{"id":2191,"date":"2023-11-09T14:36:19","date_gmt":"2023-11-09T14:36:19","guid":{"rendered":"https:\/\/loisdumonde.com\/?p=2191"},"modified":"2023-11-09T14:38:38","modified_gmt":"2023-11-09T14:38:38","slug":"affaire-legros-et-autres-c-france-72173-17-et-17-autres-les-requetes-sont-relatives-a-lapplication-immediate-en-cours-dinstance-dun-nouveau-delai-limitant-dans-le-temp","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/loisdumonde.com\/?p=2191","title":{"rendered":"AFFAIRE LEGROS ET AUTRES c. FRANCE &#8211; 72173\/17 et 17 autres. Les requ\u00eates sont relatives \u00e0 l\u2019application imm\u00e9diate, en cours d\u2019instance, d\u2019un nouveau d\u00e9lai limitant dans le temps l\u2019introduction d\u2019un recours contentieux"},"content":{"rendered":"<p>Les requ\u00eates sont relatives \u00e0 l\u2019application imm\u00e9diate, en cours d\u2019instance, d\u2019un nouveau d\u00e9lai limitant dans le temps l\u2019introduction d\u2019un recours contentieux, consacr\u00e9 par le Conseil d\u2019\u00c9tat dans la d\u00e9cision \u00ab\u00a0Czabaj\u00a0\u00bb. Par cette d\u00e9cision, le Conseil d\u2019\u00c9tat a pos\u00e9 le principe selon lequel, en l\u2019absence de mention des voies et d\u00e9lais de recours dans une d\u00e9cision prise par l\u2019administration, il n\u2019est possible de la contester hors d\u00e9lai l\u00e9gal ou r\u00e9glementaire que dans un \u00ab\u00a0d\u00e9lai raisonnable\u00a0\u00bb qui ne saurait, en r\u00e8gle g\u00e9n\u00e9rale, exc\u00e9der un an \u00e0 compter de la notification ou de la connaissance de la d\u00e9cision, sauf \u00e0 justifier de circonstances particuli\u00e8res. Les requ\u00e9rants se plaignent sous l\u2019angle de l\u2019article 6 \u00a7 1 de la Convention d\u2019une atteinte \u00e0 leur droit d\u2019acc\u00e8s \u00e0 un tribunal et au principe de s\u00e9curit\u00e9 juridique. En outre, M.\u00a0Legros, l\u2019un des requ\u00e9rants, soutient, sous l\u2019angle de l\u2019article 1er du Protocole no\u00a01, qu\u2019il avait une esp\u00e9rance l\u00e9gitime d\u2019obtenir la jouissance effective de son bien et que l\u2019application en cours d\u2019instance du nouveau d\u00e9lai pr\u00e9torien a \u00e9galement port\u00e9 une atteinte excessive \u00e0 son droit au respect de ses biens.<\/p>\n<p>Dans ces conditions, la Cour consid\u00e8re que, du fait de la violation de l\u2019article 6\u00a0\u00a7\u00a01 de la Convention dont il a \u00e9t\u00e9 victime, le juste \u00e9quilibre requis par l\u2019article 1er du Protocole no\u00a01 a \u00e9t\u00e9 rompu au d\u00e9triment du requ\u00e9rant et, en cons\u00e9quence, qu\u2019il y a eu violation de cet article.<!--more--><\/p>\n<hr \/>\n<p><em>Lisez l&rsquo;int\u00e9gralit\u00e9 du document.<\/em><\/p>\n<p style=\"text-align: center;\">CINQUI\u00c8ME SECTION<br \/>\n<strong>AFFAIRE LEGROS ET AUTRES c. FRANCE<\/strong><br \/>\n<em>(Requ\u00eate no 72173\/17 et 17 autres \u2013 voir liste en annexe)<\/em><br \/>\nARR\u00caT<\/p>\n<p>Art 6 \u00a7 1 (civil) \u2022 Acc\u00e8s \u00e0 un tribunal \u2022 Impr\u00e9visibilit\u00e9 de l\u2019application r\u00e9troactive du nouveau d\u00e9lai, limitant dans le temps l\u2019introduction d\u2019un recours contentieux, aux recours des requ\u00e9rants introduits ant\u00e9rieurement \u00e0 ce revirement jurisprudentiel, rejet\u00e9s pour tardivit\u00e9 \u2022 Possibilit\u00e9 de contester hors d\u00e9lai l\u00e9gal ou r\u00e9glementaire une d\u00e9cision prise par l\u2019administration en l\u2019absence de mention des voies et d\u00e9lais de recours que dans un \u00ab\u00a0d\u00e9lai raisonnable\u00a0\u00bb, en r\u00e8gle g\u00e9n\u00e9rale, n\u2019exc\u00e9dant pas un an \u00e0 compter de la notification ou de la connaissance de la d\u00e9cision, sauf \u00e0 justifier de circonstances particuli\u00e8res \u2022 Cr\u00e9ation par le Conseil d\u2019\u00c9tat, par voie pr\u00e9torienne (d\u00e9cision \u00ab\u00a0Czabaj\u00a0\u00bb), d\u2019une nouvelle condition de recevabilit\u00e9, fond\u00e9e sur des motifs suffisants justifiant le revirement de jurisprudence op\u00e9r\u00e9 \u2022 Susceptible d\u2019affecter la substance du droit de recours sans porter une atteinte excessive au droit d\u2019acc\u00e8s \u00e0 un tribunal \u2022 Observations pr\u00e9sent\u00e9es, le cas \u00e9ch\u00e9ant, non susceptibles in concreto d\u2019allonger la dur\u00e9e du \u00ab\u00a0d\u00e9lai raisonnable\u00a0\u00bb<br \/>\nArt 1 P1 \u2022 Requ\u00e9rant, n\u2019ayant pu, \u00e0 la suite de l\u2019irrecevabilit\u00e9 oppos\u00e9e en appel, obtenir de r\u00e9ponse juridictionnelle sur le fond du litige concernant l\u2019atteinte au droit au respect de ses biens \u2022 Juste \u00e9quilibre rompu<\/p>\n<p style=\"text-align: center;\">STRASBOURG<br \/>\n9 novembre 2023<\/p>\n<p>Cet arr\u00eat deviendra d\u00e9finitif dans les conditions d\u00e9finies \u00e0 l\u2019article 44 \u00a7 2 de la Convention. Il peut subir des retouches de forme.<\/p>\n<p><strong>En l\u2019affaire Legros et autres c. France,<\/strong><\/p>\n<p>La Cour europ\u00e9enne des droits de l\u2019homme (cinqui\u00e8me section), si\u00e9geant en une chambre compos\u00e9e de\u00a0:<br \/>\nGeorges Ravarani, pr\u00e9sident,<br \/>\nLado Chanturia,<br \/>\nCarlo Ranzoni,<br \/>\nM\u0101rti\u0146\u0161 Mits,<br \/>\nSt\u00e9phanie Mourou-Vikstr\u00f6m,<br \/>\nMattias Guyomar,<br \/>\nMykola Gnatovskyy, juges,<br \/>\net de Victor Soloveytchik, greffier de section,<br \/>\nVu\u00a0:<\/p>\n<p>les requ\u00eates (nos\u00a072173\/17 et 81453\/17, no\u00a038287\/18, no\u00a038296\/18, no\u00a038308\/18, no\u00a038330\/18, no\u00a038331\/18, no\u00a038408\/18, no\u00a038436\/18, no\u00a038447\/18, no\u00a038456\/18, no\u00a038457\/18, no\u00a038465\/18, no\u00a038659\/18, no\u00a047881\/18, no\u00a025625\/20, no\u00a026768\/20 et no\u00a031317\/20) dirig\u00e9es contre la R\u00e9publique fran\u00e7aise et dont seize ressortissants de cet \u00c9tat, M.\u00a0Mikael\u00a0Legros, M.\u00a0Laurent Meynier, M.\u00a0Dominique Bridi, M.\u00a0Ren\u00e9 Urbaniak, M.\u00a0Christian Rodziewicz, M.\u00a0Patrice Delannoy, M.\u00a0Ir\u00e9n\u00e9e Hottin, M.\u00a0Jean-Paul Leroux, M.\u00a0Michel Dumon, Mme\u00a0Danielle Sadowski, M.\u00a0Claude Flinois, M.\u00a0Herv\u00e9 Leleu, M.\u00a0Gustave Trani, M.\u00a0Christophe Maillard, Mme\u00a0Nadia Baclet, Mme\u00a0Zakia Koulla, et deux ressortissants alg\u00e9riens, M.\u00a0Mohammed Mebtoul et M.\u00a0Gandouz Siba, (\u00ab\u00a0les requ\u00e9rants\u00a0\u00bb) ont saisi la Cour en vertu de l\u2019article\u00a034 de la Convention de sauvegarde des droits de l\u2019homme et des libert\u00e9s fondamentales (\u00ab\u00a0la Convention\u00a0\u00bb) aux dates indiqu\u00e9es dans le tableau joint en annexe,<\/p>\n<p>la d\u00e9cision de porter \u00e0 la connaissance du gouvernement fran\u00e7ais (\u00ab\u00a0le Gouvernement\u00a0\u00bb) le grief soulev\u00e9 sous l\u2019angle de l\u2019article 6\u00a0\u00a7\u00a01 de la Convention, en tant qu\u2019il concerne le droit d\u2019acc\u00e8s \u00e0 un tribunal et le principe de s\u00e9curit\u00e9 juridique, et, relativement \u00e0 la requ\u00eate no\u00a072173\/17 pr\u00e9sent\u00e9e par M.\u00a0Legros, le grief soulev\u00e9 sous l\u2019angle de l\u2019article 1er du Protocole no\u00a01, et de d\u00e9clarer irrecevables les requ\u00eates pour le surplus,<\/p>\n<p>les observations des parties,<\/p>\n<p>Apr\u00e8s en avoir d\u00e9lib\u00e9r\u00e9 en chambre du conseil le 10 octobre 2023,<\/p>\n<p>Rend l\u2019arr\u00eat que voici, adopt\u00e9 \u00e0 cette date\u00a0:<\/p>\n<p><strong>INTRODUCTION<\/strong><\/p>\n<p>1. Les requ\u00eates sont relatives \u00e0 l\u2019application imm\u00e9diate, en cours d\u2019instance, d\u2019un nouveau d\u00e9lai limitant dans le temps l\u2019introduction d\u2019un recours contentieux, consacr\u00e9 par le Conseil d\u2019\u00c9tat dans la d\u00e9cision \u00ab\u00a0Czabaj\u00a0\u00bb (Assembl\u00e9e du contentieux, 13\u00a0juillet 2016, no 387763). Par cette d\u00e9cision, le Conseil d\u2019\u00c9tat a pos\u00e9 le principe selon lequel, en l\u2019absence de mention des voies et d\u00e9lais de recours dans une d\u00e9cision prise par l\u2019administration, il n\u2019est possible de la contester hors d\u00e9lai l\u00e9gal ou r\u00e9glementaire que dans un \u00ab\u00a0d\u00e9lai raisonnable\u00a0\u00bb qui ne saurait, en r\u00e8gle g\u00e9n\u00e9rale, exc\u00e9der un an \u00e0 compter de la notification ou de la connaissance de la d\u00e9cision, sauf \u00e0 justifier de circonstances particuli\u00e8res. Les requ\u00e9rants se plaignent sous l\u2019angle de l\u2019article 6 \u00a7 1 de la Convention d\u2019une atteinte \u00e0 leur droit d\u2019acc\u00e8s \u00e0 un tribunal et au principe de s\u00e9curit\u00e9 juridique. En outre, M.\u00a0Legros, l\u2019un des requ\u00e9rants, soutient, sous l\u2019angle de l\u2019article 1er du Protocole no\u00a01, qu\u2019il avait une esp\u00e9rance l\u00e9gitime d\u2019obtenir la jouissance effective de son bien et que l\u2019application en cours d\u2019instance du nouveau d\u00e9lai pr\u00e9torien a \u00e9galement port\u00e9 une atteinte excessive \u00e0 son droit au respect de ses biens.<\/p>\n<p><strong>EN FAIT<\/strong><\/p>\n<p>2. Les informations d\u00e9taill\u00e9es concernant les requ\u00e9rants figurent dans le tableau en annexe.<\/p>\n<p>3. Le gouvernement fran\u00e7ais a \u00e9t\u00e9 repr\u00e9sent\u00e9 par son agent, M. D. Colas, directeur des Affaires juridiques au minist\u00e8re de l\u2019Europe et des Affaires \u00e9trang\u00e8res.<\/p>\n<p><strong>I. REQU\u00c9RANTS POUR LESQUELS L\u2019IRRECEVABILIT\u00c9 ISSUE DE LA D\u00c9CISION \u00ab\u00a0CZABAJ\u00a0\u00bb DU CONSEIL D\u2019\u00c9TAT DU 13\u00a0JUILLET\u00a02016 (NO 387763) FUT OPPOS\u00c9E D\u00c8S LA PREMI\u00c8RE INSTANCE<\/strong><\/p>\n<p>4. Il est pr\u00e9cis\u00e9, \u00e0 titre liminaire, que, pour l\u2019ensemble des requ\u00eates, la tardivet\u00e9 oppos\u00e9e aux requ\u00e9rants par les juridictions internes a \u00e9t\u00e9 pr\u00e9c\u00e9d\u00e9e d\u2019une reprise des motifs de principe de la d\u00e9cision Czabaj (paragraphe\u00a067 ci\u2011dessous).<\/p>\n<p><strong>A. Requ\u00eate Meynier c. France, no\u00a081453\/17<\/strong><\/p>\n<p>5. Par une d\u00e9cision du 2 juin 2010, le ministre de l\u2019int\u00e9rieur informa le requ\u00e9rant des retraits de points op\u00e9r\u00e9s au capital de son permis de conduire et de la perte de validit\u00e9 de son permis de conduire pour solde de points nul.<\/p>\n<p>6. Le 26\u00a0ao\u00fbt 2010, le requ\u00e9rant forma un recours gracieux \u00e0 l\u2019encontre de la d\u00e9cision du 2\u00a0juin\u00a02010.<\/p>\n<p>7. Une d\u00e9cision implicite de rejet naquit du silence gard\u00e9 par l\u2019administration sur cette demande.<\/p>\n<p>8. Par une requ\u00eate pr\u00e9sent\u00e9e le 24 juillet 2014 aupr\u00e8s du tribunal administratif de Rennes, le requ\u00e9rant demanda l\u2019annulation de la d\u00e9cision du 2\u00a0juin 2010 ainsi que des d\u00e9cisions successives portant retrait de points au capital de son permis de conduire et pr\u00e9senta des conclusions tendant \u00e0 ce qu\u2019il soit enjoint au ministre de l\u2019int\u00e9rieur de lui restituer son permis de conduire affect\u00e9 d\u2019un capital de douze points dans un d\u00e9lai de quinze jours.<\/p>\n<p>9. Par un jugement du 14 octobre 2016, sa requ\u00eate fut rejet\u00e9e pour les motifs suivants :<\/p>\n<p>\u00ab\u00a03. Consid\u00e9rant que si le ministre soutient [&#8230;] qu\u2019une d\u00e9cision [&#8230;] informant l\u2019int\u00e9ress\u00e9 des retraits de points op\u00e9r\u00e9s au capital de son permis de conduire et de la perte de validit\u00e9 de son permis de conduire pour solde de points nul, a \u00e9t\u00e9 pr\u00e9sent\u00e9e le 2 juin 2010 \u00e0 l\u2019adresse du requ\u00e9rant, il ne produit aucune autre pi\u00e8ce permettant d\u2019\u00e9tablir la r\u00e9gularit\u00e9 de cette notification ; qu\u2019en outre, si M. Meynier a form\u00e9, le 26\u00a0ao\u00fbt 2010, un recours gracieux \u00e0 l\u2019encontre de cette d\u00e9cision, cette demande, \u00e9tant dirig\u00e9e contre une d\u00e9cision pr\u00e9sentant le caract\u00e8re d\u2019une sanction prise par une autorit\u00e9 administrative contre un administr\u00e9, rel\u00e8ve du plein contentieux ; que, par suite, en application des dispositions cit\u00e9es ci-dessus du 1o de l\u2019article R. 421-3 du code de justice administrative, le d\u00e9lai de deux mois imparti \u00e0 l\u2019int\u00e9ress\u00e9 pour saisir le tribunal administratif, qui avait \u00e9t\u00e9 interrompu par la pr\u00e9sentation d\u2019un recours gracieux, ne pouvait courir \u00e0 nouveau qu\u2019\u00e0 compter de la notification d\u2019une d\u00e9cision expresse rejetant ce recours ; qu\u2019en l\u2019absence en l\u2019esp\u00e8ce de d\u00e9cision rejetant express\u00e9ment le recours gracieux de M. Meynier, le d\u00e9lai de deux mois imparti \u00e0 l\u2019int\u00e9ress\u00e9 pour saisir le tribunal administratif n\u2019a d\u00e8s lors pas pu courir \u00e0 compter de la naissance de la d\u00e9cision implicite de rejet de son recours gracieux\u00a0; (&#8230;)<\/p>\n<p>5. Consid\u00e9rant [toutefois] qu\u2019il r\u00e9sulte de l\u2019instruction que M. Meynier, qui a form\u00e9 le 26\u00a0ao\u00fbt\u00a02010 un recours gracieux \u00e0 l\u2019encontre de la d\u00e9cision l\u2019informant des retraits de points op\u00e9r\u00e9s au capital de son permis de conduire et de la perte de validit\u00e9 de son permis de conduire pour solde de points nul, doit \u00eatre regard\u00e9 comme ayant eu connaissance au plus tard \u00e0 cette date, de cette d\u00e9cision (&#8230;)\u00a0; qu\u2019il en r\u00e9sulte que le recours dont M. Meynier a saisi le tribunal pr\u00e8s de quatre ans apr\u00e8s qu\u2019il a eu connaissance de la d\u00e9cision qu\u2019il conteste exc\u00e8de le d\u00e9lai raisonnable durant lequel il pouvait \u00eatre exerc\u00e9\u00a0; que, par suite, les conclusions \u00e0 fin d\u2019annulation de la requ\u00eate ont \u00e9t\u00e9 pr\u00e9sent\u00e9es tardivement et doivent, d\u00e8s lors, \u00eatre rejet\u00e9es\u00a0; qu\u2019il en va de m\u00eame des conclusions \u00e0 fin d\u2019injonction pr\u00e9sent\u00e9es par M. Meynier ;\u00a0\u00bb<\/p>\n<p>10. Par une d\u00e9cision du 31 mai 2017, le Conseil d\u2019\u00c9tat, sur le fondement de l\u2019article L. 822-1 du code de justice administrative (CJA), n\u2019admit pas le pourvoi en cassation pr\u00e9sent\u00e9 par le requ\u00e9rant.<\/p>\n<p><strong>B. Requ\u00eate Trani c. France, no 47881\/18<\/strong><\/p>\n<p>11. Par un arr\u00eat\u00e9 du 18\u00a0ao\u00fbt 1986, le sous-pr\u00e9fet de Sart\u00e8ne (Corse) d\u00e9clara d\u2019utilit\u00e9 publique des travaux d\u2019am\u00e9nagement d\u2019un chemin communal.<\/p>\n<p>12. Par un arr\u00eat\u00e9 du 26 janvier 1987, il d\u00e9clara cessibles les parcelles n\u00e9cessaires \u00e0 ces am\u00e9nagements.<\/p>\n<p>13. Par une ordonnance du 21 d\u00e9cembre 1987, le juge de l\u2019expropriation d\u00e9clara expropri\u00e9s imm\u00e9diatement pour cause d\u2019utilit\u00e9 publique certains immeubles, portions d\u2019immeubles et droits r\u00e9els immobiliers dont l\u2019acquisition \u00e9tait n\u00e9cessaire pour parvenir \u00e0 l\u2019ex\u00e9cution de l\u2019acte d\u00e9claratif. Le requ\u00e9rant fut alors expropri\u00e9 de certaines parcelles dont il \u00e9tait propri\u00e9taire.<\/p>\n<p>14. Par une requ\u00eate pr\u00e9sent\u00e9e le 22 juin 2013 aupr\u00e8s du tribunal administratif de Bastia, le requ\u00e9rant demanda, \u00e0 titre principal, l\u2019annulation des arr\u00eat\u00e9s du 18\u00a0ao\u00fbt 1986 et 26 janvier 1987 (paragraphes 11 et 12 ci\u2011dessus), et, \u00e0 titre subsidiaire que soit jug\u00e9e irr\u00e9guli\u00e8re l\u2019emprise effectu\u00e9e par la commune de Bonifacio sur l\u2019une de ses parcelles.<\/p>\n<p>15. Par un jugement du 1er\u00a0d\u00e9cembre\u00a02016, sa requ\u00eate fut rejet\u00e9e pour les motifs suivants\u00a0:<\/p>\n<p>\u00ab\u00a05. Consid\u00e9rant qu\u2019il r\u00e9sulte de l\u2019instruction que M. Trani a re\u00e7u notification le 12\u00a0f\u00e9vrier 1987 de l\u2019arr\u00eat\u00e9 de cessibilit\u00e9 des terrains en date du 26 janvier 1987, comme l\u2019atteste la lettre du maire de Bonifacio en date du 9\u00a0f\u00e9vrier 1987 sur laquelle figure la copie de l\u2019avis de r\u00e9ception sign\u00e9 par le requ\u00e9rant ; que cet arr\u00eat\u00e9 mentionnait express\u00e9ment l\u2019arr\u00eat\u00e9 no\u00a086\/52 du 18\u00a0ao\u00fbt\u00a01986 ; que si une telle notification \u00e9tait incompl\u00e8te au regard des dispositions de l\u2019article R. 421-5 pr\u00e9cit\u00e9 du code de justice administrative, faute de pr\u00e9ciser les voies et d\u00e9lais de recours, et si, par suite, le d\u00e9lai de deux mois fix\u00e9 par l\u2019article R. 421-1 pr\u00e9cit\u00e9 du m\u00eame code ne lui \u00e9tait pas opposable, il r\u00e9sulte de ce qui pr\u00e9c\u00e8de que le recours dont M. Trani a saisi le tribunal plus de vingt\u2011six ans apr\u00e8s la notification de l\u2019arr\u00eat\u00e9 contest\u00e9 a \u00e9t\u00e9 pr\u00e9sent\u00e9 au-del\u00e0 du d\u00e9lai raisonnable durant lequel il pouvait \u00eatre exerc\u00e9 ; que la requ\u00eate de M. Trani est d\u00e8s lors tardive (&#8230;)\u00a0\u00bb<\/p>\n<p>16. Par un arr\u00eat du 23 octobre 2017, la cour administrative d\u2019appel (CAA) de Marseille, confirmant le raisonnement des premiers juges, rejeta la requ\u00eate d\u2019appel form\u00e9e par le requ\u00e9rant.<\/p>\n<p>17. Par une d\u00e9cision du 16 ao\u00fbt 2018, le Conseil d\u2019\u00c9tat, sur le fondement de l\u2019article L. 822-1 du code de justice administrative, n\u2019admit pas le pourvoi en cassation pr\u00e9sent\u00e9 par le requ\u00e9rant.<\/p>\n<p><strong>C. Requ\u00eate Maillard c. France, no 25625\/20<\/strong><\/p>\n<p>18. Du 13 juillet 2012 au 4 avril 2014, le requ\u00e9rant contesta aupr\u00e8s de sa hi\u00e9rarchie, \u00e0 plusieurs reprises, deux arr\u00eat\u00e9s des 14\u00a0janvier\u00a02011 et 22\u00a0ao\u00fbt 2011, relatifs \u00e0 sa nomination dans le grade d\u2019inspecteur d\u00e9partemental de 1\u00e8re classe des imp\u00f4ts et \u00e0 son reclassement dans le grade d\u2019inspecteur divisionnaire des finances publiques. Il sollicita \u00e9galement le D\u00e9fenseur des droits qui, le 14 ao\u00fbt 2013, lui conseilla, pour r\u00e9gler le diff\u00e9rend dont il faisait \u00e9tat, d\u2019exercer les recours gracieux, hi\u00e9rarchique et juridictionnel dont il disposait en prenant conseil, le cas \u00e9ch\u00e9ant, dans un point d\u2019acc\u00e8s au droit.<\/p>\n<p>19. Par une requ\u00eate pr\u00e9sent\u00e9e le 18\u00a0juin\u00a02014 aupr\u00e8s du tribunal administratif de Lille, le requ\u00e9rant demanda l\u2019annulation de l\u2019arr\u00eat\u00e9 du 14\u00a0janvier 2011 et, en cons\u00e9quence, l\u2019annulation de l\u2019arr\u00eat\u00e9 du 22\u00a0ao\u00fbt 2011.<\/p>\n<p>20. Par un courrier du 30 avril 2015, l\u2019avocate du requ\u00e9rant demanda au tribunal administratif de Lille de mettre en demeure la partie adverse de r\u00e9pondre \u00e0 la requ\u00eate.<\/p>\n<p>21. Par une ordonnance du 20\u00a0octobre\u00a02016, le pr\u00e9sident de la 5e chambre du tribunal administratif de Lille rejeta la requ\u00eate du requ\u00e9rant pour les motifs suivants\u00a0:<\/p>\n<p>\u00ab\u00a05. Consid\u00e9rant qu\u2019il r\u00e9sulte de l\u2019instruction que M. Maillard a eu connaissance de l\u2019arr\u00eat\u00e9 du 14 janvier 2011 au plus tard le 15 mars 2011, date \u00e0 laquelle il indique avoir eu notification d\u2019une lettre du directeur divisionnaire l\u2019informant, d\u2019une part, de sa nomination dans le grade d\u2019inspecteur d\u00e9partemental de premi\u00e8re classe, 3\u00e8me \u00e9chelon, avec prise d\u2019effet au 1er\u00a0avril\u00a02011 et, d\u2019autre part, de son affectation au SIP d\u2019Hazebrouck \u00e0 compter de cette m\u00eame date ; que, par ailleurs, il ne conteste pas avoir re\u00e7u, s\u2019agissant de l\u2019arr\u00eat\u00e9 du 22 ao\u00fbt 2011, une notification similaire le 15\u00a0septembre\u00a02011\u00a0; qu\u2019alors m\u00eame que les arr\u00eat\u00e9s eux-m\u00eames n\u2019auraient pas \u00e9t\u00e9 annex\u00e9s \u00e0 ces notifications et que celles-ci n\u2019auraient pas mentionn\u00e9 les voies et d\u00e9lais de recours, de telle sorte que le d\u00e9lai de deux mois fix\u00e9 par l\u2019article R. 421-1 du code de justice administrative ne lui \u00e9tait pas opposable, il r\u00e9sulte de ce qui pr\u00e9c\u00e8de que le recours dont M. Maillard a saisi le tribunal administratif de Lille le 18 juin 2014 exc\u00e9dait le d\u00e9lai raisonnable durant lequel il pouvait \u00eatre exerc\u00e9 (&#8230;)\u00a0\u00bb<\/p>\n<p>22. Par un arr\u00eat du 31 janvier 2019, la CAA de Douai, apr\u00e8s avoir relev\u00e9 que le tribunal de premi\u00e8re instance avait pu, \u00e0 bon droit, traiter sa requ\u00eate par ordonnance, rejeta l\u2019appel form\u00e9 par le requ\u00e9rant, notamment pour les motifs suivants\u00a0:<\/p>\n<p>\u00ab\u00a06. En premier lieu, il r\u00e9sulte de ce qui a \u00e9t\u00e9 \u00e9nonc\u00e9 au point 3[1] que M. Maillard n\u2019est pas fond\u00e9 \u00e0 soutenir que l\u2019application r\u00e9troactive de la r\u00e8gle \u00e9nonc\u00e9e au point 2[2] porterait atteinte \u00e0 la substance du droit au recours et m\u00e9conna\u00eetrait ainsi les stipulations des articles 6 et 13 de la convention europ\u00e9enne de sauvegarde des droits de l\u2019homme et des libert\u00e9s fondamentales.<\/p>\n<p>7. En deuxi\u00e8me lieu, il ressort des pi\u00e8ces du dossier, notamment du courriel de M.\u00a0Maillard du 12 octobre 2011, qu\u2019il reconna\u00eet avoir re\u00e7u notification de l\u2019arr\u00eat\u00e9 du 14 janvier\u00a02011 le 15 mars 2011 et de l\u2019arr\u00eat\u00e9 du 22 ao\u00fbt 2011 le 15 septembre 2011. Il a donc eu connaissance de ces arr\u00eat\u00e9s au plus tard \u00e0 ces dates nonobstant la double circonstance, \u00e0 la\u00a0supposer \u00e9tablie, que les arr\u00eat\u00e9s eux-m\u00eames n\u2019aient pas \u00e9t\u00e9 annex\u00e9s \u00e0 ces lettres de notification et que ces lettres ne mentionnaient pas les d\u00e9lais et voies de recours.<\/p>\n<p>8. En dernier lieu, si M. Maillard soutient qu\u2019il a cherch\u00e9 \u00e0 obtenir un r\u00e8glement amiable de cette affaire par tout moyen, \u00e9tant soucieux du devoir de loyaut\u00e9 envers son administration, qui constituait un \u00ab emp\u00eachement moral \u00bb d\u2019agir en justice, et que s\u2019agissant d\u2019un probl\u00e8me touchant de nombreux agents, il souhaitait laisser place au dialogue (&#8230;), ces circonstances ne sont pas de nature \u00e0 ce qu\u2019il soit d\u00e9rog\u00e9 au d\u00e9lai d\u2019un an mentionn\u00e9 au point 2[3].<\/p>\n<p>9. Il ressort de ce qui pr\u00e9c\u00e8de que la requ\u00eate de M. Maillard, enregistr\u00e9e le 18\u00a0juin\u00a02014 par le tribunal administratif de Lille, soit pr\u00e8s de trois ans apr\u00e8s qu\u2019il a eu connaissance des arr\u00eat\u00e9s dont il demandait l\u2019annulation, a \u00e9t\u00e9 exerc\u00e9e au-del\u00e0 d\u2019un d\u00e9lai raisonnable et \u00e9tait, par suite, irrecevable (&#8230;)\u00a0\u00bb<\/p>\n<p>23. Par une d\u00e9cision du 10\u00a0f\u00e9vrier\u00a02020, le Conseil d\u2019\u00c9tat rejeta le pourvoi form\u00e9 par le requ\u00e9rant.<\/p>\n<p>24. Par cette d\u00e9cision, le Conseil d\u2019\u00c9tat pr\u00e9cisa l\u2019office du juge lors de la mise en \u0153uvre des principes d\u00e9gag\u00e9s par la d\u00e9cision Czabaj en relevant les \u00e9l\u00e9ments suivants\u00a0:<\/p>\n<p>\u00ab\u00a05. Lorsque, dans l\u2019hypoth\u00e8se o\u00f9 l\u2019obligation d\u2019informer l\u2019int\u00e9ress\u00e9 sur les voies et les d\u00e9lais de recours n\u2019a pas \u00e9t\u00e9 respect\u00e9e, ou en l\u2019absence de preuve qu\u2019une telle information a bien \u00e9t\u00e9 fournie, le requ\u00e9rant entend contester devant le juge une d\u00e9cision administrative individuelle dont il a eu connaissance depuis plus d\u2019un an, il lui appartient de faire valoir, le cas \u00e9ch\u00e9ant, que, dans les circonstances de l\u2019esp\u00e8ce, le d\u00e9lai raisonnable dont il disposait pour la contester devait \u00eatre regard\u00e9 comme sup\u00e9rieur \u00e0 un an. En l\u2019absence de tels \u00e9l\u00e9ments, et lorsqu\u2019il ressort des pi\u00e8ces du dossier soumis aux juges que le requ\u00e9rant a eu connaissance de la d\u00e9cision depuis plus d\u2019un an, la requ\u00eate peut \u00eatre rejet\u00e9e par ordonnance comme manifestement irrecevable, sur le fondement de l\u2019article R. 222-1 du code de justice administrative, sans que le requ\u00e9rant soit invit\u00e9 \u00e0 justifier de sa recevabilit\u00e9 (&#8230;)<\/p>\n<p>8. [&#8230;] il ressort des pi\u00e8ces du dossier soumis aux juges du fond que M. Maillard n\u2019a pas avanc\u00e9, dans le cadre de l\u2019instance devant le tribunal administratif de Lille, de circonstances particuli\u00e8res susceptibles de justifier le d\u00e9lai entre les notifications, les 15\u00a0mars et 15 septembre 2011, des arr\u00eat\u00e9s des 14 janvier et 22 ao\u00fbt 2011, et la saisine du tribunal administratif le 18 juin 2014. D\u00e8s lors, en jugeant que la pr\u00e9sidente de la 5\u00e8me\u00a0chambre du tribunal administratif avait pu rejeter la demande de M. Maillard, en application des dispositions du 4o de l\u2019article R. 222-1 du code de justice administrative, sans l\u2019inviter pr\u00e9alablement \u00e0 justifier de sa recevabilit\u00e9, la cour n\u2019a pas commis d\u2019erreur de droit. (&#8230;)<\/p>\n<p>9. En troisi\u00e8me lieu, si, aux termes du premier alin\u00e9a de l\u2019article R.\u00a0611-7 du code de justice administrative, \u00ab lorsque la d\u00e9cision lui para\u00eet susceptible d\u2019\u00eatre fond\u00e9e sur un moyen relev\u00e9 d\u2019office, le pr\u00e9sident de la formation de jugement (&#8230;) en informe les parties avant la s\u00e9ance de jugement et fixe le d\u00e9lai dans lequel elles peuvent, sans qu\u2019y fasse obstacle la cl\u00f4ture \u00e9ventuelle de l\u2019instruction, pr\u00e9senter leurs observations sur le moyen communiqu\u00e9 \u00bb, le second alin\u00e9a du m\u00eame article pr\u00e9voi[t] que ces dispositions ne sont pas applicables lorsque le juge rejette une demande par ordonnance sur le fondement de l\u2019article R. 222-1 du code de justice administrative, sans r\u00e9server le cas o\u00f9 cette ordonnance interviendrait alors que l\u2019instruction a \u00e9t\u00e9 ouverte. Par suite, la cour administrative d\u2019appel de Douai n\u2019a pas entach\u00e9 son arr\u00eat d\u2019erreur de droit en jugeant qu\u2019alors m\u00eame que l\u2019instruction avait \u00e9t\u00e9 ouverte, le tribunal administratif pouvait rejeter par ordonnance la demande de M. Maillard sans informer celui-ci qu\u2019il entendait se fonder sur la circonstance que sa demande n\u2019avait pas \u00e9t\u00e9 pr\u00e9sent\u00e9e dans un d\u00e9lai raisonnable. (&#8230;)<\/p>\n<p>11. Enfin, si M. Maillard soutenait devant elle qu\u2019il avait cherch\u00e9 \u00e0 obtenir un r\u00e8glement amiable du litige l\u2019opposant \u00e0 l\u2019administration par tout moyen avant d\u2019agir en justice, y compris en saisissant le D\u00e9fenseur des droits, et que, s\u2019agissant d\u2019un probl\u00e8me touchant de nombreux agents, il avait souhait\u00e9 laisser place au dialogue, notamment par l\u2019interm\u00e9diaire des associations et syndicats, la cour administrative d\u2019appel n\u2019a, en tout \u00e9tat de cause, pas entach\u00e9 son arr\u00eat de d\u00e9naturation des faits en relevant que de telles circonstances ne permettaient pas de d\u00e9roger, en l\u2019esp\u00e8ce, au d\u00e9lai d\u2019un an mentionn\u00e9 au point 3[4] (&#8230;)\u00a0\u00bb<\/p>\n<p><strong>II. REQU\u00c9RANTS POUR LESQUELS L\u2019IRRECEVABILIT\u00c9 ISSUE DE LA D\u00c9CISION \u00ab\u00a0CZABAJ\u00a0\u00bb DU CONSEIL D\u2019\u00c9TAT DU 13\u00a0JUILLET\u00a02016 (NO 387763) FUT OPPOS\u00c9E EN APPEL OU EN CASSATION<\/strong><\/p>\n<p><strong>A. Requ\u00eate Legros c. France, no 72173\/17<\/strong><\/p>\n<p>25. Par un jugement d\u2019adjudication du tribunal de grande instance de Pontoise du 6 mai 1999, le requ\u00e9rant acquit un bien immobilier.<\/p>\n<p>26. Par une d\u00e9cision du conseil municipal du 2 juin 1999, la commune de Bonneuil-en-France d\u00e9cida d\u2019exercer son droit de pr\u00e9emption sur ce bien.<\/p>\n<p>27. Par une requ\u00eate pr\u00e9sent\u00e9e le 11\u00a0d\u00e9cembre\u00a02013 aupr\u00e8s du tribunal administratif de Cergy-Pontoise, le requ\u00e9rant demanda l\u2019annulation de la d\u00e9lib\u00e9ration du 2\u00a0juin\u00a01999 et \u00e0 ce qu\u2019il soit enjoint \u00e0 la commune de lui proposer d\u2019acqu\u00e9rir le bien au prix de 44\u00a0207 euros, diminu\u00e9 des d\u00e9penses qu\u2019il devrait exposer pour remettre le bien en \u00e9tat.<\/p>\n<p>28. Par un jugement du 10\u00a0mars\u00a02015, le tribunal administratif annula cette d\u00e9lib\u00e9ration, enjoignit \u00e0 la commune de Bonneuil-en-France de s\u2019abstenir de revendre \u00e0 un tiers le bien en litige et de proposer ce bien \u00e0 l\u2019acqu\u00e9reur \u00e9vinc\u00e9, \u00e0 un prix visant \u00e0 r\u00e9tablir autant que possible et sans enrichissement sans cause de l\u2019une quelconque des parties les conditions de l\u2019adjudication \u00e0 laquelle l\u2019exercice du droit de pr\u00e9emption avait fait obstacle.<\/p>\n<p>29. Par un arr\u00eat du 29\u00a0septembre\u00a02016, la CAA de Versailles annula le jugement du tribunal administratif et rejeta les conclusions du requ\u00e9rant, pour les motifs suivants :<\/p>\n<p>\u00ab\u00a04. Consid\u00e9rant que la commune de Bonneuil-en-France ne rapporte pas la preuve que [le requ\u00e9rant], adjudicataire \u00e9vinc\u00e9, aurait re\u00e7u notification de la d\u00e9cision de pr\u00e9emption du 2 juin 1999 avec mention des voies et d\u00e9lais de recours ; que si, par suite, le d\u00e9lai de deux mois alors fix\u00e9 par l\u2019article R. 104 du code des tribunaux administratifs et des cours administratives d\u2019appel ne lui \u00e9tait pas opposable, il ressort des pi\u00e8ces du dossier que le greffier du greffe des cri\u00e9es du Tribunal de grande instance de Cergy-Pontoise a adress\u00e9, le 4 juin 1999, deux courriers \u00e0 la SCP d\u2019avocats repr\u00e9sentant [le requ\u00e9rant] et [au requ\u00e9rant] lui-m\u00eame, notifiant le droit de pr\u00e9emption exerc\u00e9 par \u00a0\u00bb la mairie de Bonneuil-en-France \u00a0\u00bb \u00e0 la suite de l\u2019adjudication en date du 6 mai 1999, accompagn\u00e9s d\u2019une copie de la d\u00e9claration de pr\u00e9emption ; qu\u2019\u00e0 supposer m\u00eame, ainsi que le soutient [le requ\u00e9rant], que la d\u00e9claration de pr\u00e9emption n\u2019\u00e9tait pas jointe ou que ces courriers n\u2019ont pas atteint leurs destinataires, [le requ\u00e9rant], en tant qu\u2019adjudicataire \u00e9vinc\u00e9, avait cependant connaissance de ce qu\u2019une pr\u00e9emption avait fait \u00e9chec \u00e0 l\u2019adjudication ; qu\u2019il ne r\u00e9sulte pas de l\u2019instruction que des circonstances particuli\u00e8res auraient fait obstacle \u00e0 ce que [le requ\u00e9rant] s\u2019informe des voies et d\u00e9lais de recours aux fins d\u2019exercer, dans un d\u00e9lai raisonnable, un recours contentieux contre les d\u00e9cisions pr\u00e9cit\u00e9es prises par le conseil municipal et le maire ; que, par suite, il r\u00e9sulte de ce qui pr\u00e9c\u00e8de, que le recours dont [le requ\u00e9rant] a saisi le tribunal administratif de Cergy\u2011Pontoise plus de quatorze ans apr\u00e8s la date \u00e0 laquelle il est \u00e9tabli qu\u2019il a eu connaissance de ce que la pr\u00e9emption par la commune de Bonneuil-en-France faisait \u00e9chec \u00e0 l\u2019adjudication, exc\u00e9dait le d\u00e9lai raisonnable durant lequel il pouvait \u00eatre exerc\u00e9\u00a0; que sa demande devait, en cons\u00e9quence, \u00eatre rejet\u00e9e comme tardive\u00a0(&#8230;)\u00a0\u00bb<\/p>\n<p>30. Par une d\u00e9cision du 1er\u00a0juin\u00a02017, le Conseil d\u2019\u00c9tat, sur le fondement de l\u2019article L. 822-1 du code de justice administrative, n\u2019admit pas le pourvoi en cassation pr\u00e9sent\u00e9 par le requ\u00e9rant.<\/p>\n<p><strong>B. Requ\u00eates Mebtoul et autres c. France, no 38287\/18 et 11 autres requ\u00eates<\/strong><\/p>\n<p>31. Par des d\u00e9cisions dat\u00e9es du 3 ou 4 avril 2003, selon les requ\u00e9rants, l\u2019inspecteur du travail autorisa leur licenciement en tant que salari\u00e9s prot\u00e9g\u00e9s de la soci\u00e9t\u00e9 Metaleurop Nord, en liquidation judiciaire.<\/p>\n<p>32. Les liquidateurs judiciaires de la soci\u00e9t\u00e9 proc\u00e9d\u00e8rent alors \u00e0 leur licenciement.<\/p>\n<p>33. Les requ\u00e9rants pr\u00e9sent\u00e8rent un recours hi\u00e9rarchique devant le ministre des affaires sociales, du travail et de la solidarit\u00e9 respectivement les 16\u00a0avril 2003, 9 ou 13 mai 2003.<\/p>\n<p>34. Par des d\u00e9cisions dat\u00e9es, selon les requ\u00e9rants, du 18\u00a0ao\u00fbt\u00a02003, 19\u00a0ao\u00fbt 2003 ou 1er septembre 2003, le ministre confirma la d\u00e9cision de l\u2019inspecteur du travail et d\u00e9cida que les licenciements demeuraient autoris\u00e9s.<\/p>\n<p>35. Par des requ\u00eates pr\u00e9sent\u00e9es le 24\u00a0avril\u00a02012 ou 6\u00a0d\u00e9cembre\u00a02012, selon les requ\u00e9rants, ils demand\u00e8rent au tribunal administratif de Lille l\u2019annulation des d\u00e9cisions du ministre.<\/p>\n<p>36. Par des jugements du 2 octobre 2013, le tribunal administratif de Lille admit la recevabilit\u00e9 des recours d\u00e8s lors que le ministre n\u2019apportait pas la preuve de la notification des d\u00e9cisions expresses de rejet des recours hi\u00e9rarchiques form\u00e9s par les requ\u00e9rants. Le tribunal administratif annula ensuite les d\u00e9cisions tant de l\u2019inspecteur du travail que du ministre.<\/p>\n<p>37. Les liquidateurs judiciaires et le ministre relev\u00e8rent appel de ce jugement.<\/p>\n<p>38. Par des arr\u00eats du 31 d\u00e9cembre 2015, la CAA de Douai rejeta cet appel, en confirmant notamment que les demandes des requ\u00e9rants tendant \u00e0 l\u2019annulation des d\u00e9cisions expresses du ministre et de l\u2019inspecteur du travail \u00e9taient recevables et que ces d\u00e9cisions devaient \u00eatre annul\u00e9es pour manquement \u00e0 l\u2019obligation de recherche de reclassement des salari\u00e9s concern\u00e9s.<\/p>\n<p>39. Par des d\u00e9cisions des 7 f\u00e9vrier 2018 ou 13 avril 2018, selon les requ\u00e9rants, le Conseil d\u2019\u00c9tat releva qu\u2019il n\u2019\u00e9tait \u00e9tabli ni que les recours hi\u00e9rarchiques form\u00e9s contre les d\u00e9cisions de l\u2019inspecteur du travail avaient fait l\u2019objet de l\u2019accus\u00e9 de r\u00e9ception pr\u00e9vu \u00e0 l\u2019\u00e9poque par les dispositions de l\u2019article 19 de la loi du 12 avril 2000 sur les droits des citoyens dans leurs relations avec les administrations, ni que les d\u00e9cisions expresses de rejet du ministre charg\u00e9 du travail avaient \u00e9t\u00e9 notifi\u00e9es aux requ\u00e9rants. Il releva qu\u2019il ressortait des pi\u00e8ces des dossiers que les archives administratives qui auraient, le cas \u00e9ch\u00e9ant, comport\u00e9 les documents susceptibles de l\u2019\u00e9tablir, avaient \u00e9t\u00e9 d\u00e9truites au terme de deux ans, en vertu de r\u00e8gles \u00e9tablies conjointement par la direction des archives de France et la direction g\u00e9n\u00e9rale du travail. Il en conclut que les d\u00e9lais de recours fix\u00e9s par le code de justice administrative n\u2019\u00e9taient pas opposables aux requ\u00e9rants, ni en ce qui concerne les d\u00e9cisions implicites de rejet du ministre ni en ce qui concerne ses d\u00e9cisions expresses. Il tint un raisonnement identique pour M.\u00a0Leleu et M.\u00a0Rodziewicz \u00e0 ceci pr\u00e8s que seules les d\u00e9cisions expresses du ministre \u00e9taient concern\u00e9es.<\/p>\n<p>40. Le Conseil d\u2019\u00c9tat ajouta toutefois qu\u2019il ressortait des pi\u00e8ces des dossiers que les requ\u00e9rants, dont les licenciements \u00e9taient intervenus en avril\u00a02003, avaient engag\u00e9, dans le courant de l\u2019ann\u00e9e 2005, une action indemnitaire contre la soci\u00e9t\u00e9 Recylex devant le conseil de prud\u2019hommes de Lens, en soutenant qu\u2019ils justifiaient d\u2019un pr\u00e9judice distinct de celui r\u00e9sultant de leur licenciement, n\u00e9 de la m\u00e9connaissance des engagements pris par la soci\u00e9t\u00e9 Recylex dans le cadre du plan de sauvegarde de l\u2019emploi de la soci\u00e9t\u00e9 Metaleurop Nord. Le Conseil d\u2019\u00c9tat d\u00e9cida qu\u2019il r\u00e9sultait tant de cette action contentieuse, dans laquelle les int\u00e9ress\u00e9s ne soulevaient pas la nullit\u00e9 de leur licenciement, que des \u00e9nonciations non contest\u00e9es des arr\u00eats de la cour d\u2019appel de Douai (du 18 d\u00e9cembre 2009 ou 17 d\u00e9cembre 2010, selon les requ\u00e9rants), qui relevaient qu\u2019ils avaient connaissance des d\u00e9cisions administratives les concernant, que les requ\u00e9rants devaient \u00eatre regard\u00e9s comme ayant eu connaissance, au plus tard dans le courant de l\u2019ann\u00e9e 2005, des d\u00e9cisions autorisant leur licenciement et du rejet des recours hi\u00e9rarchiques dirig\u00e9s contre ces d\u00e9cisions.<\/p>\n<p>41. Le Conseil d\u2019\u00c9tat en conclut que si le d\u00e9lai de deux mois fix\u00e9 par les articles R. 421-1 et R. 421-2 du code de justice administrative n\u2019\u00e9tait pas opposable aux requ\u00e9rants, les recours dont ils avaient saisi le tribunal administratif de Lille plus de six ans apr\u00e8s avoir eu connaissance des d\u00e9cisions autorisant leur licenciement exc\u00e9daient le d\u00e9lai raisonnable durant lequel ils pouvaient \u00eatre exerc\u00e9s et, en cons\u00e9quence, que les liquidateurs \u00e9taient fond\u00e9s \u00e0 soutenir que les demandes pr\u00e9sent\u00e9es par les requ\u00e9rants \u00e9taient irrecevables pour tardivet\u00e9.<\/p>\n<p><strong>C. Requ\u00eate Baclet c. France, no 26768\/20<\/strong><\/p>\n<p>42. Par une d\u00e9cision du 11\u00a0ao\u00fbt\u00a02014, le pr\u00e9sident du conseil g\u00e9n\u00e9ral des Alpes\u2011Maritimes proc\u00e9da \u00e0 la r\u00e9siliation du contrat de travail de l\u2019int\u00e9ress\u00e9e, assistante familiale agr\u00e9\u00e9e, en application des articles L.\u00a01232-2 et suivants du code du travail.<\/p>\n<p>43. Par une requ\u00eate pr\u00e9sent\u00e9e le 24 juin 2016 aupr\u00e8s du tribunal administratif de Nice, la requ\u00e9rante demanda l\u2019annulation de la d\u00e9cision du 11\u00a0ao\u00fbt 2014, sa r\u00e9int\u00e9gration dans ses fonctions, la reconstitution de ses droits \u00e0 pension de retraite et la condamnation du d\u00e9partement des Alpes-Maritimes \u00e0 lui verser une indemnit\u00e9 d\u2019un montant de 33\u00a0519,08\u00a0euros.<\/p>\n<p>44. Par un jugement du 16 f\u00e9vrier 2018, le tribunal administratif de Nice rejeta la requ\u00eate au fond, sans se prononcer sur sa recevabilit\u00e9.<\/p>\n<p>45. Par un arr\u00eat du 26 avril 2019, la CAA de Marseille rejeta l\u2019appel pr\u00e9sent\u00e9 par la requ\u00e9rante, pour les motifs suivants :<\/p>\n<p>\u00ab\u00a06. Il ressort des pi\u00e8ces du dossier que Mme Baclet a re\u00e7u notification le 12\u00a0ao\u00fbt\u00a02014 de la d\u00e9cision du pr\u00e9sident du conseil g\u00e9n\u00e9ral des Alpes-Maritimes pronon\u00e7ant son licenciement, ainsi qu\u2019en atteste l\u2019accus\u00e9 de r\u00e9ception postal rev\u00eatu de sa signature mentionnant que le pli correspondant a \u00e9t\u00e9 distribu\u00e9 \u00e0 cette date. Si le d\u00e9lai de deux mois fix\u00e9 par les dispositions pr\u00e9cit\u00e9es de l\u2019article R. 421-1 du code de justice administrative n\u2019\u00e9tait pas opposable \u00e0 Mme Baclet en ce qui concerne cette d\u00e9cision, en l\u2019absence d\u2019indications sur les voies et les d\u00e9lais de recours, il r\u00e9sulte de ces m\u00eames pi\u00e8ces que l\u2019int\u00e9ress\u00e9e, qui ne fait \u00e9tat d\u2019aucune circonstance particuli\u00e8re qui aurait \u00e9t\u00e9 de nature \u00e0 conserver \u00e0 son \u00e9gard le d\u00e9lai de recours contentieux, n\u2019a introduit un recours devant le tribunal administratif de Nice contre cette d\u00e9cision que le 24\u00a0juin\u00a02016, soit plus d\u2019un an apr\u00e8s en avoir eu connaissance. Ce recours exc\u00e9dait ainsi d\u2019une dizaine de mois le d\u00e9lai raisonnable durant lequel il pouvait \u00eatre exerc\u00e9. Par suite, le d\u00e9partement des Alpes-Maritimes est fond\u00e9 \u00e0 soutenir que les conclusions en exc\u00e8s de pouvoir pr\u00e9sent\u00e9es en premi\u00e8re instance par Mme Baclet aux fins d\u2019annulation de la d\u00e9cision du 11\u00a0ao\u00fbt\u00a02014 devaient \u00eatre rejet\u00e9es comme tardives.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p>46. Par une d\u00e9cision du 27\u00a0d\u00e9cembre\u00a02019, le Conseil d\u2019\u00c9tat, sur le fondement de l\u2019article L. 822-1 du code de justice administrative, n\u2019admit pas le pourvoi en cassation pr\u00e9sent\u00e9 par la requ\u00e9rante.<\/p>\n<p><strong>D. Requ\u00eate Koulla c. France, no 31317\/20<\/strong><\/p>\n<p>47. Par une d\u00e9cision du 24 novembre 2009, la commune de Hem confirma sa d\u00e9cision du 15 juillet\u00a02009 de ne pas reconna\u00eetre l\u2019imputabilit\u00e9 au service de la maladie dont souffrait la requ\u00e9rante.<\/p>\n<p>48. Le 19 d\u00e9cembre 2009, la requ\u00e9rante forma un recours gracieux \u00e0 l\u2019encontre de cette d\u00e9cision, rejet\u00e9 le 13\u00a0janvier\u00a02010.<\/p>\n<p>49. Par une requ\u00eate pr\u00e9sent\u00e9e le 4\u00a0novembre\u00a02013 aupr\u00e8s du tribunal administratif de Lille, la requ\u00e9rante demanda l\u2019annulation des d\u00e9cisions du 15 juillet 2009, du 24 novembre 2009 et du 13 janvier\u00a02010 et sollicita qu\u2019il f\u00fbt enjoint \u00e0 la commune de Hem de reconna\u00eetre l\u2019imputabilit\u00e9 au service de sa maladie ou de r\u00e9examiner son dossier.<\/p>\n<p>50. Par un jugement du 7 f\u00e9vrier 2017, le tribunal administratif de Lille consid\u00e9ra la requ\u00eate recevable pour les motifs ci-apr\u00e8s reproduits puis annula les d\u00e9cisions des 15\u00a0juillet 2009, du 24 novembre 2009 et du 13\u00a0janvier 2010 et enjoignit \u00e0 la commune de Hem de reconna\u00eetre, dans un d\u00e9lai de deux mois \u00e0 compter de la notification du jugement, l\u2019imputabilit\u00e9 au service de la pathologie de l\u2019int\u00e9ress\u00e9e\u00a0:<\/p>\n<p>\u00ab\u00a06. Consid\u00e9rant que Mme Koulla demande, par sa requ\u00eate enregistr\u00e9e le 4\u00a0novembre\u00a02013, l\u2019annulation des d\u00e9cisions du 15 juillet 2009, du 24\u00a0novembre 2009 et du 13 janvier 2010\u00a0; qu\u2019il est constant que ces d\u00e9cisions ne comportent pas la mention des voies et d\u00e9lais de recours\u00a0; que toutefois, Mme Koulla a eu n\u00e9cessairement connaissance des d\u00e9cisions du 15\u00a0juillet\u00a02009 et du 24 novembre 2009, \u00e0 l\u2019encontre desquelles elle a form\u00e9 un recours administratif, respectivement les 2 ao\u00fbt et\u00a024\u00a0novembre 2009\u00a0; qu\u2019en outre, elle ne conteste pas avoir eu connaissance de la d\u00e9cision du 13\u00a0janvier 2010 refusant l\u2019imputabilit\u00e9 au service de son \u00e9tat de sant\u00e9\u00a0; que toutefois, la date de notification de cette d\u00e9cision ne peut \u00eatre d\u00e9termin\u00e9e avec certitude\u00a0; qu\u2019il ressort en outre des pi\u00e8ces du dossier que par un courrier du 9\u00a0f\u00e9vrier\u00a02010, la commune de Hem a inform\u00e9 Mme Koulla de ce qu\u2019il lui \u00e9tait loisible de diligenter elle-m\u00eame et \u00e0 sa charge une expertise m\u00e9dicale \u00e0 l\u2019issue de laquelle la commission de r\u00e9forme pourrait \u00eatre de nouveau saisie\u00a0; que, d\u2019ailleurs, Mme Koulla a sollicit\u00e9 une expertise dont les conclusions ont \u00e9t\u00e9 rendues le 4 juillet 2013\u00a0; que, dans ces circonstances particuli\u00e8res, Mme\u00a0Koulla pouvait l\u00e9gitiment croire que l\u2019instruction de sa demande se poursuivait\u00a0; qu\u2019ainsi, et en d\u00e9pit du d\u00e9lai de plus de trois ans qui s\u2019est \u00e9coul\u00e9 entre la d\u00e9cision du 13 janvier 2010 et la saisine du tribunal le 4\u00a0novembre\u00a02013, la requ\u00eate de Mme Koulla n\u2019est pas tardive (&#8230;)\u00a0\u00bb<\/p>\n<p>51. Par un arr\u00eat du 4 avril 2019, la CAA de Douai annula le jugement du tribunal administratif et rejeta la demande pr\u00e9sent\u00e9e par la requ\u00e9rante, pour les motifs suivants\u00a0:<\/p>\n<p>\u00ab\u00a04. D\u2019une part, il r\u00e9sulte de ce qui a \u00e9t\u00e9 \u00e9nonc\u00e9 au point 3[5] que Mme Koulla n\u2019est pas fond\u00e9e \u00e0 soutenir que l\u2019application r\u00e9troactive de la r\u00e8gle \u00e9nonc\u00e9e au point 2[6] porterait atteinte \u00e0 la substance du droit au recours et m\u00e9conna\u00eetrait ainsi les stipulations des articles 6 et 13 de la convention europ\u00e9enne de sauvegarde des droits de l\u2019homme et des libert\u00e9s fondamentales.<\/p>\n<p>5. D\u2019autre part, s\u2019il ressort des pi\u00e8ces du dossier que les d\u00e9cisions des 15 juillet 2009, 24\u00a0novembre\u00a02009 et 13 janvier 2010 en litige ne mentionnaient pas, de mani\u00e8re suffisante et compl\u00e8te, les d\u00e9lais et voies de recours et que la commune de Hem ne rapporte pas la preuve de leur notification \u00e0 Mme Koulla, il ressort toutefois aussi des pi\u00e8ces du dossier, notamment des recours administratifs des 2 ao\u00fbt 2009 et 19\u00a0d\u00e9cembre\u00a02009, par lesquels Mme Koulla a respectivement contest\u00e9 les d\u00e9cisions des 15 juillet 2009 et 24 novembre 2009, ainsi que du courrier de Mme Koulla demandant \u00e0 la commune de proc\u00e9der \u00e0 une nouvelle saisine de la commission de r\u00e9forme qui, s\u2019il est dat\u00e9 du \u00ab 19 d\u00e9cembre \u00bb, a \u00e9t\u00e9 re\u00e7u en mairie le 2 f\u00e9vrier 2010, soit post\u00e9rieurement \u00e0 la d\u00e9cision du 13 janvier 2010, que Mme Koulla a eu connaissance des d\u00e9cisions des 15 juillet 2009, 24 novembre 2009 et 13 janvier 2010 en litige, au plus tard, en f\u00e9vrier 2010.<\/p>\n<p>6. Enfin, si Mme Koulla soutient que la complexit\u00e9 de ce type de proc\u00e9dures rend difficile l\u2019identification des d\u00e9cisions faisant grief et des voies de recours, que la commune de Hem ne justifie d\u2019aucun int\u00e9r\u00eat g\u00e9n\u00e9ral susceptible de conduire \u00e0 rejeter sa requ\u00eate pour tardivet\u00e9, qu\u2019on ne peut lui reprocher des d\u00e9marches amiables, qui \u00e9vitent d\u2019encombrer le pr\u00e9toire, qu\u2019elle est atteinte d\u2019un syndrome anxio-d\u00e9pressif et que la commission de r\u00e9forme a \u00e9mis un nouvel avis, le 21\u00a0septembre\u00a02012, ces circonstances, \u00e0 les supposer m\u00eames \u00e9tablies, ne sont pas de nature \u00e0 ce qu\u2019il soit d\u00e9rog\u00e9 au d\u00e9lai d\u2019un an mentionn\u00e9 au point 2[7]. En outre, si le tribunal administratif a relev\u00e9, alors au demeurant que Mme Koulla ne s\u2019en est pas pr\u00e9valu devant lui, que, par un courrier du 9 f\u00e9vrier 2010, la commune de Hem a inform\u00e9 Mme Koulla de ce qu\u2019il lui \u00e9tait loisible de diligenter elle-m\u00eame et \u00e0 sa charge une expertise m\u00e9dicale \u00e0 l\u2019issue de laquelle la commission de r\u00e9forme pourrait \u00eatre, le cas \u00e9ch\u00e9ant, de nouveau saisie, et que Mme Koulla a d\u2019ailleurs fait diligenter une expertise, pour en d\u00e9duire que, dans ces circonstances particuli\u00e8res, elle pouvait l\u00e9gitiment croire que l\u2019instruction de sa demande se poursuivait, il ne ressort toutefois pas des pi\u00e8ces du dossier que des \u00e9changes aient eu lieu entre Mme Koulla et la commune de Hem entre les mois de f\u00e9vrier 2010 et septembre 2012, ni que Mme Koulla ait tenu la commune inform\u00e9e de la saisine de cet expert, ni qu\u2019elle lui ait adress\u00e9 les conclusions de ce dernier rendues le 4 juillet 2013. La commune indique sans \u00eatre contredite avoir d\u00e9couvert cette expertise en prenant connaissance, en novembre 2013, de la requ\u00eate introduite par Mme\u00a0Koulla devant le tribunal administratif de Lille. Alors pourtant que la commune lui avait express\u00e9ment demand\u00e9 de la tenir inform\u00e9e de ses \u00e9ventuelles d\u00e9marches en ce sens, tant dans son courrier du 9 f\u00e9vrier 2010, que dans un courrier du 5 octobre 2012 qui r\u00e9it\u00e9rait le refus d\u2019imputabilit\u00e9 au service et que Mme Koulla n\u2019a, d\u2019ailleurs, pas contest\u00e9. Ces deux courriers ne peuvent, ainsi, \u00eatre regard\u00e9s comme r\u00e9v\u00e9lant la poursuite de l\u2019instruction de la demande de Mme Koulla par la commune. Dans ces circonstances, il ne ressort pas des pi\u00e8ces du dossier que Mme\u00a0Koulla puisse \u00eatre regard\u00e9e comme justifiant de circonstances particuli\u00e8res de nature \u00e0 ce qu\u2019il soit d\u00e9rog\u00e9 au d\u00e9lai d\u2019un an mentionn\u00e9 au point 2[8].<\/p>\n<p>7. La requ\u00eate de Mme Koulla, enregistr\u00e9e le 4 novembre 2013 par le tribunal administratif de Lille, soit plus de trois ans apr\u00e8s qu\u2019elle a eu connaissance des d\u00e9cisions des 15 juillet 2009, 24 novembre 2009 et 13 janvier 2010 dont elle demandait l\u2019annulation, a d\u00e8s lors \u00e9t\u00e9 exerc\u00e9e au-del\u00e0 d\u2019un d\u00e9lai raisonnable et \u00e9tait, par suite, irrecevable.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p>52. Par une d\u00e9cision du 24\u00a0d\u00e9cembre\u00a02019, le Conseil d\u2019\u00c9tat, sur le fondement de l\u2019article L. 822-1 du code de justice administrative, n\u2019admit pas le pourvoi en cassation pr\u00e9sent\u00e9 par la requ\u00e9rante.<\/p>\n<p><strong>LE CADRE JURIDIQUE ET LA PRATIQUE INTERNES PERTINENTS<\/strong><\/p>\n<p><strong>I. LE REJET D\u2019UNE REQU\u00caTE PAR ORDONNANCE<\/strong><\/p>\n<p>53. L\u2019article R. 222-1 du code de justice administrative dispose que\u00a0:<\/p>\n<p>\u00ab\u00a0Les pr\u00e9sidents de formation de jugement des tribunaux (&#8230;) peuvent, par ordonnance\u00a0:<\/p>\n<p>(&#8230;) 4o\u00a0Rejeter les requ\u00eates manifestement irrecevables, lorsque la juridiction n\u2019est pas tenue d\u2019inviter leur auteur \u00e0 les r\u00e9gulariser ou qu\u2019elles n\u2019ont pas \u00e9t\u00e9 r\u00e9gularis\u00e9es \u00e0 l\u2019expiration du d\u00e9lai imparti par une demande en ce sens (&#8230;)\u00a0\u00bb<\/p>\n<p><strong>II. L\u2019INFORMATION DES PARTIES DE LA POSSIBILITE DE RELEVER D\u2019OFFICE UN MOYEN<\/strong><\/p>\n<p>54. L\u2019article R. 611-7 du code de justice administrative dispose que\u00a0:<\/p>\n<p>\u00ab\u00a0Lorsque la d\u00e9cision lui para\u00eet susceptible d\u2019\u00eatre fond\u00e9e sur un moyen relev\u00e9 d\u2019office, le pr\u00e9sident de la formation de jugement ou le pr\u00e9sident de la chambre charg\u00e9e de l\u2019instruction en informe les parties avant la s\u00e9ance de jugement et fixe le d\u00e9lai dans lequel elles peuvent, sans qu\u2019y fasse obstacle la cl\u00f4ture \u00e9ventuelle de l\u2019instruction, pr\u00e9senter leurs observations sur le moyen communiqu\u00e9.<\/p>\n<p>Les dispositions du pr\u00e9sent article ne sont pas applicables lorsqu\u2019il est fait application des dispositions des articles\u00a0(&#8230;) R. 222-1 (&#8230;)\u00a0\u00bb<\/p>\n<p><strong>III. LE D\u00c9LAI DE RECOURS CONTENTIEUX<\/strong><\/p>\n<p><strong>A. Les dispositions textuelles<\/strong><\/p>\n<p><strong>1. Les dispositions pr\u00e9voyant le d\u00e9lai de recours contentieux de droit commun<\/strong><\/p>\n<p>55. Le premier alin\u00e9a de l\u2019article R. 421-1 du code de justice administrative pr\u00e9voit que la juridiction administrative ne peut \u00eatre saisie que par voie de recours form\u00e9 contre une d\u00e9cision, et ce, dans les deux mois \u00e0 partir de la notification ou de la publication de la d\u00e9cision attaqu\u00e9e.<\/p>\n<p>56. Toutefois, les litiges relatifs aux travaux publics (R.\u00a0421-1 du CJA) ainsi que les litiges relatifs aux d\u00e9cisions implicites de rejet en mati\u00e8re de plein contentieux (R.\u00a0421-3 du CJA) \u00e9chappaient \u00e0 cette r\u00e8gle jusqu\u2019au 1er\u00a0janvier\u00a02017.<\/p>\n<p><strong>2. Les dispositions pr\u00e9voyant les modalit\u00e9s d\u2019opposabilit\u00e9 des d\u00e9lais de recours contentieux<\/strong><\/p>\n<p>57. Concernant les d\u00e9cisions expresses, l\u2019article 9 du d\u00e9cret du 28\u00a0novembre\u00a01983 pr\u00e9voyait, en l\u2019absence de mention des voies et d\u00e9lais de recours sur la d\u00e9cision attaqu\u00e9e, l\u2019inopposabilit\u00e9 des d\u00e9lais de recours contentieux. Cette inopposabilit\u00e9 fut reprise \u00e0 l\u2019article R.\u00a0104 du code des tribunaux administratifs et des cours administratives d\u2019appel puis \u00e0 l\u2019article\u00a0R.\u00a0421-5 du code de justice administrative aux termes duquel\u00a0:<\/p>\n<p>\u00ab\u00a0Les d\u00e9lais de recours contre une d\u00e9cision administrative ne sont opposables qu\u2019\u00e0 la condition d\u2019avoir \u00e9t\u00e9 mentionn\u00e9s, ainsi que les voies de recours, dans la notification de la d\u00e9cision.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p>58. Concernant les d\u00e9cisions implicites, l\u2019article 5 du d\u00e9cret du 28\u00a0novembre\u00a01983 pr\u00e9voyait que les d\u00e9lais de recours n\u2019\u00e9taient opposables qu\u2019en cas de transmission \u00e0 l\u2019usager d\u2019un accus\u00e9 de r\u00e9ception mentionnant les d\u00e9lais et voies de recours ouverts contre la d\u00e9cision. Ce dispositif fut repris \u00e0 l\u2019article 19 de la loi du 12 avril 2000 puis aux articles L.\u00a0112-3, L.\u00a0112-6 et\u00a0R.\u00a0112-5 du code des relations entre le public et l\u2019administration, sans cependant \u00eatre applicable aux relations entre l\u2019administration et ses agents (article L.\u00a0112-2 du m\u00eame code).<\/p>\n<p><strong>B. La jurisprudence administrative<\/strong><\/p>\n<p><strong>1. La jurisprudence administrative relative au droit de former un recours<\/strong><\/p>\n<p>59. Par une d\u00e9cision no\u00a089274 du 15\u00a0janvier\u00a01975, le Conseil d\u2019\u00c9tat a rappel\u00e9 le principe g\u00e9n\u00e9ral du droit selon lequel, en mati\u00e8re de d\u00e9lais de proc\u00e9dure, il ne peut \u00eatre port\u00e9 atteinte aux droits acquis par les parties sous l\u2019empire des textes en vigueur \u00e0 la date \u00e0 laquelle le d\u00e9lai a commenc\u00e9 \u00e0 courir.<\/p>\n<p>60. Il a \u00e9galement rappel\u00e9, par une d\u00e9cision no\u00a0196836 du 27\u00a0mars\u00a02000 (voir \u00e9galement Conseil d\u2019\u00c9tat, no 314674, 15 novembre 2010), que le droit de former un recours contre une d\u00e9cision d\u2019une juridiction administrative est d\u00e9finitivement fix\u00e9 au jour o\u00f9 cette d\u00e9cision est rendue et que les voies selon lesquelles ce droit peut \u00eatre exerc\u00e9, ainsi que les d\u00e9lais qui sont impartis \u00e0 cet effet aux int\u00e9ress\u00e9s, sont, \u00e0 la diff\u00e9rence des formes dans lesquelles le recours doit \u00eatre introduit et jug\u00e9, des \u00e9l\u00e9ments constitutifs du droit dont s\u2019agit. Il en a conclu qu\u2019en cas de modification des textes, les voies de recours, ainsi que les d\u00e9lais de leur exercice continuent, \u00e0 moins qu\u2019une disposition expresse y fasse obstacle, \u00e0 \u00eatre r\u00e9gis par les textes en vigueur \u00e0 la date o\u00f9 la d\u00e9cision susceptible d\u2019\u00eatre attaqu\u00e9e est intervenue.<\/p>\n<p><strong>2. La jurisprudence administrative relative aux conditions d\u2019opposabilit\u00e9 des d\u00e9lais de recours contentieux<\/strong><\/p>\n<p>61. Selon la jurisprudence constante du Conseil d\u2019\u00c9tat jusqu\u2019\u00e0 la d\u00e9cision\u00a0Czabaj du 13 juillet 2016, la condition d\u2019opposabilit\u00e9 pos\u00e9e par l\u2019article R.\u00a0421-5 du code de justice administrative ne pouvait \u00eatre regard\u00e9e comme remplie que si la notification de la d\u00e9cision s\u2019accompagnait de la remise \u00e0 l\u2019int\u00e9ress\u00e9 d\u2019un document \u00e9crit comportant la mention des d\u00e9lais et voies de recours (voir, notamment, la d\u00e9cision no\u00a0323483 du 11\u00a0d\u00e9cembre 2009).<\/p>\n<p>62. Le Conseil d\u2019\u00c9tat jugeait \u00e9galement que la connaissance acquise d\u2019une d\u00e9cision \u00e9tait sans influence sur l\u2019inopposabilit\u00e9 des d\u00e9lais de recours contentieux en l\u2019absence de mention des voies et d\u00e9lais de recours dans la notification de la d\u00e9cision (voir, notamment, la d\u00e9cision de Section no\u00a0120079 du 13\u00a0mars 1998 et les d\u00e9cisions no\u00a0229843 du 8 juillet 2002 et no\u00a0387755 du 25 mars 2016).<\/p>\n<p>63. Le Conseil d\u2019\u00c9tat avait \u00e9galement pr\u00e9cis\u00e9 que la notification d\u2019une d\u00e9cision mentionnant le d\u00e9lai de recours contentieux mais ne contenant aucune indication sur les voies de recours \u00e9tait irr\u00e9guli\u00e8re (voir, notamment, la d\u00e9cision no\u00a0264636 du 15 novembre 2006).<\/p>\n<p><strong>3. La jurisprudence administrative relative \u00e0 la connaissance d\u2019une d\u00e9cision par un requ\u00e9rant<\/strong><\/p>\n<p>64. Le Conseil d\u2019\u00c9tat juge que l\u2019exercice d\u2019un recours administratif (voir, notamment, la d\u00e9cision de Section no\u00a0175199 du 13 mars 1998) ou contentieux (voir, notamment, les d\u00e9cisions no\u00a0299252 du 28 octobre 2009, no\u00a0365361 du 11\u00a0d\u00e9cembre 2013 et no\u00a0387755 du 25 mars 2016) contre une d\u00e9cision \u00e9tablit que l\u2019auteur de ce recours a eu connaissance de la d\u00e9cision qu\u2019il conteste au plus tard \u00e0 la date \u00e0 laquelle il a form\u00e9 son recours. Il consid\u00e8re \u00e9galement qu\u2019un requ\u00e9rant doit n\u00e9cessairement avoir eu connaissance d\u2019une d\u00e9cision lorsqu\u2019il en conteste d\u2019autres qui lui sont \u00e9troitement li\u00e9es (voir, notamment, la d\u00e9cision no\u00a0340353 du 22\u00a0f\u00e9vrier\u00a02012 par laquelle le Conseil d\u2019\u00c9tat a jug\u00e9 que la formation d\u2019un recours juridictionnel tendant \u00e0 l\u2019annulation du titre de pension ou \u00e0 la r\u00e9vision de cette pension \u00e9tablit que l\u2019auteur de ce recours a eu connaissance de la liquidation de sa pension au plus tard \u00e0 la date \u00e0 laquelle il a form\u00e9 ce recours).<\/p>\n<p>65. Le Conseil d\u2019\u00c9tat a en outre admis que l\u2019exercice par un tiers d\u2019un recours administratif ou contentieux, par exemple contre un permis de construire, r\u00e9v\u00e9lait qu\u2019il en avait connaissance (voir, notamment, la d\u00e9cision\u00a0no\u00a0375132 du 15\u00a0avril 2016) et a jug\u00e9 qu\u2019il en allait de m\u00eame lorsqu\u2019un requ\u00e9rant, tiers \u00e0 la d\u00e9cision, attaquait tardivement une d\u00e9cision qu\u2019il avait lui-m\u00eame produite devant le tribunal (voir, notamment, la d\u00e9cision no\u00a0307085 du 11\u00a0avril\u00a02008).<\/p>\n<p><strong>4. L\u2019application diff\u00e9r\u00e9e d\u2019une r\u00e8gle jurisprudentielle nouvelle<\/strong><\/p>\n<p>66. Le Conseil d\u2019\u00c9tat a reconnu au juge le pouvoir de moduler dans le temps les effets d\u2019un changement de la r\u00e8gle jurisprudentielle. Apr\u00e8s avoir rappel\u00e9 qu\u2019il appartient en principe au juge administratif de faire application de la r\u00e8gle jurisprudentielle nouvelle \u00e0 l\u2019ensemble des litiges, quelle que soit la date des faits qui leur ont donn\u00e9 naissance, il a pr\u00e9cis\u00e9 qu\u2019il pouvait en aller diff\u00e9remment si cette application a pour effet de porter r\u00e9troactivement atteinte au droit au recours (d\u00e9cision d\u2019Assembl\u00e9e no\u00a0291545 du 16\u00a0juillet 2007 s\u2019agissant de\u00a0l\u2019encadrement d\u2019un revirement de jurisprudence dans le cas o\u00f9 une voie de droit est ferm\u00e9e du fait de la d\u00e9cision op\u00e9rant le revirement). Par la d\u00e9cision du 6 juin 2008 (Section du contentieux, no\u00a0283141), le Conseil d\u2019\u00c9tat a ainsi jug\u00e9 que les r\u00e8gles d\u00e9gag\u00e9es par sa d\u00e9cision, qui n\u2019\u00e9taient pas \u00e9dict\u00e9es par un texte et qui ne r\u00e9sultaient d\u2019aucune jurisprudence ant\u00e9rieure, ne pouvaient \u00eatre oppos\u00e9es au requ\u00e9rant de l\u2019esp\u00e8ce sans m\u00e9conna\u00eetre son droit au recours (voir dans le m\u00eame sens notamment la d\u00e9cision du Conseil d\u2019\u00c9tat no\u00a0369037 du 17 d\u00e9cembre 2014 ou de la Section du contentieux du Conseil d\u2019\u00c9tat no\u00a0435634 du 13\u00a0mars 2020).<\/p>\n<p><strong>IV. LA D\u00c9CISION CZABAJ<\/strong><\/p>\n<p><strong>A. D\u00e9cision M. Czabaj, 13 juillet 2016, no\u00a0387763<\/strong><\/p>\n<p>67. Les principes d\u00e9gag\u00e9s par le Conseil d\u2019\u00c9tat dans la d\u00e9cision Czabaj sont les suivants\u00a0:<\/p>\n<p>\u00ab\u00a01. Consid\u00e9rant qu\u2019aux termes de l\u2019article R. 104 du code des tribunaux administratifs et des cours administratives d\u2019appel, en vigueur \u00e0 la date de la d\u00e9cision contest\u00e9e devant le juge du fond et dont les dispositions sont d\u00e9sormais reprises \u00e0 l\u2019article R. 421-5 du code de justice administrative : \u00ab\u00a0Les d\u00e9lais de recours contre une d\u00e9cision administrative ne sont opposables qu\u2019\u00e0 la condition d\u2019avoir \u00e9t\u00e9 mentionn\u00e9s, ainsi que les voies de recours, dans la notification de la d\u00e9cision.\u00a0\u00bb ; qu\u2019il r\u00e9sulte de ces dispositions que cette notification doit, s\u2019agissant des voies de recours, mentionner, le cas \u00e9ch\u00e9ant, l\u2019existence d\u2019un recours administratif pr\u00e9alable obligatoire ainsi que l\u2019autorit\u00e9 devant laquelle il doit \u00eatre port\u00e9 ou, dans l\u2019hypoth\u00e8se d\u2019un recours contentieux direct, indiquer si celui-ci doit \u00eatre form\u00e9 aupr\u00e8s de la juridiction administrative de droit commun ou devant une juridiction sp\u00e9cialis\u00e9e et, dans ce dernier cas, pr\u00e9ciser laquelle\u00a0; (&#8230;)<\/p>\n<p>4. Consid\u00e9rant qu\u2019aux termes de l\u2019article R. 102 du code des tribunaux administratifs et des cours administratives d\u2019appel, alors en vigueur, repris au premier alin\u00e9a de l\u2019article R.\u00a0421-1 du code de justice administrative\u00a0: \u00ab\u00a0Sauf en mati\u00e8re de travaux publics, la juridiction ne peut \u00eatre saisie que par voie de recours form\u00e9 contre une d\u00e9cision, et ce, dans les deux mois \u00e0 partir de la notification ou de la publication de la d\u00e9cision attaqu\u00e9e.\u00a0\u00bb\u00a0; qu\u2019il r\u00e9sulte des dispositions cit\u00e9es au point 1 que lorsque la notification ne comporte pas les mentions requises, ce d\u00e9lai n\u2019est pas opposable\u00a0;<\/p>\n<p>5. Consid\u00e9rant toutefois que le principe de s\u00e9curit\u00e9 juridique, qui implique que ne puissent \u00eatre remises en cause sans condition de d\u00e9lai des situations consolid\u00e9es par l\u2019effet du temps, fait obstacle \u00e0 ce que puisse \u00eatre contest\u00e9e ind\u00e9finiment une d\u00e9cision administrative individuelle qui a \u00e9t\u00e9 notifi\u00e9e \u00e0 son destinataire, ou dont il est \u00e9tabli, \u00e0 d\u00e9faut d\u2019une telle notification, que celui-ci a eu connaissance ; qu\u2019en une telle hypoth\u00e8se, si le non-respect de l\u2019obligation d\u2019informer l\u2019int\u00e9ress\u00e9 sur les voies et les d\u00e9lais de recours, ou l\u2019absence de preuve qu\u2019une telle information a bien \u00e9t\u00e9 fournie, ne permet pas que lui soient oppos\u00e9s les d\u00e9lais de recours fix\u00e9s par le code de justice administrative, le destinataire de la d\u00e9cision ne peut exercer de recours juridictionnel au-del\u00e0 d\u2019un d\u00e9lai raisonnable\u00a0; qu\u2019en r\u00e8gle g\u00e9n\u00e9rale et sauf circonstances particuli\u00e8res dont se pr\u00e9vaudrait le requ\u00e9rant, ce d\u00e9lai ne saurait, sous r\u00e9serve de l\u2019exercice de recours administratifs pour lesquels les textes pr\u00e9voient des d\u00e9lais particuliers, exc\u00e9der un an \u00e0 compter de la date \u00e0 laquelle une d\u00e9cision expresse lui a \u00e9t\u00e9 notifi\u00e9e ou de la date \u00e0 laquelle il est \u00e9tabli qu\u2019il en a eu connaissance\u00a0;<\/p>\n<p>6. Consid\u00e9rant que la r\u00e8gle \u00e9nonc\u00e9e ci-dessus, qui a pour seul objet de borner dans le temps les cons\u00e9quences de la sanction attach\u00e9e au d\u00e9faut de mention des voies et d\u00e9lais de recours, ne porte pas atteinte \u00e0 la substance du droit au recours, mais tend seulement \u00e0 \u00e9viter que son exercice, au-del\u00e0 d\u2019un d\u00e9lai raisonnable, ne mette en p\u00e9ril la stabilit\u00e9 des situations juridiques et la bonne administration de la justice, en exposant les d\u00e9fendeurs potentiels \u00e0 des recours excessivement tardifs\u00a0; qu\u2019il appartient d\u00e8s lors au juge administratif d\u2019en faire application au litige dont il est saisi, quelle que soit la date des faits qui lui ont donn\u00e9 naissanc\u00a0(&#8230;)\u00a0\u00bb<\/p>\n<p><strong>B. Conclusions du rapporteur public<\/strong><\/p>\n<p>68. Dans cette affaire, le rapporteur public a prononc\u00e9 des conclusions comprenant notamment les d\u00e9veloppements suivants\u00a0:<\/p>\n<p>\u00ab\u00a0(&#8230;) Que nous nous trouvions dans l\u2019une ou dans l\u2019autre des deux hypoth\u00e8ses, c\u2019est\u2011\u00e0-dire que la r\u00e8gle de l\u2019article R. 421-5 ait \u00e9t\u00e9 m\u00e9connue lors de la notification de la d\u00e9cision, ou que l\u2019administration soit dans l\u2019incapacit\u00e9 de produire la preuve d\u2019une notification conforme, voire d\u2019une notification tout court, nous pensons que la possibilit\u00e9 de contester ind\u00e9finiment une d\u00e9cision individuelle que le destinataire n\u2019a pu ignorer et dont il s\u2019est accommod\u00e9 pendant un important laps de temps est une sanction tout \u00e0 fait disproportionn\u00e9e au regard de l\u2019exigence de stabilit\u00e9 des situations juridiques qui fonde tous les syst\u00e8mes de droit et toute organisation sociale. La justice g\u00e9n\u00e9rale ne peut, \u00e0 ce point, c\u00e9der devant l\u2019int\u00e9r\u00eat d\u2019un particulier. (&#8230;)<\/p>\n<p>* * *<\/p>\n<p>(&#8230;) Rien dans la nature [du principe de s\u00e9curit\u00e9 juridique] ne permet de consid\u00e9rer que la s\u00e9curit\u00e9 juridique constituerait un privil\u00e8ge r\u00e9serv\u00e9 aux particuliers dans leurs relations avec l\u2019administration.<\/p>\n<p>Comme le soulignent les professeurs Auby et Dero-Bugny, le principe de s\u00e9curit\u00e9 juridique \u00ab est un instrument de protection contre l\u2019instabilit\u00e9 du droit et il ne joue pas n\u00e9cessairement en faveur des particuliers \u00bb (&#8230;) Il s\u2019agit d\u2019une composante essentielle du contrat social, d\u2019un bien commun \u00e0 tous les sujets de droits, personnes publiques comprises. La s\u00e9curit\u00e9 juridique rev\u00eat un caract\u00e8re objectif et b\u00e9n\u00e9ficie \u00e0 la soci\u00e9t\u00e9 dans son ensemble.<\/p>\n<p>Il ne fait donc pas de doute que ce principe est \u00e9galement invocable par la personne publique auteur de l\u2019acte administratif, \u00e0 l\u2019\u00e9gard du particulier qui en est le destinataire, pour prot\u00e9ger la situation qui s\u2019est constitu\u00e9e \u00e0 la suite de sa d\u00e9cision. (&#8230;)<\/p>\n<p>Au surplus, il nous semblerait tr\u00e8s r\u00e9ducteur de consid\u00e9rer qu\u2019\u00e0 travers la facult\u00e9 de contester ind\u00e9finiment une d\u00e9cision administrative, c\u2019est la s\u00e9curit\u00e9 juridique de la personne publique qui serait seule menac\u00e9e. En effet, avec l\u2019\u00e9coulement du temps, c\u2019est une situation de droit et de fait complexe qui se cristallise autour de l\u2019acte. Au-del\u00e0 de son destinataire, il peut toucher des tiers qui seront int\u00e9ress\u00e9s au maintien de la d\u00e9cision. (&#8230;)<\/p>\n<p>Ajoutons qu\u2019outre le principe de s\u00e9curit\u00e9 juridique, nous semble \u00e9galement en cause l\u2019objectif \u00e0 valeur constitutionnelle de bonne administration de la justice, que le Conseil constitutionnel (Cons. const., 28 d\u00e9c. 2006, no 2006-545 DC) fait d\u00e9couler de l\u2019article\u00a015 de la D\u00e9claration de 1789 selon lequel \u00ab La soci\u00e9t\u00e9 a le droit de demander compte \u00e0 tout agent public de son administration \u00bb et votre propre jurisprudence (CE,\u00a026\u00a0d\u00e9c.\u00a02013, no372230, Laboratoires Servier, Lebon T. p. 603-674-675) de l\u2019article\u00a015 mais \u00e9galement des articles 16 et 12 (\u00ab La garantie des droits de l\u2019homme et du citoyen n\u00e9cessite une force publique \u00bb) de cette D\u00e9claration. (&#8230;)<\/p>\n<p>Cette solution fond\u00e9e sur le principe de s\u00e9curit\u00e9 juridique et sur la bonne administration de la justice est parfaitement compatible, dans son principe, avec le droit d\u2019acc\u00e8s \u00e0 un tribunal garanti par l\u2019article 6, paragraphe\u00a01, de la Convention europ\u00e9enne des droits de l\u2019homme et des libert\u00e9s fondamentales. En effet, selon la formulation consacr\u00e9e par l\u2019arr\u00eat de la Cour europ\u00e9enne des droits de l\u2019homme (CEDH) du 22\u00a0octobre 1996, Stubbings et autres contre Royaume-Uni (no 22083\/93 et 22095\/93, RSC 1997.464) le droit d\u2019acc\u00e8s \u00e0 un tribunal n\u2019est \u00ab pas absolu\u00a0: il se pr\u00eate \u00e0 des limitations implicitement admises car il commande de par sa nature m\u00eame une r\u00e9glementation par l\u2019Etat. Les Etats contractants jouissent en la mati\u00e8re d\u2019une certaine marge d\u2019appr\u00e9ciation. (&#8230;) pareille limitation ne se concilie avec l\u2019article 6, paragraphe\u00a01, que si elle tend \u00e0 un but l\u00e9gitime (&#8230;)\u00a0\u00bb.<\/p>\n<p>Or la CEDH estime que les prescriptions ou forclusions poursuivent de tels buts : \u00ab\u00a0la r\u00e9glementation relative aux (&#8230;) d\u00e9lais \u00e0 respecter pour former un recours vise \u00e0 assurer la bonne administration de la justice \u00bb (CEDH, 11 octobre 2001, no\u00a047792\/99, Rodriguez Valin c. Espagne) ainsi qu\u2019\u00e0 \u00ab garantir la s\u00e9curit\u00e9 juridique en fixant un terme aux actions\u00a0\u00bb (Stubbings et autres contre Royaume-Uni, pr\u00e9cit\u00e9). Les d\u00e9lais mettent \u00ab\u00a0les d\u00e9fendeurs potentiels \u00e0 l\u2019abri de plaintes tardives peut-\u00eatre difficiles \u00e0 contrer, et [emp\u00eachent] l\u2019injustice qui pourrait se produire si les tribunaux \u00e9taient appel\u00e9s \u00e0 se prononcer sur des \u00e9v\u00e9nements survenus loin dans le pass\u00e9 \u00e0 partir d\u2019\u00e9l\u00e9ments de preuve auxquels on ne pourrait plus ajouter foi et qui seraient incomplets en raison du temps \u00e9coul\u00e9 \u00bb (Stubbings et autres, pr\u00e9c. V. \u00e9gal., CEDH, 28 mai 1985, Ashingdane c\/\u00a0Royaume-Uni, s\u00e9rie A no 93).<\/p>\n<p>L\u2019importance de la limitation ainsi apport\u00e9e au droit d\u2019acc\u00e8s \u00e0 un tribunal doit toutefois demeurer proportionn\u00e9e au but l\u00e9gitime poursuivi par le d\u00e9lai impos\u00e9 au justiciable.<\/p>\n<p>Nous aurons donc l\u2019occasion de revenir sur la question de la proportionnalit\u00e9 lorsque nous nous pencherons sur la nature et les modalit\u00e9s de la solution que nous envisageons.<\/p>\n<p>* * *<\/p>\n<p>Un dernier mot toutefois sur le droit compar\u00e9, pour vous pr\u00e9ciser que la voie sur laquelle nous vous proposons de vous engager s\u2019apparente aux solutions d\u00e9gag\u00e9es dans les droits nationaux de plusieurs grands pays europ\u00e9ens.<\/p>\n<p>1o En droit allemand, le d\u00e9lai de recours contentieux contre un acte administratif individuel est d\u2019un mois \u00e0 compter de la notification de cette d\u00e9cision ou de la d\u00e9cision rejetant le recours administratif pr\u00e9alable obligatoire quand il en existe un. La notification doit \u00eatre accompagn\u00e9e d\u2019une indication des voies et d\u00e9lais de recours. Lorsque cette formalit\u00e9 n\u2019a pas \u00e9t\u00e9 observ\u00e9e, ou que l\u2019indication est incompl\u00e8te, le d\u00e9lai de recours d\u2019un mois n\u2019est pas opposable. L\u2019Allemagne est ainsi le seul grand pays, \u00e0 notre connaissance, \u00e0 avoir pr\u00e9vu une sanction analogue \u00e0 celle de notre article\u00a0R.\u00a0421\u20115. \u00c0 cette diff\u00e9rence pr\u00e8s \u2013 elle est de taille \u2013 que le destinataire de la d\u00e9cision dispose alors d\u2019un d\u00e9lai d\u2019un an, non d\u2019un d\u00e9lai illimit\u00e9, pour introduire son recours (art.\u00a058 de la loi sur l\u2019organisation des tribunaux administratifs).<\/p>\n<p>2o En Italie, l\u2019article 29 du code du proc\u00e8s administratif, entr\u00e9 en vigueur en 2010, fixe \u00e0 soixante jours la dur\u00e9e du d\u00e9lai du recours en annulation, dont le point de d\u00e9part est le jour o\u00f9 l\u2019int\u00e9ress\u00e9 a eu \u00ab pleine connaissance \u00bb de la d\u00e9cision. La mention des voies et d\u00e9lais de recours dans la notification de la d\u00e9cision est exig\u00e9e (Art. 3 de la loi no 241 du 7 ao\u00fbt 1990). Toutefois, la m\u00e9connaissance de cette formalit\u00e9 ne rend pas inopposable le d\u00e9lai de recours. Elle peut simplement, au cas par cas, justifier une r\u00e9ouverture du d\u00e9lai en cas de recours tardif, si le demandeur \u00e9tablit qu\u2019il a commis une erreur due \u00e0 l\u2019existence d\u2019une \u00ab incertitude objective \u00bb quant au d\u00e9lai dont il disposait pour introduire son action.<\/p>\n<p>3o En Grande Bretagne, l\u2019article 54.5 du Civil procedure rule pr\u00e9voit que le recours contre un acte administratif individuel doit \u00eatre introduit \u00ab promptement \u00bb et en toute hypoth\u00e8se trois mois au plus tard apr\u00e8s la notification de l\u2019acte [&#8230;]. La combinaison de ces deux crit\u00e8res a traditionnellement conduit le juge britannique \u00e0 d\u00e9gager une obligation d\u2019agir promptement et non un droit d\u2019utiliser la totalit\u00e9 du d\u00e9lai des trois mois.<\/p>\n<p>Le premier des deux crit\u00e8res a toutefois \u00e9t\u00e9 censur\u00e9 comme excessivement vague par une d\u00e9cision de la Cour de justice de l\u2019Union europ\u00e9enne (CJUE) du 28 janvier 2010, Uniplex Ltd (C-406\/08), rendue au sujet de l\u2019article 47 du Public contracts regulation qui contenait une disposition semblable pour certains recours en mati\u00e8re de march\u00e9s publics. Le second crit\u00e8re reste en revanche d\u2019actualit\u00e9.<\/p>\n<p>La jurisprudence pr\u00e9voit que ce d\u00e9lai de trois mois commence \u00e0 courir au moment de la notification de la d\u00e9cision individuelle, ind\u00e9pendamment de la connaissance des voies et d\u00e9lais de recours par le requ\u00e9rant.<\/p>\n<p>En revanche, son ignorance sur ce point fait partie des \u00e9l\u00e9ments que le juge prend en compte dans l\u2019exercice de son pouvoir de proroger le d\u00e9lai ou de l\u2019opposer. En effet, la loi autorise le tribunal \u00e0 rejeter le recours comme tardif si l\u2019un des trois motifs suivants est fond\u00e9\u00a0: (a)\u00a0absence de \u00ab bonne raison\u00a0\u00bb (good reason) du requ\u00e9rant pour ne pas avoir respect\u00e9 le d\u00e9lai\u00a0; (b)\u00a0faire droit \u00e0 la demande serait susceptible d\u2019entra\u00eener une \u00ab\u00a0contrainte substantielle \u00bb pour un tiers ou un \u00ab pr\u00e9judice substantiel \u00bb pour ses droits\u00a0; (c)\u00a0faire droit \u00e0 la demande du requ\u00e9rant serait pr\u00e9judiciable \u00e0 la \u00ab\u00a0bonne administration\u00a0\u00bb.<\/p>\n<p>Il est donc manifeste que les autres pays europ\u00e9ens ont soigneusement limit\u00e9, au nom de la s\u00e9curit\u00e9 juridique, les cons\u00e9quences de l\u2019absence d\u2019information sur les voies et d\u00e9lais de recours juridictionnel : date butoir d\u2019un an en Allemagne, r\u00e9ouverture des d\u00e9lais ou prolongation des d\u00e9lais seulement au cas par cas en Italie et en Grande\u2011Bretagne, le pr\u00e9judice caus\u00e9 aux tiers ou \u00e0 une bonne administration \u00e9tant pris en consid\u00e9ration dans ce dernier cas. (&#8230;)<\/p>\n<p>* * *<\/p>\n<p>Abordons maintenant la nature de l\u2019obstacle juridique que nous vous invitons \u00e0 opposer aux recours juridictionnels lorsque les voies et d\u00e9lais de recours n\u2019ont pas \u00e9t\u00e9 notifi\u00e9s.<\/p>\n<p>La s\u00e9curit\u00e9 juridique et la bonne administration de la justice trouvent traditionnellement deux types de garanties en mati\u00e8re de d\u00e9lais : la forclusion et la prescription extinctive.<\/p>\n<p>Le doyen G. Cornu, dans son Vocabulaire juridique (G. Cornu, Vocabulaire juridique, PUF, Quadrige, 11e \u00e9d.), d\u00e9finit la forclusion comme une \u00ab sanction qui frappe le titulaire d\u2019un droit ou d\u2019une action pour d\u00e9faut d\u2019accomplissement, dans le d\u00e9lai l\u00e9gal (&#8230;), d\u2019une formalit\u00e9, lui interdisant d\u2019accomplir d\u00e9sormais cette formalit\u00e9 \u00bb. La prescription extinctive, en revanche, \u00ab entra\u00eene l\u2019extinction du droit (la perte du droit substantiel) par non-usage de ce droit pendant un laps de temps d\u00e9termin\u00e9 \u00bb.<\/p>\n<p>Ces d\u00e9finitions recoupent l\u2019id\u00e9e, g\u00e9n\u00e9ralement admise en doctrine civiliste, selon laquelle la forclusion est un d\u00e9lai de proc\u00e9dure qui entra\u00eene l\u2019irrecevabilit\u00e9 de la requ\u00eate, tandis que la prescription, r\u00e8gle de fond, \u00e9teint l\u2019obligation elle-m\u00eame dont l\u2019action en justice a pour objet d\u2019obtenir l\u2019ex\u00e9cution. Le doyen J. Carbonnier qualifie ainsi la prescription extinctive de \u00ab mort naturelle des droits subjectifs. Du long repos que les int\u00e9ress\u00e9s ont donn\u00e9 \u00e0 leurs droits, la loi tire les cons\u00e9quences \u00bb (J. Carbonnier, Droit civil, PUF, Quadrige, 2004, vol. 1, no 172). L\u2019article 2219 du code civil semble valider ce parti : \u00ab La prescription extinctive est un mode d\u2019extinction d\u2019un droit r\u00e9sultant de l\u2019inaction de son titulaire pendant un certain laps de temps \u00bb.<\/p>\n<p>Forclusion et prescription poursuivraient ainsi des objectifs de nature diff\u00e9rente : \u00ab\u00a0la prescription sanctionne la n\u00e9gligence de l\u2019ayant droit \u00bb tandis que les d\u00e9lais de proc\u00e9dure \u00ab auraient pour but, d\u2019un point de vue moralement neutre, simplement \u00e0 des fins d\u2019utilit\u00e9 publique, de rendre objectivement impossible l\u2019accomplissement d\u2019un acte\u00a0\u00bb (Idem, vol. 2, no 1276).<\/p>\n<p>Sur le plan pratique, la forclusion est d\u2019ordre public (CE, 19 mars 1975, no 96484, Laffont, Lebon p. 203) tandis que la prescription doit \u00eatre soulev\u00e9e par le d\u00e9biteur de l\u2019obligation.<\/p>\n<p>En revanche, prescription et forclusion peuvent faire l\u2019objet d\u2019interruption ou de suspension, y compris en droit administratif m\u00eame s\u2019il existe dans cette branche du droit peu d\u2019exemples de suspension du d\u00e9lai de recours contentieux [&#8230;]. Prescription et forclusion se distinguent ainsi d\u2019une troisi\u00e8me cat\u00e9gorie de d\u00e9lais, qui est celle des d\u00e9lais pr\u00e9fix.<\/p>\n<p>L\u2019hypoth\u00e8se d\u2019une forclusion doit \u00eatre \u00e9cart\u00e9e d\u2019embl\u00e9e. D\u2019abord, il nous semblerait paradoxal de l\u2019opposer dans une configuration o\u00f9 le d\u00e9lai de recours contentieux n\u2019a jamais \u00e9t\u00e9 d\u00e9clench\u00e9. Ensuite, d\u00e9gager une forclusion du recours contentieux non exerc\u00e9 dans les deux mois reviendrait \u00e0 superposer un second d\u00e9lai de m\u00eame nature \u00e0 celui qui est pr\u00e9vu par l\u2019article R. 421-1 du CJA. Nous n\u2019avons trouv\u00e9 aucun pr\u00e9c\u00e9dent de cette sorte, pas plus en proc\u00e9dure civile que dans le contentieux administratif. (&#8230;)<\/p>\n<p>Ce n\u2019est [&#8230;] pas l\u2019existence d\u2019une prescription extinctive que nous vous proposerons de consacrer. Les raisons de notre choix sont avant tout pratiques.<\/p>\n<p>1o En premier lieu, \u00e0 la diff\u00e9rence de la forclusion, la prescription extinctive ne se soul\u00e8ve pas d\u2019office (&#8230;)<\/p>\n<p>2o En deuxi\u00e8me lieu, d\u00e9gager un principe g\u00e9n\u00e9ral sur le terrain de la prescription extinctive supposerait de d\u00e9finir par voie pr\u00e9torienne un r\u00e9gime complet, int\u00e9grant non seulement la d\u00e9finition de son point de d\u00e9part mais \u00e9galement ses modalit\u00e9s de computation, de report \u00e9ventuel du point de d\u00e9part, de suspension, ou encore ses causes d\u2019interruption (&#8230;). Nous avons le sentiment qu\u2019il s\u2019agirait d\u2019un bien gros codicille \u00e0 l\u2019article R. 421-5 du code de justice administrative et qu\u2019une telle t\u00e2che incombe plut\u00f4t au pouvoir r\u00e9glementaire, voire au l\u00e9gislateur en fonction de la nature du droit qu\u2019il s\u2019agit d\u2019\u00e9teindre. (&#8230;)<\/p>\n<p>3o En troisi\u00e8me lieu, d\u00e8s lors que la prescription \u00e9teint un droit substantiel, il ne sera pas possible d\u2019en faire application aux actions engag\u00e9es contre des actes administratifs ant\u00e9rieurs \u00e0 votre d\u00e9cision. (&#8230;)<\/p>\n<p>Ainsi, pour revenir au cas des pensions, le risque serait grand que votre d\u00e9cision provoque un appel d\u2019air contentieux pendant une p\u00e9riode de quelques ann\u00e9es, correspondant \u00e0 la dur\u00e9e de la nouvelle prescription.<\/p>\n<p>Le choix de la prescription soul\u00e8verait \u00e9galement des difficult\u00e9s sur le plan th\u00e9orique, non d\u00e9terminantes mais pas n\u00e9gligeables pour autant.<\/p>\n<p>Ainsi que nous l\u2019avons soulign\u00e9, les prescriptions extinctives en droit administratif ne s\u2019appliquent pour l\u2019instant qu\u2019\u00e0 des obligations, \u00e0 l\u2019exception de celle qui \u00e9teint le droit de reconstruire \u00e0 l\u2019identique pr\u00e9vu par l\u2019article L. 111-13 [du code de l\u2019urbanisme]. Il en va en principe de m\u00eame en droit civil, la prescription extinctive figurant d\u2019ailleurs au dernier titre du livre III du code civil, consacr\u00e9 aux obligations.<\/p>\n<p>Or la question qui se pr\u00e9sente aujourd\u2019hui n\u2019est pas celle de l\u2019extinction d\u2019une obligation, mais celle de mettre un terme \u00e0 la possibilit\u00e9 d\u2019une action en justice sans condition de d\u00e9lai. Il est vrai que le recours devant le juge administratif tend parfois \u00e0 obtenir de la personne publique l\u2019ex\u00e9cution d\u2019une obligation ou la satisfaction d\u2019un droit substantiel. Mais se pr\u00e9sente aussi le cas d\u2019actions qui ne mettent en mouvement aucun droit subjectif et ne posent que des probl\u00e8mes de l\u00e9galit\u00e9 pure. Si une telle configuration de contentieux objectif est exceptionnelle en droit civil, elle [est] en revanche tout \u00e0 fait courante en droit administratif.<\/p>\n<p>Ainsi, faute d\u2019obligation \u00e0 \u00e9teindre, la prescription que vous pourriez envisager de cr\u00e9er supposerait de consacrer l\u2019existence d\u2019un droit subjectif d\u2019agir en justice. (&#8230;)<\/p>\n<p>Nous pensons toutefois qu\u2019il n\u2019est ni n\u00e9cessaire ni non plus opportun de trancher aujourd\u2019hui ce passionnant d\u00e9bat ontologique.<\/p>\n<p>En premier lieu, parce qu\u2019une fois d\u00e9gag\u00e9e une prescription extinctive du droit subjectif au recours, nous voyons mal au nom de quel principe nous pourrions en cantonner les effets aux seules actions dirig\u00e9es contre les actes administratifs individuels et en excepter les actions dirig\u00e9es contre les actes r\u00e9glementaires. \u00c0 chaque jour suffit sa peine.<\/p>\n<p>En second lieu, parce que les difficult\u00e9s pratiques inh\u00e9rentes \u00e0 la prescription extinctive, que nous avons d\u00e9taill\u00e9es plus haut, nous conduisent \u00e0 vous faire une autre proposition qui permet d\u2019atteindre plus efficacement les objectifs de s\u00e9curit\u00e9 juridique et de bonne administration de la justice que nous poursuivons dans l\u2019int\u00e9r\u00eat de tous les sujets de droit. Elle consiste \u00e0 d\u00e9gager le principe d\u2019un d\u00e9lai raisonnable, au-del\u00e0 duquel le destinataire d\u2019une d\u00e9cision administrative qui en a eu connaissance ne peut exercer de recours juridictionnel (&#8230;)<\/p>\n<p>* * *<\/p>\n<p>\u00c0 ce jour, la CEDH ne nous semble pas avoir eu l\u2019occasion de se prononcer sur la question d\u2019un \u00ab d\u00e9lai raisonnable \u00bb de proc\u00e9dure impos\u00e9 aux justiciables. C\u2019est en revanche le cas de la CJUE, qui s\u2019est fond\u00e9e \u00e0 cette occasion sur la jurisprudence de la CEDH relative aux limitations possibles du droit d\u2019acc\u00e8s \u00e0 un tribunal.<\/p>\n<p>En effet, si l\u2019article 91 du statut des fonctionnaires des Communaut\u00e9s europ\u00e9ennes pr\u00e9voit un d\u00e9lai de trois mois pour introduire les recours contre les actes qui leur font grief, ce texte ne s\u2019applique pas aux agents d\u2019organismes p\u00e9riph\u00e9riques tels que la banque europ\u00e9enne d\u2019investissement (BEI).<\/p>\n<p>Le Tribunal de premi\u00e8re instance (TPI) a donc d\u00e9velopp\u00e9 une jurisprudence selon laquelle, en l\u2019absence de disposition textuelle, les recours applicables aux litiges entre cette institution et ses agents doivent intervenir dans un \u00ab d\u00e9lai raisonnable \u00bb, appr\u00e9ci\u00e9 en fonction des circonstances de l\u2019esp\u00e8ce et qu\u2019il a fix\u00e9 \u00e0 trois mois : TPI, 23 f\u00e9vrier 2001, De Nicola c\/ BEI (Aff. T-7\/98, T-208\/98 et T-109\/99) et TPI, 6 mars 2001, Dunnett c\/ BEI (Aff. T-192\/99).<\/p>\n<p>Ce faisant, le TPI a mis \u00ab en balance, d\u2019une part, le droit du justiciable \u00e0 une protection juridictionnelle effective, qui compte parmi les principes g\u00e9n\u00e9raux du droit communautaire (&#8230;), et qui implique que le justiciable doit pouvoir disposer d\u2019un d\u00e9lai suffisant pour \u00e9valuer la l\u00e9galit\u00e9 de l\u2019acte lui faisant grief et pr\u00e9parer, le cas \u00e9ch\u00e9ant, sa requ\u00eate, ainsi que, d\u2019autre part, l\u2019exigence de la s\u00e9curit\u00e9 juridique qui veut que, apr\u00e8s l\u2019\u00e9coulement d\u2019un certain d\u00e9lai, les actes pris par les instances communautaires deviennent d\u00e9finitifs \u00bb.<\/p>\n<p>La CJUE s\u2019est prononc\u00e9e r\u00e9cemment (CJUE, 28 f\u00e9vr. 2013, aff. C-334\/12, Arango Jaramillo e.a. c\/ BEI) sur le bien-fond\u00e9 de cette solution en examinant un arr\u00eat du Tribunal de l\u2019Union europ\u00e9enne du 19 juin 2012, Arango\u00a0Jaramillo\u00a0e.a. c\/\u00a0BEI (Aff. T-234-11).<\/p>\n<p>\u00c0 cette occasion, la Cour a censur\u00e9 le Tribunal de l\u2019Union europ\u00e9enne pour avoir oppos\u00e9 au requ\u00e9rant la tardiv[e]t\u00e9 de son recours au regard du \u00ab d\u00e9lai raisonnable \u00bb de trois mois pour un d\u00e9passement&#8230; d\u2019une minute (26 mai 2010 \u00e0 0 h 00 pour un d\u00e9lai expirant le 25 mai \u00e0 23 h 59). En revanche, la CJUE a valid\u00e9 le principe du \u00ab d\u00e9lai raisonnable \u00bb dans lequel un recours doit \u00eatre introduit lorsque \u00ab\u00a0aucune disposition du droit de l\u2019Union n\u2019a pr\u00e9vu le d\u00e9lai dans lequel ce recours ou cette demande doivent \u00eatre introduits\u00a0\u00bb (\u00a7 33).<\/p>\n<p>Quant aux crit\u00e8res au regard desquels doit \u00eatre appr\u00e9ci\u00e9 le caract\u00e8re raisonnable, ils sont les m\u00eames que lorsque le \u00ab d\u00e9lai raisonnable \u00bb est oppos\u00e9, non aux requ\u00e9rants et demandeurs devant le juge, mais aux institutions et juridictions europ\u00e9ennes pour la dur\u00e9e de leurs proc\u00e9dures. Autrement dit, le caract\u00e8re raisonnable du d\u00e9lai doit \u00eatre appr\u00e9ci\u00e9 \u00ab\u00a0en fonction de l\u2019ensemble des circonstances propres \u00e0 chaque affaire et, notamment, de l\u2019enjeu du litige pour l\u2019int\u00e9ress\u00e9, de la complexit\u00e9 de l\u2019affaire et du comportement des parties en pr\u00e9sence\u00a0\u00bb (\u00a7 187).<\/p>\n<p>* * *<\/p>\n<p>Nous ne pouvons accepter (&#8230;) la conception d\u2019un sujet de droit enti\u00e8rement passif, qui ne serait tenu \u00e0 aucune forme de diligence alors m\u00eame qu\u2019il aurait eu connaissance d\u2019une d\u00e9cision administrative dont il estime qu\u2019elle l\u00e8se ses int\u00e9r\u00eats. Le d\u00e9lai raisonnable sera suffisamment \u00e9tendu pour m\u00e9nager au destinataire de l\u2019acte toutes les possibilit\u00e9s de se renseigner sur l\u2019existence et les modalit\u00e9s d\u2019exercice de voies de recours, aupr\u00e8s de l\u2019administration ou de professionnels du droit. (&#8230;)<\/p>\n<p>* * *<\/p>\n<p>Venons-en \u00e0 pr\u00e9sent \u00e0 la dur\u00e9e de ce d\u00e9lai raisonnable.<\/p>\n<p>La premi\u00e8re question est de savoir s\u2019il convient de doter le d\u00e9lai raisonnable d\u2019une dur\u00e9e pr\u00e9fixe, ou de laisser les juges se livrer \u00e0 une appr\u00e9ciation en fonction des circonstances de l\u2019esp\u00e8ce. Vous devrez en r\u00e9alit\u00e9 concilier ces deux approches.<\/p>\n<p>En effet, il r\u00e9sulte de la d\u00e9cision Arango Jaramillo, d\u00e9j\u00e0 cit\u00e9e, qu\u2019un v\u00e9ritable \u00ab d\u00e9lai pr\u00e9fix de forclusion \u00bb constituerait une \u00ab d\u00e9naturation \u00bb de la notion de d\u00e9lai raisonnable (\u00a7\u00a045).<\/p>\n<p>Le d\u00e9lai raisonnable peut certes \u00eatre calcul\u00e9 en se fondant sur des circonstances pertinentes ext\u00e9rieures \u00e0 l\u2019esp\u00e8ce \u2013 comme, par exemple, le d\u00e9lai applicable aux recours des fonctionnaires europ\u00e9ens dans le cas des agents de la BEI. Pour autant, l\u2019existence d\u2019un point d\u2019ancrage ne dispense pas le juge de prendre en consid\u00e9ration l\u2019ensemble des circonstances propres \u00e0 l\u2019affaire.<\/p>\n<p>Mais, d\u2019autre part, il ressort de la jurisprudence de la CEDH que la clart\u00e9 du d\u00e9lai dont dispose le requ\u00e9rant est un \u00e9l\u00e9ment important du respect de son droit au recours. Autrement dit, les r\u00e8gles qui gouvernent la recevabilit\u00e9 des requ\u00eates ne doivent pas induire les justiciables en erreur.<\/p>\n<p>Il convient d\u2019\u00eatre d\u2019autant plus attentif \u00e0 cet aspect que la France a d\u00e9j\u00e0 \u00e9t\u00e9 condamn\u00e9e \u00e0 deux reprises sur ce terrain : la premi\u00e8re fois au sujet du d\u00e9lai de recours contre une d\u00e9cision de classement d\u2019un site (CEDH, 16 d\u00e9c. 1992, no\u00a012964\/87, De Geouffre de la Pradelle c. France) et la seconde au sujet des modalit\u00e9s d\u2019exercice des recours offerts en mati\u00e8re d\u2019indemnisation des transfus\u00e9s et h\u00e9mophiles contamin\u00e9s par le virus de l\u2019immunod\u00e9ficience humaine (CEDH, 4 d\u00e9c. 1995, Bellet c. France, s\u00e9rie A no 333-B). C\u2019est pour la m\u00eame raison que la CJUE, dans l\u2019affaire Uniplex Ltd que nous avons d\u00e9j\u00e0 cit\u00e9e, a censur\u00e9 le crit\u00e8re de recevabilit\u00e9 tir\u00e9 de la \u00ab promptitude \u00bb du recours en consid\u00e9rant qu\u2019un \u00ab d\u00e9lai de forclusion dont la dur\u00e9e est laiss\u00e9e \u00e0 la libre appr\u00e9ciation du juge comp\u00e9tent n\u2019est pas pr\u00e9visible dans sa dur\u00e9e \u00bb (\u00a7\u00a042).<\/p>\n<p>Il nous semble donc indispensable que vous fixiez une dur\u00e9e de r\u00e9f\u00e9rence.<\/p>\n<p>Ce standard ne fera pas obstacle \u00e0 ce qu\u2019un d\u00e9lai plus long puisse \u00eatre d\u00e9gag\u00e9 par le juge lorsque les circonstances le justifieront. Nous pensons notamment aux cas dans lesquels le requ\u00e9rant aura \u00e9t\u00e9 emp\u00each\u00e9 de former un recours en temps utile, soit pour des raisons de fait, soit pour des motifs de droit, comme l\u2019incapacit\u00e9 juridique. Cette marge d\u2019appr\u00e9ciation permettra de prendre en compte des circonstances r\u00e9guli\u00e8rement relev\u00e9es par la CEDH telles que la minorit\u00e9 des requ\u00e9rants pendant tout ou partie de la dur\u00e9e du d\u00e9lai de prescription ou de forclusion (CEDH, 7 juill. 2009, no1062\/07, Stagno c.\u00a0Belgique, ou encore Stubbings et autres). Ainsi le d\u00e9lai raisonnable, d\u00e8s lors que sa dur\u00e9e de r\u00e9f\u00e9rence ne sera qu\u2019indicative, permettra de pr\u00e9venir concr\u00e8tement toute atteinte excessive au droit au recours.<\/p>\n<p>La seconde question est donc celle de savoir quelle sera cette dur\u00e9e de r\u00e9f\u00e9rence.<\/p>\n<p>Il vous est d\u00e9j\u00e0 arriv\u00e9 de fixer de tels d\u00e9lais avant que le pouvoir r\u00e9glementaire ne prenne le relais. (&#8230;)<\/p>\n<p>Une dur\u00e9e d\u2019un an nous semble garantir un bon compromis entre les principes de s\u00e9curit\u00e9 juridique et de l\u00e9galit\u00e9.<\/p>\n<p>Elle est plus que suffisante pour permettre au destinataire de la d\u00e9cision de s\u2019informer sur ses droits et de r\u00e9agir, particuli\u00e8rement lorsque le d\u00e9lai raisonnable est d\u00e9compt\u00e9 \u00e0 partir de la d\u00e9cision de rejet d\u2019un recours administratif. Pour autant, elle est suffisamment br\u00e8ve pour \u00e9viter la remise en cause de situations consolid\u00e9es par l\u2019\u00e9coulement du temps.<\/p>\n<p>Une ann\u00e9e est aussi la dur\u00e9e la plus \u00e9lev\u00e9e qui se d\u00e9gage des \u00e9l\u00e9ments de droit compar\u00e9 que nous avons mentionn\u00e9s \u2013 elle correspond \u00e0 l\u2019exemple allemand. (&#8230;)<\/p>\n<p>* * *<\/p>\n<p>Venons-en enfin \u00e0 l\u2019application dans le temps de votre d\u00e9cision.<\/p>\n<p>Vous avez jug\u00e9 par votre d\u00e9cision Soci\u00e9t\u00e9 Tropic Travaux Signalisation d\u00e9j\u00e0 cit\u00e9e qu\u2019il appartient en principe au juge administratif de faire application de la r\u00e8gle jurisprudentielle nouvelle \u00e0 l\u2019ensemble des litiges, quelle que soit la date des faits qui leur ont donn\u00e9 naissance sauf, notamment, si l\u2019application de la r\u00e8gle nouvelle a pour effet de porter r\u00e9troactivement atteinte au droit au recours (&#8230;)<\/p>\n<p>Au sein des r\u00e8gles qui rel\u00e8vent en apparence de la proc\u00e9dure, vous distinguez celles qui affectent en r\u00e9alit\u00e9 la garantie du droit au recours (Chronique de jurisprudence administrative de J.-H. Stahl et D. Chauvaux, AJDA 1995. 370). Ce raisonnement a \u00e9t\u00e9 pos\u00e9 par votre d\u00e9cision de section du 13 novembre 1959, Secr\u00e9taire d\u2019\u00c9tat \u00e0 la reconstruction et au logement et ministre des anciens combattants et des victimes de la guerre c\/Bacqu\u00e9 (nos 38805 &amp; 39949 bis, Lebon p. 593), \u00e0 propos de la suppression par d\u00e9cret de l\u2019opposition devant les tribunaux administratifs : \u00ab le droit de former un recours contre une d\u00e9cision d\u2019une juridiction est fix\u00e9 d\u00e9finitivement au jour o\u00f9 cette d\u00e9cision est rendue ; (&#8230;) les voies selon lesquelles ce droit peut \u00eatre exerc\u00e9, ainsi que les d\u00e9lais qui sont impartis \u00e0 cet effet aux int\u00e9ress\u00e9s, sont, \u00e0 la diff\u00e9rence des formes dans lesquelles ce droit doit \u00eatre introduit et jug\u00e9, des \u00e9l\u00e9ments constitutifs du droit dont s\u2019agit \u00bb. (&#8230;)<\/p>\n<p>Nous pensons toutefois que la r\u00e8gle nouvelle que nous vous invitons \u00e0 poser n\u2019affecte pas la substance du droit au recours.<\/p>\n<p>Quel est l\u2019objectif poursuivi par les dispositions de l\u2019article R. 421-5 ? C\u2019est de garantir l\u2019information des int\u00e9ress\u00e9s sur les voies et d\u00e9lais du recours juridictionnel. \u00c0 cet effet, elles pr\u00e9voient de sanctionner l\u2019administration lorsque cette information a \u00e9t\u00e9 imparfaite. Cette sanction prend la forme d\u2019une paralysie du d\u00e9lai de recours, aujourd\u2019hui pendant une dur\u00e9e illimit\u00e9e. Ce surcro\u00eet de d\u00e9lai, qui ne constitue qu\u2019une mesure de sanction, ne nous semble pouvoir \u00eatre regard\u00e9 comme jouissant de la m\u00eame protection conventionnelle et constitutionnelle que le d\u00e9lai de recours juridictionnel de quelques mois qui r\u00e9sulte, dans tous les pays, de sa \u00ab\u00a0r\u00e9glementation par l\u2019\u00c9tat\u00a0\u00bb.<\/p>\n<p>Le droit au recours au sens de l\u2019article 6, paragraphe\u00a01, de la Conv.\u00a0EDH ne saurait en effet s\u2019envisager comme illimit\u00e9, d\u00e8s lors que la totalit\u00e9 de la jurisprudence de la Cour en la mati\u00e8re t\u00e9moigne d\u2019un souci d\u2019\u00e9quilibre entre, d\u2019une part, l\u2019acc\u00e8s au juge et, d\u2019autre part, les principes de bonne administration de la justice et de s\u00e9curit\u00e9 juridique. (&#8230;)<\/p>\n<p>Ainsi, le pouvoir r\u00e9glementaire aurait parfaitement pu d\u00e9finir, en 1983 ou post\u00e9rieurement, une sanction du d\u00e9faut d\u2019information qui prenne une autre forme que la prolongation du d\u00e9lai de recours. Celle-ci ne rev\u00eat aucun caract\u00e8re de n\u00e9cessit\u00e9, elle ne participe pas de la substance du droit au recours.<\/p>\n<p>La r\u00e8gle que nous vous invitons \u00e0 poser affecte, en revanche, l\u2019une des modalit\u00e9s d\u2019exercice du droit au recours, \u00e0 savoir l\u2019information du public sur l\u2019existence des voies et d\u00e9lais. En effet, l\u2019article R. 421-5 sanctionne le caract\u00e8re incomplet de cette information et par votre d\u00e9cision vous bornerez dans le temps les effets de cette sanction.<\/p>\n<p>Cette limitation est toutefois extr\u00eamement mesur\u00e9e : le quantum de la sanction qui subsiste, \u00e0 savoir un surcro\u00eet de d\u00e9lai d\u2019un an, modulable \u00e0 la hausse selon les circonstances de l\u2019esp\u00e8ce, sera d\u00e9j\u00e0 plus lourd qu\u2019il ne l\u2019est dans les autres syst\u00e8mes juridiques que nous avons envisag\u00e9s. Il s\u2019agit d\u2019un compromis plus que raisonnable avec les principes de bonne administration de la justice et de s\u00e9curit\u00e9 juridique \u2013 \u00e9galement b\u00e9n\u00e9fiques aux justiciables.<\/p>\n<p>Nous vous proposons donc de faire application de votre d\u00e9cision \u00e0 l\u2019ensemble des litiges, quelle que soit la date des faits qui leur ont donn\u00e9 naissance, y compris \u00e0 la pr\u00e9sente affaire.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p><strong>V. LES D\u00c9VELOPPEMENTS ULT\u00c9RIEURS DE LA JURISPRUDENCE CZABAJ<\/strong><\/p>\n<p>69. La d\u00e9cision Czabaj a donn\u00e9 lieu \u00e0 de nombreuses applications par lesquelles le Conseil d\u2019\u00c9tat a apport\u00e9 des pr\u00e9cisions sur ses modalit\u00e9s de mise en \u0153uvre. Parmi ces d\u00e9cisions, il convient de relever celles qui ont trait \u00e0 l\u2019ajustement du \u00ab\u00a0d\u00e9lai raisonnable\u00a0\u00bb (A), \u00e0 l\u2019information des parties sur l\u2019application \u00e9ventuelle de ce d\u00e9lai (B) et \u00e0 l\u2019exclusion du contentieux de la responsabilit\u00e9 des personnes publiques du champ d\u2019application de cette nouvelle cause d\u2019irrecevabilit\u00e9 (C).<\/p>\n<p><strong>A. Ajustement du \u00ab\u00a0d\u00e9lai raisonnable\u00a0\u00bb<\/strong><\/p>\n<p><strong>1. Allongement de principe du d\u00e9lai raisonnable<\/strong><\/p>\n<p>70. Par deux d\u00e9cisions no\u00a0411145 et 426372 du 29\u00a0novembre\u00a02019, le Conseil d\u2019\u00c9tat, dans l\u2019hypoth\u00e8se d\u2019une contestation d\u2019un d\u00e9cret de lib\u00e9ration des liens d\u2019all\u00e9geance, a \u00e9tendu le d\u00e9lai raisonnable de recours contentieux \u00e0 trois ann\u00e9es, sauf circonstances particuli\u00e8res dont se pr\u00e9vaudrait le requ\u00e9rant susceptibles de le proroger, \u00e0 compter de la date de publication du d\u00e9cret ou, si elle est plus tardive, de la date de la majorit\u00e9 de l\u2019int\u00e9ress\u00e9.<\/p>\n<p><strong>2. Reconnaissance de l\u2019existence de circonstances particuli\u00e8res et contr\u00f4le du juge de cassation<\/strong><\/p>\n<p>71. Concernant la reconnaissance de l\u2019existence de circonstances particuli\u00e8res, le Conseil d\u2019\u00c9tat a, par une d\u00e9cision no\u00a0403867 du 31\u00a0mars 2017, jug\u00e9 que la seule circonstance qu\u2019un recours concerne un droit au revenu de minimum d\u2019insertion ne constituait pas une circonstance particuli\u00e8re faisant obstacle \u00e0 ce que ce recours soit regard\u00e9 comme pr\u00e9sent\u00e9 au-del\u00e0 du d\u00e9lai raisonnable d\u2019un an durant lequel il pouvait \u00eatre exerc\u00e9.<\/p>\n<p>72. Il a en revanche reconnu l\u2019existence de telles circonstances dans une d\u00e9cision no\u00a0391876 du 2 mai 2018. Le litige portait sur une demande indemnitaire fond\u00e9e sur l\u2019ill\u00e9galit\u00e9 all\u00e9gu\u00e9e d\u2019une d\u00e9lib\u00e9ration annuelle fixant la participation d\u2019une commune au fonctionnement des classes des \u00e9coles priv\u00e9es sous contrat d\u2019association. Le Conseil d\u2019\u00c9tat a reconnu qu\u2019en l\u2019esp\u00e8ce des circonstances particuli\u00e8res permettaient de consid\u00e9rer que les conclusions pr\u00e9sent\u00e9es par la partie requ\u00e9rante ne l\u2019avaient pas \u00e9t\u00e9 au-del\u00e0 d\u2019un d\u00e9lai raisonnable apr\u00e8s qu\u2019elle avait eu connaissance de la d\u00e9lib\u00e9ration litigieuse d\u00e8s lors qu\u2019elle avait pr\u00e9alablement entrepris des d\u00e9marches de concertation et des d\u00e9marches juridictionnelles visant \u00e0 la contester.<\/p>\n<p>73. Concernant le contr\u00f4le effectu\u00e9 sur la reconnaissance de ces circonstances, le Conseil d\u2019\u00c9tat a pr\u00e9cis\u00e9 que le juge de cassation laisse \u00e0 l\u2019appr\u00e9ciation souveraine des juges du fond, sous r\u00e9serve de d\u00e9naturation, le point de savoir si un justiciable fait \u00e9tat d\u2019une circonstance particuli\u00e8re justifiant de proroger au-del\u00e0 d\u2019un an le d\u00e9lai raisonnable au-del\u00e0 duquel il n\u2019est plus possible d\u2019exercer un recours juridictionnel (d\u00e9cision no\u00a0430945 du 25\u00a0septembre\u00a02020).<\/p>\n<p><strong>B. Information des parties de l\u2019application de la condition de recevabilit\u00e9 issue de la d\u00e9cision Czabaj par la communication d\u2019un moyen d\u2019ordre public<\/strong><\/p>\n<p>74. Le Conseil d\u2019\u00c9tat a pr\u00e9cis\u00e9, par une d\u00e9cision no\u00a0410552 du 28\u00a0mars\u00a02018, que l\u2019irrecevabilit\u00e9 d\u2019un recours contre une d\u00e9cision individuelle dont son destinataire a eu connaissance, fond\u00e9e sur le fait qu\u2019il est exerc\u00e9 au-del\u00e0 d\u2019un d\u00e9lai raisonnable, ne peut \u00eatre r\u00e9guli\u00e8rement soulev\u00e9e d\u2019office qu\u2019apr\u00e8s qu\u2019ont \u00e9t\u00e9 respect\u00e9es les dispositions de l\u2019article R. 611-7 du code de justice administrative (paragraphe 54 ci-dessus), nonobstant l\u2019existence d\u2019une fin de non-recevoir fond\u00e9e sur la tardivet\u00e9 de la requ\u00eate.<\/p>\n<p>75. N\u00e9anmoins, par une d\u00e9cision no\u00a0429343 du 10\u00a0f\u00e9vrier\u00a02020, le Conseil d\u2019\u00c9tat a jug\u00e9 que cette r\u00e8gle ne s\u2019appliquait pas aux requ\u00eates rejet\u00e9es par ordonnance sur le fondement de l\u2019article R.\u00a0222-1 du code de justice administrative (paragraphe 53 ci\u2011dessus).<\/p>\n<p><strong>C. Exclusion du contentieux de la responsabilit\u00e9 des personnes publiques du champ d\u2019application de la d\u00e9cision Czabaj<\/strong><\/p>\n<p>76. Par une d\u00e9cision no\u00a0413097 du 17 juin 2019, le Conseil d\u2019\u00c9tat a pr\u00e9cis\u00e9 que la r\u00e8gle issue de la d\u00e9cision Czabaj ne trouve pas \u00e0 s\u2019appliquer aux recours tendant \u00e0 la mise en jeu de la responsabilit\u00e9 d\u2019une personne publique qui, s\u2019ils doivent \u00eatre pr\u00e9c\u00e9d\u00e9s d\u2019une r\u00e9clamation aupr\u00e8s de l\u2019administration, ne tendent pas \u00e0 l\u2019annulation ou \u00e0 la r\u00e9formation de la d\u00e9cision rejetant tout ou partie de cette r\u00e9clamation mais \u00e0 la condamnation de la personne publique \u00e0 r\u00e9parer les pr\u00e9judices qui lui sont imput\u00e9s. Il a consid\u00e9r\u00e9 que la prise en compte de la s\u00e9curit\u00e9 juridique, qui implique que ne puissent \u00eatre remises en cause ind\u00e9finiment des situations consolid\u00e9es par l\u2019effet du temps, \u00e9tait assur\u00e9e par les r\u00e8gles de prescription pr\u00e9vues par la loi\u00a0no 68-1250 du 31 d\u00e9cembre 1968 ou, en ce qui concerne la r\u00e9paration des dommages corporels, par l\u2019article L.\u00a01142-28 du code de la sant\u00e9 publique.<\/p>\n<p><strong>VI. L\u2019EX\u00c9CUTION D\u2019UN ARR\u00caT DE LA COUR EN DROIT INTERNE<\/strong><\/p>\n<p>77. Le Conseil d\u2019\u00c9tat, se fondant sur les articles 1er, 41 et 46 de la Convention, a pr\u00e9cis\u00e9 que si l\u2019autorit\u00e9 qui s\u2019attache aux arr\u00eats de la Cour implique non seulement que l\u2019\u00c9tat verse \u00e0 l\u2019int\u00e9ress\u00e9 les sommes que la Cour lui a allou\u00e9es au titre de la satisfaction \u00e9quitable pr\u00e9vue par l\u2019article 41 de la Convention mais aussi qu\u2019il adopte les mesures individuelles et, le cas \u00e9ch\u00e9ant, g\u00e9n\u00e9rales n\u00e9cessaires pour mettre un terme \u00e0 la violation constat\u00e9e, l\u2019ex\u00e9cution d\u2019un arr\u00eat de la Cour ne peut toutefois, en l\u2019absence de proc\u00e9dures organis\u00e9es pour pr\u00e9voir le r\u00e9examen d\u2019une affaire d\u00e9finitivement jug\u00e9e, avoir pour effet de priver les d\u00e9cisions juridictionnelles de leur caract\u00e8re ex\u00e9cutoire (Section du contentieux, d\u00e9cision no\u00a0328502 du 4\u00a0octobre\u00a02012).<\/p>\n<p>78. G\u00e9n\u00e9ralisant ce principe aux cas o\u00f9 la violation constat\u00e9e par la Cour dans son arr\u00eat concernerait une sanction administrative devenue d\u00e9finitive, le Conseil d\u2019\u00c9tat a \u00e9galement pr\u00e9cis\u00e9 que l\u2019ex\u00e9cution de cet arr\u00eat n\u2019impliquait pas, en l\u2019absence de proc\u00e9dure organis\u00e9e \u00e0 cette fin, que l\u2019autorit\u00e9 administrative comp\u00e9tente r\u00e9examine la sanction et ne pouvait davantage avoir pour effet de priver les d\u00e9cisions juridictionnelles, au nombre desquelles figurent notamment celles qui r\u00e9forment en tout ou en partie une sanction administrative dans le cadre d\u2019un recours de pleine juridiction, de leur caract\u00e8re ex\u00e9cutoire. Il a n\u00e9anmoins ajout\u00e9 qu\u2019il incombait \u00e0 l\u2019autorit\u00e9 investie du pouvoir de sanction, lorsqu\u2019elle \u00e9tait saisie d\u2019une demande en ce sens et que la sanction prononc\u00e9e continuait de produire des effets, d\u2019appr\u00e9cier si la poursuite de l\u2019ex\u00e9cution de cette sanction m\u00e9connaissait les exigences de la Convention et, dans ce cas, d\u2019y mettre fin, en tout ou en partie, eu \u00e9gard aux int\u00e9r\u00eats dont elle a la charge, aux motifs de la sanction et \u00e0 la gravit\u00e9 de ses effets ainsi qu\u2019\u00e0 la nature et \u00e0 la gravit\u00e9 des manquements constat\u00e9s par la Cour (Assembl\u00e9e du contentieux, d\u00e9cision no\u00a0358564 du 30\u00a0juillet 2014).<\/p>\n<p><strong>EN DROIT<\/strong><\/p>\n<p><strong>I. JONCTION DES REQU\u00caTES<\/strong><\/p>\n<p>79. Eu \u00e9gard \u00e0 la similarit\u00e9 de l\u2019objet des requ\u00eates, la Cour juge opportun de les examiner ensemble dans un arr\u00eat unique.<\/p>\n<p><strong>II. SUR LA VIOLATION ALL\u00c9GU\u00c9E DE L\u2019ARTICLE 6\u00a0\u00a7\u00a01 DE LA CONVENTION<\/strong><\/p>\n<p>80. Les requ\u00e9rants se plaignent de l\u2019application imm\u00e9diate, en cours d\u2019instance, du nouveau d\u00e9lai raisonnable de recours contentieux consacr\u00e9 par le Conseil d\u2019\u00c9tat dans la d\u00e9cision Czabaj du 13 juillet 2016. Ils invoquent l\u2019article 6 \u00a7\u00a01 de la Convention, aux termes duquel\u00a0:<\/p>\n<p>\u00ab\u00a01. Toute personne a droit \u00e0 ce que sa cause soit entendue \u00e9quitablement, publiquement et dans un d\u00e9lai raisonnable, par un tribunal ind\u00e9pendant et impartial, \u00e9tabli par la loi, qui d\u00e9cidera, soit des contestations sur ses droits et obligations de caract\u00e8re civil, soit du bien-fond\u00e9 de toute accusation en mati\u00e8re p\u00e9nale dirig\u00e9e contre elle. Le jugement doit \u00eatre rendu publiquement (&#8230;)\u00a0\u00bb<\/p>\n<p><strong>A. Sur la recevabilit\u00e9<\/strong><\/p>\n<p><strong>1. S\u2019agissant de l\u2019applicabilit\u00e9 ratione materiae de l\u2019article 6\u00a0\u00a7\u00a01 de la Convention<\/strong><\/p>\n<p>81. La Cour rel\u00e8ve que les parties semblent s\u2019accorder sur le fait que l\u2019article 6\u00a0\u00a7\u00a01 de la Convention est applicable en son volet civil \u00e0 l\u2019ensemble des affaires.<\/p>\n<p>82. La Cour consid\u00e8re, quant \u00e0 elle, qu\u2019eu \u00e9gard \u00e0 leurs objets respectifs, d\u2019une part, la requ\u00eate de M.\u00a0Meynier porte sur un litige relatif au bien-fond\u00e9 d\u2019une accusation en mati\u00e8re p\u00e9nale (Malige c. France, 23 septembre 1998, \u00a7\u00a7\u00a036-40, Recueil des arr\u00eats et d\u00e9cisions 1998-VII, Roche c.\u00a0France (d\u00e9c.), no\u00a033560\/96, 2 f\u00e9vrier 1999\u00a0et Duteil c. France (d\u00e9c.), no\u00a03221\/10, \u00a7\u00a01, 20\u00a0avril 2010) et, d\u2019autre part, les autres requ\u00eates portent sur des contestations relatives \u00e0 des droits de caract\u00e8re civil (voir notamment Regner c. R\u00e9publique tch\u00e8que [GC], no\u00a035289\/11, \u00a7 108, 19 septembre 2017 et Dieudonn\u00e9 et autres c.\u00a0France, nos 59832\/19 et 6 autres, \u00a7\u00a031, 4 mai 2023). D\u00e8s lors, l\u2019article 6 \u00a7\u00a01 de la Convention est applicable ratione materiae aux pr\u00e9sents litiges.<\/p>\n<p><strong>2. S\u2019agissant de l\u2019exception d\u2019irrecevabilit\u00e9 soulev\u00e9e par le Gouvernement relative au d\u00e9faut d\u2019\u00e9puisement des voies de recours internes<\/strong><\/p>\n<p>83. Le Gouvernement fait valoir, concernant les requ\u00eates de M.\u00a0Mebtoul et des onze autres salari\u00e9s prot\u00e9g\u00e9s (requ\u00eates nos 38287\/18, 38296\/18, 38308\/18, 38330\/18, 38331\/18, 38408\/18, 38436\/18, 38447\/18, 38456\/18, 38457\/18, 38465\/18 et 38659\/18), qu\u2019elles sont irrecevables en l\u2019absence d\u2019\u00e9puisement des voies de recours internes. Il soutient que les requ\u00e9rants n\u2019ont pas invoqu\u00e9 le droit d\u2019acc\u00e8s \u00e0 un tribunal devant le Conseil d\u2019\u00c9tat, ne serait-ce qu\u2019en substance, alors que lorsque le juge administratif entend opposer la tardivet\u00e9 d\u2019une requ\u00eate en faisant application des principes d\u00e9gag\u00e9s dans la d\u00e9cision Czabaj, les requ\u00e9rants en sont inform\u00e9s et sont mis \u00e0 m\u00eame de pr\u00e9senter des observations dans le cadre de l\u2019instance.<\/p>\n<p>84. Les requ\u00e9rants soutiennent que le fondement juridique ayant conduit \u00e0 l\u2019annulation des d\u00e9cisions du tribunal administratif et de la cour administrative d\u2019appel n\u2019a \u00e9t\u00e9 \u00e9voqu\u00e9 qu\u2019au cours de l\u2019instance devant le Conseil d\u2019\u00c9tat. Ils font valoir avoir soulev\u00e9, en r\u00e9ponse \u00e0 ce nouvel argument juridique, la m\u00e9connaissance de l\u2019article 6 de la Convention. Selon eux, ils ont ainsi \u00e9puis\u00e9 les voies de recours internes.<\/p>\n<p>85. La Cour constate que, dans le m\u00e9moire en d\u00e9fense qu\u2019ils ont pr\u00e9sent\u00e9 devant le Conseil d\u2019\u00c9tat, les requ\u00e9rants ont fait valoir qu\u2019en l\u2019absence d\u2019\u00e9l\u00e9ments permettant de dater la connaissance qu\u2019ils avaient eue de la d\u00e9cision litigieuse et permettant en cons\u00e9quence de fixer le point de d\u00e9part du d\u00e9lai raisonnable, la jurisprudence Czabaj ne pouvait s\u2019appliquer. Ils ont mentionn\u00e9 que leurs contradicteurs ne pouvaient se pr\u00e9valoir de ce que l\u2019arr\u00eat d\u2019appel aurait \u00e9t\u00e9 entach\u00e9 d\u2019une violation de l\u2019article 6\u00a0\u00a7\u00a01 de la Convention.<\/p>\n<p>86. En tout \u00e9tat de cause, la Cour consid\u00e8re que le grief tir\u00e9 de la violation de l\u2019article 6\u00a0\u00a7\u00a01 \u00e9tant n\u00e9 de la d\u00e9cision du Conseil d\u2019\u00c9tat rendue dans leurs litiges respectifs, il ne saurait \u00eatre reproch\u00e9 aux requ\u00e9rants de ne pas l\u2019avoir soulev\u00e9 devant cette juridiction.<\/p>\n<p>87. En cons\u00e9quence, la Cour rejette l\u2019exception pr\u00e9liminaire tir\u00e9e du d\u00e9faut d\u2019\u00e9puisement des voies de recours internes soulev\u00e9e par le Gouvernement dans ces douze requ\u00eates.<\/p>\n<p>88. Constatant que, pour l\u2019ensemble des dix-huit requ\u00eates, le grief tir\u00e9 de la violation de l\u2019article 6\u00a0\u00a7\u00a01 n\u2019est pas manifestement mal fond\u00e9 ni irrecevable pour un autre motif vis\u00e9 \u00e0 l\u2019article\u00a035 de la Convention, la Cour le d\u00e9clare recevable.<\/p>\n<p><strong>B. Sur le fond<\/strong><\/p>\n<p><strong>1. Arguments des parties<\/strong><\/p>\n<p>a) Les requ\u00e9rants<\/p>\n<p>89. Les requ\u00e9rants soutiennent, de mani\u00e8re g\u00e9n\u00e9rale, que l\u2019atteinte que portent au droit d\u2019acc\u00e8s \u00e0 un tribunal les principes issus de la d\u00e9cision Czabaj n\u2019est pas justifi\u00e9e, quel que soit le moment de son entr\u00e9e en vigueur[9], le droit administratif s\u2019\u00e9tant toujours accommod\u00e9 de certains cas de perp\u00e9tuit\u00e9, tels que l\u2019exception d\u2019ill\u00e9galit\u00e9 \u00e0 l\u2019encontre des textes de nature r\u00e9glementaire[10]. Ils soutiennent \u00e9galement qu\u2019elle n\u2019est pas proportionn\u00e9e[11].<\/p>\n<p>90. Plus particuli\u00e8rement, en premier lieu, certains requ\u00e9rants se plaignent de l\u2019absence de motivation sp\u00e9cifique du revirement jurisprudentiel que constitue la d\u00e9cision Czabaj ou encore du caract\u00e8re insuffisant de la seule motivation par renvoi \u00e0 cette d\u00e9cision concernant leur grief tir\u00e9 d\u2019une violation de l\u2019article 6\u00a0\u00a7\u00a01 de la Convention[12].<\/p>\n<p>91. En deuxi\u00e8me lieu, les requ\u00e9rants se plaignent de la circonstance que le Conseil d\u2019\u00c9tat ne s\u2019est pas born\u00e9 \u00e0 interpr\u00e9ter les dispositions de l\u2019article\u00a0R.\u00a0421-5 du code de justice administrative, mais a cr\u00e9\u00e9 une nouvelle condition de recevabilit\u00e9 pour l\u2019acc\u00e8s \u00e0 un tribunal, \u00e0 rebours de cette disposition r\u00e9glementaire et de sa propre jurisprudence jusqu\u2019alors en vigueur[13]. Une requ\u00e9rante ajoute qu\u2019alors m\u00eame que le code de justice administrative a \u00e9t\u00e9 modifi\u00e9 par d\u00e9cret du 2 novembre 2016, la nouvelle r\u00e8gle n\u2019y a pas \u00e9t\u00e9 int\u00e9gr\u00e9e[14].<\/p>\n<p>92. Un requ\u00e9rant d\u00e9plore que ce principe soit appliqu\u00e9 de mani\u00e8re extensive et syst\u00e9matique au contentieux administratif, chaque nouveau type d\u2019application rev\u00eatant un effet imm\u00e9diat[15]. Il mentionne ainsi que si ce principe ne concernait initialement que les seules d\u00e9cisions individuelles expresses, il a depuis \u00e9t\u00e9 \u00e9tendu aux d\u00e9cisions p\u00e9cuniaires, aux titres ex\u00e9cutoires, aux d\u00e9cisions prises sur recours administratifs pr\u00e9alables obligatoires, aux d\u00e9cisions implicites de rejet, aux d\u00e9cisions d\u2019esp\u00e8ce (ni r\u00e9glementaires, ni individuelles), aux d\u00e9cisions individuelles dont il est excip\u00e9 de l\u2019ill\u00e9galit\u00e9. Il mentionne \u00e9galement son application aux litiges en mati\u00e8re de travaux publics, de fiscalit\u00e9 et d\u2019urbanisme.<\/p>\n<p>93. En troisi\u00e8me lieu, les requ\u00e9rants soutiennent que le revirement de jurisprudence qu\u2019ils contestent proc\u00e8de d\u2019une inversion de la protection apport\u00e9e par le principe de s\u00e9curit\u00e9 juridique, au d\u00e9triment des justiciables, atteignant de mani\u00e8re disproportionn\u00e9e leur droit d\u2019acc\u00e8s \u00e0 un tribunal. Ils consid\u00e8rent qu\u2019il appartient \u00e0 l\u2019administration de se conformer au droit applicable et que le principe de s\u00e9curit\u00e9 juridique n\u2019a pas vocation \u00e0 prot\u00e9ger l\u2019\u00c9tat\u00a0: en d\u00e9cidant que les d\u00e9lais de recours ne seraient pas opposables, l\u2019administration s\u2019est astreinte, d\u2019elle-m\u00eame, \u00e0 l\u2019ins\u00e9curit\u00e9 juridique dans les hypoth\u00e8ses o\u00f9 elle omettrait les mentions obligatoires sur ses d\u00e9cisions[16]. Selon un requ\u00e9rant, la commodit\u00e9 de la jurisprudence Czabaj pour l\u2019administration ne doit pouvoir se confondre avec l\u2019int\u00e9r\u00eat g\u00e9n\u00e9ral[17]. Ils d\u00e9plorent que ce revirement puisse conduire l\u2019administration \u00e0 profiter de l\u2019ignorance des usagers en vue de r\u00e9duire le risque contentieux[18] et qu\u2019il ait pour effet de faire peser sur les justiciables la charge d\u2019\u00e9tablir la mat\u00e9rialit\u00e9 de \u00ab\u00a0circonstances particuli\u00e8res\u00a0\u00bb susceptibles d\u2019\u00e9carter le d\u00e9lai raisonnable d\u2019un an alors que l\u2019administration n\u2019a pas \u00e0 \u00e9tablir la mat\u00e9rialit\u00e9 de l\u2019int\u00e9r\u00eat g\u00e9n\u00e9ral susceptible d\u2019\u00eatre l\u00e9s\u00e9 par l\u2019absence d\u2019opposabilit\u00e9 d\u2019un d\u00e9lai de recours[19].<\/p>\n<p>94. En quatri\u00e8me lieu, s\u2019agissant du d\u00e9lai raisonnable fix\u00e9 \u00e0 un an en r\u00e8gle g\u00e9n\u00e9rale, certains requ\u00e9rants soutiennent que le d\u00e9lai est trop court au regard de l\u2019ignorance dans laquelle se trouve l\u2019usager qui re\u00e7oit une d\u00e9cision sur laquelle ne figure pas la mention des voies et d\u00e9lais de recours. Selon eux, la diligence requise du justiciable ne peut \u00eatre oppos\u00e9e qu\u2019\u00e0 partir du moment o\u00f9 il est inform\u00e9 de la possibilit\u00e9 d\u2019agir en justice[20].<\/p>\n<p>95. Ils se plaignent de la circonstance selon laquelle la recevabilit\u00e9 de la requ\u00eate ne sera plus appr\u00e9ci\u00e9e au regard de l\u2019acte contest\u00e9 mais du comportement du requ\u00e9rant et du fait que les juridictions pourront d\u00e9terminer de mani\u00e8re souveraine le d\u00e9lai de recevabilit\u00e9 applicable \u00e0 chaque cas d\u2019esp\u00e8ce ce qui engendrera des d\u00e9cisions in\u00e9galitaires[21].<\/p>\n<p>96. Les requ\u00e9rants soutiennent au demeurant que la notion de circonstances particuli\u00e8res est impr\u00e9cise, le Conseil d\u2019\u00c9tat n\u2019en donnant aucune d\u00e9finition et d\u00e9plorent que les d\u00e9cisions \u00e9cartant le nouveau d\u00e9lai pr\u00e9torien en raison desdites circonstances rev\u00eatent un caract\u00e8re exceptionnel, ne recensant qu\u2019un seul cas relatif \u00e0 la lib\u00e9ration des liens d\u2019all\u00e9geance avec la France[22].<\/p>\n<p>97. En cinqui\u00e8me lieu, s\u2019agissant de la possibilit\u00e9 pour un justiciable de faire \u00e9tat de circonstances particuli\u00e8res, plusieurs requ\u00e9rants d\u00e9plorent que le Conseil d\u2019\u00c9tat ait accord\u00e9 la possibilit\u00e9 aux juridictions de rejeter une requ\u00eate par ordonnance sur le fondement de la jurisprudence Czabaj sans soulever de moyen d\u2019ordre public[23]. Deux requ\u00e9rants se plaignent \u00e9galement d\u2019avoir vu leur requ\u00eate rejet\u00e9e sur le fondement de la jurisprudence Czabaj sans jamais avoir \u00e9t\u00e9 invit\u00e9s \u00e0 formuler d\u2019observations quant au caract\u00e8re tardif de leur recours[24].<\/p>\n<p>98. En sixi\u00e8me lieu, les requ\u00e9rants reprochent aux juridictions de retenir une acception trop large de la th\u00e9orie de la connaissance acquise dans les cas o\u00f9 la d\u00e9cision attaqu\u00e9e n\u2019a pas \u00e9t\u00e9 notifi\u00e9e \u00e0 un requ\u00e9rant[25].<\/p>\n<p>99. \u00c0 cet \u00e9gard, M. Legros fait en particulier valoir, dans son dossier, que n\u2019ayant jamais \u00e9t\u00e9 destinataire de la d\u00e9cision de pr\u00e9emption, il ne pouvait \u00eatre pr\u00e9sum\u00e9 la conna\u00eetre et que si les juridictions internes se sont fond\u00e9es sur la circonstance que le TGI de Pontoise l\u2019avait inform\u00e9 par lettre simple de l\u2019exercice du droit de pr\u00e9emption par la commune, elles n\u2019ont pas recherch\u00e9 si la preuve de la r\u00e9ception de cette lettre avait \u00e9t\u00e9 rapport\u00e9e. Il soutient par ailleurs que la connaissance de la d\u00e9cision de pr\u00e9emption n\u2019impliquait pas la connaissance de la d\u00e9lib\u00e9ration de la commune autorisant le maire \u00e0 pr\u00e9empter.<\/p>\n<p>100. M. Trani soutient n\u2019avoir eu connaissance du non\u2011respect des \u00e9l\u00e9ments d\u00e9finis dans l\u2019arr\u00eat\u00e9 de cessibilit\u00e9 que le 21\u00a0mai\u00a02013 \u00e0 l\u2019occasion d\u2019une \u00e9tude r\u00e9alis\u00e9e par un g\u00e9om\u00e8tre expert.<\/p>\n<p>101. MM. Mebtoul et autres font valoir que si le Conseil d\u2019\u00c9tat a jug\u00e9 qu\u2019ils devaient \u00eatre regard\u00e9s comme ayant eu connaissance au plus tard dans le courant de l\u2019ann\u00e9e 2005 de la d\u00e9cision de leur licenciement et du rejet du recours hi\u00e9rarchique dirig\u00e9 contre cette d\u00e9cision, ils contestent cette analyse d\u00e8s lors que la proc\u00e9dure de 2005 ne fait pas \u00e9tat du recours hi\u00e9rarchique et de la d\u00e9cision du ministre. Selon eux, il s\u2019agissait d\u2019une conclusion arbitraire et manifestement d\u00e9raisonnable annihilant leur droit au recours.<\/p>\n<p>102. En septi\u00e8me lieu, s\u2019agissant de la comparaison du principe du d\u00e9lai raisonnable pos\u00e9 dans la d\u00e9cision Czabaj avec l\u2019arr\u00eat Arango Jaramillo c. BEI de la Cour de justice de l\u2019Union europ\u00e9enne, une requ\u00e9rante soutient qu\u2019elle n\u2019est pas pertinente dans la mesure o\u00f9 le d\u00e9lai raisonnable d\u00e9gag\u00e9 dans cette jurisprudence palliait l\u2019absence d\u2019un texte pr\u00e9voyant un d\u00e9lai de recours, ce qui n\u2019\u00e9tait pas le cas en droit fran\u00e7ais o\u00f9 des dispositions r\u00e9glementaires encadraient d\u00e9j\u00e0 le d\u00e9lai de recours contentieux et les conditions de son opposabilit\u00e9[26].<\/p>\n<p>103. En huiti\u00e8me lieu, les requ\u00e9rants soutiennent avoir \u00e9t\u00e9 victimes de l\u2019application imm\u00e9diate, en cours d\u2019instance, et, partant, r\u00e9troactive, de la jurisprudence, qui a, selon eux, atteint la substance m\u00eame de leur droit au recours. Ils rel\u00e8vent qu\u2019\u00e0 la date d\u2019introduction de leurs requ\u00eates devant les juridictions internes, l\u2019\u00e9tat du droit sur les d\u00e9lais de recours \u00e9tait sans ambigu\u00eft\u00e9\u00a0: en l\u2019absence de mention des voies et d\u00e9lais de recours sur une d\u00e9cision, le justiciable pouvait la contester ind\u00e9finiment ainsi que le pr\u00e9voyaient tant l\u2019article R.\u00a0421-5 du code de justice administrative que la jurisprudence administrative[27].<\/p>\n<p>104. Ils soutiennent que le revirement de jurisprudence n\u2019\u00e9tait pas pr\u00e9visible. Selon eux, ni la doctrine universitaire, ni le l\u00e9gislateur, ni m\u00eame le Conseil d\u2019\u00c9tat dans ses \u00e9tudes annuelles, n\u2019avaient jamais appel\u00e9 \u00e0 un tel revirement[28]. Une requ\u00e9rante se plaint \u00e9galement de l\u2019absence de r\u00e9gularisation possible de l\u2019irrecevabilit\u00e9 oppos\u00e9e[29].<\/p>\n<p>105. Selon certains requ\u00e9rants, le Conseil d\u2019\u00c9tat pr\u00e9voit pourtant r\u00e9guli\u00e8rement une modulation de l\u2019application dans le temps d\u2019une nouvelle r\u00e8gle pr\u00e9torienne lorsque les circonstances le justifient[30]. \u00c0 cet \u00e9gard, un requ\u00e9rant se pr\u00e9vaut d\u2019une d\u00e9cision du Conseil d\u2019\u00c9tat post\u00e9rieure \u00e0 la d\u00e9cision Czabaj ayant pr\u00e9vu un report dans le temps de l\u2019application d\u2019une nouvelle r\u00e8gle pr\u00e9torienne de forclusion laquelle revenait sur une jurisprudence ant\u00e9rieure bien \u00e9tablie (Conseil d\u2019\u00c9tat, 13.03.2020, 435634)[31].<\/p>\n<p>106. Certains requ\u00e9rants comparent la solution consacr\u00e9e par le Conseil d\u2019\u00c9tat avec la jurisprudence de la Cour de cassation fran\u00e7aise (par exemple Cour de cassation, civ., 19 mai 2021, no\u00a020\u201112.520) selon laquelle une r\u00e8gle de proc\u00e9dure ne peut r\u00e9troagir, pr\u00e9cis\u00e9ment parce qu\u2019elle porte atteinte au droit d\u2019acc\u00e8s \u00e0 un tribunal au sens de l\u2019article 6 \u00a7 1 de la Convention[32]. Selon un requ\u00e9rant, il ne saurait \u00eatre admis que les revirements de jurisprudence concernant des r\u00e8gles de proc\u00e9dure aient ou non un effet r\u00e9troactif selon l\u2019ordre de juridiction[33].<\/p>\n<p>107. Enfin, un requ\u00e9rant fait valoir qu\u2019alors qu\u2019il avait saisi la juridiction de premi\u00e8re instance avant le revirement op\u00e9r\u00e9 par la jurisprudence Czabaj, c\u2019est le d\u00e9lai de jugement imputable aux juridictions qui leur a permis de faire application de cette nouvelle condition de recevabilit\u00e9\u00a0; il souligne qu\u2019il avait pourtant \u00e9t\u00e9 diligent pour faire avancer la proc\u00e9dure juridictionnelle[34].<\/p>\n<p>108. En neuvi\u00e8me et dernier lieu, concernant le stade de la proc\u00e9dure auquel la r\u00e8gle issue du revirement de jurisprudence a \u00e9t\u00e9 appliqu\u00e9e, certains requ\u00e9rants se plaignent de ce que la tardivet\u00e9 leur a \u00e9t\u00e9 oppos\u00e9e d\u00e8s la premi\u00e8re instance de sorte qu\u2019aucune juridiction n\u2019a pu examiner leur litige au fond[35]. D\u2019autres requ\u00e9rants d\u00e9plorent qu\u2019elle leur ait \u00e9t\u00e9 oppos\u00e9e alors qu\u2019ils avaient obtenu gain de cause en premi\u00e8re instance ou en appel[36].<\/p>\n<p>b) Le Gouvernement<\/p>\n<p>109. En premier lieu, le Gouvernement rel\u00e8ve que les stipulations de l\u2019article 6\u00a0\u00a7\u00a01 de la Convention sont applicables, dans leur volet civil, \u00e0 l\u2019ensemble des affaires.<\/p>\n<p>110. En deuxi\u00e8me lieu, il soutient que le droit d\u2019acc\u00e8s \u00e0 un tribunal n\u2019est pas absolu et que, lorsqu\u2019il r\u00e8glemente ce droit, l\u2019\u00c9tat b\u00e9n\u00e9ficie d\u2019une marge d\u2019appr\u00e9ciation. Il ajoute que les limites \u00e0 ce droit se concilient avec l\u2019article\u00a06\u00a0\u00a7\u00a01 de la Convention lorsqu\u2019elles poursuivent un but l\u00e9gitime et qu\u2019il existe un rapport raisonnable de proportionnalit\u00e9 entre les moyens employ\u00e9s et le but vis\u00e9.<\/p>\n<p>111. Le Gouvernement soutient que la Cour a pr\u00e9cis\u00e9 qu\u2019en cas d\u2019indication incompl\u00e8te ou inexacte des d\u00e9lais \u00e0 respecter par les autorit\u00e9s, les juridictions nationales doivent prendre en compte les circonstances particuli\u00e8res de l\u2019affaire et ne pas appliquer les jurisprudences pertinentes de mani\u00e8re trop rigide. Selon lui, elle adopte ainsi une approche in concreto, exigeant toutefois du requ\u00e9rant qu\u2019il agisse avec toute la diligence requise, d\u2019autant plus lorsqu\u2019il est repr\u00e9sent\u00e9 par un avocat.<\/p>\n<p>112. Le Gouvernement fait valoir que l\u2019application d\u2019un d\u00e9lai de recours raisonnable aux instances en cours, s\u2019il restreint l\u2019acc\u00e8s au juge, poursuit n\u00e9anmoins un but l\u00e9gitime par des moyens qui sont proportionn\u00e9s \u00e0 la poursuite de ce but.<\/p>\n<p>113. Il soutient que l\u2019introduction d\u2019un tel d\u00e9lai r\u00e9pondait \u00e0 un objectif de s\u00e9curit\u00e9 juridique, qui implique, sous r\u00e9serve que la d\u00e9cision administrative litigieuse ait \u00e9t\u00e9 notifi\u00e9e \u00e0 son destinataire ou qu\u2019il soit \u00e9tabli qu\u2019il en avait eu connaissance, que ne puissent \u00eatre remises en cause sans condition de d\u00e9lai des situations consolid\u00e9es par l\u2019effet du temps.<\/p>\n<p>114. \u00c0 cet \u00e9gard, le Gouvernement fait valoir que le principe de s\u00e9curit\u00e9 juridique peut s\u2019appliquer \u00e0 la personne publique et qu\u2019il doit b\u00e9n\u00e9ficier aux tiers int\u00e9ress\u00e9s au maintien d\u2019une d\u00e9cision. Il donne comme exemple l\u2019annulation d\u2019un licenciement des ann\u00e9es apr\u00e8s qu\u2019il a eu lieu. Selon le Gouvernement, celui-ci emporterait des cons\u00e9quences importantes sur les finances publiques d\u2019une collectivit\u00e9 employeuse de m\u00eame que sur les autres agents et sur les usagers.<\/p>\n<p>115. En troisi\u00e8me lieu, le Gouvernement, renvoyant au point 6 de la d\u00e9cision Czabaj (paragraphe 67 ci-dessus), soutient que le Conseil d\u2019\u00c9tat s\u2019est livr\u00e9 \u00e0 un examen attentif de proportionnalit\u00e9 entre le but l\u00e9gitime de s\u00e9curit\u00e9 juridique poursuivi et le moyen employ\u00e9 qu\u2019est l\u2019introduction d\u2019un d\u00e9lai de recours raisonnable applicable aux instances en cours.<\/p>\n<p>116. Il fait \u00e9galement valoir qu\u2019un \u00e9quilibre a \u00e9t\u00e9 atteint pour assurer le respect tant du principe de s\u00e9curit\u00e9 juridique que du principe de l\u00e9galit\u00e9. En particulier, le d\u00e9lai raisonnable en cause est seulement indicatif et peut \u00eatre \u00e9cart\u00e9 dans des circonstances particuli\u00e8res. Il souligne \u00e0 cet \u00e9gard que les requ\u00e9rants sont toujours invit\u00e9s \u00e0 formuler des observations afin de faire valoir ces circonstances particuli\u00e8res.<\/p>\n<p>117. Il rel\u00e8ve que le Conseil d\u2019\u00c9tat a d\u00e9j\u00e0 d\u00e9gag\u00e9 des d\u00e9lais de recours raisonnables sup\u00e9rieurs \u00e0 un an, par exemple pour les d\u00e9crets de lib\u00e9ration des liens d\u2019all\u00e9geance (trois ans), et reconnu que des circonstances particuli\u00e8res justifiaient de ne pas appliquer le d\u00e9lai raisonnable \u00e0 l\u2019issue duquel le recours devait \u00eatre consid\u00e9r\u00e9 comme tardif.<\/p>\n<p>118. En quatri\u00e8me lieu, concernant l\u2019application imm\u00e9diate du principe issu de la d\u00e9cision Czabaj,\u00a0le Gouvernement fait valoir que les revirements de jurisprudence ont en principe une port\u00e9e r\u00e9troactive d\u00e8s lors que le changement op\u00e9r\u00e9 r\u00e9v\u00e8le un \u00e9tat de la r\u00e8gle de droit qui est cens\u00e9 avoir exist\u00e9 depuis l\u2019entr\u00e9e en vigueur d\u2019une telle r\u00e8gle dans l\u2019ordonnancement juridique.<\/p>\n<p>119. Il soutient que la Cour reconna\u00eet une marge d\u2019appr\u00e9ciation aux \u00c9tats en mati\u00e8re de r\u00e9troactivit\u00e9 de la r\u00e8gle pr\u00e9torienne et que les exigences de s\u00e9curit\u00e9 juridique et de protection de la confiance l\u00e9gitime des justiciables ne consacrent pas de droit acquis \u00e0 une jurisprudence constante. Il souligne que si la s\u00e9curit\u00e9 juridique implique que les r\u00e8gles d\u2019ordre public concernant les d\u00e9lais de recours et la recevabilit\u00e9 des requ\u00eates ne soient pas modifi\u00e9es en cours d\u2019instance, elle implique \u00e9galement que ne puissent \u00eatre remises en cause sans condition de d\u00e9lai des situations consolid\u00e9es par l\u2019effet du temps.<\/p>\n<p>120. Le Gouvernement, citant plusieurs d\u00e9cisions, soutient que le Conseil d\u2019\u00c9tat a pr\u00e9vu la possibilit\u00e9 de moduler l\u2019application dans le temps d\u2019une r\u00e8gle pr\u00e9torienne nouvelle si les circonstances de l\u2019esp\u00e8ce le justifient, en particulier lorsque le droit au recours pourrait se trouver gravement atteint. Il soutient n\u00e9anmoins que ce n\u2019est qu\u2019apr\u00e8s avoir effectu\u00e9 une balance attentive des int\u00e9r\u00eats en pr\u00e9sence que le Conseil d\u2019\u00c9tat a jug\u00e9 qu\u2019il y avait lieu d\u2019appliquer le principe du d\u00e9lai de recours raisonnable aux instances en cours.<\/p>\n<p>121. Il en conclut que si l\u2019application du principe issu de la d\u00e9cision\u00a0Czabaj aux instances en cours restreint les possibilit\u00e9s de recours des usagers contre les d\u00e9cisions administratives individuelles, il ne m\u00e9conna\u00eet pas le droit \u00e0 un tribunal tel que prot\u00e9g\u00e9 par l\u2019article 6\u00a0\u00a7\u00a01 de la Convention.<\/p>\n<p>122. En cinqui\u00e8me lieu, le Gouvernement fait valoir que le stade de la proc\u00e9dure auquel le d\u00e9lai raisonnable de recours a \u00e9t\u00e9 oppos\u00e9 aux requ\u00e9rants n\u2019a pas d\u2019incidence sur la conformit\u00e9 des solutions adopt\u00e9es par les tribunaux et cours aux stipulations de l\u2019article 6\u00a0\u00a7\u00a01 de la Convention d\u00e8s lors que la tardivet\u00e9 de la requ\u00eate est une cause d\u2019irrecevabilit\u00e9 qui doit \u00eatre relev\u00e9e d\u2019office par tout juge du fond et que, bien qu\u2019elle ne soit pas r\u00e9gularisable, les requ\u00e9rants peuvent se pr\u00e9valoir de l\u2019existence de circonstances particuli\u00e8res pour qu\u2019elle soit \u00e9cart\u00e9e. Il ajoute que la dur\u00e9e des proc\u00e9dures n\u2019a pas eu d\u2019incidence sur l\u2019application de la d\u00e9cision Czabaj, le d\u00e9lai raisonnable de recours s\u2019appr\u00e9ciant lors de l\u2019introduction de la requ\u00eate devant le juge de premi\u00e8re instance.<\/p>\n<p>123. En sixi\u00e8me lieu, le Gouvernement fait valoir que la Cour de justice de l\u2019Union europ\u00e9enne, dans un arr\u00eat du 28 f\u00e9vrier 2013 Arango Jaramillo et autres c. BEI (C-334\/12, \u00a7 33), a reconnu valable le principe pr\u00e9torien d\u2019un d\u00e9lai raisonnable de recours lorsqu\u2019aucune disposition du droit de l\u2019Union n\u2019a pr\u00e9vu le d\u00e9lai dans lequel ce recours ou cette demande doivent \u00eatre introduits.<\/p>\n<p>124. Le Gouvernement conclut ses observations en constatant que les requ\u00e9rants ont attendu entre 3 et 26 ans avant de saisir la juridiction comp\u00e9tente \u00e0 l\u2019encontre des d\u00e9cisions qui leur \u00e9taient d\u00e9favorables. Il ajoute qu\u2019ils ont \u00e9t\u00e9 invit\u00e9s par les formations de jugement \u00e0 formuler des observations sur l\u2019\u00e9ventuelle application \u00e0 leur cas du d\u00e9lai raisonnable d\u2019un an et \u00e0 transmettre tout \u00e9l\u00e9ment de nature \u00e0 renverser la pr\u00e9somption de tardivet\u00e9 de leurs requ\u00eates. Il soutient que dans les pr\u00e9sentes affaires, eu \u00e9gard \u00e0 l\u2019ensemble de ces \u00e9l\u00e9ments, l\u2019application de la jurisprudence Czabaj aux litiges en cours n\u2019a pas port\u00e9 atteinte au principe de s\u00e9curit\u00e9 juridique et au droit d\u2019acc\u00e8s \u00e0 un tribunal r\u00e9sultant de l\u2019article 6\u00a0\u00a7\u00a01 de la Convention.<\/p>\n<p><strong>2. Appr\u00e9ciation de la Cour<\/strong><\/p>\n<p>a) Principes applicables<\/p>\n<p>125. La Cour rappelle que le droit d\u2019acc\u00e8s \u00e0 un tribunal doit \u00eatre concret et effectif. L\u2019effectivit\u00e9 de l\u2019acc\u00e8s au juge suppose qu\u2019un individu jouisse d\u2019une possibilit\u00e9 claire et concr\u00e8te de contester un acte constituant une ing\u00e9rence dans ses droits (voir, notamment, Paroisse gr\u00e9co-catholique Lupeni et autres c. Roumanie [GC], no\u00a076943\/11, \u00a7 86, 29\u00a0novembre 2016, et All\u00e8gre c. France, no\u00a022008\/12, \u00a7 50, 12\u00a0juillet\u00a02018).<\/p>\n<p>126. Le droit d\u2019acc\u00e8s aux tribunaux n\u2019\u00e9tant toutefois pas absolu, il peut donner lieu \u00e0 des limitations implicitement admises car il appelle en raison de sa nature m\u00eame une r\u00e9glementation par l\u2019\u00c9tat, r\u00e9glementation qui peut varier dans le temps et dans l\u2019espace en fonction des besoins et des ressources de la communaut\u00e9 et des individus. En \u00e9laborant pareille r\u00e9glementation, les \u00c9tats contractants jouissent d\u2019une certaine marge d\u2019appr\u00e9ciation. S\u2019il appartient \u00e0 la Cour de statuer en dernier ressort sur le respect des exigences de la Convention, elle n\u2019a pas qualit\u00e9 pour substituer \u00e0 l\u2019appr\u00e9ciation des autorit\u00e9s nationales une autre appr\u00e9ciation de ce que pourrait \u00eatre la meilleure politique en la mati\u00e8re (Paroisse Gr\u00e9co-Catholique Lupeni et autres, pr\u00e9cit\u00e9, \u00a7\u00a089, Zubac c. Croatie [GC], no 40160\/12, \u00a7\u00a078, 5\u00a0avril\u00a02018, et All\u00e8gre, pr\u00e9cit\u00e9, \u00a7 51).<\/p>\n<p>127. En particulier, elle rappelle qu\u2019elle n\u2019a pas pour t\u00e2che de se substituer aux juridictions internes\u00a0; c\u2019est au premier chef aux autorit\u00e9s nationales, et notamment aux cours et tribunaux, qu\u2019il incombe d\u2019interpr\u00e9ter la l\u00e9gislation interne (Miragall Escolano et autres c. Espagne, nos 38366\/97 et 9 autres, \u00a7\u00a033, CEDH 2000\u2011I, et Gil Sanjuan c. Espagne, no\u00a048297\/15, \u00a7\u00a033, 26\u00a0mai\u00a02020), le r\u00f4le de la Cour \u00e9tant seulement de v\u00e9rifier la compatibilit\u00e9 des effets de telle interpr\u00e9tation avec la Convention (Zubac, pr\u00e9cit\u00e9, \u00a7\u00a7 79 et\u00a081, Miragall Escolano et autres, pr\u00e9cit\u00e9, \u00a7\u00a033, All\u00e8gre, pr\u00e9cit\u00e9, \u00a7 54, et Gil Sanjuan, pr\u00e9cit\u00e9, \u00a7\u00a033). Elle rel\u00e8ve \u00e0 cet \u00e9gard qu\u2019une \u00e9volution de la jurisprudence des juridictions internes n\u2019est pas, en elle-m\u00eame, contraire \u00e0 la bonne administration de la justice, d\u00e8s lors que l\u2019absence d\u2019une approche dynamique et \u00e9volutive risquerait de faire obstacle \u00e0 toute r\u00e9forme ou am\u00e9lioration (Paroisse gr\u00e9co-catholique Lupeni et autres, pr\u00e9cit\u00e9, \u00a7 116, Un\u00e9dic c. France, no\u00a020153\/04, \u00a7\u00a074, 18\u00a0d\u00e9cembre\u00a02008, Legrand c. France, no\u00a023228\/08, \u00a7\u00a7\u00a036-37, 26 mai 2011, et All\u00e8gre, pr\u00e9cit\u00e9, \u00a7 52).<\/p>\n<p>128. La Cour consid\u00e8re n\u00e9anmoins que les limitations appliqu\u00e9es au droit d\u2019acc\u00e8s \u00e0 un tribunal ne sauraient restreindre cet acc\u00e8s d\u2019une mani\u00e8re ou \u00e0 un point tels que ce droit s\u2019en trouve atteint dans sa substance m\u00eame. En outre, elles ne se concilient avec l\u2019article\u00a06\u00a0\u00a7\u00a01 que si elles poursuivent un but l\u00e9gitime et s\u2019il existe un rapport raisonnable de proportionnalit\u00e9 entre les moyens employ\u00e9s et le but vis\u00e9 (Paroisse Gr\u00e9co-Catholique Lupeni et autres, pr\u00e9cit\u00e9, \u00a7\u00a089, Zubac, pr\u00e9cit\u00e9, \u00a7\u00a078, Guillard c.\u00a0France, no 24488\/04, \u00a7\u00a034, 15\u00a0janvier 2009, et All\u00e8gre, pr\u00e9cit\u00e9, \u00a7\u00a051).<\/p>\n<p>129. S\u2019agissant, en particulier, des d\u00e9lais l\u00e9gaux de p\u00e9remption ou de prescription, la Cour rappelle avoir elle-m\u00eame relev\u00e9 qu\u2019ils figurent parmi les restrictions l\u00e9gitimes au droit \u00e0 un tribunal et ont plusieurs finalit\u00e9s importantes. Il s\u2019agit, d\u2019une part, de garantir la s\u00e9curit\u00e9 juridique en fixant un terme aux actions et de mettre les d\u00e9fendeurs potentiels \u00e0 l\u2019abri de plaintes tardives, peut-\u00eatre difficiles \u00e0 contrer. \u00c0 cet \u00e9gard, la Cour rappelle que l\u2019un des \u00e9l\u00e9ments fondamentaux de la pr\u00e9\u00e9minence du droit est le principe de la s\u00e9curit\u00e9 des rapports juridiques, lequel tend notamment \u00e0 garantir aux justiciables une certaine stabilit\u00e9 des situations juridiques ainsi qu\u2019\u00e0 favoriser la confiance du public dans la justice (Brum\u0103rescu c. Roumanie [GC], no\u00a028342\/95, \u00a7 61, CEDH 1999-VII, et, Nejdet \u015eahin et Perihan \u015eahin c.\u00a0Turquie [GC], no\u00a013279\/05, \u00a7 57, 20\u00a0octobre\u00a02011). Il s\u2019agit, d\u2019autre part, d\u2019emp\u00eacher l\u2019injustice qui pourrait se produire si les tribunaux \u00e9taient appel\u00e9s \u00e0 se prononcer sur des \u00e9v\u00e9nements survenus loin dans le pass\u00e9 \u00e0 partir d\u2019\u00e9l\u00e9ments de preuve auxquels on ne pourrait plus ajouter foi et qui seraient incomplets en raison du temps \u00e9coul\u00e9 (Sanofi Pasteur c. France, no 25137\/16, \u00a7\u00a050, 13\u00a0f\u00e9vrier 2020). La Cour r\u00e9affirme que l\u2019existence de tels d\u00e9lais n\u2019est pas en soi incompatible avec la Convention (Bani\u010devi\u0107 c. Croatie (d\u00e9c.), \u00a7\u00a032, no\u00a044252\/10, 2\u00a0octobre\u00a02012).<\/p>\n<p>130. Elle rappelle toutefois que, pour satisfaire aux exigences attach\u00e9es \u00e0 l\u2019article\u00a06\u00a0\u00a7\u00a01 de la Convention, ces limitations doivent \u00eatre entour\u00e9es de certaines garanties pour le justiciable. \u00c0 cet \u00e9gard, elle souligne que cet article n\u2019astreint pas les \u00c9tats contractants \u00e0 cr\u00e9er des cours d\u2019appel ou de cassation\u00a0; cependant, si de telles juridictions existent, les garanties qui y sont attach\u00e9es doivent \u00eatre respect\u00e9es (Zubac, pr\u00e9cit\u00e9, \u00a7\u00a080).<\/p>\n<p>131. D\u2019une part, la Cour r\u00e9affirme que l\u2019effectivit\u00e9 du droit d\u2019acc\u00e8s \u00e0 un tribunal, s\u2019agissant notamment des r\u00e8gles de forme, de d\u00e9lais de recours et de prescription est assur\u00e9e par l\u2019accessibilit\u00e9, la clart\u00e9 et la pr\u00e9visibilit\u00e9 des dispositions l\u00e9gales et de la jurisprudence (Zubac, pr\u00e9cit\u00e9, \u00a7\u00a7\u00a087-89, Legrand, pr\u00e9cit\u00e9, \u00a7 34, Petko Petkov c.\u00a0Bulgarie, no 2834\/06, \u00a7 32, 19 f\u00e9vrier 2013, All\u00e8gre, pr\u00e9cit\u00e9, \u00a7 50, et Gil Sanjuan, pr\u00e9cit\u00e9, \u00a7\u00a038).<\/p>\n<p>132. D\u2019autre part, la r\u00e9glementation relative aux formalit\u00e9s et aux d\u00e9lais \u00e0 observer pour former un recours, ou l\u2019application qui en est faite, ne devrait pas emp\u00eacher le justiciable de se pr\u00e9valoir d\u2019une voie de recours disponible (P\u00e9rez de Rada Cavanilles c. Espagne, 28 octobre 1998, \u00a7\u00a045, Recueil des arr\u00eats et d\u00e9cisions 1998-VIII, Kaufmann c. Italie, no 14021\/02, \u00a7\u00a032, 19\u00a0mai 2005, Melnyk c. Ukraine, no 23436\/03, \u00a7\u00a023, 28 mars 2006, et Guillard c.\u00a0France, pr\u00e9cit\u00e9, \u00a7 35). \u00c0 cet \u00e9gard, la Cour attache de l\u2019importance \u00e0 la question de savoir si le requ\u00e9rant \u00e9tait repr\u00e9sent\u00e9 au cours de la proc\u00e9dure et si lui-m\u00eame et\/ou son repr\u00e9sentant en justice ont fait preuve de la diligence requise pour l\u2019accomplissement des actes de proc\u00e9dure pertinents. La Cour consid\u00e8re qu\u2019une restriction \u00e0 l\u2019acc\u00e8s \u00e0 un tribunal est disproportionn\u00e9e quand l\u2019irrecevabilit\u00e9 d\u2019un recours r\u00e9sulte de l\u2019imputation au requ\u00e9rant d\u2019une faute dont celui-ci n\u2019est objectivement pas responsable (Zubac, pr\u00e9cit\u00e9, \u00a7\u00a7\u00a093-95 et les jurisprudences cit\u00e9es, et Magomedov et autres c. Russie, nos 33636\/09 et 9 autres, \u00a7\u00a094, 28 mars 2017). La Cour tient enfin compte de la possibilit\u00e9 pour les requ\u00e9rants, d\u2019une part, de pr\u00e9senter des observations sur l\u2019existence \u00e9ventuelle de motifs d\u2019irrecevabilit\u00e9 et, d\u2019autre part, de rem\u00e9dier aux lacunes constat\u00e9es (Gil Sanjuan, pr\u00e9cit\u00e9, \u00a7\u00a034).<\/p>\n<p>b) Application de ces principes aux cas d\u2019esp\u00e8ce<\/p>\n<p>133. S\u2019agissant de l\u2019application des principes susmentionn\u00e9s aux cas d\u2019esp\u00e8ce, la Cour se prononcera tout d\u2019abord sur la cons\u00e9cration, par voie pr\u00e9torienne, d\u2019un d\u00e9lai raisonnable de recours contentieux (i) puis examinera les cons\u00e9quences de l\u2019application de ce d\u00e9lai aux instances en cours (ii).<\/p>\n<p>i. Sur le principe de la cr\u00e9ation, par voie pr\u00e9torienne, d\u2019une limitation temporelle du droit de pr\u00e9senter un recours contentieux<\/p>\n<p>134. \u00c0 titre liminaire, la Cour se penchera sur la nature de la limitation du droit au recours introduite par la d\u00e9cision Czabaj.<\/p>\n<p>135. La Cour note que, par cette d\u00e9cision, le Conseil d\u2019\u00c9tat a cr\u00e9\u00e9, de mani\u00e8re pr\u00e9torienne, une limitation temporelle d\u2019ordre proc\u00e9dural susceptible, dans certains cas, d\u2019entra\u00eener l\u2019irrecevabilit\u00e9 du recours form\u00e9 contre une d\u00e9cision administrative individuelle, faisant ainsi obstacle \u00e0 ce que les juridictions puissent appr\u00e9cier le fond du litige.<\/p>\n<p>136. Elle rel\u00e8ve que le Conseil d\u2019\u00c9tat s\u2019est abstenu de qualifier la nature du d\u00e9lai raisonnable de recours dont il a consacr\u00e9 l\u2019existence dans cette d\u00e9cision (a\u00a0contrario d\u2019autres d\u00e9cisions, voir par exemple paragraphe\u00a066 ci\u2011dessus). Le rapporteur public a, quant \u00e0 lui, exclu tant la qualification de prescription que celle de forclusion (paragraphe 68 ci-dessus).<\/p>\n<p>137. La Cour consid\u00e8re qu\u2019il ne lui appartient pas, alors que les autorit\u00e9s nationales se sont d\u00e9lib\u00e9r\u00e9ment abstenues de le faire, de qualifier, au regard du droit interne, la nature de ce d\u00e9lai raisonnable de recours. Elle note que selon les termes de la d\u00e9cision Czabaj, la r\u00e8gle qu\u2019elle \u00e9nonce \u00ab\u00a0a pour seul objet de borner dans le temps les cons\u00e9quences de la sanction attach\u00e9e au d\u00e9faut de mention des voies et d\u00e9lais de recours\u00a0\u00bb (paragraphe\u00a067 ci-dessus). Elle rel\u00e8ve en outre que la cons\u00e9cration de cette nouvelle limitation dans le temps de la justiciabilit\u00e9 des d\u00e9cisions administratives individuelles peut \u00eatre comprise comme visant non seulement \u00e0 temp\u00e9rer l\u2019ampleur de la sanction attach\u00e9e \u00e0 la m\u00e9connaissance, par l\u2019administration, de la garantie que constitue pour le destinataire d\u2019une d\u00e9cision la mention des voies et d\u00e9lais de recours mais aussi \u00e0 sanctionner l\u2019\u00e9ventuel abus du droit de recours de la part d\u2019un requ\u00e9rant ayant, en pratique, eu connaissance de la d\u00e9cision qu\u2019il attaque bien longtemps avant l\u2019introduction de sa requ\u00eate.<\/p>\n<p>138. Sans qu\u2019il soit besoin de se prononcer sur la nature exacte de cette restriction du droit d\u2019acc\u00e8s au tribunal, la Cour consid\u00e8re que cette nouvelle r\u00e8gle de recevabilit\u00e9 touche non pas aux seules modalit\u00e9s d\u2019exercice du droit au recours, ainsi que l\u2019a estim\u00e9 le Conseil d\u2019\u00c9tat, mais est susceptible d\u2019affecter sa substance m\u00eame.<\/p>\n<p>139. Ayant pr\u00e9cis\u00e9 ces \u00e9l\u00e9ments, la Cour rappelle, en premier lieu, qu\u2019elle consid\u00e8re, s\u2019agissant de l\u2019\u00e9laboration de r\u00e8gles r\u00e9gissant l\u2019acc\u00e8s \u00e0 un tribunal, que les \u00c9tats jouissent d\u2019une certaine marge d\u2019appr\u00e9ciation. Elle souligne que tel est le cas ind\u00e9pendamment du fait qu\u2019il s\u2019agisse de dispositions \u00e9labor\u00e9es dans le cadre l\u00e9gislatif et r\u00e9glementaire ou de normes d\u00e9gag\u00e9es dans le cadre jurisprudentiel (voir, notamment, mutatis mutandis, Cantoni c. France, 15\u00a0novembre 1996, \u00a7\u00a029, Recueil des arr\u00eats et d\u00e9cisions 1996-V, et Leyla\u00a0\u015eahin c. Turquie [GC], no 44774\/98, \u00a7\u00a088, CEDH 2005-XI).<\/p>\n<p>140. La Cour rappelle que l\u2019\u00e9volution de la jurisprudence n\u2019est pas en soi contraire aux droits prot\u00e9g\u00e9s par l\u2019article\u00a06 de la Convention et qu\u2019elle n\u2019a pas \u00e0 se prononcer sur l\u2019opportunit\u00e9 d\u2019une telle \u00e9volution (Legrand, pr\u00e9cit\u00e9, \u00a7\u00a041). Ainsi, quand bien m\u00eame la jurisprudence administrative ant\u00e9rieure \u00e0 la d\u00e9cision Czabaj ne retenait l\u2019existence d\u2019aucun d\u00e9lai de recours quand les conditions d\u2019opposabilit\u00e9 du d\u00e9lai de recours de droit commun n\u2019\u00e9taient pas remplies (paragraphes 61 \u00e0 63 ci-dessus), la Cour ne saurait substituer son appr\u00e9ciation \u00e0 celle des autorit\u00e9s nationales quant \u00e0 la n\u00e9cessit\u00e9 d\u2019une modification de ces r\u00e8gles par voie pr\u00e9torienne (Sen et autres c.\u00a0Turquie\u00a0(d\u00e9c)[comit\u00e9], no\u00a024537\/10, 14\u00a0f\u00e9vrier\u00a02012). Elle rappelle \u00e0 cet \u00e9gard qu\u2019elle doit \u00e9viter toute immixtion injustifi\u00e9e dans l\u2019exercice des fonctions juridictionnelles, de m\u00eame que dans l\u2019organisation juridictionnelle des \u00c9tats (All\u00e8gre, pr\u00e9cit\u00e9, \u00a7\u00a063).<\/p>\n<p>141. En deuxi\u00e8me lieu, la Cour constate que la r\u00e8gle d\u00e9gag\u00e9e par la d\u00e9cision Czabaj vise, selon ses propres termes, \u00e0 assurer la bonne administration de la justice et le respect du principe de s\u00e9curit\u00e9 juridique (paragraphe\u00a067 ci-dessus). Elle reconna\u00eet qu\u2019il s\u2019agit l\u00e0 de buts l\u00e9gitimes. Elle rel\u00e8ve que cette r\u00e8gle nouvelle, que le Conseil d\u2019\u00c9tat rattache au principe de s\u00e9curit\u00e9 juridique, vise \u00e0 rem\u00e9dier aux effets combin\u00e9s de l\u2019article R. 421-5 du code de justice administrative et de la jurisprudence jusqu\u2019alors bien \u00e9tablie \u00e0 savoir, en l\u2019absence de notification des voies et d\u00e9lais de recours qui constitue la condition de l\u2019opposabilit\u00e9 de ces derniers, la possibilit\u00e9 pour le destinataire d\u2019une d\u00e9cision de la contester ind\u00e9finiment.<\/p>\n<p>142. Eu \u00e9gard \u00e0 ce qu\u2019elle a rappel\u00e9 pr\u00e9c\u00e9demment concernant la l\u00e9gitimit\u00e9 de d\u00e9lais l\u00e9gaux de p\u00e9remption ou de prescription (paragraphe\u00a0129 ci-dessus), la Cour souligne que, contrairement \u00e0 ce que soutiennent les requ\u00e9rants, le principe de s\u00e9curit\u00e9 juridique ne saurait b\u00e9n\u00e9ficier au seul justiciable mais vise \u00e9galement \u00e0 prot\u00e9ger les d\u00e9fendeurs et les tiers.<\/p>\n<p>143. En troisi\u00e8me lieu, s\u2019agissant du rapport raisonnable de proportionnalit\u00e9 entre les moyens employ\u00e9s et les buts vis\u00e9s, la Cour rel\u00e8ve que le d\u00e9lai raisonnable consacr\u00e9 par la d\u00e9cision Czabaj est normalement fix\u00e9 \u00e0 un an. Elle note, ainsi qu\u2019en a fait \u00e9tat le rapporteur public dans ses conclusions sur cette affaire que, parmi les r\u00e8gles et pratiques en vigueur dans trois autres \u00c9tats europ\u00e9ens et celles mises en \u0153uvre dans le champ du droit de l\u2019Union europ\u00e9enne (paragraphe 68 ci-dessus), le d\u00e9lai d\u2019un an est le plus long de ceux applicables dans les hypoth\u00e8ses d\u2019une information inexistante ou d\u00e9faillante sur les voies et d\u00e9lais de recours.<\/p>\n<p>144. Dans ces conditions, la Cour consid\u00e8re que la cons\u00e9cration d\u2019un d\u00e9lai raisonnable de recours contentieux, fix\u00e9, en r\u00e8gle g\u00e9n\u00e9rale, \u00e0 une ann\u00e9e \u00e0 compter du moment o\u00f9 le requ\u00e9rant a eu connaissance de la d\u00e9cision dont il est le destinataire, accorde \u00e0 celui-ci une p\u00e9riode de temps qui ne saurait \u00eatre regard\u00e9e, en principe, comme insuffisante pour pouvoir s\u2019enqu\u00e9rir des voies et d\u00e9lais de recours lui permettant de contester cette d\u00e9cision. Elle rel\u00e8ve que si cette nouvelle cause d\u2019irrecevabilit\u00e9 n\u2019est pas susceptible de donner lieu \u00e0 r\u00e9gularisation en cours d\u2019instance sur le fondement de l\u2019article R.\u00a0612-1 du code de justice administrative, le requ\u00e9rant est n\u00e9anmoins mis \u00e0 m\u00eame de justifier de circonstances particuli\u00e8res pouvant entra\u00eener, \u00e0 l\u2019appr\u00e9ciation du juge, l\u2019allongement du d\u00e9lai raisonnable.<\/p>\n<p>145. En quatri\u00e8me lieu, la Cour note que ce d\u00e9lai raisonnable ne se d\u00e9clenche qu\u2019en l\u2019absence d\u2019opposabilit\u00e9 du d\u00e9lai r\u00e9glementaire de droit commun fix\u00e9 \u00e0 deux mois (paragraphe 55 ci-dessus), \u00e0 savoir dans la situation particuli\u00e8re o\u00f9 l\u2019auteur de la d\u00e9cision attaqu\u00e9e a omis d\u2019indiquer les voies et d\u00e9lais de recours au destinataire de la d\u00e9cision, et \u00e0 compter du moment o\u00f9 est \u00e9tablie, sous le contr\u00f4le du juge, la connaissance par le requ\u00e9rant de cette d\u00e9cision.<\/p>\n<p>146. \u00c0 cet \u00e9gard, la Cour rel\u00e8ve que si les requ\u00e9rants soutiennent que l\u2019approche adopt\u00e9e par les juridictions administratives pour \u00e9tablir l\u2019existence de la connaissance acquise d\u2019une d\u00e9cision n\u2019est pas suffisamment encadr\u00e9e, celle-ci r\u00e9sulte d\u2019une jurisprudence bien \u00e9tablie et pr\u00e9existante \u00e0 la d\u00e9cision Czabaj (paragraphes 64 et 65 ci-dessus), dont il n\u2019est pas d\u00e9montr\u00e9 qu\u2019elle aurait eu pour objet ou pour effet d\u2019en modifier l\u2019\u00e9conomie g\u00e9n\u00e9rale.<\/p>\n<p>147. En cinqui\u00e8me et dernier lieu, la Cour souligne que la d\u00e9cision Czabaj pr\u00e9voit que le d\u00e9lai raisonnable de recours est susceptible, en fonction des circonstances de chaque esp\u00e8ce, de faire l\u2019objet d\u2019une prorogation (voir pour une telle prorogation les paragraphes 72 et 73 ci\u2011dessus).<\/p>\n<p>148. Dans ces conditions, la Cour consid\u00e8re que la cr\u00e9ation, par voie pr\u00e9torienne, d\u2019une nouvelle condition de recevabilit\u00e9, fond\u00e9e sur des motifs suffisants justifiant le revirement de jurisprudence op\u00e9r\u00e9, ne porte pas, alors m\u00eame qu\u2019elle est susceptible d\u2019affecter la substance du droit de recours, une atteinte excessive au droit d\u2019acc\u00e8s \u00e0 un tribunal tel que prot\u00e9g\u00e9 par l\u2019article\u00a06 \u00a7\u00a01 de la Convention.<\/p>\n<p>ii. Sur l\u2019application aux instances en cours d\u2019un nouveau d\u00e9lai de recours contentieux<\/p>\n<p>149. Il revient ensuite \u00e0 la Cour d\u2019examiner in concreto si l\u2019application du revirement de jurisprudence dans les instances en cours a m\u00e9connu le principe de s\u00e9curit\u00e9 juridique dans une mesure telle que cela aurait eu pour effet de porter atteinte \u00e0 la substance m\u00eame du droit au recours des requ\u00e9rants (De Geouffre de la Pradelle c.\u00a0France, 16\u00a0d\u00e9cembre 1992, \u00a7\u00a031, s\u00e9rie\u00a0A no\u00a0253-B).<\/p>\n<p>150. En premier lieu, la Cour rel\u00e8ve qu\u2019\u00e0 la date \u00e0 laquelle les requ\u00e9rants ont introduit leurs requ\u00eates respectives devant la juridiction administrative de premi\u00e8re instance, les r\u00e8gles relatives au d\u00e9lai de recours contentieux et \u00e0 son opposabilit\u00e9 \u00e9taient d\u00e9termin\u00e9es par les dispositions des articles R.\u00a0421-1, R.\u00a0421-3 et R.\u00a0421-5 du code de justice administrative, l\u2019article 19 de la loi du 12 avril 2000 et les articles L.\u00a0112-3, L.\u00a0112-6 et R.\u00a0112-5 du code des relations entre le public et l\u2019administration (paragraphes 55 \u00e0 58 ci-dessus).<\/p>\n<p>151. Par ailleurs, il existait une jurisprudence administrative bien \u00e9tablie pr\u00e9cisant les modalit\u00e9s d\u2019opposabilit\u00e9 du d\u00e9lai de recours contentieux et pr\u00e9voyant, en cas de non-respect de celles-ci, la possibilit\u00e9 de contester, de mani\u00e8re perp\u00e9tuelle, les d\u00e9cisions administratives individuelles (paragraphes\u00a061 \u00e0 63 ci-dessus). En ce qui concerne l\u2019abus du droit de recours, la Cour note que ni les textes applicables ni la jurisprudence n\u2019en avait fait une cause d\u2019irrecevabilit\u00e9. La seule sanction d\u2019un tel abus pr\u00e9vue jusqu\u2019alors \u00e9tait la possibilit\u00e9 d\u2019infliger au requ\u00e9rant une amende pour recours abusif, sur le fondement de l\u2019article R. 741-12 du code de justice administrative, hormis dans l\u2019hypoth\u00e8se o\u00f9 il aurait obtenu enti\u00e8re satisfaction sur le fond du litige.<\/p>\n<p>152. La Cour note que la nouvelle cause d\u2019irrecevabilit\u00e9 issue du revirement de jurisprudence a \u00e9t\u00e9 consacr\u00e9e \u00e0 une date post\u00e9rieure \u00e0 celle \u00e0 laquelle les requ\u00eates de premi\u00e8re instance de chacun des requ\u00e9rants ont \u00e9t\u00e9 introduites. Il s\u2019ensuit que l\u2019application imm\u00e9diate, en cours d\u2019instance, de la nouvelle r\u00e8gle de d\u00e9lai de recours revient \u00e0 ce que la cause d\u2019irrecevabilit\u00e9 a \u00e9t\u00e9 oppos\u00e9e r\u00e9troactivement \u00e0 l\u2019ensemble des requ\u00e9rants (voir en ce sens Gil\u00a0Sanjuan, pr\u00e9cit\u00e9, \u00a7\u00a7\u00a032 et 35).<\/p>\n<p>153. D\u2019une part, elle constate qu\u2019il n\u2019est pas contest\u00e9 qu\u2019aucune erreur proc\u00e9durale ne pouvait \u00eatre imput\u00e9e aux requ\u00e9rants concernant le d\u00e9lai de recours contentieux \u00e0 la date d\u2019introduction de leur requ\u00eate (Gil Sanjuan, pr\u00e9cit\u00e9, \u00a7\u00a7\u00a040 et 43). Elle rel\u00e8ve d\u2019ailleurs que, dans un certain nombre des pr\u00e9sentes affaires, seul le d\u00e9lai mis par les juridictions pour rendre une d\u00e9cision a rendu possible l\u2019application en cours d\u2019instance de la d\u00e9cision Czabaj.<\/p>\n<p>154. D\u2019autre part, la Cour note que le non-respect du nouveau d\u00e9lai raisonnable, d\u00e9gag\u00e9 par voie pr\u00e9torienne, a constitu\u00e9 l\u2019unique motif d\u2019irrecevabilit\u00e9 oppos\u00e9 aux requ\u00e9rants (Gil Sanjuan, pr\u00e9cit\u00e9, \u00a7\u00a041).<\/p>\n<p>155. La Cour ajoute au demeurant que, hormis le cas de Mme Baclet, les requ\u00eates des int\u00e9ress\u00e9s n\u2019ont jamais \u00e9t\u00e9 tranch\u00e9es au fond, ou bien l\u2019ont \u00e9t\u00e9 en leur faveur avant que ne leur soit ensuite oppos\u00e9e l\u2019irrecevabilit\u00e9 au stade de l\u2019instance d\u2019appel ou de cassation.<\/p>\n<p>156. En deuxi\u00e8me lieu, la Cour rel\u00e8ve que les requ\u00e9rants font valoir, sans \u00eatre contest\u00e9s, sur ce point, par le Gouvernement, que ce revirement de jurisprudence \u00e9tait, de leur point de vue, absolument impr\u00e9visible, en l\u2019absence de tout \u00e9l\u00e9ment permettant d\u2019en augurer l\u2019intervention.<\/p>\n<p>157. Eu \u00e9gard \u00e0 ces \u00e9l\u00e9ments, et \u00e0 la circonstance que les requ\u00e9rants n\u2019\u00e9taient pas parties \u00e0 la proc\u00e9dure contentieuse ayant abouti \u00e0 la d\u00e9cision Czabaj, la Cour consid\u00e8re qu\u2019\u00e0 la date \u00e0 laquelle ils ont saisi les tribunaux administratifs ils ne pouvaient raisonnablement anticiper le contenu et les effets de la d\u00e9cision Czabaj sur la recevabilit\u00e9 de leurs recours respectifs (Gil\u00a0Sanjuan, pr\u00e9cit\u00e9, \u00a7\u00a039).<\/p>\n<p>158. En troisi\u00e8me lieu, la Cour note que le Gouvernement, tout en reconnaissant que la tardivet\u00e9 du recours n\u2019est pas une cause d\u2019irrecevabilit\u00e9 susceptible d\u2019\u00eatre r\u00e9gularis\u00e9e en cours d\u2019instance, invoque la possibilit\u00e9 pour les requ\u00e9rants de faire valoir des circonstances particuli\u00e8res propres \u00e0 allonger la dur\u00e9e du d\u00e9lai raisonnable, fix\u00e9e, en r\u00e8gle g\u00e9n\u00e9rale, \u00e0 un an. Il ajoute que les juridictions ont effectivement mis les requ\u00e9rants \u00e0 m\u00eame de pr\u00e9senter leurs observations sur ce point en leur communicant un moyen relev\u00e9 d\u2019office dans les conditions pr\u00e9vues par l\u2019article R. 611-7 du code de justice administrative.<\/p>\n<p>159. La Cour rel\u00e8ve n\u00e9anmoins que la justification de circonstances particuli\u00e8res ne conduit pas le juge \u00e0 \u00e9carter l\u2019exigence d\u2019introduction du recours dans un d\u00e9lai raisonnable mais a seulement pour effet d\u2019allonger la dur\u00e9e de ce dernier. La Cour ne peut que constater que, dans aucune des pr\u00e9sentes requ\u00eates, les juridictions n\u2019ont consid\u00e9r\u00e9 que de telles circonstances devaient \u00eatre retenues. La Cour consid\u00e8re, qu\u2019en l\u2019absence, \u00e0 cette p\u00e9riode, de jurisprudence \u00e9tablie sur ce point, il \u00e9tait difficile aux requ\u00e9rants d\u2019anticiper la nature des circonstances particuli\u00e8res susceptibles d\u2019allonger la dur\u00e9e de ce d\u00e9lai raisonnable. Au demeurant, les illustrations jurisprudentielles cit\u00e9es par le Gouvernement ne correspondent \u00e0 aucun des cas d\u2019esp\u00e8ce dans lesquels se trouvaient ces derniers. Dans ces conditions, la Cour consid\u00e8re que les requ\u00e9rants, en ce qui concerne leurs litiges respectifs, n\u2019avaient pas de perspective raisonnable de voir allong\u00e9 le d\u00e9lai raisonnable d\u2019une ann\u00e9e. Ils ne peuvent donc \u00eatre regard\u00e9s comme ayant effectivement, dans les circonstances des esp\u00e8ces, eu la possibilit\u00e9 de rem\u00e9dier \u00e0 la cause d\u2019irrecevabilit\u00e9 issue de la jurisprudence nouvelle qui leur fut appliqu\u00e9e r\u00e9troactivement (Gil Sanjuan, pr\u00e9cit\u00e9, \u00a7\u00a7\u00a041-42).<\/p>\n<p>160. En quatri\u00e8me lieu, la Cour note que le Gouvernement n\u2019apporte pas d\u2019autre explication concernant l\u2019absence de report dans le temps de l\u2019application du d\u00e9lai raisonnable de recours contentieux que celle ressortant des motifs m\u00eames de la d\u00e9cision Czabaj, alors que, comme le rel\u00e8vent les requ\u00e9rants, le Conseil d\u2019\u00c9tat a notamment, post\u00e9rieurement \u00e0 celle-ci, proc\u00e9d\u00e9 \u00e0 un tel report pour une r\u00e8gle de forclusion (paragraphe\u00a066 ci\u2011dessus).<\/p>\n<p>161. De l\u2019ensemble de ces consid\u00e9rations, la Cour conclut que le rejet pour tardivet\u00e9, par application r\u00e9troactive du nouveau d\u00e9lai issu de la d\u00e9cision Czabaj, des recours des requ\u00e9rants, introduits ant\u00e9rieurement \u00e0 ce revirement jurisprudentiel, \u00e9tait impr\u00e9visible. En outre, elle rappelle que les observations qu\u2019ils ont, le cas \u00e9ch\u00e9ant, pu pr\u00e9senter, n\u2019ont pas \u00e9t\u00e9 susceptibles in concreto d\u2019allonger la dur\u00e9e du \u00ab\u00a0d\u00e9lai raisonnable\u00a0\u00bb fix\u00e9 en r\u00e8gle g\u00e9n\u00e9rale \u00e0 une ann\u00e9e par cette nouvelle d\u00e9cision. Dans ces conditions, la Cour consid\u00e8re que l\u2019application aux instances en cours de la nouvelle r\u00e8gle de d\u00e9lai de recours contentieux, qui \u00e9tait pour les requ\u00e9rants \u00e0 la fois impr\u00e9visible, dans son principe, et imparable, en pratique, a restreint leur droit d\u2019acc\u00e8s \u00e0 un tribunal \u00e0 un point tel que l\u2019essence m\u00eame de ce droit s\u2019en est trouv\u00e9e alt\u00e9r\u00e9e (Gil\u00a0Sanjuan, pr\u00e9cit\u00e9, \u00a7\u00a044).<\/p>\n<p>162. Eu \u00e9gard \u00e0 ce qui pr\u00e9c\u00e8de, la Cour consid\u00e8re qu\u2019il y a eu violation de l\u2019article\u00a06\u00a0\u00a7\u00a01 de la Convention.<\/p>\n<p><strong>III. SUR LA VIOLATION ALL\u00c9GU\u00c9E DE L\u2019ARTICLE 1ER DU PROTOCOLE NO\u00a01<\/strong><\/p>\n<p>163. Le requ\u00e9rant, M.\u00a0Legros, se plaint d\u2019une atteinte injustifi\u00e9e au droit au respect de ses biens, notamment en raison de la tardivet\u00e9 oppos\u00e9e \u00e0 sa requ\u00eate par les juridictions internes. Il invoque l\u2019article 1er du Protocole no\u00a01, aux termes duquel\u00a0:<\/p>\n<p>\u00ab\u00a0Toute personne physique ou morale a droit au respect de ses biens. Nul ne peut \u00eatre priv\u00e9 de sa propri\u00e9t\u00e9 que pour cause d\u2019utilit\u00e9 publique et dans les conditions pr\u00e9vues par la loi et les principes g\u00e9n\u00e9raux du droit international.<\/p>\n<p>Les dispositions pr\u00e9c\u00e9dentes ne portent pas atteinte au droit que poss\u00e8dent les \u00c9tats de mettre en vigueur les lois qu\u2019ils jugent n\u00e9cessaires pour r\u00e9glementer l\u2019usage des biens conform\u00e9ment \u00e0 l\u2019int\u00e9r\u00eat g\u00e9n\u00e9ral ou pour assurer le paiement des imp\u00f4ts ou d\u2019autres contributions ou des amendes.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p><strong>A. Sur la recevabilit\u00e9<\/strong><\/p>\n<p>164. Constatant que le grief tir\u00e9 de la violation de l\u2019article 1er du Protocole\u00a0no\u00a01 pr\u00e9sent\u00e9 par M.\u00a0Legros n\u2019est pas manifestement mal fond\u00e9 ni irrecevable pour un autre motif vis\u00e9 \u00e0 l\u2019article\u00a035 de la Convention, la Cour le d\u00e9clare recevable.<\/p>\n<p><strong>B. Sur le fond<\/strong><\/p>\n<p><strong>1. Arguments des parties<\/strong><\/p>\n<p>a) Le requ\u00e9rant<\/p>\n<p>165. Le requ\u00e9rant soutient qu\u2019en tant qu\u2019adjudicataire par d\u00e9cision de justice de l\u2019immeuble litigieux, il pouvait se pr\u00e9valoir d\u2019une esp\u00e9rance l\u00e9gitime d\u2019obtenir la jouissance effective de son bien.<\/p>\n<p>166. En premier lieu, il fait valoir que l\u2019ing\u00e9rence dans son droit de propri\u00e9t\u00e9, que constitue la d\u00e9cision de pr\u00e9emption prise par la commune de Bonneuil en France, \u00e9tait ill\u00e9gale, pour des raisons li\u00e9es au mode d\u2019ali\u00e9nation du bien et \u00e0 l\u2019absence d\u2019int\u00e9r\u00eat g\u00e9n\u00e9ral du projet \u00e9labor\u00e9 par la commune concernant ce bien.<\/p>\n<p>167. En deuxi\u00e8me lieu, le requ\u00e9rant soutient que la limitation de son droit au recours a eu pour effet de rendre l\u2019ing\u00e9rence dans son droit de propri\u00e9t\u00e9 disproportionn\u00e9e.<\/p>\n<p>168. En troisi\u00e8me lieu, il fait valoir ne jamais avoir renonc\u00e9 \u00e0 son droit de r\u00e9trocession et soutient qu\u2019il aurait proc\u00e9d\u00e9 \u00e0 une vraie r\u00e9novation du bien en cause. Il souligne que dans l\u2019hypoth\u00e8se o\u00f9 l\u2019acqu\u00e9reur \u00e9vinc\u00e9 par une d\u00e9cision de pr\u00e9emption ill\u00e9gale ne peut acqu\u00e9rir le bien, la loi elle-m\u00eame a pr\u00e9vu son droit \u00e0 indemnisation. Il en conclut qu\u2019il disposait d\u2019une esp\u00e9rance l\u00e9gitime s\u00e9rieuse ou bien de se voir r\u00e9troc\u00e9der le bien ill\u00e9galement pr\u00e9empt\u00e9 ou bien d\u2019obtenir l\u2019indemnisation de son pr\u00e9judice.<\/p>\n<p>b) Le Gouvernement<\/p>\n<p>169. Le Gouvernement admet qu\u2019en l\u2019esp\u00e8ce, lors de l\u2019introduction de son recours devant le juge administratif, aucun d\u00e9lai de recours n\u2019\u00e9tait opposable \u00e0 M. Legros. Il fait toutefois valoir que ce jugement n\u2019\u00e9tait pas d\u00e9finitif, la commune en ayant relev\u00e9 appel. Il en d\u00e9duit que l\u2019annulation de la d\u00e9cision de pr\u00e9emption et l\u2019injonction dont elle \u00e9tait assortie ne pouvaient constituer un int\u00e9r\u00eat patrimonial suffisamment \u00e9tabli.<\/p>\n<p>170. Selon le Gouvernement, la r\u00e9int\u00e9gration de l\u2019acqu\u00e9reur \u00e9vinc\u00e9 dans ses droits emporte toujours un fort al\u00e9a r\u00e9sultant des droits qui ont pu \u00eatre acquis sur l\u2019immeuble faisant l\u2019objet de la pr\u00e9emption par les tiers de bonne foi ainsi que de la balance des int\u00e9r\u00eats publics et priv\u00e9s en pr\u00e9sence.<\/p>\n<p>171. Le Gouvernement fait valoir qu\u2019\u00e0 supposer qu\u2019une esp\u00e9rance l\u00e9gitime soit caract\u00e9ris\u00e9e, la limitation au droit de M. Legros au respect de ses biens a \u00e9t\u00e9 l\u00e9gale et proportionn\u00e9e aux buts l\u00e9gitimes poursuivis.<\/p>\n<p>172. Le Gouvernement rappelle que la Cour admet qu\u2019il n\u2019y a pas de droit acquis \u00e0 une jurisprudence \u00e9tablie et que les \u00c9tats peuvent proc\u00e9der \u00e0 des revirements de jurisprudence, ce dont il r\u00e9sulte qu\u2019un revirement de jurisprudence peut l\u00e9galement \u00eatre constitutif d\u2019une ing\u00e9rence au sens des dispositions de l\u2019article\u00a01er du Protocole no\u00a01, qu\u2019il soit ou non appliqu\u00e9 aux instances en cours. Il rel\u00e8ve \u00e9galement que la jurisprudence Czabaj poursuivait les buts l\u00e9gitimes de s\u00e9curit\u00e9 juridique et de bonne administration de la justice. Se rapportant aux arguments pr\u00e9sent\u00e9s dans le cadre du grief relatif \u00e0 l\u2019article\u00a06\u00a0\u00a7\u00a01 de la Convention, le Gouvernement fait valoir que l\u2019ing\u00e9rence n\u2019est pas davantage disproportionn\u00e9e au cas d\u2019esp\u00e8ce.<\/p>\n<p><strong>2. Appr\u00e9ciation de la Cour<\/strong><\/p>\n<p>a) Principes applicables<\/p>\n<p>173. Pour se concilier avec la r\u00e8gle g\u00e9n\u00e9rale \u00e9nonc\u00e9e \u00e0 la premi\u00e8re phrase du premier alin\u00e9a de l\u2019article 1er du Protocole no\u00a01, une atteinte au droit au respect des biens doit m\u00e9nager un \u00ab\u00a0juste \u00e9quilibre\u00a0\u00bb entre les exigences de l\u2019int\u00e9r\u00eat g\u00e9n\u00e9ral de la collectivit\u00e9 et celles de la protection des droits fondamentaux de l\u2019individu (Beyeler c. Italie [GC], no\u00a033202\/96, \u00a7\u00a0107, CEDH 2000-I, Zehentner c.\u00a0Autriche, no 20082\/02, \u00a7\u00a072, 16\u00a0juillet 2009, et Elif K\u0131z\u0131l c. Turquie, no\u00a04601\/06, \u00a7\u00a087, 24\u00a0mars 2020). En outre, la n\u00e9cessit\u00e9 d\u2019examiner la question du juste \u00e9quilibre \u00ab\u00a0ne peut se faire sentir que lorsqu\u2019il s\u2019est av\u00e9r\u00e9 que l\u2019ing\u00e9rence litigieuse a respect\u00e9 le principe de la l\u00e9galit\u00e9 et n\u2019\u00e9tait pas arbitraire\u00a0\u00bb (Iatridis c. Gr\u00e8ce [GC], no 31107\/96, \u00a7\u00a058, CEDH 1999-II, et Beyeler, pr\u00e9cit\u00e9, \u00a7\u00a0107).<\/p>\n<p>174. L\u2019article 1er du Protocole no 1 tend pour l\u2019essentiel \u00e0 pr\u00e9munir l\u2019individu contre toute atteinte de l\u2019\u00c9tat au respect de ses biens. Or, en vertu de l\u2019article 1er de la Convention, chaque \u00c9tat contractant \u00ab\u00a0reconna[\u00eet] \u00e0 toute personne relevant de [sa] juridiction les droits et libert\u00e9s d\u00e9finis [dans] la (&#8230;) Convention\u00a0\u00bb. Cette obligation g\u00e9n\u00e9rale de garantir l\u2019exercice effectif des droits d\u00e9finis par cet instrument peut impliquer des obligations positives. En ce qui concerne l\u2019article 1er du Protocole no 1, de telles obligations positives peuvent entra\u00eener pour l\u2019\u00c9tat certaines mesures n\u00e9cessaires pour prot\u00e9ger le droit de propri\u00e9t\u00e9 (Broniowski c. Pologne [GC], no 31443\/96, \u00a7\u00a0143, CEDH 2004-V, et Elif K\u0131z\u0131l, pr\u00e9cit\u00e9, \u00a7\u00a088).<\/p>\n<p>175. Nonobstant le silence de l\u2019article 1er du Protocole no 1 en mati\u00e8re d\u2019exigences proc\u00e9durales, les proc\u00e9dures applicables \u00e0 une esp\u00e8ce doivent aussi offrir \u00e0 la personne concern\u00e9e une occasion ad\u00e9quate d\u2019exposer sa cause aux autorit\u00e9s comp\u00e9tentes afin de contester effectivement les mesures portant atteinte au droit au respect des biens (Zehentner, pr\u00e9cit\u00e9, \u00a7\u00a073, Soci\u00e9t\u00e9 Anonyme Thaleia Karydi Axte c.\u00a0Gr\u00e8ce, no\u00a044769\/07, \u00a7 36, 5\u00a0novembre 2009, et Elif K\u0131z\u0131l, pr\u00e9cit\u00e9, \u00a7\u00a089).<\/p>\n<p>b) Application de ces principes au cas d\u2019esp\u00e8ce<\/p>\n<p>176. La Cour constate que le grief du requ\u00e9rant concerne la perte de jouissance de son bien r\u00e9sultant d\u2019une d\u00e9lib\u00e9ration communale autorisant sa pr\u00e9emption et l\u2019impossibilit\u00e9 dans laquelle il s\u2019est trouv\u00e9 de la contester au fond, au\u2011del\u00e0 de la premi\u00e8re instance, en raison de la tardivet\u00e9 qui lui fut oppos\u00e9e en appel, en application de la r\u00e8gle du d\u00e9lai raisonnable consacr\u00e9e par la d\u00e9cision Czabaj, puis confirm\u00e9e en cassation.<\/p>\n<p>177. L\u2019ing\u00e9rence dans le droit au respect des biens du requ\u00e9rant reposait sur la d\u00e9cision de pr\u00e9emption de la commune, laquelle \u00e9tait notamment fond\u00e9e sur les articles L.\u00a0211-1 et R.\u00a0213-15 du code de l\u2019urbanisme. La commune avait d\u00e9cid\u00e9 de pr\u00e9empter ce bien, en se substituant au requ\u00e9rant, adjudicataire, aux prix et conditions de la derni\u00e8re ench\u00e8re, au motif qu\u2019il \u00e9tait situ\u00e9 dans une zone d\u2019urbanisation future du plan d\u2019occupation des sols de la commune et qu\u2019elle souhaitait proc\u00e9der sur ces lieux \u00e0 l\u2019am\u00e9nagement de logements en vue de r\u00e9pondre \u00e0 l\u2019importante demande exprim\u00e9e dans ce bassin de population.<\/p>\n<p>178. La Cour note que le tribunal administratif, sur le fondement de diff\u00e9rents motifs, a annul\u00e9 la d\u00e9cision de pr\u00e9emption puis enjoint \u00e0 la commune de Bonneuil-en-France, d\u2019une part, de s\u2019abstenir de revendre \u00e0 un tiers le bien en litige et, d\u2019autre part, de proposer ce bien \u00e0 l\u2019acqu\u00e9reur \u00e9vinc\u00e9, \u00e0 un prix visant \u00e0 r\u00e9tablir autant que possible et sans enrichissement sans cause de l\u2019une quelconque des parties les conditions de l\u2019adjudication \u00e0 laquelle l\u2019exercice du droit de pr\u00e9emption avait fait obstacle (paragraphe\u00a028 ci-dessus). Le tribunal a reconnu que la d\u00e9cision \u00e9tait entach\u00e9e, en premier lieu, d\u2019un vice de proc\u00e9dure en l\u2019absence de consultation du service des domaines, en deuxi\u00e8me lieu, d\u2019une erreur de droit r\u00e9sultant de la circonstance que, contrairement \u00e0 ce que pr\u00e9voyaient les dispositions de l\u2019article L.\u00a0213-1 du code de l\u2019urbanisme, la vente forc\u00e9e d\u2019un immeuble dans le cadre d\u2019une proc\u00e9dure de saisie immobili\u00e8re ne pouvait \u00eatre regard\u00e9e comme une ali\u00e9nation volontaire, et, en troisi\u00e8me lieu, d\u2019une erreur d\u2019appr\u00e9ciation en l\u2019absence de justification de la r\u00e9alit\u00e9 d\u2019un projet d\u2019am\u00e9nagement au sens des dispositions de l\u2019article L.\u00a0300-1 du code de l\u2019urbanisme.<\/p>\n<p>179. La Cour rel\u00e8ve n\u00e9anmoins qu\u2019en raison de l\u2019irrecevabilit\u00e9 r\u00e9sultant de l\u2019application r\u00e9troactive du d\u00e9lai raisonnable de recours contentieux, dont elle a dit pr\u00e9c\u00e9demment qu\u2019elle constituait en l\u2019esp\u00e8ce une violation de l\u2019article 6\u00a0\u00a7\u00a01 de la Convention (paragraphe 162 ci-dessus), le requ\u00e9rant n\u2019a pu faire valoir ses droits concernant le fond du litige au stade de l\u2019appel, auquel il se trouvait plac\u00e9 en position de d\u00e9fendeur (paragraphe\u00a029 ci\u2011dessus). Enfin, le pourvoi du requ\u00e9rant n\u2019a pas \u00e9t\u00e9 admis par le Conseil d\u2019\u00c9tat (paragraphe\u00a030 ci\u2011dessus).<\/p>\n<p>180. La Cour rel\u00e8ve que, bien que la proc\u00e9dure d\u2019admission des pourvois en cassation ne soit pas critiquable en soi (Immeubles Groupe Kosser c.\u00a0France, no 38748\/97, 21 mars 2002), le requ\u00e9rant, qui avait de s\u00e9rieux arguments \u00e0 faire valoir devant les juridictions internes concernant le fond du litige, ainsi qu\u2019en atteste le jugement du tribunal administratif (paragraphe\u00a028 ci-dessus), n\u2019a finalement pu, \u00e0 la suite de l\u2019irrecevabilit\u00e9 oppos\u00e9e en appel, obtenir de r\u00e9ponse juridictionnelle sur le fond du litige en ce qui concerne l\u2019atteinte au droit au respect de ses biens.<\/p>\n<p>181. Or, la Cour rappelle que les proc\u00e9dures applicables doivent offrir \u00e0 la personne concern\u00e9e une occasion ad\u00e9quate d\u2019exposer sa cause aux autorit\u00e9s comp\u00e9tentes afin de contester effectivement les mesures portant atteinte \u00e0 son droit de propri\u00e9t\u00e9 (paragraphe\u00a0175 ci-dessus).<\/p>\n<p>182. Dans ces conditions, la Cour consid\u00e8re que, du fait de la violation de l\u2019article 6\u00a0\u00a7\u00a01 de la Convention dont il a \u00e9t\u00e9 victime (paragraphe\u00a0162 ci\u2011dessus), le juste \u00e9quilibre requis par l\u2019article 1er du Protocole no\u00a01 a \u00e9t\u00e9 rompu au d\u00e9triment du requ\u00e9rant et, en cons\u00e9quence, qu\u2019il y a eu violation de cet article (Soci\u00e9t\u00e9 Anonyme Thaleia Karydi Axte, pr\u00e9cit\u00e9, \u00a7\u00a7\u00a036-38, Elif\u00a0K\u0131z\u0131l, pr\u00e9cit\u00e9, \u00a7\u00a7\u00a097\u2011111, et Kemal Bayram c. Turquie, no\u00a033808\/11, \u00a7\u00a7\u00a073-74, 31\u00a0ao\u00fbt\u00a02021).<\/p>\n<p><strong>IV. SUR L\u2019APPLICATION DE L\u2019ARTICLE\u00a041 DE LA CONVENTION<\/strong><\/p>\n<p>183. Aux termes de l\u2019article 41 de la Convention\u00a0:<\/p>\n<p>\u00ab\u00a0Si la Cour d\u00e9clare qu\u2019il y a eu violation de la Convention ou de ses Protocoles, et si le droit interne de la Haute Partie contractante ne permet d\u2019effacer qu\u2019imparfaitement les cons\u00e9quences de cette violation, la Cour accorde \u00e0 la partie l\u00e9s\u00e9e, s\u2019il y a lieu, une satisfaction \u00e9quitable.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p><strong>A. Dommage<\/strong><\/p>\n<p>184. La Cour rappelle que, dans le cadre de l\u2019ex\u00e9cution d\u2019un arr\u00eat en application de l\u2019article 46 de la Convention, un arr\u00eat constatant une violation entra\u00eene pour l\u2019\u00c9tat d\u00e9fendeur l\u2019obligation juridique au regard de cette disposition de mettre un terme \u00e0 la violation et d\u2019en effacer les cons\u00e9quences de mani\u00e8re \u00e0 r\u00e9tablir autant que faire se peut la situation ant\u00e9rieure \u00e0 celle-ci. Si, en revanche, le droit national ne permet pas ou ne permet qu\u2019imparfaitement d\u2019effacer les cons\u00e9quences de la violation, l\u2019article 41 habilite la Cour \u00e0 accorder \u00e0 la partie l\u00e9s\u00e9e, s\u2019il y a lieu, la satisfaction qui lui semble appropri\u00e9e. Il en d\u00e9coule notamment que l\u2019\u00c9tat d\u00e9fendeur reconnu responsable d\u2019une violation de la Convention ou de ses Protocoles est appel\u00e9 non seulement \u00e0 verser aux int\u00e9ress\u00e9s les sommes allou\u00e9es au titre de la satisfaction \u00e9quitable, mais aussi \u00e0 choisir, sous le contr\u00f4le du Comit\u00e9 des Ministres, les mesures g\u00e9n\u00e9rales et\/ou, le cas \u00e9ch\u00e9ant, individuelles \u00e0 adopter dans son ordre juridique interne afin de mettre un terme \u00e0 la violation constat\u00e9e par la Cour et d\u2019en effacer autant que possible les cons\u00e9quences (Maestri c. Italie [GC], no 39748\/98, \u00a7\u00a047, CEDH 2004-I, et les jurisprudences cit\u00e9es).<\/p>\n<p>185. La Cour rel\u00e8ve que selon la jurisprudence \u00e9tablie du Conseil d\u2019\u00c9tat, l\u2019ex\u00e9cution d\u2019un arr\u00eat de la Cour ne peut, en l\u2019absence de proc\u00e9dures organis\u00e9es pour pr\u00e9voir le r\u00e9examen d\u2019un litige portant sur un acte administratif d\u00e9finitivement jug\u00e9, avoir pour effet de priver les d\u00e9cisions juridictionnelles de leur caract\u00e8re ex\u00e9cutoire (paragraphes 77 et 78 ci-dessus). La Cour en d\u00e9duit qu\u2019en l\u2019\u00e9tat du droit interne et eu \u00e9gard \u00e0 la nature de leurs litiges, les requ\u00e9rants ne pourront obtenir, cons\u00e9cutivement au constat de violation de l\u2019article\u00a06\u00a0\u00a7\u00a01 de la Convention, la r\u00e9ouverture des proc\u00e9dures juridictionnelles dont l\u2019issue les a conduits devant elle.<\/p>\n<p>186. Dans ces conditions, il incombe \u00e0 la Cour d\u2019examiner si les requ\u00e9rants l\u2019ayant sollicit\u00e9e sont susceptibles d\u2019obtenir une somme d\u2019argent au titre de la satisfaction \u00e9quitable pr\u00e9vue \u00e0 l\u2019article\u00a041 de la Convention.<\/p>\n<p><strong>1. Dommage mat\u00e9riel<\/strong><\/p>\n<p>187. Trois requ\u00e9rants demandent le versement d\u2019une somme d\u2019argent au titre du dommage mat\u00e9riel.<\/p>\n<p>188. M.\u00a0Legros sollicite l\u2019octroi d\u2019une somme de 1 858\u00a0605\u00a0euros (EUR), augment\u00e9e des int\u00e9r\u00eats l\u00e9gaux, eux-m\u00eames capitalis\u00e9s. Il soutient que cette somme correspond aux pr\u00e9judices subis en raison de la perte de loyers et de la perte de plus-value de son immeuble.<\/p>\n<p>189. Mme\u00a0Koulla sollicite l\u2019octroi d\u2019une somme d\u2019un montant de 59\u00a0700\u00a0EUR. Elle soutient que cette somme correspond aux pr\u00e9judices subis en raison du d\u00e9faut de reconnaissance de l\u2019imputabilit\u00e9 au service de sa maladie ayant entra\u00een\u00e9 une perte sur son traitement et sa pension de retraite, une perte de primes, le d\u00e9faut de prise en charge de ses frais de sant\u00e9 et l\u2019impossibilit\u00e9 d\u2019obtenir tant une allocation temporaire d\u2019invalidit\u00e9 que l\u2019indemnisation de certains pr\u00e9judices \u00e0 caract\u00e8re personnel.<\/p>\n<p>190. Mme\u00a0Baclet sollicite l\u2019octroi d\u2019une somme de 248 216,52 EUR. Elle soutient que cette somme correspond \u00e0 la perte de chance d\u2019\u00eatre r\u00e9int\u00e9gr\u00e9e dans sa fonction d\u2019assistante familiale et \u00e0 la perte de traitement, primes, indemnit\u00e9s et pension de retraite.<\/p>\n<p>191. Le Gouvernement, se r\u00e9f\u00e9rant \u00e0 la jurisprudence de la Cour, consid\u00e8re que si elle devait conclure \u00e0 une violation de l\u2019article 6\u00a0\u00a7\u00a01 de la Convention, la Cour ne saurait se substituer au juge national pour \u00e9valuer les chances de succ\u00e8s au fond des demandes des requ\u00e9rants et ne saurait, en cons\u00e9quence, les indemniser \u00e0 hauteur de leur perte de chance d\u2019obtenir l\u2019annulation des d\u00e9cisions qu\u2019ils attaquaient. Il soutient ainsi qu\u2019aucune r\u00e9paration au titre du pr\u00e9judice mat\u00e9riel ne devrait leur \u00eatre vers\u00e9e.<\/p>\n<p>192. Concernant la requ\u00eate de Mme\u00a0Baclet, la Cour rel\u00e8ve que les juridictions internes ont rejet\u00e9 son recours en premi\u00e8re instance (paragraphe\u00a044 ci-dessus), avant que ne lui soit oppos\u00e9e en appel la tardivet\u00e9 relative au d\u00e9lai raisonnable de recours contentieux, confirm\u00e9e en cassation. Dans ces conditions, elle consid\u00e8re qu\u2019elle ne saurait sp\u00e9culer sur le r\u00e9sultat auquel l\u2019action de la requ\u00e9rante aurait finalement abouti si la violation de la Convention n\u2019avait pas eu lieu. En cons\u00e9quence, elle d\u00e9cide qu\u2019il n\u2019y a pas lieu de lui accorder une indemnit\u00e9 au titre du dommage mat\u00e9riel.<\/p>\n<p>193. En revanche, la Cour rel\u00e8ve que les situations de M.\u00a0Legros et de Mme\u00a0Koulla sont diff\u00e9rentes de celle de Mme\u00a0Baclet dans la mesure o\u00f9 ils ont chacun obtenu gain de cause en premi\u00e8re instance (respectivement paragraphes\u00a028 et 50 ci-dessus) avant que ne leur soit oppos\u00e9e en appel la tardivet\u00e9 relative au d\u00e9lai raisonnable de recours contentieux, confirm\u00e9e en cassation.<\/p>\n<p>194. La Cour rel\u00e8ve que s\u2019il n\u2019est pas certain que les requ\u00e9rants, en l\u2019absence des violations constat\u00e9es de l\u2019article\u00a06\u00a0\u00a7\u00a01 de la Convention et, concernant M. Legros, de l\u2019article 1er du Protocole no\u00a01, auraient obtenu, au-del\u00e0 de la premi\u00e8re instance, l\u2019int\u00e9gralit\u00e9 des sommes qu\u2019ils demandent au titre du dommage mat\u00e9riel, elle consid\u00e8re n\u00e9anmoins que ces violations, en emp\u00eachant que soient d\u00e9finitivement tranch\u00e9s au fond leurs litiges respectifs, alors qu\u2019aucun autre motif d\u2019irrecevabilit\u00e9 ne leur \u00e9tait oppos\u00e9, leur ont fait subir une perte de chance de b\u00e9n\u00e9ficier desdites sommes (Zielinski et Pradal et Gonzalez et autres c. France [GC], nos 24846\/94 et 9 autres, \u00a7\u00a079, CEDH\u00a01999-VII).<\/p>\n<p>195. La Cour constate toutefois que, dans les circonstances de l\u2019esp\u00e8ce, la question de l\u2019application de l\u2019article 41 concernant le dommage mat\u00e9riel invoqu\u00e9 par M.\u00a0Legros et Mme\u00a0Koulla ne se trouve pas en \u00e9tat. Elle d\u00e9cide donc qu\u2019il y a lieu de la r\u00e9server en tenant compte de l\u2019\u00e9ventualit\u00e9, entre l\u2019\u00c9tat d\u00e9fendeur et chacun de ces deux requ\u00e9rants, d\u2019un accord fond\u00e9 sur la perte de chance qu\u2019ils ont respectivement subie (article 75 \u00a7\u00a7 1 et 4 du r\u00e8glement) (Maurice c. France [GC], no 11810\/03, \u00a7\u00a0133, CEDH 2005-IX, et Soci\u00e9t\u00e9 Anonyme Thaleia Karydi Axte, pr\u00e9cit\u00e9, \u00a7\u00a7\u00a039-42).<\/p>\n<p><strong>2. Dommage moral<\/strong><\/p>\n<p>196. Quatre requ\u00e9rants demandent le versement d\u2019une somme d\u2019argent au titre du dommage moral.<\/p>\n<p>197. Mme Koulla sollicite l\u2019octroi d\u2019une somme de 10\u00a0000\u00a0EUR. Elle soutient que cette somme est justifi\u00e9e par un vif ressenti de la violation de ses droits fondamentaux par l\u2019ordre juridictionnel administratif fran\u00e7ais alors qu\u2019elle estime que ses demandes \u00e9taient fond\u00e9es en droit et en fait.<\/p>\n<p>198. M.\u00a0Meynier sollicite l\u2019octroi d\u2019une somme de 5 000 EUR en raison du pr\u00e9judice subi r\u00e9sultant de l\u2019impossibilit\u00e9 de contester l\u2019annulation de son permis de conduire.<\/p>\n<p>199. M.\u00a0Maillard sollicite l\u2019octroi d\u2019une somme de 5 000 EUR. Il soutient ne pas avoir eu acc\u00e8s \u00e0 un tribunal alors que la proc\u00e9dure interne a dur\u00e9 six\u00a0ann\u00e9es de la premi\u00e8re instance \u00e0 la cassation.<\/p>\n<p>200. Mme Baclet sollicite l\u2019octroi d\u2019une somme de 50\u00a0000 EUR.<\/p>\n<p>201. Le Gouvernement fait valoir que les requ\u00e9rants n\u2019\u00e9tablissent pas le lien de causalit\u00e9 entre les pr\u00e9judices qu\u2019ils estiment avoir subis et la violation all\u00e9gu\u00e9e sous l\u2019angle de l\u2019article\u00a06\u00a0\u00a7\u00a01 de la Convention. Il soutient en cons\u00e9quence qu\u2019aucune somme au titre du dommage moral ne devrait leur \u00eatre accord\u00e9e. \u00c0 titre subsidiaire, se r\u00e9f\u00e9rant \u00e0 la jurisprudence de la Cour, le Gouvernement consid\u00e8re que le constat de violation pourrait constituer une satisfaction suffisante \u00e0 lui seul ou, \u00e0 titre tr\u00e8s subsidiaire, que la Cour devrait octroyer une indemnisation qui, au vu des circonstances de l\u2019esp\u00e8ce, ne devrait d\u00e9passer un montant de 3\u00a0000\u00a0EUR.<\/p>\n<p>202. La Cour consid\u00e8re que le fait d\u2019avoir \u00e9t\u00e9 priv\u00e9s de leur droit d\u2019acc\u00e8s \u00e0 un tribunal a caus\u00e9 aux requ\u00e9rants un pr\u00e9judice moral qui ne saurait \u00eatre r\u00e9par\u00e9 par le seul constat de violation de l\u2019article 6 \u00a7 1 de la Convention. Statuant en \u00e9quit\u00e9, comme le veut l\u2019article 41, elle alloue \u00e0 Mmes\u00a0Koulla et Baclet et MM. Meynier et Maillard la somme de 3\u00a0000\u00a0EUR chacun.<\/p>\n<p><strong>B. Frais et d\u00e9pens<\/strong><\/p>\n<p>203. Quatre requ\u00e9rants demandent le versement d\u2019une somme d\u2019argent au titre des frais et d\u00e9pens.<\/p>\n<p>204. M.\u00a0Legros r\u00e9clame une somme de 10\u00a0000\u00a0EUR arguant des frais qu\u2019il a d\u00fb engager pour assurer la d\u00e9fense de ses int\u00e9r\u00eats par l\u2019interm\u00e9diaire d\u2019un avocat \u00e0 la Cour.<\/p>\n<p>205. Mme\u00a0Koulla r\u00e9clame une somme de 4\u00a0000\u00a0EUR.<\/p>\n<p>206. M.\u00a0Meynier r\u00e9clame une somme de 3\u00a0600\u00a0EUR.<\/p>\n<p>207. M.\u00a0Maillard r\u00e9clame une somme de 9\u00a0240\u00a0EUR au titre, d\u2019une part, des frais et d\u00e9pens engag\u00e9s dans le cadre des proc\u00e9dures men\u00e9es devant les juridictions internes en appel et en cassation et, d\u2019autre part, de ceux engag\u00e9s dans le cadre de la proc\u00e9dure men\u00e9e devant la Cour.<\/p>\n<p>208. Concernant la requ\u00eate de M.\u00a0Legros, le Gouvernement n\u2019a pas produit d\u2019observations. Concernant les requ\u00eates de Mme\u00a0Koulla et M.\u00a0Meynier, le Gouvernement invite la Cour \u00e0 rejeter leurs demandes en l\u2019absence de justificatifs. Concernant la requ\u00eate de M.\u00a0Maillard, le Gouvernement soutient que le montant demand\u00e9 est excessif et devrait \u00eatre ramen\u00e9 \u00e0 de plus justes proportions.<\/p>\n<p>209. Selon la jurisprudence de la Cour, un requ\u00e9rant ne peut obtenir le remboursement de ses frais et d\u00e9pens que dans la mesure o\u00f9 se trouvent \u00e9tablis leur r\u00e9alit\u00e9, leur n\u00e9cessit\u00e9 et le caract\u00e8re raisonnable de leur taux.<\/p>\n<p>210. En l\u2019esp\u00e8ce, compte tenu des documents en sa possession et des crit\u00e8res susmentionn\u00e9s, la Cour juge raisonnable d\u2019allouer \u00e0 M.\u00a0Maillard, qui justifie des honoraires de son avocat dans le cadre des proc\u00e9dures internes et de la proc\u00e9dure men\u00e9e devant elle, la somme de 9\u00a0240\u00a0EUR tous frais confondus, plus tout montant pouvant \u00eatre d\u00fb sur cette somme \u00e0 titre d\u2019imp\u00f4t. En revanche, elle rejette les demandes pour frais et d\u00e9pens pr\u00e9sent\u00e9es par les trois autres requ\u00e9rants, qui ne justifient pas des d\u00e9penses engag\u00e9es (Merabishvili c.\u00a0G\u00e9orgie [GC], no\u00a072508\/13, \u00a7\u00a7\u00a0372-373, 28\u00a0novembre 2017).<\/p>\n<p><strong>PAR CES MOTIFS, LA COUR, \u00c0 L\u2019UNANIMIT\u00c9,<\/strong><\/p>\n<p>1. D\u00e9cide de joindre les requ\u00eates\u00a0;<\/p>\n<p>2. D\u00e9clare les requ\u00eates recevables\u00a0;<\/p>\n<p>3. Dit qu\u2019il y a eu violation de l\u2019article 6\u00a0\u00a7\u00a01 de la Convention\u00a0;<\/p>\n<p>4. Dit qu\u2019il y a eu violation, dans le chef de M.\u00a0Legros, de l\u2019article 1er du Protocole no\u00a01\u00a0;<\/p>\n<p>5. Dit<\/p>\n<p>a) que l\u2019\u00c9tat d\u00e9fendeur doit verser, dans un d\u00e9lai de trois mois \u00e0 compter de la date \u00e0 laquelle l\u2019arr\u00eat sera devenu d\u00e9finitif conform\u00e9ment \u00e0 l\u2019article\u00a044\u00a0\u00a7\u00a02 de la Convention, les sommes suivantes\u00a0:<\/p>\n<p>i. la somme de 3\u00a0000 EUR, respectivement \u00e0 Mme\u00a0Koulla, \u00e0 Mme\u00a0Baclet, \u00e0 M. Meynier et \u00e0 M. Maillard, plus tout montant pouvant \u00eatre d\u00fb sur cette somme \u00e0 titre d\u2019imp\u00f4t, pour dommage moral\u00a0;<\/p>\n<p>ii. la somme de 9\u00a0240\u00a0EUR \u00e0 M.\u00a0Maillard, plus tout montant pouvant \u00eatre d\u00fb sur cette somme par le requ\u00e9rant \u00e0 titre d\u2019imp\u00f4t, pour frais et d\u00e9pens\u00a0;<\/p>\n<p>b) qu\u2019\u00e0 compter de l\u2019expiration dudit d\u00e9lai et jusqu\u2019au versement, ces montants seront \u00e0 majorer d\u2019un int\u00e9r\u00eat simple \u00e0 un taux \u00e9gal \u00e0 celui de la facilit\u00e9 de pr\u00eat marginal de la Banque centrale europ\u00e9enne applicable pendant cette p\u00e9riode, augment\u00e9 de trois points de pourcentage\u00a0;<\/p>\n<p>6. Dit qu\u2019en ce qui concerne la somme \u00e0 octroyer \u00e0 M.\u00a0Legros et \u00e0 Mme\u00a0Koulla au titre du dommage mat\u00e9riel, la question de l\u2019application de l\u2019article 41 ne se trouve pas en \u00e9tat et, en cons\u00e9quence,<\/p>\n<p>a) la r\u00e9serve en entier\u00a0;<\/p>\n<p>b) invite le Gouvernement et les requ\u00e9rants \u00e0 lui soumettre par \u00e9crit, dans les six mois \u00e0 compter de la date de communication du pr\u00e9sent arr\u00eat, leurs observations sur la question et, en particulier, \u00e0 lui donner connaissance de tout accord auquel ils pourraient parvenir\u00a0;<\/p>\n<p>c) r\u00e9serve la proc\u00e9dure ult\u00e9rieure et d\u00e9l\u00e8gue au pr\u00e9sident de la Section le soin de la fixer au besoin\u00a0;<\/p>\n<p>7. Rejette le surplus des demandes correspondant aux frais et d\u00e9pens expos\u00e9s jusqu\u2019au stade actuel de la proc\u00e9dure devant la Cour, le surplus des demandes correspondant au dommage mat\u00e9riel en ce qui concerne Mme\u00a0Baclet et le surplus des demandes correspondant aux dommages moraux.<\/p>\n<p>Fait en fran\u00e7ais, puis communiqu\u00e9 par \u00e9crit le 9 novembre 2023, en application de l\u2019article\u00a077\u00a0\u00a7\u00a7\u00a02 et\u00a03 du r\u00e8glement.<\/p>\n<p>Victor Soloveytchik\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0 Georges Ravarani<br \/>\nGreffier\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0 Pr\u00e9sident<\/p>\n<p>__________<\/p>\n<p style=\"text-align: center;\"><strong>ANNexE<\/strong><\/p>\n<p>Liste des requ\u00eates<\/p>\n<table>\n<thead>\n<tr>\n<td width=\"37\"><strong>No.<\/strong><\/td>\n<td width=\"76\"><strong>Requ\u00eate N<sup>o<\/sup><\/strong><\/td>\n<td width=\"85\"><strong>Nom de l\u2019affaire<\/strong><\/td>\n<td width=\"85\"><strong>Introduite le<\/strong><\/td>\n<td width=\"113\"><strong>Requ\u00e9rant<br \/>\nAnn\u00e9e de naissance<\/strong><\/td>\n<td width=\"104\"><strong>Repr\u00e9sent\u00e9 par<\/strong><\/td>\n<\/tr>\n<\/thead>\n<tbody>\n<tr>\n<td width=\"37\">1.<\/td>\n<td width=\"76\">72173\/17<\/td>\n<td width=\"85\">Legros c.\u00a0France<\/td>\n<td width=\"85\">29\/09\/2017<\/td>\n<td width=\"113\"><strong>Mikael LEGROS<\/strong><br \/>\n1967<\/td>\n<td width=\"104\">Beno\u00eet JORION<\/td>\n<\/tr>\n<tr>\n<td width=\"37\">2.<\/td>\n<td width=\"76\">81453\/17<\/td>\n<td width=\"85\">Meynier c.\u00a0France<\/td>\n<td width=\"85\">28\/11\/2017<\/td>\n<td width=\"113\"><strong>Laurent MEYNIER<\/strong><br \/>\n1966<\/td>\n<td width=\"104\">Julien OCCHIPINTI<\/td>\n<\/tr>\n<tr>\n<td width=\"37\">3.<\/td>\n<td width=\"76\">38287\/18<\/td>\n<td width=\"85\">Mebtoul c.\u00a0France<\/td>\n<td width=\"85\">09\/08\/2018<\/td>\n<td width=\"113\"><strong>Mohammed MEBTOUL<\/strong><br \/>\n1949<\/td>\n<td width=\"104\">Paul HENRY<\/td>\n<\/tr>\n<tr>\n<td width=\"37\">4.<\/td>\n<td width=\"76\">38296\/18<\/td>\n<td width=\"85\">Siba c.\u00a0France<\/td>\n<td width=\"85\">09\/08\/2018<\/td>\n<td width=\"113\"><strong>Gandouz SIBA<\/strong><br \/>\n1961<\/td>\n<td width=\"104\">Paul HENRY<\/td>\n<\/tr>\n<tr>\n<td width=\"37\">5.<\/td>\n<td width=\"76\">38308\/18<\/td>\n<td width=\"85\">Bridi c.\u00a0France<\/td>\n<td width=\"85\">09\/08\/2018<\/td>\n<td width=\"113\"><strong>Dominique BRIDI<\/strong><br \/>\n1951<\/td>\n<td width=\"104\">Paul HENRY<\/td>\n<\/tr>\n<tr>\n<td width=\"37\">6.<\/td>\n<td width=\"76\">38330\/18<\/td>\n<td width=\"85\">Urbaniak c.\u00a0France<\/td>\n<td width=\"85\">09\/08\/2018<\/td>\n<td width=\"113\"><strong>Ren\u00e9 URBANIAK<\/strong><br \/>\n1961<\/td>\n<td width=\"104\">Paul HENRY<\/td>\n<\/tr>\n<tr>\n<td width=\"37\">7.<\/td>\n<td width=\"76\">38331\/18<\/td>\n<td width=\"85\">Rodziewicz c.\u00a0France<\/td>\n<td width=\"85\">09\/08\/2018<\/td>\n<td width=\"113\"><strong>Christian RODZIEWICZ<\/strong><br \/>\n1948<\/td>\n<td width=\"104\">Paul HENRY<\/td>\n<\/tr>\n<tr>\n<td width=\"37\">8.<\/td>\n<td width=\"76\">38408\/18<\/td>\n<td width=\"85\">Delannoy c. France<\/td>\n<td width=\"85\">09\/08\/2018<\/td>\n<td width=\"113\"><strong>Patrice DELANNOY<\/strong><br \/>\n1956<\/td>\n<td width=\"104\">Paul HENRY<\/td>\n<\/tr>\n<tr>\n<td width=\"37\">9.<\/td>\n<td width=\"76\">38436\/18<\/td>\n<td width=\"85\">Hottin c.\u00a0France<\/td>\n<td width=\"85\">06\/08\/2018<\/td>\n<td width=\"113\"><strong>Ir\u00e9n\u00e9e HOTTIN<\/strong><br \/>\n1950<\/td>\n<td width=\"104\">Paul HENRY<\/td>\n<\/tr>\n<tr>\n<td width=\"37\">10.<\/td>\n<td width=\"76\">38447\/18<\/td>\n<td width=\"85\">Leroux c.\u00a0France<\/td>\n<td width=\"85\">09\/08\/2018<\/td>\n<td width=\"113\"><strong>Jean-Paul LEROUX<\/strong><br \/>\n1961<\/td>\n<td width=\"104\">Paul HENRY<\/td>\n<\/tr>\n<tr>\n<td width=\"37\">11.<\/td>\n<td width=\"76\">38456\/18<\/td>\n<td width=\"85\">Dumon c.\u00a0France<\/td>\n<td width=\"85\">09\/08\/2018<\/td>\n<td width=\"113\"><strong>Michel DUMON<\/strong><br \/>\n1950<\/td>\n<td width=\"104\">Paul HENRY<\/td>\n<\/tr>\n<tr>\n<td width=\"37\">12.<\/td>\n<td width=\"76\">38457\/18<\/td>\n<td width=\"85\">Sadowski c.\u00a0France<\/td>\n<td width=\"85\">09\/08\/2018<\/td>\n<td width=\"113\"><strong>Danielle SADOWSKI<\/strong><br \/>\n1956<\/td>\n<td width=\"104\">Paul HENRY<\/td>\n<\/tr>\n<tr>\n<td width=\"37\">13.<\/td>\n<td width=\"76\">38465\/18<\/td>\n<td width=\"85\">Flinois c.\u00a0France<\/td>\n<td width=\"85\">09\/08\/2018<\/td>\n<td width=\"113\"><strong>Claude FLINOIS<\/strong><br \/>\n1950<\/td>\n<td width=\"104\">Paul HENRY<\/td>\n<\/tr>\n<tr>\n<td width=\"37\">14.<\/td>\n<td width=\"76\">38659\/18<\/td>\n<td width=\"85\">Leleu c.\u00a0France<\/td>\n<td width=\"85\">06\/08\/2018<\/td>\n<td width=\"113\"><strong>Herv\u00e9 LELEU<\/strong><br \/>\n1953<\/td>\n<td width=\"104\">Paul HENRY<\/td>\n<\/tr>\n<tr>\n<td width=\"37\">15.<\/td>\n<td width=\"76\">47881\/18<\/td>\n<td width=\"85\">Trani c.\u00a0France<\/td>\n<td width=\"85\">05\/10\/2018<\/td>\n<td width=\"113\"><strong>Gustave TRANI<\/strong><br \/>\n1949<\/td>\n<td width=\"104\">Philippe CARLINI<\/td>\n<\/tr>\n<tr>\n<td width=\"37\">16.<\/td>\n<td width=\"76\">25625\/20<\/td>\n<td width=\"85\">Maillard c.\u00a0France<\/td>\n<td width=\"85\">23\/06\/2020<\/td>\n<td width=\"113\"><strong>Christophe MAILLARD<\/strong><br \/>\n1958<\/td>\n<td width=\"104\">Isabelle BEGUIN<\/td>\n<\/tr>\n<tr>\n<td width=\"37\">17.<\/td>\n<td width=\"76\">26768\/20<\/td>\n<td width=\"85\">Baclet c.\u00a0France<\/td>\n<td width=\"85\">24\/06\/2020<\/td>\n<td width=\"113\"><strong>Nadia BACLET<\/strong><br \/>\n1956<\/td>\n<td width=\"104\">Philippe KAIGL<\/td>\n<\/tr>\n<tr>\n<td width=\"37\">18.<\/td>\n<td width=\"76\">31317\/20<\/td>\n<td width=\"85\">Koulla c.\u00a0France<\/td>\n<td width=\"85\">20\/07\/2020<\/td>\n<td width=\"113\"><strong>Zakia KOULLA<\/strong><br \/>\n1952<\/td>\n<td width=\"104\">Herve CASSEL<\/td>\n<\/tr>\n<\/tbody>\n<\/table>\n<p>____________<\/p>\n<p>[1] Il s\u2019agit d\u2019une reprise du sixi\u00e8me paragraphe de la d\u00e9cision Czabaj (paragraphe 67 ci\u2011dessous).<br \/>\n[2] Il s\u2019agit d\u2019une reprise du cinqui\u00e8me paragraphe de la d\u00e9cision Czabaj (paragraphe 67 ci\u2011dessous)<br \/>\n[3] Voir en ce sens la note de bas de page n\u00b0 2<br \/>\n[4] Voir en ce sens la note de bas de page n\u00b0 2<br \/>\n[5] Voir en ce sens la note de bas de page n\u00b0\u00a01<br \/>\n[6] Voir en ce sens la note de bas de page n\u00b0 2<br \/>\n[7] Voir en ce sens la note de bas de page n\u00b0 2<br \/>\n[8] Voir en ce sens la note de bas de page n\u00b0 2<br \/>\n[9] M.\u00a0Meynier<br \/>\n[10] Mme Baclet<br \/>\n[11] M.\u00a0Legros<br \/>\n[12] M.\u00a0Legros, M.\u00a0Maillard<br \/>\n[13] MM.\u00a0Mebtoul et autres, Mme Koulla, Mme Baclet<br \/>\n[14] Mme Koulla<br \/>\n[15] M.\u00a0Legros<br \/>\n[16] MM.\u00a0Legros et Meynier et Mme Baclet<br \/>\n[17] M.\u00a0Meynier<br \/>\n[18] M.\u00a0Meynier, Mme Baclet<br \/>\n[19] Mme Koulla<br \/>\n[20] M.\u00a0Legros, M. Meynier<br \/>\n[21] Mme Koulla, MM. Mebtoul et autres, Mme Baclet<br \/>\n[22] M.\u00a0Legros, Mme Koulla, M. Maillard, Mme Baclet<br \/>\n[23] MM.\u00a0Mebtoul et autres<br \/>\n[24] MM.\u00a0Trani et Maillard<br \/>\n[25] M.\u00a0Legros, MM. Mebtoul et autres<br \/>\n[26] Mme Koulla<br \/>\n[27] M.\u00a0Legros, M. Trani, Mme Koulla, M. Meynier, MM. Mebtoul et autres, M.\u00a0Maillard et Mme\u00a0Baclet<br \/>\n[28] M.\u00a0Legros<br \/>\n[29] Mme Baclet<br \/>\n[30] M.\u00a0Legros, Mme Koulla, M. Maillard<br \/>\n[31] M.\u00a0Maillard<br \/>\n[32] MM.\u00a0Trani et Maillard<br \/>\n[33] M.\u00a0Maillard<br \/>\n[34] M.\u00a0Maillard<br \/>\n[35] M.\u00a0Maillard<br \/>\n[36] Mme Koulla, MM. Mebtoul et autres<\/p>\n<div class=\"social-share-buttons\"><a href=\"https:\/\/www.facebook.com\/sharer\/sharer.php?u=https:\/\/loisdumonde.com\/?p=2191\" target=\"_blank\" rel=\"noopener\">Facebook<\/a><a href=\"https:\/\/twitter.com\/intent\/tweet?url=https:\/\/loisdumonde.com\/?p=2191&text=AFFAIRE+LEGROS+ET+AUTRES+c.+FRANCE+%E2%80%93+72173%2F17+et+17+autres.+Les+requ%C3%AAtes+sont+relatives+%C3%A0+l%E2%80%99application+imm%C3%A9diate%2C+en+cours+d%E2%80%99instance%2C+d%E2%80%99un+nouveau+d%C3%A9lai+limitant+dans+le+temps+l%E2%80%99introduction+d%E2%80%99un+recours+contentieux\" target=\"_blank\" rel=\"noopener\">Twitter<\/a><a href=\"https:\/\/www.linkedin.com\/shareArticle?url=https:\/\/loisdumonde.com\/?p=2191&title=AFFAIRE+LEGROS+ET+AUTRES+c.+FRANCE+%E2%80%93+72173%2F17+et+17+autres.+Les+requ%C3%AAtes+sont+relatives+%C3%A0+l%E2%80%99application+imm%C3%A9diate%2C+en+cours+d%E2%80%99instance%2C+d%E2%80%99un+nouveau+d%C3%A9lai+limitant+dans+le+temps+l%E2%80%99introduction+d%E2%80%99un+recours+contentieux\" target=\"_blank\" rel=\"noopener\">LinkedIn<\/a><a href=\"https:\/\/pinterest.com\/pin\/create\/button\/?url=https:\/\/loisdumonde.com\/?p=2191&description=AFFAIRE+LEGROS+ET+AUTRES+c.+FRANCE+%E2%80%93+72173%2F17+et+17+autres.+Les+requ%C3%AAtes+sont+relatives+%C3%A0+l%E2%80%99application+imm%C3%A9diate%2C+en+cours+d%E2%80%99instance%2C+d%E2%80%99un+nouveau+d%C3%A9lai+limitant+dans+le+temps+l%E2%80%99introduction+d%E2%80%99un+recours+contentieux\" target=\"_blank\" rel=\"noopener\">Pinterest<\/a><\/div>","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Les requ\u00eates sont relatives \u00e0 l\u2019application imm\u00e9diate, en cours d\u2019instance, d\u2019un nouveau d\u00e9lai limitant dans le temps l\u2019introduction d\u2019un recours contentieux, consacr\u00e9 par le Conseil d\u2019\u00c9tat dans la d\u00e9cision \u00ab\u00a0Czabaj\u00a0\u00bb. Par cette d\u00e9cision, le Conseil d\u2019\u00c9tat a pos\u00e9 le principe&hellip;<\/p>\n<p class=\"more-link-p\"><a class=\"more-link\" href=\"https:\/\/loisdumonde.com\/?p=2191\">Read more &rarr;<\/a><\/p>\n","protected":false},"author":1,"featured_media":0,"comment_status":"open","ping_status":"closed","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"_lmt_disableupdate":"no","_lmt_disable":"no","footnotes":""},"categories":[1],"tags":[],"class_list":["post-2191","post","type-post","status-publish","format-standard","hentry","category-cour-europeenne-des-droits-de-lhomme"],"modified_by":"loisdumonde","_links":{"self":[{"href":"https:\/\/loisdumonde.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/2191","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/loisdumonde.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/loisdumonde.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/loisdumonde.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/users\/1"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/loisdumonde.com\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcomments&post=2191"}],"version-history":[{"count":2,"href":"https:\/\/loisdumonde.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/2191\/revisions"}],"predecessor-version":[{"id":2193,"href":"https:\/\/loisdumonde.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/2191\/revisions\/2193"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/loisdumonde.com\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fmedia&parent=2191"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/loisdumonde.com\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcategories&post=2191"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/loisdumonde.com\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Ftags&post=2191"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}