{"id":1286,"date":"2022-03-01T19:40:19","date_gmt":"2022-03-01T19:40:19","guid":{"rendered":"https:\/\/loisdumonde.com\/?p=1286"},"modified":"2022-03-01T19:40:19","modified_gmt":"2022-03-01T19:40:19","slug":"affaire-imperialex-grup-s-r-l-c-republique-de-moldova-cour-europeenne-des-droits-de-lhomme-77546-12","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/loisdumonde.com\/?p=1286","title":{"rendered":"AFFAIRE IMPERIALEX GRUP S.R.L. c. R\u00c9PUBLIQUE DE MOLDOVA (Cour europ\u00e9enne des droits de l\u2019homme) 77546\/12"},"content":{"rendered":"<p>L\u2019affaire concerne la remise en cause d\u2019un jugement d\u00e9finitif, \u00e0 la suite d\u2019une demande en r\u00e9vision all\u00e9gu\u00e9e abusive.<!--more--><\/p>\n<hr \/>\n<p style=\"text-align: center;\">DEUXI\u00c8ME SECTION<br \/>\n<strong>AFFAIRE IMPERIALEX GRUP S.R.L. c. R\u00c9PUBLIQUE DE MOLDOVA<\/strong><br \/>\n<em>(Requ\u00eate no 77546\/12)<\/em><br \/>\nARR\u00caT<br \/>\nSTRASBOURG<br \/>\n1er mars 2022<\/p>\n<p>Cet arr\u00eat est d\u00e9finitif. Il peut subir des retouches de forme.<\/p>\n<p><strong>En l\u2019affaire Imperialex Grup S.R.L. c. R\u00e9publique de Moldova,<\/strong><\/p>\n<p>La Cour europ\u00e9enne des droits de l\u2019homme (deuxi\u00e8me section), si\u00e9geant en un comit\u00e9 compos\u00e9 de\u00a0:<br \/>\nEgidijus K\u016bris, pr\u00e9sident,<br \/>\nPauliine Koskelo,<br \/>\nGilberto Felici, juges,<br \/>\net de Hasan Bak\u0131rc\u0131, greffier adjoint de section,<\/p>\n<p>Vu\u00a0:<\/p>\n<p>la requ\u00eate (no\u00a077546\/12) dirig\u00e9e contre la R\u00e9publique de Moldova et dont une soci\u00e9t\u00e9 de droit moldave, Imperialex Grup S.R.L. (\u00ab\u00a0la soci\u00e9t\u00e9 requ\u00e9rante\u00a0\u00bb) a saisi la Cour en vertu de l\u2019article\u00a034 de la Convention de sauvegarde des droits de l\u2019homme et des libert\u00e9s fondamentales (\u00ab\u00a0la Convention\u00a0\u00bb) le 1er d\u00e9cembre 2012,<\/p>\n<p>la d\u00e9cision de porter la requ\u00eate \u00e0 la connaissance du gouvernement moldave (\u00ab\u00a0le Gouvernement\u00a0\u00bb),<\/p>\n<p>les observations des parties,<\/p>\n<p>Apr\u00e8s en avoir d\u00e9lib\u00e9r\u00e9 en chambre du conseil le 1er f\u00e9vrier 2022,<\/p>\n<p>Rend l\u2019arr\u00eat que voici, adopt\u00e9 \u00e0 cette date\u00a0:<\/p>\n<p><strong>INTRODUCTION<\/strong><\/p>\n<p>1. L\u2019affaire concerne la remise en cause d\u2019un jugement d\u00e9finitif, \u00e0 la suite d\u2019une demande en r\u00e9vision all\u00e9gu\u00e9e abusive.<\/p>\n<p><strong>EN FAIT<\/strong><\/p>\n<p>2. La soci\u00e9t\u00e9 requ\u00e9rante, Imperialex Grup S.R.L., est une soci\u00e9t\u00e9 \u00e0 responsabilit\u00e9 limit\u00e9e de droit moldave ayant son si\u00e8ge \u00e0 Codru. Elle a \u00e9t\u00e9 repr\u00e9sent\u00e9e devant la Cour par M. V. P\u00eeslariuc et Mme\u00a0S.\u00a0Voevu\u0163caia\u2011P\u00eeslariuc, avocats exer\u00e7ant \u00e0 Chi\u0219in\u0103u.<\/p>\n<p>3. Le Gouvernement a \u00e9t\u00e9 repr\u00e9sent\u00e9 successivement par son agent ad\u00a0interim Mme R. Revencu et ses agents MM. M. Gurin et O. Rotari.<\/p>\n<p>4. Le 8 juillet 2010, la soci\u00e9t\u00e9 requ\u00e9rante engagea une action en r\u00e9cup\u00e9ration de la dette contre une soci\u00e9t\u00e9 tierce (\u00ab\u00a0Z.A.\u00a0\u00bb). Par une d\u00e9cision d\u00e9finitive du 10\u00a0novembre 2011, la Cour supr\u00eame de justice enjoignit \u00e0 Z.A. de payer \u00e0 la soci\u00e9t\u00e9 requ\u00e9rante la somme de 1\u00a0752\u00a0170,40 lei moldaves (MDL) (environ 110\u00a0709,77\u00a0euros (EUR) \u00e0 l\u2019\u00e9poque).<\/p>\n<p>5. Le 25 avril 2012, Z.A. introduisit devant la Cour supr\u00eame de justice une demande en r\u00e9vision de la d\u00e9cision du 10 novembre 2011. Elle arguait de la survenue de nouvelles circonstances et se plaignait des erreurs de fait et de droit de la part des instances judiciaires.<\/p>\n<p>6. Dans son m\u00e9moire en r\u00e9ponse, la soci\u00e9t\u00e9 requ\u00e9rante estima que la demande en r\u00e9vision \u00e9tait d\u00e9pourvue de motifs l\u00e9gaux, tardive et pour l\u2019essentiel identique \u00e0 une autre demande d\u00e9j\u00e0 rejet\u00e9e par la m\u00eame juridiction.<\/p>\n<p>7. Par une d\u00e9cision du 5 juillet 2012, la Cour supr\u00eame de justice fit droit \u00e0 la demande en r\u00e9vision, annula la d\u00e9cision d\u00e9finitive du 10 novembre 2011 favorable \u00e0 la soci\u00e9t\u00e9 requ\u00e9rante et renvoya l\u2019affaire pour un nouvel examen.<\/p>\n<p>8. Le 30 octobre 2012, la cour d\u2019appel de Cahul, statuant au principal, rejeta l\u2019action de la soci\u00e9t\u00e9 requ\u00e9rante.<\/p>\n<p>9. Par un jugement avant dire droit du 27 mars 2013, la Cour supr\u00eame de justice d\u00e9clara irrecevable le recours form\u00e9 par la soci\u00e9t\u00e9 requ\u00e9rante et confirma la d\u00e9cision de la cour d\u2019appel du 30 octobre 2012.<\/p>\n<p>10. Apr\u00e8s la communication de la requ\u00eate au Gouvernement, l\u2019agent du Gouvernement formula une demande en r\u00e9vision du jugement avant dire droit du 27 mars 2013 rendu en d\u00e9faveur de la soci\u00e9t\u00e9 requ\u00e9rante. Le 20\u00a0juillet 2016, la Cour supr\u00eame de justice accueillit cette demande, annula son jugement du 27 mars 2013 et r\u00e9serva l\u2019affaire pour le reste. La soci\u00e9t\u00e9 requ\u00e9rante d\u00e9posa un m\u00e9moire quantifiant ses pr\u00e9tentions \u00e0 titre de pr\u00e9judice mat\u00e9riel constitu\u00e9, selon elle, de la dette principale, des int\u00e9r\u00eats moratoires et des frais de justice.<\/p>\n<p>11. Par une d\u00e9cision d\u00e9finitive du 28 d\u00e9cembre 2016, la Cour supr\u00eame de justice infirma les d\u00e9cisions d\u00e9favorables \u00e0 la soci\u00e9t\u00e9 requ\u00e9rante des 5\u00a0juillet et 30 octobre 2012. Elle constata \u00e9galement la violation de l\u2019article\u00a06\u00a0\u00a7\u00a01 de la Convention et de l\u2019article 1 du Protocole no 1 \u00e0 la Convention et alloua \u00e0 la soci\u00e9t\u00e9 requ\u00e9rante un montant de 25\u00a0000\u00a0MDL (environ 1\u00a0192 EUR \u00e0 l\u2019\u00e9poque) \u00e0 titre de frais de justice. Quant \u00e0 la demande de satisfaction \u00e9quitable de la soci\u00e9t\u00e9 requ\u00e9rante, la Cour supr\u00eame de justice la rejeta, estimant qu\u2019il appartenait \u00e0 l\u2019agent du Gouvernement de r\u00e9soudre cette question.<\/p>\n<p><strong>LE CADRE JURIDIQUE INTERNE PERTINENT<\/strong><\/p>\n<p>12. Les dispositions l\u00e9gales pertinentes concernant la r\u00e9vision des d\u00e9cisions d\u00e9finitives sont r\u00e9sum\u00e9es dans les affaires Popov c. R\u00e9publique de Moldova (no\u00a02) (no 19960\/04, \u00a7\u00a7 27-29, 6 d\u00e9cembre 2005), Macovei et autres c. R\u00e9publique de Moldova (nos 19253\/03 et 5 autres, \u00a7\u00a7 17 et 18, 25\u00a0avril 2006) et Jomiru et Cre\u0163u c.\u00a0R\u00e9publique de Moldova (no 28430\/06 [comit\u00e9], \u00a7\u00a7 26 et 27, 17 avril 2012).<\/p>\n<p><strong>EN DROIT<\/strong><\/p>\n<p>I. SUR LA VIOLATION ALL\u00c9GU\u00c9E DE L\u2019ARTICLE 6 DE LA CONVENTION ET DE L\u2019ARTICLE 1 DU pROTOCOLE No 1 a LA CONVENTION<\/p>\n<p>13. La soci\u00e9t\u00e9 requ\u00e9rante all\u00e8gue que l\u2019annulation par la Cour supr\u00eame de justice de la d\u00e9cision d\u00e9finitive du 10 novembre 2011 rendue en sa faveur, \u00e0 la suite de la demande en r\u00e9vision formul\u00e9e par la partie adverse, a enfreint le principe de la s\u00e9curit\u00e9 des rapports juridiques. Elle invoque la violation de l\u2019article 6 \u00a7 1 de la Convention et de l\u2019article 1 du Protocole\u00a0no\u00a01, ainsi libell\u00e9s dans leurs passages pertinents en l\u2019esp\u00e8ce\u00a0:<\/p>\n<p style=\"text-align: center;\">Article 6 \u00a7 1 de la Convention<\/p>\n<p>\u00ab\u00a0Toute personne a droit \u00e0 ce que sa cause soit entendue \u00e9quitablement (&#8230;) par un tribunal (&#8230;), qui d\u00e9cidera (&#8230;) des contestations sur ses droits et obligations de caract\u00e8re civil (&#8230;)\u00a0\u00bb<\/p>\n<p style=\"text-align: center;\">Article 1 du Protocole no 1 \u00e0 la Convention<\/p>\n<p>\u00ab\u00a0Toute personne physique ou morale a droit au respect de ses biens (&#8230;)\u00a0\u00bb<\/p>\n<p><strong>A. La d\u00e9claration unilat\u00e9rale du gouvernement d\u00e9fendeur<\/strong><\/p>\n<p>14. Par une lettre du 29 mai 2017, le Gouvernement a soumis une d\u00e9claration unilat\u00e9rale offrant une somme au titre du pr\u00e9judice moral, par laquelle il invitait la Cour \u00e0 rayer la requ\u00eate du r\u00f4le en vertu de l\u2019article\u00a037 de la Convention.<\/p>\n<p>15. Par une lettre du 24 septembre 2017, la soci\u00e9t\u00e9 requ\u00e9rante a inform\u00e9 la Cour qu\u2019elle n\u2019\u00e9tait pas satisfaite des termes de la d\u00e9claration unilat\u00e9rale, notamment en raison de l\u2019absence d\u2019un d\u00e9dommagement mat\u00e9riel propos\u00e9 par le Gouvernement.<\/p>\n<p>16. La Cour rappelle qu\u2019un arr\u00eat constatant une violation entra\u00eene pour l\u2019\u00c9tat d\u00e9fendeur l\u2019obligation juridique de mettre un terme \u00e0 la violation et d\u2019en effacer les cons\u00e9quences de mani\u00e8re \u00e0 r\u00e9tablir autant que faire se peut la situation ant\u00e9rieure \u00e0 celle-ci (Ex-roi de Gr\u00e8ce et autres c. Gr\u00e8ce [GC] (satisfaction \u00e9quitable), no\u00a025701\/94, \u00a7 72, 28 novembre 2002). Elle a d\u00e9cid\u00e9 que la m\u00eame approche devait \u00eatre suivie lorsqu\u2019un gouvernement cherchait \u00e0 obtenir la radiation d\u2019une requ\u00eate du r\u00f4le par le biais d\u2019une d\u00e9claration unilat\u00e9rale (Pavlovici c. R\u00e9publique de Moldova, no\u00a05711\/03, \u00a7\u00a025, 30\u00a0janvier 2018).<\/p>\n<p>17. Dans des affaires concernant la m\u00e9connaissance du principe de la s\u00e9curit\u00e9 juridique \u00e0 la suite de l\u2019annulation d\u2019un jugement d\u00e9finitif reconnaissant une somme d\u2019argent ou le droit de propri\u00e9t\u00e9 sur un immeuble, la Cour a constamment conclu que les requ\u00e9rants ont d\u00fb subir un pr\u00e9judice mat\u00e9riel du fait de l\u2019impossibilit\u00e9 d\u2019utiliser et de jouir de l\u2019argent ou de l\u2019absence du control \u00e0 l\u2019\u00e9gard de son immeuble (Ro\u015fca c. R\u00e9publique de Moldova, no\u00a06267\/02, \u00a7 36, 22 mars 2005, Popov (no 2), pr\u00e9cit\u00e9, \u00a7\u00a064).<\/p>\n<p>18. Dans le cas d\u2019esp\u00e8ce, la Cour note que la compensation offerte dans la d\u00e9claration unilat\u00e9rale du gouvernement d\u00e9fendeur ne couvre aucunement le dommage mat\u00e9riel. Or, elle estime que, en raison de l\u2019annulation de la d\u00e9cision favorable du 10 novembre 2011 et de l\u2019impossibilit\u00e9 de jouir de la somme d\u2019argent allou\u00e9e par cette d\u00e9cision, la soci\u00e9t\u00e9 requ\u00e9rante a d\u00fb n\u00e9cessairement subir un tel dommage.<\/p>\n<p>19. \u00c0 la lumi\u00e8re de ce qui pr\u00e9c\u00e8de, la Cour estime donc que la d\u00e9claration du Gouvernement ne lui offre pas une base suffisante pour constater qu\u2019il ne se justifie plus de poursuivre l\u2019examen de l\u2019affaire.<\/p>\n<p>20. Compte tenu de cela, la Cour rejette la demande du Gouvernement tendant \u00e0 la radiation de la requ\u00eate du r\u00f4le. Il lui incombe d\u00e8s lors de poursuivre l\u2019examen de la recevabilit\u00e9 et du fond de l\u2019affaire.<\/p>\n<p><strong>B. Sur la recevabilit\u00e9<\/strong><\/p>\n<p>21. Dans l\u2019affaire, la Cour doit d\u00e9terminer si la soci\u00e9t\u00e9 requ\u00e9rante peut encore se pr\u00e9tendre victime au sens de l\u2019article 34 de la Convention. Elle rappelle qu\u2019une d\u00e9cision ou une mesure favorable au requ\u00e9rant ne suffit en principe \u00e0 lui retirer la qualit\u00e9 de \u00ab\u00a0victime\u00a0\u00bb que si les autorit\u00e9s nationales ont reconnu, explicitement ou en substance, puis r\u00e9par\u00e9 la violation de la Convention (Scordino c. Italie (no\u00a01) [GC], no\u00a036813\/97, \u00a7\u00a0180, CEDH\u00a02006\u2011V).<\/p>\n<p>22. La Cour observe que par les d\u00e9cisions des 20 juillet et 28\u00a0d\u00e9cembre 2016, la Cour supr\u00eame de justice a cass\u00e9 les d\u00e9cisions rendues en d\u00e9faveur de la soci\u00e9t\u00e9 requ\u00e9rante et a confirm\u00e9 la d\u00e9cision du 10\u00a0novembre 2011 qui lui \u00e9tait favorable. La Cour supr\u00eame de justice a \u00e9galement constat\u00e9 la violation de l\u2019article\u00a06 \u00a7\u00a01 de la Convention et de l\u2019article 1 du Protocole no\u00a01. La Cour souligne toutefois que la soci\u00e9t\u00e9 requ\u00e9rante n\u2019a re\u00e7u aucune indemnit\u00e9 pour le dommage mat\u00e9riel, nonobstant la demande qu\u2019elle avait formul\u00e9e \u00e0 ce sujet devant la Cour supr\u00eame de justice (paragraphe\u00a010 ci\u2011dessus). D\u00e8s lors, la Cour consid\u00e8re que la soci\u00e9t\u00e9 requ\u00e9rante peut toujours se pr\u00e9tendre \u00ab\u00a0victime\u00a0\u00bb au sens de l\u2019article\u00a034 de la Convention.<\/p>\n<p>23. Constatant que la requ\u00eate n\u2019est pas manifestement mal fond\u00e9e ni irrecevable pour un autre motif vis\u00e9 \u00e0 l\u2019article\u00a035 de la Convention, la Cour la d\u00e9clare recevable.<\/p>\n<p><strong>C. Sur le fond<\/strong><\/p>\n<p>24. La Cour rel\u00e8ve qu\u2019elle a trait\u00e9 \u00e0 maintes reprises des affaires soulevant des questions semblables \u00e0 celle du cas d\u2019esp\u00e8ce et a constat\u00e9 la violation de l\u2019article 6 \u00a7 1 de la Convention et de l\u2019article 1 du Protocole\u00a0no\u00a01 (Popov (no\u00a02), pr\u00e9cit\u00e9, \u00a7\u00a7\u00a052-58; Istrate c. R\u00e9publique de Moldova, no\u00a053773\/00, \u00a7\u00a7\u00a046-61, 13 juin 2006; Melnic c. R\u00e9publique de Moldova, no 6923\/03, \u00a7\u00a7\u00a038\u00a0&#8211;\u00a044, 14 novembre 2006 et Oferta Plus SRL c.\u00a0R\u00e9publique de Moldova, no\u00a014385\/04, \u00a7\u00a7\u00a0109 et 112-115, 19\u00a0d\u00e9cembre 2006).<\/p>\n<p>25. Eu \u00e9gard aux circonstances de l\u2019esp\u00e8ce, des constatations de la Cour supr\u00eame de justice dans sa d\u00e9cision du 28 d\u00e9cembre 2016 et des arguments avanc\u00e9s par les parties, la Cour ne voit aucune raison d\u2019arriver \u00e0 une conclusion diff\u00e9rente dans le cas pr\u00e9sent. Compte tenu de sa jurisprudence en la mati\u00e8re, la Cour estime qu\u2019en l\u2019occurrence la proc\u00e9dure de r\u00e9vision a \u00e9t\u00e9 utilis\u00e9e par la Cour supr\u00eame de justice d\u2019une mani\u00e8re incompatible avec le principe de la s\u00e9curit\u00e9 des rapports juridiques.<\/p>\n<p>26. Partant, il y a eu violation de l\u2019article 6 \u00a7 1 de la Convention et de l\u2019article\u00a01 du Protocole no 1 en raison de l\u2019annulation du jugement d\u00e9finitif du 10 novembre 2011.<\/p>\n<p>II. SUR L\u2019APPLICATION DE L\u2019ARTICLE\u00a041 DE LA CONVENTION<\/p>\n<p>27. Aux termes de l\u2019article 41 de la Convention\u00a0:<\/p>\n<p>\u00ab\u00a0Si la Cour d\u00e9clare qu\u2019il y a eu violation de la Convention ou de ses Protocoles, et si le droit interne de la Haute Partie contractante ne permet d\u2019effacer qu\u2019imparfaitement les cons\u00e9quences de cette violation, la Cour accorde \u00e0 la partie l\u00e9s\u00e9e, s\u2019il y a lieu, une satisfaction \u00e9quitable.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p><strong>A. Dommage<\/strong><\/p>\n<p>28. Au titre du pr\u00e9judice mat\u00e9riel qu\u2019elle dit avoir subi, la soci\u00e9t\u00e9 requ\u00e9rante r\u00e9clame la somme de 1 752\u00a0170 MDL (soit environ 81\u00a0053\u00a0EUR selon le taux de change en vigueur au moment o\u00f9 cette pr\u00e9tention a \u00e9t\u00e9 formul\u00e9e devant la Cour), repr\u00e9sentant le montant de la dette reconnue par la d\u00e9cision d\u00e9finitive du 10 novembre 2011, annul\u00e9e le 5\u00a0juillet 2012 en violation de l\u2019article 6 \u00a7 1 de la Convention et de l\u2019article\u00a01 du Protocole\u00a0no\u00a01. \u00c0 ce titre, elle demande \u00e9galement des sommes pour le d\u00e9faut de jouissance du montant en question, \u00e0 savoir 1\u00a0404\u00a0688,62\u00a0MDL (soit environ 64\u00a0979\u00a0EUR selon le m\u00eame taux) pour les int\u00e9r\u00eats moratoires, calcul\u00e9s \u00e0 partir du 5 juillet 2012 jusqu\u2019au 24\u00a0janvier 2017 (date de la pr\u00e9sentation des demandes de satisfaction \u00e9quitable conform\u00e9ment \u00e0 l\u2019article 41 de la Convention) et une indemnit\u00e9 de 912,08\u00a0MDL (soit environ 42 EUR selon le m\u00eame taux) pour chaque jour ult\u00e9rieur au 24 janvier 2017 jusqu\u2019\u00e0 la date de l\u2019arr\u00eat de la Cour. La soci\u00e9t\u00e9 requ\u00e9rante a pr\u00e9sent\u00e9 un tableau avec des calculs d\u00e9taill\u00e9s des int\u00e9r\u00eats moratoires, sur la base des dispositions de la l\u00e9gislation nationale pertinente en la mati\u00e8re.<\/p>\n<p>29. Le Gouvernement conteste ces sommes.<\/p>\n<p>30. La Cour note que la d\u00e9cision d\u00e9finitive du 10 novembre 2011, favorable \u00e0 la soci\u00e9t\u00e9 requ\u00e9rante et annul\u00e9e \u00e0 la suite de la demande en r\u00e9vision, a \u00e9t\u00e9 confirm\u00e9e par la Cour supr\u00eame de justice le 28\u00a0d\u00e9cembre 2016. Par cons\u00e9quent, la soci\u00e9t\u00e9 requ\u00e9rante peut toujours engager une proc\u00e9dure d\u2019ex\u00e9cution et r\u00e9clamer cette somme \u00e0 son d\u00e9biteur. D\u00e8s lors, la Cour rejette la demande d\u2019allouer le montant de 1\u00a0752\u00a0170 MDL, accord\u00e9 par la d\u00e9cision d\u00e9finitive du 10 novembre 2011 (voir, a contrario, Venera\u2011Nord-Vest Borta A.G. c. R\u00e9publique de Moldova, no 31535\/03, \u00a7\u00a048, 13\u00a0f\u00e9vrier 2007).<\/p>\n<p>31. Elle estime en revanche que la soci\u00e9t\u00e9 requ\u00e9rante peut pr\u00e9tendre \u00e0 une indemnit\u00e9 au titre des int\u00e9r\u00eats moratoires (Ro\u015fca, pr\u00e9cit\u00e9, \u00a7 37). \u00c0 cet \u00e9gard, la Cour fait remarquer que dans son m\u00e9moire devant la Cour supr\u00eame de justice, pr\u00e9sent\u00e9 \u00e0 l\u2019occasion de la demande en r\u00e9vision de l\u2019agent du Gouvernement, la soci\u00e9t\u00e9 requ\u00e9rante a r\u00e9clam\u00e9 inter alia des int\u00e9r\u00eats moratoires. Cependant, la Cour supr\u00eame de justice a rejet\u00e9 la demande de satisfaction \u00e9quitable, estimant qu\u2019il appartenait \u00e0 l\u2019agent du Gouvernement de r\u00e9gler cette question (paragraphes 10 et 11 ci-dessus). En outre, elle a jug\u00e9 comme mal fond\u00e9es les pr\u00e9tentions de la soci\u00e9t\u00e9 requ\u00e9rante concernant les int\u00e9r\u00eats moratoires caus\u00e9s par l\u2019impossibilit\u00e9 d\u2019utiliser la somme allou\u00e9e pour la p\u00e9riode ant\u00e9rieure au 28\u00a0d\u00e9cembre 2016, au motif que cela n\u2019\u00e9tait pas imputable \u00e0 la soci\u00e9t\u00e9 d\u00e9bitrice Z.A. et que, par voie de cons\u00e9quence, cette derni\u00e8re n\u2019\u00e9tait pas tenue de r\u00e9parer les \u00e9ventuels dommages subis.<\/p>\n<p>32. Dans le cas pr\u00e9sent, la Cour rel\u00e8ve qu\u2019entre le 5 juillet 2012 et le 28\u00a0d\u00e9cembre 2016 (paragraphes 7 et 11 ci-dessus), la soci\u00e9t\u00e9 requ\u00e9rante n\u2019a pas pu b\u00e9n\u00e9ficier du montant attribu\u00e9 par la d\u00e9cision d\u00e9finitive du 10\u00a0novembre 2011, et cela en raison de la r\u00e9vision jug\u00e9e contraire \u00e0 l\u2019article\u00a06 de la Convention. C\u2019est pourquoi, elle consid\u00e8re qu\u2019il incombe \u00e0 l\u2019\u00c9tat d\u00e9fendeur d\u2019indemniser la soci\u00e9t\u00e9 requ\u00e9rante pour le dommage subi durant cette p\u00e9riode, soit un peu plus de quatre ans et cinq mois. La Cour ne prendra pas en consid\u00e9ration la p\u00e9riode ult\u00e9rieure au 28 d\u00e9cembre 2016, date \u00e0 laquelle la d\u00e9cision d\u00e9finitive du 10 novembre 2011 a de nouveau \u00e9t\u00e9 confirm\u00e9e et \u00e0 partir de laquelle la soci\u00e9t\u00e9 requ\u00e9rante en pourrait demander l\u2019ex\u00e9cution aupr\u00e8s de son d\u00e9biteur.<\/p>\n<p>33. Au vu de ce qui pr\u00e9c\u00e8de et des informations dont elle dispose, la Cour juge raisonnable d\u2019allouer la somme de 63\u00a0666 EUR \u00e0 titre des int\u00e9r\u00eats moratoires pour la p\u00e9riode entre le 5 juillet 2012 et le 28\u00a0d\u00e9cembre 2016 et rejette le restant des pr\u00e9tentions (comparer avec Dacia S.R.L. c.\u00a0R\u00e9publique de Moldova (satisfaction \u00e9quitable), no 3052\/04, \u00a7 49 in fine, 24 f\u00e9vrier 2009 et Stog et autres c. R\u00e9publique de Moldova [comit\u00e9], nos\u00a06811\/08, 6934\/08, 9212\/08 et 12199\/08), \u00a7 45, 3 novembre 2011).<\/p>\n<p><strong>B. Frais et d\u00e9pens<\/strong><\/p>\n<p>34. La soci\u00e9t\u00e9 requ\u00e9rante demande 2\u00a0000 EUR au titre des frais et d\u00e9pens encourus devant la Cour.<\/p>\n<p>35. Le Gouvernement conteste cette somme.<\/p>\n<p>36. Selon la jurisprudence de la Cour, un requ\u00e9rant ne peut obtenir le remboursement de ses frais et d\u00e9pens que dans la mesure o\u00f9 se trouvent \u00e9tablis leur r\u00e9alit\u00e9, leur n\u00e9cessit\u00e9 et le caract\u00e8re raisonnable de leur taux. Compte tenu des crit\u00e8res susmentionn\u00e9s, la Cour rejette cette demande en l\u2019absence de justificatif pr\u00e9sent\u00e9 par la soci\u00e9t\u00e9 requ\u00e9rante \u00e0 l\u2019appui de cette demande.<\/p>\n<p><strong>C. Int\u00e9r\u00eats moratoires<\/strong><\/p>\n<p>37. La Cour juge appropri\u00e9 de baser le taux des int\u00e9r\u00eats moratoires sur le taux d\u2019int\u00e9r\u00eat de la facilit\u00e9 de pr\u00eat marginal de la Banque centrale europ\u00e9enne major\u00e9 de trois points de pourcentage.<\/p>\n<p><strong>PAR CES MOTIFS, LA COUR, \u00c0 L\u2019UNANIMIT\u00c9,<\/strong><\/p>\n<p>1. Rejette la demande du Gouvernement tendant \u00e0 la radiation de la requ\u00eate du r\u00f4le\u00a0;<\/p>\n<p>2. D\u00e9clare la requ\u00eate recevable\u00a0;<\/p>\n<p>3. Dit qu\u2019il y a eu violation de l\u2019article 6 de la Convention\u00a0et de l\u2019article\u00a01 du Protocole no 1 \u00e0 la Convention\u00a0;<\/p>\n<p>4. Dit<\/p>\n<p>a) que l\u2019\u00c9tat d\u00e9fendeur doit verser \u00e0 la soci\u00e9t\u00e9 requ\u00e9rante, dans un d\u00e9lai de trois mois, la somme de 63\u00a0666\u00a0EUR (soixante-trois mille six cent soixante-six euros), \u00e0 convertir dans la monnaie de l\u2019\u00c9tat d\u00e9fendeur au taux applicable \u00e0 la date du r\u00e8glement, plus tout montant pouvant \u00eatre d\u00fb sur cette somme \u00e0 titre d\u2019imp\u00f4t, pour dommage mat\u00e9riel,<\/p>\n<p>b) qu\u2019\u00e0 compter de l\u2019expiration dudit d\u00e9lai et jusqu\u2019au versement, ce montant sera \u00e0 majorer d\u2019un int\u00e9r\u00eat simple \u00e0 un taux \u00e9gal \u00e0 celui de la facilit\u00e9 de pr\u00eat marginal de la Banque centrale europ\u00e9enne applicable pendant cette p\u00e9riode, augment\u00e9 de trois points de pourcentage\u00a0;<\/p>\n<p>5. Rejette le surplus de la demande de satisfaction \u00e9quitable.<\/p>\n<p>Fait en fran\u00e7ais, puis communiqu\u00e9 par \u00e9crit le 1er mars 2022, en application de l\u2019article\u00a077\u00a0\u00a7\u00a7\u00a02 et\u00a03 du r\u00e8glement.<\/p>\n<p>Hasan Bak\u0131rc\u0131 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 Egidijus K\u016bris<br \/>\nGreffier adjoint \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 Pr\u00e9sident<\/p>\n<div class=\"social-share-buttons\"><a href=\"https:\/\/www.facebook.com\/sharer\/sharer.php?u=https:\/\/loisdumonde.com\/?p=1286\" target=\"_blank\" rel=\"noopener\">Facebook<\/a><a href=\"https:\/\/twitter.com\/intent\/tweet?url=https:\/\/loisdumonde.com\/?p=1286&text=AFFAIRE+IMPERIALEX+GRUP+S.R.L.+c.+R%C3%89PUBLIQUE+DE+MOLDOVA+%28Cour+europ%C3%A9enne+des+droits+de+l%E2%80%99homme%29+77546%2F12\" target=\"_blank\" rel=\"noopener\">Twitter<\/a><a href=\"https:\/\/www.linkedin.com\/shareArticle?url=https:\/\/loisdumonde.com\/?p=1286&title=AFFAIRE+IMPERIALEX+GRUP+S.R.L.+c.+R%C3%89PUBLIQUE+DE+MOLDOVA+%28Cour+europ%C3%A9enne+des+droits+de+l%E2%80%99homme%29+77546%2F12\" target=\"_blank\" rel=\"noopener\">LinkedIn<\/a><a href=\"https:\/\/pinterest.com\/pin\/create\/button\/?url=https:\/\/loisdumonde.com\/?p=1286&description=AFFAIRE+IMPERIALEX+GRUP+S.R.L.+c.+R%C3%89PUBLIQUE+DE+MOLDOVA+%28Cour+europ%C3%A9enne+des+droits+de+l%E2%80%99homme%29+77546%2F12\" target=\"_blank\" rel=\"noopener\">Pinterest<\/a><\/div>","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>L\u2019affaire concerne la remise en cause d\u2019un jugement d\u00e9finitif, \u00e0 la suite d\u2019une demande en r\u00e9vision all\u00e9gu\u00e9e abusive. 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