{"id":1749,"date":"2022-10-14T08:24:24","date_gmt":"2022-10-14T08:24:24","guid":{"rendered":"https:\/\/loisdumonde.com\/?p=1749"},"modified":"2022-10-14T08:24:24","modified_gmt":"2022-10-14T08:24:24","slug":"affaire-zeggai-c-france-cour-europeenne-des-droits-de-lhomme-12456-19","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/loisdumonde.com\/?p=1749","title":{"rendered":"AFFAIRE ZEGGAI c. FRANCE (Cour europ\u00e9enne des droits de l\u2019homme) 12456\/19"},"content":{"rendered":"<p>L\u2019affaire concerne le rejet de la demande de certificat de nationalit\u00e9 fran\u00e7aise d\u00e9pos\u00e9e par une personne n\u00e9e en France avant l\u2019ind\u00e9pendance de l\u2019Alg\u00e9rie de parents qui \u00e9taient alors Fran\u00e7ais,<!--more--> qui a v\u00e9cu sans discontinuit\u00e9 en France et y a suivi sa scolarit\u00e9, qui a \u00e9t\u00e9 titulaire d\u2019une carte d\u2019identit\u00e9 fran\u00e7aise et d\u2019une carte d\u2019\u00e9lecteur, et dont les fr\u00e8res, s\u0153urs et enfants sont Fran\u00e7ais. Le requ\u00e9rant invoque une violation des articles 14 et 8 de la Convention combin\u00e9s.<\/p>\n<hr \/>\n<p style=\"text-align: center;\">CINQUI\u00c8ME SECTION<br \/>\n<strong>AFFAIRE ZEGGAI c. FRANCE<\/strong><br \/>\n<em>(Requ\u00eate no 12456\/19)<\/em><br \/>\nARR\u00caT<\/p>\n<p>Art 14 (+ Art 8) \u2022 Discrimination \u2022 Vie priv\u00e9e \u2022 Modalit\u00e9s d\u2019acc\u00e8s \u00e0 la nationalit\u00e9 fran\u00e7aise distinctes selon que les personnes n\u00e9es en France, de parents d\u2019origine alg\u00e9rienne n\u00e9s fran\u00e7ais, sont n\u00e9es avant ou apr\u00e8s l\u2019ind\u00e9pendance de l\u2019Alg\u00e9rie \u2022 Rejet de la demande de certificat de nationalit\u00e9 fran\u00e7aise du requ\u00e9rant n\u00e9 en France avant l\u2019ind\u00e9pendance de l\u2019Alg\u00e9rie, de parents n\u00e9s fran\u00e7ais en territoire fran\u00e7ais d\u2019Alg\u00e9rie relevant du statut de droit local n\u2019ayant pas souscrit de d\u00e9claration de reconnaissance de la nationalit\u00e9 fran\u00e7aise\u2022 But l\u00e9gitime de maintenir l\u2019unit\u00e9 familiale au moment du transfert de souverainet\u00e9 et de laisser le choix aux personnes concern\u00e9es deconserver ou non la nationalit\u00e9 fran\u00e7aise \u2022 Large marge d\u2019appr\u00e9ciation \u2022 R\u00e9int\u00e9gration possible dans la nationalit\u00e9 fran\u00e7aise pour le requ\u00e9rant<\/p>\n<p style=\"text-align: center;\">STRASBOURG<br \/>\n13 octobre 2022<\/p>\n<p>Cet arr\u00eat deviendra d\u00e9finitif dans les conditions d\u00e9finies \u00e0 l\u2019article 44 \u00a7 2 de la Convention. Il peut subir des retouches de forme.<\/p>\n<p><strong>En l\u2019affaire Zeggai c. France,<\/strong><\/p>\n<p>La Cour europ\u00e9enne des droits de l\u2019homme (cinqui\u00e8me section), si\u00e9geant en une Chambrecompos\u00e9e de\u00a0:<br \/>\nS\u00edofra O\u2019Leary, pr\u00e9sidente,<br \/>\nLado Chanturia,<br \/>\nIvana Jeli\u0107,<br \/>\nArnfinn B\u00e5rdsen,<br \/>\nMattias Guyomar,<br \/>\nKate\u0159ina \u0160im\u00e1\u010dkov\u00e1,<br \/>\nMykola Gnatovskyy, juges,<br \/>\net de Martina Keller, greffi\u00e8re adjointede section,<\/p>\n<p>Vu\u00a0:<\/p>\n<p>la requ\u00eate (no\u00a012456\/19) dirig\u00e9e contre la R\u00e9publique fran\u00e7aise et dont M.\u00a0Mohamed Zeggai (\u00ab\u00a0le requ\u00e9rant\u00a0\u00bb) a saisi la Cour en vertu de l\u2019article\u00a034 de la Convention de sauvegarde des droits de l\u2019homme et des libert\u00e9s fondamentales (\u00ab\u00a0la Convention\u00a0\u00bb) le 4 mars 2019,<\/p>\n<p>la d\u00e9cision de porter la requ\u00eate \u00e0 la connaissance du gouvernement fran\u00e7ais (\u00ab\u00a0le Gouvernement\u00a0\u00bb),<\/p>\n<p>les observations des parties,<\/p>\n<p>Apr\u00e8s en avoir d\u00e9lib\u00e9r\u00e9 en chambre du conseil le 20 septembre 2022,<\/p>\n<p>Rend l\u2019arr\u00eat que voici, adopt\u00e9 \u00e0 cette date\u00a0:<\/p>\n<p><strong>INTRODUCTION<\/strong><\/p>\n<p>1. L\u2019affaire concerne le rejet de la demande de certificat de nationalit\u00e9 fran\u00e7aise d\u00e9pos\u00e9e par une personne n\u00e9e en France avant l\u2019ind\u00e9pendance de l\u2019Alg\u00e9rie de parents qui \u00e9taient alors Fran\u00e7ais, qui a v\u00e9cu sans discontinuit\u00e9 en France et y a suivi sa scolarit\u00e9, qui a \u00e9t\u00e9 titulaire d\u2019une carte d\u2019identit\u00e9 fran\u00e7aise et d\u2019une carte d\u2019\u00e9lecteur, et dont les fr\u00e8res, s\u0153urs et enfants sont Fran\u00e7ais. Le requ\u00e9rant invoque une violation des articles 14 et 8 de la Convention combin\u00e9s.<\/p>\n<p><strong>EN FAIT<\/strong><\/p>\n<p>2. Le requ\u00e9rant est n\u00e9 en 1956 au Havre o\u00f9 il r\u00e9side. Il est repr\u00e9sent\u00e9 par Me\u00a0G. Tapie, avocat.<\/p>\n<p>3. Le Gouvernement fran\u00e7ais est repr\u00e9sent\u00e9 par son agent, M.\u00a0F.\u00a0Alabrune, directeur des affaires juridiques au minist\u00e8re de l\u2019Europe et des Affaires \u00e9trang\u00e8res.<\/p>\n<p>4. Le requ\u00e9rant est n\u00e9 en France, o\u00f9 il r\u00e9side depuis sa naissance, de parents n\u00e9s Fran\u00e7ais en 1926 et 1936 en territoire fran\u00e7ais d\u2019Alg\u00e9rie. Il a eu 18\u00a0ans le 30 juin 1974 et est devenu majeur le 7 juillet 1974, date d\u2019entr\u00e9e en vigueur de la loi no 74-631 du 5 juillet 1974 qui a abaiss\u00e9 l\u2019\u00e2ge de la majorit\u00e9 \u00e0 18 ans.<\/p>\n<p>5. Jusqu\u2019\u00e0 la date de l\u2019ind\u00e9pendance de l\u2019Alg\u00e9rie, le 5 juillet 1962, les personnes n\u00e9es sur le territoire fran\u00e7ais de l\u2019Alg\u00e9rie poss\u00e9daient tous la nationalit\u00e9 fran\u00e7aise. Il existait deux statuts juridiques distincts. La quasi\u2011totalit\u00e9 de la population avait un statut civil de droit local (loi musulmane). Relevaient du statut civil de droit commun (code civil fran\u00e7ais) ceux qui avaient fait une requ\u00eate sp\u00e9cifique en ce sens aupr\u00e8s d\u2019un tribunal.<\/p>\n<p>6. En application de l\u2019ordonnance no\u00a062-825 du 21 juillet 1962 relative \u00e0 certaines dispositions concernant la nationalit\u00e9 fran\u00e7aise et de la loi no 66-945 du 20 d\u00e9cembre 1966 modifiant cette ordonnance, qui d\u00e9finissent les cons\u00e9quences attach\u00e9es \u00e0 l\u2019ind\u00e9pendance de l\u2019Alg\u00e9rie, les personnes relevant du statut civil de droit commun domicili\u00e9s en Alg\u00e9rie \u00e0 la date de l\u2019annonce officielle des r\u00e9sultats du scrutin d\u2019autod\u00e9termination ont conserv\u00e9 leur nationalit\u00e9 fran\u00e7aise, quelle qu\u2019ait \u00e9t\u00e9 leur situation au regard de la nationalit\u00e9 alg\u00e9rienne.<\/p>\n<p>7. Les personnes relevant du statut civil de droit local originaires d\u2019Alg\u00e9rie et leurs enfants ont eu la possibilit\u00e9, en France, de se faire reconna\u00eetre la nationalit\u00e9 fran\u00e7aise en souscrivant une d\u00e9claration de reconnaissance de la nationalit\u00e9 fran\u00e7aise.\u00a0Cette facult\u00e9 leur \u00e9tait ouverte jusqu\u2019au 23 mars 1967.<\/p>\n<p>8. Par ailleurs, la loi du 9 janvier 1973 a pr\u00e9vu que les enfants d\u2019Alg\u00e9riens n\u00e9s en France apr\u00e8s le 1er janvier 1963 pouvaient b\u00e9n\u00e9ficier de la r\u00e8gle d\u2019attribution de la nationalit\u00e9 fran\u00e7aise par la double naissance en France de l\u2019enfant et de l\u2019un de ses parents (article 23 du code de la nationalit\u00e9, devenu, modifi\u00e9, l\u2019article 19-3 du code civil),<\/p>\n<p>9. Le requ\u00e9rant obtint une carte nationale d\u2019identit\u00e9 fran\u00e7aise ainsi qu\u2019une carte d\u2019\u00e9lecteur en 2005.<\/p>\n<p>10. Le 13 d\u00e9cembre 2011, la greffi\u00e8re en chef du tribunal d\u2019instance du Havre opposa un refus \u00e0 sa demande de d\u00e9livrance d\u2019un certificat de nationalit\u00e9 fran\u00e7aise. Apr\u00e8s avoir relev\u00e9 qu\u2019 \u00ab\u00a0originaire d\u2019Alg\u00e9rie par ses deux parents et relevant du statut de droit local, M. Zeggai, mineur lors de l\u2019ind\u00e9pendance de l\u2019Alg\u00e9rie, a suivi la condition de son p\u00e8re (&#8230;) qui, pour conserver la nationalit\u00e9 fran\u00e7aise, devait, en application de l\u2019article 2 de l\u2019ordonnance no\u00a062-825 du 21 juillet 1962, souscrire une d\u00e9claration\u00a0\u00bb, la d\u00e9cision de refus indique qu\u2019\u00ab\u00a0aucune d\u00e9claration recognitive souscrite par [son] p\u00e8re (&#8230;) n\u2019ayant \u00e9t\u00e9 trouv\u00e9e, [le requ\u00e9rant] et son p\u00e8re [avaient] tous les deux perdu leur nationalit\u00e9 fran\u00e7aise au 1er janvier 1963\u00a0\u00bb. Elle ajoute \u00ab\u00a0qu\u2019il n\u2019a pas \u00e9t\u00e9 trouv\u00e9 de d\u00e9claration de r\u00e9int\u00e9gration dans la nationalit\u00e9 fran\u00e7aise souscrite par le p\u00e8re ou la m\u00e8re de l\u2019int\u00e9ress\u00e9 durant la minorit\u00e9 de celui-ci et [qu\u2019il] n\u2019est pas \u00e9tabli que [le requ\u00e9rant] ait, \u00e0 titre personnel, \u00e9t\u00e9 r\u00e9int\u00e9gr\u00e9 dans la nationalit\u00e9 fran\u00e7aise \u00bb.<\/p>\n<p>11. Le 20 novembre 2012, le ministre de la Justice, saisi d\u2019un recours hi\u00e9rarchique par le requ\u00e9rant, confirma ce refus et lui sugg\u00e9ra de solliciter sa r\u00e9int\u00e9gration dans la nationalit\u00e9 fran\u00e7aise par d\u00e9cret aupr\u00e8s du ministre de l\u2019Int\u00e9rieur.<\/p>\n<p>12. Le 31 juillet 2012, le requ\u00e9rant sollicita une nouvelle fois la d\u00e9livrance d\u2019un certificat de nationalit\u00e9 fran\u00e7aise sur le fondement de l\u2019acquisition de la nationalit\u00e9 fran\u00e7aise par naissance et r\u00e9sidence en France. Un nouveau refus lui fut oppos\u00e9 le 11 avril 2013, au motif que l\u2019article 44 du code de la nationalit\u00e9 fran\u00e7aise, dans sa r\u00e9daction issue de la loi no 73-42 du 9 janvier 1973 compl\u00e9tant et modifiant le code de la nationalit\u00e9 fran\u00e7aise et relative \u00e0 certaines dispositions concernant la nationalit\u00e9 fran\u00e7aise (devenu l\u2019article\u00a021\u20117 du code civil depuis l\u2019entr\u00e9e en vigueur de la loi no 99-933 du 22 juillet 1993), ne lui \u00e9tait pas applicable d\u00e8s lors que, d\u2019une part, il n\u2019\u00e9tait pas n\u00e9 de parents \u00e9trangers et, d\u2019autre part, il relevait des dispositions sp\u00e9ciales de l\u2019ordonnance no 62-825 du 21 juillet 1962.<\/p>\n<p>13. Le 18 f\u00e9vrier 2014, le requ\u00e9rant fit assigner le procureur de la R\u00e9publique pr\u00e8s le tribunal de grande instance de Lille afin de faire valoir sa nationalit\u00e9 fran\u00e7aise. Par un jugement du 3 novembre 2015, le tribunal d\u00e9clara sa demande recevable et la rejeta.<\/p>\n<p>14. Le requ\u00e9rant interjeta appel devant la cour d\u2019appel de Douai. Il invoquait les anciens articles 23 et 44 du code de la nationalit\u00e9 fran\u00e7aise (devenus, modifi\u00e9s, les articles 19-3 et 21-7 du code civil), qui pr\u00e9voyaient respectivement qu\u2019est Fran\u00e7ais l\u2019enfant n\u00e9 en France lorsque l\u2019un de ses parents au moins y est lui-m\u00eame n\u00e9, et que les \u00e9trangers n\u00e9s en France de parents \u00e9trangers peuvent \u00e0 partir de l\u2019\u00e2ge de 16 ans et jusqu\u2019\u00e0 l\u2019\u00e2ge de 21\u00a0ans, acqu\u00e9rir la nationalit\u00e9 fran\u00e7aise \u00e0 condition notamment qu\u2019ils en manifestent la volont\u00e9. Par ailleurs, invoquant les articles 8 et 14 de la Convention, il d\u00e9non\u00e7ait la diff\u00e9rence de traitement au regard de la nationalit\u00e9 entre les enfants issus de parents originaires d\u2019Alg\u00e9rie selon qu\u2019ils sont n\u00e9s avant ou apr\u00e8s le 1er janvier 1963.<\/p>\n<p>15. Par un arr\u00eat du 15 d\u00e9cembre 2016, la cour d\u2019appel confirma le jugement du 3 novembre 2015. Elle consid\u00e9ra que le requ\u00e9rant ne pouvait se pr\u00e9valoir de l\u2019article 21-7 du code civil, qui \u00e9tait entr\u00e9 en vigueur le 1er\u00a0septembre 1998, soit post\u00e9rieurement \u00e0 la date \u00e0 laquelle il avait atteint la majorit\u00e9, et que cet article s\u2019\u00e9tait substitu\u00e9 \u00e0 l\u2019article 44 du code de la nationalit\u00e9, que le requ\u00e9rant ne pr\u00e9tendait pas avoir, entre l\u2019\u00e2ge de 16 ans et l\u2019\u00e2ge de 21 ans, manifest\u00e9 sa volont\u00e9 d\u2019acqu\u00e9rir la nationalit\u00e9 fran\u00e7aise et qu\u2019au surplus, cette disposition ne s\u2019appliquait qu\u2019aux enfants n\u00e9s de parents \u00e9trangers, ce qui n\u2019\u00e9tait pas son cas. Elle consid\u00e9ra en outre que le requ\u00e9rant ne pouvait se pr\u00e9valoir de l\u2019article 19-3 du code civil d\u00e8s lors que sa situation relevait de dispositions sp\u00e9ciales pr\u00e9vues par l\u2019ordonnance no 62-825 du 21\u00a0juillet 1962 pr\u00e9cit\u00e9e. S\u2019agissant enfin du moyen tir\u00e9 de la violation des articles 8 et 14 de la Convention, la cour d\u2019appel jugea qu\u2019il \u00e9tait \u00ab\u00a0constant que [ces dispositions] ne [pouvaient] faire \u00e9chec au droit qu\u2019a chaque \u00c9tat de d\u00e9terminer les conditions d\u2019acc\u00e8s \u00e0 la nationalit\u00e9\u00a0\u00bb.<\/p>\n<p>16. La cour d\u2019appel releva par ailleurs que le requ\u00e9rant ne paraissait pas avoir sollicit\u00e9 sa r\u00e9int\u00e9gration dans la nationalit\u00e9 fran\u00e7aise par d\u00e9cret comme l\u2019y avait engag\u00e9 le ministre de la Justice par un courrier du 20 novembre 2012 (paragraphe 11 ci-dessus), et que les premiers juges avaient constat\u00e9 qu\u2019il ne faisait valoir aucune conclusion de la situation de fait qu\u2019il exposait, \u00e0 savoir qu\u2019il avait toujours v\u00e9cu en France et y avait suivi toute sa scolarit\u00e9, qu\u2019il s\u2019\u00e9tait toujours consid\u00e9r\u00e9 comme fran\u00e7ais, qu\u2019il \u00e9tait titulaire d\u2019une carte nationale d\u2019identit\u00e9 et d\u2019une carte d\u2019\u00e9lecteur et qu\u2019il avait des enfants fran\u00e7ais.<\/p>\n<p>17. Le requ\u00e9rant forma un pourvoi en cassation contre l\u2019arr\u00eat du 15\u00a0d\u00e9cembre 2016. Dans son second moyen de cassation, il soutenait qu\u2019en se bornant \u00e0 constater qu\u2019il \u00e9tait constant que les articles 8 et 14 de la Convention ne pouvaient faire \u00e9chec au droit qu\u2019a chaque \u00c9tat de d\u00e9terminer les conditions d\u2019acc\u00e8s \u00e0 la nationalit\u00e9, sans rechercher, ainsi qu\u2019elle y \u00e9tait invit\u00e9e, s\u2019il ne r\u00e9sultait pas de la circonstance particuli\u00e8re qu\u2019il \u00e9tait mineur \u00e0 la date de l\u2019accession de l\u2019Alg\u00e9rie \u00e0 l\u2019ind\u00e9pendance et se voyait ainsi refuser la nationalit\u00e9 fran\u00e7aise \u00e0 la diff\u00e9rence de ses autres fr\u00e8res et s\u0153urs n\u00e9s apr\u00e8s le 1er janvier 1963, une distinction de traitement de nature \u00e0 affecter son droit au respect de la vie priv\u00e9e et, par suite, \u00e0 caract\u00e9riser une discrimination contraire \u00e0 l\u2019article 14 pr\u00e9cit\u00e9, la cour d\u2019appel avait priv\u00e9 sa d\u00e9cision de base l\u00e9gale au regard notamment des articles 8 et 14 de la Convention. La Cour de cassation rejeta le pourvoi par un arr\u00eat du 5 septembre 2018. S\u2019agissant du moyen tir\u00e9 de la violation des articles 8 et 14 de la Convention, elle retint les motifs suivants\u00a0:<\/p>\n<p>\u00ab\u00a0(&#8230;) en relevant que la diff\u00e9rence de traitement pour l\u2019acquisition de la nationalit\u00e9 fran\u00e7aise, entre les enfants d\u2019Alg\u00e9riens n\u00e9s en France selon la date de leur naissance ne m\u00e9connaissait pas les articles 8 at 14 de la Convention (&#8230;), d\u00e8s lors que ces textes ne peuvent faire \u00e9chec au droit de chaque \u00c9tat de d\u00e9terminer les conditions d\u2019acc\u00e8s \u00e0 la nationalit\u00e9, la cour d\u2019appel, qui a proc\u00e9d\u00e9 \u00e0 la recherche pr\u00e9tendument omise, a l\u00e9galement justifi\u00e9 sa d\u00e9cision\u00a0\u00bb.<\/p>\n<p>18. Sollicit\u00e9 par le requ\u00e9rant, le ministre de l\u2019Int\u00e9rieur lui rappela par une lettre du 10 novembre 2020 qu\u2019il avait la possibilit\u00e9 de demander sa r\u00e9int\u00e9gration dans la nationalit\u00e9 fran\u00e7aise, pr\u00e9cisant que le gouvernement avait, par une instruction du 25 octobre 2016, demand\u00e9 aux pr\u00e9fets de porter une attention particuli\u00e8re \u00e0 l\u2019examen des demandes formul\u00e9es par les personnes se trouvant dans sa situation. De m\u00eame, le ministre de la justice, que le requ\u00e9rant avait \u00e9galement sollicit\u00e9, lui rappela cette possibilit\u00e9 par une lettre du 1er d\u00e9cembre 2020.<\/p>\n<p><strong>LE CADRE JURIDIQUE INTERNE PERTINENT<\/strong><\/p>\n<p>19. L\u2019article 2 de l\u2019ordonnance no 62-825 du 21 juillet 1962 relative \u00e0 certaines dispositions concernant la nationalit\u00e9 fran\u00e7aise dispose que :<\/p>\n<p>\u00ab\u00a0Les personnes de statut civil de droit local originaires d\u2019Alg\u00e9rie ainsi que leurs enfants peuvent, en France, se faire reconna\u00eetre la nationalit\u00e9 fran\u00e7aise selon les dispositions du titre VII du code de la nationalit\u00e9 fran\u00e7aise.<\/p>\n<p>\u00c0 compter du 1er janvier 1963, ces personnes ne pourront \u00e9tablir leur nationalit\u00e9 fran\u00e7aise que dans les conditions pr\u00e9vues \u00e0 l\u2019article 156 dudit code [(par la preuve que la d\u00e9claration recognitive a \u00e9t\u00e9 souscrite)]\u00a0\u00bb.<\/p>\n<p>20. Aux termes de l\u2019article 3 de la loi du 20 d\u00e9cembre 1966 (abrog\u00e9e par la loi du 9 janvier 1973)\u00a0:<\/p>\n<p>\u00ab\u00a0Peuvent recouvrer la nationalit\u00e9 fran\u00e7aise, dans les formes et les conditions pr\u00e9vues aux articles 52 [paragraphe 21 ci-dessous] et suivants du code de la nationalit\u00e9, les enfants mineurs de personnes vis\u00e9es \u00e0 l\u2019article 2 de l\u2019ordonnance no 62-825 du 21 juillet 1962, n\u00e9s avant le 1er janvier 1963 dans des territoires demeur\u00e9s depuis cette date sous la souverainet\u00e9 fran\u00e7aise, lorsque le parent dont ils suivent la condition en vertu de l\u2019article 153 dudit code n\u2019a pas b\u00e9n\u00e9fici\u00e9 de la reconnaissance de la nationalit\u00e9 fran\u00e7aise\u00a0\u00bb.<\/p>\n<p>21. \u00c0 la date des faits litigieux, les articles 23, 44 et 52 du code de la nationalit\u00e9 disposaient que\u00a0:<\/p>\n<p style=\"text-align: center;\">Article 23 (devenu, modifi\u00e9, l\u2019article 19-3 du code civil)<\/p>\n<p>\u00ab\u00a0Est fran\u00e7ais l\u2019enfant, l\u00e9gitime ou naturel, n\u00e9 en France lorsque l\u2019un de ses parents au moins y est lui-m\u00eame n\u00e9.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p style=\"text-align: center;\">Article 44 (devenu, modifi\u00e9, l\u2019article 21-7 du code civil)<\/p>\n<p>\u00ab\u00a0Tout \u00e9tranger n\u00e9 en France de parents \u00e9trangers peut, \u00e0 partir de l\u2019\u00e2ge de seize ans et jusqu\u2019\u00e0 l\u2019\u00e2ge de vingt et un ans, acqu\u00e9rir la nationalit\u00e9 fran\u00e7aise \u00e0 condition qu\u2019il en manifeste la volont\u00e9, qu\u2019il r\u00e9side en France \u00e0 la date de sa manifestation de volont\u00e9 et qu\u2019il justifie d\u2019une r\u00e9sidence habituelle en France pendant les cinq ann\u00e9es qui la pr\u00e9c\u00e8dent (&#8230;)\u00a0\u00bb.<\/p>\n<p style=\"text-align: center;\">Article 52 (abrog\u00e9)<\/p>\n<p>\u00ab\u00a0L\u2019enfant mineur n\u00e9 en France de parents \u00e9trangers peut r\u00e9clamer la nationalit\u00e9 fran\u00e7aise par d\u00e9claration dans les conditions pr\u00e9vues aux articles 101 et suivants du pr\u00e9sent code, si, au moment de sa d\u00e9claration, il a sa r\u00e9sidence en France et s\u2019il a eu, depuis au moins cinq ann\u00e9es, sa r\u00e9sidence habituelle en France ou dans les territoires ou pays pour lesquels l\u2019attribution ou l\u2019acquisition de la nationalit\u00e9 fran\u00e7aise est, ou \u00e9tait, lors de la r\u00e9sidence, r\u00e9gie par des dispositions sp\u00e9ciales\u00a0\u00bb.<\/p>\n<p>22. Les autres dispositions pertinentes du code civil sont les suivantes\u00a0:<\/p>\n<p style=\"text-align: center;\">Article 21-13<\/p>\n<p>\u00ab\u00a0Peuvent r\u00e9clamer la nationalit\u00e9 fran\u00e7aise par d\u00e9claration souscrite conform\u00e9ment aux articles 26 et suivants, les personnes qui ont joui, d\u2019une fa\u00e7on constante, de la possession d\u2019\u00e9tat de Fran\u00e7ais, pendant les dix ann\u00e9es pr\u00e9c\u00e9dant leur d\u00e9claration.<\/p>\n<p>Lorsque la validit\u00e9 des actes pass\u00e9s ant\u00e9rieurement \u00e0 la d\u00e9claration \u00e9tait subordonn\u00e9e \u00e0 la possession de la nationalit\u00e9 fran\u00e7aise, cette validit\u00e9 ne peut \u00eatre contest\u00e9e pour le seul motif que le d\u00e9clarant n\u2019avait pas cette nationalit\u00e9.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p style=\"text-align: center;\">Article 21-15<\/p>\n<p>\u00ab\u00a0Hors le cas pr\u00e9vu \u00e0 l\u2019article 21-14-1, l\u2019acquisition de la nationalit\u00e9 fran\u00e7aise par d\u00e9cision de l\u2019autorit\u00e9 publique r\u00e9sulte d\u2019une naturalisation accord\u00e9e par d\u00e9cret \u00e0 la demande de l\u2019\u00e9tranger.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p style=\"text-align: center;\">Article 21-16<\/p>\n<p>\u00ab\u00a0Nul ne peut \u00eatre naturalis\u00e9 s\u2019il n\u2019a en France sa r\u00e9sidence au moment de la signature du d\u00e9cret de naturalisation.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p style=\"text-align: center;\">Article 21-17<\/p>\n<p>\u00ab\u00a0Sous r\u00e9serve des exceptions pr\u00e9vues aux articles 21-18, 21-19 et 21-20, la naturalisation ne peut \u00eatre accord\u00e9e qu\u2019\u00e0 l\u2019\u00e9tranger justifiant d\u2019une r\u00e9sidence habituelle en France pendant les cinq ann\u00e9es qui pr\u00e9c\u00e8dent le d\u00e9p\u00f4t de la demande.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p style=\"text-align: center;\">Article 21-22<\/p>\n<p>\u00ab\u00a0Nul ne peut \u00eatre naturalis\u00e9 s\u2019il n\u2019a atteint l\u2019\u00e2ge de dix-huit ans.<\/p>\n<p>(&#8230;)\u00a0\u00bb<\/p>\n<p style=\"text-align: center;\">Article 21-23<\/p>\n<p>\u00ab\u00a0Nul ne peut \u00eatre naturalis\u00e9 s\u2019il n\u2019est pas de bonnes vie et m\u0153urs ou s\u2019il a fait l\u2019objet de l\u2019une des condamnations vis\u00e9es \u00e0 l\u2019article 21-27 du pr\u00e9sent code.<\/p>\n<p>(&#8230;)\u00a0\u00bb.<\/p>\n<p style=\"text-align: center;\">Article 21-24<\/p>\n<p>\u00ab\u00a0Nul ne peut \u00eatre naturalis\u00e9 s\u2019il ne justifie de son assimilation \u00e0 la communaut\u00e9 fran\u00e7aise, notamment par une connaissance suffisante, selon sa condition, de la langue, de l\u2019histoire, de la culture et de la soci\u00e9t\u00e9 fran\u00e7aises, dont le niveau et les modalit\u00e9s d\u2019\u00e9valuation sont fix\u00e9s par d\u00e9cret en Conseil d\u2019\u00c9tat, et des droits et devoirs conf\u00e9r\u00e9s par la nationalit\u00e9 fran\u00e7aise ainsi que par l\u2019adh\u00e9sion aux principes et aux valeurs essentiels de la R\u00e9publique.<\/p>\n<p>\u00c0 l\u2019issue du contr\u00f4le de son assimilation, l\u2019int\u00e9ress\u00e9 signe la charte des droits et devoirs du citoyen fran\u00e7ais. Cette charte, approuv\u00e9e par d\u00e9cret en Conseil d\u2019\u00c9tat, rappelle les principes, valeurs et symboles essentiels de la R\u00e9publique fran\u00e7aise.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p style=\"text-align: center;\">Article 24<\/p>\n<p>\u00ab\u00a0La r\u00e9int\u00e9gration dans la nationalit\u00e9 fran\u00e7aise des personnes qui \u00e9tablissent avoir poss\u00e9d\u00e9 la qualit\u00e9 de Fran\u00e7ais r\u00e9sulte d\u2019un d\u00e9cret ou d\u2019une d\u00e9claration suivant les distinctions fix\u00e9es aux articles ci-apr\u00e8s.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p style=\"text-align: center;\">Article 24-1<\/p>\n<p>\u00ab\u00a0La r\u00e9int\u00e9gration par d\u00e9cret peut \u00eatre obtenue \u00e0 tout \u00e2ge et sans condition de stage. Elle est soumise, pour le surplus, aux conditions et aux r\u00e8gles de la naturalisation.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p>23. Le 25 octobre 2016, le ministre de l\u2019Int\u00e9rieur a adress\u00e9 la note suivante aux pr\u00e9fets\u00a0(publi\u00e9e au bulletin officiel du minist\u00e8re de l\u2019Int\u00e9rieur, no 2017\u20112, p. 32)\u00a0:<\/p>\n<p>\u00ab\u00a0(&#8230;) Mon attention a \u00e9t\u00e9 appel\u00e9e sur la situation particuli\u00e8re des personnes n\u00e9es avant le 1er janvier 1963 en France m\u00e9tropolitaine ou dans un territoire ou un d\u00e9partement d\u2019outre-mer rest\u00e9 sous souverainet\u00e9 fran\u00e7aise, d\u2019un parent n\u00e9 en Alg\u00e9rie et qui \u00e9taient mineures au moment de l\u2019ind\u00e9pendance de l\u2019Alg\u00e9rie.<\/p>\n<p>Ces enfants de personnes de statut civil de droit local r\u00e9gies par le droit musulman ont perdu, au 1er janvier 1963, la nationalit\u00e9 fran\u00e7aise si, \u00e0 cette date, eux-m\u00eames ou le parent dont ils ont suivi la condition n\u2019ont pas souscrit une d\u00e9claration de reconnaissance de la nationalit\u00e9 fran\u00e7aise avant le 22 mars 1967.<\/p>\n<p>Ces ressortissants alg\u00e9riens, dont la r\u00e9sidence en France est souvent ancienne et qui t\u00e9moignent d\u2019un attachement fort \u00e0 notre pays, ont la possibilit\u00e9 de recouvrer la nationalit\u00e9 fran\u00e7aise.<\/p>\n<p>Ils peuvent ainsi saisir la voie de la proc\u00e9dure de r\u00e9int\u00e9gration dans la nationalit\u00e9 fran\u00e7aise (article 24-1 du code civil) qui peut \u00eatre obtenue \u00e0 tout \u00e2ge, sans condition de stage dans le cadre des r\u00e8gles de la naturalisation.<\/p>\n<p>Compte tenu de la situation tr\u00e8s sp\u00e9cifique de ces postulants, il importe que vos services soient parfaitement \u00e0 m\u00eame d\u2019appr\u00e9cier la recevabilit\u00e9 des demandes qui leur sont transmises. D\u00e8s lors que ces personnes \u00e9tablissent r\u00e9sider en France et remplissent ces conditions de recevabilit\u00e9, il vous appartient d\u2019engager l\u2019instruction de leur dossier (&#8230;)\u00a0\u00bb.<\/p>\n<p><strong>EN DROIT<\/strong><\/p>\n<p><strong>SUR LA VIOLATION ALL\u00c9GU\u00c9E DE L\u2019ARTICLE 14 DE LA CONVENTION combin\u00e9 avec l\u2019article 8<\/strong><\/p>\n<p>24. Le requ\u00e9rant, qui n\u2019all\u00e8gue pas \u00eatre devenu apatride, soutient qu\u2019il est victime d\u2019une double discrimination dans la jouissance du droit au respect de la vie priv\u00e9e : une discrimination entre les personnes issues de parents n\u00e9s Fran\u00e7ais en Alg\u00e9rie avant l\u2019ind\u00e9pendance de ce pays qui ont ensuite perdu la nationalit\u00e9 fran\u00e7aise, et les personnes issues de parents qui ont toujours \u00e9t\u00e9 \u00e9trangers ; une discrimination, au sein d\u2019une m\u00eame fratrie, entre les personnes n\u00e9es en France, avant l\u2019ind\u00e9pendance de l\u2019Alg\u00e9rie, de parents n\u00e9s Fran\u00e7ais, et les personnes n\u00e9es en France, apr\u00e8s l\u2019ind\u00e9pendance de l\u2019Alg\u00e9rie, de parents n\u00e9s Fran\u00e7ais. Il invoque la violation de l\u2019article 14 de la Convention combin\u00e9 avec l\u2019article 8, aux termes desquels :<\/p>\n<p style=\"text-align: center;\">Article 8<\/p>\n<p>\u00ab\u00a01. Toute personne a droit au respect de sa vie priv\u00e9e et familiale, de son domicile et de sa correspondance.<\/p>\n<p>2. Il ne peut y avoir ing\u00e9rence d\u2019une autorit\u00e9 publique dans l\u2019exercice de ce droit que pour autant que cette ing\u00e9rence est pr\u00e9vue par la loi et qu\u2019elle constitue une mesure qui, dans une soci\u00e9t\u00e9 d\u00e9mocratique, est n\u00e9cessaire \u00e0 la s\u00e9curit\u00e9 nationale, \u00e0 la s\u00fbret\u00e9 publique, au bien\u2011\u00eatre \u00e9conomique du pays, \u00e0 la d\u00e9fense de l\u2019ordre et \u00e0 la pr\u00e9vention des infractions p\u00e9nales, \u00e0 la protection de la sant\u00e9 ou de la morale, ou \u00e0 la protection des droits et libert\u00e9s d\u2019autrui.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p style=\"text-align: center;\">Article 14<\/p>\n<p>\u00ab\u00a0La jouissance des droits et libert\u00e9s reconnus dans la (&#8230;) Convention doit \u00eatre assur\u00e9e, sans distinction aucune, fond\u00e9e notamment sur le sexe, la race, la couleur, la langue, la religion, les opinions politiques ou toutes autres opinions, l\u2019origine nationale ou sociale, l\u2019appartenance \u00e0 une minorit\u00e9 nationale, la fortune, la naissance ou toute autre situation.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p><strong>A. Sur l\u2019objet de l\u2019affaire<\/strong><\/p>\n<p>25. La Cour rappelle qu\u2019aux fins de l\u2019article 32 de la Convention, l\u2019objet d\u2019une affaire qui lui est \u00ab soumise \u00bb dans l\u2019exercice du droit de recours individuel est d\u00e9limit\u00e9 par le grief ou la \u00ab pr\u00e9tention \u00bb du requ\u00e9rant, qui comporte deux \u00e9l\u00e9ments : des all\u00e9gations factuelles et des arguments juridiques. En vertu du principe jura novit curia, la Cour n\u2019est pas tenue par les moyens de droit tir\u00e9s par le requ\u00e9rant de la Convention et de ses Protocoles. En revanche, elle ne peut pas se prononcer au-del\u00e0 ou en dehors de ce qui est all\u00e9gu\u00e9 par les requ\u00e9rants. Elle ne peut ainsi pas se prononcer \u00e0 partir de faits non vis\u00e9s par le grief, \u00e9tant entendu que m\u00eame si elle a comp\u00e9tence pour examiner les faits d\u00e9nonc\u00e9s \u00e0 la lumi\u00e8re de la Convention dans son int\u00e9gralit\u00e9 ou pour les \u00ab envisager sous un autre angle \u00bb, elle demeure limit\u00e9e par ceux qui sont pr\u00e9sent\u00e9s par les requ\u00e9rants (voir, par exemple, Savickis et autres c. Lettonie [GC], no 49270\/11, \u00a7 92, 9 juin 2022).<\/p>\n<p>26. En l\u2019esp\u00e8ce, la Cour rel\u00e8ve que devant la cour d\u2019appel de Douai et la Cour de cassation, le requ\u00e9rant s\u2019est born\u00e9 \u00e0 invoquer la discrimination qu\u2019il estimait avoir subie dans la jouissance de son droit au respect de sa vie priv\u00e9e en raison des r\u00e8gles relatives \u00e0 la nationalit\u00e9 fran\u00e7aise qui lui ont \u00e9t\u00e9 appliqu\u00e9es. Il ne s\u2019est pas sp\u00e9cifiquement plaint des atteintes \u00e0 son droit au respect de sa vie priv\u00e9e qu\u2019aurait port\u00e9 le refus oppos\u00e9 \u00e0 sa demande de certificat de nationalit\u00e9 fran\u00e7aise. Dans ces conditions, la Cour consid\u00e8re que la pr\u00e9sente affaire n\u2019appelle pas un examen sous l\u2019angle de l\u2019article 8 de la Convention pris isol\u00e9ment.<\/p>\n<p><strong>B. Sur la recevabilit\u00e9<\/strong><\/p>\n<p><em>1. Sur l\u2019applicabilit\u00e9 de l\u2019article 14 combin\u00e9 avec l\u2019article 8<\/em><\/p>\n<p>27. La Cour, qui observe que la France n\u2019a pas sign\u00e9 le Protocole no 12 \u00e0 la Convention, rappelle que l\u2019article 14 compl\u00e8te les autres clauses normatives de la Convention et de ses Protocoles. Il n\u2019a pas d\u2019existence ind\u00e9pendante, puisqu\u2019il vaut uniquement pour \u00ab la jouissance des droits et libert\u00e9s \u00bb qu\u2019elles garantissent. Certes, il peut entrer en jeu m\u00eame sans un manquement \u00e0 leurs exigences et, dans cette mesure, poss\u00e8de une port\u00e9e autonome, mais il ne saurait trouver \u00e0 s\u2019appliquer si les faits du litige ne tombent pas sous l\u2019empire de l\u2019une au moins desdites clauses. L\u2019interdiction de la discrimination que consacre l\u2019article 14 d\u00e9passe donc la jouissance des droits et libert\u00e9s que la Convention et ses Protocoles imposent \u00e0 chaque \u00c9tat de garantir (voir, par exemple, Konstantin Markin c. Russie [GC], no\u00a030078\/06, \u00a7 124, CEDH 2012 (extraits), ainsi que les r\u00e9f\u00e9rences qui y figurent).<\/p>\n<p>28. Bien que le droit \u00e0 la nationalit\u00e9 ne soit pas en tant que tel garanti par la Convention ou par ses Protocoles, une d\u00e9ch\u00e9ance arbitraire de nationalit\u00e9 peut poser un probl\u00e8me au regard de l\u2019article 8 de la Convention. La Cour rappelle ainsi que la nationalit\u00e9 est un \u00e9l\u00e9ment de l\u2019identit\u00e9 des individus (voir, notamment, Ghoumid et autres c. France, nos 52273\/16 et 4 autres, \u00a7\u00a043, 25 juin 2020, Ramadan c. Malte, no 76136\/12, \u00a7 85, 21 juin 2016, et Usmanov c. Russie, no 43936\/18, \u00a7 53, 22 d\u00e9cembre 2020). Elle en d\u00e9duit que les faits de l\u2019esp\u00e8ce tombent sous l\u2019empire de l\u2019article 8 de la Convention, de sorte que l\u2019article 14 peut \u00eatre invoqu\u00e9 en combinaison avec cette disposition, ce que le Gouvernement ne conteste d\u2019ailleurs pas. Il s\u2019ensuit que l\u2019article 14, combin\u00e9 avec l\u2019article 8, trouve \u00e0 s\u2019appliquer.<\/p>\n<p><em>2. Sur l\u2019exception de non-\u00e9puisement des voies de recours internes<\/em><\/p>\n<p>a) Arguments des parties<\/p>\n<p>i. Le Gouvernement<\/p>\n<p>29. Le Gouvernement soutient que le requ\u00e9rant n\u2019a pas d\u00fbment \u00e9puis\u00e9 les voies de recours internes. Il estime que, plut\u00f4t que de demander un certificat de nationalit\u00e9, pour lequel il ne remplissait pas les conditions, il aurait d\u00fb user d\u2019une des proc\u00e9dures qui \u00e9taient \u00e0 sa disposition afin d\u2019acqu\u00e9rir la nationalit\u00e9 fran\u00e7aise.<\/p>\n<p>30. Selon le Gouvernement, en premier lieu, le requ\u00e9rant pouvait obtenir la nationalit\u00e9 fran\u00e7aise, en application de l\u2019article 21-13 du code civil, par d\u00e9claration en se pr\u00e9valant de la possession d\u2019\u00e9tat de Fran\u00e7ais. Il fait valoir que la Cour de cassation a d\u00e9fini la possession d\u2019\u00e9tat de Fran\u00e7ais comme \u00e9tant \u00ab\u00a0le fait pour l\u2019int\u00e9ress\u00e9 de s\u2019\u00eatre consid\u00e9r\u00e9 comme tel et d\u2019avoir \u00e9t\u00e9 consid\u00e9r\u00e9 par les autorit\u00e9s publiques comme ayant cette qualit\u00e9, exerc\u00e9e effectivement, et d\u2019avoir assum\u00e9 les obligations qui y sont attach\u00e9es (le Gouvernement renvoie \u00e0 l\u2019arr\u00eat de la premi\u00e8re chambre civile du 11 juin 1991, no 89-16107). Il ajoute que celui dont la nationalit\u00e9 est contest\u00e9e dispose d\u2019un d\u00e9lai raisonnable pour souscrire une telle d\u00e9claration, qui court \u00e0 compter de la date \u00e0 laquelle il a connaissance de son extran\u00e9it\u00e9, cinq ans n\u2019\u00e9tant pas consid\u00e9r\u00e9 comme un d\u00e9lai raisonnable (le Gouvernement renvoie aux arr\u00eats suivants de la premi\u00e8re chambre civile de la Cour de cassation : 11 janvier 2005, no\u00a003\u201111.115 ; 9 janvier 2008, no 17-11.234 ; 15 mai 2008, no 07-14.076). Il en d\u00e9duit que, dans la pr\u00e9sente affaire, cette proc\u00e9dure a des perspectives de succ\u00e8s, le requ\u00e9rant ayant obtenu une carte d\u2019identit\u00e9 en 2005 et une carte \u00e9lectorale en 2012 et ayant effectu\u00e9 l\u2019ensemble de sa scolarit\u00e9 et sa vie professionnelle en France, \u00e0 condition qu\u2019il d\u00e9pose sa demande dans un d\u00e9lai raisonnable \u00e0 compter de l\u2019arr\u00eat de la Cour de cassation du 5 septembre 2018.<\/p>\n<p>31. Le Gouvernement fait valoir, en deuxi\u00e8me lieu, que le requ\u00e9rant pouvait acqu\u00e9rir la nationalit\u00e9 fran\u00e7aise par naturalisation, en application des articles 21-15 et suivants du code civil, qui ouvrent cette possibilit\u00e9 aux \u00e9trangers majeurs qui remplissent des conditions relatives \u00e0 leur lieu de r\u00e9sidence, la r\u00e9gularit\u00e9 de leur s\u00e9jour, leur assimilation \u00e0 la communaut\u00e9 fran\u00e7aise, leur connaissance de la langue fran\u00e7aise, leur insertion professionnelle, leur moralit\u00e9 et l\u2019absence de condamnation p\u00e9nale. Il pr\u00e9cise que la r\u00e9ponse de l\u2019autorit\u00e9 doit intervenir dans un d\u00e9lai maximal de dix mois lorsque le demandeur justifie avoir sa r\u00e9sidence habituelle en France depuis au moins dix ans.<\/p>\n<p>32. En troisi\u00e8me et dernier lieu, le Gouvernement indique que, comme le ministre de l\u2019Int\u00e9rieur l\u2019en a inform\u00e9 en 2012, d\u00e8s lors qu\u2019il est en mesure d\u2019\u00e9tablir qu\u2019il a poss\u00e9d\u00e9 la nationalit\u00e9 fran\u00e7aise, le requ\u00e9rant pouvait demander sa r\u00e9int\u00e9gration dans celle-ci par d\u00e9cret en application des articles\u00a024 et 24-1 du code civil. Il produit une note du ministre de l\u2019Int\u00e9rieur du 25\u00a0octobre 2016 appelant les pr\u00e9fets \u00e0 porter une attention particuli\u00e8re au traitement des dossiers d\u2019enfants n\u00e9s de parents alg\u00e9riens avant l\u2019ind\u00e9pendance de l\u2019Alg\u00e9rie.<\/p>\n<p>33. Le Gouvernement estime que le fait que ces proc\u00e9dures n\u2019ont pas d\u2019effet r\u00e9troactif n\u2019est pas en d\u00e9bat puisque jusqu\u2019en 2013, le requ\u00e9rant a v\u00e9cu comme un Fran\u00e7ais et b\u00e9n\u00e9fici\u00e9 des m\u00eames droits, y compris du droit de vote.<\/p>\n<p>ii. Le requ\u00e9rant<\/p>\n<p>34. Le requ\u00e9rant r\u00e9plique que les recours \u00e9voqu\u00e9s par le Gouvernement ne sont pas effectifs puisqu\u2019ils ne pouvaient faire cesser ab initio la violation all\u00e9gu\u00e9e de la Convention, qui consiste en une discrimination par rapport, d\u2019une part, \u00e0 d\u2019autres enfants n\u00e9s en France de parents \u00e9trangers et, d\u2019autre part, \u00e0 ses fr\u00e8res et s\u0153urs, n\u00e9s apr\u00e8s le 1er janvier 1963, r\u00e9sultant du fait qu\u2019\u00e9tant n\u00e9 avant 1963 de parents n\u00e9s en territoire fran\u00e7ais d\u2019Alg\u00e9rie qui n\u2019avaient pas souscrit une d\u00e9claration de nationalit\u00e9 fran\u00e7aise, il n\u2019a pu obtenir un certificat de nationalit\u00e9.<\/p>\n<p>35. Il fait valoir que la proc\u00e9dure de d\u00e9claration de nationalit\u00e9, qui impose que l\u2019on apporte la preuve d\u2019\u00e9l\u00e9ments de fait justifiant de la possession d\u2019\u00e9tat de Fran\u00e7ais, \u00e9l\u00e9ments que le code civil ne d\u00e9finit pas, et qui, dans son cas, pourrait \u00eatre rejet\u00e9e pour tardivet\u00e9, est d\u00e9nu\u00e9e d\u2019effet r\u00e9troactif.<\/p>\n<p>36. Il ajoute que les proc\u00e9dures de naturalisation et de r\u00e9int\u00e9gration, qui sont \u00e9galement d\u00e9nu\u00e9es d\u2019effet r\u00e9troactif, supposent que les int\u00e9ress\u00e9s justifient qu\u2019ils remplissent des conditions sp\u00e9cifiques telles que l\u2019assimilation \u00e0 la communaut\u00e9 fran\u00e7aise, la connaissance de la langue fran\u00e7aise, l\u2019insertion professionnelle, la moralit\u00e9 et l\u2019absence de condamnation p\u00e9nale, et ne garantissent pas l\u2019obtention de la nationalit\u00e9 fran\u00e7aise aux personnes r\u00e9sidant en France qui sont n\u00e9es avant le 1er janvier 1963 de parents alg\u00e9riens de droit local. Selon lui la note du ministre de l\u2019Int\u00e9rieur du 25 octobre 2016 est sans incidence sur sa situation personnelle dans la mesure o\u00f9 elle a \u00e9t\u00e9 \u00e9tablie post\u00e9rieurement \u00e0 la survenance du litige et ne met en cause ni le caract\u00e8re discr\u00e9tionnaire de ces proc\u00e9dures ni leur non-r\u00e9troactivit\u00e9.<\/p>\n<p>b) Appr\u00e9ciation de la Cour<\/p>\n<p>37. La Cour rappelle que la finalit\u00e9 de l\u2019article 35 de la Convention est de m\u00e9nager aux \u00c9tats contractants l\u2019occasion de pr\u00e9venir ou de redresser les violations all\u00e9gu\u00e9es contre eux avant que ces all\u00e9gations ne lui soient soumises. L\u2019article 35 \u00a7 1 de la Convention doit \u00eatre appliqu\u00e9 avec une certaine souplesse et sans formalisme excessif, mais il n\u2019exige pas seulement que les requ\u00eates aient \u00e9t\u00e9 adress\u00e9es aux tribunaux internes comp\u00e9tents et qu\u2019il ait \u00e9t\u00e9 fait usage des recours effectifs permettant de contester les d\u00e9cisions d\u00e9j\u00e0 prononc\u00e9es. Le grief dont on entend saisir la Cour doit d\u2019abord \u00eatre soulev\u00e9, au moins en substance, dans les formes et d\u00e9lais prescrits par le droit interne, devant ces m\u00eames juridictions nationales appropri\u00e9es (voir, parmi de nombreux autres, Cardot c. France, 19 mars 1991, \u00a7 34, s\u00e9rie A no 200,G\u00e4fgen c. Allemagne [GC], no 22978\/05, \u00a7 142, CEDH 2010, et Matalas c.\u00a0Gr\u00e8ce, no 1864\/18, \u00a7\u00a7 23-25, 25 mars 2021).<\/p>\n<p>38. La Cour constate que le requ\u00e9rant n\u2019a pas saisi la Cour de cassation du premier volet du grief qu\u2019il soul\u00e8ve sur le terrain des articles 14 et 8 de la Convention, relatif \u00e0 la discrimination entre les personnes issues de parents qui sont n\u00e9s Fran\u00e7ais en Alg\u00e9rie avant l\u2019ind\u00e9pendance de ce pays et qui ont ensuite perdu la nationalit\u00e9 fran\u00e7aise, et les personnes issues de parents qui ont toujours \u00e9t\u00e9 \u00e9trangers (paragraphe 17 ci-dessus). Cette partie de la requ\u00eate est donc irrecevable pour d\u00e9faut d\u2019\u00e9puisement des voies de recours internes et, comme telle, doit \u00eatre rejet\u00e9e en application de l\u2019article 35 \u00a7\u00a7 1 et 4 de la Convention.<\/p>\n<p>39. La Cour rel\u00e8ve que le requ\u00e9rant a en revanche d\u00fbment saisi la Cour de cassation du second volet de son grief, qui porte sur la discrimination fond\u00e9e sur la date de naissance, au sein d\u2019une m\u00eame fratrie, entre les personnes n\u00e9es en France, avant l\u2019ind\u00e9pendance de l\u2019Alg\u00e9rie, de parents n\u00e9s Fran\u00e7ais, et les personnes n\u00e9es en France, apr\u00e8s l\u2019ind\u00e9pendance de l\u2019Alg\u00e9rie, de parents n\u00e9s Fran\u00e7ais.<\/p>\n<p>40. Elle rappelle ensuite que si une personne a plusieurs recours internes \u00e0 sa disposition, elle est en droit, afin d\u2019\u00e9puiser les voies de recours internes, d\u2019en choisir un susceptible d\u2019aboutir au redressement de son grief principal. En d\u2019autres termes, lorsqu\u2019une voie de recours a \u00e9t\u00e9 utilis\u00e9e, l\u2019usage d\u2019une autre voie dont le but est pratiquement le m\u00eame n\u2019est pas exig\u00e9 (voir, par exemple, Nicolae Virgiliu T\u0103nase c. Roumanie [GC], no 41720\/13, \u00a7 177, 25\u00a0juin 2019, ainsi que les r\u00e9f\u00e9rences qui y figurent).<\/p>\n<p>41. Au cas d\u2019esp\u00e8ce, elle consid\u00e8re que le requ\u00e9rant, dont le grief est tir\u00e9, dans son second volet, du fait que, bien qu\u2019il soit n\u00e9 en France de parents alors Fran\u00e7ais et qu\u2019il ait dispos\u00e9 d\u2019une carte nationale d\u2019identit\u00e9 et d\u2019une carte d\u2019\u00e9lecteur, un refus a \u00e9t\u00e9 oppos\u00e9 \u00e0 sa demande de d\u00e9livrance d\u2019un certificat de nationalit\u00e9 fran\u00e7aise, a us\u00e9 d\u2019une voie de recours ad\u00e9quate en contestant devant le juge civil, au regard des articles 8 et 14 de la Convention, ce refus, au motif qu\u2019il revenait \u00e0 lui retirer sa nationalit\u00e9, \u00e9l\u00e9ment de son identit\u00e9, de mani\u00e8re discriminatoire. Sa demande a d\u2019ailleurs \u00e9t\u00e9 d\u00e9clar\u00e9e recevable et examin\u00e9e au fond par le tribunal de grande instance de Lille et la cour d\u2019appel de Douai.<\/p>\n<p>42. Il s\u2019ensuit que le Gouvernement ne saurait, aux yeux de la Cour, tirer argument sur le terrain de l\u2019article 35 \u00a7 1 de la Convention du fait que le requ\u00e9rant n\u2019a pas, \u00e0 la place ou en sus de ce recours, us\u00e9 de la voie d\u00e9clarative pr\u00e9vue par l\u2019article 21-13 du code civil, opt\u00e9 pour la proc\u00e9dure de naturalisation r\u00e9gie par les articles 21-15 et suivants du code civil ou demand\u00e9 sa r\u00e9int\u00e9gration dans la nationalit\u00e9 fran\u00e7aise en application des articles 24 et 24-1 du code civil.<\/p>\n<p>3. Conclusion sur la recevabilit\u00e9<\/p>\n<p>43. Constatant par ailleurs que le second volet du grief n\u2019est ni manifestement mal fond\u00e9 ni irrecevable pour un autre motif vis\u00e9 \u00e0 l\u2019article\u00a035 de la Convention, la Cour le d\u00e9clare recevable.<\/p>\n<p><strong>C. Sur le fond<\/strong><\/p>\n<p><em>1. Arguments des parties<\/em><\/p>\n<p>a) Le requ\u00e9rant<\/p>\n<p>44. Le requ\u00e9rant fait valoir qu\u2019il n\u2019est pas \u00e9tabli que ses parents ont effectivement choisi de ne pas conserver la nationalit\u00e9 fran\u00e7aise et de la faire perdre \u00e0 leur fils, un tel choix d\u00e9coulant d\u2019une fiction juridique, consistant \u00e0 interpr\u00e9ter l\u2019inertie des parents comme un refus de nationalit\u00e9 fran\u00e7aise. Or, il souligne qu\u2019il n\u2019est pas demand\u00e9 \u00e0 la Cour de statuer sur la situation de ses parents mais sur la sienne, \u00e0 savoir celle d\u2019une personne n\u00e9e Fran\u00e7ais sur le territoire m\u00e9tropolitain avant l\u2019ind\u00e9pendance de l\u2019Alg\u00e9rie, qui se trouve priv\u00e9e, alors qu\u2019elle \u00e9tait encore mineure, du fait de la seule inertie de ses parents alors Fran\u00e7ais comme \u00e9tant n\u00e9s sur le territoire fran\u00e7ais d\u2019Alg\u00e9rie, de sa nationalit\u00e9 fran\u00e7aise, et plac\u00e9e dans une situation moins favorable que celle de ses fr\u00e8res et s\u0153urs n\u00e9s des m\u00eames parents, sur le m\u00eame territoire m\u00e9tropolitain, post\u00e9rieurement \u00e0 l\u2019ind\u00e9pendance de l\u2019Alg\u00e9rie et jouissant de la nationalit\u00e9 fran\u00e7aise d\u00e8s leur naissance par application du droit du sol aux enfants d\u2019\u00e9trangers.<\/p>\n<p>45. Le requ\u00e9rant estime que le Gouvernement n\u2019explique ni quel est le but de la distinction op\u00e9r\u00e9e entre des enfants d\u2019une m\u00eame fratrie selon la date de leur naissance ni en quoi cette distinction \u00e9tait proportionn\u00e9e \u00e0 ce but.<\/p>\n<p>46. Il souligne aussi qu\u2019il n\u2019a pas pu b\u00e9n\u00e9ficier de l\u2019article 3 de la loi du 20 d\u00e9cembre 1966, qui donnait aux enfants n\u00e9s en France avant le 1er janvier 1963 de parents originaires d\u2019Alg\u00e9rie de statut de droit local la possibilit\u00e9 de r\u00e9clamer la nationalit\u00e9 fran\u00e7aise dans les conditions de l\u2019article 52 du code de la nationalit\u00e9, cette loi ayant \u00e9t\u00e9 abrog\u00e9e par la loi du 9 janvier 1973, alors qu\u2019il n\u2019avait pas encore 21 ans et n\u2019\u00e9tait donc pas majeur.<\/p>\n<p>b) Le Gouvernement<\/p>\n<p>47. Le Gouvernement estime \u00e0 titre principal qu\u2019il n\u2019y a pas eu en l\u2019esp\u00e8ce de diff\u00e9rence de traitement entre personnes plac\u00e9es dans une situation analogue ou comparable.<\/p>\n<p>48. \u00c0 cet \u00e9gard, il fait valoir que les enfants d\u2019Alg\u00e9riens n\u00e9s en France sont n\u00e9s Fran\u00e7ais par double droit du sol, qu\u2019ils soient n\u00e9s avant ou apr\u00e8s l\u2019ind\u00e9pendance de l\u2019Alg\u00e9rie. Il souligne qu\u2019ils sont plac\u00e9s dans une situation objectivement diff\u00e9rente au regard des effets sur la nationalit\u00e9 fran\u00e7aise du transfert de souverainet\u00e9 survenu lors de l\u2019accession \u00e0 l\u2019ind\u00e9pendance de l\u2019Alg\u00e9rie. En effet, la question de savoir s\u2019ils ont conserv\u00e9 la nationalit\u00e9 fran\u00e7aise \u00e0 la date du 1er janvier 1963 se pose pour ceux qui, tel le requ\u00e9rant, sont n\u00e9s avant l\u2019ind\u00e9pendance mais non pour ceux qui, tels les fr\u00e8res et s\u0153urs du requ\u00e9rant, sont n\u00e9s apr\u00e8s cette date, et qui, d\u00e8s lors, ne sauraient voir leur situation affect\u00e9e par les cons\u00e9quences d\u2019une ind\u00e9pendance survenue avant leur naissance.<\/p>\n<p>49. Subsidiairement, le Gouvernement soutient que la diff\u00e9rence de traitement d\u00e9nonc\u00e9e \u00e9tait objectivement justifi\u00e9e et, en particulier, qu\u2019elle poursuivait un but l\u00e9gitime et qu\u2019il y avait un rapport raisonnable de proportionnalit\u00e9 entre les moyens et le but vis\u00e9.<\/p>\n<p>50. S\u2019agissant du but l\u00e9gitime, le Gouvernement souligne que l\u2019ordonnance du 21 juillet 1962 op\u00e8re une distinction entre les personnes relevant du droit civil fran\u00e7ais, qui ont gard\u00e9 la nationalit\u00e9 fran\u00e7aise de plein droit, et les personnes relevant du droit local musulman, qui ont \u00e9t\u00e9 soumises \u00e0 une proc\u00e9dure de d\u00e9claration recognitive de nationalit\u00e9 fran\u00e7aise, laquelle \u00e9tait possible jusqu\u2019en 1967, \u00e0 d\u00e9faut de quoi la nationalit\u00e9 fran\u00e7aise \u00e9tait r\u00e9put\u00e9e perdue au 1er janvier 1963. Il fait valoir que le caract\u00e8re temporaire de cette l\u00e9gislation \u00e9tait justifi\u00e9 par le fait qu\u2019au lendemain de l\u2019ind\u00e9pendance de l\u2019Alg\u00e9rie, il avait \u00e9t\u00e9 d\u00e9cid\u00e9 que les individus de statut de droit local souhaitant garder la nationalit\u00e9 fran\u00e7aise devraient express\u00e9ment confirmer leur choix, de sorte que leur inertie doit \u00eatre regard\u00e9e comme un refus de conserver celle-ci. Il pr\u00e9cise que la Cour de cassation a jug\u00e9 en 2010 (Cass., 16 juillet 2010, no 10-40.014) que l\u2019accession \u00e0 l\u2019ind\u00e9pendance ne pouvait que conduire, dans un but d\u2019int\u00e9r\u00eat g\u00e9n\u00e9ral, \u00e0 distinguer la population restant de plein droit celle de la R\u00e9publique fran\u00e7aise de celle des nouveaux \u00c9tats ind\u00e9pendants, dont les ressortissants devaient manifester leur volont\u00e9 pour conserver la nationalit\u00e9 fran\u00e7aise.<\/p>\n<p>51. S\u2019agissant de la circonstance que le requ\u00e9rant, alors mineur, a suivi la condition de ses parents, le Gouvernement fait valoir que la volont\u00e9 d\u2019assurer le maintien d\u2019une unit\u00e9 familiale au jour du transfert de souverainet\u00e9 est classique en mati\u00e8re de succession d\u2019\u00c9tats, et que le principe selon lequel l\u2019enfant a vocation \u00e0 suivre la condition de son parent est notamment consacr\u00e9 par l\u2019article 4 de la convention sur la r\u00e9duction des cas d\u2019apatridie du 30 ao\u00fbt 1961. Il ajoute que donner aux personnes concern\u00e9es la possibilit\u00e9 d\u2019invoquer l\u2019article 44 du code de la nationalit\u00e9 fran\u00e7aise reviendrait \u00e0 mettre en \u00e9chec les dispositions de l\u2019ordonnance du 21 juillet 1962 et de la loi du 20 d\u00e9cembre 1966 qui ont r\u00e9gi les cons\u00e9quences sur la nationalit\u00e9 fran\u00e7aise de l\u2019acc\u00e8s de l\u2019Alg\u00e9rie \u00e0 l\u2019ind\u00e9pendance. Selon lui, la naissance en France m\u00e9tropolitaine n\u2019est pas un crit\u00e8re suffisant pour traiter diff\u00e9remment la situation juridique des enfants dont les parents originaires d\u2019Alg\u00e9rie ont fait le choix de ne pas opter pour la nationalit\u00e9 fran\u00e7aise apr\u00e8s l\u2019ind\u00e9pendance, et qui n\u2019ont eux\u2011m\u00eames pas exerc\u00e9 la facult\u00e9 qui leur \u00e9tait ouverte de recouvrer la nationalit\u00e9 fran\u00e7aise par d\u00e9claration. Le Gouvernement rappelle en outre que jusqu\u2019\u00e0 l\u2019abrogation de cette loi par la loi du 9 janvier 1973, l\u2019article 3 de la loi du 20 d\u00e9cembre 1966 donnait aux enfants n\u00e9s en France avant le 1er janvier 1963 de parents originaires d\u2019Alg\u00e9rie de statut de droit local la possibilit\u00e9, dont le requ\u00e9rant n\u2019a pas us\u00e9, de demander la nationalit\u00e9 fran\u00e7aise dans les conditions pr\u00e9vues par l\u2019article 52 du code de la nationalit\u00e9.<\/p>\n<p>52. S\u2019agissant de la proportionnalit\u00e9, le Gouvernement souligne tout d\u2019abord que, pour \u00e9viter les situations d\u2019apatridie, le l\u00e9gislateur a pr\u00e9vu que les personnes de statut civil de droit local originaires d\u2019Alg\u00e9rie conservaient de plein droit la nationalit\u00e9 fran\u00e7aise si une autre nationalit\u00e9 ne leur avait pas \u00e9t\u00e9 conf\u00e9r\u00e9e post\u00e9rieurement au 3 juillet 1962 (article 1er de la loi no 66-945 du 20 d\u00e9cembre 1966). Il rappelle que le l\u00e9gislateur a instaur\u00e9 d\u2019autres modes d\u2019acquisition de la nationalit\u00e9 fran\u00e7aise, accessibles aux Alg\u00e9riens selon une proc\u00e9dure facilit\u00e9e. Il soutient que d\u00e8s lors qu\u2019il n\u2019a pas laiss\u00e9 les personnes n\u00e9es en territoire fran\u00e7ais d\u2019Alg\u00e9rie avant son ind\u00e9pendance sans moyen d\u2019acqu\u00e9rir la nationalit\u00e9 fran\u00e7aise, le l\u00e9gislateur a us\u00e9 d\u2019un moyen proportionn\u00e9 au but recherch\u00e9. Selon le Gouvernement, juger que la France a viol\u00e9 les articles 8 et 14 de la Convention reviendrait \u00e0 bafouer le droit reconnu aux Alg\u00e9riens de choisir librement leur \u00c9tat d\u2019appartenance.<\/p>\n<p><em>2. Appr\u00e9ciation de la Cour<\/em><\/p>\n<p>53. Toute diff\u00e9rence de traitement n\u2019emporte pas automatiquement violation de l\u2019article 14. Il faut \u00e9tablir que des personnes plac\u00e9es dans des situations analogues ou comparables en la mati\u00e8re jouissent d\u2019un traitement pr\u00e9f\u00e9rentiel, et que cette distinction est discriminatoire. Une distinction est discriminatoire si elle ne repose pas sur une justification objective et raisonnable, c\u2019est-\u00e0-dire si elle ne poursuit pas un but l\u00e9gitime ou s\u2019il n\u2019y a pas un rapport raisonnable de proportionnalit\u00e9 entre les moyens employ\u00e9s et le but vis\u00e9. Les \u00c9tats contractants jouissent d\u2019une certaine marge d\u2019appr\u00e9ciation pour d\u00e9terminer si et dans quelle mesure des diff\u00e9rences entre des situations \u00e0 d\u2019autres \u00e9gards analogues justifient des distinctions de traitement. L\u2019\u00e9tendue de la marge d\u2019appr\u00e9ciation varie selon les circonstances, les domaines et le contexte, mais il appartient \u00e0 la Cour de statuer en dernier ressort sur le respect des exigences de la Convention. Celle\u2011ci \u00e9tant avant tout un m\u00e9canisme de protection des droits de l\u2019homme, la Cour doit cependant tenir compte de l\u2019\u00e9volution de la situation dans les \u00c9tats contractants et r\u00e9agir, par exemple, au consensus susceptible de se faire jour quant aux normes \u00e0 atteindre (voir, par exemple, Konstantin Markin, pr\u00e9cit\u00e9, \u00a7\u00a7 125-126, ainsi que les r\u00e9f\u00e9rences qui y figurent).<\/p>\n<p>54. Renvoyant \u00e0 ses conclusions relatives \u00e0 la recevabilit\u00e9 (paragraphes\u00a038 et 42-43 ci-dessus), la Cour souligne qu\u2019elle n\u2019est amen\u00e9e \u00e0 examiner au fond que le second volet du grief, tir\u00e9 de ce que le refus litigieux repose sur une discrimination contraire \u00e0 l\u2019article 14 de la Convention combin\u00e9 avec l\u2019article 8 dans la jouissance du droit au respect de la vie priv\u00e9e, entre, au sein d\u2019une m\u00eame fratrie, les personnes n\u00e9es en France, avant l\u2019ind\u00e9pendance de l\u2019Alg\u00e9rie, de parents n\u00e9s Fran\u00e7ais, et les personnes n\u00e9es en France, apr\u00e8s l\u2019ind\u00e9pendance de l\u2019Alg\u00e9rie, de parents n\u00e9s Fran\u00e7ais.<\/p>\n<p>55. La Cour rel\u00e8ve, s\u2019agissant du seul volet recevable tir\u00e9 de la violation de l\u2019article 14 combin\u00e9 avec l\u2019article 8, que la diff\u00e9rence de traitement d\u00e9nonc\u00e9e par le requ\u00e9rant concerne des personnes dont les parents sont n\u00e9s Fran\u00e7ais sur le territoire fran\u00e7ais d\u2019Alg\u00e9rie, relevaient du statut civil de droit local, et ont perdu la nationalit\u00e9 fran\u00e7aise apr\u00e8s l\u2019ind\u00e9pendance de l\u2019Alg\u00e9rie faute d\u2019avoir souscrit une d\u00e9claration de reconnaissance de la nationalit\u00e9 fran\u00e7aise, selon que ces personnes sont n\u00e9es avant ou apr\u00e8s l\u2019ind\u00e9pendance de l\u2019Alg\u00e9rie. Le crit\u00e8re de diff\u00e9renciation dont se plaint le requ\u00e9rant se rattache donc aux circonstances de la naissance et plus pr\u00e9cis\u00e9ment \u00e0 la date de celle-ci. Il s\u2019agit ainsi principalement d\u2019un crit\u00e8re temporel qui renvoie directement \u00e0 celui de la \u00ab\u00a0naissance\u00a0\u00bb, qui est quant \u00e0 lui un motif de discrimination express\u00e9ment prohib\u00e9 par l\u2019article 14 de la Convention (voir, mutatis mutandis, l\u2019avis consultatif relatif \u00e0 la diff\u00e9rence de traitement entre les associations de propri\u00e9taires \u00ab\u00a0ayant une existence reconnue \u00e0 la date de la cr\u00e9ation d\u2019une association communale de chasse agr\u00e9e\u00a0\u00bb et les associations de propri\u00e9taires cr\u00e9\u00e9es ult\u00e9rieurement [GC], demande no\u00a0P16\u20112021-002, Conseil d\u2019\u00c9tat fran\u00e7ais, \u00a7\u00a7 60-61, 13 juillet 2022).<\/p>\n<p>56. Ceci \u00e9tant, la Cour constate que, hormis le fait qu\u2019il est n\u00e9 avant l\u2019ind\u00e9pendance de l\u2019Alg\u00e9rie alors que ses fr\u00e8res et s\u0153urs sont n\u00e9s apr\u00e8s cette date et que leurs parents n\u2019avaient plus la nationalit\u00e9 fran\u00e7aise \u00e0 la naissance de ces derniers, le requ\u00e9rant se trouve quant aux circonstances de sa naissance dans une situation analogue \u00e0 la leur\u00a0: tous sont n\u00e9s en France m\u00e9tropolitaine des m\u00eames parents, n\u00e9s Fran\u00e7ais sur le territoire fran\u00e7ais d\u2019Alg\u00e9rie. Au regard du grief examin\u00e9 par la Cour, les similitudes entre la situation du requ\u00e9rant et celle de ses fr\u00e8res et s\u0153urs apparaissent ainsi pr\u00e9dominantes par rapport aux diff\u00e9rences (voir, mutatis mutandis, l\u2019avis consultatif pr\u00e9cit\u00e9, \u00a7\u00a070).<\/p>\n<p>57. Quant au but de la diff\u00e9rence de traitement entre l\u2019un et les autres, il ressort des observations du Gouvernement qu\u2019il s\u2019agissait, dans le contexte de l\u2019accession de l\u2019Alg\u00e9rie \u00e0 l\u2019ind\u00e9pendance, de maintenir l\u2019unit\u00e9 familiale au moment du transfert de souverainet\u00e9 en faisant en sorte que les enfants mineurs suivent la condition de leurs parents au regard de la nationalit\u00e9 fran\u00e7aise.<\/p>\n<p>58. La l\u00e9gitimit\u00e9 de ce but est d\u2019autant moins contestable qu\u2019il est li\u00e9 \u00e0 la d\u00e9cision souveraine de la France de laisser aux personnes qui relevaient du statut civil de droit local et qui \u00e9taient donc \u00e9ligibles \u00e0 la nationalit\u00e9 alg\u00e9rienne au moment de l\u2019accession de l\u2019Alg\u00e9rie \u00e0 l\u2019ind\u00e9pendance, le choix de conserver ou non la nationalit\u00e9 fran\u00e7aise, plut\u00f4t que de leur imposer de la garder. Des consid\u00e9rations de s\u00e9curit\u00e9 juridique justifiaient en outre que le dispositif mis en place en 1962 soit temporaire.<\/p>\n<p>59. Parmi les facteurs \u00e0 prendre en compte pour v\u00e9rifier s\u2019il y a un rapport raisonnable de proportionnalit\u00e9 entre les moyens employ\u00e9s et le but l\u00e9gitime vis\u00e9 figurent l\u2019\u00e9tendue de la marge d\u2019appr\u00e9ciation dont disposait l\u2019\u00c9tat d\u00e9fendeur, l\u2019ad\u00e9quation entre le but vis\u00e9 et les moyens employ\u00e9s, ainsi que l\u2019impact de ces moyens sur la situation du requ\u00e9rant (voir, mutatis mutandis, l\u2019avis consultatif pr\u00e9cit\u00e9, \u00a7\u00a7 98-110).<\/p>\n<p>60. L\u2019\u00e9tendue de la marge d\u2019appr\u00e9ciation des autorit\u00e9s nationales est un facteur d\u00e9terminant (voir l\u2019avis consultatif pr\u00e9cit\u00e9, \u00a7 98). Or, compte tenu des enjeux li\u00e9s \u00e0 la question de la nationalit\u00e9 des personnes relevant du statut civil de droit local dans le contexte de l\u2019ind\u00e9pendance de l\u2019Alg\u00e9rie, et au vu des d\u00e9veloppements figurant au paragraphe 58 ci-dessus, la Cour est conduite \u00e0 consid\u00e9rer que la France disposait d\u2019une large marge d\u2019appr\u00e9ciation pour d\u00e9terminer si et dans quelle mesure il \u00e9tait justifi\u00e9 d\u2019op\u00e9rer une distinction, s\u2019agissant des modalit\u00e9s d\u2019acc\u00e8s \u00e0 la nationalit\u00e9 fran\u00e7aise, entre les enfants mineurs de ces personnes selon la date de leur naissance, avant ou apr\u00e8s l\u2019accession de l\u2019Alg\u00e9rie \u00e0 l\u2019ind\u00e9pendance.<\/p>\n<p>61. S\u2019agissant du deuxi\u00e8me des facteurs susmentionn\u00e9s, la Cour rappelle que l\u2019ad\u00e9quation entre le crit\u00e8re de diff\u00e9renciation et le but l\u00e9gitime poursuivi est un \u00e9l\u00e9ment essentiel dans l\u2019analyse de la proportionnalit\u00e9 (voir l\u2019avis consultatif pr\u00e9cit\u00e9, \u00a7 101). En l\u2019esp\u00e8ce, elle ne voit pas de raison de douter que la distinction op\u00e9r\u00e9e s\u2019agissant des modalit\u00e9s d\u2019acc\u00e8s \u00e0 la nationalit\u00e9 fran\u00e7aise entre les enfants mineurs de personnes qui relevaient du statut civil de droit local selon la date de leur naissance, avant ou apr\u00e8s l\u2019accession de l\u2019Alg\u00e9rie \u00e0 l\u2019ind\u00e9pendance, \u00e9tait \u00e0 l\u2019\u00e9poque en ad\u00e9quation avec le but l\u00e9gitime poursuivi, \u00e0 savoir que les enfants mineurs suivent la condition de leurs parents au regard de la nationalit\u00e9 fran\u00e7aise, d\u00e8s lors que la question du maintien de leurs parents dans la nationalit\u00e9 fran\u00e7aise se posait pr\u00e9cis\u00e9ment en raison et dans le contexte de l\u2019accession de l\u2019Alg\u00e9rie \u00e0 l\u2019ind\u00e9pendance.<\/p>\n<p>62. Enfin, s\u2019agissant de l\u2019impact sur la situation du requ\u00e9rant, ainsi que le fait valoir le Gouvernement, le droit fran\u00e7ais offrait au requ\u00e9rant plusieurs moyens pour recouvrer la nationalit\u00e9 fran\u00e7aise : par voie de d\u00e9claration sur le fondement de la possession d\u2019\u00e9tat de Fran\u00e7ais, par voie de naturalisation, et par voie de r\u00e9int\u00e9gration (paragraphes 30-32 ci-dessus).<\/p>\n<p>63. La Cour rel\u00e8ve en particulier que la troisi\u00e8me de ces options, sur laquelle le ministre de la Justice, le ministre de l\u2019Int\u00e9rieur et la cour d\u2019appel de Douai ont attir\u00e9 l\u2019attention du requ\u00e9rant (paragraphes 11, 16 et 18 ci\u2011dessus), semble sp\u00e9cialement appropri\u00e9e \u00e0 sa situation. Elle constate \u00e0 cet \u00e9gard qu\u2019il ressort des articles 24 et 24-1 du code civil que les personnes qui sont en mesure d\u2019\u00e9tablir avoir poss\u00e9d\u00e9 la nationalit\u00e9 fran\u00e7aise peuvent obtenir leur r\u00e9int\u00e9gration dans cette nationalit\u00e9 par d\u00e9cret. Une telle r\u00e9int\u00e9gration est soumise aux exigences de moralit\u00e9, d\u2019assimilation \u00e0 la communaut\u00e9 fran\u00e7aise et d\u2019absence de condamnation applicables \u00e0 la naturalisation, mais peut \u00eatre obtenue \u00e0 tout \u00e2ge et sans condition relative \u00e0 la dur\u00e9e de r\u00e9sidence en France. La Cour rel\u00e8ve aussi que, par une note du 25 octobre 2016, le ministre de l\u2019Int\u00e9rieur attire l\u2019attention des pr\u00e9fets sur l\u2019instruction des demandes de r\u00e9int\u00e9gration dans la nationalit\u00e9 fran\u00e7aise d\u00e9pos\u00e9es par des personnes qui, tel le requ\u00e9rant, sont n\u00e9es en France avant le 1er janvier 1963 de parents n\u00e9s Fran\u00e7ais sur le territoire fran\u00e7ais d\u2019Alg\u00e9rie, de statut civil de droit local, et qui ont perdu la nationalit\u00e9 fran\u00e7aise \u00e0 cette derni\u00e8re date en l\u2019absence de souscription d\u2019une d\u00e9claration de reconnaissance de la nationalit\u00e9 fran\u00e7aise avant le 22 mars 1967. Cette note souligne en particulier que, \u00ab\u00a0compte tenu de la situation tr\u00e8s sp\u00e9cifique de ces postulants, il importe que [les] services pr\u00e9fectoraux soient parfaitement \u00e0 m\u00eame d\u2019appr\u00e9cier la recevabilit\u00e9 des demandes qui leur sont transmises\u00a0\u00bb et que, \u00ab\u00a0d\u00e8s lors que ces personnes \u00e9tablissent r\u00e9sider en France et remplissent [les] conditions de recevabilit\u00e9, il (&#8230;) appartient [aux pr\u00e9fets] d\u2019engager l\u2019instruction de leur dossier\u00a0\u00bb (paragraphes 22-23 ci-dessus).<\/p>\n<p>64. Au vu des pi\u00e8ces du dossier, en particulier la note du ministre de l\u2019Int\u00e9rieur de 2016 et les observations du Gouvernement, la Cour, qui rel\u00e8ve que l\u2019issue de cette proc\u00e9dure n\u2019est pas susceptible de se heurter \u00e0 une tardivet\u00e9, ne doute pas, si le requ\u00e9rant d\u00e9cidait de solliciter, ainsi que l\u2019y ont invit\u00e9 le ministre de la Justice, le ministre de l\u2019Int\u00e9rieur et la cour d\u2019appel de Douai, sa r\u00e9int\u00e9gration dans la nationalit\u00e9 fran\u00e7aise, de la particuli\u00e8re c\u00e9l\u00e9rit\u00e9 avec laquelle les autorit\u00e9s nationales donneront suite \u00e0 sa demande.<\/p>\n<p>65. Certes, la possibilit\u00e9 de recouvrer la nationalit\u00e9 fran\u00e7aise ne r\u00e9pond pas enti\u00e8rement au grief du requ\u00e9rant, au c\u0153ur duquel se trouve ce qu\u2019il per\u00e7oit comme une n\u00e9gation r\u00e9troactive d\u2019un \u00e9l\u00e9ment de son identit\u00e9, r\u00e9sultant de ce que, bien qu\u2019il soit n\u00e9 Fran\u00e7ais en France et qu\u2019il y ait \u00e9t\u00e9 durablement identifi\u00e9 comme tel puisqu\u2019il disposait d\u2019une carte d\u2019identit\u00e9 fran\u00e7aise et d\u2019une carte d\u2019\u00e9lecteur, les juridictions fran\u00e7aises ont retenu alors qu\u2019il avait soixante-deux ans qu\u2019il avait cess\u00e9 d\u2019\u00eatre fran\u00e7ais \u00e0 partir de l\u2019\u00e2ge de six ans.<\/p>\n<p>66. La Cour rel\u00e8ve n\u00e9anmoins que la diff\u00e9rence de traitement entre le requ\u00e9rant et ses fr\u00e8res et s\u0153urs ne porte pas sur le principe m\u00eame de l\u2019acc\u00e8s \u00e0 la nationalit\u00e9 fran\u00e7aise mais sur les modalit\u00e9s de l\u2019acc\u00e8s \u00e0 celle-ci, ce qui relativise significativement son impact sur son droit au respect de la vie priv\u00e9e (comparer, mutatis mutandis, avec l\u2019affaire D c. France (no 11288\/18, \u00a7 85, 16 juillet 2020), dont les circonstances sont toutefois tr\u00e8s diff\u00e9rentes).<\/p>\n<p>67. Si la Cour tient \u00e0 souligner que l\u2019\u00c9tat d\u00e9fendeur a commis une erreur en d\u00e9livrant une carte d\u2019identit\u00e9 et une carte \u00e9lectorale \u00e0 une personne qui n\u2019avait plus la nationalit\u00e9 fran\u00e7aise, cette circonstance, aussi regrettable soit\u2011elle, et quelles qu\u2019aient pu \u00eatre ses cons\u00e9quences sur le droit au respect de la vie priv\u00e9e du requ\u00e9rant, est sans incidence sur la seule question soumise \u00e0 l\u2019examen de la Cour, relative au caract\u00e8re discriminatoire ou non de la diff\u00e9rence de traitement que d\u00e9nonce ce dernier.<\/p>\n<p>68. Dans ces conditions, et compte-tenu de la large marge d\u2019appr\u00e9ciation dont disposait l\u2019\u00c9tat d\u00e9fendeur, la Cour admet que les moyens employ\u00e9s \u00e9taient proportionn\u00e9s au but l\u00e9gitime vis\u00e9. La diff\u00e9rence de traitement d\u00e9nonc\u00e9e par le requ\u00e9rant, dans la jouissance du droit au respect de la vie priv\u00e9e, repose donc sur une justification objective et raisonnable.<\/p>\n<p>69. Il r\u00e9sulte de l\u2019ensemble des consid\u00e9rations qui pr\u00e9c\u00e8dent qu\u2019il n\u2019y a pas eu violation de l\u2019article 14 combin\u00e9 avec l\u2019article 8 de la Convention.<\/p>\n<p><strong>PAR CES MOTIFS, LA COUR, \u00c0 L\u2019UNANIMIT\u00c9,<\/strong><\/p>\n<p>1. D\u00e9clare la requ\u00eate recevable pour autant qu\u2019elle d\u00e9nonce une violation de l\u2019article 14 de la Convention combin\u00e9 avec l\u2019article 8, r\u00e9sultant d\u2019une discrimination, au sein d\u2019une m\u00eame fratrie, entre les personnes n\u00e9es en France, avant l\u2019ind\u00e9pendance de l\u2019Alg\u00e9rie, de parents n\u00e9s fran\u00e7ais, et les personnes n\u00e9es en France, apr\u00e8s l\u2019ind\u00e9pendance de l\u2019Alg\u00e9rie, de parents n\u00e9s fran\u00e7ais, et irrecevable pour le surplus\u00a0;<\/p>\n<p>2. Dit qu\u2019il n\u2019y a pas eu violation de l\u2019article 14 de la Conventioncombin\u00e9 avec l\u2019article 8.<\/p>\n<p>Fait en fran\u00e7ais, puis communiqu\u00e9 par \u00e9crit le 13 octobre 2022, en application de l\u2019article\u00a077\u00a0\u00a7\u00a7\u00a02 et\u00a03 du r\u00e8glement.<\/p>\n<p>Martina Keller \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0S\u00edofra O\u2019Leary<br \/>\nGreffi\u00e8re adjointe \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 Pr\u00e9sidente<\/p>\n<div class=\"social-share-buttons\"><a href=\"https:\/\/www.facebook.com\/sharer\/sharer.php?u=https:\/\/loisdumonde.com\/?p=1749\" target=\"_blank\" rel=\"noopener\">Facebook<\/a><a href=\"https:\/\/twitter.com\/intent\/tweet?url=https:\/\/loisdumonde.com\/?p=1749&text=AFFAIRE+ZEGGAI+c.+FRANCE+%28Cour+europ%C3%A9enne+des+droits+de+l%E2%80%99homme%29+12456%2F19\" target=\"_blank\" rel=\"noopener\">Twitter<\/a><a href=\"https:\/\/www.linkedin.com\/shareArticle?url=https:\/\/loisdumonde.com\/?p=1749&title=AFFAIRE+ZEGGAI+c.+FRANCE+%28Cour+europ%C3%A9enne+des+droits+de+l%E2%80%99homme%29+12456%2F19\" target=\"_blank\" rel=\"noopener\">LinkedIn<\/a><a href=\"https:\/\/pinterest.com\/pin\/create\/button\/?url=https:\/\/loisdumonde.com\/?p=1749&description=AFFAIRE+ZEGGAI+c.+FRANCE+%28Cour+europ%C3%A9enne+des+droits+de+l%E2%80%99homme%29+12456%2F19\" target=\"_blank\" rel=\"noopener\">Pinterest<\/a><\/div>","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>L\u2019affaire concerne le rejet de la demande de certificat de nationalit\u00e9 fran\u00e7aise d\u00e9pos\u00e9e par une personne n\u00e9e en France avant l\u2019ind\u00e9pendance de l\u2019Alg\u00e9rie de parents qui \u00e9taient alors Fran\u00e7ais, FacebookTwitterLinkedInPinterest<\/p>\n<p class=\"more-link-p\"><a class=\"more-link\" href=\"https:\/\/loisdumonde.com\/?p=1749\">Read more &rarr;<\/a><\/p>\n","protected":false},"author":1,"featured_media":0,"comment_status":"open","ping_status":"open","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"_lmt_disableupdate":"","_lmt_disable":"","footnotes":""},"categories":[1],"tags":[],"class_list":["post-1749","post","type-post","status-publish","format-standard","hentry","category-cour-europeenne-des-droits-de-lhomme"],"modified_by":"loisdumonde","_links":{"self":[{"href":"https:\/\/loisdumonde.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/1749","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/loisdumonde.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/loisdumonde.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/loisdumonde.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/users\/1"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/loisdumonde.com\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcomments&post=1749"}],"version-history":[{"count":1,"href":"https:\/\/loisdumonde.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/1749\/revisions"}],"predecessor-version":[{"id":1750,"href":"https:\/\/loisdumonde.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/1749\/revisions\/1750"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/loisdumonde.com\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fmedia&parent=1749"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/loisdumonde.com\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcategories&post=1749"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/loisdumonde.com\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Ftags&post=1749"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}