{"id":2060,"date":"2023-07-18T13:56:41","date_gmt":"2023-07-18T13:56:41","guid":{"rendered":"https:\/\/loisdumonde.com\/?p=2060"},"modified":"2023-07-18T13:56:41","modified_gmt":"2023-07-18T13:56:41","slug":"affaire-g-i-e-m-s-r-l-et-autres-c-italie-1828-06-34163-07-et-19029-11","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/loisdumonde.com\/?p=2060","title":{"rendered":"AFFAIRE G.I.E.M. S.R.L. ET AUTRES c. ITALIE &#8211; 1828\/06, 34163\/07 et 19029\/11"},"content":{"rendered":"<p style=\"text-align: center;\">GRANDE CHAMBRE<br \/>\n<strong>AFFAIRE G.I.E.M. S.R.L. ET AUTRES c. ITALIE<\/strong><br \/>\n<em>(Requ\u00eates nos 1828\/06, 34163\/07 et 19029\/11)<\/em><br \/>\nARR\u00caT<br \/>\n(Satisfaction \u00e9quitable)<\/p>\n<p><!--more-->Art 41 \u2022 Satisfaction \u00e9quitable \u2022 \u00c9valuation des sommes allou\u00e9es pour le dommage mat\u00e9riel caus\u00e9 par la confiscation automatique et int\u00e9grale des terrains illicitement lotis, ind\u00e9pendamment de toute responsabilit\u00e9 p\u00e9nale, en violation de l\u2019art\u00a01 P1 \u2022 \u00c9l\u00e9ments pour \u00e9tablir l\u2019ampleur du dommage mat\u00e9riel \u2022 Nature des violations diff\u00e9rant sensiblement de l\u2019affaire Sud Fondi S.r.l. et autres c.\u00a0Italie \u2022 Indemnit\u00e9s pour l\u2019indisponibilit\u00e9 des terrains entre-temps restitu\u00e9es \u2022 Absence d\u2019indemnit\u00e9 pour la d\u00e9t\u00e9rioration des immeubles b\u00e2tis en contrevenant aux autorisations administratives \u2022 Absence d\u2019indemnit\u00e9 pour la perte de valeur des biens sans lien de causalit\u00e9 avec la confiscation \u2022 Indemnit\u00e9s pour le pr\u00e9judice moral<\/p>\n<p style=\"text-align: center;\">STRASBOURG<br \/>\n12 juillet 2023<\/p>\n<p>Cet arr\u00eat est d\u00e9finitif. Il peut subir des retouches de forme.<\/p>\n<p><strong>En l\u2019affaire G.I.E.M. S.r.l. et autres c. Italie,<\/strong><\/p>\n<p>La Cour europ\u00e9enne des droits de l\u2019homme, si\u00e9geant en une Grande Chambre compos\u00e9e de\u00a0:<br \/>\nS\u00edofra O\u2019Leary,<br \/>\nGeorges Ravarani,<br \/>\nMarko Bo\u0161njak,<br \/>\nGabriele Kucsko-Stadlmayer,<br \/>\nFaris Vehabovi\u0107,<br \/>\nEgidijus K\u016bris,<br \/>\nBranko Lubarda,<br \/>\nYonko Grozev,<br \/>\nGeorgios A. Serghides,<br \/>\nJolien Schukking,<br \/>\nLado Chanturia,<br \/>\nMar\u00eda El\u00f3segui,<br \/>\nIvana Jeli\u0107,<br \/>\nRaffaele Sabato,<br \/>\nLorraine Schembri Orland,<br \/>\nAnja Seibert-Fohr,<br \/>\nDiana S\u00e2rcu, juges,<br \/>\net de Johan Callewaert, greffier adjoint de la Grande Chambre,<\/p>\n<p>Apr\u00e8s en avoir d\u00e9lib\u00e9r\u00e9 en chambre du conseil le 8 juin 2022 et le 21\u00a0juin\u00a02023,<\/p>\n<p>Rend l\u2019arr\u00eat que voici, adopt\u00e9 \u00e0 cette derni\u00e8re date\u00a0:<\/p>\n<p><strong>PROC\u00c9DURE<\/strong><\/p>\n<p>1. \u00c0 l\u2019origine de l\u2019affaire se trouvent trois requ\u00eates (nos 1828\/06, 34163\/07 et 19029\/11) dirig\u00e9es contre la R\u00e9publique italienne et dont quatre soci\u00e9t\u00e9s et un ressortissant de cet \u00c9tat, G.I.E.M. S.r.l., Hotel Promotion Bureau S.r.l. (soci\u00e9t\u00e9 en liquidation), R.I.T.A. Sarda S.r.l. (soci\u00e9t\u00e9 en liquidation), Falgest S.r.l. et M. Filippo Gironda (\u00ab\u00a0les\u00a0requ\u00e9rants\u00a0\u00bb), avaient saisi la Cour le 21\u00a0d\u00e9cembre 2005, le 2 ao\u00fbt 2007 et le 23\u00a0d\u00e9cembre 2011, respectivement, en vertu de l\u2019article 34 de la Convention de sauvegarde des droits de l\u2019homme et des libert\u00e9s fondamentales (\u00ab\u00a0la\u00a0Convention\u00a0\u00bb).<\/p>\n<p>2. Les requ\u00e9rants ont \u00e9t\u00e9 repr\u00e9sent\u00e9s comme suit\u00a0: G.I.E.M. S.r.l. par Mes\u00a0G. Mariani et F. Rotunno, avocats \u00e0\u00a0Bari ; Hotel Promotion Bureau S.r.l. (soci\u00e9t\u00e9 en liquidation) et R.I.T.A. Sarda S.r.l. (soci\u00e9t\u00e9 en liquidation) par Mes\u00a0G. Lavitola, avocat \u00e0 Rome, et V. Manes, avocat \u00e0 Bologne ; Falgest S.r.l. et M. Filippo Gironda par Mes A. G. Lana et A. Saccucci, avocats \u00e0 Rome.<\/p>\n<p>3. Le gouvernement italien (\u00ab le Gouvernement \u00bb) a \u00e9t\u00e9 repr\u00e9sent\u00e9 par son ancienne agente, Mme E. Spatafora, et par son ancienne coagente, Mme\u00a0P.\u00a0Accardo ainsi que par son agent, M. L. D\u2019Ascia, Avocat de l\u2019\u00c9tat.<\/p>\n<p>4. Dans son arr\u00eat au fond dans la pr\u00e9sente affaire (G.I.E.M. S.r.l. et autres c. Italie [GC], nos 1828\/06 et 2 autres, 28 juin 2018), la Grande Chambre a conclu notamment\u00a0: \u00e0 la violation de l\u2019article 1 du Protocole no 1 \u00e0 l\u2019\u00e9gard de chacune des parties requ\u00e9rantes\u00a0; \u00e0 la non-violation de l\u2019article 7 de la Convention et \u00e0 la violation de l\u2019article 6 \u00a7 2 de la Convention \u00e0 l\u2019\u00e9gard de M. Gironda\u00a0; et enfin \u00e0 la violation de l\u2019article 7 \u00e0 l\u2019\u00e9gard des soci\u00e9t\u00e9s requ\u00e9rantes.<\/p>\n<p>5. Quant \u00e0 l\u2019article 1 du Protocole no 1, la Grande Chambre a constat\u00e9 que l\u2019application automatique de la confiscation en cas de lotissement illicite, pr\u00e9vue par la loi italienne pertinente \u2013 sauf pour les tiers de bonne foi \u2013, \u00e9tait disproportionn\u00e9e. Une telle application automatique ne permettait pas aux juridictions concern\u00e9es d\u2019\u00e9valuer quels \u00e9taient les instruments les plus adapt\u00e9s aux circonstances sp\u00e9cifiques de l\u2019esp\u00e8ce et, plus g\u00e9n\u00e9ralement, d\u2019effectuer une mise en balance entre le but l\u00e9gitime poursuivi et les droits des int\u00e9ress\u00e9s touch\u00e9s par ladite confiscation.<\/p>\n<p>6. S\u2019agissant de la violation de l\u2019article 7, la Cour a \u00e9tabli que, compte tenu du caract\u00e8re distinct de la personnalit\u00e9 juridique des soci\u00e9t\u00e9s par rapport \u00e0 celle de leurs administrateurs et associ\u00e9s, le principe de l\u00e9galit\u00e9 interdisait de sanctionner des personnes (les soci\u00e9t\u00e9s requ\u00e9rantes) pour la perp\u00e9tration de faits engageant la responsabilit\u00e9 p\u00e9nale d\u2019autres personnes (leurs\u00a0dirigeants). Par cons\u00e9quent, eu \u00e9gard \u00e0 ce principe, une mesure de confiscation appliqu\u00e9e, comme en l\u2019esp\u00e8ce, \u00e0 des personnes morales non parties aux proc\u00e9dures \u00e9tait incompatible avec l\u2019article 7 (ibidem, \u00a7 274). La\u00a0Grande Chambre a \u00e9galement jug\u00e9 qu\u2019il n\u2019y avait pas eu violation de l\u2019article 7 de la Convention dans le chef de M. Gironda (ibidem, \u00a7\u00a7 261-262).<\/p>\n<p>7. Pour ce qui est de la violation de l\u2019article 6 \u00a7 2 de la Convention, la Cour a jug\u00e9 que le fait que M. Gironda avait \u00e9t\u00e9 d\u00e9clar\u00e9 en substance coupable par la Cour de cassation, nonobstant la prescription des poursuites, m\u00e9connaissait, en soi, la pr\u00e9somption d\u2019innocence (ibidem, \u00a7\u00a7 317-318), et ce, ind\u00e9pendamment de la question du respect des droits de la d\u00e9fense.<\/p>\n<p>8. La Grande Chambre a \u00e9galement estim\u00e9 qu\u2019il n\u2019y avait pas lieu de se prononcer sur l\u2019existence d\u2019une violation de l\u2019article 6 \u00a7 1 de la Convention dans le chef de la soci\u00e9t\u00e9 G.I.E.M. S.r.l. et de l\u2019article 13 dans le chef des soci\u00e9t\u00e9s G.I.EM. S.r.l. et Falgest S.r.l.<\/p>\n<p>9. Au titre de l\u2019article 41 de la Convention, les parties requ\u00e9rantes sollicitaient une satisfaction \u00e9quitable pour le dommage mat\u00e9riel et moral qu\u2019elles estimaient avoir subi, ainsi que le remboursement des frais et d\u00e9pens expos\u00e9s devant la Cour.<\/p>\n<p>10. La question de l\u2019application de l\u2019article 41 ne se trouvant pas en \u00e9tat, la Cour l\u2019a r\u00e9serv\u00e9e et a invit\u00e9 le Gouvernement et les requ\u00e9rants \u00e0 lui soumettre par \u00e9crit, dans un d\u00e9lai de douze mois, leurs observations sur ladite question et, en particulier, \u00e0 la tenir inform\u00e9e de tout accord auquel ils pourraient aboutir (ibidem, \u00a7 166 et point 4 du dispositif).<\/p>\n<p>11. Les parties n\u2019\u00e9tant pas parvenues \u00e0 un accord, les requ\u00e9rants ont d\u00e9pos\u00e9 leurs observations en septembre 2018 et avril 2019, puis en mai et juillet 2019, et le Gouvernement en a fait de m\u00eame le 15 avril 2019.<\/p>\n<p>12. La composition de la Grande Chambre a \u00e9t\u00e9 arr\u00eat\u00e9e conform\u00e9ment aux articles 26 \u00a7\u00a7 4 et 5 de la Convention et 24 du r\u00e8glement de la Cour (\u00ab\u00a0le\u00a0r\u00e8glement\u00a0\u00bb). \u00c0 la fin de leurs mandats respectifs, Robert Spano et Jon Fridrik Kj\u00f8lbro furent remplac\u00e9s dans la composition de la Grande Chambre par Lorraine Schembri-Orland et Ivana Jeli\u0107, juges suppl\u00e9antes, en vertu de l\u2019article 24 \u00a7 3 du r\u00e8glement. Dans le m\u00eame temps, S\u00edofra O\u2019Leary succ\u00e9da \u00e0 Jon Fridrik Kj\u00f8lbro \u00e0 la pr\u00e9sidence de la Grande Chambre dans la pr\u00e9sente affaire (article 9 \u00a7 2 du r\u00e8glement).<\/p>\n<p><strong>FAITS POSTERIEURS \u00c0 L\u2019ARR\u00caT AU FOND<\/strong><\/p>\n<p>13. La Cour note que les biens ont \u00e9t\u00e9 restitu\u00e9s, \u00e0 des dates diff\u00e9rentes, \u00e0 toutes les parties requ\u00e9rantes.<\/p>\n<p>14. En ce qui concerne la soci\u00e9t\u00e9 G.I.E.M. S.r.l., la Cour rappelle que la requ\u00e9rante avait d\u00e9j\u00e0 recouvr\u00e9 la propri\u00e9t\u00e9 de son bien le 2 d\u00e9cembre 2013 (G.I.E.M. S.r.l. et autres c. Italie, pr\u00e9cit\u00e9, \u00a7\u00a042).<\/p>\n<p>15. Les terrains confisqu\u00e9s aux soci\u00e9t\u00e9s Hotel Promotion Bureau S.r.l. et R.I.T.A. Sarda S.r.l. ont \u00e9t\u00e9 restitu\u00e9s le 29\u00a0avril\u00a02019. Selon le Certificat de destination d\u2019urbanisme d\u00e9livr\u00e9 le 7 ao\u00fbt 2018 par le Commune de Golfo Aranci, les terrains ne sont pas constructibles.<\/p>\n<p>16. Quant aux biens confisqu\u00e9s \u00e0 la soci\u00e9t\u00e9 Falgest S.r.l. et \u00e0 M. Gironda, la Cour rel\u00e8ve qu\u2019apr\u00e8s avoir \u00e9t\u00e9 saisis le 21 juillet 2000 puis restitu\u00e9s le 23\u00a0mai 2009, ils ont \u00e9t\u00e9 confisqu\u00e9s suite \u00e0 l\u2019arr\u00eat de la Cour de cassation du 22 avril 2010 d\u00e9pos\u00e9 au greffe le 27 septembre 2010. La garde (custodia) et l\u2019administration des biens ont \u00e9t\u00e9 attribu\u00e9es \u00e0 un tiers.<\/p>\n<p>17. Selon les informations fournies par les parties, le 25\u00a0novembre 2019, le tribunal de Reggio Calabria a \u00e9tabli, conform\u00e9ment \u00e0 la demande de la Pr\u00e9sidence du Conseil des Ministres, le droit des deux requ\u00e9rants \u00e0 la r\u00e9vocation de la confiscation et la restitution des terrains. Toutefois, estimant que la r\u00e9vocation devait \u00eatre consid\u00e9r\u00e9e comme temporaire car la mesure la plus appropri\u00e9e en vue d\u2019ex\u00e9cuter l\u2019arr\u00eat de la Grande Chambre \u00e9tait la r\u00e9ouverture de la proc\u00e9dure p\u00e9nale, il a \u00e0 cette fin transmis le dossier de l\u2019affaire au parquet. En d\u00e9cembre 2019, ledit parquet a demand\u00e9 \u00e0 la cour d\u2019appel la r\u00e9ouverture du proc\u00e8s p\u00e9nal en ce qui concerne M. Gironda et un administrateur de la soci\u00e9t\u00e9 Falgest S.r.l., en vertu de l\u2019article 630 du code de proc\u00e9dure p\u00e9nale tel que modifi\u00e9 par l\u2019arr\u00eat de la Cour constitutionnelle no 113 de 2011 (par cet arr\u00eat la Cour constitutionnelle a reconnu le droit \u00e0 la \u00ab\u00a0revisione europea\u00a0\u00bb, \u00e0 savoir le droit pour les personnes ayant obtenu un constat de violation de la part de la Cour europ\u00e9enne des droits de l\u2019homme de demander la r\u00e9ouverture du proc\u00e8s p\u00e9nal). En l\u2019esp\u00e8ce, les autorit\u00e9s internes ont demand\u00e9 la r\u00e9ouverture du proc\u00e8s p\u00e9nal afin de faire appliquer \u00e0 nouveau la confiscation. Par une d\u00e9cision du 23 mars 2021, la cour d\u2019appel a d\u00e9clar\u00e9 la demande irrecevable.<\/p>\n<p><strong>EN DROIT<\/strong><\/p>\n<p>18. Aux termes de l\u2019article 41 de la Convention\u00a0:<\/p>\n<p>\u00ab\u00a0Si la Cour d\u00e9clare qu\u2019il y a eu violation de la Convention ou de ses Protocoles, et si le droit interne de la Haute Partie contractante ne permet d\u2019effacer qu\u2019imparfaitement les cons\u00e9quences de cette violation, la Cour accorde \u00e0 la partie l\u00e9s\u00e9e, s\u2019il y a lieu, une satisfaction \u00e9quitable.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p><strong>I. Question pr\u00e9liminaire<\/strong><\/p>\n<p>19. Le 9 d\u00e9cembre 2019, le Gouvernement a inform\u00e9 la Cour de ce que, le 12 janvier 2016, la soci\u00e9t\u00e9 Hotel Promotion Bureau S.r.l. avait \u00e9t\u00e9 ray\u00e9e du Registre des soci\u00e9t\u00e9s. Il pr\u00e9cisait que ces informations \u00e9taient \u00ab\u00a0soumises \u00e0 la Cour pour toute \u00e9valuation\u00a0\u00bb.<\/p>\n<p>20. D\u00e9clar\u00e9e en faillite le 29 avril 1998 et en liquidation depuis le 31\u00a0octobre 2002, Hotel Promotion Bureau S.r.l. existait \u00e0 la date de l\u2019introduction de la requ\u00eate, le 2 ao\u00fbt 2007, puis a cess\u00e9 d\u2019exister \u00e0 compter du 12 janvier 2016.<\/p>\n<p>21. L\u2019un des conseils de la soci\u00e9t\u00e9 requ\u00e9rante, Me Lavitola, a demand\u00e9 \u00e0 la Cour de poursuivre l\u2019examen de la requ\u00eate au motif que selon les r\u00e8gles de proc\u00e9dure civile internes, le proc\u00e8s est interrompu uniquement en cas de d\u00e9claration de d\u00e9c\u00e8s de la personne physique ou de dissolution de la personne morale par le repr\u00e9sentant de celle-ci, ce qui ne serait pas le cas en l\u2019esp\u00e8ce.<\/p>\n<p>22. La Cour rappelle que, selon une jurisprudence bien \u00e9tablie, dans les affaires o\u00f9 les cr\u00e9ances sont avant tout de nature patrimoniale, et par l\u00e0 m\u00eame transmissibles, l\u2019existence d\u2019autres personnes \u00e0 qui ces cr\u00e9ances peuvent \u00eatre transmises constitue un crit\u00e8re important, mais il ne saurait \u00eatre le seul \u00e0 consid\u00e9rer. Les affaires relevant du domaine des droits de l\u2019homme port\u00e9es devant la Cour pr\u00e9sentent g\u00e9n\u00e9ralement aussi une dimension morale, qui doit \u00eatre prise en compte lorsqu\u2019il s\u2019agit pour la Cour de d\u00e9cider si l\u2019examen d\u2019une requ\u00eate doit \u00eatre poursuivi apr\u00e8s que le requ\u00e9rant est d\u00e9c\u00e9d\u00e9 ou, en cas de personne morale, a cess\u00e9 d\u2019exister. Tel est a fortiori le cas lorsque les questions soulev\u00e9es par la cause d\u00e9passent la personne et les int\u00e9r\u00eats du requ\u00e9rant (Capital Bank AD c. Bulgarie, no 49429\/99, \u00a7 78, CEDH 2005 XII (extraits), Uniya OOO et Belcourt Trading Company c. Russie, nos 4437\/03 et 13290\/03, 19 juin 2014, Aviakompaniya A.T.I., ZAT c. Ukraine, no 1006\/07, 5 octobre 2017, Euromak Metal Doo c. l\u2019ex-R\u00e9publique yougoslave de Mac\u00e9doine, no 68039\/14, 14 juin 2018, et Timakov et OOO ID Rubezh c.\u00a0Russie, nos 46232\/10 et 74770\/10, 8 septembre 2020).<\/p>\n<p>23. La Cour note que, dans la plupart des cas o\u00f9 la soci\u00e9t\u00e9 requ\u00e9rante avait disparu, elle a d\u00e9cid\u00e9 de ne pas rayer du r\u00f4le la requ\u00eate (Capital Bank AD c.\u00a0Bulgarie, pr\u00e9cit\u00e9, Schweizerische Radio- und Fernsehgesellschaft et publisuisse SA c. Suisse, no 41723\/14, \u00a7 43, 22 d\u00e9cembre 2020\u00a0; a contrario, RF SPOL. S R.O. c. Slovaquie, d\u00e9c., no 9926\/03, 20 octobre 2010) et ce notamment lorsque la personne physique ou morale qui avait succ\u00e9d\u00e9 \u00e0 une soci\u00e9t\u00e9 requ\u00e9rante l\u2019avait inform\u00e9e de sa volont\u00e9 de maintenir la requ\u00eate (Aviakompaniya A.T.I., ZAT, pr\u00e9cit\u00e9, \u00a7 22, Euromak Metal Doo c.\u00a0l\u2019ex\u2011R\u00e9publique yougoslave de Mac\u00e9doine, \u00a7 33, Timakov et OOO ID Rubezh, \u00a7 17).<\/p>\n<p>24. La Cour note que le conseil de la requ\u00e9rante n\u2019a pas fourni de pr\u00e9cisions quant \u00e0 l\u2019\u00e9ventuelle existence d\u2019autres personnes (physiques ou morales) \u00e0 qui ces cr\u00e9ances pourraient \u00eatre transmises. Certes, l\u2019\u00ab\u00a0historique\u00a0\u00bb de la soci\u00e9t\u00e9 joint aux observations dudit conseil mentionne le nom d\u2019une personne morale comme associ\u00e9e unique de la requ\u00e9rante, mais ne fournit \u00e0 la Cour aucune information suffisante et utile quant \u00e0 la situation et \u00e0 l\u2019existence de ladite associ\u00e9e, ni \u00e0 son droit de succ\u00e9der \u00e0 la soci\u00e9t\u00e9 selon le droit italien. De plus, cette associ\u00e9e n\u2019a pas non plus donn\u00e9 de mandat au conseil afin de poursuivre la proc\u00e9dure devant la Cour.\u00a0La Cour en conclut que la personne physique ou morale qui aurait succ\u00e9d\u00e9 \u00e0 la soci\u00e9t\u00e9 requ\u00e9rante Hotel Promotion Bureau S.r.l. ne l\u2019a pas inform\u00e9e de son souhait de maintenir la requ\u00eate, la demande formul\u00e9e par le repr\u00e9sentant l\u00e9gal, Me Lavitola, n\u2019\u00e9tant pas suffisante \u00e0 cet \u00e9gard.<\/p>\n<p>25. En ce qui concerne l\u2019existence de circonstances sp\u00e9ciales touchant au respect des droits de l\u2019homme garantis par la Convention et ses Protocoles qui exigeraient la poursuite de l\u2019examen de l\u2019affaire (article 37 \u00a7 1 in fine de la Convention), la Cour note qu\u2019en l\u2019esp\u00e8ce elle est cens\u00e9e trancher uniquement la question de la satisfaction \u00e9quitable. Elle examinera les m\u00eames questions et toute autre question connexe de principe dans le cadre des demandes avanc\u00e9es par la soci\u00e9t\u00e9 R.I.T.A. Sarda S.r.l. Dans ces conditions, elle ne d\u00e9c\u00e8le aucune circonstance sp\u00e9ciale touchant au respect des droits de l\u2019homme garantis par la Convention et ses Protocoles qui exigerait qu\u2019elle poursuive l\u2019examen de cette partie de la requ\u00eate.<\/p>\n<p>26. En conclusion, il convient de rayer la requ\u00eate no 34163\/07 du r\u00f4le en ce qui concerne la soci\u00e9t\u00e9 requ\u00e9rante Hotel Promotion Bureau S.r.l.<\/p>\n<p><strong>II. Dommage MATERIEL<\/strong><\/p>\n<p><strong>A. Pr\u00e9tentions des requ\u00e9rants et observations du Gouvernement<\/strong><\/p>\n<p>27. \u00c0 titre pr\u00e9liminaire, la Cour note que les requ\u00e9rants ont formul\u00e9 leurs pr\u00e9tentions en r\u00e9paration des dommages mat\u00e9riels de mani\u00e8re globale, c\u2019est\u2011\u00e0-dire sans les distinguer selon les dispositions de la Convention auxquelles elles se rattachent.<\/p>\n<p><strong>1. Les parties requ\u00e9rantes<\/strong><\/p>\n<p>a) G.I.E.M. S.r.l.<\/p>\n<p>28. Dans ses observations, la soci\u00e9t\u00e9 requ\u00e9rante demande la r\u00e9paration int\u00e9grale des dommages qu\u2019elle estime avoir subis. Se fondant sur une expertise r\u00e9alis\u00e9e par Real Estate Advisory Group (REAG) et ensuite mise \u00e0 jour par le cabinet Tammaccaro &amp; associ\u00e9s, elle r\u00e9clame,<\/p>\n<p>&#8211; \u00e0 titre principal, 54 100 000 EUR pour perte de revenus\u00a0;<\/p>\n<p>&#8211; \u00e0 titre subsidiaire,<\/p>\n<p>i. 13 180 000 EUR (plus r\u00e9\u00e9valuation \u00e0 partir de 2009) pour la perte de la valeur du terrain en raison du changement de destination et de la perte de la nature constructible, \u00e0 savoir 13 200 000 EUR (valeur \u00e0 la date de la confiscation) moins 20 000 (valeur du terrain en 2014)\u00a0apr\u00e8s restitution ;<\/p>\n<p>ii. 8 760 338,38 EUR pour l\u2019indisponibilit\u00e9 du terrain depuis la date de sa confiscation jusqu\u2019\u00e0 sa restitution en d\u00e9cembre 2013.<\/p>\n<p>b) Falgest S.r.l. et M. Gironda<\/p>\n<p>29. Dans leurs observations, les requ\u00e9rants r\u00e9clament conjointement, sur la base d\u2019une expertise\u00a0r\u00e9alis\u00e9e par le cabinet Lionte\u00a0:<\/p>\n<p>&#8211; \u00e0 titre principal,<\/p>\n<p>i. 12 920 355,83 EUR, somme \u00e9quivalant \u00e0 la valeur marchande des biens confisqu\u00e9s (\u00e0 d\u00e9faut de restitution des biens)\u00a0;<\/p>\n<p>ii. 12 502 155 EUR pour manque \u00e0 gagner\u00a0;<\/p>\n<p>iii. 900 000 EUR pour perte de client\u00e8le\u00a0;<\/p>\n<p>iv. 624 178,06 EUR, somme \u00e9quivalant aux co\u00fbts de conclusion d\u2019un emprunt afin de financer l\u2019op\u00e9ration immobili\u00e8re\u00a0;<\/p>\n<p>&#8211; \u00e0 titre subsidiaire,<\/p>\n<p>i. la restitution des biens et la lev\u00e9e de toute contrainte quant \u00e0 la nature constructible du terrain\u00a0;<\/p>\n<p>ii. 7 360 896,71 EUR pour les investissements n\u00e9cessaires \u00e0 la remise en \u00e9tat des immeubles laiss\u00e9s \u00e0 l\u2019abandon par les autorit\u00e9s\u00a0;<\/p>\n<p>iii. 12 502 155 EUR pour manque \u00e0 gagner\u00a0;<\/p>\n<p>iv. 900 000 EUR pour perte de client\u00e8le\u00a0;<\/p>\n<p>v. 624 178,06 EUR, somme \u00e9quivalant aux co\u00fbts de conclusion d\u2019un emprunt afin de financer toute l\u2019op\u00e9ration immobili\u00e8re\u00a0;<\/p>\n<p>&#8211; \u00e0 titre tr\u00e8s subsidiaire,<\/p>\n<p>i. la restitution des biens et la lev\u00e9e de toute contrainte quant \u00e0 la nature constructible du terrain\u00a0;<\/p>\n<p>ii. 7 360 896,71 EUR pour les co\u00fbts entra\u00een\u00e9s par la remise en \u00e9tat des immeubles\u00a0;<\/p>\n<p>iii. 4 739 929,90 EUR pour l\u2019indisponibilit\u00e9 du terrain\u00a0;<\/p>\n<p>iv. 624 178,06 EUR, somme \u00e9quivalant aux co\u00fbts de conclusion d\u2019un emprunt afin de financer toute l\u2019op\u00e9ration immobili\u00e8re.<\/p>\n<p>30. Les requ\u00e9rants ajoutent que selon le \u00ab\u00a0Pacte pour le d\u00e9veloppement de la ville de Reggio Calabria\u00a0\u00bb de 2016, les co\u00fbts concernant la remise en \u00e9tat des biens ont \u00e9t\u00e9 estim\u00e9s \u00e0 2\u00a0900 000 EUR.<\/p>\n<p>c) R.I.T.A. Sarda S.r.l.<\/p>\n<p>31. La soci\u00e9t\u00e9 requ\u00e9rante r\u00e9clame, sur la base d\u2019une expertise r\u00e9alis\u00e9e par le cabinet Masini :<\/p>\n<p>&#8211; 2 548 424,72 EUR pour manque \u00e0 gagner\u00a0;<\/p>\n<p>&#8211; 3 568 742 EUR (\u00e0 d\u00e9faut de restitution des biens) correspondant \u00e0 la valeur marchande des terrains\u00a0non constructibles ;<\/p>\n<p>&#8211; 1 612 694,08 EUR (en l\u2019absence de restitution des biens) correspondant \u00e0 la valeur marchande des immeubles\u00a0;<\/p>\n<p>&#8211; 3 462 648,04 EUR pour l\u2019indisponibilit\u00e9 des biens.<\/p>\n<p><strong>2. Le Gouvernement<\/strong><\/p>\n<p>32. Le Gouvernement a soumis des observations le 15 avril 2019 et n\u2019a pas d\u00e9pos\u00e9 des commentaires en r\u00e9ponses aux observations des parties requ\u00e9rantes.<\/p>\n<p>33. Le Gouvernement ne conteste pas le principe de \u00ab\u00a0l\u2019effacement total des cons\u00e9quences de la mesure litigieuse\u00a0\u00bb ni l\u2019approche adopt\u00e9e dans l\u2019affaire Sud Fondi S.r.l. et autres c. Italie (satisfaction \u00e9quitable) (no\u00a075909\/01, 24\u00a0septembre 2012) selon laquelle il faut, pour l\u2019indisponibilit\u00e9 des terrains depuis la confiscation, accorder aux requ\u00e9rants une indemnit\u00e9 correspondant \u00e0 l\u2019int\u00e9r\u00eat l\u00e9gal calcul\u00e9 sur la contre-valeur des biens pendant toute la p\u00e9riode pertinente.<\/p>\n<p>34. Pour ce qui est de G.I.E.M. S.r.l., le Gouvernement souligne que la Cour de cassation, jugeant la responsabilit\u00e9 p\u00e9nale des administrateurs de diff\u00e9rentes soci\u00e9t\u00e9s, dont ceux de la soci\u00e9t\u00e9 Sud Fondi S.r.l., a retenu le caract\u00e8re ill\u00e9gal des projets de lotissement et des permis de construire d\u00e9livr\u00e9s et, par cons\u00e9quent, a \u00e9tabli que le plan de lotissement avait \u00e9t\u00e9 adopt\u00e9 par la mairie de Bari en violation des lois r\u00e9gionale et nationale. Par cons\u00e9quent, s\u2019appuyant sur une expertise \u00e9tablie par l\u2019Administration fiscale (Agenzia delle entrate), il avance que la valeur des terrains s\u2019\u00e9levait en 2001 \u00e0 55\u00a0800\u00a0EUR et l\u2019indemnit\u00e9 pour l\u2019indisponibilit\u00e9 \u00e0 18 150 EUR. Dans le cas o\u00f9 la Cour devrait reconna\u00eetre le caract\u00e8re constructible des terrains, il soutient qu\u2019il faudrait accorder 314 000 EUR.<\/p>\n<p>35. Quant \u00e0 R.I.T.A. Sarda S.r.l., le Gouvernement fournit une expertise qui prend uniquement en compte l\u2019indemnisation pour l\u2019indisponibilit\u00e9 \u00e0 raison de l\u2019occupation\u00a0et retient comme base de calcul la valeur des terrains non constructibles. La r\u00e9paration du pr\u00e9judice s\u2019\u00e9l\u00e8verait donc \u00e0 1\u00a0636 EUR.<\/p>\n<p>36. Enfin, quant \u00e0 Falgest S.r.l. et M. Gironda, le Gouvernement fournit deux expertises qui prennent uniquement en compte l\u2019indemnisation pour l\u2019indisponibilit\u00e9 \u00e0 raison de l\u2019occupation\u00a0: la premi\u00e8re retient comme base de calcul la valeur du terrain non constructible, et la deuxi\u00e8me la valeur du terrain constructible sans toutefois inclure la valeur des immeubles b\u00e2tis et la p\u00e9riode intervenue entre la saisie et la confiscation. Les sommes qui en r\u00e9sultent s\u2019\u00e9levaient, respectivement, \u00e0 5\u00a0089,38 EUR et \u00e0 28\u00a0306,14 EUR.<\/p>\n<p><strong>B. Appr\u00e9ciation de la Cour<\/strong><\/p>\n<p><strong>1. Approche suivie par la Cour<\/strong><\/p>\n<p>37. La Cour rappelle sa jurisprudence selon laquelle un arr\u00eat constatant une violation entra\u00eene de mani\u00e8re g\u00e9n\u00e9rale pour l\u2019\u00c9tat d\u00e9fendeur l\u2019obligation juridique de mettre un terme \u00e0 la violation et d\u2019en effacer les cons\u00e9quences de mani\u00e8re \u00e0 r\u00e9tablir autant que faire se peut la situation ant\u00e9rieure \u00e0 celle-ci (Kuri\u0107 et autres c. Slov\u00e9nie (satisfaction \u00e9quitable) [GC], no\u00a026828\/06, \u00a7\u00a079, CEDH\u00a02014, et Molla Sali c. Gr\u00e8ce (satisfaction \u00e9quitable) [GC], no\u00a020452\/14, \u00a7 32, 18 juin 2020). Les \u00c9tats contractants parties \u00e0 une affaire sont en principe libres de choisir les moyens dont ils useront pour se conformer \u00e0 un arr\u00eat de la Cour constatant une violation. Ce pouvoir d\u2019appr\u00e9ciation quant aux modalit\u00e9s d\u2019ex\u00e9cution d\u2019un arr\u00eat traduit la libert\u00e9 de choix dont est assortie l\u2019obligation primordiale impos\u00e9e par la Convention aux \u00c9tats contractants\u00a0: assurer le respect des droits et libert\u00e9s garantis (article 1 de la Convention). Si la nature de la violation permet une restitutio in integrum, il incombe \u00e0 l\u2019\u00c9tat d\u00e9fendeur de la r\u00e9aliser, la Cour n\u2019ayant ni la comp\u00e9tence ni la possibilit\u00e9 pratique de l\u2019accomplir elle-m\u00eame. Si, en revanche, le droit national ne permet pas ou ne permet qu\u2019imparfaitement d\u2019effacer les cons\u00e9quences de la violation, l\u2019article\u00a041 habilite la Cour \u00e0 accorder, s\u2019il y a lieu, \u00e0 la partie l\u00e9s\u00e9e la satisfaction qui lui semble appropri\u00e9e (Brum\u0103rescu c.\u00a0Roumanie (satisfaction \u00e9quitable) [GC], no 28342\/95, \u00a7 20, CEDH 2001\u2011I, Guiso-Gallisay c. Italie (satisfaction \u00e9quitable) [GC], no\u00a058858\/00, \u00a7\u00a090, 22\u00a0d\u00e9cembre 2009 et Nagmetov c. Russie [GC], no\u00a035589\/08, \u00a7\u00a7 65-66, 30 mars 2017).<\/p>\n<p>38.\u00a0Une fois constat\u00e9e la violation des dispositions de la Convention, la Cour doit rechercher s\u2019il existe un lien de causalit\u00e9 entre ladite violation et le dommage pr\u00e9tendument subi par les parties requ\u00e9rantes (Olewnik-Ciepli\u0144ska et Olewnik c. Pologne, no 20147\/15, \u00a7 150, 5\u00a0septembre\u00a02019\u00a0; Kuri\u0107 et autres, pr\u00e9cit\u00e9, \u00a7 81\u00a0; Molla Sali, pr\u00e9cit\u00e9, \u00a7 32).<\/p>\n<p>39. La preuve du dommage mat\u00e9riel, de son montant ainsi que du lien de causalit\u00e9 rattachant le dommage aux violations constat\u00e9es incombe en principe au requ\u00e9rant (Soci\u00e9t\u00e9 Anonyme Thaleia Karydi Axte c. Gr\u00e8ce (satisfaction \u00e9quitable), no 44769\/07, \u00a7 18, 10 f\u00e9vrier 2011, Dumitru c.\u00a0Roumanie (satisfaction \u00e9quitable), no 4710\/04, \u00a7 11, 3 juin 2014, Zhidov et autres c. Russie (satisfaction \u00e9quitable), nos 54490\/10 et 3 autres, \u00a7 19, 17\u00a0mars 2020).<\/p>\n<p>40. S\u2019agissant d\u2019un dommage mat\u00e9riel all\u00e9gu\u00e9 r\u00e9sultant, comme en l\u2019esp\u00e8ce, de mesures de confiscation de biens immobiliers prises en violation de l\u2019article 1 du Protocole no 1, les \u00e9l\u00e9ments pertinents \u00e0 prendre en consid\u00e9ration pour \u00e9tablir l\u2019ampleur du dommage comprennent notamment la valeur des terrains et\/ou des constructions avant leur confiscation, la nature constructible ou non des terrains \u00e0 ce moment, la destination donn\u00e9e aux biens en question par la l\u00e9gislation pertinente et les plans d\u2019urbanisme, la dur\u00e9e de leur indisponibilit\u00e9 et la perte de valeur r\u00e9sultant de la confiscation, sous d\u00e9duction, le cas \u00e9ch\u00e9ant, du co\u00fbt de la destruction des constructions ill\u00e9gales.<\/p>\n<p>41. Dans l\u2019\u00e9valuation de la dur\u00e9e de l\u2019indisponibilit\u00e9 des biens en question, la Cour prend comme point de d\u00e9part la confiscation de ces derniers et non pas les saisies pr\u00e9alables dont ils ont pu faire l\u2019objet. Cela r\u00e9sulte du fait que dans l\u2019arr\u00eat au fond, seules lesdites confiscations ont donn\u00e9 lieu aux violations constat\u00e9es.<\/p>\n<p>42. Dans l\u2019application de l\u2019article 41, la Cour dispose d\u2019une certaine latitude s\u2019agissant du calcul du dommage \u00e0 r\u00e9parer ; l\u2019adjectif \u00ab \u00e9quitable \u00bb et le membre de phrase \u00ab s\u2019il y a lieu \u00bb en t\u00e9moignent (Comingersol S.A. c.\u00a0Portugal [GC], no 35382\/97, \u00a7\u00a029, CEDH 2000-IV). Comme il ressort de la jurisprudence, de telles consid\u00e9rations interviennent notamment quand la Cour ne juge pas possible ou indiqu\u00e9 de calculer le montant exact des dommages \u00e0 r\u00e9parer.<\/p>\n<p>43. En l\u2019esp\u00e8ce, la Cour a, dans son arr\u00eat au fond, constat\u00e9 la violation de l\u2019article 6 \u00a7 2 quant \u00e0 M. Gironda, de l\u2019article 7 quant aux soci\u00e9t\u00e9s requ\u00e9rantes, et de l\u2019article 1 du Protocole no 1 quant \u00e0 toutes les parties requ\u00e9rantes. Toutefois, il n\u2019y a pas lieu pour elle de se prononcer sur le point de savoir si une violation de l\u2019article 6 \u00a7 2 de la Convention peut donner lieu \u00e0 un dommage mat\u00e9riel \u00e0 r\u00e9parer, car en tout \u00e9tat de cause, aucun des dommages mat\u00e9riels invoqu\u00e9s par M. Gironda ne pr\u00e9sente un lien de causalit\u00e9 avec la violation de la pr\u00e9somption d\u2019innocence. S\u2019agissant des violations de l\u2019article 7, \u00e0 supposer m\u00eame qu\u2019elles puissent donner lieu \u00e0 r\u00e9paration d\u2019un dommage mat\u00e9riel, celle-ci ne saurait accro\u00eetre le montant \u00e0 accorder au titre des violations constat\u00e9es de l\u2019article 1 du Protocole no 1. D\u00e8s lors, la Cour peut se concentrer sur ces derni\u00e8res.<\/p>\n<p>44. Enfin, la Cour note certaines similarit\u00e9s entre la pr\u00e9sente affaire et l\u2019affaire Sud Fondi S.r.l. et autres c. Italie (no 75909\/01, 20 janvier 2009), qui toutes les deux concernent des confiscations de biens immobiliers constitutives de violations des articles 7 de la Convention et 1 du Protocole no 1. Cela \u00e9tant, la Cour rel\u00e8ve \u00e9galement que la nature des violations en question diff\u00e8re sensiblement\u00a0: alors que dans l\u2019arr\u00eat Sud Fondi S.r.l. (ibidem), les violations ont \u00e9t\u00e9 constat\u00e9es en raison de l\u2019absence de base l\u00e9gale des confiscations en cause, ce qui les rendait arbitraires, en l\u2019esp\u00e8ce les violations sont principalement proc\u00e9durales, \u00e9tant dues au seul fait que les soci\u00e9t\u00e9s requ\u00e9rantes n\u2019\u00e9taient pas parties aux proc\u00e9dures litigieuses. D\u00e8s lors, la pr\u00e9sente affaire doit \u00eatre distingu\u00e9e de l\u2019arr\u00eat Sud Fondi S.r.l. (ibidem) \u00e0 plusieurs \u00e9gards.<\/p>\n<p>45. La m\u00e9connaissance de l\u2019article 1 du Protocole no 1 \u2013 relev\u00e9e dans la pr\u00e9sente affaire dans l\u2019arr\u00eat au fond \u2013 a pu causer en l\u2019esp\u00e8ce aux requ\u00e9rants un dommage mat\u00e9riel. \u00c0 la lumi\u00e8re de leurs observations respectives et des \u00e9l\u00e9ments de preuve qu\u2019elles contiennent, il conviendra d\u2019appr\u00e9cier pour chacun des requ\u00e9rants, la r\u00e9alit\u00e9 de chaque chef de dommage all\u00e9gu\u00e9 par eux et son montant, en appliquant la m\u00e9thodologie d\u00e9crite aux paragraphes 37-42 ci-dessus.<\/p>\n<p><strong>2. Les chefs de dommage mat\u00e9riel \u00e0 r\u00e9parer<\/strong><\/p>\n<p>46. Les terrains et immeubles litigieux ayant d\u00e9j\u00e0 \u00e9t\u00e9 restitu\u00e9s aux parties requ\u00e9rantes, la Cour prendra en consid\u00e9ration les demandes de d\u00e9dommagement uniquement en ce qui concerne\u00a0:<\/p>\n<p>&#8211; l\u2019indisponibilit\u00e9 des terrains\u00a0;<\/p>\n<p>&#8211; la d\u00e9t\u00e9rioration des immeubles\u00a0b\u00e2tis\u00a0;<\/p>\n<p>&#8211; la perte de valeur des biens avant la restitution.<\/p>\n<p>a) Indemnisation pour l\u2019indisponibilit\u00e9 des terrains depuis la date de leur confiscation<\/p>\n<p>47. La Cour rappelle que dans l\u2019affaire Sud Fondi S.r.l. et autres c. Italie (satisfaction \u00e9quitable) (pr\u00e9cit\u00e9e, \u00a7 57), elle a jug\u00e9 que l\u2019indemnit\u00e9 due pour l\u2019indisponibilit\u00e9 des terrains devait e baser sur la valeur probable des terrains au d\u00e9but de la situation litigieuse. Elle a consid\u00e9r\u00e9 que le pr\u00e9judice d\u00e9coulant de cette indisponibilit\u00e9 pendant la p\u00e9riode litigieuse pouvait \u00eatre compens\u00e9 par le versement d\u2019une somme correspondant \u00e0 l\u2019int\u00e9r\u00eat l\u00e9gal pendant toute cette p\u00e9riode appliqu\u00e9 sur la contre-valeur des terrains.<\/p>\n<p>48. S\u2019agissant du point de d\u00e9part de la p\u00e9riode litigieuse, la Cour renvoie aux paragraphe 41 ci-dessus, dont il r\u00e9sulte qu\u2019il convient en l\u2019esp\u00e8ce de calculer le pr\u00e9judice \u00e0 partir du moment de la confiscation des biens en question.<\/p>\n<p>49. Il restera donc \u00e0 rechercher, au cas par cas, si les terrains \u00e9taient constructibles, \u00e9tant donn\u00e9 que cette qualit\u00e9 impacte fortement sur la valeur d\u2019un terrain. La Cour proc\u00e9dera \u00e0 cet examen ci-dessous.<\/p>\n<p>i. G.I.E.M. S.r.l.<\/p>\n<p>50. La soci\u00e9t\u00e9 requ\u00e9rante invite la Cour \u00e0 retenir que le terrain \u00e9tait constructible car, notamment, a) les certificats d\u2019urbanisme attestaient cette qualit\u00e9 \u00e0 la date de la confis\u00a0tion\u00a0; b) l\u2019arr\u00eat de la Cour de cassation p\u00e9nale n\u2019a pas d\u2019effet erga omnes et en tout \u00e9tat de cause, comme la Cour l\u2019a soulign\u00e9 dans son arr\u00eat au fond (G.I.E.M. S.r.l. et autres c. Italie, pr\u00e9cit\u00e9, \u00a7 127), il n\u2019entraine pas l\u2019annulation des actes administratifs\u00a0; et c) dans l\u2019affaire Sud Fondi S.r.l. (satisfaction \u00e9quitable) (pr\u00e9cit\u00e9e), l\u2019expertise pr\u00e9sent\u00e9e par le Gouvernement n\u2019avait pas remis en cause le caract\u00e8re constructible du terrain \u00e0 la date de la confiscation.<\/p>\n<p>Le Gouvernement conteste cette th\u00e8se. Afin de d\u00e9terminer l\u2019indemnit\u00e9 correspondant \u00e0 l\u2019int\u00e9r\u00eat l\u00e9gal appliqu\u00e9 sur la contre-valeur des biens pendant toute la p\u00e9riode pertinente, il soutient qu\u2019il faudrait retenir le caract\u00e8re non constructible du terrain car la l\u00e9gislation pertinente ne permettait pas de construire sur le terrain litigieux. Cela a \u00e9t\u00e9 confirm\u00e9 par la Cour de cassation qui, jugeant de la responsabilit\u00e9 p\u00e9nale des administrateurs de diff\u00e9rentes soci\u00e9t\u00e9s, dont ceux de la soci\u00e9t\u00e9 Sud Fondi S.r.l., a retenu le caract\u00e8re ill\u00e9gal des projets de lotissement et des permis de construire d\u00e9livr\u00e9s.<\/p>\n<p>51. De l\u2019avis de la Cour, la requ\u00e9rante n\u2019a pas r\u00e9ussi \u00e0 \u00e9branler la th\u00e8se du Gouvernement. Au vu de l\u2019arr\u00eat de la Cour de cassation &#8211; prononc\u00e9 dans un litige entre d\u2019autres parties mais se rapportant au m\u00eame terrain \u2013 lequel retient le caract\u00e8re ill\u00e9gal des projets de lotissement et des permis de construire d\u00e9livr\u00e9s, la Cour consid\u00e8re que la preuve du caract\u00e8re constructible du terrain litigieux n\u2019a pas \u00e9t\u00e9 apport\u00e9e.<\/p>\n<p>52. D\u00e8s lors, en suivant l\u2019approche d\u00e9crite aux paragraphes 37-45 ci\u2011dessus, la Cour alloue \u00e0 la soci\u00e9t\u00e9 requ\u00e9rante, au titre de l\u2019indisponibilit\u00e9 des biens, une indemnit\u00e9 s\u2019\u00e9levant \u00e0 35 000 EUR.<\/p>\n<p>ii. Falgest S.r.l. et M. Gironda<\/p>\n<p>53. La Cour note que les requ\u00e9rants et le Gouvernement acceptent le crit\u00e8re selon lequel le pr\u00e9judice d\u00e9coulant de l\u2019indisponibilit\u00e9 du terrain peut \u00eatre r\u00e9par\u00e9 par le versement d\u2019une somme correspondant \u00e0 l\u2019int\u00e9r\u00eat l\u00e9gal appliqu\u00e9 sur la contre-valeur du terrain pendant toute la dur\u00e9e de l\u2019indisponibilit\u00e9.<\/p>\n<p>54. Quant au calcul de la valeur des biens litigieux, le Gouvernement consid\u00e8re le terrain comme \u00e9tant non constructible et ne prend pas en compte la valeur des immeubles b\u00e2tis, car il estime qu\u2019ils ont \u00e9t\u00e9 construits de fa\u00e7on ill\u00e9gale. Les requ\u00e9rants contestent cette th\u00e8se.<\/p>\n<p>55. Selon la Cour, il y a lieu de prendre en compte la perte par les requ\u00e9rants de la disponibilit\u00e9 de leurs biens entre la confiscation et la restitution de ceux-ci.<\/p>\n<p>56. Quant au caract\u00e8re constructible ou non du terrain, la Cour note que, contrairement aux cas des soci\u00e9t\u00e9s G.I.E.M. S.r.l. et R.I.T.A. Sarda S.r.l., les terrains \u00e9taient constructibles dans une mesure tr\u00e8s limit\u00e9e sur la base des dispositions l\u00e9gales en vigueur \u00e0 l\u2019\u00e9poque de la construction. La Cour de cassation a retenu la non-conformit\u00e9 avec lesdites dispositions du projet r\u00e9alis\u00e9 et le caract\u00e8re illicite du lotissement en r\u00e9sultant (G.I.E.M. S.r.l. et autres, pr\u00e9cit\u00e9, \u00a7 86). Il en d\u00e9coule que les requ\u00e9rants n\u2019ont pas d\u00e9montr\u00e9 que, en d\u00e9pit de la r\u00e9alisation sur leurs terrains de constructions dont la nature s\u2019\u00e9cartait de celle qui leur avait \u00e9t\u00e9 attribu\u00e9e dans les permis de construire, une revente desdits terrains aurait pu \u00eatre r\u00e9alis\u00e9e. Il convient d\u2019en tenir compte dans l\u2019\u00e9valuation du pr\u00e9judice.<\/p>\n<p>57. D\u00e8s lors, \u00e0 la lumi\u00e8re de ces consid\u00e9rations et en appliquant l\u2019approche d\u00e9crite ci-dessus (paragraphes 37-45 ci-dessus), la Cour alloue aux requ\u00e9rants, conjointement, au titre de l\u2019indisponibilit\u00e9 des biens, une indemnit\u00e9 s\u2019\u00e9levant \u00e0 700 000 EUR pour Falgest S.r.l. et M. Gironda.<\/p>\n<p>iii. R.I.T.A. Sarda S.r.l.<\/p>\n<p>58. La Cour note que la soci\u00e9t\u00e9 requ\u00e9rante demande notamment la r\u00e9paration pour le pr\u00e9judice subis pour l\u2019indisponibilit\u00e9 des terrains non constructibles et des immeubles. Le Gouvernement prend uniquement en compte l\u2019indemnisation pour l\u2019indisponibilit\u00e9 \u00e0 raison de l\u2019occupation et retient comme base de calcul la valeur des terrains non constructibles.<\/p>\n<p>59. La Cour souligne que les tribunaux internes ont jug\u00e9 non constructibles les terrains de la requ\u00e9rante par l\u2019effet des contraintes d\u00e9coulant de la loi r\u00e9gionale sur la protection du paysage et l\u2019environnement (ibidem, \u00a7 72) et que la soci\u00e9t\u00e9 elle-m\u00eame, dans ses observations sur la satisfaction \u00e9quitable, calcule la valeur marchande des terrains en postulant qu\u2019ils ne sont pas constructibles. Enfin, la Cour observe que les immeubles ont \u00e9t\u00e9 construits sur la base d\u2019autorisations accord\u00e9es par la mairie et la r\u00e9gion qui, selon les juridictions p\u00e9nales, avaient m\u00e9connu les interdictions pr\u00e9vues par la loi (ibidem, \u00a7\u00a7 72 et 73).<\/p>\n<p>60. \u00c0 la lumi\u00e8re de ce qui pr\u00e9c\u00e8de et en appliquant l\u2019approche d\u00e9crite aux paragraphes 37-45 ci-dessus, la Cour, au titre de l\u2019indisponibilit\u00e9 des biens, alloue \u00e0 la requ\u00e9rante 35 000 EUR.<\/p>\n<p>b) Indemnisation pour la d\u00e9t\u00e9rioration des immeubles (Falgest S.r.l. et M.\u00a0Gironda)<\/p>\n<p>61. Les requ\u00e9rants Falgest S.r.l. et M. Gironda demandent r\u00e9paration pour la d\u00e9t\u00e9rioration des immeubles laiss\u00e9s \u00e0 l\u2019abandon par les autorit\u00e9s depuis leur saisie jusqu\u2019\u00e0 leur restitution.<\/p>\n<p>62. La Cour note que les parties requ\u00e9rantes ont b\u00e2ti les immeubles en contrevenant aux autorisations administratives. Par cons\u00e9quent, elle estime qu\u2019aucune indemnisation ne doit \u00eatre accord\u00e9e de ce chef.<\/p>\n<p>c) Indemnisation pour la perte de valeur des biens \u00e0 raison du changement du plan d\u2019urbanisme avant la restitution et de l\u2019effet des d\u00e9cisions des juridictions p\u00e9nales \u00e9tablissant le caract\u00e8re ill\u00e9gal des actes administratifs (G.I.E.M. S.r.l.)<\/p>\n<p>63. La soci\u00e9t\u00e9 requ\u00e9rante r\u00e9clame un d\u00e9dommagement pour la perte de la valeur du terrain en raison du changement de destination et de l\u2019effet des d\u00e9cisions des juridictions p\u00e9nales \u00e9tablissant le caract\u00e8re ill\u00e9gal des actes administratifs. Le Gouvernement conteste cette th\u00e8se, en soutenant le caract\u00e8re non constructible ab initio du terrain.<\/p>\n<p>64. La Cour rappelle que dans son arr\u00eat au fond, elle a constat\u00e9 que l\u2019application automatique de la confiscation en cas de lotissement illicite s\u2019accordait mal avec les principes d\u00e9coulant de la jurisprudence de la Cour sur l\u2019article 1 du Protocole no 1. En revanche, le changement de destination et la perte de la nature constructible des terrains n\u2019ont pas fait l\u2019objet de l\u2019arr\u00eat au fond. D\u00e8s lors, il s\u2019agit l\u00e0 de questions n\u2019ayant pas de lien avec les violations constat\u00e9es. Si les parties requ\u00e9rantes avaient souhait\u00e9 se plaindre de telles violations et obtenir r\u00e9paration, elles auraient d\u00fb saisir la Cour s\u00e9par\u00e9ment. En l\u2019absence de lien de causalit\u00e9 avec la confiscation, la perte de la valeur du terrain r\u00e9sultant du changement de sa destination et de la perte de sa nature constructible ne sauraient entrer en ligne de compte dans le calcul de la r\u00e9paration due (mutatis mutandis, Sud Fondi S.r.l. et autres (satisfaction \u00e9quitable), pr\u00e9cit\u00e9, \u00a7 30).<\/p>\n<p>65. Il en va de m\u00eame de la perte de valeur du bien par l\u2019effet des d\u00e9cisions des juridictions p\u00e9nales \u00e9tablissant le caract\u00e8re ill\u00e9gal des actes administratifs. En tout \u00e9tat de cause, la pr\u00e9tention de la soci\u00e9t\u00e9 requ\u00e9rante sur ce point cadre mal avec son affirmation selon laquelle l\u2019arr\u00eat de la Cour de cassation n\u2019aurait pas influ\u00e9 sur le caract\u00e8re constructible du terrain litigieux. \u00c0 cet \u00e9gard, la Cour note que, selon les informations dont elle dispose, une proc\u00e9dure est pendante devant les juridictions nationales (G.I.E.M. S.r.l. et autres, pr\u00e9cit\u00e9, \u00a7 43; voir \u00e9galement les paragraphes 173 et 176 du m\u00eame arr\u00eat).<\/p>\n<p>III. dommage moral<\/p>\n<p>66. \u00c0 l\u2019exception de la soci\u00e9t\u00e9 R.I.T.A. Sarda S.r.l., les parties requ\u00e9rantes r\u00e9clament r\u00e9paration pour pr\u00e9judice moral et sollicitent les sommes suivantes\u00a0: la soci\u00e9t\u00e9 G.I.E.M. S.r.l. 5% du dommage mat\u00e9riel\u00a0; la soci\u00e9t\u00e9 Falgest S.r.l. et M. Gironda 150\u00a0000 EUR chacun.<\/p>\n<p>67. Le Gouvernement n\u2019a pas contest\u00e9 ces demandes.<\/p>\n<p>68. La Cour rappelle que l\u2019on ne doit pas \u00e9carter de mani\u00e8re g\u00e9n\u00e9rale la possibilit\u00e9 d\u2019octroyer une r\u00e9paration pour le pr\u00e9judice moral all\u00e9gu\u00e9 par les personnes morales. Cela d\u00e9pend des circonstances de chaque cas d\u2019esp\u00e8ce (Comingersoll, pr\u00e9cit\u00e9, \u00a7\u00a7 32-35). Dans la pr\u00e9sente affaire, la situation litigieuse a d\u00fb causer, dans le chef des deux soci\u00e9t\u00e9s requ\u00e9rantes, de leurs administrateurs et associ\u00e9s, des d\u00e9sagr\u00e9ments consid\u00e9rables, ne serait-ce que dans la conduite des affaires courantes, ce qui justifie l\u2019octroi d\u2019une indemnit\u00e9 \u00e0 ce titre.<\/p>\n<p>69. La Cour alloue aux soci\u00e9t\u00e9s G.I.E.M. S.r.l. et Falgest S.r.l. et \u00e0 M.\u00a0Gironda 10\u00a0000 EUR chacun.<\/p>\n<p><strong>IV. Frais et d\u00e9pens<\/strong><\/p>\n<p>70. Les parties requ\u00e9rantes r\u00e9clament respectivement\u00a0: a) G.I.E.M. S.r.l., 116 364 EUR pour les frais et d\u00e9pens encourus devant les juridictions internes et 209 200 EUR pour ceux occasionn\u00e9s devant la Cour\u00a0; b) Falgest S.r.l. et M. Gironda, 5\u00a0000 EUR pour les frais et d\u00e9pens encourus devant les juridictions internes, 360\u00a0501,44 EUR pour ceux occasionn\u00e9s devant la Cour, plus 34 160 EUR pour les frais d\u2019expertise devant la chambre ainsi que 1\u00a0500\u00a0000 EUR, ou une somme inf\u00e9rieure en fonction de la somme octroy\u00e9e par la Cour, correspondant aux frais de la nouvelle expertise devant la Grande Chambre\u00a0; c) R.I.T.A. Sarda S.r.l. 30 117,57 EUR pour la proc\u00e9dure devant la chambre.<\/p>\n<p>71. Le Gouvernement ne formule pas d\u2019observations sur ces demandes.<\/p>\n<p>72. Selon la jurisprudence de la Cour, un requ\u00e9rant ne peut obtenir le remboursement de ses frais et d\u00e9pens que dans la mesure o\u00f9 se trouvent \u00e9tablis leur r\u00e9alit\u00e9, leur n\u00e9cessit\u00e9 et le caract\u00e8re raisonnable de leur taux. En\u00a0l\u2019esp\u00e8ce, compte tenu des documents dont elle dispose et de sa jurisprudence, la Cour estime raisonnable d\u2019accorder, tous chefs de d\u00e9pens confondus, 70\u00a0000 EUR \u00e0 la soci\u00e9t\u00e9 G.I.E.M. S.r.l., 70\u00a0000 EUR \u00e0 la soci\u00e9t\u00e9 Falgest S.r.l. et \u00e0 M. Gironda conjointement, et 30\u00a0000 EUR \u00e0 la soci\u00e9t\u00e9 R.I.T.A. Sarda S.r.l.<\/p>\n<p><strong>V. Int\u00e9r\u00eats moratoires<\/strong><\/p>\n<p>73. La Cour juge appropri\u00e9 de calquer le taux des int\u00e9r\u00eats moratoires sur le taux d\u2019int\u00e9r\u00eat de la facilit\u00e9 de pr\u00eat marginal de la Banque centrale europ\u00e9enne major\u00e9 de trois points de pourcentage.<\/p>\n<p><strong>PAR CES MOTIFS, LA COUR, \u00c0 L\u2019UNANIMIT\u00c9,<\/strong><\/p>\n<p>1. Dit qu\u2019il y a lieu de rayer du r\u00f4le la requ\u00eate no 34163\/07 \u00e0 l\u2019\u00e9gard de la soci\u00e9t\u00e9 Hotel Promotion Bureau S.r.l.\u00a0;<\/p>\n<p>2. Dit<\/p>\n<p>a) que l\u2019\u00c9tat d\u00e9fendeur doit verser, dans les trois mois, les sommes suivantes\u00a0:<\/p>\n<p>i. \u00e0 G.I.E.M. S.r.l., 35 000 EUR (trente-cinq mille euros) pour dommage mat\u00e9riel, 10\u00a0000 EUR (dix mille euros) pour dommage moral, plus tout montant pouvant \u00eatre d\u00fb \u00e0 titre d\u2019imp\u00f4t sur ces sommes, ainsi que 70\u00a0000 EUR (soixante-dix mille euros) pour frais et d\u00e9pens, plus tout montant pouvant \u00eatre d\u00fb par la soci\u00e9t\u00e9 requ\u00e9rante \u00e0 titre d\u2019imp\u00f4t sur cette somme\u00a0;<\/p>\n<p>ii. \u00e0 R.I.T.A. Sarda S.r.l., 35 000 EUR (trente-cinq mille euros) pour dommage mat\u00e9riel, plus tout montant pouvant \u00eatre d\u00fb \u00e0 titre d\u2019imp\u00f4t sur cette somme, ainsi que 30\u00a0000 EUR (trente mille euros) pour frais et d\u00e9pens, plus tout montant pouvant \u00eatre d\u00fb par la soci\u00e9t\u00e9 requ\u00e9rante \u00e0 titre d\u2019imp\u00f4t sur cette somme\u00a0;<\/p>\n<p>iii. \u00e0 Falgest S.r.l. et M. Gironda, 700 000 EUR (sept cent mille euros), conjointement, pour dommage mat\u00e9riel, 10\u00a0000 EUR (dix mille euros) chacun pour dommage moral, plus tout montant pouvant \u00eatre d\u00fb \u00e0 titre d\u2019imp\u00f4t sur ces sommes, ainsi que 70\u00a0000 EUR (soixante-dix mille euros), conjointement, pour frais et d\u00e9pens, plus tout montant pouvant \u00eatre d\u00fb par les requ\u00e9rants \u00e0 titre d\u2019imp\u00f4t sur cette somme\u00a0;<\/p>\n<p>b) qu\u2019\u00e0 compter de l\u2019expiration dudit d\u00e9lai et jusqu\u2019au versement, ces montants seront \u00e0 majorer d\u2019un int\u00e9r\u00eat simple \u00e0 un taux \u00e9gal \u00e0 celui de la facilit\u00e9 de pr\u00eat marginal de la Banque centrale europ\u00e9enne applicable pendant cette p\u00e9riode, augment\u00e9 de trois points de pourcentage\u00a0;<\/p>\n<p>3. Rejette les demandes de satisfaction \u00e9quitable pour le surplus.<\/p>\n<p>Fait en fran\u00e7ais et en anglais, puis communiqu\u00e9 par \u00e9crit le 12 juillet 2023, en application de l\u2019article\u00a077\u00a0\u00a7\u00a7\u00a02 et\u00a03 du r\u00e8glement.<\/p>\n<p>Johan Callewaert \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 Siofra O\u2019Leary<br \/>\nAdjoint \u00e0 la greffi\u00e8re \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0Pr\u00e9sidente<\/p>\n<p>_________<\/p>\n<p>Au pr\u00e9sent arr\u00eat se trouve joint, conform\u00e9ment aux articles 45 \u00a7 2 de la Convention et 74 \u00a7 2 du r\u00e8glement, l\u2019expos\u00e9 de l\u2019opinion s\u00e9par\u00e9e du juge R.\u00a0Sabato.<\/p>\n<p style=\"text-align: right;\">S.O.L.<br \/>\nJ.C.<\/p>\n<p style=\"text-align: center;\"><strong>OPINION CONCORDANTE DU JUGE SABATO<\/strong><\/p>\n<p style=\"text-align: center;\">(Traduction)<\/p>\n<p>1. Je trouve convaincantes et je partage les conclusions suivantes du pr\u00e9sent arr\u00eat sur la satisfaction \u00e9quitable\u00a0:<\/p>\n<p>\u2013 il n\u2019y a pas lieu de se prononcer sur le point de savoir si une violation de l\u2019article 6 \u00a7 2 de la Convention peut donner lieu \u00e0 un dommage \u00e0 r\u00e9parer car, en tout \u00e9tat de cause, aucun des dommages mat\u00e9riels invoqu\u00e9s par M.\u00a0Gironda ne pr\u00e9sente un lien de causalit\u00e9 avec la violation de la pr\u00e9somption d\u2019innocence (paragraphe 43 du pr\u00e9sent arr\u00eat)\u00a0;<\/p>\n<p>\u2013 s\u2019agissant des violations de l\u2019article 7, \u00e0 supposer m\u00eame qu\u2019elles puissent donner lieu \u00e0 r\u00e9paration d\u2019un dommage mat\u00e9riel, celle-ci ne saurait accro\u00eetre le montant \u00e0 accorder au titre des violations constat\u00e9es de l\u2019article 1 du Protocole no 1 (ibidem)\u00a0; et<\/p>\n<p>\u2013 quant \u00e0 ces derni\u00e8res violations, leur nature diff\u00e8re sensiblement de celle des violations constat\u00e9es dans l\u2019affaire Sud Fondi S.r.l. et autres c. Italie (les\u00a0arr\u00eats au principal et sur la satisfaction \u00e9quitable ayant \u00e9t\u00e9 cit\u00e9s auparavant dans le pr\u00e9sent arr\u00eat), de sorte que \u00ab\u00a0la pr\u00e9sente affaire doit \u00eatre distingu\u00e9e de l\u2019arr\u00eat Sud Fondi (&#8230;) \u00e0 plusieurs \u00e9gards\u00a0\u00bb\u00a0: ainsi, par exemple, \u00ab\u00a0alors que dans l\u2019arr\u00eat Sud Fondi S.r.l. (&#8230;), les violations ont \u00e9t\u00e9 constat\u00e9es en raison de l\u2019absence de base l\u00e9gale des confiscations en cause, ce qui les rendait arbitraires, en l\u2019esp\u00e8ce les violations sont principalement proc\u00e9durales, \u00e9tant dues au seul fait que les soci\u00e9t\u00e9s requ\u00e9rantes n\u2019\u00e9taient pas parties aux proc\u00e9dures litigieuses\u00a0\u00bb (paragraphe 44 du pr\u00e9sent arr\u00eat).<\/p>\n<p>2. Je dois toutefois noter que le motif de distinction relev\u00e9 dans la nature proc\u00e9durale des violations en l\u2019esp\u00e8ce se rattache essentiellement aux violations constat\u00e9es dans l\u2019arr\u00eat au principal (G.I.E.M. S.r.l. et autres c. Italie [GC], nos 1828\/06 et 2 autres, 28 juin 2018, ci-apr\u00e8s \u00ab\u00a0l\u2019arr\u00eat au principal\u00a0\u00bb) sur le terrain de l\u2019article 7 (c\u2019est-\u00e0-dire celles dont on peut raisonnablement douter qu\u2019elles soient susceptibles de faire na\u00eetre un dommage mat\u00e9riel dans le contexte donn\u00e9 et dont, en tout \u00e9tat de cause, la Grande Chambre a estim\u00e9 qu\u2019elles \u00ab\u00a0ne saurai[en]t accro\u00eetre le montant \u00e0 accorder au titre des violations constat\u00e9es de l\u2019article 1 du Protocole no 1\u00a0\u00bb \u2013 voir paragraphe 43 du pr\u00e9sent arr\u00eat).<\/p>\n<p>3. Plus pr\u00e9cis\u00e9ment, \u00e0 mon humble avis, l\u2019\u00e9l\u00e9ment distinctif essentiel sous l\u2019angle de l\u2019article 1 du Protocole no 1 est que, si dans l\u2019affaire Sud Fondi la confiscation des biens ne reposait pas sur une loi pr\u00e9sentant la qualit\u00e9 suffisante et \u00e9tait donc arbitraire, dans le cas d\u2019esp\u00e8ce la confiscation \u00e9tait disproportionn\u00e9e car l\u2019application automatique de cette mesure en cas de lotissement illicite, telle que pr\u00e9vue \u2013 sauf pour les tiers de bonne foi \u2013 par la l\u00e9gislation italienne ne permettait pas aux juridictions d\u2019\u00e9valuer quels \u00e9taient les instruments les plus adapt\u00e9s aux circonstances sp\u00e9cifiques de l\u2019esp\u00e8ce et, plus g\u00e9n\u00e9ralement, d\u2019effectuer une mise en balance entre le but l\u00e9gitime poursuivi et les droits des int\u00e9ress\u00e9s touch\u00e9s par ladite confiscation (paragraphe 5 du pr\u00e9sent arr\u00eat).<\/p>\n<p>4. N\u00e9anmoins, dans l\u2019arr\u00eat au principal, le fait que les soci\u00e9t\u00e9s requ\u00e9rantes n\u2019\u00e9taient pas parties \u00e0 la proc\u00e9dure litigieuse, et ne b\u00e9n\u00e9ficiaient donc d\u2019aucune garantie proc\u00e9durale pertinente, a \u00e9galement \u00e9t\u00e9 mentionn\u00e9 dans le cadre de l\u2019analyse de non-proportionnalit\u00e9 (arr\u00eat au principal, \u00a7\u00a7 303-304).<\/p>\n<p>5. Passant maintenant \u00e0 la d\u00e9termination concr\u00e8te du montant \u00e0 octroyer au titre de la satisfaction \u00e9quitable, je tiens \u00e0 pr\u00e9ciser que je trouve \u00e9galement convaincantes et partage les conclusions suivantes\u00a0:<\/p>\n<p>\u2013 le seul chef de dommage mat\u00e9riel ayant un lien de causalit\u00e9 avec les violations \u00e9tait l\u2019indisponibilit\u00e9 du terrain, alors qu\u2019aucun lien n\u2019existait pour ce qui est de la d\u00e9t\u00e9rioration et\/ou de la perte de valeur du bien avant restitution (paragraphes 47, 62 et 64-65 du pr\u00e9sent arr\u00eat)\u00a0;<\/p>\n<p>\u2013 afin de compenser l\u2019indisponibilit\u00e9 des terrains, le crit\u00e8re retenu consiste en principe \u2013 comme il ressort de la pratique ant\u00e9rieure de la Cour \u2013 \u00e0 ne baser le calcul que sur l\u2019int\u00e9r\u00eat l\u00e9gal appliqu\u00e9 \u00e0 la \u00ab\u00a0valeur marchande\u00a0\u00bb des terrains (cf. paragraphe 47 du pr\u00e9sent arr\u00eat) au moment des confiscations (voir paragraphes 41 et 48), pendant la p\u00e9riode allant de celles-ci \u00e0 la restitution des biens\u00a0; et<\/p>\n<p>\u2013 la \u00ab\u00a0valeur marchande\u00a0\u00bb du terrain est d\u00e9termin\u00e9e sur la base des \u00e9l\u00e9ments suivants\u00a0: la nature constructible ou non des terrains \u00e0 la date de la confiscation par rapport \u00e0 la destination donn\u00e9e \u00e0 ceux-ci par la l\u00e9gislation pertinente et les plans d\u2019urbanisme, telle qu\u2019\u00e9tablie aussi en se r\u00e9f\u00e9rant aux appr\u00e9ciations judiciaires internes\u00a0; la dur\u00e9e de leur indisponibilit\u00e9\u00a0; et la perte de valeur r\u00e9sultant de la confiscation, sous d\u00e9duction, le cas \u00e9ch\u00e9ant, du co\u00fbt de la destruction des constructions ill\u00e9gales, co\u00fbt dont le calcul \u2013 je le fais remarquer \u2013 est essentiel au regard de la protection de l\u2019environnement et qui pourrait m\u00eame dans certains cas aboutir \u00e0 des valeurs n\u00e9gatives (paragraphe 40 du pr\u00e9sent arr\u00eat).<\/p>\n<p>6. Cela dit, j\u2019estime que les sp\u00e9cificit\u00e9s de l\u2019affaire, par rapport \u00e0 celles de l\u2019affaire Sud Fondi S.r.l. et autres, auraient pu justifier la prise en compte de deux crit\u00e8res suppl\u00e9mentaires aux fins du calcul de la valeur marchande des terrains dans le pr\u00e9sent contexte. Le premier de ces crit\u00e8res, \u00e0 mon humble avis, est la perte de valeur qu\u2019aurait subie le terrain si les autorit\u00e9s \u2013 au lieu d\u2019ordonner la confiscation automatique totale, et donc disproportionn\u00e9e \u2013 avaient adopt\u00e9 une mesure plus adapt\u00e9e, limit\u00e9e et proportionn\u00e9e, appropri\u00e9e compte tenu de la situation concr\u00e8te, par exemple, la confiscation d\u2019une partie seulement du terrain sur lequel des b\u00e2timents avaient \u00e9t\u00e9 \u00e9rig\u00e9s\u00a0; ou une mise sous saisie conservatoire du terrain \u00e0 titre de garantie pour assurer le paiement d\u2019une amende impos\u00e9e au m\u00eame moment, etc. En effet, un arr\u00eat de la Cour constatant une violation de la Convention entra\u00eene pour l\u2019\u00c9tat d\u00e9fendeur l\u2019obligation juridique de mettre un terme \u00e0 la violation et d\u2019en effacer les cons\u00e9quences de mani\u00e8re \u00e0 r\u00e9tablir autant que faire se peut la situation ant\u00e9rieure \u00e0 celle-ci (paragraphe 37 du pr\u00e9sent arr\u00eat), mais non \u00e0 cr\u00e9er une situation meilleure que celle qui existait auparavant.<\/p>\n<p>7. Il en va de m\u00eame de la restitution des biens, qui ont \u00e9t\u00e9 rendus dans leur int\u00e9gralit\u00e9 \u00e0 tous les requ\u00e9rants (paragraphe 13 du pr\u00e9sent arr\u00eat)\u00a0: il s\u2019agit l\u00e0 aussi d\u2019une am\u00e9lioration par rapport \u00e0 la situation ant\u00e9rieure \u00e0 la violation, alors qu\u2019une mesure proportionn\u00e9e aurait pu \u00e9t\u00e9 adopt\u00e9e de mani\u00e8re \u00e0 ne priver les requ\u00e9rants que d\u2019une partie de la valeur du terrain. Je sugg\u00e8rerais donc d\u2019ajouter un second crit\u00e8re\u00a0: le montant de la perte ainsi \u00e9vit\u00e9e aurait d\u00fb \u00eatre calcul\u00e9 en faveur de l\u2019\u00c9tat d\u00e9fendeur.<\/p>\n<p>8. L\u2019absence de prise en compte des crit\u00e8res ci-dessus m\u2019a fait h\u00e9siter \u00e0 accepter l\u2019octroi des sommes mentionn\u00e9es aux paragraphes 52, 57 et 60 du pr\u00e9sent arr\u00eat. En effet, la conclusion selon laquelle l\u2019application automatique de la confiscation \u00e9tait disproportionn\u00e9e signifie que la Cour aurait pu admettre qu\u2019une ing\u00e9rence moins grave aurait \u00e9t\u00e9 conforme \u00e0 l\u2019article 1 du Protocole no 1. Ainsi, \u00e9tant donn\u00e9 que la mesure n\u2019\u00e9tait pas \u00ab\u00a0illicite en soi\u00a0\u00bb (une question laiss\u00e9e en suspens dans l\u2019arr\u00eat au principal), mais \u00e9tait seulement disproportionn\u00e9e (voir l\u2019arr\u00eat au principal, pr\u00e9cit\u00e9, \u00a7\u00a7 303-304), et constituait donc une violation moins grave, ce constat aurait d\u00fb conduire \u00e0 songer \u00e0 l\u2019application de l\u2019approche retenue dans les cas o\u00f9 le constat d\u2019une violation ne repose pas sur l\u2019ill\u00e9galit\u00e9 de la mesure. Tel \u00e9tait le cas, par exemple, dans l\u2019affaire Terazzi S.r.l. c. Italie ((satisfaction \u00e9quitable), no\u00a027265\/95, \u00a7 34, 26 octobre 2004), o\u00f9 la Cour a dit (nous soulignons)\u00a0: \u00ab\u00a0[q]uant \u00e0 l\u2019indemnisation \u00e0 fixer en l\u2019esp\u00e8ce, celle-ci n\u2019aura pas, contrairement \u00e0 celle octroy\u00e9e dans les affaires concernant des d\u00e9possessions illicites en soi, \u00e0 refl\u00e9ter l\u2019id\u00e9e d\u2019un effacement total des cons\u00e9quences de l\u2019ing\u00e9rence litigieuse (&#8230;)\u00a0\u00bb.<\/p>\n<p>9. Mais une question plus importante m\u2019a pouss\u00e9 \u00e0 exprimer mon point de vue s\u00e9par\u00e9ment dans la pr\u00e9sente opinion. Je note que lorsqu\u2019elle a statu\u00e9, dans l\u2019arr\u00eat au principal, sur les exceptions de requ\u00eate abusive et de non\u2011\u00e9puisement des voies de recours internes (voir l\u2019arr\u00eat au principal, pr\u00e9cit\u00e9, \u00a7\u00a7 173-174), la Grande Chambre a estim\u00e9 que les proc\u00e9dures engag\u00e9es par G.I.E.M.\u00a0S.r.l. devant les juridictions internes et celle men\u00e9e devant la Cour avaient des objectifs diff\u00e9rents.<\/p>\n<p>10. Or, il est ind\u00e9niable que G.I.E.M. S.r.l. a invoqu\u00e9 les m\u00eames chefs de dommage devant chacune des instances judiciaires (arr\u00eat au principal, \u00a7\u00a043, et, pour l\u2019\u00e9num\u00e9ration des chefs de dommage invoqu\u00e9s devant la Cour, paragraphe 28 du pr\u00e9sent arr\u00eat). La Grande Chambre aurait donc pu choisir de ne pas statuer sur la demande pour dommage mat\u00e9riel, G.I.E.M. S.r.l. ayant choisi de saisir la Cour avant la cl\u00f4ture de ces proc\u00e9dures internes (voir, pour des consid\u00e9rations similaires, quoique dans un contexte diff\u00e9rent, Can\u00e8 et autres c. Malte (d\u00e9c.), no 24788\/17, \u00a7 75, 13 avril 2021).<\/p>\n<p>11. Tel n\u2019a pas \u00e9t\u00e9 le cas, et la question est bri\u00e8vement \u00e9voqu\u00e9e au paragraphe 65 du pr\u00e9sent arr\u00eat. Il est donc av\u00e9r\u00e9 que, dans le pr\u00e9sent arr\u00eat, la Cour s\u2019est prononc\u00e9e \u2013 en les accueillant ou en les rejetant \u2013 sur tous les chefs de dommage mat\u00e9riel (et aussi moral) r\u00e9sultant des faits et omissions d\u00e9nonc\u00e9s dans l\u2019arr\u00eat au principal, ind\u00e9pendamment des constats op\u00e9r\u00e9s (aux fins de la recevabilit\u00e9) aux paragraphes 173-174 et 176 de l\u2019arr\u00eat au principal.<\/p>\n<p>12. Dans ces conditions, il est n\u00e9cessaire de se r\u00e9f\u00e9rer \u00e0 la jurisprudence de la Cour, qui permet de r\u00e9soudre les probl\u00e8mes tenant au risque que, d\u00e8s lors que la Cour a octroy\u00e9 ou refus\u00e9 des sommes au titre de la satisfaction \u00e9quitable, le requ\u00e9rant puisse \u00eatre indemnis\u00e9 deux fois, ou recevoir une indemnisation malgr\u00e9 un rejet par la Cour. Le principe applicable est que les autorit\u00e9s nationales doivent in\u00e9vitablement prendre acte des sommes allou\u00e9es (ou refus\u00e9es) par la Cour (l\u2019octroi comme le rejet \u00e9tant des d\u00e9cisions qui statuent d\u00e9finitivement et int\u00e9gralement sur les griefs du requ\u00e9rant) en ce qui concerne les demandes form\u00e9es par le requ\u00e9rant au niveau interne (voir, mutatis mutandis, Serghides c. Chypre (satisfaction \u00e9quitable), no 44730\/98, \u00a7 29, 10 juin 2003, Serrilli c. Italie (satisfaction \u00e9quitable), no 77822\/01, \u00a7\u00a017, 17 juillet 2008, et Silva Barreira J\u00fanior c. Portugal, nos 38317\/06 et 38319\/06, \u00a7 40, 11 janvier 2011). Ce principe rev\u00eat une importance particuli\u00e8re dans le cas de G.I.E.M. S.r.l. puisque les observations et expertises mentionn\u00e9es au paragraphe 28 du pr\u00e9sent arr\u00eat paraissent englober tous les chefs de dommage possibles.<\/p>\n<p style=\"text-align: center;\"><strong>Annexe<\/strong><\/p>\n<p>Liste des requ\u00eates\u00a0:<\/p>\n<table width=\"513\">\n<thead>\n<tr>\n<td width=\"38\"><strong>No.<\/strong><\/td>\n<td width=\"94\"><strong>Requ\u00eate N<sup>o<\/sup><\/strong><\/td>\n<td width=\"107\"><strong>Introduite le<\/strong><\/td>\n<td width=\"274\"><strong>Requ\u00e9rant<br \/>\nLieu de r\u00e9sidence\/Si\u00e8ge<\/strong><\/td>\n<\/tr>\n<\/thead>\n<tbody>\n<tr>\n<td width=\"38\">1.<\/td>\n<td width=\"94\">1828\/06<\/td>\n<td width=\"107\">21\/12\/2005<\/td>\n<td width=\"274\"><strong>G.I.E.M. S.R.L.<\/strong><br \/>\nBari<\/td>\n<\/tr>\n<tr>\n<td width=\"38\">2.<\/td>\n<td width=\"94\">34163\/07<\/td>\n<td width=\"107\">02\/08\/2007<\/td>\n<td width=\"274\"><strong>HOTEL PROMOTION BUREAU S.R.L.<\/strong><br \/>\nRome<strong>R.I.T.A. SARDA S.R.L.<\/strong><br \/>\nRome<\/td>\n<\/tr>\n<tr>\n<td width=\"38\">3.<\/td>\n<td width=\"94\">19029\/11<\/td>\n<td width=\"107\">23\/03\/2011<\/td>\n<td width=\"274\"><strong>FALGEST S.R.L.<\/strong><br \/>\nPellaro<strong>Filippo GIRONDA<\/strong><br \/>\nPellaro<\/td>\n<\/tr>\n<\/tbody>\n<\/table>\n<div class=\"social-share-buttons\"><a href=\"https:\/\/www.facebook.com\/sharer\/sharer.php?u=https:\/\/loisdumonde.com\/?p=2060\" target=\"_blank\" rel=\"noopener\">Facebook<\/a><a href=\"https:\/\/twitter.com\/intent\/tweet?url=https:\/\/loisdumonde.com\/?p=2060&text=AFFAIRE+G.I.E.M.+S.R.L.+ET+AUTRES+c.+ITALIE+%E2%80%93+1828%2F06%2C+34163%2F07+et+19029%2F11\" target=\"_blank\" rel=\"noopener\">Twitter<\/a><a href=\"https:\/\/www.linkedin.com\/shareArticle?url=https:\/\/loisdumonde.com\/?p=2060&title=AFFAIRE+G.I.E.M.+S.R.L.+ET+AUTRES+c.+ITALIE+%E2%80%93+1828%2F06%2C+34163%2F07+et+19029%2F11\" target=\"_blank\" rel=\"noopener\">LinkedIn<\/a><a href=\"https:\/\/pinterest.com\/pin\/create\/button\/?url=https:\/\/loisdumonde.com\/?p=2060&description=AFFAIRE+G.I.E.M.+S.R.L.+ET+AUTRES+c.+ITALIE+%E2%80%93+1828%2F06%2C+34163%2F07+et+19029%2F11\" target=\"_blank\" rel=\"noopener\">Pinterest<\/a><\/div>","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>GRANDE CHAMBRE AFFAIRE G.I.E.M. 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