{"id":2116,"date":"2023-10-03T09:15:06","date_gmt":"2023-10-03T09:15:06","guid":{"rendered":"https:\/\/loisdumonde.com\/?p=2116"},"modified":"2023-10-03T09:15:06","modified_gmt":"2023-10-03T09:15:06","slug":"affaire-a-a-k-c-turkiye-56578-11","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/loisdumonde.com\/?p=2116","title":{"rendered":"AFFAIRE A.A.K. c. T\u00dcRK\u0130YE &#8211; 56578\/11"},"content":{"rendered":"<p><span style=\"color: #800000;\">La pr\u00e9sente affaire concerne la mise sous tutelle judiciaire de la requ\u00e9rante, \u00e0 l\u2019issue d\u2019une proc\u00e9dure o\u00f9 il a \u00e9t\u00e9 conclu qu\u2019elle souffrait d\u2019un trouble mental entravant sa capacit\u00e9 d\u2019agir. Celle-ci a \u00e9t\u00e9 associ\u00e9e \u00e0 tous les stades de la proc\u00e9dure : elle a \u00e9t\u00e9 entendue en personne et pu faire valoir ses arguments. L\u2019ing\u00e9rence relevait de juridictions internes comp\u00e9tentes et impartiales, et la mesure qu\u2019elles ont prise \u00e9tait conforme \u00e0 l\u2019objectif l\u00e9gitime de protection des int\u00e9r\u00eats patrimoniaux de la requ\u00e9rante, et dans un sens plus large de son bien-\u00eatre ; vu sa limitation dans le temps et dans son objet, ainsi que les voies de droit interne pr\u00e9vues pour en obtenir la lev\u00e9e, rien ne permet de penser que cette mesure \u00e9tait disproportionn\u00e9e et\/ou inadapt\u00e9e \u00e0 la situation de la requ\u00e9rante. Partant, la Cour juge qu\u2019en l\u2019esp\u00e8ce l\u2019incapacit\u00e9 partielle initialement prononc\u00e9e dans le chef de la requ\u00e9rante pouvait passer pour n\u00e9cessaire dans une soci\u00e9t\u00e9 d\u00e9mocratique, et que, de ce fait, elle n\u2019a pas emport\u00e9 violation de l\u2019article 8 de la Convention.<\/span><\/p>\n<hr \/>\n<p><!--more--><\/p>\n<p style=\"text-align: center;\">DEUXI\u00c8ME SECTION<br \/>\n<strong>AFFAIRE A.A.K. c. T\u00dcRK\u0130YE<\/strong><br \/>\n<em>(Requ\u00eate no 56578\/11)<\/em><br \/>\nARR\u00caT<\/p>\n<p>Art 8 \u2022 Vie priv\u00e9e \u2022 Mise sous tutelle judiciaire de la requ\u00e9rante, \u00e0 l\u2019issue d\u2019une proc\u00e9dure ayant conclu qu\u2019elle souffrait d\u2019un trouble mental entravant sa capacit\u00e9 d\u2019agir \u2022 Existence de garanties effectives dans la proc\u00e9dure interne pour pr\u00e9venir les abus en veillant \u00e0 ce que les droits et les int\u00e9r\u00eats de la requ\u00e9rante soient pris en compte \u2022 Participation de la requ\u00e9rante au processus d\u00e9cisionnel \u00e0 tous les stades de la proc\u00e9dure \u2022 M\u00e9canisme judiciaire ayant proc\u00e9d\u00e9 avec l\u2019\u00e9quit\u00e9 et la diligence n\u00e9cessaire ainsi qu\u2019ayant rassembl\u00e9 suffisamment d\u2019\u00e9l\u00e9ments pour \u00e9valuer les facult\u00e9s de la requ\u00e9rante et pour pr\u00e9venir d\u2019\u00e9ventuelles injustices \u2022 Limitation de la mesure dans le temps et dans son objet \u2022 Possibilit\u00e9 de r\u00e9vision p\u00e9riodique de deux ans, aux fins de la lev\u00e9e de la mesure de tutelle \u2022 Mesure lev\u00e9e par un tribunal conform\u00e9ment aux conclusions d\u2019une nouvelle expertise psychiatrique<\/p>\n<p style=\"text-align: center;\">STRASBOURG<br \/>\n3 octobre 2023<\/p>\n<p>Cet arr\u00eat deviendra d\u00e9finitif dans les conditions d\u00e9finies \u00e0 l\u2019article 44 \u00a7 2 de la Convention. Il peut subir des retouches de forme.<\/p>\n<p><strong>En l\u2019affaire A.A.K. c. T\u00fcrkiye,<\/strong><\/p>\n<p>La Cour europ\u00e9enne des droits de l\u2019homme (deuxi\u00e8me section), si\u00e9geant en une chambre compos\u00e9e de\u00a0:<br \/>\nArnfinn B\u00e5rdsen, pr\u00e9sident,<br \/>\nJovan Ilievski,<br \/>\nEgidijus K\u016bris,<br \/>\nSaadet Y\u00fcksel,<br \/>\nLorraine Schembri Orland,<br \/>\nDiana S\u00e2rcu,<br \/>\nDavor Deren\u010dinovi\u0107, juges,<br \/>\net de Hasan Bak\u0131rc\u0131, greffier de section,<br \/>\nVu\u00a0:<br \/>\nla requ\u00eate (no\u00a056578\/11) dirig\u00e9e contre la R\u00e9publique de T\u00fcrkiye et dont une ressortissante de cet \u00c9tat, Mme\u00a0A.A.K. (\u00ab\u00a0la requ\u00e9rante\u00a0\u00bb) a saisi la Cour en vertu de l\u2019article 34 de la Convention de sauvegarde des droits de l\u2019homme et des libert\u00e9s fondamentales (\u00ab\u00a0la\u00a0Convention\u00a0\u00bb) le 17 juin 2011,<br \/>\nla d\u00e9cision de porter \u00e0 la connaissance du gouvernement turc (\u00ab\u00a0le\u00a0Gouvernement\u00a0\u00bb) la requ\u00eate,<br \/>\nles observations des parties,<\/p>\n<p>Apr\u00e8s en avoir d\u00e9lib\u00e9r\u00e9 en chambre du conseil le 5 septembre 2023,<\/p>\n<p>Rend l\u2019arr\u00eat que voici, adopt\u00e9 \u00e0 cette date\u00a0:<\/p>\n<p><strong>INTRODUCTION<\/strong><\/p>\n<p>1. La pr\u00e9sente affaire concerne la mise sous tutelle judiciaire de la requ\u00e9rante, \u00e0 l\u2019issue d\u2019une proc\u00e9dure o\u00f9 il a \u00e9t\u00e9 conclu qu\u2019elle souffrait d\u2019un trouble mental entravant sa capacit\u00e9 d\u2019agir. Elle soul\u00e8ve des questions sous l\u2019angle des articles 6 et 8 de la Convention, pris isol\u00e9ment et combin\u00e9s avec l\u2019article\u00a013.<\/p>\n<p><strong>EN FAIT<\/strong><\/p>\n<p>2. La requ\u00e9rante est n\u00e9e en 1955 et r\u00e9side \u00e0 Yenipazar (Ayd\u0131n). Elle a \u00e9t\u00e9 repr\u00e9sent\u00e9e par Me\u00a0S. Cengiz, avocat \u00e0 \u0130zmir.<\/p>\n<p>3. Le Gouvernement a \u00e9t\u00e9 repr\u00e9sent\u00e9 par sa co-agente Mme\u00a0Aysun Akceviz, chef par int\u00e9rim du D\u00e9partement des droits de l\u2019homme du minist\u00e8re de la Justice de la R\u00e9publique de T\u00fcrkiye.<\/p>\n<p><strong>I. La gen\u00e8se de l\u2019affaire<\/strong><\/p>\n<p>4. Les 18 et 21 janvier 2002, la requ\u00e9rante \u2013 architecte de profession et professeur de cours priv\u00e9s \u2013 fut examin\u00e9e \u00e0 l\u2019Institut m\u00e9dicol\u00e9gal aux fins de l\u2019\u00e9tablissement de son tableau psychiatrique. Un trouble n\u00e9vrotique accompagn\u00e9 d\u2019un \u00e9tat schizo\u00efde l\u00e9ger fut diagnostiqu\u00e9.<\/p>\n<p>5. Le 13 octobre 2004, elle fut r\u00e9examin\u00e9e par les m\u00e9decins de l\u2019Institut m\u00e9dicol\u00e9gal. Selon le rapport rendu en cons\u00e9quence, elle souffrait d\u2019une schizophr\u00e9nie ordinaire.<\/p>\n<p>6. En d\u00e9cembre 2007, l\u2019une de ses \u00e9tudiantes en cours priv\u00e9 informa la requ\u00e9rante que l\u2019institutrice N.E. de sa classe avait divulgu\u00e9 aux \u00e9l\u00e8ves une grande partie des questions pr\u00e9par\u00e9es aux fins d\u2019un concours d\u00e9partemental.<\/p>\n<p>La requ\u00e9rante transmit cette d\u00e9nonciation aux autorit\u00e9s comp\u00e9tentes. \u00c0 l\u2019occasion o\u00f9 N.E. avait tent\u00e9 de lui parler, elle s\u2019exclama\u00a0: \u00ab\u00a0esp\u00e8ce d\u2019indigne, pourquoi as-tu vol\u00e9 les questions (&#8230;), je vais d\u00e9voiler toutes tes escroqueries\u00a0\u00bb.<\/p>\n<p>7. Le 14 mai 2008, une action publique fut introduite par le procureur de Yenipazar (\u00ab\u00a0le procureur\u00a0\u00bb) contre la requ\u00e9rante pour insulte contre un fonctionnaire, \u00e0 savoir, N.E.<\/p>\n<p>Dans son m\u00e9moire du 27 mai 2008, d\u00e9pos\u00e9 lors de son proc\u00e8s, la requ\u00e9rante accusa le greffier H.C. d\u2019avoir \u00e9t\u00e9 recrut\u00e9 par des moyens ill\u00e9gaux. \u00c0 l\u2019audience du 23 octobre 2008, elle expliqua s\u2019en \u00eatre prise \u00e0 H.C., parce qu\u2019il l\u2019avait perturb\u00e9e \u00ab\u00a0en l\u2019\u00e9blouissant avec ses regards\u00a0\u00bb.<\/p>\n<p>8. Par un jugement du 6 novembre 2008, le tribunal d\u2019instance de Yenipazar (\u00ab\u00a0le tribunal\u00a0\u00bb) condamna la requ\u00e9rante \u00e0 dix mois d\u2019emprisonnement avec sursis.<\/p>\n<p>9. Le 7 juillet 2008, le procureur d\u00e9f\u00e9ra \u00e0 nouveau la requ\u00e9rante devant le tribunal pour insulte \u00e0 un agent de l\u2019\u00c9tat, \u00e0 savoir H.C. Le 27 novembre 2008, elle fut \u00e9galement condamn\u00e9e de ce chef \u00e0 deux mois et quinze jours d\u2019emprisonnement avec sursis.<\/p>\n<p>10. Le 26 d\u00e9cembre 2008, le procureur fit appel de ce dernier jugement, estimant que le comportement ainsi que les dires et \u00e9crits confus de la requ\u00e9rante auraient n\u00e9cessit\u00e9 qu\u2019on proc\u00e9d\u00e2t au pr\u00e9alable \u00e0 une \u00e9valuation de sa capacit\u00e9 mentale.<\/p>\n<p>11. Le 11 f\u00e9vrier 2009, l\u2019institutrice N.E. s\u2019est vu recevoir un bl\u00e2me \u00e0 l\u2019issue d\u2019une proc\u00e9dure disciplinaire pour entrave \u00e0 l\u2019\u00e9quit\u00e9 d\u2019un concours publique.<\/p>\n<p><strong>II. La mise sous tutelle judiciaire de la requ\u00e9rante<\/strong><\/p>\n<p>12. Le 10 avril 2009, le parquet d\u2019Ayd\u0131n chargea le procureur d\u2019instruire sur la question de savoir si la requ\u00e9rante devait \u00eatre mise sous tutelle en application de l\u2019article 405 \u00a7 1 du code civil no 4721 (\u00ab\u00a0CC\u00a0\u00bb &#8211; paragraphe\u00a040 ci\u2011dessous).<\/p>\n<p>Le 4 mai suivant, le procureur demanda copie des dossiers des affaires p\u00e9nales ayant impliqu\u00e9 la requ\u00e9rante. Apr\u00e8s examen, le 12 mai 2009, il saisit le tribunal en vertu de l\u2019article 405 \u00a7 2 du CC (ibidem).<\/p>\n<p>13. Les d\u00e9bats furent ouverts devant le tribunal le 13 mai 2009. Le juge d\u00e9cida l\u2019examen m\u00e9dical de la requ\u00e9rante \u00e0 l\u2019h\u00f4pital universitaire d\u2019Adnan Menderes (\u00ab\u00a0l\u2019h\u00f4pital\u00a0\u00bb) et l\u2019\u00e9tablissement d\u2019une liste des personnes qualifi\u00e9es pour \u00eatre son tuteur l\u00e9gal ainsi que d\u2019un inventaire de son patrimoine.<\/p>\n<p>Selon les informations communiqu\u00e9es au tribunal, la requ\u00e9rante ne disposait d\u2019aucun bien immobilier ni d\u2019\u00e9pargne bancaire.<\/p>\n<p>14. \u00c0 une date non-pr\u00e9cis\u00e9e, la requ\u00e9rante demanda par \u00e9crit au barreau d\u2019Ayd\u0131n de lui d\u00e9signer un avocat commis d\u2019office, au titre d\u2019assistance judiciaire.<\/p>\n<p>15. Le tribunal tint sa premi\u00e8re audience, le 4 juin 2009. Il s\u2019av\u00e9ra que la requ\u00e9rante s\u2019\u00e9tait oppos\u00e9e \u00e0 son examen m\u00e9dical \u00e0 l\u2019h\u00f4pital. Le juge ordonna \u00e0 la direction de la s\u00fbret\u00e9 locale d\u2019ex\u00e9cuter cette mesure.<\/p>\n<p>16. Par une d\u00e9cision du 11 juin 2009, le barreau d\u2019Ayd\u0131n \u00e9carta la demande d\u2019assistance judiciaire de la requ\u00e9rante, au motif qu\u2019elle avait un revenu mensuel se situant entre 600 et 1\u00a0000 livres turques, montant estim\u00e9 suffisant pour mandater un conseil.<\/p>\n<p>17. Le 10 juin 2009, le tribunal fut inform\u00e9 que le tuteur le plus apte \u00e0 prot\u00e9ger les int\u00e9r\u00eats de la requ\u00e9rante serait H.K., \u00e0 savoir son \u00e9poux.<\/p>\n<p>18. Le 29 juin 2009, la requ\u00e9rante forma opposition contre la d\u00e9cision du barreau d\u2019Ayd\u0131n (paragraphe 16 ci-dessus).<\/p>\n<p>19. Le 9 juillet 2009, le barreau d\u2019Ayd\u0131n accueillit l\u2019opposition de la requ\u00e9rante et chargea Me M.A. de la repr\u00e9senter ex gratia.<\/p>\n<p>20. La seconde audience eut lieu le 16 juillet 2009, en pr\u00e9sence de la requ\u00e9rante, qui informa le tribunal qu\u2019un avocat du barreau d\u2019Ayd\u0131n allait la repr\u00e9senter et qu\u2019elle avait bien pass\u00e9 l\u2019examen m\u00e9dical requis.<\/p>\n<p>Le tribunal prit acte du fait que le rapport m\u00e9dical y aff\u00e9rent \u00e9tait en train d\u2019\u00eatre mis au net.<\/p>\n<p>21. Le 14 ao\u00fbt 2009, le conseil de sant\u00e9 de l\u2019h\u00f4pital \u00e9mit son rapport d\u2019\u00e9valuation psychiatrique, apr\u00e8s avoir examin\u00e9 la requ\u00e9rante\u00a0: il y \u00e9tait pr\u00e9cis\u00e9 que celle\u2011ci souffrait de \u00ab\u00a0troubles de la personnalit\u00e9 parano\u00efde\u00a0\u00bb et, bien que n\u2019\u00e9tant plus en mesure d\u2019appr\u00e9cier la r\u00e9alit\u00e9 des \u00e9v\u00e8nements, elle reniait fermement son \u00e9tat psychique. D\u2019apr\u00e8s les m\u00e9decins, cela justifiait sa mise sous tutelle\u00a0; s\u2019il \u00e9tait possible que la requ\u00e9rante gu\u00e9risse de cette condition avec un traitement appropri\u00e9, elle avait cependant refus\u00e9 les soins propos\u00e9s \u00e0 cette fin.<\/p>\n<p>Aux dires de la requ\u00e9rante, les m\u00e9decins se seraient prononc\u00e9s \u00e0 l\u2019abri d\u2019une consultation ne remplissant pas les crit\u00e8res appropri\u00e9s \u00e0 cet acte m\u00e9dical.<\/p>\n<p>22. Le 27 ao\u00fbt 2009, Me M.A. fit part de sa d\u00e9mission au barreau d\u2019Ayd\u0131n, faisant valoir son profond d\u00e9saccord avec la requ\u00e9rante qui lui avait exig\u00e9 de r\u00e9cuser la juge du tribunal pour motif de partialit\u00e9, en se fondant sur des raisons exclusivement personnelles, d\u00e9pourvues de toute objectivit\u00e9, c\u2019est\u2011\u00e0\u2011dire contraires au droit.<\/p>\n<p>23. Il ressort du dossier que le 19 septembre 2009, la requ\u00e9rante subit d\u2019autres tests et un entretien psychologique, semble-t-il, au service de psychiatrie de la facult\u00e9 de m\u00e9decine l\u00e9gale de l\u2019h\u00f4pital universitaire d\u2019Istanbul.<\/p>\n<p>24. \u00c0 l\u2019audience du 17 septembre 2009, Me M.A. d\u00e9clara qu\u2019elle s\u2019\u00e9tait destitu\u00e9e de ses fonctions (paragraphe 22 ci-dessus) et que la requ\u00e9rante devait en \u00eatre inform\u00e9e. Le tribunal donna lecture d\u2019un m\u00e9moire t\u00e9l\u00e9copi\u00e9, envoy\u00e9 par la requ\u00e9rante.<\/p>\n<p>25. Par une d\u00e9cision du 24 septembre 2009, le barreau d\u2019Ayd\u0131n consid\u00e9ra fond\u00e9e l\u2019excuse de Me M.A. puis annula l\u2019aide judiciaire accord\u00e9e \u00e0 la requ\u00e9rante.<\/p>\n<p>26. Lors de l\u2019audience suivante du 1er octobre 2009, la requ\u00e9rante expliqua avoir demand\u00e9 au barreau d\u2019Istanbul de lui d\u00e9signer un nouveau conseil, ainsi qu\u2019avoir sollicit\u00e9 l\u2019h\u00f4pital universitaire d\u2019Istanbul aux fins d\u2019une nouvelle expertise (paragraphe 23 ci-dessus).<\/p>\n<p>27. Le 20 octobre 2009, le barreau d\u2019Ayd\u0131n informa le tribunal que l\u2019aide judiciaire accord\u00e9e \u00e0 la requ\u00e9rante avait \u00e9t\u00e9 r\u00e9voqu\u00e9e et qu\u2019aucun autre avocat ne serait commis d\u2019office.<\/p>\n<p>28. \u00c0 l\u2019audience du 22 octobre 2009, l\u2019on donna lecture des proc\u00e8s\u2011verbaux, du fait du changement du juge. La requ\u00e9rante fut entendue \u00e0 nouveau. Elle contesta le rapport d\u2019expertise du 14 ao\u00fbt 2009 (paragraphe\u00a021 ci-dessus) et rappela qu\u2019elle s\u2019\u00e9tait d\u00e9j\u00e0 adress\u00e9e \u00e0 l\u2019h\u00f4pital universitaire d\u2019Istanbul pour une nouvelle \u00e9valuation (paragraphe 26 ci\u2011dessus).<\/p>\n<p>Le tribunal assigna l\u2019\u00e9poux de la requ\u00e9rante \u00e0 compara\u00eetre et, accueillant l\u2019opposition que celle-ci a form\u00e9e contre la premi\u00e8re expertise, il d\u00e9cida de solliciter l\u2019Institut m\u00e9dicol\u00e9gal pour qu\u2019il d\u00e9termine si l\u2019int\u00e9ress\u00e9e souffrait toujours de troubles justifiant sa mise sous tutelle.<\/p>\n<p>29. \u00c0 l\u2019audience du 24 novembre 2009, la requ\u00e9rante \u00e9tait pr\u00e9sente, accompagn\u00e9e de son \u00e9poux H.K.\u00a0; ce dernier d\u00e9clara que, s\u2019il \u00e9tait d\u00e9sign\u00e9, il assumerait la mission de tutelle avec toutes les responsabilit\u00e9s que cela impliquerait.<\/p>\n<p>30. Le 23 d\u00e9cembre 2009, la requ\u00e9rante fut conduite \u00e0 l\u2019Institut m\u00e9dicol\u00e9gal et examin\u00e9e par le Conseil de sp\u00e9cialistes no 4, sous le num\u00e9ro de consultation 2009\/605. Le psychogramme \u00e9tabli \u00e0 l\u2019issue des entretiens r\u00e9v\u00e9lait un \u00e9tat psychotique.<\/p>\n<p>Toutefois, aux dires de la requ\u00e9rante, elle n\u2019aurait pass\u00e9 aucun vrai examen \u00e0 l\u2019Institut m\u00e9dicol\u00e9gal et tout aurait \u00e9t\u00e9 d\u00e9cid\u00e9 sur la base de son pr\u00e9c\u00e9dent dossier.<\/p>\n<p>31. Le 21 janvier 2010, le tribunal, avec l\u2019accord de la requ\u00e9rante, d\u00e9cida d\u2019attendre que le rapport de l\u2019Institut m\u00e9dicol\u00e9gal soit finalis\u00e9.<\/p>\n<p>32. Ce rapport fut vers\u00e9 au dossier le 29 janvier 2010. Faisant \u00e9tat des ant\u00e9c\u00e9dents psychiatriques de la requ\u00e9rante (paragraphes 4 et 5 ci-dessus) et reconsid\u00e9rant les nouveaux \u00e9l\u00e9ments du dossier, l\u2019Institut m\u00e9dicol\u00e9gal confirma que la requ\u00e9rante \u00e9tant atteinte de \u00ab\u00a0troubles parano\u00efdes\u00a0\u00bb et n\u2019ayant ainsi pas la capacit\u00e9 d\u2019agir, il y avait lieu de lui d\u00e9signer un tuteur.<\/p>\n<p>L\u2019Institut m\u00e9dicol\u00e9gal pr\u00e9cisa que ces troubles \u00e9taient d\u2019un niveau et de nature propres \u00e0 \u00f4ter la libert\u00e9 de discerner et d\u2019agir en cons\u00e9quence, ainsi que la capacit\u00e9 d\u2019analyser les \u00e9v\u00e8nements pour en tirer des conclusions saines. Aussi, la requ\u00e9rante n\u2019\u00e9tait-elle pas en mesure d\u2019identifier et prot\u00e9ger ses propres int\u00e9r\u00eats ni de r\u00e9sister aux influences manipulatrices d\u2019autrui\u00a0; en bref, elle \u00e9tait incapable de s\u2019engager dans quoi que ce soit de mani\u00e8re autonome et libre.<\/p>\n<p>33. Le 2 mars 2010, H.K., appuy\u00e9 par la requ\u00e9rante, contesta ce second rapport et demanda sa r\u00e9vision par la Pl\u00e9ni\u00e8re de l\u2019Institut m\u00e9dicol\u00e9gal d\u2019Istanbul. Le tribunal \u00e9carta cette demande, au motif que le rapport critiqu\u00e9 ne pr\u00e9sentait aucune contradiction et \u00e9tait donc suffisant pour asseoir un jugement.<\/p>\n<p>Par un jugement prononc\u00e9 le jour m\u00eame, la requ\u00e9rante fut mise sous la tutelle de son \u00e9poux H.K. Celui-ci devait s\u2019acquitter de ce devoir pour une dur\u00e9e initiale de deux ans, susceptible d\u2019\u00eatre prolong\u00e9e pour la m\u00eame dur\u00e9e, si le tribunal \u00e9tait saisi d\u2019une demande dans ce sens. Il ressort du dispositif que la mesure visait pour l\u2019essentiel la gestion du patrimoine de la requ\u00e9rante, que H.K. avait \u00e9t\u00e9 enjoint de rendre des comptes chaque ann\u00e9e sur la gestion de l\u2019inventaire des biens vers\u00e9 au dossier et que la direction fonci\u00e8re et les banques avaient \u00e9t\u00e9 interdites de conclure avec l\u2019int\u00e9ress\u00e9e un quelconque acte sans l\u2019aval du tribunal.<\/p>\n<p>34. Le 25 mars 2010, la requ\u00e9rante se pourvut elle-m\u00eame en cassation, tirant notamment moyen de son exclusion du b\u00e9n\u00e9fice d\u2019un avocat lors de la proc\u00e9dure, de l\u2019attitude partiale de la juge du tribunal qu\u2019elle avait cherch\u00e9 en vain \u00e0 r\u00e9cuser et du caract\u00e8re non-probant du rapport de l\u2019Institut m\u00e9dicol\u00e9gal \u00e9tabli \u00e0 sa charge (paragraphes 30 et 32 ci-dessus).<\/p>\n<p>Par un arr\u00eat du 6 d\u00e9cembre 2010, la Cour de cassation d\u00e9bouta la requ\u00e9rante, estimant le jugement attaqu\u00e9 conforme \u00e0 la loi et \u00e0 la proc\u00e9dure. L\u2019arr\u00eat fut notifi\u00e9 au tuteur H.K. le 14 janvier 2011.<\/p>\n<p>35. La requ\u00e9rante introduisit un recours en rectification d\u2019arr\u00eat. Par une d\u00e9cision du 14 mars 2011, la Cour de cassation rejeta ce recours, au motif que cette voie \u00e9tait ferm\u00e9e contre les arr\u00eats rendus dans les affaires de tutelle.<\/p>\n<p><strong>III. La demande de mainlev\u00e9e de la mesure de tutelle<\/strong><\/p>\n<p>36. Le 9 juillet 2014, soit environ quatre ans et quatre mois plus tard, le tuteur H.K. saisit le tribunal d\u2019instance de Nazilli pour demander la lev\u00e9e de la mesure de tutelle. Rappelant que l\u2019h\u00f4pital avait auparavant pr\u00e9cis\u00e9 qu\u2019un r\u00e9tablissement de son \u00e9pouse \u00e9tait possible sous traitement appropri\u00e9 (paragraphe\u00a021 ci\u2011dessus), il soutint que la requ\u00e9rante ne montrait d\u00e9sormais plus aucun sympt\u00f4me franc de maladie. Partant, H.K. demanda que deux h\u00f4pitaux universitaires soient charg\u00e9s de proc\u00e9der \u00e0 une nouvelle expertise psychiatrique.<\/p>\n<p>37. Le 11 juillet 2014, le tribunal accueillit cette demande et ordonna l\u2019examen de la requ\u00e9rante par les services m\u00e9dicol\u00e9gaux de l\u2019h\u00f4pital universitaire d\u2019Istanbul ainsi que par ceux de l\u2019h\u00f4pital universitaire de Dokuz Eyl\u00fcl d\u2019\u0130zmir.<\/p>\n<p>38. Le premier h\u00f4pital rendit son rapport circonstanci\u00e9 le 27 f\u00e9vrier 2015. Convaincus que la personnalit\u00e9 \u00ab\u00a0obsessive-compulsive-narcissique\u00a0\u00bb de la requ\u00e9rante n\u2019atteignait plus un seuil assez grave pour compromettre sa sant\u00e9 mentale, les m\u00e9decins conclurent qu\u2019il n\u2019y avait plus lieu de maintenir l\u2019int\u00e9ress\u00e9e sous tutelle.<\/p>\n<p>39. Par un jugement du 19 mars 2015, le tribunal ent\u00e9rina cette conclusion et leva la mesure attaqu\u00e9e.<\/p>\n<p><strong>LE CADRE JURIDIQUE ET LA PRATIQUE INTERNES PERTINENTS<\/strong><\/p>\n<p><strong>I. La mise sous tutelle<\/strong><\/p>\n<p>40. L\u2019article 405 \u00a7\u00a7 1 et 2 du code civil no 4721 (\u00ab\u00a0CC\u00a0\u00bb) est ainsi libell\u00e9\u00a0:<\/p>\n<p>\u00ab\u00a01. Est mise sous tutelle, toute personne adulte qui, en raison d\u2019une maladie ou d\u00e9ficience mentale, n\u2019est pas en mesure de subvenir \u00e0 ses besoins, ou qui n\u00e9cessite une aide permanente pour ses besoins et sa protection, ou bien qui met en p\u00e9ril la s\u00e9curit\u00e9 d\u2019autrui.<\/p>\n<p>2. Les instances administratives, les notaires et les tribunaux qui, dans l\u2019exercice de leurs fonctions, constatent l\u2019existence d\u2019une situation n\u00e9cessitant une mise sous tutelle doivent imm\u00e9diatement en faire part \u00e0 l\u2019autorit\u00e9 de tutelle comp\u00e9tente.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p>41. L\u2019article 409 du CC dispose, de son c\u00f4t\u00e9, qu\u2019il ne peut \u00eatre statu\u00e9 sur une demande de placement sous tutelle pour cause de maladie mentale ou d\u2019insuffisance des facult\u00e9s mentales que sur le fondement d\u2019un rapport m\u00e9dical. Selon cet article, le juge peut entendre l\u2019int\u00e9ress\u00e9 avant de statuer, s\u2019il l\u2019estime n\u00e9cessaire eu \u00e9gard \u00e0 la teneur du rapport m\u00e9dical.<\/p>\n<p>42. Aux termes de l\u2019article 414 du CC, le principe est de confier la mission de tutorat \u00e0 l\u2019\u00e9poux ou \u00e0 l\u2019\u00e9pouse de l\u2019int\u00e9ress\u00e9(e), sauf situation exceptionnelle. En vertu des articles 472 et 474, toute d\u00e9cision de placement sous tutelle peut \u00eatre lev\u00e9e d\u00e8s lors qu\u2019elle ne se justifie plus \u00e0 la lumi\u00e8re d\u2019une expertise m\u00e9dicale. La demande de lev\u00e9e peut \u00eatre pr\u00e9sent\u00e9e tant par la personne sous tutelle que par son tuteur.<\/p>\n<p>43. D\u2019apr\u00e8s l\u2019article 382 du Code de proc\u00e9dure civile no 6100, promulgu\u00e9 le 12 janvier 2011, les questions li\u00e9es \u00e0 la mise sous tutelle rel\u00e8vent de la proc\u00e9dure non-contentieuse. Il s\u2019agit d\u2019une proc\u00e9dure simplifi\u00e9e et inquisitoire, o\u00f9 il appartient au juge d\u2019administrer ex officio les preuves et de mener de son propre chef toutes les investigations n\u00e9cessaires avant de statuer. Il en allait exactement de m\u00eame avant l\u2019entr\u00e9e en vigueur dudit code, mais sur le fondement des dispositions stipul\u00e9es dans d\u2019autres lois, car l\u2019ancien code ne r\u00e9gissait pas express\u00e9ment les proc\u00e9dures non-contentieuses.<\/p>\n<p>44. L\u2019article 36 de la Constitution consacre le droit de quiconque, demandeur ou d\u00e9fendeur, d\u2019user de tous les moyens et voies l\u00e9gitimes \u00e0 faire valoir sa cause, d\u2019assurer sa d\u00e9fense et de b\u00e9n\u00e9ficier d\u2019un proc\u00e8s \u00e9quitable devant les instances judiciaires.<\/p>\n<p><strong>II. La commission d\u2019office d\u2019un avocat<\/strong><\/p>\n<p>45. Hormis l\u2019aide juridictionnelle qui vise l\u2019exemption des frais judiciaires selon le code de proc\u00e9dure civile, et dont l\u2019octroi rel\u00e8ve de la comp\u00e9tence des tribunaux, l\u2019attribution d\u2019un avocat commis d\u2019office, au titre de l\u2019assistance judiciaire, est r\u00e9gie par la loi no 1136 sur la profession d\u2019avocat, tel que modifi\u00e9e par la loi no 4667 du 2 mai 2001 et par le r\u00e8glement\u00a0no\u00a025418 du 30 mars 2004. D\u2019apr\u00e8s l\u2019article 176 de cette loi, l\u2019assistance en question est fournie aux personnes n\u2019\u00e9tant pas en mesure d\u2019assumer les frais de repr\u00e9sentation par un avocat.<\/p>\n<p>La demande d\u2019assistance judiciaire \u2013 d\u00fbment \u00e9tay\u00e9e et document\u00e9e \u2013 est faite aupr\u00e8s du bureau constitu\u00e9 \u00e0 cette fin au sein du barreau concern\u00e9\u00a0; ce bureau est compos\u00e9 d\u2019avocats missionn\u00e9s par le conseil d\u2019administration du barreau\u00a0; un rejet de la demande est susceptible d\u2019opposition devant le b\u00e2tonnier (article 178). Si la demande est accueillie, le bureau d\u00e9signe un avocat commis d\u2019office, lequel est tenu de mener \u00e0 bien toutes les t\u00e2ches relevant de la profession. Si l\u2019avocat commis d\u2019office demandait \u00e0 \u00eatre excus\u00e9 de sa mission, il devrait verser au barreau un montant \u00e9quivalant aux honoraires pr\u00e9vus pour celle-ci (article 179), sauf si la r\u00e9signation est justifi\u00e9e.<\/p>\n<p><strong>III. Les textes du Conseil de l\u2019Europe<\/strong><\/p>\n<p>46. La Recommandation no R(99)4 adopt\u00e9e le 23 f\u00e9vrier 1999 du Comit\u00e9 des ministres aux \u00c9tats membres sur les principes concernant la protection juridique des majeurs incapables (\u00ab\u00a0Principes\u00a0\u00bb), pr\u00e9voit ce qui suit, en sa Partie II\u00a0:<\/p>\n<p style=\"text-align: center;\">\u00ab\u00a0Principe 1 \u2013 Respect des droits de l\u2019homme<\/p>\n<p>Concernant la protection des majeurs incapables, le principe fondamental servant de base \u00e0 ceux d\u00e9gag\u00e9s dans le pr\u00e9sent texte est le respect de la dignit\u00e9 de chaque personne en tant qu\u2019\u00eatre humain. Les lois, proc\u00e9dures et pratiques concernant la protection des majeurs incapables doivent reposer sur le respect des droits de l\u2019homme et des libert\u00e9s fondamentales, en tenant compte des restrictions de ces droits contenues dans les instruments juridiques internationaux pertinents.<\/p>\n<p style=\"text-align: center;\">Principe 7 \u2013 Caract\u00e8re \u00e9quitable et efficace de la proc\u00e9dure<\/p>\n<p>1. Les proc\u00e9dures conduisant \u00e0 l\u2019adoption de mesures de protection de majeurs incapables devraient \u00eatre \u00e9quitables et efficaces.<\/p>\n<p>2. Des garanties proc\u00e9durales appropri\u00e9es devraient \u00eatre pr\u00e9vues pour prot\u00e9ger les droits de l\u2019homme de la personne concern\u00e9e et pour pr\u00e9venir les abus \u00e9ventuels.<\/p>\n<p style=\"text-align: center;\">Principe 8 \u2013 Pr\u00e9\u00e9minence des int\u00e9r\u00eats et du bien-\u00eatre de la personne concern\u00e9e<\/p>\n<p>1. Lors de l\u2019instauration ou de la mise en \u0153uvre d\u2019une mesure de protection d\u2019un majeur incapable, les int\u00e9r\u00eats et le bien-\u00eatre de ce dernier doivent \u00eatre pris en compte de mani\u00e8re pr\u00e9\u00e9minente.<\/p>\n<p>2. Ce principe implique notamment que le choix d\u2019une personne pour repr\u00e9senter ou assister le majeur incapable doit \u00eatre avant tout r\u00e9gi par l\u2019aptitude de cette personne \u00e0 prot\u00e9ger et \u00e0 promouvoir les int\u00e9r\u00eats et le bien-\u00eatre du majeur concern\u00e9.<\/p>\n<p>3. Ce principe implique \u00e9galement que les biens du majeur incapable soient g\u00e9r\u00e9s et utilis\u00e9s \u00e0 son profit et pour assurer son bien-\u00eatre.<\/p>\n<p style=\"text-align: center;\">Principe 9 \u2013 Respect des souhaits et des sentiments de la personne concern\u00e9e<\/p>\n<p>1. Lors de l\u2019instauration ou de la mise en \u0153uvre d\u2019une mesure de protection d\u2019un majeur incapable, il convient, dans la mesure du possible, de rechercher, de prendre en compte et de d\u00fbment respecter les souhaits pass\u00e9s et pr\u00e9sents, et les sentiments de l\u2019int\u00e9ress\u00e9.<\/p>\n<p>2. Ce principe implique en particulier que les souhaits de l\u2019adulte concern\u00e9 relatifs au choix d\u2019une personne pour le repr\u00e9senter ou l\u2019assister doivent \u00eatre pris en compte et, dans la mesure du possible, d\u00fbment respect\u00e9s.<\/p>\n<p>3. Il en d\u00e9coule \u00e9galement qu\u2019une personne repr\u00e9sentant ou assistant un majeur incapable doit lui fournir des informations ad\u00e9quates chaque fois que cela est possible et appropri\u00e9, notamment en ce qui concerne toute d\u00e9cision importante affectant le majeur, et ce afin que ce dernier puisse exprimer son avis.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p>47. Concernant le r\u00e9gime proc\u00e9dural y aff\u00e9rent, ladite Recommandation \u00e9nonce\u00a0:<\/p>\n<p style=\"text-align: center;\">\u00ab\u00a0Principe 12 \u2013 Enqu\u00eate et \u00e9valuation<\/p>\n<p>1. Il conviendrait de pr\u00e9voir des proc\u00e9dures appropri\u00e9es en ce qui concerne l\u2019enqu\u00eate et l\u2019\u00e9valuation des facult\u00e9s personnelles de l\u2019adulte.<\/p>\n<p>2. Aucune mesure de protection ayant pour effet de restreindre la capacit\u00e9 juridique d\u2019un majeur incapable ne devrait \u00eatre prise \u00e0 moins que la personne qui prend la mesure n\u2019ait vu l\u2019int\u00e9ress\u00e9 ou n\u2019ait pris connaissance de sa situation et qu\u2019un rapport r\u00e9cent, \u00e9tabli par au moins un expert qualifi\u00e9, n\u2019ait \u00e9t\u00e9 produit. Le rapport devrait \u00eatre \u00e9crit ou enregistr\u00e9 par \u00e9crit.<\/p>\n<p style=\"text-align: center;\">Principe 13 \u2013 Droit d\u2019\u00eatre entendu personnellement<\/p>\n<p>La personne concern\u00e9e devrait avoir le droit d\u2019\u00eatre entendue personnellement dans le cadre de toute proc\u00e9dure pouvant avoir une incidence sur sa capacit\u00e9 juridique.<\/p>\n<p style=\"text-align: center;\">Principe 14 \u2013 Dur\u00e9e, r\u00e9vision et recours<\/p>\n<p>1. Les mesures de protection devraient, dans la mesure de ce qui est possible et indiqu\u00e9, \u00eatre d\u2019une dur\u00e9e limit\u00e9e. Il conviendrait d\u2019envisager des r\u00e9visions p\u00e9riodiques. (&#8230;)<\/p>\n<p>3. Il conviendrait de pr\u00e9voir des voies de recours appropri\u00e9es.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p><strong>EN DROIT<\/strong><\/p>\n<p><strong>SUR LA VIOLATION ALL\u00c9GU\u00c9E DE L\u2019ARTICLE 8 DE LA CONVENTION<\/strong><\/p>\n<p><strong>A. Objet du litige et recevabilit\u00e9<\/strong><\/p>\n<p>48. La requ\u00e9rante, d\u00e9plorant que son incapacit\u00e9 juridique ait \u00e9t\u00e9 prononc\u00e9e sans motifs valables et en l\u2019absence de l\u2019assistance d\u2019un conseil, se plaint notamment de ce que les juridictions internes n\u2019auraient entrepris les d\u00e9marches n\u00e9cessaires pour lui assurer un avocat commis d\u2019office et pour r\u00e9pondre \u00e0 ses contestations \u00e0 l\u2019encontre des rapports m\u00e9dicaux ayant fond\u00e9 sa mise sous tutelle\u00a0; en bref, le syst\u00e8me judiciaire turc n\u2019aurait pas \u00e9t\u00e9 \u00e0 m\u00eame de la prot\u00e9ger contre cette mesure disproportionn\u00e9e qui aurait ruin\u00e9 son avenir.<\/p>\n<p>\u00c0 cet \u00e9gard, la requ\u00e9rante all\u00e8gue une violation de son droit \u00e0 un proc\u00e8s \u00e9quitable garanti par l\u2019article 6 \u00a7 1 de la Convention ainsi qu\u2019une m\u00e9connaissance de son droit \u00e0 la protection de sa vie priv\u00e9e au m\u00e9pris de l\u2019article\u00a08, deux dispositions qu\u2019elle invoque isol\u00e9ment et combin\u00e9es avec l\u2019article\u00a013.<\/p>\n<p>49. La Cour observe que les questions principales soulev\u00e9es en l\u2019esp\u00e8ce rel\u00e8vent sans conteste de la sph\u00e8re de la vie priv\u00e9e et familiale de la requ\u00e9rante, car \u00e9troitement li\u00e9es \u00e0 l\u2019identit\u00e9 et \u00e0 l\u2019\u00e9panouissement personnel ainsi que le droit de nouer et de d\u00e9velopper des relations avec ses semblables et le monde ext\u00e9rieur\u00a0; la Cour ne voit en l\u2019esp\u00e8ce pas de raisons particuli\u00e8res pour se d\u00e9partir de sa tendance g\u00e9n\u00e9rale de se placer sous l\u2019angle de l\u2019article\u00a08 s\u2019agissant de telles questions (voir, par exemple, Bensaid c.\u00a0Royaume-Uni, no\u00a044599\/98, \u00a7 47, CEDH 2001 I, H.F. c. Slovaquie, no 54797\/00, \u00a7\u00a047, 8\u00a0novembre 2005, et A.N. c. Lituanie, no 17280\/08, \u00a7 107, 31 mai 2016).<\/p>\n<p>50. En effet, dans la pr\u00e9sente affaire, la diff\u00e9rence entre le but vis\u00e9 par les garanties de l\u2019article 6 \u00a7 1 et celui poursuivi par les garanties de l\u2019article 8 ne justifie pas forc\u00e9ment l\u2019examen des faits sous l\u2019angle de chacune de ces deux dispositions (voir, par exemple, Golder c. Royaume-Uni, 21 f\u00e9vrier 1975, \u00a7\u00a7\u00a041 \u00e0 45, s\u00e9rie A no 18, Bianchi c. Suisse, no 7548\/04, \u00a7 113, 22 juin 2006, et Macready c. R\u00e9publique tch\u00e8que, nos 4824\/06 et 15512\/08, \u00a7 41, 22\u00a0avril 2010), d\u2019autant moins qu\u2019en l\u2019esp\u00e8ce la proc\u00e9dure litigieuse \u00e9tait r\u00e9gie par le principe inquisitoire, selon lequel, il appartient au tribunal de rechercher d\u2019office la v\u00e9rit\u00e9 (paragraphe 43 ci-dessus)\u00a0; la situation des parties dans les proc\u00e9dures fond\u00e9es sur le principe inquisitoire est diff\u00e9rente de celles fond\u00e9es sur le principe du contradictoire, \u00e9tant entendu qu\u2019en l\u2019occurrence le r\u00f4le actif du juge est un \u00e9l\u00e9ment qui pourrait passer pour compenser une certaine in\u00e9galit\u00e9 des parties \u00e0 la proc\u00e9dure, de fa\u00e7on \u00e0 amoindrir l\u2019importance d\u2019un examen s\u00e9par\u00e9 sous l\u2019angle de l\u2019article 6 \u00a7 1.<\/p>\n<p>51. Ma\u00eetresse de la qualification juridique des faits de la cause (voir, Radomilja et autres c. Croatie [GC], nos 37685\/10 et 22768\/12, \u00a7\u00a0126, 20\u00a0mars 2018, S.M. c. Croatie [GC], no 60561\/14, \u00a7 243, 25 juin 2020, et plus r\u00e9cemment, Telek et autres c. T\u00fcrkiye, nos 66763\/17 et 2 autres, \u00a7 76, 21\u00a0mars 2023, et Calvi et C.G. c. Italie, no 46412\/21, \u00a7 73, 6 juillet 2023), la Cour estime donc que, dans le cas pr\u00e9sent, les griefs soulev\u00e9s au regard des articles\u00a06 \u00a7 1 et\/ou 13 se trouvent absorb\u00e9s par ceux tir\u00e9s de l\u2019article 8, sous son volet proc\u00e9dural (voir, par exemple, Kutzner c. Allemagne, no\u00a046544\/99, \u00a7\u00a7\u00a056 et 57, CEDH 2002 I, Diamante et Pelliccioni c.\u00a0Saint-Marin, no\u00a032250\/08, \u00a7 151, 27 septembre 2011, Anghel c. Italie, no 5968\/09, \u00a7\u00a069, 25\u00a0juin 2013, G.B. c. Lituanie, no 36137\/13, \u00a7 113, 19 janvier 2016, et S.W. c.\u00a0Royaume-Uni, no 87\/18, \u00a7 78, 22 juin 2021), lequel couvre, non seulement, les proc\u00e9dures judiciaires, mais aussi les processus administratifs en jeu (paragraphe\u00a065 ci-dessous).<\/p>\n<p>Elle examinera donc la pr\u00e9sente esp\u00e8ce sous l\u2019angle de l\u2019article 8 de la Convention, ainsi libell\u00e9 en sa partie pertinente\u00a0:<\/p>\n<p>\u00ab\u00a01. Toute personne a droit au respect de sa vie priv\u00e9e et familiale (&#8230;).<\/p>\n<p>2. Il ne peut y avoir ing\u00e9rence d\u2019une autorit\u00e9 publique dans l\u2019exercice de ce droit que pour autant que cette ing\u00e9rence est pr\u00e9vue par la loi et qu\u2019elle constitue une mesure qui, dans une soci\u00e9t\u00e9 d\u00e9mocratique, est n\u00e9cessaire (&#8230;), \u00e0 la s\u00fbret\u00e9 publique, (&#8230;) \u00e0 la pr\u00e9vention des infractions p\u00e9nales, \u00e0 la protection de la sant\u00e9 ou de la morale, ou \u00e0 la protection des droits et libert\u00e9s d\u2019autrui.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p>52. En l\u2019absence d\u2019exceptions pr\u00e9liminaires formul\u00e9es par le Gouvernement, la Cour constate que, dans le cadre d\u00e9fini ci-avant, la requ\u00eate n\u2019est pas manifestement mal fond\u00e9e au sens de l\u2019article 35 \u00a7 3 a) de la Convention et qu\u2019elle ne se heurte par ailleurs \u00e0 aucun autre motif d\u2019irrecevabilit\u00e9.<\/p>\n<p>Aussi la Cour la d\u00e9clare-t-elle recevable.<\/p>\n<p><strong>B. Fond<\/strong><\/p>\n<p><strong>1. Arguments des parties<\/strong><\/p>\n<p>a) La requ\u00e9rante<\/p>\n<p>53. La requ\u00e9rante soutient qu\u2019elle a tout simplement subi une sanction civile aussi injuste que draconienne, sans \u00eatre d\u00fbment associ\u00e9e \u00e0 la proc\u00e9dure par l\u2019assistance d\u2019un avocat, au m\u00e9pris de la jurisprudence pertinente de la Cour (Jucius et Juciuvien\u0117 c. Lituanie, no 14414\/03, 25 novembre 2008) et malgr\u00e9 la gravit\u00e9 de l\u2019enjeu pour elle. En bref, le tribunal n\u2019a pris aucune mesure pour lui assurer une repr\u00e9sentation efficace lors de cette proc\u00e9dure, qui a finalement abouti \u00e0 la restriction de sa capacit\u00e9 \u00e0 agir.<\/p>\n<p>54. En outre, la requ\u00e9rante pr\u00e9cise que, m\u00eame lors de la seconde proc\u00e9dure ayant abouti \u00e0 la lev\u00e9e de la mesure de tutelle, le juge n\u2019a jamais \u00e9valu\u00e9 son besoin d\u2019assistance juridique (Artico c. Italie, 13 mai 1980, \u00a7\u00a033, s\u00e9rie A no 37, Granger c. Royaume-Uni, 28 mars 1990, \u00a7 47, s\u00e9rie A no\u00a0174, et Timergaliyev c. Russie, no 40631\/02, \u00a7 59, 14 octobre 2008).<\/p>\n<p>55. Retournant aux faits de la cause, la requ\u00e9rante met en exergue les \u00e9l\u00e9ments suivants, selon lui, cruciaux pour appr\u00e9cier l\u2019\u00e9quit\u00e9 de la proc\u00e9dure litigieuse\u00a0:<\/p>\n<p>\u2013 Yenipazar, district o\u00f9 le tribunal \u00e9tait sis, est une petite agglom\u00e9ration et les deux juges et deux procureurs en poste \u00e0 l\u2019\u00e9poque \u00e9taient de connivence\u00a0;<\/p>\n<p>\u2013 L\u2019action de mise sous tutelle avait \u00e9t\u00e9 introduite par l\u2019un de ces procureurs, agac\u00e9 par le nombre de plaintes d\u00e9pos\u00e9es par la requ\u00e9rante\u00a0;<\/p>\n<p>\u2013 L\u2019avocate commise d\u2019office par le barreau d\u2019Ayd\u0131n s\u2019est r\u00e9sign\u00e9e sans motif raisonnable\u00a0; or, ledit barreau ainsi que le tribunal ont accept\u00e9 cette d\u00e9mission, sans entendre la requ\u00e9rante ni v\u00e9rifier l\u2019impact que cela pourrait avoir sur l\u2019issue de son proc\u00e8s\u00a0;<\/p>\n<p>\u2013 Le tribunal n\u2019a jamais envisag\u00e9 l\u2019octroi d\u2019une nouvelle aide juridictionnelle, contrairement \u00e0 ses obligations en vertu de l\u2019article 36 de la Constitution (paragraphe 44 ci-dessus), ni n\u2019a assur\u00e9 que la requ\u00e9rante subisse des examens psychiatriques approfondis avant de d\u00e9cider de la mettre sous tutelle.<\/p>\n<p>56. Au-del\u00e0 de cet aspect proc\u00e9dural, la requ\u00e9rante se plaint du fait d\u2019avoir \u00e9t\u00e9 d\u00e9clar\u00e9e incapable sur le fondement de rapports insuffisants que les m\u00e9decins et l\u2019Institut m\u00e9dicol\u00e9gal avaient r\u00e9dig\u00e9s sur la base de ses ant\u00e9c\u00e9dents m\u00e9dicaux lointains, sans d\u00fbment l\u2019examiner\u00a0; \u00e0 cet \u00e9gard, elle mart\u00e8le que ses contestations contre ces rapports n\u2019ont jamais \u00e9t\u00e9 prises en compte par le tribunal.<\/p>\n<p>La requ\u00e9rante ajoute que le fait d\u2019avoir \u00e9t\u00e9 d\u00e9clar\u00e9e incapable \u00e0 l\u2019issue d\u2019une telle proc\u00e9dure sur le fondement d\u2019all\u00e9gations fallacieuses d\u2019un procureur a d\u00e9truit son futur, alors qu\u2019elle \u00e9tait une architecte dipl\u00f4m\u00e9e d\u2019une universit\u00e9 r\u00e9put\u00e9e. Elle en d\u00e9duit qu\u2019en aucun cas sa mise sous tutelle ne pouvait pr\u00e9senter un int\u00e9r\u00eat quelconque susceptible de justifier la mesure disproportionn\u00e9e dont elle a \u00e9t\u00e9 victime pendant environ quatre ans.<\/p>\n<p>57. Au demeurant, le dernier rapport d\u2019expertise rendu par l\u2019h\u00f4pital universitaire d\u2019Istanbul (paragraphe 38 ci-dessus) aurait d\u00e9montr\u00e9 que le diagnostic \u00e0 l\u2019origine de la d\u00e9claration d\u2019incapacit\u00e9 \u00e9tait erron\u00e9. Selon la requ\u00e9rante, si H.K., son \u00e9poux et tuteur, n\u2019avait pas demand\u00e9 la lev\u00e9e de cette mesure, elle aurait \u00e9t\u00e9 condamn\u00e9e \u00e0 vivre dans l\u2019incapacit\u00e9 d\u2019agir, ce qui d\u00e9montrerait que le syst\u00e8me national n\u2019offre aucune protection aux personnes vuln\u00e9rables.<\/p>\n<p>b) Le Gouvernement<\/p>\n<p>58. Le Gouvernement rappelle d\u2019embl\u00e9e que la proc\u00e9dure litigieuse \u00e9tait r\u00e9gie par le principe inquisitoire, selon lequel il appartenait au tribunal de collecter d\u2019office tous les \u00e9l\u00e9ments de preuve probants, ce qu\u2019il n\u2019a pas manqu\u00e9 de faire.<\/p>\n<p>59. Pour ce qui concerne l\u2019attribution d\u2019un avocat commis d\u2019office, le Gouvernement souligne que la demande y aff\u00e9rente de la requ\u00e9rante avait \u00e9t\u00e9 accueillie en un premier temps par le barreau, mais que celui-ci a annul\u00e9 sa d\u00e9cision par la suite en raison du comportement inacceptable de l\u2019int\u00e9ress\u00e9e. Quoi qu\u2019il en soit, cette d\u00e9cision n\u2019aurait pas entra\u00een\u00e9 un d\u00e9savantage significatif pour l\u2019int\u00e9ress\u00e9e.<\/p>\n<p>60. En effet, tout au long de la proc\u00e9dure, la requ\u00e9rante a \u00e9t\u00e9 en mesure de compara\u00eetre aux audiences, de s\u2019exprimer, de contester les \u00e9l\u00e9ments m\u00e9dicaux la concernant, d\u2019\u00eatre auditionn\u00e9e par le juge et de se pourvoir en cassation.<\/p>\n<p>61. Au vu de ces \u00e9l\u00e9ments, le Gouvernement estime que la requ\u00e9rante a b\u00e9n\u00e9fici\u00e9 de toutes les garanties n\u00e9cessaires d\u2019une proc\u00e9dure inquisitoire et que si elle a \u00e9t\u00e9 finalement mise sous tutelle, cette d\u00e9cision reposait sur des \u00e9valuations m\u00e9dicales objectives et avait sans contestation une base l\u00e9gale solide, \u00e0 savoir l\u2019article 405 du CC.<\/p>\n<p>Quant \u00e0 la question de \u00ab\u00a0but l\u00e9gitime\u00a0\u00bb, le Gouvernement se r\u00e9f\u00e8re derechef aux deux expertises m\u00e9dicales effectu\u00e9es par des sp\u00e9cialistes, et dont les conclusions ne pr\u00eateraient le flanc \u00e0 aucune critique. Selon celles-ci, la requ\u00e9rante \u2013 qui avait refus\u00e9 de se faire soigner \u2013 n\u2019\u00e9tait pas en mesure de comprendre et prot\u00e9ger ses int\u00e9r\u00eats et la mesure litigieuse avait justement pour but de prot\u00e9ger ces derniers.<\/p>\n<p>Du reste, l\u2019ing\u00e9rence litigieuse n\u2019aurait entra\u00een\u00e9 aucune r\u00e9percussion importante sur la vie priv\u00e9e de la requ\u00e9rante, celle-ci n\u2019ayant jamais sugg\u00e9r\u00e9 qu\u2019elle en ait concr\u00e8tement p\u00e2ti ou qu\u2019elle ait subi des pr\u00e9judices disproportionn\u00e9s au but poursuivi.<\/p>\n<p>62. Le Gouvernement rappelle enfin que la mesure en question a bien \u00e9t\u00e9 lev\u00e9e en vertu d\u2019un nouveau rapport m\u00e9dical du 27 f\u00e9vrier 2015, ce qui d\u00e9montre que le r\u00e9gime en place en T\u00fcrkiye repose sur des garanties s\u2019alignant parfaitement avec les principes pertinents pos\u00e9s tant par la Cour que par le Comit\u00e9 des ministres du Conseil de l\u2019Europe (paragraphes 46 et 47 ci-dessus).<\/p>\n<p>2. Appr\u00e9ciation de la Cour<\/p>\n<p>a) Principes et consid\u00e9rations g\u00e9n\u00e9raux<\/p>\n<p>63. Nul ne conteste que la d\u00e9cision de placer la requ\u00e9rante sous tutelle a constitu\u00e9 une ing\u00e9rence dans l\u2019exercice de son droit au respect de sa vie priv\u00e9e. Cette ing\u00e9rence \u00e9tait pr\u00e9vue par la loi \u2013 l\u2019article 405 du CC (paragraphe\u00a040 ci-dessus) \u2013 et elle poursuivait un but l\u00e9gitime, \u00e0 savoir la protection d\u2019une personne inapte \u00e0 pourvoir elle-m\u00eame \u00e0 ses int\u00e9r\u00eats en raison d\u2019un trouble mental. Ces points ne pr\u00eatent d\u2019ailleurs pas \u00e0 controverse (voir, \u00dcmit Bilgi\u00e7 c. Turque, no 22398\/05, \u00a7 112, 3 septembre 2013).<\/p>\n<p>64. Quant \u00e0 la n\u00e9cessit\u00e9 de l\u2019ing\u00e9rence en question dans une soci\u00e9t\u00e9 d\u00e9mocratique, la Cour rappelle que pour une question aussi complexe que celle consistant \u00e0 d\u00e9terminer les capacit\u00e9s mentales d\u2019un individu, les autorit\u00e9s doivent en r\u00e8gle g\u00e9n\u00e9rale jouir d\u2019une large marge d\u2019appr\u00e9ciation\u00a0; celle-ci va toutefois de pair avec le devoir de la Cour d\u2019exercer un contr\u00f4le plus rigoureux sur les privations de la capacit\u00e9 juridique, lesquelles constituent ind\u00e9niablement une grave ing\u00e9rence dans l\u2019exercice par l\u2019int\u00e9ress\u00e9 du droit au respect de sa vie priv\u00e9e garanti par l\u2019article 8 de la Convention. Aussi, dans des affaires o\u00f9 des personnes atteintes de troubles mentaux se sont vu priver de la capacit\u00e9 juridique, la Cour accorde-t-elle une importance particuli\u00e8re \u00e0 la qualit\u00e9 du processus d\u00e9cisionnel.<\/p>\n<p>65. Si l\u2019article 8 ne renferme aucune condition explicite de proc\u00e9dure, la Cour a d\u00e9fini les exigences proc\u00e9durales n\u00e9cessaires au respect des droits qui en d\u00e9coulent, qu\u2019elle examine souvent en combinaison avec les principes d\u00e9gag\u00e9s, entre autres, de l\u2019article 6, en ce sens que le processus d\u00e9cisionnel d\u00e9bouchant sur des mesures d\u2019ing\u00e9rence doit \u00eatre \u00e9quitable et propre \u00e0 respecter enti\u00e8rement les int\u00e9r\u00eats prot\u00e9g\u00e9s par cette disposition (voir, par exemple, Jucius et Juciuvien\u0117, pr\u00e9cit\u00e9, \u00a7 30, Soares de Melo c.\u00a0Portugal, no\u00a072850\/14, \u00a7 65, 16 f\u00e9vrier 2016, et Mehmet Ulusoy et autres c.\u00a0Turquie, no\u00a054969\/09, \u00a7 109, 25 juin 2019). Cette exigence couvre ainsi les proc\u00e9dures administratives aussi bien que judiciaires, mais va aussi de pair avec l\u2019objectif plus large consistant \u00e0 assurer le juste respect, entre autres, de la vie priv\u00e9e, laquelle se trouve au c\u0153ur du pr\u00e9sent litige (voir parmi d\u2019autres, Golder, pr\u00e9cit\u00e9, \u00a7 36, McMichael c. Royaume-Uni, 24 f\u00e9vrier 1995, \u00a7 91, s\u00e9rie A no\u00a0307-B, Bianchi, pr\u00e9cit\u00e9, \u00a7 112, et Tapia Gasca et\u00a0D. c.\u00a0Espagne, no\u00a020272\/06, \u00a7\u00a7 111-113, 22 d\u00e9cembre 2009).<\/p>\n<p>66. L\u2019\u00e9tendue de la marge d\u2019appr\u00e9ciation dont les autorit\u00e9s jouissent dans ce domaine d\u00e9pendra donc de la qualit\u00e9 du processus d\u00e9cisionnel\u00a0: si la proc\u00e9dure a \u00e9t\u00e9 gravement d\u00e9ficiente pour une raison ou pour une autre, les conclusions des autorit\u00e9s internes sont plus sujettes \u00e0 caution (voir Principe 1 \u2013 paragraphe 46 ci-dessus\u00a0; G\u00f6rg\u00fcl\u00fc c. Allemagne, no 74969\/01, \u00a7\u00a052, 26\u00a0f\u00e9vrier 2004, Chtoukatourov c. Russie, no 44009\/05, \u00a7\u00a7\u00a087-89,<br \/>\nCEDH 2008, Berkov\u00e1 c. Slovaquie, no 67149\/01, \u00a7 165, 24 mars 2009, Salontaji-Drobnjak c. Serbie, no 36500\/05, \u00a7\u00a7 141-143, 13 octobre 2009, \u00dcmit Bilgi\u00e7, pr\u00e9cit\u00e9, \u00a7 113, Lashin c. Russie, no 33117\/02, \u00a7\u00a7 79 et\u00a080, 22\u00a0janvier 2013, Ivinovi\u0107 c. Croatie, no 13006\/13, \u00a7\u00a7 36 et 37, 18\u00a0septembre 2014, et A.N., pr\u00e9cit\u00e9, \u00a7\u00a7 116-118).<\/p>\n<p>b) Application de ces principes au cas d\u2019esp\u00e8ce<\/p>\n<p>i. Quant \u00e0 l\u2019exclusion all\u00e9gu\u00e9e du b\u00e9n\u00e9fice d\u2019un conseil commis d\u2019office<\/p>\n<p>67. En ce qui concerne l\u2019aspect d\u00e9cisionnel et pour autant que la requ\u00e9rante d\u00e9nonce son exclusion du b\u00e9n\u00e9fice d\u2019un avocat commis d\u2019office, il convient de souligner que la Convention n\u2019implique pas que l\u2019\u00c9tat doive fournir une aide judiciaire gratuite dans toute contestation touchant \u00e0 un \u00ab\u00a0droit de caract\u00e8re civil\u00a0\u00bb. Toutefois, la Cour admet, \u00e0 l\u2019instar de la partie requ\u00e9rante (paragraphes 53 \u00e0 57 ci-dessus), que la proc\u00e9dure de l\u2019esp\u00e8ce<br \/>\n\u2013 qui pr\u00e9sentait un enjeu tr\u00e8s s\u00e9rieux \u2013 devait s\u2019entourer des garanties proc\u00e9durales appropri\u00e9es permettant de prot\u00e9ger les droits de la requ\u00e9rante et de prendre en compte ses int\u00e9r\u00eats (voir, par exemple, H.F. c.\u00a0Slovaquie, no\u00a054797\/00, \u00a7 44, 8 novembre 2005).<\/p>\n<p>Au titre de pareilles garanties, l\u2019article 8 peut en effet astreindre les autorit\u00e9s \u00e0 fournir l\u2019assistance d\u2019un avocat quand cela se r\u00e9v\u00e8le indispensable \u00e0 un acc\u00e8s effectif au juge (mutatis mutandis, Airey c. Irlande, 9 octobre 1979, \u00a7\u00a026, s\u00e9rie A no 32, et Romanov c. Russie, no 63993\/00, \u00a7 108, 20\u00a0octobre 2005), compte tenu justement de la gravit\u00e9 de l\u2019enjeu pour l\u2019int\u00e9ress\u00e9e (P., C.\u00a0et S. c. Royaume-Uni, no 56547\/00, \u00a7 100, CEDH 2002-VI, Steel et Morris c. Royaume-Uni, no 68416\/01, \u00a7 61, CEDH 2005-II, H.F. pr\u00e9cit\u00e9, \u00a7\u00a037, et Ivinovi\u0107, pr\u00e9cit\u00e9, \u00a7 45, in fine).<\/p>\n<p>68. En l\u2019esp\u00e8ce, si le 9 juillet 2009 le barreau d\u2019Ayd\u0131n avait finalement d\u00e9sign\u00e9 Me M.A. en vue de repr\u00e9senter la requ\u00e9rante (paragraphes 19 et 20 ci-dessus), elle d\u00e9missionna le 27 ao\u00fbt suivant \u2013 sans jamais participer \u00e0 la proc\u00e9dure\u00a0\u2013, au motif que la requ\u00e9rante lui avait exig\u00e9 de r\u00e9cuser la juge du tribunal pour des motifs inacceptables (paragraphes 22 et 25 ci-dessus)\u00a0; il y avait donc bien eu un contact entre les deux protagonistes (comparer mutatis mutandis avec Salontaji-Drobnjak, pr\u00e9cit\u00e9, \u00a7 127). Par la suite, le barreau d\u2019Ayd\u0131n fit savoir qu\u2019aucun autre avocat n\u2019allait \u00eatre d\u00e9sign\u00e9 (paragraphe\u00a027 ci-dessus) et le barreau d\u2019Istanbul semble \u00e9galement avoir refus\u00e9 de donner suite \u00e0 la demande d\u2019assistance judiciaire de la requ\u00e9rante (paragraphe\u00a026 ci\u2011dessus). Le tribunal non plus n\u2019a pas r\u00e9agi d\u2019office, \u00e9tant entendu que le dossier ne comprend aucune trace d\u2019une demande d\u2019assistance judiciaire quelconque adress\u00e9e directement au juge.<\/p>\n<p>69. Quant \u00e0 la question de savoir si la conduite de Me\u00a0M.A. d\u00e9missionnaire peut constituer une circonstance particuli\u00e8re susceptible d\u2019engager la responsabilit\u00e9 de l\u2019\u00c9tat au titre de la Convention (Tuzi\u0144ski c.\u00a0Pologne (d\u00e9c.), no 40140\/98, 30 mars 1999) et\/ou au regard de l\u2019article\u00a036 de la Constitution \u2013 comme la requ\u00e9rante le sugg\u00e8re (paragraphe 55, in fine, ci-dessus) \u2013 et si, par cons\u00e9quent, le tribunal \u2013 avis\u00e9 de la situation \u2013 devait d\u2019office remplacer cette avocate pour que la requ\u00e9rante ne soit pas priv\u00e9e en pratique d\u2019une assistance effective (Bertuzzi c. France, no 36378\/97, \u00a7\u00a030, CEDH\u00a02003-III), la Cour estime pouvoir y r\u00e9pondre par la n\u00e9gative, car les garanties proc\u00e9durales appropri\u00e9es dont il est question ici (paragraphe\u00a065 ci\u2011dessus) ne se limitent pas \u00e0 l\u2019octroi d\u2019une assistance judiciaire.<\/p>\n<p>70. Dans ce contexte, il faut rappeler que, dans de nombreux cas, le fait qu\u2019un individu doive \u00eatre plac\u00e9 sous tutelle parce qu\u2019il n\u2019aurait pas la capacit\u00e9 d\u2019administrer ses affaires \u2013 comme en l\u2019esp\u00e8ce \u2013 ne signifie pas qu\u2019il est incapable de se prononcer sur sa situation\u00a0; dans de tels cas, il est essentiel que la personne concern\u00e9e ait acc\u00e8s \u00e0 un tribunal et ait la possibilit\u00e9 d\u2019\u00eatre entendue en personne (voir Jucius et Juciuvien\u0117, pr\u00e9cit\u00e9, \u00a7 30 et A.N., pr\u00e9cit\u00e9, \u00a7\u00a090).<\/p>\n<p>La Cour doit donc v\u00e9rifier si, eu \u00e9gard aux particularit\u00e9s de l\u2019esp\u00e8ce et notamment \u00e0 la gravit\u00e9 des d\u00e9cisions \u00e0 prendre, la requ\u00e9rante a \u00e9t\u00e9 suffisamment associ\u00e9e au processus d\u00e9cisionnel, consid\u00e9r\u00e9 dans son ensemble, pour assurer la protection requise de ses int\u00e9r\u00eats, faute de quoi il y aurait eu manquement \u00e0 sa vie priv\u00e9e, car l\u2019ing\u00e9rence ne saurait \u00eatre consid\u00e9r\u00e9e comme \u00ab\u00a0n\u00e9cessaire\u00a0\u00bb au sens de l\u2019article 8 (voir, ibidem, et W.\u00a0c.\u00a0Royaume-Uni, 8 juillet 1987, \u00a7 64, s\u00e9rie A no 121).<\/p>\n<p>ii. Quant \u00e0 la participation de la requ\u00e9rante au processus d\u00e9cisionnel<\/p>\n<p>71. Retournant aux faits de la cause, la Cour observe que, nonobstant son tableau psychique, la requ\u00e9rante avait enti\u00e8re connaissance de la demande de d\u00e9claration d\u2019incapacit\u00e9 introduite par le parquet (comparer avec Chtoukatourov, pr\u00e9cit\u00e9, \u00a7 69) ainsi qu\u2019une capacit\u00e9 suffisante de pr\u00e9senter sa cause (McVicar c. Royaume-Uni, no 46311\/99, \u00a7\u00a7 48-62, CEDH 2002-III, et Steel et Morris, pr\u00e9cit\u00e9, \u00a7 61)\u00a0; elle a d\u2019ailleurs pris effectivement part au processus, tout au long des audiences qui s\u2019ensuivirent, et o\u00f9 le tribunal a b\u00e9n\u00e9fici\u00e9 d\u2019un rapport direct avec l\u2019int\u00e9ress\u00e9e (comparer avec Chtoukatourov, pr\u00e9cit\u00e9, \u00a7 91, et A.N., pr\u00e9cit\u00e9, \u00a7 120).<\/p>\n<p>En effet, \u00e0 partir du 14 mai 2009, date de l\u2019audience pr\u00e9paratoire, le 15\u00a0juin 2009, la requ\u00e9rante a inform\u00e9 le tribunal qu\u2019elle souhaitait poursuivre la proc\u00e9dure par le biais de son avocate et, \u00e0 la suite de la d\u00e9mission de celle-ci, elle a souvent comparu elle-m\u00eame aux audiences cons\u00e9cutives et entendu en ses dires\u00a0; le 16 juillet 2009, elle s\u2019expliqua sur l\u2019examen qu\u2019elle avait pass\u00e9 \u00e0 l\u2019h\u00f4pital universitaire d\u2019Adnan Menderes\u00a0; le 17 septembre 2009, elle fit parvenir un m\u00e9moire par courriel, dont lecture a \u00e9t\u00e9 donn\u00e9e\u00a0; le 1er\u00a0octobre 2009, elle informa le tribunal de sa demande de r\u00e9examen \u00e0 l\u2019h\u00f4pital universitaire d\u2019Istanbul\u00a0; le 22 octobre 2009, elle fut entendue par le nouveau juge et contesta le rapport d\u2019expertise du 14 ao\u00fbt 2009 demandant son transfert \u00e0 l\u2019Institut m\u00e9dicol\u00e9gal, et cette demande a \u00e9t\u00e9 accueillie (comparer mutatis mutandis avec Salontaji-Drobnjak, pr\u00e9cit\u00e9, \u00a7 127)\u00a0; le 24\u00a0novembre 2009, la requ\u00e9rante comparut avec son \u00e9poux H.K.\u00a0; le 21 janvier 2010, elle fut r\u00e9entendue par le juge\u00a0; le 2 mars 2010, elle soutint la contestation form\u00e9e par son \u00e9poux contre le rapport de l\u2019Institut m\u00e9dicol\u00e9gal\u00a0; le 2 mars 2010, l\u2019opposition pr\u00e9c\u00e9dente a \u00e9t\u00e9 rejet\u00e9e et la proc\u00e9dure s\u2019est cl\u00f4tur\u00e9e en sa pr\u00e9sence (comparer, ibidem).<\/p>\n<p>72. Ainsi, s\u2019agissant de la proc\u00e9dure de premi\u00e8re instance, m\u00eame si la teneur exacte de tous les dires de la requ\u00e9rante ne ressort pas des documents qu\u2019elle a vers\u00e9s au dossier, celle-ci devrait passer pour avoir \u00e9t\u00e9 suffisamment associ\u00e9e au processus d\u00e9cisionnel de mani\u00e8re \u00e0 lui permettre de d\u00e9fendre sa cause, mais aussi pour permettre au tribunal de se former sa propre opinion sur ses capacit\u00e9s mentales, comme le veut l\u2019article 409 du CC (paragraphe\u00a041 ci-dessus), la jurisprudence de la Cour (voir, mutatis mutandis, Kovalev c.\u00a0Russie, no 78145\/01, \u00a7\u00a7 35-37, 10 mai 2007 \u2013 comparer avec Chtoukatourov, pr\u00e9cit\u00e9, \u00a7\u00a7 72, 73 et 91, et A.N., pr\u00e9cit\u00e9, \u00a7 120) et le Principe\u00a013 (paragraphe 47 ci-dessus).<\/p>\n<p>73. Par ailleurs, il convient de souligner qu\u2019en l\u2019esp\u00e8ce, la proc\u00e9dure litigieuse \u00e9tait r\u00e9gie par le principe inquisitoire selon lequel il appartenait au tribunal de rechercher d\u2019office la v\u00e9rit\u00e9. Le droit de proc\u00e9dure civile turc (paragraphe\u00a043 ci-dessus) impose en effet au tribunal statuant sur la capacit\u00e9 juridique d\u2019un individu de rassembler toutes les preuves n\u00e9cessaires, et ce, que les parties les aient propos\u00e9es ou non (pour une situation comparable, voir, H.F., pr\u00e9cit\u00e9, \u00a7 38).<\/p>\n<p>iii. Quant \u00e0 l\u2019\u00e9quit\u00e9 du processus d\u00e9cisionnel<\/p>\n<p>74. Avant de se pencher sur l\u2019examen entrepris par le tribunal, il convient de r\u00e9pondre d\u2019abord aux arguments que la requ\u00e9rante tire de son manque d\u2019impartialit\u00e9 et de la connivence qui aurait uni les quatre magistrats de la petite agglom\u00e9ration de Yenipazar, dont le procureur qui aurait requis son placement sous tutelle, parce qu\u2019agac\u00e9 par les plaintes qu\u2019elle avait d\u00e9pos\u00e9es (paragraphe\u00a055 ci-dessus).<\/p>\n<p>75. En premier lieu, la Cour observe qu\u2019en l\u2019esp\u00e8ce, Me M.A. n\u2019a pas pr\u00e9sent\u00e9 au tribunal la demande de r\u00e9cusation \u2013 qualifi\u00e9e d\u2019abusive \u2013 de la requ\u00e9rante (paragraphe 22 ci-dessus) et rien n\u2019indique que celle-ci ait personnellement r\u00e9cus\u00e9 la juge ayant initialement si\u00e9g\u00e9 ou son rempla\u00e7ant (paragraphe\u00a028 ci-dessus) ni entrepris une quelconque d\u00e9marche contre le procureur qu\u2019elle accuse d\u2019avoir demand\u00e9 sa mise sous tutelle par animosit\u00e9.<\/p>\n<p>76. Au demeurant, il faut rappeler que \u00ab\u00a0l\u2019impartialit\u00e9 personnelle d\u2019un magistrat se pr\u00e9sume jusqu\u2019\u00e0 la preuve du contraire\u00a0\u00bb (voir, par exemple, Micallef c. Malte [GC], no 17056\/06, \u00a7 94, CEDH 2009), l\u2019\u00e9l\u00e9ment d\u00e9terminant consistant \u00e0 savoir si l\u2019on peut consid\u00e9rer les appr\u00e9hensions de la requ\u00e9rante comme objectivement justifi\u00e9es (ibidem, \u00a7 96, Wettstein c.\u00a0Suisse, no 33958\/96, \u00a7 44, CEDH 2000-XII, et Pabla Ky c.\u00a0Finlande, no\u00a047221\/99, \u00a7 30, CEDH 2004-V). Or, que les quatre magistrats de Yenipazar se connaissent en qualit\u00e9 de confr\u00e8res ne saurait assur\u00e9ment suffire en soi \u00e0 consid\u00e9rer comme objectivement justifi\u00e9s des doutes quant \u00e0 leur impartialit\u00e9 (voir, par exemple, Steck-Risch et autres c.\u00a0Liechtenstein, no\u00a063151\/00, \u00a7 48, 19 mai 2005), \u00e9tant entendu que les griefs tir\u00e9s de la partialit\u00e9 ne devraient pas \u00eatre susceptibles de paralyser le syst\u00e8me juridique d\u2019un \u00c9tat d\u00e9fendeur et que dans de petites juridictions locales, telles que celle de Yenipazar, l\u2019administration de la justice pourrait \u00eatre ind\u00fbment entrav\u00e9e par l\u2019application de normes trop strictes \u00e0 cet \u00e9gard (voir, mutatis mutandis, A.K. c. Liechtenstein, no 38191\/12, \u00a7 82, 9 juillet 2015, Nicholas c.\u00a0Chypre, no\u00a063246\/10, \u00a7 63, 9 janvier 2018, et Koulias c. Chypre, no 48781\/12, \u00a7\u00a062, 26\u00a0mai 2020).<\/p>\n<p>77. Cela \u00e9tant dit, la Cour rappelle que, si les premiers diagnostics psychiatriques de la requ\u00e9rante remontent \u00e0 2002 et 2004 (paragraphes 5 et\u00a06 ci\u2011dessus), de nouveaux examens intervinrent apr\u00e8s l\u2019ouverture de la proc\u00e9dure de mise sous tutelle le 10 avril 2009 (paragraphe 14 ci-dessus) et le tribunal avait tranch\u00e9 sur le fondement de ces examens, dont la requ\u00e9rante \u00e9tait parfaitement consciente de l\u2019objet (comparer, Chtoukatourov, pr\u00e9cit\u00e9, \u00a7\u00a069). En fait, le 14 ao\u00fbt 2009, le conseil de sant\u00e9 de l\u2019h\u00f4pital universitaire d\u2019Adnan Menderes a conclu que les \u00ab\u00a0troubles de la personnalit\u00e9 parano\u00efde\u00a0\u00bb observ\u00e9s chez la requ\u00e9rante \u00e9taient de nature \u00e0 justifier sa mise sous tutelle (paragraphe\u00a021 ci-dessus)\u00a0; si l\u2019int\u00e9ress\u00e9e affirme n\u2019avoir pas \u00e9t\u00e9 d\u00fbment examin\u00e9e \u00e0 cette occasion (paragraphe 56 in limine ci-dessus), cela est contredit par la teneur dudit rapport\u00a0; quoi qu\u2019il en soit, apr\u00e8s avoir subi d\u2019autres tests et un entretien psychologique \u00e0 l\u2019h\u00f4pital universitaire d\u2019Istanbul (paragraphe\u00a023 ci-dessus), la requ\u00e9rante a contest\u00e9 les r\u00e9sultats dudit rapport et, contrairement \u00e0 ce qu\u2019elle laisse entendre (paragraphe 56 in fine ci-dessus) le tribunal a accueilli cette demande (paragraphe 28 ci-dessus)\u00a0; le 23\u00a0d\u00e9cembre 2009, une contre-expertise a ainsi \u00e9t\u00e9 r\u00e9alis\u00e9e par le Conseil de sp\u00e9cialistes no 4 \u00e0 l\u2019Institut m\u00e9dicol\u00e9gal (paragraphe 30 ci-dessus), dont la neutralit\u00e9 n\u2019a jamais \u00e9t\u00e9 mise en cause (Lashin, pr\u00e9cit\u00e9, \u00a7 87), et dont les conclusions vers\u00e9es au dossier le 29 janvier 2010 \u00e9taient suffisamment claires (paragraphe\u00a032 ci-dessus) quant aux cons\u00e9quences \u00e9ventuelles des troubles de la requ\u00e9rante sur ses int\u00e9r\u00eats mat\u00e9riels (comparer, Chtoukatourov, pr\u00e9cit\u00e9, \u00a7\u00a093), de sorte que le rejet de la seconde opposition form\u00e9e contre ce dernier rapport (paragraphe 33 ci-dessus) ne saurait pr\u00eater \u00e0 cons\u00e9quence.<\/p>\n<p>Ainsi, la Cour ne saurait suivre la partie requ\u00e9rante lorsqu\u2019elle reproche au tribunal d\u2019avoir omis d\u2019asseoir son jugement sur \u00ab\u00a0des examens psychiatriques approfondis\u00a0\u00bb (paragraphe 55 in fine ci-dessus), sans aucunement en \u00e9tayer les raisons.<\/p>\n<p>78. Le dernier examen m\u00e9dical susmentionn\u00e9, effectu\u00e9 par des experts qualifi\u00e9s en date du 23 d\u00e9cembre 2009, soit trois mois et une semaine avant l\u2019adoption du jugement de premi\u00e8re instance et moins d\u2019un an avant l\u2019arr\u00eat de cassation, doit donc \u00eatre consid\u00e9r\u00e9 comme \u00ab\u00a0r\u00e9cent\u00a0\u00bb (comparer avec H.F., pr\u00e9cit\u00e9, \u00a7\u00a7 41 et 42, Lashin, pr\u00e9cit\u00e9, \u00a7\u00a7 83 \u00e0 86, Nikolyan c.\u00a0Arm\u00e9nie, no\u00a074438\/14, \u00a7 124, 3 octobre 2019) et probant au sens de la jurisprudence de la Cour et du Principe 12 (paragraphe 47 ci-dessus).<\/p>\n<p>79. Par ailleurs, cette proc\u00e9dure a connu deux degr\u00e9s de juridictions (comparer avec A.N., pr\u00e9cit\u00e9, \u00a7 120)\u00a0; la requ\u00e9rante s\u2019est elle-m\u00eame pourvue devant la Cour de cassation, dont le r\u00f4le pouvait \u00eatre d\u00e9cisif pour effacer une \u00e9ventuelle violation initiale de la Convention (De Haan c. Pays-Bas, 26\u00a0ao\u00fbt 1997, \u00a7 54, Recueil des arr\u00eats et d\u00e9cisions 1997-IV). Certes, ce recours a \u00e9t\u00e9 rejet\u00e9, mais la requ\u00e9rante ne s\u2019en plaint point devant la Cour.<\/p>\n<p>80. Au vu de ce qui pr\u00e9c\u00e8de, le m\u00e9canisme judiciaire de T\u00fcrkiye doit passer pour avoir proc\u00e9d\u00e9 avec l\u2019\u00e9quit\u00e9 et la diligence n\u00e9cessaire ainsi qu\u2019avoir rassembl\u00e9 suffisamment d\u2019\u00e9l\u00e9ments pour \u00e9valuer les facult\u00e9s de la requ\u00e9rante et pour pr\u00e9venir d\u2019\u00e9ventuelles injustices (voir Principe\u00a07\u00a0\u2013 paragraphe\u00a046 ci-dessus\u00a0; comparer, H.F., pr\u00e9cit\u00e9, \u00a7 44).<\/p>\n<p>iv. Les tenants et aboutissants de la mesure impos\u00e9e \u00e0 la requ\u00e9rante<\/p>\n<p>81. \u00c0 ce sujet, il importe de souligner qu\u2019aux termes du jugement du 2\u00a0mars 2010 (paragraphe 33 ci-dessus), la restriction de la capacit\u00e9 juridique impos\u00e9e \u00e0 la requ\u00e9rante n\u2019\u00e9tait pas totale, \u00e9tait limit\u00e9e dans le temps et pouvait \u00eatre contest\u00e9e par la requ\u00e9rante elle-m\u00eame (comparer, par exemple, Chtoukatourov, pr\u00e9cit\u00e9, \u00a7\u00a7 90 et 94, Stanev, pr\u00e9cit\u00e9, \u00a7\u00a7 239 et 240, Lashin, pr\u00e9cit\u00e9, \u00a7 90, A.N., pr\u00e9cit\u00e9 \u00a7\u00a7 111, 123 et 126, et Nikolyan, pr\u00e9cit\u00e9, \u00a7\u00a0122).<\/p>\n<p>En l\u2019esp\u00e8ce, la mesure litigieuse visait la gestion du patrimoine de la requ\u00e9rante par son \u00e9poux et tuteur H.K. \u2013 dont la d\u00e9signation convenait sans doute \u00e0 la requ\u00e9rante (voir Principes 8 et 9 \u2013 paragraphe 46 ci-dessus)\u00a0\u2013, sur la base d\u2019un inventaire des biens, et elle \u00e9tait assortie d\u2019une interdiction de conclure des actes fonciers et bancaires sans l\u2019aval du tribunal. Les pouvoirs du tuteur de repr\u00e9senter la requ\u00e9rante ne couvraient donc que les biens et les affaires financi\u00e8res de cette derni\u00e8re (paragraphe 13 ci-dessus) dans la mesure pr\u00e9vue dans le jugement y aff\u00e9rent (pour situation similaire, en droit finlandais, voir A.-M.V. c. Finlande, no 53251\/13, \u00a7 85, 23 mars 2017).<\/p>\n<p>82. D\u2019ailleurs, il y a lieu de noter que cette mesure avait \u00e9t\u00e9 impos\u00e9e pour une dur\u00e9e initiale de deux ans, susceptible d\u2019\u00eatre prolong\u00e9e pour la m\u00eame dur\u00e9e\u00a0; il s\u2019ensuit qu\u2019en l\u2019esp\u00e8ce, conform\u00e9ment au droit interne (paragraphe\u00a042 ci-dessus), la requ\u00e9rante b\u00e9n\u00e9ficiait \u2013 \u00e0 l\u2019instar de son \u00e9poux \u2013 d\u2019une possibilit\u00e9 de r\u00e9vision p\u00e9riodique de deux ans, aux fins de la lev\u00e9e de la mesure de tutelle (voir Principe 14 \u2013 \u00dcmit Bilgi\u00e7, pr\u00e9cit\u00e9, \u00a7 114\u00a0; comparer, Drobnjak, pr\u00e9cit\u00e9, \u00a7 134, et Stanev, pr\u00e9cit\u00e9, \u00a7\u00a0239).<\/p>\n<p>83. Il s\u2019agit-l\u00e0 d\u2019une garantie cruciale\u00a0: le droit de demander \u00e0 un tribunal de r\u00e9viser une d\u00e9claration d\u2019incapacit\u00e9 s\u2019av\u00e8re l\u2019un des plus importants pour l\u2019individu concern\u00e9 car, une fois engag\u00e9e, une telle proc\u00e9dure est d\u00e9terminante pour ses droits et obligations de caract\u00e8re civil (Stanev, pr\u00e9cit\u00e9, \u00a7\u00a0233, et Lashin, pr\u00e9cit\u00e9, \u00a7\u00a7 79 \u00e0 81) et, plus pr\u00e9cis\u00e9ment, pour l\u2019exercice de l\u2019ensemble des droits et libert\u00e9s affect\u00e9s par la d\u00e9claration d\u2019incapacit\u00e9\u00a0; ce droit constitue l\u2019un des droits proc\u00e9duraux essentiels pour la protection des personnes d\u00e9clar\u00e9es partiellement incapables, comme la requ\u00e9rante (Stanev, pr\u00e9cit\u00e9, \u00a7 241). Il y va par ailleurs de l\u2019importance croissante accord\u00e9e aujourd\u2019hui \u00e0 l\u2019octroi d\u2019une autonomie juridique optimale aux personnes atteintes de troubles mentaux tant par les droits nationaux au niveau europ\u00e9en que les instruments internationaux de protection de ces personnes, dont la Recommandation no R (99) 4 pr\u00e9cit\u00e9e (paragraphes 46 et 47 ci-dessus) (voir, notamment, Matter c. Slovaquie, no 31534\/96, \u00a7\u00a7 51 et 68, 5 juillet 1999, Stanev, pr\u00e9cit\u00e9, \u00a7\u00a7 243 \u00e0 245, et A.N., pr\u00e9cit\u00e9, \u00a7 126).<\/p>\n<p>84. En l\u2019esp\u00e8ce, le dossier ainsi que les observations de la requ\u00e9rante ne comprennent pas de mention exacte quant \u00e0 savoir pourquoi aucune r\u00e9vision n\u2019a \u00e9t\u00e9 demand\u00e9e au terme de la dur\u00e9e initiale de deux ans, \u00e9tant donn\u00e9 que la requ\u00e9rante \u00e9tait toujours sous tutelle en mars 2014 (paragraphe\u00a036 ci-dessus).<\/p>\n<p>Quoi qu\u2019il en soit, le 9 juillet 2014, H.K. introduisit une telle demande devant le tribunal d\u2019instance de Nazilli et, conform\u00e9ment aux conclusions d\u2019une nouvelle expertise psychiatrique de l\u2019h\u00f4pital universitaire d\u2019Istanbul, ledit tribunal pronon\u00e7a en date du 19 mars 2015 la lev\u00e9e de la mesure de tutelle litigieuse (paragraphes 36 \u00e0 39 et 42 ci-dessus).<\/p>\n<p>85. Contrairement \u00e0 ce que la partie requ\u00e9rante sugg\u00e8re (paragraphe\u00a057 ci-dessus), ces derni\u00e8res conclusions m\u00e9dicales n\u2019invalidaient en rien celles \u00e0 l\u2019origine de la mise sous tutelle, car aucune expertise effectu\u00e9e jusqu\u2019alors n\u2019avait fait \u00e9tat d\u2019un tableau clinique incurable\u00a0; enfin, il n\u2019y a nul besoin de sp\u00e9culer sur ce qu\u2019il serait advenu si H.K. n\u2019avait pas entrepris cette d\u00e9marche, car la loi autorisait la requ\u00e9rante \u00e0 le faire elle-m\u00eame (paragraphe\u00a042 in fine ci-dessus).<\/p>\n<p>86. \u00c0 la lumi\u00e8re de ce qui pr\u00e9c\u00e8de, la Cour souligne la n\u00e9cessit\u00e9 pour les autorit\u00e9s internes de parvenir \u00e0 un \u00e9quilibre entre le respect de la dignit\u00e9 et de l\u2019autod\u00e9termination de l\u2019individu, ainsi que la n\u00e9cessit\u00e9 de prot\u00e9ger celui-ci et de sauvegarder ses int\u00e9r\u00eats, en particulier dans des circonstances o\u00f9 ses capacit\u00e9s ou son cas sp\u00e9cifique le placent dans une situation de vuln\u00e9rabilit\u00e9.<\/p>\n<p>Dans ce contexte, la Cour estime qu\u2019un juste \u00e9quilibre a \u00e9t\u00e9 trouv\u00e9 en l\u2019esp\u00e8ce\u00a0: il existait des garanties effectives dans la proc\u00e9dure interne pour pr\u00e9venir les abus \u2013 comme l\u2019exigent la Convention et les normes pertinentes du droit international \u2013 en veillant \u00e0 ce que les droits et les int\u00e9r\u00eats de la requ\u00e9rante soient pris en compte.<\/p>\n<p>Celle-ci a \u00e9t\u00e9 associ\u00e9e \u00e0 tous les stades de la proc\u00e9dure\u00a0: elle a \u00e9t\u00e9 entendue en personne et pu faire valoir ses arguments. L\u2019ing\u00e9rence relevait de juridictions internes comp\u00e9tentes et impartiales, et la mesure qu\u2019elles ont prise \u00e9tait conforme \u00e0 l\u2019objectif l\u00e9gitime de protection des int\u00e9r\u00eats patrimoniaux de la requ\u00e9rante, et dans un sens plus large de son bien-\u00eatre\u00a0; vu sa limitation dans le temps et dans son objet, ainsi que les voies de droit interne pr\u00e9vues pour en obtenir la lev\u00e9e, rien ne permet de penser que cette mesure \u00e9tait disproportionn\u00e9e et\/ou inadapt\u00e9e \u00e0 la situation de la requ\u00e9rante.<\/p>\n<p><strong>v. Conclusion<\/strong><\/p>\n<p>87. Partant, la Cour juge qu\u2019en l\u2019esp\u00e8ce l\u2019incapacit\u00e9 partielle initialement prononc\u00e9e dans le chef de la requ\u00e9rante pouvait passer pour n\u00e9cessaire dans une soci\u00e9t\u00e9 d\u00e9mocratique, et que, de ce fait, elle n\u2019a pas emport\u00e9 violation de l\u2019article\u00a08 de la Convention.<\/p>\n<p><strong>PAR CES MOTIFS, LA COUR, \u00c0 L\u2019UNANIMIT\u00c9,<\/strong><\/p>\n<p>1. D\u00e9clare la requ\u00eate recevable\u00a0;<\/p>\n<p>2. Dit qu\u2019il n\u2019y a pas eu violation de l\u2019article 8 de la Convention.<\/p>\n<p>Fait en fran\u00e7ais, puis communiqu\u00e9 par \u00e9crit le 3 octobre 2023, en application de l\u2019article 77 \u00a7\u00a7 2 et 3 du r\u00e8glement.<\/p>\n<p>Hasan Bak\u0131rc\u0131 Arnfinn B\u00e5rdsen<br \/>\nGreffier Pr\u00e9sident<\/p>\n<p>___________<\/p>\n<p>Au pr\u00e9sent arr\u00eat se trouve joint, conform\u00e9ment aux articles 45 \u00a7 2 de la Convention et 74 \u00a7 2 du r\u00e8glement, l\u2019expos\u00e9 de l\u2019opinion s\u00e9par\u00e9e du juge A.\u00a0B\u00e5rdsen.<\/p>\n<p style=\"text-align: right;\">A.R.B.<br \/>\nH.B.<\/p>\n<p style=\"text-align: center;\"><strong>OPINION CONCORDANTE DU JUGE B\u00c5RDSEN<\/strong><\/p>\n<p>88. Je souscris \u00e0 la conclusion de mes coll\u00e8gues selon laquelle il n\u2019y a pas eu violation de la Convention dans la pr\u00e9sente affaire. Je me suis rang\u00e9 \u00e0 cette conclusion avec un peu d\u2019h\u00e9sitation, et je souhaiterais exposer les raisons de mes interrogations.<\/p>\n<p>89. Bien que la Cour ait choisi d\u2019examiner l\u2019affaire sous le seul angle de l\u2019article\u00a08 de la Convention, l\u2019article 6 \u00a7 1 n\u2019est pas sans port\u00e9e en l\u2019esp\u00e8ce. En effet, en ce qui concerne l\u2019acc\u00e8s \u00e0 l\u2019assistance juridique dans un tel contexte, l\u2019article 8 doit \u00eatre interpr\u00e9t\u00e9 et appliqu\u00e9 \u00e0 la lumi\u00e8re des principes d\u00e9velopp\u00e9s sur le terrain de l\u2019article 6 \u00a7 1. Cette perspective \u00e9tant peu pr\u00e9sente dans l\u2019arr\u00eat, et \u00e9tant donn\u00e9 que l\u2019assistance d\u2019un avocat peut \u00eatre exig\u00e9e m\u00eame dans le cadre d\u2019une proc\u00e9dure inquisitoire, je voudrais pour ma part renforcer les six \u00e9l\u00e9ments suivants.<\/p>\n<p>90. Premi\u00e8rement, je souligne que les personnes concern\u00e9es par une proc\u00e9dure de tutelle doivent en g\u00e9n\u00e9ral \u00eatre consid\u00e9r\u00e9es comme vuln\u00e9rables. Des garanties proc\u00e9durales sp\u00e9ciales peuvent s\u2019av\u00e9rer n\u00e9cessaires pour prot\u00e9ger les int\u00e9r\u00eats des personnes qui, en raison de leurs troubles mentaux, ne sont pas enti\u00e8rement capables d\u2019agir pour leur propre compte. Or en l\u2019esp\u00e8ce, les autorit\u00e9s ont \u00e9tabli que la requ\u00e9rante souffrait d\u2019une maladie mentale grave qui entra\u00eenait des cons\u00e9quences directes sur sa capacit\u00e9 \u00e0 prendre des d\u00e9cisions \u00e9clair\u00e9es pour son propre compte.<\/p>\n<p>91. Deuxi\u00e8mement, je rappelle que dans les proc\u00e9dures de tutelle, il est souvent n\u00e9cessaire \u2013 et tel \u00e9tait le cas en l\u2019esp\u00e8ce \u2013 d\u2019examiner non seulement les questions juridiques, mais aussi d\u2019\u00e9valuer de mani\u00e8re approfondie la sant\u00e9 mentale des int\u00e9ress\u00e9s et leurs interactions avec autrui. D\u00e8s lors que la requ\u00e9rante \u00e9tait consid\u00e9r\u00e9e comme gravement malade, elle ne pouvait raisonnablement \u00eatre pr\u00e9sum\u00e9e capable de faire face aux appr\u00e9ciations juridiques et m\u00e9dicales de mani\u00e8re constructive.<\/p>\n<p>92. Troisi\u00e8mement, je note que la requ\u00e9rante n\u2019avait pas de tuteur \u00e0 l\u2019\u00e9poque des faits. Elle ne pouvait elle-m\u00eame assumer le co\u00fbt d\u2019une assistance juridique. Si, dans un premier temps, une avocate avait \u00e9t\u00e9 d\u00e9sign\u00e9e pour assister la requ\u00e9rante, c\u2019est pr\u00e9cis\u00e9ment parce qu\u2019il avait \u00e9t\u00e9 jug\u00e9 n\u00e9cessaire d\u2019accorder \u00e0 celle-ci une aide juridique.<\/p>\n<p>93. Quatri\u00e8mement, le fait que l\u2019avocate d\u00e9sign\u00e9e se soit d\u00e9sist\u00e9e en raison d\u2019un \u00ab\u00a0comportement inacceptable\u00a0\u00bb de la part de la requ\u00e9rante ne peut \u00eatre retenu contre cette derni\u00e8re. Le comportement en question traduisait un manque de confiance de la requ\u00e9rante envers la juge du tribunal administratif. Comme cela a d\u00e9j\u00e0 \u00e9t\u00e9 soulign\u00e9, la requ\u00e9rante \u00e9tait suppos\u00e9e souffrir de troubles mentaux tr\u00e8s graves, notamment de parano\u00efa. C\u2019est pr\u00e9cis\u00e9ment pour ces raisons que l\u2019assistance d\u2019un avocat lui aurait \u00e9t\u00e9 b\u00e9n\u00e9fique.<\/p>\n<p>94. Cinqui\u00e8mement, eu \u00e9gard \u00e0 la situation dans laquelle la requ\u00e9rante se trouvait devant le tribunal administratif lorsque l\u2019avocate d\u00e9sign\u00e9e s\u2019est d\u00e9sist\u00e9e, et compte tenu des consid\u00e9rations qui pr\u00e9c\u00e8dent, le tribunal aurait eu des raisons solides pour examiner d\u2019office s\u2019il fallait d\u00e9signer un autre avocat. Or il n\u2019existe aucune trace d\u2019un tel examen.<\/p>\n<p>95. Sixi\u00e8mement, d\u00e8s lors que l\u2019on rappelle \u00e0 nouveau le fait que la requ\u00e9rante n\u2019\u00e9tait pas en mesure, selon le Gouvernement, de prendre des d\u00e9cisions \u00e9clair\u00e9es pour son propre compte, le fait qu\u2019elle n\u2019ait pas demand\u00e9 au tribunal de d\u00e9signer un nouvel avocat n\u2019est gu\u00e8re pertinent. En outre, bien que la requ\u00e9rante ait d\u00e9nonc\u00e9 dans son recours l\u2019absence d\u2019acc\u00e8s \u00e0 un avocat, la d\u00e9cision tr\u00e8s succincte de la Cour de cassation ne porte aucune appr\u00e9ciation sur cette question.<\/p>\n<p>9. Malgr\u00e9 les arguments que j\u2019ai expos\u00e9s ci-dessus, j\u2019ai vot\u00e9 en faveur d\u2019un constat de non-violation de l\u2019article 8. En effet, je souscris \u00e0 l\u2019avis de mes coll\u00e8gues selon lequel, eu \u00e9gard \u00e0 l\u2019ensemble des faits de l\u2019affaire, notamment \u00e0 toutes les mesures prises pour sauvegarder les int\u00e9r\u00eats de la requ\u00e9rante, il n\u2019y a pas eu de manquement crucial dans la protection de la vie priv\u00e9e de la requ\u00e9rante telle que garantie par l\u2019article 8 de la Convention.<\/p>\n<div class=\"social-share-buttons\"><a href=\"https:\/\/www.facebook.com\/sharer\/sharer.php?u=https:\/\/loisdumonde.com\/?p=2116\" target=\"_blank\" rel=\"noopener\">Facebook<\/a><a href=\"https:\/\/twitter.com\/intent\/tweet?url=https:\/\/loisdumonde.com\/?p=2116&text=AFFAIRE+A.A.K.+c.+T%C3%9CRK%C4%B0YE+%E2%80%93+56578%2F11\" target=\"_blank\" rel=\"noopener\">Twitter<\/a><a href=\"https:\/\/www.linkedin.com\/shareArticle?url=https:\/\/loisdumonde.com\/?p=2116&title=AFFAIRE+A.A.K.+c.+T%C3%9CRK%C4%B0YE+%E2%80%93+56578%2F11\" target=\"_blank\" rel=\"noopener\">LinkedIn<\/a><a href=\"https:\/\/pinterest.com\/pin\/create\/button\/?url=https:\/\/loisdumonde.com\/?p=2116&description=AFFAIRE+A.A.K.+c.+T%C3%9CRK%C4%B0YE+%E2%80%93+56578%2F11\" target=\"_blank\" rel=\"noopener\">Pinterest<\/a><\/div>","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>La pr\u00e9sente affaire concerne la mise sous tutelle judiciaire de la requ\u00e9rante, \u00e0 l\u2019issue d\u2019une proc\u00e9dure o\u00f9 il a \u00e9t\u00e9 conclu qu\u2019elle souffrait d\u2019un trouble mental entravant sa capacit\u00e9 d\u2019agir. 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