{"id":2195,"date":"2023-11-14T16:17:49","date_gmt":"2023-11-14T16:17:49","guid":{"rendered":"https:\/\/loisdumonde.com\/?p=2195"},"modified":"2023-11-14T16:50:59","modified_gmt":"2023-11-14T16:50:59","slug":"affaire-c-y-c-belgique-19961-17","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/loisdumonde.com\/?p=2195","title":{"rendered":"AFFAIRE C.Y. c. BELGIQUE &#8211; 19961\/17"},"content":{"rendered":"<p><span style=\"color: #800000;\">La requ\u00eate concerne l\u2019imposition d\u2019une amende administrative au requ\u00e9rant pour avoir port\u00e9 en compte \u00e0 l\u2019assurance obligatoire soins de sant\u00e9 et indemnit\u00e9s des prestations non effectu\u00e9es et des prestations non conformes \u00e0 la loi et \u00e0 ses arr\u00eat\u00e9s d\u2019ex\u00e9cution. Invoquant l\u2019article 4 du Protocole no 7 \u00e0 la Convention, le requ\u00e9rant se plaint d\u2019avoir \u00e9t\u00e9 poursuivi deux fois \u00e0 raison de faits identiques ou en substance les m\u00eames, nonobstant un acquittement pr\u00e9alablement prononc\u00e9 par la juridiction p\u00e9nale.<\/span><!--more--><\/p>\n<hr \/>\n<p><em>Texte int\u00e9gral du document.<\/em><\/p>\n<p style=\"text-align: center;\">Cour europ\u00e9enne des droits de l\u2019homme<br \/>\nDEUXI\u00c8ME SECTION<br \/>\n<strong>AFFAIRE C.Y. c. BELGIQUE<\/strong><br \/>\n<em>(Requ\u00eate no 19961\/17)<\/em><br \/>\nARR\u00caT<\/p>\n<p>Art 4 P7 \u2022 Droit \u00e0 ne pas \u00eatre jug\u00e9 ou puni deux fois \u2022 Proc\u00e9dures p\u00e9nale et administrative parall\u00e8les pour avoir port\u00e9 en compte \u00e0 l\u2019assurance obligatoire soins de sant\u00e9 et indemnit\u00e9s des prestations non effectu\u00e9es ainsi que non conformes \u00e0 la l\u00e9gislation \u2022 Art 4 P7 inapplicable \u00e0 la r\u00e9p\u00e9tition de l\u2019indu \u2022 Art 4 P7 applicable \u00e0 l\u2019amende administrative rev\u00eatant un caract\u00e8re p\u00e9nal au sens autonome de la Convention \u2022 Requ\u00e9rant ayant \u00e9t\u00e9 poursuivi, dans les deux proc\u00e9dures, pour des faits \u00e9tant en substance les m\u00eames au sens de la jurisprudence de la Cour \u2022 Proc\u00e9dure p\u00e9nale ayant donn\u00e9 lieu \u00e0 une d\u00e9cision d\u00e9finitive d\u2019acquittement de la cour d\u2019appel \u2022 Proc\u00e9dures p\u00e9nale et administrative unies par un lien mat\u00e9riel suffisamment \u00e9troit \u2022 Deux proc\u00e9dures poursuivant des objectifs compl\u00e9mentaires et diff\u00e9rents \u2022 Mixit\u00e9 des proc\u00e9dures constituant une cons\u00e9quence pr\u00e9visible, tant en droit qu\u2019en pratique, du comportement reproch\u00e9 \u2022 \u00c9l\u00e9ments recueillis lors de l\u2019enqu\u00eate administrative repris dans la proc\u00e9dure p\u00e9nale, \u00e9vitant de la sorte une r\u00e9p\u00e9tition dans le recueil et l\u2019appr\u00e9ciation des \u00e9l\u00e9ments de preuve \u2022 Chambre de recours ayant express\u00e9ment tenu compte de l\u2019arr\u00eat de la cour d\u2019appel \u2022 Proc\u00e9dures p\u00e9nale et administrative unies par un lien temporel suffisamment \u00e9troit<\/p>\n<p style=\"text-align: center;\">STRASBOURG<br \/>\n14 novembre 2023<\/p>\n<p>Cet arr\u00eat deviendra d\u00e9finitif dans les conditions d\u00e9finies \u00e0 l\u2019article 44 \u00a7 2 de la Convention. Il peut subir des retouches de forme.<\/p>\n<p><strong>En l\u2019affaire C.Y. c. Belgique,<\/strong><\/p>\n<p>La Cour europ\u00e9enne des droits de l\u2019homme (deuxi\u00e8me section), si\u00e9geant en une chambre compos\u00e9e de\u00a0:<br \/>\nArnfinn B\u00e5rdsen, pr\u00e9sident,<br \/>\nJovan Ilievski,<br \/>\nEgidijus K\u016bris,<br \/>\nPauliine Koskelo,<br \/>\nFr\u00e9d\u00e9ric Krenc,<br \/>\nDiana S\u00e2rcu,<br \/>\nDavor Deren\u010dinovi\u0107, juges,<br \/>\net de Hasan Bak\u0131rc\u0131, greffier de section,<br \/>\nVu\u00a0:<\/p>\n<p>la requ\u00eate (no\u00a019961\/17) dirig\u00e9e contre le Royaume de Belgique et dont un ressortissant de cet \u00c9tat, M. C.Y. (\u00ab\u00a0le requ\u00e9rant\u00a0\u00bb), a saisi la Cour en vertu de l\u2019article\u00a034 de la Convention de sauvegarde des droits de l\u2019homme et des libert\u00e9s fondamentales (\u00ab\u00a0la Convention\u00a0\u00bb) le 7 mars 2017,<br \/>\nla d\u00e9cision de porter \u00e0 la connaissance du gouvernement belge (\u00ab\u00a0le Gouvernement\u00a0\u00bb) le grief concernant l\u2019article 4 du Protocole no 7 \u00e0 la Convention et de d\u00e9clarer irrecevable la requ\u00eate pour le surplus,<br \/>\nla d\u00e9cision de ne pas d\u00e9voiler l\u2019identit\u00e9 du requ\u00e9rant,<br \/>\nles observations des parties,<\/p>\n<p>Apr\u00e8s en avoir d\u00e9lib\u00e9r\u00e9 en chambre du conseil le 17 octobre 2023,<\/p>\n<p>Rend l\u2019arr\u00eat que voici, adopt\u00e9 \u00e0 cette date\u00a0:<\/p>\n<p><strong>INTRODUCTION<\/strong><\/p>\n<p>1. La requ\u00eate concerne l\u2019imposition d\u2019une amende administrative au requ\u00e9rant pour avoir port\u00e9 en compte \u00e0 l\u2019assurance obligatoire soins de sant\u00e9 et indemnit\u00e9s des prestations non effectu\u00e9es et des prestations non conformes \u00e0 la loi et \u00e0 ses arr\u00eat\u00e9s d\u2019ex\u00e9cution. Invoquant l\u2019article 4 du Protocole no 7 \u00e0 la Convention, le requ\u00e9rant se plaint d\u2019avoir \u00e9t\u00e9 poursuivi deux fois \u00e0 raison de faits identiques ou en substance les m\u00eames, nonobstant un acquittement pr\u00e9alablement prononc\u00e9 par la juridiction p\u00e9nale.<\/p>\n<p><strong>EN FAIT<\/strong><\/p>\n<p>2. Le requ\u00e9rant est n\u00e9 en 1965 et r\u00e9side \u00e0 Waterloo. Il a \u00e9t\u00e9 repr\u00e9sent\u00e9 par Me\u00a0A. Chom\u00e9, avocat \u00e0 Bruxelles.<\/p>\n<p>3. Le Gouvernement a \u00e9t\u00e9 repr\u00e9sent\u00e9 par son agente, Mme I. Niedlispacher, du service public f\u00e9d\u00e9ral de la Justice.<\/p>\n<p><strong>I. Le contexte de l\u2019affaire et le proc\u00e8s-verbal d\u2019infraction<\/strong><\/p>\n<p>4. Le requ\u00e9rant est un infirmier ind\u00e9pendant effectuant des soins \u00e0 domicile.<\/p>\n<p>5. En 2007, une enqu\u00eate fut initi\u00e9e \u00e0 son encontre par le Service d\u2019\u00e9valuation et de contr\u00f4le m\u00e9dicaux (\u00ab\u00a0SECM\u00a0\u00bb) de l\u2019Institut national d\u2019assurance maladie-invalidit\u00e9 (\u00ab\u00a0INAMI\u00a0\u00bb).<\/p>\n<p>6. Apr\u00e8s avoir entendu le requ\u00e9rant ainsi que huit de ses patients, un proc\u00e8s-verbal d\u2019infraction fut \u00e9tabli le 29 mai 2007. Il \u00e9tait reproch\u00e9 au requ\u00e9rant d\u2019avoir, entre le 1er avril 2005 et le 6 d\u00e9cembre 2006, port\u00e9 en compte \u00e0 l\u2019assurance obligatoire soins de sant\u00e9 et indemnit\u00e9s, des prestations non effectu\u00e9es ainsi que des prestations non conformes \u00e0 la loi et \u00e0 ses arr\u00eat\u00e9s d\u2019ex\u00e9cution.<\/p>\n<p>7. Lors de son audition, le requ\u00e9rant a express\u00e9ment reconnu les erreurs de facturation et sa n\u00e9gligence. Il s\u2019est par ailleurs engag\u00e9 \u00e0 rembourser \u00e0 l\u2019INAMI l\u2019indu pour un montant total de 124 902,23 euros (EUR).<\/p>\n<p><strong>II. La proc\u00e9dure p\u00e9nale<\/strong><\/p>\n<p>8. Le 10 janvier 2008, le SECM d\u00e9non\u00e7a les faits aupr\u00e8s du Procureur du Roi. Des poursuites furent engag\u00e9es \u00e0 l\u2019encontre du requ\u00e9rant pour les infractions de faux, usage de faux et escroquerie en application des dispositions pertinentes du code p\u00e9nal (voir paragraphe 23 ci-dessous).<\/p>\n<p>9. Par un jugement du 28 avril 2010, le tribunal correctionnel de Nivelles condamna le requ\u00e9rant \u00e0 une peine d\u2019emprisonnement d\u2019un an et \u00e0 une amende de 550 EUR, avec sursis durant cinq ans. Le tribunal r\u00e9serva \u00e0 statuer \u00e0 l\u2019\u00e9gard des demandes formul\u00e9es par les organismes assureurs, parties civiles.<\/p>\n<p>10. Le requ\u00e9rant et le minist\u00e8re public interjet\u00e8rent, l\u2019un et l\u2019autre, appel de cette d\u00e9cision.<\/p>\n<p>11. Par un arr\u00eat du 27 janvier 2015, la cour d\u2019appel de Bruxelles acquitta le requ\u00e9rant des pr\u00e9ventions de faux, usage de faux et escroquerie et se d\u00e9clara d\u00e8s lors incomp\u00e9tente pour conna\u00eetre des demandes des organismes assureurs. Elle constata, s\u2019agissant des pr\u00e9ventions de faux et usage de faux, que\u00a0la preuve de l\u2019intention frauduleuse n\u2019\u00e9tait pas rapport\u00e9e au-del\u00e0 de tout doute. S\u2019agissant de la pr\u00e9vention d\u2019escroquerie, la cour d\u2019appel releva qu\u2019elle n\u2019avait d\u00e9cel\u00e9 \u00e0 charge du requ\u00e9rant aucun des \u00e9l\u00e9ments constitutifs de l\u2019infraction, l\u2019enqu\u00eate pr\u00e9paratoire et les d\u00e9bats ne faisant appara\u00eetre ni man\u0153uvres frauduleuses, ni fausse qualit\u00e9.<\/p>\n<p>12. Les organismes assureurs introduisirent un pourvoi en cassation lequel fut d\u00e9clar\u00e9 inadmissible par une ordonnance du 18 mai 2015, en sorte que l\u2019arr\u00eat de la cour d\u2019appel de Bruxelles devint d\u00e9finitif.<\/p>\n<p><strong>III. La proc\u00e9dure administrative<\/strong><\/p>\n<p>13. Parall\u00e8lement \u00e0 sa plainte p\u00e9nale, le SECM saisit, le 14 juillet 2008, la Chambre de premi\u00e8re instance aupr\u00e8s du SECM (\u00ab\u00a0la chambre de premi\u00e8re instance\u00a0\u00bb) afin d\u2019obtenir le remboursement des prestations ind\u00fbment per\u00e7ues et d\u2019imposer le paiement d\u2019amendes administratives.<\/p>\n<p>14. Par une d\u00e9cision du 3 d\u00e9cembre 2009, la chambre de premi\u00e8re instance condamna le requ\u00e9rant \u00e0 rembourser les sommes ind\u00fbment per\u00e7ues (soit 124\u00a0902,23\u00a0EUR) et au paiement d\u2019amendes administratives de 243\u00a0850,40 EUR et de 4\u00a0465,54 EUR, en application de l\u2019article 141 \u00a7 5 de la loi relative \u00e0 l\u2019assurance obligatoire soins de sant\u00e9 et indemnit\u00e9s coordonn\u00e9e le 14 juillet 1994 (\u00ab\u00a0loi AMI\u00a0\u00bb) (paragraphe 24 ci-dessous). Cette d\u00e9cision \u00e9tait notamment fond\u00e9e sur le fait que le requ\u00e9rant avait reconnu la r\u00e9alit\u00e9 des griefs reproch\u00e9s, qu\u2019il s\u2019\u00e9tait engag\u00e9 \u00e0 rembourser les sommes indument per\u00e7ues et qu\u2019il r\u00e9sultait de mani\u00e8re explicite des pi\u00e8ces du dossier que les faits \u00e9taient \u00e9tablis. S\u2019agissant du montant des amendes administratives, la chambre de premi\u00e8re instance justifia la hauteur des amendes prononc\u00e9es eu \u00e9gard \u00e0 la gravit\u00e9 des faits, leur nombre consid\u00e9rable, la p\u00e9riode infractionnelle, le montant important de l\u2019indu, la volont\u00e9 de fraude dans le chef du requ\u00e9rant, l\u2019absence de tout remboursement malgr\u00e9 l\u2019engagement pris par le requ\u00e9rant et le principe g\u00e9n\u00e9ral d\u2019application de la loi p\u00e9nale la plus douce. S\u2019agissant du grief tir\u00e9 du principe ne bis in idem, la chambre de premi\u00e8re instance estima que ce principe n\u2019\u00e9tait pas d\u2019application d\u00e8s lors qu\u2019aucune d\u00e9cision r\u00e9pressive d\u00e9finitive n\u2019avait encore \u00e9t\u00e9 adopt\u00e9e.<\/p>\n<p>15. Le requ\u00e9rant introduisit un recours aupr\u00e8s de la Chambre de recours aupr\u00e8s du SECM (\u00ab\u00a0la chambre de recours\u00a0\u00bb).<\/p>\n<p>16. Par une d\u00e9cision du 15 juillet 2011, celle-ci d\u00e9cida de surseoir \u00e0 statuer dans l\u2019attente de l\u2019issue de la proc\u00e9dure p\u00e9nale (paragraphes 8 et suivants ci\u2011dessus).<\/p>\n<p>17. Suite \u00e0 l\u2019arr\u00eat de la cour d\u2019appel de Bruxelles du 27 janvier 2015 (paragraphe 11 ci-dessus), l\u2019INAMI sollicita, le 26 f\u00e9vrier 2015, la poursuite de la proc\u00e9dure devant la chambre de recours.<\/p>\n<p>18. Celle-ci se pronon\u00e7a par une d\u00e9cision du 17 mars 2016. Elle estima tout d\u2019abord que le principe ne bis in idem ne trouvait pas \u00e0 s\u2019appliquer aux motifs suivants\u00a0:<\/p>\n<p>\u00ab\u00a0En l\u2019esp\u00e8ce, la cour d\u2019appel a acquitt\u00e9 [le requ\u00e9rant] des pr\u00e9ventions retenues \u00e0 son encontre, \u00e0 savoir faux et usage de faux et escroquerie, en ce qui concerne les attestations de soins donn\u00e9es faisant l\u2019objet de la pr\u00e9sente proc\u00e9dure. La cour d\u2019appel a acquitt\u00e9 [le requ\u00e9rant], non pas parce que les attestations de soins donn\u00e9es correspondaient \u00e0 des soins r\u00e9ellement effectu\u00e9s mais parce que les intentions frauduleuses, le dessein de nuire, les man\u0153uvres frauduleuses ou de fausses qualit\u00e9s n\u2019\u00e9taient pas \u00e9tablies. La pr\u00e9sente chambre rel\u00e8ve du reste que la cour d\u2019appel consid\u00e8re que [le requ\u00e9rant] reconna\u00eet avoir factur\u00e9 des prestations non r\u00e9alis\u00e9es. La pr\u00e9sente chambre constate que les faits et infractions faisant l\u2019objet des pr\u00e9sents d\u00e9bats ne sont pas les m\u00eames que ceux soumis \u00e0 la cour d\u2019appel. Il ne s\u2019agit nullement, en la pr\u00e9sente cause, de se prononcer sur des faits ou des infractions d\u2019escroquerie et de faux ou d\u2019usage de faux requ\u00e9rant un dol particulier ou sp\u00e9cial ou impliquant une intention frauduleuse mais simplement et sans plus de savoir si [le requ\u00e9rant] a\u00a0:<\/p>\n<p>&#8211; port\u00e9 en compte \u00e0 l\u2019assurance obligatoire soins de sant\u00e9 et indemnit\u00e9s des prestations qui ne furent pas ex\u00e9cut\u00e9es,<\/p>\n<p>&#8211; port\u00e9 en compte \u00e0 l\u2019assurance obligatoire soins de sant\u00e9 et indemnit\u00e9s des prestations non conformes \u00e0 la loi ou \u00e0 ses arr\u00eat\u00e9s d\u2019ex\u00e9cution.<\/p>\n<p>La circonstance que les attestations de soins donn\u00e9es sont les m\u00eames, dans la pr\u00e9sente cause, que celles vis\u00e9es dans la proc\u00e9dure p\u00e9nale, en aucune mani\u00e8re ne permet de penser que [le requ\u00e9rant] est poursuivi dans la pr\u00e9sente proc\u00e9dure pour les m\u00eames faits, les m\u00eames infractions ou le m\u00eame comportement que ceux soumis aux juridictions r\u00e9pressives. La pr\u00e9sente chambre examine la r\u00e9alit\u00e9 de faits, un comportement et des infractions n\u2019impliquant aucun dol sp\u00e9cial ou particulier ou intention frauduleuse et ne pouvant se confondre avec des faux, usage de faux ou escroquerie.<\/p>\n<p>Les infractions, faits et comportements n\u2019\u00e9tant pas les m\u00eames que ceux soumis \u00e0 la juridiction p\u00e9nale, le principe \u00ab\u00a0non bis in idem\u00a0\u00bb n\u2019est pas applicable en l\u2019esp\u00e8ce (Cf.\u00a0Cass., arr\u00eat du 25 mai 2011, RG no P.11.0199. F Juridat).<\/p>\n<p>(&#8230;)<\/p>\n<p>L\u2019INAMI comme la pr\u00e9sente chambre est certes tenu par la d\u00e9cision p\u00e9nale et les motifs d\u00e9terminant l\u2019acquittement. En ce qui concerne la hauteur de la sanction, la pr\u00e9sente chambre ne pourra retenir d\u2019intention frauduleuse, l\u2019absence de celle-ci ayant justifi\u00e9 l\u2019acquittement. Par contre, la pr\u00e9sente chambre se prononcera sur la r\u00e9alit\u00e9 et la conformit\u00e9 des soins donn\u00e9s faisant l\u2019objet des attestations en litige, l\u2019acquittement n\u2019ayant pas \u00e9t\u00e9 prononc\u00e9 en raison de ce que l\u2019absence des soins donn\u00e9s ou la non\u2011conformit\u00e9 n\u2019\u00e9tait pas \u00e9tablie.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p>19. La chambre de recours estima ensuite que le montant total de l\u2019indu suite aux prestations non effectu\u00e9es ou non conformes \u00e0 la loi ou \u00e0 ses arr\u00eat\u00e9s d\u2019ex\u00e9cution s\u2019\u00e9levait \u00e0 la somme de 113\u00a0048,48 EUR et condamna le requ\u00e9rant au remboursement de ce montant. Elle condamna par ailleurs le requ\u00e9rant \u00e0 une amende administrative de 200 EUR, major\u00e9e des centimes additionnels, soit 1\u00a0200 EUR. Sa d\u00e9cision est motiv\u00e9e en ces termes\u00a0:<\/p>\n<p>\u00ab\u00a0La r\u00e9cup\u00e9ration de l\u2019indu<\/p>\n<p>Conform\u00e9ment \u00e0 l\u2019article 141, \u00a7 5 de la loi coordonn\u00e9e du 14 juillet 1994, tel qu\u2019en vigueur au moment des faits, [le requ\u00e9rant] est tenu de rembourser l\u2019indu du fait des infractions commises. La pr\u00e9sente Chambre rel\u00e8ve que les infractions en l\u2019esp\u00e8ce sont des infractions \u00ab\u00a0mat\u00e9rielle\u00a0\u00bb ou \u00ab\u00a0r\u00e9alit\u00e9\u00a0\u00bb ou \u00ab\u00a0conformit\u00e9\u00a0\u00bb ne n\u00e9cessitant aucun dol particulier. Le fait d\u2019avoir \u00e9t\u00e9 n\u00e9gligent ou surcharg\u00e9 de travail ou d\u00e9pass\u00e9 par un logiciel en aucun cas ne peut constituer un cas de force majeure ou une cause d\u2019excuse, [le requ\u00e9rant] devant s\u2019assurer que les attestations de soins \u00e9taient conformes \u00e0 la r\u00e9alit\u00e9.<\/p>\n<p>[Le requ\u00e9rant] est donc redevable de la somme de 124.902,23 \u20ac, sous d\u00e9duction de la somme de 11.853,75 \u20ac, soit 113.048,48 \u20ac.<\/p>\n<p>Depuis mai 2007, \u00e0 tout le moins, [le requ\u00e9rant] conna\u00eet les faits qui lui sont reproch\u00e9s et il reconna\u00eet depuis cette date ne pas avoir donn\u00e9 tous les soins qu\u2019il a attest\u00e9s. Il sait depuis mai 2007 qu\u2019il sera tenu de rembourser un indu important. Vu l\u2019anciennet\u00e9 de la dette, il ne s\u2019indique pas d\u2019accorder des termes et d\u00e9lais.<\/p>\n<p><strong>La sanction<\/strong><\/p>\n<p>Plusieurs dispositions p\u00e9nales ou r\u00e9pressives se sont succ\u00e9d\u00e9es dans le temps depuis la date de la commission des infractions jusqu\u2019\u00e0 la date o\u00f9 les infractions sont jug\u00e9es. En ce cas, conform\u00e9ment \u00e0 l\u2019article 2 du Code p\u00e9nal, la loi p\u00e9nale la moins s\u00e9v\u00e8re doit s\u2019appliquer. Il s\u2019agit en l\u2019esp\u00e8ce de la sanction de niveau 2 pr\u00e9vue \u00e0 l\u2019article 101 du Code p\u00e9nal social, soit une amende administrative de 25 \u00e0 250 \u20ac \u00e0 majorer des d\u00e9cimes additionnels (fois 6).<\/p>\n<p>Les diff\u00e9rents faits relev\u00e9s \u00e0 charge [du requ\u00e9rant] se sont d\u00e9roul\u00e9s au cours d\u2019une m\u00eame p\u00e9riode et sont le r\u00e9sultat de la m\u00eame intention, \u00e0 savoir une n\u00e9gligence coupable cons\u00e9cutive \u00e0 une d\u00e9sorganisation g\u00e9n\u00e9rale, un \u00e9tat de fatigue et un non suivi de son mat\u00e9riel informatique de facturation. En vertu de la r\u00e8gle de l\u2019absorption une seule peine sera appliqu\u00e9e.<\/p>\n<p>La pr\u00e9sente Chambre rel\u00e8ve que la p\u00e9riode infractionnelle est longue, s\u2019\u00e9tendant sur 19 mois. Les agissements [du requ\u00e9rant] ont provoqu\u00e9 un indu important de 113.048,48\u00a0\u20ac. La n\u00e9gligence coupable [du requ\u00e9rant] a donc \u00e9t\u00e9 de longue dur\u00e9e et fut totalement d\u00e9sinvolte. La pr\u00e9sente Chambre consid\u00e8re d\u00e8s lors qu\u2019une amende administrative de 200,00 \u20ac \u00e0 majorer des d\u00e9cimes additionnels (fois 6), soit une amende de 1.200,00 \u20ac, doit \u00eatre inflig\u00e9e [au requ\u00e9rant].<\/p>\n<p>Vu la dur\u00e9e de la p\u00e9riode infractionnelle et la grave n\u00e9gligence [du requ\u00e9rant] ayant entra\u00een\u00e9 un indu important, la pr\u00e9sente Chambre estime qu\u2019il n\u2019y a pas lieu d\u2019accorder un sursis.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p>20. Par une requ\u00eate du 20 avril 2016, le requ\u00e9rant demanda la cassation de la d\u00e9cision prise par la chambre de recours devant le Conseil d\u2019\u00c9tat.<\/p>\n<p>21. Dans son rapport, l\u2019auditeur du Conseil d\u2019\u00c9tat proposa de casser la d\u00e9cision de la chambre de recours. Il estima que cette derni\u00e8re, bien qu\u2019ayant consid\u00e9r\u00e9 que les faits dont elle \u00e9tait saisie n\u2019\u00e9taient pas les m\u00eames que ceux pour lesquels le requ\u00e9rant avait \u00e9t\u00e9 acquitt\u00e9 par la cour d\u2019appel en raison de l\u2019absence d\u2019\u00e9l\u00e9ment moral, n\u2019avait cependant pas expos\u00e9 les raisons pour lesquelles elle avait jug\u00e9 que les faits pour lesquels le requ\u00e9rant \u00e9tait poursuivi par le SECM n\u2019\u00e9taient pas indissociablement li\u00e9s dans le temps et l\u2019espace \u00e0 ceux pour lesquels il avait \u00e9t\u00e9 acquitt\u00e9 par la cour d\u2019appel de Bruxelles.<\/p>\n<p>22. Par un arr\u00eat du 28 octobre 2016, le Conseil d\u2019\u00c9tat rejeta le recours en cassation. Il \u00e9carta le moyen pris de la violation du principe ne bis in idem, en ces termes\u00a0:<\/p>\n<p>\u00ab\u00a0(&#8230;)<\/p>\n<p>En l\u2019esp\u00e8ce, la chambre de recours a jug\u00e9 que les faits pour lesquels le requ\u00e9rant a \u00e9t\u00e9 acquitt\u00e9 par la cour d\u2019appel de Bruxelles ne sont pas les m\u00eames que ceux pour lesquels il est poursuivi par le SECM. Elle indique notamment que \u00ab\u00a0la cour d\u2019appel a acquitt\u00e9 [le requ\u00e9rant], non pas parce que les attestations de soins donn\u00e9s correspondaient \u00e0 des soins r\u00e9ellement effectu\u00e9s mais parce que les intentions frauduleuses, le dessein de nuire, les man\u0153uvres frauduleuses ou de fausses qualit\u00e9s n\u2019\u00e9taient [pas] \u00e9tablies\u00a0\u00bb, alors qu\u2019\u00a0\u00ab\u00a0il ne s\u2019agit nullement, en la pr\u00e9sente cause de se prononcer sur des faits ou des infractions d\u2019escroquerie et de faux ou d\u2019usage de faux requ\u00e9rant un dol particulier ou sp\u00e9cial, ou impliquant une intention frauduleuse mais simplement et sans plus de savoir si [le requ\u00e9rant] a\u00a0: &#8211; port\u00e9 en compte \u00e0 l\u2019assurance obligatoire soins de sant\u00e9 et indemnit\u00e9s des prestations qui ne furent pas ex\u00e9cut\u00e9es\u00a0; &#8211; port\u00e9 en compte \u00e0 l\u2019assurance obligatoire soins de sant\u00e9 et indemnit\u00e9s des prestations non conformes \u00e0 la loi ou \u00e0 ses arr\u00eat\u00e9s d\u2019ex\u00e9cution\u00a0\u00bb. Elle pr\u00e9cise que si les m\u00eames attestations de soins donn\u00e9s sont vis\u00e9es dans les deux proc\u00e9dures, il ne s\u2019agit pas pour autant de poursuites fond\u00e9es sur les m\u00eames faits, les m\u00eames infractions ou le m\u00eame comportement que ceux soumis aux juridictions r\u00e9pressives, d\u00e8s lors qu\u2019elle \u00ab\u00a0examine la r\u00e9alit\u00e9 de faits, un comportement et des infractions n\u2019impliquant aucun dol sp\u00e9cial ou particulier ou intention frauduleuse et ne pouvant se confondre avec des faux, usage de faux ou escroquerie\u00a0\u00bb.<\/p>\n<p>Ce faisant, la chambre de recours a constat\u00e9 souverainement que les circonstances factuelles concr\u00e8tes dont l\u2019existence doit \u00eatre d\u00e9montr\u00e9e pour qu\u2019une sanction puisse \u00eatre prononc\u00e9e ou que des poursuites puissent \u00eatre engag\u00e9es, ne sont pas identiques dans les deux causes. Elle a d\u00e8s lors valablement pu constater que l\u2019une des composantes de la notion de \u2018faits identiques ou substantiellement les m\u00eames\u2019 faisait d\u00e9faut en l\u2019esp\u00e8ce, en sorte que le principe non bis in idem ne trouvait pas \u00e0 s\u2019appliquer. Il importe peu, \u00e0 cet \u00e9gard, qu\u2019il y ait, par ailleurs, identit\u00e9 de personnes, de temps et d\u2019espace.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p><strong>LE CADRE JURIDIQUE ET LA PRATIQUE INTERNES PERTINENTS<\/strong><\/p>\n<p><strong>I. Le code p\u00e9nal<\/strong><\/p>\n<p>23. Les dispositions pertinentes du code p\u00e9nal se lisent comme suit\u00a0:<\/p>\n<p style=\"text-align: center;\">Article 2<\/p>\n<p>\u00ab\u00a0(&#8230;) Si la peine \u00e9tablie au temps du jugement diff\u00e8re de celle qui \u00e9tait port\u00e9e au temps de l\u2019infraction, la peine la moins forte sera appliqu\u00e9e.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p style=\"text-align: center;\">Article 196<\/p>\n<p>\u00ab\u00a0Seront punis de r\u00e9clusion de cinq ans \u00e0 dix ans les autres personnes qui auront commis un faux en \u00e9critures authentiques et publiques, et toutes personnes qui auront commis un faux en \u00e9critures de commerce, de banque ou en \u00e9critures priv\u00e9es,<\/p>\n<p>soit par fausses signatures,<\/p>\n<p>soit par contrefa\u00e7on ou alt\u00e9ration d\u2019\u00e9critures ou de signatures,<\/p>\n<p>soit par fabrication de conventions, dispositions, obligations ou d\u00e9charges ou par leur insertion apr\u00e8s coup dans les actes,<\/p>\n<p>soit par addition ou alt\u00e9ration de clauses, de d\u00e9claration ou de faits que ces actes avaient pour objet de recevoir ou de constater.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p style=\"text-align: center;\">Article 197<\/p>\n<p>\u00ab\u00a0Dans tous les cas exprim\u00e9s dans la pr\u00e9sente section, celui qui aura fait usage de l\u2019acte de faux ou de la pi\u00e8ce fausse sera punis comme s\u2019il \u00e9tait l\u2019auteur du faux.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p style=\"text-align: center;\">Article 213<\/p>\n<p>\u00ab\u00a0L\u2019application des peines port\u00e9es contre ceux qui auront fait usage des monnaies, effets, coupons, billets, sceaux, timbres, poin\u00e7ons, marques, d\u00e9p\u00eaches t\u00e9l\u00e9graphiques et \u00e9crits contrefaits, fabriqu\u00e9s ou falsifi\u00e9es, n\u2019aura lieu qu\u2019autant que ces personnes auront fait usage de la chose fausse, dans une intention frauduleuse, ou \u00e0 dessein de nuire.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p style=\"text-align: center;\">Article 496<\/p>\n<p>\u00ab\u00a0Quiconque, dans le but de s\u2019approprier une chose appartenant \u00e0 autrui, se sera fait remettre ou d\u00e9livrer des fonds, meubles, obligations, quittances, d\u00e9charges, soit en faisant usage de faux noms ou de fausses qualit\u00e9s, soit en employant des man\u0153uvres frauduleuses pour persuader l\u2019existence de fausses entreprises, d\u2019un pouvoir ou d\u2019un cr\u00e9dit imaginaire, pour faire na\u00eetre l\u2019esp\u00e9rance ou la crainte d\u2019un succ\u00e8s, d\u2019un accident ou de tout autre \u00e9v\u00e9nement chim\u00e9rique, ou pour abuser autrement de la confiance ou de la cr\u00e9dulit\u00e9, sera puni d\u2019un emprisonnement d\u2019un mois \u00e0 cinq ans et d\u2019une amende de vingt-six euros \u00e0 trois mille euros.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p><strong>II. La loi relative \u00e0 l\u2019assurance obligatoire soins de sant\u00e9 et indemnit\u00e9s coordonn\u00e9e le 14 juillet 1994 (\u00ab\u00a0loi AMI\u00a0\u00bb)<\/strong><\/p>\n<p>24. L\u2019article 141 de la loi AMI, tel qu\u2019applicable au moment des faits, pr\u00e9voyait ce qui suit\u00a0:<\/p>\n<p>\u00ab\u00a0\u00a7 5. (&#8230;) le Comit\u00e9 peut infliger des amendes administratives selon les modalit\u00e9s suivantes\u00a0:<\/p>\n<p>a) lorsqu\u2019un dispensateur de soins a port\u00e9 en compte \u00e0 l\u2019assurance soins de sant\u00e9 des prestations non effectu\u00e9es, le Comit\u00e9 peut lui infliger une amende administrative \u00e9gale au minimum \u00e0 50 % et au maximum \u00e0 200 % de la valeur des prestations indues\u00a0;<\/p>\n<p>b) lorsque les prestations port\u00e9es en compte ne sont pas conformes \u00e0 la pr\u00e9sente loi ou \u00e0 ses arr\u00eat\u00e9s d\u2019ex\u00e9cution, l\u2019amende peut \u00eatre \u00e9gale au minimum \u00e0 1 % et au maximum \u00e0 150 % de la valeur des prestations concern\u00e9es\u00a0;<\/p>\n<p>c) lorsque, \u00e0 plusieurs reprises, et apr\u00e8s avertissement, le dispensateur n\u2019a pas r\u00e9dig\u00e9 les documents administratifs ou m\u00e9dicaux conform\u00e9ment aux r\u00e8gles de la pr\u00e9sente loi ou de ses arr\u00eat\u00e9s d\u2019ex\u00e9cution, l\u2019amende peut \u00eatre de 10 euros \u00e0 125 euros par document incorrect. Elle ne peut \u00eatre prononc\u00e9e \u00e0 charge du m\u00e9decin qui fait l\u2019objet, pour le m\u00eame fait, d\u2019une mesure \u00e9nonc\u00e9e \u00e0 l\u2019article 77bis.<\/p>\n<p>Le dispensateur est \u00e9galement tenu de rembourser la valeur des prestations concern\u00e9es dans les cas vis\u00e9s aux points a) et b) pr\u00e9cit\u00e9s.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p><strong>III. Le code p\u00e9nal social<\/strong><\/p>\n<p>25. Le code p\u00e9nal social a \u00e9t\u00e9 introduit par la loi du 6 juin 2010. Il est entr\u00e9 en vigueur le 1er juillet 2010. Ses dispositions pertinentes, telles qu\u2019applicables au moment des faits, se lisaient comme suit\u00a0:<\/p>\n<p style=\"text-align: center;\">Article 101<\/p>\n<p>\u00ab\u00a0Les infractions vis\u00e9es au Livre 2 sont punies d\u2019une sanction de niveau 1, de niveau\u00a02, de niveau 3 ou de niveau 4.<\/p>\n<p>La sanction de niveau 1 est constitu\u00e9e d\u2019une amende administrative de 10 \u00e0 100 euros.<\/p>\n<p>La sanction de niveau 2 est constitu\u00e9e soit d\u2019une amende p\u00e9nale de 50 \u00e0 500 euros, soit d\u2019une amende administrative de 25 \u00e0 250 euros.<\/p>\n<p>La sanction de niveau 3 est constitu\u00e9e soit d\u2019une amende p\u00e9nale de 100 \u00e0 1000 euros, soit d\u2019une amende administrative de 50 \u00e0 500 euros.<\/p>\n<p>La sanction de niveau 4 est constitu\u00e9e soit d\u2019un emprisonnement de six mois \u00e0 trois ans et d\u2019une amende p\u00e9nale de 600 \u00e0 6000 euros ou de l\u2019une de ces peines seulement, soit d\u2019une amende administrative de 300 \u00e0 3000 euros.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p style=\"text-align: center;\">Article 102<\/p>\n<p>\u00ab\u00a0Les d\u00e9cimes additionnels vis\u00e9s \u00e0 l\u2019article 1er, alin\u00e9a 1er de la loi du 5 mars 1952 relative aux d\u00e9cimes additionnels sur les amendes p\u00e9nales sont \u00e9galement applicables aux amendes administratives vis\u00e9es dans le pr\u00e9sent Code.<\/p>\n<p>L\u2019administration comp\u00e9tente indique dans sa d\u00e9cision la multiplication en vertu de la loi pr\u00e9cit\u00e9e du 5 mars 1952 ainsi que le chiffre qui r\u00e9sulte de cette majoration.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p style=\"text-align: center;\">Article 225<\/p>\n<p>\u00ab\u00a0Sont punis d\u2019une sanction de niveau 2\u00a0:<\/p>\n<p>(&#8230;)<\/p>\n<p>3.oles praticiens de l\u2019art de gu\u00e9rir, les kin\u00e9sith\u00e9rapeutes, les praticiens de l\u2019art infirmier et les auxiliaires param\u00e9dicaux qui d\u00e9livrent une attestation de soin alors qu\u2019il n\u2019est pas satisfait aux dispositions de la loi pr\u00e9cit\u00e9e du 14 juillet 1994 et de ses arr\u00eat\u00e9s et r\u00e8glements d\u2019ex\u00e9cution.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p>26. S\u2019agissant des amendes administratives, les travaux pr\u00e9paratoires de la loi introduisant le code p\u00e9nal social pr\u00e9cisaient notamment ce qui suit\u00a0:<\/p>\n<p>\u00ab\u00a024.\u00a0Le pr\u00e9sent projet accorde une place plus importante aux amendes administratives (&#8230;)<\/p>\n<p>Le Code p\u00e9nal social propose tout d\u2019abord d\u2019assortir l\u2019ensemble des comportements relevant des quatre niveaux d\u2019incriminations d\u2019une amende administrative. Toutes les infractions, les infractions l\u00e9g\u00e8res, les infractions de gravit\u00e9 moyenne, les infractions graves et les infractions tr\u00e8s graves, peuvent d\u00e9sormais faire l\u2019objet d\u2019un traitement administratif. Dans un souci d\u2019harmonisation, le pr\u00e9sent projet ne r\u00e9serve plus l\u2019amende administrative aux seules infractions au droit du travail. Les incriminations relevant du droit de la s\u00e9curit\u00e9 sociale sont comprises dans le champ d\u2019application de la r\u00e9pression administrative.<\/p>\n<p>Ensuite, le projet reproduit le m\u00e9canisme prescrit par la loi du 30 juin 1971 applicable en cas d\u2019infraction \u00e0 certaines lois sociales aux infractions relevant des niveaux 2, 3 et\u00a04. Les infractions tr\u00e8s graves, les infractions graves ainsi que les infractions de gravit\u00e9 moyenne peuvent faire l\u2019objet soit d\u2019une peine, soit d\u2019un traitement administratif. Le proc\u00e8s-verbal constatant une infraction dress\u00e9 par l\u2019agent qualifi\u00e9 est transmis au minist\u00e8re public\u00a0; une copie de celui-ci est envoy\u00e9e \u00e0 l\u2019administration comp\u00e9tente pour infliger les amendes administratives. Priorit\u00e9 est donn\u00e9e aux poursuites p\u00e9nales.<\/p>\n<p>Enfin, la politique de d\u00e9p\u00e9nalisation mise en \u0153uvre par le Code p\u00e9nal social acquiert tout son sens dans le cas des infractions de niveau 1. Le Code p\u00e9nal social propose de d\u00e9p\u00e9naliser ces infractions l\u00e9g\u00e8res et de les assortir d\u2019une seule amende administrative.<\/p>\n<p>(&#8230;)<\/p>\n<p>B.1.3 Une \u00e9chelle des incriminations\u00a0:<\/p>\n<p>25. La gradation des incriminations et des sanctions p\u00e9nales que comportent les lois sociales peut utilement s\u2019effectuer sur la base de l\u2019int\u00e9r\u00eat que ces dispositions prot\u00e8gent et, le cas \u00e9ch\u00e9ant, en fonction de l\u2019\u00e9l\u00e9ment moral qui accompagne les infractions p\u00e9nales.<\/p>\n<p>En effet, la classification des infractions p\u00e9nales en fonction de l\u2019int\u00e9r\u00eat prot\u00e9g\u00e9 ou de l\u2019\u00e9l\u00e9ment moral permet d\u2019appr\u00e9hender celles-ci sur la base des comportements punissables et non plus de fa\u00e7on cloisonn\u00e9e dans chaque loi sociale. L\u2019analyse des crit\u00e8res pr\u00e9cit\u00e9s permet de rapprocher les comportements interdits. Ainsi, un m\u00eame comportement incrimin\u00e9 doit \u00eatre sanctionn\u00e9 de la m\u00eame sanction.<\/p>\n<p>C\u2019est ainsi que quatre cat\u00e9gories ont \u00e9t\u00e9 d\u00e9gag\u00e9es, selon leur gravit\u00e9. Parmi celles-ci, la cat\u00e9gorie des infractions de gravit\u00e9 moyenne constitue une cat\u00e9gorie r\u00e9siduaire.<\/p>\n<p>26. Les infractions tr\u00e8s graves sont les suivantes\u00a0: (&#8230;)<\/p>\n<p>27. Les infractions graves sont les suivantes\u00a0: (&#8230;)<\/p>\n<p>28. Les infractions de gravit\u00e9 moyenne sont les suivantes\u00a0:<\/p>\n<p>(&#8230;)<\/p>\n<p>b) pour le droit de la s\u00e9curit\u00e9 sociale\u00a0:<\/p>\n<p>&#8211; les atteintes aux droits des assur\u00e9s sociaux<\/p>\n<p>&#8211; les atteintes \u00e0 la vie priv\u00e9e des assur\u00e9s sociaux<\/p>\n<p>&#8211; les atteintes au financement de la s\u00e9curit\u00e9 sociale. On observera toutefois que seule une sanction de gravit\u00e9 moyenne a \u00e9t\u00e9 retenue pour ce type d\u2019infractions en raison du fait que des mesures civiles renforcent d\u00e9j\u00e0 consid\u00e9rablement le respect des obligations que le soutien r\u00e9pressif peut donc \u00eatre relativement l\u00e9ger au regard des enjeux financiers dont il s\u2019agit.<\/p>\n<p>29.\u00a0Les infractions l\u00e9g\u00e8res sont constitu\u00e9es de manquements \u00e0 des obligations purement administratives, telles que documents \u00e0 remplir, informations \u00e0 transmettre entre administrations, etc.\u00a0\u00bb (projet de loi introduisant le Code p\u00e9nal social, 2008-2009, DOC 52, 1666\/01)<\/p>\n<p>27. S\u2019agissant plus particuli\u00e8rement de l\u2019infraction vis\u00e9e \u00e0 l\u2019article\u00a0225,\u00a03o du code p\u00e9nal social, les travaux pr\u00e9paratoires justifiaient l\u2019objectif poursuivi et le niveau de sanction comme suit\u00a0:<\/p>\n<p>\u00ab\u00a0Ces dispositions assurent l\u2019efficacit\u00e9 du syst\u00e8me d\u2019assurance soins de sant\u00e9 et indemnit\u00e9s. En effet, ces normes prot\u00e8gent le financement du r\u00e9gime g\u00e9n\u00e9ral de s\u00e9curit\u00e9 sociale des travailleurs salari\u00e9s et, plus particuli\u00e8rement du syst\u00e8me de remboursement des prestations \u00e0 charge de l\u2019INAMI afin que celui-ci ne rembourse pas ind\u00fbment les b\u00e9n\u00e9ficiaires des soins. Les incriminations prescrites par l\u2019article 229 du projet sont de gravit\u00e9 moyenne et assorties d\u2019une sanction de niveau 2.\u00a0\u00bb (projet de loi introduisant le Code p\u00e9nal social, 2008-2009, DOC 52, 1666\/01)<\/p>\n<p>28. Le code p\u00e9nal social incrimine distinctement le faux et l\u2019usage de faux (article 232) ainsi que l\u2019escroquerie (article 235) en droit p\u00e9nal social. Ces infractions sont punies d\u2019une sanction de niveau 4. L\u2019article 231 du code p\u00e9nal social pr\u00e9cise que ces sanctions sont appliqu\u00e9es \u00e0 l\u2019exclusion de l\u2019application des articles 196, 197 et 496 du code p\u00e9nal (paragraphe 23 ci\u2011dessus).<\/p>\n<p><strong>IV. La jurisprudence interne pertinente<\/strong><\/p>\n<p>29. La mesure de r\u00e9p\u00e9tition de l\u2019indu au b\u00e9n\u00e9fice de l\u2019organisme assureur pr\u00e9vue dans le cadre de la loi AMI est consid\u00e9r\u00e9e comme ayant un caract\u00e8re purement civil (Cour constitutionnelle, no\u00a0102\/2000, 11 octobre 2000, consid\u00e9rant B.3.2).<\/p>\n<p>30. Dans un arr\u00eat du 19 d\u00e9cembre 2013 (no 181\/2013), la Cour constitutionnelle a \u00e9t\u00e9 appel\u00e9e \u00e0 statuer sur la question de savoir si l\u2019article\u00a0233 du code p\u00e9nal social interpr\u00e9t\u00e9 en ce sens qu\u2019il conduirait le juge p\u00e9nal \u00e0 sanctionner des personnes qui ont d\u00e9j\u00e0 \u00e9t\u00e9 punies par des sanctions administratives \u00e0 caract\u00e8re r\u00e9pressif pour des faits qui sont en substance les m\u00eames, viole les articles 10 et 11 de la Constitution (consacrant les principes d\u2019\u00e9galit\u00e9 et de non-discrimination), lus s\u00e9par\u00e9ment ou en combinaison avec notamment l\u2019article 4 du Protocole no 7 \u00e0 la Convention. L\u2019article 233 du code p\u00e9nal dispose que des infractions en rapport \u00e0 des d\u00e9clarations inexactes ou incompl\u00e8tes concernant les avantages sociaux sont assorties d\u2019une sanction de niveau 4 (soit une peine d\u2019emprisonnement et\/ou une amende p\u00e9nale, soit encore une amende administrative) ou d\u2019une sanction de niveau\u00a03 (soit une amende p\u00e9nale, soit une amende administrative). Les parties pertinentes de l\u2019arr\u00eat se lisent comme suit\u00a0:<\/p>\n<p>\u00ab\u00a0B.3.2. Le principe non bis in idem interdit \u00ab de poursuivre ou de juger une personne pour une seconde \u2018 infraction \u2018 pour autant que celle-ci a pour origine des faits identiques ou des faits qui sont en substance les m\u00eames \u00bb (CEDH, grande chambre, 10\u00a0f\u00e9vrier 2009, Zolotoukhine c. Russie, \u00a7 82).<\/p>\n<p>B.4. Il ressort du dossier de proc\u00e9dure transmis \u00e0 la Cour par la juridiction a quo que les pr\u00e9venus dans l\u2019affaire pendante devant elle se sont vu imposer les sanctions administratives pr\u00e9vues par les articles 153, 154 et 155 de l\u2019arr\u00eat\u00e9 royal du 25 novembre 1991 \u00ab portant r\u00e9glementation du ch\u00f4mage \u00bb ou les sanctions administratives pr\u00e9vues par l\u2019arr\u00eat\u00e9 royal du 10 janvier 1969 \u00ab d\u00e9terminant les sanctions administratives applicables aux b\u00e9n\u00e9ficiaires du r\u00e9gime d\u2019assurance obligatoire soins de sant\u00e9 et indemnit\u00e9s.<\/p>\n<p>B.5. La juridiction a quo a jug\u00e9 que ces sanctions \u00ab ont un caract\u00e8re r\u00e9pressif pr\u00e9dominant d\u00e8s lors qu\u2019elles visent \u00e0 sanctionner, en privant durant un certain temps les allocataires sociaux, de revenus de remplacement \u00bb.<\/p>\n<p>La Cour r\u00e9pond \u00e0 la question pr\u00e9judicielle en tenant compte de cette appr\u00e9ciation du juge a quo.<\/p>\n<p>B.6.1. La circonstance que la disposition en cause exige que le pr\u00e9venu ait commis l\u2019infraction sciemment et volontairement, alors que les sanctions administratives \u00e0 caract\u00e8re r\u00e9pressif pr\u00e9cit\u00e9es ne requi\u00e8rent pas, en r\u00e8gle, cet \u00e9l\u00e9ment moral particulier, n\u2019enl\u00e8ve rien au constat que le m\u00eame comportement peut \u00eatre puni par deux sanctions de nature r\u00e9pressive. Dans l\u2019hypoth\u00e8se o\u00f9 les pr\u00e9venus se verraient appliquer la disposition en cause apr\u00e8s avoir subi les sanctions vis\u00e9es en B.4, le m\u00eame comportement serait d\u00e8s lors sanctionn\u00e9 deux fois, ce qui serait contraire au principe non bis in idem tel qu\u2019il est d\u00e9fini en B.3.2.<\/p>\n<p>B.6.2. La disposition en cause, interpr\u00e9t\u00e9e comme imposant au juge p\u00e9nal de prononcer la sanction qu\u2019elle pr\u00e9voit \u00e0 l\u2019encontre de pr\u00e9venus qui ont d\u00e9j\u00e0 subi une sanction administrative pr\u00e9sentant un caract\u00e8re r\u00e9pressif pr\u00e9dominant pour des faits identiques \u00e0 ceux qui sont \u00e0 l\u2019origine des poursuites ou qui sont en substance les m\u00eames, n\u2019est pas compatible avec le principe non bis in idem.<\/p>\n<p>Dans cette interpr\u00e9tation, la question pr\u00e9judicielle appelle une r\u00e9ponse positive.<\/p>\n<p>(&#8230;)\u00a0\u00bb<\/p>\n<p>31. Enfin, en ce qui concerne l\u2019aspect \u00ab\u00a0idem\u00a0\u00bb du principe non bis in idem,\u00a0la Cour de cassation a jug\u00e9 dans plusieurs arr\u00eats\u00a0ce qui suit\u00a0:<\/p>\n<p>\u00ab\u00a0Le principe g\u00e9n\u00e9ral du droit non bis in idem et l\u2019article 4.1 du Protocole additionnel no 7 \u00e0 la Convention prohibent la prononciation de deux sanctions de m\u00eame nature \u00e0 charge d\u2019une m\u00eame personne du chef de faits identiques ou de faits qui sont substantiellement les m\u00eames.<\/p>\n<p>La notion de faits identiques ou substantiellement les m\u00eames vise un ensemble de circonstances concr\u00e8tes concernant un m\u00eame suspect, lesquelles sont indissociablement li\u00e9es entre elles dans le temps et dans l\u2019espace.\u00a0\u00bb (voir, parmi d\u2019autres, Cass. 2 mars 2016, P.15.0929.F, en mati\u00e8re fiscale\u00a0; voir \u00e9galement Cass. 17 juin 2014, P.13.1747.N, en mati\u00e8re disciplinaire).\u00a0\u00bb<\/p>\n<p><strong>EN DROIT<\/strong><\/p>\n<p><strong>SUR LA VIOLATION ALL\u00c9GU\u00c9E de l\u2019article 4 du protocole no\u00a07 \u00e0 LA CONVENTION<\/strong><\/p>\n<p>32. Le requ\u00e9rant all\u00e8gue une violation du principe ne bis in idem en raison de sa condamnation au remboursement des prestations ind\u00fbment per\u00e7ues et au paiement d\u2019une amende administrative et ce, malgr\u00e9 son acquittement au p\u00e9nal par la cour d\u2019appel de Bruxelles. Il invoque l\u2019article 4 du Protocole no\u00a07 \u00e0 la Convention, dont la partie pertinente en l\u2019esp\u00e8ce est ainsi libell\u00e9e\u00a0:<\/p>\n<p>\u00ab\u00a01. Nul ne peut \u00eatre poursuivi ou puni p\u00e9nalement par les juridictions du m\u00eame \u00c9tat en raison d\u2019une infraction pour laquelle il a d\u00e9j\u00e0 \u00e9t\u00e9 acquitt\u00e9 ou condamn\u00e9 par un jugement d\u00e9finitif conform\u00e9ment \u00e0 la loi et \u00e0 la proc\u00e9dure p\u00e9nale de cet \u00c9tat.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p><strong>A. Sur la recevabilit\u00e9<\/strong><\/p>\n<p><strong>1. Arguments des parties<\/strong><\/p>\n<p>33. Le Gouvernement fait valoir que tant la r\u00e9cup\u00e9ration d\u2019indu que l\u2019amende administrative auxquelles le requ\u00e9rant a \u00e9t\u00e9 condamn\u00e9 n\u2019ont pas de caract\u00e8re p\u00e9nal au sens autonome de la Convention. Ainsi, \u00e0 son estime, le remboursement de l\u2019indu ne constitue ni une sanction administrative, ni une sanction p\u00e9nale mais une action purement civile li\u00e9e au remboursement d\u2019une prestation indument per\u00e7ue. Le Gouvernement estime, par ailleurs, que l\u2019amende administrative n\u2019a pas de caract\u00e8re p\u00e9nal d\u00e8s lors qu\u2019elle ne vise pas \u00e0 prot\u00e9ger les int\u00e9r\u00eats g\u00e9n\u00e9raux de la soci\u00e9t\u00e9 et qu\u2019elle est peu s\u00e9v\u00e8re. Le Gouvernement fait en outre valoir, s\u2019agissant de la r\u00e9p\u00e9tition d\u2019indu, que le requ\u00e9rant n\u2019a pas \u00e9puis\u00e9 toutes les voies de recours internes, le requ\u00e9rant ayant admis devant le Conseil d\u2019\u00c9tat que la violation du principe ne bis in idem portait uniquement sur l\u2019amende administrative et non l\u2019indu.<\/p>\n<p>34. Le requ\u00e9rant fait valoir que le remboursement d\u2019indu et le paiement de l\u2019amende administrative tirent leur origine des m\u00eames faits et qu\u2019ils ne peuvent \u00eatre dissoci\u00e9s l\u2019un de l\u2019autre. S\u2019agissant de la s\u00e9v\u00e9rit\u00e9 de la sanction administrative, le requ\u00e9rant fait valoir que la faiblesse relative de l\u2019enjeu ne peut retirer \u00e0 une infraction son caract\u00e8re p\u00e9nal intrins\u00e8que (Jussila c.\u00a0Finlande [GC], no 73053\/01, \u00a7 31, CEDH 2006-XIV). Enfin, s\u2019agissant de l\u2019\u00e9puisement des voies de recours internes, il pr\u00e9cise que la r\u00e9p\u00e9tition d\u2019indu \u00e9tait \u00e9voqu\u00e9e dans sa requ\u00eate en cassation administrative.<\/p>\n<p><strong>2. Appr\u00e9ciation de la Cour<\/strong><\/p>\n<p>a) Principes g\u00e9n\u00e9raux<\/p>\n<p>35. La Cour rappelle que pour que l\u2019article 4 du Protocole no 7 \u00e0 la Convention s\u2019applique, il faut que le requ\u00e9rant ait \u00e9t\u00e9 poursuivi ou puni p\u00e9nalement en raison d\u2019une infraction pour laquelle il a d\u00e9j\u00e0 \u00e9t\u00e9 d\u00e9finitivement acquitt\u00e9 ou condamn\u00e9.<\/p>\n<p>36. Comme la Cour l\u2019a d\u00e9j\u00e0 dit \u00e0 de nombreuses reprises, la Convention doit se lire comme un tout et s\u2019interpr\u00e9ter de mani\u00e8re \u00e0 promouvoir sa coh\u00e9rence interne et l\u2019harmonie entre ses diverses dispositions (A et B c.\u00a0Norv\u00e8ge [GC], nos\u00a024130\/11 et 29758\/11, \u00a7 133, 15 novembre 2016). La Cour estime ainsi que les termes \u00ab\u00a0proc\u00e9dure p\u00e9nale\u00a0\u00bb employ\u00e9s dans le texte de l\u2019article 4 du Protocole no 7 \u00e0 la Convention doivent \u00eatre interpr\u00e9t\u00e9s \u00e0 la lumi\u00e8re des principes g\u00e9n\u00e9raux applicables \u00e0 l\u2019expression \u00ab\u00a0accusation en mati\u00e8re p\u00e9nale\u00a0\u00bb (criminal charge) figurant \u00e0 l\u2019article 6 de la Convention (Sergue\u00ef Zolotoukhine c. Russie [GC], no 14939\/03, \u00a7 52, CEDH 2009).<\/p>\n<p>37. Selon la jurisprudence constante de la Cour, l\u2019existence d\u2019une \u00ab\u00a0accusation en mati\u00e8re p\u00e9nale\u00a0\u00bb doit s\u2019appr\u00e9cier sur la base de trois crit\u00e8res (Engel et autres c.\u00a0Pays-Bas, 8 juin 1976, \u00a7\u00a082, s\u00e9rie A no\u00a022). Le premier est la qualification juridique de l\u2019infraction en droit interne, le second la nature m\u00eame de l\u2019infraction et le troisi\u00e8me le degr\u00e9 de s\u00e9v\u00e9rit\u00e9 de la sanction que risque de subir l\u2019int\u00e9ress\u00e9. Les deuxi\u00e8me et troisi\u00e8me crit\u00e8res sont alternatifs, et pas n\u00e9cessairement cumulatifs. Cela n\u2019emp\u00eache pas l\u2019adoption d\u2019une approche cumulative si l\u2019analyse s\u00e9par\u00e9e de chaque crit\u00e8re ne permet pas d\u2019aboutir \u00e0 une conclusion claire quant \u00e0 l\u2019existence d\u2019une accusation en mati\u00e8re p\u00e9nale (Vegotex International S.A. c.\u00a0Belgique [GC], no\u00a049812\/09, \u00a7\u00a067, 3 novembre 2022).<\/p>\n<p>b) Application de ces principes au cas d\u2019esp\u00e8ce<\/p>\n<p>38. Dans le cas d\u2019esp\u00e8ce, le caract\u00e8re \u00ab\u00a0p\u00e9nal\u00a0\u00bb de la proc\u00e9dure men\u00e9e devant les juridictions de l\u2019ordre judiciaire contre le requ\u00e9rant pour faux, usage de faux et escroquerie (paragraphes 8-12 ci-dessus) n\u2019est ni contestable ni contest\u00e9e.<\/p>\n<p>39. En revanche, les parties sont en d\u00e9saccord sur le point de savoir si le remboursement de l\u2019indu, d\u2019une part, et l\u2019amende administrative, d\u2019autre part, auxquels le requ\u00e9rant a \u00e9t\u00e9 condamn\u00e9 dans le cadre de la proc\u00e9dure administrative, avaient un caract\u00e8re \u00ab\u00a0p\u00e9nal\u00a0\u00bb au sens autonome de la Convention.<\/p>\n<p>i. Quant \u00e0 la r\u00e9p\u00e9tition de l\u2019indu<\/p>\n<p>40. S\u2019agissant de la r\u00e9p\u00e9tition de l\u2019indu, la Cour constate que le requ\u00e9rant a \u00e9t\u00e9 condamn\u00e9 \u00e0 rembourser la somme de 113 048,48 EUR (paragraphe 19 ci-dessus). Cette somme repr\u00e9sente le montant des prestations indument per\u00e7ues des organismes assureurs du fait des prestations non effectu\u00e9es ou non conformes \u00e0 la loi et\/ou ses arr\u00eat\u00e9s d\u2019ex\u00e9cution. Visant \u00e0 r\u00e9cup\u00e9rer des sommes ind\u00fbment per\u00e7ues, la r\u00e9p\u00e9tition de l\u2019indu ne poursuit aucun but dissuasif et r\u00e9pressif, et rev\u00eat un caract\u00e8re civil en droit belge (voir paragraphe\u00a029 ci-dessus).<\/p>\n<p>41. L\u2019article 4 du Protocole no 7 \u00e0 la Convention n\u2019est d\u00e8s lors pas applicable \u00e0 la r\u00e9p\u00e9tition de l\u2019indu. Il s\u2019ensuit que le grief \u00e0 cet \u00e9gard est incompatible rationae materiae avec les dispositions de la Convention au sens de l\u2019article 35 \u00a7 3 et doit \u00eatre rejet\u00e9 en application de l\u2019article 35 \u00a7 4 de la Convention. Il n\u2019y a\u00a0d\u00e8s lors pas lieu de statuer sur\u00a0l\u2019exception de non\u2011\u00e9puisement des voies de recours internes soulev\u00e9e par le Gouvernement.<\/p>\n<p>ii. Quant \u00e0 l\u2019amende administrative<\/p>\n<p>42. S\u2019agissant de l\u2019amende administrative, la Cour constate que le requ\u00e9rant avait initialement \u00e9t\u00e9 condamn\u00e9 par la chambre de premi\u00e8re instance au paiement d\u2019amendes administratives de 243 850,40 EUR et de 4\u00a0465,54 EUR. Sur recours, le requ\u00e9rant a \u00e9t\u00e9 condamn\u00e9 au paiement d\u2019une amende administrative de 1\u00a0200 EUR en application des articles 101 et 225, 3o du code p\u00e9nal social (paragraphes 18 et 23 ci-dessus).<\/p>\n<p>43. Quant au premier crit\u00e8re \u00ab\u00a0Engel\u00a0\u00bb, la Cour observe que l\u2019amende \u00e0 laquelle le requ\u00e9rant a \u00e9t\u00e9 condamn\u00e9 par la chambre de recours \u00e9tait pr\u00e9vue par le code p\u00e9nal social et qu\u2019il a \u00e9t\u00e9 fait application, en l\u2019esp\u00e8ce, des principes g\u00e9n\u00e9raux de droit p\u00e9nal, notamment l\u2019article 2 du code p\u00e9nal, pour d\u00e9terminer la loi applicable et le montant de l\u2019amende administrative (paragraphe 19 ci\u2011dessus).<\/p>\n<p>44. S\u2019agissant du deuxi\u00e8me crit\u00e8re, la Cour rel\u00e8ve que l\u2019amende administrative en cause poursuit un but \u00e0 la fois dissuasif et r\u00e9pressif (paragraphe 26 ci-dessus). Par ailleurs, m\u00eame si elle ne s\u2019adresse qu\u2019aux cat\u00e9gories de personnes vis\u00e9es par l\u2019article 225, 3o du code p\u00e9nal social (comparer avec Sergue\u00ef Zolotoukhine, pr\u00e9cit\u00e9, \u00a7 55, et Prina c. Roumanie, no\u00a037697\/13, \u00a7\u00a7\u00a053-54, 8 septembre 2020), elle vise \u00e0 assurer l\u2019efficacit\u00e9 du syst\u00e8me d\u2019assurance soins de sant\u00e9 et indemnit\u00e9s et \u00e0 prot\u00e9ger le financement g\u00e9n\u00e9ral de la s\u00e9curit\u00e9 sociale (paragraphe 27 ci-dessus). En l\u2019occurrence, l\u2019amende administrative s\u2019est ajout\u00e9e \u00e0 la mesure de la r\u00e9p\u00e9tition de l\u2019indu et visait \u00e0 sanctionner le requ\u00e9rant n\u00e9gligent.<\/p>\n<p>45. Enfin, pour ce qui concerne le troisi\u00e8me crit\u00e8re \u00ab\u00a0Engel\u00a0\u00bb et la s\u00e9v\u00e9rit\u00e9 de la sanction, \u00e0 savoir la peine maximale possible pr\u00e9vue par la loi applicable (Demicoli c. Malte, 27 ao\u00fbt 1991, \u00a7 34, s\u00e9rie A no\u00a0210, et Mihalache c.\u00a0Roumanie [GC], no 54012\/10, \u00a7 61, 8 juillet 2019), la Cour rel\u00e8ve que la chambre de recours a appliqu\u00e9 l\u2019article 225, 3odu code p\u00e9nal social qui pr\u00e9voyait l\u2019application d\u2019une sanction de niveau 2. Selon l\u2019article 101 du code p\u00e9nal social, les sanctions d\u2019un tel niveau sont constitu\u00e9es soit d\u2019une amende p\u00e9nale de 50 \u00e0 500 EUR, soit d\u2019une amende administrative de 25 \u00e0 250 EUR. Ces sommes doivent \u00eatre multipli\u00e9es par six (\u00e9tant les d\u00e9cimes additionnelles applicables au moment des faits) (voir paragraphe 25 ci-dessus). Si le montant maximal de l\u2019amende administrative est relativement limit\u00e9, cela ne peut \u00f4ter \u00e0 l\u2019infraction son caract\u00e8re p\u00e9nal intrins\u00e8que (Ramos Nunes de Carvalho e S\u00e1 c. Portugal [GC], nos 55391\/13 et 2 autres, \u00a7 122, 6 novembre 2018, et Gestur J\u00f3nsson et Ragnar Halld\u00f3r Hall c. Islande [GC], nos 68273\/14 et 68271\/14, \u00a7 78, 22 d\u00e9cembre 2020). En outre, la Cour observe que ce niveau 2 de sanction a \u00e9t\u00e9 d\u00e9termin\u00e9 par le l\u00e9gislateur en ayant \u00e0 l\u2019esprit que la personne condamn\u00e9e devra en outre rembourser les sommes ind\u00fbment per\u00e7ues au niveau civil (paragraphe 26 ci-dessus).<\/p>\n<p>46. Ayant \u00e9valu\u00e9 le poids respectif des \u00e9l\u00e9ments susmentionn\u00e9s, la Cour note la pr\u00e9dominance de ceux qui pr\u00e9sentent une coloration p\u00e9nale. Additionn\u00e9s et combin\u00e9s entre eux, ils conf\u00e8rent \u00e0 la proc\u00e9dure administrative ayant men\u00e9 \u00e0 l\u2019imposition de l\u2019amende administrative litigieuse un caract\u00e8re \u00ab\u00a0p\u00e9nal\u00a0\u00bb au sens autonome de la Convention. Au surplus, le caract\u00e8re \u00ab\u00a0p\u00e9nal\u00a0\u00bb au sens autonome de la Convention de cette amende n\u2019a pas \u00e9t\u00e9 remis en question ni par la chambre de recours ni par le Conseil d\u2019\u00c9tat lorsqu\u2019ils se sont prononc\u00e9s sur le respect du principe ne bis in idem. Il en ressort que l\u2019article 4 du Protocole no 7 \u00e0 la Convention trouve \u00e0 s\u2019appliquer en l\u2019esp\u00e8ce.<\/p>\n<p>47. Constatant, pour le surplus, que ce grief n\u2019est pas manifestement mal fond\u00e9 ni irrecevable pour un autre motif vis\u00e9 \u00e0 l\u2019article\u00a035 de la Convention, la Cour le d\u00e9clare recevable.<\/p>\n<p><strong>B. Sur le fond<\/strong><\/p>\n<p><strong>1. Arguments des parties<\/strong><\/p>\n<p>48. Le requ\u00e9rant estime qu\u2019il a \u00e9t\u00e9 poursuivi deux fois pour la m\u00eame infraction. Il fait valoir que les faits pour lesquels il a \u00e9t\u00e9 poursuivi dans le cadre de la proc\u00e9dure p\u00e9nale et dans le cadre de la proc\u00e9dure administrative sont les m\u00eames et que l\u2019on ne peut avoir \u00e9gard \u00e0 la qualification juridique donn\u00e9e ou aux \u00e9l\u00e9ments constitutifs de l\u2019infraction (Sergue\u00ef Zolotoukhine, pr\u00e9cit\u00e9, \u00a7\u00a7 82-84), tels l\u2019\u00e9l\u00e9ment moral. Il estime, par ailleurs, que les deux proc\u00e9dures ne pr\u00e9sentent pas un lien suffisamment \u00e9troit afin d\u2019\u00eatre consid\u00e9r\u00e9es comme faisant l\u2019objet d\u2019une proc\u00e9dure mixte. Il fait valoir qu\u2019elles ne poursuivaient pas des objectifs compl\u00e9mentaires, que la seconde proc\u00e9dure ne reposait pas directement sur la premi\u00e8re, les proc\u00e9dures parall\u00e8les n\u2019\u00e9taient pas pr\u00e9visibles et enfin que la sanction prononc\u00e9e n\u2019a pas \u00e9t\u00e9 prise en compte vu qu\u2019il a fait l\u2019objet d\u2019un acquittement.<\/p>\n<p>49. Le Gouvernement objecte que les faits et infractions pour lesquels le requ\u00e9rant a \u00e9t\u00e9 poursuivi dans les deux proc\u00e9dures ne sont pas les m\u00eames. Ainsi, les infractions de faux, usage de faux et escroquerie n\u00e9cessitent un dol particulier, un dol sp\u00e9cial ou une intention frauduleuse, tandis que l\u2019infraction \u00e0 la loi AMI (avoir port\u00e9 en compte des prestations non effectu\u00e9es ou non conformes) ne n\u00e9cessite aucun \u00e9l\u00e9ment intentionnel. Par ailleurs, le Gouvernement estime qu\u2019en tout \u00e9tat de cause, il existe un lien suffisamment \u00e9troit entre les deux proc\u00e9dures, mat\u00e9riellement et temporellement, pour qu\u2019elles soient consid\u00e9r\u00e9es comme faisant partie de la m\u00eame proc\u00e9dure (A et B c. Norv\u00e8ge, pr\u00e9cit\u00e9, \u00a7 130). Il fait valoir \u00e0 cet \u00e9gard la compl\u00e9mentarit\u00e9 des objectifs poursuivis par les deux proc\u00e9dures. Il souligne que les poursuites administratives, visant les contestations entre les dispensateurs de soins et l\u2019INAMI, pr\u00e9voient des sanctions sp\u00e9cifiques qui ne visent que les dispensateurs de soins et qui ne rel\u00e8vent pas du \u00ab\u00a0noyau dur du droit p\u00e9nal\u00a0\u00bb, \u00e0 l\u2019inverse des poursuites p\u00e9nales pour faux, usage de faux et escroquerie telles que pr\u00e9vues par le code p\u00e9nal et ayant fait l\u2019objet des poursuites p\u00e9nales. Il explique que la sanction administrative ne vise pas tant \u00e0 prot\u00e9ger les int\u00e9r\u00eats g\u00e9n\u00e9raux de la soci\u00e9t\u00e9 tels que g\u00e9n\u00e9ralement prot\u00e9g\u00e9s par le droit p\u00e9nal, mais \u00e0 prot\u00e9ger les int\u00e9r\u00eats de l\u2019INAMI en sanctionnant un comportement qui, s\u2019il n\u2019a pas \u00e9t\u00e9 jug\u00e9 p\u00e9nalement r\u00e9pr\u00e9hensible, n\u2019en complique pas moins la bonne organisation et le bon fonctionnement de cet organisme. Le Gouvernement met \u00e9galement en exergue la pr\u00e9visibilit\u00e9 des proc\u00e9dures p\u00e9nale et administrative, l\u2019interaction entre les diff\u00e9rentes autorit\u00e9s comp\u00e9tentes notamment dans l\u2019administration de la preuve et le fait qu\u2019en l\u2019esp\u00e8ce, la chambre de recours, dans la d\u00e9termination de l\u2019amende administrative, a tenu compte de l\u2019acquittement du requ\u00e9rant pour faux, usage de faux et escroquerie.<\/p>\n<p><strong>2. Appr\u00e9ciation de la Cour<\/strong><\/p>\n<p>50. La Cour rappelle que l\u2019article 4 du Protocole no 7 \u00e0 la Convention consacre un droit fondamental en vertu duquel nul ne peut \u00eatre poursuivi ou puni p\u00e9nalement en raison d\u2019une infraction pour laquelle il a d\u00e9j\u00e0 \u00e9t\u00e9 acquitt\u00e9 ou condamn\u00e9 par un jugement d\u00e9finitif (Sergue\u00ef Zolotoukhine, pr\u00e9cit\u00e9, \u00a7 58). Tel qu\u2019il est libell\u00e9, le premier paragraphe de l\u2019article 4 du Protocole no\u00a07 \u00e9nonce les trois composantes du principe ne bis in idem\u00a0: les deux proc\u00e9dures doivent \u00eatre de nature \u00ab\u00a0p\u00e9nale\u00a0\u00bb (1) elles doivent viser les m\u00eames faits (\u00ab\u00a0idem\u00a0\u00bb), (2) et il doit s\u2019agir d\u2019une r\u00e9p\u00e9tition des poursuites (\u00ab\u00a0bis\u00a0\u00bb) (3)\u00a0(Mihalache, pr\u00e9cit\u00e9, \u00a7 49).<\/p>\n<p>a) Les proc\u00e9dures \u00e9taient-elles de nature \u00ab\u00a0p\u00e9nale\u00a0\u00bb\u00a0au sens autonome de la Convention ?<\/p>\n<p>51. Comme d\u00e9j\u00e0 expos\u00e9 (paragraphes 38 et 42 \u00e0 46 ci-dessus), tant la proc\u00e9dure men\u00e9e devant les juridictions de l\u2019ordre judiciaire pour faux, usage de faux et escroquerie (\u00ab\u00a0proc\u00e9dure p\u00e9nale\u00a0\u00bb) que la proc\u00e9dure administrative ayant men\u00e9 \u00e0 la condamnation du requ\u00e9rant au paiement d\u2019une amende administrative (\u00ab\u00a0proc\u00e9dure administrative\u00a0\u00bb) ont un caract\u00e8re p\u00e9nal au sens autonome de la Convention.<\/p>\n<p>b) Le requ\u00e9rant a-t-il \u00e9t\u00e9 poursuivi dans les deux proc\u00e9dures pour les m\u00eames faits (\u00ab idem \u00bb) ?<\/p>\n<p>i. Principes g\u00e9n\u00e9raux<\/p>\n<p>52. S\u2019agissant du point de savoir si le requ\u00e9rant a \u00e9t\u00e9 poursuivi deux fois pour une m\u00eame infraction (\u00ab\u00a0idem\u00a0\u00bb), la Cour a consid\u00e9r\u00e9 dans l\u2019affaire Sergue\u00ef Zolotoukhine (pr\u00e9cit\u00e9, \u00a7 82) que l\u2019article 4 du Protocole no\u00a07 \u00e0 la Convention devait \u00eatre compris comme interdisant de poursuivre ou de juger une personne pour une seconde \u00ab\u00a0infraction\u00a0\u00bb pour autant que celle-ci avait pour origine des faits identiques ou des faits qui \u00e9taient en substance les m\u00eames (voir \u00e9galement A et B c. Norv\u00e8ge, pr\u00e9cit\u00e9, \u00a7 108, et Goulandris et Vardinogianni c. Gr\u00e8ce, no 1735\/13, \u00a7 68, 16 juin 2022). La Cour doit par cons\u00e9quent faire porter son examen sur les faits concern\u00e9s dans les deux proc\u00e9dures afin de v\u00e9rifier s\u2019ils constituent un ensemble de circonstances factuelles concr\u00e8tes qui impliquent le m\u00eame contrevenant et qui sont indissociablement li\u00e9es entre elles dans le temps et l\u2019espace (Sergue\u00ef Zolotoukhine, pr\u00e9cit\u00e9, \u00a7 84).<\/p>\n<p>53. Il ressort de la jurisprudence de la Cour que les faits des deux infractions repr\u00e9sentent le seul point de comparaison, ind\u00e9pendamment de la qualification juridique des infractions (ibidem, \u00a7 81), de la gravit\u00e9 de la peine qu\u2019elles emportent (ibidem, \u00a7\u00a097) ou de leurs \u00e9l\u00e9ments constitutifs (Butnaru et Bejan-Piser c. Roumanie, no\u00a08516\/07, \u00a7 36, 23 juin 2015), y compris l\u2019\u00e9l\u00e9ment intentionnel (Ruotsalainen c. Finlande, no\u00a013079\/03, \u00a7 56, 16 juin 2009).<\/p>\n<p>54. Ainsi, dans l\u2019affaire Ruotsalainen (ibidem), dans laquelle le requ\u00e9rant avait \u00e9t\u00e9 condamn\u00e9 \u00e0 deux reprises pour des infractions aux lois relatives aux taxes, la Cour a conclu que les faits reproch\u00e9s \u00e0 l\u2019int\u00e9ress\u00e9 lors des proc\u00e9dures en cause \u00e9taient essentiellement les m\u00eames, bien que l\u2019\u00e9l\u00e9ment intentionnel n\u2019ait \u00e9t\u00e9 retenu que dans le cadre de la premi\u00e8re proc\u00e9dure.<\/p>\n<p>55. La Cour rappelle \u00e9galement que, dans l\u2019affaire A. et B. c. Norv\u00e8ge (pr\u00e9cit\u00e9, \u00a7 141), elle a estim\u00e9 \u00e0 la suite de la Cour supr\u00eame norv\u00e9gienne que les circonstances factuelles sur lesquelles reposaient la majoration d\u2019imp\u00f4t et la condamnation p\u00e9nale litigieuses \u2013 c\u2019est-\u00e0-dire dans les deux cas l\u2019omission dans la d\u00e9claration fiscale de certaines informations concernant des revenus\u00a0\u2013 \u00e9taient suffisamment similaires pour satisfaire \u00e0 la condition tenant au \u00ab\u00a0bis\u00a0\u00bb, malgr\u00e9 l\u2019\u00e9l\u00e9ment factuel suppl\u00e9mentaire de fraude qui caract\u00e9rise l\u2019infraction p\u00e9nale.<\/p>\n<p>ii. Application au cas d\u2019esp\u00e8ce<\/p>\n<p>56. La Cour rel\u00e8ve que la proc\u00e9dure p\u00e9nale et la proc\u00e9dure administrative reposaient sur un m\u00eame complexe factuel li\u00e9 dans le temps et dans l\u2019espace, \u00e0 savoir le fait reproch\u00e9 au requ\u00e9rant d\u2019avoir, entre le 1er avril 2005 et le 6\u00a0d\u00e9cembre 2006, r\u00e9dig\u00e9 de fausses attestations, en ce qu\u2019elles attestaient de prestations non effectu\u00e9es (au nombre de 4\u00a0030) et de prestations non conformes (au nombre de 128) cr\u00e9ant respectivement un pr\u00e9judice \u00e0 l\u2019assurance maladie invalidit\u00e9 de 121 925,20 EUR et de 2\u00a0977,03\u00a0EUR. La seule distinction entre les deux proc\u00e9dures r\u00e9side dans l\u2019\u00e9l\u00e9ment intentionnel requis par les incriminations p\u00e9nales, \u00e0 savoir le fait d\u2019avoir agi avec une intention frauduleuse. En l\u2019esp\u00e8ce, le requ\u00e9rant \u00e9tait poursuivi p\u00e9nalement pour faux, usage de faux et escroquerie, ces incriminations d\u00e9passant le simple fait d\u2019avoir port\u00e9 en compte des prestations non effectu\u00e9es ou non conformes. Cependant, il ressort de la jurisprudence de la Cour que cet \u00e9l\u00e9ment intentionnel n\u2019est pas pertinent aux fins d\u2019examiner si le requ\u00e9rant a \u00e9t\u00e9 poursuivi pour les m\u00eames faits (bis) (A. et B. c. Norv\u00e8ge, pr\u00e9cit\u00e9, \u00a7 141, Ruotsalainen, pr\u00e9cit\u00e9, \u00a7 56, et Goulandris et Vardinogianni, pr\u00e9cit\u00e9, \u00a7 69). En cons\u00e9quence, la Cour consid\u00e8re que le requ\u00e9rant a \u00e9t\u00e9 poursuivi, dans la proc\u00e9dure p\u00e9nale et la proc\u00e9dure administrative, pour des faits qui sont en substance les m\u00eames au sens de sa jurisprudence.<\/p>\n<p>c) Y a-t-il eu une r\u00e9p\u00e9tition des poursuites (\u00ab\u00a0bis\u00a0\u00bb)\u00a0?<\/p>\n<p>i. Principes g\u00e9n\u00e9raux<\/p>\n<p>57. En ce qui concerne la r\u00e9p\u00e9tition des poursuites (\u00ab\u00a0bis\u00a0\u00bb), les principes g\u00e9n\u00e9raux concernant les crit\u00e8res de compatibilit\u00e9 des proc\u00e9dures mixtes (p\u00e9nales et administratives) avec l\u2019article 4 du Protocole no 7 \u00e0 la Convention ont \u00e9t\u00e9 expos\u00e9s dans l\u2019affaire A et B c. Norv\u00e8ge (pr\u00e9cit\u00e9, \u00a7\u00a7\u00a0130-134). \u00c0 cet \u00e9gard, la Cour rappelle que si cette disposition a pour objet d\u2019emp\u00eacher l\u2019injustice que repr\u00e9senterait pour une personne le fait d\u2019\u00eatre poursuivie ou punie deux fois pour le m\u00eame comportement d\u00e9lictueux, il ne bannit toutefois pas les syst\u00e8mes juridiques qui traitent de mani\u00e8re \u00ab\u00a0int\u00e9gr\u00e9e\u00a0\u00bb le m\u00e9fait n\u00e9faste pour la soci\u00e9t\u00e9 en question, notamment en r\u00e9primant celui-ci dans le cadre de phases parall\u00e8les, men\u00e9es par des autorit\u00e9s diff\u00e9rentes et \u00e0 des fins diff\u00e9rentes (ibidem, \u00a7 123). Dans une telle hypoth\u00e8se, l\u2019\u00c9tat d\u00e9fendeur doit \u00e9tablir de mani\u00e8re probante que les proc\u00e9dures mixtes en question \u00e9taient unies par un \u00ab\u00a0lien mat\u00e9riel et temporel suffisamment \u00e9troit\u00a0\u00bb. Autrement dit, il doit \u00eatre d\u00e9montr\u00e9 que celles-ci se combinaient de mani\u00e8re \u00e0 \u00eatre int\u00e9gr\u00e9es dans un tout coh\u00e9rent. Cela signifie non seulement que les buts poursuivis et les moyens utilis\u00e9s pour y parvenir doivent \u00eatre en substance compl\u00e9mentaires et pr\u00e9senter un lien temporel, mais aussi que les \u00e9ventuelles cons\u00e9quences d\u00e9coulant d\u2019une telle organisation du traitement juridique du comportement en question doivent \u00eatre proportionn\u00e9es et pr\u00e9visibles pour le justiciable\u00a0(ibidem, \u00a7 130). Les \u00e9l\u00e9ments pertinents pour statuer sur l\u2019existence d\u2019un lien suffisamment \u00e9troit du point de vue mat\u00e9riel sont notamment les suivants (ibidem, \u00a7 132)\u00a0:<\/p>\n<p>\u00ab \u2013 le point de savoir si les diff\u00e9rentes proc\u00e9dures visent des buts compl\u00e9mentaires et concernent ainsi, non seulement\u00a0in abstracto\u00a0mais aussi\u00a0in concreto, des aspects diff\u00e9rents de l\u2019acte pr\u00e9judiciable \u00e0 la soci\u00e9t\u00e9 en cause\u00a0;<\/p>\n<p>\u2013 le point de savoir si la mixit\u00e9 des proc\u00e9dures en question est une cons\u00e9quence pr\u00e9visible, aussi bien en droit qu\u2019en pratique, du m\u00eame comportement r\u00e9prim\u00e9 (idem)\u00a0;<\/p>\n<p>\u2013 le point de savoir si les proc\u00e9dures en question ont \u00e9t\u00e9 conduites d\u2019une mani\u00e8re qui \u00e9vite autant que possible toute r\u00e9p\u00e9tition dans le recueil et dans l\u2019appr\u00e9ciation des \u00e9l\u00e9ments de preuve, notamment gr\u00e2ce \u00e0 une interaction ad\u00e9quate entre les diverses autorit\u00e9s comp\u00e9tentes, faisant appara\u00eetre que l\u2019\u00e9tablissement des faits effectu\u00e9 dans l\u2019une des proc\u00e9dures a \u00e9t\u00e9 repris dans l\u2019autre\u00a0;<\/p>\n<p>\u2013 et, surtout, le point de savoir si la sanction impos\u00e9e \u00e0 l\u2019issue de la proc\u00e9dure arriv\u00e9e \u00e0 son terme en premier a \u00e9t\u00e9 prise en compte dans la proc\u00e9dure qui a pris fin en dernier, de mani\u00e8re \u00e0 ne pas faire porter pour finir \u00e0 l\u2019int\u00e9ress\u00e9 un fardeau excessif, ce dernier risque \u00e9tant moins susceptible de se pr\u00e9senter s\u2019il existe un m\u00e9canisme compensatoire con\u00e7u pour assurer que le montant global de toutes les peines prononc\u00e9es est proportionn\u00e9.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p>58. La mesure dans laquelle la proc\u00e9dure administrative\u00a0pr\u00e9sente les caract\u00e9ristiques d\u2019une proc\u00e9dure p\u00e9nale ordinaire\u00a0est un \u00e9l\u00e9ment important. Des proc\u00e9dures mixtes satisferont plus vraisemblablement aux crit\u00e8res de compl\u00e9mentarit\u00e9 et de coh\u00e9rence si les sanctions imposables dans la proc\u00e9dure non formellement qualifi\u00e9e de \u00ab\u00a0p\u00e9nale\u00a0\u00bb sont sp\u00e9cifiques au comportement en question et ne font donc pas partie du \u00ab\u00a0noyau dur\u00a0du droit p\u00e9nal\u00a0\u00bb (pour reprendre les termes des arr\u00eats Jussila, pr\u00e9cit\u00e9, \u00a7 43 et Vegotex International S.A., pr\u00e9cit\u00e9, \u00a7 76). Si, \u00e0 titre additionnel, cette proc\u00e9dure n\u2019a pas de caract\u00e8re v\u00e9ritablement infamant, il y a moins de chances qu\u2019elle fasse peser une charge disproportionn\u00e9e sur l\u2019accus\u00e9. \u00c0 l\u2019inverse, plus la proc\u00e9dure administrative pr\u00e9sente de caract\u00e9ristiques infamantes la rapprochant dans une large mesure d\u2019une proc\u00e9dure p\u00e9nale ordinaire, plus les finalit\u00e9s sociales poursuivies par la punition du comportement fautif dans des proc\u00e9dures diff\u00e9rentes risquent de se r\u00e9p\u00e9ter (\u00ab\u00a0bis\u00a0\u00bb) au lieu de se compl\u00e9ter (A et B c. Norv\u00e8ge, pr\u00e9cit\u00e9, \u00a7 133).<\/p>\n<p>59. Enfin, la condition du lien temporel n\u2019exige, quant \u00e0 elle, pas n\u00e9cessairement que les deux proc\u00e9dures soient men\u00e9es simultan\u00e9ment du d\u00e9but \u00e0 la fin. L\u2019\u00c9tat doit avoir la facult\u00e9 d\u2019opter pour la conduite des proc\u00e9dures progressivement si ce proc\u00e9d\u00e9 se justifie par un souci d\u2019efficacit\u00e9 et de bonne administration de la justice, poursuit des finalit\u00e9s sociales diff\u00e9rentes et ne cause pas un pr\u00e9judice disproportionn\u00e9 \u00e0 l\u2019int\u00e9ress\u00e9. Toutefois, il doit toujours y avoir un lien temporel suffisamment \u00e9troit pour que le justiciable ne soit pas en proie \u00e0 l\u2019incertitude et \u00e0 des lenteurs, et pour que les proc\u00e9dures ne s\u2019\u00e9talent pas trop dans le temps, m\u00eame dans l\u2019hypoth\u00e8se o\u00f9 le r\u00e9gime national pertinent pr\u00e9voit un m\u00e9canisme \u00ab\u00a0int\u00e9gr\u00e9\u00a0\u00bb comportant un volet administratif et un volet p\u00e9nal distincts. Plus le lien temporel est t\u00e9nu, plus il faudra que l\u2019\u00c9tat explique et justifie les lenteurs dont il pourrait \u00eatre responsable dans la conduite des proc\u00e9dures (ibidem, \u00a7\u00a0134).<\/p>\n<p>ii. Application au cas d\u2019esp\u00e8ce<\/p>\n<p>60. La Cour constate que la proc\u00e9dure men\u00e9e devant les juridictions de l\u2019ordre judiciaire relatives aux infractions de faux, usage de faux et escroquerie a donn\u00e9 lieu \u00e0 une d\u00e9cision d\u00e9finitive de la cour d\u2019appel de Bruxelles (paragraphe 11 ci-dessus).<\/p>\n<p>1) L\u2019existence d\u2019un lien mat\u00e9riel<\/p>\n<p>\u2012 Compl\u00e9mentarit\u00e9 des buts poursuivis<\/p>\n<p>61. La Cour rel\u00e8ve que les deux proc\u00e9dures (p\u00e9nale et administrative) visaient des buts compl\u00e9mentaires et concernaient non seulement in abstracto mais aussi in concreto des aspects diff\u00e9rents de l\u2019acte pr\u00e9judiciable \u00e0 la soci\u00e9t\u00e9.<\/p>\n<p>62. En effet, tel que cela ressort des explications du Gouvernement (paragraphe 49 ci-dessus) mais aussi des travaux pr\u00e9paratoires (paragraphe\u00a027 ci-dessus), l\u2019objectif poursuivi par la proc\u00e9dure administrative n\u2019est pas de prot\u00e9ger les int\u00e9r\u00eats g\u00e9n\u00e9raux de la soci\u00e9t\u00e9 tels que ceux-ci sont ordinairement prot\u00e9g\u00e9s par le droit p\u00e9nal. Il consiste plus sp\u00e9cialement \u00e0 prot\u00e9ger les int\u00e9r\u00eats de l\u2019INAMI, garantir son bon fonctionnement et assurer plus largement le financement g\u00e9n\u00e9ral de la s\u00e9curit\u00e9 sociale. En revanche, les incriminations de faux, d\u2019usage de faux et d\u2019escroquerie ont un caract\u00e8re g\u00e9n\u00e9ral et visent \u00e0 prot\u00e9ger la soci\u00e9t\u00e9 dans son ensemble en r\u00e9primant des actes intentionnellement pos\u00e9s qui s\u2019av\u00e8rent nuisibles \u00e0 celle-ci (voir mutatis mutandis A et B c. Norv\u00e8ge, pr\u00e9cit\u00e9, \u00a7 144). Ainsi, l\u2019incrimination des infractions de faux et d\u2019usage de faux vis\u00e9es aux articles 196 et 197 du code p\u00e9nal (paragraphe 23 ci-dessus) a pour objectif de garantir le respect de la foi publique, tandis que l\u2019incrimination d\u2019escroquerie vis\u00e9e \u00e0 l\u2019article 496 du code p\u00e9nal (paragraphe 23 ci-dessus) tend, quant \u00e0 elle, \u00e0 lutter contre l\u2019utilisation de man\u0153uvres frauduleuses en vue de se faire remettre une chose. Ces infractions, qui rel\u00e8vent du \u00ab\u00a0noyau dur du droit p\u00e9nal\u00a0\u00bb, supposent une intention frauduleuse dans le chef de leur auteur.<\/p>\n<p>63. En l\u2019occurrence, la Cour observe que le requ\u00e9rant a \u00e9t\u00e9 acquitt\u00e9 par la juridiction p\u00e9nale au motif que cette intention frauduleuse n\u2019\u00e9tait pas \u00e9tablie (paragraphe 11 ci-dessus). Elle rel\u00e8ve \u00e9galement que le requ\u00e9rant a express\u00e9ment reconnu, au cours des proc\u00e9dures internes, avoir port\u00e9 en compte des prestations de soins non r\u00e9alis\u00e9es ou non conformes pour un montant de 124 902,23 EUR (voir paragraphe 7 ci-dessus). Dans ce contexte, la Cour constate que l\u2019amende administrative impos\u00e9e par la chambre de recours (d\u2019un montant sensiblement inf\u00e9rieur \u00e0 celui impos\u00e9 par la chambre de premi\u00e8re instance) visait, en l\u2019esp\u00e8ce, \u00e0 sanctionner la n\u00e9gligence du requ\u00e9rant \u00e0 l\u2019\u00e9gard de l\u2019INAMI, cette n\u00e9gligence \u00e9tant ind\u00e9pendante d\u2019une quelconque intention frauduleuse dans son chef.<\/p>\n<p>64. Au vu de ce qui pr\u00e9c\u00e8de, la Cour peut d\u00e8s lors admettre que les proc\u00e9dures administrative et p\u00e9nale en cause poursuivent des objectifs compl\u00e9mentaires et diff\u00e9rents, et que la compl\u00e9mentarit\u00e9 et la diff\u00e9rence de ces objectifs se sont r\u00e9v\u00e9l\u00e9es dans la pr\u00e9sente affaire. Conclure autrement reviendrait \u00e0 consid\u00e9rer au regard de l\u2019article 4 du Protocole no 7 qu\u2019un acquittement prononc\u00e9 par la juridiction p\u00e9nale pour des infractions de faux, d\u2019usage de faux et d\u2019escroquerie en l\u2019absence d\u2019une intention frauduleuse emp\u00eacherait toute imposition ult\u00e9rieure d\u2019une quelconque sanction administrative rev\u00eatant un caract\u00e8re p\u00e9nal au sens autonome de la Convention \u00e0 un individu qui a m\u00e9connu la l\u00e9gislation pertinente par n\u00e9gligence et b\u00e9n\u00e9fici\u00e9 du syst\u00e8me de la s\u00e9curit\u00e9 sociale \u00e0 des fins \u00e9trang\u00e8res \u00e0 celles qui lui sont assign\u00e9es.<\/p>\n<p>\u2012 Pr\u00e9visibilit\u00e9<\/p>\n<p>65. En l\u2019esp\u00e8ce, il ne ressort d\u2019aucun \u00e9l\u00e9ment du dossier, et le requ\u00e9rant ne d\u00e9montre pas, que la mixit\u00e9 des proc\u00e9dures ne constituait pas une cons\u00e9quence pr\u00e9visible, tant en droit qu\u2019en pratique, du comportement qui lui \u00e9tait reproch\u00e9.<\/p>\n<p>\u2012 Absence d\u2019une r\u00e9p\u00e9tition dans le recueil et dans l\u2019appr\u00e9ciation des \u00e9l\u00e9ments de preuve<\/p>\n<p>66. La Cour note que la proc\u00e9dure p\u00e9nale et la proc\u00e9dure administrative reposent toutes deux sur l\u2019enqu\u00eate administrative men\u00e9e par le SECM sur la base de listings de prestations (attestations de soins) transmis par les organismes-assureurs, de l\u2019audition du requ\u00e9rant et de huit de ses patients, de la reconnaissance par le requ\u00e9rant de la mat\u00e9rialit\u00e9 des faits reproch\u00e9s (attestations erron\u00e9es), ainsi que du proc\u00e8s-verbal d\u2019infraction \u00e9tabli le 29 mai 2007. Les \u00e9l\u00e9ments recueillis lors de l\u2019enqu\u00eate administrative\u00a0ont \u00e9t\u00e9 repris dans la proc\u00e9dure p\u00e9nale, \u00e9vitant de la sorte une r\u00e9p\u00e9tition dans le recueil et l\u2019appr\u00e9ciation des \u00e9l\u00e9ments de preuve.<\/p>\n<p>\u2012 Prise en compte de la sanction impos\u00e9e dans la premi\u00e8re proc\u00e9dure<\/p>\n<p>67. La Cour rel\u00e8ve que la chambre de recours a express\u00e9ment tenu compte de l\u2019arr\u00eat de la cour d\u2019appel de Bruxelles du 27 janvier 2015 acquittant le requ\u00e9rant des pr\u00e9ventions de faux, usage de faux et escroquerie. Elle avait d\u2019ailleurs d\u00e9cid\u00e9 de surseoir \u00e0 statuer dans l\u2019attente de cet arr\u00eat. Une fois celui-ci rendu, la chambre de recours a indiqu\u00e9 \u00eatre tenue par la d\u00e9cision p\u00e9nale et les motifs d\u00e9terminant l\u2019acquittement. Elle a explicitement tenu compte de l\u2019absence d\u2019intention frauduleuse pour d\u00e9terminer la hauteur de la sanction (1\u00a0200 EUR), qui fut sensiblement moindre que celle inflig\u00e9e initialement par la chambre de premi\u00e8re instance (243\u00a0850,40 EUR et 4\u00a0465,54 EUR) (paragraphes 18 et 19 ci-dessus).<\/p>\n<p>\u2012 Conclusion concernant l\u2019existence d\u2019un lien mat\u00e9riel<\/p>\n<p>68. Eu \u00e9gard aux \u00e9l\u00e9ments qui pr\u00e9c\u00e8dent (paragraphes 61 \u00e0 67), la Cour estime que les proc\u00e9dures p\u00e9nale et administrative \u00e9taient unies par un lien mat\u00e9riel suffisamment \u00e9troit dans les circonstances de l\u2019esp\u00e8ce (A et B c.\u00a0Norv\u00e8ge, pr\u00e9cit\u00e9, \u00a7 132).<\/p>\n<p>2) L\u2019existence d\u2019un lien temporel<\/p>\n<p>69. La Cour observe que l\u2019existence d\u2019un lien temporel suffisamment \u00e9troit en l\u2019esp\u00e8ce n\u2019est pas contest\u00e9e par le requ\u00e9rant. Elle note que les deux proc\u00e9dures ont commenc\u00e9 et se sont d\u00e9roul\u00e9es en parall\u00e8le jusqu\u2019au 15 juillet 2011, date \u00e0 laquelle la chambre de recours d\u00e9cida de surseoir \u00e0 statuer dans l\u2019attente de la d\u00e9cision de la cour d\u2019appel de Bruxelles (paragraphe\u00a016 ci\u2011dessus). Suite \u00e0 l\u2019arr\u00eat de la cour d\u2019appel de Bruxelles du 27 janvier 2015 (paragraphe 11 ci-dessus), la proc\u00e9dure administrative a poursuivi son cours. La chambre de recours a rendu sa d\u00e9cision le 17 mars 2016 (paragraphes 18 et 19 ci-dessus), soit un peu plus d\u2019un an apr\u00e8s l\u2019arr\u00eat de la cour d\u2019appel. Dans ces circonstances, la Cour consid\u00e8re qu\u2019il existait en l\u2019esp\u00e8ce un lien temporel suffisamment \u00e9troit entre les deux proc\u00e9dures.<\/p>\n<p>3) Conclusion<\/p>\n<p>70. Compte tenu de l\u2019ensemble des \u00e9l\u00e9ments qui pr\u00e9c\u00e8dent, la Cour consid\u00e8re qu\u2019il n\u2019y a pas eu violation de l\u2019article 4 du Protocole no\u00a07 \u00e0 la Convention.<\/p>\n<p><strong>PAR CES MOTIFS, LA COUR, \u00c0 L\u2019UNANIMIT\u00c9,<\/strong><\/p>\n<p>1. D\u00e9clare le grief au titre de l\u2019article 4 du Protocole no\u00a07 \u00e0 la Convention relatif \u00e0 l\u2019amende administrative recevable et le surplus de la requ\u00eate irrecevable\u00a0;<\/p>\n<p>2. Dit qu\u2019il n\u2019y a pas eu violation de l\u2019article 4 du Protocole no\u00a07 \u00e0 la Convention.<\/p>\n<p>Fait en fran\u00e7ais, puis communiqu\u00e9 par \u00e9crit le 14 novembre 2023, en application de l\u2019article\u00a077\u00a0\u00a7\u00a7\u00a02 et\u00a03 du r\u00e8glement.<\/p>\n<p>Hasan Bak\u0131rc\u0131 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0Arnfinn B\u00e5rdsen<br \/>\nGreffier \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0Pr\u00e9sident<\/p>\n<div class=\"social-share-buttons\"><a href=\"https:\/\/www.facebook.com\/sharer\/sharer.php?u=https:\/\/loisdumonde.com\/?p=2195\" target=\"_blank\" rel=\"noopener\">Facebook<\/a><a href=\"https:\/\/twitter.com\/intent\/tweet?url=https:\/\/loisdumonde.com\/?p=2195&text=AFFAIRE+C.Y.+c.+BELGIQUE+%E2%80%93+19961%2F17\" target=\"_blank\" rel=\"noopener\">Twitter<\/a><a href=\"https:\/\/www.linkedin.com\/shareArticle?url=https:\/\/loisdumonde.com\/?p=2195&title=AFFAIRE+C.Y.+c.+BELGIQUE+%E2%80%93+19961%2F17\" target=\"_blank\" rel=\"noopener\">LinkedIn<\/a><a href=\"https:\/\/pinterest.com\/pin\/create\/button\/?url=https:\/\/loisdumonde.com\/?p=2195&description=AFFAIRE+C.Y.+c.+BELGIQUE+%E2%80%93+19961%2F17\" target=\"_blank\" rel=\"noopener\">Pinterest<\/a><\/div>","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>La requ\u00eate concerne l\u2019imposition d\u2019une amende administrative au requ\u00e9rant pour avoir port\u00e9 en compte \u00e0 l\u2019assurance obligatoire soins de sant\u00e9 et indemnit\u00e9s des prestations non effectu\u00e9es et des prestations non conformes \u00e0 la loi et \u00e0 ses arr\u00eat\u00e9s d\u2019ex\u00e9cution. 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