{"id":2038,"date":"2023-06-13T14:57:09","date_gmt":"2023-06-13T14:57:09","guid":{"rendered":"https:\/\/loisdumonde.com\/?p=2038"},"modified":"2023-06-13T14:57:09","modified_gmt":"2023-06-13T14:57:09","slug":"affaire-grosam-c-republique-tcheque-cour-europeenne-des-droits-de-lhomme-19750-13","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/loisdumonde.com\/?p=2038","title":{"rendered":"AFFAIRE GROSAM c. R\u00c9PUBLIQUE TCH\u00c8QUE (Cour europ\u00e9enne des droits de l\u2019homme) 19750\/13"},"content":{"rendered":"<p style=\"text-align: center;\">GRANDE CHAMBRE<br \/>\n<strong>AFFAIRE GROSAM c. R\u00c9PUBLIQUE TCH\u00c8QUE<\/strong><br \/>\n<em>(Requ\u00eate no 19750\/13)<\/em><br \/>\nARR\u00caT<\/p>\n<p><!--more-->Art 35 \u00a7 1 \u2022 Ajout ult\u00e9rieur par le requ\u00e9rant d\u2019un nouveau grief, post\u00e9rieurement \u00e0 la communication de l\u2019affaire au gouvernement d\u00e9fendeur, hors du d\u00e9lai de six mois<br \/>\nArt 34 \u2022 Recours individuel \u2022 Requalification par la chambre du grief du requ\u00e9rant ayant pour effet d\u2019\u00e9tendre l\u2019objet de l\u2019affaire au-del\u00e0 du grief initialement expos\u00e9 dans la requ\u00eate<\/p>\n<p style=\"text-align: center;\">STRASBOURG<br \/>\n1er juin 2023<\/p>\n<p>Cet arr\u00eat est d\u00e9finitif. Il peut subir des retouches de forme.<\/p>\n<p><strong>En l\u2019affaire Grosam c. R\u00e9publique tch\u00e8que,<\/strong><\/p>\n<p>La Cour europ\u00e9enne des droits de l\u2019homme, si\u00e9geant en une Grande Chambre compos\u00e9e de\u00a0:<br \/>\nS\u00edofra O\u2019Leary,<br \/>\nGeorges Ravarani,<br \/>\nMarko Bo\u0161njak,<br \/>\nGabriele Kucsko-Stadlmayer,<br \/>\nPere Pastor Vilanova,<br \/>\nArnfinn B\u00e5rdsen,<br \/>\nBranko Lubarda,<br \/>\nM\u0101rti\u0146\u0161 Mits,<br \/>\nJovan Ilievski,<br \/>\nP\u00e9ter Paczolay,<br \/>\nLado Chanturia,<br \/>\nMar\u00eda El\u00f3segui,<br \/>\nDarian Pavli,<br \/>\nIoannis Ktistakis,<br \/>\nFr\u00e9d\u00e9ric Krenc,<br \/>\nMykola Gnatovskyy, juges,<br \/>\nPavel Simon, juge ad hoc,<br \/>\net de S\u00f8ren Prebensen, greffier adjoint de la Grande Chambre,<\/p>\n<p>Apr\u00e8s en avoir d\u00e9lib\u00e9r\u00e9 en chambre du conseil le 3 mai 2023,<\/p>\n<p>Rend l\u2019arr\u00eat que voici, adopt\u00e9 \u00e0 cette date\u00a0:<\/p>\n<p><strong>PROC\u00c9DURE<\/strong><\/p>\n<p>1. \u00c0 l\u2019origine de l\u2019affaire se trouve une requ\u00eate (no 19750\/13) dirig\u00e9e contre la R\u00e9publique tch\u00e8que et dont un ressortissant de cet \u00c9tat, M.\u00a0Jan Grosam (\u00ab\u00a0le requ\u00e9rant\u00a0\u00bb) a saisi la Cour le 13\u00a0mars\u00a02013 en vertu de l\u2019article\u00a034 de la Convention de sauvegarde des droits de l\u2019homme et des libert\u00e9s fondamentales (\u00ab\u00a0la Convention\u00a0\u00bb).<\/p>\n<p>2. Le requ\u00e9rant a \u00e9t\u00e9 repr\u00e9sent\u00e9 par Me\u00a0J. Dajbych, avocat \u00e0 Prague.<\/p>\n<p>3. Le gouvernement tch\u00e8que (\u00ab\u00a0le Gouvernement\u00a0\u00bb) a \u00e9t\u00e9 repr\u00e9sent\u00e9 devant la chambre par son ancien agent, M. V.A. Schorm, puis devant la Grande Chambre, par M. P. Kon\u016fpka, son successeur \u00e0 cette fonction, tous deux \u00e9tant du minist\u00e8re de la Justice.<\/p>\n<p>4. Dans sa requ\u00eate, le requ\u00e9rant all\u00e9guait en particulier que, dans le cadre de la proc\u00e9dure disciplinaire dont il avait fait l\u2019objet, qui \u00e0 ses yeux \u00e9tait de nature p\u00e9nale, il ne disposait pas du droit de faire appel de la d\u00e9cision rendue par la chambre disciplinaire de la Cour administrative supr\u00eame, alors que celle-ci ne pouvait pas selon lui, en raison de sa composition et d\u2019une absence de garanties suffisantes quant \u00e0 sa comp\u00e9tence et \u00e0 son ind\u00e9pendance, \u00eatre consid\u00e9r\u00e9e comme la \u00ab\u00a0plus haute juridiction\u00a0\u00bb au sens de l\u2019article\u00a02 du Protocole no 7 \u00e0 la Convention. Il soulevait aussi, sur le terrain de l\u2019article\u00a06 de la Convention, divers griefs relatifs \u00e0 l\u2019\u00e9quit\u00e9 de la proc\u00e9dure.<\/p>\n<p>5. La requ\u00eate a \u00e9t\u00e9 attribu\u00e9e \u00e0 la premi\u00e8re section de la Cour (article\u00a052\u00a0\u00a7\u00a01 du r\u00e8glement de la Cour (\u00ab\u00a0le r\u00e8glement\u00a0\u00bb)). Le 17 septembre 2013, la requ\u00eate a \u00e9t\u00e9 communiqu\u00e9e au Gouvernement. Les parties ont \u00e9chang\u00e9 des observations sur la recevabilit\u00e9 et le fond de la requ\u00eate.<\/p>\n<p>6. Les 6 octobre 2015 et 26 septembre 2019, les parties ont \u00e9t\u00e9 invit\u00e9es \u00e0 pr\u00e9senter des observations \u00e9crites compl\u00e9mentaires, notamment sur la question de savoir si, compte tenu de sa composition, la chambre disciplinaire de la Cour administrative supr\u00eame r\u00e9pondait aux exigences d\u2019un \u00ab\u00a0tribunal \u00e9tabli par la loi\u00a0\u00bb, au sens de l\u2019article 6 \u00a7 1 de la Convention.<\/p>\n<p>7. Le 23 juin 2022, une chambre de cette section, compos\u00e9e de Krzysztof Wojtyczek, pr\u00e9sident, Tim Eicke, Pauliine Koskelo, Gilberto Felici, Erik Wennerstr\u00f6m, Ale\u0161 Pejchal et Ksenija Turkovi\u0107, juges, et de Liv Tigerstedt, greffi\u00e8re adjointe de section, a rendu son arr\u00eat. La chambre, \u00e0 la majorit\u00e9, a d\u00e9clar\u00e9 recevable le grief tir\u00e9 de ce que le tribunal disciplinaire n\u2019aurait pas r\u00e9pondu aux exigences d\u2019un tribunal ind\u00e9pendant et impartial, sous l\u2019angle de l\u2019article\u00a06\u00a0\u00a7\u00a01 de la Convention, et a dit, par quatre voix contre trois, qu\u2019il y avait eu violation de cette disposition. Elle a \u00e9galement jug\u00e9, \u00e0 la majorit\u00e9, qu\u2019il n\u2019y avait pas lieu d\u2019examiner la recevabilit\u00e9 et le bien-fond\u00e9 des autres griefs dirig\u00e9s, sur le terrain de cette disposition, contre le tribunal disciplinaire et, \u00e0 l\u2019unanimit\u00e9, elle a d\u00e9clar\u00e9 la requ\u00eate irrecevable pour le surplus. Les juges Eicke, Koskelo et Wennerstr\u00f6m ont joint \u00e0 l\u2019arr\u00eat l\u2019expos\u00e9 de leur opinion dissidente commune.<\/p>\n<p>8. Le 22 septembre 2022, conform\u00e9ment \u00e0 l\u2019article\u00a043 de la Convention, le Gouvernement a demand\u00e9 le renvoi de l\u2019affaire devant la Grande Chambre. Le 14 novembre 2022, le coll\u00e8ge de la Grande Chambre a fait droit \u00e0 cette demande.<\/p>\n<p>9. La composition de la Grande Chambre a \u00e9t\u00e9 arr\u00eat\u00e9e conform\u00e9ment aux dispositions des articles 26 \u00a7\u00a7\u00a04 et 5 de la Convention et 24 du r\u00e8glement.<\/p>\n<p>10. Kate\u0159ina \u0160im\u00e1\u010dkov\u00e1, juge \u00e9lue au titre de la R\u00e9publique tch\u00e8que, s\u2019\u00e9tant d\u00e9port\u00e9e (article\u00a028\u00a0\u00a7\u00a03 du r\u00e8glement), la pr\u00e9sidente de la Grande Chambre a d\u00e9cid\u00e9 de d\u00e9signer Pavel Simon pour si\u00e9ger en qualit\u00e9 de juge ad\u00a0hoc (articles 26\u00a0\u00a7\u00a04 de la Convention et 71\u00a0\u00a7\u00a01 et 29\u00a0\u00a7\u00a01 du r\u00e8glement), aussi bien en la pr\u00e9sente affaire que dans l\u2019affaire Fu Quan, s.r.o. c.\u00a0R\u00e9publique tch\u00e8que (no\u00a024827\/14), qui devaient \u00eatre examin\u00e9es simultan\u00e9ment (articles\u00a071\u00a0\u00a7\u00a01 et 42 \u00a7 2 du r\u00e8glement).<\/p>\n<p>11. Le 3 janvier 2023, apr\u00e8s avoir consult\u00e9 les parties, la pr\u00e9sidente a d\u00e9cid\u00e9 de ne pas tenir d\u2019audience (articles 71\u00a0\u00a7\u00a02 et 59\u00a0\u00a7\u00a03 in fine).<\/p>\n<p>12. Le requ\u00e9rant et le Gouvernement ont chacun d\u00e9pos\u00e9 des observations \u00e9crites sur la recevabilit\u00e9 et sur le fond. Le Gouvernement a r\u00e9pondu aux observations du requ\u00e9rant, tandis que celui-ci n\u2019a pas r\u00e9pondu \u00e0 celles du Gouvernement.<\/p>\n<p><strong>EN FAIT<\/strong><\/p>\n<p><strong>I. LES CIRCONSTANCES DE L\u2019ESP\u00c8CE<\/strong><\/p>\n<p>13. Le requ\u00e9rant est n\u00e9 en 1963 et r\u00e9side \u00e0 Prague.<\/p>\n<p>14. Huissier de justice (soudn\u00ed exekutor) de profession, il \u00e9tait charg\u00e9 en cette qualit\u00e9 d\u2019assurer pour le compte de l\u2019\u00c9tat, comme membre d\u2019une profession lib\u00e9rale (paragraphes 30 et 37 ci-dessous), l\u2019ex\u00e9cution forc\u00e9e des titres, par exemple les d\u00e9cisions de justice civiles d\u00e9finitives, les sentences arbitrales ou les actes ex\u00e9cutoires de notaire ou d\u2019huissier.<\/p>\n<p><strong>A. Les faits \u00e0 l\u2019origine de la proc\u00e9dure disciplinaire dirig\u00e9e contre le requ\u00e9rant<\/strong><\/p>\n<p>15. Le 11\u00a0novembre\u00a02008, le requ\u00e9rant dressa un acte d\u2019huissier (exekutorsk\u00fd z\u00e1pis s dolo\u017ekou p\u0159\u00edm\u00e9 vykonatelnosti) par lequel la soci\u00e9t\u00e9 U., repr\u00e9sent\u00e9e par son directeur financier, s\u2019engageait \u00e0 payer une dette de 67\u00a0762\u00a0535 couronnes tch\u00e8ques (CZK, soit environ 2\u00a0689\u00a0502 euros (EUR) \u00e0 l\u2019\u00e9poque) en trois versements \u00e0 un avocat. L\u2019acte comportait une clause d\u2019ex\u00e9cution qui permettait au cr\u00e9ancier de demander directement l\u2019ex\u00e9cution forc\u00e9e de sa cr\u00e9ance sans engager au pr\u00e9alable une action au civil. Afin de prouver qu\u2019il \u00e9tait habilit\u00e9 \u00e0 agir pour le compte de la soci\u00e9t\u00e9 d\u00e9bitrice, son directeur financier pr\u00e9senta les statuts (stanovy) et l\u2019organigramme (organiza\u010dn\u00ed struktura) de celle-ci ainsi que le document attestant qu\u2019il en avait \u00e9t\u00e9 nomm\u00e9 directeur financier. Il d\u00e9clara \u00e9galement que les statuts et le r\u00e8glement int\u00e9rieur de la soci\u00e9t\u00e9 l\u2019autorisaient \u00e0 conclure des transactions de ce type.<\/p>\n<p>16. Le 3 juillet 2009, cette cr\u00e9ance fut c\u00e9d\u00e9e \u00e0 une autre soci\u00e9t\u00e9, dont le si\u00e8ge social \u00e9tait situ\u00e9 \u00e0 Chypre. Sur la base de la clause d\u2019ex\u00e9cution, cette soci\u00e9t\u00e9 demanda ensuite le r\u00e8glement forc\u00e9 d\u2019un montant de 22\u00a0000\u00a0000\u00a0CZK (851\u00a0963 EUR \u00e0 l\u2019\u00e9poque) et, le 23 novembre 2009, le tribunal de district de Prague 4 (obvodn\u00ed soud) ordonna \u00e0 la soci\u00e9t\u00e9 d\u00e9bitrice de payer la somme \u00e0 l\u2019aide de ses actifs.<\/p>\n<p>17. Par une lettre du 23 mars 2010 r\u00e9dig\u00e9e suite \u00e0 la demande du minist\u00e8re de la Justice, le requ\u00e9rant pr\u00e9senta ses observations sur les circonstances dans lesquelles l\u2019acte d\u2019huissier du 11\u00a0novembre\u00a02008 avait \u00e9t\u00e9 dress\u00e9 (paragraphe\u00a015 ci-dessus). Il reconnut que, selon un extrait du registre du commerce (v\u00fdpis z obchodn\u00edho rejst\u0159\u00edku) dont il disposait lorsqu\u2019il avait \u00e9tabli l\u2019acte, le directeur financier, en tant que membre ordinaire du conseil d\u2019administration (p\u0159edstavenstvo), n\u2019\u00e9tait pas habilit\u00e9 \u00e0 agir seul pour le compte de la soci\u00e9t\u00e9. Il invoqua cependant l\u2019article\u00a015\u00a0\u00a7\u00a01 du code de commerce, qui autorisait selon lui les personnes charg\u00e9es de certaines fonctions au sein d\u2019une soci\u00e9t\u00e9 \u00e0 effectuer toute op\u00e9ration se rapportant \u00e0 celles-ci et dont il disait avoir d\u00e9duit que le directeur financier avait le droit de signer l\u2019acte en question. Il ajouta que, ce droit \u00e9tant ainsi d\u2019origine l\u00e9gale, il n\u2019\u00e9tait pas n\u00e9cessaire d\u2019\u00eatre muni d\u2019un pouvoir distinct ni d\u2019un quelconque autre document. Il indiqua par ailleurs que le directeur financier lui avait indiqu\u00e9 que les statuts et le r\u00e8glement int\u00e9rieur de la soci\u00e9t\u00e9 l\u2019avaient habilit\u00e9 \u00e0 effectuer de telles op\u00e9rations et que c\u2019est ce qui ressortait \u00e9galement de la lettre confirmant sa nomination \u00e0 la fonction de directeur financier.<\/p>\n<p><strong>B. La proc\u00e9dure disciplinaire dirig\u00e9e contre le requ\u00e9rant<\/strong><\/p>\n<p>18. Le 21\u00a0mai\u00a02010, la ministre de la Justice, en qualit\u00e9 de procureur disciplinaire (k\u00e1rn\u00fd \u017ealobce), engagea une action disciplinaire (k\u00e1rn\u00e1 \u017ealoba) contre le requ\u00e9rant devant la chambre disciplinaire (k\u00e1rn\u00fd sen\u00e1t) du tribunal disciplinaire (k\u00e1rn\u00fd soud), en l\u2019occurrence la Cour administrative supr\u00eame (Nejvy\u0161\u0161\u00ed spr\u00e1vn\u00ed soud). Deux fautes \u00e9taient reproch\u00e9es au requ\u00e9rant, \u00e0 savoir l\u2019\u00e9tablissement d\u2019un acte d\u2019huissier attestant la reconnaissance d\u2019une dette par une personne non autoris\u00e9e (paragraphe 15 ci-dessus) et une autre faute disciplinaire, sans lien avec la premi\u00e8re, pour laquelle la proc\u00e9dure fut ult\u00e9rieurement class\u00e9e sans suite. La ministre s\u2019en remit \u00e0 ce tribunal pour fixer la mesure disciplinaire (k\u00e1rn\u00e9 opat\u0159en\u00ed) \u00e0 infliger au requ\u00e9rant.<\/p>\n<p>19. La chambre disciplinaire de la Cour administrative supr\u00eame \u00e9tait compos\u00e9e d\u2019un membre de cette juridiction qui en \u00e9tait le pr\u00e9sident, d\u2019un juge de la Cour supr\u00eame qui en \u00e9tait le vice-pr\u00e9sident, et de quatre assesseurs non judiciaires\u00a0: deux huissiers de justice, un avocat et un professeur de droit (paragraphe 38 ci-dessous). Le requ\u00e9rant \u00e9tait repr\u00e9sent\u00e9 par un avocat.<\/p>\n<p>20. Le 25 juin 2012, une audience eut lieu devant le tribunal disciplinaire. Au d\u00e9but de l\u2019audience, le procureur disciplinaire proposa de condamner le requ\u00e9rant \u00e0 une amende dont le montant serait fix\u00e9 \u00e0 la discr\u00e9tion du tribunal. Le requ\u00e9rant, \u00e0 l\u2019inverse de ce qu\u2019il avait dit auparavant (paragraphe\u00a017 ci\u2011dessus), soutint que le directeur financier de la soci\u00e9t\u00e9 d\u00e9bitrice lui avait \u00e0 l\u2019\u00e9poque pr\u00e9sent\u00e9 la lettre qui confirmait la nomination de ce dernier \u00e0 la fonction de directeur financier et l\u2019autorisait \u00e0 agir pour le compte de la soci\u00e9t\u00e9 sans aucune restriction. Or, il affirma qu\u2019il n\u2019avait pas fait de copie de ce document et qu\u2019il ne l\u2019avait pas joint \u00e0 son acte d\u2019huissier. Il fit valoir qu\u2019il n\u2019avait pas l\u2019obligation l\u00e9gale d\u2019en faire une copie et que c\u2019\u00e9tait au procureur qu\u2019il incombait de prouver sa culpabilit\u00e9 puisque, par d\u00e9faut, c\u2019\u00e9tait le code de proc\u00e9dure p\u00e9nale qu\u2019il fallait appliquer (paragraphe\u00a038 ci-dessous). Lorsque le pr\u00e9sident de la chambre disciplinaire souligna que, conform\u00e9ment au r\u00e8glement int\u00e9rieur, le directeur financier n\u2019\u00e9tait autoris\u00e9 \u00e0 signer des actes que pour des transactions d\u2019un montant maximal de 1\u00a0500\u00a0000 CZK (58\u00a0088\u00a0EUR \u00e0 l\u2019\u00e9poque), le requ\u00e9rant r\u00e9pondit que la lettre de nomination indiquait clairement que le directeur financier avait \u00e9t\u00e9 autoris\u00e9 \u00e0 signer l\u2019acte d\u2019huissier en question et que ce dernier avait confirm\u00e9 que son pouvoir n\u2019\u00e9tait pas limit\u00e9. Le pr\u00e9sident de la chambre disciplinaire montra alors la lettre de nomination au requ\u00e9rant, lequel r\u00e9torqua qu\u2019il ne s\u2019agissait pas du document que le directeur financier lui avait remis.<\/p>\n<p>21. Dans sa plaidoirie en conclusion, le repr\u00e9sentant du requ\u00e9rant dit ceci\u00a0:<\/p>\n<p>\u00ab\u00a0Nous sommes en mesure \u2013 en fait, pas tout de suite, ici, mais si besoin est \u2013 d\u2019apporter des preuves suppl\u00e9mentaires que [le directeur financier] a sign\u00e9 (&#8230;) des dizaines de contrats, notamment de cession et de transfert de cr\u00e9ances, \u00e0 hauteur de dizaines de millions, et qu\u2019il les a tous sign\u00e9s sur la base de cette lettre de nomination\u00a0\u00bb.<\/p>\n<p>22. Le m\u00eame jour, le 25 juin 2012, le tribunal disciplinaire reconnut le requ\u00e9rant coupable d\u2019avoir dress\u00e9 un acte d\u2019huissier attestant la reconnaissance d\u2019une dette par une personne non autoris\u00e9e. Plus pr\u00e9cis\u00e9ment, il jugea que le requ\u00e9rant n\u2019avait pas agi en toute connaissance de cause ni avec toute la diligence requise au sens de l\u2019article\u00a05 des r\u00e8gles de d\u00e9ontologie et que, par son comportement particuli\u00e8rement n\u00e9gligent, il avait gravement manqu\u00e9 \u00e0 ses devoirs professionnels (paragraphe 39 ci-dessous).<\/p>\n<p>23. Le tribunal infligea au requ\u00e9rant une amende de 350\u00a0000\u00a0CZK (13\u00a0554\u00a0EUR \u00e0 l\u2019\u00e9poque). Il statua ainsi en tenant compte de ce que cette faute disciplinaire n\u2019\u00e9tait pas la premi\u00e8re du requ\u00e9rant et des graves cons\u00e9quences qu\u2019elle avait eues pour la soci\u00e9t\u00e9 d\u00e9bitrice.<\/p>\n<p>24. Le requ\u00e9rant forma ensuite un recours constitutionnel (\u00fastavn\u00ed st\u00ed\u017enost) dans le cadre duquel il all\u00e9guait des violations de plusieurs principes de proc\u00e9dure p\u00e9nale, \u00e0 savoir la pr\u00e9somption d\u2019innocence, l\u2019obligation pour le tribunal de recueillir des preuves et le principe in dubio pro reo. Il soutenait que le tribunal disciplinaire aurait pu convoquer le directeur financier en qualit\u00e9 de t\u00e9moin afin que celui-ci confirm\u00e2t l\u2019existence du document qui l\u2019autorisait \u00e0 agir pour le compte de la soci\u00e9t\u00e9 d\u00e9bitrice. En outre, il arguait que le tribunal ne l\u2019avait pas invit\u00e9 \u00e0 proposer la production d\u2019\u00e9l\u00e9ments de preuve au cours ou \u00e0 l\u2019issue de l\u2019audience, alors m\u00eame que le code de proc\u00e9dure p\u00e9nale, qui selon lui \u00e9tait applicable par d\u00e9faut \u00e0 la proc\u00e9dure disciplinaire, lui en aurait donn\u00e9 l\u2019obligation (paragraphe 38 ci-dessus).<\/p>\n<p>25. Estimant avoir fait l\u2019objet d\u2019une accusation en mati\u00e8re p\u00e9nale au sens de la Convention, le requ\u00e9rant all\u00e9guait ensuite une violation de l\u2019article\u00a02\u00a0\u00a7\u00a01 du Protocole no\u00a07 en ce que le droit interne ne lui aurait offert aucun recours contre la d\u00e9cision du tribunal disciplinaire. Quant \u00e0 l\u2019exception de la \u00ab\u00a0plus haute juridiction\u00a0\u00bb pr\u00e9vue au second paragraphe de l\u2019article\u00a02 du Protocole no\u00a07, il souligna que, si le tribunal disciplinaire \u00e9tait formellement une chambre de la Cour supr\u00eame administrative, la majorit\u00e9 de ses membres n\u2019\u00e9taient pas des juges professionnels, n\u2019avaient aucune exp\u00e9rience en mati\u00e8re de prise de d\u00e9cision judiciaire et n\u2019\u00e9taient pas astreints aux m\u00eames conditions d\u2019\u00e9ligibilit\u00e9 que les juges des plus hautes juridictions. Il en conclut que l\u2019exception de la \u00ab\u00a0plus haute juridiction\u00a0\u00bb n\u2019\u00e9tait pas applicable dans son cas et qu\u2019il y avait eu violation de son droit \u00e0 un double degr\u00e9 de juridiction en mati\u00e8re p\u00e9nale. Se r\u00e9f\u00e9rant \u00e0 la d\u00e9cision pl\u00e9ni\u00e8re no Pl. \u00daS 33\/09 de la Cour constitutionnelle, en date du 29 septembre 2010 (paragraphe 42 ci\u2011dessous), il dit notamment ceci\u00a0:<\/p>\n<p>\u00ab\u00a0(&#8230;) Dans sa d\u00e9cision, la Cour constitutionnelle a jug\u00e9 que le droit de faire appel d\u2019une d\u00e9cision d\u2019une autorit\u00e9 judiciaire n\u2019\u00e9tait pas consacr\u00e9 dans l\u2019ordre constitutionnel de la R\u00e9publique tch\u00e8que. Le requ\u00e9rant invoque donc ce droit sous l\u2019angle de l\u2019article\u00a06 de la Convention et de l\u2019article\u00a02 du Protocole [no\u00a07].<\/p>\n<p>Le Protocole [no\u00a07] pr\u00e9voit le droit \u00e0 un double degr\u00e9 de juridiction en mati\u00e8re p\u00e9nale. (&#8230;)<\/p>\n<p>Par la d\u00e9cision attaqu\u00e9e [du tribunal disciplinaire], le requ\u00e9rant a \u00e9t\u00e9 jug\u00e9 coupable dans le cadre d\u2019une proc\u00e9dure qui, par sa nature, est p\u00e9nale. Or, il n\u2019a pas \u00e9t\u00e9 autoris\u00e9 \u00e0 demander l\u2019examen de la d\u00e9cision attaqu\u00e9e. Il en r\u00e9sulte une atteinte \u00e0 son droit \u00e0 un proc\u00e8s \u00e9quitable et une violation de l\u2019article\u00a036\u00a0\u00a7\u00a01 de la Charte [des droits et libert\u00e9s fondamentaux] de la R\u00e9publique tch\u00e8que, de l\u2019article\u00a06\u00a0\u00a7\u00a01 de la Convention et de l\u2019article\u00a02 du Protocole [no\u00a07 \u00e0 la Convention]. (&#8230;)<\/p>\n<p>Le requ\u00e9rant n\u2019ignore pas que les dispositions de l\u2019article\u00a02\u00a0\u00a7\u00a02 du Protocole [no\u00a07] pr\u00e9voient des exceptions au droit \u00e0 un double degr\u00e9 de juridiction dans les cas qui y sont d\u00e9finis. En vertu de ces dispositions, une exception au droit de saisir une juridiction sup\u00e9rieure peut \u00eatre autoris\u00e9e si la plus haute juridiction a statu\u00e9 sur l\u2019accusation en premi\u00e8re instance. D\u00e8s lors, pour que cette exception soit appliqu\u00e9e, deux conditions doivent \u00eatre simultan\u00e9ment r\u00e9unies\u00a0: l\u2019autorit\u00e9 qui a tranch\u00e9 doit \u00eatre un \u00ab\u00a0tribunal\u00a0\u00bb, au sens de l\u2019article\u00a06 de la Convention, et, dans le m\u00eame temps, elle doit \u00eatre la \u00ab\u00a0plus haute\u00a0\u00bb juridiction, au sens de l\u2019article\u00a02\u00a0\u00a7\u00a02 du Protocole [no\u00a07].<\/p>\n<p>Sur la question de savoir si la chambre disciplinaire de la Cour administrative supr\u00eame (ci-apr\u00e8s \u00e9galement appel\u00e9e \u00ab\u00a0chambre disciplinaire\u00a0\u00bb) est un tribunal au sens de l\u2019article\u00a06 de la Convention, la Cour constitutionnelle a d\u00e9j\u00e0 conclu que cette chambre pouvait \u00eatre qualifi\u00e9e de \u00ab\u00a0tribunal\u00a0\u00bb (Pl. \u00daS 33\/09). Or, dans cette d\u00e9cision, la Cour constitutionnelle n\u2019a pas pr\u00e9cis\u00e9 si la chambre disciplinaire devait \u00eatre consid\u00e9r\u00e9e comme la \u00ab\u00a0plus haute\u00a0\u00bb juridiction au sens de l\u2019article\u00a02\u00a0\u00a7\u00a02 du Protocole [no\u00a07] (la question \u00e9tait sans pertinence pour l\u2019affaire tranch\u00e9e par ladite d\u00e9cision), ou plus pr\u00e9cis\u00e9ment, cette d\u00e9cision ne renferme aucun argument qui permettrait de le soutenir. Toutefois, cette question a \u00e9t\u00e9 examin\u00e9e en d\u00e9tail dans l\u2019opinion dissidente de la juge Dagmar Lastoveck\u00e1, que le requ\u00e9rant citera \u00e0 l\u2019appui et dont il reprendra en d\u00e9tail certains des arguments ci-dessous.<\/p>\n<p>On ne peut conclure qu\u2019une juridiction est \u00ab\u00a0la plus haute\u00a0\u00bb, au sens de l\u2019article\u00a02\u00a0\u00a7\u00a02 du Protocole [no\u00a07], en se fondant sur sa seule appellation. Il faut en examiner aussi bien les caract\u00e9ristiques formelles (l\u2019appellation) que les caract\u00e9ristiques mat\u00e9rielles (composition, conditions \u00e0 l\u2019exercice des fonctions, (&#8230;)). Conform\u00e9ment \u00e0 l\u2019article\u00a04b de la loi no\u00a07\/2002 Coll., une chambre disciplinaire compos\u00e9e d\u2019un pr\u00e9sident, d\u2019un vice\u2011pr\u00e9sident et de quatre assesseurs non judiciaires traite les affaires relatives aux huissiers de justice en mati\u00e8re [disciplinaire] (&#8230;) Il en ressort clairement que les magistrats des plus hautes instances judiciaires sont repr\u00e9sent\u00e9s au sein de la chambre disciplinaire, mais qu\u2019ils sont minoritaires. La majorit\u00e9 de la chambre disciplinaire est compos\u00e9e d\u2019assesseurs non judiciaires qui ne sont pas membres des plus hautes instances judiciaires \u2013 ils ne sont m\u00eame pas des magistrats puisqu\u2019il s\u2019agit de membres d\u2019autres professions du droit. Ils n\u2019ont aucune exp\u00e9rience dans la prise de d\u00e9cision dans le domaine judiciaire et ne doivent satisfaire \u00e0 aucune des conditions de qualification en la mati\u00e8re (exp\u00e9rience minimale au sein de la magistrature pour devenir membre d\u2019une juridiction sup\u00e9rieure\u00a0; \u00e2ge minimal\u00a0; examen psychologique, (&#8230;)) et, \u00e0 ce titre, ils doivent \u00eatre consid\u00e9r\u00e9s comme des profanes, malgr\u00e9 leur formation juridique. La prise de d\u00e9cision par des chambres compos\u00e9es de juges et d\u2019assesseurs non judiciaires est exceptionnelle dans l\u2019ordre juridique de la R\u00e9publique tch\u00e8que et on la trouve typiquement dans les litiges plus simples (certaines des proc\u00e9dures de premi\u00e8re instance en droit p\u00e9nal et en droit du travail). Il y a toujours un risque dans ces cas-l\u00e0 que les professionnels du droit dont les fonctions incluent la prise de d\u00e9cision soient mis en minorit\u00e9. Ainsi, en premi\u00e8re instance, [la d\u00e9cision est toujours rendue \u00e0 la fois] par des juges et par des assesseurs non judiciaires et les d\u00e9cisions qui peuvent \u00eatre erron\u00e9es (parce que des magistrats ont \u00e9t\u00e9 mis en minorit\u00e9) sont rectifiables en appel. Si ce syst\u00e8me garantissant une d\u00e9cision \u00e9quitable existe en mati\u00e8re civile (contentieux du travail), il devrait en aller de m\u00eame en mati\u00e8re p\u00e9nale. Or, si les assesseurs non judiciaires mettent les magistrats en minorit\u00e9 dans une proc\u00e9dure disciplinaire, quel que soit le raisonnement (&#8230;), tout recours est exclu.<\/p>\n<p>Au vu de ce qui pr\u00e9c\u00e8de, le requ\u00e9rant estime \u00e9vident que, si la chambre disciplinaire est d\u00e9sign\u00e9e par le qualificatif de \u00ab\u00a0supr\u00eame\u00a0\u00bb, elle n\u2019est pas la plus haute instance judiciaire. Ses membres ne r\u00e9unissent pas les conditions g\u00e9n\u00e9rales \u00e0 l\u2019exercice de la fonction de membre de la plus haute instance judiciaire\u00a0; ils ne sont m\u00eame pas magistrats. Un tel organe ne permet pas de garantir suffisamment la r\u00e9gularit\u00e9, voire l\u2019\u00e9quit\u00e9, du processus d\u00e9cisionnel. Le requ\u00e9rant consid\u00e8re que la chambre disciplinaire n\u2019est pas la \u00ab\u00a0plus haute juridiction\u00a0\u00bb au sens de l\u2019article\u00a02\u00a0\u00a7\u00a02 du Protocole [no\u00a07]. L\u2019exception pr\u00e9cit\u00e9e tir\u00e9e de l\u2019article\u00a02\u00a0\u00a7\u00a02 du Protocole [no\u00a07] ne joue pas et la partie d\u00e9fenderesse en mati\u00e8re disciplinaire doit se voir garantir le droit de faire examiner par une juridiction sup\u00e9rieure la d\u00e9cision rendue contre lui. (&#8230;)\u00a0\u00bb<\/p>\n<p>26. Le 11 septembre 2012, la Cour constitutionnelle (\u00dastavn\u00ed soud) rejeta le recours constitutionnel que le requ\u00e9rant avait form\u00e9. Elle jugea qu\u2019elle avait comp\u00e9tence pour contr\u00f4ler le respect non pas des lois ordinaires, mais du seul droit constitutionnel. Elle estima que le tribunal disciplinaire avait justifi\u00e9 sa d\u00e9cision par des motifs convaincants et logiques. Se r\u00e9f\u00e9rant \u00e0 sa jurisprudence (d\u00e9cision no\u00a0Pl. \u00daS 33\/09, qui concernait une proc\u00e9dure disciplinaire dirig\u00e9e contre un juge, paragraphe 42 ci-dessus), elle dit notamment ceci\u00a0:<\/p>\n<p>\u00ab\u00a0Sur les moyens tir\u00e9s, dans le recours constitutionnel, d\u2019une impossibilit\u00e9 de demander l\u2019examen de la d\u00e9cision rendue dans la proc\u00e9dure disciplinaire et de la composition de la chambre disciplinaire, la Cour constitutionnelle renvoie au raisonnement qu\u2019elle avait livr\u00e9 dans son arr\u00eat de pl\u00e9ni\u00e8re Pl. \u00daS 33\/09 par lequel la chambre [si\u00e9geant en l\u2019esp\u00e8ce] est li\u00e9e. [Dans l\u2019arr\u00eat pr\u00e9cit\u00e9 rendu en formation pl\u00e9ni\u00e8re], la proposition d\u2019abroger l\u2019article\u00a021 de la loi no\u00a07\/2002 tel que modifi\u00e9 par la loi no\u00a0314\/2008 a \u00e9t\u00e9 \u00e9cart\u00e9e [et] (&#8230;) la Cour constitutionnelle, pour les motifs qui y sont expos\u00e9s, [et ayant analys\u00e9] la chambre disciplinaire sous l\u2019angle de sa composition, a conclu que les [dispositions l\u00e9gales] qui ne [donnaient] \u00e0 une personne accus\u00e9e d\u2019une infraction disciplinaire [aucun droit] de former un recours contre une d\u00e9cision de la chambre disciplinaire n\u2019\u00e9taient pas inconstitutionnelles. (&#8230;)\u00a0\u00bb<\/p>\n<p>27. Sur les autres moyens avanc\u00e9s par le requ\u00e9rant, la Cour constitutionnelle exprima l\u2019opinion g\u00e9n\u00e9rale suivante\u00a0:<\/p>\n<p>\u00ab\u00a0(&#8230;) les moyens expos\u00e9s par le requ\u00e9rant ne permettent pas de conclure que le recours constitutionnel est fond\u00e9.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p>28. La d\u00e9cision rendue par la Cour constitutionnelle le 11 septembre 2012 fut signifi\u00e9e au requ\u00e9rant le 17 septembre 2012.<\/p>\n<p><strong>C. La requ\u00eate introduite par le requ\u00e9rant devant la Cour<\/strong><\/p>\n<p>29. Le 13 mars 2013, le requ\u00e9rant a saisi la Cour d\u2019une requ\u00eate dans laquelle il tirait, sous l\u2019angle de l\u2019article\u00a06\u00a0\u00a7\u00a01 de la Convention (paragraphe\u00a053 ci-dessous), divers griefs d\u2019un manque d\u2019\u00e9quit\u00e9 de la proc\u00e9dure disciplinaire susmentionn\u00e9e. Il a \u00e9galement formul\u00e9 un grief fond\u00e9 sur l\u2019article\u00a02 du Protocole no 7 \u00e0 la Convention. La question de l\u2019objet de ce dernier grief se posant d\u00e9sormais devant la Cour (paragraphe\u00a066 ci-dessous), il y a lieu de reproduire les extraits suivants du formulaire de requ\u00eate\u00a0:<\/p>\n<p>\u00ab\u00a0B.\u00a0VIOLATION DE L\u2019ARTICLE\u00a02 DU PROTOCOLE No\u00a07 \u00c0 LA CONVENTION<\/p>\n<p>15.24. Le requ\u00e9rant soutient que la proc\u00e9dure en question a viol\u00e9 l\u2019article\u00a02 du Protocole no 7 \u00e0 la Convention (\u00ab\u00a0le Protocole\u00a0\u00bb), qui garantit le droit \u00e0 un double degr\u00e9 de juridiction en mati\u00e8re p\u00e9nale.<\/p>\n<p>15.25. Comme il est indiqu\u00e9 ci-dessus, le requ\u00e9rant estime que la proc\u00e9dure disciplinaire est assimilable \u00e0 une proc\u00e9dure p\u00e9nale. Il en conclut que les dispositions de l\u2019article\u00a02\u00a0\u00a7\u00a01 du Protocole, qui garantissent le droit \u00e0 un double degr\u00e9 de juridiction en mati\u00e8re p\u00e9nale, sont applicables en l\u2019esp\u00e8ce. Or, il a \u00e9t\u00e9 priv\u00e9 de ce droit.<\/p>\n<p>15.26. Le requ\u00e9rant n\u2019ignore \u00e9videmment pas que les dispositions du paragraphe 2 de cet article\u00a0pr\u00e9voient des exceptions \u00e0 ce droit \u00e0 un double degr\u00e9 de juridiction garanti par le paragraphe\u00a01. Or, il estime qu\u2019aucune de ces exceptions ne s\u2019applique en l\u2019esp\u00e8ce.<\/p>\n<p>15.27. La premi\u00e8re exception pr\u00e9vue par l\u2019article\u00a02\u00a0\u00a7\u00a02 du Protocole s\u2019applique aux infractions mineures pr\u00e9vues par la loi. Le requ\u00e9rant rel\u00e8ve que la loi ne d\u00e9finit pas les infractions moins graves \u00e0 soustraire au droit \u00e0 un double degr\u00e9 de juridiction, mais exclut de fa\u00e7on g\u00e9n\u00e9rale ce droit dans le cadre d\u2019une proc\u00e9dure disciplinaire, quelle que soit la sanction (&#8230;) dans un cas donn\u00e9. Il estime que les dispositions de l\u2019article\u00a02 du Protocole impliquent l\u2019obligation pour la Partie contractante de d\u00e9finir clairement par la loi les infractions pour lesquelles le droit \u00e0 un double degr\u00e9 de juridiction est exclu, et non de le d\u00e9terminer selon la mani\u00e8re dont les poursuites sont conduites pour de telles infractions. Il estime que la l\u00e9gislation risque d\u2019\u00eatre discriminatoire puisque le droit \u00e0 un double degr\u00e9 de juridiction pourra \u00eatre accord\u00e9 ou non, pour une faute similaire, en fonction uniquement de l\u2019autorit\u00e9 qui statuera sur l\u2019infraction. Il \u00e9voque la gravit\u00e9 des sanctions susceptibles d\u2019\u00eatre inflig\u00e9es dans le cadre d\u2019une proc\u00e9dure disciplinaire.<\/p>\n<p>15.28. Le requ\u00e9rant estime en outre que la chambre disciplinaire de la Cour administrative supr\u00eame ne peut \u00eatre reconnue comme la plus haute juridiction au sens de l\u2019article\u00a02\u00a0\u00a7\u00a02 du Protocole. Il consid\u00e8re qu\u2019une autorit\u00e9 d\u00e9cisionnelle ne devient pas la plus haute juridiction du seul fait qu\u2019elle est d\u00e9sign\u00e9e ainsi ou qu\u2019elle est rattach\u00e9e \u00e0 la Cour administrative supr\u00eame. L\u2019\u00e9l\u00e9ment d\u00e9terminant est sans doute le personnel et la composition de l\u2019autorit\u00e9 d\u00e9cisionnelle, ainsi que la question de savoir si elle offre des garanties suffisantes en mati\u00e8re de comp\u00e9tence et d\u2019ind\u00e9pendance.<\/p>\n<p>15.29. Conform\u00e9ment \u00e0 l\u2019article\u00a04b de la loi no 7\/2002 Coll., la chambre disciplinaire saisie des affaires visant les huissiers de justice est compos\u00e9e d\u2019un pr\u00e9sident, d\u2019un vice\u2011pr\u00e9sident et de quatre assesseurs non judiciaires. Le pr\u00e9sident de la chambre est un juge de la Cour administrative supr\u00eame et le vice-pr\u00e9sident un juge de la Cour supr\u00eame. Deux des assesseurs non judiciaires sont des huissiers de justice et deux sont des personnes d\u00e9sign\u00e9es conform\u00e9ment au paragraphe 4, troisi\u00e8me phrase. Parmi les assesseurs non judiciaires n\u2019\u00e9tant pas huissiers de justice, il doit toujours y avoir au moins un avocat [advok\u00e1t] et une personne exer\u00e7ant un autre m\u00e9tier du droit. Il en ressort clairement que les juges des plus hautes instances judiciaires sont repr\u00e9sent\u00e9s au sein de la chambre disciplinaire, mais qu\u2019ils sont minoritaires. La majorit\u00e9 de la chambre disciplinaire est compos\u00e9e d\u2019assesseurs non judiciaires qui ne sont pas des membres des plus hautes instances judiciaires \u2013 ils ne sont m\u00eame pas juges du tout et ne sont donc pas soumis aux conditions de comp\u00e9tence et d\u2019ind\u00e9pendance impos\u00e9es aux juges. Les assesseurs non judiciaires n\u2019ont pas non plus \u00e0 remplir les conditions requises pour \u00eatre membres des plus hautes instances judiciaires (\u00e2ge minimal, examens psychologiques, un certain nombre d\u2019ann\u00e9es pass\u00e9es au sein de la magistrature, etc.) Dans la pr\u00e9sente affaire, o\u00f9 la majorit\u00e9 des membres de la chambre disciplinaire ne remplissaient pas les conditions pour devenir membres des plus hautes instances judiciaires, il n\u2019est pas possible de dire que la chambre disciplinaire est la plus haute juridiction au sens de l\u2019article\u00a02\u00a0\u00a7\u00a02 du Protocole.<\/p>\n<p>15.30. L\u2019ordre juridique de la R\u00e9publique tch\u00e8que permet, dans d\u2019autres types d\u2019affaires, de rendre des d\u00e9cisions par des chambres compos\u00e9es de juges et d\u2019assesseurs qui ne sont pas des juges, mais il s\u2019agit g\u00e9n\u00e9ralement d\u2019affaires plus simples (certaines proc\u00e9dures p\u00e9nales en premi\u00e8re instance, contentieux du travail en premi\u00e8re instance). Il y a toujours un risque dans ces affaires que les professionnels du droit (juges) soient mis en minorit\u00e9 par les non-professionnels (assesseurs non judiciaires). Si une telle situation se produit en premi\u00e8re instance, les d\u00e9cisions erron\u00e9es que pourraient rendre les assesseurs non judiciaires peuvent \u00eatre rectifi\u00e9es en appel. En revanche, si elle se produit dans le cadre d\u2019une proc\u00e9dure disciplinaire et s\u2019il faut consid\u00e9rer la chambre disciplinaire comme la plus haute juridiction, aucun recours n\u2019est ouvert \u00e0 l\u2019accus\u00e9.<\/p>\n<p>15.31. Le requ\u00e9rant conclut de ce qui pr\u00e9c\u00e8de que, puisqu\u2019il n\u2019a pas \u00e9t\u00e9 autoris\u00e9 \u00e0 former un recours contre la d\u00e9cision de la chambre disciplinaire, son droit garanti par l\u2019article\u00a02 du Protocole a \u00e9t\u00e9 viol\u00e9.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p><strong>LE CADRE JURIDIQUE ET LA PRATIQUE PERTINENTS<\/strong><\/p>\n<p><strong>I. Le droit interne<\/strong><\/p>\n<p><strong>A. La l\u00e9gislation pertinente<\/strong><\/p>\n<p><em>1. La loi sur les voies d\u2019ex\u00e9cution<\/em><\/p>\n<p>30. Dans le cadre des initiatives visant \u00e0 renforcer l\u2019ex\u00e9cution en mati\u00e8re civile en R\u00e9publique tch\u00e8que, une fonction qui jusqu\u2019alors \u00e9tait confi\u00e9e aux seuls tribunaux civils, une nouvelle loi, la loi no 120\/2001 sur les huissiers de justice et les voies d\u2019ex\u00e9cution et portant modification d\u2019autres lois (\u00ab\u00a0la loi sur les voies d\u2019ex\u00e9cution\u00a0\u00bb) fut adopt\u00e9e le 28\u00a0janvier\u00a02001. Parmi les dispositions nouvelles de cette loi figurait la cr\u00e9ation de la nouvelle profession lib\u00e9rale d\u2019huissier de justice, d\u00e9sormais charg\u00e9 des voies d\u2019ex\u00e9cution en mati\u00e8re civile pour le compte de l\u2019\u00c9tat, aux c\u00f4t\u00e9s des juridictions civiles. Lorsqu\u2019il exerce les voies d\u2019ex\u00e9cution, l\u2019huissier de justice accomplit une fonction de l\u2019\u00c9tat et il est \u00e0 ce titre titulaire de pr\u00e9rogatives de puissance publique.<\/p>\n<p>31. Aux termes de l\u2019article\u00a01(1) de cette loi, l\u2019huissier de justice est une personne physique qui remplit les conditions pr\u00e9vues par cette loi et \u00e0 laquelle l\u2019\u00c9tat a confi\u00e9 la charge d\u2019huissier de justice.<\/p>\n<p>32. Selon l\u2019article\u00a02 de cette loi, les huissiers de justice exercent les voies d\u2019ex\u00e9cution de mani\u00e8re ind\u00e9pendante. Dans le cadre de ces activit\u00e9s, ils ne sont li\u00e9s que par la Constitution, les lois et autres textes l\u00e9gaux.<\/p>\n<p>33. En vertu de l\u2019article\u00a08, le ministre de la Justice nomme et r\u00e9voque les huissiers de justice\u00a0; il en fixe et en augmente, le cas \u00e9ch\u00e9ant, le nombre total.<\/p>\n<p>34. Aux termes de l\u2019article\u00a028, l\u2019ex\u00e9cution est conduite par l\u2019huissier de justice qui a \u00e9t\u00e9 d\u00e9sign\u00e9 par la partie cr\u00e9anci\u00e8re dans sa requ\u00eate en ex\u00e9cution et qui est inscrit au registre des proc\u00e9dures d\u2019ex\u00e9cution. Les actes pris par les huissiers de justice dans le cadre d\u2019une proc\u00e9dure d\u2019ex\u00e9cution sont r\u00e9put\u00e9s avoir valeur d\u2019actes judiciaires.<\/p>\n<p>35. En vertu de l\u2019article\u00a0116, toute faute disciplinaire d\u2019un huissier de justice engage sa responsabilit\u00e9. La faute disciplinaire se d\u00e9finit notamment par un manquement grave ou r\u00e9p\u00e9t\u00e9 aux obligations \u00e9nonc\u00e9es par les r\u00e9glementations l\u00e9gales ou professionnelles, ou \u00e0 la dignit\u00e9 de la profession. Un huissier de justice qui se rendrait coupable d\u2019une faute disciplinaire peut se voir infliger l\u2019une des mesures disciplinaires suivantes\u00a0: un bl\u00e2me, un bl\u00e2me \u00e9crit, une amende d\u2019un montant pouvant aller jusqu\u2019au centuple du salaire mensuel minimum et la r\u00e9vocation.<\/p>\n<p>36. L\u2019article\u00a0117(2) pr\u00e9cise que seuls peuvent ouvrir une action disciplinaire le ministre de la Justice, le pr\u00e9sident de la commission d\u2019audit et le pr\u00e9sident de la commission de r\u00e9vision de la Chambre des huissiers de justice, le pr\u00e9sident d\u2019un tribunal r\u00e9gional ou de district sur le ressort duquel est situ\u00e9 le si\u00e8ge de l\u2019huissier de justice, et le pr\u00e9sident du tribunal de district qui a autoris\u00e9 l\u2019huissier de justice \u00e0 proc\u00e9der \u00e0 l\u2019ex\u00e9cution.<\/p>\n<p>37. L\u2019expos\u00e9 des motifs du projet de la loi sur les voies d\u2019ex\u00e9cution (document parlementaire no\u00a0725\/0, partie sp\u00e9ciale) dit ceci au sujet de l\u2019article\u00a01 de cette loi\u00a0:<\/p>\n<p>\u00ab\u00a0L\u2019huissier de justice est une entit\u00e9 non \u00e9tatique \u2013 une personne physique \u00e0 qui l\u2019\u00c9tat d\u00e9l\u00e8gue une partie de ses attributions qui, autrement, sont confi\u00e9es aux tribunaux. L\u2019huissier de justice exerce son activit\u00e9 comme membre d\u2019une profession lib\u00e9rale et a la qualit\u00e9 d\u2019officier public.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p><em>2. La loi no 7\/2002 sur la proc\u00e9dure dans les affaires visant les juges, les procureurs et les huissiers de justice<\/em><\/p>\n<p>38. Les dispositions pertinentes de cette loi telle qu\u2019en vigueur \u00e0 l\u2019\u00e9poque des faits se lisent ainsi\u00a0:<\/p>\n<p style=\"text-align: center;\">Article\u00a03<\/p>\n<p>\u00ab\u00a0Le tribunal disciplinaire conna\u00eet et d\u00e9cide des affaires relevant de la pr\u00e9sente loi. La Cour administrative supr\u00eame est le tribunal disciplinaire.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p style=\"text-align: center;\">Article\u00a04<\/p>\n<p>\u00ab\u00a0(&#8230;)<\/p>\n<p>(4) Le pr\u00e9sident du tribunal disciplinaire tient une liste d\u2019assesseurs non judiciaires (&#8230;). \u00c0 sa demande et dans le d\u00e9lai fix\u00e9 par [le pr\u00e9sident du tribunal disciplinaire], (&#8230;) le procureur g\u00e9n\u00e9ral, le pr\u00e9sident de l\u2019ordre des avocats tch\u00e8que et les doyens des facult\u00e9s de droit des universit\u00e9s publiques (&#8230;) nomment chacun dix assesseurs non judiciaires parmi les procureurs et les membres du barreau dont le nom sera inscrit sur la liste des assesseurs non judiciaires (&#8230;)\u00a0\u00bb<\/p>\n<p style=\"text-align: center;\">Article\u00a04b<\/p>\n<p>\u00ab\u00a0(1) Le tribunal disciplinaire conna\u00eet et d\u00e9cide des affaires visant les huissiers de justice en une chambre compos\u00e9e d\u2019un pr\u00e9sident, d\u2019un vice-pr\u00e9sident et de quatre assesseurs non judiciaires. Le pr\u00e9sident est un juge de la Cour administrative supr\u00eame et le vice-pr\u00e9sident un juge de la Cour supr\u00eame. Deux des assesseurs non judiciaires sont des huissiers de justice, deux sont nomm\u00e9s conform\u00e9ment au paragraphe 4, troisi\u00e8me phrase. Parmi les assesseurs non judiciaires n\u2019\u00e9tant pas huissiers de justice, il doit toujours y avoir au moins un avocat et un professionnel du droit dans un autre domaine pourvu que son nom soit inscrit sur la liste des assesseurs non judiciaires pour les proc\u00e9dures visant les juges.<\/p>\n<p>(&#8230;)<\/p>\n<p>(4) Le pr\u00e9sident du tribunal disciplinaire tient une liste d\u2019assesseurs non judiciaires pour les proc\u00e9dures dans les affaires visant les huissiers de justice. [Il] inscrit sur la liste les noms de dix huissiers de justice d\u00e9sign\u00e9s par le pr\u00e9sident de la Chambre des huissiers de justice (&#8230;) \u00e0 la demande du pr\u00e9sident du tribunal disciplinaire. En ce qui concerne les autres assesseurs non judiciaires, l\u2019article\u00a04(4), troisi\u00e8me et quatri\u00e8me phrases, s\u2019applique selon qu\u2019il convient.<\/p>\n<p>(5) Le pr\u00e9sident du tribunal disciplinaire d\u00e9signe, par tirage au sort \u00e0 partir des listes mentionn\u00e9es au paragraphe 4 ci-dessus, des assesseurs non judiciaires, quatre suppl\u00e9ants parmi les huissiers de justice et quatre suppl\u00e9ants parmi les autres assesseurs non judiciaires selon l\u2019ordre fix\u00e9. [Il] d\u00e9signe, par tirage au sort, d\u2019autres assesseurs non judiciaires et suppl\u00e9ants de mani\u00e8re \u00e0 ce que la chambre disciplinaire comprenne toujours au moins un avocat et un professionnel du droit dans un autre domaine pourvu que son nom soit inscrit sur la liste des assesseurs non judiciaires pour les proc\u00e9dures dans les affaires visant les huissiers de justice.<\/p>\n<p>(6) La dur\u00e9e du mandat des membres de la chambre pour les proc\u00e9dures dans les affaires dirig\u00e9es contre les huissiers de justice est de cinq ans.<\/p>\n<p>(7) La chambre du tribunal disciplinaire pour les proc\u00e9dures dans les affaires dirig\u00e9es contre les huissiers de justice statue \u00e0 la majorit\u00e9 des voix de tous les membres. En cas d\u2019\u00e9galit\u00e9 des voix lorsqu\u2019il s\u2019agit de d\u00e9terminer si un huissier de justice s\u2019est rendu coupable d\u2019une faute professionnelle, la chambre l\u2019acquitte.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p style=\"text-align: center;\">Article\u00a012<\/p>\n<p>\u00ab\u00a0(1) Le pr\u00e9sident de la chambre signifie l\u2019introduction de la proc\u00e9dure \u00e0 la personne vis\u00e9e par les poursuites disciplinaires (&#8230;) et (&#8230;) l\u2019avise de son droit de contester l\u2019impartialit\u00e9 des membres de la chambre, d\u2019exprimer son opinion sur [les chefs d\u2019accusation] et les preuves, de pr\u00e9senter des \u00e9l\u00e9ments et t\u00e9moins \u00e0 d\u00e9charge, et de garder le silence\u00a0\u00bb.<\/p>\n<p style=\"text-align: center;\">Article\u00a017<\/p>\n<p>\u00ab\u00a0(&#8230;)<\/p>\n<p>(4) Le pr\u00e9sident de la chambre entend la personne vis\u00e9e par les poursuites disciplinaires et recueille tout autre \u00e9l\u00e9ment de preuve n\u00e9cessaire. (&#8230;)<\/p>\n<p>(5) Apr\u00e8s l\u2019audition des t\u00e9moins, le procureur disciplinaire, l\u2019avocat de la d\u00e9fense et la personne vis\u00e9e par les poursuites disciplinaires peuvent s\u2019exprimer sur l\u2019affaire. La personne vis\u00e9e par les poursuites disciplinaires plaide toujours en dernier.<\/p>\n<p>(6) L\u2019audience est publique.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p style=\"text-align: center;\">Article\u00a021<\/p>\n<p>\u00ab\u00a0Les d\u00e9cisions rendues dans une proc\u00e9dure disciplinaire ne sont pas susceptibles de recours\u00a0\u00bb.<\/p>\n<p style=\"text-align: center;\">Article\u00a025<\/p>\n<p>\u00ab\u00a0A moins que la pr\u00e9sente loi n\u2019en dispose autrement ou que la nature de l\u2019affaire ne s\u2019y oppose, les dispositions du code de proc\u00e9dure p\u00e9nale s\u2019appliquent selon qu\u2019il convient\u00a0\u00bb.<\/p>\n<p><em>3. Les r\u00e8gles de d\u00e9ontologie et de concurrence pour les huissiers de justice<\/em><\/p>\n<p>39. L\u2019article\u00a05 de ces r\u00e8gles pr\u00e9voit que, dans l\u2019exercice de leurs fonctions, les huissiers de justice doivent agir de mani\u00e8re ind\u00e9pendante, consciencieuse et diligente.<\/p>\n<p><strong>B. La jurisprudence pertinente de la Cour constitutionnelle<\/strong><\/p>\n<p><em>1. Le statut des huissiers de justice<\/em><\/p>\n<p>40. Dans son avis no Pl. \u00daS-st. 23\/06 publi\u00e9 le 12 septembre 2006, l\u2019assembl\u00e9e pl\u00e9ni\u00e8re de la Cour constitutionnelle a dit que les huissiers de justice, lorsqu\u2019ils assurent l\u2019ex\u00e9cution d\u2019une d\u00e9cision d\u00e9finitive, se trouvent dans la m\u00eame situation qu\u2019un officier public car ils sont d\u00e9tenteurs de pr\u00e9rogatives judiciaires. Ce principe a ensuite \u00e9t\u00e9 repris dans un certain nombre de d\u00e9cisions ult\u00e9rieures, par exemple, I. \u00daS 636\/14 (du 28\u00a0juillet\u00a02014), II. \u00daS 918\/14 (du 3 septembre 2014), II. \u00daS 2690\/13 (du 5\u00a0septembre\u00a02013), IV.\u00a0\u00daS 146\/12 (17 mai 2012) et bien d\u2019autres.<\/p>\n<p><em>2. Les questions disciplinaires<\/em><\/p>\n<p>41. Le 27 octobre 2009, une chambre disciplinaire de la Cour administrative supr\u00eame saisie d\u2019une proc\u00e9dure disciplinaire dirig\u00e9e contre un juge a conclu que l\u2019article\u00a021 de la loi no 7\/2002 (paragraphe 38 ci-dessus), qui interdisait les recours contre les d\u00e9cisions de la chambre disciplinaire, \u00e9tait contraire \u00e0 la Charte des droits fondamentaux et Libert\u00e9s de la R\u00e9publique tch\u00e8que (Listina z\u00e1kladn\u00edch pr\u00e1v a svobod). Elle a saisi la Cour constitutionnelle d\u2019une question de constitutionnalit\u00e9 de la disposition en question.<\/p>\n<p>42. Par un arr\u00eat du 29 septembre 2010 (Pl. \u00daS 33\/09), l\u2019assembl\u00e9e pl\u00e9ni\u00e8re de la Cour constitutionnelle, \u00e0 la majorit\u00e9, a rejet\u00e9 cette demande, disant ceci\u00a0:<\/p>\n<p>\u00ab\u00a053.\u00a0\u00c0 la lumi\u00e8re des crit\u00e8res [Engel] susmentionn\u00e9s, la Cour constitutionnelle conclut que les proc\u00e9dures disciplinaires dirig\u00e9es contre les juges des tribunaux ordinaires ne sont pas des proc\u00e9dures visant \u00e0 d\u00e9cider du bien-fond\u00e9 d\u2019une accusation en mati\u00e8re p\u00e9nale. Premi\u00e8rement, du point de vue du droit interne, elles se trouvent hors du champ de la proc\u00e9dure p\u00e9nale, m\u00eame si le code de proc\u00e9dure p\u00e9nale s\u2019applique par d\u00e9faut. Les proc\u00e9dures engag\u00e9es contre les juges sont par leur nature g\u00e9n\u00e9ralement disciplinaires et non p\u00e9nales\u00a0: bien qu\u2019il s\u2019agisse de statuer sur la responsabilit\u00e9 pour manquement aux obligations l\u00e9gales, elles ne portent que sur les obligations sp\u00e9cifiques pesant sur les juges. Le troisi\u00e8me des crit\u00e8res Engel (nature et s\u00e9v\u00e9rit\u00e9 de la peine) n\u2019est pas non plus satisfait, alors que c\u2019est g\u00e9n\u00e9ralement lui qui permet de rattacher la proc\u00e9dure disciplinaire \u00e0 la sph\u00e8re \u00ab\u00a0p\u00e9nale\u00a0\u00bb. En effet, seule une sanction modifiant les conditions de la relation unissant le juge \u00e0 l\u2019\u00c9tat ou mettant fin \u00e0 celle-ci peut \u00eatre inflig\u00e9e \u00e0 un juge pour manquement \u00e0 ses obligations. Conform\u00e9ment \u00e0 l\u2019article\u00a088 de la loi no\u00a06\/2002 (&#8230;) tel que modifi\u00e9, un juge condamn\u00e9 dans le cadre d\u2019une proc\u00e9dure disciplinaire peut se voir infliger les sanctions suivantes\u00a0: un bl\u00e2me, la r\u00e9vocation de sa fonction de pr\u00e9sident de tribunal, la destitution ou une r\u00e9duction de son traitement d\u2019un montant pouvant aller jusqu\u2019\u00e0 30\u00a0% pendant un an au maximum (jusqu\u2019\u00e0 deux ans s\u2019il avait \u00e9t\u00e9 pr\u00e9c\u00e9demment condamn\u00e9 dans une autre proc\u00e9dure disciplinaire et si la peine n\u2019a pas encore \u00e9t\u00e9 effac\u00e9e du casier disciplinaire). Les sanctions \u00e9ventuelles ne portent donc que sur les conditions (r\u00e9duction du traitement) ou le maintien (destitution) des relations entre l\u2019\u00c9tat et le juge, de sorte qu\u2019elles ont un caract\u00e8re non pas p\u00e9nal mais disciplinaire. Par exemple, les juges ne peuvent pas \u00eatre condamn\u00e9s \u00e0 payer une amende, ce qui pourrait \u00eatre consid\u00e9r\u00e9 comme une sanction p\u00e9nale, mais peuvent \u00ab\u00a0seulement\u00a0\u00bb voir leur traitement r\u00e9duit ou une augmentation de salaire retenue.<\/p>\n<p>(&#8230;)<\/p>\n<p>60. Aux yeux de la Cour constitutionnelle, la chambre disciplinaire de la Cour administrative supr\u00eame constitue un \u00ab\u00a0tribunal\u00a0\u00bb au sens de l\u2019article\u00a06 de la Convention et (en particulier) de l\u2019article\u00a081 de la Constitution, et le fait que cette chambre se compose non pas seulement de membres de la haute juridiction, mais aussi de juges d\u2019autres tribunaux et de repr\u00e9sentants d\u2019autres m\u00e9tiers du droit ne change en rien cette conclusion. En effet, la chambre disciplinaire de la Cour administrative supr\u00eame poss\u00e8de les caract\u00e9ristiques formelles et mat\u00e9rielles d\u2019un tribunal. Sur les caract\u00e9ristiques formelles, la Cour constitutionnelle estime n\u00e9cessaire de pr\u00e9ciser que la chambre disciplinaire est int\u00e9gr\u00e9e \u00e0 la structure de la Cour administrative supr\u00eame et qu\u2019elle est toujours pr\u00e9sid\u00e9e par un juge (de la Cour administrative supr\u00eame ou de la Cour supr\u00eame). Sur les caract\u00e9ristiques mat\u00e9rielles, la Cour constitutionnelle rappelle qu\u2019il existe des garanties syst\u00e9miques d\u2019ind\u00e9pendance et d\u2019impartialit\u00e9 qui s\u2019appliquent \u00e0 la chambre disciplinaire de la Cour administrative supr\u00eame aussi bien qu\u2019\u00e0 toute juridiction compos\u00e9e uniquement de juges, et c\u2019est ce qui ressort en particulier du libell\u00e9 des articles 5 et 6 de la loi attaqu\u00e9e. La possibilit\u00e9 pour des nationaux autres que les juges de participer \u00e0 la prise des d\u00e9cisions de justice a pour autre base l\u2019article\u00a097\u00a0\u00a7\u00a02 de la Constitution\u00a0; d\u00e8s lors, le fait m\u00eame que la chambre du tribunal soit compos\u00e9e \u00e0 la fois de juges et d\u2019assesseurs non judiciaires ne permet pas, du point de vue de la Constitution, d\u2019\u00f4ter \u00e0 cette chambre la qualification de \u00ab\u00a0tribunal\u00a0\u00bb (&#8230;)<\/p>\n<p>61. Il convient d\u2019ajouter que quand bien m\u00eame la Cour constitutionnelle devrait conclure que la proc\u00e9dure engag\u00e9e sur la base de la loi attaqu\u00e9e rev\u00eat un caract\u00e8re p\u00e9nal, cette conclusion n\u2019entra\u00eenerait pas n\u00e9cessairement \u00e0 elle seule l\u2019invalidation de cette loi, que ce soit dans son int\u00e9gralit\u00e9 ou pour ce qui concerne l\u2019article\u00a021. C\u2019est ce que confirme aussi l\u2019article\u00a02\u00a0\u00a7\u00a02 du Protocole no\u00a07 \u00e0 la Convention, en vertu duquel \u2013 m\u00eame dans l\u2019hypoth\u00e8se o\u00f9 la proc\u00e9dure en cause serait une proc\u00e9dure p\u00e9nale \u2013 le droit \u00e0 un double degr\u00e9 de juridiction n\u2019a pas \u00e0 \u00eatre garanti si la plus haute juridiction a statu\u00e9 en tant que tribunal de premi\u00e8re instance. Compte tenu de cet \u00e9l\u00e9ment (&#8230;), il n\u2019est pas non plus possible de retenir l\u2019argument tir\u00e9 de ce que la conduite de la proc\u00e9dure devant un seul degr\u00e9 de juridiction risque de nuire \u00e0 la qualit\u00e9 de la d\u00e9cision sur le fond. (&#8230;)\u00a0\u00bb<\/p>\n<p>43. Dans une d\u00e9cision no Pl. \u00daS 38\/09 du 3 ao\u00fbt 2011, l\u2019assembl\u00e9e pl\u00e9ni\u00e8re de la Cour constitutionnelle a examin\u00e9 une demande de la Cour administrative supr\u00eame tendant \u00e0 invalider certaines dispositions transitoires de la loi no 183\/2009, qui avait modifi\u00e9 la loi sur les voies d\u2019ex\u00e9cution (paragraphe 30 ci-dessus), et d\u2019autres lois. Elle a notamment dit ceci\u00a0:<\/p>\n<p>\u00ab\u00a029. (&#8230;) [E]n vertu de la nouvelle l\u00e9gislation, critiqu\u00e9e par la partie demanderesse, les (huissiers de justice) disposent d\u2019une proc\u00e9dure compl\u00e8te men\u00e9e d\u00e8s son ouverture devant la chambre hautement qualifi\u00e9e de la Cour administrative supr\u00eame, dont la composition garantit une appr\u00e9ciation \u00e9galitaire, \u00e9quitable et ind\u00e9pendante de toutes les affaires quel que soit l\u2019\u00e9tat d\u2019avancement de la proc\u00e9dure au moment o\u00f9 elles lui ont \u00e9t\u00e9 confi\u00e9es. (&#8230;)<\/p>\n<p>30. Il peut donc en \u00eatre conclu que l\u2019int\u00e9r\u00eat public \u00e0 une prise de d\u00e9cision approfondie et impartiale dans les proc\u00e9dures disciplinaires dirig\u00e9es contre les huissiers de justice est garanti par le fait qu\u2019une chambre sp\u00e9ciale de la Cour administrative supr\u00eame, c\u2019est\u2011\u00e0-dire la plus haute juridiction garantissant l\u2019ind\u00e9pendance et l\u2019impartialit\u00e9 de l\u2019ensemble de la proc\u00e9dure, statue sur ces proc\u00e9dures disciplinaires. (&#8230;)\u00a0\u00bb<\/p>\n<p>44. Dans une d\u00e9cision no\u00a0IV. \u00daS 1335\/12 du 9 juillet 2013 rendue \u00e0 la suite de l\u2019arr\u00eat de la cour pl\u00e9ni\u00e8re (paragraphe\u00a042 ci-dessus), la Cour constitutionnelle a examin\u00e9 la question de l\u2019applicabilit\u00e9 directe des conclusions \u00e9nonc\u00e9es dans cet arr\u00eat aux proc\u00e9dures disciplinaires dirig\u00e9es contre les huissiers de justice. Sur ce point, elle a dit, entre autres\u00a0:<\/p>\n<p>\u00ab\u00a0Pour bien faire le tour de la question, il est not\u00e9 que dans l\u2019arr\u00eat no\u00a0Pl. \u00daS 33\/09, la Cour constitutionnelle a conclu que l\u2019impossibilit\u00e9 de former un recours contre la d\u00e9cision du tribunal disciplinaire n\u2019\u00e9tait pas contraire aux garanties constitutionnelles du droit \u00e0 un proc\u00e8s \u00e9quitable. Elle a estim\u00e9 que le syst\u00e8me constitutionnel garantissait un droit de recours uniquement en mati\u00e8re p\u00e9nale (article\u00a02\u00a0\u00a7\u00a01 du Protocole no\u00a07 \u00e0 la Convention) et que l\u2019article\u00a02\u00a0\u00a7\u00a02 du Protocole no\u00a07 \u00e0 la Convention pr\u00e9voyait des exceptions \u00e0 cette r\u00e8gle (&#8230;) La Cour constitutionnelle a \u00e9tay\u00e9 sa conclusion sur la constitutionnalit\u00e9 de la disposition incrimin\u00e9e en disant que les proc\u00e9dures disciplinaires dirig\u00e9es contre les juges n\u2019\u00e9taient pas des proc\u00e9dures visant \u00e0 statuer sur une accusation en mati\u00e8re p\u00e9nale au sens de l\u2019article\u00a06\u00a0\u00a7\u00a01 de la Convention (cette conclusion ne s\u2019applique pas directement en l\u2019esp\u00e8ce) et en rappelant que les d\u00e9cisions de la Cour administrative supr\u00eame \u00e9taient rendues par la plus haute juridiction, au sens de l\u2019article\u00a02\u00a0\u00a7\u00a02 du Protocole\u00a0no\u00a07 \u00e0 la Convention (ce qui est \u00e9galement un \u00e9l\u00e9ment pertinent en l\u2019esp\u00e8ce)\u00a0\u00bb.<\/p>\n<p>45. La Cour constitutionnelle a exprim\u00e9 une opinion similaire dans sa d\u00e9cision no\u00a0IV. \u00daS 2047\/13 du 15 octobre 2013. Elle a dit ceci\u00a0:<\/p>\n<p>\u00ab\u00a0La Cour constitutionnelle ne constate aucune violation des droits invoqu\u00e9s par le requ\u00e9rant. Premi\u00e8rement, sur le moyen de violation du droit \u00e0 un recours interne effectif, elle se r\u00e9f\u00e8re (&#8230;) \u00e0 sa d\u00e9cision no\u00a0Pl. \u00daS 33\/09 (&#8230;) La Cour constitutionnelle [dans cette d\u00e9cision] a conclu ceci\u00a0: \u00ab\u00a0une r\u00e9glementation qui ne permet pas \u00e0 une personne accus\u00e9e d\u2019une faute disciplinaire de former un recours contre une d\u00e9cision de la chambre disciplinaire n\u2019est pas inconstitutionnelle\u00a0; l\u2019ordre constitutionnel ne garantit aucun droit g\u00e9n\u00e9ral \u00e0 un double degr\u00e9 de juridiction\u00a0\u00bb. Si, au bout du compte, la proc\u00e9dure disciplinaire ne statue pas sur une accusation en mati\u00e8re p\u00e9nale au sens de l\u2019article\u00a06 de la Convention (&#8230;) et de l\u2019article\u00a02 du Protocole no\u00a07 \u00e0 la Convention, le droit de former un recours contre une d\u00e9cision adopt\u00e9e dans une proc\u00e9dure de ce type n\u2019est donc pas express\u00e9ment garanti dans l\u2019ordre constitutionnel et il n\u2019est pas possible autrement de d\u00e9duire de l\u2019ordre constitutionnel l\u2019existence d\u2019un tel droit. Ces conclusions valent tout autant pour les affaires concernant les fautes disciplinaires des huissiers de justice.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p>46. Par une d\u00e9cision no\u00a0I. \u00daS 12\/14, adopt\u00e9e le 24 juin 2014, la Cour constitutionnelle a rejet\u00e9 un recours constitutionnel dans lequel le requ\u00e9rant, un huissier de justice, avait all\u00e9gu\u00e9 une violation de son droit \u00e0 un proc\u00e8s \u00e9quitable en d\u00e9non\u00e7ant l\u2019impossibilit\u00e9 de former un recours contre la d\u00e9cision de la Cour administrative supr\u00eame par laquelle une amende de 10\u00a0000 CZK lui avait \u00e9t\u00e9 inflig\u00e9e. La Cour constitutionnelle a \u00e9galement rejet\u00e9 la demande du requ\u00e9rant tendant \u00e0 invalider l\u2019article\u00a021 de la loi no\u00a07\/2002 sur la proc\u00e9dure dans les affaires visant les juges, les procureurs et les huissiers de justice (paragraphe 38 ci-dessus). Elle a notamment dit ceci\u00a0:<\/p>\n<p>\u00ab\u00a05. Quant aux moyens tir\u00e9s par le requ\u00e9rant d\u2019une impossibilit\u00e9 de demander le r\u00e9examen de la d\u00e9cision adopt\u00e9e dans le cadre de la proc\u00e9dure disciplinaire et de la composition de la chambre disciplinaire, la Cour constitutionnelle renvoie aux motifs de son arr\u00eat d\u2019assembl\u00e9e pl\u00e9ni\u00e8re du 29 septembre 2010 no\u00a0Pl. \u00daS 33\/09 (N 205\/58 SbNU 827), dans lequel elle a rejet\u00e9 une proposition tendant \u00e0 abroger l\u2019article\u00a021 de la loi no\u00a07\/2002 sur la proc\u00e9dure dans les affaires visant les juges, les procureurs et les huissiers de justice, telle que modifi\u00e9e par la loi no\u00a0314\/2008 Coll. Dans cet arr\u00eat, la Cour constitutionnelle est parvenue \u00e0 la conclusion qu\u2019une disposition l\u00e9gale qui n\u2019offrait aucun recours \u00e0 l\u2019accus\u00e9 contre une d\u00e9cision de la chambre disciplinaire n\u2019\u00e9tait pas inconstitutionnelle.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p><strong>II. Le droit international<\/strong><\/p>\n<p>47. Dans les affaires des Essais nucl\u00e9aires (Australie c. France) et du Diff\u00e9rend concernant le statut et l\u2019utilisation des eaux du Silala (Chili c.\u00a0Bolivie), la Cour internationale de Justice (\u00ab\u00a0la CIJ\u00a0\u00bb) a eu l\u2019occasion de se pencher sur l\u2019importance des conclusions et d\u00e9clarations de la partie demanderesse aux fins de la d\u00e9finition des pr\u00e9tentions, et sur le pouvoir qu\u2019a le juge d\u2019interpr\u00e9ter les conclusions des parties.<\/p>\n<p>48. Dans l\u2019arr\u00eat qu\u2019elle a rendu le 20 d\u00e9cembre 1974 en l\u2019affaire des Essais nucl\u00e9aires, la CIJ a dit\u00a0:<\/p>\n<p>\u00ab\u00a030. (&#8230;) [I]l est essentiel d\u2019examiner si le Gouvernement australien sollicite de la Cour un jugement qui ne ferait que pr\u00e9ciser le lien juridique entre le demandeur et le d\u00e9fendeur par rapport aux questions en litige, ou un jugement con\u00e7u de fa\u00e7on telle que son libell\u00e9 obligerait l\u2019une des Parties ou les deux \u00e0 prendre ou \u00e0 s\u2019abstenir de prendre certaines mesures. C\u2019est donc le devoir de la Cour de circonscrire le v\u00e9ritable probl\u00e8me en cause et de pr\u00e9ciser l\u2019objet de la demande. Il n\u2019a jamais \u00e9t\u00e9 contest\u00e9 que la Cour est en droit et qu\u2019elle a m\u00eame le devoir d\u2019interpr\u00e9ter les conclusions des parties\u00a0; c\u2019est l\u2019un des attributs de sa fonction judiciaire. Assur\u00e9ment, quand la demande n\u2019est pas formul\u00e9e comme il convient parce que les conclusions des parties sont inad\u00e9quates, la Cour n\u2019a pas le pouvoir de \u00ab\u00a0se substituer [aux Parties] pour en formuler de nouvelles sur la base des seules th\u00e8ses avanc\u00e9es et faits all\u00e9gu\u00e9s\u00a0\u00bb (C.P.J.I. s\u00e9rie A no 7, p. 35), mais tel n\u2019est pas le cas en l\u2019esp\u00e8ce et la question d\u2019une formulation nouvelle des conclusions par la Cour ne se pose pas non plus. En revanche, la Cour a exerc\u00e9 \u00e0 maintes reprises le pouvoir qu\u2019elle poss\u00e8de d\u2019\u00e9carter, s\u2019il est n\u00e9cessaire, certaines th\u00e8ses ou certains arguments avanc\u00e9s par une partie comme \u00e9l\u00e9ment de ses conclusions quand elle les consid\u00e8re, non pas comme des indications de ce que la partie lui demande de d\u00e9cider, mais comme des motifs invoqu\u00e9s pour qu\u2019elle se prononce dans le sens d\u00e9sir\u00e9. C\u2019est ainsi que, dans l\u2019affaire des P\u00eacheries, la Cour a dit de neuf des treize points que comportaient les conclusions du demandeur\u00a0: \u00ab\u00a0Ce sont l\u00e0 des \u00e9l\u00e9ments qui, le cas \u00e9ch\u00e9ant, pourraient fournir les motifs de l\u2019arr\u00eat et non en constituer l\u2019objet\u00a0(C.I.J. Recueil 1951, p. 126)\u00a0\u00bb (&#8230;)\u00a0\u00bb<\/p>\n<p>49. Dans l\u2019arr\u00eat qu\u2019elle a rendu le 1er d\u00e9cembre 2022 en l\u2019affaire du Diff\u00e9rend concernant le statut et l\u2019utilisation des eaux du Silala, la CIJ a dit\u00a0:<\/p>\n<p>\u00ab\u00a043.\u00a0Pour ce faire, la Cour \u00e9valuera avec attention si, et dans quelle mesure, les conclusions finales des Parties continuent de refl\u00e9ter un diff\u00e9rend entre celles-ci. Elle n\u2019a pas le pouvoir de \u00ab\u00a0se substituer [aux parties] pour (&#8230;) formuler de nouvelles [conclusions] sur la [seule] base des (&#8230;) th\u00e8ses avanc\u00e9es et faits all\u00e9gu\u00e9s\u00a0\u00bb (Certains int\u00e9r\u00eats allemands en Haute-Sil\u00e9sie polonaise, fond, arr\u00eat no 7, 1926, C.P.J.I. s\u00e9rie A no 7, p. 35). Cependant, elle \u00ab\u00a0est en droit et (&#8230;) a m\u00eame le devoir d\u2019interpr\u00e9ter les conclusions des parties\u00a0; c\u2019est l\u2019un des attributs de sa fonction judiciaire\u00bb (Essais nucl\u00e9aires (Australie c. France), arr\u00eat, C.I.J. Recueil 1974, p. 262, par. 29). Afin de mener \u00e0 bien cette t\u00e2che, la Cour prend en consid\u00e9ration non seulement les conclusions, mais aussi, entre autres, la requ\u00eate et tous les arguments avanc\u00e9s par les Parties au cours de la proc\u00e9dure \u00e9crite et orale (voir ibid., p. 263, par. 30-31). La Cour interpr\u00e9tera donc les conclusions afin d\u2019en saisir la substance et d\u00e9terminer si elles refl\u00e8tent un diff\u00e9rend entre les Parties.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p><strong>III. les textes du conseil de l\u2019Europe<\/strong><\/p>\n<p>50. Le paragraphe pertinent du rapport explicatif du Protocole no\u00a07 \u00e0 la Convention concernant l\u2019article\u00a02 se lit ainsi\u00a0:<\/p>\n<p>\u00ab\u00a017. Cet article\u00a0reconna\u00eet \u00e0 toute personne d\u00e9clar\u00e9e coupable d\u2019une infraction p\u00e9nale par un tribunal le droit de faire examiner par une juridiction sup\u00e9rieure la d\u00e9claration de culpabilit\u00e9 ou la condamnation. Il n\u2019est pas exig\u00e9 que, dans tous les cas, cette personne ait la possibilit\u00e9 de faire examiner \u00e0 la fois la d\u00e9claration de culpabilit\u00e9 et la condamnation. Ainsi, par exemple, si la personne condamn\u00e9e s\u2019est avou\u00e9e coupable de l\u2019infraction dont elle a \u00e9t\u00e9 inculp\u00e9e, ce droit peut \u00eatre restreint \u00e0 la r\u00e9vision de sa condamnation. Par rapport au libell\u00e9 de la disposition correspondante du Pacte des Nations Unies (article\u00a014, paragraphe 5), le terme \u00ab\u00a0tribunal\u00a0\u00bb a \u00e9t\u00e9 ajout\u00e9 pour qu\u2019il soit bien clair que cet article\u00a0ne concerne pas les infractions jug\u00e9es par des autorit\u00e9s qui ne sont pas des tribunaux au sens de l\u2019article\u00a06 de la Convention.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p><strong>EN DROIT<\/strong><\/p>\n<p><strong>I. L\u2019objet de l\u2019affaire et les exceptions pr\u00e9liminaires s\u2019y rapportant<\/strong><\/p>\n<p><strong>A. Introduction<\/strong><\/p>\n<p>51. La Cour rappelle que l\u2019objet d\u2019une affaire dont elle est \u00ab\u00a0saisie\u00a0\u00bb dans l\u2019exercice du droit de recours individuel est d\u00e9fini par le grief ou la \u00ab\u00a0pr\u00e9tention\u00a0\u00bb du requ\u00e9rant (forme substantiv\u00e9e du verbe \u00ab\u00a0se pr\u00e9tendre\u00a0\u00bb employ\u00e9 \u00e0 l\u2019article\u00a034\u00a0; Radomilja et autres c. Croatie [GC], nos 37685\/10 et 22768\/12,\u00a0\u00a7\u00a0109, 20 mars 2018).<\/p>\n<p>52. Le requ\u00e9rant formule des griefs sous l\u2019angle de l\u2019article\u00a06\u00a0\u00a7\u00a7\u00a01,\u00a02\u00a0et\u00a03\u00a0d) de la Convention et de l\u2019article\u00a02 de son Protocole no\u00a07 (paragraphe 29 ci-dessus). Ces articles se lisent comme suit dans leurs parties pertinentes\u00a0:<\/p>\n<p style=\"text-align: center;\">Article\u00a06<\/p>\n<p style=\"text-align: center;\">Droit \u00e0 un proc\u00e8s \u00e9quitable<\/p>\n<p>\u00ab\u00a01. Toute personne a droit \u00e0 ce que sa cause soit entendue \u00e9quitablement (&#8230;) par un tribunal ind\u00e9pendant et impartial, \u00e9tabli par la loi, qui d\u00e9cidera, soit des contestations sur ses droits et obligations de caract\u00e8re civil, soit du bien-fond\u00e9 de toute accusation en mati\u00e8re p\u00e9nale dirig\u00e9e contre elle. (&#8230;)<\/p>\n<p>2. Toute personne accus\u00e9e d\u2019une infraction est pr\u00e9sum\u00e9e innocente jusqu\u2019\u00e0 ce que sa culpabilit\u00e9 ait \u00e9t\u00e9 l\u00e9galement \u00e9tablie.<\/p>\n<p>3. Tout accus\u00e9 a droit notamment \u00e0\u00a0:<\/p>\n<p>(&#8230;)<\/p>\n<p>d) interroger ou faire interroger les t\u00e9moins \u00e0 charge et obtenir la convocation et l\u2019interrogation des t\u00e9moins \u00e0 d\u00e9charge dans les m\u00eames conditions que les t\u00e9moins \u00e0 charge\u00a0;<\/p>\n<p>(&#8230;)\u00a0\u00bb<\/p>\n<p style=\"text-align: center;\">Article\u00a02 du Protocole no 7<\/p>\n<p style=\"text-align: center;\">Droit \u00e0 un double degr\u00e9 de juridiction en mati\u00e8re p\u00e9nale<\/p>\n<p>\u00ab\u00a01. Toute personne d\u00e9clar\u00e9e coupable d\u2019une infraction p\u00e9nale par un tribunal a le droit de faire examiner par une juridiction sup\u00e9rieure la d\u00e9claration de culpabilit\u00e9 ou la condamnation. L\u2019exercice de ce droit, y compris les motifs pour lesquels il peut \u00eatre exerc\u00e9, sont r\u00e9gis par la loi.<\/p>\n<p>2. Ce droit peut faire l\u2019objet d\u2019exceptions pour des infractions mineures telles qu\u2019elles sont d\u00e9finies par la loi ou lorsque l\u2019int\u00e9ress\u00e9 a \u00e9t\u00e9 jug\u00e9 en premi\u00e8re instance par la plus haute juridiction ou a \u00e9t\u00e9 d\u00e9clar\u00e9 coupable et condamn\u00e9 \u00e0 la suite d\u2019un recours contre son acquittement.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p><em>1. L\u2019arr\u00eat de la chambre<\/em><\/p>\n<p>53. Dans son arr\u00eat (Grosam c. R\u00e9publique tch\u00e8que, no 19750\/13,\u00a0\u00a7\u00a066, 23\u00a0juin\u00a02022), la chambre a d\u00e9fini ainsi les griefs pr\u00e9sent\u00e9s par le requ\u00e9rant sur le terrain de l\u2019article\u00a06 de la Convention\u00a0:<\/p>\n<p>\u00ab\u00a066.\u00a0Invoquant l\u2019article\u00a06\u00a0\u00a7\u00a7\u00a01, 2 et 3 d) de la Convention, le requ\u00e9rant all\u00e8gue une violation de son droit \u00e0 un proc\u00e8s \u00e9quitable. Il avance \u00e0 ce titre les arguments expos\u00e9s ci-dessous.<\/p>\n<p>i) Le principe de la pr\u00e9somption d\u2019innocence n\u2019aurait pas \u00e9t\u00e9 respect\u00e9 dans la proc\u00e9dure disciplinaire qui a \u00e9t\u00e9 men\u00e9e contre lui. Le tribunal disciplinaire aurait fait peser sur le requ\u00e9rant la charge de prouver son \u00ab\u00a0innocence\u00a0\u00bb puisqu\u2019il n\u2019a examin\u00e9 que les \u00e9l\u00e9ments \u00e0 charge sans avoir recherch\u00e9 ni examin\u00e9 d\u2019office des \u00e9l\u00e9ments \u00e0 d\u00e9charge. Faute pour le requ\u00e9rant d\u2019avoir pu prouver son \u00ab\u00a0innocence\u00a0\u00bb, il aurait jug\u00e9 que les moyens avanc\u00e9s en d\u00e9fense n\u2019\u00e9taient pas plausibles. De plus, il aurait emp\u00each\u00e9 le requ\u00e9rant de proposer des \u00e9l\u00e9ments de preuve suppl\u00e9mentaires avant la cl\u00f4ture de l\u2019audience.<\/p>\n<p>ii) Dans la proc\u00e9dure conduite devant la Cour constitutionnelle, celle-ci n\u2019aurait pas d\u00fbment tenu compte de bon nombre des arguments du requ\u00e9rant.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p>54. Le grief expos\u00e9 par le requ\u00e9rant sous l\u2019angle de l\u2019article\u00a02 du Protocole no\u00a07 y \u00e9tait d\u00e9fini ainsi\u00a0:<\/p>\n<p>\u00ab\u00a068. (&#8230;) [I]nvoquant l\u2019article\u00a02 du Protocole no\u00a07 \u00e0 la Convention, le requ\u00e9rant soutient que la loi n\u2019offrait aucun recours contre la d\u00e9cision du tribunal disciplinaire (qui \u00e9tait selon lui de nature \u00ab\u00a0p\u00e9nale\u00a0\u00bb). Il estime qu\u2019aucune exception \u00e0 cette disposition ne s\u2019appliquait puisque l\u2019infraction qui lui \u00e9tait reproch\u00e9e n\u2019avait aucun caract\u00e8re mineur en raison de la gravit\u00e9 des sanctions dont il \u00e9tait passible et que la chambre disciplinaire de la Cour administrative supr\u00eame ne pouvait \u00eatre consid\u00e9r\u00e9e comme la \u00ab\u00a0plus haute juridiction\u00a0\u00bb, au sens de cette disposition, du fait de sa composition et de l\u2019absence de garanties suffisantes quant \u00e0 sa comp\u00e9tence et \u00e0 son ind\u00e9pendance puisqu\u2019elle \u00e9tait compos\u00e9e de six membres, dont deux seulement \u00e9taient des magistrats professionnels.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p>55. La chambre a requalifi\u00e9 ce grief de violation de l\u2019article\u00a02 du Protocole no 7 principalement en grief tir\u00e9 de la composition du tribunal disciplinaire et elle l\u2019a examin\u00e9 sous l\u2019angle de l\u2019article\u00a06\u00a0\u00a7\u00a01 de la Convention (ibidem,\u00a0\u00a7\u00a070). Elle a dit ceci en particulier\u00a0:<\/p>\n<p>\u00ab\u00a070.\u00a0Ma\u00eetresse de la qualification juridique des faits de la cause (Scoppola c. Italie (no 2) [GC], no 10249\/03,\u00a0\u00a7\u00a054, 17 septembre 2009, et Radomilja et Croatie [GC], nos\u00a037685\/10 et 22768\/12, \u00a7\u00a7\u00a0110-126, 20 mars 2018), la Cour estime que ce dernier grief rel\u00e8ve principalement de l\u2019article\u00a06\u00a0\u00a7\u00a01 de la Convention, d\u2019autant plus qu\u2019un \u00ab\u00a0tribunal\u00a0\u00bb au sens de l\u2019article\u00a06 l\u2019est \u00e9galement au sens de l\u2019article\u00a02 du Protocole no\u00a07 (Didier c. France (d\u00e9c.), no 58188\/00,\u00a0\u00a7\u00a03, CEDH 2002-VII (extraits)).\u00a0\u00bb<\/p>\n<p>56. La chambre s\u2019est pench\u00e9e ensuite sur l\u2019applicabilit\u00e9 de l\u2019article\u00a06\u00a0\u00a7\u00a01, pour en conclure que cet article\u00a0\u00e9tait applicable non pas sous son volet p\u00e9nal mais sous son volet civil (ibidem, \u00a7\u00a7\u00a087-98). Elle a donc d\u00e9clar\u00e9 irrecevables pour incompatibilit\u00e9 ratione materiae avec les dispositions de la Convention les griefs formul\u00e9s par le requ\u00e9rant sur le terrain de l\u2019article\u00a06 \u00a7\u00a7\u00a02 et 3 d) de la Convention (ibidem,\u00a0\u00a7\u00a099, voir aussi paragraphe 53 ci-dessus).<\/p>\n<p>57. De m\u00eame, la chambre a d\u00e9clar\u00e9 irrecevable pour d\u00e9faut manifeste de fondement le grief tir\u00e9 par le requ\u00e9rant, sous l\u2019angle de l\u2019article\u00a06\u00a0\u00a7\u00a01 de la Convention, de ce que la Cour constitutionnelle n\u2019aurait pas d\u00fbment examin\u00e9 tous les arguments qu\u2019il avait avanc\u00e9s dans son recours constitutionnel (ibidem, \u00a7\u00a7\u00a0157-58\u00a0; voir aussi paragraphe 53 ci-dessus).<\/p>\n<p>58. Sur le grief tir\u00e9 par le requ\u00e9rant d\u2019une violation de l\u2019article\u00a02 du Protocole no 7, qui a \u00e9t\u00e9 requalifi\u00e9 comme un grief relevant de l\u2019article\u00a06\u00a0\u00a7\u00a01 de la Convention (paragraphes 54-55 ci-dessus), la chambre a conclu \u00e0 la violation de cette derni\u00e8re disposition. Plus pr\u00e9cis\u00e9ment, elle a estim\u00e9 que le requ\u00e9rant avait \u00e9t\u00e9 priv\u00e9 de son droit \u00e0 un tribunal ind\u00e9pendant et impartial au motif que son affaire avait \u00e9t\u00e9 examin\u00e9e par la chambre disciplinaire, laquelle ne satisfaisait pas \u00e0 ces exigences (ibidem, \u00a7\u00a7\u00a0113-151).<\/p>\n<p>59. Enfin, la chambre a jug\u00e9 qu\u2019il n\u2019y avait pas lieu d\u2019examiner la recevabilit\u00e9 et le bien-fond\u00e9 des autres griefs tir\u00e9s par le requ\u00e9rant, sous l\u2019angle de l\u2019article\u00a06\u00a0\u00a7\u00a01 de la Convention, d\u2019un manque d\u2019\u00e9quit\u00e9 de la proc\u00e9dure conduite devant le tribunal disciplinaire qui aurait r\u00e9sult\u00e9 i) du fait que le tribunal disciplinaire ne l\u2019aurait pas invit\u00e9 \u00e0 produire des \u00e9l\u00e9ments suppl\u00e9mentaires avant la cl\u00f4ture de l\u2019audience, ii) de la mani\u00e8re dont ce tribunal aurait appr\u00e9ci\u00e9 les preuves, et iii) d\u2019une impossibilit\u00e9 d\u2019attaquer la d\u00e9cision (ibidem,\u00a0\u00a7\u00a0154, voir aussi le paragraphe 53 ci-dessus).<\/p>\n<p><em>2. L\u2019objet de l\u2019affaire devant la Grande Chambre<\/em><\/p>\n<p>60. Selon la jurisprudence constante de la Cour, l\u2019\u00ab affaire\u00a0\u00bb renvoy\u00e9e devant la Grande Chambre est la requ\u00eate telle qu\u2019elle a \u00e9t\u00e9 d\u00e9clar\u00e9e recevable et comprend aussi les griefs qui n\u2019ont pas \u00e9t\u00e9 d\u00e9clar\u00e9s irrecevables (voir, par exemple, Fedotova et autres c. Russie [GC], nos 40792\/10 et 2 autres,\u00a0\u00a7\u00a083, 17 janvier 2023).<\/p>\n<p>61. La Grande Chambre constate que la chambre, dans son arr\u00eat (Grosam, pr\u00e9cit\u00e9, \u00a7\u00a7\u00a099 et 157-158), a d\u00e9clar\u00e9 irrecevables a) les griefs du requ\u00e9rant fond\u00e9s sur l\u2019article\u00a06 \u00a7\u00a7\u00a02 et 3 d) (paragraphe 56 ci-dessus), et b) son grief tir\u00e9, sur le terrain de l\u2019article\u00a06\u00a0\u00a7\u00a01 de la Convention, d\u2019un d\u00e9faut de motivation suffisante de la d\u00e9cision rendue par la Cour constitutionnelle (paragraphe 57 ci-dessus). Ces griefs sortent donc de l\u2019objet de l\u2019\u00ab\u00a0affaire\u00a0\u00bb renvoy\u00e9e devant la Grande Chambre (voir le paragraphe pr\u00e9c\u00e9dent).<\/p>\n<p>62. La Grande Chambre observe en outre que la chambre n\u2019a pas d\u00e9clar\u00e9 irrecevables le grief du requ\u00e9rant fond\u00e9 sur l\u2019article\u00a02 du Protocole no 7 ni ses autres griefs fond\u00e9s sur l\u2019article\u00a06\u00a0\u00a7\u00a01 de la Convention (paragraphes 58-59 ci-dessus).<\/p>\n<p>63. D\u00e8s lors, l\u2019objet de l\u2019\u00ab\u00a0affaire\u00a0\u00bb telle que renvoy\u00e9e devant la Grande Chambre comprend\u00a0:<\/p>\n<p>a) le grief fond\u00e9 sur l\u2019article\u00a02 du Protocole no 7, \u00e0 l\u2019\u00e9gard duquel, apr\u00e8s l\u2019avoir requalifi\u00e9 pour le faire relever de l\u2019article\u00a06\u00a0\u00a7\u00a01 de la Convention, la chambre a conclu \u00e0 une violation de cette derni\u00e8re disposition pour manquement \u00e0 l\u2019exigence d\u2019un tribunal ind\u00e9pendant et impartial (paragraphes\u00a054-55 et 58 ci-dessus), et<\/p>\n<p>b) les griefs tir\u00e9s, sur le terrain de l\u2019article\u00a06\u00a0\u00a7\u00a01, d\u2019un manque d\u2019\u00e9quit\u00e9 de la proc\u00e9dure conduite devant la juridiction disciplinaire, \u00e0 l\u2019\u00e9gard desquels la chambre a conclu qu\u2019il n\u2019y avait pas lieu d\u2019en examiner la recevabilit\u00e9 et le bien-fond\u00e9 (paragraphe\u00a053 et 59 ci-dessus).<\/p>\n<p>64. Il ne faut pas en conclure pour autant que la Grande Chambre ne peut pas examiner aussi, le cas \u00e9ch\u00e9ant, des questions touchant la recevabilit\u00e9 des griefs relevant de l\u2019objet de l\u2019\u00ab\u00a0affaire\u00a0\u00bb telle que renvoy\u00e9e devant la Grande Chambre, comme cela est loisible \u00e0 la chambre dans le cadre de la proc\u00e9dure habituelle, par exemple en vertu de l\u2019article\u00a035\u00a0\u00a7\u00a04 in fine de la Convention, ou lorsque ces questions ont \u00e9t\u00e9 jointes au fond ou encore lorsqu\u2019elles pr\u00e9sentent un int\u00e9r\u00eat au stade de l\u2019examen au fond (voir, par exemple, Azinas c. Chypre [GC], no\u00a056679\/00, \u00a7 32, CEDH 2004-III, Vu\u010dkovi\u0107 et autres c.\u00a0Serbie (exception pr\u00e9liminaire) [GC], nos\u00a017153\/11 et 29 autres, \u00a7 56, 25\u00a0mars\u00a02014, et Radomilja et autres, pr\u00e9cit\u00e9,\u00a0\u00a7\u00a0102, et les affaires qui y sont cit\u00e9es). D\u00e8s lors, m\u00eame au stade de l\u2019examen au fond, la Grande Chambre peut revenir sur une d\u00e9cision de recevabilit\u00e9 si elle conclut que la requ\u00eate aurait d\u00fb \u00eatre d\u00e9clar\u00e9e irrecevable pour l\u2019un des motifs \u00e9nonc\u00e9s dans les trois premiers paragraphes de l\u2019article\u00a035 de la Convention (ibidem).<\/p>\n<p><strong>B. Th\u00e8ses des parties<\/strong><\/p>\n<p>65. La mani\u00e8re dont la chambre a d\u00e9fini les griefs du requ\u00e9rant sur le terrain de l\u2019article\u00a06 de la Convention (paragraphe\u00a053 ci-dessus) n\u2019est pas contest\u00e9e entre les parties. La Grande Chambre ne voit aucune raison d\u2019en juger autrement.<\/p>\n<p>66. La seule question litigieuse quant \u00e0 l\u2019objet de l\u2019affaire est celle de savoir si le grief formul\u00e9 par le requ\u00e9rant sous l\u2019angle de l\u2019article\u00a02 du Protocole no 7, tel qu\u2019il est formul\u00e9 dans sa requ\u00eate devant la Cour (paragraphe\u00a029 ci-dessus), peut \u00eatre examin\u00e9 sur le terrain de l\u2019article\u00a06\u00a0\u00a7\u00a01 de la Convention comme un grief de d\u00e9faut de tribunal ind\u00e9pendant et impartial, comme la chambre l\u2019a fait.<\/p>\n<p><em>1. Le Gouvernement<\/em><\/p>\n<p>67. Le Gouvernement soutient devant la Grande Chambre que la chambre a en r\u00e9alit\u00e9 examin\u00e9 un grief distinct et sp\u00e9cifique de d\u00e9faut de tribunal ind\u00e9pendant et impartial que le requ\u00e9rant a expos\u00e9 pour la premi\u00e8re fois dans ses observations du 5 novembre 2015 et ce, seulement une fois que la chambre avait recommuniqu\u00e9 la requ\u00eate et pos\u00e9 une question sp\u00e9cifique \u00e0 cet \u00e9gard (paragraphes\u00a06 et 82 ci-dessous).<\/p>\n<p>68. Comme il l\u2019avait fait devant la chambre, le Gouvernement plaide devant la Grande Chambre que la chambre n\u2019a pas respect\u00e9 la port\u00e9e limit\u00e9e du contr\u00f4le qu\u2019op\u00e8re la Cour qu\u2019elle a d\u2019office \u00e9tendu l\u2019objet de l\u2019affaire \u00e0 des questions que le requ\u00e9rant n\u2019avait pas soulev\u00e9es dans la requ\u00eate dont il avait saisi la Cour. Il renvoie aux principes g\u00e9n\u00e9raux en la mati\u00e8re expos\u00e9s dans les arr\u00eats Radomilja et autres, pr\u00e9cit\u00e9, \u00a7\u00a7\u00a0109, 117 et 123-25, et Foti et autres c. Italie, 10 d\u00e9cembre 1982,\u00a0\u00a7\u00a044, s\u00e9rie A no 56.<\/p>\n<p>69. En particulier, le Gouvernement soutient que le requ\u00e9rant, dans la requ\u00eate dont celui-ci a saisi la Cour, d\u00e9nonce, sous l\u2019angle de l\u2019article\u00a02 du Protocole no 7 \u00e0 la Convention, une violation de son droit \u00e0 un double degr\u00e9 de juridiction en mati\u00e8re p\u00e9nale en ce qu\u2019il aurait \u00e9t\u00e9 priv\u00e9 du droit de faire examiner sa d\u00e9claration de culpabilit\u00e9 et sa condamnation par une juridiction sup\u00e9rieure. C\u2019est uniquement dans les limites de ce grief qu\u2019il expose que la chambre disciplinaire, compte tenu de sa composition, ne pouvait \u00eatre consid\u00e9r\u00e9e comme la \u00ab\u00a0plus haute juridiction\u00a0\u00bb. Il dit que les arguments qu\u2019il tire de la composition de cette juridiction ne se rapportent donc qu\u2019\u00e0 l\u2019une des exceptions pr\u00e9vues au deuxi\u00e8me paragraphe de cet article pr\u00e9cis.<\/p>\n<p>70. En cons\u00e9quence, le Gouvernement estime qu\u2019au c\u0153ur du grief dont le requ\u00e9rant a saisi la Cour se trouve l\u2019impossibilit\u00e9 de faire appel de la d\u00e9cision du tribunal disciplinaire, ce en quoi le requ\u00e9rant verrait une violation de l\u2019article\u00a02 du Protocole no 7 \u00e0 la Convention. Il est d\u00e8s lors \u00e9vident selon lui que le fond de ce grief, du point de vue tant des faits que des arguments de droit, est essentiellement diff\u00e9rent de celui que la chambre a examin\u00e9 sur le terrain de l\u2019article\u00a06\u00a0\u00a7\u00a01 de la Convention.<\/p>\n<p>71. Le Gouvernement note que le requ\u00e9rant n\u2019all\u00e9guait pas avoir \u00e9t\u00e9 priv\u00e9 de son droit \u00e0 un \u00ab\u00a0tribunal ind\u00e9pendant et impartial \u00e9tabli par la loi\u00a0\u00bb, au sens de l\u2019article\u00a06\u00a0\u00a7\u00a01 de la Convention. Il dit que, contrairement \u00e0 ce qu\u2019aurait conclu la chambre, nulle part dans la requ\u00eate il n\u2019est soutenu que le tribunal disciplinaire, du fait de sa composition, de la fa\u00e7on dont celui-ci avait dress\u00e9 les listes de candidats aux postes d\u2019assesseurs non judiciaires ou d\u2019une absence de garanties contre les pressions ext\u00e9rieures, ne pouvait \u00eatre consid\u00e9r\u00e9 comme un \u00ab\u00a0tribunal ind\u00e9pendant et impartial\u00a0\u00bb ni m\u00eame comme un \u00ab\u00a0tribunal\u00a0\u00bb au sens de l\u2019article\u00a06 de la Convention.<\/p>\n<p>72. Le Gouvernement souligne que c\u2019est dans ses observations du 5\u00a0novembre\u00a02015 (paragraphe 82 ci-dessous) que le requ\u00e9rant a all\u00e9gu\u00e9 pour la premi\u00e8re fois une violation de l\u2019article\u00a06\u00a0\u00a7\u00a01 tir\u00e9e de ce que la chambre disciplinaire, compte tenu de sa composition et du mode de nomination de certains de ses membres, ne pouvait passer pour un tribunal ind\u00e9pendant et impartial. Il en conclut que le grief pour lequel la chambre a constat\u00e9 une violation n\u2019\u00e9tait apparu que dans les troisi\u00e8mes, voire les quatri\u00e8mes, observations du requ\u00e9rant, c\u2019est-\u00e0-dire trop tardivement et en dehors de l\u2019objet initial de l\u2019affaire port\u00e9e devant la Cour sur le terrain de la Convention.<\/p>\n<p>73. Le Gouvernement dit que, malgr\u00e9 cela, la chambre l\u2019a invit\u00e9 \u00e0 plusieurs reprises \u00e0 r\u00e9pondre \u00e0 des questions quant \u00e0 savoir si le requ\u00e9rant avait, \u00e0 tous les stades de la proc\u00e9dure, eu acc\u00e8s \u00e0 un tribunal satisfaisant \u00e0 toutes les exigences de l\u2019article\u00a06\u00a0\u00a7\u00a01, compte tenu notamment de sa composition ainsi que des garanties de comp\u00e9tence judiciaire professionnelle et du mode de s\u00e9lection des personnes \u00e0 inscrire sur la liste des assesseurs non judiciaires (paragraphe 6 ci-dessus).<\/p>\n<p>74. Le Gouvernement renvoie ensuite \u00e0 ses observations devant la chambre des 9 janvier et 12 mars 2014 et du 13 novembre 2015, dans lesquelles il a soulign\u00e9 \u00e0 plusieurs reprises que cette question sortait de l\u2019objet des griefs du requ\u00e9rant et s\u2019est oppos\u00e9 \u00e0 ce que la chambre \u00e9tende d\u2019office l\u2019objet de l\u2019affaire.<\/p>\n<p>75. Le Gouvernement estime que, si la Cour est ma\u00eetresse de la qualification juridique des faits de la cause et n\u2019a donc pas \u00e0 se consid\u00e9rer comme li\u00e9e par celle que leur attribuent les parties, elle n\u2019a pas toute latitude pour conna\u00eetre d\u2019un grief sans tenir compte du contexte proc\u00e9dural dans lequel il s\u2019inscrit (le Gouvernement cite l\u2019arr\u00eat Garib c. Pays-Bas [GC], no\u00a043494\/09,\u00a0\u00a7\u00a098, 6\u00a0novembre\u00a02017). Il dit que le principe jura novit curia renvoie \u00e0 la qualification juridique du grief, et non \u00e0 la question de savoir dans quel acte particulier des autorit\u00e9s le requ\u00e9rant voit une violation de la Convention. Il argue que la Cour ne peut se servir de ce principe pour introduire un nouveau grief que le requ\u00e9rant n\u2019aurait pas formul\u00e9. Il en conclut que, si la Cour a comp\u00e9tence pour examiner les circonstances d\u00e9nonc\u00e9es \u00e0 la lumi\u00e8re de l\u2019int\u00e9gralit\u00e9 de la Convention (il cite l\u2019arr\u00eat Foti et autres, pr\u00e9cit\u00e9,\u00a0\u00a7\u00a044), cela ne lui permet pas pour autant de se saisir de questions \u00e0 l\u2019\u00e9gard desquelles le requ\u00e9rant n\u2019aurait all\u00e9gu\u00e9 aucune violation de ses droits conventionnels.<\/p>\n<p>76. Le Gouvernement voit une diff\u00e9rence notable entre la th\u00e8se selon laquelle un organe judiciaire, du fait de sa composition, n\u2019est pas la \u00ab\u00a0plus haute juridiction\u00a0\u00bb au sens de l\u2019article\u00a02\u00a0\u00a7\u00a02 du Protocole no 7, et la th\u00e8se selon laquelle il n\u2019est pas un \u00ab\u00a0tribunal\u00a0\u00bb du tout au sens de l\u2019article\u00a06\u00a0\u00a7\u00a01 de la Convention. Il dit qu\u2019\u00e0 sa connaissance la Cour n\u2019a pas encore d\u00e9fini la notion de \u00ab\u00a0plus haute juridiction\u00a0\u00bb employ\u00e9e au deuxi\u00e8me paragraphe de l\u2019article\u00a02 du Protocole no 7. Il rel\u00e8ve que la Cour a seulement observ\u00e9 qu\u2019une autorit\u00e9 qui n\u2019est pas un \u00ab\u00a0tribunal\u00a0\u00bb au sens de l\u2019article\u00a06 de la Convention ne peut \u00eatre consid\u00e9r\u00e9e comme la \u00ab\u00a0plus haute juridiction\u00a0\u00bb au sens de l\u2019article\u00a02\u00a0\u00a7\u00a02 du Protocole no 7 (il cite l\u2019arr\u00eat Saquetti Espagne, no\u00a050514\/13,\u00a0\u00a7\u00a053, 30 juin 2020). Selon lui, cela ne signifie pas que l\u2019inverse soit \u00e9galement vrai\u00a0: si telle ou telle autorit\u00e9 n\u2019est pas la \u00ab\u00a0plus haute juridiction\u00a0\u00bb au sens de l\u2019article\u00a02\u00a0\u00a7\u00a02 du Protocole no 7, il ne faudrait pas en conclure automatiquement pour autant qu\u2019elle n\u2019est pas un \u00ab\u00a0tribunal\u00a0\u00bb au sens de l\u2019article\u00a06\u00a0\u00a7\u00a01 de la Convention car il ne serait pas d\u00e9raisonnable de supposer que les plus hautes juridictions doivent r\u00e9pondre \u00e0 des exigences plus strictes que les juridictions ordinaires.<\/p>\n<p>77. Or, le Gouvernement dit que c\u2019est pr\u00e9cis\u00e9ment la conclusion \u00e0 laquelle est parvenue la chambre, qui aurait soulign\u00e9 que le requ\u00e9rant avait, dans sa requ\u00eate initiale, d\u00fbment formul\u00e9 son grief tir\u00e9 de la composition du tribunal disciplinaire et d\u2019une absence de garanties suffisantes quant \u00e0 \u2018la comp\u00e9tence et \u00e0 l\u2019ind\u00e9pendance de ses membres non judiciaires. Lorsque la chambre a recherch\u00e9 si le requ\u00e9rant avait soulev\u00e9 ce grief, au moins en substance, elle n\u2019aurait pas examin\u00e9 celui-ci sous son aspect juridique (Grosam, pr\u00e9cit\u00e9, \u00a7\u00a7\u00a075 et 103-105). Elle aurait jug\u00e9 indiff\u00e9rent que le requ\u00e9rant e\u00fbt \u00e9voqu\u00e9 l\u2019aspect institutionnel de la composition de la juridiction disciplinaire en se r\u00e9f\u00e9rant au seul deuxi\u00e8me paragraphe de l\u2019article\u00a02 du Protocole no 7 puisque c\u2019est \u00e0 la Cour qu\u2019il revient de qualifier juridiquement ses griefs. Ainsi, sur le fondement du grief de violation du droit \u00e0 un double degr\u00e9 de juridiction en mati\u00e8re p\u00e9nale garanti par l\u2019article\u00a02 du Protocole no\u00a07, qu\u2019elle aurait requalifi\u00e9 en grief de violation du droit \u00e0 un \u00ab\u00a0tribunal\u00a0\u00bb garanti par l\u2019article\u00a06 du Convention, elle aurait estim\u00e9 pouvoir examiner le respect de toutes les exigences d\u2019un \u00ab\u00a0tribunal\u00a0\u00bb, telles que son ind\u00e9pendance et son impartialit\u00e9, les qualifications professionnelles de ses membres, etc.<\/p>\n<p>78. Pour ces raisons, le Gouvernement repousse fermement l\u2019argument tir\u00e9 par le requ\u00e9rant (paragraphe 86 ci-dessous) de ce que, dans ses observations du 5 novembre 2015 (paragraphe 72 ci-dessus et paragraphe 82 ci-dessous), ce dernier se serait content\u00e9 d\u2019\u00e9toffer son grief initial. Il estime que, au contraire, pouss\u00e9 par la chambre (paragraphes 6 et 73 ci-dessus), le requ\u00e9rant a formul\u00e9 dans ces observations un grief nouveau qui ne figurait pas parmi ceux que ce dernier avait initialement expos\u00e9s. Il consid\u00e8re que, quand bien m\u00eame la Cour en viendrait \u00e0 conclure que ce grief n\u2019est pas nouveau mais s\u2019analyse en un d\u00e9veloppement des griefs initiaux du requ\u00e9rant, il n\u2019a jamais \u00e9t\u00e9 soulev\u00e9, ne serait-ce qu\u2019en substance, devant les juridictions internes, notamment la Cour constitutionnelle, et que le requ\u00e9rant n\u2019a donc pas \u00e9puis\u00e9 les voies de recours internes.<\/p>\n<p>79. Enfin, le Gouvernement dit que, malgr\u00e9 les objections qu\u2019il a oppos\u00e9es tout au long de la proc\u00e9dure aux initiatives de la chambre tendant \u00e0 \u00e9tendre l\u2019objet de l\u2019affaire et \u00e0 soulever de nouvelles questions de sa propre initiative (paragraphe 74 ci-dessus), celle-ci a recherch\u00e9 de mani\u00e8re continue et proactive des raisons de conclure \u00e0 une violation de la Convention, bien au-del\u00e0 de la port\u00e9e des griefs initiaux du requ\u00e9rant. Selon lui, cela pourrait donner l\u2019impression que la chambre a utilis\u00e9 l\u2019affaire pour examiner tout le syst\u00e8me de justice disciplinaire en droit tch\u00e8que, se servant ainsi d\u2019une requ\u00eate individuelle pour atteindre un objectif autre que celui pour lequel celle-ci \u00e9tait destin\u00e9e.<\/p>\n<p>80. Le Gouvernement invite donc la Grande Chambre non seulement \u00e0 corriger l\u2019erreur qui a \u00e9t\u00e9 commise au niveau de la chambre, mais aussi \u00e0 pr\u00e9ciser les limites du pouvoir qu\u2019a la Cour de requalifier les griefs des requ\u00e9rants, de mani\u00e8re \u00e0 s\u2019assurer que l\u2019objet de l\u2019affaire ne s\u2019\u00e9tende pas au\u2011del\u00e0 des griefs formul\u00e9s dans la requ\u00eate.<\/p>\n<p>81. Le Gouvernement conclut de ce qui pr\u00e9c\u00e8de que le grief pour lequel la chambre a conclu \u00e0 la violation de l\u2019article\u00a06\u00a0\u00a7\u00a01 de la Convention est irrecevable soit pour non-respect du d\u00e9lai de six mois, soit pour non\u2011\u00e9puisement des voies de recours internes.<\/p>\n<p><em>2. Le requ\u00e9rant<\/em><\/p>\n<p>82. Dans ses observations devant la chambre, qui sont dat\u00e9es du 5\u00a0novembre\u00a02015, le requ\u00e9rant a soutenu que la chambre disciplinaire de la Cour administrative supr\u00eame n\u2019\u00e9tait pas un \u00ab\u00a0tribunal\u00a0\u00bb au sens de l\u2019article\u00a06\u00a0\u00a7\u00a01 de la Convention car seuls deux de ses six membres \u00e9taient des juges professionnels (paragraphe 19 ci-dessus). En particulier, il a estim\u00e9 que la chambre disciplinaire ne pouvait passer pour ind\u00e9pendante puisque ses membres assesseurs non judiciaires, qui n\u2019\u00e9taient pas des juges professionnels, n\u2019auraient pas r\u00e9pondu aux exigences d\u2019ind\u00e9pendance et d\u2019impartialit\u00e9. Il a ajout\u00e9 que la loi ne pr\u00e9voyait aucune garantie contre les pressions ext\u00e9rieures, ne fixait pas d\u2019exigences pour les assesseurs non judiciaires en termes de comp\u00e9tence et d\u2019exp\u00e9rience par rapport aux juges professionnels et n\u2019encadrait leur nomination par aucune r\u00e8gle. Il a all\u00e9gu\u00e9 pour finir que le processus de s\u00e9lection des assesseurs non judiciaires manquait de transparence.<\/p>\n<p>83. Dans ses observations compl\u00e9mentaires, qui sont dat\u00e9es du 10\u00a0d\u00e9cembre\u00a02015, le requ\u00e9rant a repouss\u00e9 la th\u00e8se, d\u00e9fendue par le Gouvernement, de l\u2019irrecevabilit\u00e9 pour non-respect du d\u00e9lai de six mois et pour non-\u00e9puisement des voies de recours internes du grief qu\u2019il tire de ce que lequel la chambre disciplinaire de la Cour administrative supr\u00eame ne serait pas un \u00ab\u00a0tribunal\u00a0\u00bb au sens de l\u2019article\u00a06\u00a0\u00a7\u00a01 de la Convention. En particulier, il a soutenu que l\u2019invocation dans sa requ\u00eate de l\u2019article\u00a02 du Protocole no 7 \u00e0 la Convention, dont le libell\u00e9 renvoie \u00e0 la notion de \u00ab\u00a0plus haute juridiction\u00a0\u00bb, appelait n\u00e9cessairement l\u2019examen de la question de savoir si la chambre disciplinaire de la Cour administrative supr\u00eame \u00e9tait un \u00ab\u00a0tribunal\u00a0\u00bb au sens de l\u2019article\u00a06\u00a0\u00a7\u00a01 de la Convention. \u00c0 l\u2019appui de ce lien entre les deux articles, le requ\u00e9rant s\u2019est r\u00e9f\u00e9r\u00e9 au rapport explicatif du Protocole no 7 \u00e0 la Convention (paragraphe 50 ci-dessus).<\/p>\n<p>84. Dans ces observations, le requ\u00e9rant a dit \u00e9galement ceci\u00a0:<\/p>\n<p>\u00ab\u00a0Dans ses observations du 5 novembre 2015, [le requ\u00e9rant] d\u00e9crit en d\u00e9tail les raisons pour lesquelles il a conclu que les membres du tribunal disciplinaire (c\u2019est-\u00e0-dire les [assesseurs non judiciaires]) ne satisfont pas aux exigences [d\u2019]impartialit\u00e9 et d\u2019ind\u00e9pendance et [il] s\u2019en tient donc \u00e0 cette conclusion sur tous les points.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p>85. Devant la Grande Chambre, le requ\u00e9rant soutient que, dans sa requ\u00eate devant la Cour, il a tir\u00e9 grief de la composition du tribunal disciplinaire sur le terrain de l\u2019article\u00a02 du Protocole no 7 \u00e0 la Convention. Ce grief, dit-il, peut aussi \u00eatre qualifi\u00e9 de grief de violation du droit \u00e0 un proc\u00e8s \u00e9quitable garanti par l\u2019article\u00a06 de la Convention.<\/p>\n<p>86. Par ailleurs, dans ses observations devant la chambre, le requ\u00e9rant avait pr\u00e9cis\u00e9 davantage ce grief, mais n\u2019en avait pas formul\u00e9 un nouveau.<\/p>\n<p>87. Il conclut que la chambre, dans son arr\u00eat, n\u2019a examin\u00e9 que les griefs et arguments qu\u2019il avait avanc\u00e9s et qu\u2019elle n\u2019a donc en aucune mani\u00e8re outrepass\u00e9 la comp\u00e9tence conf\u00e9r\u00e9e \u00e0 la Cour.<\/p>\n<p><strong>C. Appr\u00e9ciation de la Cour<\/strong><\/p>\n<p>88. La Cour rappelle qu\u2019un grief ou une \u00ab\u00a0pr\u00e9tention\u00a0\u00bb \u2013 forme substantiv\u00e9e du verbe \u00ab\u00a0se pr\u00e9tendre\u00a0\u00bb employ\u00e9 \u00e0 l\u2019article\u00a034 de la Convention \u2013 comporte deux \u00e9l\u00e9ments, \u00e0 savoir des all\u00e9gations factuelles (en\u00a0ce sens que le requ\u00e9rant se dit \u00ab\u00a0victime\u00a0\u00bb d\u2019une action ou d\u2019une omission) et les arguments juridiques qui en sont tir\u00e9s (en ce sens que l\u2019action ou omission en question emporte \u00ab\u00a0violation par l\u2019une des Hautes Parties contractantes des droits reconnus dans la Convention ou ses Protocoles\u00a0\u00bb\u00a0; voir Radomilja et autres, pr\u00e9cit\u00e9,\u00a0\u00a7\u00a0110). Ces deux \u00e9l\u00e9ments sont imbriqu\u00e9s puisque les faits d\u00e9nonc\u00e9s doivent \u00eatre interpr\u00e9t\u00e9s \u00e0 la lumi\u00e8re des arguments juridiques avanc\u00e9s, et vice versa (ibidem).<\/p>\n<p>89. La Cour rappelle en outre que les griefs que le requ\u00e9rant entend tirer de l\u2019article\u00a06 de la Convention doivent contenir tous les param\u00e8tres n\u00e9cessaires pour permettre \u00e0 la Cour de d\u00e9limiter la question qu\u2019elle sera appel\u00e9e \u00e0 examiner. Il est important de souligner que le champ d\u2019application de l\u2019article\u00a06 de la Convention est tr\u00e8s large et que l\u2019examen de la Cour est n\u00e9cessairement d\u00e9limit\u00e9 par les griefs pr\u00e9cis pr\u00e9sent\u00e9s devant elle (Ramos Nunes de Carvalho e S\u00e1 c. Portugal [GC], nos 55391\/13 et 2 autres,\u00a0\u00a7\u00a0104, 6\u00a0novembre\u00a02018).<\/p>\n<p>90. Pour pouvoir introduire une requ\u00eate en vertu de l\u2019article 34 de la Convention, une personne doit pouvoir d\u00e9montrer qu\u2019elle a subi directement les effets de la mesure dont elle se plaint, condition n\u00e9cessaire pour que soit enclench\u00e9 le m\u00e9canisme de protection pr\u00e9vu par la Convention (Centre de ressources juridiques au nom de Valentin C\u00e2mpeanu c. Roumanie [GC], no\u00a047848\/08, \u00a7\u00a096, CEDH 2014). Dans le m\u00eame ordre d\u2019id\u00e9es, la Cour ne peut statuer que sur les faits dont le requ\u00e9rant se plaint (paragraphe 88 ci-dessus, et Radomilja et autres, pr\u00e9cit\u00e9, \u00a7\u00a7 120-121 et 124). En cons\u00e9quence, il ne suffit pas que l\u2019existence d\u2019une violation de la Convention soit \u00ab\u00a0\u00e9vidente\u00a0\u00bb au vu des faits de l\u2019esp\u00e8ce ou des observations soumises par le requ\u00e9rant. Il incombe au contraire au requ\u00e9rant de d\u00e9noncer une action ou omission comme contraire aux droits reconnus dans la Convention ou ses Protocoles (ibidem \u00a7 110, voir le paragraphe 88 ci-dessus), de telle mani\u00e8re que la Cour n\u2019ait pas \u00e0 sp\u00e9culer sur la question de savoir si tel ou tel grief a \u00e9t\u00e9 ou non soulev\u00e9 (voir, au sujet de l\u2019\u00e9puisement des voies de recours internes, Farzaliyev\u00a0c.\u00a0Azerba\u00efdjan, no\u00a029620\/07, \u00a7 55, 28 mai 2020).<\/p>\n<p>91. Cela signifie que la Cour n\u2019a pas le pouvoir de se substituer au requ\u00e9rant et de retenir des griefs nouveaux sur la seule base des arguments et des faits expos\u00e9s (voir, en comparaison, les arr\u00eats de la Cour internationale de Justice cit\u00e9s au paragraphes 47-49 ci-dessus).<\/p>\n<p>92. En l\u2019esp\u00e8ce, dans la requ\u00eate dont il a saisi la Cour, le requ\u00e9rant argue, sous l\u2019angle de l\u2019article\u00a02 du Protocole no 7 \u00e0 la Convention, que le droit interne excluait tout recours contre les d\u00e9cisions de la chambre disciplinaire de la Cour administrative supr\u00eame (paragraphe 29 ci-dessus). Il ne voit aucune violation de cette disposition dans la pr\u00e9sence, au sein de la composition de ce tribunal, de membres qui n\u2019\u00e9taient pas des magistrats professionnels (paragraphe 88 ci-dessus). Il ne s\u2019appuie sur cet \u00e9l\u00e9ment que pour soutenir que, parce que ses membres non judiciaires n\u2019\u00e9taient pas astreints aux m\u00eames exigences de comp\u00e9tence et d\u2019ind\u00e9pendance que les juges professionnels, le tribunal disciplinaire ne pouvait \u00eatre consid\u00e9r\u00e9 comme la \u00ab\u00a0plus haute juridiction\u00a0\u00bb. Cette th\u00e8se a pour seule finalit\u00e9 d\u2019\u00e9carter l\u2019application de l\u2019exception pr\u00e9vue \u00e0 l\u2019article\u00a02\u00a0\u00a7\u00a02 du Protocole no 7, qui exclut le droit \u00e0 un double degr\u00e9 de juridiction dans les cas o\u00f9 l\u2019accus\u00e9 a \u00e9t\u00e9 jug\u00e9 en premi\u00e8re instance par la plus haute juridiction.<\/p>\n<p>93. Qui plus est, le requ\u00e9rant souligne qu\u2019en raison de la participation d\u2019assesseurs non judiciaires, la composition de la chambre disciplinaire de la Cour administrative supr\u00eame \u00e9tait inhabituelle par rapport \u00e0 celle des institutions judiciaires sup\u00e9rieures de la R\u00e9publique tch\u00e8que, qui normalement n\u2019ont pas en leur sein des assesseurs non judiciaires, dont la participation, comme il l\u2019a soulign\u00e9, est courante chez certains tribunaux de premi\u00e8re instance (paragraphe 29 ci-dessus). Bref, il soutient non pas que la chambre disciplinaire n\u2019\u00e9tait m\u00eame pas un \u00ab\u00a0tribunal\u00a0\u00bb, mais seulement qu\u2019elle n\u2019\u00e9tait pas la \u00ab\u00a0plus haute juridiction\u00a0\u00bb.<\/p>\n<p>94. Un argument aussi secondaire n\u2019est pas assimilable \u00e0 un grief puisque, comme le soutient le requ\u00e9rant, la composition de la chambre disciplinaire n\u2019\u00e9tait pas la cause de la violation all\u00e9gu\u00e9e de l\u2019article\u00a02 du Protocole no 7, ni son fait constitutif (voir, en comparaison, l\u2019arr\u00eat rendu par la Cour internationale de Justice en l\u2019affaire des Essais nucl\u00e9aires, cit\u00e9 au paragraphe\u00a048 ci-dessus, dans la mesure o\u00f9 il \u00e9voque le pouvoir qu\u2019a la C.I.J. d\u2019\u00e9carter certaines th\u00e8ses ou arguments consid\u00e9r\u00e9s non pas comme des \u00e9l\u00e9ments indiquant ce que la partie demande \u00e0 la C.I.J. de d\u00e9cider, mais comme des raisons pour lesquelles celle-ci devrait statuer dans le sens voulu).<\/p>\n<p>95. Au vu de ce qui pr\u00e9c\u00e8de, la Cour estime que l\u2019argument que le requ\u00e9rant avance en d\u00e9non\u00e7ant la composition de la juridiction disciplinaire ne peut \u00eatre interpr\u00e9t\u00e9 comme un grief tir\u00e9 de ce que cette juridiction n\u2019aurait pas \u00e9t\u00e9 un tribunal ind\u00e9pendant et impartial, au sens de l\u2019article\u00a06\u00a0\u00a7\u00a01 de la Convention. Si le requ\u00e9rant souhaitait \u00e0 ce stade all\u00e9guer une violation des garanties \u00e9nonc\u00e9es \u00e0 l\u2019article\u00a06\u00a0\u00a7\u00a01 de la Convention, il aurait d\u00fb le faire clairement dans son formulaire de requ\u00eate, \u00e0 l\u2019instar de ce qu\u2019il a fait par la suite, dans ses observations du 5\u00a0novembre\u00a02015 produites devant la chambre (paragraphe 82 ci-dessus, et, en comparaison, Rustavi 2 Broadcasting Company Ltd et autres c. G\u00e9orgie, no 16812\/17,\u00a0\u00a7\u00a0246, 18\u00a0juillet\u00a02019).<\/p>\n<p>96. Il ressort de ce qui pr\u00e9c\u00e8de que le requ\u00e9rant n\u2019a pas expos\u00e9 dans la requ\u00eate qu\u2019il a introduite devant la Cour le grief qu\u2019il tire, sur le terrain de l\u2019article\u00a06\u00a0\u00a7\u00a01 de la Convention, d\u2019un d\u00e9faut de tribunal ind\u00e9pendant et impartial. Au lieu de cela, comme le souligne le Gouvernement (paragraphes 67 et 72 ci-dessus), le requ\u00e9rant a formul\u00e9 pour la premi\u00e8re fois ce grief dans ses observations qu\u2019il a produites le 5\u00a0novembre\u00a02015 devant la chambre, post\u00e9rieurement \u00e0 la communication par celle-ci de la requ\u00eate au Gouvernement (paragraphe 82 ci-dessus). Ce nouveau grief ne peut \u00eatre consid\u00e9r\u00e9 comme rattach\u00e9 \u00e0 un volet particulier du grief initial fond\u00e9 sur l\u2019article\u00a02 du Protocole no 7 car il concerne des exigences distinctes d\u00e9coulant de l\u2019article\u00a06\u00a0\u00a7\u00a01 de la Convention (voir, mutatis mutandis, Denis et Irvine c.\u00a0Belgique [GC], nos 62819\/17 et 63921\/17,\u00a0\u00a7\u00a0110, 1er\u00a0juin\u00a02021, et paragraphe\u00a089 ci-dessus).<\/p>\n<p>97. Il s\u2019ensuit en outre qu\u2019en posant une question sur le respect de l\u2019exigence d\u2019un \u00ab\u00a0tribunal \u00e9tabli par la loi\u00a0\u00bb au sens de l\u2019article\u00a06\u00a0\u00a7\u00a01 de la Convention (paragraphe 6 ci-dessus), la chambre a \u00e9tendu d\u2019office l\u2019objet de l\u2019affaire au-del\u00e0 celui que le requ\u00e9rant avait initialement d\u00e9fini dans sa requ\u00eate. La chambre a ainsi exc\u00e9d\u00e9 les pouvoirs que les articles 32 et 34 de la Convention conf\u00e8rent \u00e0 la Cour (paragraphe 91 ci-dessus).<\/p>\n<p><strong>D. Conclusions sur l\u2019objet de l\u2019affaire<\/strong><\/p>\n<p>98. Au vu de ces \u00e9l\u00e9ments, la Cour estime que le grief tir\u00e9 de ce que la chambre disciplinaire ne serait pas un tribunal ind\u00e9pendant et impartial, que le requ\u00e9rant a soulev\u00e9 en novembre 2015, a \u00e9t\u00e9 introduit plus de six mois apr\u00e8s la cl\u00f4ture, le 17\u00a0septembre\u00a02012, de la proc\u00e9dure disciplinaire dirig\u00e9e contre lui, lorsque la d\u00e9cision par laquelle la Cour constitutionnelle a rejet\u00e9 son recours constitutionnel lui a \u00e9t\u00e9 signifi\u00e9e (paragraphe 28 ci-dessus).<\/p>\n<p>99. L\u2019exception pr\u00e9liminaire, pr\u00e9sent\u00e9e par le Gouvernement, de non\u2011respect de la r\u00e8gle des six mois (paragraphes 72 et 81 ci-dessus) doit donc \u00eatre accueillie.<\/p>\n<p>100. Il s\u2019ensuit que le grief tir\u00e9 par le requ\u00e9rant d\u2019un d\u00e9faut de tribunal ind\u00e9pendant et impartial est irrecevable au regard de l\u2019article\u00a035\u00a0\u00a7\u00a01 de la Convention pour non-respect de la r\u00e8gle des six mois, et qu\u2019il doit donc \u00eatre rejet\u00e9 en application de l\u2019article\u00a035\u00a0\u00a7\u00a04.<\/p>\n<p>101. Au vu de ce qui pr\u00e9c\u00e8de, la Cour estime qu\u2019il n\u2019y a pas lieu d\u2019examiner l\u2019exception pr\u00e9liminaire restante du Gouvernement, tir\u00e9e d\u2019un non-\u00e9puisement par le requ\u00e9rant des voies de recours internes (voir, par exemple, Ramos Nunes de Carvalho e S\u00e1, pr\u00e9cit\u00e9,\u00a0\u00a7\u00a0110).<\/p>\n<p>102. Ayant jug\u00e9 irrecevable le grief que le requ\u00e9rant tire, sur le terrain de l\u2019article\u00a06\u00a0\u00a7\u00a01 de la Convention, d\u2019un d\u00e9faut de tribunal ind\u00e9pendant et impartial, la Cour proc\u00e9dera \u00e0 l\u2019examen de ses autres griefs qui rel\u00e8vent de l\u2019objet de l\u2019affaire renvoy\u00e9e devant la Grande Chambre. Il s\u2019agit notamment des griefs de violation de l\u2019article\u00a06\u00a0\u00a7\u00a01 de la Convention portant sur l\u2019\u00e9quit\u00e9 de la proc\u00e9dure conduite devant la juridiction disciplinaire, et du grief initial de violation de l\u2019article\u00a02 du Protocole no 7 \u00e0 la Convention (paragraphe 63 ci-dessus).<\/p>\n<p><strong>II. SUR LA VIOLATION ALL\u00c9GU\u00c9E DE L\u2019ARTICLE\u00a06\u00a0\u00a7\u00a01 DE LA CONVENTION<\/strong><\/p>\n<p>103. Le requ\u00e9rant soutient notamment que le tribunal disciplinaire ne l\u2019a pas explicitement invit\u00e9 \u00e0 proposer des \u00e9l\u00e9ments de preuve suppl\u00e9mentaires avant la cl\u00f4ture de l\u2019audience et qu\u2019il n\u2019a \u00e9t\u00e9 condamn\u00e9 que parce qu\u2019il n\u2019avait pas pu \u00e9tayer ses moyens de d\u00e9fense par la production d\u2019un document qui lui avait \u00e9t\u00e9 remis par le directeur financier de la soci\u00e9t\u00e9 d\u00e9bitrice (paragraphes\u00a052-53 ci-dessus).<\/p>\n<p>104. Le Gouvernement conteste la recevabilit\u00e9 de ce volet de la requ\u00eate en arguant qu\u2019il est manifestement mal fond\u00e9. Toutefois, avant d\u2019examiner les arguments des parties sur ce point (paragraphes 125-129 ci-dessous), la Cour, pour les motifs expos\u00e9s ci-dessous (paragraphes 107 et 111-112), doit rechercher si l\u2019article\u00a06 est applicable \u00e0 la proc\u00e9dure disciplinaire en cause et, dans l\u2019affirmative, sous quel volet (civil et\/ou p\u00e9nal).<\/p>\n<p><strong>A. Sur l\u2019applicabilit\u00e9<\/strong><\/p>\n<p>105. \u00c0 l\u2019inverse de la position qu\u2019il avait adopt\u00e9e devant la chambre (Grosam, pr\u00e9cit\u00e9, \u00a7\u00a7\u00a081-82), le Gouvernement, dans ses observations devant la Grande Chambre, ne conteste plus l\u2019applicabilit\u00e9 de l\u2019article\u00a06 de la Convention sous son volet civil \u00e0 la proc\u00e9dure disciplinaire en cause. En\u00a0revanche, il estime toujours que cet article n\u2019est pas applicable sous son volet p\u00e9nal. Le requ\u00e9rant, pour sa part, s\u2019en tient \u00e0 la th\u00e8se de l\u2019applicabilit\u00e9 de l\u2019article\u00a06 de la Convention tant sous son volet civil que sous son volet p\u00e9nal (ibidem, \u00a7\u00a7\u00a085-86).<\/p>\n<p><em>1. Sur l\u2019applicabilit\u00e9 de l\u2019article\u00a06 sous son volet civil<\/em><\/p>\n<p>106. La Cour constate que les deux parties conviennent finalement que l\u2019article\u00a06 de la Convention est applicable sous son volet civil \u00e0 la proc\u00e9dure disciplinaire en cause (voir le paragraphe pr\u00e9c\u00e9dent).<\/p>\n<p>107. Toutefois, l\u2019applicabilit\u00e9 de tel ou tel article\u00a0de la Convention ou d\u2019un Protocole \u00e0 celle-ci est une question qui rel\u00e8ve de la comp\u00e9tence ratione\u00a0materiae de la Cour, dont l\u2019\u00e9tendue est d\u00e9termin\u00e9e par la Convention elle-m\u00eame, sp\u00e9cialement par son article\u00a032, et non par les observations soumises par les parties dans une affaire donn\u00e9e. Aussi la Cour doit-elle, dans chaque affaire port\u00e9e devant elle, s\u2019assurer qu\u2019elle est comp\u00e9tente pour conna\u00eetre de la requ\u00eate, et il lui faut donc \u00e0 chaque stade de la proc\u00e9dure examiner la question de sa comp\u00e9tence (Ble\u010di\u0107 c. Croatie [GC], no\u00a059532\/00,\u00a0\u00a7\u00a067, CEDH 2006\u2011III, et Selmani et autres c. l\u2019\u00ab\u00a0ex-R\u00e9publique yougoslave de Mac\u00e9doine\u00a0\u00bb, no 67259\/14,\u00a0\u00a7\u00a027, 9 f\u00e9vrier 2017).<\/p>\n<p>108. La Cour rappelle que, pour que l\u2019article\u00a06\u00a0\u00a7\u00a01 trouve \u00e0 s\u2019appliquer sous son volet \u00ab civil \u00bb, il faut qu\u2019il y ait \u00ab contestation \u00bb (\u00ab dispute \u00bb en anglais) sur un \u00ab droit \u00bb que l\u2019on peut pr\u00e9tendre, au moins de mani\u00e8re d\u00e9fendable, reconnu en droit interne, que ce droit soit ou non prot\u00e9g\u00e9 par la Convention. Il doit s\u2019agir d\u2019une contestation r\u00e9elle et s\u00e9rieuse, qui peut concerner aussi bien l\u2019existence m\u00eame d\u2019un droit que son \u00e9tendue ou ses modalit\u00e9s d\u2019exercice. Enfin, l\u2019issue de la proc\u00e9dure doit \u00eatre directement d\u00e9terminante pour le droit en question, un lien t\u00e9nu ou des r\u00e9percussions lointaines ne suffisant pas \u00e0 faire entrer en jeu l\u2019article\u00a06\u00a0\u00a7\u00a01 (Denisov c.\u00a0Ukraine [GC], no 76639\/11, \u00a7 44, 25 septembre 2018, avec d\u2019autres r\u00e9f\u00e9rences, et Grz\u0119da c. Pologne [GC], no 43572\/18, \u00a7 257, 15 mars 2022, avec d\u2019autres r\u00e9f\u00e9rences). Enfin, le droit doit rev\u00eatir un caract\u00e8re \u00ab civil \u00bb (ibidem).<\/p>\n<p>109. Faisant application de ces principes au cas d\u2019esp\u00e8ce, la chambre a dit ceci (Grosam, pr\u00e9cit\u00e9, \u00a7\u00a7\u00a089-92)\u00a0:<\/p>\n<p>\u00ab\u00a089.\u00a0La Cour note que sa jurisprudence a \u00e9volu\u00e9 ces derni\u00e8res ann\u00e9es et qu\u2019elle en est venue \u00e0 admettre qu\u2019une proc\u00e9dure disciplinaire mettant en jeu, comme en l\u2019esp\u00e8ce, le droit de continuer \u00e0 exercer une profession lib\u00e9rale, pouvait donner lieu \u00e0 des \u00ab\u00a0contestations\u00a0\u00bb sur des \u00ab\u00a0droits civils\u00a0\u00bb au sens de l\u2019article\u00a06\u00a0\u00a7\u00a01 de la Convention. Elle a reconnu que l\u2019article\u00a06\u00a0\u00a7\u00a01 de la Convention \u00e9tait applicable sous son volet civil non seulement lorsque le requ\u00e9rant avait fait l\u2019objet d\u2019une interdiction temporaire ou permanente d\u2019exercer sa profession, mais \u00e9galement lorsqu\u2019il s\u2019\u00e9tait vu infliger une amende. En effet, l\u2019issue concr\u00e8te de la proc\u00e9dure n\u2019est pas essentielle pour juger de l\u2019applicabilit\u00e9 de l\u2019article\u00a06\u00a0\u00a7\u00a01 de la Convention\u00a0: il peut suffire, le cas \u00e9ch\u00e9ant, que le droit d\u2019exercer une profession soit en cause, du seul fait que la suspension de l\u2019exercice de la profession figure parmi les mesures pouvant \u00eatre prononc\u00e9es contre le requ\u00e9rant (Peleki c. Gr\u00e8ce, no 69291\/12,\u00a0\u00a7\u00a039, 5 mars 2020, avec d\u2019autres r\u00e9f\u00e9rences).<\/p>\n<p>90.\u00a0La Cour note que, si le requ\u00e9rant exer\u00e7ait des pr\u00e9rogatives de puissance publique judiciaires dans le domaine des voies d\u2019ex\u00e9cution civiles, sa situation \u00e9tait toujours \u2013 ce qu\u2019aucune partie ne conteste \u2013 celle d\u2019un membre d\u2019une profession lib\u00e9rale (voir\u00a0aussi le paragraphe 32 ci-dessus). Les huissiers de justice tch\u00e8ques ne sont donc pas des agents publics (ni des employ\u00e9s). D\u00e8s lors, la pr\u00e9sente affaire se distingue notablement des affaires portant sur des proc\u00e9dures disciplinaires dirig\u00e9es contre des agents publics, dans lesquelles le crit\u00e8re dit de la jurisprudence Vilho Eskelinen est appliqu\u00e9 pour d\u00e9terminer si la protection pr\u00e9vue \u00e0 l\u2019article\u00a06 se trouve exclue parce que le requ\u00e9rant a la qualit\u00e9 d\u2019agent public (Vilho Eskelinen c. Finlande [GC], no\u00a063235\/00,\u00a0\u00a7\u00a062, CEDH 2007-II). La situation de l\u2019huissier de justice se rapproche plus de celle d\u2019un notaire, comme dans l\u2019affaire Peleki (pr\u00e9cit\u00e9e), que de celle d\u2019un avocat ou des autres professions lib\u00e9rales pour lesquelles l\u2019exercice de pr\u00e9rogatives de puissance publique est exclu.<\/p>\n<p>91.\u00a0Au vu de ses conclusions dans l\u2019arr\u00eat Peleki (pr\u00e9cit\u00e9), la Cour note que, au d\u00e9part, l\u2019action form\u00e9e par le procureur disciplinaire laissait au tribunal disciplinaire le soin d\u2019examiner quelle mesure disciplinaire infliger au requ\u00e9rant dans le cadre de cette action (paragraphe 6 ci-dessus). Si au d\u00e9but de l\u2019audience le procureur disciplinaire avait propos\u00e9 qu\u2019une amende soit inflig\u00e9e au requ\u00e9rant (paragraphe 7 ci-dessus), le tribunal disciplinaire n\u2019\u00e9tait pas li\u00e9 par cette proposition (paragraphe 32 ci-dessus), de sorte que le droit du requ\u00e9rant \u00e0 continuer d\u2019exercer sa profession d\u2019huissier de justice risquait d\u2019\u00eatre en jeu puisque la r\u00e9vocation de ses fonctions figurait parmi les mesures qui pouvaient \u00eatre prises contre lui (paragraphe 28 ci-dessus, et Peleki, pr\u00e9cit\u00e9).<\/p>\n<p>92.\u00a0La Cour en conclut que l\u2019objet de la proc\u00e9dure disciplinaire en cause pouvait \u00eatre le droit pour le requ\u00e9rant d\u2019exercer sa profession lib\u00e9rale. Ce seul \u00e9l\u00e9ment suffit \u00e0 conclure que l\u2019article\u00a06\u00a0\u00a7\u00a01 est applicable sous son volet civil. La Cour rejette donc l\u2019exception tir\u00e9e par le Gouvernement d\u2019une incompatibilit\u00e9 ratione materiae avec l\u2019article\u00a06\u00a0\u00a7\u00a01 sous son volet civil.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p>110. La Grande Chambre partage enti\u00e8rement l\u2019analyse et la conclusion de la chambre ci-dessus et r\u00e9affirme que, en l\u2019esp\u00e8ce, l\u2019article\u00a06 de la Convention est applicable sous son volet civil (voir aussi Bayer c. Allemagne, no 8453\/04, \u00a7\u00a7\u00a037-39, 16 juillet 2009, o\u00f9 la Cour a jug\u00e9 l\u2019article\u00a06 applicable sous son volet civil \u00e0 une proc\u00e9dure disciplinaire dirig\u00e9e contre un huissier de justice).<\/p>\n<p>2. Sur l\u2019applicabilit\u00e9 de l\u2019article\u00a06 sous son volet p\u00e9nal<\/p>\n<p>111. La Cour note que le requ\u00e9rant a \u00e9galement formul\u00e9 un grief sur le terrain de l\u2019article\u00a02 du Protocole no 7 \u00e0 la Convention (paragraphes 29, 52 et 54 ci-dessus), et que la notion d\u2019\u00ab\u00a0infraction p\u00e9nale\u00a0\u00bb employ\u00e9e au premier paragraphe de cet article correspond \u00e0 celle d\u2019\u00ab\u00a0accusation en mati\u00e8re p\u00e9nale\u00a0\u00bb employ\u00e9e \u00e0 l\u2019article\u00a06\u00a0\u00a7\u00a01 de la Convention (Gurepka c. Ukraine, no\u00a061406\/00,\u00a0\u00a7\u00a055, 6 septembre 2005, Zaicevs c. Lettonie, no 65022\/01,\u00a0\u00a7\u00a053, 31 juillet 2007, et Saquetti Iglesias, pr\u00e9cit\u00e9,\u00a0\u00a7\u00a022).<\/p>\n<p>112. Cela \u00e9tant, et puisque les deux volets, civil et p\u00e9nal, de l\u2019article\u00a06 de la Convention ne s\u2019excluent pas n\u00e9cessairement, la Cour estime devoir rechercher si cet article est applicable sous son volet p\u00e9nal aussi (voir, en comparaison, Ramos Nunes de Carvalho e S\u00e1, pr\u00e9cit\u00e9,\u00a0\u00a7\u00a0121), c\u2019est-\u00e0-dire si la proc\u00e9dure disciplinaire incrimin\u00e9e impliquait une d\u00e9cision sur une \u00ab\u00a0accusation en mati\u00e8re p\u00e9nale\u00a0\u00bb dirig\u00e9e contre le requ\u00e9rant.<\/p>\n<p>113. L\u2019\u00ab\u00a0accusation en mati\u00e8re p\u00e9nale\u00a0\u00bb au sens de l\u2019article\u00a06\u00a0\u00a7\u00a01 est une notion autonome (Ramos Nunes de Carvalho e S\u00e1, pr\u00e9cit\u00e9,\u00a0\u00a7\u00a0122). Selon la jurisprudence constante de la Cour, l\u2019existence ou non d\u2019une \u00ab\u00a0accusation en mati\u00e8re p\u00e9nale\u00a0\u00bb doit s\u2019appr\u00e9cier sur la base de trois crit\u00e8res, couramment d\u00e9nomm\u00e9s \u00ab\u00a0crit\u00e8res Engel\u00a0\u00bb (Engel et autres c.\u00a0Pays-Bas, 8 juin 1976,\u00a0\u00a7\u00a082, s\u00e9rie A no\u00a022, et Gestur J\u00f3nsson et Ragnar Halld\u00f3r Hall c. Islande [GC], nos\u00a068273\/14 et 68271\/14,\u00a0\u00a7\u00a075, 22 d\u00e9cembre 2020). Le premier de ces crit\u00e8res est la qualification juridique de l\u2019infraction en droit interne, le deuxi\u00e8me la nature m\u00eame de l\u2019infraction et le troisi\u00e8me le degr\u00e9 de s\u00e9v\u00e9rit\u00e9 de la sanction que risque de subir l\u2019int\u00e9ress\u00e9. Les deuxi\u00e8me et troisi\u00e8me crit\u00e8res sont alternatifs et pas n\u00e9cessairement cumulatifs. Cela n\u2019emp\u00eache pas l\u2019adoption d\u2019une approche cumulative si l\u2019analyse s\u00e9par\u00e9e de chaque crit\u00e8re ne permet pas d\u2019aboutir \u00e0 une conclusion claire quant \u00e0 l\u2019existence d\u2019une accusation en mati\u00e8re p\u00e9nale (voir, parmi d\u2019autres, Ezeh et Connors c.\u00a0Royaume-Uni [GC], nos 39665\/98 et 40086\/98,\u00a0\u00a7\u00a082, CEDH 2003-X, Jussila c. Finlande [GC], no\u00a073053\/01, \u00a7\u00a7\u00a030-31, CEDH 2006-XIV, et Gestur J\u00f3nsson et Ragnar Halld\u00f3r Hall, pr\u00e9cit\u00e9, \u00a7\u00a7\u00a075 et 77-78). Le fait qu\u2019une personne n\u2019encourt pas une peine d\u2019emprisonnement n\u2019est pas d\u00e9terminant en soi aux fins de l\u2019applicabilit\u00e9 du volet p\u00e9nal de l\u2019article\u00a06 de la Convention car, comme la Cour l\u2019a soulign\u00e9 \u00e0 maintes reprises, la faiblesse relative de l\u2019enjeu ne saurait \u00f4ter \u00e0 une infraction son caract\u00e8re p\u00e9nal intrins\u00e8que (Ramos Nunes de Carvalho e S\u00e1, pr\u00e9cit\u00e9,\u00a0\u00a7\u00a0122, Gestur J\u00f3nsson et Ragnar Halld\u00f3r Hall, pr\u00e9cit\u00e9,\u00a0\u00a7\u00a078, et Vegotex International S.A. c. Belgique [GC], no\u00a049812\/09,\u00a0\u00a7\u00a067, 3 novembre 2022).<\/p>\n<p>a) Th\u00e8ses des parties<\/p>\n<p>114. Sur le premier et le deuxi\u00e8me des trois crit\u00e8res Engel, les parties conviennent l\u2019une et l\u2019autre que, en droit interne, l\u2019infraction pour laquelle le requ\u00e9rant a \u00e9t\u00e9 condamn\u00e9 \u00e0 une amende \u00e9tait formellement qualifi\u00e9e d\u2019infraction disciplinaire et non d\u2019infraction p\u00e9nale, et qu\u2019elle \u00e9tait \u00e9galement de nature disciplinaire. Elles ne divergent que sur la question de savoir si le troisi\u00e8me des crit\u00e8res Engel est satisfait, \u00e0 savoir si la s\u00e9v\u00e9rit\u00e9 de la sanction que le requ\u00e9rant risquait de subir conf\u00e9rait \u00e0 l\u2019infraction un caract\u00e8re p\u00e9nal.<\/p>\n<p>115. En ce qui concerne ce crit\u00e8re, le Gouvernement avance des arguments identiques \u00e0 ceux qu\u2019il avait pr\u00e9sent\u00e9s devant la chambre (Grosam, pr\u00e9cit\u00e9,\u00a0\u00a7\u00a083). Il souligne, d\u2019une part, que le tribunal disciplinaire n\u2019aurait pas pu prononcer une peine de prison, m\u00eame en cas de non-paiement de l\u2019amende et, d\u2019autre part, que, si le requ\u00e9rant \u00e9tait passible d\u2019une amende d\u2019un montant pouvant aller jusqu\u2019\u00e0 800\u00a0000 CZK (soit 30\u00a0981 EUR \u00e0\u00a0l\u2019\u00e9poque des faits, voir le paragraphe 35 ci-dessus), la s\u00e9v\u00e9rit\u00e9 de cette sanction ne suffit pas \u00e0 elle seule \u00e0 conclure que la proc\u00e9dure disciplinaire dirig\u00e9e contre le requ\u00e9rant impliquait une d\u00e9cision sur une \u00ab\u00a0accusation en mati\u00e8re p\u00e9nale\u00a0\u00bb. Sur le second point, le Gouvernement \u00e9tablit une comparaison avec l\u2019affaire M\u00fcller-Hartburg, dans laquelle la Cour est selon lui parvenue \u00e0 la m\u00eame conclusion alors m\u00eame que le requ\u00e9rant \u00e9tait passible d\u2019une amende d\u2019un montant pouvant aller jusqu\u2019\u00e0 36\u00a0000 EUR environ (M\u00fcller-Hartburg c. Autriche, no\u00a047195\/06,\u00a0\u00a7\u00a047, 19 f\u00e9vrier 2013).<\/p>\n<p>116. Le requ\u00e9rant soutient que la s\u00e9v\u00e9rit\u00e9 de l\u2019amende dont il \u00e9tait passible montre que la proc\u00e9dure disciplinaire dirig\u00e9e contre lui impliquait une d\u00e9cision sur une \u00ab\u00a0accusation en mati\u00e8re p\u00e9nale\u00a0\u00bb.<\/p>\n<p>b) Appr\u00e9ciation de la Cour<\/p>\n<p>117. La Grande Chambre rel\u00e8ve que la chambre a conclu que les premier et deuxi\u00e8me crit\u00e8res Engel n\u2019\u00e9taient pas satisfaits en l\u2019esp\u00e8ce au motif que la faute pour laquelle l\u2019amende avait \u00e9t\u00e9 impos\u00e9e \u00e9tait formellement qualifi\u00e9e en droit tch\u00e8que d\u2019infraction disciplinaire et non d\u2019infraction p\u00e9nale et \u00e9tait \u00e9galement disciplinaire par nature (Grosam, pr\u00e9cit\u00e9, \u00a7\u00a7\u00a094-95). Elle rel\u00e8ve en outre que les parties partagent toutes deux ces conclusions (paragraphe\u00a0114 ci-dessus).<\/p>\n<p>118. La Grande Chambre fait siennes ces conclusions expos\u00e9es par la chambre. Il est \u00e9vident que, en droit interne, la faute en question est formellement qualifi\u00e9e d\u2019infraction disciplinaire et non p\u00e9nale (Grosam, pr\u00e9cit\u00e9,\u00a0\u00a7\u00a094). En outre, le requ\u00e9rant a \u00e9t\u00e9 condamn\u00e9 \u00e0 une amende sur le fondement de l\u2019article\u00a0116 de la loi sur les voies d\u2019ex\u00e9cution, qui effectivement s\u2019applique non pas \u00e0 l\u2019ensemble de la population mais aux seuls huissiers de justice (paragraphe 35 ci-dessus), en tant que membres d\u2019un groupe professionnel, et qui vise ind\u00e9niablement visant \u00e0 s\u2019assurer que ceux\u2011ci respectent leurs r\u00e8gles de d\u00e9ontologie sp\u00e9cifiques (voir Grosam, pr\u00e9cit\u00e9,\u00a0\u00a7\u00a095).<\/p>\n<p>119. Quant au troisi\u00e8me crit\u00e8re, \u00e0 savoir la nature et le degr\u00e9 de s\u00e9v\u00e9rit\u00e9 de la peine, la chambre a dit ce qui suit (ibidem, \u00a7\u00a7\u00a096-98)\u00a0:<\/p>\n<p>\u00ab\u00a096.\u00a0(&#8230;) [L]a question du respect de ce crit\u00e8re s\u2019analyse \u00e0 l\u2019aune de la peine maximale potentielle pr\u00e9vue par le droit applicable. Si la peine effectivement inflig\u00e9e constitue un \u00e9l\u00e9ment pertinent, l\u2019importance de l\u2019enjeu initial ne s\u2019en trouve pas r\u00e9duite pour autant (Ezeh et Connors c. Royaume-Uni [GC], nos 39665\/98 et 40086\/98,\u00a0\u00a7\u00a0120, CEDH 2003-X, avec d\u2019autres r\u00e9f\u00e9rences). La Cour observe qu\u2019en vertu de l\u2019article\u00a0116 (&#8230;) de la loi no 120\/2001 en vigueur \u00e0 l\u2019\u00e9poque des faits, les sanctions applicables \u00e9taient le bl\u00e2me, le bl\u00e2me \u00e9crit, une amende d\u2019un montant pouvant aller jusqu\u2019au centuple du salaire mensuel minimum et la r\u00e9vocation. A l\u2019exception de l\u2019amende, il\u00a0s\u2019agit de sanctions disciplinaires typiques. En ce qui concerne l\u2019amende, la Cour note que, contrairement aux amendes dans les proc\u00e9dures p\u00e9nales, celles pr\u00e9vues par la loi no 120\/2001 ne pr\u00e9voient aucune peine de prison en cas de non-paiement car les autorit\u00e9s disciplinaires n\u2019ont pas le pouvoir d\u2019imposer une privation de libert\u00e9. Si le montant de l\u2019amende potentielle est tel qu\u2019elle doit \u00eatre r\u00e9put\u00e9e avoir un effet punitif, la s\u00e9v\u00e9rit\u00e9 de cette sanction ne fait pas en elle-m\u00eame passer les accusations dans le domaine p\u00e9nal (voir, mutatis mutandis, M\u00fcller-Hartburg, pr\u00e9cit\u00e9,\u00a0\u00a7\u00a047, avec d\u2019autres r\u00e9f\u00e9rences, et Rola, pr\u00e9cit\u00e9,\u00a0\u00a7\u00a056). En somme, la nature et la s\u00e9v\u00e9rit\u00e9 des sanctions dont le requ\u00e9rant \u00e9tait passible et la sanction qui lui a \u00e9t\u00e9 effectivement inflig\u00e9e n\u2019\u00e9taient pas de nature \u00e0 faire rev\u00eatir aux accusations une nature \u00ab\u00a0p\u00e9nale\u00a0\u00bb.<\/p>\n<p>97.\u00a0Il y a lieu de noter ici aussi que la r\u00e9vocation \u00e9ventuelle du requ\u00e9rant ne l\u2019aurait pas emp\u00each\u00e9 d\u2019exercer un m\u00e9tier du droit (voir \u00e9galement Oleksandr Volkov c. Ukraine, no 21722\/11,\u00a0\u00a7\u00a093, CEDH 2013).<\/p>\n<p>98.\u00a0Au vu de l\u2019ensemble de ces \u00e9l\u00e9ments, la Cour juge que l\u2019infraction pr\u00e9vue \u00e0 l\u2019article\u00a0116 (&#8230;) de la loi no 120\/2001 avait un caract\u00e8re non pas p\u00e9nal mais disciplinaire (voir, mutatis mutandis, M\u00fcller-Hartburg, pr\u00e9cit\u00e9, \u00a7\u00a7\u00a044-45, avec d\u2019autres r\u00e9f\u00e9rences, et Rola, pr\u00e9cit\u00e9,\u00a0\u00a7\u00a056). Elle en conclut que la proc\u00e9dure disciplinaire dirig\u00e9e contre le requ\u00e9rant ne concernait pas le bien-fond\u00e9 d\u2019une \u00ab\u00a0accusation en mati\u00e8re p\u00e9nale\u00a0\u00bb, au sens de l\u2019article\u00a06\u00a0\u00a7\u00a01 de la Convention, lequel ne s\u2019applique donc pas en l\u2019esp\u00e8ce sous son volet p\u00e9nal.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p>120. La Grande Chambre partage sur tous les points l\u2019appr\u00e9ciation et la conclusion de la chambre. En effet, si le montant de l\u2019amende que la requ\u00e9rante risquait d\u2019encourir peut para\u00eetre important \u2013 jusqu\u2019\u00e0 800\u00a0000 CZK (soit 30\u00a0981 EUR \u00e0 l\u2019\u00e9poque des faits, voir les paragraphes 35 et 115 ci\u2011dessus) \u2013 cela ne suffit pas pour que cette sanction soit qualifi\u00e9e de \u00ab\u00a0p\u00e9nale\u00a0\u00bb au regard du sens autonome que rev\u00eat cette notion sur le terrain de l\u2019article\u00a06 (M\u00fcller-Hartburg, pr\u00e9cit\u00e9,\u00a0\u00a7\u00a047, o\u00f9 le montant de l\u2019amende imposable, qui s\u2019\u00e9levait \u00e0 environ 36\u00a0000 EUR, s\u2019il avait un effet punitif, n\u2019\u00e9tait pas suffisamment s\u00e9v\u00e8re pour faire entrer l\u2019affaire dans la sph\u00e8re p\u00e9nale\u00a0; voir, de la m\u00eame mani\u00e8re, Ramos Nunes de Carvalho e S\u00e1, pr\u00e9cit\u00e9, \u00a7\u00a7\u00a025, 71, 126 et 217, o\u00f9 la peine maximale \u00e9tait de quatre-vingt-dix jours\u2011amendes et l\u2019amende inflig\u00e9e de vingt jours-amendes, ce qui, selon le requ\u00e9rant correspondait \u00e0 43\u00a0750 EUR).<\/p>\n<p>121. Il convient \u00e9galement de noter que la Cour a d\u00e9j\u00e0 eu l\u2019occasion d\u2019examiner l\u2019applicabilit\u00e9 de l\u2019article\u00a06 sous son volet p\u00e9nal \u00e0 une proc\u00e9dure disciplinaire dirig\u00e9e contre un huissier de justice et qu\u2019elle a jug\u00e9 que la proc\u00e9dure en question n\u2019impliquait aucune d\u00e9cision sur une \u00ab\u00a0accusation en mati\u00e8re p\u00e9nale\u00a0\u00bb, m\u00eame si la sanction disciplinaire en cause dans cette affaire \u00e9tait la r\u00e9vocation (Bayer, pr\u00e9cit\u00e9,\u00a0\u00a7\u00a037).<\/p>\n<p>122. Au vu de ce qui pr\u00e9c\u00e8de (paragraphes 117-121), la Cour estime que les faits de la pr\u00e9sente affaire ne permettent pas de conclure que la proc\u00e9dure disciplinaire dirig\u00e9e contre le requ\u00e9rant impliquait une d\u00e9cision sur une \u00ab\u00a0accusation en mati\u00e8re p\u00e9nale\u00a0\u00bb, au sens de l\u2019article\u00a06\u00a0\u00a7\u00a01 de la Convention.<\/p>\n<p><em>3. Conclusion sur l\u2019applicabilit\u00e9<\/em><\/p>\n<p>123. La Cour conclut des \u00e9l\u00e9ments ci-dessus (paragraphes 105-122) que l\u2019article\u00a06\u00a0\u00a7\u00a01 de la Convention s\u2019applique sous son volet civil, mais pas sous son volet p\u00e9nal, \u00e0 la proc\u00e9dure disciplinaire en cause.<\/p>\n<p><strong>B. Sur le respect<\/strong><\/p>\n<p>124. Le requ\u00e9rant all\u00e8gue une violation de son droit \u00e0 un proc\u00e8s \u00e9quitable dans le cadre de la proc\u00e9dure disciplinaire dirig\u00e9e contre lui i) \u00e0 raison de la mani\u00e8re dont le tribunal disciplinaire a appr\u00e9ci\u00e9 les preuves, et ii) parce que celui-ci ne l\u2019a pas invit\u00e9 \u00e0 proposer des moyens de preuve suppl\u00e9mentaires avant la cl\u00f4ture de l\u2019audience (paragraphe 103 ci-dessus).<\/p>\n<p><em>1. Th\u00e8ses des parties<\/em><\/p>\n<p>a) Le requ\u00e9rant<\/p>\n<p>125. Le requ\u00e9rant estime avoir \u00e9t\u00e9 reconnu coupable d\u2019une faute disciplinaire sans que sa culpabilit\u00e9 ait \u00e9t\u00e9 prouv\u00e9e et alors m\u00eame qu\u2019existaient d\u2019autres preuves \u00e0 d\u00e9charge que le tribunal disciplinaire aurait pu examiner. Il dit en particulier que son principal argument dans la proc\u00e9dure disciplinaire en cause \u00e9tait que le pouvoir sur la base duquel le directeur financier de la soci\u00e9t\u00e9 d\u00e9bitrice avait sign\u00e9 l\u2019acte d\u2019huissier dress\u00e9 par le requ\u00e9rant (paragraphe 15 ci-dessus) \u00e9tait fond\u00e9 sur un document que lui aurait remis ce directeur. Il pr\u00e9cise que le tribunal disciplinaire n\u2019a pas accueilli ce moyen de d\u00e9fense au seul motif que le requ\u00e9rant n\u2019avait pas \u00e9t\u00e9 en mesure de produire copie du document.<\/p>\n<p>126. Or, le requ\u00e9rant soutient que le tribunal disciplinaire avait le pouvoir de rechercher et examiner de sa propre initiative les preuves \u00e0 d\u00e9charge et recueillir d\u2019autres \u00e9l\u00e9ments qui auraient permis de faire la lumi\u00e8re sur les faits de la cause, et notamment les d\u00e9positions des signataires de l\u2019acte d\u2019huissier en question. Il\u00a0expose que, n\u2019ayant pas pris ces mesures et s\u2019\u00e9tant content\u00e9 d\u2019examiner les \u00e9l\u00e9ments \u00e0 charge, le tribunal disciplinaire n\u2019a pas suffisamment \u00e9tabli les faits de la cause et a fait peser sur lui la charge de prouver son innocence. Il\u00a0dit que, n\u2019ayant pu prouver celle-ci, le tribunal disciplinaire n\u2019a pas \u00e9t\u00e9 convaincu par ses moyens de d\u00e9fense (voir le paragraphe pr\u00e9c\u00e9dent).<\/p>\n<p>127. Enfin, le requ\u00e9rant affirme que proposer des preuves suppl\u00e9mentaires lorsqu\u2019il le jugerait appropri\u00e9, y compris apr\u00e8s que le tribunal disciplinaire ou le procureur disciplinaire aurait estim\u00e9 que toutes les \u00e9l\u00e9ments n\u00e9cessaires avaient \u00e9t\u00e9 recueillis, faisait partie de sa strat\u00e9gie de d\u00e9fense. Il estime que, en ne l\u2019invitant pas \u00e0 proposer de nouveaux moyens de preuve avant la cl\u00f4ture de l\u2019audience, le tribunal disciplinaire l\u2019a emp\u00each\u00e9 de se d\u00e9fendre effectivement, puisqu\u2019il dit avoir propos\u00e9 l\u2019audition des t\u00e9moins susmentionn\u00e9s (voir le paragraphe pr\u00e9c\u00e9dent).<\/p>\n<p>b) Le Gouvernement<\/p>\n<p>128. Dans ses observations devant la chambre, le Gouvernement souligne que le requ\u00e9rant a plusieurs fois chang\u00e9 de moyens de d\u00e9fense (paragraphes\u00a017 et 20 ci-dessus). Selon lui, il serait absurde de dire que le tribunal disciplinaire est cens\u00e9 rechercher des preuves \u00e0 l\u2019appui des all\u00e9gations des personnes accus\u00e9es d\u2019une infraction disciplinaire d\u00e8s qu\u2019elles changent de moyens de d\u00e9fense. Il en irait ainsi en particulier lorsque, comme dans le cas d\u2019esp\u00e8ce, le tribunal \u00e9tait d\u00e9j\u00e0 convaincu, sur la base de plusieurs autres \u00e9l\u00e9ments, que tous les faits pertinents avaient \u00e9t\u00e9 \u00e9tablis.<\/p>\n<p>129. Quant \u00e0 la th\u00e8se du requ\u00e9rant voulant qu\u2019il e\u00fbt \u00e9t\u00e9 emp\u00each\u00e9 de citer des t\u00e9moins (paragraphe 127 ci-dessus), le Gouvernement dit que l\u2019int\u00e9ress\u00e9 aurait pu proposer leur audition avant ou pendant l\u2019audience mais qu\u2019il ne l\u2019a pas fait. Il estime que les propos tenus par le repr\u00e9sentant du requ\u00e9rant dans sa plaidoirie en conclusion ne sont pas assimilables \u00e0 une proposition d\u2019audition de t\u00e9moins (paragraphe 21 ci-dessus). Ces propos \u00e9taient selon lui trop vagues car ils ne pr\u00e9cisaient nulle part l\u2019identit\u00e9 des personnes dont la d\u00e9position avait pu \u00eatre envisag\u00e9e par le requ\u00e9rant (le Gouvernement cite l\u2019arr\u00eat Ciupercescu c. Roumanie, no 35555\/03,\u00a0\u00a7\u00a0162, 15\u00a0juin\u00a02010).<\/p>\n<p><em>2. Appr\u00e9ciation de la Cour<\/em><\/p>\n<p>a) Sur l\u2019obligation de recueillir des moyens de preuve et leur examen<\/p>\n<p>130. La Cour estime tout d\u2019abord qu\u2019aucune obligation pour le juge de recueillir des \u00e9l\u00e9ments de preuve d\u2019office ne peut se d\u00e9duire de l\u2019article\u00a06 de la Convention sous son volet civil. Une obligation positive imposant aux autorit\u00e9s d\u2019enqu\u00eater et de recueillir des preuves \u00e0 d\u00e9charge ne peut na\u00eetre que sous l\u2019angle du volet p\u00e9nal de cet article et uniquement dans certaines circonstances tr\u00e8s pr\u00e9cises (voir, par exemple, V.C.L. et A.N. c. Royaume-Uni, nos 77587\/12 et 74603\/12, \u00a7\u00a7\u00a0195-200, 16 f\u00e9vrier 2021, o\u00f9 les requ\u00e9rants, victimes de la traite des \u00eatres humains, \u00e9taient poursuivis pour des infractions en mati\u00e8re de stup\u00e9fiants commises \u00e0 l\u2019occasion de leur traite, et o\u00f9 la Cour a jug\u00e9 que le d\u00e9faut d\u2019appr\u00e9ciation ad\u00e9quate de leur qualit\u00e9 de victimes de la traite avait emp\u00each\u00e9 les autorit\u00e9s d\u2019obtenir des \u00e9l\u00e9ments de preuve qui auraient pu constituer un \u00e9l\u00e9ment fondamental de leur d\u00e9fense).<\/p>\n<p>131. La Cour rappelle en outre que, si l\u2019article\u00a06 de la Convention garantit le droit \u00e0 un proc\u00e8s \u00e9quitable, il ne r\u00e9glemente pas pour autant l\u2019admissibilit\u00e9 des preuves ou leur appr\u00e9ciation, mati\u00e8res qui rel\u00e8vent au premier chef du droit interne et des juridictions nationales. En principe, des questions telles que le poids attach\u00e9 par les tribunaux nationaux \u00e0 tel ou tel \u00e9l\u00e9ment de preuve ou \u00e0 telle ou telle conclusion ou appr\u00e9ciation dont ils ont eu \u00e0 conna\u00eetre \u00e9chappent au contr\u00f4le de la Cour (De Tommaso c. Italie [GC], no\u00a043395\/09,\u00a0\u00a7\u00a0170, 23 f\u00e9vrier 2017, avec d\u2019autres r\u00e9f\u00e9rences). Il en va de m\u00eame de la valeur probante des \u00e9l\u00e9ments et de la charge de la preuve (voir,\u00a0par exemple, Tiemann c. France et Allemagne (d\u00e9c.), nos 47457\/99 et 47458\/99, CEDH 2000-IV, avec d\u2019autres r\u00e9f\u00e9rences). La Cour n\u2019a pas \u00e0 tenir lieu de juge de quatri\u00e8me instance et elle ne remet pas en cause sous l\u2019angle de l\u2019article\u00a06\u00a0\u00a7\u00a01 l\u2019appr\u00e9ciation des juridictions internes, sauf si leurs conclusions peuvent passer pour arbitraires ou manifestement d\u00e9raisonnables (De Tommaso, pr\u00e9cit\u00e9, \u00a7 170).<\/p>\n<p>132. En l\u2019esp\u00e8ce, la Cour consid\u00e8re que la mani\u00e8re dont le tribunal disciplinaire a r\u00e9parti la charge de la preuve et appr\u00e9ci\u00e9 les \u00e9l\u00e9ments du dossier n\u2019\u00e9tait ni arbitraire ni manifestement d\u00e9raisonnable.<\/p>\n<p>b) Sur l\u2019administration de la preuve<\/p>\n<p>133. La Cour rappelle que l\u2019article\u00a06 de la Convention ne garantit pas explicitement le droit \u00e0 l\u2019audition de t\u00e9moins ou \u00e0 l\u2019admission d\u2019autres moyens de preuve par le juge en mati\u00e8re civile (voir, par exemple, Wierzbicki c. Pologne, no 24541\/94,\u00a0\u00a7\u00a039, 18 juin 2002). Toutefois, toute restriction apport\u00e9e au droit d\u2019une partie \u00e0 un proc\u00e8s civil de citer des t\u00e9moins et de produire d\u2019autres moyens de preuve \u00e0 l\u2019appui de ses pr\u00e9tentions doit \u00eatre compatible avec les exigences d\u2019un proc\u00e8s \u00e9quitable, au sens du paragraphe\u00a01 dudit article, notamment avec le principe de l\u2019\u00e9galit\u00e9 des armes (ibidem).<\/p>\n<p>134. En l\u2019esp\u00e8ce, la Cour rel\u00e8ve que le repr\u00e9sentant du requ\u00e9rant, dans la plaidoirie qu\u2019il a faite devant la juridiction disciplinaire, a indiqu\u00e9 que le requ\u00e9rant pouvait \u00e9ventuellement apporter des \u00e9l\u00e9ments suppl\u00e9mentaires afin de prouver que le directeur financier de la soci\u00e9t\u00e9 d\u00e9bitrice avait \u00e9t\u00e9 habilit\u00e9 \u00e0 signer le dossier de l\u2019huissier de justice (paragraphe 21 ci-dessus). Or,\u00a0il n\u2019a fait aucune proposition concr\u00e8te \u00e0 cet \u00e9gard, de sorte que, m\u00eame \u00e0 ce stade, le requ\u00e9rant avait la possibilit\u00e9 de faire entendre en qualit\u00e9 de t\u00e9moins les signataires du document en question (paragraphes 15 et 126 ci-dessus), mais qu\u2019il n\u2019en a pas fait usage.<\/p>\n<p>c) Sur le droit \u00e0 un double degr\u00e9 de juridiction<\/p>\n<p>135. Le requ\u00e9rant se plaint d\u2019une impossibilit\u00e9 de faire appel de la d\u00e9cision du tribunal disciplinaire sur le terrain non pas de l\u2019article\u00a06\u00a0\u00a7\u00a01 de la Convention mais de l\u2019article\u00a02 du Protocole no 7 \u00e0 celle-ci (paragraphes 29, 52 et 54 ci-dessus). La chambre, qui a requalifi\u00e9 ce grief de violation de l\u2019article\u00a02 du Protocole no 7 en grief de violation de l\u2019article\u00a06\u00a0\u00a7\u00a01, a sembl\u00e9 consid\u00e9rer que la question de l\u2019absence de possibilit\u00e9 de recours pouvait \u00eatre examin\u00e9e \u00e0 l\u2019aune de l\u2019exigence g\u00e9n\u00e9rale d\u2019\u00e9quit\u00e9 d\u00e9coulant de ce dernier article, mais elle a finalement jug\u00e9 qu\u2019il n\u2019y avait lieu d\u2019examiner aucune question tenant \u00e0 l\u2019\u00e9quit\u00e9 de la proc\u00e9dure devant la juridiction disciplinaire (paragraphes 55 et 59 ci-dessus).<\/p>\n<p>136. La Grande Chambre a d\u00e9j\u00e0 conclu qu\u2019une telle requalification n\u2019\u00e9tait pas possible dans les circonstances de l\u2019esp\u00e8ce (paragraphes 88-96 ci-dessus). Le grief tir\u00e9 par le requ\u00e9rant d\u2019un d\u00e9ni du droit \u00e0 un double degr\u00e9 de juridiction sera donc examin\u00e9 ci-apr\u00e8s (paragraphes 138-141), sous l\u2019angle de l\u2019article\u00a02 du Protocole no 7, tel qu\u2019il a \u00e9t\u00e9 initialement soumis. La Grande Chambre ajoute, \u00e0 titre d\u2019observation, que l\u2019article\u00a06 de la Convention n\u2019astreint pas les \u00c9tats contractants \u00e0 cr\u00e9er des juridictions d\u2019appel ou de cassation (Platakou c. Gr\u00e8ce, no 38460\/97,\u00a0\u00a7\u00a038, CEDH 2001\u2011I) et que, en\u00a0tout \u00e9tat de cause, le requ\u00e9rant a eu la possibilit\u00e9 d\u2019introduire un recours constitutionnel \u2013 dont il s\u2019est pr\u00e9valu \u2013 et que la Cour constitutionnelle a examin\u00e9 son recours sur le fond (paragraphes 24-27 ci-dessus).<\/p>\n<p>d) Conclusion<\/p>\n<p>137. Il ressort des consid\u00e9rations qui pr\u00e9c\u00e8dent (paragraphes 130-136) que les griefs relatifs \u00e0 l\u2019\u00e9quit\u00e9 de la proc\u00e9dure disciplinaire, formul\u00e9s sur le terrain de l\u2019article\u00a06\u00a0\u00a7\u00a01 \u00e0 la Convention, sont irrecevables pour d\u00e9faut manifeste de fondement, au sens de l\u2019article\u00a035\u00a0\u00a7\u00a03 a) de la Convention, et qu\u2019ils doivent \u00eatre rejet\u00e9s en application de l\u2019article\u00a035\u00a0\u00a7\u00a04.<\/p>\n<p><strong>III. SUR LA VIOLATION ALL\u00c9GU\u00c9E DE l\u2019article\u00a02 du Protocole no\u00a07 \u00e0 LA CONVENTION<\/strong><\/p>\n<p>138. Conform\u00e9ment \u00e0 sa th\u00e8se selon laquelle la proc\u00e9dure disciplinaire en cause impliquait une d\u00e9cision sur une \u00ab\u00a0accusation en mati\u00e8re p\u00e9nale\u00a0\u00bb dirig\u00e9e contre lui (paragraphe 116 ci-dessus), le requ\u00e9rant se plaint de ce que, dans le cadre de cette proc\u00e9dure, la loi n\u2019aurait admis aucun recours contre les d\u00e9cisions de la chambre disciplinaire de la Cour administrative supr\u00eame (paragraphes 29, 54 et 56 ci-dessus).<\/p>\n<p>139. Le Gouvernement conteste la recevabilit\u00e9 de ce grief en arguant que l\u2019article\u00a02 du Protocole no 7 n\u2019\u00e9tait pas applicable \u00e0 la proc\u00e9dure en question.<\/p>\n<p>140. La Grande Chambre renvoie \u00e0 nouveau \u00e0 la jurisprudence constante de la Cour selon laquelle la notion d\u2019\u00ab infraction p\u00e9nale \u00bb employ\u00e9e au premier paragraphe de l\u2019article\u00a02 du Protocole no 7 correspond \u00e0 celle d\u2019\u00ab\u00a0accusation en mati\u00e8re p\u00e9nale\u00a0\u00bb employ\u00e9e \u00e0 l\u2019article\u00a06\u00a0\u00a7\u00a01 de la Convention (paragraphe 111 ci-dessus). Eu \u00e9gard \u00e0 ses conclusions ci\u2011dessus qui sont que l\u2019article\u00a06 de la Convention n\u2019est pas applicable sous son volet p\u00e9nal \u00e0 la proc\u00e9dure disciplinaire en cause (paragraphes 117-123 ci-dessus), elle juge que l\u2019article\u00a02 du Protocole no 7 n\u2019est pas applicable non plus. L\u2019exception pr\u00e9sent\u00e9e par le Gouvernement doit donc \u00eatre accueillie.<\/p>\n<p>141. Il s\u2019ensuit que ce grief est irrecevable pour incompatibilit\u00e9 ratione\u00a0materiae avec les dispositions de la Convention, au sens de l\u2019article\u00a035\u00a0\u00a7\u00a03 a), et qu\u2019il doit \u00eatre rejet\u00e9 en application de l\u2019article\u00a035\u00a0\u00a7\u00a04.<\/p>\n<p><strong>PAR CES MOTIFS, LA COUR, \u00c0 L\u2019UNANIMIT\u00c9,<\/strong><\/p>\n<p>1. Accueille, l\u2019exception pr\u00e9liminaire, pr\u00e9sent\u00e9e par le Gouvernement, d\u2019irrecevabilit\u00e9 pour non-respect du d\u00e9lai de six mois du grief de d\u00e9faut de tribunal ind\u00e9pendant et impartial, avanc\u00e9 sur le terrain de l\u2019article\u00a06\u00a0\u00a7\u00a01 de la Convention\u00a0;<\/p>\n<p>2. D\u00e9clare, irrecevables les griefs restants formul\u00e9s sur le terrain de l\u2019article\u00a06\u00a0\u00a7\u00a01 de la Convention\u00a0;<\/p>\n<p>3. D\u00e9clare, irrecevable le grief de violation de l\u2019article\u00a02 du Protocole no\u00a07 \u00e0\u00a0la Convention.<\/p>\n<p>Fait en fran\u00e7ais et en anglais, puis prononc\u00e9 en audience publique au Palais des Droits de l\u2019homme \u00e0 Strasbourg, le 1er juin 2023, en application de l\u2019article\u00a077\u00a0\u00a7\u00a7\u00a02 et\u00a03 du r\u00e8glement.<\/p>\n<p>S\u00f8ren Prebensen \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0S\u00edofra O\u2019Leary<br \/>\nAdjoint \u00e0 la greffi\u00e8re \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 Pr\u00e9sidente<\/p>\n<div class=\"social-share-buttons\"><a href=\"https:\/\/www.facebook.com\/sharer\/sharer.php?u=https:\/\/loisdumonde.com\/?p=2038\" target=\"_blank\" rel=\"noopener\">Facebook<\/a><a href=\"https:\/\/twitter.com\/intent\/tweet?url=https:\/\/loisdumonde.com\/?p=2038&text=AFFAIRE+GROSAM+c.+R%C3%89PUBLIQUE+TCH%C3%88QUE+%28Cour+europ%C3%A9enne+des+droits+de+l%E2%80%99homme%29+19750%2F13\" target=\"_blank\" rel=\"noopener\">Twitter<\/a><a href=\"https:\/\/www.linkedin.com\/shareArticle?url=https:\/\/loisdumonde.com\/?p=2038&title=AFFAIRE+GROSAM+c.+R%C3%89PUBLIQUE+TCH%C3%88QUE+%28Cour+europ%C3%A9enne+des+droits+de+l%E2%80%99homme%29+19750%2F13\" target=\"_blank\" rel=\"noopener\">LinkedIn<\/a><a href=\"https:\/\/pinterest.com\/pin\/create\/button\/?url=https:\/\/loisdumonde.com\/?p=2038&description=AFFAIRE+GROSAM+c.+R%C3%89PUBLIQUE+TCH%C3%88QUE+%28Cour+europ%C3%A9enne+des+droits+de+l%E2%80%99homme%29+19750%2F13\" target=\"_blank\" rel=\"noopener\">Pinterest<\/a><\/div>","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>GRANDE CHAMBRE AFFAIRE GROSAM c. 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