{"id":2036,"date":"2023-06-13T14:50:15","date_gmt":"2023-06-13T14:50:15","guid":{"rendered":"https:\/\/loisdumonde.com\/?p=2036"},"modified":"2023-06-13T14:50:15","modified_gmt":"2023-06-13T14:50:15","slug":"affaire-fu-quan-s-r-o-c-republique-tcheque-24827-14","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/loisdumonde.com\/?p=2036","title":{"rendered":"AFFAIRE FU QUAN, S.R.O. c. R\u00c9PUBLIQUE TCH\u00c8QUE &#8211; 24827\/14"},"content":{"rendered":"<p style=\"text-align: center;\">GRANDE CHAMBRE<br \/>\n<strong>AFFAIRE FU QUAN, S.R.O. c. R\u00c9PUBLIQUE TCH\u00c8QUE<\/strong><br \/>\n<em>(Requ\u00eate no 24827\/14)<\/em><br \/>\nARR\u00caT<\/p>\n<p><!--more-->Art 6 \u00a7 1 (civil) \u2022 Acc\u00e8s \u00e0 un tribunal \u2022 Non-application du principe jura novit curia par les juridictions internes, qui n\u2019ont pas examin\u00e9 le fond de la demande de la requ\u00e9rante en analysant les faits de la cause sous l\u2019angle de la disposition juridique jug\u00e9e pertinente par l\u2019int\u00e9ress\u00e9e, faute pour celle-ci de l\u2019avoir demand\u00e9 \u2022 Absence de formalisme excessif<br \/>\nArt 1 P1 \u2022 R\u00e9glementer l\u2019usage des biens \u2022 Soci\u00e9t\u00e9 rest\u00e9e en d\u00e9faut d\u2019avoir d\u00fbment soulev\u00e9 devant les juridictions internes ses griefs tir\u00e9s du manquement des autorit\u00e9s \u00e0 veiller \u00e0 la bonne conservation de ses marchandises saisies et du retard injustifi\u00e9 \u00e0 lever la saisie \u2022 Art\u00a01 P1 inapplicable \u00e0 une demande indemnitaire insuffisamment fond\u00e9e en droit interne form\u00e9e par une soci\u00e9t\u00e9 au titre des poursuites et de la d\u00e9tention injustifi\u00e9es dont son directeur g\u00e9n\u00e9ral et son autre associ\u00e9 avaient fait l\u2019objet<\/p>\n<p style=\"text-align: center;\">STRASBOURG<br \/>\n1 er juin 2023<\/p>\n<p>Cet arr\u00eat est d\u00e9finitif. Il peut subir des retouches de forme.<\/p>\n<p><strong>En l\u2019affaire Fu Quan, s.r.o. c. R\u00e9publique tch\u00e8que,<\/strong><\/p>\n<p>La Cour europ\u00e9enne des droits de l\u2019homme, si\u00e9geant en une Grande Chambre compos\u00e9e de\u00a0:<br \/>\nS\u00edofra O\u2019Leary,<br \/>\nGeorges Ravarani,<br \/>\nMarko Bo\u0161njak,<br \/>\nGabriele Kucsko-Stadlmayer,<br \/>\nPere Pastor Vilanova,<br \/>\nArnfinn B\u00e5rdsen,<br \/>\nBranko Lubarda,<br \/>\nM\u0101rti\u0146\u0161 Mits,<br \/>\nJovan Ilievski,<br \/>\nP\u00e9ter Paczolay,<br \/>\nLado Chanturia,<br \/>\nMar\u00eda El\u00f3segui,<br \/>\nDarian Pavli,<br \/>\nIoannis Ktistakis,<br \/>\nFr\u00e9d\u00e9ric Krenc,<br \/>\nMykola Gnatovskyy, juges,<br \/>\nPavel Simon, juge ad hoc,<br \/>\net de S\u00f8ren Prebensen, greffier adjoint de la Grande Chambre,<\/p>\n<p>Apr\u00e8s en avoir d\u00e9lib\u00e9r\u00e9 en chambre du conseil le 3 mai 2023,<\/p>\n<p>Rend l\u2019arr\u00eat que voici, adopt\u00e9 \u00e0 cette date\u00a0:<\/p>\n<p><strong>PROC\u00e9DURE<\/strong><\/p>\n<p>1. \u00c0 l\u2019origine de l\u2019affaire se trouve une requ\u00eate (no 24827\/14) dirig\u00e9e contre la R\u00e9publique tch\u00e8que et dont une soci\u00e9t\u00e9 commerciale de droit tch\u00e8que, Fu Quan, s.r.o (\u00ab la soci\u00e9t\u00e9 requ\u00e9rante\u00a0\u00bb), a saisi la Cour le 25\u00a0mars 2014 en vertu de l\u2019article 34 de la Convention de sauvegarde des droits de l\u2019homme et des libert\u00e9s fondamentales (\u00ab la Convention \u00bb).<\/p>\n<p>2. Devant la chambre, la soci\u00e9t\u00e9 requ\u00e9rante a \u00e9t\u00e9 repr\u00e9sent\u00e9e par Me\u00a0J.\u00a0Str\u00e1nsk\u00fd, puis devant la Grande Chambre par Me\u00a0D.\u00a0Hlav\u00e1\u010d, tous deux avocats au barreau de Prague et membres du cabinet Str\u00e1nsk\u00fd &amp; Partne\u0159i.<\/p>\n<p>3. Devant la chambre, le gouvernement tch\u00e8que (\u00ab\u00a0le Gouvernement\u00a0\u00bb) a \u00e9t\u00e9 repr\u00e9sent\u00e9 par son ancien agent, M. V.A. Schorm, puis devant la Grande Chambre par son agent actuel, M. P. Kon\u016fpka, tous deux du minist\u00e8re de la Justice.<\/p>\n<p>4. La soci\u00e9t\u00e9 requ\u00e9rante soutenait notamment avoir \u00e9t\u00e9 priv\u00e9e d\u2019acc\u00e8s \u00e0 un tribunal en raison d\u2019une interpr\u00e9tation formaliste et restrictive du droit interne par les juridictions nationales. En outre, elle all\u00e9guait avoir subi un pr\u00e9judice caus\u00e9, d\u2019une part, par la saisie de ses biens ordonn\u00e9e dans le cadre d\u2019une proc\u00e9dure p\u00e9nale dirig\u00e9e contre son directeur g\u00e9n\u00e9ral et son autre associ\u00e9 \u2013 lesquels furent finalement acquitt\u00e9s \u2013 et, d\u2019autre part, par la d\u00e9tention provisoire de ces derniers. Elle invoquait les articles 6 \u00a7 1 et 13 de la Convention et l\u2019article 1 du Protocole no 1 \u00e0 la Convention.<\/p>\n<p>5. La requ\u00eate a \u00e9t\u00e9 attribu\u00e9e \u00e0 la premi\u00e8re section de la Cour (article 52\u00a0\u00a7\u00a01 du r\u00e8glement de la Cour \u2013 \u00ab le r\u00e8glement \u00bb). Le 15 d\u00e9cembre 2015, la requ\u00eate a \u00e9t\u00e9 communiqu\u00e9e au Gouvernement. Les parties ont \u00e9chang\u00e9 des observations sur la recevabilit\u00e9 et le fond de la requ\u00eate.<\/p>\n<p>6. Le 17 mars 2022, une chambre de cette section compos\u00e9e de Krzysztof Wojtyczek, pr\u00e9sident, Armen Harutyunyan, Pauliine Koskelo, Tim Eicke, Linos-Alexandre Sicilianos, Ksenija Turkovi\u0107, Ale\u0161 Pejchal, juges, et de Renata Degener, greffi\u00e8re de section, a rendu un arr\u00eat. Dans son arr\u00eat, elle d\u00e9clarait, \u00e0 la majorit\u00e9, la requ\u00eate recevable, concluait, par cinq voix contre deux, \u00e0 la violation de l\u2019article 1 du Protocole no 1 \u00e0 la Convention et d\u00e9cidait qu\u2019il n\u2019y avait pas lieu d\u2019examiner le grief formul\u00e9 sur le terrain des articles\u00a06\u00a0\u00a7 1 et 13 de la Convention. \u00c0 cet arr\u00eat se trouvait joint l\u2019expos\u00e9 de l\u2019opinion dissidente commune aux juges Koskelo et Eicke.<\/p>\n<p>7. Le 17 juin 2022, le Gouvernement a sollicit\u00e9 le renvoi de l\u2019affaire devant la Grande Chambre en vertu de l\u2019article 43 de la Convention. Le 5\u00a0septembre 2022, le coll\u00e8ge de la Grande Chambre a fait droit \u00e0 cette demande.<\/p>\n<p>8. La composition de la Grande Chambre a \u00e9t\u00e9 arr\u00eat\u00e9e conform\u00e9ment aux dispositions des articles 26 \u00a7\u00a7 4 et 5 de la Convention et 24 du r\u00e8glement.<\/p>\n<p>9. Kate\u0159ina \u0160im\u00e1\u010dkov\u00e1, juge \u00e9lue au titre de la R\u00e9publique tch\u00e8que, s\u2019\u00e9tant d\u00e9port\u00e9e (article 28 \u00a7 3 du r\u00e8glement), le pr\u00e9sident de la Grande Chambre a d\u00e9cid\u00e9 de d\u00e9signer Pavel Simon pour si\u00e9ger en qualit\u00e9 de juge ad\u00a0hoc dans la pr\u00e9sente affaire et dans l\u2019affaire Grosam c. R\u00e9publique tch\u00e8que, no 19750\/13 (articles\u00a026\u00a0\u00a7\u00a04 de la Convention et 71 \u00a7 1 et 29 \u00a7 1 du r\u00e8glement), en vue de leur examen simultan\u00e9 (articles 71 \u00a7 1 et 42 \u00a7 2 du r\u00e8glement)<\/p>\n<p>10. Le 14 octobre 2022, le pr\u00e9sident, apr\u00e8s s\u2019\u00eatre entretenu avec les parties, a d\u00e9cid\u00e9 de ne pas tenir d\u2019audience dans ces affaires (articles 71 \u00a7 2 et 59 \u00a7 3 in fine du r\u00e8glement).<\/p>\n<p>11. Tant la soci\u00e9t\u00e9 requ\u00e9rante que le Gouvernement ont d\u00e9pos\u00e9 des observations \u00e9crites sur la recevabilit\u00e9 et le fond de l\u2019affaire. Aucune des parties n\u2019a r\u00e9pondu aux observations de l\u2019autre.<\/p>\n<p>12. Des observations ont \u00e9galement \u00e9t\u00e9 re\u00e7ues du gouvernement slov\u00e8ne et du gouvernement polonais, que le pr\u00e9sident avait autoris\u00e9s \u00e0 intervenir dans la proc\u00e9dure \u00e9crite (articles 36 \u00a7 2 de la Convention et 71 \u00a7 1 et 44 \u00a7 3 du r\u00e8glement). Les parties n\u2019ont pas r\u00e9pondu \u00e0 ces observations (articles 71 \u00a7 1 et 44 \u00a7 6 du r\u00e8glement).<\/p>\n<p><strong>EN FAIT<\/strong><\/p>\n<p>13. La soci\u00e9t\u00e9 requ\u00e9rante, Fu Quan, s.r.o., est une soci\u00e9t\u00e9 \u00e0 responsabilit\u00e9 limit\u00e9e de droit tch\u00e8que ayant son si\u00e8ge \u00e0 Prague.<\/p>\n<p><strong>I. LA PRoc\u00e9dure p\u00e9nale<\/strong><\/p>\n<p>14. Le 25 avril 2005, les deux seuls associ\u00e9s (spole\u010dn\u00edk) de la soci\u00e9t\u00e9 requ\u00e9rante, dont l\u2019un \u00e9tait son directeur g\u00e9n\u00e9ral (jednatel), furent accus\u00e9s de fraude fiscale. Arr\u00eat\u00e9s le 26 avril 2005, ils furent plac\u00e9s en d\u00e9tention provisoire deux jours plus tard par le tribunal de district de Prague 2 (obvodn\u00ed soud).<\/p>\n<p>15. Le 27 avril 2005, le parquet municipal de Prague (m\u011bstsk\u00e9 st\u00e1tn\u00ed zastupitelstv\u00ed), agissant sur le fondement de l\u2019article 347 \u00a7 1 du code de proc\u00e9dure p\u00e9nale (\u00ab\u00a0le CPP\u00a0\u00bb, paragraphe 57 ci-dessous), ordonna la saisie de biens appartenant \u00e0 la soci\u00e9t\u00e9 requ\u00e9rante, parmi lesquels figuraient des marchandises (des v\u00eatements) et un v\u00e9hicule lou\u00e9 en cr\u00e9dit-bail. Il interdit aux associ\u00e9s mis en cause de disposer des biens saisis, sauf pour pr\u00e9venir un risque de dommage imminent. Les marchandises furent saisies entre le 2 mai et le 27 juin 2005. Elles furent remises dans des caisses pos\u00e9es sur palettes \u00e0 l\u2019Agence gouvernementale des affaires patrimoniales (\u00da\u0159ad pro zastupov\u00e1n\u00ed st\u00e1tu ve v\u011bcech majetkov\u00fdch \u2013 \u00ab AGAP \u00bb).<\/p>\n<p>16. Il ressort d\u2019un rapport \u00e9tabli le 15 ao\u00fbt 2005 par une experte mandat\u00e9e par la police que la valeur des marchandises saisies s\u2019\u00e9levait \u00e0 62 424 027 couronnes tch\u00e8ques (CZK) (soit 2\u00a0116\u00a0218 euros (EUR) \u00e0 l\u2019\u00e9poque pertinente). Ce rapport indiquait qu\u2019un certain nombre de v\u00eatements \u00e9taient d\u00e9t\u00e9rior\u00e9s en raison de leur stockage prolong\u00e9, qu\u2019ils avaient d\u00e9teint et qu\u2019ils \u00e9taient d\u00e9mod\u00e9s. Par la suite, dans le cadre des poursuites p\u00e9nales engag\u00e9es contre les associ\u00e9s de la soci\u00e9t\u00e9 requ\u00e9rante, l\u2019experte pr\u00e9cisa qu\u2019elle avait proc\u00e9d\u00e9 \u00e0 un examen physique de l\u2019ensemble des marchandises en question et constat\u00e9\u00a0\u00ab qu\u2019une grande partie d\u2019entre elles \u00e9taient de pi\u00e8tre qualit\u00e9 et endommag\u00e9es, que les caisses avaient \u00e9t\u00e9 rong\u00e9es par les souris et que bon nombre de v\u00eatements avaient d\u00e9teint et \u00e9taient froiss\u00e9s\u00a0\u00bb.<\/p>\n<p>17. Les deux associ\u00e9s de la soci\u00e9t\u00e9 requ\u00e9rante, dont l\u2019un agissait en qualit\u00e9 de directeur g\u00e9n\u00e9ral, contest\u00e8rent la saisie des biens de celle-ci. Toutefois, le 9 juin 2005, leurs recours furent rejet\u00e9s par le tribunal municipal de Prague (m\u011bstsk\u00fd soud), qui les jugea infond\u00e9s. Pour se prononcer ainsi, le tribunal municipal de Prague releva que l\u2019un des associ\u00e9s n\u2019avait pas de liens familiaux ou sociaux en R\u00e9publique tch\u00e8que, qu\u2019il n\u2019y poss\u00e9dait aucun immeuble et qu\u2019il avait des contacts r\u00e9guliers avec sa famille en Chine, et que l\u2019autre entretenait lui aussi des liens \u00e9troits avec la Chine et qu\u2019il ne poss\u00e9dait m\u00eame pas de titre de s\u00e9jour valide en R\u00e9publique tch\u00e8que. Il en conclut que les liens des associ\u00e9s mis en cause avec la Chine, dont ils \u00e9taient ressortissants, et les infractions qui leur \u00e9taient reproch\u00e9es donnaient \u00e0 penser que ceux-ci risqueraient d\u2019essayer d\u2019emp\u00eacher l\u2019ex\u00e9cution d\u2019un \u00e9ventuel jugement de confiscation en transf\u00e9rant les biens de la soci\u00e9t\u00e9 requ\u00e9rante dans ce pays.<\/p>\n<p>18. Le 14 novembre 2005, la police restitua aux associ\u00e9s mis en cause des appareils \u00e9lectroniques, des cartes bancaires et d\u2019autres effets personnels, estimant que ceux-ci n\u2019\u00e9taient pas n\u00e9cessaires aux fins de l\u2019enqu\u00eate et de la proc\u00e9dure p\u00e9nales et qu\u2019ils n\u2019\u00e9taient pas susceptibles de confiscation ou de mise sous s\u00e9questre. Le 21 novembre 2005, le v\u00e9hicule lou\u00e9 en cr\u00e9dit-bail (paragraphe 15 ci-dessus) fut restitu\u00e9 \u00e0 la soci\u00e9t\u00e9 de cr\u00e9dit-bail.<\/p>\n<p>19. Le 12 avril 2006, le parquet municipal inculpa les deux associ\u00e9s.<\/p>\n<p>20. Le 16 mars 2007, au cours de leur proc\u00e8s, les deux associ\u00e9s furent remis en libert\u00e9.<\/p>\n<p>21. Par deux jugements rendus le 2 novembre 2006 et le 16 juillet 2007 respectivement, le tribunal municipal de Prague reconnut les associ\u00e9s de la soci\u00e9t\u00e9 requ\u00e9rante coupables de fraude fiscale. Toutefois, la cour sup\u00e9rieure de Prague (vrchn\u00ed soud) statuant en instance d\u2019appel annula ces deux jugements le 16 mars 2007 et le 25 janvier 2008 respectivement, et renvoya l\u2019affaire devant la juridiction de premi\u00e8re instance.<\/p>\n<p>22. Par un jugement du 2 mai 2008, le tribunal municipal de Prague reconnut pour la troisi\u00e8me fois les inculp\u00e9s coupables des infractions qui leur\u00a0\u00e9taient reproch\u00e9es.<\/p>\n<p>23. Par un arr\u00eat du 27 f\u00e9vrier 2009, qui devint d\u00e9finitif le jour m\u00eame, la cour sup\u00e9rieure de Prague acquitta les inculp\u00e9s, pour les motifs suivants :<\/p>\n<p>\u00ab\u00a0(&#8230;) la r\u00e9alit\u00e9 des faits pour lesquels les inculp\u00e9s sont poursuivis n\u2019est pas \u00e9tablie. D\u00e8s lors, m\u00eame s\u2019il est fort probable que les faits en question ont \u00e9t\u00e9 commis, il n\u2019est pas certain que les circonstances de leur commission permettent d\u2019imputer un acte pr\u00e9cis aux inculp\u00e9s, ensemble ou s\u00e9par\u00e9ment, de sorte que l\u2019on ne saurait conclure qu\u2019ils ont commis ces faits en qualit\u00e9 d\u2019auteurs principaux ou de complices. Il est donc impossible d\u2019\u00e9tablir que l\u2019un ou l\u2019autre des inculp\u00e9s a commis un acte constitutif de l\u2019infraction mentionn\u00e9e dans l\u2019acte d\u2019inculpation, \u00e0 savoir une fraude fiscale li\u00e9e aux marchandises saisies et aux fonds transf\u00e9r\u00e9s.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p><strong>II. La restitution des biens saisis<\/strong><\/p>\n<p>24. Le 9 juin 2009, le tribunal municipal invita le parquet municipal \u00e0 prendre des r\u00e9quisitions au sujet des biens saisis.<\/p>\n<p><strong>A. Les fonds saisis<\/strong><\/p>\n<p>25. En vertu d\u2019une d\u00e9cision prise le 9 septembre 2009 par le tribunal municipal, les fonds saisis dans le cadre de la proc\u00e9dure p\u00e9nale furent d\u00e9pos\u00e9s sur un compte s\u00e9questre. Saisie d\u2019un recours form\u00e9 par l\u2019un des associ\u00e9s de la soci\u00e9t\u00e9 requ\u00e9rante, la cour sup\u00e9rieure annula cette d\u00e9cision le 30 mars 2010 et ordonna le renvoi de l\u2019affaire.<\/p>\n<p>26. Apr\u00e8s r\u00e9examen de l\u2019affaire, le tribunal municipal adopta le 17\u00a0mai 2010 une d\u00e9cision ordonnant la restitution des fonds saisis \u00e0 la soci\u00e9t\u00e9 requ\u00e9rante.<\/p>\n<p><strong>B. Les marchandises saisies<\/strong><\/p>\n<p>27. Entre-temps, par une lettre dat\u00e9e du 13 ao\u00fbt 2009 adress\u00e9e au tribunal municipal, l\u2019AGAP lui avait demand\u00e9 de lui faire savoir \u00e0 quelle date une d\u00e9cision ordonnant la mainlev\u00e9e de la saisie des marchandises appartenant \u00e0 la soci\u00e9t\u00e9 requ\u00e9rante serait prise.<\/p>\n<p>28. Par une lettre dat\u00e9e du 9 septembre 2009, le tribunal municipal demanda au directeur g\u00e9n\u00e9ral de la soci\u00e9t\u00e9 requ\u00e9rante, qui avait auparavant pr\u00e9cis\u00e9 que l\u2019entrep\u00f4t de celle-ci contenait aussi des marchandises appartenant \u00e0 d\u2019autres soci\u00e9t\u00e9s, d\u2019identifier les marchandises de sa soci\u00e9t\u00e9 dans un d\u00e9lai de quatorze jours \u00e0 compter de la r\u00e9ception de la lettre en question. Toutefois, cette lettre ne fut pas remise \u00e0 son destinataire, celui-ci \u00e9tant inconnu \u00e0 l\u2019adresse indiqu\u00e9e car la soci\u00e9t\u00e9 requ\u00e9rante avait d\u00e9plac\u00e9 son si\u00e8ge social \u00e0 cette \u00e9poque.<\/p>\n<p>29. Le 22 septembre 2009, le directeur g\u00e9n\u00e9ral de la soci\u00e9t\u00e9 requ\u00e9rante d\u00e9clara que toutes les marchandises saisies appartenaient \u00e0 celle-ci.<\/p>\n<p>30. Par la suite, le dossier de l\u2019affaire fut transmis au minist\u00e8re de la Justice aux fins de l\u2019examen des demandes d\u2019indemnisation introduites par la soci\u00e9t\u00e9 requ\u00e9rante (paragraphes 36-49 ci-dessous). Le 1er juillet 2010, il fut communiqu\u00e9 au tribunal municipal.<\/p>\n<p>31. Le 22 juillet 2010, le tribunal municipal d\u00e9cida de restituer les marchandises saisies \u00e0 la soci\u00e9t\u00e9 requ\u00e9rante, conform\u00e9ment \u00e0 l\u2019article 80 du CPP (paragraphe 57 ci-dessous). Cette d\u00e9cision devint d\u00e9finitive le 17\u00a0ao\u00fbt 2010.<\/p>\n<p>32. Le 6 septembre 2010, les marchandises saisies furent inspect\u00e9es dans l\u2019entrep\u00f4t de l\u2019AGAP. Le directeur g\u00e9n\u00e9ral de la soci\u00e9t\u00e9 requ\u00e9rante et le repr\u00e9sentant de l\u2019AGAP convinrent que la restitution des marchandises s\u2019\u00e9chelonnerait sur plusieurs jours, aux dates indiqu\u00e9es \u00e0 l\u2019avance par le premier au second. Il fut \u00e9galement convenu que la restitution donnerait lieu quotidiennement \u00e0 l\u2019\u00e9tablissement d\u2019un bordereau sign\u00e9 par les deux parties et indiquant le nombre de palettes restitu\u00e9es, sur lesquelles le directeur g\u00e9n\u00e9ral de la soci\u00e9t\u00e9 requ\u00e9rante apposerait ensuite des scell\u00e9s et un cachet.<\/p>\n<p>33. La restitution des marchandises saisies au directeur g\u00e9n\u00e9ral de la soci\u00e9t\u00e9 requ\u00e9rante s\u2019\u00e9chelonna sur six jours, du 14 au 23 septembre 2010. Comme convenu, les restitutions furent enregistr\u00e9es sur des bordereaux et photographi\u00e9es. Selon le Gouvernement, ces photographies montrent clairement que les marchandises \u00e9taient correctement stock\u00e9es, dans des bo\u00eetes en carton emball\u00e9es sous film plastique ou dans des sacs en plastique.<\/p>\n<p>34. Saisi d\u2019une demande en ce sens, le directeur g\u00e9n\u00e9ral de l\u2019AGAP adressa le 19 f\u00e9vrier 2016 \u00e0 l\u2019agent du Gouvernement une lettre o\u00f9 il exposait notamment ce qui suit\u00a0:<\/p>\n<p>\u00ab\u00a0[La soci\u00e9t\u00e9 requ\u00e9rante] (&#8230;) a pris contact avec l\u2019Agence au sujet des [marchandises] saisies \u00e0 la suite de la d\u00e9cision rendue par le tribunal municipal de Prague (&#8230;) le\u00a022\u00a0juillet 2010 (&#8230;). Lors de la restitution des [marchandises], la soci\u00e9t\u00e9 [requ\u00e9rante] n\u2019a pas d\u00e9clar\u00e9 qu\u2019elles \u00e9taient d\u00e9t\u00e9rior\u00e9es, confirmant au contraire qu\u2019elles \u00e9taient en bon \u00e9tat et qu\u2019elles n\u2019avaient pas subi de dommages (&#8230;). Incidemment, l\u2019Agence croit utile de pr\u00e9ciser que certaines d\u2019entre elles \u00e9taient des contrefa\u00e7ons.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p><strong>III. LES PRoc\u00e9dureS indemnitaireS<\/strong><\/p>\n<p><strong>A. L\u2019indemnisation r\u00e9clam\u00e9e par le directeur g\u00e9n\u00e9ral de la soci\u00e9t\u00e9 requ\u00e9rante<\/strong><\/p>\n<p>35. Le 13 d\u00e9cembre 2010, le directeur g\u00e9n\u00e9ral de la soci\u00e9t\u00e9 requ\u00e9rante r\u00e9clama au minist\u00e8re de la Justice une indemnisation pour perte de revenus sur le fondement de la loi sur la responsabilit\u00e9 de l\u2019\u00c9tat (paragraphe 59 ci\u2011dessous). Le 26 mai 2011, il se vit accorder une indemnit\u00e9 de 116\u00a0960 CZK (soit 4\u00a0754 EUR \u00e0 l\u2019\u00e9poque pertinente) pour les six cent quatre-vingt-dix jours qu\u2019il avait pass\u00e9s en d\u00e9tention provisoire (soit 170 CZK par jour, conform\u00e9ment \u00e0 la loi sur la responsabilit\u00e9 de l\u2019\u00c9tat).<\/p>\n<p><strong>B. L\u2019indemnisation r\u00e9clam\u00e9e par la soci\u00e9t\u00e9 requ\u00e9rante<\/strong><\/p>\n<p>36. Entre-temps, le 27 janvier 2011, la soci\u00e9t\u00e9 requ\u00e9rante avait r\u00e9clam\u00e9 au minist\u00e8re de la Justice une indemnit\u00e9 de 63 294 609 CZK (soit 2\u00a0613\u00a0599\u00a0EUR) en r\u00e9paration du dommage qu\u2019elle disait avoir subi du fait de la d\u00e9tention de son directeur g\u00e9n\u00e9ral, qui avait finalement \u00e9t\u00e9 acquitt\u00e9. Elle s\u2019\u00e9tait pr\u00e9value de la loi sur la responsabilit\u00e9 de l\u2019\u00c9tat (paragraphes 59\u201164 ci-dessous), estimant que les dommages dont elle demandait r\u00e9paration trouvaient leur origine dans l\u2019exercice de la puissance publique. La seule disposition sur laquelle la soci\u00e9t\u00e9 requ\u00e9rante s\u2019\u00e9tait fond\u00e9e \u00e9tait l\u2019article 14 de la loi en question (paragraphe 60 ci-dessous).<\/p>\n<p>37. Le montant de la demande indemnitaire principale de la soci\u00e9t\u00e9 requ\u00e9rante (61\u00a0887\u00a0364\u00a0CZK, soit 2 555 490 EUR \u00e0 l\u2019\u00e9poque pertinente) correspondait selon elle \u00e0 la d\u00e9pr\u00e9ciation des marchandises caus\u00e9e par leur stockage durant cinq ans. L\u2019int\u00e9ress\u00e9e avait all\u00e9gu\u00e9 que cette somme \u00e9quivalait \u00e0 la diff\u00e9rence entre la valeur initiale de celles-ci (62\u00a0424\u00a0027\u00a0CZK), \u00e9tablie \u00e0 dire d\u2019expert (paragraphe 16 ci-dessus), et le montant qu\u2019elle avait tir\u00e9 de la vente d\u2019une partie d\u2019entre elles (536\u00a0663\u00a0CZK). Pour \u00e9tayer cette demande, la soci\u00e9t\u00e9 requ\u00e9rante avait notamment expos\u00e9 ce qui suit :<\/p>\n<p>\u00ab Par une d\u00e9cision adopt\u00e9e par (&#8230;) le tribunal municipal de Prague (&#8230;) le 22 juillet 2010, ordre a \u00e9t\u00e9 donn\u00e9 de restituer les marchandises saisies (&#8230;). Apr\u00e8s avoir r\u00e9cup\u00e9r\u00e9 les marchandises ainsi restitu\u00e9es, nous avons d\u00e9couvert qu\u2019elles \u00e9taient dans un \u00e9tat d\u00e9plorable. Elles \u00e9taient rest\u00e9es sous saisie durant cinq ans ! Il s\u2019agissait de v\u00eatements, c\u2019est-\u00e0-dire de marchandises qui se d\u00e9gradent consid\u00e9rablement lorsqu\u2019elles sont stock\u00e9es pendant de longues p\u00e9riodes. De plus, pass\u00e9 cinq ans, les v\u00eatements sont invendables en raison des tendances changeantes de la mode (ind\u00e9pendamment de l\u2019\u00e9tat v\u00e9ritablement d\u00e9sastreux [katastrof\u00e1ln\u00ed faktick\u00fd stav] dans lequel ils se trouvaient). Nous avons pu en vendre un certain nombre mais, compte tenu de leur \u00e9tat, pour une fraction de leur prix initial.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p>38. L\u2019autre partie de l\u2019indemnit\u00e9 demand\u00e9e par la soci\u00e9t\u00e9 requ\u00e9rante correspondait \u00e0 des \u00e9quipements qui, selon elle, \u00e9taient rest\u00e9s dans ses bureaux apr\u00e8s le placement en d\u00e9tention de son directeur g\u00e9n\u00e9ral et avaient \u00e9t\u00e9 vol\u00e9s parce que la police n\u2019en avait pas assur\u00e9 la garde. La soci\u00e9t\u00e9 requ\u00e9rante avait \u00e9galement all\u00e9gu\u00e9 que l\u2019arrestation de son directeur g\u00e9n\u00e9ral et la saisie de ses actifs financiers l\u2019avaient emp\u00each\u00e9e de s\u2019acquitter de ses factures t\u00e9l\u00e9phoniques, qu\u2019une proc\u00e9dure d\u2019ex\u00e9cution forc\u00e9e avait en cons\u00e9quence \u00e9t\u00e9 engag\u00e9e contre elle et qu\u2019elle avait d\u00fb en d\u00e9finitive verser \u00e0 la soci\u00e9t\u00e9 de t\u00e9l\u00e9communications des int\u00e9r\u00eats moratoires et les frais occasionn\u00e9s par la proc\u00e9dure en question. Enfin, elle avait indiqu\u00e9 qu\u2019elle n\u2019avait pas pu payer les loyers du cr\u00e9dit-bail du v\u00e9hicule, qu\u2019elle s\u2019\u00e9tait donc vu infliger des p\u00e9nalit\u00e9s contractuelles et qu\u2019elle n\u2019avait pu acqu\u00e9rir le v\u00e9hicule en question.<\/p>\n<p>39. Le 26 mai 2011, le minist\u00e8re rendit un avis rejetant les demandes de la soci\u00e9t\u00e9 requ\u00e9rante. Les passages pertinents de cet avis se lisent ainsi :<\/p>\n<p><strong>AVIS<\/strong><\/p>\n<p>\u00ab\u00a0(&#8230;)<\/p>\n<p>Sur l\u2019octroi d\u2019une indemnisation \u00e0 raison d\u2019une d\u00e9cision ill\u00e9gale en application de [la loi sur la responsabilit\u00e9 de l\u2019\u00c9tat].<\/p>\n<p>(&#8230;)<\/p>\n<p>Eu \u00e9gard au contenu des moyens soulev\u00e9s par [la soci\u00e9t\u00e9 requ\u00e9rante], le minist\u00e8re de la Justice estime qu\u2019il s\u2019agit d\u2019une demande fond\u00e9e sur [la loi sur la responsabilit\u00e9 de l\u2019\u00c9tat] et tendant \u00e0 la r\u00e9paration d\u2019un pr\u00e9judice caus\u00e9 dans l\u2019exercice de la puissance publique par une d\u00e9cision ou un comportement irr\u00e9guliers d\u2019une autorit\u00e9 publique (&#8230;)<\/p>\n<p><strong>Analyse de l\u2019affaire<\/strong><\/p>\n<p>Selon [la loi sur la responsabilit\u00e9 de l\u2019\u00e9tat], les conditions de la mise en cause de la responsabilit\u00e9 de l\u2019\u00e9tat pour dommage sont les suivantes\u00a0:<\/p>\n<p>1) l\u2019existence d\u2019un fait g\u00e9n\u00e9rateur de responsabilit\u00e9 (une d\u00e9cision ill\u00e9gale ou un comportement irr\u00e9gulier des autorit\u00e9s publiques) ;<\/p>\n<p>2) la survenance d\u2019un dommage ;<\/p>\n<p>3) l\u2019existence d\u2019un lien de causalit\u00e9 entre le fait g\u00e9n\u00e9rateur de responsabilit\u00e9 et la survenance du dommage. Toutes ces conditions doivent \u00eatre cumulativement r\u00e9unies pour que l\u2019\u00c9tat puisse \u00eatre tenu pour responsable du dommage qui lui est imput\u00e9 et qu\u2019une indemnisation puisse \u00eatre accord\u00e9e.<\/p>\n<p>Dans son examen de la demande dont il a \u00e9t\u00e9 saisi, le minist\u00e8re a analys\u00e9 l\u2019ensemble des conditions de la mise en cause de la responsabilit\u00e9 de l\u2019\u00c9tat. Constatant qu\u2019une d\u00e9cision ill\u00e9gale a \u00e9t\u00e9 rendue dans le cadre de la proc\u00e9dure litigieuse, il conclut \u00e0\u00a0l\u2019existence d\u2019un fait g\u00e9n\u00e9rateur de responsabilit\u00e9. En revanche, il estime que les autres conditions de la mise en cause de la responsabilit\u00e9 de l\u2019\u00c9tat font d\u00e9faut en l\u2019esp\u00e8ce.<\/p>\n<p>(&#8230;)<\/p>\n<p>Le minist\u00e8re (&#8230;) n\u2019est pas responsable de l\u2019\u00e9coulement du temps. La d\u00e9pr\u00e9ciation all\u00e9gu\u00e9e des marchandises n\u2019est pas \u00e9tablie. Il n\u2019est mentionn\u00e9 nulle part que ces marchandises n\u2019auraient pas pu \u00eatre vendues \u00e0 un prix sup\u00e9rieur apr\u00e8s leur restitution par les autorit\u00e9s publiques ou qu\u2019elles auraient toutes \u00e9t\u00e9 vendues au prix indiqu\u00e9 par l\u2019int\u00e9ress\u00e9e si son directeur g\u00e9n\u00e9ral n\u2019avait pas \u00e9t\u00e9 poursuivi. Force est donc de constater que les pr\u00e9tentions de l\u2019int\u00e9ress\u00e9e sont purement hypoth\u00e9tiques et non \u00e9tay\u00e9es.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p>40. Le minist\u00e8re rejeta \u00e9galement les autres demandes d\u2019indemnisation formul\u00e9es par la soci\u00e9t\u00e9 requ\u00e9rante (paragraphe 38 ci\u2011dessus).<\/p>\n<p>41. Le 2 juin 2011, la soci\u00e9t\u00e9 requ\u00e9rante engagea une action civile contre l\u2019\u00c9tat devant le tribunal de district de Prague 2, demandant r\u00e9paration du pr\u00e9judice qu\u2019elle disait avoir subi du fait de la d\u00e9tention de son directeur g\u00e9n\u00e9ral et de son autre associ\u00e9, qui avaient finalement \u00e9t\u00e9 acquitt\u00e9s. Dans son action, elle s\u2019appuyait derechef sur la loi sur la responsabilit\u00e9 de l\u2019\u00c9tat (paragraphes 59-64 ci-dessous), mais invoquait cette fois les articles 15\u00a0\u00a7\u00a02, 33 et 35 de la loi en question (paragraphes 61 et 63-64 ci-dessous). Les passages pertinents de l\u2019action civile de la soci\u00e9t\u00e9 se lisent comme suit\u00a0:<\/p>\n<p><strong>I. Sur les faits g\u00e9n\u00e9rateurs d\u2019un droit \u00e0 r\u00e9paration des dommages subis<\/strong><\/p>\n<p>\u00ab\u00a0(&#8230;) le minist\u00e8re de la Justice n\u2019a tenu aucun compte de la demande indemnitaire form\u00e9e par [la soci\u00e9t\u00e9 requ\u00e9rante] pour obtenir r\u00e9paration du pr\u00e9judice r\u00e9sultant de l\u2019incarc\u00e9ration de son directeur g\u00e9n\u00e9ral et de son autre associ\u00e9, qui a compl\u00e8tement paralys\u00e9 ses activit\u00e9s. Non seulement les associ\u00e9s de la demanderesse ont \u00e9t\u00e9 priv\u00e9s de libert\u00e9, mais en outre la quasi-totalit\u00e9 du stock de marchandises de la demanderesse a \u00e9t\u00e9 saisie, de m\u00eame que des sommes importantes qui se trouvaient au si\u00e8ge de la soci\u00e9t\u00e9 ou qui ont \u00e9t\u00e9 d\u00e9couvertes lors des perquisitions effectu\u00e9es au domicile des individus concern\u00e9s. Tous les livres de comptes et autres documents n\u00e9cessaires aux activit\u00e9s de la demanderesse ont \u00e9t\u00e9 saisis, et celle-ci a \u00e9t\u00e9 priv\u00e9e de toutes ses ressources financi\u00e8res. Sans qu\u2019il y ait eu faute de sa part, la demanderesse a d\u00fb de facto cesser toutes ses activit\u00e9s en raison des mesures prises par l\u2019\u00c9tat, et s\u2019est par cons\u00e9quent retrouv\u00e9e dans une situation financi\u00e8re difficile.<\/p>\n<p>(&#8230;)\u00a0\u00bb<\/p>\n<p><strong>II. Sur le respect du d\u00e9lai de prescription de la pr\u00e9sente action<\/strong><\/p>\n<p>\u00ab\u00a0(&#8230;) le 27 f\u00e9vrier 2009, la cour sup\u00e9rieure de Prague a rendu un jugement (&#8230;) pronon\u00e7ant l\u2019acquittement du directeur g\u00e9n\u00e9ral de la demanderesse. Cet acquittement rev\u00eat un caract\u00e8re d\u00e9finitif (&#8230;). Le d\u00e9lai de prescription de l\u2019action en r\u00e9paration, fix\u00e9 \u00e0 deux ans par l\u2019article 33 de [la loi sur la responsabilit\u00e9 de l\u2019\u00c9tat], a donc commenc\u00e9 \u00e0\u00a0courir le 28 f\u00e9vrier 2009 et aurait expir\u00e9 le 28 f\u00e9vrier 2011. Or c\u2019est le le 27 janvier 2011 que la demanderesse a introduit la demande ici en cause (&#8230;) aupr\u00e8s du minist\u00e8re de la Justice (&#8230;) de sorte que, conform\u00e9ment \u00e0 l\u2019article 35 de [la loi sur la responsabilit\u00e9 de l\u2019\u00c9tat] le d\u00e9lai de prescription a \u00e9t\u00e9 suspendu entre le 27\u00a0janvier 2011 et le 26 mai 2011 (date de la d\u00e9cision du minist\u00e8re de la Justice). Il s\u2019ensuit que la demanderesse a respect\u00e9 le d\u00e9lai de prescription applicable \u00e0 l\u2019action indemnitaire qu\u2019elle a introduite devant les tribunaux (&#8230;)\u00a0\u00bb<\/p>\n<p><strong>III. Sur les dommages mat\u00e9riels<\/strong><\/p>\n<p>\u00ab\u00a0(&#8230;)<\/p>\n<p><em>2. Sur l\u2019indemnisation des dommages caus\u00e9s aux marchandises saisies<\/em><\/p>\n<p>\u00ab\u00a0Par une d\u00e9cision du (&#8230;) 22 juillet 2010 (&#8230;), le tribunal municipal de Prague a ordonn\u00e9 la restitution des marchandises. Apr\u00e8s avoir r\u00e9cup\u00e9r\u00e9 les marchandises ainsi restitu\u00e9es, la demanderesse a d\u00e9couvert qu\u2019elles \u00e9taient dans un \u00e9tat d\u00e9plorable. Elles \u00e9taient rest\u00e9es sous saisie durant cinq ans\u00a0! Il s\u2019agissait de v\u00eatements, c\u2019est-\u00e0-dire de marchandises qui se d\u00e9gradent consid\u00e9rablement lorsqu\u2019elles sont stock\u00e9es pendant de longues p\u00e9riodes. De plus, pass\u00e9 cinq ans, les v\u00eatements sont invendables en raison des tendances changeantes de la mode (ind\u00e9pendamment de l\u2019\u00e9tat v\u00e9ritablement d\u00e9sastreux [katastrof\u00e1ln\u00ed faktick\u00fd stav] dans lequel ils se trouvaient).<\/p>\n<p>Toutefois, la demanderesse a r\u00e9ussi \u00e0 en vendre une partie de ses marchandises, mais, compte tenu de leur \u00e9tat, \u00e0 une fraction de leur prix initial (&#8230;)<\/p>\n<p>La demanderesse estime que le stockage durant cinq ans de ses marchandises lui a caus\u00e9 un pr\u00e9judice dont le montant correspond \u00e0 la diff\u00e9rence entre leur valeur initiale (62 424 027 CZK), telle qu\u2019\u00e9tablie dans le rapport d\u2019expertise susmentionn\u00e9, et le montant qu\u2019elle a tir\u00e9 de la vente d\u2019une partie d\u2019entre elles (536 663 CZK), soit\u00a061\u00a0887\u00a0364 CZK (c\u2019est-\u00e0-dire 62\u00a0424 027 CZK moins 536\u00a0663 CZK).<\/p>\n<p>(&#8230;) La demanderesse ne pr\u00e9tend pas que le minist\u00e8re est responsable de \u00ab\u00a0l\u2019\u00e9coulement du temps \u00bb. [Elle] demande une indemnit\u00e9 pour la d\u00e9t\u00e9rioration effective (&#8230;) des marchandises saisies, imputable \u00e0 l\u2019action des autorit\u00e9s publiques. [Elle] estime que la question de savoir si ces marchandises auraient pu \u00eatre vendues \u00e0 un prix sup\u00e9rieur est d\u00e9pourvue de pertinence et qu\u2019il est impossible de savoir si elles auraient pu \u00eatre vendues rapidement. [Elle] r\u00e9cuse la conclusion qualifiant ses pr\u00e9tentions d\u2019hypoth\u00e9tiques. Comme elle l\u2019a d\u00e9j\u00e0 indiqu\u00e9, ses marchandises lui ont \u00e9t\u00e9 restitu\u00e9es dans un \u00e9tat d\u00e9plorable apr\u00e8s avoir \u00e9t\u00e9 stock\u00e9es durant cinq ans. D\u00e8s lors que cette situation (&#8230;) r\u00e9sulte d\u2019une d\u00e9cision des pouvoirs publics [en l\u2019occurrence, des juridictions p\u00e9nales], le lien de causalit\u00e9 avec le pr\u00e9judice est \u00e9tabli (&#8230;)\u00a0\u00bb<\/p>\n<p><em>3. Sur l\u2019indemnisation du pr\u00e9judice r\u00e9sultant du vol de mat\u00e9riel de bureau et de la disparition d\u2019effets personnels<\/em><\/p>\n<p>\u00ab\u00a0Lors du placement en d\u00e9tention provisoire du directeur g\u00e9n\u00e9ral de la demanderesse, des biens appartenant \u00e0 celle-ci, qui se trouvaient dans ses locaux (&#8230;), y ont \u00e9t\u00e9 laiss\u00e9s (&#8230;) sans aucune mesure de s\u00e9curit\u00e9 ou de protection. Au cours de la d\u00e9tention de l\u2019int\u00e9ress\u00e9, les \u00e9quipements suivants ont disparu (&#8230;)\u00a0\u00bb<\/p>\n<p><strong>IV. R\u00e9capitulatif des demandes indemnitaires<\/strong><\/p>\n<p>1) Frais encourus du fait du non-paiement de services de t\u00e9l\u00e9communications<\/p>\n<p>\u00ab\u00a0(&#8230;) la demanderesse sollicite l\u2019indemnisation du pr\u00e9judice susmentionn\u00e9, \u00e0 savoir les frais encourus du fait du non-paiement de services de t\u00e9l\u00e9communications, qui s\u2019\u00e9l\u00e8vent \u00e0 23\u00a0245 CZK.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p>2) Dommages caus\u00e9s aux marchandises saisies<\/p>\n<p>\u00ab\u00a0Eu \u00e9gard \u00e0 l\u2019ensemble des faits expos\u00e9s ci-dessus, la demanderesse estime avoir d\u00e9montr\u00e9 qu\u2019elle a subi un pr\u00e9judice r\u00e9sultant de l\u2019exercice de la puissance publique. Se fondant sur l\u2019article 15 \u00a7 2 de [la loi sur la responsabilit\u00e9 de l\u2019\u00c9tat], la demanderesse sollicite l\u2019indemnisation du pr\u00e9judice r\u00e9sultant de la d\u00e9pr\u00e9ciation compl\u00e8te des marchandises saisies, pr\u00e9judice dont le montant \u2013 61\u00a0887\u00a0364 CZK \u2013 correspond \u00e0 la diff\u00e9rence entre leur valeur telle qu\u2019\u00e9tablie dans le rapport d\u2019expertise et le produit de la vente d\u2019une partie d\u2019entre elles.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p>3) Pr\u00e9judice r\u00e9sultant de la perte de mat\u00e9riel de bureau et d\u2019effets personnels<\/p>\n<p>\u00ab\u00a0(&#8230;) la demanderesse sollicite l\u2019indemnisation du pr\u00e9judice r\u00e9sultant de la perte de mat\u00e9riel de bureau lui ayant appartenu et d\u2019effets personnels, pour un montant total de 684\u00a0000 CZK.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p>4) Pr\u00e9judice r\u00e9sultant de l\u2019inex\u00e9cution du contrat de cr\u00e9dit-bail du v\u00e9hicule<\/p>\n<p>\u00ab\u00a0(&#8230;) la demanderesse sollicite l\u2019indemnisation du dommage r\u00e9sultant de l\u2019inex\u00e9cution du contrat de cr\u00e9dit-bail d\u2019un (&#8230;) v\u00e9hicule, qui lui a caus\u00e9 un pr\u00e9judice correspondant \u00e0 la valeur de celui-ci, soit 700\u00a0000 CZK \u00e0 l\u2019\u00e9poque pertinente.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p>42. Le 13 d\u00e9cembre 2011, la soci\u00e9t\u00e9 requ\u00e9rante retira la demande dont le montant s\u2019\u00e9levait \u00e0 2 782\u00a0682,\u00a063 CZK (108\u00a0935 EUR \u00e0 l\u2019\u00e9poque pertinente), somme correspondant au produit de la vente d\u2019une autre partie de ses marchandises. La proc\u00e9dure relative \u00e0 cette partie de la demande de la soci\u00e9t\u00e9 requ\u00e9rante fut cl\u00f4tur\u00e9e par une d\u00e9cision (usnesen\u00ed) du 28 d\u00e9cembre 2011.<\/p>\n<p>43. Par un jugement du 28 d\u00e9cembre 2011, le tribunal de district d\u00e9bouta la soci\u00e9t\u00e9 requ\u00e9rante de son action, la d\u00e9clarant infond\u00e9e au motif qu\u2019au regard de la loi sur la responsabilit\u00e9 de l\u2019\u00c9tat, seules les parties \u00e0 une proc\u00e9dure ayant donn\u00e9 lieu \u00e0 une d\u00e9cision ill\u00e9gale pouvaient se pr\u00e9valoir d\u2019un droit \u00e0 r\u00e9paration du pr\u00e9judice r\u00e9sultant d\u2019une telle d\u00e9cision. Les passages pertinents de ce jugement se lisent ainsi\u00a0:<\/p>\n<p>\u00ab\u00a0La demanderesse fonde son action sur le fait que son directeur g\u00e9n\u00e9ral (&#8230;) et son autre associ\u00e9 (&#8230;) ont \u00e9t\u00e9 poursuivis (&#8230;) pour fraude fiscale (&#8230;). Par une d\u00e9cision du 28\u00a0avril 2005, le tribunal de district de Prague 2 (&#8230;) a ordonn\u00e9 le placement en d\u00e9tention provisoire du directeur g\u00e9n\u00e9ral de la demanderesse et de son associ\u00e9 (&#8230;) Le directeur g\u00e9n\u00e9ral et son co-inculp\u00e9 ont \u00e9t\u00e9 remis en libert\u00e9 par une d\u00e9cision rendue par la cour sup\u00e9rieure de Prague le 16 mars 2007 (&#8230;) Le premier d\u2019entre eux a pass\u00e9 six cent quatre-vingt-dix jours en d\u00e9tention provisoire.<\/p>\n<p>(&#8230;)<\/p>\n<p>(&#8230;) le tribunal conclut (&#8230;) que l\u2019action dont il est saisi est d\u00e9pourvue de fondement. La responsabilit\u00e9 juridique de l\u2019\u00c9tat du fait d\u2019un dommage caus\u00e9 dans l\u2019exercice de la puissance publique par une d\u00e9cision ou un comportement irr\u00e9gulier des autorit\u00e9s publiques suppose l\u2019existence d\u2019une d\u00e9cision ill\u00e9gale ou d\u2019un comportement irr\u00e9gulier des autorit\u00e9s publiques, d\u2019un dommage [subi par] la partie l\u00e9s\u00e9e et d\u2019un lien de causalit\u00e9 entre le comportement irr\u00e9gulier des autorit\u00e9s publiques ou la d\u00e9cision ill\u00e9gale et le dommage. Qui plus est, le tribunal rel\u00e8ve en l\u2019esp\u00e8ce que la demanderesse n\u2019a pas qualit\u00e9 pour agir, puisqu\u2019elle est une personne morale et qu\u2019elle n\u2019\u00e9tait donc pas partie \u00e0 la proc\u00e9dure p\u00e9nale susmentionn\u00e9e dirig\u00e9e contre son directeur g\u00e9n\u00e9ral et son autre associ\u00e9. Il s\u2019ensuit que la demanderesse ne peut avoir subi aucun dommage li\u00e9 au proc\u00e8s de son directeur g\u00e9n\u00e9ral et de son autre associ\u00e9. Ce principe a \u00e9t\u00e9 \u00e9tabli par la Cour supr\u00eame dans un arr\u00eat no 25 Cdo 1956\/2004 rendu le 15 d\u00e9cembre 2005 (&#8230;) d\u2019o\u00f9 il ressort qu\u2019une soci\u00e9t\u00e9 ne peut pr\u00e9tendre (&#8230;) \u00e0 la r\u00e9paration d\u2019un pr\u00e9judice caus\u00e9 par une d\u00e9cision ill\u00e9gale prise dans le cadre de poursuites p\u00e9nales dirig\u00e9es contre son directeur g\u00e9n\u00e9ral. Le fait que cet arr\u00eat porte sur la loi no 58\/1969 ne remet pas en cause son applicabilit\u00e9 \u00e0 la [loi sur la responsabilit\u00e9 de l\u2019\u00c9tat], car les conditions requises pour qu\u2019un demandeur puisse se pr\u00e9valoir d\u2019une qualit\u00e9 pour agir n\u2019ont pas chang\u00e9. (&#8230;) Force est donc de conclure \u00e0 l\u2019absence de lien de causalit\u00e9 entre le dommage dont la demanderesse se dit victime en tant que personne morale et les poursuites p\u00e9nales dirig\u00e9es contre son directeur g\u00e9n\u00e9ral et son autre associ\u00e9.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p>44. La soci\u00e9t\u00e9 requ\u00e9rante interjeta appel de ce jugement, pour les motifs suivants :<\/p>\n<p><strong>II. \u00ab\u00a0(&#8230;) [le tribunal de district] (&#8230;) ne s\u2019est pas pench\u00e9 (&#8230;) sur la question du lien de causalit\u00e9 entre la d\u00e9cision ill\u00e9gale et le pr\u00e9judice mat\u00e9riel subi par la demanderesse (&#8230;)<\/strong><\/p>\n<p>Le jugement attaqu\u00e9 a motiv\u00e9 (&#8230;) le rejet de l\u2019action (&#8230;) par le d\u00e9faut de qualit\u00e9 pour agir de la demanderesse. Cet argument repose principalement sur l\u2019article 7 \u00a7 1 de la [loi sur la responsabilit\u00e9 de l\u2019\u00e9tat], qui dispose que seules les parties \u00e0 une proc\u00e9dure ayant donn\u00e9 lieu \u00e0 une d\u00e9cision ill\u00e9gale peuvent se pr\u00e9valoir d\u2019un droit \u00e0 la r\u00e9paration du dommage qui en a r\u00e9sult\u00e9. En l\u2019esp\u00e8ce toutefois, les parties \u00e0 la proc\u00e9dure \u00e9taient les [deux] associ\u00e9s de la demanderesse, dont l\u2019un \u00e9tait son directeur g\u00e9n\u00e9ral unique.<\/p>\n<p>La demanderesse estime que cette conclusion, quoique s\u2019appuyant sur l\u2019arr\u00eat rendu par la Cour supr\u00eame le 15 d\u00e9cembre 2005 \u2013 auquel elle renvoie (&#8230;) \u2013 est erron\u00e9e ou ill\u00e9gale, principalement parce qu\u2019elle repose sur une interpr\u00e9tation excessivement formaliste donn\u00e9e \u00e0 la [loi sur la responsabilit\u00e9 de l\u2019\u00e9tat] par le tribunal concern\u00e9. En\u00a0l\u2019occurrence, la demanderesse a elle aussi \u00e9t\u00e9 en quelque sorte plac\u00e9e en (&#8230;) d\u00e9tention, car tous les individus constitutifs de (sa personne morale) \u2013 \u00e0 savoir ses deux associ\u00e9s, dont l\u2019un \u00e9tait son directeur g\u00e9n\u00e9ral \u2013 \u00e9taient incarc\u00e9r\u00e9s \u00e0 ce moment-l\u00e0. Dans ces conditions, il \u00e9tait impossible \u00e0 la demanderesse de mener une quelconque activit\u00e9 d\u2019ordre commercial ou autre.<\/p>\n<p>La demanderesse estime que cette situation emporte violation de ses droits et libert\u00e9s (&#8230;) tels que consacr\u00e9s par l\u2019article 11 de la Charte des droits et libert\u00e9s fondamentaux (\u00ab\u00a0la Charte\u00a0\u00bb), qui prot\u00e8ge le droit de propri\u00e9t\u00e9 des personnes tant physiques que morales, et par l\u2019article 36 du m\u00eame texte, qui garantit le droit \u00e0 un proc\u00e8s \u00e9quitable et la protection juridictionnelle des droits.<\/p>\n<p>(&#8230;)<\/p>\n<p>De m\u00eame, la demanderesse signale que la protection de la propri\u00e9t\u00e9 et des biens rev\u00eat une dimension internationale et qu\u2019elle est garantie, notamment, par l\u2019article 1 du Protocole no 1 \u00e0 la Convention (&#8230;), qui lie la R\u00e9publique tch\u00e8que (&#8230;)<\/p>\n<p>Dans un autre contexte, le droit \u00e0 r\u00e9paration en cas de d\u00e9tention ill\u00e9gale est \u00e9galement garanti par l\u2019article 9 \u00a7 5 du Pacte international relatif aux droits civils et politiques (&#8230;), qui \u00e9nonce que \u00ab\u00a0[t]out individu victime d\u2019arrestation ou de d\u00e9tention ill\u00e9gale a droit \u00e0 r\u00e9paration.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p><strong>III. \u00ab\u00a0Cette interpr\u00e9tation excessivement formaliste \u2013 voire restrictive \u2013 (donn\u00e9e par le tribunal) aux dispositions pertinentes de la [loi sur la responsabilit\u00e9 de l\u2019\u00e9tat] a eu pour effet de priver la demanderesse de toute protection juridictionnelle de ses droits, car le jugement attaqu\u00e9 lui a interdit de facto d\u2019engager une action en indemnisation d\u2019un dommage caus\u00e9 dans l\u2019exercice de la puissance publique, l\u2019emp\u00eachant ainsi d\u2019obtenir le redressement de l\u2019\u00ab\u00a0injustice\u00a0\u00bb indirectement caus\u00e9e \u00e0 ses associ\u00e9s. La demanderesse estime que la mani\u00e8re dont le tribunal a interpr\u00e9t\u00e9 les r\u00e8gles juridiques mat\u00e9rielles ici en cause contrevient aux id\u00e9es et principes r\u00e9gissant le fonctionnement de l\u2019\u00e9tat de droit (&#8230;). En poussant cette logique jusqu\u2019\u00e0 l\u2019absurde, on peut facilement imaginer que de nombreuses soci\u00e9t\u00e9s commerciales (ou personnes morales en g\u00e9n\u00e9ral) pourraient \u00eatre d\u00e9mantel\u00e9es par les pouvoirs publics pour la raison technique qu\u2019elles n\u2019ont pas qualit\u00e9 pour intenter une action indemnitaire. Lorsque des poursuites p\u00e9nales sont ouvertes contre l\u2019organe de direction d\u2019une soci\u00e9t\u00e9 commerciale, celle-ci n\u2019est jamais elle-m\u00eame partie \u00e0 la proc\u00e9dure (&#8230;), ce qui n\u2019exclut nullement que ces poursuites puissent lui causer un pr\u00e9judice.<\/strong><\/p>\n<p>En l\u2019esp\u00e8ce, l\u2019iniquit\u00e9 de cette interpr\u00e9tation est aggrav\u00e9e par le fait que la soci\u00e9t\u00e9 demanderesse a \u00e9t\u00e9 priv\u00e9e de la totalit\u00e9 de ses ressources humaines par une intervention brutale et impromptue de la police, qui l\u2019a emp\u00each\u00e9e de faire face \u00e0 ses d\u00e9penses courantes. Du fait de cette intervention, dont les cons\u00e9quences n\u2019avaient pas \u00e9t\u00e9 mesur\u00e9es, la soci\u00e9t\u00e9 demanderesse n\u2019a pu s\u2019acquitter de ses factures t\u00e9l\u00e9phoniques et des versements aff\u00e9rents au cr\u00e9dit-bail de ses v\u00e9hicules (&#8230;). Ses fonds ont \u00e9t\u00e9 saisis, et aucune mesure n\u2019a \u00e9t\u00e9 autoris\u00e9e, et moins encore ordonn\u00e9e, pour pr\u00e9venir le dommage qui s\u2019est in\u00e9vitablement produit peu de temps apr\u00e8s et qui r\u00e9sulte directement de cette intervention. Ce dommage caus\u00e9 \u00e0 la demanderesse, et en cons\u00e9quence \u00e0 ses associ\u00e9s, d\u00e9coule d\u2019une action directe des autorit\u00e9s publiques. \u00c0 l\u2019issue d\u2019une instruction compl\u00e9mentaire, cette action a \u00e9t\u00e9 jug\u00e9e (&#8230;) ill\u00e9gale.<\/p>\n<p>(&#8230;)<\/p>\n<p>C\u2019est l\u2019\u00e9tat qui, par son intervention, a caus\u00e9 un dommage \u00e0 la soci\u00e9t\u00e9 demanderesse. Celle-ci, dont les associ\u00e9s (eux aussi touch\u00e9s par cette intervention) constituent les seules ressources humaines, demande r\u00e9paration de ce dommage. La d\u00e9cision attaqu\u00e9e juge que cette demande rel\u00e8ve juridiquement de [la loi sur la responsabilit\u00e9 de l\u2019\u00c9tat] et en d\u00e9duit, par un raisonnement formaliste, que la soci\u00e9t\u00e9 demanderesse victime du dommage en question n\u2019a pas qualit\u00e9 pour agir, et que l\u2019\u00c9tat ne peut et ne saurait \u00eatre tenu pour responsable des cons\u00e9quences de ces abus.<\/p>\n<p>Par son formalisme inadmissible, cette [conclusion] s\u2019apparente \u00e0 une tentative grossi\u00e8re d\u2019exon\u00e9rer les autorit\u00e9s publiques de toute responsabilit\u00e9 dans l\u2019exercice de leurs pouvoirs. Dans ces conditions, cette approche pourrait aussi porter atteinte au principe de l\u00e9galit\u00e9 consacr\u00e9 par l\u2019article 2 \u00a7 2 de la Charte.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p>45. Par un jugement du 15 mai 2012, le tribunal municipal rejeta le recours form\u00e9 par la soci\u00e9t\u00e9 requ\u00e9rante et confirma le jugement rendu en premi\u00e8re instance. Les passages pertinents du jugement du tribunal municipal se lisent ainsi :<\/p>\n<p>\u00ab\u00a0Il ressort des faits expos\u00e9s dans la demande que la demanderesse sollicite la r\u00e9paration du dommage qu\u2019elle dit avoir subi du fait \u00ab\u00a0du placement en d\u00e9tention provisoire de son directeur g\u00e9n\u00e9ral et de son autre associ\u00e9\u00a0\u00bb. (&#8230;) Elle all\u00e8gue que ses activit\u00e9s ont \u00e9t\u00e9 compl\u00e8tement paralys\u00e9es et qu\u2019elle a \u00e9t\u00e9 priv\u00e9e de la disponibilit\u00e9 de ses ressources humaines [en raison] du placement en d\u00e9tention provisoire de son directeur g\u00e9n\u00e9ral et de son autre associ\u00e9. Elle soutient en outre avoir introduit sa demande dans le d\u00e9lai prescrit, renvoyant \u00e0 cet \u00e9gard \u00e0 l\u2019article 33 de la [loi sur la responsabilit\u00e9 de l\u2019\u00c9tat] et au jugement d\u2019acquittement de son directeur g\u00e9n\u00e9ral, prononc\u00e9 le 27 f\u00e9vrier 2009.<\/p>\n<p>La demanderesse a form\u00e9 au total [quatre] demandes de r\u00e9paration distinctes, r\u00e9clamant l\u2019indemnisation : 1) des frais aff\u00e9rents au non-paiement de services de t\u00e9l\u00e9communications imputable \u00e0 la d\u00e9tention provisoire de son directeur g\u00e9n\u00e9ral (23\u00a0245 CZK), 2) de la d\u00e9pr\u00e9ciation de la marchandise saisie dans le cadre de la proc\u00e9dure p\u00e9nale (initialement 61\u00a0887\u00a0364 CZK, puis 59\u00a0104\u00a0681,37 CZK apr\u00e8s r\u00e9duction partielle), 3) du vol de mat\u00e9riel de bureau et de la soustraction d\u2019effets personnels d\u00e9coulant de la d\u00e9tention provisoire de son directeur g\u00e9n\u00e9ral (684\u00a0000 CZK), et 4) de la non-ex\u00e9cution du contrat de cr\u00e9dit-bail du v\u00e9hicule imputable \u00e0 la d\u00e9tention provisoire de son directeur g\u00e9n\u00e9ral (&#8230;)<\/p>\n<p>Eu \u00e9gard aux faits ainsi expos\u00e9s (&#8230;) il convient de qualifier juridiquement les pr\u00e9tentions de la soci\u00e9t\u00e9 requ\u00e9rante (comme elle l\u2019a fait elle-m\u00eame en se fondant sur l\u2019article 33 de la loi sur la responsabilit\u00e9 de l\u2019\u00c9tat) de demande en r\u00e9paration d\u2019un pr\u00e9judice r\u00e9sultant d\u2019un placement en d\u00e9tention provisoire ou, plus pr\u00e9cis\u00e9ment, d\u2019une d\u00e9cision ill\u00e9gale (&#8230;). L\u2019article 9 \u00a7 1 de la loi sur la responsabilit\u00e9 de l\u2019\u00c9tat dispose que (&#8230;) les personnes qui ont le droit d\u2019obtenir r\u00e9paration du pr\u00e9judice [r\u00e9sultant] d\u2019une d\u00e9cision de placement en d\u00e9tention sont celles qui [ont \u00e9t\u00e9 incarc\u00e9r\u00e9es]. [Cette] disposition pr\u00e9cise que les personnes (&#8230;) pouvant pr\u00e9tendre [\u00e0 une indemnisation] sont celles qui ont \u00e9t\u00e9 plac\u00e9es en d\u00e9tention (&#8230;), [ce qui ne peut arriver] qu\u2019aux personnes physiques. Elle n\u2019est susceptible d\u2019aucune autre interpr\u00e9tation en ce qui concerne le titulaire du droit \u00e0 r\u00e9paration. Certes, une soci\u00e9t\u00e9 commerciale dont les deux associ\u00e9s \u2013 l\u2019un agissant en tant que directeur g\u00e9n\u00e9ral \u2013 ont \u00e9t\u00e9 plac\u00e9s (&#8230;) en d\u00e9tention ne saurait \u00eatre consid\u00e9r\u00e9e comme une personne ayant subi un dommage caus\u00e9 par (&#8230;) cette d\u00e9tention, m\u00eame s\u2019il n\u2019existe aucun autre associ\u00e9. Force est donc de conclure que lorsque la d\u00e9tention provisoire (&#8230;) de tel ou tel individu est invoqu\u00e9e comme \u00e9tant la cause (le fait g\u00e9n\u00e9rateur) d\u2019un pr\u00e9judice, cet [individu] est le titulaire unique et exclusif du droit d\u2019action ouvert par l\u2019article 9 de la loi sur la responsabilit\u00e9 de l\u2019\u00c9tat.<\/p>\n<p>Bien que la demanderesse n\u2019all\u00e8gue pas (&#8230;) que le pr\u00e9judice dont elle se dit victime r\u00e9sulte de la proc\u00e9dure p\u00e9nale ill\u00e9gale (&#8230;) dirig\u00e9e contre son directeur g\u00e9n\u00e9ral et son autre associ\u00e9, sa demande (&#8230;) peut aussi \u00eatre analys\u00e9e sous (&#8230;) cet angle. Selon la pratique judiciaire, l\u2019abandon des poursuites p\u00e9nales ou l\u2019acquittement (comme en\u00a0l\u2019esp\u00e8ce) produit les m\u00eames effets que l\u2019annulation d\u2019une d\u00e9cision ill\u00e9gale au regard de l\u2019article 8 \u00a7 1 de la loi sur la responsabilit\u00e9 de l\u2019\u00c9tat. La personne qui a qualit\u00e9 pour [intenter] pareille action est \u00ab\u00a0la partie\u00a0\u00e0 la proc\u00e9dure\u00a0\u00bb ayant donn\u00e9 lieu \u00e0 la d\u00e9cision ill\u00e9gale. En l\u2019esp\u00e8ce, il est constant que l\u2019inculpation (la d\u00e9cision ill\u00e9gale) et l\u2019acquittement (la d\u00e9cision ayant annul\u00e9 la d\u00e9cision ill\u00e9gale) concernaient des personnes physiques \u2013 \u00e0 savoir le directeur g\u00e9n\u00e9ral de la demanderesse et son autre associ\u00e9 \u2013 qui avaient \u00e9t\u00e9 parties \u00e0 la proc\u00e9dure p\u00e9nale. En sa qualit\u00e9 de personne morale, la demanderesse ne saurait \u00eatre consid\u00e9r\u00e9e comme ayant \u00e9t\u00e9 partie \u00e0 la proc\u00e9dure p\u00e9nale, car elle n\u2019a pas \u00e9t\u00e9 poursuivie. M\u00eame si les personnes poursuivies \u00e9taient son unique directeur g\u00e9n\u00e9ral et son associ\u00e9 unique, cette soci\u00e9t\u00e9 commerciale ne peut passer pour avoir \u00e9t\u00e9 partie \u00e0 la proc\u00e9dure. Il est normal, et non exceptionnel, qu\u2019un individu faisant l\u2019objet de poursuites p\u00e9nales vive au sein d\u2019une communaut\u00e9 organis\u00e9e et entretienne avec des tiers de nombreux rapports d\u2019ordre familial, professionnel, commercial ou social. Un individu peut donc \u00eatre membre de plusieurs personnes morales, ou l\u2019un de leurs employ\u00e9s ou leur repr\u00e9sentant l\u00e9gal et avoir au sein de celles-ci une influence absolument exceptionnelle, unique ou irrempla\u00e7able. En pareil cas, l\u2019ouverture de poursuites p\u00e9nales contre cet individu ne pourra manquer d\u2019avoir des r\u00e9percussions consid\u00e9rables sur les activit\u00e9s des personnes morales concern\u00e9es. Toutefois, cela ne change rien au fait qu\u2019au regard de la loi sur la responsabilit\u00e9 de l\u2019\u00c9tat, les personnes l\u00e9s\u00e9es par une d\u00e9cision ill\u00e9gale d\u2019inculpation sont celles qui ont \u00e9t\u00e9 poursuivies, et qu\u2019il s\u2019agit en l\u2019esp\u00e8ce du directeur g\u00e9n\u00e9ral de la demanderesse et de son associ\u00e9. Dans son arr\u00eat no 25 Cdo 1956\/2004, sur lequel la juridiction de premi\u00e8re instance s\u2019est appuy\u00e9e \u00e0 juste titre pour justifier sa d\u00e9cision, la Cour supr\u00eame avait d\u00e9j\u00e0 statu\u00e9 sur une question similaire.<\/p>\n<p>S\u2019agissant de la demande tendant \u00e0 la r\u00e9paration du pr\u00e9judice que la demanderesse dit avoir subi \u00ab\u00a0en raison du stockage durant cinq ans\u00a0\u00bb des marchandises saisies dans le cadre de la proc\u00e9dure p\u00e9nale, il convient \u00e9galement de relever que non seulement la demanderesse n\u2019a pas qualit\u00e9 pour agir (&#8230;) mais qu\u2019il n\u2019existe pas non plus de lien de causalit\u00e9 entre, d\u2019une part, les d\u00e9cisions ill\u00e9gales de placement en d\u00e9tention et d\u2019inculpation de son directeur g\u00e9n\u00e9ral et de son autre associ\u00e9 et, d\u2019autre part, le pr\u00e9judice qui aurait r\u00e9sult\u00e9 du \u00ab stockage durant cinq ans des marchandises\u00a0\u00bb. Hormis son all\u00e9gation d\u2019ordre g\u00e9n\u00e9ral selon laquelle le pr\u00e9judice invoqu\u00e9 aurait pour fait g\u00e9n\u00e9rateur le placement en d\u00e9tention et les poursuites dirig\u00e9es contre son directeur g\u00e9n\u00e9ral et son autre associ\u00e9, la demanderesse ne formule aucun autre moyen quant \u00e0 la cause de ce pr\u00e9judice.<\/p>\n<p>Le fait que ces marchandises ont \u00e9t\u00e9 saisies (&#8230;) puis restitu\u00e9es au directeur g\u00e9n\u00e9ral de la demanderesse ne permet pas d\u2019en d\u00e9duire ipso facto que l\u2019\u00c9tat est responsable (&#8230;) de leur d\u00e9pr\u00e9ciation due \u00e0 l\u2019\u00e9coulement du temps. La simple circonstance que la\u00a0proc\u00e9dure s\u2019est sold\u00e9e par un acquittement ne permet pas non plus de conclure que l\u2019ensemble des actes proc\u00e9duraux accomplis dans le cadre de celle-ci (notamment la saisie des marchandises et leur restitution au directeur g\u00e9n\u00e9ral) constituent des d\u00e9cisions ill\u00e9gales ou des comportements irr\u00e9guliers des autorit\u00e9s publiques (du reste, la\u00a0demanderesse elle-m\u00eame ne le pr\u00e9tend pas).<\/p>\n<p>Au vu de ce qui pr\u00e9c\u00e8de, la cour d\u2019appel approuve la conclusion \u00e0 laquelle le premier juge est parvenu sur le d\u00e9faut de qualit\u00e9 pour agir de la demanderesse. Ce d\u00e9faut de qualit\u00e9 pour agir d\u00e9coule \u00e9galement, comme l\u2019a jug\u00e9 \u00e0 bon droit le premier juge, de l\u2019absence de lien de causalit\u00e9 entre le pr\u00e9judice all\u00e9gu\u00e9 par la demanderesse et les poursuites p\u00e9nales dirig\u00e9es contre son directeur g\u00e9n\u00e9ral (et son autre associ\u00e9).\u00a0\u00bb<\/p>\n<p>46. Par la suite, la soci\u00e9t\u00e9 requ\u00e9rante se pourvut en cassation (dovol\u00e1n\u00ed) devant la Cour supr\u00eame, r\u00e9it\u00e9rant \u00e0 l\u2019identique les moyens qu\u2019elle avait d\u00e9j\u00e0 soulev\u00e9s en instance d\u2019appel (paragraphe 44 ci-dessus).<\/p>\n<p>47. Par une d\u00e9cision du 15 novembre 2012, la Cour supr\u00eame d\u00e9clara le pourvoi de la soci\u00e9t\u00e9 requ\u00e9rante irrecevable, notamment pour les motifs suivants :<\/p>\n<p>\u00ab\u00a0Lorsque des poursuites p\u00e9nales dirig\u00e9es contre un individu n\u2019aboutissent pas \u00e0 (&#8230;) une [condamnation], les demandes d\u2019indemnisation d\u2019un pr\u00e9judice li\u00e9 \u00e0 ces poursuites doivent \u00eatre examin\u00e9es au regard de la disposition relative \u00e0 la r\u00e9paration des dommages caus\u00e9s par des d\u00e9cisions ill\u00e9gales (&#8230;). L\u2019article 7 de la loi sur la responsabilit\u00e9 de l\u2019\u00c9tat (&#8230;) dispose que seule une partie \u00e0 une proc\u00e9dure ayant donn\u00e9 lieu \u00e0 une d\u00e9cision ill\u00e9gale peut pr\u00e9tendre \u00e0 une indemnisation (&#8230;). Selon une jurisprudence constante, une soci\u00e9t\u00e9 commerciale ne peut pr\u00e9tendre \u00e0 la r\u00e9paration d\u2019un pr\u00e9judice caus\u00e9 par une d\u00e9cision ill\u00e9gale lorsque [celui-ci] est li\u00e9 \u00e0 des poursuites p\u00e9nales dirig\u00e9es contre son directeur g\u00e9n\u00e9ral (&#8230;)<\/p>\n<p>La conclusion de la cour d\u2019appel selon laquelle la soci\u00e9t\u00e9 demanderesse n\u2019a pas qualit\u00e9 pour agir contre l\u2019\u00c9tat en r\u00e9paration du pr\u00e9judice caus\u00e9 par la d\u00e9tention de son directeur g\u00e9n\u00e9ral et de son autre associ\u00e9 ou par les poursuites dirig\u00e9es contre eux est donc conforme \u00e0 la jurisprudence constante de la Cour supr\u00eame, dont il n\u2019y a pas lieu de s\u2019\u00e9carter en l\u2019esp\u00e8ce. S\u2019agissant de l\u2019all\u00e9gation de l\u2019autrice du pourvoi selon laquelle la cour d\u2019appel a commis une erreur de droit en donnant \u00e0 la loi sur la responsabilit\u00e9 de l\u2019\u00c9tat une interpr\u00e9tation excessivement formaliste, il convient de relever que la Charte des droits et libert\u00e9s fondamentaux (\u00ab la Charte \u00bb) ne consacre pas directement un droit \u00e0 r\u00e9paration des dommages caus\u00e9s par une d\u00e9cision ill\u00e9gale ou un comportement irr\u00e9gulier des autorit\u00e9s publiques. L\u2019article 36 \u00a7\u00a7 3 et 4 de la Charte renvoie le soin de d\u00e9terminer les conditions et modalit\u00e9s de la mise en cause de la responsabilit\u00e9 de l\u2019\u00c9tat pour les dommages en question \u00e0 la loi, en l\u2019occurrence (&#8230;) la loi sur la responsabilit\u00e9 de l\u2019\u00c9tat. \u00c0 cet \u00e9gard, la Cour constitutionnelle a d\u00e9j\u00e0 pr\u00e9cis\u00e9 que l\u2019article 36 \u00a7 3 de la Charte subordonne le droit \u00e0 r\u00e9paration des dommages caus\u00e9s par une d\u00e9cision ill\u00e9gale d\u2019un tribunal, d\u2019un autre organe de l\u2019\u00c9tat ou d\u2019une autorit\u00e9 administrative, ou par un comportement irr\u00e9gulier d\u2019une autorit\u00e9 publique, \u00e0 l\u2019accomplissement des conditions g\u00e9n\u00e9rales fix\u00e9es par la loi, notamment la qualit\u00e9 pour agir \u2013 au sens de l\u2019article 7 \u00a7 1 de la loi sur la responsabilit\u00e9 de l\u2019\u00c9tat, et donc \u00e9galement de l\u2019article 9 \u00a7 1 de [cette loi] \u2013 de la partie qui se pr\u00e9tend l\u00e9s\u00e9e (voir, par exemple, l\u2019arr\u00eat no I. \u00daS 216\/07 rendu par la Cour constitutionnelle le 29 juillet 2008). Force est donc de conclure qu\u2019une interpr\u00e9tation de la loi sur la responsabilit\u00e9 de l\u2019\u00c9tat \u00e0 raison des dommages caus\u00e9s par des d\u00e9cisions ill\u00e9gales qui respecte l\u2019exigence l\u00e9gale de la qualit\u00e9 pour agir (&#8230;) de la partie qui se pr\u00e9tend l\u00e9s\u00e9e est conforme au droit constitutionnel de la R\u00e9publique tch\u00e8que.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p>48. Le 16 janvier 2013, la soci\u00e9t\u00e9 requ\u00e9rante introduisit un recours constitutionnel (\u00fastavn\u00ed st\u00ed\u017enost), all\u00e9guant que son droit \u00e0 un proc\u00e8s \u00e9quitable et son droit au respect de ses biens avaient \u00e9t\u00e9 viol\u00e9s. Dans son recours, elle r\u00e9it\u00e9rait les moyens qu\u2019elle avait soulev\u00e9s dans son appel et son pourvoi (paragraphes 44 et 46 ci-dessus).<\/p>\n<p>49. Par une d\u00e9cision I. \u00daS 267\/13 du 26 septembre 2013, la Cour constitutionnelle (\u00dastavn\u00ed soud) d\u00e9clara irrecevable le recours en question comme \u00e9tant manifestement mal fond\u00e9, jugeant que les juridictions inf\u00e9rieures avaient d\u00fbment r\u00e9pondu aux moyens soulev\u00e9s par la soci\u00e9t\u00e9 requ\u00e9rante et que leurs conclusions n\u2019\u00e9taient pas entach\u00e9es d\u2019arbitraire. Les parties pertinentes de cet arr\u00eat se lisent ainsi :<\/p>\n<p>\u00ab\u00a0Dans les proc\u00e9dures ici en cause, la demanderesse demandait l\u2019indemnisation du dommage qu\u2019elle disait avoir subi, se pr\u00e9valant de [la loi sur la responsabilit\u00e9 de l\u2019\u00c9tat] et all\u00e9guant que le dommage en question r\u00e9sultait d\u2019un comportement irr\u00e9gulier des autorit\u00e9s publiques, et plus pr\u00e9cis\u00e9ment du placement en d\u00e9tention provisoire de son unique directeur g\u00e9n\u00e9ral (&#8230;) et de son autre associ\u00e9.<\/p>\n<p>(&#8230;)<\/p>\n<p>Il ressort clairement de ce qui pr\u00e9c\u00e8de que dans son recours constitutionnel, la demanderesse soul\u00e8ve des moyens que les tribunaux de droit commun ont examin\u00e9s en\u00a0d\u00e9tail et auxquels ils ont d\u00fbment r\u00e9pondu. La Cour constitutionnelle estime que les conclusions auxquelles les tribunaux de droit commun sont parvenus ne sont pas entach\u00e9es d\u2019arbitraire. Elle rel\u00e8ve que la Cour supr\u00eame a \u00e9galement examin\u00e9 l\u2019affaire sur le terrain du droit constitutionnel, renvoyant \u00e0 juste titre \u00e0 son arr\u00eat no I. \u00daS 216\/07 (&#8230;), qui est pleinement applicable en l\u2019esp\u00e8ce.<\/p>\n<p>Au vu de ce qui pr\u00e9c\u00e8de, la Cour constitutionnelle [conclut] que le pr\u00e9sent recours constitutionnel est manifestement mal fond\u00e9 au regard du droit constitutionnel (&#8230;).\u00a0\u00bb<\/p>\n<p><strong>IV. la requ\u00eate introduite par la soci\u00e9t\u00e9 requ\u00e9rante devant la cour<\/strong><\/p>\n<p>50. Le 25 mars 2014, la soci\u00e9t\u00e9 requ\u00e9rante introduisit devant la Cour une requ\u00eate dans laquelle elle soulevait des griefs tir\u00e9s des articles 6 \u00a7 1 et 13 de la Convention ainsi que de l\u2019article 1 du Protocole no 1 \u00e0 la Convention.<\/p>\n<p>51. Dans la partie de son formulaire de requ\u00eate consacr\u00e9e \u00e0 l\u2019expos\u00e9 des faits, la soci\u00e9t\u00e9 requ\u00e9rante affirmait que ses marchandises, rest\u00e9es sous saisie durant cinq ans, avaient subi une d\u00e9pr\u00e9ciation et lui avaient \u00e9t\u00e9 restitu\u00e9es en mauvais \u00e9tat. Elle avan\u00e7ait \u00e9galement que le mat\u00e9riel qui \u00e9tait rest\u00e9 dans ses locaux avait \u00e9t\u00e9 vol\u00e9 apr\u00e8s l\u2019arrestation de son directeur g\u00e9n\u00e9ral, faute pour la police d\u2019en avoir assur\u00e9 la protection. Elle soutenait par ailleurs que la d\u00e9tention de son directeur g\u00e9n\u00e9ral et la saisie de ses actifs financiers l\u2019avaient emp\u00each\u00e9e de s\u2019acquitter de ses factures de services de t\u00e9l\u00e9communications, qu\u2019une proc\u00e9dure d\u2019ex\u00e9cution forc\u00e9e avait en cons\u00e9quence \u00e9t\u00e9 engag\u00e9e contre elle et qu\u2019elle avait en d\u00e9finitive d\u00fb verser, outre le montant principal de sa dette, des int\u00e9r\u00eats moratoires et les frais occasionn\u00e9s par la proc\u00e9dure en\u00a0question. Enfin, elle all\u00e9guait, pour les m\u00eames raisons, que faute d\u2019avoir pu payer les loyers d\u2019un cr\u00e9dit-bail (paragraphe 15 ci-dessus), elle s\u2019\u00e9tait vu infliger des p\u00e9nalit\u00e9s contractuelles et n\u2019avait pu acqu\u00e9rir le v\u00e9hicule objet du contrat de cr\u00e9dit-bail.<\/p>\n<p>52. Dans cette partie de son formulaire de requ\u00eate, la soci\u00e9t\u00e9 requ\u00e9rante r\u00e9it\u00e9rait \u00e9galement, explicitement ou en substance, les moyens qu\u2019elle avait soulev\u00e9s d\u2019abord dans son action civile et dans son appel form\u00e9s devant les autorit\u00e9s internes (paragraphes 41 et 44 ci-dessus), puis dans son pourvoi en cassation et dans son recours constitutionnel (paragraphes 46 et 48 ci-dessus).<\/p>\n<p>53. L\u2019objet du grief de la soci\u00e9t\u00e9 requ\u00e9rante tir\u00e9 de l\u2019article 1 du Protocole\u00a0no 1 pr\u00eatant \u00e0 controverse devant la Cour (paragraphes 126-149 ci\u2011dessous), il est jug\u00e9 utile de reproduire les extraits suivants du formulaire de requ\u00eate de l\u2019int\u00e9ress\u00e9e.<\/p>\n<p>54. Dans la partie de son formulaire de requ\u00eate consacr\u00e9e \u00e0 l\u2019expos\u00e9 des violations all\u00e9gu\u00e9es de la Convention et\/ou de ses protocoles et des moyens sur lesquels elle se fondait, la soci\u00e9t\u00e9 requ\u00e9rante \u00e9tayait ses all\u00e9gations de violation des articles 6 \u00a7 1 et 13 de la Convention par les arguments suivants\u00a0:<\/p>\n<p>\u00ab\u00a0Cette interpr\u00e9tation excessivement formaliste \u2013 voire restrictive \u2013 donn\u00e9e (par toutes les instances judiciaires) aux dispositions pertinentes de la l\u00e9gislation interne a eu pour effet de priver de facto la soci\u00e9t\u00e9 requ\u00e9rante de toute protection juridictionnelle de ses droits. En effet, la d\u00e9cision du tribunal [a interdit] \u00e0 la soci\u00e9t\u00e9 requ\u00e9rante [d\u2019engager] une action en indemnisation d\u2019un dommage caus\u00e9 dans l\u2019exercice de la puissance publique, l\u2019emp\u00eachant ainsi d\u2019obtenir le redressement de l\u2019\u00ab\u00a0injustice\u00a0\u00bb indirectement caus\u00e9e \u00e0 ses associ\u00e9s.<\/p>\n<p>La Cour europ\u00e9enne des droits de l\u2019homme en a jug\u00e9 ainsi et conclu \u00e0 la violation des droits susmentionn\u00e9s garantis par la Convention notamment dans l\u2019arr\u00eat Tendam c.\u00a0Espagne (requ\u00eate no 25720\/05), d\u00e9clarant au \u00a7 51 de cet arr\u00eat que \u00ab\u00a0l\u2019article 1 du Protocole no 1 ne consacre pas un droit pour la personne acquitt\u00e9e d\u2019obtenir r\u00e9paration pour tout dommage r\u00e9sultant de la saisie de ses biens effectu\u00e9e au cours de l\u2019instruction dans une proc\u00e9dure p\u00e9nale. Toutefois, lorsque les autorit\u00e9s judiciaires ou de poursuite saisissent des biens, elles doivent prendre les mesures raisonnables n\u00e9cessaires \u00e0 leur conservation, notamment en dressant un inventaire des biens et de leur \u00e9tat au moment de la saisie ainsi que lors de leur restitution au propri\u00e9taire acquitt\u00e9. Par ailleurs, la\u00a0l\u00e9gislation interne doit pr\u00e9voir la possibilit\u00e9 d\u2019entamer une proc\u00e9dure contre l\u2019\u00c9tat afin d\u2019obtenir r\u00e9paration pour les pr\u00e9judices r\u00e9sultant de la non-conservation de ces biens dans un relativement bon \u00e9tat (voir Karamitrov et autres c. Bulgarie, \u00a7 77, se\u00a0r\u00e9f\u00e9rant \u00e0 l\u2019article 13 de la Convention, et Novikov c. Russie, \u00a7 46). Encore faut-il que cette proc\u00e9dure (&#8230;) permett[e] au propri\u00e9taire acquitt\u00e9 de d\u00e9fendre sa cause\u00a0\u00bb. Au \u00a7 55 de cet arr\u00eat, la Cour a d\u00e9clar\u00e9 que les juridictions internes qui avaient examin\u00e9 la r\u00e9clamation du requ\u00e9rant n\u2019avaient ni tenu compte de la responsabilit\u00e9 de l\u2019administration de justice dans les faits de la cause ni permis au requ\u00e9rant d\u2019obtenir r\u00e9paration pour les pr\u00e9judices r\u00e9sultant de la non-conservation des biens saisis.<\/p>\n<p>La Cour [\u00e9tait parvenue] aux m\u00eames conclusions dans des arr\u00eats ant\u00e9rieurs, notamment dans l\u2019arr\u00eat Karamitrov et autres c. Bulgarie (requ\u00eate no 53321\/99), o\u00f9 elle a conclu, dans cette affaire similaire sur le plan factuel, \u00e0 la violation de tous les droits invoqu\u00e9s dans la requ\u00eate (ceux tir\u00e9s des articles 6 \u00a7 1 et 13 de la Convention et de l\u2019article 1 du Protocole no 1 \u00e0 la Convention).\u00a0\u00bb<\/p>\n<p>55. Dans cette partie de son formulaire de requ\u00eate, la soci\u00e9t\u00e9 requ\u00e9rante articulait les moyens suivants au soutien de ses griefs de violation de l\u2019article\u00a01 du Protocole no 1 :<\/p>\n<p>\u00ab\u00a0Du fait de l\u2019intervention des autorit\u00e9s tch\u00e8ques d\u00e9crite ci-dessus, les activit\u00e9s de la soci\u00e9t\u00e9 requ\u00e9rante ont \u00e9t\u00e9 compl\u00e8tement paralys\u00e9es durant pr\u00e8s de cinq ans, et celle-ci a \u00e9t\u00e9 priv\u00e9e (ill\u00e9galement) de ses biens et a p\u00e2ti des poursuites p\u00e9nales ill\u00e9gales dirig\u00e9es contre son directeur et son autre associ\u00e9, qui [en raison de leur d\u00e9tention], n\u2019ont pu prendre aucune mesure ni entreprendre aucune d\u00e9marche (&#8230;) propre \u00e0 pr\u00e9venir ou \u00e0\u00a0att\u00e9nuer utilement le pr\u00e9judice subi par la soci\u00e9t\u00e9 requ\u00e9rante. Pour de plus amples informations, voir l\u2019arr\u00eat Tendam c. Espagne (pr\u00e9cit\u00e9), o\u00f9 la Cour a conclu entre autres \u00e0 la violation de l\u2019article 1 du Protocole no 1 \u00e0 la Convention. La Cour europ\u00e9enne a \u00e9t\u00e9 appel\u00e9e \u00e0 statuer sur une situation analogue dans l\u2019affaire Novikov c. Russie (requ\u00eate\u00a0no\u00a035989\/02), o\u00f9 elle a conclu que des faits tr\u00e8s semblables avaient donn\u00e9 lieu \u00e0 une violation de l\u2019article\u00a01 du Protocole no 1 \u00e0 la Convention. Dernier point, mais non des moindres, il convient de mentionner l\u2019affaire Karamitrov et autres c. Bulgarie (requ\u00eate no\u00a053321\/99), dont les faits pr\u00e9sentaient des similitudes avec ceux ici en cause et dans laquelle la Cour a conclu \u00e0 la violation de l\u2019ensemble des droits invoqu\u00e9s par les requ\u00e9rants (ceux garantis par les articles 6 \u00a7 1 et 13 de la Convention et l\u2019article 1 du Protocole no 1 \u00e0 la Convention).\u00a0\u00bb<\/p>\n<p><strong>LE CADRE JURIDIQUE PERTINENT<\/strong><\/p>\n<p><strong>I. LA charte des droits et libert\u00e9s fondamentaux de la r\u00e9publique tch\u00e8que<\/strong><\/p>\n<p>56. L\u2019article 36 de la Charte est ainsi libell\u00e9\u00a0:<\/p>\n<p>Article 36<\/p>\n<p>\u00ab\u00a01. Chacun peut faire valoir ses droits, dans les conditions fix\u00e9es par la proc\u00e9dure applicable, devant un tribunal ind\u00e9pendant et impartial ou, dans certains cas, devant un autre organe.<\/p>\n<p>2. \u00e0 moins que la loi n\u2019en dispose autrement, quiconque s\u2019estime victime d\u2019une violation de ses droits imputable \u00e0 une d\u00e9cision d\u2019un organe administratif public peut saisir les tribunaux en vue de faire contr\u00f4ler la l\u00e9galit\u00e9 de celle-ci. Cependant, le\u00a0contr\u00f4le juridictionnel des d\u00e9cisions touchant aux droits et libert\u00e9s fondamentaux \u00e9num\u00e9r\u00e9s dans la pr\u00e9sente Charte ne peut \u00eatre soustrait \u00e0 la comp\u00e9tence des tribunaux.<\/p>\n<p>3. Chacun a droit \u00e0 r\u00e9paration du pr\u00e9judice caus\u00e9 par une d\u00e9cision ill\u00e9gale d\u2019un tribunal, d\u2019un autre organe de l\u2019\u00c9tat ou d\u2019une autorit\u00e9 administrative ou encore par le\u00a0comportement irr\u00e9gulier d\u2019une autorit\u00e9 publique.<\/p>\n<p>4. La loi d\u00e9termine les conditions et les modalit\u00e9s d\u2019exercice des droits susmentionn\u00e9s.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p><strong>II. la l\u00e9gislation pertinente<\/strong><\/p>\n<p><strong>A. Le code de proc\u00e9dure p\u00e9nale<\/strong><\/p>\n<p>57. Les passages pertinents du code de proc\u00e9dure p\u00e9nale (loi\u00a0no\u00a0141\/1961), tel qu\u2019en vigueur \u00e0 l\u2019\u00e9poque pertinente, se lisent ainsi\u00a0:<\/p>\n<p style=\"text-align: center;\">Article 48<\/p>\n<p>\u00ab\u00a01. Une saisie doit \u00eatre lev\u00e9e par les tribunaux \u2013 ou, dans le cas d\u2019une proc\u00e9dure pr\u00e9liminaire, par le parquet \u2013 lorsque :<\/p>\n<p>a) le motif pour lequel elle a \u00e9t\u00e9 [ordonn\u00e9e] est devenu caduc ;<\/p>\n<p>b) les poursuites p\u00e9nales ont \u00e9t\u00e9 abandonn\u00e9es ou se sont sold\u00e9es par un acquittement\u00a0;<\/p>\n<p>c) quatre mois se sont \u00e9coul\u00e9s depuis que le jugement condamnant l\u2019inculp\u00e9 a acquis force de chose jug\u00e9e ou que la d\u00e9cision renvoyant l\u2019affaire devant une autre instance a pris effet.<\/p>\n<p>2. Le quantum d\u2019une saisie doit \u00eatre r\u00e9duit lorsque celle-ci n\u2019est plus n\u00e9cessaire dans la m\u00eame mesure.<\/p>\n<p>3. \u00c0 la demande de l\u2019inculp\u00e9, les tribunaux \u2013 ou, dans le cas d\u2019une proc\u00e9dure pr\u00e9liminaire, le parquet \u2013 peuvent prescrire l\u2019accomplissement d\u2019un acte relativement aux biens saisis.<\/p>\n<p>4. L\u2019inculp\u00e9 peut \u00e0 tout moment demander la r\u00e9duction ou la lev\u00e9e de la saisie qui le concerne. Les tribunaux ou le parquet doivent en informer la partie l\u00e9s\u00e9e dont la cr\u00e9ance est garantie par cette saisie. En cas de rejet de la demande, et si aucun motif nouveau n\u2019a \u00e9t\u00e9 avanc\u00e9, l\u2019inculp\u00e9 ne peut la r\u00e9it\u00e9rer que pass\u00e9 un d\u00e9lai de [trente] jours apr\u00e8s que la d\u00e9cision de rejet a pris effet.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p style=\"text-align: center;\">Article 78 \u00a7 1<\/p>\n<p>\u00ab\u00a0Quiconque est en possession d\u2019un objet important pour les besoins d\u2019une proc\u00e9dure p\u00e9nale doit le pr\u00e9senter au tribunal, au parquet ou \u00e0 la police sur r\u00e9quisition de ces autorit\u00e9s. Il doit le leur remettre si celui-ci doit \u00eatre mis en lieu s\u00fbr pour les besoins de la proc\u00e9dure p\u00e9nale. La r\u00e9quisition doit informer la personne concern\u00e9e qu\u2019un refus d\u2019obtemp\u00e9rer pourra entra\u00eener la saisie de l\u2019objet en question et d\u2019autres cons\u00e9quences (article 66).\u00a0\u00bb<\/p>\n<p style=\"text-align: center;\">Article 79 \u00a7 1<\/p>\n<p>\u00ab\u00a0\u00e0 d\u00e9faut de remise, malgr\u00e9 une r\u00e9quisition en ce sens, d\u2019un objet important pour les besoins d\u2019une proc\u00e9dure p\u00e9nale par la personne qui le d\u00e9tient, [cet objet] pourra \u00eatre saisi sur ordre du pr\u00e9sident d\u2019un tribunal ou, dans le cas d\u2019une proc\u00e9dure pr\u00e9liminaire, sur ordre du parquet ou de la police, cette derni\u00e8re devant y \u00eatre pr\u00e9alablement autoris\u00e9e par le parquet.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p style=\"text-align: center;\">Article 80 \u00a7 1<\/p>\n<p>\u00ab\u00a0Lorsqu\u2019un objet remis en application de l\u2019article 78 ou saisi en application de l\u2019article 79 n\u2019est plus n\u00e9cessaire pour les besoins d\u2019une proc\u00e9dure p\u00e9nale et qu\u2019il ne para\u00eet pas devoir \u00eatre confisqu\u00e9 ou mis sous s\u00e9questre, il doit \u00eatre restitu\u00e9 \u00e0 la personne qui l\u2019a remis ou aupr\u00e8s de laquelle il a \u00e9t\u00e9 saisi (&#8230;)\u00a0\u00bb<\/p>\n<p style=\"text-align: center;\">Article 147 \u00a7 1<\/p>\n<p>\u00ab\u00a0Une autorit\u00e9 sup\u00e9rieure appel\u00e9e \u00e0 trancher une contestation doit contr\u00f4ler\u00a0:<\/p>\n<p>a) La r\u00e9gularit\u00e9 de la d\u00e9cision contest\u00e9e (&#8230;);<\/p>\n<p>b) La proc\u00e9dure ayant donn\u00e9 lieu \u00e0 la d\u00e9cision contest\u00e9e.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p style=\"text-align: center;\">Article 347<\/p>\n<p>\u00ab\u00a01. Les tribunaux \u2013 ou, dans le cas d\u2019une proc\u00e9dure pr\u00e9liminaire, le parquet \u2013 peuvent ordonner la saisie des biens d\u2019un inculp\u00e9 poursuivi pour une infraction p\u00e9nale lorsque, eu \u00e9gard \u00e0 la nature et \u00e0 la gravit\u00e9 de celle-ci ainsi qu\u2019\u00e0 la situation de l\u2019int\u00e9ress\u00e9, une d\u00e9cision portant confiscation des biens en question pourrait \u00eatre rendue et que l\u2019ex\u00e9cution de celle-ci risque d\u2019\u00eatre entrav\u00e9e ou compromise (&#8230;)<\/p>\n<p>2. Les ordonnances de saisie sont susceptibles de recours.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p style=\"text-align: center;\">Article 349[1]<\/p>\n<p>\u00ab\u00a01. Les [tribunaux] \u2013 ou, dans le cas d\u2019une proc\u00e9dure pr\u00e9liminaire, le parquet \u2013 peuvent lever une saisie ou en r\u00e9duire le quantum lorsque les motifs pour lesquels les biens ou une partie d\u2019entre eux ont \u00e9t\u00e9 saisis sont devenus caducs ou que la saisie n\u2019est plus n\u00e9cessaire dans la m\u00eame mesure.<\/p>\n<p>(&#8230;)<\/p>\n<p>3. Une fois que l\u2019[ordonnance de saisie] est devenue d\u00e9finitive, l\u2019inculp\u00e9 peut \u00e0 tout moment en demander la lev\u00e9e ou la r\u00e9duction de son quantum. Les [tribunaux] \u2013 ou, dans le cas d\u2019une proc\u00e9dure pr\u00e9liminaire, le parquet \u2013 doivent statuer sans d\u00e9lai sur pareille demande. En cas de rejet de celle-ci, et si aucun motif nouveau n\u2019a \u00e9t\u00e9 avanc\u00e9, l\u2019inculp\u00e9 ne peut la r\u00e9it\u00e9rer que pass\u00e9 un d\u00e9lai de [trente] jours apr\u00e8s que la d\u00e9cision de rejet a pris effet.<\/p>\n<p>(&#8230;)\u00a0\u00bb<\/p>\n<p><strong>B. La loi no 279\/2003 relative \u00e0 la saisie de biens et objets dans le cadre des proc\u00e9dures p\u00e9nales<\/strong><\/p>\n<p>58. L\u2019article 10 \u00a7 1 de la loi susmentionn\u00e9e dispose que les administrateurs sont tenus d\u2019agir conform\u00e9ment \u00e0 la loi pour pr\u00e9venir la d\u00e9pr\u00e9ciation ou la r\u00e9faction des biens saisis. L\u2019article 10 \u00a7 2 oblige les administrateurs \u00e0 assurer la bonne conservation des biens meubles remis par les inculp\u00e9s ou saisis aupr\u00e8s d\u2019eux et \u00e0 les pr\u00e9server de toute d\u00e9pr\u00e9ciation en pr\u00e9venant notamment leur d\u00e9t\u00e9rioration, leur destruction, leur perte, leur vol ou leur d\u00e9tournement. Il incombe \u00e9galement aux administrateurs de prendre les mesures n\u00e9cessaires \u00e0 la pr\u00e9servation de la valeur des objets saisis.<\/p>\n<p><strong>C. La loi sur la responsabilit\u00e9 de l\u2019\u00e9tat<\/strong><\/p>\n<p>59. Les parties pertinentes de la loi sur la responsabilit\u00e9 de l\u2019\u00c9tat (loi\u00a0no\u00a082\/1998) sont ainsi libell\u00e9es :<\/p>\n<p style=\"text-align: center;\">Article 5<\/p>\n<p>\u00ab\u00a0L\u2019\u00c9tat est responsable, dans les conditions fix\u00e9es par la pr\u00e9sente loi, des dommages caus\u00e9s par\u00a0:<\/p>\n<p>a) des d\u00e9cisions ill\u00e9gales rendues dans le cadre de proc\u00e9dures civiles ou administratives, de proc\u00e9dures relevant du code de proc\u00e9dure des juridictions administratives ou de proc\u00e9dures p\u00e9nales\u00a0;<\/p>\n<p>b) des comportements irr\u00e9guliers des autorit\u00e9s publiques.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p style=\"text-align: center;\">Article 7 \u00a7 1<\/p>\n<p>\u00ab\u00a0Quiconque a \u00e9t\u00e9 partie \u00e0 une proc\u00e9dure ayant donn\u00e9 lieu \u00e0 l\u2019adoption d\u2019une d\u00e9cision ill\u00e9gale peut demander r\u00e9paration des dommages caus\u00e9s par celle-ci.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p style=\"text-align: center;\">Article 8 \u00a7 1<\/p>\n<p>\u00ab\u00a0\u00e0 moins que la [pr\u00e9sente] loi n\u2019en dispose autrement, seuls les dommages caus\u00e9s par une d\u00e9cision ill\u00e9gale annul\u00e9e ou infirm\u00e9e pour ill\u00e9galit\u00e9 peuvent donner lieu \u00e0 r\u00e9paration (&#8230;)\u00a0\u00bb<\/p>\n<p style=\"text-align: center;\">Article 9 \u00a7 1<\/p>\n<p>\u00ab\u00a0Quiconque a \u00e9t\u00e9 plac\u00e9 en d\u00e9tention provisoire et a subi un dommage du fait de la d\u00e9cision de (&#8230;) placement en d\u00e9tention peut en demander r\u00e9paration en cas d\u2019acquittement, d\u2019abandon des poursuites p\u00e9nales ou de renvoi de l\u2019affaire devant une autre autorit\u00e9.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p style=\"text-align: center;\">Article 13<\/p>\n<p>\u00ab\u00a01. L\u2019\u00c9tat est responsable des dommages caus\u00e9s par un comportement irr\u00e9gulier des autorit\u00e9s publiques. Le fait, pour une autorit\u00e9 publique, de ne pas adopter une mesure ou d\u00e9cision dans les d\u00e9lais prescrits constitue un comportement irr\u00e9gulier. Lorsqu\u2019aucun d\u00e9lai n\u2019est prescrit pour l\u2019adoption d\u2019une mesure ou d\u00e9cision, le fait, pour une autorit\u00e9 publique, de ne pas adopter cette mesure ou d\u00e9cision dans un d\u00e9lai raisonnable constitue un comportement irr\u00e9gulier.<\/p>\n<p>2. Quiconque a subi un dommage caus\u00e9 par un comportement irr\u00e9gulier d\u2019une autorit\u00e9 publique a droit \u00e0 r\u00e9paration.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p>60. Les articles 14 et 15 de la loi imposent \u00e0 la partie l\u00e9s\u00e9e d\u2019engager une proc\u00e9dure pr\u00e9liminaire avant de pouvoir intenter une action civile devant un tribunal. Il en va notamment ainsi des demandes indemnitaires, qui doivent \u00eatre port\u00e9es devant l\u2019autorit\u00e9 publique comp\u00e9tente vis\u00e9e \u00e0 l\u2019article 6 de la loi, \u00e0 savoir le minist\u00e8re de la Justice lorsque le dommage s\u2019est produit dans le cadre d\u2019une proc\u00e9dure civile ou p\u00e9nale.<\/p>\n<p>61. L\u2019article 15 \u00a7 2 dispose que la partie l\u00e9s\u00e9e ne peut demander r\u00e9paration devant un tribunal que s\u2019il n\u2019a pas \u00e9t\u00e9 int\u00e9gralement fait droit \u00e0\u00a0sa r\u00e9clamation dans un d\u00e9lai de six mois \u00e0 compter du jour o\u00f9 elle l\u2019a port\u00e9e devant l\u2019autorit\u00e9 publique comp\u00e9tente.<\/p>\n<p>62. L\u2019article 32 \u00a7 1 pr\u00e9voit que les cr\u00e9ances indemnitaires relevant de la loi se prescrivent par un d\u00e9lai de trois ans \u00e0 compter du jour o\u00f9 la partie l\u00e9s\u00e9e a eu connaissance du dommage et du responsable de celui-ci. Lorsque l\u2019exercice du droit \u00e0 r\u00e9paration d\u2019un dommage est fond\u00e9 sur l\u2019annulation d\u2019une d\u00e9cision, le d\u00e9lai de prescription court \u00e0 compter de la date de la signification (notification) de la d\u00e9cision d\u2019annulation.<\/p>\n<p>63. L\u2019article 33 \u00e9nonce que les cr\u00e9ances indemnitaires li\u00e9es \u00e0 un dommage caus\u00e9 par un placement en d\u00e9tention, une condamnation ou une mesure conservatoire se prescrivent par un d\u00e9lai de deux ans \u00e0 compter du jour o\u00f9 la d\u00e9cision d\u2019acquittement, de non-lieu, d\u2019annulation, de renvoi de l\u2019affaire devant une autre autorit\u00e9 ou de r\u00e9duction de la peine prononc\u00e9e est devenue d\u00e9finitive.<\/p>\n<p>64. L\u2019article 35 de la loi dispose que les d\u00e9lais de prescription ne courent pas pendant la proc\u00e9dure pr\u00e9liminaire (paragraphe 60 ci-dessus).<\/p>\n<p><strong>D. Le code de proc\u00e9dure civile<\/strong><\/p>\n<p>65. L\u2019article 79 \u00a7 1 du code de proc\u00e9dure civile (loi no 99\/1963) dispose que l\u2019acte introductif d\u2019instance doit notamment contenir l\u2019expos\u00e9 des faits pertinents (d\u00e9cisifs), des preuves sur lesquelles s\u2019appuie le demandeur et du redressement (solution) recherch\u00e9.<\/p>\n<p>66. L\u2019article 118b du m\u00eame code impose aux parties \u00e0 la proc\u00e9dure d\u2019exposer les faits pertinents et les preuves qui les \u00e9tayent avant telle ou telle phase de la proc\u00e9dure ou dans le d\u00e9lai qui leur est imparti par le tribunal pour compl\u00e9ter les faits pertinents, produire des \u00e9l\u00e9ments de preuve ou satisfaire \u00e0\u00a0d\u2019autres obligations proc\u00e9durales. Le tribunal ne peut tenir compte des \u00e9l\u00e9ments factuels et des preuves communiqu\u00e9s ult\u00e9rieurement que s\u2019ils sont destin\u00e9s \u00e0 contester des preuves d\u00e9j\u00e0 produites, s\u2019ils se sont r\u00e9v\u00e9l\u00e9s apr\u00e8s la phase pertinente de la proc\u00e9dure, si leur communication tardive n\u2019est pas imputable \u00e0 faute \u00e0 la partie concern\u00e9e ou s\u2019il en a lui-m\u00eame demand\u00e9 communication.<\/p>\n<p>67. L\u2019article 153 se lit ainsi\u00a0:<\/p>\n<p>\u00ab\u00a01) Le juge statue sur l\u2019affaire au regard des faits dont la r\u00e9alit\u00e9 est \u00e9tablie<\/p>\n<p>2) Le juge peut statuer au-del\u00e0 des demandes des parties et allouer autre chose ou davantage que ce qu\u2019elles ont demand\u00e9 si la proc\u00e9dure dont il est saisi aurait pu \u00eatre engag\u00e9e m\u00eame en l\u2019absence d\u2019action ou si la loi pr\u00e9voit un mode particulier de r\u00e8glement des rapports entre les parties.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p><strong>III. la pratique pertinente<\/strong><\/p>\n<p><strong>A. La jurisprudence de la Cour supr\u00eame<\/strong><\/p>\n<p><em>1. La jurisprudence relative \u00e0 la loi sur la responsabilit\u00e9 de l\u2019\u00c9tat<\/em><\/p>\n<p>68. La Cour supr\u00eame a jug\u00e9 dans plusieurs d\u00e9cisions (notamment les d\u00e9cisions nos 25 Cdo 1956\/2004, 30 Cdo 2767\/2013 et 30 Cdo 4086\/2015, adopt\u00e9s le 15 d\u00e9cembre 2005, le 26 ao\u00fbt 2014 et le 8 mars 2016 respectivement) qu\u2019un demandeur \u00e0 une action dirig\u00e9e contre l\u2019\u00c9tat et tendant \u00e0 la r\u00e9paration d\u2019un pr\u00e9judice caus\u00e9 par une d\u00e9cision ill\u00e9gale n\u2019avait pas qualit\u00e9 pour agir s\u2019il n\u2019avait pas \u00e9t\u00e9 partie \u00e0 la proc\u00e9dure ayant donn\u00e9 lieu \u00e0 la d\u00e9cision en question. La premi\u00e8re de ces d\u00e9cisions portait sur une affaire dans laquelle une soci\u00e9t\u00e9 se disait victime d\u2019un pr\u00e9judice caus\u00e9 par une d\u00e9cision prononc\u00e9e dans le cadre d\u2019une proc\u00e9dure p\u00e9nale mettant en cause son directeur g\u00e9n\u00e9ral.<\/p>\n<p>69. Dans son arr\u00eat no 25 Cdo 356\/2003 du 26 mai 2004, la Cour supr\u00eame s\u2019est exprim\u00e9e ainsi\u00a0:<\/p>\n<p>\u00ab\u00a0L\u2019impossibilit\u00e9, pour une autorit\u00e9 publique, de restituer des objets confisqu\u00e9s \u00e0 un inculp\u00e9 dans le cadre d\u2019une proc\u00e9dure p\u00e9nale au motif qu\u2019ils ont \u00e9t\u00e9 d\u00e9truits pendant leur stockage (&#8230;) s\u2019analyse en un comportement irr\u00e9gulier de cette autorit\u00e9.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p>70. Dans son arr\u00eat no 25 Cdo 2809\/2006 du 19 f\u00e9vrier 2009, la Cour supr\u00eame s\u2019est prononc\u00e9e ainsi\u00a0:<\/p>\n<p>\u00ab\u00a0Quiconque a subi un pr\u00e9judice caus\u00e9 par un comportement irr\u00e9gulier des autorit\u00e9s publiques \u00e0 un moment quelconque peut se pr\u00e9valoir d\u2019un droit \u00e0 r\u00e9paration de ce dommage, qu\u2019il ait ou non \u00e9t\u00e9 partie \u00e0 la proc\u00e9dure.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p>71. Dans sa d\u00e9cision no 25 Cdo no\u00a01627\/2008 du 21 octobre 2010, la Cour supr\u00eame a qualifi\u00e9 de comportement irr\u00e9gulier le manquement des autorit\u00e9s publiques \u00e0 pr\u00e9venir la perte ou la d\u00e9t\u00e9rioration d\u2019objets saisis, et elle a jug\u00e9 que quiconque avait subi un pr\u00e9judice de ce chef pouvait en demander r\u00e9paration, qu\u2019il ait ou non \u00e9t\u00e9 partie \u00e0 la proc\u00e9dure y relative.<\/p>\n<p>72. Dans sa d\u00e9cision no 30 Cdo 3310\/2013 du 24 juin 2015, la Cour supr\u00eame a jug\u00e9 que le fait d\u2019ordonner la lev\u00e9e d\u2019une saisie d\u2019objets dans un d\u00e9lai d\u00e9raisonnable apr\u00e8s le prononc\u00e9 d\u2019un acquittement pouvait \u00eatre constitutif d\u2019un comportement irr\u00e9gulier des autorit\u00e9s publiques au sens de l\u2019article\u00a013\u00a0\u00a7\u00a01 de la loi sur la responsabilit\u00e9 de l\u2019\u00e9tat.<\/p>\n<p><em>2. La jurisprudence relative au code de proc\u00e9dure civile<\/em><\/p>\n<p>73. Dans son arr\u00eat no 25 Cdo 1607\/2008 du 18 novembre 2010, la Cour supr\u00eame s\u2019est exprim\u00e9e ainsi :<\/p>\n<p>\u00ab\u00a0Dans les proc\u00e9dures [civiles] contentieuses gouvern\u00e9es par le principe du dispositif (qui ne s\u2019applique pas uniquement aux cas \u00e9num\u00e9r\u00e9s \u00e0 l\u2019article 153 \u00a7 2 du code de proc\u00e9dure civile), le tribunal est li\u00e9 par la demande du demandeur, c\u2019est-\u00e0-dire par la mani\u00e8re dont celui-ci a fix\u00e9 l\u2019objet du litige. Les faits (les all\u00e9gations factuelles) sur lesquels la demande du demandeur est fond\u00e9e, tels qu\u2019ils se trouvent expos\u00e9s dans sa demande, fixent l\u2019objet du litige. La qualification juridique des faits en question ne fait pas partie de l\u2019expos\u00e9 de l\u2019objet du litige et le demandeur n\u2019est pas tenu de les qualifier. En tout \u00e9tat de cause, le tribunal n\u2019est pas li\u00e9 par la qualification juridique que le demandeur peut avoir donn\u00e9e \u00e0 ses pr\u00e9tentions. Si le tribunal saisi d\u2019une demande indemnitaire constate que les faits de la cause rel\u00e8vent d\u2019une r\u00e8gle de droit mat\u00e9riel commandant de leur attribuer une qualification juridique autre que celle avanc\u00e9e par le demandeur, il lui incombe d\u2019examiner l\u2019affaire et de la trancher au regard de la r\u00e8gle de droit en question, ind\u00e9pendamment de la base l\u00e9gale invoqu\u00e9e par le demandeur \u00e0 l\u2019appui de sa demande indemnitaire. S\u2019il appara\u00eet, au regard des faits \u00e9tablis, que le demandeur doit se voir accorder la r\u00e9paration demand\u00e9e, quoique sur une base l\u00e9gale diff\u00e9rente de celle dont il s\u2019est pr\u00e9valu dans l\u2019expos\u00e9 de ses pr\u00e9tentions, le tribunal ne peut rejeter sa demande et doit lui allouer la r\u00e9paration en question. Le tribunal m\u00e9conna\u00eetrait l\u2019interdiction de l\u2019ultra petita et violerait le principe du dispositif s\u2019il accordait au demandeur une r\u00e9paration autre ou plus importante que celle r\u00e9clam\u00e9e dans la demande ou s\u2019il lui adjugeait une r\u00e9paration en se fondant sur des faits autres que ceux invoqu\u00e9s dans la demande et \u00e9tablis (voir l\u2019arr\u00eat no 25 Cdo 1934\/2001 rendu par la Cour supr\u00eame le 31\u00a0juillet 2003).<\/p>\n<p>En l\u2019esp\u00e8ce, la demanderesse fonde son action indemnitaire sur le fait qu\u2019elle n\u2019a pas \u00e9t\u00e9 et n\u2019est toujours pas en mesure de faire usage de l\u2019immeuble dont elle est copropri\u00e9taire, car celui-ci est utilis\u00e9 par la deuxi\u00e8me d\u00e9fenderesse et son mari ainsi que par le troisi\u00e8me d\u00e9fendeur. S\u2019il est vrai, comme l\u2019a jug\u00e9 la cour d\u2019appel, qu\u2019il convient en pareilles circonstances de trancher les pr\u00e9tentions de la demanderesse sur le terrain des r\u00e8gles mat\u00e9rielles gouvernant le contentieux de (&#8230;) l\u2019enrichissement sans cause, et non sur celui des dispositions l\u00e9gales r\u00e9gissant la responsabilit\u00e9 [d\u00e9lictuelle], il ne s\u2019agit l\u00e0 que d\u2019une diff\u00e9rence de qualification juridique de la demande, dont la base factuelle demeure inchang\u00e9e. La distinction entre une demande motiv\u00e9e par un enrichissement sans cause et une demande en r\u00e9paration d\u2019un dommage (&#8230;) ne peut justifier un rejet de l\u2019action fond\u00e9 sur l\u2019inexactitude de la qualification juridique de la demande. Il s\u2019ensuit qu\u2019en rejetant l\u2019action de la demanderesse au motif que la pr\u00e9sente affaire ne concernait pas une demande indemnitaire mais une demande fond\u00e9e sur (&#8230;) un enrichissement sans cause, sans rechercher si les conditions requises pour accueillir une demande pour enrichissement sans cause \u00e9taient r\u00e9unies, la cour d\u2019appel a port\u00e9 sur l\u2019affaire une appr\u00e9ciation juridique insuffisante, et par cons\u00e9quent erron\u00e9e.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p>74. Dans son arr\u00eat no 32 Cdo 4778\/2010 du 23 mars 2011, la Cour supr\u00eame a jug\u00e9 ce qui suit :<\/p>\n<p>\u00ab\u00a0L\u2019article 153 \u00a7 2 du code de proc\u00e9dure civile dispose que le tribunal ne peut statuer au\u2011del\u00e0 des demandes des parties et allouer autre chose ou davantage que ce qu\u2019elles ont demand\u00e9 que si la proc\u00e9dure dont il est saisi aurait pu \u00eatre engag\u00e9e m\u00eame en\u00a0l\u2019absence d\u2019action ou si la loi pr\u00e9voit un mode particulier de r\u00e8glement des rapports entre les parties. Il s\u2019ensuit que dans les proc\u00e9dures [civiles] contentieuses gouvern\u00e9es par le principe du dispositif, le tribunal est li\u00e9 par la demande du demandeur, c\u2019est-\u00e0-dire par la mani\u00e8re dont celui-ci a fix\u00e9 l\u2019objet du litige, sauf exception pr\u00e9vue par la loi. L\u2019objet du litige expos\u00e9 dans l\u2019acte introductif d\u2019instance est circonscrit par l\u2019expos\u00e9 des faits sur lesquels le demandeur fonde sa demande (c\u2019est-\u00e0-dire le fondement juridique de son action) et par ce qui est demand\u00e9 (c\u2019est-\u00e0-dire les pr\u00e9tentions du demandeur). Il n\u2019est pas obligatoire de donner \u00e0 la demande (aux pr\u00e9tentions) une qualification juridique dans l\u2019acte introductif d\u2019instance (voir l\u2019article 79 \u00a7 1 du code de proc\u00e9dure civile). Si toutefois la requ\u00eate propose une qualification, celle-ci ne lie pas le tribunal, \u00e0 qui il appartient (conform\u00e9ment au principe jura novit curia) de d\u00e9terminer la r\u00e8gle de droit mat\u00e9riel (&#8230;) applicable aux faits \u00e9tablis de l\u2019affaire et de se prononcer sur la demande au regard de cette r\u00e8gle, ind\u00e9pendamment de la qualification juridique donn\u00e9e par le demandeur \u00e0 son action. Le tribunal statuerait ultra petita et violerait le principe du dispositif s\u2019il accordait un redressement autre que celui r\u00e9clam\u00e9 par le demandeur dans l\u2019acte introductif d\u2019instance ou s\u2019il lui adjugeait un redressement en se fondant sur des faits autres que ceux invoqu\u00e9s dans la demande et dans l\u2019expos\u00e9 des \u00e9l\u00e9ments de preuve. En cons\u00e9quence (&#8230;), lorsque des demandeurs r\u00e9clament des dommages et int\u00e9r\u00eats \u00e0 un d\u00e9fendeur qui, selon eux, occupe un immeuble \u00e0 usage non r\u00e9sidentiel sur le fondement d\u2019un contrat de bail (&#8230;) sans leur verser de loyers, et que le bail est d\u00e9clar\u00e9 nul par le tribunal sans qu\u2019aucune autre raison n\u2019ait \u00e9t\u00e9 invoqu\u00e9e pour justifier l\u2019occupation litigieuse, le tribunal peut, sans d\u00e9naturer les faits \u00e9nonc\u00e9s dans l\u2019expos\u00e9 de la demande, examiner la demande de dommages et int\u00e9r\u00eats formul\u00e9e par les demandeurs sur le terrain des r\u00e8gles mat\u00e9rielles gouvernant l\u2019action applicable \u00e0 (&#8230;) l\u2019enrichissement sans cause.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p><strong>B. La jurisprudence de la Cour constitutionnelle<\/strong><\/p>\n<p>75. Le 10 octobre 2001, la Cour constitutionnelle rendit un arr\u00eat\u00a0no\u00a0I.\u00a0\u00daS\u00a0201\/01 statuant sur un recours constitutionnel form\u00e9 par une soci\u00e9t\u00e9 qui d\u00e9non\u00e7ait une ing\u00e9rence de la police au motif que celle-ci avait perquisitionn\u00e9 son si\u00e8ge social et saisi des documents. La Cour constitutionnelle conclut \u00e0\u00a0la violation des droits de la soci\u00e9t\u00e9 requ\u00e9rante et ordonna \u00e0 la police de r\u00e9tablir la situation ant\u00e9rieure \u00e0 cette violation et de restituer les documents saisis. Elle suivit un raisonnement analogue dans d\u2019autres d\u00e9cisions (voir, par exemple, les d\u00e9cisions II. \u00daS 298\/05, II.\u00a0\u00daS\u00a0362\/06, IV. \u00daS 3370\/10 et II. \u00daS 2979\/10, adopt\u00e9es le 6\u00a0octobre 2005, le 1er novembre 2006, le 23 f\u00e9vrier 2012 et le\u00a029\u00a0mars 2012 respectivement).<\/p>\n<p><strong>EN DROIT<\/strong><\/p>\n<p><strong>I. SUR l\u2019objet de l\u2019affaire tel que d\u00e9fini par la chambre<\/strong><\/p>\n<p>76. Devant la chambre, la soci\u00e9t\u00e9 requ\u00e9rante soulevait des griefs tir\u00e9s des articles 6 \u00a7 1 et 13 de la Convention et de l\u2019article 1 du Protocole no 1 \u00e0 la Convention (paragraphes 50-55 ci-dessus). Les passages pertinents de ces dispositions se lisent ainsi\u00a0:<\/p>\n<p>Article 6 (droit \u00e0 un proc\u00e8s \u00e9quitable)<\/p>\n<p>\u00ab\u00a0Toute personne a droit \u00e0 ce que sa cause soit entendue \u00e9quitablement (&#8230;) par un tribunal (&#8230;), qui d\u00e9cidera (&#8230;) des contestations sur ses droits et obligations de caract\u00e8re civil\u00a0(&#8230;)\u00a0\u00bb<\/p>\n<p style=\"text-align: center;\">Article 13 (droit \u00e0 un recours effectif)<\/p>\n<p>\u00ab\u00a0Toute personne dont les droits et libert\u00e9s reconnus dans la (&#8230;) Convention ont \u00e9t\u00e9 viol\u00e9s, a droit \u00e0 l\u2019octroi d\u2019un recours effectif devant une instance nationale, alors m\u00eame que la violation aurait \u00e9t\u00e9 commise par des personnes agissant dans l\u2019exercice de leurs fonctions officielles.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p style=\"text-align: center;\">Article 1 du Protocole no 1 (protection de la propri\u00e9t\u00e9)<\/p>\n<p>\u00ab\u00a0Toute personne physique ou morale a droit au respect de ses biens. Nul ne peut \u00eatre priv\u00e9 de sa propri\u00e9t\u00e9 que pour cause d\u2019utilit\u00e9 publique et dans les conditions pr\u00e9vues par la loi et les principes g\u00e9n\u00e9raux du droit international.<\/p>\n<p>Les dispositions pr\u00e9c\u00e9dentes ne portent pas atteinte au droit que poss\u00e8dent les \u00c9tats de mettre en vigueur les lois qu\u2019ils jugent n\u00e9cessaires pour r\u00e9glementer l\u2019usage des biens conform\u00e9ment \u00e0 l\u2019int\u00e9r\u00eat g\u00e9n\u00e9ral ou pour assurer le paiement des imp\u00f4ts ou d\u2019autres contributions ou des amendes.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p>77. Dans son arr\u00eat, la chambre a formul\u00e9 le(s) grief(s) tir\u00e9(s) de l\u2019article\u00a01\u00a0du Protocole no 1 de la mani\u00e8re suivante (Fu Quan, s.r.o. c.\u00a0R\u00e9publique tch\u00e8que, no 24827\/14, \u00a7\u00a7 45, 50, 59 et 70, 17 mars 2022) :<\/p>\n<p>\u00ab\u00a045. La soci\u00e9t\u00e9 requ\u00e9rante se plaint d\u2019avoir \u00e9t\u00e9 paralys\u00e9e dans ses activit\u00e9s pendant environ cinq ans et priv\u00e9e abusivement de ses biens par l\u2019effet des mesures prises par les autorit\u00e9s dans le cadre de la proc\u00e9dure p\u00e9nale engag\u00e9e contre son directeur g\u00e9n\u00e9ral et l\u2019associ\u00e9 de ce dernier, sans avoir pu pr\u00e9venir ni att\u00e9nuer le pr\u00e9judice qui en a r\u00e9sult\u00e9 pour l\u2019entreprise.<\/p>\n<p>(&#8230;)<\/p>\n<p>50. (&#8230;) la Cour souligne que la pr\u00e9sente requ\u00eate a pour objet principal non pas la d\u00e9cision par laquelle les biens de la soci\u00e9t\u00e9 requ\u00e9rante ont \u00e9t\u00e9 saisis, mais l\u2019impossibilit\u00e9 pour celle-ci d\u2019obtenir r\u00e9paration du dommage r\u00e9sultant de la d\u00e9pr\u00e9ciation de ses marchandises par l\u2019\u00e9coulement des cinq ann\u00e9es qu\u2019a dur\u00e9 leur saisie.<\/p>\n<p>(&#8230;)<\/p>\n<p>59. La soci\u00e9t\u00e9 requ\u00e9rante dit avoir \u00e9t\u00e9 ill\u00e9galement priv\u00e9e de ses biens \u00e0 raison des poursuites, ill\u00e9gales selon elle, dirig\u00e9es contre ses deux seuls associ\u00e9s qui, d\u00e9tenus pendant deux ans, auraient \u00e9t\u00e9 l\u00e9s\u00e9s et \u00ab paralys\u00e9s \u00bb dans leurs activit\u00e9s.<\/p>\n<p>(&#8230;)<\/p>\n<p>70. (&#8230;) La soci\u00e9t\u00e9 requ\u00e9rante tire grief de la mani\u00e8re dont les marchandises saisies ont \u00e9t\u00e9 trait\u00e9es lors de la proc\u00e9dure p\u00e9nale engag\u00e9e contre son directeur g\u00e9n\u00e9ral et l\u2019associ\u00e9 de celui-ci, et des dommages que leur stockage prolong\u00e9 aurait caus\u00e9s (&#8230;)\u00a0\u00bb<\/p>\n<p>78. La chambre a expos\u00e9 les griefs tir\u00e9s des articles 6 \u00a7 1 et 13 de la Convention de la mani\u00e8re suivante (ibidem, \u00a7 76) :<\/p>\n<p>\u00ab\u00a076. La soci\u00e9t\u00e9 requ\u00e9rante se plaint en outre, sous l\u2019angle des articles\u00a06\u00a0\u00a7\u00a01 et 13 de la Convention, d\u2019une interpr\u00e9tation excessivement formaliste et restrictive des dispositions pertinentes de la loi sur la responsabilit\u00e9 de l\u2019\u00c9tat, en cons\u00e9quence de laquelle les juridictions internes lui auraient refus\u00e9 tout acc\u00e8s \u00e0 un tribunal concernant ses demandes en r\u00e9paration des dommages caus\u00e9s par l\u2019\u00c9tat dans l\u2019exercice de la puissance publique, lequel n\u2019aurait pas prot\u00e9g\u00e9 les marchandises saisies.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p>79. Devant la chambre, le Gouvernement avan\u00e7ait que la soci\u00e9t\u00e9 requ\u00e9rante n\u2019avait pas \u00e9puis\u00e9 les voies de recours internes, faute pour elle d\u2019avoir pr\u00e9cis\u00e9 la cause du dommage dont elle se plaignait dans la proc\u00e9dure indemnitaire ici en cause (paragraphes 36-49 ci-dessus), contrairement \u00e0 ce qu\u2019exigeait la jurisprudence interne, emp\u00eachant ainsi les juridictions nationales d\u2019appr\u00e9cier le bien-fond\u00e9 de ses pr\u00e9tentions. Il ajoutait que, m\u00eame apr\u00e8s le rejet de l\u2019action civile form\u00e9e par la soci\u00e9t\u00e9 requ\u00e9rante, celle-ci aurait pu en introduire une nouvelle en pr\u00e9cisant la cause du dommage, et qu\u2019elle disposait pour ce faire d\u2019un d\u00e9lai de quatre mois \u00e0 compter du jour o\u00f9 la d\u00e9cision rendue dans la proc\u00e9dure indemnitaire \u00e9tait devenue d\u00e9finitive (ibidem, \u00a7\u00a7 46-47).<\/p>\n<p>80. La chambre a jug\u00e9 que la requ\u00eate avait pour objet principal l\u2019impossibilit\u00e9, pour la soci\u00e9t\u00e9 requ\u00e9rante, d\u2019obtenir r\u00e9paration du dommage r\u00e9sultant de la d\u00e9pr\u00e9ciation de ses marchandises due \u00e0 l\u2019\u00e9coulement des cinq ann\u00e9es qu\u2019avait dur\u00e9 leur saisie (ibidem, \u00a7 50). Elle a ensuite observ\u00e9 que la soci\u00e9t\u00e9 requ\u00e9rante avait introduit une action en r\u00e9paration d\u2019un dommage caus\u00e9 par l\u2019\u00c9tat sur le fondement de la loi sur la responsabilit\u00e9 de l\u2019\u00c9tat sans avoir pr\u00e9cis\u00e9 si ce dommage avait pour origine une d\u00e9cision ill\u00e9gale ou un comportement irr\u00e9gulier des autorit\u00e9s publiques, les deux cas de mise en cause de la responsabilit\u00e9 de l\u2019\u00c9tat pr\u00e9vus par la loi en question. Toutefois, elle a estim\u00e9 que l\u2019action form\u00e9e en l\u2019esp\u00e8ce par la soci\u00e9t\u00e9 requ\u00e9rante faisait clairement appara\u00eetre que celle-ci demandait r\u00e9paration de la d\u00e9pr\u00e9ciation de ses marchandises saisies au cours de la proc\u00e9dure p\u00e9nale, et qu\u2019il revenait d\u00e8s lors au juge national de faire application du principe jura novit curia pour en d\u00e9duire que les faits de la cause devaient \u00eatre analys\u00e9s sous l\u2019angle des autres dispositions pertinentes de la loi sur la responsabilit\u00e9 de l\u2019\u00c9tat (ibidem, \u00a7 52). En cons\u00e9quence, elle a rejet\u00e9 l\u2019exception du Gouvernement tir\u00e9e du non-\u00e9puisement des voies de recours internes et conclu \u00e0 la violation de l\u2019article\u00a01\u00a0du Protocole no 1, jugeant qu\u2019aucune raison ne justifiait la r\u00e9tention des marchandises de la soci\u00e9t\u00e9 requ\u00e9rante pendant pr\u00e8s d\u2019un an et demi apr\u00e8s l\u2019acquittement de son directeur g\u00e9n\u00e9ral et de son autre associ\u00e9 (ibidem, \u00a7\u00a7\u00a057 et 74-75).<\/p>\n<p>81. Compte tenu de cette conclusion, la chambre a jug\u00e9 qu\u2019il n\u2019y avait pas lieu de statuer s\u00e9par\u00e9ment sur les griefs tir\u00e9s des articles 6 \u00a7 1 et 13 de la Convention (ibidem, \u00a7 77).<\/p>\n<p><strong>II. SUR les exceptions pr\u00e9liminaires soulev\u00e9es par le gouvernement devant la grande chambre<\/strong><\/p>\n<p>82. Devant la Grande Chambre, le Gouvernement r\u00e9it\u00e8re ses exceptions pr\u00e9liminaires, et maintient que le grief de la soci\u00e9t\u00e9 requ\u00e9rante tir\u00e9 de l\u2019article\u00a01\u00a0du Protocole no 1 \u00e0 la Convention doit \u00eatre d\u00e9clar\u00e9 irrecevable pour non-\u00e9puisement des voies de recours internes (paragraphe 79 ci-dessus). Il\u00a0avance \u00e9galement, pour les m\u00eames motifs, qu\u2019il n\u2019y a pas eu violation des droits de la soci\u00e9t\u00e9 requ\u00e9rante tels que garantis par les articles 6\u00a0\u00a7 1 et 13 de la Convention.<\/p>\n<p><strong>III. sur les violations all\u00e9gu\u00e9es des articles 6 \u00a7 1 et 13 de la Convention<\/strong><\/p>\n<p><strong>A. Observations liminaires<\/strong><\/p>\n<p>83. La Grande Chambre rel\u00e8ve que la soci\u00e9t\u00e9 requ\u00e9rante se plaint, sur le terrain des articles 6 \u00a7 1 et 13 de la Convention, d\u2019avoir \u00e9t\u00e9 priv\u00e9e d\u2019acc\u00e8s \u00e0 un tribunal en raison d\u2019une interpr\u00e9tation \u00e0 ses yeux formaliste et restrictive donn\u00e9e au droit interne par les juridictions nationales (paragraphes 54 et 78 ci-dessus).<\/p>\n<p>84. Bien que la chambre ait conclu \u00e0 la violation de l\u2019article\u00a01 du Protocole\u00a0no 1 et jug\u00e9 qu\u2019il n\u2019y avait pas lieu de statuer s\u00e9par\u00e9ment sur les griefs tir\u00e9s des articles 6 \u00a7 1 et 13 (paragraphes 80-81 ci\u2011dessus), la Grande Chambre estime appropri\u00e9 d\u2019examiner d\u2019abord ces griefs, qui \u00e9taient les principaux griefs formul\u00e9s par la soci\u00e9t\u00e9 requ\u00e9rante dans sa requ\u00eate devant la Cour (paragraphe 54 ci-dessus).<\/p>\n<p>85. La Cour rappelle d\u2019embl\u00e9e que les exigences de l\u2019article 6 \u00a7 1 sont plus strictes que celles de l\u2019article 13 (Kud\u0142a c. Pologne [GC], no\u00a030210\/96, \u00a7 146, CEDH 2000 XI) et constate que le grief de la soci\u00e9t\u00e9 requ\u00e9rante tir\u00e9 de l\u2019article 13 se trouve absorb\u00e9 par son grief tir\u00e9 de l\u2019article 6 \u00a7 1.<\/p>\n<p>86. Il est vrai que dans l\u2019une des affaires cit\u00e9es par la soci\u00e9t\u00e9 requ\u00e9rante dans son formulaire de requ\u00eate (paragraphes 54-55 ci-dessus), \u00e0 savoir l\u2019affaire Karamitrov et autres c. Bulgarie, (no\u00a053321\/99, \u00a7\u00a7 75-79, 10\u00a0janvier 2008), la Cour a examin\u00e9 sur le terrain de l\u2019article 13 de la Convention combin\u00e9 avec l\u2019article 1 du Protocole no 1 une question analogue \u00e0 celle qui se pose en l\u2019esp\u00e8ce. Toutefois, contrairement \u00e0 la situation qui \u00e9tait en cause dans l\u2019affaire Karamitrov et autres (\u00a7 62), la pr\u00e9sente esp\u00e8ce ne porte pas sur \u00ab\u00a0l\u2019absence de droit d\u2019action mat\u00e9riel en droit interne\u00a0\u00bb, car on ne saurait dire que le droit interne ne reconnaissait pas le droit \u00e0 r\u00e9paration d\u2019un pr\u00e9judice caus\u00e9 par un manquement des autorit\u00e9s \u00e0 veiller \u00e0 la bonne conservation de biens saisis ou par un retard injustifi\u00e9 apport\u00e9 \u00e0 la lev\u00e9e d\u2019une saisie. Au contraire, la loi sur la responsabilit\u00e9 de l\u2019\u00c9tat offre la possibilit\u00e9 de demander r\u00e9paration dans chacune de ces hypoth\u00e8ses (paragraphes 59 et 69\u201172 ci-dessus).<\/p>\n<p>87. La question de l\u2019applicabilit\u00e9 de l\u2019article 6 \u00a7 1 ne se posant donc pas en l\u2019esp\u00e8ce, la Cour examinera cette partie de la requ\u00eate sous le seul angle de cette disposition.<\/p>\n<p>88. La Cour observe que l\u2019exception pr\u00e9liminaire du Gouvernement tir\u00e9e du non-\u00e9puisement des voies de recours internes est \u00e9troitement li\u00e9e au fond du grief tir\u00e9 de l\u2019article 6 \u00a7 1, et plus pr\u00e9cis\u00e9ment \u00e0 la question de savoir si la soci\u00e9t\u00e9 requ\u00e9rante a ou non \u00e9t\u00e9 priv\u00e9e d\u2019acc\u00e8s \u00e0 un tribunal (paragraphe 82 ci-dessus), raison pour laquelle les arguments des parties relatifs \u00e0 cette exception seront expos\u00e9s ci-apr\u00e8s (paragraphes 89-112 ci-dessous).<\/p>\n<p><strong>B. Th\u00e8ses des parties<\/strong><\/p>\n<p><em>1. Le Gouvernement<\/em><\/p>\n<p>89. Le seul argument avanc\u00e9 par le Gouvernement devant la Grande Chambre au soutien de son exception de non-\u00e9puisement des voies de recours internes consiste \u00e0 dire que la soci\u00e9t\u00e9 requ\u00e9rante n\u2019a pas fait bon usage de l\u2019action civile qui lui \u00e9tait ouverte par la loi sur la responsabilit\u00e9 de l\u2019\u00c9tat. Plus pr\u00e9cis\u00e9ment, il estime que la soci\u00e9t\u00e9 requ\u00e9rante n\u2019a pas correctement sp\u00e9cifi\u00e9 les motifs ayant servi de fondement \u00e0 son action devant les juridictions internes et n\u2019a pas convenablement expos\u00e9 les faits d\u00e9cisifs invoqu\u00e9s au soutien de ses pr\u00e9tentions, notamment ceux qui, selon elle, caract\u00e9risaient un \u00ab comportement irr\u00e9gulier des autorit\u00e9s publiques \u00bb relativement aux biens saisis, contrairement aux prescriptions de l\u2019article 79 du code de proc\u00e9dure civile (paragraphe 65 ci-dessus).<\/p>\n<p>90. Le Gouvernement soutient que l\u2019article 5 de la loi sur la responsabilit\u00e9 de l\u2019\u00c9tat offre deux voies de recours s\u00e9par\u00e9es et distinctes tendant \u00e0 la r\u00e9paration des pr\u00e9judices caus\u00e9s par l\u2019\u00c9tat. Les dommages caus\u00e9s par des d\u00e9cisions ill\u00e9gales rendues dans le cadre de proc\u00e9dures civiles, administratives ou p\u00e9nales rel\u00e8veraient de la premi\u00e8re, ceux caus\u00e9s par des comportements irr\u00e9guliers des autorit\u00e9s publiques de la seconde (paragraphe\u00a059 ci-dessus).<\/p>\n<p>91. Toutefois, le Gouvernement expose qu\u2019il ressort de la loi en question que seules les parties \u00e0 une proc\u00e9dure ayant donn\u00e9 lieu \u00e0 une d\u00e9cision ill\u00e9gale sont habilit\u00e9es \u00e0 demander r\u00e9paration du pr\u00e9judice qui en a r\u00e9sult\u00e9, tandis que toute personne l\u00e9s\u00e9e par un comportement irr\u00e9gulier des autorit\u00e9s publiques peut demander r\u00e9paration du pr\u00e9judice caus\u00e9 par celui-ci (voir les articles\u00a07 \u00a7\u00a01 et 13 \u00a7 2 de la loi sur la responsabilit\u00e9 de l\u2019\u00c9tat reproduits au paragraphe\u00a059 ci-dessus). Le Gouvernement avance en outre que la loi pr\u00e9voit express\u00e9ment que lorsque le pr\u00e9judice r\u00e9sulte d\u2019une d\u00e9cision de placement en d\u00e9tention d\u2019une personne ayant par la suite \u00e9t\u00e9 acquitt\u00e9e, cette derni\u00e8re est seule habilit\u00e9e \u00e0 former une demande indemnitaire, et qu\u2019il s\u2019agit l\u00e0 d\u2019un cas particulier d\u2019indemnisation du pr\u00e9judice caus\u00e9 par une d\u00e9cision ill\u00e9gale (voir l\u2019article\u00a09 \u00a7 1 de la loi sur la responsabilit\u00e9 de l\u2019\u00c9tat reproduit au paragraphe\u00a059 ci-dessus).<\/p>\n<p>92. Le Gouvernement soutient que cette approche \u00e9tait \u00e9galement celle de la jurisprudence constante de la Cour supr\u00eame \u00e0 l\u2019\u00e9poque pertinente (paragraphes 68 et 70 ci-dessus), la Haute juridiction ayant jug\u00e9 que le manquement de l\u2019\u00c9tat \u00e0 veiller \u00e0 la bonne conservation de biens saisis dans le cadre d\u2019une proc\u00e9dure p\u00e9nale ou un retard injustifi\u00e9 apport\u00e9 \u00e0 la restitution de tels biens \u00e9taient constitutifs d\u2019un comportement irr\u00e9gulier des autorit\u00e9s publiques (paragraphes 69 et 71-72 ci-dessus), et que les propri\u00e9taires des biens en question pouvaient d\u00e8s lors demander r\u00e9paration du pr\u00e9judice subi de ce chef, qu\u2019ils aient ou non \u00e9t\u00e9 parties \u00e0 la proc\u00e9dure p\u00e9nale en question.<\/p>\n<p>93. Selon le Gouvernement, certains passages des observations et des d\u00e9clarations formul\u00e9es par la soci\u00e9t\u00e9 requ\u00e9rante dans le cadre de la proc\u00e9dure indemnitaire interne reposent globalement et principalement sur l\u2019argument selon lequel le pr\u00e9judice subi par l\u2019int\u00e9ress\u00e9e r\u00e9sulterait de la d\u00e9cision de placement en d\u00e9tention de ses deux associ\u00e9s, qui aurait paralys\u00e9 son fonctionnement (point\u00a0a)). Le renvoi explicite que la soci\u00e9t\u00e9 requ\u00e9rante aurait op\u00e9r\u00e9 \u00e0 l\u2019article 33 de la loi sur la responsabilit\u00e9 de l\u2019\u00c9tat, relatif au d\u00e9lai de prescription de l\u2019action en r\u00e9paration du dommage caus\u00e9 par une d\u00e9cision ill\u00e9gale (paragraphes 41 et 63 ci-dessus), en serait une preuve particuli\u00e8rement \u00e9loquente.<\/p>\n<p>94. Toutefois, le Gouvernement estime que cette action \u00e9tait vou\u00e9e \u00e0 l\u2019\u00e9chec en raison du libell\u00e9 explicite de l\u2019article 7 \u00a7 1 de la loi sur la responsabilit\u00e9 de l\u2019\u00c9tat (paragraphe 59 ci-dessus) et de la jurisprudence constante de la Cour supr\u00eame (paragraphe 68 ci-dessus). Il avance que le fait, pour la soci\u00e9t\u00e9 requ\u00e9rante, d\u2019avoir imput\u00e9 le pr\u00e9judice all\u00e9gu\u00e9 \u00e0 la d\u00e9cision de placement en d\u00e9tention de ses deux associ\u00e9s a conduit les juridictions internes \u00e0 qualifier l\u2019action de l\u2019int\u00e9ress\u00e9e d\u2019action en r\u00e9paration d\u2019un pr\u00e9judice r\u00e9sultant d\u2019une d\u00e9cision, action que seules les parties \u00e0 la proc\u00e9dure ayant donn\u00e9 lieu \u00e0 la d\u00e9cision en question sont habilit\u00e9es \u00e0 engager, et que force leur a \u00e9t\u00e9 de conclure au d\u00e9faut de qualit\u00e9 pour agir de la soci\u00e9t\u00e9 requ\u00e9rante et au rejet de cette action. Le Gouvernement argue \u00e9galement qu\u2019il a \u00e9t\u00e9 fait droit \u00e0 la demande form\u00e9e par le directeur g\u00e9n\u00e9ral de la soci\u00e9t\u00e9 requ\u00e9rante en vue de l\u2019indemnisation de la perte de revenus subie au cours de sa d\u00e9tention provisoire (paragraphe 35 ci-dessus), car celui-ci avait incontestablement qualit\u00e9 pour agir d\u00e8s lors qu\u2019il avait \u00e9t\u00e9 partie \u00e0 la proc\u00e9dure p\u00e9nale ant\u00e9rieure ayant donn\u00e9 lieu \u00e0 la d\u00e9cision de placement en d\u00e9tention.<\/p>\n<p>95. Le Gouvernement affirme par ailleurs que ni dans le cadre de la proc\u00e9dure interne ni devant la Cour la soci\u00e9t\u00e9 requ\u00e9rante n\u2019a produit d\u2019\u00e9l\u00e9ments propres \u00e0 d\u00e9montrer que ses marchandises saisies avaient effectivement \u00e9t\u00e9 endommag\u00e9es et que le dommage all\u00e9gu\u00e9 r\u00e9sultait d\u2019un manquement de l\u2019\u00c9tat \u00e0 veiller \u00e0 leur bonne conservation.<\/p>\n<p>96. Le Gouvernement ajoute que m\u00eame dans la requ\u00eate dont elle a saisi la Cour, la soci\u00e9t\u00e9 requ\u00e9rante a persist\u00e9 \u00e0 reprocher aux autorit\u00e9s internes d\u2019avoir fond\u00e9 leurs conclusions sur une interpr\u00e9tation \u00ab\u00a0excessivement formaliste\u00a0\u00bb de la loi sur la responsabilit\u00e9 de l\u2019\u00c9tat, r\u00e9it\u00e9rant un argument d\u00e9j\u00e0 soulev\u00e9 devant les juridictions nationales selon lequel elle aussi avait en l\u2019esp\u00e8ce \u00e9t\u00e9 en\u00a0quelque sorte incarc\u00e9r\u00e9e car toutes ses ressources humaines avaient \u00e9t\u00e9 plac\u00e9es en d\u00e9tention (voir le paragraphe 52 ci-dessus et son renvoi au paragraphe 44 ci-dessus). Selon la soci\u00e9t\u00e9 requ\u00e9rante, cela impliquait que les juridictions internes auraient d\u00fb lui reconna\u00eetre qualit\u00e9 pour agir en r\u00e9paration du pr\u00e9judice r\u00e9sultant d\u2019une d\u00e9cision.<\/p>\n<p>97. Le Gouvernement affirme que c\u2019est seulement dans la r\u00e9ponse qu\u2019elle a donn\u00e9e \u00e0 ses premi\u00e8res observations devant la chambre que la soci\u00e9t\u00e9 requ\u00e9rante a pour la premi\u00e8re fois soutenu que les juridictions internes auraient d\u00fb qualifier son action d\u2019action en r\u00e9paration d\u2019un dommage caus\u00e9 par un comportement irr\u00e9gulier des autorit\u00e9s publiques (paragraphe 106 ci\u2011dessous).<\/p>\n<p>98. Le Gouvernement ajoute que la chambre a retenu cet argument de la soci\u00e9t\u00e9 requ\u00e9rante, jugeant que l\u2019action form\u00e9e en l\u2019esp\u00e8ce faisait clairement appara\u00eetre que l\u2019int\u00e9ress\u00e9e demandait r\u00e9paration de la d\u00e9pr\u00e9ciation de ses marchandises saisies au cours de la proc\u00e9dure p\u00e9nale, et que les juridictions internes auraient d\u00fb faire application du principe jura novit curia pour en d\u00e9duire que les faits de la cause devaient \u00eatre analys\u00e9s sous l\u2019angle des autres dispositions pertinentes de la loi sur la responsabilit\u00e9 de l\u2019\u00c9tat (paragraphe 80 ci-dessus).<\/p>\n<p>99. Le Gouvernement affirme que la jurisprudence de la Cour apporte des limites \u00e0 l\u2019application de ce principe, renvoyant aux arr\u00eats Radomilja et\u00a0autres c. Croatie ([GC], nos 37685\/10 et 22768\/12, \u00a7 121, 20 mars 2018) et S.M. c. Croatie ([GC], no 60561\/14, \u00a7\u00a0219, 25 juin 2020) d\u2019o\u00f9 il ressort selon lui que celle-ci est cantonn\u00e9e aux faits expos\u00e9s par les requ\u00e9rants. Il soutient que cette limite s\u2019applique aussi aux juridictions internes, et que le rejet de la demande indemnitaire form\u00e9e par la soci\u00e9t\u00e9 requ\u00e9rante ne saurait donc leur \u00eatre reproch\u00e9, pour les deux raisons expos\u00e9es ci-apr\u00e8s.<\/p>\n<p>100. Premi\u00e8rement, la soci\u00e9t\u00e9 requ\u00e9rante ne se serait jamais express\u00e9ment pr\u00e9value sur le plan interne de l\u2019action en r\u00e9paration d\u2019un dommage caus\u00e9 par un comportement irr\u00e9gulier des autorit\u00e9s publiques. Deuxi\u00e8mement, elle n\u2019aurait apport\u00e9 aucun \u00e9l\u00e9ment propre \u00e0 d\u00e9montrer que ses marchandises avaient \u00e9t\u00e9 endommag\u00e9es pendant qu\u2019elles \u00e9taient sous saisie ou qu\u2019il existait un lien de causalit\u00e9 entre l\u2019action (ou l\u2019inaction) des autorit\u00e9s publiques comp\u00e9tentes et la d\u00e9pr\u00e9ciation des marchandises en question.<\/p>\n<p>101. Dans ces conditions, selon le Gouvernement, faute pour la soci\u00e9t\u00e9 requ\u00e9rante d\u2019avoir apport\u00e9 la moindre preuve \u00e0 l\u2019appui de sa demande d\u2019indemnisation du pr\u00e9judice r\u00e9sultant de la d\u00e9pr\u00e9ciation all\u00e9gu\u00e9e de ses marchandises, les juridictions internes auraient enfreint l\u2019interdiction qui leur est impos\u00e9e de se saisir de faits non invoqu\u00e9s par la soci\u00e9t\u00e9 requ\u00e9rante et de fonder leur d\u00e9cision sur des faits \u00e9trangers \u00e0 l\u2019action civile engag\u00e9e par celle-ci si elles lui avaient octroy\u00e9 une indemnit\u00e9 de ce chef.<\/p>\n<p>102. En cons\u00e9quence, m\u00eame si les juridictions internes avaient jug\u00e9 que l\u2019action de la soci\u00e9t\u00e9 requ\u00e9rante visait un comportement irr\u00e9gulier des autorit\u00e9s publiques, force leur aurait \u00e9t\u00e9 de la rejeter en l\u2019absence totale de preuve.<\/p>\n<p>103. Le Gouvernement conclut que la voie de recours interne ouverte \u00e0 la soci\u00e9t\u00e9 requ\u00e9rante \u00e9tait l\u2019action en r\u00e9paration d\u2019un dommage caus\u00e9 par un comportement irr\u00e9gulier des autorit\u00e9s publiques, pr\u00e9vue par les articles 5 b) et 13 de la loi sur la responsabilit\u00e9 de l\u2019\u00c9tat (paragraphe 59 ci-dessus). Il avance que si la requ\u00e9rante avait fait bon usage de cette action et l\u2019avait \u00e9tay\u00e9e par des preuves suffisantes, celle-ci aurait pu lui permettre d\u2019obtenir r\u00e9paration du pr\u00e9judice caus\u00e9 par un \u00e9ventuel comportement irr\u00e9gulier des autorit\u00e9s publiques li\u00e9 \u00e0 la saisie de ses marchandises. Toutefois, il soutient que la soci\u00e9t\u00e9 requ\u00e9rante a) ne s\u2019est jamais express\u00e9ment pr\u00e9value de cette action sur le plan interne, b) a fait \u00e9tat \u00e0 plusieurs reprises d\u2019un autre type d\u2019action, \u00e0 savoir l\u2019action en r\u00e9paration d\u2019un dommage caus\u00e9 par une d\u00e9cision ill\u00e9gale, et c) n\u2019a pas pr\u00e9cis\u00e9 les faits constitutifs du comportement irr\u00e9gulier qu\u2019elle imputait aux autorit\u00e9s publiques, faute d\u2019avoir \u00e9tay\u00e9 cette all\u00e9gation. Il estime en cons\u00e9quence que la soci\u00e9t\u00e9 requ\u00e9rante n\u2019a pas satisfait aux exigences proc\u00e9durales auxquelles le droit interne subordonne l\u2019exercice de cette action.<\/p>\n<p>104. Le Gouvernement estime que les arguments expos\u00e9s ci-dessus (paragraphes 90-103) impliquent aussi que le fait, pour les juridictions internes, d\u2019avoir statu\u00e9 sur l\u2019action de la soci\u00e9t\u00e9 requ\u00e9rante sur le terrain de l\u2019action en r\u00e9paration d\u2019un dommage caus\u00e9 par une d\u00e9cision ill\u00e9gale au vu des circonstances de l\u2019esp\u00e8ce ne saurait passer pour une limitation du droit d\u2019acc\u00e8s \u00e0 un tribunal ayant port\u00e9 atteinte \u00e0 la substance m\u00eame de ce droit.<\/p>\n<p><em>2. La soci\u00e9t\u00e9 requ\u00e9rante<\/em><\/p>\n<p>105. La soci\u00e9t\u00e9 requ\u00e9rante r\u00e9it\u00e8re ses arguments expos\u00e9s devant la chambre et s\u2019appuie sur les conclusions auxquelles celle-ci est parvenue en\u00a0ce qui concerne l\u2019exception de non-\u00e9puisement des voies de recours internes soulev\u00e9e par le Gouvernement (paragraphe 80 ci-dessus).<\/p>\n<p>106. La soci\u00e9t\u00e9 requ\u00e9rante soutient en particulier qu\u2019il incombait aux juridictions internes d\u2019examiner son action civile fond\u00e9e sur la loi sur la responsabilit\u00e9 de l\u2019\u00c9tat au regard d\u2019une autre disposition de la loi en question, mais qu\u2019elles n\u2019en ont rien fait (Fu Quan, s.r.o., pr\u00e9cit\u00e9, \u00a7 48). Plus pr\u00e9cis\u00e9ment, elle affirme avoir expos\u00e9 l\u2019ensemble des faits pertinents relatifs \u00e0 la cause du pr\u00e9judice dont elle se plaint et au montant de celui-ci. Elle avance que ces \u00e9l\u00e9ments pouvaient et auraient d\u00fb \u00eatre appr\u00e9ci\u00e9s sous l\u2019angle de la responsabilit\u00e9 de l\u2019\u00c9tat du fait d\u2019un comportement irr\u00e9gulier des autorit\u00e9s publiques, r\u00e9gie par l\u2019article 13 de la loi sur la responsabilit\u00e9 de l\u2019\u00c9tat, et non sur le terrain de la responsabilit\u00e9 de l\u2019\u00c9tat du fait de d\u00e9cisions ill\u00e9gales \u2013 r\u00e9gie par les articles 7 et 9 du m\u00eame texte (paragraphe 59 ci\u2011dessus), qui para\u00eet ne pouvoir \u00eatre mise en cause que par les parties aux proc\u00e9dures ayant donn\u00e9 lieu \u00e0 de telles d\u00e9cisions. Or selon elle, toutes les juridictions internes se sont livr\u00e9es \u00e0 une analyse excessivement formaliste et restrictive de son action (et du droit applicable) afin de pouvoir la rejeter pour des motifs proc\u00e9duraux, en l\u2019occurrence un d\u00e9faut suppos\u00e9 de qualit\u00e9 pour agir. Elle se serait en cons\u00e9quence trouv\u00e9e dans l\u2019impossibilit\u00e9 de saisir la justice en vue de la protection de ses droits.<\/p>\n<p>107. Par ailleurs, la soci\u00e9t\u00e9 requ\u00e9rante renvoie \u00e0 un passage de l\u2019arr\u00eat de la Cour constitutionnelle \u00e9non\u00e7ant, selon elle, qu\u2019elle \u00ab\u00a0demandait l\u2019indemnisation du dommage qu\u2019elle disait avoir subi, se pr\u00e9valant de [la loi sur la responsabilit\u00e9 de l\u2019\u00c9tat] et all\u00e9guant que le dommage en question r\u00e9sultait d\u2019un comportement irr\u00e9gulier des autorit\u00e9s publiques, et plus pr\u00e9cis\u00e9ment du placement en d\u00e9tention provisoire de son unique directeur g\u00e9n\u00e9ral (&#8230;) et de son autre associ\u00e9\u00a0\u00bb (paragraphe 49 ci-dessus). Elle estime qu\u2019il ressort de ces \u00e9nonciations que la Cour constitutionnelle a reconnu que son action civile visait un comportement irr\u00e9gulier des autorit\u00e9s publiques.<\/p>\n<p>108. La soci\u00e9t\u00e9 requ\u00e9rante ne souscrit pas \u00e0 la conclusion de la chambre selon laquelle il n\u2019y avait pas lieu d\u2019examiner ses griefs tir\u00e9s des articles 6\u00a0\u00a7\u00a01 et 13 de la Convention. Elle estime au contraire que la chambre aurait d\u00fb en conna\u00eetre et les trancher au fond.<\/p>\n<p><em>3. Les tiers intervenants<\/em><\/p>\n<p>a) Le gouvernement slov\u00e8ne<\/p>\n<p>109. Le gouvernement slov\u00e8ne indique que m\u00eame lorsqu\u2019elle examine la question du respect de la r\u00e8gle de l\u2019\u00e9puisement des voies de recours internes, la Cour doit se garder d\u2019outrepasser les limites de sa comp\u00e9tence en substituant sa propre appr\u00e9ciation de l\u2019application du droit interne \u00e0 celle des juridictions nationales et en s\u2019\u00e9rigeant ainsi en juridiction de quatri\u00e8me instance.<\/p>\n<p>110. Le gouvernement slov\u00e8ne ajoute que les diff\u00e9rents syst\u00e8mes de proc\u00e9dure civile ont tous en commun d\u2019imposer aux demandeurs la charge d\u2019exposer les faits \u00e0 l\u2019origine de leurs pr\u00e9tentions et arguments (onus proferendi) et de produire les \u00e9l\u00e9ments de preuve propres \u00e0 en \u00e9tablir la r\u00e9alit\u00e9 (onus probandi). Il avance que des requ\u00e9rants potentiels qui ne s\u2019acquittent pas de ces obligations ne satisfont pas aux exigences proc\u00e9durales fix\u00e9es par le droit interne et ne sauraient donc \u00eatre r\u00e9put\u00e9s avoir d\u00fbment \u00e9puis\u00e9 les voies de recours internes.<\/p>\n<p>b) Le gouvernement polonais<\/p>\n<p>111. Le gouvernement polonais souligne lui aussi que les requ\u00e9rants doivent exposer devant les juridictions internes les faits sur lesquels se fondent leurs demandes. Il estime que la Cour ne saurait attendre des juridictions internes qu\u2019elles aident les parties en reformulant leurs demandes et en recherchant des faits susceptibles de les \u00e9tayer, sous peine d\u2019enfreindre l\u2019un des principes fondamentaux de la proc\u00e9dure civile appliqu\u00e9 dans l\u2019ensemble des \u00c9tats membres du Conseil de l\u2019Europe, \u00e0 savoir le principe d\u2019\u00e9galit\u00e9 des parties.<\/p>\n<p>112. Par ailleurs, le gouvernement polonais indique qu\u2019une approche excessivement souple du principe de l\u2019\u00e9puisement des voies de recours internes pr\u00e9senterait des dangers en ce qu\u2019elle risquerait, d\u2019une part, de priver l\u2019\u00c9tat d\u00e9fendeur de la possibilit\u00e9 de r\u00e9agir \u00e0 une violation av\u00e9r\u00e9e ou potentielle de la Convention et, d\u2019autre part, de conduire la Cour \u00e0 s\u2019arroger de facto le pouvoir de statuer sur le fond des affaires, ce que la Convention ne lui permet pas. Il souligne qu\u2019il incombe plut\u00f4t \u00e0 la Cour de rechercher si tel ou tel requ\u00e9rant avait la possibilit\u00e9 d\u2019exercer un recours sur le plan interne, si les r\u00e8gles de droit y relatives \u00e9taient claires et accessibles au public et si un exc\u00e8s de formalisme a emp\u00each\u00e9 l\u2019int\u00e9ress\u00e9 d\u2019exercer le recours en question.<\/p>\n<p><strong>C. Appr\u00e9ciation de la Cour<\/strong><\/p>\n<p>113. Les principes pertinents qui se d\u00e9gagent de la jurisprudence de la Cour relative au droit d\u2019acc\u00e8s \u00e0 un tribunal et, en particulier, aux situations dans lesquelles des restrictions apport\u00e9es \u00e0 ce droit rel\u00e8vent d\u2019un \u00ab\u00a0formalisme excessif\u00a0\u00bb sont r\u00e9sum\u00e9s dans l\u2019arr\u00eat Zubac c. Croatie ([GC], no\u00a040160\/12, \u00a7\u00a7 76-79 et 90-99, 5 avril 2018).<\/p>\n<p>114. Comme l\u2019a constat\u00e9 la chambre, la soci\u00e9t\u00e9 requ\u00e9rante a engag\u00e9 son action en r\u00e9paration d\u2019un dommage caus\u00e9 par l\u2019\u00c9tat en invoquant la loi sur la responsabilit\u00e9 de l\u2019\u00c9tat, mais sans pr\u00e9ciser si le dommage all\u00e9gu\u00e9 r\u00e9sultait de l\u2019un ou l\u2019autre des deux cas de mise en cause de la responsabilit\u00e9 de l\u2019\u00c9tat pr\u00e9vus par la loi en question, \u00e0 savoir d\u2019une d\u00e9cision ill\u00e9gale ou d\u2019un comportement irr\u00e9gulier des autorit\u00e9s publiques (paragraphe 80 ci-dessus). Toutefois, comme l\u2019a relev\u00e9 le Gouvernement (paragraphe 93 ci-dessus), la soci\u00e9t\u00e9 requ\u00e9rante a renvoy\u00e9 \u00e0 l\u2019article 33 de cette loi, qui fixe le d\u00e9lai de prescription de l\u2019action en r\u00e9paration du dommage caus\u00e9 par une d\u00e9cision ill\u00e9gale (paragraphes 41 et 63 ci-dessus).<\/p>\n<p>115. Ces circonstances ont conduit les juridictions internes \u00e0 statuer sur l\u2019action de la soci\u00e9t\u00e9 requ\u00e9rante sur le terrain de l\u2019action en r\u00e9paration d\u2019un dommage caus\u00e9 par une d\u00e9cision ill\u00e9gale, r\u00e9gie par l\u2019article 7 de la loi sur la responsabilit\u00e9 de l\u2019\u00c9tat, et \u00e0 la rejeter apr\u00e8s avoir constat\u00e9 que l\u2019int\u00e9ress\u00e9e n\u2019avait pas qualit\u00e9 pour agir, au motif que seules les parties \u00e0 une proc\u00e9dure ayant donn\u00e9 lieu \u00e0 une d\u00e9cision ill\u00e9gale pouvaient demander r\u00e9paration \u00e0 l\u2019\u00c9tat du pr\u00e9judice qui en avait r\u00e9sult\u00e9.<\/p>\n<p>116. Dans son appel devant le tribunal municipal, son pourvoi en cassation devant la Cour supr\u00eame, son recours devant la Cour constitutionnelle et sa requ\u00eate devant la Cour, la soci\u00e9t\u00e9 requ\u00e9rante all\u00e9guait que l\u2019application ainsi faite du droit interne par les juridictions nationales \u00e9tait excessivement formaliste (paragraphes 44, 46, 48 et 54 ci-dessus), sans toutefois pr\u00e9ciser en quoi consistait le formalisme d\u00e9nonc\u00e9. N\u00e9anmoins, la Cour souscrit \u00e0 la th\u00e8se du Gouvernement (paragraphe\u00a096 ci-dessus) selon laquelle l\u2019argument de la soci\u00e9t\u00e9 requ\u00e9rante consistant \u00e0 dire qu\u2019elle aussi \u00ab\u00a0avait \u00e9t\u00e9 en quelque sorte incarc\u00e9r\u00e9e car toutes ses ressources humaines avaient \u00e9t\u00e9 plac\u00e9es en d\u00e9tention\u00a0\u00bb donne \u00e0 penser que l\u2019exc\u00e8s de formalisme d\u00e9nonc\u00e9 par elle tenait au refus des juridictions internes d\u2019\u00e9carter la disposition l\u00e9gale applicable en l\u2019esp\u00e8ce et de lui reconna\u00eetre qualit\u00e9 pour agir en r\u00e9paration du pr\u00e9judice qu\u2019elle disait avoir subi du fait de la d\u00e9cision de placement en d\u00e9tention litigieuse.<\/p>\n<p>117. Toutefois, comme le souligne le Gouvernement (paragraphe 97 ci\u2011dessus), les observations ult\u00e9rieurement soumises \u00e0 la chambre par la soci\u00e9t\u00e9 requ\u00e9rante donnaient \u00e0 entendre que l\u2019exc\u00e8s de formalisme reproch\u00e9 par celle-ci aux juridictions internes r\u00e9sidait dans leur refus de statuer sur son action civile sur le terrain de l\u2019action en r\u00e9paration d\u2019un pr\u00e9judice caus\u00e9 par un comportement irr\u00e9gulier des autorit\u00e9s publiques (paragraphes 105-106 ci\u2011dessus).<\/p>\n<p>118. La chambre a accueilli cette th\u00e8se, au sujet toutefois de l\u2019\u00e9puisement des voies de recours internes en ce qui concerne les griefs tir\u00e9s de l\u2019article\u00a01 du Protocole no 1, jugeant que l\u2019action form\u00e9e en l\u2019esp\u00e8ce faisait clairement appara\u00eetre que la soci\u00e9t\u00e9 requ\u00e9rante demandait r\u00e9paration du pr\u00e9judice r\u00e9sultant de la d\u00e9pr\u00e9ciation de ses marchandises saisies au cours de la proc\u00e9dure p\u00e9nale. C\u2019\u00e9tait ensuit aux juridictions internes d\u2019appliquer le principe jura novit curia pour en d\u00e9duire que les faits expos\u00e9s par l\u2019int\u00e9ress\u00e9e devaient \u00eatre analys\u00e9s sous l\u2019angle des autres dispositions pertinentes de la loi sur la responsabilit\u00e9 de l\u2019\u00c9tat, de mani\u00e8re \u00e0 statuer sur le fond de ses demandes (paragraphe 80 ci-dessus).<\/p>\n<p>119. Toutefois, la Grande Chambre observe que la chambre s\u2019est prononc\u00e9e ainsi sans rechercher si, dans les circonstances de l\u2019esp\u00e8ce, cette solution risquait d\u2019\u00eatre inconciliable avec le droit interne. Il est donc fort possible que l\u2019expos\u00e9 des faits \u00e9tabli par la soci\u00e9t\u00e9 requ\u00e9rante dans son action civile ait emp\u00each\u00e9 les juridictions internes de la trancher sur le terrain de l\u2019action en r\u00e9paration d\u2019un pr\u00e9judice caus\u00e9 par un comportement irr\u00e9gulier des autorit\u00e9s publiques.<\/p>\n<p>120. En tout \u00e9tat de cause, c\u2019est aux autorit\u00e9s nationales, et notamment aux tribunaux, qu\u2019il revient au premier chef d\u2019interpr\u00e9ter et d\u2019appliquer le droit interne. Le r\u00f4le de la Cour se limite \u00e0 v\u00e9rifier la compatibilit\u00e9 avec la Convention des effets de pareille interpr\u00e9tation. Ce principe s\u2019applique en particulier \u00e0 l\u2019interpr\u00e9tation, par les tribunaux, des r\u00e8gles de nature proc\u00e9durale (voir, par exemple, Tejedor Garc\u00eda c. Espagne, 16 d\u00e9cembre 1997, \u00a7 31, Recueil des arr\u00eats et d\u00e9cisions 1997-VIII). Il en r\u00e9sulte en\u00a0l\u2019esp\u00e8ce qu\u2019il incombe \u00e0 la Cour de rechercher si, faute d\u2019avoir appliqu\u00e9 le principe jura novit curia et statu\u00e9 sur l\u2019action de la soci\u00e9t\u00e9 requ\u00e9rante sur le terrain de l\u2019action en r\u00e9paration d\u2019un pr\u00e9judice caus\u00e9 par un comportement irr\u00e9gulier des autorit\u00e9s publiques, les juridictions internes ont ou non fait preuve d\u2019un formalisme excessif et donc ind\u00fbment restreint l\u2019acc\u00e8s de l\u2019int\u00e9ress\u00e9e \u00e0 un tribunal.<\/p>\n<p>121. La soci\u00e9t\u00e9 requ\u00e9rante, qui \u00e9tait repr\u00e9sent\u00e9e par un avocat, n\u2019a pas invoqu\u00e9 dans son action civile les articles 5 \u00a7 1 b) ou 13 de la loi sur la responsabilit\u00e9 de l\u2019\u00c9tat (paragraphe 59 ci-dessus), qui constituent le fondement juridique de la responsabilit\u00e9 de l\u2019\u00c9tat \u00e0 raison des dommages r\u00e9sultant de comportements irr\u00e9guliers des autorit\u00e9s publiques. Dans ses observations soumises aux autorit\u00e9s internes, elle n\u2019a pas une seule fois fait \u00e9tat d\u2019un comportement irr\u00e9gulier des autorit\u00e9s publiques. Au\u00a0contraire, elle a d\u00e9nonc\u00e9 \u00e0 plusieurs reprises le caract\u00e8re \u00e0 ses yeux ill\u00e9gal des poursuites et de la d\u00e9tention dont son directeur g\u00e9n\u00e9ral et son autre associ\u00e9 avaient fait l\u2019objet, renvoyant express\u00e9ment \u00e0 l\u2019article 33 de la loi sur la responsabilit\u00e9 de l\u2019\u00c9tat, qui fixe le d\u00e9lai de prescription applicable \u00e0 l\u2019action en r\u00e9paration d\u2019un dommage caus\u00e9 par une d\u00e9cision ill\u00e9gale (paragraphes 41 et 63 ci-dessus). Force est donc de conclure que la soci\u00e9t\u00e9 requ\u00e9rante n\u2019a pas fond\u00e9 son action civile sur un comportement irr\u00e9gulier des autorit\u00e9s publiques.<\/p>\n<p>122. Qui plus est, apr\u00e8s le rejet, par le tribunal de premi\u00e8re instance, de son action civile pour d\u00e9faut de qualit\u00e9 pour agir (paragraphe 43 ci-dessus), la soci\u00e9t\u00e9 requ\u00e9rante n\u2019a pas all\u00e9gu\u00e9, dans ses recours ult\u00e9rieurs (paragraphes\u00a044, 46 et 48 ci-dessus), que les juridictions inf\u00e9rieures avaient mal interpr\u00e9t\u00e9 son action civile et auraient d\u00fb la trancher sur le terrain de l\u2019action en r\u00e9paration d\u2019un dommage caus\u00e9 par un comportement irr\u00e9gulier des autorit\u00e9s publiques.<\/p>\n<p>123. Autrement dit, la soci\u00e9t\u00e9 requ\u00e9rante a adopt\u00e9 une position toute diff\u00e9rente devant la Cour, soutenant que les juridictions internes auraient d\u00fb statuer sur son action sur le terrain de l\u2019action en r\u00e9paration d\u2019un dommage caus\u00e9 par un comportement irr\u00e9gulier des autorit\u00e9s publiques (paragraphe 117 ci-dessus). Toutefois, les parties ne sauraient invoquer devant la Cour des arguments qu\u2019elles n\u2019ont jamais formul\u00e9s devant le juge national (voir, mutatis mutandis, Pine Valley Developments Ltd et autres c. Irlande, 29\u00a0novembre 1991, \u00a7 47, s\u00e9rie A no 222). Dans ces conditions, on ne saurait reprocher aux juridictions internes de ne pas avoir statu\u00e9 sur l\u2019action de la soci\u00e9t\u00e9 requ\u00e9rante sur le terrain de l\u2019action en r\u00e9paration d\u2019un pr\u00e9judice caus\u00e9 par un comportement irr\u00e9gulier des autorit\u00e9s publiques.<\/p>\n<p>124. Enfin, la Cour rel\u00e8ve que dans ses observations devant la chambre, le Gouvernement soutenait que m\u00eame apr\u00e8s le rejet de l\u2019action civile engag\u00e9e par la soci\u00e9t\u00e9 requ\u00e9rante, celle-ci aurait pu introduire une nouvelle action pr\u00e9cisant que le comportement irr\u00e9gulier des autorit\u00e9s publiques d\u00e9nonc\u00e9 par elle constituait la cause du dommage. Selon le Gouvernement, la soci\u00e9t\u00e9 requ\u00e9rante disposait pour ce faire d\u2019un d\u00e9lai de quatre mois \u00e0 compter du jour o\u00f9 la d\u00e9cision rendue dans la proc\u00e9dure indemnitaire \u00e9tait devenue d\u00e9finitive (paragraphe 79 ci-dessus). La soci\u00e9t\u00e9 requ\u00e9rante n\u2019a pas contest\u00e9 ce point et la Cour ne voit pas de raison de douter de cette possibilit\u00e9.<\/p>\n<p>125. Partant, le grief de la soci\u00e9t\u00e9 requ\u00e9rante relatif \u00e0 l\u2019acc\u00e8s \u00e0 un tribunal est irrecevable en application de l\u2019article 35 \u00a7 3 a) de la Convention pour d\u00e9faut manifeste de fondement et doit \u00eatre rejet\u00e9, conform\u00e9ment \u00e0 l\u2019article\u00a035 \u00a7 4.<\/p>\n<p><strong>IV. sur les violations all\u00e9gu\u00e9es de l\u2019article 1 du protocole no 1 \u00e0 la Convention<\/strong><\/p>\n<p><strong>A. Sur l\u2019objet des griefs de la soci\u00e9t\u00e9 requ\u00e9rante tir\u00e9s de cette disposition<\/strong><\/p>\n<p><em>1. L\u2019arr\u00eat rendu par la chambre<\/em><\/p>\n<p>126. La chambre a estim\u00e9 que la requ\u00eate avait principalement pour objet de d\u00e9noncer l\u2019impossibilit\u00e9, pour la soci\u00e9t\u00e9 requ\u00e9rante, d\u2019obtenir r\u00e9paration des dommages caus\u00e9s aux marchandises qui s\u2019\u00e9taient d\u00e9pr\u00e9ci\u00e9es en raison de leur maintien sous saisie cinq ans durant et de l\u2019\u00e9coulement du temps. Elle a conclu \u00e0 la violation de l\u2019article 1 du Protocole no 1 au motif que rien ne justifiait la r\u00e9tention des marchandises de la soci\u00e9t\u00e9 requ\u00e9rante durant pr\u00e8s d\u2019un an et demi apr\u00e8s l\u2019acquittement de son directeur g\u00e9n\u00e9ral et de son autre associ\u00e9 (paragraphe 80 ci-dessus).<\/p>\n<p>127. Le Gouvernement conteste l\u2019appr\u00e9ciation de la chambre, tandis que la soci\u00e9t\u00e9 requ\u00e9rante y souscrit.<\/p>\n<p>128. Pour sa part, la Grande Chambre estime qu\u2019avant d\u2019examiner la recevabilit\u00e9 de cette partie de la requ\u00eate, et au vu des conclusions auxquelles elle est parvenue ci-dessus au sujet des griefs tir\u00e9s des articles 6 \u00a7 1 et 13 de la Convention, il lui faut d\u00e9finir l\u2019objet des griefs de la soci\u00e9t\u00e9 requ\u00e9rante tir\u00e9s de l\u2019article\u00a01 du Protocole no 1.<\/p>\n<p><em>2. Th\u00e8ses des parties<\/em><\/p>\n<p>a) Le Gouvernement<\/p>\n<p>129. Le Gouvernement affirme que la soci\u00e9t\u00e9 requ\u00e9rante n\u2019a pas identifi\u00e9 de mani\u00e8re suffisamment pr\u00e9cise la cause de la violation qu\u2019elle d\u00e9nonce. Il\u00a0estime que l\u2019on ne sait pas au juste si elle se plaint principalement de la d\u00e9cision de placement en d\u00e9tention de ses deux associ\u00e9s, qui aurait \u00ab\u00a0paralys\u00e9\u00a0\u00bb ses activit\u00e9s, ou si son grief porte essentiellement sur la saisie de ses marchandises, sur leur d\u00e9t\u00e9rioration imputable au seul \u00e9coulement du temps ou encore sur leur d\u00e9pr\u00e9ciation r\u00e9sultant d\u2019un manquement all\u00e9gu\u00e9 de l\u2019\u00c9tat \u00e0 en assurer la bonne conservation.<\/p>\n<p>130. Le Gouvernement avance \u00e9galement que la soci\u00e9t\u00e9 requ\u00e9rante n\u2019a mentionn\u00e9 dans sa requ\u00eate devant la Cour (paragraphes 50-55 ci-dessus) la r\u00e9tention prolong\u00e9e de ses marchandises apr\u00e8s l\u2019acquittement de son directeur g\u00e9n\u00e9ral et de son autre associ\u00e9, et que cet \u00e9l\u00e9ment est pr\u00e9cis\u00e9ment le (seul) motif sur lequel la chambre s\u2019est fond\u00e9e pour conclure \u00e0 la violation de l\u2019article 1 du Protocole no\u00a01 (paragraphes 80 et 126 ci-dessus).<\/p>\n<p>b) La soci\u00e9t\u00e9 requ\u00e9rante<\/p>\n<p>131. Dans ses observations devant la Grande Chambre, la soci\u00e9t\u00e9 requ\u00e9rante s\u2019est exprim\u00e9e ainsi (italiques ajout\u00e9s) :<\/p>\n<p>\u00ab\u00a0L\u2019affaire porte sur des dommages subis par des marchandises appartenant \u00e0 la soci\u00e9t\u00e9 requ\u00e9rante du fait de leur saisie dans le cadre de poursuites p\u00e9nales dirig\u00e9es contre ses associ\u00e9s et son directeur g\u00e9n\u00e9ral unique.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p>132. La soci\u00e9t\u00e9 requ\u00e9rante soutient que l\u2019objet de son grief fond\u00e9 sur l\u2019article 1 du Protocole no 1, \u00e0 savoir l\u2019atteinte port\u00e9e par l\u2019\u00c9tat \u00e0 ses droits en violation de la Convention et du droit interne, n\u2019a jamais vari\u00e9 depuis le d\u00e9but de la proc\u00e9dure interne. Elle explique qu\u2019au cours de cette proc\u00e9dure, elle a \u00e9toff\u00e9 ses moyens de droit en les adaptant \u00e0 la jurisprudence des juridictions internes sup\u00e9rieures, mais que les principaux faits de son affaire n\u2019ont jamais chang\u00e9 et qu\u2019ils sont identiques \u00e0 ceux d\u00e9crits dans sa requ\u00eate devant la Cour.<\/p>\n<p>133. La soci\u00e9t\u00e9 requ\u00e9rante signale en outre qu\u2019elle a soulev\u00e9 un moyen tir\u00e9 d\u2019une violation potentielle de l\u2019article 1 du Protocole no 1 \u00e0 la Convention dans son recours constitutionnel (voir le paragraphe 48 ci-dessus et son renvoi au paragraphe 44 ci-dessus).<\/p>\n<p>c) Observations des tiers intervenants<\/p>\n<p>i. Le gouvernement slov\u00e8ne<\/p>\n<p>134. Dans ses observations, le gouvernement slov\u00e8ne invite la Cour \u00e0 d\u00e9terminer l\u2019objet de l\u2019affaire, estimant que ce point a une incidence directe sur la question du respect de la condition de recevabilit\u00e9 relative \u00e0 l\u2019\u00e9puisement des voies de recours internes.<\/p>\n<p>135. Le gouvernement slov\u00e8ne expose que l\u2019objet de l\u2019affaire est d\u00e9termin\u00e9 par le grief du requ\u00e9rant, mais que l\u2019on ne sait pas au juste en quoi consiste ce grief en l\u2019esp\u00e8ce. Il se demande si la soci\u00e9t\u00e9 requ\u00e9rante se pr\u00e9tend \u00ab\u00a0victime\u00a0\u00bb i) d\u2019un acte (la d\u00e9tention ill\u00e9gale de ses associ\u00e9s qui aurait conduit \u00e0 la paralysie de ses activit\u00e9s), ou ii) d\u2019une omission (le comportement irr\u00e9gulier des autorit\u00e9s qui auraient continu\u00e9 \u00e0 retenir les marchandises de la soci\u00e9t\u00e9 requ\u00e9rante apr\u00e8s l\u2019acquittement de son directeur et de son autre associ\u00e9). Il estime que la Cour doit en cons\u00e9quence d\u00e9terminer quels sont les faits constitutifs de l\u2019ing\u00e9rence all\u00e9gu\u00e9e dans le droit de propri\u00e9t\u00e9 de la soci\u00e9t\u00e9 requ\u00e9rante, et que ceux-ci, aux fins de l\u2019\u00e9puisement des voies de recours internes, doivent correspondre \u00e0 ceux qui constituent la cause (acte ou omission ill\u00e9gaux) de l\u2019action civile indemnitaire engag\u00e9e par la soci\u00e9t\u00e9 requ\u00e9rante devant les juridictions internes.<\/p>\n<p>ii. Le gouvernement polonais<\/p>\n<p>136. \u00e0 l\u2019instar du gouvernement slov\u00e8ne, le gouvernement polonais souligne la n\u00e9cessit\u00e9 de formuler sans \u00e9quivoque le grief de la soci\u00e9t\u00e9 requ\u00e9rante, cela ayant selon lui des incidences sur la question de l\u2019\u00e9puisement des voies de recours internes.<\/p>\n<p><em>3. Appr\u00e9ciation de la Grande Chambre<\/em><\/p>\n<p>137. Il convient de rappeler d\u2019embl\u00e9e que l\u2019objet d\u2019une affaire \u00ab\u00a0soumise\u00a0\u00bb \u00e0 la Cour dans l\u2019exercice du droit de recours individuel est d\u00e9fini par le grief ou la \u00ab\u00a0pr\u00e9tention \u00bb du requ\u00e9rant\u00a0(forme substantiv\u00e9e du verbe \u00ab\u00a0se pr\u00e9tendre \u00bb employ\u00e9 \u00e0 l\u2019article 34) (Radomilja et autres, pr\u00e9cit\u00e9, \u00a7 109). Un grief sur le terrain de la Convention comporte deux \u00e9l\u00e9ments, \u00e0 savoir des all\u00e9gations factuelles (en ce sens que le requ\u00e9rant se dit \u00ab victime \u00bb d\u2019une action ou d\u2019une omission) et les arguments juridiques qui en sont tir\u00e9s (en ce sens que l\u2019action ou omission en question emporte \u00ab violation par l\u2019une des Hautes Parties contractantes des droits reconnus dans la Convention ou ses Protocoles \u00bb). Ces deux \u00e9l\u00e9ments sont imbriqu\u00e9s puisque les faits d\u00e9nonc\u00e9s doivent \u00eatre interpr\u00e9t\u00e9s \u00e0 la lumi\u00e8re des arguments juridiques avanc\u00e9s, et vice versa (ibidem, \u00a7 110).<\/p>\n<p>138. En cons\u00e9quence, la Grande Chambre doit d\u00e9terminer quels sont les faits constitutifs de la violation dont la requ\u00e9rante se plaint sur le terrain de l\u2019article 1 du Protocole no 1 dans la requ\u00eate qu\u2019elle a introduite en vertu de la Convention et les arguments juridiques qui en sont tir\u00e9s (paragraphes 50-55 ci-dessus).<\/p>\n<p>139. \u00e0 cet \u00e9gard, il importe en premier lieu de souligner que l\u2019\u00ab\u00a0ill\u00e9galit\u00e9\u00a0\u00bb mentionn\u00e9e \u00e0 plusieurs reprises par la soci\u00e9t\u00e9 requ\u00e9rante dans ses observations devant les autorit\u00e9s internes et la Cour concerne la proc\u00e9dure p\u00e9nale et la d\u00e9tention provisoire dont son directeur g\u00e9n\u00e9ral et son autre associ\u00e9 ont fait l\u2019objet. Ce terme doit \u00eatre compris dans le sens que lui donnent les articles 7 \u00e0 9 de la loi sur la responsabilit\u00e9 de l\u2019\u00c9tat, qui qualifient d\u2019ill\u00e9gales \u2013 aux fins de la r\u00e9paration des pr\u00e9judices caus\u00e9s par l\u2019\u00c9tat \u2013 les d\u00e9cisions de justice ayant \u00e9t\u00e9 annul\u00e9es ou infirm\u00e9es et la d\u00e9tention d\u2019inculp\u00e9s n\u2019ayant pas \u00e9t\u00e9 condamn\u00e9s \u00e0 l\u2019issue des poursuites p\u00e9nales dirig\u00e9es contre eux (paragraphe 59 ci-dessus).<\/p>\n<p>140. En d\u2019autres termes, la soci\u00e9t\u00e9 requ\u00e9rante estime que la proc\u00e9dure p\u00e9nale et la d\u00e9tention dont son directeur g\u00e9n\u00e9ral et son autre associ\u00e9 ont fait l\u2019objet \u00e9taient \u00ab\u00a0ill\u00e9gales\u00a0\u00bb pour la seule raison que ces derniers ont finalement \u00e9t\u00e9 acquitt\u00e9s. Dans cette optique, la soci\u00e9t\u00e9 requ\u00e9rante consid\u00e8re que la saisie de ses biens ordonn\u00e9e dans le cadre de cette proc\u00e9dure p\u00e9nale \u00e9tait elle aussi \u00ab\u00a0ill\u00e9gale\u00a0\u00bb en raison de cet acquittement, et non parce qu\u2019elle l\u2019\u00e9tait d\u00e8s le d\u00e9but ou qu\u2019elle le serait devenue \u00e0 un stade ant\u00e9rieur \u00e0 cet acquittement.<\/p>\n<p>141. Cela \u00e9tant, la Grande Chambre constate qu\u2019il ressort de la requ\u00eate introduite par la soci\u00e9t\u00e9 requ\u00e9rante (paragraphes 50-55 ci-dessus) que celle\u2011ci invoque deux causes ou faits constitutifs de la violation all\u00e9gu\u00e9e de son droit de propri\u00e9t\u00e9, qui sont indissociables des arguments juridiques qui en sont tir\u00e9s, \u00e0 savoir :<\/p>\n<p>a) la saisie de ses biens dans le cadre de la proc\u00e9dure p\u00e9nale et la d\u00e9tention de son directeur g\u00e9n\u00e9ral et de son autre associ\u00e9, qu\u2019elle estime \u00ab ill\u00e9gale \u00bb au motif que cette proc\u00e9dure s\u2019est sold\u00e9e par un acquittement (ci-apr\u00e8s \u00ab les poursuites et la d\u00e9tention injustifi\u00e9es \u00bb). Cette th\u00e8se postule qu\u2019au regard de l\u2019article 1 du Protocole\u00a0no\u00a01, l\u2019\u00c9tat devrait \u00eatre tenu pour responsable de l\u2019ensemble des atteintes aux biens caus\u00e9es par des proc\u00e9dures p\u00e9nales ayant abouti \u00e0 l\u2019acquittement des inculp\u00e9s (voir le paragraphe 52 ci\u2011dessus et les renvois op\u00e9r\u00e9s aux paragraphes 41 et 44 ci-dessus); et<\/p>\n<p>b) le manquement all\u00e9gu\u00e9 des autorit\u00e9s internes \u00e0 prendre les mesures raisonnables n\u00e9cessaires \u00e0 la conservation de ses biens, c\u2019est-\u00e0-dire l\u2019absence de protection du mat\u00e9riel laiss\u00e9 dans les locaux de la soci\u00e9t\u00e9 requ\u00e9rante et le d\u00e9faut de stockage appropri\u00e9 des marchandises saisies (paragraphes 54-55 ci-dessus), omission potentiellement constitutive d\u2019une violation des obligations mises \u00e0 la charge de l\u2019\u00c9tat par l\u2019article 1 du Protocole no 1 (voir, par exemple, Tendam c. Espagne, no 25720\/05, \u00a7 51, 13\u00a0juillet 2010, et le paragraphe 160 ci-dessous).<\/p>\n<p>142. Toutefois, il ne ressort pas de l\u2019arr\u00eat de la chambre que celle-ci ait examin\u00e9 les griefs de la soci\u00e9t\u00e9 requ\u00e9rante tels qu\u2019ils se trouvent expos\u00e9s aux points a) et b) ci-dessus. Au contraire, comme d\u00e9j\u00e0 indiqu\u00e9, la chambre a estim\u00e9 que la requ\u00eate avait principalement pour objet de d\u00e9noncer l\u2019impossibilit\u00e9, pour la soci\u00e9t\u00e9 requ\u00e9rante, d\u2019obtenir r\u00e9paration des dommages caus\u00e9s aux marchandises qui s\u2019\u00e9taient d\u00e9pr\u00e9ci\u00e9es en raison de leur maintien sous saisie cinq ans durant et de l\u2019\u00e9coulement du temps. Elle a conclu \u00e0 la violation de l\u2019article 1 du Protocole no 1 au motif que rien ne justifiait la r\u00e9tention des marchandises de la soci\u00e9t\u00e9 requ\u00e9rante durant pr\u00e8s d\u2019un an et demi apr\u00e8s l\u2019acquittement de son directeur g\u00e9n\u00e9ral et de son autre associ\u00e9 (paragraphes 80 et 126 ci-dessus).<\/p>\n<p>143. La Grande Chambre note que c\u2019est dans ses observations devant la chambre \u2013 dat\u00e9es du 17\u00a0juin 2016 et re\u00e7ues par la Cour le 20 juin 2016 \u2013 que la soci\u00e9t\u00e9 requ\u00e9rante a pour la premi\u00e8re fois soulev\u00e9 ce point, dans les termes suivants\u00a0:<\/p>\n<p>\u00ab\u00a0Apr\u00e8s la cl\u00f4ture de la proc\u00e9dure p\u00e9nale, les organes de poursuites ont d\u00fb restituer les marchandises et les fonds saisis. La requ\u00e9rante estime que le temps qu\u2019il leur a fallu pour remettre les choses en l\u2019\u00e9tat ant\u00e9rieur \u00e9tait excessif.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p>144. La Grande Chambre estime que si la soci\u00e9t\u00e9 requ\u00e9rante a effectivement indiqu\u00e9, dans son formulaire de requ\u00eate, que ses marchandises \u00e9taient rest\u00e9es sous saisie durant cinq ans (paragraphes 51-52 ci-dessus), elle ne l\u2019a fait que pour signaler \u00e0 quel point son fonctionnement avait \u00e9t\u00e9 paralys\u00e9 par la d\u00e9cision \u2013 \u00e0 ses yeux ill\u00e9gale \u2013 de placement en d\u00e9tention de ses deux associ\u00e9s (paragraphes 139-141 ci-dessus), comme elle l\u2019avait fait auparavant devant les autorit\u00e9s internes.<\/p>\n<p>145. Pour pouvoir introduire une requ\u00eate en vertu de l\u2019article 34 de la Convention, une personne doit pouvoir d\u00e9montrer qu\u2019elle a subi directement les effets de la mesure dont elle se plaint, condition n\u00e9cessaire pour que soit enclench\u00e9 le m\u00e9canisme de protection pr\u00e9vu par la Convention (Centre de ressources juridiques au nom de Valentin C\u00e2mpeanu c. Roumanie [GC], no\u00a047848\/08, \u00a7\u00a096, CEDH 2014). Dans le m\u00eame ordre d\u2019id\u00e9es, la Cour ne peut statuer que sur les faits dont se plaint le requ\u00e9rant (voir le paragraphe 137 ci-dessus, et Radomilja et autres, pr\u00e9cit\u00e9, \u00a7\u00a7 120-121 et 124). En cons\u00e9quence, il ne suffit pas que l\u2019existence d\u2019une violation de la Convention soit \u00ab\u00a0\u00e9vidente\u00a0\u00bb au vu des faits de l\u2019esp\u00e8ce ou des observations soumises par le requ\u00e9rant. Il incombe au contraire au requ\u00e9rant de d\u00e9noncer une action ou omission comme contraire aux droits reconnus dans la Convention ou ses Protocoles (ibidem \u00a7 110, voir\u00a0le paragraphe 137 ci-dessus), de telle mani\u00e8re que la Cour n\u2019ait pas \u00e0\u00a0sp\u00e9culer sur la question de savoir si tel ou tel grief a \u00e9t\u00e9 ou non soulev\u00e9 (voir, au sujet de l\u2019\u00e9puisement des voies de recours internes, Farzaliyev\u00a0c.\u00a0Azerba\u00efdjan, no\u00a029620\/07, \u00a7 55, 28 mai 2020).<\/p>\n<p>146. La Cour a notamment jug\u00e9 qu\u2019elle ne pouvait consid\u00e9rer sur le simple fondement d\u2019expressions ambigu\u00ebs ou de mots isol\u00e9s qu\u2019un grief a \u00e9t\u00e9 soulev\u00e9 (voir Ilias et Ahmed c. Hongrie [GC], no 47287\/15, \u00a7 85, 21\u00a0novembre 2019). Cette exigence d\u00e9coule de l\u2019article 47 \u00a7 1 e) et f) et \u00a7\u00a02\u00a0a) du r\u00e8glement de la Cour, qui dispose que toute requ\u00eate introduite devant elle doit contenir un expos\u00e9 concis et lisible des faits ainsi que de la ou des violations all\u00e9gu\u00e9es de la Convention et des arguments pertinents, et pr\u00e9cise que ces informations doivent \u00eatre suffisantes pour lui permettre de d\u00e9terminer, sans avoir \u00e0 consulter d\u2019autres documents, la nature et l\u2019objet de la requ\u00eate.<\/p>\n<p>147. Cela n\u2019emp\u00eache pas les requ\u00e9rants de pr\u00e9ciser ou d\u2019\u00e9toffer leurs pr\u00e9tentions initiales pendant la proc\u00e9dure au titre de la Convention. Toutefois, si ces adjonctions s\u2019analysent en r\u00e9alit\u00e9 en des griefs nouveaux et distincts, ceux-ci doivent, \u00e0 l\u2019instar de tout autre grief, satisfaire aux conditions de recevabilit\u00e9 (voir, par exemple, Radomilja et autres, pr\u00e9cit\u00e9, \u00a7\u00a0135).<\/p>\n<p>148. Au vu des consid\u00e9rations qui pr\u00e9c\u00e8dent (paragraphes 142-146), la Grande Chambre estime que la mention, dans le formulaire de requ\u00eate de la soci\u00e9t\u00e9 requ\u00e9rante, du stockage de ses marchandises durant cinq ans (paragraphe 51 ci-dessus) est trop \u00e9quivoque pour que l\u2019on puisse consid\u00e9rer que celle-ci y formule un grief tir\u00e9 de la saisie prolong\u00e9e de ses marchandises (comparer avec Ilias et Ahmed, pr\u00e9cit\u00e9, \u00a7 86). Si la requ\u00e9rante avait voulu se plaindre \u00e0 ce stade de la saisie prolong\u00e9e de ses biens, elle aurait d\u00fb l\u2019indiquer clairement dans son formulaire de requ\u00eate. Or elle ne l\u2019a fait qu\u2019apr\u00e8s, dans ses observations devant la chambre dat\u00e9es du 17 juin 2016 (voir le paragraphe\u00a0143 ci-dessus, et comparer avec Rustavi 2 Broadcasting Company Ltd et autres c. G\u00e9orgie, no 16812\/17, \u00a7 246, 18\u00a0juillet 2019). Dans ces conditions, la Grande Chambre consid\u00e8re que ce point s\u2019analyse en un grief nouveau et distinct de ceux expos\u00e9s sous les points a) et b) du paragraphe 141 ci-dessus. Par souci de clart\u00e9, elle le d\u00e9signera sous la lettre c) dans la suite de son analyse.<\/p>\n<p><em>4. Conclusion sur l\u2019objet des griefs tir\u00e9s de l\u2019article 1 du Protocole no 1<\/em><\/p>\n<p>149. Eu \u00e9gard \u00e0 l\u2019ensemble des consid\u00e9rations expos\u00e9es ci-dessus, la Grande Chambre constate que la soci\u00e9t\u00e9 requ\u00e9rante soul\u00e8ve devant la Cour trois griefs au total sur le terrain de l\u2019article 1 du Protocole no 1\u00a0\u00e0 la Convention, \u00e0 savoir :<\/p>\n<p>a) un grief relatif aux dommages caus\u00e9s \u00e0 ses biens \u00e0 la suite des poursuites et de la d\u00e9tention \u00e0 ses yeux injustifi\u00e9es de son directeur g\u00e9n\u00e9ral et de son autre associ\u00e9 (qui co\u00efncide en grande partie avec les griefs identifi\u00e9s par la chambre aux paragraphes 45 et 59 de son arr\u00eat, voir les paragraphes 77 et 141 ci-dessus)\u00a0;<\/p>\n<p>b) un grief tir\u00e9 du manquement des autorit\u00e9s \u00e0 veiller \u00e0 la bonne conservation des marchandises saisies (qui co\u00efncide en grande partie avec le grief identifi\u00e9 par la chambre au paragraphe 70 de son arr\u00eat, voir les paragraphes 77 et 141 ci-dessus)\u00a0; et<\/p>\n<p>c) un grief tir\u00e9 du retard injustifi\u00e9 apport\u00e9 \u00e0 la lev\u00e9e de la saisie apr\u00e8s l\u2019acquittement de son directeur et de son autre associ\u00e9 (qui co\u00efncide en grande partie avec le grief identifi\u00e9 par la chambre au paragraphe 50 de son arr\u00eat, voir les paragraphes 77, 126, 143 et 148 ci-dessus).<\/p>\n<p>150. Les points a) et b) sont mentionn\u00e9s dans la requ\u00eate introduite devant la Cour par la soci\u00e9t\u00e9 requ\u00e9rante. Le point c) figure dans les observations soumises \u00e0 la chambre par la soci\u00e9t\u00e9 requ\u00e9rante apr\u00e8s la communication de la requ\u00eate au gouvernement d\u00e9fendeur. Bien que la chambre ne se soit prononc\u00e9e que sur le dernier d\u2019entre eux, la Grande Chambre les examinera tous les trois. Selon la jurisprudence constante de la Cour, l\u2019\u00ab\u00a0affaire\u00a0\u00bb renvoy\u00e9e devant la Grande Chambre est la requ\u00eate telle qu\u2019elle a \u00e9t\u00e9 d\u00e9clar\u00e9e recevable, \u00e0 laquelle s\u2019ajoutent les griefs qui n\u2019ont pas \u00e9t\u00e9 d\u00e9clar\u00e9s irrecevables (voir, par exemple, Fedotova et autres c. Russie [GC], nos\u00a040792\/10 et 2 autres, \u00a7\u00a083, 17 janvier 2023).<\/p>\n<p>151. Ayant ainsi d\u00e9termin\u00e9 l\u2019objet des griefs de la soci\u00e9t\u00e9 requ\u00e9rante tir\u00e9s de l\u2019article 1 du Protocole no 1, la Grande Chambre en vient \u00e0 l\u2019examen de leur recevabilit\u00e9.<\/p>\n<p><strong>B. Sur la recevabilit\u00e9<\/strong><\/p>\n<p><em>1. Sur le grief relatif aux dommages caus\u00e9s aux biens de la soci\u00e9t\u00e9 requ\u00e9rante \u00e0 la suite des poursuites et de la d\u00e9tention injustifi\u00e9es dont le directeur g\u00e9n\u00e9ral et l\u2019autre associ\u00e9 de celle-ci ont fait l\u2019objet<\/em><\/p>\n<p>152. La Cour rappelle que selon sa jurisprudence constante, l\u2019article 1 du Protocole no 1 n\u2019implique pas que l\u2019acquittement d\u2019un requ\u00e9rant ou l\u2019abandon des poursuites p\u00e9nales dirig\u00e9es contre lui doive automatiquement donner lieu \u00e0 r\u00e9paration (voir, par exemple, Adamczyk\u00a0c.\u00a0Pologne (d\u00e9c.), no 28551\/04, 7\u00a0novembre 2006; Novikov\u00a0c.\u00a0Russie, no 35989\/02, \u00a7 46, 18 juin 2009; Tendam, pr\u00e9cit\u00e9, \u00a7 51, 13 juillet 2010; H\u00e1benczius c. Hongrie, no 44473\/06, \u00a7 30, 21 octobre 2014; et Sto\u0142kowski c. Pologne, no 58795\/15, \u00a7 78, 21\u00a0d\u00e9cembre 2021). Cela vaut a fortiori dans la pr\u00e9sente affaire, o\u00f9 la soci\u00e9t\u00e9 requ\u00e9rante n\u2019a pas \u00e9t\u00e9 partie \u00e0 la proc\u00e9dure p\u00e9nale dirig\u00e9e contre son directeur g\u00e9n\u00e9ral et son autre associ\u00e9 et ne pouvait donc se voir condamner ou acquitter.<\/p>\n<p>153. Il ressort au contraire de la jurisprudence de la Cour qu\u2019il appartient en principe aux \u00c9tats contractants de d\u00e9finir les crit\u00e8res ouvrant droit \u00e0 r\u00e9paration en pareilles circonstances (Adamczyk, pr\u00e9cit\u00e9, et Sto\u0142kowski, pr\u00e9cit\u00e9, \u00a7 78) et que, dans l\u2019exercice de son contr\u00f4le, la Cour doit se borner \u00e0 rechercher si les modalit\u00e9s de compensation choisies exc\u00e8dent l\u2019ample marge d\u2019appr\u00e9ciation dont l\u2019\u00e9tat jouit en la mati\u00e8re (ibidem, \u00a7\u00a080).<\/p>\n<p>154. Il s\u2019ensuit qu\u2019un tel droit \u00e0 indemnisation ne d\u00e9coule pas de l\u2019article\u00a01 du Protocole no 1 \u00e0 la Convention mais, le cas \u00e9ch\u00e9ant, du droit interne. Les cr\u00e9ances indemnitaires b\u00e9n\u00e9ficient donc de la protection accord\u00e9e par l\u2019article\u00a01 du Protocole no 1 dans les m\u00eames conditions que toute autre cr\u00e9ance, c\u2019est-\u00e0-dire seulement si elles ont une base suffisante en droit interne ou, en d\u2019autres termes, si elles sont suffisamment \u00e9tablies pour \u00eatre exigibles (Radomilja et autres, pr\u00e9cit\u00e9, \u00a7\u00a7 142-143 et 149). Un requ\u00e9rant ne peut passer pour jouir d\u2019une cr\u00e9ance suffisamment certaine aux fins de l\u2019article 1 du Protocole no\u00a01 lorsqu\u2019il y a controverse sur la fa\u00e7on dont le droit interne doit \u00eatre interpr\u00e9t\u00e9 et appliqu\u00e9 et que la question du respect par lui des prescriptions l\u00e9gales appelle une d\u00e9cision de justice (ibidem, \u00a7 149).<\/p>\n<p>155. Le droit tch\u00e8que fixe les conditions l\u00e9gales de la r\u00e9paration d\u2019un pr\u00e9judice caus\u00e9 par des poursuites ou une d\u00e9tention injustifi\u00e9es aux articles\u00a07 \u00e0 9 de la loi sur la responsabilit\u00e9 de l\u2019\u00c9tat (paragraphe 59 ci-dessus), dispositions dont la port\u00e9e exc\u00e8de largement ces chefs de pr\u00e9judice. En\u00a0particulier, les articles 7 et 8 habilitent les parties \u00e0 une proc\u00e9dure judiciaire (et non uniquement \u00e0 une proc\u00e9dure p\u00e9nale) \u00e0 demander r\u00e9paration du dommage caus\u00e9 par une d\u00e9cision ill\u00e9gale, c\u2019est-\u00e0-dire une d\u00e9cision ayant \u00e9t\u00e9 annul\u00e9e ou infirm\u00e9e, tandis que l\u2019article 9 reconna\u00eet \u00e0 quiconque ayant \u00e9t\u00e9 plac\u00e9 en d\u00e9tention provisoire le droit de demander r\u00e9paration du pr\u00e9judice que lui a caus\u00e9 son incarc\u00e9ration s\u2019il n\u2019a pas \u00e9t\u00e9 condamn\u00e9 \u00e0 l\u2019issue des poursuites p\u00e9nales dirig\u00e9es contre lui (paragraphe 59 ci-dessus).<\/p>\n<p>156. Toutefois, il ressort de l\u2019article 7 \u00a7 1 de la loi sur la responsabilit\u00e9 de l\u2019\u00c9tat que seules les parties \u00e0 une proc\u00e9dure ayant donn\u00e9 lieu \u00e0 une d\u00e9cision ill\u00e9gale peuvent pr\u00e9tendre \u00e0 la r\u00e9paration des dommages caus\u00e9s par celle-ci (paragraphe 59 ci-dessus).<\/p>\n<p>157. En cons\u00e9quence, la demande indemnitaire introduite par la soci\u00e9t\u00e9 requ\u00e9rante devant les juridictions internes au motif que les poursuites et la d\u00e9tention dont son directeur g\u00e9n\u00e9ral et son autre associ\u00e9 ont fait l\u2019objet \u00e9taient injustifi\u00e9es n\u2019avait pas de base suffisante en droit interne. Les garanties offertes par l\u2019article 1 du Protocole no 1 \u00e0 la Convention ne s\u2019appliquent donc pas \u00e0 ce grief (Radomilja et autres, pr\u00e9cit\u00e9, \u00a7 151).<\/p>\n<p>158. Il s\u2019ensuit que le grief relatif aux dommages caus\u00e9s aux biens de la soci\u00e9t\u00e9 requ\u00e9rante \u00e0 la suite des poursuites et de la d\u00e9tention dont son directeur g\u00e9n\u00e9ral et son autre associ\u00e9 ont fait l\u2019objet est irrecevable comme \u00e9tant incompatible ratione materiae avec les dispositions de la Convention au sens de l\u2019article 35 \u00a7 3 a) et qu\u2019il doit \u00eatre rejet\u00e9, en application de l\u2019article\u00a035 \u00a7\u00a04.<\/p>\n<p><em>2. Sur le grief tir\u00e9 du manquement des autorit\u00e9s internes \u00e0 veiller \u00e0 la bonne conservation des marchandises saisies appartenant \u00e0 la soci\u00e9t\u00e9 requ\u00e9rante<\/em><\/p>\n<p>159. L\u2019exception pr\u00e9liminaire de non-\u00e9puisement des voies de recours internes soulev\u00e9e par le Gouvernement porte sur ce grief (paragraphe 82 ci\u2011dessus). Les arguments articul\u00e9s par les parties \u00e0 ce sujet sont r\u00e9sum\u00e9s aux paragraphes 89-108 ci-dessus.<\/p>\n<p>160. La Cour rappelle que lorsque les autorit\u00e9s saisissent des biens, elles ont l\u2019obligation de veiller \u00e0 leur bonne conservation et sont responsables de leur perte ou des dommages qui leur sont caus\u00e9s. En pareil cas, pour \u00eatre compatible avec l\u2019article\u00a01\u00a0du Protocole no 1, le dommage effectivement subi ne doit pas d\u00e9passer les limites de l\u2019in\u00e9vitable. En cons\u00e9quence, il ne suffit pas que les autorit\u00e9s prennent les mesures raisonnables n\u00e9cessaires \u00e0 la conservation des biens saisis\u00a0; encore faut-il que la l\u00e9gislation interne pr\u00e9voie la possibilit\u00e9 d\u2019intenter contre l\u2019\u00c9tat une proc\u00e9dure tendant \u00e0 la r\u00e9paration des pr\u00e9judices r\u00e9sultant du d\u00e9faut de conservation de ces biens dans un \u00e9tat correct (voir Dabi\u0107 c. Croatie, no 49001\/14, \u00a7 55, 18 mars 2021, et les r\u00e9f\u00e9rences qui s\u2019y trouvent cit\u00e9es).<\/p>\n<p>161. Dans ce contexte, la Cour renvoie aux conclusions auxquelles elle est parvenue quant au grief de la soci\u00e9t\u00e9 requ\u00e9rante tir\u00e9 du d\u00e9ni d\u2019acc\u00e8s \u00e0 un tribunal (paragraphes 113-125 ci-dessus). Il en ressort que la soci\u00e9t\u00e9 requ\u00e9rante aurait pu demander r\u00e9paration du dommage caus\u00e9 par le manquement all\u00e9gu\u00e9 des autorit\u00e9s publiques \u00e0 conserver les marchandises saisies dans un \u00e9tat correct, mais qu\u2019elle n\u2019a pas d\u00fbment tir\u00e9 parti de cette possibilit\u00e9.<\/p>\n<p>162. En cons\u00e9quence, l\u2019exception pr\u00e9liminaire de non-\u00e9puisement des voies de recours internes soulev\u00e9e par le Gouvernement (paragraphe 82 ci\u2011dessus) doit \u00eatre accueillie par la Cour.<\/p>\n<p>163. Il s\u2019ensuit que le grief tir\u00e9 du manquement des autorit\u00e9s internes \u00e0 veiller \u00e0 la bonne conservation des biens saisis appartenant \u00e0 la soci\u00e9t\u00e9 requ\u00e9rante est irrecevable pour non-\u00e9puisement des voies de recours internes en application de l\u2019article 35 \u00a7 1 de la Convention et qu\u2019il doit \u00eatre rejet\u00e9, conform\u00e9ment \u00e0 l\u2019article 35 \u00a7 4.<\/p>\n<p><em>3. Sur le grief tir\u00e9 du retard injustifi\u00e9 \u00e0 lever la saisie apr\u00e8s l\u2019acquittement du directeur g\u00e9n\u00e9ral de la soci\u00e9t\u00e9 requ\u00e9rante et de son autre associ\u00e9<\/em><\/p>\n<p>164. L\u2019exception pr\u00e9liminaire de non-\u00e9puisement des voies de recours internes soulev\u00e9e par le Gouvernement porte \u00e9galement sur ce grief (paragraphe 82 ci-dessus). Les arguments articul\u00e9s par les parties \u00e0 ce sujet sont r\u00e9sum\u00e9s aux paragraphes 89-108 ci-dessus.<\/p>\n<p>165. La chambre a conclu \u00e0 la violation de l\u2019article 1 du Protocole no 1 en ce qui concerne ce grief, au motif que rien ne justifiait la r\u00e9tention des marchandises de la soci\u00e9t\u00e9 requ\u00e9rante durant pr\u00e8s d\u2019un an et demi apr\u00e8s l\u2019acquittement de son directeur g\u00e9n\u00e9ral et de son autre associ\u00e9 (paragraphes\u00a080, 126 et 142 ci-dessus).<\/p>\n<p>166. Pourtant, comme l\u2019a signal\u00e9 le Gouvernement (paragraphe 130 ci\u2011dessus) et comme il a \u00e9t\u00e9 indiqu\u00e9 ci-dessus (paragraphes 142-148), ce grief ne figure pas dans la requ\u00eate introduite par la soci\u00e9t\u00e9 requ\u00e9rante devant la Cour. C\u2019est dans ses observations devant la chambre, dat\u00e9es du 17 juin 2016, que la soci\u00e9t\u00e9 requ\u00e9rante a formul\u00e9 ce grief pour la premi\u00e8re fois (paragraphe\u00a0145 ci-dessus).<\/p>\n<p>167. Force est donc de constater que ce grief a \u00e9t\u00e9 formul\u00e9 plus de six mois apr\u00e8s le moment o\u00f9 la proc\u00e9dure indemnitaire a pris fin, \u00e0 savoir le 26\u00a0septembre 2013, date \u00e0 laquelle la Cour constitutionnelle a d\u00e9clar\u00e9 irrecevable le recours form\u00e9 par la soci\u00e9t\u00e9 requ\u00e9rante (paragraphe 49 ci-dessus).<\/p>\n<p>168. \u00e0 cet \u00e9gard, la Cour rappelle qu\u2019il ne lui appartient pas d\u2019\u00e9carter l\u2019application de la r\u00e8gle des six mois au seul motif qu\u2019un gouvernement n\u2019aurait pas formul\u00e9 d\u2019exception pr\u00e9liminaire \u00e0 cette fin. En effet, la r\u00e8gle des six mois, en ce qu\u2019elle refl\u00e8te l\u2019intention des Parties contractantes d\u2019emp\u00eacher que des d\u00e9cisions pass\u00e9es puissent ind\u00e9finiment \u00eatre remises en cause, sert les int\u00e9r\u00eats non seulement du gouvernement d\u00e9fendeur mais \u00e9galement de la s\u00e9curit\u00e9 juridique consid\u00e9r\u00e9e comme une valeur en soi. Cette r\u00e8gle marque la limite temporelle du contr\u00f4le op\u00e9r\u00e9 par les organes de la Convention et indique aux particuliers comme aux autorit\u00e9s publiques la p\u00e9riode au-del\u00e0 de laquelle ce contr\u00f4le ne peut plus s\u2019exercer (Radomilja et autres, pr\u00e9cit\u00e9, \u00a7\u00a0138, et Sabri G\u00fcne\u015f c. Turquie [GC], no\u00a027396\/06, \u00a7\u00a7 28-31 et 40, 29\u00a0juin 2012). Par cons\u00e9quent, d\u00e8s lors qu\u2019il incombe \u00e0 la Cour de v\u00e9rifier d\u2019office le respect de la r\u00e8gle des six mois, il n\u2019y a pas lieu pour elle de rechercher si la th\u00e8se formul\u00e9e par le Gouvernement sur ce point (paragraphes\u00a0130 et 166 ci-dessus) doit \u00eatre interpr\u00e9t\u00e9e comme une exception d\u2019irrecevabilit\u00e9 tir\u00e9e du non-respect de cette r\u00e8gle et si le Gouvernement est forclos \u00e0 la soulever devant la Grande Chambre.<\/p>\n<p>169. En tout \u00e9tat de cause, m\u00eame \u00e0 admettre que le grief sous examen ait \u00e9t\u00e9 introduit dans le d\u00e9lai de six mois, la Cour estime qu\u2019il r\u00e9sulte de ses conclusions relatives au grief tir\u00e9 du d\u00e9ni d\u2019acc\u00e8s \u00e0 un tribunal (paragraphes\u00a0113-125 ci-dessus) qu\u2019il est irrecevable pour non-\u00e9puisement des voies de recours internes. La soci\u00e9t\u00e9 requ\u00e9rante aurait pu demander r\u00e9paration du dommage caus\u00e9 par un retard injustifi\u00e9 apport\u00e9 \u00e0 la lev\u00e9e de la saisie de ses marchandises apr\u00e8s l\u2019acquittement de son directeur et de son autre associ\u00e9, mais elle n\u2019a pas d\u00fbment tir\u00e9 parti de cette possibilit\u00e9.<\/p>\n<p>170. \u00e0 titre d\u2019observation, et pour r\u00e9pondre \u00e0 l\u2019argument selon lequel il incombait aux juridictions internes de faire application du principe jura novit curia et d\u2019analyser les faits de la cause sous l\u2019angle des dispositions pertinentes de la loi sur la responsabilit\u00e9 de l\u2019\u00c9tat (paragraphes 80, 105-106, 126 et 142 ci-dessus), la Grande Chambre souhaite \u00e9galement mentionner deux principes constants de sa jurisprudence relative \u00e0 l\u2019\u00e9puisement des voies de recours internes.<\/p>\n<p>171. En premier lieu, m\u00eame dans les \u00c9tats dont les juridictions civiles peuvent, voire doivent examiner d\u2019office les litiges dont elles sont saisies (c\u2019est-\u00e0-dire faire application du principe jura novit curia), les requ\u00e9rants ne sont pas dispens\u00e9s de leur obligation de soulever devant elles les griefs dont ils pourraient entendre saisir la Cour par la suite (voir, entre autres, Kandarakis c. Gr\u00e8ce, nos 48345\/12 et 2 autres, \u00a7\u00a077, 11 juin 2020), \u00e9tant entendu que pour porter une appr\u00e9ciation sur le respect de la r\u00e8gle de l\u2019\u00e9puisement des voies de recours internes, la Cour doit tenir compte non seulement des faits mais aussi des arguments juridiques invoqu\u00e9s devant les autorit\u00e9s internes (voir Radomilja et autres, pr\u00e9cit\u00e9, \u00a7\u00a0117, et les r\u00e9f\u00e9rences qui s\u2019y trouvent cit\u00e9es).<\/p>\n<p>172. De m\u00eame, il ne suffit pas que l\u2019existence d\u2019une violation de la Convention soit \u00ab \u00e9vidente \u00bb au vu des faits de l\u2019esp\u00e8ce ou des observations soumises par le requ\u00e9rant. Celui-ci doit au contraire s\u2019en \u00eatre plaint effectivement (explicitement ou en substance) de fa\u00e7on \u00e0 qu\u2019il ne subsiste aucun doute sur le point de savoir s\u2019il a bien soulev\u00e9 au niveau interne le grief qu\u2019il a pr\u00e9sent\u00e9 par la suite \u00e0 la Cour (Farzaliyev, pr\u00e9cit\u00e9, \u00a7\u00a055, et Merot d.o.o. et Storitve Tir d.o.o. c. Croatie (d\u00e9c.), nos\u00a029426\/08 et 29737\/08, 10 d\u00e9cembre 2013). Tel n\u2019est manifestement pas le cas en l\u2019esp\u00e8ce.<\/p>\n<p>173. En cons\u00e9quence, l\u2019exception pr\u00e9liminaire de non-\u00e9puisement des voies de recours internes soulev\u00e9e par le Gouvernement (paragraphe 82 ci\u2011dessus) doit \u00eatre accueillie par la Cour.<\/p>\n<p>174. Il s\u2019ensuit que le grief de la soci\u00e9t\u00e9 requ\u00e9rante tir\u00e9 du retard injustifi\u00e9 \u00e0 lever la saisie apr\u00e8s l\u2019acquittement de son directeur g\u00e9n\u00e9ral et de son autre associ\u00e9 est irrecevable pour non-\u00e9puisement des voies de recours internes en application de l\u2019article 35 \u00a7 1 de la Convention et qu\u2019il doit \u00eatre rejet\u00e9, conform\u00e9ment \u00e0 l\u2019article 35 \u00a7 4.<\/p>\n<p><strong>PAR CES MOTIFS, LA COUR, \u00c0 L\u2019UNANIMIT\u00c9,<\/strong><\/p>\n<p>1. D\u00e9clare irrecevable le grief formul\u00e9 sur le terrain de l\u2019article 6 \u00a7 1 de la Convention et tir\u00e9 du d\u00e9ni d\u2019acc\u00e8s \u00e0 un tribunal;<\/p>\n<p>2. D\u00e9clare irrecevable le grief formul\u00e9 sur le terrain de l\u2019article 1 du Protocole no 1 \u00e0 la Convention et relatif aux dommages caus\u00e9s aux biens de la soci\u00e9t\u00e9 requ\u00e9rante \u00e0 la suite des poursuites et de la d\u00e9tention injustifi\u00e9es dont le directeur g\u00e9n\u00e9ral et l\u2019autre associ\u00e9 de celle-ci ont fait l\u2019objet;<\/p>\n<p>3. Accueille l\u2019exception pr\u00e9liminaire du Gouvernement selon laquelle les autres griefs formul\u00e9s par la soci\u00e9t\u00e9 requ\u00e9rante sur le terrain de l\u2019article\u00a01 du Protocole no. 1 sont irrecevables pour non-\u00e9puisement des voies de recours internes.<\/p>\n<p>Fait en fran\u00e7ais et en anglais, puis prononc\u00e9 en audience publique au Palais des Droits de l\u2019homme \u00e0 Strasbourg, le 1er juin 2023, en application de l\u2019article\u00a077\u00a0\u00a7\u00a7\u00a02 et\u00a03 du r\u00e8glement.<\/p>\n<p>S\u00f8ren Prebensen \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 S\u00edofra O\u2019Leary<br \/>\nAdjoint \u00e0 la greffi\u00e8re \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0\u00a0 Pr\u00e9sidente<\/p>\n<p>________<\/p>\n<p>[1] Disposition introduite dans le CPP par la loi n\u00b0 86\/2015, applicable \u00e0 compter du 1er juin 2015.<\/p>\n<div class=\"social-share-buttons\"><a href=\"https:\/\/www.facebook.com\/sharer\/sharer.php?u=https:\/\/loisdumonde.com\/?p=2036\" target=\"_blank\" rel=\"noopener\">Facebook<\/a><a href=\"https:\/\/twitter.com\/intent\/tweet?url=https:\/\/loisdumonde.com\/?p=2036&text=AFFAIRE+FU+QUAN%2C+S.R.O.+c.+R%C3%89PUBLIQUE+TCH%C3%88QUE+%E2%80%93+24827%2F14\" target=\"_blank\" rel=\"noopener\">Twitter<\/a><a href=\"https:\/\/www.linkedin.com\/shareArticle?url=https:\/\/loisdumonde.com\/?p=2036&title=AFFAIRE+FU+QUAN%2C+S.R.O.+c.+R%C3%89PUBLIQUE+TCH%C3%88QUE+%E2%80%93+24827%2F14\" target=\"_blank\" rel=\"noopener\">LinkedIn<\/a><a href=\"https:\/\/pinterest.com\/pin\/create\/button\/?url=https:\/\/loisdumonde.com\/?p=2036&description=AFFAIRE+FU+QUAN%2C+S.R.O.+c.+R%C3%89PUBLIQUE+TCH%C3%88QUE+%E2%80%93+24827%2F14\" target=\"_blank\" rel=\"noopener\">Pinterest<\/a><\/div>","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>GRANDE CHAMBRE AFFAIRE FU QUAN, S.R.O. c. 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