{"id":2160,"date":"2023-10-24T10:41:05","date_gmt":"2023-10-24T10:41:05","guid":{"rendered":"https:\/\/loisdumonde.com\/?p=2160"},"modified":"2023-10-24T10:41:05","modified_gmt":"2023-10-24T10:41:05","slug":"affaire-pomul-s-r-l-et-subervin-s-r-l-c-republique-de-moldova-14323-13-et-47663-13","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/loisdumonde.com\/?p=2160","title":{"rendered":"AFFAIRE POMUL S.R.L. ET SUBERVIN S.R.L. c. R\u00c9PUBLIQUE DE MOLDOVA &#8211; 14323\/13 et 47663\/13"},"content":{"rendered":"<p><span style=\"color: #800000;\">Les requ\u00eates concernent la responsabilit\u00e9 de l\u2019\u00c9tat pour le d\u00e9faut d\u2019ex\u00e9cution des d\u00e9cisions de justice rendues en faveur des soci\u00e9t\u00e9s requ\u00e9rantes contre une soci\u00e9t\u00e9 dont l\u2019actionnaire majoritaire \u00e9tait l\u2019\u00c9tat.<\/span><\/p>\n<hr \/>\n<p style=\"text-align: center;\"><!--more-->DEUXI\u00c8ME SECTION<br \/>\n<strong>AFFAIRE POMUL S.R.L. ET SUBERVIN S.R.L. c. R\u00c9PUBLIQUE DE MOLDOVA<\/strong><br \/>\n<em>(Requ\u00eates nos 14323\/13 et 47663\/13)<\/em><br \/>\nARR\u00caT<\/p>\n<p>Art 6 \u00a7 1 (civil) \u2022 Acc\u00e8s \u00e0 un tribunal \u2022 Art 1 P1\u2022 Respect des biens \u2022 Inex\u00e9cution des jugements d\u00e9finitifs en faveur des soci\u00e9t\u00e9s requ\u00e9rantes contre une soci\u00e9t\u00e9 ayant pour actionnaire majoritaire l\u2019\u00c9tat dans un d\u00e9lai raisonnable soit environ quatorze ans et six mois<br \/>\nArt 13 (+ Art 6 \u00a7 1 + Art 1 P1) \u2022 Ineffectivit\u00e9 du recours n\u2019ayant pas offert un redressement suffisant<\/p>\n<p style=\"text-align: center;\">STRASBOURG<br \/>\n24 octobre 2023<\/p>\n<p>Cet arr\u00eat deviendra d\u00e9finitif dans les conditions d\u00e9finies \u00e0 l\u2019article 44 \u00a7 2 de la Convention. Il peut subir des retouches de forme.<\/p>\n<p><strong>En l\u2019affaire Pomul S.R.L. et Subervin S.R.L. c. R\u00e9publique de Moldova,<\/strong><\/p>\n<p>La Cour europ\u00e9enne des droits de l\u2019homme (deuxi\u00e8me section), si\u00e9geant en une chambre compos\u00e9e de\u00a0:<br \/>\nArnfinn B\u00e5rdsen, pr\u00e9sident,<br \/>\nEgidijus K\u016bris,<br \/>\nPauliine Koskelo,<br \/>\nSaadet Y\u00fcksel,<br \/>\nLorraine Schembri Orland,<br \/>\nFr\u00e9d\u00e9ric Krenc,<br \/>\nDiana S\u00e2rcu, juges,<br \/>\net de Hasan Bak\u0131rc\u0131, greffier de section,<br \/>\nVu\u00a0:<\/p>\n<p>les requ\u00eates (nos\u00a014323\/13 et 47663\/13) dirig\u00e9es contre la R\u00e9publique de Moldova et dont deux soci\u00e9t\u00e9s, \u00ab\u00a0Pomul\u00a0\u00bb S.R.L. et \u00ab\u00a0Subervin\u00a0\u00bb S.R.L. (\u00ab\u00a0les soci\u00e9t\u00e9s requ\u00e9rantes\u00a0\u00bb), ont saisi la Cour en vertu de l\u2019article\u00a034 de la Convention de sauvegarde des droits de l\u2019homme et des libert\u00e9s fondamentales (\u00ab\u00a0la Convention\u00a0\u00bb) le 21 janvier 2013 et le 19 juillet 2013 respectivement,<\/p>\n<p>la d\u00e9cision partielle du 1er septembre 2015 de joindre les deux pr\u00e9sentes requ\u00eates aux requ\u00eates nos 16000\/10 et autres et de porter \u00e0 la connaissance du gouvernement moldave (\u00ab\u00a0le Gouvernement\u00a0\u00bb) les griefs tir\u00e9s des articles\u00a06\u00a0\u00a7\u00a01 et 13 de la Convention, ainsi que l\u2019article 1er du Protocole no 1 \u00e0 la Convention, et d\u2019en d\u00e9clarer irrecevable le surplus,<\/p>\n<p>les observations des parties,<\/p>\n<p>Apr\u00e8s en avoir d\u00e9lib\u00e9r\u00e9 en chambre du conseil le 3 octobre 2023,<\/p>\n<p>Rend l\u2019arr\u00eat que voici, adopt\u00e9 \u00e0 cette date\u00a0:<\/p>\n<p><strong>INTRODUCTION<\/strong><\/p>\n<p>1. Les requ\u00eates concernent la responsabilit\u00e9 de l\u2019\u00c9tat pour le d\u00e9faut d\u2019ex\u00e9cution des d\u00e9cisions de justice rendues en faveur des soci\u00e9t\u00e9s requ\u00e9rantes contre une soci\u00e9t\u00e9 dont l\u2019actionnaire majoritaire \u00e9tait l\u2019\u00c9tat. Les soci\u00e9t\u00e9s requ\u00e9rantes se plaignent de la violation des articles 6 \u00a7 1 et 13 de la Convention, ainsi que de l\u2019article 1 du Protocole no 1 \u00e0 la Convention.<\/p>\n<p><strong>EN FAIT<\/strong><\/p>\n<p>2. La requ\u00e9rante dans la requ\u00eate no 14323\/13 (\u00ab\u00a0la premi\u00e8re requ\u00e9rante\u00a0\u00bb) et la requ\u00e9rante dans la requ\u00eate no 47663\/13 (\u00ab\u00a0la seconde requ\u00e9rante\u00a0\u00bb) sont deux soci\u00e9t\u00e9s \u00e0 responsabilit\u00e9 limit\u00e9e de droit moldave ayant leur si\u00e8ge \u00e0 \u021aibirica, C\u0103l\u0103ra\u0219i. Elles ont \u00e9t\u00e9 repr\u00e9sent\u00e9es devant la Cour par Me\u00a0A.\u00a0Chiriac, avocat.<\/p>\n<p>3. Le Gouvernement a \u00e9t\u00e9 repr\u00e9sent\u00e9 par ses anciens agents, MM.\u00a0M.\u00a0Gurin et O. Rotari, ainsi que par son ancienne agente ad\u00a0interim, Mme\u00a0R.\u00a0Revencu.<\/p>\n<p>4. La soci\u00e9t\u00e9 Vinuri-Ialoveni S.A. est une soci\u00e9t\u00e9 par actions cr\u00e9\u00e9e en 1996 par le minist\u00e8re de la Privatisation et de la Gestion de la propri\u00e9t\u00e9 publique, suite \u00e0 la r\u00e9organisation d\u2019une entreprise publique. La production et le commerce du vin et de boissons spiritueuses constituent son activit\u00e9 principale. Depuis sa cr\u00e9ation, la participation de l\u2019\u00c9tat dans cette derni\u00e8re\u00a0soci\u00e9t\u00e9 s\u2019\u00e9l\u00e8ve autour de 60% du total de ses actions.<\/p>\n<p>5. En 2005, les soci\u00e9t\u00e9s requ\u00e9rantes sign\u00e8rent avec Vinuri-Ialoveni S.A. deux contrats relatifs \u00e0 la vente de marchandises, mais cette derni\u00e8re \u00e9choua d\u2019honorer les paiements convenus.<\/p>\n<p>6. Par deux jugements rendus respectivement le 20 novembre 2008 et le 8\u00a0d\u00e9cembre 2008, le tribunal \u00e9conomique de circonscription reconnut les cr\u00e9ances des soci\u00e9t\u00e9s requ\u00e9rantes \u00e0 l\u2019encontre de Vinuri-Ialoveni S.A. d\u00e9coulant des contrats conclus en 2005, pour un montant de 335\u00a0302,31\u00a0lei moldaves (MDL) (environ 16\u00a0919 euros (EUR)) pour la premi\u00e8re\u00a0requ\u00e9rante et de 692\u00a0089,04 MDL (environ 34\u00a0922 EUR) pour la seconde requ\u00e9rante.<\/p>\n<p>7. En f\u00e9vrier 2009, d\u00e8s que les jugements ont \u00e9t\u00e9 rendus ex\u00e9cutoires, les soci\u00e9t\u00e9s requ\u00e9rantes saisirent un huissier de justice. Celui-ci proc\u00e9da \u00e0 la mise sous s\u00e9questre de biens immobiliers appartenant \u00e0 la soci\u00e9t\u00e9 d\u00e9bitrice, \u00e0 savoir deux constructions et un terrain d\u2019une valeur estim\u00e9e \u00e0 6\u00a0204\u00a0064\u00a0MDL (environ 310\u00a0203 EUR).<\/p>\n<p>8. Le 26 ao\u00fbt 2009, l\u2019huissier de justice se dessaisit de la vente aux ench\u00e8res au profit du minist\u00e8re de l\u2019\u00c9conomie et du Commerce, en tant qu\u2019autorit\u00e9 publique habilit\u00e9e par l\u2019article 7 \u00a7 4 de la loi relative \u00e0 la gestion et la privatisation de la propri\u00e9t\u00e9 publique pour la vente des biens appartenant \u00e0 la soci\u00e9t\u00e9 d\u00e9bitrice (voir paragraphe 15 ci-dessous). Malgr\u00e9 plusieurs relances de la part des huissiers, cette vente n\u2019eut finalement pas lieu.<\/p>\n<p>9. Le 1er octobre 2010, la soci\u00e9t\u00e9 d\u00e9bitrice est entr\u00e9e en proc\u00e9dure d\u2019insolvabilit\u00e9. L\u2019huissier de justice suspendit la proc\u00e9dure d\u2019ex\u00e9cution. Les deux soci\u00e9t\u00e9s requ\u00e9rantes se sont constitu\u00e9es cr\u00e9anci\u00e8res dans la proc\u00e9dure pour des montants \u00e9quivalents \u00e0 leurs cr\u00e9ances.<\/p>\n<p>10. En novembre 2011, les deux requ\u00e9rantes introduisirent devant les juridictions internes deux actions parall\u00e8les contre le minist\u00e8re des Finances fond\u00e9es sur la loi no 87 du 21 avril 2011 (voir paragraphe 17 ci-dessous) pour la r\u00e9paration par l\u2019\u00c9tat du pr\u00e9judice caus\u00e9 par la violation du droit \u00e0 l\u2019ex\u00e9cution d\u2019une d\u00e9cision de justice dans un d\u00e9lai raisonnable. Les requ\u00e9rantes r\u00e9clam\u00e8rent les montants des cr\u00e9ances d\u00e9tenues contre la soci\u00e9t\u00e9 d\u00e9bitrice, all\u00e9guant la responsabilit\u00e9 de l\u2019\u00c9tat pour les dettes de cette derni\u00e8re. Elles demand\u00e8rent \u00e9galement la r\u00e9paration du pr\u00e9judice mat\u00e9riel d\u00e9coulant des majorations et des p\u00e9nalit\u00e9s pendant la p\u00e9riode de non-ex\u00e9cution et des montants \u00e0 titre de r\u00e9paration morale.<\/p>\n<p>11. Dans la proc\u00e9dure entam\u00e9e par la premi\u00e8re requ\u00e9rante, le tribunal de premi\u00e8re instance statua en sa faveur et ordonna \u00e0 l\u2019\u00c9tat de rembourser la dette, les int\u00e9r\u00eats et les p\u00e9nalit\u00e9s pour la non-ex\u00e9cution de la d\u00e9cision d\u00e9finitive, ainsi que de r\u00e9parer le pr\u00e9judice moral caus\u00e9. Cependant, le 1er\u00a0novembre 2012, la Cour d\u2019appel de Chi\u0219in\u0103u annula le jugement rendu en premi\u00e8re instance et rejeta l\u2019action pour absence de fondement, au vu des mesures prises par l\u2019huissier de justice dans la proc\u00e9dure d\u2019ex\u00e9cution et compte tenu de l\u2019entr\u00e9e de la soci\u00e9t\u00e9 d\u00e9bitrice en proc\u00e9dure d\u2019insolvabilit\u00e9.<\/p>\n<p>12. En ce qui concerne la proc\u00e9dure engag\u00e9e par la seconde requ\u00e9rante sur le fond de la m\u00eame loi, le tribunal de premi\u00e8re instance accueillit partiellement l\u2019action le 6 avril 2012, constatant que le retard dans l\u2019ex\u00e9cution ne pouvait \u00eatre justifi\u00e9 par l\u2019absence de fonds d\u2019une organisation publique. Il octroya 15\u00a0000 MDL (environ 970 EUR) \u00e0 titre de r\u00e9paration morale et rejeta l\u2019action pour le surplus. Le 11 juillet 2013, la Cour supr\u00eame de justice confirma ce jugement.<\/p>\n<p>13. \u00c0 ce jour, la proc\u00e9dure d\u2019insolvabilit\u00e9 de la soci\u00e9t\u00e9 d\u00e9bitrice est toujours pendante.<\/p>\n<p><strong>LE CADRE JURIDIQUE INTERNE PERTINENT<\/strong><\/p>\n<p>14. Les dispositions pertinentes en l\u2019esp\u00e8ce du code civil du 6 juin 2002, telles qu\u2019elles \u00e9taient en vigueur \u00e0 l\u2019\u00e9poque des faits, se lisaient comme suit\u00a0:<\/p>\n<p style=\"text-align: center;\">Article 156<\/p>\n<p style=\"text-align: center;\">Dispositions g\u00e9n\u00e9rales relatives \u00e0 la soci\u00e9t\u00e9 par actions<\/p>\n<p>\u00ab\u00a0(1) La soci\u00e9t\u00e9 par actions repr\u00e9sente une soci\u00e9t\u00e9 commerciale dont le capital social est divis\u00e9 en actions et dont les obligations sont garanties par le patrimoine de la soci\u00e9t\u00e9. (&#8230;)<\/p>\n<p>(3) Les actionnaires ne sont pas responsables des obligations de la soci\u00e9t\u00e9, mais supportent le risque de pertes dans la limite de leur participation au capital social.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p>15. Les dispositions pertinentes en l\u2019esp\u00e8ce de la loi no 121 du 4 mai 2007 relative \u00e0 la gestion et la privatisation de la propri\u00e9t\u00e9 publique, telles qu\u2019elles \u00e9taient en vigueur \u00e0 l\u2019\u00e9poque o\u00f9 la proc\u00e9dure d\u2019ex\u00e9cution fut lanc\u00e9e, se lisaient comme suit\u00a0:<\/p>\n<p style=\"text-align: center;\">Article 2<\/p>\n<p style=\"text-align: center;\">Notions principales<\/p>\n<p>\u00ab\u00a0Au sens de la pr\u00e9sente loi, les notions principales se d\u00e9finissent comme il suit\u00a0:<\/p>\n<p>(&#8230;)<\/p>\n<p>soci\u00e9t\u00e9 commerciale \u00e0 capital majoritairement public \u2013 soci\u00e9t\u00e9 commerciale dans laquelle l\u2019\u00c9tat d\u00e9tient une participation en actions ou en parts sociales qui lui accorde, lors de l\u2019assembl\u00e9e g\u00e9n\u00e9rale, plus de 50% de tous les votes des actionnaires (associ\u00e9s) ou une autre proportion qui assure une majorit\u00e9 simple des votes\u00a0(&#8230;)\u00a0\u00bb<\/p>\n<p style=\"text-align: center;\">Article 7<\/p>\n<p style=\"text-align: center;\">Les fonctions de l\u2019organe habilit\u00e9 de la gestion et la privatisation de la propri\u00e9t\u00e9 publique<\/p>\n<p>\u00ab\u00a0(4) Dans le domaine de la privatisation, l\u2019organe habilit\u00e9 [l\u2019Agence de la propri\u00e9t\u00e9 publique] d\u00e9tient les comp\u00e9tences suivantes\u00a0: (&#8230;)<\/p>\n<p>e) l\u2019organisation (&#8230;) et la mise en \u0153uvre du processus de commercialisation des actifs saisis des entreprises d\u2019\u00c9tat et des soci\u00e9t\u00e9s commerciales dans lesquelles la part de l\u2019\u00c9tat n\u2019est pas inf\u00e9rieure \u00e0 25%, non incluses dans la liste des actifs non privatisables\u00a0; (&#8230;)\u00a0\u00bb<\/p>\n<p>Conform\u00e9ment \u00e0 l\u2019article 12, la gestion de la propri\u00e9t\u00e9 publique comprend, entre autres, les op\u00e9rations commerciales visant les actifs \u00ab\u00a0non-utilis\u00e9s dans le processus technologique\u00a0\u00bb des soci\u00e9t\u00e9s commerciales \u00e0 capital majoritairement public, telles que la location, le bail, le bail gratuit et la vente, ainsi que la restructuration de ces soci\u00e9t\u00e9s, la promotion d\u2019investissements priv\u00e9s ou, le cas \u00e9ch\u00e9ant, leur liquidation. Aux termes des articles 17 et 18, les actifs non\u2011utilis\u00e9s des soci\u00e9t\u00e9s commerciales \u00e0 capital majoritairement public peuvent \u00eatre lou\u00e9s ou vendus uniquement avec l\u2019accord pr\u00e9alable des autorit\u00e9s de l\u2019administration publique centrale et locale. Les revenus ainsi g\u00e9n\u00e9r\u00e9s peuvent servir prioritairement au paiement des dettes des soci\u00e9t\u00e9s au budget public. Conform\u00e9ment \u00e0 l\u2019article 21, l\u2019activit\u00e9 des soci\u00e9t\u00e9s commerciales \u00e0 capital publique ou majoritairement public est soumise \u00e0 la surveillance financi\u00e8re du minist\u00e8re des Finances.<\/p>\n<p>16. L\u2019article 69 de la loi no 1134 du 2 avril 1997 relative aux soci\u00e9t\u00e9s par actions en vigueur \u00e0 l\u2019\u00e9poque des faits, se lisait comme suit\u00a0:<\/p>\n<p>\u00ab\u00a0(6) L\u2019organe ex\u00e9cutif de la soci\u00e9t\u00e9 pr\u00e9sente aux autorit\u00e9s de l\u2019administration publique centrale ou locale fondatrice les rapports sur l\u2019activit\u00e9 \u00e9conomique et financi\u00e8re de la soci\u00e9t\u00e9, dans lesquels la part de l\u2019\u00c9tat repr\u00e9sente 50% plus une action, et, le cas \u00e9ch\u00e9ant, les r\u00e9sultats de l\u2019audit ind\u00e9pendant des rapports financiers annuels.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p>17. Les dispositions de la loi no 87 de 21 avril 2011 sur la r\u00e9paration par l\u2019\u00c9tat des dommages caus\u00e9s par la violation du droit \u00e0 un jugement de l\u2019affaire dans un d\u00e9lai raisonnable ou du droit \u00e0 l\u2019ex\u00e9cution de la d\u00e9cision de justice dans un d\u00e9lai raisonnable sont r\u00e9sum\u00e9es dans l\u2019affaire Balan c.\u00a0R\u00e9publique de Moldova ((d\u00e9c.), no 44746\/08, \u00a7 9, 24 janvier 2012), Cristea c.\u00a0R\u00e9publique de Moldova (no 35098\/12, \u00a7 21, 12 f\u00e9vrier 2019), et Titan Total Group S.R.L. c. R\u00e9publique de Moldova (no 61458\/08, \u00a7 43, 6 juillet 2021).<\/p>\n<p><strong>EN DROIT<\/strong><\/p>\n<p><strong>I. SUR LA JONCTION DES REQU\u00caTES<\/strong><\/p>\n<p>18. Le 1er septembre 2015, la Cour avait d\u00e9cid\u00e9 de joindre les deux\u00a0pr\u00e9sentes requ\u00eates aux soixante-et-une autres requ\u00eates (Ialtexgal Aurica S.A. c.\u00a0R\u00e9publique de Moldova et 60 autres requ\u00eates (d\u00e9c.), nos 16000\/10 et autres, 1er\u00a0septembre 2015). Elle estime qu\u2019il est n\u00e9cessaire maintenant de les disjoindre de ce groupe de requ\u00eates.<\/p>\n<p>19. Cependant, compte tenu des similitudes factuelles et juridiques entre les deux pr\u00e9sentes requ\u00eates, la Cour estime appropri\u00e9 de les examiner conjointement en un seul arr\u00eat (article 42 \u00a7 1 du r\u00e8glement de la Cour).<\/p>\n<p><strong>II. SUR LA VIOLATION ALL\u00c9GU\u00c9E DE L\u2019ARTICLE 6 \u00a7 1 DE LA CONVENTION, DE L\u2019ARTICLE 1 DU PROTOCOLE No1 \u00c0 LA CONVENTION et de l\u2019article 13 de la Convention<\/strong><\/p>\n<p>20. Les soci\u00e9t\u00e9s requ\u00e9rantes se plaignent de la non-ex\u00e9cution des jugements rendus en leur faveur. Elles invoquent l\u2019article 6 \u00a7 1 de la Convention et l\u2019article 1 du Protocole no 1 \u00e0 la Convention, seuls et combin\u00e9s avec l\u2019article 13 de la Convention, qui sont ainsi libell\u00e9s\u00a0:<\/p>\n<p style=\"text-align: center;\">Article 6 \u00a7 1<\/p>\n<p>\u00ab\u00a0Toute personne a droit \u00e0 ce que sa cause soit entendue (&#8230;) par un tribunal (&#8230;) qui d\u00e9cidera (&#8230;) des contestations sur ses droits et obligations de caract\u00e8re civil (&#8230;)\u00a0\u00bb<\/p>\n<p style=\"text-align: center;\">Article 13<\/p>\n<p>\u00ab\u00a0Toute personne dont les droits et libert\u00e9s reconnus dans la (&#8230;) Convention ont \u00e9t\u00e9 viol\u00e9s a droit \u00e0 l\u2019octroi d\u2019un recours effectif devant une instance nationale, alors m\u00eame que la violation aurait \u00e9t\u00e9 commise par des personnes agissant dans l\u2019exercice de leurs fonctions officielles.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p style=\"text-align: center;\">Article 1 du Protocole no 1<\/p>\n<p>\u00ab\u00a0Toute personne physique ou morale a droit au respect de ses biens. Nul ne peut \u00eatre priv\u00e9 de sa propri\u00e9t\u00e9 que pour cause d\u2019utilit\u00e9 publique et dans les conditions pr\u00e9vues par la loi et les principes g\u00e9n\u00e9raux du droit international.<\/p>\n<p>Les dispositions pr\u00e9c\u00e9dentes ne portent pas atteinte au droit que poss\u00e8dent les \u00c9tats de mettre en vigueur les lois qu\u2019ils jugent n\u00e9cessaires pour r\u00e9glementer l\u2019usage des biens conform\u00e9ment \u00e0 l\u2019int\u00e9r\u00eat g\u00e9n\u00e9ral ou pour assurer le paiement des imp\u00f4ts ou d\u2019autres contributions ou des amendes.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p><strong>A. Sur la recevabilit\u00e9<\/strong><\/p>\n<p>21. Le Gouvernement soutient que les soci\u00e9t\u00e9s requ\u00e9rantes ont eu acc\u00e8s \u00e0 un recours indemnitaire pour la dur\u00e9e de non-ex\u00e9cution all\u00e9gu\u00e9e et qu\u2019elles ne peuvent plus se pr\u00e9valoir de la qualit\u00e9 de victime au titre des articles invoqu\u00e9s, car les tribunaux internes appel\u00e9s \u00e0 statuer sur la responsabilit\u00e9 de l\u2019\u00c9tat dans les proc\u00e9dures d\u2019ex\u00e9cution litigieuses auraient allou\u00e9 des r\u00e9parations ad\u00e9quates aux circonstances des deux affaires. Il fait valoir \u00e9galement la qualit\u00e9 de d\u00e9biteur priv\u00e9 de la soci\u00e9t\u00e9 Vinuri-Ialoveni S.A. et la complexit\u00e9 de la proc\u00e9dure d\u2019insolvabilit\u00e9 qui est toujours en cours. Invit\u00e9 \u00e0 commenter au sujet de l\u2019ind\u00e9pendance de l\u2019entreprise d\u00e9bitrice par rapport aux autorit\u00e9s publiques, le Gouvernement s\u2019est limit\u00e9 \u00e0 fournir des informations quant \u00e0 la forme juridique de la soci\u00e9t\u00e9 et \u00e0 la proportion de participation de l\u2019\u00c9tat dans son capital social (voir paragraphe 4 ci-dessus). Il indique, par ailleurs, que les cr\u00e9ances seront satisfaites dans la proc\u00e9dure d\u2019insolvabilit\u00e9 selon l\u2019ordre de priorit\u00e9.<\/p>\n<p>22. Les soci\u00e9t\u00e9s requ\u00e9rantes r\u00e9torquent qu\u2019elles n\u2019ont pas b\u00e9n\u00e9fici\u00e9 d\u2019un redressement ad\u00e9quat, car les tribunaux internes ont refus\u00e9 d\u2019engager la responsabilit\u00e9 de l\u2019\u00c9tat pour les dettes de la soci\u00e9t\u00e9 Vinuri-Ialoveni\u00a0S.A. Elles soutiennent que, malgr\u00e9 l\u2019\u00e9coulement d\u2019une nouvelle p\u00e9riode de non\u2011ex\u00e9cution apr\u00e8s l\u2019exercice du recours indemnitaire, elles n\u2019ont toujours pas b\u00e9n\u00e9fici\u00e9 du paiement de leurs cr\u00e9ances. Elles contestent ensuite l\u2019efficacit\u00e9 du recours interne compte tenu des d\u00e9lais d\u2019examen des actions en r\u00e9paration engag\u00e9es par les requ\u00e9rantes.<\/p>\n<p>23. La Cour observe que les exceptions pr\u00e9liminaires soulev\u00e9es par le Gouvernement en l\u2019esp\u00e8ce portent, d\u2019une part, sur la question de responsabilit\u00e9 de l\u2019\u00c9tat d\u00e9fendeur pour les dettes de la soci\u00e9t\u00e9 d\u00e9bitrice et, d\u2019autre part, sur la question de savoir si, eu \u00e9gard aux recours indemnitaires exerc\u00e9s au niveau interne, les requ\u00e9rantes peuvent se pr\u00e9tendre toujours victimes des violations all\u00e9gu\u00e9es. Par cons\u00e9quent, la Cour va se pencher sur l\u2019examen de ces questions.<\/p>\n<p><strong>1. La responsabilit\u00e9 de l\u2019\u00c9tat pour les dettes de la soci\u00e9t\u00e9 d\u00e9bitrice (compatibilit\u00e9 ratione personae)<\/strong><\/p>\n<p>a) La jurisprudence de la Cour<\/p>\n<p>24. La Cour rappelle que lorsqu\u2019un requ\u00e9rant se plaint de l\u2019impossibilit\u00e9 d\u2019ex\u00e9cuter une d\u00e9cision de justice rendue en sa faveur, l\u2019\u00e9tendue des obligations de l\u2019\u00c9tat au titre des articles 6 de la Convention et 1 du Protocole no 1 \u00e0 la Convention varie selon que le d\u00e9biteur soit ou non un \u00c9tat (Mikha\u00eflenki et autres c. Ukraine, nos 35091\/02 et 9 autres, \u00a7\u00a043, CEDH\u00a02004\u2011XII, et Anokhin c. Russie (dec.), no 25867\/02, 31 mai 2007). Lorsque le jugement est rendu contre l\u2019\u00c9tat m\u00eame, ce dernier doit prendre l\u2019initiative de l\u2019ex\u00e9cuter int\u00e9gralement et en temps voulu (voir parmi beaucoup d\u2019autres Prodan c. Moldova, no\u00a049806\/99, \u00a7\u00a075, CEDH 2004-III (extraits), et Liseytseva et Maslov c.\u00a0Russie, nos\u00a039483\/05 et 40527\/10, \u00a7 183, 9 octobre 2014).<\/p>\n<p>25. Lorsque le d\u00e9biteur est un particulier ou une entreprise priv\u00e9e, la situation est diff\u00e9rente, car l\u2019\u00c9tat n\u2019est pas, en r\u00e8gle g\u00e9n\u00e9rale, directement responsable des dettes des personnes physiques ou des entreprises. Dans de tels cas, la t\u00e2che de la Cour est d\u2019examiner si les mesures prises par les autorit\u00e9s \u00e9taient ad\u00e9quates et suffisantes. La responsabilit\u00e9 de l\u2019\u00c9tat se limite \u00e0 l\u2019implication de ses autorit\u00e9s dans les proc\u00e9dures d\u2019ex\u00e9cution (voir Ciocodeic\u0103 c. Roumanie, no 27413\/09, \u00a7\u00a7 84-85, 16 janvier 2018).<\/p>\n<p>26. La Cour rappelle que la responsabilit\u00e9 d\u2019un \u00c9tat peut \u00eatre engag\u00e9e en ce qui concerne les dettes contract\u00e9es par une soci\u00e9t\u00e9, m\u00eame si elle est dot\u00e9e d\u2019une personnalit\u00e9 juridique autonome, d\u00e8s lors qu\u2019elle ne jouit pas vis-\u00e0-vis de l\u2019\u00c9tat d\u2019une ind\u00e9pendance institutionnelle et op\u00e9rationnelle suffisante pour que l\u2019\u00c9tat puisse se trouver exon\u00e9r\u00e9 de sa responsabilit\u00e9 au regard de la Convention (voir Ali\u0161i\u0107 et autres c.\u00a0Bosnie-Herz\u00e9govine, Croatie, Serbie, Slov\u00e9nie et l\u2019ex-R\u00e9publique yougoslave de Mac\u00e9doine [GC], no 60642\/08, \u00a7\u00a0114, CEDH 2014, avec les r\u00e9f\u00e9rences qui y sont cit\u00e9es). Les crit\u00e8res-cl\u00e9s pour d\u00e9terminer si l\u2019\u00c9tat \u00e9tait effectivement responsable de telles dettes sont le statut juridique de la soci\u00e9t\u00e9 (de droit public ou priv\u00e9), la nature de son activit\u00e9 (fonction publique ou entreprise commerciale ordinaire), le contexte de son fonctionnement (tel qu\u2019un monopole ou une entreprise fortement r\u00e9glement\u00e9e), son ind\u00e9pendance institutionnelle (le degr\u00e9 de propri\u00e9t\u00e9 de l\u2019\u00c9tat) et son ind\u00e9pendance op\u00e9rationnelle (le degr\u00e9 de surveillance et de contr\u00f4le de l\u2019\u00c9tat) (ibidem, \u00a7\u00a0114, in fine). D\u2019autres facteurs \u00e0 prendre en consid\u00e9ration sont de savoir si l\u2019\u00c9tat \u00e9tait directement responsable des difficult\u00e9s financi\u00e8res de la soci\u00e9t\u00e9, s\u2019il a d\u00e9tourn\u00e9 les fonds de la soci\u00e9t\u00e9 au d\u00e9triment de cette derni\u00e8re et de ses parties prenantes et s\u2019il avait port\u00e9 atteinte \u00e0 son ind\u00e9pendance ou abus\u00e9 d\u2019une autre mani\u00e8re de sa personnalit\u00e9 morale (Anokhin, d\u00e9cision pr\u00e9cit\u00e9e, et Khachatryan c. Arm\u00e9nie, no\u00a031761\/04, \u00a7\u00a7\u00a051-53, 1er d\u00e9cembre 2009). Aucun de ces facteurs n\u2019est d\u00e9terminant en soi et leur effet sur l\u2019ind\u00e9pendance institutionnelle et op\u00e9rationnelle devrait s\u2019analyser conjointement (Liseytseva et Maslov, pr\u00e9cit\u00e9, \u00a7\u00a0187).<\/p>\n<p>b) Application en l\u2019esp\u00e8ce<\/p>\n<p>27. La Cour note que le Gouvernement s\u2019est limit\u00e9 \u00e0 fournir des informations concernant la participation de l\u2019\u00c9tat au capital social de la soci\u00e9t\u00e9 Vinuri-Ialoveni S.A., sans offrir une information plus d\u00e9taill\u00e9e au sujet de son mod\u00e8le de gouvernance et de son activit\u00e9 \u00e9conomique. La Cour est amen\u00e9e donc \u00e0 examiner la question de l\u2019ind\u00e9pendance institutionnelle et op\u00e9rationnelle de la soci\u00e9t\u00e9 d\u00e9bitrice \u00e0 la lumi\u00e8re des dispositions du droit interne et des circonstances r\u00e9v\u00e9l\u00e9es dans les proc\u00e9dures internes engag\u00e9es par les deux soci\u00e9t\u00e9s requ\u00e9rantes.<\/p>\n<p>i. Le statut juridique de la soci\u00e9t\u00e9 d\u00e9bitrice<\/p>\n<p>28. Dans un premier temps, la Cour observe que la soci\u00e9t\u00e9 d\u00e9bitrice \u00e9tait constitu\u00e9e en tant que soci\u00e9t\u00e9 par actions, ce qui lui conf\u00e9rait une personnalit\u00e9 juridique distincte, et donc des droits et des obligations distinctes de celles de ses actionnaires. Constitu\u00e9e sous la forme d\u2019une soci\u00e9t\u00e9 par actions, la soci\u00e9t\u00e9 d\u00e9bitrice se d\u00e9marque de l\u2019entreprise publique ou municipale, qui repr\u00e9sente des formes juridiques historiques pour des personnes morales constitu\u00e9es et dirig\u00e9es par le biais des autorit\u00e9s de l\u2019\u00c9tat au sujet desquelles la Cour s\u2019est d\u00e9j\u00e0 prononc\u00e9e (voir Cooperativa Agricola Slobozia-Hanesei c.\u00a0Moldova, no\u00a039745\/02, \u00a7 19, 3 avril 2007, Clionov c.\u00a0Moldova, no\u00a013229\/04, \u00a7 29, 9\u00a0octobre 2007).<\/p>\n<p>29. Par ailleurs, les informations fournies par les parties indiquent \u00e9galement que cette soci\u00e9t\u00e9 \u00e9voluait dans un secteur \u00e9conomique ouvert \u00e0 la concurrence, sans b\u00e9n\u00e9ficier d\u2019un monopole d\u2019\u00c9tat ou d\u2019une position privil\u00e9gi\u00e9e sur le march\u00e9 ou exercer des activit\u00e9s associ\u00e9es \u00e0 un service ou une fonction publique (comparer avec Cooperativa Agricola Slobozia\u2011Hanesei, pr\u00e9cit\u00e9, \u00a7 17, 3 avril 2007, Dimitar Yordanov c. Bulgarie, no 3401\/09, \u00a7\u00a060, 6\u00a0septembre 2018, ou Libert c. France, no 588\/13, \u00a7\u00a038, 22\u00a0f\u00e9vrier 2018).<\/p>\n<p>30. La Cour note que dans les recours indemnitaires exerc\u00e9s par les soci\u00e9t\u00e9s requ\u00e9rantes, les conclusions des tribunaux internes divergent quant au statut de la soci\u00e9t\u00e9 d\u00e9bitrice dans le droit interne. Dans une proc\u00e9dure, la Cour d\u2019appel a consid\u00e9r\u00e9 que Vinuri-Ialoveni S.A. \u00e9tait un sujet de droit priv\u00e9, tandis que dans l\u2019autre proc\u00e9dure, les tribunaux ont estim\u00e9 qu\u2019il s\u2019agissait d\u2019un d\u00e9biteur public (voir les paragraphes 11-12 ci-dessus).<\/p>\n<p>31. En toute hypoth\u00e8se, la Cour rappelle que la qualification juridique d\u2019une personne morale en droit interne n\u2019est pas d\u00e9terminante pour l\u2019examen de la responsabilit\u00e9 de l\u2019\u00c9tat pour les dettes contract\u00e9es par une entreprise. En effet, les circonstances sp\u00e9cifiques de chaque affaire peuvent conduire \u00e0 engager la responsabilit\u00e9 de l\u2019\u00c9tat ind\u00e9pendamment de cette qualification formelle dans le droit interne (voir, entre autres, Tokel c.\u00a0Turquie, no\u00a023662\/08, \u00a7 60, 9 f\u00e9vrier 2021).<\/p>\n<p>32. La Cour constate, cependant, que la loi no 121 du 4 mai 2007 sur la gestion et la privatisation de la propri\u00e9t\u00e9 publique impose une r\u00e9glementation sp\u00e9cifique aux soci\u00e9t\u00e9s commerciales majoritairement d\u00e9tenues par l\u2019\u00c9tat (voir paragraphe\u00a015 ci-dessus). Par cons\u00e9quent, malgr\u00e9 la personnalit\u00e9 juridique distincte et son activit\u00e9 commerciale selon le droit commun, il convient d\u2019examiner si, conform\u00e9ment \u00e0 cette l\u00e9gislation et \u00e0 la lumi\u00e8re de la mani\u00e8re dont elle fut appliqu\u00e9e en l\u2019esp\u00e8ce, la soci\u00e9t\u00e9 d\u00e9bitrice avait dispos\u00e9 d\u2019une ind\u00e9pendance institutionnelle et op\u00e9rationnelle suffisante pour \u00e9carter la responsabilit\u00e9 de l\u2019\u00c9tat par rapport \u00e0 ses dettes.<\/p>\n<p>ii. Le contr\u00f4le exerc\u00e9 par l\u2019\u00c9tat sur les actifs de la soci\u00e9t\u00e9 d\u00e9bitrice<\/p>\n<p>33. La Cour constate d\u2019embl\u00e9e que l\u2019actionnaire majoritaire de la soci\u00e9t\u00e9 d\u00e9bitrice est l\u2019\u00c9tat, avec une participation d\u2019environ 60% d\u2019actions. Les soci\u00e9t\u00e9s requ\u00e9rantes affirment que cet \u00e9l\u00e9ment est suffisant pour engager la responsabilit\u00e9 directe de l\u2019\u00c9tat pour les dettes de la soci\u00e9t\u00e9 d\u00e9bitrice. Toutefois, la Cour rappelle qu\u2019elle fait la distinction entre l\u2019exercice par l\u2019\u00c9tat de ses droits d\u2019actionnaire, qui reste responsable des dettes de l\u2019entreprise dans la mesure de son investissement dans la soci\u00e9t\u00e9, et le contr\u00f4le exerc\u00e9 par l\u2019\u00c9tat sur la soci\u00e9t\u00e9 dans son r\u00f4le de puissance publique qui touche \u00e0 l\u2019ind\u00e9pendance institutionnelle et op\u00e9rationnelle de celle-ci (comparer, sur ce point, avec Compagnie maritime de la R\u00e9publique islamique d\u2019Iran c.\u00a0Turquie, no\u00a040998\/98, \u00a7 81, CEDH 2007\u2011XIV, et Khachatryan, pr\u00e9cit\u00e9, \u00a7\u00a051).<\/p>\n<p>34. La Cour r\u00e9v\u00e8le ainsi que, selon le droit interne, lorsque l\u2019\u00c9tat d\u00e9tient une participation majoritaire dans le capital social de la soci\u00e9t\u00e9, il est habilit\u00e9 par la loi no 121 du 4 mai 2007 sur la gestion et la privatisation de la propri\u00e9t\u00e9 publique \u00e0 exercer un certain degr\u00e9 de contr\u00f4le sur la gestion des actifs de la soci\u00e9t\u00e9 en dehors des organes statutaires de la soci\u00e9t\u00e9. Elle note, en particulier, les dispositions sp\u00e9cifiques \u00e0 la location et \u00e0 la vente d\u2019actifs non\u2011utilis\u00e9s appartenant \u00e0 des soci\u00e9t\u00e9s publiques ou majoritairement d\u00e9tenues par l\u2019\u00c9tat (voir paragraphe 15 ci-dessus). Ces dispositions pr\u00e9voient que les transactions ayant pour objet ces actifs doivent \u00eatre soumises \u00e0 l\u2019accord pr\u00e9alable des autorit\u00e9s de l\u2019\u00c9tat et les revenus ainsi g\u00e9n\u00e9r\u00e9s doivent \u00eatre utilis\u00e9s en priorit\u00e9 pour rembourser les dettes au budget de l\u2019\u00c9tat.<\/p>\n<p>35. La Cour constate ainsi que l\u2019\u00c9tat dispose d\u2019un contr\u00f4le des actifs non\u2011utilis\u00e9s par la soci\u00e9t\u00e9 d\u00e9bitrice qui peut s\u2019av\u00e9rer en principe significatif, en fonction notamment de la structure des actifs de la soci\u00e9t\u00e9 et de l\u2019impact d\u2019une telle intervention sur sa solvabilit\u00e9 (voir, mutatis mutandis, Khachatryan, pr\u00e9cit\u00e9, \u00a7 51). Toutefois, elle ne dispose pas en l\u2019esp\u00e8ce d\u2019\u00e9l\u00e9ments montrant que l\u2019\u00c9tat aurait agi de la sorte avec la soci\u00e9t\u00e9 d\u00e9bitrice et aurait ainsi exerc\u00e9 une influence significative sur la gestion de ses actifs.<\/p>\n<p>iii. Le contr\u00f4le de l\u2019\u00c9tat sur la vente des biens saisis par les huissiers<\/p>\n<p>36. La Cour observe ensuite qu\u2019aux termes de la loi no 121 du 4 mai 2007 sur la gestion et la privatisation de la propri\u00e9t\u00e9 publique, les biens saisis qui appartiennent \u00e0 une soci\u00e9t\u00e9 dans laquelle la participation de l\u2019\u00c9tat s\u2019\u00e9l\u00e8ve \u00e0 25% au minimum, peuvent \u00eatre vendus uniquement par l\u2019Agence pour la propri\u00e9t\u00e9 publique (voir paragraphe 15 ci-dessus). En l\u2019esp\u00e8ce, les huissiers de justice ont invoqu\u00e9 cette disposition devant les tribunaux internes pour justifier l\u2019\u00e9chec de mise en \u0153uvre de la vente aux ench\u00e8res des biens saisis de la soci\u00e9t\u00e9 d\u00e9bitrice.<\/p>\n<p>37. La Cour constate qu\u2019aucune des parties n\u2019a contest\u00e9 ces faits. Or, cette situation a certainement emp\u00each\u00e9 les soci\u00e9t\u00e9s requ\u00e9rantes de r\u00e9cup\u00e9rer les cr\u00e9ances d\u00e9tenues contre l\u2019entreprise d\u00e9bitrice, vu que la valeur des immeubles saisis aurait couvert ces cr\u00e9ances (voir paragraphe 7 ci-dessus). En outre, bien que l\u2019huissier de justice se soit d\u00e9sist\u00e9 en faveur de l\u2019autorit\u00e9 publique comp\u00e9tente, aucun \u00e9l\u00e9ment en l\u2019esp\u00e8ce ne montre que cette derni\u00e8re avait pris les dispositions n\u00e9cessaires pour effectuer la vente et assurer le paiement des dettes de l\u2019entreprise d\u00e9bitrice. La fa\u00e7on dont l\u2019\u00c9tat s\u2019est trouv\u00e9 en position d\u2019exercer de mani\u00e8re exclusive cette vente et le fait qu\u2019il ne l\u2019a pas mis en \u0153uvre constituent la preuve d\u2019un degr\u00e9 de contr\u00f4le significatif sur les biens de l\u2019entreprise, bien que ce contr\u00f4le ne soit pas exerc\u00e9 au d\u00e9triment des organes statutaires de l\u2019entreprise, mais de l\u2019huissier responsable de l\u2019ex\u00e9cution.<\/p>\n<p>38. La Cour constate que le Gouvernement n\u2019a pas fourni d\u2019\u00e9l\u00e9ments quant aux motifs ayant emp\u00each\u00e9 les autorit\u00e9s de mettre en \u0153uvre la vente des biens saisis et permettre le recouvrement des cr\u00e9ances en faveur des soci\u00e9t\u00e9s requ\u00e9rantes gr\u00e2ce aux moyens obtenus. En cons\u00e9quence, la Cour estime que l\u2019intervention de l\u2019Agence pour la propri\u00e9t\u00e9 publique comme seule autorit\u00e9 comp\u00e9tente pour proc\u00e9der \u00e0 la vente des biens saisis de la soci\u00e9t\u00e9 d\u00e9bitrice et son omission \u00e0 ce titre se sont r\u00e9v\u00e9l\u00e9es d\u00e9terminantes pour l\u2019\u00e9chec de la proc\u00e9dure d\u2019ex\u00e9cution en faveur des soci\u00e9t\u00e9s requ\u00e9rantes.<\/p>\n<p>39. La Cour conclut donc que l\u2019\u00c9tat doit \u00eatre tenu responsable pour la non\u2011ex\u00e9cution des cr\u00e9ances en faveur des soci\u00e9t\u00e9 requ\u00e9rantes. Partant, elle rejette l\u2019exception du Gouvernement quant \u00e0 l\u2019incompatibilit\u00e9 ratione\u00a0personae.<\/p>\n<p><strong>2. La qualit\u00e9 de victime des soci\u00e9t\u00e9s requ\u00e9rantes<\/strong><\/p>\n<p>40. La Cour rappelle que les principes selon lesquels une personne peut toujours se pr\u00e9tendre victime pour le d\u00e9faut d\u2019ex\u00e9cution d\u2019une d\u00e9cision de justice qui lui est favorable, lorsqu\u2019il existe au niveau interne un recours indemnitaire, ont \u00e9t\u00e9 rappel\u00e9s dans son arr\u00eat dans l\u2019affaire Cristea (pr\u00e9cit\u00e9, \u00a7\u00a7\u00a025-31).<\/p>\n<p>41. D\u00e8s lors, il incombe \u00e0 la Cour de v\u00e9rifier si les autorit\u00e9s ont implicitement ou explicitement reconnu la violation d\u2019un droit prot\u00e9g\u00e9 par la Convention et de d\u00e9terminer si la r\u00e9paration accord\u00e9e peut \u00eatre consid\u00e9r\u00e9e comme ad\u00e9quate et suffisante.<\/p>\n<p>a) La premi\u00e8re soci\u00e9t\u00e9 requ\u00e9rante<\/p>\n<p>42. La Cour constate que lorsque la premi\u00e8re requ\u00e9rante a port\u00e9 devant les tribunaux internes les griefs tir\u00e9s de la dur\u00e9e de la non-ex\u00e9cution, elle s\u2019est vue d\u00e9bout\u00e9e de sa demande (voir paragraphe 11 ci-dessus). Cette exon\u00e9ration de responsabilit\u00e9 semble avoir \u00e9t\u00e9 fond\u00e9e sur l\u2019appr\u00e9ciation des d\u00e9marches qui ont \u00e9t\u00e9 effectu\u00e9es par l\u2019huissier de justice, notamment la mise sous s\u00e9questre des biens de la soci\u00e9t\u00e9 d\u00e9bitrice et son incapacit\u00e9 de paiement, menant au d\u00e9clenchement de la proc\u00e9dure d\u2019insolvabilit\u00e9. Les tribunaux ont \u00e9lud\u00e9 la question de la responsabilit\u00e9 de l\u2019\u00c9tat pour les dettes de l\u2019entreprise.<\/p>\n<p>43. D\u00e8s lors, la Cour estime que l\u2019absence de reconnaissance par les autorit\u00e9s de la violation des droits de la premi\u00e8re requ\u00e9rante ne permet pas d\u2019\u00e9carter sa qualit\u00e9 de victime et rend inutile l\u2019examen subs\u00e9quent de l\u2019efficacit\u00e9 du recours interne.<\/p>\n<p>b) La seconde soci\u00e9t\u00e9 requ\u00e9rante<\/p>\n<p>44. Quant \u00e0 la seconde requ\u00e9rante, la Cour constate que les tribunaux internes ont reconnu la violation du droit \u00e0 l\u2019ex\u00e9cution d\u2019une d\u00e9cision d\u00e9finitive dans un d\u00e9lai raisonnable (voir paragraphe 12 ci-dessus). Cette constatation \u00e9quivaut \u00e0 une reconnaissance explicite des violations all\u00e9gu\u00e9es par la seconde requ\u00e9rante. Il convient donc d\u2019analyser les caract\u00e9ristiques du redressement dont la seconde requ\u00e9rante a b\u00e9n\u00e9fici\u00e9 en l\u2019esp\u00e8ce.<\/p>\n<p>45. La Cour rappelle que les crit\u00e8res fondamentaux permettant d\u2019\u00e9valuer l\u2019effectivit\u00e9 d\u2019un recours indemnitaire ont \u00e9t\u00e9 \u00e9nonc\u00e9s dans sa jurisprudence constante dans les affaires de non-ex\u00e9cution (Bourdov c. Russie (no\u00a02), no\u00a033509\/04, \u00a7 99, CEDH 2009, Scordino c. Italie (no 1) [GC], no 36813\/97, \u00a7\u00a7 195-207, CEDH 2006-V, et Cristea, pr\u00e9cit\u00e9, \u00a7 28). Dans l\u2019affaire Cristea (pr\u00e9cit\u00e9, \u00a7 35), la Cour a constat\u00e9, entre autres, que malgr\u00e9 une condamnation de l\u2019\u00c9tat \u00e0 verser des indemnit\u00e9s pour la non-ex\u00e9cution d\u2019une d\u00e9cision en sa faveur, le requ\u00e9rant a \u00e9t\u00e9 confront\u00e9 \u00e0 une nouvelle p\u00e9riode de non-ex\u00e9cution, ce qui a conduit la Cour \u00e0 consid\u00e9rer que le recours indemnitaire n\u2019a pas \u00e9t\u00e9 effectif.<\/p>\n<p>46. La Cour fait remarquer qu\u2019une nouvelle p\u00e9riode d\u2019inex\u00e9cution d\u2019environ onze ans s\u2019est \u00e9coul\u00e9e apr\u00e8s l\u2019\u00e9puisement du recours interne par la seconde requ\u00e9rante et le constat de violation initial. Compte tenu de cet \u00e9chec persistant des autorit\u00e9s moldaves d\u2019ex\u00e9cuter la d\u00e9cision initiale en faveur de la seconde requ\u00e9rante, la Cour estime que le recours indemnitaire fond\u00e9 sur la loi no 87\/2011 n\u2019a pas offert \u00e0 la requ\u00e9rante un redressement ad\u00e9quat de ses droits. Par ailleurs, arrivant \u00e0 cette conclusion, la Cour estime qu\u2019une \u00e9valuation de l\u2019effectivit\u00e9 du recours interne ne se justifie plus en l\u2019esp\u00e8ce.<\/p>\n<p>47. En cons\u00e9quence, la Cour constate que les soci\u00e9t\u00e9s requ\u00e9rantes peuvent toujours se pr\u00e9tendre victimes de la violation de l\u2019article 6 \u00a7 1 de la Convention et de l\u2019article 1 du Protocole no 1 \u00e0 la Convention. D\u00e8s lors, la Cour rejette l\u2019exception du Gouvernement concernant la perte de la qualit\u00e9 de victime pour les soci\u00e9t\u00e9s requ\u00e9rantes.<\/p>\n<p>3. Conclusion sur la recevabilit\u00e9<\/p>\n<p>48. Apr\u00e8s avoir rejet\u00e9 les exceptions du Gouvernement (voir paragraphes\u00a039 et 47 ci-dessus) et constatant par ailleurs que les requ\u00eates ne sont pas manifestement mal fond\u00e9es ni irrecevables pour un autre motif vis\u00e9 \u00e0 l\u2019article 35 de la Convention, la Cour les d\u00e9clare recevables.<\/p>\n<p><strong>B. Sur le fond<\/strong><\/p>\n<p>49. Les soci\u00e9t\u00e9s requ\u00e9rantes soutiennent qu\u2019elles sont victimes d\u2019un d\u00e9faut d\u2019ex\u00e9cution des cr\u00e9ances d\u00e9tenues contre une soci\u00e9t\u00e9 \u00e0 capital majoritairement d\u2019\u00c9tat pour une dur\u00e9e d\u00e9raisonnable.<\/p>\n<p>50. Le Gouvernement argue que la soci\u00e9t\u00e9 Vinuri-Ialoveni S.A. serait une soci\u00e9t\u00e9 priv\u00e9e et que les tribunaux internes appel\u00e9s \u00e0 statuer sur la responsabilit\u00e9 de l\u2019\u00c9tat dans les proc\u00e9dures d\u2019ex\u00e9cution litigieuses auraient allou\u00e9 des r\u00e9parations ad\u00e9quates aux circonstances des deux affaires.<\/p>\n<p><strong>1. P\u00e9riode de non-ex\u00e9cution \u00e0 prendre en consid\u00e9ration<\/strong><\/p>\n<p>51. La Cour observe que les p\u00e9riodes de non-ex\u00e9cution all\u00e9gu\u00e9es par les requ\u00e9rantes en l\u2019esp\u00e8ce ont d\u00e9but\u00e9 aux dates o\u00f9 les arr\u00eats rendus en la premi\u00e8re instance devinrent d\u00e9finitifs. En absence d\u2019informations plus pr\u00e9cises, ces dates correspondent, au plus tard, au mois de f\u00e9vrier 2009. Les tribunaux internes appel\u00e9s \u00e0 se prononcer sur les actions en r\u00e9paration pour un d\u00e9lai excessif de non-ex\u00e9cution ont retenu la p\u00e9riode de non-ex\u00e9cution d\u2019environ une ann\u00e9e et dix mois qui s\u2019\u00e9tait \u00e9coul\u00e9e \u00e0 l\u2019\u00e9poque des faits.<\/p>\n<p>52. Toutefois, la Cour rappelle son approche dans les affaires de non\u2011ex\u00e9cution dans lesquelles le recours indemnitaire s\u2019est av\u00e9r\u00e9 ineffectif, o\u00f9 elle a statu\u00e9 qu\u2019il convenait de prendre en compte la p\u00e9riode globale de non\u2011ex\u00e9cution qui s\u2019est \u00e9coul\u00e9e jusqu\u2019\u00e0 la date du prononc\u00e9 de son jugement, et pas seulement la p\u00e9riode examin\u00e9e par les tribunaux internes. En l\u2019esp\u00e8ce, cette p\u00e9riode s\u2019\u00e9l\u00e8ve actuellement \u00e0 environ quatorze ans et six mois.<\/p>\n<p><strong>2. Caract\u00e8re raisonnable de la dur\u00e9e de la proc\u00e9dure d\u2019ex\u00e9cution<\/strong><\/p>\n<p>53. La Cour constate que les p\u00e9riodes de non-ex\u00e9cution subies par les requ\u00e9rantes en l\u2019esp\u00e8ce sont, \u00e0 l\u2019\u00e9gard de la jurisprudence constante de la Cour, incompatibles avec les exigences de l\u2019article 6 de la Convention et de l\u2019article\u00a01 du Protocole no 1 \u00e0 la Convention (voir, parmi de nombreux autres pr\u00e9c\u00e9dents, Prodan, pr\u00e9cit\u00e9, \u00a7 54, et Cooperativa Agricola Slobozia-Hanesei, pr\u00e9cit\u00e9, \u00a7 26).<\/p>\n<p>54. Par ailleurs, si une proc\u00e9dure de liquidation peut objectivement justifier certains retards limit\u00e9s dans l\u2019ex\u00e9cution, la non-ex\u00e9cution persistante des jugements en faveur des requ\u00e9rants pendant plusieurs ann\u00e9es ne saurait en aucun cas se justifier (voir, mutatis mutandis, Liseytseva et Maslov, pr\u00e9cit\u00e9, \u00a7\u00a0222).<\/p>\n<p>55. La Cour estime que les circonstances qui se pr\u00e9sentent en l\u2019esp\u00e8ce indiquent que les autorit\u00e9s de l\u2019\u00c9tat ne se sont pas consid\u00e9r\u00e9es li\u00e9es par une obligation d\u2019honorer les dettes envers les soci\u00e9t\u00e9s requ\u00e9rantes, mais se sont born\u00e9es \u00e0 la poursuite d\u2019une proc\u00e9dure d\u2019insolvabilit\u00e9 qui laissait entrevoir peu de chances \u00e0 l\u2019ex\u00e9cution dans un d\u00e9lai raisonnable des cr\u00e9ances des soci\u00e9t\u00e9s requ\u00e9rantes.<\/p>\n<p>56. Or, la Cour renvoie \u00e0 la conclusion \u00e0 laquelle elle est parvenue aux paragraphes\u00a037-39 ci-dessus \u00e0 l\u2019\u00e9gard de la responsabilit\u00e9 de l\u2019\u00c9tat pour l\u2019ex\u00e9cution des cr\u00e9ances d\u00e9tenues par les requ\u00e9rantes. Dans l\u2019exercice des comp\u00e9tences attribu\u00e9es par la loi no 121 du 4 mai 2007, les autorit\u00e9s avaient la possibilit\u00e9 de proc\u00e9der \u00e0 la vente des biens saisis par les huissiers de justice afin de permettre l\u2019obtention des fonds destin\u00e9s au recouvrement des cr\u00e9ances des requ\u00e9rantes, mais elles sont rest\u00e9es en d\u00e9faut de le faire. Malgr\u00e9 la saisie des actifs suffisants pour rembourser les cr\u00e9ances des soci\u00e9t\u00e9s requ\u00e9rantes (voir paragraphe 7 ci-dessus), les autorit\u00e9s ne se sont pas acquitt\u00e9es de leur r\u00f4le dans la proc\u00e9dure et ont, d\u00e8s lors, endoss\u00e9 la responsabilit\u00e9 pour l\u2019inex\u00e9cution des arr\u00eats d\u00e9finitifs au compte de la soci\u00e9t\u00e9 d\u00e9bitrice. Elles ont port\u00e9 ainsi atteinte au droit des requ\u00e9rantes \u00e0 un tribunal et les ont emp\u00each\u00e9es de satisfaire les cr\u00e9ances dont elles disposaient, ce qui constitue une ing\u00e9rence disproportionn\u00e9e dans la jouissance de leurs biens.<\/p>\n<p>57. Partant, la Cour conclut qu\u2019il y a eu violation de l\u2019article 6 \u00a7 1 de la Convention et de l\u2019article 1 du Protocole no 1 \u00e0 la Convention du fait de l\u2019inex\u00e9cution des jugements d\u00e9finitifs en faveur des requ\u00e9rantes dans un d\u00e9lai raisonnable.<\/p>\n<p>58. Pour les m\u00eames raisons qui l\u2019ont amen\u00e9e \u00e0 consid\u00e9rer que le recours exerc\u00e9 par les requ\u00e9rantes ne leur a pas offert un redressement suffisant (paragraphes\u00a043 et 46 ci-dessus), la Cour estime qu\u2019il y a \u00e9galement eu violation de l\u2019article 13 de la Convention combin\u00e9 avec l\u2019article 6 \u00a7 1 de la Convention et avec l\u2019article 1 du Protocole no 1 \u00e0 la Convention.<\/p>\n<p><strong>III. SUR L\u2019APPLICATION DE L\u2019ARTICLE\u00a041 DE LA CONVENTION<\/strong><\/p>\n<p>59. Aux termes de l\u2019article 41 de la Convention\u00a0:<\/p>\n<p>\u00ab\u00a0Si la Cour d\u00e9clare qu\u2019il y a eu violation de la Convention ou de ses Protocoles, et si le droit interne de la Haute Partie contractante ne permet d\u2019effacer qu\u2019imparfaitement les cons\u00e9quences de cette violation, la Cour accorde \u00e0 la partie l\u00e9s\u00e9e, s\u2019il y a lieu, une satisfaction \u00e9quitable.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p><strong>A. Dommage<\/strong><\/p>\n<p>60. Les soci\u00e9t\u00e9s requ\u00e9rantes demandent \u00e0 titre de dommage mat\u00e9riel le montant des cr\u00e9ances dont elles disposent contre la soci\u00e9t\u00e9 d\u00e9bitrice, soit 16\u00a0919\u00a0euros (EUR) pour la premi\u00e8re requ\u00e9rante et 34\u00a0922 EUR pour la seconde\u00a0requ\u00e9rante. Elles r\u00e9clament aussi le montant des int\u00e9r\u00eats de retard pour la p\u00e9riode qui s\u2019est \u00e9coul\u00e9e depuis la date de l\u2019entr\u00e9e en vigueur des d\u00e9cisions de justice jusqu\u2019\u00e0 la date \u00e0 laquelle elles ont pr\u00e9sent\u00e9 leurs demandes de satisfaction \u00e9quitable, soit le 4 juillet 2016. Ces montants, appuy\u00e9s par des rapports d\u2019expert montrant un calcul fond\u00e9 sur les dispositions du code civil concernant les int\u00e9r\u00eats de retard, repr\u00e9sentent 19\u00a0945 EUR pour la premi\u00e8re requ\u00e9rante et 41\u00a0238 EUR pour la seconde\u00a0requ\u00e9rante.<\/p>\n<p>61. Elles demandent ensuite chacune 3\u00a0000 EUR au titre du dommage moral qu\u2019elles estiment avoir subi.<\/p>\n<p>62. Le Gouvernement conteste l\u2019ensemble de ces montants comme excessifs. Pour autant, il ne propose pas une autre m\u00e9thode de calcul ou des montants qu\u2019il estime appropri\u00e9s en l\u2019esp\u00e8ce.<\/p>\n<p>63. La Cour estime que les soci\u00e9t\u00e9s requ\u00e9rantes ont certainement subi un pr\u00e9judice d\u00e9coulant de l\u2019impossibilit\u00e9 d\u2019obtenir le paiement des cr\u00e9ances d\u00e9tenues contre la soci\u00e9t\u00e9 d\u00e9bitrice. M\u00eame si cette derni\u00e8re est vis\u00e9e par une proc\u00e9dure d\u2019insolvabilit\u00e9 en cours et les requ\u00e9rantes y participent en tant que cr\u00e9anci\u00e8res, la Cour constate que cette proc\u00e9dure s\u2019est prolong\u00e9e pendant les treize derni\u00e8res ann\u00e9es sans qu\u2019aucun paiement soit effectu\u00e9 pour l\u2019effacement des cr\u00e9ances d\u00e9tenues par les requ\u00e9rantes. Elle estime, par cons\u00e9quent, que l\u2019ex\u00e9cution de ces cr\u00e9ances n\u2019est pas v\u00e9ritablement envisageable dans cette proc\u00e9dure et d\u00e9cide qu\u2019il y a lieu d\u2019allouer aux requ\u00e9rantes les montants des cr\u00e9ances d\u00e9tenues contre la soci\u00e9t\u00e9 d\u00e9bitrice. En outre, compte tenu de l\u2019impossibilit\u00e9 des soci\u00e9t\u00e9s requ\u00e9rantes d\u2019utiliser l\u2019argent qui \u00e9tait le leur, ainsi que de la l\u00e9gislation nationale concernant le calcul des int\u00e9r\u00eats de retard, la Cour estime qu\u2019il y a lieu d\u2019indemniser le retard dans l\u2019ex\u00e9cution. Elle estime qu\u2019il y a lieu d\u2019octroyer respectivement aux requ\u00e9rantes les montants r\u00e9clam\u00e9s \u00e0 ce titre. Dans ces circonstances, la Cour juge raisonnable d\u2019allouer \u00e0 titre de dommage mat\u00e9riel le montant des cr\u00e9ances assorties des int\u00e9r\u00eats r\u00e9clam\u00e9s par les soci\u00e9t\u00e9s requ\u00e9rantes, soit 36\u00a0864\u00a0EUR \u00e0 la premi\u00e8re requ\u00e9rante et 76\u00a0160 EUR \u00e0 la seconde requ\u00e9rante (voir, mutatis mutandis, Arnaboldi c. Italie, no 43422\/07, \u00a7 74, 14 mars 2019, Oferta Plus S.R.L c. Moldova (satisfaction \u00e9quitable), no 14385\/04, \u00a7\u00a071, 12\u00a0f\u00e9vrier 2008).<\/p>\n<p>64. Quant aux demandes formul\u00e9es au titre du dommage moral, la Cour note que compte tenu des violations constat\u00e9es dans ces affaires pour la non\u2011ex\u00e9cution prolong\u00e9e des d\u00e9cisions de justice favorables pour une p\u00e9riode de plus de quatorze ans (voir paragraphes 57-58 ci-dessus), il convient d\u2019accorder aux requ\u00e9rantes le montant qui r\u00e9sulte de la p\u00e9riode globale de non-ex\u00e9cution qui s\u2019est \u00e9coul\u00e9e jusqu\u2019\u00e0 pr\u00e9sent, moins le montant qui fut octroy\u00e9 \u00e0 ce titre \u00e0 la seconde requ\u00e9rante dans la proc\u00e9dure interne. La Cour octroie donc \u00e0 titre de dommage moral 1\u00a0600\u00a0EUR \u00e0 la premi\u00e8re requ\u00e9rante, et 600 EUR \u00e0 la seconde requ\u00e9rante, plus tout montant pouvant \u00eatre d\u00fb sur ces sommes \u00e0 titre d\u2019imp\u00f4t.<\/p>\n<p><strong>B. Frais et d\u00e9pens<\/strong><\/p>\n<p>65. Les soci\u00e9t\u00e9s requ\u00e9rantes r\u00e9clament chacune 186,20 EUR au titre de frais et d\u00e9pens qu\u2019elles ont engag\u00e9s aux fins de la proc\u00e9dure men\u00e9e devant la Cour. Ces montants correspondent aux honoraires de l\u2019expert ayant rendu les rapports relatifs aux int\u00e9r\u00eats applicables aux cr\u00e9ances en l\u2019esp\u00e8ce. Elles produisent \u00e0 cet \u00e9gard des factures attestant le paiement des honoraires pour les montants r\u00e9clam\u00e9s.<\/p>\n<p>66. Le Gouvernement n\u2019a pas comment\u00e9 ces montants.<\/p>\n<p>67. Selon la jurisprudence de la Cour, un requ\u00e9rant ne peut obtenir le remboursement de ses frais et d\u00e9pens que dans la mesure o\u00f9 se trouvent \u00e9tablis leur r\u00e9alit\u00e9, leur n\u00e9cessit\u00e9 et le caract\u00e8re raisonnable de leur taux (voir, parmi beaucoup d\u2019autres, Kar\u00e1csony et autres c. Hongrie [GC], nos 42461\/13 et 44357\/13, \u00a7 189, 17 mai 2016). En l\u2019esp\u00e8ce, compte tenu des documents en sa possession et des crit\u00e8res susmentionn\u00e9s, la Cour juge raisonnable d\u2019allouer \u00e0 chacune des soci\u00e9t\u00e9s requ\u00e9rantes la somme de 186,20 EUR pour les frais et d\u00e9pens engag\u00e9s pour la proc\u00e9dure men\u00e9e devant elle, plus tout montant pouvant \u00eatre d\u00fb sur cette somme \u00e0 titre d\u2019imp\u00f4t.<\/p>\n<p><strong>PAR CES MOTIFS, LA COUR, \u00c0 L\u2019UNANIMIT\u00c9,<\/strong><\/p>\n<p>1. D\u00e9cide de disjoindre les pr\u00e9sentes requ\u00eates du groupe des requ\u00eates nos\u00a016000\/10 et autres\u00a0;<\/p>\n<p>2. D\u00e9cide de joindre les deux pr\u00e9sentes requ\u00eates\u00a0;<\/p>\n<p>3. D\u00e9clare les requ\u00eates recevables\u00a0;<\/p>\n<p>4. Dit qu\u2019il y a eu violation de l\u2019article 6\u00a0\u00a7 1 de la Convention et de l\u2019article\u00a01 du Protocole no 1 \u00e0 la Convention\u00a0;<\/p>\n<p>5. Dit qu\u2019il y a eu violation de l\u2019article\u00a013 de la Convention combin\u00e9 avec l\u2019article 6 \u00a7 1 de la Convention et l\u2019article 1 du Protocole no 1 \u00e0 la Convention\u00a0;<\/p>\n<p>6. Dit<\/p>\n<p>a) que l\u2019\u00c9tat d\u00e9fendeur doit verser aux soci\u00e9t\u00e9s requ\u00e9rantes, dans un d\u00e9lai de trois mois \u00e0 compter de la date \u00e0 laquelle l\u2019arr\u00eat sera devenu d\u00e9finitif conform\u00e9ment \u00e0 l\u2019article\u00a044\u00a0\u00a7\u00a02 de la Convention, les sommes suivantes, \u00e0 convertir dans la monnaie de l\u2019\u00c9tat d\u00e9fendeur au taux applicable \u00e0 la date du r\u00e8glement\u00a0:<\/p>\n<p>i. 36\u00a0864 EUR (trente-six mille huit cent soixante-quatre euros) \u00e0 la premi\u00e8re soci\u00e9t\u00e9 requ\u00e9rante et 76\u00a0160 EUR (soixante\u2011seize\u00a0mille\u00a0cent soixante euros) \u00e0 la seconde soci\u00e9t\u00e9 requ\u00e9rante, plus tout montant pouvant \u00eatre d\u00fb sur ces sommes \u00e0 titre d\u2019imp\u00f4t, pour dommage mat\u00e9riel\u00a0;<\/p>\n<p>ii. 1\u00a0600 EUR (mille six cents euros) \u00e0 la premi\u00e8re soci\u00e9t\u00e9 requ\u00e9rante et 600 EUR (six cents euros) \u00e0 la seconde soci\u00e9t\u00e9 requ\u00e9rante, plus tout montant pouvant \u00eatre d\u00fb sur ces sommes \u00e0 titre d\u2019imp\u00f4t, pour dommage moral\u00a0;<\/p>\n<p>iii. 186,20 EUR (cent quatre-vingt-six euros vingt centimes) \u00e0 chacune des soci\u00e9t\u00e9s requ\u00e9rantes, pour frais et d\u00e9pens\u00a0;<\/p>\n<p>b) qu\u2019\u00e0 compter de l\u2019expiration dudit d\u00e9lai et jusqu\u2019au versement, ces montants seront \u00e0 majorer d\u2019un int\u00e9r\u00eat simple \u00e0 un taux \u00e9gal \u00e0 celui de la facilit\u00e9 de pr\u00eat marginal de la Banque centrale europ\u00e9enne applicable pendant cette p\u00e9riode, augment\u00e9 de trois points de pourcentage\u00a0;<\/p>\n<p>7. Rejette le surplus des demandes de satisfaction \u00e9quitable.<\/p>\n<p>Fait en fran\u00e7ais, puis communiqu\u00e9 par \u00e9crit le 24 octobre 2023, en application de l\u2019article\u00a077\u00a0\u00a7\u00a7\u00a02 et\u00a03 du r\u00e8glement.<\/p>\n<p>Hasan Bak\u0131rc\u0131 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 Arnfinn B\u00e5rdsen<br \/>\nGreffier \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0Pr\u00e9sident<\/p>\n<div class=\"social-share-buttons\"><a href=\"https:\/\/www.facebook.com\/sharer\/sharer.php?u=https:\/\/loisdumonde.com\/?p=2160\" target=\"_blank\" rel=\"noopener\">Facebook<\/a><a href=\"https:\/\/twitter.com\/intent\/tweet?url=https:\/\/loisdumonde.com\/?p=2160&text=AFFAIRE+POMUL+S.R.L.+ET+SUBERVIN+S.R.L.+c.+R%C3%89PUBLIQUE+DE+MOLDOVA+%E2%80%93+14323%2F13+et+47663%2F13\" target=\"_blank\" rel=\"noopener\">Twitter<\/a><a href=\"https:\/\/www.linkedin.com\/shareArticle?url=https:\/\/loisdumonde.com\/?p=2160&title=AFFAIRE+POMUL+S.R.L.+ET+SUBERVIN+S.R.L.+c.+R%C3%89PUBLIQUE+DE+MOLDOVA+%E2%80%93+14323%2F13+et+47663%2F13\" target=\"_blank\" rel=\"noopener\">LinkedIn<\/a><a href=\"https:\/\/pinterest.com\/pin\/create\/button\/?url=https:\/\/loisdumonde.com\/?p=2160&description=AFFAIRE+POMUL+S.R.L.+ET+SUBERVIN+S.R.L.+c.+R%C3%89PUBLIQUE+DE+MOLDOVA+%E2%80%93+14323%2F13+et+47663%2F13\" target=\"_blank\" rel=\"noopener\">Pinterest<\/a><\/div>","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Les requ\u00eates concernent la responsabilit\u00e9 de l\u2019\u00c9tat pour le d\u00e9faut d\u2019ex\u00e9cution des d\u00e9cisions de justice rendues en faveur des soci\u00e9t\u00e9s requ\u00e9rantes contre une soci\u00e9t\u00e9 dont l\u2019actionnaire majoritaire \u00e9tait l\u2019\u00c9tat. 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