{"id":234,"date":"2020-12-08T12:18:20","date_gmt":"2020-12-08T12:18:20","guid":{"rendered":"https:\/\/loisdumonde.com\/?p=234"},"modified":"2020-12-08T12:18:20","modified_gmt":"2020-12-08T12:18:20","slug":"affaire-dakhkilgov-c-russie-cour-europeenne-des-droits-de-lhomme-requete-no-34376-16","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/loisdumonde.com\/?p=234","title":{"rendered":"AFFAIRE DAKHKILGOV c. RUSSIE (Cour europ\u00e9enne des droits de l\u2019homme) Requ\u00eate no 34376\/16"},"content":{"rendered":"<p><strong>INTRODUCTION<\/strong>. La pr\u00e9sente affaire concerne l\u2019installation d\u2019un stade sportif attenant \u00e0 une \u00e9cole publique sur le terrain du requ\u00e9rant.<!--more--><\/p>\n<p style=\"text-align: center;\">TROISI\u00c8ME SECTION<br \/>\nAFFAIRE DAKHKILGOV c. RUSSIE<br \/>\n(Requ\u00eate no 34376\/16)<br \/>\nARR\u00caT<\/p>\n<p>Art 1 P1 \u2022 Privation de propri\u00e9t\u00e9 \u2022 Expropriation arbitraire et ill\u00e9gale d\u2019une partie du terrain du requ\u00e9rant lors de l\u2019installation sur celui-ci d\u2019un stade sportif attenant \u00e0 une \u00e9cole publique \u2022 Requ\u00e9rant propri\u00e9taire l\u00e9gitime et incontest\u00e9 au moment de l\u2019ing\u00e9rence \u2022 Expropriation de facto de son bien sans contr\u00f4le juridictionnel pr\u00e9alable, dans le cadre d\u2019une proc\u00e9dure l\u00e9galement pr\u00e9vue, de l\u2019utilit\u00e9 publique de la privation de sa propri\u00e9t\u00e9 et en l\u2019absence de toute indemnisation \u2022 Autorit\u00e9s nationales ayant tir\u00e9 b\u00e9n\u00e9fice de leurs comportement ill\u00e9gal<\/p>\n<p style=\"text-align: center;\">STRASBOURG<br \/>\n8 d\u00e9cembre 2020<\/p>\n<p>Cet arr\u00eat deviendra d\u00e9finitif dans les conditions d\u00e9finies \u00e0 l\u2019article 44 \u00a7 2 de la Convention. Il peut subir des retouches de forme.<\/p>\n<p><strong>En l\u2019affaire Dakhkilgov c. Russie,<\/strong><\/p>\n<p>La Cour europ\u00e9enne des droits de l\u2019homme (troisi\u00e8me section), si\u00e9geant en une Chambre compos\u00e9e de\u00a0:<\/p>\n<p>Paul Lemmens, pr\u00e9sident,<br \/>\nHelen Keller,<br \/>\nDmitry Dedov,<br \/>\nGeorges Ravarani,<br \/>\nMar\u00eda El\u00f3segui,<br \/>\nAnja Seibert-Fohr,<br \/>\nPeeter Roosma, juges,<br \/>\net de Milan Bla\u0161ko, greffier de section,<\/p>\n<p>Vu\u00a0:<\/p>\n<p>la requ\u00eate (no\u00a034376\/16) dirig\u00e9e contre la F\u00e9d\u00e9ration de Russie et dont un ressortissant de cet \u00c9tat, M. Adsalam Abuyazitovich Dakhkilgov (\u00ab\u00a0le requ\u00e9rant\u00a0\u00bb) a saisi la Cour le 2 juin 2016 en vertu de l\u2019article\u00a034 de la Convention de sauvegarde des droits de l\u2019homme et des libert\u00e9s fondamentales (\u00ab\u00a0la Convention\u00a0\u00bb),<\/p>\n<p>la d\u00e9cision de porter \u00e0 la connaissance du gouvernement russe une partie de la requ\u00eate et de d\u00e9clarer le reste irrecevable,<\/p>\n<p>les observations du Gouvernement et la r\u00e9ponse du requ\u00e9rant,<\/p>\n<p>Apr\u00e8s en avoir d\u00e9lib\u00e9r\u00e9 en chambre du conseil le 17 novembre 2020,<\/p>\n<p>Rend l\u2019arr\u00eat que voici, adopt\u00e9 \u00e0 cette date\u00a0:<\/p>\n<p><strong>INTRODUCTION<\/strong><\/p>\n<p>1. La pr\u00e9sente affaire concerne l\u2019installation d\u2019un stade sportif attenant \u00e0 une \u00e9cole publique sur le terrain du requ\u00e9rant.<\/p>\n<p><strong>EN FAIT<\/strong><\/p>\n<p>2. Le requ\u00e9rant est n\u00e9 en 1987 et r\u00e9side \u00e0 Dolakovo (r\u00e9publique d\u2019Ingouchie).<\/p>\n<p>3. Le Gouvernement a \u00e9t\u00e9 repr\u00e9sent\u00e9 par M.\u00a0M.\u00a0Galperine, repr\u00e9sentant de la F\u00e9d\u00e9ration de Russie aupr\u00e8s de la Cour europ\u00e9enne des droits de l\u2019homme.<\/p>\n<p>I. La gen\u00e8se de l\u2019affaire et les faits relatifs aux biens du requ\u00e9rant<\/p>\n<p>4. En 1994, le comit\u00e9 de gestion du patrimoine du district de Nazran (r\u00e9publique d\u2019Ingouchie) vendit \u00e0 M.\u00a0K. un ancien d\u00e9p\u00f4t p\u00e9trolier situ\u00e9 dans le village de Kantychevo (district de Nazran) ainsi que des d\u00e9pendances et lui conf\u00e9ra un droit d\u2019usage permanent sur le terrain d\u2019implantation mesurant 10\u00a0614 m2.<\/p>\n<p>5. Au cours d\u2019une r\u00e9union organis\u00e9e le 20 juillet 2006, une commission fonci\u00e8re du gouvernement de la r\u00e9publique d\u2019Ingouchie d\u00e9cida de d\u00e9signer un terrain pour la reconstruction d\u2019une \u00e9cole en ruine, situ\u00e9e dans le village de Kantychevo \u00e0 proximit\u00e9 dudit d\u00e9p\u00f4t p\u00e9trolier. Le 13\u00a0septembre 2006, le gouvernement rendit un arr\u00eat\u00e9 approuvant le proc\u00e8s\u2011verbal \u00e9tabli pendant la r\u00e9union de la commission fonci\u00e8re.<\/p>\n<p>6. Par un d\u00e9cret du 27 septembre 2006, pris en application de l\u2019arr\u00eat\u00e9 susmentionn\u00e9, l\u2019administration du district de Nazran d\u00e9cida qu\u2019un terrain de 3,9 hectares situ\u00e9 dans le village de Kantychevo serait affect\u00e9 (\u043e\u0442\u0432\u043e\u0434) \u00e0 la reconstruction et \u00e0 l\u2019extension du territoire de l\u2019\u00e9cole en question.<\/p>\n<p>7. Un plan de situation (\u0441\u0445\u0435\u043c\u0430 \u0440\u0430\u0437\u043c\u0435\u0449\u0435\u043d\u0438\u044f) de l\u2019\u00e9cole[1] pr\u00e9voyait l\u2019occupation d\u2019une partie du terrain d\u2019implantation de l\u2019ancien d\u00e9p\u00f4t p\u00e9trolier.<\/p>\n<p>8. Par un d\u00e9cret du 17 juillet 2009, l\u2019administration du district de Nazran approuva le plan du terrain d\u2019implantation du d\u00e9p\u00f4t p\u00e9trolier (\u0443\u0442\u0432\u0435\u0440\u0434\u0438\u0442\u044c \u0433\u0440\u0430\u043d\u0438\u0446\u044b \u0437\u0435\u043c\u0435\u043b\u044c\u043d\u043e\u0433\u043e \u0443\u0447\u0430\u0441\u0442\u043a\u0430, (&#8230;) \u0438\u0441\u043f\u043e\u043b\u044c\u0437\u0443\u0435\u043c\u043e\u0433\u043e \u043f\u043e\u0434 \u0410\u0417\u0421) utilis\u00e9 par M.\u00a0K. Le 31\u00a0d\u00e9cembre 2009, le minist\u00e8re du Patrimoine de la r\u00e9publique d\u2019Ingouchie vendit \u00e0 M. K. le terrain en question. Ce dernier enregistra dans le registre unifi\u00e9 des droits immobiliers (\u00ab\u00a0le registre unifi\u00e9\u00a0\u00bb) son droit de propri\u00e9t\u00e9 sur le terrain et sur les immeubles qui s\u2019y trouvaient.<\/p>\n<p>9. Le 6 d\u00e9cembre 2011, le requ\u00e9rant acheta \u00e0 M. K. le d\u00e9p\u00f4t p\u00e9trolier et le terrain d\u2019implantation. L\u2019usage du terrain \u00e9tait d\u00e9fini en tant qu\u2019\u00ab\u00a0exploitation du d\u00e9p\u00f4t p\u00e9trolier\u00a0\u00bb. Le 16 janvier 2012, le requ\u00e9rant enregistra dans le registre unifi\u00e9 son droit de propri\u00e9t\u00e9 sur les biens en question.<\/p>\n<p>10. \u00c0 un moment non pr\u00e9cis\u00e9 dans le dossier, le procureur du district de Nazran, agissant dans l\u2019int\u00e9r\u00eat du district et de l\u2019\u00c9tat f\u00e9d\u00e9ral, introduisit une demande en justice tendant \u00e0 l\u2019annulation du contrat de vente en date du 6\u00a0d\u00e9cembre 2011 (paragraphe 9 ci-dessus) et \u00e0 la radiation dans le registre unifi\u00e9 des mentions relatives au droit de propri\u00e9t\u00e9 du requ\u00e9rant. Parall\u00e8lement \u00e0 cette action en justice et \u00e0 un autre moment, non pr\u00e9cis\u00e9 dans le dossier, l\u2019administration du district de Nazran introduisit une demande similaire devant le m\u00eame tribunal.<\/p>\n<p>11. Par deux d\u00e9cisions rendues le 2 avril et le 27 septembre 2012, le tribunal du district de Nazran laissa ces demandes sans examen. Il consid\u00e9ra que le contrat litigieux portait atteinte aux int\u00e9r\u00eats de la r\u00e9publique d\u2019Ingouchie et du village de Kantychevo, mais qu\u2019il n\u2019\u00e9tait pas prouv\u00e9 que les int\u00e9r\u00eats du district de Nazran ou de l\u2019\u00c9tat f\u00e9d\u00e9ral aient \u00e9t\u00e9 affect\u00e9s.<\/p>\n<p>12. Le 30 octobre 2012, le gouverneur d\u2019Ingouchie donna mandat (\u043f\u043e\u0440\u0443\u0447\u0435\u043d\u0438\u0435) au minist\u00e8re de l\u2019\u00c9ducation, au minist\u00e8re de la Construction, de l\u2019Architecture et de l\u2019Urbanisme de la r\u00e9publique d\u2019Ingouchie, ainsi qu\u2019\u00e0 l\u2019administration et au parquet du district de Nazran d\u2019accomplir pour son compte, jusqu\u2019au 3 novembre 2012, certains actes consistant \u00e0 d\u00e9placer les biens composant l\u2019ancien d\u00e9p\u00f4t p\u00e9trolier situ\u00e9 sur le territoire de l\u2019\u00e9cole (\u043f\u0435\u0440\u0435\u043d\u043e\u0441\u0443 \u043d\u0430 \u043e\u043f\u0440\u0435\u0434\u0435\u043b\u0435\u043d\u043d\u044b\u0439 \u0443\u0447\u0430\u0441\u0442\u043e\u043a \u0432\u0441\u0435 \u043e\u0431\u043e\u0440\u0443\u0434\u043e\u0432\u0430\u043d\u0438\u0435 \u0431\u044b\u0432\u0448\u0435\u0439 \u043d\u0435\u0444\u0442\u0435\u0431\u0430\u0437\u044b, \u043d\u0430\u0445\u043e\u0434\u044f\u0449\u0435\u0439\u0441\u044f \u043d\u0430 \u0442\u0435\u0440\u0440\u0438\u0442\u043e\u0440\u0438\u0438 \u043d\u043e\u0432\u043e\u0439 \u0448\u043a\u043e\u043b\u044b) \u00e0 Kantychevo.<\/p>\n<p>13. Le 31 octobre 2012, le d\u00e9p\u00f4t p\u00e9trolier en question et les d\u00e9pendances furent d\u00e9molis et les biens meubles qui se trouvaient sur le terrain furent enlev\u00e9s. Le requ\u00e9rant affirme que les personnes ayant agi ainsi \u00e9taient des employ\u00e9s camoufl\u00e9s de la soci\u00e9t\u00e9 M., assist\u00e9s par les policiers et les fonctionnaires des administrations du district et du village.<\/p>\n<p>14. Ult\u00e9rieurement, \u00e0 un moment non pr\u00e9cis\u00e9 dans le dossier mais apr\u00e8s le 31 octobre 2012, un stade sportif attenant \u00e0 l\u2019\u00e9cole fut construit sur une partie du terrain d\u2019implantation de l\u2019ancien d\u00e9p\u00f4t.<\/p>\n<p>15. Le 31 octobre 2012, le requ\u00e9rant porta plainte au p\u00e9nal pour destruction des biens composant le d\u00e9p\u00f4t p\u00e9trolier. Par trois d\u00e9cisions rendues entre le 12 d\u00e9cembre 2012 et le 21 janvier 2013, les policiers et enqu\u00eateurs refus\u00e8rent d\u2019ouvrir une enqu\u00eate p\u00e9nale. Ces d\u00e9cisions furent toutes annul\u00e9es par le parquet.<\/p>\n<p>16. \u00c0 un moment non pr\u00e9cis\u00e9 dans le dossier, l\u2019administration du district de Nazran introduisit une demande en justice tendant \u00e0 annuler le contrat de vente du 31 d\u00e9cembre 2009 (paragraphe 8 ci-dessus), car elle s\u2019estimait propri\u00e9taire l\u00e9gitime du terrain. Par une d\u00e9cision du 23 avril 2013, le tribunal du district de Nazran constata l\u2019extinction de l\u2019instance par la d\u00e9cision d\u00e9finitive du 27\u00a0septembre 2012 (paragraphe 11 ci\u2011dessus), laissant sans examen la demande similaire de l\u2019administration.<\/p>\n<p>17. \u00c0 un autre moment non pr\u00e9cis\u00e9 dans le dossier, l\u2019administration du village de Kantychevo introduisit une demande en justice tendant \u00e0 annuler le contrat de vente du terrain conclu par M. K. Par une d\u00e9cision du 17 mai 2013, le tribunal du district de Nazran constata l\u2019extinction de l\u2019instance.<\/p>\n<p>II. Les contentieux civils engag\u00e9s par le requ\u00e9rant<\/p>\n<p><strong>A. Le recours contre la destruction des biens<\/strong><\/p>\n<p>18. \u00c0 une date non pr\u00e9cis\u00e9e dans le dossier, le requ\u00e9rant assigna en justice le gouverneur d\u2019Ingouchie, l\u2019administration et le parquet du district de Nazran. Il saisit le tribunal du district de Magas d\u2019une demande tendant \u00e0 faire d\u00e9clarer ill\u00e9gal le mandat donn\u00e9 le 30 octobre 2012 (paragraphe 12 ci\u2011dessus) et par cons\u00e9quent la destruction et l\u2019enl\u00e8vement de ses biens composant le d\u00e9p\u00f4t p\u00e9trolier, consid\u00e9r\u00e9 selon lui comme un vol, commis en ex\u00e9cution dudit mandat.<\/p>\n<p>19. Dans son jugement du 23 juin 2013, le tribunal du district de Magas rejeta l\u2019action. Se r\u00e9f\u00e9rant aux r\u00e9sultats des v\u00e9rifications au p\u00e9nal (paragraphe 15 ci-dessus), il estima qu\u2019il n\u2019\u00e9tait pas prouv\u00e9 que les personnes camoufl\u00e9es ayant d\u00e9truit les biens du requ\u00e9rant \u00e9taient des fonctionnaires. Il trouva qu\u2019\u00ab\u00a0en m\u00eame temps, il n\u2019y a[vait] pas de raisons de d\u00e9clarer illicite (\u043d\u0435\u043f\u0440\u0430\u0432\u043e\u043c\u0435\u0440\u043d\u044b\u043c) le mandat donn\u00e9 par le gouverneur d\u2019Ingouchie\u00a0\u00bb.<\/p>\n<p>20. Le 24 octobre 2013, la cour supr\u00eame d\u2019Ingouchie rejeta l\u2019appel du requ\u00e9rant en faisant siennes les conclusions du tribunal. Le 10\u00a0janvier 2014, statuant en formation de juge unique, la cour supr\u00eame d\u2019Ingouchie refusa de transmettre le pourvoi en cassation du requ\u00e9rant pour examen \u00e0 son pr\u00e9sidium. Le 1er avril 2014, statuant en formation de juge unique, la Cour supr\u00eame de Russie refusa de transmettre le pourvoi en cassation form\u00e9 par le requ\u00e9rant pour examen \u00e0 sa chambre civile.<\/p>\n<p><strong>B. La demande tendant \u00e0 d\u00e9monter le stade sportif<\/strong><\/p>\n<p>21. \u00c0 une date non pr\u00e9cis\u00e9e dans le dossier, le requ\u00e9rant assigna en justice le minist\u00e8re de la Construction, de l\u2019Architecture et de l\u2019Urbanisme de la r\u00e9publique d\u2019Ingouchie, ainsi que la soci\u00e9t\u00e9 M. Il sollicitait une injonction afin de faire d\u00e9monter par les d\u00e9fendeurs \u2013 en tant que construction ill\u00e9gale \u2013 le stade sportif install\u00e9 sur son terrain.<\/p>\n<p>22. Le 22 avril 2015, le tribunal du district de Nazran rejeta l\u2019action du requ\u00e9rant. D\u2019un c\u00f4t\u00e9, il prit en consid\u00e9ration le fait que le d\u00e9cret du 27\u00a0septembre 2006 pr\u00e9voyant la reconstruction de l\u2019\u00e9cole (paragraphe\u00a06 ci\u2011dessus) avait \u00e9t\u00e9 adopt\u00e9 ant\u00e9rieurement \u00e0 l\u2019acquisition du terrain par le requ\u00e9rant. D\u2019un autre c\u00f4t\u00e9, il tint compte du mandat donn\u00e9 le 30 octobre 2012 dont la lic\u00e9it\u00e9 aurait \u00e9t\u00e9 confirm\u00e9e dans le jugement du 23 juin 2013 (paragraphes 12 et 19 ci-dessus). Eu \u00e9gard \u00e0 ces motifs, le tribunal conclut qu\u2019il n\u2019\u00e9tait pas d\u00e9montr\u00e9 que l\u2019installation du stade violait les droits et int\u00e9r\u00eats l\u00e9gitimes du requ\u00e9rant. L\u2019int\u00e9ress\u00e9 fit appel du jugement.<\/p>\n<p>23. En appel, la cour supr\u00eame d\u2019Ingouchie appela en cause le gouvernement d\u2019Ingouchie, le minist\u00e8re du Patrimoine r\u00e9publicain et l\u2019administration du district de Nazran.<\/p>\n<p>24. Le 8 octobre 2015, la cour supr\u00eame d\u2019Ingouchie rejeta l\u2019action du requ\u00e9rant. Ayant analys\u00e9 les documents indiqu\u00e9s aux paragraphes 5 \u00e0 7 ci\u2011dessus, elle estimait que l\u2019emprise d\u2019une partie du terrain d\u2019implantation de l\u2019ancien d\u00e9p\u00f4t p\u00e9trolier pour l\u2019extension du territoire de l\u2019\u00e9cole avait \u00e9t\u00e9 d\u00e9cid\u00e9e par le d\u00e9cret du 27\u00a0septembre 2006 et qu\u2019elle pr\u00e9c\u00e9dait l\u2019achat du terrain par le requ\u00e9rant et l\u2019enregistrement par lui de son droit de propri\u00e9t\u00e9 dans le registre unifi\u00e9. Selon la cour supr\u00eame, la construction du stade avait \u00e9t\u00e9 faite dans le respect des r\u00e8gles d\u2019urbanisme, d\u2019hygi\u00e8ne et de s\u00e9curit\u00e9, et donc ne pouvait \u00eatre qualifi\u00e9e de construction ill\u00e9gale. Enfin, la juridiction d\u2019appel s\u2019exprima comme suit\u00a0:<\/p>\n<p>\u00ab\u00a0Ayant donn\u00e9 une appr\u00e9ciation aux faits (&#8230;), la chambre conclut que la demande tendant \u00e0 la d\u00e9molition n\u2019est pas fond\u00e9e en droit.<\/p>\n<p>En tirant une telle conclusion, la juridiction d\u2019appel tient compte \u00e9galement du jugement du 23 juin 2013 (&#8230;) rejetant le recours [du requ\u00e9rant] contre les actes et d\u00e9cisions (&#8230;) concernant l\u2019affectation du terrain \u00e0 la construction de l\u2019\u00e9cole no 1 \u00e0 Kantychevo.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p>25. Le 15 f\u00e9vrier 2016, statuant en formation de juge unique, la cour supr\u00eame d\u2019Ingouchie refusa de transmettre \u00e0 son pr\u00e9sidium le pourvoi en cassation du requ\u00e9rant pour examen. Elle ajouta que l\u2019int\u00e9ress\u00e9 ne pouvait pas valablement exiger le d\u00e9montage du stade sportif, car la construction de celui-ci avait \u00e9t\u00e9 d\u00fbment pr\u00e9vue par le d\u00e9cret du 27\u00a0septembre 2006 adopt\u00e9 avant l\u2019acquisition du terrain par le requ\u00e9rant.<\/p>\n<p>26. Le 13 avril 2016, statuant en formation de juge unique, la Cour supr\u00eame de Russie refusa de transmettre \u00e0 la chambre civile le pourvoi en cassation du requ\u00e9rant pour examen.<\/p>\n<p>III. Autres faits survenus apr\u00e8s l\u2019introduction de la requ\u00eate<\/p>\n<p>27. Dans ses observations, le Gouvernement a fourni les informations suivantes relatives aux poursuites p\u00e9nales en l\u2019affaire (paragraphe 15 ci\u2011dessus). \u00c0 la suite de diff\u00e9rentes plaintes d\u00e9pos\u00e9es par le requ\u00e9rant et M.\u00a0K., le 3 avril 2018, le d\u00e9partement de l\u2019int\u00e9rieur dans le district de Nazran ouvrit une enqu\u00eate p\u00e9nale contre X pour destruction volontaire de propri\u00e9t\u00e9. Le 2 juin 2018, l\u2019enqu\u00eate fut suspendue en raison de l\u2019impossibilit\u00e9 d\u2019identifier les suspects. Les 4 avril et 31 mai 2019, \u00e0 l\u2019issue de v\u00e9rifications compl\u00e9mentaires, deux d\u00e9cisions de classement sans suite furent rendues pour prescription de l\u2019action publique. Le 1er juillet 2019, l\u2019enqu\u00eate reprit son cours.<\/p>\n<p>28. Dans ses observations formul\u00e9es le 16 septembre 2019, le Gouvernement indique que le terrain d\u2019implantation de l\u2019ancien d\u00e9p\u00f4t p\u00e9trolier, qui reste la propri\u00e9t\u00e9 du requ\u00e9rant, n\u2019a jamais \u00e9t\u00e9 arpent\u00e9 et donc ses fronti\u00e8res n\u2019ont pas \u00e9t\u00e9 d\u00e9limit\u00e9es. Ce terrain existe toujours sur papier, avec le m\u00eame num\u00e9ro cadastral, mais de fait, il a \u00e9t\u00e9 inclus dans deux parcelles cr\u00e9\u00e9es et arpent\u00e9es en 2015, qui servent respectivement \u00e0 l\u2019\u00e9cole et \u00e0 une cr\u00e8che.<\/p>\n<p><strong>LE CADRE JURIDIQUE INTERNE PERTINENT<\/strong><\/p>\n<p>29. Selon l\u2019article 35 \u00a7 3 de la Constitution russe, nul ne peut \u00eatre priv\u00e9 de sa propri\u00e9t\u00e9 si ce n\u2019est par d\u00e9cision de justice. La privation forc\u00e9e de biens pour les besoins de l\u2019\u00c9tat ne peut \u00eatre exerc\u00e9e qu\u2019apr\u00e8s une indemnisation pr\u00e9alable et \u00e9quivalente \u00e0 la valeur des biens en question.<\/p>\n<p>30. Dans un arr\u00eat du 24 f\u00e9vrier 2004 no 3-P, la Cour constitutionnelle a dit que, dans tous les cas de privation forc\u00e9e de propri\u00e9t\u00e9, un contr\u00f4le judiciaire effectif \u00e9tait n\u00e9cessaire, a priori ou a posteriori.<\/p>\n<p>31. Les dispositions pertinentes en l\u2019esp\u00e8ce relatives \u00e0 la privation forc\u00e9e des biens et \u00e0 l\u2019expropriation sont expos\u00e9es dans l\u2019arr\u00eat Tkachenko c.\u00a0Russie (no\u00a028046\/05, \u00a7\u00a7 19-25, 20 mars 2018).<\/p>\n<p>32. Les dispositions pertinentes en l\u2019esp\u00e8ce relatives \u00e0 la port\u00e9e de l\u2019enregistrement du droit de propri\u00e9t\u00e9 dans le registre unifi\u00e9 ainsi qu\u2019aux constructions ill\u00e9gales sont expos\u00e9es dans l\u2019arr\u00eat Zhidov et autres c. Russie (nos 54490\/10 et 3 autres, \u00a7\u00a7 49-50 et 54, 16 octobre 2018).<\/p>\n<p><strong>EN DROIT<\/strong><\/p>\n<p>I. SUR LA VIOLATION ALL\u00c9GU\u00c9E DE L\u2019ARTICLE 1 du protocole no 1 \u00e0 LA CONVENTION<\/p>\n<p>33. Le requ\u00e9rant d\u00e9nonce une violation de son droit de propri\u00e9t\u00e9 en raison de la destruction de ses biens composant le d\u00e9p\u00f4t p\u00e9trolier et de l\u2019occupation de son terrain par les autorit\u00e9s sans respecter la proc\u00e9dure d\u2019expropriation et sans la moindre indemnisation. Il invoque l\u2019article 1 du Protocole no 1 \u00e0 la Convention, qui est ainsi libell\u00e9 en sa partie pertinente\u00a0:<\/p>\n<p>\u00ab\u00a0Toute personne physique ou morale a droit au respect de ses biens. Nul ne peut \u00eatre priv\u00e9 de sa propri\u00e9t\u00e9 que pour cause d\u2019utilit\u00e9 publique et dans les conditions pr\u00e9vues par la loi et les principes g\u00e9n\u00e9raux du droit international. (&#8230;)\u00a0\u00bb<\/p>\n<p><strong>A. Sur la recevabilit\u00e9<\/strong><\/p>\n<p>34. En soulevant des arguments relatifs au fond des griefs (paragraphes 37-40 ci-dessous), le Gouvernement invite la Cour \u00e0 rejeter la requ\u00eate pour d\u00e9faut manifeste de fondement, au sens de l\u2019article 35 \u00a7\u00a7 1 et 3 a). Le requ\u00e9rant maintient ses griefs.<\/p>\n<p>35. La Cour observe que le requ\u00e9rant soul\u00e8ve deux griefs dans sa requ\u00eate\u00a0: i) la destruction de ses biens et ii) l\u2019occupation de son terrain. Or le premier de ces griefs a \u00e9t\u00e9 d\u00e9clar\u00e9 irrecevable pour tardivet\u00e9, en application de l\u2019article 35 \u00a7 1 de la Convention, au moment de la communication de la pr\u00e9sente requ\u00eate.<\/p>\n<p>36. Elle observe en m\u00eame temps que la destruction des biens composant l\u2019ancien d\u00e9p\u00f4t p\u00e9trolier, quel qu\u2019en soit l\u2019auteur, a \u00e9t\u00e9 un pr\u00e9alable n\u00e9cessaire pour l\u2019installation du stade sportif sur le terrain du requ\u00e9rant. Elle estime que la tardivet\u00e9 du premier grief est sans pr\u00e9judice de l\u2019examen du second grief. Constatant que ce dernier n\u2019est pas manifestement mal fond\u00e9 au sens de l\u2019article\u00a035\u00a0\u00a7 3 a) de la Convention et qu\u2019il n\u2019est pas irrecevable pour d\u2019autres motifs, la Cour le d\u00e9clare recevable.<\/p>\n<p><strong>B. Sur le fond<\/strong><\/p>\n<p><em>1. Th\u00e8ses des parties<\/em><\/p>\n<p>37. S\u2019agissant de la l\u00e9galit\u00e9 de l\u2019ing\u00e9rence, le Gouvernement soutient que les mesures visant \u00e0 l\u2019extension du territoire de l\u2019\u00e9cole et au d\u00e9placement des biens composant le d\u00e9p\u00f4t p\u00e9trolier avaient comme base l\u00e9gale respectivement le d\u00e9cret adopt\u00e9 le 27 septembre 2006 et le mandat donn\u00e9 par le gouverneur d\u2019Ingouchie le 30 octobre 2012 (paragraphes 6 et 12 ci-dessus). Il indique qu\u2019aucune d\u00e9cision relative \u00e0 l\u2019expropriation des biens du requ\u00e9rant n\u2019a \u00e9t\u00e9 adopt\u00e9e.<\/p>\n<p>38. Selon le Gouvernement, l\u2019ing\u00e9rence a donc poursuivi un but d\u2019utilit\u00e9 publique visant \u00e0 la construction urbaine.<\/p>\n<p>39. S\u2019agissant de la proportionnalit\u00e9 de l\u2019ing\u00e9rence, il argue qu\u2019en achetant l\u2019ancien d\u00e9p\u00f4t p\u00e9trolier, les d\u00e9pendances et le terrain d\u2019implantation, le requ\u00e9rant savait pertinemment que ce terrain avait \u00e9t\u00e9 destin\u00e9 \u00e0 l\u2019extension du territoire de l\u2019\u00e9cole, et que les autorit\u00e9s ont r\u00e9agi en temps utile. En outre, l\u2019ing\u00e9rence a \u00e9t\u00e9 assortie selon le Gouvernement d\u2019un contr\u00f4le judiciaire effectif, dans le respect de la Constitution et de l\u2019arr\u00eat susmentionn\u00e9 de la Cour constitutionnelle (paragraphes 29-30 ci-dessus). Il se r\u00e9f\u00e8re, d\u2019un c\u00f4t\u00e9, aux tentatives des autorit\u00e9s et collectivit\u00e9s publiques tendant \u00e0 annuler en justice les ventes du terrain litigieux pour d\u00e9montrer qu\u2019en 2009 la vente \u00e0 M. K. du terrain destin\u00e9 \u00e0 la reconstruction et \u00e0 l\u2019extension du territoire de l\u2019\u00e9cole avait \u00e9t\u00e9 illicite, et qu\u2019en outre, le minist\u00e8re du patrimoine r\u00e9publicain ne pouvait pas disposer du terrain. D\u2019un autre c\u00f4t\u00e9, le Gouvernement se r\u00e9f\u00e8re aux d\u00e9cisions judiciaires rendues dans les deux litiges initi\u00e9s par le requ\u00e9rant pour arguer que l\u2019affectation du terrain \u00e0 la construction et \u00e0 l\u2019extension du territoire de l\u2019\u00e9cole avait \u00e9t\u00e9 l\u00e9gale et ant\u00e9rieure \u00e0 l\u2019acquisition des biens par l\u2019int\u00e9ress\u00e9.<\/p>\n<p>40. Enfin, selon le Gouvernement, la destruction des biens composant le d\u00e9p\u00f4t p\u00e9trolier a \u00e9t\u00e9 effectu\u00e9e par des personnes priv\u00e9es inconnues qui doivent \u00eatre identifi\u00e9es dans le cadre de l\u2019enqu\u00eate p\u00e9nale, et l\u2019\u00c9tat ne peut \u00eatre tenu pour responsable des agissements de ces individus.<\/p>\n<p>41. Le requ\u00e9rant maintient ses griefs.<\/p>\n<p><em>2. Appr\u00e9ciation de la Cour<\/em><\/p>\n<p>a) Sur l\u2019existence d\u2019un \u00ab\u00a0bien\u00a0\u00bb et sur la nature de l\u2019ing\u00e9rence<\/p>\n<p>42. Il n\u2019est pas contest\u00e9 que le terrain d\u2019implantation du d\u00e9p\u00f4t p\u00e9trolier, mesurant 10\u00a0614 m2, \u00e9tait un \u00ab\u00a0bien\u00a0\u00bb du requ\u00e9rant, au sens de l\u2019article 1 du Protocole no 1 \u00e0 la Convention. Il n\u2019est pas non plus contest\u00e9 que l\u2019occupation de ce terrain \u2013 par l\u2019installation d\u2019un stade sportif attenant \u00e0 l\u2019\u00e9cole sur une partie de celui-ci \u2013 a constitu\u00e9 une ing\u00e9rence dans le droit du requ\u00e9rant au respect de ses biens. La Cour note que le requ\u00e9rant est rest\u00e9 formellement propri\u00e9taire du terrain occup\u00e9. Or, ce terrain non arpent\u00e9 n\u2019existe plus que sur papier, et il est inclus dans deux autres parcelles appartenant aux autorit\u00e9s (paragraphe 28 ci-dessus), avec comme r\u00e9sultat l\u2019impossibilit\u00e9 de faire tout usage de ce terrain pour l\u2019int\u00e9ress\u00e9. Dans ces circonstances, la Cour estime que l\u2019ing\u00e9rence ayant engendr\u00e9 des cons\u00e9quences graves \u00e0 telle enseigne qu\u2019elle va au-del\u00e0 de la \u00ab\u00a0r\u00e9glementation de l\u2019usage des biens\u00a0\u00bb, au sens du second alin\u00e9a de l\u2019article 1 du Protocole no\u00a01, engendrant d\u00e8s lors une \u00ab\u00a0privation des biens\u00a0\u00bb, au sens de la seconde phrase du premier alin\u00e9a dudit article (voir, mutatis mutandis, Papamichalopoulos et autres c. Gr\u00e8ce, 24 juin 1993, \u00a7\u00a7 44-45, s\u00e9rie A no\u00a0260\u2011B).<\/p>\n<p>43. La Cour doit rechercher \u00e0 pr\u00e9sent si l\u2019ing\u00e9rence se justifie sous l\u2019angle de cette disposition. Pour \u00eatre compatible avec celle-ci, la mesure doit remplir trois conditions\u00a0: elle doit \u00eatre effectu\u00e9e \u00ab\u00a0dans les conditions pr\u00e9vues par la loi\u00a0\u00bb, \u00ab\u00a0pour cause d\u2019utilit\u00e9 publique\u00a0\u00bb et dans le respect d\u2019un juste \u00e9quilibre entre les droits du propri\u00e9taire et les int\u00e9r\u00eats de la communaut\u00e9.<\/p>\n<p>b) Sur le respect du principe de l\u00e9galit\u00e9<\/p>\n<p>44. La Cour rappelle que l\u2019article 1 du Protocole no 1 \u00e0 la Convention exige, avant tout et surtout, qu\u2019une ing\u00e9rence de l\u2019autorit\u00e9 publique dans la jouissance du droit au respect des biens soit l\u00e9gale. La pr\u00e9\u00e9minence du droit, l\u2019un des principes fondamentaux d\u2019une soci\u00e9t\u00e9 d\u00e9mocratique, est une notion inh\u00e9rente \u00e0 l\u2019ensemble des articles de la Convention (Visti\u0146\u0161 et Perepjolkins c.\u00a0Lettonie [GC], no 71243\/01, \u00a7\u00a7 94-95, 25 octobre 2012). Il en d\u00e9coule que la n\u00e9cessit\u00e9 d\u2019examiner la question du juste \u00e9quilibre \u00ab\u00a0ne peut se faire sentir que lorsqu\u2019il s\u2019est av\u00e9r\u00e9 que l\u2019ing\u00e9rence litigieuse a respect\u00e9 le principe de l\u00e9galit\u00e9 et n\u2019\u00e9tait pas arbitraire\u00a0\u00bb (Guiso-Gallisay c. Italie, no\u00a058858\/00, \u00a7\u00a080, 8 d\u00e9cembre 2005, avec les r\u00e9f\u00e9rences qui y sont cit\u00e9es). L\u2019expression \u00ab\u00a0dans les conditions pr\u00e9vues par la loi\u00a0\u00bb pr\u00e9suppose l\u2019existence et le respect de normes de droit interne suffisamment accessibles et pr\u00e9cises (Lithgow et autres c. Royaume-Uni, 8 juillet 1986, \u00a7 110, s\u00e9rie A no\u00a0102) et offrant des garanties contre l\u2019arbitraire (Visti\u0146\u0161 et Perepjolkins, pr\u00e9cit\u00e9, \u00a7 95).<\/p>\n<p>45. En l\u2019esp\u00e8ce, la Cour rel\u00e8ve que l\u2019emprise d\u2019une partie du terrain d\u2019implantation de l\u2019ancien d\u00e9p\u00f4t p\u00e9trolier pour \u00e9tendre le territoire de l\u2019\u00e9cole et l\u2019installation du stade sportif a \u00e9t\u00e9 pr\u00e9vue par les actes adopt\u00e9s par les autorit\u00e9s r\u00e9publicaines et locales en 2006 (paragraphes 5-7 ci-dessus). Or, pr\u00e8s de trois ans apr\u00e8s l\u2019adoption de ces actes, les autorit\u00e9s r\u00e9publicaines, locales et f\u00e9d\u00e9rales ont adopt\u00e9 d\u2019autres actes concernant ce terrain, allant dans le sens oppos\u00e9. En effet, en 2009, l\u2019administration du district a approuv\u00e9 le plan du terrain en confirmant que celui-ci avait \u00e9t\u00e9 octroy\u00e9 \u00e0 M.\u00a0K &#8211; pr\u00e9d\u00e9cesseur du requ\u00e9rant. Elle lui a \u00e9galement conf\u00e9r\u00e9 un droit d\u2019usage permanent sur ce terrain, puis le minist\u00e8re r\u00e9publicain du Patrimoine a vendu le terrain \u00e0 M.\u00a0K. L\u2019autorit\u00e9 en charge de l\u2019enregistrement des droits r\u00e9els a proc\u00e9d\u00e9 \u00e0 son tour \u00e0 l\u2019enregistrement du droit de propri\u00e9t\u00e9 de M.\u00a0K. puis du requ\u00e9rant sur le terrain, en confirmant par cela la lic\u00e9it\u00e9 de ces transactions (paragraphe 32 ci-dessus et la r\u00e9f\u00e9rence y cit\u00e9e).<\/p>\n<p>46. Les tentatives des diff\u00e9rentes autorit\u00e9s tendant \u00e0 annuler les ventes du terrain ont \u00e9chou\u00e9. \u00c0 cet \u00e9gard, la Cour trouve sans pertinence l\u2019argument du Gouvernement selon lequel l\u2019int\u00e9ress\u00e9 savait au moment de l\u2019acquisition du terrain que celui-ci \u00e9tait destin\u00e9 \u00e0 l\u2019extension de l\u2019\u00e9cole en vertu des actes adopt\u00e9s en 2006 (paragraphe 39 ci-dessus). En effet, une telle connaissance de la part du requ\u00e9rant ou l\u2019ignorance de celui-ci auraient d\u00fb faire l\u2019objet d\u2019une appr\u00e9ciation par les tribunaux dans le cadre de l\u2019action en annulation de la vente. Or les demandes en justice introduites par les autorit\u00e9s tendant \u00e0 l\u2019annulation des ventes n\u2019ont pas fait l\u2019objet d\u2019examen, et aucune appr\u00e9ciation de la bonne foi du requ\u00e9rant n\u2019a eu lieu. De l\u2019avis de la Cour, le Gouvernement ne peut pas valablement avancer de th\u00e8ses non d\u00e9battues devant les juridictions internes (voir, pour une situation similaire, OOO\u00a0KD\u2011Konsalting c. Russie, no 54184\/11, \u00a7 47, 29 mai 2018).<\/p>\n<p>47. Il r\u00e9sulte de ce qui pr\u00e9c\u00e8de que, au moment de l\u2019ing\u00e9rence, le requ\u00e9rant restait propri\u00e9taire l\u00e9gitime et incontest\u00e9 du terrain.<\/p>\n<p>48. Dans ce contexte, pour pouvoir occuper ce terrain, les autorit\u00e9s n\u2019ont pas, comme elles en avaient la possibilit\u00e9 en droit russe, engag\u00e9 une proc\u00e9dure d\u2019expropriation comportant plusieurs \u00e9tapes et garanties contre l\u2019arbitraire, dont la notification \u00e9crite de la d\u00e9cision d\u2019expropriation, la r\u00e9daction d\u2019une convention de rachat, en cas de d\u00e9saccord du propri\u00e9taire, un droit pour l\u2019autorit\u00e9 publique comp\u00e9tente d\u2019intenter une action en expropriation (paragraphe 30 ci-dessus\u00a0; voir, pour un r\u00e9sum\u00e9 de la port\u00e9e des dispositions pertinentes, Tkachenko c.\u00a0Russie, no\u00a028046\/05, \u00a7\u00a054, 20\u00a0mars 2018) et, surtout, le paiement d\u2019une indemnit\u00e9.<\/p>\n<p>49. En revanche, en l\u2019esp\u00e8ce, le requ\u00e9rant a \u00e9t\u00e9 expropri\u00e9 de facto de son bien sans contr\u00f4le juridictionnel pr\u00e9alable, dans le cadre d\u2019une proc\u00e9dure l\u00e9galement pr\u00e9vue, de l\u2019utilit\u00e9 publique de la privation de sa propri\u00e9t\u00e9 et sans avoir b\u00e9n\u00e9fici\u00e9 d\u2019une quelconque indemnit\u00e9. Puis, lorsqu\u2019il a demand\u00e9 le d\u00e9montage du stade occupant son terrain contre sa volont\u00e9, les juridictions se sont born\u00e9es \u00e0 constater que les actes relatifs \u00e0 l\u2019extension du territoire de l\u2019\u00e9cole avaient \u00e9t\u00e9 adopt\u00e9s ant\u00e9rieurement \u00e0 l\u2019acquisition du terrain par l\u2019int\u00e9ress\u00e9 et que la construction du stade respectait les r\u00e8gles d\u2019urbanisme et de s\u00e9curit\u00e9.<\/p>\n<p>50. Dans ces circonstances, la Cour conclut que l\u2019ing\u00e9rence, op\u00e9r\u00e9e en m\u00e9connaissance compl\u00e8te par les autorit\u00e9s de la proc\u00e9dure l\u00e9galement pr\u00e9vue pour op\u00e9rer une d\u2019expropriation et en l\u2019absence de toute indemnisation, a permis aux autorit\u00e9s de tirer b\u00e9n\u00e9fice de leur comportement ill\u00e9gal (Guiso-Gallisay c.\u00a0Italie (satisfaction \u00e9quitable) [GC], no 58858\/00, \u00a7 94, 22 d\u00e9cembre 2009). Cette expropriation de fait a \u00e9t\u00e9 arbitraire et donc \u00ab\u00a0ill\u00e9gale\u00a0\u00bb au sens de l\u2019article 1 du Protocole no 1 \u00e0 la Convention. Cette conclusion rend superflu l\u2019examen des autres exigences de cette disposition (voir aussi Abiyev et Palko c. Russie, no\u00a077681\/14, \u00a7\u00a7\u00a066-67, 24 mars 2020).<\/p>\n<p>Partant, il y a eu violation de l\u2019article 1 du Protocole no 1 \u00e0 la Convention.<\/p>\n<p>II. SUR L\u2019APPLICATION DE L\u2019ARTICLE 41 DE LA CONVENTION<\/p>\n<p>51. Aux termes de l\u2019article 41 de la Convention,<\/p>\n<p>\u00ab\u00a0Si la Cour d\u00e9clare qu\u2019il y a eu violation de la Convention ou de ses Protocoles, et si le droit interne de la Haute Partie contractante ne permet d\u2019effacer qu\u2019imparfaitement les cons\u00e9quences de cette violation, la Cour accorde \u00e0 la partie l\u00e9s\u00e9e, s\u2019il y a lieu, une satisfaction \u00e9quitable.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p>52. Le requ\u00e9rant n\u2019a pas soumis de demande de satisfaction \u00e9quitable. Partant, la Cour estime qu\u2019il n\u2019y a pas lieu de statuer sur cette question.<\/p>\n<p><strong>PAR CES MOTIFS, LA COUR, \u00c0 L\u2019UNANIMIT\u00c9,<\/strong><\/p>\n<p>1. D\u00e9clare la requ\u00eate recevable quant au grief concernant l\u2019occupation du terrain du requ\u00e9rant et irrecevable pour le surplus\u00a0;<\/p>\n<p>2. Dit qu\u2019il y a eu violation de l\u2019article 1 du Protocole no 1 \u00e0 la Convention.<\/p>\n<p>Fait en fran\u00e7ais, puis communiqu\u00e9 par \u00e9crit le 8 d\u00e9cembre 2020, en application de l\u2019article\u00a077\u00a0\u00a7\u00a7\u00a02 et\u00a03 du r\u00e8glement.<\/p>\n<p>Milan Bla\u0161ko \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 Paul Lemmens<br \/>\nGreffier \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0Pr\u00e9sident<\/p>\n<p>_____________<\/p>\n<p>[1] Ce document n\u2019a pas \u00e9t\u00e9 fourni \u00e0 la Cour, et la date de l\u2019\u00e9tablissement de celui-ci n\u2019est pas connue.<\/p>\n<div class=\"social-share-buttons\"><a href=\"https:\/\/www.facebook.com\/sharer\/sharer.php?u=https:\/\/loisdumonde.com\/?p=234\" target=\"_blank\" rel=\"noopener\">Facebook<\/a><a href=\"https:\/\/twitter.com\/intent\/tweet?url=https:\/\/loisdumonde.com\/?p=234&text=AFFAIRE+DAKHKILGOV+c.+RUSSIE+%28Cour+europ%C3%A9enne+des+droits+de+l%E2%80%99homme%29+Requ%C3%AAte+no+34376%2F16\" target=\"_blank\" rel=\"noopener\">Twitter<\/a><a href=\"https:\/\/www.linkedin.com\/shareArticle?url=https:\/\/loisdumonde.com\/?p=234&title=AFFAIRE+DAKHKILGOV+c.+RUSSIE+%28Cour+europ%C3%A9enne+des+droits+de+l%E2%80%99homme%29+Requ%C3%AAte+no+34376%2F16\" target=\"_blank\" rel=\"noopener\">LinkedIn<\/a><a href=\"https:\/\/pinterest.com\/pin\/create\/button\/?url=https:\/\/loisdumonde.com\/?p=234&description=AFFAIRE+DAKHKILGOV+c.+RUSSIE+%28Cour+europ%C3%A9enne+des+droits+de+l%E2%80%99homme%29+Requ%C3%AAte+no+34376%2F16\" target=\"_blank\" rel=\"noopener\">Pinterest<\/a><\/div>","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>INTRODUCTION. La pr\u00e9sente affaire concerne l\u2019installation d\u2019un stade sportif attenant \u00e0 une \u00e9cole publique sur le terrain du requ\u00e9rant. 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