{"id":2050,"date":"2023-07-18T12:49:27","date_gmt":"2023-07-18T12:49:27","guid":{"rendered":"https:\/\/loisdumonde.com\/?p=2050"},"modified":"2023-07-18T12:49:27","modified_gmt":"2023-07-18T12:49:27","slug":"affaire-osman-et-altay-c-turkiye-23782-20-et-40731-20","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/loisdumonde.com\/?p=2050","title":{"rendered":"AFFAIRE OSMAN ET ALTAY c. T\u00dcRK\u0130YE &#8211; 23782\/20 et 40731\/20"},"content":{"rendered":"<p style=\"text-align: center;\">DEUXI\u00c8ME SECTION<br \/>\n<strong>AFFAIRE OSMAN ET ALTAY c. T\u00dcRK\u0130YE<\/strong><br \/>\n<em>(Requ\u00eates nos 23782\/20 et 40731\/20)<\/em><br \/>\nARR\u00caT<\/p>\n<p><!--more-->Art 10 \u2022 Libert\u00e9 de recevoir des informations et des id\u00e9es \u2022 R\u00e9tention par les autorit\u00e9s p\u00e9nitentiaires d\u2019\u00e9ditions d\u2019un journal envoy\u00e9es par la poste \u00e0 des d\u00e9tenus sans l\u2019interm\u00e9diaire de l\u2019administration en m\u00e9connaissance des modalit\u00e9s l\u00e9gales pr\u00e9vues \u2022 Deux lignes jurisprudentielles distinctes de la Cour constitutionnelle concernant la r\u00e9ception des publications dans les \u00e9tablissements p\u00e9nitentiaires selon leur mode de r\u00e9ception \u2022 Premi\u00e8re ligne sur celles adress\u00e9es aux d\u00e9tenus dans le respect de la loi exigeant des autorit\u00e9s p\u00e9nitentiaires de faire une analyse d\u00e9taill\u00e9e de leur contenu au regard de sa dangerosit\u00e9 et envisager la suppression des passages probl\u00e9matiques afin de remettre la partie restante \u00e0 l\u2019int\u00e9ress\u00e9 \u2022 Cour europ\u00e9enne ayant fait siens ces principes dans Mehmet \u00c7ift\u00e7i c.\u00a0T\u00fcrkiye \u2022 Seconde ligne sur celles adress\u00e9es par voie postale ou remise par des visiteurs sans l\u2019interm\u00e9diaire de l\u2019administration en m\u00e9connaissance du loi \u2022 R\u00e9tention des publications fond\u00e9e sur la charge de travail caus\u00e9e par leur contr\u00f4le et sur la n\u00e9cessit\u00e9 d\u2019emp\u00eacher la communication entre terroristes \u2022 Cour constitutionnelle en l\u2019esp\u00e8ce, appliquant sa seconde ligne jurisprudentielle, semblant justifier la r\u00e9tention syst\u00e9matique des publications, non sur leurs contenus dangereux, mais sur leur r\u00e9ception ill\u00e9gale \u2022 D\u00e9cisions des autorit\u00e9s nationales sans motivation satisfaisante, sans raisonnement propre \u00e0 \u00e9tablir un lien avec les contenus litigieux et \u00e0 fonder leurs conclusions au regard des crit\u00e8res \u00e9tablis par la Cour europ\u00e9enne et de sa premi\u00e8re ligne jurisprudentielle \u2022 Possible remise des publications apr\u00e8s retrait des passages probl\u00e9matiques non \u00e9voqu\u00e9e \u2022 Absence de mise en balance ad\u00e9quate des int\u00e9r\u00eats en jeu et obligation d\u2019emp\u00eacher tout abus de la part de l\u2019administration non remplie \u2022 Motifs ni pertinents ni suffisants<\/p>\n<p style=\"text-align: center;\">STRASBOURG<br \/>\n18 juillet 2023<\/p>\n<p>Cet arr\u00eat deviendra d\u00e9finitif dans les conditions d\u00e9finies \u00e0 l\u2019article 44 \u00a7 2 de la Convention. Il peut subir des retouches de forme.<\/p>\n<p><strong>En l\u2019affaire Osman et Altay c. T\u00fcrkiye,<\/strong><\/p>\n<p>La Cour europ\u00e9enne des droits de l\u2019homme (deuxi\u00e8me section), si\u00e9geant en une chambre compos\u00e9e de\u00a0:<br \/>\nArnfinn B\u00e5rdsen, pr\u00e9sident,<br \/>\nJovan Ilievski,<br \/>\nEgidijus K\u016bris,<br \/>\nSaadet Y\u00fcksel,<br \/>\nLorraine Schembri Orland,<br \/>\nDiana S\u00e2rcu,<br \/>\nDavor Deren\u010dinovi\u0107, juges,<br \/>\net de Dorothee von Arnim, greffi\u00e8re adjointe de section,<\/p>\n<p>Vu les requ\u00eates (nos 23782\/20 et 40731\/20) dirig\u00e9es contre la R\u00e9publique de T\u00fcrkiye et dont un ressortissant syrien et un ressortissant turc, MM.\u00a0Abdulmenaf Osman et Mehmet Altun\u00e7 Altay (\u00ab\u00a0les requ\u00e9rants\u00a0\u00bb), ont saisi la Cour en vertu de l\u2019article\u00a034 de la Convention de sauvegarde des droits de l\u2019homme et des libert\u00e9s fondamentales (\u00ab\u00a0la Convention\u00a0\u00bb) le 3 juin 2020 et le 24 ao\u00fbt 2020 respectivement,<\/p>\n<p>Vu les d\u00e9cisions de porter \u00e0 la connaissance du gouvernement turc (\u00ab\u00a0le Gouvernement\u00a0\u00bb) le grief fond\u00e9 sur l\u2019article 10 de la Convention et de d\u00e9clarer les requ\u00eates irrecevables pour le surplus,<\/p>\n<p>Vu les observations des parties,<\/p>\n<p>Apr\u00e8s en avoir d\u00e9lib\u00e9r\u00e9 en chambre du conseil le 13 juin 2023,<\/p>\n<p>Rend l\u2019arr\u00eat que voici, adopt\u00e9 \u00e0 cette date\u00a0:<\/p>\n<p><strong>INTRODUCTION<\/strong><\/p>\n<p>1. Les requ\u00eates concernent la r\u00e9tention par l\u2019administration p\u00e9nitentiaire de quatre num\u00e9ros d\u2019un journal bihebdomadaire envoy\u00e9s par voie postale, en m\u00e9connaissance des modalit\u00e9s pr\u00e9vues en la mati\u00e8re, aux requ\u00e9rants, alors d\u00e9tenus dans deux prisons distinctes.<\/p>\n<p><strong>EN FAIT<\/strong><\/p>\n<p>2. Les requ\u00e9rants sont n\u00e9s respectivement en 1965 et en 1956. M.\u00a0Osman a \u00e9t\u00e9 autoris\u00e9 \u00e0 assurer lui-m\u00eame la d\u00e9fense de ses int\u00e9r\u00eats, conform\u00e9ment \u00e0 l\u2019article\u00a036 \u00a7 2 in fine du r\u00e8glement de la Cour. M. Altay a \u00e9t\u00e9 repr\u00e9sent\u00e9 par Me\u00a0G. Tuncer, avocate.<\/p>\n<p>3. Le Gouvernement a \u00e9t\u00e9 repr\u00e9sent\u00e9 par son agent, M. Hac\u0131 Ali A\u00e7\u0131kg\u00fcl, chef du service des droits de l\u2019homme au minist\u00e8re de la Justice de T\u00fcrkiye.<\/p>\n<p>4. \u00c0 l\u2019\u00e9poque des faits, les requ\u00e9rants purgeaient dans les centres p\u00e9nitentiaires de haute s\u00e9curit\u00e9, selon le cas, d\u2019Akhisar et d\u2019Edirne, une peine de r\u00e9clusion \u00e0 perp\u00e9tuit\u00e9 aggrav\u00e9e \u00e0 laquelle ils avaient \u00e9t\u00e9 condamn\u00e9s pour avoir commis les infractions de s\u00e9paration d\u2019un territoire plac\u00e9 sous la souverainet\u00e9 de l\u2019\u00c9tat ou de l\u2019administration de l\u2019\u00c9tat et de tentative de modification de l\u2019ordre constitutionnel par la force.<\/p>\n<p><strong>I. lA R\u00c9TENtion des journaux envoy\u00e9s aux requ\u00e9rants et les proc\u00e9dures y relatives<\/strong><\/p>\n<p><strong>A. Concernant Abdulmenaf Osman (\u00ab\u00a0le premier requ\u00e9rant\u00a0\u00bb)<\/strong><\/p>\n<p>5. Le 17 mai 2019, le comit\u00e9 d\u2019\u00e9ducation du centre p\u00e9nitentiaire de Manisa intercepta quatre num\u00e9ros du journal bihebdomadaire Yeni Demokrasi (\u00ab\u00a0Nouvelle d\u00e9mocratie\u00a0\u00bb) qui avaient \u00e9t\u00e9 envoy\u00e9s au premier requ\u00e9rant par voie postale, sans avoir \u00e9t\u00e9 command\u00e9s ni achet\u00e9s par l\u2019administration p\u00e9nitentiaire pour le compte de celui-ci, et il d\u00e9cida de ne pas les lui remettre. \u00c0 l\u2019appui de sa d\u00e9cision, ledit comit\u00e9 se r\u00e9f\u00e9ra \u00e0 l\u2019article\u00a062 \u00a7\u00a01 de la loi no 5275 relative \u00e0 l\u2019ex\u00e9cution des peines et des mesures pr\u00e9ventives (\u00ab\u00a0loi no 5275\u00a0\u00bb), \u00e0 l\u2019article 43 du r\u00e8glement relatif \u00e0 l\u2019administration des centres p\u00e9nitentiaires et \u00e0 l\u2019ex\u00e9cution des peines et des mesures pr\u00e9ventives, \u00e0 l\u2019article 8 \u00a7 3 du r\u00e8glement relatif aux mat\u00e9riels et articles qui peuvent \u00eatre autoris\u00e9s dans les centres p\u00e9nitentiaires et \u00e0 l\u2019article\u00a011\/b de la directive sur les biblioth\u00e8ques et \u00e9tag\u00e8res des centres p\u00e9nitentiaires. Il consid\u00e9ra, d\u2019une part, que les pages 7, 12 et 13 du num\u00e9ro\u00a030, la page 7 du num\u00e9ro 31, les pages 3, 8 et 20 du num\u00e9ro 32 et les pages 1, 3, 6, 16 et 17 du num\u00e9ro 33 dudit journal, qui contenaient des informations et des photographies sur des gr\u00e8ves de la faim alors en cours dans diverses prisons, pouvaient entra\u00eener une g\u00e9n\u00e9ralisation desdits \u00e9v\u00e9nements et, d\u2019autre part, que la page 22 du num\u00e9ro 31 comportait des d\u00e9clarations faisant l\u2019\u00e9loge d\u2019une organisation terroriste, et il estima par cons\u00e9quent que toutes ces publications mettaient en p\u00e9ril la s\u00e9curit\u00e9 dans l\u2019\u00e9tablissement p\u00e9nitentiaire.<\/p>\n<p>6. Le 13 juin 2019, le juge de l\u2019ex\u00e9cution d\u2019Akhisar rejeta l\u2019opposition form\u00e9e par le premier requ\u00e9rant contre la d\u00e9cision du comit\u00e9 d\u2019\u00e9ducation, au motif que cette d\u00e9cision avait \u00e9t\u00e9 rendue conform\u00e9ment \u00e0 la proc\u00e9dure pertinente.<\/p>\n<p>7. Le 27 juin 2019, la cour d\u2019assises d\u2019Akhisar rejeta l\u2019opposition introduite par le premier requ\u00e9rant contre la d\u00e9cision du juge de l\u2019ex\u00e9cution, estimant que celle-ci \u00e9tait conforme \u00e0 la proc\u00e9dure et \u00e0 la loi.<\/p>\n<p><strong>B. Concernant Mehmet Aytun\u00e7 Altay (\u00ab\u00a0le deuxi\u00e8me requ\u00e9rant\u00a0\u00bb)<\/strong><\/p>\n<p>8. Le 21 d\u00e9cembre 2018, le comit\u00e9 d\u2019\u00e9ducation du centre p\u00e9nitentiaire d\u2019Edirne intercepta quatre num\u00e9ros du journal bihebdomadaire Yeni Demokrasi qui avaient \u00e9t\u00e9 envoy\u00e9s au deuxi\u00e8me requ\u00e9rant par voie postale, sans avoir fait l\u2019objet d\u2019une commande ou d\u2019un achat de la part de l\u2019administration p\u00e9nitentiaire, et il d\u00e9cida de ne pas les lui remettre. \u00c0 l\u2019appui de sa d\u00e9cision, le comit\u00e9 en cause se r\u00e9f\u00e9ra \u00e0 l\u2019article 62 \u00a7 3 de la loi no\u00a05275, \u00e0 l\u2019article 8 \u00a7 3 du r\u00e8glement relatif aux mat\u00e9riels et articles qui peuvent \u00eatre autoris\u00e9s dans les centres p\u00e9nitentiaires, ainsi qu\u2019aux articles 11\/b et 12 de la directive sur les biblioth\u00e8ques et \u00e9tag\u00e8res des centres p\u00e9nitentiaires. Il estima que les pages 19, 21, 22 et 23 du num\u00e9ro 20, les pages 19, 20, 21 et 22 du num\u00e9ro\u00a021, les pages 8, 12, 13, 14, 22 et 23 du num\u00e9ro 22 ainsi que les pages\u00a07, 12, 13, 16, 22, 23 et 24 du num\u00e9ro 23 du journal en question renfermaient de la propagande \u00e9crite et visuelle en faveur d\u2019une organisation terroriste, des expressions faisant l\u2019\u00e9loge du crime et des criminels ainsi que des activit\u00e9s d\u2019une organisation terroriste aux fins d\u2019encouragement de la participation \u00e0 de telles entreprises, des passages propres \u00e0 renforcer la solidarit\u00e9 organisationnelle entre les d\u00e9tenus et des commentaires approuvant et soutenant la violence et la r\u00e9bellion, et que, par cons\u00e9quent, toutes ces publications \u00e9taient susceptibles de provoquer l\u2019insubordination parmi les d\u00e9tenus et de mettre en p\u00e9ril la s\u00e9curit\u00e9 dans l\u2019\u00e9tablissement p\u00e9nitentiaire.<\/p>\n<p>9. Le 18 janvier 2019, le juge de l\u2019ex\u00e9cution d\u2019Edirne rejeta l\u2019opposition introduite par le requ\u00e9rant contre la d\u00e9cision du comit\u00e9 d\u2019\u00e9ducation, consid\u00e9rant que tant la motivation que la conclusion de cette d\u00e9cision \u00e9taient appropri\u00e9es.<\/p>\n<p>10. Le 14 f\u00e9vrier 2019, la cour d\u2019assises d\u2019Edirne rejeta l\u2019opposition form\u00e9e par le requ\u00e9rant contre la d\u00e9cision du juge de l\u2019ex\u00e9cution, au motif que celle-ci \u00e9tait conforme \u00e0 la proc\u00e9dure et \u00e0 la loi.<\/p>\n<p><strong>II. les RECOURs individuels introduits par les requ\u00e9rants devant la Cour constitutionnelle<\/strong><\/p>\n<p>11. Les 11 juillet et 19 mars 2019 respectivement, les requ\u00e9rants form\u00e8rent chacun un recours individuel devant la Cour constitutionnelle, arguant que leur libert\u00e9 d\u2019expression avait \u00e9t\u00e9 m\u00e9connue \u00e0 raison de la r\u00e9tention par l\u2019administration p\u00e9nitentiaire des divers num\u00e9ros du journal en question.<\/p>\n<p>12. Les 29 avril et 3 mars 2020, la Cour constitutionnelle, si\u00e9geant en formation de deux juges, d\u00e9clara les recours individuels des requ\u00e9rants irrecevables pour d\u00e9faut manifeste de fondement. Elle se r\u00e9f\u00e9ra \u00e0 son arr\u00eat de principe \u0130brahim Kaptan (2) (recours no 2017\/30723, 12 septembre 2018). La motivation des deux d\u00e9cisions se lisait comme suit\u00a0:<\/p>\n<p>\u00ab\u00a0Apr\u00e8s examen du recours, pour autant que la Cour constitutionnelle est comp\u00e9tente pour examiner les recours individuels et eu \u00e9gard aux documents soumis, il est conclu qu\u2019il n\u2019y a pas eu d\u2019ing\u00e9rence dans les droits et libert\u00e9s fondamentaux \u00e9nonc\u00e9s dans la Constitution ou que l\u2019ing\u00e9rence [dans l\u2019exercice desdits droits et libert\u00e9s] n\u2019en constituait pas une violation (voir, dans le m\u00eame sens, \u0130brahim Kaptan (2) (recours no\u00a02017\/30723, \u00a7\u00a7 22-37, 12 septembre 2018).\u00a0\u00bb<\/p>\n<p><strong>LE CADRE JURIDIQUE INTERNE PERTINENT<\/strong><\/p>\n<p><strong>I. La l\u00e9gislation pertinente<\/strong><\/p>\n<p><strong>A. La loi no 5275<\/strong><\/p>\n<p>13. La loi no 5275 relative \u00e0 l\u2019ex\u00e9cution des peines et des mesures pr\u00e9ventives \u00e9nonce en son article 3, intitul\u00e9 \u00ab\u00a0Le but principal de l\u2019ex\u00e9cution [des peines]\u00a0\u00bb, ce qui suit\u00a0:<\/p>\n<p>\u00ab\u00a0L\u2019ex\u00e9cution des peines et des mesures pr\u00e9ventives a pour but principal d\u2019assurer une pr\u00e9vention g\u00e9n\u00e9rale et sp\u00e9cifique, de renforcer \u00e0 cette fin les facteurs de non-r\u00e9cidive du condamn\u00e9, de prot\u00e9ger la soci\u00e9t\u00e9 contre la criminalit\u00e9, d\u2019encourager le condamn\u00e9 \u00e0 se resocialiser et de faciliter son adaptation \u00e0 un mode de vie productif et responsable, respectueux des lois, des ordres et des r\u00e8gles sociales.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p>14. L\u2019article 61 de la loi no 5275, intitul\u00e9 \u00ab\u00a0B\u00e9n\u00e9ficier de la biblioth\u00e8que\u00a0\u00bb, est ainsi libell\u00e9\u00a0:<\/p>\n<p>\u00ab\u00a0(1) Dans les \u00e9tablissements p\u00e9nitentiaires sont cr\u00e9\u00e9s des biblioth\u00e8ques ou des \u00e9tag\u00e8res, en fonction de la taille de l\u2019\u00e9tablissement. Dans les biblioth\u00e8ques ou \u00e9tag\u00e8res, outre les livres qui [constituent] des supports aux cours dispens\u00e9s, [sont] conserv\u00e9s, dans la mesure du possible, des livres qui [permettent] aux d\u00e9tenus d\u2019utiliser leur temps libre, d\u2019acqu\u00e9rir l\u2019habitude de la lecture et de d\u00e9velopper leur horizon culturel.<\/p>\n<p>(2) Les d\u00e9tenus doivent pouvoir b\u00e9n\u00e9ficier de la biblioth\u00e8que de l\u2019\u00e9tablissement.<\/p>\n<p>(3) Ce service peut \u00e9galement \u00eatre assur\u00e9 par des biblioth\u00e8ques mobiles.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p>15. L\u2019article 62 de la m\u00eame loi, intitul\u00e9 \u00ab\u00a0Le droit de b\u00e9n\u00e9ficier des publications p\u00e9riodiques et non p\u00e9riodiques\u00a0\u00bb, tel qu\u2019en vigueur \u00e0 l\u2019\u00e9poque des faits, se lisait comme suit en ses passages pertinents en l\u2019esp\u00e8ce\u00a0:<\/p>\n<p>\u00ab\u00a01. Le condamn\u00e9 a le droit de b\u00e9n\u00e9ficier de [toute] publication p\u00e9riodique et non p\u00e9riodique en en acquittant le prix, \u00e0 condition que [ces publications ne soient pas] interdites par un tribunal.<\/p>\n<p>2. Les journaux, livres et publications imprim\u00e9es \u00e9manant d\u2019institutions publiques, d\u2019universit\u00e9s, d\u2019organisations professionnelles ayant le statut d\u2019institution publique, de fondations b\u00e9n\u00e9ficiant d\u2019une exon\u00e9ration fiscale [sur d\u00e9cision du] Pr\u00e9sident de la R\u00e9publique et d\u2019associations \u0153uvrant dans l\u2019int\u00e9r\u00eat public sont remis gratuitement et librement aux condamn\u00e9s. Les manuels scolaires des condamn\u00e9s suivant des \u00e9tudes ou des formations ne sont pas soumis \u00e0 inspection.<\/p>\n<p>3. Aucune publication mettant en p\u00e9ril la s\u00e9curit\u00e9 de l\u2019\u00e9tablissement ou contenant des articles, \u00e9crits, photographies ou commentaires obsc\u00e8nes ne sera remise au condamn\u00e9.<\/p>\n<p>(&#8230;)\u00a0\u00bb<\/p>\n<p>16. L\u2019article 69 (1) de cette loi, intitul\u00e9 \u00ab\u00a0Le droit du condamn\u00e9 d\u2019accepter un cadeau envoy\u00e9 de l\u2019ext\u00e9rieur\u00a0\u00bb, est ainsi libell\u00e9\u00a0:<\/p>\n<p>\u00ab\u00a0(1) Le condamn\u00e9 [se trouvant] dans un \u00e9tablissement p\u00e9nitentiaire ferm\u00e9 a le droit d\u2019accepter [tout] cadeau ne pr\u00e9sentant pas de danger pour la s\u00e9curit\u00e9 de l\u2019\u00e9tablissement qui [lui] est envoy\u00e9 de l\u2019ext\u00e9rieur, tous les deux mois, et en plus, \u00e0 [l\u2019occasion] de f\u00eates religieuses, du jour de l\u2019an ou de son anniversaire. Les condamn\u00e9s mineurs, les condamn\u00e9s ayant atteint l\u2019\u00e2ge de soixante-cinq ans et les femmes condamn\u00e9es ayant des enfants avec elles peuvent accepter des cadeaux en dehors de [ces occasions pr\u00e9cis\u00e9es], conform\u00e9ment \u00e0 une d\u00e9cision \u00e0 prendre par le comit\u00e9 d\u2019administration et d\u2019observation. Les principes et proc\u00e9dures [applicables] en la mati\u00e8re sont pr\u00e9cis\u00e9s dans le r\u00e8glement.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p><strong>B. Le r\u00e8glement relatif \u00e0 l\u2019administration des \u00e9tablissements p\u00e9nitentiaires et \u00e0 l\u2019ex\u00e9cution des peines et des mesures pr\u00e9ventives<\/strong><\/p>\n<p>17. L\u2019article 92 du r\u00e8glement relatif \u00e0 l\u2019administration des \u00e9tablissements p\u00e9nitentiaires et \u00e0 l\u2019ex\u00e9cution des peines et des mesures pr\u00e9ventives, intitul\u00e9 \u00ab\u00a0Le droit d\u2019accepter des cadeaux envoy\u00e9s de l\u2019ext\u00e9rieur\u00a0\u00bb, se lit comme suit dans sa partie pertinente en l\u2019esp\u00e8ce\u00a0:<\/p>\n<p>\u00ab\u00a0(1) Le condamn\u00e9 [se trouvant] dans un \u00e9tablissement ferm\u00e9 a le droit d\u2019accepter les cadeaux ne pr\u00e9sentant pas de danger pour la s\u00e9curit\u00e9 de l\u2019\u00e9tablissement qui [lui] sont envoy\u00e9s de l\u2019ext\u00e9rieur \u00e0 l\u2019occasion des f\u00eates de la religion \u00e0 laquelle il appartient, du jour de l\u2019an et de son anniversaire [tel que] pr\u00e9cis\u00e9 dans le registre des d\u00e9tenus, dans le respect des principes suivants\u00a0:<\/p>\n<p>a) Le condamn\u00e9 ne peut accepter comme cadeau que des livres ou des v\u00eatements,<\/p>\n<p>b) Les cadeaux peuvent \u00eatre donn\u00e9s par des visiteurs ou envoy\u00e9s par la poste ou par cargo,<\/p>\n<p>(&#8230;)\u00a0\u00bb<\/p>\n<p>18. L\u2019article 43 du r\u00e8glement relatif \u00e0 l\u2019administration des \u00e9tablissements p\u00e9nitentiaires et \u00e0 l\u2019ex\u00e9cution des peines et des mesures pr\u00e9ventives, intitul\u00e9 \u00ab\u00a0Devoirs et comp\u00e9tences du comit\u00e9 d\u2019\u00e9ducation\u00a0\u00bb, est ainsi libell\u00e9 en ses passages pertinents en l\u2019esp\u00e8ce\u00a0:<\/p>\n<p>\u00ab\u00a0(1) Le comit\u00e9 d\u2019\u00e9ducation est (&#8230;) charg\u00e9 d\u2019accomplir les t\u00e2ches suivantes\u00a0:<\/p>\n<p>(&#8230;)<\/p>\n<p>(\u0131) D\u00e9cider si les (&#8230;) publications re\u00e7ues par l\u2019\u00e9tablissement sont de nature \u00e0 mettre en p\u00e9ril la s\u00e9curit\u00e9 de l\u2019\u00e9tablissement ou contiennent des articles, \u00e9crits, photographies ou commentaires obsc\u00e8nes,<\/p>\n<p>(&#8230;)\u00a0\u00bb<\/p>\n<p><strong>C. Directive sur les biblioth\u00e8ques et \u00e9tag\u00e8res des centres p\u00e9nitentiaires<\/strong><\/p>\n<p>19. L\u2019article 11 de la directive sur les biblioth\u00e8ques et \u00e9tag\u00e8res des centres p\u00e9nitentiaires, intitul\u00e9 \u00ab\u00a0Publications qui ne seront pas accept\u00e9es dans l\u2019\u00e9tablissement\u00a0\u00bb, est ainsi r\u00e9dig\u00e9\u00a0:<\/p>\n<p>\u00ab\u00a0[Ne seront pas accept\u00e9es dans l\u2019\u00e9tablissement\u00a0:]<\/p>\n<p>a) Les publications interdites par les tribunaux\u00a0;<\/p>\n<p>b) M\u00eame si elles ne sont pas interdites par les tribunaux, les publications qui sont consid\u00e9r\u00e9es, par d\u00e9cision du comit\u00e9 d\u2019\u00e9ducation, comme mettant en p\u00e9ril la s\u00e9curit\u00e9 de l\u2019\u00e9tablissement ou comme contenant des articles, \u00e9crits, photographies et commentaires obsc\u00e8nes\u00a0;<\/p>\n<p>(&#8230;)\u00a0\u00bb<\/p>\n<p>20. Pour d\u2019autres dispositions de droit interne pertinentes en l\u2019esp\u00e8ce, voir Mehmet \u00c7ift\u00e7i c. T\u00fcrkiye (no 53208\/19, \u00a7\u00a7 10-15, 16 novembre 2021).<\/p>\n<p><strong>II. La jurisprudence de la Cour constitutionnelle<\/strong><\/p>\n<p>21. Les principes r\u00e9gissant l\u2019acc\u00e8s des d\u00e9tenus aux publications p\u00e9riodiques et non p\u00e9riodiques au sein des \u00e9tablissements p\u00e9nitentiaires font l\u2019objet d\u2019une jurisprudence de la Cour constitutionnelle, que celle-ci a d\u00e9velopp\u00e9e dans plusieurs arr\u00eats. Dans le cadre de cet ensemble jurisprudentiel, la haute juridiction op\u00e8re une distinction selon que les publications \u00e9t\u00e9 envoy\u00e9es dans le respect ou en m\u00e9connaissance des modalit\u00e9s pr\u00e9vues par la l\u00e9gislation pertinente.<\/p>\n<p><strong>A. La jurisprudence de la Cour constitutionnelle relative aux publications re\u00e7ues dans le respect des modalit\u00e9s pr\u00e9vues par la l\u00e9gislation pertinente<\/strong><\/p>\n<p><strong>1. Arr\u00eat Halil Bay\u0131k<\/strong><\/p>\n<p>22. Dans son arr\u00eat Halil Bay\u0131k (recours no 2014\/20002, 30\u00a0novembre 2017, \u00a7\u00a7 44-47), la Cour constitutionnelle a \u00e9nonc\u00e9 les principes que les juridictions de premi\u00e8re instance et autre organe exer\u00e7ant la puissance publique devaient observer relativement aux ing\u00e9rences prenant la forme d\u2019un refus de remettre \u00e0 un d\u00e9tenu une publication p\u00e9riodique ou non p\u00e9riodique. Elle les a expos\u00e9s comme suit\u00a0:<\/p>\n<p>\u00ab\u00a044. Le r\u00f4le de la Cour constitutionnelle consiste notamment \u00e0 v\u00e9rifier, [d\u2019une part], que l\u2019ing\u00e9rence d\u00e9nonc\u00e9e dans le recours [qui lui est soumis] repose sur une appr\u00e9ciation acceptable des faits et, [d\u2019autre part], qu\u2019elle n\u2019est pas arbitraire. Ce contr\u00f4le implique donc de s\u2019assurer que des motifs pertinents et suffisants ont \u00e9t\u00e9 fournis par les juridictions de premi\u00e8re instance et [les] autres organes exer\u00e7ant la puissance publique [concern\u00e9s] quant au caract\u00e8re n\u00e9cessaire et proportionn\u00e9 de l\u2019ing\u00e9rence dans une soci\u00e9t\u00e9 d\u00e9mocratique (&#8230;)<\/p>\n<p>45. Concernant les griefs tels que ceux [soulev\u00e9s dans] le pr\u00e9sent recours, les \u00e9l\u00e9ments \u2013 dont certains sont \u00e9galement \u00e9num\u00e9r\u00e9s ci-dessus (&#8230;) \u2013 qui doivent figurer dans les d\u00e9cisions des juridictions de premi\u00e8re instance et autres organes exer\u00e7ant la puissance publique pour que leur motivation soit consid\u00e9r\u00e9e comme pertinente et suffisante, et qui peuvent varier selon les circonstances de [ces] recours [portant sur des questions] similaires, peuvent \u00eatre \u00e9num\u00e9r\u00e9s comme suit\u00a0:<\/p>\n<p>i. Le type de prison dans lequel le recourant purge sa peine et le type d\u2019infraction qu\u2019il a commise, et si le type de prison ou d\u2019infraction [en cause] a eu une quelconque incidence sur l\u2019adoption de la mesure en question (&#8230;)<\/p>\n<p>ii. Si la restriction [d\u2019acc\u00e8s] \u00e0 tout ou partie d\u2019une publication est li\u00e9e \u00e0 la r\u00e9insertion du d\u00e9tenu, la relation entre le contenu de la publication et la r\u00e9insertion du d\u00e9tenu doit \u00eatre pleinement d\u00e9montr\u00e9e (&#8230;)<\/p>\n<p>iii. Le milieu social et le casier judiciaire de chaque d\u00e9tenu, ses capacit\u00e9s et aptitudes intellectuelles, sa personnalit\u00e9, la dur\u00e9e de sa peine de prison et ses perspectives de lib\u00e9ration doivent \u00eatre pris en compte (&#8230;)<\/p>\n<p>iv. Dans ce contexte, il convient d\u2019\u00e9valuer si la publication en question a pr\u00e9c\u00e9demment incit\u00e9 des personnes condamn\u00e9es pour des infractions terroristes \u00e0 devenir plus violentes envers l\u2019\u00c9tat ou envers des individus qu\u2019elles consid\u00e9raient comme responsables de ce dont elles s\u2019estimaient victimes (&#8230;)<\/p>\n<p>v. La nature, le contenu, l\u2019\u00e9diteur et les passages probl\u00e9matiques de la publication p\u00e9riodique ou non p\u00e9riodique non remise au d\u00e9tenu doivent \u00eatre pr\u00e9cis\u00e9s et les parties jug\u00e9es r\u00e9pr\u00e9hensibles doivent \u00eatre analys\u00e9es en d\u00e9tail.<\/p>\n<p>vi. Si la publication en question a un lien avec des organisations terroristes ou la l\u00e9gitimation d\u2019activit\u00e9s terroristes, il y a lieu, dans le cadre de pareille analyse, de m\u00e9nager un \u00e9quilibre entre le droit du d\u00e9tenu \u00e0 la libert\u00e9 d\u2019expression et le droit l\u00e9gitime d\u2019une soci\u00e9t\u00e9 d\u00e9mocratique \u00e0 se prot\u00e9ger contre les activit\u00e9s des organisations terroristes (&#8230;)<\/p>\n<p>vii. Aux fins de l\u2019exercice de mise en balance susmentionn\u00e9, [les questions suivantes doivent \u00eatre examin\u00e9es]\u00a0:<\/p>\n<p>\u2013\u00a0si, prise dans son ensemble, la publication donnant lieu \u00e0 l\u2019ing\u00e9rence visait une personne priv\u00e9e, des agents publics, une partie d\u00e9termin\u00e9e de la population ou l\u2019\u00c9tat, et si elle incitait \u00e0 la violence \u00e0 leur \u00e9gard (&#8230;),<\/p>\n<p>\u2013\u00a0si des individus ont \u00e9t\u00e9 expos\u00e9s \u00e0 un risque de violence physique et si [la publication] attisait la haine contre eux (&#8230;),<\/p>\n<p>\u2013\u00a0si le message v\u00e9hicul\u00e9 par la publication sugg\u00e8re que le recours \u00e0 la violence est une mesure n\u00e9cessaire et justifi\u00e9e,<\/p>\n<p>\u2013\u00a0si la violence est glorifi\u00e9e [par la publication], [et] si [celle-ci] incite \u00e0 la haine, \u00e0 la vengeance ou \u00e0 la r\u00e9sistance arm\u00e9e,<\/p>\n<p>\u2013\u00a0si en portant des accusations ou en incitant \u00e0 la haine, la publication peut conduire \u00e0 de nouvelles violences dans toutes ou certaines r\u00e9gions du pays,<\/p>\n<p>\u2013\u00a0si les propos figurant dans la publication mettent en danger la s\u00e9curit\u00e9, la discipline ou l\u2019ordre au sein de la prison,<\/p>\n<p>\u2013\u00a0si [la publication est de nature] \u00e0 faciliter la communication \u00e0 des fins organisationnelles entre membres d\u2019organisations terroristes et (&#8230;) criminelles ou d\u2019autres organisations criminelles (&#8230;),<\/p>\n<p>\u2013\u00a0si elle contient des informations fausses ou inexactes, des menaces ou des d\u00e9clarations insultantes susceptibles d\u2019effrayer des personnes ou des organisations (&#8230;),<\/p>\n<p>\u2013\u00a0si le degr\u00e9 d\u2019intensit\u00e9 des hostilit\u00e9s [ayant cours] dans une partie ou dans l\u2019ensemble du pays au moment de la publication ou au moment o\u00f9 elle a \u00e9t\u00e9 re\u00e7ue \u00e0 la prison [en cause] pour \u00eatre transmise au d\u00e9tenu, ou le degr\u00e9 de tension existant au sein de ladite prison ou dans le pays, ont eu une incidence sur la d\u00e9cision de non-remise [de la publication] au d\u00e9tenu (&#8230;),<\/p>\n<p>\u2013\u00a0si la mesure restrictive (&#8230;) [adopt\u00e9e par l\u2019administration p\u00e9nitentiaire] avait pour objectif de r\u00e9pondre \u00e0 un besoin social imp\u00e9rieux dans une soci\u00e9t\u00e9 d\u00e9mocratique et si elle constituait [une mesure] de dernier recours (&#8230;),<\/p>\n<p>\u2013\u00a0enfin, il est n\u00e9cessaire d\u2019appr\u00e9cier, en sus du contenu de la publication, si la restriction [impos\u00e9e] \u00e9tait proportionn\u00e9e (&#8230;) et interf\u00e9rait de mani\u00e8re minimale avec la libert\u00e9 d\u2019expression pour atteindre [le but] poursuivi [de la protection de] l\u2019int\u00e9r\u00eat public.<\/p>\n<p>viii. Il est toujours loisible aux tribunaux de premi\u00e8re instance et autres organes exer\u00e7ant la puissance publique de [s\u2019appuyer], selon les circonstances de l\u2019affaire, sur l\u2019avis d\u2019experts et, si n\u00e9cessaire, de [demander] des rapports et opinions d\u2019experts en sciences sociales, de chercheurs ou d\u2019universitaires. De cette mani\u00e8re, [lesdites entit\u00e9s seront] \u00e0 m\u00eame d\u2019\u00e9valuer plus efficacement la conformit\u00e9 de la mesure portant refus [de communication] d\u2019une publication p\u00e9riodique ou non p\u00e9riodique \u00e0 un d\u00e9tenu avec les crit\u00e8res \u00e9nonc\u00e9s dans la loi et dans la jurisprudence de la Cour constitutionnelle.<\/p>\n<p>46. Des propos tendant \u00e0 l\u2019\u00e9loge, au soutien ou \u00e0 la justification d\u2019actes violents [commis par] une organisation terroriste peuvent \u00eatre consid\u00e9r\u00e9s comme constituant une incitation \u00e0 la r\u00e9sistance arm\u00e9e, une glorification de la violence ou une incitation \u00e0 la haine et \u00e0 l\u2019hostilit\u00e9. Toutefois, le seul motif qu\u2019ils v\u00e9hiculent des id\u00e9es [d\u00e9fendues par] une organisation terroriste et [cautionnent] les objectifs [de celle-ci], qu\u2019ils critiquent s\u00e9v\u00e8rement les politiques officielles ou qu\u2019ils \u00e9voquent les d\u00e9saccords de l\u2019organisation terroriste avec [lesdites] politiques ne saurait [suffire \u00e0] fonder le refus de remettre [les publications] aux d\u00e9tenus, une telle ing\u00e9rence ne pouvant \u00eatre justifi\u00e9e que pour autant qu\u2019un ou plusieurs des motifs \u00e9nonc\u00e9s ci-dessus (\u00a7\u00a7 28-45) sont \u00e9galement avanc\u00e9s.<\/p>\n<p>47. Il convient de r\u00e9affirmer que le simple fait que des informations et des opinions contenues dans les publications non transmises aux d\u00e9tenus soient offensantes, surprenantes ou d\u00e9rangeantes ne suffit pas \u00e0 justifier l\u2019ing\u00e9rence [en cause] (&#8230;)\u00a0\u00bb<\/p>\n<p><strong>2. Arr\u00eat Recep Bekik et autres<\/strong><\/p>\n<p>23. Dans son arr\u00eat Recep Bekik et autres (recours no 2016\/12936, 27\u00a0mars 2019), la Cour constitutionnelle a examin\u00e9 un grief relatif au rejet de demandes formul\u00e9es par des d\u00e9tenus en vue de l\u2019achat de p\u00e9riodiques par l\u2019interm\u00e9diaire de l\u2019administration p\u00e9nitentiaire avec imputation des frais sur leur compte nominatif tenu par l\u2019\u00e9tablissement p\u00e9nitentiaire. Dans cet arr\u00eat, apr\u00e8s avoir r\u00e9sum\u00e9 les principes expos\u00e9s par elle dans l\u2019arr\u00eat pr\u00e9cit\u00e9 Halil Bay\u0131k quant au contr\u00f4le que l\u2019administration p\u00e9nitentiaire doit effectuer en vertu de la l\u00e9gislation sur les publications envoy\u00e9es aux d\u00e9tenus dans les centres p\u00e9nitentiaires, la Cour constitutionnelle a estim\u00e9 que la pratique suivie dans les prisons concernant l\u2019acc\u00e8s aux p\u00e9riodiques soulevait un probl\u00e8me d\u2019ordre structurel. Les passages pertinents en l\u2019esp\u00e8ce de l\u2019arr\u00eat se lisaient comme suit\u00a0:<\/p>\n<p>\u00ab\u00a043. Les principes relatifs au contr\u00f4le qui doit \u00eatre op\u00e9r\u00e9 en vertu des articles 3 et\u00a062 de la loi no 5275 concernant les publications [qui ne font l\u2019objet d\u2019aucune d\u00e9cision d\u2019interdiction] sont expos\u00e9s dans l\u2019arr\u00eat Halil Bay\u0131k (recours no\u00a02014\/20002, 30\u00a0novembre 2017). Il [y] est ainsi indiqu\u00e9 que les ing\u00e9rences [fond\u00e9es sur] une motivation ne r\u00e9pondant pas aux crit\u00e8res [\u00e9tablis] dans l\u2019arr\u00eat Halil Bay\u0131k emporteront violation [de la Constitution]. Les principes \u00e9nonc\u00e9s dans [ledit] arr\u00eat\u00a0sont [les suivants]\u00a0:<\/p>\n<p>(&#8230;)<\/p>\n<p>45. (&#8230;) [I]l faut (&#8230;) appr\u00e9cier, en ce qui concerne les passages consid\u00e9r\u00e9s comme [probl\u00e9matiques] s\u2019il est possible de les supprimer des publications qu\u2019il a \u00e9t\u00e9 d\u00e9cid\u00e9, apr\u00e8s un contr\u00f4le effectu\u00e9 conform\u00e9ment aux crit\u00e8res \u00e9tablis dans l\u2019arr\u00eat Halil\u00a0Bay\u0131k, de ne pas transmettre au condamn\u00e9 (&#8230;), et de lui remettre la partie restante. M\u00eame s\u2019il peut \u00eatre admis que la publication dans son ensemble ne soit pas communiqu\u00e9e au condamn\u00e9 dans les cas o\u00f9 les parties [posant probl\u00e8me] ne peuvent \u00eatre s\u00e9par\u00e9es [du reste de la publication] ou [dans les cas o\u00f9] le restant de la publication serait d\u00e9pourvu d\u2019int\u00e9r\u00eat apr\u00e8s la suppression desdits passages, cette situation particuli\u00e8re doit faire l\u2019objet d\u2019une motivation [sp\u00e9cifique] dans la d\u00e9cision.<\/p>\n<p>46. La Cour constitutionnelle, dans le cadre de sa jurisprudence relative \u00e0 l\u2019acc\u00e8s aux publications au sein des centres p\u00e9nitentiaires, a conclu \u00e0 une violation de la libert\u00e9 d\u2019expression et ordonn\u00e9 la r\u00e9ouverture de la proc\u00e9dure dans plusieurs affaires concernant des ing\u00e9rences constitu\u00e9es par un refus de remettre aux d\u00e9tenus (&#8230;) des publications p\u00e9riodiques et non p\u00e9riodiques. La Cour constitutionnelle a indiqu\u00e9 dans [certains] de ces arr\u00eats de violation que la motivation de [la d\u00e9cision constitutive de l\u2019]ing\u00e9rence ne satisfaisait pas aux crit\u00e8res pr\u00e9vus dans l\u2019arr\u00eat Halil Bay\u0131k, qu\u2019aucun rapport concret n\u2019avait \u00e9t\u00e9 \u00e9tabli avec les expressions consid\u00e9r\u00e9es comme [probl\u00e9matiques] [pour faire en sorte que] la motivation ne [rest\u00e2t pas] abstraite et que la question de savoir s\u2019il \u00e9tait possible d\u2019enlever les parties contenant les expressions consid\u00e9r\u00e9es comme [inopportunes] et de remettre le restant de la publication aux plaignants n\u2019avait pas \u00e9t\u00e9 examin\u00e9e (&#8230;)<\/p>\n<p>47. Elle a pr\u00e9cis\u00e9 dans certains [autres] de ces arr\u00eats de violation que m\u00eame si une concr\u00e9tisation avait \u00e9t\u00e9 tent\u00e9e au moyen de l\u2019indication du num\u00e9ro des pages [renfermant] les passages de la publication litigieuse consid\u00e9r\u00e9s comme [probl\u00e9matiques], la m\u00e9thode d\u2019examen [expos\u00e9e dans l\u2019arr\u00eat Halil Bay\u0131k] n\u2019avait pas \u00e9t\u00e9 suivie. En outre, il est relev\u00e9 dans les arr\u00eats [en question] que bien que les passages [probl\u00e9matiques] eussent \u00e9t\u00e9 clairement d\u00e9sign\u00e9s, l\u2019ensemble de la publication avait \u00e9t\u00e9 [intercept\u00e9e], [sans que] le refus de remettre la publication [dans son int\u00e9gralit\u00e9] n\u2019e\u00fbt \u00e9t\u00e9 motiv\u00e9 (&#8230;)<\/p>\n<p>48. En l\u2019esp\u00e8ce, les publications p\u00e9riodiques, telles que des magazines et des journaux, auxquelles les auteurs des recours s\u2019\u00e9taient abonn\u00e9s ou qu\u2019ils avaient achet\u00e9es n\u2019ont pas \u00e9t\u00e9 remises \u00e0 ces derniers. \u00c0 cet \u00e9gard, puisqu\u2019il s\u2019agit [dans le cas d\u2019esp\u00e8ce] de publications p\u00e9riodiques qui ont \u00e9t\u00e9 achet\u00e9es par l\u2019administration [p\u00e9nitentiaire] [apr\u00e8s] paiement de leur prix par les requ\u00e9rants ou auxquelles ces derniers s\u2019\u00e9taient abonn\u00e9s, et qui ne font l\u2019objet d\u2019aucune d\u00e9cision [d\u2019interdiction], les autorit\u00e9s publiques [se devaient] d\u2019effectuer un contr\u00f4le en application des articles 3 et 62 de la loi no\u00a05275 et \u00e0 la lumi\u00e8re des principes et crit\u00e8res \u00e9tablis dans la jurisprudence de la Cour [constitutionnelle] (&#8230;)<\/p>\n<p>49. [La Cour constitutionnelle] constate que certaines des d\u00e9cisions [qui ont \u00e9t\u00e9 rendues par] les administrations p\u00e9nitentiaires et les tribunaux du fond concernant le refus de remettre les publications en question aux plaignants [comportent] des appr\u00e9ciations qui ne satisfont pas aux crit\u00e8res pr\u00e9vus dans [son] arr\u00eat Halil Bay\u0131k. Elle observe que les d\u00e9cisions en cause ne pr\u00e9cisent pas quelles parties des publications litigieuses [ont \u00e9t\u00e9] consid\u00e9r\u00e9es comme [inopportunes], et [qu\u2019elles ne contiennent que] des consid\u00e9rations abstraites, au lieu d\u2019une appr\u00e9ciation [fond\u00e9e sur] des r\u00e9f\u00e9rences concr\u00e8tes [aux] passages [en question]. Elle rel\u00e8ve [toutefois] que, dans une majorit\u00e9 des d\u00e9cisions [relatives \u00e0 l\u2019esp\u00e8ce], les administrations p\u00e9nitentiaires et les tribunaux du fond indiquent sur quelles pages se trouvent les passages des publications p\u00e9riodiques [qui ont \u00e9t\u00e9] consid\u00e9r\u00e9s comme [probl\u00e9matiques]. Cela \u00e9tant, dans [certaines] de ces d\u00e9cisions, la motivation se rapportant aux passages [litigieux] pour lesquels des num\u00e9ros de page sont clairement indiqu\u00e9s n\u2019est pas conforme aux principes \u00e9tablis par la jurisprudence de la Cour constitutionnelle. Par ailleurs, aucune de ces d\u00e9cisions [ne comporte de] discussion [quant \u00e0 la question de savoir] s\u2019il \u00e9tait possible de retirer les parties consid\u00e9r\u00e9es comme [inopportunes] et de remettre le restant [des publications] aux plaignants.<\/p>\n<p>50. Prises dans leur ensemble, les d\u00e9cisions de l\u2019administration et des tribunaux du fond montrent que [ce sont] des motifs cat\u00e9goriques, tels que le fait que les plaignants avaient \u00e9t\u00e9 condamn\u00e9s [pour des infractions] de terrorisme et que les centres p\u00e9nitentiaires dans lesquels ils se trouvaient \u00e9taient des centres p\u00e9nitentiaires de haute s\u00e9curit\u00e9, et non pas la situation personnelle [des int\u00e9ress\u00e9s], [qui] ont [jou\u00e9 un r\u00f4le d\u00e9terminant]. [En outre, alors que] pour beaucoup de plaignants, des motifs objectifs sont avanc\u00e9s plut\u00f4t que [des \u00e9l\u00e9ments tenant \u00e0] leur situation personnelle, il est constat\u00e9 un [manque] d\u2019uniformit\u00e9 concernant l\u2019acc\u00e8s aux publications dans les centres p\u00e9nitentiaires. On observe [ainsi] [une disparit\u00e9] des consid\u00e9rations [prises en compte], parmi tous les centres p\u00e9nitentiaires du pays, quant \u00e0 la remise ou non d\u2019une m\u00eame publication \u00e0 des d\u00e9tenus et condamn\u00e9s pr\u00e9sentant un statut semblable.<\/p>\n<p>51. Des d\u00e9cisions [divergentes] sont rendues relativement \u00e0 la remise ou non d\u2019une publication concernant des personnes se trouvant dans une situation l\u00e9gale identique [mais] dans diff\u00e9rents centres p\u00e9nitentiaires. Alors qu\u2019une m\u00eame publication [a \u00e9t\u00e9 remise] sans aucune entrave \u00e0 des personnes dans certains centres p\u00e9nitentiaires, elle [a \u00e9t\u00e9], dans d\u2019autres centres p\u00e9nitentiaires, partiellement ou enti\u00e8rement refus\u00e9e \u00e0 des personnes se trouvant dans la m\u00eame situation, [sur le fondement] de motivations sans rapport les unes avec les autres.<\/p>\n<p>(&#8230;)<\/p>\n<p>54. Se tournant vers le cas d\u2019esp\u00e8ce, [la Cour constitutionnelle rappelle] qu\u2019il ne fait pas de doute que ce sont les administrations p\u00e9nitentiaires qui [endossent] les comp\u00e9tence et [responsabilit\u00e9] principales aux fins de garantie de la libert\u00e9 des d\u00e9tenus et des condamn\u00e9s de recevoir des informations ou des id\u00e9es. Cela \u00e9tant, en ce qui concerne les publications p\u00e9riodiques, le [contr\u00f4le des] juges de l\u2019ex\u00e9cution ne peut suffire \u00e0 rem\u00e9dier \u00e0 des divergences [existant] dans la pratique ou \u00e0 contrecarrer les pratiques [inconstitutionnelles] de l\u2019administration [en la mati\u00e8re] qui [\u00e9chappent \u00e0 toute] motivation.<\/p>\n<p>55. \u00c0 la lumi\u00e8re des consid\u00e9rations qui pr\u00e9c\u00e8dent, [la Cour constitutionnelle] a acquis la conviction qu\u2019il n\u2019existe pas de m\u00e9canisme susceptible, [d\u2019une part], d\u2019emp\u00eacher l\u2019arbitraire quant \u00e0 la remise ou non de publications p\u00e9riodiques \u00e0 des d\u00e9tenus et condamn\u00e9s dans les centres p\u00e9nitentiaires [et] d\u2019assurer l\u2019application d\u2019un m\u00eame traitement \u00e0 ceux se trouvant dans une situation l\u00e9gale identique et, [d\u2019autre part] de garantir des pratiques claires, [indicatives] et constantes.<\/p>\n<p>56. Dans un \u00c9tat de droit, les actes et [pratiques] de l\u2019administration doivent \u00eatre pr\u00e9visibles pour les individus. [La Cour constitutionnelle] a la conviction que les divergences de pratiques administratives concernant la remise des publications p\u00e9riodiques aux condamn\u00e9s constituent un manquement au principe de pr\u00e9visibilit\u00e9 des activit\u00e9s administratives, qui est une exigence de l\u2019\u00c9tat de droit.<\/p>\n<p>57. [La mise en place des am\u00e9nagements] n\u00e9cessaires \u00e0 la lumi\u00e8re des explications ci-dessus importe au regard [tant] de l\u2019acc\u00e8s des condamn\u00e9s \u00e0 des publications p\u00e9riodiques [dont ils ont r\u00e9gl\u00e9] le prix [que] de l\u2019exercice par eux, par ce moyen, de leur libert\u00e9 d\u2019expression. [Ainsi, il est imp\u00e9ratif] de cr\u00e9er un m\u00e9canisme propre [\u00e0 assurer] une appr\u00e9ciation plus effective des publications p\u00e9riodiques et \u00e0 pr\u00e9venir l\u2019apparition de pratiques divergentes \u00e0 l\u2019\u00e9gard des condamn\u00e9s.<\/p>\n<p>58. Par cons\u00e9quent, la Cour constitutionnelle consid\u00e8re qu\u2019[il n\u2019y a pas lieu] de se d\u00e9partir, dans les pr\u00e9sentes esp\u00e8ces jointes, de sa jurisprudence relative \u00e0 l\u2019acc\u00e8s des condamn\u00e9s \u00e0 des mat\u00e9riaux de presse et de publication. Dans [lesdites affaires] (&#8230;) les appr\u00e9ciations qui ont \u00e9t\u00e9 faites [n\u2019\u00e9taient pas] uniformes [et ne] r\u00e9pondaient pas aux crit\u00e8res \u00e9tablis par [elle] concernant la pratique [\u00e0 suivre] quant \u00e0 l\u2019autorisation des publications p\u00e9riodiques dans les centres p\u00e9nitentiaires. Dans le syst\u00e8me actuel, seuls les tribunaux charg\u00e9s du contr\u00f4le judiciaire tentent de rem\u00e9dier, par leurs d\u00e9cisions, \u00e0 des difficult\u00e9s n\u00e9es des pratiques de l\u2019administration.<\/p>\n<p>59. Par ailleurs, bien que la Cour constitutionnelle ait rendu \u00e0 ce jour plusieurs arr\u00eats de violation sur la question en cause, les ing\u00e9rences [du m\u00eame type] et les recours individuels introduits [\u00e0 leur \u00e9gard] se poursuivent. Consid\u00e9rant conjointement les pratiques actuelles de l\u2019administration et les difficult\u00e9s rencontr\u00e9es par les juges de l\u2019ex\u00e9cution pour assurer la conformit\u00e9 desdites pratiques \u00e0 l\u2019\u00e9quit\u00e9, [la Cour] conclut qu\u2019il existe un probl\u00e8me structurel dans le syst\u00e8me actuel, [qui] d\u00e9coule de la pratique [administrative] concernant l\u2019autorisation des publications p\u00e9riodiques dans les centres p\u00e9nitentiaires.<\/p>\n<p>60. Si, malgr\u00e9 les normes constitutionnelles pr\u00e9cit\u00e9es et les dispositions imp\u00e9ratives de la loi, [un syst\u00e8me] effectif n\u2019est pas \u00e9tabli par l\u2019adoption de mesures administratives et l\u00e9gales [en la mati\u00e8re] afin d\u2019assurer la remise de publications p\u00e9riodiques aux condamn\u00e9s selon une m\u00e9thode uniforme, \u00e9quitable et r\u00e9pondant aux crit\u00e8res d\u00e9gag\u00e9s par la Cour constitutionnelle, il ne fait pas de doute que le probl\u00e8me structurel susmentionn\u00e9 se poursuivra et que cela \u00e9quivaudra \u00e0 une violation continue de la libert\u00e9 d\u2019expression prot\u00e9g\u00e9e par l\u2019article 26 de la Constitution.<\/p>\n<p>61. Eu \u00e9gard \u00e0 ce qui pr\u00e9c\u00e8de, il convient de conclure \u00e0 une violation du droit des plaignants \u00e0 la libert\u00e9 d\u2019expression en raison d\u2019un probl\u00e8me structurel (&#8230;) d\u00e9coulant de la pratique [administrative].\u00a0\u00bb<\/p>\n<p><strong>3. Arr\u00eat Yavuz \u015een et autres<\/strong><\/p>\n<p>24. Dans son arr\u00eat Yavuz \u015een et autres (recours no 2017\/20009, 12\u00a0janvier 2022), examinant conjointement 1\u00a0846 requ\u00eates individuelles relatives \u00e0 des rejets de demandes formul\u00e9es par des d\u00e9tenus aux fins d\u2019achat de journaux par l\u2019interm\u00e9diaire de l\u2019administration p\u00e9nitentiaire, la Cour constitutionnelle a conclu, pour les m\u00eames motifs que ceux avanc\u00e9s dans l\u2019arr\u00eat Recep Bekik et autres (pr\u00e9cit\u00e9), \u00e0 la violation de la libert\u00e9 d\u2019expression des plaignants, apr\u00e8s avoir constat\u00e9 qu\u2019aucune r\u00e9glementation n\u2019avait \u00e9t\u00e9 introduite pour r\u00e9soudre le probl\u00e8me structurel identifi\u00e9 dans ledit arr\u00eat (voir Yavuz \u015een et autres, pr\u00e9cit\u00e9, \u00a7\u00a7 42-45 et 49).<\/p>\n<p><strong>B. La jurisprudence de la Cour constitutionnelle relative aux publications envoy\u00e9es en m\u00e9connaissance des modalit\u00e9s pr\u00e9vues par la l\u00e9gislation pertinente\u00a0: arr\u00eat \u0130brahim Kaptan (2)<\/strong><\/p>\n<p>25. Dans son arr\u00eat \u0130brahim Kaptan (2) (pr\u00e9cit\u00e9, 2018), la Cour constitutionnelle a expos\u00e9 les principes r\u00e9gissant la remise aux d\u00e9tenus de publications p\u00e9riodiques ou non p\u00e9riodiques envoy\u00e9es en m\u00e9connaissance des modalit\u00e9s pr\u00e9vues \u00e0 cet effet par la l\u00e9gislation pertinente. La Cour constitutionnelle a d\u00e9clar\u00e9 le recours individuel examin\u00e9 irrecevable pour d\u00e9faut manifeste de fondement, consid\u00e9rant que la non-remise de publications p\u00e9riodiques ou non p\u00e9riodiques, envoy\u00e9es \u00e0 des d\u00e9tenus en m\u00e9connaissance des modalit\u00e9s pr\u00e9vues par la l\u00e9gislation pertinente, ne constituait pas une violation du droit \u00e0 la libert\u00e9 d\u2019expression. Les passages pertinents en l\u2019esp\u00e8ce de cet arr\u00eat se lisent comme suit\u00a0:<\/p>\n<p>\u00ab\u00a022. Le plaignant soutient que le fait que les livres, autres que les manuels scolaires, qui lui avaient \u00e9t\u00e9 adress\u00e9s par courrier ou par l\u2019interm\u00e9diaire de ses proches ne lui aient pas \u00e9t\u00e9 remis a emport\u00e9 violation de son droit \u00e0 l\u2019\u00e9ducation.<\/p>\n<p>23. La Cour constitutionnelle n\u2019est pas li\u00e9e par la qualification juridique attribu\u00e9e aux faits par le plaignant, la qualification juridique des \u00e9v\u00e9nements et des faits relevant de sa propre appr\u00e9ciation (Tahir Canan, recours no 2012\/969, 18\/9\/2013, \u00a7 16). En l\u2019esp\u00e8ce, le grief du plaignant sera examin\u00e9 sous l\u2019angle de la libert\u00e9 d\u2019expression.<\/p>\n<p>24. En r\u00e8gle g\u00e9n\u00e9rale, les condamn\u00e9s et les d\u00e9tenus jouissent de tous les droits et libert\u00e9s fondamentaux entrant dans le champ d\u2019application de la Constitution et de la Convention europ\u00e9enne des droits de l\u2019homme (\u00ab\u00a0la Convention\u00a0\u00bb) (Mehmet Re\u015fit Arslan et autres, recours no 2013\/583, 10\/12\/2014, \u00a7 65). Dans ce contexte, la libert\u00e9 d\u2019expression des condamn\u00e9s et des d\u00e9tenus est prot\u00e9g\u00e9e \u00e0 la fois par la Constitution et la Convention (Murat Karayel (5), recours no 2013\/6223, 7\/1\/2016, \u00a7 27).<\/p>\n<p>25. Toutefois, la libert\u00e9 d\u2019expression n\u2019est pas un droit absolu et elle peut \u00eatre limit\u00e9e dans les conditions pr\u00e9vues par la deuxi\u00e8me clause de l\u2019article 26 de la Constitution. Pour autant qu\u2019elles sont la cons\u00e9quence in\u00e9vitable d\u2019une incarc\u00e9ration dans un \u00e9tablissement p\u00e9nitentiaire, des restrictions peuvent \u00eatre apport\u00e9es aux droits des d\u00e9tenus, si elles [sont justifi\u00e9es] par des exigences acceptables propres \u00e0 assurer la protection de la s\u00e9curit\u00e9 et de l\u2019ordre dans l\u2019\u00e9tablissement, telles que la pr\u00e9vention du crime et le maintien de la discipline \u2013 et \u00e0 condition qu\u2019elles soient pr\u00e9vues par la loi (Murat Karayel (5), \u00a7 29). Dans le cas pr\u00e9sent, il est admis que l\u2019ing\u00e9rence faisant l\u2019objet du recours a \u00e9t\u00e9 impos\u00e9e aux fins de pr\u00e9vention de la criminalit\u00e9 et de maintien de la discipline au sein de l\u2019\u00e9tablissement p\u00e9nitentiaire, conform\u00e9ment \u00e0 l\u2019article 62 de la loi no 5275. Toutefois, cette ing\u00e9rence [devait] \u00e9galement respecter les exigences de la soci\u00e9t\u00e9 d\u00e9mocratique, telle que garantie par l\u2019article 13 de la Constitution.<\/p>\n<p>26. Pour qu\u2019une ing\u00e9rence dans l\u2019exercice de droits et libert\u00e9s fondamentaux soit consid\u00e9r\u00e9e comme compatible avec les exigences de la soci\u00e9t\u00e9 d\u00e9mocratique, elle doit r\u00e9pondre \u00e0 un besoin social imp\u00e9rieux et \u00eatre proportionn\u00e9e \u00e0 celui-ci. Il est \u00e9vident que l\u2019appr\u00e9ciation men\u00e9e \u00e0 cet \u00e9gard ne peut se faire nonobstant la prise en compte du principe de proportionnalit\u00e9, qui se fonde sur le rapport entre la finalit\u00e9 de la restriction et les moyens utilis\u00e9s pour atteindre cette finalit\u00e9. Ainsi, bien que l\u2019article 13 de la Constitution comporte deux crit\u00e8res distincts tir\u00e9s, respectivement, (&#8230;) \u00ab\u00a0[des] exigences de la soci\u00e9t\u00e9 d\u00e9mocratique\u00a0\u00bb et (&#8230;) \u00ab\u00a0[du] principe de proportionnalit\u00e9\u00a0\u00bb, [lesdits] crit\u00e8res font partie d\u2019un tout et il existe une relation \u00e9troite entre eux (Bekir\u00a0Co\u015fkun [GC], recours no 2014\/12151, 4\/6\/2015, \u00a7\u00a7 53-55\u00a0; Mehmet Ali Ayd\u0131n [GC], recours no 2013\/9343, 4\/6\/2015, \u00a7\u00a7 70-72\u00a0; Cour constitutionnelle, E.2007\/4, K.2007\/81, 18\/10\/2007).<\/p>\n<p>27. Pour qu\u2019une restriction \u00e0 la libert\u00e9 d\u2019expression puisse passer pour r\u00e9pondre \u00e0 un besoin social imp\u00e9rieux, elle doit \u00e0 la fois avoir pour but de satisfaire \u00e0 un besoin social imp\u00e9rieux dans une soci\u00e9t\u00e9 d\u00e9mocratique, et rev\u00eatir un caract\u00e8re exceptionnel. [En cons\u00e9quence,] [p]our que la mesure constitutive de l\u2019ing\u00e9rence soit consid\u00e9r\u00e9e comme r\u00e9pondant \u00e0 un besoin social imp\u00e9rieux, elle doit \u00eatre propre \u00e0 atteindre l\u2019objectif vis\u00e9, de dernier recours et la mesure la plus l\u00e9g\u00e8re qui puisse \u00eatre prise [\u00e0 cette fin]. Une ing\u00e9rence qui ne contribue pas \u00e0 la r\u00e9alisation du but poursuivi ou qui est sensiblement plus lourde que [ce qui est n\u00e9cessaire pour atteindre ledit] but ne peut \u00eatre consid\u00e9r\u00e9e comme r\u00e9pondant \u00e0 un besoin social imp\u00e9rieux (Pour des d\u00e9cisions similaires, voir Bekir Co\u015fkun, \u00a7 51 ; Mehmet Ali Ayd\u0131n, \u00a7 68\u00a0; Tansel \u00c7\u00f6la\u015fan, recours no\u00a02014\/6128, 7\/7\/2015, \u00a7 51).<\/p>\n<p>28. La proportionnalit\u00e9, quant \u00e0 elle, suppose une absence de d\u00e9s\u00e9quilibre excessif entre le but poursuivi \u00e0 travers la restriction et la mesure restrictive mise en \u0153uvre, c\u2019est-\u00e0-dire le respect d\u2019un juste \u00e9quilibre entre les droits de l\u2019individu et les int\u00e9r\u00eats publics, ou les droits et int\u00e9r\u00eats d\u2019autres individus si l\u2019ing\u00e9rence a pour but de prot\u00e9ger les droits d\u2019autrui. Dans l\u2019hypoth\u00e8se o\u00f9 la mise en balance avec l\u2019int\u00e9r\u00eat public ou l\u2019int\u00e9r\u00eat d\u2019autres particuliers [en cause] r\u00e9v\u00e8le qu\u2019une charge manifestement disproportionn\u00e9e a \u00e9t\u00e9 impos\u00e9e au titulaire du droit auquel il est port\u00e9 atteinte, il convient de conclure que [la mesure en question] soul\u00e8ve un probl\u00e8me au regard du principe de proportionnalit\u00e9 (Ferhat \u00dcst\u00fcnda\u011f, recours no 2014\/15428, 17\/7\/2018, \u00a7\u00a048).<\/p>\n<p>29. Conform\u00e9ment \u00e0 l\u2019article 62 de la loi no 5275, la Direction g\u00e9n\u00e9rale a estim\u00e9 qu\u2019aucun document envoy\u00e9 par courrier ou d\u00e9pos\u00e9 par des proches dans les \u00e9tablissements p\u00e9nitentiaires ne devait \u00eatre remis aux d\u00e9tenus et aux condamn\u00e9s, \u00e0 l\u2019exception des manuels scolaires pour ceux qui poursuivaient leurs \u00e9tudes. La question que doit examiner la Cour constitutionnelle dans le cas d\u2019esp\u00e8ce est [donc] celle de savoir si l\u2019interpr\u00e9tation et l\u2019application [qui ont \u00e9t\u00e9 faites] des paragraphes 1 et 2 de la disposition pr\u00e9cit\u00e9e ont emport\u00e9 violation de la libert\u00e9 d\u2019expression du recourant.<\/p>\n<p>30. La disposition susmentionn\u00e9e pr\u00e9voit que les d\u00e9tenus et les condamn\u00e9s ont le droit de b\u00e9n\u00e9ficier de publications p\u00e9riodiques et non p\u00e9riodiques, \u00e0 condition de les payer. Conform\u00e9ment \u00e0 la lettre susmentionn\u00e9e de la Direction g\u00e9n\u00e9rale, la pratique des \u00e9tablissements p\u00e9nitentiaires veut que les publications demand\u00e9es qui remplissent les autres conditions vis\u00e9es \u00e0 l\u2019article 62 de la loi no 5275 soient achet\u00e9es [au profit du d\u00e9tenu concern\u00e9] par les administrations des \u00e9tablissements avec l\u2019argent d\u00e9pos\u00e9 sur le compte nominatif [dudit] d\u00e9tenu. [Toutefois], la disposition en question ne pr\u00e9cise pas si des livres ou publications p\u00e9riodiques ou non p\u00e9riodiques autres que des manuels scolaires peuvent \u00eatre adress\u00e9s ou apport\u00e9s aux condamn\u00e9s et aux d\u00e9tenus par courrier ou par des visiteurs.<\/p>\n<p>31. Par cons\u00e9quent, les (&#8230;) d\u00e9tenus concern\u00e9s par le [pr\u00e9sent] recours, qui se trouvaient dans des \u00e9tablissements d\u2019ex\u00e9cution des peines au moment des faits, pouvaient b\u00e9n\u00e9ficier librement de publications p\u00e9riodiques ou non p\u00e9riodiques dans les cas suivants\u00a0:<\/p>\n<p>i. Le d\u00e9tenu peut demander que toute publication soit achet\u00e9e et lui soit remise par l\u2019\u00e9tablissement, \u00e0 condition qu\u2019elle soit pay\u00e9e avec l\u2019argent d\u00e9pos\u00e9 [par lui] sur un compte nominatif [tenu par] l\u2019\u00e9tablissement p\u00e9nitentiaire (&#8230;).<\/p>\n<p>ii. Les journaux, livres et publications imprim\u00e9es \u00e9manant d\u2019institutions officielles, d\u2019universit\u00e9s, d\u2019organisations professionnelles ayant le statut d\u2019\u00e9tablissement public, de fondations b\u00e9n\u00e9ficiant d\u2019une exon\u00e9ration fiscale [sur d\u00e9cision] du Pr\u00e9sident de la R\u00e9publique et d\u2019associations \u0153uvrant dans l\u2019int\u00e9r\u00eat public, pour autant qu\u2019ils n\u2019ont pas \u00e9t\u00e9 interdits par les tribunaux, sont remis gratuitement et librement aux d\u00e9tenus (&#8230;)<\/p>\n<p>iii. Le d\u00e9tenu a un acc\u00e8s libre \u00e0 la biblioth\u00e8que de l\u2019\u00e9tablissement (&#8230;)<\/p>\n<p>iv. Le d\u00e9tenu a le droit de recevoir des livres envoy\u00e9s par courrier ou apport\u00e9s en cadeau par des visiteurs \u00e0 l\u2019occasion des f\u00eates de la religion \u00e0 laquelle il appartient, du jour de l\u2019an ou de son anniversaire [tel qu\u2019]indiqu\u00e9 dans son acte de naissance (&#8230;)<\/p>\n<p>v. Les d\u00e9tenus qui suivent des \u00e9tudes ou une formation peuvent recevoir, sans aucune entrave, des manuels scolaires (&#8230;)<\/p>\n<p>32. Les administrations des \u00e9tablissements p\u00e9nitentiaires sont tenues de proc\u00e9der \u00e0 un contr\u00f4le des publications p\u00e9riodiques ou non p\u00e9riodiques, \u00e9num\u00e9r\u00e9es ci-dessus (\u00a7\u00a031), dont les d\u00e9tenus peuvent b\u00e9n\u00e9ficier, afin de v\u00e9rifier si elles remplissent les conditions pr\u00e9vues au paragraphe (3) de l\u2019article 62 de la loi no 5275. Ledit contr\u00f4le doit \u00eatre effectu\u00e9 conform\u00e9ment aux principes \u00e9nonc\u00e9s dans la jurisprudence de la Cour constitutionnelle (Halil Bay\u0131k [GC], recours no 2014\/20002, 30\/11\/2017, \u00a7\u00a7 28-45), et \u00e0 l\u2019issue de cette \u00e9valuation, il doit \u00eatre d\u00e9cid\u00e9 s\u2019il est appropri\u00e9 d\u2019accepter ou non les publications au sein de l\u2019\u00e9tablissement.<\/p>\n<p>33. Dans le pr\u00e9sent cas, le plaignant se plaint du fait que toutes les publications p\u00e9riodiques ou non p\u00e9riodiques adress\u00e9es ou apport\u00e9es aux (&#8230;) d\u00e9tenus par courrier ou par des visiteurs soient syst\u00e9matiquement [confisqu\u00e9es] par [l\u2019administration]. Selon les donn\u00e9es du minist\u00e8re de la Justice, en mai 2018, il y avait environ 245\u00a0000\u00a0condamn\u00e9s et d\u00e9tenus dans les \u00e9tablissements p\u00e9nitentiaires. Il est clair que requ\u00e9rir que toute publication envoy\u00e9e \u00e0 l\u2019un ou l\u2019autre de ces individus fasse l\u2019objet d\u2019un examen conforme aux principes susmentionn\u00e9s (\u00a7 32) pour lui \u00eatre [le cas \u00e9ch\u00e9ant] remise est susceptible de [faire peser sur] l\u2019administration des \u00e9tablissements p\u00e9nitentiaires une charge les emp\u00eachant de remplir correctement leurs devoirs tenant au maintien de l\u2019ordre et de la s\u00e9curit\u00e9 au sein de l\u2019\u00e9tablissement et de pr\u00e9vention de la criminalit\u00e9. \u00c0 cet \u00e9gard, [il convient de relever que] la d\u00e9cision [rendue par] le comit\u00e9 (&#8230;) [dans la pr\u00e9sente esp\u00e8ce] mentionne \u00e9galement, [parmi les] objectifs [poursuivis, celui] d\u2019emp\u00eacher les membres d\u2019organisations terroristes de communiquer et de s\u2019envoyer des ordres et des instructions.<\/p>\n<p>34. Toutefois, on ne saurait affirmer que l\u2019acc\u00e8s du plaignant \u00e0 l\u2019information et, partant, sa libert\u00e9 d\u2019expression ont \u00e9t\u00e9 restreints [de mani\u00e8re abusive] \u00e0 raison de ladite pratique. [En effet, l\u2019int\u00e9ress\u00e9] disposait du droit de demander l\u2019achat par l\u2019administration p\u00e9nitentiaire des publications p\u00e9riodiques et non p\u00e9riodiques, d\u00e8s lors que [la somme correspondant \u00e0 leur prix] \u00e9tait d\u00e9pos\u00e9e sur son compte nominatif, ainsi que du droit de b\u00e9n\u00e9ficier de la biblioth\u00e8que de [l\u2019\u00e9tablissement p\u00e9nitentiaire]. Il convient de rappeler que le grief [formul\u00e9 dans son recours] ne porte aucunement sur une impossibilit\u00e9 d\u2019acc\u00e9der \u00e0 une publication ou \u00e0 une information concr\u00e8te. L\u2019int\u00e9ress\u00e9 ne s\u2019est plaint ni d\u2019un mauvais fonctionnement du syst\u00e8me de demande de publications moyennant paiement de leur prix, ni d\u2019une insuffisance du fonds de la biblioth\u00e8que de l\u2019\u00e9tablissement p\u00e9nitentiaire, ni d\u2019un manquement de l\u2019\u00c9tat \u00e0 ses obligations positives de garantir l\u2019acc\u00e8s \u00e0 une quelconque information ou id\u00e9e particuli\u00e8re. Par cons\u00e9quent, en l\u2019esp\u00e8ce, la Cour constitutionnelle conclut que la pratique de l\u2019\u00e9tablissement p\u00e9nitentiaire vis\u00e9e par le grief, laquelle avait pour objectif d\u2019assurer la s\u00e9curit\u00e9 et la pr\u00e9vention de la criminalit\u00e9 au sein de l\u2019institution, r\u00e9pondait \u00e0 un besoin social imp\u00e9rieux et qu\u2019elle n\u2019\u00e9tait pas disproportionn\u00e9e.<\/p>\n<p>35. Le paragraphe (2) de l\u2019article 48 de la loi no 6216 du 30\/3\/2011 sur l\u2019\u00e9tablissement de la Cour constitutionnelle et les proc\u00e9dures [applicables devant elle] pr\u00e9voit qu\u2019[elle] peut d\u00e9cider de l\u2019irrecevabilit\u00e9 des recours qui sont manifestement d\u00e9pourvus de fondement. \u00c0 cet \u00e9gard, tout recours dans lequel le plaignant ne justifie pas ses dires quant aux violations qu\u2019il pr\u00e9tend avoir subies, ou se plaint d\u2019une ing\u00e9rence dans l\u2019exercice des droits fondamentaux qui est soit inexistante soit manifestement l\u00e9gitime, ou formule des griefs incoh\u00e9rents ou [d\u00e9pourvus de fondement], peut \u00eatre consid\u00e9r\u00e9 comme manifestement mal fond\u00e9e (Hikmet Balabano\u011flu, recours no 2012\/1334, 17\/9\/2013, \u00a7 24).<\/p>\n<p>36. Dans la pr\u00e9sente cause, il est clair qu\u2019il n\u2019y a pas eu violation de la libert\u00e9 d\u2019expression du plaignant \u00e0 raison de la pratique faisant l\u2019objet du recours, celle-ci n\u2019\u00e9tant pas contraire aux exigences de la soci\u00e9t\u00e9 d\u00e9mocratique.<\/p>\n<p>37. Pour les raisons expos\u00e9es ci-dessus, cette partie de la requ\u00eate doit \u00eatre d\u00e9clar\u00e9e irrecevable pour d\u00e9faut manifeste de fondement, sans examen des autres conditions de recevabilit\u00e9.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p><strong>EN DROIT<\/strong><\/p>\n<p><strong>I. JONCTION DES REQU\u00caTES<\/strong><\/p>\n<p>26. Eu \u00e9gard \u00e0 la similarit\u00e9 de l\u2019objet des requ\u00eates, la Cour juge opportun de les examiner ensemble dans un arr\u00eat unique.<\/p>\n<p><strong>II. SUR LA VIOLATION ALL\u00c9GU\u00c9E DE L\u2019ARTICLE 10 DE LA CONVENTION<\/strong><\/p>\n<p>27. Les requ\u00e9rants se plaignent de la r\u00e9tention par l\u2019administration p\u00e9nitentiaire de journaux qui leur avaient \u00e9t\u00e9 envoy\u00e9s par voie postale. Ils invoquent l\u2019article 10 de la Convention, qui est ainsi libell\u00e9\u00a0:<\/p>\n<p>\u00ab\u00a01. Toute personne a droit \u00e0 la libert\u00e9 d\u2019expression. Ce droit comprend la libert\u00e9 d\u2019opinion et la libert\u00e9 de recevoir ou de communiquer des informations ou des id\u00e9es sans qu\u2019il puisse y avoir ing\u00e9rence d\u2019autorit\u00e9s publiques et sans consid\u00e9ration de fronti\u00e8re. Le pr\u00e9sent article n\u2019emp\u00eache pas les \u00c9tats de soumettre les entreprises de radiodiffusion, de cin\u00e9ma ou de t\u00e9l\u00e9vision \u00e0 un r\u00e9gime d\u2019autorisations.<\/p>\n<p>2. L\u2019exercice de ces libert\u00e9s comportant des devoirs et des responsabilit\u00e9s peut \u00eatre soumis \u00e0 certaines formalit\u00e9s, conditions, restrictions ou sanctions pr\u00e9vues par la loi, qui constituent des mesures n\u00e9cessaires, dans une soci\u00e9t\u00e9 d\u00e9mocratique, \u00e0 la s\u00e9curit\u00e9 nationale, \u00e0 l\u2019int\u00e9grit\u00e9 territoriale ou \u00e0 la s\u00fbret\u00e9 publique, \u00e0 la d\u00e9fense de l\u2019ordre et \u00e0 la pr\u00e9vention du crime, \u00e0 la protection de la sant\u00e9 ou de la morale, \u00e0 la protection de la r\u00e9putation ou des droits d\u2019autrui, pour emp\u00eacher la divulgation d\u2019informations confidentielles ou pour garantir l\u2019autorit\u00e9 et l\u2019impartialit\u00e9 du pouvoir judiciaire.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p><strong>A. Sur la recevabilit\u00e9<\/strong><\/p>\n<p>28. Le Gouvernement soul\u00e8ve trois exceptions d\u2019irrecevabilit\u00e9. Il plaide l\u2019absence de pr\u00e9judice important, le d\u00e9faut de qualit\u00e9 de victime et le d\u00e9faut manifeste de fondement du grief des requ\u00e9rants.<\/p>\n<p>29. En ce qui concerne la premi\u00e8re exception, le Gouvernement expose que les requ\u00e9rants ont pu recevoir plusieurs centaines de publications p\u00e9riodiques ou non p\u00e9riodiques durant leur incarc\u00e9ration, qu\u2019ils ont eu la possibilit\u00e9 d\u2019emprunter des livres dans les biblioth\u00e8ques des \u00e9tablissements o\u00f9 ils se trouvaient et de se procurer des publications p\u00e9riodiques et non p\u00e9riodiques \u00e0 l\u2019ext\u00e9rieur de la prison en les payant aupr\u00e8s de l\u2019administration p\u00e9nitentiaire, et il indique qu\u2019ils ont \u00e9galement eu acc\u00e8s \u00e0 des programmes diffus\u00e9s par la t\u00e9l\u00e9vision et la radio. Il estime que les int\u00e9ress\u00e9s ne peuvent donc passer pour avoir subi un dommage p\u00e9cuniaire ou non p\u00e9cuniaire du fait de la r\u00e9tention des publications en cause, et que la mesure litigieuse n\u2019a pas eu d\u2019incidence substantielle relativement \u00e0 l\u2019exercice de leur libert\u00e9 d\u2019expression. Il soutient en outre, d\u2019une part, que le grief des requ\u00e9rants ne concerne pas une question d\u2019int\u00e9r\u00eat g\u00e9n\u00e9ral ou un probl\u00e8me structurel et, d\u2019autre part, qu\u2019il a \u00e9t\u00e9 d\u00fbment examin\u00e9 par les autorit\u00e9s nationales, et il consid\u00e8re en cons\u00e9quence que le respect des droits de l\u2019homme garantis par la Convention n\u2019exige pas un examen par la Cour dudit grief. Le Gouvernement estime par suite qu\u2019il convient de conclure qu\u2019en l\u2019esp\u00e8ce les requ\u00e9rants n\u2019ont pas subi de pr\u00e9judice important.<\/p>\n<p>30. Il affirme ensuite que les requ\u00e9rants n\u2019ont pas fait l\u2019objet d\u2019une sanction disciplinaire \u00e0 la suite des mesures d\u2019interception, et qu\u2019ils ont continu\u00e9 \u00e0 b\u00e9n\u00e9ficier de leur droit \u00e0 recevoir des informations ou des id\u00e9es par diff\u00e9rents moyens. Il argue par ailleurs que le refus de remettre aux int\u00e9ress\u00e9s les publications en question avait pour but de faciliter leur r\u00e9insertion. Partant, estimant que les faits de l\u2019esp\u00e8ce ne constituent aucunement une situation particuli\u00e8re ayant eu un impact important sur l\u2019exercice par les int\u00e9ress\u00e9s de leur droit \u00e0 la libert\u00e9 d\u2019expression, il invite la Cour \u00e0 d\u00e9clarer les requ\u00eates irrecevables pour d\u00e9faut de qualit\u00e9 de victime de ceux-ci.<\/p>\n<p>31. Il soutient enfin que les requ\u00e9rants ont eu la possibilit\u00e9 de soulever leurs griefs et de pr\u00e9senter des arguments \u00e0 l\u2019appui de ceux-ci devant les autorit\u00e9s judiciaires comp\u00e9tentes au niveau national, et que celles-ci les ont d\u00fbment examin\u00e9s, conform\u00e9ment au principe de subsidiarit\u00e9. Il expose en particulier que la Cour constitutionnelle a d\u00e9clar\u00e9 leurs recours individuels irrecevables suivant une jurisprudence bien \u00e9tablie, et il consid\u00e8re qu\u2019il n\u2019y a aucune raison de remettre en cause les conclusions des autorit\u00e9s nationales en l\u2019esp\u00e8ce. D\u00e8s lors, il estime que les requ\u00eates doivent \u00eatre d\u00e9clar\u00e9es irrecevables comme \u00e9tant manifestement mal fond\u00e9es.<\/p>\n<p>32. Les requ\u00e9rants contestent les exceptions formul\u00e9es par le Gouvernement.<\/p>\n<p>33. Pour autant que le Gouvernement plaide l\u2019absence de pr\u00e9judice important et le d\u00e9faut de qualit\u00e9 de victime, la Cour observe d\u2019abord que m\u00eame si les requ\u00e9rants ont pu continuer \u00e0 recevoir des informations et des id\u00e9es par l\u2019ensemble des autres moyens dont ils disposaient au sein des centres p\u00e9nitentiaires concern\u00e9s, ils ont \u00e9t\u00e9 priv\u00e9s du b\u00e9n\u00e9fice d\u2019un nombre important de publications sp\u00e9cifiques, sur lesquelles porte la pr\u00e9sente affaire. Ensuite, compte tenu de la pratique administrative et de la jurisprudence auxquelles la Cour constitutionnelle s\u2019est r\u00e9f\u00e9r\u00e9e pour d\u00e9clarer les recours individuels des requ\u00e9rants irrecevables (paragraphe 12 ci-dessus), les requ\u00eates soul\u00e8vent ind\u00e9niablement une question nouvelle devant \u00eatre examin\u00e9e par la Cour, et il ne saurait donc \u00eatre soutenu que le respect des droits de l\u2019homme garantis par la Convention et ses Protocoles n\u2019exige pas leur examen au fond (voir, mutatis mutandis, Mehmet \u00c7ift\u00e7i, pr\u00e9cit\u00e9, \u00a7 25). Il s\u2019ensuit que les deux premi\u00e8res exceptions du Gouvernement doivent \u00eatre rejet\u00e9es.<\/p>\n<p>34. Quant \u00e0 l\u2019exception de d\u00e9faut manifeste de fondement des requ\u00eates, la Cour estime que les arguments pr\u00e9sent\u00e9s \u00e0 l\u2019appui de cette exception portent sur des questions qui appellent un examen au fond du grief tir\u00e9 de l\u2019article\u00a010 de la Convention et non pas un examen de la recevabilit\u00e9 de celui-ci (Mehmet\u00a0\u00c7ift\u00e7i, pr\u00e9cit\u00e9, \u00a7 26).<\/p>\n<p>35. Constatant que les requ\u00eates ne sont pas manifestement mal fond\u00e9es ni irrecevables pour un autre motif vis\u00e9 \u00e0 l\u2019article\u00a035 de la Convention, la Cour les d\u00e9clare recevables.<\/p>\n<p><strong>B. Sur le fond<\/strong><\/p>\n<p><em>1. Arguments des parties<\/em><\/p>\n<p>36. Les requ\u00e9rants soutiennent que la r\u00e9tention des publications en question, qui selon eux ne peut passer pour avoir \u00e9t\u00e9 raisonnablement justifi\u00e9e par les motifs avanc\u00e9s par les autorit\u00e9s nationales dans les d\u00e9cisions litigieuses, constitue une atteinte \u00e0 leur droit \u00e0 recevoir des informations et id\u00e9es.<\/p>\n<p>37. Le Gouvernement consid\u00e8re qu\u2019en l\u2019esp\u00e8ce il n\u2019y a pas eu ing\u00e9rence dans l\u2019exercice du droit des requ\u00e9rants \u00e0 la libert\u00e9 d\u2019expression. Il indique que les publications envoy\u00e9es aux requ\u00e9rants ont \u00e9t\u00e9 intercept\u00e9es au motif qu\u2019elles constituaient une menace pour l\u2019ordre et la discipline au sein des centres p\u00e9nitentiaires et il estime en cons\u00e9quence que cette mesure \u00e9tait b\u00e9n\u00e9fique tant pour l\u2019\u00e9tablissement que pour les int\u00e9ress\u00e9s. Il reproche en outre \u00e0 ceux-ci de ne pas avoir expliqu\u00e9 en quoi la mesure litigieuse aurait eu un impact n\u00e9gatif propre \u00e0 produire un effet dissuasif sur eux, et il r\u00e9it\u00e8re \u00e0 cet \u00e9gard les arguments qu\u2019il a soumis concernant la recevabilit\u00e9 du grief.<\/p>\n<p>38. Pour le cas o\u00f9 l\u2019existence d\u2019une ing\u00e9rence serait admise par la Cour, le Gouvernement soutient que cette ing\u00e9rence \u00e9tait pr\u00e9vue par la loi, \u00e0 savoir l\u2019article\u00a062 \u00a7 3 de la loi no 5275 et l\u2019article 11 de la directive sur les biblioth\u00e8ques et les \u00e9tag\u00e8res des centres p\u00e9nitentiaires, et qu\u2019elle poursuivait les buts l\u00e9gitimes de\u00a0la protection de la s\u00e9curit\u00e9 nationale, de la d\u00e9fense de l\u2019ordre et de la pr\u00e9vention du crime.<\/p>\n<p>39. Il argue enfin que les requ\u00e9rants avaient \u00e9t\u00e9 condamn\u00e9s \u00e0 la r\u00e9clusion \u00e0 perp\u00e9tuit\u00e9 pour des infractions li\u00e9es au terrorisme, qu\u2019ils \u00e9taient d\u00e9tenus dans des centres p\u00e9nitentiaires de haute s\u00e9curit\u00e9 avec d\u2019autres prisonniers incarc\u00e9r\u00e9s pour des infractions similaires et que, les publications en cause \u00e9tant selon lui de nature \u00e0 favoriser la communication intra\u2011organisationnelle entre lesdits d\u00e9tenus, \u00e0 entretenir leur motivation organisationnelle et \u00e0 l\u00e9gitimer des actes de violence, leur diffusion au sein des centres p\u00e9nitentiaires concern\u00e9s n\u2019aurait pas \u00e9t\u00e9 compatible avec l\u2019objectif tendant \u00e0 la r\u00e9insertion des requ\u00e9rants et des autres d\u00e9tenus incarc\u00e9r\u00e9s dans ces centres p\u00e9nitentiaires. Il affirme que les autorit\u00e9s nationales ont d\u00fbment examin\u00e9 les recours form\u00e9s par les requ\u00e9rants contre les d\u00e9cisions litigieuses, et il ajoute que la Cour constitutionnelle a d\u00e9clar\u00e9 les recours individuels des int\u00e9ress\u00e9s irrecevables en vertu d\u2019une jurisprudence bien \u00e9tablie. Il consid\u00e8re par cons\u00e9quent que la mesure en question r\u00e9pondait \u00e0 un besoin social imp\u00e9rieux et qu\u2019elle \u00e9tait n\u00e9cessaire dans une soci\u00e9t\u00e9 d\u00e9mocratique et proportionn\u00e9e aux buts l\u00e9gitimes poursuivis.<\/p>\n<p><em>2. Appr\u00e9ciation de la Cour<\/em><\/p>\n<p>40. La Cour observe qu\u2019en l\u2019esp\u00e8ce les requ\u00e9rants, d\u00e9tenus dans diff\u00e9rents centres p\u00e9nitentiaires \u00e0 l\u2019\u00e9poque des faits, se sont heurt\u00e9s au refus des autorit\u00e9s p\u00e9nitentiaires de leur remettre quatre \u00e9ditions du journal bihebdomadaire Yeni Demokrasi qui leur avaient \u00e9t\u00e9 envoy\u00e9es par la poste sans avoir \u00e9t\u00e9 command\u00e9es ou achet\u00e9es par l\u2019interm\u00e9diaire de l\u2019administration p\u00e9nitentiaire. Elle rappelle \u00e0 cet \u00e9gard que de mani\u00e8re g\u00e9n\u00e9rale, les d\u00e9tenus continuent de jouir de tous les droits et libert\u00e9s fondamentaux garantis par la Convention, \u00e0 l\u2019exception du droit \u00e0 la libert\u00e9 d\u00e8s lors qu\u2019ils font l\u2019objet d\u2019une d\u00e9tention r\u00e9guli\u00e8re entrant dans le champ d\u2019application de l\u2019article 5 de la Convention. Aussi doivent-ils se voir garantir le droit \u00e0 la libert\u00e9 d\u2019expression (Yankov c. Bulgarie, no\u00a039084\/97, \u00a7\u00a7\u00a0126\u2011145, CEDH 2003\u2011XII, et Tapkan et autres c. Turquie, no\u00a066400\/01, \u00a7\u00a068, 20 septembre 2007), lequel comprend le droit de recevoir des informations ou des id\u00e9es (Mesut Yurtsever et autres c. Turquie, no\u00a014946\/08 et 11 autres, \u00a7 101, 20 janvier 2015 et Mehmet \u00c7ift\u00e7i, pr\u00e9cit\u00e9, \u00a7 32).<\/p>\n<p>41. Elle estime que le refus des autorit\u00e9s nationales de remettre aux requ\u00e9rants les exemplaires du journal en question s\u2019analyse en une ing\u00e9rence dans le droit des int\u00e9ress\u00e9s \u00e0 recevoir des informations et des id\u00e9es (Mehmet \u00c7ift\u00e7i, pr\u00e9cit\u00e9, \u00a7 33).<\/p>\n<p>42. Elle note en outre qu\u2019il ne pr\u00eate pas \u00e0 controverse entre les parties que l\u2019ing\u00e9rence litigieuse \u00e9tait pr\u00e9vue par loi, plus pr\u00e9cis\u00e9ment par l\u2019article 62 \u00a7\u00a03 de la loi no 5275 (paragraphe 15 ci-dessus) et l\u2019article 11 de la directive sur les biblioth\u00e8ques et les \u00e9tag\u00e8res des centres p\u00e9nitentiaires (paragraphe\u00a019<br \/>\nci-dessus), selon lesquels aucune publication \u00ab\u00a0mettant en p\u00e9ril la s\u00e9curit\u00e9 de l\u2019\u00e9tablissement ou contenant des articles, \u00e9crits, photographies ou commentaires obsc\u00e8nes\u00a0\u00bb ne sera remise au condamn\u00e9s. Elle estime aussi que cette ing\u00e9rence poursuivait des buts l\u00e9gitimes au regard de l\u2019article\u00a010 \u00a7\u00a02 de la Convention, \u00e0 savoir la protection de la s\u00e9curit\u00e9 nationale, la d\u00e9fense de l\u2019ordre et la pr\u00e9vention du crime.<\/p>\n<p>43. Quant \u00e0 la n\u00e9cessit\u00e9 de l\u2019ing\u00e9rence, la Cour rappelle les principes d\u00e9coulant de sa jurisprudence en mati\u00e8re de libert\u00e9 d\u2019expression, lesquels sont r\u00e9sum\u00e9s notamment dans les arr\u00eats B\u00e9dat c. Suisse ([GC], no\u00a056925\/08, 29\u00a0mars 2016) et Kula c. Turquie (no 20233\/06, \u00a7\u00a7 45\u201146, 19 juin 2018). Elle consid\u00e8re que pour appr\u00e9cier si la \u00ab\u00a0n\u00e9cessit\u00e9\u00a0\u00bb de l\u2019atteinte port\u00e9e au droit \u00e0 la libert\u00e9 d\u2019expression des requ\u00e9rants est \u00e9tablie de mani\u00e8re convaincante en l\u2019esp\u00e8ce, elle doit, conform\u00e9ment \u00e0 sa jurisprudence, se d\u00e9terminer essentiellement \u00e0 la lumi\u00e8re de la motivation retenue par les autorit\u00e9s nationales \u00e0 l\u2019appui de la mesure litigieuse (Mehmet \u00c7ift\u00e7i, pr\u00e9cit\u00e9, \u00a7 35).<\/p>\n<p>44. \u00c0 cet \u00e9gard, la Cour observe d\u2019embl\u00e9e que la Cour constitutionnelle a d\u00e9velopp\u00e9 deux lignes jurisprudentielles distinctes concernant les publications re\u00e7ues dans les centres p\u00e9nitentiaires, les principes applicables \u00e0 ces derni\u00e8res d\u00e9pendant de leur mode de r\u00e9ception.<\/p>\n<p>45. La Cour constitutionnelle a ainsi \u00e9tabli une premi\u00e8re ligne jurisprudentielle en la mati\u00e8re dans son arr\u00eat Halil Bay\u0131k, qui \u00e9nonce les crit\u00e8res que les autorit\u00e9s p\u00e9nitentiaires doivent prendre en compte lorsqu\u2019elles contr\u00f4lent les publications adress\u00e9es aux d\u00e9tenus dans le respect des modalit\u00e9s pr\u00e9vues par la r\u00e9glementation pertinente, \u00e0 savoir les \u00e9ditions achet\u00e9es par les prisonniers par l\u2019interm\u00e9diaire de l\u2019administration p\u00e9nitentiaire, les ouvrages \u00e9manant des instances officielles ou de certaines organisations, les \u00e9crits destin\u00e9s \u00e0 la biblioth\u00e8que de la prison, les livres re\u00e7us en cadeau \u00e0 des dates pr\u00e9cises et les manuels scolaires (paragraphe\u00a022<br \/>\nci-dessus). Ces crit\u00e8res ont \u00e9t\u00e9 ult\u00e9rieurement confirm\u00e9s par la haute juridiction dans l\u2019arr\u00eat Recep Bekik et autres, qui concernait le rejet de demandes d\u00e9pos\u00e9es par des d\u00e9tenus en vue de l\u2019achat de p\u00e9riodiques par l\u2019interm\u00e9diaire de l\u2019administration p\u00e9nitentiaire (paragraphe 23 ci-dessus).<\/p>\n<p>46. Il ressort des principes expos\u00e9s dans les arr\u00eats Halil Bay\u0131k et Recep Bekik et autres que les autorit\u00e9s p\u00e9nitentiaires doivent effectuer une analyse d\u00e9taill\u00e9e du contenu des publications envoy\u00e9es aux d\u00e9tenus et r\u00e9pondre aux questions de savoir si celui-ci justifie ou glorifie le recours aux actes violents ou s\u2019il est de nature \u00e0 inciter \u00e0 la violence, \u00e0 mettre en p\u00e9ril la s\u00e9curit\u00e9, la discipline ou l\u2019ordre au sein du centre p\u00e9nitentiaire et \u00e0 faciliter la communication entre les membres d\u2019organisations criminelles, eu \u00e9gard notamment aux situations personnelles et particuli\u00e8res des d\u00e9tenus concern\u00e9s et au niveau de tension r\u00e9gnant le cas \u00e9ch\u00e9ant dans le pays et dans le centre p\u00e9nitentiaire en cause \u00e0 la date pertinente (paragraphe 22 ci-dessus). Les autorit\u00e9s p\u00e9nitentiaires doivent \u00e9galement envisager la possibilit\u00e9 d\u2019une suppression dans les publications des passages qui ont \u00e9t\u00e9 consid\u00e9r\u00e9s comme probl\u00e9matiques afin de remettre la partie restante \u00e0 l\u2019int\u00e9ress\u00e9 (paragraphe\u00a023 ci-dessus).<\/p>\n<p>47. La Cour constitutionnelle a en outre constat\u00e9, dans son arr\u00eat Recep Bekik et autres, qu\u2019il existait, en ce qui concerne la communication aux d\u00e9tenus des publications envoy\u00e9es dans les centres p\u00e9nitentiaires conform\u00e9ment aux modalit\u00e9s pr\u00e9vues par la l\u00e9gislation, un probl\u00e8me structurel d\u00e9coulant d\u2019une absence de pratique uniforme de l\u2019administration p\u00e9nitentiaire au regard des crit\u00e8res \u00e9tablis par elle en la mati\u00e8re. Elle a ainsi conclu dans un arr\u00eat ult\u00e9rieur, Yavuz \u015een et autres, \u00e0 une violation du droit \u00e0 la libert\u00e9 d\u2019expression des auteurs des recours form\u00e9s devant elle, au motif qu\u2019aucune r\u00e9glementation n\u2019avait \u00e9t\u00e9 introduite en vue de la r\u00e9solution du probl\u00e8me structurel identifi\u00e9 dans l\u2019arr\u00eat Recep Bekik et autres (paragraphe\u00a024 ci-dessus).<\/p>\n<p>48. La Cour rappelle que dans l\u2019arr\u00eat Mehmet \u00c7ift\u00e7i pr\u00e9cit\u00e9, elle a fait siens les principes d\u00e9gag\u00e9s par la Cour constitutionnelle dans les arr\u00eats Halil Bay\u0131k et Recep Bekik et autres susmentionn\u00e9s, constatant que la jurisprudence de la haute juridiction d\u00e9velopp\u00e9e dans ces deux arr\u00eats avait pour finalit\u00e9 d\u2019emp\u00eacher d\u2019\u00e9ventuels abus de la part de l\u2019administration p\u00e9nitentiaire et qu\u2019elle poursuivait, ce faisant, l\u2019un des buts vis\u00e9s dans sa propre jurisprudence (voir Mehmet \u00c7ift\u00e7i, pr\u00e9cit\u00e9, \u00a7 38).<\/p>\n<p>49. La Cour constitutionnelle a expos\u00e9 une seconde ligne jurisprudentielle portant sur les publications adress\u00e9es aux d\u00e9tenus en m\u00e9connaissance des modalit\u00e9s pr\u00e9vues par la l\u00e9gislation pertinente dans son arr\u00eat \u0130brahim Kaptan\u00a0(2) pr\u00e9cit\u00e9, auquel elle s\u2019est r\u00e9f\u00e9r\u00e9e pour d\u00e9clarer irrecevables les recours individuels des requ\u00e9rants dans la pr\u00e9sente affaire (paragraphe 12 ci-dessus).<\/p>\n<p>50. Dans ladite affaire \u0130brahim Kaptan, la Cour constitutionnelle \u00e9tait appel\u00e9e \u00e0 examiner un grief tir\u00e9 du refus de l\u2019administration p\u00e9nitentiaire de transmettre \u00e0 des d\u00e9tenus des publications p\u00e9riodiques et non p\u00e9riodiques qui leur avaient \u00e9t\u00e9 adress\u00e9es en m\u00e9connaissance des modalit\u00e9s pr\u00e9vues par la l\u00e9gislation pertinente, c\u2019est-\u00e0-dire par voie postale ou remise par des visiteurs et sans l\u2019interm\u00e9diaire de l\u2019administration. La haute juridiction a d\u2019abord observ\u00e9 que les d\u00e9tenus avaient la possibilit\u00e9 d\u2019acc\u00e9der \u00e0 des publications p\u00e9riodiques ou non p\u00e9riodiques par divers autres moyens pr\u00e9vus par la r\u00e9glementation applicable, et que les publications ainsi re\u00e7ues devaient \u00eatre soumises \u00e0 un examen strict et d\u00e9taill\u00e9, conform\u00e9ment aux principes \u00e9nonc\u00e9s dans ses arr\u00eats Halil Bay\u0131k et Recep Bekik et autres pr\u00e9cit\u00e9s, avant de faire l\u2019objet d\u2019une \u00e9ventuelle mesure de r\u00e9tention. Elle a ensuite consid\u00e9r\u00e9 que la charge que repr\u00e9sentait pareil examen minutieux, au regard des centaines de milliers de personnes d\u00e9tenues, \u00e9tait de nature \u00e0 emp\u00eacher l\u2019administration p\u00e9nitentiaire d\u2019accomplir les autres t\u00e2ches qui lui incombaient. Par cons\u00e9quent, elle a estim\u00e9 que la pratique de celle-ci consistant \u00e0 refuser de remettre les publications envoy\u00e9es de mani\u00e8re non conforme aux modalit\u00e9s pr\u00e9vues \u00e0 cet effet avait pour objectif la pr\u00e9servation de la s\u00e9curit\u00e9 de l\u2019\u00e9tablissement et la pr\u00e9vention de la criminalit\u00e9, qu\u2019elle r\u00e9pondait \u00e0 un besoin social imp\u00e9rieux et qu\u2019elle n\u2019\u00e9tait pas disproportionn\u00e9e au but qu\u2019elle poursuivait (paragraphe 25 ci-dessus).<\/p>\n<p>51. Rappelant que les d\u00e9tenus continuent \u00e0 jouir, en prison, du droit \u00e0 la libert\u00e9 de recevoir des informations et des id\u00e9es, la Cour redit, \u00e0 cet \u00e9gard, que toute restriction \u00e0 ce droit doit r\u00e9pondre \u00e0 un \u00ab\u00a0besoin social imp\u00e9rieux\u00a0\u00bb. Elle r\u00e9affirme par ailleurs que les \u00c9tats contractants disposent d\u2019une certaine marge d\u2019appr\u00e9ciation pour juger de l\u2019existence d\u2019un tel besoin, mais que cette marge se double d\u2019un contr\u00f4le europ\u00e9en portant \u00e0 la fois sur la loi et sur les d\u00e9cisions qui l\u2019appliquent, m\u00eame quand celles-ci \u00e9manent d\u2019une juridiction ind\u00e9pendante. La Cour a donc comp\u00e9tence pour statuer en dernier lieu sur le point de savoir si une \u00ab\u00a0restriction\u00a0\u00bb se concilie avec la libert\u00e9 d\u2019expression que prot\u00e8ge l\u2019article 10 (B\u00e9dat, pr\u00e9cit\u00e9, \u00a7 48).<\/p>\n<p>52. En l\u2019esp\u00e8ce, la Cour note que la Cour constitutionnelle, pour d\u00e9clarer les recours individuels des requ\u00e9rants irrecevables pour d\u00e9faut manifeste de fondement, s\u2019est r\u00e9f\u00e9r\u00e9e \u00e0 son arr\u00eat \u0130brahim Kaptan (2) (paragraphe 12 ci-dessus). Dans cet arr\u00eat, la haute juridiction s\u2019est essentiellement fond\u00e9e sur la charge de travail que repr\u00e9sentait le contr\u00f4le des publications adress\u00e9s aux d\u00e9tenus en m\u00e9connaissance des modalit\u00e9s l\u00e9gales pr\u00e9vues en la mati\u00e8re ainsi que sur la n\u00e9cessit\u00e9 d\u2019emp\u00eacher les membres d\u2019organisations terroristes de communiquer entre eux pour estimer que le refus de remettre aux d\u00e9tenus de telles publications, qui \u00e9tait constitutif d\u2019une restriction aux droits de ceux-ci \u00e0 la libert\u00e9 de recevoir des informations et id\u00e9es, r\u00e9pondait \u00e0 un besoin social imp\u00e9rieux (paragraphe 25 ci-dessus).<\/p>\n<p>53. La r\u00e9f\u00e9rence faite par la Cour constitutionnelle \u00e0 son arr\u00eat \u0130brahim Kaptan (2) dans ses d\u00e9cisions rendues en l\u2019esp\u00e8ce semble indiquer que, selon elle, la r\u00e9tention des publications envoy\u00e9es aux requ\u00e9rants dans la pr\u00e9sente affaire \u00e9tait justifi\u00e9e, non pas sur la base d\u2019une appr\u00e9ciation de leurs contenus dangereux, mais simplement parce qu\u2019elles avaient \u00e9t\u00e9 re\u00e7ues par les services postaux en m\u00e9connaissance des modalit\u00e9s l\u00e9gales pr\u00e9vues en la mati\u00e8re. Toutefois, les raisonnements des d\u00e9cisions rendues par les formations de deux juges de la Cour constitutionnelle \u00e9taient bien succincts \u00e0 cet \u00e9gard (paragraphe 12 ci-dessus). Par ailleurs, il convient de noter que les comit\u00e9s d\u2019\u00e9ducation des centres p\u00e9nitentiaires de Manisa et d\u2019Edirne, pour intercepter les publications litigieuses, se sont r\u00e9f\u00e9r\u00e9s explicitement, entre autres, \u00e0 l\u2019article 62 \u00a7 3 de la loi no 5275, la disposition qui permet de contr\u00f4ler le contenu d\u2019une publication (paragraphe 15 ci-dessus)\u00a0; et que, d\u2019apr\u00e8s les d\u00e9cisions de ces deux comit\u00e9s d\u2019\u00e9ducation, les publications concern\u00e9es ont \u00e9t\u00e9 retenues parce qu\u2019elles ont \u00e9t\u00e9 consid\u00e9r\u00e9es comme mettant en p\u00e9ril, eu \u00e9gard \u00e0 leur contenu, la s\u00e9curit\u00e9 des \u00e9tablissements p\u00e9nitentiaires (paragraphes 5 et 8 ci-dessus). Eu \u00e9gard \u00e0 ce qui pr\u00e9c\u00e8de, la Cour est d\u2019avis que les publications adress\u00e9es aux requ\u00e9rants en l\u2019esp\u00e8ce, se pr\u00eatent \u00e0 un contr\u00f4le fond\u00e9 sur leurs contenus, \u00e0 effectuer conform\u00e9ment aux crit\u00e8res \u00e9nonc\u00e9s dans les arr\u00eats Halil Bay\u0131k et Recep Bekik et autres, avant de pouvoir faire l\u2019objet d\u2019une mesure de r\u00e9tention.<\/p>\n<p>54. La Cour rappelle \u00e0 cet \u00e9gard que la jurisprudence de la Cour constitutionnelle \u00e9tablie par les arr\u00eats Halil Bay\u0131k et Recep Bekik et autres, telle que r\u00e9sum\u00e9e ci-dessus (paragraphe 46), exige de l\u2019administration p\u00e9nitentiaire qu\u2019elle rende des d\u00e9cisions contenant une motivation satisfaisante, c\u2019est-\u00e0-dire r\u00e9pondant aux crit\u00e8res pr\u00e9cis \u00e9num\u00e9r\u00e9s dans ces arr\u00eats, lorsqu\u2019elle refuse de remettre des publications envoy\u00e9es aux d\u00e9tenus dans les centres p\u00e9nitentiaires (Mehmet \u00c7ift\u00e7i, pr\u00e9cit\u00e9, \u00a7 38). En particulier, une d\u00e9cision de refus de remettre \u00e0 un prisonnier une publication provenant de l\u2019ext\u00e9rieur de la prison doit \u00eatre motiv\u00e9e de mani\u00e8re suffisamment circonstanci\u00e9e, les passages de l\u2019\u00e9crit litigieux consid\u00e9r\u00e9s comme non communicables devant tout \u00e0 la fois \u00eatre express\u00e9ment identifi\u00e9s et donner lieu \u00e0 une analyse propre \u00e0 faire appara\u00eetre un lien concret entre le contenu censur\u00e9 et lesdits crit\u00e8res. Ainsi, la seule indication du num\u00e9ro des pages comportant les parties de la publication en cause consid\u00e9r\u00e9es comme probl\u00e9matiques n\u2019est pas suffisante \u00e0 cet \u00e9gard et l\u2019emploi d\u2019une m\u00e9thode d\u2019examen tenant compte des crit\u00e8res pertinents s\u2019imposent dans tous les cas (paragraphe\u00a023 ci-dessus).<\/p>\n<p>55. En l\u2019esp\u00e8ce, la Cour rel\u00e8ve que les comit\u00e9s d\u2019\u00e9ducation des administrations p\u00e9nitentiaires en cause ont refus\u00e9 de remettre \u00e0 chacun des requ\u00e9rants quatre \u00e9ditions d\u2019un journal bihebdomadaire, consid\u00e9rant notamment que ces \u00e9crits \u00e9taient susceptibles de mettre en p\u00e9ril la s\u00e9curit\u00e9 de l\u2019\u00e9tablissement carc\u00e9ral en provoquant une g\u00e9n\u00e9ralisation des gr\u00e8ves de la faim poursuivies par certains d\u00e9tenus dans des centres p\u00e9nitentiaires, en promouvant des organisations ill\u00e9gales et leurs activit\u00e9s et en encourageant le recours \u00e0 des actes violents (paragraphes 5 et 8 ci-dessus). Les juges de l\u2019ex\u00e9cution et les cours d\u2019assises appel\u00e9s \u00e0 conna\u00eetre des oppositions form\u00e9es par les requ\u00e9rants contre lesdits refus les ont rejet\u00e9es, au motif que les d\u00e9cisions attaqu\u00e9es \u00e9taient conformes \u00e0 la proc\u00e9dure et \u00e0 la loi (paragraphes\u00a06, 7, 9 et 10 ci-dessus).<\/p>\n<p>56. La Cour admet que, d\u2019une mani\u00e8re g\u00e9n\u00e9rale, les consid\u00e9rations retenues in fine par les comit\u00e9s d\u2019\u00e9ducation peuvent, certes, \u00eatre regard\u00e9es comme constituant des motifs acceptables propres \u00e0 justifier le refus de remettre les publications litigieuses aux requ\u00e9rants. Toutefois, elle ne peut que constater que ni les d\u00e9cisions des comit\u00e9s d\u2019\u00e9ducation ni celles rendues subs\u00e9quemment par les juridictions internes dans la pr\u00e9sente affaire ne lui permettent d\u2019\u00e9tablir que ces juridictions ont effectu\u00e9 en l\u2019esp\u00e8ce une mise en balance ad\u00e9quate, conforme aux crit\u00e8res \u00e9tablis par la Cour constitutionnelle dans ses arr\u00eats Halil Bay\u0131k et Recep Bekik et autres et \u00e0 ceux consacr\u00e9s par la Cour dans les affaires relatives \u00e0 la libert\u00e9 d\u2019expression, entre le droit des requ\u00e9rants \u00e0 la libert\u00e9 d\u2019expression et les autres int\u00e9r\u00eats en jeu, tels que le maintien de l\u2019ordre et de la discipline dans les \u00e9tablissements p\u00e9nitentiaires. En effet, m\u00eame si les d\u00e9cisions des comit\u00e9s d\u2019\u00e9ducation se r\u00e9f\u00e8rent au num\u00e9ro des pages de la revue qui comportaient les passages litigieux, elles ne font en rien \u00e9tat, f\u00fbt-ce sommairement, du contenu qu\u2019elles ont consid\u00e9r\u00e9 comme \u00e9tant probl\u00e9matique dans ces publications. Elles ne font pas davantage r\u00e9f\u00e9rence aux situations personnelles des requ\u00e9rants en vue d\u2019une \u00e9valuation de l\u2019effet possible desdits passages sur les int\u00e9ress\u00e9s. Or, les d\u00e9cisions qui ont \u00e9t\u00e9 rendues ult\u00e9rieurement par les juges de l\u2019ex\u00e9cution et les cours d\u2019assises ne contiennent pas une motivation suffisante pour rem\u00e9dier \u00e0 ces lacunes (Mehmet \u00c7ift\u00e7i, pr\u00e9cit\u00e9, \u00a7 40). Quant \u00e0 la Cour constitutionnelle, elle a \u00e9cart\u00e9 tout examen des d\u00e9cisions de rejet des administrations p\u00e9nitentiaires \u00e0 l\u2019aune desdits principes, d\u00e9cidant de faire application des conclusions de son arr\u00eat \u0130brahim Kaptan (2) aux recours individuels des requ\u00e9rants, et approuvant par l\u00e0-m\u00eame le principe d\u2019une r\u00e9tention syst\u00e9matique des publications envoy\u00e9es aux d\u00e9tenus en m\u00e9connaissance des modalit\u00e9s mises en place par les autorit\u00e9s. La haute juridiction a ainsi renvoy\u00e9 dans ses d\u00e9cisions \u00e0 son arr\u00eat \u0130brahim Kaptan (2), qui contenait d\u00e9j\u00e0 un raisonnement d\u00e9velopp\u00e9 et d\u00e9taill\u00e9 en la mati\u00e8re. Or, comme la Cour l\u2019a pr\u00e9c\u00e9demment indiqu\u00e9, une telle approche ne saurait \u00eatre retenue au regard de l\u2019article 10 de la Convention (paragraphe\u00a053 ci-dessus).<\/p>\n<p>57. Ainsi, force est \u00e0 la Cour de constater que les autorit\u00e9s appel\u00e9es \u00e0 statuer dans la pr\u00e9sente affaire se sont born\u00e9es \u00e0 \u00e9noncer les conclusions auxquelles elles \u00e9taient parvenues concernant les publications litigieuses, leurs d\u00e9cisions ne comportant aucune motivation satisfaisante et \u00e9tant d\u00e9pourvues, d\u2019une part, de tout raisonnement propre \u00e0 \u00e9tablir un lien avec les contenus litigieux et \u00e0 fonder lesdites conclusions au regard de l\u2019ensemble des crit\u00e8res expos\u00e9s tant dans la jurisprudence de la Cour que dans celle de la Cour constitutionnelle et, d\u2019autre part, de tout d\u00e9veloppement quant \u00e0 une possibilit\u00e9 de remise des revues aux requ\u00e9rants apr\u00e8s retrait des passages jug\u00e9s probl\u00e9matiques (Mehmet \u00c7ift\u00e7i, pr\u00e9cit\u00e9, \u00a7 41).<\/p>\n<p>58. La Cour consid\u00e8re donc qu\u2019il n\u2019appara\u00eet pas, dans les d\u00e9cisions rendues en l\u2019esp\u00e8ce au niveau interne, que les autorit\u00e9s nationales aient satisfait \u00e0 l\u2019exigence d\u2019une mise en balance des diff\u00e9rents int\u00e9r\u00eats en jeu dans la pr\u00e9sente affaire ni qu\u2019elles se soient acquitt\u00e9es de leur obligation d\u2019emp\u00eacher tout abus de la part de l\u2019administration.<\/p>\n<p>59. Eu \u00e9gard \u00e0 ce qui pr\u00e9c\u00e8de, la Cour estime que le Gouvernement n\u2019a pas d\u00e9montr\u00e9 que les motifs invoqu\u00e9s par les autorit\u00e9s nationales pour justifier les mesures incrimin\u00e9es \u00e9taient pertinents et suffisants et que ces mesures \u00e9taient n\u00e9cessaires dans une soci\u00e9t\u00e9 d\u00e9mocratique.<\/p>\n<p>60. Partant, il y a eu violation de l\u2019article 10 de la Convention.<\/p>\n<p><strong>III. SUR L\u2019APPLICATION DE L\u2019ARTICLE\u00a041 DE LA CONVENTION<\/strong><\/p>\n<p>61. Aux termes de l\u2019article 41 de la Convention\u00a0:<\/p>\n<p>\u00ab\u00a0Si la Cour d\u00e9clare qu\u2019il y a eu violation de la Convention ou de ses Protocoles, et si le droit interne de la Haute Partie contractante ne permet d\u2019effacer qu\u2019imparfaitement les cons\u00e9quences de cette violation, la Cour accorde \u00e0 la partie l\u00e9s\u00e9e, s\u2019il y a lieu, une satisfaction \u00e9quitable.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p><strong>A. Dommage<\/strong><\/p>\n<p>62. Le premier requ\u00e9rant soutient, sans apporter d\u2019explication ou de pr\u00e9cision, que la r\u00e9tention des exemplaires du journal qui lui avaient \u00e9t\u00e9 envoy\u00e9s lui a caus\u00e9 des pr\u00e9judices mat\u00e9riel et moral. Il sollicite une indemnisation des dommages all\u00e9gu\u00e9s, sans en chiffrer le montant ni produire de document \u00e0 l\u2019appui de sa demande. Le deuxi\u00e8me requ\u00e9rant r\u00e9clame 10\u00a0000\u00a0euros (EUR) au titre du dommage moral qu\u2019il estime avoir subi.<\/p>\n<p>63. Le Gouvernement invite la Cour \u00e0 rejeter les pr\u00e9tentions du premier requ\u00e9rant, arguant que l\u2019int\u00e9ress\u00e9 ne les a pas chiffr\u00e9es et pas davantage \u00e9tay\u00e9es. Il soutient par ailleurs que la demande pr\u00e9sent\u00e9e par le deuxi\u00e8me requ\u00e9rant pour dommage moral est d\u00e9pourvue de lien de causalit\u00e9 avec la violation all\u00e9gu\u00e9e, et il consid\u00e8re en outre qu\u2019elle est excessive et non \u00e9tay\u00e9e et qu\u2019elle ne correspond pas aux montants accord\u00e9s dans la jurisprudence de la Cour.<\/p>\n<p>64. La Cour ne distingue aucun lien de causalit\u00e9 entre la violation constat\u00e9e et le dommage mat\u00e9riel all\u00e9gu\u00e9 par le premier requ\u00e9rant, dommage qui n\u2019est d\u2019ailleurs nullement \u00e9tay\u00e9. Elle rejette donc la demande formul\u00e9e \u00e0 ce titre. Toutefois, compte tenu de la nature de la violation constat\u00e9e et des circonstances de l\u2019esp\u00e8ce, la Cour estime appropri\u00e9 d\u2019accorder \u00e0 chacun des requ\u00e9rants 1\u00a0000 EUR pour dommage moral, plus tout montant pouvant \u00eatre d\u00fb \u00e0 titre d\u2019imp\u00f4t sur cette somme (Mehmet \u00c7ift\u00e7i, pr\u00e9cit\u00e9, \u00a7 50).<\/p>\n<p><strong>B. Frais et d\u00e9pens<\/strong><\/p>\n<p>65. Le premier requ\u00e9rant ne formule aucune demande pour frais et d\u00e9pens. Le deuxi\u00e8me requ\u00e9rant r\u00e9clame le remboursement des frais et d\u00e9pens qu\u2019il dit avoir engag\u00e9s dans le cadre de la proc\u00e9dure men\u00e9e devant la Cour, sans en pr\u00e9ciser le montant ni produire de document justificatif \u00e0 l\u2019appui de ses pr\u00e9tentions.<\/p>\n<p>66. Le Gouvernement avance que le premier requ\u00e9rant n\u2019a pas soumis de demande relative aux frais et d\u00e9pens et que le deuxi\u00e8me requ\u00e9rant n\u2019a indiqu\u00e9 aucun montant et n\u2019a soumis aucun document \u00e0 ce titre.<\/p>\n<p>67. La Cour rappelle qu\u2019un requ\u00e9rant ne peut obtenir le remboursement de ses frais et d\u00e9pens sur le fondement de l\u2019article\u00a041 de la Convention que dans la mesure o\u00f9 se trouvent \u00e9tablis leur r\u00e9alit\u00e9, leur n\u00e9cessit\u00e9 et le caract\u00e8re raisonnable de leur taux (Beeler c. Suisse [GC], no 78630\/12, \u00a7\u00a0128, 11\u00a0octobre 2022). En l\u2019esp\u00e8ce, compte tenu des crit\u00e8res susmentionn\u00e9s, la Cour rejette la demande pr\u00e9sent\u00e9e par le deuxi\u00e8me requ\u00e9rant pour frais et d\u00e9pens, faute pour lui d\u2019avoir produit les justificatifs requis.<\/p>\n<p><strong>PAR CES MOTIFS, LA COUR,<\/strong><\/p>\n<p>1. D\u00e9cide, \u00e0 l\u2019unanimit\u00e9, de joindre les requ\u00eates\u00a0;<\/p>\n<p>2. D\u00e9clare, \u00e0 l\u2019unanimit\u00e9, les requ\u00eates recevables\u00a0;<\/p>\n<p>3. Dit, par cinq voix contre deux, qu\u2019il y a eu violation de l\u2019article 10 de la Convention\u00a0;<\/p>\n<p>4. Dit, par cinq voix contre deux,<\/p>\n<p>a) que l\u2019\u00c9tat d\u00e9fendeur doit verser \u00e0 chacun des requ\u00e9rants, dans un d\u00e9lai de trois mois \u00e0 compter de la date \u00e0 laquelle l\u2019arr\u00eat sera devenu d\u00e9finitif conform\u00e9ment \u00e0 l\u2019article\u00a044\u00a0\u00a7\u00a02 de la Convention, 1\u00a0000\u00a0EUR (mille euros), plus tout montant pouvant \u00eatre d\u00fb \u00e0 titre d\u2019imp\u00f4t sur cette somme, pour dommage moral, \u00e0 convertir dans la monnaie de l\u2019\u00c9tat d\u00e9fendeur au taux applicable \u00e0 la date du r\u00e8glement\u00a0;<\/p>\n<p>b) qu\u2019\u00e0 compter de l\u2019expiration dudit d\u00e9lai et jusqu\u2019au versement, ce montant sera \u00e0 majorer d\u2019un int\u00e9r\u00eat simple \u00e0 un taux \u00e9gal \u00e0 celui de la facilit\u00e9 de pr\u00eat marginal de la Banque centrale europ\u00e9enne applicable pendant cette p\u00e9riode, augment\u00e9 de trois points de pourcentage\u00a0;<\/p>\n<p>5. Rejette, \u00e0 l\u2019unanimit\u00e9, la demande de satisfaction \u00e9quitable pour le surplus.<\/p>\n<p>Fait en fran\u00e7ais, puis communiqu\u00e9 par \u00e9crit le 18 juillet 2023, en application de l\u2019article\u00a077\u00a0\u00a7\u00a7\u00a02 et\u00a03 du r\u00e8glement.<\/p>\n<p>Dorothee von Arnim \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 Arnfinn B\u00e5rdsen<br \/>\nGreffi\u00e8re adjointe \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 Pr\u00e9sident<\/p>\n<p>_________<\/p>\n<p>Au pr\u00e9sent arr\u00eat se trouve joint, conform\u00e9ment aux articles 45 \u00a7 2 de la Convention et 74 \u00a7 2 du r\u00e8glement, l\u2019expos\u00e9 de l\u2019opinion s\u00e9par\u00e9e des juges S.\u00a0Y\u00fcksel et D. Deren\u010dinovi\u0107.<\/p>\n<p style=\"text-align: right;\">A.R.B.<br \/>\nD.V.A.<\/p>\n<p style=\"text-align: center;\"><strong>OPINION DISSIDENTE COMMUNE AUX JUGES Y\u00dcKSEL ET DEREN\u010cINOVI\u0106<\/strong><\/p>\n<p style=\"text-align: center;\">(Traduction)<\/p>\n<p>1. Avec tout le respect que nous devons \u00e0 la majorit\u00e9, nous ne pouvons souscrire \u00e0 son constat de violation de l\u2019article 10 de la Convention en l\u2019esp\u00e8ce. Tenant compte du principe de subsidiarit\u00e9 et du raisonnement suivi par la Cour constitutionnelle concernant les requ\u00e9rants, nous estimons que les juridictions internes n\u2019ont pas m\u00e9connu les exigences d\u00e9coulant de notre jurisprudence.<\/p>\n<p>2. Comme la Cour l\u2019a admis aux paragraphes 44 \u00e0 50 de l\u2019arr\u00eat, la Cour constitutionnelle a d\u00e9velopp\u00e9 deux lignes jurisprudentielles distinctes concernant les publications re\u00e7ues dans les centres p\u00e9nitentiaires, d\u00e9pendant de la mani\u00e8re dont la publication est re\u00e7ue. Lorsqu\u2019une publication est adress\u00e9e \u00e0 un d\u00e9tenu dans le respect des modalit\u00e9s pr\u00e9vues par la r\u00e9glementation pertinente, les autorit\u00e9s p\u00e9nitentiaires doivent tenir compte des principes \u00e9nonc\u00e9s par la Cour constitutionnelle dans l\u2019arr\u00eat Halil Bay\u0131k. Dans l\u2019arr\u00eat Mehmet \u00c7ift\u00e7i c. T\u00fcrkiye (no 53208\/19, 16 novembre 2021), la Cour a fait siens les principes d\u00e9gag\u00e9s par la Cour constitutionnelle dans son arr\u00eat Halil Bay\u0131k. La Cour constitutionnelle a par ailleurs d\u00e9velopp\u00e9, dans l\u2019arr\u00eat \u0130brahim Kaptan (2), une deuxi\u00e8me ligne jurisprudentielle concernant les cas o\u00f9 une publication est adress\u00e9e en m\u00e9connaissance des modalit\u00e9s pr\u00e9vues par la l\u00e9gislation pertinente. Dans cet arr\u00eat, elle a consid\u00e9r\u00e9 que la pratique consistant pour les autorit\u00e9s p\u00e9nitentiaires \u00e0 refuser de remettre aux d\u00e9tenus les publications p\u00e9riodiques et non-p\u00e9riodiques envoy\u00e9es de mani\u00e8re non conforme aux modalit\u00e9s pr\u00e9vues par la l\u00e9gislation pertinente n\u2019emportait pas violation du droit des d\u00e9tenus \u00e0 la libert\u00e9 d\u2019expression.<\/p>\n<p>3. En ce qui concerne les faits de la cause, les comit\u00e9s d\u2019\u00e9ducation des \u00e9tablissements concern\u00e9s ont refus\u00e9 de transmettre aux requ\u00e9rants les publications qui leur avaient \u00e9t\u00e9 envoy\u00e9es en m\u00e9connaissance des modalit\u00e9s pertinentes. Nous ne contestons pas le fait que les comit\u00e9s d\u2019\u00e9ducation aient invoqu\u00e9 le contenu des publications en cause lorsqu\u2019ils ont refus\u00e9 de transmettre celles-ci aux requ\u00e9rants. Toutefois, quand la Cour constitutionnelle s\u2019est trouv\u00e9e saisie par les requ\u00e9rants de requ\u00eates individuelles, c\u2019est sur l\u2019arr\u00eat \u0130brahim Kaptan (2) qu\u2019elle s\u2019est appuy\u00e9e pour les rejeter (paragraphe 12 de l\u2019arr\u00eat). \u00c0 notre avis, cela montre que lorsqu\u2019elle a rejet\u00e9 les recours introduits par les requ\u00e9rants, la Cour constitutionnelle a appliqu\u00e9 la jurisprudence qu\u2019elle avait \u00e9tablie dans l\u2019arr\u00eat \u0130brahim Kaptan\u00a0(2).<\/p>\n<p>4. Selon la jurisprudence de la Cour, \u00ab\u00a0[t]out requ\u00e9rant doit avoir donn\u00e9 aux juridictions internes l\u2019occasion que cette disposition a pour finalit\u00e9 de m\u00e9nager en principe aux \u00c9tats contractants, \u00e0 savoir \u00e9viter ou redresser les violations all\u00e9gu\u00e9es contre eux\u00a0\u00bb (McFarlane c. Irlande, [GC] no\u00a031333\/06, \u00a7 107, 10 septembre 2010). En outre, il ressort de la jurisprudence que pour appr\u00e9cier la n\u00e9cessit\u00e9 d\u2019une ing\u00e9rence, la Cour doit pr\u00eater attention \u00e0 la motivation que les autorit\u00e9s internes ont retenue lorsqu\u2019elles ont ordonn\u00e9 la mesure litigieuse (G\u00f6zel et \u00d6zer c. Turquie, nos\u00a043453\/04 et 31098\/05, \u00a7 51, 6 juillet 2010, et Ramazan Demir c. Turquie, no\u00a068550\/17, \u00a7 43, 9 f\u00e9vrier 2021). \u00c0 notre avis, cela signifie que lorsqu\u2019un individu a \u00e9puis\u00e9 les voies de recours internes et saisi la juridiction supr\u00eame dans un pays donn\u00e9, la Cour devrait tenir compte du raisonnement que la juridiction supr\u00eame a suivi pour parvenir \u00e0 sa d\u00e9cision. Dans le cas des requ\u00e9rants, la Cour constitutionnelle s\u2019est appuy\u00e9e sur l\u2019arr\u00eat \u0130brahim Kaptan (2). Par cons\u00e9quent, contrairement \u00e0 la majorit\u00e9, nous ne pensons pas que la pr\u00e9sente affaire doive \u00eatre examin\u00e9e sous l\u2019angle des crit\u00e8res \u00e9nonc\u00e9s dans l\u2019arr\u00eat Halil Bay\u0131k. La question pertinente en l\u2019esp\u00e8ce est plut\u00f4t celle de savoir si la validation du principe \u00e9tabli par la Cour constitutionnelle dans l\u2019arr\u00eat \u0130brahim Kaptan (2) et voulant que ne soit pas remises aux d\u00e9tenus des publications adress\u00e9es en m\u00e9connaissance des modalit\u00e9s sp\u00e9cifiques pr\u00e9vues par la l\u00e9gislation pertinente peut \u00eatre vue comme une ing\u00e9rence disproportionn\u00e9e dans l\u2019exercice par les requ\u00e9rants de leur droit \u00e0 la libert\u00e9 de recevoir des informations et des id\u00e9es. Pour les raisons que nous exposerons ci-dessous, nous ne pensons pas qu\u2019elle puisse l\u2019\u00eatre.<\/p>\n<p>5. Nous consid\u00e9rons qu\u2019il est important de commencer par rappeler le principe de subsidiarit\u00e9. Conform\u00e9ment \u00e0 ce principe, il d\u00e9coule de la jurisprudence de la Cour que si la mise en balance par les autorit\u00e9s nationales s\u2019est faite dans le respect des crit\u00e8res \u00e9tablis par sa jurisprudence, il faut des raisons s\u00e9rieuses pour que la Cour substitue son avis \u00e0 celui des juridictions internes (Von Hannover c. Allemagne (no 2) [GC], nos 40660\/08 et 60641\/08, \u00a7 107, 7 juillet 2012). En outre, dans le cadre de l\u2019examen de la proportionnalit\u00e9 d\u2019une mesure g\u00e9n\u00e9rale, comme celle en cause en l\u2019esp\u00e8ce, la qualit\u00e9 de l\u2019examen judiciaire de la n\u00e9cessit\u00e9 de la mesure r\u00e9alis\u00e9 au niveau national rev\u00eat une importance particuli\u00e8re \u00e0 cet \u00e9gard, y compris pour ce qui est de l\u2019application de la marge d\u2019appr\u00e9ciation pertinente (Animal Defenders International c. Royaume-Uni [GC], no 48876\/08, \u00a7 108, 22 avril 2013). Il y a lieu \u00e9galement de consid\u00e9rer le risque d\u2019abus que peut emporter l\u2019assouplissement d\u2019une mesure g\u00e9n\u00e9rale, ce risque \u00e9tant un facteur qu\u2019il appartient avant tout \u00e0 l\u2019\u00c9tat d\u2019appr\u00e9cier. La Cour a jug\u00e9 qu\u2019une mesure g\u00e9n\u00e9rale est un moyen plus pratique pour parvenir \u00e0 l\u2019objectif l\u00e9gitime vis\u00e9 qu\u2019une disposition permettant un examen au cas par cas lorsque pareille disposition emporte un risque de grande ins\u00e9curit\u00e9, de litiges, de frais et de retards (ibidem). Il s\u2019ensuit que plus les justifications d\u2019ordre g\u00e9n\u00e9ral invoqu\u00e9es \u00e0 l\u2019appui de la mesure g\u00e9n\u00e9rale sont convaincantes, moins la Cour attache de l\u2019importance \u00e0 l\u2019impact de cette mesure dans le cas particulier soumis \u00e0 son examen (ibidem, \u00a7 109).<\/p>\n<p>6. Dans l\u2019arr\u00eat \u0130brahim Kaptan (2), la Cour constitutionnelle a proc\u00e9d\u00e9 \u00e0 une analyse d\u00e9taill\u00e9e et approfondie de tous les facteurs pertinents \u00e0 l\u2019aune des principes \u00e9tablis dans notre jurisprudence (paragraphe 25 de l\u2019arr\u00eat). Dans les paragraphes 31 et 34 dans l\u2019arr\u00eat \u0130brahim Kaptan (2), la Cour constitutionnelle a mis en \u00e9vidence les nombreux moyens que les d\u00e9tenus ont \u00e0 leur disposition pour obtenir des publications (paragraphe 25 de l\u2019arr\u00eat)\u00a0: les int\u00e9ress\u00e9s peuvent demander aux autorit\u00e9s p\u00e9nitentiaires de les acheter pour eux, ils peuvent obtenir gratuitement les journaux, livres et publications imprim\u00e9es \u00e9manant d\u2019institutions officielles, d\u2019universit\u00e9s et d\u2019organisations professionnelles, ils ont un acc\u00e8s libre \u00e0 la biblioth\u00e8que de l\u2019\u00e9tablissement et ils peuvent recevoir des livres envoy\u00e9s par courrier ou apport\u00e9s en cadeau par des proches \u00e0 l\u2019occasion de leur anniversaire ou de f\u00eates religieuses, ou recevoir des manuels scolaires. En outre, la Cour constitutionnelle a tenu compte du nombre de d\u00e9tenus incarc\u00e9r\u00e9s dans les \u00e9tablissements p\u00e9nitentiaires et de la charge suppl\u00e9mentaire que repr\u00e9senterait l\u2019obligation faite aux autorit\u00e9s p\u00e9nitentiaires d\u2019examiner chaque publication re\u00e7ue par les d\u00e9tenus. Elle a not\u00e9 que pareille obligation serait susceptible d\u2019emp\u00eacher les autorit\u00e9s p\u00e9nitentiaires de remplir correctement leurs devoirs tenant au maintien de l\u2019ordre et de la s\u00e9curit\u00e9 au sein des \u00e9tablissements p\u00e9nitentiaires. D\u00e8s lors, consid\u00e9rant que les d\u00e9tenus pouvaient toujours demander \u00e0 obtenir des publications conform\u00e9ment aux modalit\u00e9s pr\u00e9vues par la l\u00e9gislation pertinente, autrement dit, qu\u2019ils n\u2019\u00e9taient pas totalement priv\u00e9s d\u2019acc\u00e8s \u00e0 l\u2019information, la Cour constitutionnelle a conclu, dans son arr\u00eat \u0130brahim Kaptan (2), \u00e0 la non-violation du droit du d\u00e9tenu \u00e0 la libert\u00e9 d\u2019expression.<\/p>\n<p>7. Compte tenu de la jurisprudence et des circonstances particuli\u00e8res de l\u2019esp\u00e8ce, nous estimons que la mise en place des modalit\u00e9s d\u2019obtention de publications de mani\u00e8re \u00e0 assurer le fonctionnement efficace du syst\u00e8me p\u00e9nitentiaire et \u00e0 prot\u00e9ger le droit des d\u00e9tenus \u00e0 recevoir des informations et des id\u00e9es rel\u00e8ve de la marge d\u2019appr\u00e9ciation de l\u2019\u00c9tat. \u00c0 cet \u00e9gard, nous tenons \u00e0 souligner que le principe \u00e9tabli par la Cour constitutionnelle dans son arr\u00eat \u0130brahim Kaptan (2) et voulant que les publications envoy\u00e9es en m\u00e9connaissance des modalit\u00e9s pr\u00e9vues par la l\u00e9gislation ne soient pas accept\u00e9es n\u2019entra\u00eene en r\u00e9alit\u00e9 aucun d\u00e9savantage pour les requ\u00e9rants. Quoi qu\u2019il en soit, les requ\u00e9rants n\u2019all\u00e8guent ni un dysfonctionnement du syst\u00e8me d\u2019achat externe de publications par l\u2019interm\u00e9diaire des autorit\u00e9s p\u00e9nitentiaires, ni une d\u00e9faillance des biblioth\u00e8ques des \u00e9tablissements p\u00e9nitentiaires, ni, en d\u00e9finitive, un manquement de l\u2019\u00c9tat \u00e0 son obligation d\u2019assurer l\u2019acc\u00e8s \u00e0 l\u2019information ou \u00e0 une id\u00e9e particuli\u00e8re par les moyens mis en place par celui-ci (paragraphe 25 de l\u2019arr\u00eat citant l\u2019arr\u00eat rendu par la Cour constitutionnelle dans l\u2019affaire \u0130brahim Kaptan (2)).<\/p>\n<p>8. D\u00e8s lors, nous ne pouvons souscrire au constat consistant \u00e0 dire qu\u2019en r\u00e9affirmant les principes qu\u2019elle avait \u00e9nonc\u00e9s dans l\u2019arr\u00eat \u0130brahim Kaptan\u00a0(2), la Cour constitutionnelle a, dans le cas des requ\u00e9rants, restreint dans une mesure disproportionn\u00e9e le droit de ceux-ci \u00e0 la libert\u00e9 de recevoir des informations et des id\u00e9es.<\/p>\n<div class=\"social-share-buttons\"><a href=\"https:\/\/www.facebook.com\/sharer\/sharer.php?u=https:\/\/loisdumonde.com\/?p=2050\" target=\"_blank\" rel=\"noopener\">Facebook<\/a><a href=\"https:\/\/twitter.com\/intent\/tweet?url=https:\/\/loisdumonde.com\/?p=2050&text=AFFAIRE+OSMAN+ET+ALTAY+c.+T%C3%9CRK%C4%B0YE+%E2%80%93+23782%2F20+et+40731%2F20\" target=\"_blank\" rel=\"noopener\">Twitter<\/a><a href=\"https:\/\/www.linkedin.com\/shareArticle?url=https:\/\/loisdumonde.com\/?p=2050&title=AFFAIRE+OSMAN+ET+ALTAY+c.+T%C3%9CRK%C4%B0YE+%E2%80%93+23782%2F20+et+40731%2F20\" target=\"_blank\" rel=\"noopener\">LinkedIn<\/a><a href=\"https:\/\/pinterest.com\/pin\/create\/button\/?url=https:\/\/loisdumonde.com\/?p=2050&description=AFFAIRE+OSMAN+ET+ALTAY+c.+T%C3%9CRK%C4%B0YE+%E2%80%93+23782%2F20+et+40731%2F20\" target=\"_blank\" rel=\"noopener\">Pinterest<\/a><\/div>","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>DEUXI\u00c8ME SECTION AFFAIRE OSMAN ET ALTAY c. 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