{"id":315,"date":"2021-02-11T13:06:34","date_gmt":"2021-02-11T13:06:34","guid":{"rendered":"https:\/\/loisdumonde.com\/?p=315"},"modified":"2021-02-11T13:06:34","modified_gmt":"2021-02-11T13:06:34","slug":"affaire-societe-anonyme-ahmet-nihat-ozsan-c-turquie-cour-europeenne-des-droits-de-lhomme-requete-no-62318-09","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/loisdumonde.com\/?p=315","title":{"rendered":"AFFAIRE SOCI\u00c9T\u00c9 ANONYME AHMET N\u0130HAT \u00d6ZSAN c. TURQUIE (Cour europ\u00e9enne des droits de l\u2019homme) Requ\u00eate no 62318\/09"},"content":{"rendered":"<p><strong>INTRODUCTION<\/strong>. La requ\u00eate concernele manque all\u00e9gu\u00e9 de coh\u00e9rence dans la jurisprudence de la Cour de cassation au sujet du pr\u00e9judice suppl\u00e9mentaire r\u00e9gi par l\u2019article 105<!--more--> du code des obligations (CO).<\/p>\n<p style=\"text-align: center;\">DEUXI\u00c8ME SECTION<br \/>\n<strong>AFFAIRE SOCI\u00c9T\u00c9 ANONYME AHMET N\u0130HAT \u00d6ZSAN c. TURQUIE<\/strong><br \/>\n<em>(Requ\u00eate no 62318\/09)<\/em><br \/>\nARR\u00caT<\/p>\n<p>Art 6 \u00a7 1 (civil) \u2022 Proc\u00e8s \u00e9quitable \u2022 D\u00e9faut all\u00e9gu\u00e9 de coh\u00e9rence dans la jurisprudence de la Cour de cassation \u2022 Divergence sur les principes applicables ayant conduit \u00e0 des solutions diam\u00e9tralement oppos\u00e9es \u2022 M\u00e9canisme pr\u00e9vu par le droit national n\u2019ayant pas permis de mettre un terme \u00e0 la divergence<\/p>\n<p style=\"text-align: center;\">STRASBOURG<br \/>\n9 f\u00e9vrier 2021<\/p>\n<p>Cet arr\u00eat deviendra d\u00e9finitif dans les conditions d\u00e9finies \u00e0 l\u2019article 44 \u00a7 2 de la Convention. Il peut subir des retouches de forme.<\/p>\n<p><strong>En l\u2019affaire Soci\u00e9t\u00e9 Anonyme Ahmet Nihat\u00d6zsan c. Turquie,<\/strong><\/p>\n<p>La Cour europ\u00e9enne des droits de l\u2019homme (deuxi\u00e8me section), si\u00e9geant en uneChambre compos\u00e9e de\u00a0:<\/p>\n<p>Jon Fridrik Kj\u00f8lbro, pr\u00e9sident,<br \/>\nMarko Bo\u0161njak,<br \/>\nAle\u0161 Pejchal,<br \/>\nEgidijus K\u016bris,<br \/>\nCarlo Ranzoni,<br \/>\nPauliine Koskelo,<br \/>\nSaadet Y\u00fcksel, juges,<\/p>\n<p>et de StanleyNaismith, greffierde section,<\/p>\n<p>Vu\u00a0:<\/p>\n<p>la requ\u00eate (no\u00a062318\/09) dirig\u00e9e contre la R\u00e9publique de Turquie et dont une soci\u00e9t\u00e9 priv\u00e9e relevant du droit de cet \u00c9tat, la Soci\u00e9t\u00e9 Anonyme Ahmet Nihat\u00d6zsan (\u00ab\u00a0la soci\u00e9t\u00e9 requ\u00e9rante\u00a0\u00bb), a saisi la Cour en vertu de l\u2019article\u00a034 de la Convention de sauvegarde des droits de l\u2019homme et des libert\u00e9s fondamentales (\u00ab\u00a0la Convention\u00a0\u00bb) le 23 novembre 2009,<\/p>\n<p>la d\u00e9cision du 21 janvier 2019 de porter la requ\u00eate \u00e0 la connaissance du gouvernement turc,<\/p>\n<p>les observations des parties,<\/p>\n<p>Apr\u00e8s en avoir d\u00e9lib\u00e9r\u00e9 en chambre du conseil le 15 d\u00e9cembre 2020,<\/p>\n<p>Rend l\u2019arr\u00eat que voici, adopt\u00e9 \u00e0 cette date\u00a0:<\/p>\n<p><strong>INTRODUCTION<\/strong><\/p>\n<p>1. La requ\u00eate concernele manque all\u00e9gu\u00e9 de coh\u00e9rence dans la jurisprudence de la Cour de cassation au sujet du pr\u00e9judice suppl\u00e9mentaire r\u00e9gi par l\u2019article 105 du code des obligations (CO).<\/p>\n<p><strong>EN FAIT<\/strong><\/p>\n<p>2. La soci\u00e9t\u00e9 Ahmet Nihat\u00d6zsan A.\u015e. (\u00ab\u00a0la soci\u00e9t\u00e9 requ\u00e9rante\u00a0\u00bb) est une soci\u00e9t\u00e9 anonyme op\u00e9rant dans le secteur de la construction et ayant son si\u00e8ge \u00e0 Istanbul. Elle a \u00e9t\u00e9 repr\u00e9sent\u00e9e par Me\u00a0O.\u00a0\u015eent\u00fcrk, avocat dans la m\u00eame ville.<\/p>\n<p>3. Le Gouvernement a \u00e9t\u00e9 repr\u00e9sent\u00e9 par son agent.<\/p>\n<p>4. \u00c0 l\u2019issue d\u2019un contentieux entre la soci\u00e9t\u00e9 requ\u00e9rante et l\u2019une de ses clientes ayant d\u00e9but\u00e9 en 1992 par une proc\u00e9dure d\u2019ex\u00e9cution forc\u00e9e, la soci\u00e9t\u00e9 requ\u00e9rante se vit octroyer, en 2002, une indemnit\u00e9 assortie d\u2019int\u00e9r\u00eats moratoires au titre de la responsabilit\u00e9 contractuelle de la partie adverse.<\/p>\n<p>5. Estimant que le taux d\u2019int\u00e9r\u00eat appliqu\u00e9 \u00e0 sa cr\u00e9ance ne suffisait pas \u00e0 couvrir son dommage, la soci\u00e9t\u00e9 requ\u00e9rante initia une action en pr\u00e9judice suppl\u00e9mentaire sur le fondement de l\u2019article 105 du CO en vigueur \u00e0 l\u2019\u00e9poque des faits. Elle arguait \u00e0 cet \u00e9gard que le taux d\u2019int\u00e9r\u00eat appliqu\u00e9 \u00e0 sa cr\u00e9ance \u00e9tait inf\u00e9rieur au taux d\u2019inflation.<\/p>\n<p>6. Par un jugement du 17 mars 2005, le tribunal de commerce d\u2019Istanbul (\u00ab\u00a0le tribunal\u00a0\u00bb) fit droit \u00e0 la demande et alloua \u00e0 la soci\u00e9t\u00e9 requ\u00e9rante la somme de 90\u00a0598\u00a0livres turques (TRY), soit environ 51 400 euros (EUR)\u00e0 cette date, au titre du pr\u00e9judice suppl\u00e9mentaire, ainsi que 7\u00a0005 TRY au titre des frais de repr\u00e9sentation par avocat et 2\u00a0524\u00a0TRY au titre des autres frais. Ces sommes furent assorties d\u2019int\u00e9r\u00eats \u00e0 calculer \u00e0 partir de 1997 \u00e0 des taux annuels allant de 30 \u00e0 60\u00a0% selon la p\u00e9riode.<\/p>\n<p>7. Le tribunal fonda son jugement sur un arr\u00eat de la 11e chambre civile de la Cour de cassation de 2000 selon lequel, \u00e0 moins qu\u2019un pr\u00e9judice plus important n\u2019ait \u00e9t\u00e9 prouv\u00e9, l\u2019indemnit\u00e9 pour pr\u00e9judice suppl\u00e9mentaire au sens de l\u2019article 105 du CO devait correspondre \u00e0 la diff\u00e9rence entre les int\u00e9r\u00eats moratoires per\u00e7us par le cr\u00e9ancier et la perte de pouvoir d\u2019achat dont avait souffert ce dernier entre la date de mise en demeure du d\u00e9biteur et la date de paiement de la cr\u00e9ance. Il indiqua que pour ce faire, le juge devait, pour chaque ann\u00e9e de la p\u00e9riode consid\u00e9r\u00e9e, \u00e9tablir un taux tenant compte de l\u2019indice des prix de gros, du taux de change et du taux de r\u00e9mun\u00e9ration des bons du Tr\u00e9sor et en d\u00e9duire le taux d\u2019int\u00e9r\u00eat dont la cr\u00e9ance avait \u00e9t\u00e9 assortie.<\/p>\n<p>8. Le 2 octobre 2006, ce jugement fut annul\u00e9 par la 15e chambre civile de la Cour de cassation au motif que la seule diff\u00e9rence entre la perte de pouvoir d\u2019achat (taux d\u2019inflation) et le taux d\u2019int\u00e9r\u00eat appliqu\u00e9 \u00e0 une cr\u00e9ance ne suffisait pas \u00e0 d\u00e9montrer l\u2019existence d\u2019un pr\u00e9judice suppl\u00e9mentaire au sens de la disposition l\u00e9gale invoqu\u00e9e. En effet, selon la haute juridiction, les donn\u00e9es \u00e9conomiques telles que le taux d\u2019inflation ou les taux de r\u00e9mun\u00e9ration des d\u00e9p\u00f4ts bancaires n\u2019\u00e9tablissaient pas de mani\u00e8re objective l\u2019existence d\u2019un pr\u00e9judice. La Cour de cassation estima que le demandeur devait d\u00e9montrer de fa\u00e7on concr\u00e8te qu\u2019il avait subi un pr\u00e9judice en raison du retard de paiement. Elle pr\u00e9cisa qu\u2019une telle preuve pouvait \u00eatre rapport\u00e9e, par exemple, lorsque l\u2019int\u00e9ress\u00e9 d\u00e9montrait avoir \u00e9t\u00e9 oblig\u00e9, pour payer son propre cr\u00e9ancier, de contracter un pr\u00eat bancaire \u00e0 un taux sup\u00e9rieur \u00e0 celui de l\u2019int\u00e9r\u00eat moratoire vers\u00e9 par son d\u00e9biteur. Elle conclut que le jugement du tribunal proc\u00e9dait donc d\u2019une interpr\u00e9tation inexacte de la loi.<\/p>\n<p>9. Par un arr\u00eat du 18 avril 2007, la m\u00eame chambre rejeta la demande en rectification d\u2019arr\u00eat form\u00e9e par la soci\u00e9t\u00e9 requ\u00e9rante.<\/p>\n<p>10. Le 8 octobre 2007, le tribunal de grande instance d\u00e9cida de se plier \u00e0 l\u2019appr\u00e9ciation de la 15e chambre civile de la Cour de cassation et rejeta l\u2019action au motif que les donn\u00e9es \u00e9conomiques d\u2019ordre g\u00e9n\u00e9ral pr\u00e9sent\u00e9es par la soci\u00e9t\u00e9 requ\u00e9rante \u00e0 l\u2019appui de ses pr\u00e9tentions n\u2019\u00e9taient pas de nature \u00e0 d\u00e9montrer l\u2019existence d\u2019un pr\u00e9judice suppl\u00e9mentaire au sens de l\u2019article\u00a0105 du CO.<\/p>\n<p>11. Le pourvoi et la demande en rectification d\u2019arr\u00eat form\u00e9s par la soci\u00e9t\u00e9 requ\u00e9rante furent rejet\u00e9s par la Cour de cassation par deux d\u00e9cisions respectivement en date du 26 mai 2008 et du 16 avril 2009.<\/p>\n<p>12. Le dernier arr\u00eat fut mis en notification le 11 juillet 2009.<\/p>\n<p>13. Entre-temps, le 31 ao\u00fbt 2008, la soci\u00e9t\u00e9 requ\u00e9rante avait pr\u00e9sent\u00e9 une demande d\u2019unification de la jurisprudence (paragraphes 33 \u00e0 35 ci\u2011dessous), estimant qu\u2019il existait une divergence dans la jurisprudence des chambres et de l\u2019Assembl\u00e9e g\u00e9n\u00e9rale des chambres civiles de la Cour de cassation (\u00ab\u00a0l\u2019AGCC\u00a0\u00bb) au sujet de l\u2019interpr\u00e9tation \u00e0 donner \u00e0 l\u2019article\u00a0105 du CO.<\/p>\n<p>14. Le 22 septembre 2008, le Conseil de la premi\u00e8re pr\u00e9sidence de la Cour de cassation (BirinciBa\u015fkanl\u0131kKurulu \u2013 \u00ab\u00a0le CPP\u00a0\u00bb) d\u00e9cida de rejeter cette demande en faisant r\u00e9f\u00e9rence \u00e0 une d\u00e9cision d\u00e9j\u00e0 rendue au sujet d\u2019une demande similaire en 1999 (paragraphes 39 \u00e0 44 ci-dessous).<\/p>\n<p>LE CADRE JURIDIQUE ET LA PRATIQUE INTERNES PERTINENTS<\/p>\n<p><strong>A. Les taux d\u2019int\u00e9r\u00eat<\/strong><\/p>\n<p>15. L\u2019article 103 du CO fixait le taux des int\u00e9r\u00eats de retard \u00e0 5 %.<\/p>\n<p>16. La loi no 3095 du 4 d\u00e9cembre 1984 a fix\u00e9 le taux de l\u2019int\u00e9r\u00eat l\u00e9gal et le taux de l\u2019int\u00e9r\u00eat moratoire \u00e0 30 %. Ces taux furent modifi\u00e9s \u00e0 plusieurs reprises.<\/p>\n<p>17. La loi no 4489 du 15 d\u00e9cembre 1999 pr\u00e9cise que, en mati\u00e8re commerciale, lorsque le taux d\u2019int\u00e9r\u00eat appliqu\u00e9 par la Banque centrale aux avances \u00e0 court terme (k\u0131savadeliavansfaizi) est sup\u00e9rieur au taux d\u2019int\u00e9r\u00eat moratoire, c\u2019est le premier taux qui doit \u00eatre pris en compte.<\/p>\n<p><strong>B. Le pr\u00e9judice suppl\u00e9mentaire<\/strong><\/p>\n<p>18. L\u2019article 105 du CO en vigueur \u00e0 l\u2019\u00e9poque des faits, intitul\u00e9 \u00ab\u00a0Le dommage suppl\u00e9mentaire\u00a0\u00bb disposait :<\/p>\n<p>\u00ab\u00a0Lorsque le dommage \u00e9prouv\u00e9 par le cr\u00e9ancier est sup\u00e9rieur \u00e0 l\u2019int\u00e9r\u00eat moratoire, le d\u00e9biteur est tenu de r\u00e9parer \u00e9galement ce dommage, sauf s\u2019il prouve qu\u2019aucune faute ne lui est imputable\u00a0\u00bb.<\/p>\n<p>19. Les arr\u00eats de la Cour de cassation et les informations relatifs \u00e0 l\u2019article\u00a0105 du CO fournis par les parties peuvent se r\u00e9sumer comme suit.<\/p>\n<p><em>1. Les arr\u00eats consid\u00e9rant la diff\u00e9rence entre le taux d\u2019inflation et le taux de l\u2019int\u00e9r\u00eat moratoire comme preuve du pr\u00e9judice suppl\u00e9mentaire<\/em><\/p>\n<p>20. Dans un arr\u00eat du 1er juin 1995 (E. 1995\/267, K. 1995\/5451), la 13e\u00a0chambre civile de la Cour de cassation releva que le non-paiement d\u2019une cr\u00e9ance \u00e0 son \u00e9ch\u00e9ance \u00e9tait de nature \u00e0 causer au cr\u00e9ancier un pr\u00e9judice que les int\u00e9r\u00eats moratoires avaient en principe pour but de compenser. Or, selon elle, il \u00e9tait \u00e9vident que, dans un contexte \u00e9conomique fortement inflationniste, un taux d\u2019int\u00e9r\u00eat de 30 % ne suffisait pas \u00e0 compenser la d\u00e9pr\u00e9ciation mon\u00e9taire et la perte de pouvoir d\u2019achat subies par le cr\u00e9ancier. Ce pr\u00e9judice entrait d\u00e8s lors dans le cadre de celui vis\u00e9 \u00e0 l\u2019article 105 du CO. Par cons\u00e9quent, en pr\u00e9sence de donn\u00e9es \u00e9conomiques d\u00e9montrant une forte inflation, le demandeur b\u00e9n\u00e9ficiait d\u2019une pr\u00e9somption de fait quant \u00e0 l\u2019existence d\u2019un dommage et n\u2019avait pas \u00e0 apporter d\u2019autre preuve de son pr\u00e9judice suppl\u00e9mentaire. C\u2019\u00e9tait au d\u00e9fendeur qu\u2019il appartenait dans ce cas d\u2019apporter la preuve du contraire ou de d\u00e9montrer qu\u2019il n\u2019avait aucune responsabilit\u00e9 dans le retard de paiement de la cr\u00e9ance.<\/p>\n<p>21. Cette approche continua \u00e0 \u00eatre adopt\u00e9e par la suite par certaines chambres de la Cour de cassation (voir par exemple, 11e chambre civile, 15\u00a0mai 2006, E. 2005\/6024 K. 2006\/5636 ou 11e chambre, 4 f\u00e9vrier 2010E.\u00a02008\/4799 K. 2010\/1264).<\/p>\n<p>22. Dans un arr\u00eat du 10 novembre 1999 (E. 1998\/13-353, K. 1999\/929), l\u2019AGCC a estim\u00e9 qu\u2019il \u00e9tait incontestable que le pays \u00e9tait en proie \u00e0 une hyperinflation de l\u2019ordre de 100 %, que la r\u00e9mun\u00e9ration des d\u00e9p\u00f4ts \u00e0 terme \u00e9tait d\u2019un taux au moins \u00e9quivalent \u00e0 celui-ci, que l\u2019\u00e9volution des cours des devises \u00e9trang\u00e8res \u00e9tait toujours sup\u00e9rieure au taux de l\u2019int\u00e9r\u00eat moratoire, et que les taux des pr\u00eats bancaires avoisinaient les 200 %.<\/p>\n<p>23. Elle a consid\u00e9r\u00e9 que, dans un tel contexte inflationniste, il ne faisait pas de doute qu\u2019un individu raisonnable et normalement diligent ne garderait pas ses liquidit\u00e9s sur un compte non r\u00e9mun\u00e9r\u00e9, mais qu\u2019il les d\u00e9poserait au moins sur un compte \u00e0 terme ou qu\u2019il les convertirait en devises \u00e9trang\u00e8res.<\/p>\n<p>24. Dans un arr\u00eat du 7 f\u00e9vrier 2001 (E. 2000\/4-1811 K. 2001\/101), l\u2019AGCC\u00a0a confirm\u00e9 cette approche en indiquant que, compte tenu de la d\u00e9pr\u00e9ciation mon\u00e9taire due au contexte \u00e9conomique (une inflation \u00e9lev\u00e9e) &#8211; situation que nul ne pouvait ignorer &#8211;\u00a0il \u00e9tait \u00e9vident qu\u2019un retard de paiement avait caus\u00e9 au cr\u00e9ancier un pr\u00e9judice que ce dernier n\u2019avait pas besoin de d\u00e9montrer par d\u2019autres moyens.<\/p>\n<p>25. Ces \u00e9l\u00e9ments suffisaient, selon elle, \u00e0 prouver le pr\u00e9judice subi par le cr\u00e9ancier. Par ailleurs, l\u2019AGCC pr\u00e9cisa qu\u2019il n\u2019y avait pas d\u2019obligation de preuve pour les faits notoires (article 238 \u00a7 2 du code de proc\u00e9dure civile) ni pour les faits relevant de l\u2019exp\u00e9rience quotidienne, c\u2019est-\u00e0-dire pour les circonstances de commune renomm\u00e9e.<\/p>\n<p>26. L\u2019AGCC rendit d\u2019autres arr\u00eats dans le m\u00eame sens, entres autres, le 19\u00a0juin 2002 (E.\u00a02001\/13-569 K. 2002\/534), le 7 f\u00e9vrier 2007 (E.\u00a02007\/11\u201155 K. 2007\/53) ou le 5 f\u00e9vrier 2014 (E. 2013\/19-201 K.\u00a02014\/58).<\/p>\n<p><em>2. Les arr\u00eats consid\u00e9rant que la diff\u00e9rence entre le taux d\u2019inflation et le taux de l\u2019int\u00e9r\u00eat moratoire ne suffit pas \u00e0 prouver le pr\u00e9judice suppl\u00e9mentaire<\/em><\/p>\n<p>27. Plusieurs chambres de la Cour de cassation (la 5e, la 15e, la 18e et la\u00a019e) consid\u00e9raient que la diff\u00e9rence entre le taux d\u2019inflation et le taux de l\u2019int\u00e9r\u00eat moratoire ne suffisaient pas \u00e0 prouver un pr\u00e9judice suppl\u00e9mentaire au sens de l\u2019article 105 du CO.<\/p>\n<p>28. Ces chambres estimaient qu\u2019il ne faisait aucun doute que le retard de paiement d\u2019une cr\u00e9ance causait un pr\u00e9judice au cr\u00e9ancier. En ce qui concerne la premi\u00e8re partie du pr\u00e9judice, elles rappelaient qu\u2019il existaitune pr\u00e9somption l\u00e9gale selon laquelle le cr\u00e9ancier avait subi un dommage\u00a0: il s\u2019agissait de celui qui devait \u00eatre indemnis\u00e9 par les int\u00e9r\u00eats moratoires. En ce qui concerne le dommage exc\u00e9dant ce montant (le pr\u00e9judice suppl\u00e9mentaire au sens de l\u2019article 105 du CO), le cr\u00e9ancier ne b\u00e9n\u00e9ficiait d\u2019aucune pr\u00e9somption et devait apporter la preuve de son pr\u00e9judice.<\/p>\n<p>29. Dans ce cadre, le taux d\u2019inflation, les variations du taux de change et le taux de r\u00e9mun\u00e9ration des d\u00e9p\u00f4ts ne suffisaient pas \u00e0 d\u00e9montrer l\u2019existence d\u2019un pr\u00e9judice suppl\u00e9mentaire. Ces \u00e9l\u00e9ments \u00e9conomiques \u00e9taient d\u00e9j\u00e0 pris en compte par le l\u00e9gislateur lorsque celui-ci fixait le taux de l\u2019int\u00e9r\u00eat moratoire, lequel avait \u00e9t\u00e9 modifi\u00e9 \u00e0 plusieurs reprises. D\u00e8s lors, ces donn\u00e9es ne pouvaient d\u00e9montrer l\u2019existence d\u2019un pr\u00e9judice suppl\u00e9mentaire au sens de l\u2019article 105 du CO.<\/p>\n<p>30. Ce pr\u00e9judice devait \u00eatre prouv\u00e9 de mani\u00e8re concr\u00e8te par le cr\u00e9ancier, par exemple en d\u00e9montrant que, en raison du retard de paiement de sa cr\u00e9ance, il avait \u00e9t\u00e9 oblig\u00e9, pour payer une dette, de contracter un pr\u00eat bancaire au taux du march\u00e9, lequel \u00e9tait sup\u00e9rieur au taux de l\u2019int\u00e9r\u00eat moratoire appliqu\u00e9 \u00e0 sa propre cr\u00e9ance.<\/p>\n<p>31. Cette approche se retrouve notamment dans les arr\u00eats suivants\u00a0:<\/p>\n<p>19e chambre civile, 20 mars 2006, E. 2005\/11377 K. 2006\/2827\u00a0;<\/p>\n<p>15e chambre civile, 15 mars 2010, E. 2009\/1266 K. 2010\/1425\u00a0;<\/p>\n<p>15\u00e8me chambre civile, 12 mai 2016, E. 2016\/1049, K. 2016\/2737, et<\/p>\n<p>15\u00e8me chambre civile, 16 f\u00e9vrier 2017 E.2016\/4327 K.2017\/594.<\/p>\n<p>32. Cette approche a \u00e9galement \u00e9t\u00e9 suivie par l\u2019AGCC dans plusieurs affaires (YHGK, 24 novembre 2004, E. 2004\/5-460 K. 2004\/614, et YHGK, 31 octobre 2007, E. 2007\/11-668 K. 2007\/798).<\/p>\n<p><em>3. Les demandes d\u2019unification de la jurisprudence<\/em><\/p>\n<p>33. L\u2019Assembl\u00e9e pl\u00e9ni\u00e8re d\u2019unification de la jurisprudence (I\u00e7tihad\u0131Birle\u015ftirmeGenelKurulu \u2013 \u00ab\u00a0l\u2019APUJ\u00a0\u00bb) a pour mission de r\u00e9gler les divergences jurisprudentielles qui peuvent survenir entre l\u2019AGCC et l\u2019Assembl\u00e9e g\u00e9n\u00e9rale des chambres p\u00e9nales (\u00ab\u00a0l\u2019AGCP\u00a0\u00bb) ou entre ces assembl\u00e9es et les chambres de la Cour de cassation.<\/p>\n<p>34. Les d\u00e9cisions de l\u2019APUJ lient toutes les juridictions de l\u2019ordre judiciaire, y compris les chambres de la Cour de cassation, l\u2019AGCC et l\u2019AGCP.<\/p>\n<p>35. Les demandes de saisine sont examin\u00e9es par le CPP, qui peut retenir ou rejeter ces demandes.<\/p>\n<p>36. Entre 1996 et 1997, la Cour de cassation fut saisie de plusieurs demandes d\u2019unification de la jurisprudence \u00e9manant d\u2019avocats ou de l\u2019Union des barreaux de Turquie au sujet de l\u2019article 105 du CO.<\/p>\n<p>37. Par une d\u00e9cision du 5 juin 1997, le CPP rejeta ces demandes, estimant que les diff\u00e9rences relev\u00e9es ne portaient pas sur les principes applicables mais d\u00e9coulaient des circonstances particuli\u00e8res de chaque esp\u00e8ce.<\/p>\n<p>38. Sur opposition, le CPP r\u00e9examina l\u2019affaire et d\u00e9cida le 4 d\u00e9cembre 1997 de faire droit aux demandes et de saisir l\u2019APUJ.<\/p>\n<p>39. Dans sa d\u00e9cision du\u00a08 octobre 1999 (E. 1997\/2 K. 1999\/1), l\u2019APUJ passa en revue les arr\u00eats relatifs \u00e0 l\u2019article 105 du CO rendus par diverses formations judiciaires.<\/p>\n<p>40. Elle observa que l\u2019approche suivie par les 4e, 11e et 13e chambres \u00e9tait similaire. Elle nota que ces chambres acceptaient l\u2019existence d\u2019une pr\u00e9somption de fait et qu\u2019elles estimaient que l\u2019on devait raisonnablement s\u2019attendre \u00e0 ce que, en p\u00e9riode de forte inflation, un individu normalement diligent place ses liquidit\u00e9s sur un compte r\u00e9mun\u00e9r\u00e9 aupr\u00e8s d\u2019un \u00e9tablissement bancaire. Ces chambres consid\u00e9raient que c\u2019\u00e9tait le cas a\u00a0fortiori lorsque le cr\u00e9ancier \u00e9tait commer\u00e7ant ou lorsque le montant de la cr\u00e9ance se pr\u00eatait \u00e0 un placement. Elles concluaient que, compte tenu de cette pr\u00e9somption, il n\u2019appartenait pas au demandeur d\u2019apporter une preuve suppl\u00e9mentaire de son pr\u00e9judice.<\/p>\n<p>41. Quant aux 5e, 15e, 18e et 19e chambres, l\u2019APUJ nota que celles-ci consid\u00e9raient que, pour obtenir une indemnisation au titre de l\u2019article 105 du CO, un pr\u00e9judice d\u00fb au retard de paiement devait faire l\u2019objet d\u2019une preuve concr\u00e8te et que la seule diff\u00e9rence entre le taux d\u2019inflation et le taux des int\u00e9r\u00eats de retard ne suffisait pas \u00e0 d\u00e9montrer l\u2019existence d\u2019un pr\u00e9judice. La circonstance que le cr\u00e9ancier soit commer\u00e7ant ou que le montant de la cr\u00e9ance soit de nature \u00e0 faire l\u2019objet d\u2019un placement \u00e9tait sans incidence sur la question.<\/p>\n<p>42. L\u2019APUJ releva que l\u2019AGCC avait une approche similaire \u00e0 celle de ces derni\u00e8res chambres dans la mesure o\u00f9 elle refusait d\u2019indemniser la d\u00e9pr\u00e9ciation subie par une indemnit\u00e9 d\u2019expropriation pay\u00e9e tardivement en raison de la diff\u00e9rence entre le taux de l\u2019int\u00e9r\u00eat moratoire et le taux d\u2019inflation. Elle mentionna \u00e0 cet \u00e9gard un arr\u00eat de l\u2019AGCC du 19 juin 1996 (E.1996\/144 K. 1196\/503) qui concernait le retard de paiement d\u2019une indemnit\u00e9 d\u2019expropriation. La partie pertinente en l\u2019esp\u00e8ce de cet arr\u00eat &#8211; qui est d\u2019ailleurs mentionn\u00e9 dans l\u2019arr\u00eat Aka c. Turquie (23 septembre 1998, \u00a7\u00a022, Recueil des arr\u00eats et d\u00e9cisions 1998\u2011VI) &#8211; se lit comme suit\u00a0:<\/p>\n<p>\u00ab (&#8230;) le taux d\u2019int\u00e9r\u00eat pr\u00e9vu par la loi no 3095 (&#8230;) est une indemnit\u00e9 forfaitaire couvrant les dommages sans qu\u2019il y ait besoin de prouver ceux-ci (&#8230;). D\u00e8s lors que le taux des int\u00e9r\u00eats moratoires (destin\u00e9s \u00e0 indemniser le pr\u00e9judice li\u00e9 au retard de paiement) est fix\u00e9 par la loi, en tenant compte des probl\u00e8mes \u00e9conomiques (inflation, d\u00e9pr\u00e9ciation mon\u00e9taire (&#8230;)) dans lesquels le pays se trouve, il est impossible de faire valoir les m\u00eames \u00e9l\u00e9ments (inflation, d\u00e9pr\u00e9ciation mon\u00e9taire (&#8230;)) en tant que preuves \u00e9videntes du pr\u00e9judice suppl\u00e9mentaire \u00e9voqu\u00e9 \u00e0 l\u2019article 105 du code des obligations, ni d\u2019affirmer que les d\u00e9savantages qui en r\u00e9sultent constituent un pr\u00e9judice r\u00e9ellement subi. Sinon, le constat du l\u00e9gislateur que la contrepartie desdits d\u00e9savantages serait de 30 % [taux d\u2019int\u00e9r\u00eat pr\u00e9vu par la loi] se trouverait priv\u00e9 de sens. Lorsque le l\u00e9gislateur, en consid\u00e9rant l\u2019ensemble des probl\u00e8mes \u00e9conomiques, a fix\u00e9, en vertu du pouvoir l\u00e9gislatif que lui conf\u00e8re la Constitution, le taux de la r\u00e9paration du dommage r\u00e9sultant desdits probl\u00e8mes, on ne saurait accepter que le dommage \u00e0 r\u00e9parer ne s\u2019\u00e9l\u00e8ve pas \u00e0 30 % mais \u00e0 60 ou 70 % au motif implicite que ladite appr\u00e9ciation [du l\u00e9gislateur] s\u2019av\u00e8re mal fond\u00e9e. (&#8230;) Il est \u00e9vident que l\u2019inflation, qui se fait consid\u00e9rablement sentir dans la conjoncture \u00e9conomique actuelle de notre pays, exc\u00e8de [le taux de] 30\u00a0% pr\u00e9vu par (&#8230;) la loi no 3095, et que [par cons\u00e9quent] le pr\u00e9judice subi par le cr\u00e9ancier du fait d\u2019un r\u00e8glement tardif demeure non couvert. Toutefois, ce pr\u00e9judice exc\u00e9dant le taux de 30 % fix\u00e9 par le l\u00e9gislateur n\u2019est pas celui dont il est question \u00e0 l\u2019article 105 du code des obligations (&#8230;). Lorsque le l\u00e9gislateur, en vertu de son pouvoir, a consid\u00e9r\u00e9 que ledit dommage s\u2019\u00e9l\u00e8verait \u00e0 30 %, l\u2019augmentation de celui-ci \u00e0 des taux plus \u00e9lev\u00e9s par une d\u00e9cision judiciaire, au motif que l\u2019inflation d\u00e9passe les 30 %, constituerait un empi\u00e9tement de comp\u00e9tence (&#8230;) \u00bb<\/p>\n<p>43. L\u2019APUJ estima, compte tenu de ces \u00e9l\u00e9ments, que les solutions \u00e9taient adopt\u00e9es au cas par cas, \u00e0 la lumi\u00e8re des circonstances particuli\u00e8res de chaque esp\u00e8ce. Elle consid\u00e9ra que l\u2019on ne pouvait, sans porter atteinte au pouvoir d\u2019appr\u00e9ciation dont disposait le juge, limiter \u00e0 une seule modalit\u00e9 de preuve la d\u00e9monstration d\u2019un pr\u00e9judice qui trouvait sa source dans des situations et des \u00e9l\u00e9ments mat\u00e9riels divers.<\/p>\n<p>44. En cons\u00e9quence, elle rejeta la demande.<\/p>\n<p><strong>EN DROIT<\/strong><\/p>\n<p>I. SUR LA VIOLATION ALL\u00c9GU\u00c9E DE L\u2019ARTICLE 6 \u00a7 1 DE LA CONVENTION<\/p>\n<p>45. La soci\u00e9t\u00e9 requ\u00e9rante soutient qu\u2019il n\u2019existe pas de coh\u00e9rence dans la pratique du syst\u00e8me judiciaire et dans la jurisprudence de la Cour de cassation au sujet des conditions d\u2019application de l\u2019article 105 du CO. Elle estime qu\u2019une telle situation se concilie mal avec la notion d\u2019\u00c9tat de droit et qu\u2019elle lui a en l\u2019esp\u00e8ce port\u00e9 pr\u00e9judice. Elle invoque l\u2019article 1 du Protocole no 1 \u00e0 la Convention \u00e0 l\u2019appui de ses all\u00e9gations.<\/p>\n<p>46. En vertu du principe jura novitcuria, la Cour n\u2019est pas tenue par les moyens de droit avanc\u00e9s par la soci\u00e9t\u00e9 requ\u00e9rante en vertu de la Convention et de ses Protocoles, et elle peut d\u00e9cider de la qualification juridique \u00e0 donner aux faits d\u2019un grief en examinant celui-ci sur le terrain d\u2019articles ou de dispositions de la Convention autres que ceux invoqu\u00e9s par l\u2019int\u00e9ress\u00e9e (Radomilja et autres c. Croatie [GC], nos 37685\/10 et 22768\/12, \u00a7\u00a0126, 20\u00a0mars 2018).<\/p>\n<p>47. En l\u2019esp\u00e8ce, elle estime que le grief de la soci\u00e9t\u00e9 requ\u00e9rante qui concerne une pr\u00e9tendue incoh\u00e9rence persistante dans la jurisprudence de la Cour de Cassation rel\u00e8ve de l\u2019article 6 \u00a7 1 de la Convention, ainsi libell\u00e9 en ses parties pertinentes en l\u2019esp\u00e8ce\u00a0:<\/p>\n<p>\u00ab\u00a01. Toute personne a droit \u00e0 ce que sa cause soit entendue \u00e9quitablement, (&#8230;) par un tribunal (&#8230;) qui d\u00e9cidera (&#8230;) des contestations sur ses droits et obligations de caract\u00e8re civil (&#8230;) \u00bb<\/p>\n<p><strong>A. Sur la recevabilit\u00e9<\/strong><\/p>\n<p>48. Le Gouvernement consid\u00e8re que les all\u00e9gations de la soci\u00e9t\u00e9 requ\u00e9rante visent l\u2019appr\u00e9ciation des preuves et l\u2019interpr\u00e9tation du droit interne par les juridictions nationales. Or, \u00e0 ses yeux, lesdites juridictions n\u2019ont nullement fait preuve d\u2019appr\u00e9ciation arbitraire ou d\u2019erreur manifeste. En outre, il n\u2019y aurait pas, selon le Gouvernement, d\u2019incoh\u00e9rence entre les arr\u00eats de la Cour de cassation comme le soutient l\u2019int\u00e9ress\u00e9e.<\/p>\n<p>49. Le Gouvernement en d\u00e9duit que la requ\u00eate est manifestement mal fond\u00e9e.<\/p>\n<p>50. La Cour rel\u00e8ve que le grief ne se heurte \u00e0 aucun motif d\u2019irrecevabilit\u00e9 et qu\u2019il soul\u00e8ve des questions complexes de fait et de droit qui n\u00e9cessitent un examen au fond. Il ne saurait, d\u00e8s lors, \u00eatre d\u00e9clar\u00e9 manifestement mal fond\u00e9 au sens de l\u2019article 35 \u00a7 3 de la Convention et doit, par cons\u00e9quent, \u00eatre d\u00e9clar\u00e9 recevable.<\/p>\n<p><strong>B. Sur le fond<\/strong><\/p>\n<p><em>1. Sur les th\u00e8ses des parties<\/em><\/p>\n<p>51. La soci\u00e9t\u00e9 requ\u00e9rante se plaint d\u2019avoir \u00e9t\u00e9 victime d\u2019une absence de coh\u00e9rence et d\u2019unit\u00e9 dans la jurisprudence relative \u00e0 l\u2019article 105 du CO.<\/p>\n<p>52. Le Gouvernement conteste cette th\u00e8se.<\/p>\n<p>53. Il indique que la situation \u00e9conomique du pays a \u00e9t\u00e9 prise en compte par le l\u00e9gislateur lors de la fixation du taux d\u2019int\u00e9r\u00eat moratoire puisque celui-ci a modifi\u00e9 ledit taux \u00e0 plusieurs reprises pour l\u2019augmenter progressivement avant de l\u2019indexer au taux d\u2019int\u00e9r\u00eat appliqu\u00e9 par la Banque centrale pour les avances \u00e0 court terme.<\/p>\n<p>54. Le Gouvernement estime qu\u2019il n\u2019existe pas de divergence profonde et persistante dans la jurisprudence au sujet du pr\u00e9judice suppl\u00e9mentaire.<\/p>\n<p>55. Il pr\u00e9cise que l\u2019appr\u00e9ciation des tribunaux sur l\u2019existence d\u2019un tel pr\u00e9judice se fonde sur divers \u00e9l\u00e9ments, dont les int\u00e9r\u00eats \u00e9chus jusqu\u2019au paiement de la cr\u00e9ance, l\u2019existence d\u2019une faute du d\u00e9biteur et l\u2019existence d\u2019un lien de causalit\u00e9 entre cette faute et un \u00e9ventuel pr\u00e9judice. Il ajoute que les diff\u00e9rences observ\u00e9es dans les arr\u00eats mentionn\u00e9s par la soci\u00e9t\u00e9 requ\u00e9rante reposent sur ces \u00e9l\u00e9ments factuels, qui ne seraient pas identiques d\u2019une affaire \u00e0 l\u2019autre. Ces diff\u00e9rences dans les solutions adopt\u00e9es par les tribunaux rel\u00e8veraient donc de la nature des choses.<\/p>\n<p>56. Par ailleurs, pour d\u00e9montrer l\u2019absence de divergence profonde de jurisprudence, le Gouvernement soutient que, quelles que soient les solutions retenues, dans toutes les d\u00e9cisions rendues en la mati\u00e8re les tribunaux auraient exig\u00e9 que la preuve du pr\u00e9judice suppl\u00e9mentaire soit rapport\u00e9e par des \u00e9l\u00e9ments factuels concrets qui sont sp\u00e9cifiques \u00e0 chaque affaire et qui vont au-del\u00e0 des simples donn\u00e9es \u00e9conomiques g\u00e9n\u00e9rales telles que l\u2019inflation, le taux de change ou le taux d\u2019int\u00e9r\u00eat appliqu\u00e9 aux d\u00e9p\u00f4ts bancaires.<\/p>\n<p>57. Cette approche, qui serait selon le Gouvernement celle de l\u2019AGCC, correspondrait \u00e0 celle qui a \u00e9t\u00e9 appliqu\u00e9e dans le cas de la soci\u00e9t\u00e9 requ\u00e9rante.<\/p>\n<p>58. En outre, le Gouvernement signale l\u2019existence d\u2019un m\u00e9canisme apte \u00e0 assurer la coh\u00e9rence de la jurisprudence\u00a0: la saisine de l\u2019APUJ par l\u2019entremise du CPP. Il estime que la circonstance que la demande introduite par la soci\u00e9t\u00e9 requ\u00e9rante ait \u00e9t\u00e9 rejet\u00e9e n\u2019est pas de nature \u00e0 remettre en cause l\u2019efficacit\u00e9 dudit m\u00e9canisme.<\/p>\n<p>59. La soci\u00e9t\u00e9 requ\u00e9rante r\u00e9it\u00e8re son grief et maintient qu\u2019il existe une divergence profonde quant aux conditions d\u2019application de l\u2019article 105 du CO.<\/p>\n<p><em>2. Sur l\u2019appr\u00e9ciation de la Cour<\/em><\/p>\n<p>60. La jurisprudence pertinente en l\u2019esp\u00e8ce se trouve r\u00e9sum\u00e9e en ces termes dans l\u2019arr\u00eat Nejdet\u015eahin et Perihan\u015eahin c. Turquie ([GC], no\u00a013279\/05, \u00a7\u00a7 49 \u00e0 58, 20octobre 2011)\u00a0:<\/p>\n<p>49. La Cour rappelle tout d\u2019abord qu\u2019elle n\u2019a pas pour t\u00e2che de se substituer aux juridictions internes. C\u2019est au premier chef aux autorit\u00e9s nationales, notamment aux cours et tribunaux, qu\u2019il incombe d\u2019interpr\u00e9ter la l\u00e9gislation interne (Brualla G\u00f3mez de la Torre c. Espagne, 19 d\u00e9cembre 1997, \u00a7 31,\u00a0Recueil des arr\u00eats et d\u00e9cisions\u00a01997\u2011VIII,\u00a0Waite et Kennedy c. Allemagne\u00a0[GC], no\u00a026083\/94, \u00a7 54, CEDH 1999\u2011I, et\u00a0Saez Maeso c. Espagne, no\u00a077837\/01, \u00a7 22, 9 novembre 2004). Son r\u00f4le se limite \u00e0 v\u00e9rifier la compatibilit\u00e9 avec la Convention des effets de pareille interpr\u00e9tation (Kouchoglou c. Bulgarie, no\u00a048191\/99, \u00a7 50, 10 mai 2007, etI\u015fyar c.\u00a0Bulgarie, no\u00a0391\/03, \u00a7 48, 20 novembre 2008).<\/p>\n<p>50. D\u00e8s lors, sauf dans les cas d\u2019un arbitraire \u00e9vident, elle n\u2019est pas comp\u00e9tente pour mettre en cause l\u2019interpr\u00e9tation de la l\u00e9gislation interne par ces juridictions (voir, par exemple,\u00a0\u0100damsons c. Lettonie, no\u00a03669\/03, \u00a7 118, 24 juin 2008). De m\u00eame, sur ce point, il ne lui appartient pas, en principe, de comparer les diverses d\u00e9cisions rendues, m\u00eame dans des litiges de prime abord voisins ou connexes, par des tribunaux dont l\u2019ind\u00e9pendance s\u2019impose \u00e0 elle (Engel et autres c. Pays-Bas, 8 juin 1976, \u00a7 103, s\u00e9rie A no\u00a022,\u00a0Greg\u00f3rio de Andrade c. Portugal, no\u00a041537\/02, \u00a7 36, 14 novembre 2006, et\u00a0\u0100damsons, pr\u00e9cit\u00e9, \u00a7 118).<\/p>\n<p>51. La Cour souligne ensuite avoir d\u00e9j\u00e0 reconnu que l\u2019\u00e9ventualit\u00e9 de divergences de jurisprudence est naturellement inh\u00e9rente \u00e0 tout syst\u00e8me judiciaire reposant sur un ensemble de juridictions du fond ayant autorit\u00e9 sur leur ressort territorial. De telles divergences peuvent \u00e9galement appara\u00eetre au sein d\u2019une m\u00eame juridiction. Cela en soi ne saurait \u00eatre jug\u00e9 contraire \u00e0 la Convention (Santos Pinto c. Portugal, no\u00a039005\/04, \u00a7 41, 20 mai 2008).<\/p>\n<p>52. Saisie \u00e0 maintes reprises d\u00e9j\u00e0 de litiges mettant en jeu la question de divergences de jurisprudence (voir, notamment,\u00a0Zielinski et Pradal et Gonzalez et autres c.\u00a0France\u00a0[GC], nos\u00a024846\/94\u00a0et\u00a034165\/96\u00a0\u00e0\u00a034173\/96, CEDH 1999\u2011VII,\u00a0P\u0103duraru c.\u00a0Roumanie, no\u00a063252\/00, CEDH 2005\u2011XII (extraits),\u00a0Beian c. Roumanie\u00a0(no\u00a01), no\u00a030658\/05, CEDH 2007\u2011XIII (extraits), et\u00a0IordanIordanov et autres c. Bulgarie, no\u00a023530\/02, 2 juillet 2009), la Cour a ainsi eu l\u2019occasion de se prononcer sur le point de savoir dans quelles conditions des contradictions dans la jurisprudence d\u2019une juridiction nationale supr\u00eame portaient atteinte aux exigences du proc\u00e8s \u00e9quitable pr\u00e9vu par l\u2019article 6 \u00a7 1 de la Convention (P\u00e9rez Arias c. Espagne, no\u00a032978\/03, \u00a7 25, 28 juin 2007,\u00a0Beian\u00a0(no\u00a01), pr\u00e9cit\u00e9, \u00a7\u00a7 34-40,\u00a0\u015etefan et \u015etef\u00a0c. Roumanie, nos\u00a024428\/03\u00a0et\u00a026977\/03, \u00a7\u00a7 33-36, 27 janvier 2009,\u00a0IordanIordanov et autres, pr\u00e9cit\u00e9, \u00a7\u00a7 48-49, et\u00a0Schwarzkopf et Taussik c. R\u00e9publique tch\u00e8que\u00a0(d\u00e9c.), no\u00a042162\/02, 2 d\u00e9cembre 2008).<\/p>\n<p>53. Ce faisant, elle a pr\u00e9cis\u00e9 quels \u00e9taient les crit\u00e8res qui guidaient son appr\u00e9ciation, lesquels consistent \u00e0 rechercher s\u2019il existe \u00ab des divergences profondes et persistantes\u00a0\u00bb dans la jurisprudence d\u2019une juridiction supr\u00eame, si la l\u00e9gislation interne pr\u00e9voit des m\u00e9canismes permettant de supprimer ces incoh\u00e9rences, si ces m\u00e9canismes ont \u00e9t\u00e9 appliqu\u00e9s et quels ont \u00e9t\u00e9, le cas \u00e9ch\u00e9ant, les effets de leur application (IordanIordanov et autres, pr\u00e9cit\u00e9, \u00a7\u00a7 49\u201150).<\/p>\n<p>54. La Cour a par ailleurs \u00e9t\u00e9 appel\u00e9e \u00e0 se prononcer sur les divergences de jurisprudence pouvant survenir au sein d\u2019une m\u00eame cour d\u2019appel (Tudor\u00a0Tudor c.\u00a0Roumanie, no\u00a021911\/03, 24 mars 2009) ou entre tribunaux d\u2019instance (\u015etef\u0103nic\u0103 et autres c. Roumanie, no\u00a038155\/02, 2 novembre 2010) lorsque ces juridictions statuent en dernier ressort. Outre le caract\u00e8re \u00ab profond et persistant \u00bb des divergences en cause, ce sont, l\u00e0 encore, l\u2019incertitude juridique d\u00e9coulant de l\u2019inconstance dans la pratique de ces juridictions et l\u2019absence de m\u00e9canismes permettant de r\u00e9soudre les divergences de jurisprudence qui ont \u00e9t\u00e9 consid\u00e9r\u00e9es comme \u00e9tant de nature \u00e0 porter atteinte au droit \u00e0 un proc\u00e8s \u00e9quitable (Tudor Tudor,\u00a0pr\u00e9cit\u00e9, \u00a7\u00a7 30\u201132, et\u00a0\u015etef\u0103nic\u0103 et autres, pr\u00e9cit\u00e9, \u00a7\u00a7 37-38).<\/p>\n<p>55. \u00c0 cet \u00e9gard, la Cour rappelle avoir soulign\u00e9, \u00e0 maintes reprises, l\u2019importance de mettre en place des m\u00e9canismes qui soient \u00e0 m\u00eame d\u2019assurer la coh\u00e9rence de la pratique au sein des tribunaux et l\u2019uniformisation de la jurisprudence (Schwarzkopf et Taussik, pr\u00e9cit\u00e9). De m\u00eame a-t-elle d\u00e9clar\u00e9 que les \u00c9tats contractants avaient l\u2019obligation d\u2019organiser leur syst\u00e8me judiciaire de fa\u00e7on \u00e0 \u00e9viter l\u2019adoption de jugements divergents (Vrioni et autres c. Albanie, no\u00a02141\/03, \u00a7 58, 24 mars 2009,\u00a0Mullai et autres c. Albanie, no\u00a09074\/07, \u00a7 86, 23 mars 2010, et\u00a0Brezovec c.\u00a0Croatie, no\u00a013488\/07, \u00a7 66, 29 mars 2011).<\/p>\n<p>56. Son appr\u00e9ciation des circonstances soumises \u00e0 son examen s\u2019est en outre constamment fond\u00e9e sur le principe de la s\u00e9curit\u00e9 juridique, qui est implicite dans l\u2019ensemble des articles de la Convention et constitue l\u2019un des \u00e9l\u00e9ments fondamentaux de l\u2019\u00c9tat de droit (voir, entre autres,\u00a0Beian (no\u00a01), pr\u00e9cit\u00e9, \u00a7 39,\u00a0IordanIordanov et autres, pr\u00e9cit\u00e9, \u00a7 47, et\u00a0\u015etef\u0103nic\u0103 et autres, pr\u00e9cit\u00e9, \u00a7 31). En effet, l\u2019incertitude \u2013 qu\u2019elle soit l\u00e9gislative, administrative ou tenant aux pratiques appliqu\u00e9es par les autorit\u00e9s \u2013 est un facteur qu\u2019il faut prendre en compte pour appr\u00e9cier la conduite de l\u2019Etat\u00a0(P\u0103duraru, pr\u00e9cit\u00e9,\u00a0\u00a7 92,\u00a0Beian (no\u00a01), pr\u00e9cit\u00e9, \u00a7 33, et\u00a0\u015etef\u0103nic\u0103 et autres, pr\u00e9cit\u00e9, \u00a7 32).<\/p>\n<p>57. \u00c0 cet \u00e9gard, la Cour rappelle \u00e9galement que le droit \u00e0 un proc\u00e8s \u00e9quitable doit s\u2019interpr\u00e9ter \u00e0 la lumi\u00e8re du pr\u00e9ambule de la Convention, qui \u00e9nonce la pr\u00e9\u00e9minence du droit comme \u00e9l\u00e9ment du patrimoine commun des \u00c9tats contractants. Or un des \u00e9l\u00e9ments fondamentaux de la pr\u00e9\u00e9minence du droit est le principe de la s\u00e9curit\u00e9 des rapports juridiques (Brum\u0103rescu c. Roumanie\u00a0[GC], no\u00a028342\/95, \u00a7 61, CEDH 1999\u2011VII), lequel tend notamment \u00e0 garantir aux justiciables une certaine stabilit\u00e9 des situations juridiques ainsi qu\u2019\u00e0 favoriser la confiance du public dans la justice (voir,\u00a0mutatis mutandis,\u00a0\u015etef\u0103nic\u0103 et autres, pr\u00e9cit\u00e9, \u00a7 38). En effet, toute persistance de divergences de jurisprudence est susceptible de cr\u00e9er une incertitude juridique de nature \u00e0 r\u00e9duire la confiance du public dans le syst\u00e8me judiciaire, alors m\u00eame que cette confiance constitue l\u2019une des composantes fondamentales de l\u2019\u00c9tat de droit (P\u0103duraru, pr\u00e9cit\u00e9, \u00a7 98,\u00a0Vin\u010di\u0107 et autres c. Serbie, nos\u00a044698\/06\u00a0et autres, \u00a7 56, 1er\u00a0d\u00e9cembre 2009, et\u00a0\u015etef\u0103nic\u0103 et autres, pr\u00e9cit\u00e9, \u00a7 38).<\/p>\n<p>58. La Cour pr\u00e9cise toutefois que les exigences de la s\u00e9curit\u00e9 juridique et de la protection de la confiance l\u00e9gitime des justiciables ne consacrent pas un droit acquis \u00e0 une jurisprudence constante (Un\u00e9dic c. France, no\u00a020153\/04, \u00a7 74, 18 d\u00e9cembre 2008). En effet, une \u00e9volution de jurisprudence n\u2019est pas en soi contraire \u00e0 une bonne administration de la justice dans la mesure o\u00f9 l\u2019absence d\u2019une approche dynamique et \u00e9volutive serait susceptible d\u2019entraver tout changement ou am\u00e9lioration (Atanasovski c. \u00ab l\u2019ex-R\u00e9publique yougoslave de Mac\u00e9doine \u00bb, no\u00a036815\/03, \u00a7 38, 14 janvier 2010).<\/p>\n<p>61. La Cour rappelle que la diff\u00e9rence de traitement apport\u00e9e \u00e0 deux litiges ne saurait s\u2019entendre comme une divergence de jurisprudence lorsqu\u2019elle est justifi\u00e9e par une diff\u00e9rence dans les situations de fait en cause (U\u00e7ar c. Turquie\u00a0(d\u00e9c.), no\u00a012960\/05, 29 septembre 2009). Or, en l\u2019esp\u00e8ce, il ressort des \u00e9l\u00e9ments du dossier que la diff\u00e9rence dont se plaint la soci\u00e9t\u00e9 requ\u00e9rante ne r\u00e9side pas dans les situations de fait examin\u00e9es par les diff\u00e9rentes juridictions nationales \u2013 ces situations \u00e9tant comparables \u2013 mais bien dans l\u2019application du droit, notamment en ce qui concerne la d\u00e9finition du pr\u00e9judice suppl\u00e9mentaire et la charge de la preuve dans les litiges opposant des personnes priv\u00e9es.<\/p>\n<p>62. \u00c0 cet \u00e9gard, quoiqu\u2019en dise le Gouvernement (paragraphe\u00a056 ci\u2011dessus), la Cour observe que les d\u00e9cisions judiciaires vers\u00e9es au dossier font explicitement appara\u00eetre l\u2019existence de deux lignes jurisprudentielles distinctes.<\/p>\n<p>63. La premi\u00e8re consid\u00e8re que la seule circonstance que le taux d\u2019inflation soit sup\u00e9rieur au taux de l\u2019int\u00e9r\u00eat moratoire sur la p\u00e9riode durant laquelle la cr\u00e9ance n\u2019a pas \u00e9t\u00e9 pay\u00e9e suffit \u00e0 \u00e9tablir une pr\u00e9somption de pr\u00e9judice et \u00e0 renverser la charge de la preuve. Cette approche correspond \u00e0 celle de plusieurs chambres de la Cour de cassation (paragraphes 20 et 40 ci-dessus) et a \u00e9galement \u00e9t\u00e9 adopt\u00e9e dans plusieurs affaires par l\u2019AGCC (paragraphes 22, 25 et 26 ci-dessus).<\/p>\n<p>64. La seconde approche consiste \u00e0 refuser de consid\u00e9rer que la diff\u00e9rence entre le taux d\u2019inflation et le taux d\u2019int\u00e9r\u00eat prouve l\u2019existence d\u2019un pr\u00e9judice suppl\u00e9mentaire au sens de l\u2019article 105 du CO ni m\u00eame qu\u2019elle \u00e9tablit une pr\u00e9somption en ce sens. Elle exige du cr\u00e9ancier qui s\u2019estime l\u00e9s\u00e9 qu\u2019il d\u00e9montre \u00e0 l\u2019aide d\u2019\u00e9l\u00e9ments factuels concrets, autres que des donn\u00e9es \u00e9conomiques, qu\u2019il a subi un pr\u00e9judice financier concret en raison du retard de paiement et allant au-del\u00e0 du pr\u00e9judice couvert par les int\u00e9r\u00eats vers\u00e9s. Cette preuve peut \u00eatre rapport\u00e9e par exemple lorsque le cr\u00e9ancier a \u00e9t\u00e9 oblig\u00e9, en raison dudit retard, de contracter un pr\u00eat \u00e0 un taux sup\u00e9rieur \u00e0 celui des int\u00e9r\u00eats de retard.<\/p>\n<p>Cette approche correspond \u00e0 la jurisprudence d\u2019autres chambres de la Cour de cassation (paragraphes 27 \u00e0 31 et 41 ci-dessus). Elle a \u00e9galement \u00e9t\u00e9 adopt\u00e9e dans plusieurs affaires par l\u2019AGCC (paragraphe 32 ci-dessus).<\/p>\n<p>65. Aux yeux de la Cour, ces diff\u00e9rences ne sont pas li\u00e9es aux circonstances particuli\u00e8res de chaque affaire dont les formations de jugement de la Cour de cassation ont eu \u00e0 conna\u00eetre, mais r\u00e9v\u00e8lent une divergence sur les principes applicables, laquelle a conduit \u00e0 des solutions diam\u00e9tralement oppos\u00e9es.<\/p>\n<p>66. En effet, la divergence trouve sa source dans la r\u00e9ponse \u00e0 une question de principe qui consiste \u00e0 savoir si le pr\u00e9judice li\u00e9 \u00e0 la d\u00e9pr\u00e9ciation de la valeur d\u2019une cr\u00e9ance sous l\u2019effet de l\u2019inflation en raison d\u2019un retard de paiement constitue en soi un pr\u00e9judice indemnisable dans le cadre de l\u2019article 105 du CO. Pour la Cour, la r\u00e9ponse apport\u00e9e \u00e0 cette question par les diverses formations de jugement dans le cadre des affaires qu\u2019elles ont eu \u00e0 trancher \u00e9tait ind\u00e9pendante des circonstances sp\u00e9cifiques de chaque affaire.<\/p>\n<p>67. Cela \u00e9tant pos\u00e9, la Cour rappelle que l\u2019existence de ces divergences \u00ab\u00a0profondes et persistantes\u00a0\u00bb n\u2019est pas en soi suffisante pour caract\u00e9riser une violation de l\u2019article 6 \u00a7 1 de la Convention. Encore faut-il v\u00e9rifier si la l\u00e9gislation interne pr\u00e9voit des m\u00e9canismes permettant de supprimer ces incoh\u00e9rences, si ces m\u00e9canismes ont \u00e9t\u00e9 appliqu\u00e9s et quels ont \u00e9t\u00e9, le cas \u00e9ch\u00e9ant, les effets de leur application (Nejdet\u015eahin et Perihan\u015eahin, pr\u00e9cit\u00e9, \u00a7 52).<\/p>\n<p>68. En effet, une fois identifi\u00e9es, les divergences de jurisprudence \u00ab\u00a0profondes et persistantes\u00a0\u00bb doivent en principe \u00eatre r\u00e9gl\u00e9es par la fixation de l\u2019interpr\u00e9tation \u00e0 suivre et l\u2019uniformisation de la jurisprudence au moyen de m\u00e9canismes dot\u00e9s des pr\u00e9rogatives pour ce faire (voir, parmi beaucoup d\u2019autres,\u00a0Beian(no\u00a01), pr\u00e9cit\u00e9, \u00a7\u00a7 37 et 39).<\/p>\n<p>69. Sur ce point, la Cour observe que les divergences de jurisprudence en cause concernent tant les chambres civiles que l\u2019AGCC de la Cour de cassation.<\/p>\n<p>70. Elle rel\u00e8ve que le droit national offre un m\u00e9canisme destin\u00e9 \u00e0 mettre fin \u00e0 ce type de divergence, en l\u2019occurrence la saisine de l\u2019APUJ par le CPP.<\/p>\n<p>71. Elle note que cette formation supr\u00eame de la Cour de cassation a \u00e9t\u00e9 saisie en 1997 par le CPP (paragraphe 38 ci-dessus), \u00e0 la demande notamment de l\u2019Union des barreaux de Turquie (paragraphe 36 ci-dessus), mais qu\u2019elle n\u2019a pas fix\u00e9 la jurisprudence, estimant que les divergences d\u00e9nonc\u00e9es d\u00e9coulaient des circonstances particuli\u00e8res de chaque esp\u00e8ce et qu\u2019il n\u2019y avait pas lieu de brider le pouvoir d\u2019appr\u00e9ciation du juge en retenant une modalit\u00e9 de preuve unique du pr\u00e9judice suppl\u00e9mentaire au sens de l\u2019article 105 du CO (paragraphes 39 \u00e0 44 ci-dessus).<\/p>\n<p>72. La demande adress\u00e9e par la soci\u00e9t\u00e9 requ\u00e9rante a \u00e9t\u00e9 rejet\u00e9e par le CPP sur le fondement de cet arr\u00eat (paragraphe 14 ci-dessus).<\/p>\n<p>73. En d\u2019autres termes, le m\u00e9canisme pr\u00e9vu par le droit interne n\u2019a pas permis de mettre un terme \u00e0 la divergence dont il est question.<\/p>\n<p>74. Les consid\u00e9rations qui pr\u00e9c\u00e8dent sont suffisantes pour permettre \u00e0 la Cour de conclure \u00e0 la violation de l\u2019article 6 \u00a7 1 de la Convention.<\/p>\n<p>II. SUR LA VIOLATION ALL\u00c9GU\u00c9E DE L\u2019ARTICLE 1 du protocole no 1 a LA CONVENTION<\/p>\n<p>75. La soci\u00e9t\u00e9 requ\u00e9rante se plaint d\u2019une atteinte \u00e0 son droit au respect de ses biens en raison de la d\u00e9pr\u00e9ciation de sa cr\u00e9ance sous l\u2019effet de l\u2019inflation et du refus des juridictions nationales, fond\u00e9 sur une jurisprudence divergente, d\u2019ordonner son indemnisation. Elle fonde son grief sur l\u2019arr\u00eat Akku\u015f c. Turquie (9 juillet 1997, Recueil des arr\u00eats et d\u00e9cisions 1997\u2011IV), qu\u2019elle consid\u00e8re comme un pr\u00e9c\u00e9dent, et invoque l\u2019article 1 du Protocole no 1 \u00e0 la Convention, qui est ainsi libell\u00e9 en sa partie pertinente en l\u2019esp\u00e8ce\u00a0:<\/p>\n<p>\u00ab\u00a0Toute personne physique ou morale a droit au respect de ses biens.\u00bb<\/p>\n<p>76. Le Gouvernement conteste les arguments de la soci\u00e9t\u00e9 requ\u00e9rante et soul\u00e8ve un certain nombre d\u2019exceptions d\u2019irrecevabilit\u00e9.<\/p>\n<p>77. La Cour rappelle avoir d\u00e9j\u00e0 dit \u00e0 plusieurs reprises que l\u2019article 1 du Protocole no\u00a01 \u00e0 la Convention ne saurait en principe \u00eatre interpr\u00e9t\u00e9 comme obligeant les \u00c9tats \u00e0 prendre des mesures pour compenser les effets de l\u2019inflation et maintenir la valeur des cr\u00e9ances ou d\u2019autres actifs (voir, parmi d\u2019autres, Todorov c. Bulgarie\u00a0(d\u00e9c.), no\u00a065850\/01, 13 mai 2008\u00a0; Cular c.\u00a0Croatie (d\u00e9c.), no 55213\/07, 22 avril 2010\u00a0; Ta\u015fkaya c. Turquie (d\u00e9c.), no\u00a014004\/06, \u00a7 51, 13 f\u00e9vrier 2018).<\/p>\n<p>78. Elle pr\u00e9cise que l\u2019affaire Akku\u015f cit\u00e9e par la soci\u00e9t\u00e9 requ\u00e9rante rel\u00e8ve d\u2019un domaine particulier, celui des affaires d\u2019expropriation, et qu\u2019elle concerne un d\u00e9calage entre la date de fixation de l\u2019indemnit\u00e9 correspondant \u00e0 la valeur du bien et la date de paiement de ladite indemnit\u00e9. Dans ce type d\u2019affaires (voir, parmi d\u2019autres, Aka c. Turquie, 23 septembre 1998, Recueil des arr\u00eats et d\u00e9cisions 1998\u2011VI, et Yeti\u015f et autres c. Turquie, no 40349\/05, 6\u00a0juillet 2010), si la Cour prend effectivement en compte les effets de l\u2019inflation sur la valeur de l\u2019indemnit\u00e9 d\u2019expropriation, c\u2019est pour v\u00e9rifier que lasomme finalement per\u00e7ue par la personne expropri\u00e9e est raisonnablement en rapport avec la valeur du bien dont elle est priv\u00e9e\u00a0; ce rapport raisonnable \u00e9tant l\u2019une des conditions requises pour maintenir le juste \u00e9quilibre voulu par l\u2019article 1 du Protocole no 1 \u00e0 la Convention dans les affaires d\u2019expropriation.Or, la situation de la soci\u00e9t\u00e9 requ\u00e9rante ne rel\u00e8ve manifestement pas de ce domaine puisqu\u2019elle concerne non pas une mesure d\u2019expropriation mais un litige commercial entre personnes priv\u00e9es. D\u00e8s lors, il n\u2019y a pas lieu de s\u2019\u00e9carter du principe mentionn\u00e9 au paragraphe 77 et d\u2019appliquer les principes concernant l\u2019expropriation.<\/p>\n<p>79. Cela \u00e9tant, lorsque, malgr\u00e9 l\u2019absence d\u2019obligation de prendre des mesures pour compenser les effets de l\u2019inflation et maintenir la valeur des cr\u00e9ances, l\u2019\u00c9tat adopte un dispositif l\u00e9gislatif visant \u00e0 indemniser certains pr\u00e9judices li\u00e9s \u00e0 l\u2019inflation, celui-ci doit \u00eatre mis en \u0153uvre avec une clart\u00e9 et une coh\u00e9rence raisonnables afin d\u2019\u00e9viter autant que possible l\u2019ins\u00e9curit\u00e9 juridique et l\u2019incertitude pour les sujets de droit concern\u00e9s (voir, mutatis mutandis, P\u0103duraru c. Roumanie, no 63252\/00, \u00a7 92, CEDH 2005\u2011XII (extraits)).<\/p>\n<p>80. Le grief de la soci\u00e9t\u00e9 requ\u00e9rante, qui repose notamment sur une absence de coh\u00e9rence, concerne donc les obligations positives de l\u2019\u00c9tat. Or, compte tenu des conclusions auxquelles elle est parvenue sur le terrain de l\u2019article 6 \u00a7 1 de la Convention, la Cour estime qu\u2019il n\u2019est pas n\u00e9cessaire de statuer sur la recevabilit\u00e9 ni sur le bien-fond\u00e9 de ce grief (\u015etef\u0103nic\u0103 et autres c.\u00a0Roumanie, no 38155\/02, \u00a7 43, 2 novembre 2010).<\/p>\n<p>III. SUR L\u2019APPLICATION DE L\u2019ARTICLE\u00a041 DE LA CONVENTION<\/p>\n<p>81. Aux termes de l\u2019article 41 de la Convention\u00a0:<\/p>\n<p>\u00ab\u00a0Si la Cour d\u00e9clare qu\u2019il y a eu violation de la Convention ou de ses Protocoles, et si le droit interne de la Haute Partie contractante ne permet d\u2019effacer qu\u2019imparfaitement les cons\u00e9quences de cette violation, la Cour accorde \u00e0 la partie l\u00e9s\u00e9e, s\u2019il y a lieu, une satisfaction \u00e9quitable.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p>82. La soci\u00e9t\u00e9 requ\u00e9rante demande la somme de 90\u00a0598 TRY assortie d\u2019int\u00e9r\u00eats moratoires \u00e0 compter de 1997 pour dommage mat\u00e9riel. Ce montant correspondrait au pr\u00e9judice suppl\u00e9mentaire qu\u2019elle estime avoir subi. Elle r\u00e9clame \u00e9galement les sommes qui lui avaient \u00e9t\u00e9 octroy\u00e9es par le premier jugement du tribunal de commerce au titre des frais de repr\u00e9sentation d\u2019avocat et des d\u00e9pens, soit respectivement 7\u00a0005 et 2\u00a0524\u00a0TRY (paragraphe 6 ci-dessus).<\/p>\n<p>83. Le Gouvernement conteste ces pr\u00e9tentions.<\/p>\n<p>84. La Cour ne distingue aucun lien de causalit\u00e9 entre la violation constat\u00e9e et le dommage mat\u00e9riel all\u00e9gu\u00e9. En effet, si elle a constat\u00e9 l\u2019existence d\u2019une divergence de jurisprudence et l\u2019absence de m\u00e9canisme ayant permis d\u2019y rem\u00e9dier, rien ne lui permet de d\u00e9terminer l\u2019approche qui aurait pr\u00e9valu pour harmoniser la jurisprudence si le m\u00e9canisme en question avait permis de mettre un terme \u00e0 la divergence. En d\u2019autres termes, il n\u2019appartient pas \u00e0 la Cour de sp\u00e9culer sur l\u2019issue qui aurait \u00e9t\u00e9 celle de la proc\u00e9dure en l\u2019absence de la violation constat\u00e9e. En outre, il ne lui appartient pas plus de d\u00e9terminer, en lieu et place des juridictions nationales, quelle interpr\u00e9tation de l\u2019article 105 du CO doit \u00eatre retenue, et ainsi endosser un r\u00f4le d\u2019harmonisation de la jurisprudence interne qui rel\u00e8ve de la seule comp\u00e9tence desdites juridictions.<\/p>\n<p>85. Par cons\u00e9quent, elle rejette cette partie de la demande.<\/p>\n<p>86. Quant au reste de la demande, la Cour observe qu\u2019elle concerne les sommes qui auraient \u00e9t\u00e9 allou\u00e9es \u00e0 la soci\u00e9t\u00e9 requ\u00e9rante par le tribunal de commerce si l\u2019int\u00e9ress\u00e9e avait obtenu gain de cause \u00e0 l\u2019issue de la proc\u00e9dure. Cette partie de la demande concerne donc incontestablement un manque \u00e0 gagner, lequel ne rel\u00e8ve pas de la cat\u00e9gorie des frais et d\u00e9pens mais plut\u00f4t de celle du dommage mat\u00e9riel.<\/p>\n<p>87. Pour les m\u00eames raisons que celles \u00e9voqu\u00e9es pour la premi\u00e8re partie de la demande, cette seconde partie doit elle aussi \u00eatre rejet\u00e9e.<\/p>\n<p>88. La soci\u00e9t\u00e9 requ\u00e9rante n\u2019ayant pas pr\u00e9sent\u00e9 de demande au titre du dommage moral, il n\u2019y pas lieu de lui octroyer de somme \u00e0 ce titre.<\/p>\n<p><strong>PAR CES MOTIFS, LA COUR,<\/strong><\/p>\n<p>1. D\u00e9clare, \u00e0 l\u2019unanimit\u00e9, recevable le grief tir\u00e9 de l\u2019article 6 \u00a7 1\u00a0de la Convention ;<\/p>\n<p>2. Dit, \u00e0 l\u2019unanimit\u00e9, qu\u2019il y a eu violation de l\u2019article 6 \u00a7 1 de la Convention\u00a0;<\/p>\n<p>3. Dit, \u00e0 l\u2019unanimit\u00e9, qu\u2019il n\u2019y a pas lieu d\u2019examiner ni la recevabilit\u00e9 ni le bien-fond\u00e9 du grief relevant de l\u2019article 1 du Protocole no\u00a01 \u00e0 la Convention\u00a0;<\/p>\n<p>4. Rejette, par six voix contre une, la demande de satisfaction \u00e9quitable.<\/p>\n<p>Fait en fran\u00e7ais, puis communiqu\u00e9 par \u00e9crit le 9 f\u00e9vrier 2021, en application de l\u2019article\u00a077\u00a0\u00a7\u00a7\u00a02 et\u00a03 du r\u00e8glement.<\/p>\n<p>Stanley Naismith\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0 Jon Fridrik Kj\u00f8lbro<br \/>\nGreffier\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0 Pr\u00e9sident<\/p>\n<p>_________________<\/p>\n<p>Au pr\u00e9sent arr\u00eat se trouve joint, conform\u00e9ment aux articles\u00a045 \u00a7\u00a02 de la Convention et\u00a074 \u00a7\u00a02 du r\u00e8glement, l\u2019expos\u00e9 de l\u2019opinion s\u00e9par\u00e9e du juge\u00a0Marko Bo\u0161njak.<\/p>\n<p style=\"text-align: right;\">J.F.K.<br \/>\nS.H.N.<\/p>\n<p style=\"text-align: center;\"><strong>DECLARATION DE DISSENTIMENT PARTIEL DU JUGE BO\u0160NJAK<\/strong><br \/>\n<strong>(Traduction)<\/strong><\/p>\n<p>J\u2019ai vot\u00e9 contre le point 4 du dispositif de cet arr\u00eat pour les m\u00eames raisons que celles que j\u2019ai expos\u00e9es dans mes opinions s\u00e9par\u00e9es ant\u00e9rieures, notamment dans l\u2019affaire Ali Riza et autres c. Turquie (nos30226\/10 et 4 autres, 28 janvier 2020).<\/p>\n<div class=\"social-share-buttons\"><a href=\"https:\/\/www.facebook.com\/sharer\/sharer.php?u=https:\/\/loisdumonde.com\/?p=315\" target=\"_blank\" rel=\"noopener\">Facebook<\/a><a href=\"https:\/\/twitter.com\/intent\/tweet?url=https:\/\/loisdumonde.com\/?p=315&text=AFFAIRE+SOCI%C3%89T%C3%89+ANONYME+AHMET+N%C4%B0HAT+%C3%96ZSAN+c.+TURQUIE+%28Cour+europ%C3%A9enne+des+droits+de+l%E2%80%99homme%29+Requ%C3%AAte+no+62318%2F09\" target=\"_blank\" rel=\"noopener\">Twitter<\/a><a href=\"https:\/\/www.linkedin.com\/shareArticle?url=https:\/\/loisdumonde.com\/?p=315&title=AFFAIRE+SOCI%C3%89T%C3%89+ANONYME+AHMET+N%C4%B0HAT+%C3%96ZSAN+c.+TURQUIE+%28Cour+europ%C3%A9enne+des+droits+de+l%E2%80%99homme%29+Requ%C3%AAte+no+62318%2F09\" target=\"_blank\" rel=\"noopener\">LinkedIn<\/a><a href=\"https:\/\/pinterest.com\/pin\/create\/button\/?url=https:\/\/loisdumonde.com\/?p=315&description=AFFAIRE+SOCI%C3%89T%C3%89+ANONYME+AHMET+N%C4%B0HAT+%C3%96ZSAN+c.+TURQUIE+%28Cour+europ%C3%A9enne+des+droits+de+l%E2%80%99homme%29+Requ%C3%AAte+no+62318%2F09\" target=\"_blank\" rel=\"noopener\">Pinterest<\/a><\/div>","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>INTRODUCTION. La requ\u00eate concernele manque all\u00e9gu\u00e9 de coh\u00e9rence dans la jurisprudence de la Cour de cassation au sujet du pr\u00e9judice suppl\u00e9mentaire r\u00e9gi par l\u2019article 105 FacebookTwitterLinkedInPinterest<\/p>\n<p class=\"more-link-p\"><a class=\"more-link\" href=\"https:\/\/loisdumonde.com\/?p=315\">Read more &rarr;<\/a><\/p>\n","protected":false},"author":1,"featured_media":0,"comment_status":"open","ping_status":"open","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"_lmt_disableupdate":"","_lmt_disable":"","footnotes":""},"categories":[1],"tags":[],"class_list":["post-315","post","type-post","status-publish","format-standard","hentry","category-cour-europeenne-des-droits-de-lhomme"],"modified_by":"loisdumonde","_links":{"self":[{"href":"https:\/\/loisdumonde.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/315","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/loisdumonde.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/loisdumonde.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/loisdumonde.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/users\/1"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/loisdumonde.com\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcomments&post=315"}],"version-history":[{"count":1,"href":"https:\/\/loisdumonde.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/315\/revisions"}],"predecessor-version":[{"id":316,"href":"https:\/\/loisdumonde.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/315\/revisions\/316"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/loisdumonde.com\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fmedia&parent=315"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/loisdumonde.com\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcategories&post=315"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/loisdumonde.com\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Ftags&post=315"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}