{"id":1983,"date":"2023-05-04T13:12:14","date_gmt":"2023-05-04T13:12:14","guid":{"rendered":"https:\/\/loisdumonde.com\/?p=1983"},"modified":"2023-05-04T13:12:14","modified_gmt":"2023-05-04T13:12:14","slug":"affaire-a-c-et-m-c-c-france-4289-21","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/loisdumonde.com\/?p=1983","title":{"rendered":"AFFAIRE A.C. ET M.C. c. FRANCE &#8211; 4289\/21"},"content":{"rendered":"<p style=\"text-align: center;\">CINQUI\u00c8ME SECTION<br \/>\n<strong>AFFAIRE A.C. ET M.C. c. FRANCE<\/strong><br \/>\n(Requ\u00eate no 4289\/21)<\/p>\n<p>Art 3 (mat\u00e9riel) \u2022 Traitement inhumain et d\u00e9gradant<!--more--> \u2022 Placement en r\u00e9tention administrative durant neuf jours d\u2019une m\u00e8re et de son fils mineur, \u00e2g\u00e9 de sept mois et demi, en vue de leur transfert vers l\u2019Espagne \u2022 Conditions d\u2019accueil au centre de r\u00e9tention sources importantes de stress et d\u2019angoisse pour un enfant en bas \u00e2ge d\u00e9passant le seuil de gravit\u00e9 de l\u2019art 3 au regard de l\u2019\u00e9coulement du temps<br \/>\nArt 5 \u00a7 1 \u2022 Arrestation ou d\u00e9tention r\u00e9guli\u00e8res \u2022 Prolongation de vingt-huit jours de la r\u00e9tention administrative sans v\u00e9rification suffisante qu\u2019elle constituait une mesure de dernier ressort sans substitution possible d\u2019une autre moins restrictive<br \/>\nArt 5 \u00a7 4 \u2022 Absence de contr\u00f4le de la l\u00e9galit\u00e9 de la prolongation de la r\u00e9tention administrative<\/p>\n<p style=\"text-align: center;\">ARR\u00caT<br \/>\nSTRASBOURG<br \/>\n4 mai 2023<\/p>\n<p>Cet arr\u00eat deviendra d\u00e9finitif dans les conditions d\u00e9finies \u00e0 l\u2019article 44 \u00a7 2 de la Convention. Il peut subir des retouches de forme.<\/p>\n<p><strong>En l\u2019affaire A.C. et M.C. c. France,<\/strong><\/p>\n<p>La Cour europ\u00e9enne des droits de l\u2019homme (cinqui\u00e8me section), si\u00e9geant en une Chambre compos\u00e9e de\u00a0:<\/p>\n<p>Georges Ravarani, pr\u00e9sident,<br \/>\nCarlo Ranzoni,<br \/>\nLado Chanturia,<br \/>\nMar\u00eda El\u00f3segui,<br \/>\nMattias Guyomar,<br \/>\nKate\u0159ina \u0160im\u00e1\u010dkov\u00e1,<br \/>\nMykola Gnatovskyy, juges,<br \/>\net de Victor Soloveytchik, greffier de section,<\/p>\n<p>Vu\u00a0:<\/p>\n<p>la requ\u00eate (no\u00a04289\/21) contre la R\u00e9publique fran\u00e7aise et dont deux ressortissants guin\u00e9ens, Mme A.C. et M. M.C. (respectivement \u00ab\u00a0la requ\u00e9rante\u00a0\u00bb et \u00ab\u00a0le requ\u00e9rant\u00a0\u00bb) ont saisi la Cour le 20 janvier 2021 en vertu de l\u2019article\u00a034 de la Convention de sauvegarde des droits de l\u2019homme et des libert\u00e9s fondamentales (\u00ab\u00a0la Convention\u00a0\u00bb),<\/p>\n<p>la d\u00e9cision de porter \u00e0 la connaissance du gouvernement fran\u00e7ais (\u00ab\u00a0le Gouvernement\u00a0\u00bb) les griefs tir\u00e9s des articles 3 (\u00e0 l\u2019\u00e9gard des deux requ\u00e9rants), 5 \u00a7 1 (\u00e0 l\u2019\u00e9gard du requ\u00e9rant), 5 \u00a7 4 (\u00e0 l\u2019\u00e9gard du requ\u00e9rant) et 8 (\u00e0 l\u2019\u00e9gard des deux requ\u00e9rants) et de d\u00e9clarer irrecevable la requ\u00eate pour le surplus ,<\/p>\n<p>la d\u00e9cision de ne pas d\u00e9voiler l\u2019identit\u00e9 des requ\u00e9rants,<\/p>\n<p>la d\u00e9cision de traiter en priorit\u00e9 la requ\u00eate (article 41 du r\u00e8glement de la Cour (\u00ab\u00a0le r\u00e8glement\u00a0\u00bb)),<\/p>\n<p>la mesure provisoire indiqu\u00e9e au gouvernement d\u00e9fendeur en vertu de l\u2019article 39 du r\u00e8glement,<\/p>\n<p>les observations communiqu\u00e9es par le gouvernement d\u00e9fendeur et celles communiqu\u00e9es en r\u00e9plique par les requ\u00e9rants,<\/p>\n<p>les observations communiqu\u00e9es par le D\u00e9fenseur des droits, dont la pr\u00e9sidente de la section avait autoris\u00e9 la tierce intervention,<\/p>\n<p>Apr\u00e8s en avoir d\u00e9lib\u00e9r\u00e9 en chambre du conseil le 21 mars 2023,<\/p>\n<p>Rend l\u2019arr\u00eat que voici, adopt\u00e9 \u00e0 cette date\u00a0:<\/p>\n<p><strong>INTRODUCTION<\/strong><\/p>\n<p>1. La requ\u00eate concerne le placement en r\u00e9tention administrative d\u2019une m\u00e8re et de son fils mineur, \u00e2g\u00e9 de sept mois et demi au moment des faits, sur une p\u00e9riode de neuf jours en vue de leur transfert vers l\u2019Espagne en application du r\u00e8glement (UE) no 604\/2013 du Parlement europ\u00e9en et du Conseil, du 26\u00a0juin 2013 (dit \u00ab\u00a0r\u00e8glement Dublin III\u00a0\u00bb).<\/p>\n<p>2. Les requ\u00e9rants soutiennent que leur placement et leur maintien en r\u00e9tention administrative est contraire aux articles 3 et 8 de la Convention. Le requ\u00e9rant mineur invoque \u00e9galement la violation des articles 5\u00a0\u00a7 1\u00a0f) et 5 \u00a7\u00a04 de la Convention.<\/p>\n<p><strong>EN FAIT<\/strong><\/p>\n<p>3. Les requ\u00e9rants sont n\u00e9s en 1997 et en 2020 et ont \u00e9t\u00e9 repr\u00e9sent\u00e9s par Me\u00a0S. Airiau, avocat.<\/p>\n<p>4. Le Gouvernement a \u00e9t\u00e9 repr\u00e9sent\u00e9 par son agent, D. Colas, directeur des affaires juridiques au minist\u00e8re de l\u2019Europe et des Affaires \u00e9trang\u00e8res.<\/p>\n<p><strong>I. P\u00c9RIODE ANT\u00c9RIEURE AU PLACEMENT EN R\u00c9TENTION<\/strong><\/p>\n<p>5. En juillet 2020, les requ\u00e9rants entr\u00e8rent en France afin d\u2019y demander l\u2019asile. Le 23 octobre 2020, la pr\u00e9f\u00e8te du Bas-Rhin ordonna le transfert de la requ\u00e9rante aux autorit\u00e9s espagnoles, responsables de l\u2019examen de la demande d\u2019asile de la requ\u00e9rante. Le 9 novembre 2020, cette derni\u00e8re qui refusa l\u2019aide au transfert volontaire vers l\u2019Espagne fit l\u2019objet d\u2019un arr\u00eat\u00e9 d\u2019assignation \u00e0 r\u00e9sidence pour une dur\u00e9e de 45 jours. Par un jugement du 18\u00a0novembre 2020, le tribunal administratif de Nancy annula cet arr\u00eat\u00e9 en tant seulement qu\u2019il obligeait la requ\u00e9rante \u00e0 se pr\u00e9senter au commissariat avec son enfant.<\/p>\n<p><strong>II. P\u00c9RIODE POST\u00c9RIEURE AU PLACEMENT EN R\u00c9TENTION<\/strong><\/p>\n<p>6. Par arr\u00eat\u00e9 du 12 janvier 2021, la pr\u00e9f\u00e8te ordonna le placement de la requ\u00e9rante en centre de r\u00e9tention administrative pour une dur\u00e9e de 48\u00a0heures, dans le cadre de la mise en \u0153uvre de la proc\u00e9dure de transfert. Celle-ci et son fils furent plac\u00e9s au centre de r\u00e9tention administrative de Metz-Queuleu. Les principaux motifs de cet arr\u00eat\u00e9 sont les suivants\u00a0:<\/p>\n<p>\u00ab\u00a0(&#8230;) CONSID\u00c9RANT qu\u2019il ressort des pi\u00e8ces du dossier de Mme A.C. que celle-ci ne pr\u00e9sente pas les garanties propres \u00e0 pr\u00e9venir le risque qu\u2019elle se soustraie \u00e0 l\u2019ex\u00e9cution de la d\u00e9cision de transfert dont elle fait l\u2019objet, ceci dans la mesure o\u00f9 elle a dissimul\u00e9 des \u00e9l\u00e9ments de son identit\u00e9 en d\u00e9clarant plusieurs dates de naissance (article L 551-1 II 7o), et o\u00f9 elle a explicitement d\u00e9clar\u00e9 son intention de ne pas se conformer \u00e0 la proc\u00e9dure de son transfert vers l\u2019Espagne en refusant la proposition d\u2019aide au transfert volontaire (article L 551-1 II 12o)\u00a0;<\/p>\n<p>CONSID\u00c9RANT que Mme A.C. a \u00e9t\u00e9 interpell\u00e9e par les services de police lors de son pointage au commissariat de Mont-Saint-Martin\u00a0;<\/p>\n<p>CONSID\u00c9RANT que l\u2019int\u00e9ress\u00e9e d\u00e9clare \u00eatre c\u00e9libataire, avoir un enfant mineur, M.C., qui l\u2019accompagne, qu\u2019il ne ressort ni des d\u00e9clarations de l\u2019int\u00e9ress\u00e9e, ni des pi\u00e8ces du dossier, un quelconque \u00e9tat de vuln\u00e9rabilit\u00e9 susceptible de s\u2019opposer \u00e0 un placement en r\u00e9tention\u00a0; que, toutefois, l\u2019int\u00e9ress\u00e9e a la possibilit\u00e9 de demander une \u00e9valuation de son \u00e9tat de vuln\u00e9rabilit\u00e9 au centre de r\u00e9tention administrative\u00a0;<\/p>\n<p>CONSID\u00c9RANT que le transfert de l\u2019int\u00e9ress\u00e9e aux autorit\u00e9s espagnoles, lesquelles ont donn\u00e9 leur accord de prise en charge de l\u2019int\u00e9ress\u00e9e en date du 31\u00a0juillet 2020, accord valable jusqu\u2019au 18 mai 2021 en raison du recours d\u00e9pos\u00e9 par l\u2019int\u00e9ress\u00e9e, demeure une perspective raisonnable\u00a0;<\/p>\n<p>CONSID\u00c9RANT que dans ces conditions, au regard du risque de soustraction \u00e0 l\u2019ex\u00e9cution de la d\u00e9cision de transfert tel qu\u2019\u00e9nonc\u00e9 pr\u00e9c\u00e9demment, des mesures de surveillance semblent indispensables\u00a0; qu\u2019il convient de maintenir Mme A.C. dans des locaux ne relevant pas de l\u2019administration p\u00e9nitentiaire pendant le temps strictement n\u00e9cessaire \u00e0 la mise en \u0153uvre de son transfert vers l\u2019Espagne, \u00c9tat responsable de sa demande d\u2019asile\u00a0; (&#8230;)\u00a0\u00bb.<\/p>\n<p>7. Par deux ordonnances du 14 janvier 2021, le juge des libert\u00e9s et de la d\u00e9tention du tribunal judiciaire de Metz, saisi par le pr\u00e9fet et par les requ\u00e9rants, rejeta les recours des requ\u00e9rants contre l\u2019arr\u00eat\u00e9 de placement en r\u00e9tention et fit droit \u00e0 la demande de prolongation de la r\u00e9tention de la requ\u00e9rante pour une dur\u00e9e de 28 jours.<\/p>\n<p>8. Les motifs de l\u2019ordonnance relative \u00e0 Mme A.C. et portant sur la l\u00e9galit\u00e9 de l\u2019arr\u00eat\u00e9 sont les suivants :<\/p>\n<p>\u00ab\u00a0(&#8230;) I. Sur la contestation de l\u2019arr\u00eat\u00e9 de r\u00e9tention<\/p>\n<p>&#8211; Sur les moyens tir\u00e9s de l\u2019insuffisance de motivation en fait, en droit et au regard du risque non n\u00e9gligeable de fuite et de l\u2019\u00e9tat de vuln\u00e9rabilit\u00e9<\/p>\n<p>Attendu que A.C. fait valoir que l\u2019arr\u00eat\u00e9 de placement en r\u00e9tention est insuffisamment motiv\u00e9 en droit en ce qu\u2019il vise l\u2019article L 551-1 du CESEDA sans pr\u00e9ciser l\u2019alin\u00e9a sur lequel se fonde le placement en r\u00e9tention\u00a0;<\/p>\n<p>(&#8230;)<\/p>\n<p>Que [l\u2019article] L 551-1 III bis dispose que \u00ab\u00a0Les I et II du pr\u00e9sent article ne sont pas applicables \u00e0 l\u2019\u00e9tranger accompagn\u00e9 d\u2019un mineur, sauf, notamment,<\/p>\n<p>3o \u00ab\u00a0Si en consid\u00e9ration de l\u2019int\u00e9r\u00eat du mineur, le placement en r\u00e9tention de l\u2019\u00e9tranger dans les quarante-huit heures pr\u00e9c\u00e9dant le d\u00e9part programm\u00e9 pr\u00e9serve l\u2019int\u00e9ress\u00e9 et le mineur qui l\u2019accompagne des contraintes li\u00e9es aux n\u00e9cessit\u00e9s du transfert\u00a0\u00bb\u00a0;<\/p>\n<p>Que pr\u00e9cis\u00e9ment en l\u2019esp\u00e8ce le placement en r\u00e9tention de l\u2019int\u00e9ress\u00e9e en consid\u00e9ration du vol vers l\u2019Espagne sollicit\u00e9 pour elle et son enfant mineur le 1er d\u00e9cembre 2020 et obtenu pour le 14 janvier \u00e0 15 heures 20 soit dans les 48 heures du placement en r\u00e9tention\u00a0;<\/p>\n<p>Qu\u2019au regard de la r\u00e9servation de ce vol dont il est justifi\u00e9 au dossier, c\u2019est sans erreur de droit que le pr\u00e9fet a pu fonder la d\u00e9cision de placement en r\u00e9tention d\u2019A.C. sur l\u2019article L. 551-1 II, au regard du risque non n\u00e9gligeable de fuite caract\u00e9ris\u00e9 en fait\u00a0;<\/p>\n<p>Que la situation familiale de l\u2019int\u00e9ress\u00e9e, accompagn\u00e9e de l\u2019enfant mineur M.C., est mentionn\u00e9e dans l\u2019arr\u00eat\u00e9 contest\u00e9\u00a0;<\/p>\n<p>Que l\u2019arr\u00eat\u00e9 de placement en r\u00e9tention pr\u00e9cise qu\u2019il ne ressort ni des d\u00e9clarations de l\u2019int\u00e9ress\u00e9e, ni des pi\u00e8ces du dossier, un quelconque \u00e9tat de vuln\u00e9rabilit\u00e9 susceptible de s\u2019opposer au placement en r\u00e9tention\u00a0; qu\u2019il rappelle que l\u2019int\u00e9ress\u00e9e a la possibilit\u00e9 de demander une \u00e9valuation de son \u00e9tat de vuln\u00e9rabilit\u00e9 au centre de r\u00e9tention administrative\u00a0;<\/p>\n<p>Qu\u2019au demeurant, et au regard de l\u2019article L 744-6 du CESEDA qui d\u00e9finit l\u2019\u00e9tat de vuln\u00e9rabilit\u00e9, il y a lieu de constater qu\u2019A.C. n\u2019est pas mineure elle-m\u00eame, qu\u2019elle n\u2019est pas non plus handicap\u00e9e, qu\u2019elle ne pr\u00e9tend pas avoir \u00e9t\u00e9 victime de torture ou de viol ou de traite des \u00eatres humains, qu\u2019elle ne fait pas \u00e9tat de troubles mentaux et ne justifie d\u2019aucune maladie grave\u00a0; qu\u2019elle n\u2019est pas non plus mutique\u00a0;<\/p>\n<p>Que l\u2019arr\u00eate contest\u00e9 est suffisamment motiv\u00e9 en fait et en droit, tant au regard du risque non n\u00e9gligeable de fuite qu\u2019au regard d\u2019un \u00e9ventuel \u00e9tat de vuln\u00e9rabilit\u00e9\u00a0;<\/p>\n<p>(&#8230;)<\/p>\n<p>&#8211; Sur les moyens tir\u00e9s de l\u2019erreur de droit et de l\u2019erreur d\u2019appr\u00e9ciation au regard du risque non n\u00e9gligeable de fuite<\/p>\n<p>(&#8230;)<\/p>\n<p>Qu\u2019au regard des deux crit\u00e8res pr\u00e9cis\u00e9ment vis\u00e9s par l\u2019arr\u00eat\u00e9 contest\u00e9, le risque non n\u00e9gligeable de fuite de l\u2019int\u00e9ress\u00e9e est \u00e9tabli\u00a0; qu\u2019en effet, il a \u00e9t\u00e9 constat\u00e9 \u00e0 deux reprises son refus explicite de se conformer \u00e0 la d\u00e9cision de transfert les 9\u00a0novembre 2020 et 12 janvier 2021\u00a0;<\/p>\n<p>Qu\u2019il y a encore lieu de (illisible) pr\u00e9cis\u00e9ment envisager une alternative \u00e0 la r\u00e9tention puisque la requ\u00e9rante a b\u00e9n\u00e9fici\u00e9 d\u2019une assignation \u00e0 r\u00e9sidence concomitamment \u00e0 la notification de l\u2019arr\u00eat\u00e9 de transfert et renouvel\u00e9e dans l\u2019attente de la disponibilit\u00e9 d\u2019un moyen de transport\u00a0;<\/p>\n<p>(&#8230;)<\/p>\n<p>&#8211; Sur le moyen tir\u00e9 de l\u2019erreur d\u2019appr\u00e9ciation au regard de l\u2019\u00e9tat de vuln\u00e9rabilit\u00e9 et de l\u2019int\u00e9r\u00eat sup\u00e9rieur de l\u2019enfant<\/p>\n<p>Attendu qu\u2019ainsi qu\u2019il a d\u00e9j\u00e0 \u00e9t\u00e9 relev\u00e9, A.C. ne pr\u00e9tend pas et ne justifie pas davantage d\u2019un \u00e9ventuel \u00e9tat de vuln\u00e9rabilit\u00e9 qui s\u2019opposerait au placement en r\u00e9tention dont elle fait personnellement l\u2019objet\u00a0;<\/p>\n<p>Que la requ\u00e9rante ne saurait, pour \u00e9viter d\u2019\u00eatre elle-m\u00eame plac\u00e9e en r\u00e9tention, se retrancher derri\u00e8re l\u2019int\u00e9r\u00eat de l\u2019enfant mineur M.C., n\u00e9 en Espagne\u00a0;<\/p>\n<p>Sur les moyens tir\u00e9s de la violation des articles 3 (traitement inhumain et d\u00e9gradant), 8 (vie priv\u00e9e et familiale) et 5\u00a71 (droit \u00e0 la s\u00fbret\u00e9 et \u00e0 la libert\u00e9) de la Convention europ\u00e9enne de sauvegarde des droits l\u2019homme (CESDH)\u00a0:<\/p>\n<p>Attendu que l\u2019inadaptation invoqu\u00e9e du centre de r\u00e9tention aux enfants mineurs est sans emport sur la validit\u00e9 de la mesure de r\u00e9tention dont fait personnellement l\u2019objet A.C.\u00a0;<\/p>\n<p>Attendu, qu\u2019au regard de l\u2019article 5\u00a71 de la CEDH, qu\u2019il est \u00e0 nouveau rappel\u00e9 qu\u2019A.C., b\u00e9n\u00e9ficiaire d\u2019une assignation \u00e0 r\u00e9sidence, a \u00e9t\u00e9 plac\u00e9e en r\u00e9tention 48 heures avant son d\u00e9part programm\u00e9 pour l\u2019Espagne de sorte que le placement en r\u00e9tention a \u00e9t\u00e9 envisag\u00e9 par le pr\u00e9fet comme devant \u00eatre strictement limit\u00e9 dans le temps, et pour les seules contraintes du transfert\u00a0;<\/p>\n<p>Attendu en outre que l\u2019arr\u00eat\u00e9 attaqu\u00e9 portant placement de l\u2019int\u00e9ress\u00e9e en r\u00e9tention administrative pour une dur\u00e9e de 48 heures ne porte, par lui-m\u00eame, aucune atteinte au droit de la requ\u00e9rante \u00e0 mener une vie familiale normale\u00a0; qu\u2019au demeurant, il doit \u00eatre observ\u00e9 qu\u2019il a \u00e9t\u00e9 plac\u00e9 en r\u00e9tention avec sa compagne et son enfant,<\/p>\n<p>(&#8230;)<\/p>\n<p>&#8211; Sur le moyen tir\u00e9 de l\u2019irr\u00e9gularit\u00e9 de son placement en r\u00e9tention dans une zone accueillant d\u2019autres personnes (femmes isol\u00e9es)<\/p>\n<p>(&#8230;)<\/p>\n<p>Que force est de constater qu\u2019A.C. ne rapporte la preuve de ce qu\u2019elle-m\u00eame et son fils n\u2019ont pas b\u00e9n\u00e9fici\u00e9 de chambre isol\u00e9es et adapt\u00e9es\u00a0; que la pr\u00e9sence de femmes isol\u00e9es dans le m\u00eame b\u00e2timent n\u2019a pas pour effet de rendre leur s\u00e9jour irr\u00e9gulier\u00a0;<\/p>\n<p>(&#8230;)\u00a0\u00bb.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>9. Les motifs de cette m\u00eame ordonnance et portant sur la prolongation de la r\u00e9tention administrative sont les suivants\u00a0:<\/p>\n<p>\u00ab\u00a0II. Sur la demande de prolongation<\/p>\n<p>Attendu que Mme A.C. a fait l\u2019objet d\u2019une d\u00e9cision de transfert vers l\u2019Espagne, \u00c9tat membre responsable de l\u2019examen d\u2019une demande de protection internationale en application du r\u00e8glement (UE) no 604\/2013 du Parlement europ\u00e9en et du Conseil du 26\u00a0juin 2013 et de l\u2019article L. 742-3 du Code de l\u2019Entr\u00e9e et du S\u00e9jour des \u00c9trangers et du Droit d\u2019Asile\u00a0:<\/p>\n<p>Que des contraintes mat\u00e9rielles ne permettent pas \u00e0 la personne retenue de quitter le territoire dans les 48 heures suivant la notification de la d\u00e9cision de placement la concernant\u00a0;<\/p>\n<p>Que son \u00e9loignement demeure n\u00e9anmoins une perspective raisonnable dans la mesure o\u00f9 un vol \u00e0 destination de l\u2019Espagne a \u00e9t\u00e9 obtenu ce jour \u00e0 15 heures 20\u00a0;<\/p>\n<p>Attendu par ailleurs que Mme A.C. ne pr\u00e9sente pas de garanties de repr\u00e9sentation effectives propres \u00e0 pr\u00e9venir le risque de la voir se soustraire \u00e0 son obligation consistant \u00e0 quitter le territoire en ce qu\u2019elle est en situation irr\u00e9guli\u00e8re sur le territoire fran\u00e7ais\u00a0;<\/p>\n<p>Qu\u2019elle ne dispose pas de documents d\u2019identit\u00e9 ou de voyage (passeport) en cours de validit\u00e9\u00a0;<\/p>\n<p>Qu\u2019elle ne peut justifier d\u2019une r\u00e9sidence effective ou d\u2019un h\u00e9bergement stable en France\u00a0;<\/p>\n<p>Qu\u2019elle ne satisfait donc pas aux conditions pr\u00e9vues par les articles L. 552-4 et L.\u00a0552-5 du Code de l\u2019Entr\u00e9e et du S\u00e9jour des \u00c9trangers et du Droit d\u2019Asile, de sorte qu\u2019elle ne peut b\u00e9n\u00e9ficier d\u2019une assignation \u00e0 r\u00e9sidence judiciaire\u00a0;<\/p>\n<p>Qu\u2019elle a par ailleurs affirm\u00e9 ne pas vouloir se conformer \u00e0 la d\u00e9cision de transfert\u00a0;<\/p>\n<p>Que d\u00e8s lors, il est \u00e0 craindre que Mme A.C. ne se soustraie \u00e0 la mesure d\u2019\u00e9loignement dont elle fait l\u2019objet si elle devait \u00eatre livr\u00e9e \u00e0 elle-m\u00eame hors de tout cadre contraint\u00a0;<\/p>\n<p>Qu\u2019en tout \u00e9tat de cause, une mesure d\u2019assignation \u00e0 r\u00e9sidence serait manifestement insuffisante \u00e0 pr\u00e9venir ce risque de fuite\u00a0;<\/p>\n<p>Qu\u2019en cons\u00e9quence, il y a lieu de faire droit \u00e0 la demande en ordonnant la prolongation de la mesure de placement en r\u00e9tention administrative pour une dur\u00e9e de 28 jours\u00a0(&#8230;)\u00a0\u00bb.<\/p>\n<p>10. Les principaux motifs de l\u2019ordonnance relative \u00e0 M. M.C. sont les suivants\u00a0:<\/p>\n<p>\u00ab (&#8230;)\u00a0&#8211; Sur le droit au recours pour son enfant mineur<\/p>\n<p>Attendu qu\u2019en application des dispositions de l\u2019article L 511-4 du code de l\u2019entr\u00e9e et du s\u00e9jour des \u00e9trangers et du droit d\u2019asile, un \u00e9tranger mineur de 18 ans ne peut faire l\u2019objet d\u2019une obligation de quitter le territoire ou plus g\u00e9n\u00e9ralement d\u2019une d\u00e9cision d\u2019\u00e9loignement et donc d\u2019une mesure de r\u00e9tention\u00a0;<\/p>\n<p>Attendu toutefois que dans certaines hypoth\u00e8ses limitativement pr\u00e9vues par la loi, un mineur peut de fait \u00eatre plac\u00e9 en r\u00e9tention lorsqu\u2019il accompagne un majeur\u00a0;<\/p>\n<p>Que nonobstant l\u2019absence de d\u00e9cision de placement le concernant, un mineur dispose d\u2019un droit propre \u00e0 contester sa r\u00e9tention\u00a0; qu\u2019il doit donc pouvoir b\u00e9n\u00e9ficier d\u2019un recours devant le Juge des Libert\u00e9s et de la D\u00e9tention\u00a0;<\/p>\n<p>Attendu qu\u2019en ce cas, il appartient au mineur de former un recours par l\u2019interm\u00e9diaire de ses repr\u00e9sentant l\u00e9gaux\u00a0;<\/p>\n<p>Attendu qu\u2019en l\u2019esp\u00e8ce, A.C. \u00e8s qualit\u00e9 de repr\u00e9sentante l\u00e9gale de son enfant mineur M.C. a form\u00e9 un recours au nom et pour le compte de cet enfant\u00a0;<\/p>\n<p>Que ce recours sera d\u00e9clar\u00e9 recevable\u00a0;<\/p>\n<p>&#8211; Sur les moyens tir\u00e9s de l\u2019insuffisance de motivation, de l\u2019erreur d\u2019appr\u00e9ciation au regard du risque non n\u00e9gligeable de fuite et de l\u2019\u00e9tat de vuln\u00e9rabilit\u00e9<\/p>\n<p>Attendu que le droit au recours de l\u2019enfant ne lui permet pas de contester la r\u00e9gularit\u00e9 de l\u2019arr\u00eat\u00e9 de placement, mais seulement le placement en r\u00e9tention dont il a fait l\u2019objet, en qualit\u00e9 de mineur accompagnant la personne majeure concern\u00e9e par la d\u00e9cision de placement\u00a0;<\/p>\n<p>Que, par cons\u00e9quent, le mineur n\u2019est pas recevable \u00e0 soulever des moyens tir\u00e9s de la l\u00e9galit\u00e9 externe ou interne de l\u2019arr\u00eat\u00e9 de placement en r\u00e9tention\u00a0;<\/p>\n<p>Qu\u2019il est en revanche recevable \u00e0 contester son placement en r\u00e9tention en faisant valoir son int\u00e9r\u00eat sup\u00e9rieur\u00a0;<\/p>\n<p>&#8211; Sur le moyen tir\u00e9 de l\u2019int\u00e9r\u00eat sup\u00e9rieur de l\u2019enfant<\/p>\n<p>Attendu qu\u2019un \u00e9tranger accompagn\u00e9 d\u2019un mineur peut \u00eatre plac\u00e9 en r\u00e9tention \u00ab\u00a0Si, en consid\u00e9ration de l\u2019int\u00e9r\u00eat du mineur, le placement en r\u00e9tention de l\u2019\u00e9tranger dans les quarante-huit heures pr\u00e9c\u00e9dant le d\u00e9part programm\u00e9 pr\u00e9serve l\u2019int\u00e9ress\u00e9 et le mineur qui l\u2019accompagne des contraintes li\u00e9es au n\u00e9cessit\u00e9 de transfert\u00a0\u00bb\u00a0;<\/p>\n<p>Qu\u2019il est \u00e9galement pr\u00e9vu que dans les cas pr\u00e9vus aux 1o \u00e0 3o du III bis de l\u2019article\u00a0L.\u00a0551-1 du CESEDA, la dur\u00e9e du placement en r\u00e9tention est la plus br\u00e8ve possible, eu \u00e9gard au temps strictement n\u00e9cessaire \u00e0 l\u2019organisation du d\u00e9part et que l\u2019int\u00e9r\u00eat sup\u00e9rieur de l\u2019enfant doit \u00eatre une consid\u00e9ration primordiale pour l\u2019application du pr\u00e9sent article\u00a0;<\/p>\n<p>Attendu qu\u2019en l\u2019esp\u00e8ce, le placement en r\u00e9tention d\u2019A.C. et de son enfant mineur \u00e2g\u00e9 de quelques mois, doit \u00eatre d\u2019une dur\u00e9e aussi br\u00e8ve que possible, un vol pour l\u2019Espagne ayant \u00e9t\u00e9 r\u00e9serv\u00e9 d\u00e8s le lendemain du placement en r\u00e9tention\u00a0;<\/p>\n<p>Que cette situation permet de pr\u00e9server l\u2019int\u00e9r\u00eat sup\u00e9rieur de l\u2019enfant\u00a0;\u00a0\u00bb.<\/p>\n<p>11. Le 14 janvier 2021 toujours, la requ\u00e9rante refusa d\u2019embarquer \u00e0 bord du vol \u00e0 destination de l\u2019Espagne. Elle et son fils furent alors reconduits au centre de r\u00e9tention administrative de Metz.<\/p>\n<p>12. Par deux ordonnances du 18 janvier 2021, le magistrat d\u00e9l\u00e9gu\u00e9 par le premier pr\u00e9sident de la cour d\u2019appel de Metz confirma les ordonnances du 14\u00a0janvier 2021.<\/p>\n<p>13. Les motifs pertinents de l\u2019ordonnance relative \u00e0 Mme A.C. et portant sur la l\u00e9galit\u00e9 de l\u2019arr\u00eat\u00e9 sont les suivants :<\/p>\n<p>\u00ab\u00a0II- SUR L\u2019ARRETE DE PLACEMENT EN RETENTION<\/p>\n<p>Sur les moyens li\u00e9s \u00e0 l\u2019insuffisance de motivation en fait et en droit et au d\u00e9faut d\u2019examen de la situation personnelle et de la vuln\u00e9rabilit\u00e9<\/p>\n<p>(&#8230;)<\/p>\n<p>La Cour consid\u00e8re que c\u2019est par une analyse circonstanci\u00e9e et des motifs particuli\u00e8rement pertinents qu\u2019il convient d\u2019adopter que le premier juge a statu\u00e9 sur ces moyens repris \u00e0 hauteur de Cour, en consid\u00e9rant que l\u2019arr\u00eat\u00e9 est suffisamment motiv\u00e9 en droit et en fait, tant au regard de la situation personnelle de l\u2019int\u00e9ress\u00e9e que d\u2019un \u00e9ventuel \u00e9tat de vuln\u00e9rabilit\u00e9, lesquels ont fait l\u2019objet d\u2019un examen par le pr\u00e9fet pr\u00e9alablement \u00e0 sa d\u00e9cision.<\/p>\n<p>(&#8230;)<\/p>\n<p>Sur l\u2019\u00e9tat de vuln\u00e9rabilit\u00e9<\/p>\n<p>Mme A.C. fait valoir que compte tenu de son placement en r\u00e9tention avec son enfant mineur, elle pr\u00e9sente un \u00e9tat de vuln\u00e9rabilit\u00e9, lequel n\u2019a fait l\u2019objet d\u2019aucun examen.<\/p>\n<p>En l\u2019esp\u00e8ce, la d\u00e9cision de placement en r\u00e9tention \u00e9nonce que Mme A.C. d\u00e9clare \u00eatre c\u00e9libataire et avoir un enfant mineur qui l\u2019accompagne, tout en relevant que cette situation n\u2019\u00e9tait pas un obstacle \u00e0 la r\u00e9tention administrative. Le pr\u00e9fet pr\u00e9cise que lors de l\u2019enregistrement de sa demande d\u2019asile, l\u2019int\u00e9ress\u00e9e a d\u00e9clar\u00e9 n\u2019avoir aucun probl\u00e8me de sant\u00e9 tout comme son fils. Il en r\u00e9sulte qu\u2019avant de prendre sa d\u00e9cision, le pr\u00e9fet a bien pris en compte l\u2019\u00e9tat de vuln\u00e9rabilit\u00e9 de l\u2019\u00e9tranger. L\u2019int\u00e9ress\u00e9e a \u00e9galement \u00e9t\u00e9 avis\u00e9e de la possibilit\u00e9 de demander une \u00e9valuation de son \u00e9tat de vuln\u00e9rabilit\u00e9 au centre de r\u00e9tention administrative, ce qu\u2019elle n\u2019a pas fait.<\/p>\n<p>Ce moyen ne peut donc pas \u00eatre accueilli.<\/p>\n<p>Sur l\u2019erreur de droit quant \u00e0 l\u2019application de l\u2019article L 551-1 du CESEDA<\/p>\n<p>(&#8230;)<\/p>\n<p>Dans tous les cas, la dur\u00e9e du placement en r\u00e9tention est la plus br\u00e8ve possible, eu \u00e9gard au temps strictement n\u00e9cessaire \u00e0 l\u2019organisation du d\u00e9part.<\/p>\n<p>En l\u2019esp\u00e8ce, tel est bien le cas, puisque l\u2019arr\u00eat\u00e9 de placement en r\u00e9tention notifi\u00e9 \u00e0 Mme A.C. le 12 janvier 2021 l\u2019a \u00e9t\u00e9 alors qu\u2019un vol \u00e0 destination de l\u2019Espagne \u00e9tait pr\u00e9vu le 14 janvier 2021.<\/p>\n<p>Sur le risque non n\u00e9gligeable de fuite<\/p>\n<p>(&#8230;)<\/p>\n<p>En l\u2019esp\u00e8ce, s\u2019il est exact que Mme A.C. a respect\u00e9 les conditions de son assignation \u00e0 r\u00e9sidence notifi\u00e9e le 9 novembre 2020 et renouvel\u00e9e le 17 d\u00e9cembre 2020, il n\u2019est pas contest\u00e9 d\u2019une part, qu\u2019elle a dissimul\u00e9 des \u00e9l\u00e9ments de son identit\u00e9 en d\u00e9clarant plusieurs dates de naissance et d\u2019autre part, qu\u2019elle a explicitement d\u00e9clar\u00e9 son intention de ne pas se conformer \u00e0 la proc\u00e9dure de transfert en refusant la proposition d\u2019aide au transfert volontaire lors de la notification de la d\u00e9cision de r\u00e9admission le 9\u00a0novembre 2020, puis en r\u00e9affirmant son refus lors de la notification du placement en r\u00e9tention. Il sera d\u2019ailleurs relev\u00e9 que Mme A.C. a refus\u00e9 d\u2019embarquer sur le vol pr\u00e9vu \u00e0 destination de l\u2019Espagne le 14 janvier 2021. Le risque de fuite appara\u00eet d\u00e8s lors non n\u00e9gligeable, rendant n\u00e9cessaire le placement en r\u00e9tention administrative.<\/p>\n<p>Sur l\u2019erreur d\u2019appr\u00e9ciation au regard de l\u2019int\u00e9r\u00eat sup\u00e9rieur de l\u2019enfant (article\u00a03 CIDE), l\u2019erreur d\u2019appr\u00e9ciation au regard de l\u2019article 8 de la CEDH et la violation de l\u2019article 5 \u00a7 1 de le CEDH<\/p>\n<p>(&#8230;)<\/p>\n<p>Tout d\u2019abord, l\u2019article 3 de la convention internationale des droits de l\u2019enfant ne saurait \u00eatre invoqu\u00e9 que concernant les mineurs eux-m\u00eames et non l\u2019\u00e9tranger qu\u2019ils accompagnent.<\/p>\n<p>La d\u00e9cision de placement en r\u00e9tention qui concerne Mme A.C. accompagn\u00e9e de son enfant mineur, et devait d\u00e9boucher tr\u00e8s rapidement sur un d\u00e9part pour l\u2019Espagne, ne constituait pas une atteinte au droit au respect de la vie priv\u00e9e et familiale (article\u00a08 CEDH), ni \u00e0 l\u2019int\u00e9r\u00eat sup\u00e9rieur de l\u2019enfant.<\/p>\n<p>Par ailleurs la pr\u00e9sence d\u2019enfants n\u2019est conforme \u00e0 l\u2019article 5 \u00a7 1 de la CEDH qu\u2019\u00e0 la condition que les autorit\u00e9s internes \u00e9tablissent qu\u2019elles ont recouru \u00e0 cette mesure ultime seulement apr\u00e8s avoir v\u00e9rifi\u00e9 qu\u2019aucune autre mesure moins attentatoire \u00e0 la libert\u00e9 ne pouvait \u00eatre mise en \u0153uvre et tel est bien le cas en l\u2019esp\u00e8ce.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p>14. Les motifs de cette m\u00eame ordonnance et portant sur la prolongation de la r\u00e9tention administrative sont les suivants :<\/p>\n<p>\u00ab\u00a0III. SUR LA PROLONGATION DE LA MESURE DE RETENTION<\/p>\n<p>(&#8230;)<\/p>\n<p>Sur la violation de l\u2019article 3 de la CEDH<\/p>\n<p>Compte tenu de ce que Mme A.C. est plac\u00e9e en r\u00e9tention avec son enfant depuis le 12\u00a0janvier 2021, qu\u2019elle devait embarquer \u00e0 bord d\u2019un avion pour l\u2019Espagne le 14\u00a0janvier 2021 et qu\u2019en raison de son refus d\u2019embarquer, elle se trouve \u00e0 nouveau en r\u00e9tention, obligeant les autorit\u00e9s pr\u00e9fectorales \u00e0 r\u00e9organiser un nouveau transfert, il n\u2019est pas d\u00e9montr\u00e9 l\u2019existence d\u2019un traitement inhumain et d\u00e9gradant au sens de l\u2019article 3 de la CEDH. (&#8230;) \u00bb<\/p>\n<p>15. Les motifs pertinents de l\u2019ordonnance relative \u00e0 M. M.C. sont les suivants :<\/p>\n<p>\u00ab\u00a0(&#8230;) II. SUR LA RECEVABILITE DU RECOURS<\/p>\n<p>Conform\u00e9ment aux dispositions de l\u2019article 5 \u00a7 4 de la CEDH, toute personne priv\u00e9e de sa libert\u00e9, par arrestation ou d\u00e9tention, a le droit d\u2019introduire un recours devant un tribunal, afin qu\u2019il statue \u00e0 bref d\u00e9lai sur la l\u00e9galit\u00e9 de sa d\u00e9tention et ordonne sa lib\u00e9ration si la d\u00e9tention est ill\u00e9gale.<\/p>\n<p>Si le mineur ne peut faire l\u2019objet d\u2019une obligation de quitter le territoire, ni m\u00eame d\u2019une mesure d\u2019expulsion, il peut \u00eatre admis en r\u00e9tention lorsqu\u2019il accompagne ses parents ou ses repr\u00e9sentants l\u00e9gaux qui font l\u2019objet d\u2019une telle mesure de contrainte.<\/p>\n<p>Le mineur dispose d\u00e8s lors, au besoin par l\u2019interm\u00e9diaire de ses repr\u00e9sentants ou accompagnants, d\u2019un droit propre \u00e0 contester sa r\u00e9tention.<\/p>\n<p>Le recours pr\u00e9sent\u00e9 par Monsieur M.C., repr\u00e9sent\u00e9 par sa m\u00e8re, Mme A.C. appara\u00eet d\u00e8s lors recevable.<\/p>\n<p><strong>III. SUR LES MOYENS SOULEVES<\/strong><\/p>\n<p>Sur les moyens tir\u00e9s de l\u2019ill\u00e9galit\u00e9 tant de l\u2019arr\u00eat\u00e9 de placement en r\u00e9tention que de l\u2019ordonnance de prolongation de la r\u00e9tention<\/p>\n<p>La Cour consid\u00e8re que c\u2019est par une analyse circonstanci\u00e9e et des motifs particuli\u00e8rement pertinents qu\u2019il convient d\u2019adopter que le premier juge a statu\u00e9 sur ces moyens repris \u00e0 hauteur de Cour, en consid\u00e9rant que l\u2019int\u00e9ress\u00e9 n\u2019est pas recevable \u00e0 soulever les moyens tir\u00e9s de la l\u00e9galit\u00e9 externe ou interne de l\u2019arr\u00eat\u00e9 de placement en r\u00e9tention, y ajoutant qu\u2019il en va de m\u00eame des moyens tir\u00e9s de la l\u00e9galit\u00e9 externe ou interne de l\u2019ordonnance de prolongation de la r\u00e9tention, l\u2019enfant ne faisant pas l\u2019objet de ces d\u00e9cisions administratives.<\/p>\n<p>Sur l\u2019erreur d\u2019appr\u00e9ciation au regard de l\u2019int\u00e9r\u00eat sup\u00e9rieur de l\u2019enfant (article\u00a03 CIDE)<\/p>\n<p>La d\u00e9cision de placement en r\u00e9tention qui concerne Mme A.C. accompagn\u00e9e de son enfant mineur, et devait d\u00e9boucher tr\u00e8s rapidement sur un d\u00e9part pour l\u2019Espagne, ne constituait pas une atteinte \u00e0 l\u2019int\u00e9r\u00eat sup\u00e9rieur de l\u2019enfant.<\/p>\n<p>Sur la r\u00e9gularit\u00e9 du placement en r\u00e9tention quant \u00e0 la zone d\u2019accueil<\/p>\n<p>Monsieur M.C. soutient que son lieu de r\u00e9tention contrevient aux dispositions de l\u2019article R 553-2 du CESEDA. Il sera toutefois rappel\u00e9 que la contestation des conditions mat\u00e9rielles de r\u00e9tention ne rel\u00e8ve pas du contr\u00f4le du juge judiciaire, sauf en cas de voie de fait, ce qui n\u2019est pas le cas en l\u2019esp\u00e8ce.<\/p>\n<p>Sur la violation de l\u2019article 3 de la CEDH<\/p>\n<p>Compte tenu de ce que Madame A.C. est plac\u00e9e en r\u00e9tention avec son enfant depuis le 12 janvier 2021, qu\u2019elle devait embarquer \u00e0 bord d\u2019un avion pour l\u2019Espagne le 14\u00a0janvier 2021 et qu\u2019en raison de son refus d\u2019embarquer, elle se trouve \u00e0 nouveau en r\u00e9tention, obligeant les autorit\u00e9s pr\u00e9fectorales \u00e0 r\u00e9organiser un nouveau transfert, il n\u2019est pas d\u00e9montr\u00e9 l\u2019existence d\u2019un traitement inhumain et d\u00e9gradant au sens de l\u2019article 3 de la CEDH.\u00a0(&#8230;) \u00bb<\/p>\n<p>16. Le 20 janvier 2021, la Cour, saisie par les requ\u00e9rants d\u2019une demande de mesure provisoire sur le fondement de l\u2019article 39 de son r\u00e8glement, d\u00e9cida d\u2019indiquer au Gouvernement de mettre fin \u00e0 leur r\u00e9tention administrative. La r\u00e9tention des requ\u00e9rants prit fin le m\u00eame jour.<\/p>\n<p><strong>LE CADRE JURIDIQUE ET LA PRATIQUE PERTINENTS<\/strong><\/p>\n<p>17. Le cadre juridique et la pratique pertinents en mati\u00e8re de r\u00e9tention administrative de mineurs accompagn\u00e9s ont \u00e9t\u00e9 pr\u00e9sent\u00e9s dans l\u2019arr\u00eat N.B. et autres c.\u00a0France, no 49775\/20, \u00a7\u00a7 20-36, 31 mars 2022.<\/p>\n<p>18. S\u2019agissant plus particuli\u00e8rement du recours ouvert contre les ordonnances rendues par le premier pr\u00e9sident de la cour d\u2019appel en mati\u00e8re de r\u00e9tention administrative, l\u2019article R. 552-16 du code de l\u2019entr\u00e9e et du s\u00e9jour des \u00e9trangers et du droit d\u2019asile (CESEDA), dans sa version applicable aux faits de l\u2019esp\u00e8ce, pr\u00e9voit que\u00a0:<\/p>\n<p>\u00ab\u00a0L\u2019ordonnance du premier pr\u00e9sident de la cour d\u2019appel ou de son d\u00e9l\u00e9gu\u00e9 n\u2019est pas susceptible d\u2019opposition. Le pourvoi en cassation est ouvert \u00e0 l\u2019\u00e9tranger, \u00e0 l\u2019autorit\u00e9 administrative qui a prononc\u00e9 la r\u00e9tention et au minist\u00e8re public.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p>19. Aux termes de l\u2019article 1009 du code de proc\u00e9dure civile, figurant dans le titre VII relatif aux dispositions particuli\u00e8res \u00e0 la Cour de cassation, dans sa version applicable aux faits de l\u2019esp\u00e8ce\u00a0:<\/p>\n<p>\u00ab\u00a0Le premier pr\u00e9sident, ou son d\u00e9l\u00e9gu\u00e9, \u00e0 la demande d\u2019une des parties ou d\u2019office, peut r\u00e9duire les d\u00e9lais pr\u00e9vus pour le d\u00e9p\u00f4t des m\u00e9moires et des pi\u00e8ces.<\/p>\n<p>\u00c0 l\u2019expiration de ces d\u00e9lais, le pr\u00e9sident de la formation comp\u00e9tente fixe la date de l\u2019audience.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p>20. L\u2019article L. 411-3 du code de l\u2019organisation judiciaire, dans sa version applicable aux faits de l\u2019esp\u00e8ce, dispose que\u00a0:<\/p>\n<p>\u00ab\u00a0La Cour de cassation peut casser sans renvoi lorsque la cassation n\u2019implique pas qu\u2019il soit \u00e0 nouveau statu\u00e9 sur le fond.<\/p>\n<p>Elle peut aussi, en mati\u00e8re civile, statuer au fond lorsque l\u2019int\u00e9r\u00eat d\u2019une bonne administration de la justice le justifie.<\/p>\n<p>(&#8230;).\u00a0\u00bb<\/p>\n<p>21. Dans les arr\u00eats rendus en mati\u00e8re de r\u00e9tention administrative, la Cour de cassation prononce, le cas \u00e9ch\u00e9ant, des cassations sans renvoi, que les ordonnances frapp\u00e9es de pourvoi aient autoris\u00e9 ou refus\u00e9 la prolongation de la r\u00e9tention. Elle consid\u00e8re en effet que la cassation prononc\u00e9e, m\u00eame au visa d\u2019un article de la Convention, n\u2019implique pas qu\u2019il soit \u00e0 nouveau statu\u00e9 sur le fond, d\u00e8s lors que, \u00ab\u00a0les d\u00e9lais l\u00e9gaux pour statuer sur la mesure \u00e9tant expir\u00e9s, il ne reste plus rien \u00e0 juger\u00a0\u00bb (Cass. 1\u00e8re civ., 1er juillet 2009, no\u00a008\u201117.085, Cass. 1\u00e8re civ., 8 juillet 2010, no 09-12.242, Cass. 1\u00e8re civ., 14\u00a0d\u00e9cembre 2022, no 21-19.715).<\/p>\n<p><strong>EN DROIT<\/strong><\/p>\n<p><strong>I. L\u2019Objet de l\u2019affaire<\/strong><\/p>\n<p>22. \u00c0 supposer que les requ\u00e9rants doivent \u00eatre regard\u00e9s comme ayant soulev\u00e9 un nouveau grief relatif \u00e0 leur droit au s\u00e9jour et \u00e0 l\u2019asile en France, au cours des \u00e9changes contradictoires, la Cour consid\u00e8re que ce grief n\u2019a pas de lien direct avec la pr\u00e9sente affaire et ne rel\u00e8ve d\u00e8s lors pas de son p\u00e9rim\u00e8tre.<\/p>\n<p><strong>II. SUR L\u2019EXCEPTION D\u2019IRRECEVABILIT\u00c9 SOULEV\u00c9E PAR LE GOUVERNEMENT<\/strong><\/p>\n<p><strong>A. Arguments des parties<\/strong><\/p>\n<p><strong>1. Le Gouvernement<\/strong><\/p>\n<p>23. Le Gouvernement soul\u00e8ve, concernant l\u2019ensemble de la requ\u00eate, une exception d\u2019irrecevabilit\u00e9 tenant au d\u00e9faut d\u2019\u00e9puisement des voies de recours internes, au motif que la requ\u00e9rante n\u2019a pas introduit de pourvoi en cassation contre les deux ordonnances rendues le 18 janvier 2021 par le magistrat d\u00e9l\u00e9gu\u00e9 par le premier pr\u00e9sident de la cour d\u2019appel de Metz. Il fait valoir que les requ\u00e9rants auraient pu demander des d\u00e9lais raccourcis au titre de l\u2019article\u00a01009 du code de proc\u00e9dure civile.<\/p>\n<p><strong>2. Les requ\u00e9rants<\/strong><\/p>\n<p>24. Les requ\u00e9rants font valoir que le pourvoi en cassation, non suspensif, est une voie de recours extraordinaire dont l\u2019issue interviendrait au-del\u00e0 de la p\u00e9riode l\u00e9gale de r\u00e9tention. Ils soutiennent qu\u2019ils ont \u00e9puis\u00e9 tous les recours effectifs permettant de mettre fin \u00e0 la privation de libert\u00e9, \u00e0 savoir la saisine du juge des libert\u00e9s et de la d\u00e9tention et du premier pr\u00e9sident de la cour d\u2019appel.<\/p>\n<p><strong>B. Appr\u00e9ciation de la Cour<\/strong><\/p>\n<p><strong>1. Principes g\u00e9n\u00e9raux<\/strong><\/p>\n<p>25. La Cour rappelle que l\u2019\u00e9puisement des voies de recours internes s\u2019appr\u00e9cie, sauf exceptions, \u00e0 la date d\u2019introduction de la requ\u00eate devant la Cour (Selahattin Demirta\u015f c. Turquie (no 2) ([GC], no 14305\/17, \u00a7\u00a0193, 22\u00a0d\u00e9cembre 2020). En outre, l\u2019obligation d\u2019\u00e9puiser les recours internes impose aux requ\u00e9rants de faire un usage normal des recours disponibles et suffisants pour leur permettre d\u2019obtenir r\u00e9paration des violations qu\u2019ils all\u00e8guent. Ces recours doivent exister \u00e0 un degr\u00e9 suffisant de certitude, en pratique comme en th\u00e9orie, sans quoi leur manquent l\u2019effectivit\u00e9 et l\u2019accessibilit\u00e9 voulues (Gherghina c. Roumanie (d\u00e9c), no 42219\/07, \u00a7\u00a085, 9\u00a0juillet 2015).<\/p>\n<p>26. En mati\u00e8re de privation de libert\u00e9, s\u2019agissant d\u2019un grief tir\u00e9 de l\u2019article 3 de la Convention, si le requ\u00e9rant \u00e9tait toujours priv\u00e9 de libert\u00e9 au moment de l\u2019introduction de sa requ\u00eate, le recours doit pouvoir emp\u00eacher la continuation de la violation all\u00e9gu\u00e9e pour \u00eatre r\u00e9put\u00e9 avoir un caract\u00e8re effectif (A.F. c. Gr\u00e8ce, no 53709\/11, \u00a7\u00a7 52-53, 13\u00a0juin 2013, et Vasilescu c.\u00a0Belgique, no 64682\/12, \u00a7 70, 25 novembre 2014). S\u2019agissant d\u2019un grief tir\u00e9 de l\u2019article 5 de la Convention, un recours visant la l\u00e9galit\u00e9 d\u2019une privation de libert\u00e9 en cours doit, pour \u00eatre effectif, offrir \u00e0 son auteur une perspective de cessation de la privation de libert\u00e9 contest\u00e9e (Bilalova et autres c.\u00a0Pologne, no 23685\/14, \u00a7 64, 26 mars 2020).<\/p>\n<p>27. En particulier, la Cour a d\u00e9j\u00e0 consid\u00e9r\u00e9 que, dans certaines mati\u00e8res, le pourvoi en cassation n\u2019\u00e9tait pas n\u00e9cessairement un recours \u00e0 \u00e9puiser, compte tenu du fait que la Cour de cassation ne statue qu\u2019en droit et que, du fait des d\u00e9lais relatifs \u00e0 son examen, le pourvoi en cassation peut manquer d\u2019efficacit\u00e9 (voir par exemple, en mati\u00e8re de placement d\u2019enfants, Schmidt c.\u00a0France, no 35109\/02, \u00a7 115, 26 juillet 2007).<\/p>\n<p><strong>2. Application au cas d\u2019esp\u00e8ce<\/strong><\/p>\n<p>28. La Cour constate que, dans les arr\u00eats rendus en mati\u00e8re de r\u00e9tention administrative, la Cour de cassation prononce, le cas \u00e9ch\u00e9ant, des cassations sans renvoi, que les ordonnances frapp\u00e9es de pourvoi aient autoris\u00e9 ou refus\u00e9 la prolongation de la r\u00e9tention. Elle consid\u00e8re en effet que la cassation prononc\u00e9e n\u2019implique pas qu\u2019il soit \u00e0 nouveau statu\u00e9 sur le fond, d\u00e8s lors que, les d\u00e9lais l\u00e9gaux pour statuer sur la mesure \u00e9tant expir\u00e9s, il ne reste plus rien \u00e0 juger (Cass. 1\u00e8re civ., 1er juillet 2009, no 08\u201117.085, Cass. 1\u00e8re civ., 8\u00a0juillet 2010, no 09-12.242, Cass. 1\u00e8re\u00a0civ., 14 d\u00e9cembre 2022, no 21-19.715). La Cour rel\u00e8ve, pour sa part, que les arr\u00eats pr\u00e9cit\u00e9s ont \u00e9t\u00e9 rendus plusieurs mois ou plusieurs ann\u00e9es apr\u00e8s la pr\u00e9sentation des pourvois en cassation.<\/p>\n<p>29. Dans les circonstances de l\u2019esp\u00e8ce, l\u2019\u00e9coulement du temps aurait ainsi fait obstacle, compte tenu de la chronologie de l\u2019action administrative, \u00e0 ce que l\u2019intervention du juge de cassation puisse rev\u00eatir un effet utile, au regard du grief tir\u00e9 de l\u2019article 3 de la Convention, sur la situation des requ\u00e9rants. Dans ces conditions et \u00e0 d\u00e9faut de production, par le Gouvernement, de d\u00e9cisions \u00e9tablissant le caract\u00e8re effectif du pourvoi en cassation en la mati\u00e8re, la Cour consid\u00e8re que le pourvoi en cassation n\u2019\u00e9tait pas, dans cette mesure, un recours \u00e0 \u00e9puiser dans le contentieux relatif au placement en r\u00e9tention administrative.<\/p>\n<p>30. Dans la mesure o\u00f9 la pratique de la cassation sans renvoi est la m\u00eame dans l\u2019hypoth\u00e8se o\u00f9 la Cour de cassation est saisie d\u2019un moyen tir\u00e9 de la violation de l\u2019article 5 de la Convention (voir les arr\u00eats cit\u00e9s au paragraphe\u00a021 ci-dessus), la Cour consid\u00e8re qu\u2019il en va de m\u00eame s\u2019agissant du grief tir\u00e9, devant elle, de cette disposition.<\/p>\n<p>31. Il s\u2019ensuit que l\u2019exception d\u2019irrecevabilit\u00e9 soulev\u00e9e par le Gouvernement doit \u00eatre rejet\u00e9e.<\/p>\n<p><strong>III. SUR LA VIOLATION ALL\u00c9GU\u00c9E DE L\u2019ARTICLE 3 DE LA CONVENTION<\/strong><\/p>\n<p>32. Les requ\u00e9rants soutiennent que leur placement en r\u00e9tention administrative est contraire \u00e0 l\u2019article 3 de la Convention aux termes duquel\u00a0:<\/p>\n<p>\u00ab\u00a0Nul ne peut \u00eatre soumis \u00e0 la torture ni \u00e0 des peines ou traitements inhumains ou d\u00e9gradants.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p><strong>A. Sur la recevabilit\u00e9<\/strong><\/p>\n<p>33. Constatant que ce grief n\u2019est pas manifestement mal fond\u00e9 ni irrecevable pour un autre motif vis\u00e9 \u00e0 l\u2019article 35 de la Convention, la Cour le d\u00e9clare recevable.<\/p>\n<p><strong>B. Sur le fond<\/strong><\/p>\n<p><strong>1. Th\u00e8ses des parties<\/strong><\/p>\n<p>a) Les requ\u00e9rants<\/p>\n<p>34. Les requ\u00e9rants font valoir qu\u2019ils ont \u00e9t\u00e9 retenus dans des conditions m\u00e9connaissant leurs besoins sp\u00e9cifiques de protection eu \u00e9gard \u00e0 leur vuln\u00e9rabilit\u00e9 caract\u00e9ris\u00e9e par l\u2019\u00e2ge de M.C., \u00e2g\u00e9 de sept mois et demi au moment des faits, et leur statut d\u2019\u00e9trangers en France. Ils mettent en avant le caract\u00e8re anxiog\u00e8ne du centre de r\u00e9tention de Metz-Queuleu r\u00e9sultant du volume sonore des haut-parleurs, de la pr\u00e9sence polici\u00e8re, de la proximit\u00e9 avec la zone de vie des hommes isol\u00e9s, de l\u2019absence de personnel form\u00e9 \u00e0 l\u2019accompagnement des enfants. Ils ajoutent qu\u2019\u00e0 d\u00e9faut de nourriture adapt\u00e9e \u00e0 un nourrisson, M.C. a rencontr\u00e9 des difficult\u00e9s pour s\u2019alimenter. Ils estiment que la dur\u00e9e de leur placement en r\u00e9tention \u00e9tait excessive et n\u2019a pris fin qu\u2019avec la mesure provisoire indiqu\u00e9e par la Cour. Enfin, compte tenu des liens unissant une m\u00e8re et son nourrisson, Mme A.C. soutient avoir \u00e9galement \u00e9t\u00e9 soumise \u00e0 un traitement contraire \u00e0 l\u2019article 3 de la Convention.<\/p>\n<p>b) Le Gouvernement<\/p>\n<p>35. Le Gouvernement fait valoir que le refus d\u2019embarquer de la requ\u00e9rante en date du 14 janvier 2021 a conduit \u00e0 la prolongation de la dur\u00e9e de la r\u00e9tention administrative. En second lieu, il souligne que le centre de Metz\u2011Queuleu, habilit\u00e9 \u00e0 recevoir des familles avec enfants mineurs, dispose d\u2019une zone de vie, adapt\u00e9e et r\u00e9serv\u00e9e \u00e0 ce public, comprenant des jeux de plein air, deux chambres familles \u00e9quip\u00e9es de t\u00e9l\u00e9viseurs, ainsi que les \u00e9quipements de pu\u00e9riculture n\u00e9cessaires. Le linge de toilette et les produits d\u2019hygi\u00e8ne y sont fournis. Cet espace fait l\u2019objet d\u2019un entretien quotidien et le volume sonore y est comparable \u00e0 celui d\u2019une voiture. L\u2019unit\u00e9 m\u00e9dicale y est accessible sur demande. S\u2019agissant de Mme A.C., le Gouvernement rel\u00e8ve qu\u2019elle n\u2019a pas \u00e9t\u00e9 s\u00e9par\u00e9e de son enfant et que son intimit\u00e9 \u00e9tait respect\u00e9e au centre de r\u00e9tention.<\/p>\n<p>c) Tiers intervenant<\/p>\n<p>36. Le D\u00e9fenseur des droits fait valoir que la r\u00e9tention administrative des enfants est susceptible de constituer un traitement contraire \u00e0 l\u2019article 3 de la Convention compte tenu de la jurisprudence de la Cour, des conditions mat\u00e9rielles de r\u00e9tention et de leurs cons\u00e9quences sur les enfants. Il se dit favorable \u00e0 une condamnation de principe de la r\u00e9tention administrative des enfants mineurs au regard de la Convention internationale des droits de l\u2019enfant (CIDE) telles qu\u2019interpr\u00e9t\u00e9e par le Comit\u00e9 des droits de l\u2019enfant. Il rappelle les effets n\u00e9fastes de la r\u00e9tention des enfants sur leur sant\u00e9 et sur leur d\u00e9veloppement, m\u00eame lorsqu\u2019ils sont plac\u00e9s pour une courte dur\u00e9e ou avec leur famille.<\/p>\n<p><strong>2. Appr\u00e9ciation de la Cour<\/strong><\/p>\n<p>a) Principes g\u00e9n\u00e9raux<\/p>\n<p>37. Les principes g\u00e9n\u00e9raux concernant le placement en r\u00e9tention administrative de mineurs accompagn\u00e9s ont \u00e9t\u00e9 r\u00e9sum\u00e9s dans S.F. et autres c.\u00a0Bulgarie (no 8138\/16, \u00a7\u00a7 78-83, 7 d\u00e9cembre 2017), M.D. et A.D. c.\u00a0France (no\u00a057035\/18, \u00a7 63, 22 juillet 2021) et M.H. et autres c. Croatie (nos\u00a015670\/18 et 43115\/18, \u00a7\u00a7 183-186, 18 novembre 2021). En particulier, la Cour appr\u00e9cie l\u2019existence d\u2019une violation de l\u2019article 3 de la Convention en mobilisant les trois facteurs suivants\u00a0: l\u2019\u00e2ge des enfants mineurs, le caract\u00e8re adapt\u00e9 ou non des locaux au regard de leurs besoins sp\u00e9cifiques et la dur\u00e9e de leur r\u00e9tention (voir M.D. et A.D. c. France, pr\u00e9cit\u00e9, \u00a7 63).<\/p>\n<p>b) Application de ces principes au cas d\u2019esp\u00e8ce<\/p>\n<p>38. La Cour constate qu\u2019en l\u2019esp\u00e8ce, le requ\u00e9rant mineur \u00e9tait accompagn\u00e9 de sa m\u00e8re durant la p\u00e9riode de r\u00e9tention. Elle rappelle toutefois comme dans l\u2019affaire A.B. et autres c. France (no 11593\/12, \u00a7 110, 12\u00a0juillet 2016) que cette circonstance n\u2019est pas de nature \u00e0 exon\u00e9rer les autorit\u00e9s de leur obligation de prot\u00e9ger l\u2019enfant mineur et de prendre des mesures ad\u00e9quates au titre des obligations positives d\u00e9coulant de l\u2019article\u00a03 de la Convention. Il convient de garder \u00e0 l\u2019esprit que la situation de particuli\u00e8re vuln\u00e9rabilit\u00e9 de l\u2019enfant mineur est d\u00e9terminante et pr\u00e9vaut sur la qualit\u00e9 d\u2019\u00e9tranger en s\u00e9jour irr\u00e9gulier de son parent.<\/p>\n<p>39. S\u2019agissant du crit\u00e8re relatif \u00e0 l\u2019\u00e2ge de l\u2019enfant, la Cour rel\u00e8ve qu\u2019il s\u2019agissait d\u2019un enfant mineur \u00e2g\u00e9 de sept mois et demi \u00e0 la date de la r\u00e9tention administrative. M\u00eame si l\u2019\u00e2ge constitue l\u2019un seulement des trois crit\u00e8res qu\u2019il convient de combiner ensemble, elle rappelle que, dans les arr\u00eats A.M. et autres c.\u00a0France (no 24587\/12, 12 juillet 2016) et M.D. et A.D c.\u00a0France (pr\u00e9cit\u00e9), elle est parvenue \u00e0 un constat de violation de l\u2019article 3 s\u2019agissant de nourrissons.<\/p>\n<p>40. S\u2019agissant du crit\u00e8re relatif aux conditions d\u2019accueil, la Cour a d\u00e9j\u00e0 constat\u00e9 que le centre de Metz-Queuleu est au nombre de ceux qui sont habilit\u00e9s \u00e0 recevoir des familles (voir N.B. et autres c. France, pr\u00e9cit\u00e9, \u00a7\u00a049). La Cour a aussi pr\u00e9c\u00e9demment relev\u00e9 que les annonces du centre diffus\u00e9es par haut-parleur, exposent les personnes qui y sont retenues \u00e0 de s\u00e9rieuses nuisances sonores (A.M. et autres c. France, pr\u00e9cit\u00e9, \u00a7 50, et N.B. et autres c.\u00a0France, pr\u00e9cit\u00e9, \u00a7 49). Elle avait, dans ces deux affaires, not\u00e9 que la cour ext\u00e9rieure de la zone de vie d\u00e9di\u00e9e aux familles est uniquement s\u00e9par\u00e9e par un simple grillage de la zone r\u00e9serv\u00e9e aux autres retenus permettant ainsi de voir tout ce qui s\u2019y passe. En outre, si des \u00e9quipements pour enfants et b\u00e9b\u00e9s y sont disponibles, il ressort des constats du Contr\u00f4leur g\u00e9n\u00e9ral des lieux de privation de libert\u00e9 cit\u00e9 dans l\u2019affaire N.B. et autres c.\u00a0France que le centre de r\u00e9tention de Metz-Queuleu, mitoyen du centre p\u00e9nitentiaire, se caract\u00e9rise par sa dimension s\u00e9curitaire omnipr\u00e9sente.<\/p>\n<p>41. La Cour a d\u00e9j\u00e0 relev\u00e9 que les conditions d\u2019accueil au centre de r\u00e9tention de Metz-Queuleu, bien que n\u00e9cessairement sources importantes de stress et d\u2019angoisse pour un enfant en bas \u00e2ge, ne sont pas suffisantes \u00e0 elles seules pour que soit atteint le seuil de gravit\u00e9 requis pour tomber sous le coup de l\u2019article 3 (A.M. et autres c. France, pr\u00e9cit\u00e9, \u00a7 51 et N.B. et autres c.\u00a0France, pr\u00e9cit\u00e9, \u00a7 50). Elle r\u00e9affirme, en revanche, qu\u2019au-del\u00e0 d\u2019une br\u00e8ve p\u00e9riode de r\u00e9tention, la r\u00e9p\u00e9tition et l\u2019accumulation des effets engendr\u00e9s, en particulier sur le plan psychique et \u00e9motionnel, par une privation de libert\u00e9 entra\u00eenent n\u00e9cessairement des cons\u00e9quences n\u00e9fastes sur un enfant en bas \u00e2ge, d\u00e9passant alors le seuil de gravit\u00e9 pr\u00e9cit\u00e9. Il s\u2019ensuit que l\u2019\u00e9coulement du temps rev\u00eat \u00e0 cet \u00e9gard une importance particuli\u00e8re.<\/p>\n<p>42. Il reste \u00e0 appliquer le crit\u00e8re relatif \u00e0 la dur\u00e9e de la r\u00e9tention. La Cour rel\u00e8ve que m\u00eame si, ainsi que le fait valoir le Gouvernement, les autorit\u00e9s nationales ont, dans un premier temps, mis en \u0153uvre toutes les diligences requises pour ex\u00e9cuter au plus vite la mesure de transfert et limiter ainsi la dur\u00e9e de la r\u00e9tention autant que possible, le droit absolu prot\u00e9g\u00e9 par l\u2019article\u00a03 interdit qu\u2019un mineur accompagn\u00e9 soit maintenu en r\u00e9tention dans les conditions pr\u00e9cit\u00e9es pendant une p\u00e9riode dont la dur\u00e9e excessive a contribu\u00e9 au franchissement du seuil de gravit\u00e9 prohib\u00e9. La Cour rappelle que le comportement du parent, \u00e0 savoir, dans la pr\u00e9sente affaire, le refus de la premi\u00e8re requ\u00e9rante d\u2019embarquer, n\u2019est pas d\u00e9terminant quant \u00e0 la question de savoir si le seuil de gravit\u00e9 prohib\u00e9 est franchi \u00e0 l\u2019\u00e9gard de l\u2019enfant mineur (M.D. et A.D. c. France, pr\u00e9cit\u00e9, \u00a7 70).<\/p>\n<p>43. Compte tenu du tr\u00e8s jeune \u00e2ge du second requ\u00e9rant, des conditions d\u2019accueil dans le centre de r\u00e9tention de Metz-Queuleu et de la dur\u00e9e du placement en r\u00e9tention qui s\u2019est d\u00e9roul\u00e9 sur neuf jours, la Cour consid\u00e8re que les autorit\u00e9s comp\u00e9tentes l\u2019ont soumis, \u00e0 un traitement qui a d\u00e9pass\u00e9 le seuil de gravit\u00e9 requis par l\u2019article 3 de la Convention. Eu \u00e9gard aux liens ins\u00e9parables qui unissent une m\u00e8re et son b\u00e9b\u00e9 de sept mois et demi, ainsi qu\u2019aux \u00e9motions qu\u2019ils partagent, la Cour estime qu\u2019il en va de m\u00eame, dans les circonstances particuli\u00e8res de l\u2019esp\u00e8ce, s\u2019agissant de la premi\u00e8re requ\u00e9rante.<\/p>\n<p>44. Partant, il y a eu violation de l\u2019article 3 de la Convention \u00e0 leur \u00e9gard.<\/p>\n<p><strong>IV. SUR LA VIOLATION ALL\u00c9GU\u00c9E DE L\u2019ARTICLE 5 \u00a7 1 DE LA CONVENTION S\u2019AGISSANT DU REQU\u00c9RANT MINEUR<\/strong><\/p>\n<p>45. Le requ\u00e9rant mineur, M.C. soutient que son placement en r\u00e9tention administrative est contraire \u00e0 l\u2019article 5 \u00a7 1 de la Convention aux termes duquel\u00a0:<\/p>\n<p>\u00ab\u00a01. Toute personne a droit \u00e0 la libert\u00e9 et \u00e0 la s\u00fbret\u00e9. Nul ne peut \u00eatre priv\u00e9 de sa libert\u00e9, sauf dans les cas suivants et selon les voies l\u00e9gales\u00a0:<\/p>\n<p>(&#8230;)<\/p>\n<p>f) s\u2019il s\u2019agit de l\u2019arrestation ou de la d\u00e9tention r\u00e9guli\u00e8res d\u2019une personne pour l\u2019emp\u00eacher de p\u00e9n\u00e9trer irr\u00e9guli\u00e8rement dans le territoire, ou contre laquelle une proc\u00e9dure d\u2019expulsion ou d\u2019extradition est en cours.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p><strong>A. Sur la recevabilit\u00e9<\/strong><\/p>\n<p>46. Constatant que ce grief n\u2019est pas manifestement mal fond\u00e9 ni irrecevable pour un autre motif vis\u00e9 \u00e0 l\u2019article 35 de la Convention, la Cour le d\u00e9clare recevable.<\/p>\n<p><strong>B. Sur le fond<\/strong><\/p>\n<p><strong>1. Th\u00e8ses des parties<\/strong><\/p>\n<p>a) Le requ\u00e9rant<\/p>\n<p>47. Le requ\u00e9rant fait valoir que les diff\u00e9rentes dates de naissance d\u00e9clar\u00e9es par Mme A.C., 12 d\u00e9cembre 1997 et 2 d\u00e9cembre 1997, sont dues \u00e0 une erreur d\u2019enregistrement, et non \u00e0 une intention de dissimuler des \u00e9l\u00e9ments de son identit\u00e9. Selon lui, le refus de l\u2019aide au transfert volontaire ne constitue pas une obstruction \u00e0 la mesure d\u2019\u00e9loignement. De plus, l\u2019arr\u00eat\u00e9 de placement en r\u00e9tention administrative, qui ne mentionne pas l\u2019article relatif au placement en r\u00e9tention administrative d\u2019un mineur accompagnant, ne caract\u00e9rise pas l\u2019existence des conditions autorisant un tel placement. La requ\u00e9rante A.C. a toujours respect\u00e9 les mesures d\u2019assignation \u00e0 r\u00e9sidence, n\u2019a jamais pris la fuite, et n\u2019a oppos\u00e9 aucun refus ant\u00e9rieur \u00e0 la date de l\u2019\u00e9diction de l\u2019arr\u00eat\u00e9 de placement en r\u00e9tention. Cet arr\u00eat\u00e9 ne fait pas davantage \u00e9tat d\u2019un d\u00e9part programm\u00e9 pour le transfert vers l\u2019Espagne. Le requ\u00e9rant soutient que ni l\u2019autorit\u00e9 pr\u00e9fectorale, ni les juges judiciaires, n\u2019ont v\u00e9rifi\u00e9 si aucune autre mesure moins attentatoire \u00e0 la libert\u00e9 pouvait \u00eatre mise en \u0153uvre.<\/p>\n<p>b) Le Gouvernement<\/p>\n<p>48. En premier lieu, le Gouvernement rappelle que si l\u2019enfant M.C. a \u00e9t\u00e9 plac\u00e9 en r\u00e9tention, c\u2019est uniquement en tant qu\u2019accompagnant de Mme A.C., sa repr\u00e9sentante l\u00e9gale, qui faisait elle-m\u00eame l\u2019objet d\u2019une telle mesure, en vue de son transfert vers l\u2019Espagne. Il pr\u00e9cise que l\u2019arr\u00eat\u00e9 de placement en r\u00e9tention mentionne express\u00e9ment l\u2019enfant mineur. Le placement en r\u00e9tention de ce dernier \u00e9tait n\u00e9cessaire pour assurer l\u2019\u00e9loignement de la famille en maintenant l\u2019unit\u00e9 de la cellule familiale.<\/p>\n<p>49. En second lieu, le Gouvernement soutient que les autorit\u00e9s internes n\u2019ont recouru \u00e0 cette mesure qu\u2019apr\u00e8s avoir v\u00e9rifi\u00e9 qu\u2019aucune autre mesure moins attentatoire \u00e0 la libert\u00e9 ne pouvait effectivement \u00eatre mise en \u0153uvre. L\u2019autorit\u00e9 pr\u00e9fectorale a, en effet, identifi\u00e9 un risque non n\u00e9gligeable de fuite d\u2019A.C. compte tenu de la dissimulation des \u00e9l\u00e9ments de son identit\u00e9 et de la manifestation, par le refus qu\u2019elle a oppos\u00e9 \u00e0 l\u2019aide au transfert volontaire de son intention de ne pas se conformer \u00e0 la proc\u00e9dure de transfert vers l\u2019Espagne. Par ailleurs, la cour d\u2019appel, dans son ordonnance du 18 janvier 2021, a \u00e9galement reconnu la n\u00e9cessit\u00e9 de cette mesure, en relevant que le placement n\u2019avait \u00e9t\u00e9 d\u00e9cid\u00e9 que 48 heures avant le vol r\u00e9serv\u00e9, puis maintenu le temps strictement n\u00e9cessaire \u00e0 l\u2019organisation d\u2019un nouveau transfert apr\u00e8s le refus d\u2019embarquement de Mme A.C.<\/p>\n<p>c) Tiers intervenant<\/p>\n<p>50. Le D\u00e9fenseur des droits fait valoir que l\u2019article 5 de la Convention \u2013 interpr\u00e9t\u00e9 \u00e0 la lumi\u00e8re des dispositions de la CIDE \u2013 ne devrait plus \u00eatre interpr\u00e9t\u00e9 de mani\u00e8re \u00e0 permettre le placement en r\u00e9tention administrative des enfants, accompagn\u00e9s ou non.<\/p>\n<p><strong>2. Appr\u00e9ciation de la Cour<\/strong><\/p>\n<p>a) Principes g\u00e9n\u00e9raux<\/p>\n<p>51. Les principes g\u00e9n\u00e9raux concernant la conformit\u00e9 de la r\u00e9tention d\u2019un enfant mineur accompagnant ses parents avec l\u2019article 5 \u00a7 1 de la Convention ont \u00e9t\u00e9 rappel\u00e9s dans l\u2019affaire M.D. et A.D. c. France (pr\u00e9cit\u00e9e, \u00a7\u00a7 85-86) et Minasian et autres c. R\u00e9publique de Moldova (no 26879\/17, \u00a7\u00a7\u00a040 et 42, 17\u00a0janvier 2023, non d\u00e9finitif). En particulier, le placement puis le maintien en r\u00e9tention d\u2019un enfant mineur accompagnant ses parents ne sont conformes aux exigences de l\u2019article 5 \u00a7 1 f) qu\u2019\u00e0 la condition que les autorit\u00e9s internes \u00e9tablissent qu\u2019elles ont recouru \u00e0 ces mesures en dernier ressort, seulement apr\u00e8s avoir recherch\u00e9 effectivement qu\u2019aucune autre moins attentatoire \u00e0 la libert\u00e9 ne pouvait \u00eatre mise en \u0153uvre.<\/p>\n<p>b) Application de ces principes au cas d\u2019esp\u00e8ce<\/p>\n<p>52. En l\u2019esp\u00e8ce, il ressort de l\u2019arr\u00eat\u00e9 du 12 janvier 2021 ordonnant le placement initial en r\u00e9tention de la premi\u00e8re requ\u00e9rante que l\u2019autorit\u00e9 pr\u00e9fectorale a recherch\u00e9, si, compte tenu de l\u2019enfant mineur, un nourrisson, une mesure moins restrictive que le placement en r\u00e9tention \u00e9tait possible (voir paragraphe 6 ci-dessus). Elle a, en effet, estim\u00e9 que, dans le cadre de l\u2019ex\u00e9cution \u00e0 bref d\u00e9lai du transfert vers l\u2019Espagne des requ\u00e9rants, il n\u2019\u00e9tait plus envisageable de recourir aux mesures d\u2019assignation \u00e0 r\u00e9sidence qui avaient \u00e9t\u00e9 mises en \u0153uvre dans un premier temps, compte tenu du risque de fuite que r\u00e9v\u00e9lait, \u00e0 ses yeux, d\u2019une part, l\u2019intention de la requ\u00e9rante adulte de refuser d\u2019ex\u00e9cuter la proc\u00e9dure de transfert manifest\u00e9e par son refus de la proposition d\u2019aide au transfert volontaire, et d\u2019autre part, la dissimulation des \u00e9l\u00e9ments de son identit\u00e9. L\u2019autorit\u00e9 pr\u00e9fectorale a, en outre, consid\u00e9r\u00e9 qu\u2019il ne ressortait, ni des d\u00e9clarations d\u2019A.C., ni des pi\u00e8ces du dossier, un \u00e9tat de vuln\u00e9rabilit\u00e9 susceptible de s\u2019opposer \u00e0 un placement en r\u00e9tention tout en relevant la possibilit\u00e9, pour celle-ci, de demander une \u00e9valuation de son \u00e9tat de vuln\u00e9rabilit\u00e9 au centre de r\u00e9tention administrative.<\/p>\n<p>53. S\u2019agissant de la prolongation de la r\u00e9tention des requ\u00e9rants autoris\u00e9e, le 14 janvier 2021, par le juge de la libert\u00e9 et de la d\u00e9tention et confirm\u00e9e en appel, le 18 janvier 2021, s\u2019il ne lui appartient pas en principe, dans le cadre du contr\u00f4le du respect de l\u2019article 5 \u00a7 1, de substituer son appr\u00e9ciation \u00e0 celle des autorit\u00e9s nationales, la Cour doit v\u00e9rifier, d\u00e8s lors qu\u2019un enfant mineur est ici en cause, si la mesure litigieuse \u00e9tait n\u00e9cessaire pour atteindre le but qu\u2019elle poursuit.<\/p>\n<p>54. Or, la Cour estime disposer d\u2019\u00e9l\u00e9ments suffisants, lesquels ont conduit, compte tenu des conditions de r\u00e9tention, au constat d\u2019une violation de l\u2019article 3 de la Convention (voir paragraphes 43-44 ci-dessus), pour consid\u00e9rer que les autorit\u00e9s internes n\u2019ont pas suffisamment v\u00e9rifi\u00e9, dans le cadre de la mise en \u0153uvre du r\u00e9gime juridique applicable en France, que la prolongation du placement en r\u00e9tention administrative de la premi\u00e8re requ\u00e9rante accompagn\u00e9e de son enfant mineur pour une dur\u00e9e de 28 jours, alors qu\u2019elle a \u00e9t\u00e9 autoris\u00e9e le 14 janvier 2021 dans la perspective d\u2019un d\u00e9part pr\u00e9vu pour le jour m\u00eame, constituait une mesure de dernier ressort \u00e0 laquelle aucune autre moins restrictive ne pouvait \u00eatre substitu\u00e9e (voir paragraphes\u00a09 et 14 ci-dessus).<\/p>\n<p>55. Partant, il y a eu violation de l\u2019article 5 \u00a7 1 de la Convention dans le chef de M.C. s\u2019agissant de la prolongation de la r\u00e9tention administrative.<\/p>\n<p><strong>V. SUR LA VIOLATION ALL\u00c9GU\u00c9E DE L\u2019ARTICLE 5 \u00a7 4 DE LA CONVENTION S\u2019AGISSANT DU REQU\u00c9RANT MINEUR<\/strong><\/p>\n<p>56. Le requ\u00e9rant M.C. se plaint de ne pas avoir b\u00e9n\u00e9fici\u00e9 d\u2019un recours effectif pour contester son placement en r\u00e9tention administrative. Il invoque l\u2019article 5 \u00a7 4 de la Convention aux termes duquel\u00a0:<\/p>\n<p>\u00ab\u00a04. Toute personne priv\u00e9e de sa libert\u00e9 par arrestation ou d\u00e9tention a le droit d\u2019introduire un recours devant un tribunal, afin qu\u2019il statue \u00e0 bref d\u00e9lai sur la l\u00e9galit\u00e9 de sa d\u00e9tention et ordonne sa lib\u00e9ration si la d\u00e9tention est ill\u00e9gale.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p><strong>A. Sur la recevabilit\u00e9<\/strong><\/p>\n<p>57. Constatant que ce grief n\u2019est pas manifestement mal fond\u00e9 ni irrecevable pour un autre motif vis\u00e9 \u00e0 l\u2019article 35 de la Convention, la Cour le d\u00e9clare recevable.<\/p>\n<p><strong>B. Sur le fond<\/strong><\/p>\n<p><strong>1. Th\u00e8ses des parties<\/strong><\/p>\n<p>a) Le requ\u00e9rant<\/p>\n<p>58. Le requ\u00e9rant constate qu\u2019il n\u2019est nullement mentionn\u00e9, en sa qualit\u00e9 d\u2019enfant mineur, dans l\u2019arr\u00eat\u00e9 de placement en r\u00e9tention. De plus, ni le juge des libert\u00e9s et de la d\u00e9tention, ni le magistrat d\u00e9l\u00e9gu\u00e9 par le premier pr\u00e9sident de la cour d\u2019appel, ne se sont assur\u00e9s de l\u2019impossibilit\u00e9 de recourir \u00e0 une mesure moins coercitive. En particulier, le juge des libert\u00e9s et de la d\u00e9tention n\u2019a pas recherch\u00e9 si le requ\u00e9rant et sa m\u00e8re qu\u2019il accompagnait remplissaient les conditions d\u2019une assignation \u00e0 r\u00e9sidence alors m\u00eame qu\u2019aucun vol \u00e0 destination de l\u2019Espagne n\u2019\u00e9tait pr\u00e9vu \u00e0 bref d\u00e9lai et que, jusqu\u2019\u00e0 leur placement en r\u00e9tention, ils faisaient l\u2019objet de telles mesures, qu\u2019ils avaient respect\u00e9es.<\/p>\n<p>b) Le Gouvernement<\/p>\n<p>59. Le Gouvernement indique que, tel que rappel\u00e9 par les juridictions judiciaires, le mineur dispose d\u2019un droit propre pour contester sa r\u00e9tention et que M.C. a pu exercer ce recours devant le tribunal judiciaire puis devant la cour d\u2019appel.<\/p>\n<p>60. Le juge des libert\u00e9s et de la d\u00e9tention a constat\u00e9 qu\u2019un vol pour l\u2019Espagne \u00e9tant pr\u00e9vu dans les 48 heures suivant le placement en r\u00e9tention, le placement en r\u00e9tention devait \u00eatre extr\u00eamement bref et pr\u00e9server ainsi l\u2019int\u00e9r\u00eat sup\u00e9rieur de l\u2019enfant. Ce m\u00eame constat a \u00e9t\u00e9 fait par la cour d\u2019appel laquelle avait relev\u00e9 que le refus d\u2019embarquer d\u2019A.C. avait contraint les autorit\u00e9s fran\u00e7aises \u00e0 organiser un nouveau transfert. Par ailleurs, l\u2019autorit\u00e9 pr\u00e9fectorale et les juges judiciaires ont relev\u00e9 le risque de fuite de la requ\u00e9rante, l\u2019absence de vuln\u00e9rabilit\u00e9 s\u2019opposant au placement en r\u00e9tention. La cour d\u2019appel a estim\u00e9 que le placement en r\u00e9tention n\u2019avait \u00e9t\u00e9 d\u00e9cid\u00e9 que pour le temps strictement n\u00e9cessaire au d\u00e9part.<\/p>\n<p>61. Selon le Gouvernement, il ressort ainsi de la lecture des ordonnances, du juge des libert\u00e9s et de la d\u00e9tention et du magistrat d\u00e9l\u00e9gu\u00e9 par le premier pr\u00e9sident de la cour d\u2019appel, que l\u2019int\u00e9r\u00eat sup\u00e9rieur de l\u2019enfant a d\u00fbment \u00e9t\u00e9 pris en compte et que le recours \u00e0 une mesure alternative \u00e0 la r\u00e9tention a effectivement \u00e9t\u00e9 envisag\u00e9 avant d\u2019\u00eatre finalement \u00e9cart\u00e9.<\/p>\n<p>c) Tiers intervenant<\/p>\n<p>62. S\u2019agissant des observations du tiers intervenant pour le grief tir\u00e9 de l\u2019article 5 \u00a7 4, il est renvoy\u00e9 au paragraphe 50 ci-dessus.<\/p>\n<p><strong>2. Appr\u00e9ciation de la Cour<\/strong><\/p>\n<p>a) Principes g\u00e9n\u00e9raux<\/p>\n<p>63. Pour appr\u00e9cier le respect des exigences d\u00e9coulant de l\u2019article 5 \u00a7 4 de la Convention, s\u2019agissant du placement initial puis de la prolongation de la r\u00e9tention administrative d\u2019enfants mineurs accompagnant leurs parents, la Cour v\u00e9rifie si les juridictions internes ont effectivement tenu compte dans l\u2019exercice du contr\u00f4le juridictionnel qu\u2019il leur appartient d\u2019effectuer, de la pr\u00e9sence des enfants mineurs et ont recherch\u00e9 de fa\u00e7on effective s\u2019il \u00e9tait possible de recourir \u00e0 une mesure alternative \u00e0 leur placement puis \u00e0 leur maintien en r\u00e9tention (M.D. et A.D. c. France, pr\u00e9cit\u00e9, \u00a7\u00a7 97-98, Minasian et autres c.\u00a0R\u00e9publique de Moldova, pr\u00e9cit\u00e9, \u00a7 51, non d\u00e9finitif).<\/p>\n<p>b) Application de ces principes au cas d\u2019esp\u00e8ce<\/p>\n<p>64. En l\u2019esp\u00e8ce, s\u2019agissant du contr\u00f4le judiciaire du placement initial de la requ\u00e9rante accompagn\u00e9e de son enfant mineur, la Cour consid\u00e8re que tant le juge des libert\u00e9s et de la d\u00e9tention que le magistrat d\u00e9l\u00e9gu\u00e9 par le premier pr\u00e9sident de la cour d\u2019appel, ont suffisamment pris en compte la pr\u00e9sence de l\u2019enfant mineur, dans les appr\u00e9ciations auxquelles il leur appartenait de se livrer pour contr\u00f4ler la l\u00e9galit\u00e9 du placement initial en r\u00e9tention. Les ordonnances des 14 et 18 janvier 2021 mentionnent en effet que le placement en r\u00e9tention d\u2019A.C., accompagn\u00e9e de M.C., enfant mineur \u00e2g\u00e9 de quelques mois, devait \u00eatre d\u2019une dur\u00e9e aussi br\u00e8ve que possible, un vol pour l\u2019Espagne ayant \u00e9t\u00e9 r\u00e9serv\u00e9 pour le surlendemain du placement en r\u00e9tention et pour les seules contraintes du transfert (voir paragraphes 8 et 13 ci-dessus).<\/p>\n<p>65. En revanche, s\u2019agissant du contr\u00f4le judiciaire de la prolongation de la r\u00e9tention, la Cour note, au vu de l\u2019ensemble des motifs des ordonnances des 14 et 18 janvier 2021, qu\u2019alors m\u00eame que le droit fran\u00e7ais pr\u00e9voit qu\u2019en la mati\u00e8re \u00ab [l]\u2019int\u00e9r\u00eat sup\u00e9rieur de l\u2019enfant doit \u00eatre une consid\u00e9ration primordiale \u00bb (N.B. et autres c. France, pr\u00e9cit\u00e9, \u00a7 20), que ni le juge des libert\u00e9s et de la d\u00e9tention du tribunal judiciaire ni le magistrat d\u00e9l\u00e9gu\u00e9 par le premier pr\u00e9sident de la cour d\u2019appel n\u2019ont suffisamment tenu compte de la pr\u00e9sence du requ\u00e9rant M.C. et de son statut d\u2019enfant mineur, avant d\u2019ordonner la prolongation de la r\u00e9tention administrative pour une dur\u00e9e de vingt-huit jours dans le cadre du contr\u00f4le juridictionnel qu\u2019il leur incombait d\u2019exercer (voir paragraphes 9 et 14 ci-dessus).<\/p>\n<p>66. La Cour a constat\u00e9 ci-dessus une violation de l\u2019article 5 \u00a7 1 au motif que les autorit\u00e9s internes n\u2019avaient pas suffisamment v\u00e9rifi\u00e9, dans le cadre de la mise en \u0153uvre du r\u00e9gime juridique applicable en France, que la prolongation du placement en r\u00e9tention administrative de la premi\u00e8re requ\u00e9rante accompagn\u00e9e de son enfant mineur constituait une mesure de dernier ressort \u00e0 laquelle aucune autre moins restrictive ne pouvait \u00eatre substitu\u00e9e (voir paragraphes 54-55 ci-dessus). Cette absence de v\u00e9rification effective des conditions qui concernent tant la l\u00e9galit\u00e9 de la mesure de maintien en r\u00e9tention en droit interne que le principe de l\u00e9galit\u00e9 au sens de la Convention est particuli\u00e8rement imputable aux juridictions internes auxquelles il incombait de s\u2019assurer effectivement de la l\u00e9galit\u00e9 du maintien en r\u00e9tention de l\u2019enfant mineur. Il s\u2019ensuit que, s\u2019agissant de la prolongation de la r\u00e9tention administrative, le requ\u00e9rant M.C. n\u2019a pas b\u00e9n\u00e9fici\u00e9 d\u2019un contr\u00f4le portant sur l\u2019ensemble des conditions auxquelles est subordonn\u00e9e la r\u00e9gularit\u00e9 de la r\u00e9tention au regard du paragraphe 1 de l\u2019article 5.<\/p>\n<p>67. Partant, il y a eu violation de l\u2019article 5 \u00a7 4 de la Convention dans le chef de M.C. s\u2019agissant de la prolongation de la r\u00e9tention administrative.<\/p>\n<p><strong>VI. SUR LA VIOLATION ALL\u00c9GU\u00c9E DE L\u2019ARTICLE 8 DE LA CONVENTION<\/strong><\/p>\n<p>68. Les requ\u00e9rants ont soulev\u00e9 d\u2019autres griefs sous l\u2019angle de l\u2019article\u00a08 de la Convention. Eu \u00e9gard aux faits de l\u2019esp\u00e8ce, aux arguments des parties et aux conclusions ci-dessus, la Cour consid\u00e8re qu\u2019elle a statu\u00e9 sur les principales questions juridiques soulev\u00e9es dans l\u2019affaire et qu\u2019il n\u2019y a pas lieu d\u2019examiner la recevabilit\u00e9 et le fond des autres griefs (voir Centre de ressources juridiques au nom de Valentin C\u00e2mpeanu c.\u00a0Roumanie [GC], no\u00a047848\/08, \u00a7 156, CEDH 2014).<\/p>\n<p><strong>VII. ARTICLE 39 DU R\u00c8GLEMENT DE LA COUR<\/strong><\/p>\n<p>69. La Cour consid\u00e8re que la mesure provisoire indiqu\u00e9e au Gouvernement en vertu de l\u2019article 39 du r\u00e8glement est devenue sans objet.<\/p>\n<p><strong>APPLICATION DE L\u2019ARTICLE 41 DE LA CONVENTION<\/strong><\/p>\n<p>70. Les requ\u00e9rants demandent 20\u00a0000 euros (EUR) au titre du dommage moral qu\u2019ils estiment avoir subi et 9\u00a0000 euros (EUR) au titre au titre des frais et d\u00e9pens qu\u2019ils disent avoir engag\u00e9s dans le cadre de la proc\u00e9dure men\u00e9e devant la Cour.<\/p>\n<p>71. Le Gouvernement fait valoir que les requ\u00e9rants ne ventilent pas leurs pr\u00e9tentions par article, n\u2019apportent pas d\u2019\u00e9l\u00e9ments pour \u00e9valuer leur pr\u00e9judice moral et demandent r\u00e9paration d\u2019un grief nouveau qui ne rel\u00e8ve pas du p\u00e9rim\u00e8tre de l\u2019affaire. Il soutient que si la Cour devait conclure \u00e0 une m\u00e9connaissance par la France de dispositions de la Convention, le constat de violation pourrait \u00e0 lui seul, constituer une satisfaction suffisante. \u00c0 titre subsidiaire, le Gouvernement juge excessif le montant demand\u00e9 par les requ\u00e9rants et demande \u00e0 la Cour d\u2019\u00e9valuer le pr\u00e9judice all\u00e9gu\u00e9 \u00e0 une plus juste proportion. Par ailleurs, le Gouvernement affirme que l\u2019impr\u00e9cision des factures pr\u00e9sent\u00e9es ne permet pas d\u2019\u00e9tablir que les frais all\u00e9gu\u00e9s seraient \u00e9tablis dans leur r\u00e9alit\u00e9, leur n\u00e9cessit\u00e9 et le caract\u00e8re raisonnable de leur taux.<\/p>\n<p>72. Au vu des constats de violation auxquels elle est parvenue, la Cour octroie aux requ\u00e9rants 10\u00a0000 EUR pour dommage moral, plus tout montant pouvant \u00eatre d\u00fb sur cette somme \u00e0 titre d\u2019imp\u00f4t.<\/p>\n<p>73. Compte tenu des documents en sa possession et de sa jurisprudence, la Cour juge raisonnable d\u2019allouer aux requ\u00e9rants la somme de 9\u00a0000 EUR pour la proc\u00e9dure men\u00e9e devant elle, plus tout montant pouvant \u00eatre d\u00fb sur cette somme \u00e0 titre d\u2019imp\u00f4t.<\/p>\n<p><strong>PAR CES MOTIFS, LA COUR, \u00c0 L\u2019UNANIMIT\u00c9,<\/strong><\/p>\n<p>1. D\u00e9clare les griefs tir\u00e9s des article 3 et 5 recevables\u00a0;<\/p>\n<p>2. Dit qu\u2019il y a eu violation de l\u2019article 3 de la Convention dans le chef des requ\u00e9rants A.C. et M.C.\u00a0;<\/p>\n<p>3. Dit qu\u2019il y a eu violation de l\u2019article 5 \u00a7\u00a7 1 et 4 de la Convention dans le chef du requ\u00e9rant M.C. s\u2019agissant de la prolongation de la r\u00e9tention administrative\u00a0;<\/p>\n<p>4. Dit qu\u2019il n\u2019y a pas lieu d\u2019examiner la recevabilit\u00e9 et le bien-fond\u00e9 du grief formul\u00e9 sur le terrain de l\u2019article 8 de la Convention\u00a0;<\/p>\n<p>5. Dit que la mesure provisoire indiqu\u00e9e au Gouvernement en vertu de l\u2019article 39 du r\u00e8glement est devenue sans objet ;<\/p>\n<p>6. Dit<\/p>\n<p>a) que l\u2019\u00c9tat d\u00e9fendeur doit verser aux requ\u00e9rants, dans un d\u00e9lai de trois mois \u00e0 compter de la date \u00e0 laquelle l\u2019arr\u00eat sera devenu d\u00e9finitif conform\u00e9ment \u00e0 l\u2019article 44 \u00a7 2 de la Convention, les sommes suivantes\u00a0:<\/p>\n<p>i. 10\u00a0000 EUR (dix mille euros), plus tout montant pouvant \u00eatre d\u00fb sur cette somme \u00e0 titre d\u2019imp\u00f4t, pour dommage moral\u00a0;<\/p>\n<p>ii. 9\u00a0000 EUR (neuf mille euros), plus tout montant pouvant \u00eatre d\u00fb sur cette somme par les requ\u00e9rants \u00e0 titre d\u2019imp\u00f4t, pour frais et d\u00e9pens\u00a0;<\/p>\n<p>b) qu\u2019\u00e0 compter de l\u2019expiration dudit d\u00e9lai et jusqu\u2019au versement, ces montants seront \u00e0 majorer d\u2019un int\u00e9r\u00eat simple \u00e0 un taux \u00e9gal \u00e0 celui de la facilit\u00e9 de pr\u00eat marginal de la Banque centrale europ\u00e9enne applicable pendant cette p\u00e9riode, augment\u00e9 de trois points de pourcentage\u00a0;<\/p>\n<p>7. Rejette le surplus de la demande de satisfaction \u00e9quitable.<\/p>\n<p>Fait en fran\u00e7ais, puis communiqu\u00e9 par \u00e9crit le 4 mai 2023, en application de l\u2019article\u00a077\u00a0\u00a7\u00a7\u00a02 et\u00a03 du r\u00e8glement.<\/p>\n<p>Victor Soloveytchik \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 Georges Ravarani<br \/>\nGreffier \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0Pr\u00e9sident<\/p>\n<p>___________<\/p>\n<p>Au pr\u00e9sent arr\u00eat se trouve joint, conform\u00e9ment aux articles 45 \u00a7 2 de la Convention et 74 \u00a7 2 du r\u00e8glement, l\u2019expos\u00e9 de l\u2019opinion s\u00e9par\u00e9e de la juge\u00a0El\u00f3segui.<\/p>\n<p style=\"text-align: right;\">G.R.<br \/>\nV.S.<\/p>\n<p style=\"text-align: center;\"><strong>OPINION CONCORDANTE DE LA JUGE EL\u00d3SEGUI<\/strong><\/p>\n<p>J\u2019ai vot\u00e9 avec tous les autres juges en faveur d\u2019un constat de violation des articles invoqu\u00e9s, \u00e0 savoir les articles\u00a03 et 5 \u00a7\u00a7\u00a01 et 4. J\u2019exprime la pr\u00e9sente opinion concordante en raison de la n\u00e9cessit\u00e9 de clarifier certains aspects de la formulation du paragraphe consacr\u00e9 \u00e0 la violation de l\u2019article\u00a03 qui suscitent des doutes et de sugg\u00e9rer une am\u00e9lioration de sa base juridique pour les affaires ult\u00e9rieures, et pour une autre raison, qui est li\u00e9e \u00e0 la conduite ill\u00e9gale de la requ\u00e9rante\u00a0:<\/p>\n<p>\u00ab\u00a0Compte tenu du tr\u00e8s jeune \u00e2ge du second requ\u00e9rant, des conditions d\u2019accueil dans le centre de r\u00e9tention de Metz-Queuleu et de la dur\u00e9e du placement en r\u00e9tention qui s\u2019est d\u00e9roul\u00e9 sur neuf jours, la Cour consid\u00e8re que les autorit\u00e9s comp\u00e9tentes l\u2019ont soumis, \u00e0 un traitement qui a d\u00e9pass\u00e9 le seuil de gravit\u00e9 requis par l\u2019article\u00a03 de la Convention. Eu \u00e9gard aux liens ins\u00e9parables qui unissent une m\u00e8re et son b\u00e9b\u00e9 de sept mois et demi, ainsi qu\u2019aux \u00e9motions qu\u2019ils partagent, la Cour estime qu\u2019il en va de m\u00eame, dans les circonstances particuli\u00e8res de l\u2019esp\u00e8ce, s\u2019agissant de la premi\u00e8re requ\u00e9rante\u00a0\u00bb (paragraphe\u00a043 de l\u2019arr\u00eat).<\/p>\n<p>Un raisonnement am\u00e9liorable sur la question de la violation de l\u2019article\u00a03 en ce qui concerne la m\u00e8re (la requ\u00e9rante)<\/p>\n<p>J\u2019estime que le raisonnement portant sur la question de la violation de l\u2019article\u00a03 en ce qui concerne la m\u00e8re est d\u00e9ficient. Pour constater une violation de l\u2019interdiction des mauvais traitements pr\u00e9vue par l\u2019article\u00a03 qui r\u00e9sulterait du non-respect par l\u2019\u00c9tat fran\u00e7ais des obligations positives qui lui incombaient \u00e0 l\u2019\u00e9gard de la m\u00e8re de l\u2019enfant, il faut que ce constat soit fond\u00e9 sur des motifs s\u00e9rieux et graves, reposant sur des obligations l\u00e9gales. D\u00e8s lors, il ne me para\u00eet pas opportun de fonder le constat de tels s\u00e9vices graves uniquement sur les liens indissociables qui unissent la m\u00e8re \u00e0 son enfant et sur les \u00e9motions qu\u2019ils partagent. Plus pr\u00e9cis\u00e9ment, le terme \u00ab\u00a0\u00e9motions\u00a0\u00bb est un concept psychologique et anthropologique qu\u2019il est tr\u00e8s difficile de mesurer juridiquement, d\u2019autant plus lorsqu\u2019il est question d\u2019une d\u00e9cision administrative ordonnant l\u2019expulsion de la m\u00e8re et de l\u2019enfant vers l\u2019Espagne sur la base d\u2019un cadre pleinement l\u00e9gal \u00e9tabli, \u00e0 savoir le syst\u00e8me dit \u00ab\u00a0Dublin\u00a0III\u00a0\u00bb.<\/p>\n<p>Le raisonnement juridique devrait reposer davantage sur l\u2019id\u00e9e qu\u2019en raison de l\u2019int\u00e9r\u00eat sup\u00e9rieur de l\u2019enfant, il serait inhumain ou mauvais de s\u00e9parer une m\u00e8re de son jeune enfant. Pour cela, il est beaucoup plus valable et fond\u00e9 de s\u2019appuyer sur un trait\u00e9 international contraignant pour la France, par exemple la Convention des Nations Unies relative aux droits de l\u2019enfant. Dans cette norme internationale, de nombreux articles affirment qu\u2019il est n\u00e9cessaire de ne pas s\u00e9parer un mineur de ses parents dans la mesure du possible. D\u00e8s son pr\u00e9ambule m\u00eame, il est rappel\u00e9 que \u00ab\u00a0l\u2019enfance a droit \u00e0 une aide et \u00e0 une assistance sp\u00e9ciales\u00a0\u00bb et que \u00ab\u00a0la famille, unit\u00e9 fondamentale de la soci\u00e9t\u00e9 et milieu naturel pour la croissance et le bien-\u00eatre de tous ses membres et en particulier des enfants, doit recevoir la protection et l\u2019assistance dont elle a besoin pour pouvoir jouer pleinement son r\u00f4le dans la communaut\u00e9\u00a0\u00bb et il est reconnu que \u00ab\u00a0l\u2019enfant, pour l\u2019\u00e9panouissement harmonieux de sa personnalit\u00e9, doit grandir dans le milieu familial, dans un climat de bonheur, d\u2019amour et de compr\u00e9hension\u00a0\u00bb et que \u00ab\u00a0l\u2019enfant, en raison de son manque de maturit\u00e9 physique et intellectuelle, a besoin d\u2019une protection sp\u00e9ciale et de soins sp\u00e9ciaux, notamment d\u2019une protection juridique appropri\u00e9e, avant comme apr\u00e8s la naissance\u00a0\u00bb.<\/p>\n<p>Le corps du texte de la Convention relative aux droits de l\u2019enfant comporte plusieurs articles qui soulignent les obligations positives qu\u2019ont les \u00c9tats d\u2019assurer \u00e0 l\u2019enfant la protection et les soins n\u00e9cessaires \u00e0 son bien-\u00eatre, compte tenu des droits et devoirs de ses parents, de ses tuteurs ou des autres personnes l\u00e9galement responsables de lui (article\u00a03 \u00a7\u00a02), de respecter les responsabilit\u00e9s, droits et devoirs des parents (article\u00a05) et de veiller \u00e0 ce que, dans la mesure du possible, les enfants connaissent leurs parents et soient \u00e9lev\u00e9s par eux (article\u00a07). Il y est \u00e9galement affirm\u00e9 que les \u00c9tats doivent veiller \u00e0 ce que l\u2019enfant ne soit pas s\u00e9par\u00e9 de ses parents contre leur gr\u00e9 (article\u00a09 \u00a7\u00a01).<\/p>\n<p>En ce qui concerne l\u2019\u00e9ducation et le d\u00e9veloppement de l\u2019enfant, l\u2019int\u00e9r\u00eat sup\u00e9rieur du mineur implique que la responsabilit\u00e9 de l\u2019\u00e9lever incombe au premier chef \u00e0 ses repr\u00e9sentants l\u00e9gaux (article\u00a018 \u00a7\u00a01). L\u2019\u00c9tat doit quant \u00e0 lui mettre en place des institutions, des \u00e9tablissements et des services charg\u00e9s de veiller au bien-\u00eatre des enfants (article\u00a018 \u00a7\u00a02). Si la responsabilit\u00e9 du d\u00e9veloppement de l\u2019enfant incombe au premier chef aux parents (article\u00a027, mutatis mutandis), il va sans dire que les enfants ne doivent pas \u00eatre s\u00e9par\u00e9s de leurs parents. En outre, l\u2019\u00c9tat doit \u00ab\u00a0[adopter] les mesures appropri\u00e9es (&#8230;) pour aider les parents et autres personnes ayant la charge de l\u2019enfant \u00e0 mettre en \u0153uvre ce droit et [offrir], en cas de besoin, une assistance mat\u00e9rielle et des programmes d\u2019appui, notamment en ce qui concerne l\u2019alimentation, l\u2019habillement et le logement\u00a0\u00bb (article\u00a027 \u00a7\u00a03).<\/p>\n<p>Le comportement ill\u00e9gal de la requ\u00e9rante<\/p>\n<p>Cela dit, j\u2019estime que la m\u00e8re ne peut se plaindre en ce qui la concerne d\u2019une violation de l\u2019article\u00a03. En effet, en tant qu\u2019adulte qui, dans les circonstances de l\u2019esp\u00e8ce, a d\u00e9sob\u00e9i \u00e0 la loi et s\u2019est mise par elle-m\u00eame dans la situation o\u00f9 elle se trouve, elle ne peut pas exiger de l\u2019\u00c9tat des conditions de r\u00e9tention r\u00e9pondant \u00e0 des normes \u00e9lev\u00e9es dans le centre de r\u00e9tention. C\u2019est d\u2019autant plus vrai en ce qui concerne la violation de l\u2019article\u00a03 de la Convention qu\u2019elle all\u00e8gue. Dans le cadre de l\u2019application des principes g\u00e9n\u00e9raux au cas d\u2019esp\u00e8ce, la conduite obstructive de la requ\u00e9rante, qui a refus\u00e9 d\u2019embarquer sur le vol pr\u00e9vu \u00e0 destination de l\u2019Espagne le 14\u00a0janvier 2021, doit \u00eatre prise en compte. Son placement en r\u00e9tention administrative est le r\u00e9sultat de ses propres fautes. D\u00e8s lors, il ne me semble pas que l\u2019on puisse imputer \u00e0 l\u2019\u00c9tat le placement de l\u2019int\u00e9ress\u00e9e et de son enfant au centre de Metz-Queuleu. En l\u2019esp\u00e8ce, les principes d\u00e9gag\u00e9s par la Grande Chambre dans l\u2019affaire N.D. et N.T. c.\u00a0Espagne ([GC], nos\u00a08675\/15 et 8697\/15, \u00a7\u00a7\u00a0209\u201111, 13\u00a0f\u00e9vrier 2020) concernant les cons\u00e9quences d\u2019un mauvais comportement des demandeurs doivent \u00eatre appliqu\u00e9s au comportement de la m\u00e8re. \u00c0 ce sujet, je souscris aux arguments suivants du gouvernement fran\u00e7ais\u00a0:<\/p>\n<p>\u00ab\u00a0Le placement en r\u00e9tention de ce dernier \u00e9tait n\u00e9cessaire pour assurer l\u2019\u00e9loignement de la famille en maintenant l\u2019unit\u00e9 de la cellule familiale\u00a0\u00bb (paragraphe\u00a048 de l\u2019arr\u00eat)<\/p>\n<p>et<\/p>\n<p>\u00ab\u00a0(&#8230;) [la cour d\u2019appel a] relev\u00e9 que le refus d\u2019embarquer d\u2019A.C. avait contraint les autorit\u00e9s fran\u00e7aises \u00e0 organiser un nouveau transfert. Par ailleurs, l\u2019autorit\u00e9 pr\u00e9fectorale et les juges judiciaires ont relev\u00e9 le risque de fuite de la requ\u00e9rante, l\u2019absence de vuln\u00e9rabilit\u00e9 s\u2019opposant au placement en r\u00e9tention. La cour d\u2019appel a estim\u00e9 que le placement en r\u00e9tention n\u2019avait \u00e9t\u00e9 d\u00e9cid\u00e9 que pour le temps strictement n\u00e9cessaire au d\u00e9part\u00a0\u00bb (paragraphe\u00a060 de l\u2019arr\u00eat).<\/p>\n<p>Cependant, je crains fort que la phrase suivante\u00a0:<\/p>\n<p>\u00ab\u00a0La Cour rappelle que le comportement du parent, \u00e0 savoir, dans la pr\u00e9sente affaire, le refus de la premi\u00e8re requ\u00e9rante d\u2019embarquer, n\u2019est pas d\u00e9terminant quant \u00e0 la question de savoir si le seuil de gravit\u00e9 prohib\u00e9 est franchi \u00e0 l\u2019\u00e9gard de l\u2019enfant mineur (M.D. et A.D. c.\u00a0France, pr\u00e9cit\u00e9, \u00a7\u00a070)\u00a0\u00bb (paragraphe\u00a042 de l\u2019arr\u00eat)<\/p>\n<p>ne soit susceptible de contribuer \u00e0 terme au risque que la juge Mourou-Vikstr\u00f6m \u00e9voquait dans une opinion dissidente jointe \u00e0 un arr\u00eat rendu dans une affaire similaire (M.D. et A.D. c.\u00a0France, no\u00a057035\/18, 22\u00a0juillet 2021), et que je crains \u00e9galement\u00a0:<\/p>\n<p>\u00ab\u00a0Il m\u2019appara\u00eet que, dans une telle affaire, constater des violations des articles\u00a03 et 5 concourt \u00e0 une \u00e9rosion progressive du syst\u00e8me dit \u00ab\u00a0Dublin\u00a0\u00bb tout en pr\u00e9sentant un risque d\u2019instrumentalisation des enfants pour contourner les r\u00e8gles europ\u00e9ennes r\u00e9gissant le droit d\u2019asile\u00a0\u00bb (opinion dissidente de la juge Mourou-Vikstr\u00f6m).<\/p>\n<p>En l\u2019esp\u00e8ce, il est av\u00e9r\u00e9 que la requ\u00e9rante a fait preuve d\u2019une attitude de d\u00e9sob\u00e9issance \u00e0 la loi, comme l\u2019indique l\u2019arr\u00eat dans les phrases suivantes\u00a0:<\/p>\n<p>\u00ab\u00a0Le 14\u00a0janvier 2021 toujours, la requ\u00e9rante refusa d\u2019embarquer \u00e0 bord du vol \u00e0 destination de l\u2019Espagne. Elle et son fils furent alors reconduits au centre de r\u00e9tention administrative de Metz\u00a0\u00bb (paragraphe\u00a011 de l\u2019arr\u00eat)<\/p>\n<p>et<\/p>\n<p>\u00ab\u00a0Par deux ordonnances du 18\u00a0janvier 2021, le magistrat d\u00e9l\u00e9gu\u00e9 par le premier pr\u00e9sident de la cour d\u2019appel de Metz confirme les ordonnances du 14\u00a0janvier 2021\u00a0\u00bb (paragraphe\u00a012 de l\u2019arr\u00eat)\u00a0;<\/p>\n<p>de plus, les motifs avanc\u00e9s pour justifier l\u2019arr\u00eat\u00e9 sont le risque non n\u00e9gligeable de fuite (paragraphe\u00a013 de l\u2019arr\u00eat) et la n\u00e9cessit\u00e9 de la prolongation de la mesure de r\u00e9tention (paragraphe\u00a014 de l\u2019arr\u00eat)\u00a0:<\/p>\n<p>\u00ab\u00a0En l\u2019esp\u00e8ce, s\u2019il est exact que Mme A.C. a respect\u00e9 les conditions de son assignation \u00e0 r\u00e9sidence notifi\u00e9e le 9\u00a0novembre 2020 et renouvel\u00e9e le 17\u00a0d\u00e9cembre 2020, il n\u2019est pas contest\u00e9 d\u2019une part, qu\u2019elle a dissimul\u00e9 des \u00e9l\u00e9ments de son identit\u00e9 en d\u00e9clarant plusieurs dates de naissance et d\u2019autre part, qu\u2019elle a explicitement d\u00e9clar\u00e9 son intention de ne pas se conformer \u00e0 la proc\u00e9dure de transfert en refusant la proposition d\u2019aide au transfert volontaire lors de la notification de la d\u00e9cision de r\u00e9admission le 9\u00a0novembre 2020, puis en r\u00e9affirmant son refus lors de la notification du placement en r\u00e9tention. Il sera d\u2019ailleurs relev\u00e9 que Mme A.C. a refus\u00e9 d\u2019embarquer sur le vol pr\u00e9vu \u00e0 destination de l\u2019Espagne le 14\u00a0janvier 2021. Le risque de fuite appara\u00eet d\u00e8s lors non n\u00e9gligeable, rendant n\u00e9cessaire le placement en r\u00e9tention administrative\u00a0\u00bb (paragraphe\u00a013 de l\u2019arr\u00eat).<\/p>\n<p>D\u00e8s lors, il ne semble pas proportionn\u00e9 qu\u2019alors que le reste des citoyens fran\u00e7ais sont contraints de respecter la loi, les autorit\u00e9s soient dans l\u2019impossibilit\u00e9 d\u2019ex\u00e9cuter l\u2019arr\u00eat\u00e9 d\u2019expulsion en cause en l\u2019esp\u00e8ce car elles n\u2019auraient pas les moyens de le faire respecter et devraient se soumettre au refus de la requ\u00e9rante d\u2019embarquer dans un avion \u00e0 destination de l\u2019Espagne, au m\u00e9pris de l\u2019issue d\u2019une proc\u00e9dure judiciaire men\u00e9e conform\u00e9ment \u00e0 la loi. On constate le m\u00eame refus d\u2019embarquer dans l\u2019avion dans l\u2019affaire M.D. et\u00a0A.D. c.\u00a0France (arr\u00eat pr\u00e9cit\u00e9). En outre, la requ\u00e9rante n\u2019a indiqu\u00e9 aux autorit\u00e9s fran\u00e7aises aucune raison justifiant son refus de d\u00e9poser sa demande d\u2019asile en Espagne, \u00c9tat o\u00f9 elle aurait d\u00fb le faire en application du r\u00e8glement (UE) no\u00a0604\/2013 du Parlement Europ\u00e9en et du Conseil du 26\u00a0juin 2013 (dit \u00ab\u00a0r\u00e8glement Dublin III\u00a0\u00bb).<\/p>\n<p>Mutatis mutandis, la seule diff\u00e9rence avec la pr\u00e9sente affaire \u00e9tant que le transfert en cause en l\u2019esp\u00e8ce avait pour destination l\u2019Espagne et non l\u2019Italie, je partage \u00e0 nouveau l\u2019avis exprim\u00e9 par la juge Mourou-Vikstr\u00f6m dans son opinion jointe \u00e0 l\u2019arr\u00eat rendu dans une affaire ant\u00e9rieure semblable \u00e0 la pr\u00e9sente (M.D. et A.D. c.\u00a0France, pr\u00e9cit\u00e9)\u00a0:<\/p>\n<p>\u00ab Ainsi, une condamnation de l\u2019\u00c9tat fran\u00e7ais dans cette affaire revient \u00e0 affaiblir fortement le syst\u00e8me m\u00eame mis en place des accords de Dublin, lequel organise les demandes d\u2019asile en les soumettant \u00e0 des r\u00e8gles claires et rationnelles. Que deviendrait le \u00ab syst\u00e8me de Dublin \u00bb si chaque demandeur d\u2019asile d\u00e9cidait de le contourner en se rendant clandestinement dans un \u00c9tat qui n\u2019est pas le premier \u00c9tat d\u2019arriv\u00e9e et en refusant d\u2019\u00eatre transf\u00e9r\u00e9 dans l\u2019\u00c9tat d\u2019examen de sa demande ? Pour que l\u2019obstruction de la requ\u00e9rante \u00e0 son transfert et \u00e0 celui de son enfant soit consid\u00e9r\u00e9e comme ne pouvant pas \u00eatre retenue contre elle, il faudrait, \u00e0 tout le moins, qu\u2019elle argue de conditions inhumaines et d\u00e9gradantes auxquelles elle serait expos\u00e9e avec son enfant en Italie et qui seraient \u00e9tablies par des rapports internationaux \u00bb (opinion dissidente de la juge Mourou-Vikstr\u00f6m).<\/p>\n<div class=\"social-share-buttons\"><a href=\"https:\/\/www.facebook.com\/sharer\/sharer.php?u=https:\/\/loisdumonde.com\/?p=1983\" target=\"_blank\" rel=\"noopener\">Facebook<\/a><a href=\"https:\/\/twitter.com\/intent\/tweet?url=https:\/\/loisdumonde.com\/?p=1983&text=AFFAIRE+A.C.+ET+M.C.+c.+FRANCE+%E2%80%93+4289%2F21\" target=\"_blank\" rel=\"noopener\">Twitter<\/a><a href=\"https:\/\/www.linkedin.com\/shareArticle?url=https:\/\/loisdumonde.com\/?p=1983&title=AFFAIRE+A.C.+ET+M.C.+c.+FRANCE+%E2%80%93+4289%2F21\" target=\"_blank\" rel=\"noopener\">LinkedIn<\/a><a href=\"https:\/\/pinterest.com\/pin\/create\/button\/?url=https:\/\/loisdumonde.com\/?p=1983&description=AFFAIRE+A.C.+ET+M.C.+c.+FRANCE+%E2%80%93+4289%2F21\" target=\"_blank\" rel=\"noopener\">Pinterest<\/a><\/div>","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>CINQUI\u00c8ME SECTION AFFAIRE A.C. ET M.C. c. FRANCE (Requ\u00eate no 4289\/21) Art 3 (mat\u00e9riel) \u2022 Traitement inhumain et d\u00e9gradant FacebookTwitterLinkedInPinterest<\/p>\n<p class=\"more-link-p\"><a class=\"more-link\" href=\"https:\/\/loisdumonde.com\/?p=1983\">Read more &rarr;<\/a><\/p>\n","protected":false},"author":1,"featured_media":0,"comment_status":"open","ping_status":"open","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"_lmt_disableupdate":"","_lmt_disable":"","footnotes":""},"categories":[1],"tags":[],"class_list":["post-1983","post","type-post","status-publish","format-standard","hentry","category-cour-europeenne-des-droits-de-lhomme"],"modified_by":"loisdumonde","_links":{"self":[{"href":"https:\/\/loisdumonde.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/1983","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/loisdumonde.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/loisdumonde.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/loisdumonde.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/users\/1"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/loisdumonde.com\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcomments&post=1983"}],"version-history":[{"count":1,"href":"https:\/\/loisdumonde.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/1983\/revisions"}],"predecessor-version":[{"id":1984,"href":"https:\/\/loisdumonde.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/1983\/revisions\/1984"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/loisdumonde.com\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fmedia&parent=1983"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/loisdumonde.com\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcategories&post=1983"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/loisdumonde.com\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Ftags&post=1983"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}