{"id":2106,"date":"2023-09-14T08:59:51","date_gmt":"2023-09-14T08:59:51","guid":{"rendered":"https:\/\/loisdumonde.com\/?p=2106"},"modified":"2023-09-14T08:59:51","modified_gmt":"2023-09-14T08:59:51","slug":"affaire-baret-et-caballero-c-france-22296-20-et-37138-20","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/loisdumonde.com\/?p=2106","title":{"rendered":"AFFAIRE BARET ET CABALLERO c. FRANCE &#8211; 22296\/20 et 37138\/20"},"content":{"rendered":"<p><span style=\"color: #800000;\">Les deux requ\u00eates concernent le refus d\u2019exporter les gam\u00e8tes du mari d\u00e9funt de la premi\u00e8re requ\u00e9rante et les embryons du couple que formaient la seconde requ\u00e9rante et son mari d\u00e9c\u00e9d\u00e9 vers l\u2019Espagne, pays qui autorise la procr\u00e9ation post mortem. Au b\u00e9n\u00e9fice de l\u2019ensemble des consid\u00e9rations qui pr\u00e9c\u00e8dent, la Cour conclut que les autorit\u00e9s internes ont m\u00e9nag\u00e9 un juste \u00e9quilibre entre les int\u00e9r\u00eats concurrents en jeu, et que l\u2019\u00c9tat d\u00e9fendeur n\u2019a pas outrepass\u00e9 la marge d\u2019appr\u00e9ciation dont il disposait. Il s\u2019ensuit qu\u2019il n\u2019y a pas eu violation de l\u2019article 8 de la Convention.<\/span><!--more--><\/p>\n<hr \/>\n<p style=\"text-align: center;\">CINQUI\u00c8ME SECTION<br \/>\n<strong>AFFAIRE BARET ET CABALLERO c. FRANCE<\/strong><br \/>\n<em>(Requ\u00eates nos 22296\/20 et 37138\/20)<\/em><br \/>\nARR\u00caT<\/p>\n<p>Art 8 \u2022 Vie priv\u00e9e \u2022 Interdiction l\u00e9gale absolue de la procr\u00e9ation post mortem sur le territoire national et de l\u2019exportation de gam\u00e8tes et embryons \u00e0 cet effet vers l\u2019Espagne l\u2019autorisant \u2022 Art\u00a08 applicable \u2022 Absence de consensus europ\u00e9en \u2022 Distinctions avec l\u2019affaire Pej\u0159ilov\u00e1 c.\u00a0R\u00e9publique tch\u00e8que \u2022 Interdiction absolue de l\u2019ins\u00e9mination post mortem visant la sauvegarde d\u2019int\u00e9r\u00eats g\u00e9n\u00e9raux relevant de consid\u00e9rations d\u2019ordre moral ou \u00e9thique \u2022 Interdiction d\u2019exportation visant \u00e0 faire obstacle au risque de contournement de l\u2019interdiction de procr\u00e9ation post mortem \u2022 Absence de diff\u00e9rence selon que les demandes d\u2019assistance m\u00e9dicale \u00e0 la procr\u00e9ation concernent l\u2019ins\u00e9mination ou le transfert d\u2019embryons apr\u00e8s la mort \u2022 Contr\u00f4les de conventionnalit\u00e9 in abstracto de la loi et in concreto des cons\u00e9quences engendr\u00e9es par son application par le Conseil d\u2019\u00c9tat \u2022 Requ\u00e9rantes ayant pour seule intention de contourner la loi fran\u00e7aise et ne faisant \u00e9tat d\u2019aucune circonstance particuli\u00e8re susceptible de permettre d\u2019\u00e9carter son application \u2022 Requ\u00e9rantes sans lien avec l\u2019Espagne \u2022 Consentement de l\u2019\u00e9poux d\u00e9c\u00e9d\u00e9 ou pr\u00e9sence d\u2019un embryon ne suffisant pas \u00e0 \u00e9tablir une atteinte excessive \u00e0 leur droit au respect de leur volont\u00e9 \u2022 Aucune raison de se d\u00e9partir de l\u2019interpr\u00e9tation de la loi retenue par les juridictions internes \u2022 Juste \u00e9quilibre m\u00e9nag\u00e9 entre les int\u00e9r\u00eats concurrents \u2022 Ample marge d\u2019appr\u00e9ciation non outrepass\u00e9e<\/p>\n<p style=\"text-align: center;\">STRASBOURG<br \/>\n14 septembre 2023<\/p>\n<p>Cet arr\u00eat deviendra d\u00e9finitif dans les conditions d\u00e9finies \u00e0 l\u2019article 44 \u00a7 2 de la Convention. Il peut subir des retouches de forme.<\/p>\n<p><strong>En l\u2019affaire Baret et Caballero c. France,<\/strong><\/p>\n<p>La Cour europ\u00e9enne des droits de l\u2019homme (cinqui\u00e8me section), si\u00e9geant en une chambre compos\u00e9e de\u00a0:<br \/>\nGeorges Ravarani, pr\u00e9sident,<br \/>\nLado Chanturia,<br \/>\nCarlo Ranzoni,<br \/>\nMar\u00eda El\u00f3segui,<br \/>\nMattias Guyomar,<br \/>\nKate\u0159ina \u0160im\u00e1\u010dkov\u00e1,<br \/>\nMykola Gnatovskyy, juges,<br \/>\net de Victor Soloveytchik, greffier de section,<\/p>\n<p>Vu\u00a0:<\/p>\n<p>les requ\u00eates (nos\u00a022296\/20 et 37138\/20) dirig\u00e9es contre la R\u00e9publique fran\u00e7aise et dont deux ressortissantes de cet \u00c9tat, fran\u00e7aises, Mmes L\u00e9a\u00a0Baret et Laurenne Caballero (\u00ab\u00a0les requ\u00e9rantes\u00a0\u00bb) ont saisi la Cour en vertu de l\u2019article 34 de la Convention de sauvegarde des droits de l\u2019homme et des libert\u00e9s fondamentales (\u00ab\u00a0la Convention\u00a0\u00bb) le 27 mai 2020 et le 14 ao\u00fbt 2020 respectivement,<\/p>\n<p>la d\u00e9cision de porter \u00e0 la connaissance du gouvernement fran\u00e7ais (\u00ab\u00a0le Gouvernement\u00a0\u00bb) les griefs tir\u00e9s des articles 8 de la Convention et de d\u00e9clarer irrecevable la requ\u00eate no 37138\/20 pour le surplus,<br \/>\nles observations des parties,<br \/>\nApr\u00e8s en avoir d\u00e9lib\u00e9r\u00e9 en chambre du conseil le 11 juillet 2023,<br \/>\nRend l\u2019arr\u00eat que voici, adopt\u00e9 \u00e0 cette date\u00a0:<\/p>\n<p><strong>INTRODUCTION<\/strong><\/p>\n<p>1. Les deux requ\u00eates concernent le refus d\u2019exporter les gam\u00e8tes du mari d\u00e9funt de la premi\u00e8re requ\u00e9rante et les embryons du couple que formaient la seconde requ\u00e9rante et son mari d\u00e9c\u00e9d\u00e9 vers l\u2019Espagne, pays qui autorise la procr\u00e9ation post mortem.<\/p>\n<p><strong>EN FAIT<\/strong><\/p>\n<p>2. La requ\u00e9rante Mme Baret est n\u00e9e en 1992 et r\u00e9side \u00e0 Saint-Rapha\u00ebl. Elle est repr\u00e9sent\u00e9e par Me D. Simhon, avocat \u00e0 Paris. La requ\u00e9rante Mme\u00a0Caballero est n\u00e9e en 1992 et r\u00e9side \u00e0 Langolen. Elle est repr\u00e9sent\u00e9e par Me\u00a0N. Josselin, avocat \u00e0 Quimper.<\/p>\n<p>3. Le Gouvernement a \u00e9t\u00e9 repr\u00e9sent\u00e9 par son agent, M.F. Alabrune, directeur des affaires juridiques au minist\u00e8re de l\u2019Europe et des Affaires \u00e9trang\u00e8res.<\/p>\n<p>I. Requ\u00eate no\u00a022296\/20<\/p>\n<p>4. La requ\u00e9rante et M.B. conclurent un pacte civil de solidarit\u00e9 le 25\u00a0f\u00e9vrier 2016, apr\u00e8s onze ann\u00e9es de vie commune. En septembre de la m\u00eame ann\u00e9e, M.B. se vit diagnostiquer une tumeur c\u00e9r\u00e9brale. Compte tenu du traitement de chimioth\u00e9rapie susceptible d\u2019alt\u00e9rer sa fertilit\u00e9, il effectua un d\u00e9p\u00f4t de paillettes de sperme au sein du service de biologie de la reproduction du Centre d\u2019\u00e9tude et de conservation des \u0153ufs et du sperme (CECOS) de l\u2019h\u00f4pital de la Conception \u00e0 Marseille.<\/p>\n<p>5. Le 30 janvier 2019, la requ\u00e9rante et M.B. se mari\u00e8rent. Le 1er mars 2019, ils b\u00e9n\u00e9fici\u00e8rent d\u2019un premier cycle d\u2019ins\u00e9mination intra-ut\u00e9rine avec une partie des paillettes conserv\u00e9es au CECOS. Cette tentative se solda par un \u00e9chec. Le deuxi\u00e8me cycle d\u2019ins\u00e9mination pr\u00e9vu fut interrompu en raison du d\u00e9c\u00e8s de M.B. le 23 mars 2019. Dans un testament r\u00e9dig\u00e9 au moment du mariage, M.B. avait d\u00e9sign\u00e9 la requ\u00e9rante comme l\u2019unique d\u00e9cisionnaire de l\u2019utilisation ou de la destruction de ses paillettes s\u2019il venait \u00e0 mourir avant une grossesse, pr\u00e9cisant que, dans ce cas, il aimerait qu\u2019elle \u00ab puisse avoir recours \u00e0 la procr\u00e9ation post mortem, peut-\u00eatre dans un autre pays \u00bb.<\/p>\n<p>6. Par courrier du 25 mai 2019, la requ\u00e9rante sollicita aupr\u00e8s du CECOS l\u2019exportation des gam\u00e8tes de son mari d\u00e9funt vers un \u00e9tablissement de sant\u00e9 espagnol pour recourir \u00e0 une assistance m\u00e9dicale \u00e0 la procr\u00e9ation (AMP) post mortem (voir, sur la loi espagnole, paragraphe 37 ci-dessous). Le 3 juin 2019, le CECOS lui r\u00e9pondit que la demande devait \u00eatre adress\u00e9e \u00e0 l\u2019Agence de biom\u00e9decine, comp\u00e9tente pour y donner ou non suite (article L. 2141-11-1 du code de la sant\u00e9 publique, paragraphe 20 ci-dessous), et qu\u2019il suspendait l\u2019application des dispositions du code de la sant\u00e9 publique (CSP) relatives \u00e0 la cessation de la conservation des gam\u00e8tes en cas de d\u00e9c\u00e8s. Par courrier du 10 janvier 2020, il transmit \u00e0 l\u2019Agence de biom\u00e9decine la demande d\u2019exportation, en pr\u00e9cisant qu\u2019une AMP post mortem ne pouvait \u00eatre tent\u00e9e en Espagne que dans les douze mois suivant le d\u00e9c\u00e8s soit, en l\u2019esp\u00e8ce, jusqu\u2019au 23 mars 2020.<\/p>\n<p>7. Le 4 f\u00e9vrier 2020, la requ\u00e9rante demanda au juge des r\u00e9f\u00e9r\u00e9s du tribunal administratif (TA) de Marseille, sur le fondement de l\u2019article L. 521-2 du code de justice administrative (CJA), d\u2019enjoindre \u00e0 l\u2019Assistance publique\u2011H\u00f4pitaux de Marseille (APHM) de prendre toutes mesures utiles en vue de permettre l\u2019exportation des gam\u00e8tes de M.B. afin de mener \u00e0 bien l\u2019AMP en Espagne.<\/p>\n<p>8. Sa requ\u00eate fut rejet\u00e9e par une ordonnance du 10 f\u00e9vrier 2020 au motif que le d\u00e9lai de deux mois accord\u00e9 \u00e0 l\u2019Agence de biom\u00e9decine pour statuer sur la demande du 10 janvier 2020 n\u2019avait pas expir\u00e9 et que, d\u00e8s lors, l\u2019APHM n\u2019avait pas commis aucune ill\u00e9galit\u00e9 manifeste en opposant le refus litigieux\u00a0:<\/p>\n<p>\u00ab\u00a0D\u00e8s lors qu\u2019il n\u2019appartient qu\u2019\u00e0 l\u2019Agence de biom\u00e9decine, qui n\u2019a pas \u00e9t\u00e9 mise en cause par la requ\u00e9rante devant le juge des r\u00e9f\u00e9r\u00e9s, de donner l\u2019autorisation d\u2019exportations de gam\u00e8tes, l\u2019APHM n\u2019a pas commis d\u2019ill\u00e9galit\u00e9 grave et manifeste en n\u2019autorisant pas ce transfert. Par suite les conclusions aux fins d\u2019injonction dirig\u00e9es contre l\u2019APHM tendant \u00e0 ce qu\u2019il prenne toutes mesures utiles pour autoriser le transfert de gam\u00e8tes vers l\u2019Espagne sont manifestement mal fond\u00e9es. \u00bb<\/p>\n<p>9. La requ\u00e9rante releva appel de l\u2019ordonnance du 10 f\u00e9vrier 2020. \u00c0 l\u2019appui de cet appel, elle fit valoir l\u2019incompatibilit\u00e9 de la loi fran\u00e7aise avec les stipulations de la Convention, eu \u00e9gard aux \u00e9volutions de la conception de la famille, refl\u00e9t\u00e9es dans le projet de loi relative \u00e0 la bio\u00e9thique en cours de discussion devant l\u2019Assembl\u00e9e nationale et le S\u00e9nat pr\u00e9voyant l\u2019ouverture de l\u2019AMP aux femmes seules et aux couples de femmes (voir, sur les d\u00e9bats et l\u2019aboutissement du processus l\u00e9gislatif, paragraphes 26 et 27 ci-dessous). Elle souligna la contrari\u00e9t\u00e9 d\u2019une telle \u00e9volution avec l\u2019interdiction de la procr\u00e9ation post mortem et se r\u00e9f\u00e9ra \u00e0 cet \u00e9gard aux avis du Conseil d\u2019\u00c9tat et du Comit\u00e9 consultatif national d\u2019\u00e9thique rendus en 2018 (paragraphes\u00a023 et\u00a024 ci-dessous). Enfin, elle fit valoir que l\u2019interdiction de l\u2019ins\u00e9mination post mortem et de l\u2019exportation des gam\u00e8tes d\u00e9pos\u00e9s en France \u00e0 de telles fins pr\u00e9vues par les articles L. 2142-1 et L. 2141-11-1 du code de la sant\u00e9 publique (CSP, paragraphe 20 ci-dessous) portaient une atteinte excessive \u00e0 son droit au respect de sa vie priv\u00e9e garanti par l\u2019article 8 de la Convention, compte tenu de l\u2019anciennet\u00e9 du couple qu\u2019elle formait avec son mari, du projet parental qu\u2019ils avaient d\u00e9fini ensemble et de la poursuite souhait\u00e9e de celui\u2011ci y compris apr\u00e8s sa mort. Elle se r\u00e9f\u00e9ra \u00e0 cet \u00e9gard \u00e0 la d\u00e9cision Mme\u00a0Gonzalez Gomez du Conseil d\u2019\u00c9tat (voir, sur cette d\u00e9cision, paragraphes 29 \u00e0 31 ci\u2011dessous).<\/p>\n<p>10. L\u2019appel contre cette ordonnance fut rejet\u00e9 par une ordonnance du Conseil d\u2019\u00c9tat du 28 f\u00e9vrier 2020 qui confirma la solution retenue par le premier juge en rappelant que le refus de l\u2019APHM fond\u00e9 sur la comp\u00e9tence de l\u2019Agence de biom\u00e9decine pour faire suite \u00e0 la demande de la requ\u00e9rante n\u2019\u00e9tait pas manifestement ill\u00e9gal :<\/p>\n<p>\u00ab\u00a06. En premier lieu, ainsi que l\u2019a estim\u00e9 le juge des r\u00e9f\u00e9r\u00e9s du [TA] de Marseille, en s\u2019abstenant de faire droit \u00e0 la demande d\u2019exportation, dont elle avait en outre saisi le 10\u00a0janvier 2020 l\u2019Agence de biom\u00e9decine, comp\u00e9tente pour y donner ou non suite en application de l\u2019article L. 2141-11-1 du code de la sant\u00e9 publique, l\u2019APHM n\u2019a pas, contrairement \u00e0 ce qui est soutenu, port\u00e9 une atteinte grave et manifestement ill\u00e9gale aux droits prot\u00e9g\u00e9s par l\u2019article 8 (&#8230;).\u00a0\u00bb<\/p>\n<p>En outre, il ajouta, par des motifs surabondants, que ce refus n\u2019\u00e9tait pas manifestement contraire \u00e0 l\u2019article 8 de la Convention au terme du raisonnement suivant\u00a0:<\/p>\n<p>\u00ab\u00a07. En second lieu, et en tout \u00e9tat de cause, l\u2019interdiction pos\u00e9e par l\u2019article L. 2141\u20112 du code de la sant\u00e9 publique d\u2019utiliser, en cas de d\u00e9c\u00e8s du mari, les gam\u00e8tes de celui-ci au profit de sa veuve, rel\u00e8ve de la marge d\u2019appr\u00e9ciation dont chaque \u00c9tat dispose pour l\u2019application de la Convention (&#8230;) et elle ne porte pas, par elle-m\u00eame, une atteinte disproportionn\u00e9e au droit au respect de la vie priv\u00e9e et familiale, tel qu\u2019il est garanti par les stipulations de l\u2019article 8 de cette convention. Les dispositions de l\u2019article\u00a0L.\u00a02141\u201111-1 de ce m\u00eame code qui interdisent \u00e9galement que des gam\u00e8tes conserv\u00e9s en France puissent faire l\u2019objet d\u2019un d\u00e9placement, s\u2019ils sont destin\u00e9s \u00e0 \u00eatre utilis\u00e9s, \u00e0 l\u2019\u00e9tranger, \u00e0 des fins qui sont prohib\u00e9es sur le territoire national, visent \u00e0 faire obstacle \u00e0 tout contournement des dispositions de l\u2019article L. 2141-2 et ne m\u00e9connaissent pas davantage, par elles-m\u00eames, les exigences n\u00e9es de l\u2019article 8 de la convention europ\u00e9enne.<\/p>\n<p>8. Toutefois, la compatibilit\u00e9 de la loi avec les stipulations de la Convention (&#8230;) ne fait pas obstacle \u00e0 ce que, dans certaines circonstances particuli\u00e8res, l\u2019application de dispositions l\u00e9gislatives puisse constituer une ing\u00e9rence disproportionn\u00e9e dans les droits garantis par cette Convention. Il appartient par cons\u00e9quent au juge d\u2019appr\u00e9cier concr\u00e8tement si, au regard des finalit\u00e9s des dispositions l\u00e9gislatives en cause, l\u2019atteinte aux droits et libert\u00e9s prot\u00e9g\u00e9s par la Convention qui r\u00e9sulte de la mise en \u0153uvre de dispositions, par elles-m\u00eames compatibles avec celle-ci, n\u2019est pas excessive.<\/p>\n<p>9. La demande tendant \u00e0 ce que les gam\u00e8tes de [M.B.] soient d\u00e9plac\u00e9es vers un \u00e9tablissement m\u00e9dical espagnol r\u00e9sulte d\u2019un projet parental auquel celui-ci avait consenti de son vivant. Toutefois, il n\u2019est pas contest\u00e9 que la demande d\u2019exportation en Espagne n\u2019est fond\u00e9e que sur la possibilit\u00e9 l\u00e9gale d\u2019y faire proc\u00e9der \u00e0 une ins\u00e9mination artificielle post-mortem, [la requ\u00e9rante], de nationalit\u00e9 fran\u00e7aise, n\u2019entretenant aucun lien avec l\u2019Espagne et ne faisant \u00e9tat d\u2019aucune circonstance particuli\u00e8re de nature \u00e0 \u00e9tablir que la d\u00e9cision contest\u00e9e porterait une atteinte excessive aux stipulations de l\u2019article 8 de la Convention (&#8230;) \u00bb.<\/p>\n<p><strong>II. Requ\u00eate no\u00a037138\/20<\/strong><\/p>\n<p>11. La requ\u00e9rante et son mari ont eu deux enfants n\u00e9s en octobre 2014 et d\u00e9cembre 2018, le second par f\u00e9condation in vitro (FIV) alors que ce dernier \u00e9tait atteint d\u2019une leuc\u00e9mie aig\u00fce lymphoblastique de type T. En vue de poursuivre leur projet familial, la requ\u00e9rante et son mari avaient en effet engag\u00e9 des d\u00e9marches pour recourir \u00e0 une AMP. Cinq de leurs embryons avaient \u00e9t\u00e9 ainsi conserv\u00e9s au Centre hospitalier universitaire de Brest \u00e0 partir des 17 et 18 f\u00e9vrier 2018.<\/p>\n<p>12. Le 30 janvier 2019, le mari de la requ\u00e9rante attesta de son souhait que cette derni\u00e8re puisse utiliser les embryons conserv\u00e9s s\u2019il venait \u00e0 mourir. Le 15 f\u00e9vrier 2019, le couple donna son accord au renouvellement de la conservation des embryons.<\/p>\n<p>13. \u00c0 la suite de la mort de son mari le 21 avril 2019, la requ\u00e9rante prit contact avec le centre de reproduction assist\u00e9e de l\u2019h\u00f4pital de Barcelone et entreprit des d\u00e9marches en vue d\u2019une AMP avec transfert des embryons.<\/p>\n<p>14. Le 22 ao\u00fbt 2019, le Centre hospitalier universitaire de Rennes lui adressa un courrier concernant l\u2019autoconservation de ses embryons et lui rappela, \u00e0 cette occasion, qu\u2019en vertu de la loi fran\u00e7aise, le transfert d\u2019embryon post mortem n\u2019\u00e9tait pas autoris\u00e9.<\/p>\n<p>15. Le 16 d\u00e9cembre 2019, la requ\u00e9rante demanda au juge des r\u00e9f\u00e9r\u00e9s du TA de Rennes, sur le fondement de l\u2019article L. 521-2 du CJA, d\u2019enjoindre au directeur du centre hospitalier de prendre des mesures utiles afin de permettre l\u2019exportation des embryons conserv\u00e9s vers l\u2019\u00e9tablissement espagnol pr\u00e9cit\u00e9.<\/p>\n<p>16. Par une ordonnance du 20 d\u00e9cembre 2019, le juge des r\u00e9f\u00e9r\u00e9s rejeta sa requ\u00eate :<\/p>\n<p>\u00ab 2. M. Caballero est d\u00e9c\u00e9d\u00e9 le 21 avril 2019. Par la suite, Mme Caballero s\u2019est rapproch\u00e9e du centre de reproduction de Barcelone en Espagne pour envisager un transfert d\u2019embryon. Elle a pris contact avec le centre hospitalier universitaire de Brest qui, par courrier du 22 ao\u00fbt 2019, lui a indiqu\u00e9 que \u00ab\u00a0le transfert d\u2019embryon post mortem n\u2019est pas autoris\u00e9.\u00a0\u00bb D\u00e8s lors qu\u2019il n\u2019est pas contest\u00e9 qu\u2019elle a bien demand\u00e9 au centre hospitalier brestois d\u2019envisager l\u2019exportation de ses embryons vers l\u2019\u00e9tablissement barcelonais, ce courrier du 22 ao\u00fbt 2019 peut \u00eatre regard\u00e9 comme valant refus de proc\u00e9der \u00e0 une telle exportation.<\/p>\n<p>(&#8230;)<\/p>\n<p>5. Les dispositions mentionn\u00e9es aux points 3 et 4 [notamment les articles L. 2141-2 et L. 2141-9 du CSP] ne sont pas incompatibles avec les stipulations de l\u2019article 8. L\u2019interdiction pos\u00e9e par l\u2019article L. 2141-2 [du CSP] de proc\u00e9der, en cas de d\u00e9c\u00e8s du mari, \u00e0 un transfert d\u2019embryon au profit de sa veuve, rel\u00e8ve de la marge d\u2019appr\u00e9ciation dont chaque \u00c9tat dispose, dans sa juridiction, pour l\u2019application de la [CEDH] et elle ne porte pas, par elle-m\u00eame, une atteinte disproportionn\u00e9e au droit au respect de la vie priv\u00e9e et familiale, tel qu\u2019il est garanti par les stipulations de l\u2019article 8 de cette convention. Les dispositions de l\u2019article L. 2141-9 de ce m\u00eame code, qui interdit \u00e9galement que des embryons conserv\u00e9s en France puissent faire l\u2019objet d\u2019une exportation, s\u2019ils sont destin\u00e9s \u00e0 \u00eatre utilis\u00e9s, \u00e0 l\u2019\u00e9tranger, \u00e0 des fins qui sont prohib\u00e9es sur le territoire national, visent \u00e0 faire obstacle \u00e0 tout contournement des dispositions de l\u2019article\u00a0L.\u00a02141-2 et ne m\u00e9connaissent pas davantage, par elles-m\u00eames, les exigences n\u00e9es de l\u2019article 8 (&#8230;).<\/p>\n<p>6. Toutefois, la compatibilit\u00e9 de la loi avec les stipulations de la CEDH ne fait pas obstacle \u00e0 ce que, dans certaines circonstances particuli\u00e8res, l\u2019application de dispositions l\u00e9gislatives puisse constituer une ing\u00e9rence disproportionn\u00e9e dans les droits garantis par cette convention. (&#8230;)<\/p>\n<p>7. Il r\u00e9sulte de l\u2019instruction que M. et Mme Caballero, d\u00e9j\u00e0 parents de deux petites filles n\u00e9es de leur union, avaient le projet d\u2019avoir au moins un nouvel enfant. Dans un courrier du 30 janvier 2019 que son \u00e9tat de sant\u00e9 ne lui permettait pas de r\u00e9diger et de signer de mani\u00e8re manuscrite, M. Caballero a fait \u00e9tat de ce projet parental et de son souhait que son \u00e9pouse puisse, s\u2019il venait \u00e0 d\u00e9c\u00e9der pr\u00e9matur\u00e9ment, utiliser les embryons conserv\u00e9s, pr\u00e9cisant qu\u2019il savait que c\u2019\u00e9tait autoris\u00e9 en Espagne et non en France, et indiquant en revanche qu\u2019il ne voulait pas que ses paillettes soient utilis\u00e9es ou \u00e9tudi\u00e9es mais qu\u2019il voulait qu\u2019elles soient d\u00e9truites. Toutefois, malgr\u00e9 ce projet et la volont\u00e9 ainsi exprim\u00e9e, Mme Caballero, qui est de nationalit\u00e9 fran\u00e7aise et r\u00e9side en France, ne se pr\u00e9vaut d\u2019aucun lien particulier avec l\u2019Espagne, pays dans lequel un \u00e9tablissement de sant\u00e9 est en mesure de proc\u00e9der \u00e0 un transfert d\u2019embryon post\u2011mortem. Ainsi, le projet de transfert d\u2019embryon \u00e0 l\u2019\u00e9tranger poursuivi par Mme\u00a0Caballero a pour effet de contourner les dispositions l\u00e9gislatives fran\u00e7aises qui font obstacle \u00e0 sa r\u00e9alisation. Dans ces conditions, compte tenu des int\u00e9r\u00eats l\u00e9gitimes qui fondent la l\u00e9gislation fran\u00e7aise actuellement en vigueur, et eu \u00e9gard \u00e0 la circonstance que deux enfants sont n\u00e9s de l\u2019union de M. et Mme Caballero, la d\u00e9cision contest\u00e9e ne porte pas au droit de Mme Caballero au respect de sa vie priv\u00e9e et familiale garanti par les stipulations de l\u2019article 8 de la CEDH, une atteinte excessive. Cette d\u00e9cision de refus ne porte donc pas une atteinte grave et manifestement ill\u00e9gale \u00e0 une libert\u00e9 fondamentale. (&#8230;)\u00bb.<\/p>\n<p>17. La requ\u00e9rante releva appel de l\u2019ordonnance du 20 d\u00e9cembre 2019. Devant le Conseil d\u2019\u00c9tat, invoquant l\u2019article 8 de la Convention et l\u2019arr\u00eat Parrillo c. Italie ([GC], no 46470\/11, CEDH 2015), elle souligna que sa demande concernait les embryons du couple, comprenant son patrimoine g\u00e9n\u00e9tique. Un aspect important de son identit\u00e9 biologique \u00e9tant en cause, cela devait selon elle, primer sur l\u2019interdiction de transfert des embryons vers l\u2019Espagne. Elle soutint que la condition d\u2019urgence \u00e9tait remplie d\u00e8s lors que le d\u00e9lai pour tenter une AMP post mortem en Espagne expirait le 21 avril 2020.<\/p>\n<p>18. Par un m\u00e9moire en d\u00e9fense, le centre hospitalier universitaire de Brest conclut au rejet de l\u2019appel. L\u2019Agence de biom\u00e9decine pr\u00e9senta \u00e9galement des observations en ce sens.<\/p>\n<p>19. Le 24 janvier 2020, le Conseil d\u2019\u00c9tat rejeta, en ces termes, l\u2019appel form\u00e9 par la requ\u00e9rante :<\/p>\n<p>\u00ab (&#8230;)<\/p>\n<p>6. L\u2019interdiction pos\u00e9e par l\u2019article L. 2141-2 du code de la sant\u00e9 publique de proc\u00e9der, en cas de d\u00e9c\u00e8s du mari, \u00e0 un transfert d\u2019embryon au profit de sa veuve, rel\u00e8ve de la marge d\u2019appr\u00e9ciation dont chaque \u00e9tat dispose pour l\u2019application de la convention europ\u00e9enne de sauvegarde des droits de l\u2019homme et des libert\u00e9s fondamentales et elle ne porte pas, par elle-m\u00eame, une atteinte disproportionn\u00e9e au droit au respect de la vie priv\u00e9e et familiale, tel qu\u2019il est garanti par les stipulations de l\u2019article 8 de cette convention, ni au droit de propri\u00e9t\u00e9 en l\u2019absence de droit patrimonial sur le corps humain, ses \u00e9l\u00e9ments et ses produits. Les dispositions de l\u2019article L. 2141-9 de ce m\u00eame code qui interdisent \u00e9galement que des embryons conserv\u00e9s en \u00e9tat puissent faire l\u2019objet d\u2019un d\u00e9placement, s\u2019ils sont destin\u00e9s \u00e0 \u00eatre utilis\u00e9s, \u00e0 l\u2019\u00e9tranger, \u00e0 des fins qui sont prohib\u00e9es sur le territoire national, visent \u00e0 faire obstacle \u00e0 tout contournement des dispositions de l\u2019article L. 2141-2 et ne m\u00e9connaissent pas davantage, par elles-m\u00eames, les exigences n\u00e9es de l\u2019article 8 de la convention europ\u00e9enne.<\/p>\n<p>7. Toutefois, la compatibilit\u00e9 de la loi avec les stipulations de la convention europ\u00e9enne de sauvegarde des droits de l\u2019homme et des libert\u00e9s fondamentales ne fait pas obstacle \u00e0 ce que, dans certaines circonstances particuli\u00e8res, l\u2019application de dispositions l\u00e9gislatives puisse constituer une ing\u00e9rence disproportionn\u00e9e dans les droits garantis par cette convention. Il appartient par cons\u00e9quent au juge d\u2019appr\u00e9cier concr\u00e8tement si, au regard des finalit\u00e9s des dispositions l\u00e9gislatives en cause, l\u2019atteinte aux droits et libert\u00e9s prot\u00e9g\u00e9s par la convention qui r\u00e9sulte de la mise en \u0153uvre de dispositions, par elles-m\u00eames compatibles avec celle-ci, n\u2019est pas excessive.<\/p>\n<p>8. Il r\u00e9sulte de l\u2019instruction que la demande tendant \u00e0 ce que les embryons issus des gam\u00e8tes du couple soient d\u00e9plac\u00e9s vers un \u00e9tablissement m\u00e9dical espagnol r\u00e9sulte d\u2019un projet parental auquel le mari de Mme A. a consenti de son vivant. Toutefois, il n\u2019est pas contest\u00e9 que la demande de d\u00e9placement en \u00e9tat n\u2019est fond\u00e9e que sur la possibilit\u00e9 l\u00e9gale d\u2019y faire proc\u00e9der \u00e0 un transfert d\u2019embryon post-mortem, Mme A., de nationalit\u00e9 fran\u00e7aise, n\u2019entretenant aucun lien avec l\u2019Espagne et ne faisant \u00e9tat d\u2019aucune circonstance particuli\u00e8re. \u00c0 cet \u00e9gard, le fait que l\u2019objet du litige concerne non les gam\u00e8tes de son mari mais les embryons con\u00e7us gr\u00e2ce \u00e0 ses propres gam\u00e8tes ne constitue pas une circonstance de nature \u00e0 \u00e9tablir que la d\u00e9cision contest\u00e9e porterait une atteinte excessive aux stipulations de l\u2019article 8 de la [CEDH]\u00a0\u00bb.<\/p>\n<p><strong>LE CADRE JURIDIQUE ET LA PRATIQUE INTERNES PERTINENTS<\/strong><\/p>\n<p><strong>I. L\u2019interdiction de l\u2019Assistance medicale \u00c0 la procr\u00c9ation post mortem<\/strong><\/p>\n<p><strong>A. Les dispositions pertinentes du code de la sant\u00e9 publique (CSP)<\/strong><\/p>\n<p>20. Aux termes des dispositions pertinentes du CSP applicables \u00e0 l\u2019\u00e9poque des faits\u00a0:<\/p>\n<p style=\"text-align: center;\">Article L. 2141-2<\/p>\n<p>\u00ab\u00a0L\u2019assistance m\u00e9dicale \u00e0 la procr\u00e9ation est destin\u00e9e \u00e0 r\u00e9pondre \u00e0 la demande parentale d\u2019un couple.<\/p>\n<p>Elle a pour objet de rem\u00e9dier \u00e0 l\u2019infertilit\u00e9 dont le caract\u00e8re pathologique a \u00e9t\u00e9 m\u00e9dicalement diagnostiqu\u00e9 ou d\u2019\u00e9viter la transmission \u00e0 l\u2019enfant ou \u00e0 un membre du couple d\u2019une maladie d\u2019une particuli\u00e8re gravit\u00e9.<\/p>\n<p>L\u2019homme et la femme formant le couple doivent \u00eatre vivants, en \u00e2ge de procr\u00e9er, mari\u00e9s ou en mesure d\u2019apporter la preuve d\u2019une vie commune d\u2019au moins deux ans et consentant pr\u00e9alablement au transfert des embryons ou \u00e0 l\u2019ins\u00e9mination. Font obstacle \u00e0 l\u2019ins\u00e9mination ou au transfert des embryons le d\u00e9c\u00e8s d\u2019un des membres du couple, le d\u00e9p\u00f4t d\u2019une requ\u00eate en divorce ou en s\u00e9paration de corps ou la cessation de la communaut\u00e9 de vie, ainsi que la r\u00e9vocation par \u00e9crit du consentement par l\u2019homme ou la femme aupr\u00e8s du m\u00e9decin charg\u00e9 de mettre en \u0153uvre l\u2019assistance m\u00e9dicale \u00e0 la procr\u00e9ation.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p style=\"text-align: center;\">Article L. 2141-4<\/p>\n<p>\u00ab\u00a0I.-Les deux membres du couple dont des embryons sont conserv\u00e9s sont consult\u00e9s chaque ann\u00e9e par \u00e9crit sur le point de savoir s\u2019ils maintiennent leur projet parental.<\/p>\n<p>II.-S\u2019ils n\u2019ont plus de projet parental ou en cas de d\u00e9c\u00e8s de l\u2019un d\u2019entre eux, les deux membres d\u2019un couple, ou le membre survivant, peuvent consentir \u00e0 ce que :<\/p>\n<p>1o Leurs embryons soient accueillis par un autre couple dans les conditions fix\u00e9es aux articles L. 2141-5 et L. 2141-6\u00a0;<\/p>\n<p>2o Leurs embryons fassent l\u2019objet d\u2019une recherche dans les conditions pr\u00e9vues \u00e0 l\u2019article L. 2151-5 ou, dans les conditions fix\u00e9es par cet article et l\u2019article L. 1125-1, \u00e0 ce que les cellules d\u00e9riv\u00e9es \u00e0 partir de ceux-ci entrent dans une pr\u00e9paration de th\u00e9rapie cellulaire \u00e0 des fins exclusivement th\u00e9rapeutiques ;<\/p>\n<p>3o Il soit mis fin \u00e0 la conservation de leurs embryons.<\/p>\n<p>Dans tous les cas, le consentement ou la demande est exprim\u00e9 par \u00e9crit et fait l\u2019objet d\u2019une confirmation par \u00e9crit apr\u00e8s un d\u00e9lai de r\u00e9flexion de trois mois. En cas de d\u00e9c\u00e8s de l\u2019un des membres du couple, le membre survivant ne peut \u00eatre consult\u00e9 avant l\u2019expiration d\u2019un d\u00e9lai d\u2019un an \u00e0 compter du d\u00e9c\u00e8s, sauf initiative anticip\u00e9e de sa part.<\/p>\n<p>(&#8230;)<\/p>\n<p>IV.-Lorsque les deux membres d\u2019un couple, ou le membre survivant, ont consenti, dans les conditions pr\u00e9vues aux articles L. 2141-5 et L. 2141-6, \u00e0 l\u2019accueil de leurs embryons et que ceux-ci n\u2019ont pas \u00e9t\u00e9 accueillis dans un d\u00e9lai de cinq ans \u00e0 compter du jour o\u00f9 ce consentement a \u00e9t\u00e9 exprim\u00e9 par \u00e9crit, il est mis fin \u00e0 la conservation de ces embryons.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p style=\"text-align: center;\">Article L. 2141-9<\/p>\n<p>\u00ab\u00a0Seuls les embryons con\u00e7us avec les gam\u00e8tes de l\u2019un au moins des membres d\u2019un couple et dans le respect des principes fondamentaux pr\u00e9vus par les articles 16 \u00e0 16-8 du code civil peuvent entrer sur le territoire o\u00f9 s\u2019applique le pr\u00e9sent code ou en sortir. Ces d\u00e9placements d\u2019embryons sont exclusivement destin\u00e9s \u00e0 permettre la poursuite du projet parental de ce couple\u00a0; ils sont soumis \u00e0 l\u2019autorisation de l\u2019Agence de la biom\u00e9decine.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p style=\"text-align: center;\">Article L. 2141-11<\/p>\n<p>\u00ab\u00a0Toute personne dont la prise en charge m\u00e9dicale est susceptible d\u2019alt\u00e9rer la fertilit\u00e9, ou dont la fertilit\u00e9 risque d\u2019\u00eatre pr\u00e9matur\u00e9ment alt\u00e9r\u00e9e, peut b\u00e9n\u00e9ficier du recueil et de la conservation de ses gam\u00e8tes ou de ses tissus germinaux, en vue de la r\u00e9alisation ult\u00e9rieure, \u00e0 son b\u00e9n\u00e9fice, d\u2019une assistance m\u00e9dicale \u00e0 la procr\u00e9ation, ou en vue de la pr\u00e9servation et de la restauration de sa fertilit\u00e9. Ce recueil et cette conservation sont subordonn\u00e9s au consentement de l\u2019int\u00e9ress\u00e9 et, le cas \u00e9ch\u00e9ant, de celui de l\u2019un des titulaires de l\u2019autorit\u00e9 parentale, ou du tuteur, lorsque l\u2019int\u00e9ress\u00e9, mineur ou majeur, fait l\u2019objet d\u2019une mesure de tutelle.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p style=\"text-align: center;\">Article L. 2141-11-1<\/p>\n<p>\u00ab L\u2019importation et l\u2019exportation de gam\u00e8tes ou de tissus germinaux issus du corps humain sont soumises \u00e0 une autorisation d\u00e9livr\u00e9e par l\u2019Agence de la biom\u00e9decine.<\/p>\n<p>Seul un \u00e9tablissement, un organisme ou un laboratoire titulaire de l\u2019autorisation pr\u00e9vue \u00e0 l\u2019article\u00a0L. 2142-1\u00a0pour exercer une activit\u00e9 biologique d\u2019assistance m\u00e9dicale \u00e0 la procr\u00e9ation peut obtenir l\u2019autorisation pr\u00e9vue au pr\u00e9sent article.<\/p>\n<p>Seuls les gam\u00e8tes et les tissus germinaux recueillis et destin\u00e9s \u00e0 \u00eatre utilis\u00e9s conform\u00e9ment aux normes de qualit\u00e9 et de s\u00e9curit\u00e9 en vigueur, ainsi qu\u2019aux principes mentionn\u00e9s aux articles L. 1244-3, L. 1244-4, L. 2141-2, L. 2141-3 et L. 2141-11 du pr\u00e9sent\u00a0code et aux articles 16 \u00e0 16-8 du code civil, peuvent faire l\u2019objet d\u2019une autorisation d\u2019importation ou d\u2019exportation.<\/p>\n<p>Toute violation des prescriptions fix\u00e9es par l\u2019autorisation d\u2019importation ou d\u2019exportation de gam\u00e8tes ou de tissus germinaux entra\u00eene la suspension ou le retrait de cette autorisation par l\u2019Agence de la biom\u00e9decine.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p style=\"text-align: center;\">Article L. 2141-18<\/p>\n<p>\u00ab (&#8230;) II.- La personne majeure, dont les gam\u00e8tes ou les tissus germinaux sont conserv\u00e9s pour la pr\u00e9servation de la fertilit\u00e9, en application de l\u2019article L. 2141-11, est consult\u00e9e chaque ann\u00e9e par \u00e9crit sur le point de savoir si elle maintient cette modalit\u00e9 de conservation.<\/p>\n<p>Si elle ne souhaite plus la maintenir, elle peut alors consentir en application de l\u2019article\u00a0L. 1211-2\u00a0:<\/p>\n<p>1o \u00c0 ce que ses gam\u00e8tes fassent l\u2019objet d\u2019un don en application du chapitre IV du titre\u00a0IV du livre II de la premi\u00e8re partie du code apr\u00e8s v\u00e9rification des conditions pr\u00e9cis\u00e9es \u00e0 la pr\u00e9sente section\u00a0; si elle fait partie d\u2019un couple, le consentement de l\u2019autre membre du couple est \u00e9galement recueilli en application de l\u2019article L. 1244-2\u00a0;<\/p>\n<p>2o \u00c0 ce que ses gam\u00e8tes ou ses tissus germinaux fassent l\u2019objet d\u2019une recherche dans les conditions des articles L. 1243-3 et L. 1243-4\u00a0;<\/p>\n<p>3o \u00c0 ce qu\u2019il soit mis fin \u00e0 la conservation de ses gam\u00e8tes ou de ses tissus germinaux.<\/p>\n<p>Dans tous les cas, le consentement est exprim\u00e9 par \u00e9crit au moyen du document de consultation mentionn\u00e9 au premier alin\u00e9a du II et fait l\u2019objet d\u2019une confirmation par \u00e9crit apr\u00e8s un d\u00e9lai de r\u00e9flexion de trois mois \u00e0 compter de la date de signature du consentement initial. Le consentement est r\u00e9vocable jusqu\u2019\u00e0 l\u2019utilisation des gam\u00e8tes ou des tissus germinaux ou jusqu\u2019\u00e0 ce qu\u2019il soit mis fin \u00e0 leur conservation.<\/p>\n<p>III.- Il est mis fin \u00e0 la conservation des gam\u00e8tes ou des tissus germinaux en cas de d\u00e9c\u00e8s de la personne. Il en est de m\u00eame si, n\u2019ayant pas r\u00e9pondu \u00e0 la consultation selon les modalit\u00e9s fix\u00e9es par l\u2019arr\u00eat\u00e9 pr\u00e9vu aux articles R. 2142-24 et R. 2142-27, elle n\u2019est plus en \u00e2ge de procr\u00e9er (&#8230;).\u00a0\u00bb<\/p>\n<p>B. Les \u00e9volutions de la l\u00e9gislation bio\u00e9thique relative \u00e0 l\u2019AMP post mortem<\/p>\n<p>21. L\u2019interdiction de la procr\u00e9ation post mortem remonte aux origines de la l\u00e9gislation bio\u00e9thique, en 1994, et a \u00e9t\u00e9 r\u00e9it\u00e9r\u00e9e \u00e0 l\u2019occasion des r\u00e9visions intervenues en 2004 et en 2011.<\/p>\n<p>22. Dans la perspective de la r\u00e9vision de la loi relative \u00e0 la bio\u00e9thique, engag\u00e9e post\u00e9rieurement, plusieurs rapports ont recommand\u00e9 de maintenir l\u2019interdiction de l\u2019ins\u00e9mination post mortem mais d\u2019autoriser, sous certaines conditions, le transfert d\u2019embryon post mortem.<\/p>\n<p>23. Ainsi, dans son avis no 113 intitul\u00e9 \u00ab\u00a0La demande d\u2019assistance m\u00e9dicale \u00e0 la procr\u00e9ation apr\u00e8s le d\u00e9c\u00e8s de l\u2019homme faisant partie du couple\u00a0\u00bb (10 f\u00e9vrier 2011), r\u00e9it\u00e9r\u00e9 dans son avis no 129 adopt\u00e9 le 18 septembre 2018, le Comit\u00e9 consultatif national d\u2019\u00e9thique pour les sciences de la vie et de la sant\u00e9 (CCNE) s\u2019est prononc\u00e9 en faveur du maintien de l\u2019interdiction de l\u2019AMP r\u00e9alis\u00e9e avec les gam\u00e8tes d\u2019une personne d\u00e9c\u00e9d\u00e9e en raison notamment du \u00ab\u00a0caract\u00e8re plus difficilement v\u00e9rifiable du consentement du p\u00e8re au moment m\u00eame de la procr\u00e9ation et [de] la non-pr\u00e9sence d\u2019un embryon qui proc\u00e9derait des deux membres du couple et concr\u00e9tiserait ainsi le projet parental\u00a0\u00bb. En revanche, il a pr\u00e9conis\u00e9 l\u2019autorisation du transfert d\u2019embryon post mortem pour les raisons suivantes\u00a0:<\/p>\n<p>\u00ab\u00a0Contexte g\u00e9n\u00e9ral (&#8230;)<\/p>\n<p>Au moment de la r\u00e9vision de la loi du 6 ao\u00fbt 2004, les diff\u00e9rents rapports pr\u00e9paratoires publi\u00e9s \u00e0 ce jour reviennent sur cette interdiction. Si aucun d\u2019entre eux ne recommande la lev\u00e9e de l\u2019interdiction de l\u2019ins\u00e9mination ou de la f\u00e9condation in vitro post mortem, ils consid\u00e8rent, \u00e0 l\u2019exception du rapport du Conseil d\u2019\u00e9tat, que le transfert d\u2019embryons post mortem pourrait \u00eatre autoris\u00e9 sous certaines conditions pr\u00e9cises. Tous ces textes soulignent le dilemme \u00e9thique qui oppose le fait de faire na\u00eetre d\u00e9lib\u00e9r\u00e9ment un enfant orphelin de p\u00e8re, \u00e0 la souffrance de la femme qui souhaite poursuivre le projet parental de son couple et qui n\u2019a d\u2019autre choix que la destruction des embryons ou le don \u00e0 un autre couple. Cette impossibilit\u00e9 du transfert post mortem a m\u00eame \u00e9t\u00e9 qualifi\u00e9e de \u00ab\u00a0violence\u00a0\u00bb par les citoyens des \u00c9tats g\u00e9n\u00e9raux de la bio\u00e9thique pour qui \u00ab\u00a0l\u2019autorisation donn\u00e9e \u00e0 une femme de poursuivre une grossesse est apparue comme une \u00e9vidence\u00a0\u00bb.<\/p>\n<p>(&#8230;)<\/p>\n<p>Conclusion (&#8230;)<\/p>\n<p>Les couples engag\u00e9s dans une proc\u00e9dure d\u2019[AMP] qui a donn\u00e9 lieu \u00e0 la cryoconservation d\u2019embryons dits \u00ab surnum\u00e9raires \u00bb ont seuls le pouvoir de d\u00e9cider du sort de ces embryons. Si l\u2019homme d\u00e9c\u00e8de, c\u2019est \u00e0 la femme qu\u2019il revient de prendre toute d\u00e9cision sur le devenir de l\u2019embryon cryoconserv\u00e9 sauf, paradoxalement, celle de demander son transfert in utero dans l\u2019espoir de mener \u00e0 bien une grossesse. La loi lui interdit, en effet, de poursuivre le projet parental dans lequel elle s\u2019\u00e9tait engag\u00e9e avec son conjoint d\u00e9c\u00e9d\u00e9. Mais alors qu\u2019on lui oppose un refus, elle va \u00eatre confront\u00e9e \u00e0 une situation d\u2019autant plus douloureuse qu\u2019elle sera contrainte \u00e0 faire un choix impossible. La loi ne lui laisse pas d\u2019autres alternatives que de demander la destruction de l\u2019embryon, ou bien de le donner pour la recherche, ou encore de consentir \u00e0 son accueil par un autre couple. Cette \u00e9ventualit\u00e9 peut para\u00eetre particuli\u00e8rement cruelle si le transfert de l\u2019embryon est son ultime chance d\u2019\u00eatre m\u00e8re, notamment en raison de son \u00e2ge ou de son infertilit\u00e9.<\/p>\n<p>La libert\u00e9 de procr\u00e9er rel\u00e8ve de la sph\u00e8re priv\u00e9e [&#8230;], il peut y avoir \u00e0 l\u2019origine du souhait de la femme de poursuivre ou non le projet parental, des motivations multiples sur la nature et la valeur desquelles il n\u2019est pas possible de porter un jugement d\u2019ordre g\u00e9n\u00e9ral. Cependant, la femme qui d\u00e9cide d\u2019entreprendre une grossesse gr\u00e2ce \u00e0 une [AMP] va devoir demander le concours de la soci\u00e9t\u00e9. La responsabilit\u00e9 de celle-ci est donc engag\u00e9e et il est l\u00e9gitime qu\u2019elle pose les conditions de r\u00e9alisation d\u2019un tel projet pour que soit, notamment, pr\u00e9serv\u00e9 l\u2019int\u00e9r\u00eat sup\u00e9rieur de l\u2019enfant qu\u2019elle aura contribu\u00e9 \u00e0 faire na\u00eetre tout en sachant qu\u2019il sera priv\u00e9 de p\u00e8re.<\/p>\n<p>C\u2019est pourquoi la majorit\u00e9 des membres du CCNE consid\u00e8re que le transfert in utero d\u2019un embryon apr\u00e8s le d\u00e9c\u00e8s de l\u2019homme faisant partie du couple devrait pouvoir \u00eatre autoris\u00e9 si la demande de la femme r\u00e9pond aux conditions suivantes\u00a0: l\u2019homme aura d\u00fb de son vivant, exprimer sa volont\u00e9 en donnant son consentement apr\u00e8s au transfert \u2013 apr\u00e8s son d\u00e9c\u00e8s \u2013 d\u2019un embryon cryoconserv\u00e9 (&#8230;)\u00a0; un d\u00e9lai de r\u00e9flexion minimum devra \u00eatre respect\u00e9 apr\u00e8s le d\u00e9c\u00e8s, de fa\u00e7on \u00e0 ce que la femme ne soit prise dans un moment o\u00f9 elle est en \u00e9tat de grande vuln\u00e9rabilit\u00e9. Pendant cette p\u00e9riode, un accompagnement devra lui \u00eatre propos\u00e9 (&#8230;). Ce d\u00e9lai devra \u00eatre soumis \u00e0 une dur\u00e9e maximum de fa\u00e7on \u00e0 ce que la naissance \u00e9ventuelle d\u2019un enfant ne soit pas trop \u00e9loign\u00e9e du d\u00e9c\u00e8s du p\u00e8re\u00a0; des modifications devront \u00eatre apport\u00e9e \u00e0 notre droit de fa\u00e7on que la filiation paternelle de l\u2019enfant soit assur\u00e9e \u00bb.<\/p>\n<p>24. Pour sa part, dans l\u2019\u00e9tude intitul\u00e9e \u00ab\u00a0R\u00e9vision de la loi bio\u00e9thique\u00a0: quelles options pour demain\u00a0?\u00a0\u00bb remise au Premier ministre le 6 juillet 2018, le Conseil d\u2019\u00c9tat a examin\u00e9 tout \u00e0 la fois les arguments en faveur de l\u2019autorisation de la procr\u00e9ation post-mortem et les difficult\u00e9s qu\u2019elle pourrait entra\u00eener :<\/p>\n<p>\u00ab\u00a0L\u2019autorisation de l\u2019AMP post mortem semble soulever des difficult\u00e9s de quatre ordres.<\/p>\n<p>D\u2019abord, elle permettrait de faire na\u00eetre un enfant alors que son p\u00e8re est d\u00e9c\u00e9d\u00e9 avant m\u00eame sa conception, s\u2019agissant des gam\u00e8tes, ou avant le d\u00e9but de sa gestation, s\u2019agissant des embryons. Il ne serait donc \u00e9lev\u00e9 que par un seul parent, ce qui constitue une vuln\u00e9rabilit\u00e9 en soi.<\/p>\n<p>En outre, le fait de na\u00eetre dans un contexte de deuil est une situation qui pourrait marquer le \u00ab r\u00e9cit identitaire \u00bb de l\u2019enfant n\u00e9cessairement impact\u00e9 par le deuil de son p\u00e8re.<\/p>\n<p>Dans un tel contexte, il peut \u00e9galement \u00eatre difficile de cr\u00e9er les conditions d\u2019une d\u00e9cision apais\u00e9e de la part de la m\u00e8re, celle\u2010ci pouvant \u00eatre \u00e0 la fois influenc\u00e9e par des pressions familiales et par l\u2019impact d\u2019un deuil tr\u00e8s r\u00e9cent, ce qui rend n\u00e9cessaire de laisser passer plusieurs mois apr\u00e8s le d\u00e9c\u00e8s avant de recueillir le consentement de la femme.<\/p>\n<p>Enfin, sur le plan juridique, si cette technique \u00e9tait autoris\u00e9e, il conviendrait d\u2019am\u00e9nager le droit de la filiation et le droit des successions afin d\u2019int\u00e9grer pleinement l\u2019enfant \u00e0 la lign\u00e9e du d\u00e9funt, tout en rappelant que cela n\u2019a ni pour objet, ni pour effet, de faire de l\u2019embryon ou des gam\u00e8tes conserv\u00e9s des sujets de droit.<\/p>\n<p>D\u2019autres arguments plaident quant \u00e0 eux en faveur d\u2019une autorisation de l\u2019AMP post mortem.<\/p>\n<p>La demande d\u2019AMP post mortem peut s\u2019analyser comme la poursuite d\u2019un projet parental d\u00e9j\u00e0 concr\u00e9tis\u00e9 malgr\u00e9 le d\u00e9c\u00e8s de l\u2019homme. Elle consacrerait le r\u00f4le accru reconnu \u00e0 l\u2019expression de la volont\u00e9 en mati\u00e8re de filiation et de procr\u00e9ation.<\/p>\n<p>\u00c0 cet \u00e9gard, l\u2019ouverture de l\u2019AMP aux femmes seules rendrait difficilement justifiable de refuser une AMP post mortem \u00e0 celle dont le conjoint vient de d\u00e9c\u00e9der alors que les embryons ou les gam\u00e8tes du couple ont \u00e9t\u00e9 conserv\u00e9s. Cela reviendrait \u00e0 demander \u00e0 la femme de proc\u00e9der au don ou \u00e0 la destruction de ses embryons, tout en lui offrant la possibilit\u00e9 de proc\u00e9der seule \u00e0 une ins\u00e9mination avec le sperme d\u2019un donneur. Si la conception d\u2019un enfant sans p\u00e8re est autoris\u00e9e, il para\u00eetrait difficile de refuser l\u2019utilisation des embryons du couple, ou des gam\u00e8tes de l\u2019homme, alors qu\u2019ils ont \u00e9t\u00e9 conserv\u00e9s dans le cadre d\u2019un projet parental. Dans cette hypoth\u00e8se, l\u2019injonction faite \u00e0 la femme de renoncer \u00e0 ses embryons pourrait appara\u00eetre arbitraire.<\/p>\n<p>En outre, on peut se demander s\u2019il n\u2019est pas pr\u00e9f\u00e9rable pour l\u2019enfant d\u2019\u00eatre issu d\u2019une AMP post mortem, ce qui lui permettrait d\u2019avoir une filiation bilin\u00e9aire et de s\u2019inscrire dans un double lignage, de cr\u00e9er des liens avec sa famille paternelle et de conna\u00eetre l\u2019histoire et l\u2019identit\u00e9 de son p\u00e8re, que d\u2019un don de gam\u00e8tes anonyme.<\/p>\n<p>Sur cette question, aucun argument juridique n\u2019oriente le l\u00e9gislateur, qui devra se prononcer en opportunit\u00e9 et en coh\u00e9rence avec l\u2019ensemble des r\u00e8gles applicables \u00e0 l\u2019AMP.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p>25. Saisi pour avis sur le projet de loi relatif \u00e0 la bio\u00e9thique (paragraphe\u00a026 ci-dessous), le Conseil d\u2019\u00c9tat a pr\u00e9conis\u00e9, le 18 juillet 2019, la lev\u00e9e de l\u2019interdiction de l\u2019AMP post mortem pour les raisons et aux conditions suivantes\u00a0:<\/p>\n<p>\u00ab\u00a0Par ailleurs, le texte maintient \u00e9galement la condition tenant au fait d\u2019\u00eatre en vie au moment de la r\u00e9alisation de l\u2019AMP, ce qui \u00e9carte toute possibilit\u00e9 de recourir \u00e0 l\u2019AMP \u00e0 l\u2019aide des gam\u00e8tes d\u2019un homme d\u00e9c\u00e9d\u00e9 ou des embryons conserv\u00e9s par un couple dont l\u2019homme est d\u00e9c\u00e9d\u00e9. Cette situation aboutit \u00e0 ce qu\u2019une femme dont l\u2019\u00e9poux est d\u00e9c\u00e9d\u00e9 doive renoncer \u00e0 tout projet d\u2019AMP avec les gam\u00e8tes de ce dernier ou les embryons du couple, alors qu\u2019elle sera autoris\u00e9e \u00e0 r\u00e9aliser une AMP seule, avec tiers donneur. Le Conseil d\u2019\u00c9tat estime qu\u2019il est paradoxal de maintenir cette interdiction alors que le l\u00e9gislateur ouvre l\u2019AMP aux femmes non mari\u00e9es. Certes le principe d\u2019\u00e9galit\u00e9 n\u2019est pas m\u00e9connu d\u00e8s lors que la femme seule et la femme dont le conjoint ou le concubin est d\u00e9c\u00e9d\u00e9 sont plac\u00e9es dans des situations diff\u00e9rentes, notamment au regard de leur capacit\u00e9 \u00e0 consentir librement \u00e0 une AMP et au regard de la filiation de l\u2019enfant. Dans un souci de coh\u00e9rence d\u2019ensemble de la r\u00e9forme, le Conseil d\u2019\u00c9tat recommande cependant au Gouvernement d\u2019autoriser le transfert d\u2019embryons et l\u2019ins\u00e9mination post mortem, d\u00e8s lors que sont remplies les deux conditions suivantes\u00a0: d\u2019une part une v\u00e9rification du projet parental afin de s\u2019assurer du consentement du conjoint ou concubin d\u00e9c\u00e9d\u00e9\u00a0; d\u2019autre part un encadrement dans le temps (d\u00e9lai minimal \u00e0 compter du d\u00e9c\u00e8s et d\u00e9lai maximal) de la possibilit\u00e9 de recourir \u00e0 cette AMP.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p>26. S\u2019appuyant sur ces diff\u00e9rents travaux, le gouvernement a, le 24 juillet 2019, d\u00e9pos\u00e9 un projet de loi pr\u00e9voyant de supprimer l\u2019exigence d\u2019une infertilit\u00e9 pathologique \u00e0 laquelle \u00e9tait subordonn\u00e9e la possibilit\u00e9 de recourir \u00e0 l\u2019AMP et d\u2019\u00e9largir cette derni\u00e8re aux couples de femmes et aux femmes non mari\u00e9es. Ce projet ne pr\u00e9voyait pas de revenir sur l\u2019interdiction absolue de l\u2019AMP post mortem en raison des enjeux \u00e9thiques sp\u00e9cifiques en cause et des difficult\u00e9s juridiques que sa lev\u00e9e serait susceptible d\u2019entra\u00eener. \u00c0 ce titre sont notamment \u00e9voqu\u00e9s par le Gouvernement le risque de pressions familiales ou sociales sur les veuves, la possibilit\u00e9 d\u2019un r\u00e9cit identitaire de l\u2019enfant marqu\u00e9 par le contexte de deuil ou, sur un autre plan, le risque de susciter des d\u00e9bats sur le statut de l\u2019embryon.<\/p>\n<p>27. La loi a \u00e9t\u00e9 d\u00e9finitivement adopt\u00e9e, en troisi\u00e8me lecture, par l\u2019Assembl\u00e9e nationale le 29 juin 2021, \u00e0 la suite de deux lectures dans les deux chambres du Parlement et d\u2019une commission mixte paritaire qui, du fait d\u2019importants d\u00e9saccords de fond entre les deux chambres, n\u2019\u00e9tait pas parvenue \u00e0 \u00e9laborer un texte commun. Le texte adopt\u00e9 par l\u2019Assembl\u00e9e nationale a ouvert l\u2019AMP aux couples de femmes et aux femmes seules, et a maintenu l\u2019interdiction de la conception posthume. Au cours des d\u00e9bats, une cinquantaine d\u2019amendements en faveur de l\u2019AMP post mortem avaient \u00e9t\u00e9 d\u00e9pos\u00e9s devant l\u2019Assembl\u00e9e nationale et le S\u00e9nat. Ces amendements ont tous \u00e9t\u00e9 rejet\u00e9s. Promulgu\u00e9e le 2 ao\u00fbt 2021, la loi no 2021-1017 relative \u00e0 la bio\u00e9thique est entr\u00e9e en vigueur le 4 ao\u00fbt 2021.<\/p>\n<p><strong>II. La jurisprudence administrative<\/strong><\/p>\n<p>28. Le juge administratif a \u00e9t\u00e9 saisi de nombreux litiges relatifs au refus oppos\u00e9 aux demandes d\u2019exportation en vue de r\u00e9aliser une AMP post mortem.<\/p>\n<p><strong>A. Le Conseil d\u2019\u00c9tat<\/strong><\/p>\n<p>29. La d\u00e9cision Mme Gonzalez Gomez (CE, ass. const., no 396848, 31 mai 2016) concerne une ressortissante espagnole ayant r\u00e9sid\u00e9 en France avec son \u00e9poux, ressortissant italien, avant le d\u00e9c\u00e8s de celui-ci. Le couple avait d\u00e9cid\u00e9 de proc\u00e9der au d\u00e9p\u00f4t et \u00e0 la conservation des gam\u00e8tes du mari, alors gravement malade, en vue de la r\u00e9alisation d\u2019un projet parental par AMP. Apr\u00e8s le d\u00e9c\u00e8s de son \u00e9poux, l\u2019int\u00e9ress\u00e9e est retourn\u00e9e vivre en Espagne aupr\u00e8s de sa famille et elle a demand\u00e9 l\u2019exportation de ses gam\u00e8tes en Espagne aux fins d\u2019une f\u00e9condation in vitro, la loi espagnole autorisant la conception posthume dans les douze mois du d\u00e9c\u00e8s du conjoint (paragraphe\u00a037 ci-dessous).<\/p>\n<p>30. Dans cette d\u00e9cision, le Conseil d\u2019\u00c9tat a, dans un premier temps, admis la compatibilit\u00e9 de principe avec l\u2019article 8 de la Convention de la loi fran\u00e7aise prohibant l\u2019ins\u00e9mination post mortem. Ce contr\u00f4le de conventionnalit\u00e9 in abstracto de la loi a port\u00e9 tant sur la prohibition absolue de la conception posthume que sur l\u2019interdiction corr\u00e9lative d\u2019exporter des gam\u00e8tes \u00e0 des fins prohib\u00e9es sur le territoire national\u00a0:<\/p>\n<p>\u00ab (&#8230;) 8. Les dispositions mentionn\u00e9es aux points 6 et 7 [les articles L. 2142-1 et\u00a0L.\u00a02141-11-1 du code de la sant\u00e9 publique] ne sont pas incompatibles avec les stipulations de la convention europ\u00e9enne de sauvegarde des droits de l\u2019homme et des libert\u00e9s fondamentales et, en particulier, de son article 8. D\u2019une part en effet, \u00e0 la diff\u00e9rence de la loi espagnole qui autorise l\u2019utilisation des gam\u00e8tes du mari, qui y a pr\u00e9alablement consenti, dans les douze mois suivant son d\u00e9c\u00e8s pour r\u00e9aliser une ins\u00e9mination au profit de sa veuve, l\u2019article L. 24141-2 du code de la sant\u00e9 publique prohibe express\u00e9ment une telle pratique. Cette interdiction rel\u00e8ve de la marge d\u2019appr\u00e9ciation dont chaque Etat dispose, dans sa juridiction, pour l\u2019application de la convention europ\u00e9enne de sauvegarde des droits de l\u2019homme et des libert\u00e9s fondamentales et elle ne porte pas, par elle-m\u00eame, une atteinte disproportionn\u00e9e au droit au respect de la vie priv\u00e9e et familiale, tel qu\u2019il est garanti par les stipulations de l\u2019article\u00a08 de cette convention.<\/p>\n<p>D\u2019autre part, l\u2019article L. 2141-11-1 de ce m\u00eame code interdit \u00e9galement que les gam\u00e8tes d\u00e9pos\u00e9s en France puissent faire l\u2019objet d\u2019une exportation, s\u2019ils sont destin\u00e9s \u00e0 \u00eatre utilis\u00e9s, \u00e0 l\u2019\u00e9tranger, \u00e0 des fins qui sont prohib\u00e9es sur le territoire national. Ces derni\u00e8res dispositions, qui visent \u00e0 faire obstacle \u00e0 tout contournement des dispositions de l\u2019article L. 2141-2, ne m\u00e9connaissent pas davantage par elles-m\u00eames les exigences n\u00e9es de l\u2019article 8 de cette convention.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p>31. Il a, dans un second temps, au terme d\u2019un contr\u00f4le in concreto des effets produits, au cas d\u2019esp\u00e8ce, par la mise en \u0153uvre de cette loi, jug\u00e9 que le refus oppos\u00e9 \u00e0 la requ\u00e9rante portait, eu \u00e9gard \u00e0 l\u2019ensemble des circonstances de la pr\u00e9sente affaire, une atteinte manifestement excessive \u00e0 son droit au respect de la vie priv\u00e9e et familiale prot\u00e9g\u00e9 par l\u2019article 8 de la Convention. Il a en effet admis que la ressortissante espagnole ne cherchait pas, en demandant le transfert des gam\u00e8tes dans son pays de nationalit\u00e9, \u00e0 contourner la loi fran\u00e7aise, et a d\u00e9cid\u00e9 que la mise en \u0153uvre de cette derni\u00e8re, dans ces circonstances particuli\u00e8res, entra\u00eenait des cons\u00e9quences manifestement disproportionn\u00e9es :<\/p>\n<p>\u00ab\u00a09. Toutefois, la compatibilit\u00e9 de la loi avec les stipulations de la convention europ\u00e9enne de sauvegarde des droits de l\u2019homme et des libert\u00e9s fondamentales ne fait pas obstacle \u00e0 ce que, dans certaines circonstances particuli\u00e8res, l\u2019application de dispositions l\u00e9gislatives puisse constituer une ing\u00e9rence disproportionn\u00e9e dans les droits garantis par cette convention. Il appartient par cons\u00e9quent au juge d\u2019appr\u00e9cier concr\u00e8tement si, au regard des finalit\u00e9s des dispositions l\u00e9gislatives en cause, l\u2019atteinte aux droits et libert\u00e9s prot\u00e9g\u00e9s par la convention qui r\u00e9sulte de la mise en \u0153uvre de dispositions, par elles-m\u00eames compatibles avec celle-ci, n\u2019est pas excessive.<\/p>\n<p>10. Dans la pr\u00e9sente affaire, il y a lieu pour le Conseil d\u2019\u00c9tat statuant comme juge des r\u00e9f\u00e9r\u00e9s d\u2019appr\u00e9cier si la mise en \u0153uvre de l\u2019article L. 2141-11 du code de la sant\u00e9 publique n\u2019a pas port\u00e9 une atteinte manifestement excessive au droit au respect de la vie priv\u00e9e et familiale de Mme C.A. garanti par l\u2019article 8 de la Convention (&#8230;).<\/p>\n<p>11. Il r\u00e9sulte de l\u2019instruction que Mme\u00a0C. A. et M. B. avaient form\u00e9, ensemble, le projet de donner naissance \u00e0 un enfant. En raison de la grave maladie qui l\u2019a touch\u00e9, et dont le traitement risquait de le rendre st\u00e9rile, M. B. a proc\u00e9d\u00e9, \u00e0 titre pr\u00e9ventif, \u00e0 un d\u00e9p\u00f4t de gam\u00e8tes dans le centre d\u2019\u00e9tude et de conservation des \u0153ufs et du sperme de l\u2019h\u00f4pital Tenon, afin que Mme\u00a0C. A. et lui-m\u00eame puissent, ult\u00e9rieurement, b\u00e9n\u00e9ficier d\u2019une assistance m\u00e9dicale \u00e0 la procr\u00e9ation. Mais ce projet, tel qu\u2019il avait \u00e9t\u00e9 initialement con\u00e7u, n\u2019a pu aboutir en raison de la d\u00e9t\u00e9rioration brutale de l\u2019\u00e9tat de sant\u00e9 de M. B., qui a entra\u00een\u00e9 son d\u00e9c\u00e8s le 9 juillet 2015. Il est, par ailleurs, \u00e9tabli que M. B. avait explicitement consenti \u00e0 ce que son \u00e9pouse puisse b\u00e9n\u00e9ficier d\u2019une ins\u00e9mination artificielle avec ses gam\u00e8tes, y compris \u00e0 titre posthume en Espagne, pays d\u2019origine de Mme C. A., si les tentatives r\u00e9alis\u00e9es en France de son vivant s\u2019av\u00e9raient infructueuses. Dans les mois qui ont pr\u00e9c\u00e9d\u00e9 son d\u00e9c\u00e8s, il n\u2019\u00e9tait, toutefois, plus en mesure, en raison de l\u2019\u00e9volution de sa pathologie, de proc\u00e9der, \u00e0 cette fin, \u00e0 un autre d\u00e9p\u00f4t de gam\u00e8tes en Espagne. Ainsi, seuls les gam\u00e8tes stock\u00e9s en France dans le Centre d\u2019\u00e9tude et de conservation des \u0153ufs et du sperme de l\u2019h\u00f4pital Tenon sont susceptibles de permettre \u00e0 Mme C. A., qui r\u00e9side d\u00e9sormais en Espagne, d\u2019exercer la facult\u00e9, que lui ouvre la loi espagnole de poursuivre le projet parental commun qu\u2019elle avait form\u00e9, dans la dur\u00e9e et de mani\u00e8re r\u00e9fl\u00e9chie, avec son mari. Dans ces conditions et en l\u2019absence de toute intention frauduleuse de la part de la requ\u00e9rante, dont l\u2019installation en Espagne ne r\u00e9sulte pas de la recherche, par elle, de dispositions plus favorables \u00e0 la r\u00e9alisation de son projet que la loi fran\u00e7aise, mais de l\u2019accomplissement de ce projet dans le pays o\u00f9 demeure sa famille qu\u2019elle a rejointe, le refus qui lui a \u00e9t\u00e9 oppos\u00e9 sur le fondement des dispositions pr\u00e9cit\u00e9es du code de la sant\u00e9 publique \u2013 lesquelles interdisent toute exportation de gam\u00e8tes en vue d\u2019une utilisation contraire aux r\u00e8gles du droit fran\u00e7ais \u2013 porte, eu \u00e9gard \u00e0 l\u2019ensemble des circonstances de la pr\u00e9sente affaire, une atteinte manifestement excessive \u00e0 son droit au respect de la vie priv\u00e9e et familiale prot\u00e9g\u00e9 par les stipulations de l\u2019article 8 de [la Convention]. Il porte, ce faisant, une atteinte grave et manifestement ill\u00e9gale \u00e0 une libert\u00e9 fondamentale.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p>32. Appliquant la m\u00eame m\u00e9thode de contr\u00f4le en deux temps dans trois d\u00e9cisions des 24 janvier 2020 (no 437328), 28 f\u00e9vrier 2020 (no 438854) et 17\u00a0mai 2023 (no 473666), le Conseil d\u2019\u00c9tat a consid\u00e9r\u00e9 que les demandes tendant \u00e0 ce que des gam\u00e8tes ou embryons soient d\u00e9plac\u00e9s vers un \u00e9tablissement m\u00e9dical autorisant la procr\u00e9ation post mortem devaient \u00eatre rejet\u00e9es au motif qu\u2019elles n\u2019\u00e9taient formul\u00e9es que dans le but de contourner la loi fran\u00e7aise. Il en a d\u00e9duit que la mise en \u0153uvre de cette derni\u00e8re dans les circonstances particuli\u00e8res des esp\u00e8ces ne portait pas une atteinte excessive aux droits garantis par l\u2019article 8 de la Convention.<\/p>\n<p>33. La premi\u00e8re d\u00e9cision du Conseil d\u2019\u00c9tat est ainsi motiv\u00e9e\u00a0:<\/p>\n<p>\u00ab (&#8230;) Il r\u00e9sulte de l\u2019instruction que la demande tendant \u00e0 ce que les embryons issus des gam\u00e8tes du couple soient d\u00e9plac\u00e9s vers un \u00e9tablissement m\u00e9dical espagnol r\u00e9sulte d\u2019un projet parental auquel le mari de Mme A&#8230;&#8230; a consenti de son vivant. Toutefois, il n\u2019est pas contest\u00e9 que la demande de d\u00e9placement en Espagne n\u2019est fond\u00e9e que sur la possibilit\u00e9 l\u00e9gale d\u2019y faire proc\u00e9der \u00e0 un transfert d\u2019embryon post mortem, Mme\u00a0A&#8230;&#8230;, de nationalit\u00e9 fran\u00e7aise, n\u2019entretenant aucun lien avec l\u2019Espagne et ne faisant \u00e9tat d\u2019aucune circonstance particuli\u00e8re. \u00c0 cet \u00e9gard, le fait que l\u2019objet du litige concerne non les gam\u00e8tes de son mari mais les embryons con\u00e7us gr\u00e2ce \u00e0 ses propres gam\u00e8tes ne constitue pas une circonstance de nature \u00e0 \u00e9tablir que la d\u00e9cision contest\u00e9e porterait une atteinte excessive aux stipulations de l\u2019article 8 (&#8230;). \u00bb<\/p>\n<p>34. La deuxi\u00e8me d\u00e9cision, rendue par le Conseil d\u2019\u00c9tat le m\u00eame jour que l\u2019ordonnance de la requ\u00eate no 22296\/20, est ainsi motiv\u00e9e\u00a0:<\/p>\n<p>\u00ab\u00a0(&#8230;) Il r\u00e9sulte de l\u2019instruction que la demande tendant \u00e0 ce que les gam\u00e8tes de M.\u00a0A&#8230; et les embryons issus des gam\u00e8tes du couple soient d\u00e9plac\u00e9s vers un \u00e9tablissement m\u00e9dical situ\u00e9 dans l\u2019Union europ\u00e9enne r\u00e9sulte d\u2019un projet parental auquel le mari de Mme A&#8230; a consenti de son vivant. Toutefois, il n\u2019est pas contest\u00e9 que la demande de d\u00e9placement dans un pays de l\u2019Union europ\u00e9enne n\u2019est fond\u00e9e que sur la possibilit\u00e9 l\u00e9gale d\u2019y faire proc\u00e9der \u00e0 une ins\u00e9mination artificielle ou \u00e0 un transfert d\u2019embryon post-mortem, Mme A&#8230;, de nationalit\u00e9 fran\u00e7aise, n\u2019entretenant aucun lien avec un autre pays europ\u00e9en que la France et ne faisant \u00e9tat d\u2019aucune circonstance particuli\u00e8re. \u00c0 cet \u00e9gard, le fait que l\u2019objet du litige concerne non seulement les gam\u00e8tes de son mari mais \u00e9galement les embryons con\u00e7us gr\u00e2ce \u00e0 ses propres gam\u00e8tes, ni la perte in utero d\u2019un enfant con\u00e7u ant\u00e9rieurement au d\u00e9c\u00e8s de M. A&#8230;, ne constituent des circonstances de nature \u00e0 \u00e9tablir que les refus oppos\u00e9s \u00e0 Mme A&#8230; porteraient une atteinte excessive aux stipulations de l\u2019article 8 (&#8230;)\u00a0\u00bb.<\/p>\n<p>35. La troisi\u00e8me d\u00e9cision, rendue post\u00e9rieurement \u00e0 l\u2019intervention de la loi relative \u00e0 la bio\u00e9thique du 2 ao\u00fbt 2021, reprend la m\u00eame motivation\u00a0:<\/p>\n<p>\u00ab (&#8230;)<\/p>\n<p>Sur la compatibilit\u00e9 \u00e0 la convention europ\u00e9enne des droits de l\u2019homme et des libert\u00e9s fondamentales des dispositions l\u00e9gislatives applicables :<\/p>\n<p>7. D\u2019une part, le l\u00e9gislateur, s\u2019il a ouvert, en modifiant l\u2019article L. 2141-2 du code de la sant\u00e9 publique par la loi du 2 ao\u00fbt 2021 relative \u00e0 la bio\u00e9thique, la possibilit\u00e9 pour une femme non mari\u00e9e d\u2019acc\u00e9der \u00e0 l\u2019assistance m\u00e9dicale \u00e0 la procr\u00e9ation, a maintenu l\u2019interdiction, lorsque le couple est form\u00e9 d\u2019un homme et d\u2019une femme, de r\u00e9aliser une ins\u00e9mination artificielle en cas de d\u00e9c\u00e8s du conjoint ayant proc\u00e9d\u00e9, avant son d\u00e9c\u00e8s, \u00e0 la conservation de ses gam\u00e8tes en vue d\u2019une procr\u00e9ation artificielle par sa conjointe \u00e0 la suite de son d\u00e9c\u00e8s. Cette appr\u00e9ciation rel\u00e8ve de la marge d\u2019appr\u00e9ciation dont chaque \u00c9tat dispose pour l\u2019application de la convention europ\u00e9enne de sauvegarde des droits de l\u2019homme et des libert\u00e9s fondamentales. Par suite, contrairement \u00e0 ce qu\u2019il est soutenu, l\u2019interdiction d\u2019une ins\u00e9mination artificielle \u00e0 la suite du d\u00e9c\u00e8s du conjoint ne porte pas, par elle-m\u00eame, une atteinte disproportionn\u00e9e au droit au respect de la vie priv\u00e9e et familiale, tel qu\u2019il est garanti par les stipulations de l\u2019article 8 de cette convention.<\/p>\n<p>8. D\u2019autre part, les dispositions de l\u2019article L. 2141-11-1 du code de la sant\u00e9 publique, qui interdisent l\u2019exportation de gam\u00e8tes conserv\u00e9es en France si elles sont destin\u00e9es \u00e0 \u00eatre utilis\u00e9es, \u00e0 l\u2019\u00e9tranger, \u00e0 des fins qui sont prohib\u00e9es sur le territoire national, visent \u00e0 faire obstacle \u00e0 tout contournement des dispositions de l\u2019article L. 2141-2 du m\u00eame code. Elles ne m\u00e9connaissent pas davantage, par elles-m\u00eames, les exigences n\u00e9es de l\u2019article 8 de la convention europ\u00e9enne de sauvegarde des droits de l\u2019homme et des libert\u00e9s fondamentales.<\/p>\n<p>Sur l\u2019appr\u00e9ciation de l\u2019atteinte port\u00e9e en l\u2019esp\u00e8ce au droit de Mme B au respect de sa vie priv\u00e9e et familiale :<\/p>\n<p>(&#8230;)<\/p>\n<p>10. Il r\u00e9sulte de l\u2019instruction, notamment des \u00e9l\u00e9ments recueillis \u00e0 l\u2019audience, que la demande de Mme B r\u00e9sulte d\u2019un projet parental construit et r\u00e9fl\u00e9chi, soutenu par la famille de Mme B comme de M. C et souhait\u00e9 par l\u2019\u00e9poux d\u00e9c\u00e9d\u00e9, qui y avait consenti de son vivant. Il n\u2019est toutefois pas contest\u00e9 que la demande d\u2019exportation des gam\u00e8tes vers un Etat \u00e9tranger n\u2019est fond\u00e9e que sur la possibilit\u00e9 l\u00e9gale de faire proc\u00e9der dans un Etat \u00e9tranger \u00e0 une ins\u00e9mination artificielle post-mortem, Mme B, de nationalit\u00e9 fran\u00e7aise, ne faisant pas \u00e9tat de lien particulier avec un quelconque Etat \u00e9tranger. Une telle demande ne peut donc qu\u2019\u00eatre regard\u00e9e comme tendant \u00e0 faire obstacle \u00e0 l\u2019application des dispositions de la loi fran\u00e7aise.\u00a0(&#8230;) \u00bb.<\/p>\n<p><strong>B. Les tribunaux administratifs<\/strong><\/p>\n<p>36. Les juges des tribunaux administratifs ont \u00e9galement \u00e9t\u00e9 amen\u00e9s \u00e0 se prononcer, \u00e0 titre d\u00e9finitif, sur des demandes de conception post mortem. Le Gouvernement fait r\u00e9f\u00e9rence \u00e0 deux d\u00e9cisions, l\u2019une enjoignant au centre hospitalier de Rennes de prendre toutes les mesures utiles afin de permettre l\u2019exportation de gam\u00e8tes dans un \u00e9tablissement europ\u00e9en autorisant l\u2019ins\u00e9mination post mortem (TA Rennes, ord., no 1604451, 11 octobre 2016), l\u2019autre refusant de faire droit \u00e0 une demande d\u2019exportation de gam\u00e8tes vers l\u2019Espagne, compte tenu de l\u2019intention de la requ\u00e9rante de contourner la loi fran\u00e7aise (TA Toulouse, no 1405903, 13 octobre 2016).<\/p>\n<p>III. DROIT COMPAR\u00c9<\/p>\n<p>37. Selon le Gouvernement, la loi espagnole autorise la procr\u00e9ation post\u00a0mortem \u00e0 la double condition de l\u2019existence d\u2019un consentement du d\u00e9funt, celui-ci \u00e9tant pr\u00e9sum\u00e9 si un processus d\u2019AMP a d\u00e9j\u00e0 \u00e9t\u00e9 engag\u00e9 avant le d\u00e9c\u00e8s, et de la r\u00e9alisation de cette derni\u00e8re dans les douze mois qui suivent le d\u00e9c\u00e8s.<\/p>\n<p>38. Il est renvoy\u00e9 \u00e0 la partie de droit compar\u00e9 de l\u2019arr\u00eat Pej\u0159ilov\u00e1 c.\u00a0R\u00e9publique tch\u00e8que (no 14889\/19, \u00a7\u00a7 21 et 45, 8 d\u00e9cembre 2022) dans laquelle figure une \u00e9tude de droit compar\u00e9e fournie par le Gouvernement tch\u00e8que. Il ressort de cette \u00e9tude qu\u2019il n\u2019y pas de communaut\u00e9 de vues entre les \u00c9tats membres sur la procr\u00e9ation post mortem.<\/p>\n<p>39. Pour sa part, dans ses observations dat\u00e9es du 12 juillet 2021, le Gouvernement fran\u00e7ais fait valoir qu\u2019il existe, au sein de l\u2019Union europ\u00e9enne des l\u00e9gislations diff\u00e9rentes\u00a0: l\u2019Allemagne, la Bulgarie, le Danemark, la Finlande, la Gr\u00e8ce, l\u2019Italie, la Lettonie, le Portugal, la Slov\u00e9nie et la Su\u00e8de interdiraient la procr\u00e9ation post mortem alors que, selon des modalit\u00e9s variables et \u00e0 des conditions plus ou moins strictes, la Belgique, Chypre, l\u2019Estonie, la Hongrie, l\u2019Irlande, la Lituanie, les Pays-Bas, la Pologne, la R\u00e9publique tch\u00e8que, le Royaume-Uni et l\u2019Espagne l\u2019autoriseraient. Dans le reste du monde, l\u2019AMP post mortem serait autoris\u00e9e en Afrique du Sud, en Australie, au Br\u00e9sil, aux Etats-Unis, en Inde et en Isra\u00ebl, mais interdite dans d\u2019autres pays, notamment la Cor\u00e9e du sud, Hong-Kong, le Japon, la Norv\u00e8ge, la Suisse, Singapour et Taiwan. Il s\u2019appuie sur le tableau de droit compar\u00e9 de l\u2019\u00c9tude pr\u00e9cit\u00e9e au paragraphe 24 ci-dessus ainsi que sur une \u00e9tude de l\u2019Agence de biom\u00e9decine (Encadrement international de la bio\u00e9thique, actualisation 2018, p. 43-44).<\/p>\n<p><strong>EN DROIT<\/strong><\/p>\n<p><strong>I. JONCTION DES REQU\u00caTES<\/strong><\/p>\n<p>40. Eu \u00e9gard \u00e0 la similarit\u00e9 de l\u2019objet des requ\u00eates, la Cour juge opportun de les examiner ensemble dans un arr\u00eat unique.<\/p>\n<p><strong>II. SUR LA VIOLATION ALL\u00c9GU\u00c9E DE L\u2019ARTICLE 8 DE LA CONVENTION<\/strong><\/p>\n<p>41. Les requ\u00e9rantes soutiennent que les refus litigieux qui se fondent sur l\u2019interdiction de la procr\u00e9ation posthume pos\u00e9 par l\u2019article L. 2141-2 du code de la sant\u00e9 publique et l\u2019interdiction d\u2019exporter des gam\u00e8tes ou des embryons \u00e0 des fins prohib\u00e9es par la loi fran\u00e7aise pr\u00e9vue par l\u2019article L. 2141-11-1 du m\u00eame code emportent violation de leurs droits au titre de l\u2019article 8 de la Convention, aux termes duquel :<\/p>\n<p>\u00ab\u00a01. Toute personne a droit au respect de sa vie priv\u00e9e et familiale, de son domicile et de sa correspondance.<\/p>\n<p>2. Il ne peut y avoir ing\u00e9rence d\u2019une autorit\u00e9 publique dans l\u2019exercice de ce droit que pour autant que cette ing\u00e9rence est pr\u00e9vue par la loi et qu\u2019elle constitue une mesure qui, dans une soci\u00e9t\u00e9 d\u00e9mocratique, est n\u00e9cessaire \u00e0 la s\u00e9curit\u00e9 nationale, \u00e0 la s\u00fbret\u00e9 publique, au bien\u2011\u00eatre \u00e9conomique du pays, \u00e0 la d\u00e9fense de l\u2019ordre et \u00e0 la pr\u00e9vention des infractions p\u00e9nales, \u00e0 la protection de la sant\u00e9 ou de la morale, ou \u00e0 la protection des droits et libert\u00e9s d\u2019autrui.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p><strong>A. Sur la recevabilit\u00e9<\/strong><\/p>\n<p>42. La Cour note que le Gouvernement ne met pas en cause la recevabilit\u00e9 des requ\u00eates. En particulier, il ne conteste pas l\u2019applicabilit\u00e9 de l\u2019article 8 de la Convention.<\/p>\n<p>43. S\u2019agissant de cette derni\u00e8re, il suffit \u00e0 la Cour de rappeler que la notion de vie priv\u00e9e au sens de l\u2019article 8 recouvre le droit au respect de la d\u00e9cision d\u2019une personne de devenir ou de ne pas devenir parent (Evans c.\u00a0Royaume\u2011Uni [GC], no 6339\/05, \u00a7 71, CEDH 2007-I, Dickson c.\u00a0Royaume\u2011Uni [GC], no 44362\/04, \u00a7 66, CEDH 2007-V, Paradiso et\u00a0Campanelli c. Italie [GC], no 25358\/12, \u00a7\u00a7 163 et 215, 24 janvier 2017). La d\u00e9cision d\u2019un couple de concevoir un enfant et d\u2019avoir recours \u00e0 une AMP rel\u00e8ve de la protection de l\u2019article 8, pareil choix constituant une forme d\u2019expression de la vie priv\u00e9e et familiale (S.H. et autres c. Autriche [GC], no\u00a057813\/00, \u00a7 82, CEDH 2011, Pej\u0159ilov\u00e1, pr\u00e9cit\u00e9, \u00a7 25, ainsi que les r\u00e9f\u00e9rences cit\u00e9es, et Petithory Lanzmann c. France (d\u00e9c.), no\u00a023038\/19, \u00a7 18, 12 novembre 2019). En outre, la possibilit\u00e9 pour une personne d\u2019exercer un choix conscient et r\u00e9fl\u00e9chi quant au sort \u00e0 r\u00e9server \u00e0 ses embryons touche un aspect intime de sa vie personnelle et rel\u00e8ve \u00e0 ce titre de son droit \u00e0 l\u2019autod\u00e9termination, et donc de sa vie priv\u00e9e (Parrillo c. Italie [GC], no\u00a046470\/11, \u00a7 159, CEDH 2015).<\/p>\n<p>44. L\u2019article 8 de la Convention, sous l\u2019angle du droit au respect de la vie priv\u00e9e, trouve donc \u00e0 s\u2019appliquer en l\u2019esp\u00e8ce. Dans ces conditions, il n\u2019y a pas lieu, pour la Cour, de se prononcer sur la question de savoir si l\u2019interdiction litigieuse affecte \u00e9galement la vie familiale prot\u00e9g\u00e9e par cette disposition.<\/p>\n<p>45. Constatant que les requ\u00eates ne sont pas manifestement mal fond\u00e9es ni irrecevables pour un autre motif vis\u00e9 \u00e0 l\u2019article\u00a035 de la Convention, la Cour les d\u00e9clare recevables.<\/p>\n<p><strong>B. Sur le fond<\/strong><\/p>\n<p><strong>1. Th\u00e8ses des parties<\/strong><\/p>\n<p>a) Les requ\u00e9rantes<\/p>\n<p>i. Requ\u00eate no\u00a022296\/20<\/p>\n<p>46. La requ\u00e9rante soutient que l\u2019interdiction litigieuse constitue une ing\u00e9rence dans ses droits garantis par l\u2019article 8 de la Convention, a fortiori en pr\u00e9sence du consentement certain de son mari \u00e0 l\u2019AMP, y compris apr\u00e8s sa mort.<\/p>\n<p>47. Quant \u00e0 la th\u00e8se du Gouvernement selon laquelle une telle ing\u00e9rence aurait pour but l\u00e9gitime la protection des \u00ab\u00a0droits et libert\u00e9 d\u2019autrui\u00a0\u00bb en ce qu\u2019elle viserait l\u2019int\u00e9r\u00eat de l\u2019enfant \u00e0 ne pas na\u00eetre sans p\u00e8re, elle r\u00e9torque que si la f\u00e9condation par AMP est effectu\u00e9e juste avant le d\u00e9c\u00e8s du conjoint, l\u2019enfant na\u00eetra orphelin de p\u00e8re, avec les m\u00eames risques d\u2019instrumentalisation et de r\u00e9cit identitaire marqu\u00e9 par ce d\u00e9c\u00e8s que si elle a lieu post\u00e9rieurement \u00e0 ce d\u00e9c\u00e8s. En suivant ce raisonnement, l\u2019\u00c9tat devrait alors interdire l\u2019AMP aux couples dont l\u2019un des partenaires pr\u00e9sente une grave maladie, ce qui n\u2019est pas son choix ni celui des autres \u00c9tats europ\u00e9ens. Elle ajoute que depuis la reconnaissance de l\u2019acc\u00e8s de l\u2019AMP aux femmes seules (paragraphes 25 et\u00a027 ci-dessus), l\u2019enfant \u00e0 na\u00eetre se voit, dans une telle hypoth\u00e8se, priv\u00e9 d\u2019ascendance paternelle connue. Elle fait valoir que l\u2019int\u00e9r\u00eat de l\u2019enfant serait mieux prot\u00e9g\u00e9 dans le cadre d\u2019une ins\u00e9mination post mortem qui lui permet de s\u2019inscrire dans une double lign\u00e9e, de conna\u00eetre l\u2019histoire de son p\u00e8re, de tisser des liens avec sa famille paternelle et surtout de se savoir issu d\u2019un amour r\u00e9ciproque comme d\u2019un projet parental commun \u00e0 son p\u00e8re et \u00e0 sa m\u00e8re. Ensuite, le Gouvernement ne saurait soutenir que l\u2019interdiction litigieuse a pour but de prot\u00e9ger la dignit\u00e9 de la personne humaine qui impose le recueil du consentement libre et \u00e9clair\u00e9 des deux parents. Aux yeux de la requ\u00e9rante, l\u2019autonomie de la volont\u00e9 doit pr\u00e9valoir sur tout autre consid\u00e9ration. Or, en ce qui la concerne, elle aurait toujours d\u00e9sir\u00e9 poursuivre le projet parental conjointement d\u00e9fini avec son mari. En outre, l\u2019affirmation selon laquelle le consentement \u00e0 une AMP donn\u00e9 par un homme de son vivant ne serait plus susceptible d\u2019\u00eatre regard\u00e9 comme libre et \u00e9clair\u00e9 s\u2019il produisait des effets apr\u00e8s le d\u00e9c\u00e8s, sans que l\u2019homme n\u2019ait eu la possibilit\u00e9 de le r\u00e9voquer, serait erron\u00e9e\u00a0: d\u2019une part, une AMP \u00ab\u00a0aboutie\u00a0\u00bb produit en tout \u00e9tat de cause des effets sans que l\u2019\u00e9poux ne puisse r\u00e9voquer son consentement\u00a0car ce dernier ne peut imposer une interruption de grossesse \u00e0 sa compagne\u00a0; d\u2019autre part, un tel raisonnement reviendrait in fine \u00e0 priver d\u2019effet tous les testaments apr\u00e8s le d\u00e9c\u00e8s de leur r\u00e9dacteur.<\/p>\n<p>48. En ce qui concerne la n\u00e9cessit\u00e9 de l\u2019ing\u00e9rence dans une soci\u00e9t\u00e9 d\u00e9mocratique, la requ\u00e9rante souligne que la notion de famille s\u2019est consid\u00e9rablement \u00e9largie au point qu\u2019est d\u00e9sormais autoris\u00e9e l\u2019AMP pour les femmes seules, ce qui rendrait incoh\u00e9rent, comme cela a \u00e9t\u00e9 indiqu\u00e9 par le Conseil d\u2019\u00c9tat (paragraphe 24 ci-dessus), le maintien de l\u2019interdiction de l\u2019ins\u00e9mination post mortem. Par ailleurs, \u00e0 supposer m\u00eame les buts poursuivis l\u00e9gitimes, l\u2019interdiction litigieuse ne serait pas n\u00e9cessaire d\u00e8s lors que la possibilit\u00e9 de recourir \u00e0 une f\u00e9condation post mortem est encadr\u00e9e dans le temps et que, comme d\u00e9j\u00e0 indiqu\u00e9 plus haut, le consentement de son mari n\u2019a pas \u00e9t\u00e9 mis en cause.<\/p>\n<p>ii. Requ\u00eate no\u00a037138\/20<\/p>\n<p>49. La requ\u00e9rante soutient que le refus oppos\u00e9 au transfert d\u2019embryons post mortem constitue une ing\u00e9rence dans son droit au respect de sa vie priv\u00e9e et familiale. Elle r\u00e9fute l\u2019affirmation du Gouvernement selon laquelle l\u2019article\u00a08 serait applicable \u00e0 un refus d\u2019ins\u00e9mination artificielle mais ne garantirait pas un droit \u00e0 procr\u00e9er, faisant valoir que la finalit\u00e9 de l\u2019ins\u00e9mination est bien de donner la vie. Elle ajoute que l\u2019ing\u00e9rence est d\u2019autant plus caract\u00e9ris\u00e9e que le refus de la France porte sur le transfert d\u2019embryons con\u00e7us du vivant de son mari et comportant leur patrimoine g\u00e9n\u00e9tique.<\/p>\n<p>50. La requ\u00e9rante souligne que si cette ing\u00e9rence est pr\u00e9vue par la loi, cette derni\u00e8re ne constitue pas un obstacle incontournable \u00e0 l\u2019exportation de gam\u00e8tes ou d\u2019embryons aux fins d\u2019une AMP post mortem permise dans d\u2019autres pays. Elle se r\u00e9f\u00e8re \u00e0 cet \u00e9gard \u00e0 la jurisprudence du Conseil d\u2019\u00c9tat et des tribunaux administratifs (paragraphes 29 \u00e0 31 et 36 ci-dessus).<\/p>\n<p>51. La requ\u00e9rante consid\u00e8re que les buts l\u00e9gitimes avanc\u00e9s par le Gouvernement tenant tant \u00e0 la protection de l\u2019enfant \u00e0 na\u00eetre qu\u2019\u00e0 celle de la protection de la dignit\u00e9 de la personne humaine sont empreints de pr\u00e9jug\u00e9s qui portent atteinte au droit au respect de sa vie priv\u00e9e et familiale. Son objectif serait uniquement de poursuivre un projet familial engag\u00e9 avec son mari du vivant de celui-ci et auquel il avait pleinement consenti, et sur la r\u00e9alisation duquel elle a eu le temps de r\u00e9fl\u00e9chir apr\u00e8s le d\u00e9c\u00e8s.<\/p>\n<p>52. S\u2019agissant de la n\u00e9cessit\u00e9 et de la proportionnalit\u00e9 de l\u2019ing\u00e9rence, la requ\u00e9rante soutient, tout d\u2019abord, que la large marge d\u2019appr\u00e9ciation accord\u00e9e \u00e0 l\u2019\u00c9tat fran\u00e7ais doit \u00eatre relativis\u00e9e par le fait que sa demande vise l\u2019exportation d\u2019embryons en vue d\u2019un transfert post mortem dans un pays qui autorise cette pratique. Elle souligne ensuite que l\u2019enjeu de son affaire n\u2019est pas celui de la possibilit\u00e9 d\u2019\u00eatre m\u00e8re g\u00e9n\u00e9tique, mais d\u2019utiliser les embryons contenant le patrimoine g\u00e9n\u00e9tique du couple qu\u2019elle a form\u00e9 avec son d\u00e9funt mari. Elle fait valoir que les circonstances particuli\u00e8res retenues par le juge administratif, dans un jugement du 11 octobre 2016, pour autoriser l\u2019exportation de gam\u00e8tes vers un pays pratiquant la procr\u00e9ation post mortem ne sont pas diff\u00e9rentes des siennes (paragraphe 36 ci-dessus). Enfin, elle consid\u00e8re que chaque fois qu\u2019un homme a exprim\u00e9, de son vivant, son consentement au transfert in utero d\u2019un embryon apr\u00e8s son d\u00e9c\u00e8s, cette circonstance devrait l\u2019emporter sur l\u2019interdiction de procr\u00e9er \u00e0 titre posthume.<\/p>\n<p>b) Le Gouvernement<\/p>\n<p>53. Le Gouvernement conteste l\u2019existence d\u2019une ing\u00e9rence en l\u2019esp\u00e8ce d\u00e8s lors que les requ\u00e9rantes ne seraient pas priv\u00e9es, du fait du refus de transfert des gam\u00e8tes ou des embryons vers un pays autorisant l\u2019AMP post\u00a0mortem, de la possibilit\u00e9 d\u2019\u00eatre un parent g\u00e9n\u00e9tique. Il souligne que si la Cour a reconnu l\u2019applicabilit\u00e9 de l\u2019article 8 \u00e0 un refus d\u2019ins\u00e9mination artificielle, qui concerne \u00ab\u00a0la vie priv\u00e9e et familiale\u00a0\u00bb des requ\u00e9rants, c\u2019est dans la mesure o\u00f9 \u00ab\u00a0ces notions incluent le droit au respect de la d\u00e9cision de devenir parents g\u00e9n\u00e9tiques\u00a0\u00bb (Dickson c. Royaume-Uni [GC], no 44362\/04, \u00a7\u00a066, CEDH 2007-V). Le droit des requ\u00e9rantes ne s\u2019\u00e9tendrait pas au droit de concevoir un enfant avec les gam\u00e8tes de leurs compagnons d\u00e9c\u00e9d\u00e9s.<\/p>\n<p>54. Dans le cas o\u00f9 la Cour consid\u00e9rerait que l\u2019interdiction critiqu\u00e9e constitue une ing\u00e9rence, le Gouvernement soutient que celle-ci est pr\u00e9vue par la loi, \u00e0 savoir les articles L. 2141-2 et 2141-11-1 du CSP, et poursuit le but l\u00e9gitime de \u00ab\u00a0protection des droits et libert\u00e9s d\u2019autrui\u00a0\u00bb, en l\u2019esp\u00e8ce ceux de l\u2019enfant \u00e0 na\u00eetre et de ses parents.<\/p>\n<p>55. D\u2019apr\u00e8s lui, l\u2019interdiction r\u00e9pond en premier lieu \u00e0 la n\u00e9cessit\u00e9 de pr\u00e9server l\u2019int\u00e9r\u00eat de l\u2019enfant \u00e0 na\u00eetre en \u00e9vitant qu\u2019il naisse dans un contexte de deuil de son p\u00e8re, risquant de marquer son r\u00e9cit identitaire, et qu\u2019il soit susceptible d\u2019\u00eatre instrumentalis\u00e9 en tant que figure de remplacement du p\u00e8re disparu. Il y aurait lieu aussi de prot\u00e9ger le droit de l\u2019enfant de conna\u00eetre ses parents et d\u2019\u00eatre \u00e9lev\u00e9 par eux tel que garanti par l\u2019article 7 de la Convention internationale des droits de l\u2019enfant. En second lieu, elle viserait \u00e0 la protection de la dignit\u00e9 de la personne humaine, qui impose le recueil du consentement libre et \u00e9clair\u00e9 des deux parents, ce que compliquent le d\u00e9c\u00e8s de l\u2019un et le deuil de l\u2019autre. Le consentement \u00e0 une AMP donn\u00e9 par un homme de son vivant ne serait plus libre et \u00e9clair\u00e9 s\u2019il produisait ses effets apr\u00e8s le d\u00e9c\u00e8s, sans que l\u2019homme ait eu la possibilit\u00e9 de le r\u00e9voquer. Le consentement de la femme, donn\u00e9 dans un contexte de deuil r\u00e9cent, pouvant la fragiliser, notamment face \u00e0 d\u2019\u00e9ventuelles pressions, serait \u00e9galement susceptible d\u2019\u00eatre mis en question. La continuation du projet parental pourrait s\u2019apparenter \u00e0 un d\u00e9ni de d\u00e9c\u00e8s plut\u00f4t qu\u2019\u00e0 un projet monoparental choisi d\u00e9lib\u00e9r\u00e9ment et de mani\u00e8re \u00e9clair\u00e9e.<\/p>\n<p>56. S\u2019agissant de la n\u00e9cessit\u00e9 de l\u2019interdiction,\u00a0le Gouvernement fait valoir qu\u2019il y a lieu de reconna\u00eetre une ample marge d\u2019appr\u00e9ciation \u00e0 l\u2019\u00c9tat, en l\u2019absence de communaut\u00e9 de vues aux niveaux international et europ\u00e9en sur les questions moralement et \u00e9thiquement d\u00e9licates soulev\u00e9es en l\u2019esp\u00e8ce. Compte tenu de cette marge d\u2019appr\u00e9ciation, il soutient que l\u2019\u00c9tat a m\u00e9nag\u00e9 un juste \u00e9quilibre entre les int\u00e9r\u00eats en pr\u00e9sence, dont il convient de ne pas se s\u00e9parer. \u00c0 cet \u00e9gard, il renvoie, d\u2019une part, aux choix op\u00e9r\u00e9s par le l\u00e9gislateur tels que rappel\u00e9s au paragraphe 26 ci-dessus, et, d\u00e9fend, d\u2019autre part, le caract\u00e8re proportionn\u00e9 de l\u2019ing\u00e9rence pour les motifs suivants.<\/p>\n<p>57. En premier lieu, l\u2019interdiction n\u2019a pas pour effet de priver les requ\u00e9rantes de la possibilit\u00e9 de devenir m\u00e8re g\u00e9n\u00e9tique. En second lieu, le juge interne a appr\u00e9ci\u00e9 l\u2019existence ou l\u2019absence de circonstances permettant de renverser une forme de pr\u00e9somption d\u2019intention frauduleuse de la part des requ\u00e9rantes, qui cherchaient \u00e0 se voir appliquer des dispositions l\u00e9gislatives \u00e9trang\u00e8res plus permissives que la loi fran\u00e7aise. Or, cet examen n\u2019a pas permis d\u2019\u00e9tablir que des circonstances exceptionnelles justifiaient d\u2019\u00e9carter, aux cas d\u2019esp\u00e8ce, la loi fran\u00e7aise, en l\u2019absence de lien particulier des requ\u00e9rantes avec l\u2019Espagne ou de toute autre circonstance qui aurait \u00e9t\u00e9 de nature \u00e0 caract\u00e9riser une atteinte excessive au droit prot\u00e9g\u00e9 par l\u2019article 8 de la Convention. Aucune raison s\u00e9rieuse ne justifierait d\u2019en juger autrement pour la Cour.<\/p>\n<p>58. Enfin, le Gouvernement soutient qu\u2019il n\u2019est pas paradoxal d\u2019ouvrir l\u2019AMP aux couples de femmes et aux femmes seules tout en maintenant la prohibition de la conception posthume, l\u2019ouverture de l\u2019une ne commandant pas celle de l\u2019autre en raison de la diff\u00e9rence des situations\u00a0: une femme qui s\u2019engage volontairement dans un projet monoparental et qui con\u00e7oit, d\u00e8s l\u2019origine, un \u00e9quilibre familial, dans ce cadre, ne serait pas plac\u00e9e dans la m\u00eame situation qu\u2019une femme qui partageait un projet parental avec son conjoint, interrompu par le d\u00e9c\u00e8s de ce dernier.<\/p>\n<p>2. Appr\u00e9ciation de la Cour<\/p>\n<p>a) Observations pr\u00e9liminaires<\/p>\n<p>59. Dans l\u2019arr\u00eat Pej\u0159ilov\u00e1, pr\u00e9cit\u00e9, concernant une requ\u00e9rante qui s\u2019\u00e9tait vu opposer le rejet de sa demande tendant \u00e0 recourir \u00e0 l\u2019AMP \u00e0 l\u2019aide des gam\u00e8tes de son conjoint d\u00e9c\u00e9d\u00e9 au motif que la loi interne n\u2019autorisait ce mode d\u2019ins\u00e9mination que pour les couples et entre vifs, la Cour a conclu \u00e0 la non-violation de l\u2019article 8 de la Convention. En l\u2019absence d\u2019un consensus au sein des \u00c9tats membres du Conseil de l\u2019Europe sur la procr\u00e9ation post\u00a0mortem, elle a jug\u00e9 qu\u2019il n\u2019y avait aucune raison de se d\u00e9partir de l\u2019interpr\u00e9tation retenue par les juridictions internes de la loi exigeant le renouvellement du consentement de l\u2019\u00e9poux avant chaque tentative de f\u00e9condation artificielle. Elle a ainsi consid\u00e9r\u00e9 que le droit au respect de la d\u00e9cision de la requ\u00e9rante d\u2019avoir un enfant partageant les g\u00e8nes de son \u00e9poux d\u00e9c\u00e9d\u00e9 ne devait pas se voir accorder plus de poids que les int\u00e9r\u00eats g\u00e9n\u00e9raux l\u00e9gitimes prot\u00e9g\u00e9s par la l\u00e9gislation en cause (\u00a7\u00a7 46 et 62). Elle a soulign\u00e9 la compatibilit\u00e9 avec l\u2019article 8 du choix op\u00e9r\u00e9 par le l\u00e9gislateur d\u2019interdire de mani\u00e8re absolue la procr\u00e9ation post mortem, c\u2019est-\u00e0-dire sans mise en balance des int\u00e9r\u00eats au cas par cas, dans un souci de coh\u00e9rence et de s\u00e9curit\u00e9 juridique (\u00a7 58). Parmi les \u00e9l\u00e9ments pesant dans la balance, elle a relev\u00e9 que la l\u00e9gislation tch\u00e8que n\u2019interdisait pas \u00e0 une personne de se rendre \u00e0 l\u2019\u00e9tranger pour y obtenir une f\u00e9condation post mortem dans un pays qui l\u2019autorise, sous r\u00e9serve des garanties tenant au consentement \u00e9clair\u00e9 pr\u00e9alable de l\u2019homme d\u00e9c\u00e9d\u00e9 (\u00a7 60).<\/p>\n<p>60. En l\u2019esp\u00e8ce, et comme dans l\u2019affaire Pej\u0159ilov\u00e1 (\u00a7\u00a7 43 \u00e0 46), il y a lieu d\u2019accorder \u00e0 l\u2019\u00c9tat d\u00e9fendeur une ample marge d\u2019appr\u00e9ciation, d\u00e8s lors que le recours aux techniques d\u2019AMP soul\u00e8ve des questions morales et \u00e9thiques sensibles et qu\u2019il n\u2019existe pas de communaut\u00e9 de vue claire entre les \u00c9tats membres du Conseil de l\u2019Europe sur la question de la procr\u00e9ation post\u00a0mortem (voir, \u00e9galement, les \u00e9l\u00e9ments de droit compar\u00e9 cit\u00e9s aux paragraphes\u00a038 et 39 ci-dessus).<\/p>\n<p>61. En revanche, les pr\u00e9sentes affaires se diff\u00e9rencient de l\u2019affaire Pej\u0159ilov\u00e1 sur deux points. En premier lieu, \u00e0 la diff\u00e9rence de la l\u00e9gislation tch\u00e8que qui se borne \u00e0 prohiber la conception post mortem sur le territoire national, l\u2019interdiction, dans la l\u00e9gislation fran\u00e7aise, d\u2019exporter des gam\u00e8tes ou embryons conserv\u00e9s en France vers un pays \u00e9tranger \u00e0 des fins qui sont prohib\u00e9es sur le territoire national (comparer avec l\u2019arr\u00eat Pej\u0159ilov\u00e1, \u00a7 60), exclut, en principe, la possibilit\u00e9 de recourir \u00e0 une ins\u00e9mination post mortem dans un pays o\u00f9 elle est l\u00e9galis\u00e9e. En second lieu, dans l\u2019affaire no 37138\/20, la requ\u00e9rante demande la possibilit\u00e9 de recourir \u00e0 l\u2019AMP \u00e0 l\u2019aide des embryons conserv\u00e9s par le couple qu\u2019elle formait avec son d\u00e9funt \u00e9poux et non, comme dans la requ\u00eate no 22296\/20 ou l\u2019affaire Pej\u0159ilov\u00e1, des gam\u00e8tes du conjoint d\u00e9c\u00e9d\u00e9. Or, la conservation d\u2019un embryon t\u00e9moigne d\u2019un projet parental plus engag\u00e9 auquel il convient d\u2019accorder une attention particuli\u00e8re du point de vue de l\u2019existence et de l\u2019identit\u00e9 de la femme en question (Parrillo, pr\u00e9cit\u00e9, \u00a7 158, et, \u00e9galement, paragraphe 23 ci-dessus).<\/p>\n<p>62. En outre, la Cour rel\u00e8ve que les requ\u00e9rantes invoquent le caract\u00e8re excessif de cette interdiction au regard du nouveau dispositif l\u00e9gislatif fran\u00e7ais qui aurait, selon elles, une influence sur l\u2019appr\u00e9ciation des faits. Elle note cependant que la loi du 2 ao\u00fbt 2021 relative \u00e0 la bio\u00e9thique a \u00e9t\u00e9 adopt\u00e9e post\u00e9rieurement aux d\u00e9cisions du Conseil d\u2019\u00c9tat statuant sur leurs requ\u00eates. Elle doit donc rechercher si les refus d\u2019autoriser le transfert de France vers l\u2019Espagne des gam\u00e8tes et embryons de leurs maris d\u00e9funts \u00e9taient justifi\u00e9s \u00e0 la date des faits litigieux. Toutefois, dans la mesure o\u00f9 les travaux parlementaires \u00e9taient en cours au moment de la saisine des juridictions internes et qu\u2019ils ont \u00e9t\u00e9 invoqu\u00e9s par les requ\u00e9rantes, elle prendra aussi en consid\u00e9ration, pour son examen, les d\u00e9veloppements intervenus \u00e0 la suite de l\u2019intervention de la loi de 2021.<\/p>\n<p>b) Sur l\u2019observation de l\u2019article 8<\/p>\n<p>i. Sur l\u2019existence d\u2019une \u00ab\u00a0ing\u00e9rence\u00a0\u00bb<\/p>\n<p>63. La Cour rappelle que la possibilit\u00e9 pour une femme d\u2019exercer un choix conscient et r\u00e9fl\u00e9chi quant au sort \u00e0 r\u00e9server \u00e0 ses embryons touche un aspect intime de sa vie personnelle et rel\u00e8ve, \u00e0 ce titre, de son droit \u00e0 l\u2019autod\u00e9termination, et partant de sa vie priv\u00e9e (Parrillo, pr\u00e9cit\u00e9, 159). Elle consid\u00e8re qu\u2019il en est de m\u00eame du projet d\u2019une femme dont le conjoint est d\u00e9c\u00e9d\u00e9 et qui souhaite recourir \u00e0 l\u2019AMP \u00e0 l\u2019aide des gam\u00e8tes de celui-ci. Dans les pr\u00e9sentes affaires, le refus oppos\u00e9 aux requ\u00e9rantes d\u2019exporter les gam\u00e8tes ou embryons conserv\u00e9s en France vers l\u2019Espagne constitue une ing\u00e9rence dans leur droit de tenter de procr\u00e9er en recourant aux techniques d\u2019AMP (Pej\u0159ilov\u00e1, pr\u00e9cit\u00e9, \u00a7 47) afin de poursuivre le projet parental engag\u00e9 du vivant de leur mari.<\/p>\n<p>64. Quant \u00e0 la circonstance, avanc\u00e9e par le Gouvernement en d\u00e9fense, que les requ\u00e9rantes conservent la possibilit\u00e9 de devenir parent g\u00e9n\u00e9tique en concevant un enfant avec un autre homme ou les gam\u00e8tes d\u2019un donneur, la Cour la prendra en compte, au stade de la mise en balance des droits concurrents qu\u2019elle effectuera afin d\u2019appr\u00e9cier le caract\u00e8re proportionn\u00e9 des restrictions litigieuses.<\/p>\n<p>65. Eu \u00e9gard \u00e0 ce qui pr\u00e9c\u00e8de, la Cour consid\u00e8re que les refus litigieux qui se fondent sur les interdictions pos\u00e9es par les articles L. 2141-2 et\u00a0L.\u00a02414-11 du CSP et qui ont eu pour effet de faire obstacle \u00e0 la r\u00e9alisation d\u2019une ins\u00e9mination et d\u2019un transfert d\u2019embryon post mortem dans un pays qui les autorise ont entra\u00een\u00e9 des cons\u00e9quences caract\u00e9risant l\u2019existence d\u2019une ing\u00e9rence dans l\u2019exercice du droit au respect de la vie priv\u00e9e des requ\u00e9rantes.<\/p>\n<p>ii. Sur la base l\u00e9gale de l\u2019ing\u00e9rence<\/p>\n<p>66. Selon la jurisprudence de la Cour, les mots \u00ab\u00a0pr\u00e9vue par la loi\u00a0\u00bb figurant \u00e0 l\u2019article 8 \u00a7 2 imposent non seulement que la ou les mesures incrimin\u00e9es aient une base l\u00e9gale en droit interne, mais visent aussi la qualit\u00e9 de la loi en cause : celle-ci doit \u00eatre accessible au justiciable et pr\u00e9visible. Pour satisfaire \u00e0 la condition de pr\u00e9visibilit\u00e9, la loi doit \u00e9noncer avec suffisamment de pr\u00e9cision les conditions dans lesquelles une mesure peut \u00eatre appliqu\u00e9e, et ce pour permettre aux personnes concern\u00e9es de r\u00e9gler leur conduite en s\u2019entourant au besoin de conseils \u00e9clair\u00e9s (voir, par exemple, Mennesson c. France, no 65192\/11, \u00a7 57, CEDH 2014 (extraits)).<\/p>\n<p>67. Par ailleurs, s\u2019agissant de l\u2019appr\u00e9ciation de la pr\u00e9visibilit\u00e9 de la loi au regard de la jurisprudence, la Cour renvoie aux principes g\u00e9n\u00e9raux tels qu\u2019ils ont \u00e9t\u00e9 r\u00e9cemment rappel\u00e9s dans l\u2019affaire Sanchez c. France ([GC], no\u00a045581\/15, \u00a7\u00a7 125 \u00e0 128, 15 mai 2023).<\/p>\n<p>68. Elle rappelle en particulier qu\u2019il incombe au premier chef aux autorit\u00e9s nationales, et singuli\u00e8rement aux cours et tribunaux, d\u2019interpr\u00e9ter et d\u2019appliquer le droit interne (Satakunnan Markkinap\u00f6rssi Oy et Satamedia Oy c.\u00a0Finlande [GC], no 931\/13, \u00a7 144, 27 juin 2017). Sauf si l\u2019interpr\u00e9tation retenue est arbitraire ou manifestement d\u00e9raisonnable, la t\u00e2che de la Cour se limite \u00e0 d\u00e9terminer si ses effets sont compatibles avec la Convention (Molla Sali c. Gr\u00e8ce\u00a0[GC], no 20452\/14, \u00a7 149, 19\u00a0d\u00e9cembre 2018, Lia c. Malte, no\u00a08709\/20, \u00a7 57, 5 mai 2022).<\/p>\n<p>69. En l\u2019esp\u00e8ce, la Cour rel\u00e8ve que l\u2019Agence de biom\u00e9decine est la seule autorit\u00e9 comp\u00e9tente, en vertu des articles L. 2141-9 et L. 2141-11-1 du CSP, pour autoriser l\u2019exportation de gam\u00e8tes ou le d\u00e9placement transfrontalier d\u2019embryons (paragraphe 20 ci-dessus). Elle consid\u00e8re que, dans les deux pr\u00e9sentes affaires, cette autorit\u00e9 doit \u00eatre regard\u00e9e comme \u00e9tant intervenue pour opposer un refus aux requ\u00e9rantes, dans la mesure o\u00f9, dans la premi\u00e8re, elle a \u00e9t\u00e9 saisie, en vertu des dispositions pr\u00e9cit\u00e9es, d\u2019une demande d\u2019autorisation d\u2019exportation de gam\u00e8tes par l\u2019h\u00f4pital (paragraphes 6, 8 et 10 ci-dessus) et, dans la seconde, elle a pr\u00e9sent\u00e9 des observations devant le Conseil d\u2019\u00c9tat en concluant au rejet de l\u2019appel de la requ\u00e9rante (paragraphe\u00a018 ci-dessus).<\/p>\n<p>70. Par ailleurs, la Cour constate que les requ\u00e9rantes ne mettent pas en cause l\u2019accessibilit\u00e9 et la pr\u00e9visibilit\u00e9 des articles L. 2141-2, L. 2141-9 et\u00a0L.\u00a02141-11-1 du CSP en tant qu\u2019ils posent clairement une interdiction absolue tant de l\u2019ins\u00e9mination post mortem que de l\u2019exportation des gam\u00e8tes ou embryons destin\u00e9s \u00e0 \u00eatre utilis\u00e9s \u00e0 l\u2019\u00e9tranger \u00e0 des fins qui sont prohib\u00e9es sur le territoire national, leur permettant ainsi de pr\u00e9voir qu\u2019elles \u00e9taient vis\u00e9es par ces deux interdictions. L\u2019une d\u2019entre elles fait n\u00e9anmoins valoir que l\u2019interpr\u00e9tation de la \u00ab\u00a0loi\u00a0\u00bb par le Conseil d\u2019\u00c9tat, dans la d\u00e9cision Gonzalez Gomez (paragraphes 29 \u00e0 31 ci-dessus), et par un tribunal administratif dans une d\u00e9cision du 11 octobre 2016 (paragraphe 36 ci-dessus), serait source d\u2019ins\u00e9curit\u00e9 juridique.<\/p>\n<p>71. La Cour qui renvoie aux d\u00e9veloppements ci-dessus s\u2019agissant de la d\u00e9cision Gonzalez Gomez consid\u00e8re que cette derni\u00e8re n\u2019est pas de nature \u00e0 remettre en cause la pr\u00e9visibilit\u00e9 de la loi au sens de la Convention.<\/p>\n<p>72. En effet, elle rappelle qu\u2019elle a maintes fois soulign\u00e9 que le niveau de pr\u00e9cision de la l\u00e9gislation interne \u2013 qui ne peut pr\u00e9voir toutes les hypoth\u00e8ses \u2013 d\u00e9pend dans une large mesure du contenu de la loi en question, du domaine qu\u2019elle est cens\u00e9e couvrir et du nombre et du statut de ceux \u00e0 qui elle s\u2019adresse. Un certain doute \u00e0 propos de cas limites ne suffit donc pas \u00e0 lui seul \u00e0 rendre l\u2019application d\u2019une disposition l\u00e9gale impr\u00e9visible. De m\u00eame, une disposition l\u00e9gale ne se heurte pas \u00e0 l\u2019exigence de \u00ab\u00a0pr\u00e9visibilit\u00e9\u00a0\u00bb aux fins de la Convention du simple fait qu\u2019elle se pr\u00eate \u00e0 plus d\u2019une interpr\u00e9tation\u00a0; il y va de la fonction de d\u00e9cision des tribunaux (Sanchez, pr\u00e9cit\u00e9, \u00a7\u00a7 125 et 126).<\/p>\n<p>73. Elle constate qu\u2019eu \u00e9gard \u00e0 son office, rappel\u00e9 au point 2 de la d\u00e9cision Gomez Gonzalez, le juge interne ne s\u2019est pas limit\u00e9 \u00e0 un contr\u00f4le in abstracto de la base l\u00e9gale de la d\u00e9cision litigieuse mais a \u00e9galement exerc\u00e9 un contr\u00f4le concret de la conventionnalit\u00e9 des cons\u00e9quences engendr\u00e9es par l\u2019application de cette loi pour d\u00e9cider que le refus litigieux \u00e9tait incompatible avec le droit au respect de la vie priv\u00e9e et familiale garanti par la Convention \u00e0 raison de son caract\u00e8re disproportionn\u00e9 dans les circonstances de l\u2019esp\u00e8ce. Or, un tel contr\u00f4le concret des effets attach\u00e9s, dans une situation donn\u00e9e, \u00e0 la mise en \u0153uvre de la loi, effectu\u00e9 pr\u00e9alablement \u00e0 la saisine de la Cour dans le cadre du principe de subsidiarit\u00e9 (voir, sur le contr\u00f4le de conventionnalit\u00e9, Charron et Merle-Montet c. France (d\u00e9c.), no 22612\/15, 16 janvier 2018\u00a0; Graner c.\u00a0France, no 84536\/17, 5 mai 2020), ne saurait avoir pour effet de rendre l\u2019interpr\u00e9tation ou l\u2019application de celle-ci par les juridictions internes impr\u00e9visible ou arbitraire.<\/p>\n<p>74. De l\u2019ensemble de ces consid\u00e9rations, la Cour d\u00e9duit que l\u2019ing\u00e9rence litigieuse \u00e9tait \u00ab\u00a0pr\u00e9vue par la loi\u00a0\u00bb.<\/p>\n<p>iii. Sur la l\u00e9gitimit\u00e9 du but poursuivi<\/p>\n<p>75. La Cour rel\u00e8ve que les requ\u00e9rantes et le Gouvernement ne s\u2019accordent pas sur les buts l\u00e9gitimes poursuivis par l\u2019ing\u00e9rence litigieuse. Le Gouvernement invoque celui de la \u00ab\u00a0protection des droits et libert\u00e9 d\u2019autrui\u00a0\u00bb qu\u2019impliquent le respect de la dignit\u00e9 des personnes et le libre arbitre ainsi que l\u2019int\u00e9r\u00eat de l\u2019enfant \u00e0 na\u00eetre. Les requ\u00e9rantes font valoir qu\u2019en tout \u00e9tat de cause, ces buts ne sont en rien contrari\u00e9s par les projets parentaux libres et \u00e9clair\u00e9s qu\u2019elles avaient form\u00e9s avec leur mari avant leur d\u00e9c\u00e8s.<\/p>\n<p>76. En premier lieu, la Cour qui note, qu\u2019\u00e0 la date des demandes et des refus litigieux, la possibilit\u00e9 de recourir \u00e0 l\u2019AMP \u00e9tait subordonn\u00e9e \u00e0 la v\u00e9rification du projet parental et du consentement de chacun des membres du couple, consid\u00e8re, comme dans les affaires Evans et Pej\u0159ilov\u00e1 pr\u00e9cit\u00e9s, (\u00a7\u00a7\u00a089 et 52 respectivement), que dans les circonstances des esp\u00e8ces, les ing\u00e9rences litigieuses ont vis\u00e9 \u00e0 garantir le respect de la dignit\u00e9 humaine et du libre arbitre et \u00e0 atteindre un juste \u00e9quilibre entre les int\u00e9r\u00eats des diff\u00e9rentes parties prenantes \u00e0 une AMP.<\/p>\n<p>77. En second lieu, la Cour rel\u00e8ve que les interdictions litigieuses d\u00e9coulent de la conception de la famille, telle qu\u2019elle pr\u00e9valait \u00e0 la date des faits litigieux, qui s\u2019est notamment traduite par le refus du l\u00e9gislateur d\u2019autoriser le recours \u00e0 l\u2019AMP, alors con\u00e7u comme devant se borner \u00e0 rem\u00e9dier \u00e0 l\u2019infertilit\u00e9 d\u2019un couple, pour faire na\u00eetre un enfant sans p\u00e8re. Ainsi que l\u2019indiquent plusieurs rapports et \u00e9tudes cit\u00e9s dans la partie de droit interne ou le syst\u00e8me d\u2019acc\u00e8s \u00e0 l\u2019AMP examin\u00e9 dans l\u2019affaire Pej\u0159ilov\u00e1, la conception posthume soul\u00e8ve des \u00ab\u00a0questions \u00e9thiques m\u00eal\u00e9es \u00e0 des consid\u00e9rations d\u2019int\u00e9r\u00eat public pouvant se rattacher, entre autres, \u00e0 la situation des enfants \u00e0 na\u00eetre\u00a0\u00bb (\u00a7 50).<\/p>\n<p>78. Dans ces conditions la Cour admet que les ing\u00e9rences litigieuses r\u00e9pondaient aux buts l\u00e9gitimes de la \u00ab\u00a0protection des droits et libert\u00e9s d\u2019autrui\u00a0\u00bb et de \u00ab\u00a0la protection de la morale\u00a0\u00bb.<\/p>\n<p>iv. Sur la n\u00e9cessit\u00e9 de l\u2019ing\u00e9rence dans une soci\u00e9t\u00e9 d\u00e9mocratique<\/p>\n<p>1) Principes g\u00e9n\u00e9raux<\/p>\n<p>79. La Cour renvoie aux principes g\u00e9n\u00e9raux tel qu\u2019ils ont \u00e9t\u00e9 \u00e9nonc\u00e9s dans les affaires S.H. et autres et Parrillo pr\u00e9cit\u00e9s (respectivement \u00a7\u00a7 91 \u00e0 97 et \u00a7\u00a7\u00a0168 \u00e0 173) et rappel\u00e9s dans l\u2019affaire Pej\u0159ilov\u00e1 (\u00a7\u00a7 55 et 58).<\/p>\n<p>80. Elle rappelle en particulier que les choix op\u00e9r\u00e9s par le l\u00e9gislateur dans le domaine d\u00e9licat de la procr\u00e9ation artificielle n\u2019\u00e9chappent pas \u00e0 son contr\u00f4le. Il lui incombe d\u2019examiner attentivement les arguments dont le l\u00e9gislateur a tenu compte pour parvenir aux solutions qu\u2019il a retenues et de rechercher si un juste \u00e9quilibre a \u00e9t\u00e9 m\u00e9nag\u00e9 entre les divers int\u00e9r\u00eats l\u00e9gitimes en jeu (S.H. et autres, pr\u00e9cit\u00e9, \u00a7 97, Parillo, pr\u00e9cit\u00e9, \u00a7\u00a7 188 et 197). En outre, malgr\u00e9 l\u2019ample marge d\u2019appr\u00e9ciation dont les \u00c9tats contractants b\u00e9n\u00e9ficient dans ce domaine, le cadre juridique mis en place doit \u00eatre coh\u00e9rent (idem, \u00a7\u00a0100, Evans, pr\u00e9cit\u00e9, \u00a7 89, Costa et Pavan c. Italie, no 54270\/10, \u00a7\u00a7 64 et 71, 28 ao\u00fbt 2012).<\/p>\n<p>2) Application en l\u2019esp\u00e8ce<\/p>\n<p>81. D\u2019une part, la Cour ne dispose d\u2019aucun \u00e9l\u00e9ment de nature \u00e0 la faire douter de la volont\u00e9 libre et \u00e9clair\u00e9e des requ\u00e9rantes de poursuivre les projets parentaux qu\u2019elles avaient form\u00e9s avec leurs conjoints d\u00e9c\u00e9d\u00e9s. Elle note que les projets en question et les consentements auxquels leurs r\u00e9alisations \u00e9taient subordonn\u00e9es n\u2019ont pas \u00e9t\u00e9 remis en cause par les juridictions internes. Elle constate que seule la poursuite des techniques d\u2019AMP engag\u00e9es du vivant de ces derniers leur aurait permis de voir respecter leur d\u00e9cision d\u2019avoir un enfant partageant leur patrimoine g\u00e9n\u00e9tique. Au vu de l\u2019importance du droit \u00e0 l\u2019autod\u00e9termination personnelle, la Cour consid\u00e8re que les interdictions litigieuses soul\u00e8vent une question cruciale pour les requ\u00e9rantes et s\u00e9rieuse au regard du droit au respect de leur vie priv\u00e9e.<\/p>\n<p>82. D\u2019autre part, elle rel\u00e8ve que la loi fran\u00e7aise interdit depuis 1994, de mani\u00e8re absolue, la procr\u00e9ation post mortem. Les articles L. 2141-2, L.\u00a02141\u20119 et L. 2141-11-1 interdisent l\u2019ins\u00e9mination posthume et l\u2019exportation des gam\u00e8tes ou embryons \u00e0 l\u2019\u00e9tranger s\u2019ils sont destin\u00e9s \u00e0 \u00eatre utilis\u00e9s \u00e0 des fins qui sont prohib\u00e9es sur le territoire national. Elle rappelle au demeurant que, tout en pr\u00e9cisant que cela ne faisait pas obstacle \u00e0 l\u2019exercice d\u2019un contr\u00f4le in concreto de l\u2019atteinte port\u00e9e au droit au respect de la vie priv\u00e9e des requ\u00e9rantes, le Conseil d\u2019\u00c9tat a admis la compatibilit\u00e9, dans son principe, de l\u2019interdiction absolue avec l\u2019article 8 de la Convention au motif \u00ab\u00a0qu\u2019elle rel\u00e8ve de la marge d\u2019appr\u00e9ciation dont chaque \u00c9tat dispose, dans sa juridiction, pour l\u2019application de la [CEDH]\u00a0\u00bb. \u00c0 cet \u00e9gard, la Cour rappelle qu\u2019il n\u2019existe pas de consensus europ\u00e9en sur le point de savoir si la conception posthume doit \u00eatre ou non autoris\u00e9e (paragraphes 38, 39 et 60 ci-dessus) et que, partant, une ample marge d\u2019appr\u00e9ciation doit \u00eatre accord\u00e9e \u00e0 l\u2019\u00c9tat d\u00e9fendeur.<\/p>\n<p>83. Au vu de l\u2019ensemble des consid\u00e9rations qui pr\u00e9c\u00e8dent, il revient \u00e0 la Cour de rechercher si les autorit\u00e9s internes ont m\u00e9nag\u00e9 un juste \u00e9quilibre entre les int\u00e9r\u00eats concurrents en jeu, \u00e0 savoir l\u2019int\u00e9r\u00eat personnel des requ\u00e9rantes \u00e0 poursuivre leur projet parental, et les motifs d\u2019int\u00e9r\u00eat g\u00e9n\u00e9ral d\u2019ordre \u00e9thique avanc\u00e9s par le l\u00e9gislateur et le Gouvernement.<\/p>\n<p>84. En premier lieu, s\u2019agissant du caract\u00e8re absolu de l\u2019interdiction de l\u2019ins\u00e9mination post mortem, la Cour rappelle que cette derni\u00e8re vise la sauvegarde d\u2019int\u00e9r\u00eats g\u00e9n\u00e9raux relevant de consid\u00e9rations d\u2019ordre moral ou \u00e9thique. Elle note que cette interdiction rel\u00e8ve d\u2019un choix politique remontant \u00e0 la premi\u00e8re loi bio\u00e9thique de 1994 et qui a \u00e9t\u00e9 constamment r\u00e9it\u00e9r\u00e9 \u00e0 l\u2019occasion des r\u00e9visions p\u00e9riodiques de celle-ci et, r\u00e9cemment, en 2021, dans le cadre de d\u00e9bats l\u00e9gislatifs approfondis. Elle constate que le processus l\u00e9gislatif a abouti au maintien du statu quo, compte tenu des enjeux \u00e9thiques sp\u00e9cifiques li\u00e9s \u00e0 la procr\u00e9ation post mortem. Elle rappelle que lorsque des questions de politique g\u00e9n\u00e9rale sont en jeu, sur lesquelles de profondes divergences peuvent raisonnablement exister dans un \u00c9tat d\u00e9mocratique, il y a lieu d\u2019accorder une importance particuli\u00e8re au r\u00f4le du d\u00e9cideur national. Il en va d\u2019autant plus ainsi lorsque, comme en l\u2019esp\u00e8ce, il s\u2019agit d\u2019une question de soci\u00e9t\u00e9.<\/p>\n<p>85. La Cour rel\u00e8ve ensuite qu\u2019il r\u00e9sulte clairement des dispositions l\u00e9gislatives applicables et de la jurisprudence du Conseil d\u2019\u00c9tat que l\u2019interdiction d\u2019exportation des gam\u00e8tes ou des embryons d\u00e9pos\u00e9s et conserv\u00e9s en France est le corollaire de l\u2019interdiction de l\u2019ins\u00e9mination posthume sur le territoire national. L\u2019interdiction d\u2019exportation, qui revient \u00e0 exporter l\u2019interdiction de la procr\u00e9ation post mortem, vise ainsi \u00e0 faire obstacle au risque de contournement du respect des dispositions du code de la sant\u00e9 publique posant cette interdiction. De l\u2019avis de la Cour, il n\u2019y a rien d\u2019incoh\u00e9rent avec l\u2019objectif ainsi d\u00e9fini du l\u00e9gislateur \u00e0 admettre que l\u2019interdiction d\u2019exportation litigieuse est compatible par principe avec le droit au respect de la vie priv\u00e9e, sauf \u00e0 vider de sa substance l\u2019interdiction absolue de l\u2019ins\u00e9mination post mortem.<\/p>\n<p>86. S\u2019il est vrai que l\u2019argument avanc\u00e9 par le Gouvernement quant \u00e0 la possibilit\u00e9 pour les requ\u00e9rantes de concevoir un enfant avec un autre homme ou avec les gam\u00e8tes d\u2019un donneur pour justifier de la n\u00e9cessit\u00e9 de l\u2019ing\u00e9rence est inop\u00e9rant au regard de l\u2019objet du grief qu\u2019elles soul\u00e8vent devant la Cour, les \u00e9l\u00e9ments qu\u2019il d\u00e9veloppe sur les raisons du choix du l\u00e9gislateur en faveur d\u2019une interdiction absolue et sur l\u2019application qui en a \u00e9t\u00e9 faite par le juge administratif sont d\u00e9cisifs pour l\u2019examen de la compatibilit\u00e9 des refus litigieux avec l\u2019article 8. D\u2019une part, et jusqu\u2019\u00e0 l\u2019intervention de la loi de\u00a02021, le l\u00e9gislateur s\u2019est efforc\u00e9 de concilier la volont\u00e9 d\u2019\u00e9largir l\u2019acc\u00e8s \u00e0 l\u2019AMP, compte tenu des avanc\u00e9es m\u00e9dicales, scientifiques et technologiques, et le respect des pr\u00e9occupations de la soci\u00e9t\u00e9 quant aux questionnements \u00e9thiques d\u00e9licats soulev\u00e9s par la perspective de la conception posthume. D\u2019autre part, et ainsi que l\u2019a jug\u00e9 le Conseil d\u2019\u00c9tat, l\u2019interdiction d\u2019exportation des gam\u00e8tes ou des embryons proc\u00e8de du souci de m\u00e9nager un \u00e9quilibre entre les int\u00e9r\u00eats concurrents \u00e0 la lumi\u00e8re de l\u2019objectif vis\u00e9 par le l\u00e9gislateur de ne pas rendre possible une forme de \u00ab\u00a0dumping\u00a0\u00bb \u00e9thique.<\/p>\n<p>87. En deuxi\u00e8me lieu, la Cour consid\u00e8re que les d\u00e9veloppements qui pr\u00e9c\u00e8dent sont \u00e9galement pertinents en ce qui concerne l\u2019interdiction du transfert d\u2019embryon post mortem. Elle observe que les r\u00e9visions successives de la loi bio\u00e9thique n\u2019ont jamais conduit \u00e0 \u00e9tablir une diff\u00e9rence selon que les demandes d\u2019AMP concernent l\u2019ins\u00e9mination ou le transfert d\u2019embryons apr\u00e8s la mort. Le refus d\u2019\u00e9tablir une distinction entre les deux situations, en d\u00e9pit des propositions formul\u00e9es en ce sens (paragraphe 23 ci-dessus), r\u00e9v\u00e8lent la sensibilit\u00e9 et la complexit\u00e9 des enjeux soulev\u00e9s par la question de l\u2019ouverture de l\u2019AMP post mortem. Le Conseil d\u2019\u00c9tat a \u00e9galement pr\u00e9cis\u00e9 que le contr\u00f4le de la compatibilit\u00e9 des dispositions litigieuses et de leur mise en \u0153uvre avec l\u2019article 8 ne diff\u00e9rait pas dans le cas d\u2019un litige concernant les embryons (paragraphes 19 et 33 ci-dessus). Pour sa part, la Cour rappelle qu\u2019elle ne reconna\u00eet pas \u00e0 l\u2019embryon la qualit\u00e9 de sujet de droit autonome (Vo c. France [GC], no 53924\/00, \u00a7 82, CEDH 2004-VIII, Evans, pr\u00e9cit\u00e9, \u00a7\u00a7 54-56). Dans ces conditions, elle consid\u00e8re que le l\u00e9gislateur, en optant pour une interdiction du transfert d\u2019embryons apr\u00e8s la mort n\u2019a pas outrepass\u00e9 sa marge d\u2019appr\u00e9ciation.<\/p>\n<p>88. Enfin, et en troisi\u00e8me lieu, la circonstance qu\u2019une loi soit reconnue dans son principe comme compatible avec les exigences attach\u00e9es au respect de l\u2019article 8 ne dispense pas, y compris lorsque comme en l\u2019esp\u00e8ce elle pose une interdiction g\u00e9n\u00e9rale et absolue, d\u2019examiner les effets produits, dans une situation donn\u00e9e, par l\u2019application de cette loi. La Cour souligne que c\u2019est ainsi que le Conseil d\u2019\u00c9tat a exerc\u00e9 son contr\u00f4le des circonstances des deux pr\u00e9sentes affaires conform\u00e9ment \u00e0 la m\u00e9thodologie qu\u2019il a arr\u00eat\u00e9e dans sa d\u00e9cision Gonzalez Gomez. Il a relev\u00e9 qu\u2019en pr\u00e9sentant les demandes litigieuses, les requ\u00e9rantes avaient pour seule intention de contourner la loi fran\u00e7aise et ne faisaient \u00e9tat d\u2019aucune circonstance particuli\u00e8re susceptible de permettre d\u2019\u00e9carter l\u2019application de celle-ci. Il a constat\u00e9 qu\u2019elles n\u2019avaient pas de lien avec l\u2019Espagne et que les seules circonstances du consentement de l\u2019\u00e9poux d\u00e9c\u00e9d\u00e9 ou de la pr\u00e9sence d\u2019un embryon ne suffisaient pas \u00e0 \u00e9tablir une atteinte excessive \u00e0 leur droit au respect de leur volont\u00e9. Pour sa part, et en l\u2019absence de toute autre circonstance particuli\u00e8re invoqu\u00e9e par les requ\u00e9rantes devant elle, la Cour consid\u00e8re que, dans les circonstances de l\u2019esp\u00e8ce, il n\u2019y a pas lieu de se d\u00e9partir des solutions retenues par le juge interne.<\/p>\n<p>v. Conclusion<\/p>\n<p>89. Au b\u00e9n\u00e9fice de l\u2019ensemble des consid\u00e9rations qui pr\u00e9c\u00e8dent, la Cour conclut que les autorit\u00e9s internes ont m\u00e9nag\u00e9 un juste \u00e9quilibre entre les int\u00e9r\u00eats concurrents en jeu, et que l\u2019\u00c9tat d\u00e9fendeur n\u2019a pas outrepass\u00e9 la marge d\u2019appr\u00e9ciation dont il disposait. Il s\u2019ensuit qu\u2019il n\u2019y a pas eu violation de l\u2019article 8 de la Convention.<\/p>\n<p>90. N\u00e9anmoins, la Cour reconna\u00eet que l\u2019ouverture, depuis 2021, par le l\u00e9gislateur de l\u2019AMP aux couples de femmes et aux femmes seules pose de mani\u00e8re renouvel\u00e9e la pertinence de la justification du maintien de l\u2019interdiction d\u00e9nonc\u00e9e par les requ\u00e9rantes. La Cour rappelle en effet que malgr\u00e9 l\u2019ample marge d\u2019appr\u00e9ciation dont b\u00e9n\u00e9ficient les \u00c9tats en mati\u00e8re de bio\u00e9thique, le cadre juridique mis en place par ces \u00c9tats doit \u00eatre coh\u00e9rent (S.H. et autres, pr\u00e9cit\u00e9, \u00a7 100, Costa et Pavan, \u00a7\u00a7 64 et 71).<\/p>\n<p><strong>PAR CES MOTIFS, LA COUR, \u00c0 L\u2019UNANIMIT\u00c9,<\/strong><\/p>\n<p>1. D\u00e9cide de joindre les requ\u00eates ;<\/p>\n<p>2. D\u00e9clare les requ\u00eates recevables\u00a0;<\/p>\n<p>3. Dit qu\u2019il n\u2019y a pas eu violation de l\u2019article 8 de la Convention.<\/p>\n<p>Fait en fran\u00e7ais, puis communiqu\u00e9 par \u00e9crit le 14 septembre 2023, en application de l\u2019article\u00a077\u00a0\u00a7\u00a7\u00a02 et\u00a03 du r\u00e8glement.<\/p>\n<p>Victor Soloveytchik \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 Georges Ravarani<br \/>\nGreffier \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 Pr\u00e9sident<\/p>\n<p>___________<\/p>\n<p>Au pr\u00e9sent arr\u00eat se trouve joint, conform\u00e9ment aux articles 45 \u00a7 2 de la Convention et 74 \u00a7 2 du r\u00e8glement, l\u2019expos\u00e9 des opinions s\u00e9par\u00e9es suivantes\u00a0:<\/p>\n<p>\u2013 opinion concordante du juge Ravarani\u00a0;<\/p>\n<p>\u2013 opinion concordante de la juge El\u00f3segui.<\/p>\n<p style=\"text-align: right;\">G.R.<br \/>\nV.S.<\/p>\n<p style=\"text-align: center;\"><strong>OPINION CONCORDANTE DU JUGE RAVARANI<\/strong><\/p>\n<p>Ce n\u2019est pas sans grandes difficult\u00e9s que je me suis r\u00e9solu \u00e0 voter avec mes Coll\u00e8gues en faveur d\u2019une non-violation de l\u2019article\u00a08 de la Convention dans la pr\u00e9sente affaire. Je vais dans la suite donner les raisons de mon vote et expliquer en quoi ont consist\u00e9 mes interrogations.<\/p>\n<p>Les raisons de mon vote. L\u2019arr\u00eat traite d\u2019une question \u00e9pineuse aux forts enjeux \u00e9thiques, \u00e0 savoir la procr\u00e9ation post mortem moyennant don de gam\u00e8tes ou f\u00e9condation in vitro. Il n\u2019y a pas de consensus europ\u00e9en en la mati\u00e8re et \u2013 l\u2019arr\u00eat insiste lourdement sur ce point \u2013 les \u00c9tats membres jouissent d\u2019une ample marge d\u2019appr\u00e9ciation \u00e0 ce sujet.<\/p>\n<p>\u00c0 une \u00e9poque o\u00f9 le r\u00f4le subsidiaire de la Cour en mati\u00e8re de sauvegarde des droits fondamentaux est soulign\u00e9 avec insistance, surtout par certains \u00c9tats, les juges de Strasbourg outrepasseraient leur r\u00f4le et agiraient sans la l\u00e9gitimit\u00e9 requise s\u2019ils imposaient leurs choix \u00e0 un l\u00e9gislateur qui, dans une mati\u00e8re aux enjeux moraux de premier ordre o\u00f9 des consid\u00e9rations sp\u00e9cifiques au contexte national peuvent \u00eatre importantes, s\u2019est engag\u00e9 dans des d\u00e9bats approfondis et a opt\u00e9 pour une solution qui, certes, peut pr\u00eater \u00e0 controverse, mais qui tient compte de tous les int\u00e9r\u00eats l\u00e9gitimes en lice.<\/p>\n<p>Si j\u2019ai donc vot\u00e9 avec mes Coll\u00e8gues pour une non-violation, c\u2019est par d\u00e9f\u00e9rence envers le travail du l\u00e9gislateur fran\u00e7ais et parce que j\u2019ai conscience de mon r\u00f4le limit\u00e9 dans ce contexte.<\/p>\n<p>Ceci ne saurait cependant m\u2019emp\u00eacher d\u2019expliquer pourquoi j\u2019\u00e9prouve un profond malaise en pr\u00e9sence des situations auxquelles se trouvent confront\u00e9es les requ\u00e9rantes dans la pr\u00e9sente affaire.<\/p>\n<p>La l\u00e9gislation applicable. Lorsque le caract\u00e8re pathologique de l\u2019infertilit\u00e9 d\u2019un couple a \u00e9t\u00e9 m\u00e9dicalement constat\u00e9, le droit fran\u00e7ais pr\u00e9voit la possibilit\u00e9, pour rem\u00e9dier \u00e0 cette infertilit\u00e9, d\u2019un recours \u00e0 l\u2019assistance m\u00e9dicale \u00e0 la procr\u00e9ation (AMP). Cependant, la loi interdit, de mani\u00e8re absolue, non seulement la conception post mortem sur le territoire national, mais aussi l\u2019exportation de gam\u00e8tes ou d\u2019embryons \u00e0 des fins prohib\u00e9es en France.<\/p>\n<p>Des rapports \u00e9manant respectivement du Comit\u00e9 consultatif national d\u2019\u00e9thique pour les sciences de la vie et de la sant\u00e9 et du Conseil d\u2019\u00c9tat ont mis en \u00e9vidence les difficult\u00e9s de l\u2019interdiction de la procr\u00e9ation post mortem et surtout de l\u2019interdiction du transfert d\u2019embryons post mortem, mais, lors du vote de la loi no\u00a02021-1017 relative \u00e0 la bio\u00e9thique le 29\u00a0juin 2021, le l\u00e9gislateur, tout en ouvrant l\u2019AMP aux couples de femmes et aux femmes seules, a maintenu l\u2019interdiction de la conception posthume.<\/p>\n<p>La situation des requ\u00e9rantes. S\u2019\u00e9tant vu diagnostiquer une tumeur c\u00e9r\u00e9brale et devant se soumettre \u00e0 une chimioth\u00e9rapie, le mari de Madame Baret avait effectu\u00e9 en 2016 un d\u00e9p\u00f4t de paillettes de sperme en vue d\u2019un futur projet parental. Trois ans plus tard, Madame Baret b\u00e9n\u00e9ficia d\u2019une ins\u00e9mination intra-ut\u00e9rine avec le sperme de son mari. Le premier cycle \u00e9choua, et le deuxi\u00e8me cycle fut interrompu en raison du d\u00e9c\u00e8s du mari au cours du m\u00eame mois. Dans un testament r\u00e9dig\u00e9 au moment du mariage, le mari avait d\u00e9sign\u00e9 la requ\u00e9rante comme l\u2019unique d\u00e9cisionnaire de l\u2019utilisation ou de la destruction de ses paillettes de sperme s\u2019il venait \u00e0 mourir avant une grossesse, en pr\u00e9cisant que, dans ce cas, il aimerait qu\u2019elle \u00ab\u00a0puisse avoir recours \u00e0 la procr\u00e9ation post mortem, peut-\u00eatre dans un autre pays\u00a0\u00bb.<\/p>\n<p>Madame Caballero et son mari avaient deux enfants, n\u00e9s respectivement en 2014 et 2018, lorsqu\u2019ils d\u00e9cid\u00e8rent de poursuivre leur projet familial. Le mari \u00e9tant gravement malade, cinq de leurs embryons furent conserv\u00e9s dans une institution sp\u00e9cialis\u00e9e. Au d\u00e9but de l\u2019ann\u00e9e 2019, le mari attesta de son souhait que la requ\u00e9rante puisse utiliser les embryons conserv\u00e9s s\u2019il venait \u00e0 mourir. Il d\u00e9c\u00e9da trois mois plus tard, avant l\u2019implantation d\u2019un embryon dans l\u2019ut\u00e9rus de l\u2019int\u00e9ress\u00e9e.<\/p>\n<p>Les deux veuves engag\u00e8rent ensuite des d\u00e9marches aupr\u00e8s des autorit\u00e9s en vue du transfert en Espagne, \u00c9tat qui autorise la procr\u00e9ation post mortem, des gam\u00e8tes de son mari pour l\u2019une et des embryons pour l\u2019autre. Elles se virent cependant l\u2019une comme l\u2019autre opposer un refus au motif que la loi fran\u00e7aise interdisait la procr\u00e9ation post mortem et que l\u2019exportation de gam\u00e8tes ou d\u2019embryons \u00e9tait interdite en cas de d\u00e9c\u00e8s du mari.<\/p>\n<p>Toutes les actions en justice qu\u2019elles engag\u00e8rent contre ces d\u00e9cisions devant les juridictions administratives \u00e9chou\u00e8rent. Dans les deux cas, en derni\u00e8re instance, le Conseil d\u2019\u00c9tat d\u00e9bouta les requ\u00e9rantes en soulignant le caract\u00e8re absolu de l\u2019interdiction de la procr\u00e9ation post mortem en France, notant par des motifs surabondants que cette interdiction n\u2019\u00e9tait pas contraire \u00e0 l\u2019article\u00a08 de la Convention. Il pr\u00e9cisa que, dans des circonstances particuli\u00e8res, une interdiction d\u2019exporter les gam\u00e8tes ou embryons pouvait certes constituer une ing\u00e9rence disproportionn\u00e9e dans l\u2019exercice des droits garantis par la Convention, notamment dans le cas o\u00f9 l\u2019\u00e9pouse avait des liens \u00e9troits avec le pays de destination et o\u00f9 aucune intention frauduleuse ne pouvait \u00eatre d\u00e9cel\u00e9e dans la demande d\u2019exportation. Dans le cas des requ\u00e9rantes, cependant, le Conseil d\u2019\u00c9tat ne d\u00e9cela pas pareil lien, et il en conclut que la demande d\u2019exportation ne tendait qu\u2019\u00e0 contourner la loi fran\u00e7aise.<\/p>\n<p>La l\u00e9gitimit\u00e9 de l\u2019interdiction. Estimant que les refus qui leur furent oppos\u00e9s \u00e9taient contraires \u00e0 l\u2019article\u00a08 de la Convention, les deux requ\u00e9rantes ont saisi la Cour. Elles faisaient valoir que l\u2019interdiction litigieuse s\u2019analysait en une ing\u00e9rence dans leurs droits garantis par l\u2019article\u00a08 de la Convention, que son but \u00e9tait empreint de pr\u00e9jug\u00e9s et donc d\u2019une l\u00e9gitimit\u00e9 discutable, et que l\u2019interdiction n\u2019\u00e9tait ni n\u00e9cessaire ni proportionnelle.<\/p>\n<p>Le Gouvernement a non seulement contest\u00e9 qu\u2019il s\u2019ag\u00eet d\u2019une ing\u00e9rence, argument sur lequel il n\u2019y a pas lieu de s\u2019\u00e9tendre, mais il a en outre soutenu que l\u2019interdiction poursuivait un but l\u00e9gitime de \u00ab\u00a0protection des droits et libert\u00e9s d\u2019autrui\u00a0\u00bb, en l\u2019esp\u00e8ce ceux de l\u2019enfant \u00e0 na\u00eetre et de ses parents. Selon lui, cette interdiction r\u00e9pondait en premier lieu \u00e0 la n\u00e9cessit\u00e9 de pr\u00e9server l\u2019int\u00e9r\u00eat de l\u2019enfant en \u00e9vitant qu\u2019il naisse dans un contexte de deuil de son p\u00e8re, qui risquerait de marquer son r\u00e9cit identitaire, et qu\u2019il soit susceptible d\u2019\u00eatre instrumentalis\u00e9 en tant que figure de remplacement de son p\u00e8re disparu. Il ajoutait qu\u2019il y avait lieu \u00e9galement de prot\u00e9ger le droit de l\u2019enfant de conna\u00eetre ses parents et d\u2019\u00eatre \u00e9lev\u00e9 par eux.<\/p>\n<p>Outre que cet argument, qui fr\u00f4le le proc\u00e8s d\u2019intention, est extr\u00eamement hypoth\u00e9tique, il ne saurait valoir, tout simplement parce que, selon une jurisprudence constante de la Cour, l\u2019enfant \u00e0 na\u00eetre n\u2019a pas encore de personnalit\u00e9 (Vo c.\u00a0France [GC], no\u00a053924\/00, 8\u00a0juillet 2004) et par cons\u00e9quent n\u2019a pas d\u2019int\u00e9r\u00eats propres.<\/p>\n<p>En second lieu, l\u2019interdiction viserait la protection de la dignit\u00e9 de la personne humaine, qui impose le recueil du consentement libre et \u00e9clair\u00e9 des deux parents, ce que compliquerait le d\u00e9c\u00e8s de l\u2019un et le deuil de l\u2019autre.<\/p>\n<p>Si le but all\u00e9gu\u00e9 est certes l\u00e9gitime en soi, comment contester le fait que dans les deux cas d\u2019esp\u00e8ce le consentement du mari \u00e9tait extr\u00eamement clair, et qu\u2019il avait en outre \u00e9t\u00e9 donn\u00e9 par \u00e9crit\u00a0?<\/p>\n<p>Tout en acceptant la l\u00e9gitimit\u00e9 du but qui consiste \u00e0 assurer que chacun des membres du couple ait donn\u00e9 son consentement \u00e9clair\u00e9, l\u2019arr\u00eat consid\u00e8re que l\u2019interdiction est justifi\u00e9e \u00e9galement pour une autre raison, \u00e0 savoir la \u00ab\u00a0conception de la famille\u00a0\u00bb telle qu\u2019elle pr\u00e9valait \u00e0 la date des faits litigieux, qui s\u2019est notamment traduite par le refus du l\u00e9gislateur d\u2019autoriser le recours \u00e0 l\u2019AMP pour faire na\u00eetre un enfant sans p\u00e8re, \u00e9tant donn\u00e9 que l\u2019on consid\u00e9rait alors que cette proc\u00e9dure ne devait \u00eatre employ\u00e9e que pour rem\u00e9dier \u00e0 l\u2019infertilit\u00e9 d\u2019un couple. Il souligne que la conception posthume soul\u00e8ve des \u00ab questions \u00e9thiques m\u00eal\u00e9es \u00e0 des consid\u00e9rations d\u2019int\u00e9r\u00eat public pouvant se rattacher, entre autres, \u00e0 la situation des enfants \u00e0 na\u00eetre\u00a0\u00bb.<\/p>\n<p>Voil\u00e0 une justification particuli\u00e8rement difficile \u00e0 accepter, en tout cas dans le contexte de la France. S\u2019il est parfaitement l\u00e9gitime, dans l\u2019abstrait, d\u2019essayer de procurer \u00e0 un enfant \u00e0 na\u00eetre une m\u00e8re et un p\u00e8re pr\u00e9sents et d\u2019\u00e9viter que, d\u00e8s sa naissance, l\u2019enfant ne soit orphelin, l\u2019argument ne saurait valoir dans le contexte fran\u00e7ais depuis que la loi autorise l\u2019AMP aux femmes seules et qu\u2019elle autorise l\u2019ins\u00e9mination par des gam\u00e8tes de tiers donneurs. O\u00f9 est en effet la coh\u00e9rence d\u2019une l\u00e9gislation qui, comme l\u2019a r\u00e9sum\u00e9 parfaitement le Conseil d\u2019\u00c9tat dans l\u2019\u00e9tude intitul\u00e9e R\u00e9vision de la loi bio\u00e9thique\u00a0: quelles options pour demain\u00a0?, cit\u00e9e par extraits au paragraphe\u00a024 de l\u2019arr\u00eat, \u00ab\u00a0reviendrait \u00e0 demander \u00e0 la femme de proc\u00e9der au don ou \u00e0 la destruction de ses embryons, tout en lui offrant la possibilit\u00e9 de proc\u00e9der seule \u00e0 une ins\u00e9mination avec le sperme d\u2019un donneur. Si la conception d\u2019un enfant sans p\u00e8re est autoris\u00e9e, il para\u00eetrait difficile de refuser l\u2019utilisation des embryons du couple, ou des gam\u00e8tes de l\u2019homme, alors qu\u2019ils ont \u00e9t\u00e9 conserv\u00e9s dans le cadre d\u2019un projet parental. Dans cette hypoth\u00e8se, l\u2019injonction faite \u00e0 la femme de renoncer \u00e0 ses embryons pourrait appara\u00eetre arbitraire\u00a0\u00bb\u00a0? Le Gouvernement a entendu se d\u00e9douaner en soutenant \u00ab\u00a0qu\u2019il n\u2019est pas paradoxal d\u2019ouvrir l\u2019AMP aux couples de femmes et aux femmes seules tout en maintenant la prohibition de la conception posthume, l\u2019ouverture de l\u2019une ne commandant pas celle de l\u2019autre en raison de la diff\u00e9rence des situations\u00a0: une femme qui s\u2019engage volontairement dans un projet monoparental et qui con\u00e7oit, d\u00e8s l\u2019origine, un \u00e9quilibre familial, dans ce cadre, ne serait pas plac\u00e9e dans la m\u00eame situation qu\u2019une femme qui partageait un projet parental avec son conjoint, interrompu par le d\u00e9c\u00e8s de ce dernier.\u00a0\u00bb L\u2019argument de la diff\u00e9rence de situations peine \u00e0 convaincre. On peut toujours jouer sur la diff\u00e9rence de situations, mais le fait est que, dans les deux cas, une femme seule donnera naissance \u00e0 un enfant sans p\u00e8re pr\u00e9sent, autrement dit un enfant orphelin.<\/p>\n<p>La n\u00e9cessit\u00e9 et la proportionnalit\u00e9 de l\u2019ing\u00e9rence. Insistant sur l\u2019ample marge d\u2019appr\u00e9ciation des autorit\u00e9s nationales en la mati\u00e8re, le Gouvernement a soutenu que l\u2019\u00c9tat fran\u00e7ais avait m\u00e9nag\u00e9 un juste \u00e9quilibre entre les int\u00e9r\u00eats en pr\u00e9sence. Il a ajout\u00e9 que l\u2019interdiction n\u2019avait pas pour effet de priver les requ\u00e9rantes de la possibilit\u00e9 de devenir m\u00e8res g\u00e9n\u00e9tiques. Il a de plus argu\u00e9 que le juge interne avait appr\u00e9ci\u00e9 l\u2019existence ou l\u2019absence de circonstances permettant de renverser \u00ab\u00a0une forme de pr\u00e9somption d\u2019intention frauduleuse\u00a0\u00bb de la part des requ\u00e9rantes, qui, en sollicitant l\u2019autorisation d\u2019exporter respectivement les gam\u00e8tes et les embryons en question, cherchaient \u00e0 se voir appliquer des dispositions l\u00e9gislatives \u00e9trang\u00e8res plus permissives que la loi fran\u00e7aise.<\/p>\n<p>L\u2019arr\u00eat insiste sur le fait que, malgr\u00e9 l\u2019ample marge d\u2019appr\u00e9ciation dont les \u00c9tats contractants b\u00e9n\u00e9ficient dans ce domaine, le cadre juridique mis en place doit \u00eatre coh\u00e9rent. Or, justement, o\u00f9 est la coh\u00e9rence d\u2019un syst\u00e8me qui prive une femme de la possibilit\u00e9 de porter un enfant provenant des gam\u00e8tes de son conjoint et qui, dans le m\u00eame temps, lui permet de devenir m\u00e8re d\u2019un enfant con\u00e7u avec les gam\u00e8tes d\u2019un tiers donneur\u00a0? Dans les deux cas, l\u2019enfant sera orphelin.<\/p>\n<p>Plus grave encore, comment peut-on, dans une situation de d\u00e9tresse extr\u00eame o\u00f9 une femme veut continuer le projet parental librement d\u00e9cid\u00e9 avec son conjoint et envisage d\u00e8s lors de le r\u00e9aliser dans un pays qui autorise la procr\u00e9ation post mortem, parler d\u2019intention frauduleuse\u00a0? Il ne faut pas oublier que dans l\u2019arr\u00eat Pej\u0159ilov\u00e1 c.\u00a0R\u00e9publique tch\u00e8que (no\u00a014889\/19, \u00a7\u00a060, 8\u00a0d\u00e9cembre 2022), qui traitait de la m\u00eame probl\u00e9matique, la Cour a relev\u00e9, parmi les \u00e9l\u00e9ments pesant dans la balance, le fait que la l\u00e9gislation tch\u00e8que n\u2019interdisait pas \u00e0 une personne de se rendre \u00e0 l\u2019\u00e9tranger pour y obtenir une f\u00e9condation post mortem dans un pays o\u00f9 celle-ci \u00e9tait autoris\u00e9e, sous r\u00e9serve des garanties tenant au consentement \u00e9clair\u00e9 pr\u00e9alable de l\u2019homme d\u00e9c\u00e9d\u00e9. Il est alors difficile de comprendre comment l\u2019arr\u00eat peut souscrire \u00e0 l\u2019affirmation des autorit\u00e9s fran\u00e7aises selon laquelle \u00ab\u00a0l\u2019interdiction d\u2019exportation des gam\u00e8tes ou des embryons proc\u00e8de du souci de m\u00e9nager un \u00e9quilibre entre les int\u00e9r\u00eats concurrents \u00e0 la lumi\u00e8re de l\u2019objectif vis\u00e9 par le l\u00e9gislateur de ne pas rendre possible une forme de \u00ab\u00a0dumping\u00a0\u00bb \u00e9thique\u00a0\u00bb (paragraphe\u00a086 de l\u2019arr\u00eat).<\/p>\n<p>Finalement, l\u2019arr\u00eat lui-m\u00eame souligne que l\u2019interdiction de l\u2019exportation de gam\u00e8tes et d\u2019embryons post mortem n\u2019est pas aussi absolue que le pr\u00e9tendent les autorit\u00e9s fran\u00e7aises. En effet, il se r\u00e9f\u00e8re \u00e0 la jurisprudence du Conseil d\u2019\u00c9tat, qui se livre \u00e0 un examen de proportionnalit\u00e9 et qui, s\u2019appuyant sur l\u2019article\u00a08 de la Convention, passe outre \u00e0 l\u2019interdiction d\u2019exporter les gam\u00e8tes ou embryons lorsqu\u2019elle peut \u00ab\u00a0entra\u00eener des cons\u00e9quences manifestement disproportionn\u00e9es\u00a0\u00bb (\u00a7\u00a088 de l\u2019arr\u00eat). Une appr\u00e9ciation in concreto des deux affaires pr\u00e9sentes aurait pu, d\u00e8s lors, conduire \u00e0 un r\u00e9sultat moins s\u00e9v\u00e8re pour les requ\u00e9rantes.<\/p>\n<p>Conclusion. Voici deux femmes qui avaient con\u00e7u avec leurs maris respectifs des projets parentaux communs, lesquels n\u2019ont pas pu aboutir \u00e0 temps \u00e0 cause du d\u00e9c\u00e8s \u2013 pr\u00e9visible et pr\u00e9vu \u2013 des maris. Elles ont \u00e9t\u00e9 priv\u00e9es de la possibilit\u00e9 de mener \u00e0 bien ces projets par une l\u00e9gislation extr\u00eamement s\u00e9v\u00e8re. On leur a propos\u00e9 de se faire ins\u00e9miner au moyen de gam\u00e8tes provenant de tiers donneurs. Il est difficile de mesurer pour laquelle des deux la proposition \u00e9tait plus cruelle\u00a0: pour Madame Baret, qui n\u2019avait pas d\u2019enfant et qui avait pr\u00e9vu d\u2019avoir un enfant avec son mari, ou pour Madame Caballero, dont les enfants auraient pu avoir un fr\u00e8re ou une s\u0153ur issu des m\u00eames parents qu\u2019eux et qui aurait vraisemblablement pu parfaitement s\u2019int\u00e9grer dans la famille existante, au lieu d\u2019un fr\u00e8re ou une s\u0153ur ayant un p\u00e8re anonyme, ou du moins parfaitement \u00e9tranger \u00e0 la famille, qui n\u2019aurait pas davantage \u00e9t\u00e9 pr\u00e9sent que le mari d\u00e9c\u00e9d\u00e9 de l\u2019int\u00e9ress\u00e9e. Ce qui laisse vraiment perplexe, c\u2019est l\u2019incoh\u00e9rence de la r\u00e9glementation qui privil\u00e9gie un orphelin issu d\u2019un don de gam\u00e8tes d\u2019un tiers donneur \u2013 selon toute vraisemblance anonyme (Gauvin-Fournis et Silliau c.\u00a0France, nos\u00a021424\/16 et 45728\/17, 7\u00a0septembre 2023) \u2013 par rapport \u00e0 un orphelin dont les parents avaient con\u00e7u un projet parental et qui aurait pu, le cas \u00e9ch\u00e9ant, s\u2019int\u00e9grer dans une famille existante.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p style=\"text-align: center;\"><strong>OPINION CONCORDANTE DE LA JUGE EL\u00d3SEGUI<\/strong><\/p>\n<p>1. Je souscris au vote unanime dans cette affaire ainsi qu\u2019au raisonnement expos\u00e9 sur le respect de la marge d\u2019appr\u00e9ciation de la France en la mati\u00e8re. Cette opinion concordante est motiv\u00e9e par mon d\u00e9saccord portant sp\u00e9cifiquement sur le dernier paragraphe de l\u2019arr\u00eat, qui est un obiter dictum et ne fait donc partie ni de la conclusion de non-violation de l\u2019article 8 de la Convention ni du raisonnement de l\u2019arr\u00eat (ratio decidendi). Je suis d\u2019avis que la Cour n\u2019aurait pas d\u00fb ajouter ce paragraphe, m\u00eame comme obiter dictum, car en r\u00e9alit\u00e9 il contredit ce qui est dit pr\u00e9c\u00e9demment et affaiblit l\u2019arr\u00eat\u00a0: \u00ab\u00a0N\u00e9anmoins, la Cour reconna\u00eet que l\u2019ouverture, depuis 2021, par le l\u00e9gislateur de l\u2019AMP aux couples de femmes et aux femmes seules pose de mani\u00e8re renouvel\u00e9e la pertinence de la justification du maintien de l\u2019interdiction d\u00e9nonc\u00e9e par les requ\u00e9rantes. La Cour rappelle en effet que malgr\u00e9 l\u2019ample marge d\u2019appr\u00e9ciation dont b\u00e9n\u00e9ficient les \u00c9tats en mati\u00e8re de bio\u00e9thique, le cadre juridique mis en place par ces \u00c9tats doit \u00eatre coh\u00e9rent (S.H. et autres c. Autriche [GC], no\u00a057813\/00, \u00a7 100, CEDH 2011, Costa et\u00a0Pavan c. Italie, no 54270\/10, \u00a7\u00a7 64 et 71, 28 ao\u00fbt 2012)\u00a0\u00bb (paragraphe 90 de l\u2019arr\u00eat).<\/p>\n<p>2. Par ailleurs, ce paragraphe m\u2019inqui\u00e8te car je crois qu\u2019il outrepasse notre r\u00f4le de juges dans le cas d\u2019esp\u00e8ce et que, de mani\u00e8re confuse et embrouill\u00e9e il contribue \u00e0 indiquer \u00e0 l\u2019\u00c9tat fran\u00e7ais quelque chose qui va au-del\u00e0 de cette affaire, sans aucune n\u00e9cessit\u00e9 pour la Cour de se substituer au l\u00e9gislateur. En fait, l\u2019affaire montre que le Parlement fran\u00e7ais a pris en compte la situation en cause et que, malgr\u00e9 tout, il a d\u00e9cid\u00e9 de l\u00e9gif\u00e9rer dans le sens choisi, consid\u00e9rant que la situation d\u2019une femme c\u00e9libataire et celle d\u2019une veuve voulant acc\u00e9der \u00e0 l\u2019ins\u00e9mination post mortem ne sont pas comparables ou analogues. Pour cette raison, je souhaite personnellement prendre mes distances avec cette fa\u00e7on de proc\u00e9der, avec tout le respect d\u00fb \u00e0 mes coll\u00e8gues qui sont d\u2019un autre avis.<\/p>\n<p>3. Comme je l\u2019ai indiqu\u00e9 tout r\u00e9cemment dans une autre opinion concordante, relative \u00e0 une autre affaire fran\u00e7aise en rapport avec la loi relative \u00e0 la bio\u00e9thique, les \u00e9volutions l\u00e9gislatives en ces mati\u00e8res conduisent parfois \u00e0 des syst\u00e8mes juridiques peu coh\u00e9rents ou \u00e0 des sensibilit\u00e9s diff\u00e9rentes selon la situation qu\u2019ils tentent de r\u00e9soudre (voir mon opinion concordante dans l\u2019affaire Gauvin-Fournis et Silliau c. France, no\u00a021424\/16, 7 septembre 2023). Dans la pr\u00e9sente esp\u00e8ce, la Cour a conclu qu\u2019il n\u2019y avait pas eu violation du droit des requ\u00e9rantes au respect de leur vie priv\u00e9e ou de leur droit au respect de leur vie familiale au sens de l\u2019article 8 de la Convention du fait que la l\u00e9gislation et les tribunaux fran\u00e7ais avaient refus\u00e9 l\u2019exportation des gam\u00e8tes et embryons de leurs d\u00e9funts maris vers un \u00e9tablissement de sant\u00e9 espagnol autoris\u00e9 \u00e0 pratiquer les procr\u00e9ations m\u00e9dicalement assist\u00e9es.<\/p>\n<p>4. Bien qu\u2019il s\u2019agisse d\u2019une affaire diff\u00e9rente, relevons que la m\u00eame section de la Cour a statu\u00e9 dans l\u2019affaire Pej\u0159ilov\u00e1 c. R\u00e9publique tch\u00e8que (no\u00a014889\/19, 8\u00a0d\u00e9cembre 2022), dans laquelle j\u2019ai si\u00e9g\u00e9, et a conclu \u00e0 l\u2019unanimit\u00e9 \u00e0 la non-violation de l\u2019article 8. Dans cette affaire, une veuve s\u2019\u00e9tait vu opposer le rejet de son souhait de se faire ins\u00e9miner \u00e0 l\u2019aide du sperme congel\u00e9 de son mari d\u00e9c\u00e9d\u00e9, au motif que le droit interne n\u2019autorisait ce mode d\u2019ins\u00e9mination que pour les couples et entre vifs. L\u2019intention du l\u00e9gislateur est de prot\u00e9ger le libre arbitre de l\u2019homme qui a consenti \u00e0 la procr\u00e9ation assist\u00e9e ainsi que le droit de l\u2019enfant \u00e0 na\u00eetre de conna\u00eetre ses parents. Le consentement explicite du mari disparu aurait \u00e9t\u00e9 n\u00e9cessaire dans ce cas. Bien que la l\u00e9gislation de la R\u00e9publique tch\u00e8que n\u2019autorise pas ce mode d\u2019ins\u00e9mination dans ce pays, elle autorise le transfert vers un autre pays s\u2019il existe un consentement implicite de la partie concern\u00e9e. Parmi les \u00e9l\u00e9ments ayant pes\u00e9 dans la balance, la Cour a relev\u00e9 que la l\u00e9gislation tch\u00e8que n\u2019interdisait pas \u00e0 une personne de se rendre \u00e0 l\u2019\u00e9tranger pour y obtenir une f\u00e9condation post mortem dans un pays qui l\u2019autorise, sous r\u00e9serve des garanties tenant au consentement \u00e9clair\u00e9 pr\u00e9alable de l\u2019homme d\u00e9c\u00e9d\u00e9 (paragraphe 60 de l\u2019arr\u00eat Pej\u0159ilov\u00e1). En l\u2019absence de consensus europ\u00e9en, l\u2019ample marge d\u2019appr\u00e9ciation de l\u2019\u00c9tat a \u00e9t\u00e9 respect\u00e9e.<\/p>\n<p>5. Les deux pr\u00e9sentes requ\u00eates concernent le refus d\u2019exporter, d\u2019une part, les gam\u00e8tes du d\u00e9funt mari de la premi\u00e8re requ\u00e9rante et, d\u2019autre part, les embryons du couple que formaient la seconde requ\u00e9rante et son mari d\u00e9c\u00e9d\u00e9 vers l\u2019Espagne, pays qui autorise la procr\u00e9ation post mortem. Dans la seconde requ\u00eate, le grief tir\u00e9 d\u2019une discrimination entre veuves (article 14 combin\u00e9 avec l\u2019article 8), selon qu\u2019elles sont ressortissantes fran\u00e7aises ou ayant un lien de nationalit\u00e9 avec le pays d\u2019exportation des gam\u00e8tes, a \u00e9t\u00e9 rejet\u00e9.<\/p>\n<p>6. L\u2019un des arguments fondamentaux du l\u00e9gislateur fran\u00e7ais pour n\u2019autoriser en aucune fa\u00e7on la f\u00e9condation in vitro post mortem sur le territoire fran\u00e7ais (et l\u2019exportation de gam\u00e8tes ou d\u2019embryons vers un autre pays \u00e0 cette fin) touche aux droits des enfants et au fait de na\u00eetre orphelin de p\u00e8re. Le l\u00e9gislateur et les tribunaux fran\u00e7ais ont tenu compte du fait qu\u2019un couple mari\u00e9 a pu r\u00e9aliser un projet vital ant\u00e9rieur et conserver du sperme ou des gam\u00e8tes pour plus tard, dans l\u2019\u00e9ventualit\u00e9 o\u00f9, en raison d\u2019une maladie ou d\u2019un handicap physique, l\u2019un des deux membres du couple se trouverait dans l\u2019incapacit\u00e9 de procr\u00e9er. Cependant, une fois l\u2019un des deux membres du couple d\u00e9c\u00e9d\u00e9, la f\u00e9condation post mortem pose d\u2019une part le probl\u00e8me de la validit\u00e9 \u00e9ventuelle du consentement pr\u00e9alable, qui n\u2019est parfois pas tr\u00e8s clair, et d\u2019autre part la question des droits d\u2019un tiers, c\u2019est-\u00e0-dire d\u2019un enfant qui pourrait na\u00eetre gr\u00e2ce \u00e0 ces gam\u00e8tes mais d\u2019une m\u00e8re veuve.<\/p>\n<p>7. Le l\u00e9gislateur fran\u00e7ais a expos\u00e9 ses raisons \u00e0 l\u2019issue d\u2019un d\u00e9bat d\u00e9mocratique et il les a r\u00e9it\u00e9r\u00e9es r\u00e9cemment (paragraphes 21-23 de l\u2019arr\u00eat), et les tribunaux ont \u00e9galement examin\u00e9 le cas sp\u00e9cifique (paragraphe 57 de l\u2019arr\u00eat). Par cons\u00e9quent, \u00e0 partir du moment o\u00f9 la Cour a accept\u00e9 ces motifs dans les deux cas d\u2019esp\u00e8ce dont elle est saisie, eu \u00e9gard \u00e9galement \u00e0 d\u2019autres changements l\u00e9gislatifs qui ont permis aux couples de m\u00eame sexe et aux femmes c\u00e9libataires de procr\u00e9er \u2013\u00a0dans ce dernier cas seules\u00a0\u2013 en recourant aux techniques de procr\u00e9ation assist\u00e9e, et une fois admis que les divergences \u00e9ventuelles rel\u00e8vent de la marge d\u2019appr\u00e9ciation des \u00c9tats (paragraphes\u00a026-27, 47 et 58 de l\u2019arr\u00eat), j\u2019estime qu\u2019il n\u2019appartient pas \u00e0 la Cour de livrer une quelconque indication pour l\u2019avenir, ni de porter un jugement de valeur sur d\u2019\u00e9ventuelles incoh\u00e9rences et sur la mani\u00e8re de les r\u00e9soudre en prenant le parti d\u2019indiquer que la f\u00e9condation in vitro post mortem devrait \u00eatre autoris\u00e9e. En effet, je ne pense pas que l\u2019id\u00e9e qui sous-tend le paragraphe en question soit d\u2019assimiler les deux types de situations interdisant aux femmes seules la f\u00e9condation in vitro.<\/p>\n<p>8. Ind\u00e9pendamment des id\u00e9es particuli\u00e8res que chaque juge nourrit sur la mani\u00e8re d\u2019\u00e9tablir tout un syst\u00e8me juridique en assurant sa coh\u00e9rence, et compte tenu du fait que les opinions peuvent \u00eatre tr\u00e8s diff\u00e9rentes quant \u00e0 la comparabilit\u00e9 de ces situations \u2013\u00a0la condition d\u2019orphelin d\u2019un enfant n\u00e9 par ins\u00e9mination d\u2019une m\u00e8re c\u00e9libataire ou par ins\u00e9mination post mortem d\u2019une m\u00e8re veuve\u00a0\u2013, j\u2019estime qu\u2019il ne nous appartient pas, \u00e0 nous juges si\u00e9geant \u00e0 Strasbourg, d\u2019indiquer une mani\u00e8re pr\u00e9cise de l\u00e9gif\u00e9rer apr\u00e8s avoir affirm\u00e9 que l\u2019\u00c9tat dispose d\u2019une large marge d\u2019appr\u00e9ciation en ces mati\u00e8res. Pour cette raison, au-del\u00e0 de la r\u00e9solution du cas d\u2019esp\u00e8ce et de la r\u00e9ponse aux all\u00e9gations sp\u00e9cifiques, nous devons garder le silence sur ce que nous n\u2019avons pas \u00e9t\u00e9 appel\u00e9s \u00e0 r\u00e9soudre. La s\u00e9paration des pouvoirs touche \u00e9galement le judiciaire par rapport au l\u00e9gislatif. Le juge d\u00e9tient un grand pouvoir, mais il doit r\u00e9sister \u00e0 la tentation de s\u2019\u00e9riger en l\u00e9gislateur. S\u2019il y a d\u00e9mocratie, celle\u2011ci doit respecter les processus d\u00e9mocratiques d\u2019\u00e9laboration des lois, \u00e0 moins qu\u2019ils ne soient contraires \u00e0 la Convention.<\/p>\n<p>9. Enfin, je voudrais ajouter qu\u2019un autre argument qui a parfois \u00e9t\u00e9 soulev\u00e9 en faveur de la f\u00e9condation post mortem consiste \u00e0 dire que l\u2019enfant ainsi engendr\u00e9, m\u00eame s\u2019il n\u2019a pas de p\u00e8re, conna\u00eet l\u2019identit\u00e9 de celui-ci ainsi que sa propre origine biologique, par opposition aux autres situations dans lesquelles le donneur de gam\u00e8tes est rest\u00e9 anonyme. Cependant, cet argument a perdu de son poids puisque, depuis les derni\u00e8res modifications l\u00e9gislatives intervenues en France en 2021, le donneur ne peut plus rester anonyme et l\u2019enfant engendr\u00e9 \u00e0 l\u2019aide de ces techniques a le droit s\u2019il le souhaite, \u00e0 sa majorit\u00e9, de conna\u00eetre l\u2019identit\u00e9 du donneur et, d\u2019une certaine mani\u00e8re, ses propres origines. La nouvelle loi a donc lev\u00e9 l\u2019anonymat des donneurs (arr\u00eat\u00a0Gauvin-Fournis et Silliau pr\u00e9cit\u00e9, \u00a7 50). D\u00e9sormais, tout donneur consent au moment du don \u00e0 ce que l\u2019enfant, en atteignant la majorit\u00e9, puisse acc\u00e9der \u00e0 son identit\u00e9 ou \u00e0 des donn\u00e9es non identifiantes (idem).<\/p>\n<p>10. Certes, dans le cas des couples qui ont eu recours \u00e0 ces techniques pour des raisons d\u2019infertilit\u00e9, il est \u00e9vident que l\u2019enfant aura, l\u00e9galement et socialement, un p\u00e8re et une m\u00e8re, et qu\u2019il grandira avec les deux figures parentales (dans la plupart des cas). L\u2019enfant ignorera peut-\u00eatre que l\u2019un des deux n\u2019est pas son p\u00e8re ou sa m\u00e8re biologique, \u00e0 moins qu\u2019ils lui aient r\u00e9v\u00e9l\u00e9 la v\u00e9rit\u00e9. Sans doute y a-t-il une plus grande similitude avec la f\u00e9condation post mortem, quant aux cons\u00e9quences pour l\u2019enfant d\u2019une m\u00e8re c\u00e9libataire ou d\u2019une femme veuve lorsqu\u2019il veut acc\u00e9der \u00e0 la v\u00e9rit\u00e9 parce qu\u2019il aura grandi sans p\u00e8re. Cependant, je crois que le fait de creuser dans un sens ou dans un autre une fois qu\u2019il a \u00e9t\u00e9 conclu \u00e0 la non-violation de l\u2019article 8 de la Convention parce qu\u2019il a \u00e9t\u00e9 consid\u00e9r\u00e9 que tout cela relevait de la marge d\u2019appr\u00e9ciation de l\u2019\u00c9tat, ou le fait de livrer in abstracto des indications obiter\u00a0dictum, va au-del\u00e0 de ce qui revient au juge examinant le cas d\u2019esp\u00e8ce. Dans ce dernier cas, il aurait \u00e9t\u00e9 appropri\u00e9 de voter pour la violation et de formuler une opinion dissidente contre la conclusion de non-violation livr\u00e9e dans le pr\u00e9sent arr\u00eat.<\/p>\n<div class=\"social-share-buttons\"><a href=\"https:\/\/www.facebook.com\/sharer\/sharer.php?u=https:\/\/loisdumonde.com\/?p=2106\" target=\"_blank\" rel=\"noopener\">Facebook<\/a><a href=\"https:\/\/twitter.com\/intent\/tweet?url=https:\/\/loisdumonde.com\/?p=2106&text=AFFAIRE+BARET+ET+CABALLERO+c.+FRANCE+%E2%80%93+22296%2F20+et+37138%2F20\" target=\"_blank\" rel=\"noopener\">Twitter<\/a><a href=\"https:\/\/www.linkedin.com\/shareArticle?url=https:\/\/loisdumonde.com\/?p=2106&title=AFFAIRE+BARET+ET+CABALLERO+c.+FRANCE+%E2%80%93+22296%2F20+et+37138%2F20\" target=\"_blank\" rel=\"noopener\">LinkedIn<\/a><a href=\"https:\/\/pinterest.com\/pin\/create\/button\/?url=https:\/\/loisdumonde.com\/?p=2106&description=AFFAIRE+BARET+ET+CABALLERO+c.+FRANCE+%E2%80%93+22296%2F20+et+37138%2F20\" target=\"_blank\" rel=\"noopener\">Pinterest<\/a><\/div>","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Les deux requ\u00eates concernent le refus d\u2019exporter les gam\u00e8tes du mari d\u00e9funt de la premi\u00e8re requ\u00e9rante et les embryons du couple que formaient la seconde requ\u00e9rante et son mari d\u00e9c\u00e9d\u00e9 vers l\u2019Espagne, pays qui autorise la procr\u00e9ation post mortem. 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