{"id":2156,"date":"2023-10-24T10:26:31","date_gmt":"2023-10-24T10:26:31","guid":{"rendered":"https:\/\/loisdumonde.com\/?p=2156"},"modified":"2023-10-24T10:26:31","modified_gmt":"2023-10-24T10:26:31","slug":"affaire-pajak-et-autres-c-pologne-25226-18-et-3-autres","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/loisdumonde.com\/?p=2156","title":{"rendered":"AFFAIRE PAJ\u0104K ET AUTRES c. POLOGNE &#8211; 25226\/18 et 3 autres"},"content":{"rendered":"<p><span style=\"color: #800000;\">Les requ\u00eates concernent l\u2019all\u00e9gation des requ\u00e9rantes selon laquelle elles n\u2019ont pas dispos\u00e9 d\u2019un recours juridictionnel au travers duquel elles auraient pu contester le refus du ministre de la Justice et du Conseil national de la Magistrature, respectivement, de les autoriser \u00e0 continuer \u00e0 exercer leurs fonctions de juge au-del\u00e0 de l\u2019\u00e2ge de la retraite, lequel \u00e9tait alors fix\u00e9 \u00e0 60 ans pour les juges f\u00e9minins. Elles soul\u00e8vent en outre une question relative \u00e0 la compatibilit\u00e9 des d\u00e9parts \u00e0 la retraite respectifs de trois des quatre requ\u00e9rantes avec le principe de la non-discrimination fond\u00e9e sur le sexe et l\u2019\u00e2ge.<\/span><\/p>\n<hr \/>\n<p><!--more--><\/p>\n<p style=\"text-align: center;\">PREMI\u00c8RE SECTION<br \/>\n<strong>AFFAIRE PAJ\u0104K ET AUTRES c. POLOGNE<\/strong><br \/>\n<em>(Requ\u00eate no 25226\/18 et 3 autres \u2013 voir liste en annexe)<\/em><br \/>\nARR\u00caT<\/p>\n<p>Art 6 \u00a7 1 (civil) \u2022 Acc\u00e8s \u00e0 un tribunal \u2022 Absence de raisons s\u00e9rieuses propres \u00e0 justifier une absence exceptionnelle de contr\u00f4le juridictionnel de la cessation anticip\u00e9e des fonctions de juge des requ\u00e9rantes en cons\u00e9quence de d\u00e9cisions unilat\u00e9rales du ministre de la Justice, repr\u00e9sentant du pouvoir ex\u00e9cutif, et du Conseil national de la Magistrature, organe subordonn\u00e9 \u00e0 ce dernier \u2022 Art 6 \u00a7 1 applicable \u00e0 la lumi\u00e8re de la seconde condition pos\u00e9e dans l\u2019arr\u00eat Vilho Eskelinen et autres c. Finlande [GC]<br \/>\nArt 14 (+ Art 8) \u2022 Discrimination \u2022 Sexe \u2022 Vie priv\u00e9e \u2022 Mise \u00e0 la retraite anticip\u00e9e cinq ans plus t\u00f4t que pour des juges masculins dans une situation analogue \u2022 Effet combin\u00e9 de la l\u00e9gislation op\u00e9rant une diff\u00e9renciation entre hommes et femmes relativement \u00e0 l\u2019\u00e2ge de d\u00e9part \u00e0 la retraite des juges et refus minist\u00e9riels d\u2019autoriser la poursuite de l\u2019exercice par les requ\u00e9rantes de leurs fonctions au-del\u00e0 de l\u2019\u00e2ge tel qu\u2019abaiss\u00e9 \u2022 Nuisance aux carri\u00e8res professionnelles respectives et importantes r\u00e9percussions sur le montant des pensions de retraite \u2022 Impossibilit\u00e9 d\u2019exercer \u00e0 la retraite un emploi de nature \u00e0 permettre d\u2019atteindre un \u00e9panouissement professionnel satisfaisant<\/p>\n<p style=\"text-align: center;\">STRASBOURG<br \/>\n24 octobre 2023<\/p>\n<p>Cet arr\u00eat deviendra d\u00e9finitif dans les conditions d\u00e9finies \u00e0 l\u2019article 44 \u00a7 2 de la Convention. Il peut subir des retouches de forme.<\/p>\n<p><strong>En l\u2019affaire Paj\u0105k et autres c. Pologne,<\/strong><\/p>\n<p>La Cour europ\u00e9enne des droits de l\u2019homme (premi\u00e8re section), si\u00e9geant en une chambre compos\u00e9e de\u00a0:<br \/>\nMarko Bo\u0161njak, pr\u00e9sident,<br \/>\nKrzysztof Wojtyczek,<br \/>\nP\u00e9ter Paczolay,<br \/>\nErik Wennerstr\u00f6m,<br \/>\nRaffaele Sabato,<br \/>\nLorraine Schembri Orland,<br \/>\nIoannis Ktistakis, juges,<br \/>\net de Renata Degener, greffi\u00e8re de section,<br \/>\nVu\u00a0:<\/p>\n<p>les requ\u00eates (nos 25226\/18 et 3 autres, voir liste en annexe) dirig\u00e9es contre la R\u00e9publique de Pologne et dont quatre ressortissantes de cet \u00c9tat, Mmes\u00a0Lucyna Paj\u0105k, Marta Kuzak, El\u017cbieta Kabzi\u0144ska et Danuta Jezierska (\u00ab\u00a0les requ\u00e9rantes\u00a0\u00bb), ont saisi la Cour en vertu de l\u2019article\u00a034 de la Convention de sauvegarde des droits de l\u2019homme et des libert\u00e9s fondamentales (\u00ab\u00a0la Convention\u00a0\u00bb) aux dates indiqu\u00e9es dans le tableau joint en annexe,<\/p>\n<p>la d\u00e9cision de porter \u00e0 la connaissance du gouvernement polonais (\u00ab\u00a0le\u00a0Gouvernement\u00a0\u00bb) les griefs concernant les articles 6 \u00a7 1, 14 de la Convention combin\u00e9 avec l\u2019article 8 de celle-ci et\/ou l\u2019article 1 du Protocole no\u00a01\u00a0\u00e0 la Convention et l\u2019article 13 de celle-ci et de d\u00e9clarer la requ\u00eate no\u00a08378\/19 irrecevable pour le surplus,<\/p>\n<p>la d\u00e9cision de traiter en priorit\u00e9 les requ\u00eates (article 41 du r\u00e8glement de la Cour (\u00ab\u00a0le r\u00e8glement\u00a0\u00bb),<\/p>\n<p>les observations des parties,<\/p>\n<p>Apr\u00e8s en avoir d\u00e9lib\u00e9r\u00e9 en chambre du conseil le 19 septembre 2023,<\/p>\n<p>Rend l\u2019arr\u00eat que voici, adopt\u00e9 \u00e0 cette date\u00a0:<\/p>\n<p><strong>INTRODUCTION<\/strong><\/p>\n<p>1. Les requ\u00eates concernent l\u2019all\u00e9gation des requ\u00e9rantes selon laquelle elles n\u2019ont pas dispos\u00e9 d\u2019un recours juridictionnel au travers duquel elles auraient pu contester le refus du ministre de la Justice et du Conseil national de la Magistrature (\u00ab\u00a0le CNM\u00a0\u00bb)[1], respectivement, de les autoriser \u00e0 continuer \u00e0 exercer leurs fonctions de juge au-del\u00e0 de l\u2019\u00e2ge de la retraite (\u00ab\u00a0stan spoczynku\u00a0\u00bb[2]), lequel \u00e9tait alors fix\u00e9 \u00e0 60 ans pour les juges f\u00e9minins. Elles soul\u00e8vent en outre une question relative \u00e0 la compatibilit\u00e9 des d\u00e9parts \u00e0 la retraite respectifs de trois des quatre requ\u00e9rantes avec le principe de la non-discrimination fond\u00e9e sur le sexe et l\u2019\u00e2ge.<\/p>\n<p><strong>EN FAIT<\/strong><\/p>\n<p>2. La liste des requ\u00e9rantes et de leurs repr\u00e9sentants respectifs figure en annexe.<\/p>\n<p>3. Le Gouvernement a \u00e9t\u00e9 repr\u00e9sent\u00e9 par son agent, M. J. Sobczak, du minist\u00e8re des Affaires \u00e9trang\u00e8res.<\/p>\n<p>4. \u00c0 l\u2019\u00e9poque des faits, les requ\u00e9rantes exer\u00e7aient la fonction de juge respectivement au tribunal de district de Nowy Targ depuis 1987 et 1986, au tribunal r\u00e9gional de Kielce depuis 1989 et \u00e0 la cour d\u2019appel de Szczecin depuis 2004. Depuis 2000, la troisi\u00e8me requ\u00e9rante \u00e9tait \u00e9galement pr\u00e9sidente de la chambre commerciale du tribunal r\u00e9gional de Kielce. Le 7\u00a0mars 2016, le 18\u00a0janvier 2017, le 13 d\u00e9cembre 2013 et le 2 avril 2015 respectivement, chacune des requ\u00e9rantes susmentionn\u00e9es atteignit l\u2019\u00e2ge de 60 ans.<\/p>\n<p>5. Le 12 ao\u00fbt et le 1er octobre 2017 entr\u00e8rent en vigueur respectivement la loi du 12 juillet 2017 portant modification de la loi du 27\u00a0juillet 2001 sur l\u2019organisation des juridictions de droit commun (\u00ab\u00a0la loi Pusp\u00a0\u00bb) et de certaines autres lois (ci-apr\u00e8s \u00ab\u00a0la loi du 12 juillet 2017\u00a0\u00bb, paragraphe\u00a024 ci\u2011dessous) et la loi du 16 novembre 2016 portant modification de la loi sur les retraites et les pensions au titre du fonds d\u2019assurances sociales et de certaines autres lois (ci-apr\u00e8s \u00ab\u00a0la loi du 16\u00a0novembre 2016\u00a0\u00bb, paragraphe\u00a025 ci\u2011dessous). En cons\u00e9quence de l\u2019entr\u00e9e en vigueur de ces lois, d\u2019une part, la continuation de l\u2019exercice de la fonction de juge au-del\u00e0 de l\u2019\u00e2ge de la retraite fut subordonn\u00e9e \u00e0 l\u2019autorisation du ministre de la Justice et, d\u2019autre part, l\u2019\u00e2ge de d\u00e9part \u00e0 la retraite des juges fut abaiss\u00e9 de 67 \u00e0 60 ans pour les femmes et \u00e0 65\u00a0ans pour les hommes.<\/p>\n<p>6. Les 5 et 4 octobre 2017 et le 14 mars 2018, se fondant sur l\u2019article\u00a026 \u00a7\u00a01 de la loi du 16 novembre 2016 et sur l\u2019article 69 \u00a7 1 de la loi Pusp\u00a0(paragraphes 27 et 25 ci\u2011dessous), chacune des requ\u00e9rantes adressa au ministre de la Justice une d\u00e9claration indiquant son souhait de continuer \u00e0 exercer sa fonction jusqu\u2019\u00e0 l\u2019\u00e2ge de 70 ans. Les d\u00e9clarations respectives des trois premi\u00e8res requ\u00e9rantes furent accompagn\u00e9es de certificats m\u00e9dicaux attestant que l\u2019\u00e9tat de sant\u00e9 de chacune des int\u00e9ress\u00e9es leur permettait de si\u00e9ger. La quatri\u00e8me requ\u00e9rante indiqua quant \u00e0 elle dans sa d\u00e9claration qu\u2019elle ne soumettrait pas de certificat m\u00e9dical au ministre de la Justice au motif que les juges masculins n\u2019\u00e9taient pas tenus de le faire dans des circonstances analogues et que pareille obligation lui paraissait par cons\u00e9quent discriminatoire \u00e0 son \u00e9gard et contraire aux articles 32 et 33 de la Constitution (paragraphe 22 ci-dessous), \u00e0 l\u2019article 113 du code de travail, \u00e0 l\u2019article\u00a0157 du Trait\u00e9 sur le fonctionnement de l\u2019Union europ\u00e9enne (\u00ab\u00a0le TFUE\u00a0\u00bb, paragraphe 59 ci-dessous) et \u00e0 la directive 2000\/78\/\u00a0CE du Conseil du 27\u00a0novembre 2000 portant cr\u00e9ation d\u2019un cadre g\u00e9n\u00e9ral en faveur de l\u2019\u00e9galit\u00e9 de traitement en mati\u00e8re d\u2019emploi et de travail (\u00ab\u00a0la directive 2000\/78\/ CE\u00a0\u00bb, paragraphe 61 ci-dessous).<\/p>\n<p>7. Par des lettres du 23 novembre 2017 et du 3 janvier 2018, se fondant sur l\u2019article 69 \u00a7\u00a7 1, 1b et 3 alin\u00e9a 1 de la loi Pusp (paragraphes\u00a024-25 ci\u2011dessous), le ministre de la Justice informa les premi\u00e8re, deuxi\u00e8me et troisi\u00e8me requ\u00e9rantes qu\u2019il ne consentait pas \u00e0 la poursuite de l\u2019exercice par elles de leurs fonctions. Aucune de ces lettres ne pr\u00e9cisait quels \u00e9taient les motifs des d\u00e9cisions minist\u00e9rielles. Le 23 mars 2018, statuant en application de l\u2019article 69\u00a0\u00a7\u00a7 1 et 1b de la loi Pusp (paragraphes 24 &#8211; 25 ci\u2011dessous), le ministre de la Justice informa la quatri\u00e8me requ\u00e9rante qu\u2019il ne consentait pas \u00e0 la continuation de l\u2019exercice par elle de ses fonctions au-del\u00e0 de l\u2019\u00e2ge de la retraite au motif qu\u2019elle n\u2019avait pas soumis le certificat m\u00e9dical requis.<\/p>\n<p>8. Par des lettres du 11 avril 2018, se fondant sur l\u2019article\u00a026 \u00a7\u00a01 de la loi du 16 novembre 2016 (paragraphe 27 ci-dessous), le ministre de la Justice informa les premi\u00e8re, deuxi\u00e8me et quatri\u00e8me requ\u00e9rantes de leurs d\u00e9parts \u00e0 la retraite respectifs avec effet au 1er avril 2018.<\/p>\n<p><strong>I. LES FAITS CONCERNANT LA TROISI\u00c8ME REQU\u00c9RANTE<\/strong><\/p>\n<p>9. En cons\u00e9quence des changements l\u00e9gislatifs intervenus en 2017, le syst\u00e8me d\u2019\u00e9lection des membres du CNM fut modifi\u00e9, d\u2019une part, et deux nouvelles chambres furent cr\u00e9\u00e9es au sein de la Cour supr\u00eame, d\u2019autre part. Le 6 mars 2018, le Sejm (la chambre basse du Parlement) \u00e9lut les nouveaux membres du CNM r\u00e9cemment institu\u00e9 et, le 10 octobre, le pr\u00e9sident de la R\u00e9publique proc\u00e9da \u00e0 la nomination des juges de la chambre du contr\u00f4le extraordinaire et des affaires publiques de la Cour supr\u00eame (l\u2019une des deux nouvelles chambres de la haute juridiction nationale)[3].<\/p>\n<p>10. Le 8 mars 2018, s\u2019appuyant sur l\u2019article 26 \u00a7 2 de la loi du 16\u00a0novembre 2016 (paragraphe 28 ci-dessous), la troisi\u00e8me requ\u00e9rante adressa au ministre de la Justice une d\u00e9claration indiquant son souhait de prendre sa retraite dans les conditions garanties par la loi Pusp dans sa version applicable jusqu\u2019au 30\u00a0septembre 2017.[4]<\/p>\n<p>11. Par une lettre du 27 mars 2018, se fondant sur l\u2019article 26 \u00a7\u00a02 de la loi du 16 novembre 2016, combin\u00e9 avec l\u2019article 69 \u00a7\u00a7 1 et 1a de la loi Pusp dans sa version applicable avant le 30 septembre 2017, le ministre de la Justice informa la troisi\u00e8me requ\u00e9rante qu\u2019elle resterait en fonction jusqu\u2019au 13\u00a0d\u00e9cembre 2018.<\/p>\n<p>12. Le 23 mai 2018 entra en vigueur la loi du 12 avril 2018 portant modification de la loi Pusp, de la loi sur le CNM et de la loi sur la Cour supr\u00eame (\u00ab\u00a0la loi du 12 avril 2018\u00a0\u00bb, paragraphe 26 ci-dessous). En cons\u00e9quence de l\u2019entr\u00e9e en vigueur de cette loi, la comp\u00e9tence de d\u00e9cision en mati\u00e8re de prolongation des fonctions de juge au-del\u00e0 de l\u2019\u00e2ge de la retraite fut d\u00e9volue au CNM.<\/p>\n<p>13. Par une lettre du 11 juin 2018, la troisi\u00e8me requ\u00e9rante adressa au CNM une d\u00e9claration indiquant son souhait de continuer \u00e0 exercer sa fonction jusqu\u2019\u00e0 l\u2019\u00e2ge de 70 ans. Cette d\u00e9claration fut accompagn\u00e9e de certificats m\u00e9dicaux attestant que l\u2019\u00e9tat de sant\u00e9 de l\u2019int\u00e9ress\u00e9e lui permettait de si\u00e9ger.<\/p>\n<p>14. Par une r\u00e9solution du 25 juillet 2018, qui fut communiqu\u00e9e \u00e0 la troisi\u00e8me requ\u00e9rante le 21 ao\u00fbt 2018, le CNM, en application de l\u2019article\u00a069 \u00a7\u00a01 b de la loi Pusp (paragraphe 26 ci-dessous), refusa d\u2019autoriser l\u2019int\u00e9ress\u00e9e \u00e0 continuer \u00e0 exercer sa fonction jusqu\u2019\u00e0 l\u2019\u00e2ge de 70 ans, estimant que ni l\u2019int\u00e9r\u00eat de la justice ni l\u2019int\u00e9r\u00eat g\u00e9n\u00e9ral ne l\u2019exigeaient. Pour parvenir \u00e0 sa d\u00e9cision sur ce point, le CNM prit en compte les \u00e9l\u00e9ments du dossier de l\u2019int\u00e9ress\u00e9e, parmi lesquels ses donn\u00e9es statistiques pour la p\u00e9riode de janvier \u00e0 juin 2018, le relev\u00e9 de ses absences autres que ses cong\u00e9s annuels et son rapport d\u2019\u00e9valuation \u00e9tabli par le pr\u00e9sident du tribunal r\u00e9gional de Kielce. Dans les motifs de sa r\u00e9solution, le CNM observa que, bien que le rapport d\u2019\u00e9valuation de l\u2019int\u00e9ress\u00e9e f\u00fbt positif, il n\u2019y avait pas de risque que le d\u00e9part \u00e0 la retraite de celle-ci entrav\u00e2t consid\u00e9rablement le travail de ce tribunal. Le CNM indiqua en marge de sa r\u00e9solution que celle-ci \u00e9tait d\u00e9finitive (\u00ab\u00a0ostateczna\u00a0\u00bb).<\/p>\n<p>15. Par une lettre du 30 ao\u00fbt 2018, la troisi\u00e8me requ\u00e9rante invita le CNM \u00e0 lui indiquer les recours qu\u2019elle pouvait exercer pour se plaindre de la r\u00e9solution du CNM. En l\u2019absence de r\u00e9action de la part du CNM \u00e0 son invitation, la troisi\u00e8me requ\u00e9rante r\u00e9it\u00e9ra sa demande sur ce point.<\/p>\n<p>16. Par une lettre du 4 octobre 2018, le vice-pr\u00e9sident du CNM informa la troisi\u00e8me requ\u00e9rante que la question soulev\u00e9e par elle \u00e9tait r\u00e9gie par \u00ab\u00a0les dispositions de la loi commun\u00e9ment applicable et, tout particuli\u00e8rement, par celles de la loi Pusp et celles de la loi du 12\u00a0mai 2011 sur le CNM\u00a0\u00bb.<\/p>\n<p><strong>II. LES FAITS CONCERNANT LA QUATRI\u00c8ME REQU\u00c9RANTE<\/strong><\/p>\n<p>17. Entretemps, le 28 mars 2018, la quatri\u00e8me requ\u00e9rante avait demand\u00e9 au ministre de la Justice d\u2019annuler la d\u00e9cision minist\u00e9rielle la concernant (paragraphe 7 ci-dessus), mais en vain. Le m\u00eame jour elle attaqua devant la Cour supr\u00eame la d\u00e9cision minist\u00e9rielle en question. Dans son recours, elle soutint tout particuli\u00e8rement que l\u2019application \u00e0 sa situation de la l\u00e9gislation op\u00e9rant des diff\u00e9renciations entre femmes et hommes en ce qui concerne l\u2019\u00e2ge de d\u00e9part \u00e0 la retraite des juges avait emport\u00e9 violation \u00e0 son \u00e9gard du principe de l\u2019\u00e9galit\u00e9 des individus devant la loi consacr\u00e9e par les dispositions pertinentes de la Constitution et lui avait fait subir en outre une discrimination fond\u00e9e sur le sexe. Elle argua que le ministre de la Justice n\u2019\u00e9tait pas habilit\u00e9 \u00e0 d\u00e9cider s\u2019il y avait lieu ou non de l\u2019autoriser \u00e0 si\u00e9ger au-del\u00e0 d\u2019un nouvel \u00e2ge de d\u00e9part \u00e0 la retraite. Sur ce point, elle indiqua tout particuli\u00e8rement que l\u2019article 26 \u00a7 1 de la loi du 16 novembre 2016 ne contenait aucun renvoi \u00e0 l\u2019application des dispositions de l\u2019article 69 \u00a7 1b de la loi Pusp (paragraphes\u00a027 et 25 ci-dessous) desquelles le ministre de la Justice tirait sa comp\u00e9tence all\u00e9gu\u00e9e en la mati\u00e8re. Elle soutint que, m\u00eame si la disposition pr\u00e9cit\u00e9e ne lui conf\u00e9rait explicitement aucun droit de recours contre la d\u00e9cision minist\u00e9rielle litigieuse, en l\u2019esp\u00e8ce, le droit en question et la comp\u00e9tence de la Cour supr\u00eame pour examiner des recours en la mati\u00e8re d\u00e9coulaient des dispositions de l\u2019article 78 de la Constitution combin\u00e9es \u00e0 celles de l\u2019article 75 \u00a7 4 de la loi Pusp, telles qu\u2019elles avaient \u00e9t\u00e9 appliqu\u00e9es \u00e0 son litige par analogie. Elle indiqua de plus qu\u2019il se d\u00e9gageait de la lettre de l\u2019article 127 \u00a7 4 de la loi du 28\u00a0janvier 2016 sur le parquet que les procureurs se trouvant dans une situation analogue pouvaient attaquer la d\u00e9cision minist\u00e9rielle devant la Cour supr\u00eame. Elle ajouta enfin qu\u2019il ressortait du libell\u00e9 des dispositions de l\u2019article 75 \u00a7\u00a7 3 et 4 de la loi Pusp[5] que quelques\u2011unes des d\u00e9cisions minist\u00e9rielles relatives aux juges \u00e9taient bel et bien susceptibles de recours devant la Cour supr\u00eame.<\/p>\n<p>18. Faisant suite \u00e0 la lettre minist\u00e9rielle du 11 avril 2018 (paragraphe\u00a08 ci\u2011dessus), la quatri\u00e8me requ\u00e9rante adressa au ministre de la Justice le 17 avril 2018 une lettre l\u2019invitant \u00e0 lui indiquer les recours dont elle disposait pour se plaindre des lettres minist\u00e9rielles du 23 mars 2018 et de celle pr\u00e9cit\u00e9e.<\/p>\n<p>19. Par une lettre du 10 mai 2018, le ministre comp\u00e9tent informa la quatri\u00e8me requ\u00e9rante que son refus de l\u2019autoriser \u00e0 continuer \u00e0 exercer ses fonctions de juge et la lettre que l\u2019int\u00e9ress\u00e9e lui avait adress\u00e9e, l\u2019informant de son d\u00e9part \u00e0 la retraite, \u00e9taient insusceptibles de recours.<\/p>\n<p>20. R\u00e9pliquant au recours de la requ\u00e9rante, le ministre de la Justice indiqua que seules ses d\u00e9cisions et celles du CNM, qui \u00e9taient limitativement \u00e9num\u00e9r\u00e9es dans la loi Pusp, \u00e9taient susceptibles de recours devant la Cour supr\u00eame. Cette observation concernait les d\u00e9cisions minist\u00e9rielles relatives au transfert d\u2019un juge sur un autre lieu d\u2019affectation, celles portant refus de cong\u00e9 pour motif de sant\u00e9, celles relatives au d\u00e9part \u00e0 la retraite d\u2019un juge ainsi que celles concernant la r\u00e9int\u00e9gration d\u2019un juge dans ses anciennes fonctions dans la magistrature. Les d\u00e9cisions relevant des litiges ayant trait aux rapports de service des juges \u00e9taient en principe insusceptibles de recours. Les \u00e9ventuelles d\u00e9rogations au principe en question \u00e9taient interpr\u00e9t\u00e9es de mani\u00e8re stricte. La d\u00e9cision par laquelle le ministre de la Justice autorisait la continuation de l\u2019exercice des fonctions des juges au-del\u00e0 de l\u2019\u00e2ge de la retraite \u00e9tait d\u00e9pourvue de caract\u00e8re administratif. Par cons\u00e9quent, ni le code de proc\u00e9dure administrative ni la loi du 30 ao\u00fbt 2002 sur la proc\u00e9dure applicable aux juridictions administratives (\u00ab\u00a0la loi Ppsa\u00a0\u00bb, paragraphes\u00a035\u201137 ci-dessous) ne s\u2019appliquaient \u00e0 l\u2019adoption de cette d\u00e9cision.<\/p>\n<p>21. Par une d\u00e9cision I NO 18\/18 du 27 f\u00e9vrier 2019, la chambre du contr\u00f4le extraordinaire et des affaires publiques de la Cour supr\u00eame d\u00e9clara le recours de la requ\u00e9rante irrecevable. Dans les motifs de sa d\u00e9cision, cette chambre fit observer que\u00a0:<\/p>\n<p>\u2013 il se d\u00e9gageait des dispositions transitoires de l\u2019article 26 \u00a7 1 de la loi du 16\u00a0novembre 2016 dans leur version applicable \u00e0 compter du 1er\u00a0octobre 2017 qu\u2019en cas de r\u00e9alisation de la condition \u00e9nonc\u00e9e par ces dispositions, \u00e0 savoir que lorsqu\u2019un juge f\u00e9minin atteignait l\u2019\u00e2ge de 60 ans \u00e0 la date d\u2019entr\u00e9e en vigueur de cette loi ou dans un d\u00e9lai de moins de six mois \u00e0 compter de la m\u00eame date, le juge concern\u00e9 partait \u00e0 la retraite le premier jour suivant l\u2019expiration de ce d\u00e9lai ;<\/p>\n<p>\u2013 il ressortait en outre de la lettre des dispositions pr\u00e9cit\u00e9es que ce n\u2019\u00e9tait que lorsque le juge int\u00e9ress\u00e9 exprimait au ministre de la Justice son souhait de continuer \u00e0 si\u00e9ger au-del\u00e0 de l\u2019\u00e2ge de la retraite fix\u00e9 de la sorte et lui soumettait en m\u00eame temps un certificat m\u00e9dical attestant que son \u00e9tat de sant\u00e9 lui permettait de si\u00e9ger que le juge en question pouvait rester en exercice au\u2011del\u00e0 de l\u2019\u00e2ge de la retraite. Ces cons\u00e9quences l\u00e9gales se produisaient de droit sans qu\u2019aucune autorisation de la part du ministre de la Justice f\u00fbt requise. Le ministre comp\u00e9tent intervenait dans cette proc\u00e9dure particuli\u00e8re en tant que simple destinataire de la d\u00e9claration accompagn\u00e9e du certificat m\u00e9dical requis du juge concern\u00e9. L\u2019argument de la requ\u00e9rante relatif \u00e0 l\u2019absence all\u00e9gu\u00e9e d\u2019un quelconque lien entre, d\u2019une part, l\u2019article 26 \u00a7 1 de la loi du 16 novembre 2016 et, d\u2019autre part, la proc\u00e9dure pr\u00e9vue par l\u2019article\u00a069 \u00a7 1b de la loi Pusp \u00e9tait donc fond\u00e9 ;<\/p>\n<p>\u2013 le ministre de la Justice \u00e9tait habilit\u00e9 \u00e0 autoriser la prolongation de l\u2019exercice des fonctions de juge au-del\u00e0 de l\u2019\u00e2ge de la retraite uniquement dans les situations pr\u00e9vues par l\u2019article 69 \u00a7 1 de la Pusp et non par n\u2019importe quelle disposition l\u00e9gislative\u00a0;<\/p>\n<p>\u2013 d\u00e8s lors que la continuation de l\u2019exercice des fonctions de juge au-del\u00e0 de l\u2019\u00e2ge de la retraite n\u2019\u00e9tait soumise \u00e0 aucune autorisation minist\u00e9rielle pr\u00e9alable, il n\u2019existait en l\u2019esp\u00e8ce aucune base l\u00e9gale ou factuelle \u00e0 un quelconque contentieux entre l\u2019int\u00e9ress\u00e9e et le ministre de la Justice. Le recours contre la d\u00e9cision minist\u00e9rielle mise en cause par l\u2019int\u00e9ress\u00e9e \u00e9tait par cons\u00e9quent sans objet ;<\/p>\n<p>\u2013 la requ\u00e9rante n\u2019ayant pas soumis au ministre de la Justice le certificat m\u00e9dical prouvant son aptitude \u00e0 si\u00e9ger, l\u2019effet pr\u00e9vu par l\u2019article 26 \u00a7\u00a01 de la loi du 16 novembre 2016, \u00e0 savoir le maintien de l\u2019int\u00e9ress\u00e9e dans ses fonctions, ne s\u2019\u00e9tait pas produit en ce qui la concernait. La lettre minist\u00e9rielle du 23 mars 2018 indiquait simplement \u00e0 l\u2019int\u00e9ress\u00e9e les effets qui d\u00e9coulaient de droit de cette situation et ne pouvait par cons\u00e9quent \u00eatre consid\u00e9r\u00e9e comme une d\u00e9cision minist\u00e9rielle, qui aurait \u00e9t\u00e9 susceptible de recours juridictionnel\u00a0;<\/p>\n<p>\u2013 le renvoi \u00e0 l\u2019article 26 \u00a7 1 de la loi du 26 novembre 2016 dans l\u2019article\u00a069 \u00a7\u00a01 de la loi Pusp ne justifiait pas la conclusion qu\u2019en cas de r\u00e9alisation des conditions \u00e9nonc\u00e9es dans la premi\u00e8re des dispositions pr\u00e9cit\u00e9es on pouvait appliquer la proc\u00e9dure pr\u00e9vue par l\u2019article 69 \u00a7 1b de la loi Pusp. De plus, aucune des dispositions de la loi du 26 novembre 2016 ne renvoyait \u00e0 celles pr\u00e9cit\u00e9es de la loi Pusp, ce qui en l\u2019occurrence justifiait la conclusion que l\u2019application de ces derni\u00e8res dispositions n\u2019\u00e9tait pas du tout envisag\u00e9e par ces premi\u00e8res. En outre, il d\u00e9coulait du caract\u00e8re transitoire de l\u2019article\u00a026 \u00a7\u00a01 de la loi du 26 novembre 2016 que la r\u00e9glementation de la question du d\u00e9part \u00e0 la retraite de l\u2019ensemble des juges qui seraient concern\u00e9s par cette disposition l\u00e9gislative aurait pu avoir \u00e9t\u00e9 diff\u00e9rente de celle de la loi Pusp. Les \u00e9ventuelles diff\u00e9rences de r\u00e9glementation en la mati\u00e8re pouvaient en outre se justifier tant par l\u2019imp\u00e9ratif de protection des droits acquis que par le principe d\u2019inamovibilit\u00e9 et enfin le libre choix en la mati\u00e8re des juges concern\u00e9s ;<\/p>\n<p>\u2013 elle-m\u00eame [la chambre comp\u00e9tente] ne pouvait conna\u00eetre du premier des deux griefs de la plaignante. D\u00e8s lors qu\u2019en l\u2019esp\u00e8ce le d\u00e9part \u00e0 la retraite de l\u2019int\u00e9ress\u00e9e \u00e9tait intervenu de droit sans que le ministre de la Justice e\u00fbt d\u00fb intervenir, statuer sur le grief en question reviendrait \u00e0 contr\u00f4ler in abstracto la l\u00e9gislation applicable au regard de la Constitution et du droit pertinent de l\u2019Union europ\u00e9enne. Or, seule la Cour constitutionnelle pourrait se prononcer en la mati\u00e8re.<\/p>\n<p><strong>LE CADRE JURIDIQUE ET LA PRATIQUE PERTINENTS<\/strong><\/p>\n<p><strong>I. LE CADRE JURIDIQUE ET LA PRATIQUE INTERNES PERTiNENTS<\/strong><\/p>\n<p><strong>A. La Constitution polonaise<\/strong><\/p>\n<p>22. Les articles pertinents de la Constitution disposent\u00a0:<\/p>\n<p style=\"text-align: center;\">Article 32<\/p>\n<p>\u00ab\u00a01. Tous les individus sont \u00e9gaux devant la loi. Tous ont droit \u00e0 un traitement \u00e9gal par les pouvoirs publics.<\/p>\n<p>2. Nul ne peut faire l\u2019objet d\u2019une discrimination dans la vie politique, sociale ou \u00e9conomique pour quelque raison que ce soit. \u00bb<\/p>\n<p style=\"text-align: center;\">Article 33<\/p>\n<p>\u00ab\u00a01. Dans la R\u00e9publique de Pologne, la femme et l\u2019homme ont des droits \u00e9gaux dans la vie familiale, politique, sociale et \u00e9conomique.<\/p>\n<p>2. La femme et l\u2019homme ont notamment des droits \u00e9gaux dans le domaine de la formation, de l\u2019emploi et de l\u2019avancement ; ils ont droit \u00e0 une r\u00e9mun\u00e9ration \u00e9gale pour un travail de valeur \u00e9gale, \u00e0 la s\u00e9curit\u00e9 sociale et \u00e0 l\u2019acc\u00e8s aux emplois, aux fonctions, aux dignit\u00e9s et aux distinctions.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p>Article 45<\/p>\n<p>\u00ab\u00a01. Toute personne a droit \u00e0 ce que sa cause soit entendue \u00e9quitablement et publiquement, sans retard excessif, par un tribunal comp\u00e9tent, ind\u00e9pendant et impartial.<\/p>\n<p>(&#8230;)\u00a0\u00bb<\/p>\n<p style=\"text-align: center;\">Article 77<\/p>\n<p>\u00ab\u00a0(&#8230;)<\/p>\n<p>2. La loi ne peut interdire \u00e0 personne la voie judiciaire pour faire valoir ses libert\u00e9s et ses droits viol\u00e9s.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p style=\"text-align: center;\">Article 78<\/p>\n<p>\u00ab\u00a0Chacune des parties dispose d\u2019un droit de recours contre les jugements et d\u00e9cisions rendus en premi\u00e8re instance. Les exceptions \u00e0 ce principe et la proc\u00e9dure de recours sont fix\u00e9es par la loi.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p style=\"text-align: center;\">Article 177<\/p>\n<p>\u00ab\u00a0Les juridictions de droit commun administrent la justice dans toutes les affaires \u00e0 l\u2019exception de celles r\u00e9serv\u00e9es \u00e0 la comp\u00e9tence d\u2019autres juridictions.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p style=\"text-align: center;\">Article 180<\/p>\n<p>\u00ab\u00a01. Les juges sont inamovibles.<\/p>\n<p>2. Un juge ne peut \u00eatre r\u00e9voqu\u00e9, suspendu de ses fonctions, d\u00e9plac\u00e9 dans un autre ressort ou investi d\u2019une autre fonction contre sa volont\u00e9 qu\u2019en vertu d\u2019une d\u00e9cision de justice, et uniquement dans les cas pr\u00e9vus par la loi.<\/p>\n<p>3. Un juge peut \u00eatre mis \u00e0 la retraite \u00e0 la suite d\u2019une maladie ou d\u2019une infirmit\u00e9 le rendant incapable d\u2019exercer ses fonctions. La proc\u00e9dure et le mode de recours en justice sont pr\u00e9vus par la loi.<\/p>\n<p>4. Une loi d\u00e9finit les limites d\u2019\u00e2ge entra\u00eenant la retraite.<\/p>\n<p>5. En cas de modification de l\u2019organisation juridictionnelle ou du ressort d\u2019une juridiction, le juge ne peut \u00eatre d\u00e9plac\u00e9 dans une autre juridiction ou mis \u00e0 la retraite que s\u2019il conserve sa pleine r\u00e9mun\u00e9ration.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p style=\"text-align: center;\">Article 184<\/p>\n<p>\u00ab\u00a0La Haute Cour administrative et les autres juridictions administratives exercent, dans les limites pr\u00e9vues par la loi, un contr\u00f4le sur l\u2019activit\u00e9 de l\u2019administration publique. Ce contr\u00f4le consiste \u00e9galement \u00e0 statuer sur la conformit\u00e9 avec les lois des d\u00e9lib\u00e9rations des collectivit\u00e9s territoriales et des actes normatifs des organes territoriaux de l\u2019administration gouvernementale.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p style=\"text-align: center;\">Article 186<\/p>\n<p>\u00ab\u00a01. Le Conseil national de la magistrature veille \u00e0 l\u2019ind\u00e9pendance des juridictions et des juges.<\/p>\n<p>(&#8230;)\u00a0\u00bb<\/p>\n<p style=\"text-align: center;\">Article 190<\/p>\n<p>\u00ab (&#8230;)<\/p>\n<p>4. Une d\u00e9cision de la Cour constitutionnelle d\u00e9clarant non conforme \u00e0 la Constitution, au trait\u00e9 ou \u00e0 la loi l\u2019acte normatif ayant fond\u00e9 une d\u00e9cision de justice d\u00e9finitive, une d\u00e9cision administrative d\u00e9finitive ou une d\u00e9cision portant sur une autre affaire peut donner lieu \u00e0 la r\u00e9ouverture de la proc\u00e9dure, l\u2019annulation de la d\u00e9cision ou toute autre mesure, selon les principes et modalit\u00e9s pr\u00e9vus par les dispositions applicables \u00e0 la proc\u00e9dure en question.<\/p>\n<p>(&#8230;)\u00a0\u00bb<\/p>\n<p><strong>B. La loi Pusp et les modifications subs\u00e9quentes de celle-ci<\/strong><\/p>\n<p>23. L\u2019article 69 \u00a7\u00a7 1 et 3 de cette loi dans sa version ant\u00e9rieure \u00e0 l\u2019entr\u00e9e en vigueur des modifications l\u00e9gislatives de 2017 (paragraphes\u00a024-25 ci\u2011dessous) \u00e9tait libell\u00e9 comme suit :<\/p>\n<p>\u00ab\u00a01. Les juges partent \u00e0 la retraite le jour de leur 67e anniversaire ou le jour indiqu\u00e9 au paragraphe 1a, sauf s\u2019ils adressent au ministre de la Justice, au plus tard six mois avant d\u2019atteindre l\u2019\u00e2ge pr\u00e9cit\u00e9, une d\u00e9claration indiquant leur souhait de continuer \u00e0 exercer leur fonction et pr\u00e9sentent un certificat, \u00e9tabli dans les conditions applicables aux candidats \u00e0 la magistrature du si\u00e8ge, attestant que leur \u00e9tat de sant\u00e9 leur permet de si\u00e9ger.<\/p>\n<p>1a. L\u2019\u00e2ge de d\u00e9part \u00e0 la retraite des juges f\u00e9minins et des juges masculins n\u00e9s avant le 30\u00a0septembre 1973 et le 30 septembre 1953, respectivement, est le m\u00eame que l\u2019\u00e2ge minimum de d\u00e9part \u00e0 la retraite fix\u00e9 par les dispositions des articles 24 alin\u00e9as 1a point 61-84 et 1b et 27 alin\u00e9a 3 de la loi du 17 d\u00e9cembre 1998 sur les retraites et les pensions (&#8230;)<\/p>\n<p>(&#8230;)<\/p>\n<p>3. Lorsqu\u2019un juge fait une d\u00e9claration et pr\u00e9sente un certificat au sens du paragraphe\u00a01, il ne peut exercer sa fonction que jusqu\u2019\u00e0 l\u2019\u00e2ge de 70 ans r\u00e9volus. Le juge concern\u00e9 peut prendre sa retraite \u00e0 tout moment en adressant une d\u00e9claration \u00e0 cet effet au ministre de la Justice.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p>24. La loi du 12 juillet 2017 est entr\u00e9e en vigueur le 12 ao\u00fbt 2017. En cons\u00e9quence de ces modifications, l\u2019article 69 de la loi Pusp \u00e9tait ainsi libell\u00e9\u00a0:<\/p>\n<p>\u00ab\u00a01. Les juges partent \u00e0 la retraite le jour de leur 67e anniversaire ou le jour indiqu\u00e9 au paragraphe 1a, sauf s\u2019ils adressent au ministre de la Justice, douze mois au plus t\u00f4t et six mois au plus tard avant d\u2019atteindre l\u2019\u00e2ge pr\u00e9cit\u00e9, une d\u00e9claration indiquant leur souhait de continuer \u00e0 exercer leur fonction et pr\u00e9sentent un certificat, \u00e9tabli dans les conditions applicables aux candidats \u00e0 la magistrature du si\u00e8ge, attestant que leur \u00e9tat de sant\u00e9 leur permet de si\u00e9ger.<\/p>\n<p>1a. L\u2019\u00e2ge de d\u00e9part \u00e0 la retraite des juges f\u00e9minins et des juges masculins n\u00e9s avant le 30\u00a0septembre 1973 et le 30 septembre 1953 respectivement est le m\u00eame que l\u2019\u00e2ge minimum de d\u00e9part \u00e0 la retraite fix\u00e9 par les dispositions des articles 24 alin\u00e9as 1a point\u00a061-84 et 1b et 27 alin\u00e9a 3 de la loi du 17 d\u00e9cembre 1998 sur les retraites et les pensions.<\/p>\n<p>1b. Le ministre de la Justice peut autoriser un juge \u00e0 continuer d\u2019exercer ses fonctions, compte tenu des imp\u00e9ratifs d\u2019utilisation rationnelle des membres du personnel des juridictions de droit commun et des besoins r\u00e9sultant de la charge de travail des diff\u00e9rentes juridictions. Lorsqu\u2019un juge atteint l\u2019\u00e2ge vis\u00e9 au paragraphe 1 avant la fin de la proc\u00e9dure de prolongation de son mandat, il demeure en fonction jusqu\u2019\u00e0 la cl\u00f4ture de ladite proc\u00e9dure.<\/p>\n<p>(&#8230;)<\/p>\n<p>3. Lorsque le ministre de la Justice d\u00e9livre une autorisation au sens du paragraphe 1b, le juge concern\u00e9 ne peut continuer \u00e0 si\u00e9ger que jusqu\u2019\u00e0 l\u2019\u00e2ge de 70 ans r\u00e9volus. (&#8230;)\u00a0\u00bb<\/p>\n<p>25. La loi du 16 novembre 2016 (paragraphes 27-28 ci-dessous) est entr\u00e9e en vigueur le 1er octobre 2017. L\u2019article 7 de cette loi \u00e9non\u00e7ait ce qui suit :<\/p>\n<p>\u00ab\u00a0Les modifications ci-apr\u00e8s sont introduites dans la loi (&#8230;) Pusp\u00a0:<\/p>\n<p>1)\u00a0\u00e0 l\u2019article 69 :<\/p>\n<p>a) le paragraphe 1 est libell\u00e9 comme suit\u00a0:<\/p>\n<p>\u00ab\u00a01. Les juges partent \u00e0 la retraite le jour de leur 60e anniversaire pour les femmes et le jour de leur 65e anniversaire pour les hommes, sauf s\u2019ils adressent au ministre de la Justice, douze mois au plus t\u00f4t et six mois au plus tard avant d\u2019atteindre l\u2019\u00e2ge pr\u00e9cit\u00e9, une d\u00e9claration indiquant leur souhait de continuer \u00e0 exercer leur fonction et pr\u00e9sentent un certificat, \u00e9tabli dans les conditions applicables aux candidats \u00e0 la magistrature du si\u00e8ge, attestant que leur \u00e9tat de sant\u00e9 leur permet de si\u00e9ger.<\/p>\n<p>b) le paragraphe 1a est abrog\u00e9.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p>26. La loi du 12 avril 2018 est entr\u00e9e en vigueur le 23\u00a0mai 2018. Elle a modifi\u00e9 le libell\u00e9 de l\u2019article 69 de la loi Pusp, qui se lit ainsi\u00a0:<\/p>\n<p>\u00ab\u00a01. Les juges partent \u00e0 la retraite le jour de leur 65e anniversaire, sauf s\u2019ils adressent au CNM, douze mois au plus t\u00f4t et six mois au plus tard avant d\u2019atteindre l\u2019\u00e2ge pr\u00e9cit\u00e9, une d\u00e9claration indiquant leur souhait de continuer \u00e0 exercer leur fonction et pr\u00e9sentent un certificat, \u00e9tabli dans les conditions applicables aux candidats \u00e0 la magistrature du si\u00e8ge, attestant que leur \u00e9tat de sant\u00e9 leur permet de si\u00e9ger.<\/p>\n<p>(&#8230;)<\/p>\n<p>1b. Le CNM peut autoriser un juge \u00e0 continuer d\u2019exercer ses fonctions si des imp\u00e9ratifs li\u00e9s \u00e0 l\u2019int\u00e9r\u00eat de la justice ou \u00e0 l\u2019int\u00e9r\u00eat g\u00e9n\u00e9ral en particulier le justifient, compte tenu de l\u2019utilisation rationnelle des membres du personnel des juridictions de droit commun et des besoins r\u00e9sultant de la charge de travail des diff\u00e9rentes juridictions. La r\u00e9solution [y aff\u00e9rente] du CNM est d\u00e9finitive (ostateczna). Lorsqu\u2019un juge atteint l\u2019\u00e2ge vis\u00e9 au paragraphe 1 avant la fin de la proc\u00e9dure de prolongation de son mandat, il demeure en fonction jusqu\u2019\u00e0 la cl\u00f4ture de ladite proc\u00e9dure.<\/p>\n<p>2b.\u00a0Les juges f\u00e9minins partent \u00e0 la retraite \u00e0 leur demande \u00e0 l\u2019\u00e2ge de 60 ans, ind\u00e9pendamment de leur anciennet\u00e9 en tant que procureur ou juge.<\/p>\n<p>3. Lorsque le CNM d\u00e9livre une autorisation au sens du paragraphe 1b, le juge concern\u00e9 ne peut continuer \u00e0 si\u00e9ger que jusqu\u2019\u00e0 l\u2019\u00e2ge de 70 ans r\u00e9volus. (&#8230;)\u00a0\u00bb<\/p>\n<p><strong>C. La loi du 16 novembre 2016<\/strong><\/p>\n<p>27. Selon la disposition transitoire de l\u2019article 26 \u00a7 1 de cette loi, un juge qui, \u00e0 la date de l\u2019entr\u00e9e en vigueur de la loi, a atteint l\u2019\u00e2ge de 60 ans pour les femmes et 65 ans pour les hommes ou bien aura atteint l\u2019un de ces \u00e2ges respectifs au plus tard dans les six mois \u00e0 compter de la date en question, part \u00e0 la retraite le premier jour suivant l\u2019expiration de ce d\u00e9lai, sauf si pr\u00e9alablement il effectue ou a effectu\u00e9 une d\u00e9claration [appropri\u00e9e] et pr\u00e9sente le certificat m\u00e9dical vis\u00e9 \u00e0 l\u2019article 69 \u00a7 1 de la loi \u00e0 laquelle il est renvoy\u00e9 \u00e0 l\u2019article 7 [de la loi Pusp].<\/p>\n<p>28. L\u2019article 26 \u00a7 2 de la m\u00eame loi dispose que le juge vis\u00e9 au paragraphe\u00a01 peut partir \u00e0 la retraite le jour indiqu\u00e9 dans la l\u00e9gislation ant\u00e9rieure [\u00e0 l\u2019entr\u00e9e en vigueur de cette loi] si au plus tard dans les six mois suivant l\u2019entr\u00e9e en vigueur de cette loi il d\u00e9clare son souhait d\u2019exercer ce droit. [6]<\/p>\n<p><strong>D. La loi du 12 mai 2011 sur le CNM (\u00ab\u00a0la loi sur le CNM\u00a0\u00bb) dans sa formulation applicable \u00e0 l\u2019\u00e9poque des faits<\/strong><\/p>\n<p>29. L\u2019article 3 \u00a7 2 alin\u00e9a 2 de la loi sur le CNM pr\u00e9voyait que le CNM examinait les demandes de d\u00e9part \u00e0 la retraite des juges.<\/p>\n<p>30. Selon l\u2019article 44 \u00a7\u00a7 1 et 2, le participant \u00e0 la proc\u00e9dure [devant le CNM] pouvait exercer un recours devant la Cour supr\u00eame contre une r\u00e9solution du CNM pour cause de non-conformit\u00e9 \u00e0 la loi, sauf en cas de disposition contraire de la loi et \u00e0 l\u2019exception des cas indiqu\u00e9s \u00e0 l\u2019article\u00a03 \u00a7\u00a02\u00a0alin\u00e9a 2 de la loi sur le CNM (relatifs aux demandes de mise \u00e0 la retraite de juge). Le recours en question \u00e9tait form\u00e9 par l\u2019interm\u00e9diaire du pr\u00e9sident du CNM dans un d\u00e9lai de deux mois \u00e0 compter de la date de communication de la r\u00e9solution litigieuse du CNM avec les motifs invoqu\u00e9s par celui-ci \u00e0 l\u2019int\u00e9ress\u00e9.<\/p>\n<p>31. Dans sa d\u00e9cision du 27 mars 2012 III KRS 5\/12, la Cour supr\u00eame a jug\u00e9 que la disposition de l\u2019article 44 \u00a7 1 de la loi sur le CNM, interpr\u00e9t\u00e9e \u00e0 la lumi\u00e8re de l\u2019ensemble des dispositions pertinentes de ladite loi, de celles de la Constitution et de celles des lois relatives \u00e0 l\u2019organisation du syst\u00e8me judiciaire (la loi Pusp, la loi Ppsa et la loi sur la Cour supr\u00eame), ne privait pas le juge int\u00e9ress\u00e9 de son droit d\u2019attaquer devant elle-m\u00eame la r\u00e9solution du CNM relative \u00e0 sa mise \u00e0 la retraite.<\/p>\n<p>E. Le code de proc\u00e9dure administrative (\u00ab le CPA \u00bb)<\/p>\n<p>32. Selon l\u2019article 16 \u00a7\u00a7 1 et 2 du CPA, les d\u00e9cisions administratives qui ne sont plus susceptibles de recours devant une instance administrative ou de r\u00e9examen sont d\u00e9finitives (ostateczne). Ces d\u00e9cisions peuvent \u00eatre annul\u00e9es, modifi\u00e9es ou invalid\u00e9es lorsque la loi le pr\u00e9voit\u00a0; il en va de m\u00eame pour la r\u00e9ouverture de la proc\u00e9dure y aff\u00e9rente.<\/p>\n<p>33. En cons\u00e9quence de l\u2019entr\u00e9e en vigueur de la modification l\u00e9gislative au CPA du 7 avril 2017, la notion de \u00ab d\u00e9cision administrative rev\u00eatue de l\u2019autorit\u00e9 de la chose jug\u00e9e \u00bb (decyzja prawomocna) a \u00e9t\u00e9 introduite en droit de la proc\u00e9dure administrative. La disposition de l\u2019article 16 \u00a7 3 du CPA dans sa formulation applicable post\u00e9rieurement \u00e0 l\u2019adoption de cette modification l\u00e9gislative \u00e9nonce que les d\u00e9cisions administratives, qui ne sont plus susceptibles de recours devant un tribunal, acqui\u00e8rent l\u2019autorit\u00e9 de la chose jug\u00e9e.<\/p>\n<p>34. Dans l\u2019arr\u00eat I OSK 11152\/16 du 30 septembre 2016, la Cour administrative supr\u00eame a indiqu\u00e9 que la d\u00e9cision administrative d\u00e9finitive \u00e9tait \u00e0 distinguer de celle qui \u00e9tait rev\u00eatue de l\u2019autorit\u00e9 de la chose jug\u00e9e. La haute juridiction administrative a pr\u00e9cis\u00e9 que la premi\u00e8re des d\u00e9cisions susmentionn\u00e9es acquiert l\u2019autorit\u00e9 de la chose jug\u00e9e en cons\u00e9quence de l\u2019expiration du d\u00e9lai de recours dont elle est susceptible, du rejet de ce recours par le tribunal administratif et de la d\u00e9claration d\u2019irrecevabilit\u00e9 du recours en question prononc\u00e9e par le tribunal impliqu\u00e9.<\/p>\n<p><strong>F. La loi Ppsa<\/strong><\/p>\n<p>35. L\u2019article 1 de la loi Ppsa d\u00e9termine la proc\u00e9dure applicable au contr\u00f4le juridictionnel relatif au contentieux des actes et actions de l\u2019administration publique ainsi qu\u2019aux contentieux d\u2019un autre type lorsque des dispositions sp\u00e9cifiques sont pr\u00e9vues \u00e0 cet effet.<\/p>\n<p>36. Selon l\u2019article 3 \u00a7\u00a7 1 \u00e0 3, les juridictions administratives contr\u00f4lent l\u2019administration publique et appliquent \u00e0 cet \u00e9gard les mesures pr\u00e9vues par la loi. Font l\u2019objet de leur contr\u00f4le\u00a0; 1) les d\u00e9cisions administratives\u00a0; 2) les ordonnances administratives qu\u2019elles soient d\u00e9finitives ou susceptibles de recours et les ordonnances sur le fond\u00a0; 3) les ordonnances susceptibles de recours rendues dans des proc\u00e9dures d\u2019ex\u00e9cution ou conservatoires\u00a0; 4) les actes ou actions de l\u2019administration publique, autres que ceux \u00e9nonc\u00e9s aux points 1 \u00e0 3, qui portent sur des droits ou obligations d\u00e9coulant de la loi\u00a0; 5)\u00a0les actes de droit local \u00e9manant d\u2019entit\u00e9s de l\u2019administration locale ou de l\u2019administration territoriale\u00a0; 6) les actes d\u2019administration publique, autres que ceux indiqu\u00e9s au point 5, \u00e9manant d\u2019autorit\u00e9s de l\u2019administration locale ou de leurs groupements intercommunaux\u00a0; 7) les actes de contr\u00f4le \u00e0 l\u2019\u00e9gard d\u2019organes de diff\u00e9rentes entit\u00e9s de l\u2019administration locale\u00a0; et 8) l\u2019inaction des autorit\u00e9s dans des cas indiqu\u00e9s aux points 1 \u00e0 4.<\/p>\n<p>En outre, les juridictions administratives statuent \u00e9galement dans toutes les affaires qui rel\u00e8vent de leur comp\u00e9tence en vertu des dispositions sp\u00e9cifiques en mati\u00e8re de contr\u00f4le juridictionnel, et elles appliquent \u00e0 cet \u00e9gard les mesures pr\u00e9vues par ces dispositions.<\/p>\n<p>37. Selon l\u2019article 5 \u00a7\u00a7 1 \u00e0 3 de la loi Ppsa, les juridictions administratives sont incomp\u00e9tentes pour conna\u00eetre des contentieux en mati\u00e8re de subordination organisationnelle des organes de l\u2019administration publique, de subordination hi\u00e9rarchique des sup\u00e9rieurs et des subordonn\u00e9s, et de refus de nomination \u00e0 un poste ou \u00e0 une fonction dans les organes de l\u2019administration publique sauf si l\u2019obligation de proc\u00e9der \u00e0 une telle nomination d\u00e9coule des dispositions de la loi.<\/p>\n<p><strong>G. Le code civil<\/strong><\/p>\n<p>38. En vertu de l\u2019article 417\u00b9 \u00a7\u00a7 1, 2 et 4 du code civil, quiconque estime avoir subi un pr\u00e9judice du fait de l\u2019adoption d\u2019un acte normatif peut introduire une demande en r\u00e9paration d\u00e8s lors qu\u2019une proc\u00e9dure pertinente a permis de conclure \u00e0 l\u2019incompatibilit\u00e9 de l\u2019acte normatif en question avec la Constitution, un accord international ou une loi. Quiconque estime avoir subi un pr\u00e9judice \u00e0 raison d\u2019une d\u00e9cision de justice ou d\u2019une d\u00e9cision \u00e9manant d\u2019une autorit\u00e9 publique peut, sauf disposition l\u00e9gale contraire, introduire une demande en r\u00e9paration d\u00e8s lors qu\u2019une proc\u00e9dure pertinente a permis de conclure au caract\u00e8re irr\u00e9gulier de la d\u00e9cision en question ou d\u2019\u00e9tablir que l\u2019acte normatif sur lequel la d\u00e9cision en question \u00e9tait fond\u00e9e \u00e9tait contraire \u00e0 la Constitution, \u00e0 un accord international ou \u00e0 une loi. Si un pr\u00e9judice a r\u00e9sult\u00e9 de la non-adoption d\u2019un acte normatif dont l\u2019adoption est rendue obligatoire par la loi, le tribunal statuant sur une \u00e9ventuelle action indemnitaire introduite par la victime doit d\u00e9terminer si la situation cons\u00e9cutive \u00e0 une telle omission l\u00e9gislative est r\u00e9guli\u00e8re ou non.<\/p>\n<p><strong>H. La jurisprudence pertinente de la Cour constitutionnelle<\/strong><\/p>\n<p>39. Dans sa jurisprudence bien \u00e9tablie, la Cour constitutionnelle a examin\u00e9 \u00e0 plusieurs occasions la question des garanties relatives \u00e0 l\u2019ind\u00e9pendance juridictionnelle et, tout particuli\u00e8rement, celle des garanties concernant la stabilit\u00e9 du mandat de juge. Elle a en outre constamment mis en avant les enjeux de la mission d\u00e9volue au CNM en mati\u00e8re de pr\u00e9servation de l\u2019ind\u00e9pendance et de l\u2019impartialit\u00e9 juridictionnelles.<\/p>\n<p>40. Ainsi, dans l\u2019arr\u00eat K 3\/98 du 24 juin 1998, la Cour constitutionnelle, statuant dans le cadre du contr\u00f4le pr\u00e9ventif de certaines dispositions de la loi du 17 d\u00e9cembre 1997 portant modification de la loi Pusp dans sa version applicable alors, a, entre autres, examin\u00e9 \u00e0 l\u2019aune des dispositions de l\u2019article\u00a0180 de la Constitution, qui \u00e9noncent le principe d\u2019inamovibilit\u00e9 des juges, celles des dispositions incrimin\u00e9es qui abaissaient l\u2019\u00e2ge de la retraite des juges de 70 ans \u00e0 65 ans et habilitaient le CNM \u00e0 autoriser la continuation de l\u2019exercice des fonctions de juge au-del\u00e0 du nouvel \u00e2ge de la retraite. La Cour constitutionnelle a indiqu\u00e9 que :<\/p>\n<p>\u2013 les dispositions de l\u2019article 180 de la Constitution (&#8230;) constituent l\u2019un des principaux instruments de sauvegarde de l\u2019ind\u00e9pendance judiciaire. \u00c0 cet \u00e9gard, le principe de l\u2019inamovibilit\u00e9 des juges rev\u00eat une importance fondamentale, d\u00e8s lors qu\u2019il s\u2019oppose \u00e0 ce que le pouvoir de d\u00e9cision autonome dans les mati\u00e8res touchant au statut de juge soit laiss\u00e9 \u00e0 la discr\u00e9tion des repr\u00e9sentants du pouvoir ex\u00e9cutif. C\u2019est pour cette raison que la Constitution impose au l\u00e9gislateur de fixer une limite d\u2019\u00e2ge \u00e0 partir de laquelle les juges doivent prendre leur retraite. En vertu des dispositions de la loi Pusp, cette limite d\u2019\u00e2ge est fix\u00e9e \u00e0 70 ans et elle est maintenue. Cela implique qu\u2019au-del\u00e0 de la limite d\u2019\u00e2ge en question nul ne peut si\u00e9ger dans aucun des tribunaux indiqu\u00e9s \u00e0 l\u2019article 175 de la Constitution ;<\/p>\n<p>\u2013 pour autant, les dispositions pr\u00e9cit\u00e9es ne peuvent pas \u00eatre interpr\u00e9t\u00e9es comme emp\u00eachant le l\u00e9gislateur de pr\u00e9voir d\u2019autres limites d\u2019\u00e2ge de d\u00e9part \u00e0 la retraite de juge, y compris celles obligatoires. \u00c0 cet \u00e9gard, les dispositions de l\u2019article 180 \u00a7 4 de la Constitution exigent uniquement que ces limites d\u2019\u00e2ge, d\u2019un c\u00f4t\u00e9, soient fix\u00e9es en tenant compte des principes constitutionnels relatifs \u00e0 l\u2019organisation du syst\u00e8me judiciaire et de celui d\u2019ind\u00e9pendance juridictionnelle et, de l\u2019autre, soient respectueuses d\u2019un ou plusieurs buts l\u00e9gitimes ;<\/p>\n<p>\u2013 la l\u00e9gislation litigieuse est conforme aux conditions pr\u00e9cit\u00e9es, d\u00e8s lors que, d\u2019une part, elle maintient la limite d\u2019\u00e2ge maximale et uniforme de la retraite des juges (70 ans) et, d\u2019autre part, subordonne le maintien du juge dans ses fonctions au-del\u00e0 de la limite d\u2019\u00e2ge de 65 ans \u00e0 l\u2019autorisation du CNM. Si la mise en \u0153uvre des attributions en la mati\u00e8re du CNM s\u2019accompagne d\u2019une certaine discr\u00e9tion, la question qui se pose en l\u2019esp\u00e8ce est celle de savoir si la r\u00e8glementation y aff\u00e9rente est respectueuse du principe d\u2019ind\u00e9pendance juridictionnelle. Or habiliter l\u2019organe politique ext\u00e9rieur au pouvoir judiciaire (en l\u2019occurrence, le ministre de la Justice) \u00e0 d\u00e9cider de la continuation de l\u2019exercice des fonctions juridictionnelles au-del\u00e0 de l\u2019\u00e2ge de la retraite \u2013 comme cela a \u00e9t\u00e9 le cas auparavant \u00e0 l\u2019\u00e9poque de la R\u00e9publique populaire de Pologne \u2013 serait inacceptable. En l\u2019esp\u00e8ce, la comp\u00e9tence de d\u00e9cision en mati\u00e8re de prolongation de l\u2019exercice des fonctions juridictionnelles a \u00e9t\u00e9 d\u00e9volue au CNM, organe dont la mission principale est de pr\u00e9server l\u2019ind\u00e9pendance judiciaire et dont la composition est une garantie concernant la prise des d\u00e9cisions sur le sort des juges par leurs pairs. Rien ne permet de soup\u00e7onner que le CNM serait enclin \u00e0 user de ses attributions au d\u00e9triment de l\u2019ind\u00e9pendance judiciaire. (&#8230;)<\/p>\n<p>41. Dans l\u2019arr\u00eat SK 7\/06 du 24 octobre 2007, la Cour constitutionnelle a \u00e9cart\u00e9 les dispositions l\u00e9gislatives applicables aux juges stagiaires que le ministre de la Justice pouvait habiliter \u00e0 exercer les fonctions judiciaires (\u00ab\u00a0les assesseurs\u00a0\u00bb). Elle a observ\u00e9 que\u00a0:<\/p>\n<p>\u2013 au cours de leur mandat, les assesseurs ne jouissent pas de la garantie d\u2019une certaine stabilit\u00e9 analogue \u00e0 celle des juges professionnels et, par cons\u00e9quent, les dispositions qui leur sont applicables sont contraires \u00e0 l\u2019article 45 de la Constitution. Cet article exige que chaque \u00ab\u00a0cause\u00a0\u00bb, au sens de la Constitution, soit examin\u00e9e par \u00ab\u00a0un tribunal\u00a0\u00bb qui satisfasse aux conditions de comp\u00e9tence, d\u2019ind\u00e9pendance et d\u2019impartialit\u00e9 requises. En ce qui concerne, plus particuli\u00e8rement, l\u2019impartialit\u00e9 juridictionnelle, celle-ci doit \u00eatre comprise comme englobant tant l\u2019absence de parti pris vis-\u00e0-vis des parties \u00e0 la proc\u00e9dure que l\u2019ind\u00e9pendance vis-\u00e0-vis des organes judiciaires et extrajudiciaires et, tout particuli\u00e8rement, des politiques, et l\u2019int\u00e9grit\u00e9 personnelle du juge. L\u2019impartialit\u00e9 juridictionnelle ainsi interpr\u00e9t\u00e9e implique en contrepartie une certaine stabilit\u00e9 d\u2019emploi et de mandat du juge\u00a0;<\/p>\n<p>\u2013 la l\u00e9gislation litigieuse, d\u2019un c\u00f4t\u00e9, ne pr\u00e9cise pas la dur\u00e9e minimale du mandat des assesseurs et, de l\u2019autre, rend possible leur r\u00e9vocation au cours du mandat sans en pr\u00e9ciser les conditions. De plus, elle habilite le ministre de la Justice \u00e0 r\u00e9voquer les int\u00e9ress\u00e9s. Cette l\u00e9gislation est, par cons\u00e9quent, contraire au principe d\u2019ind\u00e9pendance juridictionnelle nonobstant la possibilit\u00e9 dont l\u2019assesseur concern\u00e9 dispose de soumettre la d\u00e9cision minist\u00e9rielle de r\u00e9vocation au contr\u00f4le juridictionnel. Confier l\u2019exercice du pouvoir judiciaire aux assesseurs non dot\u00e9s de garanties d\u2019ind\u00e9pendance suffisantes peut \u00e9branler la confiance des justiciables envers les tribunaux et nuire \u00e0 l\u2019autorit\u00e9 des d\u00e9cisions judiciaires.<\/p>\n<p>42. Enfin, dans l\u2019arr\u00eat SK 57\/06 du 27 mai 2008, la Cour constitutionnelle s\u2019est pench\u00e9e, entre autres, sur les missions du CNM et la place qui lui est attribu\u00e9e dans l\u2019organisation de l\u2019\u00c9tat. Elle a d\u00e9clar\u00e9 ce qui suit. Ainsi qu\u2019il ressort de sa jurisprudence constante, le CNM est une autorit\u00e9 publique centrale, ind\u00e9pendante et sui generis. Sa mission principale est de pr\u00e9server l\u2019ind\u00e9pendance et l\u2019impartialit\u00e9 judiciaires. Parmi les dossiers dont le CNM est saisi l\u2019on distingue ceux des juges et ceux des candidats au poste de juges particuliers. Les r\u00e9solutions rendues par le CNM lorsque celui-ci statue sur ces dossiers sont consid\u00e9r\u00e9es comme des d\u00e9cisions administratives. Dans ce cas, le CNM doit \u00eatre consid\u00e9r\u00e9 comme l\u2019autorit\u00e9 de l\u2019administration publique. Toutefois, cette observation ne s\u2019applique pas \u00e0 l\u2019ensemble des dossiers qu\u2019il traite.<\/p>\n<p><strong>I. La jurisprudence pertinente des juridictions administratives<\/strong><\/p>\n<p><strong>1. Les d\u00e9cisions II GSK 92\/19 et II GSK 93\/19 du 15 octobre 2019 de la Cour administrative supr\u00eame<\/strong><\/p>\n<p>43. Dans les d\u00e9cisions susmentionn\u00e9es, la Cour administrative supr\u00eame s\u2019est prononc\u00e9e sur les pourvois en cassation form\u00e9s par des plaignantes, qui d\u00e9non\u00e7aient le rejet pour irrecevabilit\u00e9 par le tribunal administratif de leurs recours respectifs contre le refus du ministre de la Justice intervenu en d\u00e9cembre et novembre 2017, respectivement, d\u2019autoriser la prolongation de l\u2019exercice de leurs fonctions de juge jusqu\u2019\u00e0 l\u2019\u00e2ge de 70 ans. La haute juridiction administrative a accueilli les pourvois en cassation qui lui avaient \u00e9t\u00e9 soumis, a annul\u00e9 les d\u00e9cisions attaqu\u00e9es et a renvoy\u00e9 les dossiers respectifs des plaignantes au tribunal administratif pour r\u00e9examen. Dans les attendus de ces d\u00e9cisions, la Cour administrative supr\u00eame a fait observer que d\u00e8s lors qu\u2019\u00e0 la date de l\u2019entr\u00e9e en vigueur de la loi du 16\u00a0novembre 2016, chacune des plaignantes int\u00e9ress\u00e9es avait atteint l\u2019\u00e2ge de 60 ans, leurs situations respectives auraient d\u00fb avoir \u00e9t\u00e9 examin\u00e9es \u00e0 l\u2019aune des dispositions pertinentes de l\u2019article 26 \u00a7 1 de cette loi et non celles de l\u2019article\u00a069 \u00a7\u00a7 1 et 1b de la loi Pusp. Elle a indiqu\u00e9 que la conclusion \u00e0 laquelle elle \u00e9tait parvenue sur ce point \u00e9tait la m\u00eame que celle que la Cour supr\u00eame avait explicit\u00e9e dans ses d\u00e9cisions (paragraphe 52 ci-dessous). Elle a dit que la juridiction de renvoi d\u00e9terminerait \u00e0 l\u2019aune des dispositions pertinentes de la Constitution si les d\u00e9cisions minist\u00e9rielles critiqu\u00e9es avaient une quelconque base l\u00e9gale ou non et a ajout\u00e9 qu\u2019\u00e0 cette fin elle prendrait en consid\u00e9ration les dispositions de l\u2019article 26 \u00a7 1 de la loi du 16 novembre 2016, desquelles il ressortait que la prolongation de l\u2019exercice des fonctions de juge au-del\u00e0 de l\u2019\u00e2ge de la retraite ne d\u00e9pendait pas d\u2019une autorisation minist\u00e9rielle.<\/p>\n<p><strong>2. Les jugements VI SA\/Wa 2682\/19, VI SA\/Wa 2408\/18 et VI SA\/Wa 2554\/1 du 30 avril 2020 du tribunal administratif r\u00e9gional de Varsovie<\/strong><\/p>\n<p>44. Dans ces jugements, le tribunal susvis\u00e9, statuant en tant que juridiction de renvoi, s\u2019est d\u00e9clar\u00e9 comp\u00e9tent pour conna\u00eetre des recours form\u00e9s par les plaignantes susmentionn\u00e9es, a invalid\u00e9 les d\u00e9cisions minist\u00e9rielles mises en cause devant lui et a condamn\u00e9 le ministre de la Justice aux frais et d\u00e9pens. Dans les attendus de ces jugements, le tribunal administratif a constat\u00e9 que les lettres minist\u00e9rielles communiquant aux plaignantes le refus du ministre comp\u00e9tent de les autoriser \u00e0 continuer \u00e0 si\u00e9ger au-del\u00e0 de l\u2019\u00e2ge de la retraite s\u2019analysaient en des d\u00e9cisions administratives ill\u00e9gitimes. Il a consid\u00e9r\u00e9 que le droit de continuer \u00e0 exercer la fonction de juge au-del\u00e0 de l\u2019\u00e2ge pr\u00e9cit\u00e9, dont chacune des plaignantes \u00e9tait \u00e0 n\u2019en pas douter titulaire, d\u00e9coulait directement des dispositions de l\u2019article 26 \u00a7 1 de la loi du 16 novembre 2016 sans qu\u2019aucune autorisation minist\u00e9rielle f\u00fbt requise. Il a estim\u00e9, d\u2019une part, que les lettres minist\u00e9rielles en question \u00e9taient sans aucun rapport avec un contentieux \u00e9ventuel de subordination hi\u00e9rarchique des plaignantes et du ministre comp\u00e9tent et, d\u2019autre part, qu\u2019elles ne proc\u00e9daient pas d\u2019une quelconque pr\u00e9rogative du ministre de la Justice en mati\u00e8re organisationnelle, pr\u00e9rogative qui faisait en l\u2019esp\u00e8ce d\u00e9faut. Il a ajout\u00e9 que les lettres minist\u00e9rielles incrimin\u00e9es s\u2019analysaient en une r\u00e8glementation ill\u00e9gitime \u2011 mais faisant autorit\u00e9 \u2013 du statut juridique de juge des plaignantes (\u00ab\u00a0(&#8230;) Pismo organu (&#8230;) &#8211; wbrew stanowisku Ministra &#8211; uzna\u0107 zatem bezsprzecznie nale\u017cy za decyzj\u0119 administracyjn\u0105, gdy\u017c organ w nim we w\u0142adczy spos\u00f3b rozstrzygn\u0105\u0142 spraw\u0119 indywidualn\u0105 skar\u017c\u0105cej. Odr\u0119bn\u0105 kwesti\u0105 jest natomiast rzeczywisty brak podstawy prawnej do dzia\u0142ania organu. (&#8230;)\u00a0\u00bb), qui s\u2019appliquait en l\u2019absence d\u2019un quelconque lien de subordination hi\u00e9rarchique entre les protagonistes.<\/p>\n<p>45. Renvoyant \u00e0 la jurisprudence de la Cour supr\u00eame (paragraphe\u00a052 ci\u2011dessous), le tribunal administratif a jug\u00e9 que la situation, o\u00f9 aucune juridiction nationale ne s\u2019estime comp\u00e9tente pour conna\u00eetre de recours de la part d\u2019un particulier d\u00e9non\u00e7ant une d\u00e9cision d\u2019une autorit\u00e9 publique, est inconcevable dans un \u00e9tat de droit en d\u00e9mocratie.<\/p>\n<p><strong>3. Les arr\u00eats II GSK 846\/20, II GSK 934\/20, II GSK 875\/20 du 16\u00a0octobre, du 26 novembre et du 8 d\u00e9cembre 2020 de la Cour administrative supr\u00eame<\/strong><\/p>\n<p>46. Par ces arr\u00eats, la Cour administrative supr\u00eame statuant en dernier ressort a rejet\u00e9 les pourvois en cassation que le ministre de la Justice avait form\u00e9s contre les jugements pr\u00e9cit\u00e9s du tribunal administratif r\u00e9gional de Varsovie (paragraphes 44-45 ci-dessus).<\/p>\n<p>47. Dans les attendus des arr\u00eats en question, la Cour administrative supr\u00eame a indiqu\u00e9 que\u00a0:<\/p>\n<p>\u2013 le droit \u00e0 un tribunal fait l\u2019objet de la r\u00e9glementation pr\u00e9vue \u00e0 l\u2019article\u00a045 \u00a7 1 de la Constitution combin\u00e9 aux articles 2 et 77 \u00a7 2 de celle-ci. Les dispositions de l\u2019article\u00a0184 de la Constitution, celles de l\u2019article 1 de la loi Ppsa et celles de l\u2019article\u00a01 \u00a7 1 de la loi sur l\u2019organisation des tribunaux administratifs (\u00ab\u00a0la loi Pusa\u00a0\u00bb) d\u00e9terminent, quant \u00e0 elles, l\u2019\u00e9tendue du contr\u00f4le juridictionnel \u00e0 l\u2019\u00e9gard de l\u2019administration publique. Ainsi qu\u2019il se d\u00e9gage [de sa jurisprudence pertinente], en cas de doute quant \u00e0 la comp\u00e9tence du juge administratif en mati\u00e8re de contr\u00f4le de la l\u00e9galit\u00e9 des actes ou actions de l\u2019administration publique, les affaires concern\u00e9es doivent toujours \u00eatre tranch\u00e9es en faveur d\u2019un tel contr\u00f4le sauf s\u2019il est \u00e9vident que l\u2019action litigieuse n\u2019est pas imputable \u00e0 l\u2019administration publique. Il ressort en outre du libell\u00e9 des dispositions de l\u2019article 45 \u00a7 1 de la Constitution, telles qu\u2019elles sont interpr\u00e9t\u00e9es d\u2019une mani\u00e8re constante par la Cour constitutionnelle, que le silence de la loi quant \u00e0 l\u2019existence de l\u2019acc\u00e8s \u00e0 un tribunal relativement au litige pouvant \u00eatre qualifi\u00e9 de \u00ab\u00a0cause\u00a0\u00bb[7] ne doit pas \u00eatre assimil\u00e9e \u00e0 l\u2019absence d\u2019un tel acc\u00e8s. Il est en plus indiqu\u00e9 dans [sa jurisprudence] que chaque acte administratif, qui a des r\u00e9percussions tant sur les droits et libert\u00e9s constitutionnels d\u2019un particulier que sur la mise en \u0153uvre des principes constitutionnels de caract\u00e8re organique, doit pouvoir \u00eatre contr\u00f4l\u00e9 par le juge administratif. Il se d\u00e9gage enfin de l\u2019arr\u00eat SK 12\/99 du 10\u00a0juillet 2000 de la Cour constitutionnelle, qu\u2019en cas de silence de la loi sur le fait qu\u2019un acte ou une action de l\u2019administration publique soient susceptibles de recours juridictionnel, l\u2019article 184 de la Constitution constitue en soi la base l\u00e9gale d\u2019un tel recours\u00a0;<\/p>\n<p>\u2013 elle-m\u00eame [la Cour administrative supr\u00eame], statuant en consid\u00e9ration de l\u2019ensemble des principes constitutionnels pr\u00e9cit\u00e9s, estime que la d\u00e9cision minist\u00e9rielle relative \u00e0 l\u2019autorisation de la continuation de l\u2019exercice des fonctions de juge au-del\u00e0 de l\u2019\u00e2ge de la retraite doit faire l\u2019objet d\u2019un contr\u00f4le juridictionnel\u00a0;<\/p>\n<p>\u2013 d\u00e8s lors qu\u2019en vertu des dispositions des articles 184 et 177 de la Constitution, la comp\u00e9tence en mati\u00e8re d\u2019administration de la justice est d\u00e9volue principalement aux tribunaux ordinaires, la comp\u00e9tence des tribunaux d\u2019un autre type doit \u00eatre explicitement \u00e9nonc\u00e9e dans les dispositions sp\u00e9cifiques. Il en va ainsi pour les tribunaux administratifs, compte tenu du libell\u00e9 de l\u2019article 184 de la Constitution\u00a0;<\/p>\n<p>\u2013 l\u2019article 3 \u00a7 2 de la loi Ppsa \u00e9nonce une pr\u00e9somption en faveur de la comp\u00e9tence des tribunaux administratifs en mati\u00e8re de contr\u00f4le de l\u2019administration publique. Cette pr\u00e9somption n\u2019est r\u00e9futable qu\u2019en cas de disposition de la loi qui \u00e9nonce explicitement la comp\u00e9tence d\u2019un autre tribunal\u00a0;<\/p>\n<p>\u2013 la question de savoir si la d\u00e9cision minist\u00e9rielle portant refus d\u2019autoriser la continuation de l\u2019exercice des fonctions de juge au-del\u00e0 de l\u2019\u00e2ge de la retraite est susceptible de recours devant le juge administratif doit \u00eatre tranch\u00e9e \u00e0 l\u2019aune des dispositions de la Constitution r\u00e9gissant le statut de juge, en particulier, celles des articles\u00a0178, 179, 180 \u00a7\u00a7 1 \u00e0 3 et 181 de la Constitution. Ainsi qu\u2019il se d\u00e9gage de la jurisprudence pertinente de la Cour constitutionnelle, les dispositions pr\u00e9cit\u00e9es, en particulier celles de l\u2019article\u00a0180 de la Constitution, sont la garantie de la bonne application des principes d\u2019ind\u00e9pendance et d\u2019impartialit\u00e9 juridictionnelles et de celle du droit \u00e0 un tribunal\u00a0;<\/p>\n<p>\u2013 la d\u00e9cision par laquelle le repr\u00e9sentant du pouvoir ex\u00e9cutif prive ill\u00e9galement le juge de ses attributions en mati\u00e8re d\u2019autorit\u00e9 judiciaire non seulement constitue une ing\u00e9rence dans la sph\u00e8re des droits et des libert\u00e9s fondamentaux du juge en question mais encore entra\u00eene des r\u00e9percussions n\u00e9gatives sur le mandat et la relation de travail de celui-ci. La d\u00e9cision sur ce point doit pouvoir \u00eatre soumise au contr\u00f4le d\u2019un tribunal\u00a0;<\/p>\n<p>\u2013 la composition des organes de l\u2019autorit\u00e9 judiciaire ne devrait en aucun cas \u00eatre subordonn\u00e9e \u00e0 une quelconque d\u00e9cision des autorit\u00e9s de l\u2019administration publique. Subordonner la continuation de l\u2019exercice de la fonction de juge \u00e0 l\u2019autorisation du repr\u00e9sentant du pouvoir ex\u00e9cutif serait contraire aux principes d\u2019ind\u00e9pendance et d\u2019impartialit\u00e9 juridictionnelles. En pareille situation, les juges pourraient subir des pressions ext\u00e9rieures ce qui impliquerait que les justiciables pourraient douter de l\u2019ind\u00e9pendance et de l\u2019impartialit\u00e9 de ceux-ci\u00a0;<\/p>\n<p>\u2013 il ressort de l\u2019arr\u00eat du 24 juin 2019 dans l\u2019affaire Commission c.\u00a0Pologne, C-619\/18, EU\u00a0:C\u00a0:2019\u00a0:531, que la Pologne a manqu\u00e9 \u00e0 ses obligations en vertu de l\u2019article 19, paragraphe\u00a01, second alin\u00e9a TFUE, d\u2019une part, en abaissant l\u2019\u00e2ge de d\u00e9part \u00e0 la retraite et en l\u2019appliquant aux juges en fonction nomm\u00e9s \u00e0 la Cour supr\u00eame jusqu\u2019au 3 avril 2018 et, d\u2019autre part, en accordant au pr\u00e9sident de la R\u00e9publique de Pologne le pouvoir discr\u00e9tionnaire de prolonger la fonction judiciaire active des juges en question au-del\u00e0 de l\u2019\u00e2ge de la retraite, tel qu\u2019abaiss\u00e9. Ainsi qu\u2019il se d\u00e9gage en outre de l\u2019arr\u00eat du 5\u00a0novembre 2019 dans l\u2019affaire Commission c. Pologne [Ind\u00e9pendance des juridictions de droit commun] C 192\/18, EU\u00a0:C\u00a0:2019\u00a0:924 [paragraphes\u00a02\u201171 ci-dessous], la Pologne a enfreint le droit de l\u2019Union en conf\u00e9rant en application de [&#8230;] la loi du 12 juillet 2017 [&#8230;] au ministre de la Justice le pouvoir de prolonger la p\u00e9riode d\u2019activit\u00e9 des juges des juridictions de droit commun au-del\u00e0 des nouveaux \u00e2ges du d\u00e9part \u00e0 la retraite, tels qu\u2019abaiss\u00e9s en vertu de la m\u00eame loi\u00a0;<\/p>\n<p>\u2013 elle ne souscrit pas \u00e0 l\u2019avis que la Cour supr\u00eame avait explicit\u00e9 dans sa d\u00e9cision I NO 11\/18 du 18 juillet 2019 (paragraphe 52 ci-dessous) \u00e0 propos de l\u2019exclusion du droit d\u2019acc\u00e8s \u00e0 un tribunal relativement au contentieux de continuation de l\u2019exercice de la fonction de juge au-del\u00e0 de l\u2019\u00e2ge de la retraite. Si, pendant la p\u00e9riode du 12 ao\u00fbt 2017 au 22 mai 2018, la d\u00e9cision minist\u00e9rielle en la mati\u00e8re \u00e9tait insusceptible de recours devant la haute juridiction, il n\u2019en allait pas de m\u00eame pour le tribunal administratif. En l\u2019esp\u00e8ce, l\u2019int\u00e9r\u00eat de la requ\u00e9rante \u00e0 voir la d\u00e9cision minist\u00e9rielle la concernant d\u00e9clar\u00e9e nulle et non avenue \u00e9tait \u00e9vident. D\u00e8s lors que cette d\u00e9cision \u00e9tait contraire aux dispositions des articles 178 \u00a7 1 et 180 \u00a7 1 de la Constitution, la maintenir en vigueur serait all\u00e9 \u00e0 l\u2019encontre des principes de l\u2019\u00e9tat de droit en d\u00e9mocratie.<\/p>\n<p><strong>J. La jurisprudence pertinente de la chambre du contr\u00f4le extraordinaire et des affaires publiques de la Cour supr\u00eame<\/strong><\/p>\n<p><strong>1. L\u2019arr\u00eat I NO 57\/18 du 26 mars 2019, la d\u00e9cision I NO 13\/19 du 9 avril 2019 et la jurisprudence d\u2019application pertinente de ceux-ci<\/strong><\/p>\n<p>48. Dans l\u2019arr\u00eat pr\u00e9cit\u00e9, la chambre comp\u00e9tente de la Cour supr\u00eame a d\u00e9clar\u00e9 que la r\u00e9solution du CNM relative \u00e0 la continuation de l\u2019exercice de la fonction de juge au-del\u00e0 de l\u2019\u00e2ge de la retraite \u00e9tait susceptible de recours devant elle. Elle a consid\u00e9r\u00e9 que la r\u00e9solution du CNM sur ce point \u00e9tait soumise \u00e0 son contr\u00f4le de l\u00e9galit\u00e9 en application de l\u2019article 44 \u00a7 1 de la loi sur le CNM, sauf en cas de disposition contraire de la loi. Elle a ajout\u00e9 que le \u00ab\u00a0caract\u00e8re d\u00e9finitif\u00a0\u00bb (ostateczno\u015b\u0107) de la r\u00e9solution en question du CNM, au sens de l\u2019article 69\u00a0\u00a7\u00a01b de la loi Pusp, impliquait la conclusion selon laquelle pareille r\u00e9solution \u00e9tait susceptible d\u2019\u00eatre soumise \u00e0 un contr\u00f4le de l\u00e9galit\u00e9 de la part d\u2019un tribunal mais non de la part d\u2019une quelconque autorit\u00e9 publique hi\u00e9rarchiquement sup\u00e9rieure au CNM.<\/p>\n<p>49. Dans sa d\u00e9cision du 9 avril 2019, la m\u00eame chambre de la Cour supr\u00eame a retenu une solution oppos\u00e9e \u00e0 celle pr\u00e9sent\u00e9e ci-dessus, consid\u00e9rant que la notion de \u00ab\u00a0caract\u00e8re d\u00e9finitif\u00a0\u00bb de la r\u00e9solution portant refus du CNM d\u2019autoriser la continuation de l\u2019exercice des fonctions de juge au-del\u00e0 de l\u2019\u00e2ge de la retraite impliquait que la r\u00e9solution en question du CNM \u00e9tait insusceptible de recours.<\/p>\n<p>50. La premi\u00e8re des deux approches jurisprudentielles de la chambre comp\u00e9tente de la Cour supr\u00eame pr\u00e9sent\u00e9es ci-dessus a \u00e9t\u00e9 ent\u00e9rin\u00e9e dans une s\u00e9rie de d\u00e9cisions subs\u00e9quentes (I NO 3\/20, I NO 189\/19, I NO 190\/19 des 11, 13 et 26 f\u00e9vrier 2020, I NO\/187\/19 du 6 mai 2020, 2020 I NO 3\/20 du 3\u00a0juin 2020 et I NO 77\/20 du 15 juillet 2020) et la deuxi\u00e8me a \u00e9t\u00e9 reprise par la m\u00eame chambre de la haute juridiction nationale dans une seule d\u00e9cision (I\u00a0NO\/77\/20 du 12 ao\u00fbt 2020).<\/p>\n<p>51. Par une r\u00e9solution I NZP 3\/21 du 30 juin 2021, la formation \u00e9largie de la m\u00eame chambre de la Cour supr\u00eame s\u2019est prononc\u00e9e sur une question pr\u00e9judicielle que l\u2019une de ses formations ordinaires lui avait soumise relativement aux incoh\u00e9rences de sa jurisprudence en la mati\u00e8re. La formation susvis\u00e9e de la chambre impliqu\u00e9e de la Cour supr\u00eame s\u2019est ralli\u00e9e \u00e0 la premi\u00e8re de deux approches jurisprudentielles pr\u00e9sent\u00e9es ci-dessus.<\/p>\n<p><strong>2. Les d\u00e9cisions I NO 18\/18 du 27 f\u00e9vrier 2019 (paragraphe\u00a021 ci\u2011dessus) et I NO 11\/18 du 18 juillet 2019<\/strong><\/p>\n<p>52. Dans les d\u00e9cisions susmentionn\u00e9es, la chambre du contr\u00f4le extraordinaire et des affaires publiques de la Cour supr\u00eame s\u2019est d\u00e9clar\u00e9e incomp\u00e9tente pour conna\u00eetre de recours form\u00e9s par des juges qui d\u00e9non\u00e7aient le refus du ministre de la Justice de les autoriser \u00e0 continuer \u00e0 exercer leurs fonctions au-del\u00e0 de l\u2019\u00e2ge de la retraite. Dans la deuxi\u00e8me des d\u00e9cisions pr\u00e9cit\u00e9es, la chambre comp\u00e9tente de la Cour supr\u00eame a fait observer que les dispositions de l\u2019article 26 \u00a7 1 de la loi du 16 novembre 2016 avaient d\u2019une part un caract\u00e8re autonome par rapport \u00e0 celles de l\u2019article 69 \u00a7\u00a7 1, 1b et 3 de la loi Pusp et constituaient d\u2019autre part la base l\u00e9gale de fixation par les autorit\u00e9s comp\u00e9tentes des conditions ouvrant droit \u00e0 la retraite \u00e0 l\u2019ensemble des juges int\u00e9ress\u00e9s qui, \u00e0 la date de l\u2019entr\u00e9e en vigueur de la loi pr\u00e9cit\u00e9e, avaient atteint l\u2019\u00e2ge de 60 ans. Elle a consid\u00e9r\u00e9 qu\u2019il ressortait de la lettre de l\u2019article pr\u00e9cit\u00e9 de la loi en question qu\u2019aucune autorisation minist\u00e9rielle semblable \u00e0 celle dont il \u00e9tait question \u00e0 l\u2019article 69 \u00a7 1b de la loi Pusp n\u2019\u00e9tait requise pour que les juges relevant de la cat\u00e9gorie ci-dessus puissent continuer \u00e0 si\u00e9ger au-del\u00e0 de l\u2019\u00e2ge de la retraite. Elle a indiqu\u00e9 que les premi\u00e8res des dispositions pr\u00e9cit\u00e9es ne contenaient aucun renvoi aux deuxi\u00e8mes. Elle a ajout\u00e9 que les cons\u00e9quences l\u00e9gales pr\u00e9vues par ces premi\u00e8res dispositions, \u00e0 savoir le maintien du juge int\u00e9ress\u00e9 dans ses fonctions, intervenaient de droit. Elle a relev\u00e9 que le ministre de la Justice ne disposait d\u2019aucune comp\u00e9tence de d\u00e9cision en la mati\u00e8re et qu\u2019il intervenait en tant que simple destinataire de la d\u00e9claration de la personne concern\u00e9e indiquant son souhait de continuer \u00e0 exercer sa fonction de juge.<\/p>\n<p><strong>II. LES TEXTES INTERNATIONAUX PERTINENTS<\/strong><\/p>\n<p><strong>A. Nations unies<\/strong><\/p>\n<p>53. La Convention sur l\u2019\u00e9limination de toutes les formes de discrimination \u00e0 l\u2019\u00e9gard des femmes, adopt\u00e9e le 18 d\u00e9cembre 1979 par l\u2019Assembl\u00e9e g\u00e9n\u00e9rale des Nations unies, engage les \u00c9tats signataires ou adh\u00e9rents \u00e0 \u00e9liminer toute forme de discrimination envers les femmes. Cette convention est ainsi libell\u00e9e\u00a0en ses parties pertinentes en l\u2019esp\u00e8ce\u00a0:<\/p>\n<p>\u00ab\u00a0Les \u00c9tats parties \u00e0 la pr\u00e9sente Convention,<\/p>\n<p>Notant que la Charte des Nations unies r\u00e9affirme la foi dons les droits fondamentaux de l\u2019homme, dans la dignit\u00e9 et la valeur de la personne humaine et dans l\u2019\u00e9galit\u00e9 des droits de l\u2019homme et de la femme,<\/p>\n<p>Notant que la D\u00e9claration universelle des droits de l\u2019homme affirme le principe de la non-discrimination et proclame que tous les \u00eatres humains naissent libres et \u00e9gaux en dignit\u00e9 et en droit, et que chacun peut se pr\u00e9valoir de tous les droits et de toutes les libert\u00e9s qui y sont \u00e9nonc\u00e9s, sans distinction aucune, notamment de sexe,<\/p>\n<p>Notant que les \u00c9tats parties aux Pactes internationaux relatifs aux droits de l\u2019homme ont l\u2019obligation d\u2019assurer l\u2019\u00e9galit\u00e9 des droits de l\u2019homme et de la femme dans l\u2019exercice de tous les droits \u00e9conomiques, sociaux, culturels, civils et politiques,<\/p>\n<p>(&#8230;)<\/p>\n<p>Rappelant que la discrimination \u00e0 l\u2019encontre des femmes viole les principes de l\u2019\u00e9galit\u00e9 des droits et du respect de la dignit\u00e9 humaine, qu\u2019elle entrave la participation des femmes, dans les m\u00eames conditions que les hommes, \u00e0 la vie politique, sociale, \u00e9conomique et culturelle de leur pays, qu\u2019elle fait obstacle \u00e0 l\u2019accroissement du bien-\u00eatre de la soci\u00e9t\u00e9 et de la famille et qu\u2019elle emp\u00eache les femmes de servir leur pays et l\u2019humanit\u00e9 dans toute la mesure de leurs possibilit\u00e9s,<\/p>\n<p>Conscients que le r\u00f4le traditionnel de l\u2019homme dans la famille et dans la soci\u00e9t\u00e9 doit \u00e9voluer autant que celui de la femme si on veut parvenir \u00e0 une r\u00e9elle \u00e9galit\u00e9 de l\u2019homme et de la femme,<\/p>\n<p>(&#8230;)<\/p>\n<p style=\"text-align: center;\">Sont convenus de ce qui suit :<\/p>\n<p style=\"text-align: center;\">Article 11<\/p>\n<p>1. Les \u00c9tats parties s\u2019engagent \u00e0 prendre toutes les mesures appropri\u00e9es pour \u00e9liminer la discrimination \u00e0 l\u2019\u00e9gard des femmes dans le domaine de l\u2019emploi, afin d\u2019assurer, sur la base de l\u2019\u00e9galit\u00e9 de l\u2019homme et de la femme, les m\u00eames droits, et en particulier\u00a0:<\/p>\n<p>a) Le droit au travail en tant que droit inali\u00e9nable de tous les \u00eatres humains\u00a0;<\/p>\n<p>b) Le droit aux m\u00eames possibilit\u00e9s d\u2019emploi, y compris l\u2019application des m\u00eames crit\u00e8res de s\u00e9lection en mati\u00e8re d\u2019emploi ;<\/p>\n<p>c) Le droit au libre choix de la profession et de l\u2019emploi, le droit \u00e0 la promotion, \u00e0 la stabilit\u00e9 de l\u2019emploi et \u00e0 toutes les prestations et conditions de travail, le droit \u00e0 la formation professionnelle et au recyclage, y compris l\u2019apprentissage, le perfectionnement professionnel et la formation permanente ;<\/p>\n<p>d) Le droit \u00e0 l\u2019\u00e9galit\u00e9 de r\u00e9mun\u00e9ration, y compris de prestation, \u00e0 l\u2019\u00e9galit\u00e9 de traitement pour un travail d\u2019\u00e9gale valeur aussi bien qu\u2019\u00e0 l\u2019\u00e9galit\u00e9 de traitement en ce qui concerne l\u2019\u00e9valuation de la qualit\u00e9 du travail ;<\/p>\n<p>e) Le droit \u00e0 la s\u00e9curit\u00e9 sociale, notamment aux prestations de retraite, de ch\u00f4mage, de maladie, d\u2019invalidit\u00e9 et de vieillesse ou pour toute autre perte de capacit\u00e9 de travail, ainsi que le droit \u00e0 des cong\u00e9s pay\u00e9s ;<\/p>\n<p>f) Le droit \u00e0 la protection de la sant\u00e9 et \u00e0 la s\u00e9curit\u00e9 des conditions de travail, y compris la sauvegarde de la fonction de reproduction.<\/p>\n<p>(&#8230;)\u00a0\u00bb<\/p>\n<p><strong>B. Conseil de l\u2019Europe<\/strong><\/p>\n<p><strong>1. Le Comit\u00e9 des Ministres du Conseil de l\u2019Europe<\/strong><\/p>\n<p>54. En ses parties pertinentes, la Recommandation CM\/Rec (2010)12 du Comit\u00e9 des Ministres aux \u00c9tats membres sur les juges\u00a0: ind\u00e9pendance, efficacit\u00e9 et responsabilit\u00e9s, adopt\u00e9e le 17 novembre 2010, se lit comme suit\u00a0:<\/p>\n<p>Chapitre VI \u2013 Statut du juge<\/p>\n<p>\u00ab\u00a0S\u00e9lection et carri\u00e8re<\/p>\n<p>44. Les d\u00e9cisions concernant la s\u00e9lection et la carri\u00e8re des juges devraient reposer sur des crit\u00e8res objectifs pr\u00e9\u00e9tablis par la loi ou par les autorit\u00e9s comp\u00e9tentes. Ces d\u00e9cisions devraient se fonder sur le m\u00e9rite, eu \u00e9gard aux qualifications, aux comp\u00e9tences et \u00e0 la capacit\u00e9 \u00e0 statuer sur les affaires en appliquant le droit dans le respect de la dignit\u00e9 humaine.<\/p>\n<p>(&#8230;)<\/p>\n<p style=\"text-align: center;\">Inamovibilit\u00e9 et terme des fonctions<\/p>\n<p>49. L\u2019inamovibilit\u00e9 constitue l\u2019un des \u00e9l\u00e9ments cl\u00e9s de l\u2019ind\u00e9pendance des juges. En cons\u00e9quence, les juges devraient \u00eatre inamovibles tant qu\u2019ils n\u2019ont pas atteint l\u2019\u00e2ge obligatoire de la retraite, s\u2019il en existe un.<\/p>\n<p>50. Le terme des fonctions des juges devrait \u00eatre \u00e9tabli par la loi. Il ne devrait \u00eatre mis fin \u00e0 une nomination d\u00e9finitive qu\u2019en cas de manquement grave d\u2019ordre disciplinaire ou p\u00e9nal \u00e9tabli par la loi, ou lorsque le juge ne peut plus accomplir ses fonctions judiciaires. Un d\u00e9part anticip\u00e9 \u00e0 la retraite ne devrait \u00eatre possible qu\u2019\u00e0 la demande du juge concern\u00e9 ou pour des motifs d\u2019ordre m\u00e9dical.<\/p>\n<p>51. Lorsque la proc\u00e9dure de recrutement pr\u00e9voit une p\u00e9riode probatoire ou une dur\u00e9e d\u00e9termin\u00e9e, la d\u00e9cision relative \u00e0 la confirmation ou \u00e0 la reconduction de la nomination ne devrait \u00eatre prise que conform\u00e9ment au paragraphe 44, afin d\u2019assurer pleinement le respect de l\u2019ind\u00e9pendance judiciaire.<\/p>\n<p>(&#8230;)\u00a0\u00bb<\/p>\n<p><strong>2. La Commission de Venise<\/strong><\/p>\n<p>55. Les passages pertinents de l\u2019avis sur le projet de loi portant modification de la loi sur le Conseil national de la Justice[8], sur le projet de loi portant modification de la loi sur la Cour supr\u00eame, propos\u00e9s par le pr\u00e9sident de la R\u00e9publique de Pologne, et sur la loi sur l\u2019organisation des tribunaux ordinaires, adopt\u00e9 par la Commission de Venise lors de sa 113e session pl\u00e9ni\u00e8re, tenue \u00e0 Venise les 8 et 9 d\u00e9cembre 2017 (CDL-AD (2017)031) se lisent ainsi :<\/p>\n<p>\u00ab\u00a0b. Projet de loi sur la Cour supr\u00eame<\/p>\n<p>(&#8230;)<\/p>\n<p><strong>2. Retraite anticip\u00e9e d\u2019un grand nombre de juges chevronn\u00e9s<\/strong><\/p>\n<p>44. Le paragraphe 4 de l\u2019article 180 de la Constitution dit que l\u2019\u00e2ge de la retraite des juges est fix\u00e9 dans la loi. L\u2019article 36 du projet de loi fixe \u00e0 65 ans celui des juges de la Cour supr\u00eame (il est de 70 ans dans le r\u00e9gime actuel).<\/p>\n<p>45. Il appartient au l\u00e9gislateur d\u00e9mocratique de fixer l\u2019\u00e2ge de la retraite des juges. La Commission de Venise observe toutefois qu\u2019il semble \u00eatre maintenu \u00e0 67 ans pour les juges des juridictions inf\u00e9rieures (paragraphe 1 de l\u2019article 69 de la loi sur les tribunaux ordinaires).<\/p>\n<p>L\u2019\u00e9cart est difficilement explicable : les juges des plus hautes juridictions ont normalement une longue carri\u00e8re derri\u00e8re eux, et rien ne justifie un \u00e2ge de la retraite inf\u00e9rieur. La tendance europ\u00e9enne g\u00e9n\u00e9rale consiste \u00e0 fixer pour eux un \u00e2ge sup\u00e9rieur.<\/p>\n<p>46. L\u2019application de ce nouvel \u00e2ge de la retraite aux juges actuellement en fonction (article 108) est encore plus probl\u00e9matique que le nouvel \u00e2ge en soi. Un nombre notable de juges devront ainsi prochainement prendre leur retraite \u2014 il pourrait s\u2019agir de pr\u00e8s de 40 % des juges de la Cour supr\u00eame. On ne voit pas tr\u00e8s bien les raisons d\u2019une proposition aussi radicale, qui pourrait nuire au bon fonctionnement de la Cour.<\/p>\n<p>47. Sur le plan pratique, on comprend mal pourquoi une personne jug\u00e9e apte \u00e0 remplir des charges officielles pendant plusieurs ann\u00e9es encore en serait d\u2019un jour \u00e0 l\u2019autre d\u00e9clar\u00e9e incapable. On peut lire l\u2019expos\u00e9 des motifs comme sous-entendant que la r\u00e9forme aurait pour effet que la plupart des juges chevronn\u00e9s, dont certains ont exerc\u00e9 sous le r\u00e9gime pr\u00e9c\u00e9dent, prendraient leur retraite. Si c\u2019est bien cela, c\u2019est une approche inacceptable : si les autorit\u00e9s ont des doutes sur la loyaut\u00e9 de certains juges, elles devraient d\u00e9clencher les proc\u00e9dures disciplinaires ou de lustration existantes, et non pas modifier l\u2019\u00e2ge de la retraite.<\/p>\n<p>48. Sur le plan th\u00e9orique, la mise \u00e0 la retraite anticip\u00e9e de juges en place porte atteinte \u00e0 leur inamovibilit\u00e9 et \u00e0 l\u2019ind\u00e9pendance de la Cour en g\u00e9n\u00e9ral. \u00c0 propos de l\u2019inamovibilit\u00e9, qui touche aux droits individuels du juge, la Commission de Venise a d\u00e9j\u00e0 indiqu\u00e9 qu\u2019une r\u00e9forme tr\u00e8s similaire en Hongrie portait atteinte \u00ab\u00a0aux r\u00e8gles et principes fondamentaux d\u2019ind\u00e9pendance, de statut et d\u2019inamovibilit\u00e9 des juges\u00a0\u00bb (&#8230;)<\/p>\n<p>49. Cette retraite anticip\u00e9e affecte les droits individuels du juge, et pourrait aussi \u00ab\u00a0entraver le fonctionnement des tribunaux, compromettre la continuit\u00e9 et la s\u00e9curit\u00e9 du droit, mais aussi ouvrir la voie \u00e0 des ing\u00e9rences dans la composition du pouvoir judiciaire\u00a0\u00bb<\/p>\n<p>50. La Commission de Venise attire l\u2019attention des autorit\u00e9s polonaises sur la jurisprudence de la Cour europ\u00e9enne des droits de l\u2019homme relative au droit des agents publics \u00e0 l\u2019acc\u00e8s \u00e0 la justice, en particulier l\u2019arr\u00eat de la Grande Chambre en l\u2019affaire Baka c. Hongrie. Il s\u2019agissait de la cessation pr\u00e9matur\u00e9e des fonctions du Pr\u00e9sident de la Cour supr\u00eame hongroise, sans possibilit\u00e9 de saisir le juge pour s\u2019y opposer. Le projet de loi a pour effet que les juges polonais menac\u00e9s de retraite anticip\u00e9e n\u2019auraient aucune voie de recours \u00e0 leur disposition. Eu \u00e9gard \u00e0 l\u2019\u00e9volution r\u00e9cente de la jurisprudence de la Cour europ\u00e9enne des droits de l\u2019homme, l\u2019absence de voies de recours para\u00eet ici probl\u00e9matique.<\/p>\n<p>51. La Commission s\u2019inqui\u00e8te des dispositions qui permettent aux juges (y compris les juges actuellement en fonction) atteignant l\u2019\u00e2ge de la retraite de demander d\u2019\u00eatre maintenus dans leur fonction (paragraphe 1 de l\u2019article 36). Aucune logique apparente ne permet de d\u00e9terminer les fonctions de quels juges peuvent \u00eatre prolong\u00e9es ; cela semblerait \u00eatre laiss\u00e9 \u00e0 la discr\u00e9tion du Pr\u00e9sident de la R\u00e9publique, qui peut ainsi exercer une influence indue sur les juges approchant de l\u2019\u00e2ge de la retraite.<\/p>\n<p>52. En conclusion, la Commission recommande vivement que la proposition d\u2019effet imm\u00e9diat de l\u2019abaissement de l\u2019\u00e2ge de la retraite sur les juges actuellement en fonction soit abandonn\u00e9e, et que la prolongation des fonctions au-del\u00e0 de l\u2019\u00e2ge normal de la retraite ne soit pas laiss\u00e9e \u00e0 la discr\u00e9tion du Pr\u00e9sident de la R\u00e9publique, un \u00e9lu politique.<\/p>\n<p>(&#8230;)<\/p>\n<p>c. La loi sur les tribunaux ordinaires<\/p>\n<p>(&#8230;)<\/p>\n<p>7. Pouvoirs directs du ministre de la Justice \u00e0 l\u2019\u00e9gard des juridictions<\/p>\n<p>(&#8230;)<\/p>\n<p>b. Prolongation des fonctions au-del\u00e0 de l\u2019\u00e2ge de la retraite<\/p>\n<p>109. Le ministre de la Justice peut prolonger, \u00e0 son gr\u00e9, les fonctions d\u2019un juge au-del\u00e0 de l\u2019\u00e2ge de la retraite (article 69, paragraphe 1b). La loi ne pr\u00e9cise pas de dur\u00e9e ; la prolongation peut \u00eatre autoris\u00e9e pour une courte p\u00e9riode de mani\u00e8re que le juge demeure dans l\u2019incertitude et devienne plus sensible aux pressions. Il conviendrait de supprimer cette possibilit\u00e9, car elle fait d\u00e9pendre la carri\u00e8re des juges (d\u2019ordinaire les juges les plus chevronn\u00e9s) du ministre. (&#8230;)\u00a0\u00bb<\/p>\n<p>56. Les passages pertinents de l\u2019avis sur la loi CLXII de 2011 sur le statut juridique et la r\u00e9mun\u00e9ration des juges, et la loi CLXI de 2011 sur l\u2019organisation et l\u2019administration des tribunaux de la Hongrie, adopt\u00e9 par la Commission de Venise lors de sa 90e session pl\u00e9ni\u00e8re (Venise, 16-17 mars 2012, CDL-AD\u00a0(2012)001) se lisent ainsi\u00a0:<\/p>\n<p>\u00ab\u00a0IX. Questions transitoires<\/p>\n<p><strong>1. Age de la retraite<\/strong><\/p>\n<p>102. Dans le cadre de la r\u00e9forme du syst\u00e8me judiciaire, le Parlement hongrois entendait \u00ab\u00a0introduire une r\u00e9glementation sectoriellement neutre de l\u2019\u00e2ge de la retraite\u00a0\u00bb. La Commission de Venise a \u00e9t\u00e9 inform\u00e9e du fait que l\u2019\u00e2ge g\u00e9n\u00e9ral de la retraite, c\u2019est-\u00e0-dire l\u2019\u00e2ge d\u2019ouverture du droit \u00e0 une pension compl\u00e8te, \u00e9tait de 62 ans pour les juges qui pouvaient choisir de demeurer en fonction jusqu\u2019\u00e0 70 ans, \u00e2ge obligatoire de la retraite. En application de l\u2019article 12 des dispositions transitoires de la Loi fondamentale et de la LSJRJ, la limite d\u2019\u00e2ge sup\u00e9rieure sera fusionn\u00e9e avec l\u2019\u00e2ge de la retraite de mani\u00e8re que toute personne ayant atteint l\u2019\u00e2ge de la retraite soit dans l\u2019obligation de prendre sa retraite. Des exceptions visant \u00e0 maintenir la limite d\u2019\u00e2ge sup\u00e9rieure fix\u00e9e \u00e0 70 ans pour \u00ab\u00a0certains magistrats\u00a0\u00bb (apparemment le procureur g\u00e9n\u00e9ral, le pr\u00e9sident de la Cour des comptes et les juges de la Cour constitutionnelle) sont toutefois pr\u00e9vues.<\/p>\n<p>103. La Commission de Venise croit comprendre que l\u2019\u00e2ge g\u00e9n\u00e9ral de la retraite fix\u00e9 \u00e0 62 ans sera progressivement relev\u00e9 \u00e0 63 ans en 2014, puis \u00e0 65 ans \u00e0 long terme en fonction de l\u2019ann\u00e9e de naissance. Elle note que cet \u00e2ge est consid\u00e9r\u00e9 comme un \u00e2ge minimum dans de nombreux secteurs qui conservent la limite d\u2019\u00e2ge sup\u00e9rieure de 70\u00a0ans qui est en principe consid\u00e9r\u00e9e comme la limite maximale dans le syst\u00e8me judiciaire.<\/p>\n<p>104. La Commission de Venise examine cette question non pas sous l\u2019angle particulier de la discrimination en fonction de l\u2019\u00e2ge, mais sous celui de ses effets sur l\u2019ind\u00e9pendance du syst\u00e8me judiciaire. Sous cet angle, l\u2019effet r\u00e9troactif de la nouvelle r\u00e9glementation est pr\u00e9occupant. Toute une g\u00e9n\u00e9ration de juges, qui accomplissaient leurs t\u00e2ches sans d\u00e9faillance particuli\u00e8re et qui pouvaient et devaient poursuivre leur mission, doivent prendre leur retraite. La Commission ne voit rien qui justifie concr\u00e8tement l\u2019obligation pour les juges de prendre leur retraite (y compris pour de nombreux hauts magistrats). L\u2019absence de justification convaincante est sans doute l\u2019une des raisons pour lesquelles les questions relatives \u00e0 la motivation de la nouvelle r\u00e9glementation ont \u00e9t\u00e9 publiquement pos\u00e9es.<\/p>\n<p>105. La modification soudaine de la limite d\u2019\u00e2ge sup\u00e9rieure est source de probl\u00e8me : une proportion importante de juges hongrois (pr\u00e8s de 10 %) va prendre sa retraite \u00e0 bref d\u00e9lai (entre 225 et 270 juges sur les 2 900 juges que compte la Hongrie). L\u2019argument avanc\u00e9 selon lequel le nombre sup\u00e9rieur de juges plus jeunes aux \u00ab\u00a0qualifications \u00e0 jour\u00a0\u00bb augmentera l\u2019efficacit\u00e9 de la justice, car ces juges devraient \u00eatre \u00ab\u00a0plus \u00e0 m\u00eame de faire face \u00e0 une charge travail sup\u00e9rieure\u00a0\u00bb et \u00eatre \u00ab\u00a0plus ambitieux et plus souples\u00a0\u00bb, doit \u00eatre \u00e9cart\u00e9 car insuffisamment \u00e9tay\u00e9. (&#8230;)\u00a0\u00bb<\/p>\n<p><strong>3. Le Conseil consultatif des juges europ\u00e9ens (\u00ab\u00a0le CCJE\u00a0\u00bb)<\/strong><\/p>\n<p>57. La Magna Carta des juges (Principes fondamentaux) a \u00e9t\u00e9 adopt\u00e9e par le CCJE en novembre 2010. Ses passages pertinents se lisent ainsi\u00a0:<\/p>\n<p>\u00ab\u00a0(&#8230;) Ind\u00e9pendance des juges<\/p>\n<p>2. L\u2019ind\u00e9pendance et l\u2019impartialit\u00e9 du juge sont des conditions pr\u00e9alables indispensables au fonctionnement de la justice.<\/p>\n<p>3. L\u2019ind\u00e9pendance du juge doit \u00eatre statutaire, fonctionnelle et financi\u00e8re. Par rapport aux autres pouvoirs de l\u2019\u00c9tat, elle doit \u00eatre garantie aux justiciables, aux autres juges et \u00e0 la soci\u00e9t\u00e9 en g\u00e9n\u00e9ral, par des r\u00e8gles internes au niveau le plus \u00e9lev\u00e9. Il appartient \u00e0 l\u2019\u00c9tat et \u00e0 chaque juge de promouvoir et pr\u00e9server l\u2019ind\u00e9pendance judiciaire.<\/p>\n<p>4. L\u2019ind\u00e9pendance du juge doit \u00eatre garantie dans le cadre de l\u2019activit\u00e9 judiciaire, en particulier pour le recrutement, la nomination jusqu\u2019\u00e0 l\u2019\u00e2ge de la retraite, la promotion, l\u2019inamovibilit\u00e9, la formation, l\u2019immunit\u00e9 judiciaire, la discipline, la r\u00e9mun\u00e9ration et le financement du syst\u00e8me judiciaire.<\/p>\n<p style=\"text-align: center;\">Garanties de l\u2019ind\u00e9pendance<\/p>\n<p>5. Les d\u00e9cisions sur la s\u00e9lection, la nomination et la carri\u00e8re doivent \u00eatre fond\u00e9es sur des crit\u00e8res objectifs et prises par l\u2019instance charg\u00e9e de garantir l\u2019ind\u00e9pendance.<\/p>\n<p>(&#8230;)<\/p>\n<p>7. Apr\u00e8s consultation du pouvoir judiciaire, l\u2019\u00c9tat doit assurer les moyens humains, mat\u00e9riels et financiers n\u00e9cessaires au bon fonctionnement de la justice. Le juge doit b\u00e9n\u00e9ficier d\u2019une r\u00e9mun\u00e9ration et d\u2019un syst\u00e8me de retraite appropri\u00e9s et garantis par la loi, qui le mettent \u00e0 l\u2019abri de toute influence indue.<\/p>\n<p>(&#8230;)\u00a0\u00bb<\/p>\n<p>58. L\u2019avis no1(2001) du CCJE \u00e0 l\u2019attention du Comit\u00e9 des Ministres du Conseil de l\u2019Europe sur les normes relatives \u00e0 l\u2019ind\u00e9pendance et l\u2019inamovibilit\u00e9 des juges, adopt\u00e9 \u00e0 Strasbourg le 23 novembre 2001, se lit comme suit dans ses parties pertinentes\u00a0:<\/p>\n<p>\u00ab (&#8230;)<\/p>\n<p style=\"text-align: center;\">Conditions d\u2019exercice (inamovibilit\u00e9 et r\u00e9gime de sanctions disciplinaires)<\/p>\n<p>57. Selon un grand principe de l\u2019ind\u00e9pendance judiciaire, l\u2019exercice de la fonction occup\u00e9e par un juge doit \u00eatre garanti jusqu\u2019\u00e0 l\u2019\u00e2ge l\u00e9gal de la retraite ou l\u2019expiration du mandat confi\u00e9 pour la dur\u00e9e d\u00e9termin\u00e9e : voir les principes fondamentaux des Nations Unies paragraphe 12 ; la Recommandation no R (94) 12 Principe I(2)(a) (ii) et (3) et Principe VI (1) et (2). Selon la Charte europ\u00e9enne, ce principe s\u2019\u00e9tend \u00e0 la d\u00e9signation ou la nomination dans un service ou un lieu diff\u00e9rents sans le consentement de l\u2019int\u00e9ress\u00e9 (sauf en cas de r\u00e9organisation judiciaire ou de mutation temporaire), mais la Charte comme la Recommandation no R (94) 12 pr\u00e9cisent que la mutation peut \u00eatre ordonn\u00e9e \u00e0 titre de sanction disciplinaire.<\/p>\n<p>(&#8230;)<\/p>\n<p>59. L\u2019existence d\u2019exceptions aux r\u00e8gles d\u2019inamovibilit\u00e9, notamment celles qui d\u00e9coulent de sanctions disciplinaires, conduit imm\u00e9diatement \u00e0 s\u2019int\u00e9resser \u00e0 l\u2019instance et \u00e0 la m\u00e9thode par laquelle les juges peuvent \u00eatre sanctionn\u00e9s, ainsi qu\u2019aux motifs des sanctions disciplinaires. La Recommandation no R (94) 12, Principe VI (2) et (3), insiste sur la n\u00e9cessit\u00e9 d\u2019une d\u00e9finition pr\u00e9cise des infractions pour lesquelles un juge peut \u00eatre r\u00e9voqu\u00e9, et de proc\u00e9dures disciplinaires respectant les exigences li\u00e9es aux droits de la d\u00e9fense de la Convention europ\u00e9enne des Droits de l\u2019Homme. Elle ajoute en outre que \u00ab\u00a0les \u00c9tats devraient \u00e9tudier la possibilit\u00e9 de constituer, conform\u00e9ment \u00e0 une loi, un organe comp\u00e9tent sp\u00e9cial charg\u00e9 d\u2019appliquer les sanctions et mesures disciplinaires, lorsqu\u2019elles ne sont pas examin\u00e9es par un tribunal, et dont les d\u00e9cisions devraient \u00eatre contr\u00f4l\u00e9es par un organe judiciaire sup\u00e9rieur, ou qui serait lui-m\u00eame un organe judiciaire sup\u00e9rieur\u00a0\u00bb. La Charte europ\u00e9enne assigne ce r\u00f4le \u00e0 une instance ind\u00e9pendante qui devrait \u00ab\u00a0intervenir\u00a0\u00bb dans tous les aspects de la s\u00e9lection et de la carri\u00e8re de chaque juge.<\/p>\n<p>(&#8230;)<\/p>\n<p style=\"text-align: center;\">Conclusions<\/p>\n<p>(&#8230;)<\/p>\n<p>(5) Le CCJE estime que si la nomination est provisoire ou pour une dur\u00e9e limit\u00e9e, l\u2019instance responsable de l\u2019objectivit\u00e9 et la transparence de la m\u00e9thode employ\u00e9e pour la nomination ou la reconduction \u00e0 une fonction de juge \u00e0 temps plein, sont d\u2019une importance capitale (voir aussi paragraphe 3.3 de la Charte europ\u00e9enne) (paragraphe 53).<\/p>\n<p>(&#8230;)<\/p>\n<p>(7) Le CCJE estime que l\u2019inamovibilit\u00e9 des juges devrait \u00eatre un \u00e9l\u00e9ment expr\u00e8s de l\u2019ind\u00e9pendance consacr\u00e9e au niveau interne le plus \u00e9lev\u00e9 (&#8230;).<\/p>\n<p>(&#8230;)\u00a0\u00bb<\/p>\n<p>C. L\u2019Union Europ\u00e9enne<\/p>\n<p><strong>1. Le Trait\u00e9 sur le fonctionnement de l\u2019Union europ\u00e9enne (\u00ab\u00a0le TFUE\u00a0\u00bb)<\/strong><\/p>\n<p>59. L\u2019article 157 du TFUE est ainsi libell\u00e9 en ses dispositions pertinentes en l\u2019esp\u00e8ce :<\/p>\n<p>\u00ab\u00a01. Chaque \u00c9tat membre assure l\u2019application du principe de l\u2019\u00e9galit\u00e9 des r\u00e9mun\u00e9rations entre travailleurs masculins et travailleurs f\u00e9minins pour un m\u00eame travail ou un travail de m\u00eame valeur.<\/p>\n<p>2. Aux fins du pr\u00e9sent article, on entend par r\u00e9mun\u00e9ration, le salaire ou traitement ordinaire de base ou minimum, et tous autres avantages pay\u00e9s directement ou indirectement, en esp\u00e8ces ou en nature, par l\u2019employeur au travailleur en raison de l\u2019emploi de ce dernier.<\/p>\n<p>[&#8230;]<\/p>\n<p>4. Pour assurer concr\u00e8tement une pleine \u00e9galit\u00e9 entre hommes et femmes dans la vie professionnelle, le principe de l\u2019\u00e9galit\u00e9 de traitement n\u2019emp\u00eache pas un \u00c9tat membre de maintenir ou d\u2019adopter des mesures pr\u00e9voyant des avantages sp\u00e9cifiques destin\u00e9s \u00e0 faciliter l\u2019exercice d\u2019une activit\u00e9 professionnelle par le sexe sous-repr\u00e9sent\u00e9 ou \u00e0 pr\u00e9venir ou compenser des d\u00e9savantages dans la carri\u00e8re professionnelle.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p><strong>2. La Charte des droits fondamentaux de l\u2019Union europ\u00e9enne<\/strong><\/p>\n<p>60. L\u2019article 47 du titre VI de la Charte des droits fondamentaux de l\u2019Union europ\u00e9enne intitul\u00e9 \u00ab Justice \u00bb dispose :<\/p>\n<p>\u00ab\u00a0Toute personne dont les droits et libert\u00e9s garantis par le droit de l\u2019Union ont \u00e9t\u00e9 viol\u00e9s a droit \u00e0 un recours effectif devant un tribunal dans le respect des conditions pr\u00e9vues au pr\u00e9sent article.<\/p>\n<p>Toute personne a droit \u00e0 ce que sa cause soit entendue \u00e9quitablement, publiquement et dans un d\u00e9lai raisonnable par un tribunal ind\u00e9pendant et impartial, \u00e9tabli pr\u00e9alablement par la loi. (&#8230;)<\/p>\n<p>(&#8230;)\u00a0\u00bb<\/p>\n<p><strong>3. La directive 2006\/54\/ CE du Parlement europ\u00e9en et du Conseil du 5\u00a0juillet 2006 relative \u00e0 la mise en \u0153uvre du principe de l\u2019\u00e9galit\u00e9 des chances et de l\u2019\u00e9galit\u00e9 de traitement entre hommes et femmes en mati\u00e8re d\u2019emploi et de travail (\u00ab la directive 2006\/54\/ CE \u00bb)<\/strong><\/p>\n<p>61. Les dispositions pertinentes de cette directive \u00e9noncent :<\/p>\n<p style=\"text-align: center;\">L\u2019article 5<\/p>\n<p>\u00ab\u00a0(&#8230;) toute discrimination directe ou indirecte fond\u00e9e sur le sexe est proscrite dans les r\u00e9gimes professionnels de s\u00e9curit\u00e9 sociale, en particulier en ce qui concerne\u00a0:<\/p>\n<p>a) le champ d\u2019application de tels r\u00e9gimes et les conditions d\u2019acc\u00e8s \u00e0 de tels r\u00e9gimes\u00a0;<\/p>\n<p>(&#8230;)\u00a0\u00bb<\/p>\n<p style=\"text-align: center;\">L\u2019article 9<\/p>\n<p>\u00ab\u00a0Exemples de discrimination\u00a0\u00bb<\/p>\n<p>\u00ab\u00a01. Sont \u00e0 classer au nombre des dispositions contraires au principe de l\u2019\u00e9galit\u00e9 de traitement celles qui se fondent sur le sexe, soit directement, soit indirectement, pour :<\/p>\n<p>(&#8230;)<\/p>\n<p>f) imposer des \u00e2ges diff\u00e9rents de retraite ;<\/p>\n<p>(..)\u00a0\u00bb<\/p>\n<p><strong>4. L\u2019arr\u00eat du 5 novembre 2019 dans l\u2019affaire Commission\/Pologne (Ind\u00e9pendance des juridictions de droit commun) C-192\/18, EU:C:2019:924<\/strong><\/p>\n<p>62. Dans son arr\u00eat, la CJUE (grande chambre) a d\u00e9clar\u00e9 que les r\u00e8gles polonaises relatives \u00e0 l\u2019\u00e2ge du d\u00e9part \u00e0 la retraite des juges et des magistrats du parquet, telles qu\u2019applicables apr\u00e8s l\u2019entr\u00e9e en vigueur de la loi du 12\u00a0juillet 2017, \u00e9taient contraires au droit de l\u2019Union. La CJUE a accueilli le recours en manquement que la Commission avait introduit contre la R\u00e9publique de Pologne le 15 mars 2018 et constat\u00e9 que cet \u00c9tat membre avait manqu\u00e9 aux obligations qui lui incombaient en vertu du droit de l\u2019Union, d\u2019une part en instaurant un \u00e2ge du d\u00e9part \u00e0 la retraite diff\u00e9rent pour les femmes et les hommes appartenant \u00e0 la magistrature polonaise et, d\u2019autre part, en abaissant l\u2019\u00e2ge du d\u00e9part \u00e0 la retraite des juges des juridictions de droit commun et en conf\u00e9rant au ministre de la Justice le pouvoir de prolonger la p\u00e9riode d\u2019activit\u00e9 de ces juges.<\/p>\n<p>63. Concernant les \u00e2ges de d\u00e9part \u00e0 la retraite s\u2019appliquant respectivement aux magistrats f\u00e9minins et aux magistrats masculins, la CJUE a tout d\u2019abord constat\u00e9 que les pensions de retraite dont b\u00e9n\u00e9ficient ces magistrats rel\u00e8vent de l\u2019article 157 TFUE, selon lequel chaque \u00c9tat membre assure l\u2019application du principe de l\u2019\u00e9galit\u00e9 des r\u00e9mun\u00e9rations entre travailleurs masculins et travailleurs f\u00e9minins pour un m\u00eame travail. Elle a not\u00e9 aussi que les r\u00e9gimes de pension en cause entraient \u00e9galement dans le champ d\u2019application des dispositions de la directive 2006\/54 consacr\u00e9es \u00e0 l\u2019\u00e9galit\u00e9 de traitement dans les r\u00e9gimes professionnels de s\u00e9curit\u00e9 sociale.<\/p>\n<p>64. Rappelant que la fixation d\u2019une condition d\u2019\u00e2ge diff\u00e9rente selon le sexe pour l\u2019octroi d\u2019une pension constituant une r\u00e9mun\u00e9ration au sens de l\u2019article 157 TFUE \u00e9tait contraire \u00e0 cette disposition, la CJUE a constat\u00e9 que les dispositions de l\u2019article 13, points 1 \u00e0 3, de la loi modificative du 12\u00a0juillet 2017, en ce qu\u2019elles fixaient l\u2019\u00e2ge du d\u00e9part \u00e0 la retraite des magistrats des juridictions de droit commun et du parquet, respectivement, \u00e0 60 ans pour les femmes et \u00e0 65 ans pour les hommes, se fondaient sur le sexe pour imposer des \u00e2ges diff\u00e9rents de retraite. Ce faisant, lesdites dispositions introduisaient des conditions directement discriminatoires fond\u00e9es sur le sexe, notamment, en ce qui concerne le moment auquel les int\u00e9ress\u00e9s peuvent b\u00e9n\u00e9ficier d\u2019un acc\u00e8s effectif aux avantages pr\u00e9vus par les r\u00e9gimes de pension concern\u00e9s.<\/p>\n<p>65. La CJUE a rejet\u00e9 l\u2019argument de la Pologne selon lequel les diff\u00e9rences ainsi pr\u00e9vues entre magistrats f\u00e9minins et magistrats masculins en mati\u00e8re d\u2019\u00e2ge d\u2019acc\u00e8s \u00e0 une pension de retraite constituent une mesure de discrimination positive. Elle a consid\u00e9r\u00e9 que, en effet, ces diff\u00e9rences ne sont pas de nature \u00e0 compenser les d\u00e9savantages auxquels sont expos\u00e9es les carri\u00e8res des fonctionnaires f\u00e9minins en aidant ces femmes dans leur vie professionnelle et en rem\u00e9diant aux probl\u00e8mes qu\u2019elles peuvent rencontrer durant leur carri\u00e8re. La Cour a d\u00e8s lors conclu que la l\u00e9gislation en cause violait l\u2019article 157 TFUE ainsi que la directive 2006\/54.<\/p>\n<p>66. S\u2019agissant de la mesure consistant \u00e0 conf\u00e9rer au ministre de la Justice le pouvoir d\u2019autoriser ou non la continuation de l\u2019exercice des fonctions des juges des juridictions de droit commun au-del\u00e0 du nouvel \u00e2ge du d\u00e9part \u00e0 la retraite, tel qu\u2019abaiss\u00e9, la CJUE a rappel\u00e9 que l\u2019indispensable libert\u00e9 des juges \u00e0 l\u2019\u00e9gard de toutes interventions ou pressions ext\u00e9rieures exige certaines garanties propres \u00e0 prot\u00e9ger la personne de ceux qui ont pour t\u00e2che de juger, telles que l\u2019inamovibilit\u00e9. Elle a relev\u00e9 que l\u2019exigence d\u2019ind\u00e9pendance impose que les r\u00e8gles gouvernant le r\u00e9gime disciplinaire et, partant, une r\u00e9vocation \u00e9ventuelle de ceux qui ont pour t\u00e2che de juger pr\u00e9sentent les garanties n\u00e9cessaires afin d\u2019\u00e9viter tout risque d\u2019utilisation d\u2019un tel r\u00e9gime en tant que syst\u00e8me de contr\u00f4le politique du contenu des d\u00e9cisions judiciaires. Elle a ajout\u00e9 qu\u2019ainsi l\u2019\u00e9diction de r\u00e8gles qui d\u00e9finissent, notamment, tant les comportements constitutifs d\u2019infractions disciplinaires que les sanctions concr\u00e8tement applicables, qui pr\u00e9voient l\u2019intervention d\u2019une instance ind\u00e9pendante conform\u00e9ment \u00e0 une proc\u00e9dure qui garantit pleinement les droits consacr\u00e9s aux articles 47 et 48 de la Charte, notamment les droits de la d\u00e9fense, et qui consacrent la possibilit\u00e9 de contester en justice les d\u00e9cisions des organes disciplinaires constitue un ensemble de garanties essentielles aux fins de la pr\u00e9servation de l\u2019ind\u00e9pendance du pouvoir judiciaire.<\/p>\n<p>67. La CJUE a dit que, eu \u00e9gard \u00e0 l\u2019importance cardinale du principe d\u2019inamovibilit\u00e9, une exception \u00e0 celui-ci ne saurait \u00eatre admise que si elle est justifi\u00e9e par un objectif l\u00e9gitime et proportionn\u00e9 au regard de celui-ci et pour autant qu\u2019elle n\u2019est pas de nature \u00e0 susciter des doutes l\u00e9gitimes, dans l\u2019esprit des justiciables, quant \u00e0 l\u2019imperm\u00e9abilit\u00e9 des juridictions concern\u00e9es \u00e0 l\u2019\u00e9gard d\u2019\u00e9l\u00e9ments ext\u00e9rieurs et \u00e0 leur neutralit\u00e9 par rapport aux int\u00e9r\u00eats qui s\u2019affrontent.<\/p>\n<p>68. Elle a consid\u00e9r\u00e9 que le m\u00e9canisme critiqu\u00e9 devant elle avait trait \u00e0 la possibilit\u00e9, pour des juges en exercice b\u00e9n\u00e9ficiant donc des garanties inh\u00e9rentes \u00e0 l\u2019exercice de ces fonctions, de poursuivre l\u2019exercice de celles-ci au-del\u00e0 de l\u2019\u00e2ge normal du d\u00e9part \u00e0 la retraite, et que ledit m\u00e9canisme concernait, d\u00e8s lors, les conditions de d\u00e9roulement et de cessation de la carri\u00e8re de ceux-ci. Elle a ajout\u00e9 que s\u2019il appartient aux seuls \u00c9tats membres de d\u00e9cider s\u2019ils autorisent ou non une telle prolongation de l\u2019exercice de fonctions juridictionnelles au\u2011del\u00e0 de l\u2019\u00e2ge normal du d\u00e9part \u00e0 la retraite, il demeure que, lorsque ceux\u2011ci optent pour un tel m\u00e9canisme, ils sont tenus de veiller \u00e0 ce que les conditions et les modalit\u00e9s auxquelles se trouve soumise une telle prolongation ne soient pas de nature \u00e0 porter atteinte au principe de l\u2019ind\u00e9pendance des juges.<\/p>\n<p>69. La CJUE a jug\u00e9 que la circonstance qu\u2019un organe tel que le ministre de la Justice f\u00fbt investi du pouvoir de d\u00e9cider ou non d\u2019accorder une prolongation \u00e9ventuelle de l\u2019exercice des fonctions juridictionnelles au\u2011del\u00e0 de l\u2019\u00e2ge normal du d\u00e9part \u00e0 la retraite n\u2019\u00e9tait pas suffisante, \u00e0 elle seule, pour conclure \u00e0 l\u2019existence d\u2019une atteinte au principe d\u2019ind\u00e9pendance des juges. Elle a dit que toutefois il y avait lieu de s\u2019assurer que les conditions de fond et les modalit\u00e9s proc\u00e9durales pr\u00e9sidant \u00e0 l\u2019adoption de telles d\u00e9cisions soient telles qu\u2019elles ne puissent pas faire na\u00eetre, dans l\u2019esprit des justiciables, des doutes l\u00e9gitimes quant \u00e0 l\u2019imperm\u00e9abilit\u00e9 des juges concern\u00e9s \u00e0 l\u2019\u00e9gard d\u2019\u00e9l\u00e9ments ext\u00e9rieurs et \u00e0 leur neutralit\u00e9 par rapport aux int\u00e9r\u00eats qui s\u2019affrontent. La CJUE a ajout\u00e9 que de telles modalit\u00e9s devaient, ainsi, en particulier, permettre d\u2019exclure non seulement toute influence directe, sous forme d\u2019instructions, mais \u00e9galement les formes d\u2019influence plus indirecte susceptibles d\u2019orienter les d\u00e9cisions des juges concern\u00e9s.<\/p>\n<p>70. Selon la CJUE, les conditions de fond et les modalit\u00e9s proc\u00e9durales entourant le pouvoir de d\u00e9cision du ministre de la Justice en mati\u00e8re d\u2019autorisation ou non de la continuation de l\u2019exercice des fonctions des juges des juridictions de droit commun au-del\u00e0 du nouvel \u00e2ge du d\u00e9part \u00e0 la retraite, tel qu\u2019abaiss\u00e9, \u00e9taient, en l\u2019esp\u00e8ce, de nature \u00e0 engendrer des doutes l\u00e9gitimes quant \u00e0 l\u2019imperm\u00e9abilit\u00e9 des juges concern\u00e9s \u00e0 l\u2019\u00e9gard d\u2019\u00e9l\u00e9ments ext\u00e9rieurs et \u00e0 leur neutralit\u00e9. En effet, d\u2019une part, les crit\u00e8res mentionn\u00e9s \u00e0 l\u2019article\u00a069 \u00a7\u00a01b de la loi Pusp, sur le fondement desquels le ministre est appel\u00e9 \u00e0 prendre sa d\u00e9cision, \u00e9taient trop vagues et non v\u00e9rifiables, et cette d\u00e9cision ne devait pas \u00eatre motiv\u00e9e et ne pouvait faire l\u2019objet d\u2019un recours juridictionnel. D\u2019autre part, ladite disposition n\u2019impartissait pas au ministre concern\u00e9 un d\u00e9lai au cours duquel celui-ci devait prendre sa d\u00e9cision \u00e0 cet \u00e9gard. Il en d\u00e9coulait que la dur\u00e9e de la p\u00e9riode pendant laquelle les juges \u00e9taient susceptibles de demeurer dans l\u2019attente de la d\u00e9cision du ministre relevait de la discr\u00e9tion de ce dernier.<\/p>\n<p>71. La combinaison de la mesure d\u2019abaissement de l\u2019\u00e2ge normal du d\u00e9part \u00e0 la retraite des juges des juridictions de droit commun et de celle consistant \u00e0 conf\u00e9rer au ministre de la Justice le pouvoir discr\u00e9tionnaire d\u2019autoriser la poursuite de l\u2019exercice des fonctions de ceux-ci au-del\u00e0 du nouvel \u00e2ge ainsi fix\u00e9, durant dix ann\u00e9es pour les magistrats f\u00e9minins et cinq ann\u00e9es pour les magistrats masculins, m\u00e9connaissait, aux yeux de la CJUE, le principe d\u2019inamovibilit\u00e9 des juges, lequel requiert que les juges puissent demeurer en fonction tant qu\u2019ils n\u2019ont pas atteint l\u2019\u00e2ge obligatoire du d\u00e9part \u00e0 la retraite ou jusqu\u2019\u00e0 l\u2019expiration de leur mandat lorsque celui-ci rev\u00eat une dur\u00e9e d\u00e9termin\u00e9e. La combinaison des mesures susmentionn\u00e9es \u00e9tait de nature \u00e0 cr\u00e9er, dans l\u2019esprit des justiciables, des doutes l\u00e9gitimes quant au fait que le nouveau syst\u00e8me pourrait en r\u00e9alit\u00e9 viser \u00e0 permettre au ministre, agissant d\u2019une mani\u00e8re discr\u00e9tionnaire, d\u2019\u00e9carter, une fois atteint l\u2019\u00e2ge normal du d\u00e9part \u00e0 la retraite nouvellement fix\u00e9, certains groupes de juges tout en maintenant en fonction une autre partie de ceux-ci.<\/p>\n<p><strong>5. L\u2019arr\u00eat du 6 novembre 2012 dans l\u2019affaire Commission\/Hongrie, C\u2011286\/12, EU:C:2012\/687<\/strong><\/p>\n<p>72. Dans l\u2019arr\u00eat susmentionn\u00e9, la CJUE a d\u00e9clar\u00e9 que l\u2019abaissement radical de l\u2019\u00e2ge de la retraite des juges hongrois constituait une discrimination non justifi\u00e9e fond\u00e9e sur l\u2019\u00e2ge et qu\u2019il y avait eu, par cons\u00e9quent, un manquement de la part de la Hongrie aux dispositions pertinentes de la directive 2000\/78\/CE.<\/p>\n<p>73. En Hongrie, jusqu\u2019au 31 d\u00e9cembre 2011, les juges, procureurs et notaires pouvaient rester en fonction jusqu\u2019\u00e0 l\u2019\u00e2ge de 70 ans. Cependant, la l\u00e9gislation hongroise ayant \u00e9t\u00e9 modifi\u00e9e en 2011, \u00e0 partir du 1er\u00a0janvier 2012, les juges et procureurs ayant atteint l\u2019\u00e2ge g\u00e9n\u00e9ral de la retraite, \u00e0 savoir 62\u00a0ans, devaient cesser leurs fonctions. Pour les juges et procureurs ayant atteint cet \u00e2ge avant le 1er janvier 2012, la l\u00e9gislation hongroise pr\u00e9cisait que leurs fonctions prenaient fin le 30 juin 2012. Ceux qui atteignaient cet \u00e2ge entre le 1er janvier 2012 et le 31 d\u00e9cembre 2012, devaient cesser leurs fonctions le 31 d\u00e9cembre 2012. \u00c0 partir du 1er janvier 2014, les notaires devaient \u00e9galement cesser d\u2019exercer leurs fonctions le jour o\u00f9 ils atteignaient l\u2019\u00e2ge g\u00e9n\u00e9ral de la retraite.<\/p>\n<p>74. En cons\u00e9quence de ces modifications l\u00e9gislatives la Commission a introduit un recours en manquement contre la Hongrie.<\/p>\n<p>75. La CJUE a constat\u00e9, tout d\u2019abord, que les juges, procureurs et notaires ayant atteint l\u2019\u00e2ge de 62 ans \u00e9taient dans une situation comparable \u00e0 celle des personnes moins \u00e2g\u00e9es qui exercent les m\u00eames professions. Toutefois, les premi\u00e8res, en raison de leur \u00e2ge, \u00e9taient contraintes de cesser l\u2019exercice de leurs fonctions de sorte qu\u2019elles \u00e9taient soumises \u00e0 un traitement moins favorable que celui r\u00e9serv\u00e9 aux personnes restant en activit\u00e9. La CJUE a donc relev\u00e9 que cette situation constituait une diff\u00e9rence de traitement directement fond\u00e9e sur l\u2019\u00e2ge.<\/p>\n<p>76. Elle a jug\u00e9 que des objectifs l\u00e9gitimes relevant de la politique sociale, tels que ceux li\u00e9s \u00e0 la politique de l\u2019emploi, du march\u00e9 du travail ou de la formation professionnelle, pouvaient justifier une d\u00e9rogation au principe d\u2019interdiction des discriminations fond\u00e9es sur l\u2019\u00e2ge. \u00c0 cet \u00e9gard, elle a constat\u00e9 que les objectifs invoqu\u00e9s par la Hongrie, \u00e0 savoir la n\u00e9cessit\u00e9 d\u2019uniformiser les limites d\u2019\u00e2ge de la retraite des professions de la fonction publique et la mise en place d\u2019une structure d\u2019\u00e2ge plus \u00e9quilibr\u00e9e facilitant l\u2019acc\u00e8s des jeunes juristes aux professions concern\u00e9es, relevaient bien de la politique sociale.<\/p>\n<p>77. Cependant, en ce qui concerne l\u2019objectif d\u2019uniformisation, la CJUE a soulign\u00e9 que les personnes concern\u00e9es par la l\u00e9gislation contest\u00e9e pouvaient demeurer en fonction, avant le 1er janvier 2012, jusqu\u2019\u00e0 l\u2019\u00e2ge de 70 ans, ce qui a fait na\u00eetre \u00e0 leur \u00e9gard l\u2019esp\u00e9rance fond\u00e9e de leur maintien en fonction jusqu\u2019\u00e0 cet \u00e2ge. Or, la l\u00e9gislation contest\u00e9e a proc\u00e9d\u00e9 \u00e0 un abaissement abrupt et consid\u00e9rable de la limite d\u2019\u00e2ge de cessation obligatoire d\u2019activit\u00e9, sans pr\u00e9voir des mesures transitoires de nature \u00e0 prot\u00e9ger la confiance l\u00e9gitime de ces personnes. Ainsi, celles-ci sont oblig\u00e9es de quitter d\u2019office et d\u00e9finitivement le march\u00e9 du travail sans avoir eu le temps de prendre les mesures, notamment de nature \u00e9conomique et financi\u00e8re, qu\u2019une telle situation n\u00e9cessite. La CJUE a not\u00e9 \u00e0 cet \u00e9gard que, d\u2019une part, la pension de retraite de ces personnes \u00e9tait inf\u00e9rieure d\u2019au moins 30% \u00e0 leur r\u00e9mun\u00e9ration et, d\u2019autre part, la cessation d\u2019activit\u00e9 ne tenait pas compte des p\u00e9riodes de contribution et ne garantissait donc pas le droit \u00e0 une pension \u00e0 taux plein.<\/p>\n<p>78. La CJUE a relev\u00e9 ensuite l\u2019existence d\u2019une contradiction entre l\u2019abaissement imm\u00e9diat de huit ans de l\u2019\u00e2ge de d\u00e9part \u00e0 la retraite pour ces professions, sans pr\u00e9voir un \u00e9talement graduel de cette modification, et le rehaussement de 3 ans de l\u2019\u00e2ge de d\u00e9part \u00e0 la retraite pour le r\u00e9gime g\u00e9n\u00e9ral des pensions (\u00e0 savoir le passage de 62 \u00e0 65 ans) qui devait s\u2019effectuer \u00e0 partir de 2014 sur une p\u00e9riode de huit ans. Or, cette contradiction sugg\u00e9rait, selon la CJUE, que les int\u00e9r\u00eats de ceux qui \u00e9taient affect\u00e9s par l\u2019abaissement de la limite d\u2019\u00e2ge n\u2019\u00e9taient pas \u00e9t\u00e9 pris en compte de la m\u00eame fa\u00e7on que ceux des autres employ\u00e9s de la fonction publique pour lesquels la limite d\u2019\u00e2ge avait \u00e9t\u00e9 rehauss\u00e9e. Elle a conclu par cons\u00e9quent que l\u2019abaissement radical de huit ans de l\u2019\u00e2ge de d\u00e9part \u00e0 la retraite des professions concern\u00e9es n\u2019\u00e9tait pas une mesure n\u00e9cessaire pour atteindre l\u2019objectif visant \u00e0 uniformiser l\u2019\u00e2ge de la retraite des professions du service public.<\/p>\n<p>79. S\u2019agissant de l\u2019objectif avanc\u00e9 par la Hongrie, visant \u00e0 mettre en place une structure d\u2019\u00e2ge plus \u00e9quilibr\u00e9e, la CJUE, tout en reconnaissant que la r\u00e9glementation nationale pouvait faciliter \u00e0 court terme l\u2019acc\u00e8s des jeunes juristes aux professions concern\u00e9es, a not\u00e9 que les effets imm\u00e9diats attendus, apparemment positifs, \u00e9taient susceptibles de remettre en cause la possibilit\u00e9 de parvenir \u00e0 une \u00ab\u00a0structure d\u2019\u00e2ge\u00a0\u00bb r\u00e9ellement \u00e9quilibr\u00e9e \u00e0 moyen et long termes. En effet, elle a constat\u00e9 que, si au cours de l\u2019ann\u00e9e 2012, le renouvellement du personnel des professions concern\u00e9es serait soumis \u00e0 une acc\u00e9l\u00e9ration tr\u00e8s significative, huit classes d\u2019\u00e2ge ayant \u00e9t\u00e9 remplac\u00e9es par une seule (celle de 2012), ce rythme de rotation subirait un ralentissement tout aussi radical en 2013 lorsqu\u2019une classe d\u2019\u00e2ge seulement devrait \u00eatre remplac\u00e9e. Elle a ajout\u00e9 que, de surcro\u00eet, ce rythme de rotation serait de plus en plus lent \u00e0 mesure que la limite d\u2019\u00e2ge de cessation obligatoire d\u2019activit\u00e9 s\u2019\u00e9l\u00e8verait progressivement de 62 ans \u00e0 65 ans entra\u00eenant m\u00eame une d\u00e9gradation des possibilit\u00e9s d\u2019acc\u00e8s des jeunes juristes aux professions judiciaires. Pour la CJUE, il s\u2019ensuivait que la r\u00e9glementation nationale contest\u00e9e n\u2019\u00e9tait pas appropri\u00e9e \u00e0 l\u2019objectif poursuivi visant \u00e0 mettre en place une \u00ab\u00a0structure d\u2019\u00e2ge\u00a0\u00bb plus \u00e9quilibr\u00e9e.<\/p>\n<p><strong>EN DROIT<\/strong><\/p>\n<p><strong>I. JONCTION DES REQU\u00caTES<\/strong><\/p>\n<p>80. Eu \u00e9gard \u00e0 la similarit\u00e9 de l\u2019objet des requ\u00eates, la Cour juge opportun de les examiner ensemble dans un arr\u00eat unique.<\/p>\n<p><strong>II. SUR LA VIOLATION ALL\u00c9GU\u00c9E DE L\u2019ARTICLE 6 \u00a7 1 DE LA CONVENTION<\/strong><\/p>\n<p>81. La premi\u00e8re et la deuxi\u00e8me requ\u00e9rante all\u00e8guent n\u2019avoir pas b\u00e9n\u00e9fici\u00e9 du droit d\u2019acc\u00e8s \u00e0 un tribunal relativement \u00e0 leurs litiges respectifs ayant trait \u00e0 la continuation de l\u2019exercice de leurs fonctions de juge au-del\u00e0 de l\u2019\u00e2ge de la retraite, tel qu\u2019abaiss\u00e9 par la nouvelle l\u00e9gislation, en l\u2019occurrence jusqu\u2019\u00e0 l\u2019\u00e2ge de 70 ans.<\/p>\n<p>La troisi\u00e8me requ\u00e9rante se plaint quant \u00e0 elle de n\u2019avoir pas dispos\u00e9 d\u2019un recours juridictionnel pour contester la r\u00e9solution, selon elle, injustifi\u00e9e et arbitraire, du CNM (paragraphe 14 ci-dessus).<\/p>\n<p>Pour sa part, la quatri\u00e8me requ\u00e9rante affirme n\u2019avoir pas eu acc\u00e8s \u00e0 un tribunal relativement au litige ayant trait \u00e0 ses conditions de service et \u00e0 la continuation de l\u2019exercice de ses fonctions de juge au-del\u00e0 de l\u2019\u00e2ge de la retraite, tel qu\u2019abaiss\u00e9 par la nouvelle l\u00e9gislation.<\/p>\n<p>Les requ\u00e9rantes invoquent express\u00e9ment et en substance l\u2019article\u00a06 \u00a7\u00a01 de la Convention, lequel en ses passages pertinents en l\u2019esp\u00e8ce est ainsi libell\u00e9\u00a0:<\/p>\n<p>\u00ab\u00a0Toute personne a droit \u00e0 ce que sa cause soit entendue \u00e9quitablement (&#8230;) par un tribunal (&#8230;) qui d\u00e9cidera (&#8230;) des contestations sur ses droits et obligations de caract\u00e8re civil (&#8230;)\u00a0\u00bb<\/p>\n<p><strong>A. Sur la recevabilit\u00e9<\/strong><\/p>\n<p><strong>1. Sur l\u2019exception d\u2019incompatibilit\u00e9 ratione materiae des requ\u00eates avec les dispositions de la Convention<\/strong><\/p>\n<p>a) Arguments des parties<\/p>\n<p>i. Le Gouvernement<\/p>\n<p>82. Le Gouvernement soutient que les requ\u00eates sont incompatibles ratione materiae avec les dispositions de la Convention. Il argue qu\u2019aucun droit de caract\u00e8re \u00ab civil \u00bb dont les int\u00e9ress\u00e9es auraient \u00e9t\u00e9 titulaires n\u2019est en jeu et que, par cons\u00e9quent, l\u2019article 6 sous son volet civil est inapplicable en l\u2019esp\u00e8ce. En ce qui concerne tout particuli\u00e8rement, la quatri\u00e8me requ\u00e9rante, il affirme que celle-ci n\u2019a pas \u00e9t\u00e9 priv\u00e9e du droit d\u2019acc\u00e8s \u00e0 un tribunal.<\/p>\n<p>83. Renvoyant \u00e0 la jurisprudence, selon lui, pertinente de la Cour constitutionnelle polonaise, le Gouvernement expose qu\u2019aucun droit \u00e0 l\u2019exercice de pr\u00e9rogatives de puissance publique, notamment celui de se maintenir dans les fonctions de juge au-del\u00e0 d\u2019un certain \u00e2ge, n\u2019est garanti, que ce soit en vertu du droit national ou sous l\u2019angle de la Convention. Il argue que le principe de protection des droits de l\u2019homme repose sur une distinction claire entre l\u2019individu et les pouvoirs publics, que le but de la Convention europ\u00e9enne des droits de l\u2019homme et des autres trait\u00e9s internationaux de protection des droits de l\u2019homme est de prot\u00e9ger les droits subjectifs des individus face \u00e0 la puissance publique et que seul l\u2019individu est titulaire de droits et obligations dans sa relation \u00e0 l\u2019\u00c9tat. Il consid\u00e8re qu\u2019un organe de l\u2019\u00c9tat ne peut \u00eatre titulaire de droits fondamentaux, et que son statut d\u00e9pend des t\u00e2ches et pouvoirs qui sont les siens ainsi que de ses interactions avec les autres organes de l\u2019\u00c9tat. Il plaide que les actes accomplis \u00e0 titre officiel ne peuvent pas relever de droits garantis, et que ces consid\u00e9rations s\u2019appliquent \u00e0 l\u2019ensemble des juges, notamment ceux qui souhaiteraient exercer leurs fonctions au\u2011del\u00e0 de l\u2019\u00e2ge de la retraite.<\/p>\n<p>84. Le Gouvernement consid\u00e8re que la fonction de juge, qu\u2019elle soit exerc\u00e9e au niveau national ou au niveau international, est d\u2019abord et avant tout un service rendu \u00e0 la collectivit\u00e9 et que les principes de l\u2019ind\u00e9pendance de la justice et de l\u2019inamovibilit\u00e9 des juges rel\u00e8vent de la sph\u00e8re du droit objectif. Il indique que les d\u00e9mocraties constitutionnelles accordent une certaine sph\u00e8re de pouvoir autonome aux juges et prot\u00e8gent cette sph\u00e8re contre l\u2019empi\u00e8tement du pouvoir l\u00e9gislatif ou du pouvoir ex\u00e9cutif. Il argue que l\u2019ind\u00e9pendance de la justice et l\u2019inamovibilit\u00e9 des juges ont \u00e9t\u00e9 \u00e9tablies non pour prot\u00e9ger les int\u00e9r\u00eats individuels des juges ou leur permettre de s\u2019\u00e9panouir, mais pour prot\u00e9ger l\u2019int\u00e9r\u00eat public \u00e0 l\u2019\u00e9quit\u00e9 des proc\u00e9dures de justice et au bon fonctionnement du syst\u00e8me judiciaire. Il soutient que les garanties susmentionn\u00e9es ne peuvent s\u2019analyser en droits individuels du juge. Il en d\u00e9duit que le refus oppos\u00e9 par l\u2019autorit\u00e9 publique comp\u00e9tente \u00e0 une demande d\u2019autorisation de poursuite de l\u2019exercice des fonctions de juge au-del\u00e0 de l\u2019\u00e2ge de la retraite n\u2019emporte \u00e0 l\u2019\u00e9gard du juge int\u00e9ress\u00e9 aucune violation d\u2019un de ses droits individuels. Il ajoute que si le juge jouit au cours de son mandat d\u2019une certaine stabilit\u00e9, c\u2019est pour prot\u00e9ger l\u2019exercice ad\u00e9quat du pouvoir judiciaire par le tribunal dont le juge en question est membre.<\/p>\n<p>85. Le Gouvernement expose que les requ\u00e9rantes en l\u2019esp\u00e8ce n\u2019ont pas \u00e9t\u00e9 r\u00e9voqu\u00e9es de leurs fonctions de juge respectives mais se sont vu uniquement refuser le droit de s\u2019y maintenir jusqu\u2019\u00e0 l\u2019\u00e2ge de 70 ans, soit bien au-del\u00e0 de l\u2019\u00e2ge de la retraite qui leur \u00e9tait applicable. Il ajoute que les int\u00e9ress\u00e9es, une fois admises \u00e0 la retraite, ont conserv\u00e9 leur statut de magistrat ainsi que l\u2019ensemble des privil\u00e8ges et des \u00e9moluments attach\u00e9s \u00e0 ce statut.<\/p>\n<p>86. Le Gouvernement indique, d\u2019une part, que le refus minist\u00e9riel d\u2019autoriser la poursuite de l\u2019exercice par les requ\u00e9rantes des fonctions de juge \u00e9tait l\u00e9gitime et, d\u2019autre part, qu\u2019il s\u2019inscrivait dans une r\u00e9forme gouvernementale dont le but \u00e9tait d\u2019am\u00e9liorer le fonctionnement du service public de la justice et d\u2019optimiser la gestion de ses ressources humaines.<\/p>\n<p>87. Concernant plus particuli\u00e8rement la quatri\u00e8me requ\u00e9rante, le Gouvernement expose qu\u2019en cons\u00e9quence de la non-pr\u00e9sentation au ministre de la Justice du certificat m\u00e9dical requis, l\u2019int\u00e9ress\u00e9e n\u2019a pas satisfait \u00e0 l\u2019une des conditions auxquelles l\u2019octroi de l\u2019autorisation minist\u00e9rielle de continuation de l\u2019exercice des fonctions de juge \u00e9tait subordonn\u00e9. Il argue que la quatri\u00e8me requ\u00e9rante, en tant que juge exp\u00e9riment\u00e9e, aurait d\u00fb savoir qu\u2019en application de l\u2019article 26 \u00a7\u00a7 1 et 2 de la loi du 16 novembre 2016, elle pouvait soit rester en fonction jusqu\u2019\u00e0 l\u2019\u00e2ge de 65 ans sans devoir obtenir une quelconque autorisation ou prouver son aptitude \u00e0 si\u00e9ger, soit continuer de si\u00e9ger jusqu\u2019\u00e0 l\u2019\u00e2ge de 70 ans sous r\u00e9serve de d\u00e9montrer au pr\u00e9alable au ministre comp\u00e9tent son aptitude \u00e0 cet \u00e9gard. Il avance que le d\u00e9part \u00e0 la retraite de la quatri\u00e8me requ\u00e9rante est imputable au choix d\u00e9lib\u00e9r\u00e9 de celle-ci de ne pas satisfaire \u00e0 cette condition d\u2019obtention de l\u2019autorisation minist\u00e9rielle. Il ajoute que l\u2019obligation faite aux juges qui souhaitent si\u00e9ger au-del\u00e0 de l\u2019\u00e2ge de la retraite de prouver leur aptitude en ce sens n\u2019est pas nouvelle et qu\u2019elle est l\u00e9gitime au regard des imp\u00e9ratifs de bonne administration de la justice.<\/p>\n<p>88. Renvoyant \u00e0 la jurisprudence Cimper\u0161ek (Cimper\u0161ek c.\u00a0Slov\u00e9nie, no\u00a058512\/16, 30 juin 2020, \u00a7\u00a035), le Gouvernement argue que la quatri\u00e8me requ\u00e9rante n\u2019a acquis aucun droit \u00e0 la poursuite de ses fonctions au-del\u00e0 de l\u2019\u00e2ge de la retraite et que, de surcro\u00eet, elle \u00e9tait de ce fait clairement exclue du droit d\u2019acc\u00e9der \u00e0 un tribunal, ce qui implique, selon lui, que l\u2019int\u00e9ress\u00e9e ne peut pas se pr\u00e9tendre titulaire d\u2019un quelconque droit \u00ab\u00a0civil\u00a0\u00bb.<\/p>\n<p>89. Le Gouvernement soutient que, pour ce qui concerne les premi\u00e8re, deuxi\u00e8me et troisi\u00e8me requ\u00e9rantes, les deux conditions cumulatives du \u00ab\u00a0crit\u00e8re Vilho Eskelinen\u00a0\u00bb sont remplies, de sorte que, selon lui, l\u2019article\u00a06 est inapplicable \u00e0 la cause de ces requ\u00e9rantes.<\/p>\n<p>90. S\u2019agissant du premier des crit\u00e8res en question, le Gouvernement argue que le cadre normatif applicable \u00e0 l\u2019\u00e9poque pertinente privait express\u00e9ment les int\u00e9ress\u00e9es du droit d\u2019acc\u00e9der \u00e0 un tribunal. Concernant plus particuli\u00e8rement les deux premi\u00e8res d\u2019entre elles, il indique que la l\u00e9gislation qui leur \u00e9tait applicable soumettait la continuation de l\u2019exercice par elles de leurs fonctions de juge \u00e0 une autorisation minist\u00e9rielle, dont l\u2019octroi, explique-t-il, tenait compte des imp\u00e9ratifs de bonne gestion des ressources humaines des tribunaux et des besoins particuliers r\u00e9sultant de leur charge de travail. Il soutient que la d\u00e9cision minist\u00e9rielle en la mati\u00e8re est consid\u00e9r\u00e9e comme un acte d\u2019un organe interne de l\u2019autorit\u00e9 judiciaire et une \u00e9manation des pr\u00e9rogatives d\u00e9volues au ministre de la Justice en mati\u00e8re organisationnelle (acta iure imperii). Il estime que la d\u00e9cision minist\u00e9rielle en question ne s\u2019analyse pas en une d\u00e9cision administrative ni en un acte ou une mesure comme ceux ou celles qui sont susceptibles de recours devant le tribunal administratif, en application de la loi Ppsa. Il consid\u00e8re que l\u2019argument soulev\u00e9 par lui sur ce point trouve appui dans la jurisprudence pertinente des juridictions administratives, d\u2019o\u00f9 il se d\u00e9gage, selon lui, que les litiges ayant trait aux rapports de service des juges, qui prennent leur source dans les d\u00e9cisions d\u2019organes internes des tribunaux, du ministre de la Justice, du CNM et du pr\u00e9sident de la R\u00e9publique, se situent en dehors du champ de comp\u00e9tence des juridictions susmentionn\u00e9es.<\/p>\n<p>91. Le Gouvernement soutient que rien ne lui permet d\u2019affirmer qu\u2019en la mati\u00e8re les d\u00e9cisions susceptibles de recours sont la r\u00e8gle et non une exception. Il argue que cette observation est d\u2019autant plus pertinente que pareille exclusion d\u00e9coule selon lui de ce que les d\u00e9cisions minist\u00e9rielles en question rel\u00e8vent du seul droit public. Il consid\u00e8re que la situation des requ\u00e9rantes en tant que juges souhaitant si\u00e9ger au-del\u00e0 de l\u2019\u00e2ge de la retraite ne conf\u00e8re aucun droit de caract\u00e8re \u00ab\u00a0civil\u00a0\u00bb aux int\u00e9ress\u00e9es et doit \u00eatre distingu\u00e9e de celle des requ\u00e9rants dans les affaires Baka (Baka c.\u00a0Hongrie [GC], no\u00a020261\/12, 23 juin 2016), Denisov (Denisov c.\u00a0Ukraine [GC], no76639\/11, 25 septembre 2018) et Vilho Eskelinen (Vilho Eskelinen et autres c.\u00a0Finlande [GC], no 63235\/00, CEDH 2007 II). Il conclut qu\u2019en ce qui concerne la premi\u00e8re et la deuxi\u00e8me requ\u00e9rante, la premi\u00e8re condition du \u00ab\u00a0crit\u00e8re Vilho Eskelinen\u00a0\u00bb est remplie, et qu\u2019il en va de m\u00eame pour la troisi\u00e8me requ\u00e9rante, eu \u00e9gard aux \u00e9nonc\u00e9s univoques de l\u2019article 69\u00a0\u00a7 1b de la loi Pusp concernant le caract\u00e8re d\u00e9finitif de la r\u00e9solution du CNM de refuser la poursuite par l\u2019int\u00e9ress\u00e9e de ses fonctions de juge.<\/p>\n<p>92. Renvoyant \u00e0 la jurisprudence nationale (paragraphes 43-47 ci-dessus), le Gouvernement estime que la quatri\u00e8me requ\u00e9rante n\u2019a pas \u00e9t\u00e9 priv\u00e9e du droit d\u2019acc\u00e8s \u00e0 un tribunal, d\u00e8s lors que, selon lui, elle a pu contester devant le tribunal administratif la d\u00e9cision minist\u00e9rielle rendue en sa d\u00e9faveur. Il en tire la conclusion que le grief formul\u00e9 par la quatri\u00e8me requ\u00e9rante sur le terrain de l\u2019article 6 \u00a7 1 de la Convention est incompatible ratione materiae avec cette disposition.<\/p>\n<p>93. En ce qui concerne la deuxi\u00e8me condition du \u00ab\u00a0crit\u00e8re Vilho Eskelinen\u00a0\u00bb, le Gouvernement consid\u00e8re qu\u2019elle est \u00e9galement remplie s\u2019agissant des premi\u00e8re, deuxi\u00e8me et troisi\u00e8me requ\u00e9rantes. Il expose \u00e0 cet \u00e9gard que les griefs de chacune de ces trois requ\u00e9rantes ont trait \u00e0 la participation \u00e0 l\u2019exercice par elles de pr\u00e9rogatives de la puissance publique. Il argue que les d\u00e9cisions par lesquelles les autorit\u00e9s publiques comp\u00e9tentes statuent sur la poursuite de l\u2019exercice des fonctions de juge au\u2011del\u00e0 de l\u2019\u00e2ge de la retraite sont consid\u00e9r\u00e9es comme des actes d\u2019organes internes de l\u2019autorit\u00e9 judiciaire et non comme les d\u00e9cisions administratives. Il soutient qu\u2019en l\u2019esp\u00e8ce les d\u00e9cisions minist\u00e9rielles critiqu\u00e9es poursuivaient l\u2019objectif d\u2019am\u00e9lioration de la gestion des ressources humaines des tribunaux d\u2019une mani\u00e8re respectueuse du principe d\u2019utilisation rationnelle des ressources en question et en consid\u00e9ration des \u00e9ventuels besoins particuliers des tribunaux r\u00e9sultant de leur charge de travail.<\/p>\n<p>94. Sans nier la n\u00e9cessit\u00e9 et la l\u00e9gitimit\u00e9 des normes en mati\u00e8re d\u2019ind\u00e9pendance des juges, le Gouvernement consid\u00e8re celles-ci comme un des obstacles possibles \u00e0 la r\u00e9partition ad\u00e9quate des effectifs du service public de la justice entre les diff\u00e9rents tribunaux en cas de besoins particuliers, lesquels, explique-t-il, peuvent d\u00e9couler de changements de comp\u00e9tence de ceux-ci, de l\u2019apparition de cat\u00e9gories de litiges ou de nouvelles juridictions sp\u00e9cialis\u00e9es ou de l\u2019\u00e9volution de la charge de travail des tribunaux existants. Il affirme que le transfert des postes des anciens juges retrait\u00e9s vers les tribunaux qui en auraient le plus besoin du fait de leur charge de travail \u00e9lev\u00e9e constitue la mesure la plus ad\u00e9quate \u00e0 mettre en \u0153uvre dans les situations de ce type.<\/p>\n<p>95. Renvoyant aux passages pertinents en l\u2019esp\u00e8ce de l\u2019article 180 \u00a7\u00a04 de la Constitution, le Gouvernement expose, d\u2019une part, que la limite d\u2019\u00e2ge \u00e0 laquelle le juge doit prendre sa retraite est fix\u00e9e par la loi, et, d\u2019autre part, que la continuation de l\u2019exercice des fonctions de juge au-del\u00e0 de l\u2019\u00e2ge de la retraite est une exception au principe \u00e9non\u00e7ant qu\u2019un juge part \u00e0 la retraite apr\u00e8s avoir atteint l\u2019\u00e2ge pr\u00e9cit\u00e9. Il indique qu\u2019en cons\u00e9quence de l\u2019instauration de l\u2019exception ci-dessus en la mati\u00e8re, le l\u00e9gislateur national a \u00e9t\u00e9 habilit\u00e9 \u00e0 subordonner la continuation de l\u2019exercice des fonctions de juge au-del\u00e0 de l\u2019\u00e2ge de la retraite \u00e0 des conditions suppl\u00e9mentaires, parmi lesquelles l\u2019obtention de l\u2019autorisation requise de la part de l\u2019autorit\u00e9 publique comp\u00e9tente. Il estime qu\u2019il ne fait aucun doute que, eu \u00e9gard au caract\u00e8re exceptionnel de la continuation de l\u2019exercice des fonctions de juge au-del\u00e0 de l\u2019\u00e2ge de la retraite, cette continuation ne devrait pas \u00eatre consid\u00e9r\u00e9e comme automatique. Il soutient que nul ne peut tirer de cette possibilit\u00e9 une quelconque esp\u00e9rance de voir son souhait personnel en la mati\u00e8re se r\u00e9aliser, y compris s\u2019il a satisfait \u00e0 l\u2019ensemble des conditions requises \u00e0 cette fin. Il ajoute que le l\u00e9gislateur national a \u00e0 juste titre subordonn\u00e9 la continuation de l\u2019exercice des fonctions de juge au-del\u00e0 de l\u2019\u00e2ge de la retraite \u00e0 l\u2019autorisation pr\u00e9alable de l\u2019organe interne de l\u2019autorit\u00e9 judiciaire, lequel est investi de comp\u00e9tences de d\u00e9cision en mati\u00e8re organisationnelle du pouvoir judiciaire.<\/p>\n<p>96. Le Gouvernement expose qu\u2019en l\u2019esp\u00e8ce le ministre de la Justice a statu\u00e9 en sa qualit\u00e9 d\u2019organe central de l\u2019administration gouvernementale charg\u00e9 de superviser la gestion administrative des tribunaux. Il r\u00e9it\u00e8re son argument selon lequel la ratio legis de la disposition de l\u2019article 69 \u00a7\u00a7 1 et\u00a01b de la loi Pusp, en application de laquelle le ministre comp\u00e9tent avait pris ses d\u00e9cisions concernant les requ\u00e9rantes, \u00e9tait d\u2019am\u00e9liorer le fonctionnement des tribunaux et celui du service public de la justice dans son ensemble.<\/p>\n<p>97. Le Gouvernement expose que, \u00e0 la suite de l\u2019entr\u00e9e en vigueur de l\u2019amendement l\u00e9gislatif du 23 mai 2018 (paragraphe 26 ci-dessus), la comp\u00e9tence de d\u00e9cision en mati\u00e8re de prolongation des fonctions de juge au\u2011del\u00e0 de l\u2019\u00e2ge de la retraite a \u00e9t\u00e9 d\u00e9volue au CNM, organe constitutionnel charg\u00e9 de pr\u00e9server l\u2019ind\u00e9pendance de la justice. Il consid\u00e8re que ces modifications l\u00e9gislatives ont supprim\u00e9 les \u00e9ventuels inconv\u00e9nients all\u00e9gu\u00e9s de l\u2019intervention minist\u00e9rielle incrimin\u00e9e.<\/p>\n<p>98. En conclusion, le Gouvernement soutient que les deux conditions du \u00ab\u00a0crit\u00e8re Vilho Eskelinen\u00a0\u00bb sont remplis dans le cas de la premi\u00e8re, la deuxi\u00e8me et la troisi\u00e8me requ\u00e9rante, et que, par cons\u00e9quent, l\u2019article 6 de la Convention sous son volet civil n\u2019est pas applicable aux int\u00e9ress\u00e9es. Il estime qu\u2019il en va de m\u00eame pour la quatri\u00e8me requ\u00e9rante pour les raisons qui ont \u00e9t\u00e9 expos\u00e9es ci-dessus.<\/p>\n<p>ii. Les requ\u00e9rantes<\/p>\n<p>99. Les requ\u00e9rantes rejettent les arguments du Gouvernement. Renvoyant \u00e0 leur tour aux \u00ab\u00a0crit\u00e8res Vilho Eskelinen\u00a0\u00bb, elles exposent que leurs requ\u00eates respectives \u00e0 la Cour europ\u00e9enne des droits de l\u2019homme ont trait \u00e0 la cessation des fonctions de juge et estiment qu\u2019elles rel\u00e8vent, par cons\u00e9quent, bel et bien du champ d\u2019application de l\u2019article 6 \u00a7 1 de la Convention.<\/p>\n<p>100. S\u2019appuyant sur la jurisprudence nationale (paragraphes\u00a043-44 ci\u2011dessus), la premi\u00e8re et la deuxi\u00e8me requ\u00e9rante soutiennent, d\u2019une part, qu\u2019elles-m\u00eames sont, \u00e0 n\u2019en pas douter, titulaires du droit de continuer d\u2019exercer leurs fonctions de juge jusqu\u2019\u00e0 l\u2019\u00e2ge de 70 ans et, d\u2019autre part, que la poursuite de leurs fonctions au-del\u00e0 de l\u2019\u00e2ge de la retraite n\u2019\u00e9tait subordonn\u00e9e \u00e0 aucune autorisation minist\u00e9rielle. Elles indiquent que ni leur aptitude \u00e0 si\u00e9ger jusqu\u2019\u00e0 l\u2019\u00e2ge en question ni leur notori\u00e9t\u00e9 professionnelle n\u2019ont \u00e9t\u00e9 remises en cause par le ministre de la Justice. Elles affirment qu\u2019en cons\u00e9quence d\u2019interventions minist\u00e9rielles, selon elles, ill\u00e9gitimes et arbitraires, elles ont \u00e9t\u00e9 priv\u00e9es de la jouissance du droit de continuer d\u2019exercer leurs fonctions de juge jusqu\u2019\u00e0 l\u2019\u00e2ge de 70 ans. Elles ajoutent que les lettres minist\u00e9rielles du 23 novembre 2018 et celles des 10 et 11 avril 2018 respectivement ne constituent pas des d\u00e9cisions minist\u00e9rielles, lesquelles, avancent-elles, \u00e9taient susceptibles de recours.<\/p>\n<p>101. Les requ\u00e9rantes susmentionn\u00e9es indiquent que les conditions auxquelles la l\u00e9gislation nationale pertinente subordonne la continuation de l\u2019exercice des fonctions de juge jusqu\u2019\u00e0 l\u2019\u00e2ge de 70 ans sont rest\u00e9es les m\u00eames tout long de la dur\u00e9e de leurs carri\u00e8res professionnelles respectives, malgr\u00e9 les amendements successifs apport\u00e9s \u00e0 la l\u00e9gislation sur le statut des juges des juridictions de droit commun. Elles consid\u00e8rent par cons\u00e9quent qu\u2019elles \u00e9taient en l\u2019esp\u00e8ce fond\u00e9es \u00e0 nourrir une esp\u00e9rance l\u00e9gitime de pouvoir se maintenir dans leurs fonctions respectives jusqu\u2019\u00e0 l\u2019\u00e2ge en question. Elles indiquent qu\u2019elles ont \u00e9t\u00e9 contraintes de quitter leurs postes rapidement, sans avoir eu le temps de prendre leurs dispositions, notamment de nature financi\u00e8re, pour faire face \u00e0 la r\u00e9duction de leur revenu. Elles exposent que les \u00e9moluments actuellement per\u00e7us par elles ne repr\u00e9sentent que 75 % du traitement per\u00e7u par elles au titre du dernier poste occup\u00e9. Elles ajoutent qu\u2019en application des dispositions de l\u2019article\u00a0105\u00a0\u00a7\u00a01\u00a0de la loi Pusp combin\u00e9 avec l\u2019article 86 de celle-ci, les juges retrait\u00e9s ne peuvent exercer aucune activit\u00e9 r\u00e9mun\u00e9r\u00e9e, except\u00e9 une activit\u00e9 \u00e0 caract\u00e8re \u00e9ducatif pour un seul employeur.<\/p>\n<p>102. Pour les requ\u00e9rantes susmentionn\u00e9es, ainsi qu\u2019il se d\u00e9gage de l\u2019article\u00a089 \u00a7 2 de la loi Pusp, dont la formulation serait rest\u00e9e la m\u00eame pendant toute la dur\u00e9e de leurs carri\u00e8res professionnelles respectives, les juges polonais ont le droit de soumettre \u00e0 un tribunal leurs litiges ayant trait \u00e0 leurs conditions de service (\u00ab\u00a0sprawy o roszczenia ze stosunku s\u0142u\u017cbowego\u00a0\u00bb). Les int\u00e9ress\u00e9es en d\u00e9duisent qu\u2019entre juillet 1986 et d\u00e9cembre 1987 et avril 2018, respectivement, elles n\u2019\u00e9taient pas exclues du droit d\u2019acc\u00e9der \u00e0 un tribunal.<\/p>\n<p>103. La troisi\u00e8me requ\u00e9rante soutient, quant \u00e0 elle, que son exclusion du droit d\u2019acc\u00e8s \u00e0 un tribunal ne reposait en tout \u00e9tat de cause sur aucun motif l\u00e9gitime. Renvoyant aux observations soumises par le Commissaire aux droits de l\u2019homme de la R\u00e9publique de Pologne dans l\u2019affaire Grz\u0119da (Grz\u0119da c. Pologne [GC], no 43572\/18, 15 mars 2022), elle indique que les mesures incrimin\u00e9es par elle ne sont qu\u2019un exemple parmi tant d\u2019autres des d\u00e9cisions de l\u2019actuel gouvernement polonais visant \u00e0 discr\u00e9diter les juges polonais et \u00e0 nuire \u00e0 leur ind\u00e9pendance.<\/p>\n<p>104. La troisi\u00e8me requ\u00e9rante consid\u00e8re que le refus du CNM de l\u2019autoriser \u00e0 continuer \u00e0 si\u00e9ger jusqu\u2019\u00e0 l\u2019\u00e2ge de 70 ans \u00e9tait injustifi\u00e9 et arbitraire. Elle soutient que les \u00e9l\u00e9ments statistiques sur lesquels le CNM s\u2019est fond\u00e9 pour parvenir \u00e0 sa conclusion sur ce point \u00e9taient d\u00e9nu\u00e9s de pertinence \u00e0 cette fin. Elle expose avoir repris ses fonctions le 1er avril 2018 et avoir \u00e9t\u00e9 en plus en cong\u00e9 annuel du 6 au 16 avril 2018 et qu\u2019au cours de cette p\u00e9riode aucun nouveau dossier ne lui fut attribu\u00e9. Elle indique que la chambre du tribunal r\u00e9gional de Kielce, dans laquelle elle avait si\u00e9g\u00e9, comptait alors en son sein trois juges d\u00e9l\u00e9gu\u00e9s d\u2019instances inf\u00e9rieures \u00e0 la sienne, ce qui vient contredire, selon elle, l\u2019argument du CNM \u00e0 propos du manque d\u2019utilit\u00e9 de son \u00e9ventuel maintien dans ses fonctions. Elle ajoute que la chambre du tribunal concern\u00e9 qu\u2019elle pr\u00e9sidait alors a toujours affich\u00e9 de bons r\u00e9sultats en mati\u00e8re juridictionnelle et que son travail \u00e0 elle a \u00e9t\u00e9 toujours bien appr\u00e9ci\u00e9 dans son milieu professionnel.<\/p>\n<p>105. Pour sa part, la quatri\u00e8me requ\u00e9rante soutient que le litige qui est l\u2019objet de sa requ\u00eate devant la Cour europ\u00e9enne des droits de l\u2019homme rel\u00e8ve du contentieux du travail et concerne, par cons\u00e9quent, bel et bien ses droits de caract\u00e8re \u00ab\u00a0civil\u00a0\u00bb au sens de l\u2019article 6 de la Convention. Elle expose qu\u2019en cons\u00e9quence de son d\u00e9part \u00e0 la retraite, qu\u2019elle qualifie d\u2019abrupt et de pr\u00e9matur\u00e9, elle a d\u00fb renoncer \u00e0 une vie active avec toutes les r\u00e9percussions n\u00e9gatives que cette mesure a engendr\u00e9es pour elle, entre autres sur le plan financier. Elle ajoute que la pension de retraite qu\u2019elle per\u00e7oit actuellement est inf\u00e9rieure \u00e0 celle \u00e0 laquelle elle aurait pu pr\u00e9tendre si elle avait continu\u00e9 \u00e0 si\u00e9ger.<\/p>\n<p>106. Tout en se disant consciente de la port\u00e9e de l\u2019article 180 \u00a7 4 de la Constitution, la quatri\u00e8me requ\u00e9rante renvoie aux dispositions de l\u2019article\u00a0180 \u00a7\u00a01 de la Constitution relatives \u00e0 l\u2019inamovibilit\u00e9 des juges. Elle indique que les circonstances dans lesquelles un juge peut \u00eatre d\u00e9mis de ses fonctions sont limitativement \u00e9num\u00e9r\u00e9es \u00e0 l\u2019article 180 \u00a7\u00a7 2, 3 et 5 de la Constitution et sont consid\u00e9r\u00e9es comme une exception au principe d\u2019inamovibilit\u00e9 des juges.<\/p>\n<p>107. La quatri\u00e8me requ\u00e9rante expose qu\u2019\u00e0 l\u2019\u00e9poque de sa prise de fonction en 1991, l\u2019\u00e2ge de la retraite des juges f\u00e9minins et masculins \u00e9tait fix\u00e9 \u00e0 65\u00a0ans. Elle estime que, m\u00eame si en cons\u00e9quence de l\u2019amendement de 2013 \u00e0 la loi Pusp l\u2019\u00e2ge en question a \u00e9t\u00e9 port\u00e9 \u00e0 67 ans, les dispositions de l\u2019article\u00a069 \u00a7\u00a01a de la m\u00eame loi, dans leur version applicable entre le 1er janvier 2013 et le 30\u00a0septembre 2017, lui garantissait toujours le droit de prendre sa retraite \u00e0 l\u2019\u00e2ge initialement pr\u00e9vu, soit 65 ans.<\/p>\n<p>108. Renvoyant \u00e0 la jurisprudence Baka (Baka pr\u00e9cit\u00e9, \u00a7\u00a7\u00a0108\u2011110) et Broda et Bojara (Broda et Bojara c. Pologne, no 26691\/18 et 27367\/18, \u00a7\u00a7\u00a0107-108, 29 juin 2021), la quatri\u00e8me requ\u00e9rante soutient qu\u2019elle avait le droit en l\u2019esp\u00e8ce de continuer d\u2019exercer sa fonction de juge \u00e0 tout le moins jusqu\u2019\u00e0 l\u2019\u00e2ge de 65 ans. Elle consid\u00e8re qu\u2019en cons\u00e9quence de l\u2019intervention minist\u00e9rielle incrimin\u00e9e par elle, une contestation a surgi entre elle et le ministre de la Justice relativement au droit en question. Elle indique que l\u2019intervention minist\u00e9rielle en cause a eu des r\u00e9percussions bien plus importantes sur sa vie personnelle et professionnelle que celles en cause dans les deux affaires pr\u00e9cit\u00e9es.<\/p>\n<p>109. La quatri\u00e8me requ\u00e9rante affirme qu\u2019aucune disposition de la l\u00e9gislation nationale n\u2019excluait express\u00e9ment le droit d\u2019acc\u00e9der \u00e0 un tribunal dans son cas. Elle estime que, quand bien m\u00eame elle se trouverait effectivement exclue du droit en question, pareille exclusion serait objectivement injustifi\u00e9e pour les raisons explicit\u00e9es dans la jurisprudence Bilgen (Bilgen\u00a0c.\u00a0Turquie, no 1571\/07, 9 mars 2021).<\/p>\n<p>b) Appr\u00e9ciation de la Cour<\/p>\n<p>i. Principes pertinents relatifs \u00e0 l\u2019applicabilit\u00e9 du volet civil de l\u2019article 6 \u00a7 1<\/p>\n<p>110. La Cour rappelle que, selon sa jurisprudence bien \u00e9tablie, pour que l\u2019article 6 \u00a7 1 trouve \u00e0 s\u2019appliquer sous son volet \u00ab\u00a0civil\u00a0\u00bb, il faut qu\u2019il y ait \u00ab\u00a0contestation\u00a0\u00bb sur un \u00ab\u00a0droit\u00a0\u00bb que l\u2019on peut pr\u00e9tendre, au moins de mani\u00e8re d\u00e9fendable, reconnu en droit interne, que ce droit soit ou non prot\u00e9g\u00e9 par la Convention. Il doit s\u2019agir d\u2019une contestation r\u00e9elle et s\u00e9rieuse, qui peut concerner aussi bien l\u2019existence m\u00eame d\u2019un droit que son \u00e9tendue ou ses modalit\u00e9s d\u2019exercice. L\u2019issue de la proc\u00e9dure doit \u00eatre directement d\u00e9terminante pour le droit en question, un lien t\u00e9nu ou des r\u00e9percussions lointaines ne suffisant pas \u00e0 faire entrer en jeu l\u2019article 6 \u00a7 1 (voir, parmi beaucoup d\u2019autres, Baka pr\u00e9cit\u00e9, \u00a7 100, Boulois c. Luxembourg [GC], no\u00a037575\/04, \u00a7 90, CEDH 2012, Paroisse gr\u00e9co-catholique Lupeni et autres c.\u00a0Roumanie [GC], no 76943\/11, \u00a7 71, CEDH 2016 (extraits), et Regner c.\u00a0R\u00e9publique tch\u00e8que [GC], no 35289\/11, \u00a7 99, CEDH 2017 (extraits)).<\/p>\n<p>111. L\u2019article 6 \u00a7 1 n\u2019assure aux \u00ab droits et obligations \u00bb de caract\u00e8re civil aucun contenu mat\u00e9riel d\u00e9termin\u00e9 dans l\u2019ordre juridique des \u00c9tats contractants\u00a0: la Cour ne saurait cr\u00e9er, par voie d\u2019interpr\u00e9tation de l\u2019article\u00a06\u00a0\u00a7\u00a01, un droit mat\u00e9riel n\u2019ayant aucune base l\u00e9gale dans l\u2019\u00c9tat concern\u00e9 (Baka, pr\u00e9cit\u00e9, \u00a7 101, et Denisov pr\u00e9cit\u00e9, \u00a7 45). Il faut prendre pour point de d\u00e9part les dispositions du droit national pertinent et l\u2019interpr\u00e9tation que les juridictions internes en donnent (K\u00e1roly Nagy c.\u00a0Hongrie [GC], no\u00a056665\/09, \u00a7 62, CEDH 2017, et Regner, pr\u00e9cit\u00e9, \u00a7 100).<\/p>\n<p>112. Les droits ainsi conf\u00e9r\u00e9s par les l\u00e9gislations nationales peuvent \u00eatre soit mat\u00e9riels, soit proc\u00e9duraux, soit encore une combinaison des deux (Denisov, pr\u00e9cit\u00e9, \u00a7 46, et Regner, pr\u00e9cit\u00e9, \u00a7 101).<\/p>\n<p>113. La Cour rappelle de plus que la port\u00e9e de la notion de \u00ab\u00a0caract\u00e8re civil\u00a0\u00bb au sens de l\u2019article 6 n\u2019est pas limit\u00e9e par l\u2019objet imm\u00e9diat du litige. En effet, la Cour a d\u00e9gag\u00e9 une approche plus large selon laquelle le volet \u00ab\u00a0civil\u00a0\u00bb englobe des affaires qui, si elles n\u2019apparaissent pas a priori toucher un droit civil, n\u2019en ont pas moins pu avoir des r\u00e9percussions directes et notables sur un droit de nature p\u00e9cuniaire ou non p\u00e9cuniaire dont l\u2019int\u00e9ress\u00e9 est titulaire (Denisov, pr\u00e9cit\u00e9, \u00a7 51, et les r\u00e9f\u00e9rences qui y sont cit\u00e9es).<\/p>\n<p>114. Par ailleurs, pour ce qui est du caract\u00e8re \u00ab\u00a0civil\u00a0\u00bb d\u2019un tel droit au sens de l\u2019article 6 de la Convention, la Cour rappelle que, selon sa jurisprudence, les litiges opposant l\u2019\u00c9tat \u00e0 ses fonctionnaires entrent en principe dans le champ d\u2019application de cette disposition sauf si deux conditions, cumulatives, sont remplies. En premier lieu, le droit interne de l\u2019\u00c9tat concern\u00e9 doit avoir express\u00e9ment exclu l\u2019acc\u00e8s \u00e0 un tribunal pour le poste ou la cat\u00e9gorie de salari\u00e9s en question. En second lieu, cette d\u00e9rogation doit reposer sur des motifs objectifs li\u00e9s \u00e0 l\u2019int\u00e9r\u00eat de l\u2019\u00c9tat (Vilho Eskelinen et autres, pr\u00e9cit\u00e9, \u00a7\u00a062, Regner, pr\u00e9cit\u00e9, \u00a7 107, et Baka, pr\u00e9cit\u00e9, \u00a7 103).<\/p>\n<p>115. La Cour rappelle \u00e9galement que la port\u00e9e du volet \u00ab\u00a0civil\u00a0\u00bb a \u00e9t\u00e9 nettement \u00e9tendue dans le contentieux de la fonction publique. Eu \u00e9gard \u00e0 la situation au sein des \u00c9tats contractants et \u00e0 l\u2019imp\u00e9ratif de non-discrimination entre agents publics et employ\u00e9s du secteur priv\u00e9, la Cour, dans l\u2019arr\u00eat Vilho Eskelinen et autres pr\u00e9cit\u00e9, a \u00e9tabli une pr\u00e9somption que l\u2019article 6 de la Convention trouve \u00e0 s\u2019appliquer aux \u00ab\u00a0conflits ordinaires du travail\u00a0\u00bb entre les agents publics et l\u2019\u00c9tat, et elle a dit qu\u2019il appartient \u00e0 l\u2019\u00c9tat d\u00e9fendeur de d\u00e9montrer, premi\u00e8rement, que d\u2019apr\u00e8s le droit national l\u2019agent public en question n\u2019avait pas le droit d\u2019acc\u00e9der \u00e0 un tribunal, et, deuxi\u00e8mement, que l\u2019exclusion des droits garantis par l\u2019article 6 \u00e9tait fond\u00e9e s\u2019agissant de cet agent (ibidem, \u00a7 62).<\/p>\n<p>116. Si, dans l\u2019arr\u00eat Vilho Eskelinen et autres, la Cour a dit que son raisonnement se limitait \u00e0 la situation des fonctionnaires (ibidem, \u00a7 61), les crit\u00e8res \u00e9tablis dans cet arr\u00eat ont \u00e9t\u00e9 appliqu\u00e9s par la Cour \u00e0 des litiges concernant des juges. Dans l\u2019affaire Baka, notamment, la Grande Chambre a soulign\u00e9 que, s\u2019ils ne font pas partie de l\u2019administration au sens strict, les magistrats n\u2019en font pas moins partie de la fonction publique au sens large (voir, Baka, pr\u00e9cit\u00e9, \u00a7 104, et les r\u00e9f\u00e9rences qui y sont cit\u00e9es).<\/p>\n<p>117. La Cour a appliqu\u00e9 les crit\u00e8res \u00e9nonc\u00e9s dans l\u2019arr\u00eat Vilho Eskelinen et autres (pr\u00e9cit\u00e9) \u00e0 tous les types de litiges concernant des juges, y compris des litiges relatifs \u00e0 leur recrutement ou \u00e0 leur nomination (Juri\u010di\u0107 c.\u00a0Croatie, no\u00a058222\/09, 26 juillet 2011), \u00e0 leur carri\u00e8re ou \u00e0 leur promotion (Dzhidzheva\u2011Trendafilova c. Bulgarie (d\u00e9c.), no 12628\/09, 9 octobre 2012, et Tsanova-Gecheva c. Bulgarie, no 43800\/12, 15 septembre 2015, \u00a7\u00a7\u00a085-87), \u00e0 leur mutation (Tosti c. Italie (d\u00e9c.). no 27791\/06, 12 mai 2009, et Bilgen pr\u00e9cit\u00e9, \u00a7 79), \u00e0 leur suspension (Paluda c. Slovaquie, no 33392\/12, \u00a7\u00a7\u00a033\u201134, 23\u00a0mai 2017, et Camelia Bogdan c. Roumanie, no 36889\/18, \u00a7 70, 20\u00a0octobre 2020), \u00e0 une proc\u00e9dure disciplinaire dirig\u00e9e contre un juge (Ramos Nunes de Carvalho e S\u00e1 c. Portugal [GC], no 55391\/13 et 2 autres, \u00a7 120, 6\u00a0novembre 2018, Di Giovanni c. Italie, no 51160\/06, \u00a7\u00a7 36-37, 9 juillet 2013, et Emina\u011fao\u011flu c. Turquie, no 76521\/12, \u00a7 80, 9 mars 2021), ainsi qu\u2019\u00e0 une r\u00e9vocation (Oleksandr Volkov c. Ukraine, no 21722\/11, \u00a7\u00a7 91 et 96, CEDH 2013, Kulykov et autres c. Ukraine, no 5114\/09 et 17 autres, \u00a7\u00a7\u00a0118 et 132, 19\u00a0janvier 2017, Sturua c. G\u00e9orgie, no 45729\/05, \u00a7 27, 28 mars 2017, Kamenos c. Chypre, no 147\/07, \u00a7\u00a7 82 88, 31 octobre 2017, et Oluji\u0107 c.\u00a0Croatie, no 22330\/05, \u00a7\u00a7 31-43, 5 f\u00e9vrier 2009), \u00e0 une r\u00e9duction de salaire apr\u00e8s une condamnation pour une grave infraction disciplinaire (Harabin c.\u00a0Slovaquie, no 58688\/11, \u00a7\u00a7 118-123, 20 novembre 2012), \u00e0 la cessation d\u2019un mandat (de pr\u00e9sident de la Cour supr\u00eame, de pr\u00e9sident d\u2019une cour d\u2019appel ou de vice-pr\u00e9sident d\u2019un tribunal r\u00e9gional et de membre du Conseil national de la Magistrature) sans cessation des fonctions de juge (Baka, \u00a7\u00a7\u00a034 et 107-111, Denisov, \u00a7 54, Broda et Bojara, \u00a7\u00a7 121-123 et Grz\u0119da, \u00a7\u00a7\u00a0265\u2011328, tous les quatre pr\u00e9cit\u00e9s) ou encore \u00e0 l\u2019interdiction faite \u00e0 un juge d\u2019exercer ses fonctions judiciaires cons\u00e9cutivement \u00e0 une r\u00e9forme l\u00e9gislative (Gumenyuk c. Ukraine, no 11423\/19, \u00a7\u00a7 61 et 65-67, 22 juillet 2021). Elle a \u00e9galement appliqu\u00e9 le \u00ab\u00a0crit\u00e8re Vilho Eskelinen\u00a0\u00bb \u00e0 un litige qui portait sur la cessation pr\u00e9matur\u00e9e d\u2019un mandat de procureur principal (K\u00f6vesi c.\u00a0Roumanie, no 3594\/19, \u00a7\u00a7 124-125, 5 mai 2020).<\/p>\n<p>118. La Cour rappelle que, bien qu\u2019en principe la Convention ne garantisse aucun droit \u00e0 exercer telle ou telle fonction publique au sein de l\u2019administration judiciaire (Dzhidzheva-Trendafilova, d\u00e9cision pr\u00e9cit\u00e9e, \u00a7\u00a038, et Harabin c. Slovaquie (d\u00e9c.), no 62854\/00, Recueil des arr\u00eats et d\u00e9cisions 2004-VI), un tel droit peut exister au niveau interne. Si l\u2019acc\u00e8s \u00e0 un emploi et aux fonctions exerc\u00e9es peut constituer en principe un privil\u00e8ge qu\u2019on ne saurait faire judiciairement sanctionner, tel n\u2019est pas le cas du maintien ou des conditions d\u2019exercice d\u2019une telle relation professionnelle. Par exemple, dans l\u2019arr\u00eat Baka pr\u00e9cit\u00e9, la Cour a reconnu que le requ\u00e9rant avait le droit, au regard du droit national, d\u2019accomplir l\u2019int\u00e9gralit\u00e9 de son mandat de six ans \u00e0 la pr\u00e9sidence de la Cour supr\u00eame hongroise (Baka, pr\u00e9cit\u00e9, \u00a7\u00a7\u00a0107\u2011111, et Denisov, pr\u00e9cit\u00e9, \u00a7 46). En outre, dans l\u2019arr\u00eat Gumenyuk pr\u00e9cit\u00e9, la Cour a jug\u00e9 que tous les requ\u00e9rants avaient droit, en vertu du droit interne, de rester juges jusqu\u2019\u00e0 leur retraite en l\u2019absence de l\u2019un des motifs exceptionnels de cessation anticip\u00e9e des fonctions pr\u00e9vus par la Constitution (Gumenyuk, pr\u00e9cit\u00e9, \u00a7\u00a7 50-51).<\/p>\n<p>119. La Cour rappelle enfin avoir dit que la relation de travail entre les juges et l\u2019\u00c9tat doit se comprendre \u00e0 la lumi\u00e8re des garanties sp\u00e9cifiques essentielles \u00e0 l\u2019ind\u00e9pendance de la justice. Ainsi, lorsqu\u2019il est fait r\u00e9f\u00e9rence \u00e0 \u00ab la confiance et la loyaut\u00e9 sp\u00e9ciales \u00bb exig\u00e9es des juges, il s\u2019agit de la loyaut\u00e9 envers la pr\u00e9\u00e9minence du droit et la d\u00e9mocratie et non envers les d\u00e9tenteurs de la puissance publique. La nature complexe de la relation de travail entre les juges et l\u2019\u00c9tat commande que les premiers soient suffisamment \u00e9loign\u00e9s des autres branches de l\u2019\u00c9tat dans l\u2019exercice de leurs fonctions pour pouvoir rendre, sans craintes ni faveurs, des d\u00e9cisions fond\u00e9es a fortiori sur les exigences du droit et de la justice. Il serait illusoire de croire que les juges peuvent faire respecter l\u2019\u00e9tat de droit et donner effet \u00e0 la Convention s\u2019ils sont priv\u00e9s par le droit interne des garanties pos\u00e9es par la Convention sur les questions touchant directement \u00e0 leur ind\u00e9pendance et \u00e0 leur impartialit\u00e9 (Grz\u0119da, \u00a7 264, Bilgen, \u00a7 79, et Broda et Bojara, \u00a7 120, tous les trois pr\u00e9cit\u00e9s).<\/p>\n<p>ii. Application en l\u2019esp\u00e8ce des principes susmentionn\u00e9s<\/p>\n<p>1) Sur l\u2019existence d\u2019un droit<\/p>\n<p>120. En l\u2019esp\u00e8ce, la Cour observe qu\u2019en cons\u00e9quence de l\u2019adoption par le ministre de la Justice et le CNM, respectivement, des d\u00e9cisions incrimin\u00e9es par les requ\u00e9rantes, une contestation a surgi quant au droit pour les int\u00e9ress\u00e9es de poursuivre l\u2019exercice de leurs fonctions de juge jusqu\u2019\u00e0 l\u2019\u00e2ge de 70 ans. Ainsi qu\u2019il se d\u00e9gage de la lettre des dispositions nationales pertinentes tant ant\u00e9rieures que post\u00e9rieures \u00e0 l\u2019entr\u00e9e en vigueur des amendements l\u00e9gislatifs de 2017, la continuation de l\u2019exercice des fonctions de juge au-del\u00e0 de l\u2019\u00e2ge de la retraite \u00e9tait subordonn\u00e9e, d\u2019une part, \u00e0 l\u2019introduction par le juge int\u00e9ress\u00e9 aupr\u00e8s du ministre de la Justice d\u2019une d\u00e9claration en ce sens, et, d\u2019autre part, \u00e0 la pr\u00e9sentation au ministre comp\u00e9tent par le juge en question d\u2019un certificat m\u00e9dical indiquant que son \u00e9tat de sant\u00e9 lui permettait de si\u00e9ger (paragraphes 23-27 ci-dessus). Elle note qu\u2019en cons\u00e9quence de l\u2019entr\u00e9e en vigueur de l\u2019amendement l\u00e9gislatif du 23\u00a0mai 2018, la possibilit\u00e9 pour un juge de poursuivre l\u2019exercice de ses fonctions au\u2011del\u00e0 de l\u2019\u00e2ge de la retraite fut en plus assujettie \u00e0 l\u2019autorisation du CNM, lequel statuait en fonction d\u2019imp\u00e9ratifs li\u00e9s aux int\u00e9r\u00eats de la justice et \u00e0 l\u2019int\u00e9r\u00eat g\u00e9n\u00e9ral (paragraphe\u00a026 ci-dessus).<\/p>\n<p>121. Statuant sur la base des \u00e9l\u00e9ments en sa possession, la Cour observe que la premi\u00e8re, la deuxi\u00e8me et la troisi\u00e8me requ\u00e9rante ont chacune pr\u00e9sent\u00e9 leurs d\u00e9clarations respectives au ministre de la Justice et ont de surcro\u00eet soumis au ministre comp\u00e9tent les certificats m\u00e9dicaux y aff\u00e9rents (paragraphe\u00a06 ci-dessus). Elle observe que la troisi\u00e8me requ\u00e9rante a effectu\u00e9 des d\u00e9marches similaires aupr\u00e8s du CNM relativement \u00e0 sa demande (paragraphe 13 ci-dessus) et que, \u00e0 l\u2019appui de cette demande, elle a soumis des \u00e9l\u00e9ments indiquant que son \u00e9ventuel maintien dans ses fonctions serait dans l\u2019int\u00e9r\u00eat de la justice et de l\u2019int\u00e9r\u00eat g\u00e9n\u00e9ral. La Cour rel\u00e8ve que dans la proc\u00e9dure devant elle-m\u00eame la troisi\u00e8me requ\u00e9rante met en cause l\u2019appr\u00e9ciation \u00e0 laquelle le CNM est parvenu sur ces points et qu\u2019elle argue, entre autres, que cette appr\u00e9ciation \u00e9tait arbitraire et d\u00e9nu\u00e9e de fondement. Eu \u00e9gard \u00e0 l\u2019ensemble des \u00e9l\u00e9ments en sa possession, la Cour estime que les all\u00e9gations de la troisi\u00e8me requ\u00e9rante sur ce point ne sont ni farfelues ni manifestement infond\u00e9es.<\/p>\n<p>122. La Cour observe que la quatri\u00e8me requ\u00e9rante a satisfait \u00e0 la premi\u00e8re des conditions susmentionn\u00e9es (paragraphe 6 ci-dessus) mais qu\u2019elle en a en m\u00eame temps contest\u00e9 la deuxi\u00e8me, arguant que, dans les circonstances particuli\u00e8res de la cause, cette condition \u00e9tait constitutive \u00e0 son \u00e9gard d\u2019une discrimination fond\u00e9e sur le sexe. Compte tenu des \u00e9l\u00e9ments en sa possession (paragraphes 22, 59, 62-71 ci-dessus) et de ses conclusions ci-dessous (paragraphes 259-265 ci-dessous), la Cour estime que les all\u00e9gations de la quatri\u00e8me requ\u00e9rante sur ce point sont d\u00e9fendables.<\/p>\n<p>123. La Cour observe qu\u2019\u00e0 la suite des refus du ministre de la Justice et du CNM d\u2019autoriser la poursuite de l\u2019exercice des fonctions de juge par les requ\u00e9rantes, celles-ci ont \u00e9t\u00e9 contraintes de prendre leurs retraites respectives entre cinq \u00e0 neuf ans avant les dates jusqu\u2019auxquelles elles esp\u00e9raient pouvoir encore si\u00e9ger. Elle prend note des arguments que les int\u00e9ress\u00e9es lui ont soumis en l\u2019esp\u00e8ce au sujet des r\u00e9percussions que la situation expos\u00e9e ci\u2011dessus avait engendr\u00e9es pour elles sur le plan tant personnel que financier (paragraphes\u00a0101, 105 et\u00a0273-274).<\/p>\n<p>124. La Cour rel\u00e8ve que les principes constitutionnels relatifs \u00e0 l\u2019ind\u00e9pendance de la magistrature et \u00e0 l\u2019inamovibilit\u00e9 des juges prot\u00e9geaient les requ\u00e9rantes d\u2019une cessation ill\u00e9gitime et arbitraire de leurs fonctions. L\u2019article 180 de la Constitution \u00e9tablissait en effet que les juges ne pouvaient \u00eatre r\u00e9voqu\u00e9s et suspendus de leurs fonctions qu\u2019en vertu d\u2019une d\u00e9cision de justice et uniquement dans les cas pr\u00e9vus par la loi. L\u2019article 178 de la Constitution garantissait quant \u00e0 lui l\u2019ind\u00e9pendance des juges (paragraphe\u00a022 ci-dessus).<\/p>\n<p>125. \u00c0 la lumi\u00e8re de ce qui pr\u00e9c\u00e8de, la Cour consid\u00e8re que la contestation qui a surgi en l\u2019esp\u00e8ce avait trait tant au droit pour les requ\u00e9rantes de continuer l\u2019exercice de leurs fonctions de juge au-del\u00e0 de l\u2019\u00e2ge de la retraite qu\u2019aux modalit\u00e9s d\u2019exercice de ce droit. Cette contestation \u00e9tait \u00ab\u00a0r\u00e9elle\u00a0\u00bb, \u00e9tant donn\u00e9 qu\u2019il \u00e9tait question de savoir si les requ\u00e9rantes avaient le droit de poursuivre l\u2019exercice de leurs fonctions au-del\u00e0 l\u2019\u00e2ge de la retraite. Elle \u00e9tait en outre \u00ab\u00a0s\u00e9rieuse\u00a0\u00bb, compte tenu du statut de juge des requ\u00e9rantes et des cons\u00e9quences que la cessation anticip\u00e9e de leurs fonctions respectives a emport\u00e9es pour elles. Enfin, elle \u00e9tait \u00ab\u00a0directement d\u00e9terminante\u00a0\u00bb pour le droit en cause, les d\u00e9cisions incrimin\u00e9es du ministre de la Justice et du CNM, respectivement, ayant eu pour r\u00e9sultat de mettre fin pr\u00e9matur\u00e9ment \u00e0 l\u2019exercice actif par les requ\u00e9rantes de leurs fonctions de juge.<\/p>\n<p>2) Sur le \u00ab caract\u00e8re civil \u00bb du droit en cause : application des \u00ab\u00a0crit\u00e8res Vilho Eskelinen\u00a0\u00bb<\/p>\n<p>126. La Cour doit \u00e0 pr\u00e9sent d\u00e9terminer, \u00e0 l\u2019aune du crit\u00e8re \u00e9nonc\u00e9 dans l\u2019arr\u00eat Vilho Eskelinen et autres (pr\u00e9cit\u00e9) et r\u00e9cemment r\u00e9affirm\u00e9 dans l\u2019arr\u00eat Grz\u0119da (pr\u00e9cit\u00e9), si le \u00ab droit \u00bb revendiqu\u00e9 par les requ\u00e9rantes \u00e9tait de \u00ab\u00a0caract\u00e8re civil\u00a0\u00bb, au sens autonome que cette notion prend \u00e0 l\u2019article 6 \u00a7\u00a01.<\/p>\n<p>127. Elle juge non convaincante la th\u00e8se du Gouvernement selon laquelle l\u2019article 6 \u00a7 1 est inapplicable dans son volet civil au seul motif que le litige en question rel\u00e8ve du droit public et qu\u2019aucun droit \u00e0 caract\u00e8re \u00ab\u00a0civil\u00a0\u00bb n\u2019est en cause. Ainsi qu\u2019il a \u00e9t\u00e9 indiqu\u00e9 ci\u2011dessus, le volet civil de cette disposition peut trouver \u00e0 s\u2019appliquer \u00e0 un litige relevant du droit public si les consid\u00e9rations de droit priv\u00e9 priment sur les consid\u00e9rations de droit public eu \u00e9gard aux cons\u00e9quences directes sur un droit civil de nature p\u00e9cuniaire ou non p\u00e9cuniaire.<\/p>\n<p>128. La Cour suit les crit\u00e8res de la jurisprudence Vilho Eskelinen et autres (arr\u00eat pr\u00e9cit\u00e9) et pr\u00e9sume de mani\u00e8re g\u00e9n\u00e9rale que les \u00ab conflits ordinaires du travail \u00bb des membres de la fonction publique, dont ceux des magistrats, produisent de telles cons\u00e9quences directes sur les droits civils de ceux-ci (Vilho Eskelinen et autres, pr\u00e9cit\u00e9, \u00a7 62, Baka, pr\u00e9cit\u00e9, \u00a7 104 et Denisov, pr\u00e9cit\u00e9, \u00a7 53). Elle souligne que rien en principe ne justifie de soustraire aux garanties de l\u2019article 6 les conflits ordinaires du travail \u2013 tels ceux portant sur un salaire, une indemnit\u00e9 ou d\u2019autres droits de ce type \u2013 \u00e0 raison du caract\u00e8re sp\u00e9cial de la relation entre le fonctionnaire concern\u00e9 et l\u2019\u00c9tat en question.<\/p>\n<p>129. Se tournant vers la pr\u00e9sente esp\u00e8ce, la Cour observe que les litiges respectifs des requ\u00e9rantes avaient trait \u00e0 la continuation par elles de l\u2019exercice des fonctions de juge au-del\u00e0 de l\u2019\u00e2ge de la retraite, en l\u2019occurrence jusqu\u2019\u00e0 70\u00a0ans. Elle note que les d\u00e9cisions du ministre de la Justice et du CNM, respectivement, portant refus d\u2019autoriser les requ\u00e9rantes concern\u00e9es de poursuivre l\u2019exercice de leurs fonctions jusqu\u2019\u00e0 l\u2019\u00e2ge pr\u00e9cit\u00e9 ont mis fin aux carri\u00e8res actives de juge des int\u00e9ress\u00e9es et se sont sold\u00e9es par leur d\u00e9part \u00e0 la retraite. Elle observe que la CJUE a dit dans son arr\u00eat pr\u00e9cit\u00e9 (paragraphes\u00a062\u201171 ci-dessus) que le m\u00e9canisme, en vertu duquel le ministre de la Justice \u00e9tait habilit\u00e9 \u00e0 autoriser la continuation de l\u2019exercice des fonctions juridictionnelles actives des juges au-del\u00e0 de l\u2019\u00e2ge du d\u00e9part \u00e0 la retraite, avait trait aux conditions de d\u00e9roulement et de cessation de la carri\u00e8re des juges en question. La Cour partage la conclusion de la haute juridiction europ\u00e9enne sur ce point et consid\u00e8re par cons\u00e9quent que les litiges qui font l\u2019objet des pr\u00e9sentes requ\u00eates constituent, \u00e0 n\u2019en pas douter, des exemples parmi tant d\u2019autres de litiges ordinaires du travail au sens de sa jurisprudence pr\u00e9cit\u00e9e.<\/p>\n<p>130. La Cour rappelle que, en ce qui concerne les litiges relevant de cette cat\u00e9gorie, il y aura pr\u00e9somption que l\u2019article 6 trouve \u00e0 s\u2019appliquer, et il appartiendra \u00e0 l\u2019\u00c9tat d\u00e9fendeur de d\u00e9montrer, premi\u00e8rement, que d\u2019apr\u00e8s le droit national un requ\u00e9rant fonctionnaire n\u2019a pas le droit d\u2019acc\u00e9der \u00e0 un tribunal, et, deuxi\u00e8mement, que l\u2019exclusion des droits garantis \u00e0 l\u2019article 6 est fond\u00e9e s\u2019agissant de ce fonctionnaire.<\/p>\n<p>\u2012 Le droit national a-t-il priv\u00e9 les requ\u00e9rantes du droit d\u2019acc\u00e8s \u00e0 un tribunal ?<\/p>\n<p>131. La Cour rappelle que, pour que la premi\u00e8re des conditions d\u00e9gag\u00e9es dans l\u2019arr\u00eat Vilho Eskelinen et autres soit remplie, l\u2019\u00c9tat d\u00e9fendeur doit avoir express\u00e9ment pr\u00e9vu, dans son droit interne, l\u2019exclusion de l\u2019acc\u00e8s \u00e0 un tribunal pour le poste ou la cat\u00e9gorie salariale concern\u00e9s (Baka, pr\u00e9cit\u00e9, \u00a7\u00a0113).<\/p>\n<p>132. Elle rappelle que, dans les rares affaires o\u00f9 elle a jug\u00e9 que la premi\u00e8re condition du crit\u00e8re \u00ab Vilho Eskelinen \u00bb \u00e9tait remplie, l\u2019exclusion de l\u2019acc\u00e8s \u00e0 un tribunal pour le poste en question \u00e9tait claire et \u00ab expresse \u00bb (Baka, pr\u00e9cit\u00e9, \u00a7 113). Par exemple, dans l\u2019affaire Suk\u00fct c.\u00a0Turquie (d\u00e9c.), no\u00a029773\/00, 1er septembre 2007), qui avait trait \u00e0 la retraite anticip\u00e9e d\u2019un militaire pour motifs disciplinaires, la Constitution turque pr\u00e9voyait clairement que les d\u00e9cisions du Conseil sup\u00e9rieur militaire \u00e9chappaient \u00e0 tout contr\u00f4le juridictionnel. Il en allait de m\u00eame des d\u00e9cisions du Conseil sup\u00e9rieur des juges et procureurs dans les affaires Apay et Nazsiz (d\u00e9cisions pr\u00e9cit\u00e9es), qui concernaient respectivement la nomination et la r\u00e9vocation disciplinaire de procureurs (voir aussi \u00d6zp\u0131nar c. Turquie, no 20999\/04, \u00a7\u00a030, 19\u00a0octobre 2010, qui portait sur la r\u00e9vocation d\u2019un juge pour motifs disciplinaires).<\/p>\n<p>133. La Cour rappelle en outre avoir dit r\u00e9cemment que la premi\u00e8re condition du \u00ab\u00a0crit\u00e8re Vilho Eskelinen\u00a0\u00bb peut \u00eatre consid\u00e9r\u00e9e comme satisfaite lorsque, m\u00eame en l\u2019absence d\u2019une disposition expresse \u00e0 cet effet, il a \u00e9t\u00e9 d\u00e9montr\u00e9 sans ambigu\u00eft\u00e9 que le droit interne exclut l\u2019acc\u00e8s \u00e0 un tribunal pour le type de contestation concern\u00e9. Elle consid\u00e8re donc que cette condition est d\u2019abord remplie lorsque le droit interne renferme une exclusion explicite du droit d\u2019acc\u00e8s \u00e0 un tribunal, mais qu\u2019elle peut aussi l\u2019\u00eatre lorsque l\u2019exclusion en question est de nature implicite, en particulier lorsqu\u2019elle d\u00e9coule d\u2019une interpr\u00e9tation syst\u00e9mique du cadre juridique applicable ou du corpus l\u00e9gislatif dans sa globalit\u00e9 (Grz\u0119da, pr\u00e9cit\u00e9, \u00a7 292).<\/p>\n<p>134. En l\u2019esp\u00e8ce, la Cour observe que les points de vue du Gouvernement et ceux de la premi\u00e8re, de la deuxi\u00e8me et de la troisi\u00e8me requ\u00e9rante divergent sur la question de savoir si la premi\u00e8re condition du crit\u00e8re \u00ab\u00a0Vilho Eskelinen\u00a0\u00bb est satisfaite. Ces requ\u00e9rantes arguent que, pendant toute la dur\u00e9e de leurs carri\u00e8res respectives, elles n\u2019\u00e9taient pas exclues du droit d\u2019acc\u00e8s \u00e0 un tribunal. Pour sa part, le Gouvernement soutient le contraire, mais ses observations sur ce point sont incoh\u00e9rentes. Ainsi qu\u2019il se d\u00e9gage de ces observations, les requ\u00e9rantes concern\u00e9es auraient \u00e9t\u00e9 exclues du droit d\u2019acc\u00e9der \u00e0 un tribunal en vertu du cadre r\u00e9glementaire qui leur \u00e9tait applicable \u00e0 l\u2019\u00e9poque consid\u00e9r\u00e9e (paragraphe 90 ci-dessus) et auraient eu en m\u00eame temps \u00e0 leur disposition plusieurs recours juridictionnels pour contester les d\u00e9cisions en leur d\u00e9faveur rendues par ministre de la Justice et par le CNM respectivement (paragraphes 143-144 ci-dessous). La Cour observe en outre que les observations du Gouvernement r\u00e9sum\u00e9es aux paragraphes 82 et 92 ci-dessus indiquent que la quatri\u00e8me requ\u00e9rante n\u2019\u00e9tait pas exclue du droit d\u2019acc\u00e9der \u00e0 un tribunal et que celles r\u00e9sum\u00e9es au paragraphe 88 ci-dessus font ressortir le contraire. Elle note que la quatri\u00e8me requ\u00e9rante s\u2019accorde quant \u00e0 elle avec le Gouvernement sur le premier de ces deux points mais pour des raisons qui sont diff\u00e9rentes de celles avanc\u00e9es par lui. Quoi qu\u2019il en soit, la Cour consid\u00e8re que, dans les circonstances particuli\u00e8res de la pr\u00e9sente affaire, la deuxi\u00e8me condition du m\u00eame crit\u00e8re n\u2019est pas remplie (voir, mutatis mutandis, Grz\u0119da pr\u00e9cit\u00e9, \u00a7 294).<\/p>\n<p>\u2012 L\u2019exclusion all\u00e9gu\u00e9e des requ\u00e9rantes de l\u2019acc\u00e8s \u00e0 un tribunal reposait-elle sur des motifs objectifs li\u00e9s \u00e0 l\u2019int\u00e9r\u00eat de l\u2019\u00c9tat\u00a0?<\/p>\n<p>135. En ce qui concerne la seconde condition du crit\u00e8re Vilho Eskelinen et autres, le Gouvernement soutient que le grief formul\u00e9 par les requ\u00e9rantes concerne l\u2019exercice de la puissance publique. La Cour rappelle \u00e0 cet \u00e9gard que le simple fait qu\u2019une personne rel\u00e8ve d\u2019un secteur ou d\u2019un service qui participe \u00e0 l\u2019exercice de la puissance publique n\u2019est pas en soi d\u00e9terminant. Pour que l\u2019exclusion soit justifi\u00e9e, il faut que l\u2019\u00c9tat montre que l\u2019objet du litige est li\u00e9 \u00e0 l\u2019exercice de l\u2019autorit\u00e9 \u00e9tatique ou remet en cause le lien sp\u00e9cial de confiance et de loyaut\u00e9 entre l\u2019int\u00e9ress\u00e9 et l\u2019\u00c9tat (Vilho Eskelinen et autres, pr\u00e9cit\u00e9, \u00a7 62).<\/p>\n<p>136. La Cour rappelle avoir soulign\u00e9 dans sa jurisprudence r\u00e9cente le r\u00f4le particulier du pouvoir judiciaire dans la soci\u00e9t\u00e9 : comme garant de la justice, valeur fondamentale dans un \u00c9tat de droit, il doit jouir de la confiance des citoyens pour mener \u00e0 bien sa mission (Baka, pr\u00e9cit\u00e9, \u00a7 164, et les r\u00e9f\u00e9rences qui y sont cit\u00e9es). Cette consid\u00e9ration est tout aussi pertinente dans le cas de l\u2019adoption d\u2019une mesure touchant la carri\u00e8re d\u2019un juge, telle la cessation des fonctions juridictionnelles de l\u2019int\u00e9ress\u00e9. Compte tenu de la place \u00e9minente qu\u2019occupe la magistrature parmi les organes de l\u2019\u00c9tat dans une soci\u00e9t\u00e9 d\u00e9mocratique et de l\u2019importance croissante qui s\u2019attache \u00e0 la pr\u00e9\u00e9minence du droit et \u00e0 la s\u00e9paration des pouvoirs et \u00e0 la n\u00e9cessit\u00e9 de pr\u00e9server l\u2019ind\u00e9pendance de la justice (Ramos Nunes de Carvalho e S\u00e1, pr\u00e9cit\u00e9, \u00a7\u00a0196, et Gu\u00f0mundur Andri \u00c1str\u00e1\u00f0sson [GC], no 26374\/18, \u00a7\u00a0233, 1er d\u00e9cembre 2020), la Cour doit se montrer particuli\u00e8rement attentive \u00e0 la protection des juges lorsqu\u2019il s\u2019agit de r\u00e9soudre des litiges relatifs au maintien en fonction, \u00e0 la r\u00e9vocation ou aux conditions de service de ceux-ci.<\/p>\n<p>137. \u00c0 cet \u00e9gard, apr\u00e8s l\u2019arr\u00eat Vilho Eskelinen et autres (pr\u00e9cit\u00e9), la Cour n\u2019a eu \u00e0 conna\u00eetre que de quelques cas o\u00f9 elle a \u00e9t\u00e9 appel\u00e9e \u00e0 discuter du second crit\u00e8re d\u00e9gag\u00e9 par elle : dans l\u2019affaire Suk\u00fct (d\u00e9cision pr\u00e9cit\u00e9e), o\u00f9 il \u00e9tait question de la mise \u00e0 la retraite anticip\u00e9e d\u2019un militaire pour des raisons disciplinaires, et dans l\u2019affaire Sp\u016blis et Va\u0161kevi\u010ds c.\u00a0Lettonie ((d\u00e9c.), nos\u00a02631\/10 et 12253\/10, 18 novembre 2014), qui concernait le retrait de leur attestation de s\u00e9curit\u00e9 \u00e0 un requ\u00e9rant qui avait \u00e9t\u00e9 charg\u00e9 de t\u00e2ches de renseignement et de contre-espionnage et \u00e0 un autre requ\u00e9rant qui occupait l\u2019un des postes les plus \u00e9lev\u00e9s au sein du service des recettes de l\u2019\u00c9tat et \u00e9tait responsable du d\u00e9partement des enqu\u00eates criminelles des douanes. Dans chacune de ces affaires, elle a estim\u00e9 que l\u2019exclusion de l\u2019acc\u00e8s \u00e0 un tribunal \u00e9tait justifi\u00e9e parce que l\u2019objet du litige \u00e9tait li\u00e9 \u00e0 l\u2019exercice de l\u2019autorit\u00e9 \u00e9tatique ou remettait en cause le \u00ab\u00a0lien sp\u00e9cial de confiance et de loyaut\u00e9\u00a0\u00bb entre l\u2019individu concern\u00e9 et l\u2019\u00c9tat, en tant qu\u2019employeur.<\/p>\n<p>138. La Cour constate que la jurisprudence pr\u00e9cit\u00e9e, qui avait trait \u00e0 un officier de l\u2019arm\u00e9e et \u00e0 des hauts fonctionnaires, tous rattach\u00e9s hi\u00e9rarchiquement au pouvoir ex\u00e9cutif de l\u2019\u00c9tat, ne peut \u00eatre transpos\u00e9e aux circonstances de la pr\u00e9sente affaire, qui concerne des membres du pouvoir judiciaire. Pour la Cour, le crit\u00e8re selon lequel l\u2019objet du litige est li\u00e9 \u00e0 la remise en cause du lien sp\u00e9cial de confiance et de loyaut\u00e9 doit \u00eatre lu \u00e0 la lumi\u00e8re des garanties d\u2019ind\u00e9pendance du pouvoir judiciaire. Ces deux notions, \u00e0 savoir le lien sp\u00e9cial de confiance et de loyaut\u00e9 exig\u00e9 des fonctionnaires et l\u2019ind\u00e9pendance du pouvoir judiciaire, ne sont pas ais\u00e9ment conciliables. Si la relation de travail entre un fonctionnaire et l\u2019\u00c9tat peut traditionnellement \u00eatre d\u00e9finie sur la base de la confiance et de la loyaut\u00e9 envers le pouvoir ex\u00e9cutif dans la mesure o\u00f9 les employ\u00e9s de l\u2019\u00c9tat sont tenus de mettre en \u0153uvre les politiques gouvernementales, les membres du pouvoir judiciaire b\u00e9n\u00e9ficient de garanties sp\u00e9cifiques consid\u00e9r\u00e9es comme essentielles \u00e0 l\u2019exercice des fonctions judiciaires et sont soumis au devoir, entre autres, de contr\u00f4le des actes du gouvernement. La nature complexe de la relation de travail entre les membres de la magistrature et l\u2019\u00c9tat commande que le pouvoir judiciaire soit suffisamment \u00e9loign\u00e9 des autres branches de l\u2019\u00c9tat dans l\u2019exercice de ses fonctions afin qu\u2019il puisse rendre des d\u00e9cisions fond\u00e9es a fortiori sur les exigences du droit et de la justice, sans craintes ni faveurs. Il serait illusoire de croire que les magistrats peuvent faire respecter l\u2019\u00c9tat de droit et donner effet au principe de pr\u00e9\u00e9minence du droit si le droit interne les prive de la protection de la Convention sur les questions touchant directement \u00e0 leur ind\u00e9pendance et \u00e0 leur impartialit\u00e9 (voir, mutatis mutandis, K\u00f6vesi, \u00a7 124, Bilgen, \u00a7 79, Broda et Bojara, \u00a7 120 et Grz\u0119da, \u00a7\u00a0302, tous les quatre pr\u00e9cit\u00e9s).<\/p>\n<p>139. En l\u2019esp\u00e8ce, la Cour observe que le Gouvernement d\u00e9fendeur ne lui a soumis aucun argument propre \u00e0 lui permettre d\u2019\u00e9tablir que l\u2019objet du litige \u2013 la cessation des fonctions de juges des requ\u00e9rantes cons\u00e9cutive \u00e0 leurs d\u00e9parts anticip\u00e9s \u00e0 la retraite \u2013 relevait de l\u2019exercice de l\u2019autorit\u00e9 \u00e9tatique et que l\u2019exclusion des garanties de l\u2019article\u00a06\u00a0\u00e9tait donc objectivement justifi\u00e9e. Elle consid\u00e8re que l\u2019absence de contr\u00f4le juridictionnel de la l\u00e9galit\u00e9 des d\u00e9cisions mettant fin \u00e0 l\u2019exercice actif des fonctions de juge des int\u00e9ress\u00e9es ne peut servir l\u2019int\u00e9r\u00eat d\u2019un \u00c9tat qui respecte le principe de pr\u00e9\u00e9minence du droit (K\u00f6vesi, pr\u00e9cit\u00e9, \u00a7 124). La Cour note en outre que les d\u00e9cisions minist\u00e9rielles d\u00e9favorables aux requ\u00e9rantes n\u2019\u00e9taient pas motiv\u00e9es, et que celle du CNM rendue en d\u00e9faveur de la troisi\u00e8me requ\u00e9rante \u00e9tait accompagn\u00e9e d\u2019une motivation libell\u00e9e en termes g\u00e9n\u00e9raux, ce qui l\u2019emp\u00eache d\u2019autant plus de consid\u00e9rer que le litige avait trait \u00e0 des raisons exceptionnelles et imp\u00e9rieuses propres \u00e0 justifier l\u2019exclusion de ces d\u00e9cisions du contr\u00f4le juridictionnel (voir, mutatis mutandis, Bilgen, pr\u00e9cit\u00e9, \u00a7 80). Elle consid\u00e8re que les juges doivent pouvoir jouir d\u2019une protection contre l\u2019arbitraire des pouvoirs l\u00e9gislatif et ex\u00e9cutif, et que seul un contr\u00f4le de la l\u00e9galit\u00e9 de la mesure litigieuse, op\u00e9r\u00e9 par un organe judiciaire ind\u00e9pendant, peut assurer l\u2019effectivit\u00e9 d\u2019une telle protection (voir, mutatis mutandis, K\u00f6vesi, pr\u00e9cit\u00e9, \u00a7\u00a0124). Eu \u00e9gard \u00e0 l\u2019\u00e9volution de sa jurisprudence en la mati\u00e8re, fond\u00e9e \u00e9galement sur plusieurs textes internationaux (paragraphes\u00a054-57 ci-dessus), la Cour consid\u00e8re que l\u2019acc\u00e8s \u00e0 un tribunal doit \u00eatre garanti, en tant que principe g\u00e9n\u00e9ral, lorsque la cessation des fonctions de juge ou celle d\u2019un mandat (de pr\u00e9sident de la Cour supr\u00eame, de pr\u00e9sident d\u2019une cour d\u2019appel ou de vice-pr\u00e9sident d\u2019un tribunal r\u00e9gional et de membre du CNM) sans cessation des fonctions de juge (Baka, \u00a7\u00a7 34 et\u00a0107\u201111, Broda et Bojara, \u00a7\u00a7\u00a0121-123 et Grz\u0119da, \u00a7\u00a7\u00a0265-328, tous pr\u00e9cit\u00e9s) est en jeu, que cette cessation intervienne pour des motifs disciplinaires ou bien r\u00e9sulte de l\u2019adoption de nouvelles r\u00e8gles (relativement \u00e0 l\u2019abaissement de l\u2019\u00e2ge de la retraite, \u00e0 la mise en place de la r\u00e9forme du CNM ou \u00e0 la modification des pouvoirs des pr\u00e9sidents et des vice-pr\u00e9sidents des tribunaux).<\/p>\n<p>140. D\u00e8s lors, m\u00eame \u00e0 supposer que la premi\u00e8re des conditions du \u00ab\u00a0crit\u00e8re Vilho Eskelinen\u00a0\u00bb soit remplie, le Gouvernement n\u2019est pas en mesure de d\u00e9montrer que l\u2019exclusion des requ\u00e9rantes du droit d\u2019acc\u00e8s \u00e0 un tribunal \u00e0 l\u2019\u00e9poque consid\u00e9r\u00e9e \u00e9tait justifi\u00e9e par des motifs relevant de l\u2019int\u00e9r\u00eat de l\u2019\u00c9tat et que l\u2019objet du litige \u00e9tait li\u00e9 \u00e0 l\u2019exercice de l\u2019autorit\u00e9 \u00e9tatique ou remettait en cause le \u00ab\u00a0lien sp\u00e9cial de confiance et de loyaut\u00e9\u00a0\u00bb qui existait entre les int\u00e9ress\u00e9es et l\u2019\u00c9tat employeur. En effet, compte tenu du statut particulier des membres du corps judiciaire et de l\u2019importance du contr\u00f4le juridictionnel des proc\u00e9dures concernant la r\u00e9vocation ou la destitution des juges, la Cour estime qu\u2019on ne saurait affirmer qu\u2019un lien sp\u00e9cial de confiance entre l\u2019\u00c9tat et les requ\u00e9rantes justifiait l\u2019exclusion des droits garantis par la Convention (voir, mutatis mutandis, Savino et autres c. Italie, no 17214\/05 et 2 autres, \u00a7\u00a078, 28 avril 2009, Grz\u0119da pr\u00e9cit\u00e9, \u00a7 325).<\/p>\n<p>141. L\u2019article 6 \u00a7 1 de la Convention est donc applicable \u00e0 la lumi\u00e8re de la seconde condition pos\u00e9e dans l\u2019arr\u00eat Vilho Eskelinen et autres.<\/p>\n<p>142. Partant, il y a lieu de rejeter l\u2019exception pr\u00e9liminaire d\u2019inapplicabilit\u00e9 de l\u2019article 6 \u00a7 1 de la Convention formul\u00e9e par le Gouvernement.<\/p>\n<p><strong>2. Sur l\u2019exception de non-\u00e9puisement des voies de recours internes<\/strong><\/p>\n<p>a) Arguments des parties<\/p>\n<p>i. Le Gouvernement<\/p>\n<p>143. Le Gouvernement soutient que les requ\u00e9rantes n\u2019ont pas \u00e9puis\u00e9 les voies de recours internes. Il estime que si la premi\u00e8re, la deuxi\u00e8me et la troisi\u00e8me requ\u00e9rante consid\u00e9raient que l\u2019absence d\u2019un recours pour contester les d\u00e9cisions rendues en leur d\u00e9faveur par le ministre de la Justice et le CNM respectivement \u00e9tait contraire \u00e0 leur droit \u00e0 un tribunal, elles auraient pu se plaindre devant la Cour constitutionnelle des dispositions de l\u2019article\u00a069 \u00a7\u00a7\u00a01 et\u00a01b de la loi Pusp, en application desquelles les d\u00e9cisions en question avaient \u00e9t\u00e9 adopt\u00e9es, et arguer que les dispositions susmentionn\u00e9es \u00e9taient contraires \u00e0 l\u2019article 78 de la Constitution. Il affirme que si la Cour constitutionnelle avait statu\u00e9 en faveur des int\u00e9ress\u00e9es, les autorit\u00e9s nationales concern\u00e9es se seraient trouv\u00e9es dans l\u2019obligation de modifier la l\u00e9gislation pertinente de mani\u00e8re \u00e0 offrir aux requ\u00e9rantes susmentionn\u00e9es un recours utile pour contester les d\u00e9cisions rendues en leur d\u00e9faveur par le ministre de la Justice et le CNM respectivement. Il ajoute que les requ\u00e9rantes concern\u00e9es auraient alors pu engager une action en dommages et int\u00e9r\u00eats contre l\u2019\u00c9tat sur le fondement de l\u2019article 417\u00b9 du code civil (paragraphe 38 ci-dessus).<\/p>\n<p>144. Renvoyant \u00e0 la jurisprudence nationale (paragraphes 43\u201152 ci\u2011dessus), le Gouvernement soutient que la premi\u00e8re, la deuxi\u00e8me et la quatri\u00e8me requ\u00e9rantes ont eu la possibilit\u00e9 d\u2019attaquer devant le tribunal administratif les d\u00e9cisions minist\u00e9rielles qui leur \u00e9taient d\u00e9favorables et que la troisi\u00e8me requ\u00e9rante a pu contester devant la Cour supr\u00eame la r\u00e9solution rendue en sa d\u00e9faveur par le CNM.<\/p>\n<p>ii. Les requ\u00e9rantes<\/p>\n<p>145. Les requ\u00e9rantes susmentionn\u00e9es rejettent les arguments du Gouvernement.<\/p>\n<p>146. La premi\u00e8re et la deuxi\u00e8me d\u2019entre elles exposent que, entre le 1er\u00a0octobre 2017 et le 23 mai 2018, les d\u00e9cisions minist\u00e9rielles en leur d\u00e9faveur \u00e9taient insusceptibles de recours. Elles indiquent qu\u2019\u00e0 la date de l\u2019instauration du recours en la mati\u00e8re, laquelle \u00e9tait cons\u00e9cutive \u00e0 l\u2019entr\u00e9e en vigueur de l\u2019amendement l\u00e9gislatif du 23 mai 2018 (paragraphe 26 ci-dessus), elles n\u2019\u00e9taient plus en fonction. Elles arguent de plus que la Cour constitutionnelle polonaise ne peut pas \u00eatre consid\u00e9r\u00e9e comme un \u00ab\u00a0tribunal\u00a0\u00bb, au sens de la Constitution polonaise, et que, par cons\u00e9quent, la plainte mentionn\u00e9e par le Gouvernement (paragraphe 143 ci-dessus) ne constitue pas non plus un recours \u00ab\u00a0efficace\u00a0\u00bb, au sens de la Convention. Elles op\u00e8rent une distinction entre, d\u2019une part, leurs situations respectives et, d\u2019autre part, celles dans lesquelles les juges polonais sont autoris\u00e9s de former un recours aupr\u00e8s de la Cour supr\u00eame et qui sont limitativement \u00e9num\u00e9r\u00e9es \u00e0 l\u2019article 73 \u00a7 2 de la loi Pusp combin\u00e9 avec les articles 70, 71, 74 \u00a7 2 alin\u00e9as\u00a01 et 2 de la m\u00eame loi.<\/p>\n<p>147. La troisi\u00e8me requ\u00e9rante indique quant \u00e0 elle qu\u2019il ressort de la lettre des dispositions nationales applicables \u00e0 la date de l\u2019introduction de sa requ\u00eate \u00e0 la Cour europ\u00e9enne des droits de l\u2019homme que la r\u00e9solution du CNM portant refus d\u2019autoriser la continuation de l\u2019exercice des fonctions de juge au-del\u00e0 de l\u2019\u00e2ge de la retraite \u00e9tait insusceptible de recours. Elle indique que ce n\u2019est que bien plus tard que la Cour supr\u00eame s\u2019est d\u00e9clar\u00e9e comp\u00e9tente en mati\u00e8re d\u2019examen des recours de ce type.<\/p>\n<p>148. Pour sa part, la quatri\u00e8me requ\u00e9rante affirme que non seulement la d\u00e9cision minist\u00e9rielle en sa d\u00e9faveur ne contenait aucune instruction \u00e0 propos d\u2019\u00e9ventuels recours mais qu\u2019en outre la lettre minist\u00e9rielle du 10 mai 2018 (paragraphe 19 ci-dessus) indiquait clairement que la d\u00e9cision minist\u00e9rielle en question \u00e9tait insusceptible de recours. Elle ajoute que les conclusions de la r\u00e9plique minist\u00e9rielle \u00e0 la plainte introduite par elle devant la Cour supr\u00eame (paragraphe 20 ci-dessus) \u00e9taient identiques. Elle consid\u00e8re que les affirmations du Gouvernement \u00e0 propos du caract\u00e8re effectif d\u2019une plainte devant les tribunaux administratifs sont, d\u2019une part, incoh\u00e9rentes et, d\u2019autre part, d\u00e9nu\u00e9es de fondement, d\u00e8s lors que, selon elle, il \u00e9tait \u00e9vident que, eu \u00e9gard \u00e0 l\u2019\u00e9tat de la jurisprudence nationale \u00e0 l\u2019\u00e9poque, le recours en question n\u2019\u00e9tait pas encore \u00ab\u00a0effectif\u00a0\u00bb \u00e0 l\u2019\u00e9poque pertinente. Elle expose que ce n\u2019est qu\u2019en avril 2020 que le tribunal administratif de Varsovie, statuant en tant que juridiction de renvoi, s\u2019\u00e9tait pour la premi\u00e8re fois d\u00e9clar\u00e9 comp\u00e9tent pour conna\u00eetre de plaintes de ce type. Elle ajoute qu\u2019elle-m\u00eame, se fondant sur les dispositions pertinentes de l\u2019article 75 \u00a7 4 de la loi Pusp combin\u00e9 avec l\u2019article 78 de la Constitution, a contest\u00e9 devant la Cour supr\u00eame la d\u00e9cision minist\u00e9rielle rendue en sa d\u00e9faveur, ce qui, d\u2019apr\u00e8s elle, am\u00e8ne \u00e0 conclure que les voies de recours internes ont \u00e9t\u00e9 \u00e9puis\u00e9es.<\/p>\n<p>b) Appr\u00e9ciation de la Cour<\/p>\n<p>149. La Cour consid\u00e8re que l\u2019exception soulev\u00e9e par le Gouvernement, pour autant qu\u2019elle a trait aux recours susmentionn\u00e9s (paragraphe\u00a0144 ci\u2011dessus), est \u00e9troitement li\u00e9e \u00e0 la question de savoir si les requ\u00e9rantes ont eu acc\u00e8s \u00e0 un tribunal, comme l\u2019exige l\u2019article 6 \u00a7 1 de la Convention. D\u00e8s lors, elle d\u00e9cide de la joindre au fond.<\/p>\n<p>150. Pour autant que le Gouvernement cite la plainte constitutionnelle, la Cour rappelle que la finalit\u00e9 de l\u2019article 35 \u00a7 1, qui \u00e9nonce la r\u00e8gle de l\u2019\u00e9puisement des voies de recours internes, est de m\u00e9nager aux \u00c9tats contractants l\u2019occasion de pr\u00e9venir ou de redresser les violations all\u00e9gu\u00e9es contre eux avant que la Cour n\u2019en soit saisie (Selmouni c. France [GC], no\u00a025803\/94, \u00a7 74, CEDH 1999-V). Il incombe au Gouvernement excipant du non-\u00e9puisement de convaincre la Cour que le recours \u00e9tait effectif et disponible tant en th\u00e9orie qu\u2019en pratique \u00e0 l\u2019\u00e9poque des faits, c\u2019est-\u00e0-dire qu\u2019il \u00e9tait accessible, \u00e9tait susceptible d\u2019offrir au requ\u00e9rant le redressement de ses griefs et pr\u00e9sentait des perspectives raisonnables de succ\u00e8s (voir, parmi beaucoup d\u2019autres, Vernillo c. France, 20 f\u00e9vrier 1991, s\u00e9rie A no 198, \u00a7\u00a027 et Dalia c. France, 19 f\u00e9vrier 1998, \u00a7 38, Recueil 1998 I).<\/p>\n<p>151. La Cour rappelle en outre qu\u2019elle a d\u00e9termin\u00e9 les circonstances dans lesquelles il pouvait \u00eatre exig\u00e9 d\u2019un requ\u00e9rant polonais qu\u2019il utilise une plainte constitutionnelle aux fins de l\u2019\u00e9puisement des voies de recours internes. Ainsi, cette plainte peut constituer un recours efficace, au sens de la Convention, uniquement lorsque : a) une d\u00e9cision individuelle susceptible d\u2019avoir viol\u00e9 la Convention a \u00e9t\u00e9 adopt\u00e9e en application directe d\u2019une disposition de la l\u00e9gislation nationale consid\u00e9r\u00e9e comme \u00e9tant inconstitutionnelle, et b) les dispositions proc\u00e9durales applicables \u00e0 la r\u00e9vision d\u2019une telle d\u00e9cision individuelle permettent, \u00e0 la suite de l\u2019adoption d\u2019un arr\u00eat de la Cour constitutionnelle constatant l\u2019inconstitutionnalit\u00e9 d\u2019une loi, soit d\u2019annuler ladite d\u00e9cision soit de rouvrir la proc\u00e9dure \u00e0 l\u2019issue de laquelle celle-ci a \u00e9t\u00e9 adopt\u00e9e (voir, parmi beaucoup d\u2019autres, Szott\u2011Medy\u0144ska et autres c.\u00a0Pologne (d\u00e9c.), no 47414\/99, 9\u00a0octobre 2003, Pachla c.\u00a0Pologne (d\u00e9c.), no\u00a08812\/02, 8 novembre 2005, et Liss c. Pologne (d\u00e9c.), no\u00a014337\/02, 16 mars 2010, Urban c. Pologne (d\u00e9c.), no 29690\/06, 7\u00a0septembre 2010, et H\u00f6sl\u2011Daum et autres (d\u00e9c.), no 10613\/07, \u00a7 42, 7\u00a0octobre 2014).<\/p>\n<p>152. En l\u2019esp\u00e8ce, la Cour observe que le Gouvernement est rest\u00e9 en d\u00e9faut d\u2019\u00e9tablir que l\u2019exercice par les int\u00e9ress\u00e9es d\u2019un \u00e9ventuel recours constitutionnel aurait pu soit donner lieu \u00e0 l\u2019annulation des d\u00e9cisions rendues en d\u00e9faveur des requ\u00e9rantes par le ministre de la Justice et le CNM respectivement soit d\u00e9boucher sur une reprise de la proc\u00e9dure nationale \u00e0 l\u2019issue de laquelle les d\u00e9cisions en question avaient \u00e9t\u00e9 adopt\u00e9es. Elle note que le Gouvernement n\u2019a pas indiqu\u00e9 non plus sur la base de quelles dispositions de la l\u00e9gislation nationale les requ\u00e9rantes pouvaient demander la r\u00e9ouverture de la proc\u00e9dure interne en question.<\/p>\n<p>153. Pour autant que le Gouvernement mentionne la possibilit\u00e9 pour les requ\u00e9rantes d\u2019engager une action en dommages et int\u00e9r\u00eats sur le fondement de l\u2019article 417 du code civil (paragraphe 143 ci-dessus), la Cour observe, en prenant en consid\u00e9ration ses constats ci-dessus relatifs \u00e0 un \u00e9ventuel recours constitutionnel, que les affirmations du Gouvernement concernant l\u2019action dont l\u2019exercice d\u00e9pendrait du succ\u00e8s pr\u00e9alable du recours constitutionnel en question, restent sp\u00e9culatives. La Cour rel\u00e8ve qu\u2019au-del\u00e0 d\u2019un effet purement compensatoire, le recours mentionn\u00e9 par le Gouvernement n\u2019aurait pu produire aucun effet de nature \u00e0 rem\u00e9dier au grief des requ\u00e9rantes relatif \u00e0 l\u2019absence all\u00e9gu\u00e9e d\u2019acc\u00e8s \u00e0 un tribunal.<\/p>\n<p>154. Eu \u00e9gard \u00e0 ce qui pr\u00e9c\u00e8de, la Cour estime qu\u2019en l\u2019esp\u00e8ce le Gouvernement d\u00e9fendeur n\u2019a pas prouv\u00e9 que les conditions cumulatives de l\u2019affaire Szott-Medy\u0144ska et autres fussent remplies, ce qui e\u00fbt emport\u00e9 obligation pour les requ\u00e9rantes d\u2019exercer un recours constitutionnel.<\/p>\n<p>155. Dans ces circonstances, elle consid\u00e8re qu\u2019en l\u2019esp\u00e8ce la plainte constitutionnelle n\u2019\u00e9tait pas un recours \u00e0 \u00e9puiser.<\/p>\n<p>156. Partant, elle rejette, en application de l\u2019article 35 \u00a7\u00a7 1 et 4 de la Convention, l\u2019exception de non\u2011\u00e9puisement des voies de recours internes soulev\u00e9e par le Gouvernement, pour autant qu\u2019elle concerne la plainte susmentionn\u00e9e.<\/p>\n<p><strong>3. Sur l\u2019exception de non-respect du d\u00e9lai de six mois par la quatri\u00e8me requ\u00e9rante<\/strong><\/p>\n<p>a) Arguments des parties<\/p>\n<p>157. Le Gouvernement soutient que la requ\u00eate de la quatri\u00e8me requ\u00e9rante est tardive au regard du d\u00e9lai de six mois pr\u00e9vu par l\u2019article\u00a035 \u00a7 1 de la Convention. Il consid\u00e8re qu\u2019en l\u2019esp\u00e8ce, ce d\u00e9lai a commenc\u00e9 \u00e0 courir \u00e0 la date de la lettre minist\u00e9rielle du 11 avril 2018, date \u00e0 laquelle l\u2019int\u00e9ress\u00e9e a \u00e9t\u00e9 inform\u00e9e de son d\u00e9part \u00e0 la retraite. Il soutient, d\u2019un c\u00f4t\u00e9, qu\u2019il \u00e9tait d\u00e8s le d\u00e9part \u00e9vident que le recours exerc\u00e9 par la quatri\u00e8me requ\u00e9rante devant la Cour supr\u00eame \u00e9tait vou\u00e9 \u00e0 l\u2019\u00e9chec, et, de l\u2019autre, que l\u2019int\u00e9ress\u00e9e aurait d\u00fb introduire un recours devant les tribunaux administratifs au lieu et \u00e0 la place de celui exerc\u00e9 devant la Cour supr\u00eame.<\/p>\n<p>158. La requ\u00e9rante soutient pour sa part avoir respect\u00e9 le d\u00e9lai pr\u00e9vu par l\u2019article\u00a035 \u00a7 1 de la Convention. Elle indique avoir saisi la Cour dans les six mois suivant le rejet par la Cour supr\u00eame de son recours contre la d\u00e9cision minist\u00e9rielle rendue en sa d\u00e9faveur. Elle conteste les affirmations du Gouvernement selon lesquelles le recours en question aurait \u00e9t\u00e9 manifestement vou\u00e9 \u00e0 l\u2019\u00e9chec, indiquant \u00e0 cet \u00e9gard qu\u2019il n\u2019existait \u00e0 l\u2019\u00e9poque consid\u00e9r\u00e9e aucune jurisprudence nationale dans laquelle les d\u00e9cisions minist\u00e9rielles analogues \u00e0 celles en l\u2019esp\u00e8ce auraient \u00e9t\u00e9 susceptibles de recours. Elle pr\u00e9cise \u00e9galement que la d\u00e9cision minist\u00e9rielle litigieuse ne contenait aucune instruction \u00e0 propos d\u2019\u00e9ventuels recours au moyen desquels elle aurait pu attaquer cette d\u00e9cision. Elle ajoute que ce n\u2019est qu\u2019en cons\u00e9quence de la d\u00e9cision rendue en sa d\u00e9faveur par la Cour supr\u00eame qu\u2019il \u00e9tait devenu clair que la haute juridiction nationale s\u2019estimait incomp\u00e9tente pour examiner des recours similaires au sien.<\/p>\n<p>b) Appr\u00e9ciation de la Cour<\/p>\n<p>159. La Cour rappelle que, dans le cadre de l\u2019\u00e9puisement des voies de recours internes, le d\u00e9lai de six mois court \u00e0 compter de la d\u00e9cision d\u00e9finitive (Leki\u010d c. Slov\u00e9nie [GC], no 36480\/07, \u00a7 65, 11 d\u00e9cembre 2018). Lorsqu\u2019il est d\u2019embl\u00e9e clair que le requ\u00e9rant ne dispose d\u2019aucun recours effectif, le d\u00e9lai de six mois court \u00e0 compter de la date des actes ou mesures d\u00e9nonc\u00e9s ou de la date \u00e0 laquelle l\u2019int\u00e9ress\u00e9 en prend connaissance ou en ressent les effets ou le pr\u00e9judice (Dennis et autres c.\u00a0Royaume-Uni (d\u00e9c.), no 76573\/01, 2\u00a0juillet 2002). En outre, l\u2019article 35 \u00a7 1 ne saurait \u00eatre interpr\u00e9t\u00e9 d\u2019une mani\u00e8re qui exigerait qu\u2019un requ\u00e9rant saisisse la Cour de son grief avant que la situation relative \u00e0 la question en jeu n\u2019ait fait l\u2019objet d\u2019une d\u00e9cision d\u00e9finitive au niveau interne. Par cons\u00e9quent, lorsqu\u2019un requ\u00e9rant utilise un recours apparemment disponible et ne prend conscience que par la suite de l\u2019existence de circonstances qui le rendent ineffectif, il peut \u00eatre indiqu\u00e9 de consid\u00e9rer comme point de d\u00e9part de la p\u00e9riode de six mois la date \u00e0 laquelle le requ\u00e9rant a eu ou aurait d\u00fb avoir pour la premi\u00e8re fois connaissance de cette situation (Varnava et autres c. Turquie [GC], nos\u00a016064\/90 et 8 autres, \u00a7 143, CEDH 2009).<\/p>\n<p>160. En l\u2019esp\u00e8ce, la Cour rel\u00e8ve que la lettre minist\u00e9rielle, \u00e0 laquelle le Gouvernement se r\u00e9f\u00e8re dans ses observations r\u00e9sum\u00e9es au paragraphe\u00a0157 ci-dessus, ne saurait \u00eatre consid\u00e9r\u00e9e comme la \u00ab\u00a0d\u00e9cision d\u00e9finitive \u00bb aux fins du calcul du d\u00e9lai de six mois, au sens de la jurisprudence pr\u00e9cit\u00e9e au paragraphe 159. Elle note que la lettre minist\u00e9rielle susmentionn\u00e9e informait simplement la quatri\u00e8me requ\u00e9rante de la date de son d\u00e9part \u00e0 la retraite et qu\u2019elle n\u2019avait en soi aucune r\u00e9percussion sur la dur\u00e9e du mandat de juge de l\u2019int\u00e9ress\u00e9e. Elle ne partage pas non plus l\u2019argument du Gouvernement selon lequel, au moment de l\u2019introduction de la requ\u00eate de la quatri\u00e8me requ\u00e9rante, l\u2019int\u00e9ress\u00e9e aurait d\u00fb savoir que le recours exerc\u00e9 par elle devant la Cour supr\u00eame \u00e9tait alors manifestement vou\u00e9 \u00e0 l\u2019\u00e9chec et que celui qu\u2019elle aurait pu introduire devant les juridictions administratives aurait produit des effets de nature \u00e0 rem\u00e9dier \u00e0 ses griefs (voir, mutatis mutandis, Mocanu et autres c. Roumanie [GC], nos\u00a010865\/09 et 2 autres, \u00a7\u00a0227, CEDH 2014 (extraits)). La Cour renvoie aux observations qu\u2019elle a formul\u00e9es aux paragraphes 173 \u00e0 179 ci-dessous. En l\u2019esp\u00e8ce, elle note, d\u2019un c\u00f4t\u00e9, que la mesure consistant \u00e0 conf\u00e9rer au ministre de la Justice le pouvoir d\u2019autoriser ou non la continuation de l\u2019exercice des fonctions de juge au-del\u00e0 de l\u2019\u00e2ge du d\u00e9part \u00e0 la retraite \u00e9tait nouvelle \u00e0 l\u2019\u00e9poque des faits et, d\u2019un autre c\u00f4t\u00e9, que la d\u00e9cision minist\u00e9rielle litigieuse ne pr\u00e9cisait pas si la d\u00e9cision minist\u00e9rielle en question \u00e9tait ou non susceptible de recours. En outre, ainsi qu\u2019il ressort des \u00e9l\u00e9ments en sa possession, la Cour observe que la d\u00e9claration de comp\u00e9tence de la Cour administrative supr\u00eame en mati\u00e8re d\u2019examen de recours analogues est post\u00e9rieure \u00e0 la date d\u2019introduction de la requ\u00eate de la quatri\u00e8me requ\u00e9rante (paragraphe 43 ci-dessous). Elle prend note \u00e9galement des arguments de l\u2019int\u00e9ress\u00e9e \u00e0 propos de la Cour supr\u00eame selon lesquels celle-ci \u00e9tait comp\u00e9tente pour examiner des recours similaires au sien (paragraphe\u00a017 ci\u2011dessus).<\/p>\n<p>161. Compte tenu de ce qui pr\u00e9c\u00e8de, la Cour estime qu\u2019on ne saurait faire grief \u00e0 la quatri\u00e8me requ\u00e9rante d\u2019avoir exerc\u00e9 le recours en cause devant la Cour supr\u00eame. Elle consid\u00e8re par cons\u00e9quent que, pour ce qui concerne le grief formul\u00e9 sur le terrain de l\u2019article 6 de la Convention, le d\u00e9lai de six mois a commenc\u00e9 \u00e0 courir le jour de l\u2019adoption par la haute juridiction nationale de sa d\u00e9cision sur le recours en question, en l\u2019occurrence le 27\u00a0f\u00e9vrier 2019. Il s\u2019ensuit que le grief a \u00e9t\u00e9 pr\u00e9sent\u00e9 dans les d\u00e9lais.<\/p>\n<p>162. Dans ces circonstances, la Cour rejette l\u2019exception de non-respect par la quatri\u00e8me requ\u00e9rante du d\u00e9lai de six mois.<\/p>\n<p><strong>4. Conclusion sur la recevabilit\u00e9<\/strong><\/p>\n<p>163. Constatant que les griefs ne sont pas manifestement mal fond\u00e9s ni irrecevables pour un autre motif vis\u00e9 \u00e0 l\u2019article\u00a035 de la Convention, la Cour les d\u00e9clare recevables.<\/p>\n<p><strong>B. Sur le fond<\/strong><\/p>\n<p><strong>1. Arguments des parties<\/strong><\/p>\n<p>164. La premi\u00e8re, la deuxi\u00e8me et la troisi\u00e8me requ\u00e9rante n\u2019ont pas fait d\u2019autres observations que celles qui sont r\u00e9sum\u00e9es ci-dessus (paragraphes\u00a099\u2011104).<\/p>\n<p>165. La quatri\u00e8me requ\u00e9rante soutient quant \u00e0 elle qu\u2019en cons\u00e9quence de la d\u00e9cision rendue en sa d\u00e9faveur par la chambre du contr\u00f4le extraordinaire et des affaires publiques de la Cour supr\u00eame (paragraphe 21 ci-dessus), elle a \u00e9t\u00e9 priv\u00e9e de son droit \u00e0 voir un tribunal statuer sur ses pr\u00e9tentions ayant trait \u00e0 son d\u00e9part anticip\u00e9 \u00e0 la retraite. Elle consid\u00e8re que la restriction qui en a r\u00e9sult\u00e9 pour elle en mati\u00e8re d\u2019acc\u00e8s \u00e0 un tribunal ne poursuivait pas de but l\u00e9gitime. Elle argue que la restriction incrimin\u00e9e d\u00e9coule de l\u2019application de dispositions nationales, irrespectueuses \u00e0 ses yeux, du principe de la pr\u00e9\u00e9minence du droit. Elle ajoute qu\u2019en l\u2019esp\u00e8ce la d\u00e9cision relative \u00e0 la poursuite de ses fonctions de juge au-del\u00e0 de l\u2019\u00e2ge de la retraite a \u00e9t\u00e9 laiss\u00e9e \u00e0 l\u2019enti\u00e8re discr\u00e9tion du ministre de la Justice, sans qu\u2019elle ait pu soumettre la d\u00e9cision minist\u00e9rielle en question au contr\u00f4le d\u2019un organe judiciaire ind\u00e9pendant. Elle indique que la d\u00e9cision minist\u00e9rielle pr\u00e9cit\u00e9e n\u2019\u00e9tait accompagn\u00e9e d\u2019aucune motivation et estime qu\u2019elle \u00e9tait par cons\u00e9quent entach\u00e9e d\u2019arbitraire. La quatri\u00e8me requ\u00e9rante consid\u00e8re que l\u2019absence d\u2019un recours pour contester la d\u00e9cision minist\u00e9rielle rendue en sa d\u00e9faveur \u00e9tait en outre irrespectueuse du principe de la pr\u00e9\u00e9minence du droit, en ce qu\u2019elle aurait eu pour effet de conf\u00e9rer au repr\u00e9sentant du pouvoir ex\u00e9cutif le pouvoir de d\u00e9cision discr\u00e9tionnaire en mati\u00e8re de dur\u00e9e de la carri\u00e8re professionnelle de juge. Pareille situation \u00e9tait, selon elle, contraire au principe d\u2019ind\u00e9pendance du pouvoir judiciaire et \u00e0 celui de l\u2019inamovibilit\u00e9 des juges.<\/p>\n<p>166. Le Gouvernement se limite \u00e0 soutenir que l\u2019article 6 de la Convention n\u2019a pas \u00e9t\u00e9 viol\u00e9 et que la quatri\u00e8me requ\u00e9rante plus particuli\u00e8rement a pu saisir le tribunal administratif.<\/p>\n<p><strong>2. Appr\u00e9ciation de la Cour<\/strong><\/p>\n<p>a) Principes g\u00e9n\u00e9raux<\/p>\n<p>167. La Cour rappelle que le droit d\u2019acc\u00e8s \u00e0 un tribunal \u2013 c\u2019est \u00e0 dire le droit de saisir un tribunal en mati\u00e8re civile \u2013 constitue un \u00e9l\u00e9ment inh\u00e9rent au droit \u00e9nonc\u00e9 \u00e0 l\u2019article 6 \u00a7 1 de la Convention, qui pose les garanties applicables en ce qui concerne tant l\u2019organisation et la composition du tribunal que la conduite de la proc\u00e9dure. Le tout forme le droit \u00e0 un proc\u00e8s \u00e9quitable prot\u00e9g\u00e9 par l\u2019article 6 \u00a7 1 (Baka, pr\u00e9cit\u00e9, \u00a7 120).<\/p>\n<p>168. La Cour rappelle de plus que le droit \u00e0 un proc\u00e8s \u00e9quitable, garanti par l\u2019article 6 \u00a7 1 de la Convention, doit s\u2019interpr\u00e9ter \u00e0 la lumi\u00e8re du principe de la pr\u00e9\u00e9minence du droit, qui exige l\u2019existence d\u2019une voie judiciaire effective permettant de revendiquer les droits civils (B\u011ble\u0161 et autres c.\u00a0R\u00e9publique tch\u00e8que, no 47273\/99, \u00a7 49, CEDH 2002-IX, Al-Dulimi et Montana Management Inc. c. Suisse [GC], no 5809\/08, \u00a7 126, CEDH 2016). Chaque justiciable poss\u00e8de le droit \u00e0 ce qu\u2019un tribunal connaisse de toute contestation relative \u00e0 ses droits et obligations de caract\u00e8re civil. C\u2019est ainsi que l\u2019article 6 \u00a7 1 consacre le \u00ab droit \u00e0 un tribunal \u00bb, dont le droit d\u2019acc\u00e8s, \u00e0 savoir le droit de saisir un tribunal en mati\u00e8re civile, ne constitue qu\u2019un aspect (Cudak c. Lituanie [GC], no 15869\/02, \u00a7 54, CEDH 2010, Golder c.\u00a0Royaume-Uni, 21 f\u00e9vrier 1975, \u00a7 36, s\u00e9rie A no 18, et Prince Hans-Adam II de Liechtenstein c. Allemagne [GC], no 42527\/98, \u00a7 43, CEDH 2001 VIII).<\/p>\n<p>169. La Cour rappelle en outre que le droit d\u2019acc\u00e8s \u00e0 un tribunal doit \u00eatre \u00ab\u00a0concret et effectif\u00a0\u00bb et non \u00ab\u00a0th\u00e9orique et illusoire\u00a0\u00bb (voir en ce sens Bellet c. France, 4 d\u00e9cembre 1995, \u00a7 36, s\u00e9rie A no 333-B). L\u2019effectivit\u00e9 du droit d\u2019acc\u00e8s \u00e0 la justice demande qu\u2019un individu jouisse d\u2019une possibilit\u00e9 claire et concr\u00e8te de contester un acte constituant une ing\u00e9rence dans ses droits (De Geouffre de la Pradelle c. France, 16\u00a0d\u00e9cembre 1992, s\u00e9rie A no 253-B). Le degr\u00e9 d\u2019acc\u00e8s offert par la l\u00e9gislation nationale et son interpr\u00e9tation par les tribunaux nationaux doivent \u00e9galement \u00eatre suffisants pour garantir \u00e0 un individu le \u00ab\u00a0droit \u00e0 un tribunal\u00a0\u00bb, eu \u00e9gard au principe de l\u2019\u00c9tat de droit dans une soci\u00e9t\u00e9 d\u00e9mocratique (Georgel et Georgeta Stoiescu, no 9718\/03, \u00a7\u00a074, 26\u00a0juillet 2011).<\/p>\n<p>170. Toutefois, le droit d\u2019acc\u00e8s aux tribunaux n\u2019est pas absolu\u00a0; il peut donner lieu \u00e0 des limitations. Celles-ci ne sauraient restreindre l\u2019acc\u00e8s ouvert \u00e0 l\u2019individu d\u2019une mani\u00e8re ou \u00e0 un point tel que le droit s\u2019en trouve atteint dans sa substance m\u00eame. En outre, elles ne se concilient avec l\u2019article\u00a06\u00a0\u00a7\u00a01\u00a0que si elles poursuivent un but l\u00e9gitime et s\u2019il existe un rapport raisonnable de proportionnalit\u00e9 entre les moyens employ\u00e9s et le but vis\u00e9 (Zubac c. Croatie [GC], no 40160\/12, \u00a7 78, 5 avril 2018, et Baka, pr\u00e9cit\u00e9, \u00a7\u00a0120).<\/p>\n<p>b) Application en esp\u00e8ce<\/p>\n<p>171. En l\u2019esp\u00e8ce, la Cour rappelle tout d\u2019abord sa conclusion expos\u00e9e ci\u2011dessus quant aux points de savoir si l\u2019article 6 de la Convention sous son volet civil \u00e9tait applicable aux faits de la pr\u00e9sente esp\u00e8ce et si les requ\u00e9rantes avaient, en cons\u00e9quence, un droit \u00e0 voir leur cause examin\u00e9e par \u00ab\u00a0un tribunal\u00a0\u00bb, au sens de cette disposition de la Convention.<\/p>\n<p>172. Elle observe que les d\u00e9cisions litigieuses ont \u00e9t\u00e9 adopt\u00e9es par le ministre de la Justice et le CNM, respectivement. La Cour examinera successivement chacune de ces d\u00e9cisions.<\/p>\n<p>173. La Cour observe qu\u2019en cons\u00e9quence de l\u2019entr\u00e9e en vigueur en octobre 2017 de la loi du 16 novembre 2016 (paragraphe 27 ci-dessus), l\u2019\u00e2ge de d\u00e9part \u00e0 la retraite des juges en fonction \u00e0 l\u2019\u00e9poque des faits a \u00e9t\u00e9 abaiss\u00e9 respectivement \u00e0 60 ans pour les magistrats f\u00e9minins et \u00e0 65 ans pour les magistrats masculins. Ainsi qu\u2019il se d\u00e9gage du libell\u00e9 des dispositions pertinentes de cette loi (idem), les juges ayant atteint l\u2019\u00e2ge de la retraite partaient \u00e0 la retraite sauf s\u2019ils adressaient au ministre de la Justice dans un d\u00e9lai qui leur \u00e9tait imparti \u00e0 cette fin une d\u00e9claration qui indiquait leur souhait de continuer d\u2019exercer leurs fonctions et s\u2019ils pr\u00e9sentaient un certificat attestant de leur aptitude \u00e0 si\u00e9ger. La Cour observe que, m\u00eame si chaque requ\u00e9rante a adress\u00e9 au ministre comp\u00e9tent une d\u00e9claration en ce sens (paragraphe 6 ci-dessus), le ministre concern\u00e9 statuant en application des dispositions pertinentes, selon lui, de la loi Pusp n\u2019avait pas consenti \u00e0 la poursuite des fonctions respectives des int\u00e9ress\u00e9es jusqu\u2019\u00e0 l\u2019\u00e2ge de 70 ans. Elle observe qu\u2019en cons\u00e9quence de la d\u00e9cision minist\u00e9rielle sur ce point, les requ\u00e9rantes ont \u00e9t\u00e9 contraintes de prendre leurs retraites respectives en avril 2018 \u00e0 l\u2019exception de la troisi\u00e8me requ\u00e9rante, qui \u00e9tait la seule \u00e0 avoir \u00e9t\u00e9 ult\u00e9rieurement autoris\u00e9e par le ministre de la Justice \u00e0 continuer de si\u00e9ger jusqu\u2019au mois de d\u00e9cembre 2018, soit jusqu\u2019\u00e0 l\u2019\u00e2ge de la retraite applicable ant\u00e9rieurement. Ainsi qu\u2019il ressort des constats r\u00e9sum\u00e9s ci-dessus au paragraphe 44 du tribunal administratif r\u00e9gional de Varsovie, la Cour observe que les lettres minist\u00e9rielles communiquant aux plaignantes des affaires analogues le refus du ministre de la Justice de les autoriser \u00e0 continuer \u00e0 si\u00e9ger au-del\u00e0 de l\u2019\u00e2ge de la retraite, s\u2019analysaient en une r\u00e8glementation ill\u00e9gitime &#8211; mais faisant autorit\u00e9 &#8211; du statut juridique de juge des int\u00e9ress\u00e9es. Dans ces circonstances, il est clair aux yeux de la Cour que le ministre de la Justice disposait \u00e0 l\u2019\u00e9poque pertinente d\u2019un pouvoir de d\u00e9cision en mati\u00e8re de prolongation de l\u2019exercice du mandat de juge au-del\u00e0 de l\u2019\u00e2ge de la retraite.<\/p>\n<p>174. La Cour observe qu\u2019il ressort des \u00e9l\u00e9ments en sa possession que la l\u00e9gislation pertinente en vigueur \u00e0 l\u2019\u00e9poque des faits ne pr\u00e9cisait pas si la d\u00e9cision minist\u00e9rielle relative \u00e0 la prolongation de l\u2019exercice des fonctions de juge \u00e9tait susceptible de recours. Elle note que les premi\u00e8re et deuxi\u00e8me requ\u00e9rantes se sont abstenues de contester les d\u00e9cisions minist\u00e9rielles rendues en leur d\u00e9faveur, au motif qu\u2019il n\u2019y avait aucun recours effectif pour ce faire. Elle note ensuite que la quatri\u00e8me requ\u00e9rante a, quant \u00e0 elle, invit\u00e9 le ministre de la Justice \u00e0 lui indiquer les recours au moyen desquels elle pouvait contester sa d\u00e9cision. Elle observe qu\u2019en r\u00e9ponse, le ministre concern\u00e9 a inform\u00e9 l\u2019int\u00e9ress\u00e9e que sa d\u00e9cision \u00e9tait insusceptible de recours. Elle note enfin que, nonobstant la communication minist\u00e9rielle sur ce point, la quatri\u00e8me requ\u00e9rante a attaqu\u00e9 la d\u00e9cision litigieuse du ministre impliqu\u00e9 devant la Cour supr\u00eame, mais en vain.<\/p>\n<p>175. Ainsi qu\u2019il se d\u00e9gage des conclusions de l\u2019arr\u00eat de la CJUE mentionn\u00e9 aux paragraphes 62 \u00e0 71 ci-dessus, la d\u00e9cision minist\u00e9rielle en mati\u00e8re d\u2019autorisation ou non de la continuation de l\u2019exercice des fonctions des juges au-del\u00e0 du nouvel \u00e2ge du d\u00e9part \u00e0 la retraite ne pouvait faire l\u2019objet \u00e0 l\u2019\u00e9poque des faits d\u2019un recours juridictionnel, en cons\u00e9quence de quoi la haute juridiction europ\u00e9enne avait conclu au manquement de la Pologne aux obligations, que lui impose l\u2019article 19, paragraphe 1, second alin\u00e9a TFUE, de pr\u00e9voir un syst\u00e8me de voies de recours assurant un contr\u00f4le juridictionnel effectif dans les domaines couverts par le droit de l\u2019Union.<\/p>\n<p>176. La Cour note qu\u2019en l\u2019esp\u00e8ce, le Gouvernement a soutenu que la d\u00e9cision litigieuse du ministre de la Justice aurait \u00e9t\u00e9, d\u2019un c\u00f4t\u00e9, exclue de la voie judiciaire (paragraphes 90-91) et, de l\u2019autre susceptible de recours devant le juge administratif (paragraphes 92 et 144). Elle note que, pour \u00e9tayer sa position sur ce dernier point, le Gouvernement se r\u00e9f\u00e8re \u00e0 des exemples de jurisprudence des juridictions administratives (paragraphes\u00a043\u201147).<\/p>\n<p>177. La Cour rel\u00e8ve qu\u2019il se d\u00e9gage des exemples de jurisprudence soumis par le Gouvernement que le tribunal administratif r\u00e9gional de Varsovie ayant tranch\u00e9 des litiges analogues \u00e0 ceux des premi\u00e8re, deuxi\u00e8me et quatri\u00e8me requ\u00e9rantes s\u2019est d\u00e9clar\u00e9 incomp\u00e9tent pour en conna\u00eetre (paragraphe 43 ci-dessus). Elle note que ce n\u2019est qu\u2019\u00e0 la suite de la d\u00e9cision de cassation rendue par la Cour administrative supr\u00eame en octobre 2019 que le tribunal administratif, statuant en tant que juridiction de renvoi, a proc\u00e9d\u00e9 au revirement de sa jurisprudence sur ce point et a statu\u00e9 en faveur des plaignantes (paragraphes 44-45 ci-dessus). Elle note que, dans la jurisprudence de la Cour administrative supr\u00eame, laquelle s\u2019\u00e9tait constitu\u00e9e post\u00e9rieurement \u00e0 l\u2019introduction des pr\u00e9sentes requ\u00eates devant elle, la haute juridiction administrative, statuant en dernier ressort et en consid\u00e9ration des arr\u00eats de la CJUE intervenus dans l\u2019intervalle, a ent\u00e9rin\u00e9 l\u2019approche jurisprudentielle susmentionn\u00e9e du tribunal administratif r\u00e9gional de Varsovie (paragraphes\u00a046-47 ci\u2011dessus).<\/p>\n<p>178. La Cour ne peut que saluer l\u2019approche qui transpara\u00eet de cette jurisprudence de la Cour administrative supr\u00eame. Elle constate n\u00e9anmoins que, d\u2019un c\u00f4t\u00e9, celle-ci a \u00e9merg\u00e9 environ deux ans et demi suivant l\u2019introduction des pr\u00e9sentes requ\u00eates aupr\u00e8s d\u2019elle et que, de l\u2019autre, le Gouvernement ne lui a communiqu\u00e9 aucun \u00e9l\u00e9ment d\u2019information quant aux suites donn\u00e9es par le ministre de la Justice aux d\u00e9cisions dans les affaires analogues susmentionn\u00e9es aux paragraphes 44-45 du tribunal administratif r\u00e9gional de Varsovie.<\/p>\n<p>179. Dans ces conditions, la Cour consid\u00e8re que les exemples de jurisprudence soumis par le Gouvernement ne sont pas \u00e0 m\u00eame de confirmer l\u2019existence d\u2019une pratique interne qui aurait permis aux requ\u00e9rantes d\u2019avoir acc\u00e8s \u00e0 l\u2019\u00e9poque des faits \u00e0 un tribunal aux fins du contr\u00f4le de la d\u00e9cision minist\u00e9rielle portant refus de prolonger l\u2019exercice de leurs fonctions de juge au-del\u00e0 de l\u2019\u00e2ge de la retraite.<\/p>\n<p>180. La Cour rel\u00e8ve ensuite qu\u2019en cons\u00e9quence de la modification l\u00e9gislative subs\u00e9quente, le pouvoir d\u2019autoriser ou non la continuation de l\u2019exercice des fonctions des juges au-del\u00e0 de l\u2019\u00e2ge de la retraite a \u00e9t\u00e9 d\u00e9volu au CNM. Elle note que la troisi\u00e8me requ\u00e9rante a indiqu\u00e9 \u00e0 celui-ci son souhait de continuer \u00e0 exercer sa fonction jusqu\u2019\u00e0 l\u2019\u00e2ge de 70 ans en s\u2019appuyant \u00e0 cette fin sur ces nouvelles dispositions l\u00e9gislatives. Elle observe que le CNM a rejet\u00e9 la demande de l\u2019int\u00e9ress\u00e9e, en indiquant de surcro\u00eet qu\u2019en vertu des dispositions de l\u2019article 69 \u00a7 1b de la loi Pusp, sa d\u00e9cision y aff\u00e9rente \u00e9tait \u00ab d\u00e9finitive \u00bb. Elle note que les \u00e9l\u00e9ments d\u2019information communiqu\u00e9s \u00e0 la troisi\u00e8me requ\u00e9rante par le vice-pr\u00e9sident du CNM ne pr\u00e9cisaient pas quels \u00e9taient les recours dont la r\u00e9solution du CNM rendue en d\u00e9faveur de l\u2019int\u00e9ress\u00e9e pouvait faire l\u2019objet.<\/p>\n<p>181. Elle observe qu\u2019il ressort des d\u00e9clarations faites par le Gouvernement \u00e0 ce propos que la r\u00e9solution du CNM en question aurait \u00e9t\u00e9, d\u2019un c\u00f4t\u00e9, insusceptible de recours (paragraphe 91 ci-dessus) et, de l\u2019autre, susceptible de recours devant la Cour supr\u00eame (paragraphe 144 ci-dessus). Elle consid\u00e8re par cons\u00e9quent que ces d\u00e9clarations sont \u00e9galement incoh\u00e9rentes.<\/p>\n<p>182. Elle note que, m\u00eame si quelques exemples de la jurisprudence, pr\u00e9sent\u00e9s aux paragraphes 48 et 50 ci-dessus, de la chambre du contr\u00f4le extraordinaire et des affaires publiques de la Cour supr\u00eame viennent \u00e9tayer les d\u00e9clarations faites par le Gouvernement sur ce dernier point, cette jurisprudence a \u00e9t\u00e9 incoh\u00e9rente pendant longtemps.<\/p>\n<p>183. Quoi qu\u2019il en soit, la Cour rappelle ses constats dans l\u2019affaire Dolinska-Ficek et Ozimek c. Pologne (nos\u00a049868\/19 et 57511\/19, 8\u00a0novembre 2021), selon lesquels la m\u00eame chambre de la Cour supr\u00eame ne r\u00e9pond pas aux conditions prescrites pour \u00ab\u00a0un tribunal ind\u00e9pendant et impartial \u00e9tabli par la loi\u00a0\u00bb, au sens de l\u2019article 6 \u00a7 1 de la Convention. Elle consid\u00e8re, par cons\u00e9quent, que m\u00eame si la troisi\u00e8me requ\u00e9rante avait eu la possibilit\u00e9 de contester la r\u00e9solution du CNM rendue en sa d\u00e9faveur devant la chambre du contr\u00f4le extraordinaire et des affaires publiques de la Cour supr\u00eame, cela n\u2019aurait pas garanti l\u2019examen de ses griefs par un \u00ab\u00a0tribunal\u00a0\u00bb, au sens de l\u2019article 6 \u00a7 1 de la Convention.<\/p>\n<p>184. Dans ces circonstances, la Cour n\u2019est pas convaincue que les recours \u00e9voqu\u00e9s par le Gouvernement aient \u00e9t\u00e9 effectifs. Elle constate, par cons\u00e9quent, que le droit des requ\u00e9rantes d\u2019acc\u00e9der \u00e0 un tribunal a \u00e9t\u00e9 restreint.<\/p>\n<p>185. Quant au caract\u00e8re l\u00e9gitime de la restriction incrimin\u00e9e, la Cour observe qu\u2019il se d\u00e9gage des observations du Gouvernement (paragraphes 86, 90 et 93-94 ci-dessus) que l\u2019exclusion dans le chef des requ\u00e9rantes d\u2019un recours qui leur e\u00fbt permis de se plaindre du refus du ministre de la Justice et du CNM respectivement de les autoriser \u00e0 poursuivre l\u2019exercice de leurs fonctions de juge aurait r\u00e9pondu \u00e0 l\u2019imp\u00e9ratif d\u2019am\u00e9lioration de l\u2019efficacit\u00e9 du service public de la justice.<\/p>\n<p>186. Sans contester la l\u00e9gitimit\u00e9 du but invoqu\u00e9 de la restriction litigieuse en tant que tel, la Cour note avec une profonde pr\u00e9occupation qu\u2019il se d\u00e9gage des conclusions tant de l\u2019avis de la Commission de Venise (paragraphe\u00a055 ci\u2011dessus) que de l\u2019arr\u00eat de la CJUE (paragraphes 62-71 ci\u2011dessus) que le m\u00e9canisme incrimin\u00e9 en vertu duquel la poursuite de l\u2019exercice des fonctions de juge au-del\u00e0 de l\u2019\u00e2ge de la retraite est autoris\u00e9e aurait servi au repr\u00e9sentant du pouvoir ex\u00e9cutif \u00e0 ind\u00fbment \u00e9carter un grand nombre de juges chevronn\u00e9s et \u00e0 exercer une influence indue sur ceux se rapprochant de l\u2019\u00e2ge de la retraite.<\/p>\n<p>187. La Cour souligne dans ce contexte l\u2019importance croissante que les instruments internationaux et ceux du Conseil de l\u2019Europe, ainsi que la jurisprudence des juridictions internationales et la pratique d\u2019autres organes internationaux accordent au respect de l\u2019\u00e9quit\u00e9 proc\u00e9durale dans les affaires concernant la r\u00e9vocation ou la destitution de juges, et notamment \u00e0 l\u2019intervention d\u2019une autorit\u00e9 ind\u00e9pendante des pouvoirs ex\u00e9cutif et l\u00e9gislatif pour toute d\u00e9cision touchant \u00e0 la cessation du mandat d\u2019un juge (Baka, pr\u00e9cit\u00e9, \u00a7 121, et K\u00f6vesi, pr\u00e9cit\u00e9, \u00a7 156, en ce qui concerne les procureurs). Elle souligne aussi l\u2019importance croissante qui s\u2019attache \u00e0 la s\u00e9paration des pouvoirs et \u00e0 la n\u00e9cessit\u00e9 de pr\u00e9server l\u2019ind\u00e9pendance de la justice (Ramon Nunez de Carvalho e S\u00e1, \u00a7 196, Baka, \u00a7 165, Broda et Bojara, \u00a7 143, tous les trois pr\u00e9cit\u00e9s).<\/p>\n<p>188. En l\u2019esp\u00e8ce, la Cour observe que, par jeu de l\u2019effet combin\u00e9 de la l\u00e9gislation abaissant l\u2019\u00e2ge de la retraite des juges f\u00e9minins \u00e0 60 ans et des refus respectifs du ministre de la Justice et du CNM d\u2019autoriser les requ\u00e9rantes \u00e0 poursuivre l\u2019exercice de leurs fonctions au-del\u00e0 de l\u2019\u00e2ge de la retraite, les int\u00e9ress\u00e9es ont \u00e9t\u00e9 contraintes de prendre leur retraite entre cinq \u00e0 neuf ans plus t\u00f4t que pr\u00e9vu. Elle note qu\u2019en cons\u00e9quence de l\u2019application des mesures pr\u00e9cit\u00e9es aux requ\u00e9rantes, celles-ci ont \u00e9t\u00e9 purement et simplement \u00e9cart\u00e9es de la magistrature. Partant, elle consid\u00e8re que les mesures incrimin\u00e9es ont \u00e9t\u00e9 constitutives d\u2019une ing\u00e9rence du ministre de la Justice et du CNM respectivement dans l\u2019exercice par les int\u00e9ress\u00e9es de leurs fonctions juridictionnelles.<\/p>\n<p>189. La Cour observe que l\u2019analyse de la jurisprudence interne qui a \u00e9t\u00e9 port\u00e9e \u00e0 sa connaissance d\u00e9montre que le ministre de la Justice ne disposait d\u2019aucune comp\u00e9tence d\u00e9cisionnelle lui permettant d\u2019autoriser la continuation de l\u2019exercice des fonctions des juges dans des situations analogues \u00e0 celles des requ\u00e9rantes en l\u2019esp\u00e8ce et que, par cons\u00e9quent, les \u00e9ventuelles d\u00e9cisions minist\u00e9rielles en la mati\u00e8re \u00e9taient consid\u00e9r\u00e9es comme ill\u00e9gitimes (paragraphes 44-47 ci-dessus).<\/p>\n<p>190. La Cour rel\u00e8ve que les d\u00e9cisions rendues respectivement par le ministre comp\u00e9tent et par le CNM en d\u00e9faveur des requ\u00e9rantes ont \u00e9t\u00e9 adopt\u00e9es en application de crit\u00e8res qui \u00e9taient vagues et impr\u00e9cis. Elle note \u00e9galement que les d\u00e9cisions minist\u00e9rielles en question n\u2019\u00e9taient soumises \u00e0 aucune condition de d\u00e9lai et n\u2019\u00e9taient pas non plus accompagn\u00e9es d\u2019une quelconque motivation. Elle observe en outre que la d\u00e9cision minist\u00e9rielle susmentionn\u00e9e n\u2019\u00e9tait soumise \u00e0 l\u2019\u00e9poque consid\u00e9r\u00e9e \u00e0 aucune forme de contr\u00f4le de la part d\u2019un organe externe au ministre comp\u00e9tent et ind\u00e9pendant vis-\u00e0-vis de celui-ci. Elle rappelle dans ce contexte l\u2019importance que les organes du Conseil de l\u2019Europe accordent au principe qui exige que les d\u00e9cisions concernant la s\u00e9lection et la carri\u00e8re des juges reposent sur des crit\u00e8res objectifs pr\u00e9\u00e9tablis par la loi ou par les autorit\u00e9s comp\u00e9tentes et que l\u2019instance qui intervient dans tous les aspects de la s\u00e9lection et de la carri\u00e8re des juges soit ind\u00e9pendante (paragraphes 54 et 57 ci-dessus).<\/p>\n<p>191. La Cour estime que des consid\u00e9rations similaires \u00e0 celles expos\u00e9es ci-dessus s\u2019appliquent \u00e0 la d\u00e9cision du CNM concernant la troisi\u00e8me requ\u00e9rante. Elle note que, m\u00eame si \u00e0 la diff\u00e9rence des d\u00e9cisions minist\u00e9rielles pr\u00e9cit\u00e9es, la d\u00e9cision du CNM \u00e9tait motiv\u00e9e, cette motivation \u00e9tait libell\u00e9e en termes g\u00e9n\u00e9raux et st\u00e9r\u00e9otyp\u00e9s. \u00c0 cet \u00e9gard, la Cour prend note des arguments de la troisi\u00e8me requ\u00e9rante \u00e0 propos de ses difficult\u00e9s all\u00e9gu\u00e9es \u00e0 comprendre les motifs de la d\u00e9cision du CNM libell\u00e9e de la sorte.<\/p>\n<p>192. La Cour observe que le Gouvernement, dans ses observations (paragraphe 97 ci-dessus), soutient que les inconv\u00e9nients all\u00e9gu\u00e9s de l\u2019intervention minist\u00e9rielle incrimin\u00e9e par les requ\u00e9rantes ont \u00e9t\u00e9 supprim\u00e9s \u00e0 la suite de l\u2019entr\u00e9e en vigueur de l\u2019amendement l\u00e9gislatif du 23\u00a0mai 2018. La Cour ne souscrit pas \u00e0 cet argument. \u00c0 cet \u00e9gard, elle renvoie aux constats concernant le d\u00e9faut d\u2019ind\u00e9pendance de l\u2019actuel CNM et de la subordination de celui-ci aux autorit\u00e9s politiques que la Grande Chambre a formul\u00e9 dans l\u2019affaire Grz\u0119da (pr\u00e9cit\u00e9e, \u00a7 322) et qui se d\u00e9gagent d\u2019une s\u00e9rie d\u2019arr\u00eats pertinents de la Cour concernant la Pologne (voir, Reczkowicz v. Pologne, no\u00a042447\/19, \u00a7\u00a7 269-276, 22 juillet 2021, Dolinska-Ficek et Ozimek c.\u00a0Pologne, pr\u00e9cit\u00e9, \u00a7\u00a7 290-312 et 316, et Advance Pharma c. Pologne, no\u00a01469\/20, \u00a7\u00a7 216-217, 3 f\u00e9vrier 2022). Elle note que, pour parvenir \u00e0 ses constats sur ces points, la Grande Chambre s\u2019est appuy\u00e9e, entre autres, sur la jurisprudence pertinente de la Cour supr\u00eame polonaise, de laquelle il se d\u00e9gage que le CNM en l\u2019\u00e9tat actuel ne pr\u00e9sente pas de garanties suffisantes d\u2019ind\u00e9pendance \u00e0 l\u2019\u00e9gard des pouvoirs ex\u00e9cutif et l\u00e9gislatif (ibidem, \u00a7 319).<\/p>\n<p>193. La Cour consid\u00e8re que, compte tenu des \u00e9l\u00e9ments pr\u00e9cit\u00e9s et des circonstances ayant entour\u00e9 les d\u00e9parts respectifs des requ\u00e9rantes de la magistrature, celles-ci pouvaient l\u00e9gitimement soup\u00e7onner un \u00e9l\u00e9ment d\u2019arbitraire dans les d\u00e9cisions du ministre de la Justice et du CNM les visant. La Cour rappelle que l\u2019arbitraire, qui implique la n\u00e9gation de l\u2019\u00e9tat de droit (Al-Dulimi et Montana Management Inc., pr\u00e9cit\u00e9, \u00a7 145), est tout aussi intol\u00e9rable en mati\u00e8re de droits proc\u00e9duraux qu\u2019en mati\u00e8re de droits substantiels (Muhammad et Muhammad c. Roumanie [GC], no 80982\/12, \u00a7\u00a0118, 15 octobre 2020).<\/p>\n<p>194. Statuant sur la base de l\u2019ensemble des \u00e9l\u00e9ments en sa possession, la Cour ne peut que conclure que les d\u00e9parts \u00e0 la retraite respectifs des requ\u00e9rantes n\u2019\u00e9taient entour\u00e9s d\u2019aucune des exigences fondamentales de l\u2019\u00e9quit\u00e9 proc\u00e9durale. Elle souligne aussi que les d\u00e9cisions minist\u00e9rielles rendues en d\u00e9faveur des requ\u00e9rantes n\u2019\u00e9taient accompagn\u00e9es d\u2019aucune motivation et que seule la d\u00e9cision du CNM concernant la troisi\u00e8me requ\u00e9rante \u00e9tait motiv\u00e9e de mani\u00e8re st\u00e9r\u00e9otyp\u00e9e et succincte. Elle estime que, dans un cadre juridique comme celui de l\u2019esp\u00e8ce, o\u00f9 le repr\u00e9sentant du pouvoir ex\u00e9cutif et le CNM subordonn\u00e9 aux autorit\u00e9s politiques disposent d\u2019un pouvoir de d\u00e9cision en mati\u00e8re de prolongation de la dur\u00e9e du mandat de juge, l\u2019absence de tout contr\u00f4le de la l\u00e9galit\u00e9 de ces d\u00e9cisions ne peut \u00eatre dans l\u2019int\u00e9r\u00eat de l\u2019\u00c9tat. La Cour rel\u00e8ve que le cadre juridique national, qui avait \u00e9t\u00e9 appliqu\u00e9 aux requ\u00e9rantes, ne les prot\u00e9geait d\u2019aucune mani\u00e8re que ce soit contre la cessation arbitraire de leurs fonctions de juge (paragraphes\u00a023\u201126 ci-dessus). Elle consid\u00e8re cependant que les magistrats doivent b\u00e9n\u00e9ficier d\u2019une protection contre l\u2019arbitraire du pouvoir ex\u00e9cutif, et que seul le contr\u00f4le par un organe judiciaire ind\u00e9pendant de la l\u00e9galit\u00e9 d\u2019une telle d\u00e9cision de r\u00e9vocation est \u00e0 m\u00eame de rendre ce droit effectif (voir, mutatis mutandis, K\u00f6vesi, \u00a7 124, et Broda et Bojara, \u00a7 146, tous deux pr\u00e9cit\u00e9s).<\/p>\n<p>195. Ainsi qu\u2019il se d\u00e9gage des conclusions de l\u2019avis de la Commission de Venise (paragraphe 55 ci-dessus), celle-ci a recommand\u00e9 la suppression de la possibilit\u00e9 dont le ministre de la Justice \u00e9tait investi alors de prolonger, \u00e0 son gr\u00e9, les fonctions d\u2019un juge au-del\u00e0 de l\u2019\u00e2ge de la retraite, au motif, entre autres, que cette possibilit\u00e9 rendait le juge int\u00e9ress\u00e9 sujet aux pressions. De plus, dans son arr\u00eat (paragraphes (62-71 ci-dessus), la CJUE a examin\u00e9 la mesure consistant \u00e0 conf\u00e9rer au ministre de la Justice le pouvoir d\u2019autoriser ou non la continuation de l\u2019exercice des fonctions des juges au-del\u00e0 du nouvel \u00e2ge du d\u00e9part \u00e0 la retraite, tel qu\u2019abaiss\u00e9. Ainsi qu\u2019il se d\u00e9gage des conclusions sur ce point de l\u2019arr\u00eat de la CJUE, le m\u00e9canisme dont la mesure en question \u00e9tait assortie, combin\u00e9e avec la mesure d\u2019abaissement de l\u2019\u00e2ge normal du d\u00e9part \u00e0 la retraite \u00e0 60 ans pour les juges f\u00e9minins et \u00e0 65 pour les juges masculins, m\u00e9connaissait le principe d\u2019inamovibilit\u00e9 des juges.<\/p>\n<p>196. La Cour n\u2019aper\u00e7oit aucun motif de s\u2019\u00e9carter des conclusions sur ces points de chacune des instances susmentionn\u00e9es. Comme celles-ci, elle consid\u00e8re que les d\u00e9cisions, qui avaient \u00e9t\u00e9 adopt\u00e9es dans le chef de chacune des requ\u00e9rantes en application du m\u00e9canisme national incrimin\u00e9, ont \u00e9t\u00e9 constitutives d\u2019une immixtion arbitraire et irr\u00e9guli\u00e8re du repr\u00e9sentant de l\u2019autorit\u00e9 ex\u00e9cutive et de l\u2019organe subordonn\u00e9 \u00e0 celle-ci dans la sph\u00e8re d\u2019ind\u00e9pendance et d\u2019inamovibilit\u00e9 des juges.<\/p>\n<p>197. La Cour redit que, compte tenu de la place \u00e9minente qu\u2019occupe la magistrature parmi les organes de l\u2019\u00c9tat dans une soci\u00e9t\u00e9 d\u00e9mocratique et de l\u2019importance qui s\u2019attache \u00e0 la s\u00e9paration des pouvoirs et \u00e0 la n\u00e9cessit\u00e9 de pr\u00e9server l\u2019ind\u00e9pendance de la justice (Ramos Nunes de Carvalho e S\u00e1 c.\u00a0Portugal pr\u00e9cit\u00e9, \u00a7 196, avec la jurisprudence cit\u00e9e), elle-m\u00eame doit \u00eatre particuli\u00e8rement attentive \u00e0 la protection des membres du corps judiciaire contre les mesures susceptibles de menacer leur ind\u00e9pendance et leur autonomie (Bilgen, pr\u00e9cit\u00e9, \u00a7 58). Elle rappelle de plus que les juges ne peuvent faire respecter l\u2019\u00e9tat de droit et donner effet \u00e0 la Convention que si le droit interne ne les prive pas des garanties requises en vertu de la Convention sur les questions touchant directement \u00e0 leur ind\u00e9pendance et \u00e0 leur impartialit\u00e9 (Grz\u0119da pr\u00e9cit\u00e9, \u00a7 264).<\/p>\n<p>198. La Cour consid\u00e8re que d\u00e8s lors que, comme en l\u2019esp\u00e8ce, il est question de cessation anticip\u00e9e des fonctions de juge en cons\u00e9quence de d\u00e9cisions unilat\u00e9rales du repr\u00e9sentant du pouvoir ex\u00e9cutif et de l\u2019organe subordonn\u00e9 \u00e0 ce dernier, il devrait y avoir des raisons s\u00e9rieuses propres \u00e0 justifier une absence exceptionnelle de contr\u00f4le juridictionnel. Or, le Gouvernement n\u2019en a fourni aucune \u00e0 la Cour en l\u2019esp\u00e8ce (Bilgen pr\u00e9cit\u00e9, \u00a7\u00a096).<\/p>\n<p>199. Dans ces circonstances, la Cour conclut que l\u2019\u00c9tat d\u00e9fendeur a port\u00e9 atteinte \u00e0 la substance m\u00eame du droit pour les requ\u00e9rantes d\u2019acc\u00e9der \u00e0 un tribunal (voir, mutatis mutandis, Baka, pr\u00e9cit\u00e9, \u00a7 121).<\/p>\n<p>200. Partant, la Cour rejette l\u2019exception de non-\u00e9puisement des voies de recours internes soulev\u00e9e par Gouvernement, pour autant qu\u2019elle concerne les recours internes indiqu\u00e9s ci-dessus (paragraphe 144), et conclut \u00e0 la violation dans le chef des requ\u00e9rantes du droit d\u2019acc\u00e8s \u00e0 un tribunal garanti par l\u2019article\u00a06 \u00a7 1 de la Convention.<\/p>\n<p><strong>III. SUR LA VIOLATION ALL\u00c9GU\u00c9E DE L\u2019ARTICLE 14 DE LA CONVENTION COMBIN\u00c9 AVEC L\u2019ARTICLE 8 DE CELLE-CI<\/strong><\/p>\n<p>201. Invoquant les articles 13, 14 et 17 de la Convention, la premi\u00e8re et la deuxi\u00e8me requ\u00e9rante se plaignent que les conditions ayant entour\u00e9 leurs d\u00e9parts anticip\u00e9s \u00e0 la retraite ont \u00e9t\u00e9 constitutives \u00e0 leur \u00e9gard d\u2019une discrimination fond\u00e9e sur le sexe en mati\u00e8re d\u2019emploi. Elles all\u00e8guent, tout particuli\u00e8rement, que ces mesures ont non seulement \u00e9t\u00e9 contraires aux dispositions sur l\u2019\u00e9galit\u00e9 des sexes dans la fonction publique, celles en mati\u00e8re d\u2019instruction, d\u2019emploi, de carri\u00e8re, de r\u00e9mun\u00e9ration pour un travail \u00e0 valeur \u00e9gale et de protection sociale de la Constitution polonaise mais encore ont entra\u00een\u00e9 des r\u00e9percussions n\u00e9fastes sur leurs situations financi\u00e8res, professionnelles, sociales et personnelles respectives. Les premi\u00e8re et deuxi\u00e8me requ\u00e9rantes all\u00e8guent, quant \u00e0 elles, que les mesures incrimin\u00e9es non seulement ont entra\u00een\u00e9 une r\u00e9duction de leurs \u00e9moluments et ont diminu\u00e9 leurs perspectives de pension de retraite mais encore ont mis fin \u00e0 leur vie professionnelle active \u00e0 l\u2019\u00e9poque o\u00f9 elles \u00e9taient \u00e2g\u00e9es respectivement de 62\u00a0ans et 61 ans et \u00e9taient, \u00e0 n\u2019en pas douter, aptes \u00e0 continuer \u00e0 si\u00e9ger. Les int\u00e9ress\u00e9es se plaignent en outre d\u2019avoir \u00e9t\u00e9 priv\u00e9es de leur droit de continuer \u00e0 exercer leur profession \u00e0 laquelle elles se sont toujours d\u00e9vou\u00e9es et laquelle leur procurait une satisfaction personnelle importante. Les m\u00eames requ\u00e9rantes all\u00e8guent de plus que leurs d\u00e9parts \u00e0 la retraite respectifs sont intervenus en l\u2019absence d\u2019une quelconque protection contre l\u2019arbitraire de la part des autorit\u00e9s nationales et qu\u2019elles en ont \u00e9prouv\u00e9 une frustration.<\/p>\n<p>La quatri\u00e8me requ\u00e9rante se plaint, quant \u00e0 elle, que l\u2019obligation qui lui a \u00e9t\u00e9 faite de prendre sa retraite anticip\u00e9e s\u2019analyse en une ing\u00e9rence injustifi\u00e9e dans sa sph\u00e8re priv\u00e9e et en une discrimination \u00e0 son \u00e9gard fond\u00e9e sur le sexe et l\u2019\u00e2ge, lesquelles seraient toutes deux contraires \u00e0 l\u2019article 8 de la Convention, seul et combin\u00e9 avec l\u2019article 14 de celle-ci. En sus des griefs comparables \u00e0 ceux r\u00e9sum\u00e9s ci-dessus formul\u00e9s par la premi\u00e8re et la deuxi\u00e8me requ\u00e9rantes, la quatri\u00e8me requ\u00e9rante en soul\u00e8ve d\u2019autres \u00e0 propos du caract\u00e8re, \u00e0 ses yeux, discriminatoire \u00e0 son \u00e9gard de l\u2019obligation lui ayant \u00e9t\u00e9 faite de prouver au ministre de la Justice qu\u2019elle \u00e9tait apte \u00e0 si\u00e9ger, alors que tel n\u2019\u00e9tait pas le cas des juges masculins se trouvant dans une situation analogue.<\/p>\n<p>202. Le Gouvernement conteste ces all\u00e9gations.<\/p>\n<p>203. Ma\u00eetresse de la qualification juridique des faits qui lui sont soumis, la Cour n\u2019est pas li\u00e9e par celle que leur attribuent les requ\u00e9rants ou les gouvernements (Emel Boyraz c. Turquie, no 61960\/08, 2 d\u00e9cembre 2014, \u00a7\u00a033). En l\u2019esp\u00e8ce, statuant en vertu du principe jura novit curia, elle examinera les faits de la pr\u00e9sente esp\u00e8ce \u00e0 la lumi\u00e8re des dispositions pertinentes de l\u2019article 14 de la Convention combin\u00e9 avec l\u2019article 8 de celle-ci, lesquelles sont ainsi libell\u00e9es :<\/p>\n<p style=\"text-align: center;\">Article 8<\/p>\n<p>\u00ab\u00a01. Toute personne a droit au respect de sa vie priv\u00e9e (&#8230;)<\/p>\n<p>2. Il ne peut y avoir ing\u00e9rence d\u2019une autorit\u00e9 publique dans l\u2019exercice de ce droit que pour autant que cette ing\u00e9rence est pr\u00e9vue par la loi et qu\u2019elle constitue une mesure qui, dans une soci\u00e9t\u00e9 d\u00e9mocratique, est n\u00e9cessaire \u00e0 la s\u00e9curit\u00e9 nationale, \u00e0 la s\u00fbret\u00e9 publique, au bien-\u00eatre \u00e9conomique du pays, \u00e0 la d\u00e9fense de l\u2019ordre et \u00e0 la pr\u00e9vention des infractions p\u00e9nales, \u00e0 la protection de la sant\u00e9 ou de la morale, ou \u00e0 la protection des droits et libert\u00e9s d\u2019autrui.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p style=\"text-align: center;\">Article 14<\/p>\n<p>\u00ab\u00a0La jouissance des droits et libert\u00e9s reconnus dans la (&#8230;) Convention doit \u00eatre assur\u00e9e, sans distinction aucune, fond\u00e9e notamment sur (&#8230;) la religion (&#8230;) ou toute autre situation\u00a0\u00bb<\/p>\n<p><strong>A. Sur la recevabilit\u00e9<\/strong><\/p>\n<p><strong>1. Sur l\u2019exception d\u2019incompatibilit\u00e9 ratione materiae des griefs avec les dispositions de la Convention<\/strong><\/p>\n<p>a) Arguments des parties<\/p>\n<p>204. Le Gouvernement plaide l\u2019irrecevabilit\u00e9 des griefs r\u00e9sum\u00e9s ci-dessus (paragraphe 201), estimant qu\u2019ils sont incompatibles ratione materiae avec les dispositions de la Convention. Il soutient que les requ\u00e9rantes susmentionn\u00e9es n\u2019ont subi aucune discrimination par rapport \u00e0 des juges masculins. \u00c0 cet \u00e9gard, il indique tout particuli\u00e8rement qu\u2019en application des dispositions transitoires de l\u2019article 26\u00a0\u00a7\u00a02 de la loi du 16 novembre 2016 (paragraphe 28 ci-dessus) les int\u00e9ress\u00e9es avaient eu chacune la possibilit\u00e9 de conserver leurs fonctions jusqu\u2019\u00e0 l\u2019\u00e2ge de 65 ans, ce qui, explique-t-il, leur a permis de b\u00e9n\u00e9ficier de conditions de d\u00e9part \u00e0 la retraite analogues \u00e0 celles applicables aux juges masculins. R\u00e9pliquant aux all\u00e9gations de la quatri\u00e8me requ\u00e9rante, il soutient que celle-ci ne peut se pr\u00e9tendre titulaire d\u2019un quelconque droit \u00e0 ne pas subir de discrimination, d\u00e8s lors que, d\u2019une part, aucun droit \u00e0 l\u2019exercice de la fonction publique jusqu\u2019\u00e0 un certain \u00e2ge n\u2019est garanti, que ce soit en vertu du droit interne ou sous l\u2019angle de la Convention, et que, d\u2019autre part, l\u2019article 14 de la Convention n\u2019a pas d\u2019existence ind\u00e9pendante.<\/p>\n<p>205. Les requ\u00e9rantes susmentionn\u00e9es r\u00e9pliquent que leurs d\u00e9parts anticip\u00e9s \u00e0 la retraite ont eu des r\u00e9percussions n\u00e9gatives \u00e9videntes sur leurs sph\u00e8res priv\u00e9es au sens de l\u2019article 8 de la Convention, et qu\u2019en cons\u00e9quence de l\u2019application des mesures pr\u00e9cit\u00e9es elles ont \u00e9t\u00e9 trait\u00e9es moins favorablement que les juges masculins se trouvant dans une situation analogue. La quatri\u00e8me requ\u00e9rante ajoute, quant \u00e0 elle, que son d\u00e9part anticip\u00e9 \u00e0 la retraite s\u2019est sold\u00e9 par une r\u00e9duction de son revenu et que les r\u00e9percussions sur sa sph\u00e8re priv\u00e9e de la mesure en question ont \u00e9t\u00e9 plus graves que celles dont il est question dans les affaires Denisov et Gumenyuk, qui, d\u2019apr\u00e8s elle, sont similaires \u00e0 la sienne.<\/p>\n<p>b) Appr\u00e9ciation de la Cour<\/p>\n<p>206. La Cour rappelle que l\u2019article 14 de la Convention prot\u00e8ge les personnes plac\u00e9es dans des situations analogues contre toute diff\u00e9rence de traitement non justifi\u00e9e dans la jouissance des droits et libert\u00e9s que leur garantit la Convention. Cette disposition n\u2019a pas d\u2019existence ind\u00e9pendante puisqu\u2019elle vaut uniquement pour la jouissance des droits et libert\u00e9s que les autres clauses normatives de la Convention et des Protocoles consacrent. Toutefois, elle peut entrer en jeu m\u00eame sans un manquement aux exigences de ces clauses et, dans cette mesure, poss\u00e8de une port\u00e9e autonome. Pour qu\u2019elle trouve \u00e0 s\u2019appliquer, il suffit que les faits du litige tombent sous l\u2019empire de l\u2019une au moins desdites clauses (voir, mutatis mutandis, Inze c.\u00a0Autriche, 28 octobre 1987, \u00a7\u00a036, s\u00e9rie A no 126). En cons\u00e9quence, la Cour recherche d\u2019abord si les faits de la cause tombent dans le champ d\u2019application de l\u2019article 8 et se prononcera ensuite sur l\u2019applicabilit\u00e9 de l\u2019article 14.<\/p>\n<p>207. En l\u2019esp\u00e8ce, la Cour observe que les requ\u00e9rantes se plaignent non pas de n\u2019avoir pas pu exercer leur droit de rester en fonction jusqu\u2019\u00e0 l\u2019\u00e2ge de 70\u00a0ans en tant que tel mais d\u2019avoir subi une discrimination fond\u00e9e sur le sexe et l\u2019\u00e2ge en mati\u00e8re d\u2019emploi, et tout particuli\u00e8rement de retraite, de pensions et de dur\u00e9e de leur relation de travail (Emel Boyraz pr\u00e9cit\u00e9, \u00a7 42).<\/p>\n<p>208. La Cour rappelle que, si aucun droit g\u00e9n\u00e9ral \u00e0 un emploi ni aucun droit \u00e0 l\u2019acc\u00e8s \u00e0 la fonction publique ou au choix d\u2019une profession particuli\u00e8re ne peut se d\u00e9gager de l\u2019article 8, la notion de \u00ab\u00a0vie priv\u00e9e\u00a0\u00bb, au sens large, n\u2019exclut pas en principe les activit\u00e9s de nature professionnelle ou commerciale (Denisov, pr\u00e9cit\u00e9, \u00a7 100). D\u2019ailleurs, tout bien consid\u00e9r\u00e9, c\u2019est dans leur travail que la majorit\u00e9 des gens ont beaucoup d\u2019occasions de nouer des liens avec le monde ext\u00e9rieur. La vie professionnelle fait donc partie de cette zone d\u2019interaction entre l\u2019individu et autrui qui, m\u00eame dans un contexte public, peut dans certaines circonstances relever de la \u00ab vie priv\u00e9e \u00bb (ibidem).<\/p>\n<p>209. La typologie des affaires dont la Cour a \u00e9t\u00e9 saisie dans le cadre de litiges professionnels relevant de l\u2019article 8 est vari\u00e9e. Il s\u2019agit en particulier du retour \u00e0 la vie civile de militaires, de r\u00e9vocations de la magistrature, de la r\u00e9vocation d\u2019un juge de ses fonctions administratives et de l\u2019impossibilit\u00e9 faite aux juges de la Cour supr\u00eame d\u2019exercer leurs fonctions de juge sans jamais avoir \u00e9t\u00e9 formellement r\u00e9voqu\u00e9s. D\u2019autres affaires concernaient des restrictions \u00e0 l\u2019acc\u00e8s \u00e0 l\u2019emploi dans la fonction publique, la perte d\u2019un emploi hors du secteur public ainsi que des restrictions \u00e0 l\u2019acc\u00e8s \u00e0 certains m\u00e9tiers du secteur priv\u00e9 (ibidem, \u00a7 101).<\/p>\n<p>210. Dans les affaires entrant dans la cat\u00e9gorie susmentionn\u00e9e, la Cour applique la notion de \u00ab\u00a0vie priv\u00e9e\u00a0\u00bb en suivant deux approches diff\u00e9rentes : \u03b1)\u00a0le constat de l\u2019existence d\u2019une question relevant de la \u00ab\u00a0vie priv\u00e9e\u00a0\u00bb comme motif du litige (approche fond\u00e9e sur les motifs) et \u03b2) la d\u00e9duction de l\u2019existence d\u2019une question relevant de la \u00ab\u00a0vie priv\u00e9e\u00a0\u00bb au regard des cons\u00e9quences de la mesure d\u00e9nonc\u00e9e (approche fond\u00e9e sur les cons\u00e9quences).<\/p>\n<p>211. Lorsque les motifs \u00e0 la base de l\u2019adoption d\u2019une mesure touchant la vie professionnelle d\u2019une personne n\u2019ont aucun rapport avec sa vie priv\u00e9e, une question peut n\u00e9anmoins se poser sur le terrain de l\u2019article 8 si cette mesure a eu ou peut avoir de graves cons\u00e9quences n\u00e9gatives sur sa vie priv\u00e9e. Dans les affaires o\u00f9 la Cour retient l\u2019approche fond\u00e9e sur les cons\u00e9quences de la mesure en cause, l\u2019analyse de la gravit\u00e9 de celles-ci occupe une place importante (ibidem, \u00a7\u00a7 107 et 110).<\/p>\n<p>212. Si l\u2019approche fond\u00e9e sur les cons\u00e9quences est suivie, le seuil de gravit\u00e9 \u00e0 atteindre pour chacun des aspects susmentionn\u00e9s rev\u00eat une importance cruciale. C\u2019est au requ\u00e9rant qu\u2019il incombe d\u2019\u00e9tablir de mani\u00e8re convaincante que ce seuil a \u00e9t\u00e9 atteint dans son cas. Il doit produire des \u00e9l\u00e9ments prouvant les cons\u00e9quences de la mesure en cause. La Cour ne reconna\u00eetra l\u2019applicabilit\u00e9 de l\u2019article 8 que si ces cons\u00e9quences sont tr\u00e8s graves et touchent sa vie priv\u00e9e de mani\u00e8re particuli\u00e8rement notable (ibidem, \u00a7\u00a0116).<\/p>\n<p>213. La Cour a \u00e9nonc\u00e9 des crit\u00e8res permettant d\u2019appr\u00e9cier le s\u00e9rieux ou la gravit\u00e9 des violations all\u00e9gu\u00e9es dans le cadre de diff\u00e9rents r\u00e9gimes. Le pr\u00e9judice subi par le requ\u00e9rant s\u2019appr\u00e9cie par rapport \u00e0 sa vie avant et apr\u00e8s la mesure en question. La Cour estime en outre que, pour d\u00e9terminer la gravit\u00e9 des cons\u00e9quences dans un litige professionnel, il convient d\u2019analyser au regard des circonstances objectives de l\u2019esp\u00e8ce la perception subjective que le requ\u00e9rant dit \u00eatre la sienne. Pareille analyse englobe les cons\u00e9quences tant mat\u00e9rielles que non mat\u00e9rielles de la mesure en cause. Il reste toutefois que c\u2019est au requ\u00e9rant de d\u00e9finir et pr\u00e9ciser la nature et l\u2019\u00e9tendue de son pr\u00e9judice, lequel doit avoir un lien de causalit\u00e9 avec la mesure en cause.<\/p>\n<p>214. En l\u2019esp\u00e8ce, la Cour observe qu\u2019aucun \u00e9l\u00e9ment relatif \u00e0 la vie priv\u00e9e ne figurait dans les motifs de la d\u00e9cision minist\u00e9rielle portant refus d\u2019autoriser la continuation de l\u2019exercice des fonctions de juge des premi\u00e8re, deuxi\u00e8me et quatri\u00e8me requ\u00e9rantes. Elle consid\u00e8re qu\u2019il faut par cons\u00e9quent rechercher si, au vu du dossier et des all\u00e9gations \u00e9tay\u00e9es formul\u00e9es par les requ\u00e9rantes, cette mesure a eu de graves cons\u00e9quences n\u00e9gatives sur les aspects constitutifs de leur \u00ab\u00a0vie priv\u00e9e\u00a0\u00bb, \u00e0 savoir i) leur \u00ab\u00a0cercle intime\u00a0\u00bb, ii) la possibilit\u00e9 pour elles de nouer et de d\u00e9velopper des relations avec autrui ou iii) leur r\u00e9putation.<\/p>\n<p>215. Concernant les cons\u00e9quences des d\u00e9parts \u00e0 la retraite respectifs des premi\u00e8re, deuxi\u00e8me et quatri\u00e8me requ\u00e9rantes sur leur \u00ab\u00a0cercle intime\u00a0\u00bb, la Cour observe, d\u2019un c\u00f4t\u00e9, que les mesures litigieuses ont entra\u00een\u00e9 une abrupte r\u00e9duction des \u00e9moluments per\u00e7us par elles de 25 % par rapport au dernier traitement touch\u00e9 et constate, de l\u2019autre, que ces mesures ont eu en outre des r\u00e9percussions n\u00e9gatives sur les perspectives de retraite des int\u00e9ress\u00e9es, eu \u00e9gard au calcul de leur pension de retraite en fonction de leur anciennet\u00e9. Elle note que, m\u00eame si les affirmations des requ\u00e9rantes \u00e0 propos de ce dernier point paraissent sp\u00e9culatives, les int\u00e9ress\u00e9es en l\u2019esp\u00e8ce ont n\u00e9anmoins produit une estimation d\u00e9taill\u00e9e de leur manque \u00e0 gagner qui en avait r\u00e9sult\u00e9 (paragraphe 273 ci-dessous) (voir, a contrario, Denisov, pr\u00e9cit\u00e9, \u00a7 122). Elle prend note des arguments des requ\u00e9rantes susmentionn\u00e9es selon lesquels, en cons\u00e9quence de l\u2019abaissement abrupt de l\u2019\u00e2ge de d\u00e9part \u00e0 la retraite des juges f\u00e9minins, elles se sont vues contraintes de quitter leurs postes rapidement sans avoir eu le temps de prendre leurs dispositions pour faire face \u00e0 la baisse de leur revenu et qu\u2019en raison des restrictions applicables aux juges retrait\u00e9s en mati\u00e8re d\u2019emploi, elles disposent actuellement de peu de possibilit\u00e9s d\u2019avoir une activit\u00e9 r\u00e9mun\u00e9r\u00e9e.<\/p>\n<p>216. La Cour rappelle avoir jug\u00e9 que, m\u00eame si l\u2019\u00e9l\u00e9ment p\u00e9cuniaire du litige a \u00e9t\u00e9 consid\u00e9r\u00e9 comme important aux fins de l\u2019applicabilit\u00e9 de l\u2019article\u00a06 sous son volet civil, cette conclusion ne fait pas automatiquement tomber ce litige sous le champ d\u2019application de l\u2019article 8 de la Convention (Denisov, pr\u00e9cit\u00e9, \u00a7 122).<\/p>\n<p>217. Pour ce qui est des possibilit\u00e9s de nouer et de maintenir des relations avec autrui, la Cour observe que toutes les requ\u00e9rantes sans aucune exception insistent sur les r\u00e9percussions n\u00e9gatives des mesures litigieuses sur leurs carri\u00e8res professionnelles respectives et leurs perspectives d\u2019\u00e9panouissement personnel et professionnel. Elle prend note des d\u00e9clarations des int\u00e9ress\u00e9es \u00e0 propos du sentiment de satisfaction et d\u2019accomplissement de soi que leur profession leur procurait. Elle rel\u00e8ve qu\u2019en cons\u00e9quence de l\u2019application des mesures litigieuses aux requ\u00e9rantes, il a \u00e9t\u00e9 mis fin pr\u00e9matur\u00e9ment \u00e0 leurs carri\u00e8res professionnelles respectives sans que les int\u00e9ress\u00e9es aient eu la possibilit\u00e9 de s\u2019\u00e9panouir professionnellement ailleurs. Elle observe de plus que les requ\u00e9rantes ont non seulement \u00e9t\u00e9 priv\u00e9es de la possibilit\u00e9 de poursuivre leur travail judiciaire mais encore ont \u00e9t\u00e9 purement et simplement \u00e9cart\u00e9es du monde du travail en g\u00e9n\u00e9ral et contraintes de prendre leurs retraites respectives huit, neuf et sept ans avant les dates jusqu\u2019auxquelles elles esp\u00e9raient pouvoir encore si\u00e9ger (voir, a contrario, Denisov, pr\u00e9cit\u00e9, \u00a7\u00a0123, o\u00f9 la r\u00e9vocation du requ\u00e9rant de ses fonctions de pr\u00e9sident de la cour d\u2019appel, intervenue environ deux ans avant qu\u2019il n\u2019atteignit l\u2019\u00e2ge de la retraite, n\u2019a pas entra\u00een\u00e9 sa destitution de la magistrature, et Grazuleviciute c.\u00a0Lituanie, no 53176\/17, 14 mars 2022, o\u00f9 il \u00e9tait question de suspension disciplinaire de la requ\u00e9rante de son poste de chercheuse mais non de celui de m\u00e9decin). Eu \u00e9gard \u00e0 la dur\u00e9e de cette p\u00e9riode et compte tenu du fait que l\u2019exp\u00e9rience acquise avec l\u2019\u00e2ge est consid\u00e9r\u00e9e comme un atout pour la carri\u00e8re de juge, la Cour consid\u00e8re que les mesures litigieuses ont eu, \u00e0 n\u2019en pas douter, des r\u00e9percussions n\u00e9gatives \u00e9videntes sur la carri\u00e8re et les perspectives d\u2019\u00e9panouissement professionnel et personnel des premi\u00e8re, deuxi\u00e8me et quatri\u00e8me requ\u00e9rantes. Elle souscrit en outre \u00e0 l\u2019argument des int\u00e9ress\u00e9es \u00e0 propos du sentiment de frustration, voir m\u00eame d\u2019exclusion sociale, que la situation expos\u00e9e ci-dessus a d\u00fb leur causer.<\/p>\n<p>218. Quant \u00e0 la r\u00e9putation professionnelle et sociale des premi\u00e8re, deuxi\u00e8me et quatri\u00e8me requ\u00e9rantes, la Cour note que, m\u00eame si les d\u00e9cisions minist\u00e9rielles litigieuses et les lettres minist\u00e9rielles leur communiquant leurs d\u00e9parts \u00e0 la retraite respectifs ne faisaient \u00e9tat d\u2019aucune insuffisance professionnelle de la part des int\u00e9ress\u00e9es, en l\u2019esp\u00e8ce, elle-m\u00eame ne peut faire abstraction du contexte sous-jacents des mesures en question. Elle note qu\u2019il se d\u00e9gage des \u00e9l\u00e9ments en sa possession (paragraphes 55 et 62-71 ci-dessus) que les d\u00e9parts \u00e0 la retraite des requ\u00e9rantes sont intervenus dans le cadre d\u2019une r\u00e9forme gouvernementale controvers\u00e9e \u00e0 propos de laquelle la CJUE et la Commission de Venise avaient toutes les deux estim\u00e9 que cette r\u00e9forme avait \u00e9t\u00e9 inspir\u00e9e de la volont\u00e9 de l\u2019ex\u00e9cutif d\u2019\u00e9vincer les juges les plus exp\u00e9riment\u00e9s et potentiellement ind\u00e9sirables. Elle observe en outre que les mesures litigieuses ont \u00e9t\u00e9 prises en application de la l\u00e9gislation nationale, \u00e0 propos de laquelle la CJUE a \u00e9tabli que cette l\u00e9gislation se fondait sur le sexe pour imposer des \u00e2ges diff\u00e9rents de d\u00e9part \u00e0 la retraite des juges (paragraphes\u00a062-71 ci-dessus). Eu \u00e9gard aux constats de la CJUE sur ce point, elle estime que les mesures litigieuses ont eu, \u00e0 n\u2019en pas douter, dans une dimension plus large, des r\u00e9percussions n\u00e9gatives sur l\u2019int\u00e9grit\u00e9 des requ\u00e9rantes (voir, a contrario, Denisov, pr\u00e9cit\u00e9, \u00a7 129) et sur la sph\u00e8re priv\u00e9e de celles-ci, prot\u00e9g\u00e9e par l\u2019article 8 de la Convention.<\/p>\n<p>219. La Cour observe qu\u2019en l\u2019esp\u00e8ce, les mesures incrimin\u00e9es ont \u00e9t\u00e9 appliqu\u00e9es aux requ\u00e9rantes qui, certes, en tant que professionnelles du droit avaient \u00e9t\u00e9 averties de leur ill\u00e9galit\u00e9 mais avaient \u00e9t\u00e9 en m\u00eame temps priv\u00e9es d\u2019un quelconque moyen de protection juridique contre l\u2019arbitraire des autorit\u00e9s nationales. Dans ces circonstances, la Cour souscrit \u00e0 l\u2019argument des int\u00e9ress\u00e9es \u00e0 propos du sentiment de frustration que la situation d\u00e9crite ci\u2011dessus a d\u00fb leur causer.<\/p>\n<p>220. En cons\u00e9quence, si l\u2019on analyse la perception subjective des requ\u00e9rantes \u00e0 l\u2019aune des \u00e9l\u00e9ments objectifs et si l\u2019on appr\u00e9cie les cons\u00e9quences mat\u00e9rielles et non mat\u00e9rielles de leurs d\u00e9parts \u00e0 la retraite respectifs sur la base des \u00e9l\u00e9ments produits devant la Cour, il y a lieu de conclure que ces mesures ont atteint le niveau de gravit\u00e9 n\u00e9cessaire pour qu\u2019une question se pose sur le terrain de l\u2019article 8 de la Convention combin\u00e9 avec l\u2019article 14.<\/p>\n<p>221. Partant, il y a lieu de rejeter l\u2019exception pr\u00e9liminaire d\u2019inapplicabilit\u00e9 de l\u2019article 8 de la Convention combin\u00e9 avec l\u2019article 14 formul\u00e9e par le Gouvernement.<\/p>\n<p><strong>2. Sur l\u2019exception de non-\u00e9puisement des voies de recours internes<\/strong><\/p>\n<p>a) Arguments des parties<\/p>\n<p>222. Le Gouvernement soutient que la premi\u00e8re et la deuxi\u00e8me requ\u00e9rante ne se sont pas pr\u00e9values des dispositions de l\u2019article 26 \u00a7 2 de la loi du 16\u00a0novembre 2016 pour b\u00e9n\u00e9ficier de conditions de d\u00e9part \u00e0 la retraite analogues \u00e0 celles qui \u00e9taient applicables aux juges masculins. Il argue de plus que, si les requ\u00e9rantes susmentionn\u00e9es consid\u00e9raient que les d\u00e9cisions minist\u00e9rielles en leur d\u00e9faveur \u00e9taient contraires \u00e0 leur droit au respect de leur vie priv\u00e9e et \u00e0 celui de ne pas subir de discrimination, elles auraient pu se plaindre devant la Cour constitutionnelle des dispositions de l\u2019article\u00a069 \u00a7\u00a7\u00a01 et 1b) de la loi Pusp, en application desquelles ces d\u00e9cisions avaient \u00e9t\u00e9 adopt\u00e9es, et plaider que les dispositions susmentionn\u00e9es \u00e9taient contraires aux articles\u00a032, 47 et 60 de la Constitution. Il affirme de plus que les premi\u00e8re, deuxi\u00e8me et quatri\u00e8me requ\u00e9rantes ont eu la possibilit\u00e9 d\u2019attaquer devant le tribunal administratif les d\u00e9cisions minist\u00e9rielles en leur d\u00e9faveur.<\/p>\n<p>223. La premi\u00e8re et la deuxi\u00e8me requ\u00e9rante r\u00e9pliquent que ni les dispositions de l\u2019article 69 \u00a7\u00a7 1 et 1b de la loi Pusp ni celles de l\u2019article\u00a026 \u00a7\u00a02 de la loi du 16 novembre 2016 ne leur \u00e9taient applicables. Par ailleurs, la premi\u00e8re, la deuxi\u00e8me et la quatri\u00e8me requ\u00e9rante soutiennent que l\u2019exception soulev\u00e9e par le Gouvernement, pour autant qu\u2019elle concerne la possibilit\u00e9 all\u00e9gu\u00e9e pour elles d\u2019attaquer les d\u00e9cisions minist\u00e9rielles en leur d\u00e9faveur devant le tribunal administratif, est d\u00e9nu\u00e9e de fondement pour des motifs qui sont les m\u00eames que ceux qu\u2019elles ont expos\u00e9 ci-dessus aux paragraphes\u00a0146 et 148.<\/p>\n<p>b) Appr\u00e9ciation de la Cour<\/p>\n<p>224. La Cour estime que l\u2019exception soulev\u00e9e par le Gouvernement, pour autant qu\u2019elle concerne la possibilit\u00e9 all\u00e9gu\u00e9e pour les requ\u00e9rantes de se pr\u00e9valoir des dispositions de l\u2019article 26 \u00a7 2 de la loi du 16 novembre 2016, est \u00e9troitement li\u00e9e \u00e0 la question de savoir si les requ\u00e9rantes ont subi en l\u2019esp\u00e8ce une discrimination fond\u00e9e sur le sexe contraire aux dispositions pr\u00e9cit\u00e9es de la Convention.<\/p>\n<p>225. D\u00e8s lors, elle d\u00e9cide de joindre cette partie de l\u2019exception au fond.<\/p>\n<p>226. Renvoyant aux constats qu\u2019elle a formul\u00e9s ci-dessus au sujet de la plainte constitutionnelle (paragraphes 152, 154-156) et de la plainte devant le tribunal administratif (paragraphes 177-179 et 200), la Cour consid\u00e8re qu\u2019ils sont \u00e9galement pertinents pour les griefs expos\u00e9s ci-dessus, qui concernent l\u2019article 14 de la Convention combin\u00e9 avec l\u2019article 8 de celle\u2011ci.<\/p>\n<p>227. Par cons\u00e9quent, elle rejette l\u2019exception de non-\u00e9puisement des voies de recours internes, pour autant qu\u2019elle concerne la plainte constitutionnelle et la plainte devant le tribunal administratif.<\/p>\n<p><strong>3. Sur l\u2019exception de non-respect du d\u00e9lai de six mois par la quatri\u00e8me requ\u00e9rante<\/strong><\/p>\n<p>a) Arguments des parties<\/p>\n<p>228. Le Gouvernement soul\u00e8ve l\u2019exception de tardivet\u00e9 de la requ\u00eate de la quatri\u00e8me requ\u00e9rante analogue \u00e0 celle qu\u2019il avait formul\u00e9e ci-dessus relativement au grief tir\u00e9 de l\u2019article 6 de la Convention (paragraphe 157).<\/p>\n<p>229. La quatri\u00e8me requ\u00e9rante n\u2019a pas fait d\u2019autres observations que celles qui sont pr\u00e9sent\u00e9es ci-dessus (paragraphe 158).<\/p>\n<p>b) Appr\u00e9ciation de la Cour<\/p>\n<p>230. La Cour consid\u00e8re que les conclusions auxquelles elle est parvenue en ce qui concerne l\u2019exception similaire formul\u00e9e sur le terrain de l\u2019article\u00a06 de la Convention (paragraphes 159-162), sont pertinentes \u00e9galement pour l\u2019exception de tardivet\u00e9 soulev\u00e9e par le Gouvernement relativement au grief de la quatri\u00e8me requ\u00e9rante fond\u00e9 sur l\u2019article 14 de la Convention combin\u00e9 avec l\u2019article 8 de celle-ci.<\/p>\n<p>231. Dans ces circonstances, la Cour rejette l\u2019exception de non-respect par la quatri\u00e8me requ\u00e9rante du d\u00e9lai de six mois.<\/p>\n<p><strong>4. Sur l\u2019exception relative au caract\u00e8re pr\u00e9tendument abusif de la requ\u00eate no 43949\/19<\/strong><\/p>\n<p>a) Arguments des parties<\/p>\n<p>232. Le Gouvernement soutient que la requ\u00eate no43949\/19 est irrecevable, la quatri\u00e8me requ\u00e9rante ayant, selon lui, abus\u00e9 de son droit de recours individuel. Il indique que celle-ci, dans ses observations \u00e0 la Cour europ\u00e9enne des droits de l\u2019homme, a tout particuli\u00e8rement laiss\u00e9 entendre que les juges masculins souhaitant si\u00e9ger au-del\u00e0 de l\u2019\u00e2ge de d\u00e9part \u00e0 la retraite n\u2019avaient aucune obligation de justifier leur aptitude en ce sens au ministre de la Justice. Le Gouvernement repousse cette all\u00e9gation. Selon lui, la quatri\u00e8me requ\u00e9rante n\u2019a pas non plus inform\u00e9 la Cour europ\u00e9enne des droits de l\u2019homme de la possibilit\u00e9 qu\u2019elle avait en application de l\u2019article 26 \u00a7 2 de la loi du 16 novembre 2016 de rester en fonction jusqu\u2019\u00e0 l\u2019\u00e2ge de 65 ans sans qu\u2019aucune autorisation minist\u00e9rielle f\u00fbt requise.<\/p>\n<p>233. La quatri\u00e8me requ\u00e9rante combat ces arguments.<\/p>\n<p>b) Appr\u00e9ciation de la Cour<\/p>\n<p>234. La Cour rappelle que, sauf cas exceptionnels, une requ\u00eate ne peut \u00eatre rejet\u00e9e comme \u00e9tant abusive que si elle a \u00e9t\u00e9 fond\u00e9e sciemment sur des faits controuv\u00e9s en vue de tromper la Cour (Varbanov c.\u00a0Bulgarie, no\u00a031365\/96, \u00a7 36, 5 octobre 2000). Ce type d\u2019abus peut \u00e9galement \u00eatre commis par inaction, lorsque le requ\u00e9rant omet d\u00e8s le d\u00e9but d\u2019informer la Cour d\u2019un \u00e9l\u00e9ment essentiel pour l\u2019examen de l\u2019affaire (Martins Alves c.\u00a0Portugal (d\u00e9c.), no 56297\/11, 21 janvier 2014).<\/p>\n<p>235. Dans le cas d\u2019esp\u00e8ce, la Cour ne d\u00e9c\u00e8le aucun abus du droit de recours individuel de la part de la quatri\u00e8me requ\u00e9rante. Elle note que l\u2019int\u00e9ress\u00e9e a indiqu\u00e9, d\u2019une part, que les juges f\u00e9minins ayant atteint l\u2019\u00e2ge de 60 ans \u00e9taient tenus de soumettre au ministre de la Justice le certificat de sant\u00e9 requis afin de lui prouver leur aptitude \u00e0 si\u00e9ger et, d\u2019autre part, que la m\u00eame obligation s\u2019appliquait aux juges masculins ayant atteint l\u2019\u00e2ge de 65\u00a0ans. La Cour observe que c\u2019est justement cette diff\u00e9rence de traitement entre les cat\u00e9gories des juges susmentionn\u00e9es qui fait l\u2019objet du grief soulev\u00e9 par l\u2019int\u00e9ress\u00e9e devant elle-m\u00eame sur le terrain de l\u2019article 14 de la Convention combin\u00e9 avec l\u2019article 8 de celle-ci. Elle rel\u00e8ve enfin qu\u2019en l\u2019esp\u00e8ce la quatri\u00e8me requ\u00e9rante a souhait\u00e9 exercer non pas le droit consacr\u00e9 par l\u2019article\u00a026 \u00a7 2 de la loi du 16 novembre 2016 mais celui garanti par les dispositions de l\u2019article 26 \u00a7 1 de la m\u00eame loi.<\/p>\n<p>236. Dans ces circonstances, la Cour rejette l\u2019exception du Gouvernement.<\/p>\n<p><strong>5. Conclusion sur la recevabilit\u00e9<\/strong><\/p>\n<p>237. Constatant que les griefs ne sont pas manifestement mal fond\u00e9s ni irrecevables pour un autre motif vis\u00e9 \u00e0 l\u2019article\u00a035 de la Convention, la Cour les d\u00e9clare recevables.<\/p>\n<p><strong>B. Sur le fond<\/strong><\/p>\n<p>a) Arguments des parties<\/p>\n<p>i. Les requ\u00e9rantes<\/p>\n<p>238. Les requ\u00e9rantes concern\u00e9es se disent victimes d\u2019une discrimination contraire \u00e0 l\u2019article 14 de la Convention combin\u00e9 avec l\u2019article\u00a08\u00a0de celle\u2011ci en cons\u00e9quence de l\u2019application \u00e0 leur situation de la l\u00e9gislation nationale, laquelle, expliquent-elles, se fondait sur le sexe pour imposer des \u00e2ges de retraite diff\u00e9rents pour les juges. La premi\u00e8re et la deuxi\u00e8me requ\u00e9rante soutiennent que l\u2019ensembles des dispositions nationales qui leur \u00e9taient applicables leur permettaient de nourrir une esp\u00e9rance l\u00e9gitime de pouvoir se maintenir dans leurs fonctions jusqu\u2019\u00e0 l\u2019\u00e2ge de 70 ans. Elles indiquent qu\u2019en cons\u00e9quence de l\u2019abaissement abrupt de l\u2019\u00e2ge de d\u00e9part \u00e0 la retraite des juges f\u00e9minins, elles se sont vues contraintes de quitter leurs postes rapidement, sans avoir eu le temps de prendre leurs dispositions pour faire face \u00e0 la baisse de leur revenu. Renvoyant aux conclusions de l\u2019arr\u00eat de la CJUE (paragraphes\u00a062-71 ci-dessus), la premi\u00e8re et la deuxi\u00e8me requ\u00e9rante d\u00e9clarent que les diff\u00e9renciations op\u00e9r\u00e9es par la loi du 16 novembre 2016 entre les juges masculins et les juges f\u00e9minins en ce qui concerne l\u2019\u00e2ge de d\u00e9part \u00e0 la retraite leur ont fait subir une discrimination contraire aux normes europ\u00e9ennes sur l\u2019\u00e9galit\u00e9 de traitement.<\/p>\n<p>239. Pour sa part, la quatri\u00e8me requ\u00e9rante soutient avoir \u00e9t\u00e9 victime d\u2019une discrimination fond\u00e9e non seulement sur son sexe mais aussi sur son \u00e2ge. Elle expose qu\u2019apr\u00e8s avoir atteint l\u2019\u00e2ge de 60 ans elle a \u00e9t\u00e9 contrainte de prouver au ministre de la Justice qu\u2019elle \u00e9tait encore apte \u00e0 si\u00e9ger, et que tel n\u2019\u00e9tait pas le cas pour les juges masculins se trouvant dans une situation analogue. Elle consid\u00e8re que la diff\u00e9rence de traitement subie par elle est d\u00e9pourvue d\u2019une justification raisonnable. Pour elle, affirmer que l\u2019\u00e9tat de sant\u00e9 des juges f\u00e9minins ayant atteint l\u2019\u00e2ge de 60 ans est forc\u00e9ment moins bon que celui des juges masculins se trouvant dans une situation analogue est injustifi\u00e9.<\/p>\n<p>240. La quatri\u00e8me requ\u00e9rante op\u00e8re une distinction entre, d\u2019une part, la pr\u00e9sente affaire et, d\u2019autre part, l\u2019affaire Andrle (Andrle c. R\u00e9publique tch\u00e8que, no\u00a06268\/08, 17 f\u00e9vrier 2011). \u00c0 cet \u00e9gard, elle indique que le syst\u00e8me g\u00e9n\u00e9ral de retraite emporte, \u00e0 la diff\u00e9rence du r\u00e9gime applicable aux juges des juridictions de droit commun contest\u00e9, non pas une mise \u00e0 la retraite automatique des travailleurs mais seulement le droit, et non l\u2019obligation, pour ces derniers de cesser leur activit\u00e9. Elle expose que l\u2019affaire tch\u00e8que en question avait trait \u00e0 une diff\u00e9rence de traitement, applicable depuis longtemps, entre les hommes et les femmes en mati\u00e8re d\u2019\u00e2ge de d\u00e9part \u00e0 la retraite. Or, indique-telle, en l\u2019esp\u00e8ce, il est question d\u2019un abaissement soudain de l\u2019\u00e2ge de la retraite des seuls juges f\u00e9minins alors en exercice par suite de l\u2019adoption d\u2019une nouvelle l\u00e9gislation, laquelle a, selon elle, introduit une d\u00e9rogation au principe de l\u2019\u00e9galit\u00e9 en mati\u00e8re d\u2019\u00e2ge de la retraite pour les deux sexes qui \u00e9tait applicable jusqu\u2019alors.<\/p>\n<p>241. Renvoyant \u00e0 la jurisprudence Konstantin Markin (Konstantin Markin c. Russie [GC], no 30078\/06, 22 mars 2003), la quatri\u00e8me requ\u00e9rante estime que les consid\u00e9rations fond\u00e9es sur les st\u00e9r\u00e9otypes li\u00e9s au sexe \u2013 par exemple l\u2019id\u00e9e que ce sont plut\u00f4t les femmes qui s\u2019occupent des enfants et plut\u00f4t les hommes qui travaillent pour gagner de l\u2019argent \u2013 ne peuvent en soi passer pour constituer une justification suffisante de la diff\u00e9rence de traitement en cause.<\/p>\n<p>242. La quatri\u00e8me requ\u00e9rante indique qu\u2019en cons\u00e9quence de l\u2019entr\u00e9e en vigueur de l\u2019amendement l\u00e9gislatif du 12 avril 2018 (paragraphe\u00a026 ci\u2011dessus), les diff\u00e9renciations litigieuses entre hommes et femmes relatives \u00e0 l\u2019\u00e2ge du d\u00e9part \u00e0 la retraite des juges ont \u00e9t\u00e9 supprim\u00e9es, ce qui implique, selon elle, la conclusion que les autorit\u00e9s nationales \u00e9taient parfaitement conscientes du caract\u00e8re discriminatoire des mesures en question vis-\u00e0-vis des femmes.<\/p>\n<p>243. La quatri\u00e8me requ\u00e9rante soutient qu\u2019il ne ressort pas de la lettre de l\u2019article 26 \u00a7 2 de la loi du 16 novembre 2016 que les juges qui, comme elle, n\u2019\u00e9taient pas encore suffisamment proches de l\u2019\u00e2ge de la retraite \u00e0 la date indiqu\u00e9e par cette disposition l\u00e9gislative auraient pu s\u2019en pr\u00e9valoir.<\/p>\n<p>244. Elle argue que la cessation pr\u00e9matur\u00e9e de ses fonctions a mis fin \u00e0 sa vie professionnelle active et qu\u2019elle en a con\u00e7u une frustration consid\u00e9rable ainsi qu\u2019un sentiment d\u2019incomp\u00e9tence vis-\u00e0-vis de ses coll\u00e8gues masculins. Elle affirme que son d\u00e9part anticip\u00e9 \u00e0 la retraite a eu des r\u00e9percussions n\u00e9gatives sur sa situation financi\u00e8re, la pension de retraite qu\u2019elle per\u00e7oit \u00e9tant directement fonction du temps de service accompli et son montant \u00e9tant calcul\u00e9 sur la base du dernier traitement.<\/p>\n<p>ii. Le Gouvernement<\/p>\n<p>245. Le Gouvernement soutient qu\u2019il n\u2019y a pas eu violation de l\u2019article\u00a014 de la Convention combin\u00e9 avec l\u2019article 8 de celle-ci dans le chef des requ\u00e9rantes. Il argue que l\u2019article 26 \u00a7 2 de la loi du 16 novembre 2016 garantissait aux int\u00e9ress\u00e9es la possibilit\u00e9 de prendre leurs retraites respectives dans des conditions analogues \u00e0 celles applicables aux juges masculins. Il indique que les requ\u00e9rantes en l\u2019esp\u00e8ce n\u2019ont pas utilis\u00e9 cette possibilit\u00e9 pour des raisons qu\u2019il ignore.<\/p>\n<p>246. Le Gouvernement affirme que la premi\u00e8re et la deuxi\u00e8me requ\u00e9rante sont rest\u00e9es en d\u00e9faut d\u2019\u00e9tablir les \u00e9ventuelles r\u00e9percussions n\u00e9gatives de leurs d\u00e9parts \u00e0 la retraite sur leur notori\u00e9t\u00e9 professionnelle. Il indique que les int\u00e9ress\u00e9es ont conserv\u00e9 leur statut de juge et ont acquis le droit au b\u00e9n\u00e9fice d\u2019\u00e9moluments nettement plus \u00e9lev\u00e9s que les prestations de retraite pr\u00e9vues par le r\u00e9gime g\u00e9n\u00e9ral de s\u00e9curit\u00e9 sociale. Il conclut, par cons\u00e9quent, que les mesures incrimin\u00e9es n\u2019ont pas eu de r\u00e9percussions importantes sur le niveau de vie des requ\u00e9rantes ni sur celui de leurs familles.<\/p>\n<p>247. R\u00e9pliquant aux observations de la quatri\u00e8me requ\u00e9rante, le Gouvernement expose qu\u2019il se d\u00e9gage de la jurisprudence pertinente de la Cour europ\u00e9enne des droits de l\u2019homme qu\u2019une ample latitude est d\u2019ordinaire laiss\u00e9e \u00e0 l\u2019\u00c9tat lorsqu\u2019il s\u2019agit de prendre des mesures d\u2019ordre g\u00e9n\u00e9ral en mati\u00e8re \u00e9conomique ou sociale. Renvoyant aux conclusions de l\u2019arr\u00eat \u0141uczak (\u0141uczak c.\u00a0Pologne, no 77782\/01, \u00a7\u00a048, 27 novembre 2007), qui sont selon lui pertinentes en l\u2019esp\u00e8ce, il consid\u00e8re que, de par leur connaissance directe de leur soci\u00e9t\u00e9 et de ses besoins, les autorit\u00e9s nationales se trouvent en principe mieux plac\u00e9es que le juge international pour d\u00e9terminer ce qui est d\u2019utilit\u00e9 publique en mati\u00e8re \u00e9conomique et sociale, et que la Cour respecte en principe les choix du l\u00e9gislateur sauf si son jugement se r\u00e9v\u00e8le \u00ab\u00a0manifestement d\u00e9pourvu de base raisonnable\u00a0\u00bb.<\/p>\n<p>248. Le Gouvernement soutient que les diff\u00e9renciations op\u00e9r\u00e9es par la l\u00e9gislation nationale entre hommes et femmes en mati\u00e8re d\u2019\u00e2ge de d\u00e9part \u00e0 la retraite sont destin\u00e9es \u00e0 compenser les d\u00e9savantages dans la carri\u00e8re professionnelle de ces derni\u00e8res, lesquels r\u00e9sultent selon lui de la conciliation n\u00e9cessaire de la vie professionnelle et familiale des femmes. Renvoyant \u00e0 la jurisprudence pertinente de la Cour constitutionnelle, il indique qu\u2019une diff\u00e9renciation entre les hommes et les femmes en ce qui concerne l\u2019\u00e2ge de d\u00e9part \u00e0 la retraite est respectueuse de la Constitution si l\u2019acquisition de l\u2019\u00e2ge pr\u00e9cit\u00e9 n\u2019implique pas d\u2019obligation de cessation de la vie active.<\/p>\n<p>249. Renvoyant aux conclusions de l\u2019avis du CNM sur une proposition de loi du 16\u00a0novembre 2016, le Gouvernement estime, d\u2019une part, que la retraite des juges doit \u00eatre consid\u00e9r\u00e9e non pas comme une institution du syst\u00e8me g\u00e9n\u00e9ral de retraite mais comme une garantie de l\u2019ind\u00e9pendance judiciaire, laquelle, indique-t-il, est ancr\u00e9e dans les dispositions de l\u2019article 180 de la Constitution, et, d\u2019autre part, que l\u2019exercice des fonctions judiciaires est tr\u00e8s prenant intellectuellement et mentalement et pourrait parfois s\u2019av\u00e9rer difficile pour les juges qui sont \u00e2g\u00e9s de plus de 60 ans.<\/p>\n<p>250. Le Gouvernement expose que, bien qu\u2019actuellement l\u2019\u00e2ge du d\u00e9part \u00e0 la retraite des juges soit fix\u00e9 \u00e0 65 ans pour les deux sexes, les juges f\u00e9minins ont toujours la possibilit\u00e9, ind\u00e9pendamment de leur anciennet\u00e9, de prendre leur retraite \u00e0 l\u2019\u00e2ge de 60 ans.<\/p>\n<p>251. Le Gouvernement op\u00e8re une distinction entre, d\u2019une part, le rapport de service de juge, et, d\u2019autre part, la relation de travail r\u00e9gie par les dispositions du code du travail. Il soutient que le premier des deux implique une participation \u00e0 l\u2019exercice de la puissance publique et rel\u00e8ve, par cons\u00e9quent, de la sph\u00e8re du droit public. Il expose que le titre de magistrat impose \u00e0 ceux qui sont investis de fonctions judiciaires l\u2019obligation de se plier \u00e0 un certain nombre d\u2019interdictions et de restrictions, y compris dans leur sph\u00e8re priv\u00e9e.<\/p>\n<p>252. Le Gouvernement consid\u00e8re que, m\u00eame \u00e0 supposer qu\u2019une diff\u00e9rence de traitement entre les juges f\u00e9minins et les juges masculins soit constitu\u00e9e en l\u2019esp\u00e8ce, elle est justifi\u00e9e au regard de la Convention. \u00c0 cet \u00e9gard, il expose que la mesure d\u2019abaissement de la limite d\u2019\u00e2ge de la retraite des juges a \u00e9t\u00e9 respectueuse au droit national. Il indique que le statut de juge, les questions relatives \u00e0 la cessation des fonctions judiciaires comprises, fait l\u2019objet de la r\u00e9glementation de l\u2019article 180 de la Constitution, lequel \u00e9nonce en ses dispositions pertinentes les garanties d\u2019ind\u00e9pendance et d\u2019impartialit\u00e9 des juges. Il explique qu\u2019il se d\u00e9gage des dispositions constitutionnelles pr\u00e9cit\u00e9es, d\u2019une part, que le principe d\u2019inamovibilit\u00e9 des juges n\u2019a pas de port\u00e9e absolue et, d\u2019autre part, que la comp\u00e9tence en mati\u00e8re de fixation de l\u2019\u00e2ge de la retraite des juges est d\u00e9volue au l\u00e9gislateur. Il ajoute que la poursuite de l\u2019exercice des fonctions juridictionnelles au-del\u00e0 de l\u2019\u00e2ge de la retraite constitue une exception au principe \u00e9non\u00e7ant que le juge part \u00e0 la retraite apr\u00e8s avoir atteint l\u2019\u00e2ge en question.<\/p>\n<p>253. Le Gouvernement expose, d\u2019une part, que les dispositions litigieuses s\u2019inscrivaient dans le cadre de la r\u00e9forme gouvernementale du syst\u00e8me des retraites, laquelle, indique-t-il, avait op\u00e9r\u00e9 l\u2019abaissement de l\u2019\u00e2ge de d\u00e9part \u00e0 la retraite auparavant fix\u00e9 \u00e0 67 ans pour l\u2019ensemble des travailleurs \u00e0 60 ans pour les femmes et \u00e0 65 ans pour les hommes et, d\u2019autre part, que les dispositions en question avaient pour but d\u2019aligner l\u2019\u00e2ge de la retraite des magistrats sur celui qui \u00e9tait applicable \u00e0 l\u2019ensemble des travailleurs. Renvoyant aux conclusions de l\u2019arr\u00eat III P0 6\/15 du 15 juillet 2015 de la Cour supr\u00eame, il avance que les r\u00e9formes visant \u00e0 r\u00e9\u00e9quilibrer la structure des \u00e2ges dans le service public de la justice moyennant la modification de la limite d\u2019\u00e2ge obligatoire de la retraite constituent une condition acceptable de la r\u00e9siliation de contrats de travail, y compris au regard des normes du droit europ\u00e9en pertinent. Le Gouvernement estime, ainsi qu\u2019il se d\u00e9gage selon lui de l\u2019arr\u00eat Fuchs et K\u00f6hler du 21 juillet 2011 de la CJUE (C\u2011159\/10 et 160\/10, Rec. p.\u00a0I\u20116919), que la directive du Conseil 2000\/78\/CE du 27 novembre 2000 ne peut \u00eatre interpr\u00e9t\u00e9e comme prohibant la fixation par le l\u00e9gislateur national de l\u2019\u00e2ge obligatoire de la retraite des fonctionnaires \u00e0 65 ans pour autant que cela puisse avoir des cons\u00e9quences organisationnelles, notamment faciliter l\u2019entr\u00e9e des jeunes fonctionnaires, cr\u00e9er une structure d\u2019\u00e2ge plus \u00e9quilibr\u00e9e et am\u00e9liorer la gestion des ressources humaines.<\/p>\n<p>254. Le Gouvernement consid\u00e8re que les mesures nationales incrimin\u00e9es peuvent \u00eatre regard\u00e9es comme des \u00ab mesures d\u2019action positive \u00bb qui \u00e9taient destin\u00e9es \u00e0 supprimer les in\u00e9galit\u00e9s de fait entre les hommes et les femmes. Il argue que les femmes, en raison de leur r\u00f4le social particulier li\u00e9 \u00e0 la maternit\u00e9 et \u00e0 l\u2019\u00e9ducation des enfants, ont plus de difficult\u00e9s \u00e0 s\u2019impliquer de mani\u00e8re continue dans une carri\u00e8re professionnelle, de telle sorte qu\u2019elles b\u00e9n\u00e9ficient moins souvent que les hommes de promotions professionnelles. Or, l\u2019int\u00e9r\u00eat public requiert, selon le Gouvernement, que les exigences pos\u00e9es en vue de telles promotions demeurent \u00e9lev\u00e9es et uniformes, ce qui rendrait impossible l\u2019adoption de mesures d\u2019assouplissement sp\u00e9cifiques aux fins de r\u00e9pondre aux difficult\u00e9s ainsi rencontr\u00e9es par les femmes pour faire \u00e9voluer leur carri\u00e8re. La possibilit\u00e9 d\u2019un d\u00e9part anticip\u00e9 \u00e0 la retraite constitue d\u00e8s lors, d\u2019apr\u00e8s le Gouvernement, une compensation indirecte pour les d\u00e9sagr\u00e9ments ainsi g\u00e9n\u00e9ralement subis par les femmes.<\/p>\n<p>255. Concernant tout particuli\u00e8rement la quatri\u00e8me requ\u00e9rante, le Gouvernement soutient que la situation d\u00e9nonc\u00e9e par elle est imputable \u00e0 l\u2019int\u00e9ress\u00e9e elle-m\u00eame, d\u00e8s lors qu\u2019elle n\u2019a pas utilis\u00e9 la possibilit\u00e9 qu\u2019elle avait en application de la l\u00e9gislation nationale pertinente de prendre sa retraite dans des conditions analogues \u00e0 celles applicables aux juges masculins. Il indique que, tout comme la premi\u00e8re et la deuxi\u00e8me requ\u00e9rante, la quatri\u00e8me requ\u00e9rante n\u2019a pas prouv\u00e9 non plus que les mesures incrimin\u00e9es ont eu d\u2019importantes r\u00e9percussions sur son niveau de vie. Il expose que le montant de la pension de retraite des magistrats est fix\u00e9 \u00e0 75 % du traitement de base et de la prime d\u2019anciennet\u00e9 per\u00e7us par ceux-ci au titre du dernier poste occup\u00e9, ce qui implique, selon lui, la conclusion que le montant en question est calcul\u00e9 de la m\u00eame mani\u00e8re, quel que soit le sexe du juge concern\u00e9.<\/p>\n<p>b) Appr\u00e9ciation de la Cour<\/p>\n<p>i. Principes g\u00e9n\u00e9raux<\/p>\n<p>256. La Cour rappelle que pour qu\u2019une question se pose au regard de l\u2019article 14, il doit y avoir une diff\u00e9rence dans le traitement de personnes plac\u00e9es dans des situations comparables. Une telle diff\u00e9rence est discriminatoire si elle ne repose pas sur une justification objective et raisonnable, c\u2019est-\u00e0-dire si elle ne poursuit pas un but l\u00e9gitime ou s\u2019il n\u2019y a pas un rapport raisonnable de proportionnalit\u00e9 entre les moyens employ\u00e9s et le but vis\u00e9. La notion de discrimination au sens de l\u2019article 14 englobe \u00e9galement les cas dans lesquels un individu ou un groupe se voit, sans justification ad\u00e9quate, moins bien trait\u00e9 qu\u2019un autre, m\u00eame si la Convention ne requiert pas le traitement plus favorable (Valianatos et autres c. Gr\u00e8ce [GC], nos 29381\/09 et 32684\/09, \u00a7 76, 7 novembre 2013).<\/p>\n<p>257. Les \u00c9tats contractants jouissent d\u2019une certaine marge d\u2019appr\u00e9ciation pour d\u00e9terminer si et dans quelle mesure des diff\u00e9rences entre des situations \u00e0 d\u2019autres \u00e9gards analogues justifient des distinctions de traitement (Burden c.\u00a0Royaume-Uni [GC], no 13378\/05, \u00a7 60, CEDH 2008). L\u2019\u00e9tendue de la marge d\u2019appr\u00e9ciation varie selon les circonstances, les domaines et le contexte (Rasmussen c. Danemark, 28 novembre 1984, \u00a7 40, s\u00e9rie A no\u00a087, et Inze c. Autriche, 28 octobre 1987, \u00a7 41, s\u00e9rie A no 126), mais c\u2019est \u00e0 la Cour qu\u2019il incombe en dernier ressort de se prononcer sur le respect de la Convention (Willis c. Royaume-Uni, no 36042\/97, \u00a7 39, CEDH 2002-IV).<\/p>\n<p>258. La marge de man\u0153uvre des \u00c9tats membres lorsqu\u2019il s\u2019agit de d\u00e9terminer si une diff\u00e9rence de traitement est justifi\u00e9e est plus \u00e9troite lorsque cette diff\u00e9rence est fond\u00e9e sur le sexe et, en pareil cas de figure, le principe de proportionnalit\u00e9 commande non seulement que la mesure choisie soit dans l\u2019ensemble adapt\u00e9e au but poursuivi, mais en plus qu\u2019il soit d\u00e9montr\u00e9 qu\u2019elle \u00e9tait n\u00e9cessaire dans les circonstances de l\u2019esp\u00e8ce (Emel Boyraz pr\u00e9cit\u00e9, \u00a7\u00a051). La progression vers l\u2019\u00e9galit\u00e9 des sexes est aujourd\u2019hui un but important des \u00c9tats membres du Conseil de l\u2019Europe et seules des consid\u00e9rations tr\u00e8s fortes peuvent amener \u00e0 estimer compatible avec la Convention une telle diff\u00e9rence de traitement (Konstantin Markin, pr\u00e9cit\u00e9, \u00a7\u00a0127).<\/p>\n<p>ii. Application en esp\u00e8ce<\/p>\n<p>259. En l\u2019esp\u00e8ce, la Cour observe qu\u2019en cons\u00e9quence de l\u2019entr\u00e9e en vigueur de la l\u00e9gislation op\u00e9rant un abaissement de l\u2019\u00e2ge de d\u00e9part \u00e0 la retraite des juges de 67 \u00e0 60 et \u00e0 65 ans respectivement pour les femmes et pour les hommes, les requ\u00e9rantes ont chacune \u00e9t\u00e9 contrainte de quitter leurs fonctions de juge. Elle note que la l\u00e9gislation en question a clairement introduit une diff\u00e9rence de traitement fond\u00e9e sur le sexe en ce qui concerne l\u2019\u00e2ge de la cessation obligatoire d\u2019activit\u00e9 entre personnes exer\u00e7ant la m\u00eame profession. La Cour rel\u00e8ve que les requ\u00e9rantes en l\u2019esp\u00e8ce ont exerc\u00e9 une profession intellectuelle. Elle fait observer que les diff\u00e9rences biologiques entre les hommes et les femmes et les \u00e9ventuelles consid\u00e9rations li\u00e9es au r\u00f4le de ces derri\u00e8res dans la soci\u00e9t\u00e9 n\u2019ont pas de r\u00e9percussions sur l\u2019aptitude des uns ou des autres \u00e0 exercer les professions de ce type. Elle constate que le Gouvernement en l\u2019esp\u00e8ce ne lui a soumis aucun \u00e9l\u00e9ment de nature \u00e0 la convaincre que les juges f\u00e9minins ayant atteint l\u2019\u00e2ge de 60 ans en g\u00e9n\u00e9ral ou les requ\u00e9rantes en l\u2019esp\u00e8ce auraient \u00e9t\u00e9 moins \u00e0 m\u00eame que les juges masculins dans une situation analogue de s\u2019acquitter convenablement de leurs obligations professionnelles (voir, mutatis mutandis Emel Boyraz pr\u00e9cit\u00e9, \u00a7\u00a055). Elle juge particuli\u00e8rement pr\u00e9occupante l\u2019obligation faite \u00e0 la seule cat\u00e9gorie susmentionn\u00e9e des juges f\u00e9minins, \u00e0 laquelle appartiennent les requ\u00e9rantes en l\u2019esp\u00e8ce, de prouver au moyen d\u2019un certificat m\u00e9dical qu\u2019elles \u00e9taient encore aptes \u00e0 si\u00e9ger sur le plan intellectuel. La Cour consid\u00e8re par cons\u00e9quent qu\u2019il y a eu en l\u2019esp\u00e8ce, \u00e0 n\u2019en pas douter, une diff\u00e9rence de traitement fond\u00e9e sur le sexe entre des personnes plac\u00e9es dans des situations analogues.<\/p>\n<p>260. Concernant la question de savoir si la diff\u00e9rence de traitement en cause entre les juges f\u00e9minins et les juges masculins peut passer pour avoir \u00e9t\u00e9 objectivement et raisonnablement justifi\u00e9e au regard de l\u2019article 14, la Cour observe que la CJUE a jug\u00e9 la l\u00e9gislation nationale susmentionn\u00e9e contraire aux normes europ\u00e9ennes sur l\u2019\u00e9galit\u00e9 de traitement. Ainsi qu\u2019il se d\u00e9gage de l\u2019arr\u00eat sur ce point de la CJUE (paragraphes 62-71 ci-dessus), la l\u00e9gislation en question a introduit des conditions directement discriminatoires fond\u00e9es sur le sexe, notamment, en ce qui concerne le moment auquel les juges f\u00e9minins int\u00e9ress\u00e9s pouvaient b\u00e9n\u00e9ficier d\u2019un acc\u00e8s effectif aux avantages pr\u00e9vus par les r\u00e9gimes des pensions concern\u00e9s. La Cour note que la CJUE a rejet\u00e9 l\u2019argument de la Pologne selon lequel la fixation, pour le d\u00e9part \u00e0 la retraite, de telles conditions d\u2019\u00e2ge diff\u00e9rentes selon le sexe aurait \u00e9t\u00e9 justifi\u00e9e par l\u2019objectif d\u2019\u00e9liminer des discriminations au d\u00e9triment des femmes. Elle note de plus que la CJUE, dans sa jurisprudence (paragraphes\u00a072-79 ci-dessus), a estim\u00e9 que la mesure d\u2019abaissement abrupt et consid\u00e9rable de l\u2019\u00e2ge de la retraite concernant, entre autres, les juges ne pouvait se justifier ni au regard de l\u2019objectif d\u2019uniformisation, dans le cadre des professions relevant de la fonctions publique, des limites d\u2019\u00e2ges de cessation obligatoire d\u2019activit\u00e9, ni de celui de cr\u00e9ation d\u2019une structure d\u2019\u00e2ge \u00ab\u00a0plus \u00e9quilibr\u00e9e\u00a0\u00bb au sein des professions concern\u00e9es facilitant l\u2019acc\u00e8s des jeunes juristes.<\/p>\n<p>261. La Cour note que certains arguments que le Gouvernement lui a soumis sont similaires \u00e0 ceux que la CJUE avait rejet\u00e9s. En l\u2019esp\u00e8ce, elle ne voit aucune raison de s\u2019\u00e9carter des conclusions auxquelles la haute juridiction europ\u00e9enne est parvenue relativement \u00e0 ces arguments. Elle rel\u00e8ve que, malgr\u00e9 l\u2019adoption de l\u2019arr\u00eat pr\u00e9cit\u00e9 de la CJUE (paragraphes\u00a062-71 ci\u2011dessus), la situation des requ\u00e9rantes en l\u2019esp\u00e8ce n\u2019a pas chang\u00e9 et les discriminations d\u00e9nonc\u00e9es devant elle demeurent enti\u00e8res pour ce qui les concerne.<\/p>\n<p>262. Quant \u00e0 l\u2019argument du Gouvernement selon lequel les requ\u00e9rantes auraient pu se pr\u00e9valoir de l\u2019article 26 \u00a7 2 de la loi du 16 novembre 2016 afin de b\u00e9n\u00e9ficier de conditions de d\u00e9part \u00e0 la retraite analogues \u00e0 celles des juges masculins, la Cour rappelle qu\u2019elle a constat\u00e9 (paragraphe 235 ci-dessus) que les int\u00e9ress\u00e9es en l\u2019esp\u00e8ce ont souhait\u00e9 exercer le droit que leur garantissaient non pas les dispositions de l\u2019article pr\u00e9cit\u00e9 de la loi du 16 novembre 2016 mais celles de l\u2019article 26 \u00a7 1 de la m\u00eame loi. Par ailleurs, ainsi qu\u2019il se d\u00e9gage de la jurisprudence nationale (paragraphes 43-44 ci-dessus), c\u2019est la deuxi\u00e8me des deux dispositions l\u00e9gislatives pr\u00e9cit\u00e9es qui \u00e9tait applicable aux juges f\u00e9minins se trouvant dans une situation analogue \u00e0 celle des int\u00e9ress\u00e9es en l\u2019esp\u00e8ce et non pas la premi\u00e8re.<\/p>\n<p>263. La Cour observe que, par suite de l\u2019effet combin\u00e9 de la l\u00e9gislation op\u00e9rant une diff\u00e9renciation entre hommes et femmes relativement \u00e0 l\u2019\u00e2ge de d\u00e9part \u00e0 la retraite des juges polonais et des refus minist\u00e9riels d\u2019autoriser la poursuite de l\u2019exercice par les requ\u00e9rantes des fonctions de juge au-del\u00e0 de l\u2019\u00e2ge en question, tel qu\u2019abaiss\u00e9, il a \u00e9t\u00e9 mis fin \u00e0 la vie active des int\u00e9ress\u00e9es cinq ans plus t\u00f4t que dans le cas des juges masculins dans une situation analogue. Elle note que la mise \u00e0 la retraite anticip\u00e9e des requ\u00e9rantes a non seulement nui aux carri\u00e8res professionnelles respectives de celles-ci mais a de surcro\u00eet eu d\u2019importantes r\u00e9percussions pour elles, notamment sur le plan financier. Elle constate, ainsi qu\u2019il se d\u00e9gage des \u00e9l\u00e9ments en sa possession, que le montant de la pension de retraite des requ\u00e9rantes \u00e9tait directement fonction du temps de service accompli par elles et le nombre d\u2019ann\u00e9es de service constituait un facteur d\u00e9cisif pour le calcul de chacune des deux composantes de cette m\u00eame r\u00e9mun\u00e9ration, \u00e0 savoir le traitement de base, d\u2019une part, et la prime d\u2019anciennet\u00e9, d\u2019autre part. Dans ces circonstances, la Cour estime que le manque \u00e0 gagner que les requ\u00e9rantes all\u00e8guent subir par rapport aux juges masculins est \u00e9tabli. Elle consid\u00e8re que l\u2019effet discriminatoire des mesures incrimin\u00e9es vis-\u00e0-vis des requ\u00e9rantes a \u00e9t\u00e9 amplifi\u00e9 par l\u2019absence de possibilit\u00e9 pour celles-ci d\u2019exercer \u00e0 la retraite un emploi de nature \u00e0 leur permettre d\u2019atteindre un \u00e9panouissement professionnel satisfaisant.<\/p>\n<p>264. Compte tenu des conclusions auxquelles elle a abouti (paragraphes\u00a0260-263 ci-dessus), la Cour estime qu\u2019il n\u2019est pas n\u00e9cessaire d\u2019examiner si la quatri\u00e8me requ\u00e9rante a subi de surcro\u00eet une discrimination fond\u00e9e sur son \u00e2ge.<\/p>\n<p>265. Eu \u00e9gard \u00e0 ce qui pr\u00e9c\u00e8de, la Cour rejette l\u2019exception de non\u2011\u00e9puisement des voies de recours internes pour autant qu\u2019elle concerne le recours susmentionn\u00e9 (paragraphe 262 ci-dessus), et conclut \u00e0 la violation de l\u2019article 14 de la Convention combin\u00e9 avec l\u2019article 8 de celle-ci en ce qui concerne la premi\u00e8re, la deuxi\u00e8me et la quatri\u00e8me requ\u00e9rante.<\/p>\n<p>IV. SUR LES AUTRES VIOLATIONS ALL\u00c9GU\u00c9ES DE LA CONVENTION<\/p>\n<p>266. Invoquant express\u00e9ment et en substance l\u2019article 14 de la Convention combin\u00e9 avec l\u2019article 1 du Protocole no 1 \u00e0 celle-ci, la premi\u00e8re et la deuxi\u00e8me requ\u00e9rante se plaignent que les pensions de retraite qu\u2019elles touchent sont d\u2019un montant inf\u00e9rieur \u00e0 celles per\u00e7ues par les juges masculins se trouvant dans une situation analogue.<\/p>\n<p>267. Le Gouvernement conteste ces all\u00e9gations.<\/p>\n<p>268. Eu \u00e9gard \u00e0 ses constats (paragraphes 259-265 ci-dessus), la Cour estime qu\u2019il n\u2019y a pas lieu d\u2019examiner en l\u2019esp\u00e8ce s\u2019il y a eu de surcro\u00eet violation de l\u2019article 14 de la Convention combin\u00e9 avec l\u2019article 1 du Protocole no 1 \u00e0 la Convention en ce qui concerne la premi\u00e8re et la deuxi\u00e8me requ\u00e9rante.<\/p>\n<p>269. Invoquant l\u2019article 13 de la Convention combin\u00e9 avec l\u2019article 8 de celle-ci, la quatri\u00e8me requ\u00e9rante se plaint de ne pas avoir dispos\u00e9 d\u2019un recours effectif au travers duquel elle aurait pu formuler son grief de violation de l\u2019article 8 de la Convention.<\/p>\n<p>270. Le Gouvernement consid\u00e8re que ce grief est incompatible ratione materiae avec les dispositions de la Convention. \u00c0 titre subsidiaire, il soutient qu\u2019aucune violation de l\u2019article 13 de la Convention \u00e0 l\u2019\u00e9gard de la quatri\u00e8me requ\u00e9rante ne peut \u00eatre constat\u00e9e.<\/p>\n<p>271. La Cour rappelle que quand le droit revendiqu\u00e9 est un droit de caract\u00e8re civil, l\u2019article 6 \u00a7 1 constitue une lex specialis par rapport \u00e0 l\u2019article\u00a013, dont les garanties se trouvent absorb\u00e9es par celle-ci. Compte tenu de ce qui pr\u00e9c\u00e8de et de son constat sur le terrain de l\u2019article 6 \u00a7 1 de la Convention, la Cour estime qu\u2019il n\u2019est pas n\u00e9cessaire d\u2019examiner s\u2019il y a eu en l\u2019esp\u00e8ce de surcro\u00eet violation de l\u2019article 13 de la Convention combin\u00e9 avec l\u2019article 8 de celle-ci (Men\u00e9ndes Garc\u00eca c. Espagne (d\u00e9c.), no 21046\/07, 5\u00a0mai 2009).<\/p>\n<p><strong>V. SUR L\u2019APPLICATION DE L\u2019ARTICLE\u00a041 DE LA CONVENTION<\/strong><\/p>\n<p>272. Aux termes de l\u2019article 41 de la Convention,<\/p>\n<p>\u00ab\u00a0Si la Cour d\u00e9clare qu\u2019il y a eu violation de la Convention ou de ses Protocoles, et si le droit interne de la Haute Partie contractante ne permet d\u2019effacer qu\u2019imparfaitement les cons\u00e9quences de cette violation, la Cour accorde \u00e0 la partie l\u00e9s\u00e9e, s\u2019il y a lieu, une satisfaction \u00e9quitable.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p><strong>A. Dommage<\/strong><\/p>\n<p>273. Les requ\u00e9rantes soutiennent qu\u2019en cons\u00e9quence de leur d\u00e9parts anticip\u00e9s \u00e0 la retraite elles ont chacune subi un manque \u00e0 gagner pour un montant total de 118\u00a0968, 55\u00a0euros (EUR), 130\u00a0700, 45 EUR, 140\u00a0000\u00a0EUR et 22\u00a0956, 86 EUR respectivement. Elles ont chacune produit une ventilation d\u00e9taill\u00e9e des sommes qu\u2019elles r\u00e9clament \u00e0 titre de dommage mat\u00e9riel. La premi\u00e8re et la deuxi\u00e8me requ\u00e9rante demandent en plus des int\u00e9r\u00eats de retard sur les sommes en question au taux de 5 % pour la p\u00e9riode du 21 mai 2018 jusqu\u2019\u00e0 la date du paiement de ces sommes.<\/p>\n<p>274. La premi\u00e8re et la deuxi\u00e8me requ\u00e9rante ajoutent que leurs d\u00e9parts pr\u00e9matur\u00e9s \u00e0 la retraite ont nui \u00e0 leurs carri\u00e8res et \u00e0 leur r\u00e9putation professionnelle, et qu\u2019elles en ont con\u00e7u une frustration consid\u00e9rable. Elles sollicitent donc chacune l\u2019octroi de la somme de 15 000 EUR augment\u00e9e des int\u00e9r\u00eats de retard au taux de 5 % par an. La quatri\u00e8me requ\u00e9rante demande, quant \u00e0 elle, 50 000 EUR \u00e0 titre de dommage moral.<\/p>\n<p>275. Le Gouvernement estime le montant r\u00e9clam\u00e9 pour dommage moral est excessif et injustifi\u00e9. Il soutient, d\u2019une part, que l\u2019octroi d\u2019une quelconque somme pour dommage mat\u00e9riel ne s\u2019impose pas et, d\u2019autre part, que les montants r\u00e9clam\u00e9s \u00e0 ce titre par les int\u00e9ress\u00e9es sont hypoth\u00e9tiques.<\/p>\n<p>276. Sans sp\u00e9culer sur les sommes exactes que peuvent repr\u00e9senter les salaires et les indemnit\u00e9s que les requ\u00e9rantes auraient per\u00e7us si elles n\u2019avaient pas \u00e9t\u00e9 pr\u00e9matur\u00e9ment mises \u00e0 la retraite, la Cour observe que les int\u00e9ress\u00e9es ont subi un pr\u00e9judice mat\u00e9riel qu\u2019il y a lieu de prendre en compte (voir, mutatis mutandis, Baka, pr\u00e9cit\u00e9, \u00a7 191). Elle consid\u00e8re aussi que les requ\u00e9rantes ont d\u00fb \u00e9prouver un dommage moral que le seul constat de violation de la Convention dans le pr\u00e9sent arr\u00eat ne suffit pas \u00e0 r\u00e9parer. Statuant en \u00e9quit\u00e9 et \u00e0 la lumi\u00e8re de toutes les informations en sa possession, elle juge raisonnable d\u2019octroyer \u00e0 la premi\u00e8re, \u00e0 la deuxi\u00e8me et la quatri\u00e8me requ\u00e9rante la somme de 26 000 EUR chacune et \u00e0 la troisi\u00e8me requ\u00e9rante la somme de 20\u00a0000 EUR, tous chefs de dommage confondus, plus tout montant pouvant \u00eatre d\u00fb sur ces sommes \u00e0 titre d\u2019imp\u00f4t.<\/p>\n<p><strong>B. Frais et d\u00e9pens<\/strong><\/p>\n<p>277. La premi\u00e8re et la deuxi\u00e8me requ\u00e9rante r\u00e9clament solidairement et conjointement au titre des frais et d\u00e9pens relatifs \u00e0 la proc\u00e9dure devant la Cour 2 600 PLN[9] major\u00e9s des int\u00e9r\u00eats de retard au taux de 5, 60 % par an pour la p\u00e9riode \u00e0 compter de la date de l\u2019adoption de l\u2019arr\u00eat de la Cour europ\u00e9enne des droits de l\u2019homme jusqu\u2019au paiement de la somme en question. La troisi\u00e8me requ\u00e9rante formule, quant \u00e0 elle, une demande analogue sans en pr\u00e9ciser le montant. Quant \u00e0 la quatri\u00e8me requ\u00e9rante, elle r\u00e9clame le paiement en faveur de la Fondation Helsinki pour les droits de l\u2019homme (Varsovie) de 987 et de 86, 75 EUR respectivement pour les frais li\u00e9s \u00e0 sa repr\u00e9sentation pro bono devant la Cour et \u00e0 la traduction des \u00e9l\u00e9ments que cette derni\u00e8re lui a communiqu\u00e9s.<\/p>\n<p>278. Le Gouvernement observe que seuls ont \u00e9t\u00e9 \u00e9tablis les frais r\u00e9clam\u00e9s par la premi\u00e8re et la deuxi\u00e8me requ\u00e9rante. Il invite la Cour \u00e0 rejeter les demandes pour frais et d\u00e9pens de la troisi\u00e8me et la quatri\u00e8me requ\u00e9rante.<\/p>\n<p>279. Selon la jurisprudence de la Cour, un requ\u00e9rant ne peut obtenir le remboursement de ses frais et d\u00e9pens que dans la mesure o\u00f9 se trouvent \u00e9tablis leur r\u00e9alit\u00e9, leur n\u00e9cessit\u00e9 et le caract\u00e8re raisonnable de leur taux. En vertu de l\u2019article 60 \u00a7 2 du r\u00e8glement, le requ\u00e9rant doit chiffrer et ventiler par rubrique toutes ses pr\u00e9tentions, faute de quoi la Cour peut rejeter ses demandes, en tout ou en partie (Kar\u00e1csony et autres c. Hongrie [GC], no\u00a042461\/13 et 44357\/13, \u00a7\u00a0189, 17 mai 2016). En l\u2019esp\u00e8ce, compte tenu des documents en sa possession et des crit\u00e8res susmentionn\u00e9s, la Cour alloue \u00e0 la premi\u00e8re et \u00e0 la deuxi\u00e8me requ\u00e9rante la somme 600 EUR au titre des frais et d\u00e9pens aff\u00e9rents \u00e0 la proc\u00e9dure suivie devant elle et rejette les demandes formul\u00e9es par la troisi\u00e8me et de la quatri\u00e8me requ\u00e9rante \u00e0 ce titre.<\/p>\n<p><strong>PAR CES MOTIFS, LA COUR<\/strong><\/p>\n<p>1. D\u00e9cide, \u00e0 l\u2019unanimit\u00e9, de joindre les requ\u00eates\u00a0;<\/p>\n<p>2. D\u00e9clare, \u00e0 la majorit\u00e9, les requ\u00eates recevables\u00a0;<\/p>\n<p>3. D\u00e9cide, \u00e0 la majorit\u00e9, de joindre au fond l\u2019exception pr\u00e9liminaire de non-\u00e9puisement des voies de recours internes pour autant qu\u2019elle concerne les recours mentionn\u00e9s aux paragraphes 149 et 225 de l\u2019arr\u00eat, et de la rejeter\u00a0;<\/p>\n<p>4. Dit, par 5 voix contre 2, qu\u2019il y a eu violation de l\u2019article 6 \u00a7 1 de la Convention\u00a0;<\/p>\n<p>5. Dit, par 5 voix contre 2, qu\u2019il y a eu violation de l\u2019article 14 de la Convention combin\u00e9 avec l\u2019article 8 de celle-ci en ce qui concerne la premi\u00e8re, la deuxi\u00e8me et la quatri\u00e8me requ\u00e9rante\u00a0;<\/p>\n<p>6. Dit, \u00e0 l\u2019unanimit\u00e9, qu\u2019il n\u2019y a pas lieu d\u2019examiner les griefs soulev\u00e9s sous l\u2019angle des articles 14 de la Convention combin\u00e9 avec l\u2019article 1 du Protocole no 1 \u00e0 celle-ci et l\u2019article 13 de la Convention combin\u00e9 avec l\u2019article\u00a08 de celle-ci\u00a0;<\/p>\n<p>7. Dit, par 5 voix contre 2,<\/p>\n<p>a) que l\u2019\u00c9tat d\u00e9fendeur doit verser, dans les trois mois \u00e0 compter de la date \u00e0 laquelle l\u2019arr\u00eat sera devenu d\u00e9finitif conform\u00e9ment \u00e0 l\u2019article\u00a044\u00a0\u00a7\u00a02 de la Convention, les sommes suivantes, \u00e0 convertir dans la monnaie de l\u2019\u00c9tat d\u00e9fendeur, au taux applicable \u00e0 la date du r\u00e8glement\u00a0:<\/p>\n<p>i. 26\u00a0000 EUR \u00e0 la premi\u00e8re, \u00e0 la deuxi\u00e8me et \u00e0 la quatri\u00e8me requ\u00e9rante respectivement, plus tout montant pouvant \u00eatre d\u00fb par ces requ\u00e9rantes \u00e0 titre d\u2019imp\u00f4t, pour dommage mat\u00e9riel et moral\u00a0;<\/p>\n<p>ii. 20 000 EUR \u00e0 la troisi\u00e8me requ\u00e9rante, plus tout montant pouvant \u00eatre d\u00fb par cette requ\u00e9rante \u00e0 titre d\u2019imp\u00f4t, pour dommage mat\u00e9riel et moral\u00a0;<\/p>\n<p>iii. 600 EUR conjointement \u00e0 la premi\u00e8re et \u00e0 la deuxi\u00e8me requ\u00e9rante, plus tout montant pouvant \u00eatre d\u00fb \u00e0 titre d\u2019imp\u00f4t, pour frais et d\u00e9pens\u00a0;<\/p>\n<p>b) qu\u2019\u00e0 compter de l\u2019expiration dudit d\u00e9lai et jusqu\u2019au versement, ces montants seront \u00e0 majorer d\u2019un int\u00e9r\u00eat simple \u00e0 un taux \u00e9gal \u00e0 celui de la facilit\u00e9 de pr\u00eat marginal de la Banque centrale europ\u00e9enne applicable pendant cette p\u00e9riode, augment\u00e9 de trois points de pourcentage\u00a0;<\/p>\n<p>2. Rejette, \u00e0 l\u2019unanimit\u00e9, la demande de satisfaction \u00e9quitable pour le surplus.<\/p>\n<p>Fait en fran\u00e7ais, puis communiqu\u00e9 par \u00e9crit le 24 octobre 2023, en application de l\u2019article\u00a077\u00a0\u00a7\u00a7\u00a02 et\u00a03 du r\u00e8glement.<\/p>\n<p>Renata Degener \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0Marko Bo\u0161njak<br \/>\nGreffi\u00e8re \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 Pr\u00e9sident<\/p>\n<p>____________<\/p>\n<p>Au pr\u00e9sent arr\u00eat se trouve joint, conform\u00e9ment aux articles 45 \u00a7 2 de la Convention et 74 \u00a7 2 du r\u00e8glement, l\u2019expos\u00e9 de l\u2019opinion s\u00e9par\u00e9e des juges K. Wojtyczek et P. Paczolay.<\/p>\n<p style=\"text-align: right;\">M.B.<br \/>\nR.D.<\/p>\n<p style=\"text-align: center;\"><strong>OPINION DISSIDENTE COMMUNE AUX JUGES WOJTYCZEK ET PACZOLAY<\/strong><\/p>\n<p>1. Avec tout le respect d\u00fb \u00e0 la majorit\u00e9, nous ne souscrivons pas \u00e0 la conclusion selon laquelle les requ\u00eates no\u00a025226\/18 (celle de la premi\u00e8re requ\u00e9rante), no\u00a025805\/18 (celle de la deuxi\u00e8me requ\u00e9rante) et no\u00a043\u2009949\/19 (celle de la quatri\u00e8me requ\u00e9rante) sont recevables. De plus, nous ne nous rallions pas \u00e0 la conclusion selon laquelle les droits invoqu\u00e9s par les int\u00e9ress\u00e9es dans ces requ\u00eates ont \u00e9t\u00e9 m\u00e9connus.<\/p>\n<p>\u00c0 l\u2019inverse, nous partageons l\u2019avis de la majorit\u00e9 selon lequel le grief fond\u00e9 sur l\u2019article\u00a06 formul\u00e9 dans la requ\u00eate no\u00a08378\/19 (celle de la troisi\u00e8me requ\u00e9rante) est recevable. Nous sommes aussi d\u2019accord pour dire qu\u2019il y a eu violation du droit d\u2019acc\u00e8s \u00e0 un tribunal dans le chef de la troisi\u00e8me requ\u00e9rante, la chambre du contr\u00f4le extraordinaire et des affaires publiques de la Cour supr\u00eame, comp\u00e9tente pour juger le recours de la requ\u00e9rante, ne r\u00e9pondant pas aux crit\u00e8res de l\u2019article 6.<\/p>\n<p>D\u2019une fa\u00e7on plus g\u00e9n\u00e9rale, nous tenons \u00e0 pr\u00e9ciser que nous partageons les pr\u00e9occupations de la majorit\u00e9 concernant la n\u00e9cessit\u00e9 de prot\u00e9ger le pouvoir judiciaire contre l\u2019ing\u00e9rence du pouvoir ex\u00e9cutif.<\/p>\n<p>1. Le droit national applicable<\/p>\n<p>2. L\u2019affaire est li\u00e9e \u00e0 la r\u00e9forme g\u00e9n\u00e9rale du syst\u00e8me de retraite en Pologne introduite par la loi du 16 novembre 2016 portant modification de la loi sur les retraites et les pensions relevant du Fonds d\u2019assurances sociales ainsi que de certaines autres lois. Cette r\u00e9forme a r\u00e9tabli le syst\u00e8me ant\u00e9rieur, fond\u00e9 sur un \u00e2ge de d\u00e9part \u00e0 la retraite de 60 ans pour les femmes et de 65\u00a0ans pour les hommes.<\/p>\n<p>3. Les premi\u00e8re, deuxi\u00e8me, troisi\u00e8me et quatri\u00e8me requ\u00e9rantes ont fait usage de leur droit pr\u00e9vu \u00e0 l\u2019article 26 \u00a7 1 de la loi du 16 novembre 2016 (susmentionn\u00e9e) et elles ont adress\u00e9 au ministre de la Justice une notification de leur volont\u00e9 d\u2019exercer leurs fonctions de juge au-del\u00e0 du nouvel \u00e2ge l\u00e9gal de d\u00e9part \u00e0 la retraite. Conform\u00e9ment \u00e0 la jurisprudence des juridictions administratives, le r\u00f4le du ministre est de prendre acte de cette notification, le ministre ne disposant pas du pouvoir de s\u2019opposer \u00e0 la notification re\u00e7ue.<\/p>\n<p>La troisi\u00e8me requ\u00e9rante a fait par la suite usage de son droit pr\u00e9vu \u00e0 l\u2019article 69 de la loi sur l\u2019organisation des juridictions de droit commun, tel que modifi\u00e9 par la loi du 12 avril 2018. Elle a adress\u00e9 au Conseil national de la magistrature une d\u00e9claration exprimant sa volont\u00e9 d\u2019exercer les fonctions de juge au-del\u00e0 l\u2019\u00e2ge de 60 ans.<\/p>\n<p>La motivation de l\u2019arr\u00eat se fonde notamment sur les conclusions formul\u00e9es par la Cour de justice de l\u2019Union europ\u00e9enne dans son arr\u00eat en date du 5\u00a0novembre 2019 (C-192\/18, EU:C:2019:924). Or cet arr\u00eat concerne les comp\u00e9tences du ministre de la Justice telles que d\u00e9finies dans la loi du 12\u00a0juillet 2017, portant modification de la loi sur l\u2019organisation des juridictions de droit commun et de certaines autres lois. Selon la jurisprudence des juridictions administratives, ces dispositions ne sont pas applicables en l\u2019esp\u00e8ce. Dans ces conditions, l\u2019invocation de l\u2019arr\u00eat de la Cour de justice de l\u2019Union europ\u00e9enne (voir le paragraphe 175) peut, en l\u2019absence d\u2019explications plus approfondies, pr\u00eater \u00e0 confusion.<\/p>\n<p>4. Le droit polonais garantit un droit d\u2019acc\u00e8s tr\u00e8s large aux juridictions administratives (voir la loi du 30 ao\u00fbt 2002 r\u00e9gissant la proc\u00e9dure devant les juridictions administratives, expos\u00e9e au paragraphe 35 de l\u2019arr\u00eat). Selon l\u2019article 3 de cette loi, la comp\u00e9tence des juridictions administratives englobe notamment les \u00ab\u00a0d\u00e9cisions administratives\u00a0\u00bb (au sens du droit administratif polonais) ainsi que tous les actes ou actions de l\u2019administration qui portent sur des droits ou obligations d\u00e9coulant de la loi. Si, dans la partie de la motivation consacr\u00e9e au droit national, la majorit\u00e9 pr\u00e9sente cette disposition, elle n\u2019en tire pas les cons\u00e9quences lors de l\u2019examen du fond de l\u2019affaire.<\/p>\n<p>Par ailleurs, nous notons que le droit polonais garantit aussi un droit d\u2019acc\u00e8s tr\u00e8s large au juge de droit commun pour toutes les affaires (tous les litiges concernant les droits et obligations) non d\u00e9volues \u00e0 d\u2019autres juridictions (voir l\u2019article 45 de la Constitution combin\u00e9 avec l\u2019article 177 de la Constitution ainsi que l\u2019article 1er de la loi du 17 novembre 1964 \u2013 le Code de proc\u00e9dure civile). Les litiges li\u00e9s au d\u00e9part \u00e0 la retraite entrent en principe dans le champ de comp\u00e9tence du juge de droit commun. Nous attirons l\u2019attention, dans ce contexte, sur la jurisprudence des juridictions de droit commun (juridictions du droit du travail) qui ont ordonn\u00e9 aux autorit\u00e9s de permettre aux juges suspendus d\u2019exercer leurs fonctions (Tuleya c. Pologne, nos 21181\/19 et 51751\/20, \u00a7\u00a7 114-118, 6 juillet 2023).<\/p>\n<p>5. Nous tenons \u00e0 observer que dans les d\u00e9cisions II Sa\/Wa 270\/18 en date du 24 avril 2018 et II SA\/Wa 299\/18 (voir paragraphes 43 et 177), le tribunal administratif r\u00e9gional de Varsovie, statuant en premi\u00e8re instance, s\u2019est d\u00e9clar\u00e9 incomp\u00e9tent pour invalider les lettres par lesquelles le ministre de la Justice informait les juges concern\u00e9es de son refus de les autoriser \u00e0 exercer leurs fonctions au-del\u00e0 de l\u2019\u00e2ge de la retraite, estimant que les lettres en cause n\u2019\u00e9taient pas des d\u00e9cisions administratives et que le ministre n\u2019avait aucune comp\u00e9tence pour statuer en la mati\u00e8re. Le juge administratif, tout en d\u00e9clarant le recours irrecevable, donc a statu\u00e9 \u2013 d\u2019une certaine fa\u00e7on \u2013 sur le fond du probl\u00e8me, expliquant que la lettre du ministre n\u2019avait pas de fondement l\u00e9gal. Le recours introduit a \u00e9t\u00e9 d\u00e9clar\u00e9 irrecevable parce que sans objet.<\/p>\n<p>Il est vrai que le tribunal administratif r\u00e9gional de Varsovie, dans sa d\u00e9cision II Sa\/Wa 299\/18 en date du 25 juin 2018, a estim\u00e9 d\u2019une fa\u00e7on g\u00e9n\u00e9rale que les lettres en cause n\u2019\u00e9taient pas des d\u00e9cisions administratives qui rel\u00e8veraient de sa comp\u00e9tence.<\/p>\n<p>Il faut souligner cependant que la Cour administrative supr\u00eame (dans ses d\u00e9cisions II GSK 92\/19 et II GSK 93\/19 du 15 octobre 2019, voir les paragraphes 43 et 177), tout en estimant que l\u2019article 26 \u00a7\u00a01 de la loi du 16\u00a0novembre 2016 ne conf\u00e9rait pas de pouvoir de d\u00e9cision au ministre de la Justice, a adopt\u00e9 une approche diff\u00e9rente et a estim\u00e9 que les recours exigeaient un examen sur le fond par le juge. Par la suite, les juridictions administratives, statuant dans de telles affaires, ont constamment invalid\u00e9 les lettres de refus \u00e9manant du ministre de la Justice (voir, par exemple, les arr\u00eats de la Cour administrative supr\u00eame en date du 16 octobre 2020, II GSK 846\/20,\u00a0et du 26 novembre 2020, II GSK 934\/20).<\/p>\n<p>6. Dans ce contexte, nous relevons dans la motivation de l\u2019arr\u00eat certaines incoh\u00e9rences ou h\u00e9sitations qui traduisent les difficult\u00e9s, pour une juridiction internationale, \u00e0 \u00e9tablir avec pr\u00e9cision le contenu du droit national dans toute sa complexit\u00e9.<\/p>\n<p>En abordant, lors de la v\u00e9rification des crit\u00e8res Eskelinen, le point de savoir si le droit national a priv\u00e9 les requ\u00e9rantes du droit d\u2019acc\u00e8s \u00e0 un tribunal (paragraphes 131 \u00e0 134), la majorit\u00e9 pr\u00e9f\u00e8re ne pas prendre position sur cette question (voir le paragraphe 134). Toutefois, en examinant le fond de l\u2019affaire, au paragraphe 184, elle dit ceci\u00a0: \u00ab\u00a0Dans ces circonstances, la Cour n\u2019est pas convaincue que les recours \u00e9voqu\u00e9s par le Gouvernement aient \u00e9t\u00e9 effectifs. Elle constate, par cons\u00e9quent, que le droit des requ\u00e9rantes d\u2019acc\u00e9der \u00e0 un tribunal a \u00e9t\u00e9 restreint.\u00a0\u00bb Au paragraphe 198, elle affirme que le Gouvernement n\u2019a fourni aucune raison susceptible de justifier l\u2019\u00ab\u00a0absence (&#8230;) de contr\u00f4le juridictionnel\u00a0\u00bb. Il n\u2019est donc pas possible de savoir clairement si, pour la majorit\u00e9, le contr\u00f4le juridictionnel est compl\u00e8tement absent ou s\u2019il existe, mais il y a des doutes quant \u00e0 son effectivit\u00e9.<\/p>\n<p>Au paragraphe 160, la majorit\u00e9 parle de la \u00ab\u00a0mesure consistant \u00e0 conf\u00e9rer au ministre de la Justice le pouvoir d\u2019autoriser ou non la continuation de l\u2019exercice des fonctions du juge au-del\u00e0 de l\u2019\u00e2ge du d\u00e9part \u00e0 la retraite\u00a0\u00bb. Pourtant, au paragraphe 173 in fine, elle explique \u2013 \u00e0 juste titre \u2013 que la l\u00e9gislation nationale applicable en l\u2019esp\u00e8ce, telle qu\u2019interpr\u00e9t\u00e9e par les juridictions nationales, n\u2019a pas conf\u00e9r\u00e9 au ministre un tel pouvoir et que la tentative de l\u2019exercer \u00e9tait ill\u00e9gitime.<\/p>\n<p>Au paragraphe 160, dans le contexte de la question du respect du d\u00e9lai de six mois pour le grief d\u2019absence d\u2019acc\u00e8s au juge formul\u00e9 par la quatri\u00e8me requ\u00e9rante, la majorit\u00e9 affirme qu\u2019elle ne partage pas l\u2019argument du Gouvernement selon lequel le recours de la quatri\u00e8me requ\u00e9rante \u00e9tait manifestement vou\u00e9 \u00e0 l\u2019\u00e9chec (dans la perspective de la question de l\u2019acc\u00e8s au juge) alors qu\u2019au paragraphe 183 elle explique que de toute fa\u00e7on un recours devant la chambre du contr\u00f4le extraordinaire et des affaires publiques n\u2019aurait pas garanti l\u2019acc\u00e8s \u00e0 un tribunal au sens de l\u2019article 6 \u00a7 1 de la Convention.<\/p>\n<p>Au paragraphe 160, la majorit\u00e9 explique que la l\u00e9gislation en cause concernant l\u2019\u00e2ge de d\u00e9part \u00e0 la retraite des juges \u00ab\u00a0\u00e9tait nouvelle \u00e0 l\u2019\u00e9poque des faits\u00a0\u00bb, alors qu\u2019au paragraphe 179 elle affirme\u00a0: \u00ab\u00a0Dans ces conditions, la Cour consid\u00e8re que les exemples de jurisprudence soumis par le Gouvernement ne sont pas \u00e0 m\u00eame de confirmer l\u2019existence d\u2019une pratique interne qui aurait permis aux requ\u00e9rantes d\u2019avoir acc\u00e8s \u00e0 l\u2019\u00e9poque des faits \u00e0 un tribunal aux fins du contr\u00f4le de la d\u00e9cision minist\u00e9rielle portant refus de prolonger l\u2019exercice de leurs fonctions de juge au-del\u00e0 de l\u2019\u00e2ge de la retraite.\u00a0\u00bb Il est impossible de confirmer l\u2019existence d\u2019une pratique interne si la l\u00e9gislation en cause est nouvelle et les juridictions supr\u00eames n\u2019ont pas encore eu le temps et l\u2019occasion de trancher la question.<\/p>\n<p>Au paragraphe 140, la majorit\u00e9 affirme entre autres\u00a0: \u00ab\u00a0En effet, compte tenu du statut particulier des membres du corps judiciaire et de l\u2019importance du contr\u00f4le juridictionnel des proc\u00e9dures concernant la r\u00e9vocation ou la destitution des juges, la Cour estime qu\u2019on ne saurait affirmer qu\u2019un lien sp\u00e9cial de confiance entre l\u2019\u00c9tat et les requ\u00e9rantes justifiait l\u2019exclusion des droits garantis par la Convention ([&#8230;])\u00a0\u00bb. La r\u00e9ponse donn\u00e9e (voir aussi les paragraphes pr\u00e9c\u00e9dents de l\u2019arr\u00eat) exclut les exceptions au contr\u00f4le juridictionnel. Or au paragraphe 186 la majorit\u00e9 affirme ne pas \u00ab\u00a0contester la l\u00e9gitimit\u00e9 du but invoqu\u00e9 de la restriction litigieuse en tant que telle\u00a0\u00bb, et au paragraphe 198 elle dit qu\u2019\u00ab\u00a0il devrait y avoir des raisons s\u00e9rieuses propres \u00e0 justifier une absence exceptionnelle de recours juridictionnel\u00a0\u00bb.<\/p>\n<p>Article\u00a06<\/p>\n<p>7. Nous pensons, comme la majorit\u00e9, que l\u2019article 6 est applicable en l\u2019esp\u00e8ce.<\/p>\n<p>8. Nous notons une nouvelle fois (voir ci-dessus) qu\u2019en appliquant les crit\u00e8res Eskelinen, la majorit\u00e9, lorsqu\u2019elle aborde le point de savoir si le droit national a priv\u00e9 les requ\u00e9rantes du droit d\u2019acc\u00e8s \u00e0 un tribunal (paragraphe\u00a0134), \u00e9vite de prendre position et se concentre sur la question de savoir si l\u2019exclusion all\u00e9gu\u00e9e des requ\u00e9rantes de l\u2019acc\u00e8s \u00e0 un tribunal reposait sur des motifs objectifs li\u00e9s \u00e0 l\u2019int\u00e9r\u00eat de l\u2019\u00c9tat (paragraphes 135 \u00e0 142). La r\u00e9ponse \u00e9carte d\u2019une fa\u00e7on g\u00e9n\u00e9rale la possibilit\u00e9 de justifier de telles exclusions \u00e0 l\u2019\u00e9gard des juges.<\/p>\n<p>Cette fa\u00e7on de proc\u00e9der appelle trois remarques. Premi\u00e8rement, la recherche de la r\u00e9ponse \u00e0 la question de savoir si l\u2019exclusion de l\u2019acc\u00e8s au juge est l\u00e9gitime n\u2019a pas de sens si la Cour n\u2019a pas \u00e9tabli, au pr\u00e9alable, avec pr\u00e9cision, la validit\u00e9, la place dans la hi\u00e9rarchie des normes, le contenu, la port\u00e9e et le fondement textuel de r\u00e8gles de droit excluant l\u2019acc\u00e8s \u00e0 un tribunal. Deuxi\u00e8mement, la question de la l\u00e9gitimit\u00e9 de l\u2019exclusion de l\u2019acc\u00e8s au juge est abord\u00e9e deux fois\u00a0: une premi\u00e8re fois lors de l\u2019examen de l\u2019applicabilit\u00e9 de l\u2019article\u00a06 et une deuxi\u00e8me fois lors de l\u2019examen au fond avec la question de savoir si une restriction \u00e0 l\u2019acc\u00e8s au juge est permise par l\u2019article 6. Troisi\u00e8mement, l\u2019approche adopt\u00e9e d\u00e9montre le caract\u00e8re inop\u00e9rant des crit\u00e8res Eskelinen. De plus, ces crit\u00e8res sont \u00e0 la source des incoh\u00e9rences non seulement dans les plaidoiries des parties, mais aussi dans la motivation du pr\u00e9sent arr\u00eat (voir ci-dessous). \u00c0 notre avis, il serait pr\u00e9f\u00e9rable de simplifier l\u2019approche actuelle en d\u00e9clarant sans ambages l\u2019article 6 applicable aux litiges du droit du travail impliquant les fonctionnaires et les juges ainsi qu\u2019aux litiges concernant les retraites de ces cat\u00e9gories professionnelles.<\/p>\n<p>9. La majorit\u00e9 \u00ab\u00a0conclut \u00e0 la violation dans le chef des requ\u00e9rantes du droit d\u2019acc\u00e8s \u00e0 un tribunal garanti par l\u2019article\u00a06\u00a0\u00a7 1 de la Convention.\u2009\u00bb<\/p>\n<p>\u00c0 notre avis, l\u2019analyse de la l\u00e9gislation et de la jurisprudence polonaises montre clairement que les premi\u00e8re, deuxi\u00e8me et quatri\u00e8me requ\u00e9rantes avaient acc\u00e8s au juge pour contester les lettres du ministre de la Justice et leurs effets.<\/p>\n<p>D\u2019une part, les requ\u00e9rantes avaient acc\u00e8s au juge administratif. Le tribunal administratif r\u00e9gional de Varsovie, dans la d\u00e9cision II Sa\/Wa 270\/18 en date du 24 avril 2018, a consid\u00e9r\u00e9 que les actes du ministre \u00e9taient d\u00e9pourvus de fondement juridique (ultra vires). En tout cas, les d\u00e9cisions des tribunaux administratifs r\u00e9gionaux mentionn\u00e9es aux paragraphes 43\u00a0et 177 n\u2019\u00e9taient pas d\u00e9finitives au moment o\u00f9 les requ\u00eates nos\u00a01, 2 et 3 ont \u00e9t\u00e9 introduites, et les recours pendants n\u2019\u00e9taient pas d\u00e9pourvus de perspectives de succ\u00e8s. La jurisprudence post\u00e9rieure confirme parfaitement que la voie d\u2019acc\u00e8s au juge administratif restait ouverte.<\/p>\n<p>D\u2019autre part, les requ\u00e9rantes pouvaient saisir les juridictions du droit du travail pour faire valoir leurs droits. S\u2019il est vrai que le Gouvernement ne mentionne pas cette possibilit\u00e9, la Cour est consciente de l\u2019existence d\u2019arr\u00eats qui ont \u00e9t\u00e9 rendus par les juridictions du droit du travail en faveur de juges en Pologne qui s\u2019\u00e9taient retrouv\u00e9s emp\u00each\u00e9s d\u2019exercer leurs fonctions (voir ci\u2011dessus).<\/p>\n<p>Dans ces conditions, il est difficile de souscrire \u00e0 la conclusion selon laquelle les premi\u00e8re, deuxi\u00e8me et quatri\u00e8me requ\u00e9rantes n\u2019avaient pas d\u2019acc\u00e8s au juge.<\/p>\n<p>Comme mentionn\u00e9 ci-dessus, la majorit\u00e9 affirme entre autres au paragraphe 184 que \u00ab\u00a0la Cour n\u2019est pas convaincue que les recours \u00e9voqu\u00e9s par le Gouvernement aient \u00e9t\u00e9 effectifs\u00a0\u00bb.<\/p>\n<p>Cette affirmation suscite trois remarques. Premi\u00e8rement, elle traduit une certaine confusion entre acc\u00e8s au juge et effectivit\u00e9 des recours judiciaires. Si les deux questions sont li\u00e9es, elles doivent n\u00e9anmoins \u00eatre distingu\u00e9es et l\u2019articulation entre les deux aurait d\u00fb \u00eatre mieux expliqu\u00e9e. Deuxi\u00e8mement, \u00e0 notre avis, m\u00eame en cas de doute concernant l\u2019acc\u00e8s au juge ou l\u2019effectivit\u00e9 d\u2019une voie de recours judiciaire, le requ\u00e9rant doit essayer de porter ses griefs devant le juge national avant d\u2019introduire devant la Cour une requ\u00eate all\u00e9guant un manque d\u2019acc\u00e8s au juge. Troisi\u00e8mement, le requ\u00e9rant peut introduire une requ\u00eate devant la Cour sans essayer de saisir les juridictions nationales uniquement dans les situations dans lesquelles il est \u00e9tabli que la voie d\u2019acc\u00e8s au juge reste ferm\u00e9e ou que tout recours judiciaire envisageable est ineffectif.<\/p>\n<p>10. La majorit\u00e9, au paragraphe 140 in fine, consacre implicitement le droit des juges d\u2019acc\u00e9der \u00e0 un tribunal comp\u00e9tent pour faire invalider les r\u00e8gles de droit applicables. \u00c0 notre avis, l\u2019acc\u00e8s au juge constitutionnel ne doit pas \u00eatre r\u00e9serv\u00e9 aux juges, mais doit \u00eatre ouvert \u00e0 tous ceux qui veulent faire valoir leurs droits de caract\u00e8re civil (au sens de l\u2019article 6) contre les ing\u00e9rences du pouvoir l\u00e9gislatif.<\/p>\n<p>Article\u00a014 combin\u00e9 avec l\u2019article\u00a08<\/p>\n<p>11. Nous souscrivons \u00e0 l\u2019avis de la majorit\u00e9 selon lequel les dispositions l\u00e9gislatives incrimin\u00e9es constituaient une forme de discrimination \u00e0 l\u2019\u00e9gard des juges f\u00e9minins. Toutefois, nous ne nous rallions pas \u00e0 la conclusion selon laquelle l\u2019article\u00a08 de la Convention trouve \u00e0 s\u2019appliquer en l\u2019esp\u00e8ce. Si la l\u00e9gislation en cause produit ind\u00e9niablement des effets n\u00e9gatifs dans le domaine de la vie professionnelle pour les requ\u00e9rantes, les effets sur le terrain de l\u2019article\u00a08 (protection de la vie priv\u00e9e) n\u2019atteignent pas le seuil de gravit\u00e9 requis pour qu\u2019une question se pose sur le terrain de l\u2019article\u00a014 combin\u00e9 avec l\u2019article\u00a08 de la Convention. Concernant cette question nous renvoyons \u00e0 notre opinion dissidente commune jointe \u00e0 l\u2019arr\u00eat dans l\u2019affaire Juszczyszyn c. Pologne (no 35599\/20, 6 octobre 2022).<\/p>\n<p>La question soulev\u00e9e rel\u00e8ve du Protocole additionnel no\u00a012 \u00e0 la Convention, lequel n\u2019a pas \u00e9t\u00e9 ratifi\u00e9 par l\u2019\u00c9tat d\u00e9fendeur.<\/p>\n<p>Conclusion<\/p>\n<p>12. Dans la pr\u00e9sente affaire, nous ne disposons pas d\u2019\u00e9l\u00e9ments permettant de conclure que l\u2019acc\u00e8s au juge a \u00e9t\u00e9 ferm\u00e9 pour les requ\u00eates no\u00a025226\/18 (celle de la premi\u00e8re requ\u00e9rante), no\u00a025805\/18 (celle de la deuxi\u00e8me requ\u00e9rante) et no\u00a043\u2009949\/19 (celle de la quatri\u00e8me requ\u00e9rante).<\/p>\n<p>La pr\u00e9sente affaire aboutit \u00e0 consacrer dans la jurisprudence une nouvelle forme de restriction au droit d\u2019acc\u00e8s au juge\u00a0: l\u2019absence de pratique interne confirmant l\u2019existence de cet acc\u00e8s de fa\u00e7on suffisamment claire. L\u2019arr\u00eat rendu remet compl\u00e8tement en cause le principe de subsidiarit\u00e9 d\u00e9velopp\u00e9 avec beaucoup de soin dans la jurisprudence de la Cour et mis en exergue de fa\u00e7on particuli\u00e8re ces derni\u00e8res ann\u00e9es.<\/p>\n<p>_____________<br \/>\n[1] \u00c9galement appel\u00e9 par certaines instances \u00ab\u00a0le Conseil national de la Justice\u00a0\u00bb\u00a0; paragraphe\u00a034 ci-dessous<br \/>\n[2] En polonais, le terme \u00ab\u00a0stan spoczynku\u00a0\u00bb (litt\u00e9ralement \u00ab l\u2019\u00e9tat de repos\u00a0\u00bb) d\u00e9signe le statut juridique de juge, qui est cons\u00e9cutif \u00e0 l\u2019obtention par le juge concern\u00e9 de l\u2019\u00e2ge l\u00e9gal de la retraite. Le terme en question se distingue du terme \u00ab\u00a0emerytura\u00a0\u00bb (la retraite), lequel concerne l\u2019ensemble des pensionnaires du r\u00e9gime g\u00e9n\u00e9ral de retraite. Le terme \u00ab\u00a0stan spoczynku\u00a0\u00bb appara\u00eet dans l&rsquo;article 180, paragraphe 4, de la Constitution uniquement dans le contexte de la retraite des juges. Cette terminologie diff\u00e9rente s\u2019explique par les particularit\u00e9s du rapport de service de juge, lequel perdure apr\u00e8s l\u2019obtention par le juge concern\u00e9 de l\u2019\u00e2ge l\u00e9gal de la retraite mais sous une forme diff\u00e9rente. La principale cons\u00e9quence du passage \u00e0 la retraite de juge est la cessation de l&rsquo;activit\u00e9 juridictionnelle de celui-ci. Le juge retrait\u00e9 est soumis \u00e0 des restrictions particuli\u00e8res (telles que, par exemple, l\u2019obligation de r\u00e9pondre devant les instances disciplinaires de la magistrature en cas d\u2019atteinte \u00e0 la dignit\u00e9 de la fonction de juge ou celle d&rsquo;obtenir l\u2019autorisation pr\u00e9alable du pr\u00e9sident de sa juridiction \u00e0 l\u2019exercice de l\u2019\u00e9ventuelle activit\u00e9 r\u00e9mun\u00e9r\u00e9e) mais jouit en m\u00eame temps de droits particuliers (par exemple, il a droit \u00e0 l&rsquo;\u00e9molument de juge retrait\u00e9). Pour des raisons de coh\u00e9rence par rapport aux arr\u00eats de la CJUE, le pr\u00e9sent rapport emploie le terme \u00ab\u00a0la retraite des juges\u00a0\u00bb.<br \/>\n[3] Se r\u00e9f\u00e9rer \u00e0 l\u2019affaire Dolinska-Ficek et Ozimek c. Pologne, nos 49868\/19 et 57511\/19, 8\u00a0novembre 2021.<br \/>\n[4] \u00c0 l\u2019\u00e2ge de 65 ans.<br \/>\n[5] La disposition de l\u2019article 75 \u00a7\u00a7 3 et 4 de la loi Pusp, dans sa formulation applicable \u00e0 l\u2019\u00e9poque des faits, \u00e9non\u00e7ait que les d\u00e9cisions du ministre de la Justice, qui \u00e9taient r\u00e8glement\u00e9es au paragraphe 2 alin\u00e9as 1 et 2 du m\u00eame article [relatives au transfert de juge sur un autre lieu d\u2019affectation], \u00e9taient susceptibles de recours devant la Cour supr\u00eame.<br \/>\n[6] Il ressort de la motivation de l\u2019arr\u00eat de la Cour supr\u00eame r\u00e9sum\u00e9 ci-dessous (paragraphe 48) que le ministre de la Justice a inform\u00e9 les responsables des tribunaux du caract\u00e8re non cumulable des droits \u00e9nonc\u00e9s \u00e0 l\u2019article 26 \u00a7\u00a7 1 et 2 de la loi du 26 novembre 2016.<br \/>\n[7] Dans son arr\u00eat du 20\/05\/200 K 21\/99, la Cour constitutionnelle a indiqu\u00e9 que la notion de \u00ab\u00a0cause\u00a0\u00bb devrait \u00eatre interpr\u00e9t\u00e9e comme englobant l\u2019ensemble des situations o\u00f9 un sujet de droit (une autorit\u00e9 publique) d\u00e9cide des droits d\u2019un autre sujet de droit (un particulier) et que le rapport juridique entre les protagonistes exclut l\u2019arbitraire dans la prise de d\u00e9cision.<br \/>\n[8] Voir le paragraphe 1 ci-dessus<br \/>\n[9] Env\u00a0565 EUR<\/p>\n<p>____________<\/p>\n<p style=\"text-align: center;\"><strong>Appendix<\/strong><\/p>\n<p>Liste des affaires\u00a0:<\/p>\n<table width=\"671\">\n<thead>\n<tr>\n<td width=\"47\"><strong>No.<\/strong><\/td>\n<td width=\"104\"><strong>Requ\u00eate N<sup>o<\/sup><\/strong><\/td>\n<td width=\"123\"><strong>Nom de l\u2019affaire<\/strong><\/td>\n<td width=\"103\"><strong>Introduite le<\/strong><\/td>\n<td width=\"152\"><strong>Requ\u00e9rant<br \/>\nAnn\u00e9e de naissance<br \/>\nLieu de r\u00e9sidence<br \/>\nNationalit\u00e9<\/strong><\/td>\n<td width=\"142\"><strong>Repr\u00e9sent\u00e9 par<\/strong><\/td>\n<\/tr>\n<\/thead>\n<tbody>\n<tr>\n<td width=\"47\">1.<\/td>\n<td width=\"104\">25226\/18<\/td>\n<td width=\"123\">Paj\u0105k c. Pologne<\/td>\n<td width=\"103\">21\/05\/2018<\/td>\n<td width=\"152\"><strong>Lucyna PAJ\u0104K<br \/>\n1956<br \/>\nNowy Targ<br \/>\npolonaise<\/strong><\/td>\n<td width=\"142\">W\u0142adys\u0142aw CHOWANIEC<\/td>\n<\/tr>\n<tr>\n<td width=\"47\">2.<\/td>\n<td width=\"104\">25805\/18<\/td>\n<td width=\"123\">Kuzak c.\u00a0Pologne<\/td>\n<td width=\"103\">21\/05\/2018<\/td>\n<td width=\"152\"><strong>Marta KUZAK<br \/>\n1957<br \/>\nNowy Targ<br \/>\npolonaise<\/strong><\/td>\n<td width=\"142\">W\u0142adys\u0142aw CHOWANIEC<\/td>\n<\/tr>\n<tr>\n<td width=\"47\">3.<\/td>\n<td width=\"104\">8378\/19<\/td>\n<td width=\"123\">Kabzi\u0144ska c.\u00a0Pologne<\/td>\n<td width=\"103\">30\/01\/2019<\/td>\n<td width=\"152\"><strong>El\u017cbieta Jadwiga KABZI\u0143SKA<br \/>\n1953<br \/>\nKielce<br \/>\npolonaise<\/strong><\/td>\n<td width=\"142\">Maciej Jakub KABZI\u0143SKI<\/td>\n<\/tr>\n<tr>\n<td width=\"47\">4.<\/td>\n<td width=\"104\">43949\/19<\/td>\n<td width=\"123\">Jezierska c.\u00a0Pologne<\/td>\n<td width=\"103\">12\/08\/2019<\/td>\n<td width=\"152\"><strong>Danuta JEZIERSKA<br \/>\n1955<br \/>\nGorz\u00f3w Wielkopolski<br \/>\npolonaise<\/strong><\/td>\n<td width=\"142\">Piotr K\u0141ADOCZNY<\/td>\n<\/tr>\n<\/tbody>\n<\/table>\n<div class=\"social-share-buttons\"><a href=\"https:\/\/www.facebook.com\/sharer\/sharer.php?u=https:\/\/loisdumonde.com\/?p=2156\" target=\"_blank\" rel=\"noopener\">Facebook<\/a><a href=\"https:\/\/twitter.com\/intent\/tweet?url=https:\/\/loisdumonde.com\/?p=2156&text=AFFAIRE+PAJ%C4%84K+ET+AUTRES+c.+POLOGNE+%E2%80%93+25226%2F18+et+3+autres\" target=\"_blank\" rel=\"noopener\">Twitter<\/a><a href=\"https:\/\/www.linkedin.com\/shareArticle?url=https:\/\/loisdumonde.com\/?p=2156&title=AFFAIRE+PAJ%C4%84K+ET+AUTRES+c.+POLOGNE+%E2%80%93+25226%2F18+et+3+autres\" target=\"_blank\" rel=\"noopener\">LinkedIn<\/a><a href=\"https:\/\/pinterest.com\/pin\/create\/button\/?url=https:\/\/loisdumonde.com\/?p=2156&description=AFFAIRE+PAJ%C4%84K+ET+AUTRES+c.+POLOGNE+%E2%80%93+25226%2F18+et+3+autres\" target=\"_blank\" rel=\"noopener\">Pinterest<\/a><\/div>","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Les requ\u00eates concernent l\u2019all\u00e9gation des requ\u00e9rantes selon laquelle elles n\u2019ont pas dispos\u00e9 d\u2019un recours juridictionnel au travers duquel elles auraient pu contester le refus du ministre de la Justice et du Conseil national de la Magistrature, respectivement, de les autoriser&hellip;<\/p>\n<p class=\"more-link-p\"><a class=\"more-link\" href=\"https:\/\/loisdumonde.com\/?p=2156\">Read more &rarr;<\/a><\/p>\n","protected":false},"author":1,"featured_media":0,"comment_status":"open","ping_status":"open","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"_lmt_disableupdate":"","_lmt_disable":"","footnotes":""},"categories":[1],"tags":[],"class_list":["post-2156","post","type-post","status-publish","format-standard","hentry","category-cour-europeenne-des-droits-de-lhomme"],"modified_by":"loisdumonde","_links":{"self":[{"href":"https:\/\/loisdumonde.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/2156","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/loisdumonde.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/loisdumonde.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/loisdumonde.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/users\/1"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/loisdumonde.com\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcomments&post=2156"}],"version-history":[{"count":1,"href":"https:\/\/loisdumonde.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/2156\/revisions"}],"predecessor-version":[{"id":2157,"href":"https:\/\/loisdumonde.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/2156\/revisions\/2157"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/loisdumonde.com\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fmedia&parent=2156"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/loisdumonde.com\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcategories&post=2156"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/loisdumonde.com\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Ftags&post=2156"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}