{"id":1972,"date":"2023-04-18T14:07:27","date_gmt":"2023-04-18T14:07:27","guid":{"rendered":"https:\/\/loisdumonde.com\/?p=1972"},"modified":"2023-04-18T14:07:27","modified_gmt":"2023-04-18T14:07:27","slug":"affaire-sfiraiala-c-roumanie-30253-20","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/loisdumonde.com\/?p=1972","title":{"rendered":"AFFAIRE SF\u00ceR\u0102IAL\u0102 c. ROUMANIE &#8211; 30253\/20"},"content":{"rendered":"<p style=\"text-align: center;\">QUATRI\u00c8ME SECTION<br \/>\n<strong>AFFAIRE SF\u00ceR\u0102IAL\u0102 c. ROUMANIE<\/strong><br \/>\n<em>(Requ\u00eate no 30253\/20)<\/em><br \/>\nARR\u00caT<br \/>\nSTRASBOURG<br \/>\n18 avril 2023<\/p>\n<p><!--more-->Cet arr\u00eat est d\u00e9finitif. Il peut subir des retouches de forme.<\/p>\n<p><strong>En l\u2019affaire Sf\u00eer\u0103ial\u0103 c. Roumanie,<\/strong><\/p>\n<p>La Cour europ\u00e9enne des droits de l\u2019homme (quatri\u00e8me section), si\u00e9geant en un comit\u00e9 compos\u00e9 de\u00a0:<br \/>\nFaris Vehabovi\u0107, pr\u00e9sident,<br \/>\nBranko Lubarda,<br \/>\nAna Maria Guerra Martins, juges,<br \/>\net de Crina Kaufman, greffi\u00e8re adjointe de section f.f.,<\/p>\n<p>Vu la requ\u00eate (no\u00a030253\/20) dirig\u00e9e contre la Roumanie et dont un ressortissant de cet \u00c9tat, M. Andrei-Valentin Sf\u00eer\u0103ial\u0103 (\u00ab\u00a0le requ\u00e9rant\u00a0\u00bb), n\u00e9 en 1977 et r\u00e9sidant \u00e0 Bucarest, repr\u00e9sent\u00e9 par Me\u00a0A. Popescu, avocat \u00e0 Bucarest, a saisi la Cour le 1er\u00a0juillet 2020 en vertu de l\u2019article\u00a034 de la Convention de sauvegarde des droits de l\u2019homme et des libert\u00e9s fondamentales (\u00ab\u00a0la Convention\u00a0\u00bb),<\/p>\n<p>Vu la d\u00e9cision de porter \u00e0 la connaissance du gouvernement roumain (\u00ab\u00a0le Gouvernement\u00a0\u00bb), repr\u00e9sent\u00e9 par son agente, Mme\u00a0O.F.\u00a0Ezer, du minist\u00e8re des Affaires \u00e9trang\u00e8res, les griefs concernant les articles\u00a03 et 5 \u00a7\u00a01 de la Convention et de d\u00e9clarer la requ\u00eate irrecevable pour le surplus,<\/p>\n<p>Vu les observations des parties,<\/p>\n<p>Apr\u00e8s en avoir d\u00e9lib\u00e9r\u00e9 en chambre du conseil le 28 mars 2023,<\/p>\n<p>Rend l\u2019arr\u00eat que voici, adopt\u00e9 \u00e0 cette date\u00a0:<\/p>\n<p><strong>OBJET DE L\u2019AFFAIRE<\/strong><\/p>\n<p>1. La requ\u00eate concerne, sous l\u2019angle des articles 3 et 5 de la Convention, les mauvais traitements auxquels le requ\u00e9rant all\u00e8gue avoir \u00e9t\u00e9 soumis le 12\u00a0ao\u00fbt 2013 au poste de police de la ville de N\u0103vodari et sa privation de libert\u00e9 subie \u00e0 la suite d\u2019un contr\u00f4le d\u2019identit\u00e9.<\/p>\n<p>I. L\u2019arrestation du requ\u00c9rant<\/p>\n<p>2. Dans la soir\u00e9e du 12\u00a0ao\u00fbt 2013, \u00e0 la suite d\u2019un contr\u00f4le d\u2019identit\u00e9 sur la voie publique, le requ\u00e9rant fut menott\u00e9 et conduit au poste de police de N\u0103vodari, o\u00f9 il fut soumis \u00e0 des fouilles corporelles, fut retenu plusieurs heures et se vit infliger deux amendes administratives (paragraphe\u00a08 ci\u2011dessous). Il soutient qu\u2019il n\u2019\u00e9tait pas n\u00e9cessaire de l\u2019amener au poste de police aux fins d\u2019un contr\u00f4le d\u2019identit\u00e9 d\u00e8s lors qu\u2019il avait d\u00e9clin\u00e9 son identit\u00e9 en pr\u00e9sentant son permis de conduire aux policiers qui l\u2019avaient interpell\u00e9 alors qu\u2019il avait gar\u00e9 sa voiture devant un distributeur de banque pour retirer de l\u2019argent.<\/p>\n<p>3. Dans les locaux de la police, le requ\u00e9rant fut victime d\u2019un malaise \u00e0 la suite duquel il fut transport\u00e9 en ambulance aux urgences de l\u2019h\u00f4pital local. Le m\u00e9decin l\u00e9giste qui l\u2019examina le lendemain de l\u2019incident constata qu\u2019il avait subi \u00ab\u00a0un traumatisme thoraco-abdominal provoqu\u00e9 par des coups port\u00e9s avec un objet contondant\u00a0\u00bb.<\/p>\n<p><strong>II. L\u2019enqu\u00eate p\u00e9nale<\/strong><\/p>\n<p>4. Il ressort de l\u2019ordonnance rendue le 21\u00a0d\u00e9cembre 2018 par le parquet pr\u00e8s la cour d\u2019appel de Constan\u0163a que le requ\u00e9rant avait \u00e9t\u00e9 immobilis\u00e9 par des policiers, qui l\u2019avaient fait monter dans leur v\u00e9hicule \u00e0 20\u00a0h\u00a032, et qu\u2019il avait \u00e9t\u00e9 retenu au commissariat de police jusqu\u2019\u00e0 ce qu\u2019il f\u00fbt transport\u00e9 vers 23\u00a0heures aux urgences de l\u2019h\u00f4pital local, o\u00f9 une fiche \u00e0 son nom avait \u00e9t\u00e9 \u00e9tablie \u00e0 23\u00a0h\u00a056.<\/p>\n<p>5. Une plainte p\u00e9nale pour mauvais traitements et d\u00e9tention abusive d\u00e9pos\u00e9e le 19\u00a0ao\u00fbt 2013 par le requ\u00e9rant fut class\u00e9e le 11\u00a0janvier 2016 par une d\u00e9cision du procureur pr\u00e8s le tribunal de premi\u00e8re instance de Constan\u0163a au motif que les faits imput\u00e9s aux policiers par l\u2019int\u00e9ress\u00e9 \u00ab\u00a0n\u2019existaient pas\u00a0\u00bb.<\/p>\n<p>6. Le 12\u00a0septembre 2016, constatant que les enqu\u00eateurs avaient renonc\u00e9, sans fournir de justification, \u00e0 entendre les t\u00e9moins oculaires propos\u00e9s par le requ\u00e9rant, le tribunal accueillit la contestation form\u00e9e par l\u2019int\u00e9ress\u00e9 contre la d\u00e9cision du procureur et ordonna le renvoi de l\u2019affaire au parquet aux fins d\u2019ouverture de poursuites p\u00e9nales (\u00een vederea \u00eenceperii urm\u0103ririi penale) des chefs des infractions punies par les articles\u00a0205, 206, 296 et 297 du code p\u00e9nal.<\/p>\n<p>7. Apr\u00e8s avoir entendu les t\u00e9moins oculaires mentionn\u00e9s dans la d\u00e9cision du 12 septembre 2016, par une ordonnance du parquet du 21\u00a0d\u00e9cembre 2018, qui fut confirm\u00e9e par un jugement d\u00e9finitif du tribunal de premi\u00e8re instance de Constan\u0163a (\u00ab\u00a0le tribunal\u00a0\u00bb) du 11\u00a0novembre 2019, la plainte p\u00e9nale du requ\u00e9rant fut \u00e0 nouveau class\u00e9e au motif que les preuves administr\u00e9es pendant l\u2019enqu\u00eate ne permettaient pas d\u2019\u00e9tablir avec certitude l\u2019origine du traumatisme thoraco-abdominal constat\u00e9 par le m\u00e9decin l\u00e9giste dans son rapport du 16 ao\u00fbt 2013. En outre, le parquet consid\u00e9ra que c\u2019\u00e9tait selon les voies l\u00e9gales que le requ\u00e9rant avait \u00e9t\u00e9 priv\u00e9 de libert\u00e9 aux fins de contr\u00f4le de son identit\u00e9.<\/p>\n<p><strong>III. la proc\u00e9dure contraventionnelle<\/strong><\/p>\n<p>8. Ainsi qu\u2019il ressort de deux proc\u00e8s-verbaux de contravention \u00e9tablis le 13\u00a0ao\u00fbt 2013 \u00e0 la suite des \u00e9v\u00e9nements d\u00e9crits ci-dessus, la police infligea au requ\u00e9rant deux amendes administratives de 800\u00a0lei roumains (RON) et de 1\u00a0500\u00a0RON, respectivement, aux motifs qu\u2019il avait \u00ab\u00a0gar\u00e9 sa voiture (&#8230;) sur l\u2019espace pi\u00e9ton en face de la banque T., entravant ainsi la circulation des pi\u00e9tons\u00a0\u00bb et \u00ab\u00a0provoqu\u00e9 un scandale de nature \u00e0 susciter l\u2019indignation des citoyens (&#8230;) en refusant de d\u00e9cliner son identit\u00e9 sur demande de la police\u00a0\u00bb. Le premier proc\u00e8s-verbal fut annul\u00e9 pour d\u00e9faut de fondement par une d\u00e9cision rendue le 18\u00a0juin 2014 par le tribunal, lequel observa que les preuves administr\u00e9es devant lui indiquaient que la voiture, telle qu\u2019elle avait \u00e9t\u00e9 gar\u00e9e, n\u2019avait pas entrav\u00e9 la circulation des pi\u00e9tons. Le second proc\u00e8s-verbal fut annul\u00e9 par le tribunal d\u00e9partemental de Constan\u0163a par une d\u00e9cision du 18\u00a0mars 2015 au motif que les faits reproch\u00e9s au requ\u00e9rant n\u2019y \u00e9taient pas d\u00fbment mentionn\u00e9s et qu\u2019il n\u2019y avait aucune preuve d\u00e9montrant que l\u2019int\u00e9ress\u00e9 e\u00fbt provoqu\u00e9 un scandale ou suscit\u00e9 l\u2019indignation des citoyens.<\/p>\n<p><strong>APPR\u00c9CIATION DE LA COUR<\/strong><\/p>\n<p><strong>I. SUR LA VIOLATION ALL\u00c9GU\u00c9E DE L\u2019ARTICLE\u00a03 DE LA CONVENTION<\/strong><\/p>\n<p>9. Le requ\u00e9rant se plaint sous l\u2019angle de l\u2019article 3 de la Convention des mauvais traitements auxquels le requ\u00e9rant all\u00e8gue avoir \u00e9t\u00e9 soumis le 12\u00a0ao\u00fbt 2013 au poste de police de la ville de N\u0103vodari et de l\u2019absence d\u2019enqu\u00eate effective \u00e0 cet \u00e9gard.<\/p>\n<p>10. Constatant que le grief en question n\u2019est pas manifestement mal fond\u00e9 ni irrecevable pour un autre motif vis\u00e9 \u00e0 l\u2019article\u00a035 de la Convention, la Cour le d\u00e9clare recevable.<\/p>\n<p>11. Les principes g\u00e9n\u00e9raux concernant l\u2019interdiction des mauvais traitements et l\u2019obligation d\u2019effectuer une enqu\u00eate effective lorsqu\u2019un individu affirme de mani\u00e8re d\u00e9fendable avoir subi de la part de la police des traitements contraires \u00e0 l\u2019article\u00a03 de la Convention ont \u00e9t\u00e9 r\u00e9sum\u00e9s notamment dans les arr\u00eats Bouyid c.\u00a0Belgique ([GC], no\u00a023380\/09, \u00a7\u00a7\u00a081-90 et 114-123, CEDH\u00a02015) et Bursuc c.\u00a0Roumanie (no\u00a042066\/98, \u00a7\u00a7\u00a080 et 101, 12\u00a0octobre 2004).<\/p>\n<p>12. En l\u2019esp\u00e8ce, la Cour note que le requ\u00e9rant affirme que le 12 ao\u00fbt 2013, apr\u00e8s avoir \u00e9t\u00e9 conduit au commissariat de police, il y a subi des violences \u00e0 la suite desquelles il fut transport\u00e9 \u00e0 l\u2019h\u00f4pital. Elle rel\u00e8ve que le rapport m\u00e9dicol\u00e9gal a confirm\u00e9 que l\u2019int\u00e9ress\u00e9 pr\u00e9sentait un traumatisme thoraco\u2011abdominal provoqu\u00e9 par des coups port\u00e9s avec un objet contondant (paragraphe\u00a03 ci-dessus).<\/p>\n<p>13. Faute pour le Gouvernement d\u2019avoir fourni \u00e0 cet \u00e9gard une explication plausible et suffisamment \u00e9tay\u00e9e pour faire douter des conclusions du rapport m\u00e9dicol\u00e9gal, lesquelles n\u2019ont pas \u00e9t\u00e9 autrement contest\u00e9es, la Cour estime \u00e9tabli en l\u2019esp\u00e8ce que le traumatisme dont le requ\u00e9rant fut la victime a \u00e9t\u00e9 caus\u00e9 par un traitement dont l\u2019\u00c9tat d\u00e9fendeur porte la responsabilit\u00e9 et que ce traitement atteint le seuil de gravit\u00e9 requis pour l\u2019application de l\u2019article\u00a03 de la Convention (Barbu Anghelescu c.\u00a0Roumanie, no\u00a046430\/99, \u00a7\u00a7\u00a057-60, 5\u00a0octobre 2004).<\/p>\n<p>14. Compte tenu de ce qui pr\u00e9c\u00e8de, la Cour conclut qu\u2019il y a eu violation de l\u2019article\u00a03 de la Convention sous son volet mat\u00e9riel.<\/p>\n<p>15. Au regard du volet proc\u00e9dural de l\u2019article\u00a03, la Cour note qu\u2019une enqu\u00eate a bien eu lieu en l\u2019esp\u00e8ce. Il lui reste \u00e0 d\u00e9terminer si cette enqu\u00eate a \u00e9t\u00e9 effective.<\/p>\n<p>16. La Cour observe \u00e0 cet \u00e9gard que ce n\u2019est que plus de trois ans apr\u00e8s le d\u00e9p\u00f4t de la plainte et sur renvoi de l\u2019affaire au parquet par le tribunal (paragraphe\u00a06 ci-dessus) que les enqu\u00eateurs ont entendu les t\u00e9moins oculaires mentionn\u00e9s par cette juridiction dans sa d\u00e9cision du 12\u00a0septembre 2016 (voir le paragraphe 7 ci-dessus). Elle rel\u00e8ve en outre que l\u2019enqu\u00eate a dur\u00e9 plus de six ans alors que la situation de fait ne pr\u00e9sentait pas de complexit\u00e9 particuli\u00e8re.<\/p>\n<p>17. La Cour observe \u00e9galement que le tribunal de premi\u00e8re instance ne s\u2019est nullement pench\u00e9, dans sa d\u00e9cision du 11\u00a0novembre 2019 confirmant le classement sans suite, sur les conclusions du rapport m\u00e9dicol\u00e9gal relatives \u00e0 l\u2019origine du traumatisme thoraco-abdominal diagnostiqu\u00e9 chez le requ\u00e9rant (Cucu c.\u00a0Roumanie, no\u00a022362\/06, \u00a7\u00a097, 13\u00a0novembre 2012, R\u0103zvan Lauren\u0163iu Constantinescu c.\u00a0Roumanie, no\u00a059254\/13, \u00a7\u00a075, 15\u00a0mars 2016).<\/p>\n<p>18. Compte tenu de ce qui pr\u00e9c\u00e8de, la Cour estime que l\u2019enqu\u00eate men\u00e9e par les autorit\u00e9s sur l\u2019all\u00e9gation d\u00e9fendable du requ\u00e9rant selon laquelle des policiers lui avaient inflig\u00e9 des mauvais traitements n\u2019a pas \u00e9t\u00e9 effective.<\/p>\n<p>19. Partant, elle conclut \u00e0 la violation de l\u2019article\u00a03 de la Convention sous son volet proc\u00e9dural.<\/p>\n<p><strong>II. SUR LA VIOLATION ALL\u00c9GU\u00c9E DE L\u2019ARTICLE\u00a05 \u00a7\u00a01 DE LA CONVENTION<\/strong><\/p>\n<p>20. Sous l\u2019angle de l\u2019article\u00a05 de la Convention, le requ\u00e9rant se plaint d\u2019avoir \u00e9t\u00e9 abusivement arr\u00eat\u00e9 et priv\u00e9 de libert\u00e9 pendant plusieurs heures par la police dans la soir\u00e9e du 12\u00a0ao\u00fbt 2013.<\/p>\n<p>21. La Cour rappelle que l\u2019existence d\u2019un \u00e9l\u00e9ment de coercition dans l\u2019exercice par la police de ses pouvoirs d\u2019interpellation et de fouille indique une privation de libert\u00e9, nonobstant la bri\u00e8vet\u00e9 des mesures en cause (Zel\u010ds c.\u00a0Lettonie, no\u00a065367\/16, \u00a7\u00a040, 20\u00a0f\u00e9vrier 2020).<\/p>\n<p>22. Constatant que ce grief n\u2019est pas manifestement mal fond\u00e9 ni irrecevable pour un autre motif vis\u00e9 \u00e0 l\u2019article\u00a035 de la Convention, la Cour le d\u00e9clare recevable.<\/p>\n<p>23. Les principes g\u00e9n\u00e9raux concernant la protection de l\u2019individu contre les atteintes arbitraires de l\u2019\u00c9tat \u00e0 sa libert\u00e9 telles que prohib\u00e9es par l\u2019article\u00a05 de la Convention ont \u00e9t\u00e9 r\u00e9sum\u00e9s dans les arr\u00eats Khodorkovskiy c. Russie, no\u00a05829\/04, \u00a7 136, 31 mai 2011 (avec les r\u00e9f\u00e9rences y cit\u00e9es) et Creang\u0103 c.\u00a0Roumanie ([GC], no\u00a029226\/03, \u00a7\u00a7\u00a084, 91-93 et 101-102, 23\u00a0f\u00e9vrier 2012).<\/p>\n<p>24. La Cour rappelle \u00e9galement que, pour qu\u2019une d\u00e9tention puisse passer pour justifi\u00e9e au regard de l\u2019alin\u00e9a b) de l\u2019article\u00a05 \u00a7\u00a01, l\u2019obligation dont il y est question doit \u00eatre sp\u00e9cifique et concr\u00e8te et doit avoir \u00e9t\u00e9 enfreinte, et la d\u00e9tention doit avoir pour but de garantir son ex\u00e9cution. D\u00e8s qu\u2019il est satisfait \u00e0 l\u2019obligation vis\u00e9e, la base l\u00e9gale de la d\u00e9tention cesse d\u2019exister.<\/p>\n<p>25. La Cour note qu\u2019il ressort de l\u2019ordonnance rendue le 21\u00a0d\u00e9cembre 2018 par le parquet pr\u00e8s la cour d\u2019appel de Constan\u0163a que le requ\u00e9rant a \u00e9t\u00e9 \u00ab\u00a0immobilis\u00e9 par les policiers, qui [l\u2019ont] fait monter dans leur v\u00e9hicule\u00a0\u00bb \u00e0 20\u00a0h\u00a032 et qu\u2019il a \u00e9t\u00e9 retenu au commissariat de police jusqu\u2019\u00e0 sa prise en charge vers 23 heures par une ambulance qui l\u2019a transport\u00e9 aux urgences de l\u2019h\u00f4pital local, o\u00f9 une fiche \u00e0 son nom a \u00e9t\u00e9 \u00e9tablie \u00e0 23\u00a0h\u00a056 (paragraphe 4 ci-dessus). Elle rel\u00e8ve, en cons\u00e9quence, que l\u2019int\u00e9ress\u00e9 a \u00e9t\u00e9 priv\u00e9 de libert\u00e9 pendant au moins deux heures et demie.<\/p>\n<p>26. D\u2019apr\u00e8s le Gouvernement, le requ\u00e9rant a \u00e9t\u00e9 conduit au commissariat de police sur la base de l\u2019article\u00a031 de la loi no\u00a0218\/2002, lequel, dans sa version en vigueur \u00e0 la date des faits, conf\u00e9rait \u00e0 la police les pouvoirs suivants\u00a0:<\/p>\n<p>(a) \u00ab\u00a0\u00e9tablir et authentifier l\u2019identit\u00e9 des personnes qui enfreignent la loi ou pour lesquelles il existe des indices laissant penser qu\u2019elles se pr\u00e9parent \u00e0 commettre une infraction ou en ont commis une\u00a0\u00bb ;<\/p>\n<p>(b) \u00ab\u00a0conduire au si\u00e8ge de la police des individus qui, par leurs actions, mettent en danger la vie d\u2019autrui, l\u2019ordre public ou d\u2019autres valeurs sociales, ainsi que ceux qui sont soup\u00e7onn\u00e9s d\u2019avoir commis des infractions et dont l\u2019identit\u00e9 n\u2019a pas pu \u00eatre \u00e9tablie\u00a0\u00bb.<\/p>\n<p>27. La Cour a d\u00e9j\u00e0 jug\u00e9 que l\u2019obligation faite \u00e0 un individu de collaborer avec la police et de d\u00e9cliner son identit\u00e9 constitue, m\u00eame si l\u2019int\u00e9ress\u00e9 n\u2019est pas soup\u00e7onn\u00e9 d\u2019avoir commis une infraction, une obligation suffisamment \u00ab\u00a0concr\u00e8te et sp\u00e9cifique\u00a0\u00bb pour satisfaire aux conditions de l\u2019article\u00a05 \u00a7\u00a01 b) de la Convention (Vasileva c.\u00a0Danemark, no\u00a052792\/99, \u00a7\u00a038, 25\u00a0septembre 2003).<\/p>\n<p>28. En l\u2019esp\u00e8ce, toutefois, la Cour rel\u00e8ve que l\u2019amende inflig\u00e9e au requ\u00e9rant a \u00e9t\u00e9 annul\u00e9e par une d\u00e9cision rendue le 18\u00a0mars 2015 par le tribunal d\u00e9partemental de Constan\u0163a au motif que les faits reproch\u00e9s au requ\u00e9rant n\u2019y \u00e9taient pas d\u00fbment mentionn\u00e9s et qu\u2019il n\u2019y avait aucune preuve d\u00e9montrant que l\u2019int\u00e9ress\u00e9 e\u00fbt provoqu\u00e9 un scandale ou suscit\u00e9 l\u2019indignation des citoyens (paragraphe\u00a08 ci-dessus) (voir, a contrario, Sarigiannis c.\u00a0Italie, no\u00a014569\/05, \u00a7\u00a7\u00a041-74, 5\u00a0avril 2011).<\/p>\n<p>29. En outre, ainsi qu\u2019il ressort de la lettre adress\u00e9e le 19\u00a0ao\u00fbt 2021 par le parquet pr\u00e8s la cour d\u2019appel de Constan\u0163a \u00e0 l\u2019agente du Gouvernement, que cette derni\u00e8re a annex\u00e9e aux observations pr\u00e9sent\u00e9es par le Gouvernement \u00e0 la Cour, certains policiers disposaient \u00e0 l\u2019\u00e9poque des faits de stations de radio, ce qui leur permettaient de consulter des bases de donn\u00e9es relatives \u00e0 la population, ce qui aurait pu constituer un moyen moins contraignant d\u2019\u00e9tablir l\u2019identit\u00e9 du requ\u00e9rant\u00a0\u2013\u00a0\u00e0 qui on ne reprochait au d\u00e9part qu\u2019une simple infraction de stationnement\u00a0\u2013\u00a0\u00e0 partir du num\u00e9ro d\u2019immatriculation de sa voiture.<\/p>\n<p>30. Le Gouvernement n\u2019a pas expliqu\u00e9 pour quelle raison il a fallu aux autorit\u00e9s plus de deux heures pour \u00e9tablir l\u2019identit\u00e9 du requ\u00e9rant, ni pourquoi l\u2019int\u00e9ress\u00e9 n\u2019a pas \u00e9t\u00e9 remis en libert\u00e9 plus t\u00f4t.<\/p>\n<p>31. \u00c0 la lumi\u00e8re des \u00e9l\u00e9ments qui pr\u00e9c\u00e8dent, la Cour consid\u00e8re que la privation de libert\u00e9 dont le requ\u00e9rant a \u00e9t\u00e9 victime le 12\u00a0ao\u00fbt 2013 \u00e9tait d\u00e9pourvue de justification suffisante au regard de l\u2019article\u00a05 \u00a7\u00a01 (b) de la Convention (voir, mutatis mutandis, Zel\u010ds, pr\u00e9cit\u00e9, \u00a7\u00a7\u00a053-58).<\/p>\n<p>32. Partant, il y a eu violation de l\u2019article\u00a05 \u00a7\u00a01 de la Convention.<\/p>\n<p><strong>APPLICATION DE L\u2019ARTICLE\u00a041 DE LA CONVENTION<\/strong><\/p>\n<p>33. Le requ\u00e9rant demande 20\u00a0000 euros (EUR) pour dommage moral et 4\u00a0000 EUR pour frais et d\u00e9pens.<\/p>\n<p>34. Le Gouvernement fait observer que le requ\u00e9rant n\u2019a pas \u00e9tay\u00e9 ses pr\u00e9tentions concernant les frais et d\u00e9pens.<\/p>\n<p>35. La Cour octroie au requ\u00e9rant 6\u00a0500\u00a0EUR, plus tout montant pouvant \u00eatre d\u00fb \u00e0 titre d\u2019imp\u00f4t sur cette somme, pour dommage moral, et rejette comme non \u00e9tay\u00e9e la demande formul\u00e9e par l\u2019int\u00e9ress\u00e9 au titre des frais et d\u00e9pens.<\/p>\n<p><strong>PAR CES MOTIFS, LA COUR, \u00c0 L\u2019UNANIMIT\u00c9,<\/strong><\/p>\n<p>1. D\u00e9clare la requ\u00eate recevable\u00a0;<\/p>\n<p>2. Dit qu\u2019il y a eu violation de l\u2019article\u00a03 de la Convention\u00a0;<\/p>\n<p>3. Dit qu\u2019il y a eu violation de l\u2019article\u00a05 \u00a7\u00a01 de la Convention\u00a0;<\/p>\n<p>4. Dit<\/p>\n<p>a) que l\u2019\u00c9tat d\u00e9fendeur doit verser au requ\u00e9rant, dans un d\u00e9lai de trois\u00a0mois, 6\u00a0500\u00a0EUR (six mille cinq cents euros), plus tout montant pouvant \u00eatre d\u00fb \u00e0 titre d\u2019imp\u00f4t sur cette somme, pour dommage moral, \u00e0 convertir dans la monnaie de l\u2019\u00c9tat d\u00e9fendeur au taux applicable \u00e0 la date du r\u00e8glement\u00a0;<\/p>\n<p>b) qu\u2019\u00e0 compter de l\u2019expiration dudit d\u00e9lai et jusqu\u2019au versement, ce montant sera \u00e0 majorer d\u2019un int\u00e9r\u00eat simple \u00e0 un taux \u00e9gal \u00e0 celui de la facilit\u00e9 de pr\u00eat marginal de la Banque centrale europ\u00e9enne applicable pendant cette p\u00e9riode, augment\u00e9 de trois points de pourcentage\u00a0;<\/p>\n<p>5. Rejette la demande de satisfaction \u00e9quitable pour le surplus.<\/p>\n<p>Fait en fran\u00e7ais, puis communiqu\u00e9 par \u00e9crit le 18 avril 2023, en application de l\u2019article\u00a077\u00a0\u00a7\u00a7\u00a02 et\u00a03 du r\u00e8glement.<\/p>\n<p>Crina Kaufman \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 Faris Vehabovi\u0107<br \/>\nGreffi\u00e8re adjointe f.f. \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 Pr\u00e9sident<\/p>\n<div class=\"social-share-buttons\"><a href=\"https:\/\/www.facebook.com\/sharer\/sharer.php?u=https:\/\/loisdumonde.com\/?p=1972\" target=\"_blank\" rel=\"noopener\">Facebook<\/a><a href=\"https:\/\/twitter.com\/intent\/tweet?url=https:\/\/loisdumonde.com\/?p=1972&text=AFFAIRE+SF%C3%8ER%C4%82IAL%C4%82+c.+ROUMANIE+%E2%80%93+30253%2F20\" target=\"_blank\" rel=\"noopener\">Twitter<\/a><a href=\"https:\/\/www.linkedin.com\/shareArticle?url=https:\/\/loisdumonde.com\/?p=1972&title=AFFAIRE+SF%C3%8ER%C4%82IAL%C4%82+c.+ROUMANIE+%E2%80%93+30253%2F20\" target=\"_blank\" rel=\"noopener\">LinkedIn<\/a><a href=\"https:\/\/pinterest.com\/pin\/create\/button\/?url=https:\/\/loisdumonde.com\/?p=1972&description=AFFAIRE+SF%C3%8ER%C4%82IAL%C4%82+c.+ROUMANIE+%E2%80%93+30253%2F20\" target=\"_blank\" rel=\"noopener\">Pinterest<\/a><\/div>","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>QUATRI\u00c8ME SECTION AFFAIRE SF\u00ceR\u0102IAL\u0102 c. ROUMANIE (Requ\u00eate no 30253\/20) ARR\u00caT STRASBOURG 18 avril 2023 FacebookTwitterLinkedInPinterest<\/p>\n<p class=\"more-link-p\"><a class=\"more-link\" href=\"https:\/\/loisdumonde.com\/?p=1972\">Read more &rarr;<\/a><\/p>\n","protected":false},"author":1,"featured_media":0,"comment_status":"open","ping_status":"open","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"_lmt_disableupdate":"","_lmt_disable":"","footnotes":""},"categories":[1],"tags":[],"class_list":["post-1972","post","type-post","status-publish","format-standard","hentry","category-cour-europeenne-des-droits-de-lhomme"],"modified_by":"loisdumonde","_links":{"self":[{"href":"https:\/\/loisdumonde.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/1972","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/loisdumonde.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/loisdumonde.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/loisdumonde.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/users\/1"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/loisdumonde.com\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcomments&post=1972"}],"version-history":[{"count":1,"href":"https:\/\/loisdumonde.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/1972\/revisions"}],"predecessor-version":[{"id":1973,"href":"https:\/\/loisdumonde.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/1972\/revisions\/1973"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/loisdumonde.com\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fmedia&parent=1972"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/loisdumonde.com\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcategories&post=1972"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/loisdumonde.com\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Ftags&post=1972"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}