{"id":273,"date":"2020-12-29T19:54:13","date_gmt":"2020-12-29T19:54:13","guid":{"rendered":"https:\/\/loisdumonde.com\/?p=273"},"modified":"2020-12-29T19:54:13","modified_gmt":"2020-12-29T19:54:13","slug":"affaire-gestur-jonsson-et-ragnar-halldor-hall-c-islande-cour-europeenne-des-droits-de-lhomme-requetes-nos-68273-14-et-68271-14","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/loisdumonde.com\/?p=273","title":{"rendered":"AFFAIRE GESTUR J\u00d3NSSON ET RAGNAR HALLD\u00d3R HALL c. ISLANDE (Cour europ\u00e9enne des droits de l\u2019homme) Requ\u00eates nos 68273\/14 et 68271\/14"},"content":{"rendered":"<p><strong>PROC\u00c9DURE<\/strong>. Les requ\u00e9rants se plaignent d\u2019avoir \u00e9t\u00e9 jug\u00e9s en leur absence par un tribunal de premi\u00e8re instance pour atteinte \u00e0 l\u2019autorit\u00e9 de la justice et soutiennent que la Cour supr\u00eame,<!--more--> agissant comme instance d\u2019appel, n\u2019a pas rem\u00e9di\u00e9 aux violations proc\u00e9durales qui d\u00e9coulaient de la proc\u00e9dure de premi\u00e8re instance. Ils all\u00e8guent \u00e9galement qu\u2019ils ont \u00e9t\u00e9 reconnus coupables d\u2019une infraction qui n\u2019\u00e9tait pas de nature p\u00e9nale en droit interne, et que la peine qui leur a \u00e9t\u00e9 inflig\u00e9e n\u2019\u00e9tait pas pr\u00e9visible.<\/p>\n<p style=\"text-align: center;\">GRANDE CHAMBRE<br \/>\nAFFAIRE GESTUR J\u00d3NSSON ET RAGNAR HALLD\u00d3R HALLc.\u00a0ISLANDE<br \/>\n(Requ\u00eates n<sup>os<\/sup> 68273\/14 et 68271\/14)<br \/>\nARR\u00caT<\/p>\n<p>Art 6 \u00a7 1 (p\u00e9nal) \u2022 Accusation en mati\u00e8re p\u00e9nale<!--more--> \u2022 Pas de d\u00e9termination d\u2019une \u00ab\u00a0accusation en mati\u00e8re p\u00e9nale\u00a0\u00bb dans le cadre d\u2019une proc\u00e9dure contre des avocats de la d\u00e9fense pour non-comparution \u00e0 l\u2019audience de leurs clients \u2022 Application des trois crit\u00e8res Engels \u2022 1.\u00a0Infraction non qualifi\u00e9e de \u00ab\u00a0p\u00e9nale\u00a0\u00bb en droit interne \u2022 2.\u00a0Disposition pertinente concernant sp\u00e9cifiquement les procureurs et avocats \u2022 Mesures ordonn\u00e9es par un tribunal pour sanctionner les comportements d\u00e9plac\u00e9s \u00e0 l\u2019audience s\u2019apparentant g\u00e9n\u00e9ralement \u00e0 l\u2019exercice de pouvoirs disciplinaires \u2022 Nature, p\u00e9nale ou disciplinaire, de l\u2019infraction en cause peu claire malgr\u00e9 la gravit\u00e9 du manquement aux obligations professionnelles \u2022 3.\u00a0Comportement non passible d\u2019une peine d\u2019emprisonnement, amendes non convertibles en privation de libert\u00e9 en cas de non-paiement et sanction non inscrite au casier judiciaire \u2022 Gravit\u00e9 de la sanction insuffisante pour la qualifier de \u00ab\u00a0p\u00e9nale\u00a0\u00bb au sens autonome de l\u2019article 6, malgr\u00e9 le montant des amendes inflig\u00e9es (plus de 6\u00a0000 EUR), l\u2019absence d\u2019un plafond l\u00e9gal et la conclusion contraire de la Cour supr\u00eame<\/p>\n<p style=\"text-align: center;\">STRASBOURG<br \/>\n22 d\u00e9cembre 2020<\/p>\n<p>Cet arr\u00eat est d\u00e9finitif. Il peut subir des retouches de forme.<\/p>\n<p><strong>En l\u2019affaireGesturJ\u00f3nssonet Ragnar Halld\u00f3r Hall c. Islande,<\/strong><\/p>\n<p>La Cour europ\u00e9enne des droits de l\u2019homme, si\u00e9geant en une Grande Chambre compos\u00e9e de\u00a0:<\/p>\n<p>Ksenija Turkovi\u0107, pr\u00e9sidente,<\/p>\n<p>Robert Spano,<br \/>\nLinos-Alexandre Sicilianos,<br \/>\nAngelika Nu\u00dfberger,<br \/>\nS\u00edofra O\u2019Leary,<br \/>\nYonko Grozev,<br \/>\nGeorgios A. Serghides,<br \/>\nBranko Lubarda,<br \/>\nGeorges Ravarani,<br \/>\nPere Pastor Vilanova,<br \/>\nAlena Pol\u00e1\u010dkov\u00e1,<br \/>\nLatif H\u00fcseynov,<br \/>\nJolien Schukking,<br \/>\nLado Chanturia,<br \/>\nGilberto Felici,<br \/>\nDarian Pavli,<br \/>\nRaffaele Sabato, juges,<br \/>\net de S\u00f8ren Prebensen, greffier adjoint de la Grande Chambre,<\/p>\n<p>Apr\u00e8s en avoir d\u00e9lib\u00e9r\u00e9 en chambre du conseil les 9 octobre 2019, 15\u00a0juin et22 octobre 2020,<\/p>\n<p>Rend l\u2019arr\u00eat que voici, adopt\u00e9 \u00e0 cette date\u00a0:<\/p>\n<p><strong>PROC\u00c9DURE<\/strong><\/p>\n<p>1. \u00c0 l\u2019origine de l\u2019affaire se trouvent deux requ\u00eates(nos 68273\/14 et\u00a068271\/14) dirig\u00e9es contre la R\u00e9publique d\u2019Islande et dont deux ressortissants de cet \u00c9tat, MM. GesturJ\u00f3nsson et Ragnar Halld\u00f3r Hall (\u00ab\u00a0les requ\u00e9rants\u00a0\u00bb), ont saisi la Cour le 16 octobre 2014 en vertu de l\u2019article 34 de la Convention de sauvegarde des droits de l\u2019homme et des libert\u00e9s fondamentales (\u00ab\u00a0la Convention\u00a0\u00bb).<\/p>\n<p>2. Les requ\u00e9rants ont \u00e9t\u00e9 repr\u00e9sent\u00e9s par MeGeirGestsson, avocat \u00e0 Reykjavik. Le gouvernement islandais (\u00ab\u00a0le Gouvernement\u00a0\u00bb) a \u00e9t\u00e9 repr\u00e9sent\u00e9 par son agente, MmeRagnhildurHjaltad\u00f3ttir, Secr\u00e9taire permanente du ministre de l\u2019Int\u00e9rieur.<\/p>\n<p>3. Les requ\u00e9rants se plaignent d\u2019avoir \u00e9t\u00e9 jug\u00e9s en leur absence par un tribunal de premi\u00e8re instance pour atteinte \u00e0 l\u2019autorit\u00e9 de la justice et soutiennent que la Cour supr\u00eame, agissant comme instance d\u2019appel, n\u2019a pas rem\u00e9di\u00e9 aux violations proc\u00e9durales qui d\u00e9coulaient de la proc\u00e9dure de premi\u00e8re instance. Ils all\u00e8guent \u00e9galement qu\u2019ils ont \u00e9t\u00e9 reconnus coupables d\u2019une infraction qui n\u2019\u00e9tait pas de nature p\u00e9nale en droit interne, et que la peine qui leur a \u00e9t\u00e9 inflig\u00e9e n\u2019\u00e9tait pas pr\u00e9visible.<\/p>\n<p>4. Les requ\u00eates ont \u00e9t\u00e9 attribu\u00e9es \u00e0 la premi\u00e8re section de la Cour (article\u00a052 \u00a7 1 du r\u00e8glement de la Cour \u2013 \u00ab\u00a0le r\u00e8glement\u00a0\u00bb). Les 2 et 3mars2016 respectivement, le pr\u00e9sident de cette section a d\u00e9cid\u00e9 de communiquer au Gouvernement les griefs des requ\u00e9rants. Les requ\u00eates ont ensuite \u00e9t\u00e9 attribu\u00e9es \u00e0 la deuxi\u00e8me section de la Cour. Le 30 octobre 2018, une chambre de cette section, compos\u00e9e de Julia Laffranque, Robert Spano, I\u015f\u0131lKaraka\u015f, Paul Lemmens, Jon FridrikKj\u00f8lbro, St\u00e9phanie Mourou-Vikstr\u00f6m, Ivana Jeli\u0107, juges, et de Stanley Naismith, greffier de section, a rendu un arr\u00eat. La chambre a d\u00e9cid\u00e9, \u00e0 l\u2019unanimit\u00e9, de joindre les requ\u00eates, elle a conclu \u00e0 la non\u2011violation des articles 6 et 7 de la Convention et elle a d\u00e9clar\u00e9 irrecevable le grief formul\u00e9 par les requ\u00e9rants sur le terrain de l\u2019article 2 du Protocole no 7 \u00e0 la Convention.<\/p>\n<p>5. Le 25 janvier 2019, les requ\u00e9rants ont sollicit\u00e9 le renvoi de l\u2019affaire devant la Grande Chambre en vertu de l\u2019article 43 de la Convention. Le 6\u00a0mai 2019, le coll\u00e8ge de la Grande Chambre a fait droit \u00e0 cette demande.<\/p>\n<p>6. La composition de la Grande Chambre a \u00e9t\u00e9 arr\u00eat\u00e9e conform\u00e9ment aux dispositions des articles 26 \u00a7\u00a7 4 et 5 de la Convention et 24 du r\u00e8glement.<\/p>\n<p>7. Tant les requ\u00e9rants que le Gouvernement ont d\u00e9pos\u00e9 des observations \u00e9crites sur la recevabilit\u00e9 et sur le fond de l\u2019affaire.<\/p>\n<p>8. Une audience s\u2019est d\u00e9roul\u00e9e en public au Palais des droits de l\u2019homme, \u00e0 Strasbourg, le 9 octobre 2019.<\/p>\n<p>Ont comparu\u00a0:<\/p>\n<p>\u2013 pour le Gouvernement<br \/>\nM. E.K. Hallvar\u00f0sson, agent,<br \/>\nMmes F.R.\u00deorsteinsd\u00f3ttir,<br \/>\nG.S.Arnard\u00f3ttir,<br \/>\nM. Thejll, agentes adjointes\u00a0;<\/p>\n<p>\u2013 pour les requ\u00e9rants<br \/>\nM. G. Gestsson, conseil,<br \/>\nMme V.E.Gu\u00f0mundsd\u00f3ttir, conseill\u00e8re.<\/p>\n<p>La Cour a entendu Me G. Gestsson et MmeF. R. \u00deorsteinsd\u00f3ttiren leurs d\u00e9clarations et en leurs r\u00e9ponses aux questions pos\u00e9es par les juges.<\/p>\n<p><strong>EN FAIT<\/strong><\/p>\n<p>9. Les requ\u00e9rants sont n\u00e9s respectivement en 1950 et en 1948. Ils r\u00e9sident \u00e0 Reykjavik, o\u00f9 ils exercent tous deux la profession d\u2019avocat.<\/p>\n<p>10. Le 16 f\u00e9vrier 2012, Y et Z, ainsi que deux autres personnes, furent inculp\u00e9s de complicit\u00e9 d\u2019escroquerie et de manipulation du march\u00e9 boursier. Le 7 mars 2012, en application de l\u2019article 31 de la loi no 88\/2008 sur la proc\u00e9dure p\u00e9nale (\u00ab\u00a0la loi sur la proc\u00e9dure p\u00e9nale\u00a0\u00bb), le premier requ\u00e9rant fut d\u00e9sign\u00e9 pour repr\u00e9senter Y et le second requ\u00e9rant pour repr\u00e9senter Z.<\/p>\n<p>11. Le contexte de la proc\u00e9dure p\u00e9nale dirig\u00e9e contre Y et Z, \u00e9nonc\u00e9 dans l\u2019arr\u00eat rendu dans l\u2019affaire Sigur\u00f0urEinarsson et autres c. Islande (no\u00a039757\/15, \u00a7\u00a7 7 et suivants, 4 juin 2019), \u00e9tait celui de la grave crise financi\u00e8re mondiale de 2008, qui a durement touch\u00e9 le secteur financier islandais et abouti, entre autres cons\u00e9quences, \u00e0 l\u2019effondrement des plus grandes banques du pays.<\/p>\n<p>12. Le 7 mars 2012, l\u2019acte d\u2019accusation du parquet dirig\u00e9 contre plusieurs personnes, dont Y et Z, fut d\u00e9pos\u00e9 aupr\u00e8s du tribunal de district de Reykjavik. Lors d\u2019une audience pr\u00e9liminaire, les inculp\u00e9s plaid\u00e8rent non coupables des charges retenues contre eux. De mars \u00e0 d\u00e9cembre 2012, au cours de diverses autres audiences pr\u00e9liminaires, le procureur et les requ\u00e9rants, ainsi que les autres avocats de la d\u00e9fense participant \u00e0 la proc\u00e9dure, soulev\u00e8rent \u00e0 plusieurs reprises des arguments sur diff\u00e9rents points, dont les \u00e9l\u00e9ments de preuve produits par le parquet, le d\u00e9lai imparti \u00e0 la d\u00e9fense pour pr\u00e9senter son m\u00e9moire et la demande de non-lieu formul\u00e9e par la d\u00e9fense. La Cour supr\u00eame se pronon\u00e7a \u00e0 trois reprises sur des questions proc\u00e9durales dans cette affaire.<\/p>\n<p>13. Le 19 d\u00e9cembre 2012, le juge du tribunal de district d\u00e9cida, apr\u00e8s avoir consult\u00e9 le parquet, les requ\u00e9rants et les autres avocats de la d\u00e9fense, que le proc\u00e8s se d\u00e9roulerait du 11 au 23 avril 2013. Le m\u00eame jour, le second requ\u00e9rant r\u00e9pondit au courrier \u00e9lectronique envoy\u00e9 par le juge qu\u2019il \u00e9tait certes raisonnable de fixer la date du proc\u00e8s, mais que l\u2019affaire ne serait pas encore en \u00e9tat aux dates propos\u00e9es puisque le parquet n\u2019avait pas produit les \u00e9l\u00e9ments de preuve demand\u00e9s ni \u00e9tabli de liste des t\u00e9moins. Peu apr\u00e8s, le juge lui r\u00e9pondit\u00a0: \u00ab\u00a0Joyeux No\u00ebl\u00a0!\u00a0\u00bb.<\/p>\n<p>14. Le parquet produisit d\u2019autres \u00e9l\u00e9ments de preuve au cours de deux audiences pr\u00e9liminaires qui se tinrent respectivement le 24 janvier et le 7\u00a0mars 2013. \u00c0 l\u2019audience du 7 mars, les requ\u00e9rants et les autres avocats de la d\u00e9fense sollicit\u00e8rent un d\u00e9lai pour \u00e9tudier les \u00e9l\u00e9ments de preuve soumis et demand\u00e8rent le report du proc\u00e8s, arguant notamment que la production des \u00e9l\u00e9ments de preuve n\u2019\u00e9tait pas achev\u00e9e. Par une d\u00e9cision du m\u00eame jour, le tribunal de district rejeta leurs demandes.<\/p>\n<p>15. Lors d\u2019une audience pr\u00e9liminaire qui se tint le 21 mars 2013, le parquet et un avocat de la d\u00e9fense produisirent d\u2019autres \u00e9l\u00e9ments de preuve. Les requ\u00e9rants et les autres avocats de la d\u00e9fense demand\u00e8rent que le parquet leur fournisse certaines preuves \u00e9crites. Lors d\u2019une audience pr\u00e9liminaire qui se tint le 25 mars 2013, les requ\u00e9rants et les autres avocats de la d\u00e9fense sollicit\u00e8rent \u00e0 nouveau un report du proc\u00e8s, de six \u00e0 huit semaines, afin de pouvoir \u00e9tudier les nouveaux \u00e9l\u00e9ments de preuve pr\u00e9sent\u00e9s par le parquet. Le 26 mars 2013, le tribunal de district rejeta ces deux demandes. Les avocats contest\u00e8rent cette d\u00e9cision devant la Cour supr\u00eame, qui les d\u00e9bouta le 4 avril 2013.<\/p>\n<p>16. Le 8 avril 2013, les requ\u00e9rants adress\u00e8rent chacun au juge du tribunal de district charg\u00e9 de l\u2019affaire une lettre dans laquelle ils d\u00e9claraient que, pour des raisons de conscience professionnelle, ils ne pouvaient continuer \u00e0 assurer la d\u00e9fense de leurs clients. Ils indiquaient notamment qu\u2019ils n\u2019avaient pas \u00e9t\u00e9 inform\u00e9s du d\u00e9lai fix\u00e9 pour la remise de leurs m\u00e9moires aupr\u00e8s de la Cour supr\u00eame avant que celle-ci ne pronon\u00e7\u00e2t sa d\u00e9cision le 4 avril 2013, que le parquet avait omis de leur adresser une copie de son m\u00e9moire, que la d\u00e9fense n\u2019avait pas b\u00e9n\u00e9fici\u00e9 d\u2019un acc\u00e8s ad\u00e9quat \u00e0 certains documents importants, que le parquet avait proc\u00e9d\u00e9 \u00e0 des \u00e9coutes de conversations t\u00e9l\u00e9phoniques qu\u2019ils avaient eues avec leurs clients, et que la proc\u00e9dure dans son ensemble avait port\u00e9 atteinte \u00e0 leurs droits garantis par la Constitution, la loi sur la proc\u00e9dure p\u00e9nale et la Convention. Ils ajoutaient que les droits de leurs clients avaient \u00e9t\u00e9 si grossi\u00e8rement bafou\u00e9s qu\u2019ils se voyaient contraints de renoncer \u00e0 participer encore \u00e0 la proc\u00e9dure. Ils pr\u00e9cisaient qu\u2019ils en avaient discut\u00e9 avec leurs clients et que ces derniers approuvaient leur d\u00e9cision. Ils demandaient donc \u00e0 \u00eatre relev\u00e9s de leur mandat d\u2019avocat en application de l\u2019article 21 \u00a7 6 de la loi no 77\/1998 relative aux avocats.<\/p>\n<p>17. Le m\u00eame jour, le juge du tribunal de district r\u00e9pondit aux lettres des requ\u00e9rants par une lettre dans laquelle il les informait qu\u2019il refusait de les relever de leur mandat. Se r\u00e9f\u00e9rant \u00e0 l\u2019article 34 de la loi sur la proc\u00e9dure p\u00e9nale et \u00e0 l\u2019article 20 \u00a7 1 de la loi relative aux avocats (paragraphes 37-38 ci-dessous), il observait que les requ\u00e9rants avaient accept\u00e9 leur d\u00e9signation et qu\u2019ils ne pouvaient pas revenir sur cette acceptation s\u2019il existait un risque que la proc\u00e9dure en f\u00fbt retard\u00e9e, ce qui \u00e9tait le cas en l\u2019esp\u00e8ce. Il confirma donc que le proc\u00e8s d\u00e9buterait le 11 avril 2013, comme il en avait d\u00e9cid\u00e9 le 19 d\u00e9cembre 2012. Le m\u00eame jour, les requ\u00e9rants r\u00e9pondirent \u00e0 cette lettre\u00a0: r\u00e9p\u00e9tant les arguments qu\u2019ils avaient pr\u00e9c\u00e9demment formul\u00e9s, ils d\u00e9clar\u00e8rent qu\u2019ils n\u2019assisteraient pas au proc\u00e8s le 11 avril 2013. Il ressort du proc\u00e8s-verbal de l\u2019audience du 11 avril 2013 que, dans cette r\u00e9ponse, le premier requ\u00e9rant soutenait qu\u2019il ne pouvait \u00eatre contraint \u00e0 exercer ses fonctions d\u2019avocat de la d\u00e9fense contre sa volont\u00e9 et sa conscience et qu\u2019il r\u00e9it\u00e9rait donc sa d\u00e9claration ant\u00e9rieure concernant sa d\u00e9cision de cesser d\u2019assurer la d\u00e9fense de son client, et le second requ\u00e9rant d\u00e9clarait qu\u2019il tenait pour ill\u00e9gale la d\u00e9cision par laquelle le juge avait refus\u00e9 de le relever de ses fonctions et qu\u2019il s\u2019estimait lib\u00e9r\u00e9 de ses obligations de d\u00e9fense dans l\u2019affaire.<\/p>\n<p>18. Le 11 avril 2013, Y et Z assist\u00e8rent \u00e0 l\u2019audience programm\u00e9e, accompagn\u00e9s de leurs nouveaux avocats. Il y fut constat\u00e9 que les requ\u00e9rants n\u2019\u00e9taient pas pr\u00e9sents, et le contenu de leurs diff\u00e9rentes communications du 8\u00a0avril 2013 fut consign\u00e9. Selon le proc\u00e8s-verbal de l\u2019audience, il apparut alors clairement au tribunal que la seule solution \u00e9tait de relever les avocats de la d\u00e9fense de leurs fonctions, malgr\u00e9 le refus du juge pr\u00e9sident de les autoriser \u00e0 se retirer. De nouveaux avocats de la d\u00e9fense furent d\u00e9sign\u00e9s pour Y et Z, et le proc\u00e8s fut report\u00e9 \u00e0 une date ind\u00e9termin\u00e9e. Le parquet plaida qu\u2019il \u00e9tait \u00e9vident qu\u2019en se retirant de l\u2019affaire les requ\u00e9rants avaient eu pour seul objectif de retarder la proc\u00e9dure, et il estima que pareil comportement \u00e9tait contraire \u00e0 leurs obligations l\u00e9gales. Il demanda donc leur condamnation au paiement d\u2019une amende pour atteinte \u00e0 l\u2019autorit\u00e9 de la justice.<\/p>\n<p>19. Les requ\u00e9rants port\u00e8rent l\u2019affaire devant la Cour supr\u00eame. Ils soutenaient, et soutiennent encore devant la Cour, que, selon des informations parues dans la presse, le pr\u00e9sident avait explicitement rejet\u00e9 la demande du parquet \u00e0 ce stade, au motif que les conditions requises pour infliger une amende n\u2019\u00e9taient pas satisfaites. Le Gouvernement affirme toutefois que le proc\u00e8s-verbal d\u2019audience n\u2019indique pas si le pr\u00e9sident a pris position sur ce point.<\/p>\n<p>20. Du 4 au 14 novembre 2013, un proc\u00e8s se tint devant le tribunal de district. Dans l\u2019intervalle, le pr\u00e9sident s\u2019\u00e9tait retir\u00e9 de l\u2019affaire et un nouveau juge avait \u00e9t\u00e9 d\u00e9sign\u00e9.<\/p>\n<p>21. Par un jugement du 12 d\u00e9cembre 2013, Y et Z, ainsi que les deux autres accus\u00e9s, furent d\u00e9clar\u00e9s coupables des faits qui leur \u00e9taient reproch\u00e9s. Les honoraires octroy\u00e9s aux avocats de la d\u00e9fense de l\u2019ensemble des accus\u00e9s s\u2019\u00e9levaient \u00e0 88\u00a0831\u00a0252 couronnes islandaises (ISK), soit environ 559\u00a0000\u00a0euros (EUR) \u00e0 l\u2019\u00e9poque des faits. Sur ce montant, 10\u00a0855\u00a0750 ISK (environ 68\u00a0300 EUR) revenaient au premier requ\u00e9rant, qui se vit \u00e9galement octroyer, conjointement avec le deuxi\u00e8me avocat de la d\u00e9fense, 90\u00a0202\u00a0ISK (environ 570 EUR) pour les frais engag\u00e9s. Le tribunal de district accorda au deuxi\u00e8me avocat de la d\u00e9fense 5\u00a0898\u00a0500 ISK (environ 37\u00a0000\u00a0EUR) \u00e0 titre d\u2019honoraires.<\/p>\n<p>Par ailleurs, le tribunal de district infligea \u00e0 chacun des requ\u00e9rants, sans les avoir entendus, une amende d\u2019un million de couronnesislandaises (environ 6\u00a0200 EUR) au titre de l\u2019article 223 \u00a7 1 alin\u00e9as a) \u2013 pour avoir intentionnellement retard\u00e9 la proc\u00e9dure de mani\u00e8re indue \u2013 et d) \u2013 pour avoir par leur comportement port\u00e9 atteinte \u00e0 l\u2019autorit\u00e9 de la justice \u2013 de la loi sur la proc\u00e9dure p\u00e9nale. Il jugea qu\u2019il ne pouvait faire autrement que d\u2019infliger ces amendes aux requ\u00e9rants, pour les raisons suivantes. Il observa, en particulier, que les requ\u00e9rants s\u2019\u00e9taient vu accorder un long d\u00e9lai pour pr\u00e9parer de mani\u00e8re satisfaisante la d\u00e9fense des accus\u00e9s avant l\u2019audience principale du 11 avril 2013, m\u00eame si des observations compl\u00e9mentaires avaient \u00e9t\u00e9 produites dans l\u2019intervalle. Il nota \u00e9galement que la d\u00e9cision des requ\u00e9rants de ne pas assister au proc\u00e8s le 11 avril 2013 avait occasionn\u00e9 un retard inutile dans la proc\u00e9dure et ainsi port\u00e9 atteinte aux int\u00e9r\u00eats de leurs clients et des autres accus\u00e9s. Il estima de surcro\u00eet que, le juge ayant rejet\u00e9 la demande par laquelle les int\u00e9ress\u00e9s le priaient de les relever de leurs obligations, ceux-ci avaient adopt\u00e9, en refusant d\u2019assister \u00e0 l\u2019audience principale, un comportement qui s\u2019analysait en une atteinte \u00e0 l\u2019autorit\u00e9 de la justice.<\/p>\n<p>22. Le 13 d\u00e9cembre 2013, les requ\u00e9rants saisirent la Cour supr\u00eame d\u2019un recours form\u00e9 \u00e0 leur demande par le parquet concernant l\u2019amende qui leur avait \u00e9t\u00e9 inflig\u00e9e. Ils demandaient \u00e0 titre principal l\u2019annulation du jugement du tribunal de district dans sa partie relative au prononc\u00e9 des peines d\u2019amende \u00e0 leur encontre et, \u00e0 titre subsidiaire, la r\u00e9duction du montant des amendes inflig\u00e9es, en cas de rejet par la Cour supr\u00eame de leur demande d\u2019annulation.<\/p>\n<p>23. Dans leurs observations devant la Cour supr\u00eame, les requ\u00e9rants avan\u00e7aient premi\u00e8rement qu\u2019ils avaient \u00e9t\u00e9 sanctionn\u00e9s sans avoir eu la possibilit\u00e9 de se d\u00e9fendre contre les arguments du parquet ni avoir \u00e9t\u00e9 inform\u00e9s de ce que le tribunal avait l\u2019intention de leur infliger une amende. Ils y voyaient une violation \u00e0 leur \u00e9gard du droit \u00e0 un proc\u00e8s \u00e9quitable prot\u00e9g\u00e9 par l\u2019article 6 \u00a7\u00a7 1 \u00e0 3 de la Convention et l\u2019article 70 de la Constitution. Ils soutenaient, deuxi\u00e8mement, qu\u2019ils s\u2019\u00e9taient retir\u00e9s de l\u2019affaire pour des raisons valables et que les conditions l\u00e9gales requises pour leur infliger une amende n\u2019\u00e9taient pas satisfaites.<\/p>\n<p>24. \u00c0 l\u2019appui de leur premier grief, les requ\u00e9rants plaidaient qu\u2019ils n\u2019avaient \u00e0 aucun moment \u00e9t\u00e9 inform\u00e9s que le tribunal de district envisageait de leur infliger une amende et qu\u2019ils n\u2019avaient pas \u00e9t\u00e9 invit\u00e9s \u00e0 se d\u00e9fendre devant ce tribunal, ce qui constituait pourtant un \u00e9l\u00e9ment fondamental du droit \u00e0 un proc\u00e8s \u00e9quitable.<\/p>\n<p>25. \u00c0 l\u2019appui de leur deuxi\u00e8me grief, ils arguaient notamment qu\u2019en les sanctionnant en tant qu\u2019avocats de la d\u00e9fense le tribunal de district avait m\u00e9connu la loi sur la proc\u00e9dure p\u00e9nale, puisqu\u2019au moment o\u00f9 il avait rendu son jugement, ils n\u2019\u00e9taient plus avocats de la d\u00e9fense. Ils soutenaient qu\u2019en vertu de l\u2019article 224 de la loi sur la proc\u00e9dure p\u00e9nale, ils n\u2019auraient pu \u00eatre sanctionn\u00e9s pour les faits qui leur avaient \u00e9t\u00e9 reproch\u00e9s qu\u2019imm\u00e9diatement apr\u00e8s la commission de l\u2019infraction, en tant qu\u2019\u00ab\u00a0autres parties\u00a0\u00bb. Ils avan\u00e7aient par ailleurs que ces faits n\u2019avaient pas eu lieu au cours de la proc\u00e9dure et ne relevaient donc pas des cas pr\u00e9vus par la loi sur la proc\u00e9dure p\u00e9nale, et qu\u2019en tout \u00e9tat de cause leur comportement ne pouvait \u00eatre qualifi\u00e9 d\u2019atteinte \u00e0 l\u2019autorit\u00e9 de la justice puisqu\u2019ils n\u2019avaient particip\u00e9 \u00e0 aucune des audiences tenues par les juges qui leur avaient inflig\u00e9 une amende et qui s\u2019\u00e9taient prononc\u00e9s sur le fond de l\u2019affaire. Ils all\u00e9guaient enfin qu\u2019ils avaient agi dans l\u2019int\u00e9r\u00eat de leurs clients, et que ceux-ci avaient approuv\u00e9 leur d\u00e9cision.<\/p>\n<p>26. Les requ\u00e9rants produisaient \u00e0 l\u2019appui de leurs observations devant la Cour supr\u00eame des preuves documentaires, notamment des courriers \u00e9lectroniques et des lettres qu\u2019eux-m\u00eames ainsi que d\u2019autres avocats de la d\u00e9fense avaient \u00e9chang\u00e9s avec le parquet et le tribunal de district, une lettre relative \u00e0 l\u2019acc\u00e8s \u00e0 certains documents de la proc\u00e9dure principale adress\u00e9e par le premier requ\u00e9rant et un autre avocat de la d\u00e9fense au procureur ainsi que la r\u00e9ponse de ce dernier, et un article de presse intitul\u00e9 \u00ab\u00a0Une demande de prolongation rejet\u00e9e \u00e0 tort\u00a0\u00bb dont l\u2019auteur affirmait que le juge avait rejet\u00e9 lors de l\u2019audience du 11 avril 2013 la demande du procureur tendant \u00e0 ce qu\u2019il leur f\u00fbt inflig\u00e9 une amende. Ils ne sollicitaient pas l\u2019audition de t\u00e9moins et ne demandaient pas \u00e0 \u00eatre entendus par la Cour supr\u00eame.<\/p>\n<p>27. Dans son m\u00e9moire du 26 mars 2014, le parquet soutint que c\u2019\u00e9tait \u00e0 raison que le tribunal de district avait inflig\u00e9 une amende aux requ\u00e9rants. Il soulignait d\u2019abord qu\u2019en vertu de l\u2019article 34 de la loi sur la proc\u00e9dure p\u00e9nale, il devait \u00eatre fait droit en principe \u00e0 la demande par laquelle un avocat de la d\u00e9fense sollicitait l\u2019autorisation de se retirer d\u2019une affaire, mais non lorsqu\u2019il existait un risque d\u2019occasionner un retard dans la proc\u00e9dure, ce qui \u00e9tait le cas en l\u2019esp\u00e8ce. Il estimait par ailleurs qu\u2019en ne se pr\u00e9sentant pas \u00e0 l\u2019audience, au m\u00e9pris de la d\u00e9cision par laquelle le juge avait refus\u00e9 de les autoriser \u00e0 se retirer de l\u2019affaire, les requ\u00e9rants s\u2019\u00e9taient conduits d\u2019une mani\u00e8re qui s\u2019analysait clairement en une atteinte \u00e0 l\u2019autorit\u00e9 de la justice. Il observait \u00e9galement qu\u2019ils avaient agi en qualit\u00e9 d\u2019avocats de la d\u00e9fense pour leurs clients d\u00e8s le stade de l\u2019enqu\u00eate men\u00e9e en amont de la proc\u00e9dure principale en 2009, que l\u2019acte d\u2019accusation dans cette affaire avait \u00e9t\u00e9 \u00e9tabli le 16 f\u00e9vrier 2012 et que le tribunal avait \u00e9t\u00e9 saisi de l\u2019affaire le 7\u00a0mars2012. Il relevait aussi que quatorze audiences s\u2019\u00e9taient d\u00e9j\u00e0 tenues lorsque, plus d\u2019un an apr\u00e8s la saisine du tribunal, les requ\u00e9rants avaient demand\u00e9 \u00e0 \u00eatre relev\u00e9s de leurs fonctions par leur lettre du 8 avril 2013. Dans ces conditions, il consid\u00e9rait comme le tribunal de district que les requ\u00e9rants avaient eu amplement la possibilit\u00e9 de pr\u00e9parer la d\u00e9fense de mani\u00e8re ad\u00e9quate, m\u00eame si dans l\u2019intervalle d\u2019autres \u00e9l\u00e9ments de preuve avaient \u00e9t\u00e9 produits.<\/p>\n<p>28. La Cour supr\u00eame tint une audience. Elle n\u2019entendit ni les requ\u00e9rants ni aucun t\u00e9moin.<\/p>\n<p>29. Chacun des requ\u00e9rants \u00e9tait repr\u00e9sent\u00e9 par un avocat. Ils all\u00e8guent toutefois qu\u2019en raison du temps limit\u00e9 qui leur fut imparti pour pr\u00e9senter leur cause devant la Cour supr\u00eame, chacun de ces deux avocats avan\u00e7a des arguments pour le compte de l\u2019un comme de l\u2019autre.<\/p>\n<p>30. Selon le r\u00e9sum\u00e9 pr\u00e9sent\u00e9 par le second requ\u00e9rant des plaidoiries faites devant la Cour supr\u00eame, les avocats argu\u00e8rent notamment que la d\u00e9cision par laquelle un tribunal infligeait des amendes judiciaires \u00e9tait une d\u00e9cision prise d\u2019office sans que les parties y fussent associ\u00e9es, et qu\u2019elle ne pouvait donc pas \u00eatre annul\u00e9e et renvoy\u00e9e devant le tribunal de premi\u00e8re instance. Ils plaid\u00e8rent qu\u2019il ne pouvait \u00eatre l\u00e9gitime \u00e0 ce stade de renvoyer l\u2019affaire au tribunal de district aux fins d\u2019un nouveau proc\u00e8s au motif d\u2019une violation de la loi sur la proc\u00e9dure p\u00e9nale et de l\u2019article 6 de la Convention, car les d\u00e9lais dans lesquels une amende pouvait \u00eatre inflig\u00e9e \u00e0 leurs clients \u00e9taient expir\u00e9s. Ils avanc\u00e8rent qu\u2019en vertu des articles 223 et 224 de la loi sur la proc\u00e9dure p\u00e9nale, les requ\u00e9rants ne pouvaient se voir infliger d\u2019amende qu\u2019en tant qu\u2019\u00ab\u00a0avocats de la d\u00e9fense\u00a0\u00bb dans un jugement sur le fond rendu dans le cadre de la proc\u00e9dure p\u00e9nale dirig\u00e9e contre leurs clients ou en tant qu\u2019\u00ab\u00a0autres parties\u00a0\u00bb au cours du proc\u00e8s principal tenu dans cette proc\u00e9dure. Ils ajout\u00e8rent, d\u2019une part, que le montant de l\u2019amende qui avait \u00e9t\u00e9 impos\u00e9e \u00e9tait dix fois sup\u00e9rieur \u00e0 celui des amendes prononc\u00e9es dans des affaires ant\u00e9rieures et, d\u2019autre part, que la loi sur la proc\u00e9dure p\u00e9nale ne pr\u00e9voyait pas de montant maximal. Enfin, ils invoqu\u00e8rent le principe de l\u00e9galit\u00e9 en droit p\u00e9nal (article 69 de la Constitution) et le principe de la lexcerta.<\/p>\n<p>31. Par un arr\u00eat du 28 mai 2014, la Cour supr\u00eame confirma, par une majorit\u00e9 de trois juges contre deux, le jugement du tribunal de district quant aux amendes inflig\u00e9es aux requ\u00e9rants.<\/p>\n<p>32. Dans son arr\u00eat, la Cour supr\u00eame exposa les faits de mani\u00e8re d\u00e9taill\u00e9e. Elle mentionna l\u2019obligation faite aux avocats par l\u2019article 20 de la loi relative aux avocats d\u2019accepter toute d\u00e9signation ou nomination en qualit\u00e9 d\u2019avocat de la d\u00e9fense dans une proc\u00e9dure p\u00e9nale d\u00e8s lors qu\u2019ils satisfaisaient aux exigences l\u00e9gales. Elle consid\u00e9ra que les requ\u00e9rants ne pouvaient renoncer \u00e0 assurer la d\u00e9fense de leurs clients dans une proc\u00e9dure p\u00e9nale en se fondant sur l\u2019article 21 \u00a7 6 de la loi relative aux avocats, \u00e9tant donn\u00e9 que cette disposition ne s\u2019appliquait qu\u2019aux proc\u00e9dures civiles. Elle jugea qu\u2019en n\u2019assistant pas au proc\u00e8s alors m\u00eame que le tribunal de district avait rejet\u00e9 leur demande d\u2019\u00eatre relev\u00e9s de leur mandat, les requ\u00e9rants s\u2019\u00e9taient conduits d\u2019une mani\u00e8re qui n\u2019\u00e9tait conforme ni au droit ni aux int\u00e9r\u00eats de leurs clients et des autres accus\u00e9s, et qu\u2019en renon\u00e7ant \u00e0 assurer la d\u00e9fense de leurs clients ils avaient commis une violation grave des obligations que les articles 34 \u00a7 1 et 35 \u00a7 1 de la loi sur la proc\u00e9dure p\u00e9nale faisaient peser sur eux. Elle observa que les requ\u00e9rants avaient totalement m\u00e9connu les d\u00e9cisions l\u00e9gitimes du juge du tribunal de district, ne laissant \u00e0 celui-ci pas d\u2019autre choix que de les relever de leur mandat et de d\u00e9signer d\u2019autres avocats pour assurer la repr\u00e9sentation des accus\u00e9s qui comparaissaient devant lui.<\/p>\n<p>33. L\u2019arr\u00eat contenait encore la motivation suivante\u00a0:<\/p>\n<p>\u00ab\u00a0Partie V<\/p>\n<p>(&#8230;)<\/p>\n<p>Les obligations professionnelles d\u2019un juge comportent les t\u00e2ches consistant \u00e0 d\u00e9signer les avocats de la d\u00e9fense, \u00e0 d\u00e9terminer s\u2019ils doivent \u00eatre relev\u00e9s de leurs fonctions et \u00e0 veiller \u00e0 ce que la proc\u00e9dure suivie dans chaque affaire soit correcte (&#8230;) [Les requ\u00e9rants] ont ignor\u00e9 le rejet oppos\u00e9 par le juge \u00e0 leur demande d\u2019\u00eatre relev\u00e9s de leur mandat et ils n\u2019ont pas assist\u00e9 \u00e0 l\u2019audience principale programm\u00e9e le 11\u00a0avril\u00a02013, alors m\u00eame qu\u2019ils \u00e9taient toujours d\u00e9sign\u00e9s comme avocats de la d\u00e9fense dans l\u2019affaire. La Cour consid\u00e8re comme le tribunal de district que la loi ne les autorisait pas \u00e0 se comporter de la sorte\u00a0: ils auraient d\u00fb compara\u00eetre \u00e0 l\u2019audience et, le cas \u00e9ch\u00e9ant, soulever leurs exceptions proc\u00e9durales devant le tribunal. Leur conduite n\u2019\u00e9tait ni dans l\u2019int\u00e9r\u00eat de leurs clients, ni dans celui des autres accus\u00e9s. Par ailleurs, en d\u00e9clarant, dans les lettres susmentionn\u00e9es du 8 avril 2013, qu\u2019ils n\u2019\u00e9taient plus avocats de la d\u00e9fense dans l\u2019affaire, [les requ\u00e9rants] ont commis un grave manquement aux obligations professionnelles qui leur incombaient en leur qualit\u00e9 d\u2019avocats de la d\u00e9fense dans une affaire p\u00e9nale (&#8230;) Ils ont totalement ignor\u00e9 les d\u00e9cisions l\u00e9gitimes prises par le juge, ne lui laissant d\u2019autre choix que de les relever de leurs fonctions et de d\u00e9signer d\u2019autres avocats \u00e0 leur place. Cela a occasionn\u00e9 un important retard dans l\u2019affaire.<\/p>\n<p style=\"text-align: center;\">Partie VI<\/p>\n<p>1) [1] Le chapitre XXXV de la loi no 88\/2008 contient une disposition relative aux amendes pouvant \u00eatre inflig\u00e9es pour atteinte \u00e0 l\u2019autorit\u00e9 de la justice. Le premier point de l\u2019article 222 \u00a7 1 dispose qu\u2019un juge, statuant d\u2019office, d\u00e9termine le montant des amendes, et que celles-ci sont vers\u00e9es au Tr\u00e9sor public, conform\u00e9ment aux r\u00e8gles dudit chapitre. Le deuxi\u00e8me point du m\u00eame paragraphe pr\u00e9cise qu\u2019une proc\u00e9dure sp\u00e9ciale peut \u00eatre engag\u00e9e en ce qui concerne les infractions passibles des amendes vis\u00e9es audit chapitre.<\/p>\n<p>2) En vertu de l\u2019article 223 du chapitre XXXV, une amende peut \u00eatre inflig\u00e9e au procureur, \u00e0 l\u2019accus\u00e9 ou \u00e0 l\u2019avocat pour le comportement \u00e9nonc\u00e9 aux alin\u00e9as a) \u00e0 d) de cette disposition. Le fait de retarder intentionnellement une proc\u00e9dure de mani\u00e8re indue (alin\u00e9a a)) ou de porter atteinte d\u2019une autre mani\u00e8re \u00e0 la dignit\u00e9 du tribunal pendant une audience (alin\u00e9a d)) rel\u00e8ve de cette disposition. Le paragraphe 2 de l\u2019article 223 pr\u00e9voit la possibilit\u00e9 d\u2019infliger \u00e0 l\u2019accus\u00e9 ou \u00e0 toute autre personne d\u00e9posant devant le tribunal une amende pour atteinte \u00e0 l\u2019autorit\u00e9 de la justice. Le paragraphe 3 pr\u00e9voit la possibilit\u00e9 d\u2019infliger une amende \u00e0 toute autre personne que celles mentionn\u00e9es dans les deux premiers paragraphes, en cas de violation d\u2019une interdiction prononc\u00e9e par le juge relativement aux modalit\u00e9s d\u2019une audience au sens de l\u2019article 11 \u00a7\u00a7 1 et 2 de la loi no 88\/2008, d\u2019inobservation d\u2019un appel au respect de l\u2019ordre adress\u00e9 par un juge pendant une audience, ou d\u2019autre comportement d\u00e9plac\u00e9 ou ind\u00e9cent. Le paragraphe 4 dispose que si le juge estime qu\u2019il a \u00e9t\u00e9 commis une atteinte mineure relevant des paragraphes 1 \u00e0 3, il peut choisir d\u2019admonester le contrevenant plut\u00f4t que de lui infliger une amende. Le paragraphe 1 de l\u2019article 224 dispose que lorsqu\u2019un jugement est rendu dans une affaire o\u00f9 ces dispositions sont appliqu\u00e9es, l\u2019amende prononc\u00e9e \u00e0 l\u2019\u00e9gard du procureur, de l\u2019accus\u00e9, de l\u2019avocat de la d\u00e9fense ou du conseiller juridique peut \u00eatre impos\u00e9e dans le jugement. Si la proc\u00e9dure se conclut d\u2019une autre mani\u00e8re, les amendes inflig\u00e9es \u00e0 ces parties sont d\u00e9termin\u00e9es par ordonnance. Le paragraphe 2 dispose que les amendes inflig\u00e9es \u00e0 d\u2019autres parties que celles vis\u00e9es au paragraphe 1 sont impos\u00e9es par ordonnance d\u00e8s que l\u2019infraction est commise.<\/p>\n<p>3) Le montant de l\u2019amende pour atteinte \u00e0 l\u2019autorit\u00e9 de la justice, qui est d\u00e9termin\u00e9 conform\u00e9ment au chapitre XXXV de la loi no 88\/2008, n\u2019est pas plafonn\u00e9. [En l\u2019esp\u00e8ce,] les amendes inflig\u00e9es aux [requ\u00e9rants] \u00e9taient \u00e9lev\u00e9es. Compte tenu de ces deux \u00e9l\u00e9ments, il convient d\u2019admettre que les amendes litigieuses sont de nature p\u00e9nale, comme les parties en ont convenu au cours de la proc\u00e9dure men\u00e9e devant la Cour supr\u00eame.<\/p>\n<p>4) Comme indiqu\u00e9 ci-dessus, la deuxi\u00e8me phrase de l\u2019article 222 \u00a7 1 permet au parquet d\u2019engager des poursuites pour des infractions passibles d\u2019amende en vertu de ce chapitre. En vertu des r\u00e8gles g\u00e9n\u00e9rales, les personnes ainsi poursuivies doivent ensuite avoir la possibilit\u00e9 de se d\u00e9fendre. Or tel n\u2019a pas \u00e9t\u00e9 le cas en l\u2019esp\u00e8ce. D\u2019autre part, comme indiqu\u00e9 ci-dessus, le juge charg\u00e9 de l\u2019affaire p\u00e9nale peut \u00e9galement d\u00e9cider d\u2019infliger des amendes en application de la premi\u00e8re phrase [de l\u2019article\u00a0222\u00a0\u00a7\u00a01]. En pareilles circonstances, il n\u2019est pas n\u00e9cessaire que le parquet formule une demande sp\u00e9ciale en ce sens. Il n\u2019y a aucune raison de consid\u00e9rer que la protection accord\u00e9e [aux requ\u00e9rants] par la loi aurait d\u00fb \u00eatre moindre \u00e0 raison de l\u2019option retenue lors de l\u2019appr\u00e9ciation de la question de savoir s\u2019il convenait de leur infliger une amende, constitutive d\u2019une peine (article 70 de la Constitution islandaise et article 6 \u00a7\u00a7 1 et 3 de [la Convention]) (&#8230;)<\/p>\n<p>5) Lorsqu\u2019il est clairement apparu que [les requ\u00e9rants] ne s\u2019acquitteraient pas de leur obligation d\u2019assister au proc\u00e8s, et que le tribunal a envisag\u00e9 de prononcer des amendes \u00e0 leur encontre, les int\u00e9ress\u00e9s auraient d\u00fb \u00eatre cit\u00e9s \u00e0 compara\u00eetre \u00e0 une audience sp\u00e9ciale et avoir la possibilit\u00e9 d\u2019\u00eatre entendus et de pr\u00e9senter leurs arguments, au-del\u00e0 de ceux qu\u2019ils avaient d\u00e9j\u00e0 clairement formul\u00e9s dans la correspondance qu\u2019ils avaient \u00e9chang\u00e9e avec le tribunal de district. Or cela n\u2019a pas \u00e9t\u00e9 fait. [Les requ\u00e9rants] ont \u00e9t\u00e9 relev\u00e9s de leur mandat \u00e0 l\u2019audience du 11 avril 2013, et la d\u00e9cision de leur infliger une amende a \u00e9t\u00e9 prise dans un jugement rendu le 12\u00a0d\u00e9cembre 2013.<\/p>\n<p>6) Comme indiqu\u00e9 dans la partie V du pr\u00e9sent arr\u00eat, le procureur a form\u00e9 un recours concernant cette partie de l\u2019affaire, \u00e0 la demande des [requ\u00e9rants], conform\u00e9ment au droit l\u00e9gal des int\u00e9ress\u00e9s \u00e0 un r\u00e9examen par une juridiction sup\u00e9rieure, \u00e0 la suite d\u2019une audience, des amendes que le tribunal de district leur avait inflig\u00e9es. Le droit [des requ\u00e9rants] \u00e0 se d\u00e9fendre en appel n\u2019a donc \u00e9t\u00e9 soumis par la loi \u00e0 aucune limite, et les int\u00e9ress\u00e9s ont eu la possibilit\u00e9 de d\u00e9fendre leur position lors de l\u2019audience tenue sur leur affaire, le cas \u00e9ch\u00e9ant en d\u00e9posant en personne et en demandant l\u2019audition de t\u00e9moins (article 205 \u00a7 3 [de la loi sur la proc\u00e9dure p\u00e9nale]) ou en engageant une proc\u00e9dure sp\u00e9ciale avec t\u00e9moins (article 141 \u00a7 1 de la m\u00eame loi). Au vu de ce qui pr\u00e9c\u00e8de, [la cour conclut que] le fait que le tribunal de district n\u2019ait pas tenu d\u2019audience [sur le cas des requ\u00e9rants] avant de d\u00e9cider de leur infliger une amende n\u2019a pas port\u00e9 atteinte aux droits des int\u00e9ress\u00e9s. Il s\u2019ensuit que la proc\u00e9dure qui a \u00e9t\u00e9 men\u00e9e a \u00e9t\u00e9 conforme \u00e0 la loi et n\u2019a pas port\u00e9 atteinte au droit [des requ\u00e9rants] \u00e0 un proc\u00e8s \u00e9quitable tel que garanti par l\u2019article 70 \u00a7 1 de la Constitution islandaise et par l\u2019article 6 \u00a7\u00a7 1 et 3 de [la Convention] (&#8230;) (voir les arr\u00eats rendus [par la Cour europ\u00e9enne des droits de l\u2019homme] le 22 mai 1990 dans l\u2019affaire Weber c. Suisse et le 14 novembre 2000 dans l\u2019affaire T. c. Autriche). Ainsi, au vu de la motivation du jugement d\u00e9f\u00e9r\u00e9, il y a lieu de confirmer la d\u00e9cision concernant les amendes inflig\u00e9es [aux requ\u00e9rants].<\/p>\n<p>(&#8230;)\u00a0\u00bb<\/p>\n<p>34. La minorit\u00e9 consid\u00e9rait comme la majorit\u00e9 qu\u2019en n\u2019assistant pas au proc\u00e8s tenu dans la proc\u00e9dure p\u00e9nale dirig\u00e9e contre leurs clients, les requ\u00e9rants avaient enfreint la loi et manqu\u00e9 \u00e0 l\u2019obligation qui pesait sur eux en leur qualit\u00e9 d\u2019avocats de la d\u00e9fense. Elle convenait \u00e9galement qu\u2019ils avaient par leur comportement caus\u00e9 un retard dans la proc\u00e9dure et que l\u2019amende qui leur avait \u00e9t\u00e9 inflig\u00e9e s\u2019analysait en une sanction p\u00e9nale. Elle observa toutefois ce qui suit\u00a0:<\/p>\n<p>\u00ab\u00a0D\u00e8s qu\u2019il est apparu clairement que [les requ\u00e9rants] n\u2019assisteraient pas au proc\u00e8s, il aurait fallu organiser une audience, conform\u00e9ment aux dispositions du [chapitre XXXV de la loi sur la proc\u00e9dure p\u00e9nale], et [les] informer des charges retenues contre eux en leur laissant la possibilit\u00e9 de pr\u00e9senter leurs arguments contre la d\u00e9cision de leur infliger une amende. Or cela n\u2019a pas \u00e9t\u00e9 fait\u00a0: [les requ\u00e9rants] ont \u00e9t\u00e9 relev\u00e9s de leur mandat \u00e0 l\u2019audience du 11 avril 2013 et de nouveaux avocats de la d\u00e9fense ont \u00e9t\u00e9 d\u00e9sign\u00e9s \u00e0 leur place. La d\u00e9cision de leur infliger une amende a \u00e9t\u00e9 prise dans le jugement du 12 d\u00e9cembre 2013 alors qu\u2019ils n\u2019\u00e9taient plus avocats de la d\u00e9fense, sans qu\u2019ils aient \u00e9t\u00e9 inform\u00e9s de l\u2019intention de les sanctionner ni qu\u2019il leur ait \u00e9t\u00e9 permis de pr\u00e9senter leurs arguments quant \u00e0 la d\u00e9cision de leur imposer une amende et quant au montant de l\u2019amende.<\/p>\n<p>Au vu de ce qui pr\u00e9c\u00e8de, [nous estimons que] la proc\u00e9dure men\u00e9e devant le tribunal de district a \u00e9t\u00e9 vici\u00e9e, mais aucune disposition ne permet de renvoyer cette partie de l\u2019affaire p\u00e9nale devant le tribunal de district afin qu\u2019il l\u2019examine \u00e0 nouveau. Compte tenu de ces circonstances (&#8230;), la partie du jugement d\u00e9f\u00e9r\u00e9 concernant les (&#8230;) amendes devrait \u00eatre annul\u00e9e.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p><strong>LE CADRE ET LA PRATIQUE JURIDIQUES PERTINENTS<\/strong><\/p>\n<p>I. LE DROIT INTERNE PERTINENT<\/p>\n<p><strong>A. La Constitution islandaise<\/strong><\/p>\n<p>35. Les dispositions pertinentes de la Constitution islandaise (Stj\u00f3rnarskr\u00e1l\u00fd\u00f0veldisins\u00cdslands) sont libell\u00e9es comme suit\u00a0:<\/p>\n<p style=\"text-align: center;\">Article 69<\/p>\n<p>\u00ab\u00a0Nul ne peut \u00eatre soumis \u00e0 une peine sans avoir \u00e9t\u00e9 d\u00e9clar\u00e9 coupable d\u2019un acte constitutif d\u2019une infraction p\u00e9nale au sens de la loi en vigueur au moment o\u00f9 il a \u00e9t\u00e9 commis, ou d\u2019un acte totalement analogue \u00e0 celui-ci. Les sanctions ne peuvent \u00eatre plus s\u00e9v\u00e8res que celles que la loi fixait au moment de la commission de l\u2019infraction.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p style=\"text-align: center;\">Article 70<\/p>\n<p>\u00ab\u00a01) Toute personne a droit \u00e0 un proc\u00e8s \u00e9quitable tenu dans un d\u00e9lai raisonnable devant un tribunal ind\u00e9pendant et impartial qui d\u00e9cidera, soit des contestations sur ses droits et obligations, soit du bien-fond\u00e9 de toute accusation en mati\u00e8re p\u00e9nale dirig\u00e9e contre elle. Les audiences doivent \u00eatre publiques, sauf si le juge en d\u00e9cide autrement dans les conditions pr\u00e9vues par la loi aux fins du respect des bonnes m\u0153urs, de l\u2019ordre public ou de la s\u00e9curit\u00e9 de l\u2019\u00c9tat ou dans l\u2019int\u00e9r\u00eat des parties.<\/p>\n<p>2) Toute personne accus\u00e9e d\u2019une infraction p\u00e9nale est pr\u00e9sum\u00e9e innocente jusqu\u2019\u00e0 ce que sa culpabilit\u00e9 ait \u00e9t\u00e9 \u00e9tablie.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p><strong>B. Le code p\u00e9nal g\u00e9n\u00e9ral<\/strong><\/p>\n<p>36. Les dispositions pertinentes du code p\u00e9nal g\u00e9n\u00e9ral no 19\/1940, telles qu\u2019applicables \u00e0 l\u2019\u00e9poque des faits de l\u2019esp\u00e8ce, \u00e9taient libell\u00e9es comme suit\u00a0:<\/p>\n<p style=\"text-align: center;\">Article 51<\/p>\n<p>\u00ab\u00a01) Lors de la d\u00e9termination du montant de l\u2019amende, il est tenu compte, dans la mesure appropri\u00e9e, des revenus et du patrimoine de l\u2019accus\u00e9, de sa situation financi\u00e8re, de ses obligations envers les personnes \u00e0 sa charge et des autres facteurs affectant sa capacit\u00e9 de paiement, ainsi que du gain financier ou des \u00e9conomies qui ont r\u00e9sult\u00e9 ou qui \u00e9taient attendus de l\u2019infraction.<\/p>\n<p>2) La d\u00e9cision de convertir une peine d\u2019amende en peine d\u2019emprisonnement (&#8230;) ne d\u00e9pend pas de la capacit\u00e9 financi\u00e8re de l\u2019accus\u00e9 au sens du paragraphe 1.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p style=\"text-align: center;\">Article 70<\/p>\n<p>\u00ab\u00a01) Lors de l\u2019imposition d\u2019une peine, il faut avant tout tenir compte des \u00e9l\u00e9ments suivants\u00a0:<\/p>\n<p>1. L\u2019importance des int\u00e9r\u00eats contre lesquels l\u2019infraction a \u00e9t\u00e9 commise.<\/p>\n<p>2. L\u2019ampleur du pr\u00e9judice caus\u00e9.<\/p>\n<p>3. Le danger engendr\u00e9 par l\u2019infraction, eu \u00e9gard notamment au moment, au lieu et aux modalit\u00e9s de la commission des faits.<\/p>\n<p>4. L\u2019\u00e2ge de l\u2019auteur.<\/p>\n<p>5. Le comportement r\u00e9cent de l\u2019auteur.<\/p>\n<p>6. La force de l\u2019intention de l\u2019auteur.<\/p>\n<p>7. Le but de l\u2019infraction.<\/p>\n<p>8. Le comportement de l\u2019auteur apr\u00e8s la commission de l\u2019infraction.<\/p>\n<p>9. La divulgation par l\u2019auteur d\u2019informations ayant apport\u00e9 une contribution substantielle aux investigations men\u00e9es sur l\u2019infraction, sur la participation d\u2019autres personnes \u00e0 l\u2019infraction ou sur d\u2019autres infractions.<\/p>\n<p>2) En cas de pluralit\u00e9 d\u2019auteurs, la peine est, en r\u00e8gle g\u00e9n\u00e9rale, aggrav\u00e9e.<\/p>\n<p>3) Si l\u2019infraction a \u00e9t\u00e9 commise contre un homme, une femme ou un enfant proche de l\u2019auteur et que cette relation a accru la gravit\u00e9 de l\u2019infraction, la peine est, en r\u00e8gle g\u00e9n\u00e9rale, aggrav\u00e9e.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p>C. La loi no 88\/2008 sur la proc\u00e9dure p\u00e9nale (L\u00f6gumme\u00f0fer\u00f0sakam\u00e1la)<\/p>\n<p>37. Les dispositions pertinentes de la loi sur la proc\u00e9dure p\u00e9nale, telles qu\u2019en vigueur \u00e0 l\u2019\u00e9poque des faits, \u00e9taient libell\u00e9es comme suit\u00a0:<\/p>\n<p style=\"text-align: center;\">Article 31<\/p>\n<p>\u00ab\u00a0(&#8230;)<\/p>\n<p>2) En outre, si une audience principale est tenue en application du chapitre XXV, l\u2019accus\u00e9 doit se voir attribuer un avocat de la d\u00e9fense, \u00e0 moins qu\u2019il n\u2019en ait lui-m\u00eame choisi un conform\u00e9ment \u00e0 l\u2019article 32 et qu\u2019il ne souhaite pas que le tribunal en d\u00e9signe un, ou qu\u2019il ne veuille se repr\u00e9senter lui-m\u00eame (voir l\u2019article 29).<\/p>\n<p>3) S\u2019il estime que l\u2019accus\u00e9 n\u2019est pas en mesure de prot\u00e9ger suffisamment ses int\u00e9r\u00eats pendant la proc\u00e9dure judiciaire, le juge peut lui attribuer un avocat de la d\u00e9fense m\u00eame si l\u2019int\u00e9ress\u00e9 n\u2019en a pas fait la demande.<\/p>\n<p>(&#8230;)\u00a0\u00bb<\/p>\n<p style=\"text-align: center;\">Article 34<\/p>\n<p>\u00ab\u00a01) Si un accus\u00e9 demande que la nomination ou la d\u00e9signation de l\u2019avocat de la d\u00e9fense soit r\u00e9voqu\u00e9e et qu\u2019un nouvel avocat de la d\u00e9fense soit nomm\u00e9 ou d\u00e9sign\u00e9, il doit \u00eatre fait droit \u00e0 sa demande \u00e0 moins qu\u2019il n\u2019existe un risque que cela occasionne un retard dans la proc\u00e9dure.<\/p>\n<p>(&#8230;)\u00a0\u00bb<\/p>\n<p style=\"text-align: center;\">Article 35<\/p>\n<p>\u00ab\u00a01) Le r\u00f4le de l\u2019avocat de la d\u00e9fense est d\u2019avancer tous les \u00e9l\u00e9ments qui pourraient justifier l\u2019acquittement de l\u2019accus\u00e9 ou jouer en sa faveur, et de prot\u00e9ger les int\u00e9r\u00eats de l\u2019accus\u00e9 \u00e0 tous \u00e9gards.<\/p>\n<p>(&#8230;)\u00a0\u00bb<\/p>\n<p style=\"text-align: center;\">Article 140<\/p>\n<p>\u00ab\u00a01) Lorsque des preuves documentaires sont administr\u00e9es devant une juridiction islandaise, conform\u00e9ment aux instructions du pr\u00e9sent chapitre, les dispositions du chapitre II et des chapitres XVIII \u00e0 XX s\u2019appliquent s\u2019il y a lieu. Un juge pr\u00e9side \u00e0 l\u2019administration des preuves documentaires et tranche les questions y relatives.<\/p>\n<p>2) Lorsque des preuves documentaires sont administr\u00e9es devant une nouvelle juridiction, une partie peut, si les circonstances le justifient, demander que soient administr\u00e9s devant cette juridiction des documents suppl\u00e9mentaires par rapport \u00e0 ceux initialement demand\u00e9s. Il appartient au juge de la juridiction en question de faire droit ou non \u00e0 cette demande.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p style=\"text-align: center;\">Article 141<\/p>\n<p>\u00ab\u00a01) Les dispositions de l\u2019article 140 s\u2019appliquent, s\u2019il y a lieu, lorsque des \u00e9l\u00e9ments de preuve sont administr\u00e9s devant le tribunal de district dans le cadre d\u2019une proc\u00e9dure judiciaire men\u00e9e devant la Cour supr\u00eame.<\/p>\n<p>(&#8230;)\u00a0\u00bb<\/p>\n<p style=\"text-align: center;\">Article 171<\/p>\n<p>\u00ab\u00a0(&#8230;)<\/p>\n<p>2) Le stade auquel se trouve la proc\u00e9dure au moment o\u00f9 les d\u00e9positions, objections et \u00e9l\u00e9ments de preuve sont pr\u00e9sent\u00e9s ne fait pas de diff\u00e9rence.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p style=\"text-align: center;\">Article 196<\/p>\n<p>\u00ab\u00a01) Dans les limites d\u00e9coulant des autres dispositions de la pr\u00e9sente loi, il est possible d\u2019interjeter appel devant la Cour supr\u00eame d\u2019un jugement rendu par le tribunal de district afin d\u2019obtenir\u00a0:<\/p>\n<p>a) le r\u00e9examen des peines inflig\u00e9es\u00a0;<\/p>\n<p>b) le r\u00e9examen des conclusions fond\u00e9es sur l\u2019interpr\u00e9tation ou l\u2019application des r\u00e8gles de droit\u00a0;<\/p>\n<p>c) le r\u00e9examen des conclusions fond\u00e9es sur l\u2019appr\u00e9ciation de la valeur probante des pi\u00e8ces du dossier autres que les d\u00e9positions orales faites devant le tribunal de district\u00a0;<\/p>\n<p>d) l\u2019annulation du jugement et le renvoi de l\u2019affaire\u00a0;<\/p>\n<p>e) la cl\u00f4ture de l\u2019affaire [initialement] soumise \u00e0 l\u2019examen du tribunal de district.<\/p>\n<p>2) Dans le cadre d\u2019un appel, il est possible \u00e9galement de demander le r\u00e9examen des ordonnances et d\u00e9cisions adopt\u00e9es au cours de la proc\u00e9dure judiciaire men\u00e9e devant le tribunal de district.<\/p>\n<p>3) Dans le cadre d\u2019un appel form\u00e9 contre un jugement du tribunal de district pour l\u2019un quelconque des motifs \u00e9num\u00e9r\u00e9s au premier paragraphe du pr\u00e9sent article, il est possible \u00e9galement de demander la r\u00e9vision des conclusions rendues par le tribunal sur une demande formul\u00e9e en vertu du chapitre XXVI, \u00e0 condition que ladite demande ait \u00e9t\u00e9 tranch\u00e9e au fond et que le r\u00e9examen en ait \u00e9t\u00e9 demand\u00e9 par son auteur ou par l\u2019accus\u00e9. Si le jugement du tribunal de district n\u2019a pas fait l\u2019objet d\u2019un tel appel, l\u2019accus\u00e9 et l\u2019auteur de la demande peuvent l\u2019un et l\u2019autre faire appel de la d\u00e9cision rendue par le tribunal sur le fond de la demande, conform\u00e9ment aux r\u00e8gles de recours contre les d\u00e9cisions de justice civiles.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p style=\"text-align: center;\">Article 204<\/p>\n<p>\u00ab\u00a01) La Cour supr\u00eame peut, sans audience pr\u00e9alable, rejeter un appel dont elle est saisie si elle constate que l\u2019introduction [de l\u2019affaire] devant elle est entach\u00e9e de vices. De m\u00eame, elle peut annuler un jugement rendu par le tribunal de district si des vices substantiels ont entach\u00e9 la proc\u00e9dure men\u00e9e devant ce tribunal (&#8230;)<\/p>\n<p>(&#8230;)\u00a0\u00bb<\/p>\n<p style=\"text-align: center;\">Article 205<\/p>\n<p>\u00ab\u00a0(&#8230;)<\/p>\n<p>3) Si elle le juge n\u00e9cessaire, la Cour supr\u00eame peut ordonner la pr\u00e9sentation orale d\u2019\u00e9l\u00e9ments de preuve lorsqu\u2019il y a lieu de penser, compte tenu des circonstances, que cette pr\u00e9sentation pourrait avoir une incidence sur l\u2019issue de l\u2019affaire.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p style=\"text-align: center;\">Article 208<\/p>\n<p>\u00ab\u00a0(&#8230;)<\/p>\n<p>2) La Cour supr\u00eame ne peut r\u00e9examiner la conclusion du tribunal de district quant \u00e0 la valeur probante d\u2019un t\u00e9moignage oral, \u00e0 moins d\u2019avoir entendu l\u2019auteur du t\u00e9moignage ou l\u2019accus\u00e9.<\/p>\n<p>3) Dans le cas o\u00f9 la Cour supr\u00eame estime que la conclusion du tribunal de district quant \u00e0 la valeur probante d\u2019un t\u00e9moignage oral fait devant lui peut \u00eatre erron\u00e9e au point d\u2019avoir une incidence substantielle sur l\u2019issue de l\u2019affaire, et o\u00f9 elle-m\u00eame n\u2019a pas entendu l\u2019accus\u00e9 ou l\u2019auteur du t\u00e9moignage, elle peut annuler le jugement du tribunal de district ainsi que la proc\u00e9dure correspondante dans la mesure n\u00e9cessaire pour que l\u2019audition puisse avoir lieu devant le tribunal de district et que l\u2019affaire puisse \u00eatre r\u00e9examin\u00e9e. Lorsque le jugement d\u2019un tribunal de district est ainsi annul\u00e9, l\u2019affaire est renvoy\u00e9e devant trois juges du tribunal de district pour un nouveau proc\u00e8s\u00a0; ces juges ne peuvent \u00eatre les m\u00eames que ceux qui ont pr\u00e9c\u00e9demment examin\u00e9 l\u2019affaire.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p>38. Dans leur version en vigueur \u00e0 l\u2019\u00e9poque des faits, les articles 222 \u00e0\u00a0224 de la loi sur la proc\u00e9dure p\u00e9nale, contenus dans le chapitre XXXV de la loi, intitul\u00e9 \u00ab\u00a0Amendes proc\u00e9durales\u00a0\u00bb, \u00e9taient ainsi libell\u00e9s\u00a0:<\/p>\n<p style=\"text-align: center;\">Article 222<\/p>\n<p>\u00ab\u00a01) Le juge d\u00e9termine d\u2019office le montant des amendes conform\u00e9ment aux r\u00e8gles \u00e9tablies dans le pr\u00e9sent chapitre\u00a0; ces amendes sont vers\u00e9es au Tr\u00e9sor public. Des proc\u00e9dures sp\u00e9ciales peuvent toutefois \u00eatre engag\u00e9es pour les infractions passibles d\u2019amendes en vertu du pr\u00e9sent chapitre.<\/p>\n<p>2) Si des sanctions suppl\u00e9mentaires sont pr\u00e9vues par d\u2019autres lois pour des infractions relevant des dispositions du pr\u00e9sent chapitre, une proc\u00e9dure distincte peut \u00eatre engag\u00e9e en vue de l\u2019application \u00e9ventuelle de ces autres sanctions, ind\u00e9pendamment des d\u00e9cisions rendues quant aux amendes proc\u00e9durales.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p style=\"text-align: center;\">Article 223<\/p>\n<p>\u00ab\u00a01) Le procureur, l\u2019avocat de la d\u00e9fense ou le conseiller juridique peuvent se voir infliger une amende pour avoir\u00a0:<\/p>\n<p>a) intentionnellement retard\u00e9 la proc\u00e9dure de mani\u00e8re indue\u00a0;<\/p>\n<p>b) enfreint une interdiction vis\u00e9e \u00e0 l\u2019article 11 \u00a7\u00a7 1 ou 2\u00a0;<\/p>\n<p>c) tenu devant le tribunal des propos \u00e9crits ou oraux ind\u00e9cents concernant le juge ou les autres parties\u00a0;<\/p>\n<p>d) port\u00e9 atteinte d\u2019une autre mani\u00e8re \u00e0 la dignit\u00e9 du tribunal par leur comportement \u00e0 l\u2019audience.<\/p>\n<p>2) L\u2019accus\u00e9 ou toute autre partie t\u00e9moignant devant le tribunal peuvent se voir infliger une amende s\u2019ils commettent une infraction vis\u00e9e aux points b), c) ou d) ci\u2011dessus.<\/p>\n<p>3) Une amende peut \u00eatre inflig\u00e9e \u00e0 des parties autres que celles mentionn\u00e9es aux deux premiers paragraphes du pr\u00e9sent article pour violation d\u2019une interdiction vis\u00e9e \u00e0 l\u2019article\u00a011 \u00a7\u00a7 1 ou 2[2], pour inobservation d\u2019un appel au respect de l\u2019ordre adress\u00e9 par un juge pendant une audience, ou pour tout autre comportement d\u00e9plac\u00e9 ou ind\u00e9cent.<\/p>\n<p>4) Si le juge estime qu\u2019il a \u00e9t\u00e9 commis une infraction relevant des dispositions des trois premiers paragraphes du pr\u00e9sent article mais que cette infraction est mineure, il peut d\u00e9cider d\u2019admonester le contrevenant au lieu de lui infliger une amende.<\/p>\n<p>5) La Cour supr\u00eame peut infliger une amende au procureur, \u00e0 l\u2019avocat de la d\u00e9fense ou aux deux pour avoir interjet\u00e9 appel sans fondement. En outre, le procureur, l\u2019avocat de la d\u00e9fense ou le conseiller juridique peuvent se voir imposer une amende s\u2019ils commettent une n\u00e9gligence grave ou un autre manquement au cours de la proc\u00e9dure men\u00e9e devant le tribunal de district ou lors de la proc\u00e9dure conduite devant la Cour supr\u00eame ou de la pr\u00e9paration de cette proc\u00e9dure. Les dispositions des quatre premiers paragraphes du pr\u00e9sent article s\u2019appliquent, en leurs parties pertinentes, aux proc\u00e9dures suivies devant la Cour supr\u00eame.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p style=\"text-align: center;\">Article 224<\/p>\n<p>\u00ab\u00a01) Les amendes inflig\u00e9es au procureur, \u00e0 l\u2019accus\u00e9, \u00e0 l\u2019avocat de la d\u00e9fense ou aux conseillers juridiques sont d\u00e9termin\u00e9es au moment o\u00f9 un jugement est rendu dans la proc\u00e9dure concern\u00e9e. Si la proc\u00e9dure se conclut d\u2019une autre mani\u00e8re, les amendes inflig\u00e9es \u00e0 ces parties sont d\u00e9termin\u00e9es par ordonnance.<\/p>\n<p>2) Les amendes inflig\u00e9es \u00e0 d\u2019autres parties que celles vis\u00e9es au premier paragraphe du pr\u00e9sent article sont d\u00e9termin\u00e9es par ordonnance d\u00e8s que l\u2019infraction est commise.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p><strong>D. La loi no 91\/1991 sur la proc\u00e9dure civile (L\u00f6gumme\u00f0fer\u00f0einkam\u00e1la)<\/strong><\/p>\n<p>39. Dans sa version en vigueur \u00e0 l\u2019\u00e9poque des faits, le chapitre XXII de la loi sur la proc\u00e9dure civile, intitul\u00e9 \u00ab\u00a0Amendes proc\u00e9durales\u00a0\u00bb, tel qu\u2019en vigueur \u00e0 l\u2019\u00e9poque des faits, \u00e9tait ainsi libell\u00e9\u00a0:<\/p>\n<p style=\"text-align: center;\">Article 134<\/p>\n<p>\u00ab\u00a01) Le juge d\u00e9termine d\u2019office le montant des amendes conform\u00e9ment aux r\u00e8gles \u00e9tablies dans le pr\u00e9sent chapitre\u00a0; ces amendes sont vers\u00e9es au Tr\u00e9sor public.<\/p>\n<p>2) Si des sanctions sont \u00e9galement pr\u00e9vues par d\u2019autres lois pour des infractions relevant des dispositions du pr\u00e9sent chapitre, elles peuvent \u00eatre prononc\u00e9es dans le cadre d\u2019une autre action judiciaire, ind\u00e9pendamment de la d\u00e9cision d\u2019infliger une amende proc\u00e9durale.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p style=\"text-align: center;\">Article 135<\/p>\n<p>\u00ab\u00a01) Les parties peuvent se voir infliger une amende pour avoir\u00a0:<\/p>\n<p>a) introduit une action inutilement\u00a0;<\/p>\n<p>b) plac\u00e9 ind\u00fbment les parties adverses dans une position o\u00f9 il leur a \u00e9t\u00e9 n\u00e9cessaire d\u2019intenter une action\u00a0;<\/p>\n<p>c) intentionnellement retard\u00e9 la proc\u00e9dure de mani\u00e8re indue\u00a0;<\/p>\n<p>d) formul\u00e9 sciemment des demandes, des affirmations ou des objections incorrectes\u00a0;<\/p>\n<p>e) tenu devant le tribunal des propos \u00e9crits ou oraux inappropri\u00e9s concernant le juge, la partie adverse, ses repr\u00e9sentants ou toute autre personne\u00a0;<\/p>\n<p>f) port\u00e9 atteinte d\u2019une autre mani\u00e8re \u00e0 la dignit\u00e9 du tribunal par leur comportement \u00e0 l\u2019audience.<\/p>\n<p>2) Les repr\u00e9sentants des parties peuvent se voir infliger une amende s\u2019ils se rendent coupables, seuls ou avec les parties, de l\u2019une des infractions \u00e9num\u00e9r\u00e9es aux alin\u00e9as c) \u00e0\u00a0f) du premier paragraphe.<\/p>\n<p>3) Toute partie t\u00e9moignant devant le tribunal peut se voir infliger une amende si elle se rend coupable de l\u2019une des infractions \u00e9num\u00e9r\u00e9es aux alin\u00e9as e) et f) du premier paragraphe.<\/p>\n<p>4) Les parties autres que celles vis\u00e9es aux premier, deuxi\u00e8me et troisi\u00e8me paragraphes peuvent se voir infliger une amende pour inobservation d\u2019un appel au respect de l\u2019ordre adress\u00e9 par un juge, ou pour tout autre comportement outrageux ou ind\u00e9cent.<\/p>\n<p>5) Les parties et\/ou leurs repr\u00e9sentants peuvent se voir infliger une amende par une instance sup\u00e9rieure pour avoir interjet\u00e9 appel ind\u00fbment.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p style=\"text-align: center;\">Article 136<\/p>\n<p>\u00ab\u00a01) Si un jugement est rendu dans la proc\u00e9dure concern\u00e9e, les amendes \u00e9ventuellement inflig\u00e9es aux parties ou \u00e0 leurs repr\u00e9sentants sont fix\u00e9es dans ce jugement. Si la proc\u00e9dure se conclut par une d\u00e9cision de rejet, les amendes inflig\u00e9es sont fix\u00e9es dans cette d\u00e9cision. Si la proc\u00e9dure est abandonn\u00e9e, une d\u00e9cision sp\u00e9ciale est rendue sur les \u00e9ventuelles amendes inflig\u00e9es \u00e0 une partie ou \u00e0 son ou ses repr\u00e9sentants.<\/p>\n<p>2) Les amendes inflig\u00e9es \u00e0 d\u2019autres personnes sont fix\u00e9es dans une d\u00e9cision rendue au moment de la commission de l\u2019infraction.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p><strong>E. La loi no 77\/1998 relative aux avocats (L\u00f6guml\u00f6gmenn)<\/strong><\/p>\n<p style=\"text-align: center;\">Article 20<\/p>\n<p>\u00ab\u00a01) Un avocat est tenu d\u2019accepter toute d\u00e9signation ou nomination en qualit\u00e9 d\u2019avocat de la d\u00e9fense ou de protecteur des droits dans une proc\u00e9dure p\u00e9nale d\u00e8s lors qu\u2019il satisfait aux crit\u00e8res g\u00e9n\u00e9raux de qualification et que la situation n\u2019est pas incompatible avec ses int\u00e9r\u00eats, ceux de ses proches ou ceux de ses autres clients.<\/p>\n<p>(&#8230;)\u00a0\u00bb<\/p>\n<p style=\"text-align: center;\">Article 21<\/p>\n<p>\u00ab\u00a0(&#8230;)<\/p>\n<p>6) Un avocat peut renoncer \u00e0 tout moment \u00e0 un mandat qu\u2019il a accept\u00e9, mais il a l\u2019obligation de s\u2019assurer que cela ne nuira pas aux int\u00e9r\u00eats de son client.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p><strong>II. La jurisprudence nationale pertinente<\/strong><\/p>\n<p>40. La jurisprudence nationale pertinente mentionn\u00e9e par les requ\u00e9rants (paragraphe 105 ci-dessous) peut \u00eatre r\u00e9sum\u00e9e comme suit.<\/p>\n<p><strong>A. Affaire no 487\/2014 \u2013 Le minist\u00e8re public c. Stef\u00e1n Karl Kristj\u00e1nsson (\u00ab\u00a0Stef\u00e1n Karl Kristj\u00e1nsson\u00a0\u00bb)<\/strong><\/p>\n<p>41. Dans cette affaire, le tribunal de district avait inflig\u00e9 une amende \u00e0 un avocat de la d\u00e9fense pour atteinte \u00e0 l\u2019autorit\u00e9 de la justice, sur le fondement de l\u2019article 223 \u00a7 1 alin\u00e9as a) et d) de la loi sur la proc\u00e9dure p\u00e9nale. Par un arr\u00eat du 31 mars 2015, la Cour supr\u00eame a confirm\u00e9 la peine d\u2019amende, mais en a r\u00e9duit le montant de 300\u00a0000 ISK (environ 2\u00a0000 EUR) \u00e0 164\u00a0762 ISK (environ 1\u00a0100 EUR).<\/p>\n<p>42. La proc\u00e9dure principale dans laquelle l\u2019int\u00e9ress\u00e9 \u00e9tait avocat de la d\u00e9fense portait sur une accusation de vente et de culture de plants de cannabis.<\/p>\n<p>43. La Cour supr\u00eame a consid\u00e9r\u00e9 en particulier que l\u2019amende encourue n\u2019\u00e9tait pas plafonn\u00e9e et que compte tenu du montant que l\u2019avocat avait \u00e9t\u00e9 condamn\u00e9 \u00e0 verser, l\u2019amende qui lui avait \u00e9t\u00e9 inflig\u00e9e pouvait s\u2019analyser en une sanction de nature p\u00e9nale. Elle a estim\u00e9 que le fait que l\u2019affaire n\u2019avait pas donn\u00e9 lieu \u00e0 une audience distincte devant le tribunal de district avant que celui-ci n\u2019adopt\u00e2t sa d\u00e9cision n\u2019emportait pas violation du principe du proc\u00e8s \u00e9quitable \u00e9tant donn\u00e9 que le droit pour l\u2019avocat de pr\u00e9senter sa d\u00e9fense en appel n\u2019\u00e9tait soumis par la loi \u00e0 aucune restriction et que l\u2019int\u00e9ress\u00e9 avait pu exposer tous ses arguments devant elle.<\/p>\n<p>44. Consid\u00e9rant par ailleurs qu\u2019en manquant \u00e0 deux reprises \u00e0 se pr\u00e9senter \u00e0 l\u2019audience du tribunal de district alors que les dates lui en avaient \u00e9t\u00e9 notifi\u00e9es et en ne s\u2019assurant pas qu\u2019une autre personne comp\u00e9tente y assisterait \u00e0 sa place, l\u2019avocat avait manqu\u00e9 aux obligations qui lui incombaient en sa qualit\u00e9 d\u2019avocat de la d\u00e9fense et inutilement retard\u00e9 la proc\u00e9dure, elle a conclu \u00e9galement que la d\u00e9cision d\u2019admonester l\u2019int\u00e9ress\u00e9 prise par le tribunal de district sur le fondement de l\u2019article223\u00a7\u00a04 de la loi sur la proc\u00e9dure p\u00e9nale \u00e9tait justifi\u00e9e. Elle a jug\u00e9 qu\u2019en n\u2019assistant pas \u00e0 la proc\u00e9dure principale dans laquelle il devait assurer la d\u00e9fense de son client, l\u2019avocat avait port\u00e9 atteinte \u00e0 l\u2019autorit\u00e9 de la justice, et que, d\u00e8s lors, c\u2019\u00e9tait \u00e0 bon droit que le tribunal de district avait d\u00e9cid\u00e9 de lui infliger une amende sur le fondement de l\u2019article 223 \u00a7 1 alin\u00e9as a) et d).<\/p>\n<p><strong>B. Autres affaires tranch\u00e9es par la Cour supr\u00eame concernant des amendes pour atteinte \u00e0 l\u2019autorit\u00e9 de la justice<\/strong><\/p>\n<p><em>1. Arr\u00eat de 1954, p. 603<\/em><\/p>\n<p>45. Dans une proc\u00e9dure p\u00e9nale concernant des infractions aux dispositions applicables \u00e0 la vente d\u2019alcool, l\u2019avocat de la d\u00e9fense s\u2019\u00e9tait vu infliger une amende pour avoir tenu dans ses observations \u00e9crites au tribunal de district des propos d\u00e9plac\u00e9s \u00e0 l\u2019\u00e9gard, notamment, de certains t\u00e9moins. La Cour supr\u00eame a port\u00e9 \u00e0 500 ISK (l\u2019\u00e9quivalent d\u2019environ 18\u00a0271 ISK, soit approximativement 119EUR, de mai 2014[3]) l\u2019amende de 200 ISK qu\u2019avait inflig\u00e9e le tribunal de district sur le fondement de l\u2019article 160 de la loi no\u00a027\/1951 sur la proc\u00e9dure p\u00e9nale, alors en vigueur. L\u2019amende \u00e9tait susceptible d\u2019\u00eatre convertie en une peine d\u2019emprisonnement de quatre jours si elle n\u2019\u00e9tait pas pay\u00e9e dans un d\u00e9lai de quatre semaines.<\/p>\n<p><em>2. Arr\u00eat de 1958, p. 602<\/em><\/p>\n<p>46. Dans une proc\u00e9dure p\u00e9nale concernant des infractions routi\u00e8res, l\u2019avocat de la d\u00e9fense s\u2019\u00e9tait vu infliger une amende pour avoir tenu dans ses observations \u00e9crites au tribunal de district des propos tr\u00e8s d\u00e9plac\u00e9s et offensants \u00e0 l\u2019\u00e9gard des policiers qui avaient t\u00e9moign\u00e9 dans l\u2019affaire et du juge qui pr\u00e9sidait la formation de jugement. La Cour supr\u00eame a confirm\u00e9 cette amende de 500 ISK (l\u2019\u00e9quivalent d\u2019environ 14\u00a0266ISK, soit approximativement 93 EUR, de mai 2014) impos\u00e9e sur le fondement de l\u2019article 160, cf. article 159, de la loi no 27\/1951 sur la proc\u00e9dure p\u00e9nale, alors en vigueur.<\/p>\n<p><em>3. Arr\u00eat no 42\/1959, p. 634<\/em><\/p>\n<p>47. Dans une proc\u00e9dure civile de divorce, les propos tenus par un avocat \u00e0 l\u2019\u00e9gard de l\u2019une des parties dans ses observations \u00e9crites avaient \u00e9t\u00e9 jug\u00e9s offensants, et le tribunal de district les avait d\u00e9clar\u00e9s nuls et non avenus. La Cour supr\u00eame a inflig\u00e9 de surcro\u00eet \u00e0 l\u2019avocat une amende de 500 ISK (l\u2019\u00e9quivalent d\u2019environ 14\u00a0358 ISK, soit approximativement 93 EUR, de mai 2014), sur le fondement de l\u2019article 188 \u00a7 5 de la loi no 85\/1936 sur la proc\u00e9dure civile, alors en vigueur\u00a0; l\u2019amende \u00e9tait susceptible d\u2019\u00eatre convertie en une peine d\u2019emprisonnement de deux jours si elle n\u2019\u00e9tait pas pay\u00e9e dans un d\u00e9lai de quatre semaines.<\/p>\n<p><em>4. Arr\u00eat no 86\/1959, p. 289<\/em><\/p>\n<p>48. Dans une affaire p\u00e9nale concernant des infractions routi\u00e8res, l\u2019accus\u00e9 avait \u00e9t\u00e9 d\u00e9clar\u00e9 coupable d\u2019avoir tenu dans ses observations \u00e9crites des propos offensants et injustement accusatoires \u00e0 l\u2019\u00e9gard des enqu\u00eateurs. Ces propos ont \u00e9t\u00e9 d\u00e9clar\u00e9s nuls et non avenus et une amende de 400 ISK (l\u2019\u00e9quivalent d\u2019environ 11\u00a0457 ISK, soit approximativement 74\u00a0EUR, de mai 2014) a \u00e9t\u00e9 prononc\u00e9e, sur le fondement de l\u2019article 160, cf.\u00a0article 159, de la loi no 27\/1951 sur la proc\u00e9dure p\u00e9nale, alors en vigueur\u00a0; l\u2019amende \u00e9tait susceptible d\u2019\u00eatre convertie en une peine d\u2019emprisonnement de trois jours si elle n\u2019\u00e9tait pas pay\u00e9e dans un d\u00e9lai de quatre semaines.<\/p>\n<p><em>5. Arr\u00eat de 1975, p. 989<\/em><\/p>\n<p>49. Dans une affaire civile concernant une dette, l\u2019appelant s\u2019est vu infliger une amende de 5\u00a0000 ISK (l\u2019\u00e9quivalent d\u2019environ 13\u00a0539ISK, soit approximativement 88 EUR, de mai 2014) pour avoir saisi la Cour supr\u00eame d\u2019un appel totalement inutile. L\u2019amende, prononc\u00e9e sur le fondement de l\u2019article 188 \u00a7\u00a7 1 et 2 de la loi no 85\/1936 sur la proc\u00e9dure civile et de l\u2019article 58 de la loi no 75\/1973 sur la Cour supr\u00eame, alors en vigueur, \u00e9tait susceptible d\u2019\u00eatre convertie en une peine de deux jours d\u2019emprisonnement si elle n\u2019\u00e9tait pas pay\u00e9e dans un d\u00e9lai de quatre semaines.<\/p>\n<p><em>6. Arr\u00eat no 318\/2004<\/em><\/p>\n<p>50. Dans une affaire p\u00e9nale concernant des coups et blessures, l\u2019avocat de la d\u00e9fense avait ignor\u00e9 les instructions du juge, interrompu \u00e0 plusieurs reprises les t\u00e9moins et le juge, pr\u00eat\u00e9 au juge certains propos et interrompu l\u2019interrogation des t\u00e9moins par le procureur. Le tribunal de district, jugeant que l\u2019avocat s\u2019\u00e9tait comport\u00e9 de mani\u00e8re r\u00e9pr\u00e9hensible et avait fait montre \u00e0 son \u00e9gard d\u2019un manque de respect exceptionnel, lui avait inflig\u00e9 une amende d\u2019un montant de 40\u00a0000 ISK (l\u2019\u00e9quivalent d\u2019environ 70\u00a0293ISK, soit approximativement 494 EUR, de mai 2014) sur le fondement de l\u2019article11\u00a7 1, cf. article 11 \u00a7 3, de la loi no 19\/1991 sur la proc\u00e9dure p\u00e9nale, alors en vigueur. La Cour supr\u00eame a confirm\u00e9 cette amende.<\/p>\n<p><em>7. Arr\u00eat no 352\/2010<\/em><\/p>\n<p>51. Dans un litige civil entre voisins, il avait \u00e9t\u00e9 jug\u00e9 que le demandeur avait insult\u00e9 \u00e0 la fois le d\u00e9fendeur, en l\u2019accusant de vol dans l\u2019assignation \u00e0 compara\u00eetre, et le premier pr\u00e9sident, en l\u2019accusant de violation du code judiciaire. La demande du d\u00e9fendeur tendant \u00e0 ce que ces propos soient d\u00e9clar\u00e9s nuls et non avenus avait \u00e9t\u00e9 rejet\u00e9e pour des motifs de forme mais l\u2019auteur des propos s\u2019\u00e9tait vu infliger une amende de 80\u00a0000 ISK (l\u2019\u00e9quivalent d\u2019environ 92\u00a0945ISK, soit approximativement 521 EUR, de mai 2014), sur le fondement de l\u2019article 135 e) de la loi no 91\/1991 sur la proc\u00e9dure civile. La Cour supr\u00eame a confirm\u00e9 cette amende.<\/p>\n<p><em>8. Arr\u00eat no 292\/2012<\/em><\/p>\n<p>52. Dans une affaire civile concernant une indemnisation pour violences, l\u2019avocat du d\u00e9fendeur avait imit\u00e9 la victime et s\u2019en \u00e9tait moqu\u00e9. Le tribunal de district lui avait inflig\u00e9, pour comportement d\u00e9plac\u00e9 au pr\u00e9toire, une amende de 100\u00a0000 ISK (l\u2019\u00e9quivalent d\u2019environ 104\u00a0464ISK, soit approximativement 582 EUR, de mai 2014), sur le fondement de l\u2019article\u00a0135 f) de la loi no 91\/1991 sur la proc\u00e9dure civile. La Cour supr\u00eame a confirm\u00e9 cette amende.<\/p>\n<p><em>9. Arr\u00eat no 710\/2012<\/em><\/p>\n<p>53. Dans une affaire concernant des coups et blessures particuli\u00e8rement graves, la d\u00e9cision du tribunal de district portant sur le placement en d\u00e9tention provisoire de l\u2019accus\u00e9 avait fait l\u2019objet d\u2019un appel devant la Cour supr\u00eame. En l\u2019absence de nouveaux faits ou \u00e9l\u00e9ments de preuve et compte tenu des avertissements qu\u2019elle avait d\u00e9j\u00e0 formul\u00e9s relativement \u00e0 l\u2019inutilit\u00e9 de contester devant elle des d\u00e9cisions relevant d\u2019une jurisprudence constante, la Cour supr\u00eame a jug\u00e9 qu\u2019il s\u2019agissait d\u2019un appel totalement inutile et elle a inflig\u00e9 \u00e0 l\u2019avocat de la d\u00e9fense une amende de 100\u00a0000 ISK (l\u2019\u00e9quivalent d\u2019environ 104\u00a0812ISK, soit approximativement 612 EUR, de mai 2014) sur le fondement de l\u2019article 223 \u00a7 5 de la loi no 88\/2008 sur la proc\u00e9dure p\u00e9nale.<\/p>\n<p><strong>III. \u00c9L\u00c9MENTS PERTINENTS DE DROIT COMPAR\u00c9<\/strong><\/p>\n<p>54. La Cour a jug\u00e9 appropri\u00e9 de mener une \u00e9tude compar\u00e9e sur le droit interne des \u00c9tats membres relatif \u00e0 l\u2019infliction de sanctions en cas de comportement obstructionniste de repr\u00e9sentants en justice.<\/p>\n<p>55. L\u2019\u00e9tude porte sur le droit interne de quarante-trois \u00c9tats parties \u00e0 la Convention (Albanie, Allemagne, Andorre, Arm\u00e9nie, Autriche, Azerba\u00efdjan, Belgique, Bosnie-Herz\u00e9govine, Croatie, Danemark, Espagne, Estonie, Finlande, France, G\u00e9orgie, Gr\u00e8ce, Hongrie, Irlande, Italie, Lettonie, Liechtenstein, Lituanie, Luxembourg, Mac\u00e9doine du Nord, Malte, Moldova, Monaco, Mont\u00e9n\u00e9gro, Norv\u00e8ge, Pays-Bas, Pologne, Portugal, R\u00e9publique tch\u00e8que, Roumanie, Royaume-Uni, Russie, Saint-Marin, Serbie, Slovaquie, Slov\u00e9nie, Su\u00e8de, Suisse et Ukraine).<\/p>\n<p>56. Il appara\u00eet que la possibilit\u00e9 de sanctionner un avocat de la d\u00e9fense \u00e0 raison de son absence lors d\u2019une audience programm\u00e9e dans une proc\u00e9dure p\u00e9nale existe dans quarante et un des \u00c9tats membres \u00e9tudi\u00e9s (les deux exceptions \u00e9tant la Mac\u00e9doine du Nord et Saint Marin, o\u00f9 aucune sanction n\u2019est possible).<\/p>\n<p>57. Quant \u00e0 la comp\u00e9tence pour sanctionner une telle absence, elle appartient aux tribunaux dans vingt\u2011sept des \u00c9tats membres \u00e9tudi\u00e9s, ainsi qu\u2019au barreau comp\u00e9tent ou \u00e0 un autre organe de contr\u00f4le sp\u00e9cialis\u00e9 similaire dans trente-trois \u00c9tats membres. Dans certains de ces pays, la sanction peut \u00eatre prononc\u00e9e \u00e0 la fois par un tribunal et par le barreau.<\/p>\n<p>58. Dans vingt-trois \u00c9tats membres, les juridictions comp\u00e9tentes (dans la m\u00eame proc\u00e9dure ou dans une proc\u00e9dure distincte) peuvent sanctionner pareille absence par une amende.<\/p>\n<p>59. Dans la majorit\u00e9 de ces syst\u00e8mes (vingt \u00c9tats membres), un montant maximal est pr\u00e9vu par la loi pour les amendes qui peuvent \u00eatre inflig\u00e9es dans ce contexte. Deux \u00c9tats membres (Irlande et Norv\u00e8ge) ne pr\u00e9voient aucun plafond l\u00e9gal, m\u00eame si des limites sont fix\u00e9es dans ces pays par d\u2019autres sources, par exemple par la jurisprudence. Au Royaume-Uni, aucun plafond l\u00e9gal n\u2019existe pour les amendes prononc\u00e9es dans le cadre d\u2019une proc\u00e9dure conduite devant les cours d\u2019appel ou les crown courts mais il en existe pour les proc\u00e9dures men\u00e9es devant les magistrates\u2019 courts.<\/p>\n<p>60. Le barreau ou d\u2019autres organes de contr\u00f4le sp\u00e9cialis\u00e9s similaires peuvent infliger une amende \u00e0 titre de sanction dans l\u2019ordre juridique de dix-sept \u00c9tats membres. Dans certains de ces \u00c9tats, l\u2019amende peut \u00eatre prononc\u00e9e \u00e0 la fois par un tribunal et par le barreau. Dans la majorit\u00e9 de ces syst\u00e8mes (quinze \u00c9tats membres), ces amendes sont plafonn\u00e9es. Dans l\u2019ordre juridique d\u2019un \u00c9tat membre (Suisse), il n\u2019y a aucun plafond. Dans un autre \u00c9tat membre (Irlande), un montant maximal est pr\u00e9vu pour les solicitors mais non pour les barristers.<\/p>\n<p><strong>EN DROIT<\/strong><\/p>\n<p>I. SUR LA VIOLATION ALL\u00c9GU\u00c9E DE L\u2019ARTICLE 6 \u00a7 1 DE LA CONVENTION<\/p>\n<p>61. Les requ\u00e9rants se plaignent que le tribunal de district de Reykjavik les ait jug\u00e9s et condamn\u00e9s en leur absence. Ils voient l\u00e0 une violation de l\u2019article 6 \u00a7\u00a7 1 \u00e0 3 de la Convention. Ils soutiennent par ailleurs que la Cour supr\u00eame n\u2019a pas rem\u00e9di\u00e9 aux vices qui ont entach\u00e9 la proc\u00e9dure men\u00e9e devant le tribunal de district, et qu\u2019au regard du droit interne, elle ne pouvait pas le faire.<\/p>\n<p>62. L\u2019article 6 de la Convention est ainsi libell\u00e9\u00a0:<\/p>\n<p>\u00ab\u00a01. Toute personne a droit \u00e0 ce que sa cause soit entendue \u00e9quitablement, publiquement et dans un d\u00e9lai raisonnable, par un tribunal ind\u00e9pendant et impartial, \u00e9tabli par la loi, qui d\u00e9cidera, soit des contestations sur ses droits et obligations de caract\u00e8re civil, soit du bien-fond\u00e9 de toute accusation en mati\u00e8re p\u00e9nale dirig\u00e9e contre elle.Le jugement doit \u00eatre rendu publiquement, mais l\u2019acc\u00e8s de la salle d\u2019audience peut \u00eatre interdit \u00e0 la presse et au public pendant la totalit\u00e9 ou une partie du proc\u00e8s dans l\u2019int\u00e9r\u00eat de la moralit\u00e9, de l\u2019ordre public ou de la s\u00e9curit\u00e9 nationale dans une soci\u00e9t\u00e9 d\u00e9mocratique, lorsque les int\u00e9r\u00eats des mineurs ou la protection de la vie priv\u00e9e des parties au proc\u00e8s l\u2019exigent, ou dans la mesure jug\u00e9e strictement n\u00e9cessaire par le tribunal, lorsque dans des circonstances sp\u00e9ciales la publicit\u00e9 serait de nature \u00e0 porter atteinte aux int\u00e9r\u00eats de la justice.<\/p>\n<p>2. Toute personne accus\u00e9e d\u2019une infraction est pr\u00e9sum\u00e9e innocente jusqu\u2019\u00e0 ce que sa culpabilit\u00e9 ait \u00e9t\u00e9 l\u00e9galement \u00e9tablie.<\/p>\n<p>3. Tout accus\u00e9 a droit notamment \u00e0\u00a0:<\/p>\n<p>a) \u00eatre inform\u00e9, dans le plus court d\u00e9lai, dans une langue qu\u2019il comprend et d\u2019une mani\u00e8re d\u00e9taill\u00e9e, de la nature et de la cause de l\u2019accusation port\u00e9e contre lui\u00a0;<\/p>\n<p>b) disposer du temps et des facilit\u00e9s n\u00e9cessaires \u00e0 la pr\u00e9paration de sa d\u00e9fense\u00a0;<\/p>\n<p>c) se d\u00e9fendre lui-m\u00eame ou avoir l\u2019assistance d\u2019un d\u00e9fenseur de son choix et, s\u2019il n\u2019a pas les moyens de r\u00e9mun\u00e9rer un d\u00e9fenseur, pouvoir \u00eatre assist\u00e9 gratuitement par un avocat d\u2019office, lorsque les int\u00e9r\u00eats de la justice l\u2019exigent\u00a0;<\/p>\n<p>d) interroger ou faire interroger les t\u00e9moins \u00e0 charge et obtenir la convocation et l\u2019interrogation des t\u00e9moins \u00e0 d\u00e9charge dans les m\u00eames conditions que les t\u00e9moins \u00e0 charge\u00a0;<\/p>\n<p>e) se faire assister gratuitement d\u2019un interpr\u00e8te, s\u2019il ne comprend pas ou ne parle pas la langue employ\u00e9e \u00e0 l\u2019audience.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p><strong>Sur l\u2019applicabilit\u00e9 de l\u2019article 6 de la Convention<\/strong><\/p>\n<p><em>1. L\u2019arr\u00eat de la chambre<\/em><\/p>\n<p>63. La chambre a jug\u00e9 l\u2019article 6 applicable en l\u2019esp\u00e8ce sous son volet p\u00e9nal. Elle a soulign\u00e9 qu\u2019en droit islandais, les r\u00e8gles relatives \u00e0 l\u2019infliction d\u2019amendes sont \u00e9nonc\u00e9es dans la loi sur la proc\u00e9dure p\u00e9nale. Elle a relev\u00e9 que le droit interne ne pr\u00e9voyait aucun montant maximal pour les amendes judiciaires et que dans le cas pr\u00e9sent, le montant de l\u2019amende inflig\u00e9e \u00e9tait \u00e9lev\u00e9.<\/p>\n<p>64. La chambre a \u00e9galement attach\u00e9 de l\u2019importance au fait que la Cour supr\u00eame avait jug\u00e9 que l\u2019amende inflig\u00e9e aux requ\u00e9rants s\u2019analysait en une sanction p\u00e9nale, et que cela ne faisait pas controverse entre les parties. Compte tenu en particulier du premier crit\u00e8re Engel, c\u2019est-\u00e0-dire de la qualification juridique de l\u2019infraction en droit interne (Engeletautresc.\u00a0Pays-Bas, 8 juin 1976, \u00a7\u00a7 82-83, s\u00e9rie A no 22), elle a estim\u00e9 qu\u2019il n\u2019y avait pas de raison de parvenir sur ce point \u00e0 une conclusion diff\u00e9rente de celle de la Cour supr\u00eame.<\/p>\n<p><em>2. Th\u00e8ses des parties<\/em><\/p>\n<p>a) Les requ\u00e9rants<\/p>\n<p>65. Les requ\u00e9rants soutiennent que l\u2019article 6 est applicable en l\u2019esp\u00e8ce sous son volet p\u00e9nal compte tenu notamment du fait que la loi sur la proc\u00e9dure p\u00e9nale, qui r\u00e9git la question examin\u00e9e, s\u2019applique exclusivement en mati\u00e8re p\u00e9nale et non en mati\u00e8re civile. Ils font valoir qu\u2019on leur a appliqu\u00e9 des dispositions de proc\u00e9dure p\u00e9nale, \u00e0 savoir les articles 198 \u00a7 1, 199 \u00a7 2 et 200 \u00a7 1 de la loi sur la proc\u00e9dure p\u00e9nale, selon lesquels les amendes pour atteinte \u00e0 l\u2019autorit\u00e9 de la justice prononc\u00e9es en premi\u00e8re instance doivent atteindre un certain montant pour qu\u2019il soit possible de les contester devant la Cour supr\u00eame, et qu\u2019en pareil cas l\u2019appel doit \u00eatre form\u00e9 aupr\u00e8s du parquet.<\/p>\n<p>66. Ils soulignent \u00e9galement que la Cour supr\u00eame a estim\u00e9 que l\u2019amende qui leur avait \u00e9t\u00e9 inflig\u00e9e \u00e9tait de \u00ab\u00a0nature\u00a0\u00bb p\u00e9nale, d\u2019une part parce que le montant n\u2019en \u00e9tait pas plafonn\u00e9 par la loi et d\u2019autre part parce que la somme qu\u2019ils avaient l\u2019un et l\u2019autre \u00e9t\u00e9 condamn\u00e9s \u00e0 verser \u00e9tait \u00e9lev\u00e9e.<\/p>\n<p>67. Ils citent enfin des affaires dans lesquelles la Cour a jug\u00e9 l\u2019article 6 applicable sous son volet p\u00e9nal (Weber c. Suisse, 22 mai 1990, s\u00e9rie\u00a0A no\u00a0177, et T. c. Autriche, no 27783\/95, CEDH 2000\u2011XII), ainsi que l\u2019arr\u00eat rendu au niveau interne dans l\u2019affaire Stef\u00e1n Karl Kristj\u00e1nsson(paragraphes\u00a041 et suivants ci\u2011dessus).<\/p>\n<p>b) Le Gouvernement<\/p>\n<p>68. Devant la chambre, le Gouvernement \u00e9tait parti du principe que l\u2019article 6 \u00e9tait applicable aux faits de l\u2019esp\u00e8ce sous son volet p\u00e9nal. Cependant, dans son m\u00e9moire adress\u00e9 \u00e0 la Grande Chambre, il est revenu sur cette position et a invit\u00e9 la Cour \u00e0 conclure que l\u2019article 6 est inapplicable en l\u2019esp\u00e8ce sous son volet p\u00e9nal. \u00c0 cet \u00e9gard, il soutient que la Cour supr\u00eame n\u2019a pas sp\u00e9cifiquement examin\u00e9 le point de savoir si les crit\u00e8res Engel \u00e9taient remplis (paragraphe 75 ci-dessous).<\/p>\n<p>69. Pour ce qui est du premier crit\u00e8re, \u00e0 savoir la qualification juridique de l\u2019infraction en droit islandais, il souligne que le chapitre XXXV de la loi sur la proc\u00e9dure p\u00e9nale, intitul\u00e9 \u00ab\u00a0Amendes proc\u00e9durales\u00a0\u00bb, contient des r\u00e8gles de proc\u00e9dure sp\u00e9cifiques, qui ont selon lui tr\u00e8s peu en commun avec la l\u00e9gislation p\u00e9nale. Il argue que ce chapitre traite uniquement des infractions portant atteinte au bon ordre des proc\u00e9dures judiciaires, et que les comportements inappropri\u00e9s \u00e0 caract\u00e8re plus grave peuvent constituer une infraction p\u00e9nale en vertu des r\u00e8gles pertinentes du code p\u00e9nal g\u00e9n\u00e9ral no\u00a019\/1940.<\/p>\n<p>70. Il soutient que plusieurs \u00e9l\u00e9ments indiquent que les dispositions du chapitre XXXV ne doivent pas \u00eatre rang\u00e9es dans la cat\u00e9gorie des dispositions relevant du droit p\u00e9nal \u2013 qu\u2019il s\u2019agisse du droit p\u00e9nal g\u00e9n\u00e9ral \u00e9nonc\u00e9 dans le code p\u00e9nal g\u00e9n\u00e9ral ou du droit p\u00e9nal sp\u00e9cial d\u00e9coulant d\u2019autres lois \u2013 mais sont en r\u00e9alit\u00e9 tr\u00e8s similaires \u00e0 celles du chapitre XXII de la loi sur la proc\u00e9dure civile. Ainsi, lorsque sont commis des actes tels que ceux d\u00e9crits au chapitre XXII, il appartiendrait en g\u00e9n\u00e9ral au tribunal si\u00e9geant dans l\u2019affaire d\u2019examiner d\u2019office, sans aucune d\u00e9marche du minist\u00e8re public, la question de savoir s\u2019il y a eu infraction au sens de ce chapitre. De plus, les amendes inflig\u00e9es en vertu du chapitre XXXV ne seraient pas inscrites au casier judiciaire et il ne serait pas possible, en l\u2019absence de d\u00e9cision judiciaire \u00e0 cet effet, de les convertir en peine d\u2019emprisonnement. La situation serait donc diff\u00e9rente de celle de l\u2019affaire Ravnsborg c. Su\u00e8de (arr\u00eat du 23 mars 1994, s\u00e9rie A no 283\u2011B), dans laquelle l\u2019amende que le requ\u00e9rant s\u2019\u00e9tait vu infliger en vertu du code de proc\u00e9dure p\u00e9nale su\u00e9dois pour atteinte au bon ordre des proc\u00e9dures judiciaires aurait \u00e9t\u00e9 convertible en peine d\u2019emprisonnement.<\/p>\n<p>71. Pour ce qui est de la nature de l\u2019infraction, c\u2019est-\u00e0-dire du deuxi\u00e8me crit\u00e8re Engel, le Gouvernement souligne que seuls le procureur, un avocat de la d\u00e9fense ou un conseiller juridique peuvent se voir infliger une amende en vertu de l\u2019article 223 \u00a7 1 de la loi sur la proc\u00e9dure p\u00e9nale, et que cette disposition ne vise donc pas une cat\u00e9gorie g\u00e9n\u00e9rale de personnes. Il indique qu\u2019il incombe \u00e0 la juridiction devant laquelle a eu lieu l\u2019\u00e9cart de conduite de rechercher d\u2019office si celui-ci rel\u00e8ve des dispositions du chapitre XXXV de la loi sur la proc\u00e9dure p\u00e9nale.<\/p>\n<p>72. En ce qui concerne le troisi\u00e8me des crit\u00e8res Engel, le Gouvernement soutient que les amendes inflig\u00e9es en l\u2019esp\u00e8ce sont certes plus \u00e9lev\u00e9es que celles qui l\u2019ont \u00e9t\u00e9 dans des d\u00e9cisions ant\u00e9rieures, mais que leur montant doit \u00eatre examin\u00e9 au regard de l\u2019importance de la proc\u00e9dure dirig\u00e9e contre les clients des requ\u00e9rants. Il indique sur ce point que les honoraires de d\u00e9fense octroy\u00e9s dans l\u2019affaire jug\u00e9e par le tribunal de district s\u2019\u00e9levaient \u00e0 559\u00a0000\u00a0EUR environ, et que les frais de justice sont rarement aussi \u00e9lev\u00e9s, sauf dans des affaires qui, comme le cas d\u2019esp\u00e8ce, sont survenues dans le contexte exceptionnel de la crise financi\u00e8re mondiale de 2008.<\/p>\n<p><em>3. Appr\u00e9ciation de la Cour<\/em><\/p>\n<p>a) Observations liminaires<\/p>\n<p>73. La Cour observe qu\u2019il n\u2019est pas all\u00e9gu\u00e9 que des \u00ab\u00a0droits et obligations de caract\u00e8re civil\u00a0\u00bb des requ\u00e9rants se trouvent en cause. Il s\u2019agit uniquement de savoir si la proc\u00e9dure litigieuse concernait une \u00ab\u00a0accusation en mati\u00e8re p\u00e9nale\u00a0\u00bb dirig\u00e9e contre eux, au sens de l\u2019article 6. La Cour supr\u00eame a conclu que les amendes inflig\u00e9es aux requ\u00e9rants \u00e9taient de \u00ab\u00a0nature\u00a0\u00bb p\u00e9nale (paragraphe 33, partie VI, 3), ci\u2011dessus) et, devant la chambre, les int\u00e9ress\u00e9s ont soutenu que l\u2019article 6 \u00e9tait applicable sous son volet p\u00e9nal, ce que le Gouvernement n\u2019a pas contest\u00e9. Comme indiqu\u00e9 ci\u2011dessus, le Gouvernement est ensuite revenu sur sa position sur ce point et il a demand\u00e9 \u00e0 la Grande Chambre de juger l\u2019article6 inapplicable.<\/p>\n<p>74. Le contenu et la port\u00e9e de l\u2019\u00ab\u00a0affaire\u00a0\u00bb renvoy\u00e9e devant elle sont d\u00e9limit\u00e9s par la d\u00e9cision de la chambre quant \u00e0 la recevabilit\u00e9, ce qui signifie que les parties de la requ\u00eate qu\u2019elle ne peut pas examiner sont cellesque la chambre a d\u00e9clar\u00e9es irrecevables (voir, par exemple, Ilnseherc.\u00a0Allemagne [GC], nos10211\/12 et 27505\/14, \u00a7 100, 4d\u00e9cembre2018, Ble\u010di\u0107 c. Croatie [GC], no 59532\/00, \u00a7 65, CEDH\u00a02006\u2011III, et Ilias et Ahmed c. Hongrie [GC], no47287\/15, \u00a7 173, 21\u00a0novembre 2019, et les r\u00e9f\u00e9rences qui y sont cit\u00e9es). La question de savoir si l\u2019article 6 est applicable en l\u2019esp\u00e8ce rel\u00e8ve donc clairement de l\u2019\u00ab\u00a0affaire\u00a0\u00bb renvoy\u00e9e devant la Grande Chambre, laquelle va par cons\u00e9quent l\u2019examiner.<\/p>\n<p>b) Les principes g\u00e9n\u00e9raux<\/p>\n<p>75. La Cour rappelle que l\u2019appr\u00e9ciation de l\u2019applicabilit\u00e9 de l\u2019article 6 sous son volet p\u00e9nal repose sur trois crit\u00e8res, couramment d\u00e9nomm\u00e9s \u00ab\u00a0crit\u00e8res Engel\u00a0\u00bb (Engel et autres, pr\u00e9cit\u00e9, \u00a7 82). Le premier de ces crit\u00e8res est la qualification juridique de l\u2019infraction en droit interne, le deuxi\u00e8me la nature m\u00eame de l\u2019infraction et le troisi\u00e8me le degr\u00e9 de s\u00e9v\u00e9rit\u00e9 de la sanction que risque de subir l\u2019int\u00e9ress\u00e9 (voir, pour un exemple r\u00e9cent, Ramos Nunes de Carvalho e S\u00e1 c. Portugal [GC], nos55391\/13 et 2 autres, \u00a7 122, 6 novembre 2018). Sur ce dernier point, la Cour a \u00e9galement pris en compte la nature de la peine (voir, par exemple, \u00d6zt\u00fcrk c.Allemagne, 21\u00a0f\u00e9vrier 1984, \u00a7 50, s\u00e9rie A no 73, Weber, pr\u00e9cit\u00e9, \u00a7 34, et Ravnsborg, pr\u00e9cit\u00e9, \u00a7 35).<\/p>\n<p>76. Pour ce qui est de l\u2019autonomie de la notion de \u00ab\u00a0mati\u00e8re p\u00e9nale\u00a0\u00bb, il convient de rappeler que la Convention permet sans nul doute aux \u00c9tats, dans l\u2019accomplissement de leur r\u00f4le de gardiens de l\u2019int\u00e9r\u00eat public, de maintenir ou \u00e9tablir une distinction entre droit p\u00e9nal et droit disciplinaire ainsi que d\u2019en fixer le trac\u00e9, mais seulement sous certaines conditions. Elle les laisse libres d\u2019\u00e9riger en infraction p\u00e9nale une action ou omission ne constituant pas l\u2019exercice normal de l\u2019un des droits qu\u2019elle prot\u00e8ge. Cela ressort, sp\u00e9cialement, de l\u2019article 7. Pareil choix, qui a pour effet de rendre applicables les articles 6 et 7, \u00e9chappe en principe au contr\u00f4le de la Cour, alors que le choix inverse, lui, ob\u00e9it \u00e0 des r\u00e8gles plus strictes. Si les \u00c9tats contractants pouvaient \u00e0 leur guise qualifier une infraction de disciplinaire plut\u00f4t que de p\u00e9nale, ou poursuivre l\u2019auteur d\u2019une infraction \u00ab\u00a0mixte\u00a0\u00bb sur le plan disciplinaire de pr\u00e9f\u00e9rence \u00e0 la voie p\u00e9nale, le jeu des clauses fondamentales des articles6 et 7 se trouverait subordonn\u00e9 \u00e0 la volont\u00e9 souveraine des \u00c9tats. Une latitude aussi \u00e9tendue risquerait de conduire \u00e0 des r\u00e9sultats incompatibles avec l\u2019objet et le but de la Convention. La Cour a donc comp\u00e9tence pour s\u2019assurer, sur le terrain de l\u2019article 6 et en dehors m\u00eame des articles 17 et 18, que le disciplinaire n\u2019empi\u00e8te pas ind\u00fbment sur le p\u00e9nal (Engel, pr\u00e9cit\u00e9, \u00a7 81).<\/p>\n<p>77. Ainsi, pour ce qui est du premier crit\u00e8re susmentionn\u00e9, la Cour se penchera sur la question de savoir si le ou les textes d\u00e9finissant l\u2019infraction en cause ressortissent ou non au droit p\u00e9nal d\u2019apr\u00e8s la technique juridique de l\u2019\u00c9tat d\u00e9fendeur. Il y a lieu d\u2019examiner ensuite, eu \u00e9gard \u00e0 l\u2019objet et au but de l\u2019article 6, au sens ordinaire de ses termes, et au droit des \u00c9tats contractants, la nature de l\u2019infraction ainsi que la nature et le degr\u00e9 de gravit\u00e9 de la sanction que risquait de subir l\u2019int\u00e9ress\u00e9 (\u00d6zt\u00fcrk, pr\u00e9cit\u00e9, \u00a7 50).<\/p>\n<p>78. Les deuxi\u00e8me et troisi\u00e8me crit\u00e8res sont alternatifs et pas n\u00e9cessairement cumulatifs.Cela n\u2019emp\u00eache pas l\u2019adoption d\u2019une approche cumulative si l\u2019analyse s\u00e9par\u00e9e de chaque crit\u00e8re ne permet pas d\u2019aboutir \u00e0 une conclusion claire quant \u00e0 l\u2019existence d\u2019une accusation en mati\u00e8re p\u00e9nale (voir, entre autres r\u00e9f\u00e9rences, Jussila c. Finlande [GC], no 73053\/01, \u00a7\u00a7\u00a030\u201131, CEDH 2006-XIV, Ezeh et Connors c. Royaume\u2011Uni [GC], nos\u00a039665\/98 et 40086\/98, \u00a7 82, CEDH 2003-X, et Ramos Nunes de Carvalho e S\u00e1, pr\u00e9cit\u00e9, \u00a7 122). Le fait qu\u2019une personne n\u2019encourt pas une peine d\u2019emprisonnement n\u2019est pas en lui-m\u00eame d\u00e9terminant aux fins de l\u2019applicabilit\u00e9 du volet p\u00e9nal de l\u2019article 6 de la Convention car, comme la Cour l\u2019a soulign\u00e9 \u00e0 maintes reprises, la faiblesse relative de l\u2019enjeu ne saurait \u00f4ter \u00e0 une infraction son caract\u00e8re p\u00e9nal intrins\u00e8que (Ramos Nunes de Carvalho e S\u00e1, pr\u00e9cit\u00e9, \u00a7122).<\/p>\n<p>79. La Cour s\u2019est pench\u00e9e dans diff\u00e9rentes affaires sur l\u2019applicabilit\u00e9 de l\u2019article 6 sous son volet p\u00e9nal \u00e0 des proc\u00e9dures concernant une atteinte \u00e0 l\u2019autorit\u00e9 de la justice ou des fautes commises par des professionnels du droit. Le poids accord\u00e9 \u00e0 ces trois diff\u00e9rents crit\u00e8res est fonction des faits de chaque esp\u00e8ce.<\/p>\n<p>80. Dans certaines de ces affaires, elle a conclu \u00e0 l\u2019inapplicabilit\u00e9 de l\u2019article 6 sous son volet p\u00e9nal au motif que les crit\u00e8res Engel n\u2019\u00e9taient pas r\u00e9unis. En ce qui concerne le premier crit\u00e8re, elle a par exemple attach\u00e9 de l\u2019importance au fait que la sanction p\u00e9cuniaire inflig\u00e9e \u00e9tait pr\u00e9vue par certaines dispositions du code de proc\u00e9dure p\u00e9nale, ou de la loi sur l\u2019organisation judiciaire combin\u00e9e avec le code de proc\u00e9dure civile, et non par des prescriptions du code p\u00e9nal, au fait que, alors que l\u2019affaire \u00e9tait qualifi\u00e9e de p\u00e9nale en vertu du code p\u00e9nal, le code de proc\u00e9dure p\u00e9nale pr\u00e9voyait une proc\u00e9dure distincte, ou encore au fait que la peine en cause n\u2019avait pas \u00e9t\u00e9 inscrite au casier judiciaire (Putz c. Autriche, 22 f\u00e9vrier 1996, \u00a7 32, Recueil des arr\u00eats et d\u00e9cisions 1996\u2011I\u00a0; voir, de m\u00eame, Ravnsborg, pr\u00e9cit\u00e9, \u00a7 33, et \u017dugi\u0107 c. Croatie, no 3699\/08, \u00a7 65, 31 mai 2011). Dans une affaire, elle a tenu compte de ce que la sanction p\u00e9cuniaire qui avait \u00e9t\u00e9 inflig\u00e9e reposait sur une loi interne relative aux sanctions disciplinaires qui conf\u00e9rait aux autorit\u00e9s administratives et judiciaires la pr\u00e9rogative de maintenir l\u2019ordre dans le cadre des proc\u00e9dures men\u00e9es devant elles (Kubli c. Suisse (d\u00e9c.), no 50364\/99, 21 f\u00e9vrier 2002).<\/p>\n<p>81. Dans plusieurs affaires, elle a conclu que le deuxi\u00e8me crit\u00e8re n\u2019\u00e9tait pas satisfait compte tenu de ce que, d\u2019une part, l\u2019infraction en cause \u00e9tait de nature disciplinaire et, d\u2019autre part, la comp\u00e9tence pour la sanctionner d\u00e9rivait du \u00ab\u00a0pouvoir, indispensable \u00e0 toute juridiction, d\u2019assurer le d\u00e9roulement correct et disciplin\u00e9 des proc\u00e9dures dont elle a la charge\u00a0\u00bb (Ravnsborg, pr\u00e9cit\u00e9,\u00a7\u00a034, Putz, pr\u00e9cit\u00e9, \u00a733, Kubli, pr\u00e9cit\u00e9e, Balyuk c.\u00a0Ukraine (d\u00e9c.), no17696\/02, 6 septembre 2005, et \u017dugi\u0107, pr\u00e9cit\u00e9, \u00a7 66).<\/p>\n<p>82. Appliquant le troisi\u00e8me crit\u00e8re, elle a conclu que l\u2019affaire ne relevait pas de la sph\u00e8re \u00ab\u00a0p\u00e9nale\u00a0\u00bb compte tenu notamment du fait que le montant de l\u2019amende inflig\u00e9e n\u2019\u00e9tait pas \u00e9lev\u00e9 (Ravnsborg, pr\u00e9cit\u00e9, \u00a7 35, Kubli, pr\u00e9cit\u00e9e, Balyuk, pr\u00e9cit\u00e9e) ou correspondait au minimum pr\u00e9vu par le droit interne (\u017dugi\u0107, pr\u00e9cit\u00e9, \u00a7\u00a068), du fait que, m\u00eame si le montant de l\u2019amende encourue (environ 36\u00a0000 EUR) \u00e9tait tel qu\u2019il y avait lieu de consid\u00e9rer qu\u2019il rev\u00eatait un effet punitif, la s\u00e9v\u00e9rit\u00e9 de la sanction ne faisait pas en elle-m\u00eame tomber l\u2019infraction dans le domaine p\u00e9nal (M\u00fcller\u2011Hartburg c.\u00a0Autriche, no 47195\/06, \u00a7 47, 19 f\u00e9vrier 2013, et Ramos Nunes de Carvalho e S\u00e1, pr\u00e9cit\u00e9, \u00a7 127), du fait qu\u2019un montant maximal \u00e9tait pr\u00e9vu par le droit interne (Ravnsborg, pr\u00e9cit\u00e9, \u00a7 35), du fait que les amendes inflig\u00e9es n\u2019\u00e9taient pas inscrites au casier judiciaire et que le juge ne pouvait les convertir en peine d\u2019emprisonnement qu\u2019en cas de non\u2011paiement (Ravnsborg, pr\u00e9cit\u00e9, \u00a7 35, et Putz, pr\u00e9cit\u00e9, \u00a7 37), du fait que les d\u00e9cisions litigieuses \u00e9taient susceptibles de recours (ibidem), ou encore du fait que l\u2019amende ne pouvait \u00eatre convertie en peine d\u2019emprisonnement que dans des circonstances pr\u00e9cises et \u00e0 condition que l\u2019int\u00e9ress\u00e9 ait \u00e9t\u00e9 cit\u00e9 \u00e0 compara\u00eetre \u00e0 une audience tenue dans le cadre d\u2019une proc\u00e9dure distincte (Ravnsborg, pr\u00e9cit\u00e9, \u00a7 35).<\/p>\n<p>83. Dans d\u2019autres affaires concernant une atteinte \u00e0 l\u2019autorit\u00e9 de la justice, la Cour a jug\u00e9 que l\u2019article 6 \u00e9tait applicable sous son volet p\u00e9nal.<\/p>\n<p>Dans l\u2019affaire Kyprianou, elle a estim\u00e9 que les trois crit\u00e8res Engel \u00e9taient r\u00e9unis. L\u2019infraction \u00e9tait qualifi\u00e9e de p\u00e9nale en droit interne, elle ne se limitait pas \u00e0 la qualit\u00e9 d\u2019avocat du requ\u00e9rant, la peine maximum encourue \u00e9tait un mois d\u2019emprisonnement et la peine r\u00e9ellement inflig\u00e9e \u00e0 l\u2019int\u00e9ress\u00e9 \u00e9tait cinq jours de prison (Kyprianou c.\u00a0Chypre, no\u00a073797\/01, \u00a7 31, 27\u00a0janvier 2004).<\/p>\n<p>Dans l\u2019affaire Zaicevs (arr\u00eat pr\u00e9cit\u00e9), la Cour a jug\u00e9 remplis les deuxi\u00e8me et troisi\u00e8me crit\u00e8res, mais non le premier. Concernant le deuxi\u00e8me crit\u00e8re, elle a estim\u00e9 que l\u2019affaire \u00e9tait sensiblement diff\u00e9rente des affaires Ravnsborg et Putz(arr\u00eats pr\u00e9cit\u00e9s), o\u00f9 elle avait jug\u00e9 l\u2019article 6 inapplicable\u00a0: elle a observ\u00e9 que les sanctions disciplinaires ont en g\u00e9n\u00e9ral pour but d\u2019assurer le respect par les membres de tel ou tel groupe de r\u00e8gles de comportement propres au groupe en question, et que tel n\u2019\u00e9tait pas le cas des sanctions en cause en l\u2019esp\u00e8ce. Si en r\u00e8gle g\u00e9n\u00e9rale les dispositions r\u00e9gissant les incidents d\u2019audience et les sanctions applicables sur-le-champ par le juge figurent dans les lois proc\u00e9durales ou les lois d\u2019organisation judiciaire, dans cette affaire la disposition applicable \u00e0 l\u2019infraction d\u2019outrage au tribunal \u00e9tait incluse dans un texte l\u00e9gislatif de port\u00e9e g\u00e9n\u00e9rale. Il ressortait par ailleurs du libell\u00e9 de cette disposition qu\u2019elle ne visait pas seulement les parties au proc\u00e8s et les personnes ayant un statut proc\u00e9dural d\u00e9termin\u00e9 mais que n\u2019importe quelle \u00ab\u00a0autre personne\u00a0\u00bb pouvait \u00e9galement \u00eatre sanctionn\u00e9e pour outrage au tribunal \u00e0 raison de son comportement en dehors d\u2019une audience. Examinant enfin l\u2019affaire au regard du troisi\u00e8me crit\u00e8re Engel, la Cour a compar\u00e9 les circonstances de la cause avec celles des affaires Ravnsborg (arr\u00eat pr\u00e9cit\u00e9) et Putz (arr\u00eat pr\u00e9cit\u00e9), et pris en consid\u00e9ration l\u2019affaire T. c. Autriche, arr\u00eat pr\u00e9cit\u00e9, \u00a7\u00a7\u00a063\u201167. Elle a observ\u00e9 que la mesure privative de libert\u00e9 inflig\u00e9e au requ\u00e9rant ne constituait pas une mesure alternative visant \u00e0 remplacer une amende impay\u00e9e mais qu\u2019il s\u2019agissait d\u2019une peine prononc\u00e9e \u00e0 titre principal. Elle a \u00e9galement relev\u00e9 que l\u2019int\u00e9ress\u00e9, passible d\u2019une sanction maximum de quinze jours de privation de libert\u00e9, avait \u00e9t\u00e9 condamn\u00e9 \u00e0 trois jours de d\u00e9tention. Elle a conclu qu\u2019une telle sanction \u00e9tait suffisamment grave pour relever de la sph\u00e8re \u00ab\u00a0p\u00e9nale\u00a0\u00bb.<\/p>\n<p>Dans l\u2019affaire T. c. Autriche (arr\u00eat pr\u00e9cit\u00e9), o\u00f9 l\u2019amende maximum encourue \u00e9tait de 400\u00a0000 schillings autrichiens (ATS,soit approximativement 30\u00a0000 EUR) et l\u2019amende inflig\u00e9e s\u2019\u00e9levait \u00e0 30\u00a0000\u00a0ATS (environ 2\u00a0000 EUR), la Cour a \u00e9galement conclu, eu \u00e9gard au caract\u00e8re punitif et au montant \u00e9lev\u00e9 de la sanction ainsi qu\u2019\u00e0 la possibilit\u00e9 de la convertir en peine d\u2019emprisonnement sans la garantie d\u2019une audience, que l\u2019enjeu pour le requ\u00e9rant \u00e9tait suffisamment important pour que l\u2019infraction en cause soit qualifi\u00e9e de \u00ab\u00a0p\u00e9nale\u00a0\u00bb au sens de l\u2019article 6 \u00a71.<\/p>\n<p>c) Application de ces principes au cas d\u2019esp\u00e8ce<\/p>\n<p>i) Le premier crit\u00e8re\u00a0: la qualification juridique de l\u2019infraction en droit interne<\/p>\n<p>84. Dans l\u2019affaire examin\u00e9e en l\u2019esp\u00e8ce, la Cour supr\u00eame islandaise a conclu que l\u2019amende inflig\u00e9e aux requ\u00e9rants \u00e9tait de \u00ab\u00a0nature\u00a0\u00bb p\u00e9nale compte tenu de ce que, d\u2019une part, les dispositions applicables aux atteintes \u00e0 l\u2019autorit\u00e9 de la justice ne plafonnaient pas express\u00e9ment les amendes encourues et, d\u2019autre part, les amendes inflig\u00e9es en l\u2019esp\u00e8ce \u00e9taient d\u2019un montant \u00e9lev\u00e9. Il ne ressort pas de cette motivation qu\u2019elle ait ainsi jug\u00e9 que les infractions en question \u00e9taient qualifi\u00e9es de p\u00e9nales en droit interne. Selon le Gouvernement, les dispositions du droit islandais d\u00e9finissant ces infractions ne rel\u00e8vent pas du droit p\u00e9nal.<\/p>\n<p>Tout d\u2019abord l\u2019infraction en question \u00e9tait pr\u00e9vue au chapitre XXXV, intitul\u00e9 \u00ab\u00a0Amendes proc\u00e9durales\u00a0\u00bb, de la loi sur la proc\u00e9dure p\u00e9nale et non par une disposition du code p\u00e9nal g\u00e9n\u00e9ral ou du droit p\u00e9nal sp\u00e9cial d\u00e9coulant d\u2019autres lois (Putz, pr\u00e9cit\u00e9, \u00a7 32, et \u017dugi\u0107, pr\u00e9cit\u00e9, \u00a7 65). Ces dispositions sont d\u2019ailleurs tr\u00e8s similaires \u00e0 celles contenues dans le chapitre\u00a0XXII de la loi sur la proc\u00e9dure civile (paragraphe 39 ci-dessus). La Cour constate que, m\u00eame si la deuxi\u00e8me phrase de l\u2019article 222 \u00a71 de la loi sur la proc\u00e9dure p\u00e9nale pr\u00e9voyait qu\u2019une proc\u00e9dure sp\u00e9ciale pouvait \u00eatre engag\u00e9e pour atteinte \u00e0 l\u2019autorit\u00e9 de la justice, en r\u00e8gle g\u00e9n\u00e9rale, l\u2019examen d\u2019un comportement tel que celui d\u00e9crit au chapitre\u00a0XXXV de cette loi se faisait,comme l\u2019a observ\u00e9 le Gouvernement, sans que le parquet ne doive intervenir\u00a0: il appartenait au tribunal si\u00e9geant dans l\u2019affaire d\u2019infliger l\u2019amende d\u2019office (premi\u00e8re phrase de l\u2019article 222 \u00a7 1).<\/p>\n<p>Cela \u00e9tant, il n\u2019a pas \u00e9t\u00e9 d\u00e9montr\u00e9 que l\u2019infraction en question \u00e9tait qualifi\u00e9e de \u00ab\u00a0p\u00e9nale\u00a0\u00bb en droit interne.<\/p>\n<p>85. Le premier crit\u00e8re Engel est toutefois d\u2019un poids relatif et ne sert que de point de d\u00e9part (Weber, pr\u00e9cit\u00e9, \u00a7 31, et A. Menarini Diagnostics S.r.l. c.\u00a0Italie, no 43509\/08, \u00a7 39, 27 septembre 2011).<\/p>\n<p>ii) Le deuxi\u00e8me crit\u00e8re\u00a0: la nature de l\u2019infraction<\/p>\n<p>86. Pour ce qui est du deuxi\u00e8me crit\u00e8re, qui est un facteur de plus grand poids (Engel, \u00a7 82, et \u00d6zt\u00fcrk, \u00a7 52, tous deux pr\u00e9cit\u00e9s), la Cour observe que l\u2019amende inflig\u00e9e aux requ\u00e9rants \u00e9tait fond\u00e9e sur l\u2019article 223 \u00a7 1, alin\u00e9as a)\u00a0\u2013 avoir \u00ab\u00a0intentionnellement retard\u00e9 la proc\u00e9dure de mani\u00e8re indue\u00a0\u00bb \u2013 et d)\u00a0\u2013 avoir \u00ab\u00a0port\u00e9 atteinte d\u2019une autre mani\u00e8re \u00e0 la dignit\u00e9 du tribunal par leur comportement \u00e0 l\u2019audience\u00a0\u00bb. En vertu de l\u2019article 223 \u00a7 2, le comportement d\u00e9crit \u00e0 l\u2019article 223 \u00a7 1 d) pouvait \u00e9galement \u00eatre sanctionn\u00e9 lorsqu\u2019il \u00e9tait le fait d\u2019un accus\u00e9 ou d\u2019une autre partie t\u00e9moignant devant le tribunal. Cette disposition pouvait donc concerner toute personne amen\u00e9e \u00e0 participer \u00e0 une proc\u00e9dure judiciaire \u2013 \u00e9l\u00e9ment que la Cour a interpr\u00e9t\u00e9, dans des affaires ant\u00e9rieures, comme militant en faveur de la reconnaissance de la nature \u00ab\u00a0p\u00e9nale\u00a0\u00bb de l\u2019infraction aux fins de l\u2019article 6 de la Convention (voir, par exemple, les arr\u00eats Kyprianou et Zaicevs, pr\u00e9cit\u00e9s).<\/p>\n<p>87. Il convient toutefois de relever que l\u2019amende inflig\u00e9e \u00e0 l\u2019un et l\u2019autre requ\u00e9rant r\u00e9pondait \u00e0 une infraction pr\u00e9vue par l\u2019article 223 \u00a7 1, disposition qui concernait une cat\u00e9gorie sp\u00e9cifique de personnes ayant une qualit\u00e9 particuli\u00e8re\u00a0: \u00ab\u00a0procureur, avocat de la d\u00e9fense ou conseiller juridique\u00a0\u00bb (paragraphe 38 ci-dessus). Contrairement \u00e0 l\u2019alin\u00e9a d), l\u2019alin\u00e9a a), qui a ici \u00e9t\u00e9 combin\u00e9 au pr\u00e9c\u00e9dent, ne s\u2019appliquait apparemment pas au-del\u00e0 du cercle des personnes vis\u00e9es par l\u2019article 223 \u00a7 1. Il incombait \u00e0 la juridiction devant laquelle avait eu lieu l\u2019\u00e9cart de conduite de rechercher d\u2019office si celui-ci relevait de l\u2019article 223 \u00a7 1.<\/p>\n<p>88. Dans ce contexte, il importe de noter que la Cour a souvent rappel\u00e9 que le statut sp\u00e9cifique des avocats, interm\u00e9diaires entre les justiciables et les tribunaux, leur fait occuper une position centrale dans l\u2019administration de la justice, et qu\u2019elle a soulign\u00e9 que, pour croire en l\u2019administration de la justice, le public doit \u00e9galement avoir confiance en la capacit\u00e9 des avocats \u00e0 repr\u00e9senter effectivement les justiciables (voir, mutatis mutandis, Kyprianou\u00a0c. Chypre [GC], no\u00a073797\/01, \u00a7 173, CEDH 2005\u2011XIII, et Correia de Matos c. Portugal [GC], no 56402\/12, \u00a7 139, 4 avril 2018). De m\u00eame, \u00ab\u00a0[du] r\u00f4le particulier des avocats, professionnels ind\u00e9pendants, dans l\u2019administration de la justice, d\u00e9coulent un certain nombre d\u2019obligations, notamment dans leur conduite, qui doit \u00eatre empreinte de discr\u00e9tion, d\u2019honn\u00eatet\u00e9 et de dignit\u00e9\u00a0\u00bb (ibidem, \u00a7 140).<\/p>\n<p>89. Il convient \u00e9galement de tenir compte du fait que des r\u00e8gles juridiques habilitant un tribunal \u00e0 sanctionner les comportements d\u00e9plac\u00e9s qui peuvent survenir au cours des proc\u00e9dures men\u00e9es devant lui sont monnaie courante dans les syst\u00e8mes juridiques des \u00c9tats contractants. Pareilles normes et sanctions d\u00e9rivent du pouvoir, indispensable \u00e0 toute juridiction, d\u2019assurer le d\u00e9roulement correct et disciplin\u00e9 des proc\u00e9dures dont elle a la charge. Les mesures ordonn\u00e9es de la sorte par les tribunaux se rapprochent plus de l\u2019exercice de pr\u00e9rogatives disciplinaires que de l\u2019imposition d\u2019une peine r\u00e9primant la commission d\u2019une infraction p\u00e9nale. Bien entendu, les \u00c9tats sont libres d\u2019englober dans le champ du droit p\u00e9nal ce qui constitue \u00e0 leurs yeux des exemples plus graves de conduite inconvenante (Ravnsborg, pr\u00e9cit\u00e9, \u00a7 34).<\/p>\n<p>90. Dans les circonstances concr\u00e8tes de l\u2019esp\u00e8ce, la Cour supr\u00eame a jug\u00e9 que le refus d\u00e9lib\u00e9r\u00e9 des requ\u00e9rants de compara\u00eetre \u00e0 l\u2019audience qui avait \u00e9t\u00e9 programm\u00e9e \u00e9tait constitutif d\u2019un manquement grave aux obligations professionnelles qui pesaient sur eux en leur qualit\u00e9 d\u2019avocats de la d\u00e9fense dans une proc\u00e9dure p\u00e9nale. Elle a consid\u00e9r\u00e9 qu\u2019en ignorant totalement les d\u00e9cisions l\u00e9gitimes du juge, et en ne laissant ainsi \u00e0 ce dernier pas d\u2019autre choix que de les relever de leur mandat et de d\u00e9signer d\u2019autres avocats \u00e0 leur place, ils avaient caus\u00e9 un important retard dans l\u2019affaire. Si elle a admis que les requ\u00e9rants s\u2019\u00e9taient vu infliger une amende p\u00e9nale, elle n\u2019a toutefois pas express\u00e9ment motiv\u00e9 cette conclusion par la nature de la conduite des int\u00e9ress\u00e9s (paragraphe 33, partie V, ci-dessus).<\/p>\n<p>91. Dans ce contexte, malgr\u00e9 la gravit\u00e9 du manquement aux obligations professionnelles reproch\u00e9 aux requ\u00e9rants, la nature, p\u00e9nale ou disciplinaire, des infractions dont ceux-ci ont \u00e9t\u00e9 reconnus coupables n\u2019est pas claire. Il est donc n\u00e9cessaire d\u2019examiner la question sous l\u2019angle du troisi\u00e8me crit\u00e8re, \u00e0 savoir la nature et le degr\u00e9 de gravit\u00e9 de la peine que les requ\u00e9rants risquaient de se voir infliger.<\/p>\n<p>iii. Le troisi\u00e8me crit\u00e8re\u00a0: la nature et le degr\u00e9 de gravit\u00e9 de la peine<\/p>\n<p>92. Si la Cour supr\u00eame n\u2019a pas express\u00e9ment consid\u00e9r\u00e9 que l\u2019infraction en question \u00e9tait qualifi\u00e9e de \u00ab\u00a0p\u00e9nale\u00a0\u00bb en droit interne (premier crit\u00e8re Engel) ni que la nature de la conduite des requ\u00e9rants justifiait qu\u2019elle f\u00fbt qualifi\u00e9e de \u00ab\u00a0p\u00e9nale\u00a0\u00bb (deuxi\u00e8me crit\u00e8re), elle a estim\u00e9 que les amendes inflig\u00e9es \u00e9taient \u00ab\u00a0de nature p\u00e9nale\u00a0\u00bb, ce qui semble renvoyer au troisi\u00e8me crit\u00e8re. Comme indiqu\u00e9 ci-dessus, elle a tenu compte, pour parvenir \u00e0 cette conclusion, de ce que, d\u2019une part, le montant de l\u2019amende n\u2019\u00e9tait \u00ab\u00a0pas plafonn\u00e9\u00a0\u00bb dans les dispositions relatives \u00e0 l\u2019atteinte \u00e0 l\u2019autorit\u00e9 de la justice et, d\u2019autre part, le montant de l\u2019amende inflig\u00e9e aux requ\u00e9rants en l\u2019esp\u00e8ce \u2013 environ 6\u00a0200 EUR \u2013 \u00e9tait, selon elle, \u00ab\u00a0\u00e9lev\u00e9\u00a0\u00bb. Dans ces conditions, elle n\u2019a vu aucune raison de consid\u00e9rer que la protection accord\u00e9e aux requ\u00e9rants par la loi aurait d\u00fb \u00eatre moindre quant \u00e0 la possibilit\u00e9 qui leur \u00e9tait ouverte de se d\u00e9fendre eux-m\u00eames. Jugeant que l\u2019article 6 \u00e9tait applicable sous son volet p\u00e9nal, elle s\u2019est ensuite attach\u00e9e \u00e0 examiner la question du respect de cette disposition.<\/p>\n<p>93. Cela \u00e9tant, eu \u00e9gard aux consid\u00e9rations expos\u00e9es aux paragraphes\u00a076 et 77 ci-dessus, la Cour proc\u00e8de \u00e0 son propre examen lorsqu\u2019il s\u2019agit d\u2019interpr\u00e9ter l\u2019\u00e9tendue de la notion de \u00ab\u00a0mati\u00e8re p\u00e9nale\u00a0\u00bb au sens autonome de l\u2019article\u00a06 de la Convention, comme elle est appel\u00e9e \u00e0 le faire lorsqu\u2019elle examine les deuxi\u00e8me et troisi\u00e8me crit\u00e8res Engel, (articles 19 et 32 de la Convention). Pour autant, rien n\u2019interdit aux \u00c9tats contractants d\u2019adopter une interpr\u00e9tation plus large garantissant une protection renforc\u00e9e des droits et libert\u00e9s en question dans leurs ordres juridiques internes respectifs (article\u00a053 de la Convention).<\/p>\n<p>94. En l\u2019esp\u00e8ce, la Cour observe, en particulier, que le type de comportement pour lequel les requ\u00e9rants ont \u00e9t\u00e9 condamn\u00e9s ne pouvait pas \u00eatre sanctionn\u00e9 par une peine d\u2019emprisonnement, ce qui \u00e9tait en revanche le cas dans les affaires ant\u00e9rieures o\u00f9 l\u2019article 6 a \u00e9t\u00e9 jug\u00e9 applicable relativement \u00e0 une atteinte \u00e0 l\u2019autorit\u00e9 de la justice, notamment \u00e0 raison de la nature et de la gravit\u00e9 de la sanction (Kyprianou et Zaicevs, tous deux pr\u00e9cit\u00e9s).<\/p>\n<p>95. Par ailleurs, les amendes en cause ne pouvaient \u00eatre converties en privation de libert\u00e9 en cas de non-paiement, ce qui \u00e9tait en revanche le cas dans les affaires Ravnsborg et Putz (arr\u00eats pr\u00e9cit\u00e9s). Dans ces deux affaires, l\u2019existence d\u2019une telle possibilit\u00e9, soumise \u00e0 certaines garanties d\u2019\u00e9quit\u00e9 du proc\u00e8s (paragraphe 82 ci-dessus), a \u00e9t\u00e9 jug\u00e9e importante mais non suffisante dans les circonstances de l\u2019esp\u00e8ce pour rendre applicable l\u2019article 6 sous son volet p\u00e9nal. La Cour observe \u00e9galement que, dans l\u2019affaire T.\u00a0c.\u00a0Autriche (arr\u00eat pr\u00e9cit\u00e9), ce sont le caract\u00e8re punitif et le montant \u00e9lev\u00e9 de la sanction ainsi que la possibilit\u00e9 de la convertir en peine d\u2019emprisonnement sans la garantie d\u2019une audience qui l\u2019ont amen\u00e9e \u00e0 consid\u00e9rer que la question examin\u00e9e relevait de la sph\u00e8re \u00ab\u00a0p\u00e9nale\u00a0\u00bb. Dans la pr\u00e9sente affaire en revanche, pareille possibilit\u00e9 n\u2019existait pas. En outre, dans le cas d\u2019esp\u00e8ce, les amendes prononc\u00e9es n\u2019ont pas \u00e9t\u00e9 inscrites au casier judiciaire des requ\u00e9rants (paragraphe 80 ci\u2011dessus).<\/p>\n<p>96. De l\u2019avis de la Cour, le montant\u2013 certes \u00e9lev\u00e9 \u2013 des amendes inflig\u00e9es et l\u2019absence de plafond l\u00e9gal ne permettent pas \u00e0 eux seuls de consid\u00e9rer que la nature et la gravit\u00e9 de la sanction la font relever de la sph\u00e8re \u00ab\u00a0p\u00e9nale\u00a0\u00bb au sens autonome de l\u2019article\u00a06 (voir \u00e0 cet \u00e9gard M\u00fcller\u2011Hartburg, pr\u00e9cit\u00e9, \u00a7\u00a047, o\u00f9, m\u00eame s\u2019il \u00e9tait d\u2019effet punitif, le montant de l\u2019amende encourue \u2013 environ 36\u00a0000 EUR \u2013 n\u2019\u00e9tait pas suffisamment s\u00e9v\u00e8re pour faire tomber l\u2019infraction dans le domaine \u00ab\u00a0p\u00e9nal\u00a0\u00bb\u00a0; et, dans le m\u00eame sens, Ramos Nunes de Carvalho e S\u00e1, pr\u00e9cit\u00e9, \u00a7\u00a7 25, 71, 126, 217, o\u00f9 la peine maximale encourue \u00e9tait de quatre-vingt-dix jours\u2011amende et o\u00f9 le requ\u00e9rant s\u2019\u00e9tait vu infliger vingt jours-amende, qui correspondraient \u00e0 43\u00a0750 EUR\u00a0; comparer aussi avec l\u2019\u00e9chelle des peines en cause dans les affaires Mamidakis c. Gr\u00e8ce, no35533\/04, \u00a7 21, 11janvier2007, Grande Stevenset autres c. Italie, nos18640\/10 et 4autres, \u00a799, 4\u00a0mars 2014, et Produkcija Plus Storitvenopodjetjed.o.o. c. Slov\u00e9nie, no\u00a047072\/15, \u00a7\u00a7 10 et 45, 23 octobre 2018, o\u00f9 la Cour a estim\u00e9 que les sanctions en cause \u00e9taient de nature p\u00e9nale).<\/p>\n<p>97. Au vu de ce qui pr\u00e9c\u00e8de, la Cour consid\u00e8re que la nature et le degr\u00e9 de gravit\u00e9 de la sanction ne sauraient faire tomber l\u2019infraction en cause dans le domaine p\u00e9nal au sens de l\u2019article 6 \u00a7 1 de la Convention.<\/p>\n<p>iv. Conclusion<\/p>\n<p>98. Eu \u00e9gard aux consid\u00e9rations qui pr\u00e9c\u00e8dent, la Cour estime que la proc\u00e9dure en cause ne concernait pas le bien-fond\u00e9 d\u2019une \u00ab\u00a0accusation en mati\u00e8re p\u00e9nale\u00a0\u00bb au sens de l\u2019article 6 de la Convention et que le volet p\u00e9nal de cette disposition n\u2019y est pas applicable. Il s\u2019ensuit que le grief des requ\u00e9rants est incompatible ratione materiae avec les dispositions de la Convention. La Cour rappelle \u00e9galement qu\u2019en vertu de l\u2019article 35 \u00a74 de la Convention, elle peut \u00ab\u00a0\u00e0 tout stade de la proc\u00e9dure\u00a0\u00bb rejeter une requ\u00eate qu\u2019elle consid\u00e8re comme irrecevable et que, par cons\u00e9quent, la Grande Chambre peut, sous r\u00e9serve des dispositions de l\u2019article 55 du r\u00e8glement de la Cour, revenir sur la d\u00e9cision par laquelle la requ\u00eate a \u00e9t\u00e9 d\u00e9clar\u00e9e recevable (voir, par exemple, Ilias et Ahmed, pr\u00e9cit\u00e9, \u00a7\u00a7 80 et 250, et la jurisprudence qui y est cit\u00e9e). Ainsi, elle estime que cette partie de la requ\u00eate doit \u00eatre d\u00e9clar\u00e9e irrecevable en application de l\u2019article 35 \u00a7\u00a7 3 a) et\u00a04.<\/p>\n<p>II. SUR LA VIOLATION ALL\u00c9GU\u00c9E DE L\u2019ARTICLE 7 DE LA CONVENTION<\/p>\n<p>99. Les requ\u00e9rants soutiennent qu\u2019ils ont \u00e9t\u00e9 sanctionn\u00e9s pour une conduite tenue alors qu\u2019ils n\u2019\u00e9taient plus \u00ab\u00a0avocats de la d\u00e9fense\u00a0\u00bb, et que le montant de l\u2019amende qui leur a \u00e9t\u00e9 inflig\u00e9e n\u2019\u00e9tait pas pr\u00e9visible. Ils voient l\u00e0 une violation de l\u2019article 7 de la Convention. Cette disposition est ainsi libell\u00e9e\u00a0:<\/p>\n<p>\u00ab\u00a01. Nul ne peut \u00eatre condamn\u00e9 pour une action ou une omission qui, au moment o\u00f9 elle a \u00e9t\u00e9 commise, ne constituait pas une infraction d\u2019apr\u00e8s le droit national ou international.De m\u00eame il n\u2019est inflig\u00e9 aucune peine plus forte que celle qui \u00e9tait applicable au moment o\u00f9 l\u2019infraction a \u00e9t\u00e9 commise.<\/p>\n<p>2. Le pr\u00e9sent article ne portera pas atteinte au jugement et \u00e0 la punition d\u2019une personne coupable d\u2019une action ou d\u2019une omission qui, au moment o\u00f9 elle a \u00e9t\u00e9 commise, \u00e9tait criminelle d\u2019apr\u00e8s les principes g\u00e9n\u00e9raux de droit reconnus par les nations civilis\u00e9es.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p><strong>A. L\u2019arr\u00eat de la chambre<\/strong><\/p>\n<p>100. La chambre a jug\u00e9 qu\u2019il ressortait clairement de l\u2019arr\u00eat de la Cour supr\u00eame que l\u2019article 223 \u00a7 1 alin\u00e9as a) et d) avait \u00e9t\u00e9 appliqu\u00e9 en l\u2019esp\u00e8ce.Elle a estim\u00e9 que le libell\u00e9 de l\u2019article 223 n\u2019excluait pas qu\u2019un avocat de la d\u00e9fense qui avait \u00e9t\u00e9 remplac\u00e9 ou qui avait renonc\u00e9 \u00e0 d\u00e9fendre son client se voie infliger une amende.Elle a donc consid\u00e9r\u00e9 que l\u2019interpr\u00e9tation du droit interne qu\u2019avaient faite les juridictions nationales n\u2019\u00e9tait pas contraire \u00e0 la substance m\u00eame de l\u2019infraction en question.<\/p>\n<p>101. Concernant le second aspect du grief des requ\u00e9rants, \u00e0 savoir l\u2019impr\u00e9visibilit\u00e9 de la gravit\u00e9 des amendes inflig\u00e9es, la chambre a consid\u00e9r\u00e9 que le seul fait qu\u2019une disposition de droit interne ne pr\u00e9voie pas le montant maximal d\u2019une amende n\u2019\u00e9tait pas contraire, en lui-m\u00eame, aux exigences de l\u2019article\u00a07.\u00c9tant donn\u00e9 que le cas d\u2019esp\u00e8ce \u00e9tait la premi\u00e8re affaire de ce type et qu\u2019on ne saurait interpr\u00e9ter l\u2019article 7 de la Convention comme proscrivant la clarification graduelle des r\u00e8gles de la responsabilit\u00e9 p\u00e9nale par l\u2019interpr\u00e9tation judiciaire d\u2019une affaire \u00e0 l\u2019autre, elle a jug\u00e9 que le montant de l\u2019amende inflig\u00e9e aux requ\u00e9rants n\u2019\u00e9tait pas impr\u00e9visible.<\/p>\n<p><strong>B. Th\u00e8ses des parties<\/strong><\/p>\n<p><em>1. Les requ\u00e9rants<\/em><\/p>\n<p>102. Les requ\u00e9rants soutiennent qu\u2019ils ont \u00e9t\u00e9 jug\u00e9s coupables de faits qui ne constituaient pas une infraction p\u00e9nale en droit interne. Ils plaident qu\u2019au moment o\u00f9 l\u2019atteinte \u00e0 l\u2019autorit\u00e9 de la justice qui leur a \u00e9t\u00e9 reproch\u00e9e aurait \u00e9t\u00e9 commise, \u00e0 savoir lors de l\u2019audience tenue le 11 avril 2013 devant le tribunal de district, ils avaient \u00e9t\u00e9 relev\u00e9s de leurs obligations et n\u2019\u00e9taient plus \u00ab\u00a0avocats de la d\u00e9fense\u00a0\u00bb, au sens de l\u2019article 223 \u00a7 1 de la loi sur la proc\u00e9dure p\u00e9nale. Selon eux, cette disposition ne s\u2019applique qu\u2019\u00e0 un comportement actif adopt\u00e9 pendant une audience, et non \u00e0 une situation, comme celle de l\u2019esp\u00e8ce, o\u00f9 l\u2019avocat ne s\u2019est pas pr\u00e9sent\u00e9 \u00e0 l\u2019audience.<\/p>\n<p>103. Les requ\u00e9rants soutiennent \u00e9galement que la peine qui leur a \u00e9t\u00e9 inflig\u00e9e, \u00e0 savoir une amende d\u2019un million de couronnes chacun (soit environ 6\u00a0200\u00a0EUR \u00e0 l\u2019\u00e9poque des faits), n\u2019\u00e9tait pas pr\u00e9visible. Ils arguent \u00e0 cet \u00e9gard que le droit applicable ne pr\u00e9voyait pas de fourchette pour le montant de l\u2019amende encourue et que la somme qu\u2019ils ont \u00e9t\u00e9 condamn\u00e9s \u00e0 payer \u00e9tait hors de proportion avec le montant des amendes prononc\u00e9es dans des affaires similaires tranch\u00e9es par la Cour supr\u00eame.<\/p>\n<p>104. Dans leurs observations \u00e9crites devant la Grande Chambre, les requ\u00e9rants soulignent que la loi doit d\u00e9finir clairement les infractions et les peines qui les r\u00e9priment (ils citent l\u2019arr\u00eat Del R\u00edo Prada c. Espagne [GC], no\u00a042750\/09, \u00a7 79, CEDH 2013). Ils plaident en particulier que le fait que les amendes encourues n\u2019\u00e9taient pas plafonn\u00e9es en droit interne a contribu\u00e9 \u00e0 l\u2019impr\u00e9visibilit\u00e9 de la peine et ainsi accru l\u2019obligation pour les juridictions islandaises de veiller \u00e0 ce que le montant des amendes prononc\u00e9es ne s\u2019\u00e9carte pas radicalement de celui fix\u00e9 dans des affaires ant\u00e9rieures.<\/p>\n<p>105. Les requ\u00e9rants soulignent \u00e9galement que l\u2019amende qui leur a \u00e9t\u00e9 inflig\u00e9e \u00e9tait dix fois plus \u00e9lev\u00e9e que l\u2019amende la plus forte jamais prononc\u00e9e dans l\u2019histoire judiciaire de l\u2019Islande pour atteinte \u00e0 l\u2019autorit\u00e9 de la justice. Ils citent neuf d\u00e9cisions de justice internes rendues entre 1954 et\u00a02012, dans lesquelles les amendes prononc\u00e9es pour atteinte \u00e0 l\u2019autorit\u00e9 de la justice vont de 400 ISK \u00e0 100\u00a0000 ISK (l\u2019\u00e9quivalent en mai 2014 de 74 \u00e0\u00a0681 EUR, voir les paragraphes 45 et suivants ci\u2011dessus), et ils indiquent que m\u00eame si une augmentation progressive du montant des amendes peut \u00eatre observ\u00e9e au fil du temps, ces montants sont toujours rest\u00e9s coh\u00e9rents et n\u2019ont jamais \u00e9t\u00e9 arbitraires. Dans ce contexte, ils mentionnent l\u2019affaire Stef\u00e1n Karl Kristj\u00e1nsson, dans laquelle l\u2019accus\u00e9, un avocat de la d\u00e9fense, avait n\u00e9glig\u00e9 d\u2019assister \u00e0 trois audiences et avait finalement \u00e9t\u00e9 condamn\u00e9 \u00e0 une amende de 50\u00a0000 ISK seulement (environ 340 EUR \u00e0 l\u2019\u00e9poque).<\/p>\n<p><em>2. Le Gouvernement<\/em><\/p>\n<p>106. Le Gouvernement soutient qu\u2019il n\u2019y a pas eu violation de l\u2019article\u00a07 de la Convention en l\u2019esp\u00e8ce. Il argue que la condition de la pr\u00e9visibilit\u00e9 se trouve satisfaite lorsque le justiciable peut savoir, \u00e0 partir du libell\u00e9 de la disposition pertinente et, au besoin, \u00e0 l\u2019aide de l\u2019interpr\u00e9tation des tribunaux et d\u2019un avis juridique \u00e9clair\u00e9, quels actes et omissions sont propres \u00e0 engager sa responsabilit\u00e9 p\u00e9nale. Il affirme qu\u2019en l\u2019esp\u00e8ce, l\u2019infraction pour laquelle les requ\u00e9rants se sont vu infliger une amende \u00e9tait clairement pr\u00e9vue par une disposition de loi, \u00e0 savoir l\u2019article 223 de la loi sur la proc\u00e9dure p\u00e9nale, et que les requ\u00e9rants, des avocats tr\u00e8s exp\u00e9riment\u00e9s, \u00e9taient en mesure de la pr\u00e9voir.<\/p>\n<p>107. Il pr\u00e9cise que m\u00eame si les requ\u00e9rants n\u2019ont pas assist\u00e9 \u00e0 l\u2019audience du 11 avril 2013, ils \u00e9taient toujours les avocats de la d\u00e9fense d\u00e9sign\u00e9s dans l\u2019affaire, au sens de l\u2019article 223 \u00a7 1 de la loi sur la proc\u00e9dure p\u00e9nale, au moment o\u00f9 l\u2019infraction qui leur a \u00e9t\u00e9 reproch\u00e9e a \u00e9t\u00e9 commise. Il soutient que, d\u00e8s lors, le crit\u00e8re \u00e9tabli par cette disposition \u2013 \u00eatre \u00ab\u00a0avocat de la d\u00e9fense\u00a0\u00bb \u2013 \u00e9tait rempli en l\u2019esp\u00e8ce. Quant au type d\u2019infraction commise dans la pr\u00e9sente affaire, il argue que l\u2019article 223 \u00a7 1 d) n\u2019exclut pas les cas o\u00f9 le comportement r\u00e9pr\u00e9hensible consiste en une omission, telle que le fait de ne pas assister \u00e0 une audience.<\/p>\n<p>108. En ce qui concerne le montant de l\u2019amende, le Gouvernement souscrit \u00e0 la position de la chambre (paragraphe 101 ci-dessus). Il plaide que la s\u00e9v\u00e9rit\u00e9 de la peine \u00e9tait justifi\u00e9e par l\u2019ampleur et l\u2019importance de la proc\u00e9dure dans laquelle les requ\u00e9rants repr\u00e9sentaient la d\u00e9fense et par la gravit\u00e9 de leur comportement.<\/p>\n<p>109. Il avance \u00e9galement qu\u2019il appartenait aux juridictions internes de fixer le montant des amendes \u00e0 infliger, et qu\u2019en l\u2019esp\u00e8ce, c\u2019\u00e9tait la premi\u00e8re fois qu\u2019elles \u00e9taient appel\u00e9es \u00e0 appliquer la disposition pertinente \u00e0 des faits tels que ceux de la pr\u00e9sente affaire, ce qu\u2019elles ont fait selon lui de telle mani\u00e8re que la peine prononc\u00e9e est rest\u00e9e coh\u00e9rente avec la substance de l\u2019infraction.<\/p>\n<p>110. Il expose que l\u2019exp\u00e9rience de la vie judiciaire islandaise montre que les avocats respectent les tribunaux et se comportent en cons\u00e9quence, ce qui explique selon lui que la Cour supr\u00eame ait rendu tr\u00e8s peu d\u2019arr\u00eats concernant des amendes judiciaires inflig\u00e9es pour atteinte \u00e0 l\u2019autorit\u00e9 de la justice entre 1954 et 2014. Il observe que sur ces six d\u00e9cennies, elle n\u2019a eu \u00e0 conna\u00eetre que de deux affaires portant sur le manquement d\u2019un avocat \u00e0 son obligation d\u2019assister \u00e0 l\u2019audience principale, \u00e0 savoir l\u2019affaire Stef\u00e1n Karl Kristj\u00e1nssonc. Islande (paragraphes 41-44 ci\u2011dessus) et celle des requ\u00e9rants. Il pr\u00e9cise que la premi\u00e8re se distingue de la seconde en ce que l\u2019absence n\u2019y avait pas \u00e9t\u00e9 d\u00e9lib\u00e9r\u00e9e mais \u00e9tait due, selon l\u2019int\u00e9ress\u00e9, \u00e0 une erreur.<\/p>\n<p>111. Le Gouvernement souligne enfin que la proc\u00e9dure p\u00e9nale dans laquelle les requ\u00e9rants agissaient en qualit\u00e9 d\u2019avocats de la d\u00e9fense \u00e9tait complexe et impliquait plusieurs personnes qui \u00e9taient accus\u00e9es de faits graves et qui risquaient plusieurs ann\u00e9es d\u2019emprisonnement. Il estime que, dans ces conditions, les requ\u00e9rants \u00e9taient en mesure de pr\u00e9voir que les amendes qui leur seraient inflig\u00e9es seraient plus \u00e9lev\u00e9es que dans les affaires ant\u00e9rieures.<\/p>\n<p><strong>C. Appr\u00e9ciation de la Cour<\/strong><\/p>\n<p>112. La Cour a d\u00e9j\u00e0 constat\u00e9 que la proc\u00e9dure en question ne concernait pas le bien-fond\u00e9 d\u2019une \u00ab\u00a0accusation en mati\u00e8re p\u00e9nale\u00a0\u00bb au sens de l\u2019article\u00a06 de la Convention et que le volet p\u00e9nal de cette disposition ne s\u2019y appliquait pas. Dans ces circonstances et dans un souci de coh\u00e9rence de l\u2019interpr\u00e9tation de la Convention consid\u00e9r\u00e9e globalement, la Cour estime que les amendes contest\u00e9es sur le terrain de l\u2019article 7 ne peuvent \u00eatre qualifi\u00e9es de \u00ab\u00a0peine\u00a0\u00bb au sens de cette disposition (Kafkaris c. Chypre [GC], no\u00a021906\/04, \u00a7\u00a7 137-142, CEDH 2008, Del R\u00edo Prada, pr\u00e9cit\u00e9, \u00a7 81, et Ilnseher c.\u00a0Allemagne [GC], pr\u00e9cit\u00e9, \u00a7 203), laquelle n\u2019est d\u00e8s lors pas applicable.<\/p>\n<p>113. Dans ce contexte, et compte tenu de la conclusion expos\u00e9e au paragraphe 98 ci\u2011dessus, la Cour estime que cette partie de la requ\u00eate est elle aussi incompatible ratione materiae avec les dispositions de la Convention et doit donc de m\u00eame \u00eatre d\u00e9clar\u00e9e irrecevable en application de l\u2019article 35 \u00a7\u00a7 3 a) et 4.<\/p>\n<p><strong>PAR CES MOTIFS, LA COUR,<\/strong><\/p>\n<p>1. Dit, \u00e0 la majorit\u00e9, que la requ\u00eate est incompatible ratione materiae avec les dispositions de la Convention et, par cons\u00e9quent, la d\u00e9clare irrecevable.<\/p>\n<p>Fait en fran\u00e7ais, puis communiqu\u00e9 par \u00e9crit le 22 d\u00e9cembre 2020, en application de l\u2019article\u00a077\u00a0\u00a7\u00a7\u00a02 et\u00a03 du r\u00e8glement.1} {signature_p_2}<\/p>\n<p>S\u00f8ren Prebensen Ksenija Turkovi\u0107<br \/>\nAdjoint au Greffier Pr\u00e9sidente<\/p>\n<p>Au pr\u00e9sent arr\u00eat se trouve joint, conform\u00e9ment aux articles 45 \u00a7 2 de la Convention et 74 \u00a7 2 du r\u00e8glement, l\u2019expos\u00e9 des opinions s\u00e9par\u00e9es suivantes\u00a0:<\/p>\n<p>\u2013 opinion concordante du juge Spano\u00a0;<\/p>\n<p>\u2013 opinion concordante de la juge Turkovi\u0107\u00a0;<\/p>\n<p>\u2013 opinion dissidente des juges Sicilianos, Ravarani et Serghides\u00a0;<\/p>\n<p style=\"text-align: right;\">K.T.U.<br \/>\nS.C.P<\/p>\n<p style=\"text-align: center;\"><strong>OPINION CONCORDANTE DU JUGE SPANO<\/strong><\/p>\n<p style=\"text-align: center;\">(Traduction)<\/p>\n<p>1. Dans son opinion concordante jointe \u00e0 l\u2019arr\u00eat Dickson c.\u00a0Royaume\u2011Uni ([GC], no 44362\/04, CEDH 2007\u2011V), le juge Bratza formulait l\u2019avis suivant\u00a0: \u00ab\u00a0[l]e Protocole no 11 \u00e0 la Convention, qui a instaur\u00e9 la Cour permanente de Strasbourg, contient une disposition bien peu satisfaisante\u00a0: il pr\u00e9voit qu\u2019un juge national qui a d\u00e9j\u00e0 \u00e9t\u00e9 partie \u00e0 un arr\u00eat de chambre dans une affaire dirig\u00e9e contre son \u00c9tat est non seulement autoris\u00e9 mais, en pratique, invit\u00e9 \u00e0 si\u00e9ger et \u00e0 voter de nouveau si l\u2019affaire est d\u00e9f\u00e9r\u00e9e \u00e0 la Grande Chambre\u00a0\u00bb. Auparavant, dans son opinion partiellement dissidente jointe \u00e0 l\u2019arr\u00eat Kyprianou c. Chypre ([GC], no\u00a073797\/01, CEDH 2005-XIII), le juge Costa avait qualifi\u00e9 la situation du juge national en pareilles circonstances de \u00ab\u00a0d\u00e9concertante\u00a0\u00bb, ce juge devant d\u00e9cider s\u2019il doit s\u2019en tenir \u00e0 son opinion initiale sur l\u2019affaire ou s\u2019il doit \u00ab\u00a0infl\u00e9chir, voire renverser [cette] opinion, la r\u00e9flexion aidant\u00a0\u00bb.<\/p>\n<p>2. Lorsque l\u2019affaire a d\u00e9j\u00e0 fait l\u2019objet d\u2019un d\u00e9bat approfondi devant la chambre et que ni information ni moyen nouveaux n\u2019ont \u00e9t\u00e9 pr\u00e9sent\u00e9s \u00e0 la Grande Chambre, le juge national, tr\u00e8s logiquement, en reste d\u2019ordinaire \u00e0 son opinion premi\u00e8re, comme l\u2019a soulign\u00e9 le juge Bratza dans son opinion jointe \u00e0 l\u2019arr\u00eat Dickson (pr\u00e9cit\u00e9), quoique sans n\u00e9cessairement reprendre le raisonnement particulier qui l\u2019y avait conduit au sein de la chambre. Lorsqu\u2019une affaire est renvoy\u00e9e devant la Grande Chambre et que des moyens sont pr\u00e9sent\u00e9s pour la premi\u00e8re fois devant elle, il incombe davantage au juge national d\u2019examiner \u00e0 nouveau la question \u00e0 la lumi\u00e8re des arguments des parties devant la Grande Chambre.<\/p>\n<p>3. Dans la pr\u00e9sente affaire, la question de l\u2019applicabilit\u00e9 du volet p\u00e9nal de l\u2019article 6 \u00a7 1 de la Convention aux griefs des requ\u00e9rants n\u2019avait pas \u00e9t\u00e9 contest\u00e9e devant la chambre, puisque le Gouvernement n\u2019avait invoqu\u00e9 aucun argument contre la position des requ\u00e9rants sur ce point (paragraphe\u00a073 du pr\u00e9sent arr\u00eat de la Grande Chambre). Tout en consid\u00e9rant que cette question \u00e9tait limite, j\u2019avais donc, tout bien pes\u00e9, souscrit \u00e0 la conclusion de la chambre selon laquelle, au vu de la motivation de la Cour supr\u00eame islandaise et de la position des parties sur ce point, le volet p\u00e9nal de cette disposition \u00e9tait applicable. Devant la Grande Chambre, le Gouvernement a toutefois express\u00e9ment soulev\u00e9 une exception d\u2019inapplicabilit\u00e9 du volet p\u00e9nal de l\u2019article 6 \u00a7 1, et la question a \u00e9t\u00e9 pleinement discut\u00e9e par les deux parties. Il convient de pr\u00e9ciser que le Gouvernement n\u2019\u00e9tait pas forclos \u00e0 soulever, pour la premi\u00e8re fois devant la Grande Chambre, une exception d\u2019irrecevabilit\u00e9 des griefs des requ\u00e9rants fond\u00e9e sur ce moyen, en ce qu\u2019il s\u2019agit d\u2019une question touchant \u00e0 la comp\u00e9tence ratione materiae de la Cour (contrairement \u00e0 l\u2019exception de non\u2011\u00e9puisement des voies de recours internes au titre de l\u2019article 55 du r\u00e8glement de la Cour\u00a0; paragraphe 98 de l\u2019arr\u00eat).<\/p>\n<p>4. Ayant maintenant b\u00e9n\u00e9fici\u00e9 d\u2019une argumentation compl\u00e8te et des plaidoiries des parties devant la Grande Chambre, j\u2019en suis arriv\u00e9 \u00e0 la conclusion qu\u2019il existe des arguments juridiques plus solides en faveur de l\u2019inapplicabilit\u00e9 de la disposition en question. Je souscris donc \u00e0 la d\u00e9cision de la Cour de d\u00e9clarer les griefs des requ\u00e9rants incompatibles ratione materiae tant avec l\u2019article 6\u00a0\u00a7\u00a01 qu\u2019avec l\u2019article 7, en application de l\u2019article 35 \u00a7\u00a7 3 a) et4 de la Convention.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p style=\"text-align: center;\"><strong>OPINION CONCORDANTE DE LA JUGE TURKOVI\u0106<\/strong><\/p>\n<p style=\"text-align: center;\"><strong>(Traduction)<\/strong><\/p>\n<p>1. Je partage l\u2019avis des juges ayant exprim\u00e9 une opinion dissidente selon laquelle si la Grande Chambre avait jug\u00e9 les crit\u00e8res Engel remplis dans le cas d\u2019esp\u00e8ce, les deux questions soulev\u00e9es sous l\u2019angle de l\u2019article 7 de la Convention auraient pr\u00e9sent\u00e9 un int\u00e9r\u00eat r\u00e9el. Premi\u00e8rement, une disposition qui d\u00e9finit une infraction et un type de sanction mais ne fixe pas de peine maximale est-elle conforme \u00e0 l\u2019exigence de lexcerta qui d\u00e9coule de l\u2019article\u00a07 de la Convention\u00a0? Deuxi\u00e8mement, la sanction effectivement inflig\u00e9e dans le cas d\u2019esp\u00e8ce, fond\u00e9e sur une disposition de ce type, \u00e9tait\u2011elle pr\u00e9visible\u00a0? La Cour n\u2019a jusqu\u2019\u00e0 pr\u00e9sent pas eu l\u2019occasion de se prononcer sur ces questions. Puisque la chambre n\u2019a trait\u00e9 cet important probl\u00e8me que bri\u00e8vement, en un seul paragraphe, sans aucune analyse approfondie (GesturJ\u00f3nsson et Ragnar Halld\u00f3r Hall c. Islande, nos\u00a068271\/14 et 68273\/14, \u00a7 94, 30 octobre 2018), et que la Grande Chambre n\u2019a pas eu l\u2019occasion de l\u2019aborder, je voudrais simplement signaler les principes qui, selon moi, devraient guider la Cour si elle devait statuer sur ces questions compliqu\u00e9es.<\/p>\n<p>2. Ces deux principes, nullumcrimen sine lege, qui porte sur le caract\u00e8re punissable du comportement reproch\u00e9, et nullapoena sine lege, qui traite de la l\u00e9galit\u00e9 de la peine ou de la sanction elle-m\u00eame, sont au c\u0153ur du principe de l\u00e9galit\u00e9 et reposent sur les m\u00eames exigences\u00a0: nullumcrimen, nullapoena sine lege certa, stricta, et praevia (Del R\u00edo Prada c. Espagne [GC], no 42750\/09, \u00a7 91, CEDH 2013). Certaines distinctions entre ces deux principes peuvent toutefois rev\u00eatir une certaine importance lors de l\u2019interpr\u00e9tation de ces exigences et, pour cette raison, une transposition directe et d\u00e9nu\u00e9e de toute critique des principes g\u00e9n\u00e9raux \u00e9labor\u00e9s dans la jurisprudence de la Cour concernant l\u2019exigence nullumcrimen \u00e0 l\u2019exigence nullapoena n\u2019est pas toujours justifi\u00e9e. S\u2019il est parfaitement sens\u00e9 d\u2019admettre que les dispositions d\u00e9finissant des infractions p\u00e9nales, aussi claires soient-elles, n\u00e9cessitent in\u00e9vitablement une interpr\u00e9tation judiciaire, l\u2019\u00e9lucidation des points douteux et une clarification graduelle coh\u00e9rente avec la substance de l\u2019infraction, de sorte que dans la d\u00e9finition de l\u2019infraction seule la plus grande clart\u00e9 possible peut \u00eatre requise (Vasiliauskas c. Lituanie [GC], no 35343\/05, \u00a7 155, CEDH 2015, et les r\u00e9f\u00e9rences qui y sont cit\u00e9es), il n\u2019en va pas de m\u00eame pour la d\u00e9termination de la peine maximale o\u00f9 une clart\u00e9 et une pr\u00e9cision plus grandes sont \u00e0 la fois possibles et r\u00e9alisables. La peine maximale peut en effet \u00eatre fix\u00e9e par la loi avec une clart\u00e9 absolue[4]. La question est de savoir si l\u2019absence de peine maximale est conforme \u00e0 l\u2019article 7 de la Convention.<\/p>\n<p>3. En effet, dans la plupart des syst\u00e8mes juridiques, l\u2019exigence de lexcertaest interpr\u00e9t\u00e9e comme imposant que pour \u00eatre pr\u00e9cise, d\u00e9finie et claire, c\u2019est-\u00e0-dire certaine et non ambigu\u00eb, la loi doit d\u00e9finir \u00e0 la fois le type de sanction qu\u2019un juge peut infliger \u00e0 un condamn\u00e9 (par exemple, emprisonnement, amende, travail d\u2019int\u00e9r\u00eat g\u00e9n\u00e9ral) et la s\u00e9v\u00e9rit\u00e9 maximale de la peine encourue pour les diff\u00e9rentes infractions (degr\u00e9 de sanction). Elle suppose \u00e9galement que le droit des sanctions distingue entre diff\u00e9rentes formes de participation \u00e0 la conduite d\u00e9lictueuse, telles que la commission, la tentative ou la complicit\u00e9, ainsi qu\u2019entre diff\u00e9rents degr\u00e9s de responsabilit\u00e9 p\u00e9nale, tels que l\u2019intention, l\u2019imprudence ou la n\u00e9gligence avec laquelle une infraction est commise, et selon que l\u2019infraction est consomm\u00e9e ou inachev\u00e9e. La majorit\u00e9 des \u00c9tats, qu\u2019ils appartiennent \u00e0 un syst\u00e8me de droit civil ou de commonlaw, adoptent une telle approche dans leur droit interne. Cette approche englobe en principe la pratique de la d\u00e9finition d\u2019une peine maximale pr\u00e9cise pour chaque infraction p\u00e9nale[5].<\/p>\n<p>4. Sous l\u2019angle du principe de l\u00e9galit\u00e9, la d\u00e9termination d\u2019une peine maximale rev\u00eat quatre fonctions essentielles. Premi\u00e8rement, limiter le pouvoir d\u2019appr\u00e9ciation du juge dans la d\u00e9termination de la sanction inflig\u00e9e \u00e0 l\u2019auteur d\u2019une infraction et fixer des limites claires aux mesures que l\u2019\u00c9tat peut l\u00e9galement prendre \u00e0 l\u2019encontre de l\u2019auteur d\u2019une infraction pour punir ou r\u00e9habiliter un condamn\u00e9. Deuxi\u00e8mement, aviser de mani\u00e8re \u00e9quitable les d\u00e9linquants potentiels de la peine la plus lourde \u00e0 laquelle ils s\u2019exposent s\u2019ils commettent une infraction donn\u00e9e. Ces deux aspects d\u00e9coulent du principe de la pr\u00e9\u00e9minence du droit dont les \u00e9l\u00e9ments essentiels sont la transparence et la pr\u00e9dictibilit\u00e9 ou, dans le langage de la Cour, la pr\u00e9visibilit\u00e9 (\u017daja c. Croatie, no 37462\/09, \u00a7 93, 4 octobre 2016). Troisi\u00e8mement, indiquer la gravit\u00e9 relative de l\u2019infraction par rapport \u00e0 d\u2019autres infractions p\u00e9nales, c\u2019est-\u00e0-dire classer les infractions en fonction de leur degr\u00e9 de gravit\u00e9. Quatri\u00e8mement, pr\u00e9voir un \u00ab\u00a0espace\u00a0\u00bb ad\u00e9quat pour condamner les pires exemples de l\u2019infraction. Ces deux derniers aspects d\u00e9coulent du principe de proportionnalit\u00e9 ou de juste sanction (juste ch\u00e2timent) qui exige que la sanction soit adapt\u00e9e \u00e0 l\u2019infraction, que les sanctions excessives soient limit\u00e9es et qu\u2019une sanction de m\u00eame s\u00e9v\u00e9rit\u00e9 soit inflig\u00e9e \u00e0 tout comportement aussi r\u00e9pr\u00e9hensible. Pour fixer le niveau de la peine maximale, l\u2019accent doit \u00eatre mis sur la gravit\u00e9 relative de chaque infraction par rapport aux autres infractions, laquelle est mesur\u00e9e au regard du pr\u00e9judice caus\u00e9 ou encouru du fait du comportement incrimin\u00e9, et sur la culpabilit\u00e9 de l\u2019auteur dans la commission de l\u2019infraction. L\u2019\u00e9laboration d\u2019un cadre coh\u00e9rent de sanctions maximales pour toutes les infractions dans un syst\u00e8me juridique donn\u00e9, qui garantit en fin de compte l\u2019\u00e9galit\u00e9 de tous devant la loi, est une t\u00e2che intrins\u00e8quement difficile qui peut difficilement \u00eatre accomplie par une \u00e9volution progressive des tribunaux statuant sur des affaires individuelles.<\/p>\n<p>5. Afin de permettre aux juges de d\u00e9terminer de mani\u00e8re ad\u00e9quate la proportionnalit\u00e9 dans les affaires individuelles qu\u2019ils ont \u00e0 trancher, les limites dans lesquelles ils peuvent agir, en particulier la peine maximale, devraient \u00eatre fix\u00e9es \u00e0 l\u2019avance de mani\u00e8re claire et non ambigu\u00eb. La peine maximale fournit un guide l\u00e9gislatif aux juges quant \u00e0 la gravit\u00e9 relative d\u2019une infraction, sans pour autant transgresser la s\u00e9paration des pouvoirs en entrant dans le domaine de l\u2019administration de la justice, qui en mati\u00e8re p\u00e9nale est du ressort exclusif des tribunaux. Le pouvoir l\u00e9gislatif se contente d\u2019\u00e9noncer la r\u00e8gle g\u00e9n\u00e9rale et l\u2019application de cette r\u00e8gle incombe aux tribunaux. Le juge est libre d\u2019exercer son pouvoir d\u2019appr\u00e9ciation dans le prononc\u00e9 de la peine, en choisissant la nature et le degr\u00e9 de cette peine dans la fourchette pr\u00e9vue par la loi. La peine maximale n\u2019est que l\u2019un des \u00e9l\u00e9ments que le juge doit prendre en consid\u00e9ration pour individualiser la peine dans une affaire donn\u00e9e. Parmi les autres \u00e9l\u00e9ments figurent les pratiques actuelles en mati\u00e8re de d\u00e9termination de la peine (les peines effectivement prononc\u00e9es pour des exemples pass\u00e9s de l\u2019infraction), la nature et la gravit\u00e9 de l\u2019infraction, le niveau de responsabilit\u00e9 et de culpabilit\u00e9 morale de l\u2019auteur de l\u2019infraction, la personnalit\u00e9 ant\u00e9rieure de ce dernier et toute circonstance aggravante ou att\u00e9nuante. Ces autres \u00e9l\u00e9ments pourraient toutefois difficilement \u00eatre appliqu\u00e9s de mani\u00e8re ad\u00e9quate si la marge de man\u0153uvre dont disposaient les juges pour les appliquer n\u2019\u00e9tait pas d\u00e9termin\u00e9e clairement et pr\u00e9cis\u00e9ment \u00e0 l\u2019avance. En outre, ce n\u2019est qu\u2019avec une peine maximale clairement d\u00e9finie que les autorit\u00e9s peuvent se conformer aux exigences de la lexpraevia, en interdisant l\u2019application r\u00e9troactive de la loi la plus s\u00e9v\u00e8re et en d\u00e9terminant quelle disposition est la plus cl\u00e9mente (Del R\u00edo Prada, pr\u00e9cit\u00e9, \u00a7\u00a7 112 et\u00a0114).<\/p>\n<p>6. En bref, exiger une clart\u00e9 absolue en fixant \u00e0 l\u2019avance la peine maximale prot\u00e8ge les droits des accus\u00e9s et leur int\u00e9r\u00eat \u00e0 la s\u00e9curit\u00e9 juridique, et permet de garantir la justice, l\u2019\u00e9galit\u00e9 de traitement et la coh\u00e9rence des peines prononc\u00e9es. En outre, d\u00e9terminer clairement et pr\u00e9cis\u00e9ment \u00e0 l\u2019avance la peine maximale et, plus g\u00e9n\u00e9ralement, appliquer le principe nullapoena sine lege, non seulement limite un pouvoir discr\u00e9tionnaire injustifi\u00e9 du juge mais pr\u00e9serve aussi l\u2019ind\u00e9pendance du pouvoir judiciaire et, ainsi, son autorit\u00e9, de m\u00eame que l\u2019int\u00e9grit\u00e9 de la justice p\u00e9nale en \u00e9vitant que la peine prononc\u00e9e ne soit influenc\u00e9e par l\u2019actualit\u00e9, des r\u00e9actions instantan\u00e9es de l\u2019opinion publique, des pr\u00e9jug\u00e9s ou des pressions politiques r\u00e9elles ou per\u00e7ues. \u00c0 long terme, une politique coh\u00e9rente de d\u00e9termination des peines et une uniformit\u00e9 dans le prononc\u00e9 des peines pr\u00e9servent la confiance du public dans les poursuites p\u00e9nales et le syst\u00e8me judiciaire.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p style=\"text-align: center;\"><strong>OPINION DISSIDENTE COMMUNE AUXJUGESSICILIANOS, RAVARANI ET SERGHIDES<\/strong><\/p>\n<p style=\"text-align: center;\"><strong>(Traduction)<\/strong><\/p>\n<p>1. Nous regrettons de ne pouvoir souscrire \u00e0 la conclusion de la majorit\u00e9 quant \u00e0 l\u2019inapplicabilit\u00e9 au cas d\u2019esp\u00e8ce de l\u2019article 6 de la Convention sous son volet p\u00e9nal.<\/p>\n<p>2. L\u2019arr\u00eat de la chambre. La chambre a fond\u00e9 son arr\u00eat sur l\u2019applicabilit\u00e9 du volet p\u00e9nal de l\u2019article 6 et finalement conclu \u00e0 la non-violation de cette disposition. Elle a observ\u00e9 que le droit interne ne fixait aucun montant maximum pour les amendes judiciaires et que les amendes inflig\u00e9es en l\u2019esp\u00e8ce \u00e9taient d\u2019un montant \u00e9lev\u00e9. Elle a \u00e9galement attach\u00e9 de l\u2019importance \u00e0 la conclusion de la Cour supr\u00eame selon laquelle l\u2019amende inflig\u00e9e aux requ\u00e9rants s\u2019analysait en une sanction p\u00e9nale, et au fait que cette conclusion n\u2019\u00e9tait pas contest\u00e9e par les parties.<\/p>\n<p>3. S\u2019il est vrai que l\u2019applicabilit\u00e9 de l\u2019article 6 n\u2019avait pas \u00e9t\u00e9 contest\u00e9e par le gouvernement islandais devant la chambre, celle-ci aurait tout de m\u00eame pu examiner d\u2019office cette question en ce qu\u2019elle portait sur l\u2019applicabilit\u00e9 ratione materiae de la Convention[6].<\/p>\n<p>4. Les conclusions de la majorit\u00e9. Dans le m\u00e9moire qu\u2019il a adress\u00e9 \u00e0 la Grande Chambre, le Gouvernement, se r\u00e9f\u00e9rant aux crit\u00e8res Engel, a argu\u00e9 que l\u2019article 6 \u00e9tait inapplicable sous son volet p\u00e9nal et qu\u2019aucun des trois crit\u00e8res n\u2019\u00e9tait r\u00e9uni.<\/p>\n<p>5. La majorit\u00e9 a souscrit \u00e0 la position du Gouvernement au fond, estimant que m\u00eame si l\u2019application des deux premiers crit\u00e8res Engel (la qualification en droit interne et la nature de l\u2019infraction) ne permettait pas de tirer de conclusion, le troisi\u00e8me crit\u00e8re (la gravit\u00e9 de la sanction) n\u2019\u00e9tait en aucun cas satisfait.<\/p>\n<p>6. Une autre histoire peut \u00eatre racont\u00e9e. Il est vrai que ce raisonnement n\u2019est pas sans m\u00e9rite et qu\u2019il peut \u00eatre suivi. Dans la pr\u00e9sente affaire, o\u00f9 il n\u2019y a pas de v\u00e9rit\u00e9 absolue, une histoire totalement diff\u00e9rente aurait toutefois \u00e9galement pu \u00eatre racont\u00e9e de mani\u00e8re convaincante. L\u2019application des crit\u00e8res Engel n\u2019est pas une science exacte, tout d\u00e9pend de l\u2019endroit o\u00f9 l\u2019on place l\u2019accent.<\/p>\n<p>7. Les paragraphes qui suivent visent \u00e0 montrer qu\u2019une application raisonnable des crit\u00e8res Engel, sans en \u00e9tendre excessivement le sens, aurait pu \u00e9galement \u2013 et aurait d\u00fb \u2013 mener au constat de la nature p\u00e9nale des amendes inflig\u00e9es aux requ\u00e9rants et de l\u2019applicabilit\u00e9 de l\u2019article 6.<\/p>\n<p>8. Le premier crit\u00e8re Engel. L\u2019arr\u00eat souligne que \u00ab\u00a0la Convention permet sans nul doute aux \u00c9tats (&#8230;) de maintenir ou \u00e9tablir une distinction entre droit p\u00e9nal et droit disciplinaire ainsi que d\u2019en fixer le trac\u00e9\u00a0\u00bb et \u00ab\u00a0les laisse libres d\u2019\u00e9riger en infraction p\u00e9nale une action ou omission ne constituant pas l\u2019exercice normal de l\u2019un des droits qu\u2019elle prot\u00e8ge\u00a0\u00bb (paragraphe 76 de l\u2019arr\u00eat). Il ajoute que \u00ab\u00a0[p]areil choix (&#8230;) \u00e9chappe en principe au contr\u00f4le de la Cour\u00a0\u00bb (ibidem), alors que le choix inverse, c\u2019est-\u00e0-dire le fait de qualifier une infraction de disciplinaire, ob\u00e9it bien \u00e9videmment \u00e0 des r\u00e8gles plus strictes, sans quoi le jeu des clauses fondamentales des articles6 et 7 se trouverait subordonn\u00e9 \u00e0 la volont\u00e9 souveraine des \u00c9tats, ce qui serait incompatible avec l\u2019objet et le but de la Convention. La Cour veut s\u2019assurer que \u00ab\u00a0le disciplinaire n\u2019empi\u00e8te pas ind\u00fbment sur le p\u00e9nal\u00a0\u00bb. L\u2019arr\u00eat pr\u00e9cise m\u00eame que \u00ab\u00a0rien n\u2019interdit aux \u00c9tats contractants d\u2019adopter une interpr\u00e9tation plus large garantissant une protection renforc\u00e9e des droits et libert\u00e9s en question dans leurs ordres juridiques internes respectifs (article53 de la Convention)\u00a0\u00bb (paragraphe 93 de l\u2019arr\u00eat).<\/p>\n<p>9. La philosophie sur laquelle s\u2019appuie l\u2019approche de la Cour semble ainsi claire\u00a0: aucune ing\u00e9rence si le droit interne qualifie une infraction de p\u00e9nale, mais un contr\u00f4le plus strict s\u2019il la qualifie de disciplinaire. Cela est parfaitement logique pour pr\u00e9server l\u2019effectivit\u00e9 de la protection d\u00e9coulant de l\u2019article 6\u00a0: en cas de doute, la mise en balance doit aller dans le sens de l\u2019applicabilit\u00e9 de cette disposition[7].<\/p>\n<p>10. \u00c9tant donn\u00e9 que le droit islandais tel qu\u2019interpr\u00e9t\u00e9, par voie d\u2019autorit\u00e9, par la Cour supr\u00eame islandaise qualifiait l\u2019infraction en cause de p\u00e9nale, il est pour le moins surprenant de lire, dans les d\u00e9veloppements ult\u00e9rieurs, que la Cour \u00ab\u00a0se penchera sur la question de savoir si le ou les textes d\u00e9finissant l\u2019infraction en cause ressortissent ou non au droit p\u00e9nal d\u2019apr\u00e8s la technique juridique de l\u2019\u00c9tat d\u00e9fendeur\u00a0\u00bb (paragraphe 77 de l\u2019arr\u00eat). Plus loin, l\u2019arr\u00eat revient sur la question et r\u00e9it\u00e8re que \u00ab\u00a0la Cour proc\u00e8de \u00e0 son propre examen lorsqu\u2019il s\u2019agit d\u2019interpr\u00e9ter l\u2019\u00e9tendue de la notion de \u00ab\u00a0mati\u00e8re p\u00e9nale\u00a0\u00bb au sens autonome de l\u2019article6 de la Convention\u00a0\u00bb.<\/p>\n<p>11. Jusqu\u2019\u00e0 pr\u00e9sent, la Cour ne remettait en cause la qualification d\u2019une infraction que lorsque celle-ci \u00e9tait qualifi\u00e9e de non p\u00e9nale en droit interne. Il est d\u00e9concertant de constater qu\u2019elle se livre dans la pr\u00e9sente affaire \u00e0 l\u2019exercice oppos\u00e9. Ce qui est cette fois remis en question, c\u2019est la qualification p\u00e9nale donn\u00e9e \u00e0 une infraction par le droit interne tel qu\u2019interpr\u00e9t\u00e9, par voie d\u2019autorit\u00e9, par la plus haute juridiction du pays concern\u00e9.<\/p>\n<p>12. La jurisprudence de la Cour cit\u00e9e par la majorit\u00e9, sans aucune exception, se r\u00e9f\u00e8re \u00e0 des situations o\u00f9 la nature p\u00e9nale de la sanction inflig\u00e9e au requ\u00e9rant \u00e9tait contest\u00e9e par le gouvernement national. Plus frappant encore, dans tous les arr\u00eats mentionn\u00e9s \u00e0 l\u2019appui de l\u2019affirmation selon laquelle le premier des crit\u00e8res Engel est d\u2019un poids relatif et ne sert que de point de d\u00e9part (paragraphe 85 de l\u2019arr\u00eat), la Cour a finalement d\u00e9clar\u00e9 l\u2019article 6 applicable. Le \u00ab\u00a0poids relatif\u00a0\u00bb attach\u00e9 au droit interne l\u2019a donc amen\u00e9e \u00e0 s\u2019\u00e9carter du droit national qui qualifiait une sanction de non p\u00e9nale. Dans la pr\u00e9sente affaire, c\u2019est la situation inverse qui se produit.<\/p>\n<p>13. Il n\u2019est pas opportun \u2013 voire contraire \u00e0 l\u2019article 53 de la Convention\u00a0\u2013 d\u2019accorder en fin de compte \u00e0 l\u2019\u00e9quit\u00e9 de la proc\u00e9dure une protection inf\u00e9rieure \u00e0 celle que les autorit\u00e9s nationales \u00e9taient pr\u00eates \u00e0 apporter.<\/p>\n<p>14. Le deuxi\u00e8me crit\u00e8re Engel. Pour ce qui est de la nature m\u00eame de l\u2019infraction, les requ\u00e9rants se sont vu infliger une amende pour atteinte \u00e0 l\u2019autorit\u00e9 de la justice. Dans la partie de l\u2019arr\u00eat consacr\u00e9e aux principes g\u00e9n\u00e9raux, il est fait r\u00e9f\u00e9rence \u00e0 diff\u00e9rents arr\u00eats et d\u00e9cisions dans lesquels la Cour a conclu que le deuxi\u00e8me crit\u00e8re n\u2019\u00e9tait pas rempli au motif que l\u2019infraction en cause n\u2019\u00e9tait pas pr\u00e9vue par le code p\u00e9nal mais par d\u2019autres lois, telles que le code de proc\u00e9dure p\u00e9nale, ou qu\u2019elle \u00e9tait de nature disciplinaire et d\u00e9rivait du pouvoir, indispensable \u00e0 toute juridiction, d\u2019assurer le d\u00e9roulement correct et disciplin\u00e9 des proc\u00e9dures dont elle a la charge (paragraphe 81 de l\u2019arr\u00eat). Se r\u00e9f\u00e9rant au droit interne applicable, la majorit\u00e9, tout en reconnaissant que le droit relatif aux atteintes \u00e0 l\u2019autorit\u00e9 de la justice \u00ab\u00a0pouvait donc concerner toute personne amen\u00e9e \u00e0 participer \u00e0 une proc\u00e9dure judiciaire\u00a0\u00bb (paragraphe 86 de l\u2019arr\u00eat), observe toutefois que l\u2019amende inflig\u00e9e aux requ\u00e9rants r\u00e9pondait \u00e0 une infraction pr\u00e9vue par une disposition qui concernait \u00ab\u00a0une cat\u00e9gorie sp\u00e9cifique de personnes ayant une qualit\u00e9 particuli\u00e8re\u00a0: \u00ab\u00a0procureur, avocat de la d\u00e9fense ou conseiller juridique\u00a0\u00bb\u00a0\u00bb. Elle souligne que les avocats occupent une position centrale dans l\u2019administration de la justice et que le public doit avoir confiance en leur capacit\u00e9 \u00e0 repr\u00e9senter effectivement les justiciables. Elle ajoute que les normes et sanctions relatives aux atteintes \u00e0 l\u2019autorit\u00e9 de la justice d\u00e9rivent du pouvoir, indispensable \u00e0 toute juridiction, d\u2019assurer le d\u00e9roulement correct et disciplin\u00e9 des proc\u00e9dures dont elle a la charge et que les mesures ordonn\u00e9es de la sorte \u00ab\u00a0se rapprochent plus de l\u2019exercice de pr\u00e9rogatives disciplinaires que de l\u2019imposition d\u2019une peine r\u00e9primant la commission d\u2019une infraction p\u00e9nale\u00a0\u00bb (paragraphes 86-89 de l\u2019arr\u00eat).<\/p>\n<p>15. La majorit\u00e9 ajoute toutefois une r\u00e9serve importante qui renvoie l\u2019ensemble du probl\u00e8me au premier crit\u00e8re, en d\u00e9clarant que \u00ab\u00a0[b]ien entendu, les \u00c9tats sont libres d\u2019englober dans le champ du droit p\u00e9nal ce qui constitue \u00e0 leurs yeux des exemples plus graves de conduite inconvenante\u00a0\u00bb (paragraphe 89 in fine de l\u2019arr\u00eat). La Cour supr\u00eame ayant consid\u00e9r\u00e9 que le comportement des requ\u00e9rants \u00e9tait \u00ab\u00a0constitutif d\u2019un manquement grave aux obligations professionnelles qui pesaient sur eux\u00a0\u00bb, la majorit\u00e9 aurait d\u00fb, ou au moins aurait pu, souscrire simplement \u00e0 la conclusion de la haute juridiction interne selon laquelle le comportement en question \u00e9tait de nature p\u00e9nale (paragraphe 90 de l\u2019arr\u00eat).<\/p>\n<p>16. La conclusion de la majorit\u00e9 relative au deuxi\u00e8me crit\u00e8re est toutefois peu convaincante\u00a0: affirmant de mani\u00e8re tr\u00e8s ambigu\u00eb que \u00ab\u00a0[s]i elle a admis que les requ\u00e9rants s\u2019\u00e9taient vu infliger une amende p\u00e9nale, [la Cour supr\u00eame] n\u2019a toutefois pas express\u00e9ment motiv\u00e9 cette conclusion par la nature de la conduite des int\u00e9ress\u00e9s\u00a0\u00bb (paragraphe 90 de l\u2019arr\u00eat), l\u2019arr\u00eat conclut que \u00ab\u00a0malgr\u00e9 la gravit\u00e9 du manquement aux obligations professionnelles reproch\u00e9 aux requ\u00e9rants, la nature, p\u00e9nale ou disciplinaire, des infractions dont ceux-ci ont \u00e9t\u00e9 reconnus coupables n\u2019est pas claire\u00a0\u00bb (paragraphe 91 de l\u2019arr\u00eat).<\/p>\n<p>17. Apr\u00e8s avoir soulign\u00e9 que les \u00c9tats sont libres d\u2019englober dans le champ du droit p\u00e9nal ce qui constitue \u00e0 leurs yeux des exemples plus graves de conduite inconvenante et que le comportement des requ\u00e9rants s\u2019analysait en un manquement grave aux obligations professionnelles qui pesaient sur eux, il aurait \u00e9t\u00e9 beaucoup plus simple et direct de conclure, comme l\u2019a fait la Cour supr\u00eame, que l\u2019infraction pour laquelle les int\u00e9ress\u00e9s avaient \u00e9t\u00e9 sanctionn\u00e9s \u00e9tait de nature p\u00e9nale.<\/p>\n<p>18. Le troisi\u00e8me crit\u00e8re Engel. Pour ce qui est de la gravit\u00e9 de la sanction, la majorit\u00e9 se r\u00e9f\u00e8re \u00e0 une s\u00e9rie d\u2019\u00e9l\u00e9ments tir\u00e9s de la jurisprudence de la Cour, tels que la possibilit\u00e9 d\u2019encourir une peine d\u2019emprisonnement, de voir l\u2019amende inflig\u00e9e convertie en privation de libert\u00e9 ou inscrite au casier judiciaire, aucun de ces \u00e9l\u00e9ments n\u2019\u00e9tant pr\u00e9sent dans le cas d\u2019esp\u00e8ce. Elle admet, par ailleurs, que l\u2019amende inflig\u00e9e \u2013 environ 6\u00a0200 EUR \u2013 \u00e9tait \u00e9lev\u00e9e et qu\u2019aucun montant maximum n\u2019\u00e9tait fix\u00e9 par la loi, mais estime que ces \u00e9l\u00e9ments \u00ab\u00a0ne permettent pas \u00e0 eux seuls de consid\u00e9rer que la nature et la gravit\u00e9 de la sanction la font relever de la sph\u00e8re \u00ab\u00a0p\u00e9nale\u00a0\u00bb au sens autonome de l\u2019article6\u00a0\u00bb (paragraphe\u00a096 de l\u2019arr\u00eat).<\/p>\n<p>19. Malheureusement, la motivation relative au troisi\u00e8me crit\u00e8re n\u2019est pas plus convaincante que celle concernant les deux premiers. Il aurait fallu\u00a0\u2013une fois encore \u2013 tenir compte du raisonnement de la Cour supr\u00eame qui avait jug\u00e9 \u00ab\u00a0\u00e9lev\u00e9\u00a0\u00bb le montant de l\u2019amende inflig\u00e9e et soulign\u00e9 l\u2019absence de plafond express\u00e9ment pr\u00e9vu par la loi. Il ressort de la jurisprudence islandaise, expos\u00e9e aux paragraphes 45 et suivants de l\u2019arr\u00eat, que l\u2019amende inflig\u00e9e aux requ\u00e9rants \u00e9tait dix fois plus \u00e9lev\u00e9e que les amendes prononc\u00e9es dans des affaires ant\u00e9rieures. L\u2019amende litigieuse \u00e9tait donc \u00e9lev\u00e9e non seulement en termes absolus mais aussi, plus important, en termes relatifs, et pr\u00e9sentait sans aucun doute un caract\u00e8re dissuasif, voire sp\u00e9cifiquement punitif.<\/p>\n<p>20. Il est par ailleurs important de r\u00e9p\u00e9ter que pour d\u00e9cider si une condamnation rel\u00e8ve du domaine p\u00e9nal ou non, il ne suffit pas de prendre en consid\u00e9ration le montant de l\u2019amende effectivement inflig\u00e9e, mais aussi l\u2019absence de plafond pr\u00e9vu par le droit interne. La majorit\u00e9 l\u2019admet au paragraphe 82 de l\u2019arr\u00eat[8]. En l\u2019esp\u00e8ce, aucun montant maximum n\u2019\u00e9tait pr\u00e9vu par la loi.<\/p>\n<p>21. La Grande Chambre aurait donc d\u00fb parvenir \u00e0 la conclusion que l\u2019article 6 \u00e9tait applicable sous son volet p\u00e9nal, et elle aurait pu le faire ais\u00e9ment.<\/p>\n<p>22. Les cons\u00e9quences de l\u2019inapplicabilit\u00e9 de l\u2019article 6. Il ne faut jamais oublier ce que signifie ne pas \u00eatre plac\u00e9 sous la protection de l\u2019article 6\u00a0: \u00eatre tout simplement priv\u00e9 des garanties du proc\u00e8s \u00e9quitable. On peut en particulier le voir dans le domaine de la proc\u00e9dure disciplinaire, mais pas uniquement. Des int\u00e9r\u00eats consid\u00e9rables peuvent \u00eatre en jeu et de telles proc\u00e9dures peuvent aboutir \u00e0 des sanctions extr\u00eamement lourdes. On peut perdre son emploi[9], subir une baisse de salaire ou une interdiction de promotion[10], voire un placement aux arr\u00eats[11]. La perspective de ne pas b\u00e9n\u00e9ficier des garanties d\u2019un proc\u00e8s \u00e9quitable (contradictoire, devant un juge ind\u00e9pendant et impartial, etc.) n\u2019est pas des plus engageantes&#8230;<\/p>\n<p>23. Une occasion manqu\u00e9e. En jugeant l\u2019article 6 inapplicable, la Grande Chambre s\u2019est abstenue d\u2019examiner la question r\u00e9ellement int\u00e9ressante dans cette affaire, celle du respect des exigences de l\u2019article 7 de la Convention, et plus pr\u00e9cis\u00e9ment de la l\u00e9galit\u00e9 de la peine inflig\u00e9e aux requ\u00e9rants en l\u2019absence de tout montant maximum express\u00e9ment fix\u00e9 par la loi.<\/p>\n<p>___________<\/p>\n<p>[1] La num\u00e9rotation des paragraphes a \u00e9t\u00e9 ins\u00e9r\u00e9e dans ce texte afin de permettre des renvois.<br \/>\n[2] L\u2019article 11 de la loi sur la proc\u00e9dure p\u00e9nale concerne les mesures sp\u00e9ciales adopt\u00e9es par le juge pour l\u2019audience. Il pr\u00e9voit une interdiction g\u00e9n\u00e9rale des enregistrements audio et de la prise de photographies pendant l\u2019audience ainsi que la possibilit\u00e9 de d\u00e9roger \u00e0 cette interdiction dans des circonstances particuli\u00e8res (paragraphe 1). Le deuxi\u00e8me paragraphe de cette disposition donne au juge la possibilit\u00e9 d\u2019interdire la divulgation d\u2019informations relatives aux \u00e9v\u00e9nements survenus dans le cadre des proc\u00e9dures tenues \u00e0 huis clos.<br \/>\n[3] Mai 2014 est le mois o\u00f9 la Cour supr\u00eame a rendu son arr\u00eat dans la pr\u00e9sente affaire.<br \/>\n[4] Il n\u2019en va pas forc\u00e9ment de m\u00eame pour les autres \u00e9l\u00e9ments d\u00e9terminant la peine, tels que les circonstances aggravantes et att\u00e9nuantes. Une clarification graduelle peut dans ce cas \u00eatre justifi\u00e9e (Alimu\u00e7aj c. Albanie, no 20134\/05, \u00a7\u00a7 154-162, 7 f\u00e9vrier 2012).<br \/>\n[5] Cela a \u00e9t\u00e9 confirm\u00e9 par un rapport de recherche interne \u00e9labor\u00e9 dans le cadre de la pr\u00e9sente affaire. Voir aussi William A. Shabas, An Introduction to the International Criminal Court,p. 162, (2001),etLe procureur c. Tadi\u0107, affaire no IT-94-1-A et IT\u201194\u20111\u2011Abis, arr\u00eats, opinion s\u00e9par\u00e9e du juge Cassese, paragraphe 4 (26 janvier 2000).<br \/>\n[6] Voir, parmi beaucoup d\u2019autres, Trubic\u0301 c. Croatie (d\u00e9c.), no 44887\/10, 2 octobre 2012.<br \/>\n[7] Il est frappant de lire, au paragraphe 19 du Guide sur l\u2019article 6 (volet p\u00e9nal) publi\u00e9 sur le site de la Cour (Hudoc) que \u00ab [l]e premier crit\u00e8re est d\u2019un poids relatif et ne sert que de point de d\u00e9part. Ce qui est d\u00e9cisif, c\u2019est de savoir si le droit interne classe ou non une infraction parmi les infractions p\u00e9nales. \u00c0 d\u00e9faut d\u2019un tel classement, la Cour regardera ce qu\u2019il y a derri\u00e8re la classification nationale en examinant la r\u00e9alit\u00e9 substantielle de la proc\u00e9dure en question. \u00bb<br \/>\n[8] \u00c0 propos de l\u2019arr\u00eat Ravnsborg c. Su\u00e8de, 23 mars 1994, \u00a7 35, s\u00e9rie A no 283\u2011B, o\u00f9 l\u2019existence d\u2019un plafond a \u00e9t\u00e9 l\u2019un des \u00e9l\u00e9ments pris en compte pour conclure que l\u2019amende inflig\u00e9e n\u2019\u00e9tait pas de nature p\u00e9nale.<br \/>\n[9] Moullet c. France (d\u00e9c.), no 27521\/04, 13 septembre 2007.<br \/>\n[10] R.S c Allemagne (d\u00e9c.), no 19600\/15, 28 mars 2017.<br \/>\n[11] Engel et autres c. Pays-Bas, 8 juin 1976, s\u00e9rie A no 22.<\/p>\n<div class=\"social-share-buttons\"><a href=\"https:\/\/www.facebook.com\/sharer\/sharer.php?u=https:\/\/loisdumonde.com\/?p=273\" target=\"_blank\" rel=\"noopener\">Facebook<\/a><a href=\"https:\/\/twitter.com\/intent\/tweet?url=https:\/\/loisdumonde.com\/?p=273&text=AFFAIRE+GESTUR+J%C3%93NSSON+ET+RAGNAR+HALLD%C3%93R+HALL+c.+ISLANDE+%28Cour+europ%C3%A9enne+des+droits+de+l%E2%80%99homme%29+Requ%C3%AAtes+nos+68273%2F14+et+68271%2F14\" target=\"_blank\" rel=\"noopener\">Twitter<\/a><a href=\"https:\/\/www.linkedin.com\/shareArticle?url=https:\/\/loisdumonde.com\/?p=273&title=AFFAIRE+GESTUR+J%C3%93NSSON+ET+RAGNAR+HALLD%C3%93R+HALL+c.+ISLANDE+%28Cour+europ%C3%A9enne+des+droits+de+l%E2%80%99homme%29+Requ%C3%AAtes+nos+68273%2F14+et+68271%2F14\" target=\"_blank\" rel=\"noopener\">LinkedIn<\/a><a href=\"https:\/\/pinterest.com\/pin\/create\/button\/?url=https:\/\/loisdumonde.com\/?p=273&description=AFFAIRE+GESTUR+J%C3%93NSSON+ET+RAGNAR+HALLD%C3%93R+HALL+c.+ISLANDE+%28Cour+europ%C3%A9enne+des+droits+de+l%E2%80%99homme%29+Requ%C3%AAtes+nos+68273%2F14+et+68271%2F14\" target=\"_blank\" rel=\"noopener\">Pinterest<\/a><\/div>","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>PROC\u00c9DURE. 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