{"id":1369,"date":"2022-04-05T10:50:31","date_gmt":"2022-04-05T10:50:31","guid":{"rendered":"https:\/\/loisdumonde.com\/?p=1369"},"modified":"2022-04-05T10:50:31","modified_gmt":"2022-04-05T10:50:31","slug":"affaire-assemblee-chretienne-des-temoins-de-jehovah-danderlecht-et-autres-c-belgique-cour-europeenne-des-droits-de-lhomme-20165-20","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/loisdumonde.com\/?p=1369","title":{"rendered":"AFFAIRE ASSEMBL\u00c9E CHR\u00c9TIENNE DES T\u00c9MOINS DE J\u00c9HOVAH D\u2019ANDERLECHT ET AUTRES c. BELGIQUE (Cour europ\u00e9enne des droits de l\u2019homme) 20165\/20"},"content":{"rendered":"<p>La pr\u00e9sente affaire concerne la privation pour les requ\u00e9rantes, des congr\u00e9gations de T\u00e9moins de J\u00e9hovah, \u00e0 partir de l\u2019exercice d\u2019imposition 2018, du b\u00e9n\u00e9fice de l\u2019exon\u00e9ration du pr\u00e9compte immobilier portant sur les immeubles affect\u00e9s<!--more--> \u00e0 l\u2019exercice public de leur culte, \u00e0 d\u00e9faut de rencontrer\u00a0le nouveau crit\u00e8re l\u00e9galement pr\u00e9vu, \u00e0 savoir\u00a0l\u2019appartenance \u00e0 une \u00ab\u00a0religion reconnue\u00a0\u00bb. Les requ\u00e9rantes invoquent l\u2019article 9 combin\u00e9 avec l\u2019article 11 de la Convention, l\u2019article 1 du Protocole no 1 \u00e0 la Convention, ainsi que l\u2019article\u00a014 de la Convention combin\u00e9 avec les articles 9 et 11 de la Convention et avec l\u2019article 1 du Protocole no 1 \u00e0 la Convention.<\/p>\n<hr \/>\n<p style=\"text-align: center;\">TROISI\u00c8ME SECTION<br \/>\n<strong>AFFAIRE ASSEMBL\u00c9E CHR\u00c9TIENNE DES T\u00c9MOINS DE J\u00c9HOVAH D\u2019ANDERLECHT ET AUTRES c. BELGIQUE<\/strong><br \/>\n<em>(Requ\u00eate no 20165\/20)<\/em><br \/>\nARR\u00caT<\/p>\n<p>Art 14 (+ Art 9 et Art 1 P1) \u2022 Discrimination \u2022 Pas d\u2019exon\u00e9ration fiscale des immeubles affect\u00e9s \u00e0 l\u2019exercice public du culte non reconnu, le r\u00e9gime de reconnaissance manquant de garanties minimales d\u2019\u00e9quit\u00e9 et d\u2019objectivit\u00e9 \u2022 Art 9 et Art\u00a01 P1 applicables \u2022 Imposition affectant consid\u00e9rablement le fonctionnement des communaut\u00e9s religieuses \u2022 Crit\u00e8res et proc\u00e9dure de reconnaissance par l\u2019autorit\u00e9 f\u00e9d\u00e9rale non pr\u00e9vus par un texte accessible et pr\u00e9visible \u2022 Risque d\u2019arbitraire \u2022 Diff\u00e9rence de traitement sans justification objective et raisonnable<\/p>\n<p style=\"text-align: center;\">STRASBOURG<br \/>\n5 avril 2022<\/p>\n<p>Cet arr\u00eat deviendra d\u00e9finitif dans les conditions d\u00e9finies \u00e0 l\u2019article 44 \u00a7 2 de la Convention. Il peut subir des retouches de forme.<\/p>\n<p><strong>En l\u2019affaire Assembl\u00e9e chr\u00e9tienne des T\u00e9moins de J\u00e9hovah d\u2019Anderlecht et autres c. Belgique,<\/strong><\/p>\n<p>La Cour europ\u00e9enne des droits de l\u2019homme (troisi\u00e8me section), si\u00e9geant en une Chambre compos\u00e9e de\u00a0:<\/p>\n<p>Georges Ravarani, pr\u00e9sident,<br \/>\nGeorgios A. Serghides,<br \/>\nMar\u00eda El\u00f3segui,<br \/>\nAnja Seibert-Fohr,<br \/>\nAndreas Z\u00fcnd,<br \/>\nFr\u00e9d\u00e9ric Krenc,<br \/>\nMikhail Lobov, juges,<br \/>\net de Olga Chernishova, greffi\u00e8re adjointe de section,<\/p>\n<p>Vu\u00a0:<\/p>\n<p>la requ\u00eate (no\u00a020165\/20) dirig\u00e9e contre le Royaume de Belgique et dont neuf associations de droit belge, l\u2019Assembl\u00e9e chr\u00e9tienne des T\u00e9moins de J\u00e9hovah d\u2019Anderlecht, l\u2019Assembl\u00e9e chr\u00e9tienne des T\u00e9moins de J\u00e9hovah de Molenbeek, l\u2019Assembl\u00e9e chr\u00e9tienne des T\u00e9moins de J\u00e9hovah d\u2019Auderghem, l\u2019Assembl\u00e9e chr\u00e9tienne des T\u00e9moins de J\u00e9hovah de Forest, l\u2019Assembl\u00e9e chr\u00e9tienne des T\u00e9moins de J\u00e9hovah de Koekelberg, l\u2019Assembl\u00e9e chr\u00e9tienne des T\u00e9moins de J\u00e9hovah de Saint-Josse, l\u2019Assembl\u00e9e chr\u00e9tienne des T\u00e9moins de J\u00e9hovah de Woluwe-Saint-Pierre-Tomberg, l\u2019Assembl\u00e9e chr\u00e9tienne des T\u00e9moins de J\u00e9hovah d\u2019Ixelles et l\u2019Assembl\u00e9e chr\u00e9tienne des T\u00e9moins de J\u00e9hovah d\u2019Uccle (\u00ab\u00a0les requ\u00e9rantes\u00a0\u00bb), ont saisi la Cour en vertu de l\u2019article\u00a034 de la Convention de sauvegarde des droits de l\u2019homme et des libert\u00e9s fondamentales (\u00ab\u00a0la Convention\u00a0\u00bb) le 14\u00a0mai 2020,<\/p>\n<p>la d\u00e9cision de porter \u00e0 la connaissance du gouvernement belge (\u00ab\u00a0le Gouvernement\u00a0\u00bb) les griefs concernant l\u2019article 9 combin\u00e9 avec l\u2019article\u00a011 de la Convention, l\u2019article 1 du Protocole no 1 \u00e0 la Convention, ainsi que l\u2019article 14 de la Convention combin\u00e9 avec les articles 9 et 11 de la Convention et avec l\u2019article 1 du Protocole no 1 \u00e0 la Convention,<\/p>\n<p>les observations des parties,<\/p>\n<p>Apr\u00e8s en avoir d\u00e9lib\u00e9r\u00e9 en chambre du conseil le 8 f\u00e9vrier 2022 et le 8\u00a0mars 2022,<\/p>\n<p>Rend l\u2019arr\u00eat que voici, adopt\u00e9 \u00e0 cette derni\u00e8re date\u00a0:<\/p>\n<p><strong>INTRODUCTION<\/strong><\/p>\n<p>1. La pr\u00e9sente affaire concerne la privation pour les requ\u00e9rantes, des congr\u00e9gations de T\u00e9moins de J\u00e9hovah, \u00e0 partir de l\u2019exercice d\u2019imposition 2018, du b\u00e9n\u00e9fice de l\u2019exon\u00e9ration du pr\u00e9compte immobilier portant sur les immeubles affect\u00e9s \u00e0 l\u2019exercice public de leur culte, \u00e0 d\u00e9faut de rencontrer\u00a0le nouveau crit\u00e8re l\u00e9galement pr\u00e9vu, \u00e0 savoir\u00a0l\u2019appartenance \u00e0 une \u00ab\u00a0religion reconnue\u00a0\u00bb.<\/p>\n<p>2. Les requ\u00e9rantes invoquent l\u2019article 9 combin\u00e9 avec l\u2019article 11 de la Convention, l\u2019article 1 du Protocole no 1 \u00e0 la Convention, ainsi que l\u2019article\u00a014 de la Convention combin\u00e9 avec les articles 9 et 11 de la Convention et avec l\u2019article 1 du Protocole no 1 \u00e0 la Convention.<\/p>\n<p><strong>EN FAIT<\/strong><\/p>\n<p>3. Les requ\u00e9rantes ont \u00e9t\u00e9 repr\u00e9sent\u00e9es par Me P. Muzny, avocat \u00e0 Thoune (Suisse).<\/p>\n<p>4. Le Gouvernement a \u00e9t\u00e9 repr\u00e9sent\u00e9 par son agente, Mme\u00a0I.\u00a0Niedlispacher, du service public f\u00e9d\u00e9ral de la Justice.<\/p>\n<p>5. Le 23 novembre 2017, le l\u00e9gislateur de la R\u00e9gion de Bruxelles\u2011Capitale adopta une ordonnance \u00ab\u00a0effectuant les adaptations l\u00e9gislatives en vue de la reprise du service du pr\u00e9compte immobilier par la R\u00e9gion de Bruxelles\u2011Capitale\u00a0\u00bb. Le texte de ladite ordonnance pr\u00e9voyait qu\u2019elle entrerait en vigueur \u00e0 partir de l\u2019exercice d\u2019imposition 2018. En son article\u00a012, cette ordonnance modifie le code des imp\u00f4ts sur les revenus en r\u00e9servant d\u00e9sormais aux seules \u00ab\u00a0religions reconnues\u00a0\u00bb l\u2019exon\u00e9ration du pr\u00e9compte immobilier en ce qui concerne les immeubles sis en R\u00e9gion de Bruxelles-Capitale affect\u00e9s \u00e0 l\u2019exercice public d\u2019un culte.<\/p>\n<p>6. Les requ\u00e9rantes, neuf congr\u00e9gations de T\u00e9moins de J\u00e9hovah, n\u2019appartenant pas \u00e0 une religion reconnue, ne b\u00e9n\u00e9ficient d\u00e8s lors plus de l\u2019exon\u00e9ration dont elles b\u00e9n\u00e9ficiaient jusqu\u2019alors sur le territoire de la R\u00e9gion de Bruxelles-Capitale.<\/p>\n<p>7. Le 6 juin 2018, les requ\u00e9rantes introduisirent un recours en annulation contre la disposition litigieuse de l\u2019ordonnance pr\u00e9cit\u00e9e devant la Cour constitutionnelle. Elles invoqu\u00e8rent la violation des articles 10 et 11 (principe d\u2019\u00e9galit\u00e9 et de non-discrimination), 19 (libert\u00e9 des cultes) et 172 (\u00e9galit\u00e9 devant l\u2019imp\u00f4t) de la Constitution combin\u00e9s avec les articles 9, 11 et 14 de la Convention et l\u2019article 1 du Protocole no 1 \u00e0 la Convention.<\/p>\n<p>8. Par un arr\u00eat du 14 novembre 2019 (no 178\/2019), la Cour constitutionnelle rejeta ce recours en annulation. La Cour constitutionnelle jugea que le crit\u00e8re de la reconnaissance du culte \u00e9tait objectif et pertinent pour r\u00e9pondre au but l\u00e9gitime de la lutte contre la fraude fiscale. Elle estima \u00e9galement que l\u2019impact financier subi par les requ\u00e9rantes n\u2019\u00e9tait pas tel qu\u2019il menacerait leur organisation interne, leur fonctionnement et leurs activit\u00e9s religieuses. Elle consid\u00e9ra que le crit\u00e8re de la reconnaissance du culte n\u2019\u00e9tait pas disproportionn\u00e9 d\u00e8s lors que les cultes non reconnus pouvaient solliciter la reconnaissance de leur culte. Pour le reste, elle souligna que la proc\u00e9dure de reconnaissance des cultes, critiqu\u00e9e par les parties requ\u00e9rantes, n\u2019\u00e9tait pas r\u00e9gie par la disposition attaqu\u00e9e devant elle, de sorte qu\u2019elle ne faisait pas l\u2019objet du pr\u00e9sent recours.<\/p>\n<p>9. D\u2019apr\u00e8s les informations qu\u2019elles ont fait parvenir \u00e0 la Cour, les requ\u00e9rantes ne se sont pas encore acquitt\u00e9es de l\u2019imp\u00f4t litigieux.<\/p>\n<p>LE CADRE JURIDIQUE ET LA PRATIQUE INTERNES PERTINENTS<\/p>\n<p><strong>I. La Constitution belge<\/strong><\/p>\n<p>10. L\u2019article 10 de la Constitution pr\u00e9voit l\u2019\u00e9galit\u00e9 des citoyens devant la loi. Son article 11 interdit toute forme de discrimination dans l\u2019exercice de leurs droits et libert\u00e9s. L\u2019article 19 de la Constitution garantit la libert\u00e9 des cultes et de leur exercice public. L\u2019article 172 de la Constitution pr\u00e9voit qu\u2019il ne peut \u00eatre \u00e9tabli de privil\u00e8ge en mati\u00e8re d\u2019imp\u00f4ts et que nulle exemption ou mod\u00e9ration d\u2019imp\u00f4t ne peut \u00eatre \u00e9tablie que par une loi. Enfin, l\u2019article 181 de la Constitution dispose que les traitements et pensions des ministres des cultes sont \u00e0 la charge de l\u2019\u00c9tat et que les sommes n\u00e9cessaires pour y faire face sont annuellement port\u00e9es au budget.<\/p>\n<p><strong>II. L\u2019\u00e9volution des conditions de l\u2019exon\u00e9ration du pr\u00e9compte immobilier en ce qui concerne les immeubles affect\u00e9s \u00e0 l\u2019exercice public d\u2019un culte en R\u00e9gion de Bruxelles-Capitale<\/strong><\/p>\n<p>11. La loi sp\u00e9ciale du 13 juillet 2001 portant refinancement des communaut\u00e9s et extension des comp\u00e9tences fiscales des r\u00e9gions a pr\u00e9vu la r\u00e9gionalisation du pr\u00e9compte immobilier. Le gouvernement de la R\u00e9gion de Bruxelles-Capitale a repris le service du pr\u00e9compte immobilier \u00e0 partir de l\u2019ann\u00e9e 2018. L\u2019ordonnance de la R\u00e9gion de Bruxelles-Capitale du 23\u00a0novembre 2017 \u00ab\u00a0effectuant les adaptations l\u00e9gislatives en vue de la reprise du service du pr\u00e9compte immobilier par la R\u00e9gion de Bruxelles\u2011Capitale\u00a0\u00bb\u00a0formalise cette reprise.<\/p>\n<p>12. Avant l\u2019entr\u00e9e en vigueur de l\u2019ordonnance pr\u00e9cit\u00e9e (paragraphe 13 ci\u2011dessous), l\u2019exon\u00e9ration du pr\u00e9compte immobilier, qui relevait de la comp\u00e9tence du l\u00e9gislateur f\u00e9d\u00e9ral, concernait les immeubles ou parties d\u2019immeubles \u00ab\u00a0affect\u00e9s sans but de lucre \u00e0 l\u2019exercice public d\u2019un culte, ou de l\u2019assistance morale la\u00efque \u00e0 l\u2019enseignement, \u00e0 l\u2019installation d\u2019h\u00f4pitaux, de cliniques, de dispensaires, de maisons de repos, de homes de vacances pour enfants ou personnes pensionn\u00e9es, ou d\u2019autres \u0153uvres analogues de bienfaisance\u00a0\u00bb, sans que ne soit exig\u00e9 que l\u2019exercice public du culte justifiant l\u2019octroi de l\u2019exon\u00e9ration se rapporte \u00e0 \u00ab\u00a0une religion reconnue\u00a0\u00bb (article 253 du Code des imp\u00f4ts sur les revenus).<\/p>\n<p>13. L\u2019article 12 de l\u2019ordonnance du 23 novembre 2017 pr\u00e9voit que l\u2019article 253 du Code des imp\u00f4ts sur les revenus est remplac\u00e9 par ce qui suit, en ce qui concerne les immeubles sis en R\u00e9gion de Bruxelles-Capitale :<\/p>\n<p>\u00ab \u00a7 1er. Les exon\u00e9rations pr\u00e9vues par les paragraphes 2 \u00e0 7 ne sont accord\u00e9es que si l\u2019occupant a affect\u00e9 sans but de lucre le bien immobilier ou la partie de bien immobilier en question (&#8230;)<\/p>\n<p>\u00a7 2. Sur demande du contribuable, est exon\u00e9r\u00e9 du pr\u00e9compte immobilier, le revenu cadastral des biens immobiliers ou des parties de biens immobiliers qui remplissent les conditions cumulatives suivantes : a) \u00eatre utilis\u00e9s exclusivement comme lieu o\u00f9 se pratique l\u2019exercice public d\u2019un culte d\u2019une religion reconnue ou de l\u2019assistance morale selon une conception philosophique non confessionnelle ; b) \u00eatre accessibles au public\u00a0; c) \u00eatre utilis\u00e9s fr\u00e9quemment pour des \u00e9v\u00e8nements de culte ou d\u2019assistance morale selon une conception philosophique non confessionnelle ; d) \u00eatre g\u00e9r\u00e9s par un \u00e9tablissement local, reconnu par l\u2019autorit\u00e9 comp\u00e9tente, charg\u00e9e de la gestion du temporel du culte, ou par un \u00e9tablissement d\u2019assistance morale du Conseil central la\u00efque.<\/p>\n<p>Ne sont pas vis\u00e9s par l\u2019exon\u00e9ration mentionn\u00e9e \u00e0 l\u2019alin\u00e9a pr\u00e9c\u00e9dent : a) les biens immobiliers ou parties de biens immobiliers utilis\u00e9s comme habitation, ou \u00e9quip\u00e9s pour une telle utilisation ; b) les salles de f\u00eate ou de r\u00e9union, \u00e0 moins que ne soit apport\u00e9e la preuve qu\u2019il s\u2019agit l\u00e0 du lieu principal d\u2019exercice public du culte ou de l\u2019assistance morale et que des \u00e9v\u00e8nements de culte ou d\u2019assistance morale s\u2019y tiennent en moyenne au moins trois fois par semaine.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p>14. Il ressort des travaux pr\u00e9paratoires de l\u2019ordonnance pr\u00e9cit\u00e9e que l\u2019insertion du crit\u00e8re de l\u2019appartenance \u00e0 un culte reconnu \u00e9tait justifi\u00e9e par la n\u00e9cessit\u00e9 de lutter contre les abus fiscaux et contre les cultes fictifs (Projet d\u2019ordonnance effectuant les adaptations l\u00e9gislatives en vue de la reprise du service du pr\u00e9compte immobilier par la R\u00e9gion de Bruxelles\u2011Capitale, expos\u00e9 des motifs, Doc. parl., Parlement bruxellois, sess. ord., 2016-2017, A-554\/1, p. 9).<\/p>\n<p>15. Par un avis du 19 juin 2017, la section de l\u00e9gislation du Conseil d\u2019Etat a attir\u00e9 l\u2019attention du l\u00e9gislateur bruxellois sur la n\u00e9cessit\u00e9 de justifier la diff\u00e9rence de traitement entre les cultes, selon qu\u2019ils sont ou non reconnus par la loi f\u00e9d\u00e9rale afin d\u2019\u00e9viter toute discrimination (Projet d\u2019ordonnance effectuant les adaptations l\u00e9gislatives en vue de la reprise du pr\u00e9compte immobilier par la R\u00e9gion de Bruxelles-Capitale, expos\u00e9 des motifs, Doc. parl., Parlement bruxellois, sess. ord., 2016-2017, A-554\/1, p. 28)\u00a0: \u00ab\u00a0En ce qui concerne l\u2019exon\u00e9ration de pr\u00e9compte immobilier pour les biens immobiliers affect\u00e9s \u00e0 l\u2019exercice d\u2019un culte, il convient, comme la section de l\u00e9gislation l\u2019a d\u00e9j\u00e0 observ\u00e9 pour d\u2019autres avantages accord\u00e9s au b\u00e9n\u00e9fice des seuls cultes reconnus, de justifier la diff\u00e9rence de traitement ainsi r\u00e9alis\u00e9e entre les cultes existant en Belgique, selon qu\u2019ils sont ou non reconnus par la loi f\u00e9d\u00e9rale, justification \u00e0 apporter au regard des articles 10 et 11 de la Constitution combin\u00e9s avec l\u2019article 19 de celle-ci, ainsi qu\u2019au regard de l\u2019article 14 de la Convention europ\u00e9enne des droits de l\u2019homme combin\u00e9 avec l\u2019article 9 du m\u00eame instrument.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p><strong>III. La proc\u00e9dure et les crit\u00e8res de reconnaissance des cultes en Belgique<\/strong><\/p>\n<p>16. La Belgique offre la possibilit\u00e9 aux cultes d\u2019introduire une demande de reconnaissance. Il s\u2019agit d\u2019une facult\u00e9 et non d\u2019une obligation. La reconnaissance des cultes est une comp\u00e9tence de l\u2019autorit\u00e9 f\u00e9d\u00e9rale. L\u2019une des principales cons\u00e9quences de la reconnaissance r\u00e9side, conform\u00e9ment \u00e0 l\u2019article 181 de la Constitution (paragraphe 10 ci-dessus), dans la prise en charge par l\u2019\u00c9tat des traitements et pensions des ministres des cultes reconnus et des d\u00e9l\u00e9gu\u00e9s de l\u2019organisation philosophique non confessionnelle reconnue.<\/p>\n<p>17. La proc\u00e9dure relative \u00e0 cette reconnaissance n\u2019est pas \u00e9tablie par une loi mais r\u00e9sulte d\u2019une pratique administrative. Il ressort des r\u00e9ponses donn\u00e9es par le ministre de la Justice \u00e0 plusieurs questions parlementaires que, pour pouvoir pr\u00e9tendre \u00e0 une reconnaissance, un culte doit\u00a0: \u00ab\u00a01) avoir suffisamment d\u2019adeptes (plusieurs dizaines de milliers)\u00a0; 2) \u00eatre structur\u00e9\u00a0; 3)\u00a0\u00eatre \u00e9tabli dans le pays depuis suffisamment longtemps (plusieurs d\u00e9cennies)\u00a0; 4) repr\u00e9senter un int\u00e9r\u00eat social\u00a0; 5) ne d\u00e9velopper aucune activit\u00e9 qui pourrait aller \u00e0 l\u2019encontre de l\u2019ordre social\u00a0\u00bb (voir Question no 631 de M.\u00a0Borginon du 4 juillet 1997, Q.R., Chambre, 1996-1997, p. 12970\u00a0; Question no 231 de M. Borginon du 21 juin 2000, Q.R., Chambre, p. 5122\u00a0; Question no\u00a0130 de M. Bex du 8 janvier 2004, Q.R., Chambre, p. 2843\u00a0; Question orale no 3-999 de Mme Nyssen du 6 f\u00e9vrier 2006, Q.R., Chambre, 2005-2006).<\/p>\n<p>18. La demande de reconnaissance doit \u00eatre introduite aupr\u00e8s du ministre de la Justice, qui statue sur la r\u00e9union des crit\u00e8res pr\u00e9cit\u00e9s. En cas de d\u00e9cision positive de sa part, le ministre peut d\u00e9poser un projet de loi portant reconnaissance devant la Chambre des repr\u00e9sentants, la reconnaissance du culte \u00e9tant une pr\u00e9rogative du l\u00e9gislateur.<\/p>\n<p>19. \u00c0 l\u2019heure actuelle, il existe six cultes reconnus en Belgique\u00a0: le culte catholique (loi du 18 Germinal an X (8 avril 1802)), le culte protestant (loi\u00a0du\u00a018 Germinal an X (8 avril 1802)), le culte isra\u00e9lite (d\u00e9cret du 17 mars 1808), le culte anglican (loi du 4 mars 1870), le culte musulman (loi du 19\u00a0juillet 1974) et le culte orthodoxe (loi du 17 avril 1985). La la\u00efcit\u00e9 organis\u00e9e a \u00e9galement \u00e9t\u00e9 reconnue par une loi du 21 juin 2002. En 2017, un dialogue interreligieux a \u00e9t\u00e9 mis en place entre l\u2019autorit\u00e9 f\u00e9d\u00e9rale et les organes repr\u00e9sentatifs des cultes reconnus et de l\u2019organisation philosophique non confessionnelle reconnue.<\/p>\n<p>20. Dans ses observations, le Gouvernement indique qu\u2019une demande de reconnaissance du bouddhisme a \u00e9t\u00e9 introduite le 20 mars 2006 par l\u2019Union bouddhique belge et qu\u2019une demande de reconnaissance de l\u2019hindouisme a \u00e9t\u00e9 introduite le 14 mars 2013 par le Forum hindou de Belgique. \u00c1 ce jour, il n\u2019a pas \u00e9t\u00e9 statu\u00e9 sur ces demandes de reconnaissance.<\/p>\n<p><strong>EN DROIT<\/strong><\/p>\n<p>I. OBSERVATIONS PR\u00c9LIMINAIRES<\/p>\n<p>21. Les requ\u00e9rantes all\u00e8guent une violation de l\u2019article 9 combin\u00e9 avec l\u2019article 11 de la Convention, de l\u2019article 1 du Protocole no 1 \u00e0 la Convention, ainsi que de l\u2019article 14 de la Convention combin\u00e9 avec les articles 9 et 11 de la Convention et avec l\u2019article 1 du Protocole no 1 \u00e0 la Convention.<\/p>\n<p>22. Les requ\u00e9rantes focalisant leurs critiques sur le nouveau crit\u00e8re r\u00e9servant d\u00e9sormais aux seules religions reconnues le b\u00e9n\u00e9fice de l\u2019exon\u00e9ration du pr\u00e9compte immobilier pour les immeubles affect\u00e9s \u00e0 l\u2019exercice public du culte, la Cour consid\u00e8re que la question pos\u00e9e par la pr\u00e9sente affaire est avant tout celle de l\u2019existence d\u2019une diff\u00e9rence de traitement entre les religions reconnues et les religions non reconnues. La Cour examinera d\u00e8s lors prioritairement le grief pris de la violation all\u00e9gu\u00e9e de l\u2019article 14 de la Convention combin\u00e9 avec les articles 9 et 11 de la Convention et avec l\u2019article 1 du Protocole no\u00a01 \u00e0 la Convention.<\/p>\n<p>II. SUR LA VIOLATION ALL\u00c9GU\u00c9E DE L\u2019ARTICLE 14 DE LA CONVENTION combin\u00c9 avec les articles 9 et 11 de la convention et AVEC l\u2019article 1 du protocole no 1<\/p>\n<p>23. Les requ\u00e9rantes s\u2019estiment victimes d\u2019une discrimination, en ce que par l\u2019application de la nouvelle l\u00e9gislation bruxelloise, l\u2019octroi du b\u00e9n\u00e9fice de l\u2019exon\u00e9ration du pr\u00e9compte immobilier se trouve d\u00e9sormais conditionn\u00e9 au fait d\u2019appartenir \u00e0 une \u00ab\u00a0religion reconnue\u00a0\u00bb. Elles invoquent l\u2019article 14 de la Convention combin\u00e9 avec les articles 9 et 11 de la Convention et avec l\u2019article 1 du Protocole no 1 \u00e0 la Convention.<\/p>\n<p>L\u2019article 14 de la Convention se lit comme suit\u00a0:<\/p>\n<p>\u00ab\u00a0La jouissance des droits et libert\u00e9s reconnus dans la (&#8230;) Convention doit \u00eatre assur\u00e9e, sans distinction aucune, fond\u00e9e notamment sur le sexe, la race, la couleur, la langue, la religion, les opinions politiques ou toutes autres opinions, l\u2019origine nationale ou sociale, l\u2019appartenance \u00e0 une minorit\u00e9 nationale, la fortune, la naissance ou toute autre situation.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p>L\u2019article 9 de la Convention se trouve ainsi libell\u00e9\u00a0:<\/p>\n<p>\u00ab\u00a01. Toute personne a droit \u00e0 la libert\u00e9 de pens\u00e9e, de conscience et de religion ; ce droit implique la libert\u00e9 de changer de religion ou de conviction, ainsi que la libert\u00e9 de manifester sa religion ou sa conviction individuellement ou collectivement, en public ou en priv\u00e9, par le culte, l\u2019enseignement, les pratiques et l\u2019accomplissement des rites.<\/p>\n<p>2. La libert\u00e9 de manifester sa religion ou ses convictions ne peut faire l\u2019objet d\u2019autres restrictions que celles qui, pr\u00e9vues par la loi, constituent des mesures n\u00e9cessaires, dans une soci\u00e9t\u00e9 d\u00e9mocratique, \u00e0 la s\u00e9curit\u00e9 publique, \u00e0 la protection de l\u2019ordre, de la sant\u00e9 ou de la morale publiques, ou \u00e0 la protection des droits et libert\u00e9s d\u2019autrui. \u00bb<\/p>\n<p>L\u2019article 11 de la Convention dispose que\u00a0:<\/p>\n<p>\u00ab\u00a01. Toute personne a droit \u00e0 la libert\u00e9 de r\u00e9union pacifique et \u00e0 la libert\u00e9 d\u2019association, y compris le droit de fonder avec d\u2019autres des syndicats et de s\u2019affilier \u00e0 des syndicats pour la d\u00e9fense de ses int\u00e9r\u00eats.<\/p>\n<p>2. L\u2019exercice de ces droits ne peut faire l\u2019objet d\u2019autres restrictions que celles qui, pr\u00e9vues par la loi, constituent des mesures n\u00e9cessaires, dans une soci\u00e9t\u00e9 d\u00e9mocratique, \u00e0 la s\u00e9curit\u00e9 nationale, \u00e0 la s\u00fbret\u00e9 publique, \u00e0 la d\u00e9fense de l\u2019ordre et \u00e0 la pr\u00e9vention du crime, \u00e0 la protection de la sant\u00e9 ou de la morale, ou \u00e0 la protection des droits et libert\u00e9s d\u2019autrui. Le pr\u00e9sent article n\u2019interdit pas que des restrictions l\u00e9gitimes soient impos\u00e9es \u00e0 l\u2019exercice de ces droits par les membres des forces arm\u00e9es, de la police ou de l\u2019administration de l\u2019\u00c9tat. \u00bb<\/p>\n<p>L\u2019article 1 du Protocole no 1 \u00e0 la Convention pr\u00e9voit quant \u00e0 lui que\u00a0:<\/p>\n<p>\u00ab 1. Toute personne physique ou morale a droit au respect de ses biens. Nul ne peut \u00eatre priv\u00e9 de sa propri\u00e9t\u00e9 que pour cause d\u2019utilit\u00e9 publique et dans les conditions pr\u00e9vues par la loi et les principes g\u00e9n\u00e9raux du droit international.<\/p>\n<p>2. Les dispositions pr\u00e9c\u00e9dentes ne portent pas atteinte au droit que poss\u00e8dent les \u00c9tats de mettre en vigueur les lois qu\u2019ils jugent n\u00e9cessaires pour r\u00e9glementer l\u2019usage des biens conform\u00e9ment \u00e0 l\u2019int\u00e9r\u00eat g\u00e9n\u00e9ral ou pour assurer le paiement des imp\u00f4ts ou d\u2019autres contributions ou des amendes. \u00bb<\/p>\n<p><strong>A. Sur la recevabilit\u00e9<\/strong><\/p>\n<p>24. La Cour constate que les requ\u00e9rantes n\u2019ont pas \u00e9tay\u00e9 leur grief tir\u00e9 de l\u2019article 14 combin\u00e9 avec l\u2019article 11 de la Convention. Il s\u2019ensuit que ce grief est manifestement mal fond\u00e9 et qu\u2019il doit \u00eatre rejet\u00e9, au sens de l\u2019article\u00a035\u00a0\u00a7\u00a03\u00a0a) de la Convention.<\/p>\n<p>25. Constatant au surplus que le grief tir\u00e9 de l\u2019article 14 de la Convention combin\u00e9 avec l\u2019article 9 de la Convention et avec l\u2019article 1 du Protocole no\u00a01 n\u2019est pas manifestement mal fond\u00e9 ni irrecevable pour un autre motif vis\u00e9 \u00e0 l\u2019article\u00a035 de la Convention, la Cour le d\u00e9clare recevable.<\/p>\n<p><strong>B. Sur le fond<\/strong><\/p>\n<p><em>1. Th\u00e8ses des parties<\/em><\/p>\n<p>26. Les requ\u00e9rantes font valoir qu\u2019elles ont \u00e9t\u00e9 victimes d\u2019une diff\u00e9rence de traitement injustifi\u00e9e par rapport aux religions reconnues, qui se trouvent dans une situation en tout point comparable \u00e0 la leur, et peuvent, quant \u00e0 elles, continuer \u00e0 b\u00e9n\u00e9ficier de l\u2019exon\u00e9ration du pr\u00e9compte immobilier. Elles remettent en cause l\u2019objectif de lutte contre la fraude fiscale avanc\u00e9 par le Gouvernement. Elles consid\u00e8rent que ce dernier n\u2019apporte pas la preuve de l\u2019existence d\u2019abus en la mati\u00e8re et qu\u2019il reste en d\u00e9faut d\u2019expliquer la raison pour laquelle les requ\u00e9rantes qui pratiquent un culte dont l\u2019authenticit\u00e9 n\u2019est pas remise en cause et qui n\u2019ont jamais commis ou \u00e9t\u00e9 suspect\u00e9es de fraude fiscale, devraient \u00eatre trait\u00e9es comme des cultes fictifs, alors m\u00eame qu\u2019elles b\u00e9n\u00e9ficient depuis plusieurs d\u00e9cennies de la confiance des autorit\u00e9s. Elles consid\u00e8rent que la possibilit\u00e9 avanc\u00e9e par le Gouvernement de demander et d\u2019obtenir le statut de religion reconnue est un processus politique, qui d\u00e9pend du pouvoir discr\u00e9tionnaire du ministre de la Justice et ensuite du Parlement. Elles all\u00e8guent que le processus de reconnaissance du culte organis\u00e9 au niveau f\u00e9d\u00e9ral pr\u00e9sente des d\u00e9ficiences qui affectent tant les crit\u00e8res de reconnaissance que la proc\u00e9dure de reconnaissance et qui le rendent arbitraire. Elles consid\u00e8rent que le fait que les cultes bouddhiste et hindouiste ne sont toujours pas reconnus en d\u00e9pit de l\u2019introduction de demandes par l\u2019Union bouddhique belge en 2006 et par le Forum hindou de Belgique en 2013 illustre l\u2019inefficience de la proc\u00e9dure de reconnaissance. Elles font encore valoir qu\u2019il ne s\u2019est jamais agi pour les autorit\u00e9s fiscales de contr\u00f4ler l\u2019authenticit\u00e9 du culte en tant que telle, mais de v\u00e9rifier si un b\u00e2timent est bien utilis\u00e9 pour l\u2019exercice d\u2019un culte et que d\u00e8s lors le crit\u00e8re de la reconnaissance du culte ne permet pas de faciliter l\u2019exercice du contr\u00f4le sur la r\u00e9alit\u00e9 de la pratique du culte dans les b\u00e2timents exon\u00e9r\u00e9s. Elles remettent en cause la n\u00e9cessit\u00e9 de limiter l\u2019exon\u00e9ration du pr\u00e9compte immobilier aux seules religions reconnues d\u00e8s lors que cette limitation ne concerne que les immeubles sis en R\u00e9gion de Bruxelles-Capitale, au contraire des immeubles situ\u00e9s en R\u00e9gion flamande et en R\u00e9gion wallonne. Enfin, elles soulignent, \u00e0 l\u2019appui de documents comptables, que le montant du pr\u00e9compte immobilier constitue une part substantielle des frais annuels de fonctionnement li\u00e9s aux immeubles qu\u2019elles affectent \u00e0 l\u2019exercice public de leur culte.<\/p>\n<p>27. Le Gouvernement reconna\u00eet l\u2019existence d\u2019une diff\u00e9rence de traitement. Il affirme cependant que cette diff\u00e9rence de traitement repose sur une justification raisonnable et objective, poursuit un but l\u00e9gitime et qu\u2019il existe un rapport raisonnable et proportionn\u00e9 entre le but et les moyens utilis\u00e9s. En particulier, le Gouvernement souligne que l\u2019objectif du l\u00e9gislateur bruxellois \u00e9tait de lutter contre la fraude fiscale et d\u2019\u00e9viter que l\u2019exon\u00e9ration ne soit accord\u00e9e \u00e0 des b\u00e2timents affect\u00e9s \u00e0 l\u2019exercice d\u2019un culte qui, en pratique, n\u2019en est pas un et avec pour seul objectif de permettre l\u2019exon\u00e9ration du b\u00e2timent. Il consid\u00e8re que le crit\u00e8re de la reconnaissance du culte au niveau f\u00e9d\u00e9ral est un crit\u00e8re objectif qui permet d\u2019\u00e9viter de laisser aux autorit\u00e9s fiscales d\u2019appr\u00e9cier l\u2019authenticit\u00e9 du culte. Le Gouvernement pr\u00e9cise \u00e0 cet \u00e9gard que tout culte peut demander \u00e0 \u00eatre reconnu et que les requ\u00e9rantes sont libres de solliciter une reconnaissance officielle et d\u2019ainsi b\u00e9n\u00e9ficier de l\u2019exon\u00e9ration. Il expose encore que l\u2019exon\u00e9ration est appliqu\u00e9e de mani\u00e8re neutre \u00e0 tous les groupes satisfaisant aux crit\u00e8res objectifs \u00e9tablis par le l\u00e9gislateur fiscal bruxellois. Enfin, il souligne que le pr\u00e9compte immobilier ne repr\u00e9sente que 1,25 % du revenu cadastral major\u00e9 des centimes additionnels communaux et des centimes additionnels en faveur de l\u2019agglom\u00e9ration bruxelloise.<\/p>\n<p><em>2. Principes g\u00e9n\u00e9raux<\/em><\/p>\n<p>28. La Cour rappelle que l\u2019article 14 de la Convention compl\u00e8te les autres dispositions normatives de la Convention et de ses Protocoles. Il n\u2019a pas d\u2019existence ind\u00e9pendante, puisqu\u2019il vaut uniquement pour \u00ab la jouissance des droits et libert\u00e9s \u00bb qu\u2019elles garantissent. Certes, il peut entrer en jeu m\u00eame sans un manquement \u00e0 leurs exigences et, dans cette mesure, poss\u00e8de une port\u00e9e autonome, mais il ne saurait trouver \u00e0 s\u2019appliquer si les faits du litige ne tombent pas sous l\u2019empire de l\u2019une au moins desdites clauses (voir, parmi beaucoup d\u2019autres, Thlimmenos c. Gr\u00e8ce [GC], no\u00a034369\/97, \u00a7 40, CEDH 2000\u2011IV, et \u0130zzettin Do\u011fan et autres c. Turquie [GC], no 62649\/10, \u00a7 155, 26\u00a0avril 2016).<\/p>\n<p>29. Selon la jurisprudence constante de la Cour, pour qu\u2019une question se pose au regard de l\u2019article 14, il doit y avoir une diff\u00e9rence dans le traitement de personnes plac\u00e9es dans des situations comparables. Une telle diff\u00e9rence est discriminatoire si elle ne repose pas sur une justification objective et raisonnable, c\u2019est-\u00e0-dire si elle ne poursuit pas un but l\u00e9gitime ou s\u2019il n\u2019y a pas un rapport raisonnable de proportionnalit\u00e9 entre les moyens employ\u00e9s et le but vis\u00e9. Les \u00c9tats contractants jouissent d\u2019une certaine marge d\u2019appr\u00e9ciation pour d\u00e9terminer si et dans quelle mesure des diff\u00e9rences entre des situations \u00e0 d\u2019autres \u00e9gards analogues justifient des distinctions de traitement (voir, parmi d\u2019autres, \u0130zzettin Do\u011fan et autres, pr\u00e9cit\u00e9, \u00a7 156).<\/p>\n<p>30. La \u00ab religion \u00bb est express\u00e9ment mentionn\u00e9e \u00e0 l\u2019article 14 parmi les motifs de discrimination interdits. La Cour rappelle \u00e0 cet \u00e9gard que dans une soci\u00e9t\u00e9 d\u00e9mocratique bas\u00e9e sur les principes du pluralisme et du respect de la diversit\u00e9 culturelle, toute diff\u00e9rence fond\u00e9e sur la religion ou la conviction doit \u00eatre justifi\u00e9e par des motifs imp\u00e9rieux (\u0130zzettin Do\u011fan et autres, pr\u00e9cit\u00e9, \u00a7 182).<\/p>\n<p>31. Dans sa relation avec les divers religions, cultes et croyances, l\u2019\u00e9tat se doit d\u2019\u00eatre neutre et impartial (Magyar Kereszt\u00e9ny Mennonita Egyh\u00e1z et autres c. Hongrie, nos 70945\/11 et 8 autres, \u00a7 76, CEDH 2014 (extraits)). Sauf dans des cas tr\u00e8s exceptionnels, le droit \u00e0 la libert\u00e9 de religion tel que l\u2019entend la Convention, exclut toute appr\u00e9ciation de la part de l\u2019\u00c9tat sur la l\u00e9gitimit\u00e9 des croyances religieuses ou sur les modalit\u00e9s d\u2019expression de celles-ci (Association Les T\u00e9moins de J\u00e9hovah c. France, no 8916\/05, \u00a7 48, 30 juin 2011).<\/p>\n<p>32. Par ailleurs, la Cour rappelle que l\u2019interdiction de la discrimination que consacre l\u2019article 14 d\u00e9passe la jouissance des droits et libert\u00e9s que la Convention et ses Protocoles imposent \u00e0 chaque \u00c9tat de garantir. Elle s\u2019applique \u00e9galement aux droits additionnels \u2013 pour autant qu\u2019ils rel\u00e8vent du champ d\u2019application g\u00e9n\u00e9ral de l\u2019un des articles de la Convention \u2013 que l\u2019\u00c9tat a volontairement d\u00e9cid\u00e9 de prot\u00e9ger (Paroisse gr\u00e9co-catholique Lupeni et autres c.\u00a0Roumanie [GC], no 76943\/11, \u00a7 162, 29 novembre 2016).<\/p>\n<p>33. Par cons\u00e9quent, si la libert\u00e9 de religion, telle qu\u2019elle est garantie par l\u2019article 9 de la Convention, n\u2019astreint pas les \u00c9tats contractants a\u0300 cr\u00e9er un cadre juridique d\u00e9termin\u00e9 pour accorder aux communaut\u00e9s religieuses un statut sp\u00e9cial impliquant des privil\u00e8ges particuliers, un \u00c9tat qui a cr\u00e9\u00e9 un tel statut doit cependant veiller \u00e0 ce que les crit\u00e8res fix\u00e9s pour b\u00e9n\u00e9ficier de ce statut ne soient pas discriminatoires (\u0130zzettin Do\u011fan et autres, pr\u00e9cit\u00e9, \u00a7\u00a0164, et Molla Sali c. Gr\u00e8ce [GC], no 20452\/14, \u00a7 155, 19 d\u00e9cembre 2018).<\/p>\n<p>34. Enfin, en ce qui concerne la charge de la preuve, la Cour consid\u00e8re que, quand un requ\u00e9rant a \u00e9tabli l\u2019existence d\u2019une diff\u00e9rence de traitement, il incombe au Gouvernement de d\u00e9montrer que cette diff\u00e9rence de traitement \u00e9tait justifi\u00e9e (D.H. et autres c. R\u00e9publique tch\u00e8que [GC], no\u00a057325\/00, \u00a7 177, CEDH 2007\u2011IV, et Molla Sali, pr\u00e9cit\u00e9, \u00a7 137).<\/p>\n<p><em>3. Application au cas d\u2019esp\u00e8ce<\/em><\/p>\n<p>35. Se tournant vers les circonstances de la cause, la Cour note qu\u2019\u00e0 partir de l\u2019exercice d\u2019imposition 2018, les requ\u00e9rantes, neuf congr\u00e9gations de T\u00e9moins de J\u00e9hovah, ont \u00e9t\u00e9 priv\u00e9es du b\u00e9n\u00e9fice de l\u2019exon\u00e9ration du pr\u00e9compte immobilier se rapportant aux immeubles qu\u2019elles poss\u00e8dent en R\u00e9gion de Bruxelles-Capitale et qu\u2019elles pr\u00e9tendent affecter \u00e0 l\u2019exercice public de leur culte.<\/p>\n<p>a) Quant \u00e0 l\u2019applicabilit\u00e9 de l\u2019article 14 de la Convention combin\u00e9 avec l\u2019article\u00a09 de la Convention et avec l\u2019article 1 du Protocole no 1 \u00e0 la Convention<\/p>\n<p>36. La Cour rappelle que si la libert\u00e9 de religion, telle qu\u2019elle est garantie par l\u2019article 9 de la Convention, rel\u00e8ve d\u2019abord du for int\u00e9rieur, elle implique de surcro\u00eet, notamment, celle de \u00ab manifester sa religion \u00bb individuellement et en priv\u00e9, ou de mani\u00e8re collective, en public et dans le cercle de ceux dont on partage la foi. L\u2019article 9 \u00e9num\u00e8re les diverses formes que peut prendre la manifestation d\u2019une religion ou d\u2019une conviction, \u00e0 savoir le culte, l\u2019enseignement, les pratiques et l\u2019accomplissement des rites (Association Les T\u00e9moins de J\u00e9hovah, pr\u00e9cit\u00e9, \u00a7\u00a048). En l\u2019occurrence, il n\u2019a pas \u00e9t\u00e9 contest\u00e9 par les parties que les immeubles des requ\u00e9rantes concern\u00e9s par l\u2019imposition litigieuse sont affect\u00e9s \u00e0 l\u2019exercice public d\u2019un culte.<\/p>\n<p>37. Par ailleurs, les associations requ\u00e9rantes soutiennent, sans \u00eatre contredites par le Gouvernement, que l\u2019imposition litigieuse repr\u00e9sente 23\u00a0% des dons qui leur sont vers\u00e9s et qui constituent, selon elles, leur source exclusive de financement. En outre, si cette imposition s\u2019\u00e9l\u00e8ve \u00e0 1,25 % du revenu cadastral major\u00e9 des centimes additionnels communaux et des centimes additionnels au profit de l\u2019agglom\u00e9ration bruxelloise, il ressort des documents comptables produits par les requ\u00e9rantes, qui ne sont pas davantage contest\u00e9s par le Gouvernement, que le montant d\u00fb au titre de cette imposition constitue, en r\u00e9alit\u00e9, une part cons\u00e9quente des frais annuels de fonctionnement li\u00e9s \u00e0 ces immeubles. En effet, le pr\u00e9compte immobilier d\u00fb par les requ\u00e9rantes repr\u00e9sente globalement entre 21,4 % (soit 41\u00a0984,23 euros pour l\u2019ensemble des requ\u00e9rantes) et 32 % (soit 42\u00a0830,25 euros pour l\u2019ensemble des requ\u00e9rantes) de ces frais suivant les ann\u00e9es concern\u00e9es. Dans cette mesure, il peut \u00eatre consid\u00e9r\u00e9 que cette imposition n\u2019est pas insignifiante et affecte consid\u00e9rablement le fonctionnement des requ\u00e9rantes en tant que communaut\u00e9s religieuses (voir Association Les T\u00e9moins de J\u00e9hovah, pr\u00e9cit\u00e9, \u00a7 53, qui statuait sur l\u2019existence d\u2019une \u00ab\u00a0ing\u00e9rence\u00a0\u00bb dans le droit garanti par l\u2019article 9 de la Convention).<\/p>\n<p>38. De surcro\u00eet, la Cour observe que les autorit\u00e9s nationales ont elles\u2011m\u00eames li\u00e9 l\u2019exon\u00e9ration de l\u2019imposition litigieuse \u00e0 l\u2019exercice public d\u2019un culte, consid\u00e9rant implicitement mais n\u00e9cessairement qu\u2019une telle exon\u00e9ration contribue \u00e0 un exercice effectif de la libert\u00e9 de religion au sens de l\u2019article 9 de la Convention. Les requ\u00e9rantes, qui b\u00e9n\u00e9ficiaient ant\u00e9rieurement de cette exon\u00e9ration, critiquent le fait que celle-ci se voit d\u00e9sormais subordonn\u00e9e, pour le seul territoire de la R\u00e9gion de Bruxelles\u2011Capitale, \u00e0 l\u2019exercice public d\u2019un culte d\u2019une religion reconnue.<\/p>\n<p>39. La Cour rappelle enfin que l\u2019interdiction de la discrimination que consacre l\u2019article 14 de la Convention d\u00e9passe la jouissance des droits et libert\u00e9s que la Convention et ses Protocoles imposent \u00e0 chaque \u00c9tat de garantir (paragraphe\u00a032 ci-dessus). Cette interdiction s\u2019applique \u00e9galement aux droits additionnels\u00a0\u2013 pour autant qu\u2019ils rel\u00e8vent du champ d\u2019application g\u00e9n\u00e9ral de l\u2019un des articles de la Convention \u2013 que l\u2019\u00c9tat a volontairement d\u00e9cid\u00e9 de prot\u00e9ger. Ce principe est profond\u00e9ment ancr\u00e9 dans la jurisprudence de la Cour (voir, parmi d\u2019autres, Affaire \u00ab relative \u00e0 certains aspects du r\u00e9gime linguistique de l\u2019enseignement en Belgique \u00bb (fond), 23\u00a0juillet 1968, pp.\u00a033\u201134, \u00a7 9, s\u00e9rie A no 6, et Stec et autres c.\u00a0Royaume-Uni (d\u00e9c.) [GC], nos\u00a065731\/01 et 65900\/01, \u00a7 40, CEDH 2005\u2011X). Si l\u2019\u00c9tat est all\u00e9 au-del\u00e0 de ses obligations et a cr\u00e9\u00e9 des droits suppl\u00e9mentaires qui rel\u00e8vent de la port\u00e9e plus large des droits garantis par la Convention dans leur ensemble, il ne peut, dans l\u2019application de ces droits, adopter de mesures discriminatoires au regard de l\u2019article\u00a014 (Cumhuriyet\u00e7i E\u011fitim ve K\u00fclt\u00fcr Merkezi Vakfi c.\u00a0Turquie, no\u00a032093\/10, \u00a7 48, 2\u00a0d\u00e9cembre 2014). Par cons\u00e9quent, lorsque les autorit\u00e9s nationales octroient des privil\u00e8ges fiscaux \u00e0 certaines communaut\u00e9s sans y \u00eatre n\u00e9cessairement tenues par l\u2019article 9 de la Convention, elles doivent \u00e9galement respecter l\u2019article 14 de la Convention.<\/p>\n<p>40. Aux yeux de la Cour, l\u2019ensemble des \u00e9l\u00e9ments qui pr\u00e9c\u00e8dent suffit \u00e0 consid\u00e9rer que les faits de l\u2019esp\u00e8ce tombent sous l\u2019empire de l\u2019article 9 de la Convention.<\/p>\n<p>41. Par ailleurs, dans la mesure o\u00f9 la diff\u00e9rence de traitement concern\u00e9e porte sur l\u2019octroi d\u2019une exon\u00e9ration fiscale, qui, le cas \u00e9ch\u00e9ant, pourrait permettre aux requ\u00e9rantes de se soustraire l\u00e9galement au paiement d\u2019un imp\u00f4t, elle tombe \u00e9galement sous l\u2019empire de l\u2019article 1 du Protocole no 1 \u00e0 la Convention (Jehovas Zeugen in \u00d6sterreich c. Autriche, no 27540\/05, \u00a7\u00a036, 25 septembre 2012, \u00a7 48, et Burden c. Royaume-Uni [GC], no\u00a013378\/05, \u00a7\u00a059, CEDH 2008).<\/p>\n<p>b) Quant \u00e0 l\u2019existence d\u2019une diff\u00e9rence de traitement<\/p>\n<p>42. La Cour observe que les parties s\u2019accordent sur l\u2019existence d\u2019une diff\u00e9rence de traitement entre les communaut\u00e9s religieuses qui, \u00e0 l\u2019instar des requ\u00e9rantes, se trouvent priv\u00e9es, \u00e0 d\u00e9faut de reconnaissance, du b\u00e9n\u00e9fice de l\u2019exon\u00e9ration du pr\u00e9compte immobilier en R\u00e9gion de Bruxelles-Capitale \u00e0 raison des immeubles affect\u00e9s \u00e0 l\u2019exercice public d\u2019un culte, et les autres communaut\u00e9s qui peuvent, quant \u00e0 elles, continuer \u00e0 en b\u00e9n\u00e9ficier d\u00e8s lors qu\u2019elles sont reconnues.<\/p>\n<p>43. Elle estime que, quant \u00e0 l\u2019imposition en cause, les requ\u00e9rantes se trouvent dans une situation comparable \u00e0 celle des communaut\u00e9s dont la religion est reconnue et dont les b\u00e2timents sont affect\u00e9s \u00e0 l\u2019exercice public d\u2019un culte. Il reste donc \u00e0 d\u00e9terminer si la diff\u00e9rence de traitement litigieuse repose sur une justification objective et raisonnable au regard de l\u2019article 14, ce qui suppose la poursuite d\u2019un but l\u00e9gitime et l\u2019existence d\u2019un rapport raisonnable de proportionnalit\u00e9 entre le moyen employ\u00e9 et le but vis\u00e9 (paragraphe 29 ci-dessus).<\/p>\n<p>c) Quant \u00e0 la poursuite d\u2019un but l\u00e9gitime<\/p>\n<p>44. La Cour note que par l\u2019adoption de la mesure litigieuse, le l\u00e9gislateur de la R\u00e9gion de Bruxelles-Capitale entendait lutter contre les abus tenant au b\u00e9n\u00e9fice de l\u2019exon\u00e9ration du pr\u00e9compte immobilier relativement \u00e0 des immeubles qui \u00e9taient, en r\u00e9alit\u00e9, affect\u00e9s \u00e0 des cultes dits \u00ab\u00a0fictifs\u00a0\u00bb (paragraphe 14 ci-dessus).<\/p>\n<p>45. La Cour observe qu\u2019aucun cas concret de fraude n\u2019a \u00e9t\u00e9 cit\u00e9 dans les travaux pr\u00e9paratoires pr\u00e9c\u00e9dant l\u2019adoption de l\u2019ordonnance de la R\u00e9gion de Bruxelles-Capitale du 23 novembre 2017. Le Gouvernement n\u2019en a pas davantage fait \u00e9tat devant elle. Par ailleurs, il ne ressort pas du dossier soumis devant la Cour que les requ\u00e9rantes auraient commis ou auraient \u00e9t\u00e9 suspect\u00e9es d\u2019avoir commis une quelconque fraude en b\u00e9n\u00e9ficiant ant\u00e9rieurement de l\u2019exon\u00e9ration fiscale relative au pr\u00e9compte immobilier aff\u00e9rent \u00e0 leurs lieux de culte. Cependant, la lutte contre la fraude fiscale constitue un but dont la l\u00e9gitimit\u00e9 ne saurait, en soi, \u00eatre remise en cause par la Cour.<\/p>\n<p>d) Quant \u00e0 l\u2019existence d\u2019un rapport raisonnable de proportionnalit\u00e9 entre le moyen utilis\u00e9 et le but vis\u00e9 au regard des garanties offertes dans le cadre de la proc\u00e9dure f\u00e9d\u00e9rale de reconnaissance des cultes<\/p>\n<p>46. La Cour consid\u00e8re qu\u2019en retenant la reconnaissance du culte comme crit\u00e8re de distinction pr\u00e9sidant \u00e0 l\u2019exon\u00e9ration du pr\u00e9compte immobilier, les autorit\u00e9s ont opt\u00e9 pour un crit\u00e8re qui rev\u00eat un caract\u00e8re objectif et qui peut s\u2019av\u00e9rer pertinent au regard du but poursuivi. En soi, le choix d\u2019un tel crit\u00e8re rel\u00e8ve de la marge d\u2019appr\u00e9ciation dont les autorit\u00e9s nationales disposent dans le domaine consid\u00e9r\u00e9. Il n\u2019entre pas dans les attributions de la Cour d\u2019indiquer le crit\u00e8re qui devrait \u00eatre adopt\u00e9 par les autorit\u00e9s nationales comp\u00e9tentes.<\/p>\n<p>47. S\u2019il est vrai que le crit\u00e8re de la reconnaissance est actuellement retenu par la seule R\u00e9gion de Bruxelles-Capitale, \u00e0 la diff\u00e9rence de la R\u00e9gion flamande et de la R\u00e9gion wallonne, il ne peut en \u00eatre inf\u00e9r\u00e9 une discrimination contraire \u00e0 l\u2019article 14 de la Convention. La Cour rappelle en effet qu\u2019elle a toujours respect\u00e9 les particularit\u00e9s du f\u00e9d\u00e9ralisme dans la mesure o\u00f9 celles-ci sont compatibles avec la Convention (Osmano\u011flu et Kocaba\u015f c. Suisse, no\u00a029086\/12, \u00a7 99, 10 janvier 2017, Affaire \u00ab relative \u00e0 certains aspects du r\u00e9gime linguistique de l\u2019enseignement en Belgique \u00bb, pr\u00e9cit\u00e9, \u00a7 10).<\/p>\n<p>48. En l\u2019occurrence, le Gouvernement soutient que les requ\u00e9rantes sont libres de solliciter une reconnaissance de leur culte au niveau f\u00e9d\u00e9ral pour continuer de b\u00e9n\u00e9ficier de l\u2019exon\u00e9ration litigieuse sur le territoire de la R\u00e9gion de Bruxelles-Capitale. Les requ\u00e9rantes objectent qu\u2019il serait totalement vain de solliciter pareille reconnaissance en raison des graves d\u00e9ficiences entourant la proc\u00e9dure de reconnaissance.<\/p>\n<p>49. \u00c1 cet \u00e9gard, la Cour note que si, par son arr\u00eat 178\/2019 du 14\u00a0novembre 2019, la Cour constitutionnelle a rejet\u00e9 le recours introduit par les requ\u00e9rantes contre la diff\u00e9rence de traitement litigieuse instaur\u00e9e par l\u2019ordonnance du 23 novembre 2017, la Cour constitutionnelle ne s\u2019est toutefois pas prononc\u00e9e sur les critiques des requ\u00e9rantes portant sur la proc\u00e9dure de reconnaissance des cultes d\u00e8s lors qu\u2019elle a estim\u00e9 que celle-ci n\u2019\u00e9tait pas r\u00e9gie par la disposition attaqu\u00e9e devant elle et qu\u2019elle \u00e9chappait par cons\u00e9quent \u00e0 son contr\u00f4le de constitutionnalit\u00e9 (paragraphe 8 ci-dessus).<\/p>\n<p>50. De son c\u00f4t\u00e9, d\u00e8s lors que l\u2019exon\u00e9ration fiscale dont les requ\u00e9rantes sont d\u00e9sormais priv\u00e9es, repose enti\u00e8rement sur le crit\u00e8re de la reconnaissance du culte, la Cour se doit de v\u00e9rifier si le r\u00e9gime f\u00e9d\u00e9ral de la reconnaissance offre des garanties suffisantes contre des traitements discriminatoires contraires \u00e0 l\u2019article 14 de la Convention dans le b\u00e9n\u00e9fice de cette exon\u00e9ration.<\/p>\n<p>51. Sur ce point, la Cour ne peut que constater que ni les crit\u00e8res de reconnaissance, ni la proc\u00e9dure au terme de laquelle un culte peut \u00eatre reconnu par l\u2019autorit\u00e9 f\u00e9d\u00e9rale, ne sont pr\u00e9vus par un texte satisfaisant aux exigences d\u2019accessibilit\u00e9 et de pr\u00e9visibilit\u00e9, lesquelles sont inh\u00e9rentes \u00e0 la notion de pr\u00e9\u00e9minence du droit qui gouverne l\u2019ensemble des articles de la Convention (Kar\u00e1csony et autres c. Hongrie [GC], nos 42461\/13 et 44357\/13, \u00a7 156, 17 mai 2016).<\/p>\n<p>52. Ainsi, la Cour constate, d\u2019une part, que la reconnaissance d\u2019un culte proc\u00e8de de crit\u00e8res qui n\u2019ont \u00e9t\u00e9 identifi\u00e9s par le ministre de la Justice qu\u2019\u00e0 la faveur de questions parlementaires qui lui ont \u00e9t\u00e9 adress\u00e9es (paragraphe 17 ci-dessus). En outre, libell\u00e9s en des termes particuli\u00e8rement vagues (ibid.), ils ne peuvent, \u00e0 l\u2019estime de la Cour, \u00eatre consid\u00e9r\u00e9s comme offrant un degr\u00e9 suffisant de s\u00e9curit\u00e9 juridique. La Cour rappelle que le principe de s\u00e9curit\u00e9 juridique est implicite dans l\u2019ensemble des articles de la Convention (Gu\u00f0mundur Andri \u00c1str\u00e1\u00f0sson c. Islande [GC], no 26374\/18, \u00a7 238, 1er\u00a0d\u00e9cembre 2020).<\/p>\n<p>53. La Cour rel\u00e8ve, d\u2019autre part, que la proc\u00e9dure relative \u00e0 la reconnaissance des cultes n\u2019est pas davantage encadr\u00e9e par un texte, qu\u2019il soit l\u00e9gislatif ou m\u00eame r\u00e9glementaire. Il en r\u00e9sulte notamment que l\u2019examen d\u2019une demande de reconnaissance ne s\u2019accompagne d\u2019aucune garantie, tant en ce qui concerne l\u2019adoption m\u00eame de la d\u00e9cision statuant sur pareille demande qu\u2019en ce qui concerne le processus pr\u00e9c\u00e9dant cette d\u00e9cision et le recours qui pourrait, le cas \u00e9ch\u00e9ant, \u00eatre exerc\u00e9 ult\u00e9rieurement contre celle\u2011ci. La Cour observe notamment, \u00e0 la suite des requ\u00e9rantes, qu\u2019aucun d\u00e9lai ne r\u00e9git cette proc\u00e9dure de reconnaissance. Elle note \u00e0 cet \u00e9gard, sur la base des observations du Gouvernement, qu\u2019aucune d\u00e9cision n\u2019a \u00e9t\u00e9 prise \u00e0 ce jour concernant les demandes de reconnaissance introduites par l\u2019Union bouddhique belge et par le Forum hindou de Belgique, respectivement en 2006 et en 2013 (paragraphe 20 ci-dessus).<\/p>\n<p>54. Enfin, la Cour rel\u00e8ve que l\u2019octroi de la reconnaissance est subordonn\u00e9 \u00e0 la seule initiative du ministre de la Justice et d\u00e9pend ensuite de la volont\u00e9 purement discr\u00e9tionnaire du l\u00e9gislateur. Or, pareil r\u00e9gime comprend intrins\u00e8quement un risque d\u2019arbitraire et on ne pourrait raisonnablement attendre de communaut\u00e9s religieuses qu\u2019en vue de b\u00e9n\u00e9ficier de l\u2019exon\u00e9ration fiscale litigieuse, elles se soumettent \u00e0 un processus qui ne repose pas sur des garanties minimales d\u2019\u00e9quit\u00e9, ni ne garantit une appr\u00e9ciation objective de leur demande (comparer Magyar Kereszt\u00e9ny Mennonita Egyh\u00e1z et autres, pr\u00e9cit\u00e9, \u00a7\u00a7 102-103).<\/p>\n<p>55. En conclusion, d\u00e8s lors que l\u2019exon\u00e9ration fiscale litigieuse est subordonn\u00e9e \u00e0 une reconnaissance pr\u00e9alable dont le r\u00e9gime n\u2019offre pas de garanties suffisantes contre des traitements discriminatoires, la diff\u00e9rence de traitement dont les requ\u00e9rantes font l\u2019objet manque de justification objective et raisonnable.<\/p>\n<p>56. Partant, il y a eu violation de l\u2019article 14 de la Convention, combin\u00e9 avec l\u2019article 9 de la Convention et avec l\u2019article 1 du Protocole no 1 \u00e0 la Convention.<\/p>\n<p><strong>III. Sur les autres violations all\u00e9gu\u00e9es<\/strong><\/p>\n<p>57. Eu \u00e9gard \u00e0 la conclusion \u00e0 laquelle elle est parvenue sous l\u2019angle de l\u2019article 14 de la Convention combin\u00e9 avec l\u2019article 9 de la Convention et avec l\u2019article 1 du Protocole no 1 \u00e0 la Convention (paragraphe 56 ci-dessus), la Cour consid\u00e8re qu\u2019il n\u2019est pas n\u00e9cessaire d\u2019examiner s\u00e9par\u00e9ment s\u2019il y a eu violation de ces deux derni\u00e8res dispositions prises isol\u00e9ment (Ponomaryovi c. Bulgarie, no 5335\/05, \u00a7 64, CEDH 2011 ; voir \u00e9galement Cumhuriyet\u00e7i E\u011fitim ve K\u00fclt\u00fcr Merkezi Vakfi, pr\u00e9cit\u00e9, \u00a7 54).<\/p>\n<p><strong>IV. SUR L\u2019APPLICATION DE L\u2019ARTICLE\u00a041 DE LA CONVENTION<\/strong><\/p>\n<p>58. Aux termes de l\u2019article 41 de la Convention\u00a0:<\/p>\n<p>\u00ab\u00a0Si la Cour d\u00e9clare qu\u2019il y a eu violation de la Convention ou de ses Protocoles, et si le droit interne de la Haute Partie contractante ne permet d\u2019effacer qu\u2019imparfaitement les cons\u00e9quences de cette violation, la Cour accorde \u00e0 la partie l\u00e9s\u00e9e, s\u2019il y a lieu, une satisfaction \u00e9quitable.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p><strong>A. Dommage<\/strong><\/p>\n<p>59. Les requ\u00e9rantes indiquent n\u2019avoir, \u00e0 ce jour, subi aucun dommage mat\u00e9riel dans la mesure o\u00f9, d\u2019apr\u00e8s les informations qu\u2019elles ont soumises \u00e0 la Cour, elles ne se sont pas encore acquitt\u00e9es de l\u2019imp\u00f4t litigieux. Elles demandent chacune 1\u00a0000\u00a0euros (EUR) au titre du dommage moral qu\u2019elles estiment avoir subi.<\/p>\n<p>60. Le Gouvernement ne formule pas d\u2019observations au sujet de cette demande.<\/p>\n<p>61. La Cour consid\u00e8re, compte tenu des circonstances de la cause, que le constat de violation de l\u2019article 14, combin\u00e9 avec l\u2019article 9 et avec l\u2019article\u00a01 du Protocole no 1 \u00e0 la Convention constitue une satisfaction \u00e9quitable suffisante \u00e0 cet \u00e9gard. Elle n\u2019accorde donc aucune somme \u00e0 ce titre.<\/p>\n<p><strong>B. Frais et d\u00e9pens<\/strong><\/p>\n<p>62. Les requ\u00e9rantes r\u00e9clament au total 5 000 EUR au titre des frais et d\u00e9pens qu\u2019elles ont engag\u00e9s dans le cadre de la proc\u00e9dure men\u00e9e devant la Cour.<\/p>\n<p>63. Le Gouvernement ne formule pas d\u2019observations.<\/p>\n<p>64. Selon la jurisprudence de la Cour, un requ\u00e9rant ne peut obtenir le remboursement de ses frais et d\u00e9pens que dans la mesure o\u00f9 se trouvent \u00e9tablis leur r\u00e9alit\u00e9, leur n\u00e9cessit\u00e9 et le caract\u00e8re raisonnable de leur taux. En l\u2019esp\u00e8ce, compte tenu des documents en sa possession et des crit\u00e8res susmentionn\u00e9s, la Cour juge raisonnable d\u2019allouer aux requ\u00e9rantes la somme totale de 5 000 EUR pour la proc\u00e9dure men\u00e9e devant elle, plus tout montant pouvant \u00eatre d\u00fb par elles sur cette somme \u00e0 titre d\u2019imp\u00f4t.<\/p>\n<p><strong>C. Int\u00e9r\u00eats moratoires<\/strong><\/p>\n<p>65. La Cour juge appropri\u00e9 de calquer le taux des int\u00e9r\u00eats moratoires sur le taux d\u2019int\u00e9r\u00eat de la facilit\u00e9 de pr\u00eat marginal de la Banque centrale europ\u00e9enne major\u00e9 de trois points de pourcentage.<\/p>\n<p><strong>PAR CES MOTIFS, LA COUR,<\/strong><\/p>\n<p>1. D\u00e9clare, \u00e0 l\u2019unanimit\u00e9, recevable le grief tir\u00e9\u00a0de l\u2019article 14 combin\u00e9 avec l\u2019article 9 de la Convention et avec l\u2019article 1 du Protocole no 1 \u00e0 la Convention et d\u00e9clare irrecevable le grief tir\u00e9 de l\u2019article 14 combin\u00e9 avec l\u2019article 11 de la Convention ;<\/p>\n<p>2. Dit, \u00e0 l\u2019unanimit\u00e9, qu\u2019il y a eu violation de l\u2019article 14 combin\u00e9 avec l\u2019article 9 de la Convention et avec l\u2019article 1 du Protocole no 1 \u00e0 la Convention\u00a0;<\/p>\n<p>3. Dit, \u00e0 l\u2019unanimit\u00e9, qu\u2019il n\u2019y a pas lieu d\u2019examiner s\u00e9par\u00e9ment les griefs tir\u00e9s\u00a0de l\u2019article 9 de la Convention et de l\u2019article 1 du Protocole no 1 \u00e0 la Convention\u00a0;<\/p>\n<p>4. Dit, par six voix contre une, que le constat de violation constitue en lui-m\u00eame une satisfaction \u00e9quitable suffisante pour le dommage moral subi par les requ\u00e9rantes ;<\/p>\n<p>5. Dit, \u00e0 l\u2019unanimit\u00e9,<\/p>\n<p>a) que l\u2019\u00c9tat d\u00e9fendeur doit verser aux neuf requ\u00e9rantes, dans un d\u00e9lai de trois mois \u00e0 compter de la date \u00e0 laquelle l\u2019arr\u00eat sera devenu d\u00e9finitif conform\u00e9ment \u00e0 l\u2019article\u00a044\u00a0\u00a7\u00a02 de la Convention, la somme totale de 5\u00a0000 EUR (cinq mille euros), plus tout montant pouvant \u00eatre d\u00fb sur cette somme par les requ\u00e9rantes \u00e0 titre d\u2019imp\u00f4t, pour frais et d\u00e9pens\u00a0;<\/p>\n<p>b) qu\u2019\u00e0 compter de l\u2019expiration dudit d\u00e9lai et jusqu\u2019au versement, ce montant sera \u00e0 majorer d\u2019un int\u00e9r\u00eat simple \u00e0 un taux \u00e9gal \u00e0 celui de la facilit\u00e9 de pr\u00eat marginal de la Banque centrale europ\u00e9enne applicable pendant cette p\u00e9riode, augment\u00e9 de trois points de pourcentage\u00a0;<\/p>\n<p>6. Rejette, \u00e0 l\u2019unanimit\u00e9, le surplus de la demande de satisfaction \u00e9quitable.<\/p>\n<p>Fait en fran\u00e7ais, puis communiqu\u00e9 par \u00e9crit le 5 avril 2022, en application de l\u2019article\u00a077\u00a0\u00a7\u00a7\u00a02 et\u00a03 du r\u00e8glement.<\/p>\n<p>Olga Chernishova \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0Georges Ravarani<br \/>\nGreffi\u00e8re adjointe \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 Pr\u00e9sident<\/p>\n<p>___________<\/p>\n<p>Au pr\u00e9sent arr\u00eat se trouve joint, conform\u00e9ment aux articles\u00a045 \u00a7\u00a02 de la Convention et\u00a074 \u00a7\u00a02 du r\u00e8glement, l\u2019expos\u00e9 de l\u2019opinion s\u00e9par\u00e9e du juge Serghides.<\/p>\n<p style=\"text-align: right;\">G.R.<br \/>\nO.C.<\/p>\n<p style=\"text-align: center;\"><strong>OPINION EN PARTIE dissidente DU JUGE Serghides<\/strong><\/p>\n<p style=\"text-align: center;\"><strong>(Traduction)<\/strong><\/p>\n<p>1. Le seul aspect de l\u2019arr\u00eat que je d\u00e9sapprouve concerne le point 4 du dispositif, o\u00f9 la Cour dit que le constat de violation, livr\u00e9 au point 2, constitue en lui-m\u00eame une satisfaction \u00e9quitable pour le dommage moral subi par les requ\u00e9rantes.<\/p>\n<p>2. \u00c0 mon avis, l\u2019article 41 de la Convention, tel qu\u2019il est libell\u00e9, ne saurait \u00eatre interpr\u00e9t\u00e9 comme signifiant que le constat d\u2019une violation d\u2019une disposition de la Convention peut en lui-m\u00eame repr\u00e9senter une \u00ab\u00a0satisfaction \u00e9quitable\u00a0\u00bb suffisante pour \u00ab\u00a0la partie l\u00e9s\u00e9e\u00a0\u00bb\u00a0: le premier \u00e9l\u00e9ment constitue une condition pr\u00e9alable au second et l\u2019on ne peut pas consid\u00e9rer que les deux sont \u00e9quivalents (voir, dans le m\u00eame sens, les paragraphes 5 \u00e0 9 de l\u2019opinion en partie dissidente commune aux juges Serghides et Felici jointe \u00e0 l\u2019arr\u00eat Grz\u0119da c. Pologne [GC] no\u00a043572\/18, 15\u00a0mars 2022, et le paragraphe 9 de l\u2019opinion en partie dissidente du juge Serghides jointe \u00e0 l\u2019arr\u00eat Abdi Ibrahim c. Norv\u00e8ge [GC], no\u00a015379\/16, 10\u00a0d\u00e9cembre 2021).<\/p>\n<p>3. Au demeurant, ind\u00e9pendamment de la justesse ou non de ma lecture de l\u2019article 41 telle qu\u2019expos\u00e9e ci-dessus, j\u2019aurais en tout \u00e9tat de cause accord\u00e9 une indemnit\u00e9 pour dommage moral aux requ\u00e9rantes, car j\u2019estime que, dans les circonstances particuli\u00e8res de l\u2019esp\u00e8ce, elles devaient recevoir une satisfaction \u00e9quitable \u00e0 ce titre.<\/p>\n<p>4. Ne pas allouer aux requ\u00e9rantes de somme pour le pr\u00e9judice moral que leur a caus\u00e9 la violation de leurs droits revient selon moi \u00e0 rendre illusoire et fictive la protection de ces droits (voir, dans le m\u00eame sens, les opinions vis\u00e9es au paragraphe 2 ci-dessus). Cela va \u00e0 l\u2019encontre de la jurisprudence de la Cour, qui dit que la protection des droits de l\u2019homme doit \u00eatre \u00e0 la fois concr\u00e8te et effective, et non th\u00e9orique et illusoire (Artico c. Italie, 13 mai 1980, \u00a7\u00a7 33 et 47-48, s\u00e9rie A no 37).<\/p>\n<p>5. Par cons\u00e9quent, j\u2019aurais accord\u00e9 aux requ\u00e9rantes une satisfaction \u00e9quitable pour dommage moral au titre de l\u2019article 41 de la Convention. Comme mon avis est minoritaire, je n\u2019ai toutefois pas \u00e0 d\u00e9terminer quel montant il aurait fallu leur allouer.<\/p>\n<div class=\"social-share-buttons\"><a href=\"https:\/\/www.facebook.com\/sharer\/sharer.php?u=https:\/\/loisdumonde.com\/?p=1369\" target=\"_blank\" rel=\"noopener\">Facebook<\/a><a href=\"https:\/\/twitter.com\/intent\/tweet?url=https:\/\/loisdumonde.com\/?p=1369&text=AFFAIRE+ASSEMBL%C3%89E+CHR%C3%89TIENNE+DES+T%C3%89MOINS+DE+J%C3%89HOVAH+D%E2%80%99ANDERLECHT+ET+AUTRES+c.+BELGIQUE+%28Cour+europ%C3%A9enne+des+droits+de+l%E2%80%99homme%29+20165%2F20\" target=\"_blank\" rel=\"noopener\">Twitter<\/a><a href=\"https:\/\/www.linkedin.com\/shareArticle?url=https:\/\/loisdumonde.com\/?p=1369&title=AFFAIRE+ASSEMBL%C3%89E+CHR%C3%89TIENNE+DES+T%C3%89MOINS+DE+J%C3%89HOVAH+D%E2%80%99ANDERLECHT+ET+AUTRES+c.+BELGIQUE+%28Cour+europ%C3%A9enne+des+droits+de+l%E2%80%99homme%29+20165%2F20\" target=\"_blank\" rel=\"noopener\">LinkedIn<\/a><a href=\"https:\/\/pinterest.com\/pin\/create\/button\/?url=https:\/\/loisdumonde.com\/?p=1369&description=AFFAIRE+ASSEMBL%C3%89E+CHR%C3%89TIENNE+DES+T%C3%89MOINS+DE+J%C3%89HOVAH+D%E2%80%99ANDERLECHT+ET+AUTRES+c.+BELGIQUE+%28Cour+europ%C3%A9enne+des+droits+de+l%E2%80%99homme%29+20165%2F20\" target=\"_blank\" rel=\"noopener\">Pinterest<\/a><\/div>","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>La pr\u00e9sente affaire concerne la privation pour les requ\u00e9rantes, des congr\u00e9gations de T\u00e9moins de J\u00e9hovah, \u00e0 partir de l\u2019exercice d\u2019imposition 2018, du b\u00e9n\u00e9fice de l\u2019exon\u00e9ration du pr\u00e9compte immobilier portant sur les immeubles affect\u00e9s FacebookTwitterLinkedInPinterest<\/p>\n<p class=\"more-link-p\"><a class=\"more-link\" href=\"https:\/\/loisdumonde.com\/?p=1369\">Read more &rarr;<\/a><\/p>\n","protected":false},"author":1,"featured_media":0,"comment_status":"open","ping_status":"open","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"_lmt_disableupdate":"","_lmt_disable":"","footnotes":""},"categories":[1],"tags":[],"class_list":["post-1369","post","type-post","status-publish","format-standard","hentry","category-cour-europeenne-des-droits-de-lhomme"],"modified_by":"loisdumonde","_links":{"self":[{"href":"https:\/\/loisdumonde.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/1369","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/loisdumonde.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/loisdumonde.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/loisdumonde.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/users\/1"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/loisdumonde.com\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcomments&post=1369"}],"version-history":[{"count":1,"href":"https:\/\/loisdumonde.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/1369\/revisions"}],"predecessor-version":[{"id":1370,"href":"https:\/\/loisdumonde.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/1369\/revisions\/1370"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/loisdumonde.com\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fmedia&parent=1369"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/loisdumonde.com\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcategories&post=1369"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/loisdumonde.com\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Ftags&post=1369"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}