{"id":340,"date":"2021-02-11T15:53:29","date_gmt":"2021-02-11T15:53:29","guid":{"rendered":"https:\/\/loisdumonde.com\/?p=340"},"modified":"2021-02-11T15:53:50","modified_gmt":"2021-02-11T15:53:50","slug":"affaire-timofeyev-et-postupkin-c-russie-cour-europeenne-des-droits-de-lhomme","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/loisdumonde.com\/?p=340","title":{"rendered":"AFFAIRE TIMOFEYEV ET POSTUPKIN c. RUSSIE (Cour europ\u00e9enne des droits de l\u2019homme) Requ\u00eates nos 45431\/14 et 22769\/15"},"content":{"rendered":"<p><strong>INTRODUCTION<\/strong>.\u00a0Les affaires concernent le placement des requ\u00e9rants sous surveillance administrative.<!--more--><\/p>\n<p style=\"text-align: center;\">TROISI\u00c8ME SECTION<br \/>\n<strong>AFFAIRE TIMOFEYEV ET POSTUPKIN c. RUSSIE<\/strong><br \/>\n<em>(Requ\u00eates nos 45431\/14 et 22769\/15)<\/em><br \/>\nARR\u00caT<\/p>\n<p>Art 7 et Art 4 P7 \u2022 Surveillance administrative aux fins pr\u00e9ventifs, apr\u00e8s l\u2019ex\u00e9cution de la peine par les condamn\u00e9s, non-constitutive d\u2019une peine et non-soumise au principe de r\u00e9troactivit\u00e9 \u2022 Mesures ne revenant pas \u00e0 \u00ab\u00a0punir p\u00e9nalement\u00a0\u00bb une seconde fois<br \/>\nArt 6 \u00a7 1 (civil) \u2022 Proc\u00e8s \u00e9quitable \u2022 Absence d\u2019octroi d\u2019une aide judiciaire gratuite au requ\u00e9rant sans argent pour obtenir l\u2019assistance d\u2019un avocat lors d\u2019une proc\u00e9dure de placement sous surveillance administrative pour huit ans\u00a0\u2022 Importante gravit\u00e9 de l\u2019enjeu de la proc\u00e9dure \u2022 Incapacit\u00e9 \u00e0 d\u00e9fendre effectivement sa cause \u2022 Situation de net d\u00e9savantage par rapport \u00e0 son adversaire assist\u00e9<br \/>\nArticle 2 du Protocole n\u00b0 4 \u2022 Libert\u00e9 de circulation \u2022 Caract\u00e8re proportionn\u00e9 des mesures de surveillance administrative, impos\u00e9es pour six ans et soumises aux contr\u00f4les p\u00e9riodiques de leur n\u00e9cessit\u00e9 \u2022 Loi suffisamment pr\u00e9visible quant \u00e0 la cat\u00e9gorie des personnes vis\u00e9es et \u00e0 sa port\u00e9e temporelle<\/p>\n<p style=\"text-align: center;\">STRASBOURG<br \/>\n19 janvier 2021<\/p>\n<p>Cet arr\u00eat deviendra d\u00e9finitif dans les conditions d\u00e9finies \u00e0 l\u2019article 44 \u00a7 2 de la Convention. Il peut subir des retouches de forme.<\/p>\n<p><strong>En l\u2019affaire Timofeyevet Postupkinc. Russie,<\/strong><\/p>\n<p>La Cour europ\u00e9enne des droits de l\u2019homme (troisi\u00e8me section), si\u00e9geant en une Chambre compos\u00e9e de\u00a0:<\/p>\n<p>Paul Lemmens, pr\u00e9sident,<br \/>\nGeorgios A. Serghides,<br \/>\nDmitry Dedov,<br \/>\nGeorges Ravarani,<br \/>\nMar\u00eda El\u00f3segui,<br \/>\nAnja Seibert-Fohr,<br \/>\nPeeter Roosma, juges,<\/p>\n<p>et de OlgaChernishova, greffi\u00e8re adjointede section,<\/p>\n<p>Vu\u00a0:<\/p>\n<p>les requ\u00eates (nos\u00a045431\/14 et 22769\/15) dirig\u00e9es contre la F\u00e9d\u00e9ration de Russie et dont deux ressortissants de cet \u00c9tat, MM VasiliyVyacheslavovichTimofeyev (\u00ab\u00a0le premier requ\u00e9rant\u00a0\u00bb) et ArkadiyViktorovichPostupkin (\u00ab\u00a0le second requ\u00e9rant\u00a0\u00bb) ont saisi la Cour en vertu de l\u2019article\u00a034 de la Convention de sauvegarde des droits de l\u2019homme et des libert\u00e9s fondamentales (\u00ab\u00a0la Convention\u00a0\u00bb) le 1er septembre 2014 et le 24\u00a0avril 2015 respectivement,<\/p>\n<p>les observations des parties,<\/p>\n<p>Notant que, le 19 mars 2018, les griefs tir\u00e9s des articles 6 et 7 de la Convention (requ\u00eate no\u00a045431\/14) ainsi que ceux tir\u00e9s de l\u2019article 2 du Protocole no\u00a04 et de l\u2019article 4 du Protocole no\u00a07 \u00e0 la Convention (requ\u00eate no\u00a022769\/15) concernant les mesures de surveillance administrative appliqu\u00e9es aux requ\u00e9rants ont \u00e9t\u00e9 communiqu\u00e9s au Gouvernement et les requ\u00eates ont \u00e9t\u00e9 d\u00e9clar\u00e9es irrecevables pour le surplus conform\u00e9ment \u00e0 l\u2019article 54\u00a0\u00a7\u00a03 du r\u00e8glement de la Cour,<\/p>\n<p>Apr\u00e8s en avoir d\u00e9lib\u00e9r\u00e9 en chambre du conseil le 8d\u00e9cembre 2020,<\/p>\n<p>Rend l\u2019arr\u00eat que voici, adopt\u00e9 \u00e0 cette date\u00a0:<\/p>\n<p><strong>INTRODUCTION<\/strong><\/p>\n<p>1. Les affaires concernent le placement des requ\u00e9rants sous surveillance administrative.<\/p>\n<p><strong>EN FAIT<\/strong><\/p>\n<p>2. Les requ\u00e9rants sont n\u00e9s en 1965 et r\u00e9sident \u00e0 Vladimir et \u00e0 Rybinsk respectivement. Ils ont \u00e9t\u00e9 repr\u00e9sent\u00e9s par M.\u00a0K.\u00a0N.\u00a0Koroteev, juriste de l\u2019organisation non gouvernementale\u00a0Memorial Human Rights\u00a0Centre, sise \u00e0 Moscou.<\/p>\n<p>3. Le gouvernement russe (\u00ab\u00a0le Gouvernement\u00a0\u00bb) a \u00e9t\u00e9 repr\u00e9sent\u00e9 par M.\u00a0M.\u00a0Galperine, repr\u00e9sentant permanent de la F\u00e9d\u00e9ration de Russie aupr\u00e8s de la Cour europ\u00e9enne des droits de l\u2019homme.<\/p>\n<p>I. LES CIRCONSTANCES RELATIVES AU PREMIER REQU\u00c9RANT<\/p>\n<p><strong>A. La mise en place de la surveillance administrative<\/strong><\/p>\n<p>4. Par un jugement du 24 octobre 2003 (compl\u00e9t\u00e9 le 10 ao\u00fbt 2004 pour tenir compte de modifications de la loi p\u00e9nale mat\u00e9rielle), le premier requ\u00e9rant fut reconnu coupable de meurtre (article 105\u00a0\u00a7\u00a01 du code p\u00e9nal (CP)) et condamn\u00e9 \u00e0 une peine de onze ans, six mois et dix jours d\u2019emprisonnement. Il fut constat\u00e9 par le m\u00eame jugement un \u00e9tat de r\u00e9cidive dangereuse dans le chef du premier requ\u00e9rant.<\/p>\n<p>5. Le 17 septembre 2013, la direction de la colonie p\u00e9nitentiaire dans laquelle le premier requ\u00e9rant purgeait sa peine d\u2019emprisonnement saisit le tribunal de l\u2019arrondissement Oktiabrskiy de la ville de Vladimir (\u00ab\u00a0le tribunal de l\u2019arrondissement Oktiabrskiy\u00a0\u00bb) d\u2019une demande de placement de l\u2019int\u00e9ress\u00e9 sous surveillance administrative sur le fondement de la loi no\u00a064\u2011FZ relative \u00e0 la surveillance administrative des personnes lib\u00e9r\u00e9es des \u00e9tablissements p\u00e9nitentiaires (\u00ab\u00a0la loi no\u00a064\u2011FZ\u00a0\u00bb) (paragraphes 32\u201142 ci\u2011dessous). La demande \u00e9tait motiv\u00e9e par le fait que le premier requ\u00e9rant avait \u00e9t\u00e9 condamn\u00e9 pour une infraction commise en r\u00e9cidive dangereuse, qu\u2019il n\u2019avait pas manifest\u00e9 d\u2019int\u00e9r\u00eat au travail pendant son emprisonnement, et qu\u2019il n\u2019avait pas respect\u00e9 le r\u00e9gime p\u00e9nitentiaire et avait fait l\u2019objet de vingt-sept sanctions disciplinaires, dont sept n\u2019avaient pas \u00e9t\u00e9 effac\u00e9es \u00e0 la date de la demande. Un certain nombre de documents \u00e9tablis par les autorit\u00e9s p\u00e9nitentiaires \u00e9taient joints \u00e0 ladite demande, dont un document comportant les caract\u00e9ristiques de la personnalit\u00e9 du premier requ\u00e9rant, une attestation portant sur le nombre de sanctions disciplinaires prononc\u00e9es contre lui, une attestation du 7\u00a0septembre 2013 portant sur l\u2019\u00e9valuation psychologique de l\u2019int\u00e9ress\u00e9, ainsi qu\u2019une d\u00e9cision du 14\u00a0novembre 2008 portant sur l\u2019attribution \u00e0 l\u2019int\u00e9ress\u00e9 de la qualit\u00e9 de transgresseur av\u00e9r\u00e9 du r\u00e9gime carc\u00e9ral.<\/p>\n<p>6. Le 23 octobre 2013, le tribunal de l\u2019arrondissement Oktiabrskiy, si\u00e9geant en formation de juge unique, tint une audience dans l\u2019enceinte de la colonie p\u00e9nitentiaire. Le premier requ\u00e9rant, pr\u00e9sent \u00e0 l\u2019audience, informa le juge qu\u2019il n\u2019avait pas eu suffisamment de temps pour se pr\u00e9parer, et notamment qu\u2019il n\u2019avait pas pu prendre contact avec ses proches pour leur demander de lui trouver un avocat compte tenu de son insuffisance de ressources pour r\u00e9mun\u00e9rer lui\u2011m\u00eame un d\u00e9fenseur. Le juge reporta l\u2019audience au 14 novembre 2013 afin de permettre \u00e0 l\u2019int\u00e9ress\u00e9 de trouver un repr\u00e9sentant.<\/p>\n<p>7. Lors de l\u2019audience du 14 novembre 2013, qui se tint par vid\u00e9oconf\u00e9rence, le premier requ\u00e9rant sollicita un nouveau report de l\u2019audience afin que la pr\u00e9sence d\u2019un repr\u00e9sentant f\u00fbt assur\u00e9e. Le juge fit droit \u00e0 cette demande et fixa la date de l\u2019audience suivante au 26\u00a0novembre 2013.<\/p>\n<p>8. Le 16 novembre 2013, le premier requ\u00e9rant prit connaissance du contenu de la demande du 17 septembre 2013 ainsi que des documents joints \u00e0 celle\u2011ci.<\/p>\n<p>9. Le 26 novembre 2013, le tribunal de l\u2019arrondissement Oktiabrskiy tint une nouvelle audience par vid\u00e9oconf\u00e9rence \u00e0 laquelle prirent part le premier requ\u00e9rant, un repr\u00e9sentant de la colonie p\u00e9nitentiaire et un repr\u00e9sentant du service du procureur de la r\u00e9gion. Au d\u00e9but de l\u2019audience, le premier requ\u00e9rant indiqua que l\u2019administration p\u00e9nitentiaire ne l\u2019avait pas inform\u00e9 de l\u2019envoi d\u2019une plainte adress\u00e9e \u00e0 la cour r\u00e9gionale et demanda au juge d\u2019enjoindre \u00e0 l\u2019administration de lui communiquer les r\u00e9f\u00e9rences de l\u2019envoi en question. Le juge rejeta cette demande au motif que l\u2019\u00e9tablissement dudit envoi n\u2019incombait pas au tribunal dans le cadre de l\u2019examen de la demande de placement sous surveillance administrative. Il indiqua que, si le premier requ\u00e9rant consid\u00e9rait que l\u2019administration de la colonie p\u00e9nitentiaire enfreignait son droit \u00e0 la communication par voie postale, il \u00e9tait loisible \u00e0 l\u2019int\u00e9ress\u00e9 de saisir le procureur ou le tribunal dans le cadre d\u2019une proc\u00e9dure distincte.<\/p>\n<p>10. Lors de la m\u00eame audience, le premier requ\u00e9rant donna lecture de son m\u00e9moire en r\u00e9plique, dans lequel il contestait le bien-fond\u00e9 de la demande du 17 septembre 2013 ainsi que les \u00e9l\u00e9ments soumis \u00e0 l\u2019appui de celle-ci. \u00c0 cette occasion, il d\u00e9non\u00e7a les caract\u00e9ristiques de sa personnalit\u00e9 figurant dans le document y aff\u00e9rent joint \u00e0 ladite demande s\u2019agissant de son rapport au travail pendant l\u2019ex\u00e9cution de la peine et critiqua la validit\u00e9 des sanctions disciplinaires auxquelles ladite demande faisait r\u00e9f\u00e9rence. Il all\u00e9gua notamment que l\u2019attestation du 7 septembre 2013 avait \u00e9t\u00e9 falsifi\u00e9e par la direction de la colonie p\u00e9nitentiaire, soutenant qu\u2019aucune \u00e9valuation le concernant n\u2019avait \u00e9t\u00e9 effectu\u00e9e \u00e0 cette date par le psychologue de l\u2019\u00e9tablissement. \u00c0 cet \u00e9gard, il demanda au tribunal de l\u2019arrondissement Oktiabrskiy d\u2019enjoindre \u00e0 l\u2019administration de la colonie p\u00e9nitentiaire de soumettre son dossier personnel. Il lui demanda par ailleurs de transf\u00e9rer au service du procureur une plainte par laquelle il avait sollicit\u00e9 la poursuite au p\u00e9nal des personnes responsables de la falsification all\u00e9gu\u00e9e. Il argua qu\u2019il lui \u00e9tait impossible de saisir lui-m\u00eame le service du procureur car l\u2019administration de la colonie p\u00e9nitentiaire aurait censur\u00e9 sa correspondance postale. Le juge rejeta les demandes de l\u2019int\u00e9ress\u00e9 au motif qu\u2019il n\u2019appartenait pas au tribunal de contr\u00f4ler ni le dossier personnel de l\u2019int\u00e9ress\u00e9 ni les caract\u00e9ristiques \u00e9tablies par l\u2019administration p\u00e9nitentiaire lors de l\u2019examen d\u2019une demande de mise en place de la surveillance administrative. Le juge refusa \u00e9galement de transmettre la plainte du premier requ\u00e9rant au motif qu\u2019il ne lui appartenait pas d\u2019assurer la correspondance des personnes condamn\u00e9es. Se r\u00e9f\u00e9rant \u00e0 l\u2019article 50 du code de proc\u00e9dure civile (CPC) (paragraphe 56 ci\u2011dessous), le premier requ\u00e9rant sollicita du juge la d\u00e9signation d\u2019un avocat aux fins de sa repr\u00e9sentation, en motivant sa demande par un manque de moyens financiers pour r\u00e9mun\u00e9rer un avocat. Le juge rejeta ladite demande au motif que l\u2019insuffisance de ressources financi\u00e8res ne figurait pas parmi les raisons pouvant justifier la d\u00e9signation d\u2019un avocat sur le fondement de l\u2019article 50 du CPC. Lors la m\u00eame audience, le repr\u00e9sentant du service du procureur de la r\u00e9gion requit le placement du premier requ\u00e9rant sous surveillance administrative.<\/p>\n<p>11. Par une d\u00e9cision du 26 novembre 2013, le tribunal de l\u2019arrondissement Oktiabrskiy accueillit la demande de la colonie p\u00e9nitentiaire. Se r\u00e9f\u00e9rant aux articles 3\u00a0\u00a7\u00a02 et 5\u00a0\u00a7\u00a01 alin\u00e9a 2 de la loi no\u00a064\u2011FZ (paragraphes 36 et 39 ci\u2011dessous), la juridiction ordonna le placement du premier requ\u00e9rant sous surveillance administrative. Les parties pertinentes en l\u2019esp\u00e8ce de cette d\u00e9cision se lisaient comme suit\u00a0:<\/p>\n<p>\u00ab\u00a0(&#8230;) [L]e tribunal rejette les arguments de [M. Timofeyev] relatifs \u00e0 la falsification [du document portant sur les] caract\u00e9ristiques [de la personnalit\u00e9 de l\u2019int\u00e9ress\u00e9] \u00e9tabli par l\u2019administration de [l\u2019\u00e9tablissement p\u00e9nitentiaire] ainsi que de l\u2019attestation portant sur son \u00e9valuation psychologique car lesdits arguments ont trait \u00e0 une appr\u00e9ciation subjective [de l\u2019int\u00e9ress\u00e9] alors que les documents susmentionn\u00e9s ont \u00e9t\u00e9 \u00e9tablis par des fonctionnaires d\u00fbment habilit\u00e9s et ont \u00e9t\u00e9 soumis au tribunal conform\u00e9ment \u00e0 la proc\u00e9dure pr\u00e9vue par la loi no\u00a064\u2011FZ du 6 avril 2011\u00a0[;] lors de l\u2019examen d\u2019une [demande] de mise en place de la surveillance administrative, le tribunal n\u2019est pas comp\u00e9tent pour contr\u00f4ler les dossiers personnels des condamn\u00e9s ainsi que l\u2019activit\u00e9 de l\u2019administration d\u2019un \u00e9tablissement p\u00e9nitentiaire pendant l\u2019ex\u00e9cution de la peine.<\/p>\n<p>Le tribunal n\u2019a pas de raisons de douter du bien-fond\u00e9 des sanctions disciplinaires prononc\u00e9es contre le condamn\u00e9 puisqu\u2019il n\u2019a pas \u00e9t\u00e9 d\u00e9montr\u00e9 devant le tribunal qu\u2019elles avaient \u00e9t\u00e9 contest\u00e9es conform\u00e9ment \u00e0 la proc\u00e9dure pr\u00e9vue \u00e0 cet effet, [et] le tribunal n\u2019est pas comp\u00e9tent pour en contr\u00f4ler le bien-fond\u00e9 dans le cadre de l\u2019examen d\u2019une [demande] de mise en place de la surveillance administrative.<\/p>\n<p>[M. Timofeyev] s\u2019est vu attribuer la qualit\u00e9 de transgresseur av\u00e9r\u00e9 du r\u00e9gime carc\u00e9ral ind\u00e9pendamment du fait que par la suite il a \u00e9t\u00e9 soumis au r\u00e9gime ordinaire de l\u2019ex\u00e9cution de la peine, ce qui est confirm\u00e9 par les \u00e9l\u00e9ments soumis au tribunal et ce que le condamn\u00e9 lui\u2011m\u00eame ne conteste pas.<\/p>\n<p>(&#8230;)<\/p>\n<p>Puisque l\u2019infraction \u00e0 l\u2019article 105\u00a0\u00a7\u00a01 du [CP] pour laquelle [M. Timofeyev] a \u00e9t\u00e9 condamn\u00e9 par le jugement du tribunal de l\u2019arrondissement L\u00e9ninskiy de la ville de Vladimir du 24 octobre 2003 (&#8230;) constitue, selon l\u2019article 15 du [CP], une infraction particuli\u00e8rement grave, et eu \u00e9gard \u00e0 l\u2019article 86\u00a0\u00a7\u00a03 du [CP], le tribunal d\u00e9cide de placer le condamn\u00e9 sous surveillance administrative pour une dur\u00e9e de huit ans \u00e0 compter du jour de l\u2019enregistrement [de l\u2019int\u00e9ress\u00e9] aupr\u00e8s de l\u2019organe du minist\u00e8re de l\u2019Int\u00e9rieur du lieu de domicile ou de r\u00e9sidence.<\/p>\n<p>(&#8230;)<\/p>\n<p>Eu \u00e9gard \u00e0 la personnalit\u00e9 du condamn\u00e9, \u00e0 l\u2019ensemble des donn\u00e9es sur la nature et le niveau de dangerosit\u00e9 sociale des infractions qu\u2019il a commises, \u00e0 la nature de la r\u00e9cidive constat\u00e9e par le jugement [de condamnation] du tribunal, au comportement du condamn\u00e9 durant toute la p\u00e9riode d\u2019ex\u00e9cution de la peine ainsi qu\u2019\u00e0 l\u2019avis n\u00e9gatif de l\u2019administration [de l\u2019\u00e9tablissement p\u00e9nitentiaire], le tribunal estime que, pour atteindre les buts de la surveillance administrative (&#8230;), il convient d\u2019imposer des restrictions administratives \u00e0 [M. Timofeyev] afin de prot\u00e9ger la s\u00e9curit\u00e9 publique et de pr\u00e9venir le risque de la commission d\u2019autres infractions par [l\u2019int\u00e9ress\u00e9], et afin de contr\u00f4ler son comportement et de pr\u00e9venir la r\u00e9cidive de ce dernier, tout en obligeant [M. Timofeyev] \u00e0 se pr\u00e9senter trois fois par mois \u00e0 l\u2019autorit\u00e9 charg\u00e9e de la surveillance administrative de son lieu de domicile ou de r\u00e9sidence.<\/p>\n<p>(&#8230;)<\/p>\n<p>[Il appartient] d\u2019imposer \u00e0 [M. Timofeyev] les restrictions administratives suivantes\u00a0:<\/p>\n<p>&#8211; interdiction de sortir du domicile ou de tout autre lieu de r\u00e9sidence pendant la plage horaire comprise entre 22 heures et 6 heures\u00a0;<\/p>\n<p>&#8211; interdiction de se rendre en des lieux publics de divertissement des citoyens (restaurants, bars, centres de distraction, etc.)\u00a0;<\/p>\n<p>&#8211; interdiction de se rendre en des lieux de manifestations publiques (d\u00e9monstrations, rassemblements, f\u00eates publiques, etc.).<\/p>\n<p>[Il convient] d\u2019obliger [M. Timofeyev] \u00e0 se pr\u00e9senter trois fois par mois \u00e0 l\u2019autorit\u00e9 charg\u00e9e de la surveillance administrative de son lieu de domicile ou de r\u00e9sidence.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p>12. Le 23 janvier 2014, le premier requ\u00e9rant interjeta appel de la d\u00e9cision du 26 novembre 2013. Dans son m\u00e9moire d\u2019appel, il r\u00e9it\u00e9rait les arguments qu\u2019il avait pr\u00e9sent\u00e9s lors de l\u2019audience du 26 novembre 2013 (paragraphe\u00a010 ci\u2011dessus) et soumettait d\u2019autres arguments, divis\u00e9s en sept branches. Il all\u00e9guait, entre autres, que son placement sous surveillance administrative constituait une double peine pour l\u2019infraction dont il avait \u00e9t\u00e9 reconnu coupable. Il se plaignait \u00e9galement de l\u2019impossibilit\u00e9 de b\u00e9n\u00e9ficier d\u2019une assistance juridique gratuite au cours de la proc\u00e9dure devant le tribunal de l\u2019arrondissement Oktiabrskiy.<\/p>\n<p>13. Le 17 f\u00e9vrier 2014, le premier requ\u00e9rant adressa au b\u00e2tonnier adjoint du barreau de la r\u00e9gion de Vladimir une demande \u00e9crite tendant \u00e0 l\u2019octroi d\u2019une assistance juridique gratuite.<\/p>\n<p>14. Le 7 mars 2014, il fut remis en libert\u00e9.<\/p>\n<p>15. Le 13 mars 2014, l\u2019avocat N. prit connaissance du dossier de l\u2019affaire du premier requ\u00e9rant. Le dossier dont dispose la Cour ne permet pas d\u2019\u00e9tablir si l\u2019avocat a agi \u00e0 la demande du barreau ou de la cour r\u00e9gionale. Le m\u00eame jour, cet avocat informa la cour r\u00e9gionale de Vladimir, qui \u00e9tait charg\u00e9e d\u2019examiner l\u2019appel form\u00e9 par le premier requ\u00e9rant contre la d\u00e9cision du 26 novembre 2013, qu\u2019il ne pouvait repr\u00e9senter l\u2019int\u00e9ress\u00e9 au motif que ce dernier n\u2019avait pas conclu avec lui une convention d\u2019assistance juridique.<\/p>\n<p>16. Le 14 mars 2014, la cour r\u00e9gionale de Vladimir tint une audience pour examiner l\u2019appel du premier requ\u00e9rant. Le repr\u00e9sentant de la colonie p\u00e9nitentiaire \u00e9tait absent\u00a0; en revanche, un repr\u00e9sentant du service du procureur de la r\u00e9gion de Vladimir \u00e9tait pr\u00e9sent. L\u2019int\u00e9ress\u00e9, \u00e9galement pr\u00e9sent \u00e0 l\u2019audience, demanda le report de celle-ci afin de trouver un avocat. La cour r\u00e9gionale l\u2019informa que, \u00e0 la suite de la r\u00e9ception de sa demande du 17 f\u00e9vrier 2014 adress\u00e9e au barreau de la r\u00e9gion de Vladimir, l\u2019avocat N. avait pris connaissance du dossier de l\u2019affaire mais qu\u2019il ne pouvait assurer sa d\u00e9fense en raison de l\u2019absence d\u2019une convention conclue \u00e0 cet effet. La cour r\u00e9gionale suspendit l\u2019audience jusqu\u2019\u00e0 14\u00a0heures, le m\u00eame jour, pour permettre au premier requ\u00e9rant de conclure une convention d\u2019assistance juridique. \u00c0 la reprise de l\u2019audience, le premier requ\u00e9rant informa la cour r\u00e9gionale qu\u2019il n\u2019avait pu conclure la convention en question en raison de l\u2019indisponibilit\u00e9 de l\u2019avocat N. Il demanda un nouveau report d\u2019audience. Par une d\u00e9cision inscrite au proc\u00e8s\u2011verbal de l\u2019audience du m\u00eame jour, la cour r\u00e9gionale rejeta cette demande. Apr\u00e8s avoir relev\u00e9 que la date de l\u2019audience en appel, \u00e0 savoir le 14 mars 2014, avait \u00e9t\u00e9 d\u00fbment notifi\u00e9e au premier requ\u00e9rant par une lettre du 31 janvier 2014, la cour r\u00e9gionale estima que ce dernier avait eu suffisamment de temps pour pouvoir conclure une convention d\u2019assistance juridique. Lors de la m\u00eame audience, le repr\u00e9sentant du service du procureur de la r\u00e9gion de Vladimir demanda le rejet de l\u2019appel de l\u2019int\u00e9ress\u00e9.<\/p>\n<p>17. Par une d\u00e9cision du 14 mars 2014, la cour r\u00e9gionale rejeta l\u2019appel form\u00e9 par le premier requ\u00e9rant contre la d\u00e9cision du 26 novembre 2013. Elle indiqua entre autres que la surveillance administrative ne pouvait \u00eatre consid\u00e9r\u00e9e en tant que \u00ab\u00a0peine\u00a0\u00bb et que sa mise en place \u00e0 l\u2019\u00e9gard de l\u2019int\u00e9ress\u00e9 ne constituait pas une application r\u00e9troactive de la loi p\u00e9nale au sens de l\u2019article 10 du CP (paragraphe 43 ci\u2011dessous). Se r\u00e9f\u00e9rant \u00e0 l\u2019article\u00a02\u00a0\u00a7\u00a01 de la loi no\u00a064\u2011FZ, l\u2019instance d\u2019appel estima que la surveillance administrative poursuivait le but de la pr\u00e9vention de la d\u00e9linquance et le contr\u00f4le des personnes lib\u00e9r\u00e9es apr\u00e8s l\u2019ex\u00e9cution d\u2019une peine d\u2019emprisonnement. Elle pr\u00e9cisa que, conform\u00e9ment aux articles 3\u00a0\u00a7\u00a02 et 5\u00a0\u00a7\u00a01 alin\u00e9a 2 de la loi no\u00a064-FZ, ce r\u00e9gime devait \u00eatre appliqu\u00e9 \u00e0 l\u2019\u00e9gard du premier requ\u00e9rant ind\u00e9pendamment des caract\u00e9ristiques de sa personnalit\u00e9. S\u2019agissant ensuite de la possibilit\u00e9 de b\u00e9n\u00e9ficier d\u2019une aide juridique gratuite, la cour r\u00e9gionale releva que le chapitre 26.2 du CPC (paragraphe 53 ci\u2011dessous) ne pr\u00e9voyait pas la d\u00e9signation d\u2019un avocat pour repr\u00e9senter la personne vis\u00e9e par une demande de placement sous surveillance administrative et que, par ailleurs, l\u2019article 50 du CPC ne trouvait pas \u00e0 s\u2019appliquer en l\u2019esp\u00e8ce. Elle estima que le premier requ\u00e9rant avait dispos\u00e9 de suffisamment de temps pour se pr\u00e9parer \u00e0 l\u2019examen de l\u2019affaire, y compris, le cas \u00e9ch\u00e9ant, pour trouver un repr\u00e9sentant.<\/p>\n<p><strong>B. La modification des mesures de surveillance administrative<\/strong><\/p>\n<p>18. \u00c0 une date non pr\u00e9cis\u00e9e dans le dossier, le premier requ\u00e9rant saisit le tribunal de l\u2019arrondissement L\u00e9ninskiy de la ville de Vladimir (\u00ab\u00a0le tribunal de l\u2019arrondissement L\u00e9ninskiy\u00a0\u00bb) d\u2019une demande d\u2019am\u00e9nagement des astreintes qui lui \u00e9taient impos\u00e9es dans le cadre de la surveillance administrative, motiv\u00e9e par le besoin de quitter la r\u00e9gion en raison de d\u00e9placements professionnels. Plus pr\u00e9cis\u00e9ment, dans sa demande, il sollicitait la lev\u00e9e de l\u2019interdiction de sortir du domicile de 22 heures \u00e0\u00a06\u00a0heures et la r\u00e9duction de la fr\u00e9quence de pr\u00e9sentation \u00e0 l\u2019autorit\u00e9 charg\u00e9e de la surveillance administrative de trois \u00e0 une fois par mois.<\/p>\n<p>19. Par une d\u00e9cision du 5 septembre 2014, le tribunal de l\u2019arrondissement L\u00e9ninskiy fit droit \u00e0 la demande de l\u2019int\u00e9ress\u00e9.<\/p>\n<p>20. Le 18 mai 2015, le premier requ\u00e9rant saisit le tribunal de l\u2019arrondissement L\u00e9ninskiy d\u2019une demande tendant \u00e0 la lev\u00e9e anticip\u00e9e de la surveillance administrative.<\/p>\n<p>21. Par une d\u00e9cision du 12 ao\u00fbt 2015, le tribunal de l\u2019arrondissement L\u00e9ninskiy d\u00e9bouta le premier requ\u00e9rant au motif que sa demande avait \u00e9t\u00e9 introduite avant le terme pr\u00e9vu par l\u2019article 9\u00a0\u00a7\u00a02 de la loi no\u00a064\u2011FZ (paragraphe 40 ci\u2011dessous), \u00e0 savoir avant l\u2019\u00e9coulement de la moiti\u00e9 de la dur\u00e9e pour laquelle la surveillance administrative avait \u00e9t\u00e9 mise en place \u00e0 son \u00e9gard.<\/p>\n<p>22. Le 16 octobre 2015, la cour r\u00e9gionale de Vladimir confirma la d\u00e9cision du 12 ao\u00fbt 2015 en appel.<\/p>\n<p>II. LES CIRCONSTANCES RELATIVES AU SECOND REQU\u00c9RANT<\/p>\n<p>23. Par un jugement du 6 avril 2007, le tribunal de la ville de Rybinsk de la r\u00e9gion de Yaroslavl (\u00ab\u00a0le tribunal de la ville de Rybinsk\u00a0\u00bb) reconnut le second requ\u00e9rant coupable de trafic de stup\u00e9fiants (article 228.1\u00a0\u00a7\u00a7\u00a01 et 2 du CP) et le condamna \u00e0 une peine de sept ans et six mois d\u2019emprisonnement. Il fut constat\u00e9 par le m\u00eame jugement un \u00e9tat de r\u00e9cidive dangereuse dans le chef du second requ\u00e9rant.<\/p>\n<p>24. Le 28 novembre 2013, la direction de la colonie p\u00e9nitentiaire dans laquelle le second requ\u00e9rant purgeait sa peine d\u2019emprisonnement saisit le tribunal de la ville de Rybinsk d\u2019une demande de placement de l\u2019int\u00e9ress\u00e9 sous surveillance administrative. La demande \u00e9tait motiv\u00e9e par le fait que le second requ\u00e9rant avait \u00e9t\u00e9 condamn\u00e9 pour une infraction commise en r\u00e9cidive dangereuse, qu\u2019il n\u2019avait pas manifest\u00e9 d\u2019int\u00e9r\u00eat au travail pendant son emprisonnement, qu\u2019il n\u2019avait pas respect\u00e9 le r\u00e9gime p\u00e9nitentiaire, qu\u2019il avait fait l\u2019objet de vingt-trois sanctions disciplinaires, que, le 7 ao\u00fbt 2007, il s\u2019\u00e9tait vu attribuer la qualit\u00e9 de transgresseur av\u00e9r\u00e9 du r\u00e9gime carc\u00e9ral, que, le 6 f\u00e9vrier 2008, il avait \u00e9t\u00e9 soumis au r\u00e9gime carc\u00e9ral strict et que, le 27 mai 2011, il avait \u00e9t\u00e9 soumis au r\u00e9gime carc\u00e9ral ordinaire.<\/p>\n<p>25. Par une d\u00e9cision du 19 d\u00e9cembre 2013, le tribunal de la ville de Rybinsk accueillit la demande de la colonie p\u00e9nitentiaire et ordonna, en se r\u00e9f\u00e9rant aux articles 3\u00a0\u00a7\u00a02 et 5\u00a0\u00a7\u00a01 alin\u00e9a 2 de la loi no\u00a064-FZ (paragraphes\u00a036 et 39 ci\u2011dessous), le placement du second requ\u00e9rant sous surveillance administrative. Les parties pertinentes en l\u2019esp\u00e8ce de cette d\u00e9cision se lisaient comme suit\u00a0:<\/p>\n<p>\u00ab\u00a0Il ressort du jugement du tribunal de la ville de Rybinsk de la r\u00e9gion de Yaroslavl du 6 avril 2007 (&#8230;) que [M. Postupkin] a commis les infractions en r\u00e9cidive dangereuse. (&#8230;)<\/p>\n<p>Les infractions commises par [M. Postupkin] sont qualifi\u00e9es de graves.<\/p>\n<p>Conform\u00e9ment \u00e0 l\u2019article 86\u00a0\u00a7\u00a03 alin\u00e9a d) du [CP], le d\u00e9lai pour l\u2019effacement de l\u2019\u00e9tat de condamn\u00e9 (\u0441\u0443\u0434\u0438\u043c\u043e\u0441\u0442\u044c) en cas d\u2019infraction grave est de six ans apr\u00e8s l\u2019ex\u00e9cution de la peine.<\/p>\n<p>[Estimant] qu\u2019il existe des motifs pr\u00e9vus par la loi f\u00e9d\u00e9rale [no\u00a064\u2011FZ] du 6\u00a0avril 2011 pour le placement de [M. Postupkin] sous surveillance administrative, le tribunal d\u00e9cide d\u2019imposer \u00e0 [l\u2019int\u00e9ress\u00e9] (&#8230;) les mesures suivantes\u00a0: l\u2019interdiction de sortir du domicile ou de tout autre lieu de r\u00e9sidence pendant la plage horaire comprise entre 22\u00a0heures et 6\u00a0heures\u00a0; l\u2019obligation de se pr\u00e9senter une fois par mois \u00e0 l\u2019organe du minist\u00e8re de l\u2019Int\u00e9rieur [charg\u00e9 de la surveillance administrative] conform\u00e9ment au calendrier \u00e9tabli par ce dernier.<\/p>\n<p>Le tribunal estime qu\u2019il est excessif d\u2019obliger [M. Postupkin] \u00e0 se pr\u00e9senter deux fois par mois \u00e0 l\u2019organe du minist\u00e8re de l\u2019Int\u00e9rieur [charg\u00e9 de la surveillance administrative].\u00a0\u00bb<\/p>\n<p>26. Le second requ\u00e9rant interjeta appel de la d\u00e9cision du 19 d\u00e9cembre 2013. Dans le cadre de son recours, il all\u00e9guait, entre autres, que son placement sous surveillance administrative constituait une double peine pour l\u2019infraction dont il avait \u00e9t\u00e9 reconnu coupable et que les mesures et obligations impos\u00e9es \u00e9taient trop s\u00e9v\u00e8res.<\/p>\n<p>27. Le 1er juillet 2014, la cour r\u00e9gionale de Yaroslavl rejeta l\u2019appel du second requ\u00e9rant. Les parties pertinentes en l\u2019esp\u00e8ce de sa d\u00e9cision se lisaient comme suit\u00a0:<\/p>\n<p>\u00ab\u00a0Les restrictions administratives impos\u00e9es [au recourant] par le tribunal sont conformes aux exigences de l\u2019article 4 de la loi [no\u00a064\u2011FZ]. Afin de contr\u00f4ler le comportement de [M. Postupkin], [le tribunal] a non seulement oblig\u00e9 [celui-ci] \u00e0 se pr\u00e9senter \u00e0 l\u2019organe du minist\u00e8re de l\u2019Int\u00e9rieur [charg\u00e9 de la surveillance administrative] mais a \u00e9galement interdit [\u00e0 l\u2019int\u00e9ress\u00e9] de quitter son domicile pendant la nuit\u00a0; [ces restrictions] sont bien fond\u00e9es et poursuivent le but de la pr\u00e9vention personnelle. [Le tribunal] a tenu compte de la nature et de la dangerosit\u00e9 sociale des infractions commises par [M. Postupkin], du comportement de celui-ci pendant toute la dur\u00e9e d\u2019ex\u00e9cution de la peine ainsi que d\u2019autres circonstances importantes. Notamment, [M. Postupkin] s\u2019est vu attribuer la qualit\u00e9 de transgresseur av\u00e9r\u00e9 du r\u00e9gime carc\u00e9ral, il a \u00e9t\u00e9 soumis au r\u00e9gime carc\u00e9ral strict, il a fait l\u2019objet de plusieurs (vingt-trois) sanctions disciplinaires et il n\u2019a pas obtenu de r\u00e9compenses. Eu \u00e9gard \u00e0 ces \u00e9l\u00e9ments, le tribunal a correctement consid\u00e9r\u00e9 que la seule obligation de pr\u00e9sentation [\u00e0 l\u2019organe du minist\u00e8re de l\u2019Int\u00e9rieur] n\u2019\u00e9tait pas suffisante pour assurer la pr\u00e9vention personnelle. Les astreintes impos\u00e9es ne portent pas atteinte \u00e0 la vie priv\u00e9e de [M. Postupkin] puisqu\u2019il a le droit de choisir lui-m\u00eame son lieu de domicile, et, s\u2019il respecte les restrictions impos\u00e9es et s\u2019il fait l\u2019objet de caract\u00e9ristiques positives, [il] aura le droit de demander l\u2019arr\u00eat anticip\u00e9 de la surveillance administrative [ou] la lev\u00e9e partielle des restrictions impos\u00e9es, ce qui est pr\u00e9vu par l\u2019article 10 de la loi [no\u00a064\u2011FZ].\u00a0\u00bb<\/p>\n<p>28. Le second requ\u00e9rant se pourvut en cassation devant le pr\u00e9sidium de la cour r\u00e9gionale de Yaroslavl.<\/p>\n<p>29. Le 13 novembre 2014, cette juridiction, si\u00e9geant en formation de juge unique, refusa de transmettre son pourvoi au pr\u00e9sidium pour examen au motif que les d\u00e9cisions attaqu\u00e9es n\u2019\u00e9taient entach\u00e9es d\u2019aucune irr\u00e9gularit\u00e9.<\/p>\n<p>LE CADRE JURIDIQUE ET LA PRATIQUE PERTINENTS<\/p>\n<p>I. LE DROIT INTERNE<\/p>\n<p><strong>A. La Constitution de la F\u00e9d\u00e9ration de Russie<\/strong><\/p>\n<p>30. L\u2019article 54 de la Constitution est ainsi libell\u00e9\u00a0:<\/p>\n<p>\u00ab\u00a01. Une loi qui \u00e9tablit ou aggrave la responsabilit\u00e9 n\u2019a pas d\u2019effet r\u00e9troactif.<\/p>\n<p>2. Nul ne peut \u00eatre tenu pour responsable d\u2019un acte qui, au moment o\u00f9 il a \u00e9t\u00e9 commis, n\u2019\u00e9tait pas consid\u00e9r\u00e9 comme une infraction \u00e0 la loi. Si, apr\u00e8s la perp\u00e9tration de l\u2019infraction, la responsabilit\u00e9 correspondante est supprim\u00e9e ou att\u00e9nu\u00e9e, la loi nouvelle s\u2019applique.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p><strong>B. Le code de l\u2019ex\u00e9cution des sanctions p\u00e9nales<\/strong><\/p>\n<p>31. L\u2019article 173.1 du code de l\u2019ex\u00e9cution des sanctions p\u00e9nales (le CESP), introduit le 6\u00a0avril\u00a02011 et en vigueur depuis le 1er\u00a0juillet 2011, pr\u00e9voit le placement de certaines cat\u00e9gories de personnes lib\u00e9r\u00e9es des \u00e9tablissements p\u00e9nitentiaires sous surveillance administrative. Pour les modalit\u00e9s dudit placement, cet article renvoie aux dispositions de la loi applicable en la mati\u00e8re (voir la section C ci\u2011dessous).<\/p>\n<p><strong>C. La loi no\u00a064\u2011FZ relative \u00e0 la surveillance administrative des personnes lib\u00e9r\u00e9es des \u00e9tablissements p\u00e9nitentiaires<\/strong><\/p>\n<p>32. La loi no\u00a064\u2011FZ a \u00e9t\u00e9 adopt\u00e9e le 6 avril 2011 et est entr\u00e9e en vigueur le 1er\u00a0juillet 2011. Elle a par la suite \u00e9t\u00e9 modifi\u00e9e \u00e0 quelques reprises.<\/p>\n<p>33. L\u2019article 2 de la loi no\u00a064\u2011FZ se lit comme suit\u00a0:<\/p>\n<p>\u00ab\u00a0La surveillance administrative est mise en place afin de pr\u00e9venir la commission d\u2019infractions p\u00e9nales et d\u2019autres infractions par les personnes mentionn\u00e9es \u00e0 l\u2019article 3 de la pr\u00e9sente loi f\u00e9d\u00e9rale, d\u2019exercer une influence \u00e0 caract\u00e8re pr\u00e9ventif sur [lesdites personnes], et de prot\u00e9ger les int\u00e9r\u00eats de l\u2019\u00c9tat et de la soci\u00e9t\u00e9\u00a0\u00bb.<\/p>\n<p>34. D\u2019apr\u00e8s l\u2019article 3\u00a0\u00a7\u00a01 de la loi no\u00a064\u2011FZ, les dispositions de cet article s\u2019appliquent \u00e0 l\u2019\u00e9gard de toute personne majeure dont la lib\u00e9ration d\u2019un \u00e9tablissement p\u00e9nitentiaire est envisag\u00e9e ou qui a \u00e9t\u00e9 lib\u00e9r\u00e9e d\u2019un \u00e9tablissement p\u00e9nitentiaire, et qui se trouve en \u00e9tat de condamn\u00e9 (\u0441\u0443\u0434\u0438\u043c\u043e\u0441\u0442\u044c) (voir, pour plus de d\u00e9tails sur cette notion, les paragraphes\u00a048\u201150 ci\u2011dessous) en raison\u00a0:<\/p>\n<p>\u2013 d\u2019une condamnation pour une infraction grave ou particuli\u00e8rement grave (alin\u00e9a 1)\u00a0;<\/p>\n<p>\u2013 d\u2019une condamnation pour une infraction commise en r\u00e9cidive (alin\u00e9a\u00a02)\u00a0;<\/p>\n<p>\u2013 d\u2019une condamnation pour une infraction commise avec pr\u00e9m\u00e9ditation \u00e0 l\u2019\u00e9gard d\u2019un mineur (alin\u00e9a 3)\u00a0;<\/p>\n<p>\u2013 d\u2019une condamnation pour deux ou plusieurs infractions aux articles\u00a0228\u00a0\u00a7\u00a01, 228.3, 231\u00a0\u00a7\u00a01 et 234.1 du CP (alin\u00e9a 4, introduit le 29\u00a0juillet 2017).<\/p>\n<p>35. Selon l\u2019article 3\u00a0\u00a7\u00a03 de la loi no\u00a064\u2011FZ, sont plac\u00e9es sous surveillance administrative\u00a0:<\/p>\n<p>\u2013 la personne dont la lib\u00e9ration d\u2019un \u00e9tablissement p\u00e9nitentiaire est envisag\u00e9e si, pendant son emprisonnement, elle a \u00e9t\u00e9 qualifi\u00e9e de transgresseur av\u00e9r\u00e9 du r\u00e9gime carc\u00e9ral (alin\u00e9a 1), et\u00a0;<\/p>\n<p>\u2013 la personne d\u00e9j\u00e0 lib\u00e9r\u00e9e d\u2019un \u00e9tablissement p\u00e9nitentiaire si elle a commis une ou plusieurs des infractions administratives \u00e9num\u00e9r\u00e9es par la loi (alin\u00e9a 2, comprenant la liste des infractions administratives concern\u00e9es).<\/p>\n<p>36. En outre, aux termes de l\u2019article 3\u00a0\u00a7\u00a02 de la loi no\u00a064\u2011FZ, est automatiquement plac\u00e9e sous surveillance administrative, ind\u00e9pendamment des conditions \u00e9num\u00e9r\u00e9es au paragraphe 3 du m\u00eame article (paragraphe 35 ci\u2011dessus), la personne qui se trouve en \u00e9tat de condamn\u00e9 en raison\u00a0:<\/p>\n<p>\u2013 d\u2019une condamnation pour une infraction sexuelle sur mineur (alin\u00e9a\u00a01)\u00a0;<\/p>\n<p>\u2013 d\u2019une condamnation pour une infraction commise en r\u00e9cidive qualifi\u00e9e de dangereuse ou de particuli\u00e8rement dangereuse (alin\u00e9a 2) (les deux requ\u00e9rants se trouvaient dans ce cas d\u2019esp\u00e8ce, voir paragraphes 4 et 25 ci\u2011dessus)\u00a0;<\/p>\n<p>\u2013 d\u2019une condamnation pour des infractions graves ou particuli\u00e8rement graves \u00e9num\u00e9r\u00e9es par la loi (alin\u00e9a 3, introduit le 28 mai 2017 et comprenant la liste des infractions concern\u00e9es)\u00a0;<\/p>\n<p>\u2013 d\u2019une condamnation pour une infraction commise alors qu\u2019elle se trouvait sous surveillance administrative (alin\u00e9a 4, introduit le 28 mai 2017).<\/p>\n<p>37. L\u2019article 4\u00a0\u00a7\u00a7\u00a01 et 2 de la loi no\u00a064\u2011FZ contient une liste exhaustive des restrictions qui peuvent et\/ou doivent \u00eatre impos\u00e9es par un tribunal dans le cadre d\u2019une surveillance administrative. Les restrictions obligatoires sont\u00a0:<\/p>\n<p>\u2013 obligation de se pr\u00e9senter une \u00e0 quatre fois par mois \u00e0 l\u2019autorit\u00e9 charg\u00e9e de la surveillance administrative (impos\u00e9e \u00e0 l\u2019\u00e9gard de toute personne plac\u00e9e sous surveillance administrative)\u00a0;<\/p>\n<p>\u2013 interdiction de quitter une zone d\u00e9sign\u00e9e (impos\u00e9e \u00e0 l\u2019\u00e9gard d\u2019une personne condamn\u00e9e pour une infraction sexuelle sur mineur ou \u00e0 l\u2019\u00e9gard d\u2019une personne sans domicile fixe).<\/p>\n<p>Les restrictions dont l\u2019imposition n\u2019est pas obligatoire sont\u00a0:<\/p>\n<p>\u2013 interdiction de se rendre en certains lieux particuliers\u00a0;<\/p>\n<p>\u2013 interdiction de se rendre en des lieux d\u2019\u00e9v\u00e9nements publics ou d\u2019autres rassemblements\u00a0;<\/p>\n<p>\u2013 interdiction de sortir du domicile pendant une plage horaire d\u00e9termin\u00e9e.<\/p>\n<p>38. D\u2019apr\u00e8s l\u2019article 4\u00a0\u00a7\u00a03 de la loi no\u00a064\u2011FZ, pendant toute la dur\u00e9e de la surveillance administrative, le tribunal peut, sur demande de l\u2019autorit\u00e9 charg\u00e9e de l\u2019application de cette mesure ou de la personne concern\u00e9e, lever partiellement les restrictions non obligatoires impos\u00e9es en tenant compte des \u00e9l\u00e9ments relatifs au mode de vie et au comportement de la personne concern\u00e9e ainsi qu\u2019au respect par cette derni\u00e8re des restrictions administratives, ou bien, sur demande de l\u2019autorit\u00e9 charg\u00e9e de l\u2019application de cette mesure, compl\u00e9ter les restrictions pr\u00e9c\u00e9demment impos\u00e9es.<\/p>\n<p>39. D\u2019apr\u00e8s l\u2019alin\u00e9a 1 de l\u2019article 5\u00a0\u00a7\u00a01 de la loi no\u00a064\u2011FZ, la surveillance administrative peut \u00eatre mise en place pour une dur\u00e9e allant de un \u00e0 trois ans \u00e0 l\u2019\u00e9gard des personnes indiqu\u00e9es \u00e0 l\u2019article 3\u00a0\u00a7\u00a01 alin\u00e9as 1, 2 et 4 de cette loi (paragraphe\u00a034 ci-dessus), sans que cette dur\u00e9e ne puisse n\u00e9anmoins exc\u00e9der le d\u00e9lai pr\u00e9vu pour l\u2019effacement de l\u2019\u00e9tat de condamn\u00e9 (voir, sur ce point, les paragraphes 49\u201150 ci\u2011dessous). Selon l\u2019alin\u00e9a 2 de la m\u00eame disposition, la surveillance administrative doit \u00eatre mise en place pour toute la dur\u00e9e pr\u00e9vue pour l\u2019effacement de l\u2019\u00e9tat de condamn\u00e9 \u00e0 l\u2019\u00e9gard des personnes mentionn\u00e9es \u00e0 l\u2019article 3\u00a0\u00a7\u00a01\u00a0alin\u00e9a 3 de la loi (paragraphe 34 ci\u2011dessus) et des personnes vis\u00e9es \u00e0 l\u2019article\u00a03\u00a0\u00a7\u00a02 de cette m\u00eame loi (\u00e0 savoir celles \u00e0 qui la surveillance administrative s\u2019applique automatiquement, ind\u00e9pendamment de leur conduite au cours de l\u2019ex\u00e9cution de la peine\u00a0; paragraphe 36 ci-dessus).<\/p>\n<p>40. Selon l\u2019article 9\u00a0\u00a7\u00a02 de la loi no\u00a064\u2011FZ, la surveillance administrative peut \u00eatre arr\u00eat\u00e9e avant terme sur demande de la personne concern\u00e9e ou de l\u2019autorit\u00e9 charg\u00e9e de l\u2019application de cette mesure apr\u00e8s l\u2019\u00e9coulement de la moiti\u00e9 de la dur\u00e9e pour laquelle elle a \u00e9t\u00e9 mise en place et sous condition de bonne conduite de la personne concern\u00e9e. En cas de rejet de la demande, une nouvelle demande d\u2019arr\u00eat anticip\u00e9 de la surveillance administrative ne peut \u00eatre introduite que six mois apr\u00e8s ledit rejet (article 9\u00a0\u00a7\u00a03).<\/p>\n<p>41. Dans sa version en vigueur avant le 1er octobre 2019, l\u2019article\u00a011\u00a0\u00a7\u00a01\u00a0alin\u00e9a 5 de la loi no\u00a064\u2011FZ pr\u00e9voyait que la personne plac\u00e9e sous surveillance administrative avait l\u2019obligation de signaler le changement de son lieu de domicile dans un d\u00e9lai de trois jours ouvr\u00e9s apr\u00e8s ledit changement. Depuis le 1er octobre 2019, ce signalement doit \u00eatre effectu\u00e9 trois jours ouvr\u00e9s au plus tard avant le changement en question. Selon l\u2019alin\u00e9a 6 du m\u00eame article, le changement du lieu de travail doit \u00eatre \u00e9galement signal\u00e9 dans un d\u00e9lai de trois jours ouvr\u00e9s apr\u00e8s ledit changement.<\/p>\n<p>42. L\u2019article 13 de la loi no\u00a064\u2011FZ pr\u00e9voit que ses dispositions s\u2019appliquent aux personnes vis\u00e9es \u00e0 l\u2019article 3 de la loi qui se trouvaient en libert\u00e9 avant la date de son entr\u00e9e en vigueur, c\u2019est\u2011\u00e0\u2011dire avant le 1er\u00a0juillet 2011, et dont l\u2019\u00e9tat de condamn\u00e9 n\u2019avait pas \u00e9t\u00e9 effac\u00e9 ou retir\u00e9 \u00e0 cette date.<\/p>\n<p><strong>D. Le code p\u00e9nal<\/strong><\/p>\n<p><em>1. Sur la peine<\/em><\/p>\n<p>43. Selon l\u2019article 10 du CP, une loi p\u00e9nale qui incrimine un acte, qui instaure une peine plus s\u00e9v\u00e8re ou qui aggrave la situation d\u2019une personne d\u2019une quelque autre mani\u00e8re n\u2019a pas d\u2019effet r\u00e9troactif.<\/p>\n<p><em>2. Sur la peine restrictive de libert\u00e9<\/em><\/p>\n<p>44. Parmi les types de peines \u00e9num\u00e9r\u00e9es \u00e0 l\u2019article 44 du CP figure la restriction de la libert\u00e9.<\/p>\n<p>45. Dans sa version en vigueur depuis le 10 janvier 2010, l\u2019article 53 du CP \u00e9num\u00e8re les mesures restrictives qui peuvent \u00eatre impos\u00e9es, \u00e0 l\u2019\u00e9gard d\u2019un condamn\u00e9, dans le cadre de la peine restrictive de libert\u00e9\u00a0:<\/p>\n<p>\u2013 interdiction de sortir du domicile pendant une plage horaire d\u00e9termin\u00e9e\u00a0;<\/p>\n<p>\u2013 interdiction de se rendre en des lieux situ\u00e9s au sein d\u2019une municipalit\u00e9 d\u00e9sign\u00e9e\u00a0;<\/p>\n<p>\u2013 interdiction de quitter une municipalit\u00e9 d\u00e9sign\u00e9e\u00a0;<\/p>\n<p>\u2013 interdiction de se rendre et de participer \u00e0 des \u00e9v\u00e9nements publics ou \u00e0 d\u2019autres rassemblements\u00a0;<\/p>\n<p>\u2013 interdiction de changer le lieu de domicile, de travail ou d\u2019\u00e9tudes sans accord pr\u00e9alable de l\u2019autorit\u00e9 charg\u00e9e du suivi post-condamnation (mesure appliqu\u00e9e obligatoirement)\u00a0;<\/p>\n<p>\u2013 obligation de se pr\u00e9senter de une \u00e0 quatre fois par mois \u00e0 l\u2019autorit\u00e9 charg\u00e9e du suivi post-condamnation (mesure appliqu\u00e9e obligatoirement).<\/p>\n<p>46. La peine restrictive de libert\u00e9 peut \u00eatre inflig\u00e9e en tant que peine principale pour des infractions de gravit\u00e9 l\u00e9g\u00e8re ou moyenne pour une dur\u00e9e de deux mois \u00e0 quatre ans ou en tant que peine compl\u00e9mentaire \u00e0 une peine de travaux obligatoires ou \u00e0 une peine d\u2019emprisonnement pour une dur\u00e9e de six mois \u00e0 deux ans.<\/p>\n<p><em>3. Sur la fixation de la peine<\/em><\/p>\n<p>47. Selon l\u2019article 60\u00a0\u00a7\u00a03 du CP, lors de la fixation de la peine, il convient de prendre en compte la nature et le degr\u00e9 de dangerosit\u00e9 publique de l\u2019infraction et la personnalit\u00e9 du coupable, notamment les circonstances att\u00e9nuantes et aggravantes, ainsi que l\u2019impact de la peine inflig\u00e9e sur l\u2019amendement du condamn\u00e9 et sur les conditions de vie de sa famille.<\/p>\n<p><em>4. Sur l\u2019\u00e9tat de condamn\u00e9<\/em><\/p>\n<p>48. L\u2019article 86 du CP a recours \u00e0 la notion d\u2019\u00e9tat de condamn\u00e9 (\u0441\u0443\u0434\u0438\u043c\u043e\u0441\u0442\u044c), qui peut \u00eatre rapproch\u00e9, dans une certaine mesure, de celle de casier judiciaire non vierge. Dans sa version actuelle, en vigueur depuis le 1er juillet 2011, le premier paragraphe dudit article se lit comme suit\u00a0:<\/p>\n<p>\u00ab\u00a01. La personne condamn\u00e9e pour avoir commis une infraction p\u00e9nale est r\u00e9put\u00e9e [se trouver] en \u00e9tat de condamn\u00e9 \u00e0 partir du jour o\u00f9 le jugement de condamnation prononc\u00e9 \u00e0 son \u00e9gard acquiert force de chose jug\u00e9e jusqu\u2019au moment de l\u2019effacement (\u043f\u043e\u0433\u0430\u0448\u0430\u0435\u043d\u0438\u044f) ou du retrait (\u0441\u043d\u044f\u0442\u0438\u044f) de l\u2019\u00e9tat de condamn\u00e9 (\u0441\u0443\u0434\u0438\u043c\u043e\u0441\u0442\u0438). L\u2019\u00e9tat de condamn\u00e9 [existant] conform\u00e9ment au pr\u00e9sent code est pris en compte en cas de r\u00e9cidive d\u2019infractions p\u00e9nales, lors de la fixation de la peine et entra\u00eene d\u2019autres cons\u00e9quences juridiques dans les cas et selon la proc\u00e9dure pr\u00e9vus par la loi.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p>49. Dans sa version en vigueur avant le 3 ao\u00fbt 2013, le paragraphe 3 de l\u2019article 86 se lisait comme suit\u00a0:<\/p>\n<p>\u00ab\u00a03. L\u2019\u00e9tat de condamn\u00e9 est effac\u00e9 (\u043f\u043e\u0433\u0430\u0448\u0430\u0435\u0442\u0441\u044f)\u00a0:<\/p>\n<p>(&#8230;)<\/p>\n<p>d) en ce qui concerne les personnes condamn\u00e9es pour des infractions p\u00e9nales graves \u2013 apr\u00e8s l\u2019\u00e9coulement d\u2019une p\u00e9riode de six ans suivant l\u2019ex\u00e9cution de la peine [inflig\u00e9e]\u00a0;<\/p>\n<p>e) en ce qui concerne les personnes condamn\u00e9es pour des infractions p\u00e9nales particuli\u00e8rement graves \u2013 apr\u00e8s l\u2019\u00e9coulement d\u2019une p\u00e9riode de huit ans suivant l\u2019ex\u00e9cution de la peine [inflig\u00e9e]. \u00bb<\/p>\n<p>50. Depuis le 3 ao\u00fbt 2013, les p\u00e9riodes mentionn\u00e9es aux alin\u00e9as d) et e) de l\u2019article 86\u00a0\u00a7\u00a03 du CP (paragraphe 49 ci\u2011dessus) ont \u00e9t\u00e9 augment\u00e9es \u00e0 huit ans et dix ans respectivement.<\/p>\n<p><strong>E. Sur la responsabilit\u00e9 p\u00e9nale pour non-respect des mesures de surveillance administrative<\/strong><\/p>\n<p>51. Selon l\u2019article 314.1 du CP, en vigueur depuis le 1er juillet 2011, le non-respect du d\u00e9lai imparti \u00e0 la personne plac\u00e9e sous surveillance administrative pour rejoindre son lieu de domicile apr\u00e8s sa remise en libert\u00e9 ainsi que l\u2019absence volontaire de cette personne de son lieu de domicile en vue de se soustraire \u00e0 la surveillance administrative sont punis de travaux obligatoires, de travaux correctionnels ou d\u2019un emprisonnement (paragraphe\u00a01). Le non-respect r\u00e9it\u00e9r\u00e9 des mesures de surveillance administrative par la personne concern\u00e9e, s\u2019il est assorti d\u2019une des infractions administratives \u00e9num\u00e9r\u00e9es au paragraphe 2 de cet article, est puni d\u2019une amende, de travaux obligatoires, de travaux correctionnels, d\u2019une arrestation ou d\u2019un emprisonnement (paragraphe\u00a02).<\/p>\n<p><strong>F. Le code des infractions administratives<\/strong><\/p>\n<p>52. Selon l\u2019article 19.24 du code des infractions administratives (le CoIA), dans sa version en vigueur depuis le 1er juillet 2011, le non\u2011respect de restrictions ou d\u2019obligations par la personne plac\u00e9e sous surveillance administrative, s\u2019il ne constitue pas une infraction p\u00e9nale, est puni, en ce qui concerne les restrictions, d\u2019une amende ou d\u2019une arrestation administrative (paragraphe\u00a01) et, en ce qui concerne les obligations, d\u2019une amende (paragraphe\u00a02). La r\u00e9it\u00e9ration de cette infraction administrative sur une p\u00e9riode d\u2019un an est punie de travaux obligatoires ou d\u2019une arrestation administrative (paragraphe\u00a03).<\/p>\n<p><strong>G. Le code de proc\u00e9dure civile<\/strong><\/p>\n<p>53. Au cours de la p\u00e9riode comprise entre le 23 juillet 2011 et le 14\u00a0septembre 2015, la proc\u00e9dure relative \u00e0 l\u2019examen d\u2019une demande tendant \u00e0 la mise en place de la surveillance administrative \u00e9tait r\u00e9gie par les r\u00e8gles g\u00e9n\u00e9rales du code de proc\u00e9dure civile (CPC), avec quelques r\u00e8gles sp\u00e9cifiques contenues dans le chapitre 26.2 dudit code (articles 261.5\u2011261.8 du CPC). D\u2019apr\u00e8s les informations fournies par le Gouvernement, depuis le 15 septembre 2015, cette proc\u00e9dure est r\u00e9gie par le chapitre 29 du code de justice administrative.<\/p>\n<p>54. Selon l\u2019article 261.5 du CPC, en vigueur au moment des faits, la demande de mise en place de la surveillance administrative \u00e9tait introduite par l\u2019\u00e9tablissement p\u00e9nitentiaire ou par un organe du minist\u00e8re de l\u2019Int\u00e9rieur, la demande de prolongation de la dur\u00e9e de la surveillance administrative et de modification des restrictions pr\u00e9alablement \u00e9tablies l\u2019\u00e9tait par un organe du minist\u00e8re de l\u2019Int\u00e9rieur, et la demande d\u2019arr\u00eat anticip\u00e9 de la surveillance administrative et de la lev\u00e9e partielle des restrictions impos\u00e9es l\u2019\u00e9tait par un organe du minist\u00e8re de l\u2019Int\u00e9rieur ou par la personne concern\u00e9e.<\/p>\n<p>55. Selon l\u2019article 261.7 du CPC, en vigueur au moment des faits, l\u2019examen d\u2019une demande de mise en place de la surveillance administrative \u00e9tait effectu\u00e9 par un juge en la pr\u00e9sence obligatoire de la personne concern\u00e9e par ladite demande (paragraphe\u00a01). Pouvaient prendre \u00e9galement part \u00e0 l\u2019audience un ou plusieurs repr\u00e9sentants de l\u2019\u00e9tablissement p\u00e9nitentiaire ou de l\u2019organe du minist\u00e8re de l\u2019Int\u00e9rieur \u00e0 l\u2019origine de la demande ainsi que le procureur (paragraphe\u00a01), mais leur pr\u00e9sence n\u2019\u00e9tait pas obligatoire (paragraphe\u00a02). La charge de la preuve incombait \u00e0 la partie \u00e0 l\u2019origine de la demande (paragraphe\u00a03).<\/p>\n<p>56. Selon l\u2019article 50 du CPC, la juridiction saisie d\u2019une affaire civile doit proc\u00e9der \u00e0 la d\u00e9signation d\u2019un avocat charg\u00e9 de repr\u00e9senter la partie d\u00e9fenderesse dans le cas o\u00f9 celle-ci n\u2019est pas repr\u00e9sent\u00e9e et son lieu de r\u00e9sidence n\u2019est pas connu, ainsi que \u00ab\u00a0dans d\u2019autres cas pr\u00e9vus par la loi f\u00e9d\u00e9rale\u00a0\u00bb.<\/p>\n<p><strong>H. La loi relative \u00e0 l\u2019aide juridique gratuite<\/strong><\/p>\n<p>57. L\u2019octroi d\u2019une aide juridique gratuite est r\u00e9gi par la loi no\u00a0324\u2011FZ du 21 novembre 2011 (\u00ab\u00a0la loi no\u00a0324\u2011FZ\u00a0\u00bb). L\u2019article 6\u00a0\u00a7\u00a01 alin\u00e9a 3 de cette loi pr\u00e9voit que l\u2019aide juridique gratuite peut \u00eatre accord\u00e9e sous forme de repr\u00e9sentation par un avocat devant les tribunaux. Parmi les personnes ayant droit \u00e0 l\u2019octroi d\u2019une aide juridique gratuite, \u00e9num\u00e9r\u00e9es \u00e0 l\u2019article 20\u00a0\u00a7\u00a01 de cette m\u00eame loi, figurent ceux dont le foyer familial dispose de revenus annuels moyens inf\u00e9rieurs au niveau r\u00e9gional de subsistance. L\u2019article\u00a020\u00a0\u00a7\u00a03 de la loi no\u00a0324\u2011FZ \u00e9num\u00e8re les cat\u00e9gories de litiges pour lesquelles l\u2019aide juridique gratuite sous forme de repr\u00e9sentation par un avocat peut \u00eatre accord\u00e9e (voir, pour leur r\u00e9sum\u00e9, Yevdokimov et autres c.\u00a0Russie, nos 27236\/05 et 10 autres, \u00a7\u00a010, 16 f\u00e9vrier 2016). Les proc\u00e9dures relatives \u00e0 l\u2019examen de demandes de mise en place, de modification ou de lev\u00e9e d\u2019une surveillance administrative ne rel\u00e8vent pas desdites cat\u00e9gories.<\/p>\n<p>II. LA JURISPRUDENCE INTERNE<\/p>\n<p><strong>A. La Cour constitutionnelle de la F\u00e9d\u00e9ration de Russie<\/strong><\/p>\n<p><em>1. Sur l\u2019\u00ab\u00a0\u00e9tat de condamn\u00e9\u00a0\u00bb<\/em><\/p>\n<p>58. La d\u00e9cision no\u00a03\u2011P de la Cour constitutionnelle russe du 19 mars 2003 (\u043f\u043e\u0441\u0442\u0430\u043d\u043e\u0432\u043b\u0435\u043d\u0438\u0435\u043e\u0442 19 \u043c\u0430\u0440\u0442\u0430 2003 \u0433. N 3-\u041f), en ses parties pertinentes en l\u2019esp\u00e8ce, se lit comme suit\u00a0:<\/p>\n<p>\u00ab\u00a0L\u2019\u00e9tat de condamn\u00e9 correspond \u00e0 (&#8230;) l\u2019\u00e9tat juridique d\u2019un individu d\u00e9coulant du fait de la condamnation de celui-ci pour une infraction p\u00e9nale et de la fixation d\u2019une peine par un tribunal [;] [il s\u2019agit d\u2019un \u00e9tat] qui, lorsque cet individu commet une nouvelle infraction, entra\u00eene des cons\u00e9quences juridiques pr\u00e9vues par la loi p\u00e9nale\u00a0; le fait pour un individu de se trouver en \u00e9tat de condamn\u00e9 non effac\u00e9 ou non retir\u00e9 engendre des relations juridiques sp\u00e9cifiques \u2013 bas\u00e9es sur la loi p\u00e9nale \u2013 entre cet individu et l\u2019\u00c9tat [:] lorsque l\u2019individu commet de nouvelles infractions, [ces relations] permettent d\u2019estimer que sa personnalit\u00e9 et les infractions qu\u2019il a commises d\u00e9notent une dangerosit\u00e9 sociale accrue et n\u00e9cessitent des mesures plus s\u00e9v\u00e8res sur le plan de la responsabilit\u00e9 p\u00e9nale.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p><em>2. Sur la surveillance administrative<\/em><\/p>\n<p>59. Par sa d\u00e9cision no\u00a01423\u2011O du 27 juin 2017 (\u043e\u043f\u0440\u0435\u0434\u0435\u043b\u0435\u043d\u0438\u0435\u043e\u0442 27\u00a0\u0438\u044e\u043d\u044f 2017 \u0433. N 1423-\u041e), la Cour constitutionnelle a rejet\u00e9 une plainte introduite par un d\u00e9nomm\u00e9 Z., qui all\u00e9guait que l\u2019article 173.1 du CESP (paragraphe 31 ci\u2011dessus) et les articles 3 et 5 de la loi no\u00a064\u2011FZ (paragraphes 34\u201136 et 39 ci\u2011dessus) \u00e9taient contraires \u00e0 l\u2019article 54 de la Constitution (paragraphe 30 ci\u2011dessus).<\/p>\n<p>60. Les parties pertinentes en l\u2019esp\u00e8ce de cette d\u00e9cision se lisent comme suit\u00a0:<\/p>\n<p>\u00ab\u00a0La surveillance administrative a pour but de contr\u00f4ler \u2013 par le biais d\u2019un organe du minist\u00e8re de l\u2019Int\u00e9rieur \u2013 si une personne lib\u00e9r\u00e9e d\u2019un \u00e9tablissement p\u00e9nitentiaire se conforme aux mesures restrictives temporaires de ses droits et libert\u00e9s impos\u00e9es par un tribunal conform\u00e9ment \u00e0 la loi [no\u00a064\u2011FZ] (alin\u00e9a 1 de l\u2019article 1) et si elle respecte les obligations d\u00e9coulant de ladite loi f\u00e9d\u00e9rale (article 2)\u00a0; [par cons\u00e9quent, la surveillance administrative] constitue un moyen de pr\u00e9vention du crime et de la d\u00e9linquance et de pr\u00e9vention individuelle \u00e0 l\u2019\u00e9gard de la personne concern\u00e9e (article\u00a02), et non pas une mesure de responsabilit\u00e9 pour l\u2019infraction commise. De m\u00eame, la mise en place de la surveillance administrative n\u2019est pas li\u00e9e au moment de la commission de l\u2019infraction mais au moment de la lib\u00e9ration de la personne d\u2019un \u00e9tablissement p\u00e9nitentiaire et \u00e0 l\u2019existence de l\u2019\u00e9tat de condamn\u00e9 [dans le chef de ladite personne], ce qui entra\u00eene des cons\u00e9quences juridiques dans les cas et selon la proc\u00e9dure pr\u00e9vus par la loi f\u00e9d\u00e9rale (article 86 du CP de la F\u00e9d\u00e9ration de Russie). La mise en place de restrictions administratives par un tribunal ne peut \u00eatre consid\u00e9r\u00e9e comme un \u00e9tablissement de la responsabilit\u00e9 pour un acte qui, au moment de sa commission, ne constituait pas une infraction, ou comme une aggravation [de cette responsabilit\u00e9]. Par cons\u00e9quent, l\u2019application des dispositions de la loi [no\u00a064\u2011FZ] \u00e0 l\u2019\u00e9gard des personnes se trouvant en \u00e9tat de condamn\u00e9 ne constitue pas une application r\u00e9troactive [desdites dispositions].<\/p>\n<p>La mise en place de la surveillance administrative dans le but de la pr\u00e9vention de la d\u00e9linquance et de la pr\u00e9vention individuelle \u00e0 l\u2019\u00e9gard d\u2019une personne lib\u00e9r\u00e9e d\u2019un \u00e9tablissement p\u00e9nitentiaire qui se trouve en \u00e9tat de condamn\u00e9 en raison de la commission d\u2019une infraction grave ou particuli\u00e8rement grave, d\u2019une infraction en r\u00e9cidive, d\u2019une infraction avec pr\u00e9m\u00e9ditation \u00e0 l\u2019\u00e9gard d\u2019un mineur (&#8230;), notamment [la mise en place] de restrictions [pr\u00e9vues \u00e0 l\u2019article 4\u00a0\u00a7\u00a01 de la loi no\u00a064\u2011FZ], est conforme \u00e0 l\u2019article 55\u00a0\u00a7\u00a03 de la Constitution de la F\u00e9d\u00e9ration de Russie (&#8230;) et proportionn\u00e9e aux buts constitutionnels poursuivis par la mise en place de la surveillance administrative (d\u00e9cisions de la Cour constitutionnelle de la F\u00e9d\u00e9ration de Russie no\u00a0597\u2011O\u2011O du 22 mars 2012, no\u00a01739\u2011O du 24 septembre 2012, no\u00a02064\u2011O du 22 novembre 2012, no\u00a0885\u2011O du 22 avril 2014, no\u00a0898-\u041e du 23 avril 2015, no\u00a02876-\u041e du 22 d\u00e9cembre 2015, no\u00a0545-\u041e du 29 mars 2016, no\u00a01947\u2011O\u2011O du 29 septembre 2016 et no\u00a01423-O du 27 juin 2017).<\/p>\n<p>Par ailleurs, les \u00e9l\u00e9ments soumis [\u00e0 la Cour constitutionnelle] ne font appara\u00eetre aucune incertitude dans les normes l\u00e9gales susceptibles d\u2019emp\u00eacher l\u2019interpr\u00e9tation et l\u2019application uniformes de celles-ci (&#8230;)\u00a0\u00bb<\/p>\n<p><strong>B. La Cour supr\u00eame de la F\u00e9d\u00e9ration de Russie<\/strong><\/p>\n<p>61. Le 27 juin 2013, le pl\u00e9num de la Cour supr\u00eame russe a adopt\u00e9 une directive, no\u00a022, intitul\u00e9e \u00ab\u00a0Sur l\u2019application de la l\u00e9gislation par les tribunaux lors de l\u2019examen des affaires relatives \u00e0 la surveillance administrative\u00a0\u00bb. Le 16 mai 2017, ce texte a \u00e9t\u00e9 remplac\u00e9 par une directive, no\u00a015, intitul\u00e9e \u00ab\u00a0Sur des questions des tribunaux portant sur l\u2019examen des affaires relatives \u00e0 la surveillance administrative des personnes lib\u00e9r\u00e9es des \u00e9tablissements p\u00e9nitentiaires\u00a0\u00bb. Selon le point 1 de la directive no\u00a015, les restrictions administratives \u00e9tablies sur le fondement de la loi no\u00a064\u2011FZ ne constituent pas une peine pour une infraction p\u00e9nale mais une mesure qui vise \u00e0 la pr\u00e9vention de la commission de nouvelles infractions par les personnes se trouvant en \u00e9tat de condamn\u00e9 en raison de condamnations pour certaines infractions p\u00e9nales.<\/p>\n<p>LES \u00c9L\u00c9MENTS DU DROIT COMPAR\u00c9<\/p>\n<p>62. Certains \u00e9l\u00e9ments de droit compar\u00e9 relatifs aux mesures de surveillance de police dans les \u00c9tats membres du Conseil de l\u2019Europe sont r\u00e9sum\u00e9s dans l\u2019arr\u00eat De Tommaso c. Italie ([GC], no\u00a043395\/09, \u00a7\u00a7\u00a069\u201173, 23\u00a0f\u00e9vrier 2017).<\/p>\n<p><strong>EN DROIT<\/strong><\/p>\n<p>I. SUR LA JONCTION DES REQU\u00caTES<\/p>\n<p>63. Compte tenu de la similitude des requ\u00eates quant \u00e0 leur objet, la Cour d\u00e9cide de joindre celles-ci et de les examiner conjointement dans un seul arr\u00eat.<\/p>\n<p>II. SUR LA VIOLATION ALL\u00c9GU\u00c9E DE L\u2019ARTICLE 7 DE LA CONVENTION<\/p>\n<p>64. Le premier requ\u00e9rant all\u00e8gue que les mesures de surveillance administrative qui lui ont \u00e9t\u00e9 impos\u00e9es constituent une \u00ab\u00a0peine\u00a0\u00bb qui n\u2019existait pas \u00e0 l\u2019\u00e9poque o\u00f9 il avait commis l\u2019infraction \u00e0 l\u2019origine de sa condamnation et qui, par cons\u00e9quent, lui a \u00e9t\u00e9 inflig\u00e9e r\u00e9troactivement. Il invoque l\u2019article 7 de la Convention, qui est ainsi libell\u00e9\u00a0:<\/p>\n<p>\u00ab\u00a01. Nul ne peut \u00eatre condamn\u00e9 pour une action ou une omission qui, au moment o\u00f9 elle a \u00e9t\u00e9 commise, ne constituait pas une infraction d\u2019apr\u00e8s le droit national ou international. De m\u00eame il n\u2019est inflig\u00e9 aucune peine plus forte que celle qui \u00e9tait applicable au moment o\u00f9 l\u2019infraction a \u00e9t\u00e9 commise.<\/p>\n<p>2. Le pr\u00e9sent article ne portera pas atteinte au jugement et \u00e0 la punition d\u2019une personne coupable d\u2019une action ou d\u2019une omission qui, au moment o\u00f9 elle a \u00e9t\u00e9 commise, \u00e9tait criminelle d\u2019apr\u00e8s les principes g\u00e9n\u00e9raux de droit reconnus par les nations civilis\u00e9es.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p><strong>A. Th\u00e8ses des parties<\/strong><\/p>\n<p><em>1. Le Gouvernement<\/em><\/p>\n<p>65. Le Gouvernement avance que la surveillance administrative, introduite dans l\u2019ordre juridique interneavec l\u2019adoption de la loi no\u00a064\u2011FZ (paragraphe 32 ci\u2011dessus), est un r\u00e9gime juridique complexe cr\u00e9\u00e9 sur la base du droit administratif et qu\u2019en m\u00eame temps, en tant que forme de contrainte administrative, elle ne peut \u00eatre mise en place qu\u2019\u00e0 la suite d\u2019une condamnation p\u00e9nale d\u00e9finitive.<\/p>\n<p>66. \u00c0 la lumi\u00e8re des dispositions du droit et de la pratique internes, notamment de la jurisprudence de la Cour constitutionnelle (paragraphes\u00a058\u201160 ci\u2011dessus), le Gouvernement argue que la surveillance administrative ne constitue pas une peine mais une mesure d\u2019amendement et de pr\u00e9vention visant \u00e0 la protection de la soci\u00e9t\u00e9 contre un criminel dangereux. Il soutient que la surveillance administrative mise en place \u00e0 l\u2019\u00e9gard du premier requ\u00e9rant par la d\u00e9cision du 26 novembre 2013 \u00e9tait une cons\u00e9quence de la condamnation p\u00e9nale de l\u2019int\u00e9ress\u00e9 mais ne constituait pas une \u00ab\u00a0peine\u00a0\u00bb au sens de l\u2019article 7 de la Convention car, selon lui, le but des mesures appliqu\u00e9es \u00e9tait de pr\u00e9venir la r\u00e9cidive et ces mesures ne pouvaient \u00eatre regard\u00e9es comme ayant un caract\u00e8re r\u00e9pressif.<\/p>\n<p><em>2. Le premier requ\u00e9rant<\/em><\/p>\n<p>67. Le premier requ\u00e9rant soutient, contrairement au Gouvernement, que les mesures de surveillance administrative litigieuses constituaient une \u00ab\u00a0peine\u00a0\u00bb au sens de l\u2019article 7 de la Convention. Il argue que, au moment de sa condamnation en 2003, il ne pouvait pas pr\u00e9voir qu\u2019il serait plac\u00e9 sous surveillance administrative sur le fondement de la loi no\u00a064\u2011FZ, celle-ci ayant \u00e9t\u00e9 adopt\u00e9e en 2011.<\/p>\n<p>68. Il estime que les mesures instaur\u00e9es par le r\u00e9gime juridique de la surveillance administrative sont suffisamment graves d\u00e8s lors que leur non\u2011respect pourrait aboutir \u00e0 l\u2019infliction d\u2019une sanction administrative pouvant aller jusqu\u2019\u00e0 quinze jours d\u2019arrestation en application de l\u2019article\u00a019.24 du CoIA (paragraphe 52 ci\u2011dessus) ou d\u2019une sanction p\u00e9nale d\u2019emprisonnement en application de l\u2019article 314.1 du CP (paragraphe 51 ci\u2011dessus). Il signale que les mesures pouvant \u00eatre impos\u00e9es dans le cadre de la surveillance administrative sont identiques aux obligations et restrictions pr\u00e9vues dans le cadre de la peine restrictive de libert\u00e9 vis\u00e9e \u00e0 l\u2019article 53 du CP (paragraphes\u00a045\u201146 ci\u2011dessus).<\/p>\n<p>69. Selon le premier requ\u00e9rant, la proc\u00e9dure de mise en place de la surveillance administrative \u00e9quivaut \u00e0 une proc\u00e9dure de fixation de la peine en tant que partie int\u00e9grale de la d\u00e9termination de l\u2019\u00ab\u00a0accusation en mati\u00e8re p\u00e9nale\u00a0\u00bb au sens de l\u2019article\u00a06 de la Convention.<\/p>\n<p><strong>B. Appr\u00e9ciation de la Cour<\/strong><\/p>\n<p>70. Eu \u00e9gard aux observations des parties, la Cour estime que la principale question \u00e0 laquelle elle doit r\u00e9pondre est celle de savoir si les mesures de surveillance administrative appliqu\u00e9es au premier requ\u00e9rant constituaient une \u00ab\u00a0peine\u00a0\u00bb au sens de l\u2019article 7 de la Convention ou bien si elles sortaient du champ d\u2019application de cette disposition.<\/p>\n<p>71. La Cour rappelle que la notion de \u00ab\u00a0peine\u00a0\u00bb contenue dans l\u2019article\u00a07 de la Convention poss\u00e8de une port\u00e9e autonome. Pour rendre effective la protection offerte par cette disposition, la Cour doit demeurer libre d\u2019aller au\u2011del\u00e0 des apparences et d\u2019appr\u00e9cier elle-m\u00eame si une mesure particuli\u00e8re s\u2019analyse au fond en une \u00ab\u00a0peine\u00a0\u00bb au sens de cette clause (Del R\u00edo Prada c.\u00a0Espagne [GC], no\u00a042750\/09, \u00a7\u00a082, CEDH 2013, G.I.E.M. S.R.L. et autres c. Italie [GC],nos1828\/06 et 2 autres, \u00a7\u00a0210, 28 juin 2018, et Ilnseher c.\u00a0Allemagne [GC], nos\u00a010211\/12 et 27505\/14, \u00a7\u00a0203, 4\u00a0d\u00e9cembre 2018).<\/p>\n<p>72. Le libell\u00e9 de l\u2019article 7\u00a0\u00a7\u00a01 de la Convention, seconde phrase, indique que le point de d\u00e9part de toute appr\u00e9ciation de l\u2019existence d\u2019une \u00ab\u00a0peine\u00a0\u00bb consiste \u00e0 d\u00e9terminer si la mesure en question a \u00e9t\u00e9 impos\u00e9e \u00e0 la suite d\u2019une condamnation pour une infraction p\u00e9nale. Toutefois, d\u2019autres \u00e9l\u00e9ments peuvent \u00e9galement \u00eatre jug\u00e9s pertinents \u00e0 cet \u00e9gard, \u00e0 savoir la nature et le but de la mesure en cause, sa qualification en droit interne, les proc\u00e9dures associ\u00e9es \u00e0 son adoption et \u00e0 son ex\u00e9cution, ainsi que sa gravit\u00e9 (Del R\u00edo Prada, pr\u00e9cit\u00e9, \u00a7\u00a082, et G.I.E.M. S.R.L. et autres, pr\u00e9cit\u00e9, \u00a7\u00a0211).<\/p>\n<p>73. La Cour rappelle \u00e9galement que, faisant application des crit\u00e8res susmentionn\u00e9s, elle a \u00e9tabli une distinction entre, d\u2019une part, des mesures poursuivant un but punitif qui constituaient une peine et qui ne pouvaient \u00eatre appliqu\u00e9es r\u00e9troactivement (M. c.\u00a0Allemagne, no 19359\/04, \u00a7\u00a7\u00a0122\u2011137, CEDH 2009) et, d\u2019autre part, des mesures poursuivant un but pr\u00e9ventif auxquelles le principe de non\u2011r\u00e9troactivit\u00e9 \u00e9nonc\u00e9 dans l\u2019article 7 ne s\u2019appliquait pas (Ibbotson c.\u00a0Royaume-Uni, no 40146\/98, d\u00e9cision de la Commission du 21\u00a0octobre 1998, non publi\u00e9e, Adamson c. Royaume-Uni (d\u00e9c.), no\u00a042293\/98, 26 janvier 1999, Van der Velden c.\u00a0Pays-Bas (d\u00e9c.), no\u00a029514\/05, CEDH 2006-XV, Gardel c. France, no\u00a016428\/05, \u00a7\u00a7\u00a034\u201147, CEDH 2009, et Berland c.\u00a0France, no\u00a042875\/10, \u00a7\u00a7\u00a045\u201146, 3\u00a0septembre 2015).<\/p>\n<p>74. Se tournant vers les faits de l\u2019esp\u00e8ce, la Cour rel\u00e8ve d\u2019abord que le premier requ\u00e9rant a \u00e9t\u00e9 plac\u00e9 sous surveillance administrative sur le fondement de la d\u00e9cision du 26 novembre 2013 (paragraphe 11 ci\u2011dessus) et que ce placement a eu lieu plusieurs ann\u00e9es apr\u00e8s sa condamnation p\u00e9nale, qui avait \u00e9t\u00e9 prononc\u00e9e le 24 octobre 2003 (paragraphe 4 ci\u2011dessus). Elle constate que ledit placement \u00e9tait n\u00e9anmoins li\u00e9 \u00e0 la condamnation de l\u2019int\u00e9ress\u00e9 et lui faisait suite. En effet, conform\u00e9ment \u00e0 l\u2019article 3\u00a0\u00a7\u00a7\u00a01 et\u00a02\u00a0(alin\u00e9a 2) de la loi no\u00a064\u2011FZ, toute personne lib\u00e9r\u00e9e d\u2019un \u00e9tablissement p\u00e9nitentiaire qui se trouvait en \u00e9tat de condamn\u00e9 en raison d\u2019une condamnation pour une infraction commise en r\u00e9cidive dangereuse ou particuli\u00e8rement dangereuse se voyait appliquer automatiquement la surveillance administrative (paragraphe 35 ci\u2011dessus). En l\u2019occurrence, le premier requ\u00e9rant, qui avait \u00e9t\u00e9 condamn\u00e9 pour une infraction commise en r\u00e9cidive dangereuse, relevait de cette cat\u00e9gorie de personnes. D\u2019ailleurs, d\u2019apr\u00e8s le Gouvernement, l\u2019imposition des mesures litigieuses \u00e9tait une cons\u00e9quence de la condamnation p\u00e9nale de l\u2019int\u00e9ress\u00e9 (paragraphe 65 ci\u2011dessus).<\/p>\n<p>75. S\u2019agissant de la qualification de la surveillance administrative en droit interne, la Cour rel\u00e8ve que la base l\u00e9gale de ce r\u00e9gime est constitu\u00e9e premi\u00e8rement de l\u2019article 173.1 du CESP (paragraphe\u00a031 ci\u2011dessus), qui, pour ce qui est des modalit\u00e9s de son application, renvoie aux dispositions de la loi no\u00a064\u2011FZ (paragraphes 32\u201142 ci\u2011dessus). Elle observe que, d\u2019un c\u00f4t\u00e9, le CESP concerne l\u2019ex\u00e9cution des peines, et ressortit donc clairement au domaine p\u00e9nal, et, de l\u2019autre, tant cet article que la loi no\u00a064\u2011FZ qualifient la surveillance en cause d\u2019\u00ab\u00a0administrative\u00a0\u00bb. Toutefois, les indications que fournit le droit interne de l\u2019\u00c9tat d\u00e9fendeur n\u2019ont qu\u2019une valeur relative (\u00d6zt\u00fcrk c.\u00a0Allemagne du 21\u00a0f\u00e9vrier 1984, \u00a7\u00a052, s\u00e9rie\u00a0A no\u00a073). La Cour rappelle avoir not\u00e9 qu\u2019\u00ab\u00a0un m\u00eame type de mesure peut \u00eatre qualifi\u00e9 de peine suppl\u00e9mentaire dans un \u00c9tat et de mesure de s\u00fbret\u00e9 dans un autre\u00a0\u00bb (M.\u00a0c.\u00a0Allemagne, pr\u00e9cit\u00e9, \u00a7\u00a074). Ainsi, \u00ab\u00a0la supervision de la conduite d\u2019un individu apr\u00e8s sa lib\u00e9ration, par exemple, est consid\u00e9r\u00e9e comme une peine suppl\u00e9mentaire dans les articles\u00a0131-36-1 et suivants du code p\u00e9nal fran\u00e7ais et comme une mesure de s\u00fbret\u00e9 dans les articles 215 et\u00a0228 du code p\u00e9nal italien\u00a0\u00bb (ibidem). La Cour estime donc que la qualification de la mesure litigieuse d\u2019\u00ab\u00a0administrative\u00a0\u00bb dans le droit interne russe ne doit pas automatiquement aboutir \u00e0 la conclusion de l\u2019inapplicabilit\u00e9 de l\u2019article 7 de la Convention.<\/p>\n<p>76. En l\u2019occurrence, la Cour note que tant la Cour constitutionnelle que la Cour supr\u00eame russe ont consid\u00e9r\u00e9 que la surveillance administrative ne constituait pas une \u00ab\u00a0peine\u00a0\u00bb au sens de la loi p\u00e9nale russe mais une mesure de pr\u00e9vention de la d\u00e9linquance et de pr\u00e9vention personnelle (paragraphes\u00a058\u201161 ci\u2011dessus). La Cour, quant \u00e0 elle, estime \u00e9galement que l\u2019objectif principal des mesures mises en cause par le premier requ\u00e9rant est d\u2019emp\u00eacher la r\u00e9cidive. Lesdites mesures ont donc un but pr\u00e9ventif et ne peuvent \u00eatre regard\u00e9es comme ayant un caract\u00e8re r\u00e9pressif et comme constituant une sanction.<\/p>\n<p>77. Quant \u00e0 la ressemblance des mesures impos\u00e9es dans le cadre de la surveillance administrative \u00e0 celles constituant une peine restrictive de libert\u00e9, la Cour note que, selon l\u2019article 60\u00a0\u00a7\u00a03 du CP, la fixation de la peine s\u2019effectue en tenant compte des circonstances aggravantes et att\u00e9nuantes de la commission de l\u2019infraction (paragraphe 47 ci\u2011dessus), et donc du degr\u00e9 de culpabilit\u00e9 de l\u2019auteur (voir, dans ce sens, Welch c. Royaume-Uni, 9\u00a0f\u00e9vrier 1995, \u00a7\u00a033, s\u00e9rie A no\u00a0307-A). Or la mise en place de la surveillance administrative ne d\u00e9pend pas du degr\u00e9 de culpabilit\u00e9 de la personne concern\u00e9e et se fonde sur la \u00ab\u00a0dangerosit\u00e9\u00a0\u00bb de la personne condamn\u00e9e en \u00e9tat de r\u00e9cidive (voir la position de la Cour constitutionnelle russe sur la notion d\u2019\u00ab\u00a0\u00e9tat de condamn\u00e9\u00a0\u00bb dans sa d\u00e9cision no\u00a03\u2011P du 19\u00a0mars 2003, cit\u00e9e au paragraphe 58 ci\u2011dessus). De ce point de vue, cette mesure ne rev\u00eat pas un caract\u00e8re r\u00e9pressif.<\/p>\n<p>78. S\u2019agissant de la proc\u00e9dure associ\u00e9e \u00e0 l\u2019adoption et \u00e0 la mise en \u0153uvre de la surveillance administrative, la Cour note qu\u2019au moment des faits elle \u00e9tait r\u00e9gie par les dispositions du chapitre 26.2 du CPC. Le Gouvernement a pr\u00e9cis\u00e9 que, depuis le 15 septembre 2015, cette proc\u00e9dure est r\u00e9gie par le chapitre 29 du CJA. La proc\u00e9dure \u00e9tait donc de nature civile, et elle est maintenant de nature administrative, ne relevant pas de la justice p\u00e9nale.<\/p>\n<p>79. La Cour rel\u00e8ve que le premier requ\u00e9rant accorde un poids consid\u00e9rable au fait que le non\u2011respect \u00e9ventuel desdites mesures l\u2019expose \u00e0 des sanctions administratives, voire p\u00e9nales (paragraphes 51\u201152 ci\u2011dessus). Elle note toutefois que les sanctions en cause ne pourront \u00eatre inflig\u00e9es que dans le cadre d\u2019une proc\u00e9dure judiciaire distincte au cours de laquelle le juge comp\u00e9tent pourra appr\u00e9cier le caract\u00e8re fautif ou non du manquement (Gardel, pr\u00e9cit\u00e9, \u00a7\u00a044).<\/p>\n<p>80. Enfin, s\u2019agissant de la s\u00e9v\u00e9rit\u00e9 des mesures litigieuses, la Cour observe que l\u2019obligation de se pr\u00e9senter \u00e0 l\u2019autorit\u00e9 comp\u00e9tente impos\u00e9e au premier requ\u00e9rant (trois fois par mois jusqu\u2019au 5 septembre 2014 et une fois par mois \u00e0 partir de cette date) ainsi que l\u2019obligation de d\u00e9clarer tout changement d\u2019adresse dans un d\u00e9lai de trois jours ouvr\u00e9s apr\u00e8s ledit changement (avant pareil changement depuis le 1er octobre 2019) \u00e9taient certes contraignantes (comparer avec Ibbotson, d\u00e9cision de la Commission pr\u00e9cit\u00e9e, et Adamson, d\u00e9cision pr\u00e9cit\u00e9e, concernant l\u2019obligation, pour une dur\u00e9e illimit\u00e9e, de d\u00e9clarer les changements d\u2019adresse au plus tard dans un d\u00e9lai de quinze jours\u00a0; et Gardel, pr\u00e9cit\u00e9, \u00a7\u00a038, concernant l\u2019obligation, pour une dur\u00e9e de trente ans, de justifier l\u2019adresse tous les six mois et de d\u00e9clarer les changements d\u2019adresse au plus tard dans un d\u00e9lai de quinze jours). Ces obligations \u00e9taient accompagn\u00e9es de restrictions suppl\u00e9mentaires dont l\u2019impact sur la vie de l\u2019int\u00e9ress\u00e9 \u00e9tait substantiel. Cependant, la gravit\u00e9 des mesures en cause n\u2019est pas d\u00e9cisive en soi, puisque de nombreuses mesures non p\u00e9nales de nature pr\u00e9ventive peuvent, de m\u00eame que des mesures devant \u00eatre qualifi\u00e9es de peines, avoir un impact substantiel sur la personne concern\u00e9e (Del R\u00edo Prada, pr\u00e9cit\u00e9, \u00a7\u00a082, et Ilnseher, pr\u00e9cit\u00e9, \u00a7\u00a0203).<\/p>\n<p>81. \u00c0 la lumi\u00e8re de l\u2019ensemble de ces consid\u00e9rations, la Cour estime que les obligations et restrictions impos\u00e9es au premier requ\u00e9rant dans le cadre de la surveillance administrative ne constituaient pas une \u00ab\u00a0peine\u00a0\u00bb au sens de l\u2019article 7\u00a0\u00a7\u00a01 de la Convention et qu\u2019elles doivent \u00eatre analys\u00e9es comme des mesures pr\u00e9ventives auxquelles le principe de non-r\u00e9troactivit\u00e9\u00e9nonc\u00e9 dans cette disposition n\u2019a pas vocation \u00e0 s\u2019appliquer (voir, dans le m\u00eame sens, Gardel, pr\u00e9cit\u00e9, \u00a7\u00a046).<\/p>\n<p>82. D\u00e8s lors, il convient de rejeter le grief tir\u00e9 de l\u2019article 7 de la Convention comme \u00e9tant incompatible ratione materiae avec les dispositions de la Convention, en application de l\u2019article 35\u00a0\u00a7\u00a7\u00a03\u00a0et\u00a04 de la Convention.<\/p>\n<p>III. SUR LA VIOLATION ALL\u00c9GU\u00c9E DE L\u2019ARTICLE 4 DU PROTOCOLE No\u00a07 \u00c0 LA CONVENTION<\/p>\n<p>83. Le second requ\u00e9rant se plaint d\u2019avoir \u00e9t\u00e9 puni une deuxi\u00e8me fois \u2011 en raison de son placement sous surveillance administrative \u2013 pour les infractions pour lesquelles il avait d\u00e9j\u00e0 \u00e9t\u00e9 condamn\u00e9 par un jugement d\u00e9finitif. Il invoque l\u2019article 4 du Protocole no\u00a07 \u00e0 la Convention, qui est ainsi libell\u00e9\u00a0:<\/p>\n<p>\u00ab\u00a01. Nul ne peut \u00eatre poursuivi ou puni p\u00e9nalement par les juridictions du m\u00eame \u00c9tat en raison d\u2019une infraction pour laquelle il a d\u00e9j\u00e0 \u00e9t\u00e9 acquitt\u00e9 ou condamn\u00e9 par un jugement d\u00e9finitif conform\u00e9ment \u00e0 la loi et \u00e0 la proc\u00e9dure p\u00e9nale de cet \u00c9tat.<\/p>\n<p>2. Les dispositions du paragraphe pr\u00e9c\u00e9dent n\u2019emp\u00eachent pas la r\u00e9ouverture du proc\u00e8s, conform\u00e9ment \u00e0 la loi et \u00e0 la proc\u00e9dure p\u00e9nale de l\u2019\u00c9tat concern\u00e9, si des faits nouveaux ou nouvellement r\u00e9v\u00e9l\u00e9s ou un vice fondamental dans la proc\u00e9dure pr\u00e9c\u00e9dente sont de nature \u00e0 affecter le jugement intervenu.<\/p>\n<p>3. Aucune d\u00e9rogation n\u2019est autoris\u00e9e au pr\u00e9sent article au titre de l\u2019article\u00a015 de la Convention.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p><strong>A. Th\u00e8ses des parties<\/strong><\/p>\n<p>84. Le Gouvernement pr\u00e9sente en substance les m\u00eames observations que celles formul\u00e9es sur le terrain de l\u2019article 7 de la Convention (paragraphes\u00a065\u201166 ci\u2011dessus) pour dire que la mise en place de la surveillance administrative \u00e0 l\u2019\u00e9gard du second requ\u00e9rant n\u2019\u00e9quivalait pas \u00e0 le \u00ab\u00a0punir p\u00e9nalement\u00a0\u00bb au sens de l\u2019article 4 du Protocole no\u00a07. \u00c0 titre subsidiaire, il argue que la proc\u00e9dure p\u00e9nale dirig\u00e9e contre le second requ\u00e9rant, termin\u00e9e en 2007, et la proc\u00e9dure concernant le placement sous surveillance administrative de l\u2019int\u00e9ress\u00e9, termin\u00e9e en 2014, \u00e9taient unies par un \u00ab\u00a0lien mat\u00e9riel et temporel suffisamment \u00e9troit\u00a0\u00bb et constituaient un \u00ab\u00a0tout coh\u00e9rent\u00a0\u00bb au sens de la jurisprudence A et B c. Norv\u00e8ge ([GC], nos\u00a024130\/11 et 29758\/11, \u00a7\u00a7\u00a0130\u2011132, 15 novembre 2016).<\/p>\n<p>85. Le second requ\u00e9rant conteste cette th\u00e8se et soutient qu\u2019il n\u2019existait aucun lien mat\u00e9riel et temporel suffisamment \u00e9troit au sens de la jurisprudence A et B c. Norv\u00e8ge,pr\u00e9cit\u00e9e.<\/p>\n<p><strong>B. Appr\u00e9ciation de la Cour<\/strong><\/p>\n<p>86. Comme la Cour l\u2019a d\u00e9j\u00e0 dit \u00e0 de nombreuses reprises, la Convention doit se lire comme un tout et s\u2019interpr\u00e9ter de mani\u00e8re \u00e0 promouvoir sa coh\u00e9rence interne et l\u2019harmonie entre ses diverses dispositions (A et\u00a0B c.\u00a0Norv\u00e8ge, pr\u00e9cit\u00e9, \u00a7\u00a0133). Conform\u00e9ment au principe de l\u2019interpr\u00e9tation harmonieuse de la Convention, la Cour a conclu que les termes \u00ab\u00a0proc\u00e9dure p\u00e9nale\u00a0\u00bb employ\u00e9s dans le texte de l\u2019article 4 du Protocole no\u00a07 \u00e0 la Convention devaient \u00eatre interpr\u00e9t\u00e9s \u00e0 la lumi\u00e8re des principes g\u00e9n\u00e9raux applicables aux expressions \u00ab\u00a0accusation en mati\u00e8re p\u00e9nale\u00a0\u00bb (criminal charge) et \u00ab\u00a0peine\u00a0\u00bb (penalty) figurant respectivement \u00e0 l\u2019article 6 et \u00e0 l\u2019article 7 de la Convention (Sergue\u00ef Zolotoukhine c. Russie [GC], n 14939\/03, \u00a7\u00a052, CEDH 2009, et les r\u00e9f\u00e9rences qui y figurent). Par cons\u00e9quent, eu \u00e9gard \u00e0 ses conclusions aux paragraphes 71\u201182 ci\u2011dessus, selon lesquelles les mesures de surveillance administrative ne constituaient pas une peine au sens de l\u2019article 7 de la Convention, elle estime que l\u2019imposition desdites mesures au second requ\u00e9rant ne revenait pas \u00e0 le \u00ab\u00a0punir p\u00e9nalement\u00a0\u00bb au sens de l\u2019article\u00a04 du Protocole no\u00a07 \u00e0 la Convention.<\/p>\n<p>87. D\u00e8s lors, il convient de rejeter le grief tir\u00e9 de l\u2019article 4 du Protocole\u00a0no\u00a07 \u00e0 la Convention comme \u00e9tant incompatible ratione materiae avec cette disposition, en application de l\u2019article 35\u00a0\u00a7\u00a7\u00a03\u00a0et\u00a04 de la Convention.<\/p>\n<p>IV. SUR LA VIOLATION ALL\u00c9GU\u00c9E DE L\u2019ARTICLE 6 DE LA CONVENTION<\/p>\n<p>88. Le premier requ\u00e9rant se plaint du rejet de sa demande tendant \u00e0 l\u2019obtention d\u2019une aide juridique gratuite lors de la proc\u00e9dure portant sur son placement sous surveillance administrative. Il invoque l\u2019article 6 de la Convention, ainsi libell\u00e9\u00a0:<\/p>\n<p>\u00ab\u00a01. Toute personne a droit \u00e0 ce que sa cause soit entendue \u00e9quitablement, publiquement et dans un d\u00e9lai raisonnable, par un tribunal ind\u00e9pendant et impartial, \u00e9tabli par la loi, qui d\u00e9cidera, soit des contestations sur ses droits et obligations de caract\u00e8re civil, soit du bien-fond\u00e9 de toute accusation en mati\u00e8re p\u00e9nale dirig\u00e9e contre elle. (&#8230;)<\/p>\n<p>2. Toute personne accus\u00e9e d\u2019une infraction est pr\u00e9sum\u00e9e innocente jusqu\u2019\u00e0 ce que sa culpabilit\u00e9 ait \u00e9t\u00e9 l\u00e9galement \u00e9tablie.<\/p>\n<p>3. Tout accus\u00e9 a droit notamment \u00e0\u00a0:<\/p>\n<p>(&#8230;)<\/p>\n<p>c) se d\u00e9fendre lui-m\u00eame ou avoir l\u2019assistance d\u2019un d\u00e9fenseur de son choix et, s\u2019il n\u2019a pas les moyens de r\u00e9mun\u00e9rer un d\u00e9fenseur, pouvoir \u00eatre assist\u00e9 gratuitement par un avocat d\u2019office, lorsque les int\u00e9r\u00eats de la justice l\u2019exigent\u00a0;<\/p>\n<p>(&#8230;)\u00a0\u00bb<\/p>\n<p><strong>A. Sur la recevabilit\u00e9<\/strong><\/p>\n<p><em>1. Th\u00e8ses des parties<\/em><\/p>\n<p>a) Le Gouvernement<\/p>\n<p>89. Le Gouvernement estime que le volet \u00ab\u00a0civil\u00a0\u00bb de l\u2019article 6 de la Convention est applicable \u00e0 la proc\u00e9dure relative \u00e0 la mise en place de la surveillance administrative \u00e0 l\u2019\u00e9gard du premier requ\u00e9rant. Il indique que l\u2019article 50 du CPC (paragraphe 56 ci\u2011dessus) n\u2019\u00e9tait applicable qu\u2019\u00e0 des situations dans lesquelles l\u2019adresse de la partie d\u00e9fenderesse n\u2019\u00e9tait pas connue et que tel n\u2019\u00e9tait pas le cas en l\u2019esp\u00e8ce. Il expose qu\u2019aucune autre disposition l\u00e9gale en vigueur au moment des faits ne pr\u00e9voyait l\u2019octroi d\u2019une aide juridique gratuite dans le cadre de la proc\u00e9dure relative \u00e0 la mise en place de la surveillance administrative, et qu\u2019il en va de m\u00eame s\u2019agissant du chapitre\u00a029 du CJA, applicable depuis le 15\u00a0septembre 2015 (paragraphes\u00a053\u201155 ci\u2011dessus).<\/p>\n<p>b) Le premier requ\u00e9rant<\/p>\n<p>90. Le premier requ\u00e9rant estime que le volet \u00ab\u00a0p\u00e9nal\u00a0\u00bb de l\u2019article 6 de la Convention est applicable \u00e9tant donn\u00e9 la gravit\u00e9 de l\u2019enjeu dans la proc\u00e9dure relative \u00e0 son placement sous surveillance administrative.<\/p>\n<p>91. \u00c0 titre subsidiaire, pour le cas o\u00f9 la Cour conclurait \u00e0 l\u2019inapplicabilit\u00e9 du volet p\u00e9nal, le premier requ\u00e9rant invite celle-ci \u00e0 reconna\u00eetre l\u2019applicabilit\u00e9 du volet civil de cette disposition de la Convention, conform\u00e9ment aux conclusions auxquelles elle est parvenue dans l\u2019arr\u00eat De Tommaso (pr\u00e9cit\u00e9, \u00a7\u00a7\u00a0144\u2011155). Il attire l\u2019attention de la Cour sur le fait que le Gouvernement a admis l\u2019applicabilit\u00e9 de l\u2019article 6 de la Convention sous son volet civil.<\/p>\n<p><em>2. Appr\u00e9ciation de la Cour<\/em><\/p>\n<p>92. La Cour rappelle avoir conclu que les obligations et restrictions impos\u00e9es au premier requ\u00e9rant lors de son placement sous surveillance administrative ne constituaient pas \u00ab\u00a0une peine\u00a0\u00bb au sens de l\u2019article 7 de la Convention (paragraphe 81 ci\u2011dessus). Eu \u00e9gard aux crit\u00e8res applicables aux expressions \u00ab\u00a0accusation en mati\u00e8re p\u00e9nale\u00a0\u00bb (criminal charge) et \u00ab\u00a0peine\u00a0\u00bb (penalty) figurant respectivement \u00e0 l\u2019article 6 et \u00e0 l\u2019article 7 de la Convention (Sergue\u00ef Zolotoukhine, pr\u00e9cit\u00e9, \u00a7\u00a052), force est de constater que le volet \u00ab\u00a0p\u00e9nal\u00a0\u00bb de l\u2019article 6 de la Convention ne s\u2019applique pas \u00e0 la proc\u00e9dure relative au placement dudit requ\u00e9rant sous surveillance administrative.<\/p>\n<p>93. La Cour rappelle toutefois que dans l\u2019arr\u00eat De Tommaso elle a conclu que certaines limitations, telles que \u00ab\u00a0l\u2019obligation de ne pas sortir la nuit, de ne pas s\u2019\u00e9loigner de la commune de r\u00e9sidence, de ne pas participer \u00e0 des r\u00e9unions publiques, de ne pas utiliser de t\u00e9l\u00e9phones portables et d\u2019appareils radio\u00e9lectriques pour communiquer, rel[evaient] assur\u00e9ment des droits de la personne et, partant, rev\u00eat[aient] un caract\u00e8re civil\u00a0\u00bb (pr\u00e9cit\u00e9, \u00a7\u00a0145). En l\u2019esp\u00e8ce, la Cour constate que les obligations et restrictions impos\u00e9es au premier requ\u00e9rant dans le cadre de la surveillance administrative (paragraphe 11 ci\u2011dessus) \u00e9taient dans une large mesure similaires aux obligations examin\u00e9es dans l\u2019affaire De Tommaso, pr\u00e9cit\u00e9e. Elle estime donc que ses conclusions dans ladite affaire sont transposables au cas d\u2019esp\u00e8ce et conclut que le grief du premier requ\u00e9rant concernant l\u2019impossibilit\u00e9 de b\u00e9n\u00e9ficier de l\u2019aide juridique gratuite dans le cadre de la proc\u00e9dure relative \u00e0 son placement sous surveillance administrative est compatible ratione materiae avec les dispositions de la Convention d\u00e8s lors qu\u2019il a trait \u00e0 l\u2019article 6\u00a0\u00a7\u00a01 de la Convention sous son volet civil.<\/p>\n<p>94. Ce grief n\u2019\u00e9tant pas manifestement mal fond\u00e9 au sens de l\u2019article 35\u00a0\u00a7\u00a03 de la Convention et ne se heurtant \u00e0 aucun autre motif d\u2019irrecevabilit\u00e9, la Cour le d\u00e9clare recevable.<\/p>\n<p><strong>B. Sur le fond<\/strong><\/p>\n<p><em>1. Th\u00e8ses des parties<\/em><\/p>\n<p>a) Le premier requ\u00e9rant<\/p>\n<p>95. Le premier requ\u00e9rant argue que l\u2019enjeu de la proc\u00e9dure \u00e9tait important pour lui car celle-ci touchait \u00e0 plusieurs aspects de sa vie priv\u00e9e, par exemple, au choix de son lieu de r\u00e9sidence et \u00e0 l\u2019organisation de sa vie familiale, entre autres. \u00c0 ses yeux, les questions l\u00e9gales susceptibles d\u2019\u00eatre examin\u00e9es pendant la proc\u00e9dure, y compris celles qui pouvaient \u00eatre soulev\u00e9es sur la base de la Convention, \u00e9taient complexes, ce qui est confirm\u00e9 par le nombre de questions pos\u00e9es par la Cour lors de la communication de l\u2019affaire au gouvernement d\u00e9fendeur. Le premier requ\u00e9rant pr\u00e9cise qu\u2019il n\u2019est pas un professionnel du droit et qu\u2019il a \u00e9t\u00e9 incarc\u00e9r\u00e9 pendant plus de dix ans avant l\u2019examen de la demande de placement sous surveillance administrative le visant. Il ajoute qu\u2019il \u00e9tait confront\u00e9 \u00e0 un repr\u00e9sentant de l\u2019administration p\u00e9nitentiaire et que, de par la nature de ses fonctions, celui-ci \u00e9tait un sp\u00e9cialiste dans ce domaine. En pronon\u00e7ant plusieurs ajournements d\u2019audience afin de lui permettre de trouver un repr\u00e9sentant, les juridictions internes auraient en substance reconnu l\u2019importance de la repr\u00e9sentation juridique dans la proc\u00e9dure litigieuse sans cependant examiner en d\u00e9tail sa situation.<\/p>\n<p>b) Le Gouvernement<\/p>\n<p>96. Le Gouvernement argue qu\u2019\u00e0 plusieurs reprises la juridiction de premi\u00e8re instance a report\u00e9 les audiences pour permettre au premier requ\u00e9rant de se pr\u00e9parer \u00e0 l\u2019examen de l\u2019affaire et de trouver un repr\u00e9sentant. Selon le Gouvernement, l\u2019instance d\u2019appel a laiss\u00e9 la possibilit\u00e9 au premier requ\u00e9rant de conclure une convention d\u2019assistance juridique avec l\u2019avocat N., ce \u00e0 quoi l\u2019int\u00e9ress\u00e9 a failli. Or, ayant \u00e9t\u00e9 remis en libert\u00e9 une semaine avant l\u2019examen de son appel, le premier requ\u00e9rant aurait eu suffisamment de temps pour trouver un repr\u00e9sentant avant l\u2019audience devant la cour r\u00e9gionale de Vladimir.<\/p>\n<p>97. Enfin, le Gouvernement soutient que le premier requ\u00e9rant a pris part \u00e0 toutes les audiences en personne ou par le biais de la vid\u00e9oconf\u00e9rence. Il pr\u00e9cise que ni la pr\u00e9sence de la partie \u00e0 l\u2019origine de la demande relative \u00e0 la mise sous surveillance administrative ni celle du procureur n\u2019\u00e9taient obligatoires.<\/p>\n<p><em>2. Appr\u00e9ciation de la Cour<\/em><\/p>\n<p>98. La Cour souligne d\u2019embl\u00e9e que la Convention n\u2019oblige pas \u00e0 accorder l\u2019aide judiciaire dans toutes les contestations en mati\u00e8re civile. En effet, il y a une nette distinction entre les termes de l\u2019article 6\u00a0\u00a7\u00a03\u00a0c) de la Convention, qui garantit le droit \u00e0 l\u2019aide judiciaire gratuite sous certaines conditions dans les proc\u00e9dures p\u00e9nales, et ceux de l\u2019article 6\u00a0\u00a7\u00a01, qui ne renvoie pas du tout \u00e0 l\u2019aide judiciaire (Del Sol c. France, no 46800\/99, \u00a7\u00a020, CEDH 2002\u2011II).<\/p>\n<p>99. Dans son arr\u00eat Steel et Morris c. Royaume-Uni (no\u00a068416\/01, CEDH 2005\u2011II), la Cour a formul\u00e9 ainsi les crit\u00e8res applicables en la mati\u00e8re\u00a0:<\/p>\n<p>\u00ab\u00a059. La Cour rappelle que la Convention a pour but de prot\u00e9ger des droits concrets et effectifs. La remarque vaut en particulier pour le droit d\u2019acc\u00e8s aux tribunaux, eu \u00e9gard \u00e0 la place \u00e9minente que le droit \u00e0 un proc\u00e8s \u00e9quitable occupe dans une soci\u00e9t\u00e9 d\u00e9mocratique (arr\u00eat Airey, pr\u00e9cit\u00e9, pp. 12-14, \u00a7 24). Il est essentiel \u00e0 la notion de proc\u00e8s \u00e9quitable, tant au civil qu\u2019au p\u00e9nal, qu\u2019un plaideur se voie offrir la possibilit\u00e9 de d\u00e9fendre utilement sa cause devant le tribunal (ibidem) et qu\u2019il b\u00e9n\u00e9ficie de l\u2019\u00e9galit\u00e9 des armes avec son adversaire (voir, parmi de nombreux autres exemples, De Haes et Gijsels c. Belgique, arr\u00eat du 24 f\u00e9vrier 1997, Recueil des arr\u00eats et d\u00e9cisions 1997-I, p. 238, \u00a7\u00a053).<\/p>\n<p>60. L\u2019article 6\u00a0\u00a7\u00a01 laisse \u00e0 l\u2019Etat le choix des moyens \u00e0 employer pour garantir aux plaideurs les droits susmentionn\u00e9s. L\u2019instauration d\u2019un syst\u00e8me d\u2019aide judiciaire en constitue un, mais il y en a d\u2019autres, par exemple une simplification de la proc\u00e9dure (Airey, pp. 14-16, \u00a7\u00a026, et McVicar, \u00a7 50).<\/p>\n<p>61. La question de savoir si l\u2019octroi d\u2019une aide judiciaire est n\u00e9cessaire pour que la proc\u00e9dure soit \u00e9quitable doit \u00eatre tranch\u00e9e au regard des faits et circonstances particuliers de chaque esp\u00e8ce et d\u00e9pend notamment de la gravit\u00e9 de l\u2019enjeu pour le requ\u00e9rant, de la complexit\u00e9\u0301 du droit et de la proc\u00e9dure applicables, ainsi que de la capacit\u00e9 du requ\u00e9rant de d\u00e9fendre effectivement sa cause (Airey, pp. 14-16, \u00a7\u00a026\u00a0; McVicar,\u00a7\u00a7 48 et 50\u00a0; P., C. et S. c. Royaume-Uni, no 56547\/00, \u00a7 91, CEDH\u00a02002\u2011VI\u00a0; et aussi Munro, d\u00e9cision pr\u00e9cit\u00e9e).<\/p>\n<p>62. Toutefois, le droit d\u2019acc\u00e8s aux tribunaux n\u2019est pas absolu\u00a0; il peut donner lieu a\u0300 des limitations \u00e0 condition que celles-ci poursuivent un but l\u00e9gitime et soient proportionn\u00e9es (Ashingdane c. Royaume-Uni, arr\u00eat du 28\u00a0mai 1985, s\u00e9rie A no 93, pp. 24-25, \u00a7 57). Il peut par cons\u00e9quent \u00eatre acceptable d\u2019imposer des limitations \u00e0 l\u2019octroi d\u2019une aide judiciaire notamment en fonction de la situation financi\u00e8re du plaideur ou de ses chances de succ\u00e8s dans la proc\u00e9dure (Munro, d\u00e9cision pr\u00e9cit\u00e9e). En outre, l\u2019Etat n\u2019a pas pour obligation de chercher \u00e0 garantir, au moyen de fonds publics, une \u00e9galit\u00e9 des armes totale entre la personne assist\u00e9e et son adversaire, du moment que chaque partie se voit offrir une possibilit\u00e9\u0301 raisonnable de pr\u00e9senter sa cause dans des conditions qui ne la placent pas dans une situation de net d\u00e9savantage par rapport a\u0300 son adversaire (De Haes et Gijsels, pr\u00e9cit\u00e9, p. 238, \u00a7 53, et aussi McVicar, \u00a7\u00a7 51 et 62).\u00a0\u00bb<\/p>\n<p>100. Se tournant vers les circonstances de l\u2019esp\u00e8ce, la Cour constate que, comme indiqu\u00e9 par le Gouvernement (paragraphe 89 ci\u2011dessus), aucune disposition du droit interne en vigueur au moment des faits ne pr\u00e9voyait la possibilit\u00e9 d\u2019octroi d\u2019une aide judiciaire gratuite dans le cadre d\u2019une proc\u00e9dure de placement sous surveillance administrative. Elle rel\u00e8ve notamment que, selon l\u2019article\u00a020\u00a0\u00a7\u00a03 de la loi no\u00a0324\u2011FZ, les proc\u00e9dures relatives \u00e0 l\u2019examen de demandes de mise en place, de modification ou de lev\u00e9e d\u2019une surveillance administrative ne rel\u00e8vent pas des cat\u00e9gories de litiges pour lesquelles l\u2019aide juridique gratuite sous forme de repr\u00e9sentation par un avocat peut \u00eatre accord\u00e9e (paragraphe\u00a057 ci\u2011dessus). Toutefois, comme il a \u00e9t\u00e9 rappel\u00e9 ci\u2011dessus, l\u2019instauration d\u2019un syst\u00e8me d\u2019aide judiciaire ne constitue qu\u2019un moyen parmi d\u2019autres propre \u00e0 garantir l\u2019\u00e9quit\u00e9 de la proc\u00e9dure.<\/p>\n<p>101. La Cour rel\u00e8ve ensuite que, selon l\u2019article 261.5 du CPC en vigueur au moment des faits, la demande de mise en place de la surveillance administrative \u00e9tait en principe introduite par l\u2019\u00e9tablissement p\u00e9nitentiaire (paragraphes\u00a054\u201155 ci\u2011dessus). Ayant fait l\u2019objet d\u2019une telle demande (paragraphe 5 ci\u2011dessus), le premier requ\u00e9rant \u00e9tait donc d\u00e9fendeur dans une proc\u00e9dure engag\u00e9e par les autorit\u00e9s internes. Il s\u2019ensuit qu\u2019en l\u2019esp\u00e8ce la question n\u2019est pas de savoir si le premier requ\u00e9rant a b\u00e9n\u00e9fici\u00e9 de l\u2019acc\u00e8s \u00e0 un tribunal en tant que tel, mais si, compte tenu de l\u2019ensemble des circonstances, l\u2019absence d\u2019aide judiciaire a priv\u00e9 l\u2019int\u00e9ress\u00e9 d\u2019un proc\u00e8s \u00e9quitable et a enfreint son droit de pr\u00e9senter effectivement sa d\u00e9fense, en violation de l\u2019article 6\u00a0\u00a7\u00a01 de la Convention (McVicar c. Royaume-Uni, no\u00a046311\/99, \u00a7\u00a7\u00a050\u201151, CEDH 2002\u2011III).<\/p>\n<p>102. La Cour rappelle avoir attach\u00e9 une importance particuli\u00e8re \u00e0 la question de savoir si un droit prot\u00e9g\u00e9 par la Convention \u00e9tait mis en cause dans la proc\u00e9dure interne, par exemple lorsqu\u2019il s\u2019agissait d\u2019un droit prot\u00e9g\u00e9 par l\u2019article 10 de la Convention (Steel et Morris, pr\u00e9cit\u00e9, \u00a7\u00a063). Elle a \u00e9galement tenu compte des cons\u00e9quences que la proc\u00e9dure en question pouvait avoir sur la vie priv\u00e9e et familiale, notamment en ce qui concerne les rapports juridiques entre deux individus (Airey c. Irlande, 9 octobre 1979, \u00a7\u00a024., s\u00e9rie A no 32), la garde des enfants (P., C. et S. c.\u00a0Royaume\u2011Uni, no 56547\/00, \u00a7\u00a092, CEDH 2002\u2011VI) ou le droit de visite (Nenov c. Bulgarie, no\u00a033738\/02, \u00a7\u00a7\u00a045 et 52, 16 juillet 2009). En l\u2019esp\u00e8ce, elle constate que la gravit\u00e9 de l\u2019enjeu pour le premier requ\u00e9rant dans cette proc\u00e9dure \u00e9tait ind\u00e9niablement importante\u00a0: les restrictions impos\u00e9es \u00e0 l\u2019int\u00e9ress\u00e9 avaient de s\u00e9rieuses r\u00e9percussions sur sa vie priv\u00e9e et sur l\u2019exercice de ses droits, notamment de son droit \u00e0 la libert\u00e9 de circulation.<\/p>\n<p>103. En ce qui concerne la complexit\u00e9 de la proc\u00e9dure, la Cour note que l\u2019examen judiciaire de la demande tendant au placement du premier requ\u00e9rant sous surveillance administrative \u00e9tait r\u00e9gi par le code de proc\u00e9dure civile en vigueur au moment des faits. Ni le premier requ\u00e9rant ni le Gouvernement ne se sont prononc\u00e9s sur la question de savoir si la proc\u00e9dure \u00e9tait particuli\u00e8rement complexe, par exemple en raison de r\u00e8gles sp\u00e9cifiques quant \u00e0 la forme des observations des parties (voir, \u00e0 titre d\u2019exemple, Gnahor\u00e9 c. France, no\u00a040031\/98, \u00a7\u00a040, CEDH 2000\u2011IX) ou quant \u00e0 la pr\u00e9sentation de preuves (voir, \u00e0 titre d\u2019exemple, McVicar, pr\u00e9cit\u00e9, \u00a7\u00a054). La Cour, quant \u00e0 elle, rel\u00e8ve que les \u00e9l\u00e9ments soumis \u00e0 l\u2019attention du tribunal de l\u2019arrondissement Oktiabrskiy n\u2019\u00e9taient pas excessivement volumineux et que l\u2019examen au fond de la demande du 17 septembre 2013 a n\u00e9cessit\u00e9 une seule audience (paragraphes 9\u201110 ci\u2011dessus\u00a0; comparer, a\u00a0contrario, avec Steel et Morris, pr\u00e9cit\u00e9, \u00a7\u00a065). Quant au droit mat\u00e9riel, la Cour constate que l\u2019examen de la demande tendant \u00e0 la mise en place de la surveillance administrative portait sur des questions juridiques qui demandaient une certaine connaissance du droit et de la jurisprudence (voir la partie relative au droit interne pertinent, paragraphes\u00a030\u201161 ci\u2011dessus).<\/p>\n<p>104. En ce qui concerne la capacit\u00e9 du premier requ\u00e9rant \u00e0 d\u00e9fendre effectivement sa cause, la Cour observe que l\u2019int\u00e9ress\u00e9 n\u2019\u00e9tait pas une personne exp\u00e9riment\u00e9e ou sp\u00e9cialiste dans le domaine du droit (voir, a\u00a0contrario, McVicar, pr\u00e9cit\u00e9, \u00a7\u00a053). Elle rappelle que les parties \u00e0 une affaire peuvent se heurter \u00e0 certains probl\u00e8mes juridiques d\u00e9licats, tels que la n\u00e9cessit\u00e9 de recueillir des d\u00e9positions d\u2019experts, de respecter des d\u00e9lais l\u00e9gaux, de formuler des questions et des objections pertinentes pour l\u2019issue du litige, de rechercher des t\u00e9moins, de les citer et de les interroger (Nenov, pr\u00e9cit\u00e9, \u00a7\u00a046). En l\u2019occurrence, la Cour constate que, lors de l\u2019audience du 26 novembre 2013, le premier requ\u00e9rant a fait part de ses difficult\u00e9s relatives \u00e0 l\u2019envoi de ses plaintes par l\u2019administration p\u00e9nitentiaire et qu\u2019il a \u00e9galement demand\u00e9 l\u2019assistance du tribunal dans la collecte de preuves pour d\u00e9montrer que l\u2019attestation du 7 d\u00e9cembre 2013 portant sur son \u00e9valuation psychologique avait \u00e9t\u00e9 falsifi\u00e9e par l\u2019administration de la colonie p\u00e9nitentiaire (paragraphes 9\u201110 ci\u2011dessus). Cependant, le juge n\u2019a pas assist\u00e9 le premier requ\u00e9rant, ayant d\u00e9cid\u00e9 de rejeter toutes ses demandes proc\u00e9durales faites en ce sens\u00a0(comparer, a contrario, avec Steel et Morris, pr\u00e9cit\u00e9, \u00a7\u00a069, affaire dans laquelle les juges internes avaient accord\u00e9 une \u00ab\u00a0ample assistance\u00a0\u00bb et une \u00ab\u00a0grande libert\u00e9\u00a0\u00bb aux requ\u00e9rants). Or la Cour estime que, si le premier requ\u00e9rant avait \u00e9t\u00e9 repr\u00e9sent\u00e9 par un avocat, il aurait pu pr\u00e9parer sa d\u00e9fense afin de remettre en cause les \u00e9l\u00e9ments vers\u00e9s par son adversaire. Aux yeux de la Cour, il \u00e9tait d\u2019autant plus important d\u2019assurer au premier requ\u00e9rant la d\u00e9fense de sa cause que, pour imposer les restrictions administratives audit requ\u00e9rant, le juge de premi\u00e8re instance a pris en compte la \u00ab\u00a0personnalit\u00e9\u00a0\u00bb de l\u2019int\u00e9ress\u00e9 et \u00ab\u00a0l\u2019avis n\u00e9gatif\u00a0\u00bb de l\u2019administration de l\u2019\u00e9tablissement p\u00e9nitentiaire (paragraphe 11 ci\u2011dessus). La Cour observe en outre que l\u2019adversaire du premier requ\u00e9rant, \u00e0 savoir le repr\u00e9sentant de la colonie p\u00e9nitentiaire, a b\u00e9n\u00e9fici\u00e9 de l\u2019assistance du procureur tout au long de la proc\u00e9dure.<\/p>\n<p>105. La Cour note ensuite que, en l\u2019occurrence, les juridictions internes ont prononc\u00e9 plusieurs ajournements afin de permettre au premier requ\u00e9rant de trouver un repr\u00e9sentant (paragraphes 6\u20117 ci\u2011dessus). Elle constate en m\u00eame temps que les demandes de l\u2019int\u00e9ress\u00e9 formul\u00e9es sur le terrain de l\u2019article 50 du CPC \u00e9taient motiv\u00e9es par l\u2019absence de moyens financiers pour r\u00e9mun\u00e9rer un avocat, et non pas par le manque de temps pour en trouver. Les ajournements prononc\u00e9s n\u2019auraient donc pas pu rem\u00e9dier \u00e0 la situation du premier requ\u00e9rant, lequel purgeait une peine d\u2019emprisonnement au moment de l\u2019examen de l\u2019affaire par la juridiction de premi\u00e8re instance et, de ce fait, avait peu de chances de voir sa situation financi\u00e8re s\u2019am\u00e9liorer. Il en va de m\u00eame quant \u00e0 la proc\u00e9dure en instance d\u2019appel\u00a0: bien que celle-ci e\u00fbt ajourn\u00e9 l\u2019audience pour permettre \u00e0 l\u2019int\u00e9ress\u00e9 de conclure une convention d\u2019assistance juridique avec l\u2019avocat N. (paragraphes 15\u201116 ci\u2011dessus), rien ne permet d\u2019admettre qu\u2019une telle convention aurait pu \u00eatre conclue \u00e0 titre gratuit.<\/p>\n<p>106. Enfin, tenant compte de la situation du premier requ\u00e9rant qui, jusqu\u2019\u00e0 une semaine avant l\u2019audience devant la cour r\u00e9gionale, \u00e9tait un d\u00e9tenu purgeant une peine d\u2019emprisonnement, et des difficult\u00e9s rencontr\u00e9es par ledit requ\u00e9rant pour pr\u00e9parer sa d\u00e9fense, la Cour estime que l\u2019int\u00e9ress\u00e9 a d\u00fb \u00eatre bien plus \u00e9prouv\u00e9 du point de vue physique et \u00e9motionnel par la proc\u00e9dure qu\u2019un avocat exp\u00e9riment\u00e9 ne l\u2019aurait \u00e9t\u00e9 (McVicar, pr\u00e9cit\u00e9, \u00a7\u00a051).<\/p>\n<p>107. Eu \u00e9gard \u00e0 ce qui pr\u00e9c\u00e8de, notamment \u00e0 la gravit\u00e9 de l\u2019enjeu pour le premier requ\u00e9rant dans la proc\u00e9dure relative \u00e0 son placement sous surveillance administrative pour une dur\u00e9e de huit ans ainsi qu\u2019aux difficult\u00e9s rencontr\u00e9es par l\u2019int\u00e9ress\u00e9 pour pr\u00e9parer sa d\u00e9fense, dont celui\u2011ci a fait part aux tribunaux, la Cour estime que, dans les circonstances particuli\u00e8res de l\u2019esp\u00e8ce, l\u2019impossibilit\u00e9 pour ledit requ\u00e9rant de b\u00e9n\u00e9ficier d\u2019une aide judiciaire gratuite en vue d\u2019obtenir l\u2019assistance d\u2019un avocat a d\u00fb placer l\u2019int\u00e9ress\u00e9 dans une situation de net d\u00e9savantage par rapport \u00e0 son adversaire. En cons\u00e9quence, la Cour conclut qu\u2019il y a eu en l\u2019esp\u00e8ce violation de l\u2019article 6\u00a0\u00a7\u00a01 de la Convention.<\/p>\n<p>V. SUR LA VIOLATION ALL\u00c9GU\u00c9E DE L\u2019ARTICLE 2 DU PROTOCOLE No\u00a04 \u00c0 LA CONVENTION<\/p>\n<p>108. Le second requ\u00e9rant d\u00e9nonce une violation de son droit de circuler librement et de choisir librement sa r\u00e9sidence \u00e0 raison des restrictions qui lui ont \u00e9t\u00e9 impos\u00e9es dans le cadre de la surveillance administrative. Il invoque l\u2019article 2 du Protocole no\u00a04 \u00e0 la Convention, qui, en ses parties pertinentes en l\u2019esp\u00e8ce, se lit comme suit\u00a0:<\/p>\n<p>\u00ab\u00a01. Quiconque se trouve r\u00e9guli\u00e8rement sur le territoire d\u2019un \u00c9tat a le droit d\u2019y circuler librement et d\u2019y choisir librement sa r\u00e9sidence.<\/p>\n<p>(&#8230;)<\/p>\n<p>3. L\u2019exercice de ces droits ne peut faire l\u2019objet d\u2019autres restrictions que celles qui, pr\u00e9vues par la loi, constituent des mesures n\u00e9cessaires, dans une soci\u00e9t\u00e9 d\u00e9mocratique, \u00e0 la s\u00e9curit\u00e9 nationale, \u00e0 la s\u00fbret\u00e9 publique, au maintien de l\u2019ordre public, \u00e0 la pr\u00e9vention des infractions p\u00e9nales, \u00e0 la protection de la sant\u00e9 ou de la morale, ou \u00e0 la protection des droits et libert\u00e9s d\u2019autrui.<\/p>\n<p>4. Les droits reconnus au paragraphe\u00a01 peuvent \u00e9galement, dans certaines zones d\u00e9termin\u00e9es, faire l\u2019objet de restrictions qui, pr\u00e9vues par la loi, sont justifi\u00e9es par l\u2019int\u00e9r\u00eat public dans une soci\u00e9t\u00e9 d\u00e9mocratique.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p><strong>A. Sur la recevabilit\u00e9<\/strong><\/p>\n<p><em>1. Th\u00e8ses des parties<\/em><\/p>\n<p>a) Le Gouvernement<\/p>\n<p>109. Le Gouvernement soutient que le second requ\u00e9rant n\u2019a pas respect\u00e9 le d\u00e9lai de six mois au sens de l\u2019article 35\u00a0\u00a7\u00a01 de la Convention. \u00c0 cet \u00e9gard, il estime qu\u2019en l\u2019esp\u00e8ce ce d\u00e9lai doit \u00eatre calcul\u00e9 \u00e0 partir du 1er\u00a0juillet 2014, date \u00e0 laquelle la cour r\u00e9gionale de Yaroslavl a adopt\u00e9 sa d\u00e9cision en appel (paragraphe 27 ci\u2011dessus). Qualifiant cette d\u00e9cision de \u00ab\u00a0d\u00e9finitive\u00a0\u00bb au sens de la Convention, le Gouvernement indique que l\u2019int\u00e9ress\u00e9 a saisi la Cour le 24 avril 2015, soit apr\u00e8s l\u2019\u00e9coulement du d\u00e9lai de six mois, et que, par cons\u00e9quent, son grief est tardif.<\/p>\n<p>b) Le second requ\u00e9rant<\/p>\n<p>110. Le second requ\u00e9rant conteste la position du Gouvernement. Il dit qu\u2019il a en effet saisi la Cour le 24 avril 2015, soit avant l\u2019adoption de la d\u00e9cision Abramyan et autres c. Russie ((d\u00e9c.), nos\u00a038951\/13 et 59611\/13, 12\u00a0mai 2015), dans laquelle la Cour a consid\u00e9r\u00e9 qu\u2019un pourvoi devant les deux nouvelles instances de cassation \u00e9tait une voie de recours effective aux fins de la d\u00e9termination de la d\u00e9cision \u00ab\u00a0d\u00e9finitive\u00a0\u00bb au sens de l\u2019article\u00a035\u00a0\u00a7\u00a01 de la Convention. Faisant une lecture combin\u00e9e de la d\u00e9cision Abramyan et autres (pr\u00e9cit\u00e9e) et de l\u2019arr\u00eat Novruk et autres c.\u00a0Russie (nos\u00a031039\/11 et 4 autres, \u00a7\u00a7\u00a075\u201176, 15 mars 2016), l\u2019int\u00e9ress\u00e9 soutient qu\u2019un pourvoi devant une ou deux instances de cassation devrait \u00eatre pris compte aux fins du calcul du d\u00e9lai de six mois de l\u2019article 35\u00a0\u00a7\u00a01 de la Convention.<\/p>\n<p><em>2. Appr\u00e9ciation de la Cour<\/em><\/p>\n<p>111. La Cour rappelle que, en ce qui concerne la proc\u00e9dure civile existant avant le 1er\u00a0janvier 2012, une d\u00e9cision interne \u00ab\u00a0d\u00e9finitive\u00a0\u00bb au sens de l\u2019article 35 de la Convention \u00e9tait celle rendue par une juridiction statuant en appel (une juridiction de deuxi\u00e8me degr\u00e9) (Tumilovich c.\u00a0Russie\u00a0(d\u00e9c.), no\u00a047033\/99, 22 juin 1999,\u00a0Denisov c. Russie\u00a0(d\u00e9c.), no\u00a021823\/03, 21 janvier 2007, et\u00a0Martynets c. Russie\u00a0(d\u00e9c.), no\u00a029612\/09, 5\u00a0novembre 2009). Le 1er janvier 2012, une nouvelle proc\u00e9dure de cassation est venue compl\u00e9ter le CPC, ouvrant deux nouveaux recours cons\u00e9cutifs devant les pr\u00e9sidiums des cours r\u00e9gionales (juridiction de troisi\u00e8me degr\u00e9) et devant la Cour supr\u00eame russe (juridiction de quatri\u00e8me degr\u00e9) respectivement (Abramyan et autres, d\u00e9cision pr\u00e9cit\u00e9e). La Cour souligne que ce n\u2019est que le 12 mai 2015 \u2013 soit apr\u00e8s la survenance des faits \u00e0 l\u2019origine du litige objet de la requ\u00eate concern\u00e9e en l\u2019occurrence et apr\u00e8s l\u2019introduction de celle-ci \u2013 qu\u2019elle a qualifi\u00e9 la nouvelle proc\u00e9dure de cassation de voie de recours effective au sens de l\u2019article 35 de la Convention (ibidem). La Cour rappelle \u00e9galement que, dans certaines affaires russes rendues apr\u00e8s la d\u00e9cision Abramyan et autres (pr\u00e9cit\u00e9e), elle n\u2019a pas reproch\u00e9 aux requ\u00e9rants de ne pas avoir fait usage de ce recours \u00e0 une \u00e9poque o\u00f9 cette voie de droit n\u2019\u00e9tait pas encore qualifi\u00e9e d\u2019effective (voir, \u00e0 titre d\u2019exemples, Kocherov et Sergeyevac.\u00a0Russie, no\u00a016899\/13, \u00a7\u00a7\u00a064-69, 29\u00a0mars 2016, et Berkovich et autres c.\u00a0Russie, nos 5871\/07 et 9\u00a0autres, \u00a7\u00a069, 27 mars 2018).<\/p>\n<p>112. En l\u2019esp\u00e8ce, la Cour note que le second requ\u00e9rant a introduit un recours en cassation devant la juridiction de troisi\u00e8me degr\u00e9, qui a rendu sa d\u00e9cision le 13\u00a0novembre 2014 (paragraphe 29 ci\u2011dessus). L\u2019int\u00e9ress\u00e9 a donc saisi la Cour dans les six mois apr\u00e8s la d\u00e9cision rendue par la juridiction de troisi\u00e8me degr\u00e9, mais plus de six mois apr\u00e8s la date de la d\u00e9cision rendue par celle de deuxi\u00e8me degr\u00e9, \u00e0 savoir le 1er juillet 2014. La Cour estime toutefois qu\u2019il ne peut \u00eatre reproch\u00e9 au second requ\u00e9rant d\u2019avoir fait usage d\u2019un recours \u00e0 une \u00e9poque o\u00f9 elle ne s\u2019\u00e9tait pas encore prononc\u00e9e sur la compatibilit\u00e9 de celui-ci avec l\u2019article 35 de la Convention, dont elle a elle\u2011m\u00eame reconnu l\u2019effectivit\u00e9 par la suite (voir, pour une approche similaire, Zubkov et autres c. Russie, nos\u00a029431\/05 et 2 autres, \u00a7\u00a7\u00a0106-107, 7\u00a0novembre 2017). En m\u00eame temps, elle estime qu\u2019il ne s\u2019impose pas de se pencher sur la question de savoir si le second requ\u00e9rant aurait d\u00fb introduire un recours en cassation devant la juridiction de quatri\u00e8me degr\u00e9 puisque le Gouvernement n\u2019a pas soulev\u00e9 d\u2019exception de non\u2011\u00e9puisement des voies de recours internes.<\/p>\n<p>113. Eu \u00e9gard \u00e0 ce qui pr\u00e9c\u00e8de, la Cour consid\u00e8re que la d\u00e9cision de la cour r\u00e9gionale de Yarsolavl du 13 novembre 2014 constitue la d\u00e9cision interne \u00ab\u00a0d\u00e9finitive\u00a0\u00bb au sens de l\u2019article 35\u00a0\u00a7\u00a01 de la Convention et que, ayant introduit sa requ\u00eate le 24 avril 2015, le second requ\u00e9rant a donc respect\u00e9 le d\u00e9lai de six mois pr\u00e9vu par cette disposition.<\/p>\n<p>114. Constatant par ailleurs que ce grief n\u2019est pas manifestement mal fond\u00e9 ni irrecevable pour un autre motif vis\u00e9 \u00e0 l\u2019article\u00a035 de la Convention, la Cour le d\u00e9clare recevable.<\/p>\n<p><strong>B. Sur le fond<\/strong><\/p>\n<p><em>1. Th\u00e8ses des parties<\/em><\/p>\n<p>a) Le second requ\u00e9rant<\/p>\n<p>115. Le second requ\u00e9rant soutient que l\u2019ing\u00e9rence litigieuse ne peut \u00eatre consid\u00e9r\u00e9e comme \u00ab\u00a0pr\u00e9vue\u00a0\u00bb par la loi au motif que l\u2019application de la loi no\u00a064\u2011FZ \u00e0 son \u00e9gard \u00e9tait impr\u00e9visible au moment de sa condamnation p\u00e9nale en 2007.<\/p>\n<p>116. S\u2019agissant des buts de l\u2019ing\u00e9rence, le second requ\u00e9rant indique que la liste des infractions dont les auteurs sont susceptibles d\u2019\u00eatre plac\u00e9s sous surveillance administrative manque de coh\u00e9rence\u00a0: y figureraient, d\u2019un c\u00f4t\u00e9, des crimes particuli\u00e8rement graves passibles d\u2019une peine d\u2019emprisonnement de vingt ans et, de l\u2019autre, des infractions de gravit\u00e9 moyenne (paragraphe\u00a034 ci\u2011dessus).<\/p>\n<p>117. Le second requ\u00e9rant soutient ensuite que le but de la pr\u00e9vention de la d\u00e9linquance \u00e9voqu\u00e9 par le Gouvernement est contredit par des donn\u00e9es statistiques du d\u00e9partement de la justice de la Cour supr\u00eame russe dont il fait sa propre analyse. S\u2019appuyant sur la lecture faite par lui de ces donn\u00e9es, il soutient qu\u2019il n\u2019y a pas d\u2019\u00e9l\u00e9ments susceptibles d\u2019\u00e9tayer la th\u00e8se du Gouvernement selon laquelle la surveillance administrative permet de r\u00e9duire la r\u00e9cidive. L\u2019int\u00e9ress\u00e9 argue que, depuis 2011, aucune \u00e9valuation officielle ou non officielle n\u2019a \u00e9t\u00e9 men\u00e9e pour mesurer l\u2019impact de la surveillance administrative sur le taux de criminalit\u00e9 en g\u00e9n\u00e9ral, ou bien l\u2019impact de la restriction \u00e0 la libert\u00e9 de circulation sur le taux de r\u00e9cidive des anciens condamn\u00e9s.<\/p>\n<p>118. Le second requ\u00e9rant indique ensuite que la dur\u00e9e pour laquelle les mesures litigieuses ont \u00e9t\u00e9 impos\u00e9es, six ans en l\u2019occurrence, peut \u00eatre compar\u00e9e \u00e0 celle examin\u00e9e dans l\u2019affaire Rosengren c. Roumanie (no\u00a070786\/01, \u00a7\u00a038, 24 avril 2008), dans laquelle la Cour a conclu que l\u2019interdiction de quitter la ville pendant six ans et trois mois \u00e9tait en soi suffisante pour emporter violation de l\u2019article 2 du Protocole no\u00a04 \u00e0 la Convention. L\u2019int\u00e9ress\u00e9 signale que l\u2019affaire Rosengren, pr\u00e9cit\u00e9e, et les affaires auxquelles celle\u2011ci se r\u00e9f\u00e8re concernaient des mesures restrictives \u00e0 la libert\u00e9 de circulation impos\u00e9es au cours d\u2019une enqu\u00eate p\u00e9nale alors que, en l\u2019esp\u00e8ce, les mesures litigieuses lui ont \u00e9t\u00e9 impos\u00e9es bien apr\u00e8s sa condamnation au p\u00e9nal et sa remise en libert\u00e9 cons\u00e9cutive \u00e0 l\u2019ex\u00e9cution de la peine d\u2019emprisonnement.<\/p>\n<p>119. Pour le second requ\u00e9rant, l\u2019impossibilit\u00e9 de fixer une dur\u00e9e plus courte que celle pr\u00e9vue par la loi no\u00a064\u2011FZ emp\u00eache le juge charg\u00e9 d\u2019appliquer la surveillance administrative de proc\u00e9der \u00e0 une \u00e9valuation individualis\u00e9e de la situation de la personne concern\u00e9e par cette mesure. L\u2019int\u00e9ress\u00e9 fait remarquer \u00e0 cet \u00e9gard que la dur\u00e9e pour laquelle est \u00e9tablie la surveillance administrative est plus longue que celle pr\u00e9vue pour la peine restrictive de libert\u00e9 (paragraphe 46 ci\u2011dessus).<\/p>\n<p>120. \u00c0 l\u2019appui de son argument quant \u00e0 l\u2019absence d\u2019approche individualis\u00e9e lors de l\u2019examen des demandes de placement sous surveillance administrative, le second requ\u00e9rant soumet des donn\u00e9es statistiques de la Cour supr\u00eame russe pour l\u2019ann\u00e9e 2017 selon lesquelles les juridictions internes ont fait droit \u00e0 51\u00a0332 demandes de placement sous surveillance administrative sur 52\u00a0609, soit un taux de 97,6\u00a0%. Selon l\u2019int\u00e9ress\u00e9, les juridictions charg\u00e9es d\u2019examiner les demandes de placement sous surveillance administrative ne disposent pas de suffisamment de discr\u00e9tion quant \u00e0 la d\u00e9cision \u00e0 prendre, par exemple pour rejeter une demande d\u2019application de cette mesure si la personne a \u00e9t\u00e9 qualifi\u00e9e de \u00ab\u00a0transgresseur av\u00e9r\u00e9\u00a0\u00bb du r\u00e9gime carc\u00e9ral pendant l\u2019ex\u00e9cution de la peine, si elle a \u00e9t\u00e9 condamn\u00e9e en r\u00e9cidive, ou bien si elle a \u00e9t\u00e9 condamn\u00e9e pour les infractions \u00e9num\u00e9r\u00e9es dans la loi no\u00a064\u2011FZ. S\u2019appuyant toujours sur les donn\u00e9es statistiques pour l\u2019ann\u00e9e 2017, le second requ\u00e9rant indique avoir trouv\u00e9 seulement trente d\u00e9cisions dans lesquelles les juridictions ont refus\u00e9 de mettre en place la surveillance administrative. Il pr\u00e9cise que, dans le cas des d\u00e9cisions ayant partiellement accueilli les demandes de placement sous surveillance administrative, les motifs sous\u2011tendant les refus sont tr\u00e8s peu d\u00e9velopp\u00e9s.<\/p>\n<p>b) Le Gouvernement<\/p>\n<p>121. Le Gouvernement reconna\u00eet que les mesures impos\u00e9es au second requ\u00e9rant dans le cadre de la surveillance administrative ont entra\u00een\u00e9 \u00e0 son \u00e9gard des restrictions \u00e0 la libert\u00e9 de circulation et au choix de la r\u00e9sidence au sens de l\u2019article 2 du Protocole no\u00a04 \u00e0 la Convention. Il soutient toutefois que lesdites restrictions \u00e9taient pr\u00e9vues par la loi, notamment par la loi no\u00a064\u2011FZ, poursuivaient les buts l\u00e9gitimes \u00e9num\u00e9r\u00e9s \u00e0 l\u2019article 2 de ladite loi (paragraphe 33 ci\u2011dessus) et \u00e9taient n\u00e9cessaires dans une soci\u00e9t\u00e9 d\u00e9mocratique.<\/p>\n<p>122. S\u2019agissant notamment de l\u2019obligation pour le second requ\u00e9rant de se pr\u00e9senter une fois par mois \u00e0 l\u2019autorit\u00e9 charg\u00e9e de la surveillance administrative, le Gouvernement indique qu\u2019il s\u2019agissait de la fr\u00e9quence minimale pr\u00e9vue par l\u2019article 4 de la loi no\u00a064\u2011FZ (paragraphe 37 ci\u2011dessus). Il ajoute que le second requ\u00e9rant s\u2019est vu imposer seulement un des quatre types de restrictions pr\u00e9vues par l\u2019article\u00a04 de la loi no\u00a064\u2011FZ, notamment l\u2019interdiction de quitter le domicile pendant une plage horaire d\u00e9termin\u00e9e (en l\u2019occurrence entre 22 heures et 6\u00a0heures). Il pr\u00e9cise que les juridictions internes ont consid\u00e9r\u00e9 cette mesure comme n\u00e9cessaire eu \u00e9gard \u00e0 la gravit\u00e9 des infractions commises par l\u2019int\u00e9ress\u00e9 et \u00e0 son comportement pendant l\u2019ex\u00e9cution de la peine. Il renvoie en outre aux conclusions de l\u2019instance d\u2019appel selon lesquelles l\u2019int\u00e9ress\u00e9 pouvait demander la lev\u00e9e avant terme de la restriction en question sous condition de bonne conduite (paragraphe\u00a027 ci\u2011dessus).<\/p>\n<p><em>2. Appr\u00e9ciation de la Cour<\/em><\/p>\n<p>123. La Cour constate d\u2019embl\u00e9e que le Gouvernement ne conteste pas que les obligations et restrictions impos\u00e9es au second requ\u00e9rant dans le cadre de sa surveillance administrative constituaient une ing\u00e9rence dans le droit de l\u2019int\u00e9ress\u00e9 \u00e0 la libert\u00e9 de circulation et au choix de sa r\u00e9sidence. En revanche, le Gouvernement ne s\u2019est pas prononc\u00e9 sur la question de savoir si les astreintes en cause doivent \u00eatre consid\u00e9r\u00e9es s\u00e9par\u00e9ment ou cumulativement.<\/p>\n<p>124. La Cour observe qu\u2019il s\u2019agit en l\u2019esp\u00e8ce de plusieurs mesures\u00a0: d\u2019une part, de l\u2019obligation de se pr\u00e9senter une fois par mois \u00e0 l\u2019autorit\u00e9 charg\u00e9e de la surveillance administrative et de l\u2019interdiction de quitter le domicile entre 22 heures et 6 heures, mesures fond\u00e9es sur l\u2019article 4 de la loi no\u00a064\u2011FZ (paragraphe 37 ci\u2011dessus) et impos\u00e9es au second requ\u00e9rant par la d\u00e9cision du 19 d\u00e9cembre 2013 (paragraphe 25 ci\u2011dessus), et, d\u2019autre part, de l\u2019obligation de signaler le changement du lieu de domicile dans un d\u00e9lai de trois jours ouvr\u00e9s, mesure fond\u00e9e sur l\u2019article 11 de la loi no\u00a064\u2011FZ (paragraphe 41 ci\u2011dessus) et d\u00e9coulant automatiquement de cette disposition du fait du placement de l\u2019int\u00e9ress\u00e9 sous surveillance administrative.<\/p>\n<p>125. La Cour rappelle avoir jug\u00e9 que l\u2019interdiction de sortir pendant la nuit constituait une atteinte \u00e0 la libert\u00e9 de circulation (De Tommaso, pr\u00e9cit\u00e9, \u00a7\u00a088). Elle note par ailleurs que l\u2019obligation de se pr\u00e9senter \u00e0 la police \u00e0 des intervalles r\u00e9guliers figurait parmi les mesures de pr\u00e9vention personnelles examin\u00e9es dans l\u2019affaire De Tommaso (pr\u00e9cit\u00e9e, \u00a7\u00a7\u00a017 et 89\u00a0; voir \u00e9galement les affaires cit\u00e9es au paragraphe 84 de cet arr\u00eat) auxquelles s\u2019appliquait l\u2019article 2 du Protocole no\u00a04 \u00e0 la Convention. Enfin, la Cour rappelle avoir \u00e9galement jug\u00e9 que l\u2019obligation de faire enregistrer aupr\u00e8s de la police tout changement du lieu de r\u00e9sidence sous peine d\u2019exposition \u00e0 des sanctions entrait dans le champ d\u2019application de cette disposition (Bolat c.\u00a0Russie, no\u00a014139\/03, \u00a7\u00a066, CEDH 2006\u2011XI (extraits)). Eu \u00e9gard \u00e0 cette jurisprudence, la Cour estime que les mesures de surveillance administrative mentionn\u00e9es au paragraphe 123 ci\u2011dessus, qu\u2019elles soient examin\u00e9es s\u00e9par\u00e9ment ou cumulativement, constituaient une ing\u00e9rence dans le droit du second requ\u00e9rant \u00e0 la libert\u00e9 de circulation, prot\u00e9g\u00e9 par l\u2019article 2 du Protocole no\u00a04.<\/p>\n<p>126. Selon la jurisprudence de la Cour, toute mesure restreignant le droit \u00e0 la libert\u00e9 de circulation doit \u00eatre pr\u00e9vue par la loi, poursuivre l\u2019un des buts l\u00e9gitimes vis\u00e9s au troisi\u00e8me paragraphe de l\u2019article 2 du Protocole no\u00a04 et \u00eatre n\u00e9cessaire dans une soci\u00e9t\u00e9 d\u00e9mocratique (De Tommaso, pr\u00e9cit\u00e9, \u00a7\u00a0104).<\/p>\n<p>127. En l\u2019esp\u00e8ce, la Cour constate que les mesures litigieuses avaient une base l\u00e9gale dans le droit interne russe, notamment la loi no\u00a064\u2011FZ, dont les dispositions sont entr\u00e9es en vigueur le 1er juillet 2011 (paragraphe 32 ci\u2011dessus). Elle consid\u00e8re que la loi no\u00a064\u2011FZ r\u00e9pondait \u00e0 la condition de l\u2019accessibilit\u00e9, ce que d\u2019ailleurs le second requ\u00e9rant ne conteste pas. En revanche, l\u2019int\u00e9ress\u00e9 conteste le caract\u00e8re pr\u00e9visible de ladite loi au motif que celle-ci a \u00e9t\u00e9 appliqu\u00e9e r\u00e9troactivement aux personnes condamn\u00e9es avant son entr\u00e9e en vigueur.<\/p>\n<p>128. Eu \u00e9gard \u00e0 sa conclusion selon laquelle les mesures litigieuses ne constituaient pas une peine au sens de l\u2019article 7 de la Convention (paragraphe 81 ci\u2011dessus), la Cour estime que l\u2019imposition par la loi no\u00a064\u2011FZ \u00e0 l\u2019\u00e9gard des personnes condamn\u00e9es \u00e0 des peines privatives de libert\u00e9 de mesures de pr\u00e9vention en prenant en compte leur comportement ant\u00e9rieur \u00e0 l\u2019entr\u00e9e en vigueur de cette loi n\u2019est pas probl\u00e9matique. Elle doit cependant v\u00e9rifier si les dispositions de ladite loi \u00e9taient suffisamment pr\u00e9cises quant \u00e0 leur port\u00e9e temporelle et \u00e0 la cat\u00e9gorie des personnes vis\u00e9es.<\/p>\n<p>129. La Cour rel\u00e8ve \u00e0 cet \u00e9gard que, \u00e0 l\u2019\u00e9poque pertinente, l\u2019article 3 de la loi no\u00a064\u2011FZ d\u00e9crivait en d\u00e9tail les cat\u00e9gories de personnes vis\u00e9es par la surveillance administrative et se basait sur des crit\u00e8res objectifs tels que l\u2019existence d\u2019un \u00e9tat de condamn\u00e9 non effac\u00e9 ou retir\u00e9, la gravit\u00e9 de l\u2019infraction, le type de r\u00e9cidive, l\u2019attribution de la qualit\u00e9 de \u00ab\u00a0transgresseur av\u00e9r\u00e9\u00a0\u00bb du r\u00e9gime carc\u00e9ral et la commission d\u2019infractions p\u00e9nales ou administratives sp\u00e9cifiques (paragraphes 34\u201136 ci\u2011dessus). Aucun de ces crit\u00e8res ne laissait place \u00e0 une appr\u00e9ciation discr\u00e9tionnaire des juridictions nationales quant aux destinataires des mesures de pr\u00e9vention (voir, a\u00a0contrario, De Tommaso, \u00a7\u00a7\u00a0116\u2011117). Selon les articles 5 et 13 de la loi no\u00a064\u2011FZ, la dur\u00e9e de la surveillance administrative ne pouvait d\u00e9passer celle de l\u2019existence de l\u2019\u00e9tat de condamn\u00e9, conform\u00e9ment \u00e0 l\u2019article 86 du CP (paragraphes 39 et\u00a042 ci\u2011dessus). Par cons\u00e9quent, la Cour estime que la loi no\u00a064\u2011FZ \u00e9tait suffisamment pr\u00e9visible quant \u00e0 la cat\u00e9gorie des personnes susceptibles d\u2019\u00eatre concern\u00e9es par son application et \u00e0 sa port\u00e9e temporelle.<\/p>\n<p>130. La Cour note que le second requ\u00e9rant relevait de la cat\u00e9gorie des personnes vis\u00e9es par l\u2019article 3\u00a0\u00a7\u00a02 alin\u00e9a 2 de la loi no\u00a064\u2011FZ (paragraphe\u00a036 ci\u2011dessus), c\u2019est\u2011\u00e0\u2011dire celles qui, au moment de l\u2019entr\u00e9e en vigueur de la loi, se trouvaient en \u00e9tat de condamn\u00e9 pour une infraction commise en r\u00e9cidive dangereuse et devaient faire l\u2019objet d\u2019une surveillance administrative automatiquement, ind\u00e9pendamment de leur conduite au cours de l\u2019ex\u00e9cution de la peine.<\/p>\n<p>131. La Cour note ensuite que le second requ\u00e9rant n\u2019a pas contest\u00e9 la pr\u00e9visibilit\u00e9 de la loi en question quant \u00e0 la port\u00e9e des restrictions et obligations pr\u00e9vues par ses articles 4 et 11. L\u2019int\u00e9ress\u00e9 n\u2019a par ailleurs pas fait l\u2019objet des trois autres types de restrictions \u00e9num\u00e9r\u00e9es \u00e0 l\u2019article 4 no\u00a064\u2011FZ, notamment des interdictions de se rendre en certains lieux particuliers ou en des lieux d\u2019\u00e9v\u00e9nements publics ou d\u2019autres rassemblements (voir, a\u00a0contrario, De Tommaso, pr\u00e9cit\u00e9, \u00a7\u00a7\u00a0119\u2011123). La Cour rappelle qu\u2019il lui incombe non pas d\u2019examiner in abstracto la l\u00e9gislation et la pratique pertinentes, mais de rechercher si la mani\u00e8re dont elles ont \u00e9t\u00e9 appliqu\u00e9es dans une affaire donn\u00e9e s\u2019analyse en une violation (Hauschildt c.\u00a0Danemark, 24 mai 1989, \u00a7 45, s\u00e9rie A no\u00a0154). Dans ces circonstances, elle estime qu\u2019il n\u2019est pas n\u00e9cessaire d\u2019examiner la question de savoir si la port\u00e9e des obligations et restrictions susmentionn\u00e9es \u00e9tait suffisamment pr\u00e9visible.<\/p>\n<p>132. S\u2019agissant des buts des mesures litigieuses, la Cour prend note de la position du Gouvernement, qui renvoie \u00e0 l\u2019article 2 de la loi no\u00a064\u2011FZ, selon lequel la surveillance administrative vise entre autres \u00e0 la pr\u00e9vention de la d\u00e9linquance et de la r\u00e9cidive (paragraphe 33 ci\u2011dessus). Bien que le second requ\u00e9rant conteste la th\u00e8se du gouvernement d\u00e9fendeur \u00e0 cet \u00e9gard, notamment en ce qui concerne le but de la pr\u00e9vention de la r\u00e9cidive (paragraphe 116 ci\u2011dessus), la Cour estime qu\u2019il remet en cause non pas ce but en tant que tel, mais l\u2019efficacit\u00e9 des mesures mises en place pour l\u2019atteindre. Or il convient de souligner qu\u2019elle est appel\u00e9e \u00e0 se prononcer en l\u2019esp\u00e8ce non pas sur l\u2019efficacit\u00e9 des mesures concr\u00e8tes instaur\u00e9es par la loi no\u00a064\u2011FZ, mais seulement sur la l\u00e9gitimit\u00e9 des buts invoqu\u00e9s par le Gouvernement au regard de l\u2019article\u00a02\u00a0\u00a7\u00a03 du Protocole no\u00a04. En l\u2019occurrence, la Cour note que, se fondant sur l\u2019article 2 de la loi no\u00a064\u2011FZ, les juridictions internes ont motiv\u00e9 le placement du second requ\u00e9rant sous surveillance administrative par le besoin de pr\u00e9venir la r\u00e9cidive (paragraphes 25 et 27 ci\u2011dessus). Elle estime que les mesures restrictives \u00e0 la libert\u00e9 de circulation de l\u2019int\u00e9ress\u00e9 poursuivaient donc le but de la \u00ab\u00a0pr\u00e9vention des infractions p\u00e9nales\u00a0\u00bb. Reste \u00e0 savoir si ces mesures \u00e9taient \u00ab\u00a0n\u00e9cessaires, dans une soci\u00e9t\u00e9 d\u00e9mocratique\u00a0\u00bb, en particulier si elles \u00e9taient proportionn\u00e9es aux buts poursuivis.<\/p>\n<p>133. S\u2019agissant de la proportionnalit\u00e9 d\u2019une mesure restreignant la libert\u00e9 de circulation, la Cour rappelle que celle-ci ne se justifie qu\u2019aussi longtemps qu\u2019elle tend effectivement \u00e0 la r\u00e9alisation de l\u2019objectif qu\u2019elle est cens\u00e9e poursuivre (Riener c. Bulgarie, no 46343\/99, \u00a7\u00a0122, 23 mai 2006, et Villa c. Italie, no\u00a019675\/06, \u00a7\u00a047, 20 avril 2010). Par ailleurs, f\u00fbt-elle justifi\u00e9e au d\u00e9part, une mesure restreignant la libert\u00e9 de circulation d\u2019une personne peut devenir disproportionn\u00e9e et violer les droits de cette personne si elle se prolonge automatiquement pendant longtemps (F\u00f6ldes et F\u00f6ldesn\u00e9Hajlik c. Hongrie, no 41463\/02, \u00a7\u00a035, CEDH 2006\u2011XII). Les autorit\u00e9s ne peuvent prolonger longtemps des mesures restreignant la libert\u00e9 de circulation d\u2019une personne sans r\u00e9examiner, au moyen de contr\u00f4les p\u00e9riodiques, si elles sont justifi\u00e9es (ibidem, \u00a7\u00a036). La fr\u00e9quence de pareils contr\u00f4les d\u00e9pend de la nature des restrictions en cause et des circonstances particuli\u00e8res de chaque affaire (Villa, pr\u00e9cit\u00e9, \u00a7\u00a048). Ces contr\u00f4les doivent normalement \u00eatre assur\u00e9s, au moins en dernier ressort, par le pouvoir judiciaire, car celui-ci offre les meilleures garanties d\u2019ind\u00e9pendance, d\u2019impartialit\u00e9 et de r\u00e9gularit\u00e9 des proc\u00e9dures (Battista c. Italie, no 43978\/09, \u00a7\u00a042, CEDH 2014). L\u2019\u00e9tendue du contr\u00f4le juridictionnel doit permettre au tribunal de tenir compte de tous les \u00e9l\u00e9ments, y compris ceux li\u00e9s \u00e0 la proportionnalit\u00e9 de la mesure restrictive (ibidem).<\/p>\n<p>134. La Cour note que, en droit interne, la dur\u00e9e de la surveillance administrative est fix\u00e9e par la loi et ne d\u00e9pend pas de l\u2019appr\u00e9ciation du juge, qui, comme l\u2019indique \u00e0 bon droit le second requ\u00e9rant (paragraphe 119 ci\u2011dessus), n\u2019a pas comp\u00e9tence pour la r\u00e9duire en fonction des circonstances propres \u00e0 la personne concern\u00e9e. En effet, conform\u00e9ment \u00e0 l\u2019article 5 de la loi no\u00a064\u2011FZ (paragraphe 39 ci\u2011dessus), les personnes condamn\u00e9es pour une infraction commise en r\u00e9cidive dangereuse sont automatiquement plac\u00e9es sous surveillance administrative pour toute la dur\u00e9e de l\u2019existence de l\u2019\u00e9tat de condamn\u00e9, qui, selon l\u2019article 86\u00a0\u00a7\u00a03\u00a0d) du CP dans sa version en vigueur depuis le 3 ao\u00fbt 2013, est de huit ans (paragraphes 49\u201150 ci\u2011dessus).<\/p>\n<p>135. Cependant, la Cour rel\u00e8ve que l\u2019article 4\u00a0\u00a7\u00a03 la loi no\u00a064\u2011FZ permet \u00e0 la personne plac\u00e9e sous surveillance administrative de soumettre une demande de lev\u00e9e partielle des restrictions impos\u00e9es \u00e0 son \u00e9gard. Selon le libell\u00e9 de cet article, les juridictions internes peuvent prendre en compte l\u2019ensemble des \u00e9l\u00e9ments relatifs au comportement de la personne concern\u00e9e pour trancher la question de la lev\u00e9e des restrictions en cause (paragraphe 38 ci\u2011dessus). La Cour en d\u00e9duit que la loi en question pr\u00e9voit la possibilit\u00e9 de contr\u00f4les juridictionnels p\u00e9riodiques de la n\u00e9cessit\u00e9 du maintien des restrictions dont l\u2019imposition n\u2019est pas obligatoire au sens de son article 4, notamment l\u2019interdiction de sortir du domicile entre 22 heures et 6 heures. \u00c9tant donn\u00e9 qu\u2019il ne ressort pas des \u00e9l\u00e9ments du dossier soumis \u00e0 la Cour que le second requ\u00e9rant ait pr\u00e9sent\u00e9 une demande en ce sens (voir, \u00e0 titre d\u2019exemple, les paragraphes 18\u201119 ci\u2011dessus en ce qui concerne la demande formul\u00e9e en ce sens par le premier requ\u00e9rant), il n\u2019y a pas lieu pour elle d\u2019examiner si l\u2019\u00e9tendue du contr\u00f4le juridictionnel \u00e9tait suffisante en pratique.<\/p>\n<p>136. S\u2019agissant ensuite des mesures dont l\u2019imposition est obligatoire en application de l\u2019article 4 de la loi no\u00a064\u2011FZ, notamment l\u2019obligation de se pr\u00e9senter une fois par mois \u00e0 l\u2019autorit\u00e9 charg\u00e9e de la surveillance administrative, impos\u00e9e en l\u2019occurrence \u00e0 l\u2019\u00e9gard du second requ\u00e9rant, la Cour constate que la fr\u00e9quence de contr\u00f4les p\u00e9riodiques de la n\u00e9cessit\u00e9 de leur maintien est r\u00e9gie par l\u2019article 9\u00a0\u00a7\u00a7\u00a02 et\u00a03 de la loi no\u00a064\u2011FZ. En effet, cette disposition pr\u00e9voit que la personne plac\u00e9e sous surveillance administrative peut demander l\u2019arr\u00eat anticip\u00e9 de ce r\u00e9gime en tant que tel apr\u00e8s l\u2019\u00e9coulement de la moiti\u00e9 de la dur\u00e9e pour laquelle celui-ci a \u00e9t\u00e9 appliqu\u00e9 et que, en cas de rejet de la demande, une nouvelle demande d\u2019arr\u00eat anticip\u00e9 de la surveillance administrative ne peut \u00eatre introduite que six mois apr\u00e8s ledit rejet (paragraphe 40 ci\u2011dessus\u00a0; voir, \u00e9galement, les paragraphes 20\u201122 ci\u2011dessus en ce qui concerne l\u2019application de cette disposition \u00e0 l\u2019\u00e9gard du premier requ\u00e9rant).<\/p>\n<p>137. La Cour rel\u00e8ve que le second requ\u00e9rant avait \u00e9t\u00e9 condamn\u00e9 pour une infraction grave et que les juridictions ont estim\u00e9 que le d\u00e9lai d\u2019effacement de l\u2019\u00e9tat de condamn\u00e9 \u00e9tait pour lui de six ans suivant l\u2019ex\u00e9cution de sa peine (voir paragraphes 25 et 39 ci-dessus). Il s\u2019ensuit que le contr\u00f4le de la n\u00e9cessit\u00e9 de maintenir celui-ci sous surveillance administrative, et par cons\u00e9quent de l\u2019obliger \u00e0 se pr\u00e9senter \u00e0 l\u2019autorit\u00e9 comp\u00e9tente une fois par mois, ne pouvait \u00eatre effectu\u00e9, \u00e0 l\u2019initiative de l\u2019int\u00e9ress\u00e9, qu\u2019apr\u00e8s l\u2019\u00e9coulement d\u2019une p\u00e9riode initiale de trois ans. Cependant, eu \u00e9gard \u00e0 la nature de la restriction en cause et en particulier \u00e0 la fr\u00e9quence peu \u00e9lev\u00e9e de pr\u00e9sentation personnelle impos\u00e9e \u00e0 l\u2019int\u00e9ress\u00e9, la Cour estime que cette circonstance ne peut passer pour incompatible avec l\u2019exigence de contr\u00f4le p\u00e9riodique. Elle constate en outre que, apr\u00e8s cette p\u00e9riode initiale, la n\u00e9cessit\u00e9 de maintenir la mesure litigieuse pouvait faire l\u2019objet d\u2019un contr\u00f4le juridictionnel \u00e0 des intervalles de six mois entre chaque rejet d\u2019une \u00e9ventuelle demande d\u2019arr\u00eat anticip\u00e9 de la mesure faite par l\u2019int\u00e9ress\u00e9.<\/p>\n<p>138. \u00c0 la lumi\u00e8re de ce qui pr\u00e9c\u00e8de, la Cour estime que les mesures de surveillance administrative appliqu\u00e9es au second requ\u00e9rant ont \u00e9t\u00e9 proportionn\u00e9es aux buts poursuivis.<\/p>\n<p>139. Partant, il n\u2019y a pas eu violation de l\u2019article 2 du Protocole no\u00a04 \u00e0 la Convention.<\/p>\n<p>VI. SUR L\u2019APPLICATION DE L\u2019ARTICLE\u00a041 DE LA CONVENTION<\/p>\n<p>140. Aux termes de l\u2019article 41 de la Convention\u00a0:<\/p>\n<p>\u00ab\u00a0Si la Cour d\u00e9clare qu\u2019il y a eu violation de la Convention ou de ses Protocoles, et si le droit interne de la Haute Partie contractante ne permet d\u2019effacer qu\u2019imparfaitement les cons\u00e9quences de cette violation, la Cour accorde \u00e0 la partie l\u00e9s\u00e9e, s\u2019il y a lieu, une satisfaction \u00e9quitable.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p><strong>A. Dommage<\/strong><\/p>\n<p>141. Les requ\u00e9rants ne r\u00e9clament pas d\u2019indemnisation au titre du pr\u00e9judice mat\u00e9riel qu\u2019ils auraient pu subir et s\u2019en remettent \u00e0 la sagesse de la Cour pour l\u2019\u00e9valuation de leur pr\u00e9judice moral.<\/p>\n<p>142. Le Gouvernement estime que, si la Cour \u00e9tait amen\u00e9e \u00e0 trouver une violation de la Convention dans le cas d\u2019esp\u00e8ce, le montant de la satisfaction \u00e9quitable devrait \u00eatre \u00e9tabli conform\u00e9ment \u00e0 sa jurisprudence.<\/p>\n<p>143. Eu \u00e9gard aux circonstances de la pr\u00e9sente esp\u00e8ce et au constat de violation de la Convention auquel elle est parvenue, la Cour consid\u00e8re que le premier requ\u00e9rant a connu une d\u00e9tresse et une frustration qui ne sauraient \u00eatre r\u00e9par\u00e9es par le seul constat de violation. Elle estime qu\u2019il y a lieu d\u2019octroyer 4\u00a0000 euros (EUR) au premier requ\u00e9rant au titre du pr\u00e9judice moral.<\/p>\n<p><strong>B. Frais et d\u00e9pens<\/strong><\/p>\n<p>144. Les requ\u00e9rants r\u00e9clament 9\u00a0000 EUR au titre des frais et d\u00e9pens qu\u2019ils disent avoir engag\u00e9s dans le cadre de la proc\u00e9dure men\u00e9e devant la Cour. Ils demandent par ailleurs que le montant octroy\u00e9 par la Cour soit vers\u00e9 directement sur le compte bancaire de leur repr\u00e9sentant, M.\u00a0K.\u00a0N.\u00a0Koroteev.<\/p>\n<p>145. Le Gouvernement ne s\u2019est pas prononc\u00e9 sur ce point.<\/p>\n<p>146. En l\u2019esp\u00e8ce, compte tenu des documents dont elle dispose et de sa jurisprudence, et eu \u00e9gard au fait qu\u2019une partie des requ\u00eates a \u00e9t\u00e9 rejet\u00e9e, la Cour juge raisonnable d\u2019allouer au premier requ\u00e9rant la somme de 4\u00a0000\u00a0EUR, \u00e0 verser sur le compte bancaire de M.\u00a0K.\u00a0N.\u00a0Koroteev.<\/p>\n<p><strong>C. Int\u00e9r\u00eats moratoires<\/strong><\/p>\n<p>147. La Cour juge appropri\u00e9 de calquer le taux des int\u00e9r\u00eats moratoires sur le taux d\u2019int\u00e9r\u00eat de la facilit\u00e9 de pr\u00eat marginal de la Banque centrale europ\u00e9enne major\u00e9 de trois points de pourcentage.<\/p>\n<p><strong>PAR CES MOTIFS, LA COUR,<\/strong><\/p>\n<p>1. D\u00e9cide, \u00e0 l\u2019unanimit\u00e9, de joindre les requ\u00eates\u00a0;<\/p>\n<p>2. D\u00e9clare, \u00e0 l\u2019unanimit\u00e9, le grief tir\u00e9 de l\u2019article 6\u00a0\u00a7\u00a01 de la Convention en ce qui concerne la requ\u00eate no\u00a045431\/14 et le grief tir\u00e9 de l\u2019article 2 du Protocole no\u00a04 \u00e0 la Convention en ce qui concerne la requ\u00eate no\u00a022769\/15 recevables et le surplus desdites requ\u00eates irrecevable\u00a0;<\/p>\n<p>3. Dit, \u00e0 l\u2019unanimit\u00e9, qu\u2019il y a eu violation de l\u2019article 6\u00a0\u00a7\u00a01 de la Convention dans le chef du premier requ\u00e9rant (requ\u00eate no\u00a045431\/14)\u00a0;<\/p>\n<p>4. Dit, par six voix contre une, qu\u2019il n\u2019y a pas eu violation de l\u2019article 2 du Protocole no\u00a04 \u00e0 la Convention dans le chef du deuxi\u00e8me requ\u00e9rant (requ\u00eate no\u00a022769\/15)\u00a0;<\/p>\n<p>5. Dit, \u00e0 l\u2019unanimit\u00e9,<\/p>\n<p>a) que l\u2019\u00c9tat d\u00e9fendeur doit verser, dans un d\u00e9lai de trois mois \u00e0 compter de la date \u00e0 laquelle l\u2019arr\u00eat sera devenu d\u00e9finitif conform\u00e9ment \u00e0 l\u2019article\u00a044\u00a0\u00a7\u00a02 de la Convention, les sommes suivantes, \u00e0convertir dans la monnaie de l\u2019\u00c9tat d\u00e9fendeur au taux applicable \u00e0 la date du r\u00e8glement\u00a0:<\/p>\n<p>i. 4\u00a0000 EUR (quatre mille euros), plus tout montant pouvant \u00eatre d\u00fb sur ces sommes \u00e0 titre d\u2019imp\u00f4t, au premier requ\u00e9rant pour dommage moral\u00a0;<\/p>\n<p>ii. 4\u00a0000 EUR (quatre mille euros) au premier requ\u00e9rant, plus tout montant pouvant \u00eatre d\u00fb sur cette somme par lui \u00e0 titre d\u2019imp\u00f4t, pour frais et d\u00e9pens, \u00e0 verser sur le compte bancaire de son repr\u00e9sentant, M.\u00a0K.\u00a0N.\u00a0Koroteev\u00a0;<\/p>\n<p>b) qu\u2019\u00e0 compter de l\u2019expiration dudit d\u00e9lai et jusqu\u2019au versement, ces montants seront \u00e0 majorer d\u2019un int\u00e9r\u00eat simple \u00e0 un taux \u00e9gal \u00e0 celui de la facilit\u00e9 de pr\u00eat marginal de la Banque centrale europ\u00e9enne applicable pendant cette p\u00e9riode, augment\u00e9 de trois points de pourcentage\u00a0;<\/p>\n<p>6. Rejette, par six voix contre une, le surplus de la demande de satisfaction \u00e9quitable.<\/p>\n<p>Fait en fran\u00e7ais, puis communiqu\u00e9 par \u00e9crit le 19 janvier 2021, en application de l\u2019article\u00a077\u00a0\u00a7\u00a7\u00a02 et\u00a03 du r\u00e8glement.<\/p>\n<p>Olga Chernishova \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0Paul Lemmens<br \/>\nGreffi\u00e8re adjointe \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0Pr\u00e9sident<\/p>\n<div class=\"social-share-buttons\"><a href=\"https:\/\/www.facebook.com\/sharer\/sharer.php?u=https:\/\/loisdumonde.com\/?p=340\" target=\"_blank\" rel=\"noopener\">Facebook<\/a><a href=\"https:\/\/twitter.com\/intent\/tweet?url=https:\/\/loisdumonde.com\/?p=340&text=AFFAIRE+TIMOFEYEV+ET+POSTUPKIN+c.+RUSSIE+%28Cour+europ%C3%A9enne+des+droits+de+l%E2%80%99homme%29+Requ%C3%AAtes+nos+45431%2F14+et+22769%2F15\" target=\"_blank\" rel=\"noopener\">Twitter<\/a><a href=\"https:\/\/www.linkedin.com\/shareArticle?url=https:\/\/loisdumonde.com\/?p=340&title=AFFAIRE+TIMOFEYEV+ET+POSTUPKIN+c.+RUSSIE+%28Cour+europ%C3%A9enne+des+droits+de+l%E2%80%99homme%29+Requ%C3%AAtes+nos+45431%2F14+et+22769%2F15\" target=\"_blank\" rel=\"noopener\">LinkedIn<\/a><a href=\"https:\/\/pinterest.com\/pin\/create\/button\/?url=https:\/\/loisdumonde.com\/?p=340&description=AFFAIRE+TIMOFEYEV+ET+POSTUPKIN+c.+RUSSIE+%28Cour+europ%C3%A9enne+des+droits+de+l%E2%80%99homme%29+Requ%C3%AAtes+nos+45431%2F14+et+22769%2F15\" target=\"_blank\" rel=\"noopener\">Pinterest<\/a><\/div>","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>INTRODUCTION.\u00a0Les affaires concernent le placement des requ\u00e9rants sous surveillance administrative. 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