{"id":224,"date":"2020-12-08T11:38:04","date_gmt":"2020-12-08T11:38:04","guid":{"rendered":"https:\/\/loisdumonde.com\/?p=224"},"modified":"2020-12-08T11:38:04","modified_gmt":"2020-12-08T11:38:04","slug":"affaire-rotaru-c-republique-de-moldova-cour-europeenne-des-droits-de-lhomme-requete-no-26764-12","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/loisdumonde.com\/?p=224","title":{"rendered":"AFFAIRE ROTARU c. R\u00c9PUBLIQUE DE MOLDOVA (Cour europ\u00e9enne des droits de l\u2019homme) Requ\u00eate no 26764\/12"},"content":{"rendered":"<p><strong>INTRODUCTION<\/strong>. La requ\u00eate porte sur le refus des autorit\u00e9s internes de renouveler le passeport du requ\u00e9rant en raison de la non-ex\u00e9cution de la d\u00e9cision de justice l\u2019obligeant \u00e0 rembourser une dette \u00e0 un tiers.<!--more--> Elle soul\u00e8ve en particulier des questions relatives \u00e0 la qualit\u00e9 de la loi ayant fond\u00e9 l\u2019ing\u00e9rence all\u00e9gu\u00e9e dans le droit de l\u2019int\u00e9ress\u00e9 \u00e0 la libert\u00e9 de circulation.<\/p>\n<p style=\"text-align: center;\">DEUXI\u00c8ME SECTION<br \/>\nAFFAIRE ROTARU c. R\u00c9PUBLIQUE DE MOLDOVA<br \/>\n(Requ\u00eate no 26764\/12)<br \/>\nARR\u00caT<\/p>\n<p>Art 2 P4 \u2022 Libert\u00e9 de circulation \u2022 Refus des autorit\u00e9s internes de renouveler le passeport du requ\u00e9rant en raison de la non-ex\u00e9cution de la d\u00e9cision de justice l\u2019obligeant \u00e0 rembourser une dette \u00e0 un tiers \u2022 Impossibilit\u00e9 de quitter le territoire \u2022 Base l\u00e9gale r\u00e9dig\u00e9e d\u2019une mani\u00e8re tr\u00e8s g\u00e9n\u00e9rale et d\u00e9pourvue de la protection n\u00e9cessaire contre l\u2019arbitraire \u2022 Absence de garanties proc\u00e9durales suffisantes pour pr\u00e9venir le risque d\u2019abus de pouvoir de la part des autorit\u00e9s \u2022 Mesure de caract\u00e8re automatique, sans limitation de dur\u00e9e et sans contr\u00f4le effectif et p\u00e9riodique \u2022 Mesure adopt\u00e9e douze ans environ apr\u00e8s la condamnation du requ\u00e9rant et en l\u2019absence de toute proc\u00e9dure d\u2019ex\u00e9cution pendante devant un huissier de justice \u2022 Contr\u00f4le de la proportionnalit\u00e9 des restrictions au droit \u00e0 la libert\u00e9 de circulation express\u00e9ment exig\u00e9 par la Cour constitutionnelle \u2022 Absence d\u2019analyse de la situation individuelle du requ\u00e9rant et de la question de la proportionnalit\u00e9 de l\u2019ing\u00e9rence de la part des juridictions internes<\/p>\n<p style=\"text-align: center;\">STRASBOURG<br \/>\n8 d\u00e9cembre 2020<\/p>\n<p>Cet arr\u00eat deviendra d\u00e9finitif dans les conditions d\u00e9finies \u00e0 l\u2019article 44 \u00a7 2 de la Convention. Il peut subir des retouches de forme.<\/p>\n<p>En l\u2019affaire Rotaru c. R\u00e9publique de Moldova,<\/p>\n<p>La Cour europ\u00e9enne des droits de l\u2019homme (deuxi\u00e8me section), si\u00e9geant en une Chambre compos\u00e9e de\u00a0:<\/p>\n<p>Jon Fridrik Kj\u00f8lbro, pr\u00e9sident,<br \/>\nMarko Bo\u0161njak,<br \/>\nAle\u0161 Pejchal,<br \/>\nValeriu Gri\u0163co,<br \/>\nBranko Lubarda,<br \/>\nCarlo Ranzoni,<br \/>\nSaadet Y\u00fcksel, juges,<br \/>\net de Stanley Naismith, greffier de section,<\/p>\n<p>Vu\u00a0:<\/p>\n<p>la requ\u00eate (no\u00a026764\/12) dirig\u00e9e contre la R\u00e9publique de Moldova et dont un ressortissant de cet \u00c9tat, M. Victor Rotaru (\u00ab\u00a0le requ\u00e9rant\u00a0\u00bb) a saisi la Cour en vertu de l\u2019article\u00a034 de la Convention de sauvegarde des droits de l\u2019homme et des libert\u00e9s fondamentales (\u00ab\u00a0la Convention\u00a0\u00bb) le 24 avril 2012,<\/p>\n<p>la d\u00e9cision de porter \u00e0 la connaissance du gouvernement moldave (\u00ab\u00a0le Gouvernement\u00a0\u00bb) le grief tir\u00e9 de l\u2019article 2 du Protocole no 4 et de d\u00e9clarer la requ\u00eate irrecevable pour le surplus,<\/p>\n<p>les observations des parties,<\/p>\n<p>Apr\u00e8s en avoir d\u00e9lib\u00e9r\u00e9 en chambre du conseil le 17 novembre 2020,<\/p>\n<p>Rend l\u2019arr\u00eat que voici, adopt\u00e9 \u00e0 cette date\u00a0:<\/p>\n<p><strong>INTRODUCTION<\/strong><\/p>\n<p>1. La requ\u00eate porte sur le refus des autorit\u00e9s internes de renouveler le passeport du requ\u00e9rant en raison de la non-ex\u00e9cution de la d\u00e9cision de justice l\u2019obligeant \u00e0 rembourser une dette \u00e0 un tiers. Elle soul\u00e8ve en particulier des questions relatives \u00e0 la qualit\u00e9 de la loi ayant fond\u00e9 l\u2019ing\u00e9rence all\u00e9gu\u00e9e dans le droit de l\u2019int\u00e9ress\u00e9 \u00e0 la libert\u00e9 de circulation.<\/p>\n<p><strong>EN FAIT<\/strong><\/p>\n<p>2. Le requ\u00e9rant r\u00e9side \u00e0 Chi\u0219in\u0103u. Il est repr\u00e9sent\u00e9 par Me\u00a0I.\u00a0Cerga, avocat.<\/p>\n<p>3. Le Gouvernement a \u00e9t\u00e9 repr\u00e9sent\u00e9 par son agent, M. L. Apostol.<\/p>\n<p>4. Par un jugement du 11 juin 1998, le tribunal de Botanica (Chi\u0219in\u0103u) ordonna au requ\u00e9rant de payer \u00e0 la banque\u00a0E. 77\u00a0908,51 lei moldaves (environ 16\u00a0450 dollars am\u00e9ricains selon le taux de change en vigueur \u00e0 l\u2019\u00e9poque) au titre d\u2019un cr\u00e9dit non rembours\u00e9 et des p\u00e9nalit\u00e9s de retard. Ce jugement passa en force de chose jug\u00e9e.<\/p>\n<p>5. En 2004, le requ\u00e9rant partit s\u2019installer avec sa famille en Roumanie.<\/p>\n<p>6. Par une lettre du 2 avril 2007, la banque E. invita l\u2019autorit\u00e9 d\u2019\u00e9tat civil \u00e0 refuser toute demande \u00e9ventuelle du requ\u00e9rant concernant la d\u00e9livrance d\u2019un document de voyage.<\/p>\n<p>7. Le 22 avril 2009, l\u2019office d\u2019ex\u00e9cution des d\u00e9cisions de justice comp\u00e9tent informa la banque E. qu\u2019aucune proc\u00e9dure d\u2019ex\u00e9cution \u00e0 l\u2019encontre du requ\u00e9rant n\u2019\u00e9tait pendante.<\/p>\n<p>8. Le 14 janvier 2010, le requ\u00e9rant, de retour en Moldova, demanda le renouvellement de son passeport.<\/p>\n<p>9. Le 6 avril 2010, l\u2019autorit\u00e9 d\u2019\u00e9tat civil rejeta la demande au motif que la dette envers la banque E. n\u2019\u00e9tait pas rembours\u00e9e. Elle fondait sa d\u00e9cision sur l\u2019article 8 g) de la loi no 269 sur l\u2019entr\u00e9e et la sortie de la R\u00e9publique de Moldova (\u00ab\u00a0la loi no 269\u00a0\u00bb) (paragraphe 16 ci-dessous).<\/p>\n<p>10. Le 19 avril 2010, le requ\u00e9rant contesta ce refus devant un tribunal. Il d\u00e9non\u00e7ait une ing\u00e9rence ill\u00e9gale dans son droit \u00e0 la libert\u00e9 de circulation. Il soutenait que le d\u00e9lai l\u00e9gal de trois ans pour demander l\u2019ex\u00e9cution du jugement du 11 juin 1998 \u00e9tait \u00e9chu en l\u2019esp\u00e8ce. Il arguait d\u00e8s lors que l\u2019autorit\u00e9 d\u2019\u00e9tat civil n\u2019\u00e9tait pas en droit d\u2019acc\u00e9der \u00e0 la demande de la banque E. du 2\u00a0avril 2007 (paragraphe 6 ci-dessus).<\/p>\n<p>11. Le 1er septembre 2010, la banque E. demanda \u00e0 un huissier de justice l\u2019ex\u00e9cution du jugement du 11 juin 1998. Le 18 septembre 2010, celui-ci interdit \u00e0 l\u2019autorit\u00e9 d\u2019\u00e9tat civil de d\u00e9livrer un passeport au requ\u00e9rant.<\/p>\n<p>12. Le 11 mars 2011, la cour d\u2019appel de Chi\u0219in\u0103u rejeta l\u2019action du requ\u00e9rant comme mal fond\u00e9e. Elle jugeait que le refus de d\u00e9livrer un passeport \u00e0 l\u2019int\u00e9ress\u00e9 \u00e9tait l\u00e9gal, car pr\u00e9vu par l\u2019article 8 g) de la loi no\u00a0269, et que ce refus \u00e9tait pleinement justifi\u00e9 en raison du non-remboursement de la dette fix\u00e9e par le jugement du 11 juin 1998.<\/p>\n<p>13. Le 19 mars 2011, le requ\u00e9rant forma un recours. Il ajoutait un argument suppl\u00e9mentaire selon lequel, en vertu du droit en vigueur, seulement un huissier de justice aurait pu interdire la d\u00e9livrance du passeport. Il pr\u00e9cisait que, au moment o\u00f9 il avait demand\u00e9 le renouvellement de son passeport, il n\u2019y avait aucune interdiction mise en place par un huissier de justice et que la d\u00e9cision du 18 septembre 2010 (paragraphe\u00a011 ci-dessus) \u00e9tait bien ult\u00e9rieure \u00e0 sa demande de renouv\u00e8lement de passeport. Il affirmait enfin que, en raison de la mesure contest\u00e9e, il ne pouvait plus retourner sur son lieu de r\u00e9sidence en Roumanie et rejoindre sa famille, et qu\u2019il avait \u00e9galement perdu son travail l\u00e0-bas.<\/p>\n<p>14. Par une d\u00e9cision du 23 novembre 2011, la Cour supr\u00eame de justice rejeta le recours et confirma l\u2019arr\u00eat de l\u2019instance inf\u00e9rieure.<\/p>\n<p><strong>LE CADRE JURIDIQUE ET LA PRATIQUE INTERNES PERTINENTS<\/strong><\/p>\n<p>15. Les dispositions pertinentes en l\u2019esp\u00e8ce du code de l\u2019ex\u00e9cution du 24\u00a0d\u00e9cembre 2004, telles qu\u2019en vigueur au moment des faits, \u00e9taient ainsi libell\u00e9es\u00a0:<\/p>\n<p>\u00ab\u00a0Article 18. Les d\u00e9lais de pr\u00e9sentation des documents ex\u00e9cutoires en vue de leur ex\u00e9cution<\/p>\n<p>1. Aux fins d\u2019obtenir son ex\u00e9cution, la d\u00e9cision du tribunal peut \u00eatre remise [\u00e0 un huissier de justice] dans un d\u00e9lai de trois ans \u00e0 partir de son passage en force de chose jug\u00e9e (&#8230;).<\/p>\n<p>(&#8230;)<\/p>\n<p style=\"text-align: center;\">Article 20. La lev\u00e9e de forclusion<\/p>\n<p>1. Le cr\u00e9ancier qui a omis le d\u00e9lai de pr\u00e9sentation du document ex\u00e9cutoire en vue de son ex\u00e9cution peut \u00eatre relev\u00e9 de sa forclusion par le tribunal.<\/p>\n<p>(&#8230;)<\/p>\n<p style=\"text-align: center;\">Article 54. La mise en mouvement de la proc\u00e9dure d\u2019ex\u00e9cution<\/p>\n<p>1. La proc\u00e9dure d\u2019ex\u00e9cution est d\u00e9clench\u00e9e \u00e0 la demande du cr\u00e9ancier ou du tribunal (&#8230;).<\/p>\n<p>(&#8230;)<\/p>\n<p style=\"text-align: center;\">Article 57. Les mesures garantissant l\u2019ex\u00e9cution du document ex\u00e9cutoire<\/p>\n<p>1. Afin d\u2019assurer l\u2019ex\u00e9cution du document ex\u00e9cutoire, (&#8230;), l\u2019huissier de justice peut\u00a0:<\/p>\n<p>(&#8230;)<\/p>\n<p>c) interdire aux tiers (&#8230;) d\u2019accomplir \u00e0 l\u2019\u00e9gard du d\u00e9biteur [certaines] obligations.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p>16. L\u2019article 8 de la loi no 269 du 9 novembre 1994 concernant l\u2019entr\u00e9e et la sortie de la R\u00e9publique de Moldova (\u00ab\u00a0la loi no 269\u00a0\u00bb), dans ses passages pertinents en l\u2019esp\u00e8ce et tel qu\u2019il \u00e9tait en vigueur \u00e0 l\u2019\u00e9poque des faits, se lisait comme suit\u00a0:<\/p>\n<p>\u00ab\u00a0La d\u00e9livrance du passeport et du document de voyage ou la prolongation de leur d\u00e9lai de validit\u00e9 sont refus\u00e9es si le demandeur\u00a0:<\/p>\n<p>(&#8230;)<\/p>\n<p>g) a des obligations patrimoniales envers l\u2019\u00c9tat, des personnes physiques et morales, \u00e9tablies par une d\u00e9cision de justice.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p>17. La d\u00e9cision de la Cour constitutionnelle no 7 du 15 avril 2011 d\u00e9clarant constitutionnel l\u2019article 8 g) de la loi no 269, dans ses passages pertinents en l\u2019esp\u00e8ce, est ainsi libell\u00e9e\u00a0:<\/p>\n<p>\u00ab\u00a0(&#8230;)<\/p>\n<p>La Cour rel\u00e8ve que toute limitation du droit \u00e0 la libre circulation, manifest\u00e9e soit par le refus de d\u00e9livrer un document de voyage n\u00e9cessaire pour l\u2019exercice de ce droit, soit par l\u2019interdiction de quitter le territoire, doit \u00eatre conforme \u00e0 certaines exigences d\u2019ordre mat\u00e9riel et proc\u00e9dural, susceptibles de garantir sa proportionnalit\u00e9 avec le but poursuivi.<\/p>\n<p>(&#8230;)<\/p>\n<p>La possession du passeport et du document de voyage est une condition pour que la personne puisse sortir du pays. Le refus de les d\u00e9livrer doit \u00eatre motiv\u00e9 et subordonn\u00e9 au principe de la proportionnalit\u00e9.<\/p>\n<p>(&#8230;), la mesure restrictive doit \u00eatre express\u00e9ment pr\u00e9vue par la loi (&#8230;) et doit \u00eatre appliqu\u00e9e seulement apr\u00e8s l\u2019expiration du d\u00e9lai d\u2019ex\u00e9cution b\u00e9n\u00e9vole du titre ex\u00e9cutoire et apr\u00e8s l\u2019adoption de mesures raisonnables pour percevoir la cr\u00e9ance par d\u2019autres moyens, de sorte que la restriction soit le dernier recours afin d\u2019influencer la conduite (&#8230;) des d\u00e9biteurs (&#8230;).\u00a0\u00bb<\/p>\n<p><strong>EN DROIT<\/strong><\/p>\n<p>I. SUR LA VIOLATION ALL\u00c9GU\u00c9E DE L\u2019ARTICLE 2 du Protocole no 4 DE LA CONVENTION<\/p>\n<p>18. Invoquant l\u2019article 2 du Protocole no 4 \u00e0 la Convention, le requ\u00e9rant se plaint d\u2019une atteinte ill\u00e9gale et disproportionn\u00e9 \u00e0 sa libert\u00e9 de circulation. Cette disposition, dans ses passages pertinents en l\u2019esp\u00e8ce, est ainsi libell\u00e9e\u00a0:<\/p>\n<p>\u00ab\u00a0(&#8230;)<\/p>\n<p>2. Toute personne est libre de quitter n\u2019importe quel pays, y compris le sien.<\/p>\n<p>3. L\u2019exercice de ces droits ne peut faire l\u2019objet d\u2019autres restrictions que celles qui, pr\u00e9vues par la loi, constituent des mesures n\u00e9cessaires, dans une soci\u00e9t\u00e9 d\u00e9mocratique, \u00e0 la s\u00e9curit\u00e9 nationale, \u00e0 la s\u00fbret\u00e9 publique, au maintien de l\u2019ordre public, \u00e0 la pr\u00e9vention des infractions p\u00e9nales, \u00e0 la protection de la sant\u00e9 ou de la morale, ou \u00e0 la protection des droits et libert\u00e9s d\u2019autrui.<\/p>\n<p>(&#8230;)\u00a0\u00bb<\/p>\n<p><strong>A. Sur la recevabilit\u00e9<\/strong><\/p>\n<p>19. Constatant que ce grief n\u2019est pas manifestement mal fond\u00e9 ni irrecevable pour un autre motif vis\u00e9 \u00e0 l\u2019article\u00a035 de la Convention, la Cour le d\u00e9clare recevable.<\/p>\n<p><strong>B. Sur le fond<\/strong><\/p>\n<p>20. Le requ\u00e9rant met en exergue le fait que le refus des autorit\u00e9s de lui d\u00e9livrer un passeport, pour dette, est survenu en dehors de toute proc\u00e9dure d\u2019ex\u00e9cution et plus de dix ans apr\u00e8s le jugement l\u2019ayant condamn\u00e9 \u00e0 rembourser cette dette. Il all\u00e8gue qu\u2019il y a eu ing\u00e9rence dans son droit \u00e0 la libert\u00e9 de circulation qui n\u2019\u00e9tait ni l\u00e9gale ni proportionn\u00e9e. Il soutient \u00e9galement que, en raison de la mesure litigieuse, il ne pouvait plus regagner sa r\u00e9sidence en Roumanie, qu\u2019il a perdu son travail dans ce pays et qu\u2019il n\u2019a pas la possibilit\u00e9 de rembourser la dette en restant en Moldova.<\/p>\n<p>21. Le Gouvernement signale que le requ\u00e9rant n\u2019a pas \u00e9t\u00e9 interdit de quitter le territoire moldave. \u00c0 ce sujet, il avance que, compte tenu du fait que le requ\u00e9rant avait r\u00e9sid\u00e9 en Roumanie, l\u2019on peut supposer que celui-ci d\u00e9tenait un passeport roumain qui lui aurait permis de circuler librement. D\u2019autre part, le Gouvernement avance que le refus des autorit\u00e9s moldaves de d\u00e9livrer un passeport au requ\u00e9rant \u00e9tait l\u00e9gal et proportionn\u00e9 au but poursuivi qui \u00e9tait celui de recouvrer la dette.<\/p>\n<p>22. Dans la mesure o\u00f9 le Gouvernement semble contester qu\u2019il y a eu ing\u00e9rence en l\u2019esp\u00e8ce au sens de l\u2019article 2 du Protocole no 4 \u00e0 la Convention, la Cour note qu\u2019il n\u2019a pas \u00e9t\u00e9 prouv\u00e9 que le requ\u00e9rant d\u00e9tenait une autre nationalit\u00e9 que celle moldave. Il ne ressort pas non plus des \u00e9l\u00e9ments dont elle dispose que, apr\u00e8s le refus des autorit\u00e9s de lui renouveler le passeport, l\u2019int\u00e9ress\u00e9 a pu effectivement quitter le territoire de la R\u00e9publique de Moldova. Par cons\u00e9quent et compte tenu de sa jurisprudence constante en la mati\u00e8re, elle ne peut que conclure que la mesure contest\u00e9e s\u2019analyse en une ing\u00e9rence dans l\u2019exercice par le requ\u00e9rant de son droit de quitter le pays (Baumann c. France, no 33592\/96, \u00a7\u00a062, CEDH 2001\u2011V (extraits), Ignatov c. Bulgarie, no\u00a050\/02, \u00a7 33, 2 juillet 2009, et Kerimli c.\u00a0Azerba\u00efdjan, no 3967\/09, \u00a7 47, 16 juillet 2015). Pareille ing\u00e9rence enfreint l\u2019article 2 du Protocole no 4 \u00e0 la Convention, sauf si elle satisfait aux conditions du paragraphe 3 de cette disposition, c\u2019est-\u00e0-dire si elle est \u00ab\u00a0pr\u00e9vue par la loi\u00a0\u00bb, poursuit un ou plusieurs buts l\u00e9gitimes et est \u00ab\u00a0n\u00e9cessaire\u00a0\u00bb, \u00ab\u00a0dans une soci\u00e9t\u00e9 d\u00e9mocratique\u00a0\u00bb, \u00e0 la r\u00e9alisation de ce ou ces buts.<\/p>\n<p>23. La Cour rappelle d\u2019embl\u00e9e que la pr\u00e9\u00e9minence du droit, l\u2019un des principes fondamentaux de toute soci\u00e9t\u00e9 d\u00e9mocratique, est une notion inh\u00e9rente \u00e0 l\u2019ensemble des articles de la Convention (voir, parmi beaucoup d\u2019autres, Leki\u0107 c. Slov\u00e9nie [GC], no 36480\/07, \u00a7 94 in fine, 11\u00a0d\u00e9cembre 2018).<\/p>\n<p>24. Elle renvoie \u00e9galement \u00e0 sa jurisprudence constante relative \u00e0 l\u2019interpr\u00e9tation des mots \u00ab\u00a0pr\u00e9vue par la loi\u00a0\u00bb et aux exigences qualitatives d\u2019accessibilit\u00e9 et de pr\u00e9visibilit\u00e9 auxquelles doit r\u00e9pondre la l\u00e9gislation interne (voir, sur le terrain de l\u2019article 2 du Protocole no 4, Olivieira c.\u00a0Pays\u2011Bas, no 33129\/96, \u00a7\u00a7\u00a047 et 52, CEDH 2002\u2011IV, et De Tommaso c.\u00a0Italie [GC], no 43395\/09, \u00a7\u00a7\u00a0106-109, 23\u00a0f\u00e9vrier 2017). La Cour redit en particulier qu\u2019une norme est \u00ab\u00a0pr\u00e9visible\u00a0\u00bb lorsqu\u2019elle offre une certaine garantie contre des atteintes arbitraires de la puissance publique. Une loi conf\u00e9rant un pouvoir d\u2019appr\u00e9ciation doit en fixer la port\u00e9e, bien que le d\u00e9tail des normes et proc\u00e9dures \u00e0 observer n\u2019ait pas besoin de figurer dans la l\u00e9gislation elle-m\u00eame (Khlyustov c. Russie, no\u00a028975\/05, \u00a7 70, 11 juillet 2013, et De Tommaso, pr\u00e9cit\u00e9, \u00a7 109). Afin d\u2019\u00eatre compatible avec la pr\u00e9\u00e9minence du droit et de prot\u00e9ger contre l\u2019arbitraire, la loi applicable doit offrir des garanties proc\u00e9durales minimales, en rapport avec l\u2019importance du droit en jeu (voir, par exemple, sur le terrain de l\u2019article 10 de la Convention, Sanoma Uitgevers B.V. c. Pays-Bas [GC], no 38224\/03, \u00a7\u00a7 82 et 88, 14 septembre 2010, et, sur le terrain de l\u2019article 1 du Protocole\u00a0no 1, Visti\u0146\u0161 et Perepjolkins c. Lettonie [GC], no 71243\/01, \u00a7\u00a7 96 et 97 in fine, 25\u00a0octobre 2012).<\/p>\n<p>25. La Cour a d\u00e9j\u00e0 eu l\u2019occasion d\u2019affirmer qu\u2019une ing\u00e9rence de l\u2019ex\u00e9cutif dans les droits garantis par l\u2019article 2 du Protocole no 4 doit \u00eatre soumise \u00e0 un contr\u00f4le efficace que doit normalement assurer, au moins en dernier ressort, le pouvoir judiciaire, car il offre les meilleures garanties d\u2019ind\u00e9pendance, d\u2019impartialit\u00e9 et de proc\u00e9dure r\u00e9guli\u00e8re (Sissanis c. Roumanie, no 23468\/02, \u00a7 70, 25 janvier 2007, et Sarkizov et autres c. Bulgarie, nos 37981\/06 et 3 autres, \u00a7 69, 17 avril 2012). Ce contr\u00f4le doit porter tant sur la l\u00e9galit\u00e9 (Mursaliyev et autres c. Azerba\u00efdjan, nos 66650\/13 et 10\u00a0autres, \u00a7 34, 13 d\u00e9cembre 2018) que sur la proportionnalit\u00e9 de la mesure litigieuse (voir, par exemple, Riener c. Bulgarie, no 46343\/99, \u00a7 126, 23 mai 2006, Gochev c. Bulgarie, no 34383\/03, \u00a7 50 in fine, 26 novembre 2009, et Popoviciu c. Roumanie, no 52942\/09, \u00a7\u00a7 92-93, 1er\u00a0mars 2016\u00a0; et comparer avec, sur le terrain de l\u2019article 8 de la Convention, Heino c.\u00a0Finlande, no\u00a056720\/09, \u00a7\u00a045, 15 f\u00e9vrier 2011, et DELTA PEK\u00c1RNY a.s. c.\u00a0R\u00e9publique tch\u00e8que, no\u00a097\/11, \u00a7 87, 2 octobre 2014). De plus, les autorit\u00e9s internes ne peuvent prolonger longtemps des mesures restreignant la libert\u00e9 de circulation d\u2019une personne sans r\u00e9examiner p\u00e9riodiquement si celles-ci sont justifi\u00e9es (voir, par exemple, Riener, pr\u00e9cit\u00e9, \u00a7 124, et Kerimli, pr\u00e9cit\u00e9, \u00a7 56)<\/p>\n<p>26. En l\u2019esp\u00e8ce, la Cour note que les autorit\u00e9s ont fond\u00e9 la mesure litigieuse sur l\u2019article 8 g) de la loi no 269 (paragraphe 16 ci-dessus), qui leur permettait de refuser la d\u00e9livrance d\u2019un passeport en cas de dette non rembours\u00e9e, \u00e9tablie par une d\u00e9cision de justice. Elle constate qu\u2019il n\u2019y a aucune controverse entre les parties quant \u00e0 la condition d\u2019accessibilit\u00e9 de cette base l\u00e9gale.<\/p>\n<p>27. Pour ce qui est de la pr\u00e9visibilit\u00e9 de la loi interne et de sa compatibilit\u00e9 avec la pr\u00e9\u00e9minence du droit, la Cour observe que la disposition pr\u00e9cit\u00e9e \u00e9tait r\u00e9dig\u00e9e d\u2019une mani\u00e8re concise et tr\u00e8s g\u00e9n\u00e9rale. En effet, celle-ci ne pr\u00e9cisait ni la proc\u00e9dure \u00e0 suivre par l\u2019autorit\u00e9 d\u2019\u00e9tat civil, notamment pour ce qui \u00e9tait des sujets qui pouvaient demander ou imposer une interdiction de d\u00e9livrance de passeport, ni si cette autorit\u00e9 disposait d\u2019une marge de man\u0153uvre quant \u00e0 l\u2019appr\u00e9ciation de la n\u00e9cessit\u00e9 et de la dur\u00e9e d\u2019une telle mesure. La disposition en question n\u2019indiquait pas non plus dans quelle situation cette interdiction pouvait \u00eatre lev\u00e9e.<\/p>\n<p>28. Dans le cas pr\u00e9sent, la Cour note que l\u2019autorit\u00e9 d\u2019\u00e9tat civil a refus\u00e9 de d\u00e9livrer le passeport au requ\u00e9rant sur simple demande du cr\u00e9ancier et apr\u00e8s avoir consid\u00e9r\u00e9 que la seule condition impos\u00e9e par l\u2019article 8 g) de la loi no 269 \u00e9tait remplie, \u00e0 savoir le non-remboursement de la dette par le requ\u00e9rant. La dur\u00e9e de l\u2019interdiction d\u2019obtenir un passeport n\u2019a pas \u00e9t\u00e9 pr\u00e9cis\u00e9e et il n\u2019appara\u00eet pas qu\u2019un quelconque contr\u00f4le sur la proportionnalit\u00e9 de la mesure ait \u00e9t\u00e9 effectu\u00e9 \u00e0 cette \u00e9tape-l\u00e0. Dans ces conditions, la Cour conclut que le refus oppos\u00e9 au requ\u00e9rant par l\u2019autorit\u00e9 administrative s\u2019apparente \u00e0 une mesure automatique, qui plus est d\u2019une dur\u00e9e ind\u00e9termin\u00e9e. \u00c0 ce sujet, elle rappelle qu\u2019une interdiction automatique de voyager est contraire aux obligations pesant sur les autorit\u00e9s au sens de l\u2019article 2 du Protocole no 4 (Riener, pr\u00e9cit\u00e9, \u00a7 128).<\/p>\n<p>29. Cela \u00e9tant, la Cour doit rechercher si, dans les circonstances particuli\u00e8res de l\u2019affaire en cause, il y a eu un contr\u00f4le judiciaire effectif sur la l\u00e9galit\u00e9 et la proportionnalit\u00e9 de la mesure litigieuse. Un tel contr\u00f4le \u00e9tait d\u2019autant plus n\u00e9cessaire que cette mesure a \u00e9t\u00e9 adopt\u00e9e douze ans environ apr\u00e8s le prononc\u00e9 du jugement ayant condamn\u00e9 le requ\u00e9rant \u00e0 rembourser la dette et en l\u2019absence de toute proc\u00e9dure d\u2019ex\u00e9cution pendante devant un huissier de justice. De plus, un contr\u00f4le de proportionnalit\u00e9 pour toute restriction du droit \u00e0 la libert\u00e9 de circulation \u00e9tait express\u00e9ment exig\u00e9 par la Cour constitutionnelle (paragraphe 17 ci-dessus), dont la d\u00e9cision correspondante a \u00e9t\u00e9 prononc\u00e9e au moment o\u00f9 la pr\u00e9sente affaire \u00e9tait encore sur le r\u00f4le de la Cour supr\u00eame de justice.<\/p>\n<p>30. Sur ce point, la Cour rel\u00e8ve que les tribunaux internes se sont content\u00e9s de valider la mesure litigieuse comme \u00e9tant conforme \u00e0 l\u2019article\u00a08\u00a0g) de la loi no\u00a0269. Cependant, ceux-ci ne se sont nullement pench\u00e9s sur la question de savoir si le refus de d\u00e9livrer un passeport se conciliait avec les dispositions relatives \u00e0 l\u2019ex\u00e9cution des d\u00e9cisions de justice, notamment celles fixant \u00e0 trois ans le d\u00e9lai de forclusion pour pr\u00e9senter le titre ex\u00e9cutoire (paragraphe 15 ci-dessus). La Cour ne perd pas de vue qu\u2019une proc\u00e9dure d\u2019ex\u00e9cution avait \u00e9t\u00e9 d\u00e9clench\u00e9e par un huissier de justice \u00e0 la demande du cr\u00e9ancier (paragraphe\u00a011 ci-dessus). Elle observe toutefois que cela est bel et bien survenu apr\u00e8s le refus de l\u2019administration de renouveler le passeport du requ\u00e9rant et que la question de la compatibilit\u00e9 de cette mesure avec les dispositions du code de l\u2019ex\u00e9cution restait enti\u00e8re, au moins pour ce qui \u00e9tait de la p\u00e9riode pr\u00e9c\u00e9dant la mise en mouvement de la proc\u00e9dure d\u2019ex\u00e9cution. Elle souligne \u00e9galement que le requ\u00e9rant a soulev\u00e9 l\u2019argument tir\u00e9 de la forclusion du cr\u00e9ancier \u00e0 demander l\u2019ex\u00e9cution et que les \u00e9l\u00e9ments dont elle dispose n\u2019indiquent pas qu\u2019il y avait un quelconque obstacle juridique emp\u00eachant les tribunaux nationaux d\u2019examiner ce moyen (comparer avec Kerimli, pr\u00e9cit\u00e9, \u00a7 52).<\/p>\n<p>31. En tout \u00e9tat de cause, la Cour fait remarquer que les juridictions internes n\u2019ont pas analys\u00e9 la situation individuelle du requ\u00e9rant et la question de la proportionnalit\u00e9 de l\u2019ing\u00e9rence (voir le rappel des \u00e9l\u00e9ments \u00e0 prendre en compte dans Riener, pr\u00e9cit\u00e9, \u00a7\u00a7 122-26, et Khlyustov, pr\u00e9cit\u00e9, \u00a7\u00a091).<\/p>\n<p>32. Quant \u00e0 l\u2019obligation des autorit\u00e9s de r\u00e9examiner r\u00e9guli\u00e8rement la mesure restreignant la libert\u00e9 de circulation du requ\u00e9rant, elle note que ce dernier est vraisemblablement rest\u00e9 sous le coup de cette mesure durant plusieurs ann\u00e9es. Elle constate que, apr\u00e8s la confirmation par les tribunaux internes du refus initial des autorit\u00e9s de d\u00e9livrer le passeport, il n\u2019y a eu aucun r\u00e9examen de la justification de l\u2019interdiction de voyager. Cela est d\u00fb au fait que le droit interne n\u2019en offrait pas la possibilit\u00e9 (comparer avec Gochev, pr\u00e9cit\u00e9, \u00a7 55 et Kerimli, pr\u00e9cit\u00e9, \u00a7 56).<\/p>\n<p>33. Eu \u00e9gard \u00e0 ces consid\u00e9rations, la Cour juge que le requ\u00e9rant a \u00e9t\u00e9 soumis \u00e0 une mesure de caract\u00e8re automatique, sans limitation de dur\u00e9e et en l\u2019absence d\u2019un contr\u00f4le effectif et p\u00e9riodique (comparer avec Sarkizov et autres, pr\u00e9cit\u00e9, \u00a7 67). Ces \u00e9l\u00e9ments lui suffisent pour conclure que la l\u00e9gislation interne, tel qu\u2019appliqu\u00e9e en l\u2019esp\u00e8ce, n\u2019a pas offert \u00e0 l\u2019int\u00e9ress\u00e9 la possibilit\u00e9 de b\u00e9n\u00e9ficier de garanties proc\u00e9durales suffisantes pour pr\u00e9venir le risque d\u2019abus de pouvoir de la part des autorit\u00e9s et que celui-ci a \u00e9t\u00e9 donc priv\u00e9 de la protection n\u00e9cessaire contre l\u2019arbitraire que lui conf\u00e9rait le principe de la pr\u00e9\u00e9minence du droit dans une soci\u00e9t\u00e9 d\u00e9mocratique.<\/p>\n<p>34. Dans ces circonstances, la Cour consid\u00e8re que l\u2019ing\u00e9rence dans le droit \u00e0 la libert\u00e9 de circulation du requ\u00e9rant n\u2019\u00e9tait pas \u00ab\u00a0pr\u00e9vue par la loi\u00a0\u00bb. Ce constat rend superflu l\u2019examen du respect des autres exigences expos\u00e9es dans l\u2019article\u00a02 du Protocole no 4 \u00e0 la Convention.<\/p>\n<p>35. Partant, il y a eu violation de cette disposition.<\/p>\n<p>II. SUR L\u2019APPLICATION DE L\u2019ARTICLE\u00a041 DE LA CONVENTION<\/p>\n<p>36. Aux termes de l\u2019article 41 de la Convention\u00a0:<\/p>\n<p>\u00ab\u00a0Si la Cour d\u00e9clare qu\u2019il y a eu violation de la Convention ou de ses Protocoles, et si le droit interne de la Haute Partie contractante ne permet d\u2019effacer qu\u2019imparfaitement les cons\u00e9quences de cette violation, la Cour accorde \u00e0 la partie l\u00e9s\u00e9e, s\u2019il y a lieu, une satisfaction \u00e9quitable.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p><strong>A. Dommage<\/strong><\/p>\n<p>37. Le requ\u00e9rant demande 10\u00a0000 euros (EUR) au titre du dommage moral qu\u2019il estime avoir subi.<\/p>\n<p>38. Le Gouvernement soutient que cette somme est excessive.<\/p>\n<p>39. La Cour consid\u00e8re que le requ\u00e9rant a d\u00fb subir un pr\u00e9judice en raison de la violation constat\u00e9e ci-dessus. Statuant en \u00e9quit\u00e9, elle lui octroie 3\u00a0000\u00a0EUR pour dommage moral, plus tout montant pouvant \u00eatre d\u00fb sur cette somme \u00e0 titre d\u2019imp\u00f4t.<\/p>\n<p><strong>B. Int\u00e9r\u00eats moratoires<\/strong><\/p>\n<p>40. La Cour juge appropri\u00e9 de calquer le taux des int\u00e9r\u00eats moratoires sur le taux d\u2019int\u00e9r\u00eat de la facilit\u00e9 de pr\u00eat marginal de la Banque centrale europ\u00e9enne major\u00e9 de trois points de pourcentage.<\/p>\n<p><strong>PAR CES MOTIFS, LA COUR, \u00c0 L\u2019UNANIMIT\u00c9,<\/strong><\/p>\n<p>1. D\u00e9clare la requ\u00eate recevable\u00a0;<\/p>\n<p>2. Dit qu\u2019il y a eu violation de l\u2019article 2 du Protocole no 4 \u00e0 la Convention\u00a0;<\/p>\n<p>3. Dit<\/p>\n<p>a) que l\u2019\u00c9tat d\u00e9fendeur doit verser au requ\u00e9rant, dans un d\u00e9lai de trois\u00a0mois \u00e0 compter de la date \u00e0 laquelle l\u2019arr\u00eat sera devenu d\u00e9finitif conform\u00e9ment \u00e0 l\u2019article\u00a044\u00a0\u00a7\u00a02 de la Convention, la somme de 3\u00a0000\u00a0EUR (trois mille euros) pour dommage moral, plus tout montant pouvant \u00eatre d\u00fb sur cette somme \u00e0 titre d\u2019imp\u00f4t, \u00e0 convertir dans la monnaie de l\u2019\u00c9tat d\u00e9fendeur au taux applicable \u00e0 la date du r\u00e8glement,<\/p>\n<p>b) qu\u2019\u00e0 compter de l\u2019expiration dudit d\u00e9lai et jusqu\u2019au versement, ce montant sera \u00e0 majorer d\u2019un int\u00e9r\u00eat simple \u00e0 un taux \u00e9gal \u00e0 celui de la facilit\u00e9 de pr\u00eat marginal de la Banque centrale europ\u00e9enne applicable pendant cette p\u00e9riode, augment\u00e9 de trois points de pourcentage\u00a0;<\/p>\n<p>4. Rejette le surplus de la demande de satisfaction \u00e9quitable.<\/p>\n<p>Fait en fran\u00e7ais, puis communiqu\u00e9 par \u00e9crit le 8 d\u00e9cembre 2020, en application de l\u2019article\u00a077\u00a0\u00a7\u00a7\u00a02 et\u00a03 du r\u00e8glement.<\/p>\n<p>Stanley Naismith\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0 Jon Fridrik Kj\u00f8lbro<br \/>\nGreffier\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0 Pr\u00e9sident<\/p>\n<div class=\"social-share-buttons\"><a href=\"https:\/\/www.facebook.com\/sharer\/sharer.php?u=https:\/\/loisdumonde.com\/?p=224\" target=\"_blank\" rel=\"noopener\">Facebook<\/a><a href=\"https:\/\/twitter.com\/intent\/tweet?url=https:\/\/loisdumonde.com\/?p=224&text=AFFAIRE+ROTARU+c.+R%C3%89PUBLIQUE+DE+MOLDOVA+%28Cour+europ%C3%A9enne+des+droits+de+l%E2%80%99homme%29+Requ%C3%AAte+no+26764%2F12\" target=\"_blank\" rel=\"noopener\">Twitter<\/a><a href=\"https:\/\/www.linkedin.com\/shareArticle?url=https:\/\/loisdumonde.com\/?p=224&title=AFFAIRE+ROTARU+c.+R%C3%89PUBLIQUE+DE+MOLDOVA+%28Cour+europ%C3%A9enne+des+droits+de+l%E2%80%99homme%29+Requ%C3%AAte+no+26764%2F12\" target=\"_blank\" rel=\"noopener\">LinkedIn<\/a><a href=\"https:\/\/pinterest.com\/pin\/create\/button\/?url=https:\/\/loisdumonde.com\/?p=224&description=AFFAIRE+ROTARU+c.+R%C3%89PUBLIQUE+DE+MOLDOVA+%28Cour+europ%C3%A9enne+des+droits+de+l%E2%80%99homme%29+Requ%C3%AAte+no+26764%2F12\" target=\"_blank\" rel=\"noopener\">Pinterest<\/a><\/div>","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>INTRODUCTION. La requ\u00eate porte sur le refus des autorit\u00e9s internes de renouveler le passeport du requ\u00e9rant en raison de la non-ex\u00e9cution de la d\u00e9cision de justice l\u2019obligeant \u00e0 rembourser une dette \u00e0 un tiers. 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