{"id":1573,"date":"2022-06-10T08:24:13","date_gmt":"2022-06-10T08:24:13","guid":{"rendered":"https:\/\/loisdumonde.com\/?p=1573"},"modified":"2022-06-10T08:38:04","modified_gmt":"2022-06-10T08:38:04","slug":"affaire-savickis-et-autres-c-lettonie-cour-europeenne-des-droits-de-lhomme-49270-11","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/loisdumonde.com\/?p=1573","title":{"rendered":"AFFAIRE SAVICKIS ET AUTRES c. LETTONIE (Cour europ\u00e9enne des droits de l\u2019homme) 49270\/11"},"content":{"rendered":"<p>La pr\u00e9sente affaire porte sur la diff\u00e9rence de traitement op\u00e9r\u00e9e entre les citoyens lettons et les \u00ab\u00a0non-citoyens r\u00e9sidents permanents\u00a0\u00bb (nepilso\u0146i) de Lettonie en ce qui concerne le calcul de leurs pensions de retraite respectives,<!--more--> les p\u00e9riodes de travail et les p\u00e9riodes assimil\u00e9es accumul\u00e9es par ces derniers avant 1991 en dehors de la Lettonie dans d\u2019autres r\u00e9gions de l\u2019ex-Union des r\u00e9publiques socialistes sovi\u00e9tiques (l\u2019URSS) ayant \u00e9t\u00e9 exclues de ce calcul. Les requ\u00e9rants invoquent l\u2019article 14 de la Convention combin\u00e9 avec l\u2019article\u00a01 du Protocole no\u00a01.<\/p>\n<hr \/>\n<p>T\u00e9l\u00e9charger le document <a href=\"https:\/\/loisdumonde.com\/wp-content\/uploads\/2022\/06\/AFFAIRE-SAVICKIS-ET-AUTRES-c.-LETTONIE_49270_11.pdf\" target=\"_blank\" rel=\"noopener\">PDF<\/a>, <a href=\"https:\/\/loisdumonde.com\/wp-content\/uploads\/2022\/06\/AFFAIRE-SAVICKIS-ET-AUTRES-c.-LETTONIE.docx\">WORD<\/a><\/p>\n<p style=\"text-align: center;\">GRANDE CHAMBRE<br \/>\n<strong>AFFAIRE SAVICKIS ET AUTRES c. LETTONIE<\/strong><br \/>\n<em>(Requ\u00eate no 49270\/11)<\/em><br \/>\nARR\u00caT<\/p>\n<p>Art 14 (+ Art 1 P1) \u2022 Discrimination \u2022 Exclusion des p\u00e9riodes de travail accumul\u00e9es dans d\u2019autres \u00c9tats de l\u2019ex-URSS du calcul des pensions des non-citoyens r\u00e9sidents permanents, non applicable aux citoyens lettons, justifi\u00e9e par des consid\u00e9rations tr\u00e8s fortes \u2022 Diff\u00e9rence de traitement litigieuse justifi\u00e9e par les buts l\u00e9gitimes que sont la protection de l\u2019identit\u00e9 constitutionnelle de la Lettonie, fond\u00e9e sur la doctrine de la continuit\u00e9 de l\u2019\u00c9tat, et la pr\u00e9servation de l\u2019\u00e9conomie nationale \u2022 Importance du contexte particulier r\u00e9sultant de d\u00e9cennies d\u2019occupation et d\u2019annexion ill\u00e9gales et des choix politiques difficiles op\u00e9r\u00e9s apr\u00e8s le r\u00e9tablissement de l\u2019ind\u00e9pendance \u2022 Ample marge d\u2019appr\u00e9ciation non outrepass\u00e9e \u2022 Importance accord\u00e9e aux choix personnel des requ\u00e9rants de demeurer des \u00ab\u00a0non-citoyens r\u00e9sidents permanents\u00a0\u00bb alors qu\u2019ils auraient pu acqu\u00e9rir la nationalit\u00e9 lettone \u2022 Affaire distincte de l\u2019affaire Andrejeva c. Lettonie en ce qu\u2019elle porte sur des p\u00e9riodes de travail accumul\u00e9es en dehors de la Lettonie, avant l\u2019\u00e9tablissement de tout lien avec ce pays \u2022 Absence de perte des prestations de base et de celles fond\u00e9es sur des cotisations<\/p>\n<p style=\"text-align: center;\">STRASBOURG<br \/>\n9 juin 2022<\/p>\n<p>Cet arr\u00eat est d\u00e9finitif. Il peut subir des retouches de forme.<\/p>\n<p><strong>En l\u2019affaire Savickis et autres c. Lettonie,<\/strong><\/p>\n<p>La Cour europ\u00e9enne des droits de l\u2019homme, si\u00e9geant en une Grande Chambre compos\u00e9e de\u00a0:<br \/>\nRobert Spano, pr\u00e9sident,<br \/>\nJon Fridrik Kj\u00f8lbro,<br \/>\nS\u00edofra O\u2019Leary,<br \/>\nYonko Grozev,<br \/>\nKsenija Turkovi\u0107,<br \/>\nPaul Lemmens,<br \/>\nGanna Yudkivska,<br \/>\nAle\u0161 Pejchal,<br \/>\nKrzysztof Wojtyczek,<br \/>\nBranko Lubarda,<br \/>\nM\u0101rti\u0146\u0161 Mits,<br \/>\nPauliine Koskelo,<br \/>\nL\u0259tif H\u00fcseynov,<br \/>\nLado Chanturia,<br \/>\nErik Wennerstr\u00f6m,<br \/>\nAnja Seibert-Fohr,<br \/>\nMattias Guyomar, juges,<br \/>\net de Abel Campos, greffier adjoint,<\/p>\n<p>Apr\u00e8s en avoir d\u00e9lib\u00e9r\u00e9 en chambre du conseil le 2 mars 2022,<\/p>\n<p>Rend l\u2019arr\u00eat que voici, adopt\u00e9 \u00e0 cette date\u00a0:<\/p>\n<p><strong>INTRODUCTION<\/strong><\/p>\n<p>1. La pr\u00e9sente affaire porte sur la diff\u00e9rence de traitement op\u00e9r\u00e9e entre les citoyens lettons et les \u00ab\u00a0non-citoyens r\u00e9sidents permanents\u00a0\u00bb (nepilso\u0146i) de Lettonie en ce qui concerne le calcul de leurs pensions de retraite respectives, les p\u00e9riodes de travail et les p\u00e9riodes assimil\u00e9es accumul\u00e9es par ces derniers avant 1991 en dehors de la Lettonie dans d\u2019autres r\u00e9gions de l\u2019ex-Union des r\u00e9publiques socialistes sovi\u00e9tiques (l\u2019URSS) ayant \u00e9t\u00e9 exclues de ce calcul. Les requ\u00e9rants invoquent l\u2019article 14 de la Convention combin\u00e9 avec l\u2019article\u00a01 du Protocole no\u00a01.<\/p>\n<p><strong>PROC\u00e9DURE<\/strong><\/p>\n<p>2. \u00c0 l\u2019origine de l\u2019affaire se trouve une requ\u00eate (no 49270\/11) dirig\u00e9e contre la R\u00e9publique de Lettonie et dont un groupe de personnes n\u00e9es entre 1938 et 1948 et r\u00e9sidant dans diff\u00e9rentes villes de Lettonie ont saisi la Cour en vertu de l\u2019article 34 de la Convention de sauvegarde des droits de l\u2019homme et des libert\u00e9s fondamentales (\u00ab\u00a0la Convention\u00a0\u00bb).<\/p>\n<p>3. Devant la Cour, les requ\u00e9rants ont \u00e9t\u00e9 repr\u00e9sent\u00e9s par Me\u00a0I.\u00a0Niku\u013cceva, avocate au barreau de Riga. Le gouvernement d\u00e9fendeur a \u00e9t\u00e9 repr\u00e9sent\u00e9 par son agente, Mme\u00a0K.\u00a0L\u012bce. Le gouvernement russe, qui a par la suite exerc\u00e9 son droit d\u2019intervention (articles 36 \u00a7 1 de la Convention et 44 \u00a7 1 b) du r\u00e8glement de la Cour \u2013 \u00ab\u00a0le r\u00e8glement\u00a0\u00bb), a \u00e9t\u00e9 repr\u00e9sent\u00e9 par le repr\u00e9sentant de la F\u00e9d\u00e9ration de Russie devant la Cour europ\u00e9enne des droits de l\u2019homme, M.\u00a0Galperin.<\/p>\n<p>4. La requ\u00eate a \u00e9t\u00e9 attribu\u00e9e \u00e0 la cinqui\u00e8me section de la Cour (article\u00a052\u00a0\u00a7\u00a01 du r\u00e8glement). Le 22 juin 2015, la requ\u00eate a \u00e9t\u00e9 notifi\u00e9e au gouvernement d\u00e9fendeur.<\/p>\n<p>5. Le 1er d\u00e9cembre 2020, une chambre de la cinqui\u00e8me section a d\u00e9cid\u00e9 de se dessaisir en faveur de la Grande Chambre, aucune des parties ne s\u2019y \u00e9tant oppos\u00e9e (articles 30 de la Convention et 72 du r\u00e8glement).<\/p>\n<p>6. La composition de la Grande Chambre a ensuite \u00e9t\u00e9 arr\u00eat\u00e9e conform\u00e9ment aux articles 26 \u00a7\u00a7 4 et 5 de la Convention et 24 du r\u00e8glement.<\/p>\n<p>7. Tant les requ\u00e9rants que le Gouvernement ont soumis des observations \u00e9crites sur la recevabilit\u00e9 et le fond de l\u2019affaire (article 59 \u00a7 1 du r\u00e8glement).<\/p>\n<p>8. La cinqui\u00e8me requ\u00e9rante (Mme Marzija Vagapova) ayant acquis la nationalit\u00e9 russe, le gouvernement russe a exprim\u00e9 le 5 f\u00e9vrier 2021 son intention d\u2019exercer son droit d\u2019intervenir dans la proc\u00e9dure \u00e9crite et orale (articles\u00a036\u00a0\u00a7\u00a01 de la Convention et 44 \u00a7 1 du r\u00e8glement). Par la suite, il a soumis des observations \u00e9crites sur la recevabilit\u00e9 et le fond de l\u2019affaire.<\/p>\n<p>9. Une audience s\u2019est d\u00e9roul\u00e9e le 26 mai 2021 au Palais des Droits de l\u2019Homme, \u00e0 Strasbourg, par visioconf\u00e9rence en raison de la situation sanitaire li\u00e9e \u00e0 la pand\u00e9mie de Covid-19. L\u2019enregistrement de l\u2019audience a \u00e9t\u00e9 rendu public le lendemain sur le site Internet de la Cour.<\/p>\n<p>Ont comparu :<br \/>\n\u2013 pour le gouvernement d\u00e9fendeur<br \/>\nMmes K. L\u012bce, agente,<br \/>\nE.L. V\u012btola,<br \/>\nS. Kauli\u0146a,<br \/>\nB. Felsberga, conseill\u00e8res\u00a0;<br \/>\n\u2013 pour les requ\u00e9rants<br \/>\nMes I. Niku\u013cceva, conseil,<br \/>\nA. Kuzmins, conseiller\u00a0;<br \/>\n\u2013 pour le gouvernement russe<br \/>\nM. M. Galperin, repr\u00e9sentant du gouvernement russe,<br \/>\nMme A. Dzutseva, conseil,<br \/>\nMM. S. Andreyev,<\/p>\n<p>S. Toropov,<\/p>\n<p>O. Polokhov, conseillers.<\/p>\n<p>La Cour a entendu Mme L\u012bce, Me Niku\u013cceva, Me Kuzmins et M. Galperin en leurs d\u00e9clarations, ainsi que Mme L\u012bce, Me Niku\u013cceva et Me Kuzmins en leurs r\u00e9ponses aux questions pos\u00e9es par les juges.<\/p>\n<p>en fait<\/p>\n<p>10. Les requ\u00e9rants sont n\u00e9s entre 1938 et 1948 et r\u00e9sident dans diff\u00e9rentes villes de Lettonie.<\/p>\n<p>11. Les faits de la cause, tels qu\u2019ils ont \u00e9t\u00e9 expos\u00e9s par les parties, peuvent se r\u00e9sumer comme suit.<\/p>\n<p><strong>I. LE CONTEXTE HISTORIQUE G\u00c9N\u00c9RAL DE L\u2019AFFAIRE<\/strong><\/p>\n<p>12. Le contexte historique de l\u2019affaire, \u00e0 savoir l\u2019incorporation des \u00c9tats baltes dans l\u2019Union sovi\u00e9tique op\u00e9r\u00e9e en 1940, a \u00e9t\u00e9 d\u00e9crit dans les arr\u00eats \u017ddanoka\u00a0c.\u00a0Lettonie ([GC], no\u00a058278\/00, \u00a7\u00a7 12-13, CEDH 2006\u2011IV), Kuolelis et autres c.\u00a0Lituanie (nos\u00a074357\/01 et 2 autres, \u00a7 8, 19\u00a0f\u00e9vrier 2008), Vasiliauskas c.\u00a0Lituanie ([GC], no 35343\/05, \u00a7\u00a7 11-12, CEDH 2015) et S\u00f5ro\u00a0c.\u00a0Estonie (no 22588\/08, \u00a7 6, 3 septembre 2015).<\/p>\n<p>13. Le 4 mai 1990, le Conseil supr\u00eame de la R\u00e9publique socialiste sovi\u00e9tique de Lettonie (la \u00ab\u00a0RSS\u00a0\u00bb de Lettonie, l\u2019une des quinze \u00ab\u00a0r\u00e9publiques socialistes sovi\u00e9tiques\u00a0\u00bb de l\u2019URSS), l\u2019assembl\u00e9e l\u00e9gislative \u00e9lue le 18\u00a0mars de la m\u00eame ann\u00e9e, adopta la D\u00e9claration sur le r\u00e9tablissement de l\u2019ind\u00e9pendance de la R\u00e9publique de Lettonie, qui proclamait ill\u00e9gale au regard du droit international l\u2019incorporation de la Lettonie dans l\u2019URSS op\u00e9r\u00e9e en 1940 et redonnait force de loi aux dispositions fondamentales de la Constitution de 1922 (Satversme). Une p\u00e9riode de transition visant \u00e0 la restauration de la souverainet\u00e9 de fait de la Lettonie fut instaur\u00e9e. La tenue de n\u00e9gociations avec l\u2019URSS sur la base du trait\u00e9 de paix de 1920 entre la Lettonie et la Russie \u00e9tait pr\u00e9vue. Au cours de cette p\u00e9riode, un certain nombre de dispositions de la Constitution de la RSS de Lettonie et d\u2019autres instruments juridiques demeur\u00e8rent en vigueur pour autant qu\u2019elles ne contrevenaient pas aux dispositions fondamentales de la Constitution de 1922 (paragraphes\u00a060-61 ci-dessous).<\/p>\n<p>14. Le 21 ao\u00fbt 1991, le Conseil supr\u00eame adopta une loi constitutionnelle proclamant l\u2019ind\u00e9pendance totale et imm\u00e9diate du pays (paragraphe\u00a062 ci\u2011dessous). La p\u00e9riode transitoire instaur\u00e9e par la D\u00e9claration du 4\u00a0mai 1990 sur le r\u00e9tablissement de l\u2019ind\u00e9pendance fut lev\u00e9e.<\/p>\n<p>15. Le 8 d\u00e9cembre 1991, le B\u00e9larus, la F\u00e9d\u00e9ration de Russie et l\u2019Ukraine sign\u00e8rent l\u2019accord de Minsk, qui prenait acte de la fin de l\u2019existence de l\u2019URSS et instituait la Communaut\u00e9 d\u2019\u00c9tats ind\u00e9pendants (la \u00ab\u00a0CEI\u00a0\u00bb).<\/p>\n<p>16. Le 21 d\u00e9cembre 1991, onze \u00e9tats souverains qui faisaient jadis partie de l\u2019URSS \u2013 mais parmi lesquels ne figuraient ni la Lettonie, ni la Lituanie ni l\u2019Estonie ni la G\u00e9orgie \u2013 sign\u00e8rent la D\u00e9claration d\u2019Alma-Ata, qui confirmait et d\u00e9veloppait l\u2019accord de Minsk portant cr\u00e9ation de la CEI. La D\u00e9claration d\u2019Alma-Ata \u00e9non\u00e7ait qu\u2019\u00ab\u00a0[avec] la cr\u00e9ation de la [CEI], l\u2019Union des R\u00e9publiques socialistes sovi\u00e9tiques [avait] cess[\u00e9] d\u2019exister\u00a0\u00bb et que la CEI ne constituait ni un \u00c9tat ni une entit\u00e9 supra-\u00e9tatique. Un Conseil des chefs des gouvernements de la CEI fut cr\u00e9\u00e9. Le m\u00eame jour, ce conseil prit la d\u00e9cision suivante (ONU, documents officiels, A\/47\/60)\u00a0:<\/p>\n<p>\u00ab\u00a0Les \u00c9tats de la Communaut\u00e9 estiment que la Russie doit succ\u00e9der \u00e0 l\u2019URSS \u00e0 l\u2019ONU, y compris en tant que membre permanent du Conseil de s\u00e9curit\u00e9, et dans les autres organisations internationales.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p><strong>II. LES CIRCONSTANCES DE L\u2019ESP\u00c8CE<\/strong><\/p>\n<p><strong>A. Le calcul initial des pensions de retraite des requ\u00e9rants<\/strong><\/p>\n<p>17. En 1996, la R\u00e9publique de Lettonie instaura un r\u00e9gime de s\u00e9curit\u00e9 sociale qui tenait compte, aux fins du calcul des pensions de retraite, des p\u00e9riodes de travail et des p\u00e9riodes assimil\u00e9es accumul\u00e9es avant 1991 sur le territoire letton. Pour les citoyens lettons, ces p\u00e9riodes devaient aussi \u00eatre prises en compte si elles avaient \u00e9t\u00e9 accumul\u00e9es sur les autres territoires de l\u2019ex-URSS. En revanche, pour les \u00ab\u00a0non-citoyens r\u00e9sidents permanents\u00a0\u00bb, les p\u00e9riodes de travail et les p\u00e9riodes assimil\u00e9es accumul\u00e9es sur les autres territoires de l\u2019ex-URSS ne pouvaient \u00eatre prises en compte que dans un nombre limit\u00e9 de cas (paragraphes\u00a066-68 ci-dessous).<\/p>\n<p>18. Les requ\u00e9rants, qui sont tous n\u00e9s dans diff\u00e9rentes r\u00e9gions de ce qui \u00e9tait alors l\u2019Union sovi\u00e9tique et qui \u00e9taient ressortissants de l\u2019ex\u2011URSS, s\u2019install\u00e8rent en Lettonie \u00e0 une \u00e9poque o\u00f9 celle-ci faisait partie int\u00e9grante de l\u2019Union sovi\u00e9tique. Certains d\u2019entre eux arriv\u00e8rent en Lettonie d\u00e8s leur plus jeune \u00e2ge, d\u2019autres peu avant le r\u00e9tablissement de l\u2019ind\u00e9pendance de la Lettonie, dans les ann\u00e9es 1990-1991. Ils n\u2019obtinrent pas la nationalit\u00e9 lettone \u00e0 la suite du r\u00e9tablissement de l\u2019ind\u00e9pendance de la Lettonie, mais ils se virent accorder le statut de \u00ab\u00a0non-citoyens r\u00e9sidents permanents\u00a0\u00bb (nepilso\u0146i) de Lettonie. Apr\u00e8s avoir travaill\u00e9 en Lettonie jusqu\u2019\u00e0 leur retraite, ils se virent allouer des pensions de retraite. Toutefois, contrairement \u00e0 celles des citoyens lettons, leurs pensions de retraite furent calcul\u00e9es sans qu\u2019il f\u00fbt tenu compte des p\u00e9riodes de travail et des p\u00e9riodes assimil\u00e9es accumul\u00e9es par eux en dehors du territoire letton dans d\u2019autres r\u00e9gions de l\u2019ex-URSS avant le r\u00e9tablissement de l\u2019ind\u00e9pendance de la Lettonie.<\/p>\n<p><em>1. Le premier requ\u00e9rant (M. Jurijs Savickis)<\/em><\/p>\n<p>19. Le premier requ\u00e9rant est n\u00e9 dans l\u2019oblast de Kalinin (Russie) en 1939. Devant la Cour, il avance que la p\u00e9riode de vingt et un ans, trois mois et treize jours pendant laquelle il a travaill\u00e9 en Russie a d\u2019abord \u00e9t\u00e9 exclue du calcul de sa pension, et qu\u2019elle y a ensuite \u00e9t\u00e9 int\u00e9gr\u00e9e mais seulement ex nunc, sans effet r\u00e9troactif.<\/p>\n<p>20. Par une lettre re\u00e7ue au greffe le 30 octobre 2020, la repr\u00e9sentante des requ\u00e9rants a inform\u00e9 la Cour du d\u00e9c\u00e8s du premier requ\u00e9rant. Par une lettre du 16 f\u00e9vrier 2021, elle a indiqu\u00e9 \u00e0 la Cour qu\u2019aucun h\u00e9ritier ou proche du premier requ\u00e9rant ne s\u2019\u00e9tait manifest\u00e9 pour exprimer le souhait de poursuivre la proc\u00e9dure en son nom.<\/p>\n<p><em>2. Le deuxi\u00e8me requ\u00e9rant (M. Gen\u0101dijs Nesterovs)<\/em><\/p>\n<p>21. Le deuxi\u00e8me requ\u00e9rant est n\u00e9 \u00e0 Bakou (Azerba\u00efdjan) en 1938. Dans ses observations, il indique avoir travaill\u00e9 sur le territoire azerba\u00efdjanais de 1956 \u00e0 1957, puis de 1960 \u00e0 1968 (pendant neuf ans, un mois et huit jours au total), avoir \u00e9t\u00e9 appel\u00e9 \u00e0 accomplir son service militaire obligatoire en Allemagne de l\u2019Est de 1957 \u00e0 1960 (pendant trois ans, deux mois et douze jours), et avoir commenc\u00e9 \u00e0 travailler en Lettonie en 1968, \u00e0 l\u2019\u00e2ge de trente ans.<\/p>\n<p>22. Le 12 janvier 1999, l\u2019Agence de l\u2019assurance sociale de l\u2019\u00c9tat (Valsts soci\u0101l\u0101s apdro\u0161in\u0101\u0161anas a\u0123ent\u016bra) accorda une pension de retraite au deuxi\u00e8me requ\u00e9rant. La dur\u00e9e d\u2019assurance \u00e0 prendre en compte fut fix\u00e9e \u00e0 trente ans, un mois et quatorze jours. Les p\u00e9riodes de travail et de service militaire accomplies par l\u2019int\u00e9ress\u00e9 en dehors du territoire letton ne furent pas prises en compte dans le calcul de sa pension. La pension mensuelle de l\u2019int\u00e9ress\u00e9, payable \u00e0 compter du 3 d\u00e9cembre 1998, fut fix\u00e9e \u00e0 79,05 lats lettons (LVL) (soit environ 113\u00a0euros (EUR)).<\/p>\n<p>23. Le 11 f\u00e9vrier 2008, le montant de la pension du deuxi\u00e8me requ\u00e9rant fut recalcul\u00e9, car celui-ci avait continu\u00e9 \u00e0 travailler entre-temps. La dur\u00e9e d\u2019assurance \u00e0 prendre en compte fut fix\u00e9e \u00e0 trente-neuf ans, un mois et treize jours. La pension mensuelle de l\u2019int\u00e9ress\u00e9, payable \u00e0 compter du 1er\u00a0janvier 2007, fut fix\u00e9e \u00e0 177,46 LVL (soit environ 253 EUR).<\/p>\n<p>24. Selon les informations les plus r\u00e9centes fournies par les requ\u00e9rants, le deuxi\u00e8me requ\u00e9rant per\u00e7oit depuis d\u00e9cembre 2015 une pension de 359,15\u00a0EUR augment\u00e9e d\u2019une majoration de 26,89 EUR. Les p\u00e9riodes de travail accumul\u00e9es en Azerba\u00efdjan et la dur\u00e9e du service militaire accompli par l\u2019int\u00e9ress\u00e9 en Allemagne sont rest\u00e9es exclues du calcul de sa pension.<\/p>\n<p><em>3. Le troisi\u00e8me requ\u00e9rant (M. Vladimirs Podo\u013cako)<\/em><\/p>\n<p>25. Le troisi\u00e8me requ\u00e9rant est n\u00e9 \u00e0 Vladivostok (Russie) en 1948. Il arriva en Lettonie en 1951, \u00e0 l\u2019\u00e2ge de trois ans. Il commen\u00e7a \u00e0 travailler en Lettonie en 1968. Il dit avoir accompli son service militaire obligatoire en Russie (pendant deux ans et un mois).<\/p>\n<p>26. Le 20 octobre 2009, le troisi\u00e8me requ\u00e9rant sollicita une pension de retraite anticip\u00e9e. Le 2 d\u00e9cembre 2009, sa demande fut rejet\u00e9e au motif qu\u2019il ne justifiait pas d\u2019une dur\u00e9e d\u2019assurance au moins \u00e9gale \u00e0 trente ans, condition requise pour la perception d\u2019une telle pension. Les ann\u00e9es de service militaire accomplies par l\u2019int\u00e9ress\u00e9 n\u2019ayant pas \u00e9t\u00e9 prises en compte, la dur\u00e9e d\u2019assurance le concernant fut fix\u00e9e \u00e0 vingt-huit ans, cinq mois et quatorze jours. Les juridictions administratives refus\u00e8rent d\u2019examiner le recours introduit devant elles par le troisi\u00e8me requ\u00e9rant, au motif que celui-ci n\u2019avait pas d\u00e9montr\u00e9 avoir satisfait aux exigences proc\u00e9durales applicables.<\/p>\n<p>27. Le 2 ao\u00fbt 2010, le troisi\u00e8me requ\u00e9rant, qui avait atteint l\u2019\u00e2ge l\u00e9gal de la retraite, se vit accorder une pension de retraite de 186,17 LVL (soit environ 265 EUR), payable \u00e0 compter du 11 juillet 2010. Le requ\u00e9rant ayant continu\u00e9 \u00e0 travailler, sa dur\u00e9e d\u2019assurance fut fix\u00e9e \u00e0 vingt-neuf ans, trois mois et seize jours.<\/p>\n<p>28. Il ressort des informations les plus r\u00e9centes fournies par le troisi\u00e8me requ\u00e9rant que celui-ci per\u00e7oit depuis d\u00e9cembre 2015 une pension de 283,05\u00a0EUR augment\u00e9e d\u2019une majoration de 16,93 EUR, et que ses ann\u00e9es de service militaire obligatoire accomplies en Russie sont rest\u00e9es exclues du calcul de sa pension.<\/p>\n<p><em>4. La quatri\u00e8me requ\u00e9rante (Mme Asija Sivicka)<\/em><\/p>\n<p>29. La quatri\u00e8me requ\u00e9rante est n\u00e9e \u00e0 Termez (Ouzb\u00e9kistan) en 1946. Il ressort des informations fournies par l\u2019Agence de l\u2019assurance sociale de l\u2019\u00c9tat que la requ\u00e9rante travailla en Ouzb\u00e9kistan de 1963 \u00e0 1971 (pendant sept ans, dix mois et quatorze jours, auxquels s\u2019ajoutent deux mois de cong\u00e9 parental). Entre 1971 et 1973, la requ\u00e9rante b\u00e9n\u00e9ficia d\u2019un cong\u00e9 parental d\u2019une dur\u00e9e totale d\u2019un an, onze mois et vingt-six jours, mais les documents fournis \u00e0 la Cour ne pr\u00e9cisent pas dans quel pays l\u2019int\u00e9ress\u00e9e se trouvait pendant cette p\u00e9riode. De 1973 \u00e0 1976, elle travailla en Allemagne pendant deux ans, neuf mois et seize jours, et elle prit un cong\u00e9 parental d\u2019un mois et quatre jours. De 1976 \u00e0 1981, elle travailla en Russie pendant quatre ans, onze mois et vingt-cinq jours. De 1981 \u00e0 1985, elle servit en tant que volontaire dans l\u2019arm\u00e9e russe. De 1985 \u00e0 1987, elle travailla au B\u00e9larus pendant un an, cinq mois et cinq jours. Elle commen\u00e7a \u00e0 travailler en Lettonie en 1987, \u00e0 l\u2019\u00e2ge de quarante et un ans.<\/p>\n<p>30. Le 28 mars 2008, l\u2019Agence de l\u2019assurance sociale de l\u2019\u00c9tat accorda une pension de retraite \u00e0 la quatri\u00e8me requ\u00e9rante. Les p\u00e9riodes de travail et les p\u00e9riodes assimil\u00e9es accumul\u00e9es par l\u2019int\u00e9ress\u00e9e en dehors du territoire letton ayant \u00e9t\u00e9 exclues du calcul de sa pension, la dur\u00e9e d\u2019assurance \u00e0 prendre en compte fut fix\u00e9e \u00e0 dix-neuf ans, onze mois et douze jours. La pension mensuelle de la requ\u00e9rante, payable \u00e0 compter du 27 f\u00e9vrier 2008, fut fix\u00e9e \u00e0 49,50 LVL (soit environ 70 EUR).<\/p>\n<p>31. Le 28 septembre 2010, l\u2019accord sur la coop\u00e9ration en mati\u00e8re de s\u00e9curit\u00e9 sociale conclu entre la R\u00e9publique de Lettonie et la R\u00e9publique du B\u00e9larus (\u00ab\u00a0l\u2019accord letto-b\u00e9larussien sur la s\u00e9curit\u00e9 sociale\u00a0\u00bb) entra en vigueur. Sur la base de cet accord, la R\u00e9publique du B\u00e9larus accorda \u00e0 la quatri\u00e8me requ\u00e9rante une pension de retraite de 6,55 EUR au titre des p\u00e9riodes de travail accomplies par l\u2019int\u00e9ress\u00e9e au B\u00e9larus. La date de cette d\u00e9cision ne figure dans aucun document. Dans son formulaire de requ\u00eate d\u00e9pos\u00e9 le 4 ao\u00fbt 2011, la quatri\u00e8me requ\u00e9rante indiquait qu\u2019elle avait adress\u00e9 une demande de pension en octobre 2010, mais qu\u2019elle n\u2019avait pas encore re\u00e7u de r\u00e9ponse. Toutefois, le Gouvernement soutient que la d\u00e9cision d\u2019attribution d\u2019une pension avait d\u00e9j\u00e0 \u00e9t\u00e9 prise au 27 octobre 2010.<\/p>\n<p>32. Le 19 janvier 2011, l\u2019accord sur la coop\u00e9ration en mati\u00e8re de s\u00e9curit\u00e9 sociale entre la R\u00e9publique de Lettonie et la F\u00e9d\u00e9ration de Russie (\u00ab\u00a0l\u2019accord letto-russe sur la s\u00e9curit\u00e9 sociale\u00a0\u00bb) entra en vigueur. En vertu d\u2019une d\u00e9cision du 8 juin 2011, la p\u00e9riode de travail accomplie en Russie par la quatri\u00e8me requ\u00e9rante fut prise en compte aux fins du calcul de sa pension, en application de l\u2019accord letto-russe sur la s\u00e9curit\u00e9 sociale. La dur\u00e9e d\u2019assurance de l\u2019int\u00e9ress\u00e9e fut en cons\u00e9quence port\u00e9e \u00e0 vingt-sept ans, deux mois et sept jours (y compris les p\u00e9riodes accumul\u00e9es pendant la poursuite de son activit\u00e9 apr\u00e8s la retraite). La pension mensuelle de l\u2019int\u00e9ress\u00e9e, payable \u00e0 compter du 1er f\u00e9vrier 2011, fut fix\u00e9e \u00e0 82,05 LVL (soit environ 117 EUR) et augment\u00e9e d\u2019une majoration de 9,10 LVL (soit environ 13 EUR).<\/p>\n<p>33. Il ressort des informations les plus r\u00e9centes fournies par les requ\u00e9rants que depuis d\u00e9cembre 2015, la quatri\u00e8me requ\u00e9rante re\u00e7oit de la Lettonie une pension de 152,06 EUR augment\u00e9e d\u2019une majoration de 12,95\u00a0EUR. Le B\u00e9larus sert \u00e0 l\u2019int\u00e9ress\u00e9e une pension de 12,50 EUR au titre des p\u00e9riodes de travail accomplies par elle sur son territoire. Les p\u00e9riodes de travail et les p\u00e9riodes assimil\u00e9es accumul\u00e9es par la requ\u00e9rante en Ouzb\u00e9kistan ont \u00e9t\u00e9 exclues du calcul de sa pension. Bien que les p\u00e9riodes de travail accumul\u00e9es par l\u2019int\u00e9ress\u00e9e en Allemagne et la dur\u00e9e du service militaire accompli par elle en Russie aient \u00e9galement \u00e9t\u00e9 exclues du calcul de sa pension, la requ\u00e9rante ne se plaint pas de cette exclusion car celle-ci s\u2019applique aussi au calcul des pensions des citoyens lettons.<\/p>\n<p><em>5. La cinqui\u00e8me requ\u00e9rante (Mme Marzija Vagapova)<\/em><\/p>\n<p>34. La cinqui\u00e8me requ\u00e9rante est n\u00e9e \u00e0 Syzran (Russie) en 1942. Il ressort des informations fournies par l\u2019Agence de l\u2019assurance sociale de l\u2019\u00c9tat que la requ\u00e9rante travailla en Russie de 1960 \u00e0 1970 (pendant neuf ans, dix mois et quatorze jours), en Ouzb\u00e9kistan de 1970 \u00e0 1971 (pendant sept mois et dix jours), au Turkm\u00e9nistan de 1972 \u00e0 1980 (pendant quatre ans, neuf mois et quinze jours ou, selon les propres calculs de la requ\u00e9rante, cinq ans, trois mois et douze jours), et au Tadjikistan de 1980 \u00e0 1986 (pendant six ans, un mois et quinze jours). L\u2019int\u00e9ress\u00e9e commen\u00e7a \u00e0 travailler en Lettonie en 1987, \u00e0 l\u2019\u00e2ge de quarante-quatre ans.<\/p>\n<p>35. Le 16 f\u00e9vrier 2005, l\u2019Agence de l\u2019assurance sociale de l\u2019\u00c9tat accorda une pension de retraite \u00e0 la cinqui\u00e8me requ\u00e9rante. Les ann\u00e9es de travail accomplies par la requ\u00e9rante en dehors du territoire letton ayant \u00e9t\u00e9 exclues du calcul de sa pension, la dur\u00e9e d\u2019assurance \u00e0 prendre en compte fut fix\u00e9e \u00e0 dix ans et quatre jours. La pension mensuelle de la requ\u00e9rante, payable \u00e0 compter du 1er d\u00e9cembre 2004, fut fix\u00e9e \u00e0 38,50 LVL (soit environ 55\u00a0EUR).<\/p>\n<p>36. En vertu d\u2019une d\u00e9cision du 11 mars 2011, les p\u00e9riodes de travail accumul\u00e9es par la requ\u00e9rante en Russie furent prises en compte aux fins du calcul de sa pension, en application de l\u2019accord letto-russe sur la s\u00e9curit\u00e9 sociale. En cons\u00e9quence, la dur\u00e9e d\u2019assurance de l\u2019int\u00e9ress\u00e9e fut port\u00e9e \u00e0 vingt et un ans, un mois et dix-huit jours (y compris les p\u00e9riodes de travail accumul\u00e9es apr\u00e8s la retraite). La pension mensuelle de la requ\u00e9rante fut port\u00e9e \u00e0 88,76\u00a0LVL (soit environ 126 EUR). L\u2019int\u00e9ress\u00e9e se vit \u00e9galement accorder une majoration de 12,60\u00a0LVL (soit environ 18 EUR), payable \u00e0 compter du 1er f\u00e9vrier 2011.<\/p>\n<p>37. Il ressort des informations les plus r\u00e9centes fournies par la cinqui\u00e8me requ\u00e9rante que depuis d\u00e9cembre 2015, celle-ci per\u00e7oit une pension de 137,08\u00a0EUR augment\u00e9e d\u2019une majoration de 17,93 EUR. Les p\u00e9riodes de travail accumul\u00e9es par l\u2019int\u00e9ress\u00e9e en Ouzb\u00e9kistan, au Turkm\u00e9nistan et au Tadjikistan sont rest\u00e9es exclues du calcul de sa pension.<\/p>\n<p>38. \u00e0 une date non pr\u00e9cis\u00e9e (post\u00e9rieure \u00e0 l\u2019introduction de la requ\u00eate devant la Cour, mais ant\u00e9rieure au dessaisissement au profit de la Grande Chambre), la cinqui\u00e8me requ\u00e9rante acquit la nationalit\u00e9 russe.<\/p>\n<p><strong>B. Le premier arr\u00eat de la Cour constitutionnelle (2001)<\/strong><\/p>\n<p>39. En 2001, saisie d\u2019un recours introduit devant elle par vingt d\u00e9put\u00e9s, la Cour constitutionnelle (Satversmes tiesa) fut appel\u00e9e \u00e0 contr\u00f4ler la disposition l\u00e9gale interne qui pr\u00e9voyait un calcul diff\u00e9renci\u00e9 des pensions d\u2019\u00c9tat selon que leurs b\u00e9n\u00e9ficiaires poss\u00e9daient ou non la citoyennet\u00e9 lettone. Elle jugea que la disposition litigieuse, \u00e0 savoir le premier paragraphe des dispositions transitoires de la loi relative aux pensions d\u2019\u00c9tat, \u00e9tait sans rapport avec le droit de propri\u00e9t\u00e9 au motif que les droits \u00e0 pension au titre des p\u00e9riodes consid\u00e9r\u00e9es reposaient sur le principe de solidarit\u00e9 et qu\u2019elle n\u2019\u00e9tablissait pas de lien direct entre les cotisations et le montant des pensions. En cons\u00e9quence, elle conclut que la disposition critiqu\u00e9e n\u2019\u00e9tait pas contraire \u00e0 l\u2019article 1 du Protocole no 1 et qu\u2019elle ne violait pas l\u2019article\u00a014 de la Convention. En outre, elle estima que la distinction op\u00e9r\u00e9e par la l\u00e9gislation interne \u00e9tait objectivement justifi\u00e9e par la nature et les principes du r\u00e9gime de pensions letton, et qu\u2019elle ne s\u2019analysait pas en une discrimination au sens de la Constitution. Elle consid\u00e9ra que la question des p\u00e9riodes de travail accumul\u00e9es en dehors de la Lettonie avant 1991 par les personnes qui ne poss\u00e9daient pas la nationalit\u00e9 lettone devait \u00eatre r\u00e9gl\u00e9e par voie d\u2019accords internationaux, et que la Lettonie n\u2019\u00e9tait pas tenue d\u2019assumer les obligations d\u2019un autre \u00c9tat (on trouvera une traduction des principaux arguments de la Cour constitutionnelle dans l\u2019arr\u00eat Andrejeva c. Lettonie [GC], no\u00a055707\/00, \u00a7\u00a037, CEDH 2009).<\/p>\n<p><strong>C. L\u2019arr\u00eat rendu par la Cour dans l\u2019affaire Andrejeva<\/strong><\/p>\n<p>40. La question de la conformit\u00e9 du premier paragraphe des dispositions transitoires de la loi relative aux pensions d\u2019\u00c9tat \u00e0 l\u2019article 1 du Protocole\u00a0no\u00a01 et \u00e0 l\u2019article 14 de la Convention a \u00e9t\u00e9 soulev\u00e9e devant la Cour dans l\u2019affaire Andrejeva, pr\u00e9cit\u00e9e. Dans l\u2019arr\u00eat qu\u2019elle a rendu dans cette affaire, la Cour a commenc\u00e9 par rappeler que, dans l\u2019affaire Stec\u00a0et\u00a0autres\u00a0c.\u00a0Royaume-Uni ((d\u00e9c.) [GC], nos 65731\/01 et 65900\/01, CEDH 2005-X), elle avait abandonn\u00e9 la distinction entre les prestations contributives et les prestations non contributives aux fins de l\u2019applicabilit\u00e9 de l\u2019article 1 du Protocole no 1. Elle a ensuite estim\u00e9 que la th\u00e8se du gouvernement d\u00e9fendeur selon laquelle la Lettonie n\u2019avait pas h\u00e9rit\u00e9 de l\u2019ex-Union sovi\u00e9tique ses droits et obligations en mati\u00e8re de prestations sociales au regard du droit international public manquait en l\u2019occurrence de pertinence, car la Lettonie avait d\u00e9cid\u00e9 d\u2019elle\u2011m\u00eame de verser aux particuliers des pensions au titre du travail accompli par eux en dehors de son territoire, cr\u00e9ant ainsi une base l\u00e9gale suffisamment claire dans son droit interne. En cons\u00e9quence, elle a jug\u00e9 que le droit pr\u00e9sum\u00e9 de b\u00e9n\u00e9ficier d\u2019une telle prestation relevait du champ d\u2019application de l\u2019article 1 du Protocole no 1, et que l\u2019article 14 de la Convention trouvait donc \u00e0 s\u2019appliquer (Andrejeva, pr\u00e9cit\u00e9, \u00a7\u00a7\u00a076-80).<\/p>\n<p>41. Eu \u00e9gard aux conclusions qui suivaient dans son arr\u00eat, la Cour n\u2019a pas estim\u00e9 n\u00e9cessaire de se prononcer sur la question de savoir si le constat des juridictions internes selon lequel le fait, pour un individu, de travailler pour le compte d\u2019un organisme \u00e9tabli en dehors du territoire letton tout en \u00e9tant physiquement pr\u00e9sent en Lettonie ne constituait pas un \u00ab\u00a0travail sur le territoire letton\u00a0\u00bb pouvait passer pour raisonnable ou \u00e9tait au contraire manifestement arbitraire (ibidem, \u00a7 85). Elle a ensuite relev\u00e9 que la diff\u00e9rence de traitement litigieuse poursuivait au moins un but l\u00e9gitime, \u00e0 savoir la protection du syst\u00e8me \u00e9conomique national (ibidem, \u00a7 86), puis elle a constat\u00e9 que le refus des autorit\u00e9s nationales de prendre en charge les ann\u00e9es de travail accomplies par la requ\u00e9rante \u00ab\u00a0en dehors de la Lettonie\u00a0\u00bb reposait exclusivement sur la circonstance que l\u2019int\u00e9ress\u00e9e ne poss\u00e9dait pas la nationalit\u00e9 lettone. Elle en a conclu que la nationalit\u00e9 constituait le seul et unique crit\u00e8re de la distinction en cause (ibidem, \u00a7 87).<\/p>\n<p>42. S\u2019appuyant sur les arr\u00eats Gaygusuz c. Autriche (16 septembre 1996, \u00a7\u00a042, Recueil des arr\u00eats et d\u00e9cisions 1996-IV) et Koua Poirrez c. France (no\u00a040892\/98, \u00a7 46, CEDH 2003-X), la Cour a rappel\u00e9 que seules des consid\u00e9rations tr\u00e8s fortes peuvent l\u2019amener \u00e0 estimer compatible avec la Convention une diff\u00e9rence de traitement exclusivement fond\u00e9e sur la nationalit\u00e9. Elle a constat\u00e9 qu\u2019aucune consid\u00e9ration de cette sorte n\u2019existait dans l\u2019affaire Andrejeva. Elle a relev\u00e9 en premier lieu qu\u2019il n\u2019\u00e9tait pas all\u00e9gu\u00e9 que la requ\u00e9rante ne remplissait pas les autres conditions l\u00e9gales pour b\u00e9n\u00e9ficier de la prise en charge compl\u00e8te de ses ann\u00e9es de travail. Elle en a conclu que l\u2019int\u00e9ress\u00e9e se trouvait dans une situation objectivement analogue \u00e0 celle des individus qui avaient eu une carri\u00e8re professionnelle identique ou similaire comportant des p\u00e9riodes de travail en dehors du territoire letton mais qui avaient \u00e9t\u00e9 reconnus citoyens lettons apr\u00e8s 1991. En deuxi\u00e8me lieu, elle a constat\u00e9 que rien ne montrait qu\u2019\u00e0 l\u2019\u00e9poque sovi\u00e9tique, il y e\u00fbt une quelconque distinction en mati\u00e8re de pensions entre les ressortissants de l\u2019ex\u2011URSS. En troisi\u00e8me lieu, elle a observ\u00e9 que la requ\u00e9rante n\u2019avait alors aucune nationalit\u00e9 et qu\u2019elle b\u00e9n\u00e9ficiait du statut de \u00ab\u00a0non-citoyenne r\u00e9sidente permanente\u00a0\u00bb de Lettonie, le seul \u00c9tat avec lequel elle poss\u00e9dait un rattachement juridique stable, et donc le seul \u00c9tat qui, objectivement, pouvait la prendre en charge pour ce qui \u00e9tait de la s\u00e9curit\u00e9 sociale (Andrejeva, pr\u00e9cit\u00e9, \u00a7 88). En cons\u00e9quence, elle a estim\u00e9 que l\u2019existence d\u2019un \u00ab\u00a0rapport raisonnable de proportionnalit\u00e9\u00a0\u00bb qui aurait rendu la distinction critiqu\u00e9e conforme aux exigences de l\u2019article 14 de la Convention n\u2019\u00e9tait pas \u00e9tablie (ibidem, \u00a7\u00a089).<\/p>\n<p>43. En outre, tout en reconnaissant l\u2019importance des accords inter\u00e9tatiques bilat\u00e9raux en mati\u00e8re de s\u00e9curit\u00e9 sociale pour le r\u00e8glement effectif des probl\u00e8mes tels que celui qui se posait dans cette affaire, la Cour a relev\u00e9 que le gouvernement letton ne pouvait s\u2019exon\u00e9rer de sa responsabilit\u00e9 au regard de l\u2019article 14 de la Convention au motif qu\u2019il n\u2019\u00e9tait pas li\u00e9 par de tels accords (ibidem, \u00a7 90).\u00a0Enfin, elle a rejet\u00e9 la th\u00e8se du gouvernement letton selon laquelle il aurait suffi \u00e0 la requ\u00e9rante de se faire naturaliser lettone pour obtenir l\u2019int\u00e9gralit\u00e9 de la pension r\u00e9clam\u00e9e. Pour se prononcer ainsi, elle a estim\u00e9 qu\u2019une approche consistant \u00e0 d\u00e9bouter la victime d\u2019une discrimination au motif que celle-ci aurait pu y \u00e9chapper en modifiant l\u2019un des crit\u00e8res \u00e9num\u00e9r\u00e9s \u00e0 l\u2019article 14 \u2013 par exemple, en acqu\u00e9rant une nationalit\u00e9 \u2013 aurait vid\u00e9 cette disposition de sa substance (ibidem, \u00a7 91). Partant, la Cour a conclu qu\u2019il y avait eu en l\u2019esp\u00e8ce violation de l\u2019article 14 de la Convention combin\u00e9 avec l\u2019article 1 du Protocole no 1.<\/p>\n<p><strong>D. Les demandes form\u00e9es par les requ\u00e9rants \u00e0 la suite de l\u2019arr\u00eat Andrejeva<\/strong><\/p>\n<p><em>1. Les recours administratifs exerc\u00e9s par les requ\u00e9rants<\/em><\/p>\n<p>44. Le 14 ao\u00fbt 2009, \u00e0 la suite du prononc\u00e9 de l\u2019arr\u00eat rendu dans l\u2019affaire Andrejeva, les premier, deuxi\u00e8me, quatri\u00e8me et cinqui\u00e8me requ\u00e9rants demand\u00e8rent \u00e0 l\u2019Agence de l\u2019assurance sociale de l\u2019\u00c9tat de recalculer leurs pensions en tenant compte des p\u00e9riodes de travail et des p\u00e9riodes assimil\u00e9es accumul\u00e9es par eux dans les territoires de l\u2019ex-URSS autres que la Lettonie et de leur verser une indemnisation en r\u00e9paration de leur pr\u00e9judice mat\u00e9riel. Les demandes des requ\u00e9rants ayant \u00e9t\u00e9 rejet\u00e9es, ceux-ci exerc\u00e8rent devant les tribunaux administratifs des recours tendant \u00e0 la r\u00e9ouverture des proc\u00e9dures administratives les concernant.<\/p>\n<p>45. Les requ\u00e9rants furent d\u00e9bout\u00e9s de leurs recours par des d\u00e9cisions d\u00e9finitives rendues les\u00a020 et 27 novembre 2009 et le 16\u00a0d\u00e9cembre 2009 respectivement par le tribunal administratif de district (Administrat\u012bv\u0101 rajona tiesa). Celui-ci d\u00e9clara que l\u2019arr\u00eat rendu par la Cour ne concernait que Mme\u00a0Andrejeva, et il releva que la Cour n\u2019avait rendu aucun arr\u00eat analogue en faveur des requ\u00e9rants de la pr\u00e9sente affaire. Il jugea par ailleurs que compte tenu de la marge d\u2019appr\u00e9ciation reconnue \u00e0 l\u2019\u00c9tat pour d\u00e9cider de la mani\u00e8re d\u2019ex\u00e9cuter l\u2019arr\u00eat de la Cour de Strasbourg, la r\u00e9ouverture des proc\u00e9dures concernant les requ\u00e9rants ne pouvait se justifier par une modification all\u00e9gu\u00e9e de l\u2019\u00e9tat du droit. Il signala en particulier qu\u2019un projet de modification de la loi relative aux pensions d\u2019\u00c9tat \u00e9tait en cours d\u2019examen par le Parlement, et qu\u2019il avait \u00e9t\u00e9 adopt\u00e9 en premi\u00e8re lecture. Il indiqua que ce projet pr\u00e9voyait l\u2019exclusion des dur\u00e9es d\u2019assurance accumul\u00e9es en dehors du territoire letton du calcul des pensions tant pour les citoyens lettons que pour les \u00ab\u00a0non\u2011citoyens r\u00e9sidents permanents\u00a0\u00bb. Il expliqua que l\u2019expos\u00e9 des motifs du projet modificatif indiquait que l\u2019arr\u00eat Andrejeva pouvait recevoir ex\u00e9cution par l\u2019inclusion de ces p\u00e9riodes dans le calcul des pensions des citoyens lettons et des \u00ab\u00a0non-citoyens r\u00e9sidents permanents\u00a0\u00bb ou par leur exclusion totale de ce calcul, mais que c\u2019\u00e9tait cette derni\u00e8re solution qui avait \u00e9t\u00e9 propos\u00e9e parce que l\u2019inclusion de ces p\u00e9riodes dans le calcul des pensions des \u00ab\u00a0non-citoyens r\u00e9sidents permanents\u00a0\u00bb paraissait contraire \u00e0 la doctrine de la continuit\u00e9 de l\u2019\u00c9tat letton nonobstant l\u2019occupation ou l\u2019annexion de celui-ci par des puissances \u00e9trang\u00e8res. En cons\u00e9quence, le tribunal administratif de district estima que la question d\u2019une modification de l\u2019\u00e9tat du droit susceptible de justifier la r\u00e9ouverture des proc\u00e9dures administratives concernant les requ\u00e9rants ne pourrait se poser qu\u2019\u00e0 l\u2019issue des modifications l\u00e9gislatives propos\u00e9es.<\/p>\n<p><em>2. Le contr\u00f4le juridictionnel exerc\u00e9 par la Cour constitutionnelle<\/em><\/p>\n<p>a) Les recours form\u00e9s par les requ\u00e9rants devant la Cour constitutionnelle<\/p>\n<p>46. Le 5 mars 2010, s\u2019appuyant sur l\u2019arr\u00eat rendu par la Cour dans l\u2019affaire Andrejeva, les premier, deuxi\u00e8me, quatri\u00e8me et cinqui\u00e8me requ\u00e9rants introduisirent devant la Cour constitutionnelle un recours par lequel ils sollicitaient le r\u00e9examen de la compatibilit\u00e9 de la disposition op\u00e9rant la diff\u00e9rence de traitement litigieuse entre les citoyens lettons et les \u00ab\u00a0non\u2011citoyens r\u00e9sidents permanents\u00a0\u00bb, \u00e0 savoir le premier paragraphe des dispositions transitoires de la loi relative aux pensions d\u2019\u00c9tat, avec l\u2019article\u00a091 de la Constitution (consacrant le principe d\u2019\u00e9galit\u00e9 et de non-discrimination) et l\u2019article 14 de la Convention combin\u00e9 avec l\u2019article 1 du Protocole no 1 \u00e0 la Convention.<\/p>\n<p>47. La Cour constitutionnelle d\u00e9clara recevable le recours introduit par les requ\u00e9rants et ouvrit une proc\u00e9dure le 24 mars 2010 (affaire no\u00a02010-20-0106). Elle estima que les int\u00e9ress\u00e9s avaient suffisamment d\u00e9montr\u00e9 qu\u2019ils n\u2019avaient aucune possibilit\u00e9 de faire valoir leurs droits en exer\u00e7ant les voies de recours ordinaires.<\/p>\n<p>48. Le 22 mars 2010, le troisi\u00e8me requ\u00e9rant introduisit un recours analogue, dans lequel il all\u00e9guait en particulier que la dur\u00e9e de son service militaire obligatoire n\u2019avait pas \u00e9t\u00e9 prise en compte aux fins du calcul de sa dur\u00e9e d\u2019assurance, raison pour laquelle sa demande de pension de retraite anticip\u00e9e avait \u00e9t\u00e9 rejet\u00e9e. Le 16 avril 2010, la Cour constitutionnelle ouvrit aussi une proc\u00e9dure \u00e0 l\u2019\u00e9gard du troisi\u00e8me requ\u00e9rant, estimant que la disposition l\u00e9gislative critiqu\u00e9e l\u2019avait personnellement affect\u00e9 et qu\u2019il avait d\u00e9montr\u00e9 qu\u2019il n\u2019avait aucune possibilit\u00e9 de faire valoir ses droits en exer\u00e7ant les voies de recours ordinaires. Le 17 juin 2010, elle d\u00e9cida de joindre ces deux recours.<\/p>\n<p>b) Le deuxi\u00e8me arr\u00eat de la Cour constitutionnelle (2011)<\/p>\n<p>49. Par un arr\u00eat rendu le 17 f\u00e9vrier 2011, la Cour constitutionnelle jugea que la disposition l\u00e9gislative critiqu\u00e9e \u00e9tait compatible avec le principe de non-discrimination. Apr\u00e8s avoir analys\u00e9 le contexte historique dans lequel s\u2019inscrivait la cr\u00e9ation du syst\u00e8me de s\u00e9curit\u00e9 sociale letton, la Cour constitutionnelle observa qu\u2019\u00e0 la suite du r\u00e9tablissement de l\u2019ind\u00e9pendance de la Lettonie, l\u2019\u00c9tat avait d\u00fb arr\u00eater les modalit\u00e9s de calcul des pensions de retraite des personnes qui n\u2019avaient pas contribu\u00e9 au budget national de la Lettonie parce qu\u2019elles avaient pris leur retraite avant le r\u00e9tablissement de l\u2019ind\u00e9pendance ou accumul\u00e9 tout ou partie de leurs p\u00e9riodes d\u2019assurance sous le r\u00e9gime sovi\u00e9tique. Elle releva que le l\u00e9gislateur avait d\u00e9cid\u00e9 de tenir compte de toutes les p\u00e9riodes de travail et des p\u00e9riodes assimil\u00e9es accumul\u00e9es par les citoyens lettons tant en Lettonie que dans les autres territoires de l\u2019ex\u2011URSS aux fins du calcul de leur pension de retraite, mais que s\u2019agissant des \u00e9trangers, des apatrides et des \u00ab\u00a0non-citoyens r\u00e9sidents permanents\u00a0\u00bb, il avait en revanche r\u00e9solu de ne tenir compte que des p\u00e9riodes de travail accomplies par eux sur le territoire letton (\u00e0 quelques exceptions pr\u00e8s). Elle constata donc qu\u2019il existait une nette diff\u00e9rence de traitement entre les citoyens lettons et les \u00ab\u00a0non-citoyens r\u00e9sidents permanents\u00a0\u00bb, et qu\u2019il lui fallait rechercher si cette diff\u00e9rence \u00e9tait ou non justifi\u00e9e.<\/p>\n<p>50. Renvoyant \u00e0 l\u2019arr\u00eat Andrejeva rendu par la Cour de Strasbourg, la Cour constitutionnelle releva que celle-ci s\u2019\u00e9tait born\u00e9e \u00e0 analyser les faits de l\u2019esp\u00e8ce sans se prononcer sur la question de la conformit\u00e9 g\u00e9n\u00e9rale de la l\u00e9gislation interne pertinente \u00e0 des normes juridiques de rang sup\u00e9rieur. La Cour constitutionnelle \u00e9tablit ensuite une distinction entre les circonstances factuelles de l\u2019affaire Andrejeva et celles de l\u2019affaire dont elle \u00e9tait saisie. Elle releva notamment que si l\u2019employeur de Mme\u00a0Andrejeva \u00e9tait une entreprise sovi\u00e9tique, le service r\u00e9gional o\u00f9 l\u2019int\u00e9ress\u00e9e se trouvait pendant son travail \u00e9tait situ\u00e9 en Lettonie, \u00e0 la diff\u00e9rence des requ\u00e9rants, qui avaient travaill\u00e9 en dehors du territoire letton de longues ann\u00e9es durant, pendant lesquelles ils n\u2019avaient \u00e9tabli aucun lien juridique avec la Lettonie.<\/p>\n<p>51. Les passages pertinents du raisonnement de la Cour constitutionnelle se lisent ainsi :<\/p>\n<p>\u00ab\u00a09. (&#8230;) Les faits qui \u00e9taient en cause dans l\u2019affaire Andrejeva c. Lettonie sont fort diff\u00e9rents de ceux de la pr\u00e9sente esp\u00e8ce. En particulier, Mme Andrejeva r\u00e9sidait en Lettonie depuis 1954, et bien qu\u2019elle f\u00fbt employ\u00e9e par une entreprise relevant du pouvoir central de l\u2019URSS \u2013 c\u2019est-\u00e0-dire une entreprise de l\u2019Union, le service r\u00e9gional o\u00f9 elle travaillait se trouvait sur le territoire letton.<\/p>\n<p>Au contraire, le [premier] requ\u00e9rant justifie d\u2019une dur\u00e9e d\u2019assurance de 37,2 ans, dont 21,3 ans (soit 57 %) correspondent \u00e0 des p\u00e9riodes de travail accomplies en dehors de la Lettonie. La dur\u00e9e d\u2019assurance de [la cinqui\u00e8me requ\u00e9rante] s\u2019\u00e9tablit \u00e0 31,4 ans, dont 21,4 ans (68 %) correspondent \u00e0 des p\u00e9riodes de travail accomplies en dehors de la Lettonie, et celle de [la quatri\u00e8me requ\u00e9rante] s\u2019\u00e9tablit \u00e0 41,7 ans, dont 21,8 ann\u00e9es (52 %) correspondent \u00e0 des p\u00e9riodes de travail accomplies en dehors de la Lettonie. Quant [au deuxi\u00e8me requ\u00e9rant], 12 ann\u00e9es (28 %) des 42,1 ann\u00e9es d\u2019assurance dont il justifie correspondent \u00e0 des p\u00e9riodes accomplies en dehors de la Lettonie. La Cour constitutionnelle ne dispose d\u2019aucune information donnant \u00e0 penser que les int\u00e9ress\u00e9s n\u2019\u00e9taient qu\u2019officiellement salari\u00e9s d\u2019entreprises d\u00e9pendant d\u2019autres r\u00e9publiques de l\u2019URSS et qu\u2019ils r\u00e9sidaient et travaillaient en r\u00e9alit\u00e9 sur le territoire letton, comme le faisait Mme Andrejeva. Dans ces conditions, aucun lien juridique n\u2019a pu s\u2019\u00e9tablir entre les requ\u00e9rants et la Lettonie au cours des p\u00e9riodes en question.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p>52. S\u2019appuyant notamment sur la jurisprudence de la Cour europ\u00e9enne des droits de l\u2019homme, la Cour constitutionnelle souligna que les \u00c9tats membres jouissent d\u2019une ample marge d\u2019appr\u00e9ciation pour \u00e9tablir leurs r\u00e9gimes de s\u00e9curit\u00e9 sociale, y compris leurs syst\u00e8mes de pensions. En outre, elle releva que dans les affaires Jasinskij et autres c. Lituanie (no\u00a038985\/97, d\u00e9cision de la Commission du 9\u00a0septembre 1998, D\u00e9cisions et rapports 94\u2011B), Kuna c. Allemagne ((d\u00e9c.), no\u00a052449\/99, 10\u00a0avril 2001), Kireev c.\u00a0Moldova et Russie ((d\u00e9c.), no\u00a011375\/05, 1er juillet 2008), Kova\u010di\u0107 et autres c. Slov\u00e9nie ([GC], nos\u00a044574\/98 et 2 autres, \u00a7\u00a0256, 3 octobre 2008) et Si Amer c. France (no 29137\/06, 29 octobre 2009), la Cour europ\u00e9enne avait d\u00fbment tenu compte des consid\u00e9rations relatives \u00e0 la succession d\u2019\u00c9tats et \u00e0 la continuit\u00e9 des obligations juridiques.<\/p>\n<p>53. La Cour constitutionnelle poursuivit ainsi (passage marqu\u00e9 en gras dans le texte original) :<\/p>\n<p>\u00ab\u00a011.1 (&#8230;) Le 18 novembre 1918, le Conseil du peuple letton proclama l\u2019ind\u00e9pendance de la R\u00e9publique de Lettonie. En 1940, la Lettonie et les autres \u00c9tats baltes perdirent de facto leur ind\u00e9pendance lorsque l\u2019URSS occupa la Lettonie en violation du droit international.<\/p>\n<p>L\u2019ind\u00e9pendance de la Lettonie a \u00e9t\u00e9 r\u00e9tablie en 1990, sur le fondement de la doctrine de la continuit\u00e9 de l\u2019\u00c9tat. Un \u00c9tat qui recouvre sa qualit\u00e9 d\u2019\u00c9tat apr\u00e8s qu\u2019il a \u00e9t\u00e9 mis fin ill\u00e9galement \u00e0 son ind\u00e9pendance a le droit, en vertu de la doctrine de la continuit\u00e9 de l\u2019\u00c9tat, de se reconna\u00eetre comme celui qui a \u00e9t\u00e9 par le pass\u00e9 illicitement dissous (&#8230;)<\/p>\n<p>La continuit\u00e9 de la Lettonie en tant que sujet de droit international est proclam\u00e9e dans la D\u00e9claration [sur le r\u00e9tablissement de l\u2019ind\u00e9pendance de la R\u00e9publique de Lettonie, adopt\u00e9e le 4 mai 1990 par le Conseil supr\u00eame de la RSS de Lettonie]. Le pr\u00e9ambule de ce texte souligne que l\u2019incorporation de la R\u00e9publique de Lettonie dans l\u2019Union sovi\u00e9tique est nulle et non avenue au regard du droit international, et que la R\u00e9publique de Lettonie a toujours exist\u00e9 de jure en tant que sujet de droit international. Il appara\u00eet que ce pr\u00e9ambule vise principalement \u00e0 ancrer la doctrine de la continuit\u00e9 de l\u2019\u00c9tat letton dans l\u2019ordre juridique letton (&#8230;)<\/p>\n<p>11.2. L\u2019identit\u00e9 juridique de l\u2019\u00c9tat d\u00e9termine les droits et obligations de celui-ci. Pour se prononcer sur l\u2019identit\u00e9 d\u2019un \u00c9tat, il faut relever et admettre que l\u2019annexion illicite de tout ou partie d\u2019un \u00c9tat par un autre ne peut emporter aucune cons\u00e9quence juridique. (&#8230;) En vertu du principe ex injuria jus non oritur, un \u00c9tat ou une partie d\u2019un \u00c9tat ne peut s\u2019unir \u00e0 un autre que de son plein gr\u00e9 et dans le respect des proc\u00e9dures \u00e9tablies par le droit international et le droit national (&#8230;)<\/p>\n<p>11.3. La doctrine de la continuit\u00e9 de l\u2019\u00c9tat a une influence directe sur l\u2019action de l\u2019\u00c9tat, non seulement dans le domaine du droit international, o\u00f9 il doit continuer \u00e0 honorer ses obligations contract\u00e9es jusqu\u2019\u00e0 la perte de fait de son ind\u00e9pendance sans succ\u00e9der aux obligations internationales de l\u2019\u00c9tat dans lequel il a \u00e9t\u00e9 ill\u00e9galement incorpor\u00e9 par le pass\u00e9, mais aussi dans le domaine des affaires int\u00e9rieures. Les actes de droit public adopt\u00e9s par les autorit\u00e9s publiques ill\u00e9galement constitu\u00e9es de l\u2019autre \u00c9tat n\u2019engagent pas juridiquement l\u2019\u00c9tat qui a r\u00e9tabli son ind\u00e9pendance. (&#8230;) Affirmer ou laisser entendre que la Lettonie a automatiquement des obligations d\u00e9coulant de la p\u00e9riode sovi\u00e9tique reviendrait \u00e0 nier que l\u2019occupation et l\u2019annexion de la Lettonie \u00e9taient ill\u00e9gales au regard du droit international, et contreviendrait au principe ex injuria jus non oritur ainsi qu\u2019\u00e0 l\u2019obligation de non-reconnaissance d\u00e9coulant du droit international (voir le paragraphe 22 de l\u2019opinion partiellement dissidente jointe par la juge Ziemele \u00e0 l\u2019arr\u00eat Andrejeva\u00a0c.\u00a0Lettonie).<\/p>\n<p>En cons\u00e9quence, la R\u00e9publique de Lettonie n\u2019a pas succ\u00e9d\u00e9 aux droits et obligations de l\u2019ex-URSS et, en vertu de la doctrine de la continuit\u00e9 de l\u2019\u00c9tat, l\u2019\u00c9tat qui a recouvr\u00e9 son ind\u00e9pendance n\u2019est pas tenu de reprendre \u00e0 son compte les engagements d\u00e9coulant des obligations de l\u2019\u00c9tat occupant.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p>54. La Cour constitutionnelle releva ensuite que la notion de diff\u00e9rence de traitement dans le domaine des droits sociaux postulait que l\u2019\u00c9tat devait assumer une responsabilit\u00e9 particuli\u00e8re vis-\u00e0-vis de ses ressortissants. Elle indiqua que certains droits sociaux ne pouvaient \u00eatre assur\u00e9s que partiellement et qu\u2019une application absolue du principe de l\u2019interdiction de la discrimination pouvait avoir de graves cons\u00e9quences financi\u00e8res. Elle souligna que le simple fait qu\u2019une personne ne jou\u00eet pas de certains droits sociaux n\u2019emportait pas en soi violation des droits fondamentaux de celle-ci, et qu\u2019une telle violation ne pouvait se produire que si cette privation \u00e9tait insuffisamment justifi\u00e9e. Renvoyant \u00e0 l\u2019affaire Jankovi\u0107 c. Croatie ((d\u00e9c.), no\u00a043440\/98, CEDH 2000\u2011X), elle releva que l\u2019\u00c9tat jouissait d\u2019une certaine marge d\u2019appr\u00e9ciation pour accorder des privil\u00e8ges aux personnes qui lui paraissait le m\u00e9riter eu \u00e9gard \u00e0 leur situation. Elle estima que la Convention n\u2019interdisait pas aux \u00c9tats contractants de prendre des mesures op\u00e9rant une diff\u00e9rence de traitement entre telles ou telles cat\u00e9gories de personnes, pourvu que ces mesures pussent se justifier au regard de cet instrument. S\u2019appuyant sur les affaires Kjartan \u00c1smundsson c. Islande (no\u00a060669\/00, \u00a7\u00a039, CEDH 2004\u2011IX) et Jankovi\u0107 (d\u00e9cision pr\u00e9cit\u00e9e), elle d\u00e9clara ensuite que selon la jurisprudence de la Cour europ\u00e9enne des droits de l\u2019homme, l\u2019article 1 du Protocole no\u00a01 ne garantissait pas de droit \u00e0 une pension d\u2019un montant d\u00e9termin\u00e9 mais commandait d\u2019\u00e9tablir si le droit \u00e0 pension avait ou non \u00e9t\u00e9 atteint dans sa substance. Se r\u00e9f\u00e9rant \u00e0 l\u2019affaire L.B.\u00a0c.\u00a0Autriche ((d\u00e9c.), no\u00a039802\/98, 18\u00a0avril 2002), elle indiqua \u00e9galement que la Convention ne garantissait pas de droit \u00e0 une pension au titre du travail accompli \u00e0 l\u2019\u00e9tranger.<\/p>\n<p>55. La Cour constitutionnelle poursuivit ainsi (passage marqu\u00e9 en gras dans le texte original) :<\/p>\n<p>\u00ab\u00a012.2. Depuis le r\u00e9tablissement de son ind\u00e9pendance, la Lettonie a mis en place un syst\u00e8me de s\u00e9curit\u00e9 sociale dont b\u00e9n\u00e9ficient toutes les personnes r\u00e9sidant en Lettonie au 1er janvier 1991.<\/p>\n<p>L\u2019effondrement de l\u2019URSS et le r\u00e9tablissement de l\u2019ind\u00e9pendance de la Lettonie ont engendr\u00e9 d\u2019\u00e9normes difficult\u00e9s. Durant l\u2019occupation, le budget de l\u2019\u00c9tat et les budgets sociaux \u00e9taient contr\u00f4l\u00e9s par la banque centrale de l\u2019URSS. Apr\u00e8s l\u2019effondrement de l\u2019URSS, ces budgets ne furent pas partag\u00e9s et rest\u00e8rent propri\u00e9t\u00e9 de la F\u00e9d\u00e9ration de Russie. En cons\u00e9quence, la Lettonie d\u00e9cida de garantir une pension minimum \u00e0 tous les habitants de son territoire. Les dispositions litigieuses pr\u00e9voient que les p\u00e9riodes de travail accumul\u00e9es sur le territoire letton sont prises en compte aux fins du calcul des pensions des citoyens lettons et des [\u00ab\u00a0non-citoyens r\u00e9sidents permanents\u00a0\u00bb]. Le l\u00e9gislateur a choisi d\u2019instaurer ce cadre r\u00e9glementaire parce que ce sont bien de ce territoire administratif et de cette population que la Lettonie a \u00ab\u00a0h\u00e9rit\u00e9\u00a0\u00bb lorsqu\u2019elle a recouvr\u00e9 son ind\u00e9pendance. De surcro\u00eet, on peut consid\u00e9rer que pendant les p\u00e9riodes ant\u00e9rieures au 31 d\u00e9cembre 1991 o\u00f9 ils ont travaill\u00e9 sur le territoire letton, les habitants de la Lettonie ont contribu\u00e9 \u00e0 l\u2019\u00e9conomie et au d\u00e9veloppement du pays.<\/p>\n<p>12.3. Lors de l\u2019\u00e9laboration du nouveau r\u00e9gime de pension, il fut pr\u00e9vu qu\u2019outre la pension minimum d\u00e9j\u00e0 accord\u00e9e, certaines p\u00e9riodes de travail accumul\u00e9es en dehors du territoire letton seraient int\u00e9gr\u00e9es dans la dur\u00e9e d\u2019assurance de tous les assur\u00e9s. \u00e0 cet \u00e9gard, il fut d\u00e9cid\u00e9 que les p\u00e9riodes de travail accumul\u00e9es en dehors du territoire letton \u00e0 int\u00e9grer dans la dur\u00e9e d\u2019assurance seraient plus nombreuses pour les citoyens lettons que pour les [\u00ab\u00a0non-citoyens r\u00e9sidents permanents\u00a0\u00bb], les \u00e9trangers et les apatrides. Les p\u00e9riodes que le l\u00e9gislateur a choisi d\u2019assimiler \u00e0 des p\u00e9riodes de travail \u00e0 int\u00e9grer dans la dur\u00e9e d\u2019assurance des [\u00ab\u00a0non-citoyens r\u00e9sidents permanents\u00a0\u00bb] correspondent \u00e0 des p\u00e9riodes pendant lesquelles ceux-ci ont suivi une formation ou am\u00e9lior\u00e9 leurs qualifications de mani\u00e8re \u00e0 pouvoir par la suite contribuer au d\u00e9veloppement de l\u2019\u00e9conomie nationale de la Lettonie, ou \u00e0 des p\u00e9riodes pendant lesquelles les victimes de la r\u00e9pression politique ont \u00e9t\u00e9 d\u00e9tenues, d\u00e9plac\u00e9es ou d\u00e9port\u00e9es en raison de leur opposition suppos\u00e9e au r\u00e9gime d\u2019occupation. L\u2019\u00c9tat a donc exerc\u00e9 sa marge d\u2019appr\u00e9ciation pour \u00e9laborer son syst\u00e8me de retraite en tenant compte, en ce qui concerne ses citoyens, du lien particulier qu\u2019ils ont avec lui ainsi que de leur contribution et de celle de leurs a\u00efeux \u00e0 la croissance de l\u2019\u00e9conomie nationale. L\u2019inclusion dans la dur\u00e9e d\u2019assurance des [\u00ab\u00a0non-citoyens r\u00e9sidents permanents\u00a0\u00bb] de certaines p\u00e9riodes de travail accomplies par eux en dehors du territoire de la Lettonie doit \u00eatre consid\u00e9r\u00e9e comme une manifestation de bienveillance de l\u2019\u00c9tat letton nouvellement r\u00e9tabli (voir aussi Epstein et autres c.\u00a0Belgique (d\u00e9c.), no 9717\/05, 8\u00a0janvier 2008).<\/p>\n<p>13. \u00e0 la suite de l\u2019occupation sovi\u00e9tique op\u00e9r\u00e9e en juin 1940, la Lettonie a non seulement perdu son ind\u00e9pendance mais elle a aussi connu des d\u00e9portations de masse, le meurtre de ses habitants et un afflux d\u2019immigrants russophones. Le 25\u00a0mars 1949, 2,3 % de la population lettone fut d\u00e9port\u00e9e, soit pr\u00e8s du triple de la population d\u00e9port\u00e9e le 14 juin 1941. Apr\u00e8s la Seconde Guerre mondiale, la Lettonie a connu une immigration massive de citoyens sovi\u00e9tiques (&#8230;)<\/p>\n<p>Apr\u00e8s le r\u00e9tablissement de l\u2019ind\u00e9pendance, le l\u00e9gislateur a d\u00fb fixer les modalit\u00e9s de la reconnaissance de la citoyennet\u00e9 lettone. Compte tenu de la continuit\u00e9 de la Lettonie en tant que sujet de droit international, la citoyennet\u00e9 lettone a \u00e9t\u00e9 restaur\u00e9e dans les m\u00eames conditions que celles pr\u00e9vues par la loi de 1919 sur la nationalit\u00e9. En cons\u00e9quence, au lieu d\u2019accorder la citoyennet\u00e9 aux personnes qui la poss\u00e9daient avant l\u2019occupation de la Lettonie, la Lettonie a r\u00e9tabli de facto les droits de ces personnes (&#8230;). L\u2019absence de reconnaissance automatique du statut de citoyen \u00e0 une certaine cat\u00e9gorie de personnes \u00e9tait donc juridiquement fond\u00e9e sur la continuit\u00e9 de la Lettonie comme sujet de droit international, et il a fallu cr\u00e9er un statut sp\u00e9cial pour les personnes qui s\u2019\u00e9taient install\u00e9es en Lettonie pendant l\u2019occupation sans acqu\u00e9rir la nationalit\u00e9 d\u2019un autre \u00c9tat. L\u2019octroi du statut de [\u00ab\u00a0non-citoyen r\u00e9sident permanent\u00a0\u00bb] \u00e0 une certaine cat\u00e9gorie de personnes r\u00e9sulte d\u2019un compromis politique complexe. De plus, lorsqu\u2019elle a \u00e9labor\u00e9 la loi \u00ab\u00a0relative au statut des citoyens de l\u2019ex-URSS ne poss\u00e9dant pas la nationalit\u00e9 lettone ou celle d\u2019un autre \u00c9tat\u00a0\u00bb, la Lettonie \u00e9tait \u00e9galement tenue de respecter les normes internationales relatives aux droits de l\u2019homme interdisant l\u2019augmentation du nombre d\u2019apatrides (&#8230;)<\/p>\n<p>Le statut de [\u00ab\u00a0non-citoyen r\u00e9sident permanent\u00a0\u00bb] de Lettonie ne saurait \u00eatre assimil\u00e9 aux statuts d\u2019apatride ou d\u2019\u00e9tranger tels que d\u00e9finis par les instruments juridiques internationaux pertinents. En effet, l\u2019\u00e9tendue des droits reconnus aux [\u00ab\u00a0non-citoyens r\u00e9sidents permanents\u00a0\u00bb] n\u2019est pas exactement \u00e9quivalente \u00e0 celle des droits reconnus aux apatrides ou aux \u00e9trangers. Le statut de [\u00ab\u00a0non-citoyen r\u00e9sident permanent\u00a0\u00bb] n\u2019est pas un type particulier de citoyennet\u00e9 lettone et ne saurait \u00eatre consid\u00e9r\u00e9 comme tel (&#8230;)<\/p>\n<p>L\u2019affaire sous examen ne concerne pas des immigr\u00e9s de longue dur\u00e9e arriv\u00e9s dans le pays conform\u00e9ment \u00e0 la proc\u00e9dure applicable en mati\u00e8re d\u2019immigration, comme c\u2019est le cas aujourd\u2019hui. La majorit\u00e9 des [\u00ab\u00a0non-citoyens r\u00e9sidents permanents\u00a0\u00bb] de la Lettonie s\u2019y sont install\u00e9s dans le cadre de la politique migratoire de l\u2019URSS. Pendant les p\u00e9riodes de travail qu\u2019elles ont accomplies en dehors du territoire letton, ces personnes n\u2019ont aucunement contribu\u00e9 \u00e0 l\u2019\u00e9conomie et au d\u00e9veloppement de la Lettonie. Elles consid\u00e9raient la RSS de Lettonie comme une partie de l\u2019URSS o\u00f9 elles pouvaient vivre et travailler pendant une p\u00e9riode plus ou moins longue, en application des politiques de sovi\u00e9tisation et de russification voulues par le Parti communiste de l\u2019Union sovi\u00e9tique (voir le paragraphe 27 de l\u2019opinion partiellement dissidente jointe par la juge Ziemele \u00e0 l\u2019arr\u00eat Andrejeva).<\/p>\n<p>La Cour constitutionnelle reconna\u00eet que les [\u00ab\u00a0non-citoyens r\u00e9sidents permanents\u00a0\u00bb] poss\u00e8dent avec la Lettonie des liens juridiques g\u00e9n\u00e9rant des droits et obligations r\u00e9ciproques. Il n\u2019en demeure pas moins que la question de la continuit\u00e9 de l\u2019\u00c9tat est d\u00e9terminante et qu\u2019elle constitue une raison solide justifiant les diff\u00e9rences de calcul des pensions respectives des citoyens et des [\u00ab\u00a0non-citoyens r\u00e9sidents permanents\u00a0\u00bb]. Un \u00c9tat qui a \u00e9t\u00e9 occup\u00e9 \u00e0 la suite de l\u2019agression d\u2019un autre \u00c9tat n\u2019est pas tenu de garantir des prestations de s\u00e9curit\u00e9 sociale \u00e0 des personnes qui sont arriv\u00e9es sur son territoire dans le cadre de la politique migratoire de l\u2019\u00c9tat occupant, compte tenu en particulier de l\u2019obligation erga omnes de ne pas reconna\u00eetre et de ne pas justifier les violations du droit international (voir l\u2019arr\u00eat rendu le 5\u00a0f\u00e9vrier 1970 par la Cour internationale de justice dans l\u2019affaire Belgique c.\u00a0Espagne (affaire Barcelona Traction), CIJ Recueil 1970, no 3, paragraphe\u00a033).<\/p>\n<p>Bien que les requ\u00e9rants l\u2019estiment non proportionn\u00e9e, la possibilit\u00e9 d\u2019acqu\u00e9rir la nationalit\u00e9 de la R\u00e9publique de Lettonie est offerte aux [\u00ab\u00a0non-citoyens r\u00e9sidents permanents\u00a0\u00bb]. Le l\u00e9gislateur a indiqu\u00e9 que le statut de [\u00ab\u00a0non-citoyen r\u00e9sident permanent\u00a0\u00bb] \u00e9tait con\u00e7u comme un r\u00e9gime temporaire visant \u00e0 permettre aux personnes concern\u00e9es d\u2019obtenir la nationalit\u00e9 lettone ou de choisir un autre \u00c9tat de rattachement (&#8230;) Apr\u00e8s l\u2019acquisition de la nationalit\u00e9 lettone, les p\u00e9riodes d\u2019emploi accumul\u00e9es en dehors du territoire letton par les personnes concern\u00e9es sont incluses dans la dur\u00e9e d\u2019assurance de celles-ci. Bon nombre de [\u00ab\u00a0non-citoyens r\u00e9sidents permanents\u00a0\u00bb] ont fait usage de cette possibilit\u00e9 pour se voir accorder les droits et \u00eatre assujettis aux obligations des citoyens lettons. Toutefois, une grande partie d\u2019entre eux n\u2019ont pas souhait\u00e9 se pr\u00e9valoir de cette possibilit\u00e9, pour diverses raisons.<\/p>\n<p>En cons\u00e9quence, les diff\u00e9rences op\u00e9r\u00e9es dans le calcul des pensions respectives des citoyens lettons et des [\u00ab\u00a0non-citoyens r\u00e9sidents permanents\u00a0\u00bb] de Lettonie reposent sur des motifs objectifs et raisonnables.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p>56. En outre, renvoyant aux arr\u00eats rendus par la Cour de Strasbourg dans les affaires Carson et autres c. Royaume-Uni ([GC], no 42184\/05, \u00a7\u00a088, CEDH 2010) et Andrejeva, pr\u00e9cit\u00e9e, la Cour constitutionnelle souligna l\u2019importance des accords internationaux en mati\u00e8re de s\u00e9curit\u00e9 sociale. Elle consid\u00e9ra que la Lettonie n\u2019\u00e9tait pas tenue de reprendre \u00e0 son compte les obligations d\u2019un autre \u00c9tat et de garantir aux personnes concern\u00e9es une pension de retraite au titre des p\u00e9riodes de travail accomplies dans l\u2019\u00c9tat en question. Elle estima que la Lettonie ne pouvait pas obliger les contribuables cotisant au nouveau r\u00e9gime de pensions \u00e0 r\u00e9gler des questions devant \u00eatre tranch\u00e9es par la voie d\u2019accords internationaux. Elle releva que la Lettonie et plusieurs autres pays avaient conclu de tels accords, qui pr\u00e9voyaient une reconnaissance mutuelle des p\u00e9riodes de travail \u00e0 inclure dans le calcul des pensions d\u2019\u00c9tat. Elle cita l\u2019accord conclu avec les \u00c9tats-Unis d\u2019Am\u00e9rique (en vigueur depuis le 5 novembre 1992), la Lituanie (en vigueur depuis le 31\u00a0janvier 1995), l\u2019Estonie (entr\u00e9 en vigueur le 29 janvier 1997, et remplac\u00e9 par un nouvel accord en vigueur depuis le 1er septembre 2008), l\u2019Ukraine (en vigueur depuis le 11 juin 1999), la Finlande (en vigueur depuis le 1er\u00a0juin 2000), la Norv\u00e8ge (en vigueur depuis le 18\u00a0novembre 2004), les Pays-Bas (en vigueur depuis le 1er juin 2005), le Canada (en vigueur depuis le 1er novembre 2006), le B\u00e9larus (en vigueur depuis le 28 septembre 2010) et la Russie (en vigueur depuis le 19 janvier 2011).<\/p>\n<p>57. La Cour constitutionnelle poursuivit ainsi\u00a0:<\/p>\n<p>\u00ab\u00a014. (&#8230;) Les accords conclus avec les \u00c9tats issus de la dissolution de l\u2019URSS montrent que ceux-ci partagent une conception commune de leurs droits et obligations dans le domaine des droits sociaux en ce qui concerne la p\u00e9riode de l\u2019occupation sovi\u00e9tique. Les accords en question diff\u00e8rent tous les uns des autres\u00a0; ils refl\u00e8tent le r\u00e9sultat des n\u00e9gociations men\u00e9es par diff\u00e9rents \u00c9tats et r\u00e9glementent des situations n\u00e9es de circonstances historiques, \u00e9conomiques et politiques diff\u00e9rentes (Tarkoev et autres c.\u00a0Estonie, nos\u00a014480\/08 et 47916\/08, \u00a7 53, 4\u00a0novembre 2010). Pour conclure ces accords, les \u00c9tats ont tenu compte du contexte historique dans lequel la Lettonie a cr\u00e9\u00e9 son syst\u00e8me de pensions apr\u00e8s avoir recouvr\u00e9 son ind\u00e9pendance.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p>58. La Cour constitutionnelle releva ensuite que l\u2019accord letto-b\u00e9larussien sur la s\u00e9curit\u00e9 sociale devait \u00eatre pris en compte aux fins du calcul de la pension de la quatri\u00e8me requ\u00e9rante, et que la p\u00e9riode de travail accomplie par celle-ci en Allemagne devait \u00eatre incluse dans ce calcul sur la base des dispositions pertinentes du droit de l\u2019Union europ\u00e9enne. Elle indiqua en outre que les p\u00e9riodes de travail et de service militaire obligatoire accomplies par les premier, troisi\u00e8me, quatri\u00e8me et cinqui\u00e8me requ\u00e9rants devaient \u00eatre prises en compte aux fins du calcul de leurs pensions sur la base de l\u2019accord letto\u2011russe sur la s\u00e9curit\u00e9 sociale, entr\u00e9 en vigueur le 19\u00a0janvier\u00a02011.<\/p>\n<p>59. Par ailleurs, la Cour constitutionnelle observa que les requ\u00e9rants de l\u2019affaire dont elle \u00e9tait saisie entendaient obtenir une augmentation du montant de leurs pensions, \u00e0 l\u2019instar des requ\u00e9rants de l\u2019affaire Tarkoev et autres c.\u00a0Estonie (nos 14480\/08 et 47916\/08, 4 novembre 2010), mais que leurs pr\u00e9tentions n\u2019\u00e9taient pas justifi\u00e9es. \u00c0 cet \u00e9gard, elle releva que les requ\u00e9rants n\u2019avaient pas \u00e9t\u00e9 priv\u00e9s de pension ou d\u2019autres prestations de s\u00e9curit\u00e9 sociale et qu\u2019ils auraient droit, en cas de besoin, \u00e0 d\u2019autres prestations et avantages sociaux. En cons\u00e9quence, elle jugea que la diff\u00e9rence de traitement litigieuse \u00e9tait justifi\u00e9e et proportionn\u00e9e, et que la disposition critiqu\u00e9e \u00e9tait donc compatible avec l\u2019article 14 de la Convention combin\u00e9 avec l\u2019article 1 du Protocole no 1 et avec l\u2019article 91 de la Constitution.<\/p>\n<p><strong>LE CADRE ET LA PRATIQUE JURIDIQUES PERTINENTS<\/strong><\/p>\n<p><strong>I. Le droit interne pertinent<\/strong><\/p>\n<p><strong>A. Les dispositions constitutionnelles pertinentes<\/strong><\/p>\n<p>60. Le 4 mai 1990, le Conseil supr\u00eame de la \u00ab\u00a0RSS de Lettonie\u00a0\u00bb adopta la D\u00e9claration sur le r\u00e9tablissement de l\u2019ind\u00e9pendance de la R\u00e9publique de Lettonie (Deklar\u0101cija \u00ab\u00a0Par Latvijas Republikas neatkar\u012bbas atjauno\u0161anu\u00a0\u00bb). Le pr\u00e9ambule de ce texte indique que la fondation de l\u2019\u00c9tat letton fut proclam\u00e9e le 18 novembre 1918, que celui-ci fut internationalement reconnu en 1920 et qu\u2019il devint membre de la Soci\u00e9t\u00e9 des Nations en 1921. Le pr\u00e9ambule ajoute ce qui suit\u00a0:<\/p>\n<p>\u00ab\u00a0Partant, l\u2019incorporation de la Lettonie \u00e0 l\u2019Union sovi\u00e9tique est nulle et non avenue au regard du droit international. En cons\u00e9quence, la R\u00e9publique de Lettonie existe toujours de jure comme sujet de droit international, et elle est reconnue comme telle par plus de 50 nations dans le monde.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p>61. Les dispositions de fond de la D\u00e9claration du 4 mai 1990 se lisent ainsi\u00a0:<\/p>\n<p>\u00ab\u00a0Le Conseil supr\u00eame de la RSS de Lettonie d\u00e9cide\u00a0:<\/p>\n<p>1) tout en reconnaissant la primaut\u00e9 du droit international sur les dispositions du droit national, de consid\u00e9rer comme ill\u00e9gaux le Pacte du 23 ao\u00fbt 1939 conclu entre l\u2019URSS et l\u2019Allemagne et l\u2019annihilation du pouvoir souverain de la R\u00e9publique de Lettonie du fait de l\u2019agression militaire de l\u2019URSS du 17 juin 1940\u00a0;<\/p>\n<p>2) de d\u00e9clarer nulle et non avenue la d\u00e9claration du Parlement [Saeima] de Lettonie, adopt\u00e9e le 21 juillet 1940 et relative \u00e0 l\u2019int\u00e9gration de la Lettonie dans l\u2019URSS\u00a0;<\/p>\n<p>3) de restaurer sur tout le territoire letton la force l\u00e9gale de la Constitution [Satversme] de la R\u00e9publique de Lettonie, adopt\u00e9e le 15 f\u00e9vrier 1922 par l\u2019Assembl\u00e9e Constituante [Satversmes sapulce]. Le nom officiel de l\u2019\u00c9tat letton est la R\u00c9PUBLIQUE de LETTONIE, en abr\u00e9g\u00e9 LETTONIE\u00a0;<\/p>\n<p>4) de suspendre la Constitution de la R\u00e9publique de Lettonie jusqu\u2019\u00e0 l\u2019adoption d\u2019une nouvelle version de la Constitution, except\u00e9 les articles qui d\u00e9finissent la base juridique et constitutionnelle de l\u2019\u00c9tat letton et qui, conform\u00e9ment \u00e0 l\u2019article 77 de la m\u00eame Constitution, ne sont modifiables que par voie de r\u00e9f\u00e9rendum, \u00e0 savoir\u00a0:<\/p>\n<p>Article 1er \u2013 La Lettonie est une r\u00e9publique ind\u00e9pendante et d\u00e9mocratique.<\/p>\n<p>Article 2 \u2013 Le pouvoir souverain de l\u2019\u00c9tat letton appartient au peuple letton.<\/p>\n<p>Article 3 \u2013 Le territoire de la Lettonie d\u00e9fini par les trait\u00e9s internationaux se compose de la Vidzeme, de la Latgale, de la Kurzeme et de la Zemgale.<\/p>\n<p>Article 6 \u2013 Le Parlement [Saeima] est \u00e9lu par la voie d\u2019\u00e9lections g\u00e9n\u00e9rales, \u00e9galitaires, directes, proportionnelles et \u00e0 bulletin secret.<\/p>\n<p>L\u2019article 6 de la Constitution sera appliqu\u00e9 apr\u00e8s la restauration des organes de pouvoir et d\u2019administration de la R\u00e9publique ind\u00e9pendante de Lettonie, garantissant un libre d\u00e9roulement du scrutin\u00a0;<\/p>\n<p>5) d\u2019instituer une p\u00e9riode de transition permettant la restauration de facto de la souverainet\u00e9 de la R\u00e9publique de Lettonie, p\u00e9riode qui prendra fin avec la convocation du Parlement de la R\u00e9publique de Lettonie. Pendant cette p\u00e9riode de transition, le pouvoir supr\u00eame sera exerc\u00e9 par le Conseil supr\u00eame de la R\u00e9publique de Lettonie\u00a0;<\/p>\n<p>6) d\u2019accepter l\u2019application, pendant la p\u00e9riode de transition, des dispositions de la Constitution de la RSS de Lettonie et d\u2019autres actes l\u00e9gislatifs en vigueur sur le territoire de la RSS de Lettonie au moment de l\u2019adoption de la pr\u00e9sente d\u00e9cision, dans la mesure o\u00f9 ces dispositions ne sont pas incompatibles avec les articles 1, 2, 3 et 6 de la Constitution de la R\u00e9publique de Lettonie.<\/p>\n<p>Les \u00e9ventuelles contestations sur des questions relatives \u00e0 l\u2019application des actes l\u00e9gislatifs seront d\u00e9f\u00e9r\u00e9es \u00e0 la Cour constitutionnelle de la R\u00e9publique de Lettonie.<\/p>\n<p>Pendant la p\u00e9riode de transition, le Conseil supr\u00eame de la R\u00e9publique de Lettonie sera seul habilit\u00e9 \u00e0 adopter de nouvelles lois ou \u00e0 modifier les lois existantes\u00a0;<\/p>\n<p>7) de cr\u00e9er une commission charg\u00e9e de r\u00e9diger une nouvelle version de la Constitution de la R\u00e9publique de Lettonie qui corresponde \u00e0 la situation politique, \u00e9conomique et sociale actuelle de la Lettonie\u00a0;<\/p>\n<p>8) de garantir aux citoyens de la R\u00e9publique de Lettonie et aux ressortissants des autres \u00c9tats qui r\u00e9sident de fa\u00e7on permanente sur le territoire letton des droits sociaux, \u00e9conomiques et culturels ainsi que des libert\u00e9s politiques conformes aux normes internationales des droits de l\u2019homme universellement reconnues. Cela concerne les citoyens de l\u2019URSS qui souhaiteraient vivre en Lettonie sans acqu\u00e9rir la nationalit\u00e9 lettone\u00a0;<\/p>\n<p>9) de fonder les rapports entre la R\u00e9publique de Lettonie et l\u2019URSS sur le trait\u00e9 de paix du 11 ao\u00fbt 1920 entre la Lettonie et la Russie, qui est toujours en vigueur et reconna\u00eet pour toujours l\u2019ind\u00e9pendance de l\u2019\u00c9tat letton. Une commission gouvernementale sera form\u00e9e pour mener les n\u00e9gociations avec l\u2019URSS.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p>62. Les dispositions de fond de la loi constitutionnelle du 21 ao\u00fbt 1991 relative au statut \u00e9tatique de la R\u00e9publique de Lettonie (Konstitucion\u0101lais likums \u00ab\u00a0Par Latvijas Republikas valstisko statusu\u00a0\u00bb) sont ainsi libell\u00e9es\u00a0:<\/p>\n<p>\u00ab\u00a0Le Conseil supr\u00eame de la R\u00e9publique de Lettonie d\u00e9clare que\u00a0:<\/p>\n<p>1) la Lettonie est une r\u00e9publique ind\u00e9pendante et d\u00e9mocratique dans laquelle le pouvoir souverain de l\u2019\u00c9tat letton appartient au peuple letton et dont le statut \u00e9tatique est d\u00e9fini par la Constitution du 15 f\u00e9vrier 1922\u00a0;<\/p>\n<p>2) le paragraphe 5 de la D\u00e9claration du 4 mai 1990 sur le r\u00e9tablissement de l\u2019ind\u00e9pendance de la R\u00e9publique de Lettonie, qui pr\u00e9voit une p\u00e9riode de transition en vue de la restauration de facto de la souverainet\u00e9 de la R\u00e9publique de Lettonie, est abrog\u00e9\u00a0;<\/p>\n<p>3) jusqu\u2019\u00e0 ce que l\u2019occupation et l\u2019annexion prennent fin et que le Parlement soit convoqu\u00e9, le pouvoir \u00e9tatique supr\u00eame en R\u00e9publique de Lettonie sera pleinement exerc\u00e9 par le Conseil supr\u00eame de la R\u00e9publique de Lettonie. Seuls les lois et les d\u00e9crets adopt\u00e9s par les autorit\u00e9s supr\u00eames de pouvoir et d\u2019administration de la R\u00e9publique de Lettonie sont en vigueur sur son territoire\u00a0;<\/p>\n<p>4) la pr\u00e9sente loi constitutionnelle entrera en vigueur \u00e0 la date de sa promulgation.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p>63. Les dispositions pertinentes de la Constitution de la R\u00e9publique de Lettonie (Satversme) sont ainsi libell\u00e9es\u00a0:<\/p>\n<p style=\"text-align: center;\">Pr\u00e9ambule (troisi\u00e8me paragraphe)<br \/>\n(introduit par la loi du 19 juin 2014)<\/p>\n<p>\u00ab\u00a0Le peuple letton n\u2019a pas reconnu les r\u00e9gimes d\u2019occupation, leur a r\u00e9sist\u00e9 et a recouvr\u00e9 sa libert\u00e9 en r\u00e9tablissant l\u2019ind\u00e9pendance de la Nation le 4 mai 1990 sur le fondement de la continuit\u00e9 de l\u2019\u00c9tat. Il rend hommage \u00e0 ses combattants de la libert\u00e9 ainsi qu\u2019aux victimes des puissances \u00e9trang\u00e8res, [et] condamne les r\u00e9gimes totalitaires communistes et nazis et leurs crimes.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p style=\"text-align: center;\">Article 91<br \/>\n(introduit par la loi du 15 octobre 1998)<\/p>\n<p>\u00ab\u00a0En Lettonie, toutes les personnes sont \u00e9gales devant la loi et les tribunaux. Les droits de l\u2019homme sont exerc\u00e9s sans aucune discrimination.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p style=\"text-align: center;\">Article 109<br \/>\n(introduit par la loi du 15 octobre 1998)<\/p>\n<p>\u00ab\u00a0Chacun a droit \u00e0 l\u2019assistance sociale en cas de vieillesse, d\u2019incapacit\u00e9 de travail, de ch\u00f4mage et dans les autres cas pr\u00e9vus par la loi.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p><strong>B. Les dispositions relatives au calcul des pensions d\u2019\u00c9tat<\/strong><\/p>\n<p><em>1. Le droit sovi\u00e9tique (avant 1991)<\/em><\/p>\n<p>64. Avant 1991, les personnes r\u00e9sidant sur le territoire letton relevaient du m\u00eame r\u00e9gime de s\u00e9curit\u00e9 sociale que le reste de la population de l\u2019URSS. En particulier, \u00e0 cette \u00e9poque, le r\u00e9gime de pensions n\u2019\u00e9tait pas fond\u00e9 sur le principe de contribution, mais sur le principe de solidarit\u00e9. Toutes les pensions \u00e9taient pr\u00e9lev\u00e9es sur les fonds du Tr\u00e9sor, une partie des recettes de l\u2019\u00c9tat \u00e9tant affect\u00e9e aux pensions. Plus pr\u00e9cis\u00e9ment, les salari\u00e9s eux-m\u00eames n\u2019\u00e9taient pas assujettis au versement des cotisations sociales, qui incombait aux seuls employeurs. Les cotisations sociales vers\u00e9es par les diff\u00e9rents employeurs \u00e9taient transf\u00e9r\u00e9es, par l\u2019interm\u00e9diaire des organisations syndicales, au Tr\u00e9sor national de l\u2019URSS, g\u00e9r\u00e9 par la banque centrale nationale de l\u2019URSS. Ces fonds \u00e9taient ensuite distribu\u00e9s aux RSS \u00e0 diverses fins, dont le paiement des pensions de retraite, et le montant d\u2019une pension ne d\u00e9pendait pas directement du montant des imp\u00f4ts pr\u00e9alablement vers\u00e9s au fisc. Il existait \u00e9galement un imp\u00f4t sur le revenu des particuliers, dont une partie \u00e9tait vers\u00e9e au fisc central de l\u2019URSS et le reste aux autorit\u00e9s fiscales locales de la RSS concern\u00e9e. Toutefois, les recettes fiscales tir\u00e9es de cet imp\u00f4t ne servaient pratiquement jamais au paiement des pensions (voir, pour de plus amples pr\u00e9cisions sur les dispositions l\u00e9gales en vigueur pendant la p\u00e9riode sovi\u00e9tique, Andrejeva, pr\u00e9cit\u00e9, \u00a7\u00a7\u00a026\u201132).<\/p>\n<p><em>2. Les lois de 1990 et 1995 relatives aux pensions d\u2019\u00c9tat<\/em><\/p>\n<p>65. Le texte principal en mati\u00e8re de pensions est la loi du 2 novembre 1995 relative aux pensions d\u2019\u00c9tat (Likums \u00ab Par valsts pensij\u0101m\u00a0\u00bb), entr\u00e9e en vigueur le 1er janvier 1996 et abrogeant l\u2019ancienne loi adopt\u00e9e en 1990. Aux termes de l\u2019article 3 \u00a7 1 de cette loi, a droit \u00e0 une pension d\u2019assurance sociale de l\u2019\u00c9tat toute personne ayant \u00e9t\u00e9 affili\u00e9e au r\u00e9gime d\u2019assurance obligatoire. En r\u00e8gle g\u00e9n\u00e9rale, le montant de chaque pension d\u00e9pend de la dur\u00e9e pendant laquelle l\u2019int\u00e9ress\u00e9, son employeur, ou les deux, ont vers\u00e9 ou sont r\u00e9put\u00e9s avoir vers\u00e9 des cotisations d\u2019assurance au titre des pensions d\u2019\u00c9tat (article\u00a09\u00a0\u00a7\u00a7 1 et 2). Les \u00e9l\u00e9ments \u00e0 prendre en compte \u00e0 cet \u00e9gard sont les donn\u00e9es en possession de l\u2019Agence de l\u2019assurance sociale de l\u2019\u00c9tat (article\u00a010).<\/p>\n<p>66. Les questions li\u00e9es \u00e0 la prise en compte des ann\u00e9es de travail accumul\u00e9es sous le r\u00e9gime sovi\u00e9tique (avant 1991) sont r\u00e9gies par les dispositions transitoires de ladite loi. Le premier paragraphe de ces dispositions, en vigueur du 1er juillet 2008 au 18 juillet 2012, se lisait ainsi\u00a0:<\/p>\n<p>\u00ab\u00a0Pour les citoyens lettons, la dur\u00e9e d\u2019assurance comprend les p\u00e9riodes d\u2019emploi et les p\u00e9riodes assimil\u00e9es accumul\u00e9es sur le territoire letton et sur celui de l\u2019ex-URSS jusqu\u2019au 31 d\u00e9cembre 1990, ainsi que la p\u00e9riode accumul\u00e9e en dehors du territoire letton vis\u00e9e \u00e0 l\u2019alin\u00e9a 10 du pr\u00e9sent paragraphe. Pour les \u00e9trangers, les apatrides et les non-citoyens de Lettonie, la dur\u00e9e d\u2019assurance comprend les p\u00e9riodes de travail et les p\u00e9riodes assimil\u00e9es accumul\u00e9es sur le territoire letton, les p\u00e9riodes assimil\u00e9es vis\u00e9es aux alin\u00e9as 4 et 5 du pr\u00e9sent paragraphe accumul\u00e9es sur le territoire de l\u2019ex-URSS et la p\u00e9riode accumul\u00e9e en dehors du territoire letton vis\u00e9e \u00e0 l\u2019alin\u00e9a 10. Les p\u00e9riodes \u00e9num\u00e9r\u00e9es ci-dessous, accumul\u00e9es jusqu\u2019au 31 d\u00e9cembre 1990 \u2013 ou jusqu\u2019au 31\u00a0d\u00e9cembre 1995 dans le cas vis\u00e9 \u00e0 l\u2019alin\u00e9a 11 du pr\u00e9sent paragraphe \u2013 sont assimil\u00e9es \u00e0 des p\u00e9riodes de travail et incluses dans le calcul de la dur\u00e9e d\u2019assurance\u00a0:<\/p>\n<p>1) le service militaire actif obligatoire ou le service civil de remplacement\u00a0;<\/p>\n<p>2) le service des soldats et officiers de carri\u00e8re accompli dans l\u2019arm\u00e9e de la R\u00e9publique de Lettonie ou, en ce qui concerne les citoyens lettons, dans les forces arm\u00e9es sovi\u00e9tiques s\u2019ils ont \u00e9t\u00e9 r\u00e9trograd\u00e9s en raison d\u2019activit\u00e9s men\u00e9es dans l\u2019int\u00e9r\u00eat de la R\u00e9publique de Lettonie ou s\u2019ils ont \u00e9t\u00e9 appel\u00e9s \u00e0 effectuer un service militaire actif apr\u00e8s avoir accompli leur service militaire obligatoire ou apr\u00e8s avoir obtenu un dipl\u00f4me d\u2019une universit\u00e9 civile (&#8230;)\u00a0;<\/p>\n<p>3) le service des militaires du rang et des commandants d\u2019unit\u00e9 accompli dans les organes charg\u00e9s des affaires int\u00e9rieures, \u00e0 l\u2019exception du KGB [le Comit\u00e9 de s\u00e9curit\u00e9 d\u2019\u00c9tat]\u00a0;<\/p>\n<p>4) les p\u00e9riodes d\u2019\u00e9tudes accomplies dans des \u00e9tablissements d\u2019enseignement sup\u00e9rieur ou dans des \u00e9tablissements de formation postsecondaire, sans toutefois que ces p\u00e9riodes puissent d\u00e9passer cinq ans en ce qui concerne les qualifications qui exigeaient, \u00e0 l\u2019\u00e9poque pertinente, une formation de cinq ans au maximum, et six ans en ce qui concerne les qualifications qui exigeaient, \u00e0 l\u2019\u00e9poque pertinente, une formation de plus de cinq ann\u00e9es\u00a0;<\/p>\n<p>5) les p\u00e9riodes d\u2019\u00e9tudes doctorales \u00e0 plein temps \u2013 dans la limite de trois ans, de formation postuniversitaire ou de formation professionnelle continue\u00a0;<\/p>\n<p>6) les p\u00e9riodes de travail ind\u00e9pendant\u00a0;<\/p>\n<p>7) le temps pass\u00e9 \u00e0 s\u2019occuper d\u2019une personne handicap\u00e9e frapp\u00e9e d\u2019une incapacit\u00e9 de cat\u00e9gorie I, d\u2019un enfant handicap\u00e9 de moins de seize ans ou d\u2019une personne ayant atteint l\u2019\u00e2ge de quatre-vingts ans\u00a0;<\/p>\n<p>8) le temps pass\u00e9 par les m\u00e8res \u00e0 \u00e9lever un enfant \u00e2g\u00e9 de moins de huit ans\u00a0;<\/p>\n<p>9) les p\u00e9riodes d\u2019emploi r\u00e9mun\u00e9r\u00e9 accomplies dans des organisations religieuses\u00a0;<\/p>\n<p>10) le triple du temps pass\u00e9 par les victimes de pers\u00e9cutions politiques dans des lieux de d\u00e9tention (&#8230;) en exil, ainsi que le temps mis pour s\u2019\u00e9vader de ces lieux, ou bien le quintuple de ces p\u00e9riodes si elles ont \u00e9t\u00e9 pass\u00e9es dans le Grand Nord [sovi\u00e9tique] ou dans des r\u00e9gions analogues. (&#8230;)<\/p>\n<p>11) Les p\u00e9riodes non travaill\u00e9es par des personnes assur\u00e9es (notamment pour cause d\u2019accident du travail ou de maladie professionnelle) qui se sont vu reconna\u00eetre une incapacit\u00e9 de cat\u00e9gorie I, II ou III, pour une dur\u00e9e ne pouvant exc\u00e9der l\u2019\u00e2ge de la retraite\u00a0;<\/p>\n<p>12) Les p\u00e9riodes de travail accomplies \u00e0 partir de l\u2019\u00e2ge de seize ans en qualit\u00e9 de membre d\u2019une ferme collective [kolkhoze].\u00a0\u00bb<\/p>\n<p>67. En d\u2019autres termes, toutes les p\u00e9riodes de travail et les p\u00e9riodes assimil\u00e9es susmentionn\u00e9es accumul\u00e9es avant 1991 sur le territoire de l\u2019ex\u2011URSS sont incluses dans le calcul des pensions des citoyens lettons. En revanche, le calcul de la dur\u00e9e d\u2019assurance des \u00ab\u00a0non-citoyens r\u00e9sidents permanents\u00a0\u00bb ne tient pas compte des p\u00e9riodes de travail accumul\u00e9es par eux en dehors du territoire letton, et les seules p\u00e9riodes assimil\u00e9es incluses dans ce calcul sont celles vis\u00e9es aux alin\u00e9as 4, 5 et 10. Les \u00ab\u00a0non-citoyens r\u00e9sidents permanents\u00a0\u00bb qui acqui\u00e8rent la nationalit\u00e9 lettone par voie de naturalisation per\u00e7oivent une pension de retraite pour les p\u00e9riodes de travail accumul\u00e9es par eux en dehors du territoire letton, mais seulement ex nunc, la r\u00e9vision du montant de leurs pensions n\u2019ayant pas d\u2019effet r\u00e9troactif.<\/p>\n<p>68. Le paragraphe 7 des dispositions transitoires susmentionn\u00e9es \u00e9tait ainsi libell\u00e9\u00a0:<\/p>\n<p>\u00ab\u00a0Sont consid\u00e9r\u00e9s comme des justificatifs d\u2019une p\u00e9riode de travail accumul\u00e9e avant le 31 d\u00e9cembre 1995 :<\/p>\n<p>1) un livret de travail [darba gr\u0101mati\u0146a] ;<\/p>\n<p>2) un livret regroupant les contrats de travail [darba l\u012bgumu gr\u0101mati\u0146a] ;<\/p>\n<p>3) un document attestant le versement des cotisations sociales ;<\/p>\n<p>4) tout autre document justifiant d\u2019une p\u00e9riode de travail (attestations, contrats de travail ou documents attestant l\u2019accomplissement d\u2019un travail, etc.)\u00a0\u00bb<\/p>\n<p>69. Afin de pr\u00e9ciser l\u2019application des dispositions pr\u00e9cit\u00e9es, le Conseil des ministres adopta le 23 avril 2002 le r\u00e8glement no 165 \u00e9tablissant la proc\u00e9dure de preuve, de calcul et de suivi des dur\u00e9es d\u2019assurance (Apdro\u0161in\u0101\u0161anas periodu pier\u0101d\u012b\u0161anas, apr\u0113\u0137in\u0101\u0161anas un uzskaites k\u0101rt\u012bba). L\u2019article 21 de ce r\u00e8glement pr\u00e9cise que tout travail pour le compte d\u2019entit\u00e9s situ\u00e9es sur le territoire letton est consid\u00e9r\u00e9 comme un \u00ab\u00a0travail en Lettonie\u00a0\u00bb.<\/p>\n<p><strong>II. Le droit et la pratique internationaux<\/strong><\/p>\n<p><strong>A. La nationalit\u00e9<\/strong><\/p>\n<p><em>1. La jurisprudence de la Cour internationale de justice<\/em><\/p>\n<p>70. Dans l\u2019affaire Nottebohm (Liechtenstein c. Guatemala, arr\u00eat du 6\u00a0avril 1955, CIJ Recueil 1955), la Cour internationale de justice (CIJ) s\u2019est exprim\u00e9e comme suit\u00a0:<\/p>\n<p>\u00ab\u00a0Il appartient au Liechtenstein comme \u00e0 tout \u00c9tat souverain de r\u00e9gler par sa propre l\u00e9gislation l\u2019acquisition de sa nationalit\u00e9 ainsi que de conf\u00e9rer celle-ci par la naturalisation octroy\u00e9e par ses propres organes conform\u00e9ment \u00e0 cette l\u00e9gislation. Il n\u2019y a pas lieu de d\u00e9terminer si le droit international apporte quelques limites \u00e0 la libert\u00e9 de ses d\u00e9cisions dans ce domaine. D\u2019autre part, la nationalit\u00e9 a ses effets les plus imm\u00e9diats, les plus \u00e9tendus et, pour la plupart des personnes, ses seuls effets dans l\u2019ordre juridique de 1\u2019\u00c9tat qui l\u2019a conf\u00e9r\u00e9e. La nationalit\u00e9 sert avant tout \u00e0 d\u00e9terminer que celui \u00e0 qui elle est conf\u00e9r\u00e9e jouit des droits et est tenu des obligations que la l\u00e9gislation de cet \u00c9tat accorde ou impose \u00e0 ses nationaux. Cela est implicitement contenu dans la notion plus large selon laquelle la nationalit\u00e9 rentre dans la comp\u00e9tence nationale de l\u2019\u00c9tat.<\/p>\n<p>(&#8230;)<\/p>\n<p>Selon la pratique des \u00c9tats, les d\u00e9cisions arbitrales et judiciaires et les opinions doctrinales, la nationalit\u00e9 est un lien juridique ayant \u00e0 sa base un fait social de rattachement, une solidarit\u00e9 effective d\u2019existence, d\u2019int\u00e9r\u00eats, de sentiments jointe \u00e0 une r\u00e9ciprocit\u00e9 de droits et de devoirs. Elle est, peut-on dire, l\u2019expression juridique du fait que l\u2019individu auquel elle est conf\u00e9r\u00e9e, soit directement par la loi, soit par un acte de l\u2019autorit\u00e9, est, en fait, plus \u00e9troitement rattach\u00e9 \u00e0 la population de l\u2019\u00c9tat qui la lui conf\u00e8re qu\u2019\u00e0 celle de tout autre \u00c9tat. Conf\u00e9r\u00e9e par un \u00c9tat, elle ne lui donne titre \u00e0 l\u2019exercice de la protection vis-\u00e0-vis d\u2019un autre \u00c9tat que si elle est la traduction en termes juridiques de l\u2019attachement de l\u2019individu consid\u00e9r\u00e9 \u00e0 1\u2019\u00c9tat qui en a fait son national.<\/p>\n<p>(&#8230;)<\/p>\n<p>La naturalisation n\u2019est pas une chose \u00e0 prendre \u00e0 la l\u00e9g\u00e8re. La demander et l\u2019obtenir n\u2019est pas un acte courant dans la vie d\u2019un homme. Elle comporte pour lui rupture d\u2019un lien d\u2019all\u00e9geance et \u00e9tablissement d\u2019un autre lien d\u2019all\u00e9geance. Elle entra\u00eene des cons\u00e9quences lointaines et un changement profond dans la destin\u00e9e de celui qui l\u2019obtient. Elle le concerne personnellement et ce serait en m\u00e9conna\u00eetre le sens profond que de n\u2019en retenir que le reflet sur le sort de ses biens. Pour en appr\u00e9cier l\u2019effet international, on ne peut \u00eatre indiff\u00e9rent aux circonstances dans lesquelles elle a \u00e9t\u00e9 conf\u00e9r\u00e9e, \u00e0 son caract\u00e8re s\u00e9rieux, \u00e0 la pr\u00e9f\u00e9rence effective et non pas simplement verbale de celui qui la sollicite pour le pays qui la lui accorde.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p><em>2. La Convention europ\u00e9enne sur la nationalit\u00e9<\/em><\/p>\n<p>71. Le principal instrument du Conseil de l\u2019Europe relatif \u00e0 la nationalit\u00e9 est la Convention europ\u00e9enne sur la nationalit\u00e9 (STE no 166), adopt\u00e9e le 6\u00a0novembre 1997 et entr\u00e9e en vigueur le 1er mars 2000. Cette convention a \u00e9t\u00e9 ratifi\u00e9e par vingt \u00c9tats membres du Conseil de l\u2019Europe. La Lettonie l\u2019a sign\u00e9e le 30 mai 2001 mais ne l\u2019a pas ratifi\u00e9e.<\/p>\n<p>72. Les articles pertinents de cette convention sont ainsi libell\u00e9s :<\/p>\n<p style=\"text-align: center;\">Article 2 \u2013 D\u00e9finitions<\/p>\n<p style=\"text-align: center;\">\u00ab\u00a0Au sens de cette Convention,<\/p>\n<p>a) \u00ab\u00a0nationalit\u00e9\u00a0\u00bb d\u00e9signe le lien juridique entre une personne et un \u00c9tat et n\u2019indique pas l\u2019origine ethnique de la personne\u00a0;<\/p>\n<p>(&#8230;)\u00a0\u00bb<\/p>\n<p style=\"text-align: center;\">Article 3 \u2013 Comp\u00e9tence de l\u2019\u00c9tat<\/p>\n<p>\u00ab\u00a01. Il appartient \u00e0 chaque \u00c9tat de d\u00e9terminer par sa l\u00e9gislation quels sont ses ressortissants.<\/p>\n<p>2. Cette l\u00e9gislation doit \u00eatre admise par les autres \u00c9tats, pourvu qu\u2019elle soit en accord avec les conventions internationales applicables, le droit international coutumier et les principes de droit g\u00e9n\u00e9ralement reconnus en mati\u00e8re de nationalit\u00e9.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p style=\"text-align: center;\">Article 4 \u2013 Principes<\/p>\n<p>\u00ab\u00a0Les r\u00e8gles sur la nationalit\u00e9 de chaque \u00c9tat Partie doivent \u00eatre fond\u00e9es sur les principes suivants\u00a0:<\/p>\n<p>a) chaque individu a droit \u00e0 une nationalit\u00e9\u00a0;<\/p>\n<p>b) l\u2019apatridie doit \u00eatre \u00e9vit\u00e9e\u00a0;<\/p>\n<p>c) nul ne peut \u00eatre arbitrairement priv\u00e9 de sa nationalit\u00e9\u00a0;<\/p>\n<p>d) ni le mariage, ni la dissolution du mariage entre un ressortissant d\u2019un \u00c9tat Partie et un \u00e9tranger, ni le changement de nationalit\u00e9 de l\u2019un des conjoints pendant le mariage ne peuvent avoir d\u2019effet de plein droit sur la nationalit\u00e9 de l\u2019autre conjoint.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p>73. S\u2019agissant de l\u2019article 2 de cette convention, le rapport explicatif de celle-ci expose notamment ce qui suit\u00a0:<\/p>\n<p style=\"text-align: center;\">Article 2 \u2013 D\u00e9finitions<\/p>\n<p>\u00ab\u00a022. Le concept de nationalit\u00e9 a \u00e9t\u00e9 examin\u00e9 par la Cour internationale de justice dans l\u2019arr\u00eat Nottebohm. La Cour y a d\u00e9fini la nationalit\u00e9 comme \u00e9tant \u00ab\u00a0un lien juridique ayant [pour fondement] un fait social [de rattachement], une solidarit\u00e9 effective d\u2019existence, d\u2019int\u00e9r\u00eats et de sentiments, jointe \u00e0 une r\u00e9ciprocit\u00e9 de droits et de devoirs\u00a0\u00bb (arr\u00eat Nottebohm, rapports de la CIJ 1955, p.\u00a023).<\/p>\n<p>23. La \u00ab\u00a0nationalit\u00e9\u00a0\u00bb est d\u00e9finie \u00e0 l\u2019article\u00a02 de la Convention comme \u00e9tant le lien juridique qui existe entre une personne et un \u00c9tat, et elle n\u2019indique pas l\u2019origine ethnique de la personne. Elle d\u00e9signe donc une relation juridique sp\u00e9cifique entre une personne et un \u00c9tat, relation qui est reconnue par cet \u00c9tat. Ainsi qu\u2019on l\u2019a d\u00e9j\u00e0 indiqu\u00e9 dans la note relative au paragraphe\u00a01 du pr\u00e9sent rapport explicatif, en ce qui concerne les effets de la Convention, les termes \u00ab\u00a0nationalit\u00e9\u00a0\u00bb et \u00ab\u00a0citoyennet\u00e9\u00a0\u00bb sont synonymes.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p><em>3. La jurisprudence de la Cour interam\u00e9ricaine des droits de l\u2019homme<\/em><\/p>\n<p>74. Dans son avis consultatif sur un projet d\u2019amendement aux dispositions de la Constitution costaricienne relatives \u00e0 la naturalisation (avis consultatif OC-4\/84, 19 janvier 1984, s\u00e9rie A no 4), la Cour interam\u00e9ricaine des droits de l\u2019homme s\u2019est prononc\u00e9e comme suit\u00a0:<\/p>\n<p>\u00ab\u00a031. Les questions soulev\u00e9es par le Gouvernement concernent deux s\u00e9ries de probl\u00e8mes juridiques g\u00e9n\u00e9raux, que la Cour examinera s\u00e9par\u00e9ment. Tout d\u2019abord, il y a la question du droit \u00e0 la nationalit\u00e9 \u00e9tabli par l\u2019article 20 de la Convention. Une deuxi\u00e8me s\u00e9rie de questions concerne la discrimination interdite par la Convention.<\/p>\n<p>32. Il est aujourd\u2019hui g\u00e9n\u00e9ralement admis que la nationalit\u00e9 est un droit inh\u00e9rent \u00e0 tout \u00eatre humain. Non seulement la nationalit\u00e9 est la condition de base pour l\u2019exercice des droits politiques, mais elle a \u00e9galement un impact important sur la capacit\u00e9 juridique de l\u2019individu.<\/p>\n<p>Ainsi, m\u00eame s\u2019il est traditionnellement admis que l\u2019octroi et la r\u00e9glementation de la nationalit\u00e9 rel\u00e8vent de la comp\u00e9tence de chaque \u00c9tat, des d\u00e9veloppements r\u00e9cents indiquent que le droit international impose certaines limites aux larges pouvoirs dont jouissent les \u00c9tats en la mati\u00e8re et que la mani\u00e8re dont les \u00c9tats r\u00e9gissent les questions ayant un impact sur la nationalit\u00e9 ne peut plus aujourd\u2019hui \u00eatre consid\u00e9r\u00e9e comme relevant de leur seule comp\u00e9tence. Ces pouvoirs reconnus aux \u00c9tats sont \u00e9galement limit\u00e9s par l\u2019obligation qu\u2019ils ont d\u2019assurer la pleine protection des droits de l\u2019homme.<\/p>\n<p>33. La doctrine classique qui voyait dans la nationalit\u00e9 un attribut octroy\u00e9 par l\u2019\u00c9tat \u00e0 ses sujets a graduellement \u00e9volu\u00e9 jusqu\u2019\u00e0 \u00eatre d\u00e9sormais per\u00e7ue comme concernant tant la comp\u00e9tence de l\u2019\u00c9tat que les questions relatives aux droits de l\u2019homme. Cela a \u00e9t\u00e9 reconnu dans un instrument r\u00e9gional, la D\u00e9claration am\u00e9ricaine des droits et devoirs de l\u2019homme du 2 mai 1948 (&#8230;) [texte de l\u2019article 19]. Un autre instrument, la D\u00e9claration universelle des droits de l\u2019homme (&#8230;) pr\u00e9voit ce qui suit [texte de l\u2019article\u00a015].<\/p>\n<p>34. Le droit de tout \u00eatre humain \u00e0 la nationalit\u00e9 a \u00e9t\u00e9 reconnu en tant que tel par le droit international. Deux aspects de ce droit se refl\u00e8tent dans l\u2019article 20 de la Convention : premi\u00e8rement, le droit \u00e0 une nationalit\u00e9 qui y est \u00e9tabli fournit \u00e0 l\u2019individu un minimum de protection juridique dans les relations internationales \u00e0 travers le lien que la nationalit\u00e9 \u00e9tablit entre lui et l\u2019\u00c9tat en question ; et, deuxi\u00e8mement, la protection accord\u00e9e \u00e0 l\u2019individu contre la privation arbitraire de la nationalit\u00e9, sans laquelle il serait priv\u00e9 \u00e0 toutes fins pratiques de l\u2019ensemble de ses droits politiques ainsi que des droits civils li\u00e9s \u00e0 la nationalit\u00e9.<\/p>\n<p>35. La nationalit\u00e9 peut \u00eatre consid\u00e9r\u00e9e comme un lien politique et juridique qui relie une personne \u00e0 un \u00c9tat donn\u00e9 et le rattache \u00e0 celui-ci par les liens de loyaut\u00e9 et de fid\u00e9lit\u00e9, et qui lui donne droit \u00e0 la protection diplomatique de cet \u00c9tat. De diff\u00e9rentes mani\u00e8res, la plupart des \u00c9tats ont offert \u00e0 des individus qui ne poss\u00e9daient pas initialement leur nationalit\u00e9 la possibilit\u00e9 de l\u2019acqu\u00e9rir plus tard, g\u00e9n\u00e9ralement par une d\u00e9claration d\u2019intention faite une fois remplies certaines conditions. Dans de tels cas, la nationalit\u00e9 ne d\u00e9pend plus du hasard de la naissance sur un territoire donn\u00e9 ou de la possession de cette nationalit\u00e9 par les parents. Elle est plut\u00f4t fond\u00e9e sur un acte volontaire tendant \u00e0 \u00e9tablir une relation avec une soci\u00e9t\u00e9 politique donn\u00e9e, sa culture, son mode de vie et ses valeurs.<\/p>\n<p>36. D\u00e8s lors que c\u2019est l\u2019\u00c9tat qui offre la possibilit\u00e9 d\u2019acqu\u00e9rir sa nationalit\u00e9 \u00e0 des personnes d\u2019origine \u00e9trang\u00e8re, il est normal que les conditions et les proc\u00e9dures d\u2019acquisition de cette nationalit\u00e9 soient r\u00e9gies avant tout par son droit national. Tant que ces r\u00e8gles ne sont pas en contradiction avec des normes sup\u00e9rieures, c\u2019est l\u2019\u00c9tat octroyant la nationalit\u00e9 qui est le mieux \u00e0 m\u00eame de juger quelles conditions imposer pour veiller \u00e0 ce qu\u2019un lien effectif existe entre le candidat \u00e0 la naturalisation et les syst\u00e8mes de valeurs et les int\u00e9r\u00eats de la soci\u00e9t\u00e9 avec laquelle il cherche \u00e0 s\u2019associer pleinement. Cet \u00c9tat est \u00e9galement le mieux \u00e0 m\u00eame de d\u00e9cider si ces conditions sont remplies. Dans ces m\u00eames limites, il est \u00e9galement logique que les besoins per\u00e7us par chaque \u00c9tat puissent d\u00e9terminer la d\u00e9cision de faciliter ou non la naturalisation \u00e0 un degr\u00e9 plus ou moins grand ; et dans la mesure o\u00f9 les besoins per\u00e7us de l\u2019\u00c9tat ne sont pas statiques, il est normal que les conditions pour la naturalisation puissent \u00eatre lib\u00e9ralis\u00e9es ou restreintes lorsque les circonstances changent. Il n\u2019est donc pas surprenant qu\u2019\u00e0 un moment donn\u00e9, l\u2019\u00c9tat juge opportun d\u2019imposer de nouvelles conditions afin d\u2019\u00e9viter que des individus qui n\u2019ont pas \u00e9tabli avec le pays des liens r\u00e9els et durables aptes \u00e0 justifier un acte aussi s\u00e9rieux et profond que le changement de nationalit\u00e9 ne cherchent \u00e0 changer de nationalit\u00e9 que pour r\u00e9soudre des difficult\u00e9s temporaires rencontr\u00e9es par eux.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p>75. Dans l\u2019affaire des Enfants Yean et Bosico c. R\u00e9publique dominicaine (exceptions pr\u00e9liminaires, fond, r\u00e9parations et d\u00e9pens, arr\u00eat du 8 septembre 2005, s\u00e9rie C no 130), la Cour interam\u00e9ricaine des droits de l\u2019homme s\u2019est exprim\u00e9e comme suit (notes de bas de page omises)\u00a0:<\/p>\n<p>\u00ab\u00a0139. La Convention am\u00e9ricaine reconna\u00eet les deux aspects du droit \u00e0 la nationalit\u00e9\u00a0: le droit d\u2019avoir une nationalit\u00e9, l\u2019individu \u00e9tant cens\u00e9 b\u00e9n\u00e9ficier \u00ab\u00a0dans les relations internationales d\u2019un minimum de protection juridique \u00e0 travers le lien que la nationalit\u00e9 \u00e9tablit entre lui et un \u00c9tat d\u00e9termin\u00e9, et, en deuxi\u00e8me lieu, la protection de l\u2019individu contre la privation arbitraire de sa nationalit\u00e9, sans laquelle il serait priv\u00e9 de l\u2019ensemble de ses droits politiques ainsi que des droits civils li\u00e9s \u00e0 la nationalit\u00e9\u00a0\u00bb.<\/p>\n<p>140. Si chaque \u00c9tat conserve la facult\u00e9 de d\u00e9terminer qui sont ses ressortissants, sa marge d\u2019appr\u00e9ciation \u00e0 cet \u00e9gard a graduellement \u00e9t\u00e9 limit\u00e9e par l\u2019\u00e9volution du droit international, le but \u00e9tant d\u2019assurer une meilleure protection de l\u2019individu face \u00e0 des actes arbitraires des \u00c9tats. Ainsi, au stade actuel du d\u00e9veloppement du droit international des droits de l\u2019homme, cette pr\u00e9rogative des \u00c9tats est limit\u00e9e, d\u2019une part, par leur obligation de fournir aux individus une protection \u00e9gale et effective de la loi et, d\u2019autre part, par leur obligation de pr\u00e9venir, d\u2019\u00e9viter et de r\u00e9duire l\u2019apatridie.<\/p>\n<p>141. La Cour estime que les principes juridiques imp\u00e9ratifs de protection \u00e9gale et effective de la loi et de non-discrimination supposent que, lorsqu\u2019ils adoptent des m\u00e9canismes r\u00e9gissant l\u2019octroi de la nationalit\u00e9, les \u00c9tats s\u2019abstiennent d\u2019adopter des r\u00e9glementations discriminatoires ou ayant des effets discriminatoires sur l\u2019exercice de leurs droits par certains groupes de population. En outre, les \u00c9tats doivent lutter contre les pratiques discriminatoires \u00e0 tous niveaux, en particulier dans les organismes publics, et adopter les mesures antidiscriminatoires n\u00e9cessaires pour assurer le droit effectif \u00e0 une \u00e9gale protection pour tous.<\/p>\n<p>142. Les \u00c9tats ont l\u2019obligation de ne pas adopter de pratiques ou de lois concernant l\u2019octroi de la nationalit\u00e9 dont l\u2019application entra\u00eenerait une augmentation du nombre d\u2019apatrides. Cette situation d\u00e9coule de l\u2019absence de nationalit\u00e9 lorsque, en vertu des lois d\u2019un \u00c9tat donn\u00e9, un individu ne peut pas obtenir la nationalit\u00e9 de cet \u00c9tat en raison de la privation arbitraire ou de l\u2019octroi d\u2019une nationalit\u00e9 qui, en r\u00e9alit\u00e9, n\u2019est pas effective. L\u2019apatridie prive l\u2019individu de la possibilit\u00e9 de jouir de droits civils et politiques et le place dans une situation d\u2019extr\u00eame vuln\u00e9rabilit\u00e9.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p>76. Les principes relatifs au droit \u00e0 la nationalit\u00e9 qui se d\u00e9gagent de la jurisprudence pr\u00e9cit\u00e9e de la Cour interam\u00e9ricaine des droits de l\u2019homme ont \u00e9t\u00e9 confirm\u00e9s dans l\u2019affaire des Ressortissants dominicains et ha\u00eftiens expuls\u00e9s c. R\u00e9publique dominicaine (exceptions pr\u00e9liminaires, fond, r\u00e9parations et d\u00e9pens, arr\u00eat du 28 ao\u00fbt 2014, s\u00e9rie C no 282, \u00a7\u00a7\u00a0253-264).<\/p>\n<p><strong>B. La responsabilit\u00e9 des \u00c9tats<\/strong><\/p>\n<p>77. La Commission du droit international a adopt\u00e9 le projet d\u2019articles sur la responsabilit\u00e9 de l\u2019\u00c9tat pour fait internationalement illicite (\u00ab\u00a0le projet d\u2019articles de la CDI\u00a0\u00bb) en 2001, lors de sa cinquante-troisi\u00e8me session (56e\u00a0session, suppl\u00e9ment no\u00a010 et rectificatif, documents officiels, A\/56\/10 et Corr.\u00a01). Ce projet d\u2019articles a \u00e9t\u00e9 soumis \u00e0 l\u2019Assembl\u00e9e g\u00e9n\u00e9rale. Dans sa r\u00e9solution du 12 d\u00e9cembre 2001 (A\/56\/83 (2001)), l\u2019Assembl\u00e9e g\u00e9n\u00e9rale en a pris note et l\u2019a recommand\u00e9 \u00e0 l\u2019attention des gouvernements. L\u2019article 2 du projet d\u2019articles, intitul\u00e9 \u00ab\u00a0\u00c9l\u00e9ments du fait internationalement illicite de l\u2019\u00c9tat\u00a0\u00bb, est ainsi libell\u00e9\u00a0:<\/p>\n<p>\u00ab\u00a0Il y a fait internationalement illicite de l\u2019\u00c9tat lorsqu\u2019un comportement consistant en une action ou une omission :<\/p>\n<p>a) Est attribuable \u00e0 l\u2019\u00c9tat en vertu du droit international ; et<\/p>\n<p>b) Constitue une violation d\u2019une obligation internationale de l\u2019\u00c9tat.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p>78. Le commentaire relatif au projet d\u2019articles de la CDI, adopt\u00e9 avec le projet d\u2019articles lui-m\u00eame, pr\u00e9cise ce qui suit au sujet de l\u2019article 2 (notes de bas de page omises) :<\/p>\n<p>\u00ab\u00a05)\u00a0Pour qu\u2019un comportement d\u00e9termin\u00e9 puisse \u00eatre qualifi\u00e9 de fait internationalement illicite, il doit avant tout \u00eatre un comportement attribuable \u00e0 l\u2019\u00c9tat. L\u2019\u00c9tat est une entit\u00e9 organis\u00e9e r\u00e9elle, une personne juridique ayant pleine qualit\u00e9 pour agir d\u2019apr\u00e8s le droit international. Mais le reconna\u00eetre ne veut pas dire nier la v\u00e9rit\u00e9 \u00e9l\u00e9mentaire que l\u2019\u00c9tat comme tel n\u2019est pas capable d\u2019agir. Un \u00ab\u00a0fait de l\u2019\u00c9tat\u00a0\u00bb met n\u00e9cessairement en jeu une action ou une omission d\u2019un \u00eatre humain ou d\u2019un groupe : \u00ab\u00a0Les \u00c9tats ne peuvent agir qu\u2019au moyen et par l\u2019entremise de la personne de leurs agents et repr\u00e9sentants\u00a0\u00bb. Il s\u2019agit de d\u00e9terminer quelles sont les personnes qui devraient \u00eatre consid\u00e9r\u00e9es comme agissant au nom de l\u2019\u00c9tat, c\u2019est-\u00e0-dire ce que constitue un \u00ab\u00a0fait de l\u2019\u00c9tat\u00a0\u00bb aux fins de la responsabilit\u00e9 des \u00c9tats.<\/p>\n<p>6) Lorsque l\u2019on parle de l\u2019attribution d\u2019un comportement \u00e0 l\u2019\u00c9tat, on entend par \u00c9tat un sujet de droit international. Dans de nombreux syst\u00e8mes juridiques les organes de l\u2019\u00c9tat consistent en diff\u00e9rentes personnes juridiques (minist\u00e8res ou autres entit\u00e9s) qui sont consid\u00e9r\u00e9es comme ayant des droits et obligations distincts au titre desquels elles sont seules susceptibles de faire l\u2019objet d\u2019une action en justice et responsables. Aux fins du droit international de la responsabilit\u00e9 des \u00c9tats, cette conception est diff\u00e9rente. L\u2019\u00c9tat est consid\u00e9r\u00e9 comme une unit\u00e9, conform\u00e9ment au fait qu\u2019il est reconnu comme une personne juridique unique en droit international. En ceci, comme \u00e0 d\u2019autres \u00e9gards, l\u2019attribution d\u2019un comportement \u00e0 l\u2019\u00c9tat est n\u00e9cessairement une op\u00e9ration normative. Ce qui est d\u00e9terminant ici est qu\u2019il y ait suffisamment de liens entre un \u00e9v\u00e9nement donn\u00e9 et un comportement (qu\u2019il s\u2019agisse d\u2019une action ou d\u2019une omission) attribuable \u00e0 l\u2019\u00c9tat en vertu de l\u2019une ou l\u2019autre des r\u00e8gles \u00e9nonc\u00e9es au chapitre II.<\/p>\n<p>7) La deuxi\u00e8me condition pour qu\u2019il y ait fait internationalement illicite de l\u2019\u00c9tat est que le comportement attribuable \u00e0 l\u2019\u00c9tat constitue une violation par cet \u00c9tat d\u2019une obligation internationale existant \u00e0 sa charge (&#8230;)<\/p>\n<p>(&#8230;)<\/p>\n<p>12) \u00c0 l\u2019alin\u00e9a a, le terme \u00ab\u00a0attribution\u00a0\u00bb est employ\u00e9 pour d\u00e9signer l\u2019op\u00e9ration du rattachement \u00e0 l\u2019\u00c9tat d\u2019une action ou omission donn\u00e9e. Dans la pratique et la jurisprudence internationales, le terme \u00ab\u00a0imputation\u00a0\u00bb est \u00e9galement utilis\u00e9. Mais le terme \u00ab\u00a0attribution\u00a0\u00bb permet d\u2019\u00e9viter de laisser entendre que le processus juridique consistant \u00e0 rattacher le comportement de l\u2019\u00c9tat est une fiction, ou que le comportement en question est \u00ab\u00a0en r\u00e9alit\u00e9\u00a0\u00bb celui de quelqu\u2019un d\u2019autre.<\/p>\n<p>13) \u00c0 l\u2019alin\u00e9a b, on parle de violation d\u2019une obligation internationale et non de violation d\u2019une r\u00e8gle ou d\u2019une norme de droit international. Ce qui importe en l\u2019occurrence n\u2019est pas simplement l\u2019existence d\u2019une r\u00e8gle, mais son application dans le cas d\u2019esp\u00e8ce \u00e0 l\u2019\u00c9tat responsable. Le terme \u00ab\u00a0obligation\u00a0\u00bb est couramment employ\u00e9 dans la jurisprudence et dans la pratique internationales ainsi que dans la doctrine pour couvrir toutes les possibilit\u00e9s. Le mot \u00ab\u00a0obligation\u00a0\u00bb renvoie uniquement \u00e0 une obligation de droit international, ce que l\u2019article 3 pr\u00e9cise.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p><strong>C. Les accords internationaux en mati\u00e8re de s\u00e9curit\u00e9 sociale conclus par la Lettonie<\/strong><\/p>\n<p>79. La reconnaissance mutuelle des p\u00e9riodes de travail \u00e0 prendre en compte aux fins du calcul des pensions d\u2019\u00c9tat est pr\u00e9vue par les accords de coop\u00e9ration en mati\u00e8re de s\u00e9curit\u00e9 sociale conclus par la Lettonie avec la Lituanie (accord entr\u00e9 en vigueur le 31 janvier 1996), l\u2019Estonie (accord entr\u00e9 en vigueur le 29 janvier 1997), l\u2019Ukraine (accord entr\u00e9 en vigueur le 11 juin 1999), la Finlande (accord entr\u00e9 en vigueur le 1er juin 2000) et le Canada (accord entr\u00e9 en vigueur le 1er\u00a0novembre 2006). Par ailleurs, la Lettonie a conclu avec les Pays-Bas un accord analogue (entr\u00e9 en vigueur le 1er juin 2005) qui interdit toute discrimination fond\u00e9e sur le lieu de r\u00e9sidence. Depuis le prononc\u00e9 de l\u2019arr\u00eat rendu par la Cour dans l\u2019affaire Andrejeva, pr\u00e9cit\u00e9e, la Lettonie a conclu d\u2019autres accords bilat\u00e9raux, en particulier avec le B\u00e9larus (accord entr\u00e9 en vigueur le 28 septembre 2010) et la Russie (accord entr\u00e9 en vigueur le 19\u00a0janvier 2011).<\/p>\n<p>80. En particulier, l\u2019article 3 \u00a7 1 de l\u2019accord de coop\u00e9ration en mati\u00e8re de s\u00e9curit\u00e9 sociale entre la Lettonie et la F\u00e9d\u00e9ration de Russie \u00e9tend express\u00e9ment son champ d\u2019application aux \u00ab\u00a0non-citoyens r\u00e9sidents permanents\u00a0\u00bb de Lettonie. Aux termes de l\u2019article 10 \u00a7 1, lors du calcul d\u2019une pension de retraite, chacune des parties contractantes prend en compte le temps de travail accompli par le b\u00e9n\u00e9ficiaire dans les deux pays. L\u2019article\u00a04\u00a0\u00a7\u00a02 pr\u00e9voit une exception selon laquelle le principe d\u2019\u00e9galit\u00e9 entre les ressortissants et les r\u00e9sidents des deux \u00c9tats ne s\u2019applique pas aux modalit\u00e9s particuli\u00e8res du calcul des p\u00e9riodes de travail des ressortissants lettons ant\u00e9rieures \u00e0 1991.<\/p>\n<p>81. L\u2019article 25 de l\u2019accord susmentionn\u00e9 r\u00e9partit entre les deux \u00c9tats la charge financi\u00e8re en mati\u00e8re de pensions de retraite dans l\u2019hypoth\u00e8se o\u00f9 le b\u00e9n\u00e9ficiaire a acquis le droit \u00e0 une pension de retraite apr\u00e8s l\u2019entr\u00e9e en vigueur de l\u2019accord. La pension due au titre du travail accompli avant le 1er\u00a0janvier 1991 est vers\u00e9e par l\u2019\u00c9tat dans lequel le b\u00e9n\u00e9ficiaire est domicili\u00e9 au moment o\u00f9 il demande la pension. En revanche, en ce qui concerne la p\u00e9riode post\u00e9rieure \u00e0 cette date, chaque partie contractante s\u2019est engag\u00e9e \u00e0 prendre en charge les ann\u00e9es de travail accomplies sur son territoire. L\u2019article\u00a026 pr\u00e9cise qu\u2019une pension d\u00e9j\u00e0 accord\u00e9e avant que l\u2019accord n\u2019entre en vigueur peut \u00e9galement \u00eatre recalcul\u00e9e en ce sens \u00e0 la demande expresse du b\u00e9n\u00e9ficiaire ; cependant, ce nouveau calcul ne peut \u00eatre appliqu\u00e9 qu\u2019apr\u00e8s l\u2019entr\u00e9e en vigueur de l\u2019accord.<\/p>\n<p>82. L\u2019accord conclu entre la Lettonie et le B\u00e9larus contient des dispositions analogues.<\/p>\n<p><strong>III. LE DROIT ET LA PRATIQUE DES INSTITUTIONS DES COMMUNAUT\u00c9S EUROP\u00c9ENNES ET DE l\u2019union europ\u00e9enne<\/strong><\/p>\n<p><strong>A. La Cour de justice de l\u2019Union europ\u00e9enne<\/strong><\/p>\n<p>83. Dans l\u2019affaire Janko Rottmann c. Freistaat Bayern (affaire C-135\/08, arr\u00eat du 2\u00a0mars\u00a02010, ECLI:EU:C:2010:104), la Cour de justice de l\u2019Union europ\u00e9enne est parvenue aux conclusions suivantes (r\u00e9f\u00e9rences omises)\u00a0:<\/p>\n<p>\u00ab\u00a045. Ainsi, les \u00c9tats membres doivent, dans l\u2019exercice de leur comp\u00e9tence en mati\u00e8re de nationalit\u00e9, respecter le droit de l\u2019Union (&#8230;)<\/p>\n<p>(&#8230;)<\/p>\n<p>48. La r\u00e9serve selon laquelle il y a lieu de respecter le droit de l\u2019Union ne porte pas atteinte au principe de droit international d\u00e9j\u00e0 reconnu par la Cour (&#8230;) selon lequel les \u00c9tats membres sont comp\u00e9tents pour d\u00e9finir les conditions d\u2019acquisition et de perte de la nationalit\u00e9, mais consacre le principe selon lequel, lorsqu\u2019il s\u2019agit de citoyens de l\u2019Union, l\u2019exercice de cette comp\u00e9tence, dans la mesure o\u00f9 il affecte les droits conf\u00e9r\u00e9s et prot\u00e9g\u00e9s par l\u2019ordre juridique de l\u2019Union, comme c\u2019est notamment le cas pour une d\u00e9cision de retrait de la naturalisation telle que celle en cause au principal, est susceptible d\u2019un contr\u00f4le juridictionnel op\u00e9r\u00e9 au regard du droit de l\u2019Union.<\/p>\n<p>(&#8230;)<\/p>\n<p>55. Toutefois, dans un tel cas de figure, il appartient \u00e0 la juridiction de renvoi de v\u00e9rifier si la d\u00e9cision de retrait en cause au principal respecte le principe de proportionnalit\u00e9 en ce qui concerne les cons\u00e9quences qu\u2019elle comporte sur la situation de la personne concern\u00e9e au regard du droit de l\u2019Union, outre, le cas \u00e9ch\u00e9ant, l\u2019examen de la proportionnalit\u00e9 de cette d\u00e9cision au regard du droit national.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p><strong>B. Le Parlement europ\u00e9en<\/strong><\/p>\n<p>84. Les passages pertinents de la r\u00e9solution du Parlement europ\u00e9en sur la situation en Estonie, en Lettonie et en Lituanie, adopt\u00e9e le 13 janvier 1983 (1982-1983 EUR.PARL.DOC (no 7.908) 432-33 (9183)), se lisent ainsi\u00a0:<\/p>\n<p>\u00ab\u00a0Le Parlement europ\u00e9en,<\/p>\n<p>(&#8230;)<\/p>\n<p>B. consid\u00e9rant les trait\u00e9s de paix bilat\u00e9raux sign\u00e9s entre l\u2019Union sovi\u00e9tique et les trois \u00c9tats baltes \u00e0 Dorpat (2 f\u00e9vrier 1920), Moscou (12 juillet 1920) et Riga (11\u00a0ao\u00fbt\u00a01920), par lesquels l\u2019Union sovi\u00e9tique garantissait aux trois \u00c9tats baltes l\u2019inviolabilit\u00e9 de leur territoire et la paix \u00e9ternelle,<\/p>\n<p><strong>C. consid\u00e9rant l\u2019article VIII de l\u2019acte final de la conf\u00e9rence d\u2019Helsinki sur la s\u00e9curit\u00e9 et la coop\u00e9ration en Europe, qui garantit le droit des peuples \u00e0 disposer d\u2019eux-m\u00eames ainsi que leur droit de d\u00e9terminer, en toute libert\u00e9, lorsqu\u2019ils le d\u00e9sirent et comme ils le d\u00e9sirent, leur statut politique interne et externe,<\/strong><\/p>\n<p><strong>D. condamnant l\u2019occupation, par l\u2019Union sovi\u00e9tique, de ces \u00c9tats autrefois ind\u00e9pendants et neutres qui a d\u00e9but\u00e9 en 1940, du fait du pacte Molotov-Ribbentrop, et qui se poursuit actuellement,<\/strong><\/p>\n<p><strong>E. rappelant qu\u2019\u00e0 ce jour la plupart des \u00c9tats europ\u00e9ens n\u2019ont pas officiellement reconnu l\u2019annexion par l\u2019Union sovi\u00e9tique des trois \u00c9tats baltes et que, jusqu\u2019\u00e0 pr\u00e9sent, les \u00c9tats-Unis, le Canada, la Grande-Bretagne, l\u2019Australie et le Vatican font valoir la notion d\u2019\u00c9tat balte,<\/strong><\/p>\n<p>(&#8230;)<\/p>\n<p>1. invite les ministres des affaires \u00e9trang\u00e8res r\u00e9unis dans le cadre de la coop\u00e9ration politique \u00e0 arr\u00eater une position commune en faveur de la d\u00e9claration adress\u00e9e aux Nations unies en 1979 ;<\/p>\n<p>2. propose qu\u2019ils soumettent la question des \u00c9tats baltes \u00e0 la sous-commission sp\u00e9ciale de la d\u00e9colonisation de l\u2019Organisation des Nations unies ;<\/p>\n<p>(&#8230;)<\/p>\n<p>4. exprime l\u2019espoir que les ministres des affaires \u00e9trang\u00e8res ne craindront pas d\u2019\u0153uvrer pour que se r\u00e9alisent les aspirations des peuples de ces \u00c9tats quant \u00e0 leur mode de gouvernement ;<\/p>\n<p>5. charge son pr\u00e9sident de transmettre la pr\u00e9sente r\u00e9solution aux ministres des affaires \u00e9trang\u00e8res r\u00e9unis dans le cadre de la coop\u00e9ration politique ainsi qu\u2019aux gouvernements des \u00c9tats membres de la Communaut\u00e9 \u00e9conomique europ\u00e9enne.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p><strong>IV. les rapports et r\u00e9solutions d\u2019organes du conseil de l\u2019europe<\/strong><\/p>\n<p><strong>A. L\u2019Assembl\u00e9e parlementaire du Conseil de l\u2019Europe<\/strong><\/p>\n<p>85. La r\u00e9solution 189 (1960), adopt\u00e9e le 29 septembre 1960 par l\u2019Assembl\u00e9e parlementaire du Conseil de l\u2019Europe et intitul\u00e9e \u00ab\u00a0Situation dans les \u00c9tats baltes \u00e0 l\u2019occasion du vingti\u00e8me anniversaire de leur incorporation forc\u00e9e dans l\u2019Union Sovi\u00e9tique\u00a0\u00bb se lit ainsi\u00a0:<\/p>\n<p>\u00ab\u00a01. L\u2019Assembl\u00e9e,<\/p>\n<p>2. \u00e0 l\u2019occasion du vingti\u00e8me anniversaire de l\u2019occupation militaire des trois \u00c9tats europ\u00e9ens d\u2019Estonie, de Lettonie et de Lithuanie, et de leur incorporation forc\u00e9e dans l\u2019Union Sovi\u00e9tique,<\/p>\n<p>3. Constate que cette annexion ill\u00e9gale a \u00e9t\u00e9 accomplie sans que les peuples aient pu exprimer librement leur volont\u00e9 ;<\/p>\n<p>4. Exprime sa sympathie pour les peuples baltes dans leurs \u00e9preuves et tient \u00e0 leur donner l\u2019assurance qu\u2019ils ne sont pas oubli\u00e9s par les autres Europ\u00e9ens ;<\/p>\n<p>5. Est convaincue que l\u2019oppression communiste ne parviendra pas \u00e0 \u00e9craser leur courage et leur foi dans la libert\u00e9 et la d\u00e9mocratie ;<\/p>\n<p>6. Constate que, dans leur grande majorit\u00e9, les gouvernements des nations du monde libre reconnaissent toujours de jure l\u2019existence ind\u00e9pendante des \u00c9tats baltes\u00a0;<\/p>\n<p>7. Prie instamment les gouvernements membres d\u2019appuyer les efforts appropri\u00e9s des r\u00e9fugi\u00e9s des \u00c9tats baltes pour maintenir leur culture nationale, leurs traditions et leurs langues, en pr\u00e9vision du jour o\u00f9 l\u2019Estonie, la Lettonie et la Lithuanie pourront tenir leur r\u00f4le de nations libres dans nos institutions d\u00e9mocratiques internationales.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p>86. Les passages pertinents de la r\u00e9solution 872(1987), adopt\u00e9e le 28\u00a0janvier 1987 par l\u2019Assembl\u00e9e parlementaire du Conseil de l\u2019Europe et intitul\u00e9e \u00ab\u00a0Situation des peuples baltes\u00a0\u00bb, se lisent ainsi\u00a0:<\/p>\n<p>\u00ab\u00a01. L\u2019Assembl\u00e9e,<\/p>\n<p>(&#8230;)<\/p>\n<p>3. Rappelant que l\u2019incorporation des trois \u00c9tats baltes \u00e0 l\u2019Union Sovi\u00e9tique a \u00e9t\u00e9 et demeure une violation flagrante du droit \u00e0 l\u2019autod\u00e9termination des peuples, et qu\u2019\u00e0 ce jour elle n\u2019a pas \u00e9t\u00e9 reconnue par la grande majorit\u00e9 des \u00c9tats europ\u00e9ens et par de nombreux membres de la communaut\u00e9 internationale ;<\/p>\n<p>4. Consid\u00e9rant que l\u2019\u00e9limination des probl\u00e8mes internationaux cr\u00e9\u00e9s par cette incorporation requiert des solutions sur la base des obligations internationales auxquelles l\u2019Union Sovi\u00e9tique et d\u2019autres membres de la communaut\u00e9 internationale ont souscrit ;<\/p>\n<p>(&#8230;)<\/p>\n<p>6. D\u00e9plorant que, du fait d\u2019une immigration forc\u00e9e dans leurs pays, les peuples baltes se voient sous pression d\u2019assimilation, et que le manque de possibilit\u00e9s d\u2019\u00e9ducation et d\u2019expression de leur propre culture conduit \u00e0 une perte de l\u2019identit\u00e9 nationale ;<\/p>\n<p>(&#8230;)<\/p>\n<p>13. Lance un appel au Gouvernement de l\u2019Union Sovi\u00e9tique pour qu\u2019il respecte le droit \u00e0 l\u2019autod\u00e9termination et les droits de l\u2019homme dans les \u00c9tats baltes ;<\/p>\n<p>14. Invite les gouvernements des \u00c9tats membres du Conseil de l\u2019Europe \u00e0 attirer, lors de la Conf\u00e9rence de Vienne sur la CSCE et, si n\u00e9cessaire, \u00e0 des r\u00e9unions ult\u00e9rieures de la CSCE, l\u2019attention des \u00c9tats participants sur les graves violations des droits de l\u2019homme et du droit \u00e0 l\u2019autod\u00e9termination dans les trois \u00c9tats baltes.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p><strong>B. La Commission europ\u00e9enne contre le racisme et l\u2019intol\u00e9rance (ECRI)<\/strong><\/p>\n<p>87. Le 9 d\u00e9cembre 2011, dans le cadre de son quatri\u00e8me cycle de monitoring, l\u2019ECRI adopta un rapport sur la Lettonie comportant une \u00e9valuation de la situation \u00e0 la suite de l\u2019adoption de l\u2019arr\u00eat Andrejeva. Les passages pertinents de ce rapport se lisent ainsi (passage marqu\u00e9 en italique dans le texte original)\u00a0:<\/p>\n<p>\u00ab\u00a0129. L\u2019ECRI tient aussi \u00e0 exprimer sa pr\u00e9occupation au sujet de certaines mesures prises par les autorit\u00e9s lettones \u00e0 la suite de l\u2019arr\u00eat de la Cour (&#8230;) dans l\u2019affaire Andrejeva c. Lettonie (&#8230;) L\u2019ECRI a \u00e9t\u00e9 inform\u00e9e qu\u2019\u00e0 la suite de cet arr\u00eat, les autorit\u00e9s ont propos\u00e9 des amendements portant modification de la loi sur les pensions d\u2019\u00c9tat qui ont r\u00e9duit les droits \u00e0 la pension des citoyens et des \u00ab\u00a0non-ressortissants\u00a0\u00bb ; les citoyens sont donc trait\u00e9s moins favorablement qu\u2019auparavant. Ces modifications n\u2019ont pas encore \u00e9t\u00e9 adopt\u00e9es. L\u2019ECRI souligne \u00e0 nouveau que les modifications auraient un effet n\u00e9gatif sur les relations interethniques si elles \u00e9taient adopt\u00e9es.<\/p>\n<p>130. Elle note qu\u2019en f\u00e9vrier 2011, la Cour constitutionnelle a d\u00e9clar\u00e9 que la disposition de la loi sur la pension d\u2019\u00c9tat qui \u00e9tait en cause dans l\u2019affaire Andrejeva\u00a0c.\u00a0Lettonie n\u2019\u00e9tait pas contraire \u00e0 la Constitution lettone. La Cour a rejet\u00e9 les requ\u00eates de requ\u00e9rants (analogues \u00e0 celles d\u2019Andrejeva) au motif que l\u2019affaire de Natalija Andrejeva \u00e9tait exceptionnelle, car celle-ci avait travaill\u00e9 physiquement en Lettonie m\u00eame. L\u2019ECRI fait observer que la d\u00e9cision de la Cour constitutionnelle donne au mieux une interpr\u00e9tation tr\u00e8s restrictive de l\u2019arr\u00eat de la Cour (&#8230;)<\/p>\n<p>131. De plus, l\u2019ECRI a \u00e9t\u00e9 inform\u00e9e que des accords bilat\u00e9raux ont \u00e9t\u00e9 sign\u00e9s avec la Russie, l\u2019Ukraine et le B\u00e9larus pour couvrir les pensions des \u00ab\u00a0non-ressortissants\u00a0\u00bb pendant les p\u00e9riodes d\u2019emploi pass\u00e9es dans les ex-r\u00e9publiques sovi\u00e9tiques. L\u2019ECRI note que bien qu\u2019elle soit positive pour ceux qui ont travaill\u00e9 dans ces r\u00e9publiques et qui toucheraient sinon une pension r\u00e9duite, cette approche ne tient pas compte des \u00ab\u00a0non-ressortissants\u00a0\u00bb qui ont travaill\u00e9 dans les neuf r\u00e9publiques sovi\u00e9tiques restantes, avec lesquelles aucun accord bilat\u00e9ral n\u2019a \u00e9t\u00e9 sign\u00e9. Selon l\u2019arr\u00eat Andrejeva de la Cour (&#8230;), cette fa\u00e7on de faire est discriminatoire.<\/p>\n<p>132. L\u2019ECRI recommande aux autorit\u00e9s lettones d\u2019ex\u00e9cuter l\u2019arr\u00eat Andrejeva de la Cour (&#8230;) d\u2019une mani\u00e8re qui n\u2019aura pas de cons\u00e9quences n\u00e9gatives pour les relations interethniques, en \u00e9vitant de l\u2019utiliser pour r\u00e9duire les droits \u00e0 la pension des citoyens.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p>88. \u00e0 l\u2019issue de son cinqui\u00e8me cycle de monitoring, l\u2019ECRI adopta le 4\u00a0d\u00e9cembre 2018 un rapport sur la Lettonie qui analysait le statut de \u00ab\u00a0non\u2011citoyen r\u00e9sident permanent\u00a0\u00bb de Lettonie dans les termes suivants (notes de bas de page omises\u00a0; passages marqu\u00e9s en italiques dans le texte original)\u00a0:<\/p>\n<p>\u00ab\u00a0Non-ressortissants\u00a0\u00bb<\/p>\n<p>55. D\u2019apr\u00e8s les donn\u00e9es du CSB, il y avait 222 847 \u00ab\u00a0non-ressortissants\u00a0\u00bb r\u00e9sidant en Lettonie en janvier 2017, ce qui repr\u00e9sentait 11,4 % de la population du pays. La majorit\u00e9 d\u2019entre eux sont des personnes d\u2019origine russe. Ce sont des citoyens de l\u2019ex\u2011URSS qui r\u00e9sidaient en Lettonie au 1er juillet 1991 et qui ne poss\u00e8dent la nationalit\u00e9 d\u2019aucun autre pays. Le terme ne s\u2019applique pas aux ressortissants \u00e9trangers. Bien que ces \u00ab\u00a0non-ressortissants\u00a0\u00bb n\u2019aient pas les m\u00eames droits que les citoyens lettons, le Haut-Commissaire des Nations Unies aux r\u00e9fugi\u00e9s (HCR) souligne que les \u00ab\u00a0non-citoyens\u00a0\u00bb jouissent du droit de r\u00e9sider en Lettonie ex lege et d\u2019un ensemble de droits et d\u2019obligations allant g\u00e9n\u00e9ralement au-del\u00e0 des droits prescrits par la Convention de 1954 relative au statut des apatrides, y compris la protection contre l\u2019expulsion, et en tant que tels, les \u00ab\u00a0non-citoyens\u00a0\u00bb peuvent actuellement \u00eatre consid\u00e9r\u00e9s comme des personnes auxquelles la Convention ne s\u2019applique pas conform\u00e9ment \u00e0 son article\u00a01.2(ii).<\/p>\n<p>56. Depuis le pr\u00e9c\u00e9dent rapport de l\u2019ECRI, le nombre de \u00ab\u00a0non-ressortissants\u00a0\u00bb a encore recul\u00e9 (326 735 personnes en 2011, soit 14,6 % de la population). Cette baisse s\u2019explique en partie par des facteurs d\u00e9mographiques et par la mortalit\u00e9, pr\u00e8s de 40 % des \u00ab\u00a0non-ressortissants\u00a0\u00bb \u00e9tant \u00e2g\u00e9s de 60 ans ou plus. Par ailleurs, le nombre de naturalisations a \u00e9galement baiss\u00e9 mais s\u2019est aujourd\u2019hui stabilis\u00e9 \u00e0 pr\u00e8s de 1 000 par an. D\u2019apr\u00e8s les autorit\u00e9s, 98 % des demandeurs \u00ab\u00a0non-ressortissants\u00a0\u00bb r\u00e9ussissent les examens requis pour obtenir la naturalisation, mais pas tous \u00e0 la premi\u00e8re tentative. Une \u00e9tude de 2016 men\u00e9e par le Bureau de la citoyennet\u00e9 et des questions migratoires montre que les raisons personnelles pour lesquelles les \u00ab\u00a0non-ressortissants\u00a0\u00bb ne souhaitent pas demander la naturalisation ont chang\u00e9. Les ann\u00e9es pr\u00e9c\u00e9dentes, les obstacles mentionn\u00e9s \u00e9taient l\u2019exigence de connaissance du letton et le co\u00fbt de la proc\u00e9dure. Ces facteurs ne figurent plus en premi\u00e8re place parmi les motifs cit\u00e9s. En revanche, la possibilit\u00e9 de se rendre en F\u00e9d\u00e9ration de Russie sans visa et l\u2019ouverture de droits \u00e0 une retraite russe d\u2019ailleurs plus avantageuse ont \u00e9t\u00e9 soulign\u00e9s par de nombreuses personnes interrog\u00e9es. Par ailleurs, de nombreux \u00ab\u00a0non-ressortissants\u00a0\u00bb refusent de demander la naturalisation par principe, car ils estiment qu\u2019ils devraient obtenir la nationalit\u00e9 lettone automatiquement. Ces \u00e9l\u00e9ments ont \u00e9t\u00e9 confirm\u00e9s \u00e0 l\u2019ECRI par de nombreux repr\u00e9sentants d\u2019organisations de \u00ab\u00a0non-ressortissants\u00a0\u00bb.<\/p>\n<p>57. Les autorit\u00e9s lettones ont soulign\u00e9 que leur objectif, \u00e0 terme, n\u2019\u00e9tait pas de rapprocher le statut de \u00ab\u00a0non-ressortissant\u00a0\u00bb de celui des citoyens lettons, mais de le supprimer en encourageant et en facilitant les naturalisations. (&#8230;)<\/p>\n<p>(&#8230;)<\/p>\n<p>59. Parmi les autres mesures prises par les autorit\u00e9s pour promouvoir la naturalisation des \u00ab\u00a0non-ressortissants\u00a0\u00bb, on peut citer l\u2019organisation de journ\u00e9es d\u2019information dans les municipalit\u00e9s comptant une importante population de \u00ab\u00a0non\u2011ressortissants\u00a0\u00bb, au cours desquelles la proc\u00e9dure de naturalisation est expliqu\u00e9e. Par le biais du Fonds pour l\u2019int\u00e9gration sociale, les autorit\u00e9s proposent \u00e9galement aux \u00ab\u00a0non-ressortissants\u00a0\u00bb des cours de letton pour pr\u00e9parer leurs examens de naturalisation, comme le recommandait l\u2019ECRI dans son pr\u00e9c\u00e9dent rapport. L\u2019ECRI f\u00e9licite les autorit\u00e9s pour cette mesure mais a \u00e9t\u00e9 inform\u00e9e que ces cours de langues se remplissent parfois tr\u00e8s vite, ce qui ne permet pas d\u2019accueillir l\u2019ensemble des \u00ab\u00a0non-ressortissants\u00a0\u00bb qui souhaiteraient s\u2019y inscrire. Ce probl\u00e8me risque de s\u2019accentuer en cas de succ\u00e8s des initiatives prises par les autorit\u00e9s pour promouvoir la naturalisation.<\/p>\n<p>60. L\u2019ECRI recommande aux autorit\u00e9s de pr\u00e9voir suffisamment de places pour les \u00ab\u00a0non-ressortissants\u00a0\u00bb qui souhaitent s\u2019inscrire \u00e0 des cours gratuits de letton pour pr\u00e9parer leurs examens de naturalisation.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p><strong>C. Le Comit\u00e9 consultatif de la Convention-cadre pour la protection des minorit\u00e9s nationales (FCNM)<\/strong><\/p>\n<p>89. Dans son deuxi\u00e8me avis sur la Lettonie, adopt\u00e9 le 18 juin 2013, le Comit\u00e9 consultatif de la FCNM s\u2019est exprim\u00e9 ainsi (notes de bas de page omises)\u00a0:<\/p>\n<p>\u00ab\u00a0139. Le Comit\u00e9 consultatif prend \u00e9galement note des \u00e9tudes faisant \u00e9tat de diff\u00e9rences entre les groupes ethniques en ce qui concerne l\u2019acc\u00e8s aux services sociaux. Ces disparit\u00e9s s\u2019expliquent essentiellement par le fait que les Lettons sont mieux inform\u00e9s de leurs droits et qu\u2019ils peuvent s\u2019appuyer sur leurs r\u00e9seaux lorsqu\u2019il faut insister pour obtenir l\u2019assistance sociale disponible. \u00c0 cet \u00e9gard, il attire tout particuli\u00e8rement l\u2019attention sur les nombreuses personnes \u00e2g\u00e9es appartenant aux minorit\u00e9s nationales pour qui les barri\u00e8res linguistiques demeurent consid\u00e9rables. S\u2019agissant de l\u2019acc\u00e8s aux pensions, le Comit\u00e9 consultatif regrette que l\u2019arr\u00eat Andrejeva, rendu en 2009 par la Cour (&#8230;), n\u2019ait pas incit\u00e9 \u00e0 rechercher une solution globale pour le calcul des pensions des ressortissants et des \u00ab\u00a0non-ressortissants\u00a0\u00bb. Il note que, selon le Gouvernement, l\u2019arr\u00eat a \u00e9t\u00e9 appliqu\u00e9 par la signature d\u2019accords bilat\u00e9raux avec la F\u00e9d\u00e9ration de Russie et plusieurs autres pays dans lesquels des \u00ab\u00a0non-ressortissants\u00a0\u00bb ont travaill\u00e9 sous l\u2019Union sovi\u00e9tique, mais reste pr\u00e9occup\u00e9 par le fait que ces accords ne couvrent pas toutes les anciennes r\u00e9publiques de l\u2019Union sovi\u00e9tique et ne constituent donc pas une solution pour tous les \u00ab\u00a0non\u2011ressortissants\u00a0\u00bb.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p><strong>EN DROIT<\/strong><\/p>\n<p><strong>I. OBSERVATIONS PR\u00c9LIMINAIRES<\/strong><\/p>\n<p><strong>A. Le d\u00e9c\u00e8s du premier requ\u00e9rant<\/strong><\/p>\n<p>90. La Cour rel\u00e8ve d\u2019embl\u00e9e que le premier requ\u00e9rant, M. Jurijs Savickis, est d\u00e9c\u00e9d\u00e9 alors que la requ\u00eate \u00e9tait pendante devant elle, et qu\u2019aucun h\u00e9ritier ou parent proche n\u2019a exprim\u00e9 le souhait de poursuivre l\u2019instance au nom de l\u2019int\u00e9ress\u00e9 (paragraphe\u00a020 ci-dessus). Elle a pour pratique de rayer les requ\u00eates du r\u00f4le lorsqu\u2019aucun h\u00e9ritier ou parent proche ne veut poursuivre l\u2019instance (voir, parmi beaucoup d\u2019autres, Mraovi\u0107 c.\u00a0Croatie (radiation) [GC], no\u00a030373\/13, \u00a7 24, 9 avril 2021). Elle ne d\u00e9c\u00e8le aucune circonstance sp\u00e9ciale touchant au respect des droits de l\u2019homme garantis par la Convention et ses Protocoles qui exigerait qu\u2019elle poursuive l\u2019examen de cette partie de la requ\u00eate conform\u00e9ment \u00e0 l\u2019article\u00a037\u00a0\u00a7 1 in fine de la Convention. Il convient en cons\u00e9quence de rayer du r\u00f4le cette partie de la requ\u00eate en ce qui concerne le premier requ\u00e9rant (article 37 \u00a7 1 c) de la Convention).<\/p>\n<p>91. N\u00e9anmoins, pour des raisons d\u2019ordre pratique, le pr\u00e9sent arr\u00eat continuera de d\u00e9signer M. Savickis comme \u00ab\u00a0le premier requ\u00e9rant\u00a0\u00bb et son intitul\u00e9 ne sera pas modifi\u00e9 (voir, mutatis mutandis, Ahmet Sad\u0131k c.\u00a0Gr\u00e8ce, 15\u00a0novembre 1996, \u00a7\u00a03, Recueil des arr\u00eats et d\u00e9cisions 1996-V, Dalban c.\u00a0Roumanie [GC], no\u00a028114\/95, \u00a7\u00a01, CEDH 1999-VI, Vasiljevi\u0107 et Drobnjakovi\u0107 c.\u00a0Serbie (d\u00e9c.), nos 43987\/11 et 51910\/15, \u00a7 42, 28\u00a0janvier 2020, et Ghavalyan c. Arm\u00e9nie, no 50423\/08, \u00a7\u00a060, 22\u00a0octobre\u00a02020). Dans la suite du pr\u00e9sent arr\u00eat, l\u2019expression \u00ab\u00a0les requ\u00e9rants\u00a0\u00bb devra \u00eatre comprise comme d\u00e9signant les quatre autres requ\u00e9rants.<\/p>\n<p><strong>B. Objet de l\u2019affaire<\/strong><\/p>\n<p><em>1. Th\u00e8ses des parties<\/em><\/p>\n<p>92. Le gouvernement d\u00e9fendeur avance d\u2019abord que l\u2019objet de l\u2019affaire doit \u00eatre limit\u00e9 aux griefs que les requ\u00e9rants ont port\u00e9s devant le tribunal administratif de district et la Cour constitutionnelle. Selon lui, l\u2019examen de l\u2019affaire doit en cons\u00e9quence \u00eatre circonscrit aux p\u00e9riodes de travail et aux ann\u00e9es de service militaire obligatoire accumul\u00e9es en dehors du territoire letton avant le 1er janvier 1991 qui n\u2019auraient pas \u00e9t\u00e9 prises en compte dans le calcul de la pension des requ\u00e9rants.<\/p>\n<p>93. S\u2019agissant de l\u2019objet de la pr\u00e9sente affaire, le gouvernement d\u00e9fendeur avance que celle-ci ne porte ni sur le droit \u00e0 une pension de retraite \u2013 puisque, selon lui, tous les requ\u00e9rants sont assur\u00e9s et per\u00e7oivent une pension \u2013 ni sur une quelconque diff\u00e9rence de traitement entre les requ\u00e9rants et les citoyens lettons en ce qui concerne la p\u00e9riode post\u00e9rieure au r\u00e9tablissement de l\u2019ind\u00e9pendance de la Lettonie dans les ann\u00e9es 1990-1991. En r\u00e9alit\u00e9, le litige porterait sur la question de savoir si, aux fins du calcul des majorations de pension des requ\u00e9rants vers\u00e9es par la Lettonie, les normes et principes pertinents du droit international obligent les autorit\u00e9s lettones \u00e0 tenir compte des p\u00e9riodes d\u2019emploi et de service militaire accomplies par les int\u00e9ress\u00e9s en dehors du territoire letton pendant l\u2019occupation et l\u2019annexion ill\u00e9gales de la Lettonie par l\u2019Union sovi\u00e9tique.<\/p>\n<p>94. Pour leur part, les requ\u00e9rants soutiennent que les griefs dont ils ont saisi la Cour sont identiques \u00e0 ceux qu\u2019ils avaient port\u00e9s devant les autorit\u00e9s internes. Ils avancent que les conclusions auxquelles la Cour est parvenue dans l\u2019arr\u00eat Andrejeva c. Lettonie ([GC], no\u00a055707\/00, CEDH\u00a02009) sont applicables \u00e0 tous les \u00ab\u00a0non-citoyens r\u00e9sidents permanents\u00a0\u00bb de Lettonie. Selon eux, la distinction discriminatoire litigieuse s\u2019\u00e9tend aussi au calcul des pensions d\u2019invalidit\u00e9, des pensions de survivant et des allocations de ch\u00f4mage.<\/p>\n<p><em>2. Appr\u00e9ciation de la Cour<\/em><\/p>\n<p>95. La Cour rappelle qu\u2019aux fins de l\u2019article 32 de la Convention, l\u2019objet d\u2019une affaire qui lui est \u00ab\u00a0soumise\u00a0\u00bb dans l\u2019exercice du droit de recours individuel est d\u00e9limit\u00e9 par le grief ou la \u00ab\u00a0pr\u00e9tention\u00a0\u00bb du requ\u00e9rant, qui comporte deux \u00e9l\u00e9ments\u00a0: des all\u00e9gations factuelles et des arguments juridiques. En vertu du principe jura novit curia, la Cour n\u2019est pas tenue par les moyens de droit tir\u00e9s par le requ\u00e9rant de la Convention et de ses Protocoles. En revanche, elle ne peut pas se prononcer au-del\u00e0 ou en dehors de ce qui est all\u00e9gu\u00e9 par les requ\u00e9rants. Elle ne peut ainsi pas se prononcer \u00e0 partir de faits non vis\u00e9s par le grief, \u00e9tant entendu que m\u00eame si elle a comp\u00e9tence pour examiner les faits d\u00e9nonc\u00e9s \u00e0 la lumi\u00e8re de la Convention dans son int\u00e9gralit\u00e9 ou pour les \u00ab\u00a0envisager sous un autre angle\u00a0\u00bb, elle demeure limit\u00e9e par ceux qui sont pr\u00e9sent\u00e9s par les requ\u00e9rants (Denis et Irvine c. Belgique [GC], nos 62819\/17 et 63921\/17, \u00a7\u00a7 99-101, 1er juin 2021).<\/p>\n<p>96. La Cour rel\u00e8ve que les griefs dont les requ\u00e9rants ont saisi la Cour constitutionnelle et la port\u00e9e du contr\u00f4le exerc\u00e9 par celle-ci englobaient l\u2019ensemble des p\u00e9riodes de travail et des p\u00e9riodes assimil\u00e9es telles que d\u00e9finies par le premier paragraphe des dispositions transitoires de la loi sur les pensions d\u2019\u00c9tat. Bien que seules les p\u00e9riodes de travail, de service militaire et de cong\u00e9 parental aient \u00e9t\u00e9 pertinentes pour les requ\u00e9rants, la Cour constitutionnelle n\u2019a pas op\u00e9r\u00e9 cette distinction dans son arr\u00eat. Par ailleurs, le recours introduit devant la Cour constitutionnelle par le troisi\u00e8me requ\u00e9rant portait sur le rejet de sa demande de pension de retraite anticip\u00e9e. D\u00e8s lors, cette question rel\u00e8ve aussi de l\u2019objet du contr\u00f4le que la Cour est appel\u00e9e \u00e0 exercer.<\/p>\n<p>97. En outre, selon la jurisprudence constante de la Cour, la Convention ne reconna\u00eet pas l\u2019actio popularis et la Cour n\u2019a pas normalement pour t\u00e2che d\u2019examiner dans l\u2019abstrait la l\u00e9gislation et la pratique pertinentes, mais de rechercher si la mani\u00e8re dont elles ont \u00e9t\u00e9 appliqu\u00e9es au requ\u00e9rant ou l\u2019ont touch\u00e9 a donn\u00e9 lieu \u00e0 une violation de la Convention (Roman\u00a0Zakharov c.\u00a0Russie [GC], no 47143\/06, \u00a7\u00a0164, CEDH\u00a02015, et les r\u00e9f\u00e9rences qui s\u2019y trouvent cit\u00e9es). Si la pr\u00e9sente affaire porte uniquement sur le calcul des pensions de retraite des requ\u00e9rants et le droit \u00e0 une pension de retraite anticip\u00e9e, la Cour observe que la disposition l\u00e9gale critiqu\u00e9e \u2013 \u00e0 savoir le premier paragraphe des dispositions transitoires de la loi sur les pensions d\u2019\u00c9tat \u2013 sert \u00e0 d\u00e9terminer la \u00ab\u00a0dur\u00e9e d\u2019assurance\u00a0\u00bb, laquelle peut ensuite entrer en ligne de compte dans divers calculs en vue de l\u2019attribution de prestations sociales. Dans ces conditions, la Cour constate qu\u2019au niveau interne, le probl\u00e8me d\u00e9passe effectivement les questions soulev\u00e9es devant elle en l\u2019esp\u00e8ce. Comme elle vient de le rappeler, elle doit \u00e9videmment limiter son examen \u00e0 l\u2019objet de la pr\u00e9sente affaire. Cependant, \u00e0 l\u2019instar de la plupart des griefs de discrimination en mati\u00e8re de prestations sociales ou de pensions de retraite, la cause dont la Cour est ici saisie porte sur la compatibilit\u00e9 du syst\u00e8me avec l\u2019article 14, et non sur des faits ou circonstances propres \u00e0 des requ\u00e9rants bien pr\u00e9cis ou \u00e0 d\u2019autres personnes affect\u00e9es par la l\u00e9gislation litigieuse ou susceptibles de l\u2019\u00eatre. Il y a donc lieu de s\u2019int\u00e9resser au syst\u00e8me dans son ensemble (British\u00a0Gurkha Welfare Society et autres c.\u00a0Royaume\u2011Uni, no 44818\/11, \u00a7\u00a063, 15\u00a0septembre 2016, et J.D. et A.\u00a0c.\u00a0Royaume-Uni, nos\u00a032949\/17 et 34614\/17, \u00a7 100, 24\u00a0octobre 2019).<\/p>\n<p><strong>C. La doctrine de la continuit\u00e9 de l\u2019\u00c9tat letton<\/strong><\/p>\n<p><em>1. Th\u00e8ses des parties<\/em><\/p>\n<p>a) Le gouvernement d\u00e9fendeur<\/p>\n<p>98. Le gouvernement d\u00e9fendeur estime que la doctrine de la continuit\u00e9 de l\u2019\u00c9tat, telle qu\u2019expos\u00e9e par la Cour constitutionnelle dans son arr\u00eat du 17\u00a0f\u00e9vrier 2011, rev\u00eat une importance cruciale, et que la Cour doit en tenir compte pour parvenir \u00e0 un r\u00e8glement \u00e9quitable de la pr\u00e9sente affaire. \u00c0 cet \u00e9gard, il rappelle les \u00e9v\u00e9nements historiques d\u00e9crits aux paragraphes 12 \u00e0\u00a014 ci-dessus. Selon lui, la totalit\u00e9 du territoire letton a \u00e9t\u00e9 ill\u00e9galement occup\u00e9e et plac\u00e9e sous le contr\u00f4le physique effectif de l\u2019URSS pendant cinquante\u00a0ans (de 1940 \u00e0 1990-1991), en violation flagrante du droit international. Toutefois, en vertu de la doctrine de la continuit\u00e9 de l\u2019\u00c9tat, la R\u00e9publique de Lettonie aurait continu\u00e9 d\u2019exister de jure tout au long de cette p\u00e9riode d\u2019occupation et d\u2019annexion.<\/p>\n<p>99. Le gouvernement d\u00e9fendeur soutient que c\u2019est aussi pour cette raison que la Lettonie n\u2019a pas succ\u00e9d\u00e9 aux droits et obligations de l\u2019ex-Union sovi\u00e9tique et ne saurait \u00eatre consid\u00e9r\u00e9e comme le successeur de cet \u00c9tat. Il avance qu\u2019au regard des r\u00e8gles du droit international coutumier de la responsabilit\u00e9 des \u00c9tats, toutes les obligations juridiques d\u00e9coulant de la violation du droit international d\u00e9nonc\u00e9e ci-dessus, notamment celles qui ont trait au versement d\u2019allocations de s\u00e9curit\u00e9 sociale, incombent \u00e0 l\u2019\u00c9tat occupant qui exer\u00e7ait un contr\u00f4le et une juridiction effectifs sur les territoires et les personnes concern\u00e9s pendant les ann\u00e9es en question, c\u2019est-\u00e0-dire l\u2019URSS et son successeur, la F\u00e9d\u00e9ration de Russie. \u00c0 cet \u00e9gard, il renvoie \u00e0 l\u2019avis consultatif rendu par la Cour internationale de justice dans l\u2019affaire des Cons\u00e9quences juridiques pour les \u00c9tats de la pr\u00e9sence continue de l\u2019Afrique du Sud en Namibie (Sud-Ouest africain) nonobstant la r\u00e9solution 276 (1970) du Conseil de S\u00e9curit\u00e9 (CIJ Recueil 1971, p. 16), ainsi qu\u2019aux arr\u00eats rendus par la Cour dans les affaires Chypre c.\u00a0Turquie ([GC], no\u00a025781\/94, CEDH 2001-IV), Catan et autres c.\u00a0R\u00e9publique de Moldova et Russie ([GC], nos\u00a043370\/04 et 2\u00a0autres, CEDH 2012), et \u00e0 la d\u00e9cision Ukraine c. Russie (Crim\u00e9e) ((d\u00e9c.) [GC], nos 20958\/14 et 38334\/18, 16\u00a0d\u00e9cembre 2020). Il plaide que d\u00e8s lors que la Lettonie n\u2019exer\u00e7ait pas un contr\u00f4le et une juridiction effectifs sur les territoires et les personnes concern\u00e9s, aucune obligation en mati\u00e8re de s\u00e9curit\u00e9 sociale ne peut lui incomber au titre des ann\u00e9es en cause. Selon lui, en juger autrement reviendrait \u00e0 donner \u00e0 la Convention une interpr\u00e9tation manifestement d\u00e9raisonnable en ce qu\u2019elle admettrait qu\u2019un avantage juridique puisse d\u00e9couler directement d\u2019un acte ill\u00e9gal, au m\u00e9pris de la maxime juridique ex injuria jus non oritur.<\/p>\n<p>b) Les requ\u00e9rants<\/p>\n<p>100. Les requ\u00e9rants estiment que la doctrine de la continuit\u00e9 de l\u2019\u00c9tat n\u2019est pas pertinente en l\u2019esp\u00e8ce. Ils avancent que si la R\u00e9publique de Lettonie n\u2019est pas directement responsable des actes de l\u2019ex-Union sovi\u00e9tique, elle ne saurait cependant ignorer purement et simplement le fait que sa qualit\u00e9 d\u2019\u00c9tat a \u00e9t\u00e9 de facto suspendue pendant cinquante ans. Ils consid\u00e8rent que la Lettonie doit honorer les obligations qu\u2019elle a contract\u00e9es dans le domaine des droits fondamentaux sur le plan interne et par la ratification de la Convention. Ils soutiennent que bien que la Lettonie ne soit pas un \u00c9tat successeur de l\u2019URSS, elle a express\u00e9ment reconnu sa responsabilit\u00e9 envers les anciens ressortissants sovi\u00e9tiques qui s\u2019\u00e9taient install\u00e9s sur son territoire pendant la p\u00e9riode sovi\u00e9tique. \u00c0 cet \u00e9gard, ils renvoient \u00e0 la D\u00e9claration du 4\u00a0mai 1990 sur le r\u00e9tablissement de l\u2019ind\u00e9pendance de la R\u00e9publique de Lettonie, estimant que celle-ci y a pris l\u2019engagement expr\u00e8s de \u00ab\u00a0garantir (&#8230;) des droits sociaux, \u00e9conomiques et culturels (&#8230;) [aux] citoyens de l\u2019URSS qui souhaiteraient vivre en Lettonie sans acqu\u00e9rir la nationalit\u00e9 lettone\u00a0\u00bb\u00a0(paragraphe\u00a061 ci-dessus). En cons\u00e9quence, ils invitent la Cour \u00e0 r\u00e9affirmer, comme elle l\u2019aurait d\u00e9j\u00e0 fait dans l\u2019arr\u00eat Andrejeva (pr\u00e9cit\u00e9, \u00a7\u00a078) que le renvoi du gouvernement d\u00e9fendeur \u00e0 la doctrine de la continuit\u00e9 de l\u2019\u00c9tat \u00ab\u00a0manque de pertinence\u00a0\u00bb.<\/p>\n<p><em>2. Observations du tiers intervenant<\/em><\/p>\n<p>101. Le gouvernement russe d\u00e9clare que la Lettonie faisait partie int\u00e9grante de l\u2019Union sovi\u00e9tique \u00e0 l\u2019\u00e9poque pertinente. Selon lui, les expressions\u00a0\u00ab\u00a0occupation sovi\u00e9tique\u00a0\u00bb, \u00ab\u00a0sovi\u00e9tisation\u00a0\u00bb et \u00ab\u00a0russification\u00a0\u00bb pr\u00eatent \u00e0 controverse, ne rev\u00eatent aucun caract\u00e8re juridique et ne sauraient justifier l\u2019application de dispositions discriminatoires trente ans apr\u00e8s l\u2019accession de la Lettonie \u00e0 l\u2019ind\u00e9pendance.<\/p>\n<p><em>3. Appr\u00e9ciation de la Cour<\/em><\/p>\n<p>102. La Cour souligne que sa comp\u00e9tence est d\u00e9finie \u00e0 l\u2019article 19 de la Convention, en vertu duquel elle a pour seule t\u00e2che \u00ab\u00a0d\u2019assurer le respect des engagements r\u00e9sultant pour les Hautes Parties contractantes de la pr\u00e9sente Convention et de ses Protocoles\u00a0\u00bb. En cons\u00e9quence, il ne lui appartient pas de se prononcer sur la lic\u00e9it\u00e9 ou la l\u00e9gitimit\u00e9 d\u2019un transfert de souverainet\u00e9 \u2013 en cours ou d\u00e9j\u00e0 accompli \u2013 au regard du droit international (Ukraine c. Russie (Crim\u00e9e) (d\u00e9c.) [GC], nos\u00a020958\/14 et 38334\/18, \u00a7 339, 16 d\u00e9cembre 2020). En outre, eu \u00e9gard au caract\u00e8re subsidiaire du syst\u00e8me de la Convention, il n\u2019appartient pas en principe \u00e0 la Cour de se substituer aux juridictions internes, particuli\u00e8rement lorsque leur appr\u00e9ciation porte sur des faits historiques d\u00e9licats (voir, parmi beaucoup d\u2019autres, Vasiliauskas c.\u00a0Lituanie [GC], no 35343\/05, \u00a7 160, CEDH 2015).<\/p>\n<p>103. En revanche, la Cour a toujours dit que les dispositions de la Convention ne peuvent s\u2019interpr\u00e9ter et s\u2019appliquer en dehors du contexte g\u00e9n\u00e9ral dans lequel elles s\u2019inscrivent. En d\u00e9pit de son caract\u00e8re particulier d\u2019instrument de protection des droits de l\u2019homme, la Convention est un trait\u00e9 international \u00e0 interpr\u00e9ter conform\u00e9ment aux normes et principes du droit international public. Ainsi, la Cour n\u2019a jamais consid\u00e9r\u00e9 les dispositions de la Convention comme le seul cadre de r\u00e9f\u00e9rence pour l\u2019interpr\u00e9tation des droits et libert\u00e9s qu\u2019elle contient. Au contraire, elle doit \u00e9galement prendre en consid\u00e9ration toute r\u00e8gle et tout principe de droit international applicables aux relations entre les Parties contractantes (voir, parmi beaucoup d\u2019autres, Al-Dulimi et Montana Management Inc. c.\u00a0Suisse [GC], no 5809\/08, \u00a7 134, 21\u00a0juin 2016, et Na\u00eft-Liman c.\u00a0Suisse [GC], no\u00a051357\/07, \u00a7 174, 15\u00a0mars 2018). La Cour a \u00e9galement dit \u00e0 plusieurs reprises que bien qu\u2019il ne lui appartienne pas de conna\u00eetre d\u2019erreurs de fait ou de droit pr\u00e9tendument commises par des juridictions nationales \u2013 sauf si et dans la mesure o\u00f9 ces erreurs pourraient avoir port\u00e9 atteinte aux droits et libert\u00e9s sauvegard\u00e9s par la Convention, et si l\u2019appr\u00e9ciation \u00e0 laquelle se sont livr\u00e9es les juridictions nationales est arbitraire ou manifestement d\u00e9raisonnable, elle peut admettre certaines v\u00e9rit\u00e9s historiques notoires et s\u2019en servir pour asseoir son raisonnement. Il en va de m\u00eame lorsque le droit interne renvoie \u00e0 des dispositions du droit international g\u00e9n\u00e9ral ou d\u2019accords internationaux, ou que les juridictions nationales appliquent des principes de droit international (Vasiliauskas, pr\u00e9cit\u00e9, \u00a7 160, et les r\u00e9f\u00e9rences qui s\u2019y trouvent cit\u00e9es). Cependant, la Cour n\u2019y est habilit\u00e9e que si et pour autant seulement que cela est n\u00e9cessaire \u00e0 l\u2019exercice de la comp\u00e9tence que lui reconna\u00eet l\u2019article 19 de la Convention, telle que d\u00e9finie ci-dessus (Ukraine c. Russie (Crim\u00e9e), d\u00e9cision pr\u00e9cit\u00e9e, \u00a7\u00a0341).<\/p>\n<p>104. S\u2019agissant de la Lettonie, la Cour constate que la position officielle de cet \u00c9tat, telle qu\u2019expos\u00e9e dans l\u2019arr\u00eat rendu par la Cour constitutionnelle le 17 f\u00e9vrier 2011 et dans les observations \u00e9crites soumises par le gouvernement d\u00e9fendeur aux fins de la pr\u00e9sente proc\u00e9dure (paragraphes\u00a055 et\u00a098-99 ci-dessus), peut se r\u00e9sumer comme suit. La Lettonie (comme les autres \u00c9tats baltes voisins que sont la Lituanie et l\u2019Estonie) aurait subi, \u00e0 partir de 1940, une agression, et une occupation et une annexion ill\u00e9gales de la part de l\u2019ex-Union sovi\u00e9tique. En cons\u00e9quence, la Lettonie ne serait pas un \u00c9tat successeur de l\u2019URSS\u00a0; elle aurait conserv\u00e9 la qualit\u00e9 d\u2019\u00c9tat qui \u00e9tait la sienne au moment de la perte de facto de son ind\u00e9pendance en 1940, et qui aurait n\u00e9anmoins subsist\u00e9 de jure pendant toute la p\u00e9riode de la guerre froide. En d\u2019autres termes, la Lettonie n\u2019aurait jamais disparu de jure, m\u00eame si son ind\u00e9pendance a \u00e9t\u00e9 de facto interrompue par la force pendant un demi\u2011si\u00e8cle \u00e0 la suite d\u2019une violation flagrante du droit international.<\/p>\n<p>105. La Cour rappelle qu\u2019elle a elle-m\u00eame fait \u00e9tat \u00e0 plusieurs reprises, dans la partie \u00ab\u00a0en fait\u00a0\u00bb d\u2019arr\u00eats et de d\u00e9cisions respectivement rendus contre les trois \u00c9tats baltes, de la version des \u00e9v\u00e9nements historiques expos\u00e9e ci\u2011dessus (Kolk\u00a0et\u00a0Kislyiy c.\u00a0Estonie (d\u00e9c.), nos 23052\/04 et 24018\/04, CEDH 2006\u2011I, Penart c.\u00a0Estonie (d\u00e9c.), nos 14685\/04, 24 janvier 2006, \u017ddanoka c.\u00a0Lettonie [GC], no\u00a058278\/00, \u00a7\u00a7 12-13, CEDH 2006\u2011IV, Kuolelis et autres c.\u00a0Lituanie, nos\u00a074357\/01 et 2 autres, \u00a7\u00a08, 19\u00a0f\u00e9vrier 2008, Vasiliauskas, pr\u00e9cit\u00e9, \u00a7\u00a7 11-14, et S\u00f5ro\u00a0c.\u00a0Estonie,\u00a0no\u00a022588\/08, \u00a7 6, 3\u00a0septembre 2015). En outre, dans l\u2019affaire Likvid\u0113jam\u0101\u00a0p\/s Selga et Vasi\u013cevska c. Lettonie ((d\u00e9c.), nos\u00a017126\/02 et 24991\/02, \u00a7 5, 1er\u00a0octobre 2013), la Cour a elle-m\u00eame qualifi\u00e9 la situation en Lettonie (et donc dans les trois \u00c9tats baltes) d\u2019\u00ab\u00a0occupation ill\u00e9gale\u00a0\u00bb. Enfin, la Commission europ\u00e9enne des droits de l\u2019homme a clairement dit que \u00ab\u00a0la Lituanie ne p[ouvait] \u00eatre consid\u00e9r\u00e9e comme un successeur de l\u2019Union sovi\u00e9tique \u00e0 l\u2019\u00e9gard de[s] cr\u00e9ances [d\u00e9coulant d\u2019obligations \u00e0 \u00e9ch\u00e9ance fixe \u00e9mises par l\u2019\u00c9tat sovi\u00e9tique] et qu\u2019elle n\u2019a[vait] pris aucun engagement l\u00e9gal d\u2019indemniser ceux qui, parmi ses ressortissants, [d\u00e9tenaient] ces obligations\u00a0\u00bb (voir la d\u00e9cision rendue par la Commission dans l\u2019affaire Jasinskij et autres c. Lituanie, no\u00a038985\/97, d\u00e9cision de la Commission du 9\u00a0septembre 1998, D\u00e9cisions et rapports 94-B).<\/p>\n<p>106. La Cour n\u2019aper\u00e7oit aucune raison de s\u2019\u00e9carter de son appr\u00e9ciation des \u00e9v\u00e9nements historiques pertinents toujours d\u00e9crits de la m\u00eame mani\u00e8re dans ses pr\u00e9c\u00e9dents arr\u00eats et d\u00e9cisions, d\u2019autant plus que cette appr\u00e9ciation lui para\u00eet correspondre \u00e0 la position g\u00e9n\u00e9rale adopt\u00e9e par la majorit\u00e9 de la communaut\u00e9 mondiale des \u00c9tats libres et d\u00e9mocratiques pendant la guerre froide, telle que d\u00e9finie et r\u00e9sum\u00e9e par l\u2019Assembl\u00e9e parlementaire du Conseil de l\u2019Europe et le Parlement europ\u00e9en (paragraphes\u00a084-86 ci-dessus). Souscrivant \u00e0 la th\u00e8se du gouvernement d\u00e9fendeur selon laquelle cette doctrine est a priori pertinente dans les circonstances de l\u2019esp\u00e8ce, la Cour en tiendra compte pour statuer sur le fond de la requ\u00eate.<\/p>\n<p><strong>II. sur la violation all\u00e9gu\u00e9e de l\u2019article 14 de la Convention combin\u00e9 avec l\u2019article 1 du Protocole no\u00a01 \u00e0 la convention<\/strong><\/p>\n<p>107. Les requ\u00e9rants all\u00e8guent qu\u2019en raison de leur statut de \u00ab\u00a0non-citoyens r\u00e9sidents permanents\u00a0\u00bb, les p\u00e9riodes de travail et les p\u00e9riodes assimil\u00e9es accumul\u00e9es par eux avant 1991 en dehors du territoire letton dans d\u2019autres r\u00e9gions de l\u2019URSS n\u2019ont pas \u00e9t\u00e9 incluses dans le calcul de la \u00ab\u00a0dur\u00e9e d\u2019assurance\u00a0\u00bb qui a servi de r\u00e9f\u00e9rence pour la d\u00e9termination du montant de leur pension de retraite et de leur \u00e9ligibilit\u00e9 \u00e0 une pension de retraite anticip\u00e9e. En cons\u00e9quence, ils estiment avoir \u00e9t\u00e9 trait\u00e9s moins favorablement que les citoyens lettons, au m\u00e9pris selon eux de l\u2019article 14 de la Convention combin\u00e9 avec l\u2019article 1 du Protocole no 1. Les passages pertinents de ces dispositions se lisent ainsi\u00a0:<\/p>\n<p style=\"text-align: center;\">Article 14<\/p>\n<p>\u00ab\u00a0La jouissance des droits et libert\u00e9s reconnus dans la (&#8230;) Convention doit \u00eatre assur\u00e9e, sans distinction aucune, fond\u00e9e notamment sur (&#8230;) l\u2019origine nationale ou sociale, l\u2019appartenance \u00e0 une minorit\u00e9 nationale (&#8230;) la naissance ou toute autre situation.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p style=\"text-align: center;\">Article 1 du Protocole no 1<\/p>\n<p>\u00ab\u00a0Toute personne physique ou morale a droit au respect de ses biens. Nul ne peut \u00eatre priv\u00e9 de sa propri\u00e9t\u00e9 que pour cause d\u2019utilit\u00e9 publique et dans les conditions pr\u00e9vues par la loi et les principes g\u00e9n\u00e9raux du droit international.<\/p>\n<p>Les dispositions pr\u00e9c\u00e9dentes ne portent pas atteinte au droit que poss\u00e8dent les \u00c9tats de mettre en vigueur les lois qu\u2019ils jugent n\u00e9cessaires pour r\u00e9glementer l\u2019usage des biens conform\u00e9ment \u00e0 l\u2019int\u00e9r\u00eat g\u00e9n\u00e9ral ou pour assurer le paiement des imp\u00f4ts ou d\u2019autres contributions ou des amendes.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p>108. Le gouvernement d\u00e9fendeur combat cette th\u00e8se, \u00e0 laquelle souscrit le gouvernement russe, en sa qualit\u00e9 de tiers intervenant.<\/p>\n<p><strong>A. Sur la recevabilit\u00e9<\/strong><\/p>\n<p><em>1. Compatibilit\u00e9 ratione personae<\/em><\/p>\n<p>a) Th\u00e8ses des parties<\/p>\n<p>109. Le gouvernement d\u00e9fendeur soutient qu\u2019au regard de l\u2019article 1 de la Convention, la Lettonie ne saurait \u00eatre tenue d\u2019assumer la responsabilit\u00e9 des p\u00e9riodes de travail accomplies par les requ\u00e9rants alors qu\u2019ils r\u00e9sidaient et \u00e9taient employ\u00e9s dans des r\u00e9publiques de l\u2019ex-URSS autres que la Lettonie. Selon lui, les griefs des requ\u00e9rants portent sur des questions qui ne rel\u00e8vent pas de la responsabilit\u00e9 du gouvernement letton et \u00e9chappent manifestement \u00e0 sa juridiction. En effet, les p\u00e9riodes de travail litigieuses auraient \u00e9t\u00e9 accomplies par les requ\u00e9rants pour le compte d\u2019entreprises situ\u00e9es dans diff\u00e9rentes r\u00e9gions de l\u2019ex-URSS o\u00f9, contrairement \u00e0 la requ\u00e9rante de l\u2019affaire Andrejeva, ces derniers auraient travaill\u00e9 la majeure partie de leur vie active, s\u2019investissant ainsi dans l\u2019\u00e9conomie et le d\u00e9veloppement des pays \u00e9trangers que ces r\u00e9gions sont devenues. Or les requ\u00e9rants mettraient en cause la responsabilit\u00e9 et la juridiction de la Lettonie pour la totalit\u00e9 de leurs p\u00e9riodes de travail, au seul motif qu\u2019ils auraient accompli leurs derni\u00e8res ann\u00e9es de travail en Lettonie. Les griefs dirig\u00e9s contre la Lettonie contreviendraient manifestement \u00e0 la \u00ab\u00a0pratique g\u00e9n\u00e9ralement admise\u00a0\u00bb des \u00c9tats en mati\u00e8re de droits \u00e0 pension.<\/p>\n<p>110. Le gouvernement d\u00e9fendeur reconna\u00eet que l\u2019exception d\u2019incompatibilit\u00e9 ratione personae soulev\u00e9e dans l\u2019affaire Andrejeva a \u00e9t\u00e9 rejet\u00e9e, mais il avance que les requ\u00e9rants de la pr\u00e9sente affaire n\u2019avaient pas leur r\u00e9sidence effective en Lettonie pendant les p\u00e9riodes dont ils revendiquent l\u2019inclusion dans le calcul de leur pension. Selon lui, la Cour devrait en l\u2019esp\u00e8ce s\u2019en tenir \u00e0 l\u2019approche qu\u2019elle a adopt\u00e9e dans l\u2019affaire Likvid\u0113jam\u0101 p\/s Selga et Vasi\u013cevska, pr\u00e9cit\u00e9e, o\u00f9 elle aurait jug\u00e9 qu\u2019eu \u00e9gard aux circonstances de la cause, la responsabilit\u00e9 de la Lettonie ne pouvait se trouver engag\u00e9e au regard de la Convention \u00e0 raison de mesures prises par une entit\u00e9 op\u00e9rant dans un autre pays. La Convention n\u2019imposerait aux \u00c9tats contractants aucune obligation expresse de r\u00e9parer une injustice ou un pr\u00e9judice caus\u00e9s avant qu\u2019ils ne ratifient la Convention, et l\u2019engagement pris par les autorit\u00e9s lettones d\u2019indemniser des particuliers ne pourrait \u00eatre interpr\u00e9t\u00e9 comme impliquant l\u2019existence d\u2019une obligation de droit international pesant sur la Lettonie de verser une quelconque somme.<\/p>\n<p>111. Les requ\u00e9rants soutiennent que le Gouvernement avait d\u00e9fendu exactement la m\u00eame th\u00e8se dans l\u2019affaire Andrejeva, et qu\u2019elle avait \u00e9t\u00e9 rejet\u00e9e par la Cour. Ils estiment que le lieu o\u00f9 ils r\u00e9sidaient pendant les p\u00e9riodes litigieuses n\u2019a aucune incidence sur la question de la juridiction.<\/p>\n<p>b) Appr\u00e9ciation de la Cour<\/p>\n<p>112. La Cour constate que la th\u00e8se du Gouvernement est en substance identique \u00e0 l\u2019exception que celui-ci avait soulev\u00e9e dans l\u2019affaire Andrejeva, et que la Cour avait rejet\u00e9e dans les termes suivants\u00a0:<\/p>\n<p>\u00ab\u00a057. Dans la pr\u00e9sente affaire, la Cour constate que la requ\u00e9rante d\u00e9nonce un acte pris \u00e0 son \u00e9gard par une autorit\u00e9 publique lettone \u2013 en l\u2019esp\u00e8ce, l\u2019Agence de l\u2019assurance sociale de l\u2019\u00c9tat \u2013 et lui refusant une partie du b\u00e9n\u00e9fice patrimonial qu\u2019elle entendait tirer d\u2019une loi adopt\u00e9e par le l\u00e9gislateur letton. La contestation soulev\u00e9e par la requ\u00e9rante contre cet acte a \u00e9t\u00e9 examin\u00e9e par les trois degr\u00e9s de juridictions lettones, qui ont rendu des d\u00e9cisions contraignantes \u00e0 son sujet. Aux yeux de la Cour, cela suffit largement pour conclure que, dans le cadre du pr\u00e9sent litige, la requ\u00e9rante relevait de la \u00ab\u00a0juridiction\u00a0\u00bb de l\u2019\u00c9tat d\u00e9fendeur et que l\u2019exception du Gouvernement doit \u00eatre rejet\u00e9e (voir, mutatis mutandis, Markovic et autres c. Italie [GC], no 1398\/03, \u00a7\u00a7 54-56, CEDH 2006-XIV). (&#8230;)\u00a0\u00bb<\/p>\n<p>113. Il est vrai que les requ\u00e9rants n\u2019\u00e9taient pas physiquement pr\u00e9sents en Lettonie pendant les p\u00e9riodes litigieuses, contrairement \u00e0 Mme Andrejeva. Toutefois, cette circonstance ne change rien au fait qu\u2019en leur qualit\u00e9 de r\u00e9sidents permanents de Lettonie, les int\u00e9ress\u00e9s revendiquent un avantage p\u00e9cuniaire pr\u00e9vu par la l\u00e9gislation lettone et contestent des d\u00e9cisions prises \u00e0 leur \u00e9gard par des autorit\u00e9s lettones, notamment des tribunaux. \u00c0 cet \u00e9gard, la Cour n\u2019aper\u00e7oit aucune diff\u00e9rence entre l\u2019affaire Andrejeva et la pr\u00e9sente affaire du point de vue de la \u00ab\u00a0juridiction\u00a0\u00bb au sens de l\u2019article 1 de la Convention. En ce qui concerne la d\u00e9cision rendue dans l\u2019affaire Likvid\u0113jam\u0101 p\/s Selga et Vasi\u013cevska (pr\u00e9cit\u00e9e, \u00a7\u00a7\u00a0102 et 113), \u00e0 laquelle renvoie le gouvernement d\u00e9fendeur, la Cour souligne que les requ\u00e9rants de cette affaire poss\u00e9daient des devises d\u00e9pos\u00e9es dans une banque \u00e9trang\u00e8re sise \u00e0 l\u2019\u00e9tranger, et que les principales questions qui se posaient \u00e0 elle consistaient \u00e0 savoir, d\u2019une part, si l\u2019\u00c9tat d\u00e9fendeur pouvait \u00eatre tenu pour responsable du gel de ces avoirs op\u00e9r\u00e9 par la banque et, d\u2019autre part, si celui-ci avait l\u2019obligation positive, sur le terrain de la Convention, de prendre des mesures \u00e0 cet \u00e9gard. Dans ces conditions, la Cour ne voit pas en quoi le renvoi \u00e0 cette d\u00e9cision pourrait \u00eatre pertinent pour la question qui se pose en l\u2019esp\u00e8ce, les deux affaires \u00e9tant fondamentalement diff\u00e9rentes.<\/p>\n<p>114. En cons\u00e9quence, la Cour rejette l\u2019exception soulev\u00e9e par le gouvernement d\u00e9fendeur. Toutefois, elle estime que les arguments avanc\u00e9s \u00e0 l\u2019appui de cette exception sont \u00e9troitement li\u00e9s au fond du grief fond\u00e9 sur l\u2019article\u00a014 de la Convention. D\u00e8s lors, elle en tiendra compte lorsqu\u2019elle d\u00e9cidera s\u2019il y a eu violation de cette disposition, comme elle l\u2019a fait dans l\u2019affaire Andrejeva (pr\u00e9cit\u00e9e, \u00a7 57 in fine).<\/p>\n<p><em>2. Compatibilit\u00e9 ratione materiae<\/em><\/p>\n<p>a) Th\u00e8ses des parties<\/p>\n<p>i. Le gouvernement d\u00e9fendeur<\/p>\n<p>115. Le gouvernement d\u00e9fendeur soutient que la requ\u00eate est incompatible ratione materiae avec les dispositions de la Convention, au motif selon lui qu\u2019un grief de violation de l\u2019article 1 du Protocole no 1 doit se rapporter \u00e0 un \u00ab\u00a0bien\u00a0\u00bb au sens de la jurisprudence de la Cour. Or l\u2019article\u00a01 du Protocole\u00a0no\u00a01 ne garantirait pas un droit \u00e0 percevoir des prestations sociales ou une pension de retraite de quelque type et de quelque montant que ce soit lorsque pareil droit n\u2019est pas pr\u00e9vu par le droit interne.<\/p>\n<p>116. Le gouvernement d\u00e9fendeur admet que la Cour a rejet\u00e9 cet argument dans l\u2019affaire Andrejeva. Toutefois, il met l\u2019accent sur la nature du droit patrimonial revendiqu\u00e9, estimant qu\u2019il n\u2019existe en l\u2019esp\u00e8ce aucune esp\u00e9rance l\u00e9gitime. En premier lieu, il avance que la d\u00e9cision prise par la Lettonie d\u2019accorder une indemnisation compl\u00e9mentaire au titre des ann\u00e9es de travail relevant de la juridiction de l\u2019ex-URSS afin de rem\u00e9dier, au moins dans une certaine mesure, aux cons\u00e9quences des ann\u00e9es d\u2019occupation illicite ne saurait \u00eatre consid\u00e9r\u00e9e comme faisant na\u00eetre au profit des requ\u00e9rants un droit patrimonial relevant de l\u2019article 1 du Protocole no 1. Il ajoute que la Cour ne saurait faire abstraction du contexte g\u00e9opolitique et historique pertinent. Selon lui, le champ de comp\u00e9tence de la Cour en mati\u00e8re de s\u00e9curit\u00e9 sociale n\u2019est pas suffisamment \u00e9tendu pour qu\u2019elle puisse tenir un \u00c9tat pour responsable d\u2019int\u00e9r\u00eats patrimoniaux n\u00e9s sous la juridiction d\u2019un autre \u00c9tat, eu \u00e9gard en particulier \u00e0 la marge d\u2019appr\u00e9ciation reconnue aux \u00c9tats dans le domaine des mesures d\u2019ordre g\u00e9n\u00e9ral en mati\u00e8re \u00e9conomique ou sociale. Les griefs des requ\u00e9rants ne rel\u00e8veraient du champ d\u2019application de l\u2019article\u00a01 du Protocole no 1 que dans la mesure o\u00f9 les dispositions transitoires de la loi sur les pensions d\u2019\u00c9tat accordent aux int\u00e9ress\u00e9s une pension de retraite au titre des p\u00e9riodes de travail accomplies par eux sur le territoire letton.<\/p>\n<p>117. En outre, le gouvernement d\u00e9fendeur estime que les requ\u00e9rants ne pouvaient escompter, et de fait n\u2019escomptaient pas que la Lettonie assumerait une quelconque responsabilit\u00e9 pour les p\u00e9riodes de travail accomplies sur le territoire de l\u2019ex-URSS. Il explique que Mme Andrejeva, qui avait effectivement travaill\u00e9 et r\u00e9sid\u00e9 en Lettonie au cours des p\u00e9riodes litigieuses, croyait vraiment que ces p\u00e9riodes de travail seraient consid\u00e9r\u00e9es comme ayant \u00e9t\u00e9 accomplies sur le territoire letton, et qu\u2019elle avait imm\u00e9diatement contest\u00e9 devant les juridictions administratives le refus des autorit\u00e9s lettones d\u2019inclure les p\u00e9riodes en question dans le calcul de sa pension. Il avance que les requ\u00e9rants de la pr\u00e9sente affaire se sont au contraire abstenus de contester l\u2019exactitude des calculs et de l\u2019interpr\u00e9tation du droit interne qui les concernaient. Il y voit la preuve que les int\u00e9ress\u00e9s savaient pertinemment que la l\u00e9gislation interne ne leur permettait pas de pr\u00e9tendre \u00e0 une pension au titre du travail accompli sur le territoire de l\u2019ex-URSS et qu\u2019ils n\u2019escomptaient pas que la Lettonie assum\u00e2t une quelconque responsabilit\u00e9 au titre de ces p\u00e9riodes de travail. Il en conclut que les requ\u00e9rants ne peuvent \u00e0 bon droit all\u00e9guer que la l\u00e9gislation et la pratique lettones leur laissaient l\u00e9gitimement esp\u00e9rer que la Lettonie prendrait \u00e0 sa charge le paiement de pensions de retraite au titre de p\u00e9riodes de travail accomplies sous la juridiction d\u2019autres \u00c9tats. L\u2019arr\u00eat Andrejeva n\u2019aurait pas davantage pu faire na\u00eetre cette esp\u00e9rance dans le chef des requ\u00e9rants, car les conclusions que la Cour y a formul\u00e9es auraient \u00e9t\u00e9 fond\u00e9es sur les circonstances propres \u00e0 cette affaire.<\/p>\n<p>ii. Les requ\u00e9rants<\/p>\n<p>118. Les requ\u00e9rants notent que l\u2019exception soulev\u00e9e par le gouvernement d\u00e9fendeur avait d\u00e9j\u00e0 \u00e9t\u00e9 rejet\u00e9e par la Grande Chambre dans l\u2019affaire Andrejeva, pr\u00e9cit\u00e9e. Ils avancent que le premier paragraphe des dispositions transitoires de la loi relative aux pensions d\u2019\u00c9tat a cr\u00e9\u00e9 un droit \u00e0 pension au titre des p\u00e9riodes de travail et des p\u00e9riodes assimil\u00e9es accumul\u00e9es avant 1991 sur le territoire de l\u2019ex-URSS, mais qu\u2019il a r\u00e9serv\u00e9 ce droit aux ressortissants lettons. Ils all\u00e8guent que c\u2019est sur le fondement de cette disposition qu\u2019ils se sont vu refuser une pension pour ces p\u00e9riodes au seul motif qu\u2019ils ne poss\u00e9daient pas la nationalit\u00e9 lettone et que, s\u2019ils l\u2019avaient eue, les p\u00e9riodes de travail et les p\u00e9riodes assimil\u00e9es accumul\u00e9es par eux sur le territoire de l\u2019ex-URSS auraient \u00e9t\u00e9 incluses dans le calcul de leur \u00ab\u00a0dur\u00e9e d\u2019assurance\u00a0\u00bb ayant servi \u00e0 d\u00e9terminer leur droit \u00e0 une pension d\u2019\u00c9tat et le montant de celle\u2011ci. En cons\u00e9quence, ils estiment que leurs int\u00e9r\u00eats patrimoniaux rel\u00e8vent du champ d\u2019application de l\u2019article\u00a01 du Protocole\u00a0no\u00a01, et que l\u2019article 14 de la Convention trouve donc \u00e0 s\u2019appliquer en l\u2019esp\u00e8ce.<\/p>\n<p>b) Appr\u00e9ciation de la Cour<\/p>\n<p>119. \u00e0 titre liminaire, la Cour rappelle que la question de l\u2019applicabilit\u00e9 de telle ou telle disposition de la Convention ou de ses Protocoles rel\u00e8ve de sa comp\u00e9tence ratione materiae et qu\u2019il y a donc lieu de suivre le principe g\u00e9n\u00e9ral r\u00e9gissant le traitement des requ\u00eates et d\u2019analyser ces points comme il convient au stade de la recevabilit\u00e9, sauf s\u2019il y a une raison particuli\u00e8re de les joindre au fond. Aucune raison de ce type n\u2019existant en l\u2019esp\u00e8ce, la question de l\u2019applicabilit\u00e9 de l\u2019article 14 de la Convention combin\u00e9 avec l\u2019article 1 du Protocole no 1 doit \u00eatre examin\u00e9e au stade de la recevabilit\u00e9 (Popovi\u0107\u00a0et autres\u00a0c. Serbie, nos 26944\/13 et 3 autres, \u00a7 46, 30\u00a0juin\u00a02020, et voir, mutatis mutandis, Denisov c. Ukraine [GC], no\u00a076639\/11, \u00a7\u00a093, 25 septembre 2018).<\/p>\n<p>120. La Cour rappelle \u00e9galement que l\u2019article 14 de la Convention compl\u00e8te les autres clauses normatives de la Convention et de ses Protocoles. Il n\u2019a pas d\u2019existence ind\u00e9pendante puisqu\u2019il vaut uniquement pour \u00ab\u00a0la jouissance des droits et libert\u00e9s\u00a0\u00bb qu\u2019elles garantissent. Certes, il peut entrer en jeu m\u00eame sans un manquement \u00e0 leurs exigences et, dans cette mesure, il poss\u00e8de une port\u00e9e autonome, mais il ne saurait trouver \u00e0 s\u2019appliquer si les faits du litige ne tombent pas sous l\u2019empire de l\u2019une au moins desdites dispositions. L\u2019interdiction de la discrimination que l\u2019article\u00a014 consacre d\u00e9passe donc la jouissance des droits et libert\u00e9s que la Convention et ses Protocoles imposent \u00e0 chaque \u00c9tat de garantir. Elle s\u2019applique aussi aux droits additionnels, relevant du champ d\u2019application g\u00e9n\u00e9ral de tout article de la Convention, que l\u2019\u00c9tat a volontairement d\u00e9cid\u00e9 de prot\u00e9ger (voir, parmi beaucoup d\u2019autres, Andrejeva, pr\u00e9cit\u00e9, \u00a7\u00a074, Carson et autres c.\u00a0Royaume\u2011Uni [GC], no 42184\/05, \u00a7\u00a063, CEDH 2010, F\u00e1bi\u00e1n c.\u00a0Hongrie [GC], no\u00a078117\/13, \u00a7\u00a0112, 5 septembre 2017, et Molla Sali c.\u00a0Gr\u00e8ce [GC], no\u00a020452\/14, \u00a7\u00a0123, 19 d\u00e9cembre 2018).<\/p>\n<p>121. La Cour note que cette exception du gouvernement d\u00e9fendeur, comme la pr\u00e9c\u00e9dente, est en substance identique \u00e0 celle que ce m\u00eame gouvernement avait soulev\u00e9e dans l\u2019affaire Andrejeva, pr\u00e9cit\u00e9e, et qu\u2019elle avait rejet\u00e9e dans les termes suivants :<\/p>\n<p>\u00ab\u00a077. La Cour a (&#8230;) affirm\u00e9 que tous les principes qui s\u2019appliquent g\u00e9n\u00e9ralement aux affaires concernant l\u2019article 1 du Protocole no 1 gardent toute leur pertinence dans le domaine des prestations sociales (&#8230;) Ainsi, cette disposition ne garantit, en tant que tel, aucun droit de devenir propri\u00e9taire d\u2019un bien (&#8230;) Elle ne garantit donc, en tant que tel, aucun droit \u00e0 une pension d\u2019un montant donn\u00e9 (&#8230;) De m\u00eame, le droit de recevoir une pension au titre d\u2019activit\u00e9s s\u2019\u00e9tant d\u00e9roul\u00e9es dans un \u00c9tat autre que l\u2019\u00c9tat d\u00e9fendeur n\u2019est pas davantage garanti (&#8230;) En outre, l\u2019article 1 pr\u00e9cit\u00e9 n\u2019impose aucune restriction \u00e0 la libert\u00e9 pour les \u00c9tats contractants de d\u00e9cider d\u2019instaurer ou non un r\u00e9gime de protection sociale ou de choisir le type ou le niveau des prestations cens\u00e9es \u00eatre accord\u00e9es au titre de pareil r\u00e9gime. En revanche, d\u00e8s lors qu\u2019un \u00c9tat contractant met en place une l\u00e9gislation pr\u00e9voyant le versement automatique d\u2019une prestation sociale \u2013 que l\u2019octroi de cette prestation d\u00e9pende ou non du versement pr\u00e9alable de cotisations \u2013, cette l\u00e9gislation doit \u00eatre consid\u00e9r\u00e9e comme engendrant un int\u00e9r\u00eat patrimonial relevant du champ d\u2019application de l\u2019article 1 du Protocole no 1 pour les personnes remplissant ses conditions (&#8230;)<\/p>\n<p>78. Le Gouvernement soutient qu\u2019au regard du droit international public, la Lettonie n\u2019a pas h\u00e9rit\u00e9 de l\u2019ex-Union sovi\u00e9tique ses droits et obligations en mati\u00e8re de prestations sociales. Vu ses conclusions dans l\u2019affaire Stec et autres [c. Royaume-Uni (d\u00e9c.) [GC], nos 65731\/01 et 65900\/01, CEDH 2005-X], la Cour estime que cette th\u00e8se manque de pertinence en l\u2019occurrence. En effet, \u00e0 supposer m\u00eame que le Gouvernement ait raison sur ce point, cela ne changerait rien \u00e0 la conclusion qui s\u2019impose en l\u2019esp\u00e8ce\u00a0: lorsqu\u2019un \u00c9tat d\u00e9cide de lui-m\u00eame de verser aux particuliers des pensions au titre du travail accompli en dehors de son territoire, cr\u00e9ant ainsi une base l\u00e9gale suffisamment claire dans son droit interne, le droit pr\u00e9sum\u00e9 de b\u00e9n\u00e9ficier d\u2019une telle prestation tombe dans le champ de l\u2019article 1 du Protocole no 1. \u00c0 cet \u00e9gard, la Cour rel\u00e8ve que l\u2019article premier des dispositions transitoires de la loi lettone relative aux pensions d\u2019\u00c9tat cr\u00e9e le droit de percevoir une pension de retraite au titre des ann\u00e9es de travail accomplies avant 1991 sur le territoire de l\u2019ex-URSS (\u00ab\u00a0en dehors de la Lettonie\u00a0\u00bb dans la version ant\u00e9rieure au 1er janvier 2006) ind\u00e9pendamment du paiement de cotisations quelconques, mais qu\u2019il r\u00e9serve ce droit aux ressortissants lettons. En application de cette disposition, la requ\u00e9rante s\u2019est vu refuser le b\u00e9n\u00e9fice de la prestation en cause au seul motif qu\u2019elle ne poss\u00e9dait pas la nationalit\u00e9 lettone.<\/p>\n<p>79. Comme la Cour l\u2019a dit dans la d\u00e9cision Stec et autres (d\u00e9cision pr\u00e9cit\u00e9e, \u00a7\u00a055)\u00a0:<\/p>\n<p>\u00ab\u00a0[d]ans des cas tels celui de l\u2019esp\u00e8ce, o\u00f9 des requ\u00e9rants formulent sur le terrain de l\u2019article 14 combin\u00e9 avec l\u2019article 1 du Protocole no 1 un grief aux termes duquel ils ont \u00e9t\u00e9 priv\u00e9s, en tout ou en partie et pour un motif discriminatoire vis\u00e9 \u00e0 l\u2019article\u00a014, d\u2019une prestation donn\u00e9e, le crit\u00e8re pertinent consiste \u00e0 rechercher si, n\u2019e\u00fbt \u00e9t\u00e9 la condition d\u2019octroi litigieuse, les int\u00e9ress\u00e9s auraient eu un droit, sanctionnable devant les tribunaux internes, \u00e0 percevoir la prestation en cause (&#8230;) Si [l\u2019article 1 du] Protocole no\u00a01 ne comporte pas un droit \u00e0 percevoir des prestations sociales, de quelque type que ce soit, lorsqu\u2019un \u00c9tat d\u00e9cide de cr\u00e9er un r\u00e9gime de prestations, il doit le faire d\u2019une mani\u00e8re compatible avec l\u2019article\u00a014.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p>80. Il s\u2019ensuit que les int\u00e9r\u00eats patrimoniaux de la requ\u00e9rante entrent dans le champ d\u2019application de l\u2019article 1 du Protocole no 1 et du droit au respect des biens qu\u2019il garantit, ce qui suffit pour rendre l\u2019article 14 de la Convention applicable.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p>122. La Cour n\u2019aper\u00e7oit aucune diff\u00e9rence entre l\u2019affaire Andrejeva et la pr\u00e9sente affaire en ce qui concerne l\u2019applicabilit\u00e9 ratione materiae de l\u2019article\u00a014 de la Convention combin\u00e9 avec l\u2019article 1 Protocole no 1. Selon la jurisprudence constante de la Cour, l\u2019interdiction de la discrimination que l\u2019article 14 consacre s\u2019applique de mani\u00e8re g\u00e9n\u00e9rale d\u00e8s lors qu\u2019un \u00c9tat contractant met en place une l\u00e9gislation pr\u00e9voyant le versement automatique d\u2019une prestation sociale ou d\u2019une pension, et cette l\u00e9gislation doit \u00eatre consid\u00e9r\u00e9e comme engendrant un int\u00e9r\u00eat patrimonial relevant du champ d\u2019application de l\u2019article 1 du Protocole no 1 pour les personnes remplissant ses conditions. Si, n\u2019e\u00fbt \u00e9t\u00e9 la condition d\u2019octroi pr\u00e9vue par le droit interne dont le requ\u00e9rant se plaint, celui-ci aurait eu un droit, sanctionnable devant les tribunaux internes, \u00e0 percevoir la prestation en cause, son grief rel\u00e8ve du champ d\u2019application de l\u2019article 1 du Protocole no 1, ce qui suffit \u00e0 rendre l\u2019article 14 de la Convention applicable ratione materiae (J.D. et A.\u00a0c.\u00a0Royaume-Uni, pr\u00e9cit\u00e9, \u00a7 63). Dans ces conditions, force est \u00e0 la Cour de rejeter l\u2019exception soulev\u00e9e par le gouvernement d\u00e9fendeur, pour les m\u00eames motifs que ceux expos\u00e9s aux paragraphes 77-80 de l\u2019arr\u00eat Andrejeva (voir aussi, mutatis mutandis, Gaygusuz c. Autriche, 16\u00a0septembre 1996, \u00a7 40, Recueil 1996\u2011IV, Stummer c. Autriche [GC], no\u00a037452\/02, \u00a7 88, CEDH 2011, F\u00e1bi\u00e1n, pr\u00e9cit\u00e9, \u00a7\u00a0117, et Riba\u0107 c. Slov\u00e9nie, no\u00a057101\/10, \u00a7\u00a7\u00a043-45, 15\u00a0d\u00e9cembre 2017).<\/p>\n<p>123. Enfin, la Cour estime que les questions particuli\u00e8res soulev\u00e9es par le gouvernement d\u00e9fendeur \u2013 celles de savoir dans quelle mesure le raisonnement d\u2019ensemble suivi par elle dans l\u2019affaire Andrejeva \u00e9tait propre au cas d\u2019esp\u00e8ce, s\u2019il est transposable \u00e0 la pr\u00e9sente affaire et si les requ\u00e9rants pouvaient nourrir une \u00ab\u00a0esp\u00e9rance l\u00e9gitime\u00a0\u00bb aux fins de l\u2019article 1 du Protocole no 1 alors qu\u2019ils ne se trouvaient pas sur le territoire letton pendant les p\u00e9riodes litigieuses \u2013 touchent au fond de l\u2019affaire et qu\u2019elles doivent \u00eatre examin\u00e9es sous cet angle.<\/p>\n<p><em>3. D\u00e9lai de six mois<\/em><\/p>\n<p>a) Th\u00e8ses des parties<\/p>\n<p>124. Le gouvernement d\u00e9fendeur renvoie aux premi\u00e8res d\u00e9cisions par lesquelles les deuxi\u00e8me, quatri\u00e8me et cinqui\u00e8me requ\u00e9rants se sont vu accorder une pension. Il soutient que faute pour les int\u00e9ress\u00e9s de les avoir contest\u00e9es, ces d\u00e9cisions ont pris effet et doivent \u00eatre consid\u00e9r\u00e9es comme \u00e9tant \u00ab\u00a0d\u00e9finitives\u00a0\u00bb aux fins du calcul du d\u00e9lai de six mois. Il ajoute que les requ\u00e9rants auraient d\u00fb savoir que leur pension de retraite ne pouvait \u00eatre recalcul\u00e9e que sur la base de la loi sur les pensions d\u2019\u00c9tat ou des accords internationaux en mati\u00e8re de s\u00e9curit\u00e9 sociale. Il en conclut que les recours tendant \u00e0 la r\u00e9ouverture des proc\u00e9dures administratives introduits par les int\u00e9ress\u00e9s devant les juridictions administratives \u00e9taient d\u00e9pourvus de base l\u00e9gale et vou\u00e9s au rejet.<\/p>\n<p>125. Quant \u00e0 la th\u00e8se des requ\u00e9rants selon laquelle l\u2019arr\u00eat rendu par la Cour constitutionnelle le 17 f\u00e9vrier 2011 doit \u00eatre consid\u00e9r\u00e9 comme la d\u00e9cision d\u00e9finitive aux fins de la pr\u00e9sente affaire, le gouvernement d\u00e9fendeur avance que rien n\u2019emp\u00eachait les int\u00e9ress\u00e9s de saisir la Cour constitutionnelle aussit\u00f4t apr\u00e8s avoir obtenu une pension de retraite. Il soutient que ceux-ci n\u2019ont avanc\u00e9 aucun argument susceptible d\u2019expliquer qu\u2019ils soient rest\u00e9s inactifs pendant une p\u00e9riode qui, pour certains d\u2019entre eux, a dur\u00e9 dix ans.<\/p>\n<p>126. Le gouvernement d\u00e9fendeur estime que tant les recours introduits par les requ\u00e9rants devant les juridictions administratives en vue de la r\u00e9ouverture des proc\u00e9dures les concernant que leurs recours constitutionnels doivent \u00eatre consid\u00e9r\u00e9s comme des tentatives des int\u00e9ress\u00e9s de se conformer tardivement aux exigences proc\u00e9durales de la Convention afin d\u2019obtenir la reconduction du d\u00e9lai de six mois \u00e0 respecter pour introduire leur requ\u00eate devant la Cour.<\/p>\n<p>127. Pour leur part, les requ\u00e9rants soutiennent que les recours qu\u2019ils ont exerc\u00e9s \u00e9taient les seules voies de droit effectives qui leur \u00e9taient ouvertes et qu\u2019ils les ont \u00e9puis\u00e9es dans les conditions pr\u00e9vues par le droit interne. Ils avancent que le premier paragraphe des dispositions transitoires de la loi sur les pensions d\u2019\u00c9tat avait d\u00e9j\u00e0 \u00e9t\u00e9 d\u00e9clar\u00e9 inconstitutionnel en 2001 par la Cour constitutionnelle, \u00e0 l\u2019issue d\u2019un recours intent\u00e9 par vingt d\u00e9put\u00e9s (paragraphe\u00a039 ci-dessus), que cette question avait donc d\u00e9j\u00e0 \u00e9t\u00e9 tranch\u00e9e et que l\u2019ensemble des autorit\u00e9s de l\u2019\u00c9tat, notamment les tribunaux, \u00e9taient tenues par les conclusions de la Cour constitutionnelle. En outre, ils indiquent que le fait qu\u2019un recours porte sur un grief d\u00e9j\u00e0 tranch\u00e9 constitue un motif d\u2019irrecevabilit\u00e9 au regard de la loi sur la Cour constitutionnelle. Ils pr\u00e9cisent que, contrairement \u00e0 Mme Andrejeva, ils contestent le contenu de la l\u00e9gislation interne, et non l\u2019interpr\u00e9tation qui en a \u00e9t\u00e9 faite dans leur cas.<\/p>\n<p>128. Les requ\u00e9rants avancent que ce n\u2019est qu\u2019apr\u00e8s l\u2019arr\u00eat rendu par la Cour dans l\u2019affaire Andrejeva, pr\u00e9cit\u00e9e, que l\u2019\u00e9tat du droit a chang\u00e9 et qu\u2019ils ont pu demander la r\u00e9ouverture des proc\u00e9dures administratives les concernant. Ils exposent qu\u2019\u00e0 l\u2019exception du troisi\u00e8me requ\u00e9rant, qui a directement saisi la Cour constitutionnelle, ils ont introduit un recours constitutionnel apr\u00e8s le rejet de leurs recours tendant \u00e0 la r\u00e9ouverture des proc\u00e9dures les concernant. Ils pr\u00e9cisent que la Cour constitutionnelle a alors ouvert une proc\u00e9dure et rendu un arr\u00eat statuant sur le fond de leur grief, et que la pr\u00e9sente requ\u00eate a \u00e9t\u00e9 introduite dans un d\u00e9lai de six mois \u00e0 compter de l\u2019arr\u00eat en question.<\/p>\n<p>b) Appr\u00e9ciation de la Cour<\/p>\n<p>129. La Cour rel\u00e8ve que l\u2019exception soulev\u00e9e par le gouvernement d\u00e9fendeur ne s\u2019applique pas au troisi\u00e8me requ\u00e9rant, qui a introduit un recours directement devant la Cour constitutionnelle le 22 mars 2010, c\u2019est-\u00e0-dire plusieurs mois avant le calcul de sa pension de retraite (paragraphes\u00a027 et 48 ci-dessus). En cons\u00e9quence, la Cour n\u2019examinera cette exception que pour autant qu\u2019elle concerne les deuxi\u00e8me, quatri\u00e8me et cinqui\u00e8me requ\u00e9rants.<\/p>\n<p>i. Principes g\u00e9n\u00e9raux<\/p>\n<p>130. Le d\u00e9lai pr\u00e9vu par l\u2019article 35 \u00a7 1 de la Convention \u2013 qui \u00e9tait de six mois \u00e0 l\u2019\u00e9poque o\u00f9 les pr\u00e9sentes requ\u00eates ont \u00e9t\u00e9 introduites \u2013 vise \u00e0 assurer la s\u00e9curit\u00e9 juridique en garantissant que les affaires qui soul\u00e8vent des questions au regard de la Convention puissent \u00eatre examin\u00e9es dans un d\u00e9lai raisonnable et que les d\u00e9cisions pass\u00e9es ne soient pas ind\u00e9finiment susceptibles d\u2019\u00eatre remises en cause. Il marque la limite temporelle du contr\u00f4le op\u00e9r\u00e9 par les organes de la Convention et indique aux particuliers comme aux autorit\u00e9s publiques la p\u00e9riode au-del\u00e0 de laquelle ce contr\u00f4le ne peut plus s\u2019exercer (Sabri G\u00fcne\u015f c. Turquie [GC], no 27396\/06, \u00a7\u00a7 39-40, 29\u00a0juin 2012).<\/p>\n<p>131. Les r\u00e8gles \u00e9nonc\u00e9es \u00e0 l\u2019article 35 \u00a7 1 concernant l\u2019\u00e9puisement des voies de recours internes et le d\u00e9lai de six mois sont \u00e9troitement li\u00e9es, car non seulement elles figurent dans le m\u00eame article mais, de plus, elles sont exprim\u00e9es dans une m\u00eame phrase, dont la construction grammaticale implique une telle corr\u00e9lation. Ainsi, en r\u00e8gle g\u00e9n\u00e9rale, le d\u00e9lai de six mois commence \u00e0 courir \u00e0 la date de la d\u00e9cision d\u00e9finitive intervenue dans le cadre du processus d\u2019\u00e9puisement des voies de recours internes. \u00c0 peine de m\u00e9conna\u00eetre le principe de subsidiarit\u00e9, on ne saurait interpr\u00e9ter l\u2019article\u00a035\u00a0\u00a7\u00a01 d\u2019une mani\u00e8re qui exigerait qu\u2019un requ\u00e9rant saisisse la Cour de son grief avant que la situation relative \u00e0 la question en jeu n\u2019ait fait l\u2019objet d\u2019une d\u00e9cision d\u00e9finitive au niveau interne. Dans le cadre de cette disposition, seuls les recours normaux et effectifs peuvent toutefois \u00eatre pris en compte, car un requ\u00e9rant ne peut pas repousser le d\u00e9lai strict impos\u00e9 par la Convention en essayant d\u2019adresser des requ\u00eates inopportunes ou abusives \u00e0 des instances ou institutions qui n\u2019ont pas le pouvoir ou la comp\u00e9tence n\u00e9cessaires pour accorder sur le fondement de la Convention une r\u00e9paration effective concernant le grief en question (voir, parmi beaucoup d\u2019autres, Leki\u0107 c.\u00a0Slov\u00e9nie [GC], no 36480\/07, \u00a7 65, 11 d\u00e9cembre 2018). Il s\u2019ensuit que l\u2019exercice de recours qui ne satisfont pas aux exigences de l\u2019article\u00a035\u00a0\u00a7\u00a01 ne sera pas pris en compte par la Cour aux fins d\u2019\u00e9tablir la date de la \u00ab\u00a0d\u00e9cision d\u00e9finitive\u00a0\u00bb ou de calculer le point de d\u00e9part du d\u00e9lai de six mois (Jeronovi\u010ds c. Lettonie [GC], no\u00a044898\/10, \u00a7 75, 5 juillet 2016).<\/p>\n<p>132. En r\u00e8gle g\u00e9n\u00e9rale, les demandes de r\u00e9vision d\u2019une proc\u00e9dure ne sont pas des recours effectifs (Berdzenichvili c. Russie (d\u00e9c.), no 31697\/03, CEDH 2004-II, Tucka c. Royaume-Uni (no 1) (d\u00e9c.), no 34586\/10, 18\u00a0janvier 2011, Ha\u00e1sz et Szab\u00f3 c. Hongrie, nos 11327\/14 et 11613\/14, \u00a7\u00a7\u00a036-37, 13 octobre 2015) et, en tant que telles, elles n\u2019interrompent pas le cours du d\u00e9lai de six mois, sauf dans le cas o\u00f9 elles constituent la seule voie de recours ouverte au requ\u00e9rant dans les circonstances de l\u2019esp\u00e8ce (Ahtinen c.\u00a0Finlande (d\u00e9c.), no\u00a048907\/99, 31\u00a0mai 2005, Tomaszewscy c.\u00a0Pologne, no\u00a08933\/05, \u00a7\u00a7\u00a0117\u2011119, 15\u00a0avril\u00a02014).<\/p>\n<p>133. Une d\u00e9cision rejetant une demande de r\u00e9ouverture d\u2019une proc\u00e9dure ne constitue pas une \u00ab\u00a0d\u00e9cision d\u00e9finitive\u00a0\u00bb aux fins de l\u2019article\u00a035\u00a0\u00a7\u00a01 de la Convention et ne peut \u00eatre consid\u00e9r\u00e9e comme le point de d\u00e9part du d\u00e9lai de six mois (Sapeyan c. Arm\u00e9nie, no 35738\/03, \u00a7 23, 13\u00a0janvier 2009). En revanche, la r\u00e9ouverture de la proc\u00e9dure ou le r\u00e9examen d\u2019une d\u00e9cision d\u00e9finitive interrompt l\u2019\u00e9coulement du d\u00e9lai de six mois par rapport \u00e0 la proc\u00e9dure initiale ou \u00e0 la d\u00e9cision d\u00e9finitive, mais uniquement en ce qui concerne les questions soulev\u00e9es sur le terrain de la Convention qui ont fond\u00e9 le r\u00e9examen ou la r\u00e9ouverture et qui ont \u00e9t\u00e9 examin\u00e9es par l\u2019organe de recours extraordinaire (ibidem, \u00a7 24). Enfin, si un recours extraordinaire n\u2019a pas abouti \u00e0 la r\u00e9ouverture de la proc\u00e9dure initiale mais si les juridictions nationales ont n\u00e9anmoins pu examiner l\u2019essentiel des questions de droits de l\u2019homme ensuite port\u00e9es devant la Cour par le requ\u00e9rant et si elles les ont trait\u00e9es, le d\u00e9lai de six mois doit \u00eatre consid\u00e9r\u00e9 comme ayant recommenc\u00e9 \u00e0 courir (Schmidt c. Lettonie, no 22493\/05, \u00a7\u00a7\u00a066-67 et 70-71, 27 avril 2017).<\/p>\n<p>134. La Cour rel\u00e8ve, comme elle l\u2019a d\u00e9j\u00e0 fait \u00e0 plusieurs reprises dans d\u2019autres affaires, que la comp\u00e9tence de la Cour constitutionnelle lettone se limite au contr\u00f4le de la constitutionnalit\u00e9 des lois et de leur compatibilit\u00e9 avec les normes de rang sup\u00e9rieur. Il s\u2019ensuit qu\u2019aux fins de l\u2019article 35 \u00a7 1 de la Convention, un requ\u00e9rant n\u2019est tenu d\u2019exercer un recours constitutionnel que s\u2019il conteste une norme l\u00e9gislative ou r\u00e9glementaire comme \u00e9tant en soi contraire \u00e0 la Constitution lettone ou \u00e0 la Convention, c\u2019est-\u00e0-dire si la violation all\u00e9gu\u00e9e d\u00e9coule de la norme elle-m\u00eame. En revanche, la proc\u00e9dure de recours constitutionnel individuel ne constitue pas un recours effectif si le requ\u00e9rant se plaint de l\u2019application ou de l\u2019interpr\u00e9tation selon lui erron\u00e9e d\u2019une disposition l\u00e9gislative dont le contenu n\u2019est pas inconstitutionnel (Elberte c. Lettonie, no 61243\/08, \u00a7\u00a7 79-80, 13 janvier 2015, et les r\u00e9f\u00e9rences qui s\u2019y trouvent cit\u00e9es). En pareil cas, le recours constitutionnel n\u2019interrompt pas le cours du d\u00e9lai de six mois.<\/p>\n<p>ii. Application en l\u2019esp\u00e8ce des principes susmentionn\u00e9s<\/p>\n<p>135. La Cour rel\u00e8ve qu\u2019en l\u2019esp\u00e8ce, le calcul initial de la pension de chacun des requ\u00e9rants (exception faite de celle du troisi\u00e8me requ\u00e9rant) a \u00e9t\u00e9 effectu\u00e9 entre 1999 et 2008, et qu\u2019aucun d\u2019entre eux n\u2019a contest\u00e9 les d\u00e9cisions prises \u00e0 cet \u00e9gard par les autorit\u00e9s internes. Le 18 f\u00e9vrier 2009, la Grande Chambre rendit son arr\u00eat dans l\u2019affaire Andrejeva, pr\u00e9cit\u00e9e. Le 14\u00a0ao\u00fbt 2009, les requ\u00e9rants demand\u00e8rent la r\u00e9vision du calcul de leur pension \u00e0 la lumi\u00e8re de l\u2019arr\u00eat Andrejeva. Leur demande ayant \u00e9t\u00e9 rejet\u00e9e, ils saisirent le tribunal administratif de district en vue d\u2019obtenir la r\u00e9ouverture des proc\u00e9dures les concernant \u00e0 la lumi\u00e8re de l\u2019arr\u00eat Andrejeva, comme le leur permettait le droit interne. Par des d\u00e9cisions d\u00e9finitives rendues les 20 et 27\u00a0novembre\u00a02009 et le 16\u00a0d\u00e9cembre 2009 respectivement par le tribunal administratif de district, les requ\u00e9rants furent d\u00e9bout\u00e9s de leurs recours, au motif que l\u2019arr\u00eat Andrejeva ne justifiait pas la r\u00e9ouverture des proc\u00e9dures en question. Le 5 mars 2010, les requ\u00e9rants saisirent la Cour constitutionnelle, l\u2019invitant \u00e0 reconsid\u00e9rer et \u00e0 abandonner la position qu\u2019elle avait prise en 2001 sur le premier paragraphe des dispositions transitoires de la loi relative aux pensions d\u2019\u00c9tat et \u00e0 rendre une nouvelle d\u00e9cision \u00e0 la lumi\u00e8re de l\u2019arr\u00eat rendu par la Grande Chambre dans l\u2019affaire Andrejeva. Le 17 f\u00e9vrier 2011, la Cour constitutionnelle rendit un arr\u00eat statuant sur le fond des griefs des requ\u00e9rants et comportant une analyse de la situation individuelle des int\u00e9ress\u00e9s.<\/p>\n<p>136. La Cour estime que les recours exerc\u00e9s par les requ\u00e9rants devant le tribunal administratif en vue de la r\u00e9ouverture des proc\u00e9dures administratives les concernant et leurs recours individuels ult\u00e9rieurs devant la Cour constitutionnelle doivent \u00eatre consid\u00e9r\u00e9s comme une proc\u00e9dure unique visant en d\u00e9finitive \u00e0 la r\u00e9vision du calcul des pensions des int\u00e9ress\u00e9s cons\u00e9cutivement \u00e0 l\u2019arr\u00eat rendu par la Cour dans l\u2019affaire Andrejeva. Il est vrai que les requ\u00e9rants sont rest\u00e9s longtemps sans agir apr\u00e8s le calcul initial de leurs pensions. Toutefois, la Cour admet qu\u2019ils pouvaient croire, de mani\u00e8re r\u00e9aliste et en toute bonne foi, que leur situation juridique avait chang\u00e9 \u00e0 la suite du prononc\u00e9 de l\u2019arr\u00eat Andrejeva, dont ils pensaient qu\u2019il leur offrait une nouvelle possibilit\u00e9 d\u2019obtenir la r\u00e9vision du calcul de leur pension, soit imm\u00e9diatement soit, le cas \u00e9ch\u00e9ant, apr\u00e8s l\u2019annulation formelle de la disposition l\u00e9gale litigieuse par la Cour constitutionnelle, d\u2019autant plus que, contrairement \u00e0 l\u2019arr\u00eat rendu par celle-ci le 17 f\u00e9vrier 2011, l\u2019arr\u00eat Andrejeva a express\u00e9ment refus\u00e9 d\u2019attribuer un r\u00f4le d\u00e9cisif \u00e0 la distinction entre le fait de travailler sur le territoire letton et le fait de travailler en dehors de celui-ci (ibidem, \u00a7 85). Aux yeux de la Cour, l\u2019\u00e9l\u00e9ment d\u00e9cisif r\u00e9side dans le fait que la Cour constitutionnelle a jug\u00e9 les recours constitutionnels des requ\u00e9rants recevables du point de vue du droit proc\u00e9dural interne, qu\u2019elle a accept\u00e9 de les examiner au fond et qu\u2019elle a rendu un arr\u00eat soigneusement motiv\u00e9 par lequel elle a statu\u00e9 sur les m\u00eames questions de droits de l\u2019homme que celles que les requ\u00e9rants soumettent \u00e0 la Cour (voir, mutatis mutandis, Schmidt, pr\u00e9cit\u00e9, \u00a7\u00a7 68-71).<\/p>\n<p>137. Dans ces conditions, et eu \u00e9gard aux circonstances particuli\u00e8res de la pr\u00e9sente affaire, la Cour consid\u00e8re que l\u2019arr\u00eat rendu par la Cour constitutionnelle le 17 f\u00e9vrier 2011 constitue la \u00ab\u00a0d\u00e9cision d\u00e9finitive\u00a0\u00bb aux fins de l\u2019article 35 \u00a7 1, et que le d\u00e9lai de six mois doit \u00eatre calcul\u00e9 \u00e0 compter de la date du prononc\u00e9 de cet arr\u00eat. La pr\u00e9sente requ\u00eate a \u00e9t\u00e9 introduite devant la Cour le 4 ao\u00fbt 2011, c\u2019est-\u00e0-dire dans un d\u00e9lai de six mois \u00e0 compter de la date du prononc\u00e9 de cet arr\u00eat. En cons\u00e9quence, l\u2019exception soulev\u00e9e par le gouvernement d\u00e9fendeur doit \u00eatre rejet\u00e9e.<\/p>\n<p><em>4. Sur les exceptions soulev\u00e9es \u00e0 l\u2019\u00e9gard de certains requ\u00e9rants<\/em><\/p>\n<p>a) Le deuxi\u00e8me requ\u00e9rant<\/p>\n<p>i. Th\u00e8ses des parties<\/p>\n<p>138. Le gouvernement d\u00e9fendeur avance que le recours introduit par le deuxi\u00e8me requ\u00e9rant devant les juridictions administratives en vue de la r\u00e9ouverture de la proc\u00e9dure administrative le concernant portait uniquement sur la prise en compte des p\u00e9riodes de travail accomplies par lui sur le territoire de l\u2019ex-URSS mais ne mentionnait aucunement ses p\u00e9riodes de service militaire obligatoire. Il ajoute que l\u2019int\u00e9ress\u00e9 n\u2019a soumis aux autorit\u00e9s nationales aucune pi\u00e8ce de nature \u00e0 leur permettre d\u2019identifier le pays dans lequel il avait accompli son service militaire. Il estime en cons\u00e9quence que, pour autant qu\u2019il concerne l\u2019absence de prise en compte de la p\u00e9riode de service militaire obligatoire, le grief formul\u00e9 par le deuxi\u00e8me requ\u00e9rant doit \u00eatre rejet\u00e9 pour non-\u00e9puisement des voies de recours internes ou pour d\u00e9faut manifeste de fondement.<\/p>\n<p>139. Les requ\u00e9rants r\u00e9torquent qu\u2019il n\u2019existe pas de recours interne effectif relativement aux p\u00e9riodes de service militaire obligatoire. Ils avancent que la seule obligation impos\u00e9e aux ressortissants lettons \u00e0 cet \u00e9gard consiste \u00e0 prouver qu\u2019ils ont bien effectu\u00e9 leur service militaire, si bien qu\u2019ils peuvent obtenir la prise en compte de ces p\u00e9riodes sur simple pr\u00e9sentation de leur certificat de travail et de leur carte d\u2019identit\u00e9 militaire. Ils pr\u00e9cisent que ces documents mentionnent le lieu o\u00f9 la personne a \u00e9t\u00e9 incorpor\u00e9e, mais non celui o\u00f9 elle a accompli son service militaire obligatoire, alors selon eux que les \u00ab\u00a0non-citoyens r\u00e9sidents permanents\u00a0\u00bb sont tenus de prouver le lieu exact o\u00f9 ils ont effectu\u00e9 leur service militaire. Ils ajoutent que ces derniers doivent \u00e0 cette fin s\u2019adresser aux archives militaires du pays concern\u00e9, moyennant paiement, sans n\u00e9cessairement poss\u00e9der les comp\u00e9tences linguistiques pour ce faire et sans aucune garantie quant \u00e0 la disponibilit\u00e9 de cette information.<\/p>\n<p>ii. Appr\u00e9ciation de la Cour<\/p>\n<p>140. La Cour rel\u00e8ve d\u2019embl\u00e9e que le gouvernement d\u00e9fendeur affirme lui\u2011m\u00eame que les recours introduits par les requ\u00e9rants devant les juridictions administratives en vue de la r\u00e9ouverture des proc\u00e9dures administratives les concernant ne constituaient pas des recours effectifs aux fins de l\u2019article\u00a035\u00a0\u00a7\u00a01 de la Convention (paragraphe\u00a0124 ci-dessus). Dans ces conditions, la th\u00e8se du Gouvernement selon laquelle les int\u00e9ress\u00e9s auraient d\u00fb soulever un point de fait pr\u00e9cis dans le cadre des recours en question ne para\u00eet gu\u00e8re d\u00e9fendable. En tout \u00e9tat de cause, la Cour rappelle que le non\u2011\u00e9puisement des voies de recours internes ne peut \u00eatre retenu contre un requ\u00e9rant lorsque, bien que celui-ci n\u2019ait pas respect\u00e9 les formes prescrites par la loi, l\u2019autorit\u00e9 comp\u00e9tente a examin\u00e9 la substance du grief dont il a saisi la Cour (Vladimir\u00a0Romanov c. Russie, no\u00a041461\/02, \u00a7 52, 24 juillet 2008, et Ulemek\u00a0c. Croatie, no 21613\/16, \u00a7 77, 31 octobre 2019). En l\u2019esp\u00e8ce, il appara\u00eet que la Cour constitutionnelle a d\u00e9clar\u00e9 recevable, du point de vue proc\u00e9dural, l\u2019int\u00e9gralit\u00e9 du recours constitutionnel form\u00e9 par le deuxi\u00e8me requ\u00e9rant et qu\u2019elle a examin\u00e9 toutes les p\u00e9riodes litigieuses sur lesquelles il portait, sans \u00e9tablir aucune distinction entre les unes et les autres (paragraphe\u00a051 ci-dessus). Dans ces conditions, on ne saurait \u00e0 bon droit reprocher au requ\u00e9rant de ne pas avoir \u00e9puis\u00e9 les voies de recours internes. En cons\u00e9quence, l\u2019exception soulev\u00e9e par le gouvernement d\u00e9fendeur doit \u00eatre rejet\u00e9e.<\/p>\n<p>b) Le troisi\u00e8me requ\u00e9rant<\/p>\n<p>i. Th\u00e8ses des parties<\/p>\n<p>141. Le gouvernement d\u00e9fendeur expose que le recours administratif engag\u00e9 par le troisi\u00e8me requ\u00e9rant contre le rejet de sa demande de retraite anticip\u00e9e a \u00e9t\u00e9 rejet\u00e9 sans examen, pour des raisons proc\u00e9durales. Il ajoute que lorsque l\u2019int\u00e9ress\u00e9 s\u2019est vu octroyer par la suite une pension de retraite qui ne tenait pas compte de la p\u00e9riode de son service militaire obligatoire, il n\u2019a pas introduit de recours contre cette d\u00e9cision, et qu\u2019il ne l\u2019a pas davantage contest\u00e9e dans son recours constitutionnel puisque le grief qu\u2019il a soulev\u00e9 devant la Cour constitutionnelle portait uniquement sur le rejet de sa demande de pension de retraite anticip\u00e9e. Le gouvernement d\u00e9fendeur avance que, comme l\u2019aurait soulign\u00e9 la Cour constitutionnelle, apr\u00e8s l\u2019entr\u00e9e en vigueur de l\u2019accord letto-russe sur la s\u00e9curit\u00e9 sociale, le requ\u00e9rant aurait pu demander la r\u00e9vision de sa pension de retraite et la prise en compte de la dur\u00e9e du service militaire obligatoire accompli par lui en Russie. Or, contrairement aux autres requ\u00e9rants, l\u2019int\u00e9ress\u00e9 aurait omis de le faire et n\u2019aurait donc pas \u00e9puis\u00e9 les voies de recours internes.<\/p>\n<p>142. Les requ\u00e9rants r\u00e9it\u00e8rent leurs arguments relatifs aux difficult\u00e9s proc\u00e9durales auxquelles se heurtent selon eux les personnes concern\u00e9es pour prouver qu\u2019elles ont accompli leur service militaire obligatoire dans tel ou tel pays (paragraphe\u00a0139 ci-dessus). Ils plaident que l\u2019entr\u00e9e en vigueur de l\u2019accord bilat\u00e9ral n\u2019a pas totalement supprim\u00e9 la diff\u00e9rence de traitement entre les ressortissants lettons et les \u00ab\u00a0non-citoyens r\u00e9sidents permanents\u00a0\u00bb, mais qu\u2019elle a plut\u00f4t d\u00e9plac\u00e9 cette diff\u00e9rence du champ du droit mat\u00e9riel vers le droit proc\u00e9dural. Ils soutiennent que si les ressortissants lettons ne sont tenus de fournir qu\u2019un nombre limit\u00e9 de documents faciles \u00e0 obtenir, les \u00ab\u00a0non-citoyens r\u00e9sidents permanents\u00a0\u00bb doivent pour leur part s\u2019adresser aux archives de forces arm\u00e9es \u00e9trang\u00e8res. Ils exposent qu\u2019il existe en Russie plusieurs archives de ce type dans lesquelles la recherche des informations pertinentes est payante. En outre, ils all\u00e8guent avoir subi un pr\u00e9judice irr\u00e9parable avant l\u2019entr\u00e9e en vigueur des accords bilat\u00e9raux pertinents puisque, selon eux, l\u2019absence de prise en compte des p\u00e9riodes litigieuses \u00e9tait alors conforme au droit interne et aucune voie de recours interne ne leur \u00e9tait ouverte.<\/p>\n<p>ii. Appr\u00e9ciation de la Cour<\/p>\n<p>143. La Cour souligne que le grief du troisi\u00e8me requ\u00e9rant concerne tant le refus de lui octroyer une pension de retraite anticip\u00e9e que la non-inclusion de la p\u00e9riode de son service militaire obligatoire dans le calcul de sa pension de retraite. Au moment o\u00f9 le requ\u00e9rant a introduit son recours constitutionnel, il n\u2019avait pas encore atteint l\u2019\u00e2ge de la retraite (paragraphes\u00a027 et\u00a048 ci\u2011dessus). Partant, le grief dont le requ\u00e9rant a saisi la Cour constitutionnelle ne portait que sur le refus de lui octroyer une pension de retraite anticip\u00e9e. Toutefois, la Cour ne peut que r\u00e9affirmer sa jurisprudence bien \u00e9tablie selon laquelle on ne saurait reprocher \u00e0 un requ\u00e9rant de ne pas avoir \u00e9puis\u00e9 une voie de recours interne lorsque, bien que l\u2019int\u00e9ress\u00e9 n\u2019ait pas respect\u00e9 les formes prescrites par la loi, l\u2019autorit\u00e9 comp\u00e9tente a examin\u00e9 la substance du grief dont il a saisi la Cour (paragraphe\u00a0133 ci-dessus). En l\u2019esp\u00e8ce, la Cour constitutionnelle a consid\u00e9r\u00e9 que le fait que le requ\u00e9rant n\u2019e\u00fbt pas exerc\u00e9 de recours administratif ne constituait pas un obstacle \u00e0 sa saisine, car l\u2019int\u00e9ress\u00e9 avait \u00ab\u00a0d\u00e9montr\u00e9 qu\u2019il n\u2019avait aucune possibilit\u00e9 de faire valoir ses droits en exer\u00e7ant les voies de recours ordinaires\u00a0\u00bb (paragraphe\u00a048 ci-dessus). Par cons\u00e9quent, pour ce qui est de cet aspect du grief formul\u00e9 par le troisi\u00e8me requ\u00e9rant, la Cour consid\u00e8re que celui-ci a \u00e9puis\u00e9 les voies de recours internes.<\/p>\n<p>144. La Cour rel\u00e8ve \u00e9galement qu\u2019au cours de la proc\u00e9dure constitutionnelle, le troisi\u00e8me requ\u00e9rant s\u2019est vu accorder une pension de retraite qui ne tenait pas compte de la p\u00e9riode de service militaire obligatoire accomplie par lui. Le dossier ne contient aucune information sur le point de savoir si des observations compl\u00e9mentaires ont \u00e9t\u00e9 produites devant la Cour constitutionnelle \u00e0 ce sujet. Toutefois, la Cour constitutionnelle n\u2019a fait \u00e0 l\u2019\u00e9vidence aucune distinction entre la question de l\u2019octroi d\u2019une pension de retraite anticip\u00e9e au troisi\u00e8me requ\u00e9rant et le refus d\u2019inclure certaines p\u00e9riodes dans le calcul de la pension de retraite des autres requ\u00e9rants. Au lieu de cela, elle a examin\u00e9 la constitutionnalit\u00e9 de la disposition l\u00e9gale excluant certaines p\u00e9riodes de travail et p\u00e9riodes assimil\u00e9es du calcul de la \u00ab\u00a0dur\u00e9e d\u2019assurance\u00a0\u00bb des \u00ab\u00a0non\u2011citoyens r\u00e9sidents permanents\u00a0\u00bb telle que d\u00e9finie par la l\u00e9gislation lettone. L\u2019arr\u00eat de la Cour constitutionnelle a ainsi port\u00e9, en substance, sur les deux griefs formul\u00e9s par le troisi\u00e8me requ\u00e9rant. Par ailleurs, apr\u00e8s le prononc\u00e9 de cet arr\u00eat, le requ\u00e9rant ne pouvait plus saisir la Cour constitutionnelle puisqu\u2019elle avait d\u00e9j\u00e0 statu\u00e9 sur sa demande.<\/p>\n<p>145. Dans ces conditions, la Cour conclut que l\u2019on ne saurait reprocher au troisi\u00e8me requ\u00e9rant de ne pas avoir satisfait \u00e0 l\u2019exigence d\u2019\u00e9puisement des voies de recours internes pos\u00e9e par l\u2019article 35 \u00a7 1 de la Convention. Partant, elle rejette l\u2019exception soulev\u00e9e sur ce point par le gouvernement d\u00e9fendeur.<\/p>\n<p>c) La quatri\u00e8me requ\u00e9rante<\/p>\n<p>i. Th\u00e8ses des parties<\/p>\n<p>146. Le gouvernement d\u00e9fendeur soutient qu\u2019avant l\u2019introduction de la pr\u00e9sente requ\u00eate, le B\u00e9larus a accord\u00e9 \u00e0 la quatri\u00e8me requ\u00e9rante une pension de retraite au titre des p\u00e9riodes de travail accomplies par elle dans ce pays, et que sa pension a de surcro\u00eet \u00e9t\u00e9 r\u00e9vis\u00e9e sur la base de l\u2019accord letto-russe sur la s\u00e9curit\u00e9 sociale afin qu\u2019il soit tenu compte des p\u00e9riodes de travail accomplies par elle sur le territoire russe. Il plaide que la quatri\u00e8me requ\u00e9rante a dissimul\u00e9 ces \u00e9l\u00e9ments \u00e0 la Cour, que la requ\u00eate de l\u2019int\u00e9ress\u00e9e rev\u00eat donc un caract\u00e8re manifestement abusif au sens de l\u2019article 35 \u00a7 3 a) de la Convention et que celle-ci ne peut en cons\u00e9quence se pr\u00e9valoir \u00e0 bon droit de la qualit\u00e9 de victime en ce qui concerne les p\u00e9riodes en question.<\/p>\n<p>147. S\u2019agissant des p\u00e9riodes de travail que la quatri\u00e8me requ\u00e9rante dit avoir accomplies en Allemagne et du cong\u00e9 de maternit\u00e9 qu\u2019elle dit avoir pris, le gouvernement d\u00e9fendeur avance que l\u2019int\u00e9ress\u00e9e n\u2019en a jamais fait \u00e9tat devant les autorit\u00e9s internes et que les griefs y aff\u00e9rents doivent \u00eatre rejet\u00e9s pour non-\u00e9puisement des voies de recours internes.<\/p>\n<p>148. Les requ\u00e9rants r\u00e9pliquent que les \u00e9l\u00e9ments mentionn\u00e9s par le Gouvernement figurent dans le formulaire de requ\u00eate. Ils arguent \u00e9galement qu\u2019en ce qui concerne les p\u00e9riodes \u00e0 inclure dans le calcul de sa pension, la quatri\u00e8me requ\u00e9rante doit se voir reconna\u00eetre la qualit\u00e9 de victime pour les m\u00eames motifs que le premier requ\u00e9rant. Ils ajoutent que la demande de la quatri\u00e8me requ\u00e9rante ne portait pas sur la p\u00e9riode de travail accomplie en Allemagne puisqu\u2019au moment de sa retraite, seules les p\u00e9riodes accumul\u00e9es sur le territoire de l\u2019ex-URSS pouvaient \u00eatre prises en compte, et que cette r\u00e8gle s\u2019appliquait aussi aux ressortissants lettons. Ils pr\u00e9cisent que c\u2019est pour les m\u00eames raisons que la quatri\u00e8me requ\u00e9rante n\u2019a pas non plus formul\u00e9 de demande concernant sa p\u00e9riode de service militaire volontaire. Pour ce qui est des p\u00e9riodes de cong\u00e9 de maternit\u00e9 de l\u2019int\u00e9ress\u00e9e, les requ\u00e9rants soutiennent qu\u2019elles font partie int\u00e9grante des p\u00e9riodes de travail et ne font pas l\u2019objet d\u2019un litige distinct.<\/p>\n<p>ii. Appr\u00e9ciation de la Cour<\/p>\n<p>149. La Cour rappelle qu\u2019en vertu de l\u2019article 35 \u00a7 3 a) de la Convention, une requ\u00eate peut \u00eatre d\u00e9clar\u00e9e abusive notamment si elle se fonde d\u00e9lib\u00e9r\u00e9ment sur des faits controuv\u00e9s. Une information incompl\u00e8te et donc trompeuse peut \u00e9galement s\u2019analyser en un abus du droit de recours individuel, particuli\u00e8rement lorsqu\u2019elle concerne le c\u0153ur de l\u2019affaire et que le requ\u00e9rant n\u2019explique pas de fa\u00e7on suffisante pourquoi il n\u2019a pas divulgu\u00e9 les informations pertinentes. Il en va de m\u00eame lorsque des d\u00e9veloppements nouveaux importants surviennent au cours de la proc\u00e9dure suivie devant la Cour et que, en d\u00e9pit de l\u2019obligation expresse lui incombant en vertu de l\u2019article 47 \u00a7 7 du r\u00e8glement, le requ\u00e9rant n\u2019en informe pas la Cour, l\u2019emp\u00eachant ainsi de se prononcer sur l\u2019affaire en pleine connaissance de cause. Toutefois, m\u00eame dans de tels cas, l\u2019intention de l\u2019int\u00e9ress\u00e9 d\u2019induire la Cour en erreur doit toujours \u00eatre \u00e9tablie avec suffisamment de certitude (Gross c.\u00a0Suisse [GC], no 67810\/10, \u00a7 28, CEDH 2014, et les r\u00e9f\u00e9rences qui s\u2019y trouvent cit\u00e9es).<\/p>\n<p>150. La Cour rel\u00e8ve d\u2019embl\u00e9e que, contrairement aux all\u00e9gations du gouvernement d\u00e9fendeur, le formulaire de requ\u00eate initial mentionne le fait que la pension de la quatri\u00e8me requ\u00e9rante a \u00e9t\u00e9 recalcul\u00e9e sur la base de l\u2019accord letto-russe sur la s\u00e9curit\u00e9 sociale. Elle observe par ailleurs que les requ\u00e9rants y ont \u00e9galement indiqu\u00e9 que la quatri\u00e8me requ\u00e9rante avait demand\u00e9 une pension au B\u00e9larus mais qu\u2019elle n\u2019avait pas encore obtenu de r\u00e9ponse, et elle rel\u00e8ve que le gouvernement d\u00e9fendeur n\u2019a fourni aucune pi\u00e8ce prouvant que cette assertion \u00e9tait inexacte.<\/p>\n<p>151. La Cour rejette \u00e9galement la th\u00e8se du gouvernement d\u00e9fendeur selon laquelle la requ\u00e9rante a perdu la qualit\u00e9 de \u00ab\u00a0victime\u00a0\u00bb. Une d\u00e9cision ou une mesure favorable au requ\u00e9rant ne suffit en principe \u00e0 lui retirer la qualit\u00e9 de \u00ab\u00a0victime\u00a0\u00bb aux fins de l\u2019article 34 de la Convention que si les autorit\u00e9s nationales ont reconnu, explicitement ou en substance, puis r\u00e9par\u00e9 la violation de la Convention (J.D. et A. c.\u00a0Royaume-Uni, pr\u00e9cit\u00e9, \u00a7 64, et les r\u00e9f\u00e9rences qui s\u2019y trouvent cit\u00e9es). Or cela ne s\u2019est manifestement pas produit en l\u2019esp\u00e8ce. La Cour estime que l\u2019exception du gouvernement d\u00e9fendeur tir\u00e9e de l\u2019absence de qualit\u00e9 de victime rel\u00e8ve plut\u00f4t du fond de l\u2019affaire et doit \u00eatre examin\u00e9e sous cet angle. Les all\u00e9gations d\u2019\u00ab\u00a0abus\u00a0\u00bb et de \u00ab\u00a0perte de la qualit\u00e9 de victime\u00a0\u00bb doivent donc \u00eatre rejet\u00e9es.<\/p>\n<p>152. En ce qui concerne la question de l\u2019inclusion du cong\u00e9 de maternit\u00e9 dans le calcul de la \u00ab\u00a0dur\u00e9e d\u2019assurance\u00a0\u00bb, la Cour rappelle \u00e0 nouveau le principe selon lequel le non-\u00e9puisement des voies de recours internes ne peut \u00eatre retenu contre un requ\u00e9rant lorsque la substance du grief dont celui-ci a saisi la Cour a d\u00e9j\u00e0 \u00e9t\u00e9 examin\u00e9e, quand bien m\u00eame il n\u2019aurait pas respect\u00e9 la proc\u00e9dure applicable (paragraphe\u00a0133 ci-dessus). En l\u2019esp\u00e8ce, la Cour constate que la totalit\u00e9 de la p\u00e9riode litigieuse a \u00e9t\u00e9 prise en compte dans la motivation de l\u2019arr\u00eat de la Cour constitutionnelle (paragraphe\u00a051 ci-dessus). Il s\u2019ensuit que cette exception doit elle aussi \u00eatre rejet\u00e9e.<\/p>\n<p>d) La cinqui\u00e8me requ\u00e9rante<\/p>\n<p>i. Th\u00e8ses des parties<\/p>\n<p>153. Le gouvernement d\u00e9fendeur soutient qu\u2019avant l\u2019introduction de la pr\u00e9sente requ\u00eate, la pension de la cinqui\u00e8me requ\u00e9rante avait \u00e9t\u00e9 recalcul\u00e9e sur la base de l\u2019accord letto-russe sur la s\u00e9curit\u00e9 sociale. Il avance que l\u2019int\u00e9ress\u00e9e n\u2019en a pas inform\u00e9 la Cour, et que le grief de la cinqui\u00e8me requ\u00e9rante doit \u00eatre rejet\u00e9 pour abus du droit de recours individuel et perte de la qualit\u00e9 de victime.<\/p>\n<p>154. Les requ\u00e9rants soutiennent que la r\u00e9vision de la pension de la cinqui\u00e8me requ\u00e9rante est mentionn\u00e9e dans le formulaire de requ\u00eate et que l\u2019int\u00e9ress\u00e9e doit se voir reconna\u00eetre la qualit\u00e9 de victime pour les raisons expos\u00e9es ci-dessus.<\/p>\n<p>ii. Appr\u00e9ciation de la Cour<\/p>\n<p>155. Au vu du dossier de l\u2019affaire, la Cour parvient aux m\u00eames conclusions que celles concernant la quatri\u00e8me requ\u00e9rante\u00a0: d\u2019une part, rien n\u2019indique qu\u2019il y ait eu un quelconque \u00ab\u00a0abus\u00a0\u00bb puisque les informations relatives au nouveau calcul de la pension de la cinqui\u00e8me requ\u00e9rante figurent effectivement dans le formulaire de requ\u00eate initial de l\u2019int\u00e9ress\u00e9e et, d\u2019autre part, l\u2019exception tir\u00e9e de l\u2019absence de qualit\u00e9 de victime rel\u00e8ve du fond de l\u2019affaire (paragraphes 149-151 ci-dessus). Partant, ces exceptions doivent elles aussi \u00eatre rejet\u00e9es.<\/p>\n<p><em>5. Conclusion sur la recevabilit\u00e9 de la requ\u00eate<\/em><\/p>\n<p>156. La Cour constate que le grief des requ\u00e9rants fond\u00e9 sur l\u2019article 14 de la Convention combin\u00e9 avec l\u2019article 1 du Protocole no 1 n\u2019est pas manifestement mal fond\u00e9 au sens de l\u2019article 35 \u00a7 3 a) de la Convention et qu\u2019il ne se heurte par ailleurs \u00e0 aucun autre motif d\u2019irrecevabilit\u00e9. Partant, elle le d\u00e9clare recevable.<\/p>\n<p><strong>B. Sur le fond<\/strong><\/p>\n<p><em>1. Th\u00e8ses des parties<\/em><\/p>\n<p>a) Les requ\u00e9rants<\/p>\n<p>157. Les requ\u00e9rants d\u00e9clarent que leur grief tend uniquement \u00e0 ce que soient incluses dans le calcul de leurs pensions de retraite respectives les m\u00eames p\u00e9riodes que celles qui sont prises en compte dans le calcul des pensions analogues servies aux citoyens lettons, et qu\u2019ils ne r\u00e9clament donc aucun avantage suppl\u00e9mentaire. Ils avancent que la non-inclusion des p\u00e9riodes de travail et des p\u00e9riodes assimil\u00e9es litigieuses dans ce calcul s\u2019est traduite par une r\u00e9duction de leur dur\u00e9e d\u2019assurance globale et qu\u2019elle a directement affect\u00e9 le montant de leurs pensions. Ils ajoutent que cela a \u00e9galement emp\u00each\u00e9 quatre d\u2019entre eux de b\u00e9n\u00e9ficier d\u2019une retraite anticip\u00e9e et de conditions favorables pour la d\u00e9termination du capital initial utilis\u00e9 pour le calcul de leurs pensions, et que les premier, quatri\u00e8me et cinqui\u00e8me requ\u00e9rants se sont en cons\u00e9quence vu accorder la pension minimum.<\/p>\n<p>158. Les int\u00e9ress\u00e9s soutiennent que s\u2019ils avaient eu la nationalit\u00e9 lettone, les p\u00e9riodes de travail et les p\u00e9riodes assimil\u00e9es accumul\u00e9es sur le territoire de l\u2019ex-URSS auraient \u00e9t\u00e9 incluses dans le calcul de leur \u00ab\u00a0dur\u00e9e d\u2019assurance\u00a0\u00bb qui a servi \u00e0 d\u00e9terminer leur droit \u00e0 une pension d\u2019\u00c9tat et le montant de celle-ci. Partant, ils estiment que la diff\u00e9rence de traitement litigieuse est exclusivement fond\u00e9e sur la nationalit\u00e9.<\/p>\n<p>159. En ce qui concerne la l\u00e9gitimit\u00e9 du but poursuivi par la diff\u00e9rence de traitement en cause, les requ\u00e9rants admettent que celle-ci vise \u00e0 prot\u00e9ger le syst\u00e8me \u00e9conomique national. Toutefois, ils doutent que ce but demeure aussi important \u00e0 l\u2019heure actuelle. S\u2019agissant de la proportionnalit\u00e9 de cette diff\u00e9rence de traitement, ils observent que le statut sp\u00e9cial de \u00ab\u00a0non-citoyen r\u00e9sident permanent\u00a0\u00bb est en substance similaire \u00e0 la nationalit\u00e9 lettone en ce qu\u2019il cr\u00e9e un lien juridique particulier entre une personne et l\u2019\u00c9tat. En outre, ils avancent que la Lettonie est le seul \u00c9tat avec lequel ils poss\u00e8dent un rattachement juridique stable et donc le seul \u00c9tat qui, objectivement, puisse les prendre en charge pour ce qui est de la s\u00e9curit\u00e9 sociale. Ils affirment avoir v\u00e9cu la majeure partie de leur vie en Lettonie, soulignant que le troisi\u00e8me requ\u00e9rant y r\u00e9side depuis l\u2019\u00e2ge de trois ans. Ils soutiennent que, toutes choses \u00e9tant \u00e9gales par ailleurs, les faits de la pr\u00e9sente esp\u00e8ce ne peuvent raisonnablement \u00eatre distingu\u00e9s de ceux de l\u2019affaire Andrejeva, pr\u00e9cit\u00e9e. \u00c0 cet \u00e9gard, ils contestent que Mme Andrejeva ait eu avec la Lettonie des liens plus \u00e9troits que les leurs ou que ceux de tout autre \u00ab\u00a0non-citoyen r\u00e9sident permanent\u00a0\u00bb. En tout \u00e9tat de cause, ils plaident que le statut de \u00ab\u00a0non-citoyen r\u00e9sident permanent\u00a0\u00bb est le seul \u00e9l\u00e9ment sur lequel la Cour s\u2019est appuy\u00e9e pour parvenir \u00e0 un constat de violation dans l\u2019affaire Andrejeva.<\/p>\n<p>160. Les requ\u00e9rants admettent que, contrairement \u00e0 Mme Andrejeva, ils r\u00e9sidaient effectivement en dehors du territoire letton pendant les p\u00e9riodes qui n\u2019ont pas \u00e9t\u00e9 prises en compte dans le calcul de leurs pensions. Toutefois, ils renvoient au paragraphe 85 de l\u2019arr\u00eat Andrejeva, dans lequel le lieu de r\u00e9sidence a selon eux \u00e9t\u00e9 consid\u00e9r\u00e9 comme non pertinent. Par ailleurs, ils arguent que bien que le Gouvernement tente d\u2019\u00e9tablir entre les deux affaires une distinction fond\u00e9e sur le lieu de r\u00e9sidence, pareille distinction n\u2019existe pas en droit interne. Ils affirment qu\u2019aujourd\u2019hui encore, seul un travail accompli en Lettonie pour le compte d\u2019entreprises lettones est consid\u00e9r\u00e9 comme un \u00ab\u00a0travail en Lettonie\u00a0\u00bb.<\/p>\n<p>161. Les requ\u00e9rants soutiennent en outre que leur situation au regard des accords bilat\u00e9raux est tr\u00e8s similaire \u00e0 celle de Mme Andrejeva. Ils exposent que l\u2019accord conclu entre la R\u00e9publique de Lettonie et l\u2019Ukraine sur la coop\u00e9ration dans le domaine de la s\u00e9curit\u00e9 sociale \u00e9tait entr\u00e9 en vigueur avant que Mme Andrejeva ne sais\u00eet la Cour et que la pension de l\u2019int\u00e9ress\u00e9e avait \u00e9t\u00e9 r\u00e9vis\u00e9e ex nunc, alors que l\u2019accord conclu avec la Russie n\u2019\u00e9tait pas encore entr\u00e9 en vigueur au moment du d\u00e9c\u00e8s de Mme Andrejeva. Ils plaident que, dans l\u2019affaire Andrejeva, l\u2019exception du Gouvernement concernant la qualit\u00e9 de victime avait \u00e9t\u00e9 soulev\u00e9e tardivement mais que la Cour avait n\u00e9anmoins pris position sur les accords bilat\u00e9raux en d\u00e9clarant que l\u2019\u00c9tat contractant ne pouvait s\u2019exon\u00e9rer de sa responsabilit\u00e9 au regard de la Convention au motif qu\u2019il n\u2019\u00e9tait pas li\u00e9 par tel ou tel accord inter\u00e9tatique (ibidem, \u00a7 90).<\/p>\n<p>162. Les requ\u00e9rants soulignent en particulier que deux accords bilat\u00e9raux (conclus respectivement avec le B\u00e9larus et la Russie) sont entr\u00e9s en vigueur au cours des proc\u00e9dures internes et avant l\u2019introduction de la pr\u00e9sente requ\u00eate. Ils pr\u00e9cisent que les pensions de certains d\u2019entre eux ont \u00e9t\u00e9 r\u00e9vis\u00e9es mais qu\u2019elles ne l\u2019ont \u00e9t\u00e9 qu\u2019ex nunc puisque, selon eux, aucun de ces accords ne pr\u00e9voit la r\u00e9troactivit\u00e9 des versements. Ils ajoutent que les p\u00e9riodes de travail et les p\u00e9riodes assimil\u00e9es accumul\u00e9es sur d\u2019autres territoires de l\u2019ex-URSS sont demeur\u00e9es exclues du calcul. Selon eux, la prise en compte partielle de certaines p\u00e9riodes dans le calcul de leurs pensions de retraite ne peut \u00eatre pertinente qu\u2019aux fins du calcul de la satisfaction \u00e9quitable \u00e0 leur octroyer au titre de l\u2019article 41 de la Convention.<\/p>\n<p>163. Les requ\u00e9rants r\u00e9futent \u00e9galement l\u2019argument du gouvernement d\u00e9fendeur selon lequel un constat de violation priverait d\u2019objet les accords bilat\u00e9raux de s\u00e9curit\u00e9 sociale. Ils soutiennent que tel ne pourrait \u00eatre le cas que si ces accords visaient \u00e0 am\u00e9liorer la situation des seuls \u00ab\u00a0non-citoyens r\u00e9sidents permanents\u00a0\u00bb, mais ils avancent que leur objet est beaucoup plus large. Ils exposent que ces accords ont effectivement am\u00e9lior\u00e9 la situation de certains \u00ab\u00a0non-citoyens r\u00e9sidents permanents\u00a0\u00bb dans une certaine mesure, mais ils soutiennent que ces am\u00e9liorations ne sont qu\u2019indirectes et qu\u2019elles ne peuvent \u00eatre consid\u00e9r\u00e9es comme un moyen efficace de mettre fin \u00e0 la violation de la Convention r\u00e9sultant de la l\u00e9gislation interne.<\/p>\n<p>164. Les requ\u00e9rants soutiennent que bien que l\u2019arr\u00eat rendu dans l\u2019affaire Andrejeva ne concerne que des p\u00e9riodes de travail accumul\u00e9es en dehors du territoire letton, les p\u00e9riodes assimil\u00e9es doivent se voir appliquer les m\u00eames principes. Ils avancent que cela vaut particuli\u00e8rement pour les p\u00e9riodes de service militaire obligatoire, car les appel\u00e9s ne pouvaient pas choisir le lieu de leur affectation et \u00e9taient tenus d\u2019accomplir leur service l\u00e0 o\u00f9 ils \u00e9taient envoy\u00e9s. Ils pr\u00e9cisent qu\u2019\u00e0 l\u2019\u00e9poque, il n\u2019existait pas d\u2019unit\u00e9s locales ou ethniques dans l\u2019arm\u00e9e sovi\u00e9tique. Ils ajoutent que le troisi\u00e8me requ\u00e9rant a \u00e9t\u00e9 appel\u00e9 sous les drapeaux alors qu\u2019il se trouvait sur le territoire letton, o\u00f9 il r\u00e9sidait depuis l\u2019\u00e2ge de trois ans.<\/p>\n<p>165. Enfin, les requ\u00e9rants renvoient \u00e9galement aux conclusions auxquelles l\u2019ECRI et le Comit\u00e9 consultatif de la FCNM (paragraphes 87-89 ci-dessus) sont parvenus au sujet de l\u2019ex\u00e9cution de l\u2019arr\u00eat Andrejeva par les autorit\u00e9s lettones.<\/p>\n<p>166. En bref, les requ\u00e9rants soutiennent que les diff\u00e9rences all\u00e9gu\u00e9es entre les faits de leur affaire et ceux de l\u2019affaire Andrejeva ne justifient pas que la Cour parvienne \u00e0 une conclusion diff\u00e9rente et qu\u2019il y a donc eu violation de l\u2019article 14 de la Convention combin\u00e9 avec l\u2019article\u00a01 du Protocole no 1.<\/p>\n<p>b) Le gouvernement d\u00e9fendeur<\/p>\n<p>167. Le gouvernement d\u00e9fendeur soutient d\u2019embl\u00e9e que la pr\u00e9sente affaire ne concerne pas un refus d\u2019octroyer aux requ\u00e9rants une pension de retraite ou une autre prestation sociale. Selon lui, les requ\u00e9rants per\u00e7oivent la pension de retraite pr\u00e9vue par la loi et peuvent b\u00e9n\u00e9ficier d\u2019autres services sociaux et de mesures d\u2019assistance sociale, tout comme les citoyens lettons. \u00c0 vrai dire, les requ\u00e9rants solliciteraient l\u2019inclusion, dans le calcul de leurs pensions, des p\u00e9riodes de travail accomplies par eux en dehors du territoire letton pendant qu\u2019ils r\u00e9sidaient dans d\u2019autres r\u00e9gions de l\u2019ex-URSS avant le r\u00e9tablissement de l\u2019ind\u00e9pendance de la Lettonie. Mais les sommes vers\u00e9es au titre des p\u00e9riodes de travail ou de service militaire accomplies en dehors de la Lettonie constitueraient en r\u00e9alit\u00e9 des majorations de pension pour anciennet\u00e9 et se distingueraient du montant principal de la pension. Comme d\u00e9j\u00e0 indiqu\u00e9, les pensions dues au titre des p\u00e9riodes de travail accomplies apr\u00e8s le 1er janvier 1991 seraient calcul\u00e9es de la m\u00eame mani\u00e8re pour les citoyens et les non-citoyens. En revanche, les p\u00e9riodes pendant lesquelles la Lettonie a \u00e9t\u00e9 ill\u00e9galement occup\u00e9e par l\u2019Union sovi\u00e9tique ne pourraient se voir appliquer le m\u00eame r\u00e9gime.<\/p>\n<p>168. Le gouvernement d\u00e9fendeur s\u2019en remet \u00e0 nouveau \u00e0 la doctrine de la continuit\u00e9 de l\u2019\u00c9tat, dont il r\u00e9sulte selon lui que l\u2019incorporation forc\u00e9e de la Lettonie dans l\u2019Union sovi\u00e9tique \u00e9tait contraire au droit international, et donc nulle et non avenue. Par cons\u00e9quent, la Lettonie aurait continu\u00e9 d\u2019exister de jure tout au long de la guerre froide, elle n\u2019aurait pas succ\u00e9d\u00e9 \u00e0 l\u2019ex-URSS et n\u2019aurait donc \u00e0 assumer aucune des obligations de cet \u00c9tat (paragraphes\u00a098\u201199 ci-dessus).<\/p>\n<p>169. Le gouvernement d\u00e9fendeur expose qu\u2019au regard du droit international, la Lettonie \u00e9tait tenue d\u2019assumer la responsabilit\u00e9 de ses seuls citoyens et territoire apr\u00e8s le r\u00e9tablissement de son ind\u00e9pendance. Il avance que, compte tenu de l\u2019obligation erga omnes de ne pas reconna\u00eetre et de ne pas justifier les violations du droit international, un \u00c9tat ill\u00e9galement occup\u00e9 \u00e0 la suite d\u2019une agression, comme l\u2019a \u00e9t\u00e9 la Lettonie, n\u2019est pas responsable des personnes arriv\u00e9es sur son territoire dans le cadre de la politique migratoire de l\u2019\u00c9tat occupant. En d\u2019autres termes, il estime que si la Lettonie s\u2019\u00e9tait d\u00e9clar\u00e9e responsable de ces personnes au regard du droit international, elle aurait enfreint l\u2019interdiction de reconna\u00eetre et de justifier les violations du droit international commises par l\u2019URSS. Il admet que la d\u00e9cision litigieuse prise par le l\u00e9gislateur letton \u00e9tait aussi motiv\u00e9e par le souci de prot\u00e9ger le syst\u00e8me \u00e9conomique national en lui \u00e9pargnant une charge financi\u00e8re consid\u00e9rable. Toutefois, il affirme que les consid\u00e9rations tenant \u00e0 l\u2019identit\u00e9 de l\u2019\u00c9tat et \u00e0 sa continuit\u00e9 \u00e9taient plus importantes que les consid\u00e9rations \u00e9conomiques.<\/p>\n<p>170. Il explique qu\u2019apr\u00e8s avoir recouvr\u00e9 son ind\u00e9pendance, la Lettonie a institu\u00e9 un r\u00e9gime de pensions fond\u00e9 sur le principe contributif, mais qu\u2019elle a volontairement d\u00e9cid\u00e9 de garantir une pension minimum \u00e0 tous ses r\u00e9sidents, quelle que f\u00fbt leur nationalit\u00e9, car il n\u2019existait aucun fonds de pension \u00e0 l\u2019\u00e9poque pertinente. Il soutient que, de mani\u00e8re g\u00e9n\u00e9rale, il n\u2019est gu\u00e8re envisageable de consid\u00e9rer que la Lettonie devrait assumer la charge de l\u2019int\u00e9gralit\u00e9 des droits \u00e0 pension de quiconque r\u00e9sidait sur son territoire avant 1991. Selon lui, l\u2019obligation de verser des pensions au titre des p\u00e9riodes de travail accumul\u00e9es pendant l\u2019occupation incombe au contraire \u00e0 l\u2019\u00c9tat qui exer\u00e7ait \u00e0 l\u2019\u00e9poque pertinente une juridiction et un contr\u00f4le effectifs. Toutefois, la Lettonie aurait d\u00e9cid\u00e9 d\u2019accorder des prestations de retraite compl\u00e8tes aux personnes satisfaisant au crit\u00e8re de la nationalit\u00e9 ou au crit\u00e8re de territorialit\u00e9, raison pour laquelle une pension compl\u00e8te aurait \u00e9t\u00e9 accord\u00e9e, en premier lieu, \u00e0 tous les citoyens lettons quelle que soit la r\u00e9gion de l\u2019ex-URSS o\u00f9 ils ont travaill\u00e9 et r\u00e9sid\u00e9 et, en second lieu, \u00e0 toutes les autres personnes (les non-citoyens r\u00e9sidents permanents, les apatrides et les \u00e9trangers) dans la mesure o\u00f9 elles ont travaill\u00e9 sur le territoire letton. Cette solution serait tout \u00e0 fait raisonnable, d\u2019abord parce qu\u2019il serait loisible \u00e0 la Lettonie d\u2019assumer des responsabilit\u00e9s suppl\u00e9mentaires \u00e0 l\u2019\u00e9gard de ses citoyens en raison du rapport particulier qu\u2019ils entretiennent avec l\u2019\u00c9tat, ensuite parce que les non-citoyens qui ont travaill\u00e9 sur le territoire letton pendant l\u2019occupation auraient contribu\u00e9 au d\u00e9veloppement de l\u2019\u00e9conomie lettone.<\/p>\n<p>171. Le gouvernement d\u00e9fendeur consid\u00e8re que les requ\u00e9rants ne se trouvent pas dans une situation analogue ou comparable \u00e0 celle des citoyens lettons. \u00c0 cet \u00e9gard, il renvoie au contexte historique ayant pr\u00e9sid\u00e9 \u00e0 la cr\u00e9ation du statut de \u00ab\u00a0non-citoyen r\u00e9sident permanent\u00a0\u00bb. Il explique que pendant l\u2019occupation sovi\u00e9tique, l\u2019afflux consid\u00e9rable de main d\u2019\u0153uvre civile et de personnel militaire artificiellement organis\u00e9 dans le cadre de la politique g\u00e9n\u00e9rale de sovi\u00e9tisation et de russification de la Lettonie a conduit \u00e0 un transfert massif de population de l\u2019Union sovi\u00e9tique vers la Lettonie, et que cette politique a profond\u00e9ment modifi\u00e9 la composition ethnique et linguistique de la soci\u00e9t\u00e9 lettone. S\u2019appuyant sur l\u2019avis consultatif rendu par la Cour internationale de justice sur les Cons\u00e9quences juridiques de 1\u2019\u00e9dification d\u2019un mur dans le territoire palestinien occup\u00e9 (avis consultatif du 7 juillet 2004, CIJ Recueil 2004), il soutient que pareils transferts de population sont interdits par le droit international.<\/p>\n<p>172. Il ajoute qu\u2019apr\u00e8s 1991, les personnes qui poss\u00e9daient la nationalit\u00e9 lettone avant l\u2019occupation et leurs descendants ne se sont pas vu r\u00e9attribuer cette nationalit\u00e9 mais ont \u00e9t\u00e9 simplement r\u00e9tablis dans leur citoyennet\u00e9, conform\u00e9ment \u00e0 la doctrine de la continuit\u00e9 de l\u2019\u00c9tat, raison pour laquelle de nombreuses personnes pr\u00e9sentes sur le territoire letton n\u2019ont pas obtenu automatiquement la nationalit\u00e9 lettone. Il explique que la Lettonie a cr\u00e9\u00e9 le statut de \u00ab\u00a0non-citoyen r\u00e9sident permanent\u00a0\u00bb pour des raisons humanitaires, en vue de prot\u00e9ger les personnes concern\u00e9es contre l\u2019apatridie, et il souligne que ce statut a \u00e9t\u00e9 con\u00e7u comme un r\u00e9gime temporaire dont les b\u00e9n\u00e9ficiaires \u00e9taient cens\u00e9s acqu\u00e9rir \u00e0 terme la nationalit\u00e9 lettone ou une autre nationalit\u00e9. \u00e0 cet \u00e9gard, il pr\u00e9cise que depuis l\u2019adoption, en 1994, de la loi sur la nationalit\u00e9, les \u00ab\u00a0non-citoyens r\u00e9sidents permanents\u00a0\u00bb peuvent acqu\u00e9rir la nationalit\u00e9 lettone par voie de naturalisation, et qu\u2019ils doivent \u00e0 cet effet satisfaire \u00e0 certaines conditions, notamment conna\u00eetre le letton, les principes fondamentaux de la Constitution lettone, l\u2019hymne national ainsi que les rudiments de l\u2019histoire et de la culture lettones, et pr\u00eater serment de loyaut\u00e9 \u00e0 la R\u00e9publique de Lettonie. Il avance que les requ\u00e9rants auraient pu solliciter l\u2019octroi de la nationalit\u00e9 lettone, mais qu\u2019ils n\u2019ont jamais essay\u00e9 de le faire et qu\u2019ils n\u2019ont jamais expliqu\u00e9 pourquoi ils en avaient d\u00e9cid\u00e9 ainsi. Il soutient que si les int\u00e9ress\u00e9s \u00e9taient devenus citoyens lettons, leurs pensions auraient fait l\u2019objet d\u2019une r\u00e9vision tenant compte des p\u00e9riodes de travail et des p\u00e9riodes de service militaire obligatoire accomplies dans les territoires de l\u2019ex-URSS autres que la Lettonie, mais qu\u2019ils ont d\u00e9lib\u00e9r\u00e9ment choisi de ne pas se pr\u00e9valoir de cette possibilit\u00e9 et que la cinqui\u00e8me requ\u00e9rante a opt\u00e9 pour la nationalit\u00e9 de la F\u00e9d\u00e9ration de Russie.<\/p>\n<p>173. Le gouvernement d\u00e9fendeur reconna\u00eet que dans l\u2019affaire Andrejeva, la Cour a conclu \u00e0 la violation de l\u2019article 14 de la Convention combin\u00e9 avec l\u2019article 1 du Protocole no 1. Toutefois, au vu de ce qui pr\u00e9c\u00e8de, il consid\u00e8re que cette conclusion s\u2019explique par un motif d\u00e9cisif, \u00e0 savoir le fait que Mme\u00a0Andrejeva avait r\u00e9sid\u00e9 et travaill\u00e9 sur le territoire letton tout au long des p\u00e9riodes litigieuses, cr\u00e9ant ainsi des liens de droit et de fait entre elle et la Lettonie exclusivement. Il estime que tel n\u2019est pas le cas en l\u2019esp\u00e8ce puisqu\u2019au cours des ann\u00e9es ici en cause, les requ\u00e9rants ont travaill\u00e9 ou accompli leur service militaire obligatoire en Russie, en Ukraine, au B\u00e9larus, au Turkm\u00e9nistan, au Tadjikistan ou en Azerba\u00efdjan, et qu\u2019ils n\u2019ont donc nou\u00e9 aucun lien avec la Lettonie au cours de ces p\u00e9riodes. Il affirme que Mme\u00a0Andrejeva avait travaill\u00e9 en Lettonie, contrairement aux requ\u00e9rants de la pr\u00e9sente affaire, et que ceux-ci se trouvaient dans d\u2019autres r\u00e9publiques de l\u2019ex-URSS non seulement pour y travailler, mais qu\u2019ils y avaient aussi leur domicile officiel. Il avance \u00e9galement que la d\u00e9finition de la notion de \u00ab\u00a0travail en Lettonie\u00a0\u00bb \u00e9tait la question centrale de l\u2019affaire Andrejeva, et qu\u2019elle ne se pose pas dans la pr\u00e9sente affaire. Selon lui, le fait que les requ\u00e9rants ne vivaient pas et ne r\u00e9sidaient pas en Lettonie durant les ann\u00e9es litigieuses ne pr\u00eate pas \u00e0 controverse en l\u2019esp\u00e8ce. Dans ces conditions, les requ\u00e9rants ne pourraient l\u00e9gitimement s\u2019attendre \u00e0 percevoir une pension au titre des p\u00e9riodes de travail litigieuses, contrairement \u00e0 Mme\u00a0Andrejeva. Force serait donc de constater que les int\u00e9ress\u00e9s se trouvent dans une situation nettement diff\u00e9rente de celle de Mme Andrejeva.<\/p>\n<p>174. Le gouvernement d\u00e9fendeur admet \u00e9galement que, selon la jurisprudence de la Cour, le crit\u00e8re pertinent pour l\u2019application de l\u2019article\u00a014 de la Convention consiste \u00e0 rechercher si, n\u2019e\u00fbt \u00e9t\u00e9 la condition d\u2019octroi litigieuse, les requ\u00e9rants auraient eu le droit de percevoir la prestation qu\u2019ils r\u00e9clament. Toutefois, il consid\u00e8re que si ce crit\u00e8re est suffisant dans la plupart des cas, on ne saurait en l\u2019esp\u00e8ce l\u2019appliquer automatiquement sans tenir compte des particularit\u00e9s historiques de la pr\u00e9sente affaire, expos\u00e9es ci\u2011dessus. Affirmer le contraire reviendrait selon lui \u00e0 faire totalement abstraction des violations du droit international commises pendant et apr\u00e8s l\u2019occupation de la Lettonie.<\/p>\n<p>175. En outre, le gouvernement d\u00e9fendeur souligne que la pr\u00e9sente affaire se diff\u00e9rencie aussi de l\u2019affaire Andrejeva en ce que les accords de s\u00e9curit\u00e9 sociale conclus avec le B\u00e9larus et la F\u00e9d\u00e9ration de Russie \u00e9taient d\u00e9j\u00e0 en vigueur au moment de l\u2019introduction de la pr\u00e9sente requ\u00eate devant la Cour, et que les pensions des requ\u00e9rants avaient d\u00e9j\u00e0 \u00e9t\u00e9 recalcul\u00e9es en cons\u00e9quence. Selon lui, les circonstances de la cause sont plus proches de celles des affaires Carson et autres et Tarkoev et autres (pr\u00e9cit\u00e9es). Les accords internationaux bilat\u00e9raux de s\u00e9curit\u00e9 sociale conclus par la Lettonie reposeraient sur une compr\u00e9hension commune de certains principes fondamentaux et r\u00e9sulteraient de longues n\u00e9gociations entre les parties prenantes, au cours desquelles les \u00c9tats concern\u00e9s auraient cherch\u00e9 \u00e0 d\u00e9finir des cat\u00e9gories de personnes comparables auxquelles les accords en question s\u2019appliqueraient de la m\u00eame mani\u00e8re. Si la Cour se ralliait \u00e0 la position des requ\u00e9rants consistant \u00e0 remettre en cause le r\u00f4le des accords de s\u00e9curit\u00e9 sociale, elle ne m\u00e9conna\u00eetrait pas seulement la libert\u00e9 des \u00c9tats de conclure des accords bilat\u00e9raux en mati\u00e8re sociale mais priverait aussi ces accords de tout int\u00e9r\u00eat. Pourquoi deux \u00c9tats concluraient-ils des accords bilat\u00e9raux en mati\u00e8re de s\u00e9curit\u00e9 sociale si leurs ressortissants pouvaient b\u00e9n\u00e9ficier, sur le fondement de l\u2019article 14 de la Convention, de toutes les prestations sociales offertes, sans obligation de r\u00e9ciprocit\u00e9\u00a0?<\/p>\n<p>176. En r\u00e9sum\u00e9, le gouvernement d\u00e9fendeur avance que la diff\u00e9rence de traitement litigieuse est directement fond\u00e9e sur la doctrine de la continuit\u00e9 de l\u2019\u00c9tat et, par extension, qu\u2019elle trouve son origine dans le droit international public g\u00e9n\u00e9ral. En cons\u00e9quence, elle a selon lui au moins deux buts l\u00e9gitimes, \u00e0 savoir, d\u2019une part, la protection du syst\u00e8me \u00e9conomique letton apr\u00e8s le r\u00e9tablissement de l\u2019ind\u00e9pendance de la Lettonie et, d\u2019autre part, le respect du principe de la continuit\u00e9 et de l\u2019identit\u00e9 constitutionnelle de l\u2019\u00c9tat. En outre, la mesure incrimin\u00e9e serait proportionn\u00e9e aux buts en question puisque toutes les personnes r\u00e9sidant en Lettonie recevraient une pension de retraite de base quelle que soit leur nationalit\u00e9, que leurs pensions seraient r\u00e9guli\u00e8rement revaloris\u00e9es, que les requ\u00e9rants percevraient des prestations compl\u00e9mentaires de logement, de sant\u00e9 et de transport, et que leurs pensions auraient \u00e9t\u00e9 recalcul\u00e9es \u00e0 la suite de l\u2019entr\u00e9e en vigueur de diff\u00e9rents accords bilat\u00e9raux en mati\u00e8re de s\u00e9curit\u00e9 sociale. Aucune autre mesure moins restrictive ne permettrait d\u2019atteindre ces buts l\u00e9gitimes. Dans ces conditions, force \u00e0 la Cour serait de constater qu\u2019en adoptant la disposition l\u00e9gislative incrimin\u00e9e, la Lettonie a agi dans les limites de sa marge d\u2019appr\u00e9ciation \u2013 ample compte tenu des circonstances de l\u2019esp\u00e8ce, et de conclure en cons\u00e9quence \u00e0 la non\u2011violation de l\u2019article 14 de la Convention combin\u00e9 avec l\u2019article 1 du Protocole no\u00a01.<\/p>\n<p><em>2. Observations du tiers intervenant<\/em><\/p>\n<p>177. Le gouvernement russe estime que l\u2019existence m\u00eame du statut de \u00ab\u00a0non-citoyen r\u00e9sident permanent\u00a0\u00bb va \u00e0 l\u2019encontre des principes fondamentaux de la Convention, au motif selon lui que les titulaires de ce statut sont victimes d\u2019une discrimination syst\u00e9matique dans bon nombre de domaines, notamment celui des droits sociaux et \u00e9conomiques.<\/p>\n<p>178. Il explique par ailleurs que l\u2019URSS \u00e9tait une structure unitaire et que les citoyens sovi\u00e9tiques pouvaient \u00eatre amen\u00e9s \u00e0 se d\u00e9placer sur tout le territoire de l\u2019URSS, souvent non par choix mais en raison des affectations professionnelles impos\u00e9es par les autorit\u00e9s de l\u2019\u00c9tat. Compte tenu de l\u2019anciennet\u00e9 du r\u00e9gime de pensions garanties par l\u2019\u00c9tat mis en place en URSS, le gouvernement russe estime que ces personnes pouvaient raisonnablement s\u2019attendre \u00e0 ce qu\u2019il soit tenu compte de la carri\u00e8re qu\u2019elles avaient accomplie sur l\u2019ensemble du territoire de leur pays, \u00e0 savoir l\u2019Union sovi\u00e9tique. Il consid\u00e8re en cons\u00e9quence que la diff\u00e9rence entre le montant des pensions vers\u00e9es aux citoyens lettons et celui des pensions vers\u00e9es aux non-citoyens est manifestement in\u00e9quitable et discriminatoire.<\/p>\n<p>179. Le gouvernement russe avance que la pr\u00e9sente affaire est pour l\u2019essentiel similaire \u00e0 l\u2019affaire Andrejeva, pr\u00e9cit\u00e9e, et qu\u2019elle doit \u00eatre r\u00e9solue de la m\u00eame mani\u00e8re. Il consid\u00e8re que les accords bilat\u00e9raux de s\u00e9curit\u00e9 sociale conclus par la Lettonie avec d\u2019autres anciennes r\u00e9publiques de l\u2019URSS ne constituent pas une solution adapt\u00e9e au probl\u00e8me qui se pose en l\u2019esp\u00e8ce, car aucun d\u2019entre eux ne pr\u00e9voit de versement r\u00e9troactif des pensions. En outre, il pr\u00e9cise que la Lettonie n\u2019a conclu de tels accords qu\u2019avec cinq des quatorze autres anciennes r\u00e9publiques sovi\u00e9tiques, et que les \u00ab\u00a0non-citoyens r\u00e9sidents permanents\u00a0\u00bb qui ont travaill\u00e9 dans d\u2019autres r\u00e9gions de l\u2019ex-URSS ne peuvent obtenir la r\u00e9vision de leurs pensions. \u00c0 cet \u00e9gard, il renvoie en particulier aux avis de l\u2019ECRI et du Comit\u00e9 consultatif de la FCNM (paragraphes\u00a087-89 ci-dessus).<\/p>\n<p><em>3. Appr\u00e9ciation de la Cour<\/em><\/p>\n<p>a) Principes g\u00e9n\u00e9raux<\/p>\n<p>180. La Cour rappelle d\u2019embl\u00e9e que l\u2019article 1 du Protocole no 1 ne garantit, en tant que tel, aucun droit \u00e0 une pension d\u2019un montant donn\u00e9, ni aucun droit de recevoir une pension au titre d\u2019activit\u00e9s s\u2019\u00e9tant d\u00e9roul\u00e9es dans un \u00c9tat autre que l\u2019\u00c9tat d\u00e9fendeur, ni m\u00eame un droit \u00e0 une quelconque pension. D\u00e8s lors toutefois qu\u2019un \u00c9tat d\u00e9cide de cr\u00e9er un r\u00e9gime de pensions, il doit le faire d\u2019une mani\u00e8re compatible avec l\u2019article 14 de la Convention (Stec et autres c.\u00a0Royaume-Uni [GC], nos 65731\/01 et 65900\/01, \u00a7\u00a053, CEDH\u00a02006\u2011VI, et Andrejeva, pr\u00e9cit\u00e9, \u00a7\u00a077).<\/p>\n<p>181. Dans la jouissance des droits et libert\u00e9s reconnus par la Convention, l\u2019article 14 interdit de traiter de mani\u00e8re diff\u00e9rente, sauf justification objective et raisonnable, des personnes plac\u00e9es dans des situations comparables (voir, parmi beaucoup d\u2019autres, Burden c. Royaume-Uni [GC], no\u00a013378\/05, \u00a7\u00a060, CEDH 2008). Toutefois, seules les diff\u00e9rences de traitement fond\u00e9es sur une caract\u00e9ristique identifiable (\u00ab\u00a0situation\u00a0\u00bb) sont susceptibles de rev\u00eatir un caract\u00e8re discriminatoire au sens de l\u2019article 14 (Carson et autres, \u00a7\u00a061, F\u00e1bi\u00e1n, \u00a7\u00a0113, et Molla Sali, \u00a7 134, tous pr\u00e9cit\u00e9s). En outre, toute diff\u00e9rence de traitement n\u2019emporte pas automatiquement violation de l\u2019article 14. Une diff\u00e9rence de traitement fond\u00e9 sur un motif prohib\u00e9 est discriminatoire si elle manque de justification objective et raisonnable, c\u2019est-\u00e0-dire si elle ne poursuit pas un but l\u00e9gitime ou s\u2019il n\u2019y a pas un rapport raisonnable de proportionnalit\u00e9 entre les moyens employ\u00e9s et le but vis\u00e9 (Andrejeva, pr\u00e9cit\u00e9, \u00a7 81, Fabris c. France [GC], no 16574\/08, \u00a7 56, CEDH 2013, F\u00e1bi\u00e1n, pr\u00e9cit\u00e9, \u00a7\u00a0113, et Molla Sali, pr\u00e9cit\u00e9, \u00a7 135).<\/p>\n<p>182. La Cour rappelle \u00e9galement que les dispositions de la Convention n\u2019emp\u00eachent pas les \u00c9tats contractants d\u2019introduire des programmes de politique g\u00e9n\u00e9rale au moyen de mesures l\u00e9gislatives en vertu desquelles une certaine cat\u00e9gorie ou un certain groupe d\u2019individus sont trait\u00e9s diff\u00e9remment des autres, sous r\u00e9serve que l\u2019ing\u00e9rence dans l\u2019exercice des droits de l\u2019ensemble de cette cat\u00e9gorie ou de ce groupe d\u00e9finis par la loi puisse se justifier au regard de la Convention (Andrejeva, pr\u00e9cit\u00e9, \u00a7 83, et \u017ddanoka c.\u00a0Lettonie [GC], no 58278\/00, \u00a7 112, CEDH 2006\u2011IV). De fait, les mesures de politique \u00e9conomique et sociale impliquent souvent l\u2019introduction et l\u2019application de crit\u00e8res n\u00e9cessitant d\u2019op\u00e9rer des distinctions entre des cat\u00e9gories ou des groupes d\u2019individus (J.D. et A. c. Royaume-Uni, pr\u00e9cit\u00e9, \u00a7\u00a081). En outre, l\u2019article 14 de la Convention n\u2019interdit pas aux Parties contractantes de traiter des groupes de mani\u00e8re diff\u00e9renci\u00e9e pour corriger des \u00ab\u00a0in\u00e9galit\u00e9s factuelles\u00a0\u00bb entre eux (Guberina c. Croatie, no 23682\/13, \u00a7 70, 22 mars 2016, et les r\u00e9f\u00e9rences qui s\u2019y trouvent cit\u00e9es).<\/p>\n<p>183. Les \u00c9tats contractants jouissent d\u2019une certaine marge d\u2019appr\u00e9ciation pour d\u00e9terminer si et dans quelle mesure des diff\u00e9rences entre des situations \u00e0 d\u2019autres \u00e9gards analogues justifient des diff\u00e9rences de traitement. L\u2019\u00e9tendue de cette marge d\u2019appr\u00e9ciation varie selon les circonstances, les domaines et le contexte (Stummer, pr\u00e9cit\u00e9, \u00a7 88). D\u2019abord et avant tout, la nature de la situation sur laquelle repose la diff\u00e9rence de traitement p\u00e8se lourdement dans l\u2019\u00e9valuation de l\u2019\u00e9tendue de cette marge (Bah c. Royaume-Uni, no\u00a056328\/07, \u00a7\u00a047, CEDH 2011). Celle-ci est tr\u00e8s \u00e9troite lorsque la diff\u00e9rence de traitement repose sur une caract\u00e9ristique personnelle intrins\u00e8que et immuable, telle que la race ou le sexe (voir, par exemple, D.H. et autres c. R\u00e9publique tch\u00e8que [GC], no 57325\/00, \u00a7 196, CEDH 2007\u2011IV, et J.D. et A. c.\u00a0Royaume-Uni, pr\u00e9cit\u00e9, \u00a7 89). La Cour applique \u00e9galement ce principe au crit\u00e8re de la nationalit\u00e9, jugeant que seules des consid\u00e9rations tr\u00e8s fortes peuvent l\u2019amener \u00e0 estimer compatible avec la Convention une diff\u00e9rence de traitement exclusivement fond\u00e9e sur la nationalit\u00e9 (Gaygusuz, \u00a7 42, Andrejeva, \u00a7 87, et Riba\u0107, \u00a7 53, tous pr\u00e9cit\u00e9s). \u00c0 l\u2019inverse, lorsque la situation consid\u00e9r\u00e9e proc\u00e8de en partie d\u2019un choix individuel, telle que la situation au regard du droit des \u00e9trangers, la marge d\u2019appr\u00e9ciation est nettement plus large, et les motifs justifiant la diff\u00e9rence de traitement n\u2019ont pas \u00e0 \u00eatre aussi solides (Bah, pr\u00e9cit\u00e9, \u00a7 47, ibidem, et, mutatis mutandis, Makar\u010deva c. Lithuanie (d\u00e9c.), no\u00a031838\/19, \u00a7\u00a068, 28 septembre 2021).<\/p>\n<p>184. En deuxi\u00e8me lieu, sur le terrain de l\u2019article 1 du Protocole no 1 \u2013 pris isol\u00e9ment ou combin\u00e9 avec l\u2019article 14 de la Convention, la Cour a jug\u00e9 que la Convention laisse d\u2019ordinaire \u00e0 l\u2019\u00c9tat une ample marge d\u2019appr\u00e9ciation dans le domaine des mesures d\u2019ordre g\u00e9n\u00e9ral en mati\u00e8re \u00e9conomique ou sociale (Andrejeva, \u00a7\u00a083,\u00a0F\u00e1bi\u00e1n, \u00a7\u00a0115, Guberina, \u00a7 73, et British Gurkha Welfare Society et autres, \u00a7 62, tous pr\u00e9cit\u00e9s). Gr\u00e2ce \u00e0 une connaissance directe de leur soci\u00e9t\u00e9 et de ses besoins, les autorit\u00e9s nationales se trouvent en principe mieux plac\u00e9es que le juge international pour d\u00e9terminer ce qui est d\u2019utilit\u00e9 publique en mati\u00e8re \u00e9conomique ou en mati\u00e8re sociale, et la Cour respecte en principe la mani\u00e8re dont le l\u00e9gislateur con\u00e7oit les imp\u00e9ratifs de l\u2019utilit\u00e9 publique, sauf si son jugement se r\u00e9v\u00e8le \u00ab\u00a0manifestement d\u00e9pourvu de base raisonnable\u00a0\u00bb (Andrejeva, \u00a7\u00a083, Carson et autres, \u00a7 61, et F\u00e1bi\u00e1n, \u00a7\u00a0115, tous pr\u00e9cit\u00e9s).<\/p>\n<p>185. Toutefois, comme la Cour l\u2019a soulign\u00e9 dans le contexte de l\u2019article\u00a014 de la Convention combin\u00e9 avec l\u2019article 1 du Protocole no 1, malgr\u00e9 l\u2019ample latitude qui est en principe laiss\u00e9e \u00e0 l\u2019\u00c9tat pour d\u00e9finir des mesures d\u2019ordre g\u00e9n\u00e9ral en mati\u00e8re \u00e9conomique ou sociale, ces mesures doivent n\u00e9anmoins \u00eatre mises en \u0153uvre d\u2019une mani\u00e8re non discriminatoire conforme \u00e0 la Convention et satisfaire \u00e0 l\u2019exigence de la proportionnalit\u00e9 (F\u00e1bi\u00e1n, pr\u00e9cit\u00e9, \u00a7 115, et les r\u00e9f\u00e9rences qui s\u2019y trouvent cit\u00e9es). Ce principe g\u00e9n\u00e9ral s\u2019applique notamment dans le domaine des pensions (Stec et autres, pr\u00e9cit\u00e9, \u00a7 55, et Jur\u010di\u0107 c.\u00a0Croatie, no\u00a054711\/15, \u00a7 64, 4 f\u00e9vrier 2021). D\u00e8s lors, dans ce contexte, pour que la Cour admette que le choix de politique publique op\u00e9r\u00e9 par le l\u00e9gislateur n\u2019est pas \u00ab\u00a0manifestement d\u00e9pourvu de base raisonnable\u00a0\u00bb, il faut que la diff\u00e9rence de traitement all\u00e9gu\u00e9e r\u00e9sulte d\u2019une mesure transitoire s\u2019inscrivant dans un programme destin\u00e9 \u00e0 corriger une in\u00e9galit\u00e9 (Stec et autres, \u00a7\u00a7\u00a061-66, British Gurkha Welfare Society et autres, \u00a7\u00a081, et J.D. et A. c.\u00a0Royaume-Uni, \u00a7 88, tous pr\u00e9cit\u00e9s).<\/p>\n<p>186. Ind\u00e9pendamment de la marge d\u2019appr\u00e9ciation d\u00e9volue \u00e0 l\u2019\u00c9tat, il appartient \u00e0 la Cour de statuer en dernier ressort sur le respect des exigences de la Convention (voir, parmi beaucoup d\u2019autres, Konstantin Markin c.\u00a0Russie [GC], no 30078\/06, \u00a7 126, CEDH 2012).<\/p>\n<p>187. Enfin, en ce qui concerne la charge de la preuve sur le terrain de l\u2019article 14 de la Convention, la Cour a d\u00e9j\u00e0 jug\u00e9 que lorsqu\u2019un requ\u00e9rant a \u00e9tabli l\u2019existence d\u2019une diff\u00e9rence de traitement entre des personnes se trouvant dans des situations comparables, il incombe au Gouvernement de d\u00e9montrer que cette diff\u00e9rence de traitement \u00e9tait justifi\u00e9e (D.H. et autres c.\u00a0R\u00e9publique tch\u00e8que, pr\u00e9cit\u00e9, \u00a7 177, Kuri\u0107 et autres c.\u00a0Slov\u00e9nie [GC], no\u00a026828\/06, \u00a7\u00a0389, CEDH 2012, et Guberina, pr\u00e9cit\u00e9, \u00a7\u00a074).<\/p>\n<p>188. Appel\u00e9e \u00e0 examiner des griefs de discrimination concernant des r\u00e9gimes de prestations sociales ou de pensions de retraite, la Cour a dit qu\u2019elle avait principalement pour t\u00e2che d\u2019appr\u00e9cier la compatibilit\u00e9 des aspects critiqu\u00e9s de ces r\u00e9gimes avec l\u2019article 14, et non les faits ou circonstances propres \u00e0 des requ\u00e9rants bien pr\u00e9cis ou \u00e0 d\u2019autres personnes affect\u00e9es par la l\u00e9gislation litigieuse ou susceptibles de l\u2019\u00eatre (voir, par exemple, Carson et autres, \u00a7\u00a062, Stec et autres, \u00a7\u00a7 50-67, Burden, \u00a7\u00a7\u00a058\u201166, et Andrejeva, \u00a7\u00a7\u00a074\u201192, tous pr\u00e9cit\u00e9s). La Cour a plut\u00f4t pour r\u00f4le de se prononcer sur une question de principe, celle de savoir si, en tant que telle, la l\u00e9gislation incrimin\u00e9e op\u00e8re une discrimination illicite entre des personnes se trouvant dans une situation analogue (Carson et autres, \u00a7\u00a062, et British Gurkha Welfare Society et autres, \u00a7\u00a063, tous deux pr\u00e9cit\u00e9s).<\/p>\n<p>b) Application en l\u2019esp\u00e8ce des principes susmentionn\u00e9s<\/p>\n<p>189. La Cour a d\u00e9j\u00e0 jug\u00e9 que les faits de l\u2019esp\u00e8ce relevaient du champ d\u2019application d\u2019une disposition mat\u00e9rielle de la Convention \u2013 en l\u2019occurrence, l\u2019article 1 du Protocole no 1 \u2013 et que l\u2019article 14 de la Convention \u00e9tait en cons\u00e9quence applicable au grief des requ\u00e9rants (paragraphes\u00a0121-122 ci\u2011dessus). Il lui faut encore rechercher, premi\u00e8rement, si la diff\u00e9rence de traitement litigieuse est fond\u00e9e sur l\u2019un au moins des motifs de discrimination interdits par l\u2019article 14 de la Convention, deuxi\u00e8mement, si les requ\u00e9rants se trouvent dans une situation comparable \u00e0 celle des personnes auxquelles ils se comparent, c\u2019est-\u00e0-dire les citoyens lettons, troisi\u00e8mement, si la diff\u00e9rence litigieuse poursuit un but l\u00e9gitime et, quatri\u00e8mement, si elle est proportionn\u00e9e au but vis\u00e9 et satisfait \u00e0 l\u2019exigence d\u2019une \u00ab\u00a0justification raisonnable et objective\u00a0\u00bb (voir, mutatis mutandis, Vrountou c. Chypre, no\u00a033631\/06, \u00a7\u00a061, 13\u00a0octobre 2015).<\/p>\n<p>190. Les situations factuelles respectives des requ\u00e9rants peuvent se r\u00e9sumer comme suit. Tous les int\u00e9ress\u00e9s sont arriv\u00e9s en Lettonie et s\u2019y sont install\u00e9s \u00e0 l\u2019\u00e2ge adulte, \u00e0 l\u2019exception du troisi\u00e8me requ\u00e9rant, qui y est arriv\u00e9 \u00e0 l\u2019\u00e2ge de trois ans. En ce qui concerne le deuxi\u00e8me requ\u00e9rant, les cons\u00e9quences de l\u2019exclusion de la totalit\u00e9 des p\u00e9riodes de travail qu\u2019il avait accumul\u00e9es en Azerba\u00efdjan avant son installation en Lettonie n\u2019ont \u00e9t\u00e9 att\u00e9nu\u00e9es par aucune mesure ult\u00e9rieure, faute d\u2019un accord bilat\u00e9ral applicable. Il en va de m\u00eame des p\u00e9riodes de service militaire accomplies par lui avant son installation en Lettonie (paragraphes\u00a021-24 ci-dessus). La quatri\u00e8me requ\u00e9rante, qui a pris sa retraite en 2008, a obtenu par la suite la r\u00e9vision de sa pension de retraite, apr\u00e8s la conclusion de l\u2019accord bilat\u00e9ral avec la Russie, ce qui a permis la prise en compte, \u00e0 compter de juin 2011, des p\u00e9riodes de travail qu\u2019elle avait accomplies en Russie. Partant, les cons\u00e9quences r\u00e9siduelles de la diff\u00e9rence de traitement litigieuse portent sur le montant de la pension de retraite que l\u2019int\u00e9ress\u00e9e a per\u00e7ue pendant environ trois ans et trois mois, c\u2019est-\u00e0-dire entre son d\u00e9part \u00e0 la retraite en 2008 et la r\u00e9vision de sa pension effectu\u00e9e en 2011, ainsi que sur le montant correspondant \u00e0 la p\u00e9riode de travail accomplie par elle dans son pays d\u2019origine, l\u2019Ouzb\u00e9kistan (environ huit ans), qui est rest\u00e9e exclue du calcul (paragraphes\u00a029-33 ci\u2011dessus). La cinqui\u00e8me requ\u00e9rante, qui a commenc\u00e9 \u00e0 percevoir sa pension de retraite en 2005, en a \u00e9galement obtenu la r\u00e9vision en 2011 pour ce qui concernait les p\u00e9riodes de travail accumul\u00e9es par elle en Russie. Partant, les cons\u00e9quences r\u00e9siduelles de la diff\u00e9rence de traitement litigieuse portent sur le montant de la pension de retraite que l\u2019int\u00e9ress\u00e9e a per\u00e7ue pendant pr\u00e8s de sept ans, c\u2019est-\u00e0-dire entre son d\u00e9part \u00e0 la retraite en 2005 et la r\u00e9vision de sa pension effectu\u00e9e en 2011, ainsi que sur le montant correspondant aux p\u00e9riodes de travail accomplies par elle en Ouzb\u00e9kistan, au Turkm\u00e9nistan et au Tadjikistan (environ huit ans), qui sont rest\u00e9es exclues du calcul (paragraphes\u00a034-37 ci-dessus). Enfin, le troisi\u00e8me requ\u00e9rant a pass\u00e9 presque toute sa vie en Lettonie, \u00e0 l\u2019exception d\u2019une p\u00e9riode d\u2019environ deux ans au cours de laquelle il a effectu\u00e9 son service militaire obligatoire en dehors de ce pays (paragraphes\u00a025-28 ci-dessus).<\/p>\n<p>i. Sur le motif de discrimination invoqu\u00e9<\/p>\n<p>191. Dans l\u2019arr\u00eat Andrejeva, pr\u00e9cit\u00e9, la Cour s\u2019est exprim\u00e9e ainsi\u00a0:<\/p>\n<p>\u00ab\u00a087. (&#8230;) [L]a Cour rel\u00e8ve qu\u2019en tant que \u00ab\u00a0non-citoyenne r\u00e9sidente permanente\u00a0\u00bb, la requ\u00e9rante s\u00e9journe en Lettonie l\u00e9galement et \u00e0 titre permanent et qu\u2019elle b\u00e9n\u00e9ficie de la pension de retraite au titre de son travail \u00ab\u00a0en Lettonie\u00a0\u00bb, c\u2019est-\u00e0-dire pour le compte d\u2019organismes situ\u00e9s sur le territoire letton. Quant au refus des autorit\u00e9s nationales de prendre en charge ses ann\u00e9es de travail \u00ab\u00a0en dehors de la Lettonie\u00a0\u00bb, il repose exclusivement sur le constat qu\u2019elle ne poss\u00e8de pas la nationalit\u00e9 lettone. En l\u2019esp\u00e8ce, il n\u2019est pas contest\u00e9 qu\u2019un citoyen letton se trouvant dans les m\u00eames conditions que la requ\u00e9rante et ayant travaill\u00e9 dans la m\u00eame entreprise pendant la m\u00eame p\u00e9riode se verrait accorder la part litigieuse de la pension de retraite. Qui plus est, les parties s\u2019accordent \u00e0 dire que, si la requ\u00e9rante devenait lettone par voie de naturalisation, elle recevrait automatiquement la pension au titre de toute sa vie professionnelle. La nationalit\u00e9 constitue donc le seul et unique crit\u00e8re de la distinction en cause (&#8230;)\u00a0\u00bb<\/p>\n<p>192. La Cour ne voit aucune raison de s\u2019\u00e9carter de cette conclusion en l\u2019esp\u00e8ce. Il appara\u00eet que les termes \u00ab\u00a0nationalit\u00e9\u00a0\u00bb et \u00ab\u00a0citoyennet\u00e9\u00a0\u00bb ont le m\u00eame sens dans l\u2019ordre juridique letton (voir, pour un exemple d\u2019emploi interchangeable de ces deux termes, Kuri\u0107 et autres, pr\u00e9cit\u00e9). Le premier paragraphe des dispositions transitoires de la loi sur les pensions d\u2019\u00c9tat \u00e9nonce clairement que la diff\u00e9rence de traitement litigieuse est op\u00e9r\u00e9e entre les citoyens lettons et les autres cat\u00e9gories de personnes, \u00e0 savoir les \u00e9trangers, les apatrides et les non-citoyens r\u00e9sidents permanents de Lettonie (paragraphe\u00a066 ci-dessus). Tant la Cour constitutionnelle, dans son arr\u00eat du 17 f\u00e9vrier 2011, que le gouvernement letton dans ses observations ont en substance reconnu cet \u00e9tat de chose et justifi\u00e9 cette diff\u00e9rence de traitement par l\u2019id\u00e9e que l\u2019\u00c9tat a une responsabilit\u00e9 particuli\u00e8re \u00e0 l\u2019\u00e9gard de ses citoyens. En outre, comme l\u2019a soulign\u00e9 le gouvernement d\u00e9fendeur, si les requ\u00e9rants avaient acquis la nationalit\u00e9 lettone par voie de naturalisation, leurs pensions auraient fait l\u2019objet d\u2019une r\u00e9vision tenant compte des p\u00e9riodes de travail et des p\u00e9riodes de service militaire obligatoire accomplies en dehors de la Lettonie, et le montant de ces pensions aurait \u00e9t\u00e9 identique \u2013 quoique seulement ex nunc \u2013 \u00e0 celui des pensions servies aux citoyens lettons ayant eu la m\u00eame carri\u00e8re professionnelle (paragraphe\u00a0172 ci-dessus).<\/p>\n<p>193. Cela \u00e9tant, la Cour ne peut que r\u00e9it\u00e9rer la conclusion \u00e0 laquelle elle est parvenue dans l\u2019affaire Andrejeva, selon laquelle\u00a0la \u00ab\u00a0nationalit\u00e9\u00a0\u00bb \u2013 ou plut\u00f4t l\u2019absence de citoyennet\u00e9 lettone des requ\u00e9rants \u2013 constitue le seul crit\u00e8re de la distinction incrimin\u00e9e (Gaygusuz, pr\u00e9cit\u00e9, \u00a7\u00a7\u00a040 et 47, Koua Poirrez c.\u00a0France, no 40892\/98, \u00a7\u00a7 41 et 47, CEDH 2003\u2011X, et voir, mutatis mutandis, Rangelov c. Allemagne, no 5123\/07, \u00a7 99, 22\u00a0mars 2012). En cons\u00e9quence, seules des consid\u00e9rations tr\u00e8s fortes sont susceptibles de justifier une diff\u00e9rence de traitement en pareil cas. Il convient n\u00e9anmoins de tenir compte des circonstances propres au cas d\u2019esp\u00e8ce pour d\u00e9terminer l\u2019\u00e9tendue de la marge d\u2019appr\u00e9ciation du gouvernement d\u00e9fendeur.<\/p>\n<p>ii. Sur la question de savoir si les requ\u00e9rants se trouvent dans une situation comparable \u00e0 celle des citoyens lettons<\/p>\n<p>194. Selon le gouvernement d\u00e9fendeur, les requ\u00e9rants ne se trouvent pas dans une situation analogue ou comparable \u00e0 celle des citoyens lettons aux fins de la pr\u00e9sente affaire, car ces derniers ont des liens sp\u00e9ciaux de loyaut\u00e9, d\u2019all\u00e9geance et d\u2019obligations mutuelles avec l\u2019\u00c9tat letton, qui a en contrepartie une responsabilit\u00e9 particuli\u00e8re \u00e0 leur \u00e9gard, alors que les requ\u00e9rants, qui ont \u00e9t\u00e9 transf\u00e9r\u00e9s en Lettonie dans le cadre d\u2019une politique d\u00e9mographique impos\u00e9e par une puissance occupante en violation du droit international, ne poss\u00e8dent pas tels liens avec cet \u00c9tat. Dans cette perspective, l\u2019octroi, par le l\u00e9gislateur letton, d\u2019une pension aux personnes telles que les requ\u00e9rants au titre des p\u00e9riodes de travail accumul\u00e9es sur le territoire letton \u00e0 l\u2019\u00e9poque sovi\u00e9tique constitue une gratification raisonnable justifi\u00e9e par le fait que ces personnes ont aussi contribu\u00e9 au d\u00e9veloppement \u00e9conomique de la Lettonie dans la mesure o\u00f9 elles y ont travaill\u00e9 (paragraphes\u00a0170-171 ci\u2011dessus). Pour leur part, les requ\u00e9rants d\u00e9fendent une position qui met l\u2019accent sur l\u2019identit\u00e9, du point de vue factuel, de leur situation et de celle des citoyens lettons ayant eu la m\u00eame carri\u00e8re professionnelle, soulignant \u00e0 cet \u00e9gard que le fait de poss\u00e9der ou non la nationalit\u00e9 lettone est la seule diff\u00e9rence objective entre eux et ces derniers (paragraphe\u00a0159 ci-dessus). \u00c0 l\u2019instar des requ\u00e9rants, le tiers intervenant met en avant l\u2019\u00e9galit\u00e9 de tous les ex-ressortissants sovi\u00e9tiques en mati\u00e8re d\u2019emploi et de pensions de retraite \u00e0 l\u2019\u00e9poque sovi\u00e9tique (paragraphe\u00a0178 ci-dessus).<\/p>\n<p>195. \u00e0 ce stade de son examen, la Cour se bornera \u00e0 observer qu\u2019en ce qui concerne le calcul de leurs pensions de retraite dans le cadre du r\u00e9gime de retraite professionnelle en vigueur en Lettonie, les requ\u00e9rants peuvent \u00eatre consid\u00e9r\u00e9s comme se trouvant dans une situation comparable \u00e0 celle des personnes qui ont eu la m\u00eame carri\u00e8re professionnelle mais qui poss\u00e8dent la citoyennet\u00e9 lettone. En cons\u00e9quence, la Cour recherchera si la diff\u00e9rence de traitement litigieuse poursuit un ou plusieurs buts l\u00e9gitimes et si elle est proportionn\u00e9e aux buts poursuivis.<\/p>\n<p>iii. Sur la l\u00e9gitimit\u00e9 des buts poursuivis<\/p>\n<p>196. S\u2019appuyant sur l\u2019arr\u00eat rendu par la Cour constitutionnelle le 17\u00a0f\u00e9vrier 2011, le gouvernement d\u00e9fendeur soutient que la diff\u00e9rence de traitement litigieuse instaur\u00e9e par le premier paragraphe des dispositions transitoires de la loi sur les pensions d\u2019\u00c9tat entre les citoyens lettons et les autres cat\u00e9gories de personnes poursuit non pas un mais deux buts, consistant d\u2019une part \u00e0 prot\u00e9ger le syst\u00e8me \u00e9conomique national, et d\u2019autre part \u00e0 pr\u00e9server l\u2019identit\u00e9 constitutionnelle de l\u2019\u00c9tat par la mise en \u0153uvre de la doctrine de la continuit\u00e9 de l\u2019\u00c9tat, \u00e9tant entendu que ce dernier but est plus important que le premier.<\/p>\n<p>197. Dans l\u2019affaire Andrejeva, pr\u00e9cit\u00e9e, la Cour s\u2019est exprim\u00e9e ainsi\u00a0:<\/p>\n<p>\u00ab\u00a086. La Cour admet que la distinction litigieuse poursuit au moins un but l\u00e9gitime g\u00e9n\u00e9ralement compatible avec les objectifs g\u00e9n\u00e9raux de la Convention, \u00e0 savoir la protection du syst\u00e8me \u00e9conomique du pays. Nul ne conteste qu\u2019apr\u00e8s le r\u00e9tablissement de l\u2019ind\u00e9pendance de la Lettonie et l\u2019\u00e9clatement subs\u00e9quent de l\u2019URSS, les autorit\u00e9s lettones ont d\u00fb faire face \u00e0 une multitude de probl\u00e8mes li\u00e9s, d\u2019une part, \u00e0 la n\u00e9cessit\u00e9 de cr\u00e9er un syst\u00e8me viable de s\u00e9curit\u00e9 sociale et, d\u2019autre part, aux capacit\u00e9s r\u00e9duites du budget national. Par ailleurs, le fait que la disposition en cause n\u2019ait \u00e9t\u00e9 adopt\u00e9e qu\u2019en 1995, soit quatre ans apr\u00e8s le r\u00e9tablissement d\u00e9finitif de l\u2019ind\u00e9pendance de la Lettonie, n\u2019est pas d\u00e9cisif en l\u2019esp\u00e8ce. Il n\u2019est pas surprenant qu\u2019un corps l\u00e9gislatif d\u00e9mocratique nouvellement \u00e9tabli, se trouvant dans une phase de tourmente politique, ait besoin d\u2019un temps de r\u00e9flexion pour examiner quelles mesures il lui faut envisager pour assurer le bien-\u00eatre \u00e9conomique du pays. D\u00e8s lors, on ne saurait voir dans le fait que la Lettonie ait introduit la distinction en question seulement en 1995 une preuve que l\u2019\u00c9tat lui\u2011m\u00eame n\u2019estimait pas une telle mesure n\u00e9cessaire \u00e0 la protection de son \u00e9conomie nationale (voir, mutatis mutandis, \u017ddanoka, pr\u00e9cit\u00e9, \u00a7 131).\u00a0\u00bb<\/p>\n<p>198. La Cour rel\u00e8ve que la Cour constitutionnelle lettone a rendu son deuxi\u00e8me arr\u00eat relatif aux droits \u00e0 pension en 2011, c\u2019est-\u00e0-dire apr\u00e8s le prononc\u00e9 de l\u2019arr\u00eat Andrejeva, qu\u2019elle a pris en compte et analys\u00e9. Il ressort du raisonnement suivi par la Haute juridiction que la diff\u00e9rence de traitement litigieuse poursuit au moins deux buts l\u00e9gitimes. Le premier d\u2019entre eux \u2013 et le plus important selon les autorit\u00e9s internes \u2013 consiste \u00e0 pr\u00e9server l\u2019identit\u00e9 constitutionnelle de la R\u00e9publique de Lettonie, fond\u00e9e sur le principe de la continuit\u00e9 de l\u2019\u00c9tat tel qu\u2019expos\u00e9 dans la D\u00e9claration sur le r\u00e9tablissement de l\u2019ind\u00e9pendance ainsi que dans des dispositions et dans la doctrine constitutionnelles ult\u00e9rieures. \u00c0 cet \u00e9gard, la Cour observe que la question essentielle n\u2019est pas tant la doctrine de la continuit\u00e9 de l\u2019\u00c9tat en soi que celle du fondement constitutionnel de la R\u00e9publique de Lettonie apr\u00e8s le r\u00e9tablissement de son ind\u00e9pendance. Les arguments sur lesquels repose la doctrine lettone de la continuit\u00e9 de l\u2019\u00c9tat trouvent leur origine dans le contexte historique et d\u00e9mographique g\u00e9n\u00e9ral qui, selon le Gouvernement, a en cons\u00e9quence aussi influ\u00e9 sur la mise en place du r\u00e9gime contest\u00e9 de pensions de retraite apr\u00e8s le r\u00e9tablissement de l\u2019ind\u00e9pendance de la Lettonie. Plus pr\u00e9cis\u00e9ment, la Cour reconna\u00eet qu\u2019il s\u2019agissait alors d\u2019\u00e9viter d\u2019ent\u00e9riner r\u00e9troactivement les effets de la politique migratoire mise en \u0153uvre pendant l\u2019occupation et l\u2019annexion ill\u00e9gales du pays. Dans ce contexte historique particulier, ce but poursuivi par le l\u00e9gislateur letton lors de l\u2019\u00e9laboration du r\u00e9gime de pensions de retraite est coh\u00e9rent avec l\u2019effort de reconstruction nationale entrepris \u00e0 la suite du r\u00e9tablissement de l\u2019ind\u00e9pendance, et la Cour reconna\u00eet sa l\u00e9gitimit\u00e9. Comme la Cour l\u2019a admis dans l\u2019affaire Andrejeva (pr\u00e9cit\u00e9e, \u00a7\u00a086) le second but l\u00e9gitime consiste \u00e0 prot\u00e9ger le syst\u00e8me \u00e9conomique national.<\/p>\n<p>199. Partant, reste \u00e0 \u00e9tablir s\u2019il existe un rapport raisonnable de proportionnalit\u00e9 entre les buts l\u00e9gitimes susmentionn\u00e9s et les moyens employ\u00e9s par les autorit\u00e9s lettones.<\/p>\n<p>iv. Sur la proportionnalit\u00e9 de la diff\u00e9rence de traitement litigieuse<\/p>\n<p>1) Consid\u00e9rations pr\u00e9liminaires<\/p>\n<p>200. La Cour rel\u00e8ve d\u2019embl\u00e9e qu\u2019elle a eu \u00e0 conna\u00eetre par le pass\u00e9 de plusieurs affaires portant sur les obligations des \u00c9tats successeurs de l\u2019ex\u2011Yougoslavie relativement aux droits et int\u00e9r\u00eats patrimoniaux de particuliers apr\u00e8s la dissolution de cet \u00c9tat (voir, par exemple, Kuri\u0107 et autres, pr\u00e9cit\u00e9, et Kova\u010di\u0107 et autres c. Slov\u00e9nie ([GC], nos\u00a044574\/98 et 2 autres, \u00a7\u00a0256, 3\u00a0octobre 2008). Toutefois, elle estime que les normes et principes de droit international relatifs \u00e0 la succession d\u2019\u00c9tats ne sont gu\u00e8re \u2013 voire pas du tout \u2013 pertinents en l\u2019esp\u00e8ce, puisque que la Lettonie d\u00e9fend une position juridique officielle et invariable fond\u00e9e sur la doctrine de la continuit\u00e9 de l\u2019\u00c9tat, qui consiste \u00e0 rejeter cat\u00e9goriquement et syst\u00e9matiquement tout rapport de succession d\u2019\u00c9tats entre l\u2019ex-Union sovi\u00e9tique et l\u2019\u00c9tat letton.<\/p>\n<p>201. La Cour rappelle \u00e9galement que l\u2019article 1 du Protocole no 1 ne garantit aucun droit \u00e0 percevoir des prestations sociales ou une pension de retraite de quelque type et de quelque montant que ce soit lorsque pareil droit n\u2019est pas pr\u00e9vu par le droit interne (voir, par exemple, Damjanac c.\u00a0Croatie, no\u00a052943\/10, \u00a7\u00a087, 24 octobre 2013). En outre, d\u00e8s lors que le l\u00e9gislateur letton a d\u00e9cid\u00e9 d\u2019accorder des pensions de retraite professionnelle au titre du travail accompli au cours de la p\u00e9riode historique ici en cause, la Cour ne voit aucune objection raisonnable \u00e0 opposer, au regard du droit de la Convention, \u00e0 une politique excluant de mani\u00e8re g\u00e9n\u00e9rale les p\u00e9riodes de travail accumul\u00e9es par des personnes pendant qu\u2019elles r\u00e9sidaient et travaillaient en dehors du territoire de la Lettonie. Toutefois, la question essentielle qui se pose en l\u2019esp\u00e8ce consiste \u00e0 savoir si les buts l\u00e9gitimes poursuivis par la Lettonie peuvent justifier non pas le refus d\u2019accorder une quelconque pension \u2013 ou l\u2019octroi d\u2019une pension uniquement au titre des p\u00e9riodes de travail accumul\u00e9es en Lettonie \u2013 mais plut\u00f4t la diff\u00e9rence op\u00e9r\u00e9e \u00e0 cet \u00e9gard entre les citoyens lettons et les \u00ab\u00a0non-citoyens r\u00e9sidents permanents\u00a0\u00bb, et si cette diff\u00e9rence de traitement est suffisamment justifi\u00e9e au regard de l\u2019ensemble des circonstances de l\u2019esp\u00e8ce.<\/p>\n<p>202. La Cour observe par ailleurs qu\u2019elle a conclu \u00e0 la violation de l\u2019article 14 de la Convention combin\u00e9 avec l\u2019article 1 du Protocole no 1 dans l\u2019affaire Andrejeva, pr\u00e9cit\u00e9e. Bien qu\u2019elle ait tenu compte dans l\u2019affaire Andrejeva de l\u2019ample marge d\u2019appr\u00e9ciation dont b\u00e9n\u00e9ficiait le Gouvernement en mati\u00e8re de s\u00e9curit\u00e9 sociale, la Cour n\u2019a pas \u00e9t\u00e9 convaincue de l\u2019existence d\u2019un rapport raisonnable de proportionnalit\u00e9 s\u2019agissant du but l\u00e9gitime consistant \u00e0 prot\u00e9ger le syst\u00e8me \u00e9conomique national (ibidem, \u00a7\u00a089). \u00c0 cet \u00e9gard, elle rappelle que sans \u00eatre formellement tenue de suivre l\u2019un quelconque de ses arr\u00eats ant\u00e9rieurs, elle consid\u00e8re qu\u2019il est dans l\u2019int\u00e9r\u00eat de la s\u00e9curit\u00e9 juridique, de la pr\u00e9visibilit\u00e9 et de l\u2019\u00e9galit\u00e9 devant la loi qu\u2019elle ne s\u2019\u00e9carte pas sans motif valable de ses propres pr\u00e9c\u00e9dents (Martinie c. France [GC], no\u00a058675\/00, \u00a7 54, CEDH 2006-VI, et Magyar Helsinki Bizotts\u00e1g c.\u00a0Hongrie [GC], no 18030\/11, \u00a7 150, 8\u00a0novembre 2016). Elle doit en cons\u00e9quence rechercher si de tels motifs existent en l\u2019esp\u00e8ce, au regard notamment du raisonnement approfondi d\u00e9velopp\u00e9 par la Cour constitutionnelle dans son arr\u00eat du 17 f\u00e9vrier 2011.<\/p>\n<p>203. La Cour souscrit \u00e0 l\u2019avis de la Cour constitutionnelle selon lequel la Lettonie n\u2019\u00e9tait pas tenue d\u2019assumer les responsabilit\u00e9s de l\u2019URSS apr\u00e8s le r\u00e9tablissement de son ind\u00e9pendance. Un \u00c9tat qui a subi une occupation et une annexion ill\u00e9gales n\u2019est pas oblig\u00e9 d\u2019assumer les obligations de droit public contract\u00e9es par les autorit\u00e9s publiques ill\u00e9galement constitu\u00e9es de la puissance occupante ou annexante. La Lettonie n\u2019\u00e9tait pas non plus automatiquement li\u00e9e par les obligations d\u00e9coulant de la p\u00e9riode sovi\u00e9tique ni tenue d\u2019assumer les obligations correspondant aux engagements contract\u00e9s par l\u2019\u00c9tat occupant ou annexant. Toutefois, la Cour observe qu\u2019apr\u00e8s avoir instaur\u00e9, en 1996, un r\u00e9gime de pensions de retraite professionnelle pr\u00e9voyant l\u2019inclusion des p\u00e9riodes de travail accumul\u00e9es en dehors du territoire letton dans le calcul des pensions des ressortissants lettons, la Lettonie \u00e9tait tenue de se conformer \u00e0 l\u2019article 14 de la Convention combin\u00e9 avec l\u2019article 1 du Protocole no 1 \u00e0 compter de la date \u00e0 laquelle la Convention est entr\u00e9e en vigueur \u00e0 son \u00e9gard, \u00e0 savoir le 27\u00a0juin 1997.<\/p>\n<p>2) Consid\u00e9rations relatives \u00e0 l\u2019\u00e9tendue de la marge d\u2019appr\u00e9ciation<\/p>\n<p>204. Bien qu\u2019elle ait pr\u00e9sent\u00e9 ci-dessus un aper\u00e7u des principes g\u00e9n\u00e9raux pertinents qui se d\u00e9gagent de sa jurisprudence (paragraphes\u00a0183-185 ci\u2011dessus), et \u00e9tant entendu que la marge d\u2019appr\u00e9ciation laiss\u00e9e aux autorit\u00e9s nationales comp\u00e9tentes varie selon la nature des questions en litige et la gravit\u00e9 des int\u00e9r\u00eats en jeu, la Cour estime qu\u2019il importe en premier lieu d\u2019affiner son analyse des diff\u00e9rentes consid\u00e9rations \u00e0 prendre en compte pour d\u00e9terminer l\u2019\u00e9tendue exacte de cette marge d\u2019appr\u00e9ciation au regard des particularit\u00e9s de la pr\u00e9sente affaire. \u00c0 cet \u00e9gard, elle observe ce qui suit.<\/p>\n<p>205. D\u2019une part, la Cour a dit \u00e0 maintes reprises que les \u00c9tats b\u00e9n\u00e9ficient d\u2019une ample marge d\u2019appr\u00e9ciation en mati\u00e8re de s\u00e9curit\u00e9 sociale et de fiscalit\u00e9 (paragraphe\u00a0184 ci-dessus). D\u2019autre part, elle a aussi jug\u00e9 en plusieurs occasions que seules des \u00ab\u00a0consid\u00e9rations tr\u00e8s fortes\u00a0\u00bb peuvent justifier une diff\u00e9rence de traitement fond\u00e9e uniquement sur la nationalit\u00e9 aux fins de l\u2019article 14 de la Convention, ce qui implique une marge \u00e9troite et un contr\u00f4le strict de la part de la Cour (Gaygusuz, \u00a7\u00a042, Andrejeva, \u00a7 87, et Riba\u0107, \u00a7 53, tous pr\u00e9cit\u00e9s). Dans l\u2019arr\u00eat Stec et autres (pr\u00e9cit\u00e9, \u00a7\u00a052), elle a mentionn\u00e9 l\u2019exigence de l\u2019existence de \u00ab\u00a0consid\u00e9rations tr\u00e8s fortes\u00a0\u00bb, puis elle a rappel\u00e9 le principe de l\u2019\u00ab\u00a0ample latitude\u00a0\u00bb laiss\u00e9e \u00e0 l\u2019\u00c9tat pour prendre des mesures d\u2019ordre g\u00e9n\u00e9ral en mati\u00e8re \u00e9conomique ou sociale en faisant \u00e9galement r\u00e9f\u00e9rence au crit\u00e8re du \u00ab\u00a0d\u00e9faut manifeste de base raisonnable\u00a0\u00bb (voir aussi, mais dans le contexte d\u2019une \u00ab\u00a0autre situation\u00a0\u00bb, Stummer, pr\u00e9cit\u00e9, \u00a7\u00a7 101 et 109).<\/p>\n<p>206. Cela dit, la Cour observe, en premier lieu, que si la marge d\u2019appr\u00e9ciation ne peut \u00e9videmment pas avoir la m\u00eame \u00e9tendue selon qu\u2019elle concerne l\u2019adoption de mesures g\u00e9n\u00e9rales dans le domaine \u00e9conomique ou social ou l\u2019introduction, dans ce domaine, de diff\u00e9rences de traitement fond\u00e9es uniquement sur des crit\u00e8res tels que la nationalit\u00e9, elle estime raisonnable de consid\u00e9rer que dans un domaine o\u00f9 l\u2019\u00c9tat b\u00e9n\u00e9ficie \u2013 et doit b\u00e9n\u00e9ficier \u2013 d\u2019une ample latitude pour \u00e9laborer des mesures g\u00e9n\u00e9rales, l\u2019appr\u00e9ciation de la question de savoir ce qui peut \u00eatre qualifi\u00e9 de \u00ab\u00a0consid\u00e9rations tr\u00e8s fortes\u00a0\u00bb aux fins de l\u2019application de l\u2019article 14 peut elle\u2011m\u00eame varier selon le contexte et les circonstances.<\/p>\n<p>207. Dans sa jurisprudence, la Cour a d\u00e9j\u00e0 reconnu qu\u2019un pays peut avoir des motifs valables d\u2019accorder un traitement sp\u00e9cial \u00e0 ceux dont les attaches avec lui d\u00e9coulent de leur naissance sur son territoire ou d\u2019un autre lien particulier (Abdulaziz, Cabales et Balkandali c. Royaume-Uni, 28\u00a0mai\u00a01985, \u00a7\u00a088, s\u00e9rie A no 94, et Ponomaryovi c.\u00a0Bulgarie, no\u00a05335\/05, \u00a7\u00a7\u00a054-56, CEDH 2011). Ainsi, dans l\u2019affaire Abdulaziz, Cabales et Balkandali, la Cour a reconnu la l\u00e9gitimit\u00e9 d\u2019une mesure par laquelle le Royaume-Uni (pays o\u00f9 il existe, pour des raisons historiques, plusieurs cat\u00e9gories de \u00ab\u00a0nationalit\u00e9s\u00a0\u00bb dont les situations juridiques respectives diff\u00e8rent, notamment du point de vue du droit d\u2019entr\u00e9e et de s\u00e9jour sur le territoire) avait impos\u00e9 \u00e0 certains \u00ab\u00a0nationaux\u00a0\u00bb des restrictions au droit au regroupement des conjoints fond\u00e9es sur le lieu de naissance du conjoint d\u00e9j\u00e0 \u00e9tabli dans le pays.<\/p>\n<p>208. En l\u2019esp\u00e8ce, la Cour rel\u00e8ve en particulier que le statut sp\u00e9cial de \u00ab\u00a0non-citoyen r\u00e9sident permanent\u00a0\u00bb a \u00e9t\u00e9 cr\u00e9\u00e9 par le l\u00e9gislateur letton \u00e0 la suite du r\u00e9tablissement de l\u2019ind\u00e9pendance de la Lettonie dans le but de rem\u00e9dier aux cons\u00e9quences d\u2019une situation qui d\u00e9coulait d\u2019une occupation suivie d\u2019une annexion contraires au droit international (paragraphes\u00a0105-106 ci-dessus).<\/p>\n<p>209. Il faut \u00e9galement tenir compte d\u2019un autre facteur relativement \u00e0 l\u2019\u00e9tendue de la marge d\u2019appr\u00e9ciation, \u00e0 savoir la sp\u00e9cificit\u00e9 du champ temporel et du contexte de la mesure incrimin\u00e9e. \u00c0 cet \u00e9gard, il importe de souligner que la seule question qui se pose en l\u2019esp\u00e8ce porte sur une diff\u00e9rence de traitement \u00e9tablie lors de l\u2019instauration du r\u00e9gime letton de pensions de retraite professionnelle, et qu\u2019elle concerne uniquement les p\u00e9riodes de travail accomplies en dehors du territoire letton avant le r\u00e9tablissement de l\u2019ind\u00e9pendance de la Lettonie.<\/p>\n<p>210. En cons\u00e9quence, la Cour observe que la pr\u00e9sente esp\u00e8ce est \u00e0 distinguer de l\u2019affaire Luczak c. Pologne, no 77782\/01, 27 novembre 2007, dans laquelle le requ\u00e9rant s\u2019\u00e9tait vu refuser son affiliation au r\u00e9gime de s\u00e9curit\u00e9 sociale agricole \u00e0 cause de sa nationalit\u00e9, raison pour laquelle il n\u2019avait pas pu contribuer \u00e0 l\u2019assurance sociale et en b\u00e9n\u00e9ficier au titre des p\u00e9riodes de travail non encore accomplies en tant qu\u2019agriculteur dans l\u2019\u00c9tat d\u00e9fendeur. Au contraire, la question en litige dans la pr\u00e9sente affaire porte sur des p\u00e9riodes de travail d\u00e9j\u00e0 accomplies en dehors du territoire de l\u2019\u00c9tat d\u00e9fendeur avant l\u2019instauration par celui-ci d\u2019un r\u00e9gime de pensions de retraite professionnelle. \u00c0 cet \u00e9gard, il est \u00e0 noter que dans l\u2019affaire British Gurkha Welfare Society et autres (pr\u00e9cit\u00e9e, \u00a7\u00a7 84-85), la Cour a reconnu la l\u00e9gitimit\u00e9 d\u2019une diff\u00e9rence de traitement fond\u00e9e sur la nationalit\u00e9 pour des raisons tenant \u00e0 la date \u00e0 laquelle les requ\u00e9rants avaient commenc\u00e9 \u00e0 nouer des liens avec l\u2019\u00c9tat d\u00e9fendeur. Dans cette affaire, les requ\u00e9rants \u00e9taient des soldats n\u00e9palais gurkhas dont les droits \u00e0 pension \u00e9taient nettement inf\u00e9rieurs \u00e0 ceux des soldats britanniques aupr\u00e8s desquels ils avaient servi dans les m\u00eames r\u00e9giments dans diff\u00e9rentes r\u00e9gions du monde. Le litige portait sur les diff\u00e9rences op\u00e9r\u00e9es dans le calcul et le montant des pensions respectivement vers\u00e9es aux ressortissants n\u00e9palais et aux ressortissants britanniques au titre de p\u00e9riodes de service accomplies hors du Royaume-Uni, \u00e0 une \u00e9poque o\u00f9 les Gurkhas n\u2019avaient encore aucun lien avec ce pays. Bien que les p\u00e9riodes litigieuses aient correspondu \u00e0 des p\u00e9riodes de service accomplies par les Gurkhas au sein de l\u2019arm\u00e9e britannique \u00e0 l\u2019\u00e9tranger, dans les r\u00e9giments auxquels ils \u00e9taient int\u00e9gr\u00e9s, la Cour a conclu \u00e0 la non-violation de l\u2019article 14 de la Convention combin\u00e9 avec l\u2019article 1 du Protocole no 1, car elle a admis que l\u2019\u00c9tat d\u00e9fendeur n\u2019avait pas outrepass\u00e9 sa marge d\u2019appr\u00e9ciation en adoptant les dispositions internes litigieuses qui \u00e9galisaient les droits \u00e0 pension des ressortissants n\u00e9palais et ceux des ressortissants britanniques, mais seulement pour les p\u00e9riodes post\u00e9rieures au transfert de la brigade des Ghurkas au Royaume-Uni.<\/p>\n<p>211. Comme l\u2019ont soulign\u00e9 la Cour constitutionnelle et le gouvernement d\u00e9fendeur, les choix op\u00e9r\u00e9s par le l\u00e9gislateur letton lors de l\u2019\u00e9laboration du r\u00e9gime de pensions de retraite professionnelle et de la fixation des crit\u00e8res permettant d\u2019en b\u00e9n\u00e9ficier \u00e9taient directement li\u00e9s au contexte historique et d\u00e9mographique particulier qui \u00e9tait alors celui de la Lettonie et aux contraintes impos\u00e9es par les graves difficult\u00e9s \u00e9conomiques qu\u2019elle connaissait \u00e0 l\u2019\u00e9poque. Il s\u2019ensuit que la pr\u00e9sente affaire, qui porte uniquement sur des p\u00e9riodes de travail d\u00e9j\u00e0 accomplies et remontant \u00e0 une \u00e9poque ant\u00e9rieure au r\u00e9tablissement de l\u2019ind\u00e9pendance de la Lettonie, se caract\u00e9rise par le contexte particulier dans lequel s\u2019inscrivaient les mesures transitoires litigieuses de ce r\u00e9gime de pensions. La Cour souligne qu\u2019elle a d\u00e9j\u00e0 admis la n\u00e9cessit\u00e9 de laisser aux \u00c9tats une ample marge d\u2019appr\u00e9ciation lorsque sont en cause des modifications aussi fondamentales du syst\u00e8me d\u2019un pays que celles que repr\u00e9sentent la transition d\u2019un r\u00e9gime totalitaire \u00e0 une forme d\u00e9mocratique de gouvernement et la r\u00e9forme de la structure politique, juridique et \u00e9conomique de l\u2019\u00c9tat, ph\u00e9nom\u00e8nes qui entra\u00eenent in\u00e9vitablement l\u2019adoption de lois \u00e9conomiques et sociales \u00e0 grande \u00e9chelle (Broniowski c.\u00a0Pologne [GC], no\u00a031443\/96, \u00a7\u00a7 149 et 162-163, CEDH\u00a02004\u2011V). En outre, elle rappelle qu\u2019elle peut avoir \u00e9gard \u00e0 des faits ant\u00e9rieurs \u00e0 la ratification de la Convention par l\u2019\u00c9tat d\u00e9fendeur pour autant que l\u2019on puisse les consid\u00e9rer comme \u00e9tant \u00e0 l\u2019origine d\u2019une situation qui s\u2019est prolong\u00e9e au-del\u00e0 de cette date ou importants pour comprendre les faits survenus apr\u00e8s cette date (voir, mutatis mutandis, Broniowski c.\u00a0Pologne (d\u00e9c.) [GC], no\u00a031443\/96, \u00a7 74, CEDH 2002-X, et Hoti c. Croatie, no 63311\/14, \u00a7\u00a085, 26\u00a0avril 2018).<\/p>\n<p>212. Par ailleurs, la Cour rel\u00e8ve que si la nature d\u2019une prestation sociale, et en particulier la question de savoir si \u2013 et le cas \u00e9ch\u00e9ant, dans quelle mesure \u2013 cette prestation est subordonn\u00e9e au versement pr\u00e9alable de cotisations individuelles par ses b\u00e9n\u00e9ficiaires, n\u2019est pas en soi d\u00e9cisive pour d\u00e9terminer si celle-ci constitue un droit relevant du champ d\u2019application de l\u2019article 1 du Protocole no 1 et tombant sous l\u2019empire de cette disposition (Andrejeva, pr\u00e9cit\u00e9, \u00a7 76), la marge d\u2019appr\u00e9ciation peut n\u00e9anmoins d\u00e9pendre de la question de savoir si la mesure critiqu\u00e9e entra\u00eene une perte des cotisations individuelles vers\u00e9es par ou pour le compte de la personne affect\u00e9e par la mesure (comparer avec Pichkur c. Ukraine, no\u00a010441\/06, \u00a7\u00a051, 7 novembre 2013). La Cour doit \u00e9galement tenir compte du point de savoir si l\u2019in\u00e9ligibilit\u00e9 \u00e0 la prestation en question laisse la personne concern\u00e9e sans couverture sociale (Stummer, pr\u00e9cit\u00e9, \u00a7 108, et Jankovi\u0107, pr\u00e9cit\u00e9).<\/p>\n<p>213. Au vu de ce qui pr\u00e9c\u00e8de, la Cour estime que la question de savoir si la diff\u00e9rence de traitement litigieuse est justifi\u00e9e par des \u00ab\u00a0consid\u00e9rations tr\u00e8s fortes\u00a0\u00bb doit \u00eatre appr\u00e9ci\u00e9e \u00e0 l\u2019aune de l\u2019ample marge d\u2019appr\u00e9ciation applicable en l\u2019esp\u00e8ce.<\/p>\n<p>3) Appr\u00e9ciation de la proportionnalit\u00e9<\/p>\n<p>214. La Cour rel\u00e8ve en premier lieu que le motif sur lequel repose la diff\u00e9rence de traitement litigieuse op\u00e9r\u00e9e dans les dispositions transitoires relatives au r\u00e9gime de pensions de retraite professionnelle instaur\u00e9 par le l\u00e9gislateur letton est directement li\u00e9 au but principal sur lequel la Cour constitutionnelle lettone s\u2019est fond\u00e9e (paragraphe\u00a0196 ci-dessus). Le traitement plus favorable accord\u00e9 aux personnes poss\u00e9dant la citoyennet\u00e9 lettone en ce qui concerne les p\u00e9riodes de travail accomplies par le pass\u00e9 en dehors du territoire letton correspond donc \u00e0 ce but l\u00e9gitime.<\/p>\n<p>215. La Cour observe en deuxi\u00e8me lieu que la diff\u00e9rence de traitement incrimin\u00e9e est fond\u00e9e sur la possession \u2013 ou plut\u00f4t sur l\u2019absence de possession \u2013 de la citoyennet\u00e9 lettone, statut juridique sans lien avec l\u2019origine nationale des personnes concern\u00e9es et auquel les requ\u00e9rants auraient pu acc\u00e9der en leur qualit\u00e9 de \u00ab\u00a0non-citoyens r\u00e9sidents permanents\u00a0\u00bb. Renvoyant \u00e0 l\u2019arr\u00eat de la Cour constitutionnelle, la Cour note \u00e0 ce propos que le statut de \u00ab\u00a0non- citoyen r\u00e9sident permanent\u00a0\u00bb a \u00e9t\u00e9 con\u00e7u comme un r\u00e9gime temporaire visant \u00e0 permettre aux personnes concern\u00e9es d\u2019obtenir la nationalit\u00e9 lettone ou de choisir un autre \u00c9tat de rattachement (paragraphe 55 ci-dessus). \u00c0 cet \u00e9gard, elle admet qu\u2019en ce qui concerne des diff\u00e9rences de traitement fond\u00e9es sur la nationalit\u00e9, la part de choix personnel li\u00e9e \u00e0 ce statut juridique peut, dans certaines situations, avoir une incidence sur la d\u00e9termination de la marge d\u2019appr\u00e9ciation \u00e0 laisser aux autorit\u00e9s internes, en particulier lorsque sont en jeu des privil\u00e8ges, des prestations ou des avantages financiers (voir, mutatis mutandis, Bah, pr\u00e9cit\u00e9, \u00a7\u00a047). Or il ne ressort pas du dossier de l\u2019affaire que l\u2019un quelconque des requ\u00e9rants ait jamais essay\u00e9 de devenir citoyen de la Lettonie \u2013 pays o\u00f9 les int\u00e9ress\u00e9s ont leur r\u00e9sidence permanente depuis de nombreuses ann\u00e9es \u2013 ou qu\u2019il se soit heurt\u00e9 \u00e0 des obstacles qui l\u2019en auraient emp\u00each\u00e9. Il est vrai que la naturalisation suppose le respect de certaines conditions et peut exiger certains efforts. Toutefois, cela ne change rien au fait que la question du statut juridique \u2013 c\u2019est-\u00e0-dire le choix de rester non\u2011citoyen r\u00e9sident permanent ou d\u2019acqu\u00e9rir la nationalit\u00e9 lettone \u2013 proc\u00e9dait dans une large mesure d\u2019une aspiration personnelle plut\u00f4t que d\u2019une situation immuable, compte tenu, en particulier, du laps de temps consid\u00e9rable dont les requ\u00e9rants ont dispos\u00e9 pour exercer ce choix (paragraphe\u00a0190 ci-dessus).<\/p>\n<p>216. En troisi\u00e8me lieu, la diff\u00e9rence de traitement litigieuse ne porte que sur des p\u00e9riodes de travail pass\u00e9es, accomplies avant l\u2019instauration du r\u00e9gime de pensions ici en cause. Les choix op\u00e9r\u00e9s par le l\u00e9gislateur letton lors de la fixation des crit\u00e8res d\u2019acquisition des droits \u00e0 pension dans ce r\u00e9gime de pensions de retraite professionnelle \u00e9taient directement li\u00e9s aux particularit\u00e9s du contexte historique, \u00e9conomique et d\u00e9mographique dans lequel celui-ci s\u2019inscrivait, contexte qui se caract\u00e9risait par un demi-si\u00e8cle d\u2019occupation et d\u2019annexion ill\u00e9gales ayant abouti \u00e0 une situation particuli\u00e8rement difficile au lendemain du r\u00e9tablissement de l\u2019ind\u00e9pendance de la Lettonie. Contrairement \u00e0 la diff\u00e9rence de traitement en cause dans l\u2019affaire Andrejeva, celle dont il est ici question porte uniquement sur des p\u00e9riodes de travail accomplies par les requ\u00e9rants en dehors de la Lettonie \u00e0 une \u00e9poque o\u00f9 ils ne s\u2019\u00e9taient pas encore install\u00e9s dans ce pays et n\u2019avaient nou\u00e9 aucun autre lien avec lui (British Gurkha Welfare Society et autres, pr\u00e9cit\u00e9, et paragraphe\u00a0210 ci\u2011dessus). Le troisi\u00e8me requ\u00e9rant \u00e9tait le seul d\u2019entre eux \u00e0 r\u00e9sider en Lettonie avant la p\u00e9riode de service militaire dont il tire grief.<\/p>\n<p>217. En quatri\u00e8me lieu, la diff\u00e9rence de traitement incrimin\u00e9e n\u2019a pas non plus remis en cause le droit des requ\u00e9rants \u00e0 la pension de retraite de base accord\u00e9e en vertu du droit letton ind\u00e9pendamment de la carri\u00e8re professionnelle des retrait\u00e9s, et elle n\u2019a entra\u00een\u00e9 aucune privation, ou perte quelle qu\u2019elle soit, de prestations fond\u00e9es sur des cotisations vers\u00e9es par les int\u00e9ress\u00e9s au titre des p\u00e9riodes de travail litigieuses.<\/p>\n<p>218. Par ailleurs, s\u2019agissant en particulier du deuxi\u00e8me but l\u00e9gitime poursuivi (paragraphe\u00a0196 ci-dessus), la Cour rel\u00e8ve que le r\u00e9gime letton de pensions de retraite professionnelle s\u2019appuie sur des cotisations sociales et que son fonctionnement repose sur le principe de solidarit\u00e9, en ce sens que l\u2019int\u00e9gralit\u00e9 des cotisations collect\u00e9es est affect\u00e9e au financement des pensions courantes dues \u00e0 l\u2019ensemble des b\u00e9n\u00e9ficiaires \u00e0 un moment donn\u00e9. Il s\u2019ensuit que le fait de d\u00e9limiter les p\u00e9riodes de travail ouvrant droit aux prestations influe n\u00e9cessairement sur le montant de celles-ci et des cotisations n\u00e9cessaires \u00e0 leur financement. La Cour estime que ce genre d\u2019arbitrage effectu\u00e9 dans les r\u00e9gimes de s\u00e9curit\u00e9 sociale appelle en principe une ample marge d\u2019appr\u00e9ciation. Compte tenu des difficult\u00e9s particuli\u00e8res et des choix politiques complexes auxquels les autorit\u00e9s lettones ont d\u00fb faire face apr\u00e8s le r\u00e9tablissement de l\u2019ind\u00e9pendance, la Cour se doit d\u2019accorder, dans son appr\u00e9ciation globale, une grande latitude au Gouvernement (voir, mutatis mutandis, Visti\u0146\u0161 et Perepjolkins c. Lettonie [GC], no\u00a071243\/01, \u00a7\u00a0113, 25\u00a0octobre 2012).<\/p>\n<p>219. En bref, eu \u00e9gard \u00e0 l\u2019ensemble des circonstances susmentionn\u00e9es et \u00e0 la marge d\u2019appr\u00e9ciation applicable en l\u2019esp\u00e8ce, la Cour estime que la diff\u00e9rence de traitement litigieuse correspond aux buts l\u00e9gitimes poursuivis et que les raisons invoqu\u00e9es par les autorit\u00e9s lettones pour la justifier peuvent \u00eatre qualifi\u00e9es de consid\u00e9rations tr\u00e8s fortes.<\/p>\n<p>v. Conclusion<\/p>\n<p>220. Au vu de l\u2019ensemble des consid\u00e9rations qui pr\u00e9c\u00e8dent et compte tenu des circonstances particuli\u00e8res de l\u2019esp\u00e8ce, la Cour consid\u00e8re que l\u2019\u00c9tat d\u00e9fendeur n\u2019a pas outrepass\u00e9 la marge d\u2019appr\u00e9ciation dont il disposait en ce qui concerne la situation des requ\u00e9rants. En cons\u00e9quence, elle estime devoir parvenir \u00e0 une conclusion diff\u00e9rente de celle adopt\u00e9e dans l\u2019affaire Andrejeva (voir, a contrario, Martinie, pr\u00e9cit\u00e9, \u00a7\u00a054).<\/p>\n<p>221. Partant, il n\u2019y a pas eu violation de l\u2019article 14 de la Convention combin\u00e9 avec l\u2019article 1 du Protocole no 1 en l\u2019esp\u00e8ce.<\/p>\n<p><strong>PAR CES MOTIFS, LA COUR<\/strong><\/p>\n<p>1. D\u00e9cide, \u00e0 l\u2019unanimit\u00e9, de rayer la requ\u00eate du r\u00f4le pour autant qu\u2019elle concerne le premier requ\u00e9rant ;<\/p>\n<p>2. D\u00e9clare, \u00e0 l\u2019unanimit\u00e9, la requ\u00eate recevable pour le surplus ;<\/p>\n<p>3. Dit, par dix voix contre sept, qu\u2019il n\u2019y a pas eu violation de l\u2019article 14 de la Convention combin\u00e9 avec l\u2019article 1 du Protocole\u00a0no\u00a01.<\/p>\n<p>Fait en fran\u00e7ais et en anglais, puis prononc\u00e9 en audience publique au Palais des droits de l\u2019homme, \u00e0 Strasbourg, le 9 juin 2022, en application de l\u2019article\u00a077\u00a0\u00a7\u00a7\u00a02 et\u00a03 du r\u00e8glement.<\/p>\n<p>Abel Campos\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0 Robert Spano<br \/>\nGreffier adjoint\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0 Pr\u00e9sident<\/p>\n<p>____________<\/p>\n<p>Au pr\u00e9sent arr\u00eat se trouve joint, conform\u00e9ment aux articles\u00a045 \u00a7\u00a02 de la Convention et\u00a074 \u00a7\u00a02 du r\u00e8glement, l\u2019expos\u00e9 des opinions s\u00e9par\u00e9es suivantes\u00a0:<\/p>\n<p>\u2013 opinion concordante du juge Wojtyczek\u00a0;<\/p>\n<p>\u2013 opinion dissidente commune aux juges O\u2019Leary, Grozev et Lemmens\u00a0;<\/p>\n<p>\u2013 opinion dissidente de la juge\u00a0Seibert-Fohr, \u00e0 laquelle se rallient les juges Turkovi\u0107,\u00a0Lubarda et Chanturia.<\/p>\n<p style=\"text-align: right;\">R.S.<br \/>\nA.C.<\/p>\n<p style=\"text-align: center;\"><strong>opinion concordante du juge Wojtyczek<\/strong><\/p>\n<p style=\"text-align: center;\"><strong>(Traduction)<\/strong><\/p>\n<p>Je souscris pleinement \u00e0 la conclusion \u00e0 laquelle la Cour est parvenue en l\u2019esp\u00e8ce et aux grandes lignes de la motivation de l\u2019arr\u00eat.<\/p>\n<p>Je souhaiterais seulement signaler que ce raisonnement est encore plus convaincant lorsqu\u2019il est replac\u00e9 dans la perspective plus large du droit international. Le contexte pertinent de droit international a \u00e9t\u00e9 expos\u00e9 en d\u00e9tail dans l\u2019opinion dissidente brillante et incisive jointe par la juge Ziemele \u00e0 l\u2019arr\u00eat Andrejeva c.\u00a0Lettonie ([GC], no\u00a055707\/00, CEDH 2009). Il convient en particulier de souligner la conclusion formul\u00e9e par celle-ci au point\u00a025 de cette opinion\u00a0:<\/p>\n<p>\u00ab\u00a0En somme, la Lettonie n\u2019avait pas d\u2019obligation en vertu du droit international d\u2019assumer une responsabilit\u00e9 quelconque pour les ann\u00e9es de travail accumul\u00e9es sous l\u2019empire de l\u2019Union sovi\u00e9tique sauf et jusqu\u2019\u00e0 adoption d\u2019un accord dans le cadre de n\u00e9gociations inter\u00e9tatiques. Toutefois, dans le contexte sp\u00e9cifique d\u2019une annexion ill\u00e9gale (point 26 ci\u2011dessous), les ressortissants de l\u2019\u00c9tat l\u00e9s\u00e9 esp\u00e9raient fortement ne plus avoir \u00e0 souffrir autant que par le pass\u00e9, et que cela se traduise aussi dans leurs droits \u00e0 pension. En d\u2019autres termes, il n\u2019y a rien de d\u00e9raisonnable dans le fait qu\u2019apr\u00e8s de longues ann\u00e9es pass\u00e9es sous un r\u00e9gime totalitaire ill\u00e9gal le l\u00e9gislateur ind\u00e9pendant d\u00e9cide de favoriser ses ressortissants.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p>J\u2019approuve cette conclusion, ainsi que les autres points de vue exprim\u00e9s par la juge Ziemele dans son opinion dissidente. Il est inutile d\u2019y ajouter quoi que ce soit, car tout y a \u00e9t\u00e9 dit, et tr\u00e8s bien dit.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p style=\"text-align: center;\"><strong>opinion dissidente commune aux juges O\u2019Leary, Grozev et Lemmens<\/strong><\/p>\n<p style=\"text-align: center;\"><strong>(Traduction)<\/strong><\/p>\n<p><strong>I. Introduction<\/strong><\/p>\n<p>1. Nous sommes au regret de ne pouvoir souscrire au constat de non\u2011violation de l\u2019article 14 de la Convention combin\u00e9 avec l\u2019article\u00a01 du Protocole no 1 auquel la majorit\u00e9 est parvenue. Nous estimons qu\u2019apr\u00e8s avoir pleinement tir\u00e9 parti de l\u2019arr\u00eat rendu en 2011 par la Cour constitutionnelle lettone, conform\u00e9ment aux bonnes pratiques du dialogue judiciaire, la Cour aurait n\u00e9anmoins d\u00fb confirmer la solution \u00e0 laquelle elle \u00e9tait parvenue dans l\u2019arr\u00eat Andrejeva c. Lettonie ([GC], no 55707\/00, CEDH 2009) et conclure derechef \u00e0 la violation de l\u2019article 14 en l\u2019esp\u00e8ce.<\/p>\n<p>Nous avons eu le privil\u00e8ge de lire l\u2019opinion dissidente de notre coll\u00e8gue Seibert-Fohr, \u00e0 laquelle les juges Turkovi\u0107, Lubarda et Chanturia se sont ralli\u00e9s, et \u00e0 laquelle nous souscrivons en grande partie. Cela dit, nous avons choisi de nous concentrer ici sur l\u2019application aux faits propres \u00e0 la pr\u00e9sente esp\u00e8ce des principes g\u00e9n\u00e9raux relatifs \u00e0 l\u2019\u00e9galit\u00e9 et \u00e0 la non-discrimination, en tenant compte de la situation particuli\u00e8re des non-citoyens lettons. L\u2019opinion de nos coll\u00e8gues et la pr\u00e9sente opinion sont compl\u00e9mentaires.<\/p>\n<p><strong>II. Les faits et le contexte de la pr\u00e9sente affaire<\/strong><\/p>\n<p>2. \u00c0 la fin des ann\u00e9es 80, le m\u00e9contentement de la population lettone envers le r\u00e9gime sovi\u00e9tique aboutit \u00e0 un mouvement en faveur de l\u2019ind\u00e9pendance de la Lettonie et de la d\u00e9mocratisation du syst\u00e8me politique, qui fut consacr\u00e9 par les r\u00e9sultats d\u2019un pl\u00e9biscite national auquel particip\u00e8rent tous les habitants de la Lettonie, qui \u00e9taient alors citoyens de l\u2019ex-Union sovi\u00e9tique. En mars 1990, le Parlement nouvellement \u00e9lu adopta une d\u00e9claration r\u00e9tablissant l\u2019ind\u00e9pendance de la Lettonie. La loi sur la nationalit\u00e9 ult\u00e9rieurement adopt\u00e9e pr\u00e9cisa lesquels de ces ex-citoyens sovi\u00e9tiques pouvaient \u00eatre consid\u00e9r\u00e9s comme des citoyens lettons, r\u00e9servant cette qualit\u00e9 \u00e0 ceux qui poss\u00e9daient la nationalit\u00e9 lettone au 17 juin 1940 et \u00e0 leurs descendants. Pour leur part, les ex-citoyens sovi\u00e9tiques qui r\u00e9sidaient en Lettonie mais qui ne satisfaisaient pas aux conditions requises pour acqu\u00e9rir automatiquement la citoyennet\u00e9 lettone et n\u2019avaient pas acquis une autre nationalit\u00e9 par la suite se virent accorder le statut de \u00ab\u00a0non-citoyens r\u00e9sidents permanents\u00a0\u00bb par la loi du 12 avril 1995 relative au statut des citoyens de l\u2019ex\u2011URSS n\u2019ayant pas la nationalit\u00e9 lettone ou celle d\u2019un autre \u00c9tat (les r\u00e8gles en vigueur \u00e0 l\u2019\u00e9poque pertinente sont expos\u00e9es dans l\u2019arr\u00eat Syssoyeva et autres c.\u00a0Lettonie (radiation) ([GC], no 60654\/00, \u00a7 47, CEDH 2007-I\u00a0; voir aussi l\u2019arr\u00eat rendu par la Cour constitutionnelle lettone le 17 f\u00e9vrier 2011, \u00a7\u00a013, cit\u00e9 au paragraphe\u00a055 du pr\u00e9sent arr\u00eat).<\/p>\n<p>Le nombre de non-citoyens r\u00e9sidant en Lettonie s\u2019est consid\u00e9rablement r\u00e9duit depuis le r\u00e9tablissement de l\u2019ind\u00e9pendance. En 2020, les non-citoyens repr\u00e9sentaient 10 % environ de la population totale, contre 30 % environ en 1990. La majorit\u00e9 d\u2019entre eux sont d\u2019origine russe (voir le rapport de l\u2019ECRI sur la Lettonie adopt\u00e9 le 4 d\u00e9cembre 2018, \u00a7\u00a7 55-56, cit\u00e9 au paragraphe\u00a088 du pr\u00e9sent arr\u00eat).<\/p>\n<p>La pr\u00e9sence en Lettonie de ceux qui devaient devenir des non-citoyens s\u2019explique principalement par les vicissitudes de l\u2019histoire. Lorsqu\u2019ils s\u2019install\u00e8rent sur le territoire letton, celui-ci faisait partie de l\u2019Union sovi\u00e9tique, et il est ind\u00e9niable qu\u2019apr\u00e8s son annexion par ce pays en 1940, puis au cours de l\u2019occupation qui s\u2019ensuivit, les autorit\u00e9s sovi\u00e9tiques men\u00e8rent sans rel\u00e2che une politique semi-officielle de russification (voir le rapport adopt\u00e9 il y a peu par la Commission de Venise sur les modifications r\u00e9centes de la l\u00e9gislation concernant l\u2019enseignement dans les langues minoritaires en Lettonie, 18 juin 2020, CDL-AD(2020)012\u00a0; voir aussi le paragraphe\u00a017 ci-dessous). \u00c0 l\u2019instar d\u2019autres non-citoyens, \u00ab\u00a0[c]ertains [des requ\u00e9rants] arriv\u00e8rent en Lettonie d\u00e8s leur plus jeune \u00e2ge, d\u2019autres peu avant le r\u00e9tablissement de l\u2019ind\u00e9pendance de la Lettonie, dans les ann\u00e9es 1990\u20111991\u00a0\u00bb (voir le paragraphe 18 du pr\u00e9sent arr\u00eat). Toutes ces personnes ont continu\u00e9 \u00e0 mener leur vie en Lettonie apr\u00e8s le r\u00e9tablissement de l\u2019ind\u00e9pendance de ce pays. Depuis toujours, et aujourd\u2019hui encore, elles r\u00e9sident l\u00e9galement en Lettonie. De fait, comme la Cour l\u2019a relev\u00e9 dans un autre arr\u00eat relatif aux non-citoyens de Lettonie, la Lettonie est le pays \u00ab\u00a0o\u00f9 [ils] [ont] (&#8230;) nou\u00e9 des relations personnelles, sociales et \u00e9conomiques qui sont constitutives de la vie priv\u00e9e de tout \u00eatre humain\u00a0\u00bb (Slivenko c.\u00a0Lettonie\u00a0[GC], no 48321\/99, \u00a7 96, CEDH 2003-X).<\/p>\n<p>3. Comme l\u2019affaire Andrejeva c.\u00a0Lettonie, la pr\u00e9sente affaire porte sur le traitement appliqu\u00e9 aux non-citoyens r\u00e9sidents permanents par la loi de 1995 sur les pensions d\u2019\u00c9tat en ce qui concerne les pensions de retraite qui leur sont dues.<\/p>\n<p>Bien que le montant d\u2019une pension soit en r\u00e8gle g\u00e9n\u00e9rale calcul\u00e9 sur la base de la dur\u00e9e pendant laquelle l\u2019allocataire de celle-ci, l\u2019employeur de ce dernier, ou les deux ont vers\u00e9 des cotisations au r\u00e9gime de pension (paragraphe\u00a065 du pr\u00e9sent arr\u00eat), les ann\u00e9es de travail accomplies sous le r\u00e9gime sovi\u00e9tique, pendant lesquelles aucune cotisation n\u2019a bien entendu \u00e9t\u00e9 vers\u00e9e au r\u00e9gime de pensions letton \u2013 qui n\u2019existait pas encore \u00e0 cette \u00e9poque \u2013 sont elles aussi prises en compte, sous certaines conditions fix\u00e9es au paragraphe 1 des dispositions transitoires de la loi (paragraphes 66\u201167 du pr\u00e9sent arr\u00eat).<\/p>\n<p>Nous souscrivons au point de vue de la majorit\u00e9 selon lequel \u00ab au regard du droit de la Convention \u00bb, rien ne s\u2019oppose \u00e0 \u00ab une politique excluant de mani\u00e8re g\u00e9n\u00e9rale\u00a0les p\u00e9riodes de travail accumul\u00e9es par des personnes pendant qu\u2019elles r\u00e9sidaient et travaillaient en dehors du territoire de la Lettonie \u00bb (paragraphe 201 du pr\u00e9sent arr\u00eat). Toutefois, lors de l\u2019\u00e9laboration, en 1995, de son r\u00e9gime de pensions, la Lettonie a d\u00e9cid\u00e9 de tenir compte des p\u00e9riodes de travail en question. Si l\u2019article 1 du Protocole no 1 ne comporte pas un droit \u00e0 percevoir des prestations sociales, de quelque type que ce soit, lorsqu\u2019un \u00c9tat d\u00e9cide de cr\u00e9er un r\u00e9gime de prestations, il doit le faire d\u2019une mani\u00e8re compatible avec l\u2019article 14 (Stec et autres c.\u00a0Royaume-Uni (d\u00e9c.) [GC], nos\u00a065731\/01 et\u00a065900\/01, \u00a7 55, CEDH 2005-X, cit\u00e9 dans l\u2019arr\u00eat Andrejeva, pr\u00e9cit\u00e9, \u00a7\u00a079, lui-m\u00eame cit\u00e9 au paragraphe 121 du pr\u00e9sent arr\u00eat).<\/p>\n<p>Le paragraphe\u00a01 des dispositions transitoires dresse une liste de 12\u00a0p\u00e9riodes assimil\u00e9es \u00e0 des p\u00e9riodes de travail. Les p\u00e9riodes de travail et l\u2019ensemble des 12 p\u00e9riodes assimil\u00e9es accomplies en Lettonie et dans le territoire de l\u2019ex-Union sovi\u00e9tique sont prises en compte dans le calcul des pensions des citoyens lettons. Les p\u00e9riodes de travail et l\u2019ensemble des 12\u00a0p\u00e9riodes assimil\u00e9es accomplies en Lettonie sont prises en compte dans le calcul des pensions des \u00ab\u00a0\u00e9trangers, des apatrides et des non-citoyens de Lettonie\u00a0\u00bb, de la m\u00eame mani\u00e8re que pour les citoyens lettons. En revanche, pour ces trois cat\u00e9gories de personnes, seules trois des 12 p\u00e9riodes assimil\u00e9es \u00e0 des p\u00e9riodes de travail sont prises en compte lorsqu\u2019elles ont \u00e9t\u00e9 accomplies dans un autre territoire de l\u2019ex-Union sovi\u00e9tique.<\/p>\n<p>Contrairement aux \u00e9trangers, aux apatrides et aux non-citoyens r\u00e9sidents permanents, les citoyens lettons per\u00e7oivent donc des \u00ab\u00a0majorations\u00a0\u00bb de pension (selon la terminologie employ\u00e9e par le Gouvernement au paragraphe\u00a0167 du pr\u00e9sent arr\u00eat) au titre des p\u00e9riodes de travail et de certaines p\u00e9riodes assimil\u00e9es accumul\u00e9es en dehors du territoire letton. La question soulev\u00e9e par la requ\u00eate consiste \u00e0 savoir si le refus d\u2019accorder ces \u00ab\u00a0majorations\u00a0\u00bb aux retrait\u00e9s non-citoyens peut se justifier ou s\u2019il constitue une discrimination fond\u00e9e uniquement sur la nationalit\u00e9.<\/p>\n<p>4. La situation des requ\u00e9rants de la pr\u00e9sente affaire est similaire \u00e0 celle de la requ\u00e9rante de l\u2019affaire Andrejeva. N\u00e9e au Kazakhstan, Mme Andrejeva \u00e9tait arriv\u00e9e en Lettonie en 1954, \u00e0 l\u2019\u00e2ge de 12 ans, et y r\u00e9sidait de mani\u00e8re permanente depuis cette \u00e9poque (Andrejeva, pr\u00e9cit\u00e9, \u00a7 10). En l\u2019esp\u00e8ce, le deuxi\u00e8me requ\u00e9rant est n\u00e9 en Azerba\u00efdjan et s\u2019est install\u00e9 en Lettonie en 1968, \u00e0 l\u2019\u00e2ge de 30 ans ; le troisi\u00e8me requ\u00e9rant est n\u00e9 en Russie et est arriv\u00e9 en Lettonie en 1951, \u00e0 l\u2019\u00e2ge de trois ans ; la quatri\u00e8me requ\u00e9rante est n\u00e9e en Ouzb\u00e9kistan et s\u2019est install\u00e9e en Lettonie en 1987, \u00e0 l\u2019\u00e2ge de 41 ans ; la cinqui\u00e8me requ\u00e9rante est n\u00e9e en Russie et s\u2019est install\u00e9e en Lettonie en 1987, \u00e0 l\u2019\u00e2ge de 44 ans (paragraphes 21, 25, 29 et\u00a034 du pr\u00e9sent arr\u00eat). Les requ\u00e9rants sont donc arriv\u00e9s en Lettonie lorsqu\u2019ils \u00e9taient enfants (comme le troisi\u00e8me requ\u00e9rant) ou au cours de leur vie active (comme les deuxi\u00e8me, quatri\u00e8me et cinqui\u00e8me requ\u00e9rants).<\/p>\n<p>Dans son arr\u00eat du 17 f\u00e9vrier 2011, la Cour constitutionnelle lettone a cherch\u00e9 \u00e0 \u00e9tablir une distinction entre la situation des requ\u00e9rants et celle de Mme Andrejeva. \u00c0 cet effet, elle a relev\u00e9 que les premiers avaient travaill\u00e9 en dehors du territoire de la Lettonie pour des entreprises qui d\u00e9pendaient de l\u2019Union sovi\u00e9tique ou de r\u00e9publiques sovi\u00e9tiques autres que la Lettonie, tandis que Mme\u00a0Andrejeva avait travaill\u00e9 pour un service qui se trouvait sur le territoire letton (arr\u00eat rendu par la Cour constitutionnelle lettone le 17\u00a0f\u00e9vrier\u00a02011, \u00a7 9, cit\u00e9 au paragraphe 51 du pr\u00e9sent arr\u00eat). Toutefois, dans l\u2019arr\u00eat Andrejeva, la Cour a estim\u00e9 qu\u2019il n\u2019y avait pas lieu de tenir compte de cette circonstance (voir Andrejeva, pr\u00e9cit\u00e9, \u00a7\u00a085, ainsi que les \u00a7\u00a7\u00a015 et\u00a053 de cet arr\u00eat, o\u00f9 se trouvent expos\u00e9s les raisons pour lesquelles certaines p\u00e9riodes de travail accumul\u00e9es par Mme Andrejeva n\u2019avaient pas \u00e9t\u00e9 prises en compte, ainsi que les moyens de d\u00e9fense articul\u00e9s par le gouvernement d\u00e9fendeur ; voir aussi le \u00a7\u00a01 de l\u2019opinion dissidente des juges Seibert-Fohr et autres).<\/p>\n<p>5. La r\u00e9surgence de cette question devant la Grande Chambre s\u2019explique par la r\u00e9action de la Cour constitutionnelle lettone \u00e0 l\u2019arr\u00eat Andrejeva (voir l\u2019arr\u00eat rendu par la Cour constitutionnelle le 17 f\u00e9vrier 2011, tel qu\u2019il se trouve r\u00e9sum\u00e9 et cit\u00e9 aux paragraphes 49-59 du pr\u00e9sent arr\u00eat). Au lieu de prendre acte de la n\u00e9cessit\u00e9, pour l\u2019\u00c9tat letton, de mettre \u00e0 ex\u00e9cution l\u2019arr\u00eat Andrejeva, la Cour constitutionnelle a cherch\u00e9 \u00e0 \u00e9tablir une distinction entre les faits de la pr\u00e9sente esp\u00e8ce et ceux de l\u2019affaire Andrejeva (paragraphe\u00a04 ci\u2011dessus), elle a donn\u00e9 \u00e0 l\u2019arr\u00eat Andrejeva une interpr\u00e9tation tr\u00e8s restrictive (comme l\u2019a not\u00e9 l\u2019ECRI dans son rapport sur la Lettonie du 9\u00a0d\u00e9cembre 2011, \u00a7\u00a0130, cit\u00e9 au paragraphe 87 du pr\u00e9sent arr\u00eat) et elle a confirm\u00e9 la conclusion \u00e0 laquelle elle \u00e9tait parvenue dans son arr\u00eat du 26 juin 2001 (on trouvera au paragraphe\u00a039 du pr\u00e9sent arr\u00eat un bref r\u00e9sum\u00e9 de l\u2019arr\u00eat de 2001). Elle a donc r\u00e9affirm\u00e9 la compatibilit\u00e9 de la loi sur les pensions ici en cause avec le principe de non-discrimination, malgr\u00e9 le constat de violation de l\u2019article\u00a014 de la Convention auquel la Cour de Strasbourg \u00e9tait parvenue.<\/p>\n<p>En l\u2019esp\u00e8ce, la majorit\u00e9 d\u00e9cide de suivre la Cour constitutionnelle en d\u00e9savouant la solution donn\u00e9e par la Cour de Strasbourg \u00e0 l\u2019affaire Andrejeva. Cela est surprenant car, comme le reconna\u00eet la majorit\u00e9, la Cour ne doit pas \u00ab\u00a0s\u2019\u00e9carte[r] (&#8230;) sans motif valable de ses propres pr\u00e9c\u00e9dents\u00a0\u00bb (paragraphe\u00a0202 du pr\u00e9sent arr\u00eat). Pour les raisons expos\u00e9es ci-dessous, nous estimons que le deuxi\u00e8me but l\u00e9gitime nouvellement invoqu\u00e9 par le Gouvernement pour justifier la diff\u00e9rence de traitement litigieuse op\u00e9r\u00e9e entre les citoyens lettons et les non-citoyens r\u00e9sidents permanents (c\u2019est\u2011\u00e0\u2011dire l\u2019argument tir\u00e9 de l\u2019identit\u00e9 constitutionnelle fond\u00e9e sur la doctrine de la continuit\u00e9 de l\u2019\u00c9tat, amplement d\u00e9velopp\u00e9 par la Cour constitutionnelle dans son arr\u00eat 2011) ne constitue pas une raison suffisante ou ad\u00e9quate pour remettre en cause un arr\u00eat adopt\u00e9 en 2009 \u00e0 une majorit\u00e9 de 16 voix contre une.<\/p>\n<p>6. Les requ\u00e9rants ont introduit leur requ\u00eate en 2011. Il aurait bien s\u00fbr \u00e9t\u00e9 pr\u00e9f\u00e9rable que la pr\u00e9sente affaire f\u00fbt tranch\u00e9e beaucoup plus t\u00f4t. Malheureusement, la politique de priorisation mise en place \u00e0 la Cour et le manque de ressources dont celle-ci p\u00e2tit ont retard\u00e9 l\u2019examen de l\u2019affaire. L\u2019audience et les premi\u00e8res d\u00e9lib\u00e9rations n\u2019ont pu se tenir que le 26\u00a0mai 2021.<\/p>\n<p>Au moment o\u00f9 la Grande Chambre a tenu ses deuxi\u00e8mes d\u00e9lib\u00e9rations, le\u00a02\u00a0mars\u00a02022, la situation g\u00e9opolitique de la r\u00e9gion et de l\u2019Europe avait radicalement chang\u00e9. Il va sans dire que les \u00e9v\u00e9n\u00e9ments actuels n\u2019ont aucune incidence sur l\u2019issue de l\u2019affaire. Cela \u00e9tant, ils montrent combien les relations entre les diff\u00e9rentes communaut\u00e9s d\u2019un m\u00eame \u00c9tat peuvent \u00eatre sensibles. Nous sommes pleinement conscients de l\u2019importance et de la sensibilit\u00e9 de la pr\u00e9sente affaire, qui d\u00e9passent les fronti\u00e8res de la Lettonie.<\/p>\n<p><strong>III. Article 14 de la Convention: principes g\u00e9n\u00e9raux<\/strong><\/p>\n<p>7. Nous constatons que la majorit\u00e9 confirme l\u2019arr\u00eat Andrejeva et d\u2019autres aspects de la jurisprudence bien \u00e9tablie de la Cour en ce qui concerne l\u2019applicabilit\u00e9 de l\u2019article 14 de la Convention \u2013 combin\u00e9 avec l\u2019article\u00a01 du Protocole no\u00a01 \u2013 \u00e0 la l\u00e9gislation ici en cause, qui pr\u00e9voit le versement automatique des pensions (paragraphes 119-122 du pr\u00e9sent arr\u00eat).<\/p>\n<p>Sur le fond, nous sommes d\u2019accord pour l\u2019essentiel avec la majorit\u00e9 en ce qui concerne les principes applicables. En particulier, nous souscrivons pleinement \u00e0 l\u2019analyse en quatre \u00e9tapes \u00e0 laquelle la majorit\u00e9 juge n\u00e9cessaire de proc\u00e9der (motifs de la diff\u00e9rence de traitement ; situation comparable ; but l\u00e9gitime ; proportionnalit\u00e9) (paragraphe 189 du pr\u00e9sent arr\u00eat).<\/p>\n<p>8. En revanche, nous ne sommes pas convaincus par l\u2019application que la majorit\u00e9 fait de certains de ces principes et par l\u2019entorse donn\u00e9e \u00e0 la jurisprudence bien \u00e9tablie relative \u00e0 la marge d\u2019appr\u00e9ciation de l\u2019\u00c9tat et \u00e0 l\u2019intensit\u00e9 du contr\u00f4le op\u00e9r\u00e9 par la Cour (paragraphes 183\u2011185 du pr\u00e9sent arr\u00eat).<\/p>\n<p>Certes, la pr\u00e9sente affaire a pour objet des mesures d\u2019ordre g\u00e9n\u00e9ral en mati\u00e8re \u00e9conomique ou sociale, pour lesquelles la Cour estime d\u2019ordinaire que la Convention reconna\u00eet aux \u00c9tats une ample marge d\u2019appr\u00e9ciation (paragraphe\u00a0184 du pr\u00e9sent arr\u00eat). Toutefois, elle porte \u00e9galement \u2013 et surtout \u2013 sur une diff\u00e9rence de traitement fond\u00e9e uniquement sur la nationalit\u00e9. En pareil cas, m\u00eame si la diff\u00e9rence de traitement litigieuse d\u00e9coule de mesures d\u2019ordre g\u00e9n\u00e9ral en mati\u00e8re \u00e9conomique ou sociale, la Cour ne peut admettre qu\u2019elle est compatible avec l\u2019article 14 de la Convention que si l\u2019\u00c9tat d\u00e9fendeur la justifie par \u00ab des consid\u00e9rations tr\u00e8s fortes \u00bb (voir le paragraphe\u00a0183 du pr\u00e9sent arr\u00eat, qui renvoie \u00e0 Gaygusuz c.\u00a0Autriche, 16\u00a0septembre 1996, \u00a7 42, Recueil des arr\u00eats et d\u00e9cisions 1996\u2011IV, Andrejeva, pr\u00e9cit\u00e9, \u00a7 87, et Riba\u0107 c.\u00a0Slov\u00e9nie, no 57101\/10, \u00a7 53, 5\u00a0d\u00e9cembre 2017). \u00c0 l\u2019instar de nos coll\u00e8gues dissidents, nous estimons que c\u2019est le crit\u00e8re des \u00ab\u00a0consid\u00e9rations tr\u00e8s fortes \u00bb qui aurait d\u00fb \u00eatre appliqu\u00e9 en l\u2019esp\u00e8ce. Il semble que la Cour constitutionnelle lettone l\u2019ait elle-m\u00eame reconnu (arr\u00eat du 17\u00a0f\u00e9vrier 2011, \u00a7\u00a013, cit\u00e9 au paragraphe 55 du pr\u00e9sent arr\u00eat).<\/p>\n<p>Toutefois, si la majorit\u00e9 ne d\u00e9roge pas enti\u00e8rement \u00e0 ce crit\u00e8re, elle souligne que pour se prononcer sur l\u2019existence ou l\u2019absence de \u00ab\u00a0consid\u00e9rations tr\u00e8s fortes\u00a0\u00bb, la Cour doit tenir compte des circonstances propres au cas d\u2019esp\u00e8ce afin de \u00ab\u00a0d\u00e9terminer l\u2019\u00e9tendue de la marge d\u2019appr\u00e9ciation du gouvernement d\u00e9fendeur\u00a0\u00bb (voir les paragraphes\u00a0193 et\u00a0206 du pr\u00e9sent arr\u00eat). Apr\u00e8s avoir mentionn\u00e9 certaines de ces circonstances, la majorit\u00e9 conclut que \u00ab la question de savoir si la diff\u00e9rence de traitement litigieuse est justifi\u00e9e par des \u00ab consid\u00e9rations tr\u00e8s fortes \u00bb doit \u00eatre appr\u00e9ci\u00e9e \u00e0 l\u2019aune de l\u2019ample marge d\u2019appr\u00e9ciation applicable en l\u2019esp\u00e8ce\u00a0\u00bb (paragraphe\u00a0213 du pr\u00e9sent arr\u00eat).<\/p>\n<p>Nous avons du mal \u00e0 comprendre ce que la majorit\u00e9 veut exactement dire. Dans le meilleur des cas, elle tente de tergiverser. Dans le pire des cas, elle met \u00e0 mal l\u2019exigence stricte des \u00ab\u00a0consid\u00e9rations tr\u00e8s fortes\u00a0\u00bb en y int\u00e9grant une ample marge d\u2019appr\u00e9ciation appel\u00e9e \u00e0 jouer un r\u00f4le important, voire d\u00e9terminant.<\/p>\n<p>Pour notre part, nous nous en tenons \u00e0 l\u2019exigence des \u00ab\u00a0consid\u00e9rations tr\u00e8s fortes\u00a0\u00bb auxquelles une diff\u00e9rence de traitement fond\u00e9e uniquement sur la nationalit\u00e9 doit satisfaire pour pouvoir se justifier. Pour les raisons expos\u00e9es ci-dessous, nous estimons que c\u2019est \u00e0 juste titre que la Cour tire davantage parti des motifs invoqu\u00e9s par la Cour constitutionnelle lettone pour justifier la discrimination litigieuse, compte tenu de la sensibilit\u00e9 politique et sociale de cette question en Lettonie et de l\u2019importance du dialogue judiciaire dans un syst\u00e8me reposant sur une responsabilit\u00e9 partag\u00e9e. Nous convenons \u00e9galement que la l\u00e9gislation sur les pensions adopt\u00e9e en 1995 ne peut \u00eatre dissoci\u00e9e du cadre plus g\u00e9n\u00e9ral des arrangements op\u00e9r\u00e9s en mati\u00e8re de droit constitutionnel et de droit international apr\u00e8s le retour de la Lettonie \u00e0 l\u2019ind\u00e9pendance, en 1991 (voir aussi, en ce qui concerne l\u2019expulsion d\u2019anciens citoyens sovi\u00e9tiques, Slivenko, pr\u00e9cit\u00e9, \u00a7\u00a0111). Toutefois, nous estimons que la majorit\u00e9 n\u2019explique pas pourquoi la Cour devrait r\u00e9duire l\u2019intensit\u00e9 de son contr\u00f4le comme elle propose. Les circonstances de l\u2019affaire \u2013 de m\u00eame que le domaine et le contexte de celle-ci \u2013 doivent assur\u00e9ment \u00eatre prises en compte aux fins de l\u2019\u00e9valuation de l\u2019\u00e9tendue de la marge d\u2019appr\u00e9ciation dont l\u2019\u00c9tat b\u00e9n\u00e9ficie pour d\u00e9terminer \u00ab\u00a0si et dans quelle mesure des diff\u00e9rences entre des situations \u00e0 d\u2019autres \u00e9gards analogues justifient des diff\u00e9rences de traitement\u00a0\u00bb (voir le paragraphe 183 du pr\u00e9sent arr\u00eat ; voir aussi, parmi beaucoup d\u2019autres, Rasmussen c.\u00a0Danemark, 28\u00a0novembre 1984, \u00a7\u00a040, s\u00e9rie\u00a0A no 87, Stummer c.\u00a0Autriche [GC], no\u00a037452\/02, \u00a7 88, CEDH 2011, et Molla Sali c.\u00a0Gr\u00e8ce [GC], no 20452\/14, \u00a7\u00a0136, 19 d\u00e9cembre 2018). Toutefois, selon la jurisprudence de la Cour, le fait qu\u2019une diff\u00e9rence de traitement soit fond\u00e9e uniquement sur la nationalit\u00e9 constitue pr\u00e9cis\u00e9ment le facteur d\u00e9terminant devant conduire \u00e0 accorder \u00e0 l\u2019\u00c9tat une marge d\u2019appr\u00e9ciation r\u00e9duite et \u00e0 exiger des \u00ab\u00a0consid\u00e9rations tr\u00e8s fortes\u00a0\u00bb.<\/p>\n<p><strong>IV. Application en l\u2019esp\u00e8ce des principes g\u00e9n\u00e9raux susmentionn\u00e9s<\/strong><\/p>\n<p><strong>A. Sur le motif de discrimination<\/strong><\/p>\n<p>9. La majorit\u00e9 confirme la conclusion \u00e0 laquelle la Cour \u00e9tait parvenue dans l\u2019arr\u00eat Andrejeva, selon laquelle la nationalit\u00e9\u2013 ou plut\u00f4t l\u2019absence de citoyennet\u00e9 lettone des requ\u00e9rants \u2013 constituait le seul crit\u00e8re de la distinction incrimin\u00e9e (paragraphe 193 du pr\u00e9sent arr\u00eat). Nous souscrivons \u00e0 cette position.<\/p>\n<p>Nous tenons \u00e0 souligner que la diff\u00e9rence de traitement litigieuse entre les citoyens lettons et les non-citoyens r\u00e9sidents permanents est directement fond\u00e9e sur la nationalit\u00e9. Il s\u2019agit l\u00e0 d\u2019un choix d\u00e9lib\u00e9r\u00e9 du l\u00e9gislateur. La pr\u00e9sente affaire ne porte pas sur une discrimination indirecte fond\u00e9e sur la nationalit\u00e9 qui aurait r\u00e9sult\u00e9, par exemple, de l\u2019application d\u2019un crit\u00e8re tel que la dur\u00e9e de r\u00e9sidence en Lettonie, crit\u00e8re qui aurait pu permettre de diff\u00e9rencier les requ\u00e9rants les uns des autres (en ce que ceux-ci ne se sont pas install\u00e9s en Lettonie au m\u00eame moment de leur vie), contrairement \u00e0 celui qui a \u00e9t\u00e9 appliqu\u00e9 en l\u2019esp\u00e8ce et qui ne permet pas une telle distinction. En se focalisant sur les \u00ab\u00a0aspects critiqu\u00e9s [du r\u00e9gime en cause] (&#8230;) et non [sur] les faits ou circonstances propres \u00e0 des requ\u00e9rants bien pr\u00e9cis\u00a0\u00bb (paragraphe\u00a0188 du pr\u00e9sent arr\u00eat), la majorit\u00e9 \u00e9lude les diff\u00e9rences existant entre les requ\u00e9rants ainsi que les autres solutions qui s\u2019offraient \u00e0 l\u2019\u00c9tat d\u00e9fendeur pour se conformer \u00e0 l\u2019arr\u00eat pr\u00e9c\u00e9demment rendu par la Cour dans l\u2019affaire Andrejeva. De telles autres solutions auraient pu r\u00e9pondre aux buts l\u00e9gitimes poursuivis tout en respectant le principe de proportionnalit\u00e9.<\/p>\n<p><strong>B. Sur la question de savoir si les requ\u00e9rants se trouvent dans une situation comparable \u00e0 celle des citoyens lettons<\/strong><\/p>\n<p>10. Point crucial, la majorit\u00e9 confirme que \u00ab\u00a0les requ\u00e9rants peuvent \u00eatre consid\u00e9r\u00e9s comme se trouvant dans une situation comparable \u00e0 celle des personnes qui ont eu la m\u00eame carri\u00e8re professionnelle mais qui poss\u00e8dent la citoyennet\u00e9 lettone\u00a0\u00bb (paragraphe 195 du pr\u00e9sent arr\u00eat, italiques ajout\u00e9s). Nous souscrivons \u00e0 ce constat.<\/p>\n<p>Nous relevons qu\u2019en leur qualit\u00e9 de non-citoyens r\u00e9sidents permanents, les requ\u00e9rants se voient non seulement appliquer un traitement diff\u00e9rent de celui des citoyens lettons, mais sont aussi assimil\u00e9s \u00e0 des \u00e9trangers et \u00e0 des apatrides (paragraphe\u00a03 ci-dessus) en ce qui concerne la prise en compte des p\u00e9riodes de travail et des p\u00e9riodes \u00e9quivalentes, malgr\u00e9 leurs liens reconnus et anciens avec la Lettonie.<\/p>\n<p>En admettant, premi\u00e8rement, que les non-citoyens se trouvent dans une situation comparable \u00e0 celle des citoyens en ce qui concerne leurs droits \u00e0 pension et, deuxi\u00e8mement, que la diff\u00e9rence de traitement litigieuse est directement fond\u00e9e sur la nationalit\u00e9, la majorit\u00e9 confirme que la pr\u00e9sente affaire est parfaitement identique, du point de vue juridique, \u00e0 l\u2019affaire Andrejeva, faisant ainsi ressortir que la remise en cause de l\u2019arr\u00eat rendu dans cette affaire doit \u00eatre justifi\u00e9e par des motifs tr\u00e8s solides.<\/p>\n<p><strong>C. Sur la l\u00e9gitimit\u00e9 des buts poursuivis<\/strong><\/p>\n<p>11. Comme l\u2019indique la majorit\u00e9, le Gouvernement avance que la diff\u00e9rence de traitement litigieuse op\u00e9r\u00e9e entre les citoyens et les non\u2011citoyens r\u00e9sidents permanents poursuit deux buts, consistant d\u2019une part \u00e0 \u00ab\u00a0\u00ab\u00a0pr\u00e9server l\u2019identit\u00e9 constitutionnelle de l\u2019\u00c9tat par la mise en \u0153uvre de la doctrine de la continuit\u00e9 de l\u2019\u00c9tat\u00a0\u00bb et, d\u2019autre part, \u00e0 \u00ab\u00a0prot\u00e9ger le syst\u00e8me \u00e9conomique national\u00a0\u00bb (paragraphe 196 du pr\u00e9sent arr\u00eat). Nous examinerons tour \u00e0 tour les deux buts en question.<\/p>\n<p><strong>V. La doctrine de la continuit\u00e9 de l\u2019\u00c9tat et la pr\u00e9servation de l\u2019identit\u00e9 constitutionnelle de la Lettonie<\/strong><\/p>\n<p>12. En vertu de la doctrine de la continuit\u00e9 de l\u2019\u00c9tat, la R\u00e9publique de Lettonie, instaur\u00e9e en 1918, a continu\u00e9 \u00e0 exister de jure pendant l\u2019occupation ill\u00e9gale de la Lettonie par l\u2019Union sovi\u00e9tique, et c\u2019est ce m\u00eame \u00c9tat qui a recouvr\u00e9 son ind\u00e9pendance en 1990 (voir l\u2019arr\u00eat rendu le 17 f\u00e9vrier 2011 par la Cour constitutionnelle lettone, \u00a7 11.1, cit\u00e9 au paragraphe 53 du pr\u00e9sent arr\u00eat). Selon cette doctrine, \u00ab\u00a0[l]es actes de droit public adopt\u00e9s par les autorit\u00e9s publiques ill\u00e9galement constitu\u00e9es de l\u2019(&#8230;) \u00c9tat [occupant] n\u2019engagent pas juridiquement l\u2019\u00c9tat qui a r\u00e9tabli son ind\u00e9pendance\u00a0\u00bb (m\u00eame arr\u00eat, \u00a7\u00a011.3), et \u00ab\u00a0l\u2019\u00c9tat qui a recouvr\u00e9 son ind\u00e9pendance n\u2019est pas tenu de reprendre \u00e0 son compte les engagements d\u00e9coulant des obligations de l\u2019\u00c9tat occupant\u00a0\u00bb (ibidem).<\/p>\n<p>\u00c0 ce stade, il importe de relever que la question soulev\u00e9e par la pr\u00e9sente requ\u00eate ne concerne pas la r\u00e9alisation par la Lettonie de l\u2019une quelconque des obligations de l\u2019Union sovi\u00e9tique. Comme l\u2019affaire Andrejeva, la pr\u00e9sente affaire porte sur l\u2019engagement de la Lettonie de \u00ab verser aux particuliers des pensions au titre du travail accompli en dehors de son territoire\u00a0\u00bb (Andrejeva, pr\u00e9cit\u00e9, \u00a7\u00a078; voir aussi le paragraphe 203 du pr\u00e9sent arr\u00eat). Les requ\u00e9rants, pas plus que Mme Andrejeva, ne se disent victimes d\u2019une violation d\u2019un droit patrimonial garanti par l\u2019article 1 du Protocole no 1 pris isol\u00e9ment. Leur grief porte sur une diff\u00e9rence de traitement prohib\u00e9e par l\u2019article 14 de la Convention. Si l\u2019\u00c9tat concern\u00e9 a d\u00e9cid\u00e9, malgr\u00e9 tout, de verser des pensions de retraite au titre d\u2019une p\u00e9riode de travail effectu\u00e9e en dehors du territoire national, il doit le faire sans aucune discrimination (ibidem, \u00a7\u00a054, et paragraphe\u00a03 ci-dessus).<\/p>\n<p>13. La majorit\u00e9 consid\u00e8re que la n\u00e9cessit\u00e9 de pr\u00e9server le fondement constitutionnel de la Lettonie apr\u00e8s le r\u00e9tablissement de l\u2019ind\u00e9pendance de ce pays constitue l\u2019aspect essentiel du premier but l\u00e9gitime invoqu\u00e9. Envisag\u00e9e dans ce contexte et \u00e0 l\u2019aune de la doctrine de la continuit\u00e9 de l\u2019\u00c9tat, la diff\u00e9rence de traitement litigieuse vise \u00e0 \u00ab\u00a0\u00e9viter d\u2019ent\u00e9riner r\u00e9troactivement les effets de la politique migratoire mise en \u0153uvre pendant l\u2019occupation et l\u2019annexion ill\u00e9gales du pays\u00a0\u00bb (paragraphe\u00a0198 du pr\u00e9sent arr\u00eat).<\/p>\n<p>Nous souscrivons \u00e0 l\u2019appr\u00e9ciation de la majorit\u00e9 selon laquelle ce but pourrait passer pour l\u00e9gitime (ibidem). Il n\u2019en demeure pas moins que l\u2019attribution de majorations de pension ne nous para\u00eet gu\u00e8re \u00eatre un instrument naturel pour r\u00e9glementer des questions touchant au fondement constitutionnel d\u2019un \u00c9tat (paragraphe 24 ci-dessous). La question qui se pose consiste donc \u00e0 savoir si la r\u00e9alisation de ce but peut aller jusqu\u2019\u00e0 justifier un refus d\u2019accorder des avantages \u00e0 tous les individus qui se sont install\u00e9s en Lettonie en raison de la politique migratoire mise en \u0153uvre par l\u2019Union sovi\u00e9tique. Nous examinerons cette question sous l\u2019angle de l\u2019exigence de proportionnalit\u00e9 (paragraphes\u00a017 et\u00a024 ci-dessous).<\/p>\n<p><strong>VI. La protection du syst\u00e8me \u00e9conomique national<\/strong><\/p>\n<p>14. La majorit\u00e9 admet \u00e9galement que la protection du syst\u00e8me \u00e9conomique national est un but l\u00e9gitime (paragraphe 198 du pr\u00e9sent arr\u00eat).<\/p>\n<p>Nous souscrivons \u00e0 cette analyse, qui cadre avec l\u2019arr\u00eat Andrejeva (pr\u00e9cit\u00e9, \u00a7\u00a086). Toutefois, il convient de relever que ce but est li\u00e9 aux difficult\u00e9s auxquelles la Lettonie \u00e9tait confront\u00e9e apr\u00e8s le r\u00e9tablissement de son ind\u00e9pendance, lorsqu\u2019elle a d\u00fb mettre en place un r\u00e9gime de s\u00e9curit\u00e9 sociale viable avec un budget national limit\u00e9 (ibidem). Il reste \u00e0 savoir si ces difficult\u00e9s \u00e9taient toujours aussi graves lorsque la Cour constitutionnelle lettone, une vingtaine d\u2019ann\u00e9es plus tard, a refus\u00e9 de mettre \u00e0 ex\u00e9cution l\u2019arr\u00eat Andrejeva, et ult\u00e9rieurement. Nous examinerons \u00e9galement cette question sous l\u2019angle de l\u2019exigence de proportionnalit\u00e9 (paragraphe\u00a025 ci-dessous).<\/p>\n<p><strong>Sur la proportionnalit\u00e9 de la diff\u00e9rence de traitement litigieuse<\/strong><\/p>\n<p>15. Pour appr\u00e9cier la proportionnalit\u00e9 du refus d\u2019accorder aux non\u2011citoyens r\u00e9sidents permanents les m\u00eames avantages en mati\u00e8re de pensions qu\u2019aux citoyens lettons, la majorit\u00e9 tient compte de cinq facteurs sp\u00e9cifiques. Les quatre premiers se rattachent sp\u00e9cialement au but principal consistant \u00e0 pr\u00e9server l\u2019identit\u00e9 constitutionnelle de la Lettonie et \u00e0 \u00e9viter d\u2019ent\u00e9riner r\u00e9troactivement les effets de la politique migratoire mise en \u0153uvre par l\u2019Union sovi\u00e9tique (paragraphes 214-217 du pr\u00e9sent arr\u00eat), le cinqui\u00e8me a trait \u00e0 l\u2019objectif secondaire consistant \u00e0 prot\u00e9ger le syst\u00e8me \u00e9conomique national (paragraphe\u00a0218 du pr\u00e9sent arr\u00eat). Nous formulerons des observations sur chacun de ces facteurs.<\/p>\n<p>Par ailleurs, nous relevons que le Gouvernement tire argument des accords bilat\u00e9raux de s\u00e9curit\u00e9 sociale conclus par la Lettonie avec le B\u00e9larus et la Russie (paragraphe 175 du pr\u00e9sent arr\u00eat), mais que la majorit\u00e9 ne semble pas juger utile de tenir compte de leur existence. En effet, dans l\u2019arr\u00eat Andrejeva, la Cour a jug\u00e9 que pareils accords ne pouvaient exon\u00e9rer la Lettonie de sa responsabilit\u00e9 au regard de l\u2019article 14 de la Convention (Andrejeva, pr\u00e9cit\u00e9, \u00a7\u00a090; voir aussi Riba\u0107, pr\u00e9cit\u00e9, \u00a7 65). En outre, la Lettonie n\u2019a pas conclu d\u2019accords bilat\u00e9raux avec chacune des anciennes r\u00e9publiques sovi\u00e9tiques (paragraphe\u00a079 du pr\u00e9sent arr\u00eat), et ceux-ci ne semblent pas permettre une r\u00e9vision r\u00e9troactive des droits \u00e0 pension (paragraphes 80-81 du pr\u00e9sent arr\u00eat).<\/p>\n<p><strong>VII. Les facteurs relatifs \u00e0 la doctrine de la continuit\u00e9 de l\u2019\u00c9tat et \u00e0 la pr\u00e9servation de l\u2019identit\u00e9 constitutionnelle de la Lettonie<\/strong><\/p>\n<p>16. La majorit\u00e9 rel\u00e8ve en premier lieu que le motif sur lequel repose la diff\u00e9rence de traitement litigieuse \u00ab\u00a0est directement li\u00e9 au but principal sur lequel la Cour constitutionnelle lettone s\u2019est fond\u00e9e\u00a0\u00bb. Elle consid\u00e8re que le traitement plus favorable accord\u00e9 aux personnes poss\u00e9dant la citoyennet\u00e9 lettone \u00ab\u00a0correspond\u00a0\u00bb \u00e0 ce but l\u00e9gitime (paragraphe 214 du pr\u00e9sent arr\u00eat).<\/p>\n<p>Nous croyons comprendre qu\u2019en se pronon\u00e7ant ainsi, la majorit\u00e9 affirme en substance que le but poursuivi par le l\u00e9gislateur peut \u00eatre atteint au moyen de la diff\u00e9rence de traitement op\u00e9r\u00e9e par le paragraphe 1 des dispositions transitoires de la loi sur les pensions d\u2019\u00c9tat.<\/p>\n<p>Si la correspondance d\u2019une mesure avec le but poursuivi est effectivement une condition n\u00e9cessaire \u00e0 la proportionnalit\u00e9 de celle-ci (Rasmussen, pr\u00e9cit\u00e9, \u00a7\u00a041, et J.D. et A c. Royaume-Uni, nos\u00a032949\/17 et 34614\/17, \u00a7\u00a7\u00a099 et\u00a0104, 24\u00a0octobre 2019), la question qui se pose en l\u2019esp\u00e8ce consiste \u00e0 savoir si la diff\u00e9rence de traitement litigieuse constitue une mesure excessive pour atteindre l\u2019objectif d\u00e9clar\u00e9.<\/p>\n<p>17. Il est ind\u00e9niable que \u00ab\u00a0pendant l\u2019occupation sovi\u00e9tique, l\u2019afflux consid\u00e9rable de main d\u2019\u0153uvre civile et de personnel militaire artificiellement organis\u00e9 dans le cadre de la politique g\u00e9n\u00e9rale de sovi\u00e9tisation et de russification de la Lettonie a conduit \u00e0 un transfert massif de population de l\u2019Union sovi\u00e9tique vers la Lettonie\u00a0\u00bb (voir les observations du Gouvernement expos\u00e9es au paragraphe 171 du pr\u00e9sent arr\u00eat). Le Gouvernement soutient que \u00ab\u00a0pareils transferts de population sont interdits par le droit international\u00a0\u00bb (ibidem). Nous ne mettons pas en doute cette affirmation, et nous ne sous\u2011estimons pas davantage les souffrances inflig\u00e9es \u00e0 la population lettone autochtone pendant les d\u00e9cennies d\u2019occupation de la Lettonie et les difficult\u00e9s auxquelles ce pays a \u00e9t\u00e9 confront\u00e9 apr\u00e8s avoir recouvr\u00e9 son ind\u00e9pendance. Les \u00e9v\u00e9nements tragiques qui se d\u00e9roulent actuellement en Europe illustrent la possibilit\u00e9 de survenance \u00e0 l\u2019avenir de nouveaux d\u00e9fis.<\/p>\n<p>Toutefois, il reste que c\u2019est l\u2019Union sovi\u00e9tique, \u00c9tat agissant par l\u2019interm\u00e9diaire de ses organes, qui \u00e9tait responsable de cette politique migratoire. \u00c0 cet \u00e9gard, le gouvernement d\u00e9fendeur ne conteste pas que les citoyens sovi\u00e9tiques \u00e9taient amen\u00e9s \u00e0 se d\u00e9placer sur tout le territoire de l\u2019URSS \u00e0 l\u2019\u00e9poque pertinente, souvent non par choix mais en raison des affectations professionnelles impos\u00e9es par les autorit\u00e9s de l\u2019\u00c9tat. Nous ne voyons aucune raison de reprocher aux requ\u00e9rants d\u2019avoir agi conform\u00e9ment \u00e0 la politique migratoire sovi\u00e9tique.<\/p>\n<p>La diff\u00e9rence de traitement litigieuse op\u00e9r\u00e9e entre les citoyens et les non\u2011citoyens r\u00e9sidents permanents pose probl\u00e8me en ce qu\u2019elle impute les actes illicites de l\u2019Union sovi\u00e9tique \u00e0 tous ses anciens ressortissants qui se sont install\u00e9s en Lettonie pendant l\u2019occupation de celle-ci, quelle que soit leur part de responsabilit\u00e9 individuelle dans leur installation dans ce pays.<\/p>\n<p>Or nous estimons que l\u2019on ne peut pr\u00e9sumer que tous les anciens citoyens sovi\u00e9tiques ont pris part \u00e0 des actes illicites contre la Lettonie au seul motif qu\u2019ils poss\u00e9daient la nationalit\u00e9 sovi\u00e9tique (comparer avec Riba\u0107, pr\u00e9cit\u00e9, \u00a7\u00a7\u00a063-64). La l\u00e9gislation litigieuse consid\u00e8re en substance que tous les anciens ressortissants de l\u2019Union sovi\u00e9tique n\u00e9s dans les r\u00e9publiques de cet \u00c9tat autres que la Lettonie sont entach\u00e9s d\u2019un \u00ab\u00a0p\u00e9ch\u00e9 originel\u00a0\u00bb propre \u00e0 justifier le refus de leur accorder certains avantages reconnus aux citoyens lettons. Nous estimons que pareille pr\u00e9somption ne se concilie gu\u00e8re avec l\u2019id\u00e9e selon laquelle chacun a des droits et des devoirs individuels (voir \u00e9galement le \u00a7\u00a06 de l\u2019opinion dissidente des juges Seibert-Fohr et autres).<\/p>\n<p>18. La majorit\u00e9 souligne en deuxi\u00e8me lieu que les non-citoyens r\u00e9sidents permanents avaient la possibilit\u00e9 d\u2019\u00ab\u00a0obtenir la nationalit\u00e9 lettone ou de choisir un autre \u00c9tat de rattachement\u00a0\u00bb (paragraphe 215 du pr\u00e9sent arr\u00eat). Elle accorde de l\u2019importance \u00e0 cette \u00ab\u00a0part de choix personnel\u00a0\u00bb, \u00ab\u00a0en particulier lorsque sont en jeu des privil\u00e8ges, des prestations ou des avantages financiers\u00a0\u00bb (ibidem). \u00c0 ses yeux, \u00ab\u00a0le choix de rester non-citoyen r\u00e9sident permanent ou d\u2019acqu\u00e9rir la nationalit\u00e9 lettone (&#8230;) proc\u00e9dait dans une large mesure d\u2019une aspiration personnelle plut\u00f4t que d\u2019une situation immuable, compte tenu, en particulier, du laps de temps consid\u00e9rable dont les requ\u00e9rants ont dispos\u00e9 pour exercer ce choix\u00a0\u00bb (ibidem).<\/p>\n<p>Ce faisant, la majorit\u00e9 s\u2019\u00e9carte \u2013 sans le reconna\u00eetre explicitement \u2013 de la logique \u00e0 la fois simple et convaincante de l\u2019arr\u00eat Andrejeva. Dans cet arr\u00eat, la Cour a d\u00e9clar\u00e9 qu\u2019elle \u00ab\u00a0ne [pouvait] accepter la th\u00e8se du Gouvernement selon laquelle il suffirait \u00e0 la requ\u00e9rante de se faire naturaliser lettone pour obtenir l\u2019int\u00e9gralit\u00e9 de la pension r\u00e9clam\u00e9e. En effet, l\u2019interdiction de discrimination consacr\u00e9e par l\u2019article 14 de la Convention n\u2019a de sens que si, dans chaque cas particulier, la situation personnelle du requ\u00e9rant par rapport aux crit\u00e8res \u00e9num\u00e9r\u00e9s dans cette disposition est prise en compte telle quelle. \u00ab\u00a0Une approche contraire, consistant \u00e0 d\u00e9bouter la victime au motif qu\u2019elle aurait pu \u00e9chapper \u00e0 la discrimination en modifiant l\u2019un des \u00e9l\u00e9ments litigieux \u2013 par exemple, en acqu\u00e9rant une nationalit\u00e9 \u2013 viderait l\u2019article\u00a014 de sa substance\u00a0\u00bb (Andrejeva, pr\u00e9cit\u00e9, \u00a7 91, italiques ajout\u00e9s\u00a0; voir, pour un raisonnement analogue, Mu\u00f1oz D\u00edaz c.\u00a0Espagne, no\u00a049151\/07, \u00a7\u00a070, CEDH\u00a02009).<\/p>\n<p>Selon ce raisonnement, le fait, pour une personne, de ne pas avoir demand\u00e9 la nationalit\u00e9 d\u2019un \u00c9tat ne constitue pas un \u00e9l\u00e9ment \u00e0 prendre en compte aux fins de l\u2019appr\u00e9ciation de la proportionnalit\u00e9 du refus de lui accorder un avantage r\u00e9serv\u00e9 aux ressortissants de l\u2019\u00c9tat en question (comparer avec Kuri\u0107 et autres c Slov\u00e9nie [GC], no\u00a026828\/06, \u00a7 393, CEDH 2012 (extraits)).<\/p>\n<p>En ce qui concerne les affaires de discrimination en g\u00e9n\u00e9ral, l\u2019abandon de la logique de l\u2019arr\u00eat Andrejeva op\u00e9r\u00e9 en l\u2019esp\u00e8ce nous semble tr\u00e8s probl\u00e9matique. Le raisonnement de la majorit\u00e9 risque de porter atteinte \u00e0 la substance m\u00eame de l\u2019interdiction de la discrimination. La pr\u00e9sente affaire porte sur la nationalit\u00e9. On peut se demander \u00e0 quels autres motifs prohib\u00e9s de discrimination non immuables la majorit\u00e9 est dispos\u00e9e \u00e0 \u00e9tendre ce raisonnement, qui nous para\u00eet \u00eatre une pente dangereuse.<\/p>\n<p>19. S\u2019agissant de la situation des non-citoyens r\u00e9sidents permanents, le raisonnement de la majorit\u00e9 ax\u00e9 sur l\u2019\u00e9l\u00e9ment de choix personnel n\u2019aurait en tout \u00e9tat de cause \u00e9t\u00e9 op\u00e9rant que si les int\u00e9ress\u00e9s avaient pu acc\u00e9der assez rapidement et facilement \u00e0 la nationalit\u00e9 lettone depuis le r\u00e9tablissement de l\u2019ind\u00e9pendance. Or il est frappant de constater que l\u2019arr\u00eat passe sous silence les difficult\u00e9s \u00e9prouv\u00e9es par les non-citoyens depuis de nombreuses ann\u00e9es pour acc\u00e9der \u00e0 la naturalisation, l\u2019ampleur des critiques adress\u00e9es \u00e0 la l\u00e9gislation et \u00e0 la politique lettones relatives \u00e0 la naturalisation ainsi que les efforts constants d\u00e9ploy\u00e9s par la communaut\u00e9 tant europ\u00e9enne qu\u2019internationale \u2013 y compris le Conseil de l\u2019Europe \u00ad\u2013 pour faire changer cet \u00e9tat de choses (on se reportera \u00e0 deux publications r\u00e9centes intitul\u00e9es Democratic Transition and Linguistic Minorities in Estonia and Latvia, par A. Di Gregorio pour la Commission des p\u00e9titions du Parlement europ\u00e9en, avril 2018, et Country Report on Citizenship Law: Latvia, par K. Kr\u016bma pour l\u2019Observatoire de la citoyennet\u00e9 EUDO, EUI, 2015, avec les r\u00e9f\u00e9rences qui figurent).<\/p>\n<p>Enfin, m\u00eame si les requ\u00e9rants avaient acquis la citoyennet\u00e9 lettone, ils n\u2019auraient \u00e9t\u00e9 trait\u00e9s comme les autres citoyens lettons que pour l\u2019avenir. La diff\u00e9rence de traitement subie par eux pendant les ann\u00e9es pr\u00e9c\u00e9dant leur naturalisation n\u2019aurait pas disparu r\u00e9troactivement, car la r\u00e9vision du montant de leurs pensions n\u2019aurait pas d\u2019effet ex tunc (paragraphe 67 du pr\u00e9sent arr\u00eat).<\/p>\n<p>20. Nous voudrions aussi faire observer que la mention, par la majorit\u00e9, de la possibilit\u00e9 d\u2019acqu\u00e9rir la citoyennet\u00e9 lettone pr\u00e9suppose implicitement que c\u2019est principalement \u2013 voire exclusivement \u2013 la citoyennet\u00e9 qui permet l\u2019\u00e9tablissement, avec tel ou tel \u00c9tat, de liens susceptibles de conduire \u00e0 la reconnaissance de droits socio-\u00e9conomiques. Pareille position va \u00e0 l\u2019encontre de la jurisprudence constante de la Cour.<\/p>\n<p>La r\u00e9sidence r\u00e9guli\u00e8re dans un pays, en particulier si elle est prolong\u00e9e, cr\u00e9e elle aussi des liens qui imposent un certain nombre d\u2019obligations \u00e0 l\u2019\u00c9tat concern\u00e9. En \u00e9non\u00e7ant que les \u00c9tats reconnaissent \u00e0 toute personne \u00ab\u00a0relevant de leur juridiction\u00a0\u00bb les droits et libert\u00e9s garantis par la Convention, l\u2019article\u00a01 de cet instrument indique clairement que le respect des droits de l\u2019homme n\u2019est pas d\u00fb aux seuls citoyens (voir \u00e9galement l\u2019article 8 de la Convention europ\u00e9enne de s\u00e9curit\u00e9 sociale). Le b\u00e9n\u00e9fice de prestations \u00e0 caract\u00e8re non contributif peut \u00e9videmment \u00eatre subordonn\u00e9 \u00e0 la condition que leurs allocataires justifient d\u2019une dur\u00e9e minimale de r\u00e9sidence sur le territoire de l\u2019\u00c9tat concern\u00e9 ou \u00e0 d\u2019autres exigences l\u00e9gales (voir \u00e9galement le renvoi op\u00e9r\u00e9 au \u00a7 9 de l\u2019opinion dissidente des juges Seibert-Fohr et autres au pr\u00e9ambule de la Convention de s\u00e9curit\u00e9 sociale).<\/p>\n<p>Les non-citoyens r\u00e9sidents permanents r\u00e9sident l\u00e9galement en Lettonie. Ils se sont install\u00e9s dans ce pays il y a plusieurs d\u00e9cennies, avant que celui-ci ne recouvre son ind\u00e9pendance en 1991. Ils n\u2019ont pu manquer d\u2019\u00e9tablir des liens avec la Lettonie pendant toutes les ann\u00e9es o\u00f9 ils y ont v\u00e9cu (paragraphe\u00a02 ci\u2011dessus). D\u2019ailleurs, le fait que la Cour ait reconnu dans l\u2019arr\u00eat Andrejeva \u2013 et confirm\u00e9 dans le pr\u00e9sent arr\u00eat \u2013 que les non-citoyens r\u00e9sidents permanents se trouvent dans une situation comparable \u00e0 celle des citoyens lettons d\u00e9coule pr\u00e9cis\u00e9ment des liens \u00e9troits que les premiers ont nou\u00e9s avec la Lettonie.<\/p>\n<p>21. En troisi\u00e8me lieu, la majorit\u00e9 tient compte de ce que la diff\u00e9rence de traitement litigieuse porte \u00ab\u00a0uniquement\u00a0\u00bb sur des p\u00e9riodes de travail accomplies avant l\u2019instauration du r\u00e9gime de pensions ici en cause (c\u2019est\u2011\u00e0\u2011dire pendant le \u00ab\u00a0demi-si\u00e8cle d\u2019occupation et d\u2019annexion ill\u00e9gales\u00a0\u00bb de la Lettonie) et en dehors de la Lettonie,\u00a0\u00ab\u00a0\u00e0 une \u00e9poque o\u00f9 [les requ\u00e9rants] ne s\u2019\u00e9taient pas encore install\u00e9s dans ce pays et n\u2019avaient nou\u00e9 aucun autre lien avec lui\u00a0\u00bb (paragraphe\u00a0216 du pr\u00e9sent arr\u00eat).<\/p>\n<p>Il est logique que les pensions de retraite soient fond\u00e9es sur les p\u00e9riodes de travail accomplies par les requ\u00e9rants avant qu\u2019ils ne soient admis \u00e0 faire valoir leur droit \u00e0 la retraite, car telle est la nature des pensions de retraite. Ce qui importe, c\u2019est que le r\u00e9gime de pensions ici en cause a \u00e9t\u00e9 instaur\u00e9 par le l\u00e9gislateur letton apr\u00e8s le r\u00e9tablissement de l\u2019ind\u00e9pendance de la Lettonie, et que les requ\u00e9rants subissent les effets de la diff\u00e9rence de traitement litigieuse depuis le moment o\u00f9 ils sont devenus \u00e9ligibles \u00e0 une pension, c\u2019est-\u00e0-dire apr\u00e8s le r\u00e9tablissement de l\u2019ind\u00e9pendance, alors qu\u2019ils r\u00e9sident en Lettonie depuis trente et un ans, cinquante-neuf ans, vingt et un ans et dix-huit ans respectivement et qu\u2019ils y ont travaill\u00e9 (paragraphes\u00a021\u201122, 25\u201127, 29\u201130 et 34\u201135 du pr\u00e9sent arr\u00eat). Quelles que soient les diff\u00e9rences qui ont pu exister entre les requ\u00e9rants avant leur arriv\u00e9e en Lettonie et les personnes qui y r\u00e9sidaient \u00e0 cette \u00e9poque, le grief des int\u00e9ress\u00e9s porte sur leur situation au regard de la loi sur les pensions d\u2019\u00c9tat apr\u00e8s le r\u00e9tablissement de l\u2019ind\u00e9pendance de la Lettonie et apr\u00e8s leur installation dans ce pays (comparer avec Kuri\u0107 et autres, pr\u00e9cit\u00e9, \u00a7\u00a0391).<\/p>\n<p>22. \u00e0 cet \u00e9gard, nous observons que la majorit\u00e9 cherche \u00e0 comparer la situation des int\u00e9ress\u00e9s \u00e0 celle des soldats gurkhas requ\u00e9rants de l\u2019affaire British Gurkha Welfare Society et autres c.\u00a0Royaume-Uni (no\u00a044818\/11, 15\u00a0septembre 2016), o\u00f9 la Cour a conclu \u00e0 la non-violation de l\u2019article\u00a014 de la Convention. Nous estimons que l\u2019affaire en question ne pr\u00e9sente aucune similitude avec la pr\u00e9sente esp\u00e8ce, au contraire.<\/p>\n<p>Il est vrai que les soldats gurkhas avaient servi dans l\u2019arm\u00e9e britannique, et qu\u2019ils n\u2019avaient pas \u00e9t\u00e9 trait\u00e9s de la m\u00eame fa\u00e7on que d\u2019autres soldats. Plus pr\u00e9cis\u00e9ment, les ann\u00e9es de service qu\u2019ils avaient accomplies avant le 1er\u00a0juillet\u00a01997 n\u2019avaient \u00e9t\u00e9 que partiellement prises en compte dans le calcul de leurs pensions militaires, tandis qu\u2019elles avaient \u00e9t\u00e9 incluses en totalit\u00e9 dans le calcul des pensions des autres soldats. Toutefois, il est \u00e0 noter que les soldats gurkhas poss\u00e9daient la nationalit\u00e9 n\u00e9palaise. En outre, le 1er\u00a0juillet\u00a01997 correspondait \u00e0 la date \u00e0 laquelle leur brigade, jusque-l\u00e0 implant\u00e9e \u00e0 Hong Kong, fut d\u00e9plac\u00e9e au Royaume-Uni. Ce n\u2019est qu\u2019\u00e0 partir de cette date que les soldats gurkhas avaient pu solliciter l\u2019autorisation de s\u2019installer au Royaume-Uni. Comme l\u2019a relev\u00e9 la Cour, avant le 1er\u00a0juillet 1997, ces soldats \u00ab\u00a0n\u2019avaient pas de liens avec le Royaume-Uni ni de perspective de s\u2019y \u00e9tablir apr\u00e8s leur d\u00e9part de l\u2019arm\u00e9e\u00a0\u00bb (British Gurkha Welfare Society et autres, pr\u00e9cit\u00e9, \u00a7\u00a085).<\/p>\n<p>Pour les raisons expos\u00e9es ci-dessus, et d\u00e9j\u00e0 mises en \u00e9vidence il y a treize ans dans l\u2019arr\u00eat Andrejeva, la situation de ces soldats gurkhas \u00e9tait manifestement diff\u00e9rente de celle de demandeurs tels que les requ\u00e9rants en l\u2019esp\u00e8ce.<\/p>\n<p>23. Enfin, la majorit\u00e9 rel\u00e8ve que la diff\u00e9rence de traitement incrimin\u00e9e \u00ab\u00a0n\u2019a pas non plus remis en cause le droit des requ\u00e9rants \u00e0 la pension de retraite de base accord\u00e9e en vertu du droit letton ind\u00e9pendamment de la carri\u00e8re professionnelle des retrait\u00e9s, et elle n\u2019a entra\u00een\u00e9 aucune privation, ou perte quelle qu\u2019elle soit, de prestations fond\u00e9es sur des cotisations vers\u00e9es par les int\u00e9ress\u00e9s au titre des p\u00e9riodes de travail litigieuses\u00a0\u00bb (paragraphe\u00a0217 du pr\u00e9sent arr\u00eat).<\/p>\n<p>Nous ne contestons pas cette assertion. En effet, la diff\u00e9rence de traitement litigieuse ne porte que sur des majorations de la pension de base.<\/p>\n<p>Mais la question qui se pose \u00e0 la Cour ne consiste pas \u00e0 savoir si l\u2019\u00c9tat d\u00e9fendeur a attribu\u00e9 \u00e9quitablement des ressources limit\u00e9es entre diff\u00e9rentes cat\u00e9gories de demandeurs (comparer avec Bah c. Royaume-Uni, no\u00a056328\/07, \u00a7\u00a7\u00a048-50, CEDH 2011) pour garantir \u00e0 tous une retraite d\u00e9cente. La question est, de mani\u00e8re plus g\u00e9n\u00e9rale, s\u2019il peut r\u00e9server le b\u00e9n\u00e9fice des majorations de pension aux seuls habitants qu\u2019il consid\u00e8re comme ses \u00ab\u00a0citoyens\u00a0\u00bb et appliquer un traitement diff\u00e9renci\u00e9 \u00e0 une cat\u00e9gorie de r\u00e9sidents permanents qui, du point de vue du calcul de leur pension de retraite, se trouvent dans une situation jug\u00e9e comparable sauf en ce qui concerne leur nationalit\u00e9.<\/p>\n<p>24. S\u2019agissant de l\u2019appr\u00e9ciation de la proportionnalit\u00e9, nous souhaiterions formuler quelques br\u00e8ves observations sur une autre question qui se pose en l\u2019esp\u00e8ce. Devant la Cour, le Gouvernement invoque \u00ab\u00a0l\u2019identit\u00e9 constitutionnelle\u00a0\u00bb de la Lettonie (paragraphes 176, 196 et\u00a0198 du pr\u00e9sent arr\u00eat).<\/p>\n<p>Nous craignons l\u00e0 encore que cet argument ne conduise la Cour sur une pente dangereuse. Nous ne contestons pas que l\u2019identit\u00e9 constitutionnelle de l\u2019\u00c9tat soit importante ni que le recours \u00e0 de telles consid\u00e9rations puisse \u00eatre n\u00e9cessaire dans certaines circonstances. Toutefois, l\u2019identit\u00e9 constitutionnelle d\u2019un \u00c9tat est g\u00e9n\u00e9ralement li\u00e9e aux structures politiques et constitutionnelles fondamentales de celui-ci. Il nous est difficile d\u2019admettre que la Lettonie ait pu continuer \u00e0 justifier une diff\u00e9rence de traitement dans le calcul de majorations de pension de retraite affectant une cat\u00e9gorie d\u00e9j\u00e0 tr\u00e8s restreinte de r\u00e9sidents permanents en invoquant son identit\u00e9 constitutionnelle en 2009, ann\u00e9e o\u00f9 la Cour a rendu son arr\u00eat dans l\u2019affaire Andrejeva dix-neuf ans apr\u00e8s le r\u00e9tablissement de l\u2019ind\u00e9pendance de la Lettonie, et plus encore en 2022. Dans ses pr\u00e9c\u00e9dents arr\u00eats concernant la Lettonie, la Cour a fait preuve de pr\u00e9caution pour examiner les questions li\u00e9es aux r\u00e9percussions de l\u2019histoire et des difficult\u00e9s de ce pays apr\u00e8s le r\u00e9tablissement de son ind\u00e9pendance qui touchaient \u00e0 son identit\u00e9 constitutionnelle (voir, par exemple, \u017ddanoka c.\u00a0Lettonie [GC], no\u00a058278\/00, CEDH 2006-IV, o\u00f9 \u00e9tait en cause l\u2019interdiction faite \u00e0 la requ\u00e9rante de pr\u00e9senter sa candidature aux \u00e9lections l\u00e9gislatives, et Petropavlovskis\u00a0c.\u00a0Lettonie, no\u00a044230\/06, CEDH 2015, qui portait sur le refus d\u2019accorder la citoyennet\u00e9 lettone \u00e0 un non-citoyen qui menait des activit\u00e9s politiques). La question des majorations de pension litigieuses ne nous para\u00eet gu\u00e8re pouvoir justifier la m\u00eame retenue et, en cons\u00e9quence, l\u2019\u00e9largissement de la marge d\u2019appr\u00e9ciation et l\u2019abaissement du contr\u00f4le juridictionnel. Par ailleurs, il nous semble aussi que la majorit\u00e9 est partie du principe selon lequel la Grande Chambre ignorait en 2009 les arguments relatifs \u00e0 la continuit\u00e9 de l\u2019\u00c9tat mis en avant par la Cour constitutionnelle lettone dans son arr\u00eat de 2011, alors pourtant que l\u2019(unique) opinion dissidente jointe \u00e0 l\u2019arr\u00eat Andrejeva montre clairement qu\u2019ils avaient \u00e9t\u00e9 amplement discut\u00e9s. Il est probable que nos pr\u00e9d\u00e9cesseurs \u00e9taient en 2009 beaucoup plus attentifs aux difficult\u00e9s rencontr\u00e9es par une d\u00e9mocratie en transition apr\u00e8s le r\u00e9tablissement de l\u2019ind\u00e9pendance que la majorit\u00e9 ne le donne \u00e0 penser. En outre, l\u2019Europe ne sait d\u00e9sormais que trop bien comment certains \u00c9tats peuvent d\u00e9tourner ou instrumentaliser \u00e0 diverses fins des arguments relatifs \u00e0 leur identit\u00e9 constitutionnelle.<\/p>\n<p><strong>VIII. Les facteurs relatifs \u00e0 la protection du syst\u00e8me \u00e9conomique<\/strong><\/p>\n<p>25. En ce qui concerne le second but poursuivi par la diff\u00e9rence de traitement litigieuse, la majorit\u00e9 fait \u00e9tat des \u00ab difficult\u00e9s particuli\u00e8res et des choix politiques complexes auxquels les autorit\u00e9s lettones ont d\u00fb faire face apr\u00e8s le r\u00e9tablissement de l\u2019ind\u00e9pendance\u00a0\u00bb. Elle ajoute que le l\u00e9gislateur a d\u00fb d\u00e9limiter les p\u00e9riodes de travail ouvrant droit aux prestations, et que cette d\u00e9limitation influe n\u00e9cessairement sur le montant de celles-ci et des cotisations n\u00e9cessaires \u00e0 leur financement. Elle indique que les autorit\u00e9s internes doivent en principe b\u00e9n\u00e9ficier d\u2019une \u00ab ample \u00bb marge d\u2019appr\u00e9ciation pour op\u00e9rer des arbitrages dans les r\u00e9gimes de s\u00e9curit\u00e9 sociale (paragraphe\u00a0218 du pr\u00e9sent arr\u00eat).<\/p>\n<p>Nous sommes pleinement conscients des difficult\u00e9s auxquelles la Lettonie \u00e9tait confront\u00e9e \u00e0 l\u2019\u00e9poque pertinente (voir \u00e9galement Andrejeva, pr\u00e9cit\u00e9, \u00a7\u00a086). Toutefois, nous tenons \u00e0 r\u00e9affirmer que la diff\u00e9rence de traitement litigieuse op\u00e9r\u00e9e entre les citoyens et les non-citoyens r\u00e9sidents permanents ne porte pas sur les pensions de base mais sur les majorations dont elles sont assorties. Si les arbitrages mentionn\u00e9s par la majorit\u00e9 ont pu s\u2019av\u00e9rer tr\u00e8s importants \u00e0 cette \u00e9poque pour r\u00e9glementer les pensions de base, l\u2019octroi de majorations est fond\u00e9 sur des consid\u00e9rations qui n\u2019ont que peu ou pas de rapport avec un calcul financier.<\/p>\n<p>En tout \u00e9tat de cause, \u00e0 l\u2019\u00e9poque o\u00f9 la Cour constitutionnelle lettone a rendu son arr\u00eat dans l\u2019affaire des requ\u00e9rants, en 2011, et refus\u00e9 d\u2019appliquer l\u2019arr\u00eat Andrejeva, la Lettonie \u00e9tait devenue un membre \u00e0 part enti\u00e8re et prosp\u00e8re de l\u2019Union europ\u00e9enne, et un membre important de l\u2019ensemble de la communaut\u00e9 des \u00c9tats europ\u00e9ens attach\u00e9s \u00e0 la d\u00e9mocratie, au respect des droits fondamentaux et \u00e0 la pr\u00e9\u00e9minence du droit. Il nous para\u00eet \u00e9vident que les arguments relatifs aux difficult\u00e9s rencontr\u00e9es au cours de la p\u00e9riode de transition, qui avaient d\u00e9j\u00e0 \u00e9t\u00e9 rejet\u00e9s, ne peuvent plus rev\u00eatir le m\u00eame poids aujourd\u2019hui (voir aussi le \u00a7\u00a03 de l\u2019opinion dissidente des juges Seibert-Fohr et autres). Nous regrettons que la majorit\u00e9 n\u2019ait pas tenu compte des effets du passage du temps, et qu\u2019elle n\u2019ait en tout cas pas demand\u00e9 au Gouvernement de fournir des d\u00e9tails concrets sur les difficult\u00e9s \u00e9conomiques dont celui-ci continue \u00e0 se pr\u00e9valoir.<\/p>\n<p><strong>IX. Conclusion<\/strong><\/p>\n<p>26. Pour les raisons expos\u00e9es ci-dessus, le constat de non-violation de l\u2019article 14 de la Convention auquel la majorit\u00e9 est parvenue ne nous convainc pas. Nous ne voyons pas pourquoi la Cour devrait en l\u2019esp\u00e8ce s\u2019\u00e9carter de la solution qu\u2019elle a donn\u00e9e dans l\u2019affaire Andrejeva.<\/p>\n<p>27. Nous pr\u00e9cisons que nous nous n\u2019ignorons pas combien il est difficile de composer avec le pass\u00e9. Le pass\u00e9 peut \u00eatre source d\u2019\u00e9normes difficult\u00e9s pour toutes les soci\u00e9t\u00e9s, et il l\u2019est certainement pour la Lettonie.<\/p>\n<p>Cela dit, nous craignons que le pr\u00e9sent arr\u00eat ne fasse pas avancer les choses et qu\u2019il n\u2019offre pas de solution pour affronter ces difficult\u00e9s.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p style=\"text-align: center;\"><strong>opinion dissidente DE LA JUGE\u00a0Seibert\u2011Fohr, \u00c0 LAQUELLE SE RALLIENT LES JUGES Turkovi\u0107, Lubarda et Chanturia<\/strong><\/p>\n<p style=\"text-align: center;\"><strong>(Traduction)<\/strong><\/p>\n<p><strong>I. Rien ne justifie la remise en cause de l\u2019arr\u00eat Andrejeva c. Lettonie<\/strong><\/p>\n<p>1. Je suis au regret de ne pouvoir souscrire au constat de non-violation de la Convention auquel la majorit\u00e9 est parvenue en l\u2019esp\u00e8ce. Le pr\u00e9sent arr\u00eat op\u00e8re un revirement par rapport \u00e0 l\u2019arr\u00eat rendu par la Cour dans l\u2019affaire Andrejeva c.\u00a0Lettonie ([GC], no\u00a055707\/00, CEDH 2009), dont les faits \u00e9taient similaires \u00e0 ceux de la pr\u00e9sente esp\u00e8ce. Dans cette affaire, la Grande Chambre avait jug\u00e9 que la distinction op\u00e9r\u00e9e entre les \u00ab\u00a0non-citoyens r\u00e9sidents permanents\u00a0\u00bb de Lettonie et les citoyens lettons s\u2019agissant des p\u00e9riodes de travail accumul\u00e9es en dehors de la Lettonie violait l\u2019article\u00a014 de la Convention combin\u00e9 avec l\u2019article 1 du Protocole no\u00a01. En l\u2019esp\u00e8ce, la Cour constitutionnelle lettone a consid\u00e9r\u00e9 dans son arr\u00eat du 17 f\u00e9vrier 2011 que les faits ici en cause \u00e9taient sensiblement diff\u00e9rents de ceux de l\u2019affaire Andrejeva en ce que Mme Andrejeva \u00e9tait employ\u00e9e par une entreprise relevant du pouvoir central de l\u2019URSS \u2013 c\u2019est-\u00e0-dire une entreprise de l\u2019Union, mais que le service r\u00e9gional o\u00f9 elle travaillait se trouvait sur le territoire letton (paragraphe 51 du pr\u00e9sent arr\u00eat). Toutefois, la Cour n\u2019avait pas tenu compte de cette circonstance dans le raisonnement qu\u2019elle avait suivi dans l\u2019arr\u00eat Andrejeva, o\u00f9 elle s\u2019\u00e9tait attach\u00e9e \u00e0 rechercher, de mani\u00e8re g\u00e9n\u00e9rale, \u00ab\u00a0si l\u2019int\u00e9r\u00eat de la requ\u00e9rante \u00e0 percevoir de l\u2019\u00c9tat letton une pension de retraite au titre des ann\u00e9es de travail accomplies au service d\u2019entreprises situ\u00e9es sur le territoire de l\u2019ex\u2011URSS, en dehors de la Lettonie, tomb[ait] \u00ab\u00a0sous l\u2019empire\u00a0\u00bb ou \u00ab\u00a0dans le champ d\u2019application\u00a0\u00bb de l\u2019article 1 du Protocole no 1\u00a0\u00bb (Andrejeva, \u00a7\u00a075). Elle n\u2019avait pas non plus tenu compte de cette circonstance particuli\u00e8re dans son analyse de la proportionnalit\u00e9 (ibidem, \u00a7\u00a7\u00a087-92) qui portait uniquement sur le refus des autorit\u00e9s nationales de prendre en charge les ann\u00e9es de travail accumul\u00e9es par l\u2019int\u00e9ress\u00e9e en dehors de la Lettonie (ibidem, \u00a7 87). C\u2019est pourquoi je ne puis approuver l\u2019interpr\u00e9tation \u00e9troite que la Cour constitutionnelle lettone a donn\u00e9e \u00e0 l\u2019arr\u00eat Andrejeva (au \u00a7 4 de leur opinion dissidente, les juges O\u2019Leary, Grozev et Lemmens concluent dans le m\u00eame sens).<\/p>\n<p>2. Dans l\u2019arr\u00eat Martinie c.\u00a0France ([GC], no 58675\/00, CEDH 2006-VI), o\u00f9 la Cour \u00e9tait aussi appel\u00e9e \u00e0 se prononcer sur l\u2019interpr\u00e9tation pr\u00e9tendument \u00e9troite que le gouvernement d\u00e9fendeur avait donn\u00e9e \u00e0 un arr\u00eat ant\u00e9rieur (\u00e0 savoir Kress c.\u00a0France [GC], no 39594\/98, CEDH 2001\u2011VI), la Grande Chambre s\u2019est exprim\u00e9e comme suit\u00a0:<\/p>\n<p>\u00ab\u00a0Cela \u00e9tant, la Cour rappelle que, sans qu\u2019elle soit formellement tenue de suivre ses arr\u00eats ant\u00e9rieurs, il est dans l\u2019int\u00e9r\u00eat de la s\u00e9curit\u00e9 juridique, de la pr\u00e9visibilit\u00e9 et de l\u2019\u00e9galit\u00e9 devant la loi qu\u2019elle ne s\u2019\u00e9carte pas sans motif valable de ses propres pr\u00e9c\u00e9dents \u2013 m\u00eame si, la Convention \u00e9tant avant tout un m\u00e9canisme de d\u00e9fense des droits de l\u2019homme, la Cour doit cependant tenir compte de l\u2019\u00e9volution de la situation dans les \u00c9tats contractants et r\u00e9agir, par exemple, au consensus susceptible de se faire jour quant aux normes \u00e0 atteindre (voir, par exemple, les arr\u00eats Chapman c.\u00a0Royaume\u2011Uni [GC], no\u00a027238\/95, \u00a7\u00a070, CEDH 2001-I, et Christine Goodwin c.\u00a0Royaume\u2011Uni [GC], no\u00a028957\/95, \u00a7\u00a074, CEDH 2002-VI).\u00a0\u00bb<\/p>\n<p>3. Il n\u2019y a en l\u2019esp\u00e8ce aucune raison pertinente de s\u2019\u00e9carter des conclusions auxquelles la Cour est parvenue dans l\u2019arr\u00eat Andrejeva c.\u00a0Lettonie, sur lequel elle s\u2019est appuy\u00e9e pendant plus d\u2019une d\u00e9cennie pour interpr\u00e9ter l\u2019article\u00a014 de la Convention combin\u00e9 avec l\u2019article 1 du Protocole no\u00a01. Aucun des motifs retenus par la majorit\u00e9, qui sont similaires aux arguments que le gouvernement d\u00e9fendeur avait avanc\u00e9s dans l\u2019affaire Andrejeva, ne peut rendre la diff\u00e9rence de traitement litigieuse conforme aux exigences de l\u2019article\u00a014 de la Convention. Cela est d\u2019autant plus vrai que l\u2019adoption de l\u2019arr\u00eat Andrejeva remonte \u00e0 treize ans, et que l\u2019\u00e9coulement de ce laps de temps a encore affaibli la validit\u00e9 des motifs \u00e9conomiques et des consid\u00e9rations li\u00e9es au caract\u00e8re transitoire des dispositions litigieuses mis en avant par le Gouvernement pour justifier cette diff\u00e9rence de traitement exclusivement fond\u00e9e sur la nationalit\u00e9 (au \u00a7 12 de leur opinion dissidente, les juges O\u2019Leary et autres concluent dans le m\u00eame sens).<\/p>\n<p><strong>II. L\u2019article\u00a014 de Convention: la justification des distinctions juridiques fond\u00e9es sur la nationalit\u00e9 exige des consid\u00e9rations tr\u00e8s fortes<\/strong><\/p>\n<p><strong>A. Le domaine socio-\u00e9conomique<\/strong><\/p>\n<p>4. Selon la jurisprudence constante de la Cour, seules des consid\u00e9rations tr\u00e8s fortes peuvent l\u2019amener \u00e0 estimer compatible avec la Convention une diff\u00e9rence de traitement exclusivement fond\u00e9e sur la nationalit\u00e9 (voir Gaygusuz\u00a0c.\u00a0Autriche, 16 septembre 1996, \u00a7 42, Recueil des arr\u00eats et d\u00e9cisions 1996-IV, Koua Poirrez c.\u00a0France, no\u00a040892\/98, \u00a7\u00a046, CEDH\u00a02003\u2011X, Andrejeva, pr\u00e9cit\u00e9, \u00a7 87 et Luczak\u00a0c. Pologne, no\u00a077782\/01, \u00a7\u00a052, 27\u00a0novembre 2007). Ce principe s\u2019applique \u00e9galement dans le contexte de l\u2019article\u00a01 du Protocole no 1 (ibidem). Si les \u00c9tats b\u00e9n\u00e9ficient en principe d\u2019une ample latitude pour d\u00e9finir des mesures d\u2019ordre g\u00e9n\u00e9ral en mati\u00e8re \u00e9conomique ou sociale en raison de leur capacit\u00e9 \u00e0 d\u00e9terminer ce qui est d\u2019utilit\u00e9 publique dans ce domaine et de leur connaissance directe de leur soci\u00e9t\u00e9 et de ses besoins, ces mesures doivent n\u00e9anmoins \u00eatre mises en \u0153uvre d\u2019une mani\u00e8re non discriminatoire conforme \u00e0 la Convention et satisfaire \u00e0 l\u2019exigence de la proportionnalit\u00e9 (voir J.D. et A c.\u00a0Royaume-Uni, nos\u00a032949\/17 et 34614\/17, \u00a7 88, 24 octobre 2019, Luczak, pr\u00e9cit\u00e9, \u00a7\u00a052, et F\u00e1bi\u00e1n c.\u00a0Hongrie [GC], no 78117\/13, \u00a7 115, 5 septembre 2017, avec les r\u00e9f\u00e9rences qui y figurent). Ce principe g\u00e9n\u00e9ral s\u2019applique notamment dans le domaine des pensions (voir Stec et autres c.\u00a0Royaume-Uni [GC], nos\u00a065731\/01 et 65900\/01, \u00a7 55, CEDH\u00a02006\u2011VI, et Jur\u010di\u0107 c.\u00a0Croatie, no\u00a054711\/15, \u00a7\u00a064, 4\u00a0f\u00e9vrier 2021).<\/p>\n<p>5. Dans l\u2019affaire J.D. et A c.\u00a0Royaume-Uni, la Cour a pr\u00e9cis\u00e9 qu\u2019en mati\u00e8re de politique \u00e9conomique ou sociale, elle ne peut admettre, le cas \u00e9ch\u00e9ant, que le choix de politique publique op\u00e9r\u00e9 par le l\u00e9gislateur n\u2019est pas \u00ab\u00a0manifestement d\u00e9pourvu de base raisonnable\u00a0\u00bb que si la diff\u00e9rence de traitement all\u00e9gu\u00e9e r\u00e9sulte d\u2019une mesure transitoire s\u2019inscrivant dans un programme destin\u00e9 \u00e0 corriger une in\u00e9galit\u00e9. (voir J.D. et A, pr\u00e9cit\u00e9, \u00a7\u00a088, voir aussi Stec et autres, pr\u00e9cit\u00e9\u00a0\u00a7\u00a7\u00a061-66,\u00a0Runkee et White c.\u00a0Royaume-Uni, nos\u00a042949\/98 et\u00a053134\/99, \u00a7\u00a7\u00a040\u201141, 10 mai 2007, \u00a7\u00a7\u00a040-41, Ponomaryovi c.\u00a0Bulgarie, no\u00a05335\/05, \u00a7 52, CEDH 2011, et les r\u00e9f\u00e9rences qui y figurent, et\u00a0British Gurkha Welfare Society\u00a0et autres c. Royaume-Uni,\u00a0no\u00a044818\/11, \u00a7\u00a081, 15\u00a0septembre 2016). Dans toutes les autres affaires, seules des consid\u00e9rations tr\u00e8s fortes peuvent amener la Cour \u00e0 estimer compatible avec la Convention une diff\u00e9rence de traitement exclusivement fond\u00e9e sur la nationalit\u00e9 (voir Gaygusuz, pr\u00e9cit\u00e9, \u00a7 42, Andrejeva, pr\u00e9cit\u00e9, \u00a7 87, et Riba\u0107, pr\u00e9cit\u00e9, \u00a7\u00a053).<\/p>\n<p><strong>B. La raison d\u2019\u00eatre de l\u2019exigence de \u00ab\u00a0consid\u00e9rations tr\u00e8s fortes\u00a0\u00bb<\/strong><\/p>\n<p>6. Le fait de subordonner la justification des diff\u00e9rences de traitement directement fond\u00e9es sur la nationalit\u00e9 \u00e0 des consid\u00e9rations tr\u00e8s fortes repose sur l\u2019id\u00e9e que celle-ci ne doit pas \u00eatre d\u00e9terminante pour la jouissance des droits prot\u00e9g\u00e9s par la Convention. La Convention est fond\u00e9e sur des droits individuels qui ne d\u00e9pendent pas de l\u2019appartenance des individus \u00e0 tel ou tel groupe ou de la possession de la nationalit\u00e9 de tel ou tel \u00c9tat (au \u00a7\u00a017 de leur opinion dissidente, les juges O\u2019Leary et autres concluent dans le m\u00eame sens). Sur le terrain de l\u2019article\u00a014, s\u2019il est d\u00e9montr\u00e9 qu\u2019existent des motifs objectifs et raisonnables d\u2019exclure un individu de tel ou tel dispositif, alors le principe de proportionnalit\u00e9 entre en jeu (Luczak, pr\u00e9cit\u00e9 \u00a7\u00a052). Si les moyens employ\u00e9s pour parvenir au but poursuivi ne respectent pas un rapport raisonnable de proportionnalit\u00e9 audit but, la distinction op\u00e9r\u00e9e sera consid\u00e9r\u00e9e comme injustifi\u00e9e (Ponomaryovi, pr\u00e9cit\u00e9, \u00a7\u00a051). C\u2019est pourquoi les buts poursuivis ne sont pas tous susceptibles de justifier une distinction exclusivement fond\u00e9e sur la nationalit\u00e9, quelle que soit leur importance sp\u00e9cifique. Au contraire, pareille distinction suppose l\u2019existence d\u2019un lien substantiel entre l\u2019objectif poursuivi et la cat\u00e9gorisation, m\u00eame en mati\u00e8re socio-\u00e9conomique. En d\u2019autres termes, lorsqu\u2019est en cause une discrimination directe relativement \u00e0 des prestations relevant du champ d\u2019application de l\u2019article\u00a01 du Protocole no\u00a01, les \u00c9tats ne sont pas autoris\u00e9s \u00e0 op\u00e9rer une distinction fond\u00e9e sur la nationalit\u00e9 en l\u2019absence de lien effectif entre celle-ci et la prestation revendiqu\u00e9e et sans s\u2019assurer que la diff\u00e9rence de traitement op\u00e9r\u00e9e r\u00e9pond r\u00e9ellement \u00e0 une consid\u00e9ration tr\u00e8s forte et qu\u2019elle est n\u00e9cessaire. En pareil cas, la condition de nationalit\u00e9 doit au contraire correspondre au but l\u00e9gitime poursuivi. Cela implique l\u2019existence d\u2019un lien \u00e9troit avec le domaine consid\u00e9r\u00e9 et la diff\u00e9rence de traitement doit \u00eatre adapt\u00e9e au but poursuivi.<\/p>\n<p><strong>C. Les crit\u00e8res d\u2019appr\u00e9ciation des consid\u00e9rations tr\u00e8s fortes dans le domaine socio-\u00e9conomique<\/strong><\/p>\n<p>7. Il s\u2019ensuit que la Convention n\u2019interdit pas aux \u00c9tats qui financent ou subventionnent certaines prestations de s\u00e9curit\u00e9 sociale d\u2019exiger, en ce qui concerne les \u00e9trangers, l\u2019existence d\u2019un lien suffisamment \u00e9troit entre les b\u00e9n\u00e9ficiaires et les prestations revendiqu\u00e9es. Il peut \u00eatre l\u00e9gitime de tenir compte de la mesure dans laquelle les \u00e9trangers qui revendiquent ces prestations ont nou\u00e9 des liens avec un pays (British Gurkha Welfare Society et autres, pr\u00e9cit\u00e9, \u00a7 84). En particulier, la Cour a jug\u00e9 qu\u2019un \u00c9tat pouvait avoir des raisons l\u00e9gitimes de restreindre l\u2019usage que pouvaient faire de services publics co\u00fbteux \u2013 tels que les programmes d\u2019assurances sociales, d\u2019allocations publiques et de soins \u2013 les \u00e9trangers s\u00e9journant sur le territoire \u00e0 court terme ou en violation de la l\u00e9gislation sur l\u2019immigration, ceux-ci, en r\u00e8gle g\u00e9n\u00e9rale, ne contribuant pas au financement de ces services (Ponomaryovi, pr\u00e9cit\u00e9, \u00a7\u00a054). S\u2019il peut \u00eatre l\u00e9gitime de subordonner le b\u00e9n\u00e9fice de prestations sociales \u00e0 la r\u00e9gularit\u00e9 et \u00e0 la dur\u00e9e du s\u00e9jour dans un pays (Koua Poirrez, pr\u00e9cit\u00e9, \u00a7\u00a047), il est difficile de justifier que des prestations li\u00e9es au travail soient uniquement subordonn\u00e9es \u00e0 la condition de nationalit\u00e9 et qu\u2019elles ne tiennent pas compte des cotisations vers\u00e9es au r\u00e9gime par ceux qui en sollicitent le b\u00e9n\u00e9fice et, plus g\u00e9n\u00e9ralement, de leur contribution \u00e0 l\u2019\u00e9conomie du pays (voir Gaygusuz, pr\u00e9cit\u00e9, affaire dans laquelle la demande du requ\u00e9rant tendant \u00e0 l\u2019attribution d\u2019une allocation d\u2019urgence sous forme d\u2019une avance sur sa pension de retraite avait \u00e9t\u00e9 rejet\u00e9e au motif qu\u2019il ne poss\u00e9dait pas la nationalit\u00e9 requise, \u00a7\u00a7\u00a046-47, voir aussi Luczak, pr\u00e9cit\u00e9, \u00a7\u00a7\u00a049 et 55, affaire dans laquelle le requ\u00e9rant s\u2019\u00e9tait vu refuser son affiliation au r\u00e9gime de s\u00e9curit\u00e9 sociale agricole \u00e0 cause de sa nationalit\u00e9, et dans laquelle la Cour a accord\u00e9 de l\u2019importance au fait que l\u2019int\u00e9ress\u00e9 avait particip\u00e9 par le pass\u00e9 au financement de ce r\u00e9gime en tant que contribuable). Il ressort donc des affaires tranch\u00e9es \u00e0 ce jour par la Cour que celle-ci tient compte, entre autres, de l\u2019objet de la prestation revendiqu\u00e9e, des contributions \u00e9ventuellement vers\u00e9es par le requ\u00e9rant au r\u00e9gime consid\u00e9r\u00e9, de la r\u00e9gularit\u00e9 du s\u00e9jour de l\u2019int\u00e9ress\u00e9 dans le pays concern\u00e9 et de la dur\u00e9e de son s\u00e9jour pour se prononcer sur la question de savoir si des consid\u00e9rations tr\u00e8s fortes ont \u00e9t\u00e9 avanc\u00e9es dans telle ou telle affaire.<\/p>\n<p><strong>D. Les distinctions l\u00e9gitimes dans les r\u00e9gimes de pensions contributifs<\/strong><\/p>\n<p>8. Le r\u00e9gime de pensions en cause dans la pr\u00e9sente affaire est financ\u00e9 par des cotisations dues par tous ceux qui travaillent en Lettonie et ont vocation \u00e0 en b\u00e9n\u00e9ficier, ainsi que par leurs employeurs. En payant leurs cotisations, les requ\u00e9rants ont \u00e9tabli un lien avec ce r\u00e9gime de pensions. En leur qualit\u00e9 de r\u00e9sidents de longue dur\u00e9e en situation r\u00e9guli\u00e8re en Lettonie, ils ont pass\u00e9 une grande partie de leur vie dans ce pays, o\u00f9 ils ont travaill\u00e9 et contribu\u00e9 \u00e0 l\u2019\u00e9conomie nationale. \u00e0 l\u2019\u00e9poque o\u00f9 ils ont demand\u00e9 le versement de leurs pensions, les liens qu\u2019ils avaient nou\u00e9s avec la Lettonie en leur qualit\u00e9 de r\u00e9sidents permanents \u00e9taient donc substantiels. Le troisi\u00e8me requ\u00e9rant, qui est arriv\u00e9 en Lettonie \u00e0 l\u2019\u00e2ge de trois ans, a pass\u00e9 presque toute sa vie dans ce pays, \u00e0 l\u2019exception de sa p\u00e9riode de service militaire obligatoire, pendant laquelle il a d\u00fb le quitter provisoirement.<\/p>\n<p>9. Je pense comme nos coll\u00e8gues que rien ne s\u2019oppose \u00e0 une politique excluant les p\u00e9riodes de travail accumul\u00e9es en dehors du territoire (voir le paragraphe 201 du pr\u00e9sent arr\u00eat et le \u00a7 3 de l\u2019opinion dissidente des juges O\u2019Leary et autres). Je reconnais que si un \u00c9tat d\u00e9cide de comptabiliser des p\u00e9riodes pass\u00e9es \u00e0 l\u2019\u00e9tranger, le r\u00e9gime de pensions qu\u2019il a mis en place peut raisonnablement tenir compte de la question de savoir si une personne install\u00e9e dans le pays y a travaill\u00e9 la majeure partie de sa vie active, contribuant ainsi \u00e0 l\u2019\u00e9conomie et au d\u00e9veloppement de celui-ci de mani\u00e8re plus g\u00e9n\u00e9rale. Pareille contribution constituerait un lien suffisant propre \u00e0 justifier des distinctions. En revanche, une distinction fond\u00e9e uniquement sur la nationalit\u00e9 ne r\u00e9pond pas \u00e0 cet objectif. Le r\u00e9gime de pension en cause \u00e9tant fond\u00e9 sur le principe contributif, je ne puis accepter l\u2019argument du gouvernement d\u00e9fendeur selon lequel la diff\u00e9rence de traitement litigieuse, fond\u00e9e exclusivement sur la nationalit\u00e9, s\u2019explique par le fait que l\u2019\u00c9tat assume une responsabilit\u00e9 particuli\u00e8re vis-\u00e0-vis de ses citoyens. Il ressort du pr\u00e9ambule de la Convention europ\u00e9enne de s\u00e9curit\u00e9 sociale (1972) que le principe de l\u2019\u00e9galit\u00e9 de traitement des ressortissants des Parties contractantes s\u2019applique aussi aux apatrides (aux r\u00e9fugi\u00e9s) au regard de la l\u00e9gislation de s\u00e9curit\u00e9 sociale de celles-ci.<\/p>\n<p><strong>III. Le contexte de la transition et sa pertinence au regard de l\u2019article\u00a014<\/strong><\/p>\n<p>10. Je crois comprendre que pour se prononcer comme elle l\u2019a fait, la majorit\u00e9 s\u2019est focalis\u00e9e sur les circonstances propres \u00e0 la pr\u00e9sente affaire, c\u2019est-\u00e0-dire au fait que l\u2019\u00c9tat d\u00e9fendeur \u00e9tait confront\u00e9 \u00e0 des difficult\u00e9s particuli\u00e8res apr\u00e8s une longue p\u00e9riode d\u2019occupation et qu\u2019il a instaur\u00e9 un syst\u00e8me de pensions avec des ressources limit\u00e9es. Selon la majorit\u00e9, l\u2019ample marge d\u2019appr\u00e9ciation qu\u2019il conviendrait d\u2019accorder au gouvernement d\u00e9fendeur s\u2019explique par le contexte particulier dans lequel s\u2019inscrit la mesure transitoire litigieuse, adopt\u00e9e \u00e0 une \u00e9poque de changements fondamentaux o\u00f9 l\u2019\u00c9tat d\u00e9fendeur op\u00e9rait la transition d\u2019un r\u00e9gime totalitaire \u00e0 une forme d\u00e9mocratique de gouvernement \u00e0 la suite du r\u00e9tablissement de son ind\u00e9pendance (paragraphe\u00a0211 du pr\u00e9sent arr\u00eat). Le pr\u00e9sent arr\u00eat renvoie \u00e0 l\u2019affaire British Gurkha Welfare Society\u00a0et autres, (pr\u00e9cit\u00e9e). Toutefois, la majorit\u00e9 oublie que dans cette affaire, o\u00f9 \u00e9tait en cause une discrimination indirecte, c\u2019est le caract\u00e8re r\u00e9paratoire des mesures litigieuses \u2013 qui visaient \u00e0 rem\u00e9dier \u00e0 des in\u00e9galit\u00e9s pass\u00e9es du r\u00e9gime de pensions britannique \u2013 qui a conduit la Cour \u00e0 accorder une ample marge d\u2019appr\u00e9ciation \u00e0 l\u2019\u00c9tat (ibidem, \u00a7\u00a081). Dans cette affaire, les requ\u00e9rants se distinguaient des autres soldats servant dans l\u2019arm\u00e9e britannique par cela seul qu\u2019en raison de leur qualit\u00e9 de Gurkhas, ils acqu\u00e9raient des droits \u00e0 pension au titre des ann\u00e9es de service accomplies avant le 1er juillet 1997 sur une base actuarielle (ibidem, \u00a7\u00a077) et non sur une base annuelle compl\u00e8te. Toutefois, les requ\u00e9rants acqu\u00e9raient des droits pensions au titre de toutes les ann\u00e9es de service accomplies par eux (comme leurs homologues britanniques). En outre, le choix d\u2019un mode de calcul actuariel n\u2019\u00e9tait pas li\u00e9 \u00e0 la nationalit\u00e9 des requ\u00e9rants, mais au fait que les d\u00e9penses courantes \u00e9taient moins \u00e9lev\u00e9es dans les pays o\u00f9 ils vivaient.<\/p>\n<p>11. La pr\u00e9sente affaire, o\u00f9 est en cause une discrimination directe fond\u00e9e sur la nationalit\u00e9, est diff\u00e9rente, non seulement en ce que la disposition l\u00e9gislative pertinente subordonne le traitement plus avantageux qu\u2019elle pr\u00e9voit \u00e0 la nationalit\u00e9 de ceux qui souhaitent en b\u00e9n\u00e9ficier, mais aussi en ce que les d\u00e9penses courantes des requ\u00e9rants \u2013 \u00adqui ont travaill\u00e9 en Lettonie et particip\u00e9 au financement du r\u00e9gime de pension \u2013 sont identiques \u00e0 celles de leurs homologues titulaires de la nationalit\u00e9 lettone. Contrairement \u00e0 la diff\u00e9rence de traitement qui \u00e9tait en cause dans l\u2019affaire British Gurkha Welfare Society\u00a0et autres, la diff\u00e9rence de traitement litigieuse dans la pr\u00e9sente affaire ne d\u00e9coule pas d\u2019une mesure transitoire s\u2019inscrivant dans un m\u00e9canisme destin\u00e9 \u00e0 corriger une in\u00e9galit\u00e9. Aucune des personnes qui revendiquent la reconnaissance des p\u00e9riodes de travail accumul\u00e9es en dehors de la Lettonie n\u2019a \u00e9t\u00e9 victime, de la part de l\u2019\u00c9tat d\u00e9fendeur, d\u2019une injustice \u00e0 laquelle le r\u00e9gime de pensions mis en place par celui-ci viserait \u00e0 rem\u00e9dier, comme c\u2019\u00e9tait le cas pour les Gurkhas britanniques. Au contraire, \u00e0 l\u2019issue de la p\u00e9riode d\u2019occupation, elles se trouvaient toutes dans une situation comparable du point de vue de leurs droits \u00e0 pension, quelle que soit leur nationalit\u00e9.<\/p>\n<p>12. Je souscris \u00e0 l\u2019argument du Gouvernement selon lequel il convient de tenir d\u00fbment compte du contexte historique. Comme l\u2019a soulign\u00e9 la Cour constitutionnelle lettonne, la Lettonie n\u2019\u00e9tait pas tenue d\u2019assumer les responsabilit\u00e9s de l\u2019URSS apr\u00e8s le r\u00e9tablissement de son ind\u00e9pendance (paragraphe\u00a0203 du pr\u00e9sent arr\u00eat). Lorsqu\u2019elle a instaur\u00e9 son r\u00e9gime de pension, en 1996, la Lettonie \u00e9tait confront\u00e9e \u00e0 des difficult\u00e9s consid\u00e9rables (Andrejeva, \u00a7\u00a086) faute de partage des ressources de la Banque d\u2019\u00c9tat de l\u2019URSS (paragraphe\u00a055 du pr\u00e9sent arr\u00eat). Toutefois, d\u00e8s lors que la Lettonie a instaur\u00e9, en 1996, un r\u00e9gime de pensions de retraite professionnelle pr\u00e9voyant l\u2019inclusion des p\u00e9riodes de travail accumul\u00e9es en dehors de son territoire dans le calcul des pensions des citoyens lettons, elle est tenue de se conformer \u00e0 l\u2019article 14 combin\u00e9 avec l\u2019article\u00a01 du Protocole no 1. Le Gouvernement n\u2019a pas expliqu\u00e9 en quoi l\u2019injustice dont la population lettone a \u00e9t\u00e9 victime pendant la p\u00e9riode o\u00f9 la Lettonie a \u00e9t\u00e9 ill\u00e9galement occup\u00e9e et annex\u00e9e par l\u2019Union sovi\u00e9tique pourrait justifier une diff\u00e9rence de traitement litigieuse fond\u00e9e sur la nationalit\u00e9 et ne tenant pas compte de la situation des anciens citoyens de l\u2019Union sovi\u00e9tique qui ne poss\u00e9daient pas \u2013 et ne poss\u00e8dent toujours pas \u2013 la citoyennet\u00e9 lettone. La Convention \u00e9tant fond\u00e9e sur des droits individuels, le fait que l\u2019Union sovi\u00e9tique ait ill\u00e9galement annex\u00e9 la Lettonie et, qu\u2019en tant qu\u2019\u00c9tat occupant, elle ait commis des actes ill\u00e9gaux et maintenu son occupation de ce pays pendant un demi-si\u00e8cle ne justifie pas en soi de traiter d\u00e9favorablement, sur la seule base de leur nationalit\u00e9, tous les anciens sujets de l\u2019Union sovi\u00e9tique qui se sont install\u00e9es en Lettonie, m\u00eame si leur installation d\u00e9coule de la politique migratoire de l\u2019Union sovi\u00e9tique. La question qui se pose en l\u2019esp\u00e8ce n\u2019est pas celle de l\u2019application du principe ex injuria jus non oritur, selon lequel un \u00c9tat ne peut saurait tirer profit d\u2019un comportement illicite pass\u00e9, mais plut\u00f4t celle de la protection des individus contre les formes de discrimination interdites par la Convention. La possibilit\u00e9 de conclure des accords bilat\u00e9raux en mati\u00e8re de s\u00e9curit\u00e9 sociale n\u2019enl\u00e8ve rien \u00e0 cette obligation conventionnelle (voir Andrejeva, \u00a7\u00a090, et, mutatis mutandis, Koua\u00a0Poirrez, tous deux pr\u00e9cit\u00e9s, \u00a7\u00a049).<\/p>\n<p>13. La diff\u00e9rence de traitement op\u00e9r\u00e9e entre les nationaux et les non nationaux par les dispositions transitoires en ce qui concerne les p\u00e9riodes de travail accumul\u00e9es en dehors de la Lettonie avant le r\u00e9tablissement de l\u2019ind\u00e9pendance de ce pays, intervenu en 1991, a abouti \u00e0 une situation dans laquelle m\u00eame les non nationaux qui, au moment de leur retraite, r\u00e9sidaient en Lettonie et y avaient travaill\u00e9 la majeure partie de leur vie, ne peuvent obtenir la prise en compte des p\u00e9riodes de travail accumul\u00e9es par eux avant 1991 dans les m\u00eames conditions que les citoyens lettons aux fins du calcul de leurs pensions de retraite professionnelle. Le fait que la part salariale des cotisations au r\u00e9gime de pensions soit pr\u00e9lev\u00e9e dans les m\u00eames conditions sur les citoyens lettons et sur les \u00e9trangers s\u2019oppose \u00e0 une diff\u00e9rence de traitement fond\u00e9e sur la nationalit\u00e9 (comparer avec Luczak, pr\u00e9cit\u00e9, \u00a7\u00a055). S\u2019il est vrai, du point de vue chronologique et g\u00e9ographique, qu\u2019aucun lien n\u2019a pu s\u2019\u00e9tablir entre les \u00e9trangers et l\u2019\u00c9tat d\u00e9fendeur pendant les p\u00e9riodes de travail accomplies avant 1992 en dehors de la Lettonie, il en va de m\u00eame pour les citoyens lettons. Les Lettons qui ont travaill\u00e9 en dehors de la Lettonie pendant cette p\u00e9riode n\u2019ont pas contribu\u00e9 plus ou moins que les \u00e9trangers \u00e0 l\u2019\u00e9conomie lettone. Il s\u2019ensuit que les liens pr\u00e9existants \u00e9tablis entre les citoyens et la Lettonie au cours de la p\u00e9riode pendant laquelle ce pays a \u00e9t\u00e9 occup\u00e9 et annex\u00e9 ne sont pas de nature \u00e0 justifier la diff\u00e9rence de traitement r\u00e9sultant de l\u2019exclusion des p\u00e9riodes litigieuses du calcul des pensions de retraite des non-citoyens r\u00e9sidents permanents. Les requ\u00e9rants ayant contribu\u00e9 au financement du r\u00e9gime de pensions en qualit\u00e9 de r\u00e9sidents permanents, la p\u00e9riode \u00e0 prendre en compte pour d\u00e9terminer si le lien susmentionn\u00e9 s\u2019est cr\u00e9\u00e9 entre les b\u00e9n\u00e9ficiaires potentiels et les prestations revendiqu\u00e9es n\u2019est pas celle de l\u2019occupation, mais celle pendant laquelle les requ\u00e9rants ont travaill\u00e9 en Lettonie et pay\u00e9 des cotisations destin\u00e9es \u00e0 financer le r\u00e9gime de pensions.<\/p>\n<p>14. Cela est d\u2019autant plus vrai que les citoyens naturalis\u00e9s b\u00e9n\u00e9ficient de l\u2019inclusion des p\u00e9riodes litigieuses dans le calcul de leurs pensions sans qu\u2019il soit tenu compte de leurs liens ant\u00e9rieurs avec la Lettonie. Le Gouvernement avance que les requ\u00e9rants auraient pu \u00e9viter la diff\u00e9rence de traitement litigieuse en acqu\u00e9rant la nationalit\u00e9 lettone, pr\u00e9cisant que cette diff\u00e9rence aurait \u00e9t\u00e9 priv\u00e9e de tout effet s\u2019ils avaient accompli cette d\u00e9marche avant la liquidation de leurs pensions, et qu\u2019ils auraient en tout \u00e9tat de cause b\u00e9n\u00e9fici\u00e9 d\u2019une r\u00e9vision ex nunc de leurs pensions s\u2019ils l\u2019avaient accomplie apr\u00e8s la liquidation. Toutefois, le fait que l\u2019\u00c9tat d\u00e9fendeur reconnaisse que les requ\u00e9rants auraient \u00e9t\u00e9 trait\u00e9s comme les citoyens lettons \u00e0 partir du moment o\u00f9 ils auraient \u00e9t\u00e9 naturalis\u00e9s jette un doute s\u00e9rieux sur la n\u00e9cessit\u00e9 objective de la diff\u00e9rence de traitement litigieuse aux fins de l\u2019application de la doctrine de la continuit\u00e9 invoqu\u00e9e par l\u2019\u00c9tat d\u00e9fendeur. Cela donne au contraire \u00e0 penser que cette diff\u00e9rence de traitement est exclusivement fond\u00e9e sur la nationalit\u00e9, et non sur la contribution pass\u00e9e des retrait\u00e9s \u00e0 l\u2019\u00e9conomie et au d\u00e9veloppement de la Lettonie, comme le soutient le Gouvernement.<\/p>\n<p><strong>IV. Conclusion<\/strong><\/p>\n<p>15. En r\u00e9sum\u00e9, les arguments avanc\u00e9s par la Cour constitutionnelle lettone pour justifier la diff\u00e9rence de traitement litigieuse, qui est fond\u00e9e sur la nationalit\u00e9, ne peuvent \u00eatre qualifi\u00e9s de \u00ab\u00a0consid\u00e9rations tr\u00e8s fortes\u00a0\u00bb et ne satisfont donc pas aux exigences de l\u2019article 14 combin\u00e9 avec l\u2019article 1 du Protocole no\u00a01. Pour qu\u2019une diff\u00e9rence de traitement directement fond\u00e9e sur la nationalit\u00e9 puisse passer pour justifi\u00e9e, il faut qu\u2019il existe une \u00e9troite ad\u00e9quation entre le but poursuivi et la distinction op\u00e9r\u00e9e, et que celle-ci soit proportionn\u00e9e au but en question. En l\u2019esp\u00e8ce, la distinction litigieuse, qui repose uniquement sur la nationalit\u00e9, n\u2019est pas proportionn\u00e9e au but l\u00e9gitime poursuivi. En l\u2019absence d\u2019un \u00ab\u00a0rapport raisonnable de proportionnalit\u00e9\u00a0\u00bb entre les buts l\u00e9gitimes poursuivis et les mesures arr\u00eat\u00e9es par le l\u00e9gislateur letton dans les dispositions transitoires relatives au r\u00e9gime de pensions instaur\u00e9 en 1996, la Cour aurait d\u00fb conclure \u00e0 la violation de l\u2019article 14 de la Convention combin\u00e9 avec l\u2019article 1 du Protocole no\u00a01.<\/p>\n<p>__________<\/p>\n<p style=\"text-align: center;\"><strong>ANNEXE<\/strong><\/p>\n<p>Liste des requ\u00e9rants\u00a0:<\/p>\n<table>\n<thead>\n<tr>\n<td width=\"7%\"><strong>N<sup>o<\/sup><\/strong><\/td>\n<td width=\"20%\"><strong>Nom du requ\u00e9rant<\/strong><\/td>\n<td width=\"36%\"><strong>Ann\u00e9e de naissance<\/strong><\/td>\n<td width=\"20%\"><strong>Nationalit\u00e9<\/strong><\/td>\n<td width=\"15%\"><strong>Lieu de r\u00e9sidence <\/strong><\/td>\n<\/tr>\n<\/thead>\n<tbody>\n<tr>\n<td width=\"7%\">1.<\/td>\n<td width=\"20%\">Jurijs SAVICKIS<\/td>\n<td width=\"36%\">1939<\/td>\n<td width=\"20%\">\u00ab\u00a0non-citoyen\u00a0\u00bb<\/td>\n<td width=\"15%\">J\u016brmala<\/td>\n<\/tr>\n<tr>\n<td width=\"7%\">2.<\/td>\n<td width=\"20%\">Gen\u0101dijs NESTEROVS<\/td>\n<td width=\"36%\">1938<\/td>\n<td width=\"20%\">\u00ab\u00a0non-citoyen\u00a0\u00bb<\/td>\n<td width=\"15%\">Olaine<\/td>\n<\/tr>\n<tr>\n<td width=\"7%\">3.<\/td>\n<td width=\"20%\">Vladimirs PODO\u013bAKO<\/td>\n<td width=\"36%\">1948<\/td>\n<td width=\"20%\">\u00ab\u00a0non-citoyen\u00a0\u00bb<\/td>\n<td width=\"15%\">Riga<\/td>\n<\/tr>\n<tr>\n<td width=\"7%\">4.<\/td>\n<td width=\"20%\">Asija SIVICKA<\/td>\n<td width=\"36%\">1946<\/td>\n<td width=\"20%\">\u00ab\u00a0non-citoyen\u00a0\u00bb<\/td>\n<td width=\"15%\">J\u016brmala<\/td>\n<\/tr>\n<tr>\n<td width=\"7%\">5.<\/td>\n<td width=\"20%\">Marzija VAGAPOVA<\/td>\n<td width=\"36%\">1942<\/td>\n<td width=\"20%\">Russe<\/td>\n<td width=\"15%\">Riga<\/td>\n<\/tr>\n<\/tbody>\n<\/table>\n<div class=\"social-share-buttons\"><a href=\"https:\/\/www.facebook.com\/sharer\/sharer.php?u=https:\/\/loisdumonde.com\/?p=1573\" target=\"_blank\" rel=\"noopener\">Facebook<\/a><a href=\"https:\/\/twitter.com\/intent\/tweet?url=https:\/\/loisdumonde.com\/?p=1573&text=AFFAIRE+SAVICKIS+ET+AUTRES+c.+LETTONIE+%28Cour+europ%C3%A9enne+des+droits+de+l%E2%80%99homme%29+49270%2F11\" target=\"_blank\" rel=\"noopener\">Twitter<\/a><a href=\"https:\/\/www.linkedin.com\/shareArticle?url=https:\/\/loisdumonde.com\/?p=1573&title=AFFAIRE+SAVICKIS+ET+AUTRES+c.+LETTONIE+%28Cour+europ%C3%A9enne+des+droits+de+l%E2%80%99homme%29+49270%2F11\" target=\"_blank\" rel=\"noopener\">LinkedIn<\/a><a href=\"https:\/\/pinterest.com\/pin\/create\/button\/?url=https:\/\/loisdumonde.com\/?p=1573&description=AFFAIRE+SAVICKIS+ET+AUTRES+c.+LETTONIE+%28Cour+europ%C3%A9enne+des+droits+de+l%E2%80%99homme%29+49270%2F11\" target=\"_blank\" 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