2019int\u00e9ress\u00e9 \u00e0 la prison, alors que le b\u00e2timent \u00e9tait infest\u00e9 de cafards. La prison disposait du chauffage central, qui ne fonctionnait que deux heures par jour, une le matin et une le soir, et l\u2019eau chaude y \u00e9tait disponible seulement une heure par jour. Il y avait un seul gardien, qui \u00e9tait souvent absent, et les d\u00e9tenus devaient crier et frapper sur la porte de la cellule pour se faire entendre.<\/p>\n<p>29. La nourriture n\u2019\u00e9tait pas adapt\u00e9e \u00e0 l\u2019\u00e9tat de sant\u00e9 des personnes diab\u00e9tiques, tel le requ\u00e9rant. La direction de la prison avait elle-m\u00eame admis que le co\u00fbt journalier de la nourriture pour chaque d\u00e9tenu ne d\u00e9passait pas deux EUR. Les heures de promenade dans la cour, \u00e0 laquelle l\u2019int\u00e9ress\u00e9 ne pouvait acc\u00e9der avec son fauteuil roulant, \u00e9taient de 9 heures \u00e0 12\u00a0heures et de 14\u00a0h\u00a030 \u00e0 16\u00a0h\u00a030, et la cour n\u2019\u00e9tait ni adapt\u00e9e aux besoins des personnes handicap\u00e9es ni abrit\u00e9e. Les parapluies et les bonnets \u00e9tant interdits, les d\u00e9tenus ne pouvaient pas sortir lorsqu\u2019il pleuvait. La prison ne disposait pas de r\u00e9fectoire et les d\u00e9tenus \u00e9taient oblig\u00e9s de manger sur leurs lits.<\/p>\n<p>30. Le requ\u00e9rant soutient que ses conditions de d\u00e9tention ont contribu\u00e9 \u00e0 l\u2019aggravation de son \u00e9tat de sant\u00e9, d\u00e8s lors notamment que sa cellule n\u2019aurait pas \u00e9t\u00e9 adapt\u00e9e \u00e0 ses besoins, en tant que personne handicap\u00e9e, et que ses cod\u00e9tenus y auraient fum\u00e9. En outre, il se plaint de n\u2019avoir jamais re\u00e7u un concentrateur d\u2019oxyg\u00e8ne, pourtant prescrit par le m\u00e9decin. Le requ\u00e9rant se r\u00e9f\u00e8re aux rapports du Comit\u00e9 pour la pr\u00e9vention de la torture et des peines ou traitements inhumains ou d\u00e9gradants (CPT) concernant les conditions de d\u00e9tention dans les prisons grecques et les soins m\u00e9dicaux qui y sont offerts, ainsi qu\u2019\u00e0 la recommandation no\u00a0R98 (7) du Comit\u00e9 des Ministres du Conseil de l\u2019Europe relative aux aspects \u00e9thiques et organisationnels des soins de sant\u00e9 en milieu p\u00e9nitentiaire.<\/p>\n<p><strong>B. La version du Gouvernement<\/strong><\/p>\n<p>31. Le Gouvernement d\u00e9crit comme suit les conditions de d\u00e9tention du requ\u00e9rant.<\/p>\n<p>32. D\u2019apr\u00e8s un rapport du directeur de la prison de Diavata, annex\u00e9 aux observations du Gouvernement, le requ\u00e9rant \u00e9tait plac\u00e9 dans un dortoir d\u2019une superficie de 24\u00a0m2 destin\u00e9 aux d\u00e9tenus handicap\u00e9s, situ\u00e9 au rez\u2011de\u2011chauss\u00e9e et \u00e9quip\u00e9 de cinq lits, d\u2019un syst\u00e8me de climatisation et d\u2019une salle de bain de 2\u00a0m2, adapt\u00e9e aux besoins de ceux-ci. \u00c0 l\u2019\u00e9poque de sa d\u00e9tention, le requ\u00e9rant partageait le dortoir avec quatre autres d\u00e9tenus et disposait d\u2019un espace personnel de 4,4 m2.<\/p>\n<p>33. Dans tous les dortoirs, en plus des lits, il y avait des tables et des pi\u00e8ces de linge de lit, des tabourets, des chevets, une poubelle, des portemanteaux, une salle de bain et des WC s\u00e9par\u00e9s. Les dortoirs disposaient de grandes fen\u00eatres donnant sur la cour de la prison et \u00e9taient \u00e9quip\u00e9s de lampes \u00e9lectriques assurant l\u2019\u00e9clairage artificiel. De l\u2019eau chaude \u00e9tait disponible plusieurs heures par jour. Le chauffage \u00e9tait assur\u00e9 par un syst\u00e8me central, et chaque dortoir \u00e9tait \u00e9quip\u00e9 de radiateurs. La prison disposait aussi d\u2019un syst\u00e8me d\u2019extinction d\u2019incendie.<\/p>\n<p>34. En ce qui concerne la propret\u00e9 des locaux, les d\u00e9tenus recevaient des produits d\u2019hygi\u00e8ne personnelle, et des op\u00e9rations de d\u00e9sinfection et de d\u00e9ratisation \u00e9taient men\u00e9es (interventions attest\u00e9es par des certificats de d\u00e9sinfection et d\u00e9ratisation d\u00e9livr\u00e9s par une entreprise priv\u00e9e, fournis par le Gouvernement). Les d\u00e9tenus avaient la possibilit\u00e9 de laver leurs v\u00eatements dans les machines \u00e0 laver de la prison, et les autorit\u00e9s de la prison veillaient \u00e0 ce qu\u2019il f\u00fbt r\u00e9guli\u00e8rement proc\u00e9d\u00e9 au nettoyage du linge de lit et au remplacement des matelas. La prison disposait aussi d\u2019un salon de coiffure.<\/p>\n<p>35. En ce qui concerne l\u2019alimentation des d\u00e9tenus, trois repas par jour \u00e9taient fournis \u00e0 ceux-ci (petit-d\u00e9jeuner, d\u00e9jeuner et d\u00eener). Tous les menus \u00e9taient standardis\u00e9s et approuv\u00e9s par le m\u00e9decin et le directeur de la prison. Des menus sp\u00e9ciaux \u00e9taient pr\u00e9vus pour les d\u00e9tenus de confessions religieuses sp\u00e9cifiques. Il en allait de m\u00eame pour ceux qui souffraient de probl\u00e8mes de sant\u00e9, tel le requ\u00e9rant, \u00e0 l\u2019\u00e9gard duquel le Gouvernement fournit les menus hebdomadaires servis pendant la p\u00e9riode de d\u00e9tention en cause et indique qu\u2019il n\u2019est pas prouv\u00e9 que son alimentation \u00e9tait inadapt\u00e9e \u00e0 son \u00e9tat de sant\u00e9 et qu\u2019en tout \u00e9tat de cause les instructions des m\u00e9decins avaient \u00e9t\u00e9 respect\u00e9es.<\/p>\n<p>36. Les d\u00e9tenus avaient la possibilit\u00e9 de participer \u00e0 des activit\u00e9s r\u00e9cr\u00e9atives et culturelles organis\u00e9es par diff\u00e9rentes associations, telles que des concerts, conf\u00e9rences et spectacles. Ils pouvaient emprunter des ouvrages et des journaux de presse \u00e0 la biblioth\u00e8que de la prison et \u00e9galement participer aux programmes \u00e9ducatifs et de formation professionnelle. \u00c0 cet \u00e9gard, une \u00ab\u00a0\u00e9cole de la deuxi\u00e8me chance\u00a0\u00bb fonctionnait au sein de la prison. Les d\u00e9tenus travaillaient dans diff\u00e9rents secteurs de la prison. Pour ce qui est du requ\u00e9rant, il n\u2019avait pas demand\u00e9, pendant sa d\u00e9tention, \u00e0 travailler ou \u00e0 \u00eatre autoris\u00e9 \u00e0 sortir de la prison.<\/p>\n<p>37. Des contr\u00f4les sanitaires r\u00e9alis\u00e9s de mani\u00e8re r\u00e9guli\u00e8re ou en urgence permettaient d\u2019assurer le maintien de la propret\u00e9 et de l\u2019hygi\u00e8ne des lieux, ainsi que l\u2019absence de maladies infectieuses. Les soins m\u00e9dicaux en prison \u00e9taient dispens\u00e9s par un m\u00e9decin g\u00e9n\u00e9raliste, un m\u00e9decin sp\u00e9cialiste en m\u00e9decine interne et un dentiste, r\u00e9mun\u00e9r\u00e9s \u00e0 la visite, ainsi que par un m\u00e9decin g\u00e9n\u00e9raliste b\u00e9n\u00e9vole, par un psychiatre permanent et, enfin, par une cellule de m\u00e9decins du r\u00e9seau national de sant\u00e9 comprenant un m\u00e9decin g\u00e9n\u00e9raliste, un dentiste, un infirmier et un ing\u00e9nieur de laboratoire. Ceux-ci \u00e9taient assist\u00e9s par trois infirmiers permanents. Quand des examens m\u00e9dicaux ou des soins m\u00e9dicaux compl\u00e9mentaires s\u2019av\u00e9raient n\u00e9cessaires, les d\u00e9tenus \u00e9taient transf\u00e9r\u00e9s \u00e0 l\u2019h\u00f4pital, m\u00eame en urgence. Les frais des examens ou des traitements pharmaceutiques n\u2019\u00e9taient pas support\u00e9s par les d\u00e9tenus. Les prisonniers \u00e9taient inform\u00e9s de leurs droits et avaient acc\u00e8s \u00e0 un soutien psychologique pour eux-m\u00eames mais aussi pour les membres de leur famille relativement \u00e0 leurs probl\u00e8mes ou leur r\u00e9insertion. En ce qui concerne les d\u00e9tenus toxicomanes, ceux-ci pouvaient suivre les programmes consultatifs et th\u00e9rapeutiques du centre de traitement des personnes sous d\u00e9pendance fonctionnant au sein de la prison.<\/p>\n<p><strong>LE CADRE JURIDIQUE ET LA PRATIQUE INTERNES PERTINENTS<\/strong><\/p>\n<p>I. LE DROIT INTERNE PERTINENT<\/p>\n<p>38. Les dispositions du droit interne pertinentes en l\u2019esp\u00e8ce sont d\u00e9crites dans l\u2019arr\u00eat Christodoulou et autres c. Gr\u00e8ce (no 80452\/12, \u00a7\u00a7 45-47, 5\u00a0juin 2014).<\/p>\n<p>II. LES CONSTATS DU COMIT\u00c9 POUR LA PR\u00c9VENTION DE LA TORTURE ET DES PEINES OU TRAITEMENTS INHUMAINS OU D\u00c9GRADANTS (CPT)<\/p>\n<p>39. Dans son rapport du 5 juillet 2013, \u00e9tabli \u00e0 la suite de sa visite du 4\u00a0au 16 avril 2013, le CPT a relev\u00e9 que la prison de Diavata, d\u2019une capacit\u00e9 officielle de 250 d\u00e9tenus, en accueillait 590. Il a not\u00e9 que cette structure disposait de 53\u00a0cellules mesurant chacune 24 m2 et accueillant chacune 10\u00a0d\u00e9tenus, de 10 cellules de 11 m2 chacune qui accueillaient chacune 4\u00a0d\u00e9tenus et de 3\u00a0cellules o\u00f9 s\u00e9journaient 34 d\u00e9tenues femmes. Il a pr\u00e9cis\u00e9 que l\u2019acc\u00e8s \u00e0 la lumi\u00e8re naturelle et l\u2019a\u00e9ration dans les cellules \u00e9taient satisfaisants, que les cellules \u00e9taient \u00e9quip\u00e9es de quelques tabourets, et que dans les salles d\u2019eau se trouvaient quatre toilettes ainsi qu\u2019un \u00e9vier qui servait aussi pour laver le linge et faire la vaisselle.<\/p>\n<p><strong>EN DROIT<\/strong><\/p>\n<p>I. SUR LES EXCEPTIONS PR\u00c9LIMINAIRES DU GOUVERNEMENT<\/p>\n<p><strong>A. Sur l\u2019absence de qualit\u00e9 de victime<\/strong><\/p>\n<p>40. Dans un premier temps, le Gouvernement invite la Cour \u00e0 rejeter la requ\u00eate pour d\u00e9faut de qualit\u00e9 de victime. Il expose, d\u2019une part, que le requ\u00e9rant a introduit sa requ\u00eate le 17\u00a0avril 2013 et, d\u2019autre part, que sa demande de lev\u00e9e de la mesure de d\u00e9tention provisoire a \u00e9t\u00e9 accueillie le 24\u00a0avril 2013 et qu\u2019il a \u00e9t\u00e9 mis en libert\u00e9 le 25 avril 2013. Selon le Gouvernement, \u00e9tant donn\u00e9 que la d\u00e9tention du requ\u00e9rant, qui \u00e9tait \u00e0 l\u2019origine du traitement pr\u00e9tendument inhumain et d\u00e9gradant d\u00e9nonc\u00e9 par l\u2019int\u00e9ress\u00e9, a pris fin, celui-ci ne peut plus se pr\u00e9tendre victime d\u2019une violation et, par cons\u00e9quent, sa requ\u00eate doit \u00eatre d\u00e9clar\u00e9e irrecevable.<\/p>\n<p>41. Le requ\u00e9rant soutient que, \u00e0 l\u2019\u00e9poque de l\u2019introduction de sa requ\u00eate, il pouvait \u00eatre encore consid\u00e9r\u00e9 comme victime des violations all\u00e9gu\u00e9es, car il a saisi la Cour deux mois et demi apr\u00e8s avoir introduit sa demande de lib\u00e9ration conditionnelle et alors qu\u2019il se trouvait encore en d\u00e9tention. Il ajoute que sa demande \u00e9tait encore pendante au moment de l\u2019introduction de sa requ\u00eate devant la Cour.<\/p>\n<p>42. La Cour rappelle que, pour se pr\u00e9valoir de l\u2019article 34 de la Convention, un requ\u00e9rant doit pouvoir se pr\u00e9tendre victime d\u2019une violation de celle-ci. L\u2019int\u00e9ress\u00e9 doit pouvoir d\u00e9montrer qu\u2019il a \u00ab\u00a0subi directement des effets\u00a0\u00bb de la mesure litigieuse (Centre de ressources juridiques au nom de Valentin C\u00e2mpeanu c.\u00a0Roumanie [GC], no 47848\/08, \u00a7\u00a096, CEDH\u00a02014, et la jurisprudence qui y est cit\u00e9e).<\/p>\n<p>43. En l\u2019esp\u00e8ce, la Cour observe que le requ\u00e9rant a introduit sa requ\u00eate devant elle le 17 avril 2013, alors qu\u2019il se trouvait encore en d\u00e9tention et alors qu\u2019il avait introduit auparavant, le 18 f\u00e9vrier 2013, une demande de lev\u00e9e de la mesure de d\u00e9tention provisoire. Cette demande a abouti \u00e0 la mise en libert\u00e9 de l\u2019int\u00e9ress\u00e9 le 25 avril 2013. \u00c0 la date de l\u2019introduction de la requ\u00eate, la voie de recours interne qui pouvait conduire \u00e0 la mise en libert\u00e9 du requ\u00e9rant \u00e9tait donc encore pendante. Le requ\u00e9rant \u00e9tant encore d\u00e9tenu \u00e0 l\u2019\u00e9poque de l\u2019introduction de la requ\u00eate, il s\u2019ensuit qu\u2019il peut se pr\u00e9tendre victime d\u2019une violation de la Convention, en ce qui concerne les conditions de sa d\u00e9tention et l\u2019absence all\u00e9gu\u00e9e d\u2019un recours effectif \u00e0 cet \u00e9gard, ainsi que le d\u00e9lai mis pour proc\u00e9der \u00e0 l\u2019examen de son recours contre le mandat de mise en d\u00e9tention \u00e9tabli contre lui. La Cour rejette donc l\u2019exception relative \u00e0 la qualit\u00e9 de victime du requ\u00e9rant.<\/p>\n<p><strong>B. Sur le non-\u00e9puisement des voies de recours internes<\/strong><\/p>\n<p>44. Dans un second temps, le Gouvernement excipe du non-\u00e9puisement des voies de recours internes. Il indique ce qui suit\u00a0: le requ\u00e9rant a introduit sa requ\u00eate le 17 avril 2013, alors qu\u2019il avait introduit une demande de lev\u00e9e de la mesure de d\u00e9tention provisoire le 18\u00a0f\u00e9vrier 2013\u00a0; cette demande a \u00e9t\u00e9 accueillie par le juge d\u2019instruction, et l\u2019int\u00e9ress\u00e9 a \u00e9t\u00e9 lib\u00e9r\u00e9 le 25 avril 2013. Il s\u2019ensuit, selon le Gouvernement, que le grief du requ\u00e9rant relatif \u00e0 l\u2019article 3 de la Convention ne peut avoir comme objet que l\u2019octroi d\u2019une indemnit\u00e9 pour le dommage moral subi. Se pr\u00e9valant de l\u2019arr\u00eat Christodoulou et autres (pr\u00e9cit\u00e9), le Gouvernement expose que l\u2019action indemnitaire fond\u00e9e sur l\u2019article 105 de la loi d\u2019accompagnement du code civil combin\u00e9 avec les dispositions du code p\u00e9nitentiaire \u00e9tait une voie de recours interne disponible au requ\u00e9rant, que ce dernier aurait pu et aurait d\u00fb exercer.<\/p>\n<p>45. En outre, le Gouvernement soutient que le requ\u00e9rant n\u2019a fait usage d\u2019aucune des possibilit\u00e9s offertes par l\u2019article 6 du code p\u00e9nitentiaire et l\u2019article 572\u00a0du CPP pour se plaindre de ses conditions de d\u00e9tention. Il se r\u00e9f\u00e8re \u00e9galement \u00e0 l\u2019article 25, intitul\u00e9 \u00ab\u00a0Auditions des d\u00e9tenus\u00a0\u00bb, de la d\u00e9cision no\u00a058819\/7-4-2003 du ministre de la Justice relative au \u00ab\u00a0R\u00e8glement int\u00e9rieur du fonctionnement des \u00e9tablissements p\u00e9nitentiaires de types A et B\u00a0\u00bb. Il consid\u00e8re que les dol\u00e9ances du requ\u00e9rant \u00e9taient li\u00e9es \u00e0 son \u00e9tat de sant\u00e9 et qu\u2019elles ne concernaient pas la situation des d\u00e9tenus dans leur ensemble.<\/p>\n<p>46. Le Gouvernement est d\u2019avis que la demande du requ\u00e9rant de compara\u00eetre devant le procureur comp\u00e9tent ne peut \u00eatre consid\u00e9r\u00e9e comme satisfaisant \u00e0 la condition de l\u2019\u00e9puisement des voies de recours internes. Il ajoute \u00e0 cet \u00e9gard que le requ\u00e9rant a exerc\u00e9 le recours fond\u00e9 sur l\u2019article\u00a0286\u00a0\u00a7 2 du CPP, mais pas celui pr\u00e9vu par l\u2019article 285 du m\u00eame code, de sorte qu\u2019il n\u2019aurait jamais saisi les autorit\u00e9s internes d\u2019une demande visant \u00e0 l\u2019am\u00e9lioration de ses conditions de d\u00e9tention et \u00e0 sa lib\u00e9ration.<\/p>\n<p>47. Le requ\u00e9rant r\u00e9torque que le d\u00e9fenseur, avocat de profession, qu\u2019il avait d\u00e9sign\u00e9 pour le repr\u00e9senter aux fins de l\u2019introduction d\u2019un recours contre l\u2019ordonnance de mise en d\u00e9tention provisoire a disparu en janvier 2013 et qu\u2019il n\u2019a \u00e9t\u00e9 inform\u00e9 que plus tard que cette personne avait \u00e9t\u00e9 radi\u00e9e du barreau. Il soutient qu\u2019il a recouru contre son placement en d\u00e9tention apr\u00e8s avoir trouv\u00e9 un autre avocat. Il estime \u00e0 cet \u00e9gard que les autorit\u00e9s \u00e9taient coresponsables du retard qu\u2019il a mis pour introduire sa demande, d\u00e8s lors que le bureau du juge d\u2019instruction aurait accept\u00e9 la d\u00e9signation d\u2019une personne qui n\u2019avait plus la qualit\u00e9 d\u2019avocat.<\/p>\n<p>48. Le requ\u00e9rant consid\u00e8re en outre que les voies de recours \u00e9voqu\u00e9es par le Gouvernement sont ineffectives, en raison du caract\u00e8re structurel des probl\u00e8mes d\u00e9nonc\u00e9s. Il ajoute \u00e0 ce propos que sa lib\u00e9ration \u00e9tait la seule mesure pertinente apte \u00e0 redresser la violation, all\u00e9gu\u00e9e par lui, de l\u2019article 3 de la Convention en l\u2019esp\u00e8ce et que cette mesure pouvait \u00eatre revendiqu\u00e9e seulement par la voie judiciaire, et non par la voie administrative. Il soutient que l\u2019exercice des recours devant le procureur ou le conseil de la prison est inutile. S\u2019appuyant sur la jurisprudence de la Cour \u00e0 cet \u00e9gard, il expose que plusieurs personnes d\u00e9tenues \u00e0 la prison de Diavata ont fait usage du recours pr\u00e9vu \u00e0 l\u2019article 572 du CPP sans succ\u00e8s et que la Cour a consid\u00e9r\u00e9 que ledit recours n\u2019\u00e9tait pas effectif. Le requ\u00e9rant indique qu\u2019il avait inform\u00e9 les autorit\u00e9s, d\u00e8s sa mise en d\u00e9tention, de ses probl\u00e8mes de sant\u00e9 et de son handicap et que les autorit\u00e9s avaient l\u2019obligation de les traiter effectivement. Il estime qu\u2019il ne peut \u00eatre consid\u00e9r\u00e9 comme oblig\u00e9 d\u2019engager des d\u00e9marches suppl\u00e9mentaires aupr\u00e8s des autorit\u00e9s, \u00e9tant donn\u00e9, selon lui, que des recours similaires \u00e0 celui pr\u00e9vu \u00e0 l\u2019article 572 du CPP avaient \u00e9t\u00e9 jug\u00e9s ineffectifs.<\/p>\n<p>49. En ce qui concerne l\u2019exception du Gouvernement relative \u00e0 l\u2019exercice pr\u00e9alable des voies de recours internes, et notamment celle pr\u00e9vue \u00e0 l\u2019article 105 de la loi d\u2019accompagnement du code civil, la Cour rappelle que l\u2019article 35 \u00a7 1 de la Convention pr\u00e9voit une r\u00e9partition de la charge de la preuve. Le gouvernement d\u00e9fendeur doit ainsi la convaincre que le recours qu\u2019il \u00e9voque \u00e9tait effectif et disponible tant en th\u00e9orie qu\u2019en pratique \u00e0 l\u2019\u00e9poque des faits, c\u2019est-\u00e0-dire qu\u2019il \u00e9tait accessible et susceptible d\u2019offrir au requ\u00e9rant le redressement de ses griefs et qu\u2019il pr\u00e9sentait des perspectives raisonnables de succ\u00e8s (Akdivar et autres c.\u00a0Turquie, 16\u00a0septembre 1996, \u00a7 68, Recueil des arr\u00eats et d\u00e9cisions 1996\u2011IV, et Sejdovic c. Italie [GC], no 56581\/00, \u00a7 46, CEDH 2006-II).<\/p>\n<p>50. La Cour rappelle cependant que, s\u2019agissant de l\u2019\u00e9puisement des voies de recours internes, la situation d\u2019une personne qui a \u00e9t\u00e9 d\u00e9tenue dans des conditions qu\u2019elle estime contraires \u00e0 l\u2019article 3 de la Convention et qui la saisit apr\u00e8s sa mise en libert\u00e9 diff\u00e8re de celle d\u2019un individu qui la saisit alors qu\u2019il est toujours d\u00e9tenu dans les conditions qu\u2019il d\u00e9nonce.<\/p>\n<p>51. La Cour rappelle en outre que, dans son arr\u00eat A.F. c. Gr\u00e8ce (no\u00a053709\/11, \u00a7 60, 13 juin 2013), elle a estim\u00e9 qu\u2019il convenait d\u2019examiner si les dispositions d\u2019un texte l\u00e9gislatif ou r\u00e9glementaire susceptibles d\u2019\u00eatre invoqu\u00e9es aux fins d\u2019une action en application de l\u2019article 105 de la loi d\u2019accompagnement du code civil \u00e9taient r\u00e9dig\u00e9es en termes suffisamment pr\u00e9cis et garantissaient des droits \u00ab\u00a0justiciables\u00a0\u00bb.<\/p>\n<p>52. Elle rappelle enfin que dans son arr\u00eat rendu en l\u2019affaire Christodoulou et autres (pr\u00e9cit\u00e9), comme le note le Gouvernement, elle a consid\u00e9r\u00e9 que le grief du requ\u00e9rant concern\u00e9 tir\u00e9 de l\u2019article 3 de la Convention relativement \u00e0 ses conditions de d\u00e9tention \u00e9tait pr\u00e9matur\u00e9. \u00c0 cet \u00e9gard, elle a observ\u00e9 que le requ\u00e9rant en question, qui \u00e9tait encore d\u00e9tenu \u00e0 la date de l\u2019introduction de la requ\u00eate, \u00e0 savoir le 18 d\u00e9cembre 2012, avait introduit une demande de lib\u00e9ration qui avait abouti \u00e0 sa mise en libert\u00e9 le 4\u00a0f\u00e9vrier 2013. Elle a conclu que, puisque ce requ\u00e9rant \u00e9tait en libert\u00e9 depuis cette derni\u00e8re date, le grief tir\u00e9 de l\u2019article\u00a03 ne pouvait avoir pour objet, le cas \u00e9ch\u00e9ant, que l\u2019octroi par elle d\u2019une indemnit\u00e9 pour le dommage moral subi et que l\u2019int\u00e9ress\u00e9 aurait pu \u00e0 cet \u00e9gard, et pouvait encore \u00e0 l\u2019\u00e9poque de la publication de son arr\u00eat, exercer une action fond\u00e9e sur l\u2019article 105 de la loi d\u2019accompagnement du code civil.<\/p>\n<p>53. La Cour estime que la pr\u00e9sente cause doit \u00eatre distingu\u00e9e de cette affaire, d\u00e8s lors que, en l\u2019esp\u00e8ce, le requ\u00e9rant n\u2019a plus la possibilit\u00e9 d\u2019introduire une action indemnitaire fond\u00e9e sur l\u2019article 105 de la loi d\u2019accompagnement du code civil aux fins de l\u2019obtention d\u2019une indemnit\u00e9 pour le dommage moral subi. En outre, il ne ressort pas du dossier que le requ\u00e9rant a exerc\u00e9 une telle action apr\u00e8s avoir saisi la Cour. Par ailleurs, la pr\u00e9sente requ\u00eate a \u00e9t\u00e9 introduite le 17 avril 2013, soit avant l\u2019arr\u00eat A.F. c. Gr\u00e8ce, pr\u00e9cit\u00e9, dans lequel la Cour a estim\u00e9 que des dispositions d\u2019un texte l\u00e9gislatif ou r\u00e9glementaire pourraient \u00eatre invoqu\u00e9es dans le cadre d\u2019une action en application de l\u2019article 105 de la loi d\u2019accompagnement. \u00c9tant donn\u00e9 les circonstances particuli\u00e8res de la cause, la Cour estime que l\u2019exception du Gouvernement \u00e0 cet \u00e9gard ne saurait \u00eatre accueillie.<\/p>\n<p>54. En ce qui concerne la partie de l\u2019exception du Gouvernement de non\u2011\u00e9puisement des voies de recours internes se rapportant aux recours pr\u00e9vus par les articles 285 et 572 du CPP et par l\u2019article 6 du code p\u00e9nitentiaire, la Cour rel\u00e8ve que le Gouvernement ne produit aucune d\u00e9cision administrative ou judiciaire susceptible d\u2019\u00e9tablir que le requ\u00e9rant pouvait, au travers desdits recours, d\u00e9noncer effectivement les insuffisances all\u00e9gu\u00e9es quant \u00e0 son traitement m\u00e9dical en prison (Lavrentiadis c. Gr\u00e8ce, no 29896\/13, \u00a7 82, 22 septembre 2015). Au demeurant, la Cour observe que le requ\u00e9rant a suffisamment fait \u00e9tat devant les autorit\u00e9s comp\u00e9tentes de ses probl\u00e8mes de sant\u00e9 et de ses conditions de d\u00e9tention, en saisissant le juge d\u2019instruction d\u2019un recours contre son placement en d\u00e9tention (paragraphe\u00a017 ci-dessus).<\/p>\n<p>55. Eu \u00e9gard \u00e0 ce qui pr\u00e9c\u00e8de, la Cour rejette cette partie de l\u2019exception de non-\u00e9puisement des voies de recours internes soulev\u00e9e par le Gouvernement.<\/p>\n<p>II. SUR LEs VIOLATIONs ALL\u00c9GU\u00c9Es DES ARTICLES 3 ET 13 DE LA CONVENTION<\/p>\n<p>56. Le requ\u00e9rant d\u00e9nonce ses conditions de d\u00e9tention au sein de la prison de Diavata, ainsi que des d\u00e9faillances dans son suivi m\u00e9dical. Il invoque \u00e0 cet \u00e9gard l\u2019article 3 de la Convention. Sur le terrain de l\u2019article\u00a013 de la Convention, il se plaint \u00e9galement d\u2019une absence de recours effectif pour se plaindre de ses conditions de d\u00e9tention et des d\u00e9faillances all\u00e9gu\u00e9es dans son suivi m\u00e9dical. Ces dispositions sont ainsi libell\u00e9es\u00a0:<\/p>\n<p style=\"text-align: center;\">Article 3<\/p>\n<p>\u00ab\u00a0Nul ne peut \u00eatre soumis (&#8230;) \u00e0 des peines ou traitements inhumains ou d\u00e9gradants\u00a0\u00bb.<\/p>\n<p style=\"text-align: center;\">Article 13<\/p>\n<p>\u00ab\u00a0Toute personne dont les droits et libert\u00e9s reconnus dans la (&#8230;) Convention ont \u00e9t\u00e9 viol\u00e9s a droit \u00e0 l\u2019octroi d\u2019un recours effectif devant une instance nationale, alors m\u00eame que la violation aurait \u00e9t\u00e9 commise par des personnes agissant dans l\u2019exercice de leurs fonctions officielles.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p><strong>A. Sur l\u2019assistance m\u00e9dicale fournie au requ\u00e9rant<\/strong><\/p>\n<p>57. Le requ\u00e9rant soutient que les conditions de sa d\u00e9tention ont eu comme cons\u00e9quence l\u2019aggravation de ses probl\u00e8mes de sant\u00e9. Il d\u00e9clare \u00eatre rentr\u00e9 dans la prison en marchant et en \u00eatre ressorti dans un fauteuil roulant et avoir subi un arr\u00eat cardiaque pendant sa d\u00e9tention. En outre, il soutient que le traitement m\u00e9dical dont il a fait l\u2019objet \u00e9tait inadapt\u00e9, car, selon lui, en plus d\u2019avoir subi des transferts stressants, de sa cellule aux h\u00f4pitaux, il a vu les prescriptions des m\u00e9decins ne pas \u00eatre respect\u00e9es\u00a0: \u00e0 ses dires, sa nourriture n\u2019\u00e9tait pas adapt\u00e9e \u00e0 son \u00e9tat de personne diab\u00e9tique, il devait partager sa cellule avec des fumeurs, et il n\u2019a jamais re\u00e7u ni de concentrateur d\u2019oxyg\u00e8ne ni d\u2019assistance en raison de \u00ab\u00a0d\u00e9ficiences structurelles\u00a0\u00bb. Pour sa part, le Gouvernement soutient que les probl\u00e8mes de sant\u00e9 du requ\u00e9rant ont \u00e9t\u00e9 trait\u00e9s de mani\u00e8re effective. Il dit qu\u2019il n\u2019appara\u00eet pas que l\u2019aggravation des probl\u00e8mes de sant\u00e9 de l\u2019int\u00e9ress\u00e9 a \u00e9t\u00e9 caus\u00e9e par des d\u00e9ficiences dans le suivi m\u00e9dical de ce dernier, et il ajoute que le requ\u00e9rant est sorti de sa propre initiative de l\u2019h\u00f4pital le 6 f\u00e9vrier 2013.<\/p>\n<p>58. La Cour rappelle qu\u2019il ressort de sa jurisprudence que le devoir de soigner le d\u00e9tenu malade au cours de son incarc\u00e9ration met \u00e0 la charge de l\u2019\u00c9tat les obligations particuli\u00e8res de veiller \u00e0 administrer audit d\u00e9tenu les soins m\u00e9dicaux n\u00e9cessaires et \u00e0 adapter, le cas \u00e9ch\u00e9ant, les conditions g\u00e9n\u00e9rales de d\u00e9tention \u00e0 la situation particuli\u00e8re de l\u2019\u00e9tat de sant\u00e9 de l\u2019int\u00e9ress\u00e9 (Xiros c. Gr\u00e8ce, no 1033\/07, \u00a7 73, 9 septembre 2010).<\/p>\n<p>59. Concernant l\u2019obligation d\u2019administrer les soins m\u00e9dicaux n\u00e9cessaires, la Cour rappelle que le manque de soins m\u00e9dicaux appropri\u00e9s peut en principe constituer un traitement contraire \u00e0 l\u2019article 3 de la Convention (\u0130lhan c.\u00a0Turquie [GC], no\u00a022277\/93, \u00a7 87, CEDH 2000-VII, et Gennadiy Naoumenko c. Ukraine, no\u00a042023\/98, \u00a7 112, 10 f\u00e9vrier 2004). La Cour exige, tout d\u2019abord, l\u2019existence d\u2019un encadrement m\u00e9dical pertinent du malade et l\u2019ad\u00e9quation des soins m\u00e9dicaux prescrits \u00e0 sa situation particuli\u00e8re (Khatayev c. Russie, no 56994\/09, \u00a7 84, 11 octobre 2011). De plus, la diligence et la fr\u00e9quence avec lesquelles les soins m\u00e9dicaux sont dispens\u00e9s \u00e0 l\u2019int\u00e9ress\u00e9 sont deux \u00e9l\u00e9ments \u00e0 prendre en compte pour mesurer la compatibilit\u00e9 de son traitement avec les exigences de l\u2019article 3 de la Convention. En particulier, ces deux facteurs sont \u00e9valu\u00e9s par la Cour, non pas en des termes absolus, mais en tenant compte chaque fois de l\u2019\u00e9tat particulier de sant\u00e9 du d\u00e9tenu (Serifis c. Gr\u00e8ce, no 27695\/03, \u00a7\u00a035, 2\u00a0novembre 2006, et Rohde c.\u00a0Danemark, no 69332\/01, \u00a7\u00a0106, 21 juillet 2005).<\/p>\n<p>60. \u00c0 cet \u00e9gard, la Cour note que les dol\u00e9ances du requ\u00e9rant se fondent sur l\u2019absence all\u00e9gu\u00e9e de traitement ad\u00e9quat de son handicap et des diverses pathologies pr\u00e9sent\u00e9es par lui. Elle tient \u00e0 souligner qu\u2019elle ne peut toutefois se prononcer sur des questions qui rel\u00e8vent de l\u2019expertise m\u00e9dicale. Afin de d\u00e9terminer si l\u2019article 3 de la Convention a \u00e9t\u00e9 respect\u00e9, elle ne peut examiner que la seule question de savoir si les autorit\u00e9s nationales ont assur\u00e9 au requ\u00e9rant un suivi m\u00e9dical appropri\u00e9 et mis en place un protocole th\u00e9rapeutique adapt\u00e9 \u00e0 la nature de ses pathologies.<\/p>\n<p>61. \u00c0 ce sujet, la Cour constate que, d\u2019apr\u00e8s le dossier, pendant sa d\u00e9tention \u00e0 la prison de Diavata, le requ\u00e9rant a \u00e9t\u00e9 transf\u00e9r\u00e9 \u00e0 plusieurs reprises dans diff\u00e9rents \u00e9tablissements hospitaliers de Thessalonique\u00a0: du 24\u00a0janvier au 6 f\u00e9vrier 2013, il a \u00e9t\u00e9 hospitalis\u00e9 en urgence \u00e0 la clinique neurologique de l\u2019h\u00f4pital g\u00e9n\u00e9ral Papanikolaou, ainsi qu\u2019\u00e0 la clinique cardiologique du m\u00eame h\u00f4pital et a subi des examens cliniques(paragraphes\u00a09 et 11 ci-dessus) ; le 15 mars 2013, il a \u00e9t\u00e9 de nouveau transf\u00e9r\u00e9 \u00e0 la clinique cardiologique de l\u2019h\u00f4pital Papanikolaou, pour \u00eatre soumis \u00e0 un examen cardiologique et neurologique(paragraphe\u00a012 ci\u2011dessus) ; le 21\u00a0mars 2013, il a \u00e9t\u00e9 transf\u00e9r\u00e9 en urgence \u00e0 la clinique neurologique du m\u00eame h\u00f4pital et y a fait l\u2019objet de nouveaux examens cliniques (paragraphe 13 ci-dessus). L\u2019int\u00e9ress\u00e9 est sorti de l\u2019h\u00f4pital le 9\u00a0avril 2013. Dans ces circonstances, la Cour ne saurait conclure que les autorit\u00e9s nationales ont failli \u00e0 leur devoir d\u2019assurer un suivi m\u00e9dical au requ\u00e9rant. En outre, elle consid\u00e8re que, m\u00eame si ce dernier n\u2019a pas re\u00e7u en prison de concentrateur d\u2019oxyg\u00e8ne, pourtant prescrit par le m\u00e9decin, ce constat n\u2019est pas \u00e0 lui seul suffisant pour l\u2019amener \u00e0 conclure qu\u2019en l\u2019esp\u00e8ce les autorit\u00e9s comp\u00e9tentes n\u2019ont pas satisfait \u00e0 leur obligation positive de fournir au requ\u00e9rant une assistance m\u00e9dicale ad\u00e9quate.<\/p>\n<p>62. Partant, cette partie du grief tir\u00e9 de l\u2019article 3 de la Convention est manifestement mal fond\u00e9e et elle doit \u00eatre rejet\u00e9e, en application de l\u2019article\u00a035\u00a0\u00a7\u00a7 a) et 4 de la Convention.<\/p>\n<p>63. En outre, en ce qui concerne l\u2019article 13 de la Convention se rapportant \u00e0 cet aspect du grief tir\u00e9 de l\u2019article 3 de la Convention, la Cour rappelle que l\u2019article 13 a \u00e9t\u00e9 interpr\u00e9t\u00e9 comme n\u2019exigeant un recours en droit interne que s\u2019agissant de griefs pouvant passer pour \u00ab\u00a0d\u00e9fendables\u00a0\u00bb selon la Convention (voir, entre autres, Boyle et Rice c. Royaume-Uni, 21\u00a0juin 1988, \u00a7 52, s\u00e9rie A no 131).<\/p>\n<p>64. Compte tenu de ce qui pr\u00e9c\u00e8de, la Cour estime que, pour ce qui est du caract\u00e8re ad\u00e9quat de l\u2019assistance m\u00e9dicale fournie, le requ\u00e9rant n\u2019a aucun grief d\u00e9fendable \u00e0 cet \u00e9gard (voir, mutatis mutandis, Passaris c.\u00a0Gr\u00e8ce (d\u00e9c.), no\u00a05334\/07, 24\u00a0septembre 2009).<\/p>\n<p>65. Il s\u2019ensuit que cette partie du grief tir\u00e9 de l\u2019article 13 de la Convention doit \u00eatre rejet\u00e9e pour d\u00e9faut manifeste de fondement, en application de l\u2019article 35 \u00a7\u00a7 3 a) et 4 de la Convention.<\/p>\n<p><strong>B. Sur les conditions de d\u00e9tention du requ\u00e9rant<\/strong><\/p>\n<p><em>1. Sur la recevabilit\u00e9<\/em><\/p>\n<p>66. Par ailleurs, constatant que la partie des griefs tir\u00e9s des articles\u00a03 et 13 de la Convention se rapportant aux conditions g\u00e9n\u00e9rales de d\u00e9tention du requ\u00e9rant \u00e0 la prison de Diavata n\u2019est pas manifestement mal fond\u00e9e au sens de l\u2019article\u00a035\u00a0\u00a7\u00a03\u00a0a) de la Convention et qu\u2019elle ne se heurte \u00e0 aucun autre motif d\u2019irrecevabilit\u00e9, la Cour la d\u00e9clare recevable.<\/p>\n<p><em>2. Sur le fond<\/em><\/p>\n<p>a) Sur le grief tir\u00e9 de l\u2019article 3 de la Convention<\/p>\n<p>i) Th\u00e8ses des parties<\/p>\n<p>67. Le requ\u00e9rant se r\u00e9f\u00e8re \u00e0 l\u2019affaire Christodoulou et autres (pr\u00e9cit\u00e9e) pour dire que, \u00e9tant donn\u00e9 qu\u2019il s\u2019est trouv\u00e9 d\u00e9tenu avec le requ\u00e9rant Ioannis Christodoulou \u00e0 la prison de Diavata en janvier et f\u00e9vrier 2013, les observations du Gouvernement dans cette derni\u00e8re affaire relatives aux conditions de d\u00e9tention dans cet \u00e9tablissement sont \u00e9galement pertinentes en tant qu\u2019\u00e9l\u00e9ments de preuve dans la pr\u00e9sente esp\u00e8ce. En outre, il se r\u00e9f\u00e8re in extenso aux observations des parties dans la m\u00eame affaire.<\/p>\n<p>68. Renvoyant \u00e0 sa version de ses conditions de d\u00e9tention \u00e0 la prison de Diavata, il soutient que ses conditions de d\u00e9tention dans la cellule destin\u00e9e aux personnes handicap\u00e9es et plus g\u00e9n\u00e9ralement dans cet \u00e9tablissement \u2011 notamment les pr\u00e9tendues absence d\u2019acc\u00e8s \u00e0 l\u2019eau chaude pendant 23\u00a0heures par jour, absence de lumi\u00e8re naturelle suffisante, mauvaises conditions d\u2019hygi\u00e8ne, absence d\u2019acc\u00e8s suffisant \u00e0 la cour, et surtout impossibilit\u00e9 de sortir dans la cour avec un fauteuil roulant \u2011 devraient \u00eatre qualifi\u00e9es de traitement inhumain et \u00e9taient incompatibles avec son \u00e9tat de sant\u00e9. En ce qui concerne les d\u00e9tenus handicap\u00e9s, la situation serait exacerb\u00e9e en raison d\u2019une absence d\u2019\u00e9quipement adapt\u00e9 pour l\u2019acc\u00e8s aux toilettes et aux douches, d\u2019une absence d\u2019interdiction de fumer, d\u2019un manque d\u2019assistance m\u00e9dicale suffisante, ainsi que d\u2019une absence de suivi \u00e0 m\u00eame de pr\u00e9venir le placement des d\u00e9tenus souffrant de maladies contagieuses avec ceux pr\u00e9sentant un d\u00e9ficit immunitaire \u2013 tel l\u2019int\u00e9ress\u00e9.<\/p>\n<p>69. Le Gouvernement r\u00e9plique, tout d\u2019abord, en se r\u00e9f\u00e9rant \u00e0 ses observations relatives aux conditions g\u00e9n\u00e9rales r\u00e9gnant \u00e0 la prison de Diavata, telles que d\u00e9crites ci-dessus, ainsi qu\u2019au suivi m\u00e9dical dont le requ\u00e9rant a fait l\u2019objet. Il all\u00e8gue, ensuite, que la dur\u00e9e totale de l\u2019hospitalisation de l\u2019int\u00e9ress\u00e9 n\u2019\u00e9tait pas insignifiante et qu\u2019elle ne peut \u00eatre prise en compte pour le calcul de la dur\u00e9e de la d\u00e9tention litigieuse. Il soutient, enfin, que les assertions du requ\u00e9rant concernant ses conditions de d\u00e9tention sont manifestement mal fond\u00e9es et qu\u2019il ne ressort pas que l\u2019aggravation de ses probl\u00e8mes de sant\u00e9 a \u00e9t\u00e9 caus\u00e9e par ses conditions de d\u00e9tention.<\/p>\n<p>ii) Appr\u00e9ciation de la Cour<\/p>\n<p>70. La Cour renvoie \u00e0 sa jurisprudence pertinente en mati\u00e8re de principes g\u00e9n\u00e9raux d\u2019application de l\u2019article\u00a03 de la Convention dans des affaires soulevant des questions similaires \u00e0 celles pos\u00e9es par la pr\u00e9sente cause (voir, en dernier lieu, Mur\u0161i\u0107 c. Croatie [GC], no\u00a07334\/13, \u00a7\u00a7\u00a096\u2011141, 20\u00a0octobre 2016).<\/p>\n<p>71. Dans l\u2019affaire Mur\u0161i\u0107 (pr\u00e9cit\u00e9e), la Cour a confirm\u00e9 que, lorsqu\u2019un d\u00e9tenu disposait de plus de 4 m2 d\u2019espace personnel en cellule collective et que cet aspect de ses conditions mat\u00e9rielles de d\u00e9tention ne posait donc pas de probl\u00e8me, les autres aspects, tels que l\u2019offre d\u2019activit\u00e9s hors cellule, l\u2019acc\u00e8s \u00e0 la lumi\u00e8re naturelle et le caract\u00e8re ad\u00e9quat de la ventilation, ainsi que les conditions g\u00e9n\u00e9rales d\u2019hygi\u00e8ne, demeuraient pertinents aux fins de l\u2019appr\u00e9ciation du caract\u00e8re ad\u00e9quat des conditions de d\u00e9tention de l\u2019int\u00e9ress\u00e9 au regard de l\u2019article 3 de la Convention (idem, \u00a7 140).<\/p>\n<p>72. En l\u2019esp\u00e8ce, la Cour note que les versions des parties concernant la surpopulation (notamment en ce qui concerne la superficie de la cellule) mais aussi les autres conditions \u00e0 la prison de Diavata sont diff\u00e9rentes. \u00c0 cet \u00e9gard, elle rel\u00e8ve que, m\u00eame si les parties s\u2019accordent \u00e0 dire que le requ\u00e9rant partageait sa cellule avec quatre autres d\u00e9tenus, ce dernier all\u00e8gue que la superficie totale de la cellule \u00e9tait de 20\u00a0m2 et que l\u2019espace personnel octroy\u00e9 \u00e0 chaque d\u00e9tenu \u00e9tait l\u00e9g\u00e8rement sup\u00e9rieur \u00e0 3 m2, alors que le Gouvernement soutient que la superficie du dortoir du requ\u00e9rant \u00e9tait de 24\u00a0m2 et que l\u2019espace personnel de chaque d\u00e9tenu \u00e9tait de 4,4 m2.<\/p>\n<p>73. Pour se forger son opinion, la Cour s\u2019efforcera de prendre en consid\u00e9ration ceux des \u00e9l\u00e9ments qui lui paraissent les plus objectifs et qui \u00e9manent de sources autres que les parties dans la pr\u00e9sente affaire.<\/p>\n<p>74. Ainsi, la Cour note que, selon les informations fournies au sujet de la pr\u00e9sente affaire par la direction de la prison de Diavata au Gouvernement dans un document dat\u00e9 de 9 mai 2018, qui se trouve annex\u00e9 aux observations de celui-ci, le requ\u00e9rant avait \u00e9t\u00e9 plac\u00e9 dans un dortoir d\u2019une superficie totale de 24 m2, destin\u00e9 aux personnes handicap\u00e9es et \u00e9quip\u00e9 de cinq lits, d\u2019un syst\u00e8me de climatisation, de toilettes adapt\u00e9es et d\u2019une douche d\u2019une superficie de 2\u00a0m2, de sorte que la surface restante du dortoir \u00e9tait de 22 m2. Selon les pr\u00e9cisions apport\u00e9es par la direction p\u00e9nitentiaire dans ce m\u00eame document, le requ\u00e9rant partageait le dortoir avec quatre autres d\u00e9tenus. Il r\u00e9sulte de ces indications que chaque d\u00e9tenu disposait d\u2019environ 4,4 m2 d\u2019espace personnel.<\/p>\n<p>75. Faute de constats objectifs, la Cour ne peut pas se prononcer sur la plupart des all\u00e9gations du requ\u00e9rant concernant les conditions relatives au chauffage, \u00e0 l\u2019eau chaude, \u00e0 l\u2019\u00e9clairage, \u00e0 la propret\u00e9 des dortoirs et \u00e0 la fourniture des produits d\u2019hygi\u00e8ne. Elle rel\u00e8ve cependant que la prison de Diavata ne dispose pas de r\u00e9fectoire et que les d\u00e9tenus sont oblig\u00e9s de prendre leurs repas dans leurs cellules, assis sur leurs lits. Par ailleurs, elle prend note des assertions du requ\u00e9rant, qui affirme qu\u2019il n\u2019avait pas acc\u00e8s \u00e0 la cour de promenade, que celle-ci n\u2019\u00e9tait pas adapt\u00e9e aux besoins des personnes handicap\u00e9es, que son alimentation n\u2019\u00e9tait pas appropri\u00e9e \u00e0 son \u00e9tat de personne diab\u00e9tique et qu\u2019il devait partager sa cellule avec des fumeurs, malgr\u00e9 les prescriptions contraires des m\u00e9decins. Or ces all\u00e9gations n\u2019ont pas \u00e9t\u00e9 d\u00e9menties par le Gouvernement.<\/p>\n<p>76. Eu \u00e9gard \u00e0 ce qui pr\u00e9c\u00e8de, la Cour consid\u00e8re que les conditions de d\u00e9tention du requ\u00e9rant, compte tenu notamment du handicap de l\u2019int\u00e9ress\u00e9 et de la dur\u00e9e de son incarc\u00e9ration, ont soumis ce dernier \u00e0 une \u00e9preuve d\u2019une intensit\u00e9 qui exc\u00e9dait le niveau in\u00e9vitable de souffrance inh\u00e9rent \u00e0 la d\u00e9tention.<\/p>\n<p>77. Partant, il y a eu violation de l\u2019article 3 de la Convention en ce qui concerne les conditions g\u00e9n\u00e9rales de d\u00e9tention du requ\u00e9rant \u00e0 la prison de Diavata.<\/p>\n<p>b) Sur le grief tir\u00e9 de l\u2019article 13 de la Convention<\/p>\n<p>i) Th\u00e8ses des parties<\/p>\n<p>78. Le requ\u00e9rant se r\u00e9f\u00e8re en substance \u00e0 ses observations relatives \u00e0 l\u2019exception pr\u00e9liminaire de non-\u00e9puisement soulev\u00e9e par le Gouvernement. Il all\u00e8gue qu\u2019en g\u00e9n\u00e9ral le caract\u00e8re inad\u00e9quat de l\u2019assistance et des soins m\u00e9dicaux pour les d\u00e9tenus handicap\u00e9s r\u00e9v\u00e8le des d\u00e9ficiences structurelles du syst\u00e8me p\u00e9nitentiaire. Il ajoute que, d\u00e8s son arriv\u00e9e \u00e0 la prison de Diavata, il a signal\u00e9 ses probl\u00e8mes de sant\u00e9 aux autorit\u00e9s, lesquelles avaient selon lui l\u2019obligation positive de lui fournir une assistance m\u00e9dicale ad\u00e9quate. Il soutient que, malgr\u00e9 ses multiples hospitalisations, les autorit\u00e9s n\u2019ont pas honor\u00e9 cette obligation, en raison de d\u00e9ficiences structurelles en ce domaine.<\/p>\n<p>79. Le Gouvernement estime que, en l\u2019absence \u2013 \u00e0 ses dires \u2013 d\u2019une violation de l\u2019article\u00a03 de la Convention en l\u2019esp\u00e8ce, le requ\u00e9rant n\u2019a pas de \u00ab\u00a0grief d\u00e9fendable\u00a0\u00bb et ne peut donc invoquer l\u2019article 13 de la Convention. \u00c0 titre subsidiaire, il indique que le requ\u00e9rant avait \u00e0 sa disposition des voies de recours effectives, et il renvoie \u00e0 cet \u00e9gard \u00e0 son exception pr\u00e9liminaire relative \u00e0 l\u2019exercice pr\u00e9alable des voies de recours internes. Selon le Gouvernement, en l\u2019occurrence, le recours pr\u00e9vu \u00e0 l\u2019article 286\u00a0\u00a7\u00a02 du CPP \u00e9tait une voie de recours effective, d\u00e8s lors que son exercice par le requ\u00e9rant a eu pour cons\u00e9quences l\u2019examen en d\u00e9tail des circonstances de la pr\u00e9sente affaire et la mise en libert\u00e9 de l\u2019int\u00e9ress\u00e9. Le Gouvernement argue que le fait que les autorit\u00e9s comp\u00e9tentes ont accueilli la demande du requ\u00e9rant ne constituait pas un cas isol\u00e9 et exceptionnel de prise en consid\u00e9ration par lesdites autorit\u00e9s des raisons \u00e9voqu\u00e9es par un d\u00e9tenu relativement \u00e0 son \u00e9tat de sant\u00e9 et de remise en libert\u00e9, et il se r\u00e9f\u00e8re \u00e0 cet \u00e9gard \u00e0 une ordonnance du juge d\u2019instruction d\u2019Ath\u00e8nes prise dans une affaire similaire.<\/p>\n<p>ii) Appr\u00e9ciation de la Cour<\/p>\n<p>80. La Cour rappelle que l\u2019article 13 de la Convention garantit l\u2019existence en droit interne d\u2019un recours pour les griefs que l\u2019on peut estimer \u00ab\u00a0d\u00e9fendables\u00a0\u00bb au regard de la Convention. Un tel recours doit habiliter l\u2019instance nationale comp\u00e9tente \u00e0 conna\u00eetre du contenu du grief fond\u00e9 sur la Convention et \u00e0 offrir le redressement appropri\u00e9, m\u00eame si les \u00c9tats contractants jouissent d\u2019une certaine marge d\u2019appr\u00e9ciation quant \u00e0 la mani\u00e8re de se conformer aux obligations que leur fait cette disposition et m\u00eame si la port\u00e9e de ces obligations varie en fonction de la nature du grief que le requ\u00e9rant tire de la Convention. Toutefois, le recours exig\u00e9 par l\u2019article 13 de la Convention doit \u00eatre \u00ab\u00a0effectif\u00a0\u00bb en pratique comme en droit (Mc\u00a0Glinchey et autres c. Royaume-Uni, no 50390\/99, \u00a7\u00a062, CEDH\u00a02003-V).<\/p>\n<p>81. En l\u2019esp\u00e8ce, la Cour rel\u00e8ve que, dans son recours du 18 f\u00e9vrier 2013, le requ\u00e9rant a fait \u00e9tat, certificats m\u00e9dicaux \u00e0 l\u2019appui, de ses probl\u00e8mes de sant\u00e9, de son invalidit\u00e9, dont le taux \u00e9tait de 80 %, ainsi que du fait qu\u2019il avait \u00e9t\u00e9 hospitalis\u00e9 quelques jours apr\u00e8s son placement en d\u00e9tention. De m\u00eame, l\u2019int\u00e9ress\u00e9 s\u2019est r\u00e9f\u00e9r\u00e9 \u00e0 ses probl\u00e8mes de sant\u00e9, ainsi qu\u2019\u00e0 ses conditions de d\u00e9tention, qu\u2019il qualifiait de mauvaises, lors de ses demandes introduites le 5 avril 2013 devant le juge d\u2019instruction. De plus, le 9\u00a0avril 2013, le requ\u00e9rant a d\u00e9pos\u00e9 un m\u00e9moire suppl\u00e9mentaire \u00e0 son recours du 18\u00a0f\u00e9vrier 2013, dans lequel il affirmait que ses probl\u00e8mes de sant\u00e9 avaient empir\u00e9 depuis son placement en d\u00e9tention et que ses conditions de d\u00e9tention, qu\u2019il d\u00e9crivait en d\u00e9tail, \u00e9taient incompatibles avec son \u00e9tat de sant\u00e9.<\/p>\n<p>82. Or la Cour constate que, si le juge d\u2019instruction a finalement d\u00e9cid\u00e9 la mise en libert\u00e9 sous condition du requ\u00e9rant, c\u2019est seulement apr\u00e8s avoir relev\u00e9 que celui-ci ne risquait plus de commettre de nouvelles infractions. En revanche, le juge d\u2019instruction ne s\u2019est livr\u00e9 \u00e0 aucune analyse des conditions de d\u00e9tention et des probl\u00e8mes de sant\u00e9 du requ\u00e9rant, alors que, dans son avis, le procureur avait soulign\u00e9 le taux d\u2019invalidit\u00e9 et les probl\u00e8mes cardiologiques graves de l\u2019int\u00e9ress\u00e9 et avait estim\u00e9 que la prolongation du placement de ce dernier dans un \u00e9tablissement p\u00e9nitentiaire pouvait s\u2019av\u00e9rer fatale en raison des mauvaises conditions r\u00e9gnant dans les prisons grecques.<\/p>\n<p>83. D\u00e8s lors, la Cour consid\u00e8re qu\u2019en l\u2019esp\u00e8ce le recours exerc\u00e9 par le requ\u00e9rant sur le fondement de l\u2019article 286 \u00a7 2 du CPP n\u2019a pas assur\u00e9 \u00e0 celui-ci un redressement appropri\u00e9, car, au-del\u00e0 de la question de la remise en libert\u00e9, le juge d\u2019instruction n\u2019a pas r\u00e9pondu aux griefs formul\u00e9s par l\u2019int\u00e9ress\u00e9 relativement \u00e0 ses conditions de d\u00e9tention.<\/p>\n<p>84. Eu \u00e9gard \u00e0 ce qui pr\u00e9c\u00e8de, et suivant le m\u00eame raisonnement que celui ayant conduit au rejet de l\u2019exception de non-\u00e9puisement des voies de recours internes soulev\u00e9e par le Gouvernement (paragraphes 44-55 ci\u2011dessus), la Cour estime qu\u2019il y a donc eu violation de l\u2019article 13 de la Convention, combin\u00e9 avec l\u2019article 3 relativement aux conditions g\u00e9n\u00e9rales de d\u00e9tention \u00e0 la prison de Diavata.<\/p>\n<p>III. SUR LA VIOLATION ALL\u00c9GU\u00c9E DE L\u2019ARTICLE 5\u00a0\u00a7 4 DE LA CONVENTION<\/p>\n<p>85. Le requ\u00e9rant se plaint que le juge d\u2019instruction n\u2019ait pas examin\u00e9 dans un \u00ab\u00a0bref d\u00e9lai\u00a0\u00bb son recours contre le mandat de mise en d\u00e9tention \u00e9tabli contre lui. Il d\u00e9nonce \u00e0 cet \u00e9gard une violation de l\u2019article 5 \u00a7 4 de la Convention. Cette disposition se lit ainsi\u00a0:<\/p>\n<p>\u00ab\u00a0Toute personne priv\u00e9e de sa libert\u00e9 par arrestation ou d\u00e9tention a le droit d\u2019introduire un recours devant un tribunal, afin qu\u2019il statue \u00e0 bref d\u00e9lai sur la l\u00e9galit\u00e9 de sa d\u00e9tention et ordonne sa lib\u00e9ration si la d\u00e9tention est ill\u00e9gale.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p><strong>A. Sur la recevabilit\u00e9<\/strong><\/p>\n<p>86. Constatant que ce grief n\u2019est pas manifestement mal fond\u00e9 au sens de l\u2019article 35 \u00a7 3 a) de la Convention et qu\u2019il ne se heurte par ailleurs \u00e0 aucun autre motif d\u2019irrecevabilit\u00e9, la Cour le d\u00e9clare recevable.<\/p>\n<p><strong>B. Sur le fond<\/strong><\/p>\n<p><em>1. Arguments des parties<\/em><\/p>\n<p>87. Le requ\u00e9rant expose qu\u2019il a essay\u00e9 d\u2019attaquer l\u2019ordonnance de mise en d\u00e9tention provisoire dans les cinq premiers jours de sa d\u00e9tention, mais que la personne qu\u2019il avait d\u00e9sign\u00e9e pour le repr\u00e9senter n\u2019\u00e9tait plus membre du barreau. Il ajoute que, apr\u00e8s avoir trouv\u00e9 un nouvel avocat, il a introduit une demande de lev\u00e9e de la mesure de d\u00e9tention provisoire, comportant l\u2019apposition de la mention \u00ab\u00a0urgent\u00a0\u00bb. Il dit aussi que, alors que sa demande \u00e9tait pendante, il a produit des m\u00e9moires et des attestations relatives \u00e0 son \u00e9tat de sant\u00e9, afin de d\u00e9montrer sa mise en danger \u00e0 raison de ses conditions de d\u00e9tention. S\u2019agissant de l\u2019all\u00e9gation du Gouvernement selon laquelle le retard dans l\u2019examen de sa demande \u00e9tait justifi\u00e9 en l\u2019esp\u00e8ce par le nombre de ses coaccus\u00e9s, le requ\u00e9rant r\u00e9torque qu\u2019est en cause un probl\u00e8me syst\u00e9mique, d\u00e9j\u00e0 relev\u00e9 dans des affaires similaires. Il estime que, \u00e9tant donn\u00e9 qu\u2019il a \u00e9t\u00e9 lib\u00e9r\u00e9 le 25 avril 2013 sous condition, l\u2019examen de son recours, qui a pris deux mois et deux semaines, a \u00e9t\u00e9 d\u2019une dur\u00e9e qui ne peut \u00eatre consid\u00e9r\u00e9e comme raisonnable selon les crit\u00e8res \u00e9tablis par la jurisprudence de la Cour.<\/p>\n<p>88. Proc\u00e9dant \u00e0 une analyse chronologique des faits, le Gouvernement expose que le requ\u00e9rant a demand\u00e9 le 18 f\u00e9vrier 2013 la lev\u00e9e de la mesure de sa d\u00e9tention ou, alternativement, son remplacement par d\u2019autres mesures restrictives, que le juge d\u2019instruction a transmis le recours au bureau du procureur pr\u00e8s le tribunal de premi\u00e8re instance de Thessalonique le 1er\u00a0avril 2013 et que le recours a \u00e9t\u00e9 attribu\u00e9 le 5\u00a0avril 2013 \u00e0 un procureur pour examen. Il ajoute que celui-ci a r\u00e9dig\u00e9 son avis le 15 avril 2013, que le juge d\u2019instruction a d\u00e9cid\u00e9 le 24 avril 2013 de remplacer la mesure de d\u00e9tention par d\u2019autres mesures restrictives et que le requ\u00e9rant a \u00e9t\u00e9 mis en libert\u00e9 le 25\u00a0avril 2013.<\/p>\n<p>89. Le Gouvernement indique ensuite que, du 30 janvier au 15 mars 2013, le dossier de l\u2019affaire ne se trouvait pas au bureau du juge d\u2019instruction, car, selon lui, certains des coaccus\u00e9s du requ\u00e9rant dans la m\u00eame affaire avaient introduit le 29 janvier 2013 des demandes de lev\u00e9e de la mesure restrictive qui leur avait \u00e9t\u00e9 inflig\u00e9e. \u00c0 ses dires, ces demandes avaient \u00e9t\u00e9 transmises au bureau du procureur pr\u00e8s le tribunal de premi\u00e8re instance de Thessalonique le 30\u00a0janvier 2013 puis attribu\u00e9es \u00e0 un procureur, et ce dernier avait r\u00e9dig\u00e9 des avis les 13 et 15 mars 2013, \u00e0 la suite de quoi le juge d\u2019instruction avait \u00e9mis des ordonnances en date des 15 et 21 mars 2013 et du 1er avril 2013. Le laps de temps \u00e9coul\u00e9 jusqu\u2019au 1er avril 2013 aurait ainsi \u00e9t\u00e9 n\u00e9cessaire pour l\u2019\u00e9mission desdites ordonnances par le juge d\u2019instruction. Le Gouvernement pr\u00e9cise que, quand la proc\u00e9dure concernant les coaccus\u00e9s du requ\u00e9rant s\u2019est termin\u00e9e avec l\u2019\u00e9mission de l\u2019ordonnance du 1er\u00a0avril 2013 du juge d\u2019instruction, ce dernier a transmis le jour m\u00eame la demande du requ\u00e9rant au bureau du procureur pr\u00e8s le tribunal de premi\u00e8re instance. Il ajoute que, le 5 avril 2013, le requ\u00e9rant a introduit devant le juge d\u2019instruction trois demandes, et que celles-ci ont \u00e9t\u00e9 transmises le jour m\u00eame au bureau du procureur pr\u00e8s le tribunal de premi\u00e8re instance.<\/p>\n<p>90. Aussi le Gouvernement consid\u00e8re-t-il que le d\u00e9lai mis pour l\u2019examen des demandes du requ\u00e9rant contre son maintien en d\u00e9tention a \u00e9t\u00e9 raisonnable et justifi\u00e9 en l\u2019esp\u00e8ce, compte tenu de l\u2019ensemble des actions ayant \u00e9t\u00e9 men\u00e9es par les autorit\u00e9s judiciaires, ainsi que du temps requis pour l\u2019\u00e9tude du dossier, n\u00e9cessaire pour l\u2019examen de l\u2019affaire tant par le procureur que par le juge d\u2019instruction. Selon lui, le d\u00e9lai mis pour l\u2019examen du recours du requ\u00e9rant n\u2019a pas \u00e9t\u00e9 excessif en l\u2019esp\u00e8ce et il n\u2019y a pas eu violation de l\u2019article 5 \u00a7 4 de la Convention.<\/p>\n<p><em>2. Appr\u00e9ciation de la Cour<\/em><\/p>\n<p>a) Principes g\u00e9n\u00e9raux<\/p>\n<p>91. La Cour renvoie aux principes g\u00e9n\u00e9raux tels qu\u2019ils se trouvent \u00e9nonc\u00e9s notamment dans l\u2019arr\u00eat Ilnseher c. Allemagne [GC], nos10211\/12 et\u00a027505\/14, \u00a7\u00a7 251-256, 4 d\u00e9cembre 2018).<\/p>\n<p>92. Il en ressort que le point de savoir si le droit \u00e0 une d\u00e9cision \u00e0 bref d\u00e9lai a \u00e9t\u00e9 respect\u00e9 doit s\u2019appr\u00e9cier \u00e0 la lumi\u00e8re des circonstances de l\u2019esp\u00e8ce, notamment la complexit\u00e9 de la proc\u00e9dure, la mani\u00e8re dont elle a \u00e9t\u00e9 conduite par les autorit\u00e9s nationales et par le requ\u00e9rant et l\u2019enjeu qu\u2019elle repr\u00e9sentait pour ce dernier (Ilnseher, pr\u00e9cit\u00e9, \u00a7 252). Dans le cadre de l\u2019examen d\u2019une demande de lib\u00e9ration, la complexit\u00e9 des questions m\u00e9dicales, ou autres, en jeu est un facteur pouvant entrer en ligne de compte lorsqu\u2019il s\u2019agit d\u2019appr\u00e9cier le respect de l\u2019exigence du contr\u00f4le \u00e0 \u00ab\u00a0bref d\u00e9lai\u00a0\u00bb pos\u00e9e par l\u2019article 5 \u00a7 4. La complexit\u00e9 d\u2019un dossier donn\u00e9, quelque exceptionnelle qu\u2019elle soit, ne saurait pourtant dispenser les autorit\u00e9s nationales de se conformer \u00e0 leurs obligations essentielles au regard de cette disposition (Ilnseher, pr\u00e9cit\u00e9, \u00a7 253).<\/p>\n<p>93. L\u2019article 5 \u00a7 4 n\u2019astreint pas les \u00c9tats contractants \u00e0 instaurer plus d\u2019un degr\u00e9 de juridiction pour l\u2019examen de la l\u00e9galit\u00e9 de la d\u00e9tention et pour celui des demandes d\u2019\u00e9largissement. N\u00e9anmoins, un \u00c9tat qui offre un second degr\u00e9 de juridiction doit en principe accorder aux d\u00e9tenus les m\u00eames garanties aussi bien en appel qu\u2019en premi\u00e8re instance, y compris en ce qui concerne la c\u00e9l\u00e9rit\u00e9 du contr\u00f4le par l\u2019organe d\u2019appel d\u2019une ordonnance de d\u00e9tention impos\u00e9e par une juridiction inf\u00e9rieure (Ilnseher, pr\u00e9cit\u00e9, \u00a7 254).<\/p>\n<p>94. Pour d\u00e9terminer s\u2019il a \u00e9t\u00e9 satisfait \u00e0 l\u2019exigence de respect d\u2019un \u00ab\u00a0bref d\u00e9lai\u00a0\u00bb, il faut se livrer \u00e0 une appr\u00e9ciation globale lorsque la proc\u00e9dure s\u2019est d\u00e9roul\u00e9e devant plusieurs degr\u00e9s de juridiction. Lorsque l\u2019ordonnance initiale de placement en d\u00e9tention a \u00e9t\u00e9 prise par un tribunal (c\u2019est-\u00e0-dire par un organe judiciaire ind\u00e9pendant et impartial) dans le cadre d\u2019une proc\u00e9dure offrant les garanties judiciaires appropri\u00e9es, et lorsque le droit interne instaure un double degr\u00e9 de juridiction, la Cour est dispos\u00e9e \u00e0 tol\u00e9rer que le contr\u00f4le devant une juridiction de deuxi\u00e8me instance prenne plus de temps (Ilnseher, pr\u00e9cit\u00e9, \u00a7 255).<\/p>\n<p>95. La Cour a d\u00e9fini dans sa jurisprudence des normes relativement rigoureuses concernant le respect par l\u2019\u00c9tat de l\u2019exigence de c\u00e9l\u00e9rit\u00e9. Une analyse de sa jurisprudence r\u00e9v\u00e8le que, dans les proc\u00e9dures de recours qui se d\u00e9roulent devant des juridictions ordinaires et qui font suite \u00e0 une ordonnance de placement en d\u00e9tention prise par un tribunal de premi\u00e8re instance, des retards de plus de trois \u00e0 quatre semaines dont les autorit\u00e9s doivent \u00eatre tenues pour responsables sont susceptibles de soulever un probl\u00e8me du point de vue de l\u2019exigence de c\u00e9l\u00e9rit\u00e9 \u00e9nonc\u00e9e \u00e0 l\u2019article 5 \u00a7 4, \u00e0 moins que ce d\u00e9lai de contr\u00f4le plus long ne soit exceptionnellement justifi\u00e9 dans les circonstances de l\u2019affaire (voir, entre autres, G.B. c. Suisse, no\u00a027426\/95, \u00a7\u00a7 27 et 32-39, 30 novembre 2000 \u2013 o\u00f9 la Cour a dit qu\u2019un d\u00e9lai de trente-deux jours pour qu\u2019un procureur f\u00e9d\u00e9ral et un tribunal f\u00e9d\u00e9ral se prononcent sur la demande d\u2019\u00e9largissement d\u2019un requ\u00e9rant \u00e9tait contraire \u00e0 l\u2019article 5 \u00a7 4 \u2013, et Lebedev, pr\u00e9cit\u00e9, \u00a7\u00a7 98-102 \u2013 o\u00f9 la Cour a dit que les autorit\u00e9s \u00e9taient responsables de vingt-sept jours sur le d\u00e9lai total qu\u2019il a fallu \u00e0 la cour d\u2019appel pour statuer sur la demande de remise en libert\u00e9 du requ\u00e9rant, ce qui \u00e9tait incompatible avec l\u2019article 5 \u00a7 4 \u2013\u00a0; pour d\u2019autres exemples, voir Piotr Baranowski c. Pologne, no 39742\/05, \u00a7 64, 2 octobre 2007, et Shcherbina c. Russie, no 41970\/11, \u00a7 65, 26 juin 2014).<\/p>\n<p>96. Dans l\u2019affaire Ilnseher, pr\u00e9cit\u00e9, la Cour a conclu \u00e0 la non-violation de l\u2019article 5 \u00a7 4 de la Convention \u00e0 raison de la dur\u00e9e de la proc\u00e9dure de contr\u00f4le de la d\u00e9tention provisoire du requ\u00e9rant (onze mois et un jour pour trois degr\u00e9s de juridiction). Elle a estim\u00e9 que, compte tenu notamment de la complexit\u00e9 de l\u2019affaire, d\u2019un point de vue tant juridique que factuel, la dur\u00e9e de la proc\u00e9dure devant les juridictions internes avait satisfait \u00e0 l\u2019exigence de c\u00e9l\u00e9rit\u00e9 pos\u00e9e par l\u2019article 5 \u00a7 4. Dans cette affaire, la Cour a \u00e9galement r\u00e9it\u00e9r\u00e9 sa jurisprudence selon laquelle, elle se dit dispos\u00e9e \u00e0 tol\u00e9rer que le contr\u00f4le devant une juridiction de deuxi\u00e8me instance prenne plus de temps lorsque l\u2019ordonnance initiale de placement en d\u00e9tention a \u00e9t\u00e9 adopt\u00e9e par un tribunal dans le cadre d\u2019une proc\u00e9dure qui a offert les garanties judiciaires appropri\u00e9es.<\/p>\n<p>b) Application de ces principes au cas d\u2019esp\u00e8ce<\/p>\n<p>97. En ce qui concerne la p\u00e9riode \u00e0 prendre en compte pour d\u00e9terminer si l\u2019\u00c9tat d\u00e9fendeur a satisfait \u00e0 l\u2019exigence de c\u00e9l\u00e9rit\u00e9 pos\u00e9e par l\u2019article\u00a05\u00a7\u00a04, la Cour observe que cette p\u00e9riode a commenc\u00e9 le 18 f\u00e9vrier 2013, date \u00e0 laquelle il a demand\u00e9 sa mise en libert\u00e9 sous condition. Elle a pris fin le 24\u00a0avril 2013, date \u00e0 laquelle le juge d\u2019instruction a fait droit \u00e0 sa demande. Cette p\u00e9riode a donc dur\u00e9 soixante-cinq jours.<\/p>\n<p>98. La Cour note en outre que le requ\u00e9rant a \u00e9t\u00e9 arr\u00eat\u00e9 et plac\u00e9 en d\u00e9tention provisoire en vertu d\u2019un mandat \u00e9mis par le juge d\u2019instruction (mandat no 2\/2013).<\/p>\n<p>99. Il n\u2019appara\u00eet pas que le requ\u00e9rant ait substantiellement contribu\u00e9 \u00e0 la dur\u00e9e de la proc\u00e9dure devant cette juridiction.<\/p>\n<p>100. La Cour rappelle que le requ\u00e9rant fut arr\u00eat\u00e9 et plac\u00e9 en d\u00e9tention provisoire, le 16 janvier 2013, par le juge d\u2019instruction. Elle note que ce dernier jouit, en tant qu\u2019organe judiciaire, d\u2019ind\u00e9pendance et d\u2019impartialit\u00e9, ce qui n\u2019est pas contest\u00e9 par les parties. De l\u2019avis de la Cour, la pr\u00e9sente affaire doit \u00eatre distingu\u00e9e des affaires o\u00f9 la d\u00e9tention des int\u00e9ress\u00e9s est impos\u00e9e par un organe administratif ne jouissant pas des m\u00eames garanties. Par ailleurs, le r\u00e9examen de la l\u00e9galit\u00e9 de la d\u00e9tention du requ\u00e9rant, suite \u00e0 l\u2019introduction par lui de la demande du 18 f\u00e9vrier 2013, a eu lieu par un juge d\u2019instruction, qui \u00e9tait, lui aussi, ind\u00e9pendant et impartial et qui a statu\u00e9 sur la base de l\u2019avis no 52\/2013 du procureur pr\u00e8s le tribunal de premi\u00e8re instance. En statuant sur la demande de lib\u00e9ration du requ\u00e9rant, le 24 avril 2013, le juge d\u2019instruction avait la pl\u00e9nitude de juridiction et \u00e9tait libre de maintenir la d\u00e9tention du requ\u00e9rant ou de le lib\u00e9rer, ce qu\u2019il a d\u2019ailleurs fait.<\/p>\n<p>101. La Cour consid\u00e8re en outre que la proc\u00e9dure devant le juge d\u2019instruction \u00e9tait relativement complexe, d\u2019un point de vue tant juridique que factuel. En effet, le juge d\u2019instruction devait examiner, en deuxi\u00e8me instance, le recours du requ\u00e9rant contre son placement en d\u00e9tention. Dans ce recours, le requ\u00e9rant faisait \u00e9tat de ses probl\u00e8mes de sant\u00e9, de son invalidit\u00e9, dont le taux avait \u00e9t\u00e9 d\u00e9termin\u00e9 au 80 %, ainsi que du fait qu\u2019il avait \u00e9t\u00e9 hospitalis\u00e9 quelques jours apr\u00e8s son placement en d\u00e9tention. Il fournissait \u00e9galement des certificats m\u00e9dicaux qui m\u00e9ritaient d\u2019\u00eatre examin\u00e9es.<\/p>\n<p>102. Qui plus est, la Cour note que, conform\u00e9ment \u00e0 la proc\u00e9dure pr\u00e9vue par l\u2019article 286 du CPP, tel qu\u2019en vigueur \u00e0 l\u2019\u00e9poque des faits, avant de statuer sur le recours du requ\u00e9rant du 18 f\u00e9vrier 2013, le juge d\u2019instruction \u00e9tait tenu \u00e0 transmettre le dossier de l\u2019affaire au bureau du procureur, afin que ce dernier donne son avis sur le maintien de la d\u00e9tention du requ\u00e9rant. Cette proc\u00e9dure, pr\u00e9vue par le droit interne, prolonge bien entendu la dur\u00e9e de la proc\u00e9dure\u00a0: \u00e0 titre indicatif, le juge d\u2019instruction envoya l\u2019affaire au bureau du procureur le 1er avril 2013, le procureur donna son avis le 15 avril 2013 et le juge d\u2019instruction d\u00e9cida la mise en libert\u00e9 du requ\u00e9rant le 24\u00a0avril 2013.<\/p>\n<p>103. Eu \u00e9gard \u00e0 la complexit\u00e9 de l\u2019affaire et au fait que tant le juge d\u2019instruction qui a impos\u00e9 la d\u00e9tention du requ\u00e9rant que le juge d\u2019instruction qui a r\u00e9examin\u00e9 le placement en d\u00e9tention du requ\u00e9rant \u00e9taient des organes judiciaires qui jouissaient de l\u2019ind\u00e9pendance et d\u2019impartialit\u00e9\u00a0\u2013 situation dans laquelle la Cour est dispos\u00e9e \u00e0 tol\u00e9rer des d\u00e9lais de contr\u00f4le plus longs (paragraphes 95 et 96 ci\u2011dessus) \u2013 la Cour estime que la proc\u00e9dure devant la juridiction d\u2019appel a satisfait \u00e0 l\u2019exigence de c\u00e9l\u00e9rit\u00e9 dans les circonstances de l\u2019esp\u00e8ce.<\/p>\n<p>104. Partant, il n\u2019y a pas eu violation de l\u2019article 5 \u00a7 4 de la Convention \u00e0 cet \u00e9gard.<\/p>\n<p>IV. SUR L\u2019APPLICATION DE L\u2019ARTICLE\u00a041 DE LA CONVENTION<\/p>\n<p>105. Aux termes de l\u2019article 41 de la Convention\u00a0:<\/p>\n<p>\u00ab\u00a0Si la Cour d\u00e9clare qu\u2019il y a eu violation de la Convention ou de ses Protocoles, et si le droit interne de la Haute Partie contractante ne permet d\u2019effacer qu\u2019imparfaitement les cons\u00e9quences de cette violation, la Cour accorde \u00e0 la partie l\u00e9s\u00e9e, s\u2019il y a lieu, une satisfaction \u00e9quitable.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p><strong>A. Dommage<\/strong><\/p>\n<p>106. Le requ\u00e9rant r\u00e9clame la somme totale de 13\u00a0418 euros (EUR) au titre du pr\u00e9judice mat\u00e9riel qu\u2019il estime avoir subi. Il ventile sa demande comme suit\u00a0: 8 000 EUR, correspondant \u00e0 la somme vers\u00e9e \u00e0 T.S., d\u00e9sign\u00e9 pour le repr\u00e9senter, et 5\u00a0418 EUR, correspondant \u00e0 la somme d\u00e9pens\u00e9e par sa femme et lui pendant sa d\u00e9tention. Il produit notamment des copies de relev\u00e9s bancaires et des factures de divers montants \u00e0 cet \u00e9gard.<\/p>\n<p>Au titre du dommage moral qu\u2019il dit avoir subi, le requ\u00e9rant r\u00e9clame, respectivement, 28\u00a0000 EUR, 12\u00a0000 EUR et 10\u00a0000 EUR, pour chacune des violations, all\u00e9gu\u00e9es par lui, de l\u2019article 3 de la Convention, de l\u2019article\u00a05 \u00a7\u00a7 1 et\u00a04 de la Convention, et de l\u2019article 13 de la Convention pris seul et combin\u00e9 avec les articles susmentionn\u00e9s. Il demande \u00e9galement 6\u00a0000\u00a0EUR pour l\u2019\u00e9ventuelle violation de tout autre article de la Convention, dont il s\u2019est plaint dans sa requ\u00eate. Enfin, le requ\u00e9rant demande que toute somme allou\u00e9e soit vers\u00e9e directement sur le compte bancaire de sa repr\u00e9sentante.<\/p>\n<p>107. En ce qui concerne le dommage mat\u00e9riel, le Gouvernement soutient que les montants pr\u00e9tendument expos\u00e9s par le requ\u00e9rant et sa femme ne sont ni sp\u00e9cifi\u00e9s ni d\u00e9taill\u00e9s et qu\u2019il n\u2019y a pas de lien de causalit\u00e9 entre le dommage mat\u00e9riel all\u00e9gu\u00e9 et la violation constat\u00e9e. Pour ce qui est du dommage moral, il estime que les montants r\u00e9clam\u00e9s sont excessifs et non justifi\u00e9s \u00e0 l\u2019\u00e9gard des griefs communiqu\u00e9s, de la jurisprudence de la Cour en la mati\u00e8re et de la crise \u00e9conomique actuelle en Gr\u00e8ce. Selon le Gouvernement, le constat d\u2019une violation constituerait en soi une satisfaction \u00e9quitable en l\u2019esp\u00e8ce. Quant \u00e0 la demande du requ\u00e9rant de versement des sommes \u00e9ventuellement allou\u00e9es sur le compte bancaire de sa repr\u00e9sentante, le Gouvernement invite la Cour \u00e0 la rejeter.<\/p>\n<p>108. \u00c0 l\u2019instar du Gouvernement, la Cour ne voit pas de lien de causalit\u00e9 entre les violations constat\u00e9es et le dommage mat\u00e9riel all\u00e9gu\u00e9 et elle rejette la demande y aff\u00e9rente. En revanche, elle rappelle qu\u2019elle a conclu \u00e0 la violation des articles 3 et 13 de la Convention quant aux conditions de d\u00e9tention du requ\u00e9rant et \u00e0 l\u2019absence d\u2019un recours effectif \u00e0 cet \u00e9gard. D\u00e8s lors, elle consid\u00e8re qu\u2019il y a lieu d\u2019octroyer au requ\u00e9rant la somme de 3\u00a0900\u00a0EUR au titre du pr\u00e9judice moral.<\/p>\n<p><strong>B. Frais et d\u00e9pens<\/strong><\/p>\n<p>109. Le requ\u00e9rant demande \u00e9galement la somme de 8 000 EUR, qu\u2019il dit avoir vers\u00e9e \u00e0 T.S., cens\u00e9 le repr\u00e9senter, ainsi que la somme de 8\u00a0729,\u00a060\u00a0EUR pour les frais et d\u00e9pens engag\u00e9s devant la Cour. En ce qui concerne cette derni\u00e8re somme, il pr\u00e9cise avoir sign\u00e9 un accord avec sa repr\u00e9sentante aux termes duquel il versera \u00e0 cette derni\u00e8re la somme en question \u00e0 l\u2019issue de la proc\u00e9dure devant la Cour, et il produit une facture correspondant \u00e0 ladite somme. En outre, il invite la Cour \u00e0 ordonner le versement de cette somme, plus tout montant pouvant \u00eatre d\u00fb \u00e0 titre d\u2019imp\u00f4t par sa repr\u00e9sentante, sur le compte de cette derni\u00e8re.<\/p>\n<p>110. Le Gouvernement argue que le requ\u00e9rant ne prouve pas avoir effectivement vers\u00e9 le montant de 8 000 EUR. Il ajoute qu\u2019il ne peut \u00eatre consid\u00e9r\u00e9 comme responsable pour les accords conclus par le requ\u00e9rant avec un tiers. En ce qui concerne le montant de 8 729, 60 EUR, il estime que la Cour ne peut \u00eatre li\u00e9e par l\u2019accord pass\u00e9 entre le requ\u00e9rant et sa repr\u00e9sentante et que, en tout \u00e9tat de cause, le montant r\u00e9clam\u00e9 est excessif. En ce qui concerne la demande du requ\u00e9rant de versement de la somme allou\u00e9e sur le compte bancaire de sa repr\u00e9sentante, le Gouvernement invite la Cour \u00e0 la rejeter.<\/p>\n<p>111. La Cour rappelle qu\u2019elle a conclu \u00e0 une violation des articles 3 et 13 de la Convention. Compte tenu des documents dont elle dispose et de sa jurisprudence, elle estime raisonnable d\u2019accorder au requ\u00e9rant la somme de 1 000 EUR au titre des frais et d\u00e9pens pour la proc\u00e9dure devant elle. Elle accueille aussi la demande du requ\u00e9rant concernant le versement direct de cette somme sur le compte bancaire de sa repr\u00e9sentante.<\/p>\n<p><strong>C. Int\u00e9r\u00eats moratoires<\/strong><\/p>\n<p>112. La Cour juge appropri\u00e9 de calquer le taux des int\u00e9r\u00eats moratoires sur le taux d\u2019int\u00e9r\u00eat de la facilit\u00e9 de pr\u00eat marginal de la Banque centrale europ\u00e9enne major\u00e9 de trois points de pourcentage.<\/p>\n<p><strong>PAR CES MOTIFS, LA COUR, \u00c0 L\u2019UNANIMIT\u00c9,<\/strong><\/p>\n<p>1. D\u00e9clare la requ\u00eate recevable quant aux griefs tir\u00e9s des articles 3 et 13 de la Convention concernant les conditions de d\u00e9tention du requ\u00e9rant \u00e0 la prison de Diavata, ainsi que de l\u2019article 5 \u00a7 4 de la Convention, et irrecevable pour le surplus ;<\/p>\n<p>2. Dit qu\u2019il y a eu violation de l\u2019article 3 de la Convention \u00e0 raison des conditions de d\u00e9tention du requ\u00e9rant \u00e0 la prison de Diavata\u00a0;<\/p>\n<p>3. Dit qu\u2019il y a eu violation de l\u2019article 13 de la Convention\u00a0\u00e0 raison de l\u2019absence d\u2019un recours effectif offrant au requ\u00e9rant la possibilit\u00e9 de se plaindre de ses conditions de d\u00e9tention \u00e0 la prison de Diavata;<\/p>\n<p>4. Dit qu\u2019il n\u2019y a pas eu violation de l\u2019article 5 \u00a7 4 de la Convention\u00a0;<\/p>\n<p>5. Dit<\/p>\n<p>a) que l\u2019\u00c9tat d\u00e9fendeur doit verser au requ\u00e9rant, dans un d\u00e9lai de trois mois \u00e0 compter de la date \u00e0 laquelle l\u2019arr\u00eat sera devenu d\u00e9finitif conform\u00e9ment \u00e0 l\u2019article\u00a044\u00a0\u00a7\u00a02 de la Convention, les sommes suivantes:<\/p>\n<p>i. 3 900 EUR (trois mille neuf cents euros), plus tout montant pouvant \u00eatre d\u00fb sur cette somme \u00e0 titre d\u2019imp\u00f4t, pour dommage moral\u00a0;<\/p>\n<p>ii. 1 000 EUR (mille euros), plus tout montant pouvant \u00eatre d\u00fb sur cette somme par le requ\u00e9rant \u00e0 titre d\u2019imp\u00f4t, pour frais et d\u00e9pens, \u00e0 verser directement sur le compte bancaire de la repr\u00e9sentante de l\u2019int\u00e9ress\u00e9\u00a0;<\/p>\n<p>b) qu\u2019\u00e0 compter de l\u2019expiration dudit d\u00e9lai et jusqu\u2019au versement, ces montants seront \u00e0 majorer d\u2019un int\u00e9r\u00eat simple \u00e0 un taux \u00e9gal \u00e0 celui de la facilit\u00e9 de pr\u00eat marginal de la Banque centrale europ\u00e9enne applicable pendant cette p\u00e9riode, augment\u00e9 de trois points de pourcentage\u00a0;<\/p>\n<p>6. Rejette le surplus de la demande de satisfaction \u00e9quitable.<\/p>\n<p>Fait en fran\u00e7ais, puis communiqu\u00e9 par \u00e9crit le 14 janvier 2021, en application de l\u2019article\u00a077\u00a0\u00a7\u00a7\u00a02 et\u00a03 du r\u00e8glement.<\/p>\n<p>Abel Campos\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0 Ksenija Turkovi\u0107<br \/>\nGreffier\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0 Pr\u00e9sidente<\/p>\n<div class=\"social-share-buttons\"><a href=\"https:\/\/www.facebook.com\/sharer\/sharer.php?u=https:\/\/loisdumonde.com\/?p=371\" target=\"_blank\" rel=\"noopener\">Facebook<\/a><a href=\"https:\/\/twitter.com\/intent\/tweet?url=https:\/\/loisdumonde.com\/?p=371&text=AFFAIRE+KARGAKIS+c.+GR%C3%88CE+%28Cour+europ%C3%A9enne+des+droits+de+l%E2%80%99homme%29+Requ%C3%AAte+no+27025%2F13\" target=\"_blank\" rel=\"noopener\">Twitter<\/a><a href=\"https:\/\/www.linkedin.com\/shareArticle?url=https:\/\/loisdumonde.com\/?p=371&title=AFFAIRE+KARGAKIS+c.+GR%C3%88CE+%28Cour+europ%C3%A9enne+des+droits+de+l%E2%80%99homme%29+Requ%C3%AAte+no+27025%2F13\" target=\"_blank\" rel=\"noopener\">LinkedIn<\/a><a href=\"https:\/\/pinterest.com\/pin\/create\/button\/?url=https:\/\/loisdumonde.com\/?p=371&description=AFFAIRE+KARGAKIS+c.+GR%C3%88CE+%28Cour+europ%C3%A9enne+des+droits+de+l%E2%80%99homme%29+Requ%C3%AAte+no+27025%2F13\" target=\"_blank\" rel=\"noopener\">Pinterest<\/a><\/div>","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>INTRODUCTION.\u00a0La requ\u00eate concerne notamment les\u00a0conditions de d\u00e9tention du requ\u00e9rant dans la prison de Diavata et le suivi m\u00e9dical dont il a fait l\u2019objet pendant sa d\u00e9tention provisoire FacebookTwitterLinkedInPinterest<\/p>\n<p class=\"more-link-p\"><a class=\"more-link\" href=\"https:\/\/loisdumonde.com\/?p=371\">Read more &rarr;<\/a><\/p>\n","protected":false},"author":1,"featured_media":0,"comment_status":"open","ping_status":"open","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"_lmt_disableupdate":"","_lmt_disable":"","footnotes":""},"categories":[1],"tags":[],"class_list":["post-371","post","type-post","status-publish","format-standard","hentry","category-cour-europeenne-des-droits-de-lhomme"],"modified_by":"loisdumonde","_links":{"self":[{"href":"https:\/\/loisdumonde.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/371","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/loisdumonde.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/loisdumonde.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/loisdumonde.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/users\/1"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/loisdumonde.com\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcomments&post=371"}],"version-history":[{"count":1,"href":"https:\/\/loisdumonde.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/371\/revisions"}],"predecessor-version":[{"id":372,"href":"https:\/\/loisdumonde.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/371\/revisions\/372"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/loisdumonde.com\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fmedia&parent=371"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/loisdumonde.com\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcategories&post=371"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/loisdumonde.com\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Ftags&post=371"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}