{"id":1734,"date":"2022-10-11T17:37:28","date_gmt":"2022-10-11T17:37:28","guid":{"rendered":"https:\/\/loisdumonde.com\/?p=1734"},"modified":"2022-10-11T17:37:28","modified_gmt":"2022-10-11T17:37:28","slug":"affaire-constantin-lucian-spinu-c-roumanie-cour-europeenne-des-droits-de-lhomme-29443-20","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/loisdumonde.com\/?p=1734","title":{"rendered":"AFFAIRE CONSTANTIN-LUCIAN SP\u00ceNU c. ROUMANIE (Cour europ\u00e9enne des droits de l\u2019homme) 29443\/20"},"content":{"rendered":"<p>La requ\u00eate concernele refus des autorit\u00e9s nationales de permettre au requ\u00e9rant, alors qu\u2019il \u00e9tait d\u00e9tenu \u00e0 la prison de Jilava, de se rendre au service religieux \u00e0 l\u2019ext\u00e9rieur de celle-ci<!--more--> en raison des mesures mises en place pendant la pand\u00e9mie de Covid-19. Le requ\u00e9rant invoque l\u2019article 9 de la Convention.<\/p>\n<hr \/>\n<p style=\"text-align: center;\">QUATRI\u00c8ME SECTION<br \/>\n<strong>AFFAIRE CONSTANTIN-LUCIANSP\u00ceNU c. ROUMANIE<\/strong><br \/>\n<em>(Requ\u00eate no 29443\/20)<\/em><br \/>\nARR\u00caT<\/p>\n<p>Art 9 \u2022 Manifester sa religion \u2022 Refus ponctuel, en raison du Covid-19, de permettre \u00e0 un d\u00e9tenu de participer au culte de son \u00c9glise\u00e0 l\u2019ext\u00e9rieur de la prison ayant ensuite propos\u00e9 une assistance religieuse en ligne \u2022 Protection de la sant\u00e9 et l\u2019int\u00e9grit\u00e9 des d\u00e9tenus dans un milieu clos \u2022 Caract\u00e8re impr\u00e9visible et in\u00e9dit de la crise sanitaire \u2022 Large marge d\u2019appr\u00e9ciation \u2022 Efforts raisonnables des autorit\u00e9s nationales pour contrebalancer les restrictions \u2022 Prise en compte par les autorit\u00e9s p\u00e9nitentiaires de la situation individuelle du requ\u00e9rant et de l\u2019\u00e9volution de la crise sanitaire<\/p>\n<p style=\"text-align: center;\">STRASBOURG<br \/>\n11 octobre 2022<\/p>\n<p>Cet arr\u00eat deviendra d\u00e9finitif dans les conditions d\u00e9finies \u00e0 l\u2019article 44 \u00a7 2 de la Convention. Il peut subir des retouches de forme.<\/p>\n<p><strong>En l\u2019affaire Constantin-Lucian Sp\u00eenu c. Roumanie,<\/strong><\/p>\n<p>La Cour europ\u00e9enne des droits de l\u2019homme (quatri\u00e8me section), si\u00e9geant en une Chambrecompos\u00e9e de\u00a0:<\/p>\n<p>Gabriele Kucsko-Stadlmayer, pr\u00e9sidente,<br \/>\nTim Eicke,<br \/>\nFaris Vehabovi\u0107,<br \/>\nIulia AntoanellaMotoc,<br \/>\nYonko Grozev,<br \/>\nArmen Harutyunyan,<br \/>\nAna Maria Guerra Martins, juges,<br \/>\net de Ilse Freiwirth, greffi\u00e8re adjointe de section,<br \/>\nVu\u00a0:<br \/>\nla requ\u00eate (no\u00a029443\/20) dirig\u00e9e contre la Roumanie et dont un ressortissant de cet \u00c9tat, M. Constantin-Lucian Sp\u00eenu (\u00ab\u00a0le requ\u00e9rant\u00a0\u00bb) a saisi la Cour en vertu de l\u2019article\u00a034 de la Convention de sauvegarde des droits de l\u2019homme et des libert\u00e9s fondamentales (\u00ab\u00a0la Convention\u00a0\u00bb) le 20 ao\u00fbt 2020,<\/p>\n<p>la d\u00e9cision de porter \u00e0 la connaissance du gouvernement roumain (\u00ab\u00a0le Gouvernement\u00a0\u00bb) le grief concernant l\u2019exercice du droit \u00e0 la libert\u00e9 de religion en prison,<\/p>\n<p>les observations communiqu\u00e9es par le gouvernement d\u00e9fendeur et celles communiqu\u00e9es en r\u00e9plique par le requ\u00e9rant,<\/p>\n<p>les observations re\u00e7ues des organisations non gouvernementalesCentreeurop\u00e9en pour le droit et la justiceet l\u2019Institute for Legal Culture Ordo Iuris, que le pr\u00e9sident de la section avait autoris\u00e9es \u00e0 se porter tierces intervenantes,<\/p>\n<p>Apr\u00e8s en avoir d\u00e9lib\u00e9r\u00e9 en chambre du conseil le 20 septembre 2022,<\/p>\n<p>Rend l\u2019arr\u00eat que voici, adopt\u00e9 \u00e0 cette date\u00a0:<\/p>\n<p><strong>INTRODUCTION<\/strong><\/p>\n<p>1. La requ\u00eate concernele refus des autorit\u00e9s nationales de permettre au requ\u00e9rant, alors qu\u2019il \u00e9tait d\u00e9tenu \u00e0 la prison de Jilava, de se rendre au service religieux \u00e0 l\u2019ext\u00e9rieur de celle-ci en raison des mesures mises en place pendant la pand\u00e9mie de Covid-19. Le requ\u00e9rant invoque l\u2019article 9 de la Convention.<\/p>\n<p><strong>EN FAIT<\/strong><\/p>\n<p>2. Le requ\u00e9rant est n\u00e9 en 1973 et est d\u00e9tenu \u00e0 Jilava. Il a \u00e9t\u00e9 repr\u00e9sent\u00e9 par Me\u00a0Balint, avocate.<\/p>\n<p>3. Le Gouvernement a \u00e9t\u00e9 repr\u00e9sent\u00e9 par son agente, Mme O. Ezer, du minist\u00e8re des Affaires \u00e9trang\u00e8res.<\/p>\n<p>4. Au moment des faits, le requ\u00e9rant \u00e9tait d\u00e9tenu, depuis le 12 juin 2019, \u00e0 la prison de Jilava. Il indique qu\u2019il est membre de l\u2019\u00c9glise adventiste du septi\u00e8me jour. Il ressort du dossier qu\u2019en 2019 et jusqu\u2019au 29 f\u00e9vrier 2020, il avait \u00e9t\u00e9 autoris\u00e9 \u00e0 quitter l\u2019\u00e9tablissement p\u00e9nitentiaire et \u00e0 se rendre au service religieux de l\u2019\u00c9glise adventiste.<\/p>\n<p>5. Le 8 juillet 2020, l\u2019int\u00e9ress\u00e9 demanda par \u00e9crit aux autorit\u00e9s p\u00e9nitentiaires l\u2019autorisation de se rendre au service religieux. Dans cette demande manuscrite, il expliquait qu\u2019il souhaitait participer tous les samedis au service religieux du sabbat (\u00eenfiecaresabat (s\u00e2mb\u0103ta)) organis\u00e9 dans une \u00e9glise adventiste sise dans le sixi\u00e8me arrondissement de Bucarest.<\/p>\n<p>6. Le directeur de l\u2019\u00e9tablissement refusa la demande et le requ\u00e9rant contesta ce refus devant le juge charg\u00e9 du contr\u00f4le de la privation de libert\u00e9 (judec\u0103torul de supraveghere a priv\u0103rii de libertate) de Jilava. Le 20 juillet 2020, le juge entendit le requ\u00e9rant.<\/p>\n<p>7. Devant le juge charg\u00e9 du contr\u00f4le de la privation de libert\u00e9, l\u2019administration de la prison de Jilava motiva le refus par le contexte sanitaire li\u00e9 \u00e0 la pand\u00e9mie de Covid-19, expliquant que celui-ci avait limit\u00e9 les activit\u00e9s permises \u00e0 l\u2019ext\u00e9rieur de l\u2019\u00e9tablissement p\u00e9nitentiaire. Il ajouta que la collaboration de l\u2019\u00c9glise adventiste avec l\u2019Administration nationale des \u00e9tablissements p\u00e9nitentiaires (\u00ab\u00a0ANP\u00a0\u00bb) avait \u00e9t\u00e9 interrompue en raison de la pand\u00e9mie, et que la reprise des activit\u00e9s n\u2019avait pas encore \u00e9t\u00e9 d\u00e9cid\u00e9e.<\/p>\n<p>8. Par une d\u00e9cision du 23 juillet 2020, le juge charg\u00e9 du contr\u00f4le de la privation de libert\u00e9 rejeta la contestation du requ\u00e9rant. Il prit en compte l\u2019ing\u00e9rence subie par le requ\u00e9rant et nota qu\u2019elle \u00e9tait pr\u00e9vue par la loi no\u00a055\/2020 portant des mesures pour la pr\u00e9vention et la lutte contre les effets de la pand\u00e9mie de Covid-19 (\u00ab\u00a0la loi no 55\/2020\u00a0\u00bb\u00a0; paragraphes\u00a016-17 ci\u2011dessous) et qu\u2019elle poursuivait un but l\u00e9gitime conforme aux dispositions de cette loi. Il ajouta que la restriction du droit du requ\u00e9rant \u00e9tait raisonnable et limit\u00e9e dans le temps et qu\u2019elle ne d\u00e9passait pas un niveau supportable (nu dep\u0103\u015fe\u015fteprinea\u00eens\u0103\u015fi un nivelsuportabil). Enfin, il nota que, dans le contexte de la pand\u00e9mie, l\u2019\u00e9tablissement p\u00e9nitentiaire avait suspendu certaines activit\u00e9s dans les postes de travail (puncte de lucru) \u00e0 l\u2019int\u00e9rieur et toutes les activit\u00e9s dans les postes de travail ext\u00e9rieurs, de sorte que la demande du requ\u00e9rant n\u2019avait pas \u00e9t\u00e9 examin\u00e9e de mani\u00e8re arbitraire.<\/p>\n<p>9. Le requ\u00e9rant contesta la d\u00e9cision du juge charg\u00e9 du contr\u00f4le de la privation de libert\u00e9 devant le tribunal de premi\u00e8re instance de Bucarest (\u00ab\u00a0le tribunal de premi\u00e8re instance\u00a0\u00bb).<\/p>\n<p>10. Par une d\u00e9cision d\u00e9finitive du 11 ao\u00fbt 2020, le tribunal de premi\u00e8re instance rejeta l\u2019action du requ\u00e9rant, par une d\u00e9cision dont les passages pertinents sont ainsi libell\u00e9s\u00a0:<\/p>\n<p>\u00ab\u00a0(&#8230;) [le tribunal] constate qu\u2019en raison de la situation engendr\u00e9e par la pand\u00e9mie en cours, les conditions d\u2019exercice des activit\u00e9s des personnes priv\u00e9es de libert\u00e9 ont \u00e9t\u00e9 modifi\u00e9es [et que ces modifications] visent en premier lieu \u00e0 garantir la s\u00e9curit\u00e9 et la sant\u00e9 des personnes d\u00e9tenues et de celles qui entrent en contact avec elles. En ce sens, le directeur g\u00e9n\u00e9ral de l\u2019ANP a pris deux d\u00e9cisions g\u00e9n\u00e9rales no\u00a028758\/09.03.2020 et no 446\/14.05.2020 interrompant les activit\u00e9s de r\u00e9insertion sociale \u00e0 l\u2019ext\u00e9rieur de l\u2019\u00e9tablissement pendant toute la dur\u00e9e de maintien en vigueur des mesures impos\u00e9es par le groupe de soutien technico-scientifique sur la gestion des maladies hautement contagieuses sur le territoire de la Roumanie et restreignant les cat\u00e9gories d\u2019activit\u00e9s pouvant \u00eatre exerc\u00e9es par les d\u00e9tenus \u00e0 l\u2019ext\u00e9rieur de l\u2019\u00e9tablissement p\u00e9nitentiaire, seules [les activit\u00e9s] absolument n\u00e9cessaires \u00e9tant maintenues, \u00e0 savoir la comparution devant les organes judiciaires, la pr\u00e9sence au contr\u00f4le m\u00e9dical de sp\u00e9cialit\u00e9 ainsi que le transfert entre les unit\u00e9s p\u00e9nitentiaires et les activit\u00e9s de production. En outre, la demande du requ\u00e9rant ne pouvait pas \u00eatre approuv\u00e9e puisque l\u2019activit\u00e9 des \u00e9glises avait \u00e9t\u00e9 suspendue et que l\u2019assistance morale et religieuse dans les \u00e9tablissements du syst\u00e8me p\u00e9nitentiaire avait \u00e9t\u00e9 interrompue, de sorte que le d\u00e9roulement des activit\u00e9s auxquelles le requ\u00e9rant souhaitait avoir acc\u00e8s \u00e9tait mat\u00e9riellement impossible. En cons\u00e9quence, la r\u00e9ponse n\u00e9gative donn\u00e9e \u00e0 la demande de l\u2019int\u00e9ress\u00e9 est justifi\u00e9e et la question d\u2019une violation du droit \u00e0 l\u2019exercice du culte dans des lieux de culte ext\u00e9rieurs \u00e0 la prison ne se pose pas puisque celui-ci est \u00e0 pr\u00e9sent impossible \u00e0 organiser.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p><strong>LE CADRE JURIDIQUE INTERNE PERTINENT<\/strong><\/p>\n<p><strong>I. Les normes relatives \u00c0 la libert\u00c9 de religion<\/strong><\/p>\n<p>11. Les normes pertinentes en mati\u00e8re de droit \u00e0 la libert\u00e9 de religion \u00e9nonc\u00e9es dans la Constitution roumaine et la loi no\u00a0254\/2013 sur l\u2019ex\u00e9cution des peines et des mesures privatives de libert\u00e9 d\u00e9cid\u00e9es par les autorit\u00e9s judiciaires au cours du proc\u00e8s p\u00e9nal (\u00ab\u00a0la loi no\u00a0254\/2013\u00a0\u00bb) sont r\u00e9sum\u00e9es dans l\u2019arr\u00eat Erlich et Kastro c. Roumanie (nos 23735\/16 et 23740\/16, \u00a7\u00a7\u00a09 et\u00a011, 9 juin 2020).<\/p>\n<p>12. De plus, la Constitution roumaine pr\u00e9voit ce qui suit en sa partie pertinente en l\u2019esp\u00e8ce\u00a0:<\/p>\n<p style=\"text-align: center;\">Article 53 \u2013 la restriction de l\u2019exercice des droits ou des libert\u00e9s<\/p>\n<p>\u00ab\u00a01. L\u2019exercice des droits ou des libert\u00e9s ne peut \u00eatre restreint que par la loi et seulement s\u2019il s\u2019impose, le cas \u00e9ch\u00e9ant, pour\u00a0: la d\u00e9fense de la s\u00e9curit\u00e9 nationale, de l\u2019ordre, de la sant\u00e9 ou de la morale publique, des droits et des libert\u00e9s des citoyens\u00a0; le d\u00e9roulement de l\u2019instruction p\u00e9nale\u00a0; la pr\u00e9vention des cons\u00e9quences d\u2019une calamit\u00e9 naturelle, d\u2019un d\u00e9sastre ou d\u2019un sinistre particuli\u00e8rement grave.<\/p>\n<p>2. La restriction ne peut \u00eatre d\u00e9cid\u00e9e que si elle est n\u00e9cessaire dans une soci\u00e9t\u00e9 d\u00e9mocratique. La mesure doit \u00eatre proportionn\u00e9e \u00e0 la situation qui l\u2019a d\u00e9termin\u00e9e et doit \u00eatre appliqu\u00e9e de mani\u00e8re non discriminatoire et sans porter atteinte \u00e0 l\u2019existence du droit ou de la libert\u00e9.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p>13. En outre, le passage pertinent en l\u2019esp\u00e8ce de la loi no 254\/2013 est ainsi libell\u00e9\u00a0:<\/p>\n<p style=\"text-align: center;\">Article 38<\/p>\n<p>\u00ab\u00a03. Les personnes condamn\u00e9es qui purgent leur peine en r\u00e9gime ouvert sont log\u00e9es en commun, elles peuvent se d\u00e9placer non accompagn\u00e9es dans les zones pr\u00e9\u00e9tablies \u00e0 l\u2019int\u00e9rieur de l\u2019\u00e9tablissement p\u00e9nitentiaire, elles peuvent travailler et effectuer des activit\u00e9s \u00e9ducatives, culturelles, th\u00e9rapeutiques, de consultation psychologique et d\u2019assistance sociale, morales et religieuses, d\u2019instruction scolaire et de formation professionnelle, \u00e0 l\u2019ext\u00e9rieur de l\u2019\u00e9tablissement p\u00e9nitentiaire, sans surveillance, dans les conditions fix\u00e9es par le r\u00e8glement d\u2019application de la pr\u00e9sente loi.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p>II. les normes adopt\u00c9es dans le contexte de la pand\u00e9mie de covid-19<\/p>\n<p>14. Le 17 mars 2020, la Repr\u00e9sentation permanente de la Roumanie aupr\u00e8s du Conseil de l\u2019Europe a inform\u00e9 la Secr\u00e9taire g\u00e9n\u00e9rale du Conseil de l\u2019Europe (\u00ab\u00a0la Secr\u00e9taire g\u00e9n\u00e9rale\u00a0\u00bb) que la Roumanie entendait appliquer la d\u00e9rogation pr\u00e9vue \u00e0 l\u2019article 15 de la Convention (voir \u00e9galement Terhe\u015f c.\u00a0Roumanie (d\u00e9c.), no 49933\/20, \u00a7\u00a7 9 et 18, 13 avril 2021). Par la suite, les autorit\u00e9s roumaines ont inform\u00e9 r\u00e9guli\u00e8rement la Secr\u00e9taire g\u00e9n\u00e9rale des diff\u00e9rentes mesures adopt\u00e9es jusqu\u2019\u00e0 la cessation de l\u2019\u00e9tat d\u2019urgence, intervenue le 14\u00a0mai 2020 \u00e0 minuit. Une note adress\u00e9e le 15 mai 2020 par les autorit\u00e9s roumaines pr\u00e9cise que les dispositions normatives qui auraient pu d\u00e9roger aux dispositions de la Convention ont \u00e9galement cess\u00e9 d\u2019\u00eatre en vigueur le 14 mai 2020 \u00e0 minuit.<\/p>\n<p>15. Les dispositions de l\u2019ordonnance d\u2019urgence du gouvernement no\u00a01\/1999 sur le r\u00e9gime de l\u2019\u00e9tat de si\u00e8ge et le r\u00e9gime de l\u2019\u00e9tat d\u2019urgence ainsi que celles des d\u00e9crets et ordonnances militaires pris en Roumanie pendant l\u2019\u00e9tat d\u2019urgence sont d\u00e9crites dans la d\u00e9cision Terhe\u015f (pr\u00e9cit\u00e9e, \u00a7\u00a7 20-29).<\/p>\n<p>16. L\u2019\u00e9tat d\u2019urgence a \u00e9t\u00e9 ensuite remplac\u00e9 par l\u2019\u00e9tat d\u2019alerte. La loi no\u00a055\/2020, entr\u00e9e en vigueur le 18 mai 2020, comporte les dispositions suivantes pertinentes \u00e0 cet \u00e9gard\u00a0:<\/p>\n<p style=\"text-align: center;\">Article 1<\/p>\n<p>\u00ab\u00a0La pr\u00e9sente loi a pour objet l\u2019adoption, pour la dur\u00e9e de l\u2019\u00e9tat d\u2019alerte d\u00e9clar\u00e9 dans les conditions pr\u00e9vues par la loi, en vue de la pr\u00e9vention et de la lutte contre les effets de la pand\u00e9mie de Covid-19, de certaines mesures temporaires et, le cas \u00e9ch\u00e9ant, graduelles, destin\u00e9es \u00e0 prot\u00e9ger les droits \u00e0 la vie, \u00e0 l\u2019int\u00e9grit\u00e9 physique et \u00e0 la protection de la sant\u00e9, y compris par la restriction de l\u2019exercice de certains droits et libert\u00e9s fondamentaux.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p>17. La loi no 55\/2020 contient en outre les dispositions suivantes\u00a0:<\/p>\n<p style=\"text-align: center;\">Article 61<\/p>\n<p>\u00ab\u00a01. S\u2019agissant de l\u2019ex\u00e9cution des peines et des mesures de privation de libert\u00e9 d\u00e9cid\u00e9es par les organes judiciaires pendant le proc\u00e8s p\u00e9nal, les mesures exceptionnelles suivantes peuvent \u00eatre adopt\u00e9es sur d\u00e9cision du directeur g\u00e9n\u00e9ral de l\u2019ANP\u00a0:<\/p>\n<p>(&#8230;)<\/p>\n<p>b) l\u2019organisation des activit\u00e9s du programme quotidien auxquelles participent les personnes priv\u00e9es de libert\u00e9, telles que les activit\u00e9s et les programmes (&#8230;) moraux ou religieux (&#8230;), de sorte que le temps minimum pr\u00e9vu par les dispositions l\u00e9gales soit respect\u00e9 et que [ces activit\u00e9s] se d\u00e9roulent en groupes restreints de personnes portant l\u2019\u00e9quipement de protection individuelle et respectant les r\u00e8gles de distanciation sociale\u00a0;<\/p>\n<p>(&#8230;)<\/p>\n<p>g) le report (am\u00e2narea) de l\u2019exercice du droit \u00e0 la visite intime et de la mise en application des r\u00e9compenses autorisant la sortie de l\u2019\u00e9tablissement p\u00e9nitentiaire, dans les cas o\u00f9 l\u2019octroi de ces r\u00e9compenses affecterait les mesures de pr\u00e9vention et de s\u00e9curit\u00e9 m\u00e9dicale\u00a0;<\/p>\n<p>(&#8230;)<\/p>\n<p>2. Les mesures adopt\u00e9es en vertu du paragraphe 1 doivent \u00eatre proportionn\u00e9es \u00e0 la situation qui les a motiv\u00e9es et aussit\u00f4t communiqu\u00e9es au ministre de la Justice avec les motifs sur lesquels repose leur adoption.<\/p>\n<p>3. Apr\u00e8s que la situation ayant entra\u00een\u00e9 l\u2019adoption des mesures prises en vertu du paragraphe 1 aura cess\u00e9, l\u2019administration de l\u2019\u00e9tablissement de d\u00e9tention proc\u00e9dera \u00e0 l\u2019octroi \u00e9chelonn\u00e9 des droits dont l\u2019exercice a \u00e9t\u00e9 suspendu pendant l\u2019\u00e9tat d\u2019alerte ainsi qu\u2019\u00e0 la mise en application des r\u00e9compenses, y compris les permissions de sortie de l\u2019\u00e9tablissement p\u00e9nitentiaire, dans les conditions pr\u00e9vues par la l\u00e9gislation en vigueur.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p>18. Le 14 mai 2020, le directeur de l\u2019ANP adopta une d\u00e9cision no\u00a0446 portant approbation du plan de mesures pour le syst\u00e8me p\u00e9nitentiaire apr\u00e8s la cessation de l\u2019\u00e9tat d\u2019urgence. Le point 20 de ce plan, annex\u00e9 \u00e0 la d\u00e9cision no\u00a0446, d\u00e9taillait les mesures \u00e0 prendre lorsque les d\u00e9tenus se d\u00e9pla\u00e7aient \u00e0 l\u2019ext\u00e9rieur de la prison pour les raisons suivantes\u00a0: la comparution devant les autorit\u00e9s judiciaires, la pr\u00e9sence au contr\u00f4le m\u00e9dical de sp\u00e9cialit\u00e9, le transfert entre les \u00e9tablissements p\u00e9nitentiaires et la participation aux activit\u00e9s de production. Le point 22 pr\u00e9voyait la reprise des activit\u00e9s de r\u00e9insertion sociale, notamment celles de nature morale et religieuse, \u00e0 l\u2019int\u00e9rieur des prisons et dans le respect des r\u00e8gles sanitaires et de distanciation sociale. Plus pr\u00e9cis\u00e9ment, le point 27 autorisait la reprise des activit\u00e9s religieuses, notamment les services religieux, dans le respect des r\u00e8gles fix\u00e9es par les autorit\u00e9s nationales et l\u2019\u00c9glise orthodoxe. Enfin, selon le point 31, les demandes d\u2019activit\u00e9s de r\u00e9insertion sociale se d\u00e9roulant \u00e0 l\u2019ext\u00e9rieur de l\u2019\u00e9tablissement p\u00e9nitentiaire ne pouvaient \u00eatre examin\u00e9es et approuv\u00e9es que dans des situations d\u00fbment justifi\u00e9es, en fonction de la situation \u00e9pid\u00e9miologique de la commune concern\u00e9e par le d\u00e9placement envisag\u00e9, apr\u00e8s avis m\u00e9dical et dans le respect des normes m\u00e9dicales, dont celles relatives au port des moyens de protection.<\/p>\n<p><strong>III. LA PRATIQUE DE LA COUR CONSTITUTIONNNELLE<\/strong><\/p>\n<p>19. Le 25 juin 2020, la Cour constitutionnelle roumaine rendit une d\u00e9cision no 458\/2020 statuant sur une exception d\u2019inconstitutionnalit\u00e9 dirig\u00e9e contre les dispositions de l\u2019article 25 \u00a7 2 de la loi no 95\/2006 relative \u00e0 la r\u00e9forme du domaine de la sant\u00e9, contre l\u2019article 8 \u00a7 1 de l\u2019ordonnance d\u2019urgence du gouvernement no\u00a011\/2020 sur les stocks d\u2019urgence m\u00e9dicale et contre certaines mesures relatives \u00e0 l\u2019instauration de la quarantaine.<\/p>\n<p>20. Cette d\u00e9cision visait les dispositions l\u00e9gislatives relatives \u00e0 la comp\u00e9tence du ministre de la Sant\u00e9 pour adopter des mesures relatives \u00e0 la gestion des situations d\u2019urgence provoqu\u00e9es par des \u00e9pid\u00e9mies, \u00e0 l\u2019internement obligatoire des personnes atteintes de certaines maladies transmissibles et \u00e0 la quarantaine des personnes entrant sur le territoire national depuis des zones touch\u00e9es par une pand\u00e9mie. La Cour constitutionnelle conclut que l\u2019internement obligatoire et l\u2019instauration de la quarantaine restreignaient les droits fondamentaux et que toute mesure restrictive de cette nature devait \u00eatre r\u00e9glement\u00e9e par la l\u00e9gislation primaire. La d\u00e9cision de la Cour constitutionnelle acquit force obligatoire le 2\u00a0juillet\u00a02020.<\/p>\n<p><strong>\u00c9L\u00c9MENTS DE DROIT INTERNATIONAL<\/strong><\/p>\n<p><strong>I. NATIONS UNIES<\/strong><\/p>\n<p>21. Le Pacte international relatif aux droits civils et politiques (\u00ab\u00a0PIDCP\u00a0\u00bb), auquel la Roumanie est partie depuis son entr\u00e9e en vigueur le 23\u00a0mars 1976, pr\u00e9voit ceci\u00a0:<\/p>\n<p style=\"text-align: center;\">Article 4<\/p>\n<p>\u00ab\u00a01. Dans le cas o\u00f9 un danger public exceptionnel menace l\u2019existence de la nation et est proclam\u00e9 par un acte officiel, les \u00c9tats parties au pr\u00e9sent Pacte peuvent prendre, dans la stricte mesure o\u00f9 la situation l\u2019exige, des mesures d\u00e9rogeant aux obligations pr\u00e9vues dans le pr\u00e9sent Pacte, sous r\u00e9serve que ces mesures ne soient pas incompatibles avec les autres obligations que leur impose le droit international et qu\u2019elles n\u2019entra\u00eenent pas une discrimination fond\u00e9e uniquement sur la race, la couleur, le sexe, la langue, la religion ou l\u2019origine sociale.<\/p>\n<p>2. La disposition pr\u00e9c\u00e9dente n\u2019autorise aucune d\u00e9rogation aux articles 6, 7, 8 (par.\u00a01 et 2), 11, 15, 16 et 18.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p style=\"text-align: center;\">Article 18<\/p>\n<p>\u00ab\u00a01. Toute personne a droit \u00e0 la libert\u00e9 de pens\u00e9e, de conscience et de religion; ce droit implique la libert\u00e9 d\u2019avoir ou d\u2019adopter une religion ou une conviction de son choix, ainsi que la libert\u00e9 de manifester sa religion ou sa conviction, individuellement ou en commun, tant en public qu\u2019en priv\u00e9, par le culte et l\u2019accomplissement des rites, les pratiques et l\u2019enseignement.<\/p>\n<p>2. Nul ne subira de contrainte pouvant porter atteinte \u00e0 sa libert\u00e9 d\u2019avoir ou d\u2019adopter une religion ou une conviction de son choix.<\/p>\n<p>3. La libert\u00e9 de manifester sa religion ou ses convictions ne peut faire l\u2019objet que des seules restrictions pr\u00e9vues par la loi et qui sont n\u00e9cessaires \u00e0 la protection de la s\u00e9curit\u00e9, de l\u2019ordre et de la sant\u00e9 publique, ou de la morale ou des libert\u00e9s et droits fondamentaux d\u2019autrui.<\/p>\n<p>(&#8230;)\u00a0\u00bb<\/p>\n<p>22. Les \u00ab\u00a0Principes de Syracuse concernant les dispositions du PIDCP qui autorisent des restrictions ou des d\u00e9rogations\u00a0\u00bb (\u00ab\u00a0les Principes de Syracuse\u00a0\u00bb) ainsi que les Observations g\u00e9n\u00e9rales no\u00a029 sur l\u2019article\u00a04 du PIDCP adopt\u00e9es par le Comit\u00e9 des droits de l\u2019homme des Nations unies le 24\u00a0juillet 2001 sont d\u00e9taill\u00e9s dans l\u2019arr\u00eat A. et autres c. Royaume-Uni [GC] (no 3455\/05, \u00a7\u00a7 109-110, CEDH 2009). Les \u00ab\u00a0Principes de Syracuse\u00a0\u00bb comportent notamment les pr\u00e9cisions suivantes\u00a0:<\/p>\n<p>\u00ab\u00a025. La sant\u00e9 publique peut \u00eatre invoqu\u00e9e comme un motif pour restreindre certains droits, afin de permettre \u00e0 un \u00c9tat de prendre des mesures en cas de menace grave \u00e0 la sant\u00e9 de la population ou de certains \u00e9l\u00e9ments de la population. Ces mesures doivent avoir sp\u00e9cialement pour but de pr\u00e9venir des maladies ou des accidents et de permettre d\u2019apporter des soins aux malades et aux bless\u00e9s.<\/p>\n<p>26. Il doit \u00eatre tenu d\u00fbment compte du R\u00e8glement sanitaire international de l\u2019Organisation mondiale de la sant\u00e9.<\/p>\n<p>(&#8230;)<\/p>\n<p>58. M\u00eame en cas de danger public exceptionnel mena\u00e7ant l\u2019existence de la nation, aucun \u00c9tat partie ne doit d\u00e9roger aux garanties pr\u00e9vues par le Pacte (&#8230;) du droit \u00e0 la libert\u00e9 de pens\u00e9e, de conscience et de religion. Ces droits ne sont susceptibles d\u2019aucune d\u00e9rogation en quelque circonstance que ce soit, m\u00eame si l\u2019objectif d\u00e9clar\u00e9 est de pr\u00e9server l\u2019existence de la nation.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p><strong>II. CONSEIL DE L\u2019EUROPE<\/strong><\/p>\n<p>23. La Recommandation Rec(2006)2-rev du Comit\u00e9 des Ministres du Conseil de l\u2019Europe aux \u00c9tats membres sur les R\u00e8gles p\u00e9nitentiaires europ\u00e9ennes, adopt\u00e9e le 11\u00a0janvier 2006 et r\u00e9vis\u00e9e et modifi\u00e9e le 1er\u00a0juillet 2020 (\u00ab\u00a0les R\u00e8gles p\u00e9nitentiaires europ\u00e9ennes\u00a0\u00bb), pr\u00e9voit\u00a0ce qui suit\u00a0:<\/p>\n<p><strong>Contacts avec le monde ext\u00e9rieur<\/strong><\/p>\n<p>\u00ab\u00a024.1 Les d\u00e9tenus doivent \u00eatre autoris\u00e9s \u00e0 communiquer aussi fr\u00e9quemment que possible \u2013 par lettre, par t\u00e9l\u00e9phone ou par d\u2019autres moyens de communication \u2013 avec leur famille, des tiers et des repr\u00e9sentants d\u2019organismes ext\u00e9rieurs, ainsi qu\u2019\u00e0 recevoir des visites desdites personnes.<\/p>\n<p>24.2 Toute restriction ou surveillance des communications et des visites n\u00e9cessaires \u00e0 la poursuite et aux enqu\u00eates p\u00e9nales, au maintien du bon ordre, de la s\u00e9curit\u00e9 et de la s\u00fbret\u00e9, ainsi qu\u2019\u00e0 la pr\u00e9vention d\u2019infractions p\u00e9nales et \u00e0 la protection des victimes \u2013 y compris \u00e0 la suite d\u2019une ordonnance sp\u00e9cifique d\u00e9livr\u00e9e par une autorit\u00e9 judiciaire \u2013 doit n\u00e9anmoins autoriser un niveau minimal acceptable de contact.<\/p>\n<p>(&#8230;)<\/p>\n<p>24.7 Lorsque les circonstances le permettent, le d\u00e9tenu doit \u00eatre autoris\u00e9 \u00e0 quitter la prison \u2013 soit sous escorte, soit librement \u2013 pour rendre visite \u00e0 un parent malade, assister \u00e0 des obs\u00e8ques ou pour d\u2019autres raisons humanitaires.<\/p>\n<p>(&#8230;)\u00a0\u00bb<\/p>\n<p><strong>Libert\u00e9 de pens\u00e9e, de conscience et de religion<\/strong><\/p>\n<p>\u00ab\u00a029.1 Le droit \u00e0 la libert\u00e9 de pens\u00e9e, de conscience et de religion des d\u00e9tenus doit \u00eatre respect\u00e9.<\/p>\n<p>29.2 Le r\u00e9gime carc\u00e9ral doit \u00eatre organis\u00e9, autant que possible, de mani\u00e8re \u00e0 permettre aux d\u00e9tenus de pratiquer leur religion et de suivre leur philosophie, de participer \u00e0 des services ou r\u00e9unions men\u00e9s par des repr\u00e9sentants agr\u00e9\u00e9s des dites religions ou philosophies, de recevoir en priv\u00e9 des visites de tels repr\u00e9sentants de leur religion ou leur philosophie et d\u2019avoir en leur possession des livres ou publications \u00e0 caract\u00e8re religieux ou spirituel.<\/p>\n<p>29.3 Les d\u00e9tenus ne peuvent \u00eatre contraints de pratiquer une religion ou de suivre une philosophie, de participer \u00e0 des services ou des r\u00e9unions de nature religieuse, de participer \u00e0 des pratiques religieuses ou bien d\u2019accepter la visite d\u2019un repr\u00e9sentant d\u2019une religion ou d\u2019une philosophie quelconque.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p>24. Le Commentaire de la Recommandation\u00a0Rec(2006)2-rev comporte les pr\u00e9cisions suivantes\u00a0\u02d0<\/p>\n<p><strong>Contacts avec le monde ext\u00e9rieur<\/strong><\/p>\n<p>\u00ab\u00a0La r\u00e8gle 24.5 oblige de mani\u00e8re positive les autorit\u00e9s p\u00e9nitentiaires \u00e0 aider les d\u00e9tenus \u00e0 maintenir des liens avec le monde ext\u00e9rieur. Les autorit\u00e9s p\u00e9nitentiaires doivent en particulier envisager d\u2019autoriser tout d\u00e9tenu \u00e0 quitter la prison pour des raisons humanitaires, comme le pr\u00e9voit la r\u00e8gle 24.7. La Cour europ\u00e9enne des Droits de l\u2019Homme a d\u00e9clar\u00e9 que, lorsqu\u2019il n\u2019existe aucun risque de fuite, un d\u00e9tenu doit \u00eatre autoris\u00e9 \u00e0 quitter la prison pour assister aux obs\u00e8ques d\u2019un proche parent. Les raisons familiales (la naissance d\u2019un enfant par exemple) sont des raisons humanitaires qui justifient la sortie de prison d\u2019un d\u00e9tenu.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p><strong>Libert\u00e9 de pens\u00e9e, de conscience et de religion<\/strong><\/p>\n<p>\u00ab\u00a0Les r\u00e8gles p\u00e9nitentiaires ont consid\u00e9r\u00e9 jusqu\u2019ici la place de la religion en prison comme non probl\u00e9matique et se sont limit\u00e9es \u00e0 formuler des recommandations positives sur les meilleurs moyens d\u2019organiser la vie religieuse en prison. Cependant, l\u2019augmentation dans certains pays du nombre de d\u00e9tenus anim\u00e9s de fortes convictions religieuses n\u00e9cessite l\u2019adoption d\u2019une approche mieux fond\u00e9e en principe, ainsi que d\u2019exigences positives.<\/p>\n<p>La r\u00e8gle 29.1 vise \u00e0 assurer la reconnaissance de la libert\u00e9 de religion et de la libert\u00e9 de pens\u00e9e et de conscience, conform\u00e9ment \u00e0 l\u2019article 9 de la CEDH.<\/p>\n<p>La r\u00e8gle 29.2 ajoute l\u2019obligation positive pour les autorit\u00e9s p\u00e9nitentiaires de faciliter la pratique religieuse et le respect des croyances des d\u00e9tenus. Diverses mesures pourront \u00eatre prises \u00e0 cet \u00e9gard. La r\u00e8gle 22 pr\u00e9voit d\u00e9j\u00e0 que les exigences li\u00e9es \u00e0 des convictions religieuses soient prises en compte dans le r\u00e9gime alimentaire des d\u00e9tenus. Dans la mesure du possible, des lieux de culte et de r\u00e9union doivent \u00eatre fournis dans chaque prison aux d\u00e9tenus de diverses religions et confessions. Lorsqu\u2019une prison contient un nombre suffisant de d\u00e9tenus appartenant \u00e0 une m\u00eame religion, un repr\u00e9sentant de cette religion doit \u00eatre agr\u00e9\u00e9. Lorsque le nombre de d\u00e9tenus le justifie et si les conditions le permettent, la personne d\u00e9sign\u00e9e devra remplir cette fonction \u00e0 plein temps. Le repr\u00e9sentant qualifi\u00e9 doit \u00eatre autoris\u00e9 \u00e0 tenir des services r\u00e9guliers, \u00e0 organiser des activit\u00e9s et \u00e0 avoir des entretiens en priv\u00e9 avec les d\u00e9tenus appartenant \u00e0 sa religion. Aucun d\u00e9tenu ne doit se voir refuser l\u2019acc\u00e8s au repr\u00e9sentant agr\u00e9\u00e9 d\u2019une religion. En cas contraire, il pourrait y avoir violation de l\u2019article 9 de la CEDH. Le principe selon lequel il convient de prot\u00e9ger la libert\u00e9 de religion des d\u00e9tenus est \u00e9galement \u00e9nonc\u00e9 au paragraphe 2 des Lignes directrices \u00e0 l\u2019intention des services p\u00e9nitentiaires et de probation concernant la radicalisation et l\u2019extr\u00e9misme violent, adopt\u00e9es par le Comit\u00e9 des Ministres le 2 mars 2016. Il est pr\u00e9cis\u00e9 au paragraphe 23 de ces Lignes directrices que, lorsque cela est possible, les d\u00e9tenus doivent \u00eatre autoris\u00e9s \u00e0 prendre leurs repas \u00e0 des heures correspondant \u00e0 leurs exigences religieuses. Les paragraphes 24 et\u00a025 donnent des indications suppl\u00e9mentaires concernant les repr\u00e9sentants religieux ainsi que la mise \u00e0 disposition d\u2019un espace et de ressources ad\u00e9quats pour qu\u2019ils puissent rencontrer les d\u00e9tenus en priv\u00e9 et organiser des services collectifs.<\/p>\n<p>La r\u00e8gle 29.3 vise \u00e0 prot\u00e9ger les d\u00e9tenus de toute pression indue en mati\u00e8re religieuse. Le pros\u00e9lytisme devrait \u00eatre \u00e9vit\u00e9. Ces questions sont abord\u00e9es dans la section g\u00e9n\u00e9rale afin de souligner que la pratique religieuse ne doit pas \u00eatre con\u00e7ue principalement comme un aspect du programme de d\u00e9tention mais comme une question d\u2019int\u00e9r\u00eat g\u00e9n\u00e9ral concernant tous les d\u00e9tenus.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p>25. Le 20 mars 2020, le Comit\u00e9 europ\u00e9en pour la pr\u00e9vention de la torture et des peines ou traitements inhumains ou d\u00e9gradants (CPT) a fait une D\u00e9claration de principes relative au traitement des personnes priv\u00e9es de libert\u00e9 dans le contexte de la pand\u00e9mie de coronavirus (Covid-19). Cette d\u00e9claration comporte notamment les passages suivants\u00a0:<\/p>\n<p>\u00ab\u00a01) Le principe de base doit \u00eatre de prendre toutes les mesures possibles pour prot\u00e9ger la sant\u00e9 et la s\u00e9curit\u00e9 de toutes les personnes priv\u00e9es de libert\u00e9. Prendre de telles mesures contribue \u00e9galement \u00e0 pr\u00e9server la sant\u00e9 et la s\u00e9curit\u00e9 du personnel.<\/p>\n<p>2) Les lignes directrices de l\u2019OMS sur la lutte contre la pand\u00e9mie ainsi que les directives sanitaires et cliniques nationales conformes aux normes internationales doivent \u00eatre respect\u00e9es et pleinement appliqu\u00e9es dans tous les lieux de privation de libert\u00e9.<\/p>\n<p>(&#8230;)<\/p>\n<p>7) S\u2019il est l\u00e9gitime et raisonnable de suspendre des activit\u00e9s non essentielles, les droits fondamentaux des personnes d\u00e9tenues pendant la pand\u00e9mie doivent \u00eatre pleinement respect\u00e9s. Cela comprend notamment le droit de maintenir une hygi\u00e8ne personnelle ad\u00e9quate (y compris l\u2019acc\u00e8s \u00e0 l\u2019eau chaude et au savon) et le droit d\u2019acc\u00e8s quotidien \u00e0 l\u2019air libre (d\u2019au moins une heure). En outre, toute restriction des contacts avec le monde ext\u00e9rieur, y compris les visites, doit \u00eatre compens\u00e9e par un acc\u00e8s accru \u00e0 d\u2019autres moyens de communication (tels que le t\u00e9l\u00e9phone ou la communication par protocole de voix sur Internet).<\/p>\n<p>26. Le 9 juillet 2020, le CPT a fait une nouvelle D\u00e9claration relative \u00e0 la situation des personnes priv\u00e9es de libert\u00e9 dans le contexte de la pand\u00e9mie actuelle de Covid-19. Cette nouvelle d\u00e9claration comporte notamment le passage suivant\u00a0:<\/p>\n<p>\u00ab\u00a0(&#8230;) Par ailleurs, de nombreuses r\u00e9ponses font r\u00e9f\u00e9rence aux mesures prises pour faciliter les contacts des personnes d\u00e9tenues avec le monde ext\u00e9rieur afin de contrebalancer les restrictions impos\u00e9es pour des motifs de sant\u00e9 publique. Ces mesures comprennent l\u2019acc\u00e8s \u00e0 des appels vid\u00e9o par internet ou l\u2019acc\u00e8s plus fr\u00e9quent et plus long \u00e0 un t\u00e9l\u00e9phone tant que les visites demeurent interdites (&#8230;)<\/p>\n<p>Fait important, les restrictions provisoires impos\u00e9es pour contenir la propagation du virus doivent \u00eatre lev\u00e9es d\u00e8s qu\u2019elles ne sont plus n\u00e9cessaires. Il s\u2019agit notamment des limites impos\u00e9es aux personnes priv\u00e9es de libert\u00e9 en mati\u00e8re de contacts avec le monde ext\u00e9rieur et de la r\u00e9duction du nombre d\u2019activit\u00e9s qui leur sont propos\u00e9es.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p><strong>EN DROIT<\/strong><\/p>\n<p><strong>I. SUR LA VIOLATION ALL\u00c9GU\u00c9E DE L\u2019ARTICLE 9 DE LA CONVENTION<\/strong><\/p>\n<p>27. Le requ\u00e9rant all\u00e8gue une atteinte \u00e0 son droit \u00e0 la libert\u00e9 de religion. Il invoque l\u2019article 9 de la Convention, ainsi libell\u00e9\u00a0:<\/p>\n<p>\u00ab\u00a01. Toute personne a droit \u00e0 la libert\u00e9 de pens\u00e9e, de conscience et de religion\u00a0; ce droit implique la libert\u00e9 de changer de religion ou de conviction, ainsi que la libert\u00e9 de manifester sa religion ou sa conviction individuellement ou collectivement, en public ou en priv\u00e9, par le culte, l\u2019enseignement, les pratiques et l\u2019accomplissement des rites.<\/p>\n<p>2. La libert\u00e9 de manifester sa religion ou ses convictions ne peut faire l\u2019objet d\u2019autres restrictions que celles qui, pr\u00e9vues par la loi, constituent des mesures n\u00e9cessaires, dans une soci\u00e9t\u00e9 d\u00e9mocratique, \u00e0 la s\u00e9curit\u00e9 publique, \u00e0 la protection de l\u2019ordre, de la sant\u00e9 ou de la morale publiques, ou \u00e0 la protection des droits et libert\u00e9s d\u2019autrui.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p><strong>A. Sur la recevabilit\u00e9<\/strong><\/p>\n<p>28. Constatant que la requ\u00eate n\u2019est pas manifestement mal fond\u00e9e ni irrecevable pour un autre motif vis\u00e9 \u00e0 l\u2019article\u00a035 de la Convention, la Cour la d\u00e9clare recevable.<\/p>\n<p><strong>B. Sur le fond<\/strong><\/p>\n<p><em>1. Arguments des parties<\/em><\/p>\n<p>a) Le requ\u00e9rant<\/p>\n<p>29. Le requ\u00e9rant se plaint d\u2019avoir subi une ing\u00e9rence dans son droit au respect de sa religion. Il estime que cette ing\u00e9rence n\u2019\u00e9tait pas conforme \u00e0 la Convention, notamment parce qu\u2019elle n\u2019\u00e9tait pas \u00ab\u00a0pr\u00e9vue par la loi\u00a0\u00bb. Il indique que le refus de l\u2019autoriser \u00e0 se rendre aux services religieux, qui lui a \u00e9t\u00e9 oppos\u00e9 par l\u2019administration p\u00e9nitentiaire, \u00e9tait fond\u00e9 sur les d\u00e9cisions du directeur de l\u2019ANP, qui ne pouvaient pas, selon lui, \u00eatre consid\u00e9r\u00e9es comme \u00ab\u00a0une loi\u00a0\u00bb au sens de la Convention. \u00c0 cet \u00e9gard, il se fonde sur l\u2019arr\u00eat no\u00a0458 rendu le 25 juin 2020 par la Cour constitutionnelle roumaine (paragraphes\u00a019\u201120 ci-dessus), dont il d\u00e9duit que l\u2019ing\u00e9rence qu\u2019il dit avoir subie manquait de base l\u00e9gale parce qu\u2019elle ne d\u00e9coulait pas de la l\u00e9gislation primaire.<\/p>\n<p>30. De l\u2019avis du requ\u00e9rant, l\u2019article 38 de la loi no 254\/2013 (paragraphe\u00a013 ci-dessus) consacre un droit absolu de se d\u00e9placer \u00e0 l\u2019int\u00e9rieur et \u00e0 l\u2019ext\u00e9rieur de l\u2019\u00e9tablissement p\u00e9nitentiaire et seules les modalit\u00e9s d\u2019exercice de ce droit peuvent \u00eatre arr\u00eat\u00e9es par le r\u00e8glement d\u2019application de la loi.<\/p>\n<p>31. Enfin, le requ\u00e9rant expose que cette ing\u00e9rence n\u2019\u00e9tait pas n\u00e9cessaire, proportionnelle et acceptable dans une soci\u00e9t\u00e9 d\u00e9mocratique. Il indique que l\u2019\u00c9glise adventiste qu\u2019il fr\u00e9quentait continuait \u00e0 assurer le service religieux avec un nombre restreint de participants qui pr\u00e9sentaient un test PCR n\u00e9gatif et que l\u2019acc\u00e8s au service lui \u00e9tait d\u2019autant plus important qu\u2019il lui permettait de trouver un \u00e9quilibre et de traverser plus facilement la p\u00e9riode de d\u00e9tention. Il estime que la pratique d\u2019une activit\u00e9 religieuse contribue \u00e0 l\u2019amendement des personnes priv\u00e9es de libert\u00e9.<\/p>\n<p>b) Le Gouvernement<\/p>\n<p>32. Le Gouvernement expose que la loi no 254\/2013 reconnait aux personnes priv\u00e9es de libert\u00e9 le droit au respect de leur religion. Il pr\u00e9cise que la demande faite par le requ\u00e9rant \u00e9tait fond\u00e9e sur l\u2019article 38 de la loi, mais que cette disposition ne pr\u00e9voit que la possibilit\u00e9 \u2013 et non le droit \u2013 de participer \u00e0 des activit\u00e9s religieuses \u00e0 l\u2019ext\u00e9rieur des prisons.<\/p>\n<p>33. Le Gouvernement indique que l\u2019administration de l\u2019\u00e9tablissement de Jilava a permis au requ\u00e9rant, en 2019 et jusqu\u2019au 29 f\u00e9vrier 2020, de participer aux services religieux de l\u2019\u00c9glise adventiste du septi\u00e8me jour, bien que celui-ci se f\u00fbt d\u00e9clar\u00e9 chr\u00e9tien orthodoxe au moment de son incarc\u00e9ration, qu\u2019il e\u00fbt ensuite formul\u00e9 des demandes particuli\u00e8res en rapport avec d\u2019autres religions et qu\u2019il n\u2019e\u00fbt pas apport\u00e9 la preuve de sa conversion ou de son appartenance \u00e0 l\u2019\u00c9glise adventiste.<\/p>\n<p>34. Le Gouvernement soutient que le refus d\u2019autoriser le requ\u00e9rant \u00e0 se rendre aux services religieux, qui lui a \u00e9t\u00e9 oppos\u00e9 en juillet 2020, n\u2019a pas affect\u00e9 la substance de son droit et constitue une mesure d\u00e9pourvue de caract\u00e8re arbitraire ou discriminatoire prise dans le contexte g\u00e9n\u00e9ral de la pand\u00e9mie. \u00c0 cet \u00e9gard, il se r\u00e9f\u00e8re notamment \u00e0 la d\u00e9cision no 446 adopt\u00e9e par le directeur g\u00e9n\u00e9ral de l\u2019ANP le 14 mai 2020 (paragraphe 18 ci-dessus). Selon lui, cette restriction poursuivait un but l\u00e9gitime, consistant notamment \u00e0 prot\u00e9ger la sant\u00e9 et l\u2019int\u00e9grit\u00e9 des d\u00e9tenus et de toute personne susceptible d\u2019entrer en contact avec eux et, plus g\u00e9n\u00e9ralement, la sant\u00e9 publique. Le refus des autorit\u00e9s p\u00e9nitentiaires aurait d\u00e8s lors \u00e9t\u00e9 justifi\u00e9 et n\u00e9cessaire et aurait cadr\u00e9 avec les autres mesures prises dans le but de pr\u00e9venir et de combattre la propagation du virus.<\/p>\n<p>35. Le Gouvernement rappelle que la Roumanie a pris la d\u00e9cision d\u2019invoquer le droit de d\u00e9rogation pr\u00e9vu par l\u2019article 15 de la Convention et que, sur la base de cette d\u00e9rogation, les autorit\u00e9s internes ont pris des mesures sp\u00e9cifiques apr\u00e8s la d\u00e9claration de l\u2019\u00e9tat d\u2019urgence.<\/p>\n<p>36. Par ailleurs, le Gouvernement avance que l\u2019\u00e9tat d\u2019alerte avait \u00e9t\u00e9 instaur\u00e9 apr\u00e8s la cessation de l\u2019\u00e9tat d\u2019urgence, et que certaines mesures restrictives avaient \u00e9t\u00e9 maintenues, les autorit\u00e9s ayant envisag\u00e9 un all\u00e8gement progressif desdites mesures en fonction de l\u2019\u00e9volution de la situation. Il expose que la d\u00e9cision no 446 prise le 14 mai 2020 par le directeur de l\u2019ANP avait ainsi limit\u00e9 les cat\u00e9gories d\u2019activit\u00e9s auxquelles les d\u00e9tenus pouvaient se livrer \u00e0 l\u2019ext\u00e9rieur des prisons (paragraphe 18 ci-dessus). Il ajoute que les activit\u00e9s des \u00e9tablissements religieux avaient aussi \u00e9t\u00e9 affect\u00e9es puisque l\u2019acc\u00e8s aux lieux de culte avait \u00e9t\u00e9 r\u00e9glement\u00e9 et que des mesures sanitaires sp\u00e9cifiques avaient \u00e9t\u00e9 adopt\u00e9es. Il pr\u00e9cise que, selon les informations fournies par l\u2019\u00c9glise adventiste, les services religieux avaient \u00e9t\u00e9 suspendus pendant certaines p\u00e9riodes (du 13 mars au 20 juin 2020, du 20 novembre au 5 d\u00e9cembre 2020 et du 17 au 24 avril 2021) et la reprise des activit\u00e9s avait \u00e9t\u00e9 progressive. Il affirme que l\u2019\u00e9glise adventiste que le requ\u00e9rant voulait fr\u00e9quenter avait ainsi suspendu ses activit\u00e9s pendant certaines p\u00e9riodes en 2020 et 2021, que le nombre de personnes admises dans ce lieu de culte avait \u00e9t\u00e9 limit\u00e9 \u00e0 60 et que la participation au service pouvait \u00eatre subordonn\u00e9e \u00e0 une inscription pr\u00e9alable.<\/p>\n<p>37. Le Gouvernement expose que l\u2019ANP et l\u2019\u00c9glise adventiste avaient convenu que l\u2019assistance religieuse serait apport\u00e9e sous d\u2019autres formes et que la prison de Jilava avait \u00e9t\u00e9 le premier \u00e9tablissement p\u00e9nitentiaire \u00e0 proposer une assistance religieuse en ligne. Il ressort des \u00e9l\u00e9ments fournis par le Gouvernement que l\u2019\u00c9glise adventiste a commenc\u00e9 \u00e0 fournir une assistance religieuse en ligne \u00e0 la prison de Jilava \u00e0 compter du 17 octobre 2020. Le Gouvernement pr\u00e9cise \u00e9galement que des activit\u00e9s religieuses en ligne y avaient \u00e9t\u00e9 organis\u00e9es chaque samedi, entre 8 heures et 16 heures, sous la forme de visioconf\u00e9rences. Il affirme que le requ\u00e9rant avait refus\u00e9 de participer \u00e0 ces activit\u00e9s en ligne et n\u2019avait formul\u00e9 aucune autre demande relative \u00e0 l\u2019exercice de son droit au respect de la religion.<\/p>\n<p>38. Le Gouvernement soutient qu\u2019il \u00e9tait impossible en pratique d\u2019acc\u00e9der \u00e0 la demande d\u2019autorisation de se rendre au service religieux chaque samedi formul\u00e9e par le requ\u00e9rant, en raison de l\u2019\u00e9volution de la situation sanitaire et du caract\u00e8re vague de cette demande, qui n\u2019avait pas de limite temporelle.<\/p>\n<p>39. Le Gouvernement conclut qu\u2019il n\u2019y a pas eu d\u2019atteinte \u00e0 la libert\u00e9 religieuse du requ\u00e9rant.<\/p>\n<p><em>2. Position des tiers intervenants<\/em><\/p>\n<p>a) Le Centre europ\u00e9en pour le droit et la justice<\/p>\n<p>40. Ce tiers intervenant reconna\u00eet qu\u2019en r\u00e8gle g\u00e9n\u00e9rale, l\u2019article 9 de la Convention ne garantit pas aux d\u00e9tenus le droit de manifester leur religion en dehors des \u00e9tablissements p\u00e9nitentiaires. Il note ensuite que la pr\u00e9sente affaire se distingue d\u2019autres affaires d\u00e9j\u00e0 jug\u00e9es par la Cour en ce que le refus d\u2019autoriser le requ\u00e9rant \u00e0 participer au service religieux \u00e0 l\u2019ext\u00e9rieur de la prison \u00e9tait fond\u00e9 non pas sur des raisons disciplinaires, mais sur des raisons sanitaires.<\/p>\n<p>41. Le tiers intervenant estime que les mesures sanitaires prises par les autorit\u00e9s visaient un objectif l\u00e9gitime, \u00e0 savoir la protection de la sant\u00e9 publique. Toutefois, il consid\u00e8re que le but de protection de la sant\u00e9 publique n\u2019est pas un droit ou une libert\u00e9 concurrente \u00e0 la libert\u00e9 de religion, mais seulement une limite l\u00e9gitime \u00e0 l\u2019exercice de cette libert\u00e9. Selon lui, il convient de distinguer, dans le contexte carc\u00e9ral, la situation de la pr\u00e9sence effective ou au moins potentielle de d\u00e9tenus malades de celle de la pr\u00e9sence diffuse de la maladie dans la soci\u00e9t\u00e9.<\/p>\n<p>42. De l\u2019avis du tiers intervenant, les restrictions apport\u00e9es \u00e0 la libert\u00e9 de manifester sa religion doivent \u00eatre proportionn\u00e9es, et non g\u00e9n\u00e9rales et absolues. Il estime que lorsque des mesures sanitaires illimit\u00e9es sont cumul\u00e9es, leur justification devient difficile. Il ajoute que les sp\u00e9cificit\u00e9s de chaque culte doivent \u00eatre prises en compte, pr\u00e9cisant que la c\u00e9l\u00e9bration du culte dans certaines \u00e9glises requiert la pr\u00e9sence collective des fid\u00e8les, et que les solutions de remplacement offertes pour pratiquer telle ou telle religion doivent \u00eatre examin\u00e9es dans ce contexte. \u00c0 cet \u00e9gard, il observe que l\u2019\u00c9glise adventiste ne c\u00e9l\u00e8bre pas de sacrements, et que cette circonstance rend envisageable le culte \u00e0 distance ou en ligne. De mani\u00e8re plus g\u00e9n\u00e9rale, il estime que les activit\u00e9s collectives profanes ne doivent pas \u00eatre trait\u00e9es de mani\u00e8re plus favorable que les activit\u00e9s religieuses.<\/p>\n<p>43. Enfin, le tiers intervenant estime que la question de la mise en \u0153uvre de la neutralit\u00e9 et de l\u2019impartialit\u00e9 de l\u2019\u00c9tat doit \u00eatre soulev\u00e9e. Il consid\u00e8re que l\u2019\u00e9pid\u00e9mie ne pose pas uniquement l\u2019enjeu biologique de freiner les contaminations, mais aussi des enjeux sociaux et spirituels, et que la politique des \u00c9tats n\u2019est pas neutre et impartiale sur le plan religieux.<\/p>\n<p>b) Institute for Legal CultureOrdoIuris<\/p>\n<p>44. Ce tiers intervenant rappelle que toute limitation du droit au respect de la religion doit se conformer aux restrictions pr\u00e9vues par le paragraphe\u00a02 de l\u2019article 9 de la Convention ou \u00e0 celles d\u00e9coulant de l\u2019article 15 de la Convention. Il consid\u00e8re que si une mesure est adopt\u00e9e par voie r\u00e9glementaire alors que le droit interne exige l\u2019adoption d\u2019une loi, la mesure en question n\u2019a pas de base l\u00e9gale et est, d\u00e8s lors, contraire \u00e0 la Convention. De m\u00eame, s\u2019il admet que la protection de la sant\u00e9 publique peut passer pour un but l\u00e9gitime justifiant la restriction de la libert\u00e9 religieuse, il affirme que le droit international ne fait pas primer la protection de la sant\u00e9 sur d\u2019autres valeurs prot\u00e9g\u00e9es par la loi.<\/p>\n<p>45. Le tiers intervenant estime en outre que l\u2019examen de la proportionnalit\u00e9 d\u2019une mesure restrictive est primordial. \u00c0 cet \u00e9gard, il soutient que seules les mesures efficaces d\u2019un point de vue scientifique peuvent \u00eatre consid\u00e9r\u00e9es comme n\u00e9cessaires. Il \u00e9met des doutes quant \u00e0 l\u2019efficacit\u00e9 des mesures de confinement qui, selon certains avis scientifiques et m\u00e9dicaux, n\u2019ont pas conduit \u00e0 une r\u00e9duction importante du nombre des d\u00e9c\u00e8s li\u00e9s au Covid-19.<\/p>\n<p><em>3. Commentaires du Gouvernement en r\u00e9ponse aux observations soumises par les tiers intervenants<\/em><\/p>\n<p>46. Le Gouvernement se rallie \u00e0 la position du Centreeurop\u00e9en pour le droit et la justice dans la mesure o\u00f9 celui-ci sous-entend que la restriction au droit du requ\u00e9rant de manifester sa religion \u00e9tait conforme \u00e0 la Convention.<\/p>\n<p>47. Le Gouvernement conteste la position adopt\u00e9e par l\u2019Institute for Legal Culture Ordo Juris, notamment l\u2019argument selon lequel le confinement n\u2019a pas limit\u00e9 de mani\u00e8re efficace la propagation des infections par le virus. Il expose que l\u2019objet de la pr\u00e9sente requ\u00eate ne vise pas les mesures prises par les autorit\u00e9s pour combattre la pand\u00e9mie de mani\u00e8re g\u00e9n\u00e9rale, mais seulement la restriction au droit du requ\u00e9rant.<\/p>\n<p>4. Appr\u00e9ciation de la Cour<\/p>\n<p>a) Observations pr\u00e9liminaires<\/p>\n<p>48. La Cour note que dans ses observations, le Gouvernement renvoie \u00e0 la d\u00e9cision prise par les autorit\u00e9s roumaines d\u2019invoquer les dispositions de l\u2019article 15 de la Convention dans le contexte de la crise sanitaire et aux mesures sp\u00e9cifiques li\u00e9es \u00e0 la d\u00e9claration de l\u2019\u00e9tat d\u2019urgence (paragraphe\u00a035 ci-dessus). Elle note \u00e9galement que la d\u00e9rogation dont les autorit\u00e9s roumaines ont inform\u00e9 la Secr\u00e9taire g\u00e9n\u00e9rale a \u00e9t\u00e9 appliqu\u00e9e du 17\u00a0mars au 14\u00a0mai 2020 \u00e0 minuit (paragraphe 14 ci-dessus). Or, les mesures ici en cause ont \u00e9t\u00e9 prises \u00e0 compter du 8 juillet 2020, date \u00e0 laquelle l\u2019int\u00e9ress\u00e9 a demand\u00e9 aux autorit\u00e9s p\u00e9nitentiaires l\u2019autorisation de se rendre \u00e0 l\u2019\u00e9glise adventiste pour c\u00e9l\u00e9brer le service religieux du sabbat (paragraphe 5 ci\u2011dessus). \u00c0 cette date, la d\u00e9rogation prise en vertu de l\u2019article 15 de la Convention n\u2019\u00e9tait plus applicable.<\/p>\n<p>49. Il s\u2019ensuit que la Cour prendra en consid\u00e9ration pour son examen les seules dispositions de l\u2019article 9 de la Convention.<\/p>\n<p>b) Principes g\u00e9n\u00e9raux<\/p>\n<p>50. La Cour rappelle que, telle que la prot\u00e8ge l\u2019article\u00a09 de la Convention, la libert\u00e9 de pens\u00e9e, de conscience et de religion repr\u00e9sente l\u2019une des assises d\u2019une \u00ab\u00a0soci\u00e9t\u00e9 d\u00e9mocratique\u00a0\u00bb au sens de cet instrument. Cette libert\u00e9 figure, dans sa dimension religieuse, parmi les \u00e9l\u00e9ments les plus essentiels de l\u2019identit\u00e9 des croyants et de leur conception de la vie, mais elle est aussi un bien pr\u00e9cieux pour les ath\u00e9es, les agnostiques, les sceptiques ou les indiff\u00e9rents (Centre des soci\u00e9t\u00e9s pour la conscience de Krishna en Russie et\u00a0Frolov c. Russie, no 37477\/11, \u00a7 37, 23 novembre 2021). Il y va du pluralisme \u2013 ch\u00e8rement conquis au cours des si\u00e8cles \u2013 qui ne saurait \u00eatre dissoci\u00e9 de pareille soci\u00e9t\u00e9. Cette libert\u00e9 implique, notamment, celle d\u2019adh\u00e9rer ou non \u00e0 une religion et celle de la pratiquer ou de ne pas la pratiquer (S.A.S. c.\u00a0France [GC], no\u00a043835\/11, \u00a7\u00a0124, CEDH 2014 (extraits), et Erlich et Kastro c.\u00a0Roumanie, nos\u00a023735\/16 et 23740\/16, \u00a7 28, 9 juin 2020).<\/p>\n<p>51. Si la libert\u00e9 de religion rel\u00e8ve d\u2019abord du for int\u00e9rieur, elle implique \u00e9galement celle de manifester sa religion individuellement et en priv\u00e9, ou de mani\u00e8re collective, en public et dans le cercle de ceux dont on partage la foi. L\u2019article\u00a09 de la Convention \u00e9num\u00e8re les diverses formes que peut prendre la manifestation d\u2019une religion ou d\u2019une conviction, \u00e0 savoir le culte, l\u2019enseignement, les pratiques et l\u2019accomplissement des rites (Cha\u2019are Shalom Ve Tsedekc.\u00a0France [GC], no\u00a027417\/95, \u00a7\u00a073, CEDH 2000\u2011VII\u00a0; Leyla \u015eahin c.\u00a0Turquie [GC], no\u00a044774\/98, \u00a7\u00a0105, CEDH 2005\u2011XI\u00a0; et Erlich et Kastro, pr\u00e9cit\u00e9, \u00a7 29).<\/p>\n<p>52. Dans une soci\u00e9t\u00e9 d\u00e9mocratique, o\u00f9 plusieurs religions coexistent au sein d\u2019une m\u00eame population, il peut se r\u00e9v\u00e9ler n\u00e9cessaire d\u2019assortir la libert\u00e9 de manifester sa religion ou ses convictions de limitations propres \u00e0 concilier les int\u00e9r\u00eats des divers groupes et \u00e0 assurer le respect des convictions de chacun (Kokkinakis c.\u00a0Gr\u00e8ce, 25\u00a0mai 1993, \u00a7\u00a033 in fine, s\u00e9rie\u00a0A no\u00a0260\u2011A). Cela d\u00e9coule \u00e0 la fois du paragraphe\u00a02 de l\u2019article\u00a09 et des obligations positives qui incombent \u00e0 l\u2019\u00c9tat au titre de l\u2019article\u00a01 de la Convention de reconna\u00eetre \u00e0 toute personne relevant de sa juridiction les droits et libert\u00e9s d\u00e9finis dans celle-ci (Leyla \u015eahin, pr\u00e9cit\u00e9, \u00a7\u00a0106, et Erlich et Kastro, pr\u00e9cit\u00e9, \u00a7\u00a030).<\/p>\n<p>53. Il faut \u00e9galement rappeler le r\u00f4le fondamentalement subsidiaire du m\u00e9canisme de la Convention. Les autorit\u00e9s nationales jouissent d\u2019une l\u00e9gitimit\u00e9 d\u00e9mocratique directe et, ainsi que la Cour l\u2019a affirm\u00e9 \u00e0 maintes reprises, se trouvent en principe mieux plac\u00e9es que le juge international pour se prononcer sur les besoins et contextes locaux. Lorsque sont en jeu des questions de politique g\u00e9n\u00e9rale, sur lesquelles de profondes divergences peuvent raisonnablement exister dans un \u00c9tat d\u00e9mocratique, il y a lieu d\u2019accorder une importance particuli\u00e8re au r\u00f4le du d\u00e9cideur national. S\u2019agissant de l\u2019article\u00a09 de la Convention, il convient, en principe, de reconna\u00eetre \u00e0 l\u2019\u00c9tat une ample marge d\u2019appr\u00e9ciation pour d\u00e9cider si et dans quelle mesure une restriction au droit de manifester sa religion ou ses convictions est \u00ab\u00a0n\u00e9cessaire\u00a0\u00bb (S.A.S. c.\u00a0France, pr\u00e9cit\u00e9, \u00a7\u00a0129). Cela \u00e9tant, pour d\u00e9terminer l\u2019ampleur de la marge d\u2019appr\u00e9ciation dans une affaire donn\u00e9e, la Cour doit \u00e9galement tenir compte de l\u2019enjeu propre \u00e0 l\u2019esp\u00e8ce (voir, notamment, Manoussakis et autres c.\u00a0Gr\u00e8ce, 26\u00a0septembre 1996, \u00a7\u00a044, Recueildes arr\u00eats et d\u00e9cisions 1996\u2011IV\u00a0; Leyla \u015eahin, pr\u00e9cit\u00e9, \u00a7\u00a0110\u00a0; et Erlich et Kastro, pr\u00e9cit\u00e9, \u00a7 31).<\/p>\n<p>54. Si la fronti\u00e8re entre les obligations positives et les obligations n\u00e9gatives de l\u2019\u00c9tat au regard de la Convention ne se pr\u00eate pas \u00e0 une d\u00e9finition pr\u00e9cise, les principes applicables n\u2019en sont pas moins comparables. En particulier, dans les deux cas, il faut prendre en compte le juste \u00e9quilibre \u00e0 m\u00e9nager entre l\u2019int\u00e9r\u00eat g\u00e9n\u00e9ral et les int\u00e9r\u00eats de l\u2019individu, l\u2019\u00c9tat jouissant en toute hypoth\u00e8se d\u2019une marge d\u2019appr\u00e9ciation (Eweida et\u00a0autres c.\u00a0Royaume\u2011Uni, nos\u00a048420\/10 et 3\u00a0autres, \u00a7\u00a084 in fine, CEDH\u00a02013 (extraits), et Erlich et Kastro, pr\u00e9cit\u00e9, \u00a7 32).<\/p>\n<p>55. Enfin, la Cour a r\u00e9cemment pr\u00e9cis\u00e9, dans le contexte de l\u2019exemption du service militaire, que lorsqu\u2019une personne sollicite une exemption sp\u00e9ciale sur le fondement de ses croyances ou convictions religieuses, il n\u2019est pas abusif ou fondamentalement contraire \u00e0 la libert\u00e9 de conscience de lui demander une preuve du s\u00e9rieux de ses convictions et, faute d\u2019une telle justification, de parvenir \u00e0 une conclusion n\u00e9gative (Dyagilev c. Russie, no\u00a049972\/16, \u00a7\u00a062, 10 mars 2020, avec les r\u00e9f\u00e9rences y sont cit\u00e9es).<\/p>\n<p>c) Application en l\u2019esp\u00e8ce des principes g\u00e9n\u00e9raux susmentionn\u00e9s<\/p>\n<p>56. La Cour note d\u2019embl\u00e9e que dans ses observations, le Gouvernement indique que le requ\u00e9rant s\u2019est d\u00e9clar\u00e9 chr\u00e9tien orthodoxe au moment de son incarc\u00e9ration, qu\u2019il a ensuite formul\u00e9 des demandes particuli\u00e8res en rapport avec d\u2019autres religions et qu\u2019il n\u2019a pas apport\u00e9 la preuve de sa conversion ou de son appartenance \u00e0 l\u2019\u00c9glise adventiste (paragraphe 33 ci\u2011dessus). Toutefois, elle rel\u00e8ve que les autorit\u00e9s nationales n\u2019ont jamais remis en cause l\u2019appartenance religieuse du requ\u00e9rant (paragraphes 8 et 10 ci-dessus). Elle ne discerne en outre aucun \u00e9l\u00e9ment susceptible de jeter un doute sur l\u2019authenticit\u00e9 des convictions religieuses de l\u2019int\u00e9ress\u00e9 (Vartic c. Roumanie (no 2), no\u00a014150\/08, \u00a7 46, 17 d\u00e9cembre 2013).<\/p>\n<p>57. Le requ\u00e9rant se plaint d\u2019avoir subi une ing\u00e9rence dans son droit au respect de sa religion (paragraphe 29 ci-dessus). Il expose que cette ing\u00e9rence r\u00e9sulte du refus oppos\u00e9 par l\u2019administration p\u00e9nitentiaire de l\u2019\u00e9tablissement de Jilava \u00e0 sa demande d\u2019autorisation de se rendre dans une \u00e9glise adventiste sise dans le sixi\u00e8me arrondissement de Bucarest pour c\u00e9l\u00e9brer le service religieux du sabbat (paragraphe 5 ci-dessus). La Cour note que, avant le d\u00e9but de la crise sanitaire, les autorit\u00e9s p\u00e9nitentiaires avaient permis au requ\u00e9rant de se rendre \u00e0 l\u2019\u00e9glise, en application de la r\u00e8glementation en vigueur (paragraphe 4 ci-dessus). Elle admet donc que les faits d\u00e9nonc\u00e9s par l\u2019int\u00e9ress\u00e9 sont constitutifs d\u2019une ing\u00e9rence dans son droit tel que prot\u00e9g\u00e9 par l\u2019article 9 de la Convention. Elle note que le Gouvernement ne le conteste pas et que ses arguments selon lesquels le refus oppos\u00e9 au requ\u00e9rant n\u2019a pas affect\u00e9 la substance du droit de celui-ci rel\u00e8vent plut\u00f4t de la justification de cette ing\u00e9rence (paragraphe 34 ci-dessus).<\/p>\n<p>58. La Cour doit donc examiner si cette ing\u00e9rence satisfaisait aux conditions \u00e9nonc\u00e9es dans le paragraphe 2 de l\u2019article 9 de la Convention, notamment si elle \u00e9tait \u00ab\u00a0pr\u00e9vue par la loi\u00a0\u00bb, si elle poursuivait un \u00ab\u00a0but l\u00e9gitime\u00a0\u00bb et si elle \u00e9tait \u00ab\u00a0n\u00e9cessaire dans une soci\u00e9t\u00e9 d\u00e9mocratique\u00a0\u00bb.<\/p>\n<p>i. L\u2019ing\u00e9rence \u00e9tait-elle pr\u00e9vue par la loi\u00a0?<\/p>\n<p>59. En premier lieu, la Cour observe que le requ\u00e9rant all\u00e8gue que l\u2019ing\u00e9rence qu\u2019il a subie n\u2019\u00e9tait pas pr\u00e9vue par la loi (paragraphe\u00a029 ci\u2011dessus). \u00c0 cet \u00e9gard, elle rappelle que les principes pertinents en la mati\u00e8re sont r\u00e9sum\u00e9s dans l\u2019arr\u00eat Kudrevi\u010dius et autres c. Lituanie ([GC], no\u00a037553\/05, \u00a7\u00a7 108-110, CEDH 2015). La Cour ne partage pas l\u2019avis du requ\u00e9rant selon lequel il a un droit absolu de se d\u00e9placer \u00e0 l\u2019int\u00e9rieur et \u00e0 l\u2019ext\u00e9rieur de l\u2019\u00e9tablissement p\u00e9nitentiaire (paragraphe 30 ci-dessus). Elle note que l\u2019article 38 de la loi no\u00a0254\/2013 accorde aux personnes priv\u00e9es de libert\u00e9 qui purgent leur peine en r\u00e9gime ouvert une possibilit\u00e9 subordonn\u00e9e \u00e0 certaines conditions d\u2019effectuer des activit\u00e9s, y inclus des activit\u00e9s religieuses, \u00e0 l\u2019ext\u00e9rieur de l\u2019\u00e9tablissement p\u00e9nitentiaire (paragraphe\u00a013 ci\u2011dessus). Elle observe par ailleurs que les juges internes ont indiqu\u00e9 que l\u2019exercice des droits des personnes priv\u00e9es de libert\u00e9 pouvait \u00eatre restreint pendant la pand\u00e9mie de Covid-19 (paragraphes 8 et 10 ci-dessus).<\/p>\n<p>60. La Cour note aussi que les juges internes ont estim\u00e9 que la restriction du droit du requ\u00e9rant de mener des activit\u00e9s \u00e0 l\u2019ext\u00e9rieur de la prison d\u00e9coulait de la loi no 55\/2020 (paragraphes 8 et 16-17 ci-dessus). L\u2019argument du requ\u00e9rant selon lequel la restriction apport\u00e9e \u00e0 son droit ne d\u00e9coulait pas du droit primaire doit donc \u00eatre \u00e9cart\u00e9 (paragraphe 29 ci-dessus). Par ailleurs, la Cour constate que l\u2019argument du requ\u00e9rant tir\u00e9 de la jurisprudence de la Cour constitutionnelle se rapporte \u00e0 une d\u00e9cision qui vise une autre situation de fait, et que l\u2019int\u00e9ress\u00e9 ne l\u2019a pas soulev\u00e9 devant les tribunaux internes (voir, mutatis mutandis, Neagu c. Roumanie, no 21969\/15, \u00a7 36, 10\u00a0novembre 2020). La d\u00e9cision de la Cour constitutionnelle \u00e9tant ant\u00e9rieure aux faits de l\u2019esp\u00e8ce, il \u00e9tait loisible au requ\u00e9rant de soulever devant les juges internes ses arguments tir\u00e9s de l\u2019absence de base l\u00e9gale de l\u2019ing\u00e9rence litigieuse.<\/p>\n<p>61. Qui plus est, la Cour ne discerne pas en l\u2019esp\u00e8ce d\u2019\u00e9l\u00e9ment qui puisse faire douter de l\u2019accessibilit\u00e9 ou de la pr\u00e9visibilit\u00e9 de la loi en cause, et elle constate par ailleurs que l\u2019int\u00e9ress\u00e9 ne met pas en cause la qualit\u00e9 de cette loi. \u00e0 cet \u00e9gard, elle observe que l\u2019article 61 de la loi no 55\/2020 comporte des dispositions autorisant l\u2019instauration de restrictions aux sorties des \u00e9tablissements p\u00e9nitentiaires en raison de la pand\u00e9mie de Covid-19 (paragraphe 17 ci-dessus). Le fait que la loi d\u00e9l\u00e8gue au directeur g\u00e9n\u00e9ral de l\u2019ANP la possibilit\u00e9 de mettre en place de telles mesures (paragraphes\u00a017-18 ci-dessus) ne change rien \u00e0 ce constat (voir, mutatis mutandis, Barthold c.\u00a0Allemagne, 25 mars 1985, \u00a7\u00a7 45-46, s\u00e9rie A no 90).<\/p>\n<p>62. La Cour estime donc que l\u2019ing\u00e9rence subie par le requ\u00e9rant \u00e9tait pr\u00e9vue par la loi.<\/p>\n<p>ii. L\u2019ing\u00e9rence poursuivait-elle un but l\u00e9gitime\u00a0?<\/p>\n<p>63. Ensuite, la Cour note que le Gouvernement expose que la mesure litigieuse tendait \u00e0 prot\u00e9ger la sant\u00e9 et l\u2019int\u00e9grit\u00e9 des d\u00e9tenus et de toute personne susceptible d\u2019entrer en contact avec eux et, plus g\u00e9n\u00e9ralement, la sant\u00e9 publique (paragraphe 34 ci\u2011dessus). En effet, la Cour rappelle que la protection de la sant\u00e9 publique figure au paragraphe 2 de l\u2019article 9 de la Convention comme l\u2019un des buts pouvant justifier une restriction de la libert\u00e9 de manifester sa religion. Dans une affaire similaire, la Cour a d\u00e9j\u00e0 impos\u00e9 aux autorit\u00e9s p\u00e9nitentiaires l\u2019obligation d\u2019adopter des mesures visant \u00e0 pr\u00e9venir les infections dans le contexte de la pand\u00e9mie de Covid-19, de limiter la propagation du virus une fois que celui-ci est entr\u00e9 dans une prison et de fournir un traitement m\u00e9dical ad\u00e9quat en cas de contamination (Fenech c.\u00a0Malte, no 19090\/20, \u00a7\u00a7\u00a0129-130, 1er mars 2022). Elle souligne que le droit international reconna\u00eet \u00e9galement que la sant\u00e9 publique peut \u00eatre invoqu\u00e9e comme motif pour restreindre certains droits (paragraphes 21-22 ci\u2011dessus).<\/p>\n<p>64. En cons\u00e9quence, la Cour admet que la mesure litigieuse poursuivait les buts l\u00e9gitimes invoqu\u00e9s par le Gouvernement.<\/p>\n<p>iii. L\u2019ing\u00e9rence \u00e9tait-elle n\u00e9cessaire dans une soci\u00e9t\u00e9 d\u00e9mocratique\u00a0?<\/p>\n<p>65. Enfin, la Cour note que le requ\u00e9rant avait demand\u00e9 aux autorit\u00e9s p\u00e9nitentiaires l\u2019autorisation de sortir de la prison pour se rendre dans une \u00e9glise adventiste afin d\u2019y c\u00e9l\u00e9brer le sabbat (paragraphe 5 ci-dessus). Elle reconna\u00eet que la participation au service religieux est une composante importante de l\u2019exercice du droit \u00e0 la libert\u00e9 de religion. Elle rappelle que, selon sa jurisprudence, la libert\u00e9 de religion implique \u00e9galement celle de manifester sa religion individuellement et en priv\u00e9, ou de mani\u00e8re collective, en public et dans le cercle de ceux dont on partage la foi (voir la jurisprudence cit\u00e9e au paragraphe 51 ci-dessus). Les observations des parties intervenantes vont dans le m\u00eame sens (paragraphe 42 ci-dessus).<\/p>\n<p>66. La Cour note ensuite que les autorit\u00e9s ont rejet\u00e9 la demande de l\u2019int\u00e9ress\u00e9 (paragraphe 6 ci-dessus). La restriction du droit du requ\u00e9rant au respect de sa religion ne visait cependant qu\u2019une seule composante de l\u2019exercice de son droit \u00e0 la libert\u00e9 de religion. En effet, elle \u00e9tait limit\u00e9e \u00e0 la participation du requ\u00e9rant au culte religieux de son \u00c9glise \u00e0 l\u2019ext\u00e9rieur de la prison. Le requ\u00e9rant n\u2019a pas all\u00e9gu\u00e9 avoir \u00e9t\u00e9 emp\u00each\u00e9 de pratiquer sa religion d\u2019une autre mani\u00e8re pendant sa d\u00e9tention ou avoir formul\u00e9 d\u2019autres demandes qui auraient \u00e9t\u00e9 refus\u00e9es.<\/p>\n<p>67. La Cour ne saurait ignorer le fait que le requ\u00e9rant avait \u00e9t\u00e9 autoris\u00e9 \u00e0 sortir de la prison avant le d\u00e9but de la crise sanitaire (paragraphe 4 ci-dessus) et que rien dans le dossier n\u2019indique que l\u2019usage de cette facult\u00e9 aurait \u00e9t\u00e9 probl\u00e9matique pour les autorit\u00e9s p\u00e9nitentiaires \u00e0 ce moment-l\u00e0. Toutefois, elle estime que la restriction du droit du requ\u00e9rant de se rendre au service religieux doit \u00eatre appr\u00e9ci\u00e9e \u00e0 la lumi\u00e8re du contexte en constante \u00e9volution de la crise sanitaire (Fenech, pr\u00e9cit\u00e9, \u00a7\u00a0130 in fine). \u00c0 cet \u00e9gard, elle note que le requ\u00e9rant avait formul\u00e9 sa demande le 8\u00a0juillet 2020, alors que l\u2019\u00e9tat d\u2019alerte \u00e9tait en vigueur et que la l\u00e9gislation qui le r\u00e9gissait pr\u00e9voyait un all\u00e9gement progressif des conditions impos\u00e9es auparavant (paragraphes\u00a016 et\u00a017 ci\u2011dessus). La Cour observe que le tribunal de premi\u00e8re instance s\u2019est limit\u00e9 \u00e0 constater, dans sa d\u00e9cision du 11 ao\u00fbt 2020, que l\u2019activit\u00e9 des \u00e9glises a \u00e9t\u00e9 suspendue (paragraphe 10 ci-dessus) et que ces constats ont un caract\u00e8re plut\u00f4t g\u00e9n\u00e9ral dans la mesure o\u00f9 il ne semble pas que le tribunal ait examin\u00e9 la situation de l\u2019\u00e9glise adventiste en question. Dans ce contexte, elle rel\u00e8ve que l\u2019\u00e9glise fr\u00e9quent\u00e9e par le requ\u00e9rant n\u2019avait toutefois pas repris ses activit\u00e9s dans des conditions identiques \u00e0 celles qui \u00e9taient en vigueur avant la crise sanitaire. Le requ\u00e9rant indique d\u2019ailleurs que son \u00e9glise continuait \u00e0 assurer le service religieux pour un nombre restreint de participants justifiant d\u2019un test PCR n\u00e9gatif (paragraphe\u00a031 ci-dessus). Qui plus est, selon les informations fournies par le Gouvernement, et non contest\u00e9es par le requ\u00e9rant, le service religieux a \u00e9t\u00e9 suspendu pendant certaines p\u00e9riodes fin 2020 et d\u00e9but 2021 (paragraphe 36 ci\u2011dessus).<\/p>\n<p>68. La Cour en d\u00e9duit que, pendant la p\u00e9riode ici en cause, l\u2019activit\u00e9 de l\u2019\u00e9glise \u00e9tait affect\u00e9e par la crise sanitaire puisque l\u2019acc\u00e8s au service religieux a \u00e9t\u00e9 soumis \u00e0 des conditions, voire suspendu, pour tous les coreligionnaires du requ\u00e9rant et les repr\u00e9sentants du culte. Elle estime \u00e9galement que l\u2019\u00e9volution de la situation sanitaire et son impr\u00e9visibilit\u00e9 (voir, mutatis\u00a0mutandis, Fenech, pr\u00e9cit\u00e9, \u00a7 130 in fine) ont d\u00fb poser un certain nombre de probl\u00e8mes aux autorit\u00e9s p\u00e9nitentiaires pour organiser ou surveiller les activit\u00e9s de nature religieuse des d\u00e9tenus. D\u00e8s lors, elle est d\u2019avis qu\u2019une large marge d\u2019appr\u00e9ciation doit leur \u00eatre reconnue (paragraphe 53 ci-dessus), d\u2019autant plus que, en l\u2019esp\u00e8ce, le requ\u00e9rant cherchait \u00e0 obtenir une autorisation de sortir de la prison et d\u2019entrer en contact avec des personnes ext\u00e9rieures \u00e0 celle-ci. En effet, l\u2019importance que rev\u00eat le principe de la solidarit\u00e9 sociale (voir, mutatis mutandis, Vav\u0159i\u010dka et autres c. R\u00e9publique tch\u00e8que [GC], nos 47621\/13 et 5\u00a0autres, \u00a7 279, 8 avril 2021) doit \u00eatre consid\u00e9r\u00e9e dans le contexte sp\u00e9cifique du milieu p\u00e9nitentiaire. Ainsi, le risque de contamination \u00e0 l\u2019ext\u00e9rieur de la prison et d\u2019introduction du virus dans le cadre ferm\u00e9 de cet \u00e9tablissement a certainement d\u00fb avoir un poids important dans la d\u00e9cision des autorit\u00e9s p\u00e9nitentiaires, \u00e0 un moment o\u00f9 les mesures de pr\u00e9vention \u00e9taient ax\u00e9es sur la pr\u00e9vention des contacts et sur l\u2019isolement ou la quarantaine, entre autres (voir, mutatis mutandis, Terhe\u015f, (d\u00e9cision pr\u00e9cit\u00e9e), \u00a7\u00a7 20-29 et 39\u201140\u00a0; voir aussi Fenech, pr\u00e9cit\u00e9, \u00a7 136 sur la disponibilit\u00e9 des vaccins en milieu p\u00e9nitentiaire). La Cour admet qu\u2019il \u00e9tait difficilement envisageable, pour les autorit\u00e9s, de r\u00e9agir instantan\u00e9ment \u00e0 cette situation, et \u00e0 plus forte raison imm\u00e9diatement apr\u00e8s chaque modification de la situation sanitaire.<\/p>\n<p>69. La Cour tient compte des arguments du Gouvernement tir\u00e9s de l\u2019application de solutions de remplacement et de la mise en place, dans l\u2019\u00e9tablissement p\u00e9nitentiaire de Jilava, de visioconf\u00e9rences permettant la pratique du culte adventiste (paragraphe 37 ci-dessus). Elle note que, selon ces affirmations du Gouvernement \u2013 non contredites par le requ\u00e9rant, la prison de Jilava, o\u00f9 celui-ci \u00e9tait d\u00e9tenu, avait \u00e9t\u00e9 le premier \u00e9tablissement p\u00e9nitentiaire \u00e0 proposer une assistance religieuse en ligne. Cette solution mise en place par les autorit\u00e9s p\u00e9nitentiaires cadre avec les pratiques qui se sont d\u00e9velopp\u00e9es de mani\u00e8re g\u00e9n\u00e9rale pendant la crise sanitaire, et la recommandation du CPT de compenser toute restriction des contacts avec le monde ext\u00e9rieur par un acc\u00e8s accru \u00e0 d\u2019autres moyens de communication va dans le m\u00eame sens (paragraphe 25 ci -dessus). La Cour estime qu\u2019il s\u2019agit l\u00e0 d\u2019un \u00e9l\u00e9ment important \u00e0 prendre en consid\u00e9ration dans son analyse. Elle observe aussi que l\u2019une des parties intervenantes a abord\u00e9 cette question dans ses observations et qu\u2019elle a exprim\u00e9 l\u2019avis qu\u2019une telle pratique pouvait \u00eatre envisag\u00e9e (paragraphe 42 ci-dessus). Le requ\u00e9rant n\u2019a pas contest\u00e9 les affirmations du Gouvernement selon lesquelles il avait refus\u00e9 de participer \u00e0 ces activit\u00e9s en ligne et n\u2019a pas expliqu\u00e9 devant la Cour les raisons de son refus. Or, m\u00eame si de telles mesures ne peuvent pas pleinement remplacer la participation directe au service religieux, la Cour estime que les autorit\u00e9s nationales ont d\u00e9ploy\u00e9 des efforts raisonnables pour contrebalancer les restrictions d\u00e9cid\u00e9es pendant la pand\u00e9mie.<\/p>\n<p>70. La Cour note \u00e9galement que le grief du requ\u00e9rant porte sur une situation ponctuelle. Devant la Cour, l\u2019int\u00e9ress\u00e9 n\u2019a pas all\u00e9gu\u00e9 avoir formul\u00e9 d\u2019autres demandes relatives \u00e0 l\u2019exercice de son droit au respect de sa libert\u00e9 de religion et s\u2019\u00eatre heurt\u00e9 \u00e0 un refus. La situation qu\u2019il d\u00e9nonce ne rel\u00e8ve donc pas d\u2019une situation continue qui l\u2019aurait exon\u00e9r\u00e9 de l\u2019obligation d\u2019exercer les voies de droit mis \u00e0 sa disposition par le droit interne (voir, mutatis mutandis, Saran\u00a0c.\u00a0Roumanie, no 65993\/16, \u00a7\u00a7 23-24, 10\u00a0novembre 2020, pour les recours \u00e0 exercer ou \u00e0 renouveler s\u2019agissant de demandes de repas sp\u00e9cifiques aux pr\u00e9ceptes religieux) ou, du moins, de renouveler ses demandes en fonction de l\u2019\u00e9volution de la pand\u00e9mie. Compte tenu du caract\u00e8re impr\u00e9visible et in\u00e9dit de la crise sanitaire, la Cour estime qu\u2019il convient de m\u00e9nager aux autorit\u00e9s p\u00e9nitentiaires une large marge de man\u0153uvre, et qu\u2019il leur aurait \u00e9t\u00e9 difficile de mettre en place de leur propre chef un protocole de r\u00e9action imm\u00e9diate. Elle note d\u2019ailleurs que le requ\u00e9rant n\u2019a pas donn\u00e9 de d\u00e9tails concrets sur sa situation apr\u00e8s juillet 2020 et notamment sur la mani\u00e8re dont il a pu exercer sa libert\u00e9 de religion apr\u00e8s cette date.<\/p>\n<p>71. Au vu des \u00e9l\u00e9ments qui pr\u00e9c\u00e8dent, la Cour estime que la d\u00e9cision des autorit\u00e9s p\u00e9nitentiaires de refuser au requ\u00e9rant l\u2019autorisation d\u2019assister au service religieux de son \u00e9glise \u00e0 l\u2019ext\u00e9rieur de la prison n\u2019a pas \u00e9t\u00e9 prise sans que celles-ci n\u2019aient tenu compte de la situation individuelle de l\u2019int\u00e9ress\u00e9 (voir, a contrario, Abdullah Yal\u00e7\u0131n c. Turquie (no 2), no\u00a034417\/10, \u00a7\u00a7 32-34, 14 juin 2022) et de l\u2019\u00e9volution de la crise sanitaire. Eu \u00e9gard \u00e0 la marge d\u2019appr\u00e9ciation des autorit\u00e9s nationales dans le contexte sp\u00e9cifique et in\u00e9dit de cette crise, la Cour conclut que le droit du requ\u00e9rant de manifester sa religion n\u2019a pas \u00e9t\u00e9 m\u00e9connu.<\/p>\n<p>72. Partant, il n\u2019y a pas eu violation de l\u2019article 9 de la Convention.<\/p>\n<p><strong>PAR CES MOTIFS, LA COUR, \u00c0 L\u2019UNANIMIT\u00c9,<\/strong><\/p>\n<p>1. D\u00e9clarela requ\u00eate recevable\u00a0;<\/p>\n<p>2. Ditqu\u2019il n\u2019y a pas eu violation de l\u2019article 9 de la Convention.<\/p>\n<p>Fait en fran\u00e7ais, puis communiqu\u00e9 par \u00e9crit le 11 octobre 2022, en application de l\u2019article\u00a077\u00a0\u00a7\u00a7\u00a02 et\u00a03 du r\u00e8glement.<\/p>\n<p>Ilse Freiwirth \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 Gabriele Kucsko-Stadlmayer<br \/>\nGreffi\u00e8re adjointe \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 Pr\u00e9sidente<\/p>\n<div class=\"social-share-buttons\"><a href=\"https:\/\/www.facebook.com\/sharer\/sharer.php?u=https:\/\/loisdumonde.com\/?p=1734\" target=\"_blank\" rel=\"noopener\">Facebook<\/a><a href=\"https:\/\/twitter.com\/intent\/tweet?url=https:\/\/loisdumonde.com\/?p=1734&text=AFFAIRE+CONSTANTIN-LUCIAN+SP%C3%8ENU+c.+ROUMANIE+%28Cour+europ%C3%A9enne+des+droits+de+l%E2%80%99homme%29+29443%2F20\" target=\"_blank\" rel=\"noopener\">Twitter<\/a><a href=\"https:\/\/www.linkedin.com\/shareArticle?url=https:\/\/loisdumonde.com\/?p=1734&title=AFFAIRE+CONSTANTIN-LUCIAN+SP%C3%8ENU+c.+ROUMANIE+%28Cour+europ%C3%A9enne+des+droits+de+l%E2%80%99homme%29+29443%2F20\" target=\"_blank\" rel=\"noopener\">LinkedIn<\/a><a href=\"https:\/\/pinterest.com\/pin\/create\/button\/?url=https:\/\/loisdumonde.com\/?p=1734&description=AFFAIRE+CONSTANTIN-LUCIAN+SP%C3%8ENU+c.+ROUMANIE+%28Cour+europ%C3%A9enne+des+droits+de+l%E2%80%99homme%29+29443%2F20\" target=\"_blank\" rel=\"noopener\">Pinterest<\/a><\/div>","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>La requ\u00eate concernele refus des autorit\u00e9s nationales de permettre au requ\u00e9rant, alors qu\u2019il \u00e9tait d\u00e9tenu \u00e0 la prison de Jilava, de se rendre au service religieux \u00e0 l\u2019ext\u00e9rieur de celle-ci FacebookTwitterLinkedInPinterest<\/p>\n<p class=\"more-link-p\"><a class=\"more-link\" href=\"https:\/\/loisdumonde.com\/?p=1734\">Read more &rarr;<\/a><\/p>\n","protected":false},"author":1,"featured_media":0,"comment_status":"open","ping_status":"open","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"_lmt_disableupdate":"","_lmt_disable":"","footnotes":""},"categories":[1],"tags":[],"class_list":["post-1734","post","type-post","status-publish","format-standard","hentry","category-cour-europeenne-des-droits-de-lhomme"],"modified_by":"loisdumonde","_links":{"self":[{"href":"https:\/\/loisdumonde.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/1734","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/loisdumonde.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/loisdumonde.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/loisdumonde.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/users\/1"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/loisdumonde.com\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcomments&post=1734"}],"version-history":[{"count":1,"href":"https:\/\/loisdumonde.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/1734\/revisions"}],"predecessor-version":[{"id":1735,"href":"https:\/\/loisdumonde.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/1734\/revisions\/1735"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/loisdumonde.com\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fmedia&parent=1734"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/loisdumonde.com\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcategories&post=1734"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/loisdumonde.com\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Ftags&post=1734"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}