{"id":2073,"date":"2023-08-31T10:59:09","date_gmt":"2023-08-31T10:59:09","guid":{"rendered":"https:\/\/loisdumonde.com\/?p=2073"},"modified":"2023-08-31T10:59:09","modified_gmt":"2023-08-31T10:59:09","slug":"affaire-c-c-italie-47196-21","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/loisdumonde.com\/?p=2073","title":{"rendered":"AFFAIRE C c. ITALIE &#8211; 47196\/21"},"content":{"rendered":"<p><span style=\"color: #993300;\">La pr\u00e9sente requ\u00eate concerne le refus des autorit\u00e9s italiennes de reconna\u00eetre le lien de filiation \u00e9tabli par un acte de naissance ukrainien entre l\u2019enfant C, n\u00e9e \u00e0 l\u2019\u00e9tranger d\u2019une gestation pour autrui (\u00ab\u00a0GPA\u00a0\u00bb), et son p\u00e8re biologique et sa m\u00e8re d\u2019intention.<\/span><\/p>\n<hr \/>\n<p style=\"text-align: center;\">PREMI\u00c8RE SECTION<br \/>\n<strong>AFFAIRE C c. ITALIE<\/strong><br \/>\n<em>(Requ\u00eate no 47196\/21)<\/em><br \/>\nARR\u00caT<\/p>\n<p>Art 8 \u2022 Obligations positives \u2022 Vie priv\u00e9e \u2022 Refus de la transcription sur les registres de l\u2019\u00e9tat civil de l\u2019acte de naissance \u00e9tranger \u00e9tablissant le lien de filiation entre une enfant n\u00e9e \u00e0 l\u2019\u00e9tranger par gestation pour autrui (GPA) et son p\u00e8re biologique, sans envisager une solution alternative \u2022 Jurisprudence de la Cour europ\u00e9enne demandant au droit interne d\u2019offrir une possibilit\u00e9 de reconnaitre ce lien \u2022 Absence de mise en balance par les juridictions internes des diff\u00e9rents int\u00e9r\u00eats en jeu et de consid\u00e9ration des exigences de c\u00e9l\u00e9rit\u00e9 et d\u2019efficacit\u00e9 conform\u00e9ment \u00e0 l\u2019int\u00e9r\u00eat sup\u00e9rieur de l\u2019enfant \u2022 Incertitude juridique prolong\u00e9e li\u00e9e \u00e0 sa filiation non \u00e9tablie depuis quatre\u00a0ans, l\u2019enfant \u00e9tant consid\u00e9r\u00e9e comme apatride dans son pays de r\u00e9sidence \u2022 Rappel des principes afin d\u2019assurer un r\u00e9sultat \u00ab\u00a0rapide\u00a0\u00bb et \u00ab\u00a0efficace\u00a0\u00bb conform\u00e9ment \u00e0 l\u2019int\u00e9r\u00eat sup\u00e9rieur de l\u2019enfant en mati\u00e8re d\u2019\u00e9tablissement du lien de filiation entre le parent biologique et l\u2019enfant n\u00e9 \u00e0 l\u2019\u00e9tranger par GPA<br \/>\nArt 8 \u2022 Vie priv\u00e9e et familiale \u2022 Refus de la transcription sur les registres de l\u2019\u00e9tat civil de l\u2019acte de naissance \u00e9tranger \u00e9tablissant le lien de filiation entre une enfant n\u00e9e \u00e0 l\u2019\u00e9tranger par GPA et sa m\u00e8re d\u2019intention \u2022 Pas d\u2019impossibilit\u00e9 g\u00e9n\u00e9rale et absolue \u00e0 la reconnaissance de ce lien \u2022 Reconnaissance possible par le biais de l\u2019adoption \u2022 Marge d\u2019appr\u00e9ciation non exc\u00e9d\u00e9e<\/p>\n<p style=\"text-align: center;\">STRASBOURG<br \/>\n31 ao\u00fbt 2023<\/p>\n<p>Cet arr\u00eat deviendra d\u00e9finitif dans les conditions d\u00e9finies \u00e0 l\u2019article 44 \u00a7 2 de la Convention. Il peut subir des retouches de forme.<\/p>\n<p><strong>En l\u2019affaire C c. Italie,<\/strong><\/p>\n<p>La Cour europ\u00e9enne des droits de l\u2019homme (premi\u00e8re section), si\u00e9geant en une chambre compos\u00e9e de\u00a0:<br \/>\nMarko Bo\u0161njak, pr\u00e9sident,<br \/>\nKrzysztof Wojtyczek,<br \/>\nAlena Pol\u00e1\u010dkov\u00e1,<br \/>\nL\u0259tif H\u00fcseynov,<br \/>\nGilberto Felici,<br \/>\nErik Wennerstr\u00f6m,<br \/>\nRaffaele Sabato, juges,<br \/>\net de Liv Tigerstedt, greffi\u00e8re adjointe de section,<\/p>\n<p>Vu\u00a0:<\/p>\n<p>la requ\u00eate (no\u00a047196\/21) dirig\u00e9e contre la R\u00e9publique italienne et dont Mlle\u00a0C (\u00ab\u00a0la requ\u00e9rante\u00a0\u00bb), apatride, a saisi la Cour en vertu de l\u2019article\u00a034 de la Convention de sauvegarde des droits de l\u2019homme et des libert\u00e9s fondamentales (\u00ab\u00a0la Convention\u00a0\u00bb) le 21\u00a0septembre 2021,<br \/>\nla d\u00e9cision de porter la requ\u00eate \u00e0 la connaissance du gouvernement italien (\u00ab\u00a0le Gouvernement\u00a0\u00bb),<br \/>\nla d\u00e9cision de ne pas d\u00e9voiler l\u2019identit\u00e9 de la requ\u00e9rante,<br \/>\nles observations des parties,<br \/>\nApr\u00e8s en avoir d\u00e9lib\u00e9r\u00e9 en chambre du conseil le 11 juillet 2023,<br \/>\nRend l\u2019arr\u00eat que voici, adopt\u00e9 \u00e0 cette date\u00a0:<\/p>\n<p><strong>INTRODUCTION<\/strong><\/p>\n<p>1. La pr\u00e9sente requ\u00eate concerne le refus des autorit\u00e9s italiennes de reconna\u00eetre le lien de filiation \u00e9tabli par un acte de naissance ukrainien entre l\u2019enfant C, n\u00e9e \u00e0 l\u2019\u00e9tranger d\u2019une gestation pour autrui (\u00ab\u00a0GPA\u00a0\u00bb), et son p\u00e8re biologique et sa m\u00e8re d\u2019intention. Est en jeu l\u2019article\u00a08 de la Convention.<\/p>\n<p><strong>EN FAIT<\/strong><\/p>\n<p>2. L.B. et E.A.M. agissent au nom de C n\u00e9e en 2019, apatride, r\u00e9sidant \u00e0 C.S., dont ils sont respectivement le p\u00e8re biologique et la m\u00e8re d\u2019intention. La requ\u00e9rante a \u00e9t\u00e9 repr\u00e9sent\u00e9e par Me\u00a0G.\u00a0Muccio, avocat \u00e0 Bologne.<\/p>\n<p>3. Le Gouvernement a \u00e9t\u00e9 repr\u00e9sent\u00e9 par son agent, L.\u00a0D\u2019Ascia, avocat d\u2019\u00c9tat.<\/p>\n<p>4. En 2018, L.B. et E.A.M., un couple h\u00e9t\u00e9rosexuel italien, conclut un contrat de GPA en Ukraine. Un embryon issu d\u2019un ovule d\u2019une donneuse anonyme et du sperme de L.B. fut implant\u00e9 dans l\u2019ut\u00e9rus d\u2019une m\u00e8re porteuse. La requ\u00e9rante naquit en ao\u00fbt 2019. Un acte de naissance fut \u00e9tabli en Ukraine.<\/p>\n<p>5. Le 16\u00a0septembre 2019, L.B. et E.A.M. demand\u00e8rent \u00e0 l\u2019officier d\u2019\u00e9tat civil de la ville italienne de V. la transcription dans le registre de l\u2019\u00e9tat civil de l\u2019acte de naissance ukrainien de l\u2019enfant.<\/p>\n<p>6. Par d\u00e9cision du 4\u00a0d\u00e9cembre 2019, le bureau de l\u2019\u00e9tat civil rejeta la demande au motif qu\u2019une telle transcription \u00e9tait contraire \u00e0 l\u2019ordre public.<\/p>\n<p>7. Le 14\u00a0janvier 2020, L.B. et E.A.M. introduisirent un recours devant le tribunal de V. Ils demandaient la transcription du certificat et, \u00e0 titre subsidiaire, la transcription du seul nom du p\u00e8re biologique. Le parquet demanda au tribunal d\u2019accueillir la demande subsidiaire.<\/p>\n<p>8. Par une d\u00e9cision du 16\u00a0mars 2020, le tribunal rejeta le recours au motif que la prise en compte de l\u2019int\u00e9r\u00eat sup\u00e9rieur de l\u2019enfant ne pouvait conduire \u00e0 m\u00e9conna\u00eetre le principe d\u2019incompatibilit\u00e9 de la GPA avec l\u2019ordre public.<\/p>\n<p>9. L.B. et E.A.M. firent appel de cette d\u00e9cision et demand\u00e8rent, par le biais d\u2019un recours en r\u00e9f\u00e9r\u00e9, ins\u00e9r\u00e9 dans la proc\u00e9dure d\u2019appel, la transcription partielle de l\u2019acte de naissance \u00e0 l\u2019\u00e9gard de L.B. Le parquet demanda \u00e0 la cour d\u2019appel d\u2019accueillir le recours.<\/p>\n<p>10. Par un arr\u00eat du 14 juin 2021, la cour d\u2019appel rejeta leur recours. Elle souligna, en particulier, que la demande de transcription partielle introduite dans le recours en r\u00e9f\u00e9r\u00e9 \u00e9tait irrecevable au motif que la requ\u00eate dans la proc\u00e9dure principale concernait exclusivement la transcription int\u00e9grale de l\u2019acte de naissance de C.<\/p>\n<p>11. Le 8\u00a0juin 2022, L.B. demanda au bureau de l\u2019\u00e9tat civil de la commune de C.S., o\u00f9 il avait transf\u00e9r\u00e9 sa r\u00e9sidence, de proc\u00e9der \u00e0 la transcription partielle de l\u2019acte de naissance de sa fille.<\/p>\n<p>12. Par une note du 6\u00a0juillet 2022, le bureau de l\u2019\u00e9tat civil refusa la transcription partielle au motif que l\u2019interdiction de la GPA ne pouvait \u00eatre contourn\u00e9e.<\/p>\n<p><strong>LE CADRE JURIDIQUE ET LA PRATIQUE PERTINENTs<\/strong><\/p>\n<p><strong>I. LE REGIME JURIDIQUE INTERNE<\/strong><\/p>\n<p><strong>A. La loi de simplification de l\u2019\u00e9tat civil<\/strong><\/p>\n<p>13. Le d\u00e9cret no\u00a0396 du pr\u00e9sident de la R\u00e9publique du 3\u00a0novembre 2000 (loi de simplification de l\u2019\u00e9tat civil) pr\u00e9voit que les d\u00e9clarations de naissance \u00e9tablies \u00e0 l\u2019\u00e9tranger \u00e0 l\u2019\u00e9gard de ressortissants italiens doivent \u00eatre transmises aux autorit\u00e9s consulaires (article\u00a015). Celles-ci adressent \u00e0 la commune o\u00f9 l\u2019int\u00e9ress\u00e9 entend \u00e9tablir sa r\u00e9sidence une copie des actes en question aux fins de transcription sur les registres de l\u2019\u00e9tat civil (article\u00a017). Les actes \u00e9tablis \u00e0 l\u2019\u00e9tranger ne peuvent \u00eatre transcrits s\u2019ils sont contraires \u00e0 l\u2019ordre public (article\u00a018). Pour qu\u2019elles d\u00e9ploient leurs effets en Italie, les d\u00e9cisions (provvedimenti) des autorit\u00e9s \u00e9trang\u00e8res en mati\u00e8re de capacit\u00e9 des personnes ou d\u2019existence de relations familiales ne doivent pas \u00eatre contraires \u00e0 l\u2019ordre public (article\u00a065).<\/p>\n<p><strong>B. La loi no\u00a040 du 19\u00a0f\u00e9vrier 2004 sur la procr\u00e9ation m\u00e9dicalement assist\u00e9e<\/strong><\/p>\n<p>14. La loi no\u00a040 du 19\u00a0f\u00e9vrier 2004 sur la procr\u00e9ation m\u00e9dicalement assist\u00e9e interdit la pratique et l\u2019organisation de toute forme de maternit\u00e9 de substitution ainsi que toute publicit\u00e9 y relative. Cette disposition vise tous les participants aux diverses op\u00e9rations li\u00e9es \u00e0 la GPA, y compris la m\u00e8re porteuse et les parents commanditaires. Elle punit quiconque pratique, organise ou promeut la commercialisation de gam\u00e8tes ou d\u2019embryons ou la maternit\u00e9 de substitution. La loi pr\u00e9voit pour les contrevenants une peine de prison de trois mois \u00e0 deux ans ainsi qu\u2019une amende de 600\u00a0000 \u00e0 1\u00a0000\u00a0000\u00a0euros (EUR). Les m\u00e9decins impliqu\u00e9s sont passibles d\u2019une interdiction d\u2019exercer pour une dur\u00e9e d\u2019un \u00e0 trois ans.<\/p>\n<p>15. Cette loi pr\u00e9voyait en son article 4 l\u2019interdiction de recourir aux techniques de procr\u00e9ation h\u00e9t\u00e9rologues. Le non-respect de cette disposition entra\u00eenait une sanction p\u00e9cuniaire de 300\u00a0000 \u00e0 600\u00a0000 EUR.<\/p>\n<p>16. Par l\u2019arr\u00eat no\u00a0162 du 9\u00a0avril 2014, la Cour constitutionnelle a d\u00e9clar\u00e9 ces dispositions inconstitutionnelles dans la mesure o\u00f9 elles s\u2019appliquaient aussi \u00e0 des couples h\u00e9t\u00e9rosexuels souffrant de st\u00e9rilit\u00e9 ou d\u2019infertilit\u00e9 av\u00e9r\u00e9es et irr\u00e9versibles.<\/p>\n<p>17. Dans ce m\u00eame arr\u00eat, la Cour constitutionnelle a jug\u00e9 en revanche l\u00e9gitime l\u2019interdiction, vis\u00e9e \u00e0 l\u2019article\u00a012 \u00a7\u00a06 de la loi en question, du recours \u00e0 la maternit\u00e9 de substitution.<\/p>\n<p>18. Par l\u2019arr\u00eat no\u00a096 du 5\u00a0juin 2015, la Cour constitutionnelle, appel\u00e9e \u00e0 se prononcer \u00e0 nouveau sur l\u2019interdiction du recours aux techniques de procr\u00e9ation h\u00e9t\u00e9rologues, a d\u00e9clar\u00e9 ces dispositions inconstitutionnelles pour autant qu\u2019elles trouvaient \u00e0 s\u2019appliquer \u00e0 des couples fertiles mais porteurs de graves maladies g\u00e9n\u00e9tiquement transmissibles.<\/p>\n<p>19. L\u2019article\u00a05 pr\u00e9voit que \u00ab\u00a0(&#8230;)\u00a0[seuls] des couples [compos\u00e9s de personnes] majeur[e]s, de sexe diff\u00e9rent, mari\u00e9[e]s ou menant une vie commune, en \u00e2ge de procr\u00e9er et vivantes peuvent recourir aux techniques de procr\u00e9ation m\u00e9dicalement assist\u00e9e\u00a0\u00bb.<\/p>\n<p><strong>C. Le code civil<\/strong><\/p>\n<p>20. La disposition du code civil r\u00e9gissant la reconnaissance de l\u2019enfant n\u00e9 hors mariage est ainsi libell\u00e9e en ses passages pertinents en l\u2019esp\u00e8ce :<\/p>\n<p><strong>Article\u00a0250<\/strong><\/p>\n<p><strong>Reconnaissance<\/strong><\/p>\n<p>\u00ab\u00a0L\u2019enfant n\u00e9 hors mariage peut \u00eatre reconnu, selon les modalit\u00e9s pr\u00e9vues \u00e0 l\u2019article\u00a0254, par ses p\u00e8re et m\u00e8re, m\u00eame s\u2019ils \u00e9taient d\u00e9j\u00e0 mari\u00e9s \u00e0 une autre personne au moment de la conception. La reconnaissance peut avoir lieu soit conjointement, soit s\u00e9par\u00e9ment.<\/p>\n<p>La reconnaissance d\u2019un enfant ayant atteint l\u2019\u00e2ge de quatorze ans ne prend pas effet sans son consentement.<\/p>\n<p>La reconnaissance d\u2019un enfant n\u2019ayant pas atteint l\u2019\u00e2ge de quatorze ans ne peut \u00eatre effectu\u00e9e sans le consentement de l\u2019autre parent qui a d\u00e9j\u00e0 proc\u00e9d\u00e9 \u00e0 la reconnaissance.<\/p>\n<p>Le consentement ne peut \u00eatre refus\u00e9 s\u2019il est dans l\u2019int\u00e9r\u00eat de l\u2019enfant. Si le consentement de l\u2019autre parent est refus\u00e9, le parent qui souhaite reconna\u00eetre l\u2019enfant fait appel devant la juridiction comp\u00e9tente, laquelle fixe un d\u00e9lai pour la notification de l\u2019appel \u00e0 l\u2019autre parent. Si aucune objection n\u2019est formul\u00e9e dans les trente jours suivant la notification, le tribunal statue en rendant un jugement qui tient compte du consentement manquant ; si une objection est formul\u00e9e, le tribunal, apr\u00e8s avoir obtenu toutes les informations appropri\u00e9es, ordonne l\u2019audition de l\u2019enfant \u00e2g\u00e9 de plus de douze ans ou de l\u2019enfant plus jeune capable de discernement, et prend toutes les mesures provisoires et urgentes pour \u00e9tablir la relation, sauf si l\u2019objection est manifestement non fond\u00e9e. Dans la d\u00e9cision qui tient lieu du consentement manquant, la juridiction prend les mesures appropri\u00e9es en ce qui concerne la garde et l\u2019entretien de l\u2019enfant au sens de l\u2019article\u00a0315\u00a0bis et son nom de famille au sens de l\u2019article\u00a0262.<\/p>\n<p>La reconnaissance ne peut \u00eatre faite par les parents qui n\u2019ont pas atteint l\u2019\u00e2ge de seize ans, sauf si le tribunal l\u2019autorise, apr\u00e8s avoir appr\u00e9ci\u00e9 les circonstances et en tenant compte de l\u2019int\u00e9r\u00eat de l\u2019enfant.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p>21. Les dispositions relatives \u00e0 la proc\u00e9dure d\u2019adoption sont consign\u00e9es dans la loi no\u00a0184 de 1983, intitul\u00e9e \u00ab\u00a0Droit de l\u2019enfant \u00e0 une famille\u00a0\u00bb, telle que modifi\u00e9e par les lois no\u00a0149 de 2001 et no\u00a0173 de 2015.<\/p>\n<p>\u00ab Titre\u00a0IV\u00a0\u2013\u00a0Adoption dans des cas particuliers<\/p>\n<p>Chapitre\u00a0I\u00a0\u2013\u00a0L\u2019adoption dans des cas particuliers et ses effets \u00bb<\/p>\n<p style=\"text-align: center;\">Article\u00a044<\/p>\n<p>\u00ab 1. Lorsque les conditions vis\u00e9es au paragraphe premier de l\u2019article\u00a07 ne sont pas r\u00e9unies [c\u2019est-\u00e0-dire dans le cas de mineurs n\u2019ayant pas encore \u00e9t\u00e9 d\u00e9clar\u00e9s adoptables], un mineur peut \u00eatre adopt\u00e9\u00a0:<\/p>\n<p>(&#8230;)<\/p>\n<p>d) quand l\u2019impossibilit\u00e9 de proc\u00e9der \u00e0 un placement en vue d\u2019une adoption a \u00e9t\u00e9 constat\u00e9e.<\/p>\n<p>(&#8230;)\u00a0\u00bb.<\/p>\n<p><strong>D. La jurisprudence interne pertinente<\/strong><\/p>\n<p><strong>1. La Cour de cassation<\/strong><\/p>\n<p>22. Par l\u2019arr\u00eat no\u00a012193 du 8\u00a0mai 2019, l\u2019Assembl\u00e9e pl\u00e9ni\u00e8re (Sezioni\u00a0unite) de la Cour de cassation a r\u00e9affirm\u00e9 le principe selon lequel un lien de filiation reconnu par une d\u00e9cision d\u2019un tribunal \u00e9tranger entre un enfant n\u00e9 \u00e0 l\u2019\u00e9tranger par GPA et une personne qui n\u2019a aucun lien biologique avec celui\u2011ci ne peut pas \u00eatre transcrit sur les registres de l\u2019\u00e9tat civil italien. Toutefois, la Haute juridiction a d\u00e9clar\u00e9 que les valeurs prot\u00e9g\u00e9es par l\u2019interdiction en question n\u2019excluent pas la possibilit\u00e9 de reconna\u00eetre la relation parentale au moyen d\u2019autres instruments pr\u00e9vus par l\u2019ordre juridique, comme l\u2019adoption dans des cas particuliers (article\u00a044, \u00a7\u00a01, lettre\u00a0d) de la loi no\u00a0184 de 1983).<\/p>\n<p>23. Par un arr\u00eat du 8\u00a0novembre 2022, d\u00e9pos\u00e9 au greffe le 30 d\u00e9cembre 2022, l\u2019Assembl\u00e9e pl\u00e9ni\u00e8re de la Cour de cassation, tout en rappelant que la transcription de l\u2019acte de naissance d\u2019un enfant n\u00e9 d\u2019une GPA pratiqu\u00e9e \u00e0 l\u2019\u00e9tranger \u00e9tait, pour autant qu\u2019elle concernait le parent d\u2019intention, interdite comme \u00e9tant contraire \u00e0 l\u2019ordre public. Elle a d\u00e9clar\u00e9 que la reconnaissance du lien parental ne peut \u00eatre confi\u00e9e \u00e0 un instrument de nature automatique, car l\u2019\u00e9tablissement dudit lien doit faire l\u2019objet d\u2019une \u00e9valuation en concret, ce qui demande la v\u00e9rification de l\u2019int\u00e9r\u00eat sup\u00e9rieur de l\u2019enfant \u00e0 poursuivre, avec le statut juridique de fils ou de fille, une relation affective qui, dans les faits, prend d\u00e9j\u00e0 la forme d\u2019une relation parentale. En particulier, elle a affirm\u00e9 que\u00a0: \u00ab\u00a0une solution diff\u00e9rente conduirait \u00e0 fonder l\u2019acquisition de la parentalit\u00e9 sur le seul choix des adultes, plut\u00f4t que sur une relation affective d\u00e9j\u00e0 \u00e9tablie et consolid\u00e9e dans les faits\u00a0\u00bb.<\/p>\n<p>24. L\u2019Assembl\u00e9e pl\u00e9ni\u00e8re a donc \u00e9tabli, en se r\u00e9f\u00e9rant aux arr\u00eats D.B.\u00a0et\u00a0autres c.\u00a0Suisse (nos\u00a058817\/15 et 58252\/15, 22\u00a0novembre 2022) et D\u00a0c.\u00a0France (no\u00a011288\/18, 16\u00a0juillet 2020), ce qui suit\u00a0: \u00ab\u00a0L\u2019enfant n\u00e9 de la maternit\u00e9 de substitution a \u00e9galement un droit fondamental \u00e0 la reconnaissance, y compris juridique, du lien qui s\u2019est cr\u00e9\u00e9 en vertu de la relation affective \u00e9tablie et v\u00e9cue avec celle qui a partag\u00e9 le projet parental. L\u2019obligation fondamentale d\u2019assurer \u00e0 l\u2019enfant n\u00e9 d\u2019une maternit\u00e9 de substitution les m\u00eames droits qu\u2019aux enfants n\u00e9s dans des conditions diff\u00e9rentes est satisfaite par la possibilit\u00e9 de l\u2019adoption dans des cas particuliers pr\u00e9vue \u00e0 l\u2019article\u00a044, \u00a7\u00a01, lettre\u00a0d) de la loi no\u00a0184 de 1983. Dans l\u2019\u00e9tat actuel du d\u00e9veloppement juridique, l\u2019adoption est le moyen par lequel il est possible de faire reconna\u00eetre juridiquement, en conf\u00e9rant \u00e0 un tel enfant, \u00e0 l\u2019\u00e9gard du parent d\u2019adoption, le statut de fils ou de fille, le lien de fait entre l\u2019enfant en question et la personne qui a partag\u00e9 avec le parent biologique le projet de procr\u00e9ation et contribu\u00e9 \u00e0 l\u2019entretien de l\u2019enfant d\u00e8s sa naissance\u00a0\u00bb.<\/p>\n<p>25. Dans cet arr\u00eat, l\u2019Assembl\u00e9e pl\u00e9ni\u00e8re bien que le l\u00e9gislateur italien soit rest\u00e9 jusqu\u2019\u00e0 pr\u00e9sent inerte face \u00e0 l\u2019invitation de la Cour constitutionnelle \u00e0 r\u00e9glementer la question, a reconnu que dans l\u2019arr\u00eat no 79 de 2022 (voir paragraphe 28 ci-dessous), statuant pr\u00e9cis\u00e9ment sur un cas d\u2019adoption suite \u00e0 une GPA par un couple de m\u00eame sexe uni par un partenariat civil, la Cour constitutionnelle a elle-m\u00eame \u00e9cart\u00e9 de la discipline de l\u2019adoption dans des cas particuliers l\u2019obstacle \u00e0 l\u2019\u00e9tablissement entre l\u2019adopt\u00e9 et les parents de l\u2019adoptant du m\u00eame lien de parent\u00e9 que celui qu\u2019\u00e9tablissaient les autres types d\u2019adoption, intervenant ainsi sur un \u00e9l\u00e9ment central de la loi. Selon l\u2019Assembl\u00e9e pl\u00e9ni\u00e8re, l\u2019arr\u00eat a supprim\u00e9 l\u2019\u00e9l\u00e9ment le plus important de la non-pertinence de la solution de l\u2019adoption sp\u00e9ciale \u00e0 la situation de l\u2019enfant n\u00e9 dans le cadre de la GPA.<\/p>\n<p><strong>2. La Cour constitutionnelle<\/strong><\/p>\n<p>26. La Cour constitutionnelle italienne, examinant dans son arr\u00eat no\u00a033 de 2021 des questions de constitutionnalit\u00e9 relatives \u00e0 l\u2019\u00e9tat civil des enfants n\u00e9s par GPA (pratique interdite par la loi italienne et en particulier par l\u2019article\u00a012, \u00a7\u00a06, de la loi no\u00a040 de 2004), a rappel\u00e9 la n\u00e9cessit\u00e9 pour les autorit\u00e9s de reconna\u00eetre les liens du mineur avec sa famille afin que ce dernier puisse \u00eatre l\u00e9galement identifi\u00e9 comme membre de la famille dans laquelle il vit. Elle a pr\u00e9cis\u00e9 que ce n\u2019\u00e9tait pas en l\u2019occurrence le droit \u00e0 la parentalit\u00e9 des personnes qui s\u2019occupent de l\u2019enfant qui \u00e9tait en jeu, mais l\u2019int\u00e9r\u00eat de l\u2019enfant, et elle a estim\u00e9 que cet int\u00e9r\u00eat devait \u00eatre mis en balance avec l\u2019objectif l\u00e9gitime du syst\u00e8me juridique, qui est de d\u00e9courager le recours \u00e0 la GPA, lequel est puni par le droit p\u00e9nal.<\/p>\n<p>27. La Cour constitutionnelle a exhort\u00e9 le l\u00e9gislateur \u00e0 trouver une solution qui tienne compte de tous les droits et int\u00e9r\u00eats en jeu, en adaptant la loi existante \u00e0 la n\u00e9cessit\u00e9 de prot\u00e9ger les enfants n\u00e9s par GPA, c\u2019est-\u00e0-dire en r\u00e9glementant le cas \u00e9ch\u00e9ant l\u2019adoption d\u2019une mani\u00e8re plus conforme aux particularit\u00e9s de la situation en question.<\/p>\n<p>28. Par un arr\u00eat du 24\u00a0f\u00e9vrier 2022, la Cour constitutionnelle a d\u00e9clar\u00e9 inconstitutionnelles les dispositions relatives \u00e0 l\u2019adoption \u00ab\u00a0dans des cas particuliers\u00a0\u00bb pour autant qu\u2019elles excluaient que f\u00fbt cr\u00e9\u00e9 entre l\u2019adopt\u00e9 et les parents de l\u2019adoptant le m\u00eame lien de parent\u00e9 que celui qu\u2019\u00e9tablissaient les autres types d\u2019adoption.<\/p>\n<p><strong>II. LE DROIT ET LA PRATIQUE INTERNATIONAUx<\/strong><\/p>\n<p>Les Lignes directrices sur une justice adapt\u00e9e aux enfants<\/p>\n<p>29. Les Lignes directrices du Comit\u00e9 des Ministres du Conseil de l\u2019Europe sur une justice adapt\u00e9e aux enfants ont \u00e9t\u00e9 adopt\u00e9es par le Comit\u00e9 des Ministres le 17 novembre 2010. En voici les passages pertinents en l\u2019esp\u00e8ce :<\/p>\n<p><strong>IV. Une justice adapt\u00e9e aux enfants avant, pendant et apr\u00e8s la proc\u00e9dure judiciaire<\/strong><\/p>\n<p><strong>1. Information et conseil<\/strong><\/p>\n<p>1. D\u00e8s leur premier contact avec le syst\u00e8me judiciaire ou avec d\u2019autres autorit\u00e9s comp\u00e9tentes (telles que la police, les services de l\u2019immigration, les services \u00e9ducatifs, sociaux ou de sant\u00e9) et tout au long de ce processus, les enfants et leurs parents devraient \u00eatre rapidement et d\u00fbment inform\u00e9s, entre autres :<\/p>\n<p>a. de leurs droits, en particulier des droits sp\u00e9cifiques dont jouissent les enfants dans les proc\u00e9dures judiciaires ou non judiciaires les concernant ou pouvant les concerner, ainsi que des instruments de recours disponibles en cas de violation de leurs droits, tels que la possibilit\u00e9 d\u2019engager une proc\u00e9dure judiciaire ou non judiciaire ou d\u2019autres actions. Il peut s\u2019agir d\u2019informations relatives \u00e0 la dur\u00e9e probable de la proc\u00e9dure ou aux possibilit\u00e9s d\u2019acc\u00e8s aux voies de recours et aux m\u00e9canismes de recours ind\u00e9pendants<\/p>\n<p>(&#8230;).<\/p>\n<p><strong>4. Eviter les retards injustifi\u00e9s<\/strong><\/p>\n<p>50. Dans toutes les proc\u00e9dures concernant des enfants, le principe de l\u2019urgence devrait \u00eatre appliqu\u00e9 afin d\u2019apporter une r\u00e9ponse rapide et de prot\u00e9ger l\u2019int\u00e9r\u00eat sup\u00e9rieur de l\u2019enfant, tout en respectant la primaut\u00e9 du droit.<\/p>\n<p>51. Dans les affaires relevant du droit de la famille (filiation, garde, enl\u00e8vement par un parent par exemple), les tribunaux devraient faire preuve d\u2019une diligence exceptionnelle afin d\u2019\u00e9viter de faire peser des cons\u00e9quences dommageables sur les relations familiales.<\/p>\n<p><strong>EN DROIT<\/strong><\/p>\n<p><strong>I. SUR LA VIOLATION ALL\u00c9GU\u00c9E DE L\u2019ARTICLE\u00a08 DE LA CONVENTION<\/strong><\/p>\n<p>30. La requ\u00e9rante se plaint de ne pouvoir obtenir la reconnaissance en Italie de sa filiation l\u00e9galement \u00e9tablie \u00e0 l\u2019\u00e9tranger \u00e0 la suite d\u2019une GPA. Elle d\u00e9nonce une violation du droit au respect de sa vie priv\u00e9e et familiale que garantit l\u2019article\u00a08 de la Convention en ces termes\u00a0:<\/p>\n<p>\u00ab\u00a01. Toute personne a droit au respect de sa vie priv\u00e9e et familiale, (&#8230;).<\/p>\n<p>2. Il ne peut y avoir ing\u00e9rence d\u2019une autorit\u00e9 publique dans l\u2019exercice de ce droit que pour autant que cette ing\u00e9rence est pr\u00e9vue par la loi et qu\u2019elle constitue une mesure qui, dans une soci\u00e9t\u00e9 d\u00e9mocratique, est n\u00e9cessaire \u00e0 la s\u00e9curit\u00e9 nationale, \u00e0 la s\u00fbret\u00e9 publique, au bien\u2011\u00eatre \u00e9conomique du pays, \u00e0 la d\u00e9fense de l\u2019ordre et \u00e0 la pr\u00e9vention des infractions p\u00e9nales, \u00e0 la protection de la sant\u00e9 ou de la morale, ou \u00e0 la protection des droits et libert\u00e9s d\u2019autrui.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p><strong>A. Sur la recevabilit\u00e9<\/strong><\/p>\n<p>31. Constatant que la requ\u00eate n\u2019est pas manifestement mal fond\u00e9e ni irrecevable pour un autre motif vis\u00e9 \u00e0 l\u2019article\u00a035 de la Convention, la Cour la d\u00e9clare recevable.<\/p>\n<p><strong>B. Sur le fond<\/strong><\/p>\n<p><strong>1. Th\u00e8ses des parties<\/strong><\/p>\n<p>32. Invoquant la jurisprudence de la Cour, la requ\u00e9rante demande \u00e0 celle\u2011ci de constater une violation de son droit \u00e0 la vie priv\u00e9e et familiale \u00e0 raison de l\u2019impossibilit\u00e9 o\u00f9 elle se trouverait de d\u00e9terminer le rapport de filiation l\u2019unissant \u00e0 son p\u00e8re biologique et \u00e0 sa m\u00e8re d\u2019intention.<\/p>\n<p>33. Elle d\u00e9clare que le refus des autorit\u00e9s nationales de reconna\u00eetre comme ses parents son p\u00e8re biologique et sa m\u00e8re d\u2019intention, d\u2019une part, et le fait qu\u2019elle n\u2019ait pas de nationalit\u00e9, d\u2019autre part, la placent dans un \u00e9tat d\u2019incertitude juridique tr\u00e8s \u00e9lev\u00e9e. Elle ajoute que faute d\u2019un document attestant le lien de filiation qui l\u2019unit \u00e0 L.B. et \u00e0 E.A.M., sa vie sociale est extr\u00eamement limit\u00e9e. Elle fait valoir notamment des difficult\u00e9s rencontr\u00e9es par ses parents dans des situations li\u00e9es \u00e0 la cr\u00e8che et \u00e0 l\u2019\u00e9cole, ainsi qu\u2019avec le service sanitaire national qu\u2019ils ont sollicit\u00e9 pour avoir acc\u00e8s \u00e0 un p\u00e9diatre.<\/p>\n<p>34. La requ\u00e9rante rappelle que L.B. a, en vertu de l\u2019article\u00a0254 du code civil, demand\u00e9 \u00e0 l\u2019officier d\u2019\u00e9tat civil de transcrire l\u2019acte de naissance avec mention du p\u00e8re biologique, celui-ci l\u2019avant d\u00e9j\u00e0 reconnue comme sa fille selon l\u2019acte de naissance ukrainien.<\/p>\n<p>35. Le Gouvernement, de son c\u00f4t\u00e9, soutient qu\u2019il n\u2019y a pas eu violation des droits prot\u00e9g\u00e9s par la Convention, \u00e9tant donn\u00e9 que l\u2019interdiction de transcrire les actes de naissance \u00e9tablis \u00e0 l\u2019\u00e9tranger \u00e0 l\u2019\u00e9gard d\u2019enfants con\u00e7us par GPA rel\u00e8ve de la seule comp\u00e9tence de l\u2019\u00c9tat. Il explique par ailleurs que la relation existante entre l\u2019enfant et, selon le cas, le parent biologique ou le parent de fait, b\u00e9n\u00e9ficie en tout \u00e9tat de cause de la reconnaissance et de la protection offertes par l\u2019adoption dans des cas particuliers, laquelle est en grande partie analogue \u00e0 l\u2019adoption ordinaire.<\/p>\n<p>36. Il pr\u00e9cise que la loi italienne r\u00e9glemente les cas dans lesquels la procr\u00e9ation m\u00e9dicalement assist\u00e9e est admise, en excluant les couples de m\u00eame sexe de ces proc\u00e9dures et en interdisant, sans exception, le recours \u00e0 la GPA.<\/p>\n<p>37. Il soutient en outre que l\u2019interdiction du recours \u00e0 la GPA est justifi\u00e9e par la n\u00e9cessit\u00e9 de prot\u00e9ger la femme et de pr\u00e9server l\u2019int\u00e9r\u00eat de l\u2019enfant. Elle viserait ainsi deux des buts l\u00e9gitimes \u00e9num\u00e9r\u00e9s \u00e0 l\u2019article\u00a08 \u00a7\u00a02 de la Convention\u00a0: la \u00ab\u00a0protection de la sant\u00e9\u00a0\u00bb et \u00ab\u00a0la protection des droits et libert\u00e9s d\u2019autrui\u00a0\u00bb.<\/p>\n<p>38. Il affirme que la requ\u00e9rante pourrait \u00eatre reconnue par son p\u00e8re biologique en vertu de l\u2019article\u00a0250 du code civil, ce qui lui permettrait d\u2019obtenir la nationalit\u00e9 italienne. Il rappelle que le refus de transcription de l\u2019acte de naissance \u00e9tranger ne fait pas obstacle \u00e0 la reconnaissance du lien existant entre l\u2019enfant et le parent biologique. Le Gouvernement indiquait \u00e9galement que L.B. aurait pu demander la transcription partielle de l\u2019acte de naissance.<\/p>\n<p>39. Quant \u00e0 la m\u00e8re d\u2019intention, le Gouvernement rappelle qu\u2019elle peut emprunter la voie de l\u2019adoption dans des cas particuliers.<\/p>\n<p><strong>2. Appr\u00e9ciation de la Cour<\/strong><\/p>\n<p>a) Ing\u00e9rence, base l\u00e9gale et but l\u00e9gitime<\/p>\n<p>40. La Cour estime que l\u2019existence d\u2019une ing\u00e9rence dans le droit de la requ\u00e9rante au respect de sa vie priv\u00e9e ne fait pas de doute.<\/p>\n<p>41. Elle rappelle que pareille ing\u00e9rence m\u00e9conna\u00eet l\u2019article\u00a08 sauf si, \u00ab\u00a0pr\u00e9vue par la loi\u00a0\u00bb, elle poursuit l\u2019un ou plusieurs des buts l\u00e9gitimes \u00e9nonc\u00e9s au second paragraphe de cette disposition et si elle est \u00ab\u00a0n\u00e9cessaire dans une soci\u00e9t\u00e9 d\u00e9mocratique\u00a0\u00bb pour les atteindre, la notion de \u00ab\u00a0n\u00e9cessit\u00e9\u00a0\u00bb impliquant une ing\u00e9rence fond\u00e9e sur un besoin social imp\u00e9rieux et, notamment, proportionn\u00e9e au but l\u00e9gitime poursuivi (Mennesson c.\u00a0France, no\u00a065192\/11, \u00a7\u00a050, CEDH\u00a02014 (extraits)).<\/p>\n<p>42. La Cour constate que le rejet de la demande tendant \u00e0 la transcription sur les registres de l\u2019\u00e9tat civil de l\u2019acte de naissance \u00e9tranger de la requ\u00e9rante \u00e9tait pr\u00e9vu par la loi, au sens du second paragraphe de l\u2019article\u00a08, la GPA \u00e9tant interdite.<\/p>\n<p>43. Elle rappelle avoir d\u00e9j\u00e0 jug\u00e9 que le refus de reconna\u00eetre un lien de filiation entre l\u2019enfant n\u00e9 \u00e0 l\u2019\u00e9tranger d\u2019une GPA et les parents d\u2019intention proc\u00e8de de la volont\u00e9 d\u2019un \u00c9tat donn\u00e9 de d\u00e9courager ses ressortissants \u00e0 recourir hors du territoire national \u00e0 une m\u00e9thode de procr\u00e9ation qu\u2019il prohibe sur son territoire dans le but de pr\u00e9server les enfants et la m\u00e8re porteuse (Mennesson, pr\u00e9cit\u00e9, \u00a7\u00a062). \u00c0 la lumi\u00e8re de ces consid\u00e9rations, la Cour admet donc que l\u2019ing\u00e9rence litigieuse visait deux des buts l\u00e9gitimes \u00e9num\u00e9r\u00e9s au second paragraphe de l\u2019article\u00a08 de la Convention\u00a0: \u00ab\u00a0la protection de la sant\u00e9\u00a0\u00bb et \u00ab\u00a0la protection des droits et libert\u00e9s d\u2019autrui\u00a0\u00bb.<\/p>\n<p>b) N\u00e9cessit\u00e9 dans une soci\u00e9t\u00e9 d\u00e9mocratique<\/p>\n<p>i. Les principes g\u00e9n\u00e9raux pertinents<\/p>\n<p>44. Il reste \u00e0 d\u00e9terminer si cette ing\u00e9rence \u00e9tait \u00ab\u00a0n\u00e9cessaire dans une soci\u00e9t\u00e9 d\u00e9mocratique\u00a0\u00bb pour atteindre ces buts.<\/p>\n<p>45. Dans l\u2019arr\u00eat Mennesson (pr\u00e9cit\u00e9, \u00a7\u00a7 96 et 99) (voir aussi Labassee c.\u00a0France, no\u00a065941\/11, 26\u00a0juin 2014), la Cour a examin\u00e9 sous l\u2019angle de l\u2019article\u00a08 de la Convention l\u2019impossibilit\u00e9 pour deux filles n\u00e9es en Californie d\u2019une GPA d\u2019obtenir en France la reconnaissance de la filiation l\u00e9galement \u00e9tablie aux \u00c9tats-Unis entre elles et leur p\u00e8re biologique.<\/p>\n<p>46. La Cour y a conclu \u00e0 la violation du droit au respect de la vie priv\u00e9e des enfants. Pour parvenir \u00e0 cette conclusion, elle a tout d\u2019abord soulign\u00e9 que \u00ab\u00a0le respect de la vie priv\u00e9e exige que chacun puisse \u00e9tablir les d\u00e9tails de son identit\u00e9 d\u2019\u00eatre humain, ce qui inclut sa filiation\u00a0\u00bb, et qu\u2019\u00ab\u00a0un aspect essentiel de l\u2019identit\u00e9 des individus est en jeu d\u00e8s lors que l\u2019on touche \u00e0 la filiation\u00a0\u00bb (\u00a7\u00a096 de l\u2019arr\u00eat). Elle a ajout\u00e9 que \u00ab\u00a0le droit au respect de la vie priv\u00e9e [des enfants n\u00e9s \u00e0 l\u2019\u00e9tranger d\u2019une GPA], qui implique que chacun puisse \u00e9tablir la substance de son identit\u00e9, y compris sa filiation, se trouv[ait] significativement affect\u00e9 [par la non-reconnaissance en droit fran\u00e7ais du lien de filiation entre ces enfants et leur p\u00e8re biologique]\u00a0\u00bb. Elle en a d\u00e9duit que se posait \u00ab\u00a0une question grave de compatibilit\u00e9 de cette situation avec l\u2019int\u00e9r\u00eat sup\u00e9rieur des enfants, dont le respect doit guider toute d\u00e9cision les concernant\u00a0\u00bb).<\/p>\n<p>47. Elle s\u2019est ensuite prononc\u00e9e sur la question de la reconnaissance du lien de filiation entre les deux enfants et leur p\u00e8re d\u2019intention, lequel \u00e9tait leur p\u00e8re biologique. Elle a jug\u00e9 ce qui suit (ibidem, \u00a7\u00a0100)\u00a0:<\/p>\n<p>\u00ab\u00a0Non seulement le lien entre les requ\u00e9rantes [c\u2019est-\u00e0-dire les enfants] et leur p\u00e8re biologique n\u2019a pas \u00e9t\u00e9 admis \u00e0 l\u2019occasion de la demande de transcription des actes de naissance, mais encore sa cons\u00e9cration par la voie d\u2019une reconnaissance de paternit\u00e9 ou de l\u2019adoption ou par l\u2019effet de la possession d\u2019\u00e9tat se heurterait \u00e0 la jurisprudence prohibitive \u00e9tablie \u00e9galement sur ces points par la Cour de cassation (&#8230;). La Cour estime, compte tenu des cons\u00e9quences de cette grave restriction sur l\u2019identit\u00e9 et le droit au respect de la vie priv\u00e9e des requ\u00e9rantes, qu\u2019en faisant ainsi obstacle tant \u00e0 la reconnaissance qu\u2019\u00e0 l\u2019\u00e9tablissement en droit interne de leur lien de filiation \u00e0 l\u2019\u00e9gard de leur p\u00e8re biologique, l\u2019\u00c9tat d\u00e9fendeur est all\u00e9 au-del\u00e0 de ce que lui permettait sa marge d\u2019appr\u00e9ciation.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p>48. Le 10\u00a0avril 2019, la Cour a rendu un Avis consultatif relatif \u00e0 la reconnaissance en droit interne d\u2019un lien de filiation entre un enfant n\u00e9 d\u2019une gestation pour autrui pratiqu\u00e9e \u00e0 l\u2019\u00e9tranger et la m\u00e8re d\u2019intention [GC], (demande no\u00a0P16-2018-001, Cour de cassation fran\u00e7aise, 10\u00a0avril 2019), dont le dispositif est libell\u00e9 comme suit\u00a0:<\/p>\n<p>\u00ab\u00a0Dans la situation o\u00f9, comme dans l\u2019hypoth\u00e8se formul\u00e9e dans les questions de la Cour de cassation, un enfant est n\u00e9 \u00e0 l\u2019\u00e9tranger par GPA et est issu des gam\u00e8tes du p\u00e8re d\u2019intention et d\u2019une tierce donneuse, et o\u00f9 le lien de filiation entre l\u2019enfant et le p\u00e8re d\u2019intention a \u00e9t\u00e9 reconnu en droit interne\u00a0:<\/p>\n<p>1. le droit au respect de la vie priv\u00e9e de l\u2019enfant, au sens de l\u2019article\u00a08 de la Convention, requiert que le droit interne offre une possibilit\u00e9 de reconnaissance d\u2019un lien de filiation entre cet enfant et la m\u00e8re d\u2019intention, d\u00e9sign\u00e9e dans l\u2019acte de naissance l\u00e9galement \u00e9tabli \u00e0 l\u2019\u00e9tranger comme \u00e9tant la \u00ab\u00a0m\u00e8re l\u00e9gale\u00a0\u00bb\u00a0;<\/p>\n<p>2. le droit au respect de la vie priv\u00e9e de l\u2019enfant, au sens de l\u2019article\u00a08 de la Convention, ne requiert pas que cette reconnaissance se fasse par la transcription sur les registres de l\u2019\u00e9tat civil de l\u2019acte de naissance l\u00e9galement \u00e9tabli \u00e0 l\u2019\u00e9tranger ; elle peut se faire par une autre voie, telle que l\u2019adoption de l\u2019enfant par la m\u00e8re d\u2019intention, \u00e0 la condition que les modalit\u00e9s pr\u00e9vues par le droit interne garantissent l\u2019effectivit\u00e9 et la c\u00e9l\u00e9rit\u00e9 de sa mise en \u0153uvre, conform\u00e9ment \u00e0 l\u2019int\u00e9r\u00eat sup\u00e9rieur de l\u2019enfant.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p>49. Plus g\u00e9n\u00e9ralement, la Cour a soulign\u00e9 dans ledit avis que le choix des moyens \u00e0 mettre en \u0153uvre pour permettre la reconnaissance du lien existant entre un enfant et un parent d\u2019intention tombe dans la marge d\u2019appr\u00e9ciation des \u00c9tats. Elle a observ\u00e9 \u00e0 cet \u00e9gard qu\u2019il n\u2019y a pas de consensus europ\u00e9en en la mati\u00e8re (lorsque l\u2019\u00e9tablissement ou la reconnaissance du lien entre l\u2019enfant et le parent d\u2019intention est possible, leurs modalit\u00e9s varient d\u2019un \u00c9tat \u00e0 l\u2019autre) et que l\u2019identit\u00e9 de l\u2019individu est moins directement en jeu lorsqu\u2019il s\u2019agit non du principe m\u00eame de l\u2019\u00e9tablissement ou de la reconnaissance de sa filiation mais des moyens \u00e0 mettre en \u0153uvre \u00e0 cette fin (\u00a7\u00a051).<\/p>\n<p>50. La Cour a ajout\u00e9 dans le m\u00eame avis que la n\u00e9cessit\u00e9 d\u2019offrir une possibilit\u00e9 de reconnaissance du lien entre l\u2019enfant et la m\u00e8re d\u2019intention vaut a fortiori lorsque l\u2019enfant a \u00e9t\u00e9 con\u00e7u avec les gam\u00e8tes du p\u00e8re d\u2019intention et les gam\u00e8tes de la m\u00e8re d\u2019intention et que le lien de filiation entre l\u2019enfant et le p\u00e8re d\u2019intention a \u00e9t\u00e9 reconnu en droit interne (\u00a7\u00a047).<\/p>\n<p>51. Dans l\u2019affaire D c. France (no 11288\/18, 16 juillet 2020), qui concernait le refus d\u2019\u00e9tablir un lien de filiation entre un enfant n\u00e9 \u00e0 l\u2019\u00e9tranger d\u2019une GPA et sa m\u00e8re d\u2019intention, la Cour a appliqu\u00e9 les principes \u00e9labor\u00e9s dans l\u2019avis consultatif susmentionn\u00e9. Elle a ainsi dit que, lorsqu\u2019un enfant est n\u00e9 \u00e0 l\u2019\u00e9tranger d\u2019une GPA et est issu des gam\u00e8tes du p\u00e8re d\u2019intention, le droit au respect de la vie priv\u00e9e de l\u2019enfant requiert que le droit interne offre une possibilit\u00e9 de reconnaissance d\u2019un lien de filiation entre l\u2019enfant et le p\u00e8re d\u2019intention et entre l\u2019enfant et la m\u00e8re d\u2019intention, qu\u2019elle soit ou non sa m\u00e8re g\u00e9n\u00e9tique (\u00a7\u00a054). Elle a pr\u00e9cis\u00e9 que cette reconnaissance du lien de filiation entre l\u2019enfant et le p\u00e8re d\u2019intention, p\u00e8re biologique, et entre l\u2019enfant et la m\u00e8re d\u2019intention qui n\u2019est pas la m\u00e8re g\u00e9n\u00e9tique peut d\u00fbment se faire par d\u2019autres moyens que la transcription de l\u2019acte de naissance \u00e9tranger de l\u2019enfant (ibidem).<\/p>\n<p>52. La Cour a conclu, dans cette affaire, que l\u2019adoption de l\u2019enfant du conjoint constituait en l\u2019esp\u00e8ce un m\u00e9canisme effectif et suffisamment rapide permettant la reconnaissance du lien de filiation existant entre l\u2019enfant et la m\u00e8re d\u2019intention (\u00a7\u00a070). Elle a estim\u00e9 qu\u2019en cons\u00e9quence l\u2019\u00c9tat d\u00e9fendeur n\u2019avait pas, en refusant de transcrire sur les registres de l\u2019\u00e9tat civil national l\u2019acte de naissance \u00e9tranger pour autant qu\u2019il d\u00e9signait comme la m\u00e8re de l\u2019enfant sa m\u00e8re d\u2019intention, exc\u00e9d\u00e9 sa marge d\u2019appr\u00e9ciation dans les circonstances de la cause (\u00a7\u00a071), et, partant, elle a jug\u00e9 qu\u2019il n\u2019y avait pas eu violation de l\u2019article\u00a08 de la Convention (\u00a7\u00a072).<\/p>\n<p>53. Enfin, dans l\u2019affaire D.B. et autres c.\u00a0Suisse (nos 58817\/15 et 58252\/15, 22 novembre 2022), la Cour a conclu \u00e0 la violation de l\u2019article\u00a08 de la Convention (droit au respect de la vie priv\u00e9e) dans le chef de l\u2019enfant et \u00e0 la non-violation de l\u2019article\u00a08 (droit au respect de la vie familiale) dans les chefs du p\u00e8re d\u2019intention et du p\u00e8re g\u00e9n\u00e9tique. En ce qui concerne l\u2019enfant, elle a not\u00e9 en particulier qu\u2019\u00e0 la naissance de celui\u2011ci, le droit interne n\u2019offrait aucune possibilit\u00e9 de faire reconna\u00eetre le lien de filiation entre le parent d\u2019intention et l\u2019enfant. En cons\u00e9quence, les int\u00e9ress\u00e9s avaient \u00e9t\u00e9 priv\u00e9s durant presque sept ans et huit mois de toute possibilit\u00e9 de faire reconna\u00eetre ledit lien de filiation de mani\u00e8re d\u00e9finitive. La Cour a donc jug\u00e9 qu\u2019en refusant de reconna\u00eetre le lien de filiation d\u00fbment \u00e9tabli par un acte de naissance \u00e9tranger entre le p\u00e8re d\u2019intention et l\u2019enfant n\u00e9 aux \u00c9tats-Unis d\u2019une GPA sans offrir un autre moyen de faire reconna\u00eetre le lien en question, les autorit\u00e9s suisses avaient m\u00e9connu l\u2019int\u00e9r\u00eat sup\u00e9rieur de l\u2019enfant. Autrement dit, l\u2019impossibilit\u00e9 g\u00e9n\u00e9rale et absolue, pendant un laps de temps significatif, d\u2019obtenir la reconnaissance du lien entre l\u2019enfant et le p\u00e8re d\u2019intention constitue une ing\u00e9rence disproportionn\u00e9e dans le droit de l\u2019enfant au respect de sa vie priv\u00e9e.<\/p>\n<p>ii. Application de ces principes au cas d\u2019esp\u00e8ce<\/p>\n<p>54. La Cour rappelle que le respect de la vie priv\u00e9e exige que chacun puisse \u00e9tablir les d\u00e9tails de son identit\u00e9 d\u2019\u00eatre humain, ce qui inclut sa filiation. Or la requ\u00e9rante se trouve \u00e0 cet \u00e9gard dans une situation d\u2019incertitude juridique r\u00e9sultant de ce que, d\u2019une part, les juridictions internes ne reconnaissent pas le lien de filiation qui l\u2019unit selon son acte de naissance ukrainien \u00e0 L.B. (son p\u00e8re biologique) et \u00e0 E.A.M. (sa m\u00e8re d\u2019intention) et, d\u2019autre part, elle n\u2019a pas la nationalit\u00e9 italienne.<\/p>\n<p>55. Pour d\u00e9terminer si cette situation emporte violation de l\u2019article 8 de la Convention, la Cour examinera l\u2019impossibilit\u00e9 pour la requ\u00e9rante de voir reconna\u00eetre sa filiation d\u2019abord \u00e0 l\u2019\u00e9gard de son p\u00e8re biologique, puis \u00e0 l\u2019\u00e9gard de sa m\u00e8re d\u2019intention.<\/p>\n<p>1) Sur l\u2019\u00e9tablissement du lien de filiation entre la requ\u00e9rante et son p\u00e8re biologique<\/p>\n<p>56. La Cour rappelle que selon sa jurisprudence l\u2019article 8 de la Convention demande que le droit interne offre une possibilit\u00e9 de reconnaissance du lien entre un enfant n\u00e9 d\u2019une GPA pratiqu\u00e9e \u00e0 l\u2019\u00e9tranger et le p\u00e8re d\u2019intention lorsqu\u2019il est le p\u00e8re biologique. Elle a affirm\u00e9, dans l\u2019arr\u00eat Mennesson, que l\u2019absence d\u2019une telle possibilit\u00e9 emportait violation du droit de l\u2019enfant au respect de sa vie priv\u00e9e, tel qu\u2019il se trouve garanti par cette disposition (Mennesson, pr\u00e9cit\u00e9, \u00a7\u00a7 100-101 ; voir aussi Labassee, pr\u00e9cit\u00e9, ainsi que Foulon et Bouvet\u00a0c.\u00a0France, nos 9063\/14 et 10410\/14, 21 juillet 2016, et\u00a0Laborie\u00a0c.\u00a0France, no 44024\/13, 19 janvier 2017).<\/p>\n<p>57. La Cour rappelle avoir conclu dans l\u2019avis consultatif (no\u00a0P16\u20112018\u2011001, pr\u00e9cit\u00e9, \u00a7 40) que le choix des moyens \u00e0 mettre en \u0153uvre pour permettre la reconnaissance du lien existant entre un enfant et un parent d\u2019intention tombe dans la marge d\u2019appr\u00e9ciation des \u00c9tats. Elle a observ\u00e9 \u00e0 cet \u00e9gard qu\u2019il n\u2019y a pas de consensus europ\u00e9en en la mati\u00e8re et que l\u2019identit\u00e9 de l\u2019individu est moins directement en jeu lorsqu\u2019il s\u2019agit non du principe m\u00eame de l\u2019\u00e9tablissement ou de la reconnaissance de sa filiation mais des moyens \u00e0 mettre en \u0153uvre \u00e0 cette fin (ibidem, \u00a7 51).<\/p>\n<p>En outre, elle a constat\u00e9 que l\u2019absence de reconnaissance d\u2019un lien de filiation entre un enfant n\u00e9 d\u2019une GPA pratiqu\u00e9e \u00e0 l\u2019\u00e9tranger et le parent d\u2019intention a des cons\u00e9quences n\u00e9gatives sur plusieurs aspects du droit de l\u2019enfant au respect de la vie priv\u00e9e et d\u00e9favorise l\u2019enfant d\u00e8s lors qu\u2019il le place dans une forme d\u2019incertitude juridique quant \u00e0 son identit\u00e9 dans la soci\u00e9t\u00e9 (ibidem, \u00a7\u00a7 96 et 75\u00a0respectivement). Il est dans l\u2019int\u00e9r\u00eat de l\u2019enfant qui est dans cette situation que la dur\u00e9e de l\u2019incertitude dans laquelle il se trouve quant \u00e0 l\u2019\u00e9tablissement de sa filiation soit aussi br\u00e8ve que possible.<\/p>\n<p>58. A cet \u00e9gard, la Cour rappelle qu\u2019un devoir de diligence exceptionnelle s\u2019impose lorsqu\u2019est en jeu la relation d\u2019une personne avec son enfant, le passage du temps \u00e9tant susceptible d\u2019aboutir \u00e0 ce que la question soit tranch\u00e9e par un fait accompli (voir par exemple, s\u2019agissant du droit au respect de la vie priv\u00e9e, Ahrens c. Allemagne, no 45071\/09, \u00a7\u00a076 et 78, 22 mars 2012, et, s\u2019agissant du droit au respect de la vie familiale, Strand Lobben et autres c.\u00a0Norv\u00e8ge [GC], no 37283\/13, \u00a7 212, 10\u00a0septembre 2019).<\/p>\n<p>59. Il appartient, en effet, \u00e0 chaque \u00c9tat contractant de se doter d\u2019un arsenal juridique ad\u00e9quat et suffisant pour assurer le respect des obligations positives qui lui incombent en vertu de l\u2019article 8 de la Convention, dont l\u2019obligation de diligence exceptionnelle lorsqu\u2019est en jeu la relation d\u2019une personne avec son enfant (voir, par exemple, Soares de Melo c. Portugal, no\u00a072850\/14, \u00a7 92, 16 f\u00e9vrier 2016).<\/p>\n<p>60. La Cour note que, selon sa jurisprudence (avis consultatif no\u00a0P16-\u00a02018-001, pr\u00e9cit\u00e9, et D c. France, pr\u00e9cit\u00e9), elle n\u2019est pas concern\u00e9e par les modalit\u00e9s d\u2019\u00e9tablissement ou de reconnaissance d\u2019un lien de filiation d\u2019un enfant n\u00e9 d\u2019une GPA pratiqu\u00e9e \u00e0 l\u2019\u00e9tranger (transcription de l\u2019acte de naissance \u00e9tranger partielle ou compl\u00e8te, adoption pl\u00e9ni\u00e8re ou simple, \u00e9tablissement ex novo du lien dans le pays de r\u00e9sidence de l\u2019enfant), mais elle doit v\u00e9rifier, en revanche, si le processus d\u00e9cisionnel de l\u2019\u00c9tat de r\u00e9sidence de l\u2019enfant, consid\u00e9r\u00e9 comme un tout, a assur\u00e9 la protection ad\u00e9quate des int\u00e9r\u00eats en jeu. En effet, il est primordial que les modalit\u00e9s de l\u2019\u00e9tablissement de la filiation pr\u00e9vues par le droit interne garantissent l\u2019effectivit\u00e9 et la c\u00e9l\u00e9rit\u00e9 de sa mise en \u0153uvre (avis consultatif no P16-2018-001, pr\u00e9cit\u00e9, \u00a7 55), conform\u00e9ment \u00e0 l\u2019int\u00e9r\u00eat sup\u00e9rieur de l\u2019enfant de mani\u00e8re \u00e0 \u00e9viter que celui-ci soit maintenu longtemps dans l\u2019incertitude juridique.<\/p>\n<p>61. La Cour note que, dans le cas d\u2019esp\u00e8ce, \u00e0 la suite du refus de la transcription de l\u2019acte de naissance, en 2019, L.B. et E.A.M. ont saisi le tribunal de V. en demandant la transcription compl\u00e8te de l\u2019acte de naissance ou, en voie subsidiaire, la transcription partielle \u00e0 l\u2019\u00e9gard du p\u00e8re biologique. Le tribunal, nonobstant l\u2019avis favorable du parquet qui demandait d\u2019accorder la transcription partielle, a rejet\u00e9 le recours au motif que la prise en compte de l\u2019int\u00e9r\u00eat sup\u00e9rieur de l\u2019enfant ne pouvait conduire \u00e0 m\u00e9conna\u00eetre le principe d\u2019incompatibilit\u00e9 de la GPA avec l\u2019ordre public. Aucune r\u00e9ponse sp\u00e9cifique n\u2019a \u00e9t\u00e9 donn\u00e9e quant \u00e0 la demande subsidiaire.<\/p>\n<p>62. L.B. et E.A.M. ont interjet\u00e9 appel de cette d\u00e9cision et par un recours en r\u00e9f\u00e9r\u00e9 ont demand\u00e9 la transcription partielle de l\u2019acte de naissance \u00e0 l\u2019\u00e9gard de L.B. La Cour note \u00e9galement que le parquet a exprim\u00e9, \u00e0 nouveau, un avis favorable.<\/p>\n<p>63. Par un arr\u00eat du 14 juin 2021, la cour d\u2019appel a rejet\u00e9 le recours en d\u00e9clarant irrecevable la demande de transcription partielle et cela pour une question de forme, la requ\u00eate originale concernant exclusivement la transcription int\u00e9grale de l\u2019acte de naissance de C qui \u00e9tait contraire \u00e0 l\u2019ordre public.<\/p>\n<p>64. Par la suite L.B. a demand\u00e9 \u00e0 l\u2019officier de l\u2019\u00e9tat civil la transcription partielle qui a \u00e9galement \u00e9t\u00e9 refus\u00e9e (voir paragraphes 11 et 12 ci-dessus).<\/p>\n<p>65. A l\u2019\u00e9vidence, les juridictions internes ont rejet\u00e9 les demandes litigieuses sans effectuer une mise en balance des diff\u00e9rents int\u00e9r\u00eats en jeu et, surtout, sans consid\u00e9rer les exigences de c\u00e9l\u00e9rit\u00e9 et efficacit\u00e9 requises dans des proc\u00e9dures comme celle en l\u2019esp\u00e8ce (paragraphe 48 ci\u2011dessus). En particulier, en ce qui concerne \u00ab\u00a0l\u2019efficacit\u00e9\u00a0\u00bb, la Cour ne peut que constater que\u00a0:<\/p>\n<p>&#8211; les refus des avis du parquet n\u2019ont pas \u00e9t\u00e9 motiv\u00e9s sauf pour des raisons de conflit avec l\u2019ordre public\u00a0;<\/p>\n<p>&#8211;\u00a0quant \u00e0 la demande de transcription partielle, elle a \u00e9t\u00e9 rejet\u00e9e au seul motif d\u2019un formalisme excessif \u00e0 savoir qu\u2019elle ne faisait pas l\u2019objet du recours, question qui ne peut pas \u00eatre pertinente dans une proc\u00e9dure ax\u00e9e sur l\u2019int\u00e9r\u00eat sup\u00e9rieur de l\u2019enfant\u00a0; et<\/p>\n<p>&#8211; aucune indication, \u00e0 toutes les \u00e9tapes de la proc\u00e9dure, n\u2019a \u00e9t\u00e9 donn\u00e9e quant \u00e0 un \u00e9ventuel moyen alternatif pour obtenir l\u2019\u00e9tablissement du lien de filiation entre la requ\u00e9rante et son p\u00e8re biologique, en pla\u00e7ant la requ\u00e9rante devant le simple refus non fond\u00e9 sur l\u2019absence des conditions pr\u00e9alables.<\/p>\n<p>66. En ce qui concerne l\u2019exigence de \u00ab\u00a0c\u00e9l\u00e9rit\u00e9\u00a0\u00bb, la Cour constate que\u00a0:<\/p>\n<p>&#8211; nonobstant environ quatre ans se soient \u00e9coul\u00e9s depuis la demande de transcription du certificat de naissance \u00e9tranger de la requ\u00e9rante, face \u00e0 l\u2019avis favorable du parquet, les juridictions internes ont ni\u00e9 la transcription int\u00e9grale et, pour des raisons proc\u00e9durales, n\u2019ont pas examin\u00e9 la demande de transcription partielle ; et<\/p>\n<p>&#8211; apr\u00e8s le refus des demandes de transcription, aucune passerelle proc\u00e9durale n\u2019a \u00e9t\u00e9 envisag\u00e9e par les juridictions pour transformer la proc\u00e9dure en celle plus adapt\u00e9e pour permettre l\u2019\u00e9tablissement du lien de filiation, de sorte que, en l\u2019absence de telle passerelle, L.B. a d\u00fb recommencer la proc\u00e9dure, en s\u2019adressant \u00e0 l\u2019officier d\u2019\u00e9tat civil, lequel \u2013 saisi d\u2019une demande de transcription partielle \u2013 l\u2019a refus\u00e9e nonobstant le fait que la transcription partielle soit normalement admise \u00e0 l\u2019\u00e9gard du parent biologique.<\/p>\n<p>67. La Cour ne saurait sp\u00e9culer sur l\u2019issue d\u2019une \u00e9ventuelle nouvelle proc\u00e9dure devant les juridictions nationales visant \u00e0 faire reconna\u00eetre le lien de filiation entre la requ\u00e9rante et son p\u00e8re biologique. Toutefois il y a lieu de conclure qu\u2019en l\u2019esp\u00e8ce, les juridictions internes n\u2019ont pas \u00e9t\u00e9 en mesure de prendre une d\u00e9cision rapide afin de prot\u00e9ger l\u2019int\u00e9r\u00eat de la requ\u00e9rante \u00e0 avoir sa filiation biologique \u00e9tablie et aucune autre solution alternative ne semble avoir \u00e9t\u00e9 envisag\u00e9e. La requ\u00e9rante, \u00e2g\u00e9e de quatre ans, est maintenue dans un \u00e9tat d\u2019incertitude prolong\u00e9e quant \u00e0 son identit\u00e9 personnelle depuis sa naissance. En particulier elle n\u2019a pas de filiation \u00e9tablie, avec des cons\u00e9quences importantes sur son \u00e9tat civil, et est consid\u00e9r\u00e9e comme apatride en Italie.<\/p>\n<p>Conclusion<\/p>\n<p>68. \u00c0 la lumi\u00e8re des consid\u00e9rations qui pr\u00e9c\u00e8dent (paragraphes 56-67 ci-dessus), la Cour rappelle notamment que, afin d\u2019assurer un r\u00e9sultat \u00ab rapide\u00a0\u00bb et \u00ab efficace \u00bb conform\u00e9ment \u00e0 l\u2019int\u00e9r\u00eat sup\u00e9rieur de l\u2019enfant en mati\u00e8re d\u2019\u00e9tablissement du lien de filiation entre le parent biologique et l\u2019enfant n\u00e9 \u00e0 la suite d\u2019une GPA effectu\u00e9e \u00e0 l\u2019\u00e9tranger : a) le processus d\u00e9cisionnel doit \u00eatre suffisamment ax\u00e9 sur l\u2019int\u00e9r\u00eat sup\u00e9rieur de l\u2019enfant et, en ce sens, exempt de formalisme excessif et apte \u00e0 r\u00e9aliser cet int\u00e9r\u00eat ind\u00e9pendamment d\u2019\u00e9ventuels vices de proc\u00e9dure ; b) les juridictions internes doivent coop\u00e9rer avec les parties en indiquant les solutions choisies par le syst\u00e8me, ind\u00e9pendamment des demandes des parties concern\u00e9es.<\/p>\n<p>Ainsi, la Cour juge que, au vu des circonstances particuli\u00e8res de l\u2019esp\u00e8ce, malgr\u00e9 la marge d\u2019appr\u00e9ciation reconnue \u00e0 l\u2019\u00c9tat, les autorit\u00e9s italiennes ont failli \u00e0 l\u2019obligation positive de garantir le droit de la requ\u00e9rante au respect de sa vie priv\u00e9e auquel elle a droit en vertu de la Convention. Partant, il y a eu violation de l\u2019article 8 de la Convention sur ce point.<\/p>\n<p>2) Sur l\u2019\u00e9tablissement du lien de filiation entre la requ\u00e9rante et sa m\u00e8re d\u2019intention<\/p>\n<p>69. Quant l\u2019impossibilit\u00e9 pour la requ\u00e9rante de voir reconna\u00eetre le lien qui l\u2019unit \u00e0 sa m\u00e8re d\u2019intention, la Cour constate qu\u2019E.A.M. peut demander l\u2019adoption de la requ\u00e9rante sur le fondement de l\u2019article\u00a044 de la loi no\u00a0184 de 1983.<\/p>\n<p>70. \u00c0 cet \u00e9gard, la Cour tient \u00e0 rappeler que la Cour constitutionnelle a d\u00e9clar\u00e9 inconstitutionnelles les dispositions relatives \u00e0 l\u2019adoption \u00ab\u00a0dans des cas particuliers\u00a0\u00bb pour autant qu\u2019elles excluaient que f\u00fbt cr\u00e9\u00e9 entre l\u2019adopt\u00e9 et les parents de l\u2019adoptant le m\u00eame lien de parent\u00e9 que celui qu\u2019\u00e9tablissaient les autres types d\u2019adoption (paragraphe\u00a028 ci-dessus).<\/p>\n<p>71. Elle rel\u00e8ve \u00e9galement qu\u2019en novembre 2022, l\u2019Assembl\u00e9e pl\u00e9ni\u00e8re de la Cour de cassation, tout en rappelant que la transcription de l\u2019acte de naissance d\u2019un enfant n\u00e9 d\u2019une GPA pratiqu\u00e9e \u00e0 l\u2019\u00e9tranger \u00e9tait, pour autant qu\u2019elle concernait le parent d\u2019intention, interdite comme \u00e9tant contraire \u00e0 l\u2019ordre public, a \u00e9tabli, en se r\u00e9f\u00e9rant aux arr\u00eats D.B. et autres c. Suisse et D c. France, pr\u00e9cit\u00e9s, que \u00ab\u00a0l\u2019adoption est le moyen par lequel il est possible de faire reconna\u00eetre juridiquement, en conf\u00e9rant \u00e0 un tel enfant, \u00e0 l\u2019\u00e9gard du parent d\u2019adoption, le statut de fils ou de fille, le lien de fait entre l\u2019enfant en question et la personne qui a partag\u00e9 avec le parent biologique le projet de procr\u00e9ation et contribu\u00e9 \u00e0 l\u2019entretien de l\u2019enfant d\u00e8s sa naissance \u00bb (paragraphes\u00a023-25 ci\u2011dessus).<\/p>\n<p>72. Cela \u00e9tant rappel\u00e9, la Cour doit \u00e0 pr\u00e9sent d\u00e9terminer si le refus de reconna\u00eetre le lien de filiation \u00e9tabli par l\u2019acte de naissance ukrainien entre la requ\u00e9rante et sa m\u00e8re d\u2019intention est compatible avec le droit de l\u2019int\u00e9ress\u00e9e au respect de sa vie priv\u00e9e et familiale au sens de l\u2019article\u00a08 de la Convention.<\/p>\n<p>73. \u00c0 cet \u00e9gard, la Cour estime que les principes \u00e9labor\u00e9s d\u2019une part dans les affaires Mennesson et Labassee, pr\u00e9cit\u00e9es, d\u2019autre part dans l\u2019avis consultatif susmentionn\u00e9, et enfin dans l\u2019affaire D c. France, pr\u00e9cit\u00e9e, trouvent \u00e0 s\u2019appliquer au cas d\u2019esp\u00e8ce.<\/p>\n<p>74. Elle rappelle notamment que si la marge d\u2019appr\u00e9ciation des \u00c9tats est limit\u00e9e en ce qui concerne le principe m\u00eame de l\u2019\u00e9tablissement ou de la reconnaissance de la filiation (avis consultatif no P16-2018-001, pr\u00e9cit\u00e9, \u00a7\u00a7\u00a044-46), cette marge est plus grande en ce qui concerne les moyens \u00e0 mettre en \u0153uvre \u00e0 cette fin (ibidem, \u00a7\u00a051).<\/p>\n<p>75. Certes, la loi italienne ne permet pas la transcription de l\u2019acte de naissance en ce qui concerne la m\u00e8re d\u2019intention, n\u00e9anmoins, elle garantit \u00e0 cette derni\u00e8re la possibilit\u00e9 de reconna\u00eetre juridiquement l\u2019enfant par le biais de l\u2019adoption.<\/p>\n<p>76. A cet \u00e9gard, la Cour note que, selon l\u2019Assembl\u00e9e pl\u00e9ni\u00e8re de la Cour de cassation, l\u2019adoption permet aux tribunaux saisis d\u2019appr\u00e9cier les exigences de l\u2019article 8 de la Convention et l\u2019int\u00e9r\u00eat sup\u00e9rieur de l\u2019enfant. Cet examen est fait sur la base des conditions pr\u00e9alables que chaque \u00c9tat fixe dans le respect de sa marge d\u2019appr\u00e9ciation, par exemple par un lien entre les deux parents et la participation du parent d\u2019intention, par le biais d\u2019actes sp\u00e9cifiques, au projet parental (mutatis mutandis D c. France, pr\u00e9cit\u00e9).<\/p>\n<p>77. La Cour constate donc que le d\u00e9sir de voir reconna\u00eetre un lien entre la requ\u00e9rante et la m\u00e8re d\u2019intention ne se heurte pas \u00e0 une impossibilit\u00e9 g\u00e9n\u00e9rale et absolue.<\/p>\n<p>78. Compte tenu de ce qui pr\u00e9c\u00e8de, la Cour est d\u2019avis qu\u2019en refusant de proc\u00e9der \u00e0 la transcription de l\u2019acte de naissance ukrainien de la requ\u00e9rante sur les registres de l\u2019\u00e9tat civil italien pour autant qu\u2019il d\u00e9signe E.A.M. comme sa m\u00e8re, l\u2019\u00c9tat d\u00e9fendeur n\u2019a pas, dans les circonstances de la cause, exc\u00e9d\u00e9 sa marge d\u2019appr\u00e9ciation.<\/p>\n<p>79. Partant, il n\u2019y a pas eu violation de l\u2019article\u00a08 de la Convention sur ce point.<\/p>\n<p><strong>II. SUR L\u2019APPLICATION DE L\u2019ARTICLE\u00a041 DE LA CONVENTION<\/strong><\/p>\n<p>80. Aux termes de l\u2019article\u00a041 de la Convention\u00a0:<\/p>\n<p>\u00ab\u00a0Si la Cour d\u00e9clare qu\u2019il y a eu violation de la Convention ou de ses Protocoles, et si le droit interne de la Haute Partie contractante ne permet d\u2019effacer qu\u2019imparfaitement les cons\u00e9quences de cette violation, la Cour accorde \u00e0 la partie l\u00e9s\u00e9e, s\u2019il y a lieu, une satisfaction \u00e9quitable.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p><strong>A. Dommage<\/strong><\/p>\n<p>81. La requ\u00e9rante demande 12\u00a0207\u00a0euros\u00a0(EUR) au titre du dommage mat\u00e9riel qu\u2019elle estime avoir subi \u00e0 raison de frais engag\u00e9s par L.B. et E.A.M. pour l\u2019inscrire dans une \u00e9cole priv\u00e9e du fait de l\u2019impossibilit\u00e9 de l\u2019inscrire \u00e0 l\u2019\u00e9cole publique. Elle demande \u00e9galement 5\u00a0000\u00a0EUR au moins pour dommage moral.<\/p>\n<p>82. Le Gouvernement s\u2019oppose \u00e0 ces pr\u00e9tentions.<\/p>\n<p>83. La Cour ne distingue aucun lien de causalit\u00e9 entre la violation constat\u00e9e et le dommage mat\u00e9riel all\u00e9gu\u00e9. Elle rejette donc la demande formul\u00e9e \u00e0 ce titre. Elle octroie cependant 15\u00a0000\u00a0EUR pour dommage moral, plus tout montant pouvant \u00eatre d\u00fb sur cette somme \u00e0 titre d\u2019imp\u00f4t.<\/p>\n<p><strong>B. Frais et d\u00e9pens<\/strong><\/p>\n<p>84. La requ\u00e9rante r\u00e9clame 9\u00a0536\u00a0EUR au titre des frais et d\u00e9pens que L.B. et E.A.M. ont engag\u00e9 dans le cadre de la proc\u00e9dure men\u00e9e devant la Cour.<\/p>\n<p>85. Le Gouvernement estime ces pr\u00e9tentions excessives.<\/p>\n<p>86. Selon la jurisprudence de la Cour, un requ\u00e9rant ne peut obtenir le remboursement de ses frais et d\u00e9pens que dans la mesure o\u00f9 se trouvent \u00e9tablis leur r\u00e9alit\u00e9, leur n\u00e9cessit\u00e9 et le caract\u00e8re raisonnable de leur taux. En l\u2019esp\u00e8ce, compte tenu des documents en sa possession et des crit\u00e8res susmentionn\u00e9s, la Cour juge raisonnable d\u2019allouer \u00e0 la requ\u00e9rante la somme demand\u00e9e, soit 9\u00a0536\u00a0EUR.<\/p>\n<p><strong>PAR CES MOTIFS, LA COUR,<\/strong><\/p>\n<p>1. D\u00e9clare, \u00e0 l\u2019unanimit\u00e9, la requ\u00eate recevable\u00a0;<\/p>\n<p>2. Dit, par six voix contre une, qu\u2019il y a eu violation de l\u2019article\u00a08 de la Convention en son volet proc\u00e9dural dans le cadre de l\u2019\u00e9tablissement de la filiation entre la requ\u00e9rante et L.B.\u00a0;<\/p>\n<p>3. Dit, \u00e0 l\u2019unanimit\u00e9, qu\u2019il n\u2019y a pas eu violation de l\u2019article\u00a08 de la Convention \u00e0 raison du refus de transcrire l\u2019acte de naissance de la requ\u00e9rante \u00e0 l\u2019\u00e9gard de sa m\u00e8re d\u2019intention\u00a0;<\/p>\n<p>4. Dit, par six voix contre une,<\/p>\n<p>a) que l\u2019\u00c9tat d\u00e9fendeur doit verser \u00e0 la requ\u00e9rante, dans un d\u00e9lai de trois mois \u00e0 compter de la date \u00e0 laquelle l\u2019arr\u00eat sera devenu d\u00e9finitif conform\u00e9ment \u00e0 l\u2019article\u00a044 \u00a7\u00a02 de la Convention,<\/p>\n<p>i. 15\u00a0000\u00a0EUR (quinze mille euros), plus tout montant pouvant \u00eatre d\u00fb sur cette somme \u00e0 titre d\u2019imp\u00f4t, pour dommage moral\u00a0;<\/p>\n<p>ii. 9\u00a0536\u00a0EUR (neuf mille cinq cent trente-six euros), plus tout montant pouvant \u00eatre d\u00fb sur cette somme par la requ\u00e9rante \u00e0 titre d\u2019imp\u00f4t, pour frais et d\u00e9pens\u00a0;<\/p>\n<p>b) qu\u2019\u00e0 compter de l\u2019expiration dudit d\u00e9lai et jusqu\u2019au versement, ces montants seront \u00e0 majorer d\u2019un int\u00e9r\u00eat simple \u00e0 un taux \u00e9gal \u00e0 celui de la facilit\u00e9 de pr\u00eat marginal de la Banque centrale europ\u00e9enne applicable pendant cette p\u00e9riode, augment\u00e9 de trois points de pourcentage\u00a0;<\/p>\n<p>5. Rejette, \u00e0 l\u2019unanimit\u00e9, la demande de satisfaction \u00e9quitable pour le surplus.<\/p>\n<p>Fait en fran\u00e7ais, puis communiqu\u00e9 par \u00e9crit le 31 ao\u00fbt 2023, en application de l\u2019article\u00a077\u00a0\u00a7\u00a7\u00a02 et\u00a03 du r\u00e8glement.<\/p>\n<p>Liv Tigerstedt \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0Marko Bo\u0161njak<br \/>\nGreffi\u00e8re adjointe \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 Pr\u00e9sident<\/p>\n<p>___________<\/p>\n<p>Au pr\u00e9sent arr\u00eat se trouve joint, conform\u00e9ment aux articles\u00a045 \u00a7\u00a02 de la Convention et\u00a074 \u00a7\u00a02 du r\u00e8glement, l\u2019expos\u00e9 de l\u2019opinion s\u00e9par\u00e9e du juge K.\u00a0Wojtyczek.<\/p>\n<p style=\"text-align: right;\">M.B.<br \/>\nL.T.<\/p>\n<p style=\"text-align: center;\"><strong>OPINION PARTIELLEMENT DISSIDENTE<\/strong><br \/>\n<strong>DU JUGE WOJTYCZEK<\/strong><\/p>\n<p>1. Avec tout le respect d\u00fb \u00e0 la majorit\u00e9, je ne peux pas souscrire \u00e0 l\u2019opinion selon laquelle l\u2019article 8 aurait \u00e9t\u00e9 viol\u00e9 dans la pr\u00e9sente affaire.<\/p>\n<p>2. Pour la majorit\u00e9 \u00ab\u00a0l\u2019existence d\u2019une ing\u00e9rence dans le droit de la requ\u00e9rante au respect de sa vie priv\u00e9e ne fait pas de doute \u00bb (paragraphe 40). Je ne suis pas persuad\u00e9 que la situation juridique des requ\u00e9rants puisse \u00eatre assimil\u00e9e \u00e0 une situation d\u2019ing\u00e9rence de l\u2019\u00c9tat. Elle appara\u00eet plut\u00f4t comme un manquement all\u00e9gu\u00e9 \u00e0 des obligations positives. C\u2019est ainsi que la majorit\u00e9 l\u2019analyse aux paragraphes 60 \u00e0 68. Il y a donc une incoh\u00e9rence significative dans la motivation de l\u2019arr\u00eat.<\/p>\n<p>3. La jurisprudence de la Cour concernant la gestation pour autrui ne fait pas de l\u2019obligation de transcription en faveur du p\u00e8re biologique le seul moyen de faire reconna\u00eetre le lien de filiation avec l\u2019enfant issu de la gestation pour autrui. Il suffit que le droit interne offre une possibilit\u00e9 de reconnaissance (voir, en particulier, Mennesson c. France, no 65192\/11, \u00a7\u00a0100, CEDH 2014 (extraits), D c. France, no 11288\/18, \u00a7\u00a7\u00a049 et 54, 16\u00a0juillet\u00a02020, et H c. Royaume-Uni (d\u00e9c.), no\u00a032185\/20, \u00a7\u00a056, 31 mai 2022). Je note que le gouvernement d\u00e9fendeur a indiqu\u00e9 une voie de droit permettant d\u2019obtenir la reconnaissance du lien biologique de filiation all\u00e9gu\u00e9 (paragraphe 38). La requ\u00e9rante n\u2019a pas avanc\u00e9 d\u2019argument d\u00e9montrant que cette voie de droit n\u2019aurait pas pu aboutir en l\u2019esp\u00e8ce. On ne peut donc pas conclure \u00e0 l\u2019impossibilit\u00e9 g\u00e9n\u00e9rale et absolue, pendant un laps de temps significatif, d\u2019obtenir la reconnaissance du lien entre elle et son p\u00e8re biologique (voir le standard \u00e9nonc\u00e9 au paragraphe\u00a053).<\/p>\n<p>Je note aussi que dans la motivation du pr\u00e9sent arr\u00eat la Cour constate, au paragraphe\u00a075, que \u00ab\u00a0la loi italienne ne permet pas la transcription de l\u2019acte de naissance en ce qui concerne la m\u00e8re d\u2019intention, n\u00e9anmoins, elle garantit \u00e0 cette derni\u00e8re la possibilit\u00e9 de reconna\u00eetre juridiquement l\u2019enfant par le biais de l\u2019adoption.\u00a0\u00bb Cette voie de droit a \u00e9t\u00e9 jug\u00e9e par la Cour \u2013 \u00e0 juste titre \u2013 comme suffisante du point de vue de l\u2019article 8 en ce qui concerne la relation entre la requ\u00e9rante et \u00ab\u00a0m\u00e8re d\u2019intention\u00a0\u00bb. De plus, la Cour a consid\u00e9r\u00e9 \u2013 \u00e0 juste titre \u2013 que le processus d\u00e9cisionnel concernant cette relation n\u2019\u00e9tait pas d\u00e9faillant alors qu\u2019il s\u2019agit du m\u00eame processus d\u00e9cisionnel que celui qui concernait la relation avec le p\u00e8re biologique.<\/p>\n<p>4. Les enfants issus de la gestation pour autrui ont le droit d\u2019obtenir la reconnaissance de leur identit\u00e9 biologique. Dans le m\u00eame temps, l\u2019exp\u00e9rience enseigne que les contrats de gestation pour autrui peuvent servir de paravent \u00e0 un trafic d\u2019enfants sans lien biologique r\u00e9el avec les \u00ab\u00a0parents d\u2019intention\u00a0\u00bb (comparer notamment avec l\u2019affaire Paradiso et Campanelli c. Italie [GC], no\u00a025358\/12, 24 janvier 2017). Les affaires faisant intervenir des contrats de gestation pour autrui exigent une prudence et une diligence particuli\u00e8res dans la d\u00e9termination des circonstances factuelles pertinentes, aussi bien dans les proc\u00e9dures devant les autorit\u00e9s nationales que devant la Cour. Dans les proc\u00e9dures nationales, mises en place pour \u00e9tablir l\u2019identit\u00e9 des enfants issus de la gestation pour autrui, il est n\u00e9cessaire de v\u00e9rifier que les liens biologiques all\u00e9gu\u00e9s par les \u00ab\u00a0parents d\u2019intention\u00a0\u00bb refl\u00e8tent la r\u00e9alit\u00e9. Je note que la r\u00e9alit\u00e9 du lien de filiation biologique all\u00e9gu\u00e9 en l\u2019esp\u00e8ce n\u2019a pas \u00e9t\u00e9 d\u00e9montr\u00e9e (ce que semble admettre implicitement la majorit\u00e9 au paragraphe\u00a067 in principio).<\/p>\n<p>5. En conclusion, il convient de rappeler le point 6 du texte de l\u2019opinion concordante commune aux juges De Gaetano, Pinto de Albuquerque, Wojtyczek et Dedov, joint \u00e0 l\u2019arr\u00eat Paradiso et Campanelli, pr\u00e9cit\u00e9\u00a0:<\/p>\n<p>\u00ab\u00a0nous estimons que la gestation pour autrui, qu\u2019elle soit ou non r\u00e9mun\u00e9r\u00e9e, n\u2019est pas compatible avec la dignit\u00e9 humaine. Elle constitue un traitement d\u00e9gradant non seulement pour l\u2019enfant mais \u00e9galement pour la m\u00e8re de substitution. (&#8230;) Pareille pratique n\u2019est pas compatible avec les valeurs sous-jacentes \u00e0 la Convention.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p>Il devient de plus en plus urgent d\u2019adopter, dans les \u00c9tats membres du Conseil de l\u2019Europe et au niveau international, des mesures efficaces interdisant cette pratique et instituant des sanctions contre les personnes qui y recourent.<\/p>\n<div class=\"social-share-buttons\"><a href=\"https:\/\/www.facebook.com\/sharer\/sharer.php?u=https:\/\/loisdumonde.com\/?p=2073\" target=\"_blank\" rel=\"noopener\">Facebook<\/a><a href=\"https:\/\/twitter.com\/intent\/tweet?url=https:\/\/loisdumonde.com\/?p=2073&text=AFFAIRE+C+c.+ITALIE+%E2%80%93+47196%2F21\" target=\"_blank\" rel=\"noopener\">Twitter<\/a><a href=\"https:\/\/www.linkedin.com\/shareArticle?url=https:\/\/loisdumonde.com\/?p=2073&title=AFFAIRE+C+c.+ITALIE+%E2%80%93+47196%2F21\" target=\"_blank\" rel=\"noopener\">LinkedIn<\/a><a href=\"https:\/\/pinterest.com\/pin\/create\/button\/?url=https:\/\/loisdumonde.com\/?p=2073&description=AFFAIRE+C+c.+ITALIE+%E2%80%93+47196%2F21\" target=\"_blank\" rel=\"noopener\">Pinterest<\/a><\/div>","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>La pr\u00e9sente requ\u00eate concerne le refus des autorit\u00e9s italiennes de reconna\u00eetre le lien de filiation \u00e9tabli par un acte de naissance ukrainien entre l\u2019enfant C, n\u00e9e \u00e0 l\u2019\u00e9tranger d\u2019une gestation pour autrui (\u00ab\u00a0GPA\u00a0\u00bb), et son p\u00e8re biologique et sa m\u00e8re&hellip;<\/p>\n<p class=\"more-link-p\"><a class=\"more-link\" href=\"https:\/\/loisdumonde.com\/?p=2073\">Read more &rarr;<\/a><\/p>\n","protected":false},"author":1,"featured_media":0,"comment_status":"open","ping_status":"open","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"_lmt_disableupdate":"","_lmt_disable":"","footnotes":""},"categories":[1],"tags":[],"class_list":["post-2073","post","type-post","status-publish","format-standard","hentry","category-cour-europeenne-des-droits-de-lhomme"],"modified_by":"loisdumonde","_links":{"self":[{"href":"https:\/\/loisdumonde.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/2073","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/loisdumonde.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/loisdumonde.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/loisdumonde.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/users\/1"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/loisdumonde.com\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcomments&post=2073"}],"version-history":[{"count":1,"href":"https:\/\/loisdumonde.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/2073\/revisions"}],"predecessor-version":[{"id":2074,"href":"https:\/\/loisdumonde.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/2073\/revisions\/2074"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/loisdumonde.com\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fmedia&parent=2073"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/loisdumonde.com\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcategories&post=2073"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/loisdumonde.com\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Ftags&post=2073"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}