{"id":1260,"date":"2022-02-08T14:33:28","date_gmt":"2022-02-08T14:33:28","guid":{"rendered":"https:\/\/loisdumonde.com\/?p=1260"},"modified":"2022-02-08T14:33:28","modified_gmt":"2022-02-08T14:33:28","slug":"affaire-dicle-c-turquie-cour-europeenne-des-droits-de-lhomme-53915-11","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/loisdumonde.com\/?p=1260","title":{"rendered":"AFFAIRE DICLE c. TURQUIE (Cour europ\u00e9enne des droits de l\u2019homme) 53915\/11"},"content":{"rendered":"<p>La pr\u00e9sente requ\u00eate concerne la condamnation p\u00e9nale du requ\u00e9rant pour avoir fait la propagande de l\u2019organisation terroriste PKK (Parti des travailleurs du Kurdistan, une organisation ill\u00e9gale arm\u00e9e)<!--more--> ainsi que l\u2019annulation du proc\u00e8s-verbal de son \u00e9lection, en sa qualit\u00e9 de candidat ind\u00e9pendant, \u00e0 la Grande Assembl\u00e9e nationale de Turquie \u00e0 la suite des \u00e9lections l\u00e9gislatives du 12 juin 2011. Devant la Cour, le requ\u00e9rant all\u00e8gue une violation de l\u2019article 10 de la Convention, de l\u2019article 3 du Protocole\u00a0no\u00a01 ainsi que de l\u2019article 14 de la Convention combin\u00e9 avec l\u2019article 3 du Protocole no\u00a01.<\/p>\n<hr \/>\n<p style=\"text-align: center;\">DEUXI\u00c8ME SECTION<br \/>\n<strong>AFFAIRE D\u0130CLE c. TURQUIE (no\u00a03)<\/strong><br \/>\n<em>(Requ\u00eate no 53915\/11)<\/em><br \/>\nARR\u00caT<\/p>\n<p>Art 10 \u2022 Libert\u00e9 d\u2019expression \u2022 Condamnation p\u00e9nale d\u2019un homme politique kurde pour assistance \u00e0 l\u2019organisation arm\u00e9e ill\u00e9gale PKK et propagande en sa faveur \u00e0 raison de sa d\u00e9claration lors d\u2019un entretien avec une agence de presse \u2022 Motifs suffisants et pertinents<br \/>\nArt 3 P1 \u2022 Annulation a posteriori du proc\u00e8s-verbal de son \u00e9lection parlementaire n\u2019ayant pas communiqu\u00e9 que sa condamnation p\u00e9nale \u00e9tait devenue d\u00e9finitive au moment o\u00f9 il s\u2019est port\u00e9 candidat aux \u00e9lections l\u00e9gislatives \u2022 Information pertinente et fondamentale pour l\u2019acceptation de sa candidature \u2022 S\u00e9rieux doutes quant \u00e0 la strat\u00e9gie de l\u2019avocat du requ\u00e9rant ayant exerc\u00e9 une voie de recours extraordinaire<br \/>\nArt 14 (+ Art 3 P1) \u2022 Annulation du proc\u00e8s-verbal d\u2019\u00e9lection ne constituant pas une diff\u00e9rence de traitement fond\u00e9e sur sa race ou son origine ethnique<\/p>\n<p style=\"text-align: center;\">STRASBOURG<br \/>\n8 f\u00e9vrier 2022<\/p>\n<p>Cet arr\u00eat deviendra d\u00e9finitif dans les conditions d\u00e9finies \u00e0 l\u2019article 44 \u00a7 2 de la Convention . Il peut subir des retouches de forme.<\/p>\n<p><strong>En l\u2019affaire Dicle c. Turquie (no\u00a03),<\/strong><\/p>\n<p>La Cour europ\u00e9enne des droits de l\u2019homme (deuxi\u00e8me section), si\u00e9geant en une Chambre compos\u00e9e de\u00a0:<\/p>\n<p>Jon Fridrik Kj\u00f8lbro, pr\u00e9sident,<br \/>\nCarlo Ranzoni,<br \/>\nEgidijus K\u016bris,<br \/>\nBranko Lubarda,<br \/>\nJovan Ilievski,<br \/>\nSaadet Y\u00fcksel,<br \/>\nDiana S\u00e2rcu, juges,<br \/>\net de Stanley Naismith, greffier de section,<\/p>\n<p>Vu\u00a0:<\/p>\n<p>la requ\u00eate (no\u00a053915\/11) dirig\u00e9e contre la R\u00e9publique de Turquie et dont un ressortissant de cet \u00c9tat, M. Mehmet Hatip Dicle (\u00ab\u00a0le requ\u00e9rant\u00a0\u00bb) a saisi la Cour en vertu de l\u2019article\u00a034 de la Convention de sauvegarde des droits de l\u2019homme et des libert\u00e9s fondamentales (\u00ab\u00a0la Convention\u00a0\u00bb) le 11 ao\u00fbt 2011,<\/p>\n<p>la d\u00e9cision de porter \u00e0 la connaissance du gouvernement turc (\u00ab\u00a0le Gouvernement\u00a0\u00bb) les griefs concernant l\u2019article 10 de la Convention, de l\u2019article\u00a03 du Protocole\u00a0no\u00a01, ainsi que de l\u2019article 14 de la Convention combin\u00e9 avec l\u2019article 3 du Protocole no\u00a01, et de d\u00e9clarer la requ\u00eate irrecevable pour le surplus,<\/p>\n<p>les observations des parties,<\/p>\n<p>Apr\u00e8s en avoir d\u00e9lib\u00e9r\u00e9 en chambre du conseil le 24 janvier 2022,<\/p>\n<p>Rend l\u2019arr\u00eat que voici, adopt\u00e9 \u00e0 cette date\u00a0:<\/p>\n<p><strong>INTRODUCTION<\/strong><\/p>\n<p>1. La pr\u00e9sente requ\u00eate concerne la condamnation p\u00e9nale du requ\u00e9rant pour avoir fait la propagande de l\u2019organisation terroriste PKK (Parti des travailleurs du Kurdistan, une organisation ill\u00e9gale arm\u00e9e) ainsi que l\u2019annulation du proc\u00e8s-verbal de son \u00e9lection, en sa qualit\u00e9 de candidat ind\u00e9pendant, \u00e0 la Grande Assembl\u00e9e nationale de Turquie \u00e0 la suite des \u00e9lections l\u00e9gislatives du 12 juin 2011. Devant la Cour, le requ\u00e9rant all\u00e8gue une violation de l\u2019article 10 de la Convention, de l\u2019article 3 du Protocole\u00a0no\u00a01 ainsi que de l\u2019article 14 de la Convention combin\u00e9 avec l\u2019article 3 du Protocole no\u00a01.<\/p>\n<p><strong>EN FAIT<\/strong><\/p>\n<p>I. LES CIRCONSTANCES DE L\u2019ESP\u00c8CE<\/p>\n<p>2. Le requ\u00e9rant est n\u00e9 en 1955 et r\u00e9side \u00e0 Diyarbak\u0131r. Il est repr\u00e9sent\u00e9 par Me\u00a0L. Kanat, avocat.<\/p>\n<p>3. Le Gouvernement a \u00e9t\u00e9 repr\u00e9sent\u00e9 par M. Hac\u0131 Ali A\u00e7\u0131kg\u00fcl, chef du service des droits de l\u2019homme au minist\u00e8re de la Justice.<\/p>\n<p><strong>A. Les pr\u00e9c\u00e9dentes proc\u00e9dures devant les organes de la Convention<\/strong><\/p>\n<p><em>1. Les faits \u00e0 l\u2019origine des requ\u00eates nos\u00a029900\/96, 29901\/96, 29902\/96 et 29903\/96<\/em><\/p>\n<p>4. Le 2 mars 1994, les autorit\u00e9s proc\u00e9d\u00e8rent \u00e0 l\u2019arrestation du requ\u00e9rant, lequel \u00e9tait alors d\u00e9put\u00e9 \u00e0 la Grande Assembl\u00e9e nationale de Turquie et membre du parti politique DEP (Demokrasi Partisi, Parti de la d\u00e9mocratie), dissous ult\u00e9rieurement par la Cour constitutionnelle.<\/p>\n<p>5. Le 8 d\u00e9cembre 1994, le requ\u00e9rant fut condamn\u00e9 par la cour de s\u00fbret\u00e9 de l\u2019\u00c9tat d\u2019Ankara \u00e0 une peine d\u2019emprisonnement de quinze ans pour appartenance \u00e0 une organisation ill\u00e9gale.<\/p>\n<p>6. Par un arr\u00eat du 26 octobre 1995, la Cour de cassation confirma l\u2019arr\u00eat rendu par cette juridiction.<\/p>\n<p>7. Le requ\u00e9rant saisit alors les organes de la Convention d\u2019une requ\u00eate, en m\u00eame temps que trois autres ex-parlementaires de la Grande Assembl\u00e9e nationale de Turquie.<\/p>\n<p>8. Le 17 juillet 2001, la Cour conclut dans l\u2019arr\u00eat Sadak et autres c.\u00a0Turquie (no\u00a01) (nos\u00a029900\/96 et 3 autres, CEDH 2001\u2011VIII) \u00e0 la violation de l\u2019article\u00a06 \u00a7 1 de la Convention \u00e0 raison du manque d\u2019ind\u00e9pendance et d\u2019impartialit\u00e9 de la cour de s\u00fbret\u00e9 de l\u2019\u00c9tat, ainsi qu\u2019\u00e0 la violation de l\u2019article\u00a06 \u00a7\u00a03\u00a0a), b) et d) de la Convention, combin\u00e9 avec le paragraphe 1 de cet article, au motif que les int\u00e9ress\u00e9s n\u2019avaient pas \u00e9t\u00e9 inform\u00e9s en temps utile de la requalification des accusations port\u00e9es contre eux et qu\u2019ils n\u2019avaient pas eu la possibilit\u00e9 d\u2019interroger et de faire interroger les t\u00e9moins \u00e0 charge.<\/p>\n<p><em>2. Les faits \u00e0 l\u2019origine de la requ\u00eate no\u00a048621\/07<\/em><\/p>\n<p>9. Le 4 f\u00e9vrier 2003, se fondant sur l\u2019arr\u00eat que la Cour avait rendu dans sa cause, le requ\u00e9rant demanda la r\u00e9ouverture de la proc\u00e9dure devant les tribunaux internes.<\/p>\n<p>10. Le 21 avril 2004, apr\u00e8s avoir prononc\u00e9 la r\u00e9ouverture du proc\u00e8s du requ\u00e9rant, la cour de s\u00fbret\u00e9 de l\u2019\u00c9tat d\u2019Ankara r\u00e9it\u00e9ra la position qu\u2019elle avait adopt\u00e9e dans son arr\u00eat du 8 d\u00e9cembre 1994.<\/p>\n<p>11. Le 9 juin 2004, la Cour de cassation ordonna la remise en libert\u00e9, entre autres, du requ\u00e9rant.<\/p>\n<p>12. Par un arr\u00eat du 13 juillet 2004, la Cour de cassation infirma l\u2019arr\u00eat du 21\u00a0avril 2004, estimant qu\u2019il n\u2019avait pas \u00e9t\u00e9 rem\u00e9di\u00e9 aux violations constat\u00e9es par la Cour dans son arr\u00eat du 17 juillet 2001.<\/p>\n<p>13. Prenant acte de l\u2019abolition des cours de s\u00fbret\u00e9 de l\u2019\u00c9tat par la loi\u00a0no\u00a05190 du 16 juin 2004, la Cour de cassation renvoya l\u2019affaire devant la cour d\u2019assises d\u2019Ankara (\u00ab\u00a0la cour d\u2019assises\u00a0\u00bb).<\/p>\n<p>14. Le 1er juin 2005, le nouveau code p\u00e9nal turc entra en vigueur. Le d\u00e9lit d\u2019appartenance \u00e0 une bande arm\u00e9e, jusque-l\u00e0 r\u00e9gi par l\u2019ancien article 168 du code p\u00e9nal, est d\u00e9sormais r\u00e9gi par son article\u00a0314.<\/p>\n<p>15. Le 9 mars 2007, la cour d\u2019assises confirma la d\u00e9cision de condamnation du 8 d\u00e9cembre 1994. Elle r\u00e9duisit n\u00e9anmoins la peine inflig\u00e9e au requ\u00e9rant \u00e0 sept ans et six mois d\u2019emprisonnement, en application de l\u2019article 314 \u00a7 2 du code p\u00e9nal.<\/p>\n<p>16. Le 27 f\u00e9vrier 2008, la Cour de cassation confirma l\u2019arr\u00eat du 9\u00a0mars 2007.<\/p>\n<p>17. Le 16 juin 2015, la Cour, qui avait entre-temps \u00e9t\u00e9 saisie d\u2019une requ\u00eate par le requ\u00e9rant et un autre ex-parlementaire de la Grande Assembl\u00e9e nationale de Turquie, conclut, dans l\u2019arr\u00eat Dicle et Sadak c.\u00a0Turquie (no\u00a048621\/07, 16 juin 2015), \u00e0 la violation de l\u2019article 6 \u00a7 2 de la Convention. Elle retint, pour motiver ce constat de violation, le fait que, dans le cadre de la r\u00e9ouverture de la proc\u00e9dure, les juridictions nationales comp\u00e9tentes avaient employ\u00e9 l\u2019expression \u00ab accus\u00e9 \/ condamn\u00e9 \u00bb au lieu du seul terme \u00ab\u00a0accus\u00e9\u00a0\u00bb pour d\u00e9signer l\u2019un et l\u2019autre des int\u00e9ress\u00e9s avant m\u00eame le prononc\u00e9 de tout jugement rendu sur le fond de l\u2019affaire et le fait que la mention de la condamnation p\u00e9nale figurait toujours sur le casier judiciaire de ces derniers apr\u00e8s la r\u00e9ouverture de la proc\u00e9dure, et elle estima que ces circonstances avaient port\u00e9 atteinte \u00e0 la pr\u00e9somption d\u2019innocence des int\u00e9ress\u00e9s. Elle conclut \u00e9galement, dans ce m\u00eame arr\u00eat, \u00e0 la violation de l\u2019article\u00a03 du Protocole no\u00a01 \u00e0 la Convention au motif que, d\u2019une part, l\u2019application par la cour d\u2019assises dans sa d\u00e9cision du 9 mars 2007 de la l\u00e9gislation en cause et l\u2019interpr\u00e9tation qui en avait \u00e9t\u00e9 faite par la Cour de cassation dans son arr\u00eat du 13 juillet 2004 relativement aux cons\u00e9quences de la r\u00e9ouverture de la proc\u00e9dure cons\u00e9cutive \u00e0 l\u2019arr\u00eat de violation qu\u2019elle\u2011m\u00eame avait rendu et, d\u2019autre part, le maintien de la mention litigieuse sur le casier judiciaire des int\u00e9ress\u00e9s ne r\u00e9pondaient pas aux crit\u00e8res de pr\u00e9visibilit\u00e9 de la loi au sens de la jurisprudence de la Cour. Elle jugea que la mani\u00e8re dont la l\u00e9gislation nationale litigieuse en vigueur \u00e0 l\u2019\u00e9poque des faits avait \u00e9t\u00e9 appliqu\u00e9e en l\u2019occurrence avait restreint le droit des int\u00e9ress\u00e9s \u00e0 se pr\u00e9senter \u00e0 des \u00e9lections au titre de l\u2019article\u00a03 du Protocole no 1 \u00e0 la Convention au point de l\u2019atteindre dans sa substance m\u00eame.<\/p>\n<p><strong>B. Les faits \u00e0 l\u2019origine de la pr\u00e9sente requ\u00eate<\/strong><\/p>\n<p><em>1. La condamnation p\u00e9nale du requ\u00e9rant<\/em><\/p>\n<p>a) L\u2019action p\u00e9nale diligent\u00e9e \u00e0 l\u2019encontre du requ\u00e9rant<\/p>\n<p>18. Par un acte d\u2019accusation du 31 mars 2008, le procureur de la R\u00e9publique d\u2019Ankara engagea une action p\u00e9nale contre le requ\u00e9rant du chef de propagande en faveur de l\u2019organisation terroriste PKK par voie de presse, \u00e0 raison de faits commis par lui le 24 octobre 2007, sur le fondement de l\u2019article\u00a07\u00a0\u00a7\u00a02 de la loi no 3713 tel qu\u2019en vigueur \u00e0 l\u2019\u00e9poque pertinente.<\/p>\n<p>19. Les faits en cause avaient trait \u00e0 des propos tenus par le requ\u00e9rant. \u00c0 cet \u00e9gard, l\u2019int\u00e9ress\u00e9 indique s\u2019\u00eatre exprim\u00e9, lors d\u2019un entretien donn\u00e9 le 23\u00a0octobre 2007 \u00e0 une agence de presse, l\u2019agence Anka, au sujet de la r\u00e9solution du \u00ab\u00a0probl\u00e8me kurde\u00a0\u00bb.<\/p>\n<p>20. Les quotidiens nationaux Zaman et H\u00fcrriyet, entre autres, publi\u00e8rent la d\u00e9claration faite par le requ\u00e9rant \u00e0 cette occasion. Celle-ci, telle que rapport\u00e9e par ladite agence de presse, pouvait ainsi se traduire\u00a0:<\/p>\n<p>\u00ab\u00a0L\u2019ancien parlementaire du DEP Hatip Dicle a d\u00e9clar\u00e9 que le PKK avait utilis\u00e9 son droit \u00e0 la l\u00e9gitime d\u00e9fense. D\u00e9clarant que le PKK avait pr\u00f4n\u00e9 un cessez-le-feu l\u2019ann\u00e9e derni\u00e8re, Dicle s\u2019est exprim\u00e9 comme suit\u00a0:<\/p>\n<p>\u00ab\u00a0Ce cessez-le-feu est devenu de facto caduc. Si les op\u00e9rations men\u00e9es par l\u2019arm\u00e9e ne s\u2019arr\u00eatent pas, eux aussi [les dirigeants\/membres du PKK] utiliseront leur droit \u00e0 la l\u00e9gitime d\u00e9fense. Les affrontements ont perdur\u00e9 de cette mani\u00e8re jusqu\u2019\u00e0 maintenant. J\u2019ai entendu par voie de presse leurs derni\u00e8res d\u00e9clarations disant [ce qui suit\u00a0:] \u00ab\u00a0nous sommes pour une r\u00e9solution pacifique, notre position relative au cessez\u2011le\u2011feu perdure\u00a0; si l\u2019arm\u00e9e ne met pas un terme aux op\u00e9rations militaires, nous ne prendrons part \u00e0 aucune attaque.\u00a0\u00bb Je ne crois pas qu\u2019il y aura une d\u00e9claration au\u2011del\u00e0 de celle qui a \u00e9t\u00e9 faite.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p>Concernant les soldats disparus, Dicle a d\u00e9clar\u00e9 que\u00a0: \u00ab\u00a0Je ne crois pas que le gouvernement prendra une quelconque initiative. Les familles doivent demander une m\u00e9diation \u00e0 des organisations humanitaires (&#8230;), je crois que l\u2019autre partie restera insensible \u00e0 ce sujet.\u00a0\u00bb\u00a0\u00bb<\/p>\n<p>21. Par un arr\u00eat du 18 f\u00e9vrier 2009, la 11\u00e8me cour d\u2019assises sp\u00e9ciale d\u2019Ankara (\u00ab\u00a0la cour d\u2019assises sp\u00e9ciale\u00a0\u00bb) condamna le requ\u00e9rant \u00e0 une peine d\u2019emprisonnement d\u2019un an et huit mois sur le fondement de l\u2019article\u00a07\u00a0\u00a7\u00a02 de la loi no 3713 en vigueur \u00e0 l\u2019\u00e9poque des faits. Dans les attendus de son arr\u00eat, la cour d\u2019assises sp\u00e9ciale prit note de la d\u00e9fense du requ\u00e9rant. Ce dernier avait expos\u00e9 ce qui suit dans son m\u00e9moire en d\u00e9fense\u00a0: en octobre 2006, le PKK avait d\u00e9clar\u00e9 un cessez\u2011le\u2011feu\u00a0; lui-m\u00eame avait cru que l\u2019arm\u00e9e r\u00e9pondrait de facto \u00e0 ce cessez\u2011le\u2011feu, mais il avait observ\u00e9 que les op\u00e9rations militaires men\u00e9es contre l\u2019organisation terroriste avaient augment\u00e9\u00a0; en application de ce cessez-le-feu, l\u2019organisation devait s\u2019\u00e9loigner des villages et ne devait mener aucune action arm\u00e9e\u00a0; les op\u00e9rations militaires s\u2019\u00e9tant poursuivies, l\u2019organisation y avait r\u00e9pondu en utilisant son droit \u00e0 la l\u00e9gitime d\u00e9fense. Le requ\u00e9rant avait soutenu que, en tenant les propos en cause, il n\u2019avait pas eu l\u2019intention de faire de la propagande en faveur de l\u2019organisation, et il avait all\u00e9gu\u00e9 qu\u2019il s\u2019\u00e9tait en fait livr\u00e9 \u00e0 une analyse au travers de laquelle il avait constat\u00e9 que \u00ab\u00a0l\u2019organisation aussi se d\u00e9fendait\u00a0\u00bb. En outre, il avait pr\u00e9cis\u00e9 que l\u2019agence de presse Anka avait pris contact avec lui en octobre 2007, soit un an apr\u00e8s la d\u00e9claration de cessez-le-feu.<\/p>\n<p>22. La cour d\u2019assises sp\u00e9ciale motiva la condamnation du requ\u00e9rant par le fait que celui-ci avait d\u00e9clar\u00e9 \u00e0 l\u2019agence de presse Anka que \u00ab\u00a0ce cessez\u2011le-feu est devenu de facto caduc. Si les op\u00e9rations men\u00e9es par l\u2019arm\u00e9e ne s\u2019arr\u00eatent pas, eux aussi [les dirigeants\/membres du PKK] utiliseront leur droit \u00e0 la l\u00e9gitime d\u00e9fense. Les affrontements ont perdur\u00e9 de cette mani\u00e8re jusqu\u2019\u00e0 maintenant (&#8230;)\u00a0\u00bb, et qu\u2019il n\u2019avait pas r\u00e9fut\u00e9 la d\u00e9claration de presse qu\u2019il avait ainsi faite \u00e0 l\u2019agence susmentionn\u00e9e et l\u2019avait m\u00eame confirm\u00e9e. La cour d\u2019assises sp\u00e9ciale estima que le requ\u00e9rant avait ouvertement qualifi\u00e9 les attaques de l\u2019organisation terroriste contre les forces de s\u00e9curit\u00e9 de l\u2019\u00c9tat comme relevant de la l\u00e9gitime d\u00e9fense. Elle nota que le requ\u00e9rant faisait de la politique depuis de nombreuses ann\u00e9es, et elle jugea qu\u2019il s\u2019agissait d\u2019une personnalit\u00e9 politique qui, compte tenu de son pass\u00e9 politique, \u00e9tait en mesure de pr\u00e9voir l\u2019impact des mots utilis\u00e9s et devait savoir pr\u00e9cis\u00e9ment ce que les mots choisis signifieraient.<\/p>\n<p>23. La cour d\u2019assises sp\u00e9ciale estima que la d\u00e9claration de presse du requ\u00e9rant n\u2019avait rien \u00e0 voir avec un constat ou une analyse. Selon elle, en faisant une telle d\u00e9claration, l\u2019int\u00e9ress\u00e9 souhaitait qu\u2019aucune op\u00e9ration militaire ne f\u00fbt men\u00e9e \u00e0 l\u2019encontre de l\u2019organisation terroriste. Pour la cour d\u2019assises sp\u00e9ciale, le requ\u00e9rant entendait, par ses propos, montrer que les attaques de l\u2019organisation terroriste devaient \u00eatre consid\u00e9r\u00e9es comme relevant de la l\u00e9gitime d\u00e9fense \u2013 ce qui, pour cette juridiction, revenait \u00e0 soutenir les actes de violence et les attaques perp\u00e9tr\u00e9s par l\u2019organisation terroriste. De m\u00eame, aux yeux de la cour d\u2019assises sp\u00e9ciale, en mettant en avant la l\u00e9gitimit\u00e9 et la raison, le requ\u00e9rant entendait d\u00e9montrer que la violence et la terreur devaient \u00eatre per\u00e7ues comme \u00e9tant justifi\u00e9es et justes.<\/p>\n<p>24. La cour d\u2019assises sp\u00e9ciale tint \u00e9galement compte des \u00e9l\u00e9ments suivants pour d\u00e9cider de la condamnation du requ\u00e9rant\u00a0: le fait que l\u2019organisation terroriste PKK avait caus\u00e9 la mort de nombreuses personnes et qu\u2019elle continuait \u00e0 mener des actions contre les ressortissants nationaux et les forces de l\u2019ordre de l\u2019\u00c9tat\u00a0; la nature et la gravit\u00e9 des actions men\u00e9es par elle\u00a0; et le fait que l\u2019int\u00e9ress\u00e9 avait d\u00e9j\u00e0 \u00e9t\u00e9 condamn\u00e9 par le pass\u00e9 pour appartenance \u00e0 une organisation terroriste.<\/p>\n<p>25. Le 19 f\u00e9vrier 2009, le requ\u00e9rant forma un pourvoi en cassation contre l\u2019arr\u00eat de la cour d\u2019assises sp\u00e9ciale du 18 f\u00e9vrier 2009.<\/p>\n<p>26. Le 13 avril 2009, le requ\u00e9rant pr\u00e9senta un m\u00e9moire ampliatif devant la Cour de cassation.<\/p>\n<p>27. Par un arr\u00eat du 22 mars 2011, la 9e chambre de la Cour de cassation, en une formation compos\u00e9e de cinq membres, dont H.A., confirma l\u2019arr\u00eat du 18\u00a0f\u00e9vrier 2009. Cet arr\u00eat fut vers\u00e9 au greffe de la juridiction de premi\u00e8re instance le 14 avril 2011.<\/p>\n<p>28. L\u2019arr\u00eat de la Cour de cassation du 22 mars 2011 passa en force de chose jug\u00e9e.<\/p>\n<p>b) Le recours en rectification de l\u2019arr\u00eat rendu au p\u00e9nal<\/p>\n<p>29. Le 15 avril 2011, le requ\u00e9rant forma un recours en rectification de l\u2019arr\u00eat de la Cour de cassation du 22 mars 2011.<\/p>\n<p>30. Le 11 mai 2011, constatant que les moyens pr\u00e9sent\u00e9s par le requ\u00e9rant avaient d\u00e9j\u00e0 \u00e9t\u00e9 soulev\u00e9s devant la Cour de cassation, le procureur g\u00e9n\u00e9ral pr\u00e8s la Cour de cassation rejeta le recours en rectification form\u00e9 par l\u2019int\u00e9ress\u00e9.<\/p>\n<p><em>2. La demande du requ\u00e9rant visant \u00e0 sa pr\u00e9sentation aux \u00e9lections l\u00e9gislatives du 12 juin 2011<\/em><\/p>\n<p>a) Le d\u00e9p\u00f4t de la candidature du requ\u00e9rant aux \u00e9lections l\u00e9gislatives<\/p>\n<p>31. Le 11 avril 2011, le requ\u00e9rant d\u00e9posa sa candidature aux \u00e9lections l\u00e9gislatives du 12 juin 2011, en tant que candidat ind\u00e9pendant, aupr\u00e8s du conseil \u00e9lectoral de la pr\u00e9fecture de Diyarbak\u0131r.<\/p>\n<p>32. Le 17 avril 2011, le Conseil \u00e9lectoral sup\u00e9rieur, compos\u00e9 de onze membres, dont H.A., annula la candidature du requ\u00e9rant aux \u00e9lections l\u00e9gislatives au motif que ce dernier avait \u00e9t\u00e9 condamn\u00e9 \u00e0 une peine d\u2019emprisonnement de sept ans et six mois par l\u2019arr\u00eat de la cour d\u2019assises du 9\u00a0mars 2007.<\/p>\n<p>33. Le 20 avril 2011, la direction du Conseil \u00e9lectoral local de Diyarbak\u0131r transmis au Conseil \u00e9lectoral sup\u00e9rieur le recours en appel du requ\u00e9rant pr\u00e9sent\u00e9 contre sa d\u00e9cision du 17 avril 2011.<\/p>\n<p>34. Le 21 avril 2011, et prenant en compte un justificatif soumis par l\u2019int\u00e9ress\u00e9 qui indiquait que celui-ci n\u2019\u00e9tait priv\u00e9 d\u2019aucun droit civique, le Conseil \u00e9lectoral sup\u00e9rieur, compos\u00e9 de onze membres, dont H.A., infirma sa d\u00e9cision du 17\u00a0avril 2011 et accepta la candidature du requ\u00e9rant par laquelle ce dernier se pr\u00e9sentait aux \u00e9lections l\u00e9gislatives comme candidat ind\u00e9pendant dans la circonscription \u00e9lectorale de Diyarbak\u0131r.<\/p>\n<p>35. Le 29 avril 2011, la candidature du requ\u00e9rant fut approuv\u00e9e et publi\u00e9e au Journal officiel, et les bulletins de vote \u00e0 son nom furent imprim\u00e9s.<\/p>\n<p>36. Le 12 juin 2011, le requ\u00e9rant fut \u00e9lu \u00e0 la Grande Assembl\u00e9e nationale de Turquie avec 77\u00a0709 voix.<\/p>\n<p>37. Le 17 juin 2011, il re\u00e7ut un proc\u00e8s-verbal attestant qu\u2019il avait \u00e9t\u00e9 \u00e9lu, en sa qualit\u00e9 de candidat ind\u00e9pendant, \u00e0 la Grande Assembl\u00e9e nationale de Turquie.<\/p>\n<p>b) L\u2019annulation du proc\u00e8s-verbal de l\u2019\u00e9lection du requ\u00e9rant<\/p>\n<p>38. Le 3 juin 2011, l\u2019arr\u00eat de la Cour de cassation portant confirmation de la d\u00e9cision rendue par la juridiction du fond fut transmis au bureau de l\u2019ex\u00e9cution du procureur de la R\u00e9publique d\u2019Ankara et mis \u00e0 ex\u00e9cution le jour m\u00eame.<\/p>\n<p>39. Le 9 juin 2011, le procureur de la R\u00e9publique d\u2019Ankara informa le Conseil \u00e9lectoral sup\u00e9rieur que la condamnation du requ\u00e9rant \u00e0 une peine d\u2019emprisonnement d\u2019un an et huit mois \u00e9tait pass\u00e9e en force de chose jug\u00e9e le 22\u00a0mars 2011, date du prononc\u00e9 de l\u2019arr\u00eat de la Cour de cassation susmentionn\u00e9.<\/p>\n<p>40. Le m\u00eame jour, le Conseil \u00e9lectoral sup\u00e9rieur, compos\u00e9 de sept membres, dont H.A., adopta une d\u00e9cision interm\u00e9diaire, par laquelle il demanda\u00a0:<\/p>\n<p>\u2013\u00a0une copie de l\u2019acte de naissance du requ\u00e9rant \u00e0 la direction de l\u2019\u00e9tat civil\u00a0;<\/p>\n<p>\u2013 une copie du casier judiciaire de l\u2019int\u00e9ress\u00e9 \u00e0 la direction du service du casier judiciaire\u00a0;<\/p>\n<p>\u2013\u00a0une copie de l\u2019arr\u00eat du 18 f\u00e9vrier 2009 pass\u00e9 en force de chose jug\u00e9e au greffe de la cour d\u2019assises sp\u00e9ciale.<\/p>\n<p>41. Le 10 juin 2011, en se r\u00e9f\u00e9rant \u00e0 l\u2019article 130 de la loi no\u00a0298 ainsi qu\u2019aux articles 11 et 39 de la loi no 2839, le Conseil \u00e9lectoral sup\u00e9rieur, compos\u00e9 de onze membres, dont H.A., demanda au requ\u00e9rant de pr\u00e9senter sa d\u00e9fense au sujet de sa condamnation du 22 mars 2011.<\/p>\n<p>42. Le 14 juin 2011, le requ\u00e9rant soumit son m\u00e9moire en d\u00e9fense.<\/p>\n<p>43. Par une d\u00e9cision du 21 juin 2011, le Conseil \u00e9lectoral sup\u00e9rieur, compos\u00e9 de onze membres dont H.A., annula, notamment sur le fondement de l\u2019article\u00a039\u00a0\u00a7\u00a04 de la loi no 2839, le proc\u00e8s-verbal d\u2019\u00e9lection du requ\u00e9rant en tant que parlementaire, en sa qualit\u00e9 de candidat ind\u00e9pendant dans la circonscription de Diyarbak\u0131r. Dans ses attendus, il se r\u00e9f\u00e9ra \u00e0 l\u2019information donn\u00e9e par le procureur de la R\u00e9publique d\u2019Ankara du 9 juin 2011 ainsi qu\u2019\u00e0 la condamnation du requ\u00e9rant \u00e0 une peine d\u2019emprisonnement d\u2019un an et huit mois qui \u00e9tait pass\u00e9e en force de chose jug\u00e9e le 22\u00a0mars 2011, date du prononc\u00e9 de l\u2019arr\u00eat de la Cour de cassation susmentionn\u00e9. Puis, en application des articles 34 et 35 de la loi no\u00a02839, il d\u00e9signa le candidat suivant en lice comme \u00e9lu en tant que parlementaire \u00e0 la place du requ\u00e9rant. Il envoya une copie de sa d\u00e9cision au conseil \u00e9lectoral de la pr\u00e9fecture de Diyarbak\u0131r pour ex\u00e9cution, ainsi qu\u2019au requ\u00e9rant et \u00e0 ses repr\u00e9sentants. Une copie de cette d\u00e9cision fut \u00e9galement adress\u00e9e \u00e0 la pr\u00e9sidence de la Grande Assembl\u00e9e nationale de Turquie. En outre, cette d\u00e9cision fut publi\u00e9e au Journal officiel.<\/p>\n<p>44. Les 22 et 23 juin 2011, le requ\u00e9rant contesta la d\u00e9cision du Conseil \u00e9lectoral sup\u00e9rieur du 21 juin 2011. Il soutint notamment que, d\u00e8s lors qu\u2019il avait \u00e9t\u00e9 \u00e9lu comme candidat ind\u00e9pendant, seule la Grande Assembl\u00e9e nationale de Turquie avait comp\u00e9tence pour statuer sur sa d\u00e9ch\u00e9ance en tant que parlementaire. Par ailleurs, il argua que le 11 avril 2011, date \u00e0 laquelle il avait pr\u00e9sent\u00e9 sa candidature aux \u00e9lections l\u00e9gislatives, l\u2019arr\u00eat de la Cour de cassation n\u2019\u00e9tait pas devenu d\u00e9finitif. \u00c0 cet \u00e9gard, il indiqua qu\u2019il ressortait des donn\u00e9es informatiques que cet arr\u00eat \u00e9tait devenu d\u00e9finitif le 14 avril 2011, et non pas le 22 mars 2011.<\/p>\n<p>45. Le 23 juin 2011, le Conseil \u00e9lectoral sup\u00e9rieur, compos\u00e9 de onze membres, dont H.A., confirma sa d\u00e9cision du 21 juin 2011.<\/p>\n<p>46. \u00c0 une date non pr\u00e9cis\u00e9e, le Conseil \u00e9lectoral sup\u00e9rieur ent\u00e9rina la d\u00e9signation du candidat suivant en lice \u2013\u00a0un membre de l\u2019AKP (Parti de la justice et du d\u00e9veloppement, le parti au pouvoir)\u00a0\u2013 comme \u00e9lu \u00e0 la place du requ\u00e9rant.<\/p>\n<p>c) L\u2019action en annulation devant la Cour constitutionnelle<\/p>\n<p>47. Le 27 juin 2011, le requ\u00e9rant saisit la Cour constitutionnelle d\u2019une demande d\u2019annulation de la d\u00e9cision du Conseil \u00e9lectoral sup\u00e9rieur du 23\u00a0juin 2011. Dans le cadre de ce recours, il invita \u00e9galement la haute juridiction \u00e0 d\u00e9clarer que la Grande Assembl\u00e9e nationale de Turquie \u00e9tait seule comp\u00e9tente pour se prononcer sur la validit\u00e9 de l\u2019\u00e9lection d\u2019un candidat \u00e9lu \u00e0 la suite de la proclamation des r\u00e9sultats d\u00e9finitifs des \u00e9lections l\u00e9gislatives, \u00e0 d\u00e9cider l\u2019annulation de l\u2019\u00e9lection du candidat suivant en lice qui avait \u00e9t\u00e9 d\u00e9sign\u00e9 \u00e9lu \u00e0 sa place, et \u00e0 ordonner le sursis \u00e0 ex\u00e9cution de la d\u00e9cision du conseil \u00e9lectoral de la pr\u00e9fecture de Diyarbak\u0131r prise \u00e0 cet \u00e9gard en ex\u00e9cution de la d\u00e9cision du Conseil \u00e9lectoral sup\u00e9rieur.<\/p>\n<p>48. Par un arr\u00eat du 7 juillet 2011, la Cour constitutionnelle se d\u00e9clara incomp\u00e9tente, sur le fondement de l\u2019article 79 de la Constitution, pour annuler la d\u00e9cision du Conseil \u00e9lectoral sup\u00e9rieur du 23 juin 2011.<\/p>\n<p>d) Les d\u00e9veloppements ult\u00e9rieurs \u00e0 la condamnation du requ\u00e9rant<\/p>\n<p>49. Le Gouvernement a inform\u00e9 la Cour que l\u2019article 7 \u00a7 2 de la loi no\u00a03713, tel qu\u2019en vigueur \u00e0 l\u2019\u00e9poque des faits, avait \u00e9t\u00e9 modifi\u00e9 le 30\u00a0avril 2013.<\/p>\n<p>II. LE CADRE JURIDIQUE ET LA PRATIQUE INTERNES PERTINENTS<\/p>\n<p><strong>A. La loi no 3713 relative \u00e0 la lutte contre le terrorisme<\/strong><\/p>\n<p>50. L\u2019article 7 \u00a7 2 de l\u2019ancienne loi no\u00a03713 relative \u00e0 la lutte contre le terrorisme, entr\u00e9e en vigueur le 12 avril 1991, disposait\u00a0ce qui suit\u00a0:<\/p>\n<p>\u00ab\u00a0Quiconque apporte une assistance aux organisations mentionn\u00e9es [\u00e0 l\u2019alin\u00e9a ci\u2011dessus] et fait de la propagande en leur faveur sera condamn\u00e9 \u00e0 une peine de un an \u00e0 cinq ans d\u2019emprisonnement ainsi qu\u2019\u00e0 une peine d\u2019amende lourde de cinquante millions \u00e0 cent millions de livres (&#8230;)\u00a0\u00bb<\/p>\n<p>51. Apr\u00e8s l\u2019entr\u00e9e en vigueur, le 18 juillet 2006, de la nouvelle loi no\u00a03713 relative \u00e0 la lutte contre le terrorisme, la premi\u00e8re phrase de l\u2019article\u00a07 \u00a7\u00a02 se lisait ainsi\u00a0:<\/p>\n<p>\u00ab\u00a0Quiconque fait de la propagande en faveur d\u2019une organisation terroriste sera condamn\u00e9 \u00e0 une peine de un an \u00e0 cinq ans d\u2019emprisonnement. (&#8230;)\u00a0\u00bb<\/p>\n<p>Cette disposition a \u00e9t\u00e9 remani\u00e9e par la loi no\u00a06459 du 11 avril 2013 portant modification de certaines lois au regard des droits de l\u2019homme et de la libert\u00e9 d\u2019expression, publi\u00e9e au Journal officiel le 30 avril 2013.<\/p>\n<p><strong>B. Les dispositions de la Constitution relatives \u00e0 l\u2019\u00e9ligibilit\u00e9<\/strong><\/p>\n<p>52. L\u2019article 67 de la Constitution dispose ce qui suit\u00a0:<\/p>\n<p>\u00ab\u00a0Les citoyens ont le droit d\u2019\u00e9lire, d\u2019\u00eatre \u00e9lus, de se livrer \u00e0 des activit\u00e9s politiques de mani\u00e8re ind\u00e9pendante ou au sein d\u2019un parti politique et de participer aux r\u00e9f\u00e9rendums conform\u00e9ment aux r\u00e8gles pr\u00e9vues par la loi.<\/p>\n<p>(&#8230;)<\/p>\n<p>Le Conseil \u00e9lectoral sup\u00e9rieur d\u00e9termine les mesures qui doivent \u00eatre prises pour garantir la s\u00e9curit\u00e9 des op\u00e9rations de comptage et de d\u00e9pouillement du scrutin \u00e0 l\u2019occasion de l\u2019exercice du droit de vote dans les \u00e9tablissements p\u00e9nitentiaires et maisons d\u2019arr\u00eat, et ces op\u00e9rations se d\u00e9roulent devant le juge comp\u00e9tent, qui en assume la direction et le contr\u00f4le.<\/p>\n<p>(&#8230;)\u00a0\u00bb<\/p>\n<p>53. L\u2019article 76 \u00a7 2 de la Constitution est ainsi libell\u00e9\u00a0:<\/p>\n<p>\u00ab\u00a0Ne peuvent \u00eatre \u00e9lues d\u00e9put\u00e9s les personnes qui ne sont pas au moins titulaires du certificat sanctionnant le cycle de l\u2019enseignement primaire, les personnes incapables (\u00ab\u00a0k\u0131s\u0131tl\u0131lar\u00a0\u00bb), celles qui n\u2019ont pas d\u00fbment accompli leur service militaire, celles qui se sont vu interdire d\u2019exercer dans la fonction publique, celles qui, hormis pour d\u00e9lit d\u2019imprudence, ont \u00e9t\u00e9 condamn\u00e9es \u00e0 une peine d\u2019emprisonnement ou de r\u00e9clusion d\u2019une dur\u00e9e totale de un an ou plus, et celles qui ont \u00e9t\u00e9 condamn\u00e9es pour un d\u00e9lit infamant tel que d\u00e9tournement de fonds, p\u00e9culat, concussion, corruption, vol, escroquerie, faux, abus de confiance et banqueroute frauduleuse, ou pour contrebande, corruption dans les adjudications et achats et ventes officiels, divulgation de secrets d\u2019\u00c9tat, participation \u00e0 des actions terroristes ou provocation ou incitation criminelles \u00e0 de telles actions, m\u00eame si elles ont b\u00e9n\u00e9fici\u00e9 d\u2019une amnistie.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p>54. L\u2019article 79 de la Constitution se lit comme suit en ses parties pertinentes en l\u2019esp\u00e8ce\u00a0:<\/p>\n<p>\u00ab\u00a01. Les \u00e9lections se d\u00e9roulent sous l\u2019administration g\u00e9n\u00e9rale et le contr\u00f4le des organes judiciaires.<\/p>\n<p>2. Il appartient au Conseil \u00e9lectoral sup\u00e9rieur de proc\u00e9der et de faire proc\u00e9der du d\u00e9but \u00e0 la fin des \u00e9lections \u00e0 toutes les op\u00e9rations se rapportant \u00e0 la tenue r\u00e9guli\u00e8re et \u00e0 l\u2019int\u00e9grit\u00e9 des \u00e9lections, d\u2019examiner pendant et apr\u00e8s les \u00e9lections toutes les irr\u00e9gularit\u00e9s, plaintes et contestations au sujet des \u00e9lections et de statuer d\u00e9finitivement \u00e0 leur endroit, ainsi que d\u2019approuver les proc\u00e8s-verbaux d\u2019\u00e9lection des membres de la Grande Assembl\u00e9e nationale de Turquie. Il ne peut \u00eatre fait appel contre les d\u00e9cisions du Conseil \u00e9lectoral sup\u00e9rieur devant aucune autre instance.<\/p>\n<p>(&#8230;)<\/p>\n<p>4. Le Conseil \u00e9lectoral sup\u00e9rieur se compose de sept membres titulaires et de quatre membres suppl\u00e9ants. Six d\u2019entre eux sont \u00e9lus par l\u2019Assembl\u00e9e g\u00e9n\u00e9rale de la Cour de cassation et cinq par l\u2019assembl\u00e9e pl\u00e9ni\u00e8re du Conseil d\u2019\u00c9tat parmi leurs propres membres, au scrutin secret et \u00e0 la majorit\u00e9 absolue du nombre total de leurs membres. Les membres du Conseil \u00e9lectoral sup\u00e9rieur d\u00e9signent parmi eux, au scrutin secret et \u00e0 la majorit\u00e9 absolue, un pr\u00e9sident et un vice-pr\u00e9sident. (&#8230;)\u00a0\u00bb<\/p>\n<p>55. L\u2019article 84 \u00a7 2 de la Constitution (\u00ab\u00a0d\u00e9ch\u00e9ance de la qualit\u00e9 de d\u00e9put\u00e9\u00a0\u00bb) dispose ce qui suit\u00a0:<\/p>\n<p>\u00ab\u00a0Dans le cas o\u00f9 la d\u00e9ch\u00e9ance de la qualit\u00e9 de d\u00e9put\u00e9 r\u00e9sulte d\u2019une condamnation d\u00e9finitive ou d\u2019une restriction (\u00ab\u00a0k\u0131s\u0131tlanma\u00a0\u00bb), elle ne prend effet qu\u2019apr\u00e8s notification \u00e0 l\u2019assembl\u00e9e pl\u00e9ni\u00e8re [de la Grande Assembl\u00e9e nationale de Turquie] de l\u2019arr\u00eat d\u00e9finitif de condamnation.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p>56. L\u2019article 85 de la Constitution (\u00ab\u00a0demande d\u2019annulation\u00a0\u00bb) dispose ce qui suit\u00a0:<\/p>\n<p>\u00ab\u00a0Dans le cas o\u00f9 l\u2019immunit\u00e9 parlementaire d\u2019un d\u00e9put\u00e9 aurait \u00e9t\u00e9 lev\u00e9e ou la d\u00e9ch\u00e9ance de la qualit\u00e9 de d\u00e9put\u00e9 prononc\u00e9e (&#8230;), le d\u00e9put\u00e9 concern\u00e9 ou un autre d\u00e9put\u00e9 peut former un recours en annulation de cette d\u00e9cision devant la Cour constitutionnelle, en invoquant sa contradiction avec la Constitution, la loi ou le r\u00e8glement int\u00e9rieur, dans un d\u00e9lai de sept jours commen\u00e7ant \u00e0 courir \u00e0 la date de la d\u00e9cision prise en assembl\u00e9e pl\u00e9ni\u00e8re [de la Grande Assembl\u00e9e nationale de Turquie]. La Cour constitutionnelle statue \u00e0 titre d\u00e9finitif sur la demande en annulation dans les quinze jours.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p><strong>C. Le code p\u00e9nal<\/strong><\/p>\n<p>57. L\u2019article 53 du code p\u00e9nal dispose ce qui suit\u00a0:<\/p>\n<p>\u00ab\u00a0(1) Toute personne frapp\u00e9e d\u2019une condamnation \u00e0 une peine d\u2019emprisonnement pour un d\u00e9lit qu\u2019elle a commis volontairement se voit d\u00e9chue, en cons\u00e9quence d\u2019une telle condamnation, (&#8230;)<\/p>\n<p>b) de son droit d\u2019\u00e9ligibilit\u00e9 et de ses autres droits civiques. (&#8230;)<\/p>\n<p>(2) Elle ne peut exercer ces droits tant qu\u2019elle n\u2019a pas ex\u00e9cut\u00e9 l\u2019int\u00e9gralit\u00e9 de la peine \u00e0 laquelle elle a \u00e9t\u00e9 condamn\u00e9e. (&#8230;)\u00a0\u00bb<\/p>\n<p><strong>D. Le code de proc\u00e9dure p\u00e9nale<\/strong><\/p>\n<p>58. L\u2019article 308 du code de proc\u00e9dure p\u00e9nale dans sa r\u00e9daction issue de la loi no 5271, entr\u00e9e en vigueur le 1er juin 2005, dispose\u00a0:<\/p>\n<p>\u00ab\u00a0Voies de recours extraordinaires<\/p>\n<p style=\"text-align: center;\">Pouvoir d\u2019opposition du procureur g\u00e9n\u00e9ral pr\u00e8s la Cour de cassation<\/p>\n<p>Le procureur g\u00e9n\u00e9ral pr\u00e8s la Cour de cassation peut, d\u2019office ou sur demande, dans les trente jours suivant la remise \u00e0 sa personne d\u2019un arr\u00eat d\u2019une des chambres p\u00e9nales de la Cour de cassation, former opposition devant l\u2019assembl\u00e9e pl\u00e9ni\u00e8re criminelle.<\/p>\n<p style=\"text-align: center;\">Aucun d\u00e9lai n\u2019est requis lorsque l\u2019opposition est au b\u00e9n\u00e9fice de l\u2019accus\u00e9.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p><strong>E. La loi no 298 sur les dispositions fondamentales en mati\u00e8re d\u2019\u00e9lections et de listes \u00e9lectorales (\u00ab\u00a0Se\u00e7imlerin Temel H\u00fck\u00fcmleri ve Se\u00e7men K\u00fct\u00fckleri\u00a0\u00bb, \u00ab\u00a0la loi no\u00a0298\u00a0\u00bb)<\/strong><\/p>\n<p>59. L\u2019article 130 (qui d\u00e9crit, comme indiqu\u00e9 ci-apr\u00e8s, la mani\u00e8re dont les d\u00e9cisions des conseils \u00e9lectoraux des pr\u00e9fectures et de leurs pr\u00e9sidents peuvent \u00eatre contest\u00e9es) alin\u00e9a 6 paragraphe 5 de la loi no 298 en vigueur \u00e0 l\u2019\u00e9poque des faits se lisait ainsi\u00a0:<\/p>\n<p>\u00ab\u00a0Toutefois, une fois devenues d\u00e9finitives, les candidatures ne peuvent \u00eatre contest\u00e9es que pour les [motifs suivants\u00a0:] le candidat n\u2019est pas [ressortissant] turc\u00a0; il est d\u2019un \u00e2ge inf\u00e9rieur \u00e0 celui fix\u00e9 par la loi\u00a0; il ne sait ni lire ni \u00e9crire\u00a0; ou bien il s\u2019est vu infliger une condamnation lui faisant perdre sa capacit\u00e9 \u00e0 \u00eatre \u00e9lu. Cette disposition est valable aussi pour les contestations extraordinaires.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p><strong>F. La loi no 2839 sur l\u2019\u00e9lection des d\u00e9put\u00e9s (\u00ab\u00a0Milletvekili Se\u00e7imi Kanunu\u00a0\u00bb, \u00ab\u00a0la loi no 2839\u00a0\u00bb)<\/strong><\/p>\n<p>60. L\u2019article 11 de la loi no 2839 d\u00e9finit comme suit la capacit\u00e9 \u00e9lectorale et les crit\u00e8res d\u2019in\u00e9ligibilit\u00e9 aux fonctions de d\u00e9put\u00e9\u00a0:<\/p>\n<p><strong>Personnes non \u00e9ligibles \u00e0 la charge de d\u00e9put\u00e9<\/strong><\/p>\n<p>\u00ab\u00a0Les personnes mentionn\u00e9es ci-apr\u00e8s ne peuvent \u00eatre \u00e9lues \u00e0 la charge de d\u00e9put\u00e9\u00a0:<\/p>\n<p>a) les personnes non titulaires du certificat sanctionnant le cycle de l\u2019enseignement primaire\u00a0;<\/p>\n<p>b) les personnes incapables\u00a0;<\/p>\n<p>c) les personnes qui n\u2019ont pas rempli leurs obligations militaires\u00a0;<\/p>\n<p>d) les personnes qui se sont vu interdire d\u2019exercer dans la fonction publique\u00a0;<\/p>\n<p>e) les personnes qui, hormis pour d\u00e9lit d\u2019imprudence, ont \u00e9t\u00e9 condamn\u00e9es \u00e0 une peine de un an d\u2019emprisonnement ou \u00e0 une lourde peine d\u2019emprisonnement quelle qu\u2019en soit la dur\u00e9e\u00a0;<\/p>\n<p>f) les personnes qui, m\u00eame si elles ont b\u00e9n\u00e9fici\u00e9 d\u2019une amnistie\u00a0:<\/p>\n<p>(&#8230;)<\/p>\n<p>2. ont \u00e9t\u00e9 condamn\u00e9es pour avoir commis ou avoir publiquement incit\u00e9 \u00e0 commettre une infraction vis\u00e9e par la premi\u00e8re partie du deuxi\u00e8me livre du code p\u00e9nal\u00a0;<\/p>\n<p>3. ont \u00e9t\u00e9 condamn\u00e9es pour des activit\u00e9s terroristes\u00a0;<\/p>\n<p>(&#8230;)\u00a0\u00bb<\/p>\n<p>61. L\u2019article 24 de la loi no 2839 dispose ce qui suit\u00a0:<\/p>\n<p>\u00ab\u00a0Apr\u00e8s la finalisation des candidatures, le Conseil \u00e9lectoral sup\u00e9rieur publie, le cinquante-cinqui\u00e8me jour pr\u00e9c\u00e9dant le scrutin, toutes les candidatures dans les circonscriptions \u00e9lectorales concern\u00e9es au Journal Officiel et [les annonce] \u00e0 la radio.<\/p>\n<p>Les commissions \u00e9lectorales locales publient \u00e9galement les candidatures pr\u00e9sent\u00e9es dans leurs circonscriptions \u00e9lectorales par les moyens de publications habituelles, \u00e0 la date indiqu\u00e9e par le Conseil \u00e9lectoral sup\u00e9rieur.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p>62. L\u2019article 25 de la loi no 2839 dispose ce qui suit\u00a0:<\/p>\n<p>\u00ab\u00a0\u00c0 compter de la date de la finalisation de la liste des candidats jusqu\u2019\u00e0 17 heures le jour du scrutin, il n\u2019est pas besoin de remplacer les candidatures vacantes qui surviendront en raison de la mort ou de la d\u00e9mission des candidats. N\u00e9anmoins, dans une telle situation o\u00f9 certains candidats seraient vacants ceux-ci seront remplac\u00e9s par les candidats suivants en lice selon leur ordre d\u2019inscription.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p>63. L\u2019article 34 \u00a7 2 de la loi no 2839 dispose ce qui suit\u00a0:<\/p>\n<p>\u00ab\u00a0Les noms des partis politiques, des alliances et des candidats ind\u00e9pendants ayant particip\u00e9 \u00e0 l\u2019\u00e9lection sont \u00e9crits les uns en dessous des autres et le nombre valide de voix obtenues est inscrit en face des noms [concern\u00e9s] respectifs. Le nombre de voix obtenues par les partis politiques et les alliances est divis\u00e9 d\u2019abord par un, puis deux, puis trois (&#8230;) ainsi de suite jusqu\u2019\u00e0 ce que soit obtenu le nombre de d\u00e9put\u00e9s devant \u00eatre \u00e9lus dans la circonscription \u00e9lectorale concern\u00e9e. Le quotient (\u00ab\u00a0paylar\u00a0\u00bb) obtenu et le nombre de voix des candidats ind\u00e9pendants sont class\u00e9s sans distinction du plus grand au plus petit. Le nombre de d\u00e9put\u00e9s \u00e9lus dans une circonscription donn\u00e9e est partag\u00e9 entre les partis politiques, les alliances et les candidats ind\u00e9pendants respectivement au prorata de l\u2019ordre de grandeur de leur quotient.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p>64. L\u2019article 35 de la loi no 2839 dispose ce qui suit\u00a0:<\/p>\n<p>\u00ab\u00a0Selon les r\u00e9sultats obtenus, le pr\u00e9sident de la Commission \u00e9lectorale locale, pour la circonscription \u00e9lectorale donn\u00e9e, \u00e9tablit [un proc\u00e8s-verbal] constatant les candidats \u00e9lus sur la liste pr\u00e9sent\u00e9e par les partis politiques et, le cas \u00e9ch\u00e9ant, les candidats ind\u00e9pendants, puis il publie une copie du proc\u00e8s-verbal dans la circonscription \u00e9lectorale concern\u00e9e. Il affiche une autre copie du proc\u00e8s-verbal pour une dur\u00e9e d\u2019une semaine devant l\u2019entr\u00e9e [du b\u00e2timent] de la Commission \u00e9lectorale concern\u00e9e.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p>65. L\u2019article 36 de la loi no 2839 dispose ce qui suit\u00a0:<\/p>\n<p>\u00ab\u00a0D\u00e8s que les d\u00e9put\u00e9s \u00e9lus ont \u00e9t\u00e9 identifi\u00e9s, le Conseil \u00e9lectoral local doit transmettre le plus rapidement possible les noms et pr\u00e9noms des candidats \u00e9lus et, s\u2019il s\u2019agit de candidats pr\u00e9sent\u00e9s par des partis politiques, le nom du parti politique concern\u00e9, par t\u00e9l\u00e9graphe ainsi que par t\u00e9l\u00e9phone ou radio au Conseil \u00e9lectoral sup\u00e9rieur en indiquant le nom de la circonscription \u00e9lectorale concern\u00e9e.<\/p>\n<p>La Commission \u00e9lectorale locale donne imm\u00e9diatement aux d\u00e9put\u00e9s \u00e9lus un proc\u00e8s-verbal indiquant leurs \u00e9lections. Deux exemplaires de ce proc\u00e8s-verbal sont envoy\u00e9s au Conseil \u00e9lectoral sup\u00e9rieur (&#8230;) le plus rapidement possible. La pr\u00e9sidence du Conseil \u00e9lectoral sup\u00e9rieur envoie un exemplaire du proc\u00e8s-verbal \u00e0 la pr\u00e9sidence de la Grande Assembl\u00e9e nationale de Turquie.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p>66. L\u2019article 39 \u00a7\u00a7 1, 2 et 4 de la loi no 2839 dispose ce qui suit\u00a0:<\/p>\n<p>\u00ab\u00a0Sur contestation des proc\u00e8s-verbaux des d\u00e9put\u00e9s relatifs \u00e0 la refonte (\u00ab\u00a0d\u00f6k\u00fcm\u00fcne\u00a0\u00bb), au d\u00e9compte (\u00ab\u00a0say\u0131m\u0131na\u00a0\u00bb) ou bien \u00e0 la r\u00e9partition des voix entre les partis et les candidats ind\u00e9pendants, s\u2019il a \u00e9t\u00e9 d\u00e9cid\u00e9 d\u2019annuler les proc\u00e8s-verbaux en question, le Conseil \u00e9lectoral sup\u00e9rieur remettra les [nouveaux] proc\u00e8s-verbaux aux candidats \u00e9lus concern\u00e9s \u00e0 la suite de la nouvelle refonte, du nouveau d\u00e9compte et du nouveau r\u00e9sultat [du vote] ainsi obtenu.<\/p>\n<p>S\u2019il a \u00e9t\u00e9 d\u00e9cid\u00e9 d\u2019annuler les \u00e9lections tenues dans une circonscription donn\u00e9e, en raison des proc\u00e9dures y relatives, de nouvelles \u00e9lections se tiendront dans cette circonscription et le Conseil \u00e9lectoral sup\u00e9rieur (&#8230;) publiera au Journal Officiel la tenue de nouvelles \u00e9lections (&#8230;).<\/p>\n<p>S\u2019il a \u00e9t\u00e9 d\u00e9cid\u00e9 d\u2019annuler les proc\u00e8s-verbaux (\u00ab\u00a0tutanaklar\u00a0\u00bb) [d\u2019\u00e9lection] d\u2019un ou de plusieurs d\u00e9put\u00e9s, en dehors des cas pr\u00e9vus aux paragraphes ci-dessus, le candidat suivant en lice recevra le proc\u00e8s-verbal [d\u2019\u00e9lection] conform\u00e9ment aux dispositions des articles 34 et 35, \u00e0 la place des d\u00e9put\u00e9s dont les proc\u00e8s-verbaux [d\u2019\u00e9lection] ont \u00e9t\u00e9 annul\u00e9s.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p><strong>G. Les dispositions relatives au casier judiciaire<\/strong><\/p>\n<p>67. L\u2019article 9 de la loi no 5352 du 25 mai 2005 relative au casier judiciaire (publi\u00e9e au Journal officiel le 1er juin 2005) (\u00ab\u00a0la loi no\u00a05352\u00a0\u00bb), qui pr\u00e9voit les cas d\u2019effacement des informations inscrites au casier judiciaire, est ainsi libell\u00e9\u00a0:<\/p>\n<p>\u00ab\u00a01. Les informations inscrites au casier judiciaire sont effac\u00e9es (&#8230;) et consign\u00e9es dans les registres des archives dans les cas suivants\u00a0:<\/p>\n<p>a) ex\u00e9cution de la peine ou de la mesure pr\u00e9ventive\u00a0;<\/p>\n<p>b) abandon de la plainte ou repentir qui effacent toutes les cons\u00e9quences de la condamnation p\u00e9nale\u00a0;<\/p>\n<p>c) prescription de la peine\u00a0;<\/p>\n<p>d) amnistie g\u00e9n\u00e9rale\u00a0;<\/p>\n<p>(&#8230;)\u00a0\u00bb<\/p>\n<p>68. L\u2019article 13\/A de la loi no 5352, qui \u00e9num\u00e8re les cas de recouvrement des droits soumis \u00e0 privation, dispose notamment ce qui suit\u00a0:<\/p>\n<p>\u00ab\u00a01. [Il est possible] \u00e0 ceux qui ont \u00e9t\u00e9 priv\u00e9s de l\u2019exercice de certains droits \u00e0 raison de la commission d\u2019une infraction donn\u00e9e ou de l\u2019infliction d\u2019une condamnation \u00e0 une peine d\u00e9termin\u00e9e en application des dispositions l\u00e9gales, en dehors de celles pr\u00e9vues par le code p\u00e9nal, de recouvrer ces droits. Pour cela, sous r\u00e9serve des dispositions des alin\u00e9as\u00a05 et 6 de l\u2019article 53 du code p\u00e9nal,<\/p>\n<p>a)\u00a0une p\u00e9riode de trois ans doit \u00eatre \u00e9chue \u00e0 partir de la date de l\u2019ex\u00e9cution de la condamnation<\/p>\n<p>(&#8230;)\u00a0\u00bb<\/p>\n<p><strong>H. La jurisprudence du Conseil \u00e9lectoral sup\u00e9rieur (\u00ab\u00a0CES\u00a0\u00bb)<\/strong><\/p>\n<p>69. Dans sa d\u00e9cision no\u00a071 du 11 f\u00e9vrier 1996, le CES s\u2019est prononc\u00e9 sur un recours dirig\u00e9 contre A.K., un candidat \u00e9lu comme d\u00e9put\u00e9 \u00e0 la suite du scrutin l\u00e9gislatif du 24 d\u00e9cembre 1996, au motif qu\u2019il avait \u00e9t\u00e9 condamn\u00e9 au p\u00e9nal. Dans son m\u00e9moire en d\u00e9fense, A.K. soutenait que le CES n\u2019\u00e9tait pas comp\u00e9tent pour se prononcer sur l\u2019annulation du proc\u00e8s-verbal de son \u00e9lection dans la mesure o\u00f9 il avait d\u00e9j\u00e0 pr\u00eat\u00e9 serment comme d\u00e9put\u00e9. En outre, il fit valoir que le CES avait une jurisprudence allant en ce sens. Dans ses attendus, le CES jugea qu\u2019il n\u2019\u00e9tait pas comp\u00e9tent pour les litiges relatifs \u00e0 l\u2019immunit\u00e9 parlementaire, conform\u00e9ment \u00e0 l\u2019article 83 de la Constitution, ce qui n\u2019\u00e9tait pas la situation de A.K. En se r\u00e9f\u00e9rant \u00e0 l\u2019article 79 \u00a7 2 de la Constitution, il indiqua qu\u2019il \u00e9tait comp\u00e9tent pour toutes les irr\u00e9gularit\u00e9s relatives aux \u00e9lections l\u00e9gislatives pendant et apr\u00e8s les \u00e9lections. Le terme irr\u00e9gularit\u00e9 devait se lire comme tout litige contraire \u00e0 la loi. Par cons\u00e9quent, le CES conclut que la condamnation p\u00e9nale de A.K. concernait un litige qui relevait de sa comp\u00e9tence. Pour ce qui est de l\u2019argument tir\u00e9 de la pr\u00e9tendue jurisprudence du CES, il jugea que la d\u00e9cision en question concernait non pas un d\u00e9put\u00e9 mais des candidats \u00e9lus pour si\u00e9ger dans les organes administratifs locaux. Partant, le CES se d\u00e9clara comp\u00e9tent pour examiner ce recours. Il indiqua que le jugement de condamnation d\u00e9finitive prononc\u00e9 contre A.K. ainsi que le jugement confirmant la restitution de ses droits civils doivent \u00eatre pris en consid\u00e9ration \u00e0 la date du scrutin dans la mesure o\u00f9 ils donnent des informations sur la situation juridique de l\u2019int\u00e9ress\u00e9 \u00e0 cette date. De tels \u00e9l\u00e9ments doivent \u00eatre pris en consid\u00e9ration pour d\u00e9terminer si A.K. pouvait participer au scrutin qui devait se tenir apr\u00e8s la date du jugement de sa condamnation. Le jugement de condamnation ayant \u00e9t\u00e9 ex\u00e9cut\u00e9, le CES jugea qu\u2019il n\u2019avait plus d\u2019effet \u00e0 l\u2019encontre de A.K. et ne constituait donc pas une cause d\u2019emp\u00eachement pour \u00eatre \u00e9lu comme d\u00e9put\u00e9. Le CES rejeta les recours demandant l\u2019annulation du proc\u00e8s-verbal d\u2019\u00e9lection de A.K.<\/p>\n<p>70. Dans sa d\u00e9cision no 371 du 16 mars 1999, le CES s\u2019est prononc\u00e9 sur l\u2019\u00e9lection de B.\u015e., un candidat aux \u00e9lections l\u00e9gislatives du 24 avril 1995, qui avait \u00e9t\u00e9 \u00e9lu comme d\u00e9put\u00e9 \u00e0 Bilecik en tant que membre du DYP (Parti de la juste voie). \u00c0 l\u2019issue de ces \u00e9lections, le conseil \u00e9lectoral de la pr\u00e9fecture de Bilecik avait \u00e9tabli un proc\u00e8s-verbal portant constat de l\u2019\u00e9lection de l\u2019int\u00e9ress\u00e9, et ce document avait \u00e9t\u00e9 envoy\u00e9 par le CES \u00e0 la pr\u00e9sidence de la Grande Assembl\u00e9e nationale de Turquie. Par la suite, le 27 avril 1998, cons\u00e9cutivement \u00e0 la transmission par le minist\u00e8re de la D\u00e9fense d\u2019une information au sujet de B.\u015e., le pr\u00e9sident de la Grande Assembl\u00e9e nationale de Turquie avait, sur le fondement de l\u2019article 130 de la loi no 298, saisi le CES d\u2019une demande d\u2019annulation du proc\u00e8s-verbal d\u2019\u00e9lection de l\u2019int\u00e9ress\u00e9 au motif que ce dernier n\u2019avait pas d\u00fbment accompli son service militaire, et ce, au m\u00e9pris de l\u2019article 76 \u00a7 2 de la Constitution. Dans sa d\u00e9cision du 16\u00a0mars 1999, le CES a annul\u00e9 le proc\u00e8s-verbal portant constat de l\u2019\u00e9lection de B.\u015e. Une copie de cette d\u00e9cision a \u00e9t\u00e9 envoy\u00e9e \u00e0 ce dernier, \u00e0 la pr\u00e9sidence de la Grande Assembl\u00e9e nationale de Turquie, ainsi qu\u2019au minist\u00e8re de la D\u00e9fense.<\/p>\n<p>71. Dans sa d\u00e9cision no 716 du 27 juillet 2007, le CES s\u2019est prononc\u00e9 sur la situation d\u2019un candidat inscrit sur la liste du parti Milliyet\u00e7i Hareket Partisi (MHP, \u00ab\u00a0Parti d\u2019action nationaliste\u00a0\u00bb) pour les \u00e9lections l\u00e9gislatives du 22\u00a0juillet 2007, tenues dans la circonscription \u00e9lectorale d\u2019Istanbul. Le candidat d\u00e9c\u00e9da le 26 juillet 2007, \u00e0 une date post\u00e9rieure \u00e0 la tenue du scrutin \u00e9lectoral. Le parti MHP et le parti Cumhuriyet Halk Partisi (CHP, \u00ab\u00a0Parti r\u00e9publicain du peuple\u00a0\u00bb) saisirent le CES. Le parti MHP demanda que son candidat suivant en lice soit d\u00e9sign\u00e9 comme \u00e9lu. Le parti CHP demanda que son candidat suivant en lice soit d\u00e9sign\u00e9 comme \u00e9lu. Dans ses motifs, le CES indiqua que l\u2019article 25 de la loi no 2839 concernait les formalit\u00e9s avant la tenue du scrutin\u00a0; l\u2019article 35 de la loi no 2839 concernait le constat d\u2019\u00e9lection des d\u00e9put\u00e9s \u00e9lus\u00a0; l\u2019article 36 de la m\u00eame loi concernait les formalit\u00e9s post\u00e9rieures \u00e0 la tenue du scrutin, \u00e0 savoir la remise des proc\u00e8s-verbaux aux candidats \u00e9lus\u00a0; l\u2019article 39 de cette loi r\u00e9gissait les contestations relatives \u00e0 l\u2019annulation des proc\u00e8s-verbaux d\u2019\u00e9lection, de la refonte, du d\u00e9compte et de l\u2019addition des voix. Pour ce qui \u00e9tait de la situation du candidat d\u00e9c\u00e9d\u00e9 apr\u00e8s la tenue du scrutin, le CES conclut que l\u2019int\u00e9ress\u00e9 devait \u00eatre consid\u00e9r\u00e9 comme ayant \u00e9t\u00e9 \u00e9lu d\u00e9put\u00e9.<\/p>\n<p>III. LES TEXTES DU CONSEIL DE L\u2019EUROPE<\/p>\n<p>72. Les dispositions pertinentes en l\u2019esp\u00e8ce de la Convention du Conseil de l\u2019Europe pour la pr\u00e9vention du terrorisme du 16 mai 2005, qui a \u00e9t\u00e9 sign\u00e9e \u00e0 Varsovie et qui a \u00e9t\u00e9 ratifi\u00e9e par la Turquie le 23 mars 2012, pr\u00e9voient ce qui suit\u00a0:<\/p>\n<p>\u00ab\u00a0(&#8230;) Souhaitant que des mesures efficaces soient prises pour pr\u00e9venir le terrorisme et pour faire face, en particulier, \u00e0 la provocation publique \u00e0 commettre des infractions terroristes (&#8230;)<\/p>\n<p>Reconnaissant que les infractions terroristes ainsi que celles pr\u00e9vues par la pr\u00e9sente Convention, quels que soient leurs auteurs, ne sont en aucun cas justifiables par des consid\u00e9rations de nature politique, philosophique, id\u00e9ologique, raciale, ethnique, religieuse ou de toute autre nature similaire et rappelant l\u2019obligation des Parties de pr\u00e9venir de tels actes (&#8230;)<\/p>\n<p>Reconnaissant que la pr\u00e9sente Convention ne porte pas atteinte aux principes \u00e9tablis concernant la libert\u00e9 d\u2019expression (&#8230;)\u00a0\u00bb<\/p>\n<p>a) Article 5\u00a0\u2013\u00a0Provocation publique \u00e0 commettre une infraction terroriste<\/p>\n<p>\u00ab\u00a0Aux fins de la pr\u00e9sente Convention, on entend par \u00ab\u00a0provocation publique \u00e0 commettre une infraction terroriste\u00a0\u00bb la diffusion ou toute autre forme de mise \u00e0 disposition du public d\u2019un message, avec l\u2019intention d\u2019inciter \u00e0 la commission d\u2019une infraction terroriste, lorsqu\u2019un tel comportement, qu\u2019il pr\u00e9conise directement ou non la commission d\u2019infractions terroristes, cr\u00e9e un danger qu\u2019une ou plusieurs de ces infractions puissent \u00eatre commises.<\/p>\n<p>Chaque partie adopte les mesures qui s\u2019av\u00e8rent n\u00e9cessaires pour \u00e9riger en infraction p\u00e9nale, conform\u00e9ment \u00e0 son droit interne, la provocation publique \u00e0 commettre une infraction terroriste telle que d\u00e9finie au paragraphe\u00a01, lorsqu\u2019elle est commise ill\u00e9galement et intentionnellement.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p>b) Article 6\u00a0\u2013\u00a0Recrutement pour le terrorisme<\/p>\n<p>\u00ab\u00a0Aux fins de la pr\u00e9sente Convention, on entend par \u00ab\u00a0recrutement pour le terrorisme\u00a0\u00bb le fait de solliciter une autre personne pour commettre ou participer \u00e0 la commission d\u2019une infraction terroriste, ou pour se joindre \u00e0 une association ou \u00e0 un groupe afin de contribuer \u00e0 la commission d\u2019une ou plusieurs infractions terroristes par l\u2019association ou le groupe. (&#8230;)\u00a0\u00bb<\/p>\n<p>c) Article 8\u00a0\u2013\u00a0Indiff\u00e9rence du r\u00e9sultat<\/p>\n<p>\u00ab\u00a0Pour qu\u2019un acte constitue une infraction au sens des articles 5 \u00e0 7 de la pr\u00e9sente Convention, il n\u2019est pas n\u00e9cessaire que l\u2019infraction terroriste soit effectivement commise.<\/p>\n<p>(&#8230;)\u00a0\u00bb<\/p>\n<p>d) Article 12\u00a0&#8211;\u00a0Conditions et sauvegardes<\/p>\n<p>\u00ab\u00a0Chaque partie doit s\u2019assurer que l\u2019\u00e9tablissement, la mise en \u0153uvre et l\u2019application de l\u2019incrimination vis\u00e9e aux articles 5 (&#8230;) soient r\u00e9alis\u00e9s en respectant les obligations relatives aux droits de l\u2019homme lui incombant, notamment la libert\u00e9 d\u2019expression (&#8230;)\u00a0\u00bb<\/p>\n<p>73. Le Rapport explicatif de la Convention du Conseil de l\u2019Europe pour la pr\u00e9vention du terrorisme du 16 mai 2005 est d\u00e9crit, en partie, dans l\u2019affaire Leroy c. France (no 36109\/03, \u00a7 20, 2 octobre 2008).<\/p>\n<p><strong>EN DROIT<\/strong><\/p>\n<p>I. SUR LA VIOLATION ALL\u00c9GU\u00c9E DE L\u2019ARTICLE 10 DE LA CONVENTION<\/p>\n<p>74. Le requ\u00e9rant all\u00e8gue une violation de son droit \u00e0 la libert\u00e9 d\u2019expression d\u00e9coulant des articles 9 et 10 de la Convention.<\/p>\n<p>Eu \u00e9gard \u00e0 la formulation et \u00e0 la substance du grief pr\u00e9sent\u00e9 par le requ\u00e9rant, la Cour examinera celui-ci uniquement sous l\u2019angle de l\u2019article\u00a010 de la Convention, ainsi libell\u00e9 en sa partie pertinente\u00a0en l\u2019esp\u00e8ce\u00a0:<\/p>\n<p>\u00ab\u00a01. Toute personne a droit \u00e0 la libert\u00e9 d\u2019expression. Ce droit comprend la libert\u00e9 d\u2019opinion et la libert\u00e9 de recevoir ou de communiquer des informations ou des id\u00e9es sans qu\u2019il puisse y avoir ing\u00e9rence d\u2019autorit\u00e9s publiques et sans consid\u00e9ration de fronti\u00e8re. (&#8230;)<\/p>\n<p>2. L\u2019exercice de ces libert\u00e9s comportant des devoirs et des responsabilit\u00e9s peut \u00eatre soumis \u00e0 certaines formalit\u00e9s, conditions, restrictions ou sanctions pr\u00e9vues par la loi, qui constituent des mesures n\u00e9cessaires, dans une soci\u00e9t\u00e9 d\u00e9mocratique, \u00e0 la s\u00e9curit\u00e9 nationale, \u00e0 l\u2019int\u00e9grit\u00e9 territoriale ou \u00e0 la s\u00fbret\u00e9 publique, \u00e0 la d\u00e9fense de l\u2019ordre et \u00e0 la pr\u00e9vention du crime, \u00e0 la protection de la sant\u00e9 ou de la morale, \u00e0 la protection de la r\u00e9putation ou des droits d\u2019autrui, pour emp\u00eacher la divulgation d\u2019informations confidentielles ou pour garantir l\u2019autorit\u00e9 et l\u2019impartialit\u00e9 du pouvoir judiciaire.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p>75. Le Gouvernement combat la th\u00e8se du requ\u00e9rant.<\/p>\n<p>76. Constatant que ce grief n\u2019est pas manifestement mal fond\u00e9 au sens de l\u2019article\u00a035 \u00a7 3 a) de la Convention et qu\u2019il ne se heurte par ailleurs \u00e0 aucun autre motif d\u2019irrecevabilit\u00e9, la Cour le d\u00e9clare recevable.<\/p>\n<p><strong>A. Arguments des parties<\/strong><\/p>\n<p><em>1. Le requ\u00e9rant<\/em><\/p>\n<p>77. Le requ\u00e9rant se plaint d\u2019avoir \u00e9t\u00e9 condamn\u00e9, sur le fondement de l\u2019article\u00a07 \u00a7\u00a02 de la loi no\u00a03713, \u00e0 la suite d\u2019un entretien donn\u00e9 le 23\u00a0octobre 2007 \u00e0 une agence de presse au sujet de la r\u00e9solution du \u00ab\u00a0probl\u00e8me kurde\u00a0\u00bb. Il soutient ne pas avoir fait, \u00e0 cette occasion, de d\u00e9clarations susceptibles de passer pour un appel \u00e0 la violence ou \u00e0 la haine ou bien d\u2019inciter \u00e0 la commission d\u2019infractions.<\/p>\n<p>78. Le requ\u00e9rant affirme qu\u2019il a fait sa d\u00e9claration de presse pendant le cessez\u2011le\u2011feu, et non pas au cours d\u2019une p\u00e9riode marqu\u00e9e \u2013\u00a0comme le soutient le Gouvernement\u00a0\u2013 par de la violence ou des affrontements arm\u00e9s. Il indique s\u2019\u00eatre exprim\u00e9 dans un contexte de cessez-le-feu et avoir, dans ce cadre, proc\u00e9d\u00e9 \u00e0 un constat et fait des propositions au sujet de la r\u00e9solution du \u00ab\u00a0probl\u00e8me kurde\u00a0\u00bb. Il dit que, pris dans son ensemble, son discours consistait en la formulation de propositions et de constats qui, d\u2019apr\u00e8s lui, avaient pour finalit\u00e9 d\u2019\u00e9viter la reproduction d\u2019actions violentes. Il ajoute que, dans son discours, il a insist\u00e9 sur le cercle vicieux selon lequel la violence engendrait la violence et a point\u00e9 ce danger.<\/p>\n<p><em>2. Le Gouvernement<\/em><\/p>\n<p>79. Le Gouvernement renvoie au passage pertinent en l\u2019esp\u00e8ce de la d\u00e9claration de presse faite par le requ\u00e9rant, le 23 octobre 2007, \u00e0 l\u2019agence Anka, \u00e0 l\u2019origine de la condamnation de celui-ci. Il indique que l\u2019int\u00e9ress\u00e9 a \u00e9t\u00e9 condamn\u00e9 pour avoir fait de la propagande en faveur de l\u2019organisation terroriste PKK. Il ajoute ce qui suit\u00a0: le requ\u00e9rant est un homme politique exp\u00e9riment\u00e9, qui a une certaine autorit\u00e9 politique\u00a0; il n\u2019est pas un citoyen ordinaire\u00a0; aussi, en faisant une telle d\u00e9claration, susceptible d\u2019\u00eatre lue par un large groupe de personnes, l\u2019int\u00e9ress\u00e9 \u00e9tait-il capable de pr\u00e9voir la port\u00e9e de ses propos et des cons\u00e9quences pouvant en r\u00e9sulter pour ce groupe de personnes\u00a0; il aurait d\u00fb faire attention \u00e0 ce que son discours ne cont\u00eent pas d\u2019\u00e9l\u00e9ments pouvant inciter \u00e0 la violence.<\/p>\n<p>80. Le Gouvernement expose que la d\u00e9claration litigieuse a \u00e9t\u00e9 faite par le requ\u00e9rant dans une atmosph\u00e8re tendue, au cours d\u2019une p\u00e9riode o\u00f9, selon lui, la Turquie combattait le terrorisme. Il estime que, en parlant de droit \u00e0 la l\u00e9gitime d\u00e9fense du PKK, le requ\u00e9rant a en fait contribu\u00e9 \u00e0 la d\u00e9gradation d\u2019une situation ambiante tr\u00e8s instable. D\u2019apr\u00e8s lui, par ces propos, le requ\u00e9rant sous-entendait que les activit\u00e9s terroristes du PKK devaient continuer. L\u2019int\u00e9ress\u00e9 aurait ainsi justifi\u00e9 les actions violentes de l\u2019organisation terroriste et aurait clairement omis de garder une distance vis\u2011\u00e0-vis de cette organisation. Aux dires du Gouvernement, lue dans un contexte de conflit arm\u00e9, la d\u00e9claration en cause, qui aurait \u00e9t\u00e9 publi\u00e9e sur diff\u00e9rents sites Internet et dans divers journaux, visait \u00e0 faire l\u2019apologie de la terreur et de l\u2019organisation terroriste PKK.<\/p>\n<p>81. Le Gouvernement ajoute que l\u2019organisation terroriste PKK a pour but de renverser l\u2019ordre constitutionnel \u00e9tabli, par les armes et la violence. Il pr\u00e9cise que cette organisation figure sur la liste des organisations terroristes d\u2019un grand nombre d\u2019\u00c9tats, tels les \u00c9tats-Unis d\u2019Am\u00e9rique, et d\u2019organisations internationales, telles l\u2019ONU, l\u2019OTAN et l\u2019UE, depuis mai 2002. Il conclut qu\u2019en l\u2019esp\u00e8ce l\u2019ing\u00e9rence \u00e9tait proportionn\u00e9e et n\u00e9cessaire dans une soci\u00e9t\u00e9 d\u00e9mocratique.<\/p>\n<p><strong>B. Appr\u00e9ciation de la Cour<\/strong><\/p>\n<p>82. La Cour estime que la condamnation litigieuse s\u2019analyse en une \u00ab\u00a0ing\u00e9rence\u00a0\u00bb dans l\u2019exercice par le requ\u00e9rant de son droit \u00e0 la libert\u00e9 d\u2019expression. Pareille ing\u00e9rence est contraire \u00e0 l\u2019article 10 de la Convention, sauf si elle est \u00ab\u00a0pr\u00e9vue par la loi\u00a0\u00bb, vise un ou plusieurs buts l\u00e9gitimes cit\u00e9s au paragraphe 2 de cette disposition et est \u00ab\u00a0n\u00e9cessaire, dans une soci\u00e9t\u00e9 d\u00e9mocratique\u00a0\u00bb pour atteindre ces buts. La Cour rel\u00e8ve que l\u2019ing\u00e9rence \u00e9tait pr\u00e9vue par la loi, \u00e0 savoir l\u2019article 7 \u00a7 2 de la loi no\u00a03713 en vigueur \u00e0 l\u2019\u00e9poque des faits, et poursuivait plusieurs buts l\u00e9gitimes, au regard de l\u2019article\u00a010\u00a0\u00a7\u00a02 de la Convention, \u00e0 savoir la protection de la s\u00fbret\u00e9 publique, la d\u00e9fense de l\u2019ordre et la pr\u00e9vention du crime. Il reste \u00e0 d\u00e9terminer si cette ing\u00e9rence \u00e9tait \u00ab\u00a0n\u00e9cessaire, dans une soci\u00e9t\u00e9 d\u00e9mocratique\u00a0\u00bb, pour atteindre ces buts.<\/p>\n<p><em>1. Principes g\u00e9n\u00e9raux pertinents<\/em><\/p>\n<p>83. La Cour se r\u00e9f\u00e8re aux principes fondamentaux qui se d\u00e9gagent de sa jurisprudence relative \u00e0 l\u2019article 10 de la Convention (voir, entre autres, Ceylan c. Turquie [GC], no 23556\/94, \u00a7 32, CEDH 1999\u2011IV, Lindon,\u00a0Otchakovsky-Laurens et July c. France [GC], nos 21279\/02 et\u00a036448\/02, \u00a7\u00a045, CEDH 2007\u2011IV, Leroy, pr\u00e9cit\u00e9, \u00a7 37, et Faruk Temel c.\u00a0Turquie, no\u00a016853\/05, \u00a7\u00a053, 1er f\u00e9vrier 2011).<\/p>\n<p>84. Elle rappelle ainsi que la libert\u00e9 d\u2019expression constitue l\u2019un des fondements essentiels d\u2019une soci\u00e9t\u00e9 d\u00e9mocratique, l\u2019une des conditions primordiales de son progr\u00e8s et de l\u2019\u00e9panouissement de chacun. Sous r\u00e9serve du paragraphe 2 de l\u2019article 10, elle vaut non seulement pour les \u00ab\u00a0informations \u00bb ou \u00ab\u00a0id\u00e9es\u00a0\u00bb accueillies avec faveur ou consid\u00e9r\u00e9es comme inoffensives ou indiff\u00e9rentes, mais aussi pour celles qui heurtent, choquent ou inqui\u00e8tent. Ainsi le veulent le pluralisme, la tol\u00e9rance et l\u2019esprit d\u2019ouverture, sans lesquels il n\u2019est pas de \u00ab soci\u00e9t\u00e9 d\u00e9mocratique \u00bb.<\/p>\n<p>85. L\u2019article 10 \u00a7 2 de la Convention ne laisse gu\u00e8re de place pour des restrictions \u00e0 la libert\u00e9 d\u2019expression dans le domaine du discours et du d\u00e9bat politiques \u2013\u00a0dans lequel la libert\u00e9 d\u2019expression rev\u00eat la plus haute importance (Brasilier c. France, no 71343\/01, \u00a7 41, 11 avril 2006)\u00a0\u2013 ou dans le domaine des questions d\u2019int\u00e9r\u00eat g\u00e9n\u00e9ral (voir, entre autres, S\u00fcrek c. Turquie (no 1) [GC], no 26682\/95, \u00a7 61, CEDH 1999\u2011IV, Lindon, Otchakovsky-Laurens et\u00a0July, pr\u00e9cit\u00e9, \u00a7 46, et Wingrove c.\u00a0Royaume-Uni, 25\u00a0novembre 1996, \u00a7\u00a058, Recueil des arr\u00eats et d\u00e9cisions 1996\u2011V). La libert\u00e9 d\u2019expression est particuli\u00e8rement pr\u00e9cieuse pour les partis politiques et leurs membres actifs, et les ing\u00e9rences dans la libert\u00e9 d\u2019expression d\u2019un homme politique, sp\u00e9cialement lorsqu\u2019il s\u2019agit d\u2019un membre d\u2019un parti d\u2019opposition, commandent \u00e0 la Cour de se livrer \u00e0 un contr\u00f4le des plus stricts (Incal c.\u00a0Turquie, 9 juin 1998, \u00a7 17, Recueil 1998\u2011IV). Les limites de la critique admissible sont plus larges \u00e0 l\u2019\u00e9gard d\u2019un gouvernement que d\u2019un simple particulier ou m\u00eame d\u2019un homme politique (Incal, pr\u00e9cit\u00e9, \u00a7\u00a054, Han c.\u00a0Turquie, no 50997\/99, \u00a7 29, 13 septembre 2005, et Yal\u00e7\u0131ner c.\u00a0Turquie, no\u00a064116\/00, \u00a7 43, 21 f\u00e9vrier 2008).<\/p>\n<p>86. L\u2019adjectif \u00ab\u00a0n\u00e9cessaire\u00a0\u00bb, au sens de l\u2019article 10 \u00a7 2, implique un \u00ab\u00a0besoin social imp\u00e9rieux\u00a0\u00bb. De mani\u00e8re g\u00e9n\u00e9rale, la \u00ab\u00a0n\u00e9cessit\u00e9\u00a0\u00bb d\u2019une ing\u00e9rence dans l\u2019exercice de la libert\u00e9 d\u2019expression doit se trouver \u00e9tablie de fa\u00e7on convaincante. Certes, il revient en premier lieu aux autorit\u00e9s nationales d\u2019\u00e9valuer s\u2019il existe un tel besoin susceptible de justifier cette ing\u00e9rence et, \u00e0 cette fin, ces derni\u00e8res jouissent d\u2019une certaine marge d\u2019appr\u00e9ciation, qui va toutefois de pair avec un contr\u00f4le de la Cour portant \u00e0 la fois sur la loi et sur les d\u00e9cisions qui l\u2019appliquent. Lorsqu\u2019elle exerce ce contr\u00f4le, la Cour n\u2019a pas pour t\u00e2che de se substituer aux juridictions internes comp\u00e9tentes, mais de v\u00e9rifier sous l\u2019angle de l\u2019article 10 les d\u00e9cisions que celles-ci ont rendues en vertu de leur pouvoir d\u2019appr\u00e9ciation. Pour ce faire, elle doit consid\u00e9rer l\u2019ing\u00e9rence en cause \u00e0 la lumi\u00e8re de l\u2019ensemble de l\u2019affaire, y compris la teneur des propos reproch\u00e9s aux requ\u00e9rants et le contexte dans lequel ceux-ci ont \u00e9t\u00e9 diffus\u00e9s, pour d\u00e9terminer si les motifs invoqu\u00e9s par les autorit\u00e9s nationales pour la justifier apparaissent \u00ab\u00a0pertinents et suffisants\u00a0\u00bb et si elle \u00e9tait \u00ab\u00a0proportionn\u00e9e au but l\u00e9gitime poursuivi\u00a0\u00bb (voir, entre autres, Yal\u00e7\u026ankaya et autres c. Turquie, nos 25764\/09 et 18 autres, \u00a7 33, 1er\u00a0octobre 2013).<\/p>\n<p>87. Il ne fait aucun doute que les \u00c9tats contractants peuvent prendre des mesures efficaces pour pr\u00e9venir le terrorisme et pour parer, en particulier, \u00e0 la provocation publique que repr\u00e9sentent les infractions terroristes. En effet, eu \u00e9gard au caract\u00e8re sensible de la situation r\u00e9gnant dans telle ou telle partie d\u2019un pays et \u00e0 la n\u00e9cessit\u00e9 pour l\u2019\u00c9tat d\u2019exercer sa vigilance face \u00e0 des actes susceptibles d\u2019accro\u00eetre la violence, les autorit\u00e9s comp\u00e9tentes peuvent prendre des mesures en mati\u00e8re de s\u00e9curit\u00e9 et de lutte contre le terrorisme (voir, mutatis mutandis, Association Ekin c. France, no\u00a039288\/98, \u00a7\u00a063, CEDH 2001\u2011VIII). \u00c0 cet \u00e9gard, la Cour doit, en tenant compte des circonstances de chaque affaire et de la marge d\u2019appr\u00e9ciation dont dispose l\u2019\u00c9tat, rechercher si un juste \u00e9quilibre a \u00e9t\u00e9 respect\u00e9 entre le droit fondamental d\u2019un individu \u00e0 la libert\u00e9 d\u2019expression et le droit l\u00e9gitime d\u2019une soci\u00e9t\u00e9 d\u00e9mocratique de se prot\u00e9ger contre les agissements d\u2019organisations terroristes (Zana c. Turquie, 25 novembre 1997, \u00a7 55, Recueil 1997-VII, Karata\u015f c.\u00a0Turquie [GC], no 23168\/94, \u00a7 51, CEDH 1999\u2011IV, Yal\u00e7\u0131n K\u00fc\u00e7\u00fck c.\u00a0Turquie, no 28493\/95, \u00a7 39, 5 d\u00e9cembre 2002, et \u0130brahim Aksoy c.\u00a0Turquie, nos\u00a028635\/95 et 2 autres, \u00a7 60, 10 octobre 2000).<\/p>\n<p><em>2. Application de ces principes g\u00e9n\u00e9raux \u00e0 la pr\u00e9sente affaire<\/em><\/p>\n<p>88. La Cour constate que l\u2019objet de la pr\u00e9sente requ\u00eate concerne le requ\u00e9rant, un homme politique d\u2019origine kurde, qui est connu pour ses positions et son combat politiques en faveur de la cause des Kurdes de Turquie depuis plusieurs d\u00e9cennies. En l\u2019occurrence, l\u2019int\u00e9ress\u00e9 a \u00e9t\u00e9 condamn\u00e9 sur le fondement de l\u2019article 7 \u00a7 2 de la loi no 3713, en vigueur \u00e0 l\u2019\u00e9poque des faits, pour assistance \u00e0 l\u2019organisation arm\u00e9e ill\u00e9gale PKK et propagande en sa faveur \u00e0 raison de sa d\u00e9claration de presse faite lors d\u2019un entretien donn\u00e9 \u00e0 l\u2019agence Anka.<\/p>\n<p>89. \u00c0 cet \u00e9gard, elle rel\u00e8ve que l\u2019objet de la pr\u00e9sente requ\u00eate ne concerne pas un discours prononc\u00e9 par un dirigeant d\u2019un parti politique d\u2019opposition qui critique la politique du gouvernement au pouvoir (Selahattin Demirta\u015f c.\u00a0Turquie (no 2) [GC], no 14305\/17, \u00a7 79, 22 d\u00e9cembre 2020). Cette requ\u00eate se distingue \u00e9galement d\u2019un grief tir\u00e9 des droits et des devoirs d\u2019un r\u00e9dacteur en chef ou du propri\u00e9taire d\u2019un hebdomadaire qui aurait publi\u00e9 un message d\u2019un dirigeant d\u2019une organisation terroriste (Demirel et Ate\u015f c.\u00a0Turquie, nos\u00a010037\/03 et 14813\/03, \u00a7 38, 12 avril 2007). Enfin, le cas d\u2019esp\u00e8ce ne concerne pas non plus un grief relatif au contenu d\u2019un article r\u00e9dig\u00e9 par un journaliste \u00e0 travers lequel il aurait fait l\u2019apologie d\u2019une organisation terroriste (\u015eahin Alpay c. Turquie, no 16538\/17, \u00a7 22, 20 mars 2018).<\/p>\n<p>90. Par cons\u00e9quent, la question juridique \u00e0 r\u00e9soudre en l\u2019esp\u00e8ce concerne une d\u00e9claration faite par le requ\u00e9rant lui-m\u00eame \u00e0 l\u2019agence de presse Anka. Cette d\u00e9claration fut publi\u00e9e par deux quotidiens nationaux. \u00c0 cette occasion, le requ\u00e9rant s\u2019\u00e9tait exprim\u00e9 en sa qualit\u00e9 d\u2019homme politique sur le souhait, selon ses dires, d\u2019une r\u00e9solution a priori pacifique de la \u00ab\u00a0question kurde\u00a0\u00bb. Il avait, \u00e0 ce titre, communiqu\u00e9 son point de vue et ses id\u00e9es sur une question d\u2019actualit\u00e9 politique sensible qui divisait l\u2019opinion publique. Il avait fait entendre sa voix dans le cadre d\u2019un d\u00e9bat d\u2019int\u00e9r\u00eat g\u00e9n\u00e9ral, en tant qu\u2019acteur de la vie politique nationale.<\/p>\n<p>91. \u00c9tant donn\u00e9 la r\u00e9putation de l\u2019int\u00e9ress\u00e9, un homme politique connu, membre d\u2019un parti de l\u2019opposition, la Cour portera une attention particuli\u00e8re aux termes employ\u00e9s dans la d\u00e9claration de presse litigieuse prise dans son ensemble, \u00e0 la personnalit\u00e9 de l\u2019auteur de ladite d\u00e9claration, au lieu et au contexte de sa publication, et aux destinataires potentiels du message. Elle tiendra \u00e9galement compte des circonstances ayant entour\u00e9 le cas soumis \u00e0 son examen, notamment des difficult\u00e9s li\u00e9es \u00e0 la lutte contre le terrorisme (S\u00fcrek c.\u00a0Turquie (no 4) [GC], no 24762\/94, \u00a7 58, 8 juillet 1999).<\/p>\n<p>92. La Cour a conscience des pr\u00e9occupations qu\u2019\u00e9prouvent les autorit\u00e9s nationales au sujet de paroles ou d\u2019actes susceptibles d\u2019aggraver la situation r\u00e9gnant en mati\u00e8re de s\u00e9curit\u00e9 dans le sud-est de la Turquie, o\u00f9, depuis 1985 environ, de graves troubles faisant rage entre les forces de s\u00e9curit\u00e9 et les membres du PKK ont entra\u00een\u00e9 de nombreuses pertes humaines.<\/p>\n<p>93. La Cour constate que la d\u00e9claration de presse du requ\u00e9rant a \u00e9t\u00e9 faite via l\u2019agence Anka. Cette d\u00e9claration a \u00e9t\u00e9 relay\u00e9e, entre autres, par deux quotidiens nationaux \u00e0 grand tirage \u00e0 l\u2019\u00e9poque des faits. Les propos du requ\u00e9rant pouvaient donc avoir un impact n\u00e9gatif sur un public tr\u00e8s large au sujet d\u2019une question d\u2019actualit\u00e9 \u00e9minemment sensible. Dans ce contexte, la Cour ne partage pas l\u2019analyse du requ\u00e9rant selon laquelle il avait fait un constat et des propositions au sujet de la r\u00e9solution de la \u00ab\u00a0question kurde\u00a0\u00bb. Elle estime au contraire que les termes employ\u00e9s dans la d\u00e9claration de presse litigieuse, faite \u2013\u00a0aux dires du requ\u00e9rant\u00a0\u2013 dans un contexte de \u00ab\u00a0cessez-le-feu\u00a0\u00bb annonc\u00e9 unilat\u00e9ralement par une organisation arm\u00e9e ill\u00e9gale, n\u2019\u00e9taient pas neutres et mettaient \u00e0 mal les intentions pacifiques de l\u2019int\u00e9ress\u00e9.<\/p>\n<p>94. En effet, les intentions pr\u00e9tendument pacifiques du requ\u00e9rant ne r\u00e9sistent pas \u00e0 un examen minutieux des termes utilis\u00e9s par celui-ci et de la motivation de l\u2019arr\u00eat rendu par la juridiction de premi\u00e8re instance nationale qui a entendu la cause de l\u2019int\u00e9ress\u00e9. Ainsi, les \u00e9l\u00e9ments suivants ressortent de la lecture des motifs retenus par la cour d\u2019assises sp\u00e9ciale\u00a0: le requ\u00e9rant avait confirm\u00e9 la d\u00e9claration qu\u2019il avait faite\u00a0; il avait qualifi\u00e9 les actions men\u00e9es par l\u2019organisation terroriste PKK contre les forces de s\u00e9curit\u00e9 de l\u2019\u00c9tat comme relevant de la \u00ab\u00a0l\u00e9gitime d\u00e9fense\u00a0\u00bb\u00a0; l\u2019int\u00e9ress\u00e9 \u00e9tait un homme politique exp\u00e9riment\u00e9 qui \u00e9tait en mesure de pr\u00e9voir l\u2019impact des mots utilis\u00e9s sur l\u2019opinion publique\u00a0; ses propos ne consistaient pas en la formulation d\u2019un constat\u00a0; en mettant en avant la l\u00e9gitime d\u00e9fense, le requ\u00e9rant entendait justifier la violence et la terreur employ\u00e9es par cette organisation terroriste.<\/p>\n<p>95. La Cour note, \u00e0 la lecture de la motivation de l\u2019arr\u00eat de la cour d\u2019assises sp\u00e9ciale, que cette juridiction a estim\u00e9 que le requ\u00e9rant avait ouvertement qualifi\u00e9 les attaques men\u00e9es \u00e0 l\u2019encontre des forces de s\u00e9curit\u00e9 de l\u2019\u00c9tat par l\u2019organisation terroriste de \u00ab\u00a0l\u00e9gitime d\u00e9fense\u00a0\u00bb. Or, \u00e9tant donn\u00e9 son long parcours d\u2019homme politique, l\u2019int\u00e9ress\u00e9 \u00e9tait une personnalit\u00e9 politique qui \u00e9tait parfaitement \u00e0 m\u00eame de mesurer la port\u00e9e de ses propos. En outre, il ressort de l\u2019analyse des attendus de l\u2019arr\u00eat de la cour d\u2019assises sp\u00e9ciale que le requ\u00e9rant voulait ainsi montrer que les attaques perp\u00e9tr\u00e9es par le PKK devaient \u00eatre consid\u00e9r\u00e9es comme de la \u00ab\u00a0l\u00e9gitime d\u00e9fense\u00a0\u00bb, et ce alors que cette organisation avait caus\u00e9 la mort de nombreuses personnes, en particulier dans le sud-est de la Turquie. La cour d\u2019assises sp\u00e9ciale a \u00e9galement tenu compte du fait que cette organisation terroriste continuait \u00e0 mener des actions \u00e0 l\u2019origine de nombreuses pertes humaines.<\/p>\n<p>96. La Cour souscrit par ailleurs aux constats de la cour d\u2019assises sp\u00e9ciale par lesquels celle-ci a pris en consid\u00e9ration non seulement le pass\u00e9 d\u2019homme politique du requ\u00e9rant, mais aussi la nature et la gravit\u00e9 des actions men\u00e9es par le PKK. Le requ\u00e9rant a fait la d\u00e9claration de presse susmentionn\u00e9e sans prendre de pr\u00e9cautions quant au langage utilis\u00e9 par lui et sans garder une certaine distance par rapport aux actions terroristes men\u00e9es par cette organisation. L\u2019impact de ses propos dans un contexte de guerre larv\u00e9e entre les forces de l\u2019ordre et les membres du PKK, ainsi que leur diffusion \u00e0 l\u2019\u00e9chelle du pays par des journaux nationaux \u00e0 grand tirage, dans un contexte politiquement sensible, ne doivent pas \u00eatre n\u00e9glig\u00e9s. De plus, la Cour estime que les mots employ\u00e9s par un homme politique de premier plan tel que le requ\u00e9rant peuvent entra\u00eener des r\u00e9actions de nature \u00e0 attiser la violence, particuli\u00e8rement dans la r\u00e9gion du sud-est de la Turquie, et mettre ainsi en danger l\u2019ordre public dans cette r\u00e9gion (S\u00fcrek (no1), pr\u00e9cit\u00e9, \u00a7\u00a062).<\/p>\n<p>97. Certes, la Cour admet que le requ\u00e9rant a pr\u00e9sent\u00e9 son point de vue, en sa qualit\u00e9 d\u2019homme politique d\u2019un parti d\u2019opposition pro-kurde, sur une question d\u2019actualit\u00e9 touchant \u00e0 la vie politique de la Turquie et au quotidien de ses citoyens. Elle rel\u00e8ve que l\u2019int\u00e9ress\u00e9 n\u2019a pas demand\u00e9, en sa qualit\u00e9 de membre d\u2019un parti politique d\u2019opposition, que la \u00ab\u00a0question kurde\u00a0\u00bb f\u00fbt r\u00e9solue dans le cadre des mesures pouvant \u00eatre prises dans un \u00c9tat de droit ou par l\u2019usage de moyens pacifiques (voir, a contrario, Faruk Temel, pr\u00e9cit\u00e9, \u00a7\u00a060).<\/p>\n<p>98. La Cour partage l\u2019analyse de la cour d\u2019assises sp\u00e9ciale qui a jug\u00e9 que les propos du requ\u00e9rant \u2013\u00a0pris dans leur ensemble\u00a0\u2013 ont \u00e9t\u00e9 prononc\u00e9s \u00e0 la suite de la proclamation par le PKK d\u2019un \u00ab\u00a0cessez\u2011le\u2011feu\u00a0\u00bb, qui serait devenu caduc. Elle adh\u00e8re \u00e9galement aux constats de cette juridiction interne selon lesquels lues dans ce contexte et formul\u00e9es par un homme politique de premier rang sur cette question d\u00e9licate, les paroles en cause ne peuvent s\u2019interpr\u00e9ter comme un simple constat sur la situation du \u00ab\u00a0probl\u00e8me kurde\u00a0\u00bb. La Cour ne voit aucune raison de s\u2019\u00e9carter des conclusions des juridictions nationales selon lesquelles de tels propos s\u2019interpr\u00e8tent comme un appel \u00e0 la violence, \u00e0 laquelle ils incitaient sous le couvert de l\u2019exercice, par une organisation terroriste, de son droit \u00e0 la \u00ab\u00a0l\u00e9gitime d\u00e9fense\u00a0\u00bb. Elle observe qu\u2019il ressort tant de la teneur du discours du requ\u00e9rant que du contexte dans lequel celui\u2011ci a \u00e9t\u00e9 prononc\u00e9 que l\u2019int\u00e9ress\u00e9 s\u2019est exprim\u00e9 en fait en faveur de la violence perp\u00e9tr\u00e9e par les membres de cette organisation \u00e0 l\u2019encontre, entre autres, des forces de s\u00e9curit\u00e9. De fait, l\u2019opinion publique et les membres de cette organisation, en particulier, pouvaient avoir l\u2019impression que le recours \u00e0 la violence \u2013\u00a0qui \u00e9tait encourag\u00e9 sous le couvert de la \u00ab\u00a0l\u00e9gitime d\u00e9fense\u00a0\u00bb \u00e9voqu\u00e9e par le requ\u00e9rant\u00a0\u2013 \u00e9tait une mesure d\u2019autod\u00e9fense n\u00e9cessaire et justifi\u00e9e (voir, pour une approche similaire, l\u2019affaire Kaya c.\u00a0Turquie (d\u00e9c.), no\u00a06250\/02, 22\u00a0mars 2007, concernant la saisie d\u2019un ouvrage \u00e9crit par Abdullah \u00d6calan, ancien chef du PKK, dans lequel l\u2019auteur voulait mettre en pratique \u00ab\u00a0un vaste syst\u00e8me de d\u00e9fense l\u00e9gitime \u00e0 l\u2019int\u00e9rieur et \u00e0 l\u2019ext\u00e9rieur\u00a0\u00bb). Aussi la Cour conclut-elle que, tel qu\u2019il ressort des motifs des d\u00e9cisions des juridictions internes et tel qu\u2019il a \u00e9t\u00e9 publi\u00e9 par la presse nationale, le discours du requ\u00e9rant lu dans son ensemble peut \u00eatre per\u00e7u \u2013\u00a0et c\u2019est l\u00e0 pour elle l\u2019\u00e9l\u00e9ment essentiel \u00e0 prendre en consid\u00e9ration\u00a0\u2013 comme renfermant une incitation \u00e0 l\u2019usage de la violence, \u00e0 la r\u00e9sistance arm\u00e9e ou au soul\u00e8vement.<\/p>\n<p>99. Par ailleurs, la Cour a bien not\u00e9 que le requ\u00e9rant a \u00e9t\u00e9 condamn\u00e9 \u00e0 une peine d\u2019emprisonnement d\u2019un an et huit mois. Cela \u00e9tant, il ressort de l\u2019arr\u00eat rendu par la cour d\u2019assises sp\u00e9ciale que la peine d\u2019emprisonnement prononc\u00e9e \u00e0 l\u2019encontre de l\u2019int\u00e9ress\u00e9 reposait sur des motifs \u00ab\u00a0pertinents et suffisants\u00a0\u00bb. De plus, eu \u00e9gard au contexte dans lequel la d\u00e9claration litigieuse a \u00e9t\u00e9 faite et publi\u00e9e, la Cour estime que la sanction impos\u00e9e au requ\u00e9rant n\u2019\u00e9tait pas disproportionn\u00e9e au but l\u00e9gitime poursuivi.<\/p>\n<p>100. D\u00e8s lors, la Cour est d\u2019avis que les motifs expos\u00e9s par les juridictions internes dans leurs d\u00e9cisions \u00e0 l\u2019appui de la condamnation du requ\u00e9rant peuvent \u00eatre consid\u00e9r\u00e9s comme \u00ab\u00a0suffisants et pertinents\u00a0\u00bb pour justifier la n\u00e9cessit\u00e9 dans une soci\u00e9t\u00e9 d\u00e9mocratique de l\u2019ing\u00e9rence dans l\u2019exercice par l\u2019int\u00e9ress\u00e9 de son droit \u00e0 la libert\u00e9 d\u2019expression, au sens de l\u2019article\u00a010 de la Convention.<\/p>\n<p>101. Elle conclut donc qu\u2019il n\u2019y a pas eu violation de cette disposition.<\/p>\n<p>II. SUR LA VIOLATION ALL\u00c9GU\u00c9E DE L\u2019ARTICLE 3 DU PROTOCOLE No 1 \u00c0 LA CONVENTION<\/p>\n<p>102. Sur le terrain de l\u2019article 3 du Protocole no 1 \u00e0 la Convention, le requ\u00e9rant se plaint d\u2019une violation de son droit \u00e0 des \u00e9lections libres. Cette disposition est ainsi libell\u00e9e\u00a0:<\/p>\n<p>\u00ab\u00a0Les Hautes Parties contractantes s\u2019engagent \u00e0 organiser, \u00e0 des intervalles raisonnables, des \u00e9lections libres au scrutin secret, dans les conditions qui assurent la libre expression de l\u2019opinion du peuple sur le choix du corps l\u00e9gislatif.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p>103. Le Gouvernement combat cette th\u00e8se.<\/p>\n<p>104. Constatant que ce grief n\u2019est pas manifestement mal fond\u00e9 au sens de l\u2019article 35 \u00a7 3 a) de la Convention et qu\u2019il ne se heurte par ailleurs \u00e0 aucun autre motif d\u2019irrecevabilit\u00e9, la Cour le d\u00e9clare recevable.<\/p>\n<p><strong>A. Argument des parties<\/strong><\/p>\n<p><em>1. Le requ\u00e9rant<\/em><\/p>\n<p>105. Tout d\u2019abord, le requ\u00e9rant expose que, lors des \u00e9lections l\u00e9gislatives du 12 juin 2011, il a \u00e9t\u00e9 \u00e9lu d\u00e9put\u00e9 apr\u00e8s avoir obtenu 77\u00a0709\u00a0voix. Il soutient que l\u2019annulation de son \u00e9lection en tant que membre du parlement par le CES constitue une atteinte \u00e0 la substance de son droit de se porter candidat \u00e0 des \u00e9lections libres. Il argue que les \u00e9lecteurs qui ont vot\u00e9 pour lui sont rest\u00e9s sans repr\u00e9sentant au parlement. Ensuite, tout en contestant les arguments du Gouvernement sur ce point, le requ\u00e9rant indique que, les arr\u00eats rendus au p\u00e9nal par la Cour de cassation n\u2019\u00e9tant pas notifi\u00e9s aux parties, il a pris connaissance de l\u2019arr\u00eat prononc\u00e9 le 22 mars 2011 par cette haute juridiction dans sa cause le 14\u00a0avril 2011.<\/p>\n<p>106. Il estime que l\u2019argument du Gouvernement tir\u00e9 de l\u2019article 13\/A de la loi no 5352 judiciaire est sans fondement. \u00c0 cet \u00e9gard, il expose qu\u2019il s\u2019est port\u00e9 candidat le 11 avril 2011 et qu\u2019il n\u2019a pris connaissance de l\u2019arr\u00eat de la Cour de cassation susmentionn\u00e9 que le 14\u00a0avril 2011. Il d\u00e9clare qu\u2019\u00e0 cette derni\u00e8re date la proc\u00e9dure judiciaire n\u2019\u00e9tait pas encore termin\u00e9e puisqu\u2019il avait form\u00e9 un recours en rectification contre l\u2019arr\u00eat de la Cour de cassation. Il ajoute que sa demande de candidature d\u00e9pos\u00e9e le 11\u00a0avril 2011 a \u00e9t\u00e9 publi\u00e9e au Journal officiel le 29 avril 2011, avec l\u2019aval du CES.<\/p>\n<p>107. Ayant \u00e9t\u00e9 \u00e9lu d\u00e9put\u00e9, le requ\u00e9rant soutient que la Grande Assembl\u00e9e nationale de Turquie \u00e9tait seule comp\u00e9tente pour annuler son proc\u00e8s-verbal d\u2019\u00e9lection, et non le CES. Il fait valoir que le CES a outrepass\u00e9 ses comp\u00e9tences et que la d\u00e9cision qu\u2019il a rendu \u00e0 son \u00e9gard serait en contradiction avec sa d\u00e9cision no\u00a0371 rendue le 16 mars 1999. \u00c0 cet \u00e9gard, il conteste d\u2019une part les arguments du Gouvernement tir\u00e9s de la jurisprudence \u00e9tablie du CES et, d\u2019autre part, ceux tir\u00e9s de la pr\u00e9visibilit\u00e9 de la loi. Il argue \u00e9galement que, conform\u00e9ment \u00e0 l\u2019article 130 de la loi no\u00a0298, le procureur g\u00e9n\u00e9ral de la R\u00e9publique d\u2019Ankara aurait d\u00fb transmettre l\u2019arr\u00eat de sa condamnation \u00e0 la pr\u00e9sidence de la Grande Assembl\u00e9e nationale de Turquie et non au CES.<\/p>\n<p>108. Le requ\u00e9rant indique que le juge H.A. \u00e9tait membre de la formation de la 9\u00e8me\u00a0chambre de la Cour de cassation ayant rendu l\u2019arr\u00eat du 22\u00a0mars 2011 et qu\u2019il \u00e9tait \u00e9galement membre de la formation du CES ayant rendu les d\u00e9cisions du 17 avril 2011 et du 21 avril 2011. Il indique aussi que le juge H.A. \u00e9tait \u00e9galement membre de la formation du CES ayant rendu les d\u00e9cisions du 9 juin 2011, du 10 juin 2011 et du 21\u00a0juin 2011. Il soutient qu\u2019il a fait l\u2019objet d\u2019un complot juridique, voire politique, puisque, selon ses dires, sa cause a \u00e9t\u00e9 abord\u00e9e en m\u00e9connaissance des r\u00e8gles r\u00e9gissant le traitement des affaires par le greffe de la Cour de cassation. En effet, selon lui, les autorit\u00e9s comp\u00e9tentes ont donn\u00e9 la priorit\u00e9 \u00e0 l\u2019examen de son dossier afin de l\u2019emp\u00eacher de se porter candidat aux \u00e9lections l\u00e9gislatives.<\/p>\n<p><em>2. Le Gouvernement<\/em><\/p>\n<p>109. Le Gouvernement indique que les arr\u00eats rendus au p\u00e9nal par la Cour de cassation ne sont pas notifi\u00e9s aux parties. En se r\u00e9f\u00e9rant aux faits de l\u2019esp\u00e8ce, il expose que l\u2019arr\u00eat de la haute juridiction en cause est devenu d\u00e9finitif le 22 mars 2011, soit \u00e0 la date \u00e0 laquelle la d\u00e9cision de la cour d\u2019assises sp\u00e9ciale a \u00e9t\u00e9 confirm\u00e9e. Il d\u00e9clare qu\u2019\u00e0 une date ant\u00e9rieure au 12\u00a0juin 2011, date des \u00e9lections l\u00e9gislatives, le requ\u00e9rant a \u00e9t\u00e9 condamn\u00e9 d\u00e9finitivement \u00e0 une peine d\u2019emprisonnement. Cette condamnation du requ\u00e9rant, constitutive d\u2019un emp\u00eachement \u00e0 l\u2019\u00e9lection de celui-ci, est devenue d\u00e9finitive le 22 mars 2011, soit \u00e0 la date du prononc\u00e9 de l\u2019arr\u00eat de la Cour de cassation ayant confirm\u00e9 l\u2019arr\u00eat de la juridiction du fond. En se r\u00e9f\u00e9rant \u00e0 l\u2019article 76 de la Constitution et \u00e0 l\u2019article 11 de la loi no\u00a02839, il dit que la condamnation d\u2019un candidat \u00e0 une peine d\u2019emprisonnement d\u00e9passant une certaine dur\u00e9e constitue un emp\u00eachement absolu \u00e0 se pr\u00e9senter \u00e0 des \u00e9lections l\u00e9gislatives. Ainsi, selon le Gouvernement, dans le cas du requ\u00e9rant, une fois la condamnation devenue d\u00e9finitive, ce dernier ne pouvait pas \u00eatre \u00e9lu comme parlementaire.<\/p>\n<p>110. Le Gouvernement soutient qu\u2019un fait survenant avant la date des \u00e9lections l\u00e9gislatives et constituant un emp\u00eachement \u00e0 l\u2019\u00e9ligibilit\u00e9 d\u2019un candidat peut \u00eatre examin\u00e9 apr\u00e8s la date \u00e0 laquelle la candidature est devenue d\u00e9finitive ou m\u00eame apr\u00e8s la date \u00e0 laquelle les \u00e9lections l\u00e9gislatives se sont tenues. Il ajoute que, selon l\u2019article 134 \u00a7 4 de la loi no\u00a0298, une candidature devenue d\u00e9finitive peut \u00eatre contest\u00e9e a posteriori pour certains motifs. Il pr\u00e9cise que ces motifs sont d\u00e9finis limitativement par l\u2019article\u00a0130 alin\u00e9a\u00a06 paragraphe 5 de la loi no 298 et l\u2019article 76 de la Constitution.<\/p>\n<p>111. En l\u2019esp\u00e8ce, le Gouvernement explique que la condamnation du requ\u00e9rant est devenue d\u00e9finitive avant la date de la tenue du scrutin, \u00e0 savoir le 22\u00a0mars 2011. Elle n\u2019avait pas pu \u00eatre inscrite sur le casier judiciaire p\u00e9nal du requ\u00e9rant lors de la proc\u00e9dure du d\u00e9p\u00f4t de sa candidature. Ainsi, si le motif pour lequel un candidat ne peut \u00eatre \u00e9lu d\u00e9put\u00e9 est ant\u00e9rieur \u00e0 son \u00e9lection, le CES est comp\u00e9tent et non l\u2019Assembl\u00e9e nationale. En l\u2019occurrence, le CES a conclu que le requ\u00e9rant ne remplissait plus les conditions requises pour \u00eatre \u00e9lu d\u00e9put\u00e9 \u00e0 la date de tenue du scrutin, \u00e0 savoir le 12 juin 2011. En se r\u00e9f\u00e9rant aux d\u00e9cisions no\u00a0371 et no\u00a071 du CES rendues respectivement le 16 mars 1999 et le 11 f\u00e9vrier 1996, le Gouvernement confirme que celui-ci a comp\u00e9tence pour annuler la validit\u00e9 d\u2019un proc\u00e8s-verbal de constat d\u2019\u00e9lection s\u2019il est contraire \u00e0 la loi. Il indique que selon l\u2019article 39 \u00a7 4 de la loi no\u00a02839, en cas d\u2019annulation du proc\u00e8s-verbal d\u2019\u00e9lection, le candidat suivant en lice est d\u00e9clar\u00e9 \u00e9lu.<\/p>\n<p>112. Toujours selon le Gouvernement, en ce qui concerne la situation du requ\u00e9rant, un obstacle est apparu avant que le requ\u00e9rant ne soit \u00e9lu d\u00e9put\u00e9. En effet, celui-ci existait d\u00e9j\u00e0 lors de la proc\u00e9dure de finalisation de la candidature du requ\u00e9rant. Le CES s\u2019est r\u00e9f\u00e9r\u00e9 \u00e0 l\u2019une des exceptions pr\u00e9vues \u00e0 l\u2019article 130 \u00a7 4 de la loi no\u00a0298, \u00e0 savoir la condamnation p\u00e9nale du requ\u00e9rant qui l\u2019emp\u00eachait d\u2019\u00eatre \u00e9lu comme d\u00e9put\u00e9. \u00c0 cet \u00e9gard, en se r\u00e9f\u00e9rant \u00e0 la d\u00e9cision du CES no\u00a0371 du 16 mars 1999 annulant le proc\u00e8s-verbal d\u2019\u00e9lection d\u2019un candidat \u00e9lu pour un fait ant\u00e9rieur \u00e0 son \u00e9lection pour n\u2019avoir pas accompli son service militaire, le Gouvernement explique que, conform\u00e9ment \u00e0 l\u2019article 79 de la Constitution, le CES est comp\u00e9tent pour examiner tout recours fond\u00e9 sur l\u2019article 130 \u00a7 4 de la loi no\u00a0298, m\u00eame apr\u00e8s le scrutin. La jurisprudence du CES est conforme avec les dispositions de la Constitution et de la loi. En revanche, si la pr\u00e9tendue irr\u00e9gularit\u00e9 l\u00e9gale est apparue apr\u00e8s la date du scrutin, le CES n\u2019est plus comp\u00e9tent. \u00c0 cet \u00e9gard, le Gouvernement cite la d\u00e9cision no\u00a01585 du CES rendue le 17\u00a0mai 1999 au sujet de Merve Safa Kavak\u00e7\u0131 (Kavak\u00e7\u0131 c.\u00a0Turquie, no\u00a071907\/01, 5 avril 2007). Celle-ci avait perdu la citoyennet\u00e9 turque apr\u00e8s avoir \u00e9t\u00e9 \u00e9lue d\u00e9put\u00e9. Le CES s\u2019\u00e9tait d\u00e9clar\u00e9 incomp\u00e9tent.<\/p>\n<p>113. Pour le Gouvernement, les conditions requises doivent \u00eatre remplies par tous les candidats \u00e0 la date des \u00e9lections l\u00e9gislatives, ind\u00e9pendamment de la finalisation de la liste des candidats et du nombre de voix obtenus. Le Gouvernement conclut en disant que le requ\u00e9rant ne remplissait pas l\u2019une de ces conditions et qu\u2019il n\u2019\u00e9tait donc pas \u00e9ligible \u00e0 la charge de d\u00e9put\u00e9 en raison de sa condamnation p\u00e9nale litigieuse, qui serait devenue d\u00e9finitive avant la date des \u00e9lections.<\/p>\n<p><strong>B. Appr\u00e9ciation de la Cour<\/strong><\/p>\n<p><em>1. Principes g\u00e9n\u00e9raux pertinents<\/em><\/p>\n<p>114. La Cour rappelle que la d\u00e9mocratie repr\u00e9sente un \u00e9l\u00e9ment fondamental de \u00ab l\u2019ordre public europ\u00e9en\u00a0\u00bb. Les droits garantis par l\u2019article\u00a03 du Protocole no 1 \u00e0 la Convention sont cruciaux pour l\u2019\u00e9tablissement et le maintien des fondements d\u2019une v\u00e9ritable d\u00e9mocratie r\u00e9gie par la pr\u00e9\u00e9minence du droit et rev\u00eatent donc dans le syst\u00e8me de la Convention une importance capitale (voir, parmi beaucoup d\u2019autres, Yumak et Sadak c.\u00a0Turquie [GC], no\u00a010226\/03, \u00a7 105, CEDH 2008, T\u0103nase c.\u00a0Moldova [GC], no\u00a07\/08, \u00a7\u00a0154, CEDH 2010, Mugemangango c.\u00a0Belgique [GC], no 310\/15, \u00a7 67, 10\u00a0juillet 2020, et Demirta\u015f, pr\u00e9cit\u00e9, \u00a7\u00a0382).<\/p>\n<p>115. La jurisprudence de la Cour fait la distinction entre l\u2019aspect actif des droits garantis par l\u2019article 3 du Protocole no 1 \u00e0 la Convention, qui a trait au droit de vote, et l\u2019aspect passif de ces droits, c\u2019est-\u00e0-dire le droit de se porter candidat aux \u00e9lections (Mathieu-Mohin et Clerfayt c.\u00a0Belgique, 2\u00a0mars 1987, \u00a7\u00a7\u00a046-51, s\u00e9rie A no 113, et \u017ddanoka c.\u00a0Lettonie [GC], no\u00a058278\/00, \u00a7\u00a7\u00a0105 et\u00a0106, CEDH 2006\u2011IV).<\/p>\n<p>116. S\u2019il est vrai que les \u00c9tats disposent d\u2019une grande marge d\u2019appr\u00e9ciation pour \u00e9tablir des conditions d\u2019\u00e9ligibilit\u00e9 in abstracto, le principe de l\u2019effectivit\u00e9 des droits exige que les d\u00e9cisions constatant le non\u2011respect de ces conditions dans le cas de tel ou tel candidat soient conformes \u00e0 un certain nombre de crit\u00e8res permettant d\u2019\u00e9viter l\u2019arbitraire (Parti conservateur russe des entrepreneurs et autres c.\u00a0Russie, nos\u00a055066\/00 et\u00a055638\/00, \u00a7 50, CEDH 2007, Podkolzina c. Lettonie, no\u00a046726\/99, \u00a7\u00a035, CEDH 2002-II, Melnitchenko c.\u00a0Ukraine, no 17707\/02, \u00a7 59, CEDH 2004\u2011X, Oran c.\u00a0Turquie, nos\u00a028881\/07 et\u00a037920\/07, \u00a7 54, 15 avril 2014, et Dicle et\u00a0Sadak, pr\u00e9cit\u00e9, \u00a7\u00a7\u00a087-88).<\/p>\n<p><em>2. Application de ces principes g\u00e9n\u00e9raux \u00e0 la pr\u00e9sente affaire<\/em><\/p>\n<p>117. La Cour rel\u00e8ve que la pr\u00e9sente affaire porte sur l\u2019aspect passif du droit de vote, c\u2019est-\u00e0-dire le droit de se porter candidat aux \u00e9lections. Elle observe que le requ\u00e9rant a d\u00e9pos\u00e9 devant le CES\u00a0son dossier de candidature aux \u00e9lections l\u00e9gislatives du 12\u00a0juin 2011 en tant que candidat ind\u00e9pendant, dans la circonscription \u00e9lectorale de Diyarbak\u0131r. Le CES a rejet\u00e9 puis accept\u00e9 la candidature du requ\u00e9rant. Puis, ce dernier a donn\u00e9 un proc\u00e8s-verbal d\u2019\u00e9lection, le 12 juin 2011 date du scrutin, comme d\u00e9put\u00e9 \u00e0 la Grande Assembl\u00e9e nationale de Turquie. Enfin, le 21\u00a0juin 2011, statuant sur une contestation form\u00e9e le 9 juin 2011, le CES a annul\u00e9 ce proc\u00e8s-verbal d\u2019\u00e9lection a posteriori au motif que sa condamnation au p\u00e9nal \u00e9tait devenue d\u00e9finitive le 22 mars 2011, date \u00e0 laquelle la Cour de cassation avait confirm\u00e9 la condamnation prononc\u00e9e en premi\u00e8re instance.<\/p>\n<p>118. Ainsi, pour ce qui est du droit de se pr\u00e9senter aux \u00e9lections l\u00e9gislatives, la d\u00e9marche adopt\u00e9e par la Cour se limite pour l\u2019essentiel \u00e0 v\u00e9rifier l\u2019absence d\u2019arbitraire dans les proc\u00e9dures internes conduisant \u00e0 priver un individu de l\u2019\u00e9ligibilit\u00e9 (voir, en particulier, \u017ddanoka, pr\u00e9cit\u00e9, \u00a7\u00a7\u00a0106-108 et\u00a0115). En effet, si l\u2019article 3 du Protocole no 1 ne contient pas une r\u00e9f\u00e9rence explicite \u00e0 la \u00ab\u00a0l\u00e9galit\u00e9\u00a0\u00bb de toute mesure prise par l\u2019\u00c9tat, la pr\u00e9\u00e9minence du droit, un des principaux fondamentaux d\u2019une soci\u00e9t\u00e9 d\u00e9mocratique, est une notion inh\u00e9rente \u00e0 l\u2019ensemble des articles de la Convention. Ce principe implique l\u2019obligation pour les \u00c9tats de mettre en place un cadre normatif assurant le respect des obligations d\u00e9coulant de la Convention en g\u00e9n\u00e9ral et de l\u2019article 3 du Protocole no 1 en particulier (Mugemangango, pr\u00e9cit\u00e9, \u00a7\u00a0109).<\/p>\n<p>119. En l\u2019esp\u00e8ce, la Cour note que lorsqu\u2019un candidat se pr\u00e9sente aux \u00e9lections l\u00e9gislatives l\u2019\u00c9tat d\u00e9fendeur distingue deux types de litiges qui rel\u00e8vent soit de la comp\u00e9tence du CES, dont les d\u00e9cisions sont d\u00e9finitives, soit de l\u2019Assembl\u00e9e nationale, sous le contr\u00f4le de la Cour constitutionnelle. Pour ce qui est des litiges concernant \u00ab\u00a0toutes les irr\u00e9gularit\u00e9s\u00a0\u00bb survenues \u00ab\u00a0pendant et apr\u00e8s les \u00e9lections\u00a0\u00bb, conform\u00e9ment \u00e0 l\u2019article 79 \u00a7 2 de la Constitution, le CES est comp\u00e9tent. En revanche, la Cour constitutionnelle est comp\u00e9tente pour statuer sur tout litige qui concerne l\u2019immunit\u00e9 ou la d\u00e9ch\u00e9ance du mandat d\u2019un parlementaire, conform\u00e9ment aux articles\u00a084 ou\u00a085 de la Constitution.<\/p>\n<p>120. La Cour rel\u00e8ve qu\u2019il ressort des observations des parties et des documents vers\u00e9s au dossier de l\u2019affaire que tant les dispositions de la Constitution relatives \u00e0 l\u2019in\u00e9ligibilit\u00e9 des d\u00e9put\u00e9s, en vertu de l\u2019article\u00a076\u00a0\u00a7\u00a02 de la Constitution, que les dispositions l\u00e9gislatives relatives aux conditions de non \u00e9ligibilit\u00e9 \u00e0 la charge de d\u00e9put\u00e9 (voir, par exemple, l\u2019article\u00a011 de la loi no\u00a02839, l\u2019article 130 de la loi no\u00a0298, l\u2019article 53 du code p\u00e9nal ou encore les articles 9 et 13\/A relatifs au casier judiciaire) pr\u00e9voient sans \u00e9quivoque de mani\u00e8re claire et pr\u00e9visible que \u00ab\u00a0toutes les irr\u00e9gularit\u00e9s\u00a0\u00bb survenues \u00ab\u00a0pendant et apr\u00e8s les \u00e9lections\u00a0\u00bb, conform\u00e9ment \u00e0 l\u2019article\u00a079\u00a0\u00a7\u00a02 de la Constitution, rel\u00e8vent de la comp\u00e9tence du CES. Pour la Cour, il ne fait pas de doute que le litige relatif \u00e0 l\u2019annulation du proc\u00e8s-verbal d\u2019\u00e9lection \u00e9tabli au nom du requ\u00e9rant, \u00e0 l\u2019issue du scrutin du 12\u00a0juin 2011, est un litige qui rel\u00e8ve de la comp\u00e9tence du CES.<\/p>\n<p>121. Ensuite, elle a pris note des arguments du Gouvernement relatifs aux diff\u00e9rents textes l\u00e9gislatifs en vigueur r\u00e9gissant les conditions requises pour la pr\u00e9sentation par un ressortissant national de sa candidature aux \u00e9lections l\u00e9gislatives, au regard de l\u2019article 3 du Protocole no\u00a01 \u00e0 la Convention. Elle rappelle \u00e0 ce propos l\u2019ample marge d\u2019appr\u00e9ciation dont disposent les \u00c9tats d\u00e9fendeurs (voir, notamment, les affaires Mohin et Clerfayt, et Podkolzina, pr\u00e9cit\u00e9es).<\/p>\n<p>122. Elle a \u00e9galement examin\u00e9 attentivement les diff\u00e9rentes d\u00e9cisions rendues par le CES pr\u00e9sent\u00e9es par les parties. Elle constate qu\u2019il ressort, tant de la d\u00e9cision no\u00a071 du 11 f\u00e9vrier 1996 que de la d\u00e9cision no\u00a0371 du 16\u00a0mars 1999 rendues par le CES, que ce dernier est comp\u00e9tent pour statuer sur les litiges survenus pendant et apr\u00e8s la tenue du scrutin. Les litiges examin\u00e9s par le CES concernent aussi bien des omissions de la part des candidats lorsqu\u2019ils ont pr\u00e9sent\u00e9 leurs dossiers de candidature aux \u00e9lections l\u00e9gislatives que des d\u00e9veloppements survenus avant ou apr\u00e8s le d\u00e9roulement du scrutin li\u00e9s \u00e0 des changements relatifs \u00e0 la situation civile (par exemple, d\u00e9c\u00e8s du candidat concern\u00e9) ou juridique (par exemple, condamnation p\u00e9nale d\u2019un candidat) des candidats qui ont \u00e9t\u00e9 d\u00e9clar\u00e9s \u00e9lus \u00e0 la suite de l\u2019\u00e9tablissement du proc\u00e8s-verbal d\u2019\u00e9lection par le CES. Dans ce contexte, la Cour souligne que la jurisprudence du CES est constante et pr\u00e9visible pour les litiges survenus pendant et apr\u00e8s le scrutin, conform\u00e9ment aux dispositions constitutionnelles et l\u00e9gislatives.<\/p>\n<p>123. Ensuite, la Cour adh\u00e8re \u00e0 l\u2019analyse du CES \u2013\u00a0d\u00e9velopp\u00e9e dans les d\u00e9cisions cit\u00e9es ci-dessus\u00a0\u2013 selon laquelle les proc\u00e9dures internes ayant conduit le requ\u00e9rant \u00e0 voir annuler son proc\u00e8s-verbal d\u2019\u00e9lection avaient un fondement juridique soumis au contr\u00f4le d\u2019une juridiction, \u00e0 savoir le CES, dont la comp\u00e9tence et la jurisprudence rendues pour de tels litiges sont constantes. Partant, elle en conclut que les assertions du requ\u00e9rant selon lesquelles seule la Grande Assembl\u00e9e nationale de Turquie \u00e9tait comp\u00e9tente pour annuler son proc\u00e8s-verbal d\u2019\u00e9lection, et non le CES, sont d\u00e9nu\u00e9es de fondement juridique (\u00e0 comparer avec Kavak\u00e7\u0131, pr\u00e9cit\u00e9, \u00a7\u00a7\u00a013-15).<\/p>\n<p>124. Cela \u00e9tant pos\u00e9, il convient \u00e0 pr\u00e9sent d\u2019examiner la d\u00e9marche entreprise par le requ\u00e9rant, au titre de l\u2019article de l\u2019article 3 du Protocole no\u00a01 \u00e0 la Convention, pour faire valoir son droit de se pr\u00e9senter comme candidat ind\u00e9pendant aux \u00e9lections l\u00e9gislatives du 12 juin 2011. La Cour note que la proc\u00e9dure de d\u00e9p\u00f4t de la candidature aux \u00e9lections l\u00e9gislatives est de nature d\u00e9clarative. Chaque candidat pr\u00e9sente un dossier de candidature contenant des pi\u00e8ces justificatives, qui sont v\u00e9rifi\u00e9es et approuv\u00e9es par le CES, conform\u00e9ment \u00e0 la loi \u00e9lectorale en vigueur. En l\u2019occurrence, la Cour observe que, lorsque le CES a accept\u00e9, le 29 avril 2011, la candidature du requ\u00e9rant, conform\u00e9ment \u00e0 la loi \u00e9lectorale en vigueur, la condamnation p\u00e9nale de l\u2019int\u00e9ress\u00e9 \u00e9tait devenue d\u00e9finitive depuis au moins le 22 mars 2011. D\u2019ailleurs, le requ\u00e9rant reconna\u00eet qu\u2019il a pris connaissance de l\u2019arr\u00eat prononc\u00e9 le 22\u00a0mars 2011 par la Cour de cassation dans sa cause le 14\u00a0avril 2011 et, au plus tard le 15 avril 2011, date \u00e0 laquelle il a form\u00e9 un recours en rectification de cet arr\u00eat devant la Cour de cassation.<\/p>\n<p>125. Par cons\u00e9quent, le requ\u00e9rant savait parfaitement que sa condamnation p\u00e9nale \u00e9tait devenue d\u00e9finitive et que, conform\u00e9ment \u00e0 la loi en vigueur, il ne pouvait pas se pr\u00e9senter comme candidat ind\u00e9pendant aux \u00e9lections l\u00e9gislatives du 12 juin 2011. Dans ce contexte, la Cour note qu\u2019il convient d\u2019examiner attentivement la chronologie des faits entre la date du 22\u00a0mars 2011 \u2013\u00a0date \u00e0 laquelle la Cour de cassation a rendu son arr\u00eat\u00a0\u2013 et celle du 21 juin 2011, date \u00e0 laquelle le proc\u00e8s-verbal d\u2019\u00e9lection du requ\u00e9rant a \u00e9t\u00e9 annul\u00e9 par le CES. Il ressort des observations des parties et des pi\u00e8ces vers\u00e9es au dossier de l\u2019affaire que le requ\u00e9rant a eu connaissance de l\u2019arr\u00eat de la Cour de cassation du 22\u00a0mars 2011 et qu\u2019il a form\u00e9 un recours en rectification de cet arr\u00eat devant la Cour de cassation. Cette voie de recours extraordinaire exerc\u00e9e par le requ\u00e9rant se termina le 11 mai 2011, date \u00e0 laquelle le procureur g\u00e9n\u00e9ral pr\u00e8s la Cour de cassation rejeta le recours en rectification. \u00c0 cet \u00e9gard, la Cour rappelle que le recours en rectification d\u2019arr\u00eat consacr\u00e9 par le droit p\u00e9nal national est une voie de recours extraordinaire qui ne constitue pas une voie de recours directement accessible aux justiciables (voir, entre autres, Erdo\u011fdu c.\u00a0Turquie, no\u00a025723\/94, \u00a7\u00a7 26 et 34, CEDH\u00a02000\u2011VI, \u00c7\u0131raklar c. Turquie, 28 octobre 1998, \u00a7\u00a7 29-32, Recueil 1998\u2011VII, et Bolkan Ak\u00e7i\u00e7ek c. Turquie (d\u00e9c.), no\u00a040965\/10, 18\u00a0octobre 2011). Il s\u2019ensuit que, dans les cas d\u2019arr\u00eats rendus au p\u00e9nal par la Cour de cassation, l\u2019exercice \u00e9ventuel de ce recours extraordinaire pr\u00e9vu par l\u2019article\u00a0308 du code de proc\u00e9dure p\u00e9nale ne joue aucun r\u00f4le \u00e0 cet \u00e9gard dans la mesure o\u00f9 il ne constitue pas un moyen de droit directement accessible au requ\u00e9rant (voir, pour approche similaire, Ba\u015f\u00f6z c.\u00a0Turquie (d\u00e9c.), no\u00a012405\/15, \u00a7\u00a035, 26 novembre 2019). La Cour en d\u00e9duit que, l\u2019arr\u00eat de condamnation du requ\u00e9rant \u00e9tant pass\u00e9 en force de chose jug\u00e9e le 22\u00a0mars 2011, il ne pouvait faire l\u2019objet d\u2019appel ni de recours en rectification d\u2019arr\u00eat. Le requ\u00e9rant aurait donc d\u00fb en informer le CES, ce qu\u2019il n\u2019a pourtant pas fait.<\/p>\n<p>126. Partant, eu \u00e9gard au fait que le requ\u00e9rant \u00e9tait repr\u00e9sent\u00e9 par un homme de loi et qu\u2019il \u00e9tait un homme politique exp\u00e9riment\u00e9 qui s\u2019\u00e9tait d\u00e9j\u00e0 pr\u00e9sent\u00e9 \u00e0 des \u00e9lections en tant que candidat ind\u00e9pendant, la Cour est d\u2019avis que le 21 avril 2011 \u2013\u00a0lorsqu\u2019il a contest\u00e9 la d\u00e9cision du CES ayant annul\u00e9 sa candidature\u00a0\u2013 l\u2019int\u00e9ress\u00e9 \u00e9tait en mesure de savoir qu\u2019il venait d\u2019\u00eatre condamn\u00e9 \u00e0 une peine d\u2019emprisonnement, sur le fondement de l\u2019article\u00a07\u00a0\u00a7\u00a02 de la loi no\u00a03713, par la cour d\u2019assises sp\u00e9ciale. Le requ\u00e9rant confirme d\u2019ailleurs qu\u2019il a pris connaissance de l\u2019arr\u00eat de la Cour de cassation le 14\u00a0avril 2011. C\u2019est pourquoi, la Cour n\u2019est pas convaincue par l\u2019argument du requ\u00e9rant selon lequel la proc\u00e9dure judiciaire engag\u00e9e \u00e0 son encontre n\u2019\u00e9tait pas termin\u00e9e au moment o\u00f9 il a pr\u00e9sent\u00e9 sa candidature. La Cour consid\u00e8re que la bonne foi de l\u2019int\u00e9ress\u00e9 au moment o\u00f9 il a d\u00e9pos\u00e9 sa candidature aux \u00e9lections l\u00e9gislatives du 12 juin 2011 \u00e9tait sujette \u00e0 caution.<\/p>\n<p>127. En cons\u00e9quence, l\u2019omission du requ\u00e9rant de transmettre une telle information \u2013\u00a0qui \u00e9tait connue de sa part depuis le 14 avril 2011\u00a0\u2013 au CES pose la cr\u00e9dibilit\u00e9 de ses d\u00e9clarations faites aupr\u00e8s des instances nationales comp\u00e9tentes et de la strat\u00e9gie qu\u2019il a adopt\u00e9e \u00e0 cette occasion. Pour la Cour, cette man\u0153uvre ou strat\u00e9gie adopt\u00e9e par le requ\u00e9rant a permis que sa candidature soit accept\u00e9e par le CES. Or, lors de la contestation de la d\u00e9cision du CES du 17 avril 2011, le requ\u00e9rant n\u2019explique pas la raison pour laquelle il n\u2019a pas divulgu\u00e9 au CES cette information pertinente et fondamentale pour l\u2019acceptation de sa candidature aux \u00e9lections l\u00e9gislatives du 12 juin 2011 (voir, mutatis mutandis, Gross c. Suisse [GC], no\u00a067810\/10, \u00a7\u00a028, CEDH\u00a02014).<\/p>\n<p>128. Enfin, la Cour a pris bonne note de l\u2019argument du requ\u00e9rant selon lequel un magistrat de la formation de la chambre p\u00e9nale de la Cour de cassation ayant approuv\u00e9 l\u2019arr\u00eat de condamnation prononc\u00e9 \u00e0 son encontre en premi\u00e8re instance \u00e9tait \u00e9galement membre de la formation du CES ayant valid\u00e9 puis annul\u00e9 son \u00e9lection. \u00c0 ce sujet, la Cour estime qu\u2019il n\u2019est pas opportun de se pencher plus avant ni de statuer sur les all\u00e9gations du requ\u00e9rant selon lesquelles il a fait l\u2019objet d\u2019un complot juridico-politique (Mugemangango, pr\u00e9cit\u00e9, \u00a7\u00a7\u00a071-73).<\/p>\n<p>129. \u00c0 la lumi\u00e8re de ces consid\u00e9rations, la Cour \u00e9met de s\u00e9rieux doute quant \u00e0 la strat\u00e9gie de l\u2019avocat du requ\u00e9rant qui a exerc\u00e9 une voie de recours extraordinaire. De plus, il n\u2019a pas transmis au CES l\u2019information selon laquelle il savait, depuis le 14 avril 2011, que sa condamnation p\u00e9nale \u00e9tait devenue d\u00e9finitive.<\/p>\n<p>130. Partant, dans les circonstances sp\u00e9cifiques des faits de l\u2019esp\u00e8ce et en vertu de la large marge d\u2019appr\u00e9ciation de l\u2019\u00c9tat d\u00e9fendeur dans le domaine des droits garantis par l\u2019article 3 du Protocole\u00a0no\u00a01 \u00e0 la Convention, la Cour estime qu\u2019il n\u2019y a pas eu atteinte au libre choix des \u00e9lecteurs, au sens de l\u2019article\u00a03 du Protocole no\u00a01 \u00e0 la Convention.<\/p>\n<p>131. Il n\u2019y a donc pas eu violation de cette disposition.<\/p>\n<p>III. SUR LES AUTRES VIOLATIONS ALL\u00c9GU\u00c9ES DE LA CONVENTION<\/p>\n<p>132. Le requ\u00e9rant se plaint d\u2019une violation de l\u2019article 14 de la Convention combin\u00e9 avec l\u2019article 3 du Protocole no\u00a01. L\u2019article 14 est ainsi libell\u00e9 dans sa partie pertinente\u00a0:<\/p>\n<p>\u00ab\u00a0La jouissance des droits et libert\u00e9s reconnus dans la (&#8230;) Convention doit \u00eatre assur\u00e9e, sans distinction aucune, fond\u00e9e notamment sur le sexe, la race, la couleur, la langue, la religion, les opinions politiques ou toutes autres opinions, l\u2019origine nationale ou sociale, l\u2019appartenance \u00e0 une minorit\u00e9 nationale, la fortune, la naissance ou toute autre situation.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p>133. Constatant que ce grief n\u2019est pas manifestement mal fond\u00e9 au sens de l\u2019article 35 \u00a7 3 a) de la Convention et qu\u2019il ne se heurte par ailleurs \u00e0 aucun autre motif d\u2019irrecevabilit\u00e9, la Cour le d\u00e9clare recevable.<\/p>\n<p>134. Le requ\u00e9rant r\u00e9it\u00e8re ses all\u00e9gations et conteste les arguments du Gouvernement.<\/p>\n<p>135. Le Gouvernement indique que la loi sur les \u00e9lections l\u00e9gislatives est appliqu\u00e9e \u00e9quitablement \u00e0 chaque citoyen. Il pr\u00e9cise que des crit\u00e8res fond\u00e9s sur la race, la couleur, le sexe ou l\u2019origine ethnique des candidats ne sont pas pris en consid\u00e9ration. \u00c0 ce sujet, il soumet \u00e0 la Cour une d\u00e9cision du Conseil \u00e9lectoral sup\u00e9rieur rendue en 1996 dans un cas similaire \u00e0 celui du requ\u00e9rant. Il ajoute que l\u2019annulation de l\u2019\u00e9lection du requ\u00e9rant r\u00e9sultait de l\u2019application de la loi, et non pas, par exemple, de l\u2019ex\u00e9cution d\u2019une d\u00e9cision discr\u00e9tionnaire de l\u2019administration.<\/p>\n<p>136. Pour qu\u2019un probl\u00e8me se pose au regard de l\u2019article 14, il doit y avoir une diff\u00e9rence dans le traitement de personnes plac\u00e9es dans des situations analogues ou comparables (Sejdi\u0107 et Finci c. Bosnie-Herz\u00e9govine [GC], nos\u00a027996\/06 et 34836\/06, \u00a7 42, CEDH 2009, et Konstantin Markin c.\u00a0Russie [GC], no 30078\/06, \u00a7 125, CEDH 2012 (extraits)). En d\u2019autres termes, l\u2019obligation de d\u00e9montrer l\u2019existence d\u2019une \u00ab\u00a0situation analogue\u00a0\u00bb n\u2019implique pas que les cat\u00e9gories compar\u00e9es doivent \u00eatre identiques. Un requ\u00e9rant doit d\u00e9montrer qu\u2019il se trouvait dans une situation comparable \u00e0 celle d\u2019autres personnes ayant re\u00e7u un traitement diff\u00e9rent, eu \u00e9gard \u00e0 la nature particuli\u00e8re de son grief (Clift c. Royaume-Uni, no 7205\/07, \u00a7 66, 13 juillet 2010).<\/p>\n<p>137. En l\u2019esp\u00e8ce, la Cour a conclu \u00e0 la non-violation de l\u2019article\u00a03 du Protocole no\u00a01 en prenant notamment en consid\u00e9ration le fait que, d\u2019une part, elle \u00e9mettait de s\u00e9rieux doutes quant \u00e0 la strat\u00e9gie de l\u2019avocat du requ\u00e9rant qui a exerc\u00e9 une voie de recours extraordinaire, et d\u2019autre part, qu\u2019il n\u2019avait pas transmis au CES l\u2019information selon laquelle il savait, depuis le 14\u00a0avril 2011, que sa condamnation p\u00e9nale \u00e9tait devenue d\u00e9finitive. Par cons\u00e9quent, l\u2019annulation du proc\u00e8s-verbal d\u2019\u00e9lection du requ\u00e9rant par le CES ne constituait pas une diff\u00e9rence de traitement fond\u00e9e sur sa race ou son origine ethnique, au sens de l\u2019article 14 de la Convention.<\/p>\n<p>138. Partant, il n\u2019y a pas eu violation de l\u2019article\u00a014 de la Convention combin\u00e9 avec l\u2019article\u00a03 du Protocole no\u00a01.<\/p>\n<p><strong>PAR CES MOTIFS, LA COUR, \u00c0 L\u2019UNANIMIT\u00c9,<\/strong><\/p>\n<p>1. D\u00e9clare la requ\u00eate recevable\u00a0;<\/p>\n<p>2. Dit qu\u2019il n\u2019y a pas eu violation de l\u2019article 10 de la Convention\u00a0;<\/p>\n<p>3. Dit qu\u2019il n\u2019y a pas eu violation de l\u2019article 3 du Protocole no\u00a01\u00a0;<\/p>\n<p>4. Dit qu\u2019il n\u2019y a pas eu violation de l\u2019article 14 de la Convention combin\u00e9 avec l\u2019article 3 du Protocole no\u00a01\u00a0;<\/p>\n<p>Fait en fran\u00e7ais, puis communiqu\u00e9 par \u00e9crit le 8 f\u00e9vrier 2022, en application de l\u2019article\u00a077\u00a0\u00a7\u00a7\u00a02 et\u00a03 du r\u00e8glement.<\/p>\n<p>Stanley Naismith \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 Jon Fridrik Kj\u00f8lbro<br \/>\nGreffier \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0Pr\u00e9sident<\/p>\n<div class=\"social-share-buttons\"><a href=\"https:\/\/www.facebook.com\/sharer\/sharer.php?u=https:\/\/loisdumonde.com\/?p=1260\" target=\"_blank\" rel=\"noopener\">Facebook<\/a><a href=\"https:\/\/twitter.com\/intent\/tweet?url=https:\/\/loisdumonde.com\/?p=1260&text=AFFAIRE+DICLE+c.+TURQUIE+%28Cour+europ%C3%A9enne+des+droits+de+l%E2%80%99homme%29+53915%2F11\" target=\"_blank\" rel=\"noopener\">Twitter<\/a><a href=\"https:\/\/www.linkedin.com\/shareArticle?url=https:\/\/loisdumonde.com\/?p=1260&title=AFFAIRE+DICLE+c.+TURQUIE+%28Cour+europ%C3%A9enne+des+droits+de+l%E2%80%99homme%29+53915%2F11\" target=\"_blank\" rel=\"noopener\">LinkedIn<\/a><a href=\"https:\/\/pinterest.com\/pin\/create\/button\/?url=https:\/\/loisdumonde.com\/?p=1260&description=AFFAIRE+DICLE+c.+TURQUIE+%28Cour+europ%C3%A9enne+des+droits+de+l%E2%80%99homme%29+53915%2F11\" target=\"_blank\" rel=\"noopener\">Pinterest<\/a><\/div>","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>La pr\u00e9sente requ\u00eate concerne la condamnation p\u00e9nale du requ\u00e9rant pour avoir fait la propagande de l\u2019organisation terroriste PKK (Parti des travailleurs du Kurdistan, une organisation ill\u00e9gale arm\u00e9e) FacebookTwitterLinkedInPinterest<\/p>\n<p class=\"more-link-p\"><a class=\"more-link\" href=\"https:\/\/loisdumonde.com\/?p=1260\">Read more &rarr;<\/a><\/p>\n","protected":false},"author":1,"featured_media":0,"comment_status":"open","ping_status":"open","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"_lmt_disableupdate":"","_lmt_disable":"","footnotes":""},"categories":[1],"tags":[],"class_list":["post-1260","post","type-post","status-publish","format-standard","hentry","category-cour-europeenne-des-droits-de-lhomme"],"modified_by":"loisdumonde","_links":{"self":[{"href":"https:\/\/loisdumonde.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/1260","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/loisdumonde.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/loisdumonde.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/loisdumonde.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/users\/1"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/loisdumonde.com\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcomments&post=1260"}],"version-history":[{"count":1,"href":"https:\/\/loisdumonde.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/1260\/revisions"}],"predecessor-version":[{"id":1261,"href":"https:\/\/loisdumonde.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/1260\/revisions\/1261"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/loisdumonde.com\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fmedia&parent=1260"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/loisdumonde.com\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcategories&post=1260"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/loisdumonde.com\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Ftags&post=1260"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}