{"id":2131,"date":"2023-10-05T13:23:05","date_gmt":"2023-10-05T13:23:05","guid":{"rendered":"https:\/\/loisdumonde.com\/?p=2131"},"modified":"2023-10-05T13:23:05","modified_gmt":"2023-10-05T13:23:05","slug":"affaire-e-f-c-grece-16127-20","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/loisdumonde.com\/?p=2131","title":{"rendered":"AFFAIRE E.F. c. GR\u00c8CE &#8211; 16127\/20"},"content":{"rendered":"<p><span style=\"color: #800000;\">La requ\u00eate concerne l\u2019absence de prise en charge m\u00e9dicale de la requ\u00e9rante, demandeuse d\u2019asile et s\u00e9ropositive, par les autorit\u00e9s, ainsi que les conditions de vie dans les camps de Moria et de Polykastro.<\/span><!--more--><\/p>\n<hr \/>\n<p style=\"text-align: center;\">CINQUI\u00c8ME SECTION<br \/>\n<strong>AFFAIRE E.F. c. GR\u00c8CE<\/strong><br \/>\n<em>(Requ\u00eate no 16127\/20)<\/em><br \/>\nARR\u00caT<br \/>\nSTRASBOURG<br \/>\n5 octobre 2023<\/p>\n<p>Cet arr\u00eat est d\u00e9finitif. Il peut subir des retouches de forme.<\/p>\n<p><strong>En l\u2019affaire E.F. c. Gr\u00e8ce,<\/strong><\/p>\n<p>La Cour europ\u00e9enne des droits de l\u2019homme (cinqui\u00e8me section), si\u00e9geant en un comit\u00e9 compos\u00e9 de\u00a0:<br \/>\nSt\u00e9phanie Mourou-Vikstr\u00f6m, pr\u00e9sidente,<br \/>\nLado Chanturia,<br \/>\nMattias Guyomar, juges,<br \/>\net de Sophie Piquet, greffi\u00e8re adjointe de section f.f.,<br \/>\nVu\u00a0:<br \/>\nla requ\u00eate (no\u00a016127\/20) contre la R\u00e9publique hell\u00e9nique et dont une ressortissante camerounaise, Mme E.F. (\u00ab\u00a0la requ\u00e9rante\u00a0\u00bb), n\u00e9e en 1990 et r\u00e9sidant \u00e0 Moria, repr\u00e9sent\u00e9e par Me\u00a0E. Kriona Saranti, avocate \u00e0 Ath\u00e8nes, a saisi la Cour le 14 avril 2020 en vertu de l\u2019article\u00a034 de la Convention de sauvegarde des droits de l\u2019homme et des libert\u00e9s fondamentales (\u00ab\u00a0la Convention\u00a0\u00bb),<br \/>\nla d\u00e9cision de porter \u00e0 la connaissance du gouvernement grec (\u00ab\u00a0le Gouvernement\u00a0\u00bb), repr\u00e9sent\u00e9 par les d\u00e9l\u00e9gu\u00e9s de son agent, M.\u00a0\u039a.\u00a0Georghiadis, Mme Ourania Patsopoulou, Mme Stavroula Trekli, Mme\u00a0Ioulia Kotsoni et M. G. Avdikos, assesseurs au Conseil juridique de l\u2019\u00c9tat, les griefs concernant les articles 3 et 13 de la Convention,<br \/>\nla d\u00e9cision de ne pas d\u00e9voiler l\u2019identit\u00e9 de la requ\u00e9rante,<br \/>\nla d\u00e9cision de traiter en priorit\u00e9 la requ\u00eate (article 41 du r\u00e8glement de la Cour (\u00ab\u00a0le r\u00e8glement\u00a0\u00bb),<br \/>\nles observations communiqu\u00e9es par le gouvernement d\u00e9fendeur et celles communiqu\u00e9es en r\u00e9plique par la requ\u00e9rante,<br \/>\nles observations communiqu\u00e9es par le Centre de conseil sur les droits de l\u2019individu en Europe (\u00ab\u00a0le Centre AIRE\u00a0\u00bb), le European Council on Refugees and Exiles (\u00ab\u00a0ECRE\u00a0\u00bb) et le Dutch Council for Refugees dont le pr\u00e9sident de la section avait autoris\u00e9 la tierce intervention et les observations du Gouvernement en r\u00e9ponse,<\/p>\n<p>Apr\u00e8s en avoir d\u00e9lib\u00e9r\u00e9 en chambre du conseil le 14 septembre 2023,<\/p>\n<p>Rend l\u2019arr\u00eat que voici, adopt\u00e9 \u00e0 cette date\u00a0:<\/p>\n<p><strong>OBJET DE L\u2019AFFAIRE<\/strong><\/p>\n<p>1. La requ\u00eate concerne l\u2019absence de prise en charge m\u00e9dicale de la requ\u00e9rante, demandeuse d\u2019asile et s\u00e9ropositive, par les autorit\u00e9s, ainsi que les conditions de vie dans les camps de Moria et de Polykastro.<\/p>\n<p><strong>I. LA PRISE EN CHARGE MEDICALE<\/strong><\/p>\n<p><strong>A. Dans le camp de Moria<\/strong><\/p>\n<p>2. La requ\u00e9rante, de nationalit\u00e9 camerounaise, avait \u00e9t\u00e9 diagnostiqu\u00e9e s\u00e9ropositive en 2016, quand elle r\u00e9sidait au Cameroun, avec un taux de CD4 \u00e0 601 (Stade 1). Elle soutient qu\u2019elle recevait des m\u00e9dicaments antir\u00e9troviraux de fa\u00e7on continue, jusqu\u2019en octobre 2019, sans sympt\u00f4mes.<\/p>\n<p>3. La requ\u00e9rante indique avoir quitt\u00e9 le Cameroun afin d\u2019\u00e9chapper aux abus sexuels et aux pers\u00e9cutions men\u00e9es par les autorit\u00e9s. Le 20 d\u00e9cembre 2019, elle est arriv\u00e9e sur l\u2019\u00eele de Lesvos et le lendemain, elle a \u00e9t\u00e9 enregistr\u00e9e par les autorit\u00e9s du Centre de R\u00e9ception et d\u2019Identification (\u00ab\u00a0RIC\u00a0\u00bb) de Moria. Elle affirme avoir imm\u00e9diatement inform\u00e9 oralement les autorit\u00e9s de son \u00e9tat de sant\u00e9 sans pour autant, d\u2019apr\u00e8s ses dires, avoir \u00e9t\u00e9 soumise \u00e0 des examens m\u00e9dicaux ni avoir fait l\u2019objet de la proc\u00e9dure de d\u00e9termination de vuln\u00e9rabilit\u00e9. Le 23 d\u00e9cembre 2019, la restriction g\u00e9ographique de mouvement lui a \u00e9t\u00e9 impos\u00e9e.<\/p>\n<p>4. Le 10 janvier 2020, elle a d\u00e9pos\u00e9 une demande de protection internationale aupr\u00e8s des autorit\u00e9s de ce Centre, en d\u00e9clarant de mani\u00e8re officielle qu\u2019elle \u00e9tait s\u00e9ropositive.<\/p>\n<p>5. Apr\u00e8s l\u2019apparition des sympt\u00f4mes le 13 janvier 2020, la requ\u00e9rante a consult\u00e9 le m\u00e9decin de l\u2019ONG \u00ab\u00a0Rowing Together\u00a0\u00bb et un rendez-vous m\u00e9dical aupr\u00e8s de l\u2019Organisation Nationale Publique pour la Sant\u00e9 (\u00ab\u00a0EODY\u00a0\u00bb) a \u00e9t\u00e9 programm\u00e9 pour le 22 janvier 2020. Selon elle, le m\u00e9decin d\u2019EODY lui a demand\u00e9 de revenir le 6 f\u00e9vrier 2020 pour effectuer des examens sanguins. \u00c0 cette date un nouveau rendez-vous a \u00e9t\u00e9 programm\u00e9 \u00e0 l\u2019h\u00f4pital \u00ab\u00a0Vostaneio\u00a0\u00bb le 12 f\u00e9vrier 2020, ce que confirme le Gouvernement. Le 19 f\u00e9vrier 2020, l\u2019h\u00f4pital de l\u2019Ouest Ath\u00e8nes a attest\u00e9 que, selon les r\u00e9sultats d\u2019examens sanguins, la requ\u00e9rante \u00e9tait s\u00e9ropositive. Le 21\u00a0f\u00e9vrier 2020, l\u2019organisation \u00ab\u00a0International Rescue Committee\u00a0\u00bb a recommand\u00e9 le transfert de la requ\u00e9rante \u00e0 l\u2019UNHCR \u00e0 Ath\u00e8nes. Le 4 mars 2020, la requ\u00e9rante a \u00e9t\u00e9 \u00e0 nouveau examin\u00e9e \u00e0 l\u2019h\u00f4pital \u00ab\u00a0Vostaneio\u00a0\u00bb qui a ordonn\u00e9 son transfert vers un \u00e9tablissement m\u00e9dical sp\u00e9cialis\u00e9 \u00e0 Ath\u00e8nes pour des examens suppl\u00e9mentaires en vue de d\u00e9terminer le traitement m\u00e9dical \u00e0 suivre.<\/p>\n<p>6. Le 5 mars 2020, la d\u00e9cision de restriction g\u00e9ographique de mouvement de la requ\u00e9rante a \u00e9t\u00e9 r\u00e9voqu\u00e9e. Les parties s\u2019accordent sur la volont\u00e9 de la requ\u00e9rante de se rendre rapidement et \u00e0 ses frais \u00e0 Ath\u00e8nes. Le Gouvernement soutient que, depuis le 13\u00a0mars 2020, l\u2019accueil du public par les autorit\u00e9s charg\u00e9es de mettre en \u0153uvre un tel transfert avait \u00e9t\u00e9 suspendu en raison des mesures prises face \u00e0 la propagation de la Covid-19. Pour sa part, la requ\u00e9rante fait valoir que le 16 mars 2020, elle s\u2019\u00e9tait rendue pour renouveler sa carte de demandeur d\u2019asile au Centre, mais que ce dernier \u00e9tait ferm\u00e9.<\/p>\n<p>7. Le 7 avril 2020, l\u2019organisation \u00ab\u00a0International Rescue Committee\u00a0\u00bb a recommand\u00e9 \u00e0 l\u2019UNHCR le transfert de la requ\u00e9rante vers Ath\u00e8nes. \u00c0 cet \u00e9gard, le Gouvernement note que la fermeture du Centre a \u00e9t\u00e9 prolong\u00e9e jusqu\u2019au 15 mai 2020, ce qui a bloqu\u00e9 le renouvellement des documents administratifs.<\/p>\n<p>8. Le 22 avril 2020, les autorit\u00e9s du Centre ont cr\u00e9\u00e9 la fiche m\u00e9dicale de la requ\u00e9rante, en actualisant son \u00e9tat de sant\u00e9 et en indiquant son enregistrement dans le RIC le 21 d\u00e9cembre 2019.<\/p>\n<p>9. Le 23 avril 2020, une nouvelle carte de demandeur d\u2019asile lui a \u00e9t\u00e9 d\u00e9livr\u00e9e sans restriction g\u00e9ographique de mouvement et, le 3 mai 2020, la requ\u00e9rante a \u00e9t\u00e9 transf\u00e9r\u00e9e au camp de Polykastro.<\/p>\n<p><strong>B. Dans le camp de Polykastro<\/strong><\/p>\n<p>10. La requ\u00e9rante soutient qu\u2019elle s\u2019est rendue, le 5 mai 2020, au centre m\u00e9dical d\u2019EODY du camp pour demander l\u2019engagement d\u2019un traitement antir\u00e9troviral. Le 12\u00a0mai 2020, la repr\u00e9sentante de la requ\u00e9rante a notifi\u00e9 \u00e0 l\u2019EODY que cette derni\u00e8re souffrait de sympt\u00f4mes graves probablement li\u00e9s au stade B de la maladie et demand\u00e9 une assistance m\u00e9dicale \u00e0 ce titre, sans obtenir r\u00e9ponse de la part des autorit\u00e9s comp\u00e9tentes. Par un document pr\u00e9sent\u00e9 par le Gouvernement, les autorit\u00e9s du camp attestent que la requ\u00e9rante a re\u00e7u du parac\u00e9tamol le 15 mai 2020. Le 24 mai 2020, \u00e0 la suite d\u2019un \u00e9vanouissement, la requ\u00e9rante a \u00e9t\u00e9 transf\u00e9r\u00e9e \u00e0 l\u2019h\u00f4pital de Kilkis.<\/p>\n<p>11. Le 25 mai 2020, le M\u00e9diateur de la R\u00e9publique a adress\u00e9 une lettre aux autorit\u00e9s du camp de Polykastro dans laquelle, tout en rappelant le devoir d\u2019assurer le suivi du traitement m\u00e9dical des personnes souffrant de maladies graves et, en priorit\u00e9, des personnes atteintes du VIH et des victimes de viol, il relevait que la requ\u00e9rante n\u2019avait pas \u00e9t\u00e9 orient\u00e9e vers l\u2019unit\u00e9 de sant\u00e9 et demandait si des mesures avaient \u00e9t\u00e9 prises afin de lui prodiguer un traitement m\u00e9dical adapt\u00e9 et de lui assurer des conditions d\u2019accueil appropri\u00e9es.<\/p>\n<p>12. Le 28 mai 2020 la requ\u00e9rante a \u00e9t\u00e9 transf\u00e9r\u00e9e de l\u2019h\u00f4pital du Kilkis \u00e0 l\u2019h\u00f4pital AHEPA en raison d\u2019une fi\u00e8vre continue et d\u2019une lymphad\u00e9nopathie. Les certificats \u00e9tablis par cet h\u00f4pital attestent que la requ\u00e9rante \u00e9tait atteinte du VIH (taux de lymphocytes CD4 diminu\u00e9 \u00e0 60, paragraphe 2 ci-dessus) et d\u2019un lymphome non hodgkinien. Le 23 juin 2020, la requ\u00e9rante, qui est rest\u00e9e hospitalis\u00e9e jusqu\u2019au 24 juin 2020, a d\u00e9but\u00e9 un traitement m\u00e9dical antir\u00e9troviral ainsi qu\u2019un traitement du lymphome.<\/p>\n<p><strong>II. CONCERNANT LEs conditions de vie<\/strong><\/p>\n<p><strong>A. Dans le camp de Moria<\/strong><\/p>\n<p><strong>1. La version de la requ\u00e9rante<\/strong><\/p>\n<p>13. La requ\u00e9rante soutient que la premi\u00e8re nuit apr\u00e8s son arriv\u00e9e en Gr\u00e8ce, elle a dormi \u00e0 ciel ouvert. Le lendemain, elle a \u00e9t\u00e9 plac\u00e9e dans un chapiteau sans porte ni chauffage, destin\u00e9 \u00e0 accueillir les nouveaux arriv\u00e9s. Elle indique qu\u2019elle a commenc\u00e9 \u00e0 tousser \u00e0 cause des temp\u00e9ratures basses du mois de d\u00e9cembre. Dans ce chapiteau, elle \u00e9tait h\u00e9berg\u00e9e avec plus des 200 personnes et elle fait valoir qu\u2019elle craignait pour sa s\u00e9curit\u00e9. La requ\u00e9rante conteste la version du Gouvernement en ce qui concerne les toilettes\u00a0dont elle affirme qu\u2019elles n\u2019\u00e9taient que 9 au total et qu\u2019elles \u00e9taient totalement bouch\u00e9es.<\/p>\n<p>14. La requ\u00e9rante soutient avoir \u00e9t\u00e9 transf\u00e9r\u00e9e, au bout d\u2019un mois, dans un espace sans chauffage avec 11 femmes d\u2019origine camerounaise. Elle d\u00e9crit les conditions qu\u2019elle y aurait subies comme d\u00e9plorables\u00a0: elle n\u2019avait pas de linge, ni matelas, ni nourriture adapt\u00e9e \u00e0 son \u00e9tat de sant\u00e9, ni eau chaude et elle ne pouvait pas laver ses v\u00eatements ni se rendre aux toilettes dont l\u2019acc\u00e8s aurait \u00e9t\u00e9 refus\u00e9 aux femmes d\u2019origine africaine, comme elle. Elle all\u00e8gue \u00e9galement avoir \u00e9t\u00e9 victime de harc\u00e8lements sexuels chaque jour et affirme qu\u2019au cours de la nuit du 29 mars 2020, un groupe d\u2019hommes aurait tent\u00e9 d\u2019entrer dans la chambre en se servant de couteaux sans r\u00e9action de la part des autorit\u00e9s du camp.<\/p>\n<p><strong>2. La version du Gouvernement<\/strong><\/p>\n<p>15. Le Gouvernement conteste la version de la requ\u00e9rante. Reconnaissant que la requ\u00e9rante s\u00e9journait depuis le 21 d\u00e9cembre 2019 au camp de Moria, il affirme qu\u2019en raison de sa vuln\u00e9rabilit\u00e9 en sa qualit\u00e9 de femme seule et s\u00e9ropositive, elle a \u00e9t\u00e9 plac\u00e9e dans un espace ferm\u00e9 avec d\u2019autres femmes dans la m\u00eame situation. Selon lui, la salle \u00e9tait s\u00e9curis\u00e9e et \u00e9quip\u00e9e de chauffage et tous les besoins fondamentaux de la requ\u00e9rante, en ce qui concerne le logement, l\u2019acc\u00e8s \u00e0 l\u2019eau, la nourriture et le linge ont \u00e9t\u00e9 satisfaits.<\/p>\n<p><strong>B. Dans le camp de Polykastro<\/strong><\/p>\n<p>16. La requ\u00e9rante a s\u00e9journ\u00e9 dans le camp du 3 mai 2020 au 24 mai 2020. Cette derni\u00e8re date est confirm\u00e9e par les certificats m\u00e9dicaux qui attestent son transfert \u00e0 l\u2019h\u00f4pital de Kilkis (paragraphe 12 ci-dessus). Elle soutient que les conditions \u00e9taient similaires \u00e0 celles de Moria.<\/p>\n<p>17. Selon le Gouvernement, la requ\u00e9rante, qui partageait un m\u00eame espace avec six autres personnes au maximum, a \u00e9t\u00e9 plac\u00e9e dans un chapiteau de 24\u00a0m\u00b2, comportant une climatisation et des toilettes qui \u00e9taient nettoy\u00e9es une fois par jour.<\/p>\n<p><strong>III. Appr\u00e9ciation de la Cour<\/strong><\/p>\n<p><strong>A. Sur la violation all\u00e9gu\u00e9e de l\u2019article 3 de la Convention<\/strong><\/p>\n<p><strong>1. Sur la recevabilit\u00e9<\/strong><\/p>\n<p>a) L\u2019exception pr\u00e9liminaire du Gouvernement<\/p>\n<p>18. Le Gouvernement excipe du non-\u00e9puisement des voies de recours internes. Il soutient que la requ\u00e9rante aurait pu d\u00e9poser une demande \u00e9crite aupr\u00e8s de l\u2019administration des camps et qu\u2019en cas de rejet, elle aurait pu introduire son recours aupr\u00e8s des tribunaux civils ou administratifs. Sur le premier point, la requ\u00e9rante retorque qu\u2019elle a port\u00e9 son \u00e9tat de sant\u00e9 \u00e0 la connaissance des autorit\u00e9s comp\u00e9tentes auxquelles il incombait d\u00e8s lors de lui prodiguer les soins m\u00e9dicaux n\u00e9cessaires.<\/p>\n<p>19. La Cour rel\u00e8ve que le Gouvernement n\u2019a pas fourni d\u2019exemples d\u2019arr\u00eats \u00e9tablissant que les personnes concern\u00e9es auraient obtenu un redressement appropri\u00e9 pour l\u2019\u00e9ventuelle violation qu\u2019elles auraient subie dans des situations similaires (voir A.D. c. Gr\u00e8ce, no 55363\/19, 4 avril 2023, \u00a7\u00a7\u00a024- 25). Par cons\u00e9quent, la Cour rejette l\u2019exception du Gouvernement.<\/p>\n<p>b) Les conditions de vie dans le camp de de Moria<\/p>\n<p>20. Le Gouvernement soutient que les autorit\u00e9s ont fait en sorte que la requ\u00e9rante soit prot\u00e9g\u00e9e et b\u00e9n\u00e9ficie de conditions d\u2019accueil dignes et ad\u00e9quates, en d\u00e9pit de la situation extraordinaire dans laquelle se trouvaient les \u00eeles grecques \u00e0 l\u2019\u00e9poque des faits litigieux. La requ\u00e9rante affirme au contraire que les conditions de vie dans le camp de Moria \u00e9taient d\u00e9plorables et renvoie sur ce point \u00e0 sa version des faits.<\/p>\n<p>21. Les principes g\u00e9n\u00e9raux concernant les conditions de vie des demandeurs d\u2019asile ont \u00e9t\u00e9 r\u00e9sum\u00e9s dans les arr\u00eats M.S.S. c. Belgique et Gr\u00e8ce ([GC], no 30696\/09, \u00a7 223-234, CEDH 2011), Tarakhel c. Suisse ([GC], no\u00a029217\/12, \u00a7 93-122 CEDH 2014), S.D. c. Gr\u00e8ce, no 53541\/07, \u00a7\u00a049\u201154, 11\u00a0juin 2009\u00a0; en ce qui concerne les conditions de vie dans le camp de Moria, voir aussi H.A. et autres c. Gr\u00e8ce et F.J. et autres c. Gr\u00e8ce (nos\u00a04892\/18 et\u00a04920\/18, \u00a7 36-41).<\/p>\n<p>22. Au cas d\u2019esp\u00e8ce, la Cour rel\u00e8ve que les th\u00e8ses des parties diff\u00e8rent. Pour forger son opinion, la Cour se fondera sur les seuls faits constants et non contest\u00e9s par les parties. Il ressort des pi\u00e8ces du dossier que la requ\u00e9rante a s\u00e9journ\u00e9 dans le camp de Moria du 21 d\u00e9cembre 2019 au 2 mai 2020 et qu\u2019elle a \u00e9t\u00e9 plac\u00e9e dans un espace ferm\u00e9 avec d\u2019autres 11 femmes pour des raisons de s\u00e9curit\u00e9.<\/p>\n<p>23. La Cour note qu\u2019en ce qui concerne les conditions de vie de la requ\u00e9rante dans le camp de Moria, aucune information concr\u00e8te et circonstanci\u00e9e li\u00e9e \u00e0 sa situation personnelle dans le camp, ne lui a \u00e9t\u00e9 soumise. Dans ces conditions, en l\u2019absence d\u2019\u00e9l\u00e9ments pr\u00e9cis et corrobor\u00e9s par des preuves objectives de nature \u00e0 \u00e9tayer les all\u00e9gations de la requ\u00e9rante en ce qui concerne les conditions de son s\u00e9jour au camp de Moria, la Cour consid\u00e8re que le grief tir\u00e9 de l\u2019article 3 de la Convention est, dans cette mesure, manifestement mal fond\u00e9 et qu\u2019il convient de le d\u00e9clarer irrecevable en application de l\u2019article 35 \u00a7\u00a7 3 a) et 4 de la Convention.<\/p>\n<p>c) Les conditions de vie dans le camp de Polykastro<\/p>\n<p>24. Le Gouvernement soutient que le pays a fait face \u00e0 une crise migratoire sans pr\u00e9c\u00e9dent \u00e0 l\u2019\u00e9poque des faits litigieux et souligne qu\u2019en tout \u00e9tat de cause, la p\u00e9riode de s\u00e9jour de la requ\u00e9rante dans ce camp \u00e9tait courte. La requ\u00e9rante affirme que les conditions de vie dans le camp de Polykastro \u00e9taient d\u00e9plorables et renvoie, sur ce point \u00e9galement, \u00e0 sa version des faits.<\/p>\n<p>25. Les principes g\u00e9n\u00e9raux concernant les conditions de vie des demandeurs d\u2019asile ont \u00e9t\u00e9 r\u00e9sum\u00e9s dans les arr\u00eats M.S.S. c. Belgique et Gr\u00e8ce ([GC], no 30696\/09, \u00a7 223-234, CEDH 2011), Tarakhel c. Suisse ([GC], no\u00a029217\/12, \u00a7 93-122 CEDH 2014), S.D. c. Gr\u00e8ce, no 53541\/07, \u00a7\u00a049\u201154, 11\u00a0juin 2009).<\/p>\n<p>26. La Cour rel\u00e8ve l\u2019absence au dossier d\u2019\u00e9l\u00e9ments circonstanci\u00e9s de nature \u00e0 \u00e9tayer les all\u00e9gations de la requ\u00e9rante en ce qui concerne les conditions de vie dans le camp de Polykastro dans lequel elle a \u00e9t\u00e9 transf\u00e9r\u00e9e, apr\u00e8s avoir s\u00e9journ\u00e9 dans celui de Moria, et o\u00f9 elle est rest\u00e9e du 3 au 24 mai 2020. Dans ces conditions, et eu \u00e9gard, en tout \u00e9tat de cause, \u00e0 la bri\u00e8vet\u00e9 de ce s\u00e9jour, la Cour consid\u00e8re qu\u2019il ne ressort pas des pi\u00e8ces du dossier que le seuil de gravit\u00e9 exig\u00e9 par l\u2019article 3 de la Convention pour la qualification de traitement inhumain ou d\u00e9gradant aurait \u00e9t\u00e9 atteint. D\u00e8s lors, cette partie de la requ\u00eate doit \u00eatre rejet\u00e9e comme manifestement mal fond\u00e9e en vertu de l\u2019article 35 \u00a7\u00a7 3 a) et 4 de la Convention.<\/p>\n<p>d) Le traitement m\u00e9dical dans les camps de Moria et Polykastro<\/p>\n<p>27. La Cour constate que la partie de la requ\u00eate concernant le traitement m\u00e9dical dans les camps de Moria et de Polykastro n\u2019est pas manifestement mal fond\u00e9e au sens de l\u2019article\u00a035\u00a0\u00a7\u00a03\u00a0a) de la Convention et qu\u2019elle ne se heurte par ailleurs \u00e0 aucun autre motif d\u2019irrecevabilit\u00e9. Partant, elle la d\u00e9clare recevable.<\/p>\n<p><strong>2. Sur le fond<\/strong><\/p>\n<p>a) Arguments des parties<\/p>\n<p>28. La requ\u00e9rante soutient que l\u2019article 3 de la Convention a \u00e9t\u00e9 viol\u00e9 en raison de l\u2019absence de fourniture, par les autorit\u00e9s comp\u00e9tentes des camps de Moria et de Polykastro des soins m\u00e9dicaux requis par son \u00e9tat de sant\u00e9, ce qui a conduit \u00e0 l\u2019aggravation de ce dernier.<\/p>\n<p>29. Le Gouvernement soutient que tant le traitement m\u00e9dical que les conditions de vie \u00e9taient les meilleurs possibles, \u00e9tant donn\u00e9 la situation \u00e0 laquelle \u00e9taient confront\u00e9es, du fait d\u2019un flux migratoire sans pr\u00e9c\u00e9dent, les \u00eeles grecques \u00e0 l\u2019\u00e9poque des faits litigieux. Selon le Gouvernement, le seuil de gravit\u00e9 requis par l\u2019article\u00a03 de la Convention n\u2019a pas \u00e9t\u00e9 atteint.<\/p>\n<p>b) Appr\u00e9ciation de la Cour<\/p>\n<p>30. Les principes g\u00e9n\u00e9raux d\u00e9coulant de la jurisprudence de la Cour relative \u00e0 la d\u00e9tention des personnes malades sont expos\u00e9s dans les arr\u00eats Kud\u0142a c. Pologne [GC], no 30210\/96, \u00a7 90-94 CEDH 2000\u2011XI et Blokhin c.\u00a0Russie [GC], no 47152\/06, \u00a7 135-140, 23 mars 2016. La Cour renvoie aussi \u00e0 l\u2019arr\u00eat Yoh-Ekale Mwanje c. Belgique (no 10486\/10, 20 d\u00e9cembre 2011), en ce qui concerne le d\u00e9faut de traitement m\u00e9dical appropri\u00e9, m\u00eame si la requ\u00e9rante dans cette affaire se trouvait d\u00e9tenue en centre ferm\u00e9. Au cas d\u2019esp\u00e8ce, le traitement m\u00e9dical a \u00e9t\u00e9 autoris\u00e9 par l\u2019Organisation (EODY) apr\u00e8s que la requ\u00e9rante eut \u00e9t\u00e9 oblig\u00e9e de s\u2019adresser aux autorit\u00e9s du camp pour obtenir le suivi m\u00e9dical n\u00e9cessit\u00e9 par son \u00e9tat de sant\u00e9. Il s\u2019ensuit que, dans les circonstances de l\u2019esp\u00e8ce, la Cour ne voit aucune raison de s\u2019\u00e9carter de sa jurisprudence en la mati\u00e8re.<\/p>\n<p>31. Dans la pr\u00e9sente affaire, il n\u2019est pas contest\u00e9 que l\u2019\u00e9tat de sant\u00e9 de la requ\u00e9rante s\u2019est constamment d\u00e9grad\u00e9 et que son infection au VIH a progress\u00e9 durant la p\u00e9riode litigieuse, ainsi qu\u2019en attestent la baisse de son taux de CD4 et les autres sympt\u00f4mes apparus (paragraphe 5 ci-dessus). La seule d\u00e9t\u00e9rioration de l\u2019\u00e9tat de sant\u00e9 ne suffisant pas \u00e0 caract\u00e9riser une violation de l\u2019article\u00a03 de la Convention, il convient de rechercher si les autorit\u00e9s internes ont eu recours \u00e0 toutes les mesures m\u00e9dicales raisonnables en vue d\u2019emp\u00eacher la progression de la maladie (Yoh\u2011Ekale Mwanje, pr\u00e9cit\u00e9, \u00a7\u00a093).<\/p>\n<p>32. \u00c0 cet \u00e9gard, la Cour note que les autorit\u00e9s grecques ont \u00e9t\u00e9 inform\u00e9es de l\u2019infection au VIH de la requ\u00e9rante d\u00e8s son arriv\u00e9e au camp de Moria (paragraphe\u00a02 ci\u2011dessus). Le Gouvernement le reconna\u00eet tout en soulignant que les autorit\u00e9s ont plac\u00e9 la requ\u00e9rante avec d\u2019autres femmes d\u2019origine africaine, eu \u00e9gard \u00e0 sa particuli\u00e8re vuln\u00e9rabilit\u00e9 (paragraphe\u00a03 ci-dessus). N\u00e9anmoins, selon la fiche m\u00e9dicale du 21 d\u00e9cembre 2019 (paragraphe\u00a03 ci\u2011dessus), son \u00e9tat de sant\u00e9 a \u00e9t\u00e9 enregistr\u00e9 officiellement pour la premi\u00e8re fois le 22 avril 2020, soit quatre mois apr\u00e8s son arriv\u00e9e au camp (paragraphe\u00a08 ci\u2011dessus) alors m\u00eame que la requ\u00e9rante avait alert\u00e9 les autorit\u00e9s de sa situation, \u00e0 plusieurs reprises, au cours de la p\u00e9riode du 21\u00a0d\u00e9cembre 2019 au 22\u00a0avril 2020. La Cour rel\u00e8ve en outre que la requ\u00e9rante a re\u00e7u pour la premi\u00e8re fois le traitement m\u00e9dical le 23 juin 2020, quand elle se trouvait \u00e0 l\u2019h\u00f4pital AHEPA, soit six mois apr\u00e8s son enregistrement au RIC de Moria et seulement apr\u00e8s qu\u2019elle eut pr\u00e9sent\u00e9 des sympt\u00f4mes graves de la maladie (paragraphes 10-12 ci-dessus).<\/p>\n<p>33. \u00c0 cet \u00e9gard, la Cour prend en compte les observations et recommandations du m\u00e9diateur de la R\u00e9publique dans sa lettre du 25 mai 2020 (paragraphe\u00a011 ci-dessus).<\/p>\n<p>34. Rappelant le caract\u00e8re absolu de l\u2019article\u00a03 de la Convention (voir, parmi d\u2019autres, Kud\u0142a, pr\u00e9cit\u00e9s \u00a7 90), la Cour consid\u00e8re que, dans les circonstances de l\u2019esp\u00e8ce, les autorit\u00e9s auraient d\u00fb assurer le transfert rapide de la requ\u00e9rante pour effectuer ses examens m\u00e9dicaux. Elle rejette comme inop\u00e9rante la circonstance, avanc\u00e9e par le Gouvernement, que l\u2019activit\u00e9 des autorit\u00e9s comp\u00e9tentes aurait \u00e9t\u00e9 suspendue en raison des mesures prises contre la Covid-19, dans la mesure o\u00f9 le m\u00e9decin d\u2019EODY avait ordonn\u00e9 le transfert de la requ\u00e9rante avant la fermeture du centre (paragraphes 5-7 et\u00a010\u201112 ci\u2011dessus).<\/p>\n<p>35. De l\u2019avis de la Cour, le retard dans l\u2019administration \u00e0 la requ\u00e9rante du traitement antir\u00e9troviral qu\u2019appelait son \u00e9tat de sant\u00e9, doit \u00eatre regard\u00e9, dans les circonstances de l\u2019esp\u00e8ce, comme enti\u00e8rement imputable aux autorit\u00e9s grecques (voir mutatis mutandis Yoh-Ekale Mwanje pr\u00e9cit\u00e9, \u00a7 96). La Cour rel\u00e8ve en effet que les autorit\u00e9s des camps de Moria et de Polykastro n\u2019ont pas agi avec la diligence requise en s\u2019abstenant de prendre, avant le 23 juin 2020, toutes les mesures que l\u2019on pouvait raisonnablement attendre d\u2019elles pour prot\u00e9ger la sant\u00e9 de la requ\u00e9rante et l\u2019ont, de ce fait, expos\u00e9e \u00e0 un traitement inhumain et d\u00e9gradant.<\/p>\n<p>36. De l\u2019ensemble des consid\u00e9rations qui pr\u00e9c\u00e8dent, la Cour, conclut qu\u2019eu \u00e9gard \u00e0 la particuli\u00e8re vuln\u00e9rabilit\u00e9 de la requ\u00e9rante en sa qualit\u00e9 de demandeuse d\u2019asile gravement malade, il y a eu violation de l\u2019article 3 de la Convention.<\/p>\n<p><strong>B. Sur la violation all\u00e9gu\u00e9e de l\u2019article 13 de la Convention combin\u00e9e avec l\u2019article 3<\/strong><\/p>\n<p>37. Invoquant l\u2019article 13 de la Convention combin\u00e9 avec l\u2019article 3, la requ\u00e9rante se plaint d\u2019une absence de recours effectif pour contester le d\u00e9faut de traitement m\u00e9dical et ses conditions de vie dans les camps de Moria\u00a0et de Polykastro.<\/p>\n<p><strong>1. Les conditions de vie dans le camp de Moria et de Polykastro<\/strong><\/p>\n<p>38. La Cour rappelle qu\u2019en tant qu\u2019il porte sur les conditions de vie dans les camps, le grief tir\u00e9 de la violation de l\u2019article 3 a \u00e9t\u00e9 rejet\u00e9 pour d\u00e9faut manifeste de fondement en application de l\u2019article 35 \u00a7\u00a7 3 a) et 4 de la Convention (paragraphes 20\u201126 ci-dessus). Faute pour la requ\u00e9rante d\u2019avoir, dans cette mesure, soulev\u00e9 de grief d\u00e9fendable, le grief tir\u00e9 de l\u2019article 13 doit \u00eatre rejet\u00e9 comme manifestement mal fond\u00e9, en application de l\u2019article\u00a035 \u00a7\u00a7\u00a03 et 4 de la Convention (G\u00f6k\u00e7e et Demirel c. Turquie, 22 septembre 2006, \u00a7\u00a7\u00a069-70).<\/p>\n<p><strong>2. Le traitement m\u00e9dical dans les camps de Moria et de Polykastro<\/strong><\/p>\n<p>39. Cette partie du grief n\u2019est pas manifestement mal fond\u00e9e ni irrecevable pour un autre motif vis\u00e9 \u00e0 l\u2019article 35 de la Convention. La Cour la d\u00e9clare donc recevable. Compte tenu des consid\u00e9rations ci-dessus au regard du grief tir\u00e9 de l\u2019article 3 de la Convention (paragraphes 18 et 19 et\u00a030\u201136 ci-dessus), la Cour conclut que l\u2019\u00c9tat a manqu\u00e9 \u00e0 ses obligations d\u00e9coulant de l\u2019article\u00a013 de la Convention.<\/p>\n<p><strong>C. Sur l\u2019application de l\u2019article 41 de la convention<\/strong><\/p>\n<p>40. La requ\u00e9rante r\u00e9clame la somme de 27.000 euros au titre du dommage moral qu\u2019elle estime avoir subi. Elle estime que le montant demand\u00e9 est conforme \u00e0 ceux normalement allou\u00e9s par la Cour dans des affaires similaires. Elle ne r\u00e9clame pas de frais et d\u00e9pens. Le Gouvernement soutient que la somme r\u00e9clam\u00e9e au titre du dommage moral est excessive et injustifi\u00e9e.<\/p>\n<p>41. La Cour octroie \u00e0 la requ\u00e9rante la somme de 10\u00a0000\u00a0EUR pour tout dommage moral, plus tout montant pouvant \u00eatre d\u00fb \u00e0 titre d\u2019imp\u00f4t sur cette somme.<\/p>\n<p><strong>PAR CES MOTIFS, LA COUR, \u00c0 L\u2019UNANIMIT\u00c9<\/strong><\/p>\n<p>1. D\u00e9clare la requ\u00eate recevable en tant qu\u2019elle concerne le d\u00e9faut de traitement m\u00e9dical appropri\u00e9 dans les camps de Moria et de Polykastro et le surplus de la requ\u00eate irrecevable\u00a0;<\/p>\n<p>2. Dit qu\u2019il y a eu, dans cette mesure, violation de l\u2019article 3 de la Convention et des articles 13 et 3 combin\u00e9s de la Convention ;<\/p>\n<p>3. Dit<\/p>\n<p>a) que l\u2019\u00c9tat d\u00e9fendeur doit verser \u00e0 la requ\u00e9rante, dans un d\u00e9lai de trois mois, la somme de 10\u00a0000 EUR (dix mille euros), tous chefs de pr\u00e9judices confondus, plus tout montant pouvant \u00eatre d\u00fb sur cette somme \u00e0 titre d\u2019imp\u00f4t\u00a0;<\/p>\n<p>b) qu\u2019\u00e0 compter de l\u2019expiration dudit d\u00e9lai et jusqu\u2019au versement, ce montant est \u00e0 majorer d\u2019un int\u00e9r\u00eat simple \u00e0 un taux \u00e9gal \u00e0 celui de la facilit\u00e9 de pr\u00eat marginal de la Banque centrale europ\u00e9enne applicable pendant cette p\u00e9riode, augment\u00e9 de trois points de pourcentage.<\/p>\n<p>Fait en fran\u00e7ais, puis communiqu\u00e9 par \u00e9crit le 5 octobre 2023, en application de l\u2019article\u00a077\u00a0\u00a7\u00a7\u00a02 et\u00a03 du r\u00e8glement.<\/p>\n<p>Sophie Piquet \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0St\u00e9phanie Mourou-Vikstr\u00f6m<br \/>\nGreffi\u00e8re adjointe f.f. \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0Pr\u00e9sidente<\/p>\n<div class=\"social-share-buttons\"><a href=\"https:\/\/www.facebook.com\/sharer\/sharer.php?u=https:\/\/loisdumonde.com\/?p=2131\" target=\"_blank\" rel=\"noopener\">Facebook<\/a><a href=\"https:\/\/twitter.com\/intent\/tweet?url=https:\/\/loisdumonde.com\/?p=2131&text=AFFAIRE+E.F.+c.+GR%C3%88CE+%E2%80%93+16127%2F20\" target=\"_blank\" rel=\"noopener\">Twitter<\/a><a href=\"https:\/\/www.linkedin.com\/shareArticle?url=https:\/\/loisdumonde.com\/?p=2131&title=AFFAIRE+E.F.+c.+GR%C3%88CE+%E2%80%93+16127%2F20\" target=\"_blank\" rel=\"noopener\">LinkedIn<\/a><a href=\"https:\/\/pinterest.com\/pin\/create\/button\/?url=https:\/\/loisdumonde.com\/?p=2131&description=AFFAIRE+E.F.+c.+GR%C3%88CE+%E2%80%93+16127%2F20\" target=\"_blank\" rel=\"noopener\">Pinterest<\/a><\/div>","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>La requ\u00eate concerne l\u2019absence de prise en charge m\u00e9dicale de la requ\u00e9rante, demandeuse d\u2019asile et s\u00e9ropositive, par les autorit\u00e9s, ainsi que les conditions de vie dans les camps de Moria et de Polykastro. FacebookTwitterLinkedInPinterest<\/p>\n<p class=\"more-link-p\"><a class=\"more-link\" href=\"https:\/\/loisdumonde.com\/?p=2131\">Read more &rarr;<\/a><\/p>\n","protected":false},"author":1,"featured_media":0,"comment_status":"open","ping_status":"open","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"_lmt_disableupdate":"","_lmt_disable":"","footnotes":""},"categories":[1],"tags":[],"class_list":["post-2131","post","type-post","status-publish","format-standard","hentry","category-cour-europeenne-des-droits-de-lhomme"],"modified_by":"loisdumonde","_links":{"self":[{"href":"https:\/\/loisdumonde.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/2131","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/loisdumonde.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/loisdumonde.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/loisdumonde.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/users\/1"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/loisdumonde.com\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcomments&post=2131"}],"version-history":[{"count":1,"href":"https:\/\/loisdumonde.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/2131\/revisions"}],"predecessor-version":[{"id":2132,"href":"https:\/\/loisdumonde.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/2131\/revisions\/2132"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/loisdumonde.com\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fmedia&parent=2131"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/loisdumonde.com\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcategories&post=2131"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/loisdumonde.com\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Ftags&post=2131"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}