{"id":2012,"date":"2023-06-13T13:19:28","date_gmt":"2023-06-13T13:19:28","guid":{"rendered":"https:\/\/loisdumonde.com\/?p=2012"},"modified":"2023-06-13T13:19:28","modified_gmt":"2023-06-13T13:19:28","slug":"affaire-akturk-et-autres-c-turkiye-cour-europeenne-des-droits-de-lhomme-16757-21","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/loisdumonde.com\/?p=2012","title":{"rendered":"AFFAIRE AKT\u00dcRK ET AUTRES c. T\u00dcRK\u0130YE (Cour europ\u00e9enne des droits de l\u2019homme) 16757\/21"},"content":{"rendered":"<p style=\"text-align: center;\">DEUXI\u00c8ME SECTION<br \/>\n<strong>AFFAIRE AKT\u00dcRK ET AUTRES c. T\u00dcRK\u0130YE<\/strong><br \/>\n<em>(Requ\u00eate no 16757\/21)<\/em><br \/>\nARR\u00caT<\/p>\n<p>Art 1 P1 \u2022 Respect des biens<!--more--> \u2022 Refus de l\u2019administration de finaliser le contrat de vente d\u2019un terrain agricole, occup\u00e9 de mani\u00e8re continue par leur de cujus \u00e0 partir de 1966, en l\u2019inscrivant au nom des requ\u00e9rants sur le registre foncier \u2022 Affectation du terrain \u00e0 un usage d\u2019int\u00e9r\u00eat public \u2022 Marge d\u2019appr\u00e9ciation particuli\u00e8rement large \u2022 Possibilit\u00e9 de demander \u00e0 l\u2019administration le remboursement de la somme pay\u00e9e par leur de cujus \u2022 Absence de charge sp\u00e9ciale et exorbitante<\/p>\n<p style=\"text-align: center;\">STRASBOURG<br \/>\n13 juin 2023<\/p>\n<p>Cet arr\u00eat deviendra d\u00e9finitif dans les conditions d\u00e9finies \u00e0 l\u2019article 44 \u00a7 2 de la Convention. Il peut subir des retouches de forme.<\/p>\n<p><strong>En l\u2019affaire Akt\u00fcrk et autres c. T\u00fcrkiye,<\/strong><\/p>\n<p>La Cour europ\u00e9enne des droits de l\u2019homme (deuxi\u00e8me section), si\u00e9geant en une Chambre compos\u00e9e de\u00a0:<br \/>\nArnfinn B\u00e5rdsen, pr\u00e9sident,<br \/>\nEgidijus K\u016bris,<br \/>\nPauliine Koskelo,<br \/>\nSaadet Y\u00fcksel,<br \/>\nLorraine Schembri Orland,<br \/>\nFr\u00e9d\u00e9ric Krenc,<br \/>\nDiana S\u00e2rcu, juges,<br \/>\net de Hasan Bak\u0131rc\u0131, greffier de section,<\/p>\n<p>Vu la requ\u00eate (no 16757\/21) dirig\u00e9e contre la R\u00e9publique de T\u00fcrkiye et dont six ressortissants de cet \u00c9tat (\u00ab\u00a0les requ\u00e9rants\u00a0\u00bb) ont saisi la Cour en vertu de l\u2019article 34 de la Convention de sauvegarde des droits de l\u2019homme et des libert\u00e9s fondamentales (\u00ab\u00a0la Convention\u00a0\u00bb) le 18 mars 2021,<\/p>\n<p>Vu la d\u00e9cision de porter \u00e0 la connaissance du gouvernement turc (\u00ab\u00a0le\u00a0Gouvernement\u00a0\u00bb) les griefs fond\u00e9s sur l\u2019article 1 du Protocole no 1 \u00e0 la Convention,<\/p>\n<p>Vu les observations des parties,<\/p>\n<p>Apr\u00e8s en avoir d\u00e9lib\u00e9r\u00e9 en chambre du conseil le 23 mai 2023,<\/p>\n<p>Rend l\u2019arr\u00eat que voici, adopt\u00e9 \u00e0 cette date\u00a0:<\/p>\n<p><strong>INTRODUCTION<\/strong><\/p>\n<p>1. La requ\u00eate concerne le droit au respect des biens. Les requ\u00e9rants soutiennent en particulier que le refus des autorit\u00e9s turques de les autoriser \u00e0 acheter un terrain agricole que leur de cujus avait occup\u00e9 de mani\u00e8re continue \u00e0 partir de 1966 a port\u00e9 atteinte \u00e0 leur droit de propri\u00e9t\u00e9 garanti par l\u2019article\u00a01 du Protocole no 1 \u00e0 la Convention.<\/p>\n<p><strong>EN FAIT<\/strong><\/p>\n<p>2. Les noms, dates de naissance et lieux de r\u00e9sidence des requ\u00e9rants figurent en annexe. Les int\u00e9ress\u00e9s ont \u00e9t\u00e9 repr\u00e9sent\u00e9s par Me\u00a0H. Deniz, avocat.<\/p>\n<p>3. Le Gouvernement a \u00e9t\u00e9 repr\u00e9sent\u00e9 par son agent, M.\u00a0Hac\u0131 Ali A\u00e7\u0131kg\u00fcl, chef du service des droits de l\u2019homme du minist\u00e8re de la Justice.<\/p>\n<p><strong>I. La vente du terrain litigieux au de cujus des requ\u00e9rants<\/strong><\/p>\n<p>4. Le terrain litigieux est un terrain agricole situ\u00e9 \u00e0 Ankara Polatl\u0131. Il est enregistr\u00e9 au nom du Tr\u00e9sor public et sous le num\u00e9ro de parcelle\u00a03 de l\u2019\u00eelot\u00a0141 dans le registre foncier. Sa superficie est de 22\u00a0870\u00a0m2.<\/p>\n<p>5. Le 9 f\u00e9vrier 2017, le de cujus des requ\u00e9rants, Ali Akt\u00fcrk, d\u00e9posa \u00e0 la sous-pr\u00e9fecture de Polatl\u0131 une demande d\u2019achat portant sur 9\u00a0000\u00a0m2 dudit terrain, sur lequel il exer\u00e7ait une possession paisible et ininterrompue depuis 1966, payant \u00e0 ce titre une indemnit\u00e9 d\u2019occupation \u00e0 l\u2019administration.<\/p>\n<p>6. Sa demande fut accept\u00e9e par l\u2019administration, qui lui demanda de d\u00e9poser 15\u00a0750 livres turques (soit environ 4\u00a0050 EUR \u00e0 l\u2019\u00e9poque des faits) sur le compte du Tr\u00e9sor.<\/p>\n<p>7. Le 16 f\u00e9vrier 2017, Ali Akt\u00fcrk versa la somme demand\u00e9e.<\/p>\n<p>8. L\u2019administration lui d\u00e9livra un certificat de vente directe.<\/p>\n<p>9. Ali Akt\u00fcrk d\u00e9c\u00e9da le 28 f\u00e9vrier 2017.<\/p>\n<p><strong>II. La situation du terrain litigieux<\/strong><\/p>\n<p>10. Le 23 ao\u00fbt 1979, par une d\u00e9cision du Conseil des ministres, le lieu o\u00f9 se trouvait le terrain litigieux avait \u00e9t\u00e9 d\u00e9clar\u00e9 zone sinistr\u00e9e en raison de la survenance d\u2019une inondation.<\/p>\n<p>11. Le 28 juin 2014, de fortes pluies entra\u00een\u00e8rent de nouveau l\u2019inondation de cette zone.<\/p>\n<p>12. Un rapport d\u2019\u00e9tude g\u00e9ologique dat\u00e9 du 1er septembre 2014 estima alors qu\u2019en cas de nouvelles intemp\u00e9ries, quarante-cinq maisons, une mosqu\u00e9e, vingt-deux \u00e9curies, sept garages, trois entrep\u00f4ts, un moulin, une ancienne \u00e9cole et un logement social risqueraient de subir les cons\u00e9quences de la situation.<\/p>\n<p>13. Par une d\u00e9cision du 19 ao\u00fbt 2015, l\u2019administration d\u00e9clara le lieu zone vuln\u00e9rable aux inondations.<\/p>\n<p>14. Le 16 janvier 2017, la Direction g\u00e9n\u00e9rale de la s\u00e9curit\u00e9 civile et de la gestion des crises d\u2019Ankara (\u00ab\u00a0la Direction g\u00e9n\u00e9rale\u00a0\u00bb) \u00e9crivit \u00e0 la sous-pr\u00e9fecture de Polatl\u0131 afin de l\u2019informer du d\u00e9marrage de travaux entrepris en vue de l\u2019installation de vingt et une familles sinistr\u00e9es \u00e0 la suite des inondations, lui demandant de lui signaler les terrains qui appartenaient au Tr\u00e9sor dans la r\u00e9gion.<\/p>\n<p>15. Le 16 f\u00e9vrier 2017, la sous-pr\u00e9fecture de Polatl\u0131 lui r\u00e9pondit que le Tr\u00e9sor y \u00e9tait propri\u00e9taire de quatre terrains, parmi lesquels figurait la parcelle\u00a03 de l\u2019\u00eelot 141.<\/p>\n<p>16. Le 10 avril 2017, la Direction g\u00e9n\u00e9rale demanda \u00e0 la sous-pr\u00e9fecture de Polatl\u0131 de lui attribuer ladite parcelle aux fins de la construction de logements destin\u00e9s aux victimes de catastrophes naturelles.<\/p>\n<p>17. Le 25 juillet 2017, la sous-pr\u00e9fecture de Polatl\u0131 avisa la Direction g\u00e9n\u00e9rale que 9\u00a0000 m2 de terrain situ\u00e9s sur la parcelle 3 de l\u2019\u00eelot 141 avaient \u00e9t\u00e9 vendus, conform\u00e9ment \u00e0 l\u2019article 12 de la loi no 6292, \u00e0 Ali Akt\u00fcrk, mais que le terrain n\u2019avait pas encore \u00e9t\u00e9 enregistr\u00e9 au nom de celui-ci dans le registre foncier.<\/p>\n<p>18. Par une lettre du 27 juillet 2017, la Direction g\u00e9n\u00e9rale exposa, en r\u00e9ponse, que vingt et une familles sinistr\u00e9es devaient \u00eatre log\u00e9es dans les habitations en question, qu\u2019elle avait donc besoin de la totalit\u00e9 du terrain de la parcelle\u00a03 de l\u2019\u00eelot 141, que la partie de 9\u00a0000 m2 en cause \u00e9tait situ\u00e9e dans la zone la plus adapt\u00e9e \u00e0 la construction de logements, qu\u2019il n\u2019y avait pas d\u2019autre terrain appropri\u00e9 aux alentours et que le besoin de logements pour les victimes de la catastrophe naturelle \u00e9tait urgent.<\/p>\n<p>19. Le 21 septembre 2017, le minist\u00e8re des Finances estima que la totalit\u00e9 de la parcelle 3 de l\u2019\u00eelot 141 devait \u00eatre attribu\u00e9e \u00e0 la Direction g\u00e9n\u00e9rale, et qu\u2019Ali Akt\u00fcrk devait en cons\u00e9quence \u00eatre rembours\u00e9 de la somme qu\u2019il avait vers\u00e9e.<\/p>\n<p>20. Le 16 octobre 2017, la sous-pr\u00e9fecture de Polatl\u0131, qui n\u2019avait pas eu connaissance du d\u00e9c\u00e8s d\u2019Ali Akt\u00fcrk, adressa \u00e0 celui-ci une lettre par laquelle elle lui faisait part de sa d\u00e9cision d\u2019attribuer la totalit\u00e9 de la parcelle\u00a03 de l\u2019\u00eelot\u00a0141 \u00e0 la Direction g\u00e9n\u00e9rale pour les besoins urgents d\u2019une construction de logements destin\u00e9s aux victimes de catastrophe naturelle, lui demandant de lui transmettre ses coordonn\u00e9es bancaires en vue du remboursement du montant qu\u2019il avait pay\u00e9.<\/p>\n<p>21. Cette lettre fut r\u00e9ceptionn\u00e9e par l\u2019un des voisins d\u2019Ali Akt\u00fcrk le 20\u00a0octobre 2017.<\/p>\n<p>22. Selon l\u2019information fournie par le Gouvernement et non contest\u00e9e par les int\u00e9ress\u00e9s, les requ\u00e9rants n\u2019ont pas r\u00e9clam\u00e9 \u00e0 l\u2019administration le remboursement de la somme de 15\u00a0750 livres turques que leur de cujus avait vers\u00e9e.<\/p>\n<p>23. Il ressort des documents produits par le Gouvernement que l\u2019administration a envoy\u00e9 une lettre aux requ\u00e9rants le 20 f\u00e9vrier 2023 afin de leur rappeler qu\u2019ils pouvaient demander le remboursement de la somme pay\u00e9e, major\u00e9e des int\u00e9r\u00eats moratoires au taux l\u00e9gal.<\/p>\n<p><strong>III. Le recours en annulation et les d\u00e9veloppements ult\u00e9rieurs<\/strong><\/p>\n<p>24. Les requ\u00e9rants saisirent le tribunal administratif d\u2019Ankara d\u2019un recours en annulation de la d\u00e9cision de la sous-pr\u00e9fecture du 16\u00a0octobre 2017.<\/p>\n<p>25. Ils soutenaient qu\u2019ils \u00e9taient les propri\u00e9taires du terrain qui avait \u00e9t\u00e9 achet\u00e9 \u00e0 l\u2019administration par leur de cujus et ils demandaient au tribunal d\u2019ordonner que le terrain f\u00fbt inscrit \u00e0 leurs noms dans le registre foncier.<\/p>\n<p>26. Par un jugement du 9 mai 2019, le tribunal administratif les d\u00e9bouta au motif que la d\u00e9cision attaqu\u00e9e n\u2019\u00e9tait entach\u00e9e d\u2019aucune ill\u00e9galit\u00e9.<\/p>\n<p>27. Il estima en particulier que la conclusion d\u2019un contrat de vente ne conf\u00e9rait pas obligatoirement un droit \u00e0 faire inscrire un droit de propri\u00e9t\u00e9 sur le registre foncier et que seul le remboursement de la somme vers\u00e9e pouvait \u00eatre demand\u00e9 par les acheteurs en cas d\u2019annulation de la vente.<\/p>\n<p>28. Il ajouta par ailleurs que le terrain litigieux avait \u00e9t\u00e9 r\u00e9clam\u00e9 par l\u2019administration dans un but d\u2019int\u00e9r\u00eat public, \u00e0 savoir la construction de logements pour les familles victimes des inondations, et que dans ces circonstances, il convenait de faire pr\u00e9valoir l\u2019int\u00e9r\u00eat public sur les int\u00e9r\u00eats particuliers.<\/p>\n<p>29. Les requ\u00e9rants relev\u00e8rent appel du jugement.<\/p>\n<p>30. Le 26 d\u00e9cembre 2019, la cour administrative r\u00e9gionale d\u2019Ankara confirma le jugement attaqu\u00e9 en toutes ses dispositions.<\/p>\n<p>31. Les requ\u00e9rants form\u00e8rent un recours individuel, se plaignant notamment d\u2019une atteinte \u00e0 leur droit de propri\u00e9t\u00e9.<\/p>\n<p>32. Le 5 novembre 2020, la Cour constitutionnelle rejeta ledit recours pour d\u00e9faut manifeste de fondement, consid\u00e9rant qu\u2019il n\u2019y avait pas eu d\u2019ing\u00e9rence dans les libert\u00e9s et les droits fondamentaux consacr\u00e9s par la Constitution.<\/p>\n<p>33. Elle ajouta que les griefs des int\u00e9ress\u00e9s concernaient l\u2019interpr\u00e9tation des faits par les juridictions du fond et l\u2019appr\u00e9ciation que celles-ci avaient retenue des \u00e9l\u00e9ments de preuve, et qu\u2019ils visaient l\u2019issue de la proc\u00e9dure.<\/p>\n<p>34. Elle conclut que les tribunaux ne s\u2019\u00e9taient pas livr\u00e9s \u00e0 une appr\u00e9ciation arbitraire et n\u2019avaient pas commis d\u2019erreur manifeste d\u2019appr\u00e9ciation.<\/p>\n<p>35. Le 14 avril 2022, la construction des logements pour les familles sinistr\u00e9es fut inscrite par l\u2019Organisme public turc de gestion des catastrophes (AFAD) dans un programme d\u2019investissement de l\u2019ann\u00e9e 2022.<\/p>\n<p><strong>LE CADRE JURIDIQUE INTERNE PERTINENT<\/strong><\/p>\n<p>36. L\u2019article\u00a035 de la Constitution\u00a0turque dispose ce qui suit\u00a0:<\/p>\n<p>\u00ab\u00a0Le droit de propri\u00e9t\u00e9 et le droit d\u2019h\u00e9ritage sont reconnus \u00e0 chacun. Ces droits peuvent \u00eatre limit\u00e9s par la loi, mais uniquement dans un but d\u2019int\u00e9r\u00eat public. Le droit de propri\u00e9t\u00e9 ne peut \u00eatre exerc\u00e9 d\u2019une mani\u00e8re contraire \u00e0 l\u2019int\u00e9r\u00eat de la soci\u00e9t\u00e9.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p>37. L\u2019article 633 de l\u2019ancien code civil (loi no\u00a0743) (l\u2019\u00ab\u00a0ACC\u00a0\u00bb), qui \u00e9tait en vigueur du 4 octobre 1926 au 1er janvier 2002, \u00e9tait ainsi libell\u00e9\u00a0:<\/p>\n<p>\u00ab\u00a0La propri\u00e9t\u00e9 fonci\u00e8re s\u2019acquiert par inscription au registre foncier.<\/p>\n<p>Celui qui acquiert un immeuble par occupation, succession, expropriation, ex\u00e9cution forc\u00e9e, jugement ou tout autre cas pr\u00e9vu par la loi en devient toutefois propri\u00e9taire avant l\u2019inscription, mais il ne peut [se pr\u00e9valoir du] registre foncier qu\u2019apr\u00e8s que cette formalit\u00e9 a \u00e9t\u00e9 remplie.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p>38. La teneur de cette disposition a \u00e9t\u00e9 reprise \u00e0 l\u2019article 705 du nouveau code civil (loi no 4721) (le \u00ab\u00a0NCC\u00a0\u00bb).<\/p>\n<p>39. En vertu de l\u2019article 713 alin\u00e9a 1 du nouveau code civil (NCC), toute personne ayant exerc\u00e9 pendant vingt ans une possession continue et paisible, \u00e0 titre de propri\u00e9taire, sur un bien immeuble pour lequel aucune mention ne figure au registre foncier peut introduire une action en justice en vue d\u2019obtenir l\u2019enregistrement de ce bien comme \u00e9tant sa propri\u00e9t\u00e9.<\/p>\n<p>40. Selon l\u2019article 12 de la loi no 6292 du 26 avril 2012, les personnes mentionn\u00e9es ci-dessous pouvaient, dans le d\u00e9lai de deux ans \u00e0 compter de la date d\u2019entr\u00e9e en vigueur de la loi, demander l\u2019acquisition des terrains agricoles concern\u00e9s \u00e0 l\u2019administration moyennant le paiement du prix fix\u00e9 par elle\u00a0:<\/p>\n<p>&#8211;\u00a0toute personne qui louait depuis au moins trois ans \u00e0 la date du 31\u00a0d\u00e9cembre 2011 un terrain agricole appartenant au Tr\u00e9sor public et dont le contrat de bail \u00e9tait toujours en vigueur\u00a0;<\/p>\n<p>&#8211;\u00a0toute personne ayant utilis\u00e9 \u00e0 des fins agricoles, pendant la m\u00eame p\u00e9riode, des terres appartenant au Tr\u00e9sor public et dont l\u2019administration estimait que l\u2019utilisation devait se poursuivre.<\/p>\n<p>41. L\u2019alin\u00e9a 3 dudit article pr\u00e9cise par ailleurs que ceux des terrains agricoles appartenant au Tr\u00e9sor qui rel\u00e8vent du champ d\u2019application des lois sp\u00e9ciales et doivent \u00eatre utilis\u00e9s conform\u00e9ment \u00e0 celles-ci, ou qui sont d\u00e9sign\u00e9s par le minist\u00e8re des Finances comme \u00e9tant insusceptibles d\u2019\u00eatre c\u00e9d\u00e9s, ne peuvent \u00eatre vendus aux ayants droit des personnes vis\u00e9es aux alin\u00e9as pr\u00e9c\u00e9dents.<\/p>\n<p>42. L\u2019article 21 de la loi no 7269 du 25 mai 1959 relative aux aides \u00e0 apporter et aux mesures \u00e0 prendre \u00e0 la suite de \u00ab\u00a0catastrophes naturelles affectant la vie publique\u00a0\u00bb dispose que les biens immobiliers appartenant au Tr\u00e9sor public et se trouvant dans une zone sinistr\u00e9e sont, \u00e0 la demande du minist\u00e8re du Logement et de l\u2019Habitat, attribu\u00e9s ou affect\u00e9s gratuitement \u00e0 des services publics en vue de la r\u00e9alisation de travaux de construction. Dans les cas o\u00f9 il n\u2019est pas possible d\u2019attribuer lesdits biens immobiliers conform\u00e9ment \u00e0 ce qui pr\u00e9c\u00e8de, des terrains et b\u00e2timents peuvent \u00eatre achet\u00e9s par l\u2019administration et des proc\u00e9dures d\u2019expropriation peuvent \u00eatre engag\u00e9es en application de la loi sur l\u2019expropriation. Les biens immobiliers mis \u00e0 disposition en vertu dudit article sont enregistr\u00e9s au nom du Tr\u00e9sor public dans le registre foncier, sur demande du minist\u00e8re du Logement et de l\u2019Habitat.<\/p>\n<p>43. L\u2019article 47 de la loi no 5018 sur la gestion et le contr\u00f4le des finances publiques pr\u00e9voit que les biens immobiliers ainsi attribu\u00e9s ne peuvent \u00eatre utilis\u00e9s \u00e0 d\u2019autres fins que celles de services publics.<\/p>\n<p><strong>EN DROIT<\/strong><\/p>\n<p><strong>SUR LA VIOLATION ALL\u00c9GU\u00c9E DE L\u2019ARTICLE 1 DU PROTOCOLE No 1 \u00c0 LA CONVENTION<\/strong><\/p>\n<p>44. Les requ\u00e9rants soutiennent que les autorit\u00e9s nationales ont m\u00e9connu leur droit au respect de leur bien, prot\u00e9g\u00e9 par l\u2019article 1 du Protocole no 1 \u00e0 la Convention, qui en sa partie pertinente en l\u2019esp\u00e8ce est ainsi libell\u00e9\u00a0:<\/p>\n<p>\u00ab\u00a0Toute personne physique ou morale a droit au respect de ses biens. Nul ne peut \u00eatre priv\u00e9 de sa propri\u00e9t\u00e9 que pour cause d\u2019utilit\u00e9 publique et dans les conditions pr\u00e9vues par la loi et les principes g\u00e9n\u00e9raux du droit international.<\/p>\n<p>(&#8230;)\u00a0\u00bb<\/p>\n<p><strong>A. Sur la recevabilit\u00e9<\/strong><\/p>\n<p>45. Le Gouvernement estime que les requ\u00e9rants ne sont pas titulaires d\u2019un \u00ab\u00a0bien\u00a0\u00bb au sens de l\u2019article 1 du Protocole no 1. Se r\u00e9f\u00e9rant \u00e0 la l\u00e9gislation en vigueur, il explique que la propri\u00e9t\u00e9 fonci\u00e8re ne s\u2019acquiert que par inscription au registre foncier et que le certificat de vente directe qui a \u00e9t\u00e9 d\u00e9livr\u00e9 au de\u00a0cujus des requ\u00e9rants par l\u2019administration n\u2019est pas un titre de propri\u00e9t\u00e9. Il consid\u00e8re par cons\u00e9quent que les pr\u00e9tentions des requ\u00e9rants \u00e0 se voir reconna\u00eetre un titre de propri\u00e9t\u00e9 sur le bien en question n\u2019avaient pas de base suffisante en droit interne pour \u00eatre qualifi\u00e9es de \u00ab\u00a0bien\u00a0\u00bb au sens de l\u2019article\u00a01 du Protocole no 1. De plus, selon le Gouvernement, dans les circonstances de la cause, compte tenu du fait que le terrain litigieux devait \u00eatre utilis\u00e9 \u00e0 des fins d\u2019utilit\u00e9 publique par l\u2019administration, aucune esp\u00e9rance l\u00e9gitime de pouvoir \u00eatre titulaire du terrain n\u2019a pu na\u00eetre dans le chef des requ\u00e9rants. Le Gouvernement conclut que le grief soulev\u00e9 par ceux-ci doit \u00eatre rejet\u00e9 pour incompatibilit\u00e9 ratione materiae avec les dispositions de la Convention ou, alternativement, pour d\u00e9faut manifeste de fondement.<\/p>\n<p>46. Les requ\u00e9rants contestent cette th\u00e8se. Ils plaident l\u2019applicabilit\u00e9 de l\u2019article 1 du Protocole no 1.<\/p>\n<p>47. La Cour observe que nul ne conteste que le terrain litigieux appartenait au Tr\u00e9sor public. Elle note en revanche que les parties ont des vues divergentes quant \u00e0 la question de savoir si les requ\u00e9rants \u00e9taient ou non titulaire d\u2019un bien susceptible de relever de la protection de l\u2019article\u00a01 du Protocole no 1. La Cour est donc appel\u00e9e \u00e0 d\u00e9terminer si la situation juridique des requ\u00e9rants \u00e9tait de nature \u00e0 relever du champ d\u2019application de l\u2019article\u00a01 du Protocole no 1.<\/p>\n<p>48. \u00c0 cet \u00e9gard, la Cour rappelle que la notion de \u00ab\u00a0bien\u00a0\u00bb \u00e9voqu\u00e9e \u00e0 l\u2019article 1 du Protocole no 1 a une port\u00e9e autonome qui ne se limite pas \u00e0 la propri\u00e9t\u00e9 de biens corporels et qui est ind\u00e9pendante des qualifications formelles du droit interne\u00a0: certains autres droits et int\u00e9r\u00eats constituant des actifs peuvent aussi passer pour des \u00ab\u00a0droits patrimoniaux\u00a0\u00bb et donc pour des \u00ab\u00a0biens\u00a0\u00bb aux fins de cette disposition (Iatridis c. Gr\u00e8ce [GC], no\u00a031107\/96, \u00a7\u00a054, CEDH\u00a01999\u2011II, et Beyeler c. Italie [GC], no 33202\/96, \u00a7\u00a0100, CEDH\u00a02000-I).<\/p>\n<p>49. Bien que l\u2019article 1 du Protocole no 1 ne vaille que pour les biens actuels et ne cr\u00e9e aucun droit d\u2019en acqu\u00e9rir, dans certaines circonstances, l\u2019\u00ab\u00a0esp\u00e9rance l\u00e9gitime\u00a0\u00bb d\u2019obtenir une valeur patrimoniale peut \u00e9galement b\u00e9n\u00e9ficier de la protection de cette disposition (B\u00e9l\u00e1n\u00e9 Nagy c. Hongrie [GC], no\u00a053080\/13, \u00a7 74, 13 d\u00e9cembre 2016).<\/p>\n<p>50. L\u2019\u00ab\u00a0esp\u00e9rance l\u00e9gitime\u00a0\u00bb de pouvoir continuer \u00e0 jouir d\u2019un \u00ab\u00a0bien\u00a0\u00bb doit reposer sur une base suffisante en droit interne\u00a0; tel est le cas par exemple lorsqu\u2019elle est confirm\u00e9e par une jurisprudence bien \u00e9tablie des tribunaux ou lorsqu\u2019elle est fond\u00e9e sur une disposition l\u00e9gislative ou sur un acte l\u00e9gal concernant l\u2019int\u00e9r\u00eat patrimonial en question (Kopeck\u00fd c.\u00a0Slovaquie [GC], no\u00a044912\/98, \u00a7 52, CEDH 2004\u2011IX, Depalle c. France [GC], no\u00a034044\/02, \u00a7\u00a063, CEDH 2010, et Saghinadze et autres c. G\u00e9orgie, no 18768\/05, \u00a7\u00a0103, 27\u00a0mai 2010). D\u00e8s lors que cela est acquis, la notion d\u2019\u00ab\u00a0esp\u00e9rance l\u00e9gitime\u00a0\u00bb peut entrer en jeu (Maurice c. France [GC], no 11810\/03, \u00a7\u00a063, CEDH\u00a02005\u2011IX).<\/p>\n<p>51. En revanche, l\u2019espoir de se voir reconna\u00eetre un droit de propri\u00e9t\u00e9 que l\u2019on est dans l\u2019impossibilit\u00e9 d\u2019exercer effectivement ne peut \u00eatre consid\u00e9r\u00e9 comme un \u00ab\u00a0bien\u00a0\u00bb au sens de l\u2019article 1 du Protocole no 1.<\/p>\n<p>52. Dans chaque affaire, il importe d\u2019examiner si les circonstances, consid\u00e9r\u00e9es dans leur ensemble, ont rendu le requ\u00e9rant titulaire d\u2019un int\u00e9r\u00eat substantiel prot\u00e9g\u00e9 par l\u2019article 1 du Protocole no 1 (Iatridis c.\u00a0Gr\u00e8ce [GC], no\u00a031107\/96, \u00a7 54, CEDH 1999\u2011II, et Depalle, pr\u00e9cit\u00e9, \u00a7 63).<\/p>\n<p>53. Dans l\u2019affaire Saghinadze et autres (arr\u00eat pr\u00e9cit\u00e9, \u00a7\u00a7\u00a0104\u2011108), la Cour a qualifi\u00e9 de \u00ab\u00a0bien\u00a0\u00bb le droit d\u2019utiliser une maison, en notant que ce droit avait \u00e9t\u00e9 exerc\u00e9 de bonne foi et avec la tol\u00e9rance des autorit\u00e9s pendant plus de dix ans, malgr\u00e9 l\u2019absence d\u2019un titre de propri\u00e9t\u00e9 r\u00e9guli\u00e8rement enregistr\u00e9.<\/p>\n<p>54. Dans l\u2019affaire Depalle (arr\u00eat pr\u00e9cit\u00e9, \u00a7\u00a7 65-68), elle a estim\u00e9 que le fait pour les lois internes d\u2019un \u00c9tat de ne pas reconna\u00eetre un int\u00e9r\u00eat particulier comme un \u00ab\u00a0droit\u00a0\u00bb, et notamment comme un \u00ab\u00a0droit de propri\u00e9t\u00e9\u00a0\u00bb, ne fait pas obstacle \u00e0 ce que l\u2019int\u00e9r\u00eat en question puisse n\u00e9anmoins, dans certaines circonstances, passer pour un \u00ab\u00a0bien\u00a0\u00bb au sens de l\u2019article\u00a01 du Protocole no\u00a01, et elle a conclu \u00e0 l\u2019applicabilit\u00e9 de cette disposition au cas d\u2019esp\u00e8ce, soulignant notamment que le temps \u00e9coul\u00e9 avait fait na\u00eetre, au b\u00e9n\u00e9fice du requ\u00e9rant, un int\u00e9r\u00eat patrimonial suffisamment reconnu et important \u00e0 jouir d\u2019une maison \u00e9rig\u00e9e sur une parcelle appartenant au domaine public maritime.<\/p>\n<p>55. Dans l\u2019arr\u00eat Hamer c. Belgique (no 21861\/03, \u00a7 76, CEDH 2007\u2011V (extraits)), elle a consid\u00e9r\u00e9 que l\u2019int\u00e9r\u00eat de continuer \u00e0 jouir d\u2019une maison de vacances \u00e9rig\u00e9e sans permis pouvait passer pour un \u00ab\u00a0bien\u00a0\u00bb, relevant que la requ\u00e9rante avait pay\u00e9 des imp\u00f4ts relativement \u00e0 cette maison, que la r\u00e9action des autorit\u00e9s s\u2019\u00e9tait fait attendre pendant vingt-sept ans et que la tol\u00e9rance de celles-ci avait encore perdur\u00e9 pendant dix ans apr\u00e8s la constatation de l\u2019infraction.<\/p>\n<p>56. Plus r\u00e9cemment, dans l\u2019affaire Keriman Tekin et autres c.\u00a0Turquie (no\u00a022035\/10, \u00a7\u00a7 40-47, 15 novembre 2016), elle a estim\u00e9 qu\u2019une maison \u00e9rig\u00e9e sans permis constituait un bien d\u00e8s lors notamment que les requ\u00e9rants avaient pu en jouir pendant un certain temps sans avoir jamais \u00e9t\u00e9 inqui\u00e9t\u00e9s en raison de cette ill\u00e9galit\u00e9.<\/p>\n<p>57. En l\u2019esp\u00e8ce, la Cour note tout d\u2019abord que les requ\u00e9rants pouvaient esp\u00e9rer acqu\u00e9rir un droit de propri\u00e9t\u00e9 par le jeu de la prescription acquisitive, puisque leur de cujus avait exerc\u00e9 une possession paisible et ininterrompue sur le terrain en cause de 1966 \u00e0 2017 et qu\u2019il avait pay\u00e9 une indemnit\u00e9 d\u2019occupation \u00e0 l\u2019administration \u00e0 ce titre. De plus, les autorit\u00e9s avaient reconnu \u00e0 l\u2019int\u00e9ress\u00e9 le droit de b\u00e9n\u00e9ficier des dispositions de l\u2019article 12 de la loi no 6292 du 26 avril 2012 puisqu\u2019il payait une indemnit\u00e9 d\u2019occupation d\u2019un terrain agricole depuis au moins 3 ans \u00e0 la date du 31 d\u00e9cembre 2011.<\/p>\n<p>58. Elle observe ensuite que l\u2019int\u00e9ress\u00e9 avait d\u00e9pos\u00e9 une demande d\u2019achat d\u2019une partie du terrain aupr\u00e8s de l\u2019administration, que, consid\u00e9rant qu\u2019il remplissait les conditions pr\u00e9vues par l\u2019article 12 de la loi no 6292 du 26\u00a0avril 2012, sa demande avait \u00e9t\u00e9 accept\u00e9e par celle-ci, qu\u2019il avait pay\u00e9 la somme qui lui \u00e9tait r\u00e9clam\u00e9e et qu\u2019il avait obtenu de l\u2019administration un certificat de vente directe.<\/p>\n<p>59. Aussi la Cour consid\u00e8re-t-elle qu\u2019apr\u00e8s avoir joui du terrain pendant aussi longtemps et vers\u00e9 \u00e0 l\u2019administration le montant fix\u00e9 par elle pour l\u2019achat, le de cujus des requ\u00e9rants et, par suite, les requ\u00e9rants en leur qualit\u00e9 d\u2019ayants droit avaient acquis un int\u00e9r\u00eat patrimonial suffisamment important et reconnu pour constituer un int\u00e9r\u00eat substantiel, et donc un \u00ab\u00a0bien\u00a0\u00bb au sens de l\u2019article 1 du Protocole no 1. Cette disposition est d\u00e8s lors applicable au grief formul\u00e9 par les requ\u00e9rants.<\/p>\n<p>60. La Cour consid\u00e8re par cons\u00e9quent que la requ\u00eate n\u2019est pas incompatible ratione materiae avec les dispositions de la Convention.<\/p>\n<p>61. Constatant que la requ\u00eate n\u2019est pas manifestement mal fond\u00e9e au sens de l\u2019article 35 \u00a7 3 a) de la Convention et qu\u2019elle ne se heurte par ailleurs \u00e0 aucun autre motif d\u2019irrecevabilit\u00e9, la Cour la d\u00e9clare recevable.<\/p>\n<p><strong>B. Sur le fond<\/strong><\/p>\n<p>62. Les requ\u00e9rants arguent que leur de cujus remplissait l\u2019ensemble des conditions l\u00e9gales pour acheter le terrain litigieux lorsqu\u2019il en a fait la demande. Ils soutiennent qu\u2019\u00e0 compter du versement par lui de la somme r\u00e9clam\u00e9e par l\u2019administration, celle-ci disposait l\u00e9galement d\u2019un d\u00e9lai de six mois pour finaliser la transaction en faisant enregistrer le terrain dans le registre foncier, et ils consid\u00e8rent qu\u2019elle a annul\u00e9 de mani\u00e8re ill\u00e9gale et arbitraire le contrat de vente, indiquant \u00e0 cet \u00e9gard que la loi ne conf\u00e9rait aucun droit de pr\u00e9emption \u00e0 la Direction g\u00e9n\u00e9rale. Les requ\u00e9rants estiment que cette situation a emport\u00e9 violation de l\u2019article 1 du Protocole no 1.<\/p>\n<p>63. Le Gouvernement r\u00e9it\u00e8re l\u2019argument selon lequel les requ\u00e9rants n\u2019\u00e9taient pas titulaires d\u2019un \u00ab\u00a0bien\u00a0\u00bb au sens de l\u2019article 1 du Protocole no\u00a01. Il expose que le terrain en cause appartient au Tr\u00e9sor public, que le de\u00a0cujus des requ\u00e9rants a utilis\u00e9 la propri\u00e9t\u00e9 pendant de longues ann\u00e9es, en contrepartie du paiement d\u2019un loyer qu\u2019il versait \u00e0 l\u2019administration \u00e0 titre d\u2019indemnit\u00e9 d\u2019occupation, et que les requ\u00e9rants sont des ayants droit, la vente conclue en application de la loi no 6292 n\u2019ayant cependant pas \u00e9t\u00e9 finalis\u00e9e en raison de l\u2019attribution du terrain \u00e0 la Direction g\u00e9n\u00e9rale en vue de la construction de logements destin\u00e9s aux victimes de sinistres. Il argue que l\u2019article\u00a01 du Protocole no\u00a01 ne garantit pas un droit \u00e0 acqu\u00e9rir des biens, ajoutant qu\u2019\u00e0 la suite de l\u2019annulation de la vente, l\u2019administration a demand\u00e9 aux requ\u00e9rants leurs coordonn\u00e9es bancaires afin de proc\u00e9der au remboursement de la somme que leur de cujus avait pay\u00e9e, mais que ces derniers n\u2019ont pas donn\u00e9 suite \u00e0 cette sollicitation. Il estime que dans ces circonstances, le juste \u00e9quilibre voulu par l\u2019article 1 du Protocole no 1 n\u2019a pas \u00e9t\u00e9 rompu.<\/p>\n<p>64. La Cour rappelle que l\u2019article 1 du Protocole no 1, qui garantit en substance le droit de propri\u00e9t\u00e9, contient trois normes distinctes\u00a0:<\/p>\n<p>La premi\u00e8re, qui s\u2019exprime dans la premi\u00e8re phrase du premier alin\u00e9a et rev\u00eat un caract\u00e8re g\u00e9n\u00e9ral, \u00e9nonce le principe du respect de la propri\u00e9t\u00e9.<\/p>\n<p>La deuxi\u00e8me, figurant dans la seconde phrase du m\u00eame alin\u00e9a, vise la privation de propri\u00e9t\u00e9 et la soumet \u00e0 certaines conditions.<\/p>\n<p>Quant \u00e0 la troisi\u00e8me, consign\u00e9e dans le second alin\u00e9a, elle reconna\u00eet aux \u00c9tats contractants le pouvoir, entre autres, de r\u00e9glementer l\u2019usage des biens conform\u00e9ment \u00e0 l\u2019int\u00e9r\u00eat g\u00e9n\u00e9ral, en appliquant les lois qu\u2019ils estiment n\u00e9cessaires \u00e0 cette fin.<\/p>\n<p>Il ne s\u2019agit pas pour autant de r\u00e8gles d\u00e9pourvues\u00a0de rapport entre elles. La deuxi\u00e8me et la troisi\u00e8me ont trait \u00e0 des exemples particuliers d\u2019atteintes au droit de propri\u00e9t\u00e9\u00a0; d\u00e8s lors, elles doivent s\u2019interpr\u00e9ter \u00e0 la lumi\u00e8re du principe consacr\u00e9 par la premi\u00e8re (voir, parmi d\u2019autres, NIT S.R.L. c.\u00a0R\u00e9publique de Moldova [GC], no 28470\/12, \u00a7 245, 5 avril 2022).<\/p>\n<p>65. En l\u2019esp\u00e8ce, la d\u00e9cision de l\u2019administration de renoncer, en raison de l\u2019affectation du terrain \u00e0 un usage d\u2019int\u00e9r\u00eat public, \u00e0 finaliser le contrat de vente en faisant inscrire ledit terrain au nom des requ\u00e9rants dans le registre foncier s\u2019analyse sans conteste en une ing\u00e9rence dans l\u2019exercice par les int\u00e9ress\u00e9s de leur droit au respect de leur bien, au sens de l\u2019article 1 du Protocole no 1. Tenant compte du contexte dans lequel la mesure litigieuse s\u2019inscrivait, la Cour examinera l\u2019affaire \u00e0 la lumi\u00e8re du principe g\u00e9n\u00e9ral \u00e9tabli par la premi\u00e8re norme de l\u2019article 1 du Protocole no 1 (voir Gladysheva c.\u00a0Russie, no 7097\/10, \u00a7 71, 6 d\u00e9cembre 2011, qui concernait l\u2019annulation d\u2019un titre de propri\u00e9t\u00e9 au motif que la vente \u00e9tait invalide).<\/p>\n<p>66. En ce qui concerne la l\u00e9galit\u00e9 de l\u2019ing\u00e9rence, la Cour rappelle que l\u2019article\u00a01 du Protocole no 1 exige que les ing\u00e9rences de l\u2019autorit\u00e9 publique dans la jouissance du droit au respect de biens aient une base l\u00e9gale : ainsi, la seconde phrase du premier alin\u00e9a de cet article n\u2019autorise une privation de propri\u00e9t\u00e9 que \u00ab dans les conditions pr\u00e9vues par la loi \u00bb\u00a0et le second alin\u00e9a reconna\u00eet aux \u00c9tats le droit de r\u00e9glementer l\u2019usage des biens en mettant en vigueur des \u00ab\u00a0lois\u00a0\u00bb. De plus, la pr\u00e9\u00e9minence du droit, l\u2019un des principes fondamentaux d\u2019une soci\u00e9t\u00e9 d\u00e9mocratique, est inh\u00e9rente \u00e0 l\u2019ensemble des articles de la Convention (Ex-roi de Gr\u00e8ce et autres c.\u00a0Gr\u00e8ce [GC], no\u00a025701\/94, \u00a7 79, CEDH 2000\u2011XII, et Broniowski c.\u00a0Pologne [GC], no\u00a031443\/96, \u00a7147, CEDH 2004\u2011V).<\/p>\n<p>67. Se tournant vers les circonstances de la pr\u00e9sente esp\u00e8ce, la Cour note d\u2019embl\u00e9e que la d\u00e9cision de l\u2019administration de renoncer \u00e0 finaliser le contrat de vente en faisant inscrire le terrain litigieux au nom des requ\u00e9rants dans le registre foncier avait pour base l\u00e9gale l\u2019alin\u00e9a 3 de l\u2019article 12 de la loi\u00a0no\u00a06292 (paragraphe 41 ci-dessus) et qu\u2019elle \u00e9tait fond\u00e9e sur l\u2019article 21 de la loi no\u00a07269 relative aux aides \u00e0 apporter et aux mesures \u00e0 prendre \u00e0 la suite des catastrophes naturelles affectant la vie publique (paragraphe\u00a042 ci-dessus).<\/p>\n<p>68. Il s\u2019ensuit que l\u2019ing\u00e9rence litigieuse \u00e9tait l\u00e9gale au sens de l\u2019article\u00a01 du Protocole no\u00a01.<\/p>\n<p>69. Quant au but de l\u2019ing\u00e9rence, la Cour redit qu\u2019une ing\u00e9rence de la puissance publique dans la jouissance du droit au respect des biens ne peut se justifier que si elle sert un int\u00e9r\u00eat g\u00e9n\u00e9ral l\u00e9gitime (Leki\u0107 c. Slov\u00e9nie [GC], no\u00a036480\/07, \u00a7 105, 11 d\u00e9cembre 2018). En effet, gr\u00e2ce \u00e0 une connaissance directe de leur soci\u00e9t\u00e9 et de ses besoins, les autorit\u00e9s nationales se trouvent en principe mieux plac\u00e9es que le juge international pour d\u00e9terminer ce qui est d\u2019\u00ab\u00a0utilit\u00e9 publique\u00a0\u00bb (B\u00e9l\u00e1n\u00e9 Nagy, pr\u00e9cit\u00e9, \u00a7 113). Dans le m\u00e9canisme de protection cr\u00e9\u00e9 par la Convention, il leur appartient par cons\u00e9quent de se prononcer les premi\u00e8res sur l\u2019existence d\u2019un probl\u00e8me d\u2019int\u00e9r\u00eat g\u00e9n\u00e9ral justifiant des mesures portant atteinte au droit au respect des biens. Aussi, la Cour estime qu\u2019il est normal que l\u2019administration dispose d\u2019une grande latitude pour mener une politique \u00e9conomique et sociale, et elle respecte la mani\u00e8re dont celle-ci con\u00e7oit les imp\u00e9ratifs de l\u2019\u00ab\u00a0utilit\u00e9 publique\u00a0\u00bb (\u0130kizta\u015f Elektrik Taahh\u00fct Ticaret Ve Sanayi Limited \u015eirketi c.\u00a0T\u00fcrkiye, no 21962\/15, \u00a7 42, 4 octobre 2022).<\/p>\n<p>70. Dans la pr\u00e9sente esp\u00e8ce, l\u2019ing\u00e9rence avait pour finalit\u00e9 la construction de logements pour les victimes de catastrophes naturelles. Sur ce point, la Cour rappelle que les catastrophes naturelles sont des \u00e9v\u00e8nements sur lesquels les \u00c9tats n\u2019ont pas de prise et pour lesquels la pr\u00e9vention ne peut \u00eatre assur\u00e9e que par la mise en place de mesures visant \u00e0 la r\u00e9duction de leurs effets pour att\u00e9nuer au maximum leur dimension catastrophique. \u00c0 cet \u00e9gard, la port\u00e9e de l\u2019obligation de pr\u00e9vention consiste donc essentiellement \u00e0 adopter des mesures renfor\u00e7ant la capacit\u00e9 de l\u2019\u00c9tat \u00e0 faire face \u00e0 ce type de ph\u00e9nom\u00e8nes naturels violents et inattendus.<\/p>\n<p>71. Dans un tel contexte, la Cour estime en particulier que la pr\u00e9vention comprend, notamment, l\u2019am\u00e9nagement du territoire et la ma\u00eetrise de l\u2019urbanisation. \u00c0 cet \u00e9gard, elle consid\u00e8re que les autorit\u00e9s nationales sont les mieux plac\u00e9es, d\u2019une part, pour \u00e9valuer le risque de catastrophe naturelle auquel est soumise une r\u00e9gion ainsi que l\u2019\u00e9tendue des zones inondables et, d\u2019autre part, pour recenser les communes concern\u00e9es et les populations r\u00e9sidant dans ces zones.<\/p>\n<p>72. Dans les circonstances de la cause, la Cour observe que le lieu o\u00f9 se trouvait le terrain litigieux a \u00e9t\u00e9 d\u00e9clar\u00e9 par l\u2019administration zone sinistr\u00e9e, et que celle-ci a ensuite d\u00e9cid\u00e9 d\u2019attribuer ledit terrain \u00e0 la Direction g\u00e9n\u00e9rale de la s\u00e9curit\u00e9 civile et de la gestion des crises d\u2019Ankara aux fins de la construction de logements adapt\u00e9s destin\u00e9s aux familles victimes des inondations.<\/p>\n<p>73. Tenant compte de la marge d\u2019appr\u00e9ciation particuli\u00e8rement large dont jouissent les autorit\u00e9s internes en la mati\u00e8re, la Cour ne voit aucune raison de douter que la mesure contest\u00e9e r\u00e9pondait \u00e0 l\u2019int\u00e9r\u00eat g\u00e9n\u00e9ral.<\/p>\n<p>74. S\u2019agissant de la question de savoir si l\u2019ing\u00e9rence litigieuse a ou non m\u00e9nag\u00e9 un \u00ab\u00a0juste \u00e9quilibre\u00a0\u00bb entre les int\u00e9r\u00eats en pr\u00e9sence, la Cour tient \u00e0 indiquer de nouveau que les autorit\u00e9s nationales, du fait de leur l\u00e9gitimit\u00e9 d\u00e9mocratique, sont en principe mieux plac\u00e9es que le juge international pour se prononcer sur les besoins et contextes locaux (voir, entre autres, Leki\u0107 c.\u00a0Slov\u00e9nie [GC], no 36480\/07, \u00a7 108, 11 d\u00e9cembre 2018, Garib c.\u00a0Pays-Bas [GC], no 43494\/09, \u00a7 137, 6 novembre 2017, et Hatton et autres c.\u00a0Royaume-Uni [GC], no 36022\/97, \u00a7 97, CEDH 2003\u2011VIII). Cela \u00e9tant, les choix qu\u2019elles op\u00e8rent n\u2019\u00e9chappent pas au contr\u00f4le de la Cour, \u00e0 laquelle il incombe en particulier de rechercher si un juste \u00e9quilibre a \u00e9t\u00e9 m\u00e9nag\u00e9 entre les int\u00e9r\u00eats de l\u2019\u00c9tat ou du public en g\u00e9n\u00e9ral et ceux des individus directement touch\u00e9s par les solutions retenues par lesdites autorit\u00e9s.<\/p>\n<p>75. En particulier, il doit exister un rapport raisonnable de proportionnalit\u00e9 entre les moyens employ\u00e9s et le but vis\u00e9 par toute mesure appliqu\u00e9e par l\u2019\u00c9tat.\u00a0Dans chaque affaire o\u00f9 est soulev\u00e9 un grief fond\u00e9 sur la violation de cette disposition, la Cour doit donc v\u00e9rifier si, en raison de l\u2019action ou de l\u2019inaction de l\u2019\u00c9tat, la personne concern\u00e9e a d\u00fb supporter une charge disproportionn\u00e9e et excessive (voir, par exemple, Broniowski c.\u00a0Pologne [GC], no 31443\/96, \u00a7 150, CEDH 2004\u2011V, et Sargsyan c.\u00a0Azerba\u00efdjan [GC], no 40167\/06, \u00a7 227, CEDH 2015). Pour appr\u00e9cier la conformit\u00e9 de la conduite de l\u2019Etat \u00e0 l\u2019article 1 du Protocole no 1, la Cour doit se livrer \u00e0 un examen global des divers int\u00e9r\u00eats en jeu, en gardant \u00e0 l\u2019esprit que la Convention a pour but de sauvegarder des droits qui sont \u00ab\u00a0concrets et effectifs\u00a0\u00bb. Elle doit aller au-del\u00e0 des apparences et rechercher la r\u00e9alit\u00e9 de la situation litigieuse. Cette appr\u00e9ciation peut porter non seulement sur les modalit\u00e9s d\u2019indemnisation applicables \u2013 si la situation s\u2019apparente \u00e0 une privation de propri\u00e9t\u00e9 \u2013 mais \u00e9galement sur la conduite des parties, y compris les moyens employ\u00e9s par l\u2019Etat et leur mise en \u0153uvre. \u00c0 cet \u00e9gard, il faut souligner que l\u2019incertitude \u2013 qu\u2019elle soit l\u00e9gislative, administrative, ou tenant aux pratiques appliqu\u00e9es par les autorit\u00e9s \u2013 est un facteur qu\u2019il faut prendre en compte pour appr\u00e9cier la conduite de l\u2019Etat. En effet, lorsqu\u2019une question d\u2019int\u00e9r\u00eat g\u00e9n\u00e9ral est en jeu, les pouvoirs publics sont tenus de r\u00e9agir en temps utile, de fa\u00e7on correcte et avec la plus grande coh\u00e9rence conform\u00e9ment au principe de bonne gouvernance (B\u0113rzi\u0146\u0161 et autres c. Lettonie, no\u00a073105\/12, \u00a7\u00a090, 21 septembre 2021).<\/p>\n<p>76. La Cour observe que le de cujus des requ\u00e9rants a occup\u00e9 un terrain public qu\u2019il a cultiv\u00e9, et qu\u2019il a pay\u00e9 les taxes et redevances y aff\u00e9rentes. Le fait que l\u2019int\u00e9ress\u00e9 a acquis le terrain conform\u00e9ment \u00e0 l\u2019article 12 de la loi\u00a0no\u00a06292 n\u2019est pas contest\u00e9. Or cette vente n\u2019a pas \u00e9t\u00e9 finalis\u00e9e par l\u2019administration et le terrain n\u2019a pas \u00e9t\u00e9 inscrit au nom des requ\u00e9rants dans le registre foncier en raison de sa revendication par la Direction g\u00e9n\u00e9rale de la s\u00e9curit\u00e9 civile et de la gestion des crises d\u2019Ankara en vue de la construction de logements destin\u00e9s aux victimes de catastrophes naturelles. \u00c0 cet \u00e9gard, la Cour redit qu\u2019il appartient en premier lieu aux autorit\u00e9s nationales de d\u00e9cider du type de mesures \u00e0 prendre aux fins de la pr\u00e9vention des risques naturels et au titre des aides qui doivent \u00eatre apport\u00e9es aux sinistr\u00e9s, de telles mesures relevant par essence des domaines d\u2019intervention de l\u2019\u00c9tat. Il s\u2019agit l\u00e0 en effet de dispositions qui concernent ind\u00e9niablement l\u2019int\u00e9r\u00eat g\u00e9n\u00e9ral, lequel doit \u00eatre regard\u00e9 comme la pierre angulaire de l\u2019action publique, dont il d\u00e9termine la finalit\u00e9 et fonde la l\u00e9gitimit\u00e9. Cet int\u00e9r\u00eat g\u00e9n\u00e9ral conf\u00e8re pr\u00e9cis\u00e9ment \u00e0 l\u2019\u00c9tat la mission de poursuivre des objectifs qui s\u2019imposent \u00e0 l\u2019ensemble des individus, par-del\u00e0 leurs int\u00e9r\u00eats particuliers. Pour la Cour, ce sont des consid\u00e9rations d\u00e9terminantes pour appr\u00e9cier si un juste \u00e9quilibre a \u00e9t\u00e9 pr\u00e9serv\u00e9 entre les divers int\u00e9r\u00eats en cause.<\/p>\n<p>77. En outre, la Cour note qu\u2019en l\u2019esp\u00e8ce, l\u2019administration a imm\u00e9diatement r\u00e9agi, annulant la transaction pour des motifs imp\u00e9rieux d\u2019int\u00e9r\u00eat public avant m\u00eame que le terrain ne f\u00fbt inscrit au nom des requ\u00e9rants dans le registre foncier, de sorte que les int\u00e9ress\u00e9s ne sont pas rest\u00e9s dans l\u2019incertitude quant au sort du bien litigieux.<\/p>\n<p>78. La Cour consid\u00e8re par ailleurs que l\u2019un des facteurs \u00e0 prendre en compte pour \u00e9tablir si un juste \u00e9quilibre a \u00e9t\u00e9 respect\u00e9 dans les circonstances de la cause r\u00e9side dans le fait que les requ\u00e9rants disposent toujours de la possibilit\u00e9 de demander \u00e0 l\u2019administration le remboursement de la somme pay\u00e9e par leur de cujus, major\u00e9e d\u2019int\u00e9r\u00eats moratoires au taux l\u00e9gal.<\/p>\n<p>79. Aussi, au vu de l\u2019ensemble des consid\u00e9rations expos\u00e9es ci-dessus, la Cour estime que les requ\u00e9rants n\u2019ont pas support\u00e9 une charge sp\u00e9ciale et exorbitante \u00e0 raison du refus de l\u2019administration de finaliser la transaction par l\u2019inscription du terrain litigieux en leurs noms sur le registre foncier, et que par cons\u00e9quent, il n\u2019y a pas eu rupture de l\u2019\u00e9quilibre entre les droits des requ\u00e9rants et l\u2019int\u00e9r\u00eat g\u00e9n\u00e9ral de la communaut\u00e9.<\/p>\n<p>80. Partant, il n\u2019y a pas eu violation de l\u2019article 1 du Protocole no\u00a01 \u00e0 la Convention.<\/p>\n<p><strong>PAR CES MOTIFS, LA COUR, \u00c0 L\u2019UNANIMIT\u00c9,<\/strong><\/p>\n<p>1. D\u00e9clare, \u00e0 l\u2019unanimit\u00e9, la requ\u00eate recevable\u00a0;<\/p>\n<p>2. Dit, \u00e0 l\u2019unanimit\u00e9, qu\u2019il n\u2019y a pas eu violation de l\u2019article\u00a01 du Protocole no\u00a01 \u00e0 la Convention.<\/p>\n<p>Fait en fran\u00e7ais, puis communiqu\u00e9 par \u00e9crit le 13 juin 2023, en application de l\u2019article\u00a077\u00a0\u00a7\u00a7\u00a02 et\u00a03 du r\u00e8glement.<\/p>\n<p>Hasan Bak\u0131rc\u0131\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0\u00a0 \u00a0\u00a0\u00a0\u00a0 Arnfinn B\u00e5rdsen<br \/>\nGreffier \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0\u00a0 Pr\u00e9sident<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p style=\"text-align: center;\"><strong>Appendix<\/strong><\/p>\n<p>Liste des requ\u00e9rants<br \/>\nRequ\u00eate no 16757\/21<\/p>\n<table width=\"107%\">\n<thead>\n<tr>\n<td width=\"5%\"><strong>N<sup>o<\/sup><\/strong><\/td>\n<td width=\"31%\"><strong>Pr\u00e9nom NOM<\/strong><\/td>\n<td width=\"13%\"><strong>Ann\u00e9e de naissance<\/strong><\/td>\n<td width=\"17%\"><strong>Nationalit\u00e9<\/strong><\/td>\n<td width=\"31%\"><strong>Lieu de r\u00e9sidence<\/strong><\/td>\n<\/tr>\n<\/thead>\n<tbody>\n<tr>\n<td width=\"5%\">1.<\/td>\n<td width=\"31%\">Metin AKT\u00dcRK<\/td>\n<td width=\"13%\">1968<\/td>\n<td width=\"17%\">turc<\/td>\n<td width=\"31%\">Ankara<\/td>\n<\/tr>\n<tr>\n<td width=\"5%\">2.<\/td>\n<td width=\"31%\">Nurten AKDA\u011e<\/td>\n<td width=\"13%\">1966<\/td>\n<td width=\"17%\">turque<\/td>\n<td width=\"31%\">Ankara<\/td>\n<\/tr>\n<tr>\n<td width=\"5%\">3.<\/td>\n<td width=\"31%\">M\u00fcjdat AKT\u00dcRK<\/td>\n<td width=\"13%\">1956<\/td>\n<td width=\"17%\">turc<\/td>\n<td width=\"31%\">Ankara<\/td>\n<\/tr>\n<tr>\n<td width=\"5%\">4.<\/td>\n<td width=\"31%\">Ayten YEN\u0130LMEZ<\/td>\n<td width=\"13%\">1958<\/td>\n<td width=\"17%\">turque<\/td>\n<td width=\"31%\">Kayseri<\/td>\n<\/tr>\n<tr>\n<td width=\"5%\">5.<\/td>\n<td width=\"31%\">Sat\u0131a YEN\u0130LMEZ<\/td>\n<td width=\"13%\">1956<\/td>\n<td width=\"17%\">turque<\/td>\n<td width=\"31%\">Ankara<\/td>\n<\/tr>\n<tr>\n<td width=\"5%\">6.<\/td>\n<td width=\"31%\">Cevriye YERTUTAN<\/td>\n<td width=\"13%\">1961<\/td>\n<td width=\"17%\">turque<\/td>\n<td width=\"31%\">Ankara<\/td>\n<\/tr>\n<\/tbody>\n<\/table>\n<div class=\"social-share-buttons\"><a href=\"https:\/\/www.facebook.com\/sharer\/sharer.php?u=https:\/\/loisdumonde.com\/?p=2012\" target=\"_blank\" rel=\"noopener\">Facebook<\/a><a href=\"https:\/\/twitter.com\/intent\/tweet?url=https:\/\/loisdumonde.com\/?p=2012&text=AFFAIRE+AKT%C3%9CRK+ET+AUTRES+c.+T%C3%9CRK%C4%B0YE+%28Cour+europ%C3%A9enne+des+droits+de+l%E2%80%99homme%29+16757%2F21\" target=\"_blank\" rel=\"noopener\">Twitter<\/a><a href=\"https:\/\/www.linkedin.com\/shareArticle?url=https:\/\/loisdumonde.com\/?p=2012&title=AFFAIRE+AKT%C3%9CRK+ET+AUTRES+c.+T%C3%9CRK%C4%B0YE+%28Cour+europ%C3%A9enne+des+droits+de+l%E2%80%99homme%29+16757%2F21\" target=\"_blank\" rel=\"noopener\">LinkedIn<\/a><a href=\"https:\/\/pinterest.com\/pin\/create\/button\/?url=https:\/\/loisdumonde.com\/?p=2012&description=AFFAIRE+AKT%C3%9CRK+ET+AUTRES+c.+T%C3%9CRK%C4%B0YE+%28Cour+europ%C3%A9enne+des+droits+de+l%E2%80%99homme%29+16757%2F21\" target=\"_blank\" rel=\"noopener\">Pinterest<\/a><\/div>","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>DEUXI\u00c8ME SECTION AFFAIRE AKT\u00dcRK ET AUTRES c. 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