{"id":343,"date":"2021-02-11T16:03:55","date_gmt":"2021-02-11T16:03:55","guid":{"rendered":"https:\/\/loisdumonde.com\/?p=343"},"modified":"2021-02-11T16:04:13","modified_gmt":"2021-02-11T16:04:13","slug":"affaire-mehdi-tanrikulu-c-turquie-n-2-cour-europeenne-des-droits-de-lhomme-requete-no-33374-10","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/loisdumonde.com\/?p=343","title":{"rendered":"AFFAIRE MEHD\u0130 TANRIKULU c. TURQUIE (N\u00b0 2) (Cour europ\u00e9enne des droits de l\u2019homme) Requ\u00eate no 33374\/10"},"content":{"rendered":"<p><strong>PROC\u00c9DURE<\/strong>. Invoquant l\u2019article 5 de la Convention, le requ\u00e9rant se plaignait d\u2019une privation de libert\u00e9. Il d\u00e9non\u00e7ait \u00e9galement une atteinte \u00e0 son droit \u00e0 la libert\u00e9 d\u2019expression au sens de l\u2019article 10 de la Convention.<!--more--> Le 26 avril 2016, les griefs concernant les articles\u00a05 et 10 de la Convention ont \u00e9t\u00e9 communiqu\u00e9s au Gouvernement et la requ\u00eate a \u00e9t\u00e9 d\u00e9clar\u00e9e irrecevable pour le surplus conform\u00e9ment \u00e0 l\u2019article\u00a054\u00a0\u00a7\u00a03 du r\u00e8glement de la Cour.<\/p>\n<p style=\"text-align: center;\">DEUXI\u00c8ME SECTION<br \/>\n<strong>AFFAIRE MEHD\u0130 TANRIKULU c. TURQUIE (No 2)<\/strong><br \/>\n<em>(Requ\u00eate no 33374\/10)<\/em><br \/>\nARR\u00caT<\/p>\n<p>Art 5 \u00a7 1 c \u2022 Arrestation ou d\u00e9tention r\u00e9guli\u00e8res \u2022 Placement en d\u00e9tention non conforme \u00e0 la l\u00e9gislation nationale<br \/>\nArt 10 \u2022 Libert\u00e9 d\u2019expression \u2022 D\u00e9tention provisoire du r\u00e9dacteur en chef d\u2019un journal \u00e0 raison d\u2019articles publi\u00e9s \u2022 Ing\u00e9rence non \u00ab pr\u00e9vue par la loi \u00bb au vu du constat sous l\u2019article 5 \u00a7 1<br \/>\nArt 10 \u2022 Poursuites contre le r\u00e9dacteur en chef d\u2019un journal (pour certains articles publi\u00e9s) \u2022 D\u00e9faut de motifs pertinents et suffisants<br \/>\nArt 10 \u2022 Poursuites contre le r\u00e9dacteur en chef d\u2019un journal (pour d\u2019autres articles publi\u00e9s) \u2022 Devoirs et responsabilit\u00e9s \u2022 Motifs pertinents et suffisants \u2022 Peine avec sursis non ex\u00e9cut\u00e9e<\/p>\n<p style=\"text-align: center;\">STRASBOURG<br \/>\n19 janvier 2021<\/p>\n<p>Cet arr\u00eat deviendra d\u00e9finitif dans les conditions d\u00e9finies \u00e0 l\u2019article 44 \u00a7 2 de la Convention. Il peut subir des retouches de forme.<\/p>\n<p><strong>En l\u2019affaire Mehdi Tanr\u0131kulu c. Turquie (no 2),<\/strong><\/p>\n<p>La Cour europ\u00e9enne des droits de l\u2019homme (deuxi\u00e8me section), si\u00e9geant en une Chambre compos\u00e9e de\u00a0:<\/p>\n<p>Jon Fridrik Kj\u00f8lbro, pr\u00e9sident,<br \/>\nMarko Bo\u0161njak,<br \/>\nAle\u0161 Pejchal,<br \/>\nValeriu Gri\u0163co,<br \/>\nCarlo Ranzoni,<br \/>\nPauliine Koskelo,<br \/>\nSaadet Y\u00fcksel, juges,<br \/>\net de Hasan Bak\u0131rc\u0131, greffieradjointde section,<\/p>\n<p>Apr\u00e8s en avoir d\u00e9lib\u00e9r\u00e9 en chambre du conseil le 1er d\u00e9cembre 2020,<\/p>\n<p>Rend l\u2019arr\u00eat que voici, adopt\u00e9 \u00e0 cette date\u00a0:<\/p>\n<p><strong>PROC\u00c9DURE<\/strong><\/p>\n<p>1. \u00c0 l\u2019origine de l\u2019affaire se trouve une requ\u00eate (no 33374\/10) dirig\u00e9e contre la R\u00e9publique de Turquie et dont un ressortissant de cet \u00c9tat, M.\u00a0Mehdi Tanr\u0131kulu (\u00ab\u00a0le requ\u00e9rant\u00a0\u00bb), a saisi la Cour le 10 mai 2010 en vertu de l\u2019article\u00a034 de la Convention de sauvegarde des droits de l\u2019homme et des libert\u00e9s fondamentales (\u00ab\u00a0la Convention\u00a0\u00bb).<\/p>\n<p>2. Le requ\u00e9rant a \u00e9t\u00e9 repr\u00e9sent\u00e9 par Me\u00a0S. \u00d6zen, avocat \u00e0 Diyarbak\u0131r. Le gouvernement turc (\u00ab\u00a0le Gouvernement\u00a0\u00bb) a \u00e9t\u00e9 repr\u00e9sent\u00e9 par son agent.<\/p>\n<p>3. Invoquant l\u2019article 5 de la Convention, le requ\u00e9rant se plaignait d\u2019une privation de libert\u00e9. Il d\u00e9non\u00e7ait \u00e9galement une atteinte \u00e0 son droit \u00e0 la libert\u00e9 d\u2019expression au sens de l\u2019article 10 de la Convention.<\/p>\n<p>4. Le 26 avril 2016, les griefs concernant les articles\u00a05 et 10 de la Convention ont \u00e9t\u00e9 communiqu\u00e9s au Gouvernement et la requ\u00eate a \u00e9t\u00e9 d\u00e9clar\u00e9e irrecevable pour le surplus conform\u00e9ment \u00e0 l\u2019article\u00a054\u00a0\u00a7\u00a03 du r\u00e8glement de la Cour.<\/p>\n<p><strong>EN FAIT<\/strong><\/p>\n<p>I. LES CIRCONSTANCES DE L\u2019ESP\u00c8CE<\/p>\n<p>5. Le requ\u00e9rant est n\u00e9 en 1965. Il r\u00e9side \u00e0 Diyarbak\u0131r. Il \u00e9tait le r\u00e9dacteur en chef du quotidien AzadiyaWelat, un journal publi\u00e9 en langue kurde en Turquie \u00e0 l\u2019\u00e9poque des faits.<\/p>\n<p><strong>A. Engagement d\u2019une enqu\u00eate p\u00e9nale contre le requ\u00e9rant et son placement en d\u00e9tention provisoire<\/strong><\/p>\n<p>6. Le 25 janvier 2010, le procureur de Diyarbak\u0131r engagea une enqu\u00eate p\u00e9nale contre le requ\u00e9rant au sujet de plusieurs articles publi\u00e9s dans les num\u00e9ros des 23 et 24 janvier 2010 du quotidien AzadiyaWelat.<\/p>\n<p>7. Le 8 f\u00e9vrier 2010, le procureur de la R\u00e9publique d\u00e9posa un acte d\u2019accusation devant la cour d\u2019assises de Diyarbak\u0131r (\u00ab\u00a0la cour d\u2019assises\u00a0\u00bb). Il inculpa le requ\u00e9rant du chef de propagande en faveur du PKK\u00a0(Parti des travailleurs du Kurdistan, une organisation ill\u00e9gale arm\u00e9e), en application de l\u2019article\u00a07 \u00a7\u00a02 de la loi no 3713 relative \u00e0 la lutte contre le terrorisme (\u00ab\u00a0la loi no\u00a03713\u00a0\u00bb). Pour ce faire, il releva que, dans quatre articles publi\u00e9s dans le num\u00e9ro du 23 et dans un article publi\u00e9 dans le num\u00e9ro du 24\u00a0janvier 2010 du quotidien AzadiyaWelat, A.\u00d6., le chef de l\u2019organisation ill\u00e9gale arm\u00e9e PKK, avait \u00e9t\u00e9 qualifi\u00e9 de \u00ab\u00a0leader du peuple kurde\u00a0\u00bb (K\u00fcrthalk\u00f6nderi) et que le PKK, une organisation terroriste, avait \u00e9t\u00e9 qualifi\u00e9 de \u00ab\u00a0mouvement de lib\u00e9ration du peuple kurde\u00a0\u00bb. Par ailleurs, il indiqua qu\u2019une photographie de A.\u00d6. avait \u00e9t\u00e9 publi\u00e9e et que ce dernier \u00e9tait consid\u00e9r\u00e9, dans les articles litigieux, comme le \u00ab\u00a0leader du PKK\u00a0\u00bb (proc\u00e9dure no 1).<\/p>\n<p>8. Toujours le 8 f\u00e9vrier 2010, le requ\u00e9rant fut entendu par le parquet de Diyarbak\u0131r. Il r\u00e9futa toutes les accusations port\u00e9es \u00e0 son encontre et soutint que les articles et les photographies en question provenaient d\u2019une agence d\u2019information et qu\u2019ils avaient \u00e9t\u00e9 publi\u00e9s tels quels afin d\u2019informer l\u2019opinion publique.<\/p>\n<p>9. Le 8 avril 2010, la cour d\u2019assises tint sa premi\u00e8re audience, lors de laquelle le requ\u00e9rant demanda l\u2019autorisation de plaider en kurde. La cour d\u2019assises rejeta cette demande au motif que l\u2019int\u00e9ress\u00e9 comprenait et parlait suffisamment bien le turc pour plaider sa cause dans cette langue. Au cours de la m\u00eame audience, le procureur de la R\u00e9publique r\u00e9it\u00e9ra les accusations port\u00e9es contre le requ\u00e9rant et demanda que l\u2019accus\u00e9 soit condamn\u00e9 pour la propagande en faveur du PKK, en application de l\u2019article\u00a07 \u00a7\u00a02 de la loi no\u00a03713.<\/p>\n<p>\u00c0 l\u2019issue de l\u2019audience, la cour d\u2019assises ordonna la mise en d\u00e9tention provisoire du requ\u00e9rant. Les parties pertinentes en l\u2019esp\u00e8ce du proc\u00e8s-verbal de l\u2019audience peuvent se lire comme suit\u00a0:<\/p>\n<p>\u00ab\u00a0Compte tenu de la nature de l\u2019infraction reproch\u00e9e \u00e0 Mehdi Tanr\u0131kulu, eu \u00e9gard aux termes de l\u2019article 100 du code de proc\u00e9dure p\u00e9nale, il convenait d\u2019ordonner la mise en d\u00e9tention en application de l\u2019article 101 du m\u00eame code [il doit s\u2019agir de l\u2019article\u00a0100 \u00a7 3 du m\u00eame code, voir paragraphe 36 ci-dessous]\u00a0; [en outre], compte tenu du fait que la peine pr\u00e9vue pour l\u2019infraction reproch\u00e9e \u00e9tait sup\u00e9rieure \u00e0 une peine d\u2019emprisonnement de trois ans, il ne convenait pas de se prononcer sur [le placement du suspect sous] contr\u00f4le judiciaire (&#8230;)\u00a0\u00bb.<\/p>\n<p>10. Le m\u00eame jour, la cour d\u2019assises adopta un ordre de placement en d\u00e9tention provisoire (tutuklamam\u00fczekkeresi). Cet ordre peut se lire comme suit\u00a0:<\/p>\n<p>\u00ab\u00a0Compte tenu de l\u2019existence de forts soup\u00e7ons, du fait que les preuves n\u2019\u00e9taient pas collect\u00e9es, de la nature de l\u2019infraction reproch\u00e9e, de l\u2019\u00e9tat des preuves, ainsi que du fait que l\u2019infraction reproch\u00e9e figure \u00e0 l\u2019article 101 du code de proc\u00e9dure p\u00e9nale, la mise en d\u00e9tention du suspect a \u00e9t\u00e9 ordonn\u00e9e, en application de l\u2019article 100 du code de proc\u00e9dure p\u00e9nale.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p>11. Le 9 avril 2010, le requ\u00e9rant forma opposition contre la d\u00e9cision de la cour d\u2019assises. Il exposa qu\u2019il s\u2019\u00e9tait pr\u00e9sent\u00e9 de lui-m\u00eame \u00e0 l\u2019audience du 8\u00a0avril 2010 et que les conditions \u00e9num\u00e9r\u00e9es \u00e0 l\u2019article 100 du code de proc\u00e9dure p\u00e9nale (\u00ab\u00a0le CPP\u00a0\u00bb) n\u2019auraient pas \u00e9t\u00e9 r\u00e9unies pour ordonner son placement en d\u00e9tention provisoire. \u00c0 ses yeux, il n\u2019existait aucun fait justifiant les accusations port\u00e9es contre lui et aucun motif pour ordonner sa mise en d\u00e9tention provisoire. En outre, il invoqua la libert\u00e9 d\u2019expression, en soulignant notamment que la mise en d\u00e9tention provisoire du r\u00e9dacteur en chef de l\u2019unique quotidien de Turquie publi\u00e9 en langue kurde ne r\u00e9pondait \u00e0 aucun besoin social imp\u00e9rieux.<\/p>\n<p>12. Le 12 avril 2010, la cour d\u2019assises rejeta l\u2019objection du requ\u00e9rant form\u00e9e \u00e0 l\u2019encontre de l\u2019ordonnance de mise en d\u00e9tention sans se prononcer sur les arguments avanc\u00e9s par le requ\u00e9rant dans son opposition du 9\u00a0avril 2010. Cette d\u00e9cision peut se lire comme suit\u00a0:<\/p>\n<p>\u00ab\u00a0(&#8230;) Eu \u00e9gard \u00e0 l\u2019opposition form\u00e9e par Me S.O., d\u00e9fenseur de Mehdi Tanr\u0131kulu, contre la d\u00e9cision de placement en d\u00e9tention provisoire adopt\u00e9e le 8 avril 2010, le dossier a \u00e9t\u00e9 renvoy\u00e9 devant notre tribunal afin de statuer sur ladite opposition (&#8230;), apr\u00e8s avoir obtenu l\u2019avis du procureur de la R\u00e9publique, le dossier a \u00e9t\u00e9 examin\u00e9 par le coll\u00e8ge, qui d\u00e9cide comme suit\u00a0:<\/p>\n<p>Consid\u00e9rant que la d\u00e9cision adopt\u00e9e par la cour d\u2019assises de Diyarbak\u0131r (&#8230;) \u00e9tait conforme \u00e0 la loi et aux r\u00e8gles de la proc\u00e9dure, il convient de rejeter l\u2019opposition form\u00e9e par le d\u00e9fenseur de l\u2019accus\u00e9 (&#8230;)\u00a0\u00bb.<\/p>\n<p>13. Le 14 avril 2010, le requ\u00e9rant fut de nouveau questionn\u00e9 par le parquet et fut ensuite traduit devant la cour d\u2019assises. Il ressort du dossier qu\u2019il \u00e9tait \u00e9galement soup\u00e7onn\u00e9 de propagande en faveur du PKK en raison de quatre articles publi\u00e9s dans les num\u00e9ros des 6, 7, 27 et 28 mars 2010 du quotidien AzadiyaWelat (proc\u00e9dure no 2).<\/p>\n<p>Devant la cour d\u2019assises, le requ\u00e9rant contesta l\u2019accusation port\u00e9e contre lui, soulignant de nouveau sa qualit\u00e9 du r\u00e9dacteur en chef de l\u2019unique quotidien de Turquie publi\u00e9 en langue kurde. Il d\u00e9clara que nulle part dans le monde un r\u00e9dacteur en chef d\u2019une publication n\u2019aurait \u00e9t\u00e9 plac\u00e9 en d\u00e9tention provisoire en raison du contenu de ses publications. L\u2019avocat du requ\u00e9rant exposa que les conditions \u00e9num\u00e9r\u00e9es \u00e0 l\u2019article\u00a0100 du CPP n\u2019\u00e9taient pas r\u00e9unies pour ordonner le placement en d\u00e9tention provisoire de son client\u00a0; il soutint en particulier qu\u2019il n\u2019existait aucun risque de fuite dans la mesure o\u00f9 son client avait un domicile fixe.<\/p>\n<p>14. Le 14 avril 2010, la cour d\u2019assises ordonna la mise en d\u00e9tention du requ\u00e9rant (qui \u00e9tait toujours en d\u00e9tention provisoire) dans le cadre de la proc\u00e9dure no\u00a02, pour les m\u00eames motifs que ceux retenus dans sa d\u00e9cision du 8\u00a0avril 2010. Les parties pertinentes en l\u2019esp\u00e8ce de cette d\u00e9cision peuvent se lire comme suit\u00a0:<\/p>\n<p>\u00ab\u00a01) Il convient d\u2019ordonner, en application des articles 100-101 du CPP, la mise en d\u00e9tention provisoire du suspect, Mehdi Tanr\u0131kulu, compte tenu de l\u2019existence de forts soup\u00e7ons quant \u00e0 la commission de l\u2019infraction de propagande en faveur d\u2019une organisation terroriste, de la nature de l\u2019infraction reproch\u00e9e et de l\u2019\u00e9tat des preuves et eu \u00e9gard \u00e0 la peine maximale pr\u00e9vue \u00e0 la loi pour cette infraction.<\/p>\n<p>2) Il convient de rejeter la demande de mise en d\u00e9tention du suspect pour le chef de commission d\u2019une infraction pour le compte d\u2019une organisation sans \u00eatre membre de celle-ci [article 220 \u00a7 6 du CP], eu \u00e9gard \u00e0 l\u2019\u00e9tat des preuves et \u00e0 une possibilit\u00e9 de requalification de l\u2019infraction reproch\u00e9e (&#8230;).\u00a0\u00bb<\/p>\n<p>15. Il ressort du dossier que, le 20 avril 2010, un deuxi\u00e8me acte d\u2019accusation fut d\u00e9pos\u00e9 concernant la seconde proc\u00e9dure. Les parties n\u2019ont pas produit de copie de cet acte d\u2019accusation.<\/p>\n<p>16. Le 20 mai 2010, la cour d\u2019assises d\u00e9cida de joindre les proc\u00e9dures nos\u00a01 et 2. Pour ce faire, elle observa que le requ\u00e9rant \u00e9tait accus\u00e9 de propagande en faveur d\u2019une organisation terroriste dans le cadre de la proc\u00e9dure no 1, qui concernait plusieurs articles publi\u00e9s dans les num\u00e9ros des 23 et 24 janvier 2010 du quotidien en question. Elle nota en outre que l\u2019int\u00e9ress\u00e9 \u00e9tait \u00e9galement accus\u00e9 d\u2019avoir fait de la propagande terroriste, d\u2019avoir commis une infraction pour le compte d\u2019une organisation terroriste et d\u2019\u00eatre membre de celle-ci (articles 220\u00a0\u00a7 6 et 314 du code p\u00e9nal (CP)) en raison de quatre articles publi\u00e9s dans les num\u00e9ros des 6, 7, 27 et 28\u00a0mars 2010 du quotidien AzadiyaWelat.<\/p>\n<p>17. Le m\u00eame jour, apr\u00e8s la jonction des deux proc\u00e9dures, la cour d\u2019assises tint une audience \u00e0 l\u2019issue de laquelle elle ordonna la mise en libert\u00e9 provisoire du requ\u00e9rant.<\/p>\n<p>18. Le 21 octobre 2010, la cour d\u2019assises acquitta le requ\u00e9rant des charges retenues contre lui en application des articles 220 \u00a7 6 et 314 du CP, mais le reconnut coupable de l\u2019infraction de propagande en faveur d\u2019une organisation ill\u00e9gale au sens de l\u2019article 7 \u00a7 2 de la loi no 3713.<\/p>\n<p>Dans ses attendus, la cour d\u2019assises examina s\u00e9par\u00e9ment tous les num\u00e9ros du quotidien AzadiyaWelat qui avaient \u00e9t\u00e9 l\u2019objet des deux proc\u00e9dures p\u00e9nales. Pour ce qui est des articles publi\u00e9s dans les num\u00e9ros des 23 et 24\u00a0janvier 2010 (proc\u00e9dure no 1), elle constata que A.\u00d6. y avait \u00e9t\u00e9 qualifi\u00e9 de \u00ab\u00a0leader du peuple kurde\u00a0\u00bb et que le PKK avait \u00e9t\u00e9 pr\u00e9sent\u00e9 comme le mouvement de lib\u00e9ration des Kurdes (num\u00e9ro du 23\u00a0janvier 2010, dans l\u2019article intitul\u00e9 \u00ab\u00a0La solution est l\u2019unit\u00e9\u00a0\u00bb, voir paragraphe\u00a021 ci-dessous).<\/p>\n<p>La cour d\u2019assises releva \u00e9galement que, dans plusieurs articles publi\u00e9s dans les num\u00e9ros des 6, 7, 27 et 28 mars 2010 (proc\u00e9dure no 2), A.\u00d6. avait \u00e9t\u00e9 qualifi\u00e9 de \u00ab\u00a0leader du peuple kurde\u00a0\u00bb\u00a0; que, dans l\u2019article intitul\u00e9 \u00ab\u00a0Les Kurdes vont se d\u00e9fendre\u00a0\u00bb du 7 mars 2010, une d\u00e9claration de M. K. (l\u2019un des chefs du PKK) avait \u00e9t\u00e9 publi\u00e9e\u00a0; que, dans l\u2019article intitul\u00e9 \u00ab\u00a0R\u00f4le pionnier du PKK et h\u00e9ro\u00efsme populaire\u00a0\u00bb (\u00ab\u00a0PKK \u00f6nc\u00fcl\u00fc\u011fu ile halkkahramanl\u0131\u011f\u0131\u00a0\u00bb) publi\u00e9 le 27 mars 2010, le PKK avait \u00e9t\u00e9 pr\u00e9sent\u00e9 comme un mouvement h\u00e9ro\u00efque populaire, ses membres \u00e9taient consid\u00e9r\u00e9s comme des \u00ab\u00a0braves\u00a0\u00bb, des \u00ab\u00a0martyrs\u00a0\u00bb et des \u00ab\u00a0h\u00e9ros\u00a0\u00bb\u00a0; que, dans un autre article publi\u00e9 dans le m\u00eame num\u00e9ro, les membres du PKK \u00e9taient \u00e9galement pr\u00e9sent\u00e9s comme des \u00ab\u00a0h\u00e9ros\u00a0\u00bb\u00a0; que, dans l\u2019article du 28\u00a0mars 2010 intitul\u00e9 \u00ab\u00a0La semaine de l\u2019h\u00e9ro\u00efsme est une \u00e9pop\u00e9e de la libert\u00e9\u00a0\u00bb les membres du PKK \u00e9taient pr\u00e9sent\u00e9s comme des h\u00e9ros, des martyrs, des gu\u00e9rilleros\u00a0; que, dans un article, les activit\u00e9s du PKK \u00e9taient consid\u00e9r\u00e9es comme \u00ab\u00a0la lutte pour la libert\u00e9 du Kurdistan\u00a0\u00bb et les membres de cette organisation terroriste tu\u00e9s \u00e9taient lou\u00e9s\u00a0; et que, dans un autre article, un membre du PKK avait \u00e9t\u00e9 pr\u00e9sent\u00e9 comme un pionnier du PKK.<\/p>\n<p>Les parties pertinentes en l\u2019esp\u00e8ce de cet arr\u00eat peuvent se lire comme suit\u00a0:<\/p>\n<p>\u00ab\u00a0Dans le num\u00e9ro du 6 mars 2010,<\/p>\n<p>[dans plusieurs articles], le chef de l\u2019organisation terroriste A.\u00d6. \u00e9tait pr\u00e9sent\u00e9 comme le leader du peuple kurde\u00a0; ces articles faisaient de la propagande en faveur de l\u2019organisation terroriste PKK en diffusant largement les opinions et les id\u00e9es d\u2019A.\u00d6., le chef de cette organisation, aux supporters et aux sympathisants de celle-ci\u00a0(&#8230;)\u00a0;<\/p>\n<p>dans le num\u00e9ro du 7 mars 2010,<\/p>\n<p>l\u2019article intitul\u00e9 \u00ab\u00a0Les Kurdes vont se d\u00e9fendre\u00a0\u00bb faisait de la propagande en faveur de l\u2019organisation terroriste PKK en diffusant largement les d\u00e9clarations de M.K., soi\u2011disant pr\u00e9sident du conseil d\u2019administration de l\u2019organisation terroriste PKK, aux supporters et aux sympathisants de celle-ci\u00a0;<\/p>\n<p>les articles intitul\u00e9s \u00ab\u00a0L\u2019initiative populaire a lanc\u00e9 un appel et une mise en garde\u00a0\u00bb et \u00ab\u00a0Les agressions ne peuvent pas nous arr\u00eater\u00a0\u00bb, faisaient de la propagande en faveur de l\u2019organisation terroriste PKK en qualifiant le chef de celle-ci, A.\u00d6., de leader du peuple kurde, et en diffusant largement les opinions et les id\u00e9es d\u2019A.\u00d6., le chef de cette organisation, aux supporters et aux sympathisants de celle-ci\u00a0;<\/p>\n<p>dans le num\u00e9ro du 27 mars 2010,<\/p>\n<p>[plusieurs articles] faisaient de la propagande en faveur de l\u2019organisation terroriste PKK en qualifiant le chef de cette organisation terroriste, A.\u00d6., de leader du peuple kurde\u00a0;<\/p>\n<p>l\u2019article intitul\u00e9 \u00ab\u00a0R\u00f4le pionnier du PKK et h\u00e9ro\u00efsme populaire\u00a0\u00bb faisait de la propagande en faveur de l\u2019organisation terroriste PKK en pr\u00e9sentant celle-ci comme un mouvement h\u00e9ro\u00efque populaire et ses membres comme des \u00ab\u00a0braves\u00a0\u00bb, des \u00ab\u00a0martyrs\u00a0\u00bb et des \u00ab\u00a0h\u00e9ros\u00a0\u00bb;<\/p>\n<p>l\u2019article intitul\u00e9 \u00ab\u00a0Les semaines de l\u2019h\u00e9ro\u00efsme dans 30 villes\u00a0\u00bb faisait de la propagande en faveur de l\u2019organisation terroriste PKK en qualifiant son chef, A.\u00d6., de leader du peuple kurde, et en pr\u00e9sentant les membres de cette organisation comme des \u00ab\u00a0h\u00e9ros\u00a0\u00bb\u00a0;<\/p>\n<p>dans le num\u00e9ro du 28 mars 2010,<\/p>\n<p>l\u2019article intitul\u00e9 \u00ab\u00a0La semaine de l\u2019h\u00e9ro\u00efsme est une \u00e9pop\u00e9e de la libert\u00e9\u00a0\u00bb, faisait de la propagande en faveur de l\u2019organisation terroriste PKK en pr\u00e9sentant ses membres comme des h\u00e9ros, des martyrs et des gu\u00e9rilleros et en diffusant des photographies\u00a0;<\/p>\n<p>l\u2019article intitul\u00e9 \u00ab\u00a0[L\u2019association] MEYA-DER a d\u00e9marr\u00e9 son congr\u00e8s\u00a0\u00bb faisait de la propagande en faveur de l\u2019organisation terroriste PKK en pr\u00e9sentant M.Ko., membre de cette organisation, comme \u00e9tant un pionner (\u00ab\u00a0\u00f6nc\u00fc\u00a0\u00bb)\u00a0;<\/p>\n<p>dans le num\u00e9ro du 23 janvier 2010,<\/p>\n<p>[plusieurs articles] faisaient de la propagande en faveur de l\u2019organisation terroriste PKK en qualifiant le chef de l\u2019organisation terroriste, A.\u00d6., de leader du peuple kurde, en le pr\u00e9sentant comme le \u00ab\u00a0leader\u00a0\u00bb (\u00ab\u00a0\u00f6nderlik\u00a0\u00bb), en diffusant ses d\u00e9clarations en vue de propager ses opinions et ses id\u00e9es, de les enraciner et de leur faire gagner en profondeur dans la soci\u00e9t\u00e9 (\u00ab\u00a0g\u00f6r\u00fc\u015fved\u00fc\u015f\u00fcncelerinintoplumi\u00e7indeyayg\u026anla\u015fmas\u026a, k\u00f6kle\u015fmesivederinle\u015fmesiney\u00f6nelika\u00e7\u026aklamalarayervermek\u00a0\u00bb)\u00a0;<\/p>\n<p>l\u2019article intitul\u00e9 \u00ab\u00a0La solution est l\u2019unit\u00e9\u00a0\u00bb, l\u2019organisation terroriste PKK a \u00e9t\u00e9 mentionn\u00e9e comme \u00e9tant un mouvement de lib\u00e9ration kurde (\u00ab\u00a0k\u00fcrt\u00f6zg\u00fcrl\u00fckhareketi\u00a0\u00bb)\u00a0;<\/p>\n<p>[dans un autre article], le chef de l\u2019organisation terroriste, A.\u00d6., a \u00e9t\u00e9 pr\u00e9sent\u00e9 comme le leader du peuple kurde\u00a0;<\/p>\n<p>[dans un autre article], le chef de l\u2019organisation terroriste, A.\u00d6., a \u00e9t\u00e9 pr\u00e9sent\u00e9 comme le leader du peuple kurde et une photo de celui-ci a \u00e9t\u00e9 publi\u00e9e\u00a0;<\/p>\n<p>dans le num\u00e9ro du 24 janvier 2010,<\/p>\n<p>[un article] faisait de la propagande en faveur de l\u2019organisation terroriste PKK en qualifiant le chef de l\u2019organisation terroriste, A.\u00d6., de leader du peuple kurde\u00a0\u00bb.<\/p>\n<p>La cour d\u2019assises consid\u00e9ra que tous les articles publi\u00e9s dans le quotidien AzadiyaWelat examin\u00e9s ci-dessus v\u00e9hiculaient de la propagande en faveur du PKK dans la mesure o\u00f9 le chef de cette organisation terroriste, qui avait perp\u00e9tr\u00e9 de nombreux actes terroristes, dont l\u2019assassinat de plus de 30\u00a0000\u00a0personnes, \u00e9tait pr\u00e9sent\u00e9 comme le leader du peuple kurde et o\u00f9 les membres de cette organisation \u00e9taient qualifi\u00e9s de \u00ab\u00a0pionniers\u00a0\u00bb, de \u00ab\u00a0h\u00e9ros\u00a0\u00bb, de \u00ab\u00a0martyrs\u00a0\u00bb, de \u00ab\u00a0gu\u00e9rilleros\u00a0\u00bb et de \u00ab\u00a0braves\u00a0\u00bb. Elle constata que des \u00e9crits contenant de la propagande en faveur d\u2019une organisation terroriste ne pouvaient b\u00e9n\u00e9ficier de la protection offerte par l\u2019article\u00a010 de la Convention ainsi que de l\u2019article 26 de la Constitution qui garantit le droit \u00e0 la libert\u00e9 d\u2019expression, et qu\u2019il convenait aussi de tenir le r\u00e9dacteur en chef pour responsable des \u00e9crits en question, dans la mesure o\u00f9 les auteurs des articles n\u2019\u00e9taient pas connus. En outre, elle observa que les articles publi\u00e9s dans le quotidien pr\u00e9sentaient un danger concret pour l\u2019ordre public au motif qu\u2019ils diffusaient de la haine, appelaient \u00e0 la violence ou favorisaient celle-ci. Elle conclut que l\u2019infraction avait \u00e9t\u00e9 commise \u00e0 six reprises en raison de la publication des articles publi\u00e9s dans les num\u00e9ros des 23 et 24 janvier 2010, ainsi que des 6, 7, 27 et 28 mars 2010 et condamna par cons\u00e9quent le requ\u00e9rant \u00e0 une peine d\u2019emprisonnement d\u2019un an et trois mois pour chacun des six num\u00e9ros de AzadiyaWelat, soit \u00e0 une peine d\u2019emprisonnement de sept ans et six mois au total.<\/p>\n<p>19. Le 17 janvier 2013, la Cour de cassation infirma l\u2019arr\u00eat de la cour d\u2019assises du 21\u00a0octobre 2010, estimant que l\u2019affaire devait \u00eatre r\u00e9examin\u00e9e \u00e0 la lumi\u00e8re de l\u2019article 1 provisoire de la loi no 6352 (paragraphe\u00a025 ci-dessous).<\/p>\n<p>20. Le 8 mars 2013, la cour d\u2019assises, prenant acte de l\u2019entr\u00e9e en vigueur de la loi no 6352 et se fondant sur l\u2019article 1 provisoire de cette loi, sursit \u00e0 l\u2019ex\u00e9cution de la peine inflig\u00e9e au requ\u00e9rant pour une p\u00e9riode de trois ans.<\/p>\n<p><strong>B. Articles de presse fournis par le Gouvernement<\/strong><\/p>\n<p>21. Le Gouvernement a produit une copie de ces articles r\u00e9dig\u00e9s en langue kurde, ainsi qu\u2019une traduction de ceux-ci vers le turc. Ces articles sont les suivants\u00a0:<\/p>\n<p>&#8211; dans le num\u00e9ro du 23 janvier 2010, de courtes rubriques sur des sujets divers, tels que plusieurs d\u00e9clarations d\u2019A.\u00d6. et les entretiens de celui-ci avec ses avocats sur plusieurs sujets d\u2019actualit\u00e9\u00a0; il en ressort notamment que A.\u00d6. y \u00e9tait pr\u00e9sent\u00e9 comme le leader du peuple kurde\u00a0; dans l\u2019article intitul\u00e9 \u00ab\u00a0La solution est l\u2019unit\u00e9\u00a0\u00bb, les politiques du Gouvernement sont critiqu\u00e9es. Les passages pertinents en l\u2019esp\u00e8ce de cet article sont ainsi libell\u00e9s\u00a0:<\/p>\n<p>\u00ab\u00a0(&#8230;) Le peuple kurde, le mouvement de libert\u00e9 kurde (\u00ab\u00a0k\u00fcrt\u00f6zg\u00fcrl\u00fckhareketi\u00a0\u00bb) et A.\u00d6. \u00e9l\u00e8vent leur voix contre la politique de pression et de pers\u00e9cution et se pr\u00e9parent \u00e0 faire face \u00e0 toutes sortes d\u2019agressions (&#8230;). La solution est l\u2019unit\u00e9 des Kurdes.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p>&#8211; dans le num\u00e9ro du 24 janvier 2010, de courtes rubriques sur des sujets divers, tels que les op\u00e9rations militaires organis\u00e9es par l\u2019arm\u00e9e turque, la r\u00e9action de la population locale ou des organisations non gouvernementales face \u00e0 ces op\u00e9rations, diff\u00e9rents sujets d\u2019actualit\u00e9s, les d\u00e9clarations d\u2019associations pour les droits de l\u2019homme, les conditions de d\u00e9tention\u00a0; dans l\u2019article intitul\u00e9 \u00ab\u00a0Les policiers sont intervenus de nouveau \u00e0 Y\u00fcksekova\u00a0\u00bb, qui donne des informations sur une manifestation, A.\u00d6. est mentionn\u00e9 en tant que leader du peuple kurde\u00a0;<\/p>\n<p>&#8211; dans le num\u00e9ro du 6 mars 2010 (5 pages)\u00a0: de courtes rubriques sur des sujets divers, tels que les activit\u00e9s de la police belge contre la cha\u00eene ROJ TV, les d\u00e9clarations de certains politiques sur celles-ci\u00a0; les d\u00e9clarations d\u2019A.\u00d6. et les entretiens de celui-ci avec ses avocats sur plusieurs sujets d\u2019actualit\u00e9 et sur son \u00e9tat de sant\u00e9 \u2013 dans ces articles, A.\u00d6. est mentionn\u00e9 en tant que leader du peuple kurde \u2013 ; les meetings organis\u00e9s dans diverses villes en Turquie\u00a0; en particulier dans un article, les d\u00e9clarations d\u2019A.\u00d6. ont \u00e9t\u00e9 largement retranscrites. Les parties pertinentes de ces d\u00e9clarations peuvent se lire comme suit\u00a0:<\/p>\n<p>\u00ab\u00a0(&#8230;) J\u2019ai lu une d\u00e9claration de C.B. [l\u2019un des chefs du PKK] qui a \u00e9t\u00e9 faite r\u00e9cemment. Il dit qu\u2019ils sont pr\u00eats \u00e0 une grande guerre ultime. Si les parties d\u00e9veloppent des attitudes n\u00e9gatives, les affrontements (\u00ab\u00a0\u00e7at\u026a\u015fmalar\u00a0\u00bb) peuvent gagner en profondeur, c\u2019est un constat sociologique, c\u2019est la nature sociologique des choses. Si la paix ne se d\u00e9veloppe pas, c\u2019est la guerre qui gagnera en profondeur. Ils disent qu\u2019ils se sont pr\u00e9par\u00e9s et que le nombre de personnes qui participe aux gu\u00e9rillas a augment\u00e9 aux quatre coins du Kurdistan. Il se peut que les participations augmentent. Je le r\u00e9p\u00e8te encore une fois, s\u2019il y a des attitudes consid\u00e9rables, j\u2019assumerai mon r\u00f4le historique. Moi, je ne donne pas d\u2019instructions au PKK, je ne suis pas en mesure d\u2019en donner, cela n\u2019est pas correct par ailleurs (&#8230;). Ces semaines sont importantes, si des progr\u00e8s ne sont pas r\u00e9alis\u00e9s, la guerre gagnera en profondeur.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p>&#8211; dans le num\u00e9ro du 7 mars 2010, de courtes rubriques sur des sujets divers\u00a0: dans plusieurs articles, des d\u00e9clarations de M.K. [l\u2019un des chefs du PKK], qui appelait les Kurdes d\u2019Europe \u00e0 \u00e9lever la voix notamment contre les op\u00e9rations polici\u00e8res organis\u00e9es en Belgique concernant la cha\u00eene ROJ TV\u00a0; dans un article intitul\u00e9 \u00ab\u00a0L\u2019\u00c9tat se venge des d\u00e9tenus\u00a0\u00bb, les conditions de d\u00e9tention ainsi que l\u2019\u00e9tat de sant\u00e9 de certains d\u00e9tenus ont \u00e9t\u00e9 abord\u00e9s\u00a0; les d\u00e9clarations des d\u00e9tenus ont \u00e9t\u00e9 publi\u00e9es\u00a0; des activit\u00e9s concernant la violence domestique ont \u00e9t\u00e9 abord\u00e9es\u00a0; dans l\u2019article intitul\u00e9 \u00ab\u00a0Les Kurdes vont se d\u00e9fendre\u00a0\u00bb, l\u2019appel de M.K., qui invitait \u00e0 ne pas rester silencieux face \u00e0 des traitements d\u00e9gradants a \u00e9t\u00e9 report\u00e9. Il ressort de cet article que M.K. disait notamment ce qui suit\u00a0: \u00ab\u00a0aussi longtemps que les agressions se poursuivent, les Kurdes vont se d\u00e9fendre par tous les moyens \u00bb\u00a0; dans l\u2019article intitul\u00e9 \u00ab\u00a0L\u2019initiative populaire a lanc\u00e9 un appel et a averti\u00a0\u00bb, l\u2019op\u00e9ration polici\u00e8re faite par la police belge [contre ROJ TV] a \u00e9t\u00e9 s\u00e9v\u00e8rement critiqu\u00e9e\u00a0; dans une d\u00e9claration, A.\u00d6. \u2013 d\u00e9sign\u00e9 comme le leader du peuple kurde \u2013 disait que l\u2019\u00c9tat turc menait une politique de n\u00e9gation et de destruction visant les Kurdes et que cette politique se poursuivait aussi en Europe et que les Kurdes avaient le droit de mener toutes les actions l\u00e9gitimes visant \u00e0 d\u00e9fendre les valeurs du peuple kurde\u00a0; dans l\u2019article intitul\u00e9 \u00ab\u00a0Les agressions ne peuvent pas nous arr\u00eater\u00a0\u00bb, des informations concernant un meeting organis\u00e9 \u00e0 Batman ont \u00e9t\u00e9 report\u00e9es\u00a0: il en ressort que de nombreuses femmes portant des tenues traditionnelles s\u2019\u00e9taient r\u00e9unies et avaient scand\u00e9 des slogans en faveur de la cha\u00eene ROJ TV, brandi des posters d\u2019A.\u00d6. \u2013 qui a \u00e9t\u00e9 cit\u00e9 en tant que leader du PKK \u2013 et des drapeaux de KCK [une branche ill\u00e9gale du PKK]\u00a0;<\/p>\n<p>&#8211; dans le num\u00e9ro du 27 mars 2010\u00a0: de courtes rubriques sur des sujets divers\u00a0: des articles sur la journ\u00e9e du th\u00e9\u00e2tre, ainsi que sur le th\u00e9\u00e2tre kurde, sur plusieurs d\u00e9clarations d\u2019A.\u00d6. \u2013 qui a \u00e9t\u00e9 mentionn\u00e9 en tant que leader du peuple kurde \u2013 sur les r\u00e9visions constitutionnelles\u00a0: dans ces d\u00e9clarations, A.\u00d6. disait notamment qu\u2019il \u00e9tait possible de voter en faveur de ces amendements constitutionnels si les conditions \u00e9num\u00e9r\u00e9es par le BDP \u2013 parti pro-kurde \u2013 \u00e9taient accept\u00e9es. Sinon, il militait pour la constitution d\u2019un bloc pour le \u00ab\u00a0non\u00a0\u00bb r\u00e9unissant toutes les forces d\u00e9mocrates de Turquie\u00a0; des d\u00e9clarations sur l\u2019histoire des Kurdes, sur des sujets d\u2019actualit\u00e9s, sur les incidents survenus en Syrie, sur la politique du Gouvernement vis-\u00e0-vis des Kurdes. En particulier, dans un de ces articles, il est pr\u00e9cis\u00e9 qu\u2019A.\u00d6. a dit ceci\u00a0:<\/p>\n<p>\u00ab\u00a0Je suis pr\u00eat \u00e0 assumer mon r\u00f4le pour une vie pacifique et pour vivre ensemble. Mais s\u2019ils continuent \u00e0 agresser les Kurdes, [ces derniers] ont le droit de se d\u00e9fendre.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p>Par ailleurs, des articles concernant la f\u00eate de Newroz, les conditions de d\u00e9tention de d\u00e9tenus, et des d\u00e9clarations des dirigeants de Kongra-Gel (une branche du PKK) sur des sujets d\u2019actualit\u00e9s ont \u00e9t\u00e9 publi\u00e9s. De m\u00eame, des articles sur les activit\u00e9s d\u2019une association (MEYA-DER) au cours de laquelle des photos et des posters d\u2019A.\u00d6. et d\u2019autres membres du PKK ont \u00e9t\u00e9 brandis ont \u00e9t\u00e9 publi\u00e9s. Dans un article, A.\u00d6. \u00e9tait pr\u00e9sent\u00e9 comme le leader du peuple kurde et les autres membres du PKK comme les h\u00e9ros du PKK. En particulier, dans l\u2019article intitul\u00e9 \u00ab\u00a0R\u00f4le pionnier du PKK et h\u00e9ro\u00efsme populaire\u00a0\u00bb, une d\u00e9claration du KCK a \u00e9t\u00e9 publi\u00e9e. Les parties pertinentes en l\u2019esp\u00e8ce de cet article peuvent se lire comme suit\u00a0:<\/p>\n<p>\u00ab\u00a0Le KCK a publi\u00e9 une d\u00e9claration \u00e0 l\u2019occasion de la semaine de l\u2019h\u00e9ro\u00efsme et a dit ceci\u00a0: l\u2019h\u00e9ro\u00efsme qui a d\u00e9marr\u00e9 sous le leadership du PKK s\u2019est transform\u00e9 en un h\u00e9ro\u00efsme populaire. En lan\u00e7ant un appel, le KCK a demand\u00e9 que la semaine de l\u2019h\u00e9ro\u00efsme soit c\u00e9l\u00e9br\u00e9e par des activit\u00e9s g\u00e9n\u00e9rales (&#8230;).<\/p>\n<p>Le message du KCK quant \u00e0 la semaine de l\u2019h\u00e9ro\u00efsme est ainsi libell\u00e9\u00a0: les journ\u00e9es de l\u2019h\u00e9ro\u00efsme d\u2019un peuple, ce sont des journ\u00e9es de la reconnaissance de son existence. La semaine de l\u2019h\u00e9ro\u00efsme au Kurdistan repr\u00e9sente le camarade M. Do. [l\u2019un des fondateurs du PKK tu\u00e9 par les forces de l\u2019ordre], qui s\u2019identifie \u00e0 Newroz, les cadres et les sympathisants du PKK, les sacrifi\u00e9s (\u00ab\u00a0fedai\u00a0\u00bb) et nos braves camarades martyrs symbolisant l\u2019\u00e2me de la r\u00e9sistance et ceux qui sont tomb\u00e9s en martyrs \u00e0 Gabar [une montagne dans le sud-est de la Turquie] le 28 mars et ce qui ont assum\u00e9 la lutte h\u00e9ro\u00efque.<\/p>\n<p>Le KCK a continu\u00e9 [son message] en d\u00e9clarant que l\u2019h\u00e9ro\u00efsme qui a d\u00e9marr\u00e9 sous le leadership du PKK s\u2019est transform\u00e9 en un h\u00e9ro\u00efsme populaire (&#8230;). En raison de la semaine h\u00e9ro\u00efque, les actions et les activit\u00e9s vont se poursuivre dans toutes les localit\u00e9s au nom de M. Do., de M.Ko. et de tous les martyrs (&#8230;)\u00a0\u00bb.<\/p>\n<p>&#8211; dans le num\u00e9ro du 28 mars 2010,\u00a0les articles en question \u00e9taient de courtes rubriques sur divers sujets\u00a0: informations sur certains \u00e9v\u00e9nements au cours desquels plusieurs personnes avaient perdu la vie\u00a0; des d\u00e9clarations d\u2019un dirigeant d\u2019une association pour les droits de l\u2019homme, des activit\u00e9s des organisations non gouvernementales, des activit\u00e9s organis\u00e9es dans le cadre de la semaine de l\u2019h\u00e9ro\u00efsme\u00a0; dans l\u2019article intitul\u00e9 \u00ab\u00a0La semaine de l\u2019h\u00e9ro\u00efsme est une \u00e9pop\u00e9e de la libert\u00e9\u00a0\u00bb, les membres du PKK \u00e9taient pr\u00e9sent\u00e9s comme des \u00ab\u00a0gu\u00e9rilleros de la libert\u00e9\u00a0\u00bb\u00a0; par ailleurs, les membres du PKK qui avaient \u00e9t\u00e9 tu\u00e9s ont \u00e9t\u00e9 pr\u00e9sent\u00e9s comme les porteurs de l\u2019\u00e9pop\u00e9e de la libert\u00e9.<\/p>\n<p>II. LE DROIT INTERNE PERTINENT<\/p>\n<p>22. L\u2019article 7 \u00a7 2 de la loi no 3713 relative \u00e0 la lutte contre le terrorisme, entr\u00e9e en vigueur le 12 avril 1991, \u00e9tait r\u00e9dig\u00e9 ainsi\u00a0:<\/p>\n<p>\u00ab\u00a0Quiconque apporte une assistance aux organisations mentionn\u00e9es [\u00e0 l\u2019alin\u00e9a ci-dessus] et fait de la propagande en leur faveur sera condamn\u00e9 \u00e0 une peine de un an \u00e0 cinq ans d\u2019emprisonnement ainsi qu\u2019\u00e0 une peine d\u2019amende lourde de 50\u00a0millions \u00e0 100\u00a0millions de livres (&#8230;)\u00a0\u00bb<\/p>\n<p>23. Apr\u00e8s avoir \u00e9t\u00e9 modifi\u00e9 par la loi no 5532, entr\u00e9e en vigueur le 18\u00a0juillet 2006, l\u2019article 7 \u00a7 2 de la loi no 3713 se lisait comme suit\u00a0:<\/p>\n<p>\u00ab\u00a0Quiconque fait de la propagande en faveur d\u2019une organisation terroriste sera condamn\u00e9 \u00e0 une peine de un an \u00e0 cinq ans d\u2019emprisonnement. (&#8230;)\u00a0\u00bb<\/p>\n<p>24. Depuis la modification op\u00e9r\u00e9e par la loi no 6459, entr\u00e9e en vigueur le 30\u00a0avril 2013, cette disposition pr\u00e9voit que\u00a0:<\/p>\n<p>\u00ab\u00a0Quiconque fait de la propagande en faveur d\u2019une organisation terroriste en l\u00e9gitimant ou en faisant l\u2019apologie des m\u00e9thodes de contrainte, de violence ou de menace de pareilles organisations ou incite \u00e0 l\u2019utilisation de telles m\u00e9thodes sera condamn\u00e9 \u00e0 une peine de un an \u00e0 cinq ans d\u2019emprisonnement. (&#8230;)\u00a0\u00bb<\/p>\n<p>25. La loi no 6352, entr\u00e9e en vigueur le 5 juillet 2012, est intitul\u00e9e \u00ab\u00a0Loi modifiant diverses lois en vue d\u2019accro\u00eetre l\u2019efficacit\u00e9 des services judiciaires et de suspendre les proc\u00e8s et les peines rendues dans les affaires concernant les infractions commises par le biais de la presse et des m\u00e9dias\u00a0\u00bb. Elle pr\u00e9voit en son article 1 provisoire, alin\u00e9as 1 c) et 3 qu\u2019il sera sursis pendant une p\u00e9riode de trois ans \u00e0 l\u2019ex\u00e9cution de toute peine devenue d\u00e9finitive lorsque celle-ci correspond \u00e0 une amende ou \u00e0 un emprisonnement inf\u00e9rieur \u00e0 cinq ans, \u00e0 condition qu\u2019elle ait \u00e9t\u00e9 inflig\u00e9e pour une infraction commise avant le 31 d\u00e9cembre 2011 par le biais de la presse, des m\u00e9dias ou d\u2019autres moyens de communication de la pens\u00e9e et de l\u2019opinion.<\/p>\n<p>26. L\u2019article 100 du CPP peut se lire comme suit\u00a0:<\/p>\n<p>\u00ab\u00a01. S\u2019il existe des preuves concr\u00e8tes d\u00e9montrant l\u2019existence de forts soup\u00e7ons quant \u00e0 la commission de l\u2019infraction [reproch\u00e9e] et un motif de d\u00e9tention provisoire, la d\u00e9tention provisoire peut \u00eatre ordonn\u00e9e \u00e0 l\u2019\u00e9gard d\u2019un suspect ou d\u2019un accus\u00e9. La d\u00e9tention provisoire ne peut \u00eatre prononc\u00e9e que proportionnellement \u00e0 la peine ou \u00e0 la mesure pr\u00e9ventive susceptibles d\u2019\u00eatre prononc\u00e9es, eu \u00e9gard \u00e0 l\u2019importance de l\u2019affaire.<\/p>\n<p>2. Dans les cas \u00e9num\u00e9r\u00e9s ci-dessous, l\u2019existence d\u2019un motif de d\u00e9tention provisoire est pr\u00e9sum\u00e9e\u00a0:<\/p>\n<p>a) (&#8230;) s\u2019il existe des faits concrets qui font na\u00eetre le soup\u00e7on d\u2019un risque de fuite,<\/p>\n<p>b) si les comportements du suspect ou de l\u2019accus\u00e9 font na\u00eetre un fort soup\u00e7on<\/p>\n<p>1. de risque de destruction, de dissimulation ou d\u2019alt\u00e9ration des preuves,<\/p>\n<p>2. de tentative d\u2019exercice de pressions sur les t\u00e9moins ou les autres personnes (&#8230;)\u00a0\u00bb<\/p>\n<p>En droit turc, les infractions list\u00e9es au troisi\u00e8me paragraphe de l\u2019article\u00a0100 du CPP sont consid\u00e9r\u00e9es comme des \u00ab\u00a0infractions catalogu\u00e9es\u00a0\u00bb. S\u2019il existe des faits qui d\u00e9montrent l\u2019existence de \u00ab\u00a0forts soup\u00e7ons\u00a0\u00bb quant \u00e0 la commission de ces infractions, les juridictions nationales ont la possibilit\u00e9 de pr\u00e9sumer l\u2019existence d\u2019un motif de d\u00e9tention (risque de fuite ou risque d\u2019alt\u00e9ration des preuves et de pressions sur les t\u00e9moins, les victimes et autres personnes, voir le deuxi\u00e8me paragraphe de l\u2019article\u00a0100 du CPP), en ayant \u00e9gard au seul fait que l\u2019infraction reproch\u00e9e est \u00e9num\u00e9r\u00e9e dans le troisi\u00e8me paragraphe. L\u2019infraction pr\u00e9vue \u00e0 l\u2019article\u00a07 \u00a7\u00a02 (propagande en faveur d\u2019une organisation terroriste) de la loi no\u00a03713 ne figure pas parmi ces infractions. Les parties pertinentes de l\u2019article\u00a0100 \u00a7\u00a03 du CPP, tel qu\u2019il \u00e9tait en vigueur \u00e0 l\u2019\u00e9poque des faits, pouvait se traduire comme suit\u00a0:<\/p>\n<p>\u00ab\u00a03) S\u2019il existe des faits qui d\u00e9montrent l\u2019existence de forts soup\u00e7ons quant \u00e0 la commission des infractions cit\u00e9es ci-dessous, on peut pr\u00e9sumer l\u2019existence de motif de d\u00e9tention\u00a0:<\/p>\n<p>a) pour les infractions suivantes r\u00e9prim\u00e9es par le code p\u00e9nal no\u00a05237 du 26\u00a0septembre 2004\u00a0;<\/p>\n<p>1. G\u00e9nocide et crimes contre l\u2019humanit\u00e9 (articles 76, 77, 78),<\/p>\n<p>2. Homicide volontaire (articles 81, 82, 83),<\/p>\n<p>3. Blessure volontaire avec arme (article 86 \u00a7 3 e) et blessure volontaire aggrav\u00e9e (&#8230;) (article 87),<\/p>\n<p>4. Torture (articles 94, 95),<\/p>\n<p>5. Agression sexuelle (article 102, \u00e0 l\u2019exception du premier paragraphe),<\/p>\n<p>6. Abus sexuel des enfants (article 103),<\/p>\n<p>7. Vol (articles 141, 142) et vol aggrav\u00e9 (articles 148, 149),<\/p>\n<p>8. Trafic de stup\u00e9fiant (article 188),<\/p>\n<p>9. Cr\u00e9ation d\u2019une organisation en vue de commettre des infractions (article 220, \u00e0 l\u2019exception des paragraphes 2, 7 et 8),<\/p>\n<p>10. Crimes contre la s\u00fbret\u00e9 de l\u2019\u00c9tat (articles 302, 303, 304, 307, 308),<\/p>\n<p>11. Crimes contre l\u2019ordre constitutionnel et le fonctionnement de ce syst\u00e8me (articles 309, 310, 311, 313, 314, 315),<\/p>\n<p>b) Trafic d\u2019arme (&#8230;)<\/p>\n<p>c) D\u00e9tournement de fonds (&#8230;)<\/p>\n<p>d) Crimes pr\u00e9vues par la loi relative \u00e0 la lutte contre la contrebande et r\u00e9prim\u00e9es par une peine d\u2019emprisonnement (&#8230;)<\/p>\n<p>e) Crimes pr\u00e9vues par les articles 68 et 74 de la loi relative \u00e0 la protection du patrimoine culturelle et naturelle (&#8230;)<\/p>\n<p>f) (&#8230;) mettre volontairement le feu aux for\u00eats (&#8230;)\u00a0\u00bb.<\/p>\n<p>27. \u00c0 l\u2019\u00e9poque des faits, l\u2019article 101 du CPP, relatif aux motifs de d\u00e9tention, pouvait se lire comme suit\u00a0:<\/p>\n<p>\u00ab\u00a01. Pendant la phase de l\u2019instruction, sur proposition du procureur, le juge de paix en mati\u00e8re p\u00e9nale d\u00e9livre une ordonnance de mise en d\u00e9tention \u00e0 l\u2019encontre du suspect, et pendant la phase des poursuites, le tribunal de premi\u00e8re instance d\u00e9livre une ordonnance de mise en d\u00e9tention \u00e0 l\u2019encontre de l\u2019accus\u00e9 sur proposition du procureur, ou de sa propre initiative. Ces demandes doivent \u00eatre motiv\u00e9es et contenir une explication des raisons pour lesquelles l\u2019application du contr\u00f4le judiciaire ne serait pas suffisante dans un cas donn\u00e9, sur la base de motifs juridiques et factuels.<\/p>\n<p>2. Les d\u00e9cisions de mise en d\u00e9tention, de maintien en d\u00e9tention ou de rejet de la demande de mise en libert\u00e9 doivent \u00eatre motiv\u00e9es en fait et en droit (&#8230;).<\/p>\n<p>(&#8230;)<\/p>\n<p>5. Les d\u00e9cisions rendues conform\u00e9ment au pr\u00e9sent article et \u00e0 l\u2019article\u00a0100 peuvent faire l\u2019objet d\u2019une opposition.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p><strong>EN DROIT<\/strong><\/p>\n<p>I. SUR LA VIOLATION ALL\u00c9GU\u00c9E DE L\u2019ARTICLE 5 DE LA CONVENTION<\/p>\n<p>28. Le requ\u00e9rant soutient que son placement en d\u00e9tention provisoire a enfreint l\u2019article 5 \u00a7 1 c) de la Convention, lequel est ainsi libell\u00e9\u00a0:<\/p>\n<p>\u00ab\u00a01. Toute personne a droit \u00e0 la libert\u00e9 et \u00e0 la s\u00fbret\u00e9. Nul ne peut \u00eatre priv\u00e9 de sa libert\u00e9, sauf dans les cas suivants et selon les voies l\u00e9gales\u00a0:<\/p>\n<p>(&#8230;)<\/p>\n<p>c) s\u2019il a \u00e9t\u00e9 arr\u00eat\u00e9 et d\u00e9tenu en vue d\u2019\u00eatre conduit devant l\u2019autorit\u00e9 judiciaire comp\u00e9tente, lorsqu\u2019il y a des raisons plausibles de soup\u00e7onner qu\u2019il a commis une infraction ou qu\u2019il y a des motifs raisonnables de croire \u00e0 la n\u00e9cessit\u00e9 de l\u2019emp\u00eacher de commettre une infraction ou de s\u2019enfuir apr\u00e8s l\u2019accomplissement de celle-ci\u00a0;<\/p>\n<p>(&#8230;)\u00a0\u00bb.<\/p>\n<p>29. Le Gouvernement argue qu\u2019il convient de rejeter ce grief.<\/p>\n<p><strong>A. Sur la recevabilit\u00e9<\/strong><\/p>\n<p>30. Constatant que ce grief n\u2019est pas manifestement mal fond\u00e9 au sens de l\u2019article\u00a035\u00a0\u00a7\u00a03\u00a0a) de la Convention et qu\u2019il ne se heurte par ailleurs \u00e0 aucun autre motif d\u2019irrecevabilit\u00e9, la Cour le d\u00e9clare recevable.<\/p>\n<p><strong>B. Sur le fond<\/strong><\/p>\n<p>31. La Cour observe que le requ\u00e9rant conteste la r\u00e9gularit\u00e9 de sa mise en d\u00e9tention provisoire. Selon l\u2019int\u00e9ress\u00e9, eu \u00e9gard aux circonstances de l\u2019esp\u00e8ce, son placement en d\u00e9tention provisoire n\u2019\u00e9tait pas indispensable et les autorit\u00e9s avaient ordonn\u00e9 de mani\u00e8re abusive sa privation de libert\u00e9. Le requ\u00e9rant expose qu\u2019il \u00e9tait le r\u00e9dacteur en chef d\u2019un quotidien, qu\u2019il avait un domicile fixe et qu\u2019il s\u2019\u00e9tait rendu de lui-m\u00eame \u00e0 l\u2019audience du 8\u00a0avril 2010 \u00e0 l\u2019issue de laquelle il avait \u00e9t\u00e9 plac\u00e9 en d\u00e9tention provisoire. Il argue que l\u2019article\u00a0100 du CPP exige l\u2019existence de motifs pertinents pour ordonner la mise en d\u00e9tention d\u2019un suspect.<\/p>\n<p>32. Le Gouvernement combat les th\u00e8ses du requ\u00e9rant et soutient que la mise en d\u00e9tention en question \u00e9tait justifi\u00e9e par des raisons plausibles au regard de l\u2019article 100 du CPP. Par ailleurs, il soutient que la cour d\u2019assises a ordonn\u00e9 la mise en d\u00e9tention provisoire du requ\u00e9rant compte tenu de la nature de l\u2019infraction en question, qui figurait parmi celles \u00e9num\u00e9r\u00e9es \u00e0 l\u2019article\u00a0100 \u00a7 3 du CPP et pour lesquelles l\u2019existence d\u2019un motif de d\u00e9tention \u00e9tait pr\u00e9sum\u00e9e. En outre, le Gouvernement indique que, compte tenu \u00e0 la fois de la gravit\u00e9 de l\u2019infraction et de la possibilit\u00e9 de r\u00e9cidive, la d\u00e9tention provisoire du requ\u00e9rant a \u00e9t\u00e9 ordonn\u00e9e au motif que celui-ci avait continu\u00e9 \u00e0 publier des articles diffusant la propagande d\u2019une organisation terroriste malgr\u00e9 le fait qu\u2019il aurait \u00e9t\u00e9 inform\u00e9 par le parquet que l\u2019acte en question constituait une infraction et qu\u2019une enqu\u00eate avait \u00e9t\u00e9 ouverte contre lui en rapport avec ces publications.<\/p>\n<p>33. La Cour rappelle qu\u2019en mati\u00e8re de \u00ab\u00a0r\u00e9gularit\u00e9\u00a0\u00bb d\u2019une d\u00e9tention, y compris l\u2019observation des \u00ab\u00a0voies l\u00e9gales\u00a0\u00bb, la Convention renvoie pour l\u2019essentiel \u00e0 la l\u00e9gislation nationale mais \u00e9galement, le cas \u00e9ch\u00e9ant, \u00e0 d\u2019autres normes juridiques applicables aux int\u00e9ress\u00e9s, y compris celles qui trouvent leur source dans le droit international. Dans tous les cas, elle consacre l\u2019obligation d\u2019en observer les normes de fond comme de proc\u00e9dure, mais elle exige de surcro\u00eet la conformit\u00e9 de toute privation de libert\u00e9 au but de l\u2019article 5\u00a0: prot\u00e9ger l\u2019individu contre l\u2019arbitraire (voir, parmi d\u2019autres, Medvedyev et autres c. France [GC], no\u00a03394\/03, \u00a7\u00a079, CEDH 2010). S\u2019il incombe au premier chef aux autorit\u00e9s nationales, notamment aux tribunaux, d\u2019interpr\u00e9ter et d\u2019appliquer le droit interne, il en est autrement lorsque l\u2019inobservation de ce dernier est susceptible d\u2019emporter violation de la Convention. Tel est le cas, notamment, des affaires dans lesquelles l\u2019article 5 \u00a7 1 de la Convention est en jeu et la Cour doit alors exercer un certain contr\u00f4le pour rechercher si le droit interne a \u00e9t\u00e9 respect\u00e9. En particulier, il est essentiel, en mati\u00e8re de privation de libert\u00e9, que le droit interne d\u00e9finisse clairement les conditions de d\u00e9tention et que la loi soit pr\u00e9visible dans son application (Creang\u0103 c. Roumanie [GC], no\u00a029226\/03, \u00a7 101, 23 f\u00e9vrier 2012).<\/p>\n<p>Par ailleurs, la privation de la libert\u00e9 est une mesure si grave qu\u2019elle ne se justifie que lorsque d\u2019autres mesures moins s\u00e9v\u00e8res ont \u00e9t\u00e9 consid\u00e9r\u00e9es et jug\u00e9es insuffisantes pour sauvegarder l\u2019int\u00e9r\u00eat personnel ou public exigeant la d\u00e9tention. Il ne suffit donc pas que la privation de libert\u00e9 soit conforme au droit national, encore faut-il qu\u2019elle soit n\u00e9cessaire dans les circonstances de l\u2019esp\u00e8ce. Si d\u2019autres mesures moins s\u00e9v\u00e8res sont suffisantes \u00e0 cette fin, la d\u00e9tention provisoire n\u2019est pas compatible avec l\u2019article\u00a05 \u00a7\u00a01\u00a0c) de la Convention (L\u00fctfiyeZenginet autres c. Turquie, no 36443\/06, \u00a7 82, 14\u00a0avril 2015, avec les r\u00e9f\u00e9rences qui y sont cit\u00e9es).<\/p>\n<p>34. En l\u2019occurrence, la Cour observe que, le 8 f\u00e9vrier 2010, une action p\u00e9nale a \u00e9t\u00e9 engag\u00e9e contre le requ\u00e9rant du chef de propagande terroriste au sens de l\u2019article\u00a07 \u00a7\u00a02 de la loi no 3713. \u00c0 l\u2019issue de sa premi\u00e8re audience, le 8\u00a0avril 2010, la cour d\u2019assises a ordonn\u00e9 le placement du requ\u00e9rant en d\u00e9tention provisoire (paragraphe 9 ci-dessus). Par ailleurs, dans le cadre d\u2019une seconde proc\u00e9dure p\u00e9nale, le 14 avril 2010, le requ\u00e9rant a de nouveau \u00e9t\u00e9 plac\u00e9 en d\u00e9tention provisoire pour le m\u00eame chef (paragraphe\u00a014 ci\u2011dessus). L\u2019int\u00e9ress\u00e9 a \u00e9t\u00e9 remis en libert\u00e9 le 20 mai 2010. Il en ressort que la d\u00e9tention provisoire du requ\u00e9rant \u00e9tait fond\u00e9e uniquement sur les poursuites engag\u00e9es \u00e0 son encontre concernant l\u2019infraction de propagande terroriste, lesquelles se sont sold\u00e9es par sa condamnation au p\u00e9nal. La Cour observe que le requ\u00e9rant ne conteste pas l\u2019existence de raison plausible de le soup\u00e7onner d\u2019avoir commis l\u2019infraction reproch\u00e9e.<\/p>\n<p>35. Quant \u00e0 la r\u00e9gularit\u00e9 de la d\u00e9tention du requ\u00e9rant, la Cour note que, en droit turc, tel qu\u2019il ressort du libell\u00e9 de l\u2019article\u00a0100 du CPP (paragraphe\u00a026 ci-dessus), le placement en d\u00e9tention provisoire d\u2019une personne n\u2019est possible que s\u2019il existe, d\u2019une part, de forts soup\u00e7ons \u00e0 son encontre de commission de l\u2019infraction reproch\u00e9e et, d\u2019autre part, un motif de d\u00e9tention, tels un risque de fuite du suspect ou un risque d\u2019alt\u00e9ration des preuves et de pression sur les t\u00e9moins, victimes ou autres personnes. Ces deux conditions sont cumulatives\u00a0: \u00e0 l\u2019existence de forts soup\u00e7ons doit venir s\u2019ajouter, selon la loi, celle d\u2019au moins un motif de d\u00e9tention. Enfin, m\u00eame si ces deux conditions sont r\u00e9unies, il convient d\u2019envisager l\u2019application de mesures moins s\u00e9v\u00e8res que la privation de libert\u00e9 (L\u00fctfiyeZengin et autres, pr\u00e9cit\u00e9, \u00a7\u00a083).<\/p>\n<p>36. La Cour observe qu\u2019en l\u2019esp\u00e8ce le requ\u00e9rant a \u00e9t\u00e9 plac\u00e9 en d\u00e9tention provisoire en application de la disposition pr\u00e9cit\u00e9e. Pour motiver ses d\u00e9cisions de placer le requ\u00e9rant en d\u00e9tention, la cour d\u2019assises a invoqu\u00e9 la nature de l\u2019infraction reproch\u00e9e, l\u2019\u00e9tat des preuves et l\u2019existence de forts soup\u00e7ons quant \u00e0 la commission de l\u2019infraction reproch\u00e9e, au sens de l\u2019article\u00a0100 du CPP. M\u00eame si la cour d\u2019assises s\u2019est \u00e9galement r\u00e9f\u00e9r\u00e9e \u00e0 l\u2019article\u00a0101 du CPP, la Cour observe que cette disposition pouvait difficilement constituer la base l\u00e9gale de la mise en d\u00e9tention du requ\u00e9rant dans la mesure o\u00f9 ladite disposition concernait principalement la motivation des d\u00e9cisions de placement en d\u00e9tention provisoire (paragraphe\u00a027 ci-dessus). \u00c0 cet \u00e9gard, la Cour consid\u00e8re, comme le Gouvernement l\u2019a soulign\u00e9 (paragraphe 32 ci-dessus), qu\u2019il aurait d\u00fb s\u2019agir de l\u2019article\u00a0100 \u00a7\u00a03 du CPP, lequel \u00e9tablissait une pr\u00e9somption l\u00e9gale quant \u00e0 l\u2019existence des motifs de d\u00e9tention (risque de fuite ou risque d\u2019alt\u00e9ration des preuves et de pression sur les t\u00e9moins, les victimes ou d\u2019autres personnes). La Cour en d\u00e9duit que, \u00e0 l\u2019instar du Gouvernement, pour ordonner la mise en d\u00e9tention du requ\u00e9rant, la cour d\u2019assises a \u00e9galement tenu compte du fait que l\u2019infraction en cause figurait parmi les infractions catalogu\u00e9es \u00e9num\u00e9r\u00e9es \u00e0 l\u2019article\u00a0100 \u00a7 3 du CPP.<\/p>\n<p>37. Or la Cour ne voit pas dans quelle mesure de tels arguments pouvaient constituer un motif de d\u00e9tention provisoire conforme \u00e0 la l\u00e9gislation nationale. Pour ce qui est de la nature de l\u2019infraction, la Cour observe que, contrairement \u00e0 l\u2019affirmation du Gouvernement, l\u2019infraction pr\u00e9vue \u00e0 l\u2019article 7 \u00a7 2 de la loi no 3713 ne figure pas parmi les infractions \u00e9num\u00e9r\u00e9es \u00e0 l\u2019article 100 \u00a7 3 du CPP. Par cons\u00e9quent, la cour d\u2019assises ne pouvait pas pr\u00e9sumer l\u2019existence d\u2019un motif de d\u00e9tention (risque de fuite ou d\u2019alt\u00e9ration des preuves et de pression sur les t\u00e9moins, victimes et autres personnes), ni se pr\u00e9valoir de la pr\u00e9somption l\u00e9gale quant \u00e0 l\u2019existence de motifs de d\u00e9tention pour justifier la d\u00e9tention en question. Il semble cependant que la consid\u00e9ration mentionn\u00e9e a permis \u00e0 la cour d\u2019assises, qui a examin\u00e9 l\u2019opposition form\u00e9e par le requ\u00e9rant, de ne pas se pencher sur les arguments de celui-ci selon lequel les conditions \u00e9num\u00e9r\u00e9es \u00e0 l\u2019article\u00a0100 du CPP n\u2019\u00e9taient pas r\u00e9unies pour ordonner son placement en d\u00e9tention provisoire (paragraphes 12 ci-dessus). Or le requ\u00e9rant avait explicitement pr\u00e9cis\u00e9 devant les juridictions nationales qu\u2019il avait un domicile fixe et qu\u2019il s\u2019\u00e9tait de lui-m\u00eame pr\u00e9sent\u00e9 devant le tribunal (paragraphe 13 ci-dessus).<\/p>\n<p>38. Certes, le Gouvernement soutient que le placement en d\u00e9tention provisoire du requ\u00e9rant \u00e9tait une mesure pr\u00e9ventive compte tenu \u00e0 la fois de la gravit\u00e9 de l\u2019infraction et de la possibilit\u00e9 de r\u00e9cidive. Or, m\u00eame si la cour d\u2019assises a tenu compte de quantum de la peine pr\u00e9vue pour l\u2019infraction reproch\u00e9e, le risque de r\u00e9cidive n\u2019a pas \u00e9t\u00e9 mentionn\u00e9 dans ses d\u00e9cisions (paragraphes 9, 10 et 14 ci-dessus). En effet, d\u2019apr\u00e8s la jurisprudence \u00e9tablie de la Cour, il ne lui appartient pas de se substituer aux autorit\u00e9s nationales qui ont d\u00e9cid\u00e9 la d\u00e9tention d\u2019un requ\u00e9rant (Bykov c.\u00a0Russie [GC], no\u00a04378\/02, \u00a7 66, 10 mars 2009). C\u2019est essentiellement sur la base des motifs figurant dans lesdites d\u00e9cisions, ainsi que des faits non controvers\u00e9s indiqu\u00e9s par l\u2019int\u00e9ress\u00e9 dans ses recours, que la Cour doit d\u00e9terminer la justification de la mesure en question (voir, mutatis mutandis, Labita c.\u00a0Italie [GC], no 26772\/95, \u00a7 152, CEDH 2000\u2011IV). Or, ce motif de d\u00e9tention a \u00e9t\u00e9 formul\u00e9 par le Gouvernement pour la premi\u00e8re fois dans le cadre de la proc\u00e9dure devant la Cour (voir, mutatis mutandis, Panchenko c.\u00a0Russie, no 45100\/98, \u00a7 74, 8 f\u00e9vrier 2005). En outre, le droit turc ne mentionne pas le risque de r\u00e9cidive parmi les motifs de d\u00e9tention provisoire (Letellier c.\u00a0France, 26 juin 1991, \u00a7\u00a051, s\u00e9rie A no 207\u00a0; voir aussi Mahmut \u00d6z c.\u00a0Turquie, no 6840\/08, \u00a7 34, 3 juillet 2012).<\/p>\n<p>39. Enfin, en vertu de l\u2019article 100 du CPP, la mise en d\u00e9tention provisoire doit \u00e9galement r\u00e9pondre \u00e0 un crit\u00e8re de proportionnalit\u00e9. Cette exigence du droit national est aussi en parfaite harmonie avec la jurisprudence de la Cour en la mati\u00e8re (Ladent c. Pologne, no\u00a011036\/03, \u00a7\u00a055, 18 mars 2008). En effet, c\u2019est aux autorit\u00e9s internes de d\u00e9montrer de mani\u00e8re convaincante la n\u00e9cessit\u00e9 de la d\u00e9tention (Vasiliciuc c.\u00a0R\u00e9publique de Moldova, no\u00a015944\/11, \u00a7 40, 2 mai 2017), ce d\u2019autant plus que le recours \u00e0 de telles mesures dans le contexte de la libert\u00e9 de presse ont un impact consid\u00e9rable dans l\u2019exercice du droit \u00e0 la libert\u00e9 d\u2019expression. Or tel n\u2019est manifestement pas le cas en l\u2019esp\u00e8ce.<\/p>\n<p>40. Par cons\u00e9quent, la Cour conclut que la mise en d\u00e9tention du requ\u00e9rant au motif que l\u2019infraction en question a \u00e9t\u00e9 consid\u00e9r\u00e9e comme une infraction catalogu\u00e9e n\u2019\u00e9tait pas conforme \u00e0 la l\u00e9gislation nationale, \u00e0 savoir l\u2019article 100 du CPP (voir, Hakim Ayd\u0131n c. Turquie, no 4048\/09, \u00a7\u00a040, 26\u00a0mai 2020). Il y a donc eu violation de cette disposition.<\/p>\n<p>II. SUR LA VIOLATION ALL\u00c9GU\u00c9E DE L\u2019ARTICLE 10 DE LA CONVENTION<\/p>\n<p>41. Invoquant l\u2019article 10 de la Convention, le requ\u00e9rant d\u00e9nonce une ing\u00e9rence dans son droit \u00e0 la libert\u00e9 d\u2019expression au motif qu\u2019il aurait \u00e9t\u00e9 plac\u00e9 en d\u00e9tention provisoire et poursuivi devant les juridictions p\u00e9nales en raison des articles qu\u2019il avait publi\u00e9s dans le quotidien dont il \u00e9tait le r\u00e9dacteur en chef. L\u2019article 10 de la Convention est ainsi libell\u00e9\u00a0:<\/p>\n<p>\u00ab\u00a01. Toute personne a droit \u00e0 la libert\u00e9 d\u2019expression. Ce droit comprend la libert\u00e9 d\u2019opinion et la libert\u00e9 de recevoir ou de communiquer des informations ou des id\u00e9es sans qu\u2019il puisse y avoir ing\u00e9rence d\u2019autorit\u00e9s publiques et sans consid\u00e9ration de fronti\u00e8re. Le pr\u00e9sent article n\u2019emp\u00eache pas les \u00c9tats de soumettre les entreprises de radiodiffusion, de cin\u00e9ma ou de t\u00e9l\u00e9vision \u00e0 un r\u00e9gime d\u2019autorisations.<\/p>\n<p>2. L\u2019exercice de ces libert\u00e9s comportant des devoirs et des responsabilit\u00e9s peut \u00eatre soumis \u00e0 certaines formalit\u00e9s, conditions, restrictions ou sanctions pr\u00e9vues par la loi, qui constituent des mesures n\u00e9cessaires, dans une soci\u00e9t\u00e9 d\u00e9mocratique, \u00e0 la s\u00e9curit\u00e9 nationale, \u00e0 l\u2019int\u00e9grit\u00e9 territoriale ou \u00e0 la s\u00fbret\u00e9 publique, \u00e0 la d\u00e9fense de l\u2019ordre et \u00e0 la pr\u00e9vention du crime, \u00e0 la protection de la sant\u00e9 ou de la morale, \u00e0 la protection de la r\u00e9putation ou des droits d\u2019autrui, pour emp\u00eacher la divulgation d\u2019informations confidentielles ou pour garantir l\u2019autorit\u00e9 et l\u2019impartialit\u00e9 du pouvoir judiciaire.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p><strong>A. Sur la recevabilit\u00e9<\/strong><\/p>\n<p>42. Constatant que ce grief n\u2019est pas manifestement mal fond\u00e9 au sens de l\u2019article\u00a035\u00a0\u00a7\u00a03\u00a0a) de la Convention et qu\u2019il ne se heurte par ailleurs \u00e0 aucun autre motif d\u2019irrecevabilit\u00e9, la Cour le d\u00e9clare recevable.<\/p>\n<p><strong>B. Sur le fond<\/strong><\/p>\n<p><em>1. Existence d\u2019une ing\u00e9rence<\/em><\/p>\n<p>43. La Cour observe que l\u2019ing\u00e9rence d\u00e9nonc\u00e9e par le requ\u00e9rant se compose de deux \u00e9l\u00e9ments\u00a0: deux ordonnances de mise en d\u00e9tention provisoire adopt\u00e9es les 8 et 14 avril 2010 et l\u2019engagement de deux poursuites p\u00e9nales, d\u00e9clench\u00e9es respectivement le 8 f\u00e9vrier et le 20\u00a0avril 2010.<\/p>\n<p>Les parties \u00e0 la proc\u00e9dure sont d\u2019accord pour dire que la mise en d\u00e9tention provisoire du requ\u00e9rant et les poursuites engag\u00e9es \u00e0 son encontre s\u2019analysent en une ing\u00e9rence dans l\u2019exercice par l\u2019int\u00e9ress\u00e9 de son droit \u00e0 la libert\u00e9 d\u2019expression. La Cour n\u2019aper\u00e7oit aucune raison de conclure autrement, compte tenu de l\u2019effet dissuasif que les mesures en question ont pu provoquer (Erg\u00fcndo\u011fan c. Turquie, no 48979\/10, \u00a7 17, 17\u00a0avril 2018\u00a0; voir, notamment, Ya\u015far Kaplan c. Turquie, no\u00a056566\/00, \u00a7 35, 24\u00a0janvier 2006). Par ailleurs, il ne faut pas perdre de vue que, le 21 octobre 2010, soit apr\u00e8s l\u2019introduction de la pr\u00e9sente requ\u00eate, la cour d\u2019assises a condamn\u00e9 le requ\u00e9rant pour le chef de la propagande en faveur d\u2019une organisation terroriste (paragraphe 18 ci-dessus). Certes, \u00e0 la suite de l\u2019entr\u00e9e en vigueur de la loi no 6352, le 8 mars 2013, elle a d\u00e9cid\u00e9 de sursoir \u00e0 l\u2019ex\u00e9cution de la peine pour une p\u00e9riode de trois ans (paragraphe 20 ci-dessus). Cependant, ce d\u00e9veloppement n\u2019est pas de nature \u00e0 priver le requ\u00e9rant de sa qualit\u00e9 de victime, compte tenu de la jurisprudence bien \u00e9tablie de la Cour en la mati\u00e8re (G\u00fcrb\u00fcz et Bayar c. Turquie, no 8860\/13, \u00a7\u00a031, 23 juillet 2019 avec les r\u00e9f\u00e9rences qui y sont cit\u00e9es).<\/p>\n<p>Pareille ing\u00e9rence est contraire \u00e0 l\u2019article 10 de la Convention sauf si elle est \u00ab\u00a0pr\u00e9vue par la loi\u00a0\u00bb, vise un ou plusieurs des buts l\u00e9gitimes cit\u00e9s au paragraphe\u00a02 de cet article et est \u00ab\u00a0n\u00e9cessaire dans une soci\u00e9t\u00e9 d\u00e9mocratique\u00a0\u00bb pour atteindre ce ou ces buts. La Cour va examiner ces conditions une \u00e0 une.<\/p>\n<p>Pour le besoin de la pr\u00e9sente affaire, la Cour estime n\u00e9cessaire d\u2019examiner la mise en d\u00e9tention du requ\u00e9rant et les poursuites engag\u00e9es \u00e0 son encontre s\u00e9par\u00e9ment.<\/p>\n<p><em>2. Justification de la mise en d\u00e9tention provisoire du requ\u00e9rant<\/em><\/p>\n<p>44. La Cour rappelle que, selon sa jurisprudence constante, la mise en d\u00e9tention d\u2019un journaliste en raison de ses activit\u00e9s de journalisme, ind\u00e9pendamment de l\u2019issue des poursuites p\u00e9nales, constitue une ing\u00e9rence dans l\u2019exercice par l\u2019int\u00e9ress\u00e9 de son droit \u00e0 la libert\u00e9 d\u2019expression (voir, entre plusieurs autres, Nedim \u015eener c. Turquie, no 38270\/11, \u00a7\u00a7\u00a094-96, 8\u00a0juillet 2014).<\/p>\n<p>45. Pareille ing\u00e9rence est contraire \u00e0 l\u2019article 10 de la Convention sauf si elle est \u00ab\u00a0pr\u00e9vue par la loi\u00a0\u00bb, vise un ou plusieurs des buts l\u00e9gitimes cit\u00e9s au paragraphe\u00a02 de cet article et est \u00ab\u00a0n\u00e9cessaire dans une soci\u00e9t\u00e9 d\u00e9mocratique\u00a0\u00bb pour atteindre ce ou ces buts.<\/p>\n<p>46. La Cour rappelle d\u2019embl\u00e9e, s\u2019agissant de la l\u00e9galit\u00e9 de la mise en d\u00e9tention provisoire du requ\u00e9rant, avoir constat\u00e9 que la mesure litigieuse n\u2019avait pas respect\u00e9 le droit turc et ne saurait d\u00e8s lors passer pour r\u00e9guli\u00e8re au sens de l\u2019article 5 \u00a7 1 de la Convention (paragraphe 40 ci-dessus). Or, l\u2019article\u00a010 de la Convention voulant qu\u2019une ing\u00e9rence dans l\u2019exercice de la libert\u00e9 d\u2019expression soit \u00ab\u00a0pr\u00e9vue par la loi\u00a0\u00bb au m\u00eame titre que l\u2019article\u00a05 \u00a7\u00a01 exige que toute privation de libert\u00e9 soit \u00ab\u00a0r\u00e9guli\u00e8re\u00a0\u00bb, il s\u2019ensuit que la d\u00e9tention du requ\u00e9rant en raison de la publication de plusieurs num\u00e9ros du quotidien AzadiyaWelatn\u2019\u00e9tait pas \u00ab\u00a0pr\u00e9vue par la loi\u00a0\u00bb au regard de l\u2019article\u00a010 de la Convention (pour une approche similaire, voir, mutatis mutandis, Steel et autres c. Royaume-Uni, 23 septembre 1998, \u00a7 94, Recueil des arr\u00eats et d\u00e9cisions 1998-VII).<\/p>\n<p>Partant, il y a eu violation de l\u2019article 10 de la Convention en raison de la mise en d\u00e9tention du requ\u00e9rant.<\/p>\n<p><em>3. Justification des poursuites engag\u00e9es \u00e0 l\u2019encontre du requ\u00e9rant<\/em><\/p>\n<p>47. La Cour observe qu\u2019il n\u2019est pas contest\u00e9 entre les parties que l\u2019ing\u00e9rence consistant \u00e0 engager des poursuites p\u00e9nales \u00e0 l\u2019encontre du requ\u00e9rant \u00e9tait pr\u00e9vue par la loi, \u00e0 savoir l\u2019article 7 \u00a7 2 de la loi no\u00a03713 (Fatih Ta\u015f\u00a0c. Turquie (no 3), no\u00a045281\/08, \u00a7 29, 24 avril 2018). Elle admet \u00e9galement que l\u2019ing\u00e9rence poursuivait des buts l\u00e9gitimes au regard de l\u2019article\u00a010 \u00a7\u00a02 de la Convention, \u00e0 savoir la protection de la s\u00e9curit\u00e9 nationale, la pr\u00e9servation de la s\u00fbret\u00e9 publique, la d\u00e9fense de l\u2019ordre et la pr\u00e9vention du crime.<\/p>\n<p>48. En l\u2019occurrence, le diff\u00e9rend porte sur la question de savoir si l\u2019ing\u00e9rence \u00e9tait \u00ab\u00a0n\u00e9cessaire dans une soci\u00e9t\u00e9 d\u00e9mocratique\u00a0\u00bb.<\/p>\n<p>49. Le requ\u00e9rant r\u00e9it\u00e8re ses th\u00e8ses.<\/p>\n<p>50. Le Gouvernement attire l\u2019attention sur le fait que les expressions en question sont consid\u00e9r\u00e9es par les tribunaux nationaux comme de la propagande en faveur d\u2019une organisation terroriste et indique que c\u2019est la raison pour laquelle la mise en d\u00e9tention du requ\u00e9rant a \u00e9t\u00e9 ordonn\u00e9e. Il expose que, dans le cadre de la proc\u00e9dure p\u00e9nale engag\u00e9e contre le requ\u00e9rant, la cour d\u2019assises a consid\u00e9r\u00e9 que les articles publi\u00e9s dans le journal pr\u00e9sentaient un danger concret pour l\u2019ordre public car ils diffusaient de la haine, appelaient \u00e0 la violence ou encourageaient l\u2019usage de la violence et qu\u2019ils \u00e9taient exclus de la protection dont b\u00e9n\u00e9ficie la libert\u00e9 d\u2019expression. Aux yeux du Gouvernement, l\u2019ouverture d\u2019une enqu\u00eate contre le requ\u00e9rant et le placement de ce dernier en d\u00e9tention provisoire \u00e9taient les cons\u00e9quences du fait que, dans les publications litigieuses, l\u2019organisation terroriste PKK \u00e9tait pr\u00e9sent\u00e9e comme un mouvement l\u00e9gitime, ses activit\u00e9s \u00e9taient lou\u00e9es et son chef \u00e9tait pr\u00e9sent\u00e9 comme le leader du peuple kurde. En outre, selon le Gouvernement, il convient aussi de tenir compte du contexte dans lequel les poursuites ont \u00e9t\u00e9 engag\u00e9es\u00a0: de nombreuses activit\u00e9s terroristes ont \u00e9t\u00e9 perp\u00e9tr\u00e9es dans la r\u00e9gion o\u00f9 le quotidien en question \u00e9tait publi\u00e9 et largement distribu\u00e9.<\/p>\n<p>51. La Cour renvoie aux principes d\u00e9coulant de sa jurisprudence en mati\u00e8re de libert\u00e9 d\u2019expression, lesquels sont r\u00e9sum\u00e9s notamment dans l\u2019arr\u00eat B\u00e9dat c. Suisse ([GC], no 56925\/08, \u00a7 48, 29 mars 2016) et G\u00f6zel et \u00d6zer c. Turquie (nos 43453\/04 et 31098\/05, \u00a7\u00a7 46-63, 6 juillet 2010). \u00c0 cet \u00e9gard, elle rappelle qu\u2019il ne fait aucun doute que les \u00c9tats contractants peuvent prendre des mesures efficaces pour pr\u00e9venir le terrorisme et pour faire face, en particulier, \u00e0 la provocation publique que repr\u00e9sentent les infractions terroristes. En effet, eu \u00e9gard au caract\u00e8re sensible de la situation r\u00e9gnant dans telle ou telle partie d\u2019un pays et \u00e0 la n\u00e9cessit\u00e9 pour l\u2019\u00c9tat d\u2019exercer sa vigilance face \u00e0 des actes pouvant accro\u00eetre la violence, les autorit\u00e9s comp\u00e9tentes peuvent prendre des mesures en mati\u00e8re de s\u00e9curit\u00e9 et de lutte contre le terrorisme (voir, mutatis mutandis, Association Ekin c.\u00a0France, no 39288\/98, \u00a7 63, CEDH 2001-VIII).<\/p>\n<p>52. La Cour observe d\u2019embl\u00e9e que le requ\u00e9rant a \u00e9t\u00e9 inculp\u00e9 tout d\u2019abord pour avoir publi\u00e9 dans les num\u00e9ros des 23 et 24 janvier 2010 du quotidien AzadiyaWelat plusieurs articles contenant de la propagande en faveur du PKK. Ensuite, il a \u00e9t\u00e9 \u00e9galement l\u2019objet de poursuites p\u00e9nales en raison de la publication des num\u00e9ros des 6, 7, 27 et 28 mars 2010. Ces deux proc\u00e9dures ont \u00e9t\u00e9 jointes. \u00c0 l\u2019issue de la proc\u00e9dure p\u00e9nale, il a \u00e9t\u00e9 condamn\u00e9 pour chacun de ces num\u00e9ros \u00e0 une peine d\u2019emprisonnement d\u2019un an et six mois, soit \u00e0 une peine de sept ans et six mois au total. Cependant, \u00e0 la suite de l\u2019adoption de la loi no 6352, il a \u00e9t\u00e9 sursis \u00e0 l\u2019ex\u00e9cution de cette peine pour une p\u00e9riode de trois ans (paragraphe 19 ci-dessus).<\/p>\n<p>53. La Cour observe que l\u2019une des caract\u00e9ristiques de la pr\u00e9sente affaire est que le requ\u00e9rant, un professionnel des m\u00e9dias qui \u00e9tait r\u00e9dacteur en chef d\u2019un quotidien, a \u00e9t\u00e9 condamn\u00e9 au motif que le quotidien en question avait publi\u00e9 plusieurs \u00e9crits que les juges nationaux ont qualifi\u00e9s de la propagande en faveur d\u2019une organisation terroriste. En effet, il s\u2019agit de la publication de plusieurs rubriques de presse ou de d\u00e9clarations \u00e9manant des organisations ill\u00e9gales. Ces d\u00e9clarations ont \u00e9t\u00e9 publi\u00e9es telles quelles, sans aucun commentaire journalistique destin\u00e9 \u00e0 les pr\u00e9senter ou \u00e0 les analyser.<\/p>\n<p>54. Le requ\u00e9rant ayant \u00e9t\u00e9 condamn\u00e9 pour avoir fait de la propagande en faveur d\u2019une organisation terroriste par le canal d\u2019un quotidien, il faut aussi examiner l\u2019ing\u00e9rence en cause en ayant \u00e9gard au r\u00f4le essentiel que joue la presse dans le bon fonctionnement d\u2019une d\u00e9mocratie politique (Leroy c.\u00a0France, no 36109\/03, \u00a7 40, 2 octobre 2008).<\/p>\n<p>55. Pour appr\u00e9cier si la \u00ab\u00a0n\u00e9cessit\u00e9\u00a0\u00bb de la restriction \u00e0 l\u2019exercice de la libert\u00e9 d\u2019expression est \u00e9tablie de mani\u00e8re convaincante, la Cour doit, conform\u00e9ment \u00e0 sa jurisprudence, se situer essentiellement par rapport \u00e0 la motivation retenue par les juges turcs (G\u00f6zel et \u00d6zer, pr\u00e9cit\u00e9, \u00a7 51, 6\u00a0juillet 2010). Sur ce point, elle constate que les juges ont tenu compte du fait que le quotidien en question avait publi\u00e9 des \u00e9crits v\u00e9hiculant de la propagande terroriste. Elle rel\u00e8ve \u00e9galement que, dans son arr\u00eat, la cour d\u2019assises a consid\u00e9r\u00e9 de mani\u00e8re g\u00e9n\u00e9rale que les \u00e9crits publi\u00e9s dans le quotidien pr\u00e9sentaient un danger concret pour l\u2019ordre public du fait qu\u2019ils diffusaient de la haine, appelaient \u00e0 la violence ou favorisaient la violence.<\/p>\n<p>56. Pour le besoin de la pr\u00e9sente esp\u00e8ce, la Cour examinera les num\u00e9ros du quotidien AzadiyaWelat des 23 et 24 janvier 2010 et ceux des 6, 7, 27 et 28\u00a0mars 2010 s\u00e9par\u00e9ment.<\/p>\n<p>57. Dans son examen des articles publi\u00e9s dans le quotidien AzadiyaWelat, la Cour portera une attention particuli\u00e8re aux termes employ\u00e9s dans ces \u00e9crits et au contexte de leur publication.<\/p>\n<p>a) Num\u00e9ros des 23 et 24 janvier 2010 du quotidien AzadiyaWelat<\/p>\n<p>58. La Cour observe que, s\u2019agissant des articles publi\u00e9s dans les num\u00e9ros des 23 et 24 janvier 2010 du quotidien AzadiyaWelat, les mesures litigieuses ont \u00e9t\u00e9 prises \u00e0 l\u2019encontre du requ\u00e9rant au motif que A.\u00d6. avait \u00e9t\u00e9 qualifi\u00e9 de \u00ab\u00a0leader du peuple kurde\u00a0\u00bb. Or elle rappelle que, dans de nombreuses affaires contre la Turquie, elle a consid\u00e9r\u00e9 que l\u2019expression \u00ab\u00a0leader du peuple kurde\u00a0\u00bb n\u2019incite pas en elle-m\u00eame \u00e0 la violence (Belge c.\u00a0Turquie, no 50171\/09, \u00a7 37, 6 d\u00e9cembre 2016, et la jurisprudence qui y est cit\u00e9e). Aucune circonstance particuli\u00e8re ne lui permet de se d\u00e9partir de ces conclusions dans la pr\u00e9sente affaire.<\/p>\n<p>59. En outre, d\u2019apr\u00e8s la cour d\u2019assises, dans un article intitul\u00e9 \u00ab\u00a0La solution est l\u2019unit\u00e9\u00a0\u00bb publi\u00e9 dans le num\u00e9ro du 23 janvier 2010, le PKK a \u00e9t\u00e9 pr\u00e9sent\u00e9 comme le mouvement de lib\u00e9ration des Kurdes. Or, la Cour rel\u00e8ve que, \u00e0 la lecture de cet article, m\u00eame si l\u2019expression de \u00ab\u00a0mouvement de lib\u00e9ration des Kurdes\u00a0\u00bb a \u00e9t\u00e9 employ\u00e9e, l\u2019article ne contient aucune r\u00e9f\u00e9rence au PKK.<\/p>\n<p>60. Comme la Cour l\u2019a dit \u00e0 maintes reprises, il ne fait aucun doute que les \u00c9tats contractants peuvent prendre des mesures efficaces pour pr\u00e9venir le terrorisme et pour faire face, en particulier, \u00e0 la provocation publique que repr\u00e9sentent les infractions terroristes (G\u00f6zel et \u00d6zer, pr\u00e9cit\u00e9, \u00a7 55). Elle estime cependant que le fait de lister certaines expressions employ\u00e9es dans ces articles pour en conclure qu\u2019il y avait eu propagande en faveur d\u2019une organisation terroriste ne saurait \u00eatre consid\u00e9r\u00e9 comme une application des crit\u00e8res \u00e9nonc\u00e9s et mis en \u0153uvre par elle dans le cadre de l\u2019article\u00a010 de la Convention (s\u2019agissant de ces crit\u00e8res, voir, notamment, G\u00f6zel et \u00d6zer, pr\u00e9cit\u00e9, \u00a7 56). Il convient de rappeler que, selon la jurisprudence constante de la Cour, lorsque des opinions n\u2019incitent pas \u00e0 la violence, les \u00c9tats contractants ne peuvent se pr\u00e9valoir de la protection de l\u2019int\u00e9grit\u00e9 territoriale, de la s\u00e9curit\u00e9 nationale, de la d\u00e9fense de l\u2019ordre ou de la pr\u00e9vention du crime pour restreindre le droit du public \u00e0 \u00eatre inform\u00e9 en utilisant le droit p\u00e9nal pour peser sur les m\u00e9dias (ibidem).<\/p>\n<p>61. \u00c0 la lumi\u00e8re de ce qui pr\u00e9c\u00e8de, la Cour conclut que l\u2019atteinte au droit du requ\u00e9rant \u00e0 la libert\u00e9 d\u2019expression n\u2019\u00e9tait pas justifi\u00e9e par des raisons \u00ab\u00a0pertinentes et suffisantes\u00a0\u00bb au sens de l\u2019article\u00a010 de la Convention.<\/p>\n<p>Il y a donc eu violation de l\u2019article 10 de la Convention en raison des poursuites p\u00e9nales engag\u00e9es pour la publication des num\u00e9ros des 23 et 24\u00a0janvier 2010 du quotidien AzadiyaWelat.<\/p>\n<p>b) Num\u00e9ros des 6, 7, 27 et 28 mars 2010 du quotidien AzadiyaWelat<\/p>\n<p>62. Tout d\u2019abord, la Cour observe que certains des articles litigieux publi\u00e9s dans les num\u00e9ros des 6, 7, 27 et 28 mars 2010, en particulier les d\u00e9clarations d\u2019A.\u00d6. (6 mars) et ceux intitul\u00e9s \u00ab\u00a0Les Kurdes vont se d\u00e9fendre\u00a0\u00bb (7 mars), \u00ab\u00a0R\u00f4le pionnier du PKK et h\u00e9ro\u00efsme populaire\u00a0\u00bb (27\u00a0mars) et \u00ab\u00a0La semaine de l\u2019h\u00e9ro\u00efsme est une \u00e9pop\u00e9e de la libert\u00e9\u00a0\u00bb (28\u00a0mars) se distinguent, de par leur teneur, des autres articles publi\u00e9s dans les diff\u00e9rents num\u00e9ros de AzadiyaWelat, examin\u00e9s ci-dessus (paragraphes\u00a058-61). Plus pr\u00e9cis\u00e9ment, elle note que les d\u00e9clarations d\u2019A.\u00d6. publi\u00e9es dans le num\u00e9ro 6 mars 2010 reprenaient les d\u00e9clarations d\u2019un autre chef du PKK dans des termes laudatifs et que leur conclusion se lisait ainsi \u00ab\u00a0[c]es semaines sont importantes, si des progr\u00e8s ne sont pas r\u00e9alis\u00e9s, la guerre gagnera en profondeur\u00a0\u00bb.<\/p>\n<p>63. Par ailleurs, la Cour rel\u00e8ve que, dans le num\u00e9ro du 27\u00a0mars 2010, des d\u00e9clarations de M.K., un autre chef du PKK, dans lesquelles celui-ci d\u00e9clarait que \u00ab\u00a0aussi longtemps que les agressions se poursuivent, les Kurdes vont se d\u00e9fendre par tous les moyens \u00bb ont \u00e9t\u00e9 publi\u00e9es. De m\u00eame, dans des d\u00e9clarations publi\u00e9es dans le m\u00eame num\u00e9ro, A.\u00d6. disait que \u00ab\u00a0s\u2019ils continuent \u00e0 agresser les Kurdes, [ces derniers] ont le droit de se d\u00e9fendre\u00a0\u00bb. En outre, toujours dans le m\u00eame num\u00e9ro, les membres du PKK \u00e9taient pr\u00e9sent\u00e9s comme des h\u00e9ros du PKK et le r\u00f4le du PKK \u00e9tait lou\u00e9 en qualifiant son r\u00f4le de \u00ab\u00a0r\u00f4le pionnier\u00a0\u00bb. Par ailleurs, des d\u00e9clarations du KCK pr\u00e9sentaient l\u2019action arm\u00e9e du PKK comme h\u00e9ro\u00efque et la poursuite de celle-ci \u00e9tait lou\u00e9e en pr\u00e9cisant que \u00ab\u00a0l\u2019h\u00e9ro\u00efsme qui a d\u00e9marr\u00e9 sous le leadership du PKK s\u2019est transform\u00e9 en un h\u00e9ro\u00efsme populaire\u00a0\u00bb. Enfin, dans un article publi\u00e9 dans le num\u00e9ro du 28 mars 2010, les activit\u00e9s du PKK \u00e9taient qualifi\u00e9es d\u2019\u00ab\u00a0\u00e9pop\u00e9e de la libert\u00e9\u00a0\u00bb.<\/p>\n<p>64. S\u2019agissant tout d\u2019abord des d\u00e9clarations de M.K. et d\u2019A.\u00d6. pr\u00e9cit\u00e9es, la Cour consid\u00e8re que ces propos ne pouvaient raisonnablement se comprendre autrement que comme une tentative d\u2019inciter \u00e0 la violence, m\u00eame s\u2019il s\u2019agissait d\u2019un message assorti d\u2019une condition (voir, pour une approche similaire, Kaya c. Turquie (d\u00e9c.), no 6250\/02, 22 mars 2007). \u00c0 cet \u00e9gard, ces d\u00e9clarations ne se distinguent gu\u00e8re de celles examin\u00e9es dans l\u2019affaire G\u00fcrb\u00fcz et Bayar (arr\u00eat pr\u00e9cit\u00e9, \u00a7\u00a7 42-43), dans laquelle la Cour a conclu qu\u2019il s\u2019agissait d\u2019une provocation publique \u00e0 commettre une infraction terroriste, compte tenu de l\u2019identit\u00e9 de l\u2019auteur des propos incrimin\u00e9s. Par ailleurs, les autres articles, qui \u00e9voquent des activit\u00e9s du PKK dans des termes approbatifs et \u00e9logieux, \u00e9taient susceptibles d\u2019\u00eatre interpr\u00e9t\u00e9s comme contenant un appel \u00e0 la violence.<\/p>\n<p>65. \u00c0 cet \u00e9gard, si les juridictions internes n\u2019ont pas pris en compte l\u2019intention du requ\u00e9rant, la Cour ne saurait n\u00e9gliger l\u2019impact potentiel de tels messages contenant de l\u2019apologie de la violence dans une r\u00e9gion politiquement sensible. Par cons\u00e9quent, la Cour souscrit \u00e0 la conclusion de la cour d\u2019assises selon laquelle ces \u00e9crits publi\u00e9s dans le quotidien pr\u00e9sentaient un danger concret pour l\u2019ordre public.<\/p>\n<p>66. En outre, la Cour estime que ces \u00e9crits ont \u00e9t\u00e9 publi\u00e9s tels quels sans que les responsables de la ligne \u00e9ditoriale du quotidien ne se soient clairement distanci\u00e9s de leur contenu. M\u00eame s\u2019il est vrai que le requ\u00e9rant, en sa qualit\u00e9 de r\u00e9dacteur en chef, ne s\u2019est pas personnellement associ\u00e9 aux \u00e9crits litigieux, il n\u2019en a pas moins fourni une tribune \u00e0 leurs auteurs et permis leur diffusion. Par-l\u00e0, il partage indirectement les \u00ab\u00a0devoirs et responsabilit\u00e9s\u00a0\u00bb que les auteurs assument lors de la diffusion de leurs opinions aupr\u00e8s du public (voir, mutatis mutandis, \u00d6zt\u00fcrk c. Turquie [GC], no\u00a022479\/93, \u00a7 49, CEDH 1999-VI). En charge de la ligne \u00e9ditoriale du quotidien, le requ\u00e9rant ne saurait s\u2019exon\u00e9rer de toute responsabilit\u00e9 quant \u00e0 son contenu, le droit de communiquer des informations ne pouvant servir d\u2019alibi ou de pr\u00e9texte \u00e0 la diffusion de propos qui rec\u00e8lent un appel \u00e0 la violence (S\u00fcrek c. Turquie (no\u00a03) [GC], no 24735\/94, \u00a7\u00a7 40-41, 8\u00a0juillet 1999) ou \u00e0 la diffusion de d\u00e9clarations de groupements terroristes (G\u00fcrb\u00fcz et Bayar, pr\u00e9cit\u00e9, \u00a7 44).<\/p>\n<p>67. La Cour parvient en cons\u00e9quence \u00e0 la conclusion que les poursuites engag\u00e9es contre le requ\u00e9rant reposent sur des motifs \u00ab\u00a0pertinents et suffisants\u00a0\u00bb. Elle note aussi qu\u2019il a \u00e9t\u00e9 sursis \u00e0 l\u2019ex\u00e9cution de la peine inflig\u00e9e au requ\u00e9rant pour une p\u00e9riode de trois ans. Il ne ressort pas du dossier que cette peine a par la suite \u00e9t\u00e9 ex\u00e9cut\u00e9e, alors que plus de trois ans se sont \u00e9coul\u00e9s depuis la derni\u00e8re d\u00e9cision des juridictions nationales. Or la nature et la lourdeur des peines inflig\u00e9es sont aussi des \u00e9l\u00e9ments \u00e0 prendre en consid\u00e9ration lorsqu\u2019il s\u2019agit de mesurer la proportionnalit\u00e9 de l\u2019ing\u00e9rence.<\/p>\n<p>68. \u00c0 la lumi\u00e8re de ce qui pr\u00e9c\u00e8de, la Cour conclut qu\u2019il n\u2019y a pas eu violation de l\u2019article 10 de la Convention en raison des poursuites p\u00e9nales engag\u00e9es pour la publication des num\u00e9ros des 6, 7, 27 et 28 mars 2010.<\/p>\n<p>III. SUR LES AUTRES VIOLATIONS ALL\u00c9GU\u00c9ES<\/p>\n<p>69. Le requ\u00e9rant se plaint, sous l\u2019angle des articles 5 \u00a7 2 et 13 de la Convention, de ne pas avoir \u00e9t\u00e9 inform\u00e9 des motifs r\u00e9els de sa d\u00e9tention et de n\u2019avoir pu exercer aucun recours en droit interne relativement \u00e0 ses griefs concernant sa d\u00e9tention provisoire.<\/p>\n<p>70. Ma\u00eetresse de la qualification juridique des faits en cause, la Cour observe d\u2019embl\u00e9e que le grief tir\u00e9 de l\u2019article 13 de la Convention appelle un examen sous l\u2019angle de l\u2019article 5 \u00a7 4, qui constitue une lexspecialis (Nikolova c. Bulgarie [GC], no 31195\/96, \u00a7 69, CEDH 1999\u2011II).<\/p>\n<p>71. La Cour observe que le requ\u00e9rant a \u00e9t\u00e9 plac\u00e9 en d\u00e9tention provisoire \u00e0 l\u2019issue d\u2019une audience \u2013 lors de laquelle il \u00e9tait assist\u00e9 par un avocat \u2013 tenue le 8\u00a0avril 2010 dans le cadre d\u2019une proc\u00e9dure engag\u00e9e \u00e0 son encontre le 8\u00a0f\u00e9vrier 2010. En effet, l\u2019acte d\u2019accusation contenant les chefs d\u2019inculpation avait \u00e9t\u00e9 d\u00e9pos\u00e9 \u00e0 cette derni\u00e8re date. La Cour estime que le requ\u00e9rant a ainsi pris connaissance des accusations port\u00e9es contre lui. Eu \u00e9gard aux pi\u00e8ces vers\u00e9es au dossier, elle conclut que ce grief est manifestement mal fond\u00e9 et qu\u2019il doit \u00eatre rejet\u00e9, en application de l\u2019article\u00a035 \u00a7\u00a7\u00a03 a) et 4 de la Convention.<\/p>\n<p>Quant au grief tir\u00e9 de l\u2019absence de recours en droit interne lui permettant de pr\u00e9senter ses griefs concernant sa d\u00e9tention provisoire, la Cour rappelle avoir d\u00e9j\u00e0 constat\u00e9 que la voie d\u2019opposition, qui pouvait \u00eatre form\u00e9e devant un tribunal contre la d\u00e9cision de placement en d\u00e9tention provisoire, \u00e9tait d\u2019une port\u00e9e suffisante pour constituer \u00ab\u00a0un recours\u00a0\u00bb au sens de l\u2019article\u00a05 \u00a7\u00a04 de la Convention. Le seul fait que l\u2019opposition form\u00e9e par le requ\u00e9rant ait \u00e9t\u00e9 rejet\u00e9e par la cour d\u2019assises n\u2019est pas de nature \u00e0 rendre cette voie ineffective. La Cour conclut que l\u2019int\u00e9ress\u00e9 disposait d\u2019un recours devant un tribunal au sens de l\u2019article 5 \u00a7 4 de la Convention. Aussi estime-t-elle que celui-ci n\u2019a pas d\u00e9montr\u00e9 qu\u2019il n\u2019avait pas eu la possibilit\u00e9 de contester son placement et son maintien en d\u00e9tention provisoire devant un tribunal, de sorte que le grief est sur ce point manifestement mal fond\u00e9 au sens de l\u2019article\u00a035 \u00a7\u00a03 de la Convention.<\/p>\n<p>IV. SUR L\u2019APPLICATION DE L\u2019ARTICLE\u00a041 DE LA CONVENTION<\/p>\n<p>72. Aux termes de l\u2019article\u00a041 de la Convention,<\/p>\n<p>\u00ab\u00a0Si la Cour d\u00e9clare qu\u2019il y a eu violation de la Convention ou de ses Protocoles, et si le droit interne de la Haute Partie contractante ne permet d\u2019effacer qu\u2019imparfaitement les cons\u00e9quences de cette violation, la Cour accorde \u00e0 la partie l\u00e9s\u00e9e, s\u2019il y a lieu, une satisfaction \u00e9quitable.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p>73. Le requ\u00e9rant r\u00e9clame 50\u00a0000 livres turques (TRY) (environ 7\u00a0800\u00a0euros (EUR)) pour dommage mat\u00e9riel. Il demande en outre 100\u00a0000\u00a0TRY (environ 15\u00a0600 EUR) pour pr\u00e9judice moral. Il n\u2019a pr\u00e9sent\u00e9 aucune demande au titre de frais et d\u00e9pens.<\/p>\n<p>74. Le Gouvernement soutient que ces pr\u00e9tentions sont excessives et qu\u2019elles ne reposent sur aucune pi\u00e8ce justificative.<\/p>\n<p>75. La Cour observe que le requ\u00e9rant n\u2019a pas \u00e9tay\u00e9 sa demande pour pr\u00e9judice mat\u00e9riel. En cons\u00e9quence, ce dommage n\u2019a nullement \u00e9t\u00e9 \u00e9tabli et la demande, pour autant qu\u2019elle s\u2019y rapporte, doit \u00eatre \u00e9cart\u00e9e. Quant au dommage moral, elle consid\u00e8re que ce pr\u00e9judice ne saurait \u00eatre r\u00e9par\u00e9 par les seuls constats de violation (voir, mutatis mutandis, L\u00fctfiyeZengin et autres, pr\u00e9cit\u00e9, \u00a7 98). Statuant en \u00e9quit\u00e9, elle consid\u00e8re qu\u2019il y a lieu d\u2019octroyer, pour dommage moral, 5\u00a0000 EUR au requ\u00e9rant.<\/p>\n<p>76. La Cour juge appropri\u00e9 de calquer le taux des int\u00e9r\u00eats moratoires sur le taux d\u2019int\u00e9r\u00eat de la facilit\u00e9 de pr\u00eat marginal de la Banque centrale europ\u00e9enne major\u00e9 de trois points de pourcentage.<\/p>\n<p><strong>PAR CES MOTIFS, LA COUR, \u00c0 L\u2019UNANIMIT\u00c9,<\/strong><\/p>\n<p>1. D\u00e9clare la requ\u00eate recevable quant aux griefs tir\u00e9s des articles 5 \u00a7 1 et 10 de la Convention et irrecevable pour le surplus\u00a0;<\/p>\n<p>2. Dit qu\u2019il y a eu violation de l\u2019article\u00a05\u00a0\u00a7\u00a01 de la Convention\u00a0;<\/p>\n<p>3. Dit qu\u2019il y a eu violation de l\u2019article 10 de la Convention en raison de la mise en d\u00e9tention provisoire du requ\u00e9rant\u00a0;<\/p>\n<p>4. Dit qu\u2019il y a eu violation de l\u2019article 10 de la Convention en raison des poursuites p\u00e9nales engag\u00e9es pour la publication des num\u00e9ros des 23 et 24 janvier 2010 du quotidien AzadiyaWelat\u00a0;<\/p>\n<p>5. Dit qu\u2019il n\u2019y a pas eu violation de l\u2019article 10 de la Convention en raison des poursuites p\u00e9nales engag\u00e9es pour de la publication des num\u00e9ros des 6, 7, 27 et 28 mars 2010 du quotidien AzadiyaWelat\u00a0;<\/p>\n<p>6. Dit que l\u2019\u00c9tat d\u00e9fendeur doit verser au requ\u00e9rant, dans les trois mois \u00e0 compter du jour o\u00f9 l\u2019arr\u00eat sera devenu d\u00e9finitif conform\u00e9ment \u00e0 l\u2019article\u00a044\u00a0\u00a7\u00a02 de la Convention, la somme de 5\u00a0000\u00a0EUR (cinq mille euros), plus tout montant pouvant \u00eatre d\u00fb \u00e0 titre d\u2019imp\u00f4t, pour dommage moral, \u00e0 convertir dans la monnaie de l\u2019\u00c9tat d\u00e9fendeur, au taux applicable \u00e0 la date du r\u00e8glement\u00a0;<\/p>\n<p>7. Rejette la demande de satisfaction \u00e9quitable pour le surplus.<\/p>\n<p>Fait en fran\u00e7ais, puis communiqu\u00e9 par \u00e9crit le 19 janvier 2021, en application de l\u2019article 77 \u00a7\u00a7 2 et 3 du r\u00e8glement de la Cour.<\/p>\n<p>Hasan Bak\u0131rc\u0131\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0 Jon Fridrik Kj\u00f8lbro<br \/>\nGreffier adjoint\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0 Pr\u00e9sident<\/p>\n<div class=\"social-share-buttons\"><a href=\"https:\/\/www.facebook.com\/sharer\/sharer.php?u=https:\/\/loisdumonde.com\/?p=343\" target=\"_blank\" rel=\"noopener\">Facebook<\/a><a href=\"https:\/\/twitter.com\/intent\/tweet?url=https:\/\/loisdumonde.com\/?p=343&text=AFFAIRE+MEHD%C4%B0+TANRIKULU+c.+TURQUIE+%28N%C2%B0+2%29+%28Cour+europ%C3%A9enne+des+droits+de+l%E2%80%99homme%29+Requ%C3%AAte+no+33374%2F10\" target=\"_blank\" rel=\"noopener\">Twitter<\/a><a href=\"https:\/\/www.linkedin.com\/shareArticle?url=https:\/\/loisdumonde.com\/?p=343&title=AFFAIRE+MEHD%C4%B0+TANRIKULU+c.+TURQUIE+%28N%C2%B0+2%29+%28Cour+europ%C3%A9enne+des+droits+de+l%E2%80%99homme%29+Requ%C3%AAte+no+33374%2F10\" target=\"_blank\" rel=\"noopener\">LinkedIn<\/a><a href=\"https:\/\/pinterest.com\/pin\/create\/button\/?url=https:\/\/loisdumonde.com\/?p=343&description=AFFAIRE+MEHD%C4%B0+TANRIKULU+c.+TURQUIE+%28N%C2%B0+2%29+%28Cour+europ%C3%A9enne+des+droits+de+l%E2%80%99homme%29+Requ%C3%AAte+no+33374%2F10\" target=\"_blank\" rel=\"noopener\">Pinterest<\/a><\/div>","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>PROC\u00c9DURE. Invoquant l\u2019article 5 de la Convention, le requ\u00e9rant se plaignait d\u2019une privation de libert\u00e9. Il d\u00e9non\u00e7ait \u00e9galement une atteinte \u00e0 son droit \u00e0 la libert\u00e9 d\u2019expression au sens de l\u2019article 10 de la Convention. 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