{"id":1392,"date":"2022-04-10T09:50:43","date_gmt":"2022-04-10T09:50:43","guid":{"rendered":"https:\/\/loisdumonde.com\/?p=1392"},"modified":"2022-04-10T09:50:43","modified_gmt":"2022-04-10T09:50:43","slug":"avis-consultatif-concernant-lappreciation-de-la-proportionnalite-sous-langle-de-larticle-3-du-protocole-n-1-a-la-convention-dune-interdiction-generale-pour","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/loisdumonde.com\/?p=1392","title":{"rendered":"Avis consultatif concernant l\u2019appr\u00e9ciation de la proportionnalit\u00e9, sous l\u2019angle de l\u2019article 3 du Protocole n\u00b0 1 \u00e0 la Convention, d\u2019une interdiction g\u00e9n\u00e9rale pour une personne de se porter candidate \u00e0 une \u00e9lection apr\u00e8s une destitution dans le cadre d\u2019une proc\u00e9dure d\u2019impeachment"},"content":{"rendered":"<p style=\"text-align: center;\">GRANDE CHAMBRE<br \/>\n<strong>AVIS CONSULTATIF<\/strong><br \/>\nconcernant l\u2019appr\u00e9ciation de la proportionnalit\u00e9, sous l\u2019angle de l\u2019article 3 du Protocole no 1 \u00e0 la Convention, d\u2019une interdiction g\u00e9n\u00e9rale pour une personne de se porter candidate \u00e0 une \u00e9lection apr\u00e8s une destitution dans le cadre d\u2019une proc\u00e9dure d\u2019impeachment<!--more--><br \/>\n<strong>demand\u00e9 par<\/strong><br \/>\nla Cour administrative supr\u00eame lituanienne<br \/>\n<em>(Demande no P16-2020-002)<\/em><br \/>\nSTRASBOURG<br \/>\n8 avril 2022<\/p>\n<p><em>Cet avis est d\u00e9finitif. Il peut subir des retouches de forme.<\/em><\/p>\n<p>La Cour europ\u00e9enne des droits de l\u2019homme, si\u00e9geant en une Grande Chambre compos\u00e9e de\u00a0:<\/p>\n<p>Robert Spano, pr\u00e9sident,<\/p>\n<p>Jon Fridrik Kj\u00f8lbro,<br \/>\nS\u00edofra O\u2019Leary,<br \/>\nYonko Grozev,<br \/>\nGeorges Ravarani,<br \/>\nKsenija Turkovi\u0107,<br \/>\nValeriu Gri\u0163co,<br \/>\nEgidijus K\u016bris,<br \/>\nM\u0101rti\u0146\u0161 Mits,<br \/>\nStephanie Mourou-Vikstr\u00f6m,<br \/>\nGabriele Kucsko-Stadlmayer,<br \/>\nAlena Pol\u00e1\u010dkov\u00e1,<br \/>\nGeorgios A. Serghides,<br \/>\nJolien Schukking,<br \/>\nIvana Jeli\u0107,<br \/>\nLorraine Schembri Orland,<br \/>\nMattias Guyomar, juges,<br \/>\net Johan Callewaert, Greffier adjoint de la Grande Chambre,<\/p>\n<p>Apr\u00e8s en avoir d\u00e9lib\u00e9r\u00e9 en chambre du conseil les 20 octobre 2021 et 17\u00a0mars 2022,<\/p>\n<p>Rend l\u2019avis que voici, adopt\u00e9 \u00e0 cette derni\u00e8re date\u00a0:<\/p>\n<p><strong>PROC\u00c9DURE<\/strong><\/p>\n<p>1. Dans une lettre du 17 septembre 2020 adress\u00e9e au greffier de la Cour europ\u00e9enne des droits de l\u2019homme (\u00ab\u00a0la Cour\u00a0\u00bb), la Cour administrative supr\u00eame lituanienne a sollicit\u00e9 aupr\u00e8s de la Cour, au titre de l\u2019article 1 du Protocole no 16 \u00e0 la Convention de sauvegarde des droits de l\u2019homme et des libert\u00e9s fondamentales (\u00ab\u00a0le Protocole no 16\u00a0\u00bb), un avis consultatif portant sur les questions \u00e9nonc\u00e9es au paragraphe 7 ci-dessous.<\/p>\n<p>2. Le 5 novembre 2020, la Cour administrative supr\u00eame a produit les traductions anglaises, sollicit\u00e9es par la Cour, de la demande d\u2019avis consultatif et des pi\u00e8ces jointes pertinentes. La demande d\u2019avis consultatif est donc consid\u00e9r\u00e9e comme ayant \u00e9t\u00e9 introduite \u00e0 cette derni\u00e8re date.<\/p>\n<p>3. Le 25 janvier 2021, le coll\u00e8ge de cinq juges de la Grande Chambre de la Cour, compos\u00e9 conform\u00e9ment aux articles 2 \u00a7 3 du Protocole no 16 et 93 \u00a7\u00a01 du r\u00e8glement de la Cour (\u00ab\u00a0le r\u00e8glement\u00a0\u00bb), a d\u00e9cid\u00e9 d\u2019accepter la demande.<\/p>\n<p>4. La composition de la Grande Chambre a \u00e9t\u00e9 arr\u00eat\u00e9e le 27 janvier 2021, conform\u00e9ment aux articles 24 \u00a7 2 h) et 94 \u00a7 1 du r\u00e8glement.<\/p>\n<p>5. Par des lettres du 27 janvier 2021, le greffier de la Cour a inform\u00e9 le gouvernement lituanien (\u00ab\u00a0le Gouvernement\u00a0\u00bb) et la Commissaire aux droits de l\u2019homme du Conseil de l\u2019Europe que le pr\u00e9sident de la Grande Chambre les invitait \u00e0 soumettre \u00e0 la Cour des observations \u00e9crites sur la demande d\u2019avis consultatif dans un d\u00e9lai expirant le 22 f\u00e9vrier 2021 (articles 3 du Protocole no 16 et 94 \u00a7 3 du r\u00e8glement).<\/p>\n<p>Le d\u00e9lai a \u00e9t\u00e9 prolong\u00e9 jusqu\u2019au 1er\u00a0mars 2021 \u00e0 la demande du Gouvernement, lequel a pr\u00e9sent\u00e9 ses observations \u00e9crites dans ce d\u00e9lai. La Commissaire aux droits de l\u2019homme du Conseil de l\u2019Europe n\u2019a pas us\u00e9 de ce droit.<\/p>\n<p>6. Apr\u00e8s la cl\u00f4ture de la proc\u00e9dure \u00e9crite, le pr\u00e9sident de la Grande Chambre a d\u00e9cid\u00e9 qu\u2019il n\u2019y avait pas lieu de tenir une audience (article\u00a094 \u00a7\u00a06 du r\u00e8glement).<\/p>\n<p><strong>LES QUESTIONS POS\u00c9ES<\/strong><\/p>\n<p>7. Les questions pos\u00e9es par la Cour administrative supr\u00eame dans sa demande d\u2019avis consultatif sont ainsi libell\u00e9es\u00a0:<\/p>\n<p>\u00ab\u00a01) Un \u00c9tat contractant outrepasse-t-il la marge d\u2019appr\u00e9ciation que lui conf\u00e8re l\u2019article 3 du Protocole no 1 \u00e0 la Convention s\u2019il ne garantit pas la compatibilit\u00e9 de son droit interne avec les obligations internationales qui d\u00e9coulent des dispositions de l\u2019article 3 du Protocole no 1 \u00e0 la Convention, et emp\u00eache en cons\u00e9quence une personne d\u00e9mise de ses fonctions de membre du Seimas dans le cadre d\u2019une proc\u00e9dure d\u2019impeachment d\u2019exercer l\u2019aspect \u00ab\u00a0passif\u00a0\u00bb de son droit \u00e0 des \u00e9lections pendant une p\u00e9riode de six ans\u00a0?<\/p>\n<p>Dans l\u2019affirmative, une telle situation pourrait-elle se justifier par la complexit\u00e9 des circonstances concr\u00e8tes, directement li\u00e9es \u00e0 la possibilit\u00e9 pour l\u2019organe l\u00e9gislatif de rendre les dispositions nationales de rang constitutionnel conformes aux obligations internationales pesant sur l\u2019\u00c9tat\u00a0?<\/p>\n<p>2) Quels sont les exigences et crit\u00e8res d\u00e9coulant de l\u2019article 3 du Protocole no 1 \u00e0 la Convention qui d\u00e9terminent le champ d\u2019application du principe de proportionnalit\u00e9 dont la juridiction interne devrait tenir compte et v\u00e9rifier le respect dans la situation en question\u00a0?<\/p>\n<p>Dans une telle situation, y a-t-il lieu, afin d\u2019appr\u00e9cier la proportionnalit\u00e9 d\u2019une interdiction g\u00e9n\u00e9rale restreignant l\u2019exercice des droits garantis par l\u2019article 3 du Protocole no 1, d\u2019accorder un poids d\u00e9cisif non seulement \u00e0 l\u2019institution d\u2019un d\u00e9lai mais aussi aux circonstances propres \u00e0 chaque affaire tenant \u00e0 la nature des fonctions dont la personne a \u00e9t\u00e9 d\u00e9mise et \u00e0 l\u2019acte ayant provoqu\u00e9 la proc\u00e9dure d\u2019impeachment\u00a0?\u00a0\u00bb<\/p>\n<p><strong>LE CONTEXTE FACTUEL ET LA PROC\u00c9DURE INTERNE DANS LE CADRE DESQUELS S\u2019INSCRIT LA DEMANDE D\u2019AVIS<\/strong><\/p>\n<p>8. La pr\u00e9sente demande d\u2019avis consultatif s\u2019inscrit dans le contexte du refus d\u2019enregistrer la candidature de Mme N.V. aux \u00e9lections du Seimas de\u00a02020. Afin de comprendre les raisons et le fondement de ce refus, la Cour juge n\u00e9cessaire d\u2019exposer les faits suivants.<\/p>\n<p><strong>I. LES FAITS CONCERNANT Mme N.V.<\/strong><\/p>\n<p><strong>A. La carri\u00e8re de juge de Mme N.V. et la proc\u00e9dure connexe de garde d\u2019enfant<\/strong><\/p>\n<p>9. De 2007 \u00e0 2012, Mme N.V. exer\u00e7a les fonctions de juge aupr\u00e8s du tribunal r\u00e9gional de Kaunas.<\/p>\n<p>10. Mme N.V. fut l\u2019un des principaux protagonistes d\u2019une proc\u00e9dure de garde d\u2019enfant tr\u00e8s m\u00e9diatis\u00e9e en Lituanie. Cette proc\u00e9dure a d\u00e9j\u00e0 \u00e9t\u00e9 examin\u00e9e par la Cour dans l\u2019affaire Stank\u016bnait\u0117 c. Lituanie, no\u00a067068\/11, 29\u00a0octobre 2019 (concernant Mme N.V. en particulier, voir les paragraphes\u00a070-75 de l\u2019arr\u00eat rendu dans cette affaire\u00a0; concernant la proc\u00e9dure de garde d\u2019enfant susmentionn\u00e9e, voir aussi \u010civinskait\u0117 c.\u00a0Lituanie, no 21218\/12, 15 septembre 2020, en particulier les paragraphes\u00a05\u201115).<\/p>\n<p><strong>B. La d\u00e9mission de Mme N.V. de ses fonctions de juge et son \u00e9lection au Seimas<\/strong><\/p>\n<p>11. En mai 2012, le procureur g\u00e9n\u00e9ral invita le Seimas \u00e0 lever l\u2019immunit\u00e9 dont Mme N.V. b\u00e9n\u00e9ficiait en sa qualit\u00e9 de juge. Il consid\u00e9rait que celle-ci \u00e9tait susceptible d\u2019avoir commis plusieurs infractions dans le cadre des \u00e9v\u00e9nements li\u00e9s \u00e0 la proc\u00e9dure de garde susmentionn\u00e9e. En juin\u00a02012, le Seimas leva l\u2019immunit\u00e9 de l\u2019int\u00e9ress\u00e9 afin de permettre son arrestation et l\u2019ouverture de poursuites contre elle.<\/p>\n<p>12. En juin 2012, Mme N.V. demanda au pr\u00e9sident de la R\u00e9publique de Lituanie \u00e0 \u00eatre relev\u00e9e de ses fonctions de juge. Apr\u00e8s avoir obtenu l\u2019approbation de cette mesure par le Conseil de la magistrature, le pr\u00e9sident de la R\u00e9publique accueillit le 2 juillet 2012 la demande de r\u00e9vocation de Mme\u00a0N.V.<\/p>\n<p>13. En octobre 2012, Mme N.V. fut \u00e9lue au Seimas sur la liste \u00ab\u00a0Dr\u0105sos kelias\u00a0\u00bb, parti dont le nom \u00e9tait un hommage au d\u00e9funt fr\u00e8re de l\u2019int\u00e9ress\u00e9e, lequel avait \u00e9galement jou\u00e9 un r\u00f4le central dans la proc\u00e9dure de garde susmentionn\u00e9e. Le 16 novembre 2012, Mme N.V. pr\u00eata le serment d\u2019\u00eatre fid\u00e8le \u00e0 la R\u00e9publique de Lituanie et acquit tous les droits de repr\u00e9sentante de la nation.<\/p>\n<p><strong>C. La proc\u00e9dure p\u00e9nale dirig\u00e9e contre Mme N.V.<\/strong><\/p>\n<p>14. En janvier 2013, le procureur g\u00e9n\u00e9ral demanda au Seimas de lever l\u2019immunit\u00e9 dont Mme N.V. b\u00e9n\u00e9ficiait en sa qualit\u00e9 de membre du Seimas, notant que celle-ci \u00e9tait soup\u00e7onn\u00e9e d\u2019avoir commis plusieurs infractions au cours de la proc\u00e9dure de garde susmentionn\u00e9e, \u00e0 savoir outrage au tribunal, non\u2011respect d\u2019une d\u00e9cision de justice, r\u00e9sistance \u00e0 un fonctionnaire ou \u00e0 une personne exer\u00e7ant des fonctions d\u2019administration publique, abus des droits et devoirs d\u2019un tuteur, entrave aux activit\u00e9s d\u2019un huissier et infliction de dommages corporels mineurs. Mme N.V. se vit \u00e9galement notifier sa mise en examen.<\/p>\n<p>15. Le 9 avril 2013, le Seimas accepta de lever l\u2019immunit\u00e9 de Mme\u00a0N.V. afin de permettre l\u2019arrestation de celle-ci et l\u2019ouverture de poursuites contre elle. Le m\u00eame mois, Mme N.V. s\u2019enfuit aux \u00c9tats-Unis. En mai 2013, les autorit\u00e9s lituaniennes diffus\u00e8rent un avis de recherche la concernant.<\/p>\n<p><strong>D. La proc\u00e9dure d\u2019impeachment dirig\u00e9e contre Mme N.V.<\/strong><\/p>\n<p>16. En d\u00e9cembre 2013, une proc\u00e9dure d\u2019impeachment fut engag\u00e9e contre Mme N.V. au motif que celle-ci ne s\u2019\u00e9tait pas acquitt\u00e9e de ses fonctions de membre du Seimas. Pendant la proc\u00e9dure d\u2019impeachment, l\u2019int\u00e9ress\u00e9e n\u2019\u00e9tait pas en Lituanie.<\/p>\n<p>17. Le 3 juin 2014, la Cour constitutionnelle constata que d\u2019avril \u00e0 novembre 2013 Mme N.V. \u00e9tait rest\u00e9e en d\u00e9faut, sans raison valable, d\u2019assister \u00e0 soixante-quatre s\u00e9ances pl\u00e9ni\u00e8res du Seimas et vingt-cinq s\u00e9ances de la commission des affaires juridiques du Seimas. La Cour constitutionnelle estima qu\u2019en agissant de la sorte, Mme N.V. avait manqu\u00e9 au serment parlementaire qu\u2019elle avait pr\u00eat\u00e9 et commis une violation grave de la Constitution.<\/p>\n<p>La Cour constitutionnelle consid\u00e9ra que le fait pour une personne d\u2019avoir quitt\u00e9 le territoire de la R\u00e9publique de Lituanie, d\u2019\u00eatre soup\u00e7onn\u00e9e dans le cadre d\u2019une proc\u00e9dure p\u00e9nale, d\u2019\u00eatre recherch\u00e9e par les autorit\u00e9s et d\u2019\u00eatre susceptible de se soustraire \u00e0 une enqu\u00eate pr\u00e9liminaire afin d\u2019\u00e9chapper \u00e0 sa responsabilit\u00e9 p\u00e9nale ne pouvait en soi passer pour un motif important et valable de nature \u00e0 justifier une absence aux s\u00e9ances du Seimas et d\u2019une commission du Seimas ou un d\u00e9faut de notification de l\u2019impossibilit\u00e9 pour elle d\u2019assister aux s\u00e9ances en question.<\/p>\n<p>18. Dans le cadre d\u2019une proc\u00e9dure d\u2019impeachment et au vu des conclusions de la Cour constitutionnelle, le Seimas vota ensuite, le 19\u00a0juin 2014, la r\u00e9vocation du mandat parlementaire de Mme N.V.<\/p>\n<p><strong>E. L\u2019extradition de Mme N.V. vers la Lituanie et l\u2019\u00e9tat actuel de la proc\u00e9dure p\u00e9nale dirig\u00e9e contre elle<\/strong><\/p>\n<p>19. Mme N.V. fut arr\u00eat\u00e9e aux \u00c9tats-Unis en f\u00e9vrier 2018 \u00e0 la demande des autorit\u00e9s lituaniennes. En avril 2018, le D\u00e9partement d\u2019\u00c9tat am\u00e9ricain d\u00e9cida d\u2019extrader Mme N.V. vers la Lituanie et d\u2019autoriser l\u2019ouverture de poursuites contre elle pour quatre infractions\u00a0: 1) entrave aux activit\u00e9s d\u2019un juge, d\u2019un procureur, d\u2019un enqu\u00eateur, d\u2019un avocat ou d\u2019un huissier, 2) r\u00e9sistance \u00e0 un fonctionnaire ou \u00e0 une personne exer\u00e7ant des fonctions d\u2019administration publique, 3) non-ex\u00e9cution d\u2019une d\u00e9cision de justice et 4) infliction de douleurs physiques ou d\u2019une atteinte mineure \u00e0 la sant\u00e9.<\/p>\n<p>20. Le 6 novembre 2019, Mme N.V. fut extrad\u00e9e vers la Lituanie o\u00f9 elle fut initialement plac\u00e9e en d\u00e9tention. Le 19 novembre 2019, le tribunal r\u00e9gional de Vilnius accueillit la demande de l\u2019int\u00e9ress\u00e9e tendant \u00e0 l\u2019imposition de mesures provisoires moins strictes et ordonna sa mise en libert\u00e9 sous caution, son placement sous surveillance \u00e9lectronique et la saisie de ses documents d\u2019identit\u00e9.<\/p>\n<p>21. Il ressort de donn\u00e9es publiques que, le 8 juillet 2021, le tribunal r\u00e9gional de Panev\u0117\u017eys a d\u00e9clar\u00e9 Mme N.V. coupable d\u2019entrave aux activit\u00e9s d\u2019un huissier, de r\u00e9sistance \u00e0 un fonctionnaire et de l\u00e9sions corporelles mineures, et prononc\u00e9 \u00e0 son \u00e9gard une peine d\u2019emprisonnement d\u2019un an, neuf mois et six jours. Compte tenu du temps que l\u2019int\u00e9ress\u00e9e avait d\u00e9j\u00e0 pass\u00e9 en d\u00e9tention provisoire, il a \u00e9t\u00e9 consid\u00e9r\u00e9 qu\u2019elle avait d\u00e9j\u00e0 purg\u00e9 sa peine. Mme\u00a0N.V. a interjet\u00e9 appel.<\/p>\n<p>22. Toujours selon des donn\u00e9es publiques, la cour d\u2019appel a confirm\u00e9, le 25\u00a0janvier 2022, le jugement rendu par le tribunal de premi\u00e8re instance, et d\u00e9bout\u00e9 Mme N.V. Cette d\u00e9cision peut faire l\u2019objet d\u2019un pourvoi en cassation devant la Cour supr\u00eame dans un d\u00e9lai de trois mois.<\/p>\n<p><strong>F. La tentative de Mme N.V. de se pr\u00e9senter aux \u00e9lections du Seimas en\u00a02020<\/strong><\/p>\n<p>23. En 2020, Mme N.V. demanda l\u2019enregistrement de sa candidature aux \u00e9lections du Seimas qui devaient se tenir en octobre la m\u00eame ann\u00e9e.<\/p>\n<p>24. La Commission \u00e9lectorale centrale (\u00ab\u00a0la CEC\u00a0\u00bb) refusa d\u2019enregistrer la candidature de Mme N.V. au motif qu\u2019en 2014 celle-ci avait fait l\u2019objet d\u2019une proc\u00e9dure d\u2019impeachment qui avait abouti \u00e0 la r\u00e9vocation de son mandat au Seimas, si bien qu\u2019elle ne pouvait plus exercer de mandat parlementaire (article\u00a02 \u00a7\u00a05 de la loi sur les \u00e9lections au Seimas, paragraphe\u00a049 ci\u2011dessous).<\/p>\n<p>25. Mme N.V. contesta la d\u00e9cision de la CEC devant la Cour administrative supr\u00eame qui d\u00e9cida de saisir la Cour d\u2019une demande d\u2019avis consultatif.<\/p>\n<p>II. LES FAITS RELATIFS \u00c0 L\u2019AFFAIRE PAKSAS c. LITUANIE ET SES CONSEQUENCES<\/p>\n<p><strong>A. L\u2019arr\u00eat rendu par la Grande Chambre dans l\u2019affaire Paksas c.\u00a0Lituanie<\/strong><\/p>\n<p>26. Le 6\u00a0avril 2004, dans le cadre d\u2019une proc\u00e9dure d\u2019impeachment, le Seimas d\u00e9mit M. Paksas de son mandat de pr\u00e9sident de la R\u00e9publique lituanienne en raison de violations graves de la Constitution et d\u2019un manquement au serment pr\u00eat\u00e9 \u00e0 la nation. M. Paksas exprima ensuite son intention de pr\u00e9senter sa candidature aux \u00e9lections pr\u00e9sidentielles. Le 4\u00a0mai 2004, le Seimas modifia la loi sur les \u00e9lections pr\u00e9sidentielles et y introduisit une disposition selon laquelle un individu ayant \u00e9t\u00e9 d\u00e9mis de son mandat de parlementaire ou d\u2019un autre mandat par le Seimas dans le cadre d\u2019une proc\u00e9dure d\u2019impeachment ne pouvait \u00eatre \u00e9lu pr\u00e9sident de la R\u00e9publique si moins de cinq ann\u00e9es s\u2019\u00e9taient \u00e9coul\u00e9es depuis sa destitution. Saisie par un groupe de membres du Seimas, la Cour constitutionnelle d\u00e9clara toutefois, le 25\u00a0mai 2004, que si l\u2019interdiction faite \u00e0 un individu destitu\u00e9 de se pr\u00e9senter aux \u00e9lections pr\u00e9sidentielles \u00e9tait compatible avec la Constitution, le fait de restreindre cette interdiction dans le temps \u00e9tait anticonstitutionnel. Le 15\u00a0juillet 2004, le Seimas modifia donc la loi sur les \u00e9lections au Seimas pour y introduire une disposition pr\u00e9voyant l\u2019in\u00e9ligibilit\u00e9 permanente \u00e0 un mandat parlementaire pour tout titulaire d\u2019un mandat officiel d\u00e9mis de ses fonctions dans le cadre d\u2019une proc\u00e9dure d\u2019impeachment.<\/p>\n<p>Dans l\u2019arr\u00eat rendu par elle le 6 janvier 2011 dans l\u2019affaire Paksas c.\u00a0Lituanie ([GC], no\u00a034932\/04, \u00a7 112, CEDH 2011 (extraits)), la Cour a estim\u00e9 que le caract\u00e8re d\u00e9finitif et irr\u00e9versible de l\u2019in\u00e9ligibilit\u00e9 au mandat l\u00e9gislatif qui avait atteint M.\u00a0Paksas conduisait \u00e0 juger cette restriction disproportionn\u00e9e et elle a conclu en cons\u00e9quence \u00e0 la violation de l\u2019article 3 du Protocole no 1.<\/p>\n<p><strong>B. Les constatations du Comit\u00e9 des droits de l\u2019homme des Nations unies concernant la plainte de M. Paksas<\/strong><\/p>\n<p>27. Le 25 mars 2014, le Comit\u00e9 des droits de l\u2019homme des Nations unies (\u00ab\u00a0le CDH\u00a0\u00bb) a adopt\u00e9 des constatations dans l\u2019affaire Paksas c.\u00a0Lituanie (CCPR\/C\/110\/D\/2155\/2012). Le CDH a consid\u00e9r\u00e9 que les restrictions \u00e0 vie prononc\u00e9es contre M. Paksas ne satisfaisaient pas aux crit\u00e8res de pr\u00e9visibilit\u00e9 et d\u2019objectivit\u00e9 requis, constituant par l\u00e0 une restriction d\u00e9raisonnable au sens de l\u2019article 25 b) et c) du Pacte international relatif aux droits civils et politiques (\u00ab\u00a0le Pacte\u00a0\u00bb), et qu\u2019il y avait donc eu violation des droits que M.\u00a0Paksas tenait de ces dispositions (pour plus de d\u00e9tails, voir le paragraphe\u00a059 ci-dessous).<\/p>\n<p><strong>C. L\u2019ex\u00e9cution de l\u2019arr\u00eat rendu par la Cour dans l\u2019affaire Paksas c.\u00a0Lituanie<\/strong><\/p>\n<p>28. Apr\u00e8s le prononc\u00e9 de l\u2019arr\u00eat Paksas par la Grande Chambre, la Cour constitutionnelle d\u00e9clara, le 10 janvier 2011, qu\u2019il y avait lieu de proc\u00e9der \u00e0 une r\u00e9vision constitutionnelle afin d\u2019ex\u00e9cuter cet arr\u00eat et d\u2019\u00e9liminer l\u2019incompatibilit\u00e9 entre la Constitution et la Convention.<\/p>\n<p>29. En vertu de la Constitution lituanienne, toute modification apport\u00e9e \u00e0 la Constitution requiert une majorit\u00e9 d\u2019au moins deux tiers de tous les membres du Seimas, c\u2019est-\u00e0-dire au moins quatre-vingt-quatorze voix sur cent quarante et une. Tout projet de loi portant r\u00e9vision de la Constitution doit \u00eatre soumis par deux fois au vote, avec un intervalle d\u2019au moins trois mois entre les votes. Une modification de la Constitution qui n\u2019a pas \u00e9t\u00e9 adopt\u00e9e ne peut \u00eatre pr\u00e9sent\u00e9e \u00e0 nouveau pour examen au Seimas avant au moins un an. Une loi portant r\u00e9vision de la Constitution entre en vigueur au plus t\u00f4t un mois apr\u00e8s son adoption (articles\u00a0148 et 149 de la Constitution, paragraphe\u00a048 ci-dessous).<\/p>\n<p>30. En mars 2012, le Seimas tenta de lever l\u2019interdiction permanente faite \u00e0 M. Paksas de participer aux \u00e9lections l\u00e9gislatives en modifiant la loi sur les \u00e9lections au Seimas et non en proposant une r\u00e9vision constitutionnelle. \u00c0 la suite de la modification en question, l\u2019article 2 \u00a7 5 de la loi sur les \u00e9lections au Seimas disposait qu\u2019un individu qui avait \u00e9t\u00e9 destitu\u00e9 ou qui avait vu son mandat r\u00e9voqu\u00e9 par le Seimas dans le cadre d\u2019une proc\u00e9dure d\u2019impeachment ne pouvait se pr\u00e9senter aux \u00e9lections du Seimas si moins de quatre ann\u00e9es s\u2019\u00e9taient \u00e9coul\u00e9es depuis la date \u00e0 laquelle la d\u00e9cision pertinente avait pris effet.<\/p>\n<p>31. Dans une d\u00e9cision du 5 septembre 2012, la Cour constitutionnelle estima toutefois que cette limite temporelle \u00e9tait inconstitutionnelle. Elle consid\u00e9ra que le syst\u00e8me juridique de la Lituanie \u00e9tant fond\u00e9 sur le principe de la primaut\u00e9 de la Constitution, la seule voie indiqu\u00e9e par la doctrine constitutionnelle officielle pour \u00e9liminer l\u2019incompatibilit\u00e9 entre l\u2019article 3 du Protocole no 1 \u00e0 la Convention et la Constitution et pour ex\u00e9cuter l\u2019arr\u00eat rendu par la Grande Chambre le 6 janvier 2011 dans l\u2019affaire Paksas \u00e9tait de r\u00e9viser, entre autres, les articles 59 et 74 de la Constitution (voir aussi le paragraphe\u00a056 ci-dessous).<\/p>\n<p>32. En septembre 2013, le Seimas fut saisi d\u2019un autre projet de loi, par lequel l\u2019article 74 de la Constitution se voyait adjoindre une nouvelle seconde partie qui ne pr\u00e9cisait pas les cons\u00e9quences constitutionnelles de la proc\u00e9dure d\u2019impeachment dans le texte de la Constitution elle-m\u00eame mais laissait la voie ouverte pour l\u2019\u00e9tablissement par la loi constitutionnelle[1] de normes g\u00e9n\u00e9rales \u00e0 cette fin. Le projet \u00e9tait ainsi libell\u00e9\u00a0:<\/p>\n<p>\u00ab\u00a0Un individu qui a commis une violation grave de la Constitution ou manqu\u00e9 au serment pr\u00e9vu par la Constitution et qui, dans le cadre d\u2019une proc\u00e9dure d\u2019impeachment, a \u00e9t\u00e9 destitu\u00e9 ou a vu son mandat de membre du Seimas r\u00e9voqu\u00e9 par le Seimas peut \u00eatre \u00e9lu ou nomm\u00e9, \u00e0 l\u2019expiration des d\u00e9lais pr\u00e9vus par la loi constitutionnelle, \u00e0 un mandat pour lequel il faut pr\u00eater serment conform\u00e9ment \u00e0 la Constitution.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p>Ce projet de loi ne r\u00e9unit pas le nombre de voix requis pour \u00eatre adopt\u00e9 par le Seimas.<\/p>\n<p>33. En mars 2015, un nouveau projet de loi modifiant l\u2019article 56 de la Constitution fut pr\u00e9sent\u00e9. Il concernait exclusivement le mandat de membre du Seimas et proposait d\u2019ajouter \u00e0 l\u2019article 56 de la Constitution un nouveau paragraphe 3 pr\u00e9voyant ce qui suit\u00a0:<\/p>\n<p>\u00ab\u00a0Un individu qui a commis une violation grave de la Constitution ou manqu\u00e9 \u00e0 son serment et qui, dans le cadre d\u2019une proc\u00e9dure d\u2019impeachment, a \u00e9t\u00e9 destitu\u00e9 ou a vu son mandat de membre du Seimas r\u00e9voqu\u00e9 par le Seimas ne peut \u00eatre \u00e9lu membre du Seimas si moins de dix ann\u00e9es se sont \u00e9coul\u00e9es depuis sa destitution ou r\u00e9vocation.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p>Ce projet de loi ne r\u00e9unit pas le nombre de voix requis pour \u00eatre adopt\u00e9 par le Seimas.<\/p>\n<p>34. Le 22\u00a0d\u00e9cembre 2016, en r\u00e9ponse \u00e0 une demande d\u2019interpr\u00e9tation dont elle avait \u00e9t\u00e9 saisie par un groupe de membres du Seimas, la Cour constitutionnelle r\u00e9affirma que \u00ab\u00a0la seule voie\u00a0\u00bb pour ex\u00e9cuter l\u2019arr\u00eat rendu par la Cour dans l\u2019affaire Paksas \u00e9tait de r\u00e9viser la Constitution et que \u00ab\u00a0toute autre voie (notamment l\u2019adoption ou la modification de lois et d\u2019autres actes juridiques)\u00a0\u00bb \u00e9tait impossible en vertu de la Constitution (voir aussi le paragraphe 57 ci-dessous).<\/p>\n<p>La Cour constitutionnelle consid\u00e9ra, entre autres, que l\u2019\u00e9laboration du projet de r\u00e9vision constitutionnelle pertinent devait tenir compte des recommandations du CDH concernant la plainte de M. Paksas (paragraphes\u00a027 ci-dessus et 59 ci-dessous).<\/p>\n<p>35. En 2017 et en 2018, deux autres projets de loi proposant de modifier l\u2019article 74 de la Constitution furent pr\u00e9sent\u00e9s au Seimas o\u00f9 ils n\u2019obtinrent pas le nombre de voix requis.<\/p>\n<p>36. En septembre 2019, un nouveau projet de loi proposant de compl\u00e9ter l\u2019article 74 de la Constitution par un nouveau paragraphe 2 fut d\u00e9pos\u00e9 au Seimas. Il \u00e9tait ainsi libell\u00e9\u00a0:<\/p>\n<p>\u00ab\u00a0Un individu qui, dans le cadre d\u2019une proc\u00e9dure d\u2019impeachment, a \u00e9t\u00e9 destitu\u00e9 ou qui a vu son mandat de membre du Seimas r\u00e9voqu\u00e9 par le Seimas en raison d\u2019une violation grave de la Constitution ou d\u2019un manquement \u00e0 son serment peut se porter candidat aux \u00e9lections du Seimas au plus t\u00f4t dix ann\u00e9es apr\u00e8s sa destitution ou la r\u00e9vocation de son mandat de membre du Seimas. Cet individu ne peut \u00eatre \u00e9lu pr\u00e9sident de la R\u00e9publique de Lituanie ni exercer aucun mandat pr\u00e9vu par la Constitution pour lequel il faut pr\u00eater serment conform\u00e9ment \u00e0 la Constitution.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p>37. En avril 2020, la commission des affaires juridiques du Seimas proposa de rejeter ce projet de loi, essentiellement au motif que la doctrine avait exprim\u00e9 certains doutes quant \u00e0 la conformit\u00e9 de ce texte avec la r\u00e9glementation constitutionnelle dans son ensemble. L\u2019assembl\u00e9e pl\u00e9ni\u00e8re du Seimas refusa cette proposition de la commission et d\u00e9cida de renvoyer le projet en question en vue de son am\u00e9lioration \u00e0 la commission des affaires juridiques du Seimas qui venait d\u2019\u00eatre \u00e9lu. Apr\u00e8s les \u00e9lections l\u00e9gislatives qui se tinrent en octobre 2020, la nouvelle commission des affaires juridiques d\u00e9cida de suspendre l\u2019examen dudit projet et d\u2019inviter le bureau du Seimas \u00e0 recommander au gouvernement la cr\u00e9ation d\u2019un groupe de travail charg\u00e9 d\u2019\u00e9valuer le projet et de pr\u00e9senter des propositions de modification qui pourraient \u00eatre apport\u00e9es \u00e0 la Constitution en vue de l\u2019ex\u00e9cution de l\u2019arr\u00eat rendu par la Cour dans l\u2019affaire Paksas. En d\u00e9cembre\u00a02020, le bureau du Seimas rejeta la demande par laquelle la commission des affaires juridiques l\u2019avait invit\u00e9 \u00e0 recommander au gouvernement de cr\u00e9er un groupe de travail et proposa plut\u00f4t \u00e0 la commission de recueillir l\u2019avis des groupes politiques (politin\u0117s frakcijos) et des membres du Seimas non affili\u00e9s \u00e0 un groupe politique sur la r\u00e9vision de l\u2019article 74 de la Constitution de la R\u00e9publique de Lituanie.<\/p>\n<p>38. Le 8 juin 2021, le projet de loi no XIVP-619 fut d\u00e9pos\u00e9 au Seimas. Il proposait de compl\u00e9ter l\u2019article 74 de la Constitution par un nouveau paragraphe 2 ainsi libell\u00e9\u00a0:<\/p>\n<p>\u00ab\u00a0Un individu qui, dans le cadre d\u2019une proc\u00e9dure d\u2019impeachment, a \u00e9t\u00e9 destitu\u00e9 ou a vu son mandat de membre du Seimas r\u00e9voqu\u00e9 par le Seimas en raison d\u2019une violation grave de la Constitution ou d\u2019un manquement \u00e0 son serment ne peut exercer aucun mandat pr\u00e9vu par la Constitution pour lequel il faut pr\u00eater serment conform\u00e9ment \u00e0 la Constitution si moins de dix ann\u00e9es se sont \u00e9coul\u00e9es depuis sa destitution ou la r\u00e9vocation de son mandat de membre du Seimas.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p>39. Le 9 novembre 2021, le Seimas adopta provisoirement, par cent dix\u2011huit voix contre deux, une modification de la Constitution (projet no\u00a0XIVP-619(2)\u00a0; pour le texte de la modification, voir le paragraphe 38 ci\u2011dessus) qui abolit, en cas de sanction constitutionnelle, l\u2019interdiction permanente d\u2019\u00eatre \u00e9lu au Seimas ou d\u2019exercer d\u2019autres mandats pr\u00e9cis\u00e9s par la Constitution.<\/p>\n<p>40. Le 18 janvier 2022, le premier vote sur le projet no XIVP-619(2) a eu lieu au Seimas, et cent trente et un membres de cette assembl\u00e9e ont vot\u00e9 en faveur de la modification de la Constitution propos\u00e9e\u00a0; un parlementaire s\u2019est abstenu. Dans sa lettre du 20 janvier 2022, le Gouvernement a indiqu\u00e9 que le deuxi\u00e8me vote sur le projet de loi en question (paragraphe 29 ci\u2011dessus) devait \u00eatre programm\u00e9 sans retard d\u00e8s le d\u00e9but de la session de printemps du Seimas, le 10 mars 2022. Il a \u00e9galement pr\u00e9cis\u00e9 qu\u2019une loi portant r\u00e9vision de la Constitution entrait en vigueur au plus t\u00f4t un mois apr\u00e8s son adoption.<\/p>\n<p><strong>D. La position du Comit\u00e9 des Ministres concernant l\u2019ex\u00e9cution de l\u2019arr\u00eat rendu par la Cour dans l\u2019affaire Paksas c. Lituanie<\/strong><\/p>\n<p>41. En septembre 2014, le Comit\u00e9 des Ministres \u00ab\u00a0invit[a] instamment les autorit\u00e9s lituaniennes \u00e0 accomplir des progr\u00e8s tangibles, en particulier concernant les modifications constitutionnelles requises\u00a0\u00bb et d\u00e9cida \u00ab\u00a0de transf\u00e9rer cette affaire en proc\u00e9dure de surveillance soutenue\u00a0\u00bb.<\/p>\n<p>42. Le 6 d\u00e9cembre 2018, le Comit\u00e9 des Ministres adopta la R\u00e9solution int\u00e9rimaire CM\/ResDH(2018)469 dans l\u2019affaire Paksas. Eu \u00e9gard au fait que depuis 2011 quatre propositions de r\u00e9vision successives avaient \u00e9chou\u00e9 devant le Seimas, le Comit\u00e9 des Ministres exprimait dans cette r\u00e9solution sa vive pr\u00e9occupation \u00e0 l\u2019\u00e9gard du fait que, malgr\u00e9 les appels r\u00e9p\u00e9t\u00e9s du Comit\u00e9 et plusieurs initiatives visant \u00e0 l\u2019adoption des modifications constitutionnelles n\u00e9cessaires pour lever l\u2019interdiction permanente de participer aux \u00e9lections l\u00e9gislatives critiqu\u00e9e par la Cour, aucun progr\u00e8s tangible n\u2019avait \u00e9t\u00e9 accompli, de sorte que presque huit ans apr\u00e8s que l\u2019arr\u00eat de la Cour \u00e9tait devenu d\u00e9finitif, la situation jug\u00e9e contraire \u00e0 la Convention persistait toujours. Il en appelait aux autorit\u00e9s et dirigeants politiques de Lituanie pour qu\u2019ils redoublent d\u2019efforts pour accomplir des progr\u00e8s concrets au niveau parlementaire afin que la Lituanie puisse se conformer \u00e0 ses obligations en vertu de la Convention europ\u00e9enne et exhortait tous les int\u00e9ress\u00e9s \u00e0 les soutenir dans cet engagement et \u00e0 redoubler d\u2019efforts pour que les modifications constitutionnelles n\u00e9cessaires fussent adopt\u00e9es.<\/p>\n<p>43. Lors de leur r\u00e9union tenue du 1er au 3 septembre 2020, les D\u00e9l\u00e9gu\u00e9s adopt\u00e8rent, en ce qui concerne la surveillance de l\u2019ex\u00e9cution de l\u2019arr\u00eat rendu par la Cour dans l\u2019affaire Paksas, la d\u00e9cision CM\/Del\/Dec(2020)1377bis\/H46-20 dans laquelle ils rappelaient \u00ab\u00a0l\u2019obligation inconditionnelle de la Lituanie de se conformer aux arr\u00eats de la Cour\u00a0\u00bb et \u00ab\u00a0r\u00e9it\u00e8r[ai]ent fermement leur plus grande pr\u00e9occupation de ce que, malgr\u00e9 les appels r\u00e9p\u00e9t\u00e9s du Comit\u00e9 et plusieurs initiatives visant \u00e0 l\u2019adoption des amendements constitutionnels n\u00e9cessaires pour lever l\u2019exclusion \u00e9lectorale du requ\u00e9rant, la situation jug\u00e9e contraire \u00e0 la Convention persist[ait] toujours, pr\u00e8s de dix ans apr\u00e8s que l\u2019arr\u00eat de la Cour [\u00e9tait] devenu d\u00e9finitif\u00a0\u00bb.<\/p>\n<p>44. Par une lettre du 17 d\u00e9cembre 2020, le gouvernement de la R\u00e9publique de Lituanie informa le Service de l\u2019ex\u00e9cution des arr\u00eats du Conseil de l\u2019Europe que le l\u00e9gislateur \u00e9tait sur le point de suspendre l\u2019examen des propositions l\u00e9gislatives d\u00e9j\u00e0 pr\u00e9sent\u00e9es et qu\u2019un nouveau groupe de travail serait constitu\u00e9 pour \u00e9laborer de nouvelles propositions de modification \u00e0 apporter \u00e0 la Constitution.<\/p>\n<p>45. Le 19 avril 2021, le Gouvernement informa par \u00e9crit le Service de l\u2019ex\u00e9cution des arr\u00eats que la question de la r\u00e9vision de l\u2019article\u00a074 de la Constitution \u00e9tait toujours en discussion au niveau des organes internes du Seimas. Il pr\u00e9cisait \u00e9galement qu\u2019un plan d\u2019action avait \u00e9t\u00e9 approuv\u00e9 en mars\u00a02021 et qu\u2019un groupe d\u2019experts juridiques serait charg\u00e9 de formuler des conclusions concernant les points forts et les points faibles des propositions de r\u00e9vision constitutionnelle d\u00e9j\u00e0 pr\u00e9sent\u00e9es. Il ajoutait que ces conclusions, une fois approuv\u00e9es, seraient soumises aux groupes politiques du Seimas pour un examen politique. Il disait voir dans cette strat\u00e9gie un moyen d\u2019obtenir le consensus politique le plus large possible afin d\u2019\u00e9viter \u00ab\u00a0un nouvel \u00e9chec du vote\u00a0\u00bb au Seimas.<\/p>\n<p>46. Dans sa communication au Service de l\u2019ex\u00e9cution des arr\u00eats, le Gouvernement mentionnait \u00e9galement la pr\u00e9sente demande d\u2019avis consultatif adress\u00e9e \u00e0 la Cour par la Cour administrative supr\u00eame. Il arguait que les questions pos\u00e9es par la Cour administrative supr\u00eame \u00e9taient en lien direct avec l\u2019arr\u00eat Paksas et que la r\u00e9ponse de la Cour \u00e0 ces questions fournirait des indications claires non seulement \u00e0 la Cour administrative supr\u00eame mais aussi au Seimas relativement \u00e0 la mesure dans laquelle il est possible de restreindre le droit de se porter candidat aux \u00e9lections l\u00e9gislatives. Il demandait par cons\u00e9quent au Comit\u00e9 des Ministres de prendre note du fait qu\u2019il s\u2019abstiendrait de pr\u00e9ciser des mesures concr\u00e8tes et des d\u00e9lais pour l\u2019ex\u00e9cution de l\u2019arr\u00eat Paksas jusqu\u2019au prononc\u00e9 de l\u2019avis consultatif.<\/p>\n<p>47. Selon les informations fournies \u00e0 la Cour, l\u2019ex\u00e9cution de l\u2019arr\u00eat rendu par elle dans l\u2019affaire Paksas a \u00e9t\u00e9 examin\u00e9e par le Comit\u00e9 des Ministres lors de sa 1406e r\u00e9union \u00ab\u00a0droits de l\u2019homme\u00a0\u00bb tenue du 7 au 9\u00a0juin 2021. La d\u00e9cision CM\/Del\/Dec(2021)1406\/H46-18, qui a \u00e9t\u00e9 adopt\u00e9e lors de cette r\u00e9union, \u00e9nonce que les D\u00e9l\u00e9gu\u00e9s\u00a0:<\/p>\n<p>\u00ab\u00a01. rappelant que la Cour a constat\u00e9 une violation de l\u2019article 3 du Protocole no 1 en raison du \u00ab\u00a0caract\u00e8re d\u00e9finitif et irr\u00e9versible\u00a0\u00bb de l\u2019exclusion du requ\u00e9rant des \u00e9lections l\u00e9gislatives, que l\u2019arr\u00eat de la Cour est devenu d\u00e9finitif en 2011 et que le requ\u00e9rant, M.\u00a0Rolandas Paksas, continue de se voir interdire toute participation aux \u00e9lections parlementaires depuis 2004\u00a0;<\/p>\n<p>2. prennent note de ce que, le 25 janvier 2021, la Cour europ\u00e9enne a accept\u00e9 une demande d\u2019avis consultatif de la Cour administrative supr\u00eame de Lituanie et que les questions pos\u00e9es \u00e0 la Cour paraissent avoir une pertinence directe pour le contenu concret des amendements constitutionnels n\u00e9cessaires \u00e0 la lev\u00e9e de la d\u00e9ch\u00e9ance \u00e9lectorale du requ\u00e9rant et \u00e0 la mise en conformit\u00e9 du droit interne avec l\u2019article 3 du Protocole no 1\u00a0;<\/p>\n<p>3. expriment leur profond regret que, malgr\u00e9 les appels r\u00e9p\u00e9t\u00e9s des Comit\u00e9s et la R\u00e9solution int\u00e9rimaire CM\/ResDH(2018)469 et malgr\u00e9 plusieurs initiatives visant \u00e0 assurer l\u2019adoption des amendements constitutionnels n\u00e9cessaires pour lever l\u2019interdiction permanente de participation aux \u00e9lections parlementaires, critiqu\u00e9e par la Cour europ\u00e9enne, plus de dix ans apr\u00e8s que l\u2019arr\u00eat de la Cour est devenu d\u00e9finitif, la situation jug\u00e9e contraire \u00e0 la Convention persiste\u00a0;<\/p>\n<p>4. notent toutefois avec int\u00e9r\u00eat que le processus l\u00e9gislatif engag\u00e9 sous la pr\u00e9c\u00e9dente l\u00e9gislature est toujours pendant devant le Seimas nouvellement form\u00e9, qu\u2019un plan d\u2019action indiquant les mesures \u00e0 prendre a \u00e9t\u00e9 adopt\u00e9, que le groupe d\u2019experts mis en place ainsi que la Commission pour l\u2019avenir du Seimas ont achev\u00e9 leurs travaux avant le d\u00e9lai pr\u00e9vu et, en particulier, que cette derni\u00e8re a adopt\u00e9 le 28 mai 2021 sa d\u00e9cision d\u00e9finitive, indiquant qu\u2019un consensus a \u00e9t\u00e9 atteint entre les partis politiques du Seimas\u00a0; notent en outre que ce consensus, refl\u00e9t\u00e9 dans le nouveau projet de loi no\u00a0XIVP-619 enregistr\u00e9 au Seimas le 8 juin 2021 [paragraphe 38 ci-dessus], para\u00eet offrir une solution viable pour rem\u00e9dier \u00e0 la violation constat\u00e9e dans cet arr\u00eat, tant au niveau g\u00e9n\u00e9ral qu\u2019individuel, avec la lev\u00e9e du caract\u00e8re permanent de l\u2019interdiction faite au requ\u00e9rant, M. Paksas, de se pr\u00e9senter aux \u00e9lections parlementaires \u00e0 la suite de sa destitution\u00a0;<\/p>\n<p>5. notent en outre l\u2019intention du gouvernement d\u2019attendre que la Cour rende son avis consultatif avant d\u2019\u00e9tablir un calendrier d\u00e9finissant les prochaines \u00e9tapes ainsi que l\u2019indication selon laquelle il ne devrait plus y avoir d\u2019obstacle \u00e0 l\u2019adoption des amendements constitutionnels \u00e9tant donn\u00e9 le large consensus politique atteint\u00a0;<\/p>\n<p>6. exhortent par cons\u00e9quent toutes les autorit\u00e9s nationales concern\u00e9es \u00e0 maintenir leurs efforts pour que les amendements constitutionnels n\u00e9cessaires soient adopt\u00e9s sans plus tarder, une fois que la Cour europ\u00e9enne aura rendu son avis consultatif\u00a0;<\/p>\n<p>7. invitent fermement les autorit\u00e9s \u00e0 continuer de pr\u00e9parer les prochaines \u00e9tapes du processus l\u00e9gislatif dans toute la mesure du possible, \u00e0 pr\u00e9senter leur nouveau calendrier pour son ach\u00e8vement d\u00e8s que possible apr\u00e8s le prononc\u00e9 de l\u2019avis consultatif de la Cour europ\u00e9enne et en temps utile avant le prochain examen de cette affaire et \u00e0 tenir le Comit\u00e9 des Ministres inform\u00e9 de tous les d\u00e9veloppements pertinents\u00a0;<\/p>\n<p>8. d\u00e9cident de reprendre l\u2019examen de ce point, lors de l\u2019une des deux r\u00e9unions droits de l\u2019homme, apr\u00e8s le prononc\u00e9 de l\u2019avis consultatif de la Cour.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p>LE DROIT INTERNE PERTINENT<\/p>\n<p><strong>I. LA CONSTITUTION<\/strong><\/p>\n<p>48. La Constitution est ainsi libell\u00e9e en ses parties pertinentes\u00a0:<\/p>\n<p style=\"text-align: center;\">Article 7<\/p>\n<p>\u00ab\u00a0Toute loi ou tout acte contraire \u00e0 la Constitution est nul (&#8230;)\u00a0\u00bb<\/p>\n<p style=\"text-align: center;\">Article 56<\/p>\n<p>\u00ab\u00a0Peut \u00eatre \u00e9lu membre du Seimas tout citoyen de la R\u00e9publique de Lituanie qui n\u2019est pas li\u00e9 par serment ou par engagement \u00e0 un \u00c9tat \u00e9tranger et qui, au jour de l\u2019\u00e9lection, est \u00e2g\u00e9 de vingt-cinq ans au moins et r\u00e9side en permanence en Lituanie.<\/p>\n<p>Ne peuvent \u00eatre \u00e9lues membres du Seimas ni les personnes qui n\u2019ont pas achev\u00e9 d\u2019ex\u00e9cuter une peine inflig\u00e9e par une d\u00e9cision de justice ni celles qui ont \u00e9t\u00e9 reconnues incapables par un tribunal.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p style=\"text-align: center;\">Article 59<\/p>\n<p>\u00ab\u00a0(&#8230;)<\/p>\n<p>Les personnes \u00e9lues membres du Seimas n\u2019acqui\u00e8rent tous les droits de repr\u00e9sentant de la nation qu\u2019apr\u00e8s avoir pr\u00eat\u00e9 serment de fid\u00e9lit\u00e9 \u00e0 la R\u00e9publique de Lituanie devant le Seimas.<\/p>\n<p>Les membres du Seimas qui n\u2019ont pas pr\u00eat\u00e9 serment conform\u00e9ment \u00e0 la proc\u00e9dure fix\u00e9e par la loi ou qui ont pr\u00eat\u00e9 un serment conditionnel perdent leur mandat de membre du Seimas (&#8230;)<\/p>\n<p>Dans l\u2019exercice de leurs fonctions, les membres du Seimas sont guid\u00e9s par la Constitution de la R\u00e9publique de Lituanie, par l\u2019int\u00e9r\u00eat de l\u2019\u00c9tat et par leur conscience, et aucun autre mandat ne peut restreindre cet exercice.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p style=\"text-align: center;\">Article 74<\/p>\n<p>\u00ab\u00a0Le Seimas peut, \u00e0 la majorit\u00e9 des trois cinqui\u00e8mes de l\u2019ensemble de ses membres, destituer le pr\u00e9sident de la R\u00e9publique, le pr\u00e9sident ou un juge de la Cour constitutionnelle, le pr\u00e9sident ou un juge de la Cour supr\u00eame, le pr\u00e9sident ou un juge de la cour d\u2019appel, ou r\u00e9voquer le mandat d\u2019un membre du Seimas lorsqu\u2019il est \u00e9tabli que l\u2019int\u00e9ress\u00e9 a commis une violation grave de la Constitution, manqu\u00e9 \u00e0 son serment ou s\u2019est rendu coupable d\u2019une infraction. Ces mesures sont prises conform\u00e9ment \u00e0 la proc\u00e9dure d\u2019impeachment d\u00e9finie par le r\u00e8glement du Seimas.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p style=\"text-align: center;\">Article 82<\/p>\n<p>\u00ab\u00a0Le pr\u00e9sident de la R\u00e9publique nouvellement \u00e9lu commence \u00e0 exercer ses fonctions le lendemain du jour o\u00f9 le mandat du pr\u00e9sident en exercice se termine, apr\u00e8s qu\u2019\u00e0 Vilnius, en pr\u00e9sence des membres du Seimas, les repr\u00e9sentants de la nation, il a pr\u00eat\u00e9 serment au peuple d\u2019\u00eatre fid\u00e8le \u00e0 la R\u00e9publique de Lituanie et \u00e0 la Constitution, d\u2019exercer ses fonctions avec conscience et de se montrer juste avec chacun (&#8230;)\u00a0\u00bb<\/p>\n<p style=\"text-align: center;\">Article 86<\/p>\n<p>\u00ab\u00a0(&#8230;)<\/p>\n<p>Le pr\u00e9sident de la R\u00e9publique ne peut \u00eatre destitu\u00e9 avant l\u2019expiration de son mandat que dans le cas d\u2019une violation grave de la Constitution ou d\u2019un manquement au serment qu\u2019il a pr\u00eat\u00e9, ou s\u2019il est \u00e9tabli qu\u2019il s\u2019est rendu coupable d\u2019une infraction. La question de la destitution du pr\u00e9sident de la R\u00e9publique est tranch\u00e9e par le Seimas conform\u00e9ment \u00e0 la proc\u00e9dure d\u2019impeachment.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p style=\"text-align: center;\">Article 107<\/p>\n<p>\u00ab\u00a0Une loi (ou certaines de ses dispositions) de la R\u00e9publique de Lituanie ou un autre acte (ou certaines de ses dispositions) du Seimas, du pr\u00e9sident de la R\u00e9publique ou du gouvernement, ne peut plus \u00eatre appliqu\u00e9 \u00e0 partir de la date de la publication officielle de la d\u00e9cision par laquelle la Cour constitutionnelle constate que cet acte (ou les dispositions concern\u00e9es) est contraire \u00e0 la Constitution de la R\u00e9publique de Lituanie.<\/p>\n<p>Les d\u00e9cisions de la Cour constitutionnelle sur les questions relevant de sa comp\u00e9tence sont d\u00e9finitives et ne peuvent faire l\u2019objet d\u2019aucun recours.<\/p>\n<p>(&#8230;)\u00a0\u00bb<\/p>\n<p style=\"text-align: center;\">Article 110<\/p>\n<p>\u00ab\u00a0Un juge ne peut appliquer une loi contraire \u00e0 la Constitution.<\/p>\n<p>Dans les cas o\u00f9 il y a lieu de penser que la loi ou un autre acte juridique qui devrait \u00eatre appliqu\u00e9 dans une affaire sp\u00e9cifique est contraire \u00e0 la Constitution, le juge suspend l\u2019examen de l\u2019affaire et saisit la Cour constitutionnelle d\u2019une demande d\u2019examen de la constitutionnalit\u00e9 de la loi ou de l\u2019acte juridique en question.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p style=\"text-align: center;\">Article 135<\/p>\n<p>\u00ab\u00a0La R\u00e9publique de Lituanie, dans la conduite de sa politique \u00e9trang\u00e8re, est guid\u00e9e par les principes et les normes universellement reconnus du droit international, elle aspire \u00e0 garantir la s\u00e9curit\u00e9 et l\u2019ind\u00e9pendance nationales, le bien-\u00eatre des citoyens ainsi que leurs droits et libert\u00e9s fondamentaux, et contribue \u00e0 la cr\u00e9ation d\u2019un ordre international fond\u00e9 sur le droit et sur la justice.<\/p>\n<p>(&#8230;)\u00a0\u00bb<\/p>\n<p style=\"text-align: center;\">Article 138<\/p>\n<p>\u00ab\u00a0(&#8230;)<\/p>\n<p>Les trait\u00e9s internationaux ratifi\u00e9s par le Seimas de la R\u00e9publique de Lituanie font partie int\u00e9grante du syst\u00e8me juridique de la R\u00e9publique de Lituanie.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p style=\"text-align: center;\">Article 147<\/p>\n<p>\u00ab\u00a0Pour pouvoir \u00eatre pr\u00e9sent\u00e9 au Seimas, un projet visant \u00e0 modifier ou \u00e0 compl\u00e9ter la Constitution de la R\u00e9publique de Lituanie doit rallier au moins un quart des membres composant le Seimas ou au moins trois cent mille \u00e9lecteurs.<\/p>\n<p>(&#8230;)\u00a0\u00bb<\/p>\n<p style=\"text-align: center;\">Article 148<\/p>\n<p>\u00ab\u00a0Toute modification apport\u00e9e (&#8230;) \u00e0 la Constitution doit \u00eatre soumise par deux fois \u00e0 l\u2019examen et au vote du Seimas\u00a0; un intervalle d\u2019au moins trois mois doit s\u00e9parer les votes. Un projet de loi portant r\u00e9vision de la Constitution est consid\u00e9r\u00e9 comme adopt\u00e9 par le Seimas si, \u00e0 chacun des votes, deux tiers au moins de l\u2019ensemble des membres du Seimas se sont prononc\u00e9s en sa faveur.<\/p>\n<p>Une modification de la Constitution qui n\u2019a pas \u00e9t\u00e9 adopt\u00e9e ne peut \u00eatre pr\u00e9sent\u00e9e \u00e0 nouveau pour examen au Seimas avant un an.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p style=\"text-align: center;\">Article 149<\/p>\n<p>\u00ab\u00a0(&#8230;)<\/p>\n<p>Une loi portant r\u00e9vision de la Constitution entre en vigueur au plus t\u00f4t un mois apr\u00e8s son adoption.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p>49. La loi sur les \u00e9lections au Seimas, telle que modifi\u00e9e le 22 mars 2012, est ainsi libell\u00e9e\u00a0:<\/p>\n<p style=\"text-align: center;\">Article 2. Suffrage universel<\/p>\n<p>\u00ab\u00a05. Un individu qui, dans le cadre d\u2019une proc\u00e9dure d\u2019impeachment, a \u00e9t\u00e9 destitu\u00e9 ou a vu son mandat de membre du Seimas r\u00e9voqu\u00e9 par le Seimas ne peut \u00eatre \u00e9lu au Seimas si moins de quatre ann\u00e9es se sont \u00e9coul\u00e9es depuis la date \u00e0 laquelle la d\u00e9cision de destitution ou de r\u00e9vocation de son mandat au Seimas a pris effet.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p>Dans une d\u00e9cision rendue le 5\u00a0septembre 2012, la Cour constitutionnelle a d\u00e9clar\u00e9 inconstitutionnelle la partie \u00ab\u00a0si moins de quatre ann\u00e9es se sont \u00e9coul\u00e9es depuis la date \u00e0 laquelle la d\u00e9cision de destitution ou de r\u00e9vocation de son mandat au Seimas a pris effet\u00a0\u00bb (paragraphe 56 ci\u2011dessous). La partie applicable de l\u2019article 2 de cette loi se lit d\u00e9sormais ainsi\u00a0:<\/p>\n<p>\u00ab\u00a0Un individu qui, dans le cadre d\u2019une proc\u00e9dure d\u2019impeachment, a \u00e9t\u00e9 destitu\u00e9 ou a vu son mandat de membre du Seimas r\u00e9voqu\u00e9 par le Seimas ne peut \u00eatre \u00e9lu au Seimas.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p>II. LA JURISPRUDENCE DE LA COUR CONSTITUTIONNELLE<\/p>\n<p>50. Dans une conclusion du 24 janvier 1995, la Cour constitutionnelle a dit ce qui suit\u00a0:<\/p>\n<p>\u00ab\u00a0Le syst\u00e8me juridique de la R\u00e9publique de Lituanie est fond\u00e9 sur le principe selon lequel aucune loi ni aucun autre acte juridique ou trait\u00e9 international (en l\u2019esp\u00e8ce la Convention) ne peut contredire la Constitution. S\u2019il en \u00e9tait autrement, la R\u00e9publique de Lituanie ne serait pas en mesure d\u2019assurer la protection juridique des droits et libert\u00e9s consacr\u00e9s par la Convention, [une exigence] pr\u00e9vue par l\u2019article 13 de la Convention qui constitue le fondement de l\u2019application des dispositions de la Convention dans le syst\u00e8me juridique interne de chaque \u00c9tat.<\/p>\n<p>(&#8230;)<\/p>\n<p>Dans l\u2019appr\u00e9ciation du contenu des droits de l\u2019homme consacr\u00e9s par la Constitution et par la Convention, il est n\u00e9cessaire de prendre en consid\u00e9ration la base m\u00e9thodologique pour la coordination du droit constitutionnel compar\u00e9 et du droit international. Il pourrait y avoir conflit entre les dispositions de la Convention et celles de la Constitution si\u00a0:<\/p>\n<p>1) la Constitution \u00e9tablissait une liste exhaustive et d\u00e9finitive de droits et libert\u00e9s et la Convention consacrait d\u2019autres droits et libert\u00e9s\u00a0;<\/p>\n<p>2) la Constitution interdisait certaines actions et la Convention les consacrait comme l\u2019un ou l\u2019autre droit ou libert\u00e9\u00a0;<\/p>\n<p>3) certaines dispositions de la Convention ne pouvaient \u00eatre appliqu\u00e9es dans le syst\u00e8me juridique de la R\u00e9publique de Lituanie car incompatibles avec certaines dispositions de la Constitution.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p>La Cour constitutionnelle a conclu que les dispositions des articles 4, 5, 9 et 14 de la Convention ainsi que l\u2019article 2 du Protocole no 4 \u00e0 la Convention \u00e9taient conformes \u00e0 la Constitution. \u00c0 la suite de cette conclusion de la Cour constitutionnelle, la Lituanie a ratifi\u00e9, le 27 avril 1995, la Convention ainsi que ses Protocoles nos 4, 7 et 11.<\/p>\n<p>51. Dans une d\u00e9cision du 11 mai 1999, la Cour constitutionnelle a fait observer ce qui suit\u00a0:<\/p>\n<p>\u00ab\u00a01. (&#8230;) La proc\u00e9dure d\u2019impeachment est un moyen d\u2019autoprotection des valeurs civiques d\u2019une soci\u00e9t\u00e9. Dans les constitutions des \u00c9tats d\u00e9mocratiques, l\u2019impeachment est consid\u00e9r\u00e9 comme une proc\u00e9dure sp\u00e9ciale qui entre en jeu lorsque la question de la responsabilit\u00e9 constitutionnelle d\u2019un haut responsable doit \u00eatre tranch\u00e9e. En pr\u00e9voyant une proc\u00e9dure sp\u00e9ciale de destitution des plus hauts responsables ou de r\u00e9vocation de leur mandat, on assure un contr\u00f4le public et d\u00e9mocratique de leurs activit\u00e9s, et on accorde \u00e0 ces responsables des garanties suppl\u00e9mentaires pour qu\u2019ils puissent remplir leurs fonctions sur la base de la loi.<\/p>\n<p>2. La proc\u00e9dure d\u2019impeachment est soumise \u00e0 des conditions strictes. Premi\u00e8rement, elle ne peut \u00eatre appliqu\u00e9e qu\u2019\u00e0 certains responsables qui sont, en r\u00e8gle g\u00e9n\u00e9rale, \u00e9num\u00e9r\u00e9s dans la Constitution (le chef de l\u2019\u00c9tat, les plus hauts responsables des pouvoirs ex\u00e9cutif et judiciaire et, dans certains \u00c9tats, les membres du Parlement). Deuxi\u00e8mement, la proc\u00e9dure d\u2019impeachment n\u2019est autoris\u00e9e que s\u2019il existe des fondements sp\u00e9cialement \u00e9tablis \u00e0 cet effet. En r\u00e8gle g\u00e9n\u00e9rale, ces fondements sont le manquement au serment pr\u00eat\u00e9, la violation de la Constitution, la trahison, ainsi que des infractions de diff\u00e9rents degr\u00e9s de gravit\u00e9. Troisi\u00e8mement, dans la plupart des cas, la proc\u00e9dure d\u2019impeachment se d\u00e9roule au Parlement conform\u00e9ment aux r\u00e8gles qui caract\u00e9risent un examen judiciaire, une majorit\u00e9 qualifi\u00e9e de voix \u00e9tant n\u00e9cessaire pour adopter la d\u00e9cision. Quatri\u00e8mement, une proc\u00e9dure d\u2019impeachment qui aboutit a pour effet une sanction constitutionnelle sp\u00e9cifique\u00a0: la destitution d\u2019une personne ou la r\u00e9vocation de son mandat. Ainsi, l\u2019impeachment n\u2019est pas une mise en \u0153uvre de la responsabilit\u00e9 p\u00e9nale, m\u00eame si une infraction peut en \u00eatre \u00e0 l\u2019origine.<\/p>\n<p>Les conditions particuli\u00e8res de la proc\u00e9dure d\u2019impeachment sont d\u00e9termin\u00e9es par la situation des personnes qui en font l\u2019objet. Celles-ci ne sont, en r\u00e8gle g\u00e9n\u00e9rale, ni habilit\u00e9es par le Parlement ni responsables devant lui. Le Parlement peut d\u00e9mettre de leurs fonctions les personnes responsables devant lui dans le cadre d\u2019une autre proc\u00e9dure qui n\u2019est pas celle de l\u2019impeachment. Par ailleurs, la proc\u00e9dure d\u2019impeachment se caract\u00e9rise toujours par une proc\u00e9dure judiciaire qui permet d\u2019\u00e9tayer la d\u00e9cision d\u2019application de la sanction constitutionnelle par un examen approfondi, objectif et public des circonstances de l\u2019affaire (&#8230;) La n\u00e9cessit\u00e9 d\u2019une proc\u00e9dure de nature judiciaire est \u00e9galement fond\u00e9e sur le fait que la sanction constitutionnelle appliqu\u00e9e en vertu de la proc\u00e9dure d\u2019impeachment rev\u00eat un caract\u00e8re irr\u00e9versible.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p>52. Dans une d\u00e9cision du 30 d\u00e9cembre 2003, la Cour constitutionnelle a not\u00e9 ce qui suit\u00a0:<\/p>\n<p>\u00ab\u00a07. Le premier paragraphe de l\u2019article 82 de la Constitution d\u00e9termine le contenu du serment \u00e0 la nation que pr\u00eate par le pr\u00e9sident de la R\u00e9publique \u00e9lu. Celui-ci doit pr\u00eater serment d\u2019\u00eatre fid\u00e8le \u00e0 la R\u00e9publique de Lituanie et \u00e0 la Constitution, d\u2019exercer ses fonctions avec conscience et de se montrer juste avec chacun.<\/p>\n<p>(&#8230;) [L]e serment pr\u00eat\u00e9 par le pr\u00e9sident de la R\u00e9publique \u00e9lu refl\u00e8te les valeurs principales consacr\u00e9es par la Constitution, qui sont li\u00e9es par la nation \u00e0 la fonction de pr\u00e9sident de la R\u00e9publique.<\/p>\n<p>(&#8230;)<\/p>\n<p>9. Le serment pr\u00eat\u00e9 par le pr\u00e9sident de la R\u00e9publique \u00e9lu n\u2019est pas seulement un acte formel et symbolique. Compte tenu du fait que l\u2019institution du serment pr\u00eat\u00e9 par le pr\u00e9sident de la R\u00e9publique et le contenu de ce serment sont d\u00e9finis par la Constitution, celui-ci rev\u00eat une importance constitutionnelle qui emporte des effets juridiques constitutionnels.<\/p>\n<p>(&#8230;)<\/p>\n<p>L\u2019importance juridique que rev\u00eat le serment pr\u00eat\u00e9 par le pr\u00e9sident de la R\u00e9publique \u00e9lu tient \u00e9galement au fait que d\u00e8s le moment o\u00f9 ce dernier pr\u00eate serment, le mandat du pr\u00e9sident de la R\u00e9publique sortant expire.<\/p>\n<p>(&#8230;)<\/p>\n<p>Elle tient aussi au fait que d\u00e8s le moment o\u00f9 il a pr\u00eat\u00e9 serment, le pr\u00e9sident de la R\u00e9publique est tenu de n\u2019agir que conform\u00e9ment au serment qu\u2019il a pr\u00eat\u00e9 \u00e0 la nation. Un manquement \u00e0 ce serment est l\u2019un des motifs qui peuvent aboutir \u00e0 la destitution du pr\u00e9sident de la R\u00e9publique dans le cadre d\u2019une proc\u00e9dure d\u2019impeachment (article 74 de la Constitution). (&#8230;) [Un] manquement \u00e0 ce serment constitue en m\u00eame temps une violation grave de la Constitution, de m\u00eame qu\u2019une violation grave de la Constitution s\u2019analyse en m\u00eame temps en une violation du serment.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p>53. Dans une conclusion du 31 mars 2004, la Cour constitutionnelle a relev\u00e9 ce qui suit\u00a0:<\/p>\n<p>\u00ab\u00a0(&#8230;) [L]a possibilit\u00e9 pr\u00e9vue par la Constitution de destituer le pr\u00e9sident de la R\u00e9publique dans le cadre de la proc\u00e9dure d\u2019impeachment est une forme de contr\u00f4le public et d\u00e9mocratique sur les activit\u00e9s du pr\u00e9sident de la R\u00e9publique, un moyen d\u2019engager la responsabilit\u00e9 constitutionnelle du pr\u00e9sident de la R\u00e9publique devant la nation, une mesure d\u2019autod\u00e9fense de la soci\u00e9t\u00e9 civile d\u00e9mocratique contre les abus que pourrait commettre le pr\u00e9sident de la R\u00e9publique dans l\u2019exercice des pouvoirs qui lui sont conf\u00e9r\u00e9s (&#8230;) [I]l n\u2019est possible d\u2019engager une proc\u00e9dure d\u2019impeachment contre le pr\u00e9sident de la R\u00e9publique que dans le cas d\u2019une violation grave de la Constitution ou d\u2019un manquement au serment qu\u2019il a pr\u00eat\u00e9, ou s\u2019il est \u00e9tabli qu\u2019il s\u2019est rendu coupable d\u2019une infraction (&#8230;)\u00a0\u00bb<\/p>\n<p>54. Dans une d\u00e9cision du 25 mai 2004, la Cour constitutionnelle a not\u00e9 ce qui suit\u00a0:<\/p>\n<p>\u00ab\u00a0(&#8230;) Les agents de l\u2019\u00c9tat doivent b\u00e9n\u00e9ficier de la confiance des citoyens \u2013 la communaut\u00e9 nationale (&#8230;) L\u2019une des formes de (&#8230;) contr\u00f4le public et d\u00e9mocratique [op\u00e9r\u00e9 sur l\u2019activit\u00e9 des agents de l\u2019\u00c9tat de mani\u00e8re \u00e0 ce que les citoyens puissent leur faire confiance] est (&#8230;) l\u2019impeachment [qui est] l\u2019une des mesures d\u2019autoprotection de la communaut\u00e9 nationale, de la nation civile, un rempart contre les hauts responsables (&#8230;) agissant au m\u00e9pris de la Constitution et des lois, qui leur interdit d\u2019exercer certaines fonctions d\u00e8s lors qu\u2019ils ne se sont pas acquitt\u00e9s de leur obligation de se conformer inconditionnellement \u00e0 la Constitution et aux lois, et de d\u00e9fendre l\u2019int\u00e9r\u00eat de la nation et de l\u2019\u00c9tat lituanien, et qu\u2019ils ont d\u00e9shonor\u00e9 le pouvoir \u00e9tatique par leurs actions.<\/p>\n<p>(&#8230;)<\/p>\n<p>(&#8230;) [L]e serment pr\u00eat\u00e9 par le pr\u00e9sident de la R\u00e9publique \u00e9lu n\u2019est pas seulement un acte formel et symbolique, il ne s\u2019agit pas de la simple \u00e9nonciation solennelle des termes du serment et de la signature d\u2019un document.<\/p>\n<p>(&#8230;) [L]e pr\u00e9sident de la R\u00e9publique, (&#8230;) en pr\u00eatant serment \u00e0 la nation, accepte publiquement et solennellement l\u2019obligation d\u2019agir conform\u00e9ment aux devoirs d\u00e9coulant du serment et de ne manquer \u00e0 celui-ci en aucune circonstance\u00a0: lorsque le pr\u00e9sident de la R\u00e9publique a pr\u00eat\u00e9 serment, il est tenu de n\u2019agir que d\u2019une mani\u00e8re conforme \u00e0 l\u2019obligation qui d\u00e9coule du serment qu\u2019il a pr\u00eat\u00e9 \u00e0 la nation et de ne manquer \u00e0 ce serment en aucune circonstance (&#8230;)<\/p>\n<p>(&#8230;)<\/p>\n<p>Une violation grave de la Constitution ou un manquement au serment pr\u00eat\u00e9 affaiblissent la confiance port\u00e9e \u00e0 l\u2019institution de la pr\u00e9sidence de la R\u00e9publique, \u00e0 l\u2019autorit\u00e9 de l\u2019\u00c9tat dans son ensemble et \u00e0 l\u2019\u00c9tat lituanien. La destitution du pr\u00e9sident de la R\u00e9publique qui a commis une violation grave de la Constitution ou manqu\u00e9 \u00e0 son serment est un moyen de prot\u00e9ger l\u2019\u00c9tat en vue de garantir le bien commun de la soci\u00e9t\u00e9, comme le pr\u00e9voit la Constitution.<\/p>\n<p>(&#8230;) [C]onstitutionnellement, un individu \u00e0 l\u2019\u00e9gard duquel le Seimas, suivant la conclusion de la Cour constitutionnelle selon laquelle l\u2019int\u00e9ress\u00e9, pr\u00e9sident de la R\u00e9publique, a commis une violation grave de la Constitution et manqu\u00e9 \u00e0 son serment, applique la sanction constitutionnelle \u2013 c\u2019est-\u00e0-dire la destitution \u2013 ne peut se soustraire \u00e0 sa responsabilit\u00e9 constitutionnelle au moyen de nouvelles \u00e9lections \u00e0 la pr\u00e9sidence de la R\u00e9publique, par r\u00e9f\u00e9rendum ni de quelque autre mani\u00e8re que ce soit (&#8230;)<\/p>\n<p>(&#8230;)<\/p>\n<p>La Constitution ne pr\u00e9voit pas qu\u2019apr\u00e8s un certain temps, le pr\u00e9sident de la R\u00e9publique dont la Cour constitutionnelle a reconnu que les actes constituaient une violation grave de la Constitution, dont il a \u00e9t\u00e9 \u00e9tabli qu\u2019il avait manqu\u00e9 \u00e0 son serment, et qui [pour ces raisons] a \u00e9t\u00e9 d\u00e9mis de son mandat par le Seimas (&#8230;) peut [ensuite] \u00eatre trait\u00e9 comme s\u2019il n\u2019avait pas manqu\u00e9 \u00e0 son serment ni commis de violation grave de la Constitution (&#8230;). [Le pr\u00e9sident qui a \u00e9t\u00e9 destitu\u00e9 dans le cadre d\u2019une proc\u00e9dure d\u2019impeachment] restera \u00e0 jamais un individu qui a manqu\u00e9 \u00e0 la parole qu\u2019il avait donn\u00e9e \u00e0 la nation, qui a commis une violation grave de la Constitution, et qui a \u00e9t\u00e9 d\u00e9mis de ses fonctions de pr\u00e9sident pour ces raisons.<\/p>\n<p>(&#8230;) Un individu qui a \u00e9t\u00e9 \u00e9lu pr\u00e9sident de la R\u00e9publique, qui a pr\u00eat\u00e9 serment \u00e0 la nation en cette qualit\u00e9, et qui a ensuite manqu\u00e9 \u00e0 son serment et ainsi gravement port\u00e9 atteinte \u00e0 la Constitution, et qui a \u00e9t\u00e9 (&#8230;) destitu\u00e9 [dans le cadre d\u2019une proc\u00e9dure d\u2019impeachment] par le Seimas, organe repr\u00e9sentant la nation, ne peut plus jamais, en vertu de la Constitution, pr\u00eater serment devant la nation, car il existera toujours un doute raisonnable, qui ne dispara\u00eetra jamais, quant \u00e0 la conviction et \u00e0 la fiabilit\u00e9 de ce nouveau serment, et donc quant au fait que l\u2019individu qui pr\u00eate serment s\u2019acquittera r\u00e9ellement des obligations qui p\u00e8sent sur le pr\u00e9sident de la R\u00e9publique de la mani\u00e8re prescrite par le serment \u00e0 la nation, que cet individu ne manquera pas \u00e0 nouveau \u00e0 son serment, en d\u2019autres termes que ce nouveau serment pr\u00eat\u00e9 \u00e0 la nation ne sera pas fictif.<\/p>\n<p>(&#8230;)<\/p>\n<p>La destitution, dans le cadre d\u2019une proc\u00e9dure d\u2019impeachment, du pr\u00e9sident de la R\u00e9publique ou de toute autre personne, vis\u00e9e \u00e0 l\u2019article 74 de la Constitution, qui a manqu\u00e9 au serment pr\u00eat\u00e9 et commis une violation grave de la Constitution, n\u2019est pas une fin en soi. L\u2019objectif de (&#8230;) l\u2019impeachment va bien au-del\u00e0 de la destitution exceptionnelle des personnes concern\u00e9es. Il s\u2019agit d\u2019emp\u00eacher les personnes qui ont commis une violation grave de la Constitution et manqu\u00e9 \u00e0 leur serment d\u2019exercer un mandat pr\u00e9vu par la Constitution pour lequel elles doivent pr\u00eater serment conform\u00e9ment \u00e0 la Constitution. Le contenu de la sanction constitutionnelle (la responsabilit\u00e9 constitutionnelle) appliqu\u00e9e dans le cadre de la proc\u00e9dure d\u2019impeachment comprend \u00e0 la fois la destitution de toute personne qui a commis une violation grave de la Constitution et manqu\u00e9 \u00e0 son serment, et l\u2019interdiction subs\u00e9quente pour cette personne d\u2019exercer \u00e0 l\u2019avenir un mandat pr\u00e9vu par la Constitution pour lequel elle doit pr\u00eater serment conform\u00e9ment \u00e0 la Constitution. Cette interdiction ne repr\u00e9sente pas une sanction r\u00e9p\u00e9t\u00e9e \u00e0 l\u2019\u00e9gard de la personne qui a commis une violation grave de la Constitution et manqu\u00e9 \u00e0 son serment, ni m\u00eame une deuxi\u00e8me \u00ab\u00a0sanction\u00a0\u00bb impos\u00e9e \u00e0 cette personne pour une m\u00eame violation de la Constitution. Elle fait partie int\u00e9grante de la sanction constitutionnelle, la destitution, et elle est l\u2019essence m\u00eame de l\u2019impeachment en tant que mesure d\u2019autoprotection de la communaut\u00e9 nationale, de la nation civile et de la responsabilit\u00e9 constitutionnelle \u2013 son but et son objet \u00e9tant de garantir qu\u2019une personne qui a commis une violation grave de la Constitution et manqu\u00e9 \u00e0 son serment et qui, pour cette raison, a \u00e9t\u00e9 destitu\u00e9e par le Seimas ne pourra plus jamais exercer un mandat pr\u00e9vu par la Constitution pour lequel elle doit pr\u00eater serment conform\u00e9ment \u00e0 la Constitution.<\/p>\n<p>(&#8230;)<\/p>\n<p>La Constitution appuie \u00e9galement la r\u00e9glementation en vertu de laquelle une personne qui a vu son mandat de membre du Seimas r\u00e9voqu\u00e9 dans le cadre d\u2019une proc\u00e9dure d\u2019impeachment pour une violation grave de la Constitution et un manquement \u00e0 son serment, ou qui a \u00e9t\u00e9 destitu\u00e9e de ses fonctions de pr\u00e9sident de la R\u00e9publique, de pr\u00e9sident ou juge de la Cour constitutionnelle, de pr\u00e9sident ou juge de la Cour supr\u00eame, de pr\u00e9sident ou juge de la cour d\u2019appel, pour une violation grave de la Constitution et un manquement \u00e0 son serment ne peut jamais, en vertu de la Constitution, se pr\u00e9senter aux \u00e9lections pr\u00e9sidentielles ou l\u00e9gislatives, ni exercer les fonctions de juge aupr\u00e8s de la Cour constitutionnelle, de la Cour supr\u00eame, de la cour d\u2019appel ni d\u2019aucune autre juridiction, de membre du gouvernement ou de contr\u00f4leur d\u2019\u00c9tat [auditeur g\u00e9n\u00e9ral], c\u2019est-\u00e0-dire qu\u2019elle ne peut exercer aucun mandat pour lequel la Constitution pr\u00e9voit qu\u2019il faut pr\u00eater serment conform\u00e9ment \u00e0 la Constitution.<\/p>\n<p>La Constitution renforce la l\u00e9gislation selon laquelle une personne qui a \u00e9t\u00e9 d\u00e9mise de ses fonctions de pr\u00e9sident de la R\u00e9publique par le Seimas dans le cadre d\u2019une proc\u00e9dure d\u2019impeachment \u00e0 raison d\u2019un manquement au serment pr\u00eat\u00e9 ou d\u2019une violation grave de la Constitution ne peut plus jamais se porter candidate \u00e0 une \u00e9lection pr\u00e9sidentielle. Une interpr\u00e9tation diff\u00e9rente des dispositions constitutionnelles viderait de son sens et de son but juridiques l\u2019institution de l\u2019impeachment constitutionnel pour violation grave de la Constitution et manquement au serment pr\u00eat\u00e9, elle serait incompatible avec l\u2019essence et la finalit\u00e9 de la responsabilit\u00e9 constitutionnelle pour manquement au serment pr\u00eat\u00e9 et violation grave de la Constitution, avec l\u2019essence et la finalit\u00e9 du serment consacr\u00e9 par la Constitution comme une valeur constitutionnelle, ainsi qu\u2019avec l\u2019exigence, qui ressort de l\u2019ensemble des dispositions constitutionnelles, que toutes les institutions exer\u00e7ant des pr\u00e9rogatives de puissance publique et toutes les autres institutions ne soient form\u00e9es que de citoyens qui ob\u00e9issent sans r\u00e9serve \u00e0 la Constitution adopt\u00e9e par la nation et qui, dans l\u2019exercice de leurs fonctions, se conforment inconditionnellement \u00e0 la Constitution et aux lois, et d\u00e9fendent l\u2019int\u00e9r\u00eat de la nation et de l\u2019\u00c9tat lituanien. Une interpr\u00e9tation diff\u00e9rente des dispositions de la Constitution ne serait conforme ni au principe constitutionnel de la pr\u00e9\u00e9minence du droit ni aux imp\u00e9ratifs constitutionnels visant \u00e0 pr\u00e9server une soci\u00e9t\u00e9 civile ouverte, juste et harmonieuse.<\/p>\n<p>(&#8230;)<\/p>\n<p>(&#8230;) [L]a Constitution renforce l\u2019organisation des institutions exer\u00e7ant des pr\u00e9rogatives de puissance publique et leur mode de constitution de mani\u00e8re \u00e0 ce que toutes ces institutions, notamment le Seimas, le gouvernement, le pr\u00e9sident de la R\u00e9publique, le pouvoir judiciaire, ainsi que les autres institutions \u00e9tatiques, ne soient form\u00e9es que de citoyens qui ob\u00e9issent sans r\u00e9serve \u00e0 la Constitution adopt\u00e9e par la nation et qui, dans l\u2019exercice de leurs fonctions, se conforment inconditionnellement \u00e0 la Constitution et aux lois, et d\u00e9fendent l\u2019int\u00e9r\u00eat de la nation et de l\u2019\u00c9tat lituanien (&#8230;) [Q]ue lorsqu\u2019une personne qui a \u00e9t\u00e9 d\u00e9mise de ses fonctions de pr\u00e9sident de la R\u00e9publique [dans le cadre d\u2019une proc\u00e9dure d\u2019impeachment] (&#8230;) pour une violation grave de la Constitution et un manquement \u00e0 son serment ne puisse jamais, en vertu de la Constitution, se pr\u00e9senter aux \u00e9lections pr\u00e9sidentielles ou l\u00e9gislatives, ni exercer les fonctions de juge aupr\u00e8s de la Cour constitutionnelle, de la Cour supr\u00eame, de la cour d\u2019appel ni d\u2019aucune autre juridiction, de membre du gouvernement ou de contr\u00f4leur d\u2019\u00c9tat, c\u2019est-\u00e0-dire qu\u2019elle ne puisse exercer aucun mandat pour lequel la Constitution pr\u00e9voit qu\u2019il faut pr\u00eater serment conform\u00e9ment \u00e0 la Constitution (&#8230;)<\/p>\n<p>(&#8230;)<\/p>\n<p>[C]onstitutionnellement, un individu \u00e0 l\u2019\u00e9gard duquel le Seimas, suivant la conclusion de la Cour constitutionnelle selon laquelle l\u2019int\u00e9ress\u00e9, pr\u00e9sident de la R\u00e9publique, a commis une violation grave de la Constitution et manqu\u00e9 \u00e0 son serment, applique la sanction constitutionnelle \u2013 c\u2019est-\u00e0-dire la destitution \u2013 ne peut se soustraire \u00e0 sa responsabilit\u00e9 constitutionnelle au moyen de nouvelles \u00e9lections \u00e0 la pr\u00e9sidence de la R\u00e9publique, par r\u00e9f\u00e9rendum ni de quelque autre mani\u00e8re que ce soit (&#8230;) [N]i un r\u00e9f\u00e9rendum, ni une nouvelle \u00e9lection pr\u00e9sidentielle ne peut \u00eatre et, en vertu de la Constitution, n\u2019est une mani\u00e8re pour les citoyens d\u2019exprimer leur confiance ou leur d\u00e9fiance au Seimas qui a destitu\u00e9 le pr\u00e9sident de la R\u00e9publique dans le cadre d\u2019une proc\u00e9dure d\u2019impeachment.<\/p>\n<p>(&#8230;)\u00a0\u00bb<\/p>\n<p>55. Dans une d\u00e9cision du 14 mars 2006, la Cour constitutionnelle fait observer ce qui suit\u00a0:<\/p>\n<p>\u00ab\u00a0(&#8230;) [L]\u2019\u00c9tat lituanien restaur\u00e9 et ind\u00e9pendant a pour tradition juridique et principe constitutionnel le respect des obligations internationales volontairement contract\u00e9es par lui ainsi que des principes de droit international universellement reconnus, notamment le principe pacta sunt servanda.<\/p>\n<p>(&#8230;) [L]a Cour constitutionnelle a dit que les trait\u00e9s internationaux ratifi\u00e9s par le Seimas ont force de loi (conclusion de la Cour constitutionnelle du 24 janvier 1995 (&#8230;)).<\/p>\n<p>Cette disposition doctrinale ne saurait \u00eatre interpr\u00e9t\u00e9e comme signifiant que la R\u00e9publique de Lituanie pourrait m\u00e9conna\u00eetre les trait\u00e9s internationaux auxquels elle est partie si sa l\u00e9gislation et ses normes constitutionnelles pr\u00e9voient des dispositions diff\u00e9rentes de celles de ces trait\u00e9s internationaux. Au contraire, le principe consacr\u00e9 par la Constitution selon lequel la R\u00e9publique de Lituanie respecte les obligations internationales volontairement contract\u00e9es par elle ainsi que des principes de droit international universellement reconnus suppose que lorsque des actes juridiques nationaux (entre autres des lois ou lois constitutionnelles) \u00e9tablissent une r\u00e9glementation contraire \u00e0 celle qui est \u00e9tablie dans un trait\u00e9 international, c\u2019est ce dernier qui s\u2019applique (&#8230;)\u00a0\u00bb<\/p>\n<p>56. Dans une d\u00e9cision du 5 septembre 2012, la Cour constitutionnelle a dit ce qui suit\u00a0:<\/p>\n<p>\u00ab\u00a0[D]ans la mise en \u0153uvre en droit interne des obligations internationales de la R\u00e9publique de Lituanie, il faut tenir compte du principe de la primaut\u00e9 de la Constitution, inscrit au paragraphe 1 de son article 7. Comme la Cour constitutionnelle l\u2019a soulign\u00e9, le syst\u00e8me juridique de la R\u00e9publique de Lituanie est fond\u00e9 sur le principe selon lequel aucune loi ni aucun autre acte juridique ou trait\u00e9 international ne doit \u00eatre en contradiction avec la Constitution, le paragraphe 1 de l\u2019article 7 de la Constitution disposant que \u00ab\u00a0[t]oute loi ou tout acte contraire \u00e0 la Constitution est nul\u00a0\u00bb. Cette disposition constitutionnelle ne peut en elle-m\u00eame invalider une loi ou un trait\u00e9 international, mais elle \u00e9nonce que ces textes ne peuvent pas contredire les dispositions de la Constitution (&#8230;). S\u2019il en \u00e9tait autrement, la R\u00e9publique de Lituanie ne serait pas en mesure d\u2019assurer la protection juridique des droits d\u00e9coulant des trait\u00e9s internationaux auxquels elle est partie, ce qui l\u2019emp\u00eacherait ensuite de respecter les obligations que font peser sur elle les trait\u00e9s internationaux qu\u2019elle a conclus (&#8230;). Cela s\u2019applique \u00e9galement \u00e0 la Convention (et \u00e0 ses Protocoles), sans quoi la R\u00e9publique de Lituanie ne serait pas en mesure d\u2019assurer la protection juridique des droits et libert\u00e9s consacr\u00e9s par ce texte (&#8230;).<\/p>\n<p>5. Il a \u00e9t\u00e9 mentionn\u00e9 qu\u2019il ne serait possible de s\u2019\u00e9carter des pr\u00e9c\u00e9dents de la Cour constitutionnelle d\u00e9coulant de l\u2019adoption de d\u00e9cisions dans des affaires de justice constitutionnelle et de cr\u00e9er de nouveaux pr\u00e9c\u00e9dents que si cela \u00e9tait absolument et objectivement n\u00e9cessaire, constitutionnellement fond\u00e9 et motiv\u00e9. Il est impossible et constitutionnellement inadmissible de r\u00e9interpr\u00e9ter la doctrine constitutionnelle officielle (ses dispositions) de mani\u00e8re \u00e0 la modifier si, ce faisant, le syst\u00e8me de valeurs consacr\u00e9 par la Constitution \u00e9tait modifi\u00e9, les garanties de protection de la supr\u00e9matie de la Constitution dans le syst\u00e8me juridique r\u00e9duites et la notion de Constitution en tant qu\u2019acte unique et syst\u00e8me harmonieux ni\u00e9e.<\/p>\n<p>[E]n \u00e9tablissant la (&#8230;) r\u00e9glementation applicable au paragraphe 5 (dans sa version du 22\u00a0mars 2012) de l\u2019article 2 de la loi sur les \u00e9lections au Seimas, qui fait abstraction de la notion de responsabilit\u00e9 constitutionnelle pour violation grave de la Constitution et manquement au serment pr\u00eat\u00e9, laquelle a \u00e9t\u00e9 expos\u00e9e par la Cour constitutionnelle dans sa d\u00e9cision du 25 mars 2004, et qui m\u00e9conna\u00eet l\u2019interdiction faite par la Constitution \u00e0 toute personne qui a commis une violation grave de la Constitution et manqu\u00e9 \u00e0 son serment et qui pour cette raison, dans le cadre d\u2019une proc\u00e9dure d\u2019impeachment, a \u00e9t\u00e9 destitu\u00e9e ou a vu son mandat de membre du Seimas r\u00e9voqu\u00e9 de se porter candidate, entre autres, aux \u00e9lections du Seimas, le l\u00e9gislateur a tent\u00e9 de passer outre l\u2019autorit\u00e9 de la d\u00e9cision de la Cour constitutionnelle du 25 mai 2004 et viol\u00e9 l\u2019interdiction, qui d\u00e9coule de (&#8230;) la Constitution, d\u2019\u00e9tablir de mani\u00e8re r\u00e9p\u00e9t\u00e9e, par l\u2019adoption subs\u00e9quente de lois et d\u2019autres actes juridiques pertinents, une r\u00e9glementation qui n\u2019est conforme ni \u00e0 l\u2019interpr\u00e9tation des dispositions de la Constitution telle qu\u2019\u00e9nonc\u00e9e dans la d\u00e9cision de la Cour constitutionnelle, ni au principe d\u2019int\u00e9grit\u00e9 de la Constitution (&#8230;) [et] de supr\u00e9matie de la Constitution (&#8230;)\u00a0; il a ainsi outrepass\u00e9 les pouvoirs qui lui sont conf\u00e9r\u00e9s par la Constitution et viol\u00e9 les principes constitutionnels de la s\u00e9paration des pouvoirs et de l\u2019\u00e9tat de droit.<\/p>\n<p>Au vu des arguments expos\u00e9s ci-dessus, il y a lieu de conclure que\u00a0:<\/p>\n<p>1) le paragraphe 5 (dans sa version du 22 mars 2012) de l\u2019article 2 de la loi sur les \u00e9lections au Seimas, qui dispose \u00ab\u00a0si moins de quatre ann\u00e9es se sont \u00e9coul\u00e9es depuis la date \u00e0 laquelle sa destitution ou la r\u00e9vocation de son mandat de membre du Seimas a pris effet\u00a0\u00bb, est contraire \u00e0 (&#8230;) la Constitution et au principe constitutionnel de l\u2019\u00e9tat de droit\u00a0;<\/p>\n<p>(&#8230;)<\/p>\n<p>Dans ce contexte, il convient de noter que la responsabilit\u00e9 principale de la mise en \u0153uvre effective de la Convention et de ses Protocoles incombe aux \u00c9tats parties qui jouissent \u00e0 cette fin d\u2019une grande latitude pour choisir les modalit\u00e9s et les mesures d\u2019application et de mise en \u0153uvre de la Convention et de ses Protocoles, notamment l\u2019ex\u00e9cution des arr\u00eats de la Cour europ\u00e9enne des droits de l\u2019homme. Cette latitude est toutefois limit\u00e9e par les particularit\u00e9s (li\u00e9es au syst\u00e8me \u00e9tabli d\u2019harmonisation du droit national (interne) et international) des syst\u00e8mes juridiques des \u00c9tats, notamment de leurs constitutions, ainsi que par le caract\u00e8re des droits de l\u2019homme et des libert\u00e9s fondamentales garantis par la Convention et ses Protocoles (voir, entre autres, l\u2019arr\u00eat du 15\u00a0janvier 2007 rendu par la Grande Chambre de la Cour europ\u00e9enne des droits de l\u2019homme dans l\u2019affaire Sisojeva et autres c. Lettonie (requ\u00eate no 60654\/00), et l\u2019arr\u00eat rendu le 18 janvier 2001 dans l\u2019affaire Chapman c. Royaume-Uni (requ\u00eate no\u00a027238\/95)).<\/p>\n<p>(&#8230;)<\/p>\n<p>Par cons\u00e9quent, l\u2019arr\u00eat de la Cour europ\u00e9enne des droits de l\u2019homme ne peut en lui\u2011m\u00eame servir de base constitutionnelle pour la r\u00e9interpr\u00e9tation (modification) de la doctrine constitutionnelle officielle (de ses dispositions) si une telle r\u00e9interpr\u00e9tation, en l\u2019absence de toute r\u00e9vision constitutionnelle pertinente, modifie en substance la r\u00e9glementation constitutionnelle dans son ensemble (notamment l\u2019int\u00e9grit\u00e9 des institutions constitutionnelles que sont l\u2019impeachment, le serment et le droit \u00e9lectoral), ou si elle perturbe le syst\u00e8me des valeurs consacr\u00e9es par la Constitution et r\u00e9duit les garanties de protection de la primaut\u00e9 de la Constitution dans le syst\u00e8me juridique.<\/p>\n<p>(&#8230;)<\/p>\n<p>Dans le contexte de la pr\u00e9sente affaire de justice constitutionnelle, il convient de noter que l\u2019article 135 \u00a7 1 de la Constitution impose \u00e0 la R\u00e9publique de Lituanie l\u2019obligation de supprimer l\u2019incompatibilit\u00e9 susmentionn\u00e9e des dispositions de l\u2019article\u00a03 du Protocole no 1 \u00e0 la Convention avec la Constitution, notamment ses articles 59 \u00a7 2 et\u00a074. Tout en tenant compte du fait que, comme cela a \u00e9t\u00e9 mentionn\u00e9, le syst\u00e8me juridique de la Lituanie est fond\u00e9 sur le principe de la primaut\u00e9 de la Constitution, le seul moyen de supprimer cette incompatibilit\u00e9 est d\u2019adopter une r\u00e9vision constitutionnelle.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p>57. Dans sa d\u00e9cision du 22 d\u00e9cembre 2016, la Cour constitutionnelle a fait observer ce qui suit\u00a0:<\/p>\n<p>\u00ab\u00a029. (&#8230;) [L]\u2019\u00c9tat lituanien restaur\u00e9 et ind\u00e9pendant a pour tradition juridique et principe constitutionnel le respect du droit international, c\u2019est\u2011\u00e0\u2011dire le respect des obligations internationales volontairement contract\u00e9es par lui ainsi que des principes de droit international universellement reconnus, notamment le principe pacta sunt servanda (&#8230;) Le respect du droit international fait partie int\u00e9grante du principe constitutionnel de l\u2019\u00e9tat de droit, dont l\u2019essence est la pr\u00e9\u00e9minence du droit (&#8230;) [D]ans la mise en \u0153uvre en droit interne des obligations internationales de la R\u00e9publique de Lituanie, il y a lieu de tenir compte du principe de la primaut\u00e9 de la Constitution inscrit au paragraphe 1 de son article 7 (&#8230;)<\/p>\n<p>31. Dans le cadre de la pr\u00e9sente affaire, il convient de souligner que, \u00e0 la fois pour lever l\u2019incompatibilit\u00e9 entre la Constitution et les dispositions de l\u2019article 3 du Protocole no\u00a01 \u00e0 la Convention de sauvegarde des droits de l\u2019homme et des libert\u00e9s fondamentales, pour autant que celles-ci font peser sur la R\u00e9publique de Lituanie une obligation internationale de garantir le droit de se porter candidate aux \u00e9lections du Seimas \u00e0 une personne destitu\u00e9e dans le cadre d\u2019une proc\u00e9dure d\u2019impeachment pour violation grave de la Constitution ou manquement \u00e0 son serment, ou \u00e0 une personne d\u00e9mise, dans le cadre d\u2019une proc\u00e9dure d\u2019impeachment, de ses fonctions de pr\u00e9sident de la R\u00e9publique pour violation grave de la Constitution ou manquement \u00e0 son serment (&#8230;), et pour ex\u00e9cuter l\u2019arr\u00eat de la Cour europ\u00e9enne des droits de l\u2019homme du 6 janvier 2011, il n\u2019y a qu\u2019une seule voie qui est \u00e9nonc\u00e9e dans la doctrine officielle de la Cour constitutionnelle, \u00e0 savoir modifier les dispositions pertinentes de la Constitution. Toute autre voie (notamment l\u2019adoption ou la modification de lois et d\u2019autres actes juridiques) est impossible en vertu de la Constitution.<\/p>\n<p>32. (&#8230;) [E]n vertu de la Constitution, notamment de son article 135 \u00a7 1, la R\u00e9publique de Lituanie doit \u00e9galement tenir compte des recommandations formul\u00e9es dans les constatations du Comit\u00e9 des droits de l\u2019homme des Nations unies.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p><strong>LES TEXTES INTERNATIONAUX PERTINENTS<\/strong><\/p>\n<p>58. Le Pacte international relatif aux droits civils et politiques, ratifi\u00e9 par la Lituanie le 20 novembre 1991, est ainsi libell\u00e9\u00a0:<\/p>\n<p style=\"text-align: center;\">Article 2<\/p>\n<p>\u00ab\u00a01. Les \u00c9tats parties au pr\u00e9sent Pacte s\u2019engagent \u00e0 respecter et \u00e0 garantir \u00e0 tous les individus se trouvant sur leur territoire et relevant de leur comp\u00e9tence les droits reconnus dans le pr\u00e9sent Pacte (&#8230;)<\/p>\n<p>2. Les \u00c9tats parties au pr\u00e9sent Pacte s\u2019engagent \u00e0 prendre, en accord avec leurs proc\u00e9dures constitutionnelles et avec les dispositions du pr\u00e9sent Pacte, les arrangements devant permettre l\u2019adoption de telles mesures d\u2019ordre l\u00e9gislatif ou autre, propres \u00e0 donner effet aux droits reconnus dans le pr\u00e9sent Pacte qui ne seraient pas d\u00e9j\u00e0 en vigueur.<\/p>\n<p>3. Les \u00c9tats parties au pr\u00e9sent Pacte s\u2019engagent \u00e0:<\/p>\n<p>a) Garantir que toute personne dont les droits et libert\u00e9s reconnus dans le pr\u00e9sent Pacte auront \u00e9t\u00e9 viol\u00e9s disposera d\u2019un recours utile, alors m\u00eame que la violation aurait \u00e9t\u00e9 commise par des personnes agissant dans l\u2019exercice de leurs fonctions officielles\u00a0;<\/p>\n<p>b) Garantir que l\u2019autorit\u00e9 comp\u00e9tente, judiciaire, administrative ou l\u00e9gislative, ou toute autre autorit\u00e9 comp\u00e9tente selon la l\u00e9gislation de l\u2019\u00c9tat, statuera sur les droits de la personne qui forme le recours et d\u00e9velopper les possibilit\u00e9s de recours juridictionnel\u00a0;<\/p>\n<p>c) Garantir la bonne suite donn\u00e9e par les autorit\u00e9s comp\u00e9tentes \u00e0 tout recours qui aura \u00e9t\u00e9 reconnu justifi\u00e9.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p style=\"text-align: center;\">Article 25<\/p>\n<p>\u00ab\u00a0Tout citoyen a le droit et la possibilit\u00e9, sans aucune des discriminations vis\u00e9es \u00e0 l\u2019article 2 et sans restrictions d\u00e9raisonnables\u00a0:<\/p>\n<p>a) De prendre part \u00e0 la direction des affaires publiques, soit directement, soit par l\u2019interm\u00e9diaire de repr\u00e9sentants librement choisis\u00a0;<\/p>\n<p>b) De voter et d\u2019\u00eatre \u00e9lu, au cours d\u2019\u00e9lections p\u00e9riodiques, honn\u00eates, au suffrage universel et \u00e9gal et au scrutin secret, assurant l\u2019expression libre de la volont\u00e9 des \u00e9lecteurs\u00a0;<\/p>\n<p>c) D\u2019acc\u00e9der, dans des conditions g\u00e9n\u00e9rales d\u2019\u00e9galit\u00e9, aux fonctions publiques de son pays.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p>59. Dans ses constatations concernant la plainte de M. Paksas, le CDH a d\u00e9clar\u00e9, le 25 mars 2014, ce qui suit\u00a0:<\/p>\n<p>\u00ab\u00a08.2 Concernant les griefs que l\u2019auteur tire de l\u2019article\u00a025 du Pacte, la question dont est saisi le Comit\u00e9 est celle de savoir si la d\u00e9cision d\u2019in\u00e9ligibilit\u00e9 \u00e0 vie prise \u00e0 l\u2019encontre de l\u2019auteur l\u2019emp\u00eachant de se pr\u00e9senter aux \u00e9lections pr\u00e9sidentielles et d\u2019\u00eatre premier ministre ou ministre constitue une violation du Pacte.<\/p>\n<p>(&#8230;)<\/p>\n<p>8.4 Le Comit\u00e9 prend note de l\u2019argument de l\u2019\u00c9tat partie selon lequel la sanction constitutionnelle restreignant les droits de l\u2019auteur est proportionn\u00e9e \u00e0 la gravit\u00e9 des violations de la Constitution qu\u2019il a commises. Il prend note \u00e9galement de l\u2019argument de l\u2019auteur selon lequel l\u2019interdiction \u00e0 vie prononc\u00e9e \u00e0 son encontre n\u2019a pas \u00e9t\u00e9 consacr\u00e9e par la loi, n\u2019est ni objective ni raisonnable, et est disproportionn\u00e9e. \u00c0 cet \u00e9gard, le Comit\u00e9 prend note des d\u00e9clarations faites par la Cour constitutionnelle le 5\u00a0janvier 2004 et le 16 mars 2004, insinuant l\u2019id\u00e9e de la responsabilit\u00e9 de l\u2019auteur avant la fin de la proc\u00e9dure en cause. Il rel\u00e8ve \u00e9galement que le 6\u00a0avril 2004, lorsque le Seimas a d\u00e9cid\u00e9 de d\u00e9mettre l\u2019auteur de ses fonctions pr\u00e9sidentielles, aucune disposition l\u00e9gale ne pr\u00e9voyait express\u00e9ment que cette destitution pouvait entra\u00eener son in\u00e9ligibilit\u00e9. En cons\u00e9quence, le 22\u00a0avril 2004, la Commission \u00e9lectorale centrale a autoris\u00e9 l\u2019auteur \u00e0 \u00eatre candidat \u00e0 l\u2019\u00e9lection pr\u00e9sidentielle de juin 2004. Le 4\u00a0mai 2004, cependant, le Seimas a apport\u00e9 une modification \u00e0 la loi sur les \u00e9lections pr\u00e9sidentielles interdisant \u00e0 toute personne d\u00e9mise de ses fonctions dans le cadre d\u2019une proc\u00e9dure de destitution de briguer un mandat pr\u00e9sidentiel pendant une p\u00e9riode de cinq ans. \u00c0 la suite de cette modification, la Commission \u00e9lectorale centrale a refus\u00e9 d\u2019enregistrer la candidature de l\u2019auteur. Le 25\u00a0mai 2004, la Cour constitutionnelle a estim\u00e9 que cette interdiction \u00e9tait conforme \u00e0 la Constitution mais qu\u2019il \u00e9tait inconstitutionnel de la limiter dans le temps, ajoutant qu\u2019elle valait pour tout mandat dont l\u2019exercice est subordonn\u00e9 \u00e0 un serment pr\u00e9vu par la Constitution. Le 15\u00a0juillet 2004, le Seimas a modifi\u00e9 la loi sur les \u00e9lections en y ajoutant une disposition pr\u00e9voyant que toute personne d\u00e9mise de fonctions officielles dans le cadre d\u2019une proc\u00e9dure de destitution \u00e9tait \u00e9galement in\u00e9ligible \u00e0 un mandat parlementaire, et ne pouvait exercer les fonctions de pr\u00e9sident, premier ministre, ministre, juge ou contr\u00f4leur d\u2019\u00c9tat. Compte tenu de ce qui pr\u00e9c\u00e8de, le Comit\u00e9 consid\u00e8re que les restrictions \u00e0 vie emp\u00eachant l\u2019auteur de se pr\u00e9senter \u00e0 des \u00e9lections pr\u00e9sidentielles et d\u2019\u00eatre premier ministre ou ministre ont \u00e9t\u00e9 prononc\u00e9es \u00e0 son encontre \u00e0 l\u2019issue d\u2019une proc\u00e9dure l\u00e9gislative tr\u00e8s proche dans le temps et en substance de la proc\u00e9dure de destitution dont il a fait l\u2019objet. Dans les circonstances particuli\u00e8res de l\u2019esp\u00e8ce, le Comit\u00e9 consid\u00e8re que les restrictions \u00e0 vie prononc\u00e9es contre l\u2019auteur ne satisfaisaient pas aux crit\u00e8res de pr\u00e9visibilit\u00e9 et d\u2019objectivit\u00e9 requis, constituant par l\u00e0 une restriction d\u00e9raisonnable au sens des alin\u00e9as\u00a0b et\u00a0c du Pacte, et qu\u2019il y a donc violation des droits que l\u2019auteur tient de ces dispositions.<\/p>\n<p>9. Le Comit\u00e9 des droits de l\u2019homme, agissant en vertu du paragraphe\u00a04 de l\u2019article\u00a05 du Protocole facultatif se rapportant au Pacte international relatif aux droits civils et politiques, est d\u2019avis que l\u2019\u00c9tat partie a viol\u00e9 les droits que l\u2019auteur tient des alin\u00e9as\u00a0b et\u00a0c de l\u2019article\u00a025 du Pacte International relatif aux droits civils et politiques.<\/p>\n<p>10. Conform\u00e9ment au paragraphe\u00a03\u00a0a) de l\u2019article\u00a02 du Pacte, l\u2019\u00c9tat partie est tenu d\u2019assurer \u00e0 l\u2019auteur un recours utile consistant notamment en un r\u00e9examen de l\u2019interdiction \u00e0 vie de se pr\u00e9senter \u00e0 des \u00e9lections pr\u00e9sidentielles et d\u2019\u00eatre candidat au poste de premier ministre ou ministre, compte tenu des obligations qui incombent \u00e0 l\u2019\u00c9tat partie en vertu du Pacte. De plus, l\u2019\u00c9tat partie est tenu de prendre des mesures pour \u00e9viter que des violations analogues ne se reproduisent.<\/p>\n<p>11. \u00c9tant donn\u00e9 qu\u2019en adh\u00e9rant au Protocole facultatif, l\u2019\u00c9tat partie a reconnu que le Comit\u00e9 avait comp\u00e9tence pour d\u00e9terminer s\u2019il y avait eu ou non violation du Pacte et que, conform\u00e9ment \u00e0 l\u2019article\u00a02 du Pacte, il s\u2019est engag\u00e9 \u00e0 garantir \u00e0 tous les individus se trouvant sur son territoire et relevant de sa juridiction les droits reconnus dans le Pacte et \u00e0 assurer un recours utile et ex\u00e9cutoire lorsqu\u2019une violation a \u00e9t\u00e9 \u00e9tablie, le Comit\u00e9 souhaite recevoir de l\u2019\u00c9tat partie, dans un d\u00e9lai de cent quatre\u2011vingts jours, des renseignements sur les mesures qu\u2019il aura prises pour donner effet aux pr\u00e9sentes constatations. L\u2019\u00c9tat partie est invit\u00e9 en outre \u00e0 rendre celles-ci publiques et \u00e0 les diffuser largement dans les langues officielles du pays.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p>L\u2019AVIS DE LA COUR<\/p>\n<p><strong>I. Consid\u00e9rations pr\u00e9liminaires<\/strong><\/p>\n<p>60. En vertu de l\u2019article 1 \u00a7 1 du Protocole no 16, les plus hautes juridictions peuvent adresser \u00e0 la Cour des demandes d\u2019avis consultatifs sur des \u00ab\u00a0questions de principe relatives \u00e0 l\u2019interpr\u00e9tation ou \u00e0 l\u2019application des droits et libert\u00e9s d\u00e9finis par la Convention ou ses Protocoles\u00a0\u00bb. Aux termes de l\u2019article 1 \u00a7 2 du Protocole no 16, elles ne peuvent solliciter un avis consultatif que \u00ab\u00a0dans le cadre d\u2019une affaire pendante devant elle[s]\u00a0\u00bb.<\/p>\n<p>61. La Cour rappelle que, comme l\u2019indique le pr\u00e9ambule du Protocole no\u00a016, la proc\u00e9dure d\u2019avis consultatif a pour but de renforcer l\u2019interaction entre elle et les autorit\u00e9s nationales et de consolider ainsi la mise en \u0153uvre de la Convention, conform\u00e9ment au principe de subsidiarit\u00e9. L\u2019objectif de la proc\u00e9dure n\u2019est pas de transf\u00e9rer le litige \u00e0 la Cour, mais de donner \u00e0 la juridiction qui a proc\u00e9d\u00e9 \u00e0 la demande les moyens n\u00e9cessaires pour garantir le respect des droits de la Convention lorsqu\u2019elle jugera le litige en instance. La Cour n\u2019est comp\u00e9tente ni pour se livrer \u00e0 une analyse des faits, ni pour appr\u00e9cier le bien-fond\u00e9 des points de vue des parties relativement \u00e0 l\u2019interpr\u00e9tation du droit interne \u00e0 la lumi\u00e8re du droit de la Convention, ni pour se prononcer sur l\u2019issue de la proc\u00e9dure. Son r\u00f4le se limite \u00e0 rendre un avis en rapport avec les questions qui lui ont \u00e9t\u00e9 soumises. C\u2019est \u00e0 la juridiction dont \u00e9mane la demande qu\u2019il revient de r\u00e9soudre les questions que soul\u00e8ve l\u2019affaire et de tirer, selon le cas, toutes les cons\u00e9quences qui d\u00e9coulent de l\u2019avis donn\u00e9 par la Cour pour les dispositions du droit interne invoqu\u00e9es dans l\u2019affaire et pour l\u2019issue de l\u2019affaire (Avis consultatif relatif \u00e0 la reconnaissance en droit interne d\u2019un lien de filiation entre un enfant n\u00e9 d\u2019une gestation pour autrui pratiqu\u00e9e \u00e0 l\u2019\u00e9tranger et la m\u00e8re d\u2019intention [GC], demande no P16-2018-001, Cour de cassation fran\u00e7aise, \u00a7 25, 10 avril 2019, \u00ab\u00a0Avis consultatif P16-2018-001\u00a0\u00bb).<\/p>\n<p>62. La Cour a par ailleurs d\u00e9duit de l\u2019article 1 \u00a7\u00a7 1 et 2 du Protocole no\u00a016 que les avis qu\u2019elle est amen\u00e9e \u00e0 rendre en application de ce protocole doivent se limiter aux points qui ont un lien direct avec le litige en instance au plan interne. Leur int\u00e9r\u00eat est \u00e9galement de fournir aux juridictions nationales des orientations sur des questions de principe relatives \u00e0 la Convention applicables dans des cas similaires (ibidem, \u00a7\u00a026).<\/p>\n<p>63. La Cour note que les \u00e9lections au Seimas, dans le contexte desquelles s\u2019inscrit le grief de Mme N.V., ont d\u00e9j\u00e0 eu lieu en octobre 2020, mais que ce grief, qui concerne une ing\u00e9rence dans l\u2019exercice par l\u2019int\u00e9ress\u00e9e de son droit de se porter candidate \u00e0 une \u00e9lection, est toujours pendant devant la Cour administrative supr\u00eame. Elle observe que les questions portant sur les cons\u00e9quences d\u2019un impeachment, telles que formul\u00e9es par la Cour administrative supr\u00eame dans sa demande d\u2019avis consultatif, concernent aussi clairement la situation d\u00e9coulant de l\u2019arr\u00eat rendu par la Grande Chambre dans l\u2019affaire Paksas, dont l\u2019ex\u00e9cution est toujours pendante. Elle tient \u00e9galement compte de la d\u00e9cision la plus r\u00e9cente du Comit\u00e9 des Ministres concernant l\u2019ex\u00e9cution de l\u2019arr\u00eat Paksas, dans laquelle les D\u00e9l\u00e9gu\u00e9s ont pris note de l\u2019intention initiale du Gouvernement d\u2019attendre que la Cour rende son avis consultatif avant de passer aux \u00e9tapes suivantes de l\u2019ex\u00e9cution de cet arr\u00eat, et d\u00e9cid\u00e9 d\u2019en reprendre l\u2019examen apr\u00e8s le prononc\u00e9 de l\u2019avis demand\u00e9 (paragraphe\u00a047 ci\u2011dessus). Elle estime donc que les questions pos\u00e9es par la Cour administrative supr\u00eame demeurent pertinentes et devraient par cons\u00e9quent \u00eatre abord\u00e9es par la Cour. Elle souhaite toutefois souligner que le Protocole no 16 n\u2019a pas \u00e9t\u00e9 envisag\u00e9 comme un instrument destin\u00e9 \u00e0 \u00eatre utilis\u00e9 dans le contexte de l\u2019ex\u00e9cution d\u2019un arr\u00eat.<\/p>\n<p>64. La Cour souligne enfin que m\u00eame si dans ses observations le Gouvernement se r\u00e9f\u00e8re \u00e0 certaines proc\u00e9dures p\u00e9nales dirig\u00e9es contre Mme\u00a0N.V. (paragraphes 21 et 22 ci-dessus), celles-ci n\u2019ont pas encore, \u00e0 la date de l\u2019adoption du pr\u00e9sent avis, fait l\u2019objet d\u2019une appr\u00e9ciation judiciaire d\u00e9finitive. Par cons\u00e9quent, la Cour n\u2019en tiendra pas compte.<\/p>\n<p><strong>II. Les questions pos\u00e9es par la Cour administrative supr\u00eame<\/strong><\/p>\n<p>65. Les questions pos\u00e9es par la Cour administrative supr\u00eame sont ainsi libell\u00e9es\u00a0:<\/p>\n<p>\u00ab\u00a01) Un \u00c9tat contractant outrepasse-t-il la marge d\u2019appr\u00e9ciation que lui conf\u00e8re l\u2019article 3 du Protocole no 1 \u00e0 la Convention s\u2019il ne garantit pas la compatibilit\u00e9 de son droit interne avec les obligations internationales qui d\u00e9coulent des dispositions de l\u2019article 3 du Protocole no 1 \u00e0 la Convention, et emp\u00eache en cons\u00e9quence une personne d\u00e9mise de ses fonctions de membre du Seimas dans le cadre d\u2019une proc\u00e9dure d\u2019impeachment d\u2019exercer l\u2019aspect \u00ab\u00a0passif\u00a0\u00bb de son droit \u00e0 des \u00e9lections pendant une p\u00e9riode de six ans\u00a0?<\/p>\n<p>Dans l\u2019affirmative, une telle situation pourrait-elle se justifier par la complexit\u00e9 des circonstances concr\u00e8tes, directement li\u00e9es \u00e0 la possibilit\u00e9 pour l\u2019organe l\u00e9gislatif de rendre les dispositions nationales de rang constitutionnel conformes aux obligations internationales pesant sur l\u2019\u00c9tat\u00a0?<\/p>\n<p>2) Quels sont les exigences et crit\u00e8res d\u00e9coulant de l\u2019article 3 du Protocole no 1 \u00e0 la Convention qui d\u00e9terminent le champ d\u2019application du principe de proportionnalit\u00e9 dont la juridiction interne devrait tenir compte et v\u00e9rifier le respect dans la situation en question\u00a0?<\/p>\n<p>Dans une telle situation, y a-t-il lieu, afin d\u2019appr\u00e9cier la proportionnalit\u00e9 d\u2019une interdiction g\u00e9n\u00e9rale restreignant l\u2019exercice des droits garantis par l\u2019article 3 du Protocole no 1, d\u2019accorder un poids d\u00e9cisif non seulement \u00e0 l\u2019institution d\u2019un d\u00e9lai mais aussi aux circonstances propres \u00e0 chaque affaire tenant \u00e0 la nature des fonctions dont la personne a \u00e9t\u00e9 d\u00e9mise et \u00e0 l\u2019acte ayant provoqu\u00e9 la proc\u00e9dure d\u2019impeachment\u00a0?\u00a0\u00bb<\/p>\n<p>66. La Cour juge appropri\u00e9 de commencer par r\u00e9pondre \u00e0 la deuxi\u00e8me question, qui est li\u00e9e \u00e0 l\u2019affaire pendante devant la Cour administrative supr\u00eame, circonstance qui est une exigence d\u00e9coulant de l\u2019article 1 \u00a7\u00a02 du Protocole no 16.<\/p>\n<p>67. Pour formuler son avis, la Cour prendra d\u00fbment en compte les observations \u00e9crites et les pi\u00e8ces produites par les divers participants \u00e0 la proc\u00e9dure (paragraphes\u00a02 et 5 ci-dessus). Elle souligne toutefois qu\u2019il ne s\u2019agit pas pour elle de r\u00e9pondre \u00e0 chacun des moyens et arguments qui lui sont soumis, ni de d\u00e9velopper en d\u00e9tail les fondements de sa r\u00e9ponse, d\u00e8s lors que, en application du Protocole no 16, son r\u00f4le n\u2019est pas de statuer contradictoirement sur des requ\u00eates contentieuses par un arr\u00eat ayant force obligatoire mais, dans un d\u00e9lai aussi rapide que possible, de fournir \u00e0 la juridiction qui a proc\u00e9d\u00e9 a\u0300 la demande une orientation lui permettant de garantir le respect des droits de la Convention lorsqu\u2019elle jugera le litige en instance (Avis consultatif P16-2018-001, pr\u00e9cit\u00e9, \u00a7 34).<\/p>\n<p><strong>A. La deuxi\u00e8me question pos\u00e9e par la Cour administrative supr\u00eame<\/strong><\/p>\n<p>68. La Cour consid\u00e8re que la Cour administrative supr\u00eame demande, en substance, quels sont les crit\u00e8res que la juridiction lituanienne comp\u00e9tente doit appliquer pour appr\u00e9cier si, dans les circonstances particuli\u00e8res de l\u2019affaire dont elle est saisie, l\u2019interdiction qui emp\u00eache une personne d\u00e9mise de ses fonctions de membre du Seimas dans le cadre d\u2019une proc\u00e9dure d\u2019impeachment de se porter candidate aux \u00e9lections du Seimas est devenue disproportionn\u00e9e au point d\u2019emporter violation de l\u2019article 3 du Protocole no\u00a01.<\/p>\n<p>69. La Cour fait observer que les questions lui sont pos\u00e9es par la Cour administrative supr\u00eame dans le contexte du recours introduit par Mme\u00a0N.V. contre la d\u00e9cision de la Commission \u00e9lectorale centrale refusant d\u2019enregistrer sa candidature aux \u00e9lections du Seimas de 2020.<\/p>\n<p>70. Il appara\u00eet toutefois que l\u2019interdiction l\u00e9gale qui a emp\u00each\u00e9 Mme\u00a0N.V. de voir sa candidature enregistr\u00e9e aux \u00e9lections du Seimas est la cons\u00e9quence directe de la l\u00e9gislation lituanienne relative \u00e0 l\u2019impeachment, dont la Cour a conclu, dans l\u2019arr\u00eat qu\u2019elle a rendu dans l\u2019affaire Paksas (pr\u00e9cit\u00e9, \u00a7\u00a7\u00a0109 et\u00a0110), qu\u2019elle \u00e9tait contraire \u00e0 l\u2019article 3 du Protocole no 1 au motif que le caract\u00e8re d\u00e9finitif et irr\u00e9versible de l\u2019in\u00e9ligibilit\u00e9 pr\u00e9vue par la loi constituait une restriction disproportionn\u00e9e. Cette appr\u00e9ciation est confirm\u00e9e par la formulation de la premi\u00e8re question pos\u00e9e par la Cour administrative supr\u00eame (\u00ab\u00a0emp\u00eache en cons\u00e9quence une personne (&#8230;)\u00a0\u00bb). \u00c0 la date de l\u2019adoption du pr\u00e9sent avis, les autorit\u00e9s lituaniennes n\u2019ont pas encore ex\u00e9cut\u00e9 l\u2019arr\u00eat Paksas (voir la r\u00e9solution du Comit\u00e9 des Ministres CM\/ResDH(2018)469, cit\u00e9e au paragraphe 42 ci\u2011dessus, la d\u00e9cision du Comit\u00e9 des Ministres CM\/Del\/Dec(2020)1377bis\/H46-20, cit\u00e9e au paragraphe 43 ci-dessus, et la d\u00e9cision du Comit\u00e9 des Ministres CM\/Del\/Dec(2021)1406\/H46-18, cit\u00e9e au paragraphe 47 ci-dessus).<\/p>\n<p>71. La Cour administrative supr\u00eame a en effet consid\u00e9r\u00e9, au vu de la jurisprudence de la Cour constitutionnelle (paragraphes 24 et 56 ci\u2011dessus), que la loi relative \u00e0 la proc\u00e9dure d\u2019impeachment qui avait \u00e9t\u00e9 appliqu\u00e9e \u00e0 M.\u00a0Paksas, ancien pr\u00e9sident de la R\u00e9publique, \u00e9tait applicable de la m\u00eame mani\u00e8re \u00e0 Mme N.V., dont le mandat au Seimas avait \u00e9t\u00e9 r\u00e9voqu\u00e9 dans le cadre d\u2019une proc\u00e9dure d\u2019impeachment, en ce que l\u2019exercice de ces deux fonctions requiert qu\u2019il soit pr\u00eat\u00e9 serment conform\u00e9ment \u00e0 la Constitution.<\/p>\n<p>72. La Cour comprend toutefois la deuxi\u00e8me question pos\u00e9e par la Cour administrative supr\u00eame comme supposant que la juridiction interne se consid\u00e8re elle-m\u00eame saisie de la question de savoir si, au vu de toutes les circonstances pertinentes, cette interdiction d\u00e9finitive a eu sur la situation personnelle de Mme N.V. des cons\u00e9quences qui sont devenues disproportionn\u00e9es aux fins de l\u2019article 3 du Protocole no 1 \u00e0 la Convention.<\/p>\n<p>73. Dans ce contexte, la Cour comprend la deuxi\u00e8me question qui lui est pos\u00e9e par la Cour administrative supr\u00eame comme une demande visant \u00e0 recueillir des indications sur les crit\u00e8res \u00e0 appliquer aux fins de la prise d\u2019une d\u00e9cision. Conform\u00e9ment \u00e0 l\u2019objet et au but du Protocole no 16, la Cour y r\u00e9pondra du point de vue de la juridiction dont \u00e9mane la demande, sans pr\u00e9judice d\u2019une \u00e9ventuelle initiative l\u00e9gislative que le Seimas prendrait en vue de rem\u00e9dier au probl\u00e8me engendr\u00e9 par la non-ex\u00e9cution de l\u2019arr\u00eat Paksas (paragraphe\u00a040 ci-dessus). Avant de se pencher sur la deuxi\u00e8me question pos\u00e9e par la Cour administrative supr\u00eame, la Cour rappellera toutefois la jurisprudence relative aux points soulev\u00e9s dans le cas d\u2019esp\u00e8ce, \u00e0 la lumi\u00e8re de laquelle les exigences d\u00e9coulant de l\u2019arr\u00eat rendu par la Cour dans l\u2019affaire Paksas doivent \u00eatre interpr\u00e9t\u00e9es.<\/p>\n<p><em>1. La jurisprudence de la Cour<\/em><\/p>\n<p>a) Le droit de se porter candidat \u00e0 des \u00e9lections au sens de l\u2019article 3 du Protocole no 1<\/p>\n<p>i. L\u2019arr\u00eat rendu dans l\u2019affaire Paksas c. Lituanie<\/p>\n<p>74. Dans l\u2019arr\u00eat Paksas c. Lituanie (\u00a7\u00a7\u00a097-112), la Cour a estim\u00e9 que le requ\u00e9rant, ancien pr\u00e9sident de la R\u00e9publique de Lituanie d\u00e9mis de ses fonctions dans le cadre d\u2019une proc\u00e9dure d\u2019impeachment, avait subi une ing\u00e9rence dans l\u2019exercice de son droit d\u2019\u00e9ligibilit\u00e9 en ayant \u00e9t\u00e9 priv\u00e9 de toute possibilit\u00e9 de se porter candidat \u00e0 des \u00e9lections l\u00e9gislatives. Elle a consid\u00e9r\u00e9 que cette ing\u00e9rence \u00e9tait pr\u00e9vue par la loi, notamment par la d\u00e9cision rendue le 25 mai 2004 par la Cour constitutionnelle, et que la mesure visait \u00e0 la d\u00e9fense de l\u2019ordre d\u00e9mocratique, ce qui constituait un but l\u00e9gitime aux fins de l\u2019article 3 du Protocole no 1 (ibidem, \u00a7\u00a7\u00a098\u2011100).<\/p>\n<p>75. Sans minimiser la gravit\u00e9 des faits imput\u00e9s au requ\u00e9rant au regard de ses obligations constitutionnelles ni mettre en cause le principe de sa destitution du mandat pr\u00e9sidentiel, la Cour a relev\u00e9 l\u2019ampleur des cons\u00e9quences de cette ing\u00e9rence en ce que l\u2019int\u00e9ress\u00e9 avait \u00e9t\u00e9 exclu de l\u2019exercice non seulement d\u2019un mandat l\u00e9gislatif mais aussi de tout autre mandat pour lequel il fallait pr\u00eater serment conform\u00e9ment \u00e0 la Constitution. Elle a observ\u00e9 que la Lituanie faisait en la mati\u00e8re figure d\u2019exception en Europe puisque, dans la majorit\u00e9 des \u00c9tats membres du Conseil de l\u2019Europe, soit l\u2019impeachment \u00e9tait d\u00e9pourvu de cons\u00e9quence directe sur les droits \u00e9lectoraux de la personne concern\u00e9e ou sur l\u2019exercice par elle du droit de se porter candidate \u00e0 des \u00e9lections l\u00e9gislatives, soit les restrictions pr\u00e9vues n\u00e9cessitaient une d\u00e9cision juridictionnelle sp\u00e9cifique et \u00e9taient limit\u00e9es dans le temps (ibidem, \u00a7\u00a7 103-106).<\/p>\n<p>76. Pour la Cour, dans le cadre de l\u2019\u00e9valuation de la proportionnalit\u00e9 d\u2019une telle mesure, il y a lieu d\u2019accorder un poids d\u00e9cisif \u00e0 l\u2019existence d\u2019une limite temporelle et d\u2019une possibilit\u00e9 de revoir la mesure en cause. La n\u00e9cessit\u00e9 d\u2019une telle possibilit\u00e9 est au demeurant li\u00e9e au fait qu\u2019il faut tenir compte lorsque l\u2019on proc\u00e8de \u00e0 cette \u00e9valuation du contexte historico\u2011politique de l\u2019\u00c9tat concern\u00e9\u00a0: ce contexte \u00e9tant indubitablement amen\u00e9 \u00e0 \u00e9voluer, y compris d\u2019ailleurs quant \u00e0 la perception que les \u00e9lecteurs peuvent avoir des circonstances ayant conduit \u00e0 sa mise en \u0153uvre, une restriction g\u00e9n\u00e9rale peut avec le temps perdre la justification qu\u2019elle y trouvait initialement. Dans l\u2019affaire Paksas, toutefois, non seulement la restriction litigieuse n\u2019\u00e9tait assortie d\u2019aucune limite temporelle, mais en plus la norme qui la fondait \u00e9tait grav\u00e9e dans le marbre constitutionnel. L\u2019in\u00e9ligibilit\u00e9 qui frappait le requ\u00e9rant prenait en cons\u00e9quence une connotation d\u2019immuabilit\u00e9, difficilement conciliable avec l\u2019article 3 du Protocole no 1. De surcro\u00eet, le fait que la disposition litigieuse \u00e9tait le fruit d\u2019un processus normatif fortement marqu\u00e9 par les circonstances \u00e9tait, selon la Cour, une indication suppl\u00e9mentaire du caract\u00e8re disproportionn\u00e9 de la restriction. L\u2019ensemble de ces consid\u00e9rations et, tout particuli\u00e8rement, le caract\u00e8re d\u00e9finitif et irr\u00e9versible de l\u2019in\u00e9ligibilit\u00e9 au mandat l\u00e9gislatif qui avait atteint le requ\u00e9rant, ont conduit la Cour \u00e0 juger cette restriction disproportionn\u00e9e (ibidem, \u00a7\u00a7 109-112).<\/p>\n<p>ii. Autre jurisprudence<\/p>\n<p>77. Selon la jurisprudence constante de la Cour, la d\u00e9mocratie repr\u00e9sente un \u00e9l\u00e9ment fondamental de \u00ab\u00a0l\u2019ordre public europ\u00e9en\u00a0\u00bb et les droits garantis par l\u2019article 3 du Protocole no 1 sont cruciaux pour l\u2019\u00e9tablissement et le maintien des fondements d\u2019une v\u00e9ritable d\u00e9mocratie r\u00e9gie par la pr\u00e9\u00e9minence du droit (Kar\u00e1csony et autres c. Hongrie [GC], nos 42461\/13 et\u00a044357\/13, \u00a7\u00a0141, 17 mai 2016, Mugemangango c. Belgique [GC], no\u00a0310\/15, \u00a7\u00a067, 10\u00a0juillet 2020, et Selahattin Demirta\u015f c. Turquie (no 2) [GC], no\u00a014305\/17, \u00a7\u00a0382, 22 d\u00e9cembre 2020).<\/p>\n<p>78. Concernant l\u2019ample marge d\u2019appr\u00e9ciation dont jouissent les \u00c9tats en mati\u00e8re de droits \u00e9lectoraux, la Cour a dit ce qui suit\u00a0dans l\u2019arr\u00eat Gitonas et autres c.\u00a0Gr\u00e8ce (1er juillet 1997, \u00a7 39, Recueil 1997\u2011IV)\u00a0:<\/p>\n<p>\u00ab\u00a039. La Cour rappelle que l\u2019article 3 du Protocole no 1 implique les droits subjectifs de vote et d\u2019\u00e9ligibilit\u00e9. Pour importants qu\u2019ils soient, ces droits ne sont pas cependant absolus. Comme l\u2019article 3 les reconna\u00eet sans les \u00e9noncer en termes expr\u00e8s ni moins encore les d\u00e9finir, il y a place pour des \u00ab\u00a0limitations implicites\u00a0\u00bb (arr\u00eat Mathieu-Mohin et Clerfayt c. Belgique du 2 mars 1987, s\u00e9rie A no 113, p. 23, par. 52). Dans leurs ordres juridiques respectifs, les \u00c9tats contractants entourent les droits de vote et d\u2019\u00e9ligibilit\u00e9 de conditions auxquelles l\u2019article 3 ne met en principe pas obstacle. Ils jouissent en la mati\u00e8re d\u2019une large marge d\u2019appr\u00e9ciation, mais il appartient \u00e0 la Cour de statuer en dernier ressort sur l\u2019observation des exigences du Protocole no 1\u00a0; il lui faut s\u2019assurer que lesdites conditions ne r\u00e9duisent pas les droits dont il s\u2019agit au point de les atteindre dans leur substance m\u00eame et de les priver de leur effectivit\u00e9, qu\u2019elles poursuivent un but l\u00e9gitime et que les moyens employ\u00e9s ne se r\u00e9v\u00e8lent pas disproportionn\u00e9s (ibidem).<\/p>\n<p>Plus particuli\u00e8rement, les \u00c9tats disposent d\u2019une grande latitude pour \u00e9tablir, dans leur ordre constitutionnel, des r\u00e8gles relatives au statut de parlementaire, dont les crit\u00e8res d\u2019in\u00e9ligibilit\u00e9. Quoique proc\u00e9dant d\u2019un souci commun \u2013 assurer l\u2019ind\u00e9pendance des \u00e9lus mais aussi la libert\u00e9 des \u00e9lecteurs \u2013, ces crit\u00e8res varient en fonction des facteurs historiques et politiques propres \u00e0 chaque \u00c9tat\u00a0; la multitude de situations pr\u00e9vues dans les constitutions et les l\u00e9gislations \u00e9lectorales de nombreux \u00c9tats membres du Conseil de l\u2019Europe d\u00e9montre la diversit\u00e9 des choix possibles en la mati\u00e8re. Aucun de ces crit\u00e8res cependant ne devrait \u00eatre consid\u00e9r\u00e9 comme plus valable qu\u2019un autre \u00e0 condition qu\u2019il garantisse l\u2019expression de la volont\u00e9 du peuple \u00e0 travers des \u00e9lections libres, honn\u00eates et p\u00e9riodiques.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p>79. Dans l\u2019arr\u00eat Mugemangango (pr\u00e9cit\u00e9), la Cour a pr\u00e9cis\u00e9 ce qui suit\u00a0:<\/p>\n<p>\u00ab\u00a073. Dans ce domaine, la marge d\u2019appr\u00e9ciation est large (Hirst c. Royaume-Uni (no\u00a02)\u00a0[GC], no 74025\/01, \u00a7 61, CEDH 2005\u2011IX, et les r\u00e9f\u00e9rences qui y sont cit\u00e9es). Il existe en effet de nombreuses mani\u00e8res d\u2019organiser et de faire fonctionner les syst\u00e8mes \u00e9lectoraux et une multitude de diff\u00e9rences au sein de l\u2019Europe, notamment dans l\u2019\u00e9volution historique, la diversit\u00e9 culturelle et la pens\u00e9e politique (Hirst, pr\u00e9cit\u00e9, \u00a7\u00a061, \u017ddanoka [c. Lettonie [GC], no 58278\/00, \u00a7 103, CEDH 2006\u2011IV], et Sitaropoulos et Giakoumopoulos [c. Gr\u00e8ce [GC], no 42202\/07, \u00a7 66, CEDH 2012]). La Cour a ainsi jug\u00e9 que toute loi \u00e9lectorale doit s\u2019appr\u00e9cier \u00e0 la lumi\u00e8re de l\u2019\u00e9volution politique du pays, de sorte que des d\u00e9tails consid\u00e9r\u00e9s comme inacceptables dans le cadre d\u2019un syst\u00e8me d\u00e9termin\u00e9 peuvent se justifier dans un autre\u00a0; elle a toutefois soulign\u00e9 que cette marge de man\u0153uvre reconnue \u00e0 l\u2019\u00c9tat est limit\u00e9e par l\u2019obligation de respecter le principe fondamental de l\u2019article 3 du Protocole no 1, \u00e0 savoir \u00ab\u00a0la libre expression de l\u2019opinion du peuple sur le choix du corps l\u00e9gislatif\u00a0\u00bb (Mathieu-Mohin et Clerfayt, pr\u00e9cit\u00e9, \u00a7\u00a054, Podkolzina [c. Lettonie, no 46726\/99, \u00a7 33, CEDH 2002\u2011II], T\u0103nase c.\u00a0Moldova\u00a0[GC], no 7\/08, \u00a7\u00a0157, CEDH\u00a02010, et Cernea c.\u00a0Roumanie, no 43609\/10, \u00a7\u00a040, 27 f\u00e9vrier 2018).\u00a0\u00bb<\/p>\n<p>80. Dans l\u2019arr\u00eat Mugemangango (pr\u00e9cit\u00e9), la Cour a aussi soulign\u00e9 son r\u00f4le subsidiaire relativement \u00e0 l\u2019\u00e9tablissement des faits, tout en rappelant qu\u2019elle a le pouvoir de v\u00e9rifier si l\u2019\u00c9tat s\u2019est conform\u00e9 aux obligations qui d\u00e9coulent pour lui de l\u2019article 3 du Protocole no 1\u00a0:<\/p>\n<p>\u00ab\u00a071. En vertu du principe de subsidiarit\u00e9, il n\u2019appartient pas \u00e0 la Cour de se substituer aux autorit\u00e9s nationales dans l\u2019interpr\u00e9tation du droit interne ou dans l\u2019appr\u00e9ciation des faits. Dans le contexte particulier des litiges \u00e9lectoraux, elle n\u2019est pas appel\u00e9e \u00e0 d\u00e9terminer si les irr\u00e9gularit\u00e9s du processus \u00e9lectoral all\u00e9gu\u00e9es par les parties repr\u00e9sentent des violations du droit interne pertinent (Namat Aliyev [c. Azerba\u00efdjan, no\u00a018705\/06, \u00a7 77, 8 avril 2010]). La Cour n\u2019est pas non plus en mesure d\u2019\u00e9tablir elle-m\u00eame les faits en essayant de d\u00e9terminer si les irr\u00e9gularit\u00e9s all\u00e9gu\u00e9es ont eu lieu et si elles \u00e9taient de nature \u00e0 avoir des cons\u00e9quences sur le r\u00e9sultat des \u00e9lections. La Cour doit se garder d\u2019assumer le r\u00f4le de juge du fait de premi\u00e8re instance lorsque cela n\u2019est pas rendu in\u00e9vitable par les circonstances de l\u2019affaire dont elle se trouve saisie (Davydov et autres [c. Russie, no 75947\/11, \u00a7 276, 30 mai 2017]). En revanche, il appartient \u00e0 la Cour de statuer sur l\u2019observation des exigences de l\u2019article 3 du Protocole\u00a0no\u00a01 et de v\u00e9rifier, d\u2019une mani\u00e8re plus g\u00e9n\u00e9rale, que l\u2019\u00c9tat d\u00e9fendeur s\u2019est acquitt\u00e9 de son obligation d\u2019organiser des \u00e9lections libres et \u00e9quitables et qu\u2019il a veill\u00e9 \u00e0 ce que les droits \u00e9lectoraux individuels aient pu \u00eatre exerc\u00e9s de mani\u00e8re effective (I.Z. c.\u00a0Gr\u00e8ce, no\u00a018997\/91, d\u00e9cision de la Commission du 28\u00a0f\u00e9vrier 1994, D\u00e9cisions et rapports 76-B, p.\u00a065, Babenko c.\u00a0Ukraine (d\u00e9c.), no\u00a043476\/98, 4\u00a0mai 1999, Gahramanli et autres c.\u00a0Azerba\u00efdjan, no\u00a036503\/11, \u00a7 72, 8\u00a0octobre 2015, et Davydov et autres, pr\u00e9cit\u00e9, \u00a7\u00a0276).\u00a0\u00bb<\/p>\n<p>b) La notion de \u00ab\u00a0limitations implicites\u00a0\u00bb<\/p>\n<p>81. Dans l\u2019arr\u00eat rendu par elle dans l\u2019affaire Selahattin Demirta\u015f (pr\u00e9cit\u00e9, \u00a7\u00a7\u00a0387 et 388), la Cour a mis en \u00e9vidence le principe des limitations implicites\u00a0:<\/p>\n<p>\u00ab\u00a0387. La Cour rappelle ensuite que les droits garantis par l\u2019article 3 du Protocole no\u00a01 \u00e0 la Convention ne sont pas absolus (Etxeberria et autres c.\u00a0Espagne, nos\u00a035579\/03 et 3 autres, \u00a7 48, 30 juin 2009). Il y a place pour des \u00ab\u00a0limitations implicites\u00a0\u00bb, et les \u00c9tats contractants disposent d\u2019une ample marge d\u2019appr\u00e9ciation en la mati\u00e8re (Mathieu-Mohin et Clerfayt, pr\u00e9cit\u00e9, \u00a7 52, Podkolzina[, pr\u00e9cit\u00e9], \u00a7 33, Sadak et autres [c.\u00a0Turquie (no\u00a02), nos 25144\/94 et 8 autres, \u00a7 31, CEDH 2002\u2011IV], et Kavak\u00e7\u0131 [c.\u00a0Turquie, no\u00a071907\/01, \u00a7 40, 5 avril 2007]). Il appartient cependant \u00e0 la Cour de statuer en dernier ressort sur l\u2019observation des exigences de l\u2019article 3 du Protocole\u00a0no\u00a01\u00a0; il lui faut s\u2019assurer que les restrictions impos\u00e9es \u00e0 l\u2019exercice des droits d\u00e9coulant de cet article ne r\u00e9duisent pas les droits dont il s\u2019agit au point de les atteindre dans leur substance m\u00eame et de les priver de leur effectivit\u00e9, qu\u2019elles poursuivent un but l\u00e9gitime et que les moyens employ\u00e9s ne se r\u00e9v\u00e8lent pas disproportionn\u00e9s (Mathieu-Mohin et Clerfayt, pr\u00e9cit\u00e9, \u00a7\u00a052).<\/p>\n<p>388. La notion de \u00ab\u00a0limitation implicite\u00a0\u00bb signifie que les crit\u00e8res traditionnels de \u00ab\u00a0n\u00e9cessit\u00e9\u00a0\u00bb ou de \u00ab\u00a0besoin social imp\u00e9rieux\u00a0\u00bb que la Cour utilise dans le cadre de ses examens sous l\u2019angle des articles 8 \u00e0 11 de la Convention ne sont pas appliqu\u00e9s dans les affaires relatives \u00e0 l\u2019article 3 du Protocole no 1. La Cour recherche plut\u00f4t, pour commencer, s\u2019il y a eu un traitement arbitraire ou un manque de proportionnalit\u00e9. Ensuite, elle examine si la limitation a constitu\u00e9 une atteinte injustifi\u00e9e \u00e0 la libre expression de l\u2019opinion du peuple (Mathieu-Mohin et Clerfayt, pr\u00e9cit\u00e9, \u00a7\u00a052, et \u017ddanoka, pr\u00e9cit\u00e9, \u00a7\u00a0115).\u00a0\u00bb<\/p>\n<p>c) Le but l\u00e9gitime<\/p>\n<p>82. \u00c0 la diff\u00e9rence des articles 8, 9, 10 et 11 de la Convention, l\u2019article\u00a03 du Protocole no 1 n\u2019\u00e9num\u00e8re pas lui-m\u00eame les buts qui peuvent passer pour l\u00e9gitimes en ce qui le concerne (T\u0103nase, pr\u00e9cit\u00e9, \u00a7\u00a0164).<\/p>\n<p>83. La Cour l\u2019a rappel\u00e9 dans l\u2019arr\u00eat Paksas (pr\u00e9cit\u00e9, \u00a7\u00a0100), o\u00f9 elle a dit que l\u2019interdiction faite au requ\u00e9rant \u00e9tait la cons\u00e9quence de sa destitution, intervenue dans le cadre d\u2019une proc\u00e9dure d\u2019impeachment dont le but \u00e9tait, d\u2019apr\u00e8s le r\u00e8glement du Seimas, de trancher la question de la responsabilit\u00e9 constitutionnelle des plus hauts responsables de l\u2019\u00c9tat \u00e0 raison d\u2019actions nuisibles \u00e0 la cr\u00e9dibilit\u00e9 des autorit\u00e9s accomplie pendant leur mandat. Elle s\u2019inscrivait ainsi dans un m\u00e9canisme d\u2019autoprotection de la d\u00e9mocratie par un contr\u00f4le public et d\u00e9mocratique des titulaires de mandats officiels, et poursuivait le but d\u2019\u00e9carter du pouvoir l\u00e9gislatif les hauts responsables qui, en particulier, s\u2019\u00e9taient rendus coupables de graves violations de la Constitution ou avaient manqu\u00e9 \u00e0 leur serment pr\u00e9vu par la Constitution. Elle visait de la sorte \u00e0 la d\u00e9fense de l\u2019ordre d\u00e9mocratique, ce qui constitue un but l\u00e9gitime au regard de l\u2019article 3 du Protocole no 1 (voir aussi, mutatis mutandis, \u017ddanoka, pr\u00e9cit\u00e9, \u00a7 118).<\/p>\n<p>84. Dans l\u2019arr\u00eat T\u0103nase (pr\u00e9cit\u00e9, \u00a7\u00a7\u00a0166 et\u00a0167), la Cour a fait r\u00e9f\u00e9rence au but consistant \u00e0 garantir la loyaut\u00e9 envers l\u2019\u00c9tat en faisant la distinction entre loyaut\u00e9 envers l\u2019\u00c9tat et loyaut\u00e9 envers le gouvernement. Si la n\u00e9cessit\u00e9 de veiller \u00e0 la loyaut\u00e9 envers l\u2019\u00c9tat peut fort bien constituer un but l\u00e9gitime justifiant des restrictions aux droits \u00e9lectoraux, cela ne vaut pas pour la loyaut\u00e9 envers le gouvernement. La Cour a \u00e9galement consid\u00e9r\u00e9 que la loyaut\u00e9 envers l\u2019\u00c9tat englobe en principe le respect de la Constitution, des lois, des institutions, de l\u2019ind\u00e9pendance et de l\u2019int\u00e9grit\u00e9 territoriale du pays.<\/p>\n<p>85. Plus r\u00e9cemment, dans l\u2019arr\u00eat Xhoxhaj c. Albanie (no 15227\/19, \u00a7\u00a0413, 9\u00a0f\u00e9vrier 2021), qui concernait une interdiction \u00e0 vie de r\u00e9int\u00e9grer le syst\u00e8me judiciaire prononc\u00e9e contre une juge de la Cour constitutionnelle en raison de violations \u00e9thiques graves commises par elle, la Cour a consid\u00e9r\u00e9 que les juges, en particulier ceux occupant des postes de responsabilit\u00e9 tels que celui dans lequel la requ\u00e9rante souhaitait \u00eatre r\u00e9int\u00e9gr\u00e9e, d\u00e9tiennent une parcelle de la souverainet\u00e9 de l\u2019\u00c9tat. Elle a jug\u00e9 que l\u2019interdiction \u00e0 vie prononc\u00e9e \u00e0 l\u2019\u00e9gard de la requ\u00e9rante et d\u2019autres personnes r\u00e9voqu\u00e9es en raison de violations \u00e9thiques graves n\u2019\u00e9tait ni incoh\u00e9rente ni disproportionn\u00e9e par rapport au but l\u00e9gitime poursuivi par l\u2019\u00c9tat, \u00e0 savoir pr\u00e9server l\u2019int\u00e9grit\u00e9 du syst\u00e8me judiciaire et la confiance du public dans ce syst\u00e8me.<\/p>\n<p>d) L\u2019incidence du contexte politique et historique<\/p>\n<p>86. Dans l\u2019arr\u00eat T\u0103nase (pr\u00e9cit\u00e9), la Cour a admis que toute loi \u00e9lectorale doit s\u2019appr\u00e9cier \u00e0 la lumi\u00e8re du contexte historique et politique du pays concern\u00e9, mais que les restrictions apport\u00e9es aux droits \u00e9lectoraux doivent suivre au fil du temps une approche individualis\u00e9e. Elle s\u2019est exprim\u00e9e ainsi\u00a0:<\/p>\n<p>\u00ab\u00a0156. En ce qui concerne l\u2019aspect passif de l\u2019article 3 du Protocole no\u00a01, la Cour souligne que les \u00c9tats contractants disposent d\u2019une grande latitude pour \u00e9tablir les crit\u00e8res d\u2019\u00e9ligibilit\u00e9. Dans l\u2019arr\u00eat \u017ddanoka c. Lettonie (pr\u00e9cit\u00e9, \u00a7 106), elle a expliqu\u00e9\u00a0:<\/p>\n<p>\u00ab\u00a0Quoique proc\u00e9dant d\u2019un souci commun \u2013 assurer l\u2019ind\u00e9pendance des \u00e9lus mais aussi la libert\u00e9 des \u00e9lecteurs \u2013, ces crit\u00e8res varient en fonction des facteurs historiques et politiques propres \u00e0 chaque \u00c9tat. La multitude de situations pr\u00e9vues dans les constitutions et les l\u00e9gislations \u00e9lectorales de nombreux \u00c9tats membres du Conseil de l\u2019Europe d\u00e9montre la diversit\u00e9 des choix possibles en la mati\u00e8re. Aux fins de l\u2019application de l\u2019article 3, toute loi \u00e9lectorale doit donc toujours s\u2019appr\u00e9cier \u00e0 la lumi\u00e8re de l\u2019\u00e9volution politique du pays concern\u00e9 (&#8230;)\u00a0\u00bb<\/p>\n<p>157. De m\u00eame, dans Podkolzina[, pr\u00e9cit\u00e9], \u00a7\u00a033, la Cour a observ\u00e9 qu\u2019aux fins de l\u2019application de l\u2019article\u00a03 toute loi \u00e9lectorale doit toujours s\u2019appr\u00e9cier \u00e0 la lumi\u00e8re de l\u2019\u00e9volution politique du pays, de sorte que des d\u00e9tails inacceptables dans le cadre d\u2019un syst\u00e8me d\u00e9termin\u00e9 peuvent se justifier dans celui d\u2019un autre\u00a0; elle a toutefois soulign\u00e9 que cette marge de man\u0153uvre reconnue \u00e0 l\u2019\u00c9tat est limit\u00e9e par l\u2019obligation de respecter le principe fondamental de l\u2019article 3 du Protocole\u00a0no 1, \u00e0 savoir \u00ab\u00a0la libre expression de l\u2019opinion du peuple sur le choix du corps l\u00e9gislatif\u00a0\u00bb (voir aussi Mathieu-Mohin et Clerfayt, pr\u00e9cit\u00e9, \u00a7\u00a047, et Melnitchenko c. Ukraine, no 17707\/02, \u00a7 55, CEDH 2004-X).<\/p>\n<p>158. \u00c9valuant les limites de la latitude dont disposent les \u00c9tats, la Cour a relev\u00e9 dans l\u2019arr\u00eat Aziz [c. Chypre, no 69949\/01, \u00a7 28, CEDH 2004\u2011V])\u00a0:<\/p>\n<p>\u00ab\u00a0(&#8230;) [L]es \u00c9tats jouissent d\u2019une grande latitude pour d\u00e9terminer, dans leurs ordres constitutionnels respectifs, les r\u00e8gles r\u00e9gissant les \u00e9lections l\u00e9gislatives et la composition de leurs parlements, les crit\u00e8res pertinents en la mati\u00e8re variant en fonction des facteurs historiques et politiques propres \u00e0 chaque \u00c9tat. [La Cour] estime toutefois que ces r\u00e8gles ne peuvent avoir pour effet d\u2019interdire \u00e0 certaines personnes ou \u00e0 certains groupes de prendre part \u00e0 la vie politique du pays, notamment par la d\u00e9signation des membres du corps l\u00e9gislatif, droit garanti tant par la Convention que par les constitutions de tous les \u00c9tats contractants.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p>159. Appliquant ces principes, la Cour a jug\u00e9 dans l\u2019arr\u00eat \u017ddanoka (pr\u00e9cit\u00e9, \u00a7\u00a7\u00a0119\u2011135) que des consid\u00e9rations historiques peuvent justifier que l\u2019on restreigne des droits aux fins de prot\u00e9ger l\u2019int\u00e9grit\u00e9 du processus d\u00e9mocratique\u00a0; il s\u2019agissait en l\u2019occurrence d\u2019exclure les personnes qui avaient pris une part active \u00e0 des tentatives de renversement du r\u00e9gime d\u00e9mocratique nouvellement \u00e9tabli. La Cour a toutefois laiss\u00e9 entendre que pareilles restrictions ne pourraient gu\u00e8re se concilier avec la Convention si elles sont encore en application apr\u00e8s de longues ann\u00e9es, alors que la justification de leur application et les menaces qu\u2019elles tendaient \u00e0 \u00e9viter ne sont plus d\u2019actualit\u00e9. Par la suite, dans \u0100damsons [c. Lettonie, no 3669\/03, \u00a7\u00a7 123-128, 24 juin 2008]), la Cour a soulign\u00e9 qu\u2019avec le temps une restriction g\u00e9n\u00e9rale des droits \u00e9lectoraux devient plus difficile \u00e0 justifier et qu\u2019il est pr\u00e9f\u00e9rable de suivre une approche \u00ab\u00a0individualis\u00e9e\u00a0\u00bb permettant de tenir compte du risque que pose r\u00e9ellement un individu donn\u00e9.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p>La Cour a \u00e9galement pr\u00e9cis\u00e9 qu\u2019une fois jugul\u00e9e une menace directe pour la d\u00e9mocratie ou l\u2019ind\u00e9pendance, les mesures consistant \u00e0 identifier une menace cr\u00e9dible pour les int\u00e9r\u00eats de l\u2019\u00c9tat dans des circonstances particuli\u00e8res et sur la base d\u2019informations sp\u00e9cifiques sont pr\u00e9f\u00e9rables \u00e0 l\u2019application du principe g\u00e9n\u00e9ral que certaines cat\u00e9gories de personnes sont une menace pour la s\u00e9curit\u00e9 et l\u2019ind\u00e9pendance nationales.<\/p>\n<p>87. Concernant la limite temporelle des restrictions apport\u00e9es aux droits \u00e9lectoraux, la Cour a dit ce qui suit dans l\u2019arr\u00eat \u017ddanoka (pr\u00e9cit\u00e9)\u00a0:<\/p>\n<p>\u00ab\u00a0135. Il y a lieu de relever que, dans le m\u00eame arr\u00eat, la Cour constitutionnelle a observ\u00e9 que le Parlement letton devrait imposer une limite dans le temps \u00e0 la restriction litigieuse. Eu \u00e9gard \u00e0 cet avertissement, et m\u00eame si, \u00e0 ce jour, on ne saurait consid\u00e9rer que la Lettonie a exc\u00e9d\u00e9 son ample marge d\u2019appr\u00e9ciation au regard de l\u2019article 3 du Protocole no 1, il n\u2019en demeure pas moins que le Parlement letton se doit d\u2019assurer un suivi constant sur la restriction en cause, en vue d\u2019y mettre un terme \u00e0 bref d\u00e9lai. Cette conclusion se justifie d\u2019autant plus \u00e0 la lumi\u00e8re de la stabilit\u00e9 renforc\u00e9e dont jouit \u00e0 pr\u00e9sent la Lettonie, du fait notamment de son int\u00e9gration pleine et enti\u00e8re dans l\u2019ensemble europ\u00e9en (&#8230;). D\u00e8s lors, toute inaction du corps l\u00e9gislatif letton \u00e0 cet \u00e9gard pourrait amener la Cour \u00e0 revenir sur sa conclusion (voir, mutatis mutandis, Sheffield et Horsham c. Royaume-Uni, 30 juillet 1998, \u00a7 60, Recueil 1998-V\u00a0; voir \u00e9galement l\u2019arr\u00eat qui a suivi ces affaires, Christine Goodwin c. Royaume-Uni [GC], no\u00a028957\/95, \u00a7\u00a7\u00a071-93, CEDH 2002-VI).\u00a0\u00bb<\/p>\n<p>e) Les garanties proc\u00e9durales<\/p>\n<p>88. Pour pouvoir s\u2019assurer de la compatibilit\u00e9 d\u2019une atteinte avec les exigences de l\u2019article 3 du Protocole no 1, la Cour doit examiner dans le d\u00e9tail les proc\u00e9dures et d\u00e9cisions nationales pertinentes afin de d\u00e9terminer si requ\u00e9rant a b\u00e9n\u00e9fici\u00e9 de garanties suffisantes contre l\u2019arbitraire et si les d\u00e9cisions en question \u00e9taient suffisamment motiv\u00e9es (Abil c.\u00a0Azerba\u00efdjan, no\u00a016511\/06, \u00a7 34, 21 f\u00e9vrier 2012).<\/p>\n<p>89. Dans l\u2019arr\u00eat Mugemangango (pr\u00e9cit\u00e9), la Cour a mentionn\u00e9 l\u2019exigence d\u2019impartialit\u00e9 de l\u2019organe charg\u00e9 de trancher les litiges \u00e9lectoraux\u00a0:<\/p>\n<p>\u00ab\u00a096. La Cour rappelle que selon sa jurisprudence constante, les litiges \u00e9lectoraux n\u2019entrent pas dans le champ d\u2019application de l\u2019article\u00a06 de la Convention parce qu\u2019ils n\u2019ont trait ni \u00e0 une \u00ab\u00a0contestation sur un droit de caract\u00e8re civil\u00a0\u00bb ni \u00e0 \u00ab\u00a0une accusation en mati\u00e8re p\u00e9nale\u00a0\u00bb (Pierre-Bloch c.\u00a0France, 21 octobre 1997, \u00a7\u00a7 51 et 53-59, Recueil des arr\u00eats et d\u00e9cisions 1997\u2011VI, Cheminade c. France (d\u00e9c.), no 31599\/96, 26\u00a0janvier 1999, et Riza et autres [c. Bulgarie, nos 48555\/10 et 48377\/10, \u00a7 184, 13 octobre 2015]). Cela \u00e9tant, eu \u00e9gard au fait que l\u2019article 3 du Protocole no 1 vise \u00e0 consolider la confiance des citoyens dans le parlement en assurant la l\u00e9gitimit\u00e9 d\u00e9mocratique de ce dernier (&#8230;), la Cour estime qu\u2019il en r\u00e9sulte aussi certaines exigences quant \u00e0 l\u2019impartialit\u00e9 de l\u2019organe charg\u00e9 de trancher les litiges \u00e9lectoraux et \u00e0 l\u2019importance que peuvent rev\u00eatir les apparences \u00e0 cet \u00e9gard.<\/p>\n<p>97. Dans le cadre du droit \u00e0 des \u00e9lections libres garanti par l\u2019article 3 du Protocole no\u00a01, les garanties d\u2019impartialit\u00e9 requises visent \u00e0 assurer que la d\u00e9cision prise soit fond\u00e9e exclusivement sur des consid\u00e9rations factuelles et juridiques, et non pas politiques. En effet, l\u2019examen d\u2019une r\u00e9clamation relative au r\u00e9sultat des \u00e9lections ne doit pas devenir le th\u00e9\u00e2tre d\u2019un combat politique entre les partis (voir, mutatis mutandis, Parti travailliste g\u00e9orgien c. G\u00e9orgie, no 9103\/04, \u00a7 108, CEDH 2008).\u00a0\u00bb<\/p>\n<p><em>2. Pertinence de ces principes relativement aux faits \u00e0 l\u2019origine du pr\u00e9sent avis consultatif<\/em><\/p>\n<p>90. La Cour note que dans l\u2019arr\u00eat elle a conclu que, dans le cadre de l\u2019\u00e9valuation de la proportionnalit\u00e9 d\u2019une mesure g\u00e9n\u00e9rale restreignant l\u2019exercice des droits garantis par l\u2019article 3 du Protocole no\u00a01, il y a lieu d\u2019accorder un poids d\u00e9cisif \u00e0 l\u2019existence d\u2019une limite temporelle et d\u2019une possibilit\u00e9 de revoir la mesure en cause. Elle a ajout\u00e9 que la n\u00e9cessit\u00e9 d\u2019une telle possibilit\u00e9 est au demeurant li\u00e9e au fait qu\u2019il faut tenir compte lorsque l\u2019on proc\u00e8de \u00e0 cette \u00e9valuation du contexte historico-politique de l\u2019\u00c9tat concern\u00e9\u00a0: ce contexte \u00e9tant indubitablement amen\u00e9 \u00e0 \u00e9voluer, y compris d\u2019ailleurs quant \u00e0 la perception que les \u00e9lecteurs peuvent avoir des circonstances ayant conduit \u00e0 sa mise en \u0153uvre, une restriction g\u00e9n\u00e9rale peut avec le temps perdre la justification qu\u2019elle y trouvait initialement (Paksas, pr\u00e9cit\u00e9, \u00a7\u00a0109\u00a0; voir aussi \u017ddanoka, \u00a7\u00a0106, et Mugemangango, \u00a7\u00a073, tous deux pr\u00e9cit\u00e9s).<\/p>\n<p>91. La Cour observe \u00e9galement que sur le terrain de l\u2019article 3 du Protocole no 1 \u00e0 la Convention les \u00c9tats disposent d\u2019une ample marge d\u2019appr\u00e9ciation pour r\u00e9glementer les conditions d\u2019\u00e9ligibilit\u00e9. Ils jouissent, en particulier, d\u2019une grande latitude pour d\u00e9terminer, dans leurs ordres constitutionnels respectifs, les r\u00e8gles r\u00e9gissant le statut de parlementaire, les crit\u00e8res pertinents en la mati\u00e8re variant en fonction des facteurs historiques et politiques propres \u00e0 chaque \u00c9tat (Gitonas et autres, pr\u00e9cit\u00e9, \u00a7\u00a039). Cela \u00e9tant, ces r\u00e8gles ne peuvent avoir pour effet d\u2019interdire \u00e0 certaines personnes ou \u00e0 certains groupes de prendre part \u00e0 la vie politique du pays et au choix du corps l\u00e9gislatif (Aziz, pr\u00e9cit\u00e9, \u00a7\u00a028). Par ailleurs, m\u00eame si des consid\u00e9rations l\u00e9gitimes peuvent justifier de restreindre le droit pour une personne de se porter candidate \u00e0 des \u00e9lections, pareilles restrictions peuvent devenir incompatibles avec l\u2019article\u00a03 du Protocole no\u00a01 lorsqu\u2019elles sont impos\u00e9es longtemps apr\u00e8s que la menace pour la d\u00e9mocratie ayant justifi\u00e9 leur application initiale a cess\u00e9 d\u2019\u00eatre pertinente \u00e0 la lumi\u00e8re de la stabilit\u00e9 renforc\u00e9e dont jouit le pays concern\u00e9, par exemple du fait de son int\u00e9gration pleine et enti\u00e8re dans l\u2019ensemble europ\u00e9en (\u017ddanoka, pr\u00e9cit\u00e9, \u00a7\u00a0135). La Cour a \u00e9galement consid\u00e9r\u00e9 qu\u2019avec le temps une restriction g\u00e9n\u00e9rale des droits \u00e9lectoraux devient plus difficile \u00e0 justifier et qu\u2019il est pr\u00e9f\u00e9rable de suivre une approche individualis\u00e9e (\u0100damsons c.\u00a0Lettonie, no 3669\/03, \u00a7 125, 24\u00a0juin 2008, et T\u0103nase, pr\u00e9cit\u00e9, \u00a7\u00a0159). La marge d\u2019appr\u00e9ciation dont jouissent les \u00c9tats dans ce domaine n\u2019est ainsi pas illimit\u00e9e et il appartient \u00e0 la Cour de statuer en dernier ressort sur l\u2019observation des exigences de l\u2019article\u00a03 du Protocole no 1 (Gitonas et autres, pr\u00e9cit\u00e9, \u00a7\u00a039).<\/p>\n<p>92. Il en d\u00e9coule que la r\u00e9f\u00e9rence au poids d\u00e9cisif \u00e0 attacher \u00e0 l\u2019existence d\u2019une limite temporelle et d\u2019une possibilit\u00e9 de revoir la mesure en cause, \u00e9nonc\u00e9e dans l\u2019arr\u00eat Paksas (pr\u00e9cit\u00e9, \u00a7\u00a0109), ne doit pas n\u00e9cessairement \u00eatre entendue comme exigeant que ces deux \u00e9l\u00e9ments soient combin\u00e9s, ni comme pr\u00e9cisant si la limite temporelle applicable dans une affaire donn\u00e9e doit \u00eatre d\u00e9finie de mani\u00e8re abstraite ou au cas par cas. Ce qui importe, en d\u00e9finitive, c\u2019est que l\u2019interdiction en question reste proportionn\u00e9e, au sens de l\u2019arr\u00eat Paksas. On peut y parvenir gr\u00e2ce \u00e0 un cadre l\u00e9gislatif appropri\u00e9 ou \u00e0 un contr\u00f4le juridictionnel de la dur\u00e9e, de la nature et de l\u2019\u00e9tendue de l\u2019interdiction en question telle qu\u2019applicable \u00e0 la personne concern\u00e9e, r\u00e9alis\u00e9 sur la base de crit\u00e8res objectifs et tenant compte de la situation particuli\u00e8re de cette personne telle qu\u2019elle se pr\u00e9sente au moment du contr\u00f4le. La Cour observe dans ce contexte que la conclusion \u00e0 laquelle elle est parvenue dans l\u2019arr\u00eat Paksas, \u00e0 savoir qu\u2019une in\u00e9ligibilit\u00e9 permanente s\u2019analyse en une restriction disproportionn\u00e9e \u00e0 raison de son caract\u00e8re d\u00e9finitif et irr\u00e9versible, n\u2019implique pas en elle-m\u00eame que la d\u00e9cision de refuser \u00e0 une personne le droit de se porter candidate \u00e0 des \u00e9lections, au moment o\u00f9 elle est prise, s\u2019analysera n\u00e9cessairement en une restriction disproportionn\u00e9e. Pour le d\u00e9terminer, il faudra appr\u00e9cier le refus en question et les circonstances particuli\u00e8res de l\u2019esp\u00e8ce en se fondant sur des crit\u00e8res objectifs, notamment le comportement pass\u00e9 et pr\u00e9sent de la personne concern\u00e9e.<\/p>\n<p>93. Dans ces conditions, la Cour administrative supr\u00eame consid\u00e8re qu\u2019elle est appel\u00e9e \u00e0 se prononcer sur la question de savoir si la dur\u00e9e totale de l\u2019interdiction faite \u00e0 Mme\u00a0N.V. d\u2019exercer un mandat parlementaire a exc\u00e9d\u00e9 ce qui est acceptable au regard de l\u2019article 3 du Protocole no 1. \u00c0 cet \u00e9gard, la Cour pr\u00e9cise qu\u2019aux fins du Protocole no 16 son r\u00f4le se borne \u00e0 donner, \u00e0 la demande des plus hautes juridictions nationales, un avis sur la port\u00e9e et le contenu des dispositions de la Convention. Il ne lui appartient pas de prendre position sur le point de savoir si la juridiction interne est en mesure d\u2019appliquer la Convention dans une affaire pendante devant elle en tenant compte des normes constitutionnelles en vigueur, que toutes les juridictions internes sont tenues de respecter.<\/p>\n<p>94. \u00c0 cet \u00e9gard, et pour en venir aux crit\u00e8res pertinents pour trancher cette question, ils devraient, de l\u2019avis de la Cour, rev\u00eatir un caract\u00e8re objectif et permettre de prendre en compte de mani\u00e8re transparente les circonstances pertinentes li\u00e9es non seulement aux \u00e9v\u00e9nements qui ont conduit \u00e0 la destitution de la personne concern\u00e9e mais aussi, et avant tout, aux fonctions que cette personne entend exercer \u00e0 l\u2019avenir. En effet, l\u2019objectif principal poursuivi par l\u2019impeachment et l\u2019interdiction qui en r\u00e9sulte n\u2019est pas d\u2019infliger une autre sanction \u00e0 la personne concern\u00e9e, en plus, le cas \u00e9ch\u00e9ant, de la sanction p\u00e9nale, mais de prot\u00e9ger les institutions parlementaires. Les crit\u00e8res pertinents devraient donc \u00eatre essentiellement d\u00e9finis sous l\u2019angle des exigences du bon fonctionnement de l\u2019institution dont la personne entend devenir membre, et partant du syst\u00e8me constitutionnel et de la d\u00e9mocratie dans son ensemble dans l\u2019\u00c9tat concern\u00e9 (paragraphe 83 ci-dessus).<\/p>\n<p>95. Cela revient \u00e0 \u00e9valuer l\u2019incidence objective que l\u2019appartenance potentielle de cette personne \u00e0 l\u2019institution concern\u00e9e aurait sur le fonctionnement de cette derni\u00e8re, en tenant compte de consid\u00e9rations telles que le comportement pass\u00e9 et pr\u00e9sent de la personne destitu\u00e9e dans le cadre d\u2019une proc\u00e9dure d\u2019impeachment et la nature des actes qui ont abouti \u00e0 sa destitution, mais \u00e9galement \u2013 et surtout \u2013 de la stabilit\u00e9 institutionnelle et d\u00e9mocratique de l\u2019institution en question, de la nature des devoirs et responsabilit\u00e9s pesant sur cette derni\u00e8re, ainsi que de la probabilit\u00e9 que la personne destitu\u00e9e soit susceptible de perturber de mani\u00e8re significative le fonctionnement de cette institution, voire de la d\u00e9mocratie dans son ensemble dans l\u2019\u00c9tat concern\u00e9. Des aspects tels que la loyaut\u00e9 de cette personne \u00e0 l\u2019\u00c9tat, englobant son respect de la Constitution, des lois, des institutions et de l\u2019ind\u00e9pendance, peuvent \u00e9galement \u00eatre pertinents \u00e0 cet \u00e9gard (T\u0103nase, pr\u00e9cit\u00e9, \u00a7\u00a7\u00a0166 et 167). C\u2019est \u00e0 la lumi\u00e8re de tous ces aspects qu\u2019il conviendrait de d\u00e9terminer la dur\u00e9e appropri\u00e9e et proportionn\u00e9e de l\u2019in\u00e9ligibilit\u00e9 des personnes destitu\u00e9es dans le cadre d\u2019une proc\u00e9dure d\u2019impeachment \u00e0 toute fonction \u00e0 laquelle l\u2019interdiction en cause s\u2019applique.<\/p>\n<p>96. Enfin, la proc\u00e9dure qui aboutit \u00e0 une d\u00e9cision dans une affaire individuelle doit \u00eatre entour\u00e9e de garanties suffisantes pour assurer le respect de l\u2019\u00e9tat de droit et une protection contre l\u2019arbitraire. Celles-ci doivent inclure l\u2019exigence que cette proc\u00e9dure se d\u00e9roule devant un organe ind\u00e9pendant et que la personne concern\u00e9e puisse \u00eatre entendue par ce dernier et obtenir une d\u00e9cision motiv\u00e9e (voir, mutatis mutandis, Abil, pr\u00e9cit\u00e9, \u00a7\u00a034, et Mugemangango, pr\u00e9cit\u00e9, \u00a7\u00a096).<\/p>\n<p><strong>B. La premi\u00e8re question pos\u00e9e par la Cour administrative supr\u00eame<\/strong><\/p>\n<p>97. La premi\u00e8re question pos\u00e9e par la Cour administrative supr\u00eame est libell\u00e9e comme suit\u00a0:<\/p>\n<p>\u00ab\u00a01) Un \u00c9tat contractant outrepasse-t-il la marge d\u2019appr\u00e9ciation que lui conf\u00e8re l\u2019article 3 du Protocole no 1 \u00e0 la Convention s\u2019il ne garantit pas la compatibilit\u00e9 de son droit interne avec les obligations internationales qui d\u00e9coulent des dispositions de l\u2019article 3 du Protocole no 1 \u00e0 la Convention, et emp\u00eache en cons\u00e9quence une personne d\u00e9mise de ses fonctions de membre du Seimas dans le cadre d\u2019une proc\u00e9dure d\u2019impeachment d\u2019exercer l\u2019aspect \u00ab\u00a0passif\u00a0\u00bb de son droit \u00e0 des \u00e9lections pendant une p\u00e9riode de six ans\u00a0?<\/p>\n<p>Dans l\u2019affirmative, une telle situation pourrait-elle se justifier par la complexit\u00e9 des circonstances concr\u00e8tes, directement li\u00e9es \u00e0 la possibilit\u00e9 pour l\u2019organe l\u00e9gislatif de rendre les dispositions nationales de rang constitutionnel conformes aux obligations internationales pesant sur l\u2019\u00c9tat\u00a0?\u00bb<\/p>\n<p>98. Au vu de la r\u00e9ponse qu\u2019elle a apport\u00e9e \u00e0 la deuxi\u00e8me question pos\u00e9e par la Cour administrative supr\u00eame, la Cour comprend la premi\u00e8re question comme portant essentiellement sur le point de savoir si la Cour administrative supr\u00eame devrait prendre en compte les difficult\u00e9s rencontr\u00e9es par les autorit\u00e9s lituaniennes dans l\u2019ex\u00e9cution de l\u2019arr\u00eat rendu par la Cour dans l\u2019affaire Paksas.<\/p>\n<p>99. La Cour rappelle que l\u2019interdiction l\u00e9gale qui a emp\u00each\u00e9 Mme\u00a0N.V. de voir enregistr\u00e9e sa candidature aux \u00e9lections du Seimas est la cons\u00e9quence directe des dispositions constitutionnelles et l\u00e9gislatives lituaniennes relatives \u00e0 l\u2019impeachment, dont la Cour a conclu dans l\u2019arr\u00eat Paksas (pr\u00e9cit\u00e9, \u00a7\u00a7\u00a0109 et\u00a0110) qu\u2019elle \u00e9tait contraire \u00e0 l\u2019article 3 du Protocole no 1.<\/p>\n<p>100. La Cour prend note des r\u00e9cents d\u00e9veloppements au Seimas concernant le processus de modification de la Constitution. Le Seimas a, en effet, provisoirement adopt\u00e9, le 9 novembre 2021, une modification constitutionnelle tenant compte de l\u2019arr\u00eat rendu par la Cour dans l\u2019affaire Paksas. Cette modification a obtenu la majorit\u00e9 requise des deux tiers lors du premier vote qui s\u2019est tenu le 18 janvier 2022. Selon le Gouvernement, le deuxi\u00e8me vote sur ce projet de modification devrait \u00eatre programm\u00e9 au cours de la session de printemps du Seimas, qui a commenc\u00e9 le 10 mars 2022 (paragraphes 39 et 40 ci-dessus). Compte tenu de ces \u00e9l\u00e9ments, ainsi que des limites inh\u00e9rentes au syst\u00e8me d\u2019avis consultatif tel qu\u2019il est pr\u00e9vu par le Protocole no 16 \u00e0 la Convention lorsqu\u2019il s\u2019agit de questions relevant de l\u2019ex\u00e9cution des arr\u00eats de la Cour, celle-ci juge inappropri\u00e9 de r\u00e9pondre \u00e0 la premi\u00e8re question pos\u00e9e par la Cour administrative supr\u00eame.<\/p>\n<p><strong>PAR CES MOTIFS, LA COUR, \u00c0 L\u2019UNANIMIT\u00c9,<\/strong><\/p>\n<p>Rend l\u2019avis que voici\u00a0:<\/p>\n<p>Les crit\u00e8res pertinents pour trancher la question de savoir si l\u2019interdiction d\u2019exercer un mandat parlementaire prononc\u00e9e dans le cadre d\u2019une proc\u00e9dure d\u2019impeachment a exc\u00e9d\u00e9 ce qui est proportionn\u00e9 au regard de l\u2019article 3 du Protocole no 1 devraient rev\u00eatir un caract\u00e8re objectif et permettre de prendre en compte de mani\u00e8re transparente les circonstances pertinentes li\u00e9es non seulement aux \u00e9v\u00e9nements qui ont conduit \u00e0 la destitution de la personne concern\u00e9e mais aussi, et avant tout, aux fonctions que cette derni\u00e8re entend exercer \u00e0 l\u2019avenir. Ils devraient \u00eatre essentiellement d\u00e9finis sous l\u2019angle des exigences du bon fonctionnement de l\u2019institution dont la personne entend devenir membre, et partant du syst\u00e8me constitutionnel et de la d\u00e9mocratie dans son ensemble dans l\u2019\u00c9tat concern\u00e9.<\/p>\n<p>Fait en fran\u00e7ais et en anglais, puis communiqu\u00e9 par \u00e9crit le 8 avril 2022, en application de l\u2019article 94 \u00a7\u00a7 9 et 10 du r\u00e8glement de la Cour.<\/p>\n<p>Johan Callewaert \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0\u00a0 \u00a0Robert Spano<br \/>\nAdjoint \u00e0 la Greffi\u00e8re \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0\u00a0 Pr\u00e9sident<\/p>\n<p>___________<\/p>\n<p>[1] Dans l\u2019ordre juridique lituanien, les lois constitutionnelles, adopt\u00e9es au moyen d\u2019une proc\u00e9dure sp\u00e9ciale et \u00e0 la majorit\u00e9 qualifi\u00e9e, ont une force juridique sup\u00e9rieure \u00e0 celle des lois ordinaires, mais elles ne font pas partie de la Constitution.<\/p>\n<div class=\"social-share-buttons\"><a href=\"https:\/\/www.facebook.com\/sharer\/sharer.php?u=https:\/\/loisdumonde.com\/?p=1392\" target=\"_blank\" rel=\"noopener\">Facebook<\/a><a href=\"https:\/\/twitter.com\/intent\/tweet?url=https:\/\/loisdumonde.com\/?p=1392&text=Avis+consultatif+concernant+l%E2%80%99appr%C3%A9ciation+de+la+proportionnalit%C3%A9%2C+sous+l%E2%80%99angle+de+l%E2%80%99article+3+du+Protocole+n%C2%B0+1+%C3%A0+la+Convention%2C+d%E2%80%99une+interdiction+g%C3%A9n%C3%A9rale+pour+une+personne+de+se+porter+candidate+%C3%A0+une+%C3%A9lection+apr%C3%A8s+une+destitution+dans+le+cadre+d%E2%80%99une+proc%C3%A9dure+d%E2%80%99impeachment\" target=\"_blank\" rel=\"noopener\">Twitter<\/a><a 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