{"id":1991,"date":"2023-05-09T10:32:04","date_gmt":"2023-05-09T10:32:04","guid":{"rendered":"https:\/\/loisdumonde.com\/?p=1991"},"modified":"2023-05-09T10:32:04","modified_gmt":"2023-05-09T10:32:04","slug":"affaire-korkut-et-amnesty-international-turkiye-c-turkiye-61177-09","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/loisdumonde.com\/?p=1991","title":{"rendered":"AFFAIRE KORKUT ET AMNESTY INTERNATIONAL T\u00dcRK\u0130YE c. T\u00dcRK\u0130YE &#8211; 61177\/09"},"content":{"rendered":"<p>L\u2019affaire concerne l\u2019imposition au pr\u00e9sident de la section turque d\u2019Amnesty International d\u2019une amende administrative pour non-respect d\u2019une disposition l\u00e9gale exigeant des associations<!--more--> qu\u2019elles d\u00e9clarent \u00e0 l\u2019administration avant utilisation les fonds qu\u2019elles per\u00e7oivent de l\u2019\u00e9tranger.<\/p>\n<hr \/>\n<p style=\"text-align: center;\">DEUXI\u00c8ME SECTION<br \/>\n<strong>AFFAIRE KORKUT ET AMNESTY INTERNATIONAL T\u00dcRK\u0130YE c.\u00a0T\u00dcRK\u0130YE<\/strong><br \/>\n<em>(Requ\u00eate no 61177\/09)<\/em><br \/>\nARR\u00caT<\/p>\n<p>Art 6 \u00a7 1 (civil) \u2022 Condamnation du pr\u00e9sident de la section turque d\u2019Amnesty International \u00e0 une amende administrative pour non-respect d\u2019une disposition l\u00e9gale exigeant des associations qu\u2019elles d\u00e9clarent \u00e0 l\u2019administration avant utilisation les fonds per\u00e7us de l\u2019\u00e9tranger \u2022 D\u00e9cisions insuffisamment motiv\u00e9es par les juridictions internes<br \/>\nArt 11 \u2022 Libert\u00e9 d\u2019association \u2022 Ing\u00e9rence non pr\u00e9vu par une loi pr\u00e9visible<\/p>\n<p style=\"text-align: center;\">STRASBOURG<br \/>\n9 mai 2023<\/p>\n<p>Cet arr\u00eat deviendra d\u00e9finitif dans les conditions d\u00e9finies \u00e0 l\u2019article 44 \u00a7 2 de la Convention. Il peut subir des retouches de forme.<\/p>\n<p><strong>En l\u2019affaire Korkut et Amnesty International T\u00fcrkiye c. T\u00fcrkiye,<\/strong><\/p>\n<p>La Cour europ\u00e9enne des droits de l\u2019homme (deuxi\u00e8me section), si\u00e9geant en une Chambre compos\u00e9e de\u00a0:<br \/>\nArnfinn B\u00e5rdsen, pr\u00e9sident,<br \/>\nJovan Ilievski,<br \/>\nEgidijus K\u016bris,<br \/>\nSaadet Y\u00fcksel,<br \/>\nLorraine Schembri Orland,<br \/>\nFr\u00e9d\u00e9ric Krenc,<br \/>\nDavor Deren\u010dinovi\u0107, juges,<br \/>\net de Hasan Bak\u0131rc\u0131, greffier de section,<\/p>\n<p>Vu la requ\u00eate (no\u00a061177\/09) dirig\u00e9e contre la R\u00e9publique de T\u00fcrkiye et dont une association de droit turc, Amnesty International T\u00fcrkiye, et un ressortissant de cet \u00c9tat, M. Yakup Levent Korkut (\u00ab\u00a0les requ\u00e9rants\u00a0\u00bb), ont saisi la Cour en vertu de l\u2019article\u00a034 de la Convention de sauvegarde des droits de l\u2019homme et des libert\u00e9s fondamentales (\u00ab\u00a0la Convention\u00a0\u00bb) le 12\u00a0novembre 2009,<\/p>\n<p>Vu la d\u00e9cision de porter la requ\u00eate \u00e0 la connaissance du gouvernement turc (\u00ab\u00a0le Gouvernement\u00a0\u00bb),<\/p>\n<p>Vu les observations des parties,<\/p>\n<p>Apr\u00e8s en avoir d\u00e9lib\u00e9r\u00e9 en chambre du conseil le 4 avril 2023,<\/p>\n<p>Rend l\u2019arr\u00eat que voici, adopt\u00e9 \u00e0 cette date\u00a0:<\/p>\n<p><strong>INTRODUCTION<\/strong><\/p>\n<p>1. L\u2019affaire concerne l\u2019imposition au pr\u00e9sident de la section turque d\u2019Amnesty International d\u2019une amende administrative pour non-respect d\u2019une disposition l\u00e9gale exigeant des associations qu\u2019elles d\u00e9clarent \u00e0 l\u2019administration avant utilisation les fonds qu\u2019elles per\u00e7oivent de l\u2019\u00e9tranger. Les requ\u00e9rants, \u00e0 savoir Amnesty International T\u00fcrkiye et M. Yakup Levent Korkut, le pr\u00e9sident de l\u2019\u00e9poque de l\u2019association en question, invoquent les articles\u00a06, 11, 14 de la Convention et l\u2019article 1 du Protocole no\u00a01.<\/p>\n<p><strong>EN FAIT<\/strong><\/p>\n<p>2. Amnesty International T\u00fcrkiye (\u00ab\u00a0l\u2019association requ\u00e9rante\u00a0\u00bb), qui fut fond\u00e9e en 2002 sur l\u2019autorisation du conseil des ministres, est la section turque d\u2019Amnesty International, organisation dont le si\u00e8ge se trouve \u00e0 Londres.<\/p>\n<p>M.\u00a0Yakup Levent Korkut (\u00ab\u00a0le requ\u00e9rant\u00a0\u00bb), n\u00e9 en 1962, \u00e9tait \u00e0 l\u2019\u00e9poque des faits le pr\u00e9sident de l\u2019association requ\u00e9rante. Les requ\u00e9rants sont repr\u00e9sent\u00e9s par Mes\u00a0A. Y\u0131lmaz et S. N. Y\u0131lmaz, avocats \u00e0 Istanbul.<\/p>\n<p>3. Le gouvernement turc (\u00ab\u00a0le Gouvernement\u00a0\u00bb) est repr\u00e9sent\u00e9 par son agent, M.\u00a0Hac\u0131 Ali A\u00e7\u0131kg\u00fcl, chef du service des droits de l\u2019homme au minist\u00e8re de la Justice.<\/p>\n<p>4. Le 23\u00a0novembre 2004, une nouvelle loi sur les associations (\u00ab\u00a0la loi sur les associations\u00a0\u00bb ou \u00ab\u00a0la loi no\u00a05253\u00a0\u00bb) entra en vigueur. En vertu de l\u2019article\u00a021 de cette loi et de l\u2019article\u00a018 du r\u00e8glement sur les associations, une association pouvait recevoir des contributions financi\u00e8res de source \u00e9trang\u00e8re \u00e0 condition, d\u2019une part, que celles-ci transitassent par le r\u00e9seau bancaire, et, d\u2019autre part, que le montant de tels fonds f\u00fbt d\u00e9clar\u00e9 \u00e0 l\u2019administration avant leur utilisation.<\/p>\n<p>5. Le 10\u00a0octobre 2007, le pr\u00e9fet d\u2019Istanbul ordonna une inspection de l\u2019association requ\u00e9rante. Le rapport dress\u00e9 \u00e0 l\u2019issue de cette inspection relevait des irr\u00e9gularit\u00e9s dans les activit\u00e9s de ladite association. Il pr\u00e9cisait en particulier qu\u2019en 2006 et en 2007, l\u2019association s\u2019\u00e9tait \u00e0 seize reprises acquitt\u00e9e tardivement de l\u2019obligation de d\u00e9claration \u00e0 la pr\u00e9fecture des fonds de source \u00e9trang\u00e8re pr\u00e9alablement \u00e0 leur utilisation, m\u00e9connaissant ainsi les dispositions de l\u2019article\u00a021 de la loi sur les associations. D\u2019apr\u00e8s le rapport, il s\u2019agissait de dix versements provenant du si\u00e8ge social d\u2019Amnesty International (tous d\u00e9clar\u00e9s moins de trois mois apr\u00e8s leur r\u00e9alisation, sauf un pour lequel la d\u00e9marche n\u2019avait pas encore \u00e9t\u00e9 accomplie au moment de l\u2019inspection), de quatre versements provenant d\u2019Amnesty International Norv\u00e8ge (dont un seul restait \u00e0 d\u00e9clarer au moment de l\u2019inspection, les trois autres ayant \u00e9t\u00e9 d\u00e9clar\u00e9s moins d\u2019un mois apr\u00e8s leur r\u00e9alisation) et de deux versements provenant de particuliers r\u00e9sidant \u00e0 l\u2019\u00e9tranger (d\u00e9clar\u00e9s moins d\u2019un mois apr\u00e8s leur r\u00e9alisation). Le rapport pr\u00e9conisait l\u2019imposition au pr\u00e9sident de l\u2019association, en application de l\u2019article\u00a032 \u00a7\u00a01, alin\u00e9a\u00a0l) de la loi sur les associations, d\u2019une amende administrative pour chacun des manquements ainsi constat\u00e9s.<\/p>\n<p>6. Par une lettre du 19\u00a0novembre 2007, le directeur d\u00e9partemental des associations d\u2019Istanbul informa la pr\u00e9fecture qu\u2019il ressortait du rapport d\u2019inspection susmentionn\u00e9 qu\u2019\u00e0 cinq reprises en 2006 et \u00e0 onze reprises en 2007, l\u2019association requ\u00e9rante avait en violation de l\u2019article\u00a021 de la loi sur les associations d\u00e9clar\u00e9 post\u00e9rieurement \u00e0 leur utilisation des fonds provenant de l\u2019\u00e9tranger. Il demanda l\u2019imposition au pr\u00e9sident de l\u2019association d\u2019une amende administrative de 9\u00a0246 livres turques (TRY), soit environ 5\u00a0283\u00a0euros (EUR) selon le taux de change applicable \u00e0 l\u2019\u00e9poque.<\/p>\n<p>7. Par une d\u00e9cision notifi\u00e9e \u00e0 l\u2019int\u00e9ress\u00e9 le 9\u00a0janvier 2008, le pr\u00e9fet d\u2019Istanbul infligea \u00e0 M.\u00a0Korkut, en tant que pr\u00e9sident de l\u2019association requ\u00e9rante, une amende administrative du montant susmentionn\u00e9 \u00e0 raison des seize irr\u00e9gularit\u00e9s relev\u00e9es dans le rapport d\u2019inspection pr\u00e9cit\u00e9.<\/p>\n<p>8. Par une lettre adress\u00e9e le 21\u00a0janvier 2008 \u00e0 la direction des associations de la pr\u00e9fecture d\u2019Istanbul, le requ\u00e9rant contesta cette d\u00e9cision. Il y expliquait que l\u2019association requ\u00e9rante \u00e9tait une organisation internationale non gouvernementale et que ses frais g\u00e9n\u00e9raux \u00e9taient largement couverts par des aides financi\u00e8res vers\u00e9es par le si\u00e8ge international d\u2019Amnesty International ou par des sections nationales de l\u2019association \u00e0 l\u2019\u00e9tranger. Il ajoutait qu\u2019elle s\u2019\u00e9tait conform\u00e9e dans les d\u00e9lais prescrits \u00e0 l\u2019obligation de d\u00e9claration des contributions financi\u00e8res de source \u00e9trang\u00e8re, et qu\u2019une infraction \u00e0 la loi sur les associations ne pouvait \u00eatre observ\u00e9e qu\u2019\u00e0 l\u2019\u00e9gard de deux versements notifi\u00e9s tardivement au pr\u00e9fet, l\u2019un en date du 10\u00a0f\u00e9vrier 2006 provenant d\u2019Amnesty International Norv\u00e8ge, l\u2019autre en date du 27\u00a0juin 2006 provenant du si\u00e8ge d\u2019Amnesty International. Il estimait en cons\u00e9quence que l\u2019amende administrative qui lui avait \u00e9t\u00e9 inflig\u00e9e \u00e9tait ill\u00e9gale.<\/p>\n<p>9. Par une lettre du 30\u00a0janvier 2008, le pr\u00e9fet d\u2019Istanbul informa le requ\u00e9rant que l\u2019amende litigieuse \u00e9tait conforme \u00e0 la l\u00e9gislation et qu\u2019il \u00e9tait en droit de la contester devant les juridictions nationales.<\/p>\n<p>10. Le 7\u00a0f\u00e9vrier 2008, le requ\u00e9rant s\u2019acquitta de l\u2019int\u00e9gralit\u00e9 du montant de l\u2019amende.<\/p>\n<p>11. Le 8\u00a0f\u00e9vrier 2008, il saisit le tribunal administratif d\u2019Istanbul d\u2019un recours tendant \u00e0 l\u2019annulation de l\u2019amende en question. Il demandait \u00e9galement la tenue d\u2019une audience.<\/p>\n<p>12. Le 25\u00a0f\u00e9vrier 2008, le tribunal administratif d\u2019Istanbul se d\u00e9clara incomp\u00e9tent pour conna\u00eetre du fond de l\u2019affaire.<\/p>\n<p>13. \u00c0 la suite de cette d\u00e9claration d\u2019incomp\u00e9tence, M.\u00a0Korkut introduisit le 27\u00a0juin 2008 devant le tribunal d\u2019instance p\u00e9nal d\u2019Istanbul (\u00ab\u00a0le tribunal d\u2019instance\u00a0\u00bb) un recours tendant \u00e0 l\u2019annulation de l\u2019amende administrative en question. Il reprochait \u00e0 la pr\u00e9fecture notamment de ne pas avoir pr\u00e9cis\u00e9 les dates et montants des contributions \u00e9trang\u00e8res au titre desquelles cette amende avait \u00e9t\u00e9 inflig\u00e9e. Il expliquait \u00e9galement que l\u2019association requ\u00e9rante s\u2019\u00e9tait en 2006 et 2007 acquitt\u00e9e \u00e0 treize reprises de l\u2019obligation pr\u00e9vue par l\u2019article\u00a021 de la loi sur les associations en d\u00e9clarant trente-cinq aides financi\u00e8res qu\u2019elle avait re\u00e7ues de source \u00e9trang\u00e8re. Il soutenait par ailleurs que l\u2019obligation de d\u00e9claration pr\u00e9alable ne s\u2019appliquait pas dans le cas des fonds vis\u00e9s par la sanction litigieuse, au motif qu\u2019ils provenaient du si\u00e8ge social d\u2019Amnesty International ou de sections nationales de l\u2019association \u00e0 l\u2019\u00e9tranger. Il ajoutait qu\u2019\u00e9tant donn\u00e9 que l\u2019association ne disposait que d\u2019un seul compte bancaire, il \u00e9tait en pratique presque impossible de d\u00e9clarer avant leur utilisation les fonds qu\u2019elle recevait de l\u2019\u00e9tranger. Il estimait enfin que la d\u00e9cision de lui infliger une amende administrative ne s\u2019\u00e9tait pas fond\u00e9e sur un examen approfondi de la situation, et qu\u2019elle n\u2019\u00e9tait ni raisonnable ni proportionn\u00e9e.<\/p>\n<p>14. Le 23\u00a0octobre 2008, le tribunal d\u2019instance demanda \u00e0 la pr\u00e9fecture d\u2019Istanbul de lui soumettre ses observations relativement au recours du requ\u00e9rant ainsi qu\u2019une copie de tous les documents sur lesquels elle s\u2019\u00e9tait fond\u00e9e pour d\u00e9cider d\u2019infliger \u00e0 l\u2019int\u00e9ress\u00e9 l\u2019amende litigieuse.<\/p>\n<p>15. Le 20\u00a0novembre 2008, la pr\u00e9fecture d\u2019Istanbul fournit au tribunal d\u2019instance les pi\u00e8ces suivantes\u00a0: une copie du rapport rendu au terme de l\u2019inspection dont l\u2019association requ\u00e9rante avait fait l\u2019objet, le proc\u00e8s-verbal de la d\u00e9cision d\u2019infliction au requ\u00e9rant d\u2019une amende administrative, ainsi que des documents attestant la notification de cette amende \u00e0 l\u2019int\u00e9ress\u00e9. Ces pi\u00e8ces n\u2019ont pas \u00e9t\u00e9 communiqu\u00e9es aux requ\u00e9rants. Le Gouvernement a pr\u00e9cis\u00e9 que l\u2019administration n\u2019avait formul\u00e9 aucune observation sur le fond de l\u2019affaire lors de la proc\u00e9dure devant le tribunal d\u2019instance.<\/p>\n<p>16. Le 5\u00a0d\u00e9cembre 2008, le tribunal d\u2019instance, se fondant sur les documents communiqu\u00e9s par la pr\u00e9fecture d\u2019Istanbul, rejeta le recours du requ\u00e9rant. Il estima que les fonds transf\u00e9r\u00e9s de l\u2019\u00e9tranger sur le compte de l\u2019association requ\u00e9rante et dont la non-d\u00e9claration avait \u00e9t\u00e9 sanctionn\u00e9e par l\u2019amende administrative litigieuse relevaient du champ d\u2019application de l\u2019article\u00a021 de la loi sur les associations. Il observa que l\u2019exigence \u00e9nonc\u00e9e \u00e0 cet article ne pr\u00e9voyait aucune restriction quant \u00e0 la mani\u00e8re dont les associations pouvaient utiliser des fonds provenant de l\u2019\u00e9tranger et qu\u2019elle visait \u00e0 assurer la transparence de la comptabilit\u00e9 des associations. Il consid\u00e9ra \u00e9galement que la sanction en question, prise \u00e0 raison de plusieurs irr\u00e9gularit\u00e9s, \u00e9tait proportionn\u00e9e au but indiqu\u00e9. Les parties pertinentes de ce jugement se lisent comme suit\u00a0:<\/p>\n<p>\u00ab\u00a0L\u2019administration a \u00e9t\u00e9 invit\u00e9e \u00e0 formuler ses observations et \u00e0 fournir les documents utiles. Il ressort du dossier ainsi constitu\u00e9 que les sanctions administratives ont \u00e9t\u00e9 prononc\u00e9es apr\u00e8s examen du rapport no\u00a0183 du 10\u00a0octobre 2007 dress\u00e9 par la direction d\u00e9partementale des associations \u00e0 la suite de l\u2019inspection dont la section turque d\u2019Amnesty International avait \u00e9t\u00e9 l\u2019objet. En cons\u00e9quence, la sanction administrative est conforme aux r\u00e8gles de proc\u00e9dure et \u00e0 la loi.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p>17. Le 27\u00a0mars 2009, M.\u00a0Korkut recourut contre ce jugement devant la cour d\u2019assises de Beyo\u011flu. Se fondant sur des documents qu\u2019il soumit \u00e0 la cour et qu\u2019il n\u2019avait, d\u2019apr\u00e8s le Gouvernement, pas pr\u00e9sent\u00e9s devant le tribunal d\u2019instance, il arguait que le tribunal d\u2019instance avait rendu son jugement d\u2019apr\u00e8s les seules conclusions du rapport d\u2019inspection et n\u2019avait proc\u00e9d\u00e9 \u00e0 aucune recherche ni recueilli aucun autre \u00e9l\u00e9ment pertinent. Or, selon lui, le tribunal aurait d\u00fb se procurer les documents relatifs aux op\u00e9rations bancaires de l\u2019association requ\u00e9rante et ordonner une expertise aux fins de v\u00e9rification des conclusions du rapport susmentionn\u00e9. Le requ\u00e9rant expliquait qu\u2019il avait respect\u00e9 l\u2019obligation de d\u00e9claration et que seuls deux transferts de fonds en provenance de l\u2019\u00e9tranger pouvaient \u00e9ventuellement \u00eatre remis en cause. Il affirmait que les fonds de source \u00e9trang\u00e8re \u00e9taient vers\u00e9s sur le compte de l\u2019association sous la forme de virements bancaires, et soutenait qu\u2019il \u00e9tait en principe tr\u00e8s difficile d\u2019\u00e9tablir la date \u00e0 laquelle ces fonds avaient \u00e9t\u00e9 r\u00e9ellement d\u00e9pens\u00e9s, \u00e9tant donn\u00e9 qu\u2019ils servaient d\u2019apr\u00e8s lui essentiellement \u00e0 payer certains frais courants de l\u2019association. Il indiquait \u00e0 nouveau que les dates et montants des aides \u00e9trang\u00e8res au titre desquelles l\u2019amende administrative litigieuse avait \u00e9t\u00e9 inflig\u00e9e n\u2019\u00e9taient pas pr\u00e9cis\u00e9s dans les documents relatifs aux amendes en question. Il ajoutait notamment que la direction d\u00e9partementale des associations d\u2019Istanbul n\u2019imposait pas aux sections nationales d\u2019organisations internationales \u2013\u00a0ce qui \u00e9tait le cas de l\u2019association requ\u00e9rante\u00a0\u2013 de d\u00e9clarer avant utilisation les fonds provenant de leur si\u00e8ge international. Il pr\u00e9sentait \u00e0 l\u2019appui de cette th\u00e8se une lettre dat\u00e9e du 31\u00a0octobre 2006 adress\u00e9e \u00e0 l\u2019Open Society T\u00fcrkiye (section nationale d\u2019une fondation internationale) par la direction d\u00e9partementale des associations d\u2019Istanbul en r\u00e9ponse \u00e0 une question que lui avait pos\u00e9e l\u2019association susmentionn\u00e9e relativement au r\u00e9gime des fonds transf\u00e9r\u00e9s de son si\u00e8ge international vers sa section turque et destin\u00e9s \u00e0 payer certains frais courants\u00a0: ladite direction y expliquait que pareils fonds n\u2019\u00e9taient pas soumis \u00e0 l\u2019obligation de d\u00e9claration pr\u00e9alable et ajoutait que ce n\u2019\u00e9tait que lorsque des fonds de source \u00e9trang\u00e8re \u00e9taient transf\u00e9r\u00e9s \u00e0 la section nationale d\u2019une association internationale aux fins de versement \u00e0 des tiers qu\u2019il convenait de les d\u00e9clarer conform\u00e9ment \u00e0 l\u2019article\u00a021 de la loi no\u00a05253.<\/p>\n<p>18. Par une d\u00e9cision du 15 juin 2009 notifi\u00e9e au requ\u00e9rant le 2 juillet 2009, la cour d\u2019assises d\u00e9bouta celui-ci de son recours et confirma le jugement du 5\u00a0d\u00e9cembre 2008 qui devint alors d\u00e9finitif. Sans se prononcer sur les arguments avanc\u00e9s par l\u2019int\u00e9ress\u00e9, elle d\u00e9clara que ce jugement \u00e9tait conforme aux r\u00e8gles de proc\u00e9dure et \u00e0 la loi.<\/p>\n<p><strong>LE CADRE JURIDIQUE ET LA PRATIQUE INTERNES ET INTERNATIONAUX PERTINENTS<\/strong><\/p>\n<p><strong>I. La loi no\u00a05253 du 4\u00a0novembre 2004 sur les associations<\/strong><\/p>\n<p>19. L\u2019article\u00a05 \u00a7\u00a02 de la loi no\u00a05253 dispose\u00a0:<\/p>\n<p>\u00ab\u00a0Les associations \u00e9trang\u00e8res peuvent (&#8230;) ouvrir en T\u00fcrkiye des repr\u00e9sentations ou des bureaux locaux, y fonder des associations ou des f\u00e9d\u00e9rations, ou y adh\u00e9rer \u00e0 des associations ou f\u00e9d\u00e9rations existantes avec l\u2019autorisation du minist\u00e8re de l\u2019Int\u00e9rieur d\u00e9livr\u00e9e sur avis du minist\u00e8re des Affaires \u00e9trang\u00e8res.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p>20. Les parties pertinentes de l\u2019article\u00a019 de la loi no\u00a05253 se lisent comme suit\u00a0:<\/p>\n<p>\u00ab\u00a0Les associations sont tenues de soumettre \u00e0 l\u2019administration locale avant la fin du mois d\u2019avril de chaque ann\u00e9e une d\u00e9claration comportant un d\u00e9compte de leurs revenus et de leurs d\u00e9penses et un bilan de leurs activit\u00e9s. Les principes et proc\u00e9dures relatifs au d\u00e9p\u00f4t de cette d\u00e9claration sont r\u00e9gis par un r\u00e8glement.<\/p>\n<p>Lorsqu\u2019ils le jugent n\u00e9cessaire, le ministre de l\u2019Int\u00e9rieur ou l\u2019administration locale peuvent faire v\u00e9rifier si les activit\u00e9s des associations correspondent aux objectifs sp\u00e9cifi\u00e9s dans leurs statuts et si elles tiennent leurs livres et leurs registres conform\u00e9ment \u00e0 la l\u00e9gislation. (&#8230;)<\/p>\n<p>Lorsqu\u2019un acte constitutif d\u2019une infraction est constat\u00e9 au cours de l\u2019inspection, l\u2019administration locale en informe imm\u00e9diatement le parquet.<\/p>\n<p>(&#8230;)\u00a0\u00bb<\/p>\n<p>21. L\u2019article\u00a021 de la m\u00eame loi se lisait comme suit dans sa r\u00e9daction en vigueur \u00e0 l\u2019\u00e9poque des faits\u00a0:<\/p>\n<p>\u00ab\u00a0Les associations peuvent recevoir une aide financi\u00e8re (&#8230;) de particuliers, d\u2019institutions ou d\u2019organisations situ\u00e9s \u00e0 l\u2019\u00e9tranger \u00e0 condition d\u2019en informer pr\u00e9alablement l\u2019autorit\u00e9 administrative locale. La forme et le contenu de la d\u00e9claration pr\u00e9vue \u00e0 cette fin sont r\u00e9gis par un r\u00e8glement. Toute aide financi\u00e8re doit transiter par le r\u00e9seau bancaire.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p>22. L\u2019article\u00a032 \u00a7\u00a01, alin\u00e9a\u00a0l) de la m\u00eame loi, tel qu\u2019en vigueur \u00e0 l\u2019\u00e9poque des faits, disposait\u00a0:<\/p>\n<p>\u00ab\u00a0Les sanctions applicables en cas d\u2019infraction aux dispositions de la pr\u00e9sente loi sont les suivantes\u00a0:<\/p>\n<p>l) Une amende administrative d\u2019un montant de cinq cents millions de livres turques inflig\u00e9e aux dirigeants de l\u2019association ayant omis de soumettre la d\u00e9claration pr\u00e9vue aux articles\u00a021, 22, 23 et 24 (&#8230;)\u00a0\u00bb<\/p>\n<p>Cet article fut modifi\u00e9 par la loi no\u00a05728 du 23\u00a0janvier 2008, qui pr\u00e9voyait que le non-respect de l\u2019obligation de d\u00e9claration \u00e9nonc\u00e9e \u00e0 l\u2019article\u00a021 de la loi no\u00a05253 f\u00fbt passible d\u2019une amende p\u00e9nale ou d\u2019une peine d\u2019emprisonnement pouvant aller jusqu\u2019\u00e0 trois mois. Ces dispositions ont cependant \u00e9t\u00e9 abolies par la loi no\u00a07262 du 27\u00a0d\u00e9cembre 2020, laquelle r\u00e9tablit pour l\u2019infraction en question une sanction prenant la forme d\u2019une amende administrative.<\/p>\n<p><strong>II. La loi no\u00a05326 du 30\u00a0mars 2005 relative aux fautes administratives<\/strong><\/p>\n<p>23. En vertu de l\u2019article\u00a027 de la loi no\u00a05326, il est possible de contester une amende administrative devant le tribunal d\u2019instance p\u00e9nal comp\u00e9tent. L\u2019article\u00a028 de cette loi, qui d\u00e9crit les \u00e9tapes du contr\u00f4le juridictionnel auquel doit se livrer le tribunal d\u2019instance en pareil cas, se lit comme suit en ses parties pertinentes en l\u2019esp\u00e8ce\u00a0:<\/p>\n<p>\u00ab\u00a0(&#8230;)<\/p>\n<p>2) Lorsque le recours [contre l\u2019amende administrative] est conforme aux r\u00e8gles de proc\u00e9dure, le m\u00e9moire en recours est transmis \u00e0 l\u2019administration.<\/p>\n<p>3) L\u2019administration doit pr\u00e9senter ses observations dans les quinze jours suivant la communication du m\u00e9moire en question. Une copie de l\u2019int\u00e9gralit\u00e9 du dossier relatif \u00e0 l\u2019amende administrative contest\u00e9e, accompagn\u00e9e des observations [en r\u00e9ponse], est pr\u00e9sent\u00e9e au tribunal (&#8230;)<\/p>\n<p>4) Le tribunal adresse au recourant une copie des observations [en r\u00e9ponse]. Il peut convoquer et entendre les parties sur demande ou d\u2019office (&#8230;)<\/p>\n<p>(&#8230;)<\/p>\n<p>7) Le tribunal rend son verdict apr\u00e8s avoir entendu les parties, recueilli toutes les preuves et donn\u00e9 la parole en dernier au recourant (&#8230;)<\/p>\n<p>(&#8230;)\u00a0\u00bb<\/p>\n<p>En vertu de l\u2019article\u00a029 de ladite loi, il est possible de former un recours contre une d\u00e9cision du tribunal d\u2019instance. L\u2019examen d\u2019un tel recours se fait cependant sans audience sur la base des \u00e9l\u00e9ments du dossier.<\/p>\n<p><strong>III. Le r\u00e8glement sur les associations<\/strong><\/p>\n<p>24. Le r\u00e8glement no\u00a025772 sur les associations a \u00e9t\u00e9 publi\u00e9 au journal officiel le 31\u00a0mars 2005. Son article\u00a018 dispose\u00a0:<\/p>\n<p>Obligation de d\u00e9claration<\/p>\n<p>\u00ab\u00a0Les associations et les associations ou fondations \u00e9trang\u00e8res autoris\u00e9es \u00e0 exercer des activit\u00e9s relevant de l\u2019article\u00a05 de la loi ainsi que les organisations \u00e0 but non lucratif peuvent recevoir une aide en nature ou en esp\u00e8ces de particuliers, d\u2019institutions et d\u2019organisations situ\u00e9s \u00e0 l\u2019\u00e9tranger \u00e0 condition qu\u2019elles en informent pr\u00e9alablement l\u2019administration locale. S\u2019il s\u2019agit d\u2019une aide financi\u00e8re, celle-ci doit transiter par le r\u00e9seau bancaire. La d\u00e9claration doit \u00eatre faite avant utilisation des fonds.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p>\u00c0 la suite d\u2019un amendement adopt\u00e9 le 9\u00a0juillet 2020, le paragraphe suivant a \u00e9t\u00e9 ajout\u00e9 \u00e0 l\u2019article\u00a018 du r\u00e8glement no\u00a025772\u00a0:<\/p>\n<p>\u00ab\u00a0Les fonds que les sections nationales d\u2019associations ou fondations \u00e9trang\u00e8res per\u00e7oivent de leur si\u00e8ge international ou d\u2019autres sections situ\u00e9es \u00e0 l\u2019\u00e9tranger (&#8230;) sont soumis \u00e0 la (&#8230;) proc\u00e9dure [pr\u00e9vue au premier paragraphe].\u00a0\u00bb<\/p>\n<p><strong>IV. La jurisprudence pertinente de la Cour constitutionnelle<\/strong><\/p>\n<p>25. Dans ses observations, le Gouvernement se r\u00e9f\u00e8re \u00e0 plusieurs affaires dans lesquelles la Cour constitutionnelle a examin\u00e9 l\u2019infliction d\u2019une amende administrative sous l\u2019angle du droit de propri\u00e9t\u00e9. Dans l\u2019arr\u00eat Z\u00fcliye \u00d6zt\u00fcrk (no\u00a02014\/1734, 14\u00a0septembre 2017), la Haute Cour a conclu que l\u2019imposition \u00e0 la requ\u00e9rante d\u2019une amende administrative s\u2019analysait en une ing\u00e9rence excessive dans l\u2019exercice par l\u2019int\u00e9ress\u00e9e de son droit de propri\u00e9t\u00e9, les instances inf\u00e9rieures ayant omis de soumettre \u00e0 un contr\u00f4le judiciaire approfondi la question de savoir si l\u2019amende litigieuse lui avait \u00e9t\u00e9 notifi\u00e9e ou non. En revanche, dans l\u2019arr\u00eat A.D. (no\u00a02015\/10393, 9\u00a0janvier 2019), elle a estim\u00e9 suffisamment approfondi le contr\u00f4le juridictionnel auquel une mesure semblable avait \u00e9t\u00e9 soumise et a conclu en cons\u00e9quence \u00e0 l\u2019absence de violation du droit de propri\u00e9t\u00e9.<\/p>\n<p>Pour ce qui est de l\u2019absence d\u2019audience devant le tribunal d\u2019instance, la Cour constitutionnelle a admis que des juridictions de cette nature pouvaient proc\u00e9der de la sorte. Dans son arr\u00eat K\u0131rm\u0131z\u0131 GAA \u0130n\u015faat Turizm G\u0131da Sanayi ve Tic. Ltd. \u015eti (no\u00a02013\/2370, 14\u00a0septembre 2017), elle a conclu qu\u2019il n\u2019y avait pas lieu de tenir une audience dans le cadre d\u2019une proc\u00e9dure en annulation d\u2019amendes administratives, \u00e9tant donn\u00e9 que l\u2019affaire ne soulevait aucun probl\u00e8me de droit ou de fait qu\u2019un examen du dossier et des observations \u00e9crites des parties ne suff\u00eet \u00e0 r\u00e9soudre de mani\u00e8re satisfaisante, eu \u00e9gard par ailleurs au fait que le requ\u00e9rant n\u2019avait pas demand\u00e9 la tenue d\u2019une audience. Elle a en revanche conclu \u00e0 la violation du droit de l\u2019int\u00e9ress\u00e9 \u00e0 obtenir une d\u00e9cision motiv\u00e9e. Cependant, dans l\u2019arr\u00eat pr\u00e9cit\u00e9 comme dans l\u2019arr\u00eat Durmaz Oto. Petrol \u00dcr\u00fcnleri \u0130n\u015f. San. ve Tic. Ltd. \u015eti (3) (no\u00a02014\/929, 10\u00a0juin 2015), consid\u00e9rant que les requ\u00e9rants avaient pr\u00e9alablement eu acc\u00e8s \u00e0 l\u2019ensemble des pi\u00e8ces des dossiers et que le fait que les documents soumis par l\u2019administration ne leur avaient pas \u00e9t\u00e9 communiqu\u00e9s n\u2019\u00e9tait pas de nature \u00e0 rompre le juste \u00e9quilibre entre les parties, elle a conclu le droit des int\u00e9ress\u00e9s \u00e0 un proc\u00e8s \u00e9quitable n\u2019avait pas \u00e9t\u00e9 m\u00e9connu. Il ressort de cette jurisprudence que lorsqu\u2019on se plaint devant elle d\u2019une violation du droit \u00e0 un proc\u00e8s \u00e9quitable, la Cour constitutionnelle estime que d\u00e8s lors que les requ\u00e9rants ont suffisamment pris connaissance des \u00e9l\u00e9ments du dossier, des conclusions de la d\u00e9fense et des pi\u00e8ces annexes, les principes de l\u2019\u00e9galit\u00e9 des armes et de la proc\u00e9dure contradictoire ne sont pas m\u00e9connus.<\/p>\n<p>26. Pour ce qui est de la jurisprudence de la Cour constitutionnelle relative au droit \u00e0 la libert\u00e9 d\u2019association, le Gouvernement se r\u00e9f\u00e8re \u00e0 l\u2019arr\u00eat Hint Aseel Hayvanlar\u0131 Koruma ve Geli\u015ftirme Derne\u011fi ve Hikmet Ne\u011fu\u00e7 (no\u00a02014\/4711, 22\u00a0f\u00e9vrier 2019), dans lequel la Haute Cour a conclu que la dissolution d\u2019une association n\u2019avait pas emport\u00e9 violation de ce droit.<\/p>\n<p><strong>V. Exemples de sanctions pr\u00e9sent\u00e9s par le Gouvernement<\/strong><\/p>\n<p>27. Le Gouvernement a pr\u00e9sent\u00e9 de nombreux documents attestant que des associations avaient \u00e9t\u00e9 sanctionn\u00e9es pour non-respect de l\u2019obligation de d\u00e9claration pr\u00e9vue \u00e0 l\u2019article\u00a021 de la loi no\u00a05253. Toutefois, aucun de ces documents ne concernait une aide financi\u00e8re transf\u00e9r\u00e9e comme en l\u2019esp\u00e8ce du si\u00e8ge international d\u2019une association vers la section turque de cette association. Il ressort par ailleurs d\u2019une lettre du 8\u00a0juillet 2020 du pr\u00e9fet adjoint d\u2019Ankara qu\u2019aucune organisation non gouvernementale ayant son si\u00e8ge \u00e0 l\u2019\u00e9tranger n\u2019avait \u00e9t\u00e9 sanctionn\u00e9e pour non-respect de l\u2019obligation en question.<\/p>\n<p><strong>VI. Textes internationaux<\/strong><\/p>\n<p>28. Dans ses observations, le Gouvernement s\u2019est r\u00e9f\u00e9r\u00e9 aux dispositions pertinentes d\u2019une part de la Convention des Nations unies contre la corruption adopt\u00e9e par la r\u00e9solution no\u00a058\/4 du 31\u00a0octobre 2003 de l\u2019Assembl\u00e9e g\u00e9n\u00e9rale des Nations unies, et d\u2019autre part de la Convention du Conseil de l\u2019Europe relative au blanchiment, au d\u00e9pistage, \u00e0 la saisie et \u00e0 la confiscation des produits du crime ouverte \u00e0 la signature le 8\u00a0novembre 1990 et entr\u00e9e en vigueur le 1er\u00a0septembre 1993 (trait\u00e9 no\u00a0141). Il a \u00e9galement renvoy\u00e9 aux recommandations du Groupe d\u2019action financi\u00e8re (GAFI).<\/p>\n<p><strong>EN DROIT<\/strong><\/p>\n<p><strong>I. SUR L\u2019EXCEPTION PR\u00c9LIMINAIRE DE TARDIVET\u00c9 SOULEV\u00c9E PAR le gouvernement<\/strong><\/p>\n<p>29. Le Gouvernement estime que la requ\u00eate est irrecevable, les requ\u00e9rants n\u2019ayant pas respect\u00e9 les dispositions de l\u2019article\u00a047 du r\u00e8glement de la Cour. Il indique que la lettre \u2013\u00a0un document d\u2019une page sans annexe\u00a0\u2013 adress\u00e9e \u00e0 la Cour par l\u2019un des repr\u00e9sentants des requ\u00e9rants le 12\u00a0novembre 2009 ne comportait pas les \u00e9l\u00e9ments \u00e9num\u00e9r\u00e9s \u00e0 l\u2019article\u00a047 du r\u00e8glement et n\u2019\u00e9tait pas accompagn\u00e9e d\u2019un pouvoir sign\u00e9 par les requ\u00e9rants. Ce n\u2019est selon lui que le 25\u00a0f\u00e9vrier 2010 qu\u2019une requ\u00eate en due forme a \u00e9t\u00e9 pr\u00e9sent\u00e9e par les requ\u00e9rants. Ceux-ci n\u2019auraient donc pas respect\u00e9 le d\u00e9lai de six mois pr\u00e9vu par l\u2019article\u00a035 \u00a7\u00a01 de la Convention, la proc\u00e9dure objet de leur plainte s\u2019\u00e9tant achev\u00e9e par la d\u00e9cision sommaire de la cour d\u2019assises de Beyo\u011flu rendue le 15\u00a0juin 2009 et notifi\u00e9e aux requ\u00e9rants le 2\u00a0juillet 2009. Le Gouvernement ajoute que le pouvoir autorisant les avocats \u00e0 introduire une requ\u00eate devant la Cour a \u00e9t\u00e9 sign\u00e9 le 22\u00a0janvier 2010.<\/p>\n<p>30. Les requ\u00e9rants r\u00e9torquent que la requ\u00eate doit \u00eatre consid\u00e9r\u00e9e comme ayant \u00e9t\u00e9 introduite le 12\u00a0novembre 2009, date de la premi\u00e8re lettre qu\u2019ils ont adress\u00e9e \u00e0 la Cour. Ils expliquent que les \u00e9l\u00e9ments contenus dans cette lettre remplissaient les conditions pr\u00e9vues \u00e0 l\u2019\u00e9poque par le r\u00e8glement et qu\u2019ils ont ensuite soumis dans le d\u00e9lai fix\u00e9 par la Cour un formulaire de requ\u00eate d\u00fbment compl\u00e9t\u00e9.<\/p>\n<p>31. La Cour observe que, dans une lettre envoy\u00e9e le 12\u00a0novembre 2009, les repr\u00e9sentants des requ\u00e9rants lui ont adress\u00e9 des renseignements sur leurs clients ainsi qu\u2019un r\u00e9sum\u00e9 de l\u2019affaire et un expos\u00e9 des griefs que les int\u00e9ress\u00e9s formulaient contre la T\u00fcrkiye sur le terrain de la Convention. Les repr\u00e9sentants y pr\u00e9cisaient qu\u2019ils allaient soumettre un formulaire de requ\u00eate dans les meilleurs d\u00e9lais. La Cour leur a r\u00e9pondu par une lettre du 1er\u00a0d\u00e9cembre 2009 \u00e0 laquelle \u00e9tait jointe une notice explicative. Elle y \u00e9crivait notamment ceci\u00a0:<\/p>\n<p>\u00ab\u00a0Veuillez nous retourner le formulaire de requ\u00eate compl\u00e9t\u00e9 ainsi que tous les documents pertinents dans un d\u00e9lai de huit semaines \u00e0 compter de la date de la pr\u00e9sente lettre, soit au plus tard le 26\u00a0janvier 2010. Si vous ne respectiez pas ce d\u00e9lai, la date consid\u00e9r\u00e9e comme la date d\u2019introduction de la requ\u00eate serait celle de la communication du formulaire de requ\u00eate compl\u00e9t\u00e9 et non celle de votre premi\u00e8re communication.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p>32. La Cour a re\u00e7u le 25\u00a0janvier 2010 (date du cachet de la poste) le formulaire en question d\u00fbment rempli, et elle a enregistr\u00e9 la requ\u00eate.<\/p>\n<p>33. La Cour rappelle que, selon sa jurisprudence telle qu\u2019applicable \u00e0 l\u2019\u00e9poque consid\u00e9r\u00e9e, la requ\u00eate \u00e9tait g\u00e9n\u00e9ralement r\u00e9put\u00e9e introduite \u00e0 la date de la premi\u00e8re communication du requ\u00e9rant indiquant son intention de la saisir et exposant, m\u00eame sommairement, la nature de sa requ\u00eate (Oliari et\u00a0autres c. Italie, nos 18766\/11 et 36030\/11, \u00a7 89, 21 juillet 2015, avec les r\u00e9f\u00e9rences cit\u00e9es), \u00e0 la condition qu\u2019un formulaire de requ\u00eate d\u00fbment rempli f\u00fbt ensuite soumis dans les d\u00e9lais fix\u00e9s par la Cour (voir, par exemple, Kemevuako c. Pays-Bas (d\u00e9c.), no 65938\/09, \u00a7\u00a7 19\u201120, 1er juin 2010). La premi\u00e8re communication en question, qui pouvait \u00e0 cette \u00e9poque prendre la forme d\u2019une lettre envoy\u00e9e par t\u00e9l\u00e9copie, interrompait en principe le cours du d\u00e9lai de six mois (Oliari et autres, pr\u00e9cit\u00e9, \u00a7\u00a089).<\/p>\n<p>34. En l\u2019esp\u00e8ce, la premi\u00e8re lettre indiquant leur intention de saisir la Cour et l\u2019objet de leur requ\u00eate a \u00e9t\u00e9 envoy\u00e9e par l\u2019un des repr\u00e9sentants des requ\u00e9rants le 12\u00a0novembre 2009. S\u2019en est suivi l\u2019envoi d\u2019un formulaire de requ\u00eate d\u00fbment compl\u00e9t\u00e9 conform\u00e9ment aux instructions donn\u00e9es par le greffe (paragraphe 31 ci-dessus). La date de l\u2019introduction de la requ\u00eate est donc le 12\u00a0novembre 2009. D\u00e8s lors, le d\u00e9lai de six mois \u00e0 compter de la date de la d\u00e9cision interne d\u00e9finitive ayant \u00e9t\u00e9 respect\u00e9, la Cour rejette l\u2019exception de tardivet\u00e9 soulev\u00e9e par le Gouvernement.<\/p>\n<p><strong>II. SUR LA VIOLATION ALL\u00c9GU\u00c9E DE L\u2019ARTICLE\u00a06 \u00a7\u00a01 DE LA CONVENTION<\/strong><\/p>\n<p>35. L\u2019association requ\u00e9rante et le requ\u00e9rant, son pr\u00e9sident, all\u00e8guent que la proc\u00e9dure \u00e0 l\u2019issue de laquelle ce dernier a \u00e9t\u00e9 d\u00e9clar\u00e9 coupable d\u2019une infraction administrative n\u2019a pas respect\u00e9 les garanties d\u2019\u00e9quit\u00e9, en particulier les principes de l\u2019\u00e9galit\u00e9 des armes et du contradictoire. Ils se plaignent en particulier d\u2019une absence de motivation des d\u00e9cisions judiciaires, d\u2019un d\u00e9faut de communication des documents et observations vers\u00e9s au dossier par la partie adverse et de la non-tenue d\u2019une audience. Ils invoquent l\u2019article\u00a06 \u00a7\u00a01 de la Convention, dont les parties pertinentes en l\u2019esp\u00e8ce se lisent comme suit\u00a0:<\/p>\n<p>\u00ab\u00a01. Toute personne a droit \u00e0 ce que sa cause soit entendue \u00e9quitablement, publiquement (&#8230;) par un tribunal ind\u00e9pendant et impartial, \u00e9tabli par la loi, qui d\u00e9cidera (&#8230;) du bien-fond\u00e9 de toute accusation en mati\u00e8re p\u00e9nale dirig\u00e9e contre elle. (&#8230;)\u00a0\u00bb<\/p>\n<p>36. La Cour observe \u00e0 titre liminaire que l\u2019association requ\u00e9rante n\u2019\u00e9tait pas formellement partie \u00e0 la proc\u00e9dure interne. Cependant, en l\u2019esp\u00e8ce, il ne faut pas perdre de vue que l\u2019amende administrative a \u00e9t\u00e9 inflig\u00e9e au requ\u00e9rant, M.\u00a0Korkut, en raison de sa qualit\u00e9 de pr\u00e9sident de la section turque d\u2019Amnesty International et pour non-respect d\u2019une disposition l\u00e9gale exigeant des associations qu\u2019elles d\u00e9clarent \u00e0 l\u2019administration avant l\u2019utilisation des fonds qu\u2019elles per\u00e7oivent de l\u2019\u00e9tranger (comparer avec Panetta c. Italie, no 38624\/07, \u00a7 37, 15 juillet 2014). En effet, l\u2019article 32 \u00a7\u00a01, alin\u00e9a\u00a0l) de la loi sur les associations rend les dirigeants des associations responsables du non-respect de l\u2019obligation pr\u00e9vue \u00e0 son article\u00a021 (paragraphe\u00a022 ci-dessus). Par cons\u00e9quent, pour le besoin de la pr\u00e9sente affaire, la Cour examinera conjointement les griefs des deux requ\u00e9rants sous l\u2019angle de l\u2019article 6 de la Convention.<\/p>\n<p><strong>A. Sur la recevabilit\u00e9<\/strong><\/p>\n<p>37. Le Gouvernement soul\u00e8ve deux exceptions d\u2019irrecevabilit\u00e9, l\u2019une de non-\u00e9puisement des voies de recours internes, l\u2019autre d\u2019incompatibilit\u00e9 ratione materiae.<\/p>\n<p><strong>1. Sur l\u2019\u00e9puisement des voies de recours internes<\/strong><\/p>\n<p>38. Le Gouvernement soutient que les requ\u00e9rants n\u2019ont pas soulev\u00e9 devant les juridictions nationales leurs griefs relatifs \u00e0 un d\u00e9faut de communication des documents et observations vers\u00e9s au dossier par la partie adverse et \u00e0 la non-tenue d\u2019une audience.<\/p>\n<p>39. Les requ\u00e9rants r\u00e9torquent qu\u2019ils ont, au deuxi\u00e8me paragraphe de leur m\u00e9moire en opposition du 27\u00a0mars 2009, plaid\u00e9 que le tribunal de premi\u00e8re instance avait, en rendant sa d\u00e9cision aussit\u00f4t apr\u00e8s que l\u2019avis de l\u2019administration lui eut \u00e9t\u00e9 communiqu\u00e9 et sans mener aucune recherche approfondie suppl\u00e9mentaire, statu\u00e9 de mani\u00e8re manifestement ill\u00e9gale et arbitraire.<\/p>\n<p>40. La Cour rel\u00e8ve que dans le recours qu\u2019ils ont form\u00e9 le 27\u00a0mars 2009 devant la cour d\u2019assises, les requ\u00e9rants ont certes contest\u00e9 le raisonnement qu\u2019avait suivi le tribunal d\u2019instance et reproch\u00e9 \u00e0 celui-ci de n\u2019avoir pas soumis \u00e0 un contr\u00f4le juridictionnel approfondi la d\u00e9cision qu\u2019avaient prise les autorit\u00e9s de leur imposer une amende administrative. Elle observe toutefois qu\u2019ils n\u2019y ont pas soulev\u00e9, ne f\u00fbt-ce qu\u2019en substance, leurs griefs relatifs \u00e0 un d\u00e9faut de communication des documents et observations vers\u00e9s au dossier par la partie adverse et \u00e0 la non-tenue d\u2019une audience. Or il y a lieu de noter que l\u2019article\u00a028 de la loi no\u00a05326 imposait au tribunal d\u2019instance de communiquer aux requ\u00e9rants une copie des observations de l\u2019administration et pr\u00e9voyait la possibilit\u00e9 pour le tribunal de tenir une audience sur demande ou d\u2019office. Rien ne donne donc \u00e0 penser que la voie de recours choisie par les int\u00e9ress\u00e9s n\u2019\u00e9tait pas susceptible de d\u00e9boucher sur le redressement des griefs susmentionn\u00e9s.<\/p>\n<p>41. \u00c0 la lumi\u00e8re de ce qui pr\u00e9c\u00e8de, la Cour accueille l\u2019exception de non\u2011\u00e9puisement des voies de recours internes soulev\u00e9e par le Gouvernement pour autant que les griefs des requ\u00e9rants concernent un d\u00e9faut de communication des documents et observations vers\u00e9s au dossier par la partie adverse et la non-tenue d\u2019une audience, et elle rejette en cons\u00e9quence cette partie de la requ\u00eate pour non-\u00e9puisement des voies de recours internes.<\/p>\n<p><strong>2. Sur l\u2019applicabilit\u00e9 de l\u2019article\u00a06 de la Convention<\/strong><\/p>\n<p>42. Le Gouvernement soul\u00e8ve une exception pr\u00e9liminaire d\u2019inapplicabilit\u00e9 de l\u2019article 6 de la Convention sous ses deux volets p\u00e9nal et civil. Il affirme que la proc\u00e9dure devant les juridictions nationales ne concernait pas une \u00ab\u00a0accusation en mati\u00e8re p\u00e9nale\u00a0\u00bb port\u00e9e contre les requ\u00e9rants. Il indique que l\u2019infraction pr\u00e9vue par l\u2019article\u00a021 de la loi no\u00a05253 est clairement qualifi\u00e9e d\u2019\u00ab\u00a0administrative\u00a0\u00bb en droit interne et qu\u2019elle peut \u00eatre inflig\u00e9e par un organe administratif \u00e0 l\u2019issue d\u2019une proc\u00e9dure administrative.<\/p>\n<p>43. Les requ\u00e9rants n\u2019ont pr\u00e9sent\u00e9 aucune observation sur ce point.<\/p>\n<p>44. La Cour rappelle sa jurisprudence constante selon laquelle l\u2019\u00ab\u00a0accusation en mati\u00e8re p\u00e9nale\u00a0\u00bb au sens de l\u2019article 6 \u00a7 1 est une notion autonome. L\u2019existence d\u2019une \u00ab\u00a0accusation en mati\u00e8re p\u00e9nale\u00a0\u00bb doit s\u2019appr\u00e9cier sur la base de trois crit\u00e8res, couramment d\u00e9nomm\u00e9s \u00ab\u00a0crit\u00e8res Engel\u00a0\u00bb (Engel et autres c. Pays-Bas, 8 juin 1976, \u00a7 82, s\u00e9rie A no 22). Le premier de ces crit\u00e8res est la qualification juridique de l\u2019infraction en droit interne, le second la nature m\u00eame de l\u2019infraction et le troisi\u00e8me le degr\u00e9 de s\u00e9v\u00e9rit\u00e9 de la sanction que risque de subir l\u2019int\u00e9ress\u00e9. Les deuxi\u00e8me et troisi\u00e8me crit\u00e8res sont alternatifs, et pas n\u00e9cessairement cumulatifs. Cela n\u2019emp\u00eache pas l\u2019adoption d\u2019une approche cumulative si l\u2019analyse s\u00e9par\u00e9e de chaque crit\u00e8re ne permet pas d\u2019aboutir \u00e0 une conclusion claire quant \u00e0 l\u2019existence d\u2019une accusation en mati\u00e8re p\u00e9nale (Vegotex International S.A. c.\u00a0Belgique, no 49812\/09, \u00a7 67, 10 novembre 2020, avec les r\u00e9f\u00e9rences cit\u00e9es).<\/p>\n<p>45. En l\u2019esp\u00e8ce, la Cour constate d\u2019abord que le non-respect de l\u2019obligation \u00e9nonc\u00e9e par la loi no\u00a05253 ne constitue pas une infraction p\u00e9nale en droit turc. \u00c0 l\u2019\u00e9poque des faits, de telles irr\u00e9gularit\u00e9s \u00e9taient en effet passibles d\u2019une sanction qualifi\u00e9e d\u2019\u00ab\u00a0administrative\u00a0\u00bb par l\u2019article\u00a032 de ladite loi. Cette circonstance n\u2019est toutefois pas d\u00e9cisive aux fins de l\u2019applicabilit\u00e9 de l\u2019article\u00a06 de la Convention sous son volet p\u00e9nal, les indications que fournit le droit interne n\u2019ayant qu\u2019une valeur relative (voir, mutatis mutandis, Grande Stevens et autres c. Italie, nos 18640\/10 et 4 autres, \u00a7\u00a095, 4 mars 2014, avec les r\u00e9f\u00e9rences cit\u00e9es). Quant \u00e0 la nature de l\u2019infraction, il appara\u00eet que les dispositions dont la violation a \u00e9t\u00e9 reproch\u00e9e aux requ\u00e9rants avaient pour objectif de garantir la transparence des comptes des associations, ce qui touche aux int\u00e9r\u00eats g\u00e9n\u00e9raux de la soci\u00e9t\u00e9 normalement prot\u00e9g\u00e9s par le droit p\u00e9nal (ibidem, \u00a7\u00a096). En outre, la Cour est d\u2019avis que les amendes inflig\u00e9es \u00e9taient fond\u00e9es sur des normes poursuivant un but \u00e0 la fois pr\u00e9ventif, en ce qu\u2019elles tendaient \u00e0 dissuader les contrevenants de r\u00e9cidiver, et r\u00e9pressif, en ce qu\u2019elles sanctionnaient une irr\u00e9gularit\u00e9. Cette consid\u00e9ration suffit normalement \u00e0 conf\u00e9rer \u00e0 l\u2019infraction en cause un caract\u00e8re p\u00e9nal (voir, mutatis mutandis, Jussila c. Finlande [GC], no\u00a073053\/01, \u00a7 38, CEDH 2006-XIII). Enfin, pour ce qui est de la nature et de la s\u00e9v\u00e9rit\u00e9 de la sanction \u00ab\u00a0susceptible d\u2019\u00eatre inflig\u00e9e\u00a0\u00bb aux requ\u00e9rants, la Cour constate qu\u2019\u00e0 la suite de l\u2019amendement l\u00e9gislatif de 2008, le non-respect de l\u2019obligation pr\u00e9vue \u00e0 l\u2019article\u00a021 \u00e9tait passible non seulement d\u2019une amende p\u00e9nale mais aussi d\u2019une peine d\u2019emprisonnement pouvant aller jusqu\u2019\u00e0 trois mois (paragraphe 22 ci-dessus). Certes, ces dispositions plus s\u00e9v\u00e8res n\u2019ont pas \u00e9t\u00e9 appliqu\u00e9es dans le cas des requ\u00e9rants, mais elles n\u2019en constituent pas moins pour la Cour un \u00e9l\u00e9ment d\u2019appr\u00e9ciation suppl\u00e9mentaire quant \u00e0 la nature de la sanction qui leur a \u00e9t\u00e9 impos\u00e9e. Au demeurant, la Cour renvoie \u00e9galement \u00e0 l\u2019affaire Sancakl\u0131 c. T\u00fcrkiye (no 1385\/07, \u00a7\u00a7\u00a028\u201131, 15\u00a0mai 2018), o\u00f9 elle a jug\u00e9 qu\u2019un cas de faute administrative r\u00e9sultant du non-respect d\u2019une mesure \u00e9dict\u00e9e par une autorit\u00e9 publique entrait dans le champ de l\u2019article\u00a06 sous son volet p\u00e9nal, conclusion qui trouve \u00e0 s\u2019appliquer en l\u2019esp\u00e8ce.<\/p>\n<p>46. \u00c0 la lumi\u00e8re de ce qui pr\u00e9c\u00e8de, la Cour conclut que l\u2019amende administrative inflig\u00e9e au requ\u00e9rant a un caract\u00e8re p\u00e9nal, de sorte que le volet p\u00e9nal de l\u2019article\u00a06 \u00a7\u00a01 trouve \u00e0 s\u2019appliquer en l\u2019esp\u00e8ce. Il s\u2019ensuit que l\u2019exception soulev\u00e9e \u00e0 cet \u00e9gard par le Gouvernement doit \u00eatre rejet\u00e9e.<\/p>\n<p>47. Constatant que le grief tir\u00e9 d\u2019un d\u00e9faut de motivation par les juridictions nationales des d\u00e9cisions rendues contre le requ\u00e9rant n\u2019est pas manifestement mal fond\u00e9 ni irrecevable pour un autre motif vis\u00e9 \u00e0 l\u2019article\u00a035 de la Convention, la Cour le d\u00e9clare recevable.<\/p>\n<p><strong>B. Sur le fond<\/strong><\/p>\n<p>48. Les requ\u00e9rants soutiennent que les juridictions nationales ne se sont fond\u00e9es, pour rejeter le recours dont ils les avaient saisies, que sur le rapport d\u2019inspection qu\u2019avait dress\u00e9 l\u2019administration. Ces juridictions n\u2019auraient selon eux proc\u00e9d\u00e9 \u00e0 aucune recherche compl\u00e9mentaire, seraient rest\u00e9es en d\u00e9faut de recueillir les documents pertinents et auraient omis de r\u00e9pondre aux moyens de d\u00e9fense qu\u2019ils avaient avanc\u00e9s devant elles.<\/p>\n<p>49. Se r\u00e9f\u00e9rant \u00e0 la motivation de la d\u00e9cision du tribunal d\u2019instance du 5\u00a0d\u00e9cembre 2008, le Gouvernement plaide que l\u2019imposition de la sanction administrative litigieuse s\u2019y trouvait pleinement justifi\u00e9e par les dispositions de l\u2019article\u00a021 de la loi no\u00a05253. Il ajoute que les requ\u00e9rants n\u2019avaient pas pr\u00e9sent\u00e9 \u00e0 cette juridiction des documents qu\u2019ils ont soumis par la suite \u00e0 la cour d\u2019assises.<\/p>\n<p>50. La Cour rappelle que, selon sa jurisprudence constante refl\u00e9tant un principe li\u00e9 \u00e0 la bonne administration de la justice, les cours et tribunaux doivent indiquer de mani\u00e8re suffisante les motifs sur lesquels ils fondent leurs d\u00e9cisions. L\u2019\u00e9tendue de ce devoir peut varier selon la nature de la d\u00e9cision et doit s\u2019appr\u00e9cier dans chaque esp\u00e8ce \u00e0 la lumi\u00e8re des circonstances qui lui sont propres (Garc\u00eda Ruiz c. Espagne [GC], no 30544\/96, \u00a7 26, CEDH 1999\u2011I). Sans exiger une r\u00e9ponse d\u00e9taill\u00e9e \u00e0 chaque argument du plaignant, cette obligation implique que toute partie \u00e0 une proc\u00e9dure judiciaire doit pouvoir escompter une r\u00e9ponse sp\u00e9cifique et explicite aux moyens d\u00e9cisifs pour l\u2019issue de la proc\u00e9dure en cause (voir, parmi d\u2019autres exemples, Ruiz Torija c.\u00a0Espagne, 9 d\u00e9cembre 1994, \u00a7\u00a7 29-30, s\u00e9rie A no 303\u2011A, et Higgins et autres c.\u00a0France, 19 f\u00e9vrier 1998, \u00a7\u00a7 42-43, Recueil des arr\u00eats et d\u00e9cisions 1998\u2011I). Par ailleurs, la Cour v\u00e9rifie si la motivation des d\u00e9cisions rendues par les juridictions nationales n\u2019est pas automatique ou st\u00e9r\u00e9otyp\u00e9e (Moreira\u00a0Ferreira c. Portugal (no 2) [GC], no 19867\/12, \u00a7 84, 11 juillet 2017, avec les r\u00e9f\u00e9rences qui s\u2019y trouvent cit\u00e9es).<\/p>\n<p>51. La Cour rel\u00e8ve que, devant le tribunal d\u2019instance, juridiction de premi\u00e8re instance, et devant la cour d\u2019assises, les requ\u00e9rants ont fond\u00e9 sur plusieurs moyens s\u00e9rieux leur contestation de la condamnation de M.\u00a0Korkut \u00e0 une amende administrative pour non-respect d\u2019une exigence pr\u00e9vue \u00e0 l\u2019article\u00a021 de la loi sur les associations. Ils ont ainsi tout d\u2019abord mis en cause la mani\u00e8re dont l\u2019amende administrative lui avait \u00e9t\u00e9 inflig\u00e9e (absence d\u2019indication des dates et montants des aides \u00e9trang\u00e8res ayant donn\u00e9 lieu aux amendes administratives et d\u00e9faut d\u2019examen approfondi). Ils ont ensuite contest\u00e9 la d\u00e9cision quant au fond, en soutenant que la l\u00e9gislation ne trouvait pas \u00e0 s\u2019appliquer dans leur cas, \u00e0 savoir pour des transferts provenant du si\u00e8ge international de l\u2019association requ\u00e9rante et destin\u00e9s \u00e0 payer certains frais courants de l\u2019association. Enfin, devant la cour d\u2019assises, ils ont pr\u00e9sent\u00e9 une lettre sign\u00e9e par la direction des associations de la pr\u00e9fecture d\u2019Istanbul expliquant que des fonds transf\u00e9r\u00e9s par le si\u00e8ge international d\u2019une organisation vers la section turque de ladite organisation et employ\u00e9s pour payer des frais courants n\u2019\u00e9taient en principe pas soumis \u00e0 l\u2019obligation de d\u00e9claration pr\u00e9vue par l\u2019article\u00a021 de la loi no\u00a05253 (paragraphe\u00a017 ci\u2011dessus).<\/p>\n<p>52. La Cour observe qu\u2019il n\u2019est pas contest\u00e9 entre les parties que les requ\u00e9rants ont eu acc\u00e8s \u00e0 un tribunal qui avait pl\u00e9nitude de juridiction pour se prononcer sur l\u2019affaire et comp\u00e9tence pour annuler l\u2019amende en question. Par ailleurs, l\u2019article\u00a028 de la loi sur les fautes administratives pr\u00e9voit une proc\u00e9dure dans le cadre de laquelle la juridiction de premi\u00e8re instance, conform\u00e9ment aux exigences du contradictoire et de l\u2019\u00e9galit\u00e9 des armes, recueille les observations des parties avant de se prononcer sur toutes les questions de forme et de fond. En tant qu\u2019organe de sanction, la pr\u00e9fecture doit transmettre ses observations au tribunal d\u2019instance en y joignant une copie de l\u2019int\u00e9gralit\u00e9 du dossier relatif \u00e0 l\u2019amende administrative en cause, et il appartient au tribunal d\u2019instance, de son c\u00f4t\u00e9, de communiquer aux requ\u00e9rants une copie desdites observations. Le tribunal peut ensuite convoquer et entendre les parties sur demande ou d\u2019office, et il doit donner la parole en dernier au requ\u00e9rant avant de rendre son verdict (paragraphe\u00a023 ci\u2011dessus).<\/p>\n<p>53. La Cour rappelle qu\u2019il ne lui appartient pas de r\u00e9examiner les faits d\u2019une affaire qui a \u00e9t\u00e9 examin\u00e9e par les juridictions internes, ni d\u2019agir en tant que \u00ab\u00a0juridiction de quatri\u00e8me instance\u00a0\u00bb en statuant sur la culpabilit\u00e9 ou l\u2019innocence d\u2019un requ\u00e9rant (voir, Murtazaliyeva c. Russie [GC], no\u00a036658\/05, \u00a7\u00a0149, 18 d\u00e9cembre 2018). Il s\u2019agit plut\u00f4t de v\u00e9rifier si la proc\u00e9dure dans son ensemble \u00e9tait conforme aux exigences de l\u2019article\u00a06 de la Convention (Taxquet c. Belgique [GC], no\u00a0926\/05, \u00a7 84, CEDH 2010). L\u2019une de ces exigences est que les juridictions internes examinent les arguments les plus importants avanc\u00e9s par les parties et expliquent pourquoi elles les acceptent ou les rejettent. Comme indiqu\u00e9 ci-dessus (paragraphe 50), m\u00eame si l\u2019\u00e9tendue de cette obligation peut varier selon la nature de la d\u00e9cision et doit s\u2019appr\u00e9cier dans chaque esp\u00e8ce \u00e0 la lumi\u00e8re des circonstances propres \u00e0 celle-ci, le fait pour un tribunal de ne pas examiner ou d\u2019examiner de fa\u00e7on manifestement arbitraire un argument s\u00e9rieux est incompatible avec la notion de proc\u00e8s \u00e9quitable (voir, mutatis mutandis, Vetrenko c.\u00a0Moldova, no\u00a036552\/02, \u00a7\u00a055, 18\u00a0mai 2010).<\/p>\n<p>54. En l\u2019esp\u00e8ce, la Cour estime qu\u2019on ne saurait consid\u00e9rer que les moyens soulev\u00e9s par les requ\u00e9rants (paragraphe\u00a051 ci-dessus) aient \u00e9t\u00e9 insignifiants ou impropres \u00e0 influencer l\u2019issue de la proc\u00e9dure. Or elle ne rel\u00e8ve dans les d\u00e9cisions des juridictions internes aucune analyse approfondie de ces moyens. En effet, le verdict rendu le 5\u00a0d\u00e9cembre 2008 par le tribunal d\u2019instance se fonde \u2013\u00a0comme les requ\u00e9rants le soutiennent\u00a0\u2013 sur les seuls documents soumis par la pr\u00e9fecture\u00a0; quant \u00e0 la cour d\u2019assises, elle a confirm\u00e9 ce jugement par un arr\u00eat sommaire, sans se prononcer sur aucun des moyens soulev\u00e9s devant elle par les requ\u00e9rants. Il ne faut pas perdre de vue que l\u2019association requ\u00e9rante avait pourtant, preuve \u00e0 l\u2019appui, expliqu\u00e9 avoir d\u00e9clar\u00e9 les fonds qu\u2019elle avait, en tant que section turque d\u2019Amnesty International, re\u00e7us du si\u00e8ge international et de sections nationales de l\u2019organisation \u00e0 l\u2019\u00e9tranger, m\u00eame si deux de ces d\u00e9clarations avaient \u00e9t\u00e9 effectu\u00e9es tardivement. En outre, la Cour estime qu\u2019il \u00e9tait crucial que les juridictions examinent d\u00fbment la question de savoir si de tels fonds provenant du si\u00e8ge de l\u2019organisation \u00ab\u00a0m\u00e8re\u00a0\u00bb relevaient ou non de l\u2019article\u00a021 de la loi\u00a0no\u00a05253. Il s\u2019agit l\u00e0, sans aucun doute, des questions centrales l\u2019affaire.<\/p>\n<p>55. La Cour prend note de l\u2019argument du Gouvernement selon lequel les requ\u00e9rants n\u2019avaient pas pr\u00e9sent\u00e9 au tribunal d\u2019instance des documents qu\u2019ils ont ensuite soumis \u00e0 la cour d\u2019assises, et pr\u00e9sume que le Gouvernement entend sugg\u00e9rer ainsi que le d\u00e9faut de motivation du tribunal d\u2019instance \u00e9tait d\u00fb \u00e0 ce manquement. Elle ne saurait cependant donner beaucoup de poids \u00e0 un tel argument, \u00e9tant donn\u00e9 le caract\u00e8re rudimentaire de la proc\u00e9dure suivie devant cette juridiction. En effet, le tribunal d\u2019instance a rendu son verdict le 5\u00a0d\u00e9cembre 2008, aussit\u00f4t apr\u00e8s avoir re\u00e7u, le 20\u00a0novembre 2008, les documents relatifs \u00e0 l\u2019inspection dont l\u2019association requ\u00e9rante avait \u00e9t\u00e9 l\u2019objet et d\u2019autres pi\u00e8ces se rapportant \u00e0 l\u2019affaire. En privant ainsi les requ\u00e9rants de la possibilit\u00e9 d\u2019exposer leurs th\u00e8ses et de pr\u00e9senter les justificatifs correspondants dans le cadre d\u2019une audience ou sous la forme d\u2019observations \u00e9crites, le tribunal ne semblait pas avoir suivi les r\u00e8gles proc\u00e9durales \u00e9nonc\u00e9es \u00e0 l\u2019article\u00a028 de la loi no\u00a05326 (paragraphe\u00a023 ci\u2011dessus, et voir aussi Hiro Balani c. Espagne, no 18064\/91, 9\u00a0d\u00e9cembre 1994, \u00a7 28, s\u00e9rie\u00a0A no 303\u2011B).<\/p>\n<p>56. La Cour constate qu\u2019en s\u2019appuyant exclusivement sur les conclusions du rapport d\u2019inspection \u00e9tabli par l\u2019administration et en ne r\u00e9pondant pas aux moyens soulev\u00e9s par les requ\u00e9rants, les juridictions internes n\u2019ont pas suffisamment motiv\u00e9 leurs d\u00e9cisions.<\/p>\n<p>57. Partant, il y a eu violation de l\u2019article\u00a06 \u00a7\u00a01 de la Convention.<\/p>\n<p><strong>III. SUR LA VIOLATION ALL\u00c9GU\u00c9E DE L\u2019ARTICLE\u00a011 DE LA CONVENTION<\/strong><\/p>\n<p>58. Les requ\u00e9rants soutiennent que la condamnation du pr\u00e9sident de la section turque d\u2019Amnesty International \u00e0 une amende administrative a emport\u00e9 violation de l\u2019article\u00a011 de la Convention, lequel est ainsi libell\u00e9 dans ses parties pertinentes en l\u2019esp\u00e8ce\u00a0:<\/p>\n<p>\u00ab\u00a01. Toute personne a droit \u00e0 la libert\u00e9 de r\u00e9union pacifique et \u00e0 la libert\u00e9 d\u2019association, y compris le droit de fonder avec d\u2019autres des syndicats et de s\u2019affilier \u00e0 des syndicats pour la d\u00e9fense de ses int\u00e9r\u00eats.<\/p>\n<p>2. L\u2019exercice de ces droits ne peut faire l\u2019objet d\u2019autres restrictions que celles qui, pr\u00e9vues par la loi, constituent des mesures n\u00e9cessaires, dans une soci\u00e9t\u00e9 d\u00e9mocratique, \u00e0 la s\u00e9curit\u00e9 nationale, \u00e0 la s\u00fbret\u00e9 publique, \u00e0 la d\u00e9fense de l\u2019ordre et \u00e0 la pr\u00e9vention du crime, \u00e0 la protection de la sant\u00e9 ou de la morale, ou \u00e0 la protection des droits et libert\u00e9s d\u2019autrui. (&#8230;)\u00a0\u00bb<\/p>\n<p><strong>A. Sur la recevabilit\u00e9<\/strong><\/p>\n<p>59. Le Gouvernement soutient que la mesure en question ne constitue pas une ing\u00e9rence dans l\u2019exercice par les requ\u00e9rants de leur droit \u00e0 la libert\u00e9 d\u2019association. Il estime en cons\u00e9quence que ce grief doit \u00eatre rejet\u00e9 pour incompatibilit\u00e9 ratione materiae avec les dispositions de la Convention.<\/p>\n<p>60. Les requ\u00e9rants contestent cette th\u00e8se.<\/p>\n<p>61. La Cour consid\u00e8re que l\u2019exception d\u2019incompatibilit\u00e9 ratione materiae formul\u00e9e par le Gouvernement est \u00e9troitement li\u00e9e au fond de ce grief. Par cons\u00e9quent, elle d\u00e9cide de la joindre au fond.<\/p>\n<p>62. Constatant que ce grief n\u2019est pas manifestement mal fond\u00e9 ni irrecevable pour un autre motif vis\u00e9 \u00e0 l\u2019article\u00a035 de la Convention, la Cour le d\u00e9clare recevable.<\/p>\n<p><strong>B. Sur le fond<\/strong><\/p>\n<p><strong>1. Arguments des parties<\/strong><\/p>\n<p>63. Les requ\u00e9rants soutiennent que l\u2019ing\u00e9rence en question n\u2019\u00e9tait pas pr\u00e9vue par la loi, ne poursuivait pas un but l\u00e9gitime et n\u2019\u00e9tait pas proportionn\u00e9e. Ils expliquent que la condamnation concernait des transferts de fonds provenant d\u2019une association internationale, Amnesty International, \u00e0 laquelle l\u2019association requ\u00e9rante, Amnesty International T\u00fcrkiye, \u00e9tait organiquement affili\u00e9e. Par cons\u00e9quent, si la proc\u00e9dure ayant abouti \u00e0 l\u2019imposition d\u2019une amende administrative semble justifi\u00e9e en th\u00e9orie, elle a selon eux \u00e9t\u00e9 utilis\u00e9e en l\u2019esp\u00e8ce pour faire pression sur l\u2019association et entraver ses activit\u00e9s. En outre, les requ\u00e9rants d\u00e9clarent avoir accord\u00e9 une importance particuli\u00e8re au respect du principe de transparence et avoir veill\u00e9 \u00e0 ce que les activit\u00e9s de l\u2019association fussent r\u00e9guli\u00e8rement soumises \u00e0 des inspections internes et externes m\u00e9ticuleuses. Par ailleurs, ils affirment que l\u2019infliction de l\u2019amende administrative litigieuse s\u2019inscrivait dans le contexte sp\u00e9cifique d\u2019une p\u00e9riode o\u00f9 l\u2019association requ\u00e9rante aurait subi d\u2019importantes restrictions et pein\u00e9 en cons\u00e9quence \u00e0 mener \u00e0 bien ses activit\u00e9s. Selon eux, l\u2019inspection qui a donn\u00e9 lieu \u00e0 l\u2019imposition de la sanction administrative en question a \u00e9t\u00e9 effectu\u00e9e soudainement et imm\u00e9diatement apr\u00e8s que l\u2019association requ\u00e9rante eut d\u00e9pos\u00e9 une plainte contre le pr\u00e9fet d\u2019Istanbul, lequel, expliquent-ils, avait bloqu\u00e9 tous les comptes de l\u2019association. Ils ajoutent que la proc\u00e9dure relative \u00e0 l\u2019amende administrative a \u00e9t\u00e9 men\u00e9e de mani\u00e8re tr\u00e8s contestable en ce que les informations relatives au non-respect de l\u2019obligation pr\u00e9vue \u00e0 l\u2019article\u00a021 de la loi no\u00a05253 n\u2019auraient pas \u00e9t\u00e9 pr\u00e9cis\u00e9es dans la notification de l\u2019amende et que le contr\u00f4le juridictionnel auquel l\u2019administration avait soumis cet acte aurait \u00e9t\u00e9 op\u00e9r\u00e9 de fa\u00e7on bien trop peu approfondie. Par ailleurs, il ressort selon eux des documents pr\u00e9sent\u00e9s par le Gouvernement qu\u2019aucune autre association n\u2019a \u00e9t\u00e9 poursuivie dans des circonstances semblables \u00e0 celles de la pr\u00e9sente affaire. Enfin, les requ\u00e9rants pr\u00e9cisent que ce n\u2019est que depuis la modification du r\u00e8glement intervenue en 2020 que des aides financi\u00e8res transf\u00e9r\u00e9es vers la section turque d\u2019une association depuis le si\u00e8ge international ou d\u2019autres sections nationales de cette association sont soumises au m\u00eame r\u00e9gime que celui des autres aides financi\u00e8res (paragraphe\u00a024 ci-dessus).<\/p>\n<p>64. Le Gouvernement r\u00e9torque que la sanction appliqu\u00e9e en l\u2019esp\u00e8ce vise \u00e0 assurer la transparence des comptes des associations et qu\u2019elle n\u2019a pas eu pour effet d\u2019emp\u00eacher l\u2019association requ\u00e9rante de mener ses activit\u00e9s librement. Il en d\u00e9duit qu\u2019il n\u2019y a pas eu en l\u2019esp\u00e8ce \u00ab\u00a0ing\u00e9rence\u00a0\u00bb dans l\u2019exercice des droits garantis par l\u2019article\u00a011 de la Convention.<\/p>\n<p>65. Il ajoute qu\u2019\u00e0 la supposer \u00e9tablie, une telle ing\u00e9rence \u00e9tait pr\u00e9vue par la loi, poursuivait un but l\u00e9gitime et \u00e9tait n\u00e9cessaire dans une soci\u00e9t\u00e9 d\u00e9mocratique.<\/p>\n<p>66. En ce qui concerne le premier point, le Gouvernement indique que la sanction litigieuse trouvait son fondement dans l\u2019article\u00a021 et l\u2019article\u00a032 \u00a7\u00a01, alin\u00e9a\u00a0l) de la loi sur les associations, lesquels, explique-t-il, imposent aux associations, sous peine d\u2019une amende administrative, de d\u00e9clarer les contributions financi\u00e8res qu\u2019elles re\u00e7oivent de l\u2019\u00e9tranger. Il consid\u00e8re que la sanction pr\u00e9vue en cas de non-respect de l\u2019obligation en question \u00e9tait pr\u00e9visible. Il souligne qu\u2019il n\u2019est pas contest\u00e9 que l\u2019association requ\u00e9rante avait re\u00e7u des fonds d\u2019une personne morale de droit \u00e9tranger.<\/p>\n<p>67. \u00c0 l\u2019\u00e9gard du deuxi\u00e8me point, le Gouvernement soutient que l\u2019obligation pr\u00e9vue \u00e0 l\u2019article\u00a021 de loi sur les associations a pour but d\u2019assurer la transparence des comptes des associations. Il ajoute qu\u2019un tel objectif se rattache non seulement \u00e0 la \u00ab\u00a0d\u00e9fense de l\u2019ordre\u00a0\u00bb mais aussi \u2013\u00a0en plein accord selon lui avec les textes internationaux relatifs au blanchiment d\u2019argent (paragraphe\u00a028 ci-dessus) \u2013 \u00e0 la \u00ab\u00a0pr\u00e9vention du crime\u00a0\u00bb, \u00e9tant donn\u00e9 la difficult\u00e9 que pr\u00e9sente le contr\u00f4le de l\u2019origine et de la lic\u00e9it\u00e9 de fonds en provenance de l\u2019\u00e9tranger.<\/p>\n<p>68. Quant au troisi\u00e8me point, le Gouvernement affirme que la mesure litigieuse \u00e9tait raisonnable et proportionn\u00e9e aux buts poursuivis. Il explique qu\u2019elle ne mettait en cause ni l\u2019existence l\u00e9gale de l\u2019association requ\u00e9rante, ni sa libert\u00e9 d\u2019expression, et qu\u2019elle avait pour seule cons\u00e9quence de lui imposer le respect de l\u2019obligation de d\u00e9claration des contributions financi\u00e8res qu\u2019elle recevait de l\u2019\u00e9tranger. Il ajoute que les requ\u00e9rants ont b\u00e9n\u00e9fici\u00e9 des garanties judiciaires requises en ce qu\u2019ils ont pu contester devant les juridictions nationales la d\u00e9cision litigieuse et que ces derni\u00e8res les ont d\u00e9bout\u00e9s en invoquant des motifs pertinents et suffisants. Le Gouvernement conclut de ce qui pr\u00e9c\u00e8de que les autorit\u00e9s administratives et judiciaires ont \u00e9tabli un juste \u00e9quilibre entre les int\u00e9r\u00eats concurrents en jeu.<\/p>\n<p><strong>2. Appr\u00e9ciation de la Cour<\/strong><\/p>\n<p>a) Sur l\u2019existence d\u2019une ing\u00e9rence<\/p>\n<p>69. L\u2019article\u00a011 prot\u00e8ge les associations de toute ing\u00e9rence injustifi\u00e9e de l\u2019\u00c9tat. Pareille ing\u00e9rence se manifeste habituellement par un refus d\u2019enregistrement ou par la dissolution d\u2019une association (pour un aper\u00e7u des diff\u00e9rentes formes que peuvent prendre semblables restrictions, voir Ecodefence et autres c.\u00a0Russie, nos\u00a09988\/13 et 60\u00a0autres, \u00a7\u00a081, 14\u00a0juin 2022), mais elle peut aussi consister en des limitations de financement ou des inspections entravant l\u2019activit\u00e9 d\u2019une association. Dans l\u2019affaire Cumhuriyet Halk Partisi c.\u00a0Turquie (no\u00a019920\/13, \u00a7\u00a072, 26\u00a0avril 2016 (extraits)), la Cour a ainsi jug\u00e9 qu\u2019en soumettant un parti politique \u00e0 des inspections et en lui imposant des sanctions, les autorit\u00e9s l\u2019avaient emp\u00each\u00e9 de se livrer \u00e0 ses activit\u00e9s. Ces consid\u00e9rations trouvent \u00e0 s\u2019appliquer mutatis mutandis en l\u2019esp\u00e8ce.<\/p>\n<p>70. La Cour convient qu\u2019il faut surveiller les activit\u00e9s financi\u00e8res des associations \u00e0 des fins de fiabilit\u00e9 et de transparence. Elle partage donc l\u2019opinion du Gouvernement selon laquelle le contr\u00f4le des finances des associations ne pose pas en lui-m\u00eame de probl\u00e8me sur le terrain de l\u2019article\u00a011, et elle reconna\u00eet aux \u00c9tats membres une marge d\u2019appr\u00e9ciation relativement \u00e9tendue quant aux modalit\u00e9s de contr\u00f4le des finances des associations et aux sanctions imposables en cas de transactions financi\u00e8res irr\u00e9guli\u00e8res (voir, mutatis mutandis, Cumhuriyet Halk Partisi, pr\u00e9cit\u00e9, \u00a7\u00a070). Cela dit, cette marge d\u2019appr\u00e9ciation n\u2019est pas illimit\u00e9e, et un contr\u00f4le des finances d\u2019une association peut, s\u2019il a pour effet d\u2019entraver les activit\u00e9s de cette derni\u00e8re, s\u2019analyser en une ing\u00e9rence dans l\u2019exercice du droit \u00e0 la libert\u00e9 d\u2019association. En effet, une mesure d\u2019ordre \u00e9conomique, financier ou fiscal prise contre une association peut s\u2019analyser en une violation de l\u2019article\u00a011 de la Convention s\u2019il est d\u00e9montr\u00e9 que cette mesure a r\u00e9ellement et fortement entrav\u00e9 l\u2019exercice des droits qu\u2019il garantit (voir, mutatis mutandis, \u00c9glise de J\u00e9sus\u2011Christ des saints des derniers jours c.\u00a0Royaume-Uni, no\u00a07552\/09, \u00a7\u00a030, 4\u00a0mars 2014).<\/p>\n<p>71. Se tournant vers les faits de l\u2019esp\u00e8ce, la Cour observe d\u2019embl\u00e9e que la proc\u00e9dure judiciaire engag\u00e9e contre M. Korkut en sa qualit\u00e9 du pr\u00e9sident de l\u2019association requ\u00e9rante, a abouti \u00e0 une d\u00e9cision de lui infliger une amende administrative pour non-respect d\u2019une disposition l\u00e9gale exigeant des associations qu\u2019elles d\u00e9clarent \u00e0 l\u2019administration avant utilisation les fonds qu\u2019elles per\u00e7oivent de l\u2019\u00e9tranger. Cette mesure litigeuse a donc eu un effet direct sur l\u2019exercice du droit \u00e0 la libert\u00e9 d\u2019association de M. Korkut. Par cons\u00e9quent, elle peut \u00eatre consid\u00e9r\u00e9e comme une ing\u00e9rence \u00e0 l\u2019exercice du droit de ce requ\u00e9rant \u00e0 la libert\u00e9 d\u2019association (voir, mutatis mutandis, Ecodefence et autres, pr\u00e9cit\u00e9, \u00a7 86). Par ailleurs, la Cour ne doute pas que l\u2019association requ\u00e9rante, bien qu\u2019elle n\u2019\u00e9tait pas partie \u00e0 la proc\u00e9dure interne, avait un int\u00e9r\u00eat l\u00e9gitime \u00e0 d\u00e9poser devant la Cour un grief tir\u00e9 de l\u2019article\u00a011 de la Convention (RID Novaya Gazeta et ZAO Novaya Gazeta c.\u00a0Russie, no\u00a044561\/11, \u00a7 65, 11 mai 2021). En particulier, elle rel\u00e8ve que m\u00eame si l\u2019obligation de d\u00e9claration des fonds provenant de l\u2019\u00e9tranger ne pose pas en elle-m\u00eame de probl\u00e8me au regard de l\u2019article 11 de la Convention, la sanction en cause a pu avoir une incidence consid\u00e9rable sur les activit\u00e9s de l\u2019association requ\u00e9rante, \u00e9tant donn\u00e9 qu\u2019il s\u2019agissait essentiellement, comme les requ\u00e9rants le soulignent, de subsides vers\u00e9s par le si\u00e8ge de l\u2019association \u00ab\u00a0m\u00e8re\u00a0\u00bb \u00e0 l\u2019une de ses sections nationales et servant \u00e0 payer certains frais courants de cette derni\u00e8re. En effet, il s\u2019agit selon les \u00e9l\u00e9ments du dossier de la principale source de financement des activit\u00e9s de celle-ci. La Cour estime en cons\u00e9quence que les activit\u00e9s de l\u2019association requ\u00e9rante ont pu \u00eatre consid\u00e9rablement affect\u00e9es par l\u2019inspection en question et la proc\u00e9dure judiciaire qui s\u2019en est suivie et qui s\u2019est sold\u00e9e par l\u2019imposition d\u2019une sanction. Elle rappelle avoir d\u00e9j\u00e0 jug\u00e9 que de telles exigences contraignantes ont pour effet d\u2019entraver les activit\u00e9s d\u2019une organisation et peuvent, en elles-m\u00eames, constituer une ing\u00e9rence dans le droit \u00e0 la libert\u00e9 d\u2019association (voir Ecodefence et autres, pr\u00e9cit\u00e9, \u00a7 83, avec les r\u00e9f\u00e9rences cit\u00e9es). Par ailleurs, la Cour estime que l\u2019amende en question n\u2019\u00e9tait pas d\u2019un montant n\u00e9gligeable. Enfin, elle prend note de l\u2019argument des requ\u00e9rants selon lequel la proc\u00e9dure d\u2019inspection ayant abouti \u00e0 la d\u00e9cision litigieuse a \u00e9t\u00e9 utilis\u00e9e comme un moyen de pression. Elle conclut de ce qui pr\u00e9c\u00e8de que la mesure en question s\u2019analyse en une ing\u00e9rence dans les activit\u00e9s de l\u2019association requ\u00e9rante et donc dans l\u2019exercice du droit \u00e0 la libert\u00e9 d\u2019association de deux requ\u00e9rants garanti par l\u2019article 11 de la Convention.<\/p>\n<p>72. Pour les m\u00eames motifs, la Cour rejette aussi l\u2019exception d\u2019incompatibilit\u00e9 ratione materiae soulev\u00e9e par le Gouvernement quant au grief fond\u00e9 sur l\u2019article\u00a011 de la Convention. Il reste donc \u00e0 d\u00e9terminer si cette ing\u00e9rence \u00e9tait justifi\u00e9e au regard de l\u2019article\u00a011 \u00a7\u00a02.<\/p>\n<p>b) Sur la justification de l\u2019ing\u00e9rence<\/p>\n<p>73. Pareille ing\u00e9rence enfreint l\u2019article\u00a011 sauf si elle \u00e9tait \u00ab\u00a0pr\u00e9vue par la loi\u00a0\u00bb, poursuivait l\u2019un ou plusieurs des buts l\u00e9gitimes au regard du paragraphe\u00a02 de cet article et \u00ab\u00a0n\u00e9cessaire, dans une soci\u00e9t\u00e9 d\u00e9mocratique\u00a0\u00bb, pour les atteindre.<\/p>\n<p>L\u2019ing\u00e9rence \u00e9tait-elle \u00ab\u00a0pr\u00e9vue par la loi\u00a0\u00bb ?<\/p>\n<p>74. La Cour examinera tout d\u2019abord si les mesures prises contre les requ\u00e9rants peuvent \u00eatre consid\u00e9r\u00e9es comme ayant \u00e9t\u00e9 \u00ab\u00a0pr\u00e9vues par la loi\u00a0\u00bb. Elle rappelle que l\u2019ing\u00e9rence avait son fondement l\u00e9gal dans l\u2019article\u00a021 de la loi sur les associations et de l\u2019article\u00a018 du r\u00e8glement correspondant, lesquels r\u00e9gissaient la mani\u00e8re dont les associations pouvaient recevoir des fonds provenant de l\u2019\u00e9tranger (paragraphes 21 et 24 ci-dessus).<\/p>\n<p>75. La Cour rappelle que les mots \u00ab\u00a0pr\u00e9vue par la loi\u00a0\u00bb n\u2019impliquent pas seulement que la mesure litigieuse ait une base en droit interne. Ils se r\u00e9f\u00e8rent aussi \u00e0 la qualit\u00e9 de la loi en question. Ils exigent l\u2019accessibilit\u00e9 de celle-ci aux personnes concern\u00e9es et une formulation assez pr\u00e9cise pour leur permettre de pr\u00e9voir les circonstances et les conditions dans lesquelles les autorit\u00e9s publiques sont habilit\u00e9es \u00e0 recourir \u00e0 la mesure en question. Le droit interne doit \u00e9galement offrir une certaine protection juridique contre une ing\u00e9rence arbitraire des autorit\u00e9s publiques dans l\u2019exercice des droits garantis par la Convention (Ecodefence et autres, pr\u00e9cit\u00e9, \u00a7\u00a090). Le niveau de pr\u00e9cision de la l\u00e9gislation interne \u2013\u00a0laquelle ne peut en aucun cas pr\u00e9voir toutes les hypoth\u00e8ses\u00a0\u2013 d\u00e9pend dans une large mesure du contenu de l\u2019instrument en question, du domaine qu\u2019il est cens\u00e9 couvrir et du nombre et du statut de ceux \u00e0 qui il est adress\u00e9 (Maestri c. Italie [GC], no 39748\/98, \u00a7\u00a030 in fine, CEDH 2004\u2011I, avec les r\u00e9f\u00e9rences cit\u00e9es).<\/p>\n<p>76. La Cour doit donc examiner au regard des circonstances particuli\u00e8res de l\u2019esp\u00e8ce la qualit\u00e9 de la loi sur laquelle s\u2019est fond\u00e9e l\u2019ing\u00e9rence, en d\u00e9terminant si cette loi \u00e9tait accessible et pr\u00e9visible.<\/p>\n<p>77. La Cour note que les parties s\u2019accordent \u00e0 dire que le contr\u00f4le des comptes de l\u2019association requ\u00e9rante et les sanctions qui en ont r\u00e9sult\u00e9 \u00e9taient fond\u00e9s sur les articles\u00a021 et 32 \u00a7\u00a01, alin\u00e9a\u00a0l) de la loi sur les associations (paragraphes 21 et 22 ci-dessus). Elle observe qu\u2019en vertu de l\u2019article\u00a021 de ladite loi, les associations peuvent recevoir des contributions financi\u00e8res de particuliers et d\u2019organisations \u00e0 l\u2019\u00e9tranger \u00e0 condition qu\u2019elles en informent l\u2019administration locale. L\u2019article\u00a018 du r\u00e8glement sur les associations pr\u00e9cise notamment que cette d\u00e9claration doit \u00eatre effectu\u00e9e pr\u00e9alablement \u00e0 l\u2019\u00ab\u00a0utilisation\u00a0\u00bb des fonds concern\u00e9s (paragraphe 24 ci-dessus). L\u2019article\u00a032 \u00a7\u00a01, alin\u00e9a\u00a0l) de la loi sur les fautes administratives tel qu\u2019en vigueur \u00e0 l\u2019\u00e9poque des faits disposait que le non-respect de l\u2019obligation pr\u00e9vue \u00e0 l\u2019article\u00a021 \u00e9tait passible d\u2019une amende administrative. D\u2019un point de vue formel, l\u2019ing\u00e9rence en cause avait donc une base en droit interne. Quant \u00e0 l\u2019accessibilit\u00e9 des dispositions en question, la Cour constate qu\u2019elle ne pr\u00eate pas \u00e0 controverse.<\/p>\n<p>78. L\u2019association requ\u00e9rante soutient n\u00e9anmoins que ces dispositions ne satisfaisaient pas \u00e0 la condition de \u00ab\u00a0l\u00e9galit\u00e9\u00a0\u00bb pos\u00e9e \u00e0 l\u2019article\u00a011 \u00a7\u00a02 de la Convention. Elle plaide, d\u2019une part, qu\u2019elles n\u2019indiquaient pas avec une pr\u00e9cision suffisante les conditions dans lesquelles une association constituant\u00a0\u2013\u00a0comme c\u2019est son cas\u00a0\u2013\u00a0la section nationale d\u2019une organisation ayant son si\u00e8ge \u00e0 l\u2019\u00e9tranger pouvait recevoir des fonds provenant de son si\u00e8ge ou d\u2019autres sections nationales et, d\u2019autre part, qu\u2019elles manquaient de clart\u00e9 quant aux sanctions applicables en cas d\u2019irr\u00e9gularit\u00e9. Elle ajoute notamment qu\u2019elle avait en r\u00e9alit\u00e9 d\u00e9clar\u00e9 rapidement \u00e0 l\u2019administration locale tous les fonds qu\u2019elle avait re\u00e7us de l\u2019\u00e9tranger. Enfin, elle conteste en particulier la mani\u00e8re dont la sanction litigieuse lui a \u00e9t\u00e9 inflig\u00e9e, et persiste \u00e0 dire qu\u2019il \u00e9tait quasiment impossible de d\u00e9terminer \u00e0 quelle date ces fonds avaient \u00e9t\u00e9 utilis\u00e9s, \u00e9tant donn\u00e9 qu\u2019ils avaient servi \u00e0 payer quotidiennement certains frais courants de l\u2019association.<\/p>\n<p>79. En ce qui concerne le financement des associations, la Cour tient \u00e0 souligner que, si l\u2019importance que rev\u00eat la finalit\u00e9 du contr\u00f4le des comptes des associations est incontestable, celui-ci ne devrait jamais \u00eatre politiquement instrumentalis\u00e9 \u00e0 des fins de mainmise. Dans l\u2019affaire Cumhuriyet Halk Partisi (arr\u00eat pr\u00e9cit\u00e9, \u00a7 88), elle a dit que des crit\u00e8res stricts de \u00ab\u00a0pr\u00e9visibilit\u00e9\u00a0\u00bb devaient \u00eatre retenus \u00e0 l\u2019\u00e9gard des lois r\u00e9gissant le contr\u00f4le des finances des partis politiques, pour ce qui \u00e9tait tant des exigences applicables que des sanctions en cas de manquement \u00e0 ces exigences de fa\u00e7on \u00e0 \u00e9viter que le m\u00e9canisme de contr\u00f4le des comptes soit d\u00e9tourn\u00e9 \u00e0 des fins politiques. Ces consid\u00e9rations exprim\u00e9es dans le cadre du contr\u00f4le des finances des partis politiques doivent mutatis mutandis s\u2019appliquer au cas d\u2019esp\u00e8ce, compte tenu du fait que l\u2019association requ\u00e9rante, une organisation non gouvernementale \u0153uvrant dans le domaine des droits de l\u2019homme, exerce un r\u00f4le de \u00ab\u00a0chien de garde public\u00a0\u00bb semblable par son importance \u00e0 celui de la presse (Magyar Helsinki Bizotts\u00e1g c. Hongrie [GC], no 18030\/11, \u00a7\u00a0166, 8\u00a0novembre 2016, avec les r\u00e9f\u00e9rences cit\u00e9es). La Cour doit donc rechercher \u00e0 pr\u00e9sent si les lois turques pertinentes en vigueur \u00e0 l\u2019\u00e9poque des faits \u00e9taient conformes \u00e0 cette exigence de pr\u00e9visibilit\u00e9.<\/p>\n<p>80. La Cour observe d\u2019embl\u00e9e qu\u2019\u00e0 l\u2019\u00e9poque des faits, il n\u2019existait pas de disposition sp\u00e9cifique et claire r\u00e9glementant la perception par une association constituant la section nationale d\u2019une organisation internationale de fonds provenant de son si\u00e8ge ou de sections nationales de la m\u00eame organisation situ\u00e9s \u00e0 l\u2019\u00e9tranger. Ce vide juridique n\u2019a \u00e9t\u00e9 combl\u00e9 qu\u2019en 2020 par l\u2019ajout d\u2019un nouveau paragraphe \u00e0 l\u2019article\u00a018 du r\u00e8glement sur les associations (paragraphe\u00a024 ci-dessus).<\/p>\n<p>81. Cela dit, la Cour rel\u00e8ve \u00e9galement que les exemples d\u2019application de l\u2019article\u00a021 de la loi sur les associations fournis par le Gouvernement d\u00e9montrent que l\u2019article\u00a032 \u00a7\u00a01, alin\u00e9a\u00a0l) (correspondant \u00e0 l\u2019alin\u00e9a k) de cette loi telle qu\u2019amend\u00e9e en 2008) n\u2019a jamais \u00e9t\u00e9 appliqu\u00e9 dans des conditions semblables \u00e0 celles de l\u2019esp\u00e8ce. Ces exemples concernaient en effet des contributions financi\u00e8res \u00e9trang\u00e8res re\u00e7ues par des associations qui n\u2019\u00e9taient pas des sections nationales d\u2019associations ayant leur si\u00e8ge \u00e0 l\u2019\u00e9tranger. De surcro\u00eet, il ressort de la lettre adress\u00e9e le 31\u00a0octobre 2006 \u00e0 l\u2019Open Society T\u00fcrkiye par la direction d\u00e9partementale des associations d\u2019Istanbul que des fonds provenant du si\u00e8ge d\u2019une organisation internationale ne relevaient pas en principe de l\u2019article\u00a021 de la loi no\u00a05253 (paragraphe 17 ci-dessus). Ces \u00e9l\u00e9ments d\u00e9montrent que le cas d\u2019esp\u00e8ce constitue l\u2019unique exemple d\u2019une amende administrative impos\u00e9e \u00e0 une section nationale d\u2019une organisation internationale pour non-respect de l\u2019exigence pr\u00e9vue \u00e0 l\u2019article\u00a021 de loi sur les associations \u00e0 l\u2019\u00e9gard de fonds \u00e9trangers provenant du si\u00e8ge social ou d\u2019autres sections nationales de la m\u00eame association.<\/p>\n<p>82. La Cour reconna\u00eet qu\u2019il n\u2019est ni possible ni souhaitable que la r\u00e9daction des lois soit d\u2019une exactitude ou d\u2019une rigidit\u00e9 absolues et que beaucoup d\u2019entre elles se servent, par la force des choses, de formules plus ou moins g\u00e9n\u00e9rales. La fonction de d\u00e9cision confi\u00e9e aux tribunaux nationaux sert pr\u00e9cis\u00e9ment \u00e0 dissiper les doutes qui pourraient subsister quant \u00e0 l\u2019interpr\u00e9tation des normes. Par cons\u00e9quent, le fait qu\u2019une disposition l\u00e9gale peut \u00eatre interpr\u00e9t\u00e9e de plusieurs mani\u00e8res ne suffit pas \u00e0 faire conclure \u00e0 un manquement \u00e0 l\u2019exigence de \u00ab\u00a0pr\u00e9visibilit\u00e9\u00a0\u00bb au regard de la Convention (voir, parmi d\u2019autres, Cumhuriyet Halk Partisi, pr\u00e9cit\u00e9, \u00a7\u00a092).<\/p>\n<p>83. Pour se prononcer sur ce point, la Cour doit normalement rechercher si les juridictions turques avaient effectivement d\u00e9gag\u00e9 \u00e0 l\u2019\u00e9poque des faits une jurisprudence coh\u00e9rente, claire et pr\u00e9cise permettant aux requ\u00e9rants de pr\u00e9voir comment les exigences de l\u2019article\u00a021 de la loi sur les associations concernant les fonds provenant de l\u2019\u00e9tranger seraient interpr\u00e9t\u00e9es et appliqu\u00e9es en pratique et de r\u00e9gler leur conduite en cons\u00e9quence (voir, mutatis mutandis, Association Ekin c.\u00a0France, no\u00a039288\/98, \u00a7\u00a046, CEDH\u00a02001\u2011VIII). Or force est de constater que le Gouvernement n\u2019a pas d\u00e9montr\u00e9 l\u2019existence d\u2019une jurisprudence constante \u00e9tablissant que le non-respect des exigences pr\u00e9vues \u00e0 l\u2019article\u00a021 de la loi sur les associations dans des circonstances semblables \u00e0 celles de l\u2019esp\u00e8ce pouvait entra\u00eener l\u2019imposition d\u2019une sanction administrative en application de l\u2019article 32 de la loi sur les fautes administratives (paragraphe 25\u201127 ci-dessus). Les griefs d\u2019impr\u00e9visibilit\u00e9 formul\u00e9s par les requ\u00e9rants n\u2019ont donc pas \u00e9t\u00e9 r\u00e9fut\u00e9s.<\/p>\n<p>84. La Cour rappelle \u00e9galement la conclusion \u00e0 laquelle elle est parvenue sur le terrain de l\u2019article\u00a06 de la Convention. En effet, en s\u2019appuyant exclusivement sur les conclusions du rapport d\u2019inspection \u00e9tabli par l\u2019administration et en restant en d\u00e9faut de r\u00e9pondre aux moyens essentiels soulev\u00e9s par les requ\u00e9rants, les juridictions internes ont tout simplement choisi de ne pas traiter les questions fondamentales pos\u00e9es par la pr\u00e9sente affaire. Or les ambigu\u00eft\u00e9s relev\u00e9es ci-dessus auraient pu \u00eatre dissip\u00e9es si les juridictions nationales avaient proc\u00e9d\u00e9 \u00e0 un contr\u00f4le juridictionnel approfondi. Au demeurant, rien ne d\u00e9montre que les juges saisis du recours puis de l\u2019opposition du requ\u00e9rant aient cherch\u00e9 \u00e0 soupeser les divers int\u00e9r\u00eats en pr\u00e9sence en appr\u00e9ciant notamment la n\u00e9cessit\u00e9 de la mesure litigieuse. En d\u2019autres termes, il est clair que le contr\u00f4le juridictionnel n\u2019a pas fourni de garanties ad\u00e9quates et efficaces contre l\u2019exercice arbitraire et discriminatoire du large pouvoir discr\u00e9tionnaire laiss\u00e9 \u00e0 l\u2019ex\u00e9cutif (Ecodefence et autres, pr\u00e9cit\u00e9, \u00a7\u00a0118).<\/p>\n<p>85. La Cour a d\u00e9j\u00e0 jug\u00e9 que pour \u00eatre conforme au crit\u00e8re de \u00ab\u00a0l\u00e9galit\u00e9\u00a0\u00bb d\u00e9coulant de l\u2019article\u00a011 \u00a7\u00a02 de la Convention, la loi doit \u00eatre formul\u00e9e avec assez de pr\u00e9cision pour permettre au justiciable de pr\u00e9voir, \u00e0 un degr\u00e9 raisonnable dans les circonstances de la cause, les cons\u00e9quences susceptibles d\u2019\u00eatre entra\u00een\u00e9es par un acte d\u00e9termin\u00e9 et de r\u00e9gler sa conduite en cons\u00e9quence (voir, parmi d\u2019autres, Cumhuriyet Halk Partisi, pr\u00e9cit\u00e9, \u00a7\u00a0105). Or, en l\u2019esp\u00e8ce, les requ\u00e9rants, qui avaient d\u00e9clar\u00e9 \u00e0 l\u2019administration locale les contributions financi\u00e8res que l\u2019association requ\u00e9rante avait per\u00e7ues de son si\u00e8ge international aux fins de couvrir des d\u00e9penses courantes, n\u2019ont pas \u00e9t\u00e9 en mesure de pr\u00e9voir, \u00e0 l\u2019\u00e9poque des faits, si ces d\u00e9clarations seraient consid\u00e9r\u00e9es comme tardives et sanctionn\u00e9es par une amende administrative.<\/p>\n<p>86. La Cour conclut de ce qui pr\u00e9c\u00e8de que la condition de pr\u00e9visibilit\u00e9 d\u00e9coulant de l\u2019article\u00a011 \u00a7\u00a02 n\u2019\u00e9tait pas satisfaite en l\u2019esp\u00e8ce et que, d\u00e8s lors, l\u2019ing\u00e9rence en question n\u2019\u00e9tait pas pr\u00e9vue par la loi \u00e0 l\u2019\u00e9poque des faits.<\/p>\n<p>87. Dans ces conditions, point n\u2019est besoin pour la Cour de rechercher si les autres conditions pos\u00e9es au second paragraphe de l\u2019article\u00a011 de la Convention ont \u00e9t\u00e9 remplies en l\u2019esp\u00e8ce, c\u2019est-\u00e0-dire si l\u2019ing\u00e9rence poursuivait un ou plusieurs des buts l\u00e9gitimes \u00e9nonc\u00e9s audit paragraphe et si elle \u00e9tait n\u00e9cessaire, dans une soci\u00e9t\u00e9 d\u00e9mocratique, \u00e0 la poursuite de ce ou ces buts (Cumhuriyet Halk Partisi, pr\u00e9cit\u00e9, \u00a7\u00a0108).<\/p>\n<p>88. Partant, il y a eu violation de l\u2019article\u00a011 de la Convention.<\/p>\n<p><strong>IV. SUR LES AUTRES VIOLATIONS ALL\u00c9GU\u00c9ES DE LA CONVENTION<\/strong><\/p>\n<p>89. Sur la base des m\u00eames faits, les requ\u00e9rants se plaignent \u00e9galement d\u2019une atteinte \u00e0 leur droit au respect des biens garanti par l\u2019article 1 du Protocole no 1.<\/p>\n<p>Ils se plaignent enfin d\u2019avoir subi une discrimination dans la jouissance de leur droit \u00e0 la libert\u00e9 d\u2019association. Ils invoquent \u00e0 cet \u00e9gard l\u2019article 14 de la Convention, lu conjointement avec son article\u00a011.<\/p>\n<p>90. La Cour consid\u00e8re qu\u2019elle a, dans le cadre de son examen des griefs formul\u00e9s par les requ\u00e9rants sur le terrain des articles 6 et 11 de la Convention, suffisamment tenu compte des circonstances qu\u2019ils d\u00e9noncent. Par cons\u00e9quent, eu \u00e9gard aux conclusions auxquelles elle est parvenue sous l\u2019angle de ces dispositions (paragraphes 57 et 88 ci-dessus), elle estime qu\u2019il n\u2019y a pas lieu d\u2019examiner s\u00e9par\u00e9ment ni la recevabilit\u00e9 ni le bien-fond\u00e9 des griefs soulev\u00e9s par les requ\u00e9rants au titre de l\u2019article 14 de la Convention combin\u00e9 avec son article 11 et de l\u2019article 1 du Protocole no 1.<\/p>\n<p><strong>V. SUR L\u2019APPLICATION DE L\u2019ARTICLE\u00a041 DE LA CONVENTION<\/strong><\/p>\n<p>91. Aux termes de l\u2019article\u00a041 de la Convention\u00a0:<\/p>\n<p>\u00ab\u00a0Si la Cour d\u00e9clare qu\u2019il y a eu violation de la Convention ou de ses Protocoles, et si le droit interne de la Haute Partie contractante ne permet d\u2019effacer qu\u2019imparfaitement les cons\u00e9quences de cette violation, la Cour accorde \u00e0 la partie l\u00e9s\u00e9e, s\u2019il y a lieu, une satisfaction \u00e9quitable.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p><strong>A. Dommage<\/strong><\/p>\n<p>92. Les requ\u00e9rants demandent 5\u00a0283\u00a0euros (EUR) pour dommage mat\u00e9riel, somme qui correspond au montant de l\u2019amende dont ils ont d\u00fb s\u2019acquitter. Ils r\u00e9clament \u00e9galement 50\u00a0000 EUR au titre du dommage moral qu\u2019ils estiment avoir subi.<\/p>\n<p>93. Le Gouvernement conteste ces demandes.<\/p>\n<p>94. La Cour rel\u00e8ve que l\u2019amende inflig\u00e9e au requ\u00e9rant est la cons\u00e9quence directe de la violation constat\u00e9e sur le terrain de l\u2019article 11 de la Convention. Il y a donc lieu d\u2019ordonner le remboursement int\u00e9gral aux int\u00e9ress\u00e9s de la somme acquitt\u00e9e par M.\u00a0Korkut. Elle alloue en cons\u00e9quence conjointement aux requ\u00e9rants 5\u00a0283\u00a0EUR au titre du dommage mat\u00e9riel.<\/p>\n<p>95. En ce qui concerne le dommage moral, la Cour reconna\u00eet que les circonstances d\u00e9nonc\u00e9es par les requ\u00e9rants ont pu les plonger dans un certain d\u00e9sarroi. Statuant en \u00e9quit\u00e9 comme le veut l\u2019article\u00a041 de la Convention, elle alloue conjointement aux requ\u00e9rants 2\u00a0000 EUR pour dommage moral, plus tout montant pouvant \u00eatre d\u00fb \u00e0 titre d\u2019imp\u00f4t sur cette somme.<\/p>\n<p><strong>B. Frais et d\u00e9pens<\/strong><\/p>\n<p>96. Les requ\u00e9rants r\u00e9clament 6\u00a0516 EUR au titre des frais et d\u00e9pens qu\u2019ils disent avoir engag\u00e9s dans le cadre des proc\u00e9dures men\u00e9es par eux devant les juridictions internes et devant la Cour. Ils soumettent \u00e0 la Cour une liste d\u00e9taill\u00e9e de travaux et actes effectu\u00e9s par leurs avocats aussi bien devant les juridictions internes que devant la Cour.<\/p>\n<p>97. Le Gouvernement conteste cette demande.<\/p>\n<p>98. Selon la jurisprudence de la Cour, un requ\u00e9rant ne peut obtenir le remboursement de ses frais et d\u00e9pens que dans la mesure o\u00f9 se trouvent \u00e9tablis leur r\u00e9alit\u00e9, leur n\u00e9cessit\u00e9 et le caract\u00e8re raisonnable de leur taux (voir, parmi beaucoup d\u2019autres, H.F. et autres c. France [GC], nos\u00a024384\/19 et\u00a044234\/20, \u00a7 291, 14 septembre 2022). En l\u2019esp\u00e8ce, compte tenu des documents en sa possession et des crit\u00e8res susmentionn\u00e9s, la Cour juge raisonnable d\u2019allouer conjointement aux requ\u00e9rants la somme de 5\u00a0000\u00a0EUR tous frais confondus, plus tout montant pouvant \u00eatre d\u00fb \u00e0 titre d\u2019imp\u00f4t sur cette somme.<\/p>\n<p><strong>PAR CES MOTIFS, LA COUR, \u00c0 L\u2019UNANIMIT\u00c9,<\/strong><\/p>\n<p>1. Joint au fond l\u2019exception pr\u00e9liminaire d\u2019incompatibilit\u00e9 ratione materiae soulev\u00e9e par le Gouvernement relativement au grief fond\u00e9 sur l\u2019article\u00a011 de la Convention et la rejette\u00a0;<\/p>\n<p>2. D\u00e9clare recevables les griefs de d\u00e9faut de motivation des d\u00e9cisions judiciaires (article 6 \u00a7 1 de la Convention) et d\u2019atteinte au droit \u00e0 la libert\u00e9 d\u2019association (article 11 de la Convention)\u00a0;<\/p>\n<p>3. D\u00e9clare irrecevables les griefs relatifs \u00e0 un d\u00e9faut de communication des documents et observations vers\u00e9s au dossier par la partie adverse et \u00e0 la non-tenue d\u2019une audience (article 6 \u00a7 1 de la Convention)\u00a0;<\/p>\n<p>4. Dit qu\u2019il y a eu violation de l\u2019article 6 \u00a7 1 de la Convention \u00e0 raison du d\u00e9faut de motivation\u00a0;<\/p>\n<p>5. Dit qu\u2019il y a eu violation de l\u2019article 11 de la Convention\u00a0;<\/p>\n<p>6. Dit qu\u2019il n\u2019y a pas lieu d\u2019examiner s\u00e9par\u00e9ment ni la recevabilit\u00e9 ni le<br \/>\nbien-fond\u00e9 des griefs fond\u00e9s sur l\u2019article 14 de la Convention combin\u00e9 avec son article\u00a011 et sur l\u2019article\u00a01 du Protocole no 1\u00a0;<\/p>\n<p>7. Dit<\/p>\n<p>a) que l\u2019\u00c9tat d\u00e9fendeur doit verser conjointement aux requ\u00e9rants, dans un d\u00e9lai de trois mois \u00e0 compter de la date \u00e0 laquelle l\u2019arr\u00eat sera devenu d\u00e9finitif conform\u00e9ment \u00e0 l\u2019article\u00a044 \u00a7\u00a02 de la Convention, les sommes suivantes, \u00e0 convertir dans la monnaie de l\u2019\u00c9tat d\u00e9fendeur au taux applicable \u00e0 la date du r\u00e8glement\u00a0:<\/p>\n<p>i. 5\u00a0283\u00a0EUR (cinq mille deux cent quatre-vingt-trois euros), plus tout montant pouvant \u00eatre d\u00fb \u00e0 titre d\u2019imp\u00f4t sur cette somme, pour dommage mat\u00e9riel\u00a0;<\/p>\n<p>ii. 2\u00a0000\u00a0EUR (deux mille euros), plus tout montant pouvant \u00eatre d\u00fb \u00e0 titre d\u2019imp\u00f4t sur cette somme, pour dommage moral\u00a0;<\/p>\n<p>iii. 5\u00a0000\u00a0EUR (cinq mille euros), plus tout montant pouvant \u00eatre d\u00fb par les requ\u00e9rants \u00e0 titre d\u2019imp\u00f4t sur cette somme, pour frais et d\u00e9pens\u00a0;<\/p>\n<p>b) qu\u2019\u00e0 compter de l\u2019expiration dudit d\u00e9lai et jusqu\u2019au versement, ces montants seront \u00e0 majorer d\u2019un int\u00e9r\u00eat simple \u00e0 un taux \u00e9gal \u00e0 celui de la facilit\u00e9 de pr\u00eat marginal de la Banque centrale europ\u00e9enne applicable pendant cette p\u00e9riode, augment\u00e9 de trois points de pourcentage\u00a0;<\/p>\n<p>8. Rejette la demande de satisfaction \u00e9quitable pour le surplus.<\/p>\n<p>Fait en fran\u00e7ais, puis communiqu\u00e9 par \u00e9crit le 9 mai 2023, en application de l\u2019article\u00a077\u00a0\u00a7\u00a7\u00a02 et\u00a03 du r\u00e8glement.<\/p>\n<p>Hasan Bak\u0131rc\u0131\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0 \u00a0 \u00a0 Arnfinn B\u00e5rdsen<br \/>\nGreffier\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0 Pr\u00e9sident<\/p>\n<div class=\"social-share-buttons\"><a href=\"https:\/\/www.facebook.com\/sharer\/sharer.php?u=https:\/\/loisdumonde.com\/?p=1991\" target=\"_blank\" rel=\"noopener\">Facebook<\/a><a href=\"https:\/\/twitter.com\/intent\/tweet?url=https:\/\/loisdumonde.com\/?p=1991&text=AFFAIRE+KORKUT+ET+AMNESTY+INTERNATIONAL+T%C3%9CRK%C4%B0YE+c.+T%C3%9CRK%C4%B0YE+%E2%80%93+61177%2F09\" target=\"_blank\" rel=\"noopener\">Twitter<\/a><a href=\"https:\/\/www.linkedin.com\/shareArticle?url=https:\/\/loisdumonde.com\/?p=1991&title=AFFAIRE+KORKUT+ET+AMNESTY+INTERNATIONAL+T%C3%9CRK%C4%B0YE+c.+T%C3%9CRK%C4%B0YE+%E2%80%93+61177%2F09\" target=\"_blank\" rel=\"noopener\">LinkedIn<\/a><a href=\"https:\/\/pinterest.com\/pin\/create\/button\/?url=https:\/\/loisdumonde.com\/?p=1991&description=AFFAIRE+KORKUT+ET+AMNESTY+INTERNATIONAL+T%C3%9CRK%C4%B0YE+c.+T%C3%9CRK%C4%B0YE+%E2%80%93+61177%2F09\" target=\"_blank\" rel=\"noopener\">Pinterest<\/a><\/div>","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>L\u2019affaire concerne l\u2019imposition au pr\u00e9sident de la section turque d\u2019Amnesty International d\u2019une amende administrative pour non-respect d\u2019une disposition l\u00e9gale exigeant des associations FacebookTwitterLinkedInPinterest<\/p>\n<p class=\"more-link-p\"><a class=\"more-link\" href=\"https:\/\/loisdumonde.com\/?p=1991\">Read more &rarr;<\/a><\/p>\n","protected":false},"author":1,"featured_media":0,"comment_status":"open","ping_status":"open","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"_lmt_disableupdate":"","_lmt_disable":"","footnotes":""},"categories":[1],"tags":[],"class_list":["post-1991","post","type-post","status-publish","format-standard","hentry","category-cour-europeenne-des-droits-de-lhomme"],"modified_by":"loisdumonde","_links":{"self":[{"href":"https:\/\/loisdumonde.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/1991","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/loisdumonde.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/loisdumonde.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/loisdumonde.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/users\/1"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/loisdumonde.com\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcomments&post=1991"}],"version-history":[{"count":1,"href":"https:\/\/loisdumonde.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/1991\/revisions"}],"predecessor-version":[{"id":1992,"href":"https:\/\/loisdumonde.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/1991\/revisions\/1992"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/loisdumonde.com\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fmedia&parent=1991"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/loisdumonde.com\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcategories&post=1991"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/loisdumonde.com\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Ftags&post=1991"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}