{"id":275,"date":"2020-12-29T20:26:07","date_gmt":"2020-12-29T20:26:07","guid":{"rendered":"https:\/\/loisdumonde.com\/?p=275"},"modified":"2020-12-29T20:26:07","modified_gmt":"2020-12-29T20:26:07","slug":"affaire-selahattin-demirtas-c-turquie-n-2-cour-europeenne-des-droits-de-lhomme-requete-no-14305-17","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/loisdumonde.com\/?p=275","title":{"rendered":"AFFAIRE SELAHATT\u0130N DEM\u0130RTA\u015e c. TURQUIE (N\u00b0 2) (Cour europ\u00e9enne des droits de l\u2019homme) Requ\u00eate no 14305\/17"},"content":{"rendered":"<p><strong>PROC\u00c9DURE<\/strong>. Le requ\u00e9rant all\u00e9guait en particulier que sa d\u00e9tention provisoire avait emport\u00e9 violation des articles 5, 10 et 18 de la Convention ainsi que de l\u2019article\u00a03 du Protocole<!--more--> no 1 \u00e0 la Convention.<\/p>\n<p style=\"text-align: center;\">GRANDE CHAMBRE<br \/>\nAFFAIRE SELAHATT\u0130N DEM\u0130RTA\u015e c. TURQUIE (No 2)<br \/>\n(Requ\u00eate no 14305\/17)<br \/>\nARR\u00caT<\/p>\n<p>Art 10 \u2022 Libert\u00e9 d\u2019expression \u2022 Lev\u00e9e impr\u00e9visible de l\u2019immunit\u00e9 d\u2019un d\u00e9put\u00e9 et d\u00e9tention provisoire de celui-ci bas\u00e9e sur des accusations de terrorisme li\u00e9es \u00e0 des discours politiques \u2022 Non-examen par les autorit\u00e9s internes du point de savoir si les discours \u00e9taient prot\u00e9g\u00e9s par l\u2019irresponsabilit\u00e9 parlementaire \u2022 Abus de la proc\u00e9dure de modification constitutionnelle pour cibler l\u2019opposition \u2022 Interpr\u00e9tation et application des infractions li\u00e9es au terrorisme si larges qu\u2019elles n\u2019ont pas offertde protection ad\u00e9quate contre les ing\u00e9rences arbitraires<\/p>\n<p>Art 3 P1 \u2022 Libre expression de l\u2019opinion du peuple \u2022 Candidature \u00e0 une \u00e9lection \u2022 D\u00e9put\u00e9 tenu \u00e0 l\u2019\u00e9cart des travaux parlementaires par son maintien prolong\u00e9 en d\u00e9tention provisoire sans justification suffisante \u2022 Droit pour un d\u00e9put\u00e9, au regard del\u2019art 3 P1, de si\u00e9ger au Parlement une fois qu\u2019il a \u00e9t\u00e9 \u00e9lu \u2022 La d\u00e9tention d\u2019un d\u00e9put\u00e9 incompatible avec l\u2019art 10 emporte aussiviolation de l\u2019art 3 P1 \u2022 Manquement des juridictions nationales \u00e0 mettre en balance l\u2019ensemble des int\u00e9r\u00eats pertinents et \u00e0 d\u00e9terminer si les accusations avaient un fondement politique \u2022 Mesures alternatives \u00e0 la d\u00e9tention non envisag\u00e9es<\/p>\n<p>Art 18 (+ art 5) \u2022 Restrictions associ\u00e9es \u00e0 des buts non autoris\u00e9s \u2022 D\u00e9tention provisoire poursuivant le but inavou\u00e9 consistant \u00e0 \u00e9touffer le pluralisme et \u00e0 limiter le libre jeu du d\u00e9bat politique<\/p>\n<p>Art 5 \u00a7 1 \u2022 Art 5 \u00a7 3 \u2022 Absence de raisons plausibles de soup\u00e7onner le requ\u00e9rant d\u2019avoir commis une infraction et caract\u00e8re d\u00e9raisonnable de sa d\u00e9tention provisoire \u2022 L\u2019action en indemnisation fond\u00e9e sur l\u2019article 141 \u00a7 1 a) et d) du code de proc\u00e9dure p\u00e9nale ne constitue pas un recours effectif pour de tels griefs<\/p>\n<p>Art 5 \u00a7 4 \u2022 C\u00e9l\u00e9rit\u00e9 du contr\u00f4le \u2022 La dur\u00e9e du contr\u00f4le (treize mois) effectu\u00e9 par la Cour constitutionnelle n\u2019emporte pas violation au vu des circonstances sp\u00e9cifiques de l\u2019affaire, notamment de la charge de travail exceptionnelle de la haute juridiction pendant la p\u00e9riode d\u2019\u00e9tat d\u2019urgence<\/p>\n<p style=\"text-align: center;\">STRASBOURG<br \/>\n22 d\u00e9cembre 2020<\/p>\n<p>Cet arr\u00eat est d\u00e9finitif. Il peut subir des retouches de forme.<\/p>\n<p><strong>En l\u2019affaire Selahattin Demirta\u015f c. Turquie (no 2),<\/strong><\/p>\n<p>La Cour europ\u00e9enne des droits de l\u2019homme, si\u00e9geant en une Grande Chambre compos\u00e9e de\u00a0:<\/p>\n<p>Ksenija Turkovi\u0107, pr\u00e9sidente,<br \/>\nLinos-Alexandre Sicilianos,<br \/>\nYonko Grozev,<br \/>\nVincent A. De Gaetano,<br \/>\nHelen Keller,<br \/>\nAle\u0161 Pejchal,<br \/>\nKrzysztof Wojtyczek,<br \/>\nM\u0101rti\u0146\u0161 Mits,<br \/>\nGabriele Kucsko-Stadlmayer,<br \/>\nAlena Pol\u00e1\u010dkov\u00e1,<br \/>\nPauliine Koskelo,<br \/>\nTim Eicke,<br \/>\nP\u00e9ter Paczolay,<br \/>\nLado Chanturia,<br \/>\nGilberto Felici,<br \/>\nErik Wennerstr\u00f6m,<br \/>\nSaadet Y\u00fcksel, juges,<\/p>\n<p>et de Johan Callewaert, greffier adjoint de la Grande Chambre,<\/p>\n<p>Apr\u00e8s en avoir d\u00e9lib\u00e9r\u00e9 en chambre du conseil le 18 septembre 2019 et le12\u00a0novembre 2020,<\/p>\n<p>Rend l\u2019arr\u00eat que voici, adopt\u00e9 \u00e0 cette date\u00a0:<\/p>\n<p><strong>PROC\u00c9DURE<\/strong><\/p>\n<p>1. \u00c0 l\u2019origine de l\u2019affaire se trouve une requ\u00eate (no 14305\/17) dirig\u00e9e contre la R\u00e9publique de Turquie et dont un ressortissant de cet \u00c9tat, M.\u00a0Selahattin\u00a0Demirta\u015f (\u00ab\u00a0le requ\u00e9rant\u00a0\u00bb), a saisi la Cour le 20 f\u00e9vrier 2017 en vertu de l\u2019article\u00a034 de la Convention de sauvegarde des droits de l\u2019homme et des libert\u00e9s fondamentales (\u00ab\u00a0la Convention\u00a0\u00bb).<\/p>\n<p>2. Le requ\u00e9rant a \u00e9t\u00e9 repr\u00e9sent\u00e9 par Me\u00a0M.\u00a0Karaman, Me\u00a0A. Demirta\u015f G\u00f6kalp, Me\u00a0B. Molu, Me\u00a0R. Demir et Me\u00a0K. Alt\u0131parmak, avocats exer\u00e7ant \u00e0 Diyarbak\u0131r, \u00e0 Istanbul et \u00e0 Ankara. Le gouvernement turc (\u00ab\u00a0le Gouvernement\u00a0\u00bb) a \u00e9t\u00e9 repr\u00e9sent\u00e9 par son agent.<\/p>\n<p>3. Le requ\u00e9rant all\u00e9guait en particulier que sa d\u00e9tention provisoire avait emport\u00e9 violation des articles 5, 10 et 18 de la Convention ainsi que de l\u2019article\u00a03 du Protocole no 1 \u00e0 la Convention.<\/p>\n<p>4. Le 29 juin 2017, la requ\u00eate a \u00e9t\u00e9 communiqu\u00e9e au Gouvernement.<\/p>\n<p>5. Une chambre de la deuxi\u00e8me section, compos\u00e9e de RobertSpano, pr\u00e9sident, LediBianku, I\u015f\u0131l Karaka\u015f, Paul Lemmens, ValeriuGri\u0163co, Jon\u00a0Fridrik\u00a0Kj\u00f8lbro, Ivana Jeli\u0107, juges, ainsi que de Stanley\u00a0Naismith, greffier de section, a rendu un arr\u00eat le 20 novembre 2018. Par cet arr\u00eat, la chambre a d\u00e9clar\u00e9 recevables, \u00e0 l\u2019unanimit\u00e9, les griefs du requ\u00e9rant fond\u00e9s sur l\u2019article 5 \u00a7 1 (absence all\u00e9gu\u00e9e desoup\u00e7ons raisonnables), l\u2019article\u00a05 \u00a7\u00a03, l\u2019article 5 \u00a7 4 (absence all\u00e9gu\u00e9e de contr\u00f4le \u00e0 bref d\u00e9lai par la Cour constitutionnelle), ainsi que l\u2019article 18 de la Convention et l\u2019article 3 du Protocole\u00a0no\u00a01. Elle a d\u00e9clar\u00e9 irrecevables, \u00e0 la majorit\u00e9, d\u2019autres griefs formul\u00e9s sous l\u2019angle de l\u2019article 5 \u00a7 1, et, \u00e0 l\u2019unanimit\u00e9, un autre grief fond\u00e9 sur l\u2019article 5 \u00a7 4. Elle a conclu, \u00e0 l\u2019unanimit\u00e9, \u00e0 la non-violation de l\u2019article\u00a05 \u00a7 1 et de l\u2019article 5 \u00a7 4 de la Convention, et \u00e0 la violation de l\u2019article\u00a05 \u00a7 3 de la Convention et de l\u2019article 3 du Protocole no1. Elle a dit, par six voix contre une, qu\u2019il y avait eu violation de l\u2019article 18 de la Convention combin\u00e9 avec l\u2019article 5 \u00a7 3. Elle a \u00e9galement conclu, \u00e0 l\u2019unanimit\u00e9, qu\u2019il n\u2019y avait pas lieu d\u2019examiner s\u00e9par\u00e9ment la recevabilit\u00e9 et le bien-fond\u00e9 du grief du requ\u00e9rant tir\u00e9 de l\u2019article 10 de la Convention. Enfin, la chambre a dit, \u00e0 l\u2019unanimit\u00e9, que l\u2019\u00c9tat d\u00e9fendeur n\u2019avait pas failli \u00e0 ses obligations d\u00e9coulant de l\u2019article 34 de la Convention et qu\u2019il lui incombait de prendre toutes les mesures n\u00e9cessaires pour mettre fin \u00e0 la d\u00e9tention provisoire du requ\u00e9rant. \u00c0 l\u2019arr\u00eat \u00e9tait jointe l\u2019opinion en partie dissidente de la juge Karaka\u015f.<\/p>\n<p>6. Le 19 f\u00e9vrier 2019, tant le Gouvernement que le requ\u00e9rant ont sollicit\u00e9 le renvoi de l\u2019affaire devant la Grande Chambre au titre de l\u2019article\u00a043 de la Convention. Le coll\u00e8ge de la Grande Chambre a fait droit \u00e0 ces demandes le 18 mars 2019.<\/p>\n<p>7. La composition de la Grande Chambre a \u00e9t\u00e9 arr\u00eat\u00e9e conform\u00e9ment aux articles 26 \u00a7\u00a7 4 et 5 de la Convention et 24 du r\u00e8glement de la Cour (\u00ab\u00a0le r\u00e8glement\u00a0\u00bb). Pendant les deuxi\u00e8mes d\u00e9lib\u00e9rations, Vincent A. De Gaetano, dont le mandat avait pris fin au cours de la proc\u00e9dure, a continu\u00e9 de conna\u00eetre de l\u2019affaire (articles 23 \u00a7 3 de la Convention et 24 \u00a7 4 du r\u00e8glement). Ksenija Turkovi\u0107 a succ\u00e9d\u00e9 \u00e0 Linos-Alexandre Sicilianos \u00e0 la pr\u00e9sidence de la Grande Chambre (articles 10 et 11 du r\u00e8glement). En outre, Pauliine\u00a0Koskelo, Yonko Grozev, P\u00e9ter Paczolay et Lado Chanturia ont remplac\u00e9 Angelika Nu\u00dfberger, Andr\u00e9 Potocki, Armen Harutyunyan et Egidijus\u00a0K\u016bris, emp\u00each\u00e9s (article 24 \u00a7 3 du r\u00e8glement).<\/p>\n<p>8. Tant le requ\u00e9rant que le Gouvernement ont d\u00e9pos\u00e9 des observations \u00e9crites sur la recevabilit\u00e9 et sur le fond de l\u2019affaire.<\/p>\n<p>9. La Commissaire aux droits de l\u2019homme du Conseil de l\u2019Europe (\u00ab\u00a0la Commissaire aux droits de l\u2019homme\u00a0\u00bb) a exerc\u00e9 son droit de prendre part \u00e0 la proc\u00e9dure et a pr\u00e9sent\u00e9 des observations \u00e9crites (articles 36 \u00a7 3 de la Convention et 44 \u00a7 2 du r\u00e8glement).<\/p>\n<p>10. Le pr\u00e9sident de la section avait autoris\u00e9 l\u2019Union interparlementaire (\u00ab\u00a0UIP\u00a0\u00bb) ainsi que les organisations non gouvernementales Article 19 et Human Rights Watch (\u00ab\u00a0les ONG intervenantes\u00a0\u00bb), lesquelles ont agi conjointement, \u00e0 intervenir en vertu des articles 36 \u00a7 2 de la Convention et\u00a044 \u00a7 3 du r\u00e8glement\u00a0; leurs observations \u00e9crites ont \u00e9t\u00e9 vers\u00e9es au dossier.<\/p>\n<p>11. Tant le Gouvernement que le requ\u00e9rant ont r\u00e9pondu aux observations des parties intervenantes.<\/p>\n<p>12. Une audience s\u2019est d\u00e9roul\u00e9e en public au Palais des droits de l\u2019homme, \u00e0 Strasbourg, le 18 septembre 2019.<\/p>\n<p>Ont comparu\u00a0:<\/p>\n<p>\u2013 pour le Gouvernement<br \/>\nM. Hac\u0131 Ali A\u00e7\u0131kg\u00fcl, co-agent,<br \/>\nMme Bet\u00fcl Nas G\u00fclol,<br \/>\nM. Mehmet Ali Tuncer, juges rapporteurs,<br \/>\nMM. \u0130brahim Hakk\u0131 Beyazit,<br \/>\nAbdulhaluk Kurnaz,<br \/>\nStefan Talmon, conseillers\u00a0;<\/p>\n<p>\u2013 pour le requ\u00e9rant<br \/>\nM. Mahsuni Karaman,<br \/>\nMme Benan Molu,<br \/>\nMM. Kerem Alt\u0131parmak,<br \/>\nRamazan Demir, conseils,<br \/>\nMmes Ba\u015fak \u00c7al\u0131,<br \/>\nAyg\u00fcl Demirta\u015fG\u00f6kalp, conseill\u00e8res\u00a0;<\/p>\n<p>\u2013 pour la Commissaire aux droits de l\u2019homme du Conseil de l\u2019Europe<br \/>\nMme Dunja Mijatovi\u0107, Commissaire aux droits de l\u2019homme,<br \/>\nMM. GiancarloCardinale, adjoint \u00e0 la directrice, Bureau du Commissaire aux droits de l\u2019homme,<br \/>\nHasanBermek, conseiller de la Commissaire.<\/p>\n<p>La Cour a entendu Mme \u00c7al\u0131, M.Alt\u0131parmak, M.Demir, Mme Molu, M.A\u00e7\u0131kg\u00fcl, M.Talmon et MmeMijatovi\u0107 en leurs d\u00e9clarations, et Mme\u00c7al\u0131, M.Alt\u0131parmak et M.Talmon en leurs r\u00e9ponses aux questions pos\u00e9es par la Cour.<\/p>\n<p>13. \u00c0 diff\u00e9rentes dates entre le 19 novembre 2019 et le 14 juillet 2020, le Gouvernement et le requ\u00e9rant ont pr\u00e9sent\u00e9 des observations compl\u00e9mentaires.<\/p>\n<p><strong>EN FAIT<\/strong><\/p>\n<p>14. Le requ\u00e9rant est n\u00e9 en 1973. \u00c0 la date de l\u2019introduction de sa requ\u00eate, il \u00e9tait d\u00e9tenu \u00e0 Edirne.<\/p>\n<p><strong>I. Le parcours politique du requ\u00e9rant<\/strong><\/p>\n<p>15. \u00c0 l\u2019\u00e9poque des faits, le requ\u00e9rant \u00e9tait l\u2019un des copr\u00e9sidents du Parti d\u00e9mocratique des peuples (HDP), un parti politique pro-kurde de gauche. Depuis le 22 juillet 2007, il \u00e9tait d\u00e9put\u00e9 \u00e0 la Grande Assembl\u00e9e nationale de Turquie (\u00ab\u00a0l\u2019Assembl\u00e9e nationale\u00a0\u00bb). \u00c0 l\u2019issue du scrutin l\u00e9gislatif du 1er\u00a0novembre 2015, il fut r\u00e9\u00e9lu d\u00e9put\u00e9 \u00e0 l\u2019Assembl\u00e9e nationale, dans les rangs du HDP\u00a0; son mandat prit fin lors des \u00e9lections parlementaires du 24\u00a0juin 2018, pour lesquelles il ne s\u2019\u00e9tait pas port\u00e9 candidat.<\/p>\n<p>16. Lors du scrutin pr\u00e9sidentiel du 10 ao\u00fbt 2014, le requ\u00e9rant obtint 9,76\u00a0% des voix. Il se porta \u00e9galement candidat \u00e0 l\u2019\u00e9lection pr\u00e9sidentielle du 24\u00a0juin 2018 et recueillit 8,32 % des voix.<\/p>\n<p><strong>II. Les \u00e9v\u00e9nements des 6-8 octobre 2014<\/strong><\/p>\n<p>17. En septembre et en octobre 2014, des membres de l\u2019organisation terroriste arm\u00e9e Daech(\u00c9tat islamique en Irak et au Levant) lanc\u00e8rent une offensive sur la ville syrienne de Koban\u00e9 (Ayn al-Arab en arabe), laquelle se trouve \u00e0 environ 15 kilom\u00e8tres de la ville frontali\u00e8re turque de Suru\u00e7. Des affrontements arm\u00e9s eurent lieu entre les forces de Daechet celles du YPG (les Unit\u00e9s de protection du peuple, une organisation fond\u00e9e en Syrie et consid\u00e9r\u00e9e comme terroriste par la Turquie en raison des liens qu\u2019elle entretiendrait avec le PKK (Parti des travailleurs du Kurdistan, une organisation terroriste arm\u00e9e).<\/p>\n<p>18. Apr\u00e8s le d\u00e9clenchement des affrontements en Syrie, le gouvernement turc ouvrit sa fronti\u00e8re \u00e0 des milliers de r\u00e9fugi\u00e9s, en majorit\u00e9 des femmes, des enfants et des personnes \u00e2g\u00e9es kurdes qui s\u2019\u00e9taient amass\u00e9s \u00e0 la fronti\u00e8re turco-syrienne. Il ferma cependant cette m\u00eame fronti\u00e8re dans le sens des d\u00e9parts vers la Syrie, afin d\u2019emp\u00eacher les personnes volontaires de partir se battre \u00e0 Koban\u00e9. \u00c0 partir du 2 octobre 2014, de nombreuses manifestations eurent lieu en Turquie et plusieurs organisations non gouvernementales \u2013\u00a0locales et internationales\u00a0\u2013 publi\u00e8rent des d\u00e9clarations appelant \u00e0 la solidarit\u00e9 internationale avec Koban\u00e9 contre le si\u00e8ge de Daech. En r\u00e9sum\u00e9, il fut notamment demand\u00e9 au gouvernement de permettre aux combattants de passer en Syrie.<\/p>\n<p>19. Le 5 octobre 2014, un tweet fut publi\u00e9 sur un compte qui \u00e9tait cens\u00e9ment contr\u00f4l\u00e9 par l\u2019un des dirigeants du PKK. Ce tweet se lisait comme suit\u00a0:<\/p>\n<p>\u00ab\u00a0Nous appelons tous les jeunes, les femmes et toutes les personnes de sept \u00e0 soixante-dix ans \u00e0 prendre le parti de Koban\u00e9, \u00e0 prot\u00e9ger notre honneur et notre dignit\u00e9 et \u00e0 occuper les m\u00e9tropoles\u00a0\u00bb (\u00ab\u00a0Gen\u00e7leri kad\u0131nlar\u0131 7\u2019den 70\u2019e herkesi Kobane\u2019ye sahip \u00e7\u0131kmaya onurumuzu namusumuzu korumaya metropolleri i\u015fgal etmeye \u00e7a\u011f\u0131r\u0131yoruz\u00a0\u00bb).<\/p>\n<p>20. Le 6 octobre 2014, les trois tweets suivants furent publi\u00e9s sur le compte Twitter officiel du HDP (@HDPgenelmerkezi)\u00a0:<\/p>\n<p>\u2013\u00a0\u00ab\u00a0Appel urgent \u00e0 notre peuple\u00a0! Appel urgent \u00e0 notre peuple lanc\u00e9 par le comit\u00e9 ex\u00e9cutif du HDP, qui est actuellement en session\u00a0! La situation \u00e0 Koban\u00e9 est extr\u00eamement dangereuse. Nous appelons notre peuple \u00e0 rejoindre et \u00e0 soutenir ceux qui sont descendus dans la rue pour protester contre les attaques de Daech et contre l\u2019embargo du gouvernement de l\u2019AKP [Parti de la justice et du d\u00e9veloppement] sur Koban\u00e9\u00a0\u00bb (\u00ab\u00a0Halklar\u0131m\u0131za acil \u00e7a\u011fr\u0131! \u015euanda toplant\u0131 halinde olan HDP MYK\u2019dan halklar\u0131m\u0131za acil \u00e7a\u011fr\u0131! Koban\u00e9\u2019de duru\u015f son derece kritiktir. I\u015e\u0130D sald\u0131r\u0131lar\u0131n\u0131 ve AKP iktidar\u0131n\u0131n Koban\u00e9\u2019ye ambargo tutumunu protesto etmek \u00fczere halklar\u0131m\u0131z\u0131 soka\u011fa \u00e7\u0131kmaya ve soka\u011fa \u00e7\u0131km\u0131\u015f olanlara destek vermeye \u00e7a\u011f\u0131r\u0131yoruz\u00a0\u00bb).<\/p>\n<p>\u2013\u00a0\u00ab\u00a0Nous appelons l\u2019ensemble de notre peuple, les personnes de sept \u00e0 soixante\u2011dix ans, \u00e0 [descendre dans] la rue, \u00e0 [y] prendre [position] et \u00e0 agir contre la tentative de massacre \u00e0 Koban\u00e9\u00a0\u00bb (\u00ab\u00a0Kobane\u2019de ya\u015fanan katliam giri\u015fimine kar\u015f\u0131 7 den 70 e b\u00fct\u00fcn halklar\u0131m\u0131z\u0131 soka\u011fa, alan tutmaya ve harekete ge\u00e7meye \u00e7a\u011f\u0131r\u0131yoruz\u00a0\u00bb).<\/p>\n<p>\u2013 \u00ab\u00a0\u00c0 partir de maintenant, Koban\u00e9, c\u2019est partout. Nous appelons \u00e0 une r\u00e9sistance permanente jusqu\u2019\u00e0 la fin du si\u00e8ge et de l\u2019agression sauvage \u00e0 Koban\u00e9\u00a0\u00bb (\u00ab\u00a0Bundan b\u00f6yle her yer Kobane\u2019dir. Kobane\u2019deki ku\u015fatma ve vah\u015fi sald\u0131rganl\u0131k son bulana kadar s\u00fcresiz direni\u015fe \u00e7a\u011f\u0131r\u0131yoruz\u00a0\u00bb).<\/p>\n<p>21. Le m\u00eame jour, une d\u00e9claration \u00e9manant d\u2019une organisation d\u00e9nomm\u00e9e KCK (Koma Civak\u00ean Kurdistan \u2013 \u00ab\u00a0Union des communaut\u00e9s kurdes\u00a0\u00bb), consid\u00e9r\u00e9e par la Cour de cassation comme une organisation terroriste et comme la \u00ab\u00a0branche urbaine\u00a0\u00bb du PKK, fut publi\u00e9e sur le site Internet www.firatnews.com. Cette d\u00e9claration se lisait ainsi\u00a0:<\/p>\n<p>\u00ab\u00a0La vague r\u00e9volutionnaire partie de Koban\u00e9 doit s\u2019\u00e9tendre \u00e0 l\u2019ensemble du Kurdistan et, sur cette base, nous appelons \u00e0 un soul\u00e8vement de la jeunesse kurde (&#8230;) Ceux qui parmi notre peuple peuvent aller \u00e0 Suru\u00e7 doivent y aller imm\u00e9diatement, sans perdre une seconde, et chaque centim\u00e8tre carr\u00e9 du Kurdistan doit se lever pour Koban\u00e9 (&#8230;) Nous appelons notre peuple, [toutes les personnes \u00e2g\u00e9es] de sept \u00e0 soixante-dix ans, \u00e0 rendre la vie insupportable \u00e0 Daech et \u00e0 son collaborateur l\u2019AKP, o\u00f9 qu\u2019ils se trouvent, et \u00e0 prendre position contre ces gangs [responsables] de massacres en amplifiant la r\u00e9bellion [Serhildan en kurde] au plus haut niveau\u00a0\u00bb (\u00ab\u00a0Kobani ile ba\u015flayan devrim dalgas\u0131 t\u00fcm K\u00fcrdistan\u2019a yay\u0131lmal\u0131 ve Bu temelde K\u00fcrt gen\u00e7li\u011finin ayaklanmas\u0131 \u00e7a\u011fr\u0131s\u0131nda bulunuyoruz&#8230; B\u00fct\u00fcn halk\u0131m\u0131z Suru\u00e7\u2019a gidebilecekler hemen bir saniye zaman kaybetmeden gitmeli ve K\u00fcrdistan\u2019\u0131n her kar\u0131\u015f topra\u011f\u0131 Koban\u00ea i\u00e7in aya\u011fa kalkmal\u0131d\u0131r&#8230; T\u00fcm halk\u0131m\u0131z\u0131 yediden yetmi\u015fe bulundu\u011fu her yerde ya\u015fam\u0131 I\u015e\u0130D ve i\u015fbirlik\u00e7isi AKP\u2019ye dar etmeye ve serh\u0131ldan\u0131 en \u00fcst d\u00fczeyde geli\u015ftirerek bu katliamc\u0131 \u00e7etelere kar\u015f\u0131 durmaya \u00e7a\u011f\u0131r\u0131yoruz\u00a0\u00bb).<\/p>\n<p>22. Le 7 octobre 2014, la d\u00e9claration suivante du comit\u00e9 ex\u00e9cutif du KCK fut publi\u00e9e sur le m\u00eame site Internet\u00a0:<\/p>\n<p>\u00ab\u00a0Notre peuple doit perp\u00e9tuer la r\u00e9sistance qu\u2019il a lanc\u00e9e contre ce massacre effroyable et insidieux, en la propageant partout et toujours. Notre peuple du Nord [dans la r\u00e9gion du sud-est de la Turquie] ne doit laisser aucune chance de survie aux gangs de Daech et \u00e0 ceux qui les soutiennent. Toutes les rues doivent se transformer en rues de Koban\u00e9 et la force et l\u2019organisation de cette r\u00e9sistance historique et unique doivent \u00eatre d\u00e9velopp\u00e9es. \u00c0 partir de maintenant, des millions de personnes doivent investir les rues et la foule doit se rendre \u00e0 la fronti\u00e8re. Tous les Kurdes et toute personne honorable, amis et groupes sensibles [\u00e0 notre cause] doivent agir. Il est temps de d\u00e9velopper et d\u2019amplifier l\u2019action de r\u00e9sistance. Sur cette base, nous appelons notre peuple, tous les groupes sensibles [\u00e0 notre cause] ainsi que nos amis \u00e0 embrasser et \u00e0 amplifier la r\u00e9sistance de Koban\u00e9, et nous appelons tous les jeunes, en particulier la jeunesse kurde, \u00e0 rejoindre les rangs de la libert\u00e9 \u00e0 Koban\u00e9 et \u00e0 intensifier la r\u00e9sistance\u00a0\u00bb (\u00ab\u00a0Halk\u0131m\u0131z bu \u00e7irkin ve sinsi katliam kar\u015f\u0131s\u0131nda ba\u015flatt\u0131\u011f\u0131 m\u00fccadeleyi her yere, her zamana ta\u015f\u0131yarak s\u00fcreklile\u015ftirmelidir. Kuzey halk\u0131m\u0131z \u0130\u015e\u0130D \u00e7etelerine, uzant\u0131lar\u0131na ve destek\u00e7ilerine hi\u00e7bir yerde ya\u015fam \u015fans\u0131 tan\u0131mamal\u0131d\u0131r. T\u00fcm sokaklar Kobani sokaklar\u0131na d\u00f6n\u00fc\u015ft\u00fcr\u00fclmeli, tarihin bu e\u015fsiz direni\u015fine denk bir direni\u015f g\u00fcc\u00fc ve \u00f6rg\u00fctl\u00fcl\u00fc\u011f\u00fc geli\u015ftirilmelidir. Bu saatten itibaren milyonlar sokaklara akmal\u0131, s\u0131n\u0131r insan seline d\u00f6n\u00fc\u015fmelidir. Her K\u00fcrt ve onurlu her insan, dostlar, duyarl\u0131 kesimler bu andan itibaren eyleme ge\u00e7melidir. An direni\u015f eylemini geli\u015ftirme ve b\u00fcy\u00fctme an\u0131d\u0131r. Bu temelde t\u00fcm halk\u0131m\u0131z\u0131, duyarl\u0131 kesimleri, dostlar\u0131m\u0131z\u0131 Kobani direni\u015fini sahiplenerek b\u00fcy\u00fcmeye, ba\u015fta K\u00fcrt gen\u00e7leri olmak \u00fczere t\u00fcm gen\u00e7leri Kobani de \u00f6zg\u00fcrl\u00fck saflar\u0131na kat\u0131larak direni\u015fi y\u00fckseltmeye \u00e7a\u011f\u0131r\u0131yoruz\u00a0\u00bb).<\/p>\n<p>23. \u00c0 partir du 6 octobre 2014, les manifestations (paragraphe\u00a018 ci\u2011dessus) devinrent violentes. Des affrontements eurent lieu entre diff\u00e9rents groupes, et les forces de s\u00e9curit\u00e9 intervinrent de mani\u00e8re vigoureuse. Face \u00e0 l\u2019intensification de la violence, \u00e0 des dates non pr\u00e9cis\u00e9es les gouverneurs de certaines villes impos\u00e8rent des couvre-feux.<\/p>\n<p>24. Dans deux d\u00e9clarations faites respectivement le 7 et le 9\u00a0octobre 2014, le requ\u00e9rant indiqua qu\u2019il \u00e9tait oppos\u00e9 \u00e0 l\u2019usage de la violence dans les manifestations. Il d\u00e9clara que son parti politique \u00e9tait pr\u00eat \u00e0 coop\u00e9rer avec le gouvernement mais qu\u2019il incombait d\u2019abord \u00e0 ce dernier d\u2019identifier les provocateurs \u00e0 l\u2019origine des violences.<\/p>\n<p>25. Selon les chiffres indiqu\u00e9s dans l\u2019arr\u00eat de la Cour constitutionnelle no\u00a02016\/25189 du 21 d\u00e9cembre 2017, relatif \u00e0 un recours individuel form\u00e9 par le requ\u00e9rant, les 6 et 8 octobre 2014 les violences firent 50 morts et 772\u00a0bless\u00e9s, dont 331 membres des forces de s\u00e9curit\u00e9. Pas moins de 1\u00a0881\u00a0v\u00e9hicules et 2\u00a0558 b\u00e2timents, dont des h\u00f4pitaux et des \u00e9coles, furent endommag\u00e9s. Dans le cadre des enqu\u00eates p\u00e9nales men\u00e9es par les parquets comp\u00e9tents, 4\u00a0291 personnes furent arr\u00eat\u00e9es, dont 1\u00a0105 furent plac\u00e9es en d\u00e9tention provisoire (paragraphe 30 de l\u2019arr\u00eat de la Cour constitutionnelle). Selon les procureurs de la R\u00e9publique, ces actes de violence avaient \u00e9t\u00e9 provoqu\u00e9s par les appels publi\u00e9s sur le compte Twitter du HDP (paragraphe\u00a020ci-dessus).<\/p>\n<p>26. Le 9 octobre 2014, le requ\u00e9rant pronon\u00e7a un discours \u00e0 Diyarbak\u0131r, dans les locaux du HDP. Les parties de ce discours qui sont pertinentes en l\u2019esp\u00e8ce se lisent ainsi\u00a0:<\/p>\n<p>\u00ab\u00a0Nous avons lanc\u00e9 les appels en question [les tweets publi\u00e9s sur le compte Twitter du HDP] parce que nous avions appris que l\u2019organisation Daech avait atteint la fronti\u00e8re de M\u00fcr\u015fitp\u0131nar. Les gens sont sortis dans les rues et il n\u2019y a eu de violences nulle part. Nous n\u2019avons pas dit de recourir \u00e0 la violence. Nous avons lanc\u00e9 un appel en faveur de la lutte politique. Ce qui a accru la violence, ce ne sont ni l\u2019appel du HDP ni les manifestations du peuple. Il incombe \u00e0 l\u2019\u00c9tat de trouver ceux qui ont provoqu\u00e9 [les manifestations]. Il ne doit pas y avoir d\u2019actes de violence. Il ne faut pas intervenir dans les manifestations [organis\u00e9es] pour soutenir Koban\u00e9 (&#8230;)\u00a0\u00bb (\u00ab\u00a0DAE\u015e \u00f6rg\u00fct\u00fcn\u00fcn M\u00fcr\u015fitp\u0131nar s\u0131n\u0131r kap\u0131s\u0131na dayand\u0131\u011f\u0131n\u0131 \u00f6\u011frendi\u011fimiz i\u00e7in bahsi ge\u00e7en \u00e7a\u011fr\u0131lar\u0131 yapt\u0131k, insanlar soka\u011fa \u00e7\u0131kt\u0131 hi\u00e7bir yerde \u015fiddet kullan\u0131lmad\u0131. \u015eiddet kullan\u0131ls\u0131n demedik. Siyasi m\u00fccadele ama\u00e7l\u0131 bir \u00e7a\u011fr\u0131 yapt\u0131k. \u015eiddeti b\u00fcy\u00fcten HDP\u2019nin \u00e7a\u011fr\u0131s\u0131 de\u011fil, halk\u0131n g\u00f6sterileri de\u011fil. Tahrik edenleri bulmak h\u00fck\u00fcmetin g\u00f6revidir. \u015eiddet eylemleri olmamal\u0131. Kobane\u2019yi sahiplenme eylemlerine m\u00fcdahale edilmemeli (&#8230;)\u00a0\u00bb).<\/p>\n<p>27. Dans un entretien paru le 13 octobre 2014 dans le journal quotidien Evrensel, le requ\u00e9rant s\u2019exprima ainsi\u00a0:<\/p>\n<p>\u00ab\u00a0C\u2019est directement li\u00e9 \u00e0 Koban\u00e9. Ce n\u2019est pas \u00e0 nous d\u2019apaiser la col\u00e8re. Nous n\u2019avons pas une telle influence sur le peuple et cela n\u2019est pas n\u00e9cessaire. Nous pensons que les mesures concr\u00e8tes que le gouvernement peut prendre pour repousser Daech hors de Koban\u00e9 vont mettre un terme \u00e0 cette col\u00e8re. Bien s\u00fbr, je ne parle pas d\u2019actes de violence. Nous n\u2019avons pas encourag\u00e9 les actes de violence comme l\u2019usage des armes, les incendies, les destructions [et] les vols avec violence Nous ne [les] avons pas provoqu\u00e9s, nous ne [les] avons pas organis\u00e9s. Mais nous avons lanc\u00e9 un appel pour que la col\u00e8re du peuple devienne une protestation continue, de jour comme de nuit, partout, sur les places, dans les maisons, dans la rue, dans les voitures. Nous sommes toujours derri\u00e8re cet appel\u00a0\u00bb (\u00ab\u00a0Do\u011frudan Kobaniyle ba\u011flant\u0131l\u0131d\u0131r. \u00d6fkeyi yat\u0131\u015ft\u0131rabilecek olan biz de\u011filiz. Bizim halk \u00fczerinde ne b\u00f6yle bir g\u00fcc\u00fcm\u00fcz vard\u0131r ne de buna gerek vard\u0131r. Yani halk I\u015e\u0130D\u2019e kar\u015f\u0131 durmas\u0131n sempati duysun diye u\u011fra\u015facak de\u011filiz. Biz h\u00fck\u00fcmetin ataca\u011f\u0131 pratik ad\u0131mlar\u0131n I\u015e\u0130D\u2019in Kobani\u2019den p\u00fcsk\u00fcrt\u00fclmesiyle sonu\u00e7lanmas\u0131n\u0131n bu \u00f6fkeyi durduraca\u011f\u0131n\u0131 d\u00fc\u015f\u00fcn\u00fcyoruz. Elbette ki bundan kastetti\u011fim \u015fiddet olaylar\u0131 de\u011fil. Biz silah kullanma, yak\u0131p y\u0131kma, yapmalama gibi \u015fiddet eylemlerini te\u015fvik etmedik, tahrik etmedik, \u00f6rg\u00fctlemedik ama halk\u0131n \u00f6fkesinin alanlarda, meydanlarda, gece g\u00fcnd\u00fcz evinde, sokakta, arabas\u0131nda elindeki b\u00fct\u00fcn imkanlarla bir protestoya d\u00f6n\u00fc\u015fmesinin \u00e7a\u011fr\u0131s\u0131n\u0131 yapt\u0131k. O \u00e7a\u011fr\u0131n\u0131n da halen arkas\u0131nday\u0131z\u00a0\u00bb).<\/p>\n<p><strong>III. Le \u00ab\u00a0processus de r\u00e9solution\u00a0\u00bb et sa fin<\/strong><\/p>\n<p>28. Le 11 octobre 2011, le requ\u00e9rant, alors copr\u00e9sident du Parti de la paix et de la d\u00e9mocratie (le BDP, un parti politique de gauche pro-kurde), fit un discours lors de la r\u00e9union de groupe parlementaire de son parti. Les parties pertinentes de ce discours se lisent comme suit\u00a0:<\/p>\n<p>\u00ab\u00a0Il [Abdullah \u00d6calan] n\u2019est pas une personne d\u00e9tenue \u00e0 \u0130mral\u0131, il est l\u2019avenir de la Turquie pour ce qui est de la libert\u00e9 et de la paix. C\u2019est pour cela que, \u00e0 bref d\u00e9lai, le gouvernement doit l\u2019assigner \u00e0 r\u00e9sidence. C\u2019est une proposition s\u00e9rieuse. Regardez, nous avons dit pendant des ann\u00e9es \u00ab\u00a0allez \u00e0 \u0130mral\u0131 et rencontrez [\u2011le]\u00a0\u00bb, [et] vous [nous] avez attaqu\u00e9s, vous [nous] avez insult\u00e9s, vous avez dit \u00ab\u00a0est-il possible de le faire\u00a0?\u00a0\u00bb. Cependant, vous y \u00eates all\u00e9s et vous [l]\u2019avez rencontr\u00e9. Vous avez bien fait. Vous avez arr\u00eat\u00e9 le sang qui coulait depuis des ann\u00e9es, vous avez r\u00e9ussi [\u00e0 conclure] un armistice. Est-ce une mauvaise chose\u00a0? Qui sait combien de vies ont \u00e9t\u00e9 sauv\u00e9es, combien de jeunes ont \u00e9t\u00e9 sauv\u00e9s, combien de m\u00e8res ont \u00e9chapp\u00e9 \u00e0 la souffrance\u00a0? Notre proposition \u00e9tait appropri\u00e9e [et] juste, nous avons insist\u00e9 et elle est devenue r\u00e9alit\u00e9. \u00c0 pr\u00e9sent, la Turquie doit \u00e9galement discuter de notre proposition actuelle, avec bon sens [et] de mani\u00e8re rationnelle. Nous montrons la voie juste, rationnelle, r\u00e9aliste que nous connaissons [et] en laquelle nous croyons. Aucune autre voie ne m\u00e8ne \u00e0 la r\u00e9solution [de la question kurde]. En plantant des drapeaux ici et l\u00e0, en essayant de planter des drapeaux, vous allez seulement faire couler le sang, vous n\u2019allez faire que repousser la question pendant des d\u00e9cennies, vous n\u2019allez faire qu\u2019amplifier la question. Si vous essayez de lyncher ceux qui vous montrent les voies rationnelles, il n\u2019y aura plus personne avec qui vous pourrez \u00e9changer et n\u00e9gocier. Cette attitude de lynchage envers nous, cette approche insultante envers nos propositions, c\u2019est le comportement le plus grave et le plus probl\u00e9matique auquel se heurte la r\u00e9solution de la question. Il faut discuter ouvertement, qu\u2019y a-t-il de mal dans une assignation \u00e0 r\u00e9sidence\u00a0? Y a-t-il une question kurde en l\u2019esp\u00e8ce\u00a0? Oui. Sommes\u2011nous face \u00e0 une question historique que nous avons h\u00e9rit\u00e9e de [l\u2019Empire] ottoman\u00a0? Oui. Devons-nous r\u00e9soudre cette question\u00a0? Oui. Cette question a-t-elle donn\u00e9 lieu \u00e0 vingt-neuf soul\u00e8vements\u00a0? Oui. Quel est le dernier soul\u00e8vement\u00a0? Qui en est le chef\u00a0? Abdullah \u00d6calan. O\u00f9 est-il\u00a0? \u00c0 \u0130mral\u0131\u00a0\u00bb (\u00ab\u00a0\u0130mral\u0131\u2019da tutulan bir \u015fah\u0131s de\u011fildir, T\u00fcrkiye\u2019nin \u00f6zg\u00fcrl\u00fc\u011fe, bar\u0131\u015fa dair gelece\u011fidir. O nedenle ev hapsini k\u0131sa vadede hemen uygulamaya koymal\u0131d\u0131r h\u00fck\u00fcmet, bu \u00f6neri ciddi bir \u00f6neridir. Bak\u0131n y\u0131llarca, \u00ab\u00a0gidin \u0130mral\u0131\u2019da g\u00f6r\u00fc\u015fme yap\u0131n\u00a0\u00bb dedik, sald\u0131rd\u0131n\u0131z, hakaretler ettiniz \u00ab\u00a0b\u00f6yle \u015fey mi olur\u00a0\u00bb dediniz. Bunu s\u00f6ylerken bile gidip g\u00f6r\u00fc\u015ft\u00fcn\u00fcz. \u0130yi de yapt\u0131n\u0131z. G\u00f6r\u00fc\u015ft\u00fc\u011f\u00fcn\u00fcz y\u0131llarda akan kan\u0131 durdurdunuz, ate\u015fkesleri sa\u011flad\u0131n\u0131z. Fena m\u0131 oldu? Kim bilir ka\u00e7 bin insan\u0131n can\u0131 kurtuldu, ka\u00e7 bin gencin can\u0131 kurtuldu, ka\u00e7 bin anan\u0131n ac\u0131s\u0131n\u0131 \u00f6nlediniz fena m\u0131 oldu? \u00d6nerimiz yerindeydi, do\u011fruydu, \u0131srar ettik ger\u00e7ekle\u015fti. \u015eimdi bu yapt\u0131\u011f\u0131m\u0131z \u00f6neriyi de sa\u011fduyuyla sa\u011fl\u0131kl\u0131, ak\u0131lc\u0131 bir \u015fekilde T\u00fcrkiye tart\u0131\u015fmak durumundad\u0131r. Bildi\u011fimiz, inand\u0131\u011f\u0131m\u0131z, do\u011fru, ak\u0131lc\u0131, ger\u00e7ek\u00e7i yolu g\u00f6steriyoruz. Bunun d\u0131\u015f\u0131ndaki hi\u00e7bir yol \u00e7\u00f6z\u00fcm yolu de\u011fildir. \u015euraya buraya bayrak dikmekle, bayrak dikmeye \u00e7al\u0131\u015fmakla sadece kan d\u00f6kersiniz, sadece sorunu on y\u0131llarca ertelersiniz, sorunu b\u00fcy\u00fct\u00fcrs\u00fcn\u00fcz. Ama ak\u0131lc\u0131 yollar\u0131 g\u00f6sterenleri lin\u00e7 etmeye \u00e7al\u0131\u015f\u0131rsan\u0131z ortada g\u00f6r\u00fc\u015febilece\u011finiz, ortada konu\u015fabilece\u011finiz hi\u00e7 kimse kalmayacakt\u0131r. Bize y\u00f6nelik bu lin\u00e7 tutumu, bizim \u00f6nerilerimize kar\u015f\u0131 bu hakaretvari yakla\u015f\u0131m \u00e7\u00f6z\u00fcm\u00fcn \u00f6n\u00fcn\u00fc t\u0131kayan en ciddi, en s\u0131k\u0131nt\u0131l\u0131 anlay\u0131\u015ft\u0131r. A\u00e7\u0131k\u00e7a tart\u0131\u015f\u0131ls\u0131n, ev hapsinin neyi yanl\u0131\u015ft\u0131r? Ortada bir K\u00fcrt sorunu var m\u0131\u00a0? Var. Osmanl\u0131\u2019dan devrald\u0131\u011f\u0131m\u0131z tarihi bir sorunla kar\u015f\u0131 kar\u015f\u0131ya m\u0131y\u0131z\u00a0? Evet. Bu sorunu \u00e7\u00f6zmek zorunda m\u0131y\u0131z\u00a0? Evet. Bu sorun 29 isyana konu olmu\u015f mu\u00a0? Evet. Son isyan hangisi\u00a0? Bu isyan, bu isyan\u0131n lideri kim\u00a0? Abdullah \u00d6calan. O nerede\u00a0? \u0130mral\u0131\u2019da\u00a0\u00bb).<\/p>\n<p>29. \u00c0 la fin de l\u2019ann\u00e9e 2012, un processus de paix connu sous le nom de \u00ab\u00a0processus de r\u00e9solution\u00a0\u00bb fut entam\u00e9 afin de trouver une solution pacifique et permanente \u00e0 la question kurde. Une s\u00e9rie de r\u00e9formes destin\u00e9es \u00e0 am\u00e9liorer la protection des droits de l\u2019homme en Turquie furent mises en \u0153uvre. Une d\u00e9l\u00e9gation compos\u00e9e de d\u00e9put\u00e9s, dont le requ\u00e9rant, se rendit plusieurs fois sur l\u2019\u00eele d\u2019\u0130mral\u0131, o\u00f9 est incarc\u00e9r\u00e9 Abdullah \u00d6calan, le dirigeant du PKK qui avait \u00e9t\u00e9 condamn\u00e9 en 1999 pour avoir men\u00e9 des actions visant \u00e0 la s\u00e9cession d\u2019une partie du territoire de la Turquie et pour avoir form\u00e9 et dirig\u00e9 dans ce but une organisation terroriste, et qui \u00e9tait \u00e9galement l\u2019auteur d\u2019un appel lanc\u00e9 en 2013 pour mettre fin \u00e0 la lutte arm\u00e9e. Le 28 f\u00e9vrier 2015, cette d\u00e9l\u00e9gation et le Vice-Premier ministre de l\u2019\u00e9poque pr\u00e9sent\u00e8rent le \u00ab\u00a0consensus de Dolmabah\u00e7e\u00a0\u00bb, une d\u00e9claration de r\u00e9conciliation en dix points. Le Premier ministre de l\u2019\u00e9poque d\u00e9clara que ce consensus signifiait l\u2019adoption de mesures importantes en vue de la cessation des activit\u00e9s terroristes en Turquie. N\u00e9anmoins, peu apr\u00e8s cette annonce, le pr\u00e9sident de la R\u00e9publique d\u00e9clara qu\u2019il \u00e9tait hors de question que le gouvernement concl\u00fbt un accord avec une organisation terroriste. Cette d\u00e9claration semble avoir marqu\u00e9 la fin dudit consensus. Par la suite, quelques semaines avant les \u00e9lections l\u00e9gislatives du 7 juin 2015, le Vice\u2011Premier ministre d\u00e9clara \u00e0 la presse ce qui suit\u00a0: \u00ab\u00a0si le HDP d\u00e9passe le seuil [\u00e0 franchir pour \u00eatre repr\u00e9sent\u00e9 au Parlement] et si le gouvernement de l\u2019AKP perd le pouvoir, il n\u2019y aura pas de processus de r\u00e9solution\u00a0\u00bb.<\/p>\n<p>30. Le 5 juin 2015, une attaque terroriste cens\u00e9ment commise par Daechtua deux personnes \u00e0 Diyarbak\u0131r, deux explosions d\u2019origine ind\u00e9termin\u00e9e s\u2019\u00e9tant produites lors du dernier meeting \u00e9lectoral du HDP. Plus de cent autres personnes furent bless\u00e9es par les d\u00e9flagrations.<\/p>\n<p>31. Des \u00e9lections l\u00e9gislatives eurent lieu le 7 juin 2015 et, pour la premi\u00e8re fois, un parti politique pro-kurde franchit le seuil permettant d\u2019\u00eatre repr\u00e9sent\u00e9 au sein de l\u2019Assembl\u00e9e nationale. En effet, le HDP obtint 13,12\u00a0% des voix et devint le deuxi\u00e8me parti politique d\u2019opposition. En outre, l\u2019AKP perdit la majorit\u00e9 au Parlement, pour la premi\u00e8re fois depuis 2002.<\/p>\n<p>32. Le 20 juillet 2015, une attaque terroriste cens\u00e9ment commise par Daech eut lieu \u00e0 Suru\u00e7, au cours de laquelle trente-quatre personnes furent tu\u00e9es et plus de cent autres bless\u00e9es.<\/p>\n<p>33. Le 22 juillet 2015, lors d\u2019une autre attaque terroriste, deux policiers furent assassin\u00e9s, pr\u00e9tendument par les membres du PKK, \u00e0 leurs domiciles \u00e0 Ceylanp\u0131nar. Les auteurs de ces assassinats, lesquels signifi\u00e8rent de facto la fin du \u00ab\u00a0processus de r\u00e9solution\u00a0\u00bb, demeurent inconnus \u00e0 ce jour.<\/p>\n<p>34. Au lendemain de cette attaque, les affrontements arm\u00e9s entre les forces de s\u00e9curit\u00e9 et le PKK recommenc\u00e8rent. Les dirigeants du PKK appel\u00e8rent la population \u00e0 s\u2019armer et \u00e0 mettre en place des syst\u00e8mes souterrains et des tunnels qui pourraient \u00eatre utilis\u00e9s lors d\u2019affrontements arm\u00e9s. Ils demand\u00e8rent par ailleurs la proclamation d\u2019un r\u00e9gime politique d\u2019auto-gouvernance. En outre, ils annonc\u00e8rent que tous les fonctionnaires de la r\u00e9gion seraient d\u00e9sormais consid\u00e9r\u00e9s comme des complices de l\u2019AKP et que par cons\u00e9quent ils risquaient d\u2019\u00eatre pris pour cible.<\/p>\n<p>35. Le 28 juillet 2015, le pr\u00e9sident de la R\u00e9publique fit une d\u00e9claration \u00e0 la presse dans laquelle il soutint que les dirigeants du HDP auraient \u00e0 \u00ab\u00a0payer le prix\u00a0\u00bb des actes de terrorisme. Les parties pertinentes en l\u2019esp\u00e8ce se lisent ainsi\u00a0:<\/p>\n<p>\u00ab\u00a0Je n\u2019approuve pas la dissolution des partis politiques. Cependant, je dis que les dirigeants de ce parti [le HDP] doivent payer le prix. Personnellement, individuellement\u00a0\u00bb (\u00ab\u00a0Ben parti kapat\u0131lmas\u0131 olay\u0131n\u0131 do\u011fru bulmuyorum. Fakat bu partinin y\u00f6neticilerinin bu i\u015fin bedelini \u00f6demeleri gerekir diyorum. Fert fert, birey birey\u00a0\u00bb).<\/p>\n<p>36. Le m\u00eame jour, le requ\u00e9rant fit un discours lors de la r\u00e9union de groupe parlementaire de son parti, dans lequel il d\u00e9clara ceci\u00a0:<\/p>\n<p>\u00ab\u00a0Nous n\u2019allons pas permettre l\u2019assassinat de celui qui est dans la montagne [image d\u00e9signant les membres du PKK], ni de celui qui est dans l\u2019arm\u00e9e, ni de celui qui est dans la police\u00a0; nous n\u2019allons pas consid\u00e9rer cela comme normal. Ils ne doivent pas payer le prix. Nous avons pris les r\u00eanes du pouvoir de notre peuple pour payer le prix, ils ont vot\u00e9 pour nous \u00e0 cette fin. Nous sommes pr\u00eats \u00e0 payer tous les prix, mais ceux qui nous combattent et ceux qui sont hostiles envers nous doivent \u00eatre aussi courageux que nous. Sinon, ils perdent, ils vont perdre. Nous allons voir cela tous ensemble. Ils vont perdre face \u00e0 cette r\u00e9sistance. Le sentiment de paix de la Turquie va triompher. L\u2019avenir libre de la Turquie va triompher, \u00e0 moins qu\u2019on oublie autour de quel principe du HDP nous nous sommes r\u00e9unis\u00a0\u00bb (\u00ab\u00a0Biz, ne da\u011fdakinin, ne askerdekinin, ne polisin \u00f6ld\u00fcr\u00fclmesine izin vermeyece\u011fiz, hi\u00e7birini normal kar\u015f\u0131lamayaca\u011f\u0131z. Onlar bedel \u00f6demesin. Biz bedel \u00f6demek i\u00e7in halk\u0131m\u0131zdan yetki ald\u0131k, bize bunun i\u00e7in oy verdiler. Ne bedel \u00f6denecekse, biz haz\u0131r\u0131z. Ama\u00a0bizimle m\u00fccadele edenler de, bize d\u00fc\u015fmanl\u0131k yapanlar da en az bizim kadar cesur olmal\u0131lar. Yoksa kaybederler, kaybedecekler. Bunu hep birlikte g\u00f6rece\u011fiz. Onlar bu direni\u015f kar\u015f\u0131s\u0131nda yenilecekler. T\u00fcrkiye\u2019nin bar\u0131\u015f duygusu kazanacak. T\u00fcrkiye\u2019nin \u00f6zg\u00fcr yar\u0131nlar\u0131, \u00f6zg\u00fcr gelece\u011fi kazanacak. Yeter ki, nas\u0131l bir HDP ilkesi etraf\u0131nda birle\u015fti\u011fimizi tek bir dakika bile unutmayal\u0131m\u00a0\u00bb).<\/p>\n<p>37. Entre le 10 et le 19 ao\u00fbt 2015, l\u2019auto-gouvernance fut proclam\u00e9e dans dix-neuf villes de Turquie, dont la grande majorit\u00e9 se situe au sud-est du pays.<\/p>\n<p>38. Des membres du YDG-H (Mouvement de la jeunesse patriotique r\u00e9volutionnaire), consid\u00e9r\u00e9 comme la branche jeunesse du PKK, creus\u00e8rent des tranch\u00e9es et \u00e9tablirent des barricades dans plusieurs villes de l\u2019est et du sud-est de la Turquie, notamment \u00e0 Cizre, \u00e0 Silopi, \u00e0 Sur, \u00e0 \u0130dil et \u00e0 Nusaybin, afin d\u2019emp\u00eacher l\u2019entr\u00e9e des forces de s\u00e9curit\u00e9. Selon ces derni\u00e8res, les membres du YDG-H avaient apport\u00e9 un grand nombre d\u2019armes et d\u2019explosifs dans la r\u00e9gion.<\/p>\n<p>39. En ao\u00fbt 2015, des gouverneurs locaux impos\u00e8rent des couvre-feux dans certaines villes du sud-est de la Turquie. L\u2019objectif d\u00e9clar\u00e9 de ces mesures \u00e9tait de nettoyer les tranch\u00e9es creus\u00e9es par les membres des organisations terroristes et de les d\u00e9barrasser des explosifs qui y avaient \u00e9t\u00e9 enterr\u00e9s, ainsi que de prot\u00e9ger les civils des actes de violence. Les forces de s\u00e9curit\u00e9 men\u00e8rent des op\u00e9rations dans les zones concern\u00e9es par le couvre-feu, o\u00f9 ils utilis\u00e8rent des armes lourdes.<\/p>\n<p>40. Le 19 ao\u00fbt 2015, huit soldats furent tu\u00e9s lors d\u2019une attaque terroriste men\u00e9e \u00e0 Siirt par les membres du PKK.<\/p>\n<p>41. Les 6 et 8 septembre 2015, seize soldats et treize policiers furent tu\u00e9s lors de deux attaques terroristes perp\u00e9tr\u00e9es par le PKK.<\/p>\n<p>42. \u00c0 la suite de l\u2019instauration du couvre-feu \u00e0 Sur, le 13\u00a0septembre\u00a02015, le requ\u00e9rant fit une d\u00e9claration \u00e0 la presse \u00e0 Lice. Il s\u2019exprima ainsi\u00a0:<\/p>\n<p>\u00ab\u00a0Notre peuple veut l\u2019auto-gouvernance, ses propres assembl\u00e9es et municipalit\u00e9s o\u00f9 des personnes \u00e9lues, plut\u00f4t que nomm\u00e9es, seront comp\u00e9tentes. Notre peuple a le pouvoir de r\u00e9sister, partout, aux pressions et aux politiques de massacre. Nous avons le pouvoir de nous prot\u00e9ger contre toutes les attaques. Nous d\u00e9montrons que nous ne sommes pas d\u00e9sesp\u00e9r\u00e9s, nous r\u00e9sisterons ensemble, nous atteindrons le salut sans oublier notre m\u00e8re patrie et notre histoire et en d\u00e9fendant nos droits\u00a0\u00bb (\u00ab\u00a0Halk\u0131m\u0131z atananlar\u0131n de\u011fil se\u00e7ilmi\u015flerin yetkili oldu\u011fu kendi meclisleri ile belediye ile kendini y\u00f6netmek istiyor. Halk\u0131m\u0131z her yerde bask\u0131 politikalar\u0131na katliam politikalar\u0131na kar\u015f\u0131 direnebilecek g\u00fc\u00e7tedir. B\u00fct\u00fcn sald\u0131r\u0131lara kar\u015f\u0131 kendimizi koruyacak g\u00fcc\u00fcm\u00fcz var. \u00c7aresiz olmad\u0131\u011f\u0131m\u0131z\u0131 g\u00f6steriyoruz, birlikte direnece\u011fiz, kendi ana vatan\u0131m\u0131z\u0131 da tarihimizi de unutmadan haklar\u0131m\u0131z\u0131 da savunarak hep birlikte kurtulu\u015fa gidece\u011fiz\u00a0\u00bb).<\/p>\n<p>43. Le 10 octobre 2015 une attaque terroriste \u2013\u00a0g\u00e9n\u00e9ralement consid\u00e9r\u00e9e comme l\u2019attentat terroriste le plus meurtrier de l\u2019histoire de la Turquie\u00a0\u2013 fut perp\u00e9tr\u00e9e par Daech \u00e0 Ankara. Plus de cent personnes furent tu\u00e9es et plus de cinq cents autres bless\u00e9es. Les victimes \u00e9taient principalement les manifestants qui avaient r\u00e9pondu \u00e0 l\u2019appel de plusieurs organisations non gouvernementales, dont le HDP, pour exprimer leur m\u00e9contentement face \u00e0 la mont\u00e9e de la violence en Turquie.<\/p>\n<p>44. \u00c0 la suite de l\u2019\u00e9chec des n\u00e9gociations ayant vis\u00e9 la formation d\u2019un gouvernement de coalition, des \u00e9lections anticip\u00e9es eurent lieu le 1er\u00a0novembre 2015, \u00e0 l\u2019issue desquelles le HDP obtint 10,76% des voix. L\u2019AKP remporta les \u00e9lections et reforma sa majorit\u00e9 au sein de l\u2019Assembl\u00e9e nationale.<\/p>\n<p>45. Dans une d\u00e9claration livr\u00e9e \u00e0 la presse le 18 d\u00e9cembre 2015, le requ\u00e9rant s\u2019exprima ainsi\u00a0:<\/p>\n<p>\u00ab\u00a0En chaque lieu o\u00f9 vous menez des op\u00e9rations [de s\u00e9curit\u00e9] r\u00e8gne un climat d\u2019enthousiasme, et non de peur et de panique. Savez-vous pourquoi\u00a0? [Parce que] ces personnes sont absolument s\u00fbres qu\u2019elles triompheront d\u00e8s le premier jour. Elles d\u00e9fendent une cause honorable, noble et digne. Nous ne laisserons plus la cruaut\u00e9 et le fascisme gagner, cette r\u00e9sistance triomphera. Ceux qui essayent de la d\u00e9pr\u00e9cier en l\u2019appelant [r\u00e9sistance] des tranch\u00e9es et trous doivent se tourner vers l\u2019histoire. Il y a des dizaines de millions de personnes h\u00e9ro\u00efques et courageuses qui r\u00e9sistent \u00e0 ce coup. Tu m\u00e8nes une guerre contre le peuple. Le peuple r\u00e9siste et il r\u00e9sistera partout. La semaine prochaine, les 26 et 27\u00a0d\u00e9cembre, nous assisterons \u00e0 la session extraordinaire du Congr\u00e8s de la soci\u00e9t\u00e9 d\u00e9mocratique [DTK] \u00e0 Diyarbak\u0131r. Nous aurons des discussions intensives et prendrons des d\u00e9cisions importantes concernant les processus d\u2019auto-gouvernance et d\u2019autonomie ainsi que leur fonctionnement dans l\u2019ar\u00e8ne politique. Nous les mettrons en \u0153uvre\u00a0\u00bb (\u00ab\u00a0Bug\u00fcn operasyon yapt\u0131\u011f\u0131n\u0131z her yerde korku ve panik havas\u0131 de\u011fil co\u015fku havas\u0131 hakim. Neden biliyor musunuz\u00a0? O insanlar daha ilk g\u00fcnden kazand\u0131klar\u0131ndan o kadar eminler ki. Onurlu, \u015ferefli, haysiyetki bir davan\u0131n savunucular\u0131d\u0131r. Bir kez daha zulm\u00fcn, fa\u015fizmin kazanmas\u0131na izin vermeyece\u011fiz, bu direni\u015f kazanacakt\u0131r. \u00d6yle hendek, \u00e7ukur diye k\u00fc\u00e7\u00fcmsemeye \u00e7al\u0131\u015fanlar da d\u00f6n\u00fcp tarihe baks\u0131nlar. On milyonlarca kahraman, yi\u011fit bu darbeye kar\u015f\u0131 direnen insan var. Sen halka kar\u015f\u0131 sava\u015f a\u00e7m\u0131\u015fs\u0131n. Halk her yerde direnir, direnecektir. \u00d6n\u00fcm\u00fczdeki haftasonu 26-27 Aral\u0131k\u2019ta Diyarbak\u0131r\u2019da Demokratik Toplum Kongresi\u2019nin ola\u011fan\u00fcst\u00fc kongresine bizler de kat\u0131laca\u011f\u0131z. \u00d6z y\u00f6netimin, \u00f6zerkli\u011fin in\u015fas\u0131 ve i\u00e7inin doldurulmas\u0131 s\u00fcrecinn siyasi zeminde daha g\u00fc\u00e7l\u00fc y\u00f6netilmesi i\u00e7in \u00e7ok yo\u011fun tart\u0131\u015fmalar yapaca\u011f\u0131z, \u00f6nemli kararlar alaca\u011f\u0131z. Bunlar\u0131n hepsini hayata ge\u00e7irece\u011fiz\u00a0\u00bb).<\/p>\n<p>46. Le 22 d\u00e9cembre 2015, dans une d\u00e9claration \u00e0 l\u2019Assembl\u00e9e nationale, le requ\u00e9rant s\u2019exprima ainsi\u00a0:<\/p>\n<p>\u00ab\u00a0Regardez Sarajevo. Pendant quatre ans, Sarajevo a \u00e9t\u00e9 en \u00e9tat de si\u00e8ge, quatre ans. Quartier par quartier, [il y a eu] un blocus. Les gens, salu\u00e9s aujourd\u2019hui avec enthousiasme comme des h\u00e9ros, qu\u2019ont-ils fait contre les politiques de massacre et de g\u00e9nocide\u00a0? Ils ont creus\u00e9 des tranch\u00e9es, ils ont dress\u00e9 des barricades, ils ont pos\u00e9 des rideaux pour que les tireurs ne les tuent pas, ils ont creus\u00e9 des tunnels pour contourner le si\u00e8ge et ils ont essay\u00e9 de mettre en place un syst\u00e8me de transport souterrain afin de trouver de la nourriture et de l\u2019eau. Aujourd\u2019hui, Davuto\u011flu impose la m\u00eame chose aux quartiers de son propre pays. Si les op\u00e9rations militaires prennent fin, si les op\u00e9rations de police cessent, si les couvre-feux sont lev\u00e9s, si le gouvernement dit \u00ab\u00a0c\u2019est quoi l\u2019auto-gouvernance, c\u2019est quoi l\u2019autonomie, allons-y, \u00e9coutons-le\u00a0\u00bb, qu\u2019a \u00e0 perdre un tel gouvernement\u00a0?\u00a0\u00bb (\u00ab\u00a0Saraybosna\u2019ya bak\u0131n. 4 y\u0131l boyunca Saraybosna\u2019da bir ku\u015fatma ya\u015fand\u0131, 4 y\u0131l. Mahalle mahalle ablukaya ald\u0131lar. Ne yapt\u0131 oradaki insanlar? Bug\u00fcn \u00f6vg\u00fcyle, co\u015fkuyla, kahramanl\u0131k \u00f6yk\u00fcs\u00fcyle anlatt\u0131\u011f\u0131m\u0131z Saraybosna\u2019da o katliam, soyk\u0131r\u0131m politikalar\u0131na kar\u015f\u0131 ne yapt\u0131 insanlar; hendek kazd\u0131lar, barikat kurdular, perde ast\u0131lar keskin ni\u015fanc\u0131lar vurmas\u0131n diye, yeralt\u0131na t\u00fcneller kazd\u0131lar ablukay\u0131 k\u0131rmak i\u00e7in, kendilerine yemek ve su bulabilmek i\u00e7in yeralt\u0131ndan ula\u015f\u0131m sa\u011flamaya \u00e7al\u0131\u015ft\u0131lar. Ayn\u0131 \u015feyi bug\u00fcn Davuto\u011flu kendi \u00fclkesinde il\u00e7elere dayat\u0131yor. Askeri operasyonlar son bulsa, polis operasyonlar\u0131 son bulsa, \u015fu soka\u011fa \u00e7\u0131kma yasaklar\u0131 kald\u0131r\u0131lsa, \u00ab\u00a0\u00f6zy\u00f6netim nedir, \u00f6zerklik nedir, bunu bir dinleyelim, gelin, m\u00fczakere edelim\u00a0\u00bb dese bir h\u00fck\u00fcmet, ne kaybedecek ?\u00a0\u00bb).<\/p>\n<p>47. Le 26 d\u00e9cembre 2015, le requ\u00e9rant participa \u00e0 la session extraordinaire du DTK. Il y pronon\u00e7a un discours dans lequel il d\u00e9fendit l\u2019auto-gouvernance et la r\u00e9sistance. Il d\u00e9clara que des barricades avaient \u00e9t\u00e9 dress\u00e9es et des tranch\u00e9es creus\u00e9es pour contrer les plans de massacre des autorit\u00e9s \u00e0 Ankara. La d\u00e9claration de cl\u00f4ture du DTK consista notamment en un appel \u00e0 la cr\u00e9ation de r\u00e9gions autonomes.<\/p>\n<p>48. Le 29 d\u00e9cembre 2015, le pr\u00e9sident de la R\u00e9publique d\u00e9clara \u00e0 la presse que les discours du requ\u00e9rant constituaient \u00ab\u00a0une provocation et une trahison claires et nettes\u00a0\u00bb.<\/p>\n<p>49. Dans une d\u00e9claration livr\u00e9e \u00e0 la presse le 2 janvier 2016, le pr\u00e9sident de la R\u00e9publique s\u2019exprima ainsi\u00a0:<\/p>\n<p>\u00ab\u00a0Les d\u00e9clarations des deux copr\u00e9sidents repr\u00e9sentent clairement des crimes contre la Constitution. Ils sont vis\u00e9s par des proc\u00e9dures engag\u00e9es par les procureurs de la R\u00e9publique. Ces sujets m\u00e9ritent d\u2019\u00eatre suivis. La fermeture du parti ne devrait m\u00eame pas \u00eatre \u00e9voqu\u00e9e. Mais il peut y avoir des d\u00e9put\u00e9s, des maires ou d\u2019autres personnes qui ont commis des infractions. Ils doivent payer pour cela. Les enqu\u00eates ouvertes par les procureurs g\u00e9n\u00e9raux de Diyarbak\u0131r et d\u2019Ankara doivent \u00eatre \u00e9valu\u00e9es dans ce contexte. Je crois que le processus qui va commencer par la lev\u00e9e des immunit\u00e9s [parlementaires] influera \u00e9galement de mani\u00e8re positive sur l\u2019atmosph\u00e8re qui r\u00e8gne dans notre pays au niveau de la lutte contre le terrorisme. Nous ne pouvons pas accepter les messages qui visent \u00e0 diviser le pays. Nous ne pourrons jamais accepter un \u00c9tat au sein de l\u2019\u00c9tat. Il faut prendre des mesures en apportant les r\u00e9ponses n\u00e9cessaires \u00e0 ces probl\u00e8mes, en appliquant des sanctions et en mettant le [pouvoir] judiciaire en action. Il y a plus de cent soixante dossiers devant l\u2019Assembl\u00e9e parlementaire. Lorsqu\u2019ils auront \u00e9t\u00e9 examin\u00e9s, [leur contenu] sera mis sur la table et des mesures seront prises en cons\u00e9quence\u00a0\u00bb (\u00ab\u00a0\u0130ki e\u015fba\u015fkan\u0131n yapt\u0131\u011f\u0131 a\u00e7\u0131klamalar kesinlikle anayasa su\u00e7u. Haklar\u0131nda cumhuriyet ba\u015fsavc\u0131l\u0131klar\u0131n\u0131n ba\u015flatt\u0131klar\u0131 s\u00fcre\u00e7ler var. Bu konular takip edilmeli. Parti kapatma olay\u0131 g\u00fcndeme dahi gelmemeli. Ama su\u00e7u irtikap eden milletvekili, belediye ba\u015fkan\u0131 veya ba\u015fkalar\u0131 olabilir. Bunlar bunun bedelini \u00f6demek durumundad\u0131r. Diyarbak\u0131r ve Ankara ba\u015fsavc\u0131l\u0131klar\u0131n\u0131n ba\u015flatt\u0131\u011f\u0131 soru\u015fturmalar\u0131 da bu \u00e7er\u00e7evede de\u011ferlendirmek laz\u0131m. Dokunulmazl\u0131klar\u0131n\u0131n kald\u0131r\u0131lmas\u0131 suretiyle ba\u015flayacak s\u00fcre\u00e7, inan\u0131yorum ki ter\u00f6rle m\u00fccadele a\u00e7\u0131s\u0131ndan \u00fclkemizdeki havay\u0131 da olumlu y\u00f6nde etkileyecektir. \u00dclkeyi par\u00e7alay\u0131p b\u00f6lmeye y\u00f6nelik mesajlar\u0131 kabul etmemiz m\u00fcmk\u00fcn de\u011fil. Devlet i\u00e7inde devleti kabul etmemiz asla m\u00fcmk\u00fcn de\u011fil. Bunlara kar\u015f\u0131 gerekli cevab\u0131n verilmesi, m\u00fceyyide uygulanmas\u0131, yarg\u0131 mekanizmas\u0131n\u0131n devreye girmesi suretiyle at\u0131lmas\u0131 gereken ad\u0131mlar var. Meclis\u2019te 160\u2019\u0131 a\u015fk\u0131n dosyalar\u0131 var. Bunlar g\u00f6zden ge\u00e7irildi\u011fi zaman neyi kaps\u0131yor, masaya yat\u0131r\u0131lacak ve ona g\u00f6re ad\u0131m at\u0131lacakt\u0131r\u00a0\u00bb).<\/p>\n<p>50. Le 12 janvier 2016, lors de la r\u00e9union de groupe de son parti au sein de l\u2019Assembl\u00e9e nationale, le requ\u00e9rant pronon\u00e7a un discours dans lequel il d\u00e9fendit \u00e0 nouveau l\u2019auto-gouvernance et salua la \u00ab\u00a0r\u00e9sistance\u00a0\u00bb. Les parties pertinentes de son discours se lisent ainsi\u00a0:<\/p>\n<p>\u00ab\u00a0Mes chers amis, croyez-moi, si la d\u00e9l\u00e9gation de comp\u00e9tence aux autorit\u00e9s locales est mise en \u0153uvre, non seulement les mairies tenues par le HDP mais aussi celles tenues par l\u2019AKP, le MHP et le CHP travailleront mieux. Nous [la] voulons pour que les autorit\u00e9s locales puissent travailler mieux, et non pour diviser ou d\u00e9sint\u00e9grer le pays. Nous voulons que la comp\u00e9tence appartienne aux [autorit\u00e9s] locales, qu\u2019elles prennent leurs d\u00e9cisions, qu\u2019elles soient soumises au contr\u00f4le du peuple lorsqu\u2019elles \u00e9tablissent leurs budgets ou [lorsqu\u2019elles appliquent] leurs pratiques, qu\u2019elles soient transparentes et fortes\u00a0; c\u2019est ce que l\u2019on appelle l\u2019auto-gouvernance, c\u2019est ce que l\u2019on appelle l\u2019autonomie. Je dis que, inch Allah, notre pays va retrouver un jour ce mod\u00e8le d\u2019administration, [mais] pas la dictature. Cette semaine, je souhaite la r\u00e9ussite \u00e0 tous mes amis parlementaires et \u00e0 tous les cadres et membres du parti. J\u2019exprime notre affection et nos salutations \u00e0 notre peuple [et] \u00e0 tous nos amis qui r\u00e9sistent \u00e0 Cizre, \u00e0 Silopi et \u00e0 Sur\u00a0\u00bb (\u00ab\u00a0\u0130nan\u0131n ki de\u011ferli arkada\u015flar, bizim arzu etti\u011fimiz yerel y\u00f6netimlere yetki devri de yap\u0131lsa, sadece HDP\u2019li belediye de\u011fil, AKP\u2019li belediyeler de dahi iyi \u00e7al\u0131\u015facak, MHP\u2019li belediyeler de, CHP\u2019li belediyeler de daha iyi \u00e7al\u0131\u015facak. Biz yerel y\u00f6netimler daha iyi \u00e7al\u0131\u015fs\u0131n istiyoruz, \u00fclke b\u00f6l\u00fcns\u00fcn, par\u00e7alans\u0131n de\u011fil. Yerelde yetki olsun, kendi kararlar\u0131n\u0131, b\u00fct\u00e7elerini, uygulamalar\u0131n\u0131 yaparken, halk\u0131n denetimine a\u00e7\u0131k, \u015feffaf, g\u00fc\u00e7l\u00fc yerel y\u00f6netimler olsun istiyoruz; \u00f6zy\u00f6netim dedi\u011fimiz budur, \u00f6zerklik dedi\u011fimiz budur. \u0130n\u015fallah \u00fclkemiz bir g\u00fcn o y\u00f6netim modeline kavu\u015facak, diktat\u00f6rl\u00fc\u011fe de\u011fil diyorum. Bu hafta i\u00e7erisinde hem milletvekili arkada\u015flar\u0131ma, hem b\u00fct\u00fcn Parti g\u00f6revlilerine, \u00e7al\u0131\u015fanlar\u0131m\u0131za ben ba\u015far\u0131lar diliyorum. Cizre\u2019ye, Silopi\u2019ye, Sur\u2019a da, b\u00fct\u00fcn halk\u0131m\u0131za, direnen b\u00fct\u00fcn arkada\u015flar\u0131m\u0131za da buradan bir kez daha sevgi, selamlar\u0131m\u0131z\u0131 iletiyorum\u00a0\u00bb).<\/p>\n<p>51. Le 9 f\u00e9vrier 2016, lors de la r\u00e9union de groupe parlementaire de son parti au sein de l\u2019Assembl\u00e9e nationale, le requ\u00e9rant d\u00e9clara ce qui suit\u00a0:<\/p>\n<p>\u00ab\u00a0Garder le silence au sujet de Cizre [et] de Sur et de toutes ces atrocit\u00e9s, c\u2019est capituler face aux politiques de polarisation et de division de l\u2019AKP qui provoquent une guerre civile. Nous sommes dans les rues, dans les manifestations, car nous nous opposons \u00e0 cela\u00a0\u00bb (\u00ab\u00a0Cizre\u2019ye, Sur\u2019a ve ya\u015fanan b\u00fct\u00fcn bu vah\u015fete sessiz kalmak i\u015fte bu AKP\u2019nin kutupla\u015ft\u0131r\u0131c\u0131, ayr\u0131\u015ft\u0131r\u0131c\u0131 ve i\u00e7 sava\u015f\u0131 giderek tetikleyen politikalar\u0131na teslim olmak demektir. Biz buna itiraz etti\u011fimiz i\u00e7in yollarday\u0131z, y\u00fcr\u00fcy\u00fc\u015flerdeyiz\u00a0\u00bb).<\/p>\n<p>52. Le 23 f\u00e9vrier 2016, le requ\u00e9rant fit un discours lors de la r\u00e9union de groupe de son parti au sein de l\u2019Assembl\u00e9e nationale. Les parties pertinentes de ce discours se lisent ainsi\u00a0:<\/p>\n<p>\u00ab\u00a0Est-ce que la question kurde sera r\u00e9solue lorsque vous l\u00e8verez le couvre-feu \u00e0 Cizre, dans trois \u00e0 cinq jours\u00a0? Est-ce que la question kurde sera r\u00e9solue lorsque vous massacrerez environ deux cents civils, dont des femmes [et] des enfants, qui sont actuellement en r\u00e9sistance \u00e0 Sur [et,] comme vous l\u2019avez fait \u00e0 Cizre, [lorsque] vous agirez avec barbarie en versant de l\u2019essence sur les corps [pour que] les familles ne puissent pas les reconna\u00eetre, [pour qu\u2019elles] ne puissent pas organiser de fun\u00e9railles\u00a0?\u00a0\u00bb (\u00ab\u00a0\u00d6rne\u011fin siz, Cizre\u2019de \u00fc\u00e7-be\u015f g\u00fcn sonra soka\u011fa \u00e7\u0131kma yasa\u011f\u0131n\u0131 kald\u0131rd\u0131\u011f\u0131n\u0131zda, K\u00fcrt sorunu \u00e7\u00f6z\u00fclm\u00fc\u015f m\u00fc olacak? Sur\u2019da \u015fu anda s\u0131k\u0131\u015ft\u0131rmaya \u00e7al\u0131\u015ft\u0131\u011f\u0131n\u0131z 200\u2019e yak\u0131n sivil, kad\u0131n, \u00e7oluk \u00e7ocuk, direni\u015fti, onlar\u0131 katletti\u011finizde \u00f6rne\u011fin, Cizre\u2019deki gibi yap\u0131p, cenazelerine bile benzin d\u00f6k\u00fcp, \u201cAileleri tan\u0131yamas\u0131n, cenaze t\u00f6renleri bile yap\u0131lamas\u0131n\u201d barbarl\u0131\u011f\u0131yla yakla\u015ft\u0131\u011f\u0131n\u0131z uygulamalarla sonu\u00e7 ald\u0131\u011f\u0131n\u0131zda K\u00fcrt sorunu \u00e7\u00f6z\u00fclm\u00fc\u015f m\u00fc olacak ?\u00a0\u00bb)<\/p>\n<p>53. Dans un discours prononc\u00e9 le 26 mars 2016, le requ\u00e9rant fit une distinction entre la guerre, qu\u2019il qualifiait d\u2019ill\u00e9gitime, et la r\u00e9sistance, qui \u00e9tait selon lui une r\u00e9ponse l\u00e9gitime aux politiques fascistes de ceux qui \u00e9taient au pouvoir et qui accusaient des millions de personnes d\u2019\u00eatre des terroristes.<\/p>\n<p>54. Le 4 octobre 2016, lors de la r\u00e9union de groupe parlementaire de son parti \u00e0 l\u2019Assembl\u00e9e nationale, le requ\u00e9rant d\u00e9clara ce qui suit\u00a0:<\/p>\n<p>\u00ab\u00a0Je lance un nouvel appel. La rue est l\u00e9gitime. La r\u00e9sistance envers la cruaut\u00e9 est l\u00e9gitime, [c\u2019est un] droit. C\u2019est l\u00e9gitime pour toi [Recep Tayyip Erdo\u011fan], mais ce ne serait pas l\u00e9gitime pour nous\u00a0? C\u2019est l\u00e9gitime pour ceux qui descendent dans la rue pour protester contre le coup d\u2019\u00c9tat du 15 juillet, mais ce serait ill\u00e9gitime pour ceux qui descendent dans la rue pour protester contre [les gouverneurs nomm\u00e9s \u00e0 la place de maires \u00e9lus], contre la mise en d\u00e9tention provisoire d\u2019un d\u00e9put\u00e9\u00a0? La volont\u00e9 de chacun appelle le respect. Le peuple a partout le droit d\u2019exprimer sa r\u00e9action d\u00e9mocratique de mani\u00e8re pacifique, et nous ne renoncerons jamais. Ils vont dire [des choses telles que] \u00ab\u00a0oh, mais la rue est dangereuse\u00a0\u00bb\u00a0; ne les croyez pas. La rue est l\u2019une des zones les plus l\u00e9gitimes de la d\u00e9mocratie\u00a0\u00bb (\u00ab\u00a0Tekrar \u00e7a\u011f\u0131r\u0131yorum. Sokak me\u015frudur. Zulme kar\u015f\u0131 direni\u015f me\u015frudur, hakt\u0131r. (Alk\u0131\u015flar) Sana me\u015frudur da, bize me\u015fru de\u011fil mi? 15 Temmuz darbesine kar\u015f\u0131 soka\u011fa \u00e7\u0131kana me\u015frudur da, kayyuma kar\u015f\u0131, vekil tutuklan\u0131rsa soka\u011fa \u00e7\u0131kacaklar gayrime\u015fru mudur? Herkesin iradesi sayg\u0131nd\u0131r. Halk demokratik tepkisini her yerde bar\u0131\u015f\u00e7\u0131l \u00e7er\u00e7evede g\u00f6sterme hakk\u0131n\u0131, hukukuna sahiptir ve asla vazge\u00e7meyece\u011fiz. Aman aman, bunlar, \u00ab\u00a0efendim sokak tehlikelidir\u00a0\u00bb falan filan diyecekler, kanmay\u0131n bunlara. Sokak demokrasinin en me\u015fru alanlar\u0131ndan biridir\u00a0\u00bb).<\/p>\n<p><strong>IV. La r\u00e9vision constitutionnelle relative \u00e0 l\u2019immunit\u00e9 parlementaire<\/strong><\/p>\n<p>55. Le 16 mars 2016, le pr\u00e9sident de la R\u00e9publique pronon\u00e7a dans le complexe pr\u00e9sidentiel un discours destin\u00e9 aux maires de village et de quartier (muhtars). Les parties de ce discours qui sont pertinentes en l\u2019esp\u00e8ce se lisent ainsi\u00a0:<\/p>\n<p>\u00ab\u00a0Nous devons imm\u00e9diatement trancher la question de l\u2019immunit\u00e9. Le Parlement doit rapidement faire un pas en avant. [On ne peut pas discuter de la question de savoir s\u2019il convient de lever l\u2019immunit\u00e9 d\u2019]une personne ou deux\u00a0? Nous devons adopter un principe. Quel est le principe\u00a0? Ceux qui causent la mort de cinquante-deux personnes en poussant mes fr\u00e8res kurdes \u00e0 se r\u00e9pandre dans les rues se rendront au Parlement, ceux qui disent que le PKK, le PYD [le parti de l\u2019Union d\u00e9mocratique] et le YPG sont derri\u00e8re eux auront les mains propres, c\u2019est \u00e7a\u00a0? Si le Parlement ne fait pas le n\u00e9cessaire, cette nation et l\u2019histoire le tiendront pour responsable\u00a0\u00bb (\u00ab\u00a0Dokunulmazl\u0131klar meselesini s\u00fcratle neticelendirmeliyiz. Parlamento ad\u0131m\u0131n\u0131 s\u00fcratle atmal\u0131d\u0131r. Bir ki\u015fi mi olsun, iki ki\u015fi mi? Biz ortaya ilkeyi koymal\u0131y\u0131z. Nedir bu ilke? Benim K\u00fcrt karde\u015flerimi soka\u011fa d\u00f6kerek 52 ki\u015finin \u00f6l\u00fcm\u00fcne yol a\u00e7an ki\u015filer yarg\u0131lanmayacak da parlamentoda boy g\u00f6sterecek, arkas\u0131nda PKK\u2019nin, PYD\u2019nin, YPG\u2019nin oldu\u011funu s\u00f6yleyenler temiz olacak \u00f6yle mi? Parlamento gere\u011fini yapmazsa, bu millet, tarih bu parlamentodan hesab\u0131n\u0131 sorar\u00a0\u00bb).<\/p>\n<p>56. Le 20 mai 2016, l\u2019Assembl\u00e9e nationale adopta une modification constitutionnelle consistant en l\u2019ajout d\u2019un article provisoire \u00e0 la Constitution de 1982. Selon cette modification, l\u2019immunit\u00e9 parlementaire, telle que pr\u00e9vue par le second paragraphe de l\u2019article 83 de la Constitution, \u00e9tait lev\u00e9e dans tous les cas de demandes de lev\u00e9e d\u2019immunit\u00e9 transmises \u00e0 l\u2019Assembl\u00e9e nationale avant la date d\u2019adoption de ladite modification. Les parties pertinentes en l\u2019esp\u00e8ce de la motivation de la modification constitutionnelle se lisent comme suit\u00a0:<\/p>\n<p>\u00ab\u00a0Alors que la Turquie m\u00e8ne contre le terrorisme la lutte la plus vigoureuse et la plus intense de son histoire, certains d\u00e9put\u00e9s, avant ou apr\u00e8s leur \u00e9lection, ont fait des discours soutenant moralement le terrorisme, ont apport\u00e9 un appui et une aide de facto au terrorisme et aux terroristes [et] ont appel\u00e9 \u00e0 la violence\u00a0; [ces actes] ont suscit\u00e9 l\u2019indignation au sein de l\u2019opinion publique. L\u2019opinion publique en Turquie consid\u00e8re que les d\u00e9put\u00e9s qui soutiennent le terrorisme et le[s] terroriste[s] et qui appellent \u00e0 la violence abusent de leur immunit\u00e9 [parlementaire], et elle demande \u00e0 la Grande Assembl\u00e9e nationale de Turquie de faire en sorte que ceux qui m\u00e8nent de telles activit\u00e9s puissent \u00eatre jug\u00e9s. Face \u00e0 une telle demande, on ne peut pas concevoir que l\u2019Assembl\u00e9e garde le silence\u00a0\u00bb (\u00ab\u00a0T\u00fcrkiye, tarihinin en b\u00fcy\u00fck ve en kapsaml\u0131, ter\u00f6rle m\u00fccadelesini y\u00fcr\u00fct\u00fcrken, baz\u0131 milletvekillerinin se\u00e7ilmeden \u00f6nce ya da se\u00e7ildikten sonra yapm\u0131\u015f olduklar\u0131 ter\u00f6re manevi ve moral destek manas\u0131ndaki a\u00e7\u0131klamalar\u0131, baz\u0131 milletvekillerinin ter\u00f6re ve ter\u00f6ristlere fiili manada destek ve yard\u0131mlar\u0131, baz\u0131 milletvekillerinin ise \u015fiddet \u00e7a\u011fr\u0131lar\u0131 kamuoyunda b\u00fcy\u00fck infial meydana getirmektedir. T\u00fcrkiye kamuoyu milletvekillerinden, her \u015feyden \u00f6nce, ter\u00f6r\u00fc ve ter\u00f6risti destekleyen, \u015fiddete \u00e7a\u011fr\u0131 yapan milletvekillerinin dokunulmazl\u0131\u011f\u0131 istismar etti\u011fini d\u00fc\u015f\u00fcnmekte, bu t\u00fcr fiilleri olanlar\u0131n yarg\u0131lanmas\u0131na Meclis taraf\u0131ndan izin verilmesini talep etmektedir. B\u00f6yle bir talep kar\u015f\u0131s\u0131nda, Meclis\u2019in sessiz kalmas\u0131 d\u00fc\u015f\u00fcn\u00fclemez\u00a0\u00bb).<\/p>\n<p>57. La modification constitutionnelle concernait au total cent\u00a0cinquante\u2011quatre\u00a0d\u00e9put\u00e9s de l\u2019Assembl\u00e9e nationale, laquelle \u00e9tait compos\u00e9e de cinq cent cinquante d\u00e9put\u00e9s \u00e0 l\u2019\u00e9poque des faits, dont cinquante\u2011neuf\u00a0membres du CHP (Parti r\u00e9publicain du peuple), cinquante\u2011cinq du HDP, vingt-neuf de l\u2019AKP et dix du MHP (Parti d\u2019action nationaliste). Elle touchait \u00e9galement un d\u00e9put\u00e9 ind\u00e9pendant.<\/p>\n<p>58. \u00c0 diff\u00e9rentes dates, quatorze d\u00e9put\u00e9s appartenant au HDP, dont le requ\u00e9rant, et un d\u00e9put\u00e9 membre du CHP furent plac\u00e9s en d\u00e9tention provisoire dans le cadre des enqu\u00eates p\u00e9nales men\u00e9es \u00e0 leur encontre.<\/p>\n<p>59. \u00c0 une date inconnue, soixante-dix d\u00e9put\u00e9s saisirent la Cour constitutionnelle d\u2019une action en annulation de la modification constitutionnelle. Ils soutenaient essentiellement que celle-ci devait \u00eatre consid\u00e9r\u00e9e comme une \u00ab\u00a0d\u00e9cision parlementaire\u00a0\u00bb prise en vertu de l\u2019article\u00a083 de la Constitution et levant leur immunit\u00e9 li\u00e9e \u00e0 leur statut de d\u00e9put\u00e9. Ils estimaient que la haute juridiction devait contr\u00f4ler la constitutionnalit\u00e9 de cette \u00ab\u00a0d\u00e9cision\u00a0\u00bb conform\u00e9ment \u00e0 l\u2019article 85 de la Constitution.<\/p>\n<p>60. Dans son arr\u00eat no 2016\/117 rendu le 3 juin 2016, la Cour constitutionnelle rejeta la demande \u00e0 l\u2019unanimit\u00e9. Elle releva \u00e0 cet \u00e9gard qu\u2019il s\u2019agissait en l\u2019esp\u00e8ce d\u2019une modification constitutionnelle au sens formel du terme, laquelle selon elle ne pouvait pas \u00eatre consid\u00e9r\u00e9e comme une d\u00e9cision parlementaire levant l\u2019immunit\u00e9 des int\u00e9ress\u00e9s. Elle nota aussi que le contr\u00f4le de la modification en question pouvait se faire conform\u00e9ment \u00e0 la proc\u00e9dure d\u00e9crite par l\u2019article 148 de la Constitution. Or, selon cette proc\u00e9dure, seul le pr\u00e9sident de la R\u00e9publique ou un cinqui\u00e8me des 550membres de l\u2019Assembl\u00e9e nationale peuvent la saisir d\u2019une action en annulation. Apr\u00e8s avoir observ\u00e9 qu\u2019en l\u2019esp\u00e8ce cette condition n\u2019avait pas \u00e9t\u00e9 remplie, elle rejeta la requ\u00eate des int\u00e9ress\u00e9s.<\/p>\n<p>61. Le 8 juin 2016, la modification constitutionnelle fut publi\u00e9e au Journal officiel. Elle entra en vigueur \u00e0 cette m\u00eame date.<\/p>\n<p><strong>V. La mise en d\u00e9tention provisoire du requ\u00e9rant et l\u2019action p\u00e9nale engag\u00e9e contre lui<\/strong><\/p>\n<p>62. Au cours des mandats parlementaires du requ\u00e9rant, les parquets comp\u00e9tents \u00e9tablirent contre lui un total de quatre-vingt-treize rapports d\u2019enqu\u00eate (fezleke), dont la grande majorit\u00e9 concernait des infractions li\u00e9es au terrorisme. Ils saisirent l\u2019Assembl\u00e9e nationale pour obtenir la lev\u00e9e de l\u2019immunit\u00e9 parlementaire de l\u2019int\u00e9ress\u00e9. Quarante-cinq de ces rapports d\u2019enqu\u00eate furent \u00e9labor\u00e9s pendant la p\u00e9riode 2007-2014. En 2015 et en 2016, quarante-huit rapports d\u2019enqu\u00eate au total furent adress\u00e9s \u00e0 l\u2019Assembl\u00e9e nationale.<\/p>\n<p>63. \u00c0 la suite de l\u2019entr\u00e9e en vigueur de la r\u00e9vision constitutionnelle concernant la lev\u00e9e de l\u2019immunit\u00e9 parlementaire (paragraphe 56 ci-dessus), le procureur de la R\u00e9publique de Diyarbak\u0131r (\u00ab\u00a0le procureur de la R\u00e9publique\u00a0\u00bb) d\u00e9cida de r\u00e9unir en un seul dossier trente et une enqu\u00eates p\u00e9nales distinctes men\u00e9es \u00e0 l\u2019encontre du requ\u00e9rant. On d\u00e9nombre actuellement sept autres proc\u00e9dures p\u00e9nales engag\u00e9es contre l\u2019int\u00e9ress\u00e9 devant les tribunaux nationaux. Cependant, comme ces enqu\u00eates et poursuites ne sont pas vis\u00e9es par la pr\u00e9sente requ\u00eate \u2013 dans la mesure o\u00f9 le requ\u00e9rant n\u2019a soulev\u00e9 aucun grief les concernant dans son formulaire de requ\u00eate \u2013, toutes les r\u00e9f\u00e9rences faites ci-dessous \u00e0 \u00ab\u00a0l\u2019enqu\u00eate p\u00e9nale\u00a0\u00bb seront li\u00e9es \u00e0 celle initi\u00e9e par le parquet de Diyarbak\u0131r.<\/p>\n<p>64. Entre juillet et octobre 2016, les procureurs de la R\u00e9publique comp\u00e9tents adress\u00e8rent au requ\u00e9rant six convocations distinctes qui l\u2019invitaient \u00e0 faire une d\u00e9position dans le cadre de l\u2019enqu\u00eate p\u00e9nale men\u00e9e contre lui. Toutefois, celui-ci ne se pr\u00e9senta pas devant les autorit\u00e9s d\u2019enqu\u00eate. Il avait en effet d\u00e9clar\u00e9, lors d\u2019un discours prononc\u00e9 en avril 2016 pendant la r\u00e9union de groupe parlementaire de son parti politique, qu\u2019aucun d\u00e9put\u00e9 du HDP ne fournirait de d\u00e9position de son propre gr\u00e9.<\/p>\n<p>65. Le 9 septembre 2016, le juge de paix de Diyarbak\u0131r d\u00e9cida de restreindre le droit des avocats du requ\u00e9rant d\u2019examiner le contenu du dossier d\u2019enqu\u00eate ou d\u2019obtenir copie des documents y figurant. \u00c0 une date non pr\u00e9cis\u00e9e, le requ\u00e9rant forma opposition contre cette d\u00e9cision\u00a0; il fut d\u00e9bout\u00e9 le 19 novembre 2016.<\/p>\n<p>66. Le 3 novembre 2016, \u00e0 la demande du procureur de la R\u00e9publique, le juge de paix de Diyarbak\u0131r ordonna la perquisition du domicile du requ\u00e9rant.<\/p>\n<p>67. Par la suite, le 4 novembre 2016, les forces de s\u00e9curit\u00e9 men\u00e8rent des op\u00e9rations contre douze d\u00e9put\u00e9s du HDP, dont l\u2019int\u00e9ress\u00e9, qui furent arr\u00eat\u00e9s et plac\u00e9s en garde \u00e0 vue.<\/p>\n<p>68. Le m\u00eame jour, le requ\u00e9rant, qui \u00e9tait assist\u00e9 par trois avocats, comparut devant le parquet de Diyarbak\u0131r. Il y pr\u00e9cisa qu\u2019il avait \u00e9t\u00e9 arr\u00eat\u00e9 et plac\u00e9 en garde \u00e0 vue sur ordre du pr\u00e9sident de la R\u00e9publique en raison de ses activit\u00e9s politiques et refusa de r\u00e9pondre aux questions relatives aux accusations port\u00e9es contre lui.<\/p>\n<p>69. \u00c0 la suite de cette comparution, le procureur de la R\u00e9publique de Diyarbak\u0131r demanda au 2e juge de paix de Diyarbak\u0131r de placer le requ\u00e9rant en d\u00e9tention provisoire pour appartenance \u00e0 une organisation terroriste arm\u00e9e (article314 \u00a7 1 du code p\u00e9nal (CP)) et pour incitation publique \u00e0 commettre une infraction (article 214 \u00a7 1 du CP).<\/p>\n<p>70. Le m\u00eame jour, le requ\u00e9rant fut traduit devant le 2e juge de paix de Diyarbak\u0131r. L\u2019avocat du requ\u00e9rant soutint notamment que son client ne pouvait pas faire l\u2019objet d\u2019une enqu\u00eate p\u00e9nale et qu\u2019il ne pouvait d\u00e8s lors pas \u00eatre priv\u00e9 de sa libert\u00e9 dans la mesure o\u00f9 il jouissait de l\u2019immunit\u00e9 de responsabilit\u00e9 p\u00e9nale en vertu du premier paragraphe de l\u2019article 83 de la Constitution. Apr\u00e8s avoir entendu les avocats du requ\u00e9rant, le juge de paix ordonna la mise en d\u00e9tention provisoire de l\u2019int\u00e9ress\u00e9. Le raisonnement qui sous-tend cette d\u00e9cision se lit comme suit\u00a0:<\/p>\n<p>\u00ab\u00a0(&#8230;)<\/p>\n<p>Le suspect Selahattin Demirta\u015f a comparu devant [le] juge pour \u00eatre interrog\u00e9 au sujet des chefs [d\u2019accusation] d\u2019incitation publique \u00e0 commettre une infraction et d\u2019appartenance \u00e0 une organisation terroriste arm\u00e9e\u00a0; le suspect est toujours d\u00e9put\u00e9 mais il ne peut toutefois b\u00e9n\u00e9ficier de l\u2019immunit\u00e9 parlementaire pour les infractions [d\u2019] avant le 20 mai 2016, en raison de la modification apport\u00e9e par la loi no 6718, de la m\u00eame date, au deuxi\u00e8me paragraphe de l\u2019article 83 de la Constitution\u00a0; [comme \u00e9tabli ci\u2011dessous,] il existe des preuves concr\u00e8tes d\u00e9montrant l\u2019existence de forts soup\u00e7ons [selon lesquels le suspect a] commis des infractions\u00a0:<\/p>\n<p>a) Le 5 octobre 2014 \u00e0 00 h 07, un tweet fut publi\u00e9 sur le compte Twitter \u00ab\u00a0@murat_karayilan\u00a0\u00bb, qui appartiendrait [\u00e0 un] membre du \u00ab\u00a0comit\u00e9 ex\u00e9cutif\u00a0\u00bb de l\u2019organisation terroriste PKK\/KCK\u00a0; ce tweet se lisait comme suit\u00a0: \u00ab\u00a0Nous appelons tous les jeunes, les femmes et toutes les personnes de sept \u00e0 soixante-dix ans \u00e0 prendre le parti de Koban\u00e9, \u00e0 prot\u00e9ger notre honneur et notre dignit\u00e9 et \u00e0 occuper les m\u00e9tropoles\u00a0\u00bb. Le 6 octobre 2014, le site [Internet] \u00ab\u00a0firatnews.com\u00a0\u00bb, qui est r\u00e9put\u00e9 faire des publications en faveur de l\u2019organisation terroriste PKK\/KCK, publia,la d\u00e9claration suivante [au nom de] la coordination de Komalen Ciwan\u00a0: \u00ab\u00a0Comme on le sait d\u00e9j\u00e0, depuis vingt-trois jours, le fascisme de Daech continue \u00e0 d\u00e9ployer sa barbarie au centre de Koban\u00e9. Face \u00e0 cette situation, les jeunes [femmes et hommes] les plus courageux du Kurdistan r\u00e9sistent [et] nous saluons la m\u00e9moire des personnes qui ont p\u00e9ri lors de cet \u00e9pisode de r\u00e9sistance unique, qui sera grav\u00e9 en lettres d\u2019or dans l\u2019histoire, [et] nous tenons \u00e0 dire que nous allons poursuivre leur lutte. Dans ce contexte, nous appelons la jeunesse kurde \u00e0 suivre la voie d\u2019Arin Mirkan [une combattante du YPJ qui s\u2019est fait exploser parmi des membres de Daech lors de la bataille de Koban\u00e9] jusqu\u2019\u00e0 la gloire de l\u2019\u00e2me des camarades martyrs Jiyan, Gerilla et Militan\u00a0\u00bb. \u00c0 la suite de cette publication, \u00e0 10 h 20, le comit\u00e9 ex\u00e9cutif central du Parti d\u00e9mocratique des peuples, le HDP (dont le suspect, qui se trouvait parmi les membres [lors de la r\u00e9union] du comit\u00e9 ex\u00e9cutif le 6 octobre 2014), publia ce tweet\u00a0: \u00ab\u00a0Appel urgent \u00e0 notre peuple\u00a0! Appel urgent \u00e0 notre peuple lanc\u00e9 par le comit\u00e9 ex\u00e9cutif du HDP, qui est actuellement en session\u00a0! La situation \u00e0 Koban\u00e9 est extr\u00eamement dangereuse. Nous appelons notre peuple \u00e0 rejoindre et \u00e0 soutenir ceux qui sont descendus dans la rue pour protester contre les attaques de Daech et contre l\u2019embargo du gouvernement de l\u2019AKP sur Koban\u00e9\u00a0\u00bb. \u00c0 10 h 51, le compte Twitter du HDP confirma cette publication. Par ailleurs, ce nouveau tweet fut publi\u00e9 sur le m\u00eame compte\u00a0: \u00ab\u00a0Nous appelons l\u2019ensemble de notre peuple, les personnes de sept \u00e0 soixante-dix ans, \u00e0 [descendre dans] la rue, \u00e0 [y] prendre [position] et \u00e0 agir contre la tentative de massacre \u00e0 Koban\u00e9\u00a0\u00bb. De plus, [le tweet suivant fut publi\u00e9]\u00a0: \u00ab\u00a0\u00c0 partir de maintenant, Koban\u00e9, c\u2019est partout. Nous appelons \u00e0 une r\u00e9sistance permanente jusqu\u2019\u00e0 la fin du si\u00e8ge et de l\u2019agression sauvage \u00e0 Koban\u00e9\u00a0\u00bb. \u00c0 la suite de la publication des tweets en question, les 6, 7 et 8 octobre 2014, lors d\u2019\u00e9v\u00e9nements qui eurent lieu dans 16 villes de Turquie, les infractions (&#8230;) furent commises. Il a \u00e9t\u00e9 constat\u00e9 que lors de la commission des infractions [en question], 50 personnes \u00e9taient d\u00e9c\u00e9d\u00e9es, dont 12 \u00e0 Diyarbak\u0131r, 678 personnes avaient \u00e9t\u00e9 bless\u00e9es et 1\u00a0113 b\u00e2timents (dont des h\u00f4pitaux, des \u00e9coles, des banques et des mairies) \u00e9taient devenus inutilisables. Les d\u00e9clarations [pr\u00e9cit\u00e9es] du suspect font na\u00eetre des soup\u00e7ons fond\u00e9s sur des \u00e9l\u00e9ments concrets selon lesquels il a commis, simultan\u00e9ment avec les membres de l\u2019organisation terroriste PKK\/KCK, l\u2019infraction d\u2019incitation publique \u00e0 commettre une infraction.<\/p>\n<p>b) Le 9 octobre 2014, en pr\u00e9sence de plusieurs cha\u00eenes de t\u00e9l\u00e9vision, le suspect livra une d\u00e9claration aux m\u00e9dias \u00e0 Diyarbak\u0131r, dans les locaux du HDP, [dans laquelle il s\u2019exprima] comme suit\u00a0:<\/p>\n<p>\u00ab\u00a0Nous avons lanc\u00e9 les appels en question [les tweets publi\u00e9s sur le compte Twitter du HDP] parce que nous avions appris que l\u2019organisation Daech avait atteint la fronti\u00e8re de M\u00fcr\u015fitp\u0131nar\u00a0\u00bb,<\/p>\n<p>\u00ab\u00a0si aucun appel n\u2019avait \u00e9t\u00e9 lanc\u00e9, les \u00e9v\u00e9nements n\u2019auraient pu \u00eatre emp\u00each\u00e9s dans la r\u00e9gion\u00a0\u00bb,<\/p>\n<p>\u00ab\u00a0les gens sont sortis dans les rues et il n\u2019y a eu de violences nulle part [et] nous n\u2019avons pas dit de recourir \u00e0 la violence\u00a0\u00bb,<\/p>\n<p>\u00ab\u00a0le 7 octobre 2014, un jeune homme a \u00e9t\u00e9 assassin\u00e9 par les forces de s\u00e9curit\u00e9 \u00e0 Varto (Mu\u015f)\u00a0\u00bb,<\/p>\n<p>\u00ab\u00a0\u00e0 Batman, des civils non identifi\u00e9s ont ouvert le feu sur les manifestants\u00a0\u00bb,<\/p>\n<p>\u00ab\u00a0les gens n\u2019\u00e9taient pas satisfaits [de la poursuite] du processus de paix, qui n\u2019aboutissait \u00e0 aucune conclusion, ils \u00e9taient de mauvaise humeur\u00a0\u00bb,<\/p>\n<p>\u00ab\u00a0il ne doit pas y avoir d\u2019actes de violence [et] il ne faut pas intervenir dans les manifestations [organis\u00e9es] pour soutenir Koban\u00e9\u00a0\u00bb.<\/p>\n<p>Le 13 septembre 2015, le suspect livra \u00e0 la presse, \u00e0 Lice, une d\u00e9claration sur l\u2019instauration du couvre-feu \u00e0 Sur par la pr\u00e9fecture de Diyarbak\u0131r, laquelle se lit comme suit\u00a0: \u00ab\u00a0Notre peuple veut l\u2019auto-gouvernance, ses propres assembl\u00e9es et municipalit\u00e9s o\u00f9 des personnes \u00e9lues, plut\u00f4t que nomm\u00e9es, seront comp\u00e9tentes. Notre peuple a le pouvoir de r\u00e9sister, partout, aux pressions et aux politiques de massacre. Nous avons le pouvoir de nous prot\u00e9ger contre toutes les attaques. Nous d\u00e9montrons que nous ne sommes pas d\u00e9sesp\u00e9r\u00e9s, nous r\u00e9sisterons ensemble, nous atteindrons le salut sans oublier notre m\u00e8re patrie et notre histoire et en d\u00e9fendant nos droits\u00a0\u00bb.<\/p>\n<p>Le 18 d\u00e9cembre 2015, le suspect livra une d\u00e9claration \u00e0 la presse avec Kamuran Y\u00fcksek, Selma Irmak et Ertu\u011frul K\u00fcrk\u00e7\u00fc. [Il s\u2019exprima ainsi]\u00a0: \u00ab\u00a0En chaque lieu o\u00f9 vous menez des op\u00e9rations [de s\u00e9curit\u00e9] r\u00e8gne un climat d\u2019enthousiasme, et non de peur et de panique. Savez-vous pourquoi\u00a0? [Parce que] ces personnes sont absolument s\u00fbres qu\u2019elles triompheront d\u00e8s le premier jour. Elles d\u00e9fendent une cause honorable, noble et digne. Nous ne laisserons plus la cruaut\u00e9 et le fascisme gagner, cette r\u00e9sistance triomphera. Ceux qui essayent de la d\u00e9pr\u00e9cier en l\u2019appelant [r\u00e9sistance] des tranch\u00e9es et trous doivent se tourner vers l\u2019histoire. Il y a des dizaines de millions de personnes h\u00e9ro\u00efques et courageuses qui r\u00e9sistent \u00e0 ce coup. Tu m\u00e8nes une guerre contre le peuple. Le peuple r\u00e9siste et il r\u00e9sistera partout. La semaine prochaine, les 26 et 27\u00a0d\u00e9cembre, nous assisterons \u00e0 la session extraordinaire du Congr\u00e8s de la soci\u00e9t\u00e9 d\u00e9mocratique \u00e0 Diyarbak\u0131r. Nous aurons des discussions intensives et prendrons des d\u00e9cisions importantes concernant les processus d\u2019auto-gouvernance et d\u2019autonomie ainsi que leur fonctionnement dans l\u2019ar\u00e8ne politique. Nous les mettrons en \u0153uvre\u00a0\u00bb.<\/p>\n<p>Les 26, 27 et 28 octobre 2007, le suspect participa avec les maires et membres du DTP [Parti de la soci\u00e9t\u00e9 d\u00e9mocratique, un parti politique de gauche pro-kurde] \u00e0 la \u00ab\u00a01e assembl\u00e9e g\u00e9n\u00e9rale\u00a0\u00bb du DTK (Congr\u00e8s de la soci\u00e9t\u00e9 d\u00e9mocratique), qui a \u00e9t\u00e9 fond\u00e9 et [qui] m\u00e8ne ses activit\u00e9s conform\u00e9ment \u00e0 la 3e partie de la Convention du KCK.<\/p>\n<p>Le 26 d\u00e9cembre 2015, le suspect fit les d\u00e9clarations [suivantes] au DTK\u00a0: \u00ab\u00a0Les barricades et les tranch\u00e9es ne sont pas le r\u00e9sultat de la volont\u00e9 d\u2019auto-gouvernance du peuple kurde\u00a0; elles ont \u00e9t\u00e9 \u00e9tablies parce que les personnes qui ont fait des plans de massacre \u00e0 Ankara ont commenc\u00e9 \u00e0 mettre en \u0153uvre ces plans. Quelle tranch\u00e9e, quelle barricade\u00a0? On ne peut pas minimiser la question. La r\u00e9sistance dans les tranch\u00e9es et les barricades [a la m\u00eame motivation que] la r\u00e9sistance contre le fascisme et le massacre\u00a0; il s\u2019agit du droit \u00e0 une vie honorable. Si un jour quelqu\u2019un refuse de l\u2019accepter et d\u2019en d\u00e9battre, et s\u2019il dit qu\u2019il va mettre en d\u00e9tention, qu\u2019il va mettre \u00e0 genoux tous ceux qui penseront \u00e0 cela (&#8230;) Oh, ils ont cr\u00e9\u00e9 des barricades, mais ce n\u2019est pas grand-chose, que peuvent-ils faire d\u2019autre\u00a0? Ils nous critiquent parce qu\u2019on dit cela. Si nous, les hommes politiques, les ONG, les organisations ouvri\u00e8res, les organisations de femmes, les organisations de la jeunesse, les autorit\u00e9s locales, [nous] pouvons soutenir l\u2019auto-gouvernance, si nous pouvons la r\u00e9aliser \u00e9tape par \u00e9tape, nous r\u00e9soudrons ce probl\u00e8me historique. Cette r\u00e9sistance m\u00e8nera \u00e0 la victoire. Je remercie tous nos amis [, qui ne nous embarrassent pas], qui r\u00e9sistent, qui ne s\u2019effondrent pas, [et] tous nos camarades qui, malgr\u00e9 tout, restent aux c\u00f4t\u00e9s du peuple en cette p\u00e9riode. Je r\u00e9p\u00e8te encore une fois ma promesse de fid\u00e9lit\u00e9 et d\u2019affection envers les amis, leurs familles et les martyrs de sept \u00e0 soixante-dix ans qui ont mis leur vie en jeu\u00a0\u00bb.<\/p>\n<p>Le 26 mars 2016, dans la salle de th\u00e9\u00e2tre de la mairie de Yeni\u015fehir, le suspect tint un discours [lors duquel il d\u00e9clara]\u00a0:\u00a0\u00ab\u00a0Ne pas revendiquer une d\u00e9pouille est [un acte] d\u00e9shonorant, laisser une d\u00e9pouille \u00e0 terre est [un acte] d\u00e9shonorant. Nous regardons [ce qui se passe] avec honte, nous avons vraiment honte. [Ils nous disent] \u00ab\u00a0oh, toi, tu es all\u00e9 [pr\u00e9senter] tes condol\u00e9ances\u00a0\u00bb, \u00ab\u00a0non, c\u2019est [un] d\u00e9put\u00e9 [de ton parti] qui y est all\u00e9\u00a0\u00bb, \u00ab\u00a0non, c\u2019est l\u2019autre qui [y] est all\u00e9&#8230;\u00a0\u00bb. Peut-il y avoir quinze millions de terroristes dans un pays\u00a0? Si tu [accuses] tout le monde de terrorisme, en particulier si vous [accusez] les Kurdes qui r\u00e9clament [leurs] droits et libert\u00e9s [et] si vous dites que vous allez faire le n\u00e9cessaire, [ce] peuple de quinze millions de personnes va r\u00e9sister contre vos pratiques fascistes par tous les moyens dont il dispose. [Dans ce contexte], la r\u00e9sistance devient l\u00e9gitime. Sinon, la guerre n\u2019est pas l\u00e9gitime, il n\u2019y a pas de l\u00e9gitimit\u00e9 [de la] guerre. La r\u00e9sistance est l\u00e9gitime. Le peuple sera oblig\u00e9 de payer un prix plus \u00e9lev\u00e9, nos jeunes seront oblig\u00e9s de payer un prix plus \u00e9lev\u00e9 [et] nous, les politiques, ne faisons que regarder ce qui se passe avec peine lorsque nos [amis les] plus chers se font assassiner sous nos yeux. Dans ce contexte, je suis s\u00fbr que le Congr\u00e8s de la soci\u00e9t\u00e9 d\u00e9mocratique va faire rena\u00eetre l\u2019enthousiasme [qui existait] dans les jours de sa cr\u00e9ation\u00a0\u00bb.<\/p>\n<p>En outre, compte tenu de la d\u00e9cision du parquet de Diyarbak\u0131r de joindre \u00e0 notre dossier [d\u2019enqu\u00eate] les dossiers d\u2019enqu\u00eate [suivants]\u00a0: enqu\u00eate no 2016\/29478 relative \u00e0 la commission d\u2019infractions au nom d\u2019une organisation terroriste sans en \u00eatre membre, enqu\u00eate no 2016\/24008 relative \u00e0 la commission d\u2019infractions au nom d\u2019une organisation terroriste sans en \u00eatre membre, enqu\u00eate no 2016\/29479 relative \u00e0 la commission d\u2019infractions au nom d\u2019une organisation terroriste sans en \u00eatre membre, enqu\u00eate no 2016\/24950 relative \u00e0 la propagande en faveur d\u2019une organisation terroriste et \u00e0 l\u2019appartenance \u00e0 une organisation terroriste, enqu\u00eate no 2016\/29476 relative \u00e0 la commission d\u2019infractions au nom d\u2019une organisation terroriste sans en \u00eatre membre, enqu\u00eate no 2016\/24946 relative \u00e0 la commission d\u2019infractions au nom d\u2019une organisation terroriste sans en \u00eatre membre, enqu\u00eate no 2016\/35438 relative \u00e0 l\u2019incitation publique \u00e0 la haine et \u00e0 l\u2019hostilit\u00e9, enqu\u00eate no 2016\/35211 relative \u00e0 l\u2019organisation et \u00e0 la conduite de r\u00e9unions et de d\u00e9fil\u00e9s publics ill\u00e9gaux et \u00e0 la participation \u00e0 de tels r\u00e9unions et d\u00e9fil\u00e9s, ainsi qu\u2019\u00e0 la propagande en faveur d\u2019une organisation terroriste et \u00e0 l\u2019apologie du crime et de criminels, enqu\u00eate no\u00a02016\/35237 relative \u00e0 l\u2019organisation et \u00e0 la conduite de r\u00e9unions et de d\u00e9fil\u00e9s publics ill\u00e9gaux et \u00e0 la participation \u00e0 de tels r\u00e9unions et d\u00e9fil\u00e9s, ainsi qu\u2019\u00e0 la propagande en faveur d\u2019une organisation terroriste, enqu\u00eate no 2016\/35447 relative \u00e0 l\u2019incitation publique \u00e0 la haine et \u00e0 l\u2019hostilit\u00e9, \u00e0 l\u2019apologie du crime et de criminels et \u00e0 la propagande en faveur d\u2019une organisation terroriste, enqu\u00eate no 2016\/23921 relative \u00e0 la propagande en faveur d\u2019une organisation terroriste, enqu\u00eate no 2016\/23920 relative \u00e0 l\u2019incitation publique \u00e0 la haine et \u00e0 l\u2019hostilit\u00e9 [et] \u00e0 la propagande en faveur d\u2019une organisation terroriste, enqu\u00eate no2016\/24617 relative \u00e0 l\u2019incitation publique \u00e0 commettre une infraction [et] \u00e0 la propagande en faveur d\u2019une organisation terroriste, enqu\u00eate no\u00a02016\/29488 relative \u00e0 la propagande en faveur d\u2019une organisation terroriste, enqu\u00eate no 2016\/29489 relative \u00e0 la propagande en faveur d\u2019une organisation terroriste, enqu\u00eate no 2016\/24542 relative \u00e0 l\u2019apologie du crime et de criminels, enqu\u00eate no 2016\/35454 relative \u00e0 l\u2019organisation et \u00e0 la conduite de r\u00e9unions et de d\u00e9fil\u00e9s publics ill\u00e9gaux et \u00e0 la participation \u00e0 de tels r\u00e9unions et d\u00e9fil\u00e9s,[ainsi qu\u2019] \u00e0 la propagande en faveur d\u2019une organisation terroriste,<\/p>\n<p>il a \u00e9t\u00e9 constat\u00e9 qu\u2019il y a[vait] des soup\u00e7ons fond\u00e9s sur des [\u00e9l\u00e9ments de] preuve concrets selon lesquels l\u2019int\u00e9ress\u00e9 aurait commis l\u2019infraction d\u2019appartenance \u00e0 une organisation terroriste.<\/p>\n<p>c) Il y a \u00ab\u00a0des preuves concr\u00e8tes d\u00e9montrant l\u2019existence de forts soup\u00e7ons [quant \u00e0 la commission] d\u2019une infraction\u00a0\u00bb telle que vis\u00e9e \u00e0 l\u2019article 100 \u00a7 1 du CPP no 5271 \u00e0 l\u2019encontre du suspect Selahattin Demirta\u015f, des informations et des preuves concr\u00e8tes convaincantes pour notre tribunal eu \u00e9gard aux fortes indications (soup\u00e7ons) pr\u00e9vues \u00e0 l\u2019article\u00a019 \u00a7 3 de la Constitution, et des raisons plausibles au sens de l\u2019article 5 \u00a7\u00a01\u00a0c) de la Convention (europ\u00e9enne des droits de l\u2019homme). (Il faut rappeler que, selon l\u2019article\u00a05 \u00a7 1 c) de la Convention, une d\u00e9cision de mise en d\u00e9tention ne peut \u00eatre rendue qu\u2019aux fins de la comparution de la personne [concern\u00e9e] devant un tribunal lorsqu\u2019il existe dans le cadre d\u2019une proc\u00e9dure p\u00e9nale des raisons plausibles de soup\u00e7onner qu\u2019elle a commis une infraction (J\u0117\u010dius c. Lituanie, no 34578\/97, \u00a7\u00a050, CEDH\u00a02000-IX, et W\u0142och c. Pologne, no 27785\/95, \u00a7\u00a0108, CEDH 2000-XI, et Poyraz c.\u00a0Turquie (d\u00e9cision d\u2019irrecevabilit\u00e9), no 21235\/11, \u00a7 53, 17 f\u00e9vrier 2015)). La notion de \u00ab\u00a0plausibilit\u00e9\u00a0\u00bb des soup\u00e7ons sur lesquels doit se fonder la d\u00e9cision de d\u00e9tention constitue un \u00e9l\u00e9ment essentiel de la protection offerte par l\u2019article 5 \u00a7 1 c) de la Convention. L\u2019existence de soup\u00e7ons plausibles pr\u00e9suppose celle de faits ou de renseignements propres \u00e0 persuader un observateur objectif que l\u2019individu en cause peut avoir accompli l\u2019infraction. Ce qui peut passer pour plausible d\u00e9pend toutefois de l\u2019ensemble des circonstances (Fox, Campbell et Hartley c. Royaume-Uni, 30\u00a0ao\u00fbt 1990, \u00a7 32, s\u00e9rie A no 182, O\u2019hara c. Royaume-Uni, no 37555\/97, \u00a7\u00a034, CEDH\u00a02001\u2011X, Korkmaz et autres c. Turquie, no 35979\/97, \u00a7 34, 21 mars 2006, S\u00fcleyman Erdem c. Turquie, no 49574\/99, \u00a7 37, 19 septembre 2006, et \u00c7i\u00e7ek c Turquie (d\u00e9cision d\u2019irrecevabilit\u00e9), no 72774\/10, \u00a7 62, 3 mars 2015).<\/p>\n<p>Compte tenu de la nature de l\u2019infraction de fondation et de direction d\u2019une organisation terroriste arm\u00e9e qui est reproch\u00e9e au suspect, du fait que cette infraction figure parmi celles \u00e9num\u00e9r\u00e9es \u00e0 l\u2019article 100 \u00a7 3 a) 11 du CPP no 5271, et des d\u00e9clarations ci-dessus concernant l\u2019existence de preuves concr\u00e8tes d\u00e9montrant qu\u2019il y a de forts soup\u00e7ons, il existe de forts soup\u00e7ons [sic] quant \u00e0 la commission de l\u2019infraction reproch\u00e9e et en cons\u00e9quence un motif de d\u00e9tention selon l\u2019article\u00a0100 \u00a7\u00a03\u00a0a) 11 du CPP.<\/p>\n<p>Comme pr\u00e9cis\u00e9 dans les d\u00e9cisions de la Cour constitutionnelle du 27 octobre 2011 (nos E. 2010\/71 et K. 2011\/143) et du 27 d\u00e9cembre 2012 (nos E. 2012\/35 et 2012\/203), le principe de proportionnalit\u00e9 englobe les principes d\u2019\u00ab\u00a0opportunit\u00e9\u00a0\u00bb, de \u00ab\u00a0n\u00e9cessit\u00e9\u00a0\u00bb et de \u00ab\u00a0proportionnalit\u00e9\u00a0\u00bb [sic]. Compte tenu de la nature de l\u2019infraction reproch\u00e9e au suspect, des limites inf\u00e9rieure et sup\u00e9rieure de la peine d\u2019emprisonnement pr\u00e9vue par la loi, de l\u2019importance de l\u2019affaire, de la peine et de la mesure de s\u00e9curit\u00e9 attendues, le placement en d\u00e9tention provisoire [du suspect] est proportionn\u00e9 au but vis\u00e9. Certaines raisons imposent l\u2019obligation de [mettre le suspect en] d\u00e9tention\u00a0; par cons\u00e9quent, [s\u2019il existe des risques li\u00e9s au placement en d\u00e9tention des suspects], il a n\u00e9anmoins \u00e9t\u00e9 jug\u00e9 n\u00e9cessaire d\u2019appliquer la mesure de d\u00e9tention. Le but ne peut pas \u00eatre atteint par l\u2019application de mesures de contr\u00f4le judiciaire\u00a0; apr\u00e8s examen des dispositions relatives aux mesures de contr\u00f4le judiciaire, [celles-ci] sont en effet jug\u00e9es insuffisantes. Pour ces raisons, la d\u00e9cision de mise en d\u00e9tention satisfera au principe de proportionnalit\u00e9 mentionn\u00e9 \u00e0 l\u2019article 13 de la Constitution et \u00e0 l\u2019article 100 \u00a7 1 du CPP no 5271. Compte tenu de tous les \u00e9l\u00e9ments qui pr\u00e9c\u00e8dent, les mesures de contr\u00f4le judiciaire sont insuffisantes. Il y a des preuves concr\u00e8tes d\u00e9montrant l\u2019existence de forts soup\u00e7ons \u00e0 l\u2019\u00e9gard des suspects. Il existe un motif de mise en d\u00e9tention et [cette mesure] est proportionn\u00e9e. Il existe des motifs de mise en d\u00e9tention provisoire au regard de l\u2019article 19 de la Constitution, de l\u2019article 5 de la CEDH [Convention] et de l\u2019article 100 du CPP no 5271. En outre, la privation de libert\u00e9 est pr\u00e9vue par la loi aux fins de l\u2019article 5 \u00a7 1 de la CEDH [et] elle est conforme au principe la pr\u00e9\u00e9minence du droit d\u00e9coulant des dispositions de la CEDH et de l\u2019article 100 du CPP. [En cons\u00e9quence], il est d\u00e9cid\u00e9 de mettre le suspect en d\u00e9tention provisoire sur le fondement des articles 100 et suivants du CPP.<\/p>\n<p>(&#8230;)\u00a0\u00bb<\/p>\n<p>71. Le m\u00eame jour, huit autres d\u00e9put\u00e9s du HDP furent mis en d\u00e9tention provisoire par les juges de paix comp\u00e9tents de diff\u00e9rentes villes.<\/p>\n<p>72. Le 8 novembre 2016, le requ\u00e9rant forma un recours contre l\u2019ordonnance de mise en d\u00e9tention provisoire prise \u00e0 son \u00e9gard.<\/p>\n<p>73. Par une d\u00e9cision du 11 novembre 2016, le 3e juge de paix de Diyarbak\u0131r rejeta ce recours. Dans cette d\u00e9cision, il fut pr\u00e9cis\u00e9 que le requ\u00e9rant \u00e9tait d\u00e9tenu pour les infractions suivantes\u00a0: appartenance \u00e0 une organisation terroriste arm\u00e9e et incitation publique \u00e0 commettre une infraction.<\/p>\n<p>74. Le 1er d\u00e9cembre 2016, le 2e juge de paix de Diyarbak\u0131r examina d\u2019office et sur dossier la question du maintien en d\u00e9tention du requ\u00e9rant. Il ordonna le maintien en d\u00e9tention de l\u2019int\u00e9ress\u00e9, l\u2019estimant justifi\u00e9 par\u00a0: la nature des infractions en cause et le fait que celles-ci figuraient parmi les infractions \u00e9num\u00e9r\u00e9es \u00e0 l\u2019article100 \u00a7 3 du code de proc\u00e9dure p\u00e9nale (CPP)\u00a0; l\u2019existence de raisons plausibles de soup\u00e7onner le requ\u00e9rant d\u2019avoir commis une infraction p\u00e9nale au sens de l\u2019article 5 de la Convention\u00a0; l\u2019existence de forts soup\u00e7ons pesant sur lui au sens de l\u2019article 19 de la Constitution\u00a0; et l\u2019existence d\u2019\u00e9l\u00e9ments de preuve concrets permettant de le soup\u00e7onner fortement d\u2019avoir commis une infraction au sens de l\u2019article 100 du CPP. Tenant compte de la lourdeur des peines pr\u00e9vues par la loi pour les infractions en question, le juge de paix consid\u00e9ra que le maintien du requ\u00e9rant en d\u00e9tention provisoire \u00e9tait proportionn\u00e9 et que les mesures alternatives \u00e0 la d\u00e9tention semblaient insuffisantes.<\/p>\n<p>75. Le 5 d\u00e9cembre 2016, le requ\u00e9rant forma un recours en vue de sa remise en libert\u00e9.<\/p>\n<p>76. Par une d\u00e9cision du 6 d\u00e9cembre 2016, le 1er juge de paix de Diyarbak\u0131r le d\u00e9bouta et pr\u00e9cisa qu\u2019il \u00e9tait d\u00e9tenu uniquement pour appartenance \u00e0 une organisation terroriste arm\u00e9e.<\/p>\n<p>77. Le 12 d\u00e9cembre 2016, le requ\u00e9rant forma un nouveau recours contre son maintien en d\u00e9tention provisoire. Il soutint entre autres que, en vertu de l\u2019article 83 de la Constitution, il jouissait de l\u2019irresponsabilit\u00e9 parlementaire et que d\u00e8s lors sa responsabilit\u00e9 ne pouvait pas \u00eatre engag\u00e9e pour les opinions qu\u2019il avait formul\u00e9es lors de travaux parlementaires. \u00c0 une date non pr\u00e9cis\u00e9e, ce recours fut rejet\u00e9. Les parties n\u2019ont pas fourni copie de cette d\u00e9cision.<\/p>\n<p>78. Le 11 janvier 2017, le procureur de la R\u00e9publique d\u00e9posa devant la cour d\u2019assises de Diyarbak\u0131r un acte d\u2019accusation contre le requ\u00e9rant, d\u2019une longueur de 501 pages sans les annexes. Il reprochait \u00e0 l\u2019int\u00e9ress\u00e9 d\u2019avoir constitu\u00e9 ou dirig\u00e9 une organisation terroriste arm\u00e9e (article 314 \u00a7 1 du CP),d\u2019avoir fait la propagande d\u2019une organisation terroriste (\u00e0 quinze reprises \u2013 article\u00a07 \u00a7 2 de la loi relative \u00e0 la lutte contre le terrorisme), d\u2019avoir incit\u00e9 publiquement \u00e0 la commission d\u2019une infraction (article214 \u00a71 du CP), d\u2019avoir fait l\u2019apologie du crime et de criminels (\u00e0 quatre reprises \u2013 article\u00a0215 \u00a7 1 du CP), d\u2019avoir incit\u00e9 la population \u00e0 la haine et \u00e0 l\u2019hostilit\u00e9 (\u00e0 deux reprises \u2013 article 216 \u00a7 1 du CP), d\u2019avoir incit\u00e9 \u00e0 d\u00e9sob\u00e9ir \u00e0 la loi (article\u00a0217 \u00a7 1 du CP), d\u2019avoir organis\u00e9 des r\u00e9unions et d\u00e9fil\u00e9s ill\u00e9gaux et d\u2019y avoir particip\u00e9 (\u00e0 trois reprises \u2013 article28 \u00a71 de la loi no 2911 relative au d\u00e9roulement des r\u00e9unions et manifestations (\u00ab\u00a0la loi no 2911\u00a0\u00bb)), et de n\u2019avoir pas obtemp\u00e9r\u00e9 \u00e0 l\u2019ordre de dispersion d\u2019une manifestation ill\u00e9gale \u00e9mis par les forces de s\u00e9curit\u00e9 (article32 \u00a7 1 de la loi no 2911). Le procureur de la R\u00e9publique requit ainsi la condamnation du requ\u00e9rant \u00e0 une peine d\u2019emprisonnement comprise entre quarante-trois et cent\u00a0quarante-deux\u00a0ans.<\/p>\n<p>79. Les accusations port\u00e9es par le procureur de la R\u00e9publiquecontre le requ\u00e9rant peuvent se r\u00e9sumer comme suit\u00a0:<\/p>\n<p>i) dans son discours du 27 octobre 2012, prononc\u00e9 \u00e0 Batman dans les locaux du BDP, le requ\u00e9rant aurait fait la propagande de l\u2019organisation terroriste PKK en appelant la population \u00e0 fermer les magasins et \u00e0 ne pas envoyer les enfants \u00e0 l\u2019\u00e9cole en signe de protestation pour obtenir la lib\u00e9ration du chef du PKK\u00a0;<\/p>\n<p>ii) le 13 novembre 2012, deux manifestations pour protester contre les conditions de d\u00e9tention du chef du PKK auraient \u00e9t\u00e9 organis\u00e9es \u00e0 Nusaybin et \u00e0 K\u0131z\u0131ltepe\u00a0; le requ\u00e9rant aurait pris la parole \u00e0 K\u0131z\u0131ltepe et se serait exprim\u00e9 ainsi\u00a0: \u00ab\u00a0Ils ont dit que vous ne pouviez pas accrocher l\u2019affiche d\u2019\u00d6calan. Ceux qui l\u2019ont dit (&#8230;) Je parle clairement. Nous allons exposer la sculpture du pr\u00e9sident Apo. Le peuple kurde est d\u00e9sormais un peuple qui s\u2019est lev\u00e9. Avec son chef, avec son parti, avec ses \u00e9lus, avec ses enfants, avec sa jeunesse, avec ses vieux, c\u2019est l\u2019un des plus grands peuples du Moyen-Orient\u00a0\u00bb. (\u00ab\u00a0Demi\u015fler ki \u00d6calan posteri asamazs\u0131n\u0131z. Onu diyenlere a\u00e7\u0131k\u00e7a sesleniyorum&#8230; Biz ba\u015fkan Apo\u2019nun heykelini dikece\u011fiz heykelini. K\u00fcrt halk\u0131 art\u0131k aya\u011fa kalkm\u0131\u015f bir halkt\u0131r. \u00d6nderiyle, partisiyle, se\u00e7ilmi\u015fiyle, \u00e7ocu\u011fuyla, genciyle, ya\u015fl\u0131s\u0131yla Ortado\u011fu\u2019nun en b\u00fcy\u00fck halklar\u0131ndan biridir\u00a0\u00bb). Selon l\u2019acte d\u2019accusation, ces propos constituaient de la propagande en faveur d\u2019une organisation terroriste\u00a0;<\/p>\n<p>iii) dans son discours du 21 avril 2013, prononc\u00e9 \u00e0 Diyarbak\u0131r dans les locaux du BDP, le requ\u00e9rant se serait exprim\u00e9 en ces termes\u00a0: \u00ab\u00a0Le mouvement kurde consid\u00e9rait la guerre comme une guerre d\u2019autod\u00e9fense l\u00e9gitime. Maintenant, si vous avez suffisamment d\u2019exp\u00e9rience pour r\u00e9sister [et] pour r\u00e9ussir avec des m\u00e9thodes non violentes, il n\u2019est pas correct, moralement [et] politiquement, d\u2019utiliser des armes. Aujourd\u2019hui, ceux qui nous critiquent disent \u00e9galement que le peuple kurde n\u2019existerait pas, au moins pour le Kurdistan de Turquie, sans le mouvement du PKK. On ne pourrait pas parler de l\u2019existence des Kurdes au Kurdistan de Turquie. Sans le coup de 1984 [l\u2019ann\u00e9e des premi\u00e8res attaques du PKK], sans la gu\u00e9rilla, personne ne pourrait parler aujourd\u2019hui de l\u2019existence du peuple kurde\u00a0; les Kurdes n\u2019avaient pas d\u2019autre choix. (&#8230;) Au moment de la premi\u00e8re r\u00e9sistance \u00e0 \u015eemdinli [et] \u00e0 Eruh [les premi\u00e8res attaques terroristes du PKK, intervenues le 15 ao\u00fbt 1984 dans les districts de \u015eemdinli \u00e0 Hakkari et d\u2019Eruh \u00e0 Siirt], personne n\u2019\u00e9tait au courant de ce qui se passait, mais cette r\u00e9sistance a cr\u00e9\u00e9 aujourd\u2019hui [la] r\u00e9alit\u00e9 du peuple [kurde]. Nous avons gagn\u00e9 notre identit\u00e9\u00a0\u00bb (\u00ab\u00a0K\u00fcrt hareketi sava\u015f\u0131 me\u015fru m\u00fcdafaa sava\u015f\u0131 olarak ele ald\u0131. \u015eimdi e\u011fer elinizde silah d\u0131\u015f\u0131nda y\u00f6ntemlerle g\u00fc\u00e7le, mekanizmayla direnebilecek, ba\u015farabilecek yeteri kadar birikim varsa siz buna ra\u011fmen silah\u0131 kullan\u0131rs\u0131n\u0131z birincisi bu ahlaki olmaz ikincisi de siyasi olarak da do\u011fru bir tercih olmaz. K\u00fcrt halk\u0131 evet bug\u00fcn biz sadece s\u00f6ylemiyoruz, bizi ele\u015ftirenler de s\u00f6yl\u00fcyordu, PKK hareketi olmasayd\u0131 bug\u00fcn K\u00fcrt halk\u0131 diye bir \u015fey T\u00fcrkiye K\u00fcrdistan\u2019\u0131 i\u00e7in en az\u0131ndan olmayacakt\u0131. T\u00fcrkiye K\u00fcrdistan\u0131\u2019nda K\u00fcrtlerin varl\u0131\u011f\u0131ndan s\u00f6z edilmeyecekti. 1984 hamlesi olmasayd\u0131, gerilla sava\u015f\u0131 olmas\u0131yd\u0131, kimse bug\u00fcn K\u00fcrt halk\u0131n\u0131n varl\u0131\u011f\u0131ndan s\u00f6z edemezdi, \u00e7\u00fcnk\u00fc K\u00fcrtlerin ba\u015fka \u00e7aresi yoktu. (&#8230;) \u015eemdinli\u2019de Eruh\u2019ta ilk direni\u015f sergilendi\u011finde kimse ne oldu\u011funun fark\u0131nda de\u011fildi ama o direni\u015f bug\u00fcn b\u00fcy\u00fck bir halk ger\u00e7e\u011fi yaratt\u0131. Kimli\u011fimizi kazand\u0131k\u00a0\u00bb).<\/p>\n<p>iv) \u00e0 la suite des proclamations d\u2019auto-gouvernance et des op\u00e9rations men\u00e9es par les forces de s\u00e9curit\u00e9, le requ\u00e9rant aurait d\u00e9clar\u00e9 plusieurs fois que les op\u00e9rations en question \u00e9taient des massacres commis par les autorit\u00e9s nationales et il aurait qualifi\u00e9 d\u2019actes de r\u00e9sistance certains actes attribu\u00e9s \u00e0 des membres du PKK\u00a0;<\/p>\n<p>v) le requ\u00e9rant aurait \u0153uvr\u00e9 activement \u00e0 l\u2019\u00e9tablissement du DTK, fond\u00e9 selon le parquet en vue de la diffusion des th\u00e8ses du PKK aupr\u00e8s du grand public, et il aurait prononc\u00e9 des discours lors de r\u00e9unions organis\u00e9es par le DTK\u00a0;<\/p>\n<p>vi) le requ\u00e9rant serait le responsable de la branche politique de l\u2019organisation ill\u00e9gale KCK\u00a0; \u00e0 cet \u00e9gard, le procureur de la R\u00e9publique pr\u00e9senta notamment les \u00e9l\u00e9ments de preuve suivants\u00a0:<\/p>\n<p>\u2013 deux documents, intitul\u00e9s \u00ab\u00a0documento\u00a0\u00bb et \u00ab\u00a0ikram ark\u00a0\u00bb, d\u00e9couvertsdans un disque dur saisi lors de la perquisition effectu\u00e9e au domicile d\u2019un d\u00e9nomm\u00e9 A.D., qui \u00e9tait \u00e0 l\u2019\u00e9poque des faits le maire de Sur, un quartier de Diyarbak\u0131r, et qui a \u00e9t\u00e9 condamn\u00e9 en 2017 \u00e0 une peine de dix-huit ans de r\u00e9clusion criminelle pour avoir dirig\u00e9 une organisation terroriste\u00a0; selon ces documents, S.O., le responsable pr\u00e9sum\u00e9 du KCK en Turquie, avait donn\u00e9 pour instruction \u00e0 plusieurs personnes, dont le requ\u00e9rant, d\u2019aller rendre visite aux proches d\u2019\u0130.E., une personne assassin\u00e9e par erreur par le PKK\u00a0;<\/p>\n<p>\u2013 les comptes rendus d\u2019\u00e9coutes de conversations t\u00e9l\u00e9phoniques entre S.O. et K.Y., qui \u00e9tait le copr\u00e9sident du Parti d\u00e9mocratique des r\u00e9gions (un parti politique pro-kurde de gauche) et a par la suite \u00e9t\u00e9 condamn\u00e9 \u00e0 une peine de vingt et un ans de r\u00e9clusion criminelle pour avoir dirig\u00e9 une organisation terroriste, et entre K.Y. et le requ\u00e9rant. Selon le parquet, il ressortait de ces comptes rendus que S.O. avait donn\u00e9 pour instruction \u00e0 plusieurs personnes, dont le requ\u00e9rant, de participer \u00e0 certaines r\u00e9unions \u00e0 l\u2019\u00e9tranger, notamment \u00e0 Strasbourg.<\/p>\n<p>\u00b7 La transcription des parties pertinentes de la conversation ayant eu lieu le 4 d\u00e9cembre 2008 entre le requ\u00e9rant et K.Y. se lit comme suit\u00a0:<\/p>\n<p>\u00ab\u00a0K.Y.\u00a0: Compte tenu de l\u2019importance du programme, il dit que vous et G. devez participer \u00e0 la r\u00e9union du Conseil [de l\u2019Europe], qui va durer deux jours. Il [la] consid\u00e8re comme tr\u00e8s importante.<\/p>\n<p>[Le requ\u00e9rant]\u00a0: Cela fait trois, quatre fois qu\u2019il fait appeler.<\/p>\n<p>K.Y.\u00a0: Enfin, ils en sont arriv\u00e9s \u00e0 ce point. Je ne m\u2019en suis pas beaucoup pr\u00e9occup\u00e9, je [lui] ai dit que les amis [essayaient] de trouver une solution [mais ils ne l\u2019ont pas]. Maintenant, il dit qu\u2019il faut absolument [le faire], qu\u2019il n\u2019y a pas d\u2019autre solution et que c\u2019est une situation difficile pour [eux]. \u00c0 ce sujet, [il a dit qu\u2019]il a un peu expliqu\u00e9 la situation mais qu\u2019il serait bon que [vous] puissiez [y aller]. Par rapport au ma\u00eetre, il dit [aussi] qu\u2019il serait bon qu\u2019il puisse venir.<\/p>\n<p>[Le requ\u00e9rant]\u00a0: Je vais parler.<\/p>\n<p>K.Y.\u00a0: Il dit qu\u2019il s\u2019agit d\u2019un programme de deux jours, qu\u2019il faudra absolument participer. Par rapport au ma\u00eetre, il dit [aussi] qu\u2019il serait bon qu\u2019il puisse venir, qu\u2019il y a des choses dont il faut parler avec lui.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p>\u00b7 La transcription des parties pertinentes de la conversation ayant eu lieu le 4 d\u00e9cembre 2008 entre K.Y. et S.O. se lit comme suit\u00a0:<\/p>\n<p>\u00ab\u00a0S.O.\u00a0: Ils ont appel\u00e9 F., mon ami. Ils ont dit qu\u2019ils ne pouvaient pas venir en Italie.<\/p>\n<p>K.Y.\u00a0: [On m\u2019a dit] que nous avions indiqu\u00e9 que S. et B. pouvaient y \u00eatre, je viens de le faire confirmer maintenant.<\/p>\n<p>S.O.\u00a0: Mais il ne s\u2019agit pas d\u2019aller chez le voisin, [il s\u2019agit] d\u2019un rendez-vous au Conseil de l\u2019Europe. Ce n\u2019est pas possible, quel manque de s\u00e9rieux. Pourquoi vous ne dites pas [cela]\u00a0?<\/p>\n<p>K.Y.\u00a0: Ce n\u2019est pas encore fix\u00e9.<\/p>\n<p>S.O.\u00a0: Mais [comment va-t-on] prendre des rendez-vous, \u00e0 partir de maintenant, au nom du parti\u00a0?<\/p>\n<p>K.Y.\u00a0: Oui.<\/p>\n<p>S.O.\u00a0: Tous les deux vont venir, mon ami. Ils doivent laisser leurs travaux et [aller l\u00e0-bas].<\/p>\n<p>K.Y.\u00a0: D\u2019accord.<\/p>\n<p>S.O.\u00a0: Selahattin [le requ\u00e9rant] et G., tous les deux doivent absolument venir.<\/p>\n<p>K.Y.\u00a0: Ils ont dit qu\u2019avec F. ils avaient trouv\u00e9 une solution. [J\u2019ai dit OK, s\u2019ils ont trouv\u00e9 une solution].<\/p>\n<p>S.O.\u00a0: Il n\u2019y a pas de solution, mon ami. F. vient de me le dire.<\/p>\n<p>K.Y.\u00a0: D\u2019accord.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p>\u00b7 Toujours le 4 d\u00e9cembre 2008, le requ\u00e9rant et K.Y. eurent une autre conversation t\u00e9l\u00e9phonique, dont la transcription des parties pertinentes se lit ainsi\u00a0:<\/p>\n<p>\u00ab\u00a0K.Y.\u00a0: Merci, [dis-moi], apr\u00e8s avoir vu F., vous avez trouv\u00e9 une solution, non\u00a0?<\/p>\n<p>[Le requ\u00e9rant]\u00a0: J\u2019ai rencontr\u00e9 F., et puis transmis [l\u2019affaire] \u00e0 S., qui devait trouver, et qui a trouv\u00e9 [une solution].<\/p>\n<p>K.Y.\u00a0: Ils l\u2019ont trouv\u00e9e\u00a0?<\/p>\n<p>[Le requ\u00e9rant]\u00a0: Oui.<\/p>\n<p>K.Y.\u00a0: Il vaut mieux que tu saches que j\u2019ai donn\u00e9 son nom.<\/p>\n<p>[Le requ\u00e9rant]\u00a0: D\u2019accord, je vais appeler [et] voir. Je travaille [sur] cela.<\/p>\n<p>K.Y.\u00a0: Oui, [c\u2019est] le 11, [j\u2019esp\u00e8re que c\u2019est juste, mais oui], c\u2019est le 11\u00a0janvier.<\/p>\n<p>[Le requ\u00e9rant]\u00a0: [\u00c0] Strasbourg, non\u00a0?<\/p>\n<p>K.Y.\u00a0: Oui, [\u00e0] Strasbourg.<\/p>\n<p>[Le requ\u00e9rant]\u00a0: D\u2019accord, je vais [voir cela plus pr\u00e9cis\u00e9ment] et te recontacter demain.<\/p>\n<p>K.Y.\u00a0: D\u2019accord, j\u2019ai donn\u00e9 [son] nom.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p>vii) le requ\u00e9rant aurait provoqu\u00e9, par ses discours et d\u00e9clarations (dont les parties pertinentes en l\u2019esp\u00e8ce sont r\u00e9sum\u00e9es aux paragraphes 26-27 ci\u2011dessus), les actes de violence survenus du 6 au 8 octobre 2014.<\/p>\n<p>80. Le 1er f\u00e9vrier 2017, le requ\u00e9rant forma un nouveau recours contre son maintien en d\u00e9tention provisoire et demanda sa remise en libert\u00e9. Dans ce contexte, il souligna notamment qu\u2019aux termes du premier paragraphe de l\u2019article 83 il b\u00e9n\u00e9ficiait de l\u2019irresponsabilit\u00e9 parlementaire, ce qui impliquait selon lui que les d\u00e9put\u00e9s ne pouvaient \u00eatre sanctionn\u00e9s pour des opinions qu\u2019ils professaient au sein de l\u2019Assembl\u00e9e nationale et qu\u2019ils r\u00e9p\u00e9taient en dehors de celle-ci. Il soutint que les accusations port\u00e9es contre lui et pour lesquelles il avait \u00e9t\u00e9 plac\u00e9 en d\u00e9tention provisoire \u00e9taient li\u00e9es \u00e0 ses discours politiques, dont les contenus \u00e9taient d\u2019apr\u00e8s lui prot\u00e9g\u00e9s par le premier paragraphe de l\u2019article 83 de la Constitution. \u00c0 une date inconnue, ce recours fut rejet\u00e9. Les parties n\u2019ont pas fourni de copie de cette d\u00e9cision.<\/p>\n<p>81. Le 2 f\u00e9vrier 2017, la cour d\u2019assises de Diyarbak\u0131r admit l\u2019acte d\u2019accusation du procureur de la R\u00e9publique. Le m\u00eame jour, elle s\u2019adressa au minist\u00e8re de la Justice pour qu\u2019il f\u00eet le n\u00e9cessaire afin de d\u00e9payser, pour des raisons de s\u00e9curit\u00e9 publique, le proc\u00e8s p\u00e9nal du requ\u00e9rant. \u00c9galement \u00e0 la m\u00eame date, elle ordonna le maintien en d\u00e9tention provisoire de l\u2019int\u00e9ress\u00e9.<\/p>\n<p>82. Le 1er mars 2017, la cour d\u2019assises de Diyarbak\u0131r examina d\u2019office la question du maintien en d\u00e9tention du requ\u00e9rant. Eu \u00e9gard au nombre et \u00e0 la nature des accusations port\u00e9es contre l\u2019int\u00e9ress\u00e9 ainsi qu\u2019\u00e0 l\u2019existence d\u2019\u00e9l\u00e9ments de preuve concrets permettant de le soup\u00e7onner fortement d\u2019avoir commis une infraction, et consid\u00e9rant que sa d\u00e9fense n\u2019avait pas encore \u00e9t\u00e9 recueillie, qu\u2019il avait refus\u00e9 de se pr\u00e9senter devant les autorit\u00e9s d\u2019enqu\u00eate lors de l\u2019instruction, que les infractions en question figuraient parmi celles \u00e9num\u00e9r\u00e9es \u00e0 l\u2019article 100 \u00a7 3 du CPP et que les raisons permettant de le maintenir en d\u00e9tention n\u2019avaient pas chang\u00e9, la cour d\u2019assises de Diyarbak\u0131r ordonna le maintien du requ\u00e9rant en d\u00e9tention provisoire. Compte tenu de la lourdeur des peines pr\u00e9vues par la loi pour les infractions en question, elle estima que l\u2019application de mesures alternatives \u00e0 la d\u00e9tention provisoire serait insuffisante.<\/p>\n<p>83. \u00c0 une date non pr\u00e9cis\u00e9e, le requ\u00e9rant forma un nouveau recours contre la d\u00e9cision de le maintenir en d\u00e9tention provisoire. Par une d\u00e9cision du 14 mars 2017, la cour d\u2019assises de Diyarbak\u0131r rejeta ce recours en raison de la nature des infractions reproch\u00e9es, de l\u2019\u00e9tat des preuves, de la p\u00e9riode pass\u00e9e par le requ\u00e9rant en d\u00e9tention, de l\u2019existence de forts soup\u00e7ons selon lesquels il avait commis les infractions en cause, et de son refus de se pr\u00e9senter devant les autorit\u00e9s d\u2019enqu\u00eate durant l\u2019investigation.<\/p>\n<p>84. Le 22 mars 2017, \u00e0 la demande du minist\u00e8re de la Justice, la Cour de cassation, jugeant qu\u2019il y avait lieu de d\u00e9payser le proc\u00e8s p\u00e9nal du requ\u00e9rant pour \u00e9viter des troubles \u00e0 la s\u00e9curit\u00e9 publique, transf\u00e9ra l\u2019affaire \u00e0 la cour d\u2019assises d\u2019Ankara.<\/p>\n<p>85. Le 6 avril 2017, la cour d\u2019assises de Diyarbak\u0131r transmit le dossier \u00e0 la cour d\u2019assises d\u2019Ankara.<\/p>\n<p>86. Le 22 juin 2017, la 19e cour d\u2019assises d\u2019Ankara examina d\u2019office et ordonna le maintien en d\u00e9tention de l\u2019int\u00e9ress\u00e9. Pour ce faire, elle tint compte tout d\u2019abord de l\u2019existence d\u2019\u00e9l\u00e9ments de preuve concrets permettant de le soup\u00e7onner fortement d\u2019avoir commis les infractions en cause, ainsi que des limites sup\u00e9rieures et inf\u00e9rieures des peines pr\u00e9vues pour lesdites infractions. Ensuite, elle consid\u00e9ra que la protection de l\u2019ordre public et la pr\u00e9vention d\u2019une nouvelle infraction constituaient des motifs valables justifiant la d\u00e9tention provisoire au regard de l\u2019article 5 de la Convention et de la jurisprudence de la Cour. Compte tenu de la p\u00e9riode de d\u00e9tention provisoire du requ\u00e9rant, elle estima \u00e9galement qu\u2019il existait un risque de fuite et d\u2019alt\u00e9ration des preuves. Pour les m\u00eames raisons, elle conclut que l\u2019application de mesures alternatives \u00e0 la d\u00e9tention provisoire serait insuffisante.<\/p>\n<p>87. Le 3 octobre 2017, soit cent trois jours apr\u00e8s cette d\u00e9cision, la 19e\u00a0cour\u00a0d\u2019assises d\u2019Ankara examina de nouveau la question relative au maintien du requ\u00e9rant en d\u00e9tention provisoire. Eu \u00e9gard au nombre et \u00e0 la nature des infractions reproch\u00e9es \u00e0 l\u2019int\u00e9ress\u00e9, \u00e0 l\u2019existence d\u2019\u00e9l\u00e9ments de preuve concrets permettant de soup\u00e7onner fortement celui-ci d\u2019avoir commis ces infractions ainsi qu\u2019aux limites sup\u00e9rieures et inf\u00e9rieures des peines pr\u00e9vues pour lesdites infractions, et observant que la d\u00e9fense du requ\u00e9rant n\u2019avait pas encore \u00e9t\u00e9 recueillie, que celui-ci avait refus\u00e9 de se pr\u00e9senter devant les autorit\u00e9s d\u2019enqu\u00eate et que les raisons permettant de le maintenir en d\u00e9tention n\u2019avaient pas chang\u00e9, elle ordonna la prolongation de la d\u00e9tention provisoire. Elle nota \u00e9galement que, dans l\u2019hypoth\u00e8se d\u2019une condamnation du requ\u00e9rant pour les infractions qui lui \u00e9taient reproch\u00e9es, l\u2019application de mesures alternatives \u00e0 la d\u00e9tention provisoire serait insuffisante.<\/p>\n<p>88. Le 16 novembre 2017, le requ\u00e9rant saisit la cour d\u2019assises de Diyarbak\u0131r d\u2019une action en indemnisation fond\u00e9e sur l\u2019article 141 du CPP. Par un arr\u00eat du 11 juillet 2018, cette juridiction donna partiellement gain de cause au requ\u00e9rant et lui alloua une indemnit\u00e9 de 10\u00a0000\u00a0livres\u00a0turques (TRY \u2013 environ1\u00a0890 euros (EUR)) eu \u00e9gard au fait que les tribunaux n\u2019avaient pas examin\u00e9 d\u2019office la question relative \u00e0 la l\u00e9galit\u00e9 de sa d\u00e9tention entre le 21juillet 2017 et le 3 octobre 2017.<\/p>\n<p>89. Le 7 d\u00e9cembre 2017, la 19e cour d\u2019assises d\u2019Ankara tint sa premi\u00e8re audience dans l\u2019affaire.<\/p>\n<p>90. Durant le proc\u00e8s p\u00e9nal, le requ\u00e9rant, soutenant qu\u2019il avait \u00e9t\u00e9 mis en d\u00e9tention pour avoir exprim\u00e9 des opinions critiques envers les politiques du pr\u00e9sident de la R\u00e9publique, nia avoir commis une quelconque infraction p\u00e9nale. Il affirma que son placement et son maintien en d\u00e9tention provisoire n\u2019\u00e9taient pas conformes \u00e0 la loi. Il all\u00e9gua en particulier que cette privation de libert\u00e9 avait pour but de faire taire les membres de l\u2019opposition politique.<\/p>\n<p>91. Le 3 avril 2018, le requ\u00e9rant soumit \u00e0 la 19e cour d\u2019assises d\u2019Ankara une p\u00e9tition dans laquelle il indiquait avoir \u00e9t\u00e9 accus\u00e9 en raison des discours qu\u2019il avait prononc\u00e9s de 2008 \u00e0 2016, lorsqu\u2019il \u00e9tait d\u00e9put\u00e9. Il estimait que sa responsabilit\u00e9 ne pouvait pas \u00eatre engag\u00e9e pour ces discours, d\u00e8s lors que l\u2019article\u00a083 de la Constitution pr\u00e9voyait l\u2019irresponsabilit\u00e9 parlementaire. \u00c0 cet \u00e9gard, il demanda \u00e0 la cour d\u2019assises d\u2019examiner les discours qu\u2019il avait prononc\u00e9s lors de travaux parlementaires et de comparer leur contenu avec celui des discours incrimin\u00e9s. Il pria la juridiction de charger un expert de d\u00e9terminer si les discours litigieux \u00e9taient prot\u00e9g\u00e9s au regard de son irresponsabilit\u00e9 parlementaire. Il appara\u00eet que la cour d\u2019assises d\u2019Ankara n\u2019a pas accept\u00e9 cette demande.<\/p>\n<p>92. Durant l\u2019enqu\u00eate et le proc\u00e8s, le requ\u00e9rant forma plusieurs recours contre son maintien en d\u00e9tention provisoire. Jusqu\u2019au 2 septembre 2019, les juridictions nationales ordonn\u00e8rent chaque fois son maintien en d\u00e9tention, pour les motifs suivants\u00a0: l\u2019existence d\u2019\u00e9l\u00e9ments de preuve concrets permettant de le soup\u00e7onner fortement d\u2019avoir commis les infractions en cause\u00a0; le nombre et la nature de ces infractions et le fait qu\u2019elles figuraient parmi celles \u00e9num\u00e9r\u00e9es \u00e0 l\u2019article 100 \u00a7 3 du CPP\u00a0; la lourdeur des peines pr\u00e9vues par la loi pour les infractions concern\u00e9es\u00a0; le constat selon lequel l\u2019application de mesures alternatives \u00e0 la d\u00e9tention semblait insuffisante\u00a0; le fait que le requ\u00e9rant avait refus\u00e9 de se pr\u00e9senter devant les autorit\u00e9s d\u2019enqu\u00eate\u00a0; le fait que la d\u00e9fense du requ\u00e9rant n\u2019avait pas encore \u00e9t\u00e9 recueillie\u00a0; l\u2019\u00e9tat des preuves\u00a0; la p\u00e9riode pass\u00e9e en d\u00e9tention\u00a0; le risque de fuite et d\u2019alt\u00e9ration des preuves.<\/p>\n<p>93. Le 2 septembre 2019, eu \u00e9gard au fait que le requ\u00e9rant avait termin\u00e9 d\u2019exposer sa d\u00e9fense, la cour d\u2019assises d\u2019Ankara d\u00e9cida de mettre fin \u00e0 sa d\u00e9tention provisoire et de le remettre en libert\u00e9 \u00e0 condition qu\u2019il ne f\u00fbt pas d\u00e9tenu ou condamn\u00e9 dans le cadre d\u2019une autre proc\u00e9dure. Elle d\u00e9cida en outre qu\u2019une mesure d\u2019interdiction de voyager \u00e0 l\u2019\u00e9tranger lui serait appliqu\u00e9e.<\/p>\n<p>94. \u00c0 une date inconnue, le procureur de la R\u00e9publique d\u2019Ankara forma opposition contre la d\u00e9cision de remise en libert\u00e9 du requ\u00e9rant. \u00c0 une date non pr\u00e9cis\u00e9e, la cour d\u2019assises d\u2019Ankara rejeta cette opposition.<\/p>\n<p>95. La proc\u00e9dure p\u00e9nale est actuellement pendante devant la 19e\u00a0cour\u00a0d\u2019assises d\u2019Ankara.<\/p>\n<p><strong>VI. Le premier recours individuel devant la Cour constitutionnelle<\/strong><\/p>\n<p>96. Il ressort du dossier que le requ\u00e9rant a saisi la Cour constitutionnellede plusieurs recours, dont l\u2019un est actuellement pendant. Aux fins de la pr\u00e9sente affaire, le recours form\u00e9 le 17 novembre 2016 (no 2016\/25189), qui concernait essentiellement la privation de libert\u00e9 de l\u2019int\u00e9ress\u00e9, sera r\u00e9sum\u00e9 ci-dessous. La Cour constitutionnelle a statu\u00e9 par un arr\u00eat du 21\u00a0d\u00e9cembre 2017, dans lequel elle a d\u00e9clar\u00e9 ce recours irrecevable.<\/p>\n<p>97. Le requ\u00e9rant se plaignait d\u2019avoir \u00e9t\u00e9 arr\u00eat\u00e9, plac\u00e9 en garde \u00e0 vue et mis en d\u00e9tention provisoire en raison de discours politiques qu\u2019il avait prononc\u00e9s en tant que d\u00e9put\u00e9 et copr\u00e9sident d\u2019un parti politique. Il estimait que les propos qu\u2019il avait tenus devaient \u00eatre examin\u00e9s sous l\u2019angle de son droit \u00e0 la libert\u00e9 d\u2019expression. Il soutenait ensuite qu\u2019il n\u2019existait aucun \u00e9l\u00e9ment de preuve attestant l\u2019existence de raisons plausibles de le soup\u00e7onner d\u2019avoir commis une infraction p\u00e9nale. Il soulignait par ailleurs qu\u2019une personne priv\u00e9e de sa libert\u00e9 devait \u00eatre aussit\u00f4t traduite devant un juge et que sa privation de libert\u00e9 ne pouvait exc\u00e9der une dur\u00e9e raisonnable. Il critiquait aussi l\u2019insuffisance des motifs pr\u00e9sent\u00e9s par les juridictions internes pour justifier son placement en d\u00e9tention. Il consid\u00e9rait \u00e9galement que la lourdeur de la peine encourue ne permettait pas d\u2019\u00e9tablir l\u2019existence d\u2019un quelconque risque de fuite. De plus, il se plaignait de la non-application d\u2019une mesure alternative \u00e0 la d\u00e9tention provisoire et de l\u2019absence de motifs concrets propres \u00e0 justifier cette d\u00e9tention. En outre, il all\u00e9guait ne pas avoir eu la possibilit\u00e9 d\u2019acc\u00e9der au dossier d\u2019enqu\u00eate pour pouvoir contester sa mise en d\u00e9tention provisoire. Enfin, il soutenait que, eu \u00e9gard \u00e0 son statut de d\u00e9put\u00e9, son placement en d\u00e9tention provisoire constituait une violation de son droit \u00e0 des \u00e9lections libres.<\/p>\n<p>98. En ce qui concerne le grief tir\u00e9 de la l\u00e9galit\u00e9 de l\u2019arrestation et de la garde \u00e0 vue, la Cour constitutionnelle d\u00e9clara que le requ\u00e9rant aurait d\u00fb introduire une action en indemnisation sur le fondement de l\u2019article\u00a0141 \u00a7\u00a01\u00a0a) du CPP, ce qu\u2019il n\u2019avait pas fait. De m\u00eame, elle constata qu\u2019il n\u2019avait form\u00e9 aucun recours contre son placement en garde \u00e0 vue sur le fondement de l\u2019article 91 \u00a7 5 du CPP. En cons\u00e9quence, elle d\u00e9clara ce grief irrecevable pour non\u2011\u00e9puisement des voies de recours.<\/p>\n<p>99. S\u2019agissant du grief relatif \u00e0 la l\u00e9galit\u00e9 de la d\u00e9tention provisoire, le requ\u00e9rant soutenait en premier lieu qu\u2019il b\u00e9n\u00e9ficiait toujours de l\u2019immunit\u00e9 parlementaire et que d\u00e8s lors sa d\u00e9tention provisoire \u00e9tait contraire \u00e0 la Constitution. Or, la Cour constitutionnelle releva que la modification constitutionnelle du 20 mai 2016 avait permis d\u2019acc\u00e9der aux demandes visant \u00e0 la lev\u00e9e de l\u2019immunit\u00e9 parlementaire du requ\u00e9rant qui avaient \u00e9t\u00e9 transmises \u00e0 l\u2019Assembl\u00e9e nationale avant la date de son adoption. Elle rejeta donc l\u2019argument de l\u2019int\u00e9ress\u00e9 selon lequel son placement et son maintien en d\u00e9tention provisoire n\u2019avaient aucune base l\u00e9gale.<\/p>\n<p>100. Puis la Cour constitutionnelle se pencha sur la question de savoir s\u2019il existait en l\u2019esp\u00e8ce une forte pr\u00e9somption de commission d\u2019une infraction par le requ\u00e9rant. Dans ce contexte, tout d\u2019abord, eu \u00e9gard au nombre de personnes d\u00e9c\u00e9d\u00e9es et bless\u00e9es durant les \u00e9v\u00e9nements des 6\u20118\u00a0octobre 2014, elle consid\u00e9ra qu\u2019il \u00e9tait possible d\u2019\u00e9tablir un lien de causalit\u00e9 entre les appels lanc\u00e9s par le comit\u00e9 ex\u00e9cutif du HDP, copr\u00e9sid\u00e9 par le requ\u00e9rant, et les actes de violence en question. S\u2019agissant ensuite des \u00ab\u00a0\u00e9v\u00e9nements des tranch\u00e9es\u00a0\u00bb, compte tenu des propos du requ\u00e9rant, des lieux o\u00f9 il s\u2019\u00e9tait exprim\u00e9 et de sa qualit\u00e9 de copr\u00e9sident du HDP, la haute juridiction constitutionnelle d\u00e9clara que la mise en d\u00e9tention provisoire de l\u2019int\u00e9ress\u00e9 pour une infraction li\u00e9e au terrorisme n\u2019\u00e9tait pas d\u00e9nu\u00e9e de fondement. Dans le m\u00eame ordre d\u2019id\u00e9es, eu \u00e9gard au contenu de deux discours du requ\u00e9rant, \u00e0 savoir ceux du 13 novembre 2012 et du 21\u00a0avril 2013 (paragraphe 79 ci-dessus), elle jugea qu\u2019on ne pouvait pas nier l\u2019existence d\u2019une indication selon laquelle il y avait eu commission d\u2019une infraction. Enfin, tenant compte du contenu des conversations entre les hauts responsables pr\u00e9sum\u00e9s du PKK et entre eux et le requ\u00e9rant (paragraphe\u00a079 ci-dessus), elle estima qu\u2019il \u00e9tait possible de consid\u00e9rer que ce dernier avait agi conform\u00e9ment aux instructions des dirigeants d\u2019une organisation terroriste. En cons\u00e9quence, elle conclut que ces donn\u00e9es \u00e9taient suffisantes pour d\u00e9montrer l\u2019existence de forts soup\u00e7ons de commission d\u2019une infraction par le requ\u00e9rant.<\/p>\n<p>101. Ensuite, la Cour constitutionnelle examina si la d\u00e9tention provisoire de l\u2019int\u00e9ress\u00e9 poursuivait un but l\u00e9gitime. \u00c0 cet \u00e9gard, elle releva que, apr\u00e8s avoir \u00e9tabli l\u2019existence de forts soup\u00e7ons quant \u00e0 la commission par le requ\u00e9rant des infractions en cause, le 2e juge de paix de Diyarbak\u0131r avait ordonn\u00e9 la mise en d\u00e9tention provisoire de l\u2019int\u00e9ress\u00e9 aux motifs que ces infractions figuraient parmi celles \u00e9num\u00e9r\u00e9es \u00e0 l\u2019article 100 \u00a7 3 du CPP et que les peines pr\u00e9vues par la loi \u00e9taient lourdes. Elle ajouta que la lourdeur d\u2019une peine encourue \u00e9tait un \u00e9l\u00e9ment \u00e0 prendre en compte lors de l\u2019appr\u00e9ciation du risque de fuite. De plus, la Cour constitutionnelle nota que le requ\u00e9rant avait refus\u00e9 de se pr\u00e9senter devant les autorit\u00e9s d\u2019enqu\u00eate et qu\u2019il avait d\u00e9clar\u00e9 qu\u2019aucun d\u00e9put\u00e9 de son parti politique ne fournirait de d\u00e9position de son propre gr\u00e9. Elle estima que ces \u00e9l\u00e9ments suffisaient pour conclure \u00e0 l\u2019existence d\u2019un risque de fuite. En cons\u00e9quence, elle jugea que la mise en d\u00e9tention provisoire du requ\u00e9rant poursuivait un but l\u00e9gitime.<\/p>\n<p>102. La Cour constitutionnelle rechercha ensuite si la d\u00e9tention provisoire du requ\u00e9rant \u00e9tait proportionn\u00e9e ou non au but poursuivi. \u00c0 ce sujet, celui-ci all\u00e9guait que sa privation de libert\u00e9 l\u2019avait emp\u00each\u00e9 de mener des activit\u00e9s politiques. Se r\u00e9f\u00e9rant \u00e0 plusieurs arr\u00eats relatifs \u00e0 la d\u00e9tention provisoire de d\u00e9put\u00e9s rendus par la juridiction constitutionnelle, il soutenait que sa mise en d\u00e9tention provisoire \u00e9tait disproportionn\u00e9e au but vis\u00e9 en raison de son statut de d\u00e9put\u00e9. \u00c0 cet \u00e9gard, la Cour constitutionnelle indiqua d\u2019abord que, contrairement \u00e0 ce qu\u2019all\u00e9guait le requ\u00e9rant, elle n\u2019avait jamais rendu d\u2019arr\u00eat d\u00e9clarant que la mise en d\u00e9tention provisoire d\u2019un d\u00e9put\u00e9 dont l\u2019immunit\u00e9 avait \u00e9t\u00e9 lev\u00e9e constituait per se une violation de la Constitution. La haute juridiction nota en outre que, comme le requ\u00e9rant avait \u00e9t\u00e9 mis en d\u00e9tention provisoire longtemps apr\u00e8s la date de commission des infractions all\u00e9gu\u00e9es, il fallait examiner si cette d\u00e9tention provisoire pouvait ou non \u00eatre consid\u00e9r\u00e9e comme n\u00e9cessaire. Dans ce contexte, elle rappela que, au regard de l\u2019article 83 de la Constitution, le requ\u00e9rant ne pouvait pas \u00eatre mis en d\u00e9tention provisoire tant qu\u2019il jouissait de l\u2019immunit\u00e9 parlementaire. Elle observa qu\u2019en l\u2019esp\u00e8ce les rapports d\u2019enqu\u00eate concernant l\u2019int\u00e9ress\u00e9 avaient \u00e9t\u00e9 renvoy\u00e9s aux procureurs de la R\u00e9publique comp\u00e9tents apr\u00e8s l\u2019entr\u00e9e en vigueur de la modification constitutionnelle introduisant une exception \u00e0 l\u2019immunit\u00e9 parlementaire et que le requ\u00e9rant avait \u00e9t\u00e9 plac\u00e9 en d\u00e9tention provisoire environ cinq\u00a0mois plus tard. Elle consid\u00e9ra donc qu\u2019il ressortait des pi\u00e8ces du dossier que les autorit\u00e9s d\u2019enqu\u00eate n\u2019\u00e9taient pas rest\u00e9es inactives pendant cette p\u00e9riode. Elle estima en outre qu\u2019il n\u2019\u00e9tait pas possible de parvenir \u00e0 la conclusion que la d\u00e9tention provisoire du requ\u00e9rant \u00e9tait disproportionn\u00e9e et arbitraire, eu \u00e9gard notamment \u00e0 la s\u00e9v\u00e9rit\u00e9 de la peine pr\u00e9vue pour les infractions reproch\u00e9es. Pour ces raisons, elle d\u00e9clara cette partie du recours irrecevable pour d\u00e9faut manifeste de fondement.<\/p>\n<p>103. Sous l\u2019angle de l\u2019article 5 \u00a7 3 de la Convention, la Cour constitutionnelle observa que le requ\u00e9rant n\u2019avait pas soulev\u00e9 dans son formulaire de recours le grief relatif \u00e0 l\u2019absence de motifs pertinents et suffisants pour justifier son maintien en d\u00e9tention provisoire (paragraphe\u00a0118 de l\u2019arr\u00eat de la Cour constitutionnelle). Elle pr\u00e9cisa que c\u2019\u00e9tait en r\u00e9pondant aux observations du minist\u00e8re de la Justice que l\u2019int\u00e9ress\u00e9 avait pour la premi\u00e8re fois all\u00e9gu\u00e9 une telle violation. Ajoutant que celui-ci pourrait de nouveau la saisir d\u2019un recours individuel, la haute juridiction d\u00e9cida en cons\u00e9quence de ne pas examiner cette partie de la requ\u00eate.<\/p>\n<p>104. En ce qui concerne le grief tir\u00e9 de l\u2019article 18 de la Convention, eu \u00e9gard \u00e0 sa conclusion relative \u00e0 la l\u00e9galit\u00e9 de la d\u00e9tention provisoire subie par le requ\u00e9rant, la Cour constitutionnelle jugea qu\u2019il n\u2019\u00e9tait pas n\u00e9cessaire de l\u2019examiner s\u00e9par\u00e9ment.<\/p>\n<p>105. Pour ce qui est du grief du requ\u00e9rant tir\u00e9 de l\u2019impossibilit\u00e9 pour le requ\u00e9rant d\u2019acc\u00e9der au dossier d\u2019enqu\u00eate, la juridiction constitutionnelle consid\u00e9ra que l\u2019int\u00e9ress\u00e9 avait eu suffisamment de moyens pour pr\u00e9parer sa d\u00e9fense face aux accusations port\u00e9es \u00e0 son encontre et pour contester sa mise en d\u00e9tention provisoire, eu \u00e9gard au contenu des rapports d\u2019enqu\u00eate soumis \u00e0 l\u2019Assembl\u00e9e nationale par les procureurs de la R\u00e9publique. En cons\u00e9quence, elle d\u00e9clara ce grief irrecevable pour d\u00e9faut manifeste de fondement.<\/p>\n<p>106. Concernant enfin les griefs tir\u00e9s du droit \u00e0 la libert\u00e9 d\u2019expression et du droit d\u2019\u00eatre \u00e9lu et de mener des activit\u00e9s politiques, la Cour constitutionnelle, eu \u00e9gard \u00e0 sa conclusion sur le grief relatif \u00e0 la l\u00e9galit\u00e9 de la d\u00e9tention provisoire subie par le requ\u00e9rant, les d\u00e9clara irrecevables pour d\u00e9faut manifeste de fondement.<\/p>\n<p>107. Dans son opinion dissidente, M. Engin Y\u0131ld\u0131r\u0131m, le juge minoritaire, releva comme la majorit\u00e9, en consid\u00e9rant les preuves contenues dans le dossier, qu\u2019il existait en l\u2019esp\u00e8ce une forte indication selon laquelle le requ\u00e9rant avait commis une infraction\u00a0; cependant, se r\u00e9f\u00e9rant aux principes d\u00e9coulant de la jurisprudence de la Cour, notamment de l\u2019affaire Buzadji c. R\u00e9publique de Moldova ([GC], no\u00a023755\/07, 5 juillet 2016), il estima que la d\u00e9tention subie par le requ\u00e9rant n\u2019\u00e9tait pas proportionn\u00e9e d\u00e8s lors selon lui que l\u2019existence de motifs pertinents et suffisants propres \u00e0 la justifier n\u2019avait pas \u00e9t\u00e9 \u00e9tablie. \u00c0 cet \u00e9gard, il jugea que les raisons pour lesquelles l\u2019application d\u2019une mesure alternative \u00e0 la d\u00e9tention aurait \u00e9t\u00e9 insuffisante n\u2019avaient pas \u00e9t\u00e9 \u00e9tay\u00e9es par les autorit\u00e9s judiciaires. S\u2019agissant ensuite du risque de fuite, il nota tout d\u2019abord que deux raisons principales avaient \u00e9t\u00e9 avanc\u00e9es pour justifier ce risque, \u00e0 savoir la lourdeur des peines pr\u00e9vues par la loi pour les infractions en question et le fait que le requ\u00e9rant avait refus\u00e9 de se pr\u00e9senter devant les autorit\u00e9s d\u2019enqu\u00eate. Or, selon lui, la lourdeur d\u2019une peine ne pouvait pas en soi justifier la d\u00e9tention provisoire d\u2019une personne. De m\u00eame, il consid\u00e9ra qu\u2019il n\u2019\u00e9tait pas possible de conclure que le refus du requ\u00e9rant de se pr\u00e9senter devant les autorit\u00e9s d\u2019enqu\u00eate permettait d\u2019\u00e9tablir l\u2019existence d\u2019un tel risque, dans la mesure o\u00f9 l\u2019int\u00e9ress\u00e9 avait continu\u00e9 \u00e0 mener ses activit\u00e9s politiques sans montrer la moindre intention de s\u2019enfuir. Il ajouta qu\u2019entre la date de l\u2019entr\u00e9e en vigueur de la modification de la Constitution ayant lev\u00e9 l\u2019immunit\u00e9 parlementaire du requ\u00e9rant et celle de la mise en d\u00e9tention provisoire de l\u2019int\u00e9ress\u00e9, celui-ci \u00e9tait parti \u00e0 l\u2019\u00e9tranger plus de dix fois et n\u2019avait pas essay\u00e9 de s\u2019enfuir. Pour ces raisons, il estima qu\u2019il y avait eu en l\u2019esp\u00e8ce violation de l\u2019article 19 de la Constitution. Rappelant ensuite que l\u2019int\u00e9ress\u00e9 \u00e9tait d\u00e9put\u00e9 et copr\u00e9sident d\u2019un parti politique qui avait obtenu plus de 5\u00a0millions de voix, il soutint que la d\u00e9tention provisoire de celui-ci en l\u2019absence de raisons pertinentes et suffisantes constituait \u00e9galement une violation du droit d\u2019\u00eatre \u00e9lu et de mener des activit\u00e9s politiques tel que prot\u00e9g\u00e9 par l\u2019article 67 de la Constitution.<\/p>\n<p><strong>VII. La proc\u00e9dure p\u00e9nale men\u00e9e devant la cour d\u2019assises d\u2019Istanbul<\/strong><\/p>\n<p>108. \u00c0 une date inconnue, le parquet d\u2019Istanbul ouvrit une enqu\u00eate p\u00e9nale concernant le requ\u00e9rant, auquel il reprochait d\u2019avoir fait de la propagande en faveur d\u2019une organisation terroriste.<\/p>\n<p>109. \u00c0 l\u2019issue de la proc\u00e9dure p\u00e9nale, par un arr\u00eat du 7 septembre 2018, la cour d\u2019assises d\u2019Istanbul condamna le requ\u00e9rant \u00e0 une peine de quatre ans et huit mois d\u2019emprisonnement pour propagande en faveur d\u2019une organisation terroriste, infraction r\u00e9prim\u00e9e par l\u2019article 7 \u00a7 2 de la loi relative \u00e0 la lutte contre le terrorisme, en raison d\u2019un discours qu\u2019il avait prononc\u00e9 le 17 mars 2013, lors d\u2019un meeting tenu \u00e0 Istanbul.<\/p>\n<p>110. Par un arr\u00eat rendu le 4 d\u00e9cembre 2018, la cour d\u2019appel d\u2019Istanbul confirma d\u00e9finitivement l\u2019arr\u00eat de premi\u00e8re instance par lequel le requ\u00e9rant avait \u00e9t\u00e9 condamn\u00e9.<\/p>\n<p>111. Le 7 d\u00e9cembre 2018, le requ\u00e9rant commen\u00e7a \u00e0 purger sa peine de quatre ans et huit mois d\u2019emprisonnement.<\/p>\n<p>112. Le 24 octobre 2019, la loi no 7188 modifiant certaines dispositions du CPP fut publi\u00e9e au Journal officiel. En son article 29, elle pr\u00e9voyait un droit de pourvoi en cassation pour plusieurs infractions li\u00e9es \u00e0 la libert\u00e9 d\u2019expression, dont la propagande en faveur d\u2019une organisation terroriste telle que r\u00e9prim\u00e9e par l\u2019article 7 de la loi no 3713 relative \u00e0 la lutte contre le terrorisme. Concernant les condamnations qui \u00e9taient d\u00e9j\u00e0 d\u00e9finitives, la loi pr\u00e9voyait la possibilit\u00e9 de former un pourvoi dans un d\u00e9lai de quinze jours \u00e0 partir de l\u2019entr\u00e9e en vigueur de celle-ci.<\/p>\n<p>113. Le 31 octobre 2019, \u00e0 la suite de la demande du requ\u00e9rant, la cour d\u2019assises d\u2019Istanbul sursit \u00e0 l\u2019ex\u00e9cution de la peine de quatre ans et huit mois qui avait \u00e9t\u00e9 prononc\u00e9e et elle ordonna la remise en libert\u00e9 de l\u2019int\u00e9ress\u00e9 \u00e0 condition qu\u2019il ne f\u00fbt pas d\u00e9tenu dans le cadre d\u2019une autre proc\u00e9dure.<\/p>\n<p><strong>VIII. La remise en d\u00e9tention provisoire du requ\u00e9rant<\/strong><\/p>\n<p>114. \u00c0 la suite de la d\u00e9cision de remise en libert\u00e9 du requ\u00e9rant rendue par la cour d\u2019assises d\u2019Ankara le 2 septembre 2019 (paragraphe\u00a093 ci\u2011dessus), les avocats de l\u2019int\u00e9ress\u00e9 saisirent la cour d\u2019assises d\u2019Istanbul d\u2019une demande tendant \u00e0 ce que les jours qu\u2019il avait pass\u00e9s en d\u00e9tention provisoire dans le cadre de la proc\u00e9dure p\u00e9nale men\u00e9e devant la cour d\u2019assises d\u2019Ankara fussent d\u00e9duits de la peine d\u00e9finitive prononc\u00e9e \u00e0 l\u2019issue de la proc\u00e9dure p\u00e9nale men\u00e9e devant la cour d\u2019assises d\u2019Istanbul.<\/p>\n<p>115. Le 20 septembre 2019, deux jours apr\u00e8s l\u2019audience tenue par la Cour dans la pr\u00e9sente esp\u00e8ce, la 26e cour d\u2019assises d\u2019Istanbul accueillit cette demande.<\/p>\n<p>116. Le m\u00eame jour, nonobstant la proc\u00e9dure p\u00e9nale pendante devant la cour d\u2019assises d\u2019Ankara, le procureur de la R\u00e9publique d\u2019Ankara demanda au juge de paix d\u2019Ankara de placer le requ\u00e9rant et Mme\u00a0Figen\u00a0Y\u00fcksekda\u011f (l\u2019ancienne copr\u00e9sidente du HDP) en d\u00e9tention provisoire, dans le cadre d\u2019une autre enqu\u00eate p\u00e9nale entam\u00e9e en 2014 (no 2014\/146757) sur les \u00e9v\u00e9nements des 6-8 octobre 2014, pour les infractions suivantes\u00a0:<\/p>\n<p>\u2013 atteinte \u00e0 l\u2019unit\u00e9 et \u00e0 l\u2019int\u00e9grit\u00e9 territoriale de l\u2019\u00c9tat\u00a0;<\/p>\n<p>\u2013 incitation au meurtre afin de dissimuler un crime ou les preuves d\u2019un autre crime ou pour \u00e9viter l\u2019arrestation\u00a0;<\/p>\n<p>\u2013 incitation, avec plus d\u2019une personne, au vol avec violence durant la nuit afin d\u2019aider une organisation criminelle\u00a0;<\/p>\n<p>\u2013 incitation \u00e0 priver une personne de sa libert\u00e9 par la menace, la violence et la ruse\u00a0; et<\/p>\n<p>\u2013 incitation \u00e0 la tentative de meurtre afin de dissimuler un crime ou les preuves d\u2019un autre crime ou pour \u00e9viter l\u2019arrestation.<\/p>\n<p>117. Le 20 septembre 2019, sur le fondement de l\u2019article 100 du CPP, le 1er\u00a0juge de paix d\u2019Ankara ordonna la mise en d\u00e9tention provisoire du requ\u00e9rant et de Mme Figen Y\u00fcksekda\u011f, eu \u00e9gard aux \u00e9l\u00e9ments suivants\u00a0:<\/p>\n<p>\u2013 la nature des infractions qui leur \u00e9taient reproch\u00e9es\u00a0;<\/p>\n<p>\u2013 l\u2019existence d\u2019\u00e9l\u00e9ments de preuve permettant de soup\u00e7onner fortement les int\u00e9ress\u00e9s d\u2019avoir commis les infractions en cause\u00a0;<\/p>\n<p>\u2013 la lourdeur des peines pr\u00e9vues par la loi pour les infractions concern\u00e9es\u00a0;<\/p>\n<p>\u2013 l\u2019existence des conditions permettant de placer les int\u00e9ress\u00e9s en d\u00e9tention provisoire au regard de l\u2019article 19 de la Constitution et de l\u2019article 5 de la Convention\u00a0; et<\/p>\n<p>\u2013 le fait que les mesures alternatives \u00e0 la d\u00e9tention semblaient \u00eatre insuffisantes.<\/p>\n<p>118. \u00c0 la suite de la remise en d\u00e9tention provisoire du requ\u00e9rant, le 21\u00a0septembre 2019, le pr\u00e9sident de la R\u00e9publique fit cette d\u00e9claration \u00e0 la presse\u00a0:<\/p>\n<p>\u00ab\u00a0Si l\u2019on cherche un tueur dans ce pays, il est inutile de chercher son adresse. Ils se sont infiltr\u00e9s jusqu\u2019au Parlement. Cette nation n\u2019oublie pas et n\u2019oubliera pas ceux qui ont appel\u00e9 les gens \u00e0 descendre dans la rue et qui ont ensuite tu\u00e9 nos cinquante-trois enfants \u00e0 Diyarbak\u0131r. Nous suivons cette affaire et nous la suivrons jusqu\u2019au bout. On ne peut pas les [le requ\u00e9rant et Figen Y\u00fcksekda\u011f] rel\u00e2cher. Si nous [les] rel\u00e2chons, nos martyrs nous demanderont des comptes au royaume \u00e9ternel. Ces terres ne sont pas n\u2019importe quelles terres\u00a0\u00bb (\u00ab\u00a0Bu \u00fclkede katil aran\u0131yorsa bunlar\u0131n adresini aramaya gerek yok. Bunlar, parlamentoya kadar s\u0131zm\u0131\u015flar. Soka\u011fa insanlar\u0131 \u00e7a\u011f\u0131r\u0131p ondan sonra Diyarbak\u0131r\u2019da 53 evlad\u0131m\u0131z\u0131 \u00f6ld\u00fcrenleri bu millet unutmuyor ve unutmayacakt\u0131r da. Sonuna kadar bu i\u015fin takip\u00e7isiyiz, takip\u00e7isi olaca\u011f\u0131z. Bunlar\u0131 b\u0131rakamay\u0131z. E\u011fer biz b\u0131rak\u0131rsak ebedi alemde \u015fehitlerimiz bize bunun hesab\u0131n\u0131 sorar. Bu topraklar rastgele topraklar de\u011fil\u00a0\u00bb).<\/p>\n<p>119. Par la suite, le 23 septembre 2019, la d\u00e9claration suivante de Kemal\u00a0K\u0131l\u0131\u00e7daro\u011flu, le chef du CHP, le principal parti d\u2019opposition, fut publi\u00e9e dans la presse nationale\u00a0:<\/p>\n<p>\u00ab\u00a0Tout le monde sait qu\u2019il n\u2019y a pas de justice en Turquie, que l\u2019on exerce des pressions politiques sur les juges. Alors que Selahattin Demirta\u015f devrait \u00eatre lib\u00e9r\u00e9, sa remise en d\u00e9tention \u00e0 la demande du pouvoir politique est en r\u00e9alit\u00e9 un d\u00e9sastre juridique\u00a0\u00bb (\u00ab\u00a0T\u00fcrkiye\u2019de adaletin olmad\u0131\u011f\u0131n\u0131, siyasal bask\u0131lar\u0131n yarg\u0131\u00e7lar \u00fczerinde de s\u00fcrd\u00fcr\u00fcld\u00fc\u011f\u00fcn\u00fc herkes biliyor. Selahattin Demirta\u015f\u2019\u0131n tahliye edilmesi gerekirken siyasal iktidar\u0131n talebi \u00fczerine tekrar tutuklanmas\u0131 asl\u0131nda bir hukuk facias\u0131d\u0131r\u00a0\u00bb).<\/p>\n<p>IX. Le deuxi\u00e8me recours individuel devant la Cour constitutionnelle<\/p>\n<p>120. Les 26 novembre 2017, 29 mai 2018, 18 juin 2018, 27\u00a0novembre 2018 et 11 d\u00e9cembre 2018, le requ\u00e9rant forma cinq recours individuels devant la Cour constitutionnelle. Cette haute juridiction jugea opportun d\u2019examiner ensemble ces recours dans le dossier r\u00e9f\u00e9renc\u00e9 sous le num\u00e9ro\u00a02017\/38610, compte tenu de leur similitude quant \u00e0 leur objet, et elle rendit son arr\u00eat le 9 juin 2020. Pour des raisons d\u2019ordre pratique, la Cour se r\u00e9f\u00e9rera \u00e0 ces cinq recours individuels en les appelant \u00ab\u00a0le deuxi\u00e8me recours individuel\u00a0\u00bb.<\/p>\n<p>121. Dans son arr\u00eat, la Cour constitutionnelle consid\u00e9ra, \u00e0 l\u2019unanimit\u00e9, qu\u2019il y avait eu une violation de l\u2019article 19 \u00a7 7 de la Constitution (correspondant \u00e0 l\u2019article 5 \u00a7 3 de la Convention) en raison de la dur\u00e9e de la d\u00e9tention provisoire subie par le requ\u00e9rant. \u00c0 cet \u00e9gard, elle constata tout d\u2019abord que l\u2019int\u00e9ress\u00e9 avait \u00e9t\u00e9 maintenu en d\u00e9tention provisoire pendant deux ans, un mois et trois jours sur le fondement d\u2019une accusation p\u00e9nale relative au terrorisme. Elle nota que la question de savoir si la dur\u00e9e d\u2019une d\u00e9tention provisoire avait exc\u00e9d\u00e9 un d\u00e9lai raisonnable pouvait \u00eatre r\u00e9solue principalement \u00e0 partir du raisonnement pr\u00e9sent\u00e9 dans la d\u00e9cision relative \u00e0 la d\u00e9tention. Selon la haute juridiction, le raisonnement d\u2019une telle d\u00e9cision devait \u00e9tablir l\u2019existence d\u2019une forte indication de culpabilit\u00e9 p\u00e9nale \u2013\u00a0une condition pr\u00e9alable \u00e0 la d\u00e9tention\u00a0\u2013, les raisons de la d\u00e9tention et la proportionnalit\u00e9 de cette mesure.<\/p>\n<p>122. La Cour constitutionnelle rappela avoir d\u00e9j\u00e0 conclu dans sa d\u00e9cision du 21 d\u00e9cembre 2017 qu\u2019il y avait de \u00ab\u00a0forts soup\u00e7ons\u00a0\u00bb de commission d\u2019une infraction par le requ\u00e9rant. Elle estima donc que la mise en d\u00e9tention initiale du requ\u00e9rant \u00e9tait conforme \u00e0 la Constitution. Ensuite, elle examina les d\u00e9cisions de maintien en d\u00e9tention de l\u2019int\u00e9ress\u00e9 au regard des motifs de la d\u00e9tention et de la proportionnalit\u00e9 de la mesure.<\/p>\n<p>123. La haute juridiction nota qu\u2019elle s\u2019\u00e9tait d\u00e9j\u00e0 pench\u00e9e sur la dur\u00e9e excessive de la d\u00e9tention des requ\u00e9rants, qui \u00e9taient des d\u00e9put\u00e9s. Elle estima en fait qu\u2019il convenait d\u2019examiner non seulement la restriction caus\u00e9e par la mesure de d\u00e9tention au droit \u00e0 la libert\u00e9 et \u00e0 la s\u00e9curit\u00e9 de la personne garanti par l\u2019article 19 de la Constitution, mais aussi les effets de la d\u00e9tention, en cas de prolongation, sur le droit de voter, de se pr\u00e9senter aux \u00e9lections et de mener des activit\u00e9s politiques garanti par l\u2019article 67 de la Constitution. Elle indiqua que, lorsqu\u2019un tribunal ordonnait le maintien en d\u00e9tention d\u2019un d\u00e9put\u00e9, il devait d\u00e9montrer, au moyen de faits concrets, l\u2019existence d\u2019un int\u00e9r\u00eat l\u2019emportant sur l\u2019int\u00e9r\u00eat li\u00e9 \u00e0 l\u2019exercice du droit \u00e0 la libert\u00e9 et \u00e0 la s\u00e9curit\u00e9 de la personne et du droit de voter, de se pr\u00e9senter aux \u00e9lections et de mener des activit\u00e9s politiques.<\/p>\n<p>124. La Cour constitutionnelle releva que le statut de parlementaire de la personne dont la d\u00e9tention a \u00e9t\u00e9 ordonn\u00e9e ne rendait pas automatiquement la mesure de d\u00e9tention disproportionn\u00e9e. Elle pr\u00e9cisa \u00e0cet \u00e9gard qu\u2019il \u00e9tait possible d\u2019ordonner le maintien en d\u00e9tention d\u2019un parlementaire \u00e0 condition que les motifs n\u00e9cessitant le maintien en d\u00e9tention pendant une enqu\u00eate ou des poursuites fussent \u00e9tablis. Elle estima que, lorsqu\u2019ils rendaient des d\u00e9cisions sur la d\u00e9tention, les tribunaux devaient d\u00e9montrer que l\u2019int\u00e9r\u00eat public justifiait le maintien en d\u00e9tention malgr\u00e9 ses effets sur le droit \u00e0 la libert\u00e9 et \u00e0 la s\u00e9curit\u00e9 des personnes ainsi que sur le droit de se pr\u00e9senter aux \u00e9lections et d\u2019exercer des activit\u00e9s politiques, et montrer que le maintien en d\u00e9tention l\u2019emportait sur les droits concern\u00e9s. Cela signifiait que les motifs indiqu\u00e9s dans les d\u00e9cisions ordonnant le maintien en d\u00e9tention devaient couvrir non seulement les aspects objectifs de l\u2019affaire mais aussi les consid\u00e9rations sp\u00e9cifiques li\u00e9es \u00e0 la position d\u2019un parlementaire d\u00e9tenu\u00a0; autrement dit, les motifs devaient \u00eatre individualis\u00e9s.<\/p>\n<p>125. Revenant sur les particularit\u00e9s de la pr\u00e9sente affaire, la Cour constitutionnelle estima que les magistrats et les cours d\u2019assises comp\u00e9tents n\u2019avaient pas \u00e9valu\u00e9 les all\u00e9gations du requ\u00e9rant selon lesquelles son maintien en d\u00e9tention \u00e9tait d\u00e9raisonnable en raison de ses qualit\u00e9s de d\u00e9put\u00e9, de copr\u00e9sident d\u2019un parti politique et de candidat \u00e0 l\u2019\u00e9lection pr\u00e9sidentielle et imposait \u00e9galement une restriction excessive \u00e0 son droit de se pr\u00e9senter aux \u00e9lections et d\u2019exercer des activit\u00e9s politiques. La haute juridiction consid\u00e9ra que les demandes de lib\u00e9ration que le requ\u00e9rant avait form\u00e9es au cours de la proc\u00e9dure avaient \u00e9t\u00e9 rejet\u00e9es sur la base d\u2019un raisonnement st\u00e9r\u00e9otyp\u00e9. En ce sens, elle conclut que les d\u00e9cisions relatives au maintien en d\u00e9tention du requ\u00e9rant manquaient de pertinence et \u00e9taient insuffisamment motiv\u00e9es. Pour ces raisons, la haute juridiction jugea qu\u2019il y avait eu violation du droit du requ\u00e9rant \u00e0 la libert\u00e9 et \u00e0 la s\u00e9curit\u00e9 au sens de l\u2019article\u00a019 \u00a7 7 de la Constitution.<\/p>\n<p>126. Quant aux autres griefs du requ\u00e9rant, soit ils furent d\u00e9clar\u00e9s irrecevables (notamment ceux concernant l\u2019article 5 \u00a7\u00a7 1 et 4 de la Convention), soit la Cour constitutionnelle d\u00e9cida qu\u2019il n\u2019y avait pas lieu de les examiner s\u00e9par\u00e9ment (entre autres les griefs relatifs \u00e0 l\u2019article 18 de la Convention et \u00e0 l\u2019article 3 du Protocole\u00a0no\u00a01).<\/p>\n<p>127. Eu \u00e9gard \u00e0 son constat de violation, la haute juridiction estima qu\u2019il y avait lieu d\u2019octroyer au requ\u00e9rant 50\u00a0000 TRY (soit environ 6\u00a0500\u00a0EUR) pour dommage moral et 4\u00a0436,30 TRY (soit environ 575 EUR) pour frais et d\u00e9pens.<\/p>\n<p>128. En ce qui concerne la d\u00e9tention provisoire actuelle du requ\u00e9rant, qui a d\u00e9but\u00e9 le 20 septembre 2019 (paragraphe 117 ci-dessus), la Cour constitutionnelle a indiqu\u00e9 que le 7 novembre 2019 l\u2019int\u00e9ress\u00e9 l\u2019avait saisie d\u2019un nouveau recours constitutionnel, lequel \u00e9tait encore pendant devant elle. Elle ne s\u2019est toutefois pas prononc\u00e9e sur cette privation de libert\u00e9. L\u2019arr\u00eat du 9 juin 2020 n\u2019a donc pas chang\u00e9 la situation personnelle de l\u2019int\u00e9ress\u00e9, qui est toujours en prison.<\/p>\n<p><strong>LE CADRE JURIDIQUE ET LA PRATIQUE PERTINENTS<\/strong><\/p>\n<p>I. LE DROIT ET LA PRATIQUE INTERNES PERTINENTS<\/p>\n<p><strong>A. Les dispositions pertinentes de la Constitution<\/strong><\/p>\n<p>129. L\u2019article\u00a014 de la Constitution se lit comme suit\u00a0:<\/p>\n<p>\u00ab\u00a0Aucun des droits et libert\u00e9s fondamentaux inscrits dans la Constitution ne peut \u00eatre exerc\u00e9 dans le but de porter atteinte \u00e0 l\u2019int\u00e9grit\u00e9 indivisible de l\u2019\u00c9tat du point de vue de son territoire et de sa nation ou de supprimer la R\u00e9publique d\u00e9mocratique et la\u00efque fond\u00e9e sur les droits de l\u2019homme.<\/p>\n<p>Aucune disposition de la Constitution ne peut \u00eatre interpr\u00e9t\u00e9e en ce sens qu\u2019elle accorderait \u00e0 l\u2019\u00c9tat ou \u00e0 des individus le droit de mener des activit\u00e9s destin\u00e9es \u00e0 an\u00e9antir les droits et libert\u00e9s fondamentaux inscrits dans la Constitution ou \u00e0 limiter ces droits et libert\u00e9s dans une mesure d\u00e9passant celle qui est \u00e9nonc\u00e9e par la Constitution.<\/p>\n<p>La loi fixe les sanctions applicables \u00e0 toute personne qui m\u00e8ne des activit\u00e9s contraires \u00e0 ces dispositions.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p>130. En ses parties pertinentes en l\u2019esp\u00e8ce, l\u2019article 19 de la Constitution se lit ainsi\u00a0:<\/p>\n<p>\u00ab\u00a0Chacun jouit de la libert\u00e9 et de la s\u00e9curit\u00e9 individuelles.<\/p>\n<p>(&#8230;)<\/p>\n<p>Les personnes contre lesquelles existent de s\u00e9rieuses pr\u00e9somptions de culpabilit\u00e9 ne peuvent \u00eatre d\u00e9tenues qu\u2019en vertu d\u2019une d\u00e9cision du juge et en vue d\u2019emp\u00eacher leur \u00e9vasion ou la destruction ou l\u2019alt\u00e9ration des preuves, ou encore dans d\u2019autres cas pr\u00e9vus par la loi qui rendent leur d\u00e9tention n\u00e9cessaire. Il ne peut \u00eatre proc\u00e9d\u00e9 \u00e0 aucune arrestation sans d\u00e9cision judiciaire, sauf en cas de flagrant d\u00e9lit ou dans les cas o\u00f9 un retard serait pr\u00e9judiciable\u00a0; les conditions en seront indiqu\u00e9es par la loi.<\/p>\n<p>(&#8230;)<\/p>\n<p>La personne arr\u00eat\u00e9e ou plac\u00e9e en d\u00e9tention est traduite devant un juge dans un d\u00e9lai de quarante-huit heures ou, en ce qui concerne les d\u00e9lits collectifs, dans un d\u00e9lai de quatre jours, sous r\u00e9serve de la p\u00e9riode n\u00e9cessaire pour conduire cette personne devant le tribunal le plus proche de son lieu de d\u00e9tention. Nul ne peut \u00eatre priv\u00e9 de libert\u00e9 au-del\u00e0 de ces d\u00e9lais, sauf en cas de d\u00e9cision du juge. Ces d\u00e9lais peuvent \u00eatre prolong\u00e9s en cas d\u2019\u00e9tat d\u2019urgence, d\u2019\u00e9tat de si\u00e8ge et de guerre.<\/p>\n<p>(&#8230;)<\/p>\n<p>Les personnes plac\u00e9es en d\u00e9tention ont le droit de demander \u00e0 \u00eatre jug\u00e9es dans un d\u00e9lai raisonnable et \u00e0 \u00eatre mises en libert\u00e9 pendant le cours de l\u2019enqu\u00eate ou des poursuites. La mise en libert\u00e9 peut \u00eatre subordonn\u00e9e \u00e0 une garantie visant \u00e0 assurer la comparution de l\u2019int\u00e9ress\u00e9 \u00e0 l\u2019audience pendant tout le cours du proc\u00e8s ou l\u2019ex\u00e9cution de la condamnation.<\/p>\n<p>Toute personne priv\u00e9e de sa libert\u00e9 pour une raison quelconque a le droit d\u2019introduire une requ\u00eate devant une autorit\u00e9 judiciaire comp\u00e9tente afin d\u2019obtenir une d\u00e9cision \u00e0 bref d\u00e9lai sur sa situation et sa lib\u00e9ration imm\u00e9diate dans le cas o\u00f9 cette privation est ill\u00e9gale.<\/p>\n<p>(&#8230;)\u00a0\u00bb<\/p>\n<p>131. L\u2019article\u00a026 de la Constitution dispose\u00a0:<\/p>\n<p>\u00ab\u00a0Chacun poss\u00e8de le droit d\u2019exprimer sa pens\u00e9e et ses opinions et de les diffuser oralement, par \u00e9crit, par l\u2019image ou par d\u2019autres voies, individuellement ou collectivement. Ce droit comprend \u00e9galement la libert\u00e9 de recevoir ou de communiquer des id\u00e9es ou des informations en dehors de toute intervention des autorit\u00e9s officielles. La pr\u00e9sente disposition ne fait pas obstacle \u00e0 l\u2019instauration d\u2019un r\u00e9gime d\u2019autorisation en ce qui concerne les transmissions par radio, t\u00e9l\u00e9vision, cin\u00e9ma ou autres moyens similaires.<\/p>\n<p>L\u2019exercice de ces libert\u00e9s peut \u00eatre limit\u00e9 dans le but de pr\u00e9server la s\u00e9curit\u00e9 nationale, l\u2019ordre public, la s\u00fbret\u00e9 publique, les caract\u00e9ristiques fondamentales de la R\u00e9publique et l\u2019int\u00e9grit\u00e9 indivisible de l\u2019\u00c9tat relativement \u00e0 son territoire et \u00e0 la nation, de pr\u00e9venir les infractions, de punir les d\u00e9linquants, d\u2019emp\u00eacher la divulgation des informations qui sont reconnues comme des secrets d\u2019\u00c9tat, de pr\u00e9server l\u2019honneur et les droits ainsi que la vie priv\u00e9e et familiale d\u2019autrui et le secret professionnel pr\u00e9vu par la loi, et d\u2019assurer un exercice ad\u00e9quat de la fonction juridictionnelle.<\/p>\n<p>Les dispositions r\u00e9glementant l\u2019utilisation des moyens de diffusion des informations et des id\u00e9es ne sont pas consid\u00e9r\u00e9es comme limitant la libert\u00e9 d\u2019expression et de diffusion de la pens\u00e9e, pourvu qu\u2019elles n\u2019en emp\u00eachent pas la publication.<\/p>\n<p>La loi r\u00e9git les formes, conditions et proc\u00e9dures relatives \u00e0 l\u2019exercice\u00a0de la libert\u00e9 d\u2019expression et de diffusion de la pens\u00e9e.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p>132. En ses parties pertinentes en l\u2019esp\u00e8ce, l\u2019article 67 de la Constitution se lit comme suit\u00a0:<\/p>\n<p>\u00ab\u00a0Les citoyens ont le droit de voter, d\u2019\u00eatre \u00e9lus, de se livrer \u00e0 des activit\u00e9s politiques de fa\u00e7on ind\u00e9pendante ou au sein d\u2019un parti politique et de participer aux r\u00e9f\u00e9rendums conform\u00e9ment aux r\u00e8gles pr\u00e9vues par la loi.<\/p>\n<p>(&#8230;)<\/p>\n<p>L\u2019exercice de ces droits est r\u00e9glement\u00e9 par la loi.<\/p>\n<p>(&#8230;)\u00a0\u00bb<\/p>\n<p>133. L\u2019article\u00a080 de la Constitution \u00e9nonce\u00a0:<\/p>\n<p>\u00ab\u00a0Les membres de la Grande Assembl\u00e9e nationale de Turquie repr\u00e9sentent la nation enti\u00e8re et non les r\u00e9gions ou personnes qui les ont \u00e9lus.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p>134. L\u2019article\u00a083 de la Constitution, consacr\u00e9 \u00e0 l\u2019immunit\u00e9 parlementaire, se lit comme suit\u00a0:<\/p>\n<p>\u00ab\u00a0Les membres de la Grande Assembl\u00e9e nationale de Turquie ne peuvent \u00eatre tenus pour responsables ni des votes \u00e9mis et des paroles prononc\u00e9es par eux lors des travaux de l\u2019Assembl\u00e9e, ni des opinions qu\u2019ils professent \u00e0 l\u2019Assembl\u00e9e, ni de leur r\u00e9p\u00e9tition ou diffusion en dehors de l\u2019Assembl\u00e9e, \u00e0 moins que l\u2019Assembl\u00e9e n\u2019en ait d\u00e9cid\u00e9 autrement au cours d\u2019une s\u00e9ance tenue sur proposition du Bureau de la pr\u00e9sidence.<\/p>\n<p>Aucun d\u00e9put\u00e9 accus\u00e9 d\u2019avoir commis un d\u00e9lit avant ou apr\u00e8s les \u00e9lections ne peut \u00eatre arr\u00eat\u00e9, interrog\u00e9, d\u00e9tenu ou jug\u00e9 en l\u2019absence d\u2019une d\u00e9cision de l\u2019Assembl\u00e9e. Les cas de flagrant d\u00e9lit passibles d\u2019une peine lourde et les cas pr\u00e9vus par l\u2019article 14 de la Constitution, \u00e0 condition que les poursuites y aff\u00e9rentes aient \u00e9t\u00e9 entam\u00e9es avant les \u00e9lections, font exception \u00e0 cette disposition. Toutefois, l\u2019autorit\u00e9 comp\u00e9tente est tenue en ce cas d\u2019informer la Grande Assembl\u00e9e nationale de Turquie de la situation, sans d\u00e9lai et de mani\u00e8re directe.<\/p>\n<p>L\u2019ex\u00e9cution d\u2019une condamnation p\u00e9nale prononc\u00e9e \u00e0 l\u2019encontre d\u2019un membre de la Grande Assembl\u00e9e nationale de Turquie avant ou apr\u00e8s les \u00e9lections est report\u00e9e jusqu\u2019\u00e0 ce qu\u2019il perde la qualit\u00e9 de membre\u00a0; la prescription ne court pas pendant la dur\u00e9e du mandat.<\/p>\n<p>En cas de r\u00e9\u00e9lection d\u2019un membre, l\u2019enqu\u00eate et les poursuites dont il fait l\u2019objet sont subordonn\u00e9es \u00e0 une nouvelle lev\u00e9e de son immunit\u00e9 par l\u2019Assembl\u00e9e.<\/p>\n<p>Les groupes parlementaires des partis politiques \u00e0 la Grande Assembl\u00e9e nationale de Turquie ne peuvent pas d\u00e9battre de l\u2019immunit\u00e9 parlementaire ni prendre de d\u00e9cision \u00e0 ce sujet.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p>135. L\u2019article\u00a085 de la Constitution est ainsi libell\u00e9\u00a0:<\/p>\n<p>\u00ab\u00a0Dans les cas o\u00f9 l\u2019immunit\u00e9 parlementaire d\u2019un d\u00e9put\u00e9 a \u00e9t\u00e9 lev\u00e9e (&#8230;), le d\u00e9put\u00e9 concern\u00e9 ou un autre d\u00e9put\u00e9 peut former un recours en annulation de cette d\u00e9cision devant la Cour constitutionnelle, en invoquant sa contradiction avec la Constitution, la loi ou le R\u00e8glement int\u00e9rieur, dans un d\u00e9lai de sept jours commen\u00e7ant \u00e0 courir \u00e0 la date de la d\u00e9cision prise en assembl\u00e9e pl\u00e9ni\u00e8re. La Cour constitutionnelle statue \u00e0 titre d\u00e9finitif sur la demande en annulation dans les quinze jours.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p>136. L\u2019article\u00a087 de la Constitution se lit comme suit\u00a0:<\/p>\n<p>\u00ab\u00a0Les pouvoirs et attributions de la Grande Assembl\u00e9e nationale de Turquie consistent \u00e0 \u00e9laborer, amender et abroger les lois\u00a0; examiner et approuver les projets de budget et les projets relatifs aux comptes d\u00e9finitifs\u00a0; autoriser l\u2019\u00e9mission de monnaie et d\u00e9clarer la guerre\u00a0; confirmer la ratification des trait\u00e9s internationaux\u00a0; proclamer une amnistie ou une gr\u00e2ce, moyennant une d\u00e9cision prise \u00e0 la majorit\u00e9 des trois cinqui\u00e8mes des membres de la Grande Assembl\u00e9e nationale de Turquie\u00a0; exercer les pouvoirs et accomplir les t\u00e2ches qui lui sont confi\u00e9s par les autres articles de la Constitution.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p>137. L\u2019article\u00a020 provisoire de la Constitution, tel qu\u2019il a \u00e9t\u00e9 adopt\u00e9 par l\u2019Assembl\u00e9e nationale le 20 mai 2016, se lit ainsi\u00a0:<\/p>\n<p>\u00ab\u00a0\u00c0 la date d\u2019adoption du pr\u00e9sent article par la Grande Assembl\u00e9e nationale de Turquie, la disposition contenue dans la premi\u00e8re phrase du deuxi\u00e8me paragraphe de l\u2019article\u00a083 de la Constitution ne s\u2019applique pas aux d\u00e9put\u00e9s vis\u00e9s par des demandes de lev\u00e9e de l\u2019immunit\u00e9 et soumises par les autorit\u00e9s comp\u00e9tentes habilit\u00e9es \u00e0 enqu\u00eater ou \u00e0 autoriser une enqu\u00eate ou des poursuites, les parquets et les tribunaux, au minist\u00e8re de la Justice, au Cabinet du Premier ministre, au Bureau de la Pr\u00e9sidence de la Grande Assembl\u00e9e nationale de Turquie et \u00e0 la Pr\u00e9sidence de la Commission mixte compos\u00e9e des membres de la Commission constitutionnelle et de la Commission sur la justice.<\/p>\n<p>Dans un d\u00e9lai de quinze jours \u00e0 compter de l\u2019entr\u00e9e en vigueur du pr\u00e9sent article, les dossiers qui ont \u00e9t\u00e9 soumis \u00e0 la Pr\u00e9sidence de la Commission mixte compos\u00e9e des membres de la Commission constitutionnelle et de la Commission de justice, \u00e0 la Pr\u00e9sidence de la Grande Assembl\u00e9e nationale de Turquie, au Cabinet du Premier\u00a0ministre et au minist\u00e8re de la Justice concernant la lev\u00e9e des immunit\u00e9s parlementaires devront \u00eatre retourn\u00e9s \u00e0 l\u2019autorit\u00e9 comp\u00e9tente de sorte qu\u2019elle fasse le n\u00e9cessaire.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p><strong>B. Les dispositions pertinentes du code p\u00e9nal (CP)<\/strong><\/p>\n<p>138. L\u2019article\u00a0214 \u00a7 1 du CP est ainsi libell\u00e9\u00a0:<\/p>\n<p>\u00ab\u00a0Est passible d\u2019une peine d\u2019emprisonnement de six mois \u00e0 cinq ans quiconque incite publiquement une autre personne \u00e0 commettre une infraction.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p>139. L\u2019article\u00a0215 \u00a7 1 du m\u00eame code se lit comme suit\u00a0:<\/p>\n<p>\u00ab\u00a0Est passible d\u2019une peine pouvant aller jusqu\u2019\u00e0 deux ans d\u2019emprisonnement quiconque fait publiquement l\u2019apologie d\u2019un crime ou d\u2019une personne \u00e0 raison d\u2019un crime commis par elle lorsque de ce fait surgit un danger clair et imminent pour l\u2019ordre public.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p>140. L\u2019article\u00a0216 \u00a7 1 du CP dispose\u00a0:<\/p>\n<p>\u00ab\u00a0Est passible d\u2019un \u00e0 trois ans d\u2019emprisonnement quiconque, sur la base d\u2019une distinction fond\u00e9e sur l\u2019appartenance \u00e0 une classe sociale, \u00e0 une race, \u00e0 une religion, \u00e0 une secte ou \u00e0 une r\u00e9gion, incite une partie de la population \u00e0 la haine et \u00e0 l\u2019hostilit\u00e9 envers une autre partie de la population, si pareille incitation fait na\u00eetre un risque manifeste et imminentpour la s\u00e9curit\u00e9 publique.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p>141. L\u2019article\u00a0217 \u00a7 1 du CP est ainsi libell\u00e9\u00a0:<\/p>\n<p>\u00ab\u00a0Est passible d\u2019une peine de six mois \u00e0 deux ans d\u2019emprisonnement ou d\u2019une amende judiciaire quiconque incite publiquement la population \u00e0 d\u00e9sob\u00e9ir \u00e0 la loi, en cas d\u2019incitation propre \u00e0 porter atteinte \u00e0 l\u2019ordre public.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p>142. L\u2019article\u00a0220 du CP dispose\u00a0:<\/p>\n<p>\u00ab\u00a0Est passible d\u2019une peine de quatre \u00e0 huit ans d\u2019emprisonnement quiconque constitue ou dirige un groupe organis\u00e9 aux fins de commettre des actes d\u00e9finis par la loi comme \u00e9tant des infractions, s\u2019il est constat\u00e9 que la structure de ce groupe organis\u00e9, le nombre de ses membres, ses outils et son mat\u00e9riel sont adapt\u00e9s \u00e0 la commission d\u2019une infraction. Toutefois, l\u2019existence d\u2019un groupe organis\u00e9 requiert au moins trois membres.<\/p>\n<p>Est passible d\u2019une peine de deux \u00e0 quatre ans d\u2019emprisonnement quiconque devient membre d\u2019un groupe organis\u00e9 dans l\u2019intention de commettre une infraction.<\/p>\n<p>Si le groupe criminel organis\u00e9 d\u00e9tient des armes, la peine pr\u00e9vue par les paragraphes ci-dessus est augment\u00e9e dans une proportion allant de un quart \u00e0 la moiti\u00e9 de la peine.<\/p>\n<p>En cas de commission d\u2019une infraction dans le cadre des activit\u00e9s d\u2019un groupe organis\u00e9, l\u2019auteur des faits est en outre puni pour cette infraction.<\/p>\n<p>Les responsables du groupe criminel organis\u00e9 sont en outre punis pour toutes les infractions commises dans le cadre des activit\u00e9s de ce groupe.<\/p>\n<p>Toute personne qui commet une infraction au nom d\u2019un groupe criminel organis\u00e9 est \u00e9galement punie pour appartenance \u00e0 ce groupe, m\u00eame si elle n\u2019est pas membre de celui-ci. La peine \u00e0 infliger pour appartenance au groupe organis\u00e9 peut \u00eatre r\u00e9duite jusqu\u2019\u00e0 sa moiti\u00e9. Cette disposition est applicable uniquement pour les organisations arm\u00e9es.<\/p>\n<p>Toute personne qui aide sciemment et intentionnellement un groupe criminel organis\u00e9, m\u00eame si elle ne fait pas partie de la structure hi\u00e9rarchique du groupe, est punie au m\u00eame titre que toute personne faisant partie du groupe organis\u00e9. La peine \u00e0 infliger pour appartenance \u00e0 un groupe organis\u00e9 peut \u00eatre r\u00e9duite jusqu\u2019\u00e0 son tiers en fonction de la nature de l\u2019aide.<\/p>\n<p>Est passible d\u2019une peine de un \u00e0 trois ans d\u2019emprisonnement quiconque fait de la propagande en louant ou en l\u00e9gitimant les m\u00e9thodes de contrainte, de violence ou de menace du groupe criminel organis\u00e9, ou incite \u00e0 l\u2019utilisation de telles m\u00e9thodes. La peine \u00e0 infliger est augment\u00e9e de moiti\u00e9 en cas de commission de cette infraction par des organes de presse et de radiodiffusion. \u00bb<\/p>\n<p>143. L\u2019article\u00a0314 du CP se lit comme suit\u00a0:<\/p>\n<p>\u00ab\u00a01. Est passible d\u2019une peine de dix a\u0300 quinze ans d\u2019emprisonnement quiconque constitue ou dirige une organisation arme\u0301e en vue de commettre les infractions vise\u0301es aux sections quatre et cinq du pre\u0301sent chapitre[1].<\/p>\n<p>2. Est passible d\u2019une peine de cinq a\u0300 dix ans d\u2019emprisonnement quiconque adhe\u0300re a\u0300 une organisation vis\u00e9e au premier paragraphe du pr\u00e9sent article.<\/p>\n<p>3. Les autres dispositions relatives a\u0300 la constitution d\u2019une organisation a\u0300 des fins criminelles sont e\u0301galement applicables dans ce contexte.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p><strong>C. La loi relative \u00e0 la lutte contre le terrorisme<\/strong><\/p>\n<p>144. L\u2019article\u00a01 de la loi relative \u00e0 la lutte contre le terrorisme d\u00e9finit le terrorisme comme suit\u00a0:<\/p>\n<p>\u00ab\u00a0Le terrorisme d\u00e9signe tout acte tent\u00e9 par une ou plusieurs personnes appartenant \u00e0 une organisation dans le but de modifier les caract\u00e9ristiques de la R\u00e9publique telles qu\u2019elles sont d\u00e9finies dans la Constitution, son syst\u00e8me politique, juridique, social, la\u00efque et \u00e9conomique, de porter atteinte \u00e0 l\u2019unit\u00e9 indivisible de l\u2019\u00c9tat dans son territoire et sa nation, de mettre en danger l\u2019existence de l\u2019\u00c9tat et de la R\u00e9publique turcs, d\u2019affaiblir ou de d\u00e9truire l\u2019autorit\u00e9 de l\u2019\u00c9tat ou de s\u2019en emparer, de supprimer les droits et libert\u00e9s fondamentaux ou de porter atteinte \u00e0 la s\u00e9curit\u00e9 int\u00e9rieure et ext\u00e9rieure de l\u2019\u00c9tat, \u00e0 l\u2019ordre public ou \u00e0 la sant\u00e9 publique en utilisant la terreur, la force et la violence par des m\u00e9thodes de pression, d\u2019intimidation, d\u2019oppression ou de menace.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p>145. L\u2019article\u00a02 de la loi est ainsi libell\u00e9\u00a0:<\/p>\n<p>\u00ab\u00a0Est consid\u00e9r\u00e9 comme un terroristetout membre d\u2019une organisation fond\u00e9e pour atteindre les buts d\u00e9finis \u00e0 l\u2019article 1 qui commet un crime dans la poursuite de ces buts, seul ou avec d\u2019autres personnes\u00a0; il en va de m\u00eame de tout membre d\u2019une telle organisation, m\u00eame s\u2019il ne commet pas pareil crime.<\/p>\n<p>Est de m\u00eame consid\u00e9r\u00e9 comme un terroriste quiconque, sans \u00eatre membre d\u2019une organisation terroriste, commet un crime au nom de celle-ci.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p>146. L\u2019article\u00a03 de la loi se lit comme suit\u00a0:<\/p>\n<p>\u00ab\u00a0Les infractions d\u00e9finies aux articles 302, 307, 309, 311, 312, 313, 314, 315, et 320 du code p\u00e9nal turc no 5237 sont des infractions terroristes.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p>147. L\u2019article\u00a07 \u00a7 2 de la loi \u00e9nonce\u00a0:<\/p>\n<p>\u00ab\u00a0Quiconque fait de la propagande en faveur d\u2019une organisation terroriste en l\u00e9gitimant ou en faisant l\u2019apologie des m\u00e9thodes de contrainte, de violence ou de menace de pareilles organisations ou incite \u00e0 l\u2019utilisation de telles m\u00e9thodes sera condamn\u00e9 \u00e0 une peine de un \u00e0 cinq ans d\u2019emprisonnement (&#8230;)\u00a0\u00bb<\/p>\n<p><strong>D. Les dispositions de la loi no 2911 relative au d\u00e9roulement des r\u00e9unions et manifestations<\/strong><\/p>\n<p>148. L\u2019article\u00a028 \u00a7 1 de la loi no 2911 relative au d\u00e9roulement des r\u00e9unions et manifestations est ainsi libell\u00e9\u00a0:<\/p>\n<p>\u00ab\u00a0Les personnes qui organisent et dirigent des manifestations ill\u00e9gales et celles qui y participent sont punies d\u2019une peine allant de un an et six mois \u00e0 trois ans d\u2019emprisonnement, \u00e0 moins que les faits constituent une infraction sanctionn\u00e9e par une peine plus lourde.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p>149. L\u2019article\u00a032 \u00a7 1 de la m\u00eame loi se lit comme suit\u00a0:<\/p>\n<p>\u00ab\u00a0Les personnes qui participent \u00e0 une r\u00e9union ou manifestation ill\u00e9gale et celles qui persistent \u00e0 ne pas obtemp\u00e9rer aux ordres de dispersion \u00e9mis par les forces de l\u2019ordre sont punies d\u2019une peine allant de six mois \u00e0 trois ans d\u2019emprisonnement. Si cette infraction est commise par les personnes qui organisent la r\u00e9union et la manifestation, la peine pr\u00e9vue par le pr\u00e9sent paragraphe est augment\u00e9e de moiti\u00e9.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p><strong>E. Les dispositions pertinentes du code de proc\u00e9dure p\u00e9nale (CPP)<\/strong><\/p>\n<p>150. La d\u00e9tention provisoire est r\u00e9gie par les articles 100 et suivants du CPP. D\u2019apr\u00e8s l\u2019article 100 \u00a7 1 de ce code, une personne peut \u00eatre plac\u00e9e en d\u00e9tention provisoire lorsqu\u2019il existe des \u00e9l\u00e9ments factuels permettant de la soup\u00e7onner fortement d\u2019avoir commis une infraction et lorsque son placement en d\u00e9tention est justifi\u00e9 par l\u2019un des motifs \u00e9num\u00e9r\u00e9s dans cette disposition.<\/p>\n<p>151. L\u2019article\u00a0100 \u00a7 2 du CPP se lit comme suit\u00a0:<\/p>\n<p>\u00ab\u00a02. Dans les cas \u00e9num\u00e9r\u00e9s ci-dessous, il peut \u00eatre consid\u00e9r\u00e9 qu\u2019il existe un motif de d\u00e9tention\u00a0:<\/p>\n<p>a) s\u2019il existe des faits concrets qui font na\u00eetre un soup\u00e7on de [risque de] fuite (&#8230;),<\/p>\n<p>b) si les comportements du suspect ou de l\u2019accus\u00e9 font na\u00eetre le soup\u00e7on<\/p>\n<p>1. d\u2019un risque de destruction, de dissimulation ou d\u2019alt\u00e9ration des preuves,<\/p>\n<p>2. d\u2019une tentative d\u2019exercice de pressions sur les t\u00e9moins, les victimes ou d\u2019autres personnes (&#8230;)\u00a0\u00bb<\/p>\n<p>152. Pour certaines infractions \u00e9num\u00e9r\u00e9es \u00e0 l\u2019article 100 \u00a7 3 du CPP, il existe une pr\u00e9somption l\u00e9gale quant \u00e0 l\u2019existence de motifs de d\u00e9tention. L\u2019article\u00a0100 \u00a7 3 du CPP se lit comme suit\u00a0:<\/p>\n<p>\u00ab\u00a03) Lorsque des faits montrent l\u2019existence de forts soup\u00e7ons quant \u00e0 la commission d\u2019infractions vis\u00e9es ci-dessous, l\u2019existence d\u2019un motif de d\u00e9tention peut \u00eatre pr\u00e9sum\u00e9e\u00a0:<\/p>\n<p>a) pour les infractions suivantes pr\u00e9vues au code p\u00e9nal no 5237 du 26\u00a0septembre 2004\u00a0:<\/p>\n<p>(&#8230;)<\/p>\n<p>11. crimes contre l\u2019ordre constitutionnel et le fonctionnement de ce syst\u00e8me (articles\u00a0309, 310, 311, 313, 314, 315),<\/p>\n<p>(&#8230;)\u00a0\u00bb<\/p>\n<p>153. L\u2019article\u00a0101 du CPP dispose que la d\u00e9tention provisoire est ordonn\u00e9e au stade de l\u2019instruction par un juge de paix \u00e0 la demande du procureur de la R\u00e9publique et au stade du proc\u00e8s par le tribunal comp\u00e9tent, d\u2019office ou \u00e0 la demande du procureur. Les d\u00e9cisions concernant le placement et le maintien en d\u00e9tention provisoire peuvent faire l\u2019objet d\u2019une opposition devant un autre juge de paix ou devant un autre tribunal. Les d\u00e9cisions y relatives doivent \u00eatre motiv\u00e9es en droit et en fait.<\/p>\n<p>154. Selon l\u2019article 108 du CPP, au cours de la phase d\u2019instruction, un juge de paix doit examiner la question de la d\u00e9tention provisoire d\u2019une personne \u00e0 des intervalles r\u00e9guliers ne pouvant exc\u00e9der trente jours. En m\u00eame temps, le d\u00e9tenu peut d\u00e9poser une demande de remise en libert\u00e9. Au stade du proc\u00e8s, la d\u00e9tention provisoire est examin\u00e9e par le tribunal comp\u00e9tent \u00e0 l\u2019issue de chaque audience et, en tout cas, dans un d\u00e9lai ne pouvant exc\u00e9der trente jours.<\/p>\n<p>155. L\u2019article\u00a0141 \u00a7 1 a) et d) du CPP dispose ce qui suit\u00a0:<\/p>\n<p>\u00ab\u00a01) Dans le cadre d\u2019une enqu\u00eate ou d\u2019un proc\u00e8s relatifs \u00e0 une infraction, toute personne\u00a0:<\/p>\n<p>a) qui a \u00e9t\u00e9 arr\u00eat\u00e9e, plac\u00e9e ou maintenue en d\u00e9tention dans des conditions et circonstances non conformes aux lois\u00a0;<\/p>\n<p>(&#8230;)<\/p>\n<p>d) qui, m\u00eame r\u00e9guli\u00e8rement plac\u00e9e en d\u00e9tention provisoire au cours de l\u2019enqu\u00eate ou du proc\u00e8s, n\u2019a pas \u00e9t\u00e9 traduite dans un d\u00e9lai raisonnable devant l\u2019autorit\u00e9 de jugement et concernant laquelle aucune d\u00e9cision sur le fond n\u2019a \u00e9t\u00e9 rendue dans ce m\u00eame d\u00e9lai,<\/p>\n<p>(&#8230;)<\/p>\n<p>peut demander \u00e0 l\u2019\u00c9tat l\u2019indemnisation de tous ses pr\u00e9judices mat\u00e9riels et moraux.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p>156. L\u2019article\u00a0142 \u00a7 1 du m\u00eame code se lit comme suit\u00a0:<\/p>\n<p>\u00ab\u00a0La demande d\u2019indemnisation peut \u00eatre pr\u00e9sent\u00e9e dans les trois mois suivant la notification \u00e0 l\u2019int\u00e9ress\u00e9 du caract\u00e8re d\u00e9finitif de la d\u00e9cision ou du jugement et, dans tous les cas, dans l\u2019ann\u00e9e suivant la date \u00e0 laquelle la d\u00e9cision ou le jugement sont devenus d\u00e9finitifs.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p>157. Selon la jurisprudence de la Cour de cassation, il n\u2019est pas n\u00e9cessaire d\u2019attendre le d\u00e9nouement de la proc\u00e9dure p\u00e9nale pour se prononcer sur une demande d\u2019indemnisation introduite en application de l\u2019article\u00a0141 du CPP en raison de la dur\u00e9e excessive d\u2019une d\u00e9tention provisoire (d\u00e9cisions du 16 juin 2015 E. 2014\/21585 \u2013 K. 2015\/10868 et E.\u00a02014\/6167 \u2013 K.\u00a02015\/10867).<\/p>\n<p><strong>F. Jurisprudence de la Cour constitutionnelle<\/strong><\/p>\n<p>158. Par un arr\u00eat du 4 d\u00e9cembre 2013 (no 2012\/1272) relatif \u00e0 la d\u00e9tention d\u2019un d\u00e9put\u00e9, la Cour constitutionnelle a statu\u00e9 sur un grief tir\u00e9 du droit d\u2019\u00eatre \u00e9lu combin\u00e9 avec un grief relatif \u00e0 la dur\u00e9e d\u2019une d\u00e9tention provisoire. L\u2019affaire concernait la d\u00e9tention provisoire de M. Balbay, qui avait \u00e9t\u00e9 \u00e9lu d\u00e9put\u00e9 \u00e0 l\u2019Assembl\u00e9e nationale \u00e0 l\u2019issue des \u00e9lections l\u00e9gislatives du 12 juin 2011. Le 5 ao\u00fbt 2013, alors que le recours form\u00e9 par lui \u00e9tait pendant devant la haute juridiction, M. Balbay avait \u00e9t\u00e9 condamn\u00e9 \u00e0 une peine d\u2019emprisonnement de seize ans. Dans son arr\u00eat, la Cour constitutionnelle a conclu non seulement \u00e0 une violation du droit \u00e0 la libert\u00e9, mais aussi \u00e0 la violation du droit d\u2019\u00eatre \u00e9lu en raison de la dur\u00e9e excessive de la d\u00e9tention provisoire subie par M. Balbay apr\u00e8s son \u00e9lection (plus de deux\u00a0ans et un mois, sur un total de quatre ans et cinq mois). La haute juridiction a d\u00e9clar\u00e9 ce qui suit\u00a0:<\/p>\n<p>\u00ab\u00a0132. En l\u2019esp\u00e8ce, l\u2019instruction p\u00e9nale avait \u00e9t\u00e9 ouverte contre le requ\u00e9rant bien avant les \u00e9lections l\u00e9gislatives. Alors que le requ\u00e9rant \u00e9tait en d\u00e9tention provisoire, il a \u00e9t\u00e9 \u00e9lu d\u00e9put\u00e9 \u00e0 l\u2019issue des \u00e9lections l\u00e9gislatives du 12 juin 2011. \u00c0 cet \u00e9gard, ni les poursuites p\u00e9nales contre l\u2019int\u00e9ress\u00e9 ni la d\u00e9tention provisoire de celui-ci ne faisaient obstacle \u00e0 son \u00e9lection en tant que d\u00e9put\u00e9 (&#8230;). Faute d\u2019avoir \u00e9t\u00e9 mis en libert\u00e9 provisoire apr\u00e8s son \u00e9lection, le requ\u00e9rant n\u2019a pas pu pr\u00eater serment ni exercer son mandat parlementaire. Il ne fait pas de doute que la d\u00e9tention en question, qui a rendu impossible l\u2019accomplissement du mandat parlementaire, a constitu\u00e9 une ing\u00e9rence dans l\u2019exercice du droit [du requ\u00e9rant] d\u2019\u00eatre \u00e9lu, car [la mesure litigieuse] a emp\u00each\u00e9 toute activit\u00e9 politique et [l\u2019exercice par lui de son mandat] de d\u00e9put\u00e9.<\/p>\n<p>133. (&#8230;) [L]es demandes de lib\u00e9ration provisoire pr\u00e9sent\u00e9es par le requ\u00e9rant apr\u00e8s son \u00e9lection ont \u00e9t\u00e9 rejet\u00e9es par les tribunaux comp\u00e9tents. [Il convient de rappeler que, dans le cadre de l\u2019examen relatif \u00e0 la compatibilit\u00e9 de la d\u00e9tention provisoire avec l\u2019article 19 de la Constitution, disposition \u00e9quivalant \u00e0 l\u2019article 5 de la Convention], il a \u00e9t\u00e9 jug\u00e9 que le rejet des demandes de lib\u00e9ration provisoire du requ\u00e9rant apr\u00e8s son \u00e9lection ont rompu le juste \u00e9quilibre entre, d\u2019une part, le droit de l\u2019int\u00e9ress\u00e9 d\u2019\u00eatre \u00e9lu et, d\u2019autre part, l\u2019int\u00e9r\u00eat de la soci\u00e9t\u00e9 \u00e0 maintenir en d\u00e9tention provisoire la personne mise en examen. Maintenu en d\u00e9tention provisoire de mani\u00e8re d\u00e9raisonnable, le requ\u00e9rant n\u2019a pas pu participer \u00e0 des activit\u00e9s l\u00e9gislatives. Compte tenu de la dur\u00e9e de la d\u00e9tention provisoire subie par l\u2019int\u00e9ress\u00e9 apr\u00e8s son \u00e9lection, l\u2019on ne saurait conclure que cette atteinte s\u00e9v\u00e8re \u00e0 l\u2019exercice du droit de mener des activit\u00e9s politiques \u00e9tait proportionn\u00e9e et conforme aux imp\u00e9ratifs d\u2019une soci\u00e9t\u00e9 d\u00e9mocratique.\u00a0\u00bb.<\/p>\n<p>II. LES \u00c9L\u00c9MENTS INTERNATIONAUX PERTINENTS<\/p>\n<p><strong>A. Document \u00e0 caract\u00e8re g\u00e9n\u00e9ral<\/strong><\/p>\n<p>\u00ab\u00a0Non-liable? Inviolable? Untouchable? The Challenge of Parliamentary Immunities. An Overview\u00a0\u00bb, document publi\u00e9 par le Bureau pour la promotion de la d\u00e9mocratie parlementaire de la Direction g\u00e9n\u00e9rale du Parlement europ\u00e9en<\/p>\n<p>159. En octobre 2012, le Bureau de promotion de la d\u00e9mocratie parlementaire publia un document sur l\u2019immunit\u00e9 parlementaire, dont les passages pertinents se lisent ainsi\u00a0(traduction du greffe)\u00a0:<\/p>\n<p>\u00ab\u00a0(&#8230;)<\/p>\n<p><strong>L\u2019irresponsabilit\u00e9<\/strong><\/p>\n<p>L\u2019irresponsabilit\u00e9 se rapporte d\u2019ordinaire \u00e0 la protection contre tout type de sanctions publiques pour des actes commis dans l\u2019accomplissement de fonctions parlementaires\u00a0; autrement dit, elle concerne la libert\u00e9 d\u2019expression des parlementaires. En r\u00e8gle g\u00e9n\u00e9rale, les parlementaires sont irresponsables en mati\u00e8re civile ou p\u00e9nale pour les actes englob\u00e9s par ce type d\u2019immunit\u00e9. L\u2019irresponsabilit\u00e9 est \u00e9galement appel\u00e9e \u00ab\u00a0immunit\u00e9 fonctionnelle\u00a0\u00bb, \u00ab\u00a0immunit\u00e9 absolue\u00a0\u00bb ou \u00ab\u00a0immunit\u00e9 parlementaire\u00a0\u00bb.<\/p>\n<p>(&#8230;)<\/p>\n<p>Les actes couverts par l\u2019irresponsabilit\u00e9 sont les votes \u00e9mis et les opinions exprim\u00e9es. \u00ab\u00a0L\u2019immunit\u00e9 fonctionnelle s\u2019\u00e9tend \u00e0 toutes les formes que peuvent rev\u00eatir l\u2019activit\u00e9 parlementaire, que ce soit la r\u00e9daction de documents parlementaires ou les discours et les votes sous toutes leurs formes, en s\u00e9ance ou en commission\u00a0\u00bb.<\/p>\n<p>La port\u00e9e de la protection concernant les \u00ab\u00a0opinions\u00a0\u00bb exprim\u00e9es constitue l\u2019un des aspects les plus controvers\u00e9s de l\u2019irresponsabilit\u00e9. La plupart des textes constitutionnels emploient la notion d\u2019opinions exprim\u00e9es \u00ab\u00a0dans l\u2019exercice des fonctions\u00a0\u00bb. Celle-ci permet une interpr\u00e9tation assez large, rendant la protection applicable \u00e0 certains propos tenus en dehors du parlement. (&#8230;)<\/p>\n<p>Contrairement \u00e0 l\u2019inviolabilit\u00e9, l\u2019irresponsabilit\u00e9 rev\u00eat un caract\u00e8re absolu en ce que la protection conf\u00e9r\u00e9e est maintenue m\u00eame lorsque le mandat du parlementaire a pris fin.<\/p>\n<p>(&#8230;)<\/p>\n<p><strong>L\u2019inviolabilit\u00e9<\/strong><\/p>\n<p>En r\u00e8gle g\u00e9n\u00e9rale, cette forme d\u2019immunit\u00e9 est telle que, sauf autorisation accord\u00e9e par le parlement, les parlementaires ne peuvent pas \u00eatre arr\u00eat\u00e9s ou poursuivis pour des actes qui n\u2019ont pas \u00e9t\u00e9 commis dans le cadre de leurs fonctions parlementaires.<\/p>\n<p>La port\u00e9e de l\u2019inviolabilit\u00e9 varie en fonction du niveau de protection offert aux parlementaires. Il se peut donc que, sauf autorisation pr\u00e9alable donn\u00e9e par la chambre concern\u00e9e, les parlementaires soient prot\u00e9g\u00e9s uniquement contre l\u2019arrestation, ou \u00e9galement contre l\u2019ex\u00e9cution de mesures sp\u00e9cifiques telles que des perquisitions, ou, plus largement, contre une convocation d\u2019un tribunal voire toute forme de poursuites p\u00e9nales.<\/p>\n<p>(&#8230;) [L]a plupart des parlements consid\u00e8rent qu\u2019il faut lever l\u2019inviolabilit\u00e9 en cas de flagrant d\u00e9lit. Ce terme renvoie aux cas dans lesquels une personne est surprise en train de commettre un acte r\u00e9pr\u00e9hensible. C\u2019est en g\u00e9n\u00e9ral au juge qu\u2019il revient de d\u00e9terminer si une infraction peut entrer dans le champ du flagrant d\u00e9lit. Cependant, selon certaines constitutions il ne suffit pas, pour lever l\u2019immunit\u00e9 sans d\u00e9lai, que le flagrant d\u00e9lit soit v\u00e9rifi\u00e9\u00a0; il faut \u00e9galement que l\u2019infraction en question rev\u00eate une certaine gravit\u00e9.<\/p>\n<p>En ce qui concerne la dur\u00e9e de l\u2019inviolabilit\u00e9, on peut observer que si dans certains parlements cette protection \u00e9tend ses effets \u00e0 l\u2019ensemble du mandat parlementaire, dans d\u2019autres elle ne s\u2019applique qu\u2019aux p\u00e9riodes de session du parlement.<\/p>\n<p>(&#8230;)<\/p>\n<p>Contrairement \u00e0 l\u2019irresponsabilit\u00e9, l\u2019inviolabilit\u00e9 ne s\u2019applique qu\u2019\u00e0 la dur\u00e9e du mandat parlementaire et elle cesse de produire ses effets \u00e0 l\u2019expiration de celui-ci. L\u2019action judiciaire est donc simplement diff\u00e9r\u00e9e mais non emp\u00each\u00e9e \u00e0 titre permanent.<\/p>\n<p>La lev\u00e9e de l\u2019immunit\u00e9 en pratique<\/p>\n<p>(&#8230;)<\/p>\n<p>Comment les parlements des \u00c9tats membres d\u00e9cident-ils d\u2019accepter ou de refuser la lev\u00e9e de l\u2019immunit\u00e9 parlementaire\u00a0? Voici certains des principes directeurs sur lesquels ils semblent fonder leurs d\u00e9cisions\u00a0:<\/p>\n<p>\u00b7 v\u00e9rifier les faits\u00a0: une enqu\u00eate ad\u00e9quate est susceptible de r\u00e9v\u00e9ler le but v\u00e9ritable de l\u2019incrimination recherch\u00e9e, qui peut \u00eatre de pers\u00e9cuter injustement le parlementaire et de menacer sa libert\u00e9 et son ind\u00e9pendance dans l\u2019accomplissement de son mandat\u00a0;<\/p>\n<p>\u00b7 v\u00e9rifier si les all\u00e9gations formul\u00e9es concernent des infractions p\u00e9nales ou semblent avoir un caract\u00e8re plus politique\u00a0;<\/p>\n<p>\u00b7 d\u00e9terminer si les motifs all\u00e9gu\u00e9s de l\u2019accusation doivent \u00eatre pris au s\u00e9rieux ou s\u2019ils sont abusifs.<\/p>\n<p>(&#8230;)\u00a0\u00bb<\/p>\n<p><strong>B. Documents concernant le pays<\/strong><\/p>\n<p><em>1. L\u2019avis de la Commission europ\u00e9enne pour la d\u00e9mocratie par le droit (\u00ab\u00a0la Commission de Venise\u00a0\u00bb) sur les articles 216, 299, 301 et 314 du code p\u00e9nal de la Turquie<\/em><\/p>\n<p>160. Les 11 et 12 mars 2016, lors de sa 106e session pl\u00e9ni\u00e8re, la Commission de Venise adopta son avis sur les articles 216, 299, 301 et\u00a0314 du code p\u00e9nal de la Turquie. Les parties pertinentes en l\u2019esp\u00e8ce de cet avis sont ainsi libell\u00e9es (notes de bas de page omises)\u00a0:<\/p>\n<p>\u00ab\u00a0(&#8230;)<\/p>\n<p><strong>E. Article 314 (organisation arm\u00e9e)<\/strong><\/p>\n<p>95. L\u2019article 314 du Code p\u00e9nal incrimine la constitution et le commandement d\u2019une organisation arm\u00e9e se livrant aux infractions \u00e9num\u00e9r\u00e9es aux parties quatre et cinq du Chapitre IV du Code p\u00e9nal (Infractions \u00e0 l\u2019encontre de l\u2019\u00c9tat et de la nation), ainsi que l\u2019appartenance \u00e0 une telle organisation.<\/p>\n<p>(&#8230;)<\/p>\n<p><em>1. Appartenance \u00e0 une organisation arm\u00e9e (article 314)<\/em><\/p>\n<p>98. Le Code p\u00e9nal ne d\u00e9finit pas les expressions \u00ab\u00a0organisation arm\u00e9e\u00a0\u00bb ni \u00ab\u00a0groupe arm\u00e9\u00a0\u00bb. Dans son arr\u00eat E. 2006\/10-253 K. 2007\/80 du 3 avril 2007, le Conseil p\u00e9nal g\u00e9n\u00e9ral de la Cour de cassation \u00e9num\u00e8re les principaux crit\u00e8res qualificatifs d\u2019une organisation criminelle \u2013 aux fins de l\u2019article 220 du Code p\u00e9nal : l\u2019organisation doit compter au moins trois membres ; il doit exister un lien hi\u00e9rarchique \u2013\u00a0\u00e9troit ou non\u00a0\u2013 entre les membres du groupe et non pas un simple \u00ab\u00a0lien th\u00e9orique\u00a0\u00bb\u00a0; les membres doivent avoir l\u2019intention commune de commettre des infractions (m\u00eame si aucune infraction n\u2019a encore \u00e9t\u00e9 commise)\u00a0; le groupe doit pr\u00e9senter une continuit\u00e9 dans le temps et la structure du groupe, le nombre de ses membres, ses r\u00e9serves et ses \u00e9quipements doivent \u00eatre suffisants\/appropri\u00e9s pour commettre les infractions envisag\u00e9es.<\/p>\n<p>(&#8230;)<\/p>\n<p>100. La Cour de cassation a d\u00e9velopp\u00e9 une riche jurisprudence dans laquelle elle explicite la notion d\u2019\u00ab\u00a0appartenance\u00a0\u00bb \u00e0 une organisation arm\u00e9e. Examinant divers actes de divers suspects, elle a pris en compte \u00ab\u00a0leur continuit\u00e9, leur diversit\u00e9 et leur intensit\u00e9\u00a0\u00bb pour d\u00e9terminer s\u2019ils prouvaient que le suspect entretenait un \u00ab\u00a0lien organique\u00a0\u00bb avec l\u2019organisation ou si ces actes pouvaient \u00eatre consid\u00e9r\u00e9s comme commis sciemment et d\u00e9lib\u00e9r\u00e9ment au sein de la \u00ab\u00a0structure hi\u00e9rarchique\u00a0\u00bb de l\u2019organisation. Dans l\u2019affaire E. 2010\/2839, K. 2012\/1406 du 6 f\u00e9vrier 2012, les suspects, qui h\u00e9bergeaient continuellement de nouveaux membres candidats d\u2019une organisation terroriste, leur fournissaient de faux papiers d\u2019identit\u00e9 et les pr\u00e9sentaient \u00e0 l\u2019organisation tout en continuant \u00e0 chercher de nouveaux membres \u00e0 recruter, ont \u00e9t\u00e9 condamn\u00e9s pour appartenance \u00e0 une organisation arm\u00e9e. L\u2019acquisition d\u2019un nom de code (au sein de l\u2019organisation) afin de cacher sa v\u00e9ritable identit\u00e9 et la dissimulation dans son appartement d\u2019une bombe fournie par les membres d\u2019une organisation terroriste, la dispense de cours sur les buts et la structure de l\u2019organisation aux nouveaux membres, le fait de reprendre contact avec l\u2019organisation apr\u00e8s sa sortie de prison et de tenter de lever des fonds pour l\u2019organisation tout en recherchant de nouveaux membres, la transmission de son CV \u00e0 l\u2019organisation afin d\u2019en devenir membre ou le transport de nouveaux venus souhaitant devenir membres de l\u2019organisation au campement de celle-ci, la lev\u00e9e de fonds pour l\u2019organisation sous couvert de collecter un imp\u00f4t pour celle-ci ou l\u2019organisation de soins m\u00e9dicaux pour les nouveaux membres et leur transfert au campement de l\u2019organisation, etc., sont autant de faits dont la Cour de cassation a estim\u00e9 qu\u2019ils prouvaient l\u2019appartenance des int\u00e9ress\u00e9s \u00e0 une organisation arm\u00e9e aux termes de l\u2019article 314 du Code p\u00e9nal, \u00e9tant donn\u00e9 que la continuit\u00e9, la diversit\u00e9 et l\u2019intensit\u00e9 des actes attribu\u00e9s aux d\u00e9fendeurs montraient qu\u2019ils avaient agi sciemment et d\u00e9lib\u00e9r\u00e9ment au sein de la structure hi\u00e9rarchique de l\u2019organisation arm\u00e9e.<\/p>\n<p>(&#8230;)<\/p>\n<p>102. D\u2019apr\u00e8s des sources non gouvernementales, dans l\u2019application de l\u2019article\u00a0314, les juridictions internes d\u00e9terminent souvent l\u2019appartenance d\u2019une personne \u00e0 une organisation arm\u00e9e au regard d\u2019\u00e9l\u00e9ments de preuve tr\u00e8s minces, ce qui soul\u00e8ve des questions quant \u00e0 la \u00ab\u00a0pr\u00e9visibilit\u00e9\u00a0\u00bb de l\u2019application de cet article. De m\u00eame, dans son rapport de 2015 sur la libert\u00e9 de la presse en Turquie, Freedom House rel\u00e8ve que l\u2019article\u00a0314 du Code p\u00e9nal, dont la d\u00e9finition de l\u2019appartenance \u00e0 une organisation arm\u00e9e est tr\u00e8s g\u00e9n\u00e9rale, continue d\u2019\u00eatre invoqu\u00e9 pour poursuivre des journalistes, en particulier kurdes ou associ\u00e9s \u00e0 la gauche politique. De son c\u00f4t\u00e9, dans son rapport de 2013 sur la Turquie, Amnesty International observe qu\u2019un comportement qui n\u2019est en soi pas criminel, \u00e0 l\u2019instar d\u2019une activit\u00e9 li\u00e9e \u00e0 l\u2019exercice de la libert\u00e9 de r\u00e9union, d\u2019association et d\u2019expression, est consid\u00e9r\u00e9 comme une preuve d\u2019appartenance des d\u00e9fendeurs \u00e0 une organisation arm\u00e9e, car les parquets per\u00e7oivent ces activit\u00e9s comme poursuivant le m\u00eame but g\u00e9n\u00e9ral qu\u2019un groupe terroriste. Partant, des personnes ont \u00e9t\u00e9 poursuivies pour appartenance \u00e0 une organisation terroriste au seul motif qu\u2019elles avaient particip\u00e9 \u00e0 des activit\u00e9s pacifiques et de fait licites en faveur des Kurdes. Parmi les exemples concrets cit\u00e9s par Amnesty International pour illustrer les cas o\u00f9 les \u00e9l\u00e9ments de preuve r\u00e9unis ont \u00e9t\u00e9 consid\u00e9r\u00e9s comme \u00e9tablissant un lien entre les d\u00e9fendeurs et une organisation terroriste figurent notamment la participation \u00e0 six manifestations diff\u00e9rentes pr\u00e9tendument organis\u00e9es par une organisation terroriste ainsi qu\u2019un discours prononc\u00e9 au cours d\u2019une de ces manifestations ou, dans un autre cas, la participation du d\u00e9fendeur \u00e0 l\u2019\u00ab\u00a0\u00e9cole politique\u00a0\u00bb organis\u00e9e par le Parti de la paix et de la d\u00e9mocratie (BDP \u2013 un parti politique reconnu pour \u00eatre pro-kurde) et ses diverses activit\u00e9s men\u00e9es dans ce cadre.<\/p>\n<p>(&#8230;)<\/p>\n<p>106. En conclusion, la Commission de Venise recommande en premier lieu d\u2019appliquer de mani\u00e8re stricte les crit\u00e8res \u00e9tablis dans la jurisprudence de la Cour de cassation, selon lesquels les actes attribu\u00e9s \u00e0 un d\u00e9fendeur doivent, dans \u00ab\u00a0leur continuit\u00e9, leur diversit\u00e9 et leur intensit\u00e9\u00a0\u00bb, montrer le \u00ab\u00a0lien organique\u00a0\u00bb que le d\u00e9fendeur entretient avec une organisation ou prouver que celui-ci a agi sciemment et d\u00e9lib\u00e9r\u00e9ment au sein de la \u00ab\u00a0structure hi\u00e9rarchique\u00a0\u00bb de l\u2019organisation. L\u2019application souple de ces crit\u00e8res peut donner lieu \u00e0 une incompatibilit\u00e9, notamment avec le principe de l\u00e9galit\u00e9 au sens de l\u2019article 7 de la CEDH.<\/p>\n<p>107. En deuxi\u00e8me lieu, l\u2019expression d\u2019une opinion sous quelque forme que ce soit ne devrait pas constituer le seul \u00e9l\u00e9ment de preuve devant les tribunaux internes pour d\u00e9terminer si le d\u00e9fendeur appartient effectivement \u00e0 une organisation arm\u00e9e. Si les seuls \u00e9l\u00e9ments de preuve disponibles sont des formes d\u2019expression, la condamnation d\u2019un d\u00e9fendeur pour appartenance \u00e0 une organisation arm\u00e9e porte atteinte \u00e0 son droit \u00e0 la libert\u00e9 d\u2019expression et la n\u00e9cessit\u00e9 d\u2019une telle ing\u00e9rence sur la base des crit\u00e8res \u00e9nonc\u00e9s dans la jurisprudence de la Cour europ\u00e9enne, en particulier l\u2019\u00ab\u00a0incitation \u00e0 la violence\u00a0\u00bb, devrait \u00eatre examin\u00e9e au regard des circonstances concr\u00e8tes du cas d\u2019esp\u00e8ce.<\/p>\n<p>(&#8230;)<\/p>\n<p>123. La Commission de Venise (&#8230;) conclut que les progr\u00e8s accomplis sont nettement insuffisants. Tous les articles examin\u00e9s dans le pr\u00e9sent Avis pr\u00e9voient des sanctions excessives et ont \u00e9t\u00e9 appliqu\u00e9s de mani\u00e8re beaucoup trop g\u00e9n\u00e9rale, p\u00e9nalisant des comportements prot\u00e9g\u00e9s par la CEDH, en particulier son article 10 et la jurisprudence y relative, et des comportements prot\u00e9g\u00e9s par l\u2019article 19 du PIDCP.<\/p>\n<p>124. Les quatre articles examin\u00e9s doivent \u00eatre appliqu\u00e9s de mani\u00e8re totalement diff\u00e9rente pour s\u2019aligner pleinement sur l\u2019article 10 de la CEDH et l\u2019article 19 du PIDCP. La Commission souligne que les poursuites engag\u00e9es en particulier par les juridictions inf\u00e9rieures \u00e0 l\u2019encontre de personnes et de convictions doivent cesser, car elles ont un effet dissuasif sur la libert\u00e9 d\u2019expression. Cette mesure n\u2019est toutefois pas suffisante si les int\u00e9ress\u00e9s sont finalement acquitt\u00e9s par la Cour de cassation apr\u00e8s plusieurs ann\u00e9es de proc\u00e9dure p\u00e9nale. De plus, la Commission souligne \u00e9galement l\u2019importance de l\u2019obligation positive des \u00c9tats de cr\u00e9er un environnement favorable o\u00f9 des id\u00e9es diff\u00e9rentes et nouvelles peuvent se d\u00e9velopper.<\/p>\n<p>(&#8230;)<\/p>\n<p>128. En ce qui concerne l\u2019article 314 (appartenance \u00e0 une organisation arm\u00e9e), les crit\u00e8res \u00e9tablis par la jurisprudence de la Cour de cassation, selon lesquels les actes attribu\u00e9s \u00e0 un d\u00e9fendeur doivent montrer, dans \u00ab\u00a0leur continuit\u00e9, leur diversit\u00e9 et leur intensit\u00e9\u00a0\u00bb, le \u00ab\u00a0lien organique\u00a0\u00bb que celui-ci entretient avec une organisation arm\u00e9e ou le fait que de tels actes peuvent \u00eatre consid\u00e9r\u00e9s comme ayant \u00e9t\u00e9 commis sciemment et d\u00e9lib\u00e9r\u00e9ment au sein de la \u00ab\u00a0structure hi\u00e9rarchique\u00a0\u00bb de l\u2019organisation, devraient \u00eatre appliqu\u00e9s de mani\u00e8re stricte. (&#8230;)\u00a0\u00bb<\/p>\n<p><em>2. L\u2019avis de la Commission de Venise sur la suspension du deuxi\u00e8me paragraphe de l\u2019article 83 de la Constitution<\/em><\/p>\n<p>161. Les 14 et 15 octobre 2016, lors de sa 108e session pl\u00e9ni\u00e8re, la Commission de Venise adopta son avis relatif \u00e0 la modification constitutionnelle en vertu de laquelle le principe d\u2019inviolabilit\u00e9 parlementaire ne s\u2019appliquait pas aux affaires visant des parlementaires qui \u00e9taient pendantes \u00e0 la date de l\u2019adoption de la modification. Les parties de cet avis qui sont pertinentes en l\u2019esp\u00e8ce se lisent comme suit\u00a0:<\/p>\n<p>\u00ab\u00a048. Le pr\u00e9ambule g\u00e9n\u00e9ral de l\u2019amendement explique que son objet est de r\u00e9pondre \u00e0 l\u2019indignation du public concernant \u00ab les d\u00e9clarations de certains d\u00e9put\u00e9s soutenant \u00e9motionnellement et moralement le terrorisme, le soutien et l\u2019aide que certains d\u00e9put\u00e9s apportent de fait \u00e0 des terroristes, et les appels \u00e0 la violence lanc\u00e9s par certains d\u00e9put\u00e9s \u00bb. En effet, les d\u00e9clarations des d\u00e9put\u00e9s pouvant \u00eatre interpr\u00e9t\u00e9es comme une apologie du terrorisme sont passibles de sanctions p\u00e9nales. Or, ces d\u00e9clarations ont normalement un caract\u00e8re politique ; il est donc particuli\u00e8rement pertinent de savoir si elles devraient tomber sous le coup de l\u2019irresponsabilit\u00e9 parlementaire.<\/p>\n<p>(&#8230;)<\/p>\n<p>80. L\u2019amendement constitutionnel du 12 avril 2016 \u00e9tait une mesure ad hoc, ponctuelle et ad hominem visant 139 d\u00e9put\u00e9s dans le cadre d\u2019affaires d\u00e9j\u00e0 pendantes \u00e0 l\u2019Assembl\u00e9e nationale. En sa qualit\u00e9 de pouvoir constituant, la Grande Assembl\u00e9e nationale a pr\u00e9serv\u00e9 la p\u00e9rennit\u00e9 du r\u00e9gime d\u2019immunit\u00e9 tel qu\u2019\u00e9tabli par les articles\u00a083 et\u00a085 de la Constitution, mais y a d\u00e9rog\u00e9 dans le cas d\u2019affaires particuli\u00e8res concernant des individus identifiables, tout en recourant \u00e0 une formulation g\u00e9n\u00e9rale. Il s\u2019agit l\u00e0 d\u2019une utilisation abusive de la proc\u00e9dure de modification de la Constitution.<\/p>\n<p>81. L\u2019argument selon lequel le traitement au cas par cas des affaires visant ces d\u00e9put\u00e9s aurait pris trop de temps et surcharg\u00e9 le programme de la Grande Assembl\u00e9e nationale n\u2019est pas convaincant. Au lieu de simplifier la proc\u00e9dure de lev\u00e9e d\u2019immunit\u00e9, on a maintenu un syst\u00e8me complexe tout en y d\u00e9rogeant concernant 139\u00a0d\u00e9put\u00e9s. La forte charge de travail de la Grande Assembl\u00e9e nationale ne justifie pas la distinction faite entre les affaires impliquant ces d\u00e9put\u00e9s et toutes les autres affaires soumises avant et apr\u00e8s l\u2019adoption de la modification. Cette diff\u00e9rence de traitement est contraire au principe d\u2019\u00e9galit\u00e9. De l\u2019avis de la Commission, le syst\u00e8me d\u2019immunit\u00e9 parlementaire turc ne devrait pas \u00eatre affaibli mais renforc\u00e9, notamment afin de garantir la libert\u00e9 d\u2019expression des membres du Parlement.<\/p>\n<p>(&#8230;)\u00a0\u00bb<\/p>\n<p><em>3. L\u2019avis de la Commission de Venise\u00a0sur les modifications de la Constitution adopt\u00e9es par la Grande Assembl\u00e9e nationale le 21\u00a0janvier 2017 et soumises au r\u00e9f\u00e9rendum national le 16 avril 2017<\/em><\/p>\n<p>162. Les 10 et 11 mars 2017, lors de sa 110e session pl\u00e9ni\u00e8re, la Commission de Venise adopta son avis relatif au projet de loi portant r\u00e9vision de la Constitution de la Turquie, qui pr\u00e9voyait le passage d\u2019un r\u00e9gime parlementaire \u00e0 un r\u00e9gime pr\u00e9sidentiel. Les parties pertinentes en l\u2019esp\u00e8ce de cet avis sont ainsi libell\u00e9es (notes de bas de page omises)\u00a0:<\/p>\n<p>\u00ab\u00a021. Les d\u00e9bats, tout d\u2019abord, ont eu lieu en l\u2019absence d\u2019un nombre significatif de d\u00e9put\u00e9s de l\u2019opposition. L\u2019immunit\u00e9 parlementaire de plusieurs d\u00e9put\u00e9s a en effet \u00e9t\u00e9 lev\u00e9e en vertu des modifications adopt\u00e9es le 20 mai 2016, publi\u00e9es au journal officiel le 8 juin 2016 et entr\u00e9es en vigueur le m\u00eame jour. Le 4 novembre 2016, le pr\u00e9sident et huit autres d\u00e9put\u00e9s du deuxi\u00e8me parti d\u2019opposition par la taille, le HDP (Selahattin\u00a0Demirta\u015f), ont \u00e9t\u00e9 mis en d\u00e9tention pr\u00e9ventive. Treize d\u00e9put\u00e9s du HDP sont actuellement en d\u00e9tention, bien que la Commission de Venise ait recommand\u00e9 de restaurer l\u2019immunit\u00e9 parlementaire en Turquie.<\/p>\n<p>(&#8230;)<\/p>\n<p>119. La Commission de Venise trouve extr\u00eamement probl\u00e9matique la composition propos\u00e9e pour le Conseil sup\u00e9rieur des juges et des procureurs. Pr\u00e8s de la moiti\u00e9 de ses membres (4 + 2 = 6 sur 13) seront d\u00e9sign\u00e9s par le Pr\u00e9sident. Il convient de rappeler encore une fois ici que le Pr\u00e9sident ne sera plus un pouvoir neutre, mais appartiendra \u00e0 une mouvance politique\u00a0: son choix n\u2019aura pas \u00e0 \u00eatre politiquement neutre en ce qui concerne les membres du Conseil. Les sept autres membres seront \u00e9lus par la Grande Assembl\u00e9e nationale. Si le parti du Pr\u00e9sident y poss\u00e8de une majorit\u00e9 d\u2019au moins trois cinqui\u00e8mes des si\u00e8ges, il sera en mesure de pourvoir tous les si\u00e8ges du Conseil. Si tel est le cas, ce qui est pratiquement garanti par le syst\u00e8me d\u2019\u00e9lections simultan\u00e9es, il pourra obtenir plusieurs si\u00e8ges, qui formeront une majorit\u00e9 avec les membres d\u00e9sign\u00e9s par le Pr\u00e9sident. Cela compromettrait gravement l\u2019ind\u00e9pendance de la justice, du fait que le Conseil est le principal organe de gestion autonome de la justice, charg\u00e9 des nominations, des promotions, des transferts, des mesures disciplinaires et de la r\u00e9vocation des juges et des procureurs. Le contr\u00f4ler revient \u00e0 contr\u00f4ler les juges et les procureurs, surtout dans un pays o\u00f9 les r\u00e9vocations de juges sont devenues fr\u00e9quentes et les transferts de juges sont monnaie courante. On note \u00e0 ce propos que le projet pr\u00e9voit des \u00e9lections au Conseil des juges et des procureurs dans les 30 jours qui suivront l\u2019entr\u00e9e en vigueur de la r\u00e9vision, et que les forces politiques qui soutiennent cette derni\u00e8re d\u00e9tiennent trois cinqui\u00e8mes des si\u00e8ges \u00e0 la Grande Assembl\u00e9e nationale, ce qui leur permet de pourvoir tous les si\u00e8ges au Conseil.<\/p>\n<p>(&#8230;)\u00a0\u00bb<\/p>\n<p><em>4. L\u2019avis de la Commission de Venise sur la mission, les comp\u00e9tences et le fonctionnement des formations de juges de paix statuant en mati\u00e8re p\u00e9nale<\/em><\/p>\n<p>163. Le 13 mars 2017, lors de sa 110e session pl\u00e9ni\u00e8re, la Commission de Venise publia un avis (no 852\/2016) sur la mission, les comp\u00e9tences et le fonctionnement des formations de \u00ab\u00a0juges de paix statuant en mati\u00e8re p\u00e9nale\u00a0\u00bb. Les parties de cet avis qui sont pertinentes en l\u2019esp\u00e8ce se lisent comme suit (notes de bas de page omises)\u00a0:<\/p>\n<p>\u00ab\u00a076. La dur\u00e9e de la d\u00e9tention provisoire reste un probl\u00e8me grave en Turquie. Le minist\u00e8re de la Justice a mis \u00e0 disposition des statistiques montrant que le rapport entre le nombre de personnes d\u00e9tenues et le nombre de personnes condamn\u00e9es a \u00e9t\u00e9 r\u00e9duit de 50\u00a0% \u00e0 14\u00a0% entre 2007 et 2014, avant la cr\u00e9ation des juges de paix. Ce taux est rest\u00e9 stable jusqu\u2019au coup d\u2019\u00c9tat. Il ressort de ces donn\u00e9es que les formations de juges de paix et le m\u00e9canisme d\u2019appel horizontal entre juges de paix de m\u00eame niveau n\u2019ont pas r\u00e9solu la question de la dur\u00e9e de la d\u00e9tention provisoire.<\/p>\n<p>78. (&#8230;) [L]es d\u00e9tentions ordonn\u00e9es par des juges de paix posent probl\u00e8me en raison du m\u00e9canisme d\u2019appel horizontal. Par cons\u00e9quent, [pour] les personnes qui ont \u00e9t\u00e9 plac\u00e9es en d\u00e9tention provisoire par des juges de paix sur la base de d\u00e9cisions insuffisamment motiv\u00e9es (&#8230;)[,]le parquet devrait demander la remise en libert\u00e9 dans les meilleurs d\u00e9lais.<\/p>\n<p>94. (&#8230;) [L]a mani\u00e8re d\u2019\u00e9tablissement du syst\u00e8me des juges de la paix et leur fonctionnement examin\u00e9 ci-dessus sont propices \u00e0 une motivation insuffisante de leurs d\u00e9cisions. Des exemples individuels sont donc tr\u00e8s susceptibles d\u2019\u00eatre r\u00e9v\u00e9lateurs d\u2019un probl\u00e8me plus large. Le fait que les d\u00e9cisions des juges de la paix puissent faire l\u2019objet d\u2019un appel devant la Cour constitutionnelle ne rem\u00e9die pas \u00e0 ce probl\u00e8me structurel.<\/p>\n<p>95. En r\u00e9sum\u00e9, les exemples sont nombreux dans lesquels les juges de paix n\u2019ont pas suffisamment motiv\u00e9 des d\u00e9cisions ayant un impact consid\u00e9rable sur les droits de l\u2019homme des individus, et n\u2019auraient probablement m\u00eame pas pu le faire en raison de leur charge de travail.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p><em>5. Le m\u00e9morandum du Commissaire aux droits de l\u2019homme du Conseil de l\u2019Europe suite \u00e0 ses visites en Turquie en 2016<\/em><\/p>\n<p>164. Le 15 f\u00e9vrier 2017, le Commissaire aux droits de l\u2019homme publia un m\u00e9morandum relatif \u00e0 la libert\u00e9 d\u2019expression et \u00e0 la libert\u00e9 des m\u00e9dias en Turquie. Les parties pertinentes de ce m\u00e9morandum sont ainsi libell\u00e9es (traduction du greffe\u00a0; notes de bas de page omises)\u00a0:<\/p>\n<p>\u00ab\u00a0Le recours au harc\u00e8lement judiciaire pour restreindre le d\u00e9bat parlementaire<\/p>\n<p>59. Si les journalistes critiques sont les victimes les plus \u00e9videntes de cette situation (&#8230;), de nombreux autres secteurs et groupes sont \u00e9galement cibl\u00e9s de mani\u00e8re directe. La lev\u00e9e de l\u2019immunit\u00e9 de d\u00e9put\u00e9s en est une manifestation particuli\u00e8rement troublante. Dans le cadre d\u2019une initiative que la Commission de Venise a qualifi\u00e9e de mesure ad hoc, ponctuelle et ad hominem, et par un abus de la proc\u00e9dure de modification constitutionnelle, la majorit\u00e9 des membres du Parlement turc a lev\u00e9 l\u2019immunit\u00e9 de 139 d\u00e9put\u00e9s qui \u00e9taient vis\u00e9s par des demandes de poursuites soumises au Parlement. L\u2019un des aspects les plus inqui\u00e9tants de cette mesure est le fait que la plupart des actes incrimin\u00e9s concernaient des d\u00e9clarations qui auraient \u00e9t\u00e9 formul\u00e9es par ces d\u00e9put\u00e9s aux fins par exemple d\u2019insulter le pr\u00e9sident de la R\u00e9publique ou d\u2019autres hauts fonctionnaires, de faire de la propagande terroriste ou d\u2019inciter \u00e0 la haine. Le pr\u00e9ambule de la modification constitutionnelle indique lui-m\u00eame que l\u2019objet de cette modification est de r\u00e9pondre \u00e0 l\u2019indignation publique suscit\u00e9e notamment par \u00ab\u00a0les d\u00e9clarations de certains d\u00e9put\u00e9s constituant un soutien \u00e9motionnel et moral au terrorisme\u00a0\u00bb. Comme la Commission de Venise l\u2019a soulign\u00e9, la quasi-totalit\u00e9 des d\u00e9put\u00e9s d\u2019un certain parti d\u2019opposition, le HDP, ont \u00e9t\u00e9 concern\u00e9s par la mesure. En cons\u00e9quence de celle-ci, des poursuites sont en cours contre de nombreux d\u00e9put\u00e9s de l\u2019opposition. Plusieurs membres du HDP, dont ses copr\u00e9sidents, ont \u00e9t\u00e9 arr\u00eat\u00e9s en novembre 2016. Les autorit\u00e9s turques ont d\u00e9clar\u00e9 que le motif de ces arrestations \u00e9tait le refus des d\u00e9put\u00e9s de se conformer \u00e0 l\u2019ordrede se pr\u00e9senter en personne devant le parquet. Or, m\u00eame apr\u00e8s avoir \u00e9t\u00e9 contraints \u00e0 livrer leurs d\u00e9positions, onze d\u00e9put\u00e9s demeurent en prison et dans l\u2019incapacit\u00e9 d\u2019accomplir leur mandat parlementaire, \u00e0 un moment crucial.<\/p>\n<p>60. La CEDH a clairement affirm\u00e9 ceci\u00a0: \u00ab\u00a0[p]r\u00e9cieuse pour chacun, la libert\u00e9 d\u2019expression l\u2019est tout particuli\u00e8rement pour un \u00e9lu du peuple\u00a0; il repr\u00e9sente ses \u00e9lecteurs, signale leurs pr\u00e9occupations et d\u00e9fend leurs int\u00e9r\u00eats. Partant, des ing\u00e9rences dans la libert\u00e9 d\u2019expression d\u2019un parlementaire de l\u2019opposition (&#8230;) commandent \u00e0 la Cour de se livrer \u00e0 un contr\u00f4le des plus stricts\u00a0\u00bb. Le Commissaire \u00e9voque \u00e9galement l\u2019arr\u00eat de la CEDH concernant le DTP, un parti ayant pr\u00e9c\u00e9d\u00e9 le HDP qui a \u00e9t\u00e9 ind\u00fbment dissout, en raison principalement de d\u00e9clarations de ses membres qui \u00e9taient prot\u00e9g\u00e9es par l\u2019article 10 de la Convention. Il rel\u00e8ve en particulier que les d\u00e9clarations en question \u00e9taient tr\u00e8s proches de celles qui ont servi \u00e0 justifier la lev\u00e9e des immunit\u00e9s ici en cause.<\/p>\n<p>61. Le Commissaire attire tout particuli\u00e8rement l\u2019attention des autorit\u00e9s sur la conclusion de la Cour, qui a dit que la simple existence de parall\u00e8les entre les principes d\u00e9fendus par le DTP et ceux du PKK ne permettait pas de conclure que le parti approuvait l\u2019usage de la force aux fins de la mise en \u0153uvre de ses politiques. Si un groupe politique \u00e9tait consid\u00e9r\u00e9 comme soutenant le terrorisme du seul fait qu\u2019il d\u00e9fend ces principes, cela limiterait la possibilit\u00e9 de traiter les questions connexes dans le cadre d\u2019un d\u00e9bat d\u00e9mocratique et permettrait des mouvements arm\u00e9s destin\u00e9s \u00e0 accaparer le soutien aux principes en question. Dans le contexte actuel, le Commissaire consid\u00e8re que la lev\u00e9e de l\u2019immunit\u00e9 de d\u00e9put\u00e9s puis l\u2019arrestation et la mise en d\u00e9tention de ceux-ci ont non seulement priv\u00e9 des millions d\u2019\u00e9lecteurs de leurs droits de repr\u00e9sentation, mais aussi adress\u00e9 un message extr\u00eamement dangereux et dissuasif \u00e0 l\u2019ensemble de la population turque, et consid\u00e9rablement r\u00e9duit la port\u00e9e du d\u00e9bat d\u00e9mocratique, notamment sur les droits de l\u2019homme.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p><em>6. La d\u00e9cision adopt\u00e9e par le Conseil directeur de l\u2019Union interparlementaire (UIP)<\/em><\/p>\n<p>165. Le 18 octobre 2017, lors de sa 201e session tenue \u00e0 Saint-P\u00e9tersbourg, le Conseil directeur de l\u2019UIP rendit sa d\u00e9cision concernant cinquante-six d\u00e9put\u00e9s du HDP, dont le requ\u00e9rant. Il indiquait notamment ce qui suit\u00a0:<\/p>\n<p>\u00ab\u00a0(&#8230;)<\/p>\n<p>5. rappelle ses pr\u00e9occupations de longue date en ce qui concerne le respect de la libert\u00e9 d\u2019expression et d\u2019association dans le cadre de la l\u00e9gislation antiterroriste et l\u2019infraction d\u2019appartenance \u00e0 une organisation criminelle et r\u00e9it\u00e8re ses recommandations ant\u00e9rieures aux autorit\u00e9s turques tendant \u00e0 ce que celles-ci rem\u00e9dient sans tarder \u00e0 ces probl\u00e8mes de mani\u00e8re appropri\u00e9e\u00a0; exhorte les autorit\u00e9s turques \u00e0 fournir les renseignements demand\u00e9s sur les faits pr\u00e9cis et sur les \u00e9l\u00e9ments de preuve qui fondent les accusations port\u00e9es et les condamnations prononc\u00e9es contre les parlementaires concern\u00e9s, y compris les extraits pertinents de toutes les d\u00e9cisions de justice\u00a0; souhaite \u00e9galement \u00eatre tenu inform\u00e9 de tout fait nouveau concernant les proc\u00e9dures en cours, en particulier quand des verdicts sont prononc\u00e9s\u00a0;<\/p>\n<p>6. signale que les faits nouveaux r\u00e9cemment intervenus et l\u2019absence de progr\u00e8s dans le r\u00e8glement de ce cas risquent de rendre plus cr\u00e9dibles les craintes que les proc\u00e9dures en cours ne visent \u00e0 priver le Parti d\u00e9mocratique du peuple (HDP) d\u2019une repr\u00e9sentation effective au parlement, \u00e0 affaiblir les partis d\u2019opposition au parlement et dans le cadre plus vaste de la vie politique et, par cons\u00e9quent, \u00e0 museler les populations qu\u2019ils repr\u00e9sentent\u00a0; r\u00e9affirme ses craintes que la possibilit\u00e9 limit\u00e9e pour les populations affect\u00e9es d\u2019\u00eatre repr\u00e9sent\u00e9es au parlement ne contribue \u00e0 d\u00e9t\u00e9riorer encore la situation politique et en mati\u00e8re de s\u00e9curit\u00e9 qui pr\u00e9vaut dans le sud-est de la Turquie et n\u2019affaiblisse aussi l\u2019ind\u00e9pendance de l\u2019institution parlementaire dans son ensemble\u00a0;<\/p>\n<p>(&#8230;)\u00a0\u00bb<\/p>\n<p><em>7. Le Rapport 2017\/2018 d\u2019Amnesty International sur la situation des droits humains dans le monde<\/em><\/p>\n<p>166. Les parties du rapport annuel 2017\/2018 d\u2019Amnesty International sur la situation des droits humains dans le monde qui concernent la Turquie et sont pertinentes en l\u2019esp\u00e8ce se lisent ainsi\u00a0:<\/p>\n<p>\u00ab\u00a0Turquie<\/p>\n<p>(&#8230;)<\/p>\n<p>De nouvelles violations des droits humains ont \u00e9t\u00e9 commises dans le contexte du maintien de l\u2019\u00e9tat d\u2019urgence. Les dissidents ont fait l\u2019objet d\u2019une r\u00e9pression sans merci visant en particulier les journalistes, les militants politiques et les d\u00e9fenseurs des droits humains. (&#8230;)<\/p>\n<p>Contexte<\/p>\n<p>(&#8230;)<\/p>\n<p>Neuf\u00a0d\u00e9put\u00e9s du parti pro-kurde de gauche, le Parti d\u00e9mocratique des peuples (HDP), dont ses deux dirigeants, qui avaient \u00e9t\u00e9 plac\u00e9s en d\u00e9tention en 2016, sont rest\u00e9s emprisonn\u00e9s pendant toute l\u2019ann\u00e9e. Soixante maires \u00e9lus du Parti d\u00e9mocratique des r\u00e9gions, d\u00e9clinaison \u00e0 l\u2019\u00e9chelle locale du HDP, qui repr\u00e9sentaient des municipalit\u00e9s de l\u2019est et du sud-est de la Turquie, \u00e0 population majoritairement kurde, ont \u00e9t\u00e9 eux aussi maintenus en d\u00e9tention. Les fonctionnaires non \u00e9lus qui les rempla\u00e7aient sont rest\u00e9s en poste tout au long de l\u2019ann\u00e9e 2017. (&#8230;)<\/p>\n<p>Libert\u00e9 d\u2019expression<\/p>\n<p>Les repr\u00e9sentants de la soci\u00e9t\u00e9 civile, de m\u00eame que la population en g\u00e9n\u00e9ral, pratiquaient tr\u00e8s largement l\u2019autocensure, supprimant des messages publi\u00e9s sur les r\u00e9seaux sociaux et s\u2019abstenant de faire des commentaires en public de crainte d\u2019\u00eatre licenci\u00e9s ou poursuivis en justice et pour \u00e9viter la fermeture de leur organisation. Des milliers de personnes qui n\u2019avaient fait qu\u2019exercer pacifiquement leur droit \u00e0 la libert\u00e9 d\u2019expression ont fait l\u2019objet de poursuites judiciaires, notamment au titre de lois interdisant la diffamation et sur la base d\u2019accusations en lien avec le terrorisme forg\u00e9es de toutes pi\u00e8ces. Des cas de d\u00e9tention provisoire arbitraire, excessivement longue et inflig\u00e9e \u00e0 titre punitif ont \u00e9t\u00e9 r\u00e9guli\u00e8rement signal\u00e9s. Des informations confidentielles concernant des enqu\u00eates ont \u00e9t\u00e9 souvent transmises \u00e0 des m\u00e9dias li\u00e9s au gouvernement et \u00e9tal\u00e9es \u00e0 la une de journaux, et des porte-paroles du gouvernement ont fait des d\u00e9clarations pr\u00e9judiciables concernant des affaires en cours d\u2019instruction. Les journalistes et les militants politiques \u00e9taient toujours en butte \u00e0 des actions en justice, et le nombre de poursuites engag\u00e9es contre des d\u00e9fenseurs des droits humains s\u2019est nettement accru. Les m\u00e9dias internationaux et leurs journalistes \u00e9taient \u00e9galement pris pour cible.<\/p>\n<p>Les critiques visant le gouvernement ont largement disparu dans les m\u00e9dias de l\u2019audiovisuel et dans la presse \u00e9crite, l\u2019expression d\u2019opinions dissidentes se cantonnant g\u00e9n\u00e9ralement aux m\u00e9dias en ligne. Le gouvernement a continu\u00e9 d\u2019utiliser des ordonnances administratives contre lesquelles il n\u2019existait pas de recours efficace\u00a0; il les utilisait r\u00e9guli\u00e8rement pour censurer des contenus sur Internet. (&#8230;)\u00a0\u00bb.<\/p>\n<p><strong>EN DROIT<\/strong><\/p>\n<p>I. SUR LA PORT\u00c9E DE L\u2019AFFAIRE DEVANT LA GRANDE CHAMBRE<\/p>\n<p>167. La Cour rappelle que le contenu et l\u2019objet de l\u2019affaire renvoy\u00e9e devant la Grande Chambre sont d\u00e9limit\u00e9s par la d\u00e9cision de la chambre sur la recevabilit\u00e9 (Murtazaliyeva c. Russie [GC], no36658\/05, \u00a7\u00a088, 18\u00a0d\u00e9cembre 2018). La Grande Chambre ne peut donc pas examiner les parties de la requ\u00eate qui ont \u00e9t\u00e9 d\u00e9clar\u00e9es irrecevables. En cons\u00e9quence, les griefs du requ\u00e9rant consistant \u00e0 dire qu\u2019il a fait l\u2019objet d\u2019une arrestation et d\u2019une garde \u00e0 vue irr\u00e9guli\u00e8res et que son placement et son maintien en d\u00e9tention provisoire ne peuvent pas \u00eatre consid\u00e9r\u00e9s comme conformes \u00e0 la l\u00e9gislation nationale, doivent \u00eatre exclus de la port\u00e9e de l\u2019affaire, ces griefs ayant \u00e9t\u00e9 d\u00e9clar\u00e9s irrecevables par la chambre (voir, respectivement, les paragraphes 127-130 et 142-150 de l\u2019arr\u00eat de la chambre).<\/p>\n<p>168. S\u2019agissant du grief du requ\u00e9rant tir\u00e9 de l\u2019article 3 du Protocole\u00a0no\u00a01 \u00e0 la Convention selon lequel il a d\u00fb mener sa campagne \u00e9lectorale pr\u00e9sidentielle alors qu\u2019il se trouvait en d\u00e9tention provisoire, l\u2019int\u00e9ress\u00e9 l\u2019a soulev\u00e9 pour la premi\u00e8re fois devant la Grande Chambre dans ses observations du 16 mai 2019. \u00c9tant donn\u00e9 que ce grief n\u2019\u00e9tait pas couvert par la d\u00e9cision sur la recevabilit\u00e9 rendue par la chambre, la Cour ne peut pas l\u2019examiner \u00e0 ce stade de la proc\u00e9dure (voir, parmi beaucoup d\u2019autres, Rooman c.Belgique [GC], no 18052\/11, \u00a7 123, 31 janvier 2019).<\/p>\n<p>169. En ce qui concerne le grief relatif \u00e0 l\u2019article 10, la Cour note que la chambre a conclu qu\u2019il n\u2019y avait lieu de statuer s\u00e9par\u00e9ment ni sur sa recevabilit\u00e9 ni sur son bien-fond\u00e9. Partant, il n\u2019a \u00e9t\u00e9 d\u00e9clar\u00e9 ni recevable ni irrecevable. Conform\u00e9ment \u00e0 sa jurisprudence en la mati\u00e8re, la Cour estime que \u00ab\u00a0l\u2019affaire\u00a0\u00bb renvoy\u00e9e devant la Grande Chambre comprend \u00e9galement le grief tir\u00e9 de l\u2019article 10 de la Convention (Ilias et Ahmed c.\u00a0Hongrie ([GC], no 47287\/15, \u00a7\u00a7 167-178, 21 novembre 2019).<\/p>\n<p>170. Compte tenu de ce qui pr\u00e9c\u00e8de, la pr\u00e9sente affaire englobe les griefs du requ\u00e9rant tir\u00e9s de l\u2019article 5 \u00a7 1 (absence all\u00e9gu\u00e9e de raisons plausibles de le soup\u00e7onner d\u2019avoir commis une infraction), de l\u2019article\u00a05 \u00a7\u00a03, de l\u2019article 5 \u00a7 4 (absence all\u00e9gu\u00e9e de contr\u00f4le juridictionnel \u00e0 bref d\u00e9lai par la Cour constitutionnelle), de l\u2019article 10, de l\u2019article 18 combin\u00e9 avec l\u2019article 5 et de l\u2019article\u00a03 du Protocole no 1 (en ce qui concerne le droit de se pr\u00e9senter aux \u00e9lections l\u00e9gislatives et d\u2019exercer des activit\u00e9s politiques en tant que parlementaire).<\/p>\n<p>II. SUR LES EXCEPTIONS PR\u00c9LIMINAIRES SOULEV\u00c9ES PAR LE GOUVERNEMENT<\/p>\n<p>171. Le Gouvernement soul\u00e8ve cinq exceptions pr\u00e9liminaires.<\/p>\n<p><strong>A. Sur l\u2019exception pr\u00e9liminaire tir\u00e9e de l\u2019article 35 \u00a7 2 b) de la Convention<\/strong><\/p>\n<p><em>1. Th\u00e8ses des parties<\/em><\/p>\n<p>a) Le Gouvernement<\/p>\n<p>172. Le Gouvernement indique qu\u2019en juin 2016 le HDP a d\u00e9pos\u00e9 une plainte aupr\u00e8s du Comit\u00e9 des droits de l\u2019homme des parlementaires de l\u2019Union interparlementaire (\u00ab\u00a0le Comit\u00e9 de l\u2019UIP\u00a0\u00bb) au nom de cinquante\u2011cinq\u00a0d\u00e9put\u00e9s du HDP, dont le requ\u00e9rant. Il expose que la plainte a par la suite \u00e9t\u00e9 modifi\u00e9e par l\u2019ajout de griefs relatifs \u00e0 la mise en d\u00e9tention provisoire des int\u00e9ress\u00e9s et qu\u2019elle contenait des all\u00e9gations de violations des droits fondamentaux des parlementaires concern\u00e9s. Il pr\u00e9cise que les int\u00e9ress\u00e9s se plaignaient tout d\u2019abord du non-respect de leur immunit\u00e9 parlementaire, qu\u2019ils all\u00e9guaient \u00e9galement une violation de leur droit \u00e0 la libert\u00e9 d\u2019expression et \u00e0 la libert\u00e9 d\u2019association en raison des enqu\u00eates et proc\u00e9dures p\u00e9nales engag\u00e9es \u00e0 leur encontre, et qu\u2019ils se plaignaient de la mise en d\u00e9tention provisoire de certains d\u2019entre eux, ainsi que du manque d\u2019\u00e9quit\u00e9 des proc\u00e9dures p\u00e9nales. Par la suite, le Comit\u00e9 de l\u2019UIP aurait r\u00e9dig\u00e9 plusieurs rapports et le Conseil directeur de l\u2019UIP aurait adopt\u00e9 des d\u00e9cisions concernant cette affaire. En avril 2019 notamment, le Conseil directeur de l\u2019UIP aurait \u00e9galement pri\u00e9 le Comit\u00e9 de l\u2019UIP de poursuivre l\u2019examen de cette affaire sur une base r\u00e9guli\u00e8re afin de prendre en compte les nouveaux d\u00e9veloppements et pr\u00e9occupations, et de lui faire rapport en temps utile. Le Gouvernement indique que l\u2019affaire du requ\u00e9rant est toujours pendante devant le Comit\u00e9 de l\u2019UIP.<\/p>\n<p>173. Le Gouvernement estime que le requ\u00e9rant a ainsi soumis ses griefs \u00e0 une autre instance internationale d\u2019enqu\u00eate ou de r\u00e8glement au sens de l\u2019article\u00a035 \u00a7 2 b) de la Convention, \u00e0 savoir le Comit\u00e9 de l\u2019UIP. Il avance que l\u2019UIP est une \u00ab\u00a0organisation internationale\u00a0\u00bb, comme en atteste selon lui l\u2019article 1 de son statut, et il consid\u00e8re que le rejet de son exception par la chambre \u00e0 la lumi\u00e8re de la d\u00e9cision Loukanov c. Bulgarie (no\u00a021915\/93, d\u00e9cision de la Commission du 12 janvier 1995, D\u00e9cisions et rapports (DR) 80-B, p. 108) est une erreur, arguant \u00e0 cet \u00e9gard que la chambre n\u2019a pas pris en compte le statut juridique actuel de l\u2019UIP, lequel d\u2019apr\u00e8s lui a \u00e9t\u00e9 modifi\u00e9 apr\u00e8s 1995. Dans ce contexte, citant deux opinions d\u2019universitaires, le Gouvernement estime qu\u2019\u00e0 l\u2019heure actuelle l\u2019UIP est g\u00e9n\u00e9ralement reconnue comme une organisation gouvernementale internationale.<\/p>\n<p>174. Le Gouvernement affirme que la proc\u00e9dure mise en place par l\u2019UIP pour l\u2019examen des violations all\u00e9gu\u00e9es des droits fondamentaux des parlementaires constitue une proc\u00e9dure quasi judiciaire similaire \u00e0 celle \u00e9tablie par la Convention et qu\u2019elle correspond \u00e0 \u00ab\u00a0une autre instance internationale d\u2019enqu\u00eate ou de r\u00e8glement\u00a0\u00bb au sens de l\u2019article 35 \u00a7 2 b) de la Convention. \u00c0 cet \u00e9gard, il soutient que cette proc\u00e9dure pr\u00e9sente de nombreuses similitudes avec celle du Groupe de travail sur la d\u00e9tention arbitraire du Conseil des droits de l\u2019homme de l\u2019Organisation des Nations unies (ONU) et celle du Comit\u00e9 de la libert\u00e9 syndicale de l\u2019Organisation internationale du travail (OIT), lesquelles, selon la jurisprudence bien \u00e9tablie de la Cour, correspondent \u00e0 \u00ab\u00a0une autre instance internationale d\u2019enqu\u00eate ou de r\u00e8glement\u00a0\u00bb.<\/p>\n<p>b) Le requ\u00e9rant<\/p>\n<p>175. Se r\u00e9f\u00e9rant \u00e0 la d\u00e9cision G\u00fcrdeniz c. Turquie ((d\u00e9c.), no\u00a059715\/10, 18\u00a0mars 2014), le requ\u00e9rant affirme que la proc\u00e9dure mise en place par l\u2019UIP ne r\u00e9pond pas \u00e0 la d\u00e9finition d\u2019une \u00ab\u00a0autre instance internationale d\u2019enqu\u00eate ou de r\u00e8glement\u00a0\u00bb. Il estime qu\u2019il ne s\u2019agit pas d\u2019une proc\u00e9dure judiciaire ou quasi judiciaire analogue \u00e0 celle qui est pr\u00e9vue par la Convention. Dans ce contexte, il ajoute que les rapports de l\u2019UIP sont \u00e9tablis \u00e0 la suite de plaintes des d\u00e9put\u00e9s concern\u00e9s mais qu\u2019ils ne traitent pas de la situation individuelle des int\u00e9ress\u00e9s. Ainsi, il indique que le rapport n\u2019est pas une d\u00e9cision susceptible de fournir un redressement effectif.<\/p>\n<p>176. Le requ\u00e9rant expose que le rapport de soixante et onze pages adopt\u00e9 par le Comit\u00e9 de l\u2019UIP relativement \u00e0 la plainte des d\u00e9put\u00e9s du HDP pr\u00e9sente des \u00e9valuations, des suggestions et des recommandations non seulement pour la Turquie, mais \u00e9galement pour d\u2019autres pays. La situation des d\u00e9put\u00e9s turcs est abord\u00e9e aux pages 49 et 56 du rapport. Ces passages couvrent non seulement la situation du requ\u00e9rant, mais aussi celle de tous les d\u00e9put\u00e9s du HDP, de certains anciens d\u00e9put\u00e9s et de certains d\u00e9put\u00e9s du CHP. Ils contiennent une \u00e9valuation globale de la lev\u00e9e des immunit\u00e9s parlementaires, des libert\u00e9s d\u2019expression et d\u2019association et du pouvoir judiciaire en Turquie. Le requ\u00e9rant estime que la forme et le contenu des d\u00e9cisions adopt\u00e9es par le Comit\u00e9 des droits de l\u2019homme de l\u2019ONU ou le Groupe de travail sur la d\u00e9tention arbitraire sont diff\u00e9rents de ceux du rapport produit par l\u2019UIP et que celui-ci ne permet pas d\u2019\u00e9tablir, de mani\u00e8re juridique, une violation des droits pertinents. En l\u2019occurrence, selon le requ\u00e9rant, le rapport reproche au Gouvernement de ne pas autoriser l\u2019UIP \u00e0 rendre visite aux d\u00e9put\u00e9s mis en d\u00e9tention provisoire, critique la condamnation des d\u00e9put\u00e9s \u00e0 des peines d\u2019emprisonnement et, notant que la moiti\u00e9 des parlementaires plac\u00e9s en d\u00e9tention et quatre des cinq\u00a0parlementaires dont le mandat a \u00e9t\u00e9 r\u00e9voqu\u00e9 sont des femmes, exprime la pr\u00e9occupation de l\u2019UIP selon laquelle cette situation pourrait aboutir \u00e0 une repr\u00e9sentation plus faible des femmes au sein de l\u2019Assembl\u00e9e nationale.<\/p>\n<p>177. Le requ\u00e9rant consid\u00e8re que le rapport du Comit\u00e9 de l\u2019UIP et la d\u00e9cision du Conseil directeur de l\u2019UIP repr\u00e9sentent un constat politique de cette institution visant \u00e0 exercer une pression politique sur le gouvernement. Selon lui, ils ne couvrent pas l\u2019ensemble des all\u00e9gations de violations des droits de l\u2019homme d\u00e9nonc\u00e9es par lui dans la pr\u00e9sente requ\u00eate et ne proposent pas de redressement \u00e0 cet \u00e9gard.<\/p>\n<p><em>2. L\u2019arr\u00eat de la chambre<\/em><\/p>\n<p>178. La chambre a fait sienne la conclusion formul\u00e9e par la Commission europ\u00e9enne des droits de l\u2019homme (\u00ab\u00a0la Commission\u00a0\u00bb) dans l\u2019affaire Loukanov (d\u00e9cision pr\u00e9cit\u00e9e), selon laquelle l\u2019UIP ne constituait pas \u00ab\u00a0une autre instance internationale d\u2019enqu\u00eate ou de r\u00e8glement\u00a0\u00bb dans la mesure o\u00f9 elle \u00e9tait une organisation non gouvernementale r\u00e9unissant des parlementaires du monde entier. Par cons\u00e9quent, elle a rejet\u00e9 l\u2019exception soulev\u00e9e par le Gouvernement.<\/p>\n<p><em>3. Appr\u00e9ciation de la Grande Chambre<\/em><\/p>\n<p>179. Dans la pr\u00e9sente affaire, la Cour est appel\u00e9e, pour la premi\u00e8re fois depuis la d\u00e9cision rendue par la Commission dans l\u2019affaire Loukanov (d\u00e9cision pr\u00e9cit\u00e9e), \u00e0 examiner, sous l\u2019angle de l\u2019article 35 \u00a7 2 b) de la Convention, si le Comit\u00e9 de l\u2019UIP peut \u00eatre consid\u00e9r\u00e9 comme \u00ab\u00a0une autre instance internationale d\u2019enqu\u00eate ou de r\u00e8glement\u00a0\u00bb.<\/p>\n<p>180. La Cour observe d\u2019embl\u00e9e qu\u2019il lui faut se pencher sur la seconde partie de l\u2019article 35 \u00a7 2 b) de la Convention, qui refl\u00e8te le principe de la litispendance. Celui-ci vise \u00e0 \u00e9viter que plusieurs organes internationaux soient simultan\u00e9ment saisis de requ\u00eates qui seraient essentiellement les m\u00eames, ce qui serait incompatible avec l\u2019esprit et la lettre de la Convention, qui cherche \u00e0 \u00e9viter la pluralit\u00e9 de proc\u00e9dures internationales relatives aux m\u00eames affaires (Radomilja et autres c. Croatie [GC], nos\u00a037685\/10 et\u00a022768\/12, \u00a7 119, 20 mars 2018).<\/p>\n<p>181. Pour ce qui est du premier volet de ce crit\u00e8re, la Cour rappelle qu\u2019une requ\u00eate est consid\u00e9r\u00e9e comme \u00e9tant \u00ab\u00a0essentiellement la m\u00eame\u00a0\u00bb quand les faits, les parties et les griefs sont identiques (G\u00fcrdeniz, d\u00e9cision pr\u00e9cit\u00e9e, \u00a7\u00a041).<\/p>\n<p>182. S\u2019agissant du deuxi\u00e8me volet, c\u2019est-\u00e0-dire le point de savoir si une question soulev\u00e9e dans une requ\u00eate individuelle a d\u00e9j\u00e0 \u00e9t\u00e9 soumise \u00e0 \u00ab\u00a0une autre instance internationale d\u2019enqu\u00eate ou de r\u00e8glement\u00a0\u00bb, au sens de ces termes figurant \u00e0 l\u2019article 35 \u00a7 2 b), la Cour rappelle que son examen ne se limite pas \u00e0 une v\u00e9rification formelle mais qu\u2019il consiste aussi, le cas \u00e9ch\u00e9ant, \u00e0 rechercher si la nature de l\u2019organe de contr\u00f4le, la proc\u00e9dure suivie par celui-ci et l\u2019effet de ses d\u00e9cisions sont tels que cette disposition exclut la comp\u00e9tence de la Cour (D\u00e9cision sur la comp\u00e9tence de la Cour pour rendre un avis consultatif, \u00a7 31, CEDH 2004-VI). Dans ce contexte, l\u2019essentiel de l\u2019examen de la Cour consiste \u00e0 d\u00e9terminer si la proc\u00e9dure engag\u00e9e aupr\u00e8s de cet organe peut \u00eatre assimil\u00e9e, sous l\u2019angle proc\u00e9dural et sous l\u2019angle des effets potentiels, au droit de recours individuel pr\u00e9vu par l\u2019article 34 de la Convention. Par ailleurs, la Cour rappelle qu\u2019une de ses missions concernant les requ\u00eates introduites en vertu de l\u2019article 34 est de rendre la justice dans chaque affaire, en allouant s\u2019il y a lieu une satisfaction \u00e9quitable.<\/p>\n<p>183. La Cour a d\u00e9fini des crit\u00e8res en la mati\u00e8re dans sa d\u00e9cision F\u00e9d\u00e9ration hell\u00e9nique des syndicats des employ\u00e9s du secteur bancaire c.\u00a0Gr\u00e8ce (no 72808\/10, \u00a7\u00a7 32-45, 6 d\u00e9cembre 2011). Elle y a estim\u00e9 que la proc\u00e9dure en question devait pr\u00e9senter un certain nombre de caract\u00e9ristiques et des garanties permettant d\u2019assurer une protection efficace au requ\u00e9rant. Un tel m\u00e9canisme doit pouvoir d\u00e9terminer la responsabilit\u00e9 de l\u2019\u00c9tat (Peraldi c. France (d\u00e9c.), no 2096\/05, 7 avril 2009) et tendre \u00e0 faire cesser la violation all\u00e9gu\u00e9e en offrant un redressement appropri\u00e9 (Mikolenko c.\u00a0Estonie (d\u00e9c.), no 16944\/03, 5 janvier 2006), et de plus \u00eatre public, international, et judiciaire ou quasi judiciaire.<\/p>\n<p>184. Dans l\u2019affaire Loukanov (d\u00e9cision pr\u00e9cit\u00e9e), la Commission a consid\u00e9r\u00e9 que les termes \u00ab\u00a0autre instance\u00a0\u00bb visaient une proc\u00e9dure judiciaire ou quasi judiciaire analogue \u00e0 celle qui est pr\u00e9vue par la Convention et quel\u2019expression \u00ab\u00a0instance internationale d\u2019enqu\u00eate ou de r\u00e8glement\u00a0\u00bb d\u00e9signait des institutions et proc\u00e9dures cr\u00e9\u00e9es par des \u00c9tats, ce qui excluait les organismes non gouvernementaux. La Commission a \u00e9galement relev\u00e9 que l\u2019article\u00a027 \u00a7 1 b) de la Convention (l\u2019\u00e9quivalent de l\u2019article 35 \u00a7\u00a02\u00a0b) actuel) se r\u00e9f\u00e9rait \u00e0 des institutions et proc\u00e9dures intergouvernementales. Elle a donc pr\u00e9cis\u00e9 que les m\u00e9canismes \u00e9tablis par des organisations non gouvernementales sont clairement exclus du champ d\u2019application de l\u2019article 35 \u00a7 2 b) de la Convention. Cela \u00e9tant, m\u00eame si un m\u00e9canisme donn\u00e9 n\u2019a pas \u00e9t\u00e9 mis en place par une organisation non gouvernementale, cela ne signifie pas automatiquement qu\u2019il peut \u00eatre qualifi\u00e9 d\u2019\u00ab\u00a0autre instance internationale d\u2019enqu\u00eate et de r\u00e8glement\u00a0\u00bb. Tout bien consid\u00e9r\u00e9, la question \u00e0 laquelle la Cour est appel\u00e9e \u00e0 r\u00e9pondre en pareille situation est de savoir si ce m\u00e9canisme offre une \u00ab\u00a0proc\u00e9dure judiciaire ou quasi judiciaire analogue \u00e0 celle qui est pr\u00e9vue par la Convention\u00a0\u00bb, \u00e0 la lumi\u00e8re notamment des crit\u00e8res \u00e9nonc\u00e9s dans F\u00e9d\u00e9ration hell\u00e9nique des syndicats des employ\u00e9s du secteur bancaire (d\u00e9cision pr\u00e9cit\u00e9e) et des garanties institutionnelles et proc\u00e9durales qu\u2019il doit pr\u00e9senter.<\/p>\n<p>185. Dans ce contexte, le m\u00e9canisme en question et ses membres doivent \u00eatre ind\u00e9pendants et impartiaux conform\u00e9ment \u00e0 l\u2019article 6 de la Convention (Peraldi, d\u00e9cision pr\u00e9cit\u00e9e, et F\u00e9d\u00e9ration hell\u00e9nique des syndicats des employ\u00e9s du secteur bancaire, d\u00e9cision pr\u00e9cit\u00e9e, \u00a7\u00a7\u00a035-37). Pour ce qui est des garanties proc\u00e9durales, la Cour estime qu\u2019un organe judiciaire ou quasi judiciaire doit offrir une proc\u00e9dure contradictoire permettant \u00e0 chaque partie d\u2019\u00eatre inform\u00e9e des conclusions de l\u2019autre partie et d\u2019y r\u00e9pondre. Les parties doivent \u00e9galement \u00eatre inform\u00e9es des mesures et des d\u00e9cisions prises. Un tel organe doit aussi respecter le droit des parties de participer \u00e0 la proc\u00e9dure, notamment en soumettant des observations. Par ailleurs, cet organe doit r\u00e9pondre \u00e0 des requ\u00eates individuelles en rendant ses d\u00e9cisions de mani\u00e8re publique et motiv\u00e9e (comparer avec Mikolenko, d\u00e9cision pr\u00e9cit\u00e9e, et Celniku c. Gr\u00e8ce, no 21449\/04, \u00a7 40, 5 juillet 2007). En outre, il doit \u00eatre en mesure de d\u00e9terminer la responsabilit\u00e9 de l\u2019\u00c9tat au regard de l\u2019instrument juridique sur lequel reposent ses examens et d\u2019offrir une r\u00e9paration juridique capable de mettre fin \u00e0 la violation all\u00e9gu\u00e9e (comparer avec Mikolenko, d\u00e9cision pr\u00e9cit\u00e9e,et avec Karoussiotisc.\u00a0Portugal, no23205\/08, \u00a7\u00a7 59-76, CEDH 2011 (extraits)).<\/p>\n<p>186. De plus, la Cour consid\u00e8re que l\u2019exigence d\u2019une proc\u00e9dure judiciaire ou quasi judiciaire similaire \u00e0 celle pr\u00e9vue par la Convention implique n\u00e9cessairement que l\u2019examen effectu\u00e9 par l\u2019organe en question ait une port\u00e9e clairement d\u00e9finie et qu\u2019il soit limit\u00e9 \u00e0 certains droits et normes fond\u00e9s sur un instrument juridique ou sur un \u00ab\u00a0cadre\u00a0\u00bb par lequel les \u00c9tats ont autoris\u00e9 cet organe \u00e0 examiner et trancher les plaintes d\u00e9pos\u00e9es contre eux. Cela est d\u2019autant plus pertinent dans le contexte de l\u2019analyse des similitudes entre un tel m\u00e9canisme et la Courqu\u2019il incombe \u00e0 la Cour, en vertu de l\u2019article 32 de la Convention, d\u2019interpr\u00e9ter et d\u2019appliquer les dispositions de la Convention, et, aux termes de l\u2019article 19, d\u2019assurer le respect des engagements r\u00e9sultant pour les \u00c9tats contractants de la Convention. En effet, en l\u2019absence d\u2019un instrument juridique d\u00e9limitant de mani\u00e8re effective la comp\u00e9tence d\u2019un organe donn\u00e9, il serait plus difficile pour la Cour de v\u00e9rifier le mandat et la nature de cet organe ainsi que les obligations pesant sur les \u00c9tats membres.<\/p>\n<p>187. Pour en revenir aux circonstances de l\u2019esp\u00e8ce, le Gouvernement argue en particulier que le statut juridique de l\u2019UIP a \u00e9t\u00e9 modifi\u00e9 depuis la d\u00e9cision rendue par la Commission dans l\u2019affaire Loukanov (d\u00e9cision pr\u00e9cit\u00e9e) et que l\u2019UIP doit d\u00e9sormais \u00eatre consid\u00e9r\u00e9e comme une \u00ab\u00a0organisation internationale gouvernementale\u00a0\u00bb relevant du champ d\u2019application de l\u2019article 35 \u00a7 2 b). \u00c0 supposer m\u00eame que, dans la dichotomie mentionn\u00e9e dans Loukanov, le statut de l\u2019UIP ait chang\u00e9 depuis la date de cette d\u00e9cision, la Cour estime qu\u2019elle n\u2019a pas \u00e0 r\u00e9soudre cette question aux fins de l\u2019examen qu\u2019elle effectue en l\u2019esp\u00e8ce sous l\u2019angle de l\u2019article\u00a035 \u00a7 2 b). Elle se concentrera plut\u00f4t sur le point de savoir si la proc\u00e9dure devant le Comit\u00e9 de l\u2019UIP est similaire, dans ses caract\u00e9ristiques et ses effets potentiels, aux requ\u00eates individuelles introduites sur le fondement de l\u2019article 34 de la Convention. Pour ce faire, elle se livrera \u00e0 une \u00e9valuation de la nature de la proc\u00e9dure devant ledit comit\u00e9 afin de d\u00e9cider s\u2019il satisfait aux crit\u00e8res \u00e9tablis ci-dessus.<\/p>\n<p>188. \u00c0 cet \u00e9gard, le Comit\u00e9 de l\u2019UIP n\u2019a pas pour r\u00f4le de se prononcer sur un diff\u00e9rend entre un individu et un \u00c9tat sur le fondement d\u2019un instrument juridique par lequel les \u00c9tats auraient accept\u00e9 de reconna\u00eetre pareil pouvoir pour certains droits bien d\u00e9finis. En fait, comme l\u2019indiquent les R\u00e8gles et Pratiques du Comit\u00e9 de l\u2019UIP adopt\u00e9es en f\u00e9vrier 1989 et r\u00e9vis\u00e9es en mai 2007, mars 2014, avril 2015 et avril 2017, la vocation du Comit\u00e9 de l\u2019UIP est de d\u00e9fendre les droits de l\u2019homme des parlementaires en exercice et, dans certains cas, d\u2019anciens parlementaires de mani\u00e8re g\u00e9n\u00e9rale, lorsque leurs droits sont menac\u00e9s ou lorsqu\u2019il appara\u00eet qu\u2019ils ont \u00e9t\u00e9 viol\u00e9s. Il a pour objectifs de pr\u00e9venir d\u2019\u00e9ventuelles violations, de mettre fin \u00e0 des violations en cours et\/ou de promouvoir l\u2019action de l\u2019\u00c9tat en vue d\u2019assurer la r\u00e9paration effective de violations en faisant \u00ab\u00a0tout son possible pour favoriser un dialogue avec les autorit\u00e9s du pays int\u00e9ress\u00e9, et au premier chef avec son parlement, en vue d\u2019arriver \u00e0 un r\u00e8glement satisfaisant\u00a0\u00bb. Le Comit\u00e9 de l\u2019UIP n\u2019effectue donc pas des examens li\u00e9s au respect des obligations d\u00e9coulant pour un \u00c9tat d\u2019un instrument juridique particulier. Il ne peut donc pas \u00eatre consid\u00e9r\u00e9 comme offrant une proc\u00e9dure judiciaire ou quasi judiciaire similaire \u00e0 celle mise en place par la Convention.<\/p>\n<p>189. \u00c0 la lumi\u00e8re de cette conclusion, la Cour estime inutile d\u2019examiner s\u00e9par\u00e9ment si la pr\u00e9sente requ\u00eate est \u00ab\u00a0essentiellement la m\u00eame\u00a0\u00bb que la plainte pr\u00e9sent\u00e9e devant le Comit\u00e9 de l\u2019UIP.<\/p>\n<p>190. Eu \u00e9gard aux consid\u00e9rations qui pr\u00e9c\u00e8dent, il y a lieu de rejeter l\u2019exception formul\u00e9e par le Gouvernement au titre de l\u2019article 35 \u00a7 2 b) de la Convention.<\/p>\n<p><strong>B. Sur l\u2019exception pr\u00e9liminaire de non-exercice du recours individuel devant la Cour constitutionnelle<\/strong><\/p>\n<p><em>1. Th\u00e8ses des parties<\/em><\/p>\n<p>a) Le Gouvernement<\/p>\n<p>191. Le Gouvernement \u00e9voque la jurisprudence de la Cour selon laquelle l\u2019obligation pour un requ\u00e9rant d\u2019\u00e9puiser les voies de recours internes s\u2019appr\u00e9cie en principe \u00e0 la date d\u2019introduction de la requ\u00eate devant la Cour. Il indique que le requ\u00e9rant a saisi la Cour trois mois \u00e0 peine apr\u00e8s l\u2019introduction de son recours individuel devant la Cour constitutionnelle, lequel \u00e9tait alors pendant devant cette juridiction. Il estime que l\u2019int\u00e9ress\u00e9 a donc utilis\u00e9 la proc\u00e9dure devant la Cour comme un recours suppl\u00e9mentaire ou alternatif, plut\u00f4t que subsidiaire. Il en conclut que la Cour doit rejeter la requ\u00eate pour non-\u00e9puisement des voies de recours internes en se basant sur la date d\u2019introduction de la requ\u00eate devant elle.<\/p>\n<p>b) Le requ\u00e9rant<\/p>\n<p>192. Le requ\u00e9rant conteste la th\u00e8se du Gouvernement. Il estime que, dans l\u2019hypoth\u00e8se o\u00f9 la Cour admettrait l\u2019argument du Gouvernement, cela signifierait que l\u2019examen d\u2019un grief tir\u00e9 du caract\u00e8re arbitraire d\u2019une privation de libert\u00e9 ne peut \u00eatre effectu\u00e9 qu\u2019apr\u00e8s la d\u00e9cision interne d\u00e9finitive, ce qui rendrait ineffectif le recours individuel devant la Cour.<\/p>\n<p><em>2. Appr\u00e9ciation de la Grande Chambre<\/em><\/p>\n<p>193. La Cour rappelle que l\u2019obligation pour un requ\u00e9rant d\u2019\u00e9puiser les voies de recours internes s\u2019appr\u00e9cie en principe \u00e0 la date d\u2019introduction de la requ\u00eate devant la Cour. Cependant, il ressort de la jurisprudence bien \u00e9tablie que la Cour tol\u00e8re que le dernier \u00e9chelon d\u2019un recours soit atteint apr\u00e8s le d\u00e9p\u00f4t de la requ\u00eate mais avant qu\u2019elle ne se prononce sur la recevabilit\u00e9 de celle-ci (Karoussiotis, pr\u00e9cit\u00e9, \u00a7 57, Mehmet Hasan Altan c.\u00a0Turquie, no 13237\/17, \u00a7 107, 20mars 2018, \u015eahin Alpay c.\u00a0Turquie, no\u00a016538\/17, \u00a7 86, 20 mars 2018, Molla Sali c. Gr\u00e8ce [GC], no\u00a020452\/14, \u00a7\u00a7\u00a090-91, 19 d\u00e9cembre 2018, et A.M. c. France, no 12148\/18, \u00a7 66, 29\u00a0avril 2019).<\/p>\n<p>194. Le requ\u00e9rant en l\u2019esp\u00e8ce a saisi la Cour le 20 f\u00e9vrier 2017. Le recours individuel qu\u2019il avait form\u00e9 devant la Cour constitutionnelle le 17\u00a0novembre 2016 a \u00e9t\u00e9 d\u00e9clar\u00e9 irrecevable le 21 d\u00e9cembre 2017, soit avant la d\u00e9cision de la Cour sur la recevabilit\u00e9. Il convient donc de rejeter cette exception soulev\u00e9e par le Gouvernement.<\/p>\n<p><strong>C. Sur l\u2019exception pr\u00e9liminaire de non-\u00e9puisement des voies de recours internes (concernant les griefs tir\u00e9s des articles 5 \u00a7 3 et\u00a018 de la Convention et de l\u2019article 3 du Protocole no 1)<\/strong><\/p>\n<p><em>1. Th\u00e8ses des parties<\/em><\/p>\n<p>a) Le Gouvernement<\/p>\n<p>195. Le Gouvernement affirme que le requ\u00e9rant n\u2019a pas soulev\u00e9 ses griefs tir\u00e9s des articles 5 \u00a7 3 et 18 de la Convention et de l\u2019article 3 du Protocole no 1 dans le cadre de son premier recours aupr\u00e8s de la Cour constitutionnelle. Il avance que ce n\u2019est que dans ses recours ult\u00e9rieurs que le requ\u00e9rant s\u2019est plaint d\u2019une violation de ces dispositions. Il ajoute que ces recours sont toujours pendants devant la haute juridiction. Il estime en cons\u00e9quence que ces parties de la requ\u00eate doivent \u00eatre d\u00e9clar\u00e9es irrecevables pour non-\u00e9puisement des voies de recours internes.<\/p>\n<p>b) Le requ\u00e9rant<\/p>\n<p>196. Le requ\u00e9rant soutient qu\u2019il a \u00e9puis\u00e9 les voies de recours internes. Il indique qu\u2019il a effectivement introduit deux autres recours individuels devant la Cour constitutionnelle. Il pr\u00e9cise que le premier de ces recours concerne le droit \u00e0 \u00eatre traduit devant un juge, droit que les autorit\u00e9s auraient bafou\u00e9 pendant plus d\u2019un an apr\u00e8s sa mise en d\u00e9tention provisoire initiale, et que le deuxi\u00e8me recours porte sur le rejet par la cour d\u2019assises d\u2019une demande de lib\u00e9ration pendant la campagne des \u00e9lections pr\u00e9sidentielles. Il ajoute que l\u2019issue de ces recours ne pourra pas avoir d\u2019incidence sur l\u2019essence de la pr\u00e9sente affaire d\u00e8s lors que, le 21\u00a0d\u00e9cembre 2017, la Cour constitutionnelle a d\u00e9j\u00e0 rejet\u00e9 ses griefs ou d\u00e9cid\u00e9 de ne pas les examiner.<\/p>\n<p><em>2. Appr\u00e9ciation de la Grande Chambre<\/em><\/p>\n<p>197. La Cour note d\u2019embl\u00e9e qu\u2019il ressort du premier arr\u00eat de la Cour constitutionnelle que le requ\u00e9rant se plaignait dans son formulaire de recours initial d\u2019avoir \u00e9t\u00e9 arr\u00eat\u00e9, plac\u00e9 en garde \u00e0 vue et mis en d\u00e9tention provisoire en raison de discours politiques qu\u2019il avait prononc\u00e9s en tant que d\u00e9put\u00e9 et copr\u00e9sident d\u2019un parti politique. Il affirmait par ailleurs que, eu \u00e9gard \u00e0 son statut de d\u00e9put\u00e9, son placement en d\u00e9tention provisoire constituait une violation de son droit \u00e0 des \u00e9lections libres (voir le paragraphe\u00a097 ci-dessus). En cons\u00e9quence, la Cour estime que le requ\u00e9rant avait soulev\u00e9 ses griefs fond\u00e9s sur l\u2019article 18 de la Convention et sur l\u2019article\u00a03 du Protocole no 1 dans son premier recours individuel devant la Cour constitutionnelle.<\/p>\n<p>198. La juridiction constitutionnelle a en revanche d\u00e9clar\u00e9 que dans ledit formulaire l\u2019int\u00e9ress\u00e9 n\u2019avait pas pr\u00e9sent\u00e9, sur le terrain de l\u2019article 5 \u00a7 3 de la Convention, son grief relatif \u00e0 l\u2019absence de motifs pertinents et suffisants propres \u00e0 justifier son maintien en d\u00e9tention provisoire (paragraphe 118 de l\u2019arr\u00eat de la Cour constitutionnelle). Elle a indiqu\u00e9 que c\u2019\u00e9tait en r\u00e9pondant aux observations du minist\u00e8re de la Justice qu\u2019il avait pour la premi\u00e8re fois all\u00e9gu\u00e9 une telle violation. Par cons\u00e9quent, ajoutant que le requ\u00e9rant pourrait la saisir d\u2019un nouveau recours individuel, la Cour constitutionnellea d\u00e9cid\u00e9 de ne pas examiner cette partie du recours. Or, la Cour observe, d\u2019apr\u00e8s la copie du formulaire de recours initial qui figure dans le dossier de l\u2019affaire, que, dans les paragraphes 21 \u00e0 30, le requ\u00e9rant a express\u00e9ment soulev\u00e9 un grief fond\u00e9 sur l\u2019article 5 \u00a7 3 de la Convention. Dans la partie pertinente, il citait d\u2019abord l\u2019article 5 \u00a7 3 de la Convention (paragraphe\u00a021). Ensuite, il affirmait qu\u2019une personne priv\u00e9e de sa libert\u00e9 devait \u00eatre aussit\u00f4t traduite devant un juge et que sa privation de libert\u00e9 ne pouvait exc\u00e9der une dur\u00e9e raisonnable (paragraphe 22). Il soutenait en outre que la lourdeur de la peine encourue ne permettait pas d\u2019\u00e9tablir l\u2019existence d\u2019un quelconque risque de fuite (paragraphe 28). De plus, il critiquait la non-application d\u2019une mesure alternative \u00e0 la d\u00e9tention provisoire (paragraphe 29). Enfin, il se plaignait de l\u2019absence de motifs concrets propres \u00e0 justifier sa d\u00e9tention provisoire (paragraphe 30). Dans ces conditions, la Cour estime que le recours initial du requ\u00e9rant \u00e9non\u00e7ait ses griefs tir\u00e9s de l\u2019article5 \u00a7 3 de la Convention ainsi que ceux tir\u00e9s de l\u2019article 18 de la Convention et de l\u2019article 3 du Protocole no 1. Contrairement \u00e0 ce que la Cour constitutionnelle a conclu, ses observations ult\u00e9rieures ne concernaient donc pas un fait qui n\u2019aurait pas \u00e9t\u00e9 \u00e9voqu\u00e9 dans le recours initial, mais les d\u00e9veloppements factuels survenus dans le contexte de son maintien en d\u00e9tention provisoire (voir, mutatis mutandis,Ilgar Mammadovc.\u00a0Azerba\u00efdjan, no15172\/13, \u00a7 78, 22 mai 2014).<\/p>\n<p>199. En outre, aux termes de l\u2019article 55 de son r\u00e8glement, si la Partie contractante d\u00e9fenderesse entend soulever une exception d\u2019irrecevabilit\u00e9, elle doit le faire, pour autant que la nature de l\u2019exception et les circonstances le permettent, dans ses observations \u00e9crites ou orales sur la recevabilit\u00e9 de la requ\u00eate (Navalnyy c. Russie [GC], nos\u00a029580\/12 et 4 autres, \u00a7\u00a060, 15\u00a0novembre 2018).<\/p>\n<p>200. En l\u2019occurrence, dans son m\u00e9moire du 24\u00a0novembre 2017 adress\u00e9 \u00e0 la chambre, le Gouvernement a soulev\u00e9 une exception de non-\u00e9puisement des voies de recours internes, arguant que le recours individuel introduit par le requ\u00e9rant devant la Cour constitutionnelle \u00e9tait pendant, une exception identique \u00e0 celle examin\u00e9e aux paragraphes 193-194 ci-dessus. Puis, le 4\u00a0janvier 2018, soit environ deux semaines apr\u00e8s l\u2019arr\u00eat de la Cour constitutionnelle, le Gouvernement a soumis des observations suppl\u00e9mentaires dans lesquelles il a indiqu\u00e9 que la Cour constitutionnelle avait statu\u00e9 sur les recours introduits par le requ\u00e9rant ainsi que par un autre d\u00e9put\u00e9 de son parti, M. Ayhan Bilgen. Apr\u00e8s avoir r\u00e9sum\u00e9 les arr\u00eats en question, le Gouvernement a soutenu que la Cour devait d\u00e9clarer irrecevable la requ\u00eate introduite par M. Bilgen en raison de la perte par celui-ci de la qualit\u00e9 de victime. Dans ses observations suppl\u00e9mentaires, il n\u2019a toutefois soumis aucune exception de non-\u00e9puisement en ce qui concerne le requ\u00e9rant. Autrement dit, le Gouvernement n\u2019a pas formul\u00e9 pareille exception pr\u00e9liminaire dans ses observations avant que la chambre ne statue sur la recevabilit\u00e9 de la requ\u00eate. Or, rien ne l\u2019emp\u00eachait de soulever son exception d\u2019irrecevabilit\u00e9 concernant les articles 5 \u00a7 3 et 18 de la Convention et l\u2019article 3 du Protocole no 1 devant la chambre, laquelle s\u2019est prononc\u00e9e sur la recevabilit\u00e9 et sur le fond de la requ\u00eate le 20\u00a0novembre 2018, soit plus de onze mois apr\u00e8s la d\u00e9cision de la Cour constitutionnelle. La Cour estime donc que le Gouvernement est en tout \u00e9tat de cause forclos \u00e0 soulever cette exception au stade actuel de la proc\u00e9dure (Svinarenko et Slyadnevc. Russie [GC], nos 32541\/08 et 43441\/08, \u00a7 82, CEDH\u00a02014 (extraits), et Ramos Nunes de Carvalho e S\u00e1 c. Portugal [GC], nos\u00a055391\/13 et 2 autres, \u00a7 109, 6novembre 2018).<\/p>\n<p>201. En cons\u00e9quence, la Cour rejette cette exception formul\u00e9e par le Gouvernement.<\/p>\n<p><strong>D. Sur l\u2019exception de non-exercice du recours en indemnisation (concernant les griefs tir\u00e9s de l\u2019article 5 \u00a7\u00a7 1 et 3 de la Convention)<\/strong><\/p>\n<p><em>1. Th\u00e8ses des parties<\/em><\/p>\n<p>a) Le Gouvernement<\/p>\n<p>202. Se r\u00e9f\u00e9rant notamment aux d\u00e9cisions Demir c.\u00a0Turquie ((d\u00e9c.), no\u00a051770\/07, \u00a7\u00a7 22-26, 16 octobre 2012) et Pa\u015fa Bayraktar et Ayd\u0131nkaya c.\u00a0Turquie (no 38337\/12, \u00a7\u00a7 24-31, 16 mai 2017) et \u00e0 l\u2019arr\u00eat A.\u015e. c.\u00a0Turquie (no\u00a058271\/10, \u00a7\u00a7 85-95, 13septembre 2016), le Gouvernement excipe du non-\u00e9puisement des voies de recours internes, pr\u00e9cisant que l\u2019article\u00a0141 \u00a7\u00a01\u00a0a) et d) du code de proc\u00e9dure p\u00e9nale (CPP) pr\u00e9voit l\u2019octroi d\u2019indemnit\u00e9s aux personnes ill\u00e9galement arr\u00eat\u00e9es ou injustement d\u00e9tenues. Il indique que, dans la mesure o\u00f9 la d\u00e9tention provisoire du requ\u00e9rant s\u2019est termin\u00e9e avec sa condamnation dans le cadre d\u2019une autre proc\u00e9dure p\u00e9nale, l\u2019int\u00e9ress\u00e9 pouvait, et aurait d\u00fb, introduire une action en indemnisation sur le fondement de cette disposition. Dans ce contexte, le Gouvernement avance que, selon la jurisprudence bien \u00e9tablie de la Cour de cassation, il n\u2019est pas n\u00e9cessaire d\u2019attendre une d\u00e9cision d\u00e9finitive sur le fond de l\u2019affaire pour se prononcer sur une demande d\u2019indemnisation introduite en application de l\u2019article\u00a0141 du CPP en raison de la dur\u00e9e excessive d\u2019une d\u00e9tention provisoire.<\/p>\n<p>b) Le requ\u00e9rant<\/p>\n<p>203. Le requ\u00e9rant conteste la th\u00e8se du Gouvernement. Tout d\u2019abord, comme il se consid\u00e8re toujours priv\u00e9 de sa libert\u00e9 au sens de l\u2019article\u00a05 \u00a7\u00a01\u00a0c) de la Convention, il indique que le recours pr\u00e9vu par l\u2019article 141 du CPP ne peut pas \u00eatre consid\u00e9r\u00e9 comme une voie de droit susceptible de pouvoir mettre fin \u00e0 sa d\u00e9tention provisoire. Ensuite, rappelant la jurisprudence de la Cour dans les affaires L\u00fctfiye Zenginet autres c.\u00a0Turquie (no 36443\/06, 14 avril 2015) et Mustafa Avci c.\u00a0Turquie (no\u00a039322\/12, 23 mai 2017), il soutient qu\u2019une action en indemnisation ne pourrait pas conduire \u00e0 la reconnaissance du caract\u00e8re arbitraire de sa privation de libert\u00e9.<\/p>\n<p><em>2. L\u2019arr\u00eat de la chambre<\/em><\/p>\n<p>204. La chambre a rappel\u00e9 qu\u2019un recours visant la l\u00e9galit\u00e9 d\u2019une privation de libert\u00e9 en cours doit, pour \u00eatre effectif, offrir \u00e0 son auteur une perspective de cessation de la privation de libert\u00e9 contest\u00e9e. Constatant que le requ\u00e9rant \u00e9tait toujours d\u00e9tenu au sens de l\u2019article 5 \u00a7 1 c) de la Convention et que le recours pr\u00e9vu par l\u2019article 141 du CPP ne constituait pas une voie de droit susceptible de pouvoir mettre fin \u00e0 la d\u00e9tention provisoire de l\u2019int\u00e9ress\u00e9, elle a rejet\u00e9 l\u2019exception soulev\u00e9e par le Gouvernement.<\/p>\n<p><em>3. Appr\u00e9ciation de la Grande Chambre<\/em><\/p>\n<p>205. La Cour rappelle qu\u2019aux termes de l\u2019article 35 \u00a7 1 de la Convention, elle ne peut \u00eatre saisie qu\u2019apr\u00e8s l\u2019\u00e9puisement des voies de recours internes, qui doivent \u00eatre \u00e0 la fois relatives aux violations incrimin\u00e9es, disponibles et ad\u00e9quates. Elle r\u00e9affirme \u00e9galement qu\u2019il incombe au Gouvernement excipant du non-\u00e9puisement de convaincre la Cour que le recours \u00e9tait effectif et disponible tant en th\u00e9orie qu\u2019en pratique \u00e0 l\u2019\u00e9poque des faits, c\u2019est-\u00e0-dire qu\u2019il \u00e9tait accessible, susceptible d\u2019offrir au requ\u00e9rant le redressement de ses griefs et qu\u2019il pr\u00e9sentait des perspectives raisonnables de succ\u00e8s (voir, notamment, Selmouni c. France [GC], no\u00a025803\/94, \u00a7 76, CEDH 1999\u2011V,Sejdovic c. Italie [GC], no56581\/00, \u00a7\u00a046, CEDH 2006-II, Vu\u010dkovi\u0107 et autres c. Serbie (exception pr\u00e9liminaire) [GC], nos 17153\/11 et 29 autres, \u00a7 74, 25 mars 2014, et Gherghina c.\u00a0Roumanie [GC] (d\u00e9c.), no 42219\/07, \u00a7 85, 9 juillet 2015). Cette charge de preuve une fois acquitt\u00e9e, c\u2019est au requ\u00e9rant qu\u2019il revient d\u2019\u00e9tablir que le recours \u00e9voqu\u00e9 par le Gouvernement a en fait \u00e9t\u00e9 employ\u00e9 ou bien, pour une raison quelconque, qu\u2019il n\u2019\u00e9tait ni ad\u00e9quat ni effectif compte tenu des faits de la cause ou encore que certaines circonstances particuli\u00e8res le dispensaient de cette obligation (Akdivar et autres c. Turquie, 16\u00a0septembre 1996, \u00a7 68, Recueil des arr\u00eats et d\u00e9cisions 1996\u2011IV, et Molla Sali, pr\u00e9cit\u00e9, \u00a7\u00a089).<\/p>\n<p>206. Dans ce contexte, le simple fait de nourrir des doutes quant aux perspectives de succ\u00e8s d\u2019un recours donn\u00e9 qui n\u2019est pas de toute \u00e9vidence vou\u00e9 \u00e0 l\u2019\u00e9chec ne constitue pas une raison valable pour justifier la non\u2011utilisation de recours internes. De plus, celui qui a exerc\u00e9 un recours de nature \u00e0 rem\u00e9dier directement \u2013\u00a0et non de fa\u00e7on d\u00e9tourn\u00e9e\u00a0\u2013 \u00e0 la situation litigieuse n\u2019est pas tenu d\u2019en exercer d\u2019autres \u00e9ventuellement ouverts mais \u00e0 l\u2019efficacit\u00e9 improbable (Vallianatoset autres c. Gr\u00e8ce [GC], nos\u00a029381\/09 et\u00a032684\/09, \u00a7 52, CEDH 2013 (extraits)).<\/p>\n<p>207. Un recours visant la l\u00e9galit\u00e9 d\u2019une privation de libert\u00e9 doit, pour \u00eatre effectif, offrir \u00e0 son auteur une perspective de cessation de la privation de libert\u00e9 contest\u00e9e (Mustafa Avci, pr\u00e9cit\u00e9, \u00a7 60). Autrement dit, une voie de recours qui ne permet pas la remise en libert\u00e9 de l\u2019int\u00e9ress\u00e9 ne peut pas \u00eatre consid\u00e9r\u00e9e comme une voie de recours effective au sens de l\u2019article 5 de la Convention alors que perdure la privation de libert\u00e9 contest\u00e9e. La Cour r\u00e9affirme sa jurisprudence selon laquelle les recours pr\u00e9ventifs et les recours compensatoires doivent \u00eatre compl\u00e9mentaires (voir, mutatis mutandis, Ulemek c. Croatie, no 21613\/16, \u00a7\u00a7 72-74, 31 octobre 2019).<\/p>\n<p>208. Cependant, il peut en aller diff\u00e9remment lorsque la privation de libert\u00e9 a pris fin (C\u00fcneyt Polat c. Turquie, no 32211\/07, \u00a7 49, 13\u00a0novembre 2014, et Pa\u015fa Bayraktar et Ayd\u0131nkaya, d\u00e9cision pr\u00e9cit\u00e9e, \u00a728). En mati\u00e8re de privation de libert\u00e9, la Cour a eu l\u2019occasion de se prononcer sur de nombreuses affaires (voir, parmi d\u2019autres, Kolevi c.Bulgarie (d\u00e9c.), no\u00a01108\/02, 4d\u00e9cembre 2007, Rahmani et Dineva c.\u00a0Bulgarie, no\u00a020116\/08, \u00a7\u00a066, 10mai 2012, Gavril Yossifov c. Bulgarie, no 74012\/01, \u00a7\u00a041, 6\u00a0novembre 2008, et Dolenec c. Croatie, no\u00a025282\/06, \u00a7 184, 26 novembre 2009). Il ressort de cette jurisprudence que, lorsqu\u2019un requ\u00e9rant soutient qu\u2019il a \u00e9t\u00e9 d\u00e9tenu en m\u00e9connaissance du droit interne et lorsque la d\u00e9tention litigieuse a pris fin, une action en r\u00e9paration \u00e0 m\u00eame d\u2019aboutir \u00e0 une reconnaissance de la violation all\u00e9gu\u00e9e et \u00e0 l\u2019octroi d\u2019une indemnit\u00e9 est en principe un recours effectif qui doit \u00eatre exerc\u00e9 si son efficacit\u00e9 en pratique a \u00e9t\u00e9 \u00e9tablie de mani\u00e8re convaincante.<\/p>\n<p>209. Dans ce contexte, dans les affaires pr\u00e9cit\u00e9es la Cour a examin\u00e9 de pr\u00e8s si l\u2019irr\u00e9gularit\u00e9 ou l\u2019ill\u00e9galit\u00e9 d\u2019une privation de libert\u00e9 avait \u00e9t\u00e9 reconnue en droit interne. Dans l\u2019affaire Rahmani et Dineva (pr\u00e9cit\u00e9e, \u00a7\u00a068), notamment, les juridictions internes avaient express\u00e9ment reconnu que la d\u00e9tention du requ\u00e9rant avait m\u00e9connu \u00e0 la fois le droit interne et l\u2019article\u00a05 \u00a7\u00a01\u00a0f) de la Convention. Dans l\u2019affaire Kolevi (pr\u00e9cit\u00e9e), il avait \u00e9t\u00e9 \u00e9tabli par une haute juridiction que la privation de libert\u00e9 subie par le requ\u00e9rant avait \u00e9t\u00e9 ill\u00e9gale d\u00e8s le d\u00e9but. Dans l\u2019affaire Gavril Yossifov (pr\u00e9cit\u00e9e, \u00a7\u00a043), la Cour a tenu compte du fait que le requ\u00e9rant avait b\u00e9n\u00e9fici\u00e9 d\u2019un acquittement partiel, ce qui lui avait ouvert la possibilit\u00e9 d\u2019obtenir une indemnit\u00e9. Dans l\u2019affaire Dolenec (pr\u00e9cit\u00e9e, \u00a7 185), un tribunal national avait express\u00e9ment reconnu que le d\u00e9lai l\u00e9gal de la d\u00e9tention avait d\u00e9j\u00e0 expir\u00e9 et que le fait de maintenir le requ\u00e9rant en d\u00e9tention au-del\u00e0 de ce d\u00e9lai \u00e9tait contraire au droit interne.<\/p>\n<p>210. En l\u2019esp\u00e8ce, le requ\u00e9rant a soulev\u00e9 ses griefs relatifs \u00e0 la l\u00e9galit\u00e9 de sa d\u00e9tention provisoire en premier lieu devant les juridictions de premi\u00e8re instance, \u00e0 savoir les juges de paix de Diyarbak\u0131r, la cour d\u2019assises de Diyarbak\u0131r et la cour d\u2019assises d\u2019Ankara, puis devant la Cour constitutionnelle. Aucun de ces organes n\u2019a, explicitement ou implicitement, reconnu que la privation de libert\u00e9 subie par le requ\u00e9rant \u00e9tait irr\u00e9guli\u00e8re ou contraire \u00e0 la loi. Les recours form\u00e9s par l\u2019int\u00e9ress\u00e9 afin d\u2019obtenir sa lib\u00e9ration ont \u00e9t\u00e9 maintes fois rejet\u00e9s. En cons\u00e9quence, \u00e0 la lumi\u00e8re des d\u00e9cisions rendues par les juridictions nationales, notamment celle de la Cour constitutionnelle qui avait conclu que la d\u00e9tention provisoire du requ\u00e9rant \u00e9tait conforme \u00e0 la Constitution, la Cour estime qu\u2019une action en r\u00e9paration sur le fondement de l\u2019article 141 \u00a7 1 a) du CPP aurait \u00e9t\u00e9 vou\u00e9e \u00e0 l\u2019\u00e9chec (voir, en ce sens, L\u00fctfiye Zenginet autres, pr\u00e9cit\u00e9, \u00a7\u00a065).<\/p>\n<p>211. Le Gouvernement se r\u00e9f\u00e8re \u00e0 la d\u00e9cision Pa\u015fa Bayraktar et Ayd\u0131nkaya (pr\u00e9cit\u00e9e)\u00a0; or les requ\u00e9rants dans cette affaire all\u00e9guaient que leur garde \u00e0 vue avait d\u00e9pass\u00e9 la dur\u00e9e l\u00e9gale maximale et qu\u2019ils n\u2019avaient pas \u00e9t\u00e9 \u00ab\u00a0aussit\u00f4t\u00a0\u00bb traduits devant un juge. Dans les circonstances sp\u00e9cifiques de cette affaire, la Cour avait consid\u00e9r\u00e9 que les requ\u00e9rants \u00e9taient tenus de saisir les juridictions internes d\u2019une demande fond\u00e9e sur l\u2019article 141 \u00a7 1 b) du CPP, qui pr\u00e9voit la possibilit\u00e9 pour les personnes qui n\u2019ont pas \u00e9t\u00e9 traduites devant un juge au cours de la p\u00e9riode l\u00e9gale de leur garde \u00e0 vue de demander r\u00e9paration du pr\u00e9judice subi. Or, un tel grief n\u2019a pas \u00e9t\u00e9 soulev\u00e9 par le requ\u00e9rant.<\/p>\n<p>212. Pour ce qui est du recours pr\u00e9vu \u00e0 l\u2019article 141 \u00a7 1 d) du CPP, la Cour note que la premi\u00e8re d\u00e9cision phare de la Cour en la mati\u00e8re, Demir (pr\u00e9cit\u00e9e), portait exclusivement sur la dur\u00e9e d\u2019une d\u00e9tention provisoire, \u00e0 savoir environ sept ans. Dans cette affaire, le requ\u00e9rant n\u2019avait pas contest\u00e9 la r\u00e9gularit\u00e9 de la d\u00e9tention en question et ne s\u2019\u00e9tait pas plaint non plus de l\u2019absence de motifs qui auraient pu passer pour \u00ab\u00a0pertinents\u00a0\u00bb et \u00ab\u00a0suffisants\u00a0\u00bb pour justifier son placement et son maintien en d\u00e9tention provisoire. La Cour rappelle en outre qu\u2019elle a conclu dans son arr\u00eat L\u00fctfiye Zenginet autres (pr\u00e9cit\u00e9) que ladite disposition avait instaur\u00e9 une voie de recours permettant uniquement de contester la dur\u00e9e d\u2019une privation de libert\u00e9 (voir, en ce sens, A.\u015e. c. Turquie, pr\u00e9cit\u00e9, \u00a7\u00a094).<\/p>\n<p>213. En l\u2019occurrence le requ\u00e9rant ne se plaint pas uniquement de la dur\u00e9e de sa d\u00e9tention provisoire. Sous l\u2019angle de l\u2019article 5 \u00a7 3 de la Convention, il all\u00e8gue d\u2019abord et avant tout que les juridictions internes n\u2019ont pas pr\u00e9sent\u00e9 des raisons pertinentes et suffisantes pour justifier son placement et son maintien en d\u00e9tention provisoire. Dans ce contexte, la Cour rel\u00e8ve que le libell\u00e9 de l\u2019article 141 \u00a7 1 d) du CPP ne pr\u00e9voit pas un droit \u00e0 indemnisation pour insuffisance de motifs justifiant la d\u00e9tention provisoire. De plus, le Gouvernement n\u2019a fourni aucune d\u00e9cision interne indiquant que, dans des circonstances similaires \u00e0 celles de la pr\u00e9sente affaire, un recours tel que pr\u00e9vu \u00e0 l\u2019article 141 \u00a7 1 d) du CPP a pu aboutir pour un tel grief.<\/p>\n<p>214. Partant, la Cour estime qu\u2019une action en r\u00e9paration fond\u00e9e sur l\u2019article\u00a0141 \u00a7 1 a) et d) du CPP ne peut pas \u00eatre consid\u00e9r\u00e9e comme une voie de recours effective pour contester l\u2019absence all\u00e9gu\u00e9e de raisons plausibles de soup\u00e7onner un individu d\u2019avoir commis une infraction ou l\u2019absence all\u00e9gu\u00e9e de motifs pertinents et suffisants propres \u00e0 justifier une d\u00e9tention provisoire au sens de l\u2019article 5 \u00a7\u00a7 1 et 3 de la Convention. Il convient donc de rejeter cette exception de non-\u00e9puisement soulev\u00e9e par le Gouvernement.<\/p>\n<p><strong>E. Sur la qualit\u00e9 de victime du requ\u00e9rant<\/strong><\/p>\n<p><em>1. Th\u00e8ses des parties<\/em><\/p>\n<p>a) Le Gouvernement<\/p>\n<p>215. Dans ses observations suppl\u00e9mentaires, re\u00e7ues le 24 juin 2020, le Gouvernement expose que par son arr\u00eat du 9 juin 2020 (paragraphes\u00a0120\u2011128 ci-dessus) la Cour constitutionnelle a reconnu que le requ\u00e9rant avait subi une violation de son droit \u00e0 la libert\u00e9 et \u00e0 la s\u00fbret\u00e9 d\u00e9coulant de l\u2019article 19 \u00a7 7 de la Constitution turque. Il ajoute que l\u2019int\u00e9ress\u00e9 a obtenu une indemnit\u00e9 appropri\u00e9e et suffisante. En cons\u00e9quence, il invite la Cour \u00e0 rejeter la requ\u00eate, estimant que le requ\u00e9rant ne peut plus se pr\u00e9tendre victime d\u2019une violation de la Convention.<\/p>\n<p>b) Le requ\u00e9rant<\/p>\n<p>216. Le requ\u00e9rant conteste l\u2019argument du Gouvernement. Il estime qu\u2019en d\u00e9pit de l\u2019arr\u00eat rendu le 9 juin 2020 par la Cour constitutionnelle, il a toujours la qualit\u00e9 de victime.<\/p>\n<p><em>2. Appr\u00e9ciation de la Grande Chambre<\/em><\/p>\n<p>217. La Cour rappelle qu\u2019il appartient en premier lieu aux autorit\u00e9s nationales de redresser les violations de la Convention et que, pour d\u00e9terminer si un requ\u00e9rant peut se pr\u00e9tendre r\u00e9ellement victime d\u2019une violation all\u00e9gu\u00e9e, il convient de tenir compte non seulement de la situation officielle au moment de l\u2019introduction de la requ\u00eate, mais aussi de l\u2019ensemble des circonstances de l\u2019affaire, notamment de tout fait nouveau ant\u00e9rieur \u00e0 la date de l\u2019examen de l\u2019affaire par elle (T\u0103nase c.\u00a0Moldova [GC], no 7\/08, \u00a7 105, CEDH\u00a02010).<\/p>\n<p>218. Une d\u00e9cision ou une mesure favorable au requ\u00e9rant ne suffit pas en principe \u00e0 le priver de la qualit\u00e9 de \u00ab\u00a0victime\u00a0\u00bb aux fins de l\u2019article 34 de la Convention, sauf si les autorit\u00e9s nationales reconnaissent, explicitement ou en substance, puis r\u00e9parent, la violation de la Convention (Scordino c.\u00a0Italie (no 1) [GC], no 36813\/97, \u00a7\u00a7\u00a0179-180, CEDH 2006\u2011V, G\u00e4fgen c. Allemagne [GC], no 22978\/05, \u00a7115, CEDH2010, Kuri\u0107 et autres c. Slov\u00e9nie [GC], no\u00a026828\/06, \u00a7259, CEDH2012 (extraits), et Cristea c. R\u00e9publique de Moldova, no35098\/12, \u00a725, 12 f\u00e9vrier 2019). Ce n\u2019est que lorsqu\u2019il est satisfait \u00e0 ces deux\u00a0conditions que la nature subsidiaire du m\u00e9canisme de protection de la Convention s\u2019oppose \u00e0 un examen de la requ\u00eate (Rooman, pr\u00e9cit\u00e9, \u00a7\u00a0129).<\/p>\n<p>219. La Cour a d\u00e9j\u00e0 r\u00e9p\u00e9t\u00e9 ci-dessus sa jurisprudence selon laquelle un recours visant la l\u00e9galit\u00e9 d\u2019une privation de libert\u00e9 doit, pour \u00eatre effectif, offrir \u00e0 son auteur une perspective de cessation de la privation de libert\u00e9 contest\u00e9e (paragraphe 207 ci-dessus). Cependant, lorsque la privation de libert\u00e9 a d\u00e9j\u00e0 pris fin, il convient de v\u00e9rifier si l\u2019int\u00e9ress\u00e9 disposait d\u2019un recours pouvant conduire, d\u2019une part, \u00e0 la reconnaissance du caract\u00e8re ill\u00e9gal de celle-ci et, d\u2019autre part, \u00e0 l\u2019allocation d\u2019une indemnit\u00e9 li\u00e9e \u00e0 ce constat.<\/p>\n<p>220. En l\u2019esp\u00e8ce, la d\u00e9tention provisoire du requ\u00e9rant aux fins de la pr\u00e9sente requ\u00eate est termin\u00e9e (pour un examen d\u00e9taill\u00e9 de la p\u00e9riode de d\u00e9tention provisoire subie par le requ\u00e9rant aux fins de la pr\u00e9sente requ\u00eate, voir les paragraphes 290-297 ci-dessous). En cons\u00e9quence, elle doit tout d\u2019abord v\u00e9rifier s\u2019il y a eu reconnaissance par les autorit\u00e9s nationales, au moins en substance, d\u2019une violation d\u2019un droit prot\u00e9g\u00e9 par la Convention et, ensuite, si le redressement offert peut \u00eatre consid\u00e9r\u00e9 comme ayant \u00e9t\u00e9 appropri\u00e9 et suffisant (voir, notamment, Vedat Do\u011fruc.\u00a0Turquie, no\u00a02469\/10, \u00a737, 5avril 2016).<\/p>\n<p>221. En ce qui concerne la question de la \u00ab\u00a0reconnaissance\u00a0\u00bb, la Cour note tout d\u2019abord que la Cour constitutionnelle n\u2019a pas constat\u00e9 de violation, m\u00eame en substance, dans le chef du requ\u00e9rant des droits garantis par l\u2019article\u00a05 \u00a7\u00a71 et 4, les articles 10 et 18 de la Convention et l\u2019article 3 du Protocole\u00a0no\u00a01. Par cons\u00e9quent, elle consid\u00e8re que la qualit\u00e9 de victime du requ\u00e9rant relativement \u00e0 ses griefs tir\u00e9s de ces dispositions ne saurait \u00eatre remise en question sur ce fondement.<\/p>\n<p>222. S\u2019agissant ensuite du grief tir\u00e9 de l\u2019article 5 \u00a7 3 de la Convention, la Cour observe que le requ\u00e9rant d\u00e9nonce devant elle son placement et son maintien en d\u00e9tention provisoire, all\u00e9guant que les d\u00e9cisions judiciaires concernant ces mesures n\u2019\u00e9taient motiv\u00e9es que par un simple \u00e9nonc\u00e9 des motifs de d\u00e9tention provisoire pr\u00e9vus par la loi, et qu\u2019elles \u00e9taient libell\u00e9es en des termes abstraits, r\u00e9p\u00e9titifs et st\u00e9r\u00e9otyp\u00e9s. \u00c0 ce sujet, la Cour constitutionnelle a conclu que les d\u00e9cisions relatives au maintien en d\u00e9tention du requ\u00e9rant \u00e9taient insuffisamment motiv\u00e9es. En revanche, la haute juridiction n\u2019a pas estim\u00e9 que la d\u00e9cision initiale de placement en d\u00e9tention provisoire \u00e9tait contraire \u00e0 l\u2019article 5 \u00a7 3, ou bien \u00e0 son \u00e9quivalent dans la Constitution de 1982. \u00c0 cet \u00e9gard, la Cour rel\u00e8ve qu\u2019il n\u2019y a pas eu reconnaissance par la Cour constitutionnelle de la violation all\u00e9gu\u00e9e du droit prot\u00e9g\u00e9 par l\u2019article 5 \u00a7 3 de la Convention. Dans ce contexte, la Cour rappelle sa jurisprudence selon laquelle l\u2019obligation pour le magistrat d\u2019avancer des motifs pertinents et suffisants \u00e0 l\u2019appui de la privation de libert\u00e9 \u2013\u00a0outre la persistance de raisons plausibles de soup\u00e7onner la personne arr\u00eat\u00e9e d\u2019avoir commis une infraction\u00a0\u2013 s\u2019applique d\u00e8s la premi\u00e8re d\u00e9cision ordonnant le placement en d\u00e9tention provisoire, c\u2019est-\u00e0-dire \u00ab\u00a0aussit\u00f4t\u00a0\u00bb apr\u00e8s l\u2019arrestation (Buzadji, pr\u00e9cit\u00e9, \u00a7 102).<\/p>\n<p>223. Au vu de ce qui pr\u00e9c\u00e8de, le requ\u00e9rant peut \u00e9galement se pr\u00e9tendre victime d\u2019une violation de l\u2019article 5 \u00a7 3 de la Convention, nonobstant l\u2019arr\u00eat rendu le 9 juin 2020 par la juridiction constitutionnelle, puisqu\u2019il soutient devant la Cour que les d\u00e9cisions relatives \u00e0 son placement et \u00e0 son maintien en d\u00e9tention provisoire \u00e9taient contraires \u00e0 la Convention d\u00e8s le d\u00e9but de sa privation de libert\u00e9.<\/p>\n<p>III. SUR LA VIOLATION ALL\u00c9GU\u00c9E DE L\u2019ARTICLE 10 DE LA CONVENTION<\/p>\n<p><strong>A. L\u2019arr\u00eat de la chambre<\/strong><\/p>\n<p>224. Eu \u00e9gard \u00e0 l\u2019ensemble des conclusions auxquelles elle \u00e9tait parvenue, la chambre a consid\u00e9r\u00e9 qu\u2019il n\u2019y avait lieu de statuer s\u00e9par\u00e9ment ni sur la recevabilit\u00e9 ni sur le bien-fond\u00e9 du grief tir\u00e9 de l\u2019article 10 de la Convention.<\/p>\n<p><strong>B. Th\u00e8ses des parties<\/strong><\/p>\n<p><em>1. Le requ\u00e9rant<\/em><\/p>\n<p>225. Le requ\u00e9rant d\u00e9nonce une violation de son droit \u00e0 la libert\u00e9 d\u2019expression tel que garanti par l\u2019article 10 de la Convention. Il soutient qu\u2019il a \u00e9t\u00e9 priv\u00e9 de sa libert\u00e9 en raison de ses discours politiques et que ceux-ci ne peuvent pas \u00eatre consid\u00e9r\u00e9s comme un appel \u00e0 l\u2019usage de la violence ou comme constituant un discours de haine. Il estime que toutes les accusations port\u00e9es contre lui concernent ses d\u00e9clarations politiques, qui doivent selon lui \u00eatre examin\u00e9es sous l\u2019angle de son droit \u00e0 la libert\u00e9 d\u2019expression.<\/p>\n<p>226. Le requ\u00e9rant affirme que sa privation de libert\u00e9 et les accusations formul\u00e9es contre lui constituent une ing\u00e9rence dans son droit \u00e0 la libert\u00e9 d\u2019expression et que cette ing\u00e9rence n\u2019est pas pr\u00e9vue par la loi. Dans ce contexte, il consid\u00e8re que ni la modification constitutionnelle ayant lev\u00e9 son immunit\u00e9 parlementaire ni la base de son placement en d\u00e9tention provisoire et l\u2019action p\u00e9nale engag\u00e9e \u00e0 son encontre ne satisfont \u00e0 l\u2019exigence de la \u00ab\u00a0qualit\u00e9 de la loi\u00a0\u00bb telle que d\u00e9finie par la jurisprudence de la Cour. En effet, le requ\u00e9rant argue qu\u2019il ne pouvait pas raisonnablement pr\u00e9voir qu\u2019une telle proc\u00e9dure de modification constitutionnelle serait men\u00e9e au cours de son mandat parlementaire. \u00c0 cet \u00e9gard, il insiste sur le fait que l\u2019article 83 de la Constitution pr\u00e9voit deux types d\u2019immunit\u00e9s pour les d\u00e9put\u00e9s\u00a0: l\u2019irresponsabilit\u00e9 et l\u2019inviolabilit\u00e9. Il note que le premier paragraphe de l\u2019article 83 concerne l\u2019irresponsabilit\u00e9 des d\u00e9put\u00e9s et qu\u2019il implique que les d\u00e9put\u00e9s ne peuvent \u00eatre sanctionn\u00e9s pour des opinions qu\u2019ils professent au sein du Parlement. Il ajoute que cette protection couvre \u00e9galement les cas o\u00f9 les int\u00e9ress\u00e9s r\u00e9p\u00e8tent et diffusent le contenu de leurs opinions en dehors du Parlement. Il souligne que la modification constitutionnelle n\u2019a pas chang\u00e9 le premier paragraphe de l\u2019article 83 de la Constitution. Rappelant qu\u2019une grande partie des accusations sont port\u00e9es contre lui en raison de discours politiques dont le contenu est prot\u00e9g\u00e9 par le premier paragraphe de l\u2019article 83 de la Constitution, il soutient que son placement et son maintien en d\u00e9tention ne peuvent pas \u00eatre consid\u00e9r\u00e9s comme pr\u00e9vus par la loi au sens de l\u2019article 10 de la Convention.<\/p>\n<p>227. En outre, le requ\u00e9rant affirme que les dispositions du code p\u00e9nal et, surtout, la l\u00e9gislation contre le terrorisme, sur le fondement desquelles il a \u00e9t\u00e9 accus\u00e9 et d\u00e9tenu ne r\u00e9pondent pas aux exigences de la qualit\u00e9 de la loi. Il d\u00e9clare que les autorit\u00e9s judiciaires ont consid\u00e9r\u00e9 ses activit\u00e9s politiques comme une preuve de son appartenance \u00e0 une organisation terroriste ou de la direction par lui d\u2019une telle organisation, sans pr\u00e9senter d\u2019\u00e9l\u00e9ments de preuve concrets. Il estime que ces autorit\u00e9s ont appliqu\u00e9 les dispositions pertinentes de mani\u00e8re large. Or une interpr\u00e9tation si large des normes juridiques ne peut selon lui \u00eatre justifi\u00e9e en l\u2019absence de preuves concr\u00e8tes de liens avec une organisation terroriste.<\/p>\n<p>228. Le requ\u00e9rant affirme en outre que sa d\u00e9tention provisoire ne visait pas un but l\u00e9gitime au sens du paragraphe 2 de l\u2019article 10 de la Convention. Selon lui, le but de son placement et de son maintien en d\u00e9tention provisoire \u00e9tait de le punir pour ses opinions critiques et de faire taire la dissidence, et non de combattre le terrorisme. Aux yeux du requ\u00e9rant, cette approche a cr\u00e9\u00e9 un effet dissuasif sur la dissidence et la libert\u00e9 d\u2019expression en Turquie.<\/p>\n<p>229. S\u2019agissant de la n\u00e9cessit\u00e9 de l\u2019ing\u00e9rence dans une soci\u00e9t\u00e9 d\u00e9mocratique, le requ\u00e9rant estime que le fait que certains groupes usent de la violence pour atteindre un but ne justifie pas la restriction des demandes l\u00e9gitimes. Il expose que l\u2019une des revendications fr\u00e9quemment exprim\u00e9es par lui \u00e9tait la cessation de la violence \u00e9tatique et ajoute qu\u2019une personne qui critique la violence utilis\u00e9e par l\u2019\u00c9tat ou les m\u00e9thodes de lutte contre le terrorisme ne diffuse pas forc\u00e9ment de la propagande terroriste. Il consid\u00e8re que l\u2019expression de la critique politique en g\u00e9n\u00e9ral, et de la critique contre l\u2019\u00c9tat en particulier, devrait b\u00e9n\u00e9ficier de la protection la plus large possible dans une soci\u00e9t\u00e9 d\u00e9mocratique. \u00c0 cet \u00e9gard, il d\u00e9clare qu\u2019il convient de faire une distinction entre l\u2019expression politique et les d\u00e9clarations qui encouragent la violence. Il affirme que les propos incrimin\u00e9s ne contiennent ni appel \u00e0 la violence ni incitation \u00e0 la haine. Par cons\u00e9quent, il estime que son placement et son maintien en d\u00e9tention provisoire ont emport\u00e9 violation de l\u2019article 10 de la Convention.<\/p>\n<p><em>2. Le Gouvernement<\/em><\/p>\n<p>230. Le Gouvernement estime tout d\u2019abord que le requ\u00e9rant ne peut se pr\u00e9tendre victime d\u2019une violation de l\u2019article 10 de la Convention. Il avance que l\u2019int\u00e9ress\u00e9 n\u2019a pas \u00e9t\u00e9 emp\u00each\u00e9 d\u2019exprimer ses opinions et qu\u2019il ne s\u2019est vu infliger aucune peine par un tribunal p\u00e9nal pour les avoir exprim\u00e9es. Ainsi, il soutient qu\u2019il n\u2019y a aucune preuve de l\u2019existence d\u2019un \u00ab\u00a0effet dissuasif\u00a0\u00bb sur la volont\u00e9 du requ\u00e9rant d\u2019exprimer ses opinions sur des questions d\u2019int\u00e9r\u00eat public. Il affirme en effet que l\u2019int\u00e9ress\u00e9 a poursuivi ses activit\u00e9s politiques m\u00eame en d\u00e9tention provisoire. Il ajoute que, la proc\u00e9dure p\u00e9nale engag\u00e9e contre le requ\u00e9rant \u00e9tant toujours en cours, son grief tir\u00e9 de l\u2019article 10 doit \u00eatre rejet\u00e9 faute pour l\u2019int\u00e9ress\u00e9 d\u2019avoir la qualit\u00e9 de victime et d\u2019avoir \u00e9puis\u00e9 les voies de recours internes.<\/p>\n<p>231. Pour le cas o\u00f9 la Cour admettrait l\u2019existence d\u2019une ing\u00e9rence dans l\u2019exercice par le requ\u00e9rant de son droit \u00e0 la libert\u00e9 d\u2019expression en raison de sa d\u00e9tention provisoire, le Gouvernement consid\u00e8re que cette ing\u00e9rence \u00e9tait pr\u00e9vue par les articles 100 et 101 du CPP et poursuivait les buts l\u00e9gitimes que constituent la lutte contre le terrorisme et la protection de la s\u00e9curit\u00e9 nationale et de la s\u00fbret\u00e9 publique.<\/p>\n<p>232. En ce qui concerne l\u2019all\u00e9gation du requ\u00e9rant selon laquelle ses discours vis\u00e9s par la proc\u00e9dure p\u00e9nale rel\u00e8vent en fait du premier paragraphe de l\u2019article 83 de la Constitution, le Gouvernement soutient que l\u2019int\u00e9ress\u00e9 n\u2019a pas pr\u00e9sent\u00e9 cet argument devant les juridictions nationales.<\/p>\n<p>233. S\u2019agissant de la n\u00e9cessit\u00e9 de cette ing\u00e9rence dans une soci\u00e9t\u00e9 d\u00e9mocratique, le Gouvernement estime que les discours du requ\u00e9rant \u00e0 l\u2019origine des accusations doivent \u00eatre examin\u00e9s dans le contexte dans lequel ils ont \u00e9t\u00e9 prononc\u00e9s. \u00c9voquant la situation instable et parfois violente qui r\u00e8gne dans le sud-est de la Turquie, le Gouvernement avance que le requ\u00e9rant, par les discours incrimin\u00e9s, a appel\u00e9 notamment \u00e0 l\u2019auto\u2011gouvernance. Il affirme que l\u2019int\u00e9ress\u00e9 a \u00e9galement d\u00e9crit les actes terroristes du PKK comme une \u00ab\u00a0guerre d\u2019autod\u00e9fense\u00a0\u00bb l\u00e9gitime et des actes de \u00ab\u00a0r\u00e9sistance\u00a0\u00bb. Il ajoute que le requ\u00e9rant a qualifi\u00e9 les premi\u00e8res attaques terroristes du PKK de \u00ab\u00a0coup de 1984\u00a0\u00bb et de \u00ab\u00a0r\u00e9sistance \u00e0 \u015eemdinli [et] \u00e0 Eruh\u00a0\u00bb. Il dit encore que l\u2019int\u00e9ress\u00e9 a en revanche critiqu\u00e9 les op\u00e9rations men\u00e9es par les forces de s\u00e9curit\u00e9 en les taxant de \u00ab\u00a0massacres\u00a0\u00bb. De plus, le Gouvernement indique que le requ\u00e9rant a d\u00e9clar\u00e9 vouloir exposer la sculpture du chef de l\u2019organisation terroriste PKK. Par ailleurs, il aurait appel\u00e9 \u00e0 occuper les m\u00e9tropoles, \u00e0 descendre dans la rue et \u00e0 soutenir ceux qui protestaient contre les attaques de Daech et celles du parti au pouvoir. \u00c0 cet \u00e9gard, le Gouvernement rappelle les manifestations violentes et les affrontements arm\u00e9s qui ont eu lieu dans certaines r\u00e9gions du sud-est de la Turquie. Ces exemples attestent selon lui que le requ\u00e9rant a diffus\u00e9 des opinions que les autorit\u00e9s judiciaires peuvent raisonnablement consid\u00e9rer comme susceptibles d\u2019avoir aggrav\u00e9 la situation s\u00e9curitaire dans le sud-est de la Turquie, o\u00f9 de graves troubles ont fait rage entre les forces de s\u00e9curit\u00e9 et les terroristes du PKK, entra\u00eenant de tr\u00e8s lourdes pertes humaines dans la r\u00e9gion.<\/p>\n<p>234. Le Gouvernement estime aussi qu\u2019eu \u00e9gard au contenu des d\u00e9clarations litigieuses du requ\u00e9rant, il ne s\u2019agit pas en l\u2019esp\u00e8ce d\u2019une contribution \u00e0 un d\u00e9bat politique mais d\u2019incitation \u00e0 la violence par une organisation terroriste arm\u00e9e et d\u2019apologie d\u2019une telle violence. Il avance que, dans un tel contexte, le contenu des d\u00e9clarations du requ\u00e9rant et des tweets publi\u00e9s par le HDP doivent \u00eatre consid\u00e9r\u00e9s comme susceptibles d\u2019inciter \u00e0 d\u2019autres violences en suscitant une haine irrationnelle \u00e0 l\u2019encontre des responsables des \u00ab\u00a0massacres\u00a0\u00bb pr\u00e9tendument commis. Il estime que l\u2019intention du requ\u00e9rant \u00e9tait clairement de stigmatiser l\u2019autre partie au conflit par l\u2019utilisation d\u2019\u00e9tiquettes telles que \u00ab\u00a0fascisme\u00a0\u00bb, \u00ab\u00a0r\u00e9sistance\u00a0\u00bb et \u00ab\u00a0massacres\u00a0\u00bb. Les d\u00e9clarations litigieuses peuvent selon lui \u00eatre interpr\u00e9t\u00e9es comme un soutien tacite au terrorisme et un appel \u00e0 l\u2019usage de la violence. En cons\u00e9quence, le Gouvernement plaide que la d\u00e9tention provisoire du requ\u00e9rant pour des infractions li\u00e9es au terrorisme \u00e9tait n\u00e9cessaire dans une soci\u00e9t\u00e9 d\u00e9mocratique et que les tribunaux nationaux ont \u00e9tabli qu\u2019il existait un besoin social imp\u00e9rieux de le maintenir en d\u00e9tention.<\/p>\n<p><strong>C. Les tiers intervenants<\/strong><\/p>\n<p><em>1. La Commissaire aux droits de l\u2019homme<\/em><\/p>\n<p>235. La Commissaire aux droits de l\u2019homme consid\u00e8re que la d\u00e9tention du requ\u00e9rant s\u2019inscrit dans un contexte g\u00e9n\u00e9ral de r\u00e9pression \u00e0 l\u2019encontre de diff\u00e9rents groupes qui critiquent la politique officielle en Turquie. Elle expose que de nombreux d\u00e9put\u00e9s du HDP ont fait l\u2019objet de poursuites judiciaires et d\u2019une d\u00e9tention provisoire sur la base d\u2019accusations li\u00e9es au terrorisme, apr\u00e8s avoir l\u00e9gitimement exerc\u00e9 leur droit \u00e0 la libert\u00e9 d\u2019expression.<\/p>\n<p>236. La Commissaire aux droits de l\u2019homme note qu\u2019il est de plus en plus fr\u00e9quent en Turquie que les \u00e9l\u00e9ments de preuve utilis\u00e9s pour justifier les d\u00e9tentions se limitent exclusivement \u00e0 des d\u00e9clarations et \u00e0 des actes qui sont manifestement non violents et qui devraient a priori \u00eatre prot\u00e9g\u00e9s par l\u2019article\u00a010 de la Convention. Selon elle, les procureurs de la R\u00e9publique et les tribunaux turcs omettent syst\u00e9matiquement de proc\u00e9der \u00e0 une analyse contextuelle appropri\u00e9e et de filtrer ces \u00e9l\u00e9ments de preuve \u00e0 la lumi\u00e8re de la jurisprudence bien \u00e9tablie de la Cour concernant l\u2019article\u00a010.<\/p>\n<p>237. La Commissaire aux droits de l\u2019homme critique la lev\u00e9e des immunit\u00e9s parlementaires en dehors de la proc\u00e9dure standard pr\u00e9vue par la Constitution. \u00c0 cet \u00e9gard, elle rappelle que la modification op\u00e9r\u00e9e avait \u00e9t\u00e9 consid\u00e9r\u00e9e par la Commission de Venise comme un abus de la proc\u00e9dure de modification constitutionnelle. Dans ce contexte, elle indique que les poursuites p\u00e9nales qui en ont r\u00e9sult\u00e9 ont touch\u00e9 presque tous les d\u00e9put\u00e9s du HDP et certains d\u00e9put\u00e9s du CHP et que les procureurs de la R\u00e9publique ont \u00e9t\u00e9 exag\u00e9r\u00e9ment actifs dans l\u2019ouverture d\u2019enqu\u00eates contre eux, ciblant principalement leurs d\u00e9clarations pour propagande terroriste, incitation \u00e0 la haine ou insulte au pr\u00e9sident de la R\u00e9publique. En effet, elle souligne \u00e0 cet \u00e9gard que le pr\u00e9ambule de la modification constitutionnelle exposait que l\u2019objet de celle-ci \u00e9tait de r\u00e9pondre \u00e0 l\u2019indignation du public au sujet des d\u00e9clarations de certains d\u00e9put\u00e9s constituant un soutien \u00e9motionnel et moral au terrorisme. \u00c0 ses yeux, cette situation donne l\u2019impression que les proc\u00e9dures p\u00e9nales engag\u00e9es contre les d\u00e9put\u00e9s ont d\u00e8s le d\u00e9but \u00e9t\u00e9 entach\u00e9es de graves irr\u00e9gularit\u00e9s et qu\u2019elles ont vis\u00e9 \u00e0 faire taire ces derniers en tant que parlementaires.<\/p>\n<p><em>2. L\u2019UIP<\/em><\/p>\n<p>238. Invoquant l\u2019importance de la libert\u00e9 d\u2019expression des parlementaires, l\u2019UIP critique les proc\u00e9dures p\u00e9nales engag\u00e9es \u00e0 l\u2019encontre des d\u00e9put\u00e9s du HDP, dont une partie ont \u00e9t\u00e9 plac\u00e9s en d\u00e9tention provisoire pour des activit\u00e9s politiques pacifiques et l\u00e9gales, notamment en rapport avec la situation dans le sud-est de la Turquie.<\/p>\n<p><em>3. Les ONG intervenantes<\/em><\/p>\n<p>239. S\u2019appuyant sur la jurisprudence bien \u00e9tablie de la Cour en mati\u00e8re de libert\u00e9 d\u2019expression, les ONG intervenantes estiment que la mise en d\u00e9tention provisoire d\u2019un homme politique de l\u2019opposition fait jouer la protection offerte par l\u2019article\u00a010 de la Convention. Elles soutiennent que, contrairement \u00e0 l\u2019ample marge d\u2019appr\u00e9ciation dont jouissent les gouvernements dans le domaine des limitations implicites d\u00e9coulant de l\u2019article 3 du Protocole no 1, la marge d\u2019appr\u00e9ciation li\u00e9e \u00e0 l\u2019article 10 est particuli\u00e8rement \u00e9troite\u00a0; elles consid\u00e8rent en effet que l\u2019essence de la d\u00e9mocratie est en jeu en cas d\u2019atteinte au droit \u00e0 la libert\u00e9 d\u2019expression d\u2019un homme politique de l\u2019opposition.<\/p>\n<p><strong>D. Appr\u00e9ciation de la Grande Chambre<\/strong><\/p>\n<p><em>1. Sur la recevabilit\u00e9<\/em><\/p>\n<p>240. En ce qui concerne l\u2019exception d\u2019irrecevabilit\u00e9 relative \u00e0 un d\u00e9faut de qualit\u00e9 de victime (paragraphe 230 ci-dessus), la Cour estime qu\u2019elle soul\u00e8ve des questions \u00e9troitement li\u00e9es \u00e0 l\u2019examen du bien-fond\u00e9 du grief formul\u00e9 par le requ\u00e9rant. D\u00e8s lors, elle analysera ce point dans le cadre de son examen sur le fond du grief (Mehmet Hasan Altan, pr\u00e9cit\u00e9, \u00a7 194, et \u015eahin Alpay, pr\u00e9cit\u00e9, \u00a7\u00a0164).<\/p>\n<p>241. Constatant par ailleurs que ce grief n\u2019est pas manifestement mal fond\u00e9 au sens de l\u2019article 35 \u00a7 3 a) de la Convention et qu\u2019il ne se heurte \u00e0 aucun autre motif d\u2019irrecevabilit\u00e9, la Cour le d\u00e9clare recevable.<\/p>\n<p><em>2. Sur le fond<\/em><\/p>\n<p>a) Sur la libert\u00e9 d\u2019expression des parlementaires<\/p>\n<p>242. La Cour rappelle qu\u2019elle a constamment soulign\u00e9 dans sa jurisprudence l\u2019importance de la libert\u00e9 d\u2019expression des parlementaires, vecteurs par excellence du discours politique. Dans son arr\u00eat Castells c.\u00a0Espagne (23 avril 1992, s\u00e9rie A no\u00a0236), qui portait sur la condamnation d\u2019un s\u00e9nateur qui avait insult\u00e9 le gouvernement dans un article de presse, elle a dit :<\/p>\n<p>\u00ab\u00a0[p]r\u00e9cieuse pour chacun, la libert\u00e9 d\u2019expression l\u2019est tout particuli\u00e8rement pour un \u00e9lu du peuple\u00a0; il repr\u00e9sente ses \u00e9lecteurs, signale leurs pr\u00e9occupations et d\u00e9fend leurs int\u00e9r\u00eats. Partant, des ing\u00e9rences dans la libert\u00e9 d\u2019expression d\u2019un parlementaire de l\u2019opposition (&#8230;) commandent \u00e0 la Cour de se livrer \u00e0 un contr\u00f4le des plus stricts\u00a0\u00bb.<\/p>\n<p>243. Ces principes ont \u00e9t\u00e9 confirm\u00e9s dans un certain nombre d\u2019affaires relatives \u00e0 la libert\u00e9 d\u2019expression de membres de parlements nationaux ou r\u00e9gionaux (voir, entre autres, Kar\u00e1csony et autres c. Hongrie [GC], nos\u00a042461\/13 et 44357\/13, \u00a7 137, 17 mai 2016, Jerusalem c.\u00a0Autriche, no\u00a026958\/95, \u00a736, CEDH 2001\u2011II, F\u00e9ret c.Belgique, no 15615\/07, \u00a7\u00a065, 16\u00a0juillet 2009, et Otegi Mondragon c.Espagne, no2034\/07, \u00a7\u00a050, CEDH\u00a02011), ainsi que dans une s\u00e9rie d\u2019affaires portant sur des restrictions au droit d\u2019acc\u00e8s \u00e0 un tribunal par l\u2019effet de l\u2019immunit\u00e9 parlementaire (A.\u00a0c.\u00a0Royaume-Uni, no 35373\/97, \u00a779, 17 d\u00e9cembre 2002, Cordova c.\u00a0Italie(no\u00a01),no40877\/98, \u00a759, CEDH 2003\u2011I, Cordova c.Italie(no\u00a02),no\u00a045649\/99, \u00a7\u00a060, CEDH 2003\u2011I (extraits), Zollmann c.\u00a0Royaume-Uni (d\u00e9c.), no62902\/00, CEDH 2003\u2011XII, DeJorio c.Italie, no73936\/01, \u00a7\u00a052, 3\u00a0juin 2004, Patrono, Cascini et Stefanelli c.Italie, no10180\/04, \u00a7\u00a061, 20\u00a0avril 2006, et C.G.I.L. et Cofferati c.Italie, no46967\/07, \u00a771, 24\u00a0f\u00e9vrier 2009).<\/p>\n<p>244. \u00c0 ce titre, il ne fait aucun doute que tout propos tenu par un d\u00e9put\u00e9 appelle un haut degr\u00e9 de protection (Kar\u00e1csony et autres, pr\u00e9cit\u00e9, \u00a7 138). La r\u00e8gle de l\u2019immunit\u00e9 parlementaire, en particulier, atteste ce haut degr\u00e9 de protection, dans la mesure notamment o\u00f9 elle tend \u00e0 prot\u00e9ger l\u2019opposition parlementaire. La Cour estime important de prot\u00e9ger la minorit\u00e9 parlementaire de tout abus de la majorit\u00e9 (ibidem, \u00a7 147).<\/p>\n<p>245. Cela \u00e9tant, la libert\u00e9 de discussion politique ne rev\u00eat assur\u00e9ment pas un caract\u00e8re absolu (Castells, pr\u00e9cit\u00e9, \u00a7 46). La Cour a d\u00e9j\u00e0 indiqu\u00e9 qu\u2019une certaine r\u00e9glementation peut \u00eatre consid\u00e9r\u00e9e comme n\u00e9cessaire afin de pr\u00e9venir des formes d\u2019expression telles que des appels directs ou indirects \u00e0 la violence (Kar\u00e1csony et autres, pr\u00e9cit\u00e9, \u00a7 140). Toutefois, dans le but de v\u00e9rifier que la libert\u00e9 d\u2019expression demeure pr\u00e9serv\u00e9e, le contr\u00f4le op\u00e9r\u00e9 par la Cour doit en ce cas \u00eatre plus rigoureux (Past\u00f6rs c.\u00a0Allemagne, no\u00a055225\/14, \u00a7 38, 3 octobre 2019).<\/p>\n<p>b) Y a-t-il eu une ing\u00e9rence\u00a0?<\/p>\n<p>246. En l\u2019occurrence, en application de la modification constitutionnelle du 20 mai 2016, les d\u00e9put\u00e9s vis\u00e9s par cette disposition ont perdu la protection constitutionnelle qui \u00e9tait pr\u00e9vue avant ladite modification par le deuxi\u00e8me paragraphe de l\u2019article\u00a083 de la Constitution en ce qui concerne les demandes de lev\u00e9e de l\u2019immunit\u00e9 soumises au Parlement. Il ressort de la motivation de la modification constitutionnelle que celle-ci \u00e9tait pr\u00e9vue car, \u00ab\u00a0[a]lors que la Turquie [menait] contre le terrorisme la lutte la plus vigoureuse et la plus intense de son histoire, certains d\u00e9put\u00e9s, avant ou apr\u00e8s leur \u00e9lection, [avaient] fait des discours soutenant moralement le terrorisme\u00a0\u00bb, ce qui avait \u00ab\u00a0suscit\u00e9 l\u2019indignation au sein de l\u2019opinion publique\u00a0\u00bb (paragraphe 56 ci-dessus). La modification constitutionnelle avait donc pour but de limiter le discours politique des parlementaires en question, y compris le requ\u00e9rant. \u00c0 la suite de celle-ci, le procureur de la R\u00e9publique de Diyarbak\u0131r a d\u00e9cid\u00e9 de r\u00e9unir en un seul dossier trente et une enqu\u00eates p\u00e9nales men\u00e9es contre le requ\u00e9rant. Par la suite, le 4 novembre 2016, le requ\u00e9rant a \u00e9t\u00e9 arr\u00eat\u00e9. Dans son ordonnance du m\u00eame jour relative \u00e0 la mise en d\u00e9tention provisoire de l\u2019int\u00e9ress\u00e9, le 2e juge de paix de Diyarbak\u0131r s\u2019est appuy\u00e9 essentiellement sur les \u00e9l\u00e9ments de preuve suivants\u00a0: les tweets publi\u00e9s au nom du comit\u00e9 ex\u00e9cutif du HDP et les \u00e9v\u00e9nements ayant eu lieu du 6 au 8 octobre 2014\u00a0; les discours dans lesquels le requ\u00e9rant avait qualifi\u00e9 de \u00ab\u00a0r\u00e9sistance\u00a0\u00bb certains actes des membres du PKK, notamment le creusement de tranch\u00e9es et l\u2019\u00e9tablissement de barricades dans les villes\u00a0; le fait que l\u2019int\u00e9ress\u00e9 avait particip\u00e9 aux activit\u00e9s du Congr\u00e8s de la soci\u00e9t\u00e9 d\u00e9mocratique (paragraphe 70 ci-dessus). Pour ce qui est de la proc\u00e9dure qui a d\u00e9but\u00e9 le 11 janvier 2017 (paragraphe\u00a078 ci\u2011dessus) et qui est actuellement pendante, la quasi-totalit\u00e9 des preuves pr\u00e9sent\u00e9es concernent des discours prononc\u00e9s par l\u2019int\u00e9ress\u00e9.<\/p>\n<p>247. Au vu de ce qui pr\u00e9c\u00e8de, la Cour estime qu\u2019on ne saurait nier que la combinaison de toutes ces mesures, \u00e0 savoir la lev\u00e9e de l\u2019immunit\u00e9 parlementaire du requ\u00e9rant par la modification constitutionnelle du 20\u00a0mai 2016, le placement et le maintien en d\u00e9tention provisoire de l\u2019int\u00e9ress\u00e9, et la proc\u00e9dure p\u00e9nale engag\u00e9e \u00e0 son encontre sur le fondement de ces \u00e9l\u00e9ments de preuve comprenant ses discours \u00e0 caract\u00e8re politique, s\u2019analysent en une ing\u00e9rence dans l\u2019exercice de son droit \u00e0 la libert\u00e9 d\u2019expression d\u00e9coulant de l\u2019article\u00a010 de la Convention. En cons\u00e9quence, elle rejette l\u2019exception de d\u00e9faut de qualit\u00e9 de victime soulev\u00e9e par le Gouvernement.<\/p>\n<p>248. Une telle ing\u00e9rence doit \u00eatre \u00ab\u00a0pr\u00e9vue par la loi\u00a0\u00bb, poursuivre l\u2019un ou plusieurs des buts l\u00e9gitimes \u00e9num\u00e9r\u00e9s au paragraphe 2 de l\u2019article 10 et \u00eatre \u00ab\u00a0n\u00e9cessaire dans une soci\u00e9t\u00e9 d\u00e9mocratique\u00a0\u00bb (Kar\u00e1csony et autres, pr\u00e9cit\u00e9, \u00a7\u00a0121).<\/p>\n<p>(c) L\u2019ing\u00e9rence \u00e9tait-elle pr\u00e9vue par la loi\u00a0?<\/p>\n<p>(i) Principes g\u00e9n\u00e9raux<\/p>\n<p>249. La Cour rappelle sa jurisprudence constante selon laquelle une mesure litigieuse doit avoir une base en droit interne et \u00eatre compatible avec la pr\u00e9\u00e9minence du droit, express\u00e9ment mentionn\u00e9e dans le pr\u00e9ambule de la Convention et inh\u00e9rente \u00e0 tous les articles de celle-ci. Plus particuli\u00e8rement, celairait \u00e0 l\u2019encontre de la pr\u00e9\u00e9minence du droit si le pouvoir d\u2019appr\u00e9ciation accord\u00e9 aux autorit\u00e9s comp\u00e9tentes ne connaissait pas de limites. La loi doit donc d\u00e9finir l\u2019\u00e9tendue et les modalit\u00e9s d\u2019exercice d\u2019un tel pouvoir avec une clart\u00e9 suffisante pour fournir \u00e0 l\u2019individu une protection ad\u00e9quate contre l\u2019arbitraire (Roman Zakharov c. Russie [GC], no\u00a047143\/06, \u00a7\u00a7 228 et\u00a0230, CEDH\u00a02015, Malone c.Royaume\u2011Uni, 2 ao\u00fbt 1984, \u00a7 67, s\u00e9rie A no\u00a082, Olsson c. Su\u00e8de (no\u00a01), 24 mars 1988, \u00a7 61, s\u00e9rie A no 130, et Navalnyy, pr\u00e9cit\u00e9, \u00a7\u00a0115). Dans ce contexte, il appartient au premier chef aux autorit\u00e9s nationales, notamment aux tribunaux, d\u2019interpr\u00e9ter et d\u2019appliquer le droit interne (voir, parmi d\u2019autres, Waite et Kennedy c. Allemagne [GC], no\u00a026083\/94, \u00a7 54, CEDH 1999\u2011I, et Kar\u00e1csony et autres, pr\u00e9cit\u00e9, \u00a7 123). Le r\u00f4le de la Cour se limite \u00e0 v\u00e9rifier la compatibilit\u00e9 avec la Convention des effets de pareille interpr\u00e9tation (Korbely c.Hongrie [GC], no9174\/02, \u00a7\u00a072, CEDH\u00a02008).Les mots \u00ab\u00a0pr\u00e9vue par la loi\u00a0\u00bb contenus au deuxi\u00e8me paragraphe de l\u2019article 10 visent aussi la qualit\u00e9 de la loi en cause\u00a0: ainsi, celle-ci doit \u00eatre accessible aux justiciables et pr\u00e9visible dans ses effets (voir, parmi beaucoup d\u2019autres, Rotaru c.Roumanie [GC], no\u00a028341\/95, \u00a7\u00a052, CEDH 2000-V, Maestri c. Italie [GC], no 39748\/98, \u00a7\u00a030, CEDH\u00a02004\u2011I, Centro Europa 7 S.r.l. et Di Stefano c. Italie [GC], no\u00a038433\/09, \u00a7 140, CEDH 2012, Kudrevi\u010dius et autres c. Lituanie [GC], no\u00a037553\/05, \u00a7 108, CEDH 2015, et Delfi ASc.Estonie [GC], no\u00a064569\/09, \u00a7\u00a0120, CEDH\u00a02015).<\/p>\n<p>250. L\u2019une des exigences qui d\u00e9coulent de l\u2019expression \u00ab\u00a0pr\u00e9vue par la loi\u00a0\u00bb est la pr\u00e9visibilit\u00e9. Aux yeux de la Cour, on ne peut consid\u00e9rer comme une \u00ab\u00a0loi\u00a0\u00bb, au sens de l\u2019article 10 \u00a7 2 de la Convention, qu\u2019une norme \u00e9nonc\u00e9e avec assez de pr\u00e9cision pour permettre au justiciable de r\u00e9gler sa conduite\u00a0; en s\u2019entourant au besoin de conseils \u00e9clair\u00e9s, il doit \u00eatre \u00e0 m\u00eame de pr\u00e9voir, \u00e0 un degr\u00e9 raisonnable dans les circonstances de la cause, les cons\u00e9quences qui peuvent d\u00e9couler d\u2019un acte d\u00e9termin\u00e9. Ces cons\u00e9quences ne doivent pas n\u00e9cessairement \u00eatre pr\u00e9visibles avec une certitude absolue. La certitude, bien que souhaitable, s\u2019accompagne parfois d\u2019une rigidit\u00e9 excessive\u00a0; or le droit doit savoir s\u2019adapter aux changements de situation. Aussi beaucoup de lois emploient-elles, par la force des choses, des formules plus ou moins vagues dont l\u2019interpr\u00e9tation et l\u2019application d\u00e9pendent de la pratique (voir, par exemple, Lindon, Otchakovsky-Laurens et July c. France [GC], nos21279\/02 et 36448\/02, \u00a741, CEDH\u00a02007\u2011IV, Centro Europa 7 S.r.l. et Di Stefano, pr\u00e9cit\u00e9, \u00a7141, et Delfi AS, pr\u00e9cit\u00e9, \u00a7\u00a0121). L\u2019exigence de pr\u00e9visibilit\u00e9 ne saurait \u00eatre interpr\u00e9t\u00e9e comme une r\u00e8gle commandant que les modalit\u00e9s d\u00e9taill\u00e9es d\u2019application d\u2019une loi soient \u00e9nonc\u00e9es dans le texte lui-m\u00eame\u00a0; elle peut se trouver respect\u00e9e si les points qu\u2019il n\u2019est pas possible de trancher de mani\u00e8re satisfaisante sur la base du droit interne sont \u00e9nonc\u00e9s dans des textes de rang infra-l\u00e9gislatif. Ne la m\u00e9conna\u00eet pas non plus, en elle-m\u00eame, une loi qui, tout en conf\u00e9rant un pouvoir d\u2019appr\u00e9ciation, en pr\u00e9cise l\u2019\u00e9tendue et les modalit\u00e9s d\u2019exercice avec assez de nettet\u00e9, compte tenu du but l\u00e9gitime poursuivi, pour fournir \u00e0 l\u2019individu une protection ad\u00e9quate contre l\u2019arbitraire (Magyar K\u00e9tfark\u00fa Kutya P\u00e1rt c. Hongrie [GC], no201\/17, \u00a7 94, 20 janvier 2020).<\/p>\n<p>251. La Cour rappelle dans ce contexte qu\u2019elle n\u2019a pas pour t\u00e2che de se prononcer sur l\u2019opportunit\u00e9 des techniques choisies par le l\u00e9gislateur de l\u2019\u00c9tat d\u00e9fendeur pour r\u00e9glementer tel ou tel domaine. En effet, le r\u00f4le de la Cour se limite \u00e0 v\u00e9rifier si les m\u00e9thodes adopt\u00e9es et les cons\u00e9quences qu\u2019elles entra\u00eenent sont conformes \u00e0 la Convention (Magyar Helsinki Bizotts\u00e1g c. Hongrie [GC], no 18030\/11, \u00a7184, 8 novembre 2016).<\/p>\n<p>252. La Cour confirme \u00e9galement que, dans les affaires qui trouvent leur origine dans une requ\u00eate individuelle introduite en vertu de l\u2019article 34 de la Convention, sa t\u00e2che ne consiste pas \u00e0 examiner le droit interne dans l\u2019abstrait mais \u00e0 rechercher si la mani\u00e8re dont il a \u00e9t\u00e9 appliqu\u00e9 au requ\u00e9rant a emport\u00e9 violation de la Convention (Magyar K\u00e9tfark\u00fa Kutya P\u00e1rt, pr\u00e9cit\u00e9, \u00a7\u00a096).<\/p>\n<p>253. La Cour estime qu\u2019un certain doute \u00e0 propos de cas limites ne suffit pas \u00e0 lui seul \u00e0 rendre l\u2019application d\u2019une disposition l\u00e9gale impr\u00e9visible. De m\u00eame, une disposition l\u00e9gale ne peut \u00eatre consid\u00e9r\u00e9e comme \u00ab\u00a0impr\u00e9visible\u00a0\u00bb du simple fait qu\u2019elle se pr\u00eate \u00e0 plus d\u2019une interpr\u00e9tation. La fonction de d\u00e9cision confi\u00e9e aux tribunaux sert pr\u00e9cis\u00e9ment \u00e0 dissiper les doutes qui pourraient subsister quant \u00e0 l\u2019interpr\u00e9tation des normes, compte tenu des \u00e9volutions de la pratique quotidienne (Gorzelik et autres c.\u00a0Pologne [GC], no 44158\/98, \u00a7 65, CEDH2004\u2011I). Par ailleurs, la Cour a conscience de ce qu\u2019il faut bien qu\u2019une norme juridique donn\u00e9e soit un jour appliqu\u00e9e pour la premi\u00e8re fois (Magyar K\u00e9tfark\u00fa Kutya P\u00e1rt, pr\u00e9cit\u00e9, \u00a7\u00a097).<\/p>\n<p>254. S\u2019agissant de la port\u00e9e de la notion de pr\u00e9visibilit\u00e9, elle d\u00e9pend dans une large mesure du contenu du texte en question, du domaine que ce texte est cens\u00e9 couvrir et du nombre et du statut de ceux \u00e0 qui il s\u2019adresse (Centro Europa 7 S.r.l. et Di\u00a0Stefano, pr\u00e9cit\u00e9, \u00a7 142, Delfi AS, pr\u00e9cit\u00e9, \u00a7\u00a0122, et Satakunnan Markkinap\u00f6rssi Oy et Satamedia Oy c.\u00a0Finlande [GC], no 931\/13, \u00a7 144, 27 juin 2017). Cela \u00e9tant, la qualit\u00e9 de la loi implique que la l\u00e9gislation interne doit user de termes assez clairs pour indiquer \u00e0 tous de mani\u00e8re suffisante en quelles circonstances et sous quelles conditions elle habilite la puissance publique \u00e0 recourir \u00e0 des mesures affectant leurs droits prot\u00e9g\u00e9s par la Convention (Fern\u00e1ndez Mart\u00ednez c. Espagne [GC], no 56030\/07, \u00a7 117, CEDH 2014 (extraits), et G\u00fcler et U\u011furc. Turquie, nos 31706\/10 et 33088\/10, \u00a7 47, 2\u00a0d\u00e9cembre 2014).<\/p>\n<p>(ii) Application de ces principes en l\u2019esp\u00e8ce<\/p>\n<p>255. Dans la pr\u00e9sente affaire, la Cour observe tout d\u2019abord que les parties s\u2019accordent \u00e0 reconna\u00eetre l\u2019accessibilit\u00e9, au moment du placement en d\u00e9tention provisoire, de la totalit\u00e9 des dispositions juridiques appliqu\u00e9es en l\u2019esp\u00e8ce, c\u2019est-\u00e0-dire la Constitution, la modification constitutionnelle, le CPP et la l\u00e9gislation sur le fondement de laquelle le parquet a requis la condamnation du requ\u00e9rant. Il n\u2019est pas contest\u00e9 par les parties que, apr\u00e8s la modification constitutionnelle du 20 mai 2016, le requ\u00e9rant a \u00e9t\u00e9 plac\u00e9 en d\u00e9tention provisoire sur la base des articles 100 et suivants du CPP. La question sur laquelle portent le d\u00e9bat et les th\u00e8ses divergentes des parties en l\u2019esp\u00e8ce est de savoir si la modification constitutionnelle en cause et les dispositions du code p\u00e9nal (CP) relatives \u00e0 l\u2019appartenance et\/ou \u00e0 la direction d\u2019une organisation terroriste arm\u00e9e peuvent en l\u2019occurrence \u00eatre consid\u00e9r\u00e9es comme satisfaisant \u00e0 l\u2019exigence de la \u00ab\u00a0qualit\u00e9 de la loi\u00a0\u00bb. La Cour doit donc v\u00e9rifier si, sur les deux points susmentionn\u00e9s, l\u2019ing\u00e9rence dans l\u2019exercice du droit \u00e0 la libert\u00e9 d\u2019expression du requ\u00e9rant peut \u00eatre tenue pour \u00ab\u00a0pr\u00e9vue par la loi\u00a0\u00bb. En particulier, la Cour examinera si le droit interne, tel qu\u2019interpr\u00e9t\u00e9 et appliqu\u00e9 en l\u2019esp\u00e8ce, \u00e9tait pr\u00e9visible lorsque le requ\u00e9rant a prononc\u00e9 les discours qui ont conduit aux poursuites contre lui.<\/p>\n<p>(1) Sur l\u2019immunit\u00e9 parlementaire<\/p>\n<p>256. La Cour rappelle qu\u2019elle a d\u00e9j\u00e0 reconnu que les particularismes inh\u00e9rents au r\u00e9gime des immunit\u00e9s parlementaires et la d\u00e9rogation au droit commun qu\u2019il emporte visent \u00e0 permettre la libre expression des repr\u00e9sentants du peuple et \u00e0 emp\u00eacher que des poursuites partisanes puissent porter atteinte \u00e0 la fonction parlementaire (Kart c. Turquie [GC], no\u00a08917\/05, \u00a7 88, CEDH 2009 (extraits)).<\/p>\n<p>257. La Cour observe d\u2019embl\u00e9e que la plupart des \u00c9tats membres reconnaissent aux d\u00e9put\u00e9s, comme le fait l\u2019article 83 de la Constitution de 1982, deux types d\u2019immunit\u00e9s parlementaires, \u00e0 savoir l\u2019irresponsabilit\u00e9 et l\u2019inviolabilit\u00e9 (Kart, pr\u00e9cit\u00e9,\u00a7\u00a7 42 et 85, Kar\u00e1csony et autres, pr\u00e9cit\u00e9, \u00a7\u00a7\u00a0138-140, et Past\u00f6rs, pr\u00e9cit\u00e9, \u00a7\u00a038).<\/p>\n<p>258. Le premier paragraphe de l\u2019article 83 de la Constitution concerne l\u2019irresponsabilit\u00e9 des d\u00e9put\u00e9s, qui prot\u00e8ge leur libert\u00e9 d\u2019expression et qui soustrait ceux-ci \u00e0 toute poursuite judiciaire \u00e0 raison des votes \u00e9mis et des opinions exprim\u00e9es au sein de l\u2019Assembl\u00e9e nationale et de leur r\u00e9p\u00e9tition ou diffusion en dehors de celle-ci, \u00e0 moins que l\u2019Assembl\u00e9e nationale n\u2019en d\u00e9cide autrement au cours d\u2019une s\u00e9ance tenue sur proposition du Bureau de la pr\u00e9sidence (voir le paragraphe 134 ci-dessus).<\/p>\n<p>259. La Cour observe que l\u2019irresponsabilit\u00e9 parlementaire est absolue, ne m\u00e9nage aucune exception, n\u2019autorise aucune mesure d\u2019investigation et, comme l\u2019ont indiqu\u00e9 les parties lors de l\u2019audience, continue \u00e0 prot\u00e9ger les d\u00e9put\u00e9s m\u00eame apr\u00e8s la fin de leur mandat. Comme les deux parties l\u2019ont \u00e9galement dit au cours de l\u2019audience, il est clair que r\u00e9p\u00e9ter un discours politique en dehors de l\u2019Assembl\u00e9e nationale ne saurait \u00eatre interpr\u00e9t\u00e9 comme le fait de simplement r\u00e9p\u00e9ter les m\u00eames mots que ceux prononc\u00e9s au Parlement.<\/p>\n<p>260. L\u2019article 20 provisoire de la Constitution (paragraphe\u00a0137 ci\u2011dessus), tel qu\u2019il a \u00e9t\u00e9 adopt\u00e9 par l\u2019Assembl\u00e9e nationale le 20 mai 2016, n\u2019a pas modifi\u00e9 le premier paragraphe de l\u2019article 83 de la Constitution. Autrement dit, les cent cinquante\u2011quatre d\u00e9put\u00e9s touch\u00e9s par la modification constitutionnelle ont continu\u00e9 \u00e0 jouir de la protection juridique gr\u00e2ce \u00e0 l\u2019irresponsabilit\u00e9 parlementaire telle que d\u00e9finie par le premier paragraphe de l\u2019article 83 de la Constitution. En l\u2019absence d\u2019une d\u00e9cision contraire de l\u2019Assembl\u00e9e nationale, ils ne peuvent donc \u00eatre tenus pour responsables devant les tribunaux p\u00e9naux \u00e0 raison de votes qu\u2019ils ont \u00e9mis et d\u2019opinions qu\u2019ils ont exprim\u00e9es lors de travaux parlementaires ou de leur r\u00e9p\u00e9tition ou diffusion en dehors de l\u2019Assembl\u00e9e nationale.<\/p>\n<p>261. En l\u2019occurrence, le Gouvernement affirme que dans les discours incrimin\u00e9s le requ\u00e9rant a d\u00e9fendu l\u2019auto-gouvernance, qu\u2019il a qualifi\u00e9 les actes terroristes pr\u00e9tendument commis par les membres du PKK de \u00ab\u00a0guerre d\u2019autod\u00e9fense\u00a0\u00bb l\u00e9gitime et d\u2019actes de \u00ab\u00a0r\u00e9sistance\u00a0\u00bb, et qu\u2019il a critiqu\u00e9 les op\u00e9rations men\u00e9es par les forces de s\u00e9curit\u00e9 en les taxant de \u00ab\u00a0massacres\u00a0\u00bb. Le Gouvernement ajoute que l\u2019int\u00e9ress\u00e9 a fait l\u2019apologie du chef du PKK et qu\u2019il a appel\u00e9 la population \u00e0 descendre dans la rue. Le requ\u00e9rant soutient quant \u00e0 lui qu\u2019il a fait des discours similaires lors des travaux de l\u2019Assembl\u00e9e nationale et qu\u2019en cons\u00e9quence les discours incrimin\u00e9s \u00e9taient prot\u00e9g\u00e9s par le premier paragraphe de l\u2019article 83 de la Constitution. Sur ce point, la Cour estime qu\u2019il incombait aux autorit\u00e9s nationales, notamment aux juridictions internes, de d\u00e9terminer d\u2019embl\u00e9e si les discours pour lesquels le requ\u00e9rant a \u00e9t\u00e9 accus\u00e9 et plac\u00e9 en d\u00e9tention provisoire relevaient ou non de l\u2019irresponsabilit\u00e9 parlementaire telle que pr\u00e9vue par le premier paragraphe de l\u2019article 83 de la Constitution. Dans ce contexte, la Cour rappelle que les autorit\u00e9s nationales ont une obligation \u00e0 caract\u00e8re proc\u00e9dural\u00a0: celle d\u2019effectuer un contr\u00f4le juridictionnel contre les \u00e9ventuels abus (voir, Kar\u00e1csony et autres, pr\u00e9cit\u00e9, \u00a7\u00a7 133-136 et les r\u00e9f\u00e9rences qui y sont cit\u00e9es).<\/p>\n<p>262. En l\u2019esp\u00e8ce, le Gouvernement d\u00e9clare que le requ\u00e9rant n\u2019a jamais affirm\u00e9 devant les juridictions nationales que ses discours vis\u00e9s par la proc\u00e9dure p\u00e9nale relevaient du premier paragraphe de l\u2019article 83 de la Constitution. Or le requ\u00e9rant a au contraire plaid\u00e9 d\u00e8s le d\u00e9but de sa d\u00e9tention provisoire qu\u2019au regard du premier paragraphe de l\u2019article 83 il ne pouvait \u00eatre priv\u00e9 de sa libert\u00e9. En effet, il s\u2019agissait l\u00e0 de l\u2019un de ses principaux arguments (voir notamment le paragraphe 70 ci-dessus). Dans ce contexte, il a form\u00e9 plusieurs recours aux fins de sa remise en libert\u00e9 (voir notamment les paragraphes 77 et 80 ci-dessus). De m\u00eame, le 3 avril 2018, il a pri\u00e9 la 19e cour d\u2019assises d\u2019Ankara d\u2019examiner les discours qu\u2019il avait prononc\u00e9s durant les travaux du Parlement et de comparer leur contenu avec celui des discours incrimin\u00e9s. \u00c0 cette fin, il a \u00e9galement demand\u00e9 qu\u2019un expert f\u00fbt nomm\u00e9 pour d\u00e9terminer si les discours incrimin\u00e9s \u00e9taient prot\u00e9g\u00e9s par le premier paragraphe de l\u2019article 83 de la Constitution (paragraphe\u00a091 ci\u2011dessus). Il ressort toutefois des documents fournis par les parties que cet examen n\u2019a pas eu lieu. Lorsqu\u2019il a ordonn\u00e9 la mise en d\u00e9tention provisoire du requ\u00e9rant, le 2e juge de paix de Diyarbak\u0131r a tout simplement observ\u00e9 que la modification constitutionnelle avait eu pour effet de lever l\u2019immunit\u00e9 parlementaire de l\u2019int\u00e9ress\u00e9 pour les infractions en cause. Quant \u00e0 la Cour constitutionnelle, elle a de mani\u00e8re similaire relev\u00e9 que la modification constitutionnelle du 20 mai 2016 avait permis d\u2019acc\u00e9der aux demandes de lev\u00e9e de l\u2019immunit\u00e9 parlementaire du requ\u00e9rant qui avaient \u00e9t\u00e9 transmises \u00e0 l\u2019Assembl\u00e9e nationale avant la date de son adoption. N\u00e9anmoins, les juges de paix qui ont ordonn\u00e9 le placement ou le maintien en d\u00e9tention provisoire du requ\u00e9rant, les procureurs qui ont engag\u00e9 l\u2019action p\u00e9nale contre lui, les juges des cours d\u2019assises qui ont d\u00e9cid\u00e9 de son maintien en d\u00e9tention provisoire et, enfin, les juges de la Cour constitutionnelle n\u2019ont aucunement examin\u00e9 la question de savoir si les discours incrimin\u00e9s \u00e9taient ou non prot\u00e9g\u00e9s par l\u2019irresponsabilit\u00e9 parlementaire de l\u2019int\u00e9ress\u00e9. Dans ce contexte, la Cour est frapp\u00e9e par l\u2019absence d\u2019une quelconque analyse concernant cet argument du requ\u00e9rant.<\/p>\n<p>263. La Cour estime qu\u2019en l\u2019esp\u00e8ce le requ\u00e9rant a argu\u00e9 de mani\u00e8re plausible que, du point de vue de leur contenu, ses discours cit\u00e9s par le Gouvernement et ceux qu\u2019il avait prononc\u00e9s lors des travaux de l\u2019Assembl\u00e9e nationale \u00e9taient similaires (voir notamment les paragraphes\u00a028, 36, 46, 50, 51, 52 et 54 ci-dessus). Or, malgr\u00e9 la plausibilit\u00e9 de cet argument, et nonobstant la garantie offerte par le premier paragraphe de l\u2019article 83 de la Constitution, les autorit\u00e9s judiciaires ont plac\u00e9 le requ\u00e9rant en d\u00e9tention provisoire et l\u2019ont soumis \u00e0 des poursuites p\u00e9nales essentiellement en raison de ses discours \u00e0 caract\u00e8re politique, sans qu\u2019il y ait eu examen du point de savoir si ses d\u00e9clarations \u00e9taient prot\u00e9g\u00e9es par l\u2019irresponsabilit\u00e9 parlementaire.<\/p>\n<p>264. En outre, \u00e0 supposer m\u00eame que les discours incrimin\u00e9s ne relevaient pas de la protection offerte par le premier paragraphe de l\u2019article\u00a083 de la Constitution, la Cour estime que la modification constitutionnelle du 20 mai 2016 pose en elle-m\u00eame un probl\u00e8me de pr\u00e9visibilit\u00e9. Le second paragraphe de l\u2019article 83 de la Constitution, dans sa version non modifi\u00e9e, pr\u00e9voit l\u2019inviolabilit\u00e9 parlementaire, qui met les \u00e9lus du peuple \u00e0 l\u2019abri de toute arrestation, d\u00e9tention ou proc\u00e9dure judiciaire pendant leur mandat parlementaire, sauf autorisation de l\u2019Assembl\u00e9e nationale. Il s\u2019agit l\u00e0 d\u2019une protection temporaire, ce qui veut dire qu\u2019une proc\u00e9dure p\u00e9nale peut suivre son cours normal apr\u00e8s l\u2019expiration du mandat d\u2019un parlementaire (Kart, pr\u00e9cit\u00e9, \u00a7\u00a069).<\/p>\n<p>265. Le deuxi\u00e8me paragraphe de l\u2019article 83 de la Constitution ne pr\u00e9voit que deux exceptions au principe d\u2019inviolabilit\u00e9 parlementaire\u00a0: i)les cas de flagrant d\u00e9lit\u00a0; et ii) les cas indiqu\u00e9s \u00e0 l\u2019article 14 de la Constitution, \u00e0 condition que les poursuites p\u00e9nales aient \u00e9t\u00e9 entam\u00e9es avant les \u00e9lections. \u00c9tant donn\u00e9 que la situation du requ\u00e9rant ne relevait d\u2019aucune de ces exceptions, sans la modification constitutionnelle les autorit\u00e9s nationales auraient d\u00fb demander la lev\u00e9e de l\u2019immunit\u00e9 parlementaire de l\u2019int\u00e9ress\u00e9 pour pouvoir engager une proc\u00e9dure p\u00e9nale contre lui.<\/p>\n<p>266. La Constitution turque pr\u00e9voit des garanties proc\u00e9durales contre les demandes relatives \u00e0 la lev\u00e9e de l\u2019immunit\u00e9 d\u2019un parlementaire. Selon le deuxi\u00e8me paragraphe de l\u2019article 83 de la Constitution, un d\u00e9put\u00e9 ne peut \u00eatre arr\u00eat\u00e9, interrog\u00e9, d\u00e9tenu ou jug\u00e9 que lorsque l\u2019Assembl\u00e9e nationale prend une d\u00e9cision de lever l\u2019immunit\u00e9 parlementaire. \u00c0 cette fin, l\u2019Assembl\u00e9e nationale doit proc\u00e9der \u00e0 un examen individualis\u00e9 de la situation du d\u00e9put\u00e9 concern\u00e9, lui assurant ainsi la possibilit\u00e9 de se d\u00e9fendre devant le Parlement. En outre, aux termes de l\u2019article 85 de la Constitution, le d\u00e9put\u00e9 concern\u00e9 ou un autre d\u00e9put\u00e9 peuvent faire appel aupr\u00e8s de la Cour constitutionnelle contre une d\u00e9cision de l\u2019Assembl\u00e9e nationale de lever une immunit\u00e9, dans un d\u00e9lai de sept jours \u00e0 compter de la date de la d\u00e9cision. La Cour constitutionnelle doit se prononcer sur cet appel dans un d\u00e9lai de quinze\u00a0jours. Elle peut annuler la d\u00e9cision du Parlement si elle estime que celle-ci est contraire \u00e0 la Constitution, \u00e0 la loi ou au r\u00e8glement int\u00e9rieur de l\u2019Assembl\u00e9e nationale.<\/p>\n<p>267. Aux termes de la modification constitutionnelle, la disposition contenue dans la premi\u00e8re phrase du deuxi\u00e8me paragraphe de l\u2019article 83 de la Constitution, qui pr\u00e9voit qu\u2019aucun d\u00e9put\u00e9 accus\u00e9 d\u2019avoir commis un d\u00e9lit avant ou apr\u00e8s les \u00e9lections ne peut \u00eatre arr\u00eat\u00e9, interrog\u00e9, d\u00e9tenu ou jug\u00e9 sans d\u00e9cision de l\u2019Assembl\u00e9e nationale, ne s\u2019applique pas aux d\u00e9put\u00e9s vis\u00e9s, dont le requ\u00e9rant. C\u2019est donc le cadre l\u00e9gislatif normal qui est applicable, sans que les parlementaires en question b\u00e9n\u00e9ficient d\u2019un statut privil\u00e9gi\u00e9 par rapport aux citoyens ordinaires. Ainsi, comme la Cour constitutionnelle l\u2019a dit dans son arr\u00eat no 2016\/117 rendu le 3 juin 2016, les parlementaires concern\u00e9s n\u2019ont pas de droit d\u2019appel contre cette modification, dont le contr\u00f4le de constitutionnalit\u00e9 n\u2019est possible que suivant la proc\u00e9dure d\u00e9crite \u00e0 l\u2019article 148 de la Constitution.<\/p>\n<p>268. Aux termes du pr\u00e9ambule g\u00e9n\u00e9ral de la modification constitutionnelle, l\u2019objet de celle-ci est de r\u00e9pondre \u00e0 l\u2019indignation du public concernant les d\u00e9clarations de certains d\u00e9put\u00e9s soutenant \u00e9motionnellement et moralement le terrorisme, l\u2019appui et l\u2019aide que certains d\u00e9put\u00e9s apportent \u00e0 des membres d\u2019organisations terroristes et les appels \u00e0 la violence lanc\u00e9s par certains d\u00e9put\u00e9s. De plus, dans son avis sur la suspension du deuxi\u00e8me\u00a0paragraphe de l\u2019article 83 de la Constitution, la Commission de Venise rel\u00e8ve qu\u2019\u00e0 l\u2019issue de cette modification les d\u00e9clarations \u00e0 caract\u00e8re politique des d\u00e9put\u00e9s sont devenues passibles de sanctions p\u00e9nales, sans que les int\u00e9ress\u00e9s puissent b\u00e9n\u00e9ficier des garanties constitutionnelles pr\u00e9vues aux articles 83 et 85 de la Constitution. En effet, en raison de cette modification, l\u2019Assembl\u00e9e nationale n\u2019\u00e9tait plus tenue de proc\u00e9der \u00e0 un examen individualis\u00e9 des cas des d\u00e9put\u00e9s vis\u00e9s, et cela au d\u00e9triment des droits des parlementaires reconnus par la Constitution. Aux yeux de la Cour, la modification en question a cr\u00e9\u00e9 une situation impr\u00e9visible pour les d\u00e9put\u00e9s concern\u00e9s.<\/p>\n<p>269. En outre, la Cour consid\u00e8re, toujours \u00e0 l\u2019instar de la Commission de Venise, qu\u2019il s\u2019agissait en l\u2019esp\u00e8ce d\u2019une modification ad hoc, ponctuelle et ad hominem sans pr\u00e9c\u00e9dent dans la tradition constitutionnelle turque. Il ressort de la motivation de la modification constitutionnelle que celle-ci visait express\u00e9ment certaines d\u00e9clarations sp\u00e9cifiques de d\u00e9put\u00e9s, surtout ceux de l\u2019opposition. \u00c0 ce propos, la Cour a d\u00e9j\u00e0 dit que les lois visant uniquement des individus donn\u00e9s sont contraires \u00e0 l\u2019\u00e9tat de droit (Baka c.\u00a0Hongrie [GC], no 20261\/12, \u00a7 117, 23 juin 2016). En effet, apr\u00e8s l\u2019adoption de cette modification, l\u2019Assembl\u00e9e nationale a, d\u2019un c\u00f4t\u00e9, conserv\u00e9 le r\u00e9gime de l\u2019immunit\u00e9 tel qu\u2019\u00e9tabli par les articles 83 et 85 de la Constitution et, de l\u2019autre, rendu ce r\u00e9gime inapplicable \u00e0 l\u2019\u00e9gard de certains d\u00e9put\u00e9s identifiables en utilisant une formulation g\u00e9n\u00e9rale et objective. Dans ce contexte, la Cour souscrit pleinement au constat clair de la Commission de Venise selon lequel il s\u2019agit l\u00e0 d\u2019une \u00ab\u00a0utilisation abusive de la proc\u00e9dure de modification de la Constitution\u00a0\u00bb. Aux yeux de la Cour, eu \u00e9gard \u00e0 la pratique et \u00e0 la tradition parlementaires turques, un d\u00e9put\u00e9 ne pouvait raisonnablement s\u2019attendre \u00e0 ce que, au cours de son mandat parlementaire, une telle proc\u00e9dure f\u00fbt introduite, affaiblissant par l\u00e0 m\u00eame la libert\u00e9 d\u2019expression des membres de l\u2019Assembl\u00e9e nationale.<\/p>\n<p>270. Il ressort de la jurisprudence de la Cour que la condition de pr\u00e9visibilit\u00e9 se trouve remplie lorsque le justiciable peut savoir, \u00e0 partir du libell\u00e9 de la l\u00e9gislation pertinente et au besoin \u00e0 l\u2019aide de l\u2019interpr\u00e9tation qui en est donn\u00e9e par les tribunaux, quels actes et omissions engagent sa responsabilit\u00e9 (voir, entre autres, G\u00fcler et U\u011fur, pr\u00e9cit\u00e9, \u00a7 50, et Kudrevi\u010dius et autres, pr\u00e9cit\u00e9, \u00a7 108). Or, en l\u2019esp\u00e8ce, eu \u00e9gard au libell\u00e9 des deux premiers paragraphes de l\u2019article 83 de la Constitution et \u00e0 l\u2019interpr\u00e9tation ou plut\u00f4t \u00e0 l\u2019absence d\u2019interpr\u00e9tation de cette disposition par les juridictions nationales, la Cour estime que l\u2019ing\u00e9rence dans l\u2019exercice de la libert\u00e9 d\u2019expression du requ\u00e9rant n\u2019\u00e9tait pas \u00ab\u00a0pr\u00e9vue par la loi\u00a0\u00bb en ce qu\u2019elle ne r\u00e9pondait pas \u00e0 l\u2019exigence de pr\u00e9visibilit\u00e9, car lorsqu\u2019il d\u00e9fendait une opinion politique l\u2019int\u00e9ress\u00e9 pouvait l\u00e9gitimement s\u2019attendre \u00e0 b\u00e9n\u00e9ficier du cadre juridique constitutionnel en place offrant la protection de l\u2019immunit\u00e9 pour le discours politique et des garanties proc\u00e9durales constitutionnelles (voir, mutatis mutandis, Lykourezos c.\u00a0Gr\u00e8ce, no\u00a033554\/03, \u00a7\u00a7 54-56, CEDH\u00a02006\u2011VIII).<\/p>\n<p>(2) Sur les infractions li\u00e9es au terrorisme\u00a0: article 314 \u00a7\u00a7 1 et 2 du CP<\/p>\n<p>271. La Cour observe que, le 4 novembre 2016, le procureur de la R\u00e9publique de Diyarbak\u0131r a demand\u00e9 au 2e juge de paix de Diyarbak\u0131r de placer le requ\u00e9rant en d\u00e9tention provisoire pour deux infractions, \u00e0 savoir l\u2019appartenance \u00e0 une organisation terroriste arm\u00e9e, telle que r\u00e9prim\u00e9e par l\u2019article\u00a0314 \u00a7 1 du CP, et l\u2019incitation publique \u00e0 commettre une infraction, pr\u00e9vue par l\u2019article 214 \u00a7 1 du CP.<\/p>\n<p>272. Le m\u00eame jour, le 2e juge de paix de Diyarbak\u0131r a d\u2019abord relev\u00e9, eu \u00e9gard aux tweets publi\u00e9s sur le compte Twitter du HDP et aux \u00e9v\u00e9nements violents des 6-8 octobre 2014, qu\u2019il existait de forts soup\u00e7ons selon lesquels le requ\u00e9rant avait incit\u00e9 publiquement \u00e0 commettre une infraction (article\u00a0214 \u00a7 1 du code p\u00e9nal). Ensuite, prenant en consid\u00e9ration plusieurs discours de l\u2019int\u00e9ress\u00e9 et le fait que plusieurs enqu\u00eates p\u00e9nales le visant \u00e9taient pendantes aupr\u00e8s du parquet comp\u00e9tent pour des infractions li\u00e9es au terrorisme (paragraphe 70 ci-dessus), il a estim\u00e9 qu\u2019il existait de forts soup\u00e7ons selon lesquels le requ\u00e9rant avait commis l\u2019infraction d\u2019appartenance \u00e0 une organisation terroriste arm\u00e9e (article 314 \u00a7 2 du code p\u00e9nal). En outre, compte tenu de la nature de l\u2019infraction relative \u00e0 la fondation et \u00e0 la direction d\u2019une organisation terroriste arm\u00e9e \u2013\u00a0infraction qui n\u2019avait pas \u00e9t\u00e9 reproch\u00e9e \u00e0 l\u2019int\u00e9ress\u00e9 jusqu\u2019au 11 janvier 2017, date du d\u00e9p\u00f4t de l\u2019acte d\u2019accusation\u00a0\u2013 et du fait que cette infraction figurait parmi celles \u00e9num\u00e9r\u00e9es \u00e0 l\u2019article 100 \u00a7 3 du CPP, le juge de paix a estim\u00e9 qu\u2019il existait \u00e9galement de forts soup\u00e7ons concernant la commission de cette infraction (article 314 \u00a7 1 du code p\u00e9nal). La d\u00e9cision rendue le 4\u00a0novembre 2016 par le 2e juge de paix de Diyarbak\u0131r n\u2019indique donc pas clairement pour quelle(s) infraction(s) l\u2019int\u00e9ress\u00e9 a \u00e9t\u00e9 plac\u00e9 en d\u00e9tention. Cette incertitude a \u00e9t\u00e9 aggrav\u00e9e par les d\u00e9cisions relatives au maintien de l\u2019int\u00e9ress\u00e9 en d\u00e9tention provisoire. En effet, dans sa d\u00e9cision du 11\u00a0novembre 2016, le 3e juge de paix de Diyarbak\u0131r a indiqu\u00e9 que le requ\u00e9rant \u00e9tait d\u00e9tenu pour deux infractions, \u00e0 savoir l\u2019appartenance \u00e0 une organisation terroriste arm\u00e9e et l\u2019incitation publique \u00e0 commettre une infraction. Quant au 1er juge de paix de Diyarbak\u0131r, il a indiqu\u00e9 par une d\u00e9cision du 6d\u00e9cembre 2016que le requ\u00e9rant \u00e9tait d\u00e9tenu uniquement pour appartenance \u00e0 une organisation terroriste arm\u00e9e.<\/p>\n<p>273. La Cour observe de plus que, par un acte d\u2019accusation du 11\u00a0janvier 2017, le procureur de la R\u00e9publique de Diyarbak\u0131r a requis la condamnation du requ\u00e9rant \u00e0 une peine d\u2019emprisonnement comprise entre quarante-trois et cent\u00a0quarante-deux ans pour les infractions suivantes\u00a0: fondation ou direction d\u2019une organisation terroriste arm\u00e9e, propagande en faveur d\u2019une organisation terroriste, incitation publique \u00e0 commettre une infraction, apologie du crime et de criminels, incitation du public \u00e0 la haine et \u00e0 l\u2019hostilit\u00e9, incitation \u00e0 d\u00e9sob\u00e9ir \u00e0 la loi, organisation de r\u00e9unions et d\u00e9fil\u00e9s ill\u00e9gaux et participation \u00e0 de tels r\u00e9unions et d\u00e9fil\u00e9s, et refus d\u2019obtemp\u00e9rer \u00e0 l\u2019ordre de dispersion d\u2019une manifestation ill\u00e9gale \u00e9mis par les forces de s\u00e9curit\u00e9 (voir le paragraphe 78 ci-dessus). Jusqu\u2019au 2 septembre 2019, \u00e0 la fin de chaque audience, les cours d\u2019assises ont ordonn\u00e9 le maintien en d\u00e9tention provisoire du requ\u00e9rant sans pr\u00e9ciser pour quelle(s) infraction(s), en se r\u00e9f\u00e9rant uniquement \u00e0 l\u2019ensemble du dossier constitu\u00e9 contre lui.<\/p>\n<p>274. En tout \u00e9tat de cause, il est clair que le requ\u00e9rant a \u00e9t\u00e9 plac\u00e9 et maintenu en d\u00e9tention provisoire sur le fondement de ses discours pour des infractions li\u00e9es au terrorisme, en particulier celles pr\u00e9vues par l\u2019article\u00a0314 \u00a7\u00a7\u00a01 et 2 du CP, \u00e0 savoir la fondation ou la direction d\u2019une organisation terroriste arm\u00e9e et l\u2019appartenance \u00e0 une telle organisation (paragraphes\u00a0143\u2011146 ci-dessus).<\/p>\n<p>275. La Cour est consciente des difficult\u00e9s li\u00e9es \u00e0 la lutte contre le terrorisme ainsi qu\u2019\u00e0 la formulation de lois p\u00e9nales contre le terrorisme. Par la force des choses, les \u00c9tats membres utilisent des formules assez g\u00e9n\u00e9rales dont l\u2019application d\u00e9pend de l\u2019interpr\u00e9tation qu\u2019en donnent en pratique les autorit\u00e9s judiciaires. Dans ce contexte, lorsqu\u2019ils interpr\u00e8tent la loi, les juges nationaux doivent fournir \u00e0 l\u2019individu une protection ad\u00e9quate contre l\u2019arbitraire.<\/p>\n<p>276. La Cour rappelle qu\u2019elle a r\u00e9cemment estim\u00e9, dans deux arr\u00eats contre la Turquie, que le fait de formuler des critiques contre les gouvernements et le fait de diffuser des informations qui sont consid\u00e9r\u00e9es comme dangereuses pour les int\u00e9r\u00eats nationaux par les leaders et dirigeants d\u2019un pays ne doivent pas aboutir \u00e0 la formulation d\u2019accusations p\u00e9nales particuli\u00e8rement graves comme l\u2019appartenance ou l\u2019assistance \u00e0 une organisation terroriste arm\u00e9e, la tentative de renversement du gouvernement ou de l\u2019ordre constitutionnel ou la propagande en faveur du terrorisme. De plus, m\u00eame dans les cas o\u00f9 il existe des accusations de cette gravit\u00e9, la d\u00e9tention provisoire devrait \u00eatre utilis\u00e9e uniquement de mani\u00e8re exceptionnelle, en dernier ressort, quand les autres mesures ne suffisent pas \u00e0 garantir v\u00e9ritablement la bonne conduite de la proc\u00e9dure (Mehmet Hasan Altan, pr\u00e9cit\u00e9, \u00a7 211, et \u015eahin Alpay, pr\u00e9cit\u00e9, \u00a7\u00a0181).<\/p>\n<p>277. La Cour rel\u00e8ve, \u00e0 l\u2019instar de la Commission de Venise dans son avis sur les articles 216, 299, 301 et 314 du CP, que le CP ne d\u00e9finit pas les notions d\u2019\u00ab\u00a0organisation arm\u00e9e\u00a0\u00bb et de \u00ab\u00a0groupe arm\u00e9\u00a0\u00bb. C\u2019est la jurisprudence de la Cour de cassation qui indique les crit\u00e8res qualificatifs d\u2019une organisation criminelle\u00a0: une telle organisation doit compter au moins trois membres\u00a0; il doit exister un lien hi\u00e9rarchique entre les membres de celle-ci\u00a0; ses membres doivent avoir l\u2019intention commune de commettre des infractions\u00a0; le groupe doit pr\u00e9senter une continuit\u00e9 dans le temps\u00a0; et la structure du groupe, le nombre de ses membres, ses r\u00e9serves et ses \u00e9quipements doivent \u00eatre appropri\u00e9s pour commettre les infractions envisag\u00e9es. En ce qui concerne l\u2019\u00a0\u00ab\u00a0appartenance \u00e0 une organisation arm\u00e9e\u00a0\u00bb, la Cour de cassation prend en compte la continuit\u00e9, la diversit\u00e9 et l\u2019intensit\u00e9 des actes attribu\u00e9s aux suspects pour d\u00e9terminer s\u2019ils prouvent que la personne concern\u00e9e entretenait un \u00ab\u00a0lien organique\u00a0\u00bb avec l\u2019organisation ou si ces actes peuvent \u00eatre consid\u00e9r\u00e9s comme commis sciemment et d\u00e9lib\u00e9r\u00e9ment au sein de la \u00ab\u00a0structure hi\u00e9rarchique\u00a0\u00bb de l\u2019organisation (voir le paragraphe 160 ci-dessus).<\/p>\n<p>278. En l\u2019occurrence, les autorit\u00e9s judiciaires nationales, notamment les procureurs de la R\u00e9publique qui ont men\u00e9 l\u2019enqu\u00eate p\u00e9nale et accus\u00e9 le requ\u00e9rant, les juges de paix qui ont ordonn\u00e9 son placement et\/ou son maintien en d\u00e9tention provisoire, les juges des cours d\u2019assises qui ont d\u00e9cid\u00e9 de son maintien en d\u00e9tention provisoire et enfin les juges de la Cour constitutionnelle, ont donn\u00e9 une interpr\u00e9tation large aux infractions pr\u00e9vues par l\u2019article 314 \u00a7\u00a7 1 et 2 du CP. Les d\u00e9clarations \u00e0 caract\u00e8re politique dans lesquelles l\u2019int\u00e9ress\u00e9 a exprim\u00e9 son opposition \u00e0 certaines politiques du Gouvernement ou le simple fait qu\u2019il a particip\u00e9 au Congr\u00e8s de la soci\u00e9t\u00e9 d\u00e9mocratique \u2013\u00a0une organisation l\u00e9gale\u00a0\u2013 ont \u00e9t\u00e9 jug\u00e9s suffisants pour \u00eatre consid\u00e9r\u00e9s comme des actes propres \u00e0 \u00e9tablir l\u2019existence d\u2019un lien actif entre le requ\u00e9rant et une organisation arm\u00e9e. En effet, les juridictions nationales ne semblent pas avoir pris en consid\u00e9ration la \u00ab\u00a0continuit\u00e9, la diversit\u00e9 et l\u2019intensit\u00e9\u00a0\u00bb des actes du requ\u00e9rant ni examin\u00e9 si celui\u2011ci avait commis des infractions au sein de la structure hi\u00e9rarchique de l\u2019organisation terroriste en question, comme le requiert la jurisprudence de la Cour de cassation.<\/p>\n<p>279. Dans ce contexte, la Commissaire aux droits de l\u2019homme signale qu\u2019il est de plus en plus fr\u00e9quent en Turquie que les \u00e9l\u00e9ments de preuve utilis\u00e9s pour justifier les d\u00e9tentions se limitent exclusivement \u00e0 des d\u00e9clarations et \u00e0 des actes qui sont manifestement non violents et qui devraient a priori \u00eatre prot\u00e9g\u00e9s par l\u2019article 10 de la Convention. Elle consid\u00e8re cette situation comme une omission syst\u00e9matique des parquets et tribunaux turcs de proc\u00e9der \u00e0 une analyse contextuelle appropri\u00e9e et de filtrer les \u00e9l\u00e9ments de preuve \u00e0 la lumi\u00e8re de la jurisprudence bien \u00e9tablie de la Cour concernant l\u2019article 10 de la Convention.<\/p>\n<p>280. En outre, dans son avis susmentionn\u00e9 la Commission de Venise a indiqu\u00e9 que, dans l\u2019application de l\u2019article 314 du CP, les juridictions nationales ont souvent tendance \u00e0 d\u00e9terminer l\u2019appartenance d\u2019une personne \u00e0 une organisation arm\u00e9e au regard d\u2019\u00e9l\u00e9ments de preuve tr\u00e8s minces (paragraphe\u00a0160 ci-dessus). La pr\u00e9sente affaire semble confirmer cette observation. En effet, l\u2019\u00e9ventail des actes susceptibles de justifier la d\u00e9tention provisoire du requ\u00e9rant pour des infractions graves vis\u00e9es \u00e0 l\u2019article 314 du CP est si large que la teneur de cette disposition, combin\u00e9e avec l\u2019interpr\u00e9tation qu\u2019en ont donn\u00e9e les juridictions nationales, n\u2019offre pas une protection ad\u00e9quate contre les ing\u00e9rences arbitraires des autorit\u00e9s nationales. Aux yeux de la Cour, une interpr\u00e9tation aussi large d\u2019une disposition de droit p\u00e9nal ne peut \u00eatre justifi\u00e9e lorsqu\u2019elle entra\u00eene l\u2019assimilation de l\u2019exercice du droit \u00e0 la libert\u00e9 d\u2019expression au fait d\u2019appartenir \u00e0 une organisation terroriste arm\u00e9e ou de fonder ou diriger une telle organisation, en l\u2019absence de tout \u00e9l\u00e9ment de preuve concret d\u2019un tel lien.<\/p>\n<p>(3) Conclusion<\/p>\n<p>281. Ayant \u00e9tabli que les ing\u00e9rences dans l\u2019exercice par le requ\u00e9rant de sa libert\u00e9 d\u2019expression n\u2019ont pas satisfait \u00e0 l\u2019exigence de qualit\u00e9 de la loi, la Cour conclut qu\u2019il y a eu violation de l\u2019article 10 de la Convention \u00e0 raison du non-examen de la question de l\u2019application du premier paragraphe de l\u2019article 83 de la Constitution et eu \u00e9gard \u00e0 la modification constitutionnelle ainsi qu\u2019\u00e0 l\u2019interpr\u00e9tation et \u00e0 l\u2019application qui ont \u00e9t\u00e9 faites, dans le cas de l\u2019int\u00e9ress\u00e9, des dispositions sur les infractions li\u00e9es au terrorisme.<\/p>\n<p>282. Cette conclusion rend inutile l\u2019examen de la question de savoir si les ing\u00e9rences poursuivaient un ou plusieurs des buts l\u00e9gitimes \u00e9num\u00e9r\u00e9s au paragraphe\u00a02 de l\u2019article 10 et \u00e9taient \u00ab\u00a0n\u00e9cessaires dans une soci\u00e9t\u00e9 d\u00e9mocratique\u00a0\u00bb.<\/p>\n<p>IV. SUR LA VIOLATION ALL\u00c9GU\u00c9E DE L\u2019ARTICLE 5 \u00a7\u00a7 1 ET 3 DE LA CONVENTION<\/p>\n<p>283. Le requ\u00e9rant soutient tout d\u2019abord qu\u2019il n\u2019y avait aucun \u00e9l\u00e9ment de preuve quant \u00e0 l\u2019existence de raisons plausibles de le soup\u00e7onner d\u2019avoir commis une infraction p\u00e9nale rendant n\u00e9cessaire son placement en d\u00e9tention provisoire. En outre, il all\u00e8gue que les d\u00e9cisions judiciaires concernant son placement et son maintien en d\u00e9tention n\u2019\u00e9taient motiv\u00e9es que par un simple \u00e9nonc\u00e9 des motifs de d\u00e9tention provisoire pr\u00e9vus par la loi, et qu\u2019elles \u00e9taient libell\u00e9es en des termes abstraits, r\u00e9p\u00e9titifs et st\u00e9r\u00e9otyp\u00e9s. Il se plaint d\u2019une violation de l\u2019article 5 \u00a7\u00a7 1 et 3 de la Convention, dont les parties pertinentes en l\u2019esp\u00e8ce sont ainsi libell\u00e9es\u00a0:<\/p>\n<p>\u00ab\u00a01. Toute personne a droit \u00e0 la libert\u00e9 et \u00e0 la s\u00fbret\u00e9. Nul ne peut \u00eatre priv\u00e9 de sa libert\u00e9, sauf dans les cas suivants et selon les voies l\u00e9gales\u00a0:<\/p>\n<p>a) s\u2019il est d\u00e9tenu r\u00e9guli\u00e8rement apr\u00e8s condamnation par un tribunal comp\u00e9tent\u00a0;<\/p>\n<p>(&#8230;)<\/p>\n<p>c) s\u2019il a \u00e9t\u00e9 arr\u00eat\u00e9 et d\u00e9tenu en vue d\u2019\u00eatre conduit devant l\u2019autorit\u00e9 judiciaire comp\u00e9tente, lorsqu\u2019il y a des raisons plausibles de soup\u00e7onner qu\u2019il a commis une infraction ou qu\u2019il y a des motifs raisonnables de croire \u00e0 la n\u00e9cessit\u00e9 de l\u2019emp\u00eacher de commettre une infraction ou de s\u2019enfuir apr\u00e8s l\u2019accomplissement de celle-ci\u00a0;<\/p>\n<p>(&#8230;)<\/p>\n<p>3. Toute personne arr\u00eat\u00e9e ou d\u00e9tenue, dans les conditions pr\u00e9vues au paragraphe\u00a01\u00a0c) du pr\u00e9sent article, doit \u00eatre aussit\u00f4t traduite devant un juge ou un autre magistrat habilit\u00e9 par la loi \u00e0 exercer des fonctions judiciaires et a le droit d\u2019\u00eatre jug\u00e9e dans un d\u00e9lai raisonnable, ou lib\u00e9r\u00e9e pendant la proc\u00e9dure. La mise en libert\u00e9 peut \u00eatre subordonn\u00e9e \u00e0 une garantie assurant la comparution de l\u2019int\u00e9ress\u00e9 \u00e0 l\u2019audience. \u00bb<\/p>\n<p>284. Le Gouvernement conteste la th\u00e8se du requ\u00e9rant.<\/p>\n<p><strong>A. P\u00e9riode \u00e0 consid\u00e9rer<\/strong><\/p>\n<p><em>1. Th\u00e8ses des parties<\/em><\/p>\n<p>a) Le requ\u00e9rant<\/p>\n<p>285. Le requ\u00e9rant indique que, dans le cadre de la proc\u00e9dure p\u00e9nale men\u00e9e devant la cour d\u2019assises d\u2019Ankara, il a \u00e9t\u00e9 plac\u00e9 en d\u00e9tention provisoire le 4 novembre 2016 et que sa d\u00e9tention provisoire dans cette proc\u00e9dure s\u2019est poursuivie jusqu\u2019au 2 septembre 2019, date \u00e0 laquelle la cour d\u2019assises a ordonn\u00e9 sa remise en libert\u00e9. Il souligne que le 4\u00a0d\u00e9cembre 2018 la cour d\u2019appel d\u2019Istanbul a confirm\u00e9 d\u00e9finitivement l\u2019arr\u00eat de la cour d\u2019assises d\u2019Istanbul et d\u00e9clare que, nonobstant ce jugement d\u00e9finitif, son statut de jure n\u2019a pas chang\u00e9 et que sa privation de libert\u00e9 tombe toujours sous le coup de l\u2019article 5 \u00a7 1 c) de la Convention.<\/p>\n<p>286. Dans ce contexte, le requ\u00e9rant fait observer que, m\u00eame apr\u00e8s sa condamnation d\u00e9finitive dans la proc\u00e9dure p\u00e9nale men\u00e9e \u00e0 Istanbul, la question relative \u00e0 son maintien en d\u00e9tention provisoire a toujours fait l\u2019objet d\u2019un contr\u00f4le r\u00e9gulier par la cour d\u2019assises d\u2019Ankara. Il rel\u00e8ve notamment que, par une d\u00e9cision du 13 d\u00e9cembre 2018, cette juridiction a ordonn\u00e9 son maintien en d\u00e9tention provisoire, eu \u00e9gard \u00e0 l\u2019existence de forts soup\u00e7ons selon lesquels il avait commis les infractions qui lui \u00e9taient reproch\u00e9es. Il ajoute qu\u2019elle a estim\u00e9 que son maintien en d\u00e9tention \u00e9tait n\u00e9cessaire et proportionn\u00e9 et que les mesures alternatives \u00e0 la d\u00e9tention semblaient insuffisantes. Le requ\u00e9rant note que ce raisonnement a \u00e9t\u00e9 repris dans toutes les autres d\u00e9cisions qui ont suivi jusqu\u2019au 2 septembre 2019. De plus, il expose que lors des audiences il \u00e9tait qualifi\u00e9 de personne en \u00ab\u00a0d\u00e9tention provisoire\u00a0\u00bb. Selon lui, ces d\u00e9cisions d\u00e9montrent que, malgr\u00e9 sa condamnation d\u00e9finitive dans la proc\u00e9dure p\u00e9nale men\u00e9e \u00e0 Istanbul, son statut actuel au regard des faits de l\u2019esp\u00e8ce ne rel\u00e8ve pas de l\u2019article 5 \u00a7\u00a01\u00a0a) de la Convention en ce qui concerne la p\u00e9riode ant\u00e9rieure au 2\u00a0septembre 2019.<\/p>\n<p>287. En outre, le requ\u00e9rant affirme que, durant cette p\u00e9riode, il a toujours \u00e9t\u00e9 trait\u00e9 comme une personne qui \u00e9tait en \u00ab\u00a0d\u00e9tention provisoire\u00a0\u00bb au sein de l\u2019\u00e9tablissement p\u00e9nitentiaire. Dans ce contexte, il indique qu\u2019en prison il avait notamment des contacts avec ses avocats et sa famille, conform\u00e9ment aux dispositions l\u00e9gales en vigueur applicables \u00e0 une personne en \u00ab\u00a0d\u00e9tention provisoire\u00a0\u00bb.<\/p>\n<p>b) Le Gouvernement<\/p>\n<p>288. Dans ses observations \u00e9crites, le Gouvernement a soutenu que le statut juridique du requ\u00e9rant avait chang\u00e9 \u00e0 la suite de l\u2019arr\u00eat du 4 d\u00e9cembre 2018 ayant confirm\u00e9 sa condamnation \u00e0 une peine de quatre ans et huit mois d\u2019emprisonnement. Il a indiqu\u00e9 dans ce contexte que l\u2019ex\u00e9cution de cette peine avait commenc\u00e9 le 7 d\u00e9cembre 2018. \u00c0 cet \u00e9gard, le Gouvernement a tenu \u00e0 faire remarquer que depuis le 7 d\u00e9cembre 2018 le requ\u00e9rant n\u2019avait plus le statut de d\u00e9tenu mais celui de condamn\u00e9 pour une autre infraction, sans lien avec la pr\u00e9sente requ\u00eate. Par cons\u00e9quent, il a estim\u00e9 que la d\u00e9tention de l\u2019int\u00e9ress\u00e9 relevait depuis cette date de l\u2019article 5 \u00a7 1 a) de la Convention.<\/p>\n<p>289. Au cours de l\u2019audience tenue le 18 septembre 2019, le Gouvernement a d\u00e9clar\u00e9 que la d\u00e9tention provisoire du requ\u00e9rant au sens de l\u2019article 5 \u00a7 1 c) de la Convention avait pris fin le 7 septembre 2018, date de l\u2019arr\u00eat de la cour d\u2019assises d\u2019Istanbul, laquelle avait condamn\u00e9 l\u2019int\u00e9ress\u00e9 en raison d\u2019un discours qu\u2019il avait prononc\u00e9 le 17 mars 2013 lors d\u2019un meeting organis\u00e9 \u00e0 Istanbul.<\/p>\n<p><em>2. Appr\u00e9ciation de la Cour<\/em><\/p>\n<p>290. La Cour rappelle que l\u2019un des cas de privation de libert\u00e9 les plus fr\u00e9quents dans le cadre de la proc\u00e9dure p\u00e9nale est la d\u00e9tention provisoire. Ce type de d\u00e9tention, pr\u00e9vu \u00e0 l\u2019alin\u00e9a c) de l\u2019article 5 \u00a7 1 de la Convention, constitue l\u2019une des exceptions \u00e0 la r\u00e8gle g\u00e9n\u00e9rale \u00e9nonc\u00e9e \u00e0 l\u2019article 5 \u00a7\u00a01, selon laquelle chacun a droit \u00e0 la libert\u00e9. La p\u00e9riode \u00e0 prendre en consid\u00e9ration commence lorsque l\u2019individu est arr\u00eat\u00e9 (Tomasi c.\u00a0France, 27\u00a0ao\u00fbt 1992, \u00a7 83, s\u00e9rie A no 241\u2011A) ou priv\u00e9 de sa liberte (Letellier c.\u00a0France, 26 juin 1991, \u00a7 34, s\u00e9rie A no 207), et elle prend fin lorsqu\u2019on le lib\u00e8re et\/ou qu\u2019il est statu\u00e9, m\u00eame par une juridiction de premi\u00e8re instance, sur les accusations dirig\u00e9es contre lui (voir, entre autres, Wemhoff c.\u00a0Allemagne, 27 juin 1968, p. 23, \u00a7 9, s\u00e9rie A no 7, et Buzadji, pr\u00e9cit\u00e9, \u00a7\u00a085).<\/p>\n<p>291. En l\u2019occurrence, le 4 novembre 2016 le requ\u00e9rant a \u00e9t\u00e9 arr\u00eat\u00e9 et plac\u00e9 en garde \u00e0 vue. Le m\u00eame jour, le juge de paix de Diyarbak\u0131r a ordonn\u00e9 sa mise en d\u00e9tention provisoire. Durant la proc\u00e9dure p\u00e9nale men\u00e9e d\u2019abord \u00e0 Diyarbak\u0131r et ensuite \u00e0 Ankara, les cours d\u2019assises comp\u00e9tentes ont continu\u00e9 \u00e0 prolonger la d\u00e9tention provisoire de l\u2019int\u00e9ress\u00e9, jusqu\u2019au 2\u00a0septembre 2019. Par ailleurs, par un arr\u00eat du 7\u00a0septembre 2018 la cour d\u2019assises d\u2019Istanbul a condamn\u00e9 le requ\u00e9rant \u00e0 une peine de quatre ans et huit mois d\u2019emprisonnement pour propagande en faveur d\u2019une organisation terroriste mais elle n\u2019a pas ordonn\u00e9 sa privation de libert\u00e9. \u00c0 la suite de l\u2019arr\u00eat rendu le 4 d\u00e9cembre 2018 par la cour d\u2019appel d\u2019Istanbul, la condamnation du requ\u00e9rant est devenue d\u00e9finitive. En cons\u00e9quence, l\u2019ex\u00e9cution de la peine de quatre ans et huit mois d\u2019emprisonnement a commenc\u00e9 le 7 d\u00e9cembre 2018. Dans ce contexte, la Cour observe qu\u2019\u00e0 partir du 7 d\u00e9cembre 2018 le requ\u00e9rant a \u00e9t\u00e9 priv\u00e9 de sa libert\u00e9 dans le cadre de deux proc\u00e9dures p\u00e9nales distinctes.<\/p>\n<p>292. Les parties ne discutent pas l\u2019applicabilit\u00e9 de l\u2019article 5 \u00a7\u00a7 1 c) et\u00a03 de la Convention \u00e0 la p\u00e9riode comprise entre le 4\u00a0novembre 2016, date de la mise en d\u00e9tention provisoire initiale du requ\u00e9rant, et le 7 septembre 2018, date \u00e0 laquelle il a \u00e9t\u00e9 condamn\u00e9 en premi\u00e8re instance dans le cadre d\u2019une autre proc\u00e9dure p\u00e9nale, ou bien le 7 d\u00e9cembre 2018, date \u00e0 laquelle il a commenc\u00e9 \u00e0 purger sa peine prononc\u00e9e dans le cadre de cette derni\u00e8re. La question de l\u2019applicabilit\u00e9 de l\u2019article 5 \u00a7\u00a7 1 c) et 3 de la Convention se pose en revanche pour la p\u00e9riode ayant d\u00e9but\u00e9 le 7 septembre ou le 7\u00a0d\u00e9cembre 2018, pour laquelle on pourrait soutenir que la privation de libert\u00e9 du requ\u00e9rant rel\u00e8ve des alin\u00e9as a) et c) de l\u2019article\u00a05 \u00a7 1.<\/p>\n<p>293. Dans ce contexte, dans l\u2019hypoth\u00e8se o\u00f9 la d\u00e9tention provisoire d\u2019une personne condamn\u00e9e a \u00e9t\u00e9 ordonn\u00e9e ou prolong\u00e9e au cours d\u2019une autre proc\u00e9dure p\u00e9nale, la Cour recherche si cette personne a commenc\u00e9 ou non \u00e0 purger sa peine d\u2019emprisonnement pendant sa \u00ab\u00a0d\u00e9tention provisoire\u00a0\u00bb. Ainsi, dans son arr\u00eat Piotr Baranowski c.Pologne (no 39742\/05, \u00a7\u00a7\u00a045-46, 2\u00a0octobre 2007), le requ\u00e9rant avait \u00e9t\u00e9 plac\u00e9 en d\u00e9tention le 18\u00a0d\u00e9cembre 2001 et maintenu en d\u00e9tention jusqu\u2019au 18 d\u00e9cembre 2004, date \u00e0 laquelle le tribunal de premi\u00e8re instance avait rendu un jugement de condamnation. Alors qu\u2019il \u00e9tait en d\u00e9tention provisoire, le requ\u00e9rant avait \u00e9t\u00e9 condamn\u00e9 \u00e0 une peine d\u2019emprisonnement dans le cadre d\u2019une proc\u00e9dure p\u00e9nale distincte. Il avait purg\u00e9 cette peine du 30 juillet 2002 au 26 janvier 2004. Sous l\u2019angle de l\u2019article 5 \u00a7 3 de la Convention, la Cour a estim\u00e9 qu\u2019elle ne pouvait pas tenir compte de la p\u00e9riode comprise entre le 30 juillet 2002 et le 26\u00a0janvier 2004, au motif que durant cette p\u00e9riode la d\u00e9tention provisoire du requ\u00e9rant avait co\u00efncid\u00e9 avec sa d\u00e9tention apr\u00e8s condamnation. Elle a jug\u00e9 qu\u2019une telle privation de libert\u00e9 ne tombait donc pas sous le coup de l\u2019article 5 \u00a7\u00a01\u00a0c) de la Convention.<\/p>\n<p>294. Dans une autre affaire, Dervishi c. Croatie (no\u00a067341\/10, \u00a7\u00a7\u00a0124\u2011125, 25 septembre 2012), le requ\u00e9rant, condamn\u00e9 \u00e0 l\u2019issue d\u2019une proc\u00e9dure p\u00e9nale alors qu\u2019il se trouvait en d\u00e9tention provisoire dans le cadre d\u2019une autre proc\u00e9dure, avait demand\u00e9 au tribunal municipal s\u2019il pouvait commencer \u00e0 purger sa peine d\u2019emprisonnement. Il n\u2019y avait pas \u00e9t\u00e9 autoris\u00e9, dans la mesure o\u00f9 il \u00e9tait d\u00e9j\u00e0 en d\u00e9tention provisoire. En cons\u00e9quence, la Cour a estim\u00e9 qu\u2019il n\u2019y avait pas de lien de causalit\u00e9 entre la condamnation du requ\u00e9rant et la privation de libert\u00e9 en cause et que cette condamnation n\u2019avait eu aucune incidence sur sa d\u00e9tention provisoire.<\/p>\n<p>295. En outre, dans l\u2019affaire Borisenko c. Ukraine (no\u00a025725\/02, \u00a7\u00a7\u00a041\u201142, 12 janvier 2012), le requ\u00e9rant \u00e9tait priv\u00e9 de sa libert\u00e9 dans le cadre de deux proc\u00e9dures p\u00e9nales diff\u00e9rentes. Par un jugement du 30\u00a0d\u00e9cembre 1999, il avait \u00e9t\u00e9 condamn\u00e9 \u00e0 quatre ans de r\u00e9clusion criminelle, peine qui devait prendre fin le 18 juillet 2003. Alors qu\u2019il purgeait cette peine, il avait \u00e9t\u00e9 inculp\u00e9 dans le cadre d\u2019une autre proc\u00e9dure p\u00e9nale et, le 1er f\u00e9vrier 2001, il avait \u00e9t\u00e9 plac\u00e9 en d\u00e9tention provisoire. Sur la question de l\u2019applicabilit\u00e9 de l\u2019article 5 \u00a7 3 \u00e0 la p\u00e9riode comprise entre le 1er\u00a0f\u00e9vrier 2001 et le 18 juillet 2003, la Cour a consid\u00e9r\u00e9 qu\u2019il n\u2019existait aucune raison objective de penser qu\u2019au cours de ladite p\u00e9riode le requ\u00e9rant avait cess\u00e9 de purger sa peine d\u2019emprisonnement. En cons\u00e9quence, la Cour a estim\u00e9 que la d\u00e9tention du requ\u00e9rant pendant cette p\u00e9riode entrait dans le champ d\u2019application de l\u2019article 5 \u00a7 1 a) de la Convention.<\/p>\n<p>296. Pour en revenir aux circonstances de la pr\u00e9sente affaire, \u00e0 la lumi\u00e8re des principes d\u00e9coulant de l\u2019arr\u00eat Dervishi (pr\u00e9cit\u00e9), la Cour note tout d\u2019abord qu\u2019il n\u2019y avait aucun lien de causalit\u00e9 entre la condamnation du requ\u00e9rant en date du 7 septembre 2018 et sa privation de libert\u00e9 jusqu\u2019au 7\u00a0d\u00e9cembre 2018. Partant, elle estime que durant cette p\u00e9riode la privation de libert\u00e9 de l\u2019int\u00e9ress\u00e9 relevait toujours de l\u2019article 5 \u00a7 1 c) de la Convention. Le 7 d\u00e9cembre 2018, le requ\u00e9rant a cependant commenc\u00e9 \u00e0 purger la peine qui avait \u00e9t\u00e9 prononc\u00e9e \u00e0 l\u2019issue de la proc\u00e9dure p\u00e9nale men\u00e9e \u00e0 Istanbul. En cons\u00e9quence, \u00e0 la lumi\u00e8re de l\u2019arr\u00eat Piotr Baranowski (pr\u00e9cit\u00e9), malgr\u00e9 le maintien du requ\u00e9rant en \u00ab\u00a0d\u00e9tention provisoire\u00a0\u00bb pendant la proc\u00e9dure p\u00e9nale men\u00e9e devant la cour d\u2019assises d\u2019Ankara (jusqu\u2019au 2 septembre 2019), apr\u00e8s le 7 d\u00e9cembre 2018, date du d\u00e9but de l\u2019ex\u00e9cution de la peine d\u2019emprisonnement d\u00e9finitive, la privation de libert\u00e9 de l\u2019int\u00e9ress\u00e9 a cess\u00e9 de relever de l\u2019article 5\u00a7 1 c) de la Convention et a plus exactement commenc\u00e9 de relever de l\u2019article 5 \u00a7\u00a01\u00a0a).<\/p>\n<p>297. Au vu de ce qui pr\u00e9c\u00e8de, en ce qui concerne les pr\u00e9sents griefs, la p\u00e9riode \u00e0 prendre en consid\u00e9ration a d\u00e9but\u00e9 le 4 novembre 2016, date de l\u2019arrestation du requ\u00e9rant, et s\u2019est termin\u00e9e le 7 d\u00e9cembre 2018, date \u00e0 laquelle il a commenc\u00e9 \u00e0 ex\u00e9cuter la peine d\u2019emprisonnement d\u00e9finitive prononc\u00e9e \u00e0 l\u2019issue de la proc\u00e9dure p\u00e9nale men\u00e9e \u00e0 Istanbul. La d\u00e9tention provisoire subie par le requ\u00e9rant a donc dur\u00e9 deux ans, un mois et trois jours.<\/p>\n<p><strong>B. Sur l\u2019absence all\u00e9gu\u00e9e de raisons plausibles de soup\u00e7onner le requ\u00e9rant d\u2019avoir commis une infraction (article 5 \u00a7 1 de la Convention)<\/strong><\/p>\n<p><em>1. L\u2019arr\u00eat de la chambre<\/em><\/p>\n<p>298. Estimant qu\u2019il y avait lieu de conclure que le requ\u00e9rant pouvait passer pour avoir \u00e9t\u00e9 arr\u00eat\u00e9 et d\u00e9tenu sur la base de \u00ab\u00a0raisons plausibles\u00a0\u00bb de le soup\u00e7onner d\u2019avoir commis une infraction p\u00e9nale, au sens de l\u2019alin\u00e9a\u00a0c) de l\u2019article 5 \u00a7 1 de la Convention, la chambre a conclu \u00e0 la non-violation de l\u2019article\u00a05 \u00a71 de la Convention. Elle a tenu dans son arr\u00eat le raisonnement suivant\u00a0:<\/p>\n<p>\u00ab\u00a0168. En l\u2019esp\u00e8ce, la Cour observe que le requ\u00e9rant a \u00e9t\u00e9 priv\u00e9 de sa libert\u00e9 car il \u00e9tait soup\u00e7onn\u00e9 d\u2019avoir commis plusieurs infractions, dont certaines li\u00e9es au terrorisme. Dans ce contexte, elle note que le procureur de la R\u00e9publique a all\u00e9gu\u00e9 que le requ\u00e9rant avait notamment d\u00e9clar\u00e9 vouloir exposer la sculpture du leader d\u2019une organisation terroriste (&#8230;). De plus, elle observe que, d\u2019apr\u00e8s l\u2019acte d\u2019accusation, le requ\u00e9rant, dans son discours du 21 avril 2013 fait \u00e0 Diyarbak\u0131r dans les locaux du BDP, consid\u00e9rait que le peuple kurde en Turquie devait son existence \u00e0 la lutte arm\u00e9e men\u00e9e par le PKK. \u00c0 cet \u00e9gard, il a \u00e9t\u00e9 all\u00e9gu\u00e9 que l\u2019int\u00e9ress\u00e9 aurait qualifi\u00e9 les premi\u00e8res attaques terroristes du PKK de \u00ab\u00a0coup de 1984\u00a0\u00bb et de \u00ab\u00a0r\u00e9sistance de \u015eemdinli [et] d\u2019Eruh\u00a0\u00bb (&#8230;). En outre, le procureur de la R\u00e9publique a affirm\u00e9 que le requ\u00e9rant \u00e9tait le responsable de la branche politique de l\u2019organisation ill\u00e9gale KCK. \u00c0 cet \u00e9gard, la Cour note que des \u00e9l\u00e9ments de preuve tels que des comptes rendus de conversations entre les responsables du PKK et entre ces personnes et le requ\u00e9rant avaient \u00e9t\u00e9 recueillis par le parquet avant l\u2019arrestation du requ\u00e9rant, sur la foi de soup\u00e7ons selon lesquels celui-ci avait commis l\u2019infraction p\u00e9nale reproch\u00e9e (&#8230;). Elle note aussi que, consid\u00e9rant le contenu de ces conversations, les autorit\u00e9s nationales, notamment les juges de premi\u00e8re instance et la Cour constitutionnelle, ont consid\u00e9r\u00e9 qu\u2019il \u00e9tait possible de conclure que le requ\u00e9rant agissait conform\u00e9ment aux instructions des dirigeants d\u2019une organisation terroriste.<\/p>\n<p>169. La Cour observe qu\u2019une grande partie des accusations port\u00e9es contre le requ\u00e9rant concernent directement la libert\u00e9 d\u2019expression et les opinions politiques de l\u2019int\u00e9ress\u00e9. Cependant, dans le cadre de la pr\u00e9sente requ\u00eate, il n\u2019appartient pas \u00e0 la Cour de juger si le requ\u00e9rant est coupable ou non des infractions qui lui sont reproch\u00e9es. Cette t\u00e2che revient aux juridictions nationales. En l\u2019esp\u00e8ce, la Cour est appel\u00e9e \u00e0 examiner si la privation de libert\u00e9 de l\u2019int\u00e9ress\u00e9 \u00e9tait bas\u00e9e sur des raisons plausibles de le soup\u00e7onner d\u2019avoir commis une infraction p\u00e9nale. Sur cette question, compte tenu des exigences de l\u2019article 5 \u00a7 1 de la Convention quant au niveau de justification factuelle requis au stade des soup\u00e7ons, la Cour estime que le dossier p\u00e9nal contenait des renseignements propres \u00e0 convaincre un observateur objectif que le requ\u00e9rant pouvait avoir accompli au moins une partie des infractions pour lesquelles il \u00e9tait poursuivi.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p><em>2. Th\u00e8ses des parties<\/em><\/p>\n<p>a) Le requ\u00e9rant<\/p>\n<p>299. Le requ\u00e9rant all\u00e8gue avoir \u00e9t\u00e9 plac\u00e9 en d\u00e9tention provisoire en raison de ses opinions politiques. Il estime qu\u2019il n\u2019existait aucun fait ni aucune information susceptibles de convaincre un observateur objectif qu\u2019il avait commis les infractions qui lui \u00e9taient reproch\u00e9es. En cons\u00e9quence, il soutient que sa privation de libert\u00e9 n\u2019a \u00e0 aucun moment \u00e9t\u00e9 justifi\u00e9e par des soup\u00e7ons plausibles.<\/p>\n<p>300. Dans ce contexte, le requ\u00e9rant expose que, dans la d\u00e9cision initiale du 4 novembre 2016 relative \u00e0 sa mise en d\u00e9tention provisoire, le 2e juge de paix de Diyarbak\u0131r a pr\u00e9sent\u00e9 neuf points concrets pour justifier des soup\u00e7ons raisonnables de le placer en d\u00e9tention. Il note que six d\u2019entre eux concernaient des discours politiques qu\u2019il avait prononc\u00e9s en tant que membre actif de l\u2019Assembl\u00e9e nationale et copr\u00e9sident du deuxi\u00e8me parti politique d\u2019opposition en Turquie. La septi\u00e8me raison tenait \u00e0 sa participation \u00e0 un rassemblement public l\u00e9gal. La huiti\u00e8me raison \u00e9tait un tweet publi\u00e9 par le HDP et appelant \u00e0 des manifestations contre l\u2019attaque de Daech \u00e0 Koban\u00e9. Enfin, le dernier motif concernait l\u2019existence de plusieurs enqu\u00eates p\u00e9nales men\u00e9es contre lui. Il soutient qu\u2019aucun de ces points ne peut constituer une raison plausible de le soup\u00e7onner d\u2019avoir commis une infraction. Selon lui, sa mise en d\u00e9tention provisoire poursuivait une intention cach\u00e9e.<\/p>\n<p>301. Le requ\u00e9rant critique l\u2019arr\u00eat de la Cour constitutionnelle du 21\u00a0d\u00e9cembre 2017 et celui de la chambre, estimant qu\u2019ils n\u2019examinent pas de pr\u00e8s les motifs fournis par le 2e juge de paix de Diyarbak\u0131r. Il affirme de surcro\u00eet que la Cour constitutionnelle a de sa propre initiative pr\u00e9sent\u00e9 de nouveaux motifs pour \u00e9tablir l\u2019existence de raisons plausibles de le soup\u00e7onner d\u2019avoir commis une infraction p\u00e9nale. Selon lui, \u00ab\u00a0l\u2019invention\u00a0\u00bb de nouvelles raisons \u00e0 cette fin va \u00e0 l\u2019encontre des principes fondamentaux du syst\u00e8me de recours individuel devant la Cour constitutionnelle ainsi que de l\u2019article 5 \u00a7 1 c) de la Convention.<\/p>\n<p>302. Toutefois, dans l\u2019hypoth\u00e8se o\u00f9 la Cour envisagerait de prendre en compte les \u00e9l\u00e9ments de preuve qui n\u2019avaient pas \u00e9t\u00e9 mentionn\u00e9s par le 2e\u00a0juge de paix de Diyarbak\u0131r, le requ\u00e9rant argue que ceux-ci ne sont pas susceptibles de faire na\u00eetre des soup\u00e7ons propres \u00e0 justifier sa d\u00e9tention provisoire. Dans ce contexte, il signale que la Cour constitutionnelle a cit\u00e9 un discours qu\u2019il avait prononc\u00e9 en 2012, dans lequel il avait dit que la sculpture d\u2019Abdullah \u00d6calan allait \u00eatre expos\u00e9e. Il affirme que par ce discours il avait voulu dire que ceux qui apportaient la paix par le biais du processus de r\u00e9solution m\u00e9ritaient que leur r\u00e9ussite f\u00fbt mise en avant. Selon lui, il s\u2019agit donc d\u2019un discours politique qui \u00e9tait prot\u00e9g\u00e9 par l\u2019article 10 de la Convention.<\/p>\n<p>303. Le requ\u00e9rant soutient en outre que la Cour constitutionnelle a conclu qu\u2019il existait suffisamment d\u2019\u00e9l\u00e9ments de preuve pour le soup\u00e7onner d\u2019avoir agi conform\u00e9ment aux instructions des dirigeants d\u2019une organisation terroriste, et cela en raison du contenu des documents saisis et des comptes rendus de conversations t\u00e9l\u00e9phoniques. Il pr\u00e9cise \u00e0 cet \u00e9gard que dans l\u2019acte d\u2019accusation le procureur de la R\u00e9publique affirmait qu\u2019il avait transmis une lettre d\u2019un d\u00e9nomm\u00e9 \u0130.E. \u00e0 sa famille, sur instruction du PKK. Or, selon le requ\u00e9rant, le tribunal de premi\u00e8re instance a \u00e9tabli qu\u2019il s\u2019agissait d\u2019un \u00e9l\u00e9ment de preuve fictif. En ce qui concerne les comptes rendus de ses conversations t\u00e9l\u00e9phoniques, il indique que toutes ses demandes de v\u00e9rification de l\u2019authenticit\u00e9 des enregistrements ont \u00e9t\u00e9 rejet\u00e9es par la cour d\u2019assises et qu\u2019en cons\u00e9quence il a de s\u00e9rieux doutes quant \u00e0 l\u2019existence r\u00e9elle de ceux-ci. Dans ces conditions, il estime que ces \u00e9l\u00e9ments ne peuvent aucunement justifier sa privation de libert\u00e9.<\/p>\n<p>b) Le Gouvernement<\/p>\n<p>304. Le Gouvernement soutient que le requ\u00e9rant a \u00e9t\u00e9 plac\u00e9 en d\u00e9tention provisoire lors d\u2019une enqu\u00eate p\u00e9nale engag\u00e9e dans le cadre de la lutte contre le terrorisme, et plus particuli\u00e8rement contre le PKK et le KCK. Il affirme que, eu \u00e9gard aux \u00e9l\u00e9ments de preuve recueillis dans le cadre de l\u2019enqu\u00eate p\u00e9nale men\u00e9e en l\u2019esp\u00e8ce et contenus dans le dossier, il \u00e9tait objectivement possible d\u2019acqu\u00e9rir la conviction qu\u2019il existait des raisons plausibles de soup\u00e7onner le requ\u00e9rant d\u2019avoir commis les infractions qui lui \u00e9taient reproch\u00e9es. Il ajoute que, compte tenu des \u00e9l\u00e9ments de preuve obtenus lors de l\u2019enqu\u00eate, une proc\u00e9dure p\u00e9nale a \u00e9t\u00e9 engag\u00e9e \u00e0 l\u2019encontre du requ\u00e9rant et qu\u2019elle est actuellement en cours devant les juridictions nationales. Il rappelle \u00e9galement les conclusions de la Cour constitutionnelle et celles de la chambre, qui ont constat\u00e9 que le requ\u00e9rant pouvait passer pour avoir \u00e9t\u00e9 arr\u00eat\u00e9 et d\u00e9tenu sur la base de \u00ab\u00a0raisons plausibles\u00a0\u00bb de le soup\u00e7onner d\u2019avoir commis une infraction p\u00e9nale.<\/p>\n<p>305. Le Gouvernement indique que la t\u00e2che de la Cour consiste \u00e0 d\u00e9terminer si les conditions \u00e9nonc\u00e9es \u00e0 l\u2019alin\u00e9a c) de l\u2019article 5 \u00a7 1 de la Convention, y compris la poursuite du but l\u00e9gitime vis\u00e9, \u00e9taient remplies dans l\u2019affaire soumise \u00e0 son examen. Dans ce contexte, il dit qu\u2019il n\u2019appartient pas \u00e0 la Cour en principe de substituer sa propre appr\u00e9ciation des faits \u00e0 celle des juridictions internes, qui sont mieux plac\u00e9es selon lui pour \u00e9valuer les preuves produites devant elles. Il note que la question de la d\u00e9tention provisoire du requ\u00e9rant a \u00e9t\u00e9 examin\u00e9e par trente-neuf juges de premi\u00e8re instance et seize juges de la Cour constitutionnelle, et qu\u2019ils ont tous consid\u00e9r\u00e9 qu\u2019il existait des \u00e9l\u00e9ments suffisants pour \u00e9tablir l\u2019existence de forts soup\u00e7ons selon lesquels le requ\u00e9rant avait commis les infractions reproch\u00e9es. Le Gouvernement d\u00e9clare \u00e0 cet \u00e9gard que le requ\u00e9rant n\u2019a aucunement d\u00e9montr\u00e9 que l\u2019appr\u00e9ciation des juges nationaux avait \u00e9t\u00e9 arbitraire ou manifestement d\u00e9raisonnable. En cons\u00e9quence, le Gouvernement estime qu\u2019il n\u2019y a pas eu violation de l\u2019article 5 \u00a7 1 de la Convention.<\/p>\n<p><em>3. Les tiers intervenants<\/em><\/p>\n<p>a) La Commissaire aux droits de l\u2019homme<\/p>\n<p>306. La Commissaire aux droits de l\u2019homme note que les autorit\u00e9s nationales ont indiqu\u00e9 que le refus des d\u00e9put\u00e9s membres du HDP de compara\u00eetre personnellement devant les autorit\u00e9s d\u2019enqu\u00eate \u00e9tait le motif de leur privation de libert\u00e9 initiale. Elle ajoute que, m\u00eame apr\u00e8s avoir \u00e9t\u00e9 forc\u00e9s \u00e0 compara\u00eetre devant le parquet et devant un juge, un certain nombre de ces d\u00e9put\u00e9s ont \u00e9t\u00e9 plac\u00e9s et maintenus en d\u00e9tention provisoire.<\/p>\n<p>307. La Commissaire aux droits de l\u2019homme d\u00e9c\u00e8le un probl\u00e8me plus g\u00e9n\u00e9ral dans les d\u00e9cisions des juges de paix relatives au placement et au maintien en d\u00e9tention provisoire. Elle soutient que ces d\u00e9cisions sont souvent d\u00e9pourvues de r\u00e9f\u00e9rence \u00e0 des \u00e9l\u00e9ments de preuve cr\u00e9dibles propres \u00e0 \u00e9tablir l\u2019existence de soup\u00e7ons raisonnables et qu\u2019elles justifient fr\u00e9quemment les d\u00e9tentions en citant des d\u00e9clarations et des actes qui sont clairement non violents.<\/p>\n<p>b) Les ONG intervenantes<\/p>\n<p>308. Les ONG intervenantes indiquent que, depuis la tentative de coup d\u2019\u00c9tat militaire du 15 juillet 2016, 1\u00a0482\u00a0membres du HDP, dont plusieurs d\u00e9put\u00e9s, ont \u00e9t\u00e9 mis en d\u00e9tention provisoire. Elles soutiennent qu\u2019une grande partie des personnes concern\u00e9es ont \u00e9t\u00e9 priv\u00e9es de leur libert\u00e9 pour avoir fait des discours \u00e0 caract\u00e8re politique. Insistant sur l\u2019importance du d\u00e9bat public dans une soci\u00e9t\u00e9 d\u00e9mocratique, elles critiquent l\u2019usage de mesures qui aboutissent \u00e0 priver arbitrairement de leur libert\u00e9 les d\u00e9put\u00e9s du HDP.<\/p>\n<p>309. Elles notent que la chambre a estim\u00e9 que le dossier p\u00e9nal contenait des renseignements propres \u00e0 convaincre un observateur objectif que le requ\u00e9rant pouvait avoir commis une infraction p\u00e9nale. Selon elles, cette conclusion de la chambre abaisse le crit\u00e8re du \u00ab\u00a0caract\u00e8re raisonnable\u00a0\u00bb \u00e0 une condition tr\u00e8s faible et en cons\u00e9quence ouvre la voie \u00e0 la justification des d\u00e9tentions arbitraires fond\u00e9es sur les opinions politiques des personnes concern\u00e9es.<\/p>\n<p><em>4. Appr\u00e9ciation de la Grande Chambre<\/em><\/p>\n<p>a) Recevabilit\u00e9<\/p>\n<p>310. Constatant que ce grief n\u2019est pas manifestement mal fond\u00e9 au sens de l\u2019article 35 \u00a7 3 a) de la Convention et qu\u2019il ne se heurte \u00e0 aucun autre motif d\u2019irrecevabilit\u00e9, la Cour le d\u00e9clare recevable.<\/p>\n<p>b) Sur le fond<\/p>\n<p>(i) Principes g\u00e9n\u00e9raux<\/p>\n<p>311. La Cour rappelle d\u2019abord que l\u2019article 5 de la Convention garantit un droit de tr\u00e8s grande importance dans \u00ab\u00a0une soci\u00e9t\u00e9 d\u00e9mocratique\u00a0\u00bb au sens de la Convention, \u00e0 savoir le droit fondamental \u00e0 la libert\u00e9 et \u00e0 la s\u00fbret\u00e9 (Assanidz\u00e9 c. G\u00e9orgie [GC], no 71503\/01, \u00a7 169, CEDH2004\u2011II). Avec les articles 2, 3 et 4, l\u2019article 5 de la Convention figure parmi les principales dispositions garantissant les droits fondamentaux qui prot\u00e8gent la s\u00e9curit\u00e9 physique des personnes, et en tant que tel, il rev\u00eat une importance primordiale (Buzadji, pr\u00e9cit\u00e9, \u00a7 84). Il a essentiellement pour but de prot\u00e9ger l\u2019individu contre une privation de libert\u00e9 arbitraire ou injustifi\u00e9e (Ila\u015fcu et autres c. Moldova et Russie [GC], no 48787\/99, \u00a7\u00a0461, CEDH\u00a02004-VII).<\/p>\n<p>312. Tout individu a droit \u00e0 la protection de ce droit, c\u2019est-\u00e0-dire \u00e0 ne pas \u00eatre ou rester priv\u00e9 de libert\u00e9 (Weeks c. Royaume-Uni, 2 mars 1987, \u00a7\u00a040, s\u00e9rie A no 114), sauf dans le respect des exigences du paragraphe 1 de l\u2019article 5 de la Convention. Trois grands principes en particulier ressortent de la jurisprudence de la Cour\u00a0: la r\u00e8gle selon laquelle les exceptions, dont la liste est exhaustive, appellent une interpr\u00e9tation \u00e9troite et ne se pr\u00eatent pas \u00e0 l\u2019importante s\u00e9rie de justifications pr\u00e9vues par d\u2019autres dispositions (les articles 8 \u00e0 11 de la Convention en particulier)\u00a0; la r\u00e9gularit\u00e9 de la privation de libert\u00e9, sur laquelle l\u2019accent est mis de fa\u00e7on r\u00e9p\u00e9t\u00e9e du point de vue tant de la proc\u00e9dure que du fond, et qui implique une adh\u00e9sion scrupuleuse \u00e0 la pr\u00e9\u00e9minence du droit\u00a0; et l\u2019importance de la promptitude ou de la c\u00e9l\u00e9rit\u00e9 des contr\u00f4les juridictionnels requis (Buzadji, pr\u00e9cit\u00e9, \u00a7 84, et S., V. et A. c. Danemark [GC], nos35553\/12 et 2 autres, \u00a7 73, 22\u00a0octobre 2018).<\/p>\n<p>313. En mati\u00e8re de \u00ab\u00a0r\u00e9gularit\u00e9\u00a0\u00bb d\u2019une d\u00e9tention, y compris l\u2019observation des \u00ab\u00a0voies l\u00e9gales\u00a0\u00bb, la Convention renvoie pour l\u2019essentiel \u00e0 la l\u00e9gislation nationale et consacre l\u2019obligation d\u2019en observer les normes de fond comme de proc\u00e9dure. Ce terme impose, en premier lieu, que toute arrestation ou d\u00e9tention ait une base l\u00e9gale en droit interne (Mooren c.\u00a0Allemagne [GC], no 11364\/03, \u00a7 72, 9 juillet 2009, avec les r\u00e9f\u00e9rences qui y sont cit\u00e9es).<\/p>\n<p>314. La Cour rappelle ensuite que le premier volet de l\u2019article 5 \u00a7 1 c) de la Convention n\u2019autorise \u00e0 placer une personne en d\u00e9tention dans le cadre d\u2019une proc\u00e9dure p\u00e9nale qu\u2019en vue de la traduire devant l\u2019autorit\u00e9 judiciaire comp\u00e9tente lorsqu\u2019il y a des raisons plausibles de soup\u00e7onner qu\u2019elle a commis une infraction (J\u0117\u010dius c. Lituanie, no 34578\/97, \u00a7\u00a050, CEDH\u00a02000\u2011IX, W\u0142och c. Pologne, no 27785\/95, \u00a7 108, CEDH 2000\u2011XI, et Poyraz c. Turquie (d\u00e9c.), no 21235\/11, \u00a7 53, 17 f\u00e9vrier 2015). La \u00ab\u00a0plausibilit\u00e9\u00a0\u00bb des soup\u00e7ons sur lesquels doit se fonder l\u2019arrestation constitue un \u00e9l\u00e9ment essentiel de la protection offerte par l\u2019article 5 \u00a7\u00a01\u00a0c). L\u2019existence de soup\u00e7ons plausibles pr\u00e9suppose celle de faits ou de renseignements propres \u00e0 persuader un observateur objectif que l\u2019individu en cause peut avoir accompli l\u2019infraction qui lui est reproch\u00e9e. Ce qui peut passer pour plausible d\u00e9pend toutefois de l\u2019ensemble des circonstances (Fox, Campbell et Hartley c. Royaume-Uni, 30 ao\u00fbt 1990, \u00a7 32, s\u00e9rie\u00a0A no\u00a0182, O\u2019Hara c. Royaume-Uni, no 37555\/97, \u00a7 34, CEDH\u00a02001\u2011X, \u00c7i\u00e7ek c.\u00a0Turquie (d\u00e9c.), no 72774\/10, \u00a7 62, 3 mars 2015, Mehmet Hasan Altan, pr\u00e9cit\u00e9, \u00a7 124, et \u015eahin Alpay, pr\u00e9cit\u00e9, \u00a7\u00a0103).<\/p>\n<p>315. La Cour rappelle en outre que l\u2019alin\u00e9a c) de l\u2019article 5 \u00a7 1 de la Convention ne pr\u00e9suppose pas que les autorit\u00e9s d\u2019enqu\u00eate aient rassembl\u00e9 des preuves suffisantes pour porter des accusations au moment de l\u2019arrestation. L\u2019objet d\u2019un interrogatoire men\u00e9 pendant une d\u00e9tention au titre de cet alin\u00e9a est de compl\u00e9ter l\u2019enqu\u00eate p\u00e9nale en confirmant ou en \u00e9cartant les soup\u00e7ons concrets ayant fond\u00e9 l\u2019arrestation. Ainsi, les faits donnant naissance \u00e0 des soup\u00e7ons ne doivent pas \u00eatre du m\u00eame niveau que ceux qui sont n\u00e9cessaires pour justifier une condamnation ou m\u00eame pour porter une accusation, ce qui intervient dans la phase suivante de la proc\u00e9dure de l\u2019enqu\u00eate p\u00e9nale (Murray c. Royaume-Uni, 28 octobre 1994, \u00a7 55, s\u00e9rie\u00a0A no\u00a0300-A, Y\u00fcksel et autres c. Turquie, nos55835\/09 et 2 autres, \u00a7 52, 31\u00a0mai 2016, et Alparslan Altan c. Turquie, no12778\/17, \u00a7 127, 16 avril 2019).<\/p>\n<p>316. En effet, la t\u00e2che de la Cour consiste \u00e0 d\u00e9terminer si les conditions fix\u00e9es \u00e0 l\u2019alin\u00e9a c) de l\u2019article 5 \u00a7 1 de la Convention, y compris la poursuite du but l\u00e9gitime vis\u00e9, \u00e9taient remplies dans l\u2019affaire soumise \u00e0 son examen. Dans ce contexte, il n\u2019appartient pas \u00e0 la Cour en principe de substituer sa propre appr\u00e9ciation des faits \u00e0 celle des juridictions internes, mieux plac\u00e9es pour \u00e9valuer les preuves produites devant elles (Mergen et autres c.\u00a0Turquie, nos44062\/09 et 4 autres, \u00a7 48, 31 mai 2016, et Mehmet Hasan Altan, pr\u00e9cit\u00e9, \u00a7\u00a0126).<\/p>\n<p>317. En r\u00e8gle g\u00e9n\u00e9rale, les probl\u00e8mes li\u00e9s \u00e0 la \u00ab\u00a0plausibilit\u00e9 des soup\u00e7ons\u00a0\u00bb se posent au niveau des faits. Il faut alors se demander si l\u2019arrestation et la d\u00e9tention se fondaient sur des \u00e9l\u00e9ments objectifs suffisants pour justifier des \u00ab\u00a0raisons plausibles\u00a0\u00bb de soup\u00e7onner que les faits en cause s\u2019\u00e9taient r\u00e9ellement produits (W\u0142och, pr\u00e9cit\u00e9, \u00a7\u00a7 108-109). Outre l\u2019aspect factuel, l\u2019existence de \u00ab\u00a0raisons plausibles de soup\u00e7onner\u00a0\u00bb au sens de l\u2019article\u00a05 \u00a7 1 c) exige que les faits \u00e9voqu\u00e9s puissent raisonnablement passer pour relever de l\u2019une des sections de la l\u00e9gislation traitant du comportement criminel. Ainsi, il ne peut \u00e0 l\u2019\u00e9vidence pas y avoir de soup\u00e7ons raisonnables si les actes ou faits retenus contre un d\u00e9tenu ne constituaient pas un crime au moment o\u00f9 ils se sont produits (Kandjov c. Bulgarie, no 68294\/01, \u00a7\u00a057, 6\u00a0novembre 2008, Mammadli c.Azerba\u00efdjan, no 47145\/14, \u00a7 52, 19\u00a0avril 2018, Aliyev c.Azerba\u00efdjan, nos 68762\/14 et 71200\/14, \u00a7 152, 20\u00a0septembre 2018, etKavala c. Turquie, no 28749\/18, \u00a7 128, 10 d\u00e9cembre 2019).<\/p>\n<p>318. En outre, il ne doit pas appara\u00eetre que les faits reproch\u00e9s eux\u2011m\u00eames aient \u00e9t\u00e9 li\u00e9s \u00e0 l\u2019exercice par le requ\u00e9rant de ses droits garantis par la Convention (Kavala, pr\u00e9cit\u00e9, \u00a7\u00a0129).<\/p>\n<p>319. Selon sa jurisprudence constante, lors de l\u2019appr\u00e9ciation de la \u00ab\u00a0plausibilit\u00e9\u00a0\u00bb des soup\u00e7ons, la Cour doit pouvoir d\u00e9terminer si la substance de la garantie offerte par l\u2019article 5 \u00a7 1 c) est demeur\u00e9e intacte. \u00c0 cet \u00e9gard, il incombe au gouvernement d\u00e9fendeur de lui fournir au moins certains faits ou renseignements propres \u00e0 la convaincre qu\u2019il existait des motifs plausibles de soup\u00e7onner la personne arr\u00eat\u00e9e d\u2019avoir commis l\u2019infraction all\u00e9gu\u00e9e (Fox, Campbell et Hartley, pr\u00e9cit\u00e9, \u00a7 34 in fine, O\u2019Hara, pr\u00e9cit\u00e9, \u00a7 35, Ilgar Mammadov, pr\u00e9cit\u00e9,\u00a7 89, et Alparslan Altan, pr\u00e9cit\u00e9, \u00a7\u00a0129).<\/p>\n<p>320. Si des soup\u00e7ons plausibles doivent exister au moment de l\u2019arrestation et de la d\u00e9tention initiale, il doit \u00e9galement \u00eatre d\u00e9montr\u00e9, en cas de prolongation de la d\u00e9tention, que des soup\u00e7ons persistent et qu\u2019ils demeurent fond\u00e9s sur des \u00ab\u00a0raisons plausibles\u00a0\u00bb tout au long de la d\u00e9tention (Ilgar Mammadov, pr\u00e9cit\u00e9, \u00a7 90). Par ailleurs, l\u2019obligation pour le magistrat d\u2019avancer des motifs pertinents et suffisants \u00e0 l\u2019appui de la privation de libert\u00e9 \u2013\u00a0outre la persistance de raisons plausibles de soup\u00e7onner la personne arr\u00eat\u00e9e d\u2019avoir commis une infraction\u00a0\u2013 s\u2019applique d\u00e8s la premi\u00e8re d\u00e9cision ordonnant le placement en d\u00e9tention provisoire, c\u2019est-\u00e0-dire \u00ab\u00a0aussit\u00f4t\u00a0\u00bb apr\u00e8s l\u2019arrestation (Buzadji, pr\u00e9cit\u00e9, \u00a7 102, et Alparslan Altan, pr\u00e9cit\u00e9, \u00a7\u00a0130).<\/p>\n<p>321. L\u2019obtention ult\u00e9rieure de preuves \u00e0 charge concernant un chef d\u2019accusation peut parfois renforcer les soup\u00e7ons associant le requ\u00e9rant \u00e0 des infractions de type terroriste. Cependant, elle ne peut pas constituer la base exclusive de soup\u00e7ons justifiant la d\u00e9tention. En tout \u00e9tat de cause, l\u2019obtention ult\u00e9rieure de telles preuves ne d\u00e9charge pas les autorit\u00e9s nationales de leur obligation de fournir une base factuelle suffisante propre \u00e0 justifier la mise en d\u00e9tention d\u2019une personne. Conclure autrement irait \u00e0 l\u2019encontre du but poursuivi par l\u2019article 5 de la Convention, \u00e0 savoir la protection de l\u2019individu contre une privation de libert\u00e9 arbitraire ou injustifi\u00e9e (Alparslan Altan, pr\u00e9cit\u00e9, \u00a7\u00a0139).<\/p>\n<p>(ii) Application de ces principes en l\u2019esp\u00e8ce<\/p>\n<p>322. Lorsqu\u2019elle examine un grief relatif \u00e0 l\u2019absence all\u00e9gu\u00e9e de raisons plausibles de soup\u00e7onner un requ\u00e9rant d\u2019avoir commis une infraction, la Cour doit tenir compte de toutes les circonstances pertinentes pour d\u00e9terminer s\u2019il existait des informations objectives montrant que les soup\u00e7ons contre l\u2019int\u00e9ress\u00e9 \u00e9taient \u00ab\u00a0plausibles\u00a0\u00bb au moment de sa mise en d\u00e9tention provisoire (ibidem, \u00a7\u00a0133).<\/p>\n<p>323. La Cour a d\u00e9j\u00e0 estim\u00e9, dans l\u2019affaire Fox, Campbell et Hartley (pr\u00e9cit\u00e9e, \u00a7\u00a032), que les difficult\u00e9s inh\u00e9rentes \u00e0 la recherche et \u00e0 la poursuite des infractions li\u00e9es au terrorisme emp\u00eachaient d\u2019appr\u00e9cier toujours d\u2019apr\u00e8s les m\u00eames crit\u00e8res que pour les infractions de type classique la \u00ab\u00a0plausibilit\u00e9\u00a0\u00bb des soup\u00e7ons motivant les privations de libert\u00e9. Cela \u00e9tant, aux yeux de la Cour, la n\u00e9cessit\u00e9 de combattre la criminalit\u00e9 terroriste ne saurait justifier que l\u2019on \u00e9tende la notion de \u00ab\u00a0plausibilit\u00e9\u00a0\u00bb jusqu\u2019\u00e0 porter atteinte \u00e0 la substance de la garantie assur\u00e9e par l\u2019article\u00a05 \u00a7\u00a01\u00a0c) de la Convention (ibidem, \u00a732). Par cons\u00e9quent, la t\u00e2che de la Cour consiste \u00e0 v\u00e9rifier si en l\u2019esp\u00e8ce il existait au moment de la mise en d\u00e9tention du requ\u00e9rant des \u00e9l\u00e9ments suffisants pour convaincre un observateur objectif que l\u2019int\u00e9ress\u00e9 pouvait avoir commis les infractions qui lui \u00e9taient reproch\u00e9es par le parquet (paragraphe 271 ci-dessus). Pour ce faire, il convient d\u2019appr\u00e9cier si cette mesure \u00e9tait justifi\u00e9e au regard des faits et des informations qui \u00e9taient disponibles \u00e0 l\u2019\u00e9poque pertinente et qui ont \u00e9t\u00e9 port\u00e9s \u00e0 l\u2019examen des autorit\u00e9s judiciaires ayant ordonn\u00e9 ladite mesure.<\/p>\n<p>324. Le 4 novembre 2016, le procureur de la R\u00e9publique de Diyarbak\u0131r a demand\u00e9 au 2e juge de paix de Diyarbak\u0131r de placer le requ\u00e9rant en d\u00e9tention provisoire pour appartenance \u00e0 une organisation terroriste arm\u00e9e et pour incitation publique \u00e0 commettre une infraction. Le m\u00eame jour, l\u2019int\u00e9ress\u00e9 a \u00e9t\u00e9 traduit devant le 2e juge de paix de Diyarbak\u0131r, qui a ordonn\u00e9 sa mise en d\u00e9tention provisoire. Pour ce faire, il a tout d\u2019abord soulign\u00e9 que la modification constitutionnelle avait eu pour effet de lever l\u2019immunit\u00e9 parlementaire du requ\u00e9rant pour les infractions en cause. Ensuite, il a not\u00e9 qu\u2019au moment de l\u2019intensification des conflits entre Daechet le PYD en Syrie, en octobre 2014, les responsables du PKK avaient publi\u00e9 plusieurs appels invitant la population \u00e0 descendre dans la rue. Il a ajout\u00e9 que, presque simultan\u00e9ment, trois tweets avaient \u00e9t\u00e9 publi\u00e9s au nom du comit\u00e9 ex\u00e9cutif du HDP, dont le requ\u00e9rant \u00e9tait membre et copr\u00e9sident, appelant \u00e9galement la population \u00e0 sortir dans la rue. Le juge de paix a relev\u00e9 en outre qu\u2019au cours des \u00e9v\u00e9nements des 6-8 octobre 2014 les sympathisants du PKK avaient commis plusieurs infractions et qu\u2019ils avaient notamment caus\u00e9 la mort de 50 personnes, bless\u00e9 678\u00a0autres individus et endommag\u00e9 1\u00a0113 b\u00e2timents. Pour le juge de paix, les tweets publi\u00e9s sur le compte Twitter du HDP \u00e9tablissaient l\u2019existence de forts soup\u00e7ons selon lesquels le requ\u00e9rant avait commis l\u2019infraction d\u2019incitation publique \u00e0 commettre une infraction, dans le cadre de ses fonctions au sein du parti politique en question. Le juge de paix a \u00e9galement observ\u00e9 que le requ\u00e9rant avait prononc\u00e9 plusieurs discours dans lesquels il avait qualifi\u00e9 de \u00ab\u00a0r\u00e9sistance\u00a0\u00bb certains actes des membres du PKK, notamment le creusement de tranch\u00e9es et l\u2019\u00e9tablissement de barricades dans les villes, et qu\u2019il avait particip\u00e9 aux activit\u00e9s du Congr\u00e8s de la soci\u00e9t\u00e9 d\u00e9mocratique. Il a ajout\u00e9 que plusieurs enqu\u00eates p\u00e9nales men\u00e9es contre le requ\u00e9rant \u00e9taient pendantes devant le parquet, notamment pour des infractions li\u00e9es au terrorisme. Selon lui, ces \u00e9l\u00e9ments \u00e9taient suffisants pour d\u00e9montrer l\u2019existence de forts soup\u00e7ons selon lesquels l\u2019int\u00e9ress\u00e9 avait commis l\u2019infraction d\u2019appartenance \u00e0 une organisation terroriste arm\u00e9e. Le juge de paix a encore not\u00e9 que l\u2019infraction relative \u00e0 la fondation et \u00e0 la direction d\u2019une organisation terroriste arm\u00e9e \u2013\u00a0infraction pour laquelle le requ\u00e9rant n\u2019avait pas \u00e9t\u00e9 interrog\u00e9\u00a0\u2013 figurait parmi celles \u00e9num\u00e9r\u00e9es \u00e0 l\u2019article 100 \u00a7\u00a03 du CPP. Enfin, consid\u00e9rant l\u2019importance de l\u2019affaire et la lourdeur des peines pr\u00e9vues par la loi pour les infractions en question, il a estim\u00e9 que la mesure de d\u00e9tention provisoire \u00e9tait n\u00e9cessaire et proportionn\u00e9e et que les mesures alternatives \u00e0 la d\u00e9tention semblaient \u00eatre insuffisantes.<\/p>\n<p>325. Appel\u00e9e \u00e0 examiner la l\u00e9galit\u00e9 de la d\u00e9tention provisoire du requ\u00e9rant, la Cour constitutionnelle, apr\u00e8s avoir d\u00e9crit les \u00e9v\u00e9nements des 6\u20118 octobre 2014, a estim\u00e9 qu\u2019il \u00e9tait possible d\u2019\u00e9tablir un lien de causalit\u00e9 entre les appels lanc\u00e9s par le comit\u00e9 ex\u00e9cutif du HDP et les actes de violence en question. Concernant ensuiteles \u00ab\u00a0\u00e9v\u00e9nements des tranch\u00e9es\u00a0\u00bb, la juridiction constitutionnelle a consid\u00e9r\u00e9 que, compte tenu des propos du requ\u00e9rant, des lieux o\u00f9 il s\u2019\u00e9tait exprim\u00e9 et de sa qualit\u00e9 de copr\u00e9sident du HDP, la mise en d\u00e9tention provisoire de l\u2019int\u00e9ress\u00e9 pour une infraction li\u00e9e au terrorisme n\u2019\u00e9tait pas d\u00e9nu\u00e9e de fondement. Ainsi, se penchant sur le contenu de deux discours prononc\u00e9s par le requ\u00e9rant le 13novembre 2012 et le 21 avril 2013, la haute juridiction a relev\u00e9 qu\u2019il existait en l\u2019esp\u00e8ce une indication de commission d\u2019une infraction. Enfin, eu \u00e9gard aux documents saisis lors de la perquisition du domicile d\u2019A.D. et au contenu des conversations entre les hauts responsables pr\u00e9sum\u00e9s du PKK et entre eux et le requ\u00e9rant, elle a jug\u00e9 que l\u2019on pouvait consid\u00e9rer que ce dernier avait agi conform\u00e9ment aux instructions des dirigeants d\u2019une organisation terroriste arm\u00e9e. Elle a d\u00e9clar\u00e9 en cons\u00e9quence que ces donn\u00e9es \u00e9taient suffisantes pour d\u00e9montrer l\u2019existence de forts soup\u00e7ons de commission d\u2019une infraction par le requ\u00e9rant.<\/p>\n<p>326. Pour d\u00e9terminer s\u2019il existait de forts soup\u00e7ons de commission d\u2019une infraction par le requ\u00e9rant, la Cour constitutionnelle s\u2019est appuy\u00e9e sur plusieurs \u00e9l\u00e9ments de preuve qui n\u2019\u00e9taient pas mentionn\u00e9s dans l\u2019ordonnance du 4 novembre 2016 relative au placement en d\u00e9tention provisoire de l\u2019int\u00e9ress\u00e9. Dans ce contexte, la Cour rel\u00e8ve notamment que les discours prononc\u00e9s par le requ\u00e9rant le 13 novembre 2012 et le 21\u00a0avril 2013 ne figurent pas parmi ceux cit\u00e9s par le 2e juge de paix de Diyarbak\u0131r pour justifier la privation de libert\u00e9 de l\u2019int\u00e9ress\u00e9. De plus, le juge de paix n\u2019a pas justifi\u00e9 la mise en d\u00e9tention provisoire du requ\u00e9rant en se fondant sur les conversations t\u00e9l\u00e9phoniques \u00e9voqu\u00e9es par la Cour constitutionnelle et il n\u2019a pas pris en compte les documents saisis lors de la perquisition effectu\u00e9e au domicile d\u2019une tierce personne. Ces \u00e9l\u00e9ments de preuve n\u2019ont \u00e9t\u00e9 pr\u00e9sent\u00e9s devant les juges qu\u2019apr\u00e8s le d\u00e9p\u00f4t de l\u2019acte d\u2019accusation du 11\u00a0janvier 2017, soit plus de deux mois apr\u00e8s la mise en d\u00e9tention provisoire initiale du requ\u00e9rant. Par cons\u00e9quent, il n\u2019y a pas lieu d\u2019examiner ces \u00e9l\u00e9ments de preuve pour \u00e9tablir la plausibilit\u00e9 des soup\u00e7ons ayant motiv\u00e9 la d\u00e9cision initiale de placement en d\u00e9tention provisoire, dans la mesure o\u00f9 ils ont \u00e9t\u00e9 sans effet sur la d\u00e9cision rendue le 4 novembre 2016 par le 2e juge de paix de Diyarbak\u0131r. Ils ne peuvent \u00eatre pris en compte que pour l\u2019examen de la question relative \u00e0 la persistance ou \u00e0 l\u2019existence apparente de soup\u00e7ons plausibles dans le cadre du maintien en d\u00e9tention de l\u2019int\u00e9ress\u00e9 durant le proc\u00e8s p\u00e9nal.<\/p>\n<p>327. En l\u2019occurrence, le 2e juge de paix de Diyarbak\u0131r a au d\u00e9part justifi\u00e9 le placement en d\u00e9tention provisoire du requ\u00e9rant en s\u2019appuyant sur les tweets publi\u00e9s sur le compte Twitter du HDP. Dans les trois tweets litigieux le HDP avait appel\u00e9 \u00e0 la solidarit\u00e9 avec la population de Koban\u00e9, qui \u00e0 l\u2019\u00e9poque faisait face \u00e0 une offensive militaire lanc\u00e9e par les membres de l\u2019organisation terroriste arm\u00e9e Daech. La Cour est pr\u00eate \u00e0 tenir compte des difficult\u00e9s auxquelles la Turquie \u00e9tait confront\u00e9e en raison de la menace constitu\u00e9e par les attentats terroristes, notamment au lendemain de la crise en Syrie. Le mois d\u2019octobre 2014 s\u2019inscrit dans une p\u00e9riode o\u00f9 le conflit interne \u00e0 ce pays mena\u00e7ait la s\u00e9curit\u00e9 nationale de la Turquie. C\u2019est dans ce contexte sensible que le HDP a publi\u00e9 les tweets en question, par lesquels il appelait la population \u00e0 descendre dans la rue. Ces appels ont sans doute cr\u00e9\u00e9 une situation difficile, en particulier dans le sud-est de la Turquie. En effet, des \u00e9v\u00e9nements d\u2019une grande violence se sont produits apr\u00e8s la publication de ces appels (paragraphes 23 et 25 ci-dessus). La Cour estime malgr\u00e9 tout que ces appels sont rest\u00e9s dans les limites du discours politique, dans la mesure o\u00f9 ils ne peuvent pas \u00eatre interpr\u00e9t\u00e9s comme un appel \u00e0 la violence. Les violences survenues du 6 au 8 octobre 2014, aussi regrettables soient-elles, ne peuvent pas \u00eatre interpr\u00e9t\u00e9es comme une cons\u00e9quence directe des tweets en question et ne peuvent pas justifier le placement en d\u00e9tention provisoire du requ\u00e9rant pour les infractions en question.<\/p>\n<p>328. Ensuite, le 2e juge de paix de Diyarbak\u0131r s\u2019est r\u00e9f\u00e9r\u00e9 \u00e0 certaines d\u00e9clarations politiques par lesquelles le requ\u00e9rant avait exprim\u00e9 son avis sur les \u00e9v\u00e9nements des 6-8 octobre 2014 et sur ceux des \u00ab\u00a0tranch\u00e9es\u00a0\u00bb, ou plus g\u00e9n\u00e9ralement sur la question kurde. Le contenu des discours du requ\u00e9rant peut \u00eatre consid\u00e9r\u00e9 comme une attaque tr\u00e8s s\u00e9v\u00e8re contre les politiques du gouvernement. Les opinions du requ\u00e9rant, notamment sur les \u00ab\u00a0\u00e9v\u00e9nements des tranch\u00e9es\u00a0\u00bb, et son utilisation de notions telles que la \u00ab\u00a0r\u00e9sistance\u00a0\u00bb peuvent \u00eatre tenues pour offensantes par l\u2019\u00c9tat ou par une fraction de la population. Elles sont \u00e9galement de nature \u00e0 les heurter, les choquer ou les inqui\u00e9ter. Toutefois, dans ses discours litigieux le requ\u00e9rant n\u2019a pas fait un appel \u00e0 l\u2019usage de m\u00e9thodes violentes et ses propos ne relevaient certainement pas de l\u2019endoctrinement terroriste, de l\u2019apologie de l\u2019auteur d\u2019un attentat, du d\u00e9nigrement de victimes d\u2019un attentat, de l\u2019appel \u00e0 financer des organisations terroristes ou d\u2019autres comportements similaires (voir, notamment, Yavuz et Yaylal\u0131 c. Turquie, no12606\/11, \u00a7 51, 17d\u00e9cembre 2013, et G\u00fcler et U\u011fur, pr\u00e9cit\u00e9, \u00a7 52). Aux yeux de la Cour, ces discours ne sauraient convaincre un observateur objectif que l\u2019int\u00e9ress\u00e9 a pu commettre les infractions pour lesquelles il a \u00e9t\u00e9 plac\u00e9 en d\u00e9tention provisoire, \u00e0 moins que d\u2019autres motifs et \u00e9l\u00e9ments de preuve justifiant sa privation de libert\u00e9 ne soient pr\u00e9sent\u00e9s. La notion de \u00ab\u00a0soup\u00e7ons raisonnables\u00a0\u00bb ne saurait \u00eatre interpr\u00e9t\u00e9e de mani\u00e8re \u00e0 porter atteinte au droit de la libert\u00e9 d\u2019expression du requ\u00e9rant tel que garanti par l\u2019article 10 de la Convention.<\/p>\n<p>329. La participation du requ\u00e9rant \u00e0 l\u2019assembl\u00e9e g\u00e9n\u00e9rale du Congr\u00e8s de la soci\u00e9t\u00e9 d\u00e9mocratique a \u00e9t\u00e9 retenue comme un motif justifiant sa d\u00e9tention provisoire. Or le requ\u00e9rant soutient qu\u2019il s\u2019agissait d\u2019un rassemblement public l\u00e9gal. \u00c0 cet \u00e9gard, le Gouvernement n\u2019a pr\u00e9sent\u00e9 aucun \u00e9l\u00e9ment de preuve sp\u00e9cifique qui puisse r\u00e9cuser cette affirmation. En cons\u00e9quence, la Cour estime que la participation du requ\u00e9rant \u00e0 une r\u00e9union pacifique et le fait qu\u2019il y ait prononc\u00e9 un discours sont \u00e9galement impropres \u00e0 convaincre un observateur objectif que l\u2019int\u00e9ress\u00e9 a pu commettre une des infractions en question (paragraphe 69 ci-dessus). Ces faits reproch\u00e9s au requ\u00e9rant \u00e9taient li\u00e9s \u00e0 l\u2019exercice par lui de ses droits d\u00e9coulant de la Convention, notamment des articles 10 et\u00a011.<\/p>\n<p>330. Le 2e juge de paix de Diyarbak\u0131r a estim\u00e9 que le nombre d\u2019enqu\u00eates p\u00e9nales men\u00e9es contre le requ\u00e9rant pour des infractions li\u00e9es au terrorisme permettait d\u2019\u00e9tablir l\u2019existence de forts soup\u00e7ons selon lesquels il avait commis l\u2019infraction d\u2019appartenance \u00e0 une organisation terroriste arm\u00e9e. Pour la Cour, une r\u00e9f\u00e9rence vague et g\u00e9n\u00e9rale aux autres enqu\u00eates men\u00e9es par les procureurs de la R\u00e9publique ne peut aucunement \u00eatre consid\u00e9r\u00e9e comme suffisante pour justifier la plausibilit\u00e9 des soup\u00e7ons cens\u00e9s avoir servi de base \u00e0 la mise en d\u00e9tention provisoire du requ\u00e9rant.<\/p>\n<p>331. Au vu de tout ce qui pr\u00e9c\u00e8de, la Cour rel\u00e8ve qu\u2019aucun fait ni aucune information sp\u00e9cifiques de nature \u00e0 faire na\u00eetre des soup\u00e7ons justifiant la mise en d\u00e9tention du requ\u00e9rant n\u2019ont \u00e9t\u00e9 expos\u00e9s ou pr\u00e9sent\u00e9s durant la proc\u00e9dure initiale, qui s\u2019est pourtant sold\u00e9e par l\u2019adoption de cette mesure privative de libert\u00e9 \u00e0 l\u2019encontre de l\u2019int\u00e9ress\u00e9. En cons\u00e9quence, elle estime que, au moment du placement en d\u00e9tention provisoire du requ\u00e9rant, il n\u2019existait aucun fait ni aucun renseignement propres \u00e0 convaincre un observateur objectif que l\u2019int\u00e9ress\u00e9 avait commis les infractions reproch\u00e9es.<\/p>\n<p>332. La Cour doit ensuite d\u00e9terminer si les autres motifs pris en compte par la Cour constitutionnelle peuvent faire appara\u00eetre des raisons plausibles de soup\u00e7onner le requ\u00e9rant d\u2019avoir commis les infractions en cause, justifiant ainsi sa d\u00e9tention provisoire \u00e0 partir du 4 novembre 2016. Dans ce contexte, la Cour examinera trois s\u00e9ries d\u2019\u00e9l\u00e9ments de preuve que la Cour constitutionnelle a tir\u00e9es de l\u2019acte d\u2019accusation, \u00e0 savoir les discours prononc\u00e9s par le requ\u00e9rant les 13 novembre 2012 et 21 avril 2013, les documents saisis lors de la perquisition effectu\u00e9e au domicile d\u2019A.D., et les conversations entre les hauts responsables pr\u00e9sum\u00e9s du PKK et entre eux et le requ\u00e9rant.<\/p>\n<p>333. Lors d\u2019une manifestation organis\u00e9e le 13\u00a0novembre 2012, le requ\u00e9rant a dit notamment que la sculpture d\u2019Abdullah \u00d6calan allait \u00eatre expos\u00e9e. Quelle que soit la raison de cette d\u00e9claration, la Cour admet qu\u2019il s\u2019agit d\u2019une remarque qui peut \u00eatre consid\u00e9r\u00e9e comme offensante, choquante, d\u00e9rangeante ou pol\u00e9mique pour une grande partie de la population en Turquie. \u00c0 cet \u00e9gard, la Cour a d\u00e9j\u00e0 jug\u00e9 par le pass\u00e9 que l\u2019ampleur et les effets particuliers de l\u2019activit\u00e9 terroriste du PKK, dont le chef est Abdullah \u00d6calan, avaient indubitablement cr\u00e9\u00e9 un \u00ab\u00a0danger public mena\u00e7ant la vie de la nation\u00a0\u00bb (Aksoy c. Turquie, 18 d\u00e9cembre 1996, \u00a7\u00a070, Recueil 1996\u2011VI). Cependant, comme l\u2019indique l\u2019int\u00e9ress\u00e9, les propos litigieux ont \u00e9t\u00e9 tenus dans un cadre sp\u00e9cifique, \u00e0 savoir durant le \u00ab\u00a0processus de r\u00e9solution\u00a0\u00bb, pendant lequel les autorit\u00e9s nationales avaient engag\u00e9 des n\u00e9gociations avec les responsables du PKK, y compris Abdullah\u00a0\u00d6calan,afin de trouver une solution pacifique et permanente \u00e0 laquestion kurde. Le requ\u00e9rant explique qu\u2019en s\u2019exprimant ainsi il avait voulu dire que ceux qui apportaient la paix par le biais du processus de r\u00e9solution, m\u00e9ritaient que leur r\u00e9ussite f\u00fbt mise en avant. \u00c0 cet \u00e9gard, jusqu\u2019\u00e0 la fin du \u00ab\u00a0processus de r\u00e9solution\u00a0\u00bb, aucune mesure importante n\u2019a \u00e9t\u00e9 prise \u00e0 l\u2019encontre du requ\u00e9rant pour ces propos. Ce n\u2019est qu\u2019apr\u00e8s la fin de ce processus, soit plus de quatre ans apr\u00e8s le discours litigieux, que les autorit\u00e9s judiciaires l\u2019ont consid\u00e9r\u00e9 comme un \u00e9l\u00e9ment suffisant pour justifier la d\u00e9tention provisoire du requ\u00e9rant, sans rechercher quelle avait \u00e9t\u00e9 l\u2019intention de ce dernier. En l\u2019absence d\u2019autres motifs et \u00e9l\u00e9ments de preuve l\u00e9gitimant une telle mesure, la Cour n\u2019est donc pas convaincue que le discours prononc\u00e9 par le requ\u00e9rant le 13\u00a0novembre 2012 pouvait justifier un soup\u00e7on plausible selon lequel il avait commis les infractions en question.<\/p>\n<p>334. Dans son discours du 21 avril 2013, le requ\u00e9rant a exprim\u00e9 son opinion sur le mouvement kurde. \u00c0 cette occasion, il a d\u2019abord indiqu\u00e9 que ce mouvement avait consid\u00e9r\u00e9 la guerre comme une guerre d\u2019autod\u00e9fense l\u00e9gitime. Puis il a dit qu\u2019il \u00e9tait mal d\u2019utiliser des armes dans la mesure o\u00f9 il \u00e9tait possible de r\u00e9sister et de r\u00e9ussir avec des m\u00e9thodes non violentes. Il a ajout\u00e9 que sans le mouvement du PKK il n\u2019y aurait pas de peuple kurde en Turquie. Les propos du requ\u00e9rant montrent qu\u2019il estimait que le peuple kurde en Turquie devait son existence, en partie, \u00e0 la lutte arm\u00e9e men\u00e9e par cette organisation terroriste. Le commentaire en question peut se comprendre comme une description des faits historiques li\u00e9s \u00e0 la\u00a0question kurde en Turquie, telle qu\u2019interpr\u00e9t\u00e9e par l\u2019int\u00e9ress\u00e9. Il est vrai que dans son discours le requ\u00e9rant a parl\u00e9 du \u00ab\u00a0coup de 1984\u00a0\u00bb et de la \u00ab\u00a0r\u00e9sistance \u00e0 \u015eemdinli [et] \u00e0 Eruh\u00a0\u00bb comme d\u2019actes ayant cr\u00e9\u00e9 la r\u00e9alit\u00e9 du peuple kurde. En fait, comme le sugg\u00e8re le procureur de la R\u00e9publique (paragraphe 79 ci-dessus), il n\u2019est pas d\u00e9raisonnable de dire que le requ\u00e9rant a qualifi\u00e9 les premi\u00e8res attaques terroristes du PKK de \u00ab\u00a0coup de 1984\u00a0\u00bb et de \u00ab\u00a0r\u00e9sistance \u00e0 \u015eemdinli [et] \u00e0 Eruh\u00a0\u00bb. La Cour estime cependant qu\u2019il faut \u00e9galement replacer ce discours dans le contexte g\u00e9n\u00e9ral du \u00ab\u00a0processus de r\u00e9solution\u00a0\u00bb, pendant lequel la soci\u00e9t\u00e9 turque a d\u00e9battu de mani\u00e8re ouverte de l\u2019origine de la question kurde. Pour la Cour, les propos litigieux rel\u00e8vent d\u2019une \u00e9valuation faite par l\u2019int\u00e9ress\u00e9 des affrontements arm\u00e9s survenus en Turquie plut\u00f4t que d\u2019une incitation \u00e0 la violence et de l\u2019apologie du terrorisme. Dans l\u2019ensemble, ils ne sauraient passer pour susceptibles d\u2019inciter \u00e0 la poursuite de la violence ou d\u2019aggraver la situation en mati\u00e8re de s\u00e9curit\u00e9 dans telle ou telle r\u00e9gion de Turquie.<\/p>\n<p>335. Le procureur de la R\u00e9publique de Diyarbak\u0131r a accus\u00e9 le requ\u00e9rant d\u2019\u00eatre le responsable de la branche politique de l\u2019organisation ill\u00e9gale KCK. \u00c0 cet \u00e9gard, il a d\u2019abord pr\u00e9sent\u00e9 deux documents d\u00e9couverts dans un disque dur saisi lors de la perquisition effectu\u00e9e au domicile d\u2019une tierce personne, lesquels d\u00e9montraient selon lui que le requ\u00e9rant avait transmis une lettre d\u2019un d\u00e9nomm\u00e9 \u0130.E. \u00e0 sa famille, sur instruction du PKK. Or le requ\u00e9rant plaide que la cour d\u2019assises a \u00e9tabli qu\u2019il s\u2019agissait d\u2019un \u00e9l\u00e9ment de preuve fictif. La Cour observe que le Gouvernement n\u2019a pu fournir aucun \u00e9l\u00e9ment de preuve propre \u00e0 r\u00e9futer l\u2019argument pr\u00e9sent\u00e9 par le requ\u00e9rant \u00e0 ce sujet. Compte tenu des doutes relatifs \u00e0 leur authenticit\u00e9, la Cour estime que les documents en question ne sauraient fournir la base qui permettrait \u00e0 un observateur objectif de conclure que des soup\u00e7ons raisonnables \u00e9tayaient les accusations port\u00e9es contre le requ\u00e9rant.<\/p>\n<p>336. En outre, \u00e0 l\u2019appui de ses accusations, le procureur de la R\u00e9publique de Diyarbak\u0131r a pr\u00e9sent\u00e9 des comptes rendus d\u2019\u00e9coutes de conversations t\u00e9l\u00e9phoniques entre S.O. et K.Y., et entre K.Y. et le requ\u00e9rant (paragraphe 79 ci-dessus). Selon lui, il ressortait de ces comptes rendus que S.O. avait donn\u00e9 des instructions au requ\u00e9rant afin qu\u2019il participe \u00e0 certaines r\u00e9unions \u00e0 l\u2019\u00e9tranger, notamment au Conseil de l\u2019Europe. Le requ\u00e9rant conteste l\u2019authenticit\u00e9 des comptes rendus en question. Il note \u00e0 cet \u00e9gard que toutes ses demandes de v\u00e9rification de leur authenticit\u00e9 ont \u00e9t\u00e9 rejet\u00e9es par la cour d\u2019assises. En ce qui concerne les \u00e9coutes t\u00e9l\u00e9phoniques, la Cour est consciente de l\u2019importance de tels \u00e9l\u00e9ments de preuve dans la lutte contre la criminalit\u00e9 organis\u00e9e. N\u00e9anmoins, lorsqu\u2019un accus\u00e9 met en cause leur authenticit\u00e9, les autorit\u00e9s judiciaires ont l\u2019obligation de d\u00e9montrer leur cr\u00e9dibilit\u00e9 (voir mutatis mutandis, G\u00e4fgen, pr\u00e9cit\u00e9, \u00a7 164 et Allan c.\u00a0Royaume-Uni, no 48539\/99, \u00a7 43, CEDH 2002\u2011IX). Cela est d\u2019autant plus vrai quand il s\u2019agit de prolonger la d\u00e9tention provisoire d\u2019une personne sur le fondement de tels \u00e9l\u00e9ments de preuve. Or, en l\u2019occurrence, les juridictions nationales ne semblent pas avoir cherch\u00e9 \u00e0 v\u00e9rifier l\u2019authenticit\u00e9 des comptes rendus pr\u00e9sent\u00e9s par le parquet. \u00c0 supposer m\u00eame qu\u2019il s\u2019agisse de comptes rendus dignes de foi, la Cour estime que les \u00e9l\u00e9ments du dossier ne permettent pas d\u2019\u00e9tablir si le requ\u00e9rant a effectivement ob\u00e9i aux \u00ab\u00a0instructions\u00a0\u00bb en question. De plus, elle ne voit pas comment la participation \u00e0 un programme organis\u00e9 au sein du Conseil de l\u2019Europe en 2008 pourrait constituer un fait justifiant les soup\u00e7ons en question et la mise en d\u00e9tention provisoire de l\u2019int\u00e9ress\u00e9 plusieurs ann\u00e9es apr\u00e8s.<\/p>\n<p>337. La Cour a d\u00e9j\u00e0 constat\u00e9 sous l\u2019angle de l\u2019article 10 de la Convention que la pr\u00e9sente affaire confirmait la tendance des juridictions nationales \u00e0 d\u00e9terminer l\u2019appartenance d\u2019une personne \u00e0 une organisation arm\u00e9e au regard d\u2019\u00e9l\u00e9ments de preuve tr\u00e8s minces (voir le paragraphe\u00a0280 ci-dessus). Elle a conclu \u00e0 cet \u00e9gard que l\u2019\u00e9ventail des actes susceptibles de justifier la d\u00e9tention provisoire du requ\u00e9rant sur le fondement de l\u2019article\u00a0314 du CP \u00e9tait si large que la teneur de cette disposition, combin\u00e9e avec l\u2019interpr\u00e9tation qu\u2019en avaient donn\u00e9e les juridictions nationales, n\u2019offrait pas une protection ad\u00e9quate contre les ing\u00e9rences arbitraires des autorit\u00e9s nationales. En cons\u00e9quence, elle a estim\u00e9 que les infractions li\u00e9es au terrorisme qui \u00e9taient en cause, telles qu\u2019interpr\u00e9t\u00e9es et appliqu\u00e9es en l\u2019esp\u00e8ce, n\u2019\u00e9taient pas \u00ab\u00a0pr\u00e9visibles\u00a0\u00bb. Aux yeux de la Cour, cette consid\u00e9ration est \u00e9galement valable concernant l\u2019incrimination des discours prononc\u00e9s par le requ\u00e9rant. Selon elle, les propos tenus par le copr\u00e9sident du deuxi\u00e8me parti politique d\u2019opposition ne peuvent pas \u00eatre consid\u00e9r\u00e9s comme suffisants pour justifier la plausibilit\u00e9 des soup\u00e7ons cens\u00e9s avoir servi de fondement \u00e0 la d\u00e9tention provisoire de l\u2019int\u00e9ress\u00e9.<\/p>\n<p>338. Pour les raisons expos\u00e9es ci-dessus, la Cour estime qu\u2019aucune des d\u00e9cisions relatives au placement et au maintien en d\u00e9tention provisoire du requ\u00e9rant ne contient d\u2019\u00e9l\u00e9ments de preuve susceptibles de marquer un lien clair entre les actes de l\u2019int\u00e9ress\u00e9 \u2013\u00a0\u00e0 savoir principalement ses discours \u00e0 caract\u00e8re politique et sa participation \u00e0 certaines r\u00e9unions l\u00e9gales\u00a0\u2013 et les infractions li\u00e9es au terrorisme pour lesquelles il avait \u00e9t\u00e9 d\u00e9tenu.<\/p>\n<p>339. En l\u2019occurrence, le Gouvernement n\u2019a pas d\u00e9montr\u00e9 que les \u00e9l\u00e9ments de preuve pr\u00e9tendument \u00e0 la disposition de la cour d\u2019assises d\u2019Ankara r\u00e9pondaient au crit\u00e8re de \u00ab\u00a0soup\u00e7ons plausibles\u00a0\u00bb requis par l\u2019article\u00a05 de la Convention, et pouvaient ainsi convaincre un observateur objectif que le requ\u00e9rant avait pu commettre les infractions li\u00e9es au terrorisme pour lesquelles il avait \u00e9t\u00e9 d\u00e9tenu. Non seulement les accusations port\u00e9es contre le requ\u00e9rant \u00e9taient essentiellement fond\u00e9es sur des faits qui ne pouvaient raisonnablement pas \u00eatre consid\u00e9r\u00e9s comme un comportement criminel en vertu du droit interne, mais de plus elles concernaient principalement l\u2019exercice par celui-ci des droits garantis par la Convention (Kavala, pr\u00e9cit\u00e9, \u00a7\u00a0157).<\/p>\n<p>340. Partant, la Cour conclut qu\u2019il y a eu en l\u2019esp\u00e8ce violation de l\u2019article\u00a05\u00a0\u00a71de la Convention \u00e0 raison de l\u2019absence de raisons plausibles de soup\u00e7onner le requ\u00e9rant d\u2019avoir commis une infraction.<\/p>\n<p>C. Sur le grief tir\u00e9 de l\u2019article 5 \u00a7 3 de la Convention<\/p>\n<p>341. Se plaignant de la dur\u00e9e de sa d\u00e9tention provisoire, le requ\u00e9rant all\u00e8gue que les d\u00e9cisions judiciaires concernant son placement et son maintien en d\u00e9tention n\u2019\u00e9taient motiv\u00e9es que par un simple \u00e9nonc\u00e9 des motifs de d\u00e9tention provisoire pr\u00e9vus par la loi, et qu\u2019elles \u00e9taient libell\u00e9es en des termes abstraits, r\u00e9p\u00e9titifs et st\u00e9r\u00e9otyp\u00e9s. Il y voit une violation de l\u2019article\u00a05 \u00a7 3 de la Convention, lequel est ainsi libell\u00e9\u00a0:<\/p>\n<p>\u00ab\u00a03. Toute personne arr\u00eat\u00e9e ou d\u00e9tenue, dans les conditions pr\u00e9vues au paragraphe 1.c du pr\u00e9sent article, doit \u00eatre aussit\u00f4t traduite devant un juge ou un autre magistrat habilit\u00e9 par la loi \u00e0 exercer des fonctions judiciaires et a le droit d\u2019\u00eatre jug\u00e9e dans un d\u00e9lai raisonnable, ou lib\u00e9r\u00e9e pendant la proc\u00e9dure. La mise en libert\u00e9 peut \u00eatre subordonn\u00e9e \u00e0 une garantie assurant la comparution de l\u2019int\u00e9ress\u00e9 \u00e0 l\u2019audience.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p>342. Le Gouvernement conteste cette th\u00e8se.<\/p>\n<p><em>1. L\u2019arr\u00eat de la chambre<\/em><\/p>\n<p>343. Constatant qu\u2019il existait des \u00e9l\u00e9ments de preuve concrets permettant de soup\u00e7onner le requ\u00e9rant d\u2019avoir commis une infraction, la chambre a dit que les soup\u00e7ons pesant sur lui pouvaient expliquer son placement en d\u00e9tention provisoire. Elle a indiqu\u00e9 que l\u2019existence de tels \u00e9l\u00e9ments \u00e9tait une condition sine qua non de la r\u00e9gularit\u00e9 d\u2019une d\u00e9tention, mais qu\u2019elle ne suffisait pas \u00e0 la justifier. La chambre a donc recherch\u00e9 s\u2019il y avait en l\u2019esp\u00e8ce d\u2019autres motifs pertinents et suffisants pour l\u00e9gitimer la d\u00e9tention provisoire du requ\u00e9rant. Consid\u00e9rant les motifs pr\u00e9sent\u00e9s par les juridictions nationales, elle a estim\u00e9 que les autorit\u00e9s judiciaires avaient maintenu le requ\u00e9rant en d\u00e9tention provisoire pour des motifs qui ne sauraient \u00eatre estim\u00e9s \u00ab\u00a0suffisants\u00a0\u00bb pour justifier la dur\u00e9e de cette d\u00e9tention, et elle a conclu \u00e0 la violation de l\u2019article 5 \u00a7 3 de la Convention.<\/p>\n<p><em>2. Th\u00e8ses des parties<\/em><\/p>\n<p>a) Le requ\u00e9rant<\/p>\n<p>344. Le requ\u00e9rant consid\u00e8re que sa mise en d\u00e9tention provisoire \u00e9tait contraire \u00e0 l\u2019article 5 \u00a7 3 de la Convention. Il note que, selon la jurisprudence de la Cour, les juges nationaux sont tenus de justifier la d\u00e9tention provisoire par des motifs pertinents et suffisants d\u00e8s la d\u00e9cision initiale de mise en d\u00e9tention provisoire. Dans ce contexte, il ajoute que les juridictions nationales ont examin\u00e9 la question de sa d\u00e9tention plus de soixante fois et qu\u2019\u00e0 l\u2019issue de chaque examen, jusqu\u2019au 2septembre 2019, elles ont ordonn\u00e9 son maintien en d\u00e9tention. Or, selon lui, ces d\u00e9cisions n\u2019\u00e9taient motiv\u00e9es que par un simple \u00e9nonc\u00e9 des motifs de d\u00e9tention provisoire pr\u00e9vus par la loi, et elles \u00e9taient libell\u00e9es en des termes abstraits, r\u00e9p\u00e9titifs et st\u00e9r\u00e9otyp\u00e9s.<\/p>\n<p>345. En ce qui concerne l\u2019all\u00e9gation de risque de fuite, le requ\u00e9rant plaide que, entre le 11 novembre 2016 et le 24 janvier 2017, les juges de paix de Diyarbak\u0131r ont examin\u00e9 neuf fois la question de sa d\u00e9tention et qu\u2019ils n\u2019ont jamais \u00e9voqu\u00e9 un quelconque risque de fuite comme motif de maintien en d\u00e9tention. Il indique que ce motif a \u00e9t\u00e9 pr\u00e9sent\u00e9 pour la premi\u00e8re fois le 1er mars 2017, soit environ quatre mois apr\u00e8s son placement en d\u00e9tention provisoire, par la cour d\u2019assises de Diyarbak\u0131r et que pour celle-ci sa non-comparution devant les autorit\u00e9s d\u2019enqu\u00eate \u00e9tait de nature \u00e0 \u00e9tablir l\u2019existence d\u2019un risque de fuite. Or le requ\u00e9rant d\u00e9clare que son attitude \u00e9tait une r\u00e9ponse politique aux enqu\u00eates p\u00e9nales engag\u00e9es pour des motifs selon lui politiques. Il ajoute que les juridictions nationales n\u2019ont jamais pris en compte le fait qu\u2019il \u00e9tait parti \u00e0 l\u2019\u00e9tranger plusieurs fois et qu\u2019il \u00e9tait toujours revenu dans son pays, sans montrer une quelconque intention de s\u2019enfuir. \u00c0 ses yeux, sa non-comparution devant le parquet ne permettait pas, d\u00e8s lors, d\u2019\u00e9tablir l\u2019existence d\u2019un risque de fuite.<\/p>\n<p>346. Le requ\u00e9rant soutient en outre que le risque d\u2019alt\u00e9ration des preuves n\u2019a gu\u00e8re \u00e9t\u00e9 \u00e9tay\u00e9 dans la soixantaine de d\u00e9cisions relatives \u00e0 son placement et \u00e0 son maintien en d\u00e9tention provisoire. Il affirme en effet que les charges retenues contre lui reposaient pour une large part sur les discours qu\u2019il avait prononc\u00e9s en public en tant que leader politique. Il estime que, dans ce contexte, il n\u2019avait aucune possibilit\u00e9 d\u2019alt\u00e9rer les preuves.<\/p>\n<p>347. En outre, le requ\u00e9rant affirme qu\u2019aucune d\u00e9cision rendue par les juridictions nationales n\u2019explique en quoi l\u2019application de mesures alternatives \u00e0 la d\u00e9tention aurait \u00e9t\u00e9 insuffisante.<\/p>\n<p>b) Le Gouvernement<\/p>\n<p>348. Le Gouvernement d\u00e9clare que les juridictions nationales, \u00e0 savoir les juges de paix de Diyarbak\u0131r, les cours d\u2019assises de Diyarbak\u0131r et d\u2019Ankara et la Cour constitutionnelle, ont rempli leur obligation de fournir des motifs pertinents et suffisants propres \u00e0 justifier la d\u00e9tention provisoire du requ\u00e9rant. En particulier, elles auraient \u00e9tabli l\u2019existence d\u2019un risque que l\u2019int\u00e9ress\u00e9 pr\u00eet la fuite. \u00c0 cet \u00e9gard, le Gouvernement avance que plusieurs d\u00e9put\u00e9s du HDP dont l\u2019immunit\u00e9 avait \u00e9t\u00e9 lev\u00e9e et qui faisaient l\u2019objet d\u2019une enqu\u00eate p\u00e9nale ont fui \u00e0 l\u2019\u00e9tranger. Dans ce contexte, tenant compte \u00e9galement de la peine d\u2019emprisonnement encourue, d\u2019une dur\u00e9e de quarante-trois \u00e0 cent quarante-deux ans, il estime qu\u2019il n\u2019\u00e9tait pas d\u00e9raisonnable que les juridictions nationales concluent \u00e0 un risque de fuite. Ainsi, il rappelle que le requ\u00e9rant a refus\u00e9 de se pr\u00e9senter devant les autorit\u00e9s d\u2019enqu\u00eate malgr\u00e9 les convocations d\u00e9livr\u00e9es par les procureurs de la R\u00e9publique comp\u00e9tents. De plus, il soutient que d\u00e8s le d\u00e9but de l\u2019enqu\u00eate p\u00e9nale le requ\u00e9rant a tent\u00e9 de faire obstruction \u00e0 la proc\u00e9dure, notamment en refusant de faire sa d\u00e9position. L\u2019int\u00e9ress\u00e9 aurait en effet essay\u00e9 de ralentir la proc\u00e9dure p\u00e9nale. En outre, en ordonnant le maintien en d\u00e9tention provisoire du requ\u00e9rant, les juridictions nationales auraient \u00e9galement tenu compte de la gravit\u00e9 et de la lourdeur des infractions qui lui \u00e9taient reproch\u00e9es.<\/p>\n<p>349. Le Gouvernement fait valoir que la d\u00e9tention provisoire du requ\u00e9rant a d\u00e9but\u00e9 le 4 novembre 2016 et qu\u2019elle s\u2019est termin\u00e9e soit le 4\u00a0septembre 2018 par sa condamnation en premi\u00e8re instance, soit le 7\u00a0d\u00e9cembre 2018, lorsque l\u2019int\u00e9ress\u00e9 a commenc\u00e9 \u00e0 purger sa peine de quatre ans et huit mois d\u2019emprisonnement. Le Gouvernement estime que la l\u00e9gitimit\u00e9 du maintien en d\u00e9tention d\u2019un pr\u00e9venu doit s\u2019appr\u00e9cier au cas par cas, en fonction des particularit\u00e9s de la cause. En l\u2019occurrence, il soutient que les autorit\u00e9s judiciaires ont fait preuve d\u2019une diligence particuli\u00e8re dans la conduite de la proc\u00e9dure et qu\u2019il n\u2019y a eu ni inactivit\u00e9 ni retard imputables \u00e0 celles-ci. Il pr\u00e9cise que le procureur de la R\u00e9publique a d\u00e9pos\u00e9 l\u2019acte d\u2019accusation trois mois environ apr\u00e8s l\u2019arrestation du requ\u00e9rant et que la premi\u00e8re audience a eu lieu le 7\u00a0d\u00e9cembre 2017, soit treize mois apr\u00e8s la mise en d\u00e9tention provisoire de l\u2019int\u00e9ress\u00e9. Il ajoute que les retards survenus dans la proc\u00e9dure, qui ont entra\u00een\u00e9 la prolongation de la privation de libert\u00e9 du requ\u00e9rant, sont dus au d\u00e9paysement du proc\u00e8s pour des raisons de s\u00e9curit\u00e9, aux questions proc\u00e9durales li\u00e9es \u00e0 la jonction de plusieurs enqu\u00eates p\u00e9nales, aux demandes de l\u2019int\u00e9ress\u00e9 relatives \u00e0 la prorogation du d\u00e9lai fix\u00e9 pour la pr\u00e9sentation de sa d\u00e9fense, \u00e0 ses demandes de r\u00e9cusation de juges et \u00e0 son refus de faire sa d\u00e9position. Eu \u00e9gard \u00e0 la complexit\u00e9 de l\u2019affaire, qui regroupe en un seul dossier trente et une enqu\u00eates p\u00e9nales distinctes visant le requ\u00e9rant, la dur\u00e9e de la d\u00e9tention provisoire litigieuse ne para\u00eet pas d\u00e9raisonnable au Gouvernement dans un grand proc\u00e8s p\u00e9nal li\u00e9 au terrorisme.<\/p>\n<p>3. Les tiers intervenants<\/p>\n<p>a) La Commissaire aux droits de l\u2019homme<\/p>\n<p>350. La Commissaire aux droits de l\u2019homme note que la raison initiale avanc\u00e9e par les autorit\u00e9s turques pour justifier la mise en d\u00e9tention provisoire des d\u00e9put\u00e9s du HDP \u00e9tait le refus de ces derniers de compara\u00eetre personnellement devant les autorit\u00e9s d\u2019enqu\u00eate. Elle indique que, m\u00eame apr\u00e8s avoir \u00e9t\u00e9 forc\u00e9s \u00e0 compara\u00eetre devant le parquet, un certain nombre de d\u00e9put\u00e9s, dont le requ\u00e9rant, ont \u00e9t\u00e9 mis en d\u00e9tention. D\u2019apr\u00e8s la Commissaire aux droits de l\u2019homme, les motifs invoqu\u00e9s par les juridictions nationales pour justifier la d\u00e9tention provisoire des d\u00e9put\u00e9s ne sauraient passer pour \u00ab\u00a0pertinents\u00a0\u00bb et \u00ab\u00a0suffisants\u00a0\u00bb.<\/p>\n<p>b) L\u2019UIP<\/p>\n<p>351. L\u2019UIP indique que, selon la jurisprudence de la Cour et celle de la Cour constitutionnelle, l\u2019existence de raisons plausibles de soup\u00e7onner une personne d\u2019avoir commis une infraction ne suffit pas \u00e0 justifier sa mise en d\u00e9tention provisoire. Elle soutient qu\u2019une telle mesure devrait \u00e9galement \u00eatre justifi\u00e9e par des motifs tels qu\u2019un risque de fuite, d\u2019alt\u00e9ration des preuves, de pressions au cours de la proc\u00e9dure judiciaire et de commission d\u2019une nouvelle infraction. Dans le cas de d\u00e9put\u00e9s, elle note que les juridictions nationales doivent d\u2019abord recourir aux mesures alternatives \u00e0 la d\u00e9tention pour assurer la participation des int\u00e9ress\u00e9s \u00e0 la proc\u00e9dure p\u00e9nale.<\/p>\n<p><em>4. Appr\u00e9ciation de la Grande Chambre<\/em><\/p>\n<p>a) Recevabilit\u00e9<\/p>\n<p>352. Constatant que ce grief n\u2019est pas manifestement mal fond\u00e9 au sens de l\u2019article 35 \u00a7 3 a) de la Convention et qu\u2019il ne se heurte \u00e0 aucun autre motif d\u2019irrecevabilit\u00e9, la Cour le d\u00e9clare recevable.<\/p>\n<p>b) Sur le fond<\/p>\n<p>353. La Cour renvoie aux principes g\u00e9n\u00e9raux d\u00e9coulant de sa jurisprudence relative \u00e0 l\u2019article 5 \u00a7 3 de la Convention concernant la justification d\u2019une d\u00e9tention tels qu\u2019ils sont d\u00e9crits notamment dans les arr\u00eats Buzadji (pr\u00e9cit\u00e9, \u00a7\u00a7 87-91) et Merabishvili c. G\u00e9orgie ([GC], no\u00a072508\/13, \u00a7\u00a7222-225, 28novembre 2017).<\/p>\n<p>354. En l\u2019occurrence, la Cour a d\u00e9j\u00e0 constat\u00e9 qu\u2019aucun fait ni aucune information sp\u00e9cifiques de nature \u00e0 faire na\u00eetre des soup\u00e7ons justifiant la d\u00e9tention provisoire du requ\u00e9rant n\u2019avaient \u00e9t\u00e9 expos\u00e9s par les juridictions nationales, \u00e0 aucun moment de la privation de libert\u00e9 de l\u2019int\u00e9ress\u00e9 (paragraphes\u00a0338 et 339 ci-dessus) et qu\u2019il n\u2019y avait donc pas de raisons plausibles de le soup\u00e7onner d\u2019avoir commis une infraction.<\/p>\n<p>355. La Cour rappelle que la persistance de raisons plausibles de soup\u00e7onner la personne d\u00e9tenue d\u2019avoir commis une infraction est une condition sine qua non de la r\u00e9gularit\u00e9 du maintien en d\u00e9tention (Merabishvili, pr\u00e9cit\u00e9, \u00a7\u00a0222, avec les r\u00e9f\u00e9rences qui y sont cit\u00e9es). En l\u2019absence de telles raisons, la Cour estime qu\u2019il y a \u00e9galement eu violation de l\u2019article 5 \u00a7 3 de la Convention.<\/p>\n<p>356. Dans ces circonstances, il n\u2019est pas n\u00e9cessaire de rechercher si les autorit\u00e9s nationales comp\u00e9tentes ont avanc\u00e9 des motifs pertinents et suffisants pour l\u00e9gitimer la d\u00e9tention provisoire subie par l\u2019int\u00e9ress\u00e9 ou bien si elles ont apport\u00e9 une \u00ab\u00a0diligence particuli\u00e8re\u00a0\u00bb \u00e0 la poursuite de la proc\u00e9dure.<\/p>\n<p>V. SUR LA VIOLATION ALL\u00c9GU\u00c9E DE L\u2019ARTICLE 5 \u00a7 4 DE LA CONVENTION<\/p>\n<p>357. Le requ\u00e9rant soutient que la proc\u00e9dure men\u00e9e devant la Cour constitutionnelle, par laquelle il a cherch\u00e9 \u00e0 contester la l\u00e9galit\u00e9 de sa d\u00e9tention provisoire, n\u2019a pas \u00e9t\u00e9 conforme aux exigences de la Convention et il expose \u00e0 ce sujet que la haute juridiction n\u2019a pas respect\u00e9 l\u2019exigence de \u00ab\u00a0bref d\u00e9lai\u00a0\u00bb. Il all\u00e8gue \u00e0 cet \u00e9gard une violation de l\u2019article 5 \u00a7 4 de la Convention, qui se lit comme suit\u00a0:<\/p>\n<p>\u00ab\u00a04. Toute personne priv\u00e9e de sa libert\u00e9 par arrestation ou d\u00e9tention a le droit d\u2019introduire un recours devant un tribunal, afin qu\u2019il statue \u00e0 bref d\u00e9lai sur la l\u00e9galit\u00e9 de sa d\u00e9tention et ordonne sa lib\u00e9ration si la d\u00e9tention est ill\u00e9gale.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p>358. Le Gouvernement conteste la th\u00e8se du requ\u00e9rant.<\/p>\n<p><strong>A. L\u2019arr\u00eat de la chambre<\/strong><\/p>\n<p>359. Apr\u00e8s avoir observ\u00e9 que la dur\u00e9e \u00e0 prendre en consid\u00e9ration \u00e9tait de treize mois et quatre jours, la chambre a conclu que, bien que ce d\u00e9lai ne puisse pas \u00eatre consid\u00e9r\u00e9 comme \u00ab\u00a0bref\u00a0\u00bb dans une situation ordinaire, dans les circonstances sp\u00e9cifiques de l\u2019affaire il n\u2019y avait pas eu violation de l\u2019article\u00a05 \u00a7 4 de la Convention. Pour arriver \u00e0 cette conclusion, elle a soulign\u00e9 que le recours introduit par le requ\u00e9rant devant la Cour constitutionnelle \u00e9tait complexe d\u00e8s lors qu\u2019il s\u2019agissait de l\u2019une des premi\u00e8res affaires types qui soulevaient des questions compliqu\u00e9es concernant la mise en d\u00e9tention provisoire d\u2019un d\u00e9put\u00e9 apr\u00e8s la lev\u00e9e de son immunit\u00e9 parlementaire. En outre, la chambre a tenu compte de la charge de travail exceptionnelle de la Cour constitutionnelle apr\u00e8s la d\u00e9claration de l\u2019\u00e9tat d\u2019urgence en juillet 2016 (Mehmet Hasan Altan,pr\u00e9cit\u00e9, \u00a7 165, et \u015eahin Alpay, pr\u00e9cit\u00e9, \u00a7\u00a0137).<\/p>\n<p><strong>B. Th\u00e8ses des parties<\/strong><\/p>\n<p><em>1. Le requ\u00e9rant<\/em><\/p>\n<p>360. Le requ\u00e9rant soutient que la proc\u00e9dure devant la Cour constitutionnelle, qui a dur\u00e9 treize mois et quatre jours, constitue une violation du droit \u00e0 obtenir promptement une d\u00e9cision sur la l\u00e9galit\u00e9 de la d\u00e9tention, au sens de l\u2019article 5 \u00a7 4 de la Convention. Il indique d\u2019embl\u00e9e que, si le nombre d\u2019affaires pendantes devant la Cour constitutionnelle semble \u00e9lev\u00e9 au premier abord, la haute juridiction a transmis 72\u00a0134 de ces recours \u00e0 la commission d\u2019examen des actes pris dans le cadre de l\u2019\u00e9tat d\u2019urgence, sans se pencher sur leur bien-fond\u00e9. Il pr\u00e9cise donc que le 17\u00a0novembre 2016, lorsqu\u2019il a introduit son recours, il n\u2019y en avait que 64\u00a0630 devant la Cour constitutionnelle. Selon lui, ce nombre ne peut pas \u00eatre consid\u00e9r\u00e9 comme exceptionnel.<\/p>\n<p>361. Ensuite, le requ\u00e9rant avance que dans le pass\u00e9, en 2013 et 2014, la Cour constitutionnelle avait trait\u00e9 dans un d\u00e9lai plus court les affaires concernant la d\u00e9tention de parlementaires.<\/p>\n<p>362. Enfin, le requ\u00e9rant note que la Cour constitutionnelle applique une politique de priorit\u00e9 aux affaires urgentes et que la sienne figure parmi les recours prioritaires, mais que n\u00e9anmoins elle n\u2019a pas proc\u00e9d\u00e9 dans son cas \u00e0 un contr\u00f4le juridictionnel rapide.<\/p>\n<p><em>2. Le Gouvernement<\/em><\/p>\n<p>363. Le Gouvernement se r\u00e9f\u00e8re \u00e0 la jurisprudence de la Cour, qui dit selon lui que lorsque l\u2019ordonnance initiale de placement en d\u00e9tention a \u00e9t\u00e9 rendue \u00e0 l\u2019issue d\u2019une proc\u00e9dure offrant des garanties judiciaires appropri\u00e9es, et lorsque l\u2019ordre juridique interne comporte un double degr\u00e9 de juridiction, la Cour tol\u00e8re que le contr\u00f4le devant une juridiction de deuxi\u00e8me instance et devant une juridiction constitutionnelle prenne plus de temps.<\/p>\n<p>364. En l\u2019occurrence, le Gouvernement note que pendant les treize mois et quatre jours qu\u2019a dur\u00e9 la proc\u00e9dure devant la Cour constitutionnelle, la question de la d\u00e9tention provisoire du requ\u00e9rant a \u00e9t\u00e9 examin\u00e9e vingt\u2011trois\u00a0fois par les juridictions nationales. Ainsi, se fondant sur les statistiques relatives \u00e0 la charge de travail de la Cour constitutionnelle, le Gouvernement indique que depuis la tentative de coup d\u2019\u00c9tat du 15\u00a0juillet 2016 il y a eu une augmentation massive du nombre de recours form\u00e9s devant la haute juridiction. Il d\u00e9clare \u00e9galement que 24\u00a0000 de ces recours, dont celui du requ\u00e9rant, \u00e9taient prioritaires. Il ajoute que le recours introduit par le requ\u00e9rant posait des questions juridiques complexes. Il consid\u00e8re donc qu\u2019il n\u2019est pas possible de conclure \u00e0 la violation de l\u2019article 5 \u00a7 4 de la Convention, m\u00eame si le d\u00e9lai de treize mois et quatre jours ne semble pas bref.<\/p>\n<p><strong>C. La Commissaire aux droits de l\u2019homme<\/strong><\/p>\n<p>365. La Commissaire aux droits de l\u2019homme estime que la dur\u00e9e de la proc\u00e9dure devant la Cour constitutionnelle en ce qui concerne les recours introduits par les d\u00e9put\u00e9s plac\u00e9s en d\u00e9tention est d\u00e9raisonnablement longue.<\/p>\n<p><strong>D. Appr\u00e9ciation de la Grande Chambre<\/strong><\/p>\n<p><em>1. Sur la recevabilit\u00e9<\/em><\/p>\n<p>366. Les arr\u00eats Mehmet Hasan Altan (pr\u00e9cit\u00e9, \u00a7 159) et \u015eahin Alpay (pr\u00e9cit\u00e9, \u00a7 131) ont \u00e9tabli que l\u2019article 5 \u00a7 4 de la Convention est applicable aux proc\u00e9dures men\u00e9es devant la Cour constitutionnelle turque.<\/p>\n<p>367. Constatant en outre que ce grief n\u2019est pas manifestement mal fond\u00e9 au sens de l\u2019article 35 \u00a7 3 a) de la Convention et qu\u2019il ne se heurte \u00e0 aucun autre motif d\u2019irrecevabilit\u00e9, la Cour le d\u00e9clare recevable.<\/p>\n<p><em>2. Sur le fond<\/em><\/p>\n<p>368. La Cour rappelle d\u2019embl\u00e9e les principes pertinents d\u00e9coulant de sa jurisprudence relative \u00e0 l\u2019exigence de \u00ab\u00a0bref d\u00e9lai\u00a0\u00bb au sens de l\u2019article 5 \u00a7\u00a04 de la Convention, lesquels sont r\u00e9sum\u00e9s notamment dans les arr\u00eats Ilnseher c.\u00a0Allemagne ([GC], nos10211\/12 et 27505\/14, \u00a7\u00a7 251-256, 4 d\u00e9cembre 2018) et Kavala (pr\u00e9cit\u00e9, \u00a7\u00a7 176-184). Elle se r\u00e9f\u00e8re \u00e9galement aux conclusions qu\u2019elle a formul\u00e9es dans les affaires Mehmet Hasan Altan (pr\u00e9cit\u00e9e, \u00a7\u00a7 161-167) et \u015eahin Alpay(pr\u00e9cit\u00e9e, \u00a7\u00a7\u00a0133-139), concernant la dur\u00e9e de la proc\u00e9dure devant la Cour constitutionnelle turque apr\u00e8s la tentative de coup d\u2019\u00c9tat du 15 juillet 2016.<\/p>\n<p>369. La Cour rappelle les constatations suivantes de l\u2019arr\u00eat de la chambre\u00a0:<\/p>\n<p>\u00ab\u00a0214. [La Cour] rappelle aussi que, dans [les affaires Mehmet Hasan Altan et \u015eahin Alpay], elle avait not\u00e9 que, dans le syst\u00e8me juridique turc, les personnes mises en d\u00e9tention provisoire avaient la possibilit\u00e9 de demander leur remise en libert\u00e9 \u00e0 tout moment de la proc\u00e9dure et que, en cas de rejet de leur demande, elles pouvaient former une opposition. Elle avait de plus relev\u00e9 que la question du maintien en d\u00e9tention des d\u00e9tenus \u00e9tait examin\u00e9e d\u2019office \u00e0 intervalles r\u00e9guliers qui ne pouvaient exc\u00e9der trente jours (&#8230;) Par cons\u00e9quent, elle avait estim\u00e9 qu\u2019elle pouvait tol\u00e9rer que le contr\u00f4le devant la Cour constitutionnelle prenne plus de temps. Cependant, dans l\u2019affaire Mehmet Hasan Altan (&#8230;), la p\u00e9riode \u00e0 prendre en consid\u00e9ration devant la Cour constitutionnelle avait dur\u00e9 quatorze mois et trois jours et, dans l\u2019affaire \u015eahin Alpay (&#8230;), seize mois et trois jours. La Cour, tenant compte de la complexit\u00e9 des requ\u00eates et de la charge de travail de la Cour constitutionnelle apr\u00e8s la d\u00e9claration de l\u2019\u00e9tat d\u2019urgence, avait estim\u00e9 qu\u2019il s\u2019agissait d\u2019une situation exceptionnelle. Par cons\u00e9quent, bien que les d\u00e9lais de quatorze mois et trois\u00a0jours et de seize mois et trois jours pass\u00e9s devant la Cour constitutionnelle ne puissent pas \u00eatre consid\u00e9r\u00e9s comme \u00ab\u00a0brefs\u00a0\u00bb dans une situation ordinaire, dans les circonstances sp\u00e9cifiques de ces affaires, la Cour avait jug\u00e9 qu\u2019il n\u2019y avait pas eu violation de l\u2019article 5 \u00a7 4 de la Convention.<\/p>\n<p>215. La Cour estime que ces conclusions valent aussi dans le cadre de la pr\u00e9sente requ\u00eate. La Cour souligne \u00e0 cet \u00e9gard que la requ\u00eate introduite par le requ\u00e9rant devant la Cour constitutionnelle \u00e9tait complexe \u00e9tant donn\u00e9 qu\u2019elle \u00e9tait une des premi\u00e8res affaires types qui soulevaient des questions compliqu\u00e9es concernant la mise en d\u00e9tention provisoire d\u2019un d\u00e9put\u00e9 \u00e0 la suite de la lev\u00e9e de son immunit\u00e9 parlementaire. De plus, la Cour estime qu\u2019il est \u00e9galement n\u00e9cessaire de tenir compte de la charge de travail exceptionnelle de la Cour constitutionnelle apr\u00e8s la d\u00e9claration de l\u2019\u00e9tat d\u2019urgence en juillet 2016 (&#8230;) En l\u2019esp\u00e8ce, elle observe que le requ\u00e9rant a saisi la Cour constitutionnelle d\u2019un recours individuel le 17 novembre 2016 et que cette juridiction a rendu son arr\u00eat final le 21 d\u00e9cembre 2017. Elle note que la p\u00e9riode \u00e0 prendre en consid\u00e9ration a donc dur\u00e9 treize mois et quatre jours.<\/p>\n<p>216. \u00c0 la lumi\u00e8re de ce qui pr\u00e9c\u00e8de, bien que le d\u00e9lai de treize mois et quatre jours pass\u00e9 devant la Cour constitutionnelle ne puisse pas \u00eatre consid\u00e9r\u00e9 comme \u00ab\u00a0bref\u00a0\u00bb dans une situation ordinaire, dans les circonstances sp\u00e9cifiques de l\u2019affaire, la Cour consid\u00e8re qu\u2019il n\u2019y a pas eu violation de l\u2019article 5 \u00a7 4 de la Convention.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p>370. La Grande Chambre souscrit au raisonnement et \u00e0 la conclusion de la chambre. Elle conclut donc \u00e0 la non-violation de l\u2019article 5 \u00a7 4 de la Convention.<\/p>\n<p>VI. SUR LA VIOLATION ALL\u00c9GU\u00c9E DE L\u2019ARTICLE 3 DU PROTOCOLE No 1 \u00c0 LA CONVENTION<\/p>\n<p>371. Le requ\u00e9rant se plaint de ce que sa d\u00e9tention provisoire constitue une violation de l\u2019article 3 du Protocole no 1 \u00e0 la Convention, ainsi libell\u00e9\u00a0:<\/p>\n<p>\u00ab\u00a0Les Hautes Parties contractantes s\u2019engagent \u00e0 organiser, \u00e0 des intervalles raisonnables, des \u00e9lections libres au scrutin secret, dans les conditions qui assurent la libre expression de l\u2019opinion du peuple sur le choix du corps l\u00e9gislatif.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p>372. Le Gouvernement conteste cette th\u00e8se.<\/p>\n<p><strong>A. L\u2019arr\u00eat de la chambre<\/strong><\/p>\n<p>373. La chambre a constat\u00e9 que le requ\u00e9rant n\u2019avait pas pu participer aux travaux de l\u2019Assembl\u00e9e parlementaire pendant un an, sept mois et vingt jours de son mandat. Apr\u00e8s avoir rappel\u00e9 qu\u2019elle avait conclu, sur le terrain de l\u2019article 5 \u00a7 3 de la Convention, que les juridictions internes n\u2019avaient pas suffisamment motiv\u00e9 le maintien en d\u00e9tention provisoire de l\u2019int\u00e9ress\u00e9, elle a estim\u00e9 qu\u2019elles n\u2019avaient pas non plus suffisamment tenu compte du fait qu\u2019il \u00e9tait non seulement un d\u00e9put\u00e9 mais aussi l\u2019un des chefs d\u2019un parti politique de l\u2019opposition dont l\u2019exercice des fonctions parlementaires appelait un niveau \u00e9lev\u00e9 de protection. En cons\u00e9quence, elle a conclu \u00e0 la violation de l\u2019article 3 du Protocole no 1 \u00e0 la Convention.<\/p>\n<p><strong>B. Th\u00e8ses des parties<\/strong><\/p>\n<p><em>1. Le requ\u00e9rant<\/em><\/p>\n<p>374. Le requ\u00e9rant all\u00e8gue que sa d\u00e9tention provisoire, laquelle poursuit selon lui un but politique, constitue une violation de l\u2019article 3 du Protocole\u00a0no\u00a01 \u00e0 la Convention. Il estime que ce qui est prot\u00e9g\u00e9 par le droit \u00e0 des \u00e9lections libres, ce n\u2019est pas seulement le droit d\u2019\u00eatre \u00e9lu d\u00e9put\u00e9, et que cette disposition couvre \u00e9galement le droit d\u2019exercer des activit\u00e9s politiques en tant que d\u00e9put\u00e9. Il d\u00e9clare \u00e0 cet \u00e9gard que le droit de se porter candidat \u00e0 des \u00e9lections parlementaires serait illusoire si l\u2019on pouvait en \u00eatre priv\u00e9 arbitrairement \u00e0 tout moment. Il affirme en particulier qu\u2019\u00e0 partir du 4\u00a0novembre 2016, date de sa mise en d\u00e9tention provisoire, il n\u2019a pas eu la possibilit\u00e9 de participer aux activit\u00e9s de l\u2019Assembl\u00e9e nationale en raison de sa privation de libert\u00e9.<\/p>\n<p><em>2. Le Gouvernement<\/em><\/p>\n<p>375. \u00c0 titre principal, le Gouvernement soutient que le requ\u00e9rant ne peut se pr\u00e9tendre victime d\u2019une violation de l\u2019article 3 du Protocole no 1. Il d\u00e9clare que cette disposition garantit le droit pour tout individu de se porter candidat aux \u00e9lections et, une fois \u00e9lu, d\u2019exercer son mandat. \u00c0 cet \u00e9gard, il indique que, tout au long de son mandat parlementaire, le requ\u00e9rant a pu conserver son statut de d\u00e9put\u00e9, qu\u2019il a ainsi touch\u00e9 son salaire et b\u00e9n\u00e9fici\u00e9 des droits reconnus aux parlementaires, lesquels selon lui ne requi\u00e8rent pas une pr\u00e9sence physique \u00e0 l\u2019Assembl\u00e9e nationale. Dans ce contexte, le Gouvernement a avanc\u00e9 par exemple que l\u2019int\u00e9ress\u00e9 pouvait d\u00e9poser des questions \u00e9crites \u00e0 l\u2019attention du Conseil des ministres, comme il l\u2019aurait fait notamment le 17 avril 2018. Il estime que le requ\u00e9rant a ainsi pu continuer \u00e0 exercer une importante fonction de contr\u00f4le vis-\u00e0-vis du pouvoir ex\u00e9cutif. Selon le Gouvernement, le fait que l\u2019exercice des droits de l\u2019int\u00e9ress\u00e9 en tant que d\u00e9put\u00e9 soit rendu plus difficile, voire impossible, devrait \u00eatre consid\u00e9r\u00e9 comme une cons\u00e9quence involontaire de sa d\u00e9tention provisoire et non comme une ing\u00e9rence dans l\u2019exercice de son droit de si\u00e9ger en tant que d\u00e9put\u00e9.<\/p>\n<p>376. S\u2019agissant du bien-fond\u00e9 de ce grief, le Gouvernement d\u00e9clare que, dans l\u2019hypoth\u00e8se o\u00f9 la Cour estimerait qu\u2019il y a eu ing\u00e9rence dans l\u2019exercice par le requ\u00e9rant de ses droits d\u00e9coulant de l\u2019article 3 du Protocole no 1, il y aurait lieu de tenir celle-ci pour justifi\u00e9e. Il rappelle en effet que les droits d\u00e9coulant de l\u2019article 3 du Protocole no 1 \u00e0 la Convention ne sont pas absolus. En particulier, il soutient que cette disposition n\u2019exclut ni les poursuites p\u00e9nales ni le placement en d\u00e9tention provisoire d\u2019un d\u00e9put\u00e9. Il r\u00e9p\u00e8te \u00e9galement sa th\u00e8se selon laquelle le requ\u00e9rant n\u2019a pas \u00e9t\u00e9 mis en d\u00e9tention provisoire de mani\u00e8re arbitraire. Au contraire, d\u00e9clare-t-il, la question de sa d\u00e9tention provisoire a \u00e9t\u00e9 examin\u00e9e au total vingt-trois fois entre le 17 novembre 2016 et le 21 d\u00e9cembre 2017, lors de proc\u00e9dures ayant offert des garanties judiciaires appropri\u00e9es contre tout arbitraire. Il estime que cette d\u00e9tention provisoire avait une base l\u00e9gale et qu\u2019elle poursuivait le but l\u00e9gitime consistant \u00e0 emp\u00eacher le requ\u00e9rant de prendre la fuite. Ainsi, cette mesure aurait \u00e9t\u00e9 proportionn\u00e9e eu \u00e9gard \u00e0 la nature des infractions reproch\u00e9es. \u00c0 cet \u00e9gard, le Gouvernement note que les juridictions nationales, notamment la Cour constitutionnelle, ont jug\u00e9 n\u00e9cessaire la d\u00e9tention provisoire du requ\u00e9rant apr\u00e8s avoir mis en balance les int\u00e9r\u00eats de celui-ci prot\u00e9g\u00e9s par l\u2019article 3 du Protocole no 1 et ceux de la bonne administration de la justice. Il indique \u00e9galement que, \u00e0 l\u2019issue de leur examen de mise en balance, les juges nationaux ont estim\u00e9 que les mesures alternatives \u00e0 la d\u00e9tention semblaient insuffisantes.<\/p>\n<p><strong>C. Les tiers intervenants<\/strong><\/p>\n<p><em>1. La Commissaire aux droits de l\u2019homme<\/em><\/p>\n<p>377. La Commissaire aux droits de l\u2019homme souligne le r\u00f4le important que jouent les d\u00e9put\u00e9s dans les syst\u00e8mes d\u00e9mocratiques. Elle estime que la d\u00e9tention provisoire de d\u00e9put\u00e9s de l\u2019opposition a eu un impact fortement n\u00e9gatif sur le droit \u00e0 des \u00e9lections libres prot\u00e9g\u00e9 par l\u2019article 3 du Protocole\u00a0no\u00a01 \u00e0 la Convention.<\/p>\n<p><em>2. L\u2019UIP<\/em><\/p>\n<p>378. L\u2019UIP d\u00e9clare qu\u2019il a \u00e9t\u00e9 impossible au requ\u00e9rant, en raison de sa d\u00e9tention provisoire, de se consacrer utilement \u00e0 ses responsabilit\u00e9s parlementaires.<\/p>\n<p><em>3. Les ONG intervenantes<\/em><\/p>\n<p>379. Les ONG intervenantes soutiennent que la d\u00e9tention provisoire inflig\u00e9e \u00e0 des d\u00e9put\u00e9s de l\u2019opposition parce qu\u2019ils ont exprim\u00e9 des opinions critiques constitue une atteinte injustifi\u00e9e \u00e0 l\u2019article 3 du Protocoleno1 \u00e0 la Convention.<\/p>\n<p><strong>D. Appr\u00e9ciation de la Grande Chambre<\/strong><\/p>\n<p><em>1. Sur la recevabilit\u00e9<\/em><\/p>\n<p>380. Concernant l\u2019exception d\u2019irrecevabilit\u00e9 relative \u00e0 la qualit\u00e9 de victime pr\u00e9sent\u00e9e par le Gouvernement, la Cour estime qu\u2019elle soul\u00e8ve des questions qui sont \u00e9troitement li\u00e9es \u00e0 l\u2019examen du bien-fond\u00e9 du grief formul\u00e9 par le requ\u00e9rant. D\u00e8s lors, elle analysera ce point dans le cadre de son examen du fond du grief.<\/p>\n<p>381. Constatant par ailleurs que ce grief n\u2019est pas manifestement mal fond\u00e9 au sens de l\u2019article 35 \u00a7 3 a) de la Convention et qu\u2019il ne se heurte \u00e0 aucun autre motif d\u2019irrecevabilit\u00e9, la Cour le d\u00e9clare recevable.<\/p>\n<p><em>2. Sur le fond<\/em><\/p>\n<p>a) Principes g\u00e9n\u00e9raux<\/p>\n<p>382. La Cour rappelle que la d\u00e9mocratie repr\u00e9sente un \u00e9l\u00e9ment fondamental de \u00ab\u00a0l\u2019ordre public europ\u00e9en\u00a0\u00bb et que les droits garantis par l\u2019article 3 du Protocole no 1 \u00e0 la Convention sont cruciaux pour l\u2019\u00e9tablissement et le maintien des fondements d\u2019une v\u00e9ritable d\u00e9mocratie r\u00e9gie par la pr\u00e9\u00e9minence du droit (Kar\u00e1csony et autres, pr\u00e9cit\u00e9, \u00a7 141, et Mugemangango c. Belgique [GC], no 310\/15, \u00a7 67, 10 juillet 2020).<\/p>\n<p>383. Elle a d\u00e9j\u00e0 d\u00e9clar\u00e9, dans ses arr\u00eats Mathieu-Mohin et Clerfayt c.\u00a0Belgique (2mars 1987, \u00a7 47, s\u00e9rie A no 113) et Lingens c.\u00a0Autriche (8\u00a0juillet 1986, \u00a7\u00a7\u00a041 et\u00a042, s\u00e9rie A no 103), que des \u00e9lections libres et la libert\u00e9 d\u2019expression, notamment la libert\u00e9 du d\u00e9bat politique, constituent l\u2019assise de tout r\u00e9gime d\u00e9mocratique (voir aussi T\u0103nase, pr\u00e9cit\u00e9, \u00a7 154). La Convention \u00e9tablit ainsi un lien \u00e9troit entre le caract\u00e8re v\u00e9ritablement d\u00e9mocratique d\u2019un r\u00e9gime politique et le fonctionnement efficace du parlement. Il est donc incontestable que le fonctionnement efficace du parlement est une valeur essentielle \u00e0 une soci\u00e9t\u00e9 d\u00e9mocratique (Kar\u00e1csony et autres, pr\u00e9cit\u00e9, \u00a7\u00a0141).<\/p>\n<p>384. Dans le cadre d\u2019affaires relatives \u00e0 la libert\u00e9 d\u2019expression, la Cour a notamment d\u00e9clar\u00e9 ceci\u00a0:<\/p>\n<p>\u00ab\u00a0[p]r\u00e9cieuse pour chacun, la libert\u00e9 d\u2019expression l\u2019est tout particuli\u00e8rement pour un \u00e9lu du peuple\u00a0; il repr\u00e9sente ses \u00e9lecteurs, signale leurs pr\u00e9occupations et d\u00e9fend leurs int\u00e9r\u00eats. Partant, des ing\u00e9rences dans la libert\u00e9 d\u2019expression d\u2019un parlementaire de l\u2019opposition (&#8230;) commandent \u00e0 la Cour de se livrer \u00e0 un contr\u00f4le des plus stricts\u00a0\u00bb (Castells, pr\u00e9cit\u00e9, \u00a7\u00a042).<\/p>\n<p>Comme la Cour l\u2019a d\u00e9j\u00e0 dit (voir le paragraphe 243 ci-dessus), elle a par la suite confirm\u00e9 ces principes \u00e0 maintes reprises. Bien que la libert\u00e9 d\u2019expression des repr\u00e9sentants du peuple n\u2019ait pas un caract\u00e8re absolu, il est de la plus haute importance de prot\u00e9ger les propos tenus par ces personnes, en particulier s\u2019il s\u2019agit de membres de l\u2019opposition. \u00c0cet \u00e9gard, la Cour admet toutefois qu\u2019il puisse y avoir des limitations, notamment pour pr\u00e9venir des appels directs ou indirects \u00e0 la violence. Cela \u00e9tant, elle op\u00e9rera en tout \u00e9tat de cause un contr\u00f4le rigoureux afin de v\u00e9rifier que la libert\u00e9 d\u2019expression est pr\u00e9serv\u00e9e.<\/p>\n<p>385. L\u2019article 3 du Protocole no 1 \u00e0 la Convention diff\u00e8re des autres dispositions de la Convention et de ses Protocoles garantissant des droits en ce qu\u2019il \u00e9nonce l\u2019obligation pour les Hautes Parties contractantes d\u2019organiser des \u00e9lections dans des conditions qui assurent la libre expression de l\u2019opinion du peuple et non un droit ou une libert\u00e9 en particulier. Eu \u00e9gard aux travaux pr\u00e9paratoires de l\u2019article 3 du Protocole no 1 et \u00e0 l\u2019interpr\u00e9tation qui est donn\u00e9e de cette clause dans le cadre de la Convention dans son ensemble, la Cour a \u00e9tabli que cet article implique \u00e9galement des droits subjectifs, dont le droit de vote et celui de se porter candidat \u00e0 des \u00e9lections (\u017ddanoka c. Lettonie [GC], no 58278\/00, \u00a7\u00a0102, CEDH\u00a02006\u2011IV).<\/p>\n<p>386. La Cour r\u00e9affirme que l\u2019objet et le but de la Convention appellent \u00e0 interpr\u00e9ter et \u00e0 appliquer ses dispositions d\u2019une mani\u00e8re qui en rende les exigences non pas th\u00e9oriques ou illusoires, mais concr\u00e8tes et effectives (voir, par exemple, Grosaru c. Roumanie, no 78039\/01, \u00a7 47, CEDH\u00a02010, avec les r\u00e9f\u00e9rences qui y sont cit\u00e9es). Or les droits garantis par l\u2019article 3 du Protocole\u00a0no\u00a01, droits inh\u00e9rents \u00e0 la notion de r\u00e9gime v\u00e9ritablement d\u00e9mocratique, ne seraient qu\u2019illusoires si un \u00e9lu du peuple ou ses \u00e9lecteurs pouvaient \u00e0 tout moment en \u00eatre arbitrairement priv\u00e9s (Lykourezos, pr\u00e9cit\u00e9, \u00a7\u00a056). En outre, la Cour rappelle sa jurisprudence constante selon laquelle l\u2019article 3 du Protocole no 1 garantit le droit de tout individu de se porter candidat aux \u00e9lections et, une fois \u00e9lu, d\u2019exercer son mandat (Sadak et autres c.Turquie (no2), nos 25144\/94 et 8 autres, \u00a7 33, CEDH\u00a02002\u2011IV, Il\u0131cak c.Turquie, no\u00a015394\/02, \u00a7 30, 5 avril 2007, S\u0131lay c.\u00a0Turquie, no\u00a08691\/02, \u00a7 27, 5avril 2007, Kavak\u00e7\u0131 c. Turquie, no 71907\/01, \u00a7\u00a041, 5\u00a0avril 2007, Sobac\u0131 c.Turquie, no 26733\/02, \u00a7 26, 29 novembre 2007, et Riza et autres c.Bulgarie, nos 48555\/10 et 48377\/10, \u00a7 141, 13\u00a0octobre 2015). Elle rel\u00e8ve \u00e0 cet \u00e9gard que la r\u00e8gle de l\u2019immunit\u00e9 parlementaire, pr\u00e9sente dans la plupart des \u00c9tats contractants, y compris la Turquie, est cruciale pour cette garantie.<\/p>\n<p>387. La Cour rappelle ensuite que les droits garantis par l\u2019article 3 du Protocole no 1 \u00e0 la Convention ne sont pas absolus (Etxeberria et autres c.\u00a0Espagne, nos 35579\/03 et 3 autres, \u00a7 48, 30 juin 2009). Il y a place pour des \u00ab\u00a0limitations implicites\u00a0\u00bb, et les \u00c9tats contractants disposent d\u2019une ample marge d\u2019appr\u00e9ciation en la mati\u00e8re (Mathieu-Mohin et Clerfayt, pr\u00e9cit\u00e9, \u00a7 52, Podkolzina c. Lettonie, no 46726\/99, \u00a7 33, CEDH\u00a02002\u2011II, Sadak et autres, pr\u00e9cit\u00e9, \u00a7 31, et Kavak\u00e7\u0131, pr\u00e9cit\u00e9, \u00a7 40).Il appartient cependant \u00e0 la Cour de statuer en dernier ressort sur l\u2019observation des exigences de l\u2019article 3 du Protocole\u00a0no\u00a01\u00a0; il lui faut s\u2019assurer que les restrictions impos\u00e9es \u00e0 l\u2019exercice des droits d\u00e9coulant de cet article ne r\u00e9duisent pas les droits dont il s\u2019agit au point de les atteindre dans leur substance m\u00eame et de les priver de leur effectivit\u00e9, qu\u2019elles poursuivent un but l\u00e9gitime et que les moyens employ\u00e9s ne se r\u00e9v\u00e8lent pas disproportionn\u00e9s (Mathieu-Mohin et Clerfayt, pr\u00e9cit\u00e9, \u00a7\u00a052).<\/p>\n<p>388. La notion de \u00ab\u00a0limitation implicite\u00a0\u00bb signifie que les crit\u00e8res traditionnels de \u00ab\u00a0n\u00e9cessit\u00e9\u00a0\u00bb ou de \u00ab\u00a0besoin social imp\u00e9rieux\u00a0\u00bb que la Cour utilise dans le cadre de ses examens sous l\u2019angle des articles 8 \u00e0 11 de la Convention ne sont pas appliqu\u00e9s dans les affaires relatives \u00e0 l\u2019article 3 du Protocole no 1. La Cour recherche plut\u00f4t, pour commencer, s\u2019il y a eu un traitement arbitraire ou un manque de proportionnalit\u00e9. Ensuite, elle examine si la limitation a constitu\u00e9 une atteinte injustifi\u00e9e \u00e0 la libre expression de l\u2019opinion du peuple (Mathieu-Mohin et Clerfayt, pr\u00e9cit\u00e9, \u00a7\u00a052, et \u017ddanoka, pr\u00e9cit\u00e9, \u00a7\u00a0115).<\/p>\n<p>389. En mati\u00e8re de privation de libert\u00e9 d\u2019un d\u00e9put\u00e9, la Cour n\u2019a pas encore eu l\u2019occasion de se prononcer sur un grief tir\u00e9 de l\u2019article3 du Protocole\u00a0no\u00a01 \u00e0 la Convention relatif aux cons\u00e9quences de la d\u00e9tention provisoire d\u2019un d\u00e9put\u00e9 \u00e9lu sur l\u2019exercice de son mandat parlementaire. Dans ce contexte, l\u2019article 3 du Protocole no\u00a01 n\u2019interdit pas l\u2019application d\u2019une mesure privative de libert\u00e9 \u00e0 un d\u00e9put\u00e9 ou \u00e0 un candidat aux \u00e9lections parlementaires. Autrement dit, l\u2019application d\u2019une telle mesure ne constitue pas automatiquement une violation de cette disposition. Cela \u00e9tant, eu \u00e9gard \u00e0 l\u2019importance dans une soci\u00e9t\u00e9 d\u00e9mocratique du droit \u00e0 la libert\u00e9 et \u00e0 la s\u00fbret\u00e9 d\u2019un d\u00e9put\u00e9, les juridictions nationales doivent d\u00e9montrer, dans le cadre de l\u2019exercice de leur pouvoir d\u2019appr\u00e9ciation, que pour ordonner le placement et\/ou le maintien en d\u00e9tention provisoire d\u2019une personne elles ont mis en balance les int\u00e9r\u00eats en jeu, en particulier, d\u2019un c\u00f4t\u00e9, ceux de la personne concern\u00e9e prot\u00e9g\u00e9s par l\u2019article 3 du Protocole no 1 et, de l\u2019autre, l\u2019int\u00e9r\u00eat g\u00e9n\u00e9ral \u00e0 priver cette personne de libert\u00e9 lorsque cela est n\u00e9cessaire dans le cadre d\u2019une proc\u00e9dure p\u00e9nale. Un \u00e9l\u00e9ment important de cet exercice de mise en balance est la question de savoir si les charges ont une base politique (Uspaskich c.Lituanie, no\u00a014737\/08, \u00a7 94, 20 d\u00e9cembre 2016). La t\u00e2che de la Cour se limite ensuite \u00e0 appr\u00e9cier sous l\u2019angle de la Convention les d\u00e9cisions rendues par les juridictions nationales, sans se substituer aux autorit\u00e9s internes comp\u00e9tentes.<\/p>\n<p>b) Application de ces principes en l\u2019esp\u00e8ce<\/p>\n<p>390. Le requ\u00e9rant en l\u2019esp\u00e8ce voit dans sa d\u00e9tention provisoire une mesure politique visant en r\u00e9alit\u00e9 \u00e0 l\u2019emp\u00eacher d\u2019exercer son mandat de d\u00e9put\u00e9. Compte tenu des r\u00e9percussions de cette privation de libert\u00e9 sur l\u2019exercice r\u00e9el du mandat parlementaire de l\u2019int\u00e9ress\u00e9, la Cour doit d\u2019abord rechercher s\u2019il y a eu ing\u00e9rence dans l\u2019exercice par lui de ses droits d\u00e9coulant de l\u2019article 3 du Protocole no 1 \u00e0 la Convention.<\/p>\n<p>391. Dans ce contexte, la Cour ne saurait accepter l\u2019argument du Gouvernement selon lequel le grief du requ\u00e9rant tir\u00e9 de l\u2019article\u00a03 du Protocole no 1 doit \u00eatre d\u00e9clar\u00e9 irrecevable pour absence de qualit\u00e9 de victime. En effet, comme la chambre l\u2019a pr\u00e9cis\u00e9, le droit \u00e0 des \u00e9lections libres ne se limite pas \u00e0 la simple possibilit\u00e9 de participer aux \u00e9lections l\u00e9gislatives\u00a0; une fois \u00e9lue, la personne concern\u00e9e doit \u00e9galement voir reconna\u00eetre son droit d\u2019exercer son mandat. En l\u2019esp\u00e8ce, entre le 4\u00a0novembre 2016 et le 24 juin 2018, le requ\u00e9rant n\u2019a pas pu participer aux activit\u00e9s de l\u2019Assembl\u00e9e nationale en raison de sa d\u00e9tention provisoire. Autrement dit, il n\u2019a pas \u00e9t\u00e9 en mesure de participer aux activit\u00e9s du corps l\u00e9gislatif pendant un an, sept mois et vingt jours. Bien qu\u2019il ait pu conserver son statut de d\u00e9put\u00e9 et qu\u2019il ait eu la possibilit\u00e9 de poser des questions par \u00e9crit, la Cour admet que la d\u00e9tention provisoire du requ\u00e9rant a constitu\u00e9 une ing\u00e9rence dans l\u2019exercice par l\u2019int\u00e9ress\u00e9 de ses droits r\u00e9sultant de l\u2019article\u00a03du Protocole no 1 \u00e0 la Convention. D\u00e8s lors, elle rejette l\u2019exception soulev\u00e9e par le Gouvernement.<\/p>\n<p>392. La Cour rappelle que les droits d\u00e9coulant de l\u2019article 10 de la Convention et de l\u2019article 3 du Protocole no 1 sont interd\u00e9pendants et qu\u2019ils se renforcent mutuellement (Bowman c. Royaume-Uni, 19 f\u00e9vrier 1998, \u00a7\u00a042, Recueil 1998\u2011I). Cette interd\u00e9pendance est particuli\u00e8rement prononc\u00e9e lorsqu\u2019il s\u2019agit de repr\u00e9sentants d\u00e9mocratiquement \u00e9lus qui sont maintenus en d\u00e9tention provisoire pour avoir exprim\u00e9 leurs opinions politiques. Les parlementaires repr\u00e9sentent les \u00e9lecteurs et leur libert\u00e9 d\u2019expression n\u00e9cessite donc une protection renforc\u00e9e. Compte tenu de cette importance qu\u2019elle accorde \u00e0 la libert\u00e9 d\u2019expression des parlementaires, surtout de l\u2019opposition, comme le requi\u00e8rent le pluralisme, la tol\u00e9rance et l\u2019esprit d\u2019ouverture, la Cour estime que la privation de libert\u00e9 d\u2019un d\u00e9put\u00e9 qui ne peut pas \u00eatre tenue pour conforme aux exigences de l\u2019article 10 de la Convention emportera \u00e9galement violation de l\u2019article 3 du Protocole no 1.<\/p>\n<p>393. De plus, la Cour a d\u00e9j\u00e0 dit que la privation de libert\u00e9 \u00e9tait une ing\u00e9rence si grave dans l\u2019exercice des droits fondamentaux qu\u2019elle ne se justifie que lorsque d\u2019autres mesures, moins s\u00e9v\u00e8res, ont \u00e9t\u00e9 consid\u00e9r\u00e9es et jug\u00e9es insuffisantes pour sauvegarder l\u2019int\u00e9r\u00eat personnel ou public exigeant la d\u00e9tention (Stanev c. Bulgarie [GC], no 36760\/06, \u00a7 143, CEDH 2012). En effet, la d\u00e9tention est une mesure provisoire dont la dur\u00e9e doit \u00eatre aussi courte que possible. Ces consid\u00e9rations valent a fortiori pour la d\u00e9tention d\u2019un d\u00e9put\u00e9. Dans une d\u00e9mocratie, le parlement est une tribune indispensable au d\u00e9bat politique, dont l\u2019exercice du mandat parlementaire fait partie (voir, mutatis mutandis, Cordova (no 1), pr\u00e9cit\u00e9, \u00a7\u00a059). Pendant l\u2019exercice de son mandat, un d\u00e9put\u00e9 repr\u00e9sente les \u00e9lecteurs, signale leurs pr\u00e9occupations et d\u00e9fend leurs int\u00e9r\u00eats.<\/p>\n<p>394. En l\u2019esp\u00e8ce, la Cour rappelle ses conclusions relatives aux violations des articles 10 et 5 \u00a7 1 de la Convention. Elle a d\u00e9j\u00e0 constat\u00e9 sous l\u2019angle de l\u2019article 10 que l\u2019ing\u00e9rence dans l\u2019exercice de la libert\u00e9 d\u2019expression du requ\u00e9rant, \u00e0 savoir sa d\u00e9tention provisoire en raison de l\u2019expression de ses opinions d\u2019homme politique, n\u2019\u00e9tait pas \u00ab\u00a0pr\u00e9vue par la loi\u00a0\u00bb en ce qu\u2019elle ne r\u00e9pondait pas \u00e0 l\u2019exigence de pr\u00e9visibilit\u00e9. Elle a notamment relev\u00e9 qu\u2019en l\u2019esp\u00e8ce les juridictions nationales n\u2019avaient aucunement examin\u00e9 la question de savoir si les discours incrimin\u00e9s \u00e9taient couverts ou non par l\u2019irresponsabilit\u00e9 parlementaire de l\u2019int\u00e9ress\u00e9 telle que prot\u00e9g\u00e9e par le premier paragraphe de l\u2019article 83 de la Constitution. De plus, elle a estim\u00e9 qu\u2019il n\u2019y avait pas de raisons plausibles de soup\u00e7onner le requ\u00e9rant d\u2019avoir commis une infraction au sens de l\u2019article 5 \u00a7 1 de la Convention. Ces constats sont \u00e9galement pertinents \u00e0 l\u2019\u00e9gard de l\u2019article\u00a03 du Protocole no 1 \u00e0 la Convention. En fait, la Cour rappelle que l\u2019immunit\u00e9 parlementaire n\u2019est pas un privil\u00e8ge accord\u00e9 aux parlementaires \u00e0 titre individuel, mais un privil\u00e8ge attribu\u00e9 au parlement, en tant qu\u2019institution, pour garantir son bon fonctionnement (Kart, pr\u00e9cit\u00e9, \u00a7 53). Dans ce contexte, si un \u00c9tat pr\u00e9voit l\u2019immunit\u00e9 parlementaire contre les poursuites p\u00e9nales et les privations de libert\u00e9, les juridictions nationales doivent tout d\u2019abord veiller \u00e0 ce que le d\u00e9put\u00e9 concern\u00e9 ne b\u00e9n\u00e9ficie pas de l\u2019immunit\u00e9 parlementaire pour les actes incrimin\u00e9s. Or, en l\u2019occurrence, bien que le requ\u00e9rant ait demand\u00e9 \u00e0 la cour d\u2019assises d\u2019examiner si les discours litigieux \u00e9taient prot\u00e9g\u00e9s par le premier paragraphe de l\u2019article 83 de la Constitution turque, les juridictions nationales n\u2019ont pas effectu\u00e9 le moindre examen, de sorte qu\u2019elles n\u2019ont pas rempli leurs obligations proc\u00e9durales d\u00e9coulant de l\u2019article\u00a03 du Protocole no 1 \u00e0 la Convention (voir les paragraphes 70, 77, 80 et\u00a091 ci\u2011dessus).<\/p>\n<p>395. En outre, en cas d\u2019application \u00e0 un d\u00e9put\u00e9 d\u2019une mesure privative de libert\u00e9, les autorit\u00e9s judiciaires qui ordonnent cette mesure sont tenues de d\u00e9montrer qu\u2019elles ont proc\u00e9d\u00e9 \u00e0 une mise en balance entre les int\u00e9r\u00eats concurrents. Dans le cadre de cet exercice de mise en balance, elles doivent prot\u00e9ger la libre expression des opinions politiques du d\u00e9put\u00e9 en question. Elles sont notamment tenues de veiller \u00e0 ce que l\u2019infraction reproch\u00e9e n\u2019ait pas de lien direct avec l\u2019activit\u00e9 politique du d\u00e9put\u00e9 concern\u00e9. Dans ce contexte, le syst\u00e8me juridique des \u00c9tats membres doit offrir une voie de droit permettant \u00e0 un d\u00e9put\u00e9 plac\u00e9 en d\u00e9tention de contester de mani\u00e8re effective sa privation de libert\u00e9 et d\u2019obtenir un examen au fond de ses griefs. Or, en l\u2019esp\u00e8ce, le Gouvernement n\u2019a pas pu d\u00e9montrer que les juridictions nationales comp\u00e9tentes pour se prononcer sur la d\u00e9tention provisoire du requ\u00e9rant avaient proc\u00e9d\u00e9 \u00e0 une mise en balance au regard de l\u2019article 3 du Protocole no 1 lorsqu\u2019elles s\u2019\u00e9taient prononc\u00e9es sur la l\u00e9galit\u00e9 du placement et du maintien en d\u00e9tention provisoire de l\u2019int\u00e9ress\u00e9. La Cour note que la Cour constitutionnelle n\u2019a pas recherch\u00e9 si les infractions en question \u00e9taient directement li\u00e9es aux activit\u00e9s politiques du requ\u00e9rant. Dans son arr\u00eat du 21 d\u00e9cembre 2017, la haute juridiction a d\u00e9clar\u00e9 irrecevable le grief du requ\u00e9rant qui soutenait que, eu \u00e9gard \u00e0 son statut de d\u00e9put\u00e9, son placement en d\u00e9tention provisoire constituait une violation de son droit \u00e0 des \u00e9lections libres. Dans son r\u00e9cent arr\u00eat du 9 juin 2020, elle a dit que les juridictions inf\u00e9rieures n\u2019avaient pas \u00e9valu\u00e9 les all\u00e9gations du requ\u00e9rant selon lesquelles son maintien en d\u00e9tention \u00e9tait d\u00e9raisonnable en raison de ses qualit\u00e9s de d\u00e9put\u00e9, de copr\u00e9sident d\u2019un parti politique et de candidat \u00e0 l\u2019\u00e9lection pr\u00e9sidentielle\u00a0; or ce constat, pour la juridiction constitutionnelle, ne concernait que le grief de l\u2019int\u00e9ress\u00e9 relatif \u00e0 la dur\u00e9e de la d\u00e9tention provisoire. La Cour conclut que les autorit\u00e9s judiciaires n\u2019ont pas tenu compte de mani\u00e8re effective du fait que l\u2019int\u00e9ress\u00e9 \u00e9tait non seulement un d\u00e9put\u00e9, mais aussi l\u2019un des leaders de l\u2019opposition politique en Turquie, dont l\u2019exercice du mandat parlementaire appelait un niveau \u00e9lev\u00e9 de protection.<\/p>\n<p>396. De surcro\u00eet, comme il ressort de l\u2019opinion dissidente du juge minoritaire de la Cour constitutionnelle dans la d\u00e9cision du 21\u00a0d\u00e9cembre 2017, les raisons pour lesquelles l\u2019application d\u2019une mesure alternative \u00e0 la d\u00e9tention aurait \u00e9t\u00e9 insuffisante dans le cas concret du requ\u00e9rant n\u2019avaient pas \u00e9t\u00e9 justifi\u00e9es par les juges de premi\u00e8re instance. Le Gouvernement n\u2019a pas pu d\u00e9montrer que les juges nationaux avaient effectivement envisag\u00e9 l\u2019application de mesures alternatives \u00e0 la d\u00e9tention provisoire, qui sont pr\u00e9vues en droit interne. Il est vrai que les juridictions nationales ont estim\u00e9 de mani\u00e8re syst\u00e9matique que de telles mesures \u00e9taient insuffisantes, et qu\u2019elles n\u2019ont fourni aucun raisonnement concret et individualis\u00e9.<\/p>\n<p>397. Eu \u00e9gard \u00e0 tout ce qui pr\u00e9c\u00e8de, la Cour conclut que, m\u00eame si le requ\u00e9rant a pu conserver son statut de parlementaire tout au long de son mandat, l\u2019impossibilit\u00e9 pratiquepour lui de participer aux activit\u00e9s de l\u2019Assembl\u00e9e nationale en raison de sa d\u00e9tention provisoire constitue une atteinte injustifi\u00e9e \u00e0 la libre expression de l\u2019opinion du peuple et au droit de l\u2019int\u00e9ress\u00e9 d\u2019\u00eatre \u00e9lu et d\u2019exercer son mandat parlementaire. En cons\u00e9quence, la Cour conclut que la d\u00e9tention provisoire du requ\u00e9rant \u00e9tait incompatible avec la substance m\u00eame du droit d\u2019\u00eatre \u00e9lu et d\u2019exercer son mandat parlementaire d\u00e9coulant de l\u2019article 3 du Protocole no 1.<\/p>\n<p>398. Il s\u2019ensuit qu\u2019il y a eu violation de l\u2019article 3 du Protocole no 1 \u00e0 la Convention.<\/p>\n<p>VII. SUR LA VIOLATION ALL\u00c9GU\u00c9E DE L\u2019ARTICLE\u00a018 CONVENTION<\/p>\n<p>399. Invoquant l\u2019article 18 de la Convention, le requ\u00e9rant all\u00e8gue avoir \u00e9t\u00e9 plac\u00e9 en d\u00e9tention pour avoir exprim\u00e9 des opinions critiques \u00e0 l\u2019\u00e9gard du pouvoir politique. Il soutient \u00e0 cet \u00e9gard que le but de sa d\u00e9tention provisoire \u00e9tait de le faire taire.<\/p>\n<p>400. Le Gouvernement conteste la th\u00e8se du requ\u00e9rant. Il indique que l\u2019article\u00a018 de la Convention n\u2019a pas un r\u00f4le ind\u00e9pendant et qu\u2019il ne faut l\u2019appliquer que conjointement \u00e0 d\u2019autres dispositions de la Convention. Il consid\u00e8re que le grief du requ\u00e9rant m\u00e9rite d\u2019\u00eatre examin\u00e9 uniquement sous l\u2019angle de l\u2019article5 \u00a7\u00a7 1 et 3 de la Convention.<\/p>\n<p>401. La Cour observe qu\u2019en l\u2019occurrence le requ\u00e9rant soutient que sa d\u00e9tention provisoire poursuivait un but inavou\u00e9, \u00e0 savoir le r\u00e9duire au silence en raison du r\u00f4le jou\u00e9 par lui sur la sc\u00e8ne politique en Turquie. Elle y voit un aspect fondamental de l\u2019affaire, dont la substance n\u2019a pas \u00e9t\u00e9 examin\u00e9e lors de l\u2019analyse des diff\u00e9rents griefs du requ\u00e9rant ci-dessus (Navalnyy, pr\u00e9cit\u00e9, \u00a7 164 et Kavala, pr\u00e9cit\u00e9, \u00a7 198). Elle l\u2019examinera donc s\u00e9par\u00e9ment.<\/p>\n<p>402. Le grief du requ\u00e9rant tir\u00e9 de l\u2019article 18 combin\u00e9 avec l\u2019article\u00a010 de la Convention n\u2019a pas \u00e9t\u00e9 communiqu\u00e9 et aucune question sp\u00e9cifique n\u2019a donc \u00e9t\u00e9 pos\u00e9e aux parties relativement \u00e0 celui-ci. La Cour estime donc que ce grief se pr\u00eate \u00e0 un examen s\u00e9par\u00e9 sous l\u2019angle de l\u2019article 18 de la Convention combin\u00e9 avec l\u2019article 5, lequel avait \u00e9t\u00e9 communiqu\u00e9. L\u2019article\u00a018 est ainsi libell\u00e9\u00a0:<\/p>\n<p>\u00ab\u00a0Les restrictions qui, aux termes de la (&#8230;) Convention, sont apport\u00e9es auxdits droits et libert\u00e9s ne peuvent \u00eatre appliqu\u00e9es que dans le but pour lequel elles ont \u00e9t\u00e9 pr\u00e9vues.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p><strong>A. L\u2019arr\u00eat de la chambre<\/strong><\/p>\n<p>403. Au vu de son constat selon lequel la mise en d\u00e9tention provisoire du requ\u00e9rant avait \u00e0 tout moment \u00e9t\u00e9 conforme \u00e0 l\u2019article 5 \u00a7 1 c) de la Convention, la chambre a analys\u00e9 le point de savoir si les \u00e9l\u00e9ments du dossier permettaient d\u2019\u00e9tablir au-del\u00e0 de tout doute raisonnable que le but pr\u00e9dominant du maintien en d\u00e9tention de l\u2019int\u00e9ress\u00e9 \u00e9tait de l\u2019\u00e9carter de la sc\u00e8ne politique. Dans ce contexte, elle s\u2019est appuy\u00e9e sur son raisonnement formul\u00e9 sur le terrain de l\u2019article 5 \u00a7 3 de la Convention et de l\u2019article 3 du Protocole\u00a0no\u00a01, ainsi que sur le contexte sociopolitique des \u00e9v\u00e9nements survenus ces derni\u00e8res ann\u00e9es en Turquie, tel que d\u00e9crit par les parties et les tiers intervenants. \u00c0 l\u2019issue de cet examen contextuel, elle a conclu que le maintien en d\u00e9tention provisoire du requ\u00e9rant poursuivait \u00e9galement un but politique. Pour ce faire, elle a tenu compte notamment du r\u00f4le politique de l\u2019int\u00e9ress\u00e9, de la situation politique tendue en Turquie, des discours, notamment ceux tenus par le pr\u00e9sident de la R\u00e9publique, ayant cibl\u00e9 le requ\u00e9rant et son parti, du moment choisi pour le maintenir en d\u00e9tention, qui avait co\u00efncid\u00e9 avec un important r\u00e9f\u00e9rendum constitutionnel et avec l\u2019\u00e9lection pr\u00e9sidentielle, ainsi que de l\u2019apparition all\u00e9gu\u00e9e d\u2019une tendance syst\u00e9mique \u00e0 \u00ab\u00a0b\u00e2illonner\u00a0\u00bb les voix dissidentes. Par la suite, elle a ainsi conclu que ce but politique \u00e9tait pr\u00e9dominant. Elle a tenu le raisonnement suivant\u00a0:<\/p>\n<p>\u00ab\u00a0270. En l\u2019occurrence, la Cour note qu\u2019il existait plusieurs enqu\u00eates p\u00e9nales diligent\u00e9es \u00e0 l\u2019encontre du requ\u00e9rant depuis des ann\u00e9es mais qu\u2019aucune mesure significative n\u2019avait \u00e9t\u00e9 prise avant la fin du \u00ab\u00a0processus de r\u00e9solution\u00a0\u00bb pour engager une proc\u00e9dure destin\u00e9e \u00e0 lever l\u2019immunit\u00e9 parlementaire du requ\u00e9rant. \u00c0 cet \u00e9gard, la Cour observe que, bien qu\u2019elle n\u2019ait pas commenc\u00e9 \u00e0 la suite des discours du pr\u00e9sident de la R\u00e9publique, l\u2019enqu\u00eate men\u00e9e \u00e0 l\u2019encontre du requ\u00e9rant a \u00e9t\u00e9 au moins acc\u00e9l\u00e9r\u00e9e \u00e0 la suite desdits discours et de la d\u00e9claration selon laquelle les \u00ab\u00a0d\u00e9put\u00e9s de ce parti [le HDP] [devraient en] payer le prix\u00a0\u00bb (&#8230;) Le 16 mars 2016, le pr\u00e9sident de la R\u00e9publique a accus\u00e9 les d\u00e9put\u00e9s du HDP, dont le requ\u00e9rant, d\u2019avoir caus\u00e9 la mort de 52\u00a0personnes.<\/p>\n<p>271. Ainsi, bien que la Cour ne puisse pas souscrire \u00e0 l\u2019argument du requ\u00e9rant selon lequel tout l\u2019appareil juridique de l\u2019\u00c9tat d\u00e9fendeur a \u00e9t\u00e9, d\u00e8s le d\u00e9part, utilis\u00e9 de mani\u00e8re abusive et que les autorit\u00e9s judiciaires n\u2019ont cess\u00e9 d\u2019agir de mauvaise foi et au m\u00e9pris flagrant de la Convention (&#8230;), il ressort des rapports et avis d\u2019observateurs internationaux, en particulier des observations du Commissaire aux droits de l\u2019homme, que le climat politique tendu en Turquie au cours des derni\u00e8res ann\u00e9es a cr\u00e9\u00e9 un environnement capable d\u2019influencer certaines d\u00e9cisions des juridictions nationales, en particulier pendant l\u2019\u00e9tat d\u2019urgence. Dans ce contexte, des \u00e9l\u00e9ments concordants d\u00e9coulant du contexte confirment la th\u00e8se selon laquelle les autorit\u00e9s judiciaires ont r\u00e9agi s\u00e9v\u00e8rement face au comportement du requ\u00e9rant, eu \u00e9gard \u00e0 sa position en tant qu\u2019un des leaders de l\u2019opposition, et face \u00e0 celui d\u2019autres d\u00e9put\u00e9s et maires \u00e9lus appartenant au HDP, ainsi que, plus g\u00e9n\u00e9ralement face aux voix dissidentes. \u00c0 cet \u00e9gard, la Cour note que le Gouvernement ne d\u00e9veloppe aucun moyen s\u00e9rieux susceptible de la convaincre que ces all\u00e9gations peuvent \u00eatre non fond\u00e9es.<\/p>\n<p>272. En outre, la Cour rappelle que, afin de pouvoir d\u00e9terminer quel but est pr\u00e9dominant dans une affaire donn\u00e9e, en gardant \u00e0 l\u2019esprit que la Convention est destin\u00e9e \u00e0 sauvegarder et promouvoir les id\u00e9aux et valeurs d\u2019une soci\u00e9t\u00e9 d\u00e9mocratique r\u00e9gie par le principe de la primaut\u00e9 du droit, elle doit \u00e9galement prendre en consid\u00e9ration, entre autres, la nature et le degr\u00e9 de r\u00e9pr\u00e9hensibilit\u00e9 du but non-conventionnel cens\u00e9 avoir \u00e9t\u00e9 poursuivi (&#8230;). \u00c0 cet \u00e9gard, la Cour observe que le requ\u00e9rant ne se voit pas uniquement [comme] victime d\u2019une violation \u00e0 titre individuel. Il soutient qu\u2019il a \u00e9t\u00e9 maintenu en d\u00e9tention provisoire principalement en raison de sa position en tant qu\u2019un des leaders de l\u2019opposition politique. La Cour estime que, dans une telle hypoth\u00e8se, ce qui est mis en danger ne saurait \u00eatre consid\u00e9r\u00e9 uniquement comme les droits et libert\u00e9s du requ\u00e9rant en tant [qu\u2019]individu mais le syst\u00e8me d\u00e9mocratique lui-m\u00eame. Aux yeux de la Cour, un tel but non-conventionnel pr\u00e9senterait une gravit\u00e9 incontestable pour la d\u00e9mocratie.<\/p>\n<p>273. Eu \u00e9gard \u00e0 ce qui pr\u00e9c\u00e8de, et consid\u00e9rant notamment le fait que les autorit\u00e9s nationales ont ordonn\u00e9 le maintien en d\u00e9tention du requ\u00e9rant \u00e0 plusieurs reprises pour des motifs insuffisants qui ne consistent qu\u2019en une \u00e9num\u00e9ration st\u00e9r\u00e9otyp\u00e9e des motifs de d\u00e9tention \u00e9nonc\u00e9s par la loi, la Cour consid\u00e8re qu\u2019il est \u00e9tabli au-del\u00e0 de tout doute raisonnable que les prolongations de la privation de libert\u00e9 de l\u2019int\u00e9ress\u00e9, notamment pendant deux campagnes critiques, \u00e0 savoir le r\u00e9f\u00e9rendum et l\u2019\u00e9lection pr\u00e9sidentielle, poursuivaient un but inavou\u00e9 pr\u00e9dominant, \u00e0 savoir celui d\u2019\u00e9touffer le pluralisme et de limiter le libre jeu du d\u00e9bat politique, qui se trouve au c\u0153ur m\u00eame de la notion de soci\u00e9t\u00e9 d\u00e9mocratique (&#8230;).\u00a0\u00bb<\/p>\n<p><strong>B. Th\u00e8ses des parties<\/strong><\/p>\n<p><em>1. Le requ\u00e9rant<\/em><\/p>\n<p>404. Le requ\u00e9rant affirme que son placement et son maintien en d\u00e9tention provisoire en raison des opinions politiques qu\u2019il a exprim\u00e9es en tant que d\u00e9put\u00e9 et copr\u00e9sident du deuxi\u00e8me parti d\u2019opposition de Turquie ont pour objectif ultime de le punir et de le faire taire. Il argue que la v\u00e9ritable raison de sa privation de libert\u00e9 est la fermet\u00e9 de ses critiques envers les politiques du gouvernement et du pr\u00e9sident de la R\u00e9publique. Dans ce contexte, il note que, lors du meeting du 7 mars 2015, organis\u00e9 quelques mois avant les \u00e9lections du 7 juin 2015, le pr\u00e9sident de la R\u00e9publiquea d\u00e9clar\u00e9\u00a0: \u00ab\u00a0[D]onnez-moi 400 d\u00e9put\u00e9s et tout sera r\u00e9solu pacifiquement\u00a0\u00bb, discours par lequel, selon le requ\u00e9rant, le pr\u00e9sident de la R\u00e9publique appelait \u00e0 changer le syst\u00e8me constitutionnel du pays. Il expose qu\u2019en r\u00e9action, le 18\u00a0mars 2015, lors de la r\u00e9union de groupe parlementaire de son parti politique, il a livr\u00e9 un bref discours, dans lequel il s\u2019est prononc\u00e9 ainsi\u00a0: \u00ab\u00a0Cher Recep Tayyip Erdo\u011fan, nous ne vous ferons pas pr\u00e9sident, nous ne vous ferons pas pr\u00e9sident, nous ne vous ferons pas pr\u00e9sident\u00a0\u00bb. Aux dires du requ\u00e9rant, ce discours est rapidement devenu viral et a influ\u00e9 sur le climat politique avant les \u00e9lections de juin 2015, devenant un slogan cl\u00e9 du HDP et positionnant le HDP et lui-m\u00eame en opposition directe au pr\u00e9sident de la R\u00e9publique. \u00c0 cet \u00e9gard, le requ\u00e9rant estime que la r\u00e9pression exerc\u00e9e \u00e0 l\u2019encontre des membres de son parti politique est devenue plus visible, notamment apr\u00e8s sa d\u00e9claration selon laquelle il ne soutiendrait jamais un syst\u00e8me pr\u00e9sidentiel dans lequel M. Erdo\u011fan serait pr\u00e9sident.<\/p>\n<p>405. Le requ\u00e9rant indique que nombre de r\u00e9formes importantes, comme l\u2019adoption d\u2019un syst\u00e8me pr\u00e9sidentiel \u00e0 la place du syst\u00e8me parlementaire, ont \u00e9t\u00e9 r\u00e9alis\u00e9es alors que lui-m\u00eame, copr\u00e9sident du deuxi\u00e8me parti de l\u2019opposition repr\u00e9sent\u00e9 au sein de l\u2019Assembl\u00e9e nationale, se trouvait en d\u00e9tention provisoire pour des propos \u00e0 caract\u00e8re politique. D\u2019apr\u00e8s lui, sa privation de libert\u00e9 visait aussi \u00e0 l\u2019emp\u00eacher de mener ses activit\u00e9s politiques, afin qu\u2019il ne fasse pas campagne contre l\u2019adoption du nouveau syst\u00e8me constitutionnel.<\/p>\n<p>406. Le requ\u00e9rant d\u00e9clare que, \u00e0 la suite de la lev\u00e9e des immunit\u00e9s parlementaires, les parquets comp\u00e9tents ont engag\u00e9 des enqu\u00eates p\u00e9nales \u00e0 l\u2019encontre de cinquante-cinq d\u00e9put\u00e9s du HDP sur les cinquante-neuf que comptait ce parti. Il souligne \u00e9galement que le 4 novembre 2016 plusieurs d\u00e9put\u00e9s de son parti ont \u00e9t\u00e9 arr\u00eat\u00e9s dans diff\u00e9rentes villes et qu\u2019ils ont tous \u00e9t\u00e9 plac\u00e9s en garde \u00e0 vue. Il ajoute qu\u2019il est actuellement vis\u00e9 par plusieurs proc\u00e9dures p\u00e9nales, qui selon lui concernent toutes ses activit\u00e9s politiques. Il remarque qu\u2019en revanche aucune enqu\u00eate p\u00e9nale n\u2019a \u00e9t\u00e9 engag\u00e9e contre les d\u00e9put\u00e9s de l\u2019AKP ou du MHP, bien que leurs immunit\u00e9s parlementaires aient \u00e9galement \u00e9t\u00e9 lev\u00e9es. Il avance que les enqu\u00eates p\u00e9nales, \u00e0 caract\u00e8re politique d\u2019apr\u00e8s lui, se sont intensifi\u00e9es apr\u00e8s la fin du \u00ab\u00a0processus de r\u00e9solution\u00a0\u00bb. Il note \u00e0 cet \u00e9gard que l\u2019on comptait quarante-huit enqu\u00eates p\u00e9nales contre lui entre 2007 et 2014 mais que, apr\u00e8s 2014 et jusqu\u2019\u00e0 la lev\u00e9e de son immunit\u00e9 parlementaire, quarante-huit enqu\u00eates p\u00e9nales suppl\u00e9mentaires ont \u00e9t\u00e9 engag\u00e9es \u00e0 son encontre. Il expose que le nombre d\u2019enqu\u00eates p\u00e9nales men\u00e9es contre lui doit \u00eatre vu en combinaison avec le nombre d\u2019enqu\u00eates p\u00e9nales relatives aux autres d\u00e9put\u00e9s de son parti politique. Il indique \u00e0 ce propos que, selon les chiffres fournis par le minist\u00e8re de la Justice, au 15 d\u00e9cembre 2015 on d\u00e9nombrait au total 330\u00a0rapports d\u2019enqu\u00eate pr\u00e9sent\u00e9s au Parlement, dont 182 concernaient les d\u00e9put\u00e9s du HDP. Il remarque que, \u00e0 la suite du discours prononc\u00e9 le 2\u00a0janvier 2016 par le pr\u00e9sident de la R\u00e9publique (paragraphe 49 ci-dessus), le nombre de rapports d\u2019enqu\u00eate soumis \u00e0 l\u2019Assembl\u00e9e nationale contre les d\u00e9put\u00e9s du HDP a presque tripl\u00e9 et que, en cons\u00e9quence, au 20 mai 2016, date d\u2019adoption de la modification constitutionnelle, on comptait 510\u00a0rapports d\u2019enqu\u00eate contre les d\u00e9put\u00e9s du HDP. Le nombre d\u2019enqu\u00eates p\u00e9nales aurait ainsi augment\u00e9 apr\u00e8s les discours du pr\u00e9sident, lequel aurait ouvertement cibl\u00e9 les d\u00e9put\u00e9s du HDP comme collaborateurs terroristes.<\/p>\n<p>407. Le requ\u00e9rant soutient que toutes les d\u00e9cisions concernant son placement et son maintien en d\u00e9tention provisoire poursuivaient un but inavou\u00e9. Il estime que m\u00eame la d\u00e9cision du 2 septembre 2019 relative \u00e0 sa remise en libert\u00e9 doit \u00eatre consid\u00e9r\u00e9e comme une d\u00e9cision politique, dans la mesure o\u00f9 elle a \u00e9t\u00e9 adopt\u00e9e quelques jours \u00e0 peine avant l\u2019audience tenue par la Cour le 18 septembre 2019 dans la pr\u00e9sente affaire. De m\u00eame, il note que, deux jours seulement apr\u00e8s cette audience, un juge de paix l\u2019a remis en d\u00e9tention provisoire dans le cadre d\u2019une autre enqu\u00eate p\u00e9nale qui concernait les faits \u00e0 l\u2019origine de son proc\u00e8s p\u00e9nal actuel. Il souligne dans ce contexte que le 21 septembre 2019, soit le lendemain de sa remise en d\u00e9tention provisoire, le pr\u00e9sident de la R\u00e9publique a d\u00e9clar\u00e9 lors d\u2019un discours que l\u2019on ne pouvait pas rel\u00e2cher les copr\u00e9sidents du HDP. Selon lui, ce discours d\u00e9montre clairement que sa privation de libert\u00e9 est ordonn\u00e9e par le pouvoir politique afin de l\u2019effacer de la sc\u00e8ne politique.<\/p>\n<p><em>2. Le Gouvernement<\/em><\/p>\n<p>408. Le Gouvernement r\u00e9p\u00e8te son avis selon lequel il n\u2019est pas n\u00e9cessaire d\u2019examiner s\u00e9par\u00e9ment le grief du requ\u00e9rant tir\u00e9 de l\u2019article\u00a018 de la Convention. Il soutient \u00e0 cet \u00e9gard que la Cour, dans de nombreuses affaires o\u00f9 les arguments avanc\u00e9s par les parties concernant un article de la Convention \u00e9taient identiques \u00e0 ceux examin\u00e9s dans le contexte d\u2019un autre article de la Convention, a conclu qu\u2019il n\u2019\u00e9tait pas n\u00e9cessaire d\u2019examiner s\u00e9par\u00e9ment le second grief.<\/p>\n<p>409. Selon le Gouvernement, bien que la d\u00e9tention provisoire du requ\u00e9rant se soit d\u00e9roul\u00e9e sur fond d\u2019antagonismes politiques entre le HDP et le parti au pouvoir, les all\u00e9gations de l\u2019int\u00e9ress\u00e9 ne peuvent pas \u00eatre consid\u00e9r\u00e9es comme suffisantes pour d\u00e9montrer que son maintien en d\u00e9tention poursuivait le but d\u2019emp\u00eacher sa participation \u00e0 la vie politique, plut\u00f4t que celui d\u2019assurer le bon d\u00e9roulement de la proc\u00e9dure p\u00e9nale dirig\u00e9e contre lui.<\/p>\n<p>410. Le Gouvernement r\u00e9it\u00e8re sa th\u00e8se selon laquelle le grief tir\u00e9 de l\u2019article 5 doit \u00eatre d\u00e9clar\u00e9 irrecevable. Il ajoute cependant que, dans l\u2019hypoth\u00e8se o\u00f9 ce grief serait d\u00e9clar\u00e9 recevable, il y aurait lieu de conclure \u00e0 la non-violation de l\u2019article 18 en l\u2019esp\u00e8ce. \u00c0 cet \u00e9gard, il indique que le syst\u00e8me de protection des droits et libert\u00e9s fondamentaux garanti par la Convention repose sur une pr\u00e9somption de bonne foi des autorit\u00e9s des \u00c9tats membres et qu\u2019il ne peut y avoir violation de l\u2019article 18 de la Convention qu\u2019au-del\u00e0 d\u2019un seuil tr\u00e8s \u00e9lev\u00e9. Il affirme que le requ\u00e9rant a \u00e9t\u00e9 plac\u00e9 en d\u00e9tention provisoire au cours d\u2019une enqu\u00eate p\u00e9nale engag\u00e9e dans le cadre de la lutte contre le terrorisme, que sa d\u00e9tention avait pour seul et unique but de garantir le bon d\u00e9roulement de la proc\u00e9dure p\u00e9nale dirig\u00e9e contre lui et qu\u2019elle ne poursuivait pas un but inavou\u00e9 pr\u00e9dominant. Ainsi, il assure que les juridictions nationales n\u2019ont pas ordonn\u00e9 le maintien en d\u00e9tention du requ\u00e9rant pour \u00e9touffer le pluralisme et limiter le libre jeu du d\u00e9bat politique. Dans ce contexte, il rappelle que la Convention ne pr\u00e9voit pas le droit de ne pas faire l\u2019objet de poursuites p\u00e9nales.<\/p>\n<p>411. Le Gouvernement note que la chambre a conclu qu\u2019eu \u00e9gard \u00e0 la position du requ\u00e9rant sur la sc\u00e8ne politique turque, au climat politique tendu en Turquie depuis 2014 et aux discours tenus par les adversaires politiques de l\u2019int\u00e9ress\u00e9, notamment le pr\u00e9sident de la R\u00e9publique, il \u00e9tait naturel qu\u2019un observateur objectif puisse soup\u00e7onner l\u2019existence d\u2019une motivation politique au maintien en d\u00e9tention provisoire du requ\u00e9rant. Remarquant que la chambre a dit qu\u2019elle attachait un \u00ab\u00a0poids consid\u00e9rable\u00a0\u00bb au contexte politique dans le pays, m\u00eame si celui-ci ne constituait pas une preuve suffisante per se, le Gouvernement affirme qu\u2019elle s\u2019est en fait appuy\u00e9e exclusivement sur le contexte politique. Il estime que cette approche de la chambre n\u2019est pas conforme aux principes \u00e9nonc\u00e9s dans l\u2019arr\u00eat Merabishvili (pr\u00e9cit\u00e9), dans lequel la Cour avait conclu que \u00ab\u00a0les \u00e9l\u00e9ments li\u00e9s au contexte politique plus large dans lequel les poursuites p\u00e9nales [avaient] \u00e9t\u00e9 engag\u00e9es contre le requ\u00e9rant ne constitua[ient] pas une preuve suffisante\u00a0\u00bb.<\/p>\n<p>412. Selon le Gouvernement, bien que l\u2019ouverture d\u2019enqu\u00eates p\u00e9nales contre un certain nombre de d\u00e9put\u00e9s du HDP en novembre 2016 puisse sugg\u00e9rer le but de faire taire les responsables du parti politique en question, ces enqu\u00eates peuvent \u00e9galement traduire la volont\u00e9 de poursuivre les d\u00e9put\u00e9s qui ont des liens pr\u00e9sum\u00e9s avec une organisation terroriste et dont la responsabilit\u00e9 ne pouvait pas auparavant \u00eatre engag\u00e9e en raison de leur immunit\u00e9 parlementaire. Contrairement \u00e0 ce qu\u2019all\u00e8gue la partie requ\u00e9rante, le Gouvernement d\u00e9clare \u00e0 cet \u00e9gard que les d\u00e9put\u00e9s du HDP n\u2019ont pas \u00e9t\u00e9 les seuls d\u00e9put\u00e9s \u00e0 faire face \u00e0 une condamnation p\u00e9nale, et que cinq\u00a0d\u00e9put\u00e9s de l\u2019AKP, neuf d\u00e9put\u00e9s du CHP et un d\u00e9put\u00e9 du MHP ont \u00e9galement \u00e9t\u00e9 condamn\u00e9s \u00e0 la suite de la lev\u00e9e de leur immunit\u00e9 parlementaire.<\/p>\n<p>413. Le Gouvernement rappelle la position de la chambre selon laquelle le simple fait que des poursuites p\u00e9nales ont \u00e9t\u00e9 engag\u00e9es contre des personnalit\u00e9s politiques ou que celles-ci ont \u00e9t\u00e9 plac\u00e9es en d\u00e9tention provisoire, m\u00eame pendant une campagne \u00e9lectorale ou un r\u00e9f\u00e9rendum constitutionnel, ne d\u00e9montre pas automatiquement que le but poursuivi \u00e9tait de restreindre le d\u00e9bat politique. Il estime de m\u00eame qu\u2019il est naturel que le requ\u00e9rant ait des soup\u00e7ons sur la v\u00e9ritable motivation de son maintien en d\u00e9tention \u2013\u00a0en raison de son r\u00f4le sur la sc\u00e8ne politique\u00a0\u2013, mais consid\u00e8re que ces soup\u00e7ons ne sauraient suffire \u00e0 la Cour pour conclure que le pouvoir judiciaire a d\u00e8s le d\u00e9part \u00e9t\u00e9 utilis\u00e9 de mani\u00e8re abusive et que les juridictions internes n\u2019ont cess\u00e9 d\u2019agir de mauvaise foi et au m\u00e9pris flagrant de la Convention. Il est d\u2019avis qu\u2019il en va de m\u00eame pour les d\u00e9clarations du pr\u00e9sident de la R\u00e9publique et pour celles des dirigeants du parti au pouvoir au sujet du requ\u00e9rant, de telles d\u00e9clarations ne pouvant selon lui \u00eatre consid\u00e9r\u00e9es comme prouvant l\u2019existence d\u2019un but inavou\u00e9 sous-tendant une d\u00e9cision judiciaire que s\u2019il est \u00e9tabli que les tribunaux n\u2019\u00e9taient pas suffisamment ind\u00e9pendants \u00e0 l\u2019\u00e9gard du pouvoir ex\u00e9cutif. Or il avance qu\u2019aucune preuve n\u2019a \u00e9t\u00e9 pr\u00e9sent\u00e9e en l\u2019esp\u00e8ce pour \u00e9tayer de telles all\u00e9gations et que l\u2019arr\u00eat de la chambre ne les corrobore pas non plus mais d\u00e9clare simplement que le climat politique tendu en Turquie au cours des derni\u00e8res ann\u00e9es avait cr\u00e9\u00e9 un environnement capable d\u2019influencer les juridictions nationales. Le Gouvernement conteste du reste cette conclusion de la chambre. D\u2019apr\u00e8s lui, la th\u00e8se selon laquelle les autorit\u00e9s judiciaires ont r\u00e9agi s\u00e9v\u00e8rement \u00e0 la conduite du requ\u00e9rant n\u2019a gu\u00e8re \u00e9t\u00e9 \u00e9tay\u00e9e. Le Gouvernement expose qu\u2019au contraire, en novembre 2017 et en janvier 2018, l\u2019int\u00e9ress\u00e9 a \u00e9t\u00e9 acquitt\u00e9 \u00e0 l\u2019issue de trois proc\u00e9dures p\u00e9nales engag\u00e9es \u00e0 son encontre pour provocation \u00e0 la haine et \u00e0 l\u2019hostilit\u00e9, pour insulte contre le gouvernement ou le pr\u00e9sident de la R\u00e9publique et le ministre de l\u2019Int\u00e9rieur. Il indique de plus que, par un jugement du 11\u00a0juillet 2018, le tribunal de Diyarbak\u0131r a allou\u00e9 une indemnit\u00e9 au requ\u00e9rant sur le fondement de l\u2019article 141 du CPP, du fait que les tribunaux n\u2019avaient pas examin\u00e9 d\u2019office la question de sa d\u00e9tention entre le 31 juillet 2017 et le 3\u00a0octobre 2017. En outre, le Gouvernement soutient que seuls huit d\u00e9put\u00e9s du HDP sur les quinze qui avaient \u00e9t\u00e9 plac\u00e9s en d\u00e9tention provisoire en novembre 2016 se trouvent toujours en d\u00e9tention.<\/p>\n<p>414. Le Gouvernement note encore que quatre-vingt-treize rapports d\u2019enqu\u00eate distincts avaient \u00e9t\u00e9 \u00e9tablis contre le requ\u00e9rant par neuf parquets comp\u00e9tents, lesquels avaient saisi l\u2019Assembl\u00e9e nationale pour obtenir la lev\u00e9e de son immunit\u00e9 parlementaire. Il pr\u00e9cise que plus de la moiti\u00e9 de ces rapports avaient \u00e9t\u00e9 transmis au Parlement avant que les responsables du parti au pouvoir ne commencent pr\u00e9tendument \u00e0 cibler leurs opposants politiques en juillet 2015. De plus, le Gouvernement indique que la plupart de ces enqu\u00eates avaient \u00e9t\u00e9 men\u00e9es par des procureurs de la R\u00e9publique qui, \u00e0 la suite de la tentative de coup d\u2019\u00c9tat du 15 juillet 2016, ont \u00e9t\u00e9 r\u00e9voqu\u00e9s car consid\u00e9r\u00e9s comme appartenant, affili\u00e9s ou li\u00e9s \u00e0 une organisation terroriste.<\/p>\n<p>415. Le Gouvernement conteste l\u2019argument du requ\u00e9rant selon lequel son retour en d\u00e9tention provisoire le 20 septembre 2019 reposait sur les m\u00eames faits que ceux \u00e0 l\u2019origine de la proc\u00e9dure p\u00e9nale objet de la pr\u00e9sente esp\u00e8ce, et il pr\u00e9cise que la privation de libert\u00e9 actuelle est li\u00e9e \u00e0 d\u2019autres infractions. De l\u2019avis du Gouvernement, la proc\u00e9dure p\u00e9nale qui a d\u00e9but\u00e9 le 11 janvier 2017 est plus g\u00e9n\u00e9rale que l\u2019enqu\u00eate dans le cadre de laquelle le requ\u00e9rant a \u00e9t\u00e9 plac\u00e9 en d\u00e9tention le 20 septembre 2019. \u00c0 cet \u00e9gard, le Gouvernement indique que la proc\u00e9dure p\u00e9nale qui rel\u00e8ve de la pr\u00e9sente affaire concerne non seulement les incidents survenus les 6-8 octobre 2014 mais aussi les actes et incidents signal\u00e9s dans plusieurs autres rapports d\u2019enqu\u00eate.<\/p>\n<p>416. Le Gouvernement d\u00e9clare \u00e9galement que la Cour constitutionnelle et la chambre ont estim\u00e9 que le requ\u00e9rant pouvait passer pour avoir \u00e9t\u00e9 arr\u00eat\u00e9 et d\u00e9tenu sur la base de \u00ab\u00a0raisons plausibles\u00a0\u00bb de le soup\u00e7onner d\u2019avoir commis une infraction p\u00e9nale. Selon lui, il n\u2019y a eu aucune irr\u00e9gularit\u00e9 proc\u00e9durale et les tribunaux n\u2019ont pas appliqu\u00e9 la loi de mani\u00e8re arbitraire.<\/p>\n<p>417. Le Gouvernement estime en cons\u00e9quence que tous ces \u00e9l\u00e9ments \u00e9taient insuffisants pour d\u00e9montrer que la situation du requ\u00e9rant avait franchi le seuil \u00e9lev\u00e9 de l\u2019article 18 de la Convention.<\/p>\n<p><strong>C. Les tiers intervenants<\/strong><\/p>\n<p><em>1. La Commissaire aux droits de l\u2019homme<\/em><\/p>\n<p>418. S\u2019appuyant sur les conclusions d\u2019un certain nombre d\u2019organismes internationaux, y compris la Commission de Venise, la Commissaire aux droits de l\u2019homme indique que le maintien du droit \u00e0 la libert\u00e9 d\u2019expression est actuellement d\u2019autant plus difficile qu\u2019il existe en Turquie une \u00e9rosion marqu\u00e9e de l\u2019ind\u00e9pendance et de l\u2019impartialit\u00e9 du pouvoir judiciaire. \u00c0 cet \u00e9gard, elle signale que de nombreuses actions p\u00e9nales restreignent d\u2019une mani\u00e8re indue la libert\u00e9 d\u2019expression et le droit \u00e0 la libert\u00e9 et \u00e0 la s\u00e9curit\u00e9 non seulement des d\u00e9put\u00e9s mais aussi des maires, des universitaires, des journalistes et des d\u00e9fenseurs des droits de l\u2019homme qui critiquent la politique officielle, notamment sur la situation dans le sud-est de la Turquie. Elle estime que les lois et les proc\u00e9dures p\u00e9nales sont actuellement utilis\u00e9es pour faire taire les voix dissidentes.<\/p>\n<p><em>2. Les ONG intervenantes<\/em><\/p>\n<p>419. Les ONG intervenantes consid\u00e8rent que, \u00e0 la suite de la tentative de coup d\u2019\u00c9tat militaire du 15 juillet 2016, le gouvernement a exploit\u00e9 les pr\u00e9occupations l\u00e9gitimes caus\u00e9es par cette tentative pour redoubler la r\u00e9pression d\u00e9j\u00e0 importante qu\u2019il exer\u00e7ait dans le domaine des droits de l\u2019homme, notamment en pla\u00e7ant les voix dissidentes en d\u00e9tention provisoire.<\/p>\n<p><strong>D. Appr\u00e9ciation de la Grande Chambre<\/strong><\/p>\n<p><em>1. Sur la recevabilit\u00e9<\/em><\/p>\n<p>420. Constatant que ce grief n\u2019est pas manifestement mal fond\u00e9 au sens de l\u2019article 35 \u00a7 3 a) de la Convention et qu\u2019il ne se heurte \u00e0 aucun autre motif d\u2019irrecevabilit\u00e9, la Cour le d\u00e9clare recevable.<\/p>\n<p><em>2. Sur le fond<\/em><\/p>\n<p>a) Principes g\u00e9n\u00e9raux<\/p>\n<p>421. Les principes g\u00e9n\u00e9raux concernant l\u2019interpr\u00e9tation et l\u2019application de l\u2019article 18 de la Convention ont \u00e9t\u00e9 \u00e9tablis dans l\u2019arr\u00eat Merabishvili (pr\u00e9cit\u00e9, \u00a7\u00a7 287-317) et par la suite confirm\u00e9s dans l\u2019arr\u00eat Navalnyy (pr\u00e9cit\u00e9, \u00a7\u00a7 164-165). La Cour estime particuli\u00e8rement pertinent pour son examen le passage suivant de l\u2019arr\u00eat Merabishvili\u00a0:<\/p>\n<p>\u00ab\u00a0287. Comme l\u2019article 14, l\u2019article 18 de la Convention n\u2019a pas d\u2019existence ind\u00e9pendante (&#8230;)\u00a0; il ne peut \u00eatre appliqu\u00e9 que combin\u00e9 avec un article de la Convention ou de ses Protocoles qui \u00e9nonce l\u2019un des droits et libert\u00e9s que les Hautes Parties contractantes se sont engag\u00e9es \u00e0 reconna\u00eetre aux personnes relevant de leur juridiction ou qui d\u00e9finit les conditions dans lesquelles il peut \u00eatre d\u00e9rog\u00e9 \u00e0 ces droits et libert\u00e9s (&#8230;) Cette r\u00e8gle d\u00e9coule, d\u2019une part, du libell\u00e9 de l\u2019article 18, qui compl\u00e8te celui de dispositions telles que la deuxi\u00e8me phrase de l\u2019article 5 \u00a7 1 et les deuxi\u00e8mes paragraphes des articles 8 \u00e0 11, qui autorisent des restrictions aux droits et libert\u00e9s que ces articles consacrent, et, d\u2019autre part, de sa place dans la Convention, \u00e0 la fin du titre\u00a0I, qui contient les articles qui \u00e9noncent ces droits et libert\u00e9s ou d\u00e9finissent les conditions dans lesquelles il peut y \u00eatre d\u00e9rog\u00e9.<\/p>\n<p>288. L\u2019article 18 n\u2019est toutefois pas seulement destin\u00e9 \u00e0 pr\u00e9ciser la port\u00e9e des clauses de restriction. Il interdit aussi express\u00e9ment aux Hautes Parties contractantes de restreindre les droits et libert\u00e9s consacr\u00e9s par la Convention dans des buts autres que ceux pr\u00e9vus par la Convention elle-m\u00eame. Dans cette mesure, il poss\u00e8de une port\u00e9e autonome (&#8230;) Par cons\u00e9quent, comme l\u2019article 14, il peut \u00eatre viol\u00e9 sans pour autant qu\u2019il y ait violation de l\u2019article avec lequel il s\u2019applique de mani\u00e8re combin\u00e9e (&#8230;)<\/p>\n<p>290. Il d\u00e9coule \u00e9galement du libell\u00e9 de l\u2019article 18 qu\u2019il ne peut y avoir violation que si le droit ou la libert\u00e9 en question peuvent faire l\u2019objet de restrictions autoris\u00e9es par la Convention.<\/p>\n<p>291. Le simple fait qu\u2019une restriction apport\u00e9e \u00e0 une libert\u00e9 ou \u00e0 un droit prot\u00e9g\u00e9 par la Convention ne remplit pas toutes les conditions de la clause qui la permet ne soul\u00e8ve pas n\u00e9cessairement une question sous l\u2019angle de l\u2019article 18. L\u2019examen s\u00e9par\u00e9 d\u2019un grief tir\u00e9 de cette disposition ne se justifie que si l\u2019all\u00e9gation selon laquelle une restriction a \u00e9t\u00e9 impos\u00e9e dans un but non-conventionnel se r\u00e9v\u00e8le \u00eatre un aspect fondamental de l\u2019affaire (&#8230;)\u00a0\u00bb<\/p>\n<p>422. S\u2019agissant de la question de la preuve aux fins de son examen sous l\u2019angle de l\u2019article 18 de la Convention, la Cour a estim\u00e9, toujours dans son arr\u00eat Merabishvili (pr\u00e9cit\u00e9), que le crit\u00e8re applicable \u00e9tait celui de la preuve ordinaire\u00a0:<\/p>\n<p>\u00ab\u00a0309. Une lecture de la jurisprudence cit\u00e9e (&#8230;) ci-dessus \u00e0 la lumi\u00e8re des pr\u00e9cisions qui viennent d\u2019\u00eatre apport\u00e9es montre que ce que la Cour a r\u00e9ellement voulu dire en parlant d\u2019un crit\u00e8re de preuve plus strict sous l\u2019angle de l\u2019article 18, c\u2019est qu\u2019elle consid\u00e8re qu\u2019il y a toujours un but pr\u00e9vu par la Convention qui sert de paravent \u00e0 un but non\u2011conventionnel. Mais si l\u2019on distingue clairement les deux points, les questions concernant la preuve impliquent simplement de rechercher comment \u00e9tablir l\u2019existence de ce but non-conventionnel et si celui-ci rev\u00eatait un caract\u00e8re pr\u00e9dominant.<\/p>\n<p>310. \u00c0 cet \u00e9gard, la Cour estime qu\u2019elle peut, et doit, s\u2019en tenir \u00e0 son approche habituelle de la question de la preuve, au lieu de suivre des r\u00e8gles sp\u00e9ciales (&#8230;)<\/p>\n<p>311. Le premier aspect de cette approche, initialement expos\u00e9 dans l\u2019arr\u00eat Irlande c.\u00a0Royaume-Uni (&#8230;) et confirm\u00e9 plus r\u00e9cemment dans les arr\u00eats Chypre c. Turquie et G\u00e9orgie c. Russie (I) (&#8230;), est le principe g\u00e9n\u00e9ral selon lequel la charge de la preuve ne p\u00e8se pas sur l\u2019une ou l\u2019autre partie, car la Cour \u00e9tudie l\u2019ensemble des \u00e9l\u00e9ments en sa possession, d\u2019o\u00f9 qu\u2019ils proviennent, et au besoin elle s\u2019en procure d\u2019office d\u2019autres. D\u00e8s l\u2019arr\u00eat Artico c. Italie (&#8230;), la Cour a expliqu\u00e9 que ce principe g\u00e9n\u00e9ral vaut non seulement dans les affaires inter\u00e9tatiques, mais aussi dans celles tirant leur origine de requ\u00eates individuelles. Depuis lors, elle s\u2019est appuy\u00e9e sur la notion de la charge de la preuve dans certains contextes particuliers. Elle a reconnu \u00e0 plusieurs reprises, notamment dans des cas o\u00f9 les difficult\u00e9s auxquelles les requ\u00e9rants s\u2019\u00e9taient heurt\u00e9s pour prouver leurs all\u00e9gations justifiaient pareille conclusion, qu\u2019il n\u2019\u00e9tait pas possible d\u2019appliquer de mani\u00e8re rigide le principe affirmanti incumbit probatio, selon lequel la charge de la preuve d\u2019une all\u00e9gation p\u00e8se sur la partie qui la formule (&#8230;)<\/p>\n<p>312. En effet, bien que la Cour se fonde sur des \u00e9l\u00e9ments que les parties produisent spontan\u00e9ment, elle demande r\u00e9guli\u00e8rement d\u2019office aux requ\u00e9rants et aux gouvernements d\u00e9fendeurs d\u2019en pr\u00e9senter qui soient susceptibles de corroborer ou de r\u00e9futer les all\u00e9gations formul\u00e9es devant elle. Si le gouvernement d\u00e9fendeur ne r\u00e9pond pas \u00e0 la demande, la Cour ne peut pas le forcer \u00e0 le faire, mais, s\u2019il n\u2019explique pas son abstention ou son refus de fa\u00e7on satisfaisante, elle peut en tirer des conclusions (&#8230;) Elle peut \u00e9galement combiner ces conclusions avec des \u00e9l\u00e9ments circonstanciels. L\u2019article 44C \u00a7 1 du r\u00e8glement de la Cour lui donne une grande latitude \u00e0 cet \u00e9gard.<\/p>\n<p>313. La facult\u00e9 pour la Cour de tirer des conclusions du comportement adopt\u00e9 par le gouvernement d\u00e9fendeur au cours de la proc\u00e9dure devant elle est particuli\u00e8rement importante lorsque l\u2019\u00c9tat d\u00e9fendeur est seul \u00e0 avoir acc\u00e8s aux informations susceptibles de confirmer ou de r\u00e9futer les all\u00e9gations du requ\u00e9rant, par exemple lorsque des personnes sont d\u00e9tenues par les autorit\u00e9s (&#8230;) Cette facult\u00e9 trouve sans doute particuli\u00e8rement \u00e0 s\u2019appliquer lorsqu\u2019un but non-conventionnel est all\u00e9gu\u00e9.<\/p>\n<p>314. Le deuxi\u00e8me aspect de l\u2019approche adopt\u00e9e par la Cour est que le crit\u00e8re de la preuve retenu devant elle est celui de la preuve \u00ab\u00a0au-del\u00e0 de tout doute raisonnable\u00a0\u00bb. Ce crit\u00e8re ne co\u00efncide toutefois pas avec celui employ\u00e9 dans certains syst\u00e8mes juridiques nationaux. Premi\u00e8rement, une telle preuve peut r\u00e9sulter d\u2019un faisceau d\u2019indices, ou de pr\u00e9somptions non r\u00e9fut\u00e9es, suffisamment graves, pr\u00e9cis et concordants. Deuxi\u00e8mement, le degr\u00e9 de conviction n\u00e9cessaire pour parvenir \u00e0 une conclusion est intrins\u00e8quement li\u00e9 \u00e0 la sp\u00e9cificit\u00e9 des faits, \u00e0 la nature de l\u2019all\u00e9gation formul\u00e9e et au droit conventionnel en jeu. La Cour a constamment r\u00e9it\u00e9r\u00e9 ces principes (&#8230;)<\/p>\n<p>315. Le troisi\u00e8me aspect de l\u2019approche en question, qui lui aussi appara\u00eet d\u00e9j\u00e0 dans l\u2019arr\u00eat Irlande c. Royaume-Uni (&#8230;), est que la Cour appr\u00e9cie en toute libert\u00e9 non seulement la recevabilit\u00e9 et la pertinence, mais aussi la valeur probante de chaque \u00e9l\u00e9ment du dossier. Dans l\u2019arr\u00eat Natchova et autres (&#8230;), elle a encore pr\u00e9cis\u00e9 cet aspect en d\u00e9clarant que, dans l\u2019appr\u00e9ciation des \u00e9l\u00e9ments de preuve, elle n\u2019est pas li\u00e9e par des formules et adopte les conclusions qui se trouvent \u00e9tay\u00e9es par une \u00e9valuation ind\u00e9pendante de l\u2019ensemble des \u00e9l\u00e9ments de preuve, y compris les d\u00e9ductions qu\u2019elle peut tirer des faits et des observations des parties. Elle a ajout\u00e9 qu\u2019elle \u00e9tait consciente des \u00e9ventuelles difficult\u00e9s d\u2019administration de la preuve qu\u2019une partie pouvait rencontrer. Elle s\u2019en est constamment tenue \u00e0 cette position, l\u2019appliquant \u00e0 des griefs tir\u00e9s de divers articles de la Convention (&#8230;)<\/p>\n<p>316. La Cour n\u2019a donc aucune raison de se limiter aux preuves directes ou d\u2019appliquer un crit\u00e8re sp\u00e9cial de preuve lorsqu\u2019elle examine des griefs tir\u00e9s de l\u2019article 18 de la Convention.<\/p>\n<p>317. Il y a lieu toutefois de souligner que, dans ce contexte, on entend par \u00e9l\u00e9ments circonstanciels des informations sur les faits principaux, des faits contextuels ou une succession d\u2019\u00e9v\u00e9nements qui permettent de tirer des conclusions \u00e0 propos des faits principaux (&#8230;) Les rapports et d\u00e9clarations d\u2019observateurs internationaux, d\u2019organisations non gouvernementales ou de m\u00e9dias, ainsi que les d\u00e9cisions d\u2019autres juridictions nationales ou internationales, sont fr\u00e9quemment pris en consid\u00e9ration, notamment pour faire la lumi\u00e8re sur les faits, ou pour corroborer les constats effectu\u00e9s par la Cour (&#8230;)\u00a0\u00bb<\/p>\n<p>b) Application de ces principes en l\u2019esp\u00e8ce<\/p>\n<p>423. En l\u2019occurrence, la Cour rappelle avoir conclu ci-dessus que la d\u00e9tention provisoire du requ\u00e9rant n\u2019\u00e9tait pas fond\u00e9e sur des \u00ab\u00a0raisons plausibles de [le] soup\u00e7onner\u00a0\u00bb, au sens de l\u2019article 5 \u00a7 1 c) de la Convention (paragraphes 338 et 339 ci-dessus). Pour la Cour, le constat de violation de l\u2019article 5 \u00a7 1 ne peut pas \u00eatre consid\u00e9r\u00e9 comme suffisant en soi pour qu\u2019elle conclue \u00e9galement \u00e0 la violation de l\u2019article 18 de la Convention (Navalnyy, pr\u00e9cit\u00e9, \u00a7 166). Il lui faut encore d\u00e9terminer si, en l\u2019absence de raisons plausibles, un but non-conventionnelidentifiable au sens de l\u2019article 18 de la Convention peut \u00eatre d\u00e9cel\u00e9.<\/p>\n<p>424. Le requ\u00e9rant tire principalement grief de ce qu\u2019il aurait \u00e9t\u00e9 sp\u00e9cifiquement cibl\u00e9 et priv\u00e9 de sa libert\u00e9 en raison de son opposition au gouvernement au pouvoir en Turquie. Selon lui, son placement et son maintien en d\u00e9tention provisoire avaient pour but de le faire taire. Dans ce contexte, \u00e0 la lumi\u00e8re du m\u00e9morandum du Commissaire aux droits de l\u2019homme suite \u00e0 ses visites en Turquie en 2016, de l\u2019avis de la Commission de Venise sur les modifications de la Constitution, du rapport d\u2019Amnesty International ainsi que des observations des tiers intervenants, la Cour remarque que, eu \u00e9gard au r\u00f4le du requ\u00e9rant \u2013\u00a0l\u2019un des leaders embl\u00e9matiques de l\u2019opposition politique en Turquie\u00a0\u2013, au climat politique tendu depuis 2014 et aux discours tenus par les adversaires politiques de l\u2019int\u00e9ress\u00e9, notamment le pr\u00e9sident de la R\u00e9publique, il est naturel qu\u2019un observateur objectif puisse soup\u00e7onner l\u2019existence d\u2019une motivation politique au placement et au maintien en d\u00e9tention provisoire du requ\u00e9rant. Cependant, la Cour a d\u00e9j\u00e0 estim\u00e9 par le pass\u00e9 que le simple fait que des poursuites p\u00e9nales avaient \u00e9t\u00e9 engag\u00e9es contre des personnalit\u00e9s politiques ou que celles-ci avaient \u00e9t\u00e9 priv\u00e9es de leur libert\u00e9, m\u00eame pendant une campagne \u00e9lectorale ou un r\u00e9f\u00e9rendum, ne d\u00e9montrait pas automatiquement que le but poursuivi avait \u00e9t\u00e9 de restreindre le d\u00e9bat politique (Merabishvili, pr\u00e9cit\u00e9, \u00a7\u00a0323).<\/p>\n<p>425. Vu la formulation du grief du requ\u00e9rant, la Cour est appel\u00e9e \u00e0 rechercher en l\u2019esp\u00e8ce si les d\u00e9cisions des juridictions nationales relatives au placement et au maintien en d\u00e9tention provisoire de l\u2019int\u00e9ress\u00e9, en violation de l\u2019article 5 de la Convention, avaient en fait pour but premier d\u2019\u00e9loigner de la sc\u00e8ne politique turque et de r\u00e9duire au silence le requ\u00e9rant, l\u2019un des leaders de l\u2019opposition politique.<\/p>\n<p>426. Dans ce contexte, la Cour rel\u00e8ve d\u2019embl\u00e9e que d\u00e8s avant 2014 les procureurs de la R\u00e9publique avaient soumis \u00e0 l\u2019Assembl\u00e9e nationale plusieurs rapports d\u2019enqu\u00eate concernant le requ\u00e9rant. Cependant, aucune mesure n\u2019avait \u00e9t\u00e9 prise jusqu\u2019\u00e0 la fin du \u00ab\u00a0processus de r\u00e9solution\u00a0\u00bb et jusqu\u2019aux \u00e9lections du 7 juin 2015, \u00e0 l\u2019issue desquelles le parti au pouvoir a perdu la majorit\u00e9 \u00e0 l\u2019Assembl\u00e9e nationale, pour la premi\u00e8re fois depuis 2002, en grande partie en raison du succ\u00e8s du HDP. En effet, jusqu\u2019\u00e0 l\u2019\u00e9veil de l\u2019antagonisme politique entre, d\u2019un c\u00f4t\u00e9, le HDP et, de l\u2019autre, le pr\u00e9sident de la R\u00e9publique et le parti au pouvoir, le requ\u00e9rant n\u2019avait pas \u00e9t\u00e9 expos\u00e9 au risque d\u2019\u00eatre priv\u00e9 de sa libert\u00e9. Cependant, au terme du \u00ab\u00a0processus de r\u00e9solution\u00a0\u00bb et apr\u00e8s les discours du pr\u00e9sident de la R\u00e9publique, qui avait notamment d\u00e9clar\u00e9 le 28 juillet 2015 que les \u00ab\u00a0dirigeants de ce parti [le HDP] [devraient] en payer le prix\u00a0\u00bb, les enqu\u00eates p\u00e9nales men\u00e9es contre le requ\u00e9rant se sont multipli\u00e9es et acc\u00e9l\u00e9r\u00e9es.<\/p>\n<p>427. La modification constitutionnelle adopt\u00e9e le 20 mai 2016 a lev\u00e9 l\u2019inviolabilit\u00e9 parlementaire de cent cinquante-quatre d\u00e9put\u00e9s. C\u2019est ainsi que le HDP, qui comptait \u00e0 l\u2019\u00e9poque cinquante-neuf d\u00e9put\u00e9s, s\u2019est retrouv\u00e9 dans une situation o\u00f9 cinquante-cinq d\u2019entre eux \u00e9taient priv\u00e9s de leur inviolabilit\u00e9 parlementaire vis\u00e9e au deuxi\u00e8me paragraphe de l\u2019article 83 de la Constitution. En cons\u00e9quence, quatorze d\u00e9put\u00e9s appartenant au parti politique du requ\u00e9rant, dont les deux copr\u00e9sidents, ont \u00e9t\u00e9 plac\u00e9s en d\u00e9tention provisoire. La Cour observe que, contrairement \u00e0 ce qu\u2019all\u00e8gue le requ\u00e9rant, le Gouvernement soutient que les d\u00e9put\u00e9s du HDP n\u2019ont pas \u00e9t\u00e9 les seuls d\u00e9put\u00e9s \u00e0 faire face \u00e0 une condamnation p\u00e9nale. Selon lui, cinq d\u00e9put\u00e9s de l\u2019AKP, neuf d\u00e9put\u00e9s du CHP et un d\u00e9put\u00e9 du MHP ont \u00e9galement \u00e9t\u00e9 condamn\u00e9s \u00e0 la suite de la lev\u00e9e de leur immunit\u00e9 parlementaire. Lors de l\u2019audience tenue le 18 septembre 2019, une question sp\u00e9cifique a \u00e9t\u00e9 pos\u00e9e aux parties relativement \u00e0 ce point de d\u00e9saccord. Le Gouvernement, tout en r\u00e9p\u00e9tant sa th\u00e8se, n\u2019a pas \u00e9t\u00e9 en mesure de d\u00e9montrer que des d\u00e9put\u00e9s membres du bloc des partis au pouvoir, \u00e0 savoir l\u2019AKP et le MHP, avaient aussi \u00e9t\u00e9 condamn\u00e9s et\/ou priv\u00e9s de leur libert\u00e9. En cons\u00e9quence, la Cour ne saurait accorder de poids \u00e0 cet argument du Gouvernement, en l\u2019absence d\u2019un quelconque \u00e9l\u00e9ment de preuve pr\u00e9sent\u00e9 pour l\u2019\u00e9tayer. D\u00e8s lors, elle juge \u00e9tabli que les d\u00e9put\u00e9s des partis d\u2019opposition, \u00e0 savoir le CHP et le HDP, sont les seuls \u00e0 avoir \u00e9t\u00e9 priv\u00e9s de leur libert\u00e9 et\/ou condamn\u00e9s, \u00e0 la suite de proc\u00e9dures p\u00e9nales men\u00e9es \u00e0 leur encontre. Autrement dit, les parlementaires appartenant aux partis politiques d\u2019opposition sont les seuls membres de l\u2019Assembl\u00e9e nationale qui ont \u00e9t\u00e9 touch\u00e9s de mani\u00e8re effective par la modification constitutionnelle du 20\u00a0mai 2016.<\/p>\n<p>428. Plusieurs dirigeants et maires \u00e9lus du HDP ont \u00e9galement \u00e9t\u00e9 plac\u00e9s en d\u00e9tention provisoire. Bien que la Cour n\u2019ait pas acc\u00e8s \u00e0 la teneur des proc\u00e9dures p\u00e9nales contre ces personnes, elle rel\u00e8ve que, selon plusieurs rapports et avis d\u2019observateurs internationaux, la raison principale des mesures privatives de libert\u00e9 subies par lesdites personnes r\u00e9side dans leurs discours politiques. Dans ce contexte, la Cour accorde un poids consid\u00e9rable aux constats des tiers intervenants, et plus particuli\u00e8rement \u00e0 ceux de la Commissaire aux droits de l\u2019homme, qui souligne que la l\u00e9gislation nationale est de plus en plus utilis\u00e9e pour \u00e9touffer les voix dissidentes. La Cour estime donc que les d\u00e9cisions relatives au placement et au maintien en d\u00e9tention provisoire du requ\u00e9rant ne sont pas un cas isol\u00e9. Au contraire, elles semblent suivre une certaine constante.<\/p>\n<p>429. En outre, les dates du placement et du maintien en d\u00e9tention provisoire du requ\u00e9rant sont \u00e9galement un facteur \u00e0 prendre en compte dans son examen sous l\u2019angle de l\u2019article 18 de la Convention. \u00c0 cet \u00e9gard, la Cour note que l\u2019int\u00e9ress\u00e9 a \u00e9t\u00e9 priv\u00e9 de sa libert\u00e9 notamment pendant deux campagnes critiques, \u00e0 savoir celle du r\u00e9f\u00e9rendum du 16 avril 2017 et celle des \u00e9lections pr\u00e9sidentielles du 24 juin 2018.<\/p>\n<p>430. Dans ce contexte, la Cour observe tout d\u2019abord que le requ\u00e9rant s\u2019\u00e9tait d\u00e9clar\u00e9 fermement oppos\u00e9 \u00e0 tout syst\u00e8me pr\u00e9sidentiel propos\u00e9 \u00e0 l\u2019\u00e9poque des faits par le pr\u00e9sident Erdo\u011fan et que ce sujet constituait une vaste pol\u00e9mique entre les dirigeants de l\u2019AKP et ceux du HDP. Or, alors que l\u2019opinion publique turque d\u00e9battait de ce qui \u00e9tait probablement l\u2019une des plus grandes r\u00e9visions constitutionnelles depuis la proclamation de la R\u00e9publique en 1923, le requ\u00e9rant s\u2019est retrouv\u00e9 en d\u00e9tention provisoire, et ce en violation de l\u2019article 5 \u00a7\u00a7 1 et 3 et de l\u2019article 10 de la Convention, ainsi que de l\u2019article 3 du Protocole no 1. Comme la Cour l\u2019a d\u00e9j\u00e0 dit, des \u00e9lections libres et la libert\u00e9 d\u2019expression, notamment la libert\u00e9 du d\u00e9bat politique, constituent l\u2019assise de tout r\u00e9gime d\u00e9mocratique (paragraphe\u00a0383 ci-dessus). Cela vaut \u00e9galement dans le contexte d\u2019un r\u00e9f\u00e9rendum constitutionnel. En effet, aux yeux de la Cour, la d\u00e9tention provisoire subie par le requ\u00e9rant a certainement emp\u00each\u00e9 celui-ci de contribuer effectivement \u00e0 la campagne contre l\u2019introduction d\u2019un syst\u00e8me pr\u00e9sidentiel en Turquie.<\/p>\n<p>431. Lors des \u00e9lections pr\u00e9sidentielles du 24\u00a0juin 2018, six candidats se sont pr\u00e9sent\u00e9s, dont le requ\u00e9rant qui \u00e9tait incarc\u00e9r\u00e9. Celui-ci a donc d\u00fb mener sa campagne \u00e9lectorale au sein de l\u2019institution p\u00e9nitentiaire, dans une situation plus difficile que celle des autres candidats. Il appara\u00eet que les adversaires politiques de l\u2019int\u00e9ress\u00e9 ont tir\u00e9 profit du fait qu\u2019il \u00e9tait priv\u00e9 de sa libert\u00e9.<\/p>\n<p>432. La Cour note \u00e9galement les circonstances li\u00e9es \u00e0 la remise en d\u00e9tention provisoire du requ\u00e9rant (paragraphes 114 et 118 ci\u2011dessus). Elle observe \u00e0 cet \u00e9gard que, le 2 septembre 2019, la cour d\u2019assises d\u2019Ankara a ordonn\u00e9 la remise en libert\u00e9 de l\u2019int\u00e9ress\u00e9. Malgr\u00e9 cette d\u00e9cision, celui-ci est rest\u00e9 priv\u00e9 de sa libert\u00e9 en raison de sa condamnation prononc\u00e9e \u00e0 l\u2019issue de la proc\u00e9dure p\u00e9nale men\u00e9e devant la cour d\u2019assises d\u2019Istanbul. Le 20 septembre 2019, la 26e cour d\u2019assises d\u2019Istanbul a d\u00e9cid\u00e9 que les jours pass\u00e9s par le requ\u00e9rant en d\u00e9tention provisoire dans le cadre de son proc\u00e8s devant la cour d\u2019assises d\u2019Ankara devaient \u00eatre d\u00e9duits aux fins de l\u2019ex\u00e9cution de la peine d\u00e9finitive. En vertu de cette d\u00e9cision, l\u2019int\u00e9ress\u00e9 devait pouvoir b\u00e9n\u00e9ficier de la lib\u00e9ration conditionnelle. Toutefois, plus tard au cours de la m\u00eame journ\u00e9e, et nonobstant la proc\u00e9dure p\u00e9nale pendante devant la cour d\u2019assises d\u2019Ankara, le procureur de la R\u00e9publique d\u2019Ankara a demand\u00e9 au juge de paix d\u2019Ankara de replacer le requ\u00e9rant et sa copr\u00e9sidente en d\u00e9tention provisoire, dans le cadre d\u2019une autre enqu\u00eate p\u00e9nale entam\u00e9e en 2014 sur les \u00e9v\u00e9nements des 6\u20118octobre 2014. Toujours le 20 septembre 2019, le juge de paix d\u2019Ankara a, suivant la demande du procureur de la R\u00e9publique, ordonn\u00e9 le placement en d\u00e9tention provisoire du requ\u00e9rant et de l\u2019autre ex-copr\u00e9sidente du HDP. Le lendemain, le pr\u00e9sident de la R\u00e9publique a fait une d\u00e9claration \u00e0 la presse dans laquelle il a accus\u00e9 le requ\u00e9rant d\u2019\u00eatre le \u00ab\u00a0tueur\u00a0\u00bb de cinquante-trois personnes. Il a \u00e9galement dit qu\u2019il suivait cette affaire et que l\u2019on ne pouvait pas \u00ab\u00a0rel\u00e2cher\u00a0\u00bb les deux copr\u00e9sidentes (paragraphe 118ci-dessus). En cons\u00e9quence, m\u00eame si le 31 octobre 2019 la cour d\u2019assises d\u2019Istanbul a d\u00e9cid\u00e9 de surseoir \u00e0 l\u2019ex\u00e9cution de la peine de quatre ans et huit mois d\u2019emprisonnement prononc\u00e9e contre le requ\u00e9rant, celui-ci est demeur\u00e9 priv\u00e9 de sa libert\u00e9, cette fois en raison de sa remise en d\u00e9tention provisoire.<\/p>\n<p>433. Dans ce contexte, le but apparent de la remise en d\u00e9tention provisoire du requ\u00e9rant \u00e9tait d\u2019enqu\u00eater sur les \u00e9v\u00e9nements des 6-8\u00a0octobre 2014. Or, malgr\u00e9 une qualification diff\u00e9rente des infractions reproch\u00e9es, cette enqu\u00eate p\u00e9nale concernait une partie des faits \u00e0 l\u2019origine du proc\u00e8s p\u00e9nal qui est toujours pendant devant la cour d\u2019assises d\u2019Ankara et dans le cadre duquel l\u2019int\u00e9ress\u00e9 \u00e9tait d\u00e9j\u00e0 plac\u00e9 en libert\u00e9 provisoire (paragraphe\u00a070 ci-dessus). Combinant ces \u00e9l\u00e9ments avec les liens temporels \u00e9troits entre la remise en libert\u00e9 du requ\u00e9rant, ordonn\u00e9e par la cour d\u2019assises d\u2019Ankara le 2 septembre 2019 (paragraphe 114 ci-dessus), la d\u00e9cision de la 26e cour d\u2019assises d\u2019Istanbul du 20 septembre 2019 (paragraphe 115 ci-dessus), le retour imm\u00e9diat du requ\u00e9rant, le m\u00eame jour, en d\u00e9tention provisoire (paragraphe 117 ci-dessus) et le discours prononc\u00e9 juste apr\u00e8s par le pr\u00e9sident de la R\u00e9publique (paragraphe 118ci-dessus), la Cour estime que les autorit\u00e9s nationales ne semblent gu\u00e8re int\u00e9ress\u00e9es par l\u2019implication pr\u00e9sum\u00e9e du requ\u00e9rant dans une infraction pr\u00e9tendument commise entre le 6\u00a0et le 8 octobre 2014, soit environ cinq ans auparavant, mais plut\u00f4t par son maintien en d\u00e9tention, qui l\u2019emp\u00eache d\u2019exercer ses activit\u00e9s politiques.<\/p>\n<p>434. Par ailleurs, les constats de la Commission de Venise relatives \u00e0 l\u2019ind\u00e9pendance de la justice en Turquie, et plus particuli\u00e8rement celles concernant le Conseil sup\u00e9rieur des juges et des procureurs (\u00ab\u00a0le Conseil sup\u00e9rieur\u00a0\u00bb), sont \u00e9galement pertinentes pour l\u2019examen de la Cour sous l\u2019angle de l\u2019article 18 de la Convention. En effet, dans son avis no\u00a0875\/2017 sur les modifications de la Constitution, adopt\u00e9 lors de sa 110e\u00a0session pl\u00e9ni\u00e8re (paragraphe 162 ci-dessus), la Commission de Venise a soulign\u00e9 que dans le nouveau syst\u00e8me constitutionnel le pr\u00e9sident de la R\u00e9publique avait le pouvoir de nommer six membres du Conseil sup\u00e9rieur sur treize et que les sept autres membres seraient nomm\u00e9s par l\u2019Assembl\u00e9e nationale. Elle a not\u00e9 \u00e0 ce propos que le projet pr\u00e9voyait des \u00e9lections au Conseil sup\u00e9rieur dans les trente jours suivant l\u2019entr\u00e9e en vigueur de la r\u00e9vision constitutionnelle. La Commission de Venise a \u00e9mis l\u2019avis que cette nouvelle composition du Conseil sup\u00e9rieur \u00e9tait \u00ab\u00a0extr\u00eamement probl\u00e9matique\u00a0\u00bb. Elle a rappel\u00e9 \u00e0 cet \u00e9gard que, dans le nouveau syst\u00e8me constitutionnel, le pr\u00e9sident de la R\u00e9publique n\u2019\u00e9tait pas un pouvoir neutre mais qu\u2019il appartenait \u00e0 une mouvance politique. De plus, consid\u00e9rant la possibilit\u00e9 que le parti du pr\u00e9sident de la R\u00e9publique d\u00e9tienne la majorit\u00e9 parlementaire, situation selon elle pratiquement garantie par le syst\u00e8me d\u2019\u00e9lections simultan\u00e9es, la Commission de Venise a estim\u00e9 que cette composition compromettrait gravement l\u2019ind\u00e9pendance de la justice, du fait que le Conseil sup\u00e9rieur \u00e9tait le principal organe de gestion autonome de la justice, charg\u00e9 des nominations, des promotions, des transferts, des mesures disciplinaires et de la r\u00e9vocation des juges et des procureurs. Elle a ajout\u00e9 ceci\u00a0: \u00ab\u00a0contr\u00f4ler [le Conseil sup\u00e9rieur] revient \u00e0 contr\u00f4ler les juges et les procureurs, surtout dans un pays o\u00f9 les r\u00e9vocations de juges sont devenues fr\u00e9quentes et les transferts de juges sont monnaie courante\u00a0\u00bb. Il ressort des rapports et avis d\u2019observateurs internationaux, en particulier des commentaires de la Commissaire aux droits de l\u2019homme, que le climat politique tendu en Turquie au cours des derni\u00e8res ann\u00e9es a cr\u00e9\u00e9 un environnement capable d\u2019influencer certaines d\u00e9cisions des juridictions nationales, en particulier pendant l\u2019\u00e9tat d\u2019urgence, lorsque des centaines de magistrats ont \u00e9t\u00e9 r\u00e9voqu\u00e9s de leurs fonctions, et surtout concernant les proc\u00e9dures p\u00e9nales engag\u00e9es contre les voix dissidentes.<\/p>\n<p>435. De son c\u00f4t\u00e9 le Gouvernement expose qu\u2019en novembre 2017 et en janvier 2018 l\u2019int\u00e9ress\u00e9 a \u00e9t\u00e9 acquitt\u00e9 \u00e0 l\u2019issue de trois proc\u00e9dures p\u00e9nales dont il avait fait l\u2019objet. De plus, il indique que le 11 juillet 2018 le tribunal de Diyarbak\u0131r a accord\u00e9 une indemnit\u00e9 au requ\u00e9rant sur le fondement de l\u2019article 141 du CPP, en raison de l\u2019absence d\u2019examen d\u2019office de la question relative \u00e0 sa d\u00e9tention provisoire. Enfin, il ajoute que seuls huit d\u00e9put\u00e9s du HDP sur les quinze qui avaient \u00e9t\u00e9 plac\u00e9s en d\u00e9tention provisoire en novembre 2016 se trouvent toujours en d\u00e9tention. Aux yeux de la Cour, les faits tels que pr\u00e9sent\u00e9s par le Gouvernement peuvent attester que tout l\u2019appareil juridique de l\u2019\u00c9tat d\u00e9fendeur n\u2019a pas \u00e9t\u00e9 utilis\u00e9 syst\u00e9matiquement de mani\u00e8re abusive et que les autorit\u00e9s judiciaires n\u2019ont pas sans cesse agi de mauvaise foi et au m\u00e9pris flagrant de la Convention dans toutes les affaires concernant les voix dissidentes (voir, mutatis mutandis, N\u0103stase c.\u00a0Roumanie (d\u00e9c.), no80563\/12, \u00a7 109, 18 novembre 2014). Toutefois, la Cour voit mal comment ces faits pourraient avoir une influence sur sa d\u00e9cision relative \u00e0 la d\u00e9tention provisoire subie par le requ\u00e9rant dans les circonstances de la pr\u00e9sente affaire.<\/p>\n<p>436. En l\u2019occurrence, les \u00e9l\u00e9ments concordants d\u00e9coulant du contexte confirment la th\u00e8se selon laquelle les autorit\u00e9s judiciaires ont r\u00e9agi s\u00e9v\u00e8rement \u00e0 la conduite du requ\u00e9rant, l\u2019un des leaders de l\u2019opposition, \u00e0 celle d\u2019autres d\u00e9put\u00e9s et maires \u00e9lus membres du HDP, et, plus g\u00e9n\u00e9ralement, face aux voix dissidentes. Le placement et le maintien en d\u00e9tention provisoire du requ\u00e9rant ont non seulement priv\u00e9 des milliers d\u2019\u00e9lecteurs de leur repr\u00e9sentation au sein de l\u2019Assembl\u00e9e nationale, mais ils ont de surcro\u00eet envoy\u00e9 un message dangereux \u00e0 l\u2019ensemble de la population, r\u00e9duisant consid\u00e9rablement la port\u00e9e du d\u00e9bat d\u00e9mocratique libre. Ces \u00e9l\u00e9ments permettent \u00e0 la Cour de conclure que les buts avanc\u00e9s par les autorit\u00e9s relativement \u00e0 la d\u00e9tention provisoire de l\u2019int\u00e9ress\u00e9 n\u2019\u00e9taient qu\u2019une couverture pour un but politique inavou\u00e9, ce qui est d\u2019une gravit\u00e9 incontestable pour la d\u00e9mocratie (Cebotari c. Moldova, no\u00a035615\/06, \u00a7\u00a7\u00a052\u201153, 13 novembre 2007, Ilgar Mammadov, pr\u00e9cit\u00e9, \u00a7 143, Rasul Jafarovc. Azerba\u00efdjan, no 69981\/14, \u00a7 162, 17 mars 2016, et Mammadli, pr\u00e9cit\u00e9,\u00a7\u00a0104).<\/p>\n<p>437. Eu \u00e9gard \u00e0 ce qui pr\u00e9c\u00e8de, la Cour consid\u00e8re qu\u2019il est \u00e9tabli au-del\u00e0 de tout doute raisonnable que la privation de libert\u00e9 subie par le requ\u00e9rant, notamment pendant deux campagnes critiques, celles du r\u00e9f\u00e9rendum et de l\u2019\u00e9lection pr\u00e9sidentielle, poursuivait un but inavou\u00e9, \u00e0 savoir celui d\u2019\u00e9touffer le pluralisme et de limiter le libre jeu du d\u00e9bat politique, qui se trouve au c\u0153ur m\u00eame de la notion de soci\u00e9t\u00e9 d\u00e9mocratique.<\/p>\n<p>438. Partant, la Cour conclut qu\u2019il y a eu violation de l\u2019article18 de la Convention combin\u00e9 avec l\u2019article\u00a05.<\/p>\n<p>VIII. SUR L\u2019APPLICATION DEs ARTICLEs41 et 46 DE LA CONVENTION<\/p>\n<p><strong>A. Sur l\u2019article 46 de la Convention<\/strong><\/p>\n<p>439. Le requ\u00e9rant a demand\u00e9 \u00e0 la Cour d\u2019ordonner sa lib\u00e9ration. En ses passages pertinents, l\u2019article 46 de la Convention se lit comme suit\u00a0:<\/p>\n<p>\u00ab\u00a01. Les Hautes Parties contractantes s\u2019engagent \u00e0 se conformer aux arr\u00eats d\u00e9finitifs de la Cour dans les litiges auxquels elles sont parties.<\/p>\n<p>2. L\u2019arr\u00eat d\u00e9finitif de la Cour est transmis au Comit\u00e9 des Ministres qui en surveille l\u2019ex\u00e9cution.<\/p>\n<p>(&#8230;)\u00a0\u00bb<\/p>\n<p>440. La Cour renvoie aux d\u00e9veloppements relatifs au retour en d\u00e9tention provisoire du requ\u00e9rant, le 20 septembre 2019 (paragraphes\u00a0114-118 ci\u2011dessus). \u00c0 cet \u00e9gard, elle a d\u00e9j\u00e0 dit qu\u2019au vu des divers \u00e9l\u00e9ments factuels et des liens temporels et mat\u00e9riels \u00e9troits existant entre eux, pris dans leur globalit\u00e9,les autorit\u00e9s \u00e0 l\u2019origine du placement initial et du maintien en d\u00e9tention du requ\u00e9rant ne semblaient pas \u00eatre int\u00e9ress\u00e9es principalement par l\u2019enqu\u00eate sur l\u2019implication pr\u00e9sum\u00e9e de celui-ci dans une infraction pr\u00e9tendument commise en 2014 (paragraphes 426-433 ci-dessus). Pour la Cour, le but ultime des autorit\u00e9s judiciaires \u00e9tait de priver le requ\u00e9rant de sa libert\u00e9 en d\u00e9pit de la d\u00e9cision de la cour d\u2019assises d\u2019Ankara ayant ordonn\u00e9 sa lib\u00e9ration (paragraphe 93 ci-dessus). Le Gouvernement a plaid\u00e9 que les infractions pour lesquelles le requ\u00e9rant avait \u00e9t\u00e9 plac\u00e9 en d\u00e9tention provisoire le 20 septembre 2019 (r\u00e9sum\u00e9es aux paragraphes\u00a0116-117 ci\u2011dessus) n\u2019\u00e9taient pas les m\u00eames que celles qui font l\u2019objet de la pr\u00e9sente requ\u00eate, parce que ces derni\u00e8res concernaient non seulement les faits survenus les 6-8 octobre 2014 mais aussi les \u00ab\u00a0actes et incidents\u00a0\u00bb signal\u00e9s dans plusieurs autres rapports d\u2019enqu\u00eate (paragraphe\u00a0415 ci-dessus). Ainsi, selon le Gouvernement lui-m\u00eame, la d\u00e9cision de mise en d\u00e9tention du 20 septembre 2019 porte aussi sur les faits qui se sont produits du 6 au 8 octobre 2014, bien qu\u2019elle soit formul\u00e9e de mani\u00e8re plus \u00e9troite que les accusations ayant conduit au placement initial du requ\u00e9rant en d\u00e9tention. Or l\u2019ouverture d\u2019une nouvelle enqu\u00eate p\u00e9nale concernant des faits qui ont d\u00e9j\u00e0 \u00e9t\u00e9 jug\u00e9s insuffisants pour justifier la d\u00e9tention, en recourant \u00e0 une nouvelle qualification juridique, sont de nature \u00e0 permettre aux autorit\u00e9s de contourner le droit \u00e0 la libert\u00e9.<\/p>\n<p>441. En l\u2019esp\u00e8ce, la Cour ne peut donc pas ignorer le fait que l\u2019int\u00e9ress\u00e9 a \u00e9t\u00e9 plac\u00e9 en d\u00e9tention provisoire sur le fondement d\u2019une nouvelle qualification juridique des \u00ab\u00a0actes et incidents\u00a0\u00bb relatifs \u00e0 la p\u00e9riode du 6\u20118\u00a0octobre 2014 qui faisaient d\u00e9j\u00e0 partie des motifs invoqu\u00e9s pour justifier la privation de libert\u00e9 qui est pr\u00e9cis\u00e9ment vis\u00e9e dans sa requ\u00eate et qui a pris fin le 2 septembre 2019. \u00c0 la lumi\u00e8re desconclusions auxquelles elle est parvenue, en particulier de son constat de violation de l\u2019article 18 combin\u00e9 avec l\u2019article 5, la Cour souligne que les mesures d\u2019ex\u00e9cution qui doivent maintenant \u00eatre prises par l\u2019\u00c9tat d\u00e9fendeur, sous la surveillance du Comit\u00e9 des Ministres, concernant la situation du requ\u00e9rant doivent \u00eatre compatibles avec les conclusions et l\u2019esprit du pr\u00e9sent arr\u00eat (Ilgar Mammadov c.\u00a0Azerba\u00efdjan (recours en manquement) [GC], no15172\/13, \u00a7182, 29\u00a0mai 2019).<\/p>\n<p>442. Lorsque la nature m\u00eame de la violation constat\u00e9e n\u2019offre pas r\u00e9ellement de choix parmi diff\u00e9rentes sortes de mesures susceptibles d\u2019y rem\u00e9dier, la Cour peut d\u00e9cider d\u2019indiquer une mesure individuelle particuli\u00e8re, comme elle l\u2019a fait dans les arr\u00eats Assanidz\u00e9 (pr\u00e9cit\u00e9, \u00a7\u00a7\u00a0202\u2011203), Ila\u015fcu et autres (pr\u00e9cit\u00e9, \u00a7 490), Alexanian c.\u00a0Russie (no\u00a046468\/06, \u00a7\u00a7239-240, 22 d\u00e9cembre 2008), Fatullayev c.\u00a0Azerba\u00efdjan (no\u00a040984\/07, \u00a7\u00a7 176-177, 22avril 2010),Del R\u00edo Prada c. Espagne ([GC], no\u00a042750\/09, \u00a7\u00a7 138-139, CEDH 2013), \u015eahin Alpay (pr\u00e9cit\u00e9, \u00a7\u00a7\u00a0194-195) et Kavala (pr\u00e9cit\u00e9, \u00a7 240). Pour le requ\u00e9rant en l\u2019esp\u00e8ce, le maintien en d\u00e9tention provisoire, pour des motifs relatifs au m\u00eame contexte factuel, impliquerait une prolongation de la violation de ses droits ainsi qu\u2019un manquement \u00e0 l\u2019obligation qui incombe \u00e0 l\u2019\u00c9tat d\u00e9fendeur au titre de l\u2019article 46\u00a0\u00a7 1 de la Convention de se conformer \u00e0 l\u2019arr\u00eat de la Cour. Partant, la Cour consid\u00e8re que l\u2019\u00c9tat d\u00e9fendeur doit prendre toutes les mesures n\u00e9cessaires pour assurer la lib\u00e9ration imm\u00e9diate du requ\u00e9rant.<\/p>\n<p><strong>B. Sur l\u2019article 41 de la Convention<\/strong><\/p>\n<p>443. Aux termes de l\u2019article41 de la Convention,<\/p>\n<p>\u00ab\u00a0Si la Cour d\u00e9clare qu\u2019il y a eu violation de la Convention ou de ses Protocoles, et si le droit interne de la Haute Partie contractante ne permet d\u2019effacer qu\u2019imparfaitement les cons\u00e9quences de cette violation, la Cour accorde \u00e0 la partie l\u00e9s\u00e9e, s\u2019il y a lieu, une satisfaction \u00e9quitable.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p><em>1. Dommage<\/em><\/p>\n<p>444. Devant la chambre, le requ\u00e9rant avait r\u00e9clam\u00e9 11\u00a0350 euros (EUR) pour le pr\u00e9judice mat\u00e9riel et 250\u00a0000 EUR pour le dommage moral qu\u2019il estimait avoir subis. La chambre lui a allou\u00e9 la somme de 10\u00a0000 EUR pour dommage moral.<\/p>\n<p>445. Devant la Grande Chambre, le requ\u00e9rant, rappelant qu\u2019il est avocat et qu\u2019il n\u2019a pas eu la possibilit\u00e9 de travailler en raison de sa d\u00e9tention provisoire, selon lui ill\u00e9gale, demande tout d\u2019abord 16\u00a0020 EUR pour perte de revenu. Il r\u00e9clame ensuite 5\u00a0946 EUR au titre du pr\u00e9judice mat\u00e9riel dont il se plaint, ce qui correspond selon ses indications aux billets d\u2019avion que son \u00e9pouse (15\u00a0471,17 livres turques (TRY), soit environ 2\u00a0350 EUR), ses deux filles (4\u00a0133,85 TRY et 3\u00a0749,26 TRY, soit environ 600 EUR et 550\u00a0EUR respectivement) et ses avocats (16\u00a0637,60TRY, soit environ 2\u00a0500\u00a0EUR) ont d\u00fb payer pour lui rendre visite \u00e0 la prison d\u2019Edirne. \u00c0 l\u2019appui de sa demande, il fournit les factures relatives aux billets d\u2019avion. Il sollicite en outre 50\u00a0000 EUR au titre du dommage moral qu\u2019il dit avoir subi.<\/p>\n<p>446. Le Gouvernement estime ces sommes excessives et incompatibles avec la jurisprudence de la Cour.<\/p>\n<p>447. S\u2019agissant d\u2019abord du dommage mat\u00e9riel, la Cour consid\u00e8requ\u2019il incombe \u00e0 la partie requ\u00e9rante de d\u00e9montrer que les violations constat\u00e9es ont entra\u00een\u00e9 pour elle un pr\u00e9judice. \u00c0 cette fin, elle doit produire des justificatifs \u00e0 l\u2019appui de sa demande. Dans ce contexte, un lien de causalit\u00e9 manifeste doit \u00eatre \u00e9tabli entre le dommage mat\u00e9riel all\u00e9gu\u00e9 et la violation constat\u00e9e. La Cour pr\u00e9cise qu\u2019un lien hypoth\u00e9tique entre ces derniers ne suffit pas (Bykov c. Russie [GC], no 4378\/02, \u00a7 110, 10 mars 2009, et Satakunnan Markkinap\u00f6rssi Oy et Satamedia Oy, pr\u00e9cit\u00e9, \u00a7 219).<\/p>\n<p>448. En l\u2019esp\u00e8ce, les constats de violation de la Convention d\u00e9coulent principalement du placement et du maintien du requ\u00e9rant en d\u00e9tention provisoire. \u00c0 cet \u00e9gard, la Cour consid\u00e8re que les frais que les proches de celui-ci ont d\u00fb payer pour lui rendre visite en prison lui ont certainement caus\u00e9 un dommage mat\u00e9riel. Elle estime donc qu\u2019il y a lieu d\u2019octroyer \u00e0 l\u2019int\u00e9ress\u00e9 3\u00a0500 EUR, somme correspondant \u00e0 la valeur des billets d\u2019avion achet\u00e9s par son \u00e9pouse et ses deux filles. En revanche, sur la base des \u00e9l\u00e9ments qui lui ont \u00e9t\u00e9 soumis, la Cour ne discerne pas de lien de causalit\u00e9 entre les violations constat\u00e9es et le pr\u00e9judice mat\u00e9riel all\u00e9gu\u00e9 par le requ\u00e9rant. Elle rejette donc ce volet des pr\u00e9tentions.<\/p>\n<p>449. En ce qui concerne le dommage moral, la Cour est d\u2019avis que les violations s\u00e9rieuses et multiples de la Convention qu\u2019elle a constat\u00e9es ont caus\u00e9 \u00e0 l\u2019int\u00e9ress\u00e9 un dommage certain et consid\u00e9rable. Statuant en \u00e9quit\u00e9 et tenant compte du montant allou\u00e9 au niveau interne (paragraphe 127\u00a0ci\u2011dessus), elle d\u00e9cide qu\u2019il y a lieu de lui octroyer 25\u00a0000 EUR au titre du pr\u00e9judice moral subi.<\/p>\n<p><em>2. Frais et d\u00e9pens<\/em><\/p>\n<p>450. Devant la chambre, le requ\u00e9rant avait r\u00e9clam\u00e9 40\u00a0000 EUR pour frais et d\u00e9pens. La chambre lui a allou\u00e9 15\u00a0000 EUR \u00e0 ce titre.<\/p>\n<p>451. Devant la Grande Chambre, l\u2019int\u00e9ress\u00e9 demande 25\u00a0800 EUR pour les frais et d\u00e9pens qu\u2019il dit avoir engag\u00e9s devant la Cour pour couvrir les frais de ses repr\u00e9sentants. \u00c0 l\u2019appui de sa demande, il fournit une copie du contrat qu\u2019il a sign\u00e9 avec ceux-ci et un relev\u00e9 indiquant le temps consacr\u00e9 par eux \u00e0 cette affaire, soit 30 heures pour M. Karaman, 45 heures pour Mme\u00a0Molu, 36 heures pour M. Alt\u0131parmak, 35 heures pour M.\u00a0Demir, 36\u00a0heures pour Mme \u00c7al\u0131 et 40 heures pour Mme Demirta\u015f G\u00f6kalp. Il pr\u00e9cise que le tarif horaire de ses repr\u00e9sentants s\u2019\u00e9l\u00e8ve \u00e0 150 EUR pour Mme \u00c7al\u0131 et M.\u00a0Alt\u0131parmak, et \u00e0 100 EUR pour les autres. Le requ\u00e9rant sollicite en outre 40\u00a0332\u00a0TRY (environ 6\u00a0100 EUR) pour frais de traduction et il produit les factures aff\u00e9rentes \u00e0 ceux-ci.<\/p>\n<p>452. Le Gouvernement conteste la n\u00e9cessit\u00e9 de ces d\u00e9penses et le caract\u00e8re raisonnable de leur montant.<\/p>\n<p>453. Selon la jurisprudence constante de la Cour, un requ\u00e9rant ne peut obtenir le remboursement de ses frais et d\u00e9pens que dans la mesure o\u00f9 se trouvent \u00e9tablis leur r\u00e9alit\u00e9, leur n\u00e9cessit\u00e9 et le caract\u00e8re raisonnable de leur taux. En l\u2019esp\u00e8ce, compte tenu de sa jurisprudence et des documents dont elle dispose, la Cour juge raisonnable d\u2019octroyer l\u2019int\u00e9gralit\u00e9 des sommes r\u00e9clam\u00e9es.<\/p>\n<p><em>3. Int\u00e9r\u00eats moratoires<\/em><\/p>\n<p>454. La Cour juge appropri\u00e9 de calquer le taux des int\u00e9r\u00eats moratoires sur le taux d\u2019int\u00e9r\u00eat de la facilit\u00e9 de pr\u00eat marginal de la Banque centrale europ\u00e9enne major\u00e9 de trois points de pourcentage.<\/p>\n<p><strong>PAR CES MOTIFS, LA COUR<\/strong><\/p>\n<p>1. Rejette, \u00e0 l\u2019unanimit\u00e9, l\u2019exception pr\u00e9liminaire tir\u00e9e de l\u2019article 35 \u00a7\u00a02\u00a0b) de la Convention, soulev\u00e9e par le Gouvernement\u00a0;<\/p>\n<p>2. Rejette, \u00e0 l\u2019unanimit\u00e9, l\u2019exception pr\u00e9liminaire de non-exercice du recours individuel devant la Cour constitutionnelle, soulev\u00e9e par le Gouvernement\u00a0;<\/p>\n<p>3. Rejette, \u00e0 l\u2019unanimit\u00e9, l\u2019exception pr\u00e9liminaire de non-\u00e9puisement des voies de recours internes relativement aux griefs tir\u00e9s des articles 5 \u00a7\u00a03 et\u00a018 de la Convention et de l\u2019article 3 du Protocole no 1 \u00e0 la Convention, soulev\u00e9e par le Gouvernement\u00a0;<\/p>\n<p>4. Rejette, \u00e0 l\u2019unanimit\u00e9, l\u2019exception pr\u00e9liminaire de non-exercice du recours en indemnisation, soulev\u00e9e par le Gouvernement\u00a0;<\/p>\n<p>5. Rejette, \u00e0 la majorit\u00e9, l\u2019exception pr\u00e9liminaire de d\u00e9faut de qualit\u00e9 de victime du requ\u00e9rant relativement \u00e0 l\u2019article 5 \u00a7 3 de la Convention, soulev\u00e9e par le Gouvernement\u00a0;<\/p>\n<p>6. Rejette, \u00e0 l\u2019unanimit\u00e9, l\u2019exception pr\u00e9liminaire de d\u00e9faut de qualit\u00e9 de victime du requ\u00e9rant relativement \u00e0 l\u2019article 10 de la Convention et \u00e0 l\u2019article\u00a03 du Protocole no 1, soulev\u00e9e par le Gouvernement\u00a0;<\/p>\n<p>7. D\u00e9clare, \u00e0 l\u2019unanimit\u00e9, la requ\u00eate recevable ;<\/p>\n<p>8. Dit, par seize voix contre une, qu\u2019il y a eu violation de l\u2019article 10 de la Convention\u00a0;<\/p>\n<p>9. Dit, par quinze voix contre deux, qu\u2019il y a eu violation de l\u2019article 5 \u00a7\u00a01 de la Convention\u00a0;<\/p>\n<p>10. Dit, par seize voix contre une, qu\u2019il y a eu violation de l\u2019article 5 \u00a7 3 de la Convention\u00a0;<\/p>\n<p>11. Dit, par seize voix contre une, qu\u2019il n\u2019y a pas eu violation de l\u2019article\u00a05 \u00a7\u00a04 de la Convention\u00a0;<\/p>\n<p>12. Dit, \u00e0 l\u2019unanimit\u00e9, qu\u2019il y a eu violation de l\u2019article 3 du Protocole no 1 \u00e0 la Convention\u00a0;<\/p>\n<p>13. Dit, par seize voix contre une, qu\u2019il y a eu violation de l\u2019article 18de la Convention combin\u00e9 avec l\u2019article\u00a05\u00a0;<\/p>\n<p>14. Dit, par quinze voix contre deux, que l\u2019\u00c9tat d\u00e9fendeur doit prendre toutes les mesures n\u00e9cessaires pour assurer la remise en libert\u00e9 imm\u00e9diate du requ\u00e9rant\u00a0;<\/p>\n<p>15. Dit, par seize voix contre une,<\/p>\n<p>a) que l\u2019\u00c9tat d\u00e9fendeur doit verser au requ\u00e9rant, dans les trois mois, les sommes suivantes, \u00e0 convertir dans la monnaie de l\u2019\u00c9tat d\u00e9fendeur au taux applicable \u00e0 la date du r\u00e8glement\u00a0:<\/p>\n<p>i. 3\u00a0500\u00a0EUR (trois mille cinq cents euros), plus tout montant pouvant \u00eatre d\u00fb \u00e0 titre d\u2019imp\u00f4t sur cette somme, pour dommage mat\u00e9riel\u00a0;<\/p>\n<p>ii. 25\u00a0000\u00a0EUR (vingt-cinq mille euros), plus tout montant pouvant \u00eatre d\u00fb \u00e0 titre d\u2019imp\u00f4t sur cette somme, pour dommage moral\u00a0;<\/p>\n<p>iii. 31\u00a0900\u00a0EUR (trente et un mille neuf cents euros), plus tout montant pouvant \u00eatre d\u00fb par le requ\u00e9rant \u00e0 titre d\u2019imp\u00f4t sur cette somme, pour frais et d\u00e9pens\u00a0;<\/p>\n<p>b) qu\u2019\u00e0 compter de l\u2019expiration dudit d\u00e9lai et jusqu\u2019au versement, ces montants seront \u00e0 majorer d\u2019un int\u00e9r\u00eat simple \u00e0 un taux \u00e9gal \u00e0 celui de la facilit\u00e9 de pr\u00eat marginal de la Banque centrale europ\u00e9enne applicable pendant cette p\u00e9riode, augment\u00e9 de trois points de pourcentage\u00a0;<\/p>\n<p>16. Rejette, \u00e0 l\u2019unanimit\u00e9, la demande de satisfaction \u00e9quitable pour le surplus.<\/p>\n<p>Fait en fran\u00e7ais et en anglais, puis prononc\u00e9 par \u00e9crit, le 22 d\u00e9cembre 2020.<\/p>\n<p>Johan Callewaert Ksenija Turkovi\u0107<br \/>\nAdjoint au Greffier Pr\u00e9sidente<\/p>\n<p>Au pr\u00e9sent arr\u00eat se trouve joint, conform\u00e9ment aux articles 45 \u00a7 2 de la Convention et 74 \u00a7 2 du r\u00e8glement, l\u2019expos\u00e9 des opinions s\u00e9par\u00e9es suivantes\u00a0:[2]<\/p>\n<p>\u2013 opinion partiellement concordante et partiellement dissidente du juge Wojtyczek\u00a0;<\/p>\n<p>\u2013 opinion partiellement dissidente du juge Chanturia\u00a0;<\/p>\n<p>\u2013 opinion jointe partiellement dissidente des juges Y\u00fcksel et Paczolay\u00a0;<\/p>\n<p>\u2013 opinion partiellement concordante et dissidente du juge Y\u00fcksel.<\/p>\n<p style=\"text-align: right;\">K.T.U.<br \/>\nJ.C.<\/p>\n<p style=\"text-align: center;\"><strong>PARTLY CONCURRING AND PARTLY DISSENTINGOPINION OF JUDGE WOJTYCZEK<\/strong><\/p>\n<p style=\"text-align: center;\">(version originale anglaise)<\/p>\n<p>1. I respectfully disagree with my colleagues\u2019 view that Article 5 \u00a7 4 of the Convention has not been violated in the instant case. I also have reservations concerning the wording of point 14 of the operative part, as well as certain parts of the reasoning.<\/p>\n<p>2. In paragraph 167 of the reasoning the following view has been expressed:<\/p>\n<p>\u201cThe Court reiterates that the content and scope of the case referred to the Grand Chamber are delimited by the Chamber\u2019s decision on admissibility (see Murtazaliyeva v. Russia [GC], no. 36658\/05, \u00a7 88, 18 December 2018). The Grand Chamber therefore cannot examine complaints which have been declared inadmissible.\u201d<\/p>\n<p>As a result, the Grand Chamber therefore cannot examine the complaints which have been declared inadmissible but can declare inadmissible the complaints which have been declared admissible and examined by the Chamber.<\/p>\n<p>I acknowledge that the viewpoint expressed above reflects the established practice in the Grand Chamber (see, for instance, Al-Dulimi and Montana Management Inc. v. Switzerland [GC], no. 5809\/08, \u00a7 78, 21 June 2016; Neulinger and Shuruk v. Switzerland [GC], no. 41615\/07, \u00a7 88, ECHR 2010; and G\u00f6\u00e7 v. Turkey [GC], no. 36590\/97, \u00a7\u00a7 36-37, ECHR 2002-V) but I am not convinced that this practice is compatible with the Convention. It is important to remind ourselves here of the wording of the relevant provision of the Convention (emphasis added):<\/p>\n<p style=\"text-align: center;\">Article 43<\/p>\n<p style=\"text-align: center;\">Referral to the Grand Chamber<\/p>\n<p>\u201c1. Within a period of three months from the date of the judgment of the Chamber, any party to the case may, in exceptional cases, request that the case be referred to the Grand Chamber.<\/p>\n<p>2. A panel of five judges of the Grand Chamber shall accept the request if the case raises a serious question affecting the interpretation or application of the Convention or the Protocols thereto, or a serious issue of general importance.<\/p>\n<p>3. If the panel accepts the request, the Grand Chamber shall decide the case by means of a judgment.\u201d<\/p>\n<p>The Court has rightly expressed the following views when interpreting this provision (see K. and T. v. Finland [GC], no. 25702\/94, \u00a7 140, ECHR 2001-VII):<\/p>\n<p>\u201cThe Court would first note that all three paragraphs of Article 43 use the term \u2018the case\u2019 (\u2018l\u2019affaire\u2019) for describing the matter which is being brought before the Grand Chamber. In particular, paragraph 3 of Article 43 provides that the Grand Chamber is to \u2018decide the case\u2019 \u2013 that is the whole case and not simply the \u2018serious question\u2019 or \u2018serious issue\u2019 mentioned in paragraph 2 \u2013 \u2018by means of a judgment\u2019. The wording of Article 43 makes it clear that, whilst the existence of \u2018a serious question affecting the interpretation or application of the Convention or the Protocols thereto, or a serious issue of general importance\u2019 (paragraph 2) is a prerequisite for acceptance of a party\u2019s request, the consequence of acceptance is that the whole \u2018case\u2019 is referred to the Grand Chamber to be decided afresh by means of a new judgment (paragraph 3). The same term \u2018the case\u2019 (\u2018l\u2019affaire\u2019) is also used in Article 44 \u00a7 2 which defines the conditions under which the judgments of a Chamber become final. If a request by a party for referral under Article 43 has been accepted, Article 44 can only be understood as meaning that the entire judgment of the Chamber will be set aside in order to be replaced by the new judgment of the Grand Chamber envisaged by Article\u00a043 \u00a7 3. This being so, the \u2018case\u2019 referred to the Grand Chamber necessarily embraces all aspects of the application previously examined by the Chamber in its judgment, and not only the serious \u2018question\u2019 or \u2018issue\u2019 at the basis of the referral. In sum, there is no basis for a merely partial referral of the case to the Grand Chamber.\u201d.<\/p>\n<p>In the same judgment (ibid., \u00a7 141) the Court added the following statement:<\/p>\n<p>\u201cThe Court would add, for the sake of clarification, that the \u2018case\u2019 referred to the Grand Chamber is the application as it has been declared admissible (see, mutatis mutandis, Ireland v. the United Kingdom, judgment of 18 January 1978, Series A no.\u00a025, p. 63, \u00a7 157). This does not mean, however, that the Grand Chamber may not also examine, where appropriate, issues relating to the admissibility of the application in the same manner as this is possible in normal Chamber proceedings, for example by virtue of Article 35 \u00a7 4 in fine of the Convention (which empowers the Court to \u2018reject any application which it considers inadmissible &#8230; at any stage of the proceedings\u2019), or where such issues have been joined to the merits or where they are otherwise relevant at the merits stage.\u201d<\/p>\n<p>The above-quoted clarification is difficult to accept. The main argument used here is the practice in the proceedings before the Commission and the Court before the 1998 Protocol No. 11 entered into force, whereas this reform completely reshaped the whole system.<\/p>\n<p>In my view, the request submitted by a party under Article 43 concerns the case. Subsequently the Grand Chamber decides the case. The term \u201ccase\u201d refers to the whole case, and not only the part of the application which has been declared admissible. There are no limitations upon the scope of the request. Moreover, the \u201cserious question affecting the interpretation or application of the Convention\u201d or \u201cserious issue of general importance\u201d may arise in the context of complaints which have been declared inadmissible. Therefore, the acceptance of the request lodged under Article 43 should mean that the whole Chamber judgment is quashed, and not only the part of the judgment which decides on the merits of the case. There are no grounds for dividing the Chamber judgment into two parts: one which is untouchable and one which is quashed.<\/p>\n<p>Article 19, which defines the mandate of the Court (\u201cto ensure the observance of the engagements undertaken by the High Contracting Parties in the Convention and the Protocols thereto\u201d), will be better observed if the Grand Chamber accepts for examination the complaints which have been declared inadmissible by the Chamber.<\/p>\n<p>Moreover, the approach adopted by the Chamber may be seen as an infringement of the principle that all parties should have equal rights. A Government requesting the referral of a case to the Grand Chamber does not face the risk that the complaints that have been declared inadmissible will be examined on the merits, whereas the applicant faces the risk that the complaints declared admissible by the Chamber may be declared inadmissible by the Grand Chamber.<\/p>\n<p>It is also important to note the provisions of the Convention and of the Rules of Court determining when the judgments or decisions of the Court become final. Firstly, Article 44 of the Convention unequivocally establishes when \u201cjudgments\u201d (ergo rulings on the admissibility and merits of a case) become final. Secondly, when the Rules of Court determine the conditions in which a decision or a judgment is to become final, they do so expressly. In particular, with regard to single-judge and Committee proceedings, Rule 52A \u00a7 1 and Rule 53 \u00a7 4, sentence 1, state that decisions under Article 27 of the Convention and decisions and judgments under Article 28 of the Convention are final. When dealing with Chamber proceedings, Rule 54 \u00a7 3, sentences 1 and 2, expressly provides:<\/p>\n<p>\u201cIn the exercise of the competences under paragraph 2 (b) of this Rule, the President of the Section, acting as a single judge, may at once declare part of the application inadmissible or strike part of the application out of the Court\u2019s list of cases. The decision shall be final.\u201d<\/p>\n<p>There are no similar provisions concerning Chamber judgments. This is another argument in favour of the view that the parts of the Chamber judgments declaring certain grievances inadmissible should not become final if the case is referred to the Grand Chamber.<\/p>\n<p>The literal, systemic and teleological interpretations all point therefore in the same direction: the scope of the case before the Grand Chamber should not be reduced to the complaints declared admissible by the Chamber.<\/p>\n<p>3. The reasoning in the present case emphasises the status of the applicant as a member of parliament (see paragraphs 242 to 245 of the judgment). There is no doubt that Parliament should be protected by way of parliamentary immunities and other privileges granted to its members because the members of the parliamentary opposition may be targeted by the authorities much more frequently than other persons and also because their speech may fall into the category of official speech, which is protected neither by fundamental constitutional rights nor by the Convention rights (see my concurring opinion appended to the judgment in the case of Makraduli v. the former Yugoslav Republic of Macedonia, nos. 64659\/11 and 24133\/13, 19 July 2018).<\/p>\n<p>At the same time, parliamentary immunities and other privileges are not individual rights. They always protect the public interest and not the parliamentarians\u2019 private interests. They shield the parliamentary function, not personal self-fulfilment. The legislature is therefore the master of the immunity of inviolability and may lift it \u2013 in accordance with procedures established by law \u2013 when it considers it appropriate. As explained by A. Esmein in his classic textbook:<\/p>\n<p>\u201cLes immunit\u00e9s parlementaires, dont nous abordons l\u2019\u00e9tude, ont l\u2019apparence de v\u00e9ritables faveurs accord\u00e9es aux membres du Parlement ; mais, en r\u00e9alit\u00e9, elles n\u2019ont point ce caract\u00e8re. Elles n\u2019existent que dans l\u2019int\u00e9r\u00eat de l\u2019Assembl\u00e9e elle-m\u00eame, \u00e0 laquelle appartiennent ceux qui en profitent, et dans l\u2019int\u00e9r\u00eat de la nation que repr\u00e9sente cette Assembl\u00e9e. Elles ont pour but d\u2019assurer l\u2019ind\u00e9pendance et le libre fonctionnement de l\u2019Assembl\u00e9e ; elles sont \u00e9tablies dans l\u2019int\u00e9r\u00eat public, non dans un int\u00e9r\u00eat particulier.\u201d (\u201cParliamentary immunities, the focus of our study here, take on the appearance of genuine favours granted to members of parliament, but in reality this is not their nature. They exist only in the interests of the Assembly itself, to which those who benefit from them belong, and in the interests of the nation that this Assembly represents. Their purpose is to ensure the independence and free functioning of the Assembly; they are established in the public interest, and not in any private interest.\u201d) (A. Esmein, \u00c9l\u00e9ments de droit constitutionnel fran\u00e7ais et compar\u00e9,Librairie de la soci\u00e9t\u00e9 du Recueil Sirey,Paris, 1914, 6th ed., p. 953)<\/p>\n<p>Moreover, the limits upon the content of \u201cnon-official\u201d speech should be the same for all individuals. It is therefore essential to underline that had the applicant not been a member of parliament, the outcome of the instant case should have been exactly the same. The fact that he is no longer a parliamentarian today does not change his status as a right-holder under the Convention.<\/p>\n<p>I note, en passant, that the Grand Chamber has endorsed in paragraph 384 the following view expressed in earlier case-law (emphasis added):<\/p>\n<p>\u201cWhile freedom of expression is important for everybody, it is especially so for an elected representative of the people. He represents his electorate, draws attention to their preoccupations and defends their interests &#8230; (see Castells, cited above, \u00a7 42).\u201d<\/p>\n<p>This vision of the parliamentary mandate is very problematic. The Turkish Constitution says the exact opposite in Article 80, which provides:<\/p>\n<p>\u201cMembers of the Grand National Assembly of Turkey shall not represent their own constituencies or constituents, but the nation as a whole.\u201d<\/p>\n<p>More importantly, in the European constitutional tradition, members of parliament represent the nation or the people, not their electorate. A. Esmein summarises this tradition in the following terms:<\/p>\n<p>\u201cLes repr\u00e9sentants ne tiennent pas leurs pouvoirs, en droit, du coll\u00e8ge \u00e9lectoral qui les a \u00e9lus, mais de la nation tout, enti\u00e8re. Ils participent, en effet, \u00e0 l\u2019exercice de la souverainet\u00e9. Or, celle-ci \u00ab appartient \u00e0 la nation, aucune section du peuple ni aucun individu ne peut s\u2019en attribuer l\u2019exercice \u00bb, ni encore moins le d\u00e9l\u00e9guer. Cette v\u00e9rit\u00e9 a \u00e9t\u00e9 traduite dans la Constitution de 1791 par une formule heureuse, r\u00e9p\u00e9t\u00e9e depuis lors par bien des Constitutions : \u00ab Les repr\u00e9sentants nomm\u00e9s dans les d\u00e9partements ne seront pas repr\u00e9sentants d\u2019un d\u00e9partement particulier, mais de la nation enti\u00e8re, et il ne pourra leur \u00eatre donn\u00e9 aucun mandat \u00bb. Il r\u00e9sulte de l\u00e0 que le d\u00e9put\u00e9 \u00e9lu ne saurait \u00eatre consid\u00e9r\u00e9 comme le mandataire de ses \u00e9lecteurs.\u201d (\u201cRepresentatives derive their powers, in law, not from the electoral college that elected them, but from the nation as a whole. Indeed, they participate in the exercise of sovereignty. And the latter \u2018appertains to the nation; no section of the people nor any individual may assume the exercise thereof\u2019, let alone delegate it. This truth was reflected in the 1791 Constitution by felicitous wording that has subsequently been repeated in many constitutions: \u2018The representatives elected in the d\u00e9partements shall not be representatives of a particular d\u00e9partement, but of the entire nation, and no mandate may be given to them.\u2019 It follows that an elected member of parliament cannot be regarded as the proxy of his constituents.\u201d) (op. cit., p. 307)<\/p>\n<p>This also shows that the essence of the parliamentary mandate consists in representing the people or the nation, and not in the free exercise of human rights for the purposes of personal self-fulfilment or of asserting private interests which lie at the basis of these rights.<\/p>\n<p>4. I agree nonetheless that Article 10 applies in the instant case because, in my view, the applicant\u2019s speech does not fall into the category of official speech (see my dissenting opinions appended to the judgments in the cases of Baka v. Hungary [GC], no. 20261\/12, 23 June 2016, and Szanyi v.\u00a0Hungary, no. 35493\/13, 8 November 2016).<\/p>\n<p>I further agree with the general lines of argument developed in paragraphs 271 to 280 of the reasoning, although I also agree with those who consider that finding a violation of Article 10 because of the insufficient quality of domestic law, without waiting for the outcome of the domestic criminal proceedings, is not without posing some problems. At the same time, I have serious reservations concerning the approach adopted in paragraphs 256 to 270.<\/p>\n<p>5. Concerning the non-liability of parliamentarians, the per curiam opinion states the following in paragraph 261:<\/p>\n<p>\u201cThe applicant, for his part, submitted that he had given similar speeches during proceedings of the National Assembly and that the speeches in question were therefore protected by the first paragraph of Article 83 of the Constitution. On this issue, the Court considers that it was the task of the national authorities, and in particular the domestic courts, to determine first of all whether the speeches on account of which the applicant was charged and placed in pre-trial detention were covered by parliamentary non-liability as provided for in the first paragraph of Article\u00a083 of the Constitution. In this connection, the Court reiterates that the national authorities have a procedural obligation to perform a judicial review to prevent any abuse of power (see Kar\u00e1csony and Others, cited above, \u00a7\u00a7 133-36 and the authorities cited therein).\u201d<\/p>\n<p>I note that the applicant\u2019s claim in this respect has not been sufficiently substantiated, either before the domestic courts or before this Court. In particular, the applicant has not corroborated his allegations by verbatim quotations from his earlier statements, made in the course of the National Assembly\u2019s work. In his pleadings at the domestic level he vaguely referred to \u201cspeeches he had given between 2008 and 2016\u201d (see paragraph 91 of the judgment). It is therefore difficult to agree with the view that the authorities failed to adequately address this issue.<\/p>\n<p>6. In the instant case, the interference with the applicant\u2019s freedom of expression consists in criminal prosecution. The very lifting of parliamentary immunity is not per se an interference with the freedom of speech of a parliamentarian. However, as it enables the institution of criminal proceedings, it is closely linked to the impugned interference and may be seen as an non-detachable element of it.<\/p>\n<p>The instant case raises important issues concerning the relationship between the pouvoir constituant and the Convention. While the argument that the legislature is in any event the master of the immunity of inviolability may be invoked in defence of provisional Article 20 of the Constitution, I nonetheless agree with the view that this provision, temporarily suspending the application of a constitutional rule in the context of the instant case, is difficult to reconcile with supra-legal (supra-positive) standards of the rule of law and I subscribe to the critical assessments expressed in this respect. At the same time, in my view, it is problematic to try to extract the impugned constitutional reforms from the interference as a whole and to assess separately their compatibility with the requirements of Article 10 \u00a7 2 of the Convention as if they were themselves an \u201cisolated\u201d and independent interference with the freedom of speech. More importantly, the nature and scope of the legitimate expectations inferred by the Court from the Turkish Constitution for the purpose of this assessment, as well as the methodology applied for that purpose, may be called into question.<\/p>\n<p>The majority express the following viewpoint in paragraph 269 of the judgment:<\/p>\n<p>\u201cIn the Court\u2019s view, bearing in mind Turkish parliamentary practice and tradition, a member of parliament could not reasonably expect that such a procedure would be introduced during his term of office, thereby undermining the freedom of expression of members of the National Assembly.\u201d<\/p>\n<p>The view that the impugned reforms have departed from Turkish parliamentary practice and tradition does not seem unfounded, but the categorical assertion quoted above goes much further than that and requires extensive justification. To make such a strong statement about the Turkish constitutional system, it would have been necessary to examine national parliamentary practice and tradition in detail beforehand, starting with their legal status and content. I am not sure that Turkish parliamentary practice and tradition can be sources of legally protected expectations to the extent that such practice and tradition do not overlap with unwritten legal principles recognised as sources of law. It was therefore necessary to examine thoroughly all the written and unwritten constitutional limitations upon the exercise of the pouvoir constituant in Turkey, recognised in the domestic legal system. Under the approach adopted, parliamentary practice and tradition become sources of Turkish constitutional law.<\/p>\n<p>The per curiam opinion states further in paragraph 270 (emphasis added):<\/p>\n<p>\u201cThe Court\u2019s case-law indicates that the foreseeability requirement is satisfied where the individual can know from the wording of the relevant legislation, and, if need be, with the assistance of the courts\u2019 interpretation of it, what acts and omissions will make him criminally liable (see, among other authorities, G\u00fcler and U\u011fur, cited above, \u00a7 50, and Kudrevi\u010dius and Others, cited above, \u00a7 108). In the present case, having regard to the wording of the first two paragraphs of Article 83 of the Constitution and the interpretation, or rather lack thereof, of that provision by the national courts, the Court considers that the interference with the exercise of the applicant\u2019s freedom of expression was not \u2018prescribed by law\u2019 in that it did not satisfy the requirement of foreseeability, since in defending a political viewpoint, the applicant could legitimately expect to enjoy the benefit of the constitutional legal framework in place, affording the protection of immunity for political speech and constitutional procedural safeguards (see, mutatis mutandis, Lykourezos v.\u00a0Greece, no. 33554\/03, \u00a7\u00a7 54-56, ECHR 2006-VIII).\u201d<\/p>\n<p>This part of the reasoning triggers the following reservations. Firstly, the reasoning very rightly asserts that the Court\u2019s case-law indicates that the foreseeability requirement is satisfied where the individual can know from the wording of the relevant legislation, and, if need be, with the assistance of the courts\u2019 interpretation of it, what acts and omissions will make him criminally liable. What acts and omissions will make him criminally liable depends upon the substantive law, not upon procedural law and certainly not upon the scope of procedural immunities. The adoption of provisional Article 20 of the Constitution has not changed the acts and omissions which will make the applicant criminally liable.<\/p>\n<p>Secondly, I note in connection with this that parliamentary inviolability operates on the plane of procedural law. It consists of special procedural guarantees, and more precisely, the requirement to obtain authorisation for arresting, questioning, detaining or trying a member of parliament. I am not persuaded that these procedural regulations can be a source of substantive legitimate expectations and a basis for planning how to exercise freedom of expression. I observe in this context that under the case-law on Article 7 of the Convention, procedural rules are relevant and fall under the scope of that Article in so far as they influence the severity of the penalty (see Scoppola v. Italy (no. 2) [GC], no. 10249\/03, \u00a7\u00a7 110-13, 17 September 2009; Co\u00ebme and Others v. Belgium, nos. 32492\/96 and 4 others, \u00a7 149, ECHR 2000-VII; and Previti v. Italy (dec.), no. 1845\/08, \u00a7\u00a7 79-85, 12\u00a0February 2013).<\/p>\n<p>Thirdly, I am not persuaded the applicant could legitimately expect to enjoy the benefit of the constitutional legal framework in place. The starting-point is the assumption that the pouvoir constituant is sovereign and may introduce constitutional changes at any time. Constitutional changes carried out in compliance with the rule of law rarely meet the requirement of foreseeability. The Constitution cannot form the basis for an expectation that the constitutional order will not be changed. The Constitution can only be the basis of a legitimate expectation that unconstitutional amendments to it will not be adopted. These two expectations are not identical.<\/p>\n<p>Fourthly, legitimate private expectations are based mainly upon legal rules protecting private interests. Legal rules protecting public interests have to be continuously assessed and reassessed and may be adjusted in order to better protect those interests. Individuals basing their expectations upon public-interest rules must take this specificity into account. Therefore, the legitimacy of private expectations based upon public-interest legal rules is necessarily weaker than that of private expectations based upon legal rules protecting private interests. This applies, in particular, to rules on procedural parliamentary immunity granted \u2013 as explained above \u2013 in order to protect the functioning of Parliament and constitutional democracy in general, and not the personal self-fulfilment or other private interests of parliamentarians. Persons basing their private expectations upon procedural parliamentary immunities must therefore always take into account the fact that the relevant legal rules may be changed.<\/p>\n<p>Fifthly, under the Court\u2019s long-standing and well-established case-law, the interpretation of national law is a matter for the national authorities (see, for instance, Cang\u0131 v. Turkey, no. 24973\/15, \u00a7 42, 29 January 2019). This principle applies to the determination of legitimate expectations protected by national law and stemming directly from general legal rules (as distinct from expectations stemming from individual acts or from other actions or omissions in an individual case). The determination of the existence of such types of expectations requires a far-reaching interpretation of domestic law. The Court should therefore refrain from making any independent findings in this respect.<\/p>\n<p>To conclude this part of my votum separatum: the approach adopted enters very deeply into the sphere of the interpretation and application of domestic law and assigns a new telos to public-interest legal rules by redirecting them, to a large extent, towards the protection of private interests. It entails the privatisation and \u201cdroit-de-l\u2019hommisation\u201d of parliamentary immunities.<\/p>\n<p>Furthermore, if I understand the reasoning correctly, the unstated underlying assumption is that an unfavourable change in procedural rules concerning an indictment for activities covered by Convention rights is as such an interference with those rights, which should observe the requirement of foreseeability. This issue deserves much deeper consideration in the reasoning.<\/p>\n<p>The essential problem under Article 10 of the Convention lies, however, in Article 314 \u00a7\u00a7 1 and 2 of the Criminal Code. The unclear wording of those provisions is a sufficient reason to find a violation of Article 10 of the Convention. The impugned constitutional reforms are certainly an important element of the general background to the instant case (relevant especially under Article 18) but their negative assessment is neither a sufficient nor a necessary ground for finding a violation of Article 10.<\/p>\n<p>7. In paragraphs 369 and 370, the Grand Chamber subscribes to the following view expressed by the Chamber:<\/p>\n<p>\u201c&#8230; the Court finds it necessary to take into account the Constitutional Court\u2019s exceptional caseload following the declaration of the state of emergency in July 2016 &#8230;<\/p>\n<p>In the light of the foregoing, although the duration of thirteen months and four days before the Constitutional Court could not be described as \u2018speedy\u2019 in an ordinary context, in the specific circumstances of the case the Court considers that there has been no violation of Article 5 \u00a7 4 of the Convention.\u201d<\/p>\n<p>I agree that it is necessary to take into account the Constitutional Court\u2019s exceptional caseload following the declaration of the state of emergency in July 2016 but, in my view, the duration of thirteen months and four days of the proceedings before the Constitutional Court is not compatible with the Convention. The authorities should have reacted promptly by enacting legislation ensuring a speedy review of detention decisions. For instance, they could have empowered ordinary courts to examine complaints on this subject.<\/p>\n<p>The Grand Chamber also states the following (see paragraph 366 of the judgment):<\/p>\n<p>\u201cIt has already been established in Mehmet Hasan Altan (cited above, \u00a7 159) and \u015eahin Alpay (cited above, \u00a7 131) that Article 5 \u00a7 4 of the Convention is applicable to proceedings before the Turkish Constitutional Court.\u201d<\/p>\n<p>It would be more precise to say that Article 5 \u00a7 4 of the Convention is applicable in a situation, like that of the applicant, in which a domestic court places someone in pre-trial detention. The authorities have to put in place the guarantees provided by this provision, be it by granting access to the Constitutional Court or to other courts. As the remedy provided under Turkish law is a complaint to the Constitutional Court, this domestic court should therefore comply with the requirement of promptness enshrined in Article 5 \u00a7 4.<\/p>\n<p>8. In point 14 of the operative part the Court holds that the respondent State is to take all necessary measures to secure the applicant\u2019s immediate release. Point 14 of the operative part has to be read in the context of paragraphs 440-42 of the reasoning, and especially the following important statement in paragraph 442:<\/p>\n<p>\u201cFor the present applicant, the continuation of his pre-trial detention, on grounds pertaining to the same factual context, would entail a prolongation of the violation of his rights as well as a breach of the obligation on the respondent State to abide by the Court\u2019s judgment in accordance with Article 46 \u00a7 1 of the Convention.\u201d<\/p>\n<p>This part of the reasoning explains that there is therefore an implicit rebus sic stantibus clausein point 14 of the operative part: the respondent State\u2019s obligation to take all necessary measures to secure the applicant\u2019s immediate release is not absolute as one cannot exclude exceptional new grounds which may justify the detention of the applicant. On the one hand, the authorities cannot circumvent the judgment by trying to bring new unsubstantiated charges against the applicant, on the other hand the instant judgment cannot be interpreted as granting the applicant immunity from prosecution even if there were fully justified grounds to start criminal proceedings against him and place him in remand custody. The judgment therefore does not exclude pre-trial detention on sufficient grounds \u2013 duly substantiated and justified by the authorities \u2013 pertaining to a modified factual context.<\/p>\n<p>Taking into account the problems entailed by the two judgments in the cases of Ilgar Mammadov v. Azerbaijan (no. 15172\/13, 22 May 2014) and Ilgar Mammadov v. Azerbaijan (no. 2) (no. 919\/15, 16 November 2017) (see Ilgar Mammadov v. Azerbaijan (infringement proceedings) [GC], no.\u00a015172\/13, 29 May 2019, with the concurring opinions appended thereto), the Court has rightly considered that it should indicate certain measures to be taken in order to execute the instant judgment. I have voted in favour of point 14 although I have reservations concerning its exact wording as well as certain elements of the reasoning in paragraphs\u00a0440-42.<\/p>\n<p>Firstly, in order to avoid interpretative disputes, it would have been preferable, in my view, to include a rebus sic stantibus clause in point 14 of the operative part itself. Some important interpretative issues would thus have been clarified in the very wording of the operative part.<\/p>\n<p>Secondly, the rebus sic stantibus clause is, in my view, fully justified as such but at the same time is not sufficiently precise. The question arises as to which elements define the relevant \u201cfactual context\u201d mentioned in paragraph\u00a0442. Moreover, and more importantly, not only would the continuation of the applicant\u2019s pre-trial detention, on grounds pertaining to the same factual context, entail a prolongation of the violation of his rights, but a clearly unjustified pre-trial detention on grounds pertaining to a different factual context would also entail such a violation.<\/p>\n<p>Thirdly, as the question whether pre-trial detention continues in violation of the present judgment may raise difficult factual and legal issues, the matter should be determined with all the guarantees of the due process of law in proceedings before an independent and impartial body, preferably in proceedings before this Court. The risk of interference by non-judicial bodies in a sphere covered by guarantees of judicial independence both at the domestic and international level, calls for the utmost caution at the stage of the execution of the instant judgment (see the joint concurring opinion of Judges Yudkivska, Pinto de Albuquerque, Wojtyczek, Dedov, Motoc, Pol\u00e1\u010dkov\u00e1 and H\u00fcseynov appended to the above-mentioned judgment in Ilgar Mammadov (infringement proceedings); see also my concurring opinion appended to that judgment).<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p style=\"text-align: center;\"><strong>PARTLY DISSENTING OPINION OF JUDGE CHANTURIA<\/strong><\/p>\n<p style=\"text-align: center;\">(version originale anglaise)<\/p>\n<p>1. I respectfully disagree with the decision of the majority not to accept the Constitutional Court\u2019s judgment of 9 June 2020 finding a violation of Article\u00a019 \u00a77 of the Turkish Constitution on account of the length of the applicant\u2019s pre-trial detention. In that judgment the Constitutional Court acknowledged in substance a violation of the applicant\u2019s rights under Article\u00a05 \u00a7 3 of the Convention. It held that the decisions on his continued detention had contained insufficient reasons. This is fully in line with the Court\u2019s well-established case-law (see paragraph 218 of the judgment), according to which an applicant will be considered to have lost victim status where the national authorities have acknowledged that there has been a breach of the Convention, either expressly or in substance, and have provided the applicant with redress (see Eckle v. Germany, 15 July 1982, \u00a7\u00a066, Series A no. 51).<\/p>\n<p>2. However, it is obvious that a person will not lose victim status simply by reason of some acknowledgment by the respondent State that there has been a violation of the Convention. The second issue which falls under the Court\u2019s scrutiny in the present case is whether the Constitutional Court\u2019s judgment afforded the applicant appropriate and sufficient redress. Where the national authorities have awarded compensation to an applicant, according to the Court\u2019s case-law, the Court should examine the amount of the award. That amount must not be manifestly inadequate in the circumstances of the case under examination (see \u017d\u00fabor v. Slovakia,no.\u00a07711\/06, \u00a7 63, 6 December 2011). The sums which the applicant was awarded \u2013 50,000 Turkish liras (TRY \u2013 approximately 6,500 euros) in respect of non-pecuniary damage and TRY 4,436.30 in respect of costs and expenses \u2013 cannot be regarded as disproportionate.<\/p>\n<p>3. Two preconditions developed in the relevant case-law have been met in the present case. Why should the majority not accept this important finding of the national Constitutional Court, knowing that the Court consistently underlines in its case-law the principle of subsidiarity and the necessity of judicial dialogue with the national courts? What message is being sent to the national courts by ignoring the significant principle of international judicial cooperation? What more could the domestic courts have done in such a situation? The majority\u2019s conclusion that there has been no acknowledgment by the Constitutional Court of the alleged violation of the right protected by Article 5 \u00a7 3 of the Convention (see paragraph 222 of the judgment) simply does not reflect reality. The national authorities\u2019 obligation to afford redress for any violation of the Convention was fulfilled in respect of the applicant\u2019s complaint under Article 5 \u00a7 3.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p style=\"text-align: center;\"><strong>PARTLY DISSENTING OPINION OF JUDGE Y\u00dcKSEL JOINED BY JUDGE PACZOLAY<\/strong><\/p>\n<p style=\"text-align: center;\">(version originale anglaise)<\/p>\n<p>I. As regards the complaint under Article 5 \u00a7 3 of the Convention<\/p>\n<p>1. I am respectfully unable to agree with the majority concerning the applicant\u2019s victim status under Article 5 \u00a7 3 of the Convention. In the present case, I am of the opinion that the applicant can no longer claim to be the victim of a violation of that provision.<\/p>\n<p>2. The applicant argued before the Court that the judicial decisions ordering his initial and continued pre-trial detention had contained no reasons other than mere citation of the grounds for pre-trial detention provided for by law and had been worded in abstract, repetitive and formulaic terms. In its second judgment, on 9 June 2020, the Constitutional Court found a violation of Article 19 of the Turkish Constitution (equivalent provision to Article 5 \u00a7 3 of the Convention), holding that the national courts had failed to provide sufficient reasons in respect of their conclusion. The Constitutional Court also held that the domestic courts had failed to weigh up the competing interests involved, namely (i) the public interest in prolonging the applicant\u2019s detention in the context of the criminal proceedings and (ii) his rights as a member of parliament and the co-chair of a political party, such as his right to take part in the legislative activities of the parliament. This balancing exercise between the applicant\u2019s right to liberty and his rights as a politician formed part of the Constitutional Court\u2019s assessment of the length of the applicant\u2019s pre-trial detention.<\/p>\n<p>3. One should bear in mind that the Constitutional Court had already adjudicated on the applicant\u2019s initial detention in its first judgment and found it to be in conformity with the Constitution. In this regard, I would like to reiterate that the Chamber also arrived at the same conclusion in so far as the applicant\u2019s complaint under Article 5 \u00a7 1 (c) of the Convention is concerned. In its second judgment, the Constitutional Court, which was not called upon to examine the applicant\u2019s initial detention order again, examined the decisions prolonging his detention. In my view, the Constitutional Court\u2019s second judgment, where it found a violation on the basis that the reasons given in the decisions extending the applicant\u2019s detention had not been sufficient to justify its duration, demonstrates that there has been an acknowledgment, at least in substance, of a violation of the applicant\u2019s rights under Article 5 \u00a7 3 of the Convention.<\/p>\n<p>4. The Court therefore had to determine whether the Constitutional Court\u2019s judgment afforded the applicant appropriate and sufficient redress. In that connection, it follows from the Court\u2019s case-law that where the national authorities have awarded compensation to an applicant by way of redress for the violation found, the Court should examine the amount of the award (see Hebat Aslan and Firas Aslanv. Turkey, no. 15048\/09, \u00a7\u00a044, 28\u00a0October 2014). In doing so, the Court will have regard to its own practice in similar cases and will consider, on the basis of the material in its possession, what it would have awarded in a comparable situation, although this does not mean that the two amounts must necessarily correspond. It will also take into account the circumstances of the case as a whole, including the type of remedy chosen and the speed with which the national authorities have provided the redress in question, given that it is primarily for those authorities to secure the rights and freedoms set out in the Convention (see Vedat Do\u011fru v. Turkey, no. 2469\/10, \u00a7 40, 5 April 2016). Nevertheless, the amount awarded at national level must not be manifestly inadequate in the circumstances of the case under examination (see \u017d\u00fabor v. Slovakia, no.\u00a07711\/06, \u00a7 63, 6 December 2011). In the present case, the Constitutional Court held, on the basis of its findings of a violation, that the applicant was to be awarded 50,000 Turkish liras (TRY \u2013 approximately 6,500\u00a0euros (EUR) at the material time) in respect of non-pecuniary damage and TRY\u00a04,436.30 (approximately EUR\u00a0575 at the material time) in respect of costs and expenses. I consider that those amounts cannot be regarded as inadequate and disproportionate. As such, I find it difficult to argue that the Constitutional Court\u2019s judgment of 9 June 2020 did not afford him appropriate and sufficient redress.<\/p>\n<p>5. In the light of the foregoing and given the importance of the subsidiarity principle, which lies at the heart of the Convention, it is my belief that the applicant can no longer claim to be the victim of a violation of Article 5 \u00a7 3 of the Convention.<\/p>\n<p>II. As regards Article 46<\/p>\n<p>6. I note that the core reasoning under Article 46 of the Convention essentially amounts to an examination of both the factual and the legal grounds of the applicant\u2019s second pre-trial detention, ordered on 20\u00a0September 2019, with the conclusion that the immediate release of the applicant should be secured. I am respectfully not able to agree with the majority and voted against the application of Article 46 of the Convention, where the majority invited the respondent State to secure the immediate release of the applicant on the basis of a rather unorthodox assessment based on a legal question that (i) is pending before the domestic courts, (ii) is disputed between the parties and (iii) does not fall within the scope of the case.<\/p>\n<p>7. The question of the applicant\u2019s second detention order is the subject of another individual application that is currently pending before the Constitutional Court (see paragraph 128 of the judgment). Therefore, the correct course of action would be to defer to the authority of the domestic courts in line with the principle of subsidiarity. The refusal to do so could risk, unfortunately, not only prejudicing the proceedings pending before the Constitutional Court but also placing the Court in the position of a prosecutor in ascertaining the factual basis of the second detention order. Such an approach should have been avoided.<\/p>\n<p>8. It has not been established that both the initial and the present detention orders concern the same criminal proceedings against the applicant involving the same charges stemming from the same facts (see, by contrast, Ilgar Mammadov v. Azerbaijan (no. 2), no. 919\/15, \u00a7\u00a0203, 16\u00a0November 2017). I cannot share the view of the majority in carrying out an assessment under Article 46 of the Convention based on the assumption that the facts underlying the two detention orders, that is to say the initial detention order giving rise to the present application and the second detention order issued on 20 September 2019, were the same. As can be seen from the judgment, the offences forming the subject of the two detention orders were in fact different (see paragraphs 70 and 116 of the judgment). The fact that there might be a certain overlap in the factual grounds, namely the incidents of 6-8 October 2014 underlying the two detention orders, is not sufficient to conclude that they were issued on account of the same facts. Indeed, this issue was highly disputed between the parties.<\/p>\n<p>9. Moreover, I have strong hesitations in accepting that the applicant\u2019s second detention forms part of the case before the Grand Chamber. To the best of my knowledge, this is the first Grand Chamber case in which an applicant\u2019s release has been recommended not on the basis of a complaint in respect of which the Grand Chamber finds a violation, but on the basis of a factual issue taken into consideration together with other factual issues under Article 18 of the Convention. In other words, the majority\u2019s conclusion under Article 46 of the Convention does not appear to have been aimed at putting an end to a violation that has been found to exist, given that the Grand Chamber was not called upon to examine the applicant\u2019s second detention from the point of view of Article 5 of the Convention, a question that is, I repeat, pending before the Constitutional Court. Indeed, an examination of the Grand Chamber cases in which the Court has indicated under Article 46 of the Convention that an applicant should be releasedshows that in all those judgments, such as Del R\u00edo Prada v. Spain ([GC], no.\u00a042750\/09, \u00a7\u00a7 138-39, ECHR 2013), Ila\u015fcu and Others v. Moldova and Russia ([GC], no. 48787\/99, \u00a7 490, ECHR 2004-VII) and Assanidze v.\u00a0Georgia ([GC], no. 71503\/01, \u00a7\u00a7 202-03, ECHR 2004\u2011II), the indication that the applicants were to be released was based on a complaint in respect of which the Court had found a violation (see also, in respect of Chamber judgments, Aleksanyan v. Russia, no. 46468\/06, \u00a7\u00a7 239-40, 22\u00a0December 2008, Fatullayev v. Azerbaijan, no. 40984\/07, \u00a7\u00a7 176-77, 22 April 2010, and \u015eahin Alpay v. Turkey, no. 16538\/17, \u00a7\u00a7 193-95, 20 March 2018). In the instant case, the applicant\u2019s second detention ordered in September 2019 is not amongst the complaints in respect of which a violation has been found.<\/p>\n<p>10. In view of the above, I voted against the application of Article 46 of the Convention in the present case.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p style=\"text-align: center;\"><strong>PARTLY CONCURRING AND PARTLY DISSENTING OPINION OF JUDGE Y\u00dcKSEL<\/strong><\/p>\n<p style=\"text-align: center;\">(version originale anglaise)<\/p>\n<p>I agree with the findings of the judgment in the present case in so far as they concern the applicant\u2019s complaints under Article 5 \u00a7 4 of the Convention and Article 3 of Protocol No. 1 to the Convention. However, I am unable to share the majority\u2019s view that there have been violations of Article 5 \u00a7\u00a7 1 and 3, Article 10, and Article 18 of the Convention.<\/p>\n<p>That said, while I share the position of the majority with regard to their conclusion that Article 3 of Protocol No. 1 has been violated,I cannot subscribe to certain arguments they have advanced under that provision.<\/p>\n<p><strong>I. As regards the complaint under Article 10 of the Convention<\/strong><\/p>\n<p>1. In the present case, in concluding that there has been a violation of Article\u00a010 of the Convention, the Grand Chamber opted to examine the foreseeability of the constitutional amendment of 20 May 2016 concerning the lifting of parliamentary immunity and the lawfulness of Article 314 \u00a7\u00a7\u00a01 and\u00a02 of the Criminal Code on directing and\/or membership of an armed terrorist organisation, as applied in the particular circumstances of the applicant\u2019s case. In the majority\u2019s view, the interference with the applicant\u2019s freedom of expression was not prescribed by law owing to the fact that the constitutional amendment and Article 314 \u00a7\u00a7 1 and 2 of the Criminal Code as interpreted and applied did not comply with the requirement of the quality of law under Article 10 of the Convention. I respectfully disagree with the majority on this point, for the following reasons.<\/p>\n<p>2. I believe that the interference observed in the present case was prescribed by law and thus satisfied the requirement of lawfulness (see my dissenting opinion in Rag\u0131p Zarakolu v. Turkey, no.\u00a015064\/12, 15\u00a0September 2020, for the interplay between Articles 5 and 10 of the Convention as regards the issue of lawfulness). Therefore, the interference in the present case fell to be examined by applying the necessity test within the meaning of Article\u00a010 of the Convention, for the reasons I will elaborate upon below (see, in this connection,\u00a0Mehmet Hasan Altan v.\u00a0Turkey, no.\u00a013237\/17, \u00a7\u00a7202\u201114, 20\u00a0March 2018;Steel and Others v.\u00a0the\u00a0United\u00a0Kingdom, 23September 1998, \u00a7 110, Reports of Judgments and Decisions 1998\u2011VII; andKandzhov v.Bulgaria, no. 68294\/01, \u00a7\u00a073, 6\u00a0November 2008).<\/p>\n<p>3. According to the Court\u2019s well-established case-law, a rule is \u201cforeseeable\u201d when it affords a measure of protection against arbitrary interferences by the public authorities (see, among other authorities, Centro Europa 7 S.r.l. and Di Stefano v. Italy [GC], no. 38433\/09, \u00a7\u00a0143, ECHR\u00a02012). Furthermore, a norm must be formulated with sufficient precision in order to enable persons to regulate their conduct. In fact, individuals need to foresee, to a reasonable degree, the consequences which a given action may entail (see, among other authorities, Kar\u00e1csony and Others v.Hungary [GC], nos. 42461\/13 and 44357\/13, \u00a7\u00a0124, 17 May 2016; Delfi AS v.Estonia [GC], no. 64569\/09, \u00a7 121, ECHR 2015; and Centro Europa 7 S.r.l. and Di Stefano, cited above,\u00a7 141). Foreseeability does not require that all the procedures regarding the application of a norm should be laid down in the text of the norm itself (see Magyar K\u00e9tfark\u00fa Kutya P\u00e1rt v.\u00a0Hungary [GC], no. 201\/17, \u00a794, 20 January 2020).<\/p>\n<p>4. It is of the utmost importance that in examining an individual application brought under Article 34 of the Convention, the task of the Court is not to review domestic law in the abstract, but to determine whether the way in which it was applied to the applicant gave rise to a breach of the Convention (ibid., \u00a7 96). In my view, although the Grand Chamber eloquently laid down the general principles concerning the \u201cprescribed by law\u201d requirement under Article 10 of the Convention, its assessment based on those principles appears to be an abstract review of the constitutional amendment and Article 314 \u00a7\u00a7 1 and 2 of the Criminal Code and, as such, contrary to our established case-law.<\/p>\n<p>5. In view of the above, I will address the following points: (i) the foreseeability of the constitutional amendment, (ii) the question whether Article 314 \u00a7\u00a7 1 and 2 of the Criminal Code as interpreted and applied in the applicant\u2019s case, satisfied the \u201cquality of law\u201d requirement, and (iii) the question whether the interference with the applicant\u2019s rights under Article\u00a010 of the Convention was justified.<\/p>\n<p>(i) As regards the constitutional amendment, I would reiterate at the outset that the Chamber in its judgment of 20 November 2018 has already examined, albeit under Article 5 \u00a7 1 of the Convention, the applicant\u2019s complaint that the constitutional amendment did not satisfy the \u201cquality of law\u201d requirement and declared that complaint inadmissible as being manifestly ill-founded. I would furthermore like to underline that the constitutional amendment in question was adopted on the basis of a large consensus in Parliament, including members of parliament belonging to opposition parties. Without prejudging and entering into a discussion about the substance of the constitutional amendment, it could be argued that it was a legitimate constitutional amendment adopted pursuant to Article 175 of the Constitution, which emphasises the importance of constituent power. It does not appear that there were any judicial findings showing that the amendment had been carried out in breach of the relevant constitutional and parliamentary procedures.<\/p>\n<p>6. The Grand Chamber\u2019s examination regarding the constitutional amendment appears to be based on two pillars. Firstly, the majority held that the domestic courts had unjustifiably refused to examine whether the applicant\u2019s speeches were covered by the first paragraph of Article 83 of the Constitution, that is to say, whether the domestic courts\u2019 failure to examine whether the applicant\u2019s statements fell within Article 83 \u00a7 1 of the Constitution was erroneous.[3] Secondly, the majority came to the conclusion that the constitutional amendment itself had had the effect of depriving the applicant of the protection afforded to him by the second paragraph of Article\u00a083.<\/p>\n<p>7. As regards the first point, which I consider to be inextricably linked to the contents of the applicant\u2019s speeches, I have to underline that the domestic judicial authorities, namely the public prosecutors and judges, implicitly considered that the applicant could not benefit from the protection of his parliamentary non-liability under Article 83 \u00a7 1 of the Constitution. In my view, there was no element capable of providing a basis for finding that the domestic courts disregarded Turkish law and practice.<\/p>\n<p>8. As regards the second point, namely whether the constitutional amendment of 20 May 2016 had the effect of depriving the applicant of the protection afforded to him, I would like to underline that it did not narrow down or alter the definition and general concepts of non-liability or inviolability. The constitutional amendment only amended the procedure governing the lifting of the immunities of members of parliament in respect of whom investigation reports had already been submitted to Parliament by the date of its adoption (see paragraph 137 of the judgment). Thus, it effectively entailed a change in the scope of the procedural safeguards regarding the lifting of immunities of members of parliament. While that fact was acknowledged by the majority, paragraph 268 of the judgment relies on it in order to conclude that \u201cthe amendment created a situation that was not foreseeable for the members of parliament concerned\u201d. I respectfully do not share the majority\u2019s approach in addressing the applicant\u2019s inability to benefit from certain procedural safeguards from the perspective of the foreseeability of the constitutional amendment. A distinction should have been made between the conformity of these safeguards with the Convention and the foreseeability of the constitutional amendment.<\/p>\n<p>9. The majority do not appear to have sufficiently considered the issue as to whether the applicant could still have been prosecuted in accordance with Article\u00a083 of the Constitution even in the absence of the constitutional amendment. In fact, the provisions concerning the non-liability and inviolability of members of parliament are still in force.<\/p>\n<p>10. Although Ihave deep hesitations as to whether the foreseeability of a constitutional amendment can be considered in the same way as that of ordinary law, to my understanding it is difficult, if not impossible, to speak of the foreseeability of constitutional amendments without duly taking into account the case-law criteria referred to above. In that connection, it is equally difficult to discern a causal link between the alleged failure of the domestic courts to examine whether the applicant\u2019s speeches were protected under the first paragraph of Article 83 of the Constitution and the foreseeability of the constitutional amendment. I cannot agree that a development \u2013 that is to say, the domestic courts\u2019 alleged failure to examine the applicant\u2019s claims under Article 83 \u00a7 1 of the Constitution \u2013 which took place after the constitutional amendment could have had an effect on its foreseeability.<\/p>\n<p>11. Under these circumstances, I am respectfully unable to agree with the majority\u2019s line of reasoning, which, in my opinion, has lowered the Court\u2019s threshold in its examinations concerning the foreseeability of constitutional amendments.<\/p>\n<p>(ii) As regards the question whether the interpretation and application in the applicant\u2019s case of the provisions governing terrorism-related offences satisfied the \u201cquality of law\u201d requirement, it transpires from the case file that the applicant did not explicitly maintain before the Grand Chamber his complaint regarding this point under Article 10. Therefore, I do not consider that the separate examination of this question was warranted by the applicant\u2019s submissions.<\/p>\n<p>12. It is true that the majority stressed in paragraph 275 of the judgment that they were \u201cmindful of the difficulties linked to preventing terrorism and formulating anti-terrorism criminal laws. The member States inevitably have recourse to somewhat general wording, the application of which depends on its practical interpretation by the judicial authorities.\u201d However, I am not sure whether the majority\u2019s conclusion in the present application could easily be regarded as being mindful of the difficulties linked to terrorism. The finding that the interpretation and application of terrorism-related offences were not prescribed by law is a profoundly serious one which must be supported by equally serious and convincing reasons, as well as an explicit claim from the applicant, which, in my view, was not the case in the present application.<\/p>\n<p>13. I respectfully disagree with the majority\u2019s conclusion that \u201cthe interpretation and application in the applicant\u2019s case of the provisions governing terrorism-related offences\u201d posed a problem in respect of the quality of the law in question. I believe that it should have been necessary to ascertain the scope of the examination of legality carried out by our Court as referred to above. That brings me to the last part of my examination under Article\u00a010.<\/p>\n<p>(iii) As I explained above, I would prefer to have examined the question whether the interference in the present case was necessary in a democratic society. In that connection, I am prepared to accept that the legitimate aims pursued by the interference were those of combating terrorism and protecting national security and public safety, in pursuance of Article 10. As for necessity, it is true that there is little scope under Article 10 \u00a7 2 of the Convention for restrictions on political speech or on debate of questions of public interest. In fact, interferences with the freedom of expression of an opposition member of parliament call for the closest scrutiny on the part of the Court (see Castells v. Spain, 23 April 1992, \u00a7 42, Series A no.\u00a0236). However, I harbour doubts that the applicant\u2019s impugned speeches cannot be viewed as glorifying and praising the use of violence and can be seen as entirely peaceful and as contributing to a debate in the public interest, regard being had in particular to the tense situation prevailing in the region at the time as a result of the armed clashes between the Turkish security forces and the PKK (see S\u00fcrek v. Turkey(no. 1) [GC], no. 26682\/95, \u00a7\u00a062, ECHR\u00a01999\u2011IV). At this juncture, I would also like to point out that the criminal proceedings against the applicant are still pending before the domestic courts and, in accordance with the principle of presumption of innocence,I shall exercise caution so as not to prejudice their outcome in any way.<\/p>\n<p>14. In view of the above, I conclude that the interference with the applicant\u2019s rights was prescribed by law, as being both foreseeable and compliant with the \u201cquality of law\u201d requirement, and was necessary in a democratic society as corresponding to a pressing social need and proportionate to the legitimate aim pursued.<\/p>\n<p><strong>II. As regards the complaint under Article 5 \u00a7 1 of the Convention<\/strong><\/p>\n<p>15. The applicant complained of the lack of reasonable suspicion against him, both during the initial period immediately after his arrest and during the subsequent periods when his pre-trial detention had been authorised and extended by the judicial authorities. On this point, I am respectfully not able to follow the majority\u2019s conclusion regarding the alleged lack of reasonable suspicion under Article 5 \u00a7 1 (c) of the Convention. I see no reason requiring the Grand Chamber to depart from the Chamber\u2019s decision on this issue, which was based on the Court\u2019s well-established case-law (see, among many other authorities, Fox, Campbell and Hartley v.\u00a0the\u00a0United\u00a0Kingdom, 30 August 1990, SeriesA no. 182; O\u2019Hara v.\u00a0the\u00a0United Kingdom, no. 37555\/97, ECHR2001-X; and \u00c7i\u00e7ek v.\u00a0Turkey (dec.), no.72774\/10, \u00a7 62, 3 March 2015). I specifically refer to the Court\u2019s case-law to the effect that Article 5 \u00a7 1 (c) of the Convention does not presuppose that the investigating authorities have obtained sufficient evidence to bring charges at the time of arrest.Thus, facts which raise a suspicion need not be of the same level as those necessary to justify a conviction or even the bringing of a charge, which comes at the next stage of the process of criminal investigation (see Murray v. the\u00a0United\u00a0Kingdom, 28\u00a0October 1994, \u00a7 55, Series A no. 300-A, and Y\u00fcksel and Others v.\u00a0Turkey, nos. 55835\/09 and 2others, \u00a752, 31May 2016).In this context, the Court must examine, as the Constitutional Court and the Chamber did, all the relevant evidence in the criminal case file that may confirm or dispel the concrete suspicion grounding the initial detention, and it cannot be bound only by the evidence adduced at first instance (see, mutatis mutandis, Y\u00fcksel and Others, cited above, \u00a7\u00a7 51-59, Tekin v. Turkey (dec.), no.\u00a03501\/09, \u00a7\u00a755\u201162, 18 November 2014; and Metin v. Turkey (dec.), no.\u00a077479\/11, \u00a7\u00a753\u201164, 3 March 2015).<\/p>\n<p>16. As to the substance of the complaint under Article 5 \u00a71 of the Convention, I fully endorse the Chamber\u2019s findings in its judgment of 20 November 2018.In this regard, I would like to note three items of evidence in particular, as can be seen from the file: the applicant\u2019s statements at a demonstration that they would put up a sculpture of the leader of the PKK and his speech at the offices of a political party on 21 April 2013 in which he referred, inter alia, to the first terrorist attacks by the PKK as the \u201ccoup in 1984\u201d and the \u201cresistance in \u015eemdinli [and] Eruh\u201d (see paragraph 79 of the judgment); the transcripts of conversations among leading members of the PKK and between them and the applicant (paragraph 79 of the judgment); and the tweets published from the official HDP Twitter account on 6 October 2014 (see paragraph 20 of the judgment). In the light of the evidence, the facts, and the requirements of Article 5 \u00a7 1 of the Convention as to the level of factual justification needed at the stage of suspicion, I consider that the applicant can be said to have been arrested and detained on \u201creasonable suspicion\u201d of having committed a criminal offence.<\/p>\n<p>17. In the light of the foregoing, I believe that the national authorities had sufficient grounds to conclude that there was a reasonable suspicion that the applicant had committed an offence. Accordingly, I am of the opinion that there has been no violation of Article 5 \u00a7 1 of the Convention.<\/p>\n<p><strong>III. As regards the complaint under Article 5 \u00a7 3 of the Convention<\/strong><\/p>\n<p>18. As I am of the opinion that the applicant could no longer claim to be the victim of a violation of Article 5 \u00a7 3, I voted against the findings of the majority in relation to the merits of the complaint under that provision.<\/p>\n<p><strong>IV. As regards the complaint under Article 3 of Protocol No. 1 to the Convention<\/strong><\/p>\n<p>19. Regarding the applicant\u2019s complaint under Article 3 of Protocol\u00a0No.\u00a01 to the Convention, I concur with the finding that, in the particular circumstances of the present case, there has been a violation of that provision in so far as the competent magistrates and assize courts did not assess the applicant\u2019s allegations that his continued detention was unreasonable on account of his status as a member of parliament and the co-chair of a political party. On this point, I agree with the conclusions of the majority, which were also taken into consideration, albeit under Article\u00a05 \u00a7\u00a03, by the Constitutional Court in its second judgment.<\/p>\n<p>20. Nevertheless, I respectfully dissociate myself from certain parts of the reasoning, which concern the references made to the findings of violations of Article 10 and Article 5 \u00a7 1 of the Convention in the majority\u2019s assessment under Article 3 of Protocol No. 1 (see, in particular, paragraph\u00a0394 of the judgment).<\/p>\n<p><strong>V. As regards the complaint under Article 18 of the Convention<\/strong><\/p>\n<p>21. I voted against the finding of a violation of Article 18 in conjunction with Article 5 of the Convention because I have serious doubts as to whether such a finding is compatible with the Court\u2019s case-law (see, in particular, Merabishvili v. Georgia [GC], no.72508\/13, 28\u00a0November 2017), considering the circumstances of the present case.<\/p>\n<p>22. It appears from the Court\u2019s case-law that in cases where there is a complaint under Article 18 in conjunction with Article 5, the Court first examines whether the deprivation of liberty of the applicant pursued an aim that is compatible with the Convention (see Rasul Jafarovv. Azerbaijan, no.\u00a069981\/14, \u00a7\u00a7 153-63, 17 March 2016, and Khodorkovskiy v. Russia, no.\u00a05829\/04, \u00a7\u00a7254-61, 31 May 2011). Second, the Court examines whether there is proof that the authorities\u2019 actions were actually driven by improper reasons and it must base its decision on \u201cevidence in the legal sense\u201d in accordance with the criteria laid down by it in the Merabishvili judgment (cited above, \u00a7\u00a7309-17), and its own assessment of the specific relevant facts (see my dissenting opinion in Kavala v.Turkey, no.\u00a028749\/18, 10\u00a0December 2019).<\/p>\n<p>23. As regards the first limb, for the reasons set out above, I am of the opinion that the applicant could be said to have been detained on \u201creasonable suspicion\u201d of having committed a criminal offence. In other words, the applicant was deprived of his liberty for a purpose prescribed by Article\u00a05 \u00a7 1 (c) of the Convention. Therefore, I cannot share the majority\u2019s view that \u201cthe purposes put forward by the authorities for the applicant\u2019s pre-trial detention were merely cover for an ulterior political purpose\u201d. In that connection, I would first point out that Turkish law has a higher standard of protection concerning the \u201creasonable suspicion\u201d criterion under Article 5 \u00a7 1.[4] In the present case, the national courts, including the Constitutional Court, examined the applicant\u2019s detention and held that there were sufficient grounds for a strong suspicion that he had committed an offence. In other words, they ascertained the existence of a higher level of suspicion than that of \u201creasonable suspicion\u201d required under Article\u00a05 \u00a7\u00a01\u00a0(c).Secondly, the fact that the majority have reached the aforementioned view after meticulously subjecting the grounds of the applicant\u2019s detention to scrutiny implies that those grounds were not devoid of any basis or otherwise fabricated. I would like to point out that the Chamber also carried out an examination of the applicant\u2019s detention and concluded that \u201c&#8230; there was sufficient information in the criminal case file to satisfy an objective observer that the applicant might have committed at least some of the offences for which he had been prosecuted\u201d (see paragraph 169 of the Chamber judgment). Having regard to these factors, I am not entirely convinced that cogent reasons were put forward to justify a departure from the domestic courts\u2019 and Chamber\u2019s conclusions as regards the \u201creasonable suspicion\u201d requirement under Article 5 \u00a7 1 (c). These circumstances have led me to conclude that the applicant\u2019s detention was in pursuance of a legitimate aim that was prescribed by the Convention. It is thus difficult for me to accept the majority\u2019s view that the applicant\u2019s detention was a mere cover for an ulterior purpose.<\/p>\n<p>24. As regards the second limb, I consider that improper reasons were not present in the instant case, in view of the following factors.<\/p>\n<p>25. Firstly, the applicant\u2019s main complaint is that he and other persons from his party were specifically targeted because of their position in the Turkish political scene. However, it transpires from the materials submitted by the parties that there were members of parliament from other political parties who were also subject to criminal proceedings (see paragraphs 57 and 58 of the judgment). Therefore, it cannot easily be said that the domestic judicial authorities specifically targeted certain members of parliament.<\/p>\n<p>26. Secondly, it primarily falls within the authority of the national judiciary to ensure that, in any given case, the pre-trial detention of an accused person is imposed with the utmost care and in accordance with the requirements of the Convention and the Court\u2019s relevant case-law. In this connection, it appears from the case file that the applicant\u2019s pre-trial detention was examined on several occasions by the domestic judges, either of their own motion or at the request of the applicant. In fact, the domestic courts examined the question of the applicant\u2019s detention regularly and in a speedy manner from 4 November 2016 onwards. Furthermore, in a judgment of 9\u00a0June 2020, the Constitutional Court unanimously held that there had been a violation of Article 19 of the Constitution, finding that in extending the applicant\u2019s pre-trial detention, the national judicial authorities had failed to put forward relevant and sufficient reasons in respect of his arguments concerning his right to stand for election and to carry out political activities. Nevertheless, the fact that certain aspects of the judicial review of the applicant\u2019s detention were found to have disclosed a breach of Article 19 of the Constitution is not sufficient in itself to warrant the conclusion that the applicant was detained for purposes other than those provided for by the Convention. Moreover, in a judgment of 11 July 2018, the applicant was awarded compensation under Article 141 of the Code of Criminal Procedure. Accordingly, I am unable to conclude that the judicial authorities acted improperly and in blatant disregard of the Convention.<\/p>\n<p>27. Furthermore, I respectfully disagree with the majority when it comes to certain passages in their reasoning under Article 18 of the Convention.<\/p>\n<p>28. Firstly, I must point out that the structure of the Supreme Council of Judges and Prosecutors is irrelevant for the purposes of the Grand Chamber\u2019s examination under Article 18 of the Convention (see paragraph\u00a0434 of the judgment). In fact, the majority criticise the changes to the structure of that body which were brought about by a referendum which was accepted by a sovereign nation, and they fail to assess how those changes had any bearing on the applicant in the present case or to explain the relevance of this point. In the absence of a causal link between the new structure and the purported ulterior purpose, this point amounts to an in abstracto examination of the constitutional amendments laid down in the referendum. Thus, I am not sure whether, in the present case, there was any call for the Grand Chamber to delve into this matter of its own motion.<\/p>\n<p>29. Secondly, whilst the Grand Chamber acknowledged that it did not have access to the content of the criminal proceedings against the other detained members of parliament, it held, in the light of the reports and opinions of international observers, that the main reason for depriving them of their liberty lay in their political speeches, concluding in that respect that the applicant\u2019s detention was not an isolated case (see paragraph 428 of the judgment). At this junction, I must underline that the cases of some of those members of parliament are currently pending before our Court. Thus, the line of reasoning accepted by the majority goes, in my humble opinion, beyond the legal questions the Grand Chamber was called upon to examine.<\/p>\n<p>30. In view of the foregoing considerations, I believe that there is no sufficient evidence that is capable of supporting the applicant\u2019s allegation that the entire judicial mechanism of Turkey acted in line with the political agenda by instituting criminal investigations in respect of him. Inasmuch as the majority\u2019s line of reasoning hinges on the applicant\u2019s second detention, which was, in their view, based on \u201cthe same factual context\u201d, namely the 6\u20118\u00a0October events that had also formed part of the factual grounds for his first detention, I would like to make the following observations (see paragraphs\u00a0432-33 and 440-42 of the judgment).<\/p>\n<p>31. Although I have addressed certain aspects of this issue in my separate opinion under Article 46 of the Convention, its importance merits a reiteration of part of that analysis. Firstly, I must point out again that the legal and factual questions regarding the applicant\u2019s second detention are the subject of an individual application he lodged with the Constitutional Court; hence this issue is currently pending before the domestic authorities. Secondly, in the present case, the majority assessed the complaint under Article\u00a018 in conjunction with Article 5 of the Convention. However, under Article\u00a05 of the Convention, the subject of the Grand Chamber\u2019s examination was the applicant\u2019s first detention, from 4 November 2016 to 7\u00a0December 2018, and not his second detention, which was ordered on 20\u00a0September 2019 and is still ongoing. Whilst the majority\u2019s approach might arguably imply that the applicant\u2019s second detention is in effect the continuation of his first detention, given that both detention orders were purportedly based on the same factual context, I am unable to agree with that view for the reasons that I indicated in my separate opinion under Article\u00a046 of the Convention, and also for the following reasons. It is true that circumstantial evidence which is information about the primary facts, or contextual facts or sequences of events, may be taken into account in assessing the general and wider context when the Court examines complaints under Article 18 (see Merabishvili, cited above, \u00a7\u00a0317). However, where the circumstantial evidence takes the form of legal questions relating to the applicant, the Court\u2019s approach may be different. Indeed, in Navalnyy v. Russia ([GC], nos. 29580\/12 and 4 others, \u00a7\u00a0171, 15\u00a0November 2018), the Court took into account the two sets of criminal proceedings contemporaneous to the criminal proceedings against the applicant in its assessment under Article 18 (regarding the general context of the case) by referring to previous judgments in which it had established the relevant facts and determined the legal questions raised in those two sets of proceedings (reference was made to Navalnyy and Ofitserov v.\u00a0Russia, nos.\u00a046632\/13 and 28671\/14, \u00a7\u00a7 116-19, 23 February 2016, and to Navalnyye v. Russia, no. 101\/15, \u00a7\u00a7 83-84, 17 October 2017).<\/p>\n<p>32. In the light of the above, the applicant\u2019s second detention in the present case is not, from my perspective, merely circumstantial evidence; it is a legal question pending before the domestic courts and does not form part of the Court\u2019s examination under Article 5, in conjunction with which the complaint under Article 18 was examined. Under these circumstances, the majority\u2019s approach may risk widening the scope of the case before the Grand Chamber in an unprecedented way and I am hesitant to accept that position. In addition to such a novel approach, the majority also went on to examine the grounds of the applicant\u2019s second detention not under Article\u00a05 (owing to the fact that the second detention was not included in the scope of its examination under that Article), but under Article 18 of the Convention, only to conclude that \u201c&#8230; the domestic authorities do not appear to be particularly interested in the applicant\u2019s suspected involvement in an offence allegedly committed between 6 and 8 October 2014, some five years previously, but rather in keeping him detained, thereby preventing him from carrying out his political activities\u201d (see paragraph 433 of the judgment). With all due respect, I remain sceptical as to whether such finding, stemming from a legal problem that is pending before the domestic courts and not covered by the complaint under Article 5, is in conformity with the principle that the Court must base its decision on evidence in the legal sense. Therefore, I can neither accept the majority\u2019s approach nor their conclusion.<\/p>\n<p>33. For the reasons set out above, I believe that Article 18 of the Convention in conjunction with Article 5 has not been violated in the present case.<\/p>\n<p>_____________<\/p>\n<p>[1] Les quatri\u00e8me et cinqui\u00e8me sections en question concernent respectivement \u00ab\u00a0les infractions contre la s\u00e9curit\u00e9 de l\u2019\u00c9tat\u00a0\u00bb et \u00ab\u00a0les infractions contre l\u2019ordre constitutionnel et le fonctionnement de cet ordre\u00a0\u00bb.<\/p>\n<p>[2] Note du greffe: A la date du prononc\u00e9 du pr\u00e9sent arr\u00eat, la traduction vers le fran\u00e7ais des opinions suivantes, toutes r\u00e9dig\u00e9es en anglais, \u00e9tait en cours. Les traductions de ces opinions seront publi\u00e9es d\u00e8s que possible.<\/p>\n<p>[3] Paragraph 1 of Article 83 of the Constitution reads as follows: \u201cMembers of the Turkish Grand National Assembly shall not be liable for their votes and statements in the course of the Assembly\u2019s work, for the views they express before the Assembly or for repeating or disseminating such views outside the Assembly, unless the Assembly decides otherwise at a sitting held on a proposal by the Bureau.\u201d<\/p>\n<p>[4] Pursuant to paragraph 3 of Article 19 of the Constitution, individuals may be detained provided that there is strong suspicion that they have committed an offence. In accordance with Article 100 of the Code of Criminal Procedure, an individual may be placed in pre-trial detention where there is concrete evidence giving rise to a strong suspicion that she or he has committed an offence and where the detention is justified on one of the grounds laid down in the same provision.<\/p>\n<div class=\"social-share-buttons\"><a href=\"https:\/\/www.facebook.com\/sharer\/sharer.php?u=https:\/\/loisdumonde.com\/?p=275\" target=\"_blank\" rel=\"noopener\">Facebook<\/a><a href=\"https:\/\/twitter.com\/intent\/tweet?url=https:\/\/loisdumonde.com\/?p=275&text=AFFAIRE+SELAHATT%C4%B0N+DEM%C4%B0RTA%C5%9E+c.+TURQUIE+%28N%C2%B0+2%29+%28Cour+europ%C3%A9enne+des+droits+de+l%E2%80%99homme%29+Requ%C3%AAte+no+14305%2F17\" target=\"_blank\" rel=\"noopener\">Twitter<\/a><a href=\"https:\/\/www.linkedin.com\/shareArticle?url=https:\/\/loisdumonde.com\/?p=275&title=AFFAIRE+SELAHATT%C4%B0N+DEM%C4%B0RTA%C5%9E+c.+TURQUIE+%28N%C2%B0+2%29+%28Cour+europ%C3%A9enne+des+droits+de+l%E2%80%99homme%29+Requ%C3%AAte+no+14305%2F17\" target=\"_blank\" rel=\"noopener\">LinkedIn<\/a><a href=\"https:\/\/pinterest.com\/pin\/create\/button\/?url=https:\/\/loisdumonde.com\/?p=275&description=AFFAIRE+SELAHATT%C4%B0N+DEM%C4%B0RTA%C5%9E+c.+TURQUIE+%28N%C2%B0+2%29+%28Cour+europ%C3%A9enne+des+droits+de+l%E2%80%99homme%29+Requ%C3%AAte+no+14305%2F17\" target=\"_blank\" rel=\"noopener\">Pinterest<\/a><\/div>","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>PROC\u00c9DURE. Le requ\u00e9rant all\u00e9guait en particulier que sa d\u00e9tention provisoire avait emport\u00e9 violation des articles 5, 10 et 18 de la Convention ainsi que de l\u2019article\u00a03 du Protocole FacebookTwitterLinkedInPinterest<\/p>\n<p class=\"more-link-p\"><a class=\"more-link\" href=\"https:\/\/loisdumonde.com\/?p=275\">Read more &rarr;<\/a><\/p>\n","protected":false},"author":1,"featured_media":0,"comment_status":"open","ping_status":"open","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"_lmt_disableupdate":"","_lmt_disable":"","footnotes":""},"categories":[1],"tags":[],"class_list":["post-275","post","type-post","status-publish","format-standard","hentry","category-cour-europeenne-des-droits-de-lhomme"],"modified_by":"loisdumonde","_links":{"self":[{"href":"https:\/\/loisdumonde.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/275","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/loisdumonde.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/loisdumonde.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/loisdumonde.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/users\/1"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/loisdumonde.com\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcomments&post=275"}],"version-history":[{"count":1,"href":"https:\/\/loisdumonde.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/275\/revisions"}],"predecessor-version":[{"id":276,"href":"https:\/\/loisdumonde.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/275\/revisions\/276"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/loisdumonde.com\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fmedia&parent=275"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/loisdumonde.com\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcategories&post=275"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/loisdumonde.com\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Ftags&post=275"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}