{"id":168,"date":"2020-12-03T17:16:48","date_gmt":"2020-12-03T17:16:48","guid":{"rendered":"https:\/\/loisdumonde.com\/?p=168"},"modified":"2020-12-04T14:31:44","modified_gmt":"2020-12-04T14:31:44","slug":"affaire-kaya-c-turquie-cour-europeenne-des-droits-de-lhomme-requete-no-28106-10","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/loisdumonde.com\/?p=168","title":{"rendered":"AFFAIRE KAYA c. TURQUIE (Cour europ\u00e9enne des droits de l\u2019homme) Requ\u00eate no 28106\/10"},"content":{"rendered":"<p><strong>INTRODUCTION<\/strong>. La requ\u00eate concerne la d\u00e9molition d\u2019une maison de fortune (gecekondu) \u00e9rig\u00e9e ill\u00e9galement sur un terrain public et l\u2019absence d\u2019indemnisation pour le pr\u00e9judice que la requ\u00e9rante estime avoir subi.<!--more--> L\u2019int\u00e9ress\u00e9e se plaint d\u2019une violation de l\u2019article 1 du Protocole no 1 \u00e0 la Convention.<\/p>\n<p style=\"text-align: center;\">DEUXI\u00c8ME SECTION<br \/>\nAFFAIRE KAYA c. TURQUIE<br \/>\n(Requ\u00eate no 28106\/10)<br \/>\nARR\u00caT<br \/>\nSTRASBOURG<br \/>\n10 novembre 2020<\/p>\n<p>Cet arr\u00eat est d\u00e9finitif. Il peut subir des retouches de forme.<\/p>\n<p><strong>En l\u2019affaire Kaya c. Turquie,<\/strong><\/p>\n<p>La Cour europ\u00e9enne des droits de l\u2019homme (deuxi\u00e8me section), si\u00e9geant en un comit\u00e9 compos\u00e9 de\u00a0:<\/p>\n<p>Ale\u0161 Pejchal, pr\u00e9sident,<br \/>\nEgidijus K\u016bris,<br \/>\nCarlo Ranzoni, juges,<br \/>\net de Hasan Bak\u0131rc\u0131, greffier adjoint de section,<\/p>\n<p>Vu la requ\u00eate (no\u00a028106\/10) dirig\u00e9e contre la R\u00e9publique de Turquie et dont une ressortissante de cet \u00c9tat, Mme Fatma Kaya (\u00ab\u00a0la requ\u00e9rante\u00a0\u00bb) a saisi la Cour en vertu de l\u2019article\u00a034 de la Convention de sauvegarde des droits de l\u2019homme et des libert\u00e9s fondamentales (\u00ab\u00a0la Convention\u00a0\u00bb) le 22\u00a0avril 2010,<\/p>\n<p>Vu la d\u00e9cision de porter la requ\u00eate \u00e0 la connaissance du gouvernement turc le 16 avril 2018,<\/p>\n<p>Vu les observations des parties,<\/p>\n<p>Apr\u00e8s en avoir d\u00e9lib\u00e9r\u00e9 en chambre du conseil le 13 octobre 2020,<\/p>\n<p>Rend l\u2019arr\u00eat que voici, adopt\u00e9 \u00e0 cette date\u00a0:<\/p>\n<p><strong>INTRODUCTION<\/strong><\/p>\n<p>1. La requ\u00eate concerne la d\u00e9molition d\u2019une maison de fortune (gecekondu) \u00e9rig\u00e9e ill\u00e9galement sur un terrain public et l\u2019absence d\u2019indemnisation pour le pr\u00e9judice que la requ\u00e9rante estime avoir subi. L\u2019int\u00e9ress\u00e9e se plaint d\u2019une violation de l\u2019article 1 du Protocole no 1 \u00e0 la Convention.<\/p>\n<p><strong>EN FAIT<\/strong><\/p>\n<p>2. La requ\u00e9rante est n\u00e9e en 1938 et r\u00e9side \u00e0 Istanbul. Elle a \u00e9t\u00e9 repr\u00e9sent\u00e9e par Me\u00a0R. Halis, avocat.<\/p>\n<p>3. Le Gouvernement a \u00e9t\u00e9 repr\u00e9sent\u00e9 par son agent.<\/p>\n<p>4. Le 5 juin 1978, le mari de la requ\u00e9rante acheta \u00e0 un particulier une maison de fortune de 130 m2. Cette maison avait \u00e9t\u00e9 b\u00e2tie en 1959 sans permis de construire sur un terrain appartenant \u00e0 l\u2019\u00c9tat dans un quartier compos\u00e9 de constructions dont beaucoup \u00e9taient des habitations de fortune \u00e9rig\u00e9es sans permis. Elle se trouvait dans une zone relevant de la mairie de quartier de Zeytinburnu, \u00e0 Istanbul.<\/p>\n<p>5. L\u2019adresse de l\u2019habitation \u00e9tait la suivante\u00a0: no 56, 57e rue, quartier de Ye\u015filtepe, Istanbul. La requ\u00e9rante a produit devant la Cour des quittances de paiement de taxes d\u2019habitation, de taxes fonci\u00e8res et de taxes sur l\u2019environnement.<\/p>\n<p>6. Le 17 juin 1983, le mari de la requ\u00e9rante d\u00e9posa \u00e0 la pr\u00e9fecture et \u00e0 la mairie d\u2019Istanbul une demande d\u2019amnistie \u00e0 l\u2019\u00e9gard d\u2019une construction non conforme \u00e0 la l\u00e9gislation relative \u00e0 l\u2019urbanisme, dans laquelle il indiquait que le premier paiement de la taxe fonci\u00e8re relative \u00e0 l\u2019habitation concern\u00e9e datait de 1960.<\/p>\n<p>7. Le 5 avril 1984, le mari de la requ\u00e9rante d\u00e9c\u00e9da.<\/p>\n<p>I. La d\u00e9cision d\u2019expropriation et le recours en annulation de cette d\u00e9cision<\/p>\n<p>8. La maison de la requ\u00e9rante se trouvant selon le plan local d\u2019urbanisme sur une route, l\u2019int\u00e9ress\u00e9e demanda le 2 f\u00e9vrier 1989 \u00e0 la mairie de Zeytinburnu de modifier ce plan. Elle sollicita \u00e9galement la d\u00e9livrance d\u2019un titre de propri\u00e9t\u00e9.<\/p>\n<p>9. Le 13 ao\u00fbt 1990, la mairie de Zeytinburnu rejeta cette demande.<\/p>\n<p>10. Le 12 f\u00e9vrier 1996, la mairie de Zeytinburnu informa la requ\u00e9rante qu\u2019elle allait \u00eatre expropri\u00e9e de sa maison et qu\u2019\u00e0 cet \u00e9gard une indemnit\u00e9 pour la valeur des mat\u00e9riaux (enkaz bedeli) avait \u00e9t\u00e9 vir\u00e9e sur un compte bancaire \u00e0 son nom. Elle pr\u00e9cisa que la requ\u00e9rante devait d\u00e9molir son habitation dans un d\u00e9lai de quinze jours, \u00e0 d\u00e9faut de quoi ce serait la mairie qui proc\u00e9derait \u00e0 la d\u00e9molition.<\/p>\n<p>11. La requ\u00e9rante saisit le tribunal administratif d\u2019Istanbul d\u2019un recours en annulation de la d\u00e9cision relative \u00e0 son \u00e9viction de sa maison et \u00e0 la d\u00e9molition de celle-ci.<\/p>\n<p>12. Le 30 octobre 1996, le tribunal administratif lui donna gain de cause et annula l\u2019acte attaqu\u00e9. Il observa notamment que la municipalit\u00e9 devait, avant de proc\u00e9der \u00e0 l\u2019expulsion, attribuer une autre maison \u00e0 l\u2019int\u00e9ress\u00e9e en contrepartie de celle qui devait \u00eatre d\u00e9molie.<\/p>\n<p>13. Le 20 mai 1998, le Conseil d\u2019\u00c9tat confirma le jugement du tribunal administratif. Il nota que, avant de mettre \u00e0 ex\u00e9cution la d\u00e9cision de d\u00e9molition de la maison, l\u2019administration devait v\u00e9rifier si la requ\u00e9rante remplissait les conditions d\u2019obtention d\u2019un certificat d\u2019attribution d\u2019un titre de propri\u00e9t\u00e9 (tapu tahsis belgesi) sur le fondement de la loi no\u00a02981.<\/p>\n<p>14. Le 3 f\u00e9vrier 2000, il rejeta un recours en rectification de l\u2019arr\u00eat.<\/p>\n<p>II. La premi\u00e8re d\u00e9cision de d\u00e9molition et le recours en annulation de cette d\u00e9cision<\/p>\n<p>15. Le 13 septembre 2001, la mairie de Zeytinburnu d\u00e9cida de faire \u00e9vacuer la maison de la requ\u00e9rante, qualifi\u00e9e de taudis, et d\u2019attribuer \u00e0 l\u2019int\u00e9ress\u00e9e un logement d\u2019une valeur de 9\u00a0656\u00a0183\u00a0180 anciennes livres turques (TRL).<\/p>\n<p>16. La requ\u00e9rante saisit le tribunal administratif d\u2019Istanbul d\u2019un recours en annulation de cette d\u00e9cision. Elle soutenait que l\u2019administration persistait \u00e0 m\u00e9conna\u00eetre les dispositions de la loi no 2981.<\/p>\n<p>17. Le 20 novembre 2002, le tribunal, donnant une nouvelle fois gain de cause \u00e0 la requ\u00e9rante, annula la d\u00e9cision attaqu\u00e9e. Il rappela que l\u2019administration \u00e9tait tenue de se conformer au jugement qu\u2019il avait rendu le 30 octobre 1996 et qu\u2019elle devait attribuer \u00e0 la requ\u00e9rante un logement conforme aux crit\u00e8res l\u00e9gaux. Or le logement propos\u00e9 par la mairie de Zeytinburnu \u00e9tait un local qui se trouvait dans l\u2019immeuble de service de la mairie et qui \u00e9tait grev\u00e9 d\u2019une hypoth\u00e8que au profit de tiers. De l\u2019avis du tribunal, il ne r\u00e9pondait donc pas aux crit\u00e8res \u00e9tablis par la loi.<\/p>\n<p>18. L\u2019administration se pourvut en cassation contre ce jugement.<\/p>\n<p>19. Le 7 juin 2004, le Conseil d\u2019\u00c9tat confirma le jugement attaqu\u00e9.<\/p>\n<p>20. Le 23 mars 2005, il rejeta un recours en rectification de l\u2019arr\u00eat.<\/p>\n<p>III. La seconde d\u00e9cision de d\u00e9molition et le recours en annulation de cette d\u00e9cision<\/p>\n<p>21. Entretemps, le 3 d\u00e9cembre 2002, la mairie de Zeytinburnu avait adopt\u00e9 une nouvelle d\u00e9cision de d\u00e9molition de l\u2019habitation de la requ\u00e9rante, cette fois-ci pour des motifs diff\u00e9rents, \u00e0 savoir que la maison n\u2019avait pas \u00e9t\u00e9 construite dans le respect de la l\u00e9gislation, qu\u2019elle pr\u00e9sentait un danger du point de vue technique et qu\u2019elle n\u2019\u00e9tait pas conforme \u00e0 la l\u00e9gislation relative \u00e0 l\u2019urbanisme.<\/p>\n<p>22. La requ\u00e9rante saisit \u00e0 nouveau le tribunal administratif, afin d\u2019obtenir l\u2019annulation de cette d\u00e9cision.<\/p>\n<p>23. Le 28 mai 2004, apr\u00e8s avoir ordonn\u00e9 une expertise, le tribunal administratif d\u2019Istanbul d\u00e9bouta la requ\u00e9rante de sa demande au motif que la construction de la maison n\u2019avait pas \u00e9t\u00e9 effectu\u00e9e dans les r\u00e8gles de l\u2019art et que de ce fait, le b\u00e2timent, qui n\u2019avait pas \u00e9t\u00e9 \u00e9difi\u00e9 conform\u00e9ment aux normes en vigueur et \u00e0 la r\u00e9glementation relative \u00e0 l\u2019urbanisme, \u00e9tait devenu instable et dangereux au fil du temps.<\/p>\n<p>24. Le 4 ao\u00fbt 2006, l\u2019administration fit proc\u00e9der \u00e0 la d\u00e9molition de la maison de la requ\u00e9rante.<\/p>\n<p>25. Le 19 juin 2007, le Conseil d\u2019\u00c9tat confirma le jugement du tribunal administratif.<\/p>\n<p>26. Le 3 octobre 2006, la requ\u00e9rante d\u00e9posa \u00e0 la mairie de Zeytinburnu une demande de logement.<\/p>\n<p>27. Le 13 octobre 2006, la mairie rejeta cette demande au motif qu\u2019elle n\u2019avait pas de logement ni de terrain constructible disponibles.<\/p>\n<p>IV. Le recours en indemnisation introduit par la requ\u00e9rante<\/p>\n<p>28. La requ\u00e9rante saisit le tribunal de grande instance de Zeytinburnu d\u2019un recours en indemnisation. Elle demandait une maison \u00e9quivalente \u00e0 la sienne, d\u00e9molie sur ordre de la municipalit\u00e9, ou, \u00e0 d\u00e9faut, une indemnisation pour le pr\u00e9judice qu\u2019elle estimait avoir subi pour l\u2019expropriation de fait dont elle consid\u00e9rait avoir fait l\u2019objet.<\/p>\n<p>29. Le tribunal ordonna une expertise judiciaire.<\/p>\n<p>30. Le 13 juillet 2007, les experts estim\u00e8rent la valeur de la maison, qui avait entretemps \u00e9t\u00e9 d\u00e9truite, \u00e0 24\u00a0334 nouvelles livres turques (TRY).<\/p>\n<p>31. Le 18 octobre 2007, l\u2019administration pr\u00e9senta son m\u00e9moire en d\u00e9fense. Elle y soutenait que le certificat d\u2019attribution d\u2019un titre de propri\u00e9t\u00e9 ne conf\u00e9rait pas le droit d\u2019intenter une action en indemnisation pour expropriation de fait mais qu\u2019il fallait pour engager une telle action d\u00e9tenir un titre de propri\u00e9t\u00e9 en bonne et due forme, ce qui, selon elle, n\u2019\u00e9tait pas le cas de la demanderesse.<\/p>\n<p>32. Le 29 novembre 2007, le tribunal de grande instance d\u00e9bouta la requ\u00e9rante de sa demande, au motif qu\u2019une personne qui n\u2019\u00e9tait pas propri\u00e9taire d\u2019un bien immobilier inscrit au registre foncier ne pouvait pas pr\u00e9tendre \u00e0 une indemnit\u00e9 pour expropriation de fait.<\/p>\n<p>33. La requ\u00e9rante porta l\u2019affaire devant la Cour de cassation. Le 9 juillet 2009, celle-ci confirma le jugement attaqu\u00e9.<\/p>\n<p>34. Le 22 f\u00e9vrier 2010, la Cour de cassation rejeta un recours en rectification de l\u2019arr\u00eat.<\/p>\n<p><strong>LE CADRE JURIDIQUE ET LA PRATIQUE INTERNES PERTINENTS<\/strong><\/p>\n<p>Les textes relatifs aux constructions non autoris\u00e9es<\/p>\n<p><strong>A. La Constitution<\/strong><\/p>\n<p>35. Les dispositions de la Constitution pertinentes en mati\u00e8re d\u2019environnement et de logement se lisent ainsi\u00a0:<\/p>\n<p style=\"text-align: center;\">Article 56<\/p>\n<p>\u00ab\u00a0Toute personne a droit \u00e0 vivre dans un environnement sain et \u00e9quilibr\u00e9.<\/p>\n<p>L\u2019\u00c9tat et les citoyens ont le devoir d\u2019am\u00e9liorer l\u2019environnement, d\u2019en pr\u00e9server la salubrit\u00e9 et d\u2019en emp\u00eacher la pollution.<\/p>\n<p>En vue de garantir \u00e0 chacun des conditions de vie saines d\u2019un point de vue tant physique que psychologique, (&#8230;) l\u2019\u00c9tat instaure des institutions sanitaires et r\u00e9glemente leurs prestations de services.<\/p>\n<p>L\u2019\u00c9tat m\u00e8ne \u00e0 bien cette mission en recourant aux institutions sanitaires et sociales des secteurs priv\u00e9 et public, et en assurant le contr\u00f4le de ces institutions.\u00a0(&#8230;)\u00a0\u00bb<\/p>\n<p style=\"text-align: center;\">Article 57<\/p>\n<p>\u00ab\u00a0L\u2019\u00c9tat prend les mesures propres \u00e0 r\u00e9pondre aux besoins de logement, dans le cadre d\u2019une planification tenant compte des particularit\u00e9s des villes et des conditions environnementales, et il agit en faveur des programmes\u00a0de logements collectifs.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p style=\"text-align: center;\">Article 65<\/p>\n<p>\u00ab\u00a0L\u2019\u00c9tat m\u00e8ne \u00e0 bien les missions que la Constitution lui assigne en mati\u00e8re sociale et \u00e9conomique, dans les limites de ses ressources financi\u00e8res et en veillant \u00e0 pr\u00e9server la stabilit\u00e9 de l\u2019\u00e9conomie.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p><strong>B. Les bidonvilles et la l\u00e9gislation y relative<\/strong><\/p>\n<p>36. \u00c0 l\u2019\u00e9poque des faits, les principales dispositions l\u00e9gales turques relatives \u00e0 la lutte contre le d\u00e9veloppement des bidonvilles \u00e9taient les suivantes\u00a0:<\/p>\n<p>\u2013 Selon l\u2019article 15 \u00a7 2, alin\u00e9a 19, de la loi no\u00a01580 du 3 avril 1930 sur les municipalit\u00e9s, celles-ci \u00e9taient tenues d\u2019emp\u00eacher et d\u2019interdire toute installation ou construction contraire aux dispositions l\u00e9gales ou r\u00e9glementaires, \u00e9tablie sans permis ou portant atteinte \u00e0 la salubrit\u00e9, \u00e0 l\u2019ordre et \u00e0 la qui\u00e9tude de la ville.<\/p>\n<p>\u2013 La loi no\u00a0775 du 20 juillet 1966 \u00e9non\u00e7ait en son article 18 qu\u2019\u00e0 compter de son entr\u00e9e en vigueur, tout b\u00e2timent non autoris\u00e9, qu\u2019il soit en phase de construction ou d\u00e9j\u00e0 habit\u00e9, serait imm\u00e9diatement d\u00e9truit sans qu\u2019une d\u00e9cision pr\u00e9alable ne soit n\u00e9cessaire. La mise en \u0153uvre de cette mesure incombait aux autorit\u00e9s administratives, lesquelles pouvaient avoir recours aux forces de l\u2019ordre et aux autres moyens de l\u2019\u00c9tat. L\u2019article 21 pr\u00e9voyait que, sous certaines conditions, les habitants des baraquements r\u00e9alis\u00e9s avant l\u2019entr\u00e9e en vigueur de la loi pourraient acqu\u00e9rir le terrain qu\u2019ils occupaient et b\u00e9n\u00e9ficier de cr\u00e9dits avantageux pour financer la construction de b\u00e2timents conformes aux normes et aux plans d\u2019urbanisme. Les agglom\u00e9rations o\u00f9 les dispositions de l\u2019article 21 \u00e9taient applicables \u00e9taient d\u00e9clar\u00e9es \u00ab\u00a0zones de r\u00e9habilitation et d\u2019\u00e9radication des taudis\u00a0\u00bb et g\u00e9r\u00e9es conform\u00e9ment \u00e0 un plan d\u2019action.<\/p>\n<p>\u2013 En vertu de la loi no\u00a01990 du 6 mai 1976 portant modification de la loi no\u00a0775, les constructions irr\u00e9guli\u00e8res \u00e9rig\u00e9es avant le 1er novembre 1976 relevaient \u00e9galement du champ d\u2019application de l\u2019article 21 de la loi no\u00a0775.<\/p>\n<p>37. La loi no\u00a02981 du 24\u00a0f\u00e9vrier 1984 concernant les constructions non conformes \u00e0 la l\u00e9gislation relative aux bidonvilles et \u00e0 l\u2019am\u00e9nagement urbain pr\u00e9voyait \u00e9galement des mesures \u00e0 prendre pour la conservation, la r\u00e9gularisation, la r\u00e9habilitation et la destruction des b\u00e2timents irr\u00e9guliers \u00e9rig\u00e9s jusqu\u2019en 1984.<\/p>\n<p>38. L\u2019article 10 de cette loi \u00e9tait ainsi libell\u00e9 en sa partie pertinente en l\u2019esp\u00e8ce\u00a0:<\/p>\n<p>\u00ab\u00a0Le certificat d\u2019attribution d\u2019un titre de propri\u00e9t\u00e9 constitue le fondement du titre de propri\u00e9t\u00e9 \u00e0 d\u00e9livrer au titulaire du droit apr\u00e8s l\u2019adoption d\u2019un plan d\u2019urbanisme modificatif (&#8230;)\u00a0\u00bb<\/p>\n<p>39. Les dispositions relatives aux biens publics de l\u2019article 18 \u00a7 2 de la loi no\u00a03402 du 21 juin 1987 sur le cadastre se lisaient ainsi\u00a0:<\/p>\n<p>\u00ab\u00a0La prescription acquisitive ne joue pas pour les biens appartenant \u00e0 la collectivit\u00e9, (&#8230;) les for\u00eats et les lieux se trouvant \u00e0 la disposition de l\u2019\u00c9tat et affect\u00e9s \u00e0 l\u2019usage public, ni pour les biens immobiliers qui, d\u2019apr\u00e8s les lois les concernant, reviennent \u00e0 l\u2019\u00c9tat, que ces biens soient inscrits au registre foncier ou non.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p>40. La loi no\u00a04706 du 29 juin 2001 portant consolidation de l\u2019\u00e9conomie turque, telle que modifi\u00e9e par la loi no\u00a04916 du 3 juillet 2003, a autoris\u00e9 sous certaines conditions la vente \u00e0 des particuliers de biens immobiliers appartenant au Tr\u00e9sor public. Selon l\u2019article 4 \u00a7\u00a7 6 et 7 de cette loi, les terrains qui appartenaient au Tr\u00e9sor public et sur lesquels se trouvaient des constructions r\u00e9alis\u00e9es avant le 31 d\u00e9cembre 2000 devaient \u00eatre c\u00e9d\u00e9s \u00e0 titre gratuit aux municipalit\u00e9s dont ils d\u00e9pendaient, afin d\u2019\u00eatre vendus \u00e0 des conditions pr\u00e9f\u00e9rentielles aux propri\u00e9taires des constructions ou \u00e0 leurs ayants droit : ceux-ci pourraient acqu\u00e9rir ces terrains en versant un acompte correspondant au quart de leur valeur marchande et en s\u2019acquittant ensuite du reliquat par des versements mensuels pouvant \u00eatre \u00e9tal\u00e9s sur trois ans. Les municipalit\u00e9s devaient \u00e9tablir les plans d\u2019occupation des sols ainsi que les plans d\u2019application concernant les biens qui leur \u00e9taient transf\u00e9r\u00e9s en vertu de la loi susmentionn\u00e9e.<\/p>\n<p>41. Selon la jurisprudence bien \u00e9tablie de la Cour de cassation, le certificat d\u2019attribution d\u2019un titre de propri\u00e9t\u00e9 n\u2019est pas un titre de propri\u00e9t\u00e9, mais un titre de possession. Il ne permet pas en lui-m\u00eame \u00e0 son d\u00e9tenteur de faire inscrire \u00e0 son nom le bien concern\u00e9 au registre foncier\u00a0: il faut pour cela qu\u2019un plan d\u2019urbanisme modificatif ait \u00e9t\u00e9 adopt\u00e9 et que le terrain y ait \u00e9t\u00e9 r\u00e9pertori\u00e9 comme parcelle individuelle (voir, en ce sens, plusieurs arr\u00eats de la 14e chambre civile de la Cour de cassation\u00a0: arr\u00eat du 30 novembre 1999 (E. 1999\/8088 \u2013 K. 1999\/8570), arr\u00eat du 13 d\u00e9cembre 2001 (E.\u00a02001\/8291 \u2013 K. 2001\/8770), arr\u00eat du 30 avril 2002 (E. 2002\/1791 \u2013 K.\u00a02002\/3357), et arr\u00eat du 3 novembre 2003 (E. 2003\/5180 \u2013 K.\u00a02003\/7689)).<\/p>\n<p><strong>EN DROIT<\/strong><\/p>\n<p>I. SUR LA VIOLATION ALL\u00c9GU\u00c9E DE L\u2019ARTICLE 1 DU PROTOCOLE No 1 \u00c0 LA CONVENTION<\/p>\n<p>42. La requ\u00e9rante voit dans le fait que les autorit\u00e9s aient fait proc\u00e9der \u00e0 la d\u00e9molition de sa maison sans l\u2019indemniser une atteinte \u00e0 son droit au respect de ses biens. Elle invoque l\u2019article 1 du Protocole noo1 \u00e0 la Convention, qui est ainsi libell\u00e9\u00a0:<\/p>\n<p>\u00ab\u00a0Toute personne physique ou morale a droit au respect de ses biens. Nul ne peut \u00eatre priv\u00e9 de sa propri\u00e9t\u00e9 que pour cause d\u2019utilit\u00e9 publique et dans les conditions pr\u00e9vues par la loi et les principes g\u00e9n\u00e9raux du droit international.<\/p>\n<p>Les dispositions pr\u00e9c\u00e9dentes ne portent pas atteinte au droit que poss\u00e8dent les\u00a0\u00c9tats\u00a0de mettre en vigueur les lois qu\u2019ils jugent n\u00e9cessaires pour r\u00e9glementer l\u2019usage des biens conform\u00e9ment \u00e0 l\u2019int\u00e9r\u00eat g\u00e9n\u00e9ral ou pour assurer le paiement des imp\u00f4ts ou d\u2019autres contributions ou des amendes.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p><strong>A. Sur la recevabilit\u00e9<\/strong><\/p>\n<p>43. Le Gouvernement soul\u00e8ve plusieurs exceptions d\u2019irrecevabilit\u00e9, dont la requ\u00e9rante conteste la pertinence.<\/p>\n<p><em>1. Sur l\u2019\u00e9puisement des voies de recours internes<\/em><\/p>\n<p>44. Le Gouvernement soutient que, avant de saisir la Cour, la requ\u00e9rante aurait d\u00fb former devant le Conseil d\u2019\u00c9tat une demande de rectification de l\u2019arr\u00eat du 19 juin 2007.<\/p>\n<p>45. La Cour note que le recours en rectification d\u2019un arr\u00eat est une voie de recours extraordinaire. Eu \u00e9gard aux r\u00e8gles de droit international g\u00e9n\u00e9ralement reconnues, il n\u2019est pas n\u00e9cessaire que pareil recours ait \u00e9t\u00e9 exerc\u00e9 pour que les exigences de l\u2019article 35 de la Convention puissent \u00eatre jug\u00e9es remplies (Sar\u0131da\u015f c. Turquie, no\u00a06341\/10, \u00a7 31, 7 juillet 2015, G\u00f6k et autres c.\u00a0Turquie, nos\u00a071867\/01,\u00a071869\/01,\u00a073319\/01\u00a0et\u00a074858\/01, \u00a7\u00a7\u00a047-48, 27 juillet 2006, voir aussi T\u00fcm Haber Sen et \u00c7\u0131nar c. Turquie\u00a0(d\u00e9c.), no\u00a028602\/95, 13 novembre 2003, et Karaduman c. Turquie, no\u00a016278\/90, d\u00e9cision de la Commission du 3 mai 1993). Il s\u2019ensuit que cet argument du Gouvernement ne peut \u00eatre retenu.<\/p>\n<p>46. Le Gouvernement soutient \u00e9galement que la requ\u00e9rante aurait d\u00fb intenter un recours de plein contentieux contre la d\u00e9cision de d\u00e9molition de sa maison.<\/p>\n<p>47. La Cour observe que la requ\u00e9rante a saisi les juridictions nationales, dans un premier temps, d\u2019un recours en annulation, puis, dans un second temps, d\u2019un recours en indemnisation. Elle consid\u00e8re d\u00e8s lors que l\u2019int\u00e9ress\u00e9e a \u00e9puis\u00e9 les voies de recours disponibles. Par cons\u00e9quent, l\u2019exception du Gouvernement ne saurait \u00eatre retenue.<\/p>\n<p><em>2. Sur le respect du d\u00e9lai de six mois<\/em><\/p>\n<p>48. Le Gouvernement soutient que la requ\u00e9rante n\u2019a pas saisi la Cour dans un d\u00e9lai de six mois \u00e0 partir de la date de la d\u00e9cision interne d\u00e9finitive\u00a0: selon lui, le recours en indemnisation pour expropriation de fait n\u2019\u00e9tait pas, dans les circonstances de la cause, la voie de recours ad\u00e9quate et ne pouvait d\u00e8s lors pas interrompre le cours du d\u00e9lai de six mois.<\/p>\n<p>49. La Cour consid\u00e8re que la voie de recours exerc\u00e9e par la requ\u00e9rante \u00e9tait, dans les circonstances de la cause, un moyen en principe efficace de faire valoir ses droits et que, dans ces conditions, l\u2019int\u00e9ress\u00e9e l\u2019a saisie dans un d\u00e9lai de six mois \u00e0 compter de la date de la d\u00e9cision interne d\u00e9finitive au sens de l\u2019article 35 \u00a7 1 de la Convention, \u00e0 savoir le 22 f\u00e9vrier 2010, date de l\u2019arr\u00eat de la Cour de cassation. Il s\u2019ensuit que l\u2019exception formul\u00e9e \u00e0 cet \u00e9gard par le Gouvernement doit \u00e9galement \u00eatre rejet\u00e9e.<\/p>\n<p><em>3. Sur l\u2019incompatibilit\u00e9 ratione materiae<\/em><\/p>\n<p>50. Le Gouvernement plaide que la dol\u00e9ance de la requ\u00e9rante concerne un simple espoir de se voir reconna\u00eetre un droit de propri\u00e9t\u00e9 que l\u2019int\u00e9ress\u00e9e \u00e9tait dans l\u2019impossibilit\u00e9 d\u2019exercer effectivement. Il estime que pareil espoir ne peut \u00eatre consid\u00e9r\u00e9 comme un \u00ab\u00a0bien\u00a0\u00bb au sens de l\u2019article 1 du Protocole no\u00a01 et que, d\u00e8s lors, la requ\u00eate doit \u00eatre d\u00e9clar\u00e9e irrecevable pour incompatibilit\u00e9 ratione materiae avec les dispositions de la Convention.<\/p>\n<p>51. La Cour estime que cette exception est \u00e9troitement li\u00e9e \u00e0 la substance du grief que la requ\u00e9rante formule sur le terrain de l\u2019article\u00a01 du Protocole no 1, de sorte qu\u2019il y a lieu de la joindre au fond.<\/p>\n<p>52. Constatant par ailleurs que ce grief n\u2019est pas manifestement mal fond\u00e9 au sens de l\u2019article 35 \u00a7 3 a) de la Convention et qu\u2019il ne se heurte \u00e0 aucun autre motif d\u2019irrecevabilit\u00e9, elle le d\u00e9clare recevable.<\/p>\n<p><strong>B. Sur le fond<\/strong><\/p>\n<p>53. Invoquant l\u2019article 1 du Protocole no 1, la requ\u00e9rante se plaint d\u2019une atteinte \u00e0 son droit au respect de ses biens. \u00c0 cet \u00e9gard, elle expose que sa maison a \u00e9t\u00e9 d\u00e9molie et qu\u2019elle-m\u00eame a \u00e9t\u00e9 de fait expropri\u00e9e de son terrain. Elle indique qu\u2019elle habitait cette maison depuis 1978, que le propri\u00e9taire pr\u00e9c\u00e9dent, qui l\u2019avait construite, y avait habit\u00e9 d\u00e8s 1959 et que tant ce propri\u00e9taire que son mari et elle-m\u00eame se sont acquitt\u00e9s des taxes y aff\u00e9rentes. Au regard de la dur\u00e9e de la possession, elle affirme avoir acquis sur ce bien un droit de propri\u00e9t\u00e9 et pouvoir b\u00e9n\u00e9ficier par cons\u00e9quent de la protection de l\u2019article 1 du Protocole no\u00a01.<\/p>\n<p>54. Le Gouvernement r\u00e9p\u00e8te que la requ\u00e9rante n\u2019\u00e9tait pas titulaire d\u2019un \u00ab\u00a0bien\u00a0\u00bb au sens de l\u2019article 1 du Protocole no\u00a01. Il reconna\u00eet qu\u2019il a \u00e9t\u00e9 d\u00e9clar\u00e9, et qu\u2019il semble avoir \u00e9t\u00e9 reconnu par les juridictions nationales, que la requ\u00e9rante \u00e9tait en possession d\u2019un certificat d\u2019attribution d\u2019un titre de propri\u00e9t\u00e9, mais il souligne qu\u2019il ne se trouve ni dans les donn\u00e9es de la mairie ni dans les \u00e9l\u00e9ments du dossier aucune information ni aucun document indiquant que l\u2019int\u00e9ress\u00e9e ait effectivement obtenu un tel certificat. Il ajoute qu\u2019\u00e0 supposer m\u00eame que tel e\u00fbt \u00e9t\u00e9 le cas, elle n\u2019aurait pas pour autant d\u00e9tenu un titre de propri\u00e9t\u00e9. Il soutient par ailleurs que la d\u00e9molition de la maison, laquelle avait \u00e9t\u00e9 \u00e9rig\u00e9e en contravention \u00e0 la r\u00e9glementation et au plan d\u2019urbanisme, poursuivait un but l\u00e9gitime d\u2019int\u00e9r\u00eat g\u00e9n\u00e9ral \u00e9tant donn\u00e9 que le b\u00e2timent se trouvait sur une route et s\u2019\u00e9tait d\u00e9grad\u00e9 au fil du temps au point qu\u2019il \u00e9tait devenu inhabitable. Il argue \u00e0 cet \u00e9gard que l\u2019ing\u00e9rence litigieuse \u00e9tait proportionn\u00e9e au but poursuivi et que la requ\u00e9rante pouvait toujours demander \u00e0 b\u00e9n\u00e9ficier des dispositions de la loi no\u00a02981.<\/p>\n<p>55. La Cour observe que nul ne conteste que le terrain sur lequel \u00e9tait \u00e9difi\u00e9e la maison de la requ\u00e9rante appartenait \u00e0 la ville d\u2019Istanbul ni que la construction avait \u00e9t\u00e9 \u00e9rig\u00e9e en violation de la r\u00e9glementation applicable en mati\u00e8re d\u2019urbanisme. Elle note en revanche que les parties ont des vues divergentes quant \u00e0 la question de savoir si l\u2019int\u00e9ress\u00e9e \u00e9tait ou non titulaire d\u2019un bien susceptible de relever de la protection de l\u2019article 1 du Protocole\u00a0no\u00a01. Leur diff\u00e9rend porte sur la valeur juridique du certificat d\u2019attribution d\u2019un titre de propri\u00e9t\u00e9. La requ\u00e9rante estime que les autorit\u00e9s auraient d\u00fb lui d\u00e9livrer un titre de propri\u00e9t\u00e9 sur le fondement de ce certificat. Le Gouvernement consid\u00e8re quant \u00e0 lui qu\u2019il n\u2019a pas \u00e9t\u00e9 d\u00e9montr\u00e9 que l\u2019int\u00e9ress\u00e9e poss\u00e9d\u00e2t pareil certificat, et qu\u2019en tout \u00e9tat de cause les conditions d\u2019attribution d\u2019un titre de propri\u00e9t\u00e9 sur le fondement de ce certificat n\u2019\u00e9taient pas r\u00e9unies. La Cour est donc appel\u00e9e \u00e0 d\u00e9terminer si la situation juridique de la requ\u00e9rante \u00e9tait de nature \u00e0 relever du champ d\u2019application de l\u2019article 1 du Protocole\u00a0no\u00a01.<\/p>\n<p>56. \u00c0 cet \u00e9gard, la Cour rappelle que la notion de \u00ab\u00a0bien\u00a0\u00bb \u00e9voqu\u00e9e \u00e0 l\u2019article 1 du Protocole no\u00a01 a une port\u00e9e autonome qui ne se limite pas \u00e0 la\u00a0propri\u00e9t\u00e9\u00a0de biens corporels et qui est ind\u00e9pendante des qualifications formelles du droit interne\u00a0: certains autres droits et int\u00e9r\u00eats constituant des actifs peuvent aussi passer pour des \u00ab\u00a0droits patrimoniaux\u00a0\u00bb et donc pour des \u00ab\u00a0biens\u00a0\u00bb aux fins de cette disposition.<\/p>\n<p>57. Bien que l\u2019article 1 du Protocole no 1 ne vaille que pour les biens actuels et ne cr\u00e9e aucun droit d\u2019en acqu\u00e9rir, dans certaines circonstances, l\u2019\u00ab\u00a0esp\u00e9rance l\u00e9gitime\u00a0\u00bb d\u2019obtenir une valeur patrimoniale peut \u00e9galement b\u00e9n\u00e9ficier de la protection de cette disposition\u00a0(B\u00e9l\u00e1n\u00e9\u00a0Nagy c.\u00a0Hongrie\u00a0[GC], no 53080\/13, \u00a7 74, CEDH 2016).<\/p>\n<p>58. L\u2019\u00ab\u00a0esp\u00e9rance l\u00e9gitime\u00a0\u00bb de pouvoir continuer \u00e0 jouir d\u2019un \u00ab\u00a0bien\u00a0\u00bb doit reposer sur une base suffisante en droit interne\u00a0; tel est le cas par exemple lorsqu\u2019elle est confirm\u00e9e par une jurisprudence bien \u00e9tablie des tribunaux ou lorsqu\u2019elle est fond\u00e9e sur une disposition l\u00e9gislative ou sur un acte l\u00e9gal concernant l\u2019int\u00e9r\u00eat patrimonial en question (Kopeck\u00fd c.\u00a0Slovaquie [GC], noo44912\/98, \u00a7 52, CEDH 2004\u2011IX, Depalle c.\u00a0France [GC], noo34044\/02, \u00a7 63, CEDH 2010, et Saghinadze et autres c.\u00a0G\u00e9orgie, no\u00a018768\/05, \u00a7 103, 27 mai 2010). D\u00e8s lors que cela est acquis, la notion d\u2019\u00ab\u00a0esp\u00e9rance l\u00e9gitime\u00a0\u00bb peut entrer en jeu (Maurice c. France [GC], no\u00a011810\/03, \u00a7 63, CEDH 2005-IX).<\/p>\n<p>59. En revanche, l\u2019espoir de voir reconna\u00eetre un droit de propri\u00e9t\u00e9 que l\u2019on est dans l\u2019impossibilit\u00e9 d\u2019exercer effectivement ne peut \u00eatre consid\u00e9r\u00e9 comme un \u00ab\u00a0bien\u00a0\u00bb au sens de l\u2019article 1 du Protocole no\u00a01 \u00e0 la Convention.<\/p>\n<p>60. Dans chaque affaire, il importe d\u2019examiner si les circonstances, consid\u00e9r\u00e9es dans leur ensemble, ont rendu le requ\u00e9rant titulaire d\u2019un int\u00e9r\u00eat substantiel prot\u00e9g\u00e9 par l\u2019article 1 du Protocole no 1 (Iatridis c. Gr\u00e8ce [GC], no\u00a031107\/96, \u00a7 54, CEDH 1999\u2011II, et Depalle, pr\u00e9cit\u00e9, \u00a7 63).<\/p>\n<p>61. Dans l\u2019affaire Saghinadze et autres pr\u00e9cit\u00e9e (\u00a7\u00a7\u00a0104\u2011108), la Cour a qualifi\u00e9 de \u00ab\u00a0bien\u00a0\u00bb le droit d\u2019utiliser une maison, en notant que ce droit avait \u00e9t\u00e9 exerc\u00e9 de bonne foi et avec la tol\u00e9rance des autorit\u00e9s pendant plus de dix ans, malgr\u00e9 l\u2019absence d\u2019un titre de propri\u00e9t\u00e9 r\u00e9guli\u00e8rement enregistr\u00e9.<\/p>\n<p>62. Dans l\u2019affaire Depalle (arr\u00eat pr\u00e9cit\u00e9, \u00a7\u00a7 65-68), elle a estim\u00e9 que le fait que les lois internes d\u2019un \u00c9tat ne reconnaissent pas un int\u00e9r\u00eat particulier comme un \u00ab\u00a0droit\u00a0\u00bb, et notamment comme un \u00ab\u00a0droit de propri\u00e9t\u00e9\u00a0\u00bb, ne fait pas obstacle \u00e0 ce que l\u2019int\u00e9r\u00eat en question puisse n\u00e9anmoins, dans certaines circonstances, passer pour un \u00ab\u00a0bien\u00a0\u00bb au sens de l\u2019article\u00a01 du Protocole no\u00a01, et elle a conclu \u00e0 l\u2019applicabilit\u00e9 de cette disposition au cas d\u2019esp\u00e8ce en soulignant notamment que le temps \u00e9coul\u00e9 avait fait na\u00eetre, au b\u00e9n\u00e9fice du requ\u00e9rant, un int\u00e9r\u00eat patrimonial suffisamment reconnu et important \u00e0 jouir d\u2019une maison \u00e9rig\u00e9e sur une parcelle appartenant au domaine public maritime.<\/p>\n<p>63. Dans l\u2019arr\u00eat Hamer c. Belgique (no\u00a021861\/03, \u00a7 76, 27\u00a0novembre 2007), elle a consid\u00e9r\u00e9 que l\u2019int\u00e9r\u00eat de continuer \u00e0 jouir d\u2019une maison de vacances \u00e9rig\u00e9e sans permis pouvait passer pour un \u00ab\u00a0bien\u00a0\u00bb. Elle a relev\u00e9 que la requ\u00e9rante avait pay\u00e9 des imp\u00f4ts relatifs \u00e0 cette maison, que la r\u00e9action des autorit\u00e9s s\u2019\u00e9tait fait attendre pendant vingt-sept ans et que la tol\u00e9rance de celles-ci avait encore perdur\u00e9 pendant dix ans apr\u00e8s la constatation de l\u2019infraction.<\/p>\n<p>64. Plus r\u00e9cemment, dans l\u2019affaire Keriman Tekin et autres c.\u00a0Turquie, (no\u00a022035\/10, \u00a7\u00a7 40 \u00e0 47, 15 novembre 2016), elle a estim\u00e9 qu\u2019une maison \u00e9rig\u00e9e sans permis constituait un bien d\u00e8s lors notamment que les requ\u00e9rants avaient pu en jouir pendant un certain temps sans avoir jamais \u00e9t\u00e9 inqui\u00e9t\u00e9s en raison de cette ill\u00e9galit\u00e9.<\/p>\n<p>65. En l\u2019esp\u00e8ce, en ce qui concerne d\u2019abord le terrain sur lequel la maison avait \u00e9t\u00e9 construite, la Cour note que la requ\u00e9rante ne pouvait esp\u00e9rer acqu\u00e9rir un droit de propri\u00e9t\u00e9 par le jeu de la prescription acquisitive puisque ce terrain, qui \u00e9tait situ\u00e9 sur une route dans le plan d\u2019urbanisme, appartenait au domaine public. L\u2019int\u00e9ress\u00e9e ne saurait donc se pr\u00e9valoir sur ce point de la longue p\u00e9riode d\u2019occupation qui s\u2019est \u00e9coul\u00e9e jusqu\u2019\u00e0 son \u00e9viction. Il s\u2019ensuit que cette partie de la requ\u00eate est incompatible ratione materiae avec les dispositions de la Convention au sens de l\u2019article 35 \u00a7 3 et doit \u00eatre rejet\u00e9e, en application de l\u2019article 35 \u00a7 4.<\/p>\n<p>66. Cela \u00e9tant, une autre consid\u00e9ration s\u2019impose pour ce qui est de l\u2019habitation de la requ\u00e9rante. En effet, ind\u00e9pendamment de la question des conditions d\u2019octroi d\u2019un titre de propri\u00e9t\u00e9 sur le fondement du certificat d\u2019attribution, une construction irr\u00e9guli\u00e8re sur le domaine public peut constituer un bien au sens de l\u2019article 1 du Protocole no\u00a01 dans certains cas (voir, en ce sens, \u00d6nery\u0131ld\u0131z c. Turquie [GC], no 48939\/99, \u00a7\u00a7 127-129, CEDH 2004\u2011XII, et Hamer, pr\u00e9cit\u00e9, \u00a7 76). Dans l\u2019arr\u00eat \u00d6nery\u0131ld\u0131z (pr\u00e9cit\u00e9), qui concernait la destruction, \u00e0 la suite de l\u2019explosion d\u2019un site industriel public, d\u2019une maison de fortune construite sans permis et occup\u00e9e sans titre par le requ\u00e9rant, la Cour a conclu \u00e0 la violation du droit au respect des biens, compte tenu de la tol\u00e9rance des autorit\u00e9s face \u00e0 la construction ill\u00e9gale et de ce que, cette tol\u00e9rance laissant la population dans l\u2019incertitude quant \u00e0 l\u2019application des lois contre les agglom\u00e9rations ill\u00e9gales, le requ\u00e9rant n\u2019avait pas de raison de penser que la situation concernant son habitation risquait de changer du jour au lendemain.<\/p>\n<p>67. La Cour observe qu\u2019en l\u2019esp\u00e8ce, selon les affirmations de la requ\u00e9rante, non contest\u00e9es par le Gouvernement, la construction litigieuse, qui datait de 1959, a exist\u00e9 pendant environ quarante-sept ans avant d\u2019\u00eatre d\u00e9molie.<\/p>\n<p>68. Alors m\u00eame que les autorit\u00e9s \u00e9taient inform\u00e9es de cette situation et pouvaient proc\u00e9der \u00e0 tout moment \u00e0 la destruction de l\u2019habitation \u2013 \u00e9tant donn\u00e9 que celle-ci avait \u00e9t\u00e9 \u00e9rig\u00e9e en violation de la r\u00e9glementation turque applicable en mati\u00e8re d\u2019urbanisme \u2013 elles ne semblent pas avoir entrepris ni envisag\u00e9 une quelconque mesure de cet ordre avant 1996 (paragraphe 10 ci-dessus). Pendant une tr\u00e8s longue p\u00e9riode, elles ont laiss\u00e9 la requ\u00e9rante et ses proches vivre dans leur maison en toute tranquillit\u00e9, dans l\u2019environnement social et familial qu\u2019ils avaient cr\u00e9\u00e9. Or le constat des manquements \u00e0 la l\u00e9gislation urbanistique rel\u00e8ve incontestablement de la responsabilit\u00e9 des autorit\u00e9s, de m\u00eame que l\u2019affectation des moyens qui sont n\u00e9cessaires pour ce faire. De surcro\u00eet, le Gouvernement n\u2019a pas ni\u00e9 que la requ\u00e9rante se soit acquitt\u00e9e des taxes aff\u00e9rentes \u00e0 ce bien ni qu\u2019elle y ait b\u00e9n\u00e9fici\u00e9 de services publics payants.<\/p>\n<p>69. Force est donc de constater que, pendant une tr\u00e8s longue p\u00e9riode, les autorit\u00e9s ont tol\u00e9r\u00e9 la situation dans laquelle se trouvait la requ\u00e9rante. Aussi la Cour consid\u00e8re-t-elle qu\u2019apr\u00e8s avoir joui pendant aussi longtemps de la maison, avec la tol\u00e9rance des autorit\u00e9s, la requ\u00e9rante avait acquis un int\u00e9r\u00eat patrimonial suffisamment important et reconnu pour constituer un int\u00e9r\u00eat substantiel et donc un \u00ab\u00a0bien\u00a0\u00bb au sens de l\u2019article 1 du Protocole no\u00a01. Cette disposition est d\u00e8s lors applicable \u00e0 ce volet du grief (voir, dans le m\u00eame sens, Anat et autres c. Turquie, no\u00a037899\/04, \u00a7 59, 26 avril 2011).<\/p>\n<p>70. En 1996, la mairie de Zeytinburnu a d\u00e9cid\u00e9 d\u2019exproprier la requ\u00e9rante de son bien en contrepartie d\u2019une indemnisation qui repr\u00e9sentait seulement la valeur des mat\u00e9riaux (enkaz bedeli) de la maison. Cette d\u00e9cision a \u00e9t\u00e9 censur\u00e9e par les juridictions administratives. Le tribunal administratif a jug\u00e9 que la municipalit\u00e9 devait attribuer une autre maison \u00e0 la requ\u00e9rante avant de l\u2019exproprier et, par voie de cons\u00e9quence, avant de proc\u00e9der \u00e0 la d\u00e9molition de celle o\u00f9 elle habitait (paragraphe 12 ci-dessus). Le Conseil d\u2019\u00c9tat a confirm\u00e9 cette d\u00e9cision en pr\u00e9cisant que la municipalit\u00e9 devait au pr\u00e9alable statuer sur la question de savoir si la requ\u00e9rante remplissait les conditions d\u2019obtention d\u2019un certificat d\u2019attribution d\u2019un titre de propri\u00e9t\u00e9 sur le fondement de la loi no\u00a02981.<\/p>\n<p>71. Par une d\u00e9cision prise en 2001, la mairie a ensuite attribu\u00e9 un logement \u00e0 la requ\u00e9rante. Cette d\u00e9cision a \u00e9galement \u00e9t\u00e9 censur\u00e9e par les juridictions administratives, au motif que le logement attribu\u00e9 ne r\u00e9pondait pas aux crit\u00e8res l\u00e9gaux. Le tribunal administratif a notamment rappel\u00e9 \u00e0 l\u2019administration qu\u2019elle \u00e9tait tenue d\u2019ex\u00e9cuter le jugement qu\u2019il avait rendu le 30 octobre 1996 et d\u2019allouer \u00e0 la requ\u00e9rante un logement conforme aux crit\u00e8res \u00e9tablis par la loi. Le Conseil d\u2019\u00c9tat a confirm\u00e9 cette d\u00e9cision en toutes ses dispositions.<\/p>\n<p>72. Malgr\u00e9 les d\u00e9cisions de justice rendues en faveur de la requ\u00e9rante, la municipalit\u00e9 a adopt\u00e9 une nouvelle d\u00e9cision de d\u00e9molition, cette fois-ci pour un autre motif, \u00e0 savoir que la maison \u00e9tait devenue inhabitable en raison de sa v\u00e9tust\u00e9. Elle a donc fait proc\u00e9der \u00e0 la d\u00e9molition (paragraphe 24 ci-dessus), apr\u00e8s que le jugement du tribunal administratif d\u2019Istanbul eut \u00e9t\u00e9 rendu (paragraphe 23 ci-dessus), sans m\u00eame attendre que ce jugement devienne d\u00e9finitif \u00e0 l\u2019issue de l\u2019adoption de l\u2019arr\u00eat du Conseil d\u2019\u00c9tat.<\/p>\n<p>73. Cette situation s\u2019analyse incontestablement en une ing\u00e9rence dans l\u2019exercice par la requ\u00e9rante de son droit au respect de ses biens. Cette ing\u00e9rence \u00e9tait pr\u00e9vue par la loi (la loi sur l\u2019urbanisme et la loi no\u00a02981) et elle avait pour but de r\u00e9glementer l\u2019usage des biens conform\u00e9ment \u00e0 l\u2019int\u00e9r\u00eat g\u00e9n\u00e9ral, puisqu\u2019il s\u2019agissait de remettre la situation en conformit\u00e9 avec le plan d\u2019urbanisme et d\u2019assurer la salubrit\u00e9 publique (Saliba c. Malte, no\u00a04251\/02, \u00a7 35, 8 novembre 2005, Hamer, pr\u00e9cit\u00e9, \u00a7 77, et Anat, pr\u00e9cit\u00e9, \u00a7\u00a060).<\/p>\n<p>74. \u00c0 cet \u00e9gard, il faut rechercher s\u2019il a \u00e9t\u00e9 maintenu un juste \u00e9quilibre entre les exigences de l\u2019int\u00e9r\u00eat g\u00e9n\u00e9ral et les imp\u00e9ratifs de la sauvegarde des droits fondamentaux de l\u2019individu. La recherche de pareil \u00e9quilibre se refl\u00e8te dans la structure de l\u2019article 1 du Protocole no 1 tout entier, et donc aussi dans le second alin\u00e9a de cet article\u00a0: il doit exister un rapport raisonnable de proportionnalit\u00e9 entre les moyens employ\u00e9s et le but vis\u00e9 (Chassagnou et autres c. France, 29 avril 1999 [GC], nos\u00a025088\/94, 28331\/95 et 28443\/95, \u00a7\u00a075, CEDH 1999\u2011III). Cet \u00e9quilibre est rompu si la personne concern\u00e9e a eu \u00e0 subir une charge sp\u00e9ciale et exorbitante.<\/p>\n<p>75. Par ailleurs, la Cour a souvent rappel\u00e9 que dans la mise en \u0153uvre de politiques d\u2019am\u00e9nagement du territoire et de protection de l\u2019environnement, o\u00f9 l\u2019int\u00e9r\u00eat g\u00e9n\u00e9ral de la communaut\u00e9 occupe une place pr\u00e9\u00e9minente, l\u2019\u00c9tat jouit d\u2019une marge d\u2019appr\u00e9ciation plus grande que lorsque sont en jeu des droits exclusivement civils (Depalle, pr\u00e9cit\u00e9, \u00a7 84).<\/p>\n<p>76. Dans la pr\u00e9sente affaire, la maison en cause avait \u00e9t\u00e9 \u00e9rig\u00e9e en violation des r\u00e8gles d\u2019am\u00e9nagement du territoire et la situation administrative n\u2019avait pas \u00e9t\u00e9 r\u00e9gularis\u00e9e avant la d\u00e9molition du b\u00e2timent. Cela \u00e9tant, il ressort des d\u00e9cisions des juridictions administratives que la requ\u00e9rante aurait d\u00fb b\u00e9n\u00e9ficier d\u2019une indemnisation. \u00c0 cet \u00e9gard, il se d\u00e9gage clairement du jugement du tribunal administratif que l\u2019administration aurait d\u00fb attribuer \u00e0 la requ\u00e9rante un logement r\u00e9pondant aux crit\u00e8res l\u00e9gaux. Ce jugement a \u00e9t\u00e9 confirm\u00e9 par le Conseil d\u2019\u00c9tat (paragraphes 17, 19 et 20 ci-dessus). Or, en d\u00e9pit de ces d\u00e9cisions de justice, les tribunaux judiciaires ont d\u00e9bout\u00e9 la requ\u00e9rante de sa demande d\u2019indemnisation (paragraphes 32-34 ci-dessus).<\/p>\n<p>77. Compte tenu de l\u2019ensemble de ces \u00e9l\u00e9ments, la Cour estime que, dans les circonstances de l\u2019esp\u00e8ce, le refus des autorit\u00e9s d\u2019indemniser la requ\u00e9rante pour le pr\u00e9judice mat\u00e9riel qu\u2019elles lui avaient caus\u00e9 a fait peser sur l\u2019int\u00e9ress\u00e9e une charge sp\u00e9ciale et exorbitante, de sorte que le juste \u00e9quilibre devant r\u00e9gner entre les int\u00e9r\u00eats de la requ\u00e9rante et ceux de la communaut\u00e9 a \u00e9t\u00e9 rompu.<\/p>\n<p>78. Partant, la Cour rejette l\u2019exception pr\u00e9liminaire que le Gouvernement a soulev\u00e9e pour inapplicabilit\u00e9 ratione materiae de l\u2019article\u00a01 du Protocole no\u00a01, et conclut \u00e0 la violation de cette disposition.<\/p>\n<p>II. SUR L\u2019APPLICATION DE L\u2019ARTICLE\u00a041 DE LA CONVENTION<\/p>\n<p>79. Aux termes de l\u2019article 41 de la Convention\u00a0:<\/p>\n<p>\u00ab\u00a0Si la Cour d\u00e9clare qu\u2019il y a eu violation de la Convention ou de ses Protocoles, et si le droit interne de la Haute Partie contractante ne permet d\u2019effacer qu\u2019imparfaitement les cons\u00e9quences de cette violation, la Cour accorde \u00e0 la partie l\u00e9s\u00e9e, s\u2019il y a lieu, une satisfaction \u00e9quitable.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p><strong>A. Dommage<\/strong><\/p>\n<p>80. La requ\u00e9rante r\u00e9clame 100\u00a0000 euros (EUR) pour pr\u00e9judice mat\u00e9riel et 100\u00a0000 EUR pour pr\u00e9judice moral.<\/p>\n<p>81. Le Gouvernement conteste ces pr\u00e9tentions.<\/p>\n<p>82. En ce qui concerne le pr\u00e9judice mat\u00e9riel, la Cour rappelle qu\u2019elle a d\u00e9j\u00e0 dit dans l\u2019arr\u00eat Kaynar et autres c. Turquie (nos\u00a021104\/06 et 2 autres, \u00a7\u00a7\u00a064 \u00e0 78, 7 mai 2019) qu\u2019un recours introduit devant la commission d\u2019indemnisation dans un d\u00e9lai d\u2019un mois \u00e0 compter de la date de la notification de son arr\u00eat \u00e9tait susceptible de donner lieu \u00e0 une indemnisation par l\u2019administration et que ce recours repr\u00e9sentait un moyen appropri\u00e9 de redresser la violation constat\u00e9e sur le terrain de l\u2019article\u00a01 du Protocole no 1 \u00e0 la Convention.<\/p>\n<p>83. Estimant que le droit national permettait \u00e0 pr\u00e9sent d\u2019effacer les cons\u00e9quences de la violation constat\u00e9e, elle a consid\u00e9r\u00e9 qu\u2019il n\u2019\u00e9tait pas n\u00e9cessaire qu\u2019elle se prononce sur la demande pr\u00e9sent\u00e9e par les requ\u00e9rants pour pr\u00e9judice mat\u00e9riel. Elle a d\u00e9cid\u00e9, en cons\u00e9quence, de rayer du r\u00f4le la partie de l\u2019affaire relative \u00e0 la question de l\u2019article 41 de la Convention pour autant qu\u2019elle concerne la demande relative au dommage mat\u00e9riel.<\/p>\n<p>84. Dans la pr\u00e9sente affaire, eu \u00e9gard \u00e0 l\u2019absence de documents pouvant permettre de calculer de mani\u00e8re pr\u00e9cise le pr\u00e9judice mat\u00e9riel subi par la requ\u00e9rante, la Cour n\u2019aper\u00e7oit aucune raison de parvenir \u00e0 une conclusion diff\u00e9rente. En cons\u00e9quence, elle d\u00e9cide de rayer du r\u00f4le la partie de l\u2019affaire relative \u00e0 la question de l\u2019article\u00a041 de la Convention pour autant qu\u2019elle concerne le pr\u00e9judice mat\u00e9riel.<\/p>\n<p>85. En revanche, elle consid\u00e8re qu\u2019il y a lieu d\u2019octroyer \u00e0 la requ\u00e9rante 5\u00a0000 EUR pour pr\u00e9judice moral.<\/p>\n<p><strong>B. Frais et d\u00e9pens<\/strong><\/p>\n<p>86. La requ\u00e9rante demande 20\u00a0000 EUR au titre des frais et d\u00e9pens. Elle produit plusieurs re\u00e7us relatifs \u00e0 des frais de proc\u00e9dure et des frais de traduction dont le total ne correspond pas \u00e0 ce montant et ne s\u2019en approche pas.<\/p>\n<p>87. Le Gouvernement invite la Cour \u00e0 rejeter cette demande, qu\u2019il estime excessive et infond\u00e9e.<\/p>\n<p>88. La Cour rappelle que selon sa jurisprudence, un requ\u00e9rant ne peut obtenir le remboursement de ses frais et d\u00e9pens que dans la mesure o\u00f9 se trouvent \u00e9tablis leur r\u00e9alit\u00e9, leur n\u00e9cessit\u00e9 et le caract\u00e8re raisonnable de leur taux. Prenant en compte les documents pr\u00e9sent\u00e9s et sa jurisprudence en la mati\u00e8re, elle alloue \u00e0 la requ\u00e9rante 1\u00a0000\u00a0EUR tous chefs de pr\u00e9judice confondus.<\/p>\n<p><strong>PAR CES MOTIFS, LA COUR, \u00c0 L\u2019UNANIMIT\u00c9,<\/strong><\/p>\n<p>1. Joint au fond l\u2019exception pr\u00e9liminaire du Gouvernement relative \u00e0 l\u2019applicabilit\u00e9 ratione materiae de l\u2019article\u00a01 du Protocole no\u00a01 \u00e0 la Convention, et la rejette\u00a0;<\/p>\n<p>2. D\u00e9clare la requ\u00eate recevable\u00a0;<\/p>\n<p>3. Dit qu\u2019il y a eu violation de l\u2019article 1 du Protocole no 1 \u00e0 la Convention\u00a0;<\/p>\n<p>4. D\u00e9cide de rayer du r\u00f4le la partie de l\u2019affaire relative \u00e0 la question de l\u2019article 41 de la Convention pour autant qu\u2019elle concerne la demande de r\u00e9paration du dommage mat\u00e9riel r\u00e9sultant de la violation de l\u2019article 1 du Protocole\u00a0no\u00a01 \u00e0 la Convention\u00a0;<\/p>\n<p>5. Dit,<\/p>\n<p>a) que l\u2019\u00c9tat d\u00e9fendeur doit verser \u00e0 la requ\u00e9rante, dans un d\u00e9lai de trois mois, les sommes suivantes, \u00e0 convertir dans la monnaie de l\u2019\u00c9tat d\u00e9fendeur, au taux applicable \u00e0 la date du r\u00e8glement\u00a0:<\/p>\n<p>i. 5\u00a0000 EUR (cinq mille euros), plus tout montant pouvant \u00eatre d\u00fb sur cette somme \u00e0 titre d\u2019imp\u00f4t, pour dommage moral\u00a0;<\/p>\n<p>ii. 1\u00a0000 EUR (mille euros), plus tout montant pouvant \u00eatre d\u00fb sur cette somme par la requ\u00e9rante \u00e0 titre d\u2019imp\u00f4t, pour frais et d\u00e9pens\u00a0;<\/p>\n<p>b) qu\u2019\u00e0 compter de l\u2019expiration dudit d\u00e9lai et jusqu\u2019au versement, ces montants seront \u00e0 majorer d\u2019un int\u00e9r\u00eat simple \u00e0 un taux \u00e9gal \u00e0 celui de la facilit\u00e9 de pr\u00eat marginal de la Banque centrale europ\u00e9enne applicable pendant cette p\u00e9riode, augment\u00e9 de trois points de pourcentage\u00a0;<\/p>\n<p>6. Rejette le surplus de la demande de satisfaction \u00e9quitable.<\/p>\n<p>Fait en fran\u00e7ais, puis communiqu\u00e9 par \u00e9crit le 10 novembre 2020, en application de l\u2019article\u00a077\u00a0\u00a7\u00a7\u00a02 et\u00a03 du r\u00e8glement.<\/p>\n<p>Hasan Bak\u0131rc\u0131 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 Ale\u0161 Pejchal<br \/>\nGreffier adjoint \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0Pr\u00e9sident<\/p>\n<div class=\"social-share-buttons\"><a href=\"https:\/\/www.facebook.com\/sharer\/sharer.php?u=https:\/\/loisdumonde.com\/?p=168\" target=\"_blank\" rel=\"noopener\">Facebook<\/a><a href=\"https:\/\/twitter.com\/intent\/tweet?url=https:\/\/loisdumonde.com\/?p=168&text=AFFAIRE+KAYA+c.+TURQUIE+%28Cour+europ%C3%A9enne+des+droits+de+l%E2%80%99homme%29+Requ%C3%AAte+no+28106%2F10\" target=\"_blank\" rel=\"noopener\">Twitter<\/a><a href=\"https:\/\/www.linkedin.com\/shareArticle?url=https:\/\/loisdumonde.com\/?p=168&title=AFFAIRE+KAYA+c.+TURQUIE+%28Cour+europ%C3%A9enne+des+droits+de+l%E2%80%99homme%29+Requ%C3%AAte+no+28106%2F10\" target=\"_blank\" rel=\"noopener\">LinkedIn<\/a><a href=\"https:\/\/pinterest.com\/pin\/create\/button\/?url=https:\/\/loisdumonde.com\/?p=168&description=AFFAIRE+KAYA+c.+TURQUIE+%28Cour+europ%C3%A9enne+des+droits+de+l%E2%80%99homme%29+Requ%C3%AAte+no+28106%2F10\" target=\"_blank\" rel=\"noopener\">Pinterest<\/a><\/div>","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>INTRODUCTION. La requ\u00eate concerne la d\u00e9molition d\u2019une maison de fortune (gecekondu) \u00e9rig\u00e9e ill\u00e9galement sur un terrain public et l\u2019absence d\u2019indemnisation pour le pr\u00e9judice que la requ\u00e9rante estime avoir subi. 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