{"id":251,"date":"2020-12-10T12:45:42","date_gmt":"2020-12-10T12:45:42","guid":{"rendered":"https:\/\/loisdumonde.com\/?p=251"},"modified":"2020-12-10T12:46:50","modified_gmt":"2020-12-10T12:46:50","slug":"affaire-edizioni-del-roma-societa-cooperativa-a-r-l-c-italie-cour-europeenne-des-droits-de-lhomme-requetes-nos-68954-13-et-70495-13","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/loisdumonde.com\/?p=251","title":{"rendered":"AFFAIRE EDIZIONI DEL ROMA SOCIETA COOPERATIVA A.R.L. c. ITALIE (Cour europ\u00e9enne des droits de l\u2019homme) Requ\u00eates nos 68954\/13 et 70495\/13"},"content":{"rendered":"<p><strong>INTRODUCTION<\/strong>. Les requ\u00eates concernent les sanctions p\u00e9cuniaires qui furent inflig\u00e9es par l\u2019autorit\u00e9 italienne de r\u00e9gulation des t\u00e9l\u00e9coms<!--more--> (Autorit\u00e0 per le garanzie nelle comunicazioni \u2013 \u00ab\u00a0l\u2019AGCOM\u00a0\u00bb) aux soci\u00e9t\u00e9s requ\u00e9rantes, qui exer\u00e7aient des activit\u00e9s dans le domaine de l\u2019\u00e9dition et qui, \u00e0 la suite de ces sanctions, perdirent les financements publics dont elles b\u00e9n\u00e9ficiaient dans ce cadre, ce qui provoqua la faillite de l\u2019une d\u2019entre elles.<\/p>\n<p style=\"text-align: center;\">PREMI\u00c8RE SECTION<br \/>\nAFFAIRE EDIZIONI DEL ROMA SOCIETA COOPERATIVA A.R.L. ET EDIZIONI DEL ROMA S.R.L. c. ITALIE<br \/>\n(Requ\u00eates nos 68954\/13 et 70495\/13)<br \/>\nARR\u00caT<\/p>\n<p>Art 6 \u00a7 1 (p\u00e9nal) \u2022 Contr\u00f4le judiciaire suffisant des sanctions impos\u00e9es \u00e0 l\u2019issue d\u2019une proc\u00e9dure d\u00e9faillante par une autorit\u00e9 administrative exer\u00e7ant cons\u00e9cutivement des fonctions d\u2019enqu\u00eate et de jugement \u2022 Partialit\u00e9 de l\u2019autorit\u00e9 administrative de r\u00e9gulation des t\u00e9l\u00e9coms (\u00ab\u00a0l\u2019AGCOM\u00a0\u00bb) \u2022 Le responsable de la proc\u00e9dure menant les enqu\u00eates et la commission d\u00e9cidant des sanctions \u00e9taient des branches d\u2019un m\u00eame organe administratif, agissant sous l\u2019autorit\u00e9 et la supervision d\u2019un m\u00eame pr\u00e9sident \u2022 Pas d\u2019\u00e9galit\u00e9 des armes entre l\u2019accusation et la d\u00e9fense \u2022 Absence d\u2019audience publique \u2022 Contr\u00f4le ult\u00e9rieur d\u2019organes judiciaires de pleine juridiction<\/p>\n<p style=\"text-align: center;\">STRASBOURG<br \/>\n10 d\u00e9cembre 2020<\/p>\n<p>Cet arr\u00eat deviendra d\u00e9finitif dans les conditions d\u00e9finies \u00e0 l\u2019article 44 \u00a7 2 de la Convention. Il peut subir des retouches de forme.<\/p>\n<p><strong>En l\u2019affaire Edizioni Del Roma Societ\u00e0 Cooperativa A.R.L. et Edizioni Del Roma S.R.L. c. Italie,<\/strong><\/p>\n<p>La Cour europ\u00e9enne des droits de l\u2019homme (premi\u00e8re section), si\u00e9geant en une Chambre compos\u00e9e de\u00a0:<\/p>\n<p>Ksenija Turkovi\u0107, pr\u00e9sidente,<br \/>\nKrzysztof Wojtyczek,<br \/>\nLinos-Alexandre Sicilianos,<br \/>\nAlena Pol\u00e1\u010dkov\u00e1,<br \/>\nErik Wennerstr\u00f6m,<br \/>\nRaffaele Sabato,<br \/>\nLorraine Schembri Orland, juges,<br \/>\net de Abel Campos, greffier de section,<\/p>\n<p>Vu\u00a0:<\/p>\n<p>les requ\u00eates (nos\u00a068954\/13 et 70495\/13) dirig\u00e9es contre la R\u00e9publique italienne et dont deux soci\u00e9t\u00e9s de cet \u00c9tat Edizioni Del Roma Societ\u00e0 Cooperativa A.R.L. et Edizioni del Roma S.R.L. (\u00ab\u00a0les requ\u00e9rantes\u00a0\u00bb) ont saisi la Cour en vertu de l\u2019article\u00a034 de la Convention de sauvegarde des droits de l\u2019homme et des libert\u00e9s fondamentales (\u00ab\u00a0la Convention\u00a0\u00bb) le 22\u00a0octobre 2013,<\/p>\n<p>la d\u00e9cision de porter \u00e0 la connaissance du gouvernement italien (\u00ab\u00a0le Gouvernement\u00a0\u00bb) les griefs concernant l\u2019article 6 et de d\u00e9clarer irrecevables les requ\u00eates pour le surplus,<\/p>\n<p>les observations des parties,<\/p>\n<p>Apr\u00e8s en avoir d\u00e9lib\u00e9r\u00e9 en chambre du conseil le 17 novembre 2020,<\/p>\n<p>Rend l\u2019arr\u00eat que voici, adopt\u00e9 \u00e0 cette date\u00a0:<\/p>\n<p><strong>INTRODUCTION<\/strong><\/p>\n<p>1. Les requ\u00eates concernent les sanctions p\u00e9cuniaires qui furent inflig\u00e9es par l\u2019autorit\u00e9 italienne de r\u00e9gulation des t\u00e9l\u00e9coms (Autorit\u00e0 per le garanzie nelle comunicazioni \u2013 \u00ab\u00a0l\u2019AGCOM\u00a0\u00bb) aux soci\u00e9t\u00e9s requ\u00e9rantes, qui exer\u00e7aient des activit\u00e9s dans le domaine de l\u2019\u00e9dition et qui, \u00e0 la suite de ces sanctions, perdirent les financements publics dont elles b\u00e9n\u00e9ficiaient dans ce cadre, ce qui provoqua la faillite de l\u2019une d\u2019entre elles.<\/p>\n<p><strong>EN FAIT<\/strong><\/p>\n<p>2. La requ\u00e9rante dans la premi\u00e8re requ\u00eate, Edizioni Del Roma Societ\u00e0 Cooperativa A.R.L. (\u00ab\u00a0la premi\u00e8re requ\u00e9rante\u00a0\u00bb), est une soci\u00e9t\u00e9 coop\u00e9rative italienne. Elle a \u00e9t\u00e9 repr\u00e9sent\u00e9e devant la Cour par Me\u00a0R. Carleo, avocat exer\u00e7ant \u00e0 Rome.<\/p>\n<p>3. La requ\u00e9rante dans la deuxi\u00e8me requ\u00eate, Edizioni Del Roma S.R.L. (\u00ab\u00a0la deuxi\u00e8me requ\u00e9rante\u00a0\u00bb), est une soci\u00e9t\u00e9 italienne \u00e0 responsabilit\u00e9 limit\u00e9e (S.R.L.). Elle a \u00e9t\u00e9 repr\u00e9sent\u00e9e devant la Cour par Me\u00a0N.\u00a0Massafra, avocat exer\u00e7ant \u00e0 Rome.<\/p>\n<p>4. Le Gouvernement a \u00e9t\u00e9 repr\u00e9sent\u00e9 par son ancien agent, Mme\u00a0E.\u00a0Spatafora, et son ancien coagent, Mme\u00a0P.\u00a0Accardo.<\/p>\n<p><strong>I. La proc\u00e9dure devant l\u2019AGCOM<\/strong><\/p>\n<p>5. Le d\u00e9partement pour l\u2019information et la publication de la Pr\u00e9sidence du Conseil des Ministres, (ci-apr\u00e8s \u00ab le DIP \u00bb), qui octroie des subventions aux soci\u00e9t\u00e9s d\u2019\u00e9dition, demanda \u00e0 l\u2019AGCOM de lui communiquer la position (sur le registre des op\u00e9rateurs de t\u00e9l\u00e9communications) des \u00e9diteurs qui sollicitaient des subventions, et de v\u00e9rifier l\u2019existence d\u2019une \u00e9ventuelle situation de contr\u00f4le ou d\u2019association d\u2019entreprises au sens de l\u2019article\u00a02359 du code civil.<\/p>\n<p>6. En 2009, le DIP et l\u2019AGCOM d\u00e9cid\u00e8rent que les v\u00e9rifications relatives aux entreprises qui demandaient des subventions seraient effectu\u00e9es par l\u2019unit\u00e9 sp\u00e9ciale de la police financi\u00e8re charg\u00e9e des enqu\u00eates en lien avec l\u2019AGCOM. Cette v\u00e9rification concernait les d\u00e9clarations faites au registre des op\u00e9rateurs de t\u00e9l\u00e9communications.<\/p>\n<p>7. Le 18 f\u00e9vrier 2010, l\u2019AGCOM transmit au DIE les r\u00e9sultats des v\u00e9rifications effectu\u00e9es par l\u2019unit\u00e9 sp\u00e9ciale de la police financi\u00e8re, en soulignant qu\u2019elle avait proc\u00e9d\u00e9 \u00e0 une v\u00e9rification afin de d\u00e9terminer s\u2019il existait une relation de contr\u00f4le de fait entre les soci\u00e9t\u00e9s Edizioni del Roma S.R.L., Edizioni del Roma Societ\u00e0 Cooperativa A.R.L. et Edizioni riformiste Societ\u00e0 Cooperativa A.R.L. (\u00ab les soci\u00e9t\u00e9s \u00bb), qui toutes trois sollicitaient des subventions aux fins de la publication des quotidiens \u00ab Il Roma \u00bb et \u00ab l\u2019Umanit\u00e0 \u00bb.<\/p>\n<p>8. Le 23 mars 2010, les soci\u00e9t\u00e9s d\u00e9clar\u00e8rent \u00e0 l\u2019AGCOM par le biais de leurs repr\u00e9sentants qu\u2019elles n\u2019\u00e9taient pas li\u00e9es par une relation de contr\u00f4le.<\/p>\n<p>9. Le 7 mars 2011, l\u2019AGCOM ouvrit contre les soci\u00e9t\u00e9s une proc\u00e9dure de sanction pour violation, sur la p\u00e9riode 2008-2010, de l\u2019obligation de d\u00e9clarer une situation de contr\u00f4le conform\u00e9ment \u00e0 l\u2019article 1 \u00a7 8 de la loi\u00a0no\u00a0416 de 1981.<\/p>\n<p>10. Les soci\u00e9t\u00e9s eurent acc\u00e8s au dossier de la proc\u00e9dure le 29 mars et le 4 avril 2011, et des auditions eurent lieu les 2 et 11 mai 2011. \u00c0 l\u2019issue des auditions, l\u2019AGCOM mena d\u2019autres enqu\u00eates par l\u2019interm\u00e9diaire de la police financi\u00e8re. \u00c0 une date non pr\u00e9cis\u00e9e, l\u2019organe d\u2019enqu\u00eate transmit son rapport \u00e0 la commission qui \u00e9tait charg\u00e9e de statuer sur le bien-fond\u00e9 des accusations.<\/p>\n<p>11. Le 30 mai 2011, \u00e0 l\u2019issue de ladite proc\u00e9dure, l\u2019AGCOM \u00e9mit une ordonnance d\u2019injonction par laquelle elle infligea \u00e0 la deuxi\u00e8me requ\u00e9rante une sanction administrative d\u2019un montant de 103 300 euros (EUR) au motif qu\u2019elle avait omis de d\u00e9clarer avoir exerc\u00e9 un contr\u00f4le sur les requ\u00e9rantes au cours de la p\u00e9riode 2008-2010, et qu\u2019elle avait donc agi en violation de l\u2019article 8 \u00a7 1 de la loi no 416 de 1981.<\/p>\n<p>12. Le 28 juillet 2011, l\u2019AGCOM demanda \u00e0 la deuxi\u00e8me requ\u00e9rante de s\u2019acquitter du paiement de la sanction en question.<\/p>\n<p>13. Le 9 avril 2014, la sanction n\u2019ayant pas \u00e9t\u00e9 pay\u00e9e, une cr\u00e9ance fut inscrite par le juge au passif de la deuxi\u00e8me requ\u00e9rante dans le cadre de la proc\u00e9dure de liquidation qui avait \u00e9t\u00e9 ouverte la concernant.<\/p>\n<p>14. Par deux recours s\u00e9par\u00e9s, les requ\u00e9rantes saisirent le tribunal administratif de Rome pour contester la d\u00e9cision de l\u2019AGCOM. Arguant que le d\u00e9lai fix\u00e9 par l\u2019article 1 de la loi no 689 de 1981 n\u2019avait pas \u00e9t\u00e9 respect\u00e9, elles se plaignaient d\u2019une violation d\u2019obligations proc\u00e9durales, et notamment du droit de la d\u00e9fense. Elles soutenaient \u00e9galement que la police financi\u00e8re avait effectu\u00e9 des investigations suppl\u00e9mentaires dont elles n\u2019avaient pas pu d\u00e9battre. Elles affirmaient en outre qu\u2019elles n\u2019avaient pas \u00e9t\u00e9 entendues devant l\u2019organe coll\u00e9gial de l\u2019AGCOM. Elles y voyaient un vice de proc\u00e9dure.<\/p>\n<p>15. Les requ\u00e9rantes contestaient par ailleurs l\u2019appr\u00e9ciation qui avait \u00e9t\u00e9 faite des \u00e9l\u00e9ments retenus \u00e0 l\u2019appui du constat d\u2019existence d\u2019une situation de contr\u00f4le. Elles d\u00e9non\u00e7aient de surcro\u00eet une incoh\u00e9rence entre l\u2019interpr\u00e9tation retenue par l\u2019AGCOM et la jurisprudence relative aux situations de contr\u00f4le. L\u2019audience publique se tint le 6 juin 2012.<\/p>\n<p>16. Par un jugement du 25 juin 2012, le tribunal administratif r\u00e9gional de Rome (\u00ab le TAR \u00bb) rejeta les recours introduits par les requ\u00e9rantes apr\u00e8s avoir ordonn\u00e9 leur jonction.<\/p>\n<p>17. Il consid\u00e9ra qu\u2019il n\u2019avait \u00e9t\u00e9 port\u00e9 atteinte ni aux droits de la d\u00e9fense des requ\u00e9rantes ni au principe du contradictoire, et que les parties avaient eu acc\u00e8s \u00e0 l\u2019int\u00e9gralit\u00e9 du dossier. Il observa que l\u2019AGCOM avait correctement interpr\u00e9t\u00e9 la loi no 416 de 1981, et que la situation de contr\u00f4le avait \u00e9t\u00e9 constat\u00e9e \u00e0 l\u2019issue d\u2019un examen minutieux. Il estima notamment que le principe du contradictoire avait \u00e9t\u00e9 respect\u00e9 dans la proc\u00e9dure devant l\u2019AGCOM.<\/p>\n<p>18. Les requ\u00e9rantes firent appel (dans le cadre, respectivement, d\u2019un appel principal et d\u2019un appel incident) du jugement afin de contester le rejet des recours qu\u2019elles avaient introduits contre la sanction qui leur avait \u00e9t\u00e9 inflig\u00e9e par l\u2019AGCOM. Invoquant le principe du contradictoire et le d\u00e9lai de r\u00e9ponse accord\u00e9 aux parties, elles all\u00e9gu\u00e8rent qu\u2019il avait \u00e9t\u00e9 port\u00e9 atteinte \u00e0 leur droit de la d\u00e9fense. L\u2019audience publique eut lieu le 18 janvier 2013.<\/p>\n<p>19. Par un arr\u00eat du 22 avril 2013, le Conseil d\u2019\u00c9tat rejeta l\u2019appel form\u00e9 par les requ\u00e9rantes. Il rappela en particulier que le droit de se d\u00e9fendre devant l\u2019AGCOM \u00e9tait diff\u00e9rent par nature de celui qui d\u00e9coulait du droit processuel. Il consid\u00e9ra que ce droit avait \u00e9t\u00e9 respect\u00e9 dans la proc\u00e9dure devant l\u2019AGCOM dans la mesure o\u00f9 les requ\u00e9rantes avaient eu acc\u00e8s aux actes et avaient pu \u00eatre entendues. Il nota entre autres que l\u2019AGCOM pouvait poursuivre ses travaux d\u2019investigation m\u00eame apr\u00e8s avoir entendu les parties. Il ajouta que ces travaux \u00e9taient n\u00e9cessaires \u00e0 des fins de v\u00e9rification des d\u00e9clarations faites par les requ\u00e9rantes lors des auditions et que, dans le cas d\u2019esp\u00e8ce, ils avaient permis de confirmer les \u00e9l\u00e9ments qui avaient \u00e9t\u00e9 recueillis pr\u00e9c\u00e9demment.<\/p>\n<p>20. Concernant l\u2019argument des requ\u00e9rantes qui consistait \u00e0 dire qu\u2019elles n\u2019avaient pas eu acc\u00e8s au rapport qui contenait les proc\u00e8s-verbaux de la r\u00e9union de la commission, le Conseil d\u2019\u00c9tat pr\u00e9cisa que les parties des proc\u00e8s-verbaux qui n\u2019avaient pas \u00e9t\u00e9 communiqu\u00e9es aux requ\u00e9rantes renfermaient l\u2019opinion exprim\u00e9e par les participants, et que c\u2019\u00e9tait pour garantir le bon fonctionnement de l\u2019organe coll\u00e9gial que ces opinions n\u2019\u00e9taient pas communiqu\u00e9es.<\/p>\n<p>21. Le Conseil d\u2019\u00c9tat rejeta \u00e9galement les griefs formul\u00e9s par les requ\u00e9rantes concernant l\u2019interpr\u00e9tation par le tribunal de la situation de contr\u00f4le.<\/p>\n<p>II. La proc\u00e9dure p\u00e9nale<\/p>\n<p>22. Par un jugement rendu le 26\u00a0mars 2016 en audience pr\u00e9liminaire, le tribunal de Rome acquitta les administrateurs des soci\u00e9t\u00e9s du d\u00e9lit d\u2019escroquerie. Il consid\u00e9ra que ce n\u2019\u00e9tait pas dans le but d\u2019obtenir les subventions en question pour les p\u00e9riodes 2008\/2009 et 2009\/2010 que les soci\u00e9t\u00e9s avaient dissimul\u00e9 une situation de contr\u00f4le.<\/p>\n<p><strong>LE CADRE JURIDIQUE ET LA PRATIQUE INTERNES PERTINENTS<\/strong><\/p>\n<p>23. Une partie du droit interne pertinent est d\u00e9crite dans l\u2019arr\u00eat A.\u00a0Menarini Diagnostics S.r.l. c.\u00a0Italie, (no\u00a043509\/08, 27\u00a0septembre 2011).<\/p>\n<p>24. La loi no\u00a0249 du 31 juillet 1997, entr\u00e9e en vigueur le 1er\u00a0ao\u00fbt 1998, porte cr\u00e9ation de l\u2019AGCOM.<\/p>\n<p>Son article\u00a01 est ainsi libell\u00e9 en ses parties pertinentes\u00a0:<\/p>\n<p>\u00ab\u00a0(&#8230;)<\/p>\n<p>6. L\u2019[AGCOM] exerce les fonctions suivantes\u00a0:<\/p>\n<p>(&#8230;)<\/p>\n<p>5) tenue du registre des op\u00e9rateurs de t\u00e9l\u00e9communications dans lequel doivent s\u2019inscrire, en vertu de la pr\u00e9sente loi, les b\u00e9n\u00e9ficiaires de concessions ou d\u2019autorisations accord\u00e9es en vertu de la r\u00e9glementation en vigueur par l\u2019[AGCOM] ou les administrations comp\u00e9tentes, les r\u00e9gies publicitaires qui vendent des espaces publicitaires \u00e0 la radio ou \u00e0 la t\u00e9l\u00e9vision ou dans des quotidiens ou des p\u00e9riodiques, les soci\u00e9t\u00e9s de production et de distribution de programmes de radio et de t\u00e9l\u00e9vision, les soci\u00e9t\u00e9s d\u2019\u00e9dition de quotidiens, de p\u00e9riodiques ou de revues et les agences de la presse nationale, les soci\u00e9t\u00e9s fournissant des services t\u00e9l\u00e9matiques et de t\u00e9l\u00e9communications, et notamment des services d\u2019\u00e9dition \u00e9lectronique et num\u00e9rique, ainsi que les infrastructures de radiodiffusion op\u00e9rant sur le territoire national. L\u2019[AGCOM] adopte des r\u00e8glements sp\u00e9cifiques aux fins de l\u2019organisation et de la tenue du registre, ainsi que de la d\u00e9finition de crit\u00e8res d\u2019identification applicables aux personnes, autres que celles d\u00e9j\u00e0 inscrites \u00e0 la date d\u2019entr\u00e9e en vigueur de la pr\u00e9sente loi, qui devront s\u2019inscrire sur le registre\u00a0;<\/p>\n<p>(&#8230;)<\/p>\n<p>30) L\u2019[AGCOM] peut infliger une sanction administrative d\u2019un montant compris entre un million et deux cents millions de lires \u00e0 toute personne ayant omis de lui communiquer dans les d\u00e9lais et selon les modalit\u00e9s prescrites les documents, donn\u00e9es et informations demand\u00e9s.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p>25. L\u2019AGCOM exerce des fonctions de surveillance et de contr\u00f4le dans le domaine des communications \u00e9lectroniques, des contenus audiovisuels et multim\u00e9dia et de la communication politique.<\/p>\n<p>Elle r\u00e9glemente, par le biais de r\u00e8glements sp\u00e9cifiques, les proc\u00e9dures d\u2019enqu\u00eate visant \u00e0 constater les violations et \u00e0 imposer les sanctions relevant de sa comp\u00e9tence (r\u00e9solution no\u00a0136\/06\/CONS, modifi\u00e9e par la r\u00e9solution no\u00a0173\/07\/CONS, relative aux violations commises dans le domaine des communications \u00e9lectroniques et des contenus audiovisuels et multim\u00e9dia).<\/p>\n<p>Ces proc\u00e9dures peuvent se solder par une ordonnance de non-lieu si l\u2019AGCOM conclut que les engagements pris par un op\u00e9rateur soup\u00e7onn\u00e9 d\u2019avoir commis une violation dans le domaine de la fourniture de r\u00e9seaux et de services de communications \u00e9lectroniques ont \u00e9t\u00e9 mis en \u0153uvre de mani\u00e8re correcte et effective.<\/p>\n<p>L\u2019AGCOM exerce son pouvoir de sanction\u00a0:<\/p>\n<p>&#8211; d\u2019office, si, dans l\u2019exercice de ses fonctions institutionnelles, elle a connaissance d\u2019infractions\u00a0;<\/p>\n<p>&#8211; sur le fondement d\u2019une plainte des parties concern\u00e9es\u00a0;<\/p>\n<p>&#8211; sur le fondement d\u2019un rapport de la police des postes et des t\u00e9l\u00e9communications, de la police financi\u00e8re ou des inspections territoriales du minist\u00e8re des communications.<\/p>\n<p>En ce qui concerne la radiodiffusion locale, la proc\u00e9dure peut \u00eatre engag\u00e9e d\u2019office ou sur le fondement d\u2019une plainte introduite aupr\u00e8s de l\u2019AGCOM par les partis politiques concern\u00e9s ou par le Conseil national des usagers.<\/p>\n<p>Toutes les mesures d\u2019enqu\u00eate, d\u2019\u00e9valuation et de notification des violations sont men\u00e9es par les unit\u00e9s organisationnelles responsables. Les sanctions sont adopt\u00e9es par l\u2019organe coll\u00e9gial, publi\u00e9es au Bulletin officiel de l\u2019AGCOM et notifi\u00e9es aux destinataires par le responsable de la proc\u00e9dure.<\/p>\n<p>26. La Loi no\u00a0416 de 1981 est ainsi libell\u00e9e en ses parties pertinentes\u00a0:<\/p>\n<p>\u00ab\u00a0(&#8230;)<\/p>\n<p style=\"text-align: center;\">Article 1<\/p>\n<p>(&#8230;)<\/p>\n<p>Toute personne physique ou morale prenant le contr\u00f4le d\u2019une soci\u00e9t\u00e9 d\u2019\u00e9dition de quotidiens, y compris par l\u2019interm\u00e9diaire d\u2019un fiduciaire titulaire des actions ou des parts ou par l\u2019interm\u00e9diaire d\u2019un tiers, doit en informer par \u00e9crit la filiale et le service d\u2019\u00e9dition dans les trente jours suivant l\u2019op\u00e9ration \u00e0 l\u2019origine de la prise de contr\u00f4le. (&#8230;) Une situation de contr\u00f4le est r\u00e9put\u00e9e exister dans les cas \u00e9nonc\u00e9s \u00e0 l\u2019article\u00a02359 du code civil. Il est consid\u00e9r\u00e9 que, sauf preuve du contraire, une personne exerce une influence dominante au sens de l\u2019article\u00a02359 \u00a7 1 du code civil lorsqu\u2019il existe des relations de caract\u00e8re financier ou organisationnel qui permettent\u00a0:<\/p>\n<p>a) de d\u00e9clarer des b\u00e9n\u00e9fices ou des pertes\u00a0;<\/p>\n<p>b) de coordonner la gestion de la soci\u00e9t\u00e9 d\u2019\u00e9dition avec celle d\u2019autres soci\u00e9t\u00e9s dans le but de poursuivre un but commun ou de restreindre la concurrence entre entreprises\u00a0;<\/p>\n<p>c) de ventiler les b\u00e9n\u00e9fices ou les pertes diff\u00e9remment, tant en ce qui concerne les personnes concern\u00e9es que la cl\u00e9 de r\u00e9partition, de ce qui aurait \u00e9t\u00e9 fait en l\u2019absence des relations en question\u00a0;<\/p>\n<p>d) d\u2019attribuer des pouvoirs sup\u00e9rieurs \u00e0 ceux conf\u00e9r\u00e9s par le nombre d\u2019actions ou de parts d\u00e9tenues\u00a0; ou<\/p>\n<p>e) d\u2019attribuer \u00e0 d\u2019autres personnes que celles pr\u00e9vues par la structure de participation un poids dans le choix des directeurs et gestionnaires des soci\u00e9t\u00e9s d\u2019\u00e9dition ainsi que des directeurs des titres publi\u00e9s.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p>(&#8230;)<\/p>\n<p>27. L\u2019article\u00a02359 du code civil dispose\u00a0:<\/p>\n<p>\u00ab\u00a0Sont consid\u00e9r\u00e9es comme des soci\u00e9t\u00e9s contr\u00f4l\u00e9es\u00a0:<\/p>\n<p>1) les soci\u00e9t\u00e9s dans lesquelles une autre soci\u00e9t\u00e9 dispose de la majorit\u00e9 des droits de vote pouvant s\u2019exercer en assembl\u00e9e ordinaire\u00a0;<\/p>\n<p>2) les soci\u00e9t\u00e9s dans lesquelles une autre soci\u00e9t\u00e9 dispose de droits de vote suffisants pour exercer une influence dominante en assembl\u00e9e ordinaire\u00a0;<\/p>\n<p>3) les soci\u00e9t\u00e9s qui sont sous l\u2019influence dominante d\u2019une autre soci\u00e9t\u00e9 en vertu de liens contractuels sp\u00e9cifiques avec cette soci\u00e9t\u00e9.<\/p>\n<p>(&#8230;)<\/p>\n<p>Deux soci\u00e9t\u00e9s sont consid\u00e9r\u00e9es comme li\u00e9es d\u00e8s lors que l\u2019une exerce sur l\u2019autre une influence importante. Une telle influence est pr\u00e9sum\u00e9e exister lorsque la soci\u00e9t\u00e9 peut exercer, en assembl\u00e9e ordinaire, au moins un cinqui\u00e8me des droits de vote, ou un dixi\u00e8me de ceux\u2011ci si la soci\u00e9t\u00e9 en cause d\u00e9tient des actions cot\u00e9es sur un march\u00e9 r\u00e9glement\u00e9.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p>28. Aux termes de l\u2019article\u00a0100 de la Constitution italienne,<\/p>\n<p>\u00ab\u00a0Le Conseil d\u2019\u00c9tat est un organe consultatif en mati\u00e8re juridique et administrative dont la mission est de sauvegarder la justice au sein de l\u2019administration. (&#8230;) La loi assure l\u2019ind\u00e9pendance de ce[t] (&#8230;) organe et de [ses] membres \u00e0 l\u2019\u00e9gard du Gouvernement.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p>Le Conseil d\u2019\u00c9tat se compose de six sections dont trois ont des fonctions consultatives et trois des fonctions juridictionnelles (article\u00a09 du d\u00e9cret royal no\u00a01054 du 26\u00a0juin 1924).\u00a0\u00bb<\/p>\n<p>Les d\u00e9cisions du Conseil d\u2019\u00c9tat sont adopt\u00e9es par des sections juridictionnelles compos\u00e9es d\u2019un pr\u00e9sident et de quatre conseillers. La moiti\u00e9 des conseillers d\u2019\u00c9tat sont s\u00e9lectionn\u00e9s parmi les conseillers des tribunaux administratifs r\u00e9gionaux et un quart par voie de concours public. Les conseillers restants sont, comme le Pr\u00e9sident du Conseil d\u2019\u00c9tat, nomm\u00e9s par d\u00e9cret du Pr\u00e9sident de la R\u00e9publique sur proposition du Pr\u00e9sident du Conseil des Ministres (articles\u00a019 et 22 de la loi no\u00a0186 de 1982).<\/p>\n<p><strong>EN DROIT<\/strong><\/p>\n<p><strong>I. JONCTION DES REQU\u00caTES<\/strong><\/p>\n<p>29. Eu \u00e9gard \u00e0 la similarit\u00e9 de l\u2019objet des requ\u00eates, la Cour juge opportun de les examiner ensemble dans un arr\u00eat unique.<\/p>\n<p><strong>II. SUR LA VIOLATION ALL\u00c9GU\u00c9E DE L\u2019ARTICLE 6 DE LA CONVENTION<\/strong><\/p>\n<p>30. Les requ\u00e9rantes all\u00e8guent que la proc\u00e9dure devant l\u2019AGCOM n\u2019a pas \u00e9t\u00e9 \u00e9quitable. Elles d\u00e9noncent un manque d\u2019impartialit\u00e9 et d\u2019ind\u00e9pendance de la part de cet organe. Elles invoquent l\u2019article\u00a06 de la Convention, qui, en ses parties pertinentes, est ainsi libell\u00e9\u00a0:<\/p>\n<p>\u00ab\u00a01. Toute personne a droit \u00e0 ce que sa cause soit entendue \u00e9quitablement [et] publiquement (&#8230;), par un tribunal ind\u00e9pendant et impartial (&#8230;), qui d\u00e9cidera, soit des contestations sur ses droits et obligations de caract\u00e8re civil, soit du bien-fond\u00e9 de toute accusation en mati\u00e8re p\u00e9nale dirig\u00e9e contre elle. Le jugement doit \u00eatre rendu publiquement, mais l\u2019acc\u00e8s de la salle d\u2019audience peut \u00eatre interdit \u00e0 la presse et au public pendant la totalit\u00e9 ou une partie du proc\u00e8s dans l\u2019int\u00e9r\u00eat de la moralit\u00e9, de l\u2019ordre public ou de la s\u00e9curit\u00e9 nationale dans une soci\u00e9t\u00e9 d\u00e9mocratique, lorsque les int\u00e9r\u00eats des mineurs ou la protection de la vie priv\u00e9e des parties au proc\u00e8s l\u2019exigent, ou dans la mesure jug\u00e9e strictement n\u00e9cessaire par le tribunal, lorsque dans des circonstances sp\u00e9ciales la publicit\u00e9 serait de nature \u00e0 porter atteinte aux int\u00e9r\u00eats de la justice.<\/p>\n<p>2. Toute personne accus\u00e9e d\u2019une infraction est pr\u00e9sum\u00e9e innocente jusqu\u2019\u00e0 ce que sa culpabilit\u00e9 ait \u00e9t\u00e9 l\u00e9galement \u00e9tablie.<\/p>\n<p>3. Tout accus\u00e9 a droit notamment \u00e0\u00a0:<\/p>\n<p>a) \u00eatre inform\u00e9, dans le plus court d\u00e9lai, dans une langue qu\u2019il comprend et d\u2019une mani\u00e8re d\u00e9taill\u00e9e, de la nature et de la cause de l\u2019accusation port\u00e9e contre lui\u00a0;<\/p>\n<p>b) disposer du temps et des facilit\u00e9s n\u00e9cessaires \u00e0 la pr\u00e9paration de sa d\u00e9fense\u00a0;<\/p>\n<p>c) se d\u00e9fendre lui-m\u00eame ou avoir l\u2019assistance d\u2019un d\u00e9fenseur de son choix et, s\u2019il n\u2019a pas les moyens de r\u00e9mun\u00e9rer un d\u00e9fenseur, pouvoir \u00eatre assist\u00e9 gratuitement par un avocat d\u2019office, lorsque les int\u00e9r\u00eats de la justice l\u2019exigent\u00a0;<\/p>\n<p>d) interroger ou faire interroger les t\u00e9moins \u00e0 charge et obtenir la convocation et l\u2019interrogation des t\u00e9moins \u00e0 d\u00e9charge dans les m\u00eames conditions que les t\u00e9moins \u00e0 charge\u00a0;<\/p>\n<p>(&#8230;)\u00a0\u00bb<\/p>\n<p><strong>A. Sur la recevabilit\u00e9<\/strong><\/p>\n<p><em>1. Arguments des parties<\/em><\/p>\n<p>a) Le Gouvernement<\/p>\n<p>31. Le Gouvernement soutient que la proc\u00e9dure devant l\u2019AGCOM ne portait pas sur une \u00ab\u00a0accusation en mati\u00e8re p\u00e9nale\u00a0\u00bb contre les requ\u00e9rantes. Il avance que l\u2019infraction pr\u00e9vue par l\u2019article\u00a01 \u00a7\u00a030 de la loi no\u00a0249 de 1997 est class\u00e9e comme \u00ab\u00a0administrative\u00a0\u00bb en droit interne.<\/p>\n<p>32. En ce qui concerne la nature de l\u2019infraction, le Gouvernement soutient que le montant de la sanction inflig\u00e9e par l\u2019AGCOM n\u2019est pas disproportionn\u00e9 au regard de sa finalit\u00e9, qui est de promouvoir la transparence dans la structure des entreprises et soci\u00e9t\u00e9s qui op\u00e8rent dans le secteur de l\u2019information afin que celle-ci soit libre et accessible, et non pas concentr\u00e9e entre les mains de centres de pouvoir \u00e9conomique. Il explique que des subventions sont accord\u00e9es \u00e0 la presse pour assurer la pluralit\u00e9 de l\u2019information et, notamment, l\u2019effectivit\u00e9 du droit garanti par l\u2019article 21 de la Constitution. Il indique qu\u2019il est donc primordial que les personnes qui introduisent une demande de subventions fournissent l\u2019ensemble des documents requis afin de permettre au d\u00e9partement pour l\u2019information et la publication de la Pr\u00e9sidence du Conseil des Ministres d\u2019octroyer lesdites subventions (dont le montant est fix\u00e9 chaque ann\u00e9e dans une ligne sp\u00e9cifique du budget) aux personnes pouvant y pr\u00e9tendre.<\/p>\n<p>33. Le Gouvernement rappelle que le montant des subventions qui avaient \u00e9t\u00e9 accord\u00e9es aux requ\u00e9rantes et dont la restitution \u00e9tait demand\u00e9e s\u2019\u00e9levait \u00e0 2\u00a0429\u00a0413,20\u00a0EUR pour l\u2019ann\u00e9e 2008 et \u00e0 2\u00a0530\u00a0638,81\u00a0EUR pour l\u2019ann\u00e9e 2009. Il estime qu\u2019une sanction p\u00e9cuniaire d\u2019un montant de 103\u00a0300\u00a0EUR n\u2019est donc pas trop s\u00e9v\u00e8re au regard de sa nature administrative express\u00e9ment affirm\u00e9e par la loi.<\/p>\n<p>b) La premi\u00e8re requ\u00e9rante<\/p>\n<p>34. La premi\u00e8re requ\u00e9rante consid\u00e8re que bien que qualifi\u00e9es d\u2019\u00ab\u00a0administratives\u00a0\u00bb en droit interne, les sanctions inflig\u00e9es par l\u2019AGCOM doivent \u00eatre consid\u00e9r\u00e9es comme \u00ab\u00a0p\u00e9nales\u00a0\u00bb, au sens autonome que cette notion rev\u00eat dans la jurisprudence de la Cour.<\/p>\n<p>35. L\u2019objectif vis\u00e9 en l\u2019esp\u00e8ce serait d\u2019ordre pr\u00e9ventif\u00a0: il s\u2019agirait de la protection de l\u2019int\u00e9r\u00eat g\u00e9n\u00e9ral que constituerait la promotion de la transparence dans la structure des entreprises et soci\u00e9t\u00e9s qui op\u00e8rent dans le secteur de l\u2019information afin que celle-ci soit libre et accessible, et non pas concentr\u00e9e.<\/p>\n<p>36. Sur la question de la s\u00e9v\u00e9rit\u00e9 de la sanction, l\u2019aspect dissuasif des mesures prises \u00e0 l\u2019encontre de la premi\u00e8re requ\u00e9rante aurait eu deux effets dans la mesure o\u00f9 les autorit\u00e9s, d\u2019une part, auraient exig\u00e9 le paiement de sommes importantes et, d\u2019autre part, l\u2019auraient priv\u00e9e de la possibilit\u00e9 d\u2019acc\u00e9der \u00e0 des formes de financement suppl\u00e9mentaires repr\u00e9sentant plus de 7\u00a0000\u00a0000\u00a0EUR, ce qui aurait provoqu\u00e9 la fermeture d\u2019une soci\u00e9t\u00e9 d\u2019\u00e9dition qui existait de longue date et d\u2019un c\u00e9l\u00e8bre organe de presse qui op\u00e9rait dans ce domaine depuis l\u2019unification de l\u2019Italie.<\/p>\n<p>37. La r\u00e9vocation des subventions publiques \u00e0 l\u2019origine du pr\u00e9judice all\u00e9gu\u00e9 rev\u00eatirait un caract\u00e8re punitif-afflictif.<\/p>\n<p>c) La deuxi\u00e8me requ\u00e9rante<\/p>\n<p>38. La deuxi\u00e8me requ\u00e9rante a omis de communiquer la traduction de ses observations dans une langue officielle en d\u00e9pit du rappel que le greffe de la Cour lui avait adress\u00e9.<\/p>\n<p><em>2. Appr\u00e9ciation de la Cour<\/em><\/p>\n<p>39. La Cour rappelle sa jurisprudence constante selon laquelle il faut, afin de d\u00e9terminer l\u2019existence d\u2019une \u00ab\u00a0accusation en mati\u00e8re p\u00e9nale\u00a0\u00bb, avoir \u00e9gard \u00e0 trois crit\u00e8res\u00a0: la qualification juridique de la mesure litigieuse en droit national, la nature m\u00eame de celle-ci, et la nature et le degr\u00e9 de s\u00e9v\u00e9rit\u00e9 de la \u00ab\u00a0sanction\u00a0\u00bb (Engel et autres c.\u00a0Pays-Bas, 8\u00a0juin 1976, \u00a7\u00a082, s\u00e9rie\u00a0A no\u00a022). Ces crit\u00e8res sont par ailleurs alternatifs et non cumulatifs\u00a0: pour que l\u2019article\u00a06 \u00a7\u00a01 s\u2019applique au titre des mots \u00ab\u00a0accusation en mati\u00e8re p\u00e9nale\u00a0\u00bb, il suffit que l\u2019infraction en cause soit, par nature, \u00ab\u00a0p\u00e9nale\u00a0\u00bb au regard de la Convention, ou ait expos\u00e9 l\u2019int\u00e9ress\u00e9 \u00e0 une sanction qui, par sa nature et son degr\u00e9 de gravit\u00e9, rel\u00e8ve en g\u00e9n\u00e9ral de la \u00ab\u00a0mati\u00e8re p\u00e9nale\u00a0\u00bb. Cela n\u2019emp\u00eache pas l\u2019adoption d\u2019une approche cumulative si l\u2019analyse s\u00e9par\u00e9e de chaque crit\u00e8re ne permet pas d\u2019aboutir \u00e0 une conclusion claire quant \u00e0 l\u2019existence d\u2019une \u00ab\u00a0accusation en mati\u00e8re p\u00e9nale\u00a0\u00bb (Jussila c.\u00a0Finlande\u00a0[GC], no\u00a073053\/01, \u00a7\u00a7\u00a030-31, CEDH 2006-XIII, et Zaicevs c.\u00a0Lettonie, no\u00a065022\/01, \u00a7\u00a031, CEDH 2007-IX (extraits)).<\/p>\n<p>40. En l\u2019esp\u00e8ce, la Cour constate d\u2019embl\u00e9e que les comportements ont donn\u00e9 lieu \u00e0 une sanction qualifi\u00e9e d\u2019\u00ab\u00a0administrative\u00a0\u00bb par l\u2019article\u00a01 \u00a7\u00a030 de la loi no\u00a0249 de 1997. Ce point n\u2019est toutefois pas d\u00e9terminant aux fins de la question de l\u2019applicabilit\u00e9 de l\u2019article\u00a06 de la Convention dans son volet p\u00e9nal, les indications que fournit le droit interne n\u2019ayant qu\u2019une valeur relative (\u00d6zt\u00fcrk c.\u00a0Allemagne, 21\u00a0f\u00e9vrier 1984, \u00a7\u00a052, s\u00e9rie\u00a0A n\u00ba\u00a073, A.\u00a0Menarini Diagnostics S.r.l. c.\u00a0Italie, no\u00a043509\/08, \u00a7\u00a039, 27\u00a0septembre 2011, et Grande Stevens et autres c.\u00a0Italie, nos\u00a018640\/10 et 4 autres, 4 mars 2014).<\/p>\n<p>41. Sur la nature de l\u2019infraction, la Cour rappelle que l\u2019AGCOM, autorit\u00e9 administrative ind\u00e9pendante, a pour but de promouvoir la transparence dans la structure des entreprises et des soci\u00e9t\u00e9s qui op\u00e8rent dans le secteur de l\u2019information afin que celle-ci soit libre et accessible, et non pas concentr\u00e9e entre les mains de centres de pouvoir \u00e9conomique. Elle rel\u00e8ve qu\u2019il s\u2019agit l\u00e0 d\u2019int\u00e9r\u00eats g\u00e9n\u00e9raux de la soci\u00e9t\u00e9 normalement prot\u00e9g\u00e9s par le droit p\u00e9nal (voir, mutatis mutandis, A. Menarini Diagnostics\u00a0S.r.l., pr\u00e9cit\u00e9, \u00a7\u00a040\u00a0; voir aussi Soci\u00e9t\u00e9 Stenuit c.\u00a0France, rapport de la Commission europ\u00e9enne des droits de l\u2019homme du 30\u00a0mai 1991, \u00a7\u00a062, s\u00e9rie\u00a0A no\u00a0232\u2011A). Elle consid\u00e8re par ailleurs que les sanctions p\u00e9cuniaires inflig\u00e9es par l\u2019AGCOM visaient pour l\u2019essentiel \u00e0 punir les requ\u00e9rantes dans le but d\u2019emp\u00eacher une r\u00e9cidive, et qu\u2019elles \u00e9taient donc fond\u00e9es sur des normes qui poursuivaient un but \u00e0 la fois pr\u00e9ventif \u2013 dissuader les int\u00e9ress\u00e9es de recommencer \u2013 et r\u00e9pressif \u2013 sanctionner une irr\u00e9gularit\u00e9 \u2013 (voir, mutatis mutandis, Jussila, pr\u00e9cit\u00e9, \u00a7\u00a038).<\/p>\n<p>42. Quant \u00e0 la nature et \u00e0 la s\u00e9v\u00e9rit\u00e9 de la sanction \u00ab\u00a0susceptible d\u2019\u00eatre inflig\u00e9e\u00a0\u00bb aux requ\u00e9rantes (Ezeh et Connors c.\u00a0Royaume-Uni\u00a0[GC], nos\u00a039665\/98 et 40086\/98, \u00a7\u00a0120, CEDH 2003-X), la Cour constate que la sanction en question ne pouvait pas \u00eatre remplac\u00e9e par une peine privative de libert\u00e9 en cas de non-paiement (voir, a contrario, Anghel c.\u00a0Roumanie, n\u00ba\u00a028183\/03, \u00a7\u00a052, 4\u00a0octobre 2007). Elle note cependant que l\u2019AGCOM a inflig\u00e9 une sanction p\u00e9cuniaire de 103\u00a0000\u00a0EUR aux requ\u00e9rantes et qu\u2019en cons\u00e9quence de cette sanction, les int\u00e9ress\u00e9es n\u2019ont pas pu acc\u00e9der \u00e0 des formes de financement suppl\u00e9mentaires d\u2019un montant sup\u00e9rieur \u00e0 7\u00a0000\u00a0000\u00a0EUR. Elle consid\u00e8re donc que la sanction, du fait de son montant, \u00e9tait s\u00e9v\u00e8re et qu\u2019elle a eu pour les requ\u00e9rantes des cons\u00e9quences patrimoniales importantes.<\/p>\n<p>43. \u00c0 la lumi\u00e8re de ce qui pr\u00e9c\u00e8de, la Cour estime que les sanctions en cause rel\u00e8vent, par leur s\u00e9v\u00e9rit\u00e9, de la mati\u00e8re p\u00e9nale (voir, mutatis mutandis, \u00d6zt\u00fcrk, pr\u00e9cit\u00e9, \u00a7\u00a054, et, a contrario, Inoc\u00eancio c.\u00a0Portugal (d\u00e9c.), no\u00a043862\/98, CEDH 2001\u2011I).<\/p>\n<p>44. Au demeurant, la Cour rappelle \u00e9galement avoir d\u00e9j\u00e0 jug\u00e9 que l\u2019article\u00a06, dans son volet p\u00e9nal, s\u2019appliquait notamment pour les sanctions inflig\u00e9es par l\u2019autorit\u00e9 italienne de r\u00e9gulation de la concurrence et du march\u00e9 (Autorit\u00e0 Garante della Concorrenza e del Mercato (\u00ab\u00a0l\u2019AGCM\u00a0\u00bb) \u2013 A. Menarini Diagnostics S.r.l., pr\u00e9cit\u00e9, \u00a7\u00a044), la Cour de discipline budg\u00e9taire et financi\u00e8re (Guisset c.\u00a0France, no\u00a033933\/96, \u00a7\u00a059, CEDH\u00a02000\u2011IX), le Conseil des march\u00e9s financiers (Didier c.\u00a0France\u00a0(d\u00e9c.), no\u00a058188\/00, 27\u00a0ao\u00fbt 2002), le Conseil de la concurrence (Lilly France S.A. c.\u00a0France (d\u00e9c.), no\u00a053892\/00, 3\u00a0d\u00e9cembre 2002), la Commission des sanctions de l\u2019Autorit\u00e9 des march\u00e9s financiers (Messier c.\u00a0France (d\u00e9c.), no\u00a025041\/07, 19 mai 2009), la Commission bancaire (Dubus S.A. c.\u00a0France, no\u00a05242\/04, \u00a7\u00a038, 11 juin 2009), et la Commission nationale des soci\u00e9t\u00e9s et de la bourse (Commissione Nazionale per le Societ\u00e0 e la Borsa (\u00ab\u00a0la CONSOB\u00a0\u00bb) \u2013 Grande Stevens, pr\u00e9cit\u00e9, \u00a7\u00a0101).<\/p>\n<p>45. Compte tenu des divers aspects de l\u2019affaire, d\u00fbment pond\u00e9r\u00e9s, la Cour estime que les sanctions p\u00e9cuniaires inflig\u00e9es aux requ\u00e9rantes ont un caract\u00e8re p\u00e9nal, de sorte que l\u2019article\u00a06 \u00a7\u00a01 trouve \u00e0 s\u2019appliquer, en l\u2019occurrence, sous son volet p\u00e9nal (voir, mutatis mutandis, A. Menarini Diagnostics S.r.l., pr\u00e9cit\u00e9.).<\/p>\n<p>46. Constatant que les requ\u00eates ne sont pas manifestement mal fond\u00e9es ni irrecevables pour un autre motif vis\u00e9 \u00e0 l\u2019article\u00a035 de la Convention, la Cour les d\u00e9clare recevables.<\/p>\n<p><strong>B. Sur le fond<\/strong><\/p>\n<p>1. Sur la question de savoir si la proc\u00e9dure devant l\u2019AGCOM a \u00e9t\u00e9 \u00e9quitable et si l\u2019AGCOM \u00e9tait un tribunal ind\u00e9pendant et impartial<\/p>\n<p>a) Arguments des parties<\/p>\n<p>i. La premi\u00e8re requ\u00e9rante<\/p>\n<p>47. La premi\u00e8re requ\u00e9rante all\u00e8gue que la proc\u00e9dure devant l\u2019AGCOM \u00e9tait essentiellement \u00e9crite, qu\u2019aucune audience publique n\u2019\u00e9tait pr\u00e9vue et que les droits de la d\u00e9fense n\u2019ont pas \u00e9t\u00e9 respect\u00e9s. Elle soutient \u00e0 cet \u00e9gard que ni elle ni la deuxi\u00e8me requ\u00e9rante n\u2019ont eu la possibilit\u00e9 d\u2019interroger les personnes qui avaient \u00e9t\u00e9 entendues par le service d\u2019inspection de l\u2019AGCOM et l\u2019unit\u00e9 sp\u00e9ciale de la police financi\u00e8re, et que l\u2019AGCOM n\u2019a tenu aucune audience publique.<\/p>\n<p>48. La premi\u00e8re requ\u00e9rante argue, en outre, que l\u2019AGCOM confie les pouvoirs d\u2019enqu\u00eate et de jugement \u00e0 des organes qui ne sont ind\u00e9pendants l\u2019un de l\u2019autre que d\u2019un point de vue formel et qui, dans la pratique, sont rattach\u00e9s \u00e0 une m\u00eame entit\u00e9 d\u00e9pendant d\u2019une m\u00eame personne. Les fonctions d\u2019enqu\u00eate et de jugement seraient donc r\u00e9unies au sein d\u2019une m\u00eame institution, ce qui ne serait pas compatible avec le devoir d\u2019impartialit\u00e9 qui incombe \u00e0 un organe judiciaire.<\/p>\n<p>49. La d\u00e9cision d\u2019infliger une sanction serait prise par le responsable de la proc\u00e9dure en l\u2019absence de contradictoire. La commission n\u2019examinerait ni directement \u2013 faute d\u2019audience ad hoc \u2013 ni s\u00e9par\u00e9ment les arguments de l\u2019accusation et de la d\u00e9fense : elle fonderait sa d\u00e9cision sur le rapport du responsable de la proc\u00e9dure uniquement.<\/p>\n<p>50. La proc\u00e9dure de sanction de l\u2019AGCOM serait en fait essentiellement \u00e9crite et contraire \u00e0 l\u2019article 6 de la Convention.<\/p>\n<p>51. Par ailleurs, le rapport final pr\u00e9par\u00e9 par le responsable de la proc\u00e9dure et envoy\u00e9 par le service d\u2019inspection \u00e0 la commission n\u2019aurait pas \u00e9t\u00e9 divulgu\u00e9 \u00e0 la premi\u00e8re requ\u00e9rante, qui n\u2019aurait donc pas \u00e9t\u00e9 mise en mesure de formuler des contre-arguments.<\/p>\n<p>ii. La deuxi\u00e8me requ\u00e9rante<\/p>\n<p>52. La deuxi\u00e8me requ\u00e9rante a omis de communiquer la traduction de ses observations dans une langue officielle en d\u00e9pit du rappel que le greffe de la Cour lui avait adress\u00e9.<\/p>\n<p>iii. Le Gouvernement<\/p>\n<p>53. Le Gouvernement rappelle que les requ\u00e9rantes ont re\u00e7u une notification et ont eu la possibilit\u00e9 de pr\u00e9senter leur d\u00e9fense.<\/p>\n<p>54. Il soutient que les requ\u00e9rantes ont eu acc\u00e8s aux actes le 29\u00a0mars 2011, soit neuf jours avant l\u2019expiration, le 7 avril 2011, du d\u00e9lai dont elles disposaient pour communiquer leurs observations. L\u2019AGCOM aurait cependant indiqu\u00e9 avoir pris en consid\u00e9ration des pi\u00e8ces communiqu\u00e9es apr\u00e8s cette date par les requ\u00e9rantes. Par ailleurs, seuls les rapports de l\u2019unit\u00e9 sp\u00e9ciale de la police financi\u00e8re auraient \u00e9t\u00e9 pris en consid\u00e9ration.<\/p>\n<p>55. Les requ\u00e9rantes auraient en outre eu la possibilit\u00e9 de solliciter \u00e0 tout moment une audition devant le responsable de la proc\u00e9dure, mais elles n\u2019en auraient pas fait usage.<\/p>\n<p>b) Appr\u00e9ciation de la Cour<\/p>\n<p>56. La Cour note que les requ\u00e9rantes se sont vu offrir la possibilit\u00e9 de pr\u00e9senter des \u00e9l\u00e9ments pour leur d\u00e9fense dans le cadre de la proc\u00e9dure devant l\u2019AGCOM : elles ont \u00e9t\u00e9 inform\u00e9es de ce qui leur \u00e9tait reproch\u00e9 par le responsable de la proc\u00e9dure, et elles ont \u00e9t\u00e9 invit\u00e9es \u00e0 se d\u00e9fendre. Elles ont en outre dispos\u00e9 d\u2019un d\u00e9lai de trente jours pour pr\u00e9senter d\u2019\u00e9ventuelles observations en r\u00e9ponse. Ce d\u00e9lai, dont les requ\u00e9rantes n\u2019en ont pas demand\u00e9 la prolongation, n\u2019appara\u00eet pas manifestement insuffisant.<\/p>\n<p>57. Il n\u2019en demeure pas moins que le rapport de la police financi\u00e8re relatif aux mesures d\u2019enqu\u00eate prises \u00e0 la suite de l\u2019audition des requ\u00e9rantes, sur lequel la commission a fond\u00e9 sa d\u00e9cision, n\u2019a pas \u00e9t\u00e9 communiqu\u00e9 aux requ\u00e9rantes, et que celles-ci n\u2019ont donc pas eu la possibilit\u00e9 de se d\u00e9fendre par rapport au document finalement soumis par les organes d\u2019enqu\u00eate de l\u2019AGCOM \u00e0 l\u2019organe charg\u00e9 de statuer sur le bien-fond\u00e9 des accusations.<\/p>\n<p>58. La Cour rel\u00e8ve \u00e9galement que la proc\u00e9dure devant l\u2019AGCOM \u00e9tait essentiellement \u00e9crite, aucune audience publique n\u2019\u00e9tant pr\u00e9vue. \u00c0 cet \u00e9gard, elle rappelle que la tenue d\u2019une audience publique constitue un principe fondamental consacr\u00e9 par l\u2019article 6 \u00a7 1 (Jussila, pr\u00e9cit\u00e9, \u00a7\u00a040).<\/p>\n<p>59. Pourtant, il est vrai que l\u2019obligation de tenir une audience publique n\u2019est pas absolue (H\u00e5kansson et Sturesson c. Su\u00e8de, 21 f\u00e9vrier 1990, \u00a7\u00a066, s\u00e9rie A no 171-A) et que l\u2019article 6 n\u2019exige pas n\u00e9cessairement la tenue d\u2019une audience dans toutes les proc\u00e9dures. Tel est notamment le cas pour les affaires ne soulevant pas de question de cr\u00e9dibilit\u00e9 ou ne suscitant pas de controverse sur les faits rendant n\u00e9cessaire une confrontation orale, et pour lesquelles les tribunaux peuvent se prononcer de mani\u00e8re \u00e9quitable et raisonnable sur la base des conclusions \u00e9crites des parties et des autres pi\u00e8ces du dossier (voir, par exemple, D\u00f6ry c. Su\u00e8de, no 28394\/95, \u00a7\u00a037, 12\u00a0novembre 2002, Pursiheimo c. Finlande (d\u00e9c.), no 57795\/00, 25\u00a0novembre 2003, Jussila, pr\u00e9cit\u00e9, \u00a7 41, et Suhadolc c. Slov\u00e9nie (d\u00e9c.), no\u00a057655\/08, 17 mai 2011).<\/p>\n<p>60. M\u00eame si les exigences du proc\u00e8s \u00e9quitable sont plus rigoureuses en mati\u00e8re p\u00e9nale, la Cour n\u2019exclut pas que, dans le cadre de certaines proc\u00e9dures p\u00e9nales, les tribunaux saisis puissent, en raison de la nature des questions qui se posent, se dispenser de tenir une audience. S\u2019il faut garder \u00e0 l\u2019esprit que les proc\u00e9dures p\u00e9nales, qui ont pour objet la d\u00e9termination de la responsabilit\u00e9 p\u00e9nale et l\u2019imposition de mesures \u00e0 caract\u00e8re r\u00e9pressif et dissuasif, rev\u00eatent une certaine gravit\u00e9, il va de soi que certaines d\u2019entre elles ne comportent aucun caract\u00e8re infamant pour ceux qu\u2019elles visent et que les \u00ab accusations en mati\u00e8re p\u00e9nale \u00bb n\u2019ont pas toutes le m\u00eame poids (Jussila, pr\u00e9cit\u00e9, \u00a7 43).<\/p>\n<p>61. Il convient \u00e9galement de pr\u00e9ciser que l\u2019importance consid\u00e9rable que l\u2019enjeu de la proc\u00e9dure litigieuse peut avoir pour la situation personnelle d\u2019un requ\u00e9rant n\u2019est pas d\u00e9cisive pour la question de savoir si une audience est n\u00e9cessaire (Pirinen c. Finlande (d\u00e9c.), no 32447\/02, 16 mai 2006). Il n\u2019en demeure pas moins que le rejet d\u2019une demande tendant \u00e0 la tenue d\u2019une audience ne peut se justifier qu\u2019en de rares occasions (Miller c. Su\u00e8de, no\u00a055853\/00, \u00a7 29, 8 f\u00e9vrier 2005, et Jussila, pr\u00e9cit\u00e9, \u00a7 42).<\/p>\n<p>62. Pour ce qui est de la pr\u00e9sente affaire, la Cour consid\u00e8re qu\u2019une audience publique, orale et accessible aux requ\u00e9rantes \u00e9tait n\u00e9cessaire. \u00c0 cet \u00e9gard, elle observe qu\u2019il y avait une controverse sur les faits, notamment sur la question de l\u2019existence d\u2019une situation de contr\u00f4le entre les soci\u00e9t\u00e9s requ\u00e9rantes, et que, au-del\u00e0 de sa s\u00e9v\u00e9rit\u00e9 sur le plan financier, la sanction que les requ\u00e9rantes encouraient \u00e9tait de nature \u00e0 porter atteinte \u00e0 leur honorabilit\u00e9 professionnelle et \u00e0 leur cr\u00e9dit.<\/p>\n<p>63. La Cour note que le r\u00e8glement de l\u2019AGCOM pr\u00e9voit une certaine s\u00e9paration entre les organes charg\u00e9s des enqu\u00eates et l\u2019organe comp\u00e9tent pour se prononcer sur l\u2019existence ou non d\u2019une infraction et l\u2019application de sanctions. Elle observe notamment que c\u2019est le responsable de la proc\u00e9dure qui formule les accusations et qui m\u00e8ne les enqu\u00eates, dont les r\u00e9sultats sont r\u00e9sum\u00e9s dans un rapport contenant des conclusions et des propositions quant aux sanctions \u00e0 appliquer, et que la d\u00e9cision finale quant aux sanctions devant \u00eatre appliqu\u00e9es revient exclusivement \u00e0 la commission.<\/p>\n<p>64. Il n\u2019en demeure pas moins que le responsable de la proc\u00e9dure et la commission ne sont que des branches d\u2019un m\u00eame organe administratif, agissant sous l\u2019autorit\u00e9 et la supervision d\u2019un m\u00eame pr\u00e9sident. \u00c0 cet \u00e9gard, la Cour note que le Gouvernement n\u2019a prouv\u00e9 ni l\u2019existence de garde-fous au sein des diff\u00e9rents d\u00e9partements ni la nature formelle de l\u2019une ou l\u2019autre des fonctions du pr\u00e9sident. \u00c0 ses yeux, ceci s\u2019analyse en un exercice cons\u00e9cutif de fonctions d\u2019enqu\u00eate et de jugement au sein d\u2019une m\u00eame institution\u00a0; or en mati\u00e8re p\u00e9nale un tel cumul n\u2019est pas compatible avec l\u2019exigence d\u2019impartialit\u00e9 voulue par l\u2019article 6 \u00a7 1 de la Convention (voir, notamment et mutatis mutandis, Piersack c. Belgique, 1er octobre 1982, \u00a7\u00a7\u00a030-32, s\u00e9rie A no 53, De Cubber c. Belgique, 26 octobre 1984, \u00a7\u00a7 24-30, s\u00e9rie A no 86, et Grande Stevens, pr\u00e9cit\u00e9 \u00a7 137).<\/p>\n<p>65. \u00c0 la lumi\u00e8re de ce qui pr\u00e9c\u00e8de, la Cour consid\u00e8re que la proc\u00e9dure devant l\u2019AGCOM n\u2019a pas satisfait \u00e0 toutes les exigences de l\u2019article 6 de la Convention, notamment en ce qui concerne l\u2019\u00e9galit\u00e9 des armes entre l\u2019accusation et la d\u00e9fense, et la tenue d\u2019une audience publique permettant une confrontation orale (Grande Stevens, pr\u00e9cit\u00e9 \u00a7 123).<\/p>\n<p><em>2. Sur la question de savoir si les requ\u00e9rantes ont eu acc\u00e8s \u00e0 un tribunal dot\u00e9 de la pl\u00e9nitude de juridiction<\/em><\/p>\n<p>66. Le constat de non-conformit\u00e9 de la proc\u00e9dure devant l\u2019AGCOM avec les principes du proc\u00e8s \u00e9quitable ne suffit pourtant pas pour conclure \u00e0 la violation de l\u2019article 6 en l\u2019esp\u00e8ce. \u00c0 cet \u00e9gard, la Cour observe que les sanctions dont les requ\u00e9rantes se plaignent ont \u00e9t\u00e9 inflig\u00e9es non pas par un juge \u00e0 l\u2019issue d\u2019une proc\u00e9dure judiciaire contradictoire, mais par une autorit\u00e9 administrative. Si confier \u00e0 une telle autorit\u00e9 la t\u00e2che de poursuivre et de r\u00e9primer des infractions n\u2019est pas incompatible avec la Convention, il faut malgr\u00e9 tout souligner que l\u2019int\u00e9ress\u00e9 doit pouvoir saisir de toute d\u00e9cision ainsi prise \u00e0 son encontre un tribunal offrant les garanties de l\u2019article 6 (Kadubec c. Slovaquie, 2 septembre 1998, \u00a7 57, Recueil 1998-VI, \u010can\u00e1dy c. Slovaquie, no 53371\/99, \u00a7 31, 16 novembre 2004, et A.\u00a0Menarini Diagnostics S.r.l., pr\u00e9cit\u00e9, \u00a7 58).<\/p>\n<p>67. Le respect de l\u2019article 6 de la Convention n\u2019exclut donc pas que dans une proc\u00e9dure de nature administrative, une \u00ab peine \u00bb soit impos\u00e9e d\u2019abord par une autorit\u00e9 administrative (G.I.E.M. S.R.L. et autres c. Italie [GC], nos\u00a01828\/06 et 2 autres, \u00a7 254 28 juin 2018). Il suppose cependant que la d\u00e9cision d\u2019une autorit\u00e9 administrative ne remplissant pas elle-m\u00eame les conditions de l\u2019article 6 subisse le contr\u00f4le ult\u00e9rieur d\u2019un organe judiciaire de pleine juridiction (Ramos Nunes de Carvalho e S\u00e1 c. Portugal [GC], nos\u00a055391\/13 et 2 autres, \u00a7 132, 6 novembre 2018). Parmi les caract\u00e9ristiques d\u2019un organe judiciaire de pleine juridiction figure le pouvoir de r\u00e9former en tous points, en fait comme en droit, la d\u00e9cision entreprise, rendue par l\u2019organe inf\u00e9rieur. Cet organe doit notamment avoir comp\u00e9tence pour se pencher sur toutes les questions de fait et de droit pertinentes pour le litige dont il se trouve saisi (Chevrol c. France, no 49636\/99, \u00a7 77, CEDH\u00a02003-III, Silvester\u2019s Horeca Service c. Belgique, n\u00ba 47650\/99, \u00a7 27, 4\u00a0mars 2004, et A. Menarini Diagnostics S.r.l., pr\u00e9cit\u00e9, \u00a7 59).<\/p>\n<p>68. En l\u2019esp\u00e8ce, les requ\u00e9rantes ont eu la possibilit\u00e9, dont elles se sont pr\u00e9values, de contester les sanctions inflig\u00e9es par l\u2019AGCOM devant le tribunal administratif et le Conseil d\u2019\u00c9tat. Il reste \u00e0 \u00e9tablir si ces deux juridictions \u00e9taient des \u00ab\u00a0organes judiciaires de pleine juridiction\u00a0\u00bb au sens de la jurisprudence de la Cour.<\/p>\n<p>a) Arguments des parties<\/p>\n<p>i. Le Gouvernement<\/p>\n<p>69. Le Gouvernement avance que le TAR a examin\u00e9 les griefs soulev\u00e9s par les requ\u00e9rantes concernant la proc\u00e9dure devant l\u2019AGCOM, dont celui sur le fond qui concernait la notion de \u00ab contr\u00f4le \u00bb au sens de la loi no\u00a0416 de 1981. Il consid\u00e8re donc que les requ\u00e9rantes ont vu leurs griefs examin\u00e9s au cours d\u2019une proc\u00e9dure judiciaire \u00e9quitable et publique, dans le plein respect du contradictoire.<\/p>\n<p>70. Invoquant l\u2019affaire A. Menarini Diagnostics S.r.l. (arr\u00eat pr\u00e9cit\u00e9), le Gouvernement soutient que les requ\u00e9rantes ont eu acc\u00e8s \u00e0 un tribunal dot\u00e9 de la pl\u00e9nitude de juridiction.<\/p>\n<p>71. Quant au grief qui consiste \u00e0 dire que le pr\u00e9sident de l\u2019AGCOM \u00e9tait aussi un magistrat du Conseil d\u2019\u00c9tat et que cette instance n\u2019a donc pas fait preuve d\u2019impartialit\u00e9, le Gouvernement affirme que l\u2019int\u00e9ress\u00e9 avait \u00e9t\u00e9 mis \u00e0 disposition et n\u2019exer\u00e7ait plus de fonctions judiciaires depuis le 10\u00a0mai 2005, qu\u2019il a pris sa retraite le 11 mai 2008 et que le titre honorifique de pr\u00e9sident honoraire du Conseil d\u2019\u00c9tat lui a \u00e9t\u00e9 attribu\u00e9 conform\u00e9ment \u00e0 l\u2019usage qui veut que l\u2019on accorde \u00e0 toute personne ayant occup\u00e9 de telles fonctions et prenant sa retraite un titre honorifique sup\u00e9rieur \u00e0 celui correspondant aux derni\u00e8res fonctions qu\u2019elle a exerc\u00e9es. Il estime que rien ne permet de conclure que cet \u00e9l\u00e9ment ait pu affecter l\u2019ind\u00e9pendance et l\u2019impartialit\u00e9 du Conseil d\u2019\u00c9tat.<\/p>\n<p>ii. La premi\u00e8re requ\u00e9rante<\/p>\n<p>72. La premi\u00e8re requ\u00e9rante soutient que le juge administratif ne peut pas substituer ses propres appr\u00e9ciations \u00e0 celles de l\u2019AGCOM, mais qu\u2019il peut seulement v\u00e9rifier la logique et la coh\u00e9rence de ses d\u00e9cisions.<\/p>\n<p>73. Elle estime que les juges administratifs ont limit\u00e9 leur contr\u00f4le \u00e0 la question de la l\u00e9galit\u00e9 de la sanction et qu\u2019ils n\u2019ont donc pas pu se pencher sur le bien-fond\u00e9 de la d\u00e9cision de l\u2019AGCOM.<\/p>\n<p>74. Selon la premi\u00e8re requ\u00e9rante, le Conseil d\u2019\u00c9tat a toujours accord\u00e9 \u00e0 l\u2019AGCOM un large pouvoir discr\u00e9tionnaire dans l\u2019exercice de son pouvoir de sanction. Les tribunaux administratifs n\u2019auraient donc pas le pouvoir, dans le cadre de leur mission de contr\u00f4le juridictionnel, de se substituer \u00e0 des autorit\u00e9s ind\u00e9pendantes pour infliger des sanctions.<\/p>\n<p>75. La premi\u00e8re requ\u00e9rante estime qu\u2019elle n\u2019a pas eu acc\u00e8s \u00e0 une protection juridique pleine et effective. Elle argue \u00e0 l\u2019appui de cette all\u00e9gation que le tribunal administratif a consid\u00e9r\u00e9 comme l\u00e9gitimes des preuves qui avaient \u00e9t\u00e9 obtenues dans le cadre de la proc\u00e9dure devant l\u2019AGCOM en l\u2019absence de tout d\u00e9bat contradictoire, et qu\u2019il n\u2019a donc pas substitu\u00e9 son appr\u00e9ciation \u00e0 celle, pr\u00e9judiciable \u00e0 l\u2019int\u00e9ress\u00e9e, d\u2019une autorit\u00e9 ind\u00e9pendante.<\/p>\n<p>76. La premi\u00e8re requ\u00e9rante soutient enfin que le Conseil d\u2019\u00c9tat n\u2019\u00e9tait pas un tribunal ind\u00e9pendant et impartial \u00e9tant donn\u00e9 que le Pr\u00e9sident de l\u2019AGCOM \u00e9tait pr\u00e9sident honoraire du Conseil d\u2019\u00c9tat.<\/p>\n<p>iii. La deuxi\u00e8me requ\u00e9rante<\/p>\n<p>77. La deuxi\u00e8me requ\u00e9rante n\u2019a pas communiqu\u00e9 la traduction de ses observations dans une langue officielle en d\u00e9pit du rappel que le greffe de la Cour lui avait adress\u00e9.<\/p>\n<p>b) Appr\u00e9ciation de la Cour<\/p>\n<p>78. Pour \u00e9tablir si un tribunal peut passer pour \u00ab ind\u00e9pendant \u00bb aux fins de l\u2019article 6 \u00a7 1, il faut prendre en compte, notamment, le mode de d\u00e9signation et la dur\u00e9e du mandat de ses membres, l\u2019existence d\u2019une protection contre les pressions ext\u00e9rieures et le point de savoir s\u2019il y a ou non apparence d\u2019ind\u00e9pendance (Findlay c. Royaume-Uni, 25 f\u00e9vrier 1997, \u00a7\u00a073, Recueil des arr\u00eats et d\u00e9cisions 1997-I). La Cour rappelle le r\u00f4le croissant de la notion de s\u00e9paration du pouvoir ex\u00e9cutif et de l\u2019autorit\u00e9 judiciaire dans sa jurisprudence (Stafford c. Royaume-Uni [GC], no\u00a046295\/99, \u00a7 78, CEDH 2002-IV). Cela \u00e9tant, ni l\u2019article 6 ni aucune autre disposition de la Convention n\u2019oblige les \u00c9tats \u00e0 se conformer \u00e0 telle ou telle notion constitutionnelle th\u00e9orique concernant les limites admissibles \u00e0 l\u2019interaction entre l\u2019un et l\u2019autre (Kleyn et autres c. Pays-Bas [GC], nos\u00a039343\/98 et 3 autres, \u00a7 193, CEDH 2003-VI).<\/p>\n<p>79. La Cour rappelle que l\u2019impartialit\u00e9 se d\u00e9finit d\u2019ordinaire par l\u2019absence de pr\u00e9jug\u00e9 ou de parti pris et peut s\u2019appr\u00e9cier de diverses mani\u00e8res. Selon la jurisprudence constante de la Cour, aux fins de l\u2019article\u00a06\u00a0\u00a7 1, l\u2019impartialit\u00e9 doit s\u2019appr\u00e9cier selon une d\u00e9marche subjective, en tenant compte de la conviction personnelle et du comportement du juge, c\u2019est-\u00e0-dire en recherchant si celui-ci a fait preuve de parti pris ou pr\u00e9jug\u00e9 personnel dans le cas d\u2019esp\u00e8ce, ainsi que selon une d\u00e9marche objective consistant \u00e0 d\u00e9terminer si le tribunal offrait, notamment \u00e0 travers sa composition, des garanties suffisantes pour exclure tout doute l\u00e9gitime quant \u00e0 son impartialit\u00e9 (voir, par exemple, Kyprianou c. Chypre [GC], no\u00a073797\/01, \u00a7 118, CEDH 2005-XIII, et Micallef c. Malte [GC], no\u00a017056\/06, \u00a7 93, CEDH 2009).<\/p>\n<p>80. Dans la tr\u00e8s grande majorit\u00e9 des affaires soulevant des questions relatives \u00e0 l\u2019impartialit\u00e9, la Cour a eu recours \u00e0 la d\u00e9marche objective (Micallef, pr\u00e9cit\u00e9, \u00a7 95, et Morice c. France [GC], no 29369\/10, \u00a7\u00a075, 23\u00a0avril 2015). La fronti\u00e8re entre l\u2019impartialit\u00e9 subjective et l\u2019impartialit\u00e9 objective n\u2019est cependant pas herm\u00e9tique car non seulement la conduite m\u00eame d\u2019un juge peut, du point de vue d\u2019un observateur ext\u00e9rieur, entra\u00eener des doutes objectivement justifi\u00e9s quant \u00e0 son impartialit\u00e9 (d\u00e9marche objective), mais elle peut \u00e9galement toucher \u00e0 la question de sa conviction personnelle (d\u00e9marche subjective) (Kyprianou, pr\u00e9cit\u00e9, \u00a7 119). Ainsi, dans des cas o\u00f9 il peut \u00eatre difficile de fournir des preuves permettant de r\u00e9futer la pr\u00e9somption d\u2019impartialit\u00e9 subjective du juge, la condition d\u2019impartialit\u00e9 objective fournit une garantie importante suppl\u00e9mentaire (Pullar c.\u00a0Royaume-Uni, 10 juin 1996, \u00a7 32, Recueil 1996-III).<\/p>\n<p>81. Pour ce qui est de l\u2019appr\u00e9ciation objective, il convient de se demander si, ind\u00e9pendamment de la conduite personnelle du juge, certains faits v\u00e9rifiables autorisent \u00e0 suspecter l\u2019impartialit\u00e9 de ce dernier. Il en r\u00e9sulte que, pour se prononcer sur l\u2019existence, dans une affaire donn\u00e9e, d\u2019une raison l\u00e9gitime de redouter d\u2019un juge ou d\u2019une juridiction coll\u00e9giale un d\u00e9faut d\u2019impartialit\u00e9, l\u2019optique de la personne concern\u00e9e entre en ligne de compte mais ne joue pas un r\u00f4le d\u00e9cisif. L\u2019\u00e9l\u00e9ment d\u00e9terminant consiste \u00e0 savoir si l\u2019on peut consid\u00e9rer les appr\u00e9hensions de l\u2019int\u00e9ress\u00e9 comme objectivement justifi\u00e9es (Micallef, pr\u00e9cit\u00e9, \u00a7 96, et Morice, pr\u00e9cit\u00e9, \u00a7 76).<\/p>\n<p>82. L\u2019appr\u00e9ciation objective porte essentiellement sur les liens hi\u00e9rarchiques ou autres entre le juge et d\u2019autres acteurs de la proc\u00e9dure (Micallef, pr\u00e9cit\u00e9, \u00a7 97). Il faut en cons\u00e9quence d\u00e9cider dans chaque cas d\u2019esp\u00e8ce si la nature et le degr\u00e9 du lien en question sont tels qu\u2019ils d\u00e9notent un manque d\u2019impartialit\u00e9 de la part du tribunal (Pullar, pr\u00e9cit\u00e9, \u00a7 38).<\/p>\n<p>83. Les concepts d\u2019ind\u00e9pendance et d\u2019impartialit\u00e9 objective sont \u00e9troitement li\u00e9s et, selon les circonstances, peuvent appeler un examen conjoint (Sacilor-Lormines c. France, no 65411\/01, \u00a7 62, CEDH 2006 XIII).<\/p>\n<p>84. La Cour note tout d\u2019abord sur la question de la dualit\u00e9 des fonctions du pr\u00e9sident de l\u2019AGCOM que l\u2019int\u00e9ress\u00e9 avait certes re\u00e7u le titre de pr\u00e9sident honoraire du Conseil d\u2019\u00c9tat mais qu\u2019il n\u2019y a jamais exerc\u00e9 de fonctions judiciaires.<\/p>\n<p>85. La Cour rappelle en outre qu\u2019elle a d\u00e9j\u00e0 soulign\u00e9 dans la d\u00e9cision Predil Anstalt S.A. c. Italie ((d\u00e9c.), no 31993\/96, 8 juin 1999) que la majorit\u00e9 des magistrats administratifs sont nomm\u00e9s \u00e0 l\u2019issue d\u2019un concours public et qu\u2019aux termes de la Constitution italienne, la loi assure l\u2019ind\u00e9pendance du Conseil d\u2019\u00c9tat \u00e0 l\u2019\u00e9gard du gouvernement.<\/p>\n<p>86. Force est aussi de constater que les requ\u00e9rantes n\u2019ont pas all\u00e9gu\u00e9 que les membres du Conseil d\u2019\u00c9tat ayant connu de leur cas avaient agi sur les instructions du pr\u00e9sident honoraire. Elles n\u2019ont pas non plus all\u00e9gu\u00e9 que le pr\u00e9sident honoraire pouvait, d\u2019une autre mani\u00e8re, influencer les juges. En l\u2019esp\u00e8ce, il n\u2019existe pas d\u2019\u00e9l\u00e9ments de nature \u00e0 faire na\u00eetre dans le chef des requ\u00e9rantes des craintes objectivement justifi\u00e9es (Sacilor-Lormines, pr\u00e9cit\u00e9, \u00a7\u00a074, et Ramos Nunes de Carvalho e S\u00e1 c. Portugal pr\u00e9cit\u00e9, \u00a7 155).<\/p>\n<p>87. Les consid\u00e9rations qui pr\u00e9c\u00e8dent suffisent \u00e0 la Cour pour conclure que le fait que le pr\u00e9sident de l\u2019AGCOM ait aussi \u00e9t\u00e9 nomm\u00e9 pr\u00e9sident honoraire du Conseil d\u2019\u00c9tat n\u2019est pas de nature \u00e0 mettre en cause l\u2019ind\u00e9pendance et l\u2019impartialit\u00e9 objective de la haute juridiction qui a \u00e9t\u00e9 amen\u00e9e \u00e0 statuer sur les recours form\u00e9s par les requ\u00e9rantes contre la sanction de l\u2019AGCOM.<\/p>\n<p>88. La Cour observe en outre que les griefs des requ\u00e9rantes ont trait d\u2019une part au droit d\u2019acc\u00e9der \u00e0 un tribunal dot\u00e9 de la pl\u00e9nitude de juridiction et d\u2019autre part au r\u00e9examen judiciaire, incomplet selon elles, de la sanction prononc\u00e9e par l\u2019AGCOM.<\/p>\n<p>89. En l\u2019esp\u00e8ce, les requ\u00e9rantes ont pu contester la sanction litigieuse devant le TAR et faire appel de la d\u00e9cision de ce dernier devant le Conseil d\u2019\u00c9tat. La Cour note que les audiences se sont tenues publiquement devant ces deux juridictions (voir paragraphes 15 et 18 ci-dessus), ce qui a permis une confrontation orale entre les parties et le respect du principe de l\u2019\u00e9galit\u00e9 des armes. Selon la jurisprudence de la Cour, le TAR et le Conseil d\u2019\u00c9tat satisfont aux exigences d\u2019ind\u00e9pendance et d\u2019impartialit\u00e9 qu\u2019un \u00ab tribunal \u00bb doit poss\u00e9der au sens de l\u2019article 6 de la Convention (Predil Anstalt S.A., pr\u00e9cit\u00e9, A.\u00a0Menarini Diagnostics S.r.l., pr\u00e9cit\u00e9).<\/p>\n<p>90. La Cour rappelle, tout d\u2019abord, que seul m\u00e9rite l\u2019appellation de \u00abtribunal \u00bb au sens de l\u2019article 6 \u00a7 1 un organe jouissant de la pl\u00e9nitude de juridiction et r\u00e9pondant \u00e0 une s\u00e9rie d\u2019exigences telles que l\u2019ind\u00e9pendance \u00e0 l\u2019\u00e9gard de l\u2019ex\u00e9cutif comme des parties en cause (voir, entre autres, les arr\u00eats Ringeisen c. Autriche, 16 juillet 1971, \u00a7 95, s\u00e9rie A no 13, Le Compte, Van Leuven et De Meyere c. Belgique, 23 juin 1981, \u00a7 55, s\u00e9rie A no\u00a043, Belilos c. Suisse, 29 avril 1988, \u00a7 64, s\u00e9rie A no 132, et Beaumartin c.\u00a0France, 24 novembre 1994, \u00a7\u00a7 38-39, s\u00e9rie A no 296 B).<\/p>\n<p>91. Par ailleurs, la Cour rappelle que la nature d\u2019une proc\u00e9dure administrative peut diff\u00e9rer, par plusieurs aspects, de celle d\u2019une proc\u00e9dure p\u00e9nale au sens strict du terme. Si ces diff\u00e9rences ne sauraient exon\u00e9rer les \u00c9tats contractants de leur obligation de respecter toutes les garanties offertes par le volet p\u00e9nal de l\u2019article 6, elles peuvent n\u00e9anmoins influencer les modalit\u00e9s de leur application (A. Menarini Diagnostics S.r.l pr\u00e9cit\u00e9 \u00a7 62).<\/p>\n<p>92. La Cour note que dans le cas d\u2019esp\u00e8ce, les juridictions administratives se sont pench\u00e9es sur les diff\u00e9rentes all\u00e9gations de fait et de droit des soci\u00e9t\u00e9s requ\u00e9rantes. Elles ont d\u00e8s lors examin\u00e9 les \u00e9l\u00e9ments de preuve recueillis par l\u2019AGCOM.<\/p>\n<p>93. De ce fait, la Cour note que la comp\u00e9tence des juridictions administratives n\u2019\u00e9tait pas limit\u00e9e \u00e0 un simple contr\u00f4le de l\u00e9galit\u00e9. Les juridictions administratives ont pu v\u00e9rifier si, par rapport aux circonstances particuli\u00e8res de l\u2019affaire, l\u2019AGCOM avait fait un usage appropri\u00e9 de ses pouvoirs. Elles ont pu examiner le bien-fond\u00e9 et la proportionnalit\u00e9 des choix de l\u2019AGCOM.<\/p>\n<p>94. La d\u00e9cision de l\u2019AGCOM ayant \u00e9t\u00e9 soumise au contr\u00f4le ult\u00e9rieur d\u2019organes judiciaires de pleine juridiction, aucune violation de l\u2019article 6\u00a0\u00a7\u00a01 de la Convention ne saurait \u00eatre d\u00e9cel\u00e9e en l\u2019esp\u00e8ce.<\/p>\n<p><strong>PAR CES MOTIFS, LA COUR, \u00c0 L\u2019UNANIMIT\u00c9,<\/strong><\/p>\n<p>1. D\u00e9cide de joindre les requ\u00eates\u00a0;<\/p>\n<p>2. D\u00e9clare les requ\u00eates recevables\u00a0;<\/p>\n<p>3. Dit qu\u2019il n\u2019y a pas eu violation de l\u2019article 6 \u00a7 1 de la Convention.<\/p>\n<p>Fait en fran\u00e7ais, puis communiqu\u00e9 par \u00e9crit le 10 d\u00e9cembre 2020, en application de l\u2019article\u00a077\u00a0\u00a7\u00a7\u00a02 et\u00a03 du r\u00e8glement.<\/p>\n<p>Abel Campos \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 Ksenija Turkovi\u0107<br \/>\nGreffier \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0Pr\u00e9sidente<\/p>\n<div class=\"social-share-buttons\"><a href=\"https:\/\/www.facebook.com\/sharer\/sharer.php?u=https:\/\/loisdumonde.com\/?p=251\" target=\"_blank\" rel=\"noopener\">Facebook<\/a><a href=\"https:\/\/twitter.com\/intent\/tweet?url=https:\/\/loisdumonde.com\/?p=251&text=AFFAIRE+EDIZIONI+DEL+ROMA+SOCIETA+COOPERATIVA+A.R.L.+c.+ITALIE+%28Cour+europ%C3%A9enne+des+droits+de+l%E2%80%99homme%29+Requ%C3%AAtes+nos+68954%2F13+et+70495%2F13\" target=\"_blank\" rel=\"noopener\">Twitter<\/a><a href=\"https:\/\/www.linkedin.com\/shareArticle?url=https:\/\/loisdumonde.com\/?p=251&title=AFFAIRE+EDIZIONI+DEL+ROMA+SOCIETA+COOPERATIVA+A.R.L.+c.+ITALIE+%28Cour+europ%C3%A9enne+des+droits+de+l%E2%80%99homme%29+Requ%C3%AAtes+nos+68954%2F13+et+70495%2F13\" target=\"_blank\" rel=\"noopener\">LinkedIn<\/a><a href=\"https:\/\/pinterest.com\/pin\/create\/button\/?url=https:\/\/loisdumonde.com\/?p=251&description=AFFAIRE+EDIZIONI+DEL+ROMA+SOCIETA+COOPERATIVA+A.R.L.+c.+ITALIE+%28Cour+europ%C3%A9enne+des+droits+de+l%E2%80%99homme%29+Requ%C3%AAtes+nos+68954%2F13+et+70495%2F13\" target=\"_blank\" rel=\"noopener\">Pinterest<\/a><\/div>","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>INTRODUCTION. Les requ\u00eates concernent les sanctions p\u00e9cuniaires qui furent inflig\u00e9es par l\u2019autorit\u00e9 italienne de r\u00e9gulation des t\u00e9l\u00e9coms FacebookTwitterLinkedInPinterest<\/p>\n<p class=\"more-link-p\"><a class=\"more-link\" href=\"https:\/\/loisdumonde.com\/?p=251\">Read more &rarr;<\/a><\/p>\n","protected":false},"author":1,"featured_media":0,"comment_status":"open","ping_status":"open","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"_lmt_disableupdate":"","_lmt_disable":"","footnotes":""},"categories":[1],"tags":[],"class_list":["post-251","post","type-post","status-publish","format-standard","hentry","category-cour-europeenne-des-droits-de-lhomme"],"modified_by":"loisdumonde","_links":{"self":[{"href":"https:\/\/loisdumonde.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/251","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/loisdumonde.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/loisdumonde.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/loisdumonde.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/users\/1"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/loisdumonde.com\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcomments&post=251"}],"version-history":[{"count":1,"href":"https:\/\/loisdumonde.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/251\/revisions"}],"predecessor-version":[{"id":252,"href":"https:\/\/loisdumonde.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/251\/revisions\/252"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/loisdumonde.com\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fmedia&parent=251"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/loisdumonde.com\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcategories&post=251"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/loisdumonde.com\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Ftags&post=251"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}