{"id":1258,"date":"2022-02-08T14:25:25","date_gmt":"2022-02-08T14:25:25","guid":{"rendered":"https:\/\/loisdumonde.com\/?p=1258"},"modified":"2022-02-08T14:25:25","modified_gmt":"2022-02-08T14:25:25","slug":"affaire-plazzi-c-suisse-cour-europeenne-des-droits-de-lhomme-44101-18","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/loisdumonde.com\/?p=1258","title":{"rendered":"AFFAIRE PLAZZI c. SUISSE (Cour europ\u00e9enne des droits de l\u2019homme) 44101\/18"},"content":{"rendered":"<p>La requ\u00eate concerne le droit du requ\u00e9rant de s\u2019opposer, devant un tribunal national, \u00e0 la d\u00e9cision de l\u2019Autorit\u00e9 de protection de l\u2019enfant et de l\u2019adulte (APEA), qui a confi\u00e9 la garde exclusive<!--more--> de sa fille \u00e0 la m\u00e8re, a autoris\u00e9 le transfert du domicile de l\u2019enfant \u00e0 l\u2019\u00e9tranger et a d\u00e9cid\u00e9 de l\u2019absence d\u2019effet suspensif d\u2019un \u00e9ventuel recours. Suite au d\u00e9m\u00e9nagement de la m\u00e8re et l\u2019enfant, les juridictions suisses se sont d\u00e9clar\u00e9es incomp\u00e9tentes pour traiter du recours du requ\u00e9rant au fond et d\u00e9cider du r\u00e9tablissement de l\u2019effet suspensif, car le transfert du domicile de l\u2019enfant \u00e0 la Principaut\u00e9 de Monaco a aussi entra\u00een\u00e9 le transfert de la comp\u00e9tence internationale \u00e0 cet \u00c9tat.<\/p>\n<hr \/>\n<p style=\"text-align: center;\">TROISI\u00c8ME SECTION<br \/>\n<strong>AFFAIRE PLAZZI c. SUISSE<\/strong><br \/>\n<em>(Requ\u00eate no 44101\/18)<\/em><br \/>\nARR\u00caT<\/p>\n<p>Art 6 \u00a7 1 (civil) \u2022 Acc\u00e8s \u00e0 un tribunal \u2022 D\u00e9cision d\u2019une autorit\u00e9 administrative de retirer l\u2019effet suspensif du recours du p\u00e8re, suivi du d\u00e9part \u00e0 l\u2019\u00e9tranger de l\u2019enfant avec sa m\u00e8re, ayant entra\u00een\u00e9 l\u2019incomp\u00e9tence des tribunaux nationaux \u2022 Transfert de la comp\u00e9tence internationale \u00e0 l\u2019\u00c9tat de destination \u2022 Exclusion d\u2019un contr\u00f4le effectif ult\u00e9rieur d\u2019un organe judiciaire de pleine juridiction national \u2022 N\u00e9cessit\u00e9 de pr\u00e9voir la possibilit\u00e9 de s\u2019adresser \u00e0 un juge avant l\u2019entr\u00e9e en vigueur du retrait de l\u2019effet suspensif dans des proc\u00e9dures relevant du droit de la famille \u2022 Raison de l\u2019urgence invoqu\u00e9e pas assez grave pour justifier l\u2019absence d\u2019une telle possibilit\u00e9 \u2022 Proportionnalit\u00e9<\/p>\n<p style=\"text-align: center;\">STRASBOURG<br \/>\n8 f\u00e9vrier 2022<\/p>\n<p>Cet arr\u00eat deviendra d\u00e9finitif dans les conditions d\u00e9finies \u00e0 l\u2019article 44 \u00a7 2 de la Convention. Il peut subir des retouches de forme.<\/p>\n<p><strong>En l\u2019affaire Plazzi c. Suisse,<\/strong><\/p>\n<p>La Cour europ\u00e9enne des droits de l\u2019homme (troisi\u00e8me section), si\u00e9geant en une Chambre compos\u00e9e de\u00a0:<\/p>\n<p>Georges Ravarani, pr\u00e9sident,<br \/>\nGeorgios A. Serghides,<br \/>\nMar\u00eda El\u00f3segui,<br \/>\nDarian Pavli,<br \/>\nAnja Seibert-Fohr,<br \/>\nPeeter Roosma,<br \/>\nAndreas Z\u00fcnd, juges,<br \/>\net de Milan Bla\u0161ko, greffier de section,<\/p>\n<p>Vu\u00a0:<\/p>\n<p>la requ\u00eate (no\u00a044101\/18) dirig\u00e9e contre la Conf\u00e9d\u00e9ration suisse et dont un ressortissant de cet \u00c9tat, M. Federico Plazzi (\u00ab\u00a0le requ\u00e9rant\u00a0\u00bb) a saisi la Cour en vertu de l\u2019article\u00a034 de la Convention de sauvegarde des droits de l\u2019homme et des libert\u00e9s fondamentales (\u00ab\u00a0la Convention\u00a0\u00bb) le\u00a010\u00a0septembre\u00a02018,<\/p>\n<p>la d\u00e9cision de porter la requ\u00eate \u00e0 la connaissance du gouvernement suisse (\u00ab\u00a0le Gouvernement\u00a0\u00bb),<\/p>\n<p>les observations des parties,<\/p>\n<p>Apr\u00e8s en avoir d\u00e9lib\u00e9r\u00e9 en chambre du conseil les\u00a030 novembre 2021 et 11\u00a0janvier 2022,<\/p>\n<p>Rend l\u2019arr\u00eat que voici, adopt\u00e9 \u00e0 cette derni\u00e8re date\u00a0:<\/p>\n<p><strong>INTRODUCTION<\/strong><\/p>\n<p>1. La requ\u00eate concerne le droit du requ\u00e9rant de s\u2019opposer, devant un tribunal national, \u00e0 la d\u00e9cision de l\u2019Autorit\u00e9 de protection de l\u2019enfant et de l\u2019adulte (APEA), qui a confi\u00e9 la garde exclusive de sa fille \u00e0 la m\u00e8re, a autoris\u00e9 le transfert du domicile de l\u2019enfant \u00e0 l\u2019\u00e9tranger et a d\u00e9cid\u00e9 de l\u2019absence d\u2019effet suspensif d\u2019un \u00e9ventuel recours. Suite au d\u00e9m\u00e9nagement de la m\u00e8re et l\u2019enfant, les juridictions suisses se sont d\u00e9clar\u00e9es incomp\u00e9tentes pour traiter du recours du requ\u00e9rant au fond et d\u00e9cider du r\u00e9tablissement de l\u2019effet suspensif, car le transfert du domicile de l\u2019enfant \u00e0 la Principaut\u00e9 de Monaco a aussi entra\u00een\u00e9 le transfert de la comp\u00e9tence internationale \u00e0 cet \u00c9tat.<\/p>\n<p><strong>EN FAIT<\/strong><\/p>\n<p>2. Le requ\u00e9rant est n\u00e9 en\u00a01969 et r\u00e9side \u00e0 Paradiso en Suisse. Il est repr\u00e9sent\u00e9 par Me\u00a0B. Nascimbene, avocat.<\/p>\n<p>3. Le Gouvernement a \u00e9t\u00e9 repr\u00e9sent\u00e9 par son agent, M. A. Chablais, de l\u2019Office f\u00e9d\u00e9ral de la justice.<\/p>\n<p>4. V.R., la fille du requ\u00e9rant et de D.R., est n\u00e9e en\u00a02013, en Suisse. \u00c0 ce moment, le requ\u00e9rant et D.R. vivaient s\u00e9par\u00e9ment, \u00e0 Lugano, en Suisse. Le requ\u00e9rant reconnut la paternit\u00e9 de V.R. dans le mois suivant sa naissance.<\/p>\n<p>5. Par d\u00e9cision du 24\u00a0ao\u00fbt\u00a02017, l\u2019APEA attribua la garde exclusive de V.R. \u00e0 D.R. et le d\u00e9placement de sa r\u00e9sidence habituelle \u00e0 la Principaut\u00e9 de Monaco et retira l\u2019effet suspensif \u00e0 un \u00e9ventuel recours contre sa d\u00e9cision en application de l\u2019article\u00a0450c du code civil.<\/p>\n<p>6. Dans ses consid\u00e9rations concernant l\u2019effet suspensif, l\u2019APEA souhaita \u00e9viter qu\u2019un \u00e9ventuel recours e\u00fbt plac\u00e9 V.R. dans une situation de forte incertitude si D.R. avait n\u00e9anmoins d\u00e9m\u00e9nag\u00e9 \u00e0 la Principaut\u00e9 de Monaco. En effet, m\u00eame si l\u2019effet suspensif avait \u00e9t\u00e9 maintenu, D.R. restait libre de d\u00e9m\u00e9nager avant la fin d\u2019une \u00e9ventuelle proc\u00e9dure de recours puisque son lieu de r\u00e9sidence ne faisait pas l\u2019objet de la d\u00e9cision de l\u2019APEA et que son propre d\u00e9m\u00e9nagement n\u2019\u00e9tait pas soumis \u00e0 une autorisation. En outre, le d\u00e9sir de d\u00e9m\u00e9nagement de D.R. \u00e0 la Principaut\u00e9 de Monaco \u00e9tait annonc\u00e9 depuis plus d\u2019un an dans sa requ\u00eate \u00e0 l\u2019APEA du\u00a024\u00a0mars\u00a02016 lors de laquelle D.R. avait demand\u00e9 la garde exclusive de V.R. et l\u2019autorisation de transf\u00e9rer la r\u00e9sidence habituelle de celle-ci \u00e0 la Principaut\u00e9 de Monaco \u00e0 partir de\u00a0septembre\u00a02016. En outre, le\u00a028\u00a0mai\u00a02015, D.R. avait \u00e9pous\u00e9 M.M. qui avait sa r\u00e9sidence \u00e0 la Principaut\u00e9 de Monaco et leur fille Me.M. \u00e9tait n\u00e9e en f\u00e9vrier\u00a02017. D.R. souhaitait donc rejoindre son \u00e9poux, avec lequel elle avait fond\u00e9 une nouvelle famille. Aussi, V.R. \u00e9tait inscrite \u00e0 l\u2019\u00e9cole maternelle de la Principaut\u00e9 de Monaco et elle devait y d\u00e9buter sa scolarit\u00e9 en\u00a0septembre\u00a02017 (qu\u2019elle entama le\u00a04\u00a0septembre\u00a02017).<\/p>\n<p>7. Le vendredi 25\u00a0ao\u00fbt\u00a02017, la d\u00e9cision fut notifi\u00e9e et D.R. notifia \u00e0 l\u2019Office du contr\u00f4le de la population son d\u00e9part pour la Principaut\u00e9 de Monaco et fut donc effac\u00e9e du registre de l\u2019\u00e9tat civil communal. D.R. d\u00e9m\u00e9nagea le jour m\u00eame avec V.R. et le requ\u00e9rant n\u2019eut pas connaissance de ce d\u00e9m\u00e9nagement.<\/p>\n<p>8. Le requ\u00e9rant contesta la d\u00e9cision de l\u2019APEA le mardi 29\u00a0ao\u00fbt\u00a02017, faisant parvenir son recours au Tribunal d\u2019appel par fax et courrier postal. Concernant l\u2019effet suspensif, il demanda qu\u2019il soit r\u00e9tabli par une d\u00e9cision superprovisionnelle urgente. Sur le fond, il conclut \u00e0 ce que la garde soit attribu\u00e9e aux deux parents de mani\u00e8re altern\u00e9e et, subsidiairement, \u00e0 lui seul, que le d\u00e9placement de la r\u00e9sidence habituelle de V.R. soit refus\u00e9 et que le nom de famille de cette derni\u00e8re soit chang\u00e9 en Plazzi.<\/p>\n<p>9. Le Tribunal d\u2019appel ne restitua pas l\u2019effet suspensif du recours, tout en mentionnant qu\u2019il convenait de sensibiliser les autorit\u00e9s de protection \u00e0 toujours effectuer une mise en balance scrupuleuse des int\u00e9r\u00eats en pr\u00e9sence avant de supprimer l\u2019effet suspensif d\u2019un \u00e9ventuel recours. Par un arr\u00eat du\u00a017\u00a0octobre\u00a02017, il constata qu\u2019il n\u2019\u00e9tait plus comp\u00e9tent pour se prononcer sur le recours au regard du transfert de la r\u00e9sidence habituelle de l\u2019enfant \u00e0 la Principaut\u00e9 de Monaco ayant entra\u00een\u00e9 le transfert de la comp\u00e9tence internationale \u00e0 cet \u00c9tat, en application de l\u2019article\u00a05 alin\u00e9a\u00a02 de la Convention de La Haye du 19\u00a0octobre\u00a01996 (Convention de La Haye de\u00a01996) concernant la comp\u00e9tence, la loi applicable, la reconnaissance, l\u2019inex\u00e9cution et la coop\u00e9ration en mati\u00e8re de responsabilit\u00e9 parentale et de mesures de protection des enfants, suite au d\u00e9m\u00e9nagement de D.R. le\u00a025\u00a0ao\u00fbt\u00a02017. Le recours fut ainsi d\u00e9clar\u00e9 irrecevable.<\/p>\n<p>10. Le 24\u00a0novembre\u00a02017, le requ\u00e9rant recourut contre ce jugement aupr\u00e8s du Tribunal f\u00e9d\u00e9ral. Il invoqua l\u2019article\u00a06 de la Convention pour se plaindre du raisonnement arbitraire du Tribunal d\u2019appel qui n\u2019avait pas restitu\u00e9 l\u2019effet suspensif et n\u2019avait pas statu\u00e9 au fond. Le requ\u00e9rant invoqua les\u00a0articles\u00a029a et\u00a030 de la Constitution (paragraphe\u00a012 ci-dessous) et l\u2019article\u00a06 de la Convention pour se plaindre de l\u2019impossibilit\u00e9 de saisir un tribunal national compte tenu du d\u00e9part imm\u00e9diat de l\u2019enfant le jour m\u00eame de la notification de la d\u00e9cision de l\u2019APEA, autorit\u00e9 administrative, ayant autoris\u00e9 le transfert du domicile de sa fille \u00e0 l\u2019\u00e9tranger, au domicile de sa m\u00e8re, qui avait entra\u00een\u00e9 le transfert de la comp\u00e9tence internationale \u00e0 cet \u00c9tat, et d\u00e9cid\u00e9 de l\u2019absence d\u2019effet suspensif d\u2019un \u00e9ventuel recours. Il invoqua aussi l\u2019article\u00a013 combin\u00e9 avec l\u2019article\u00a08 de la Convention et l\u2019article\u00a0301a du code civil (paragraphe\u00a013 ci-dessous) pour se plaindre de l\u2019absence d\u2019un recours effectif en Suisse. Enfin, il se plaignit au regard du droit de la famille, de l\u2019ill\u00e9galit\u00e9 de la r\u00e9sidence de sa fille mineure qui \u00e9tait devenue habituelle \u00e0 la Principaut\u00e9 de Monaco d\u00e8s le 25\u00a0ao\u00fbt\u00a02017 et du transfert imm\u00e9diat de la comp\u00e9tence internationale \u00e0 cet \u00c9tat.<\/p>\n<p>11. Par un arr\u00eat du 12\u00a0mars\u00a02018, le Tribunal f\u00e9d\u00e9ral confirma l\u2019appr\u00e9ciation du Tribunal d\u2019appel en constatant que les autorit\u00e9s suisses n\u2019avaient plus la comp\u00e9tence internationale pour se prononcer (paragraphe\u00a09 ci-dessus) et rejeta le recours dans la mesure o\u00f9 il \u00e9tait recevable. Le Tribunal f\u00e9d\u00e9ral mentionna cependant que dans des cas tels celui de l\u2019esp\u00e8ce, l\u2019effet suspensif ne devait \u00eatre supprim\u00e9 que dans des cas exceptionnels, afin d\u2019\u00e9viter la perte de comp\u00e9tence des autorit\u00e9s suisses par suite du d\u00e9m\u00e9nagement imm\u00e9diat de l\u2019enfant \u00e0 l\u2019\u00e9tranger (consid.\u00a03.4).<\/p>\n<p><strong>LE CADRE JURIDIQUE PERTINENT<\/strong><\/p>\n<p>I. LE DROIT INTERNE PERTINENT<\/p>\n<p>12. La Constitution f\u00e9d\u00e9rale de la Conf\u00e9d\u00e9ration suisse du 18\u00a0avril\u00a01999 (\u00ab\u00a0la Constitution f\u00e9d\u00e9rale\u00a0\u00bb, Recueil syst\u00e9matique du droit f\u00e9d\u00e9ral suisse (\u00ab\u00a0RS\u00a0\u00bb)\u00a0101)\u00a0:<\/p>\n<p style=\"text-align: center;\">Article\u00a029a \u2013 Garantie de l\u2019acc\u00e8s au juge<\/p>\n<p>\u00ab\u00a01 Toute personne a droit \u00e0 ce que sa cause soit jug\u00e9e par une autorit\u00e9 judiciaire. La Conf\u00e9d\u00e9ration et les cantons peuvent, par la loi, exclure l\u2019acc\u00e8s au juge dans des cas exceptionnels.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p style=\"text-align: center;\">Article\u00a030 \u2013 Garantie de proc\u00e9dure judiciaire<\/p>\n<p>\u00ab\u00a01 Toute personne dont la cause doit \u00eatre jug\u00e9e dans une proc\u00e9dure judiciaire a droit \u00e0 ce que sa cause soit port\u00e9e devant un tribunal \u00e9tabli par la loi, comp\u00e8tent, ind\u00e9pendant et impartial. Les tribunaux d\u2019exception sont interdits.<\/p>\n<p>2 La personne qui fait l\u2019objet d\u2019une action civile a droit \u00e0 ce que sa cause soit port\u00e9e devant le tribunal de son domicile. La loi peut pr\u00e9voir un autre for.<\/p>\n<p>(&#8230;).\u00a0\u00bb<\/p>\n<p>13. Le code civil suisse du 10\u00a0d\u00e9cembre\u00a01907 (RS\u00a0210) en vigueur \u00e0 l\u2019\u00e9poque des faits\u00a0:<\/p>\n<p style=\"text-align: center;\">Article\u00a0298d \u2013 Faits nouveaux<\/p>\n<p>\u00ab\u00a01 \u00c0 la requ\u00eate de l\u2019un des parents ou de l\u2019enfant ou encore d\u2019office, l\u2019autorit\u00e9 de protection de l\u2019enfant modifie l\u2019attribution de l\u2019autorit\u00e9 parentale lorsque des faits nouveaux importants le commandent pour le bien de l\u2019enfant.<\/p>\n<p>2 Elle peut aussi se limiter \u00e0 statuer sur la garde de l\u2019enfant, les relations personnelles ou la participation de chaque parent \u00e0 sa prise en charge.<\/p>\n<p>(&#8230;).\u00a0\u00bb<\/p>\n<p style=\"text-align: center;\">Article\u00a0301a \u2013 D\u00e9termination du lieu de r\u00e9sidence<\/p>\n<p>\u00ab\u00a01 L\u2019autorit\u00e9 parentale inclut le droit de d\u00e9terminer le lieu de r\u00e9sidence de l\u2019enfant.<\/p>\n<p>2 Un parent exer\u00e7ant conjointement l\u2019autorit\u00e9 parentale ne peut modifier le lieu de r\u00e9sidence de l\u2019enfant qu\u2019avec l\u2019accord de l\u2019autre parent ou sur d\u00e9cision du juge ou de l\u2019autorit\u00e9 de protection de l\u2019enfant dans les cas suivants\u00a0:<\/p>\n<p>a. le nouveau lieu de r\u00e9sidence se trouve \u00e0 l\u2019\u00e9tranger\u00a0;<\/p>\n<p>b. le d\u00e9m\u00e9nagement a des cons\u00e9quences importantes pour l\u2019exercice de l\u2019autorit\u00e9 parentale par l\u2019autre parent et pour les relations personnelles.<\/p>\n<p>(&#8230;)<\/p>\n<p>5 Si besoin est, les parents s\u2019entendent, dans le respect du bien de l\u2019enfant, pour adapter le r\u00e9gime de l\u2019autorit\u00e9 parentale, la garde, les relations personnelles et la contribution d\u2019entretien. S\u2019ils ne peuvent pas s\u2019entendre, la d\u00e9cision appartient au juge ou \u00e0 l\u2019autorit\u00e9 de protection de l\u2019enfant.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p style=\"text-align: center;\">Article\u00a0314 \u2013 G\u00e9n\u00e9ral<\/p>\n<p>\u00ab\u00a01 Les dispositions de la proc\u00e9dure devant l\u2019autorit\u00e9 de protection de l\u2019adulte sont applicables par analogie.<\/p>\n<p>(&#8230;)\u00a0\u00bb<\/p>\n<p>Article\u00a0450 \u2013 Objet du recours et qualit\u00e9 pour recourir<\/p>\n<p>\u00ab\u00a01 Les d\u00e9cisions de l\u2019autorit\u00e9 de protection de l\u2019adulte peuvent faire l\u2019objet d\u2019un recours devant le juge comp\u00e8tent.<\/p>\n<p>(&#8230;)\u00a0\u00bb<\/p>\n<p style=\"text-align: center;\">Article\u00a0450a \u2013 Motifs<\/p>\n<p>\u00ab\u00a01 Le recours peut \u00eatre form\u00e9 pour\u00a0:<\/p>\n<p>1. violation du droit\u00a0;<\/p>\n<p>2. constatation fausse ou incompl\u00e8te des faits pertinents\u00a0;<\/p>\n<p>3. inopportunit\u00e9 de la d\u00e9cision.<\/p>\n<p>(&#8230;)\u00a0\u00bb<\/p>\n<p style=\"text-align: center;\">Article\u00a0450c \u2013 Effet suspensif<\/p>\n<p>\u00ab\u00a0Le recours est suspensif, \u00e0 moins que l\u2019autorit\u00e9 de protection de l\u2019adulte ou l\u2019instance judiciaire de recours n\u2019en d\u00e9cide autrement.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p>14. L\u2019article\u00a0265 du code de proc\u00e9dure civile suisse (CPC) du\u00a019\u00a0d\u00e9cembre\u00a02008 r\u00e8glemente les mesures superprovisionnelles\u00a0:<\/p>\n<p>\u00ab\u00a01 En cas d\u2019urgence particuli\u00e8re, notamment lorsqu\u2019il y a risque d\u2019entrave \u00e0 leur ex\u00e9cution, le tribunal peut ordonner des mesures provisionnelles imm\u00e9diatement, sans entendre la partie adverse.<\/p>\n<p>2 Le tribunal cite en m\u00eame temps les parties \u00e0 une audience qui doit avoir lieu sans d\u00e9lai ou impartit \u00e0 la partie adverse un d\u00e9lai pour se prononcer par \u00e9crit. Apr\u00e8s avoir entendu la partie adverse\u00a0; le tribunal statue sur la requ\u00eate sans d\u00e9lai<\/p>\n<p>(&#8230;)\u00a0\u00bb<\/p>\n<p>15. La loi de la R\u00e9publique et du canton du Tessin concernant l\u2019organisation et la proc\u00e9dure en mati\u00e8re de protection de l\u2019enfant et de l\u2019adulte du 8\u00a0mars\u00a01999 (ci\u2011apr\u00e8s LPMA)\u00a0:<\/p>\n<p style=\"text-align: center;\">Article\u00a02 \u2013 Exercice<\/p>\n<p>\u00ab\u00a0L\u2019autorit\u00e9 de protection des enfants et des adultes est exerc\u00e9e par l\u2019autorit\u00e9 r\u00e9gionale de protection. L\u2019instance judiciaire de recours est la Chambre de protection du tribunal d\u2019appel, faisant \u00e9galement office, en si\u00e8ge unique cantonal, d\u2019autorit\u00e9 de contr\u00f4le.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p>II. LE DROIT INTERNATIONAL PERTINENT<\/p>\n<p>16. Les dispositions pertinentes de la Convention du 19\u00a0octobre\u00a01996 concernant la comp\u00e9tence, la loi applicable, la reconnaissance, l\u2019ex\u00e9cution et la coop\u00e9ration en mati\u00e8re de responsabilit\u00e9 parentale et de mesures de protection des enfants, adopt\u00e9e dans le cadre de la Conf\u00e9rence de La Haye de Droit international priv\u00e9 (Convention de la Haye de\u00a01996), ratifi\u00e9e par la Suisse le 27\u00a0mars\u00a02009 et entr\u00e9e en vigueur le 1er\u00a0juillet\u00a02009, se lisent comme suit\u00a0:<\/p>\n<p style=\"text-align: center;\">Article\u00a05<\/p>\n<p>\u00ab\u00a01. Les autorit\u00e9s, tant judiciaires qu\u2019administratives, de l\u2019\u00c9tat contractant de la r\u00e9sidence habituelle de l\u2019enfant sont comp\u00e9tentes pour prendre des mesures tendant \u00e0 la protection de sa personne ou de ses biens.<\/p>\n<p>2. Sous r\u00e9serve de l\u2019article\u00a07, en cas de changement de r\u00e9sidence habituelle de l\u2019enfant dans un autre \u00c9tat contractant, sont comp\u00e9tentes les autorit\u00e9s de l\u2019\u00c9tat de la nouvelle r\u00e9sidence habituelle. \u00bb<\/p>\n<p style=\"text-align: center;\">Article\u00a07<\/p>\n<p>\u00ab\u00a01. En cas de d\u00e9placement ou de non-retour illicite de l\u2019enfant, les autorit\u00e9s de l\u2019\u00c9tat contractant dans lequel l\u2019enfant avait sa r\u00e9sidence habituelle imm\u00e9diatement avant son d\u00e9placement ou son non-retour conservent leur comp\u00e9tence jusqu\u2019au moment o\u00f9 l\u2019enfant a acquis une r\u00e9sidence habituelle dans un autre \u00c9tat et que :<\/p>\n<p>(&#8230;)<\/p>\n<p>3. Tant que les autorit\u00e9s mentionn\u00e9es au paragraphe premier conservent leur comp\u00e9tence, les autorit\u00e9s de l\u2019\u00c9tat contractant o\u00f9 l\u2019enfant a \u00e9t\u00e9 d\u00e9plac\u00e9 ou retenu ne peuvent prendre que les mesures urgentes n\u00e9cessaires \u00e0 la protection de la personne ou des biens de l\u2019enfant, conform\u00e9ment \u00e0 l\u2019article\u00a011.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p><strong>EN DROIT<\/strong><\/p>\n<p>I. SUR LA VIOLATION ALL\u00c9GU\u00c9E DE L\u2019ARTICLE\u00a06 \u00a7\u00a01 DE LA CONVENTION<\/p>\n<p>17. Le requ\u00e9rant se plaint que le fond de l\u2019affaire n\u2019a \u00e9t\u00e9 examin\u00e9 que par une autorit\u00e9 administrative, l\u2019APEA, qui a confi\u00e9 la garde exclusive de sa fille \u00e0 la m\u00e8re, a autoris\u00e9 le transfert du domicile de l\u2019enfant \u00e0 l\u2019\u00e9tranger et a d\u00e9cid\u00e9 de l\u2019absence d\u2019effet suspensif d\u2019un \u00e9ventuel recours.<\/p>\n<p>18. De plus, le requ\u00e9rant se plaint de ne pas avoir eu acc\u00e8s \u00e0 un tribunal national pour contester au fond la d\u00e9cision de l\u2019APEA et r\u00e9tablir l\u2019effet suspensif du recours. Les juridictions suisses \u00e9taient incomp\u00e9tentes pour traiter de ses recours car le transfert du domicile de l\u2019enfant \u00e0 la Principaut\u00e9 de Monaco a aussi entra\u00een\u00e9 le transfert de la comp\u00e9tence internationale \u00e0 cet \u00c9tat.<\/p>\n<p>19. Le requ\u00e9rant invoque l\u2019article\u00a06 de la Convention, ainsi libell\u00e9 dans ses parties pertinentes\u00a0:<\/p>\n<p>\u00ab\u00a01. Toute personne a droit \u00e0 ce que sa cause soit entendue \u00e9quitablement, publiquement (&#8230;), par un tribunal ind\u00e9pendant et impartial, \u00e9tabli par la loi, qui d\u00e9cidera, soit des contestations sur ses droits et obligations de caract\u00e8re civil. (&#8230;).\u00a0\u00bb<\/p>\n<p><strong>A. Sur la recevabilit\u00e9<\/strong><\/p>\n<p><em>1. Sur l\u2019applicabilit\u00e9 de l\u2019article\u00a06 \u00a7\u00a01 de la Convention<\/em><\/p>\n<p>20. La Cour note d\u2019embl\u00e9e que les parties ne contestent pas l\u2019applicabilit\u00e9 du volet civil de l\u2019article\u00a06 de la Convention. La Cour estime que cette disposition trouve manifestement \u00e0 s\u2019appliquer.<\/p>\n<p><em>2. Sur l\u2019exception d\u2019irrecevabilit\u00e9 tir\u00e9e du d\u00e9faut manifeste de fondement<\/em><\/p>\n<p>21. Le Gouvernement soul\u00e8ve l\u2019exception d\u2019irrecevabilit\u00e9 tir\u00e9e du d\u00e9faut manifeste de fondement du grief.<\/p>\n<p>22. La Cour estime que les arguments pr\u00e9sent\u00e9s concernant cette exception soul\u00e8vent des questions appelant un examen au fond du grief tir\u00e9 de l\u2019article\u00a06 de la Convention et non un examen de la recevabilit\u00e9 de ce grief (G\u00fcrb\u00fcz et Bayar c.\u00a0Turquie, no\u00a08860\/13, \u00a7\u00a026, 23\u00a0juillet\u00a02019, \u00d6nal\u00a0c.\u00a0Turquie (no\u00a02), no\u00a044982\/07, \u00a7\u00a022, 2\u00a0juillet\u00a02019, et Mart et autres\u00a0c.\u00a0Turquie, no\u00a057031\/10, \u00a7\u00a020, 19\u00a0mars\u00a02019).<\/p>\n<p>23. La Cour constate que ce grief n\u2019est pas manifestement mal fond\u00e9 au sens de l\u2019article\u00a035 \u00a7\u00a03\u00a0a) de la Convention et qu\u2019il ne se heurte par ailleurs \u00e0 aucun autre motif d\u2019irrecevabilit\u00e9. Il convient donc de le d\u00e9clarer recevable.<\/p>\n<p><strong>B. Sur le fond<\/strong><\/p>\n<p><em>1. Argument des parties<\/em><\/p>\n<p>a) Le requ\u00e9rant<\/p>\n<p>24. Le requ\u00e9rant soutient qu\u2019il a particip\u00e9 \u00e0 la phase administrative de la proc\u00e9dure devant l\u2019APEA, autorit\u00e9 administrative, dans les limites impos\u00e9es par une proc\u00e9dure qui n\u2019est pas judiciaire. Ce n\u2019est qu\u2019au cours de cette proc\u00e9dure qu\u2019il a pu faire valoir ses arguments sur le fond. Le Tribunal\u00a0d\u2019appel s\u2019est d\u00e9clar\u00e9 incomp\u00e9tent pour examiner l\u2019affaire sur le fond, et le Tribunal f\u00e9d\u00e9ral a confirm\u00e9 cette d\u00e9cision.<\/p>\n<p>25. Le requ\u00e9rant consid\u00e8re que la notion de r\u00e9sidence habituelle est une notion autonome qui doit \u00eatre appr\u00e9ci\u00e9e au cas par cas. Or, il estime que l\u2019APEA n\u2019a pas tenu compte des facteurs qui la composent tels que la dur\u00e9e, les conditions de s\u00e9jour, les relations avec chacun des parents, et les liens de l\u2019enfant avec l\u2019\u00c9tat de r\u00e9sidence. Ainsi, le requ\u00e9rant soutient que la r\u00e9sidence habituelle de V.R. au sens de l\u2019article\u00a05 de la Convention de La Haye de\u00a01996 n\u2019aurait pas d\u00fb \u00eatre d\u00e9plac\u00e9e avec le d\u00e9m\u00e9nagement de D.R. vers la Principaut\u00e9 de Monaco.<\/p>\n<p>26. Il soutient aussi que lorsqu\u2019il a entam\u00e9 son recours devant le Tribunal\u00a0d\u2019appel, le pr\u00e9judice \u00e9tait d\u00e9j\u00e0 produit et il ne pouvait pas y \u00eatre rem\u00e9di\u00e9 au regard de l\u2019absence de comp\u00e9tence de la juridiction suisse, suite au d\u00e9m\u00e9nagement de l\u2019enfant \u00e0 la Principaut\u00e9 de Monaco ayant \u00e9t\u00e9 r\u00e9alis\u00e9 le m\u00eame jour que celui de la notification de la d\u00e9cision de l\u2019APEA.<\/p>\n<p>27. Pour le requ\u00e9rant, il n\u2019y avait pas de raisons d\u2019urgence pour priver le recours d\u2019effet suspensif. L\u2019APEA avait bel et bien connaissance des cons\u00e9quences irr\u00e9m\u00e9diables que sa d\u00e9cision entra\u00eenerait pour le requ\u00e9rant, priv\u00e9 d\u2019un moyen efficace de recours en Suisse, et de la relation personnelle qu\u2019il avait avec sa fille jusqu\u2019au moment du d\u00e9m\u00e9nagement.<\/p>\n<p>28. Le requ\u00e9rant estime que la d\u00e9cision de l\u2019APEA \u00e9tait d\u00e9pourvue de motivation, ou \u00e0 tout le moins, de motivation ad\u00e9quate.<\/p>\n<p>29. Selon le requ\u00e9rant, il n\u2019aurait pas pu demander la restitution de l\u2019effet suspensif puisqu\u2019il a re\u00e7u la d\u00e9cision de l\u2019APEA le 25\u00a0ao\u00fbt\u00a02017 et que D.R. a annonc\u00e9 son d\u00e9part aux autorit\u00e9s communales et a d\u00e9m\u00e9nag\u00e9 \u00e0 la Principaut\u00e9 de Monaco le jour m\u00eame, alors qu\u2019il n\u2019en a pas eu connaissance (paragraphe\u00a07 ci-dessus).<\/p>\n<p>b) Le Gouvernement<\/p>\n<p>30. Le Gouvernement ne conteste pas le caract\u00e8re d\u2019autorit\u00e9 administrative de l\u2019APEA.<\/p>\n<p>31. Le Gouvernement soutient que l\u2019absence d\u2019effet suspensif d\u2019un \u00e9ventuel recours avait pour but d\u2019assurer que V.R. puisse rester aupr\u00e8s de D.R. et d\u2019\u00e9viter une situation d\u2019incertitude contraire aux int\u00e9r\u00eats de V.R. pour le cas o\u00f9 sa m\u00e8re aurait d\u00e9m\u00e9nag\u00e9 avant l\u2019issue d\u2019une \u00e9ventuelle proc\u00e9dure de recours.<\/p>\n<p>32. Le Gouvernement consid\u00e8re que, bien que la comp\u00e9tence internationale pour le fond du litige ait \u00e9t\u00e9 d\u00e9plac\u00e9e vers la Principaut\u00e9 de Monaco, le requ\u00e9rant a pu contester la d\u00e9cision de l\u2019APEA aupr\u00e8s du Tribunal d\u2019appel, lequel b\u00e9n\u00e9ficiait d\u2019un pouvoir d\u2019examen complet en fait et en droit en application de l\u2019article\u00a0314 alin\u00e9a\u00a01 en relation avec l\u2019article\u00a0450a alin\u00e9a\u00a01 du code civil (paragraphe\u00a013 ci\u2011dessus), puis saisir le Tribunal f\u00e9d\u00e9ral. Ces deux juridictions constituent des tribunaux au sens de l\u2019article\u00a06 \u00a7\u00a01 de la Convention.<\/p>\n<p>33. Le Gouvernement soutient que le d\u00e9placement de la comp\u00e9tence internationale vers la Principaut\u00e9 de Monaco dans la pr\u00e9sente affaire d\u00e9coule directement des r\u00e8gles de droit international priv\u00e9 applicables, \u00e0 savoir de l\u2019article\u00a05 alin\u00e9a\u00a02 de la Convention de la Haye de\u00a01996 (paragraphe\u00a016\u00a0ci\u2011dessus). Selon cette disposition, en cas de changement de r\u00e9sidence habituelle de l\u2019enfant dans un autre \u00c9tat contractant, sont comp\u00e9tentes les autorit\u00e9s de l\u2019\u00c9tat de la nouvelle r\u00e9sidence habituelle.<\/p>\n<p>34. Il ne fait pas de doute pour le Gouvernement que la r\u00e9sidence habituelle de V.R. avait chang\u00e9 puisque celle-ci avait d\u00e9m\u00e9nag\u00e9 avec D.R., qui exer\u00e7ait sa garde et avait fond\u00e9 un nouveau domicile aupr\u00e8s de son \u00e9poux \u00e0 la Principaut\u00e9 de Monaco et avec leur enfant commun. Il soutient que pour le Tribunal f\u00e9d\u00e9ral, la r\u00e9sidence peut devenir habituelle au sens de l\u2019article\u00a05 de la Convention de la Haye de\u00a01996 imm\u00e9diatement apr\u00e8s le d\u00e9placement lorsque, comme en l\u2019esp\u00e8ce, s\u2019il est pr\u00e9vu qu\u2019elle dure et qu\u2019elle remplace la r\u00e9sidence pr\u00e9c\u00e9dente, et si l\u2019enfant d\u00e9m\u00e9nage avec le parent qui en exerce la garde.<\/p>\n<p>35. Ainsi, le Gouvernement soutient que la Suisse avait l\u2019interdiction, en vertu d\u2019une r\u00e8gle parfaitement claire figurant dans une convention internationale, de poursuivre l\u2019examen de l\u2019affaire d\u00e8s le changement de r\u00e9sidence habituelle de la m\u00e8re et de son enfant. Il demande donc que la Convention s\u2019interpr\u00e8te en l\u2019esp\u00e8ce en tenant compte de la Convention de La Haye de\u00a01996.<\/p>\n<p>36. Pour le Gouvernement, la demande du requ\u00e9rant selon laquelle les autorit\u00e9s internes auraient d\u00fb accorder l\u2019effet suspensif \u00e0 ses recours afin d\u2019\u00e9viter que D.R. ne puisse transf\u00e9rer la r\u00e9sidence habituelle de V.R. avant l\u2019entr\u00e9e en force de l\u2019autorisation du d\u00e9placement, n\u2019avait pour seul objectif d\u2019assurer la comp\u00e9tence des autorit\u00e9s suisses pour toute la dur\u00e9e de la proc\u00e9dure et donc d\u2019\u00e9viter les cons\u00e9quences de l\u2019application de l\u2019article\u00a05 alin\u00e9a\u00a02 de la Convention de la Haye de\u00a01996. De l\u2019avis du Gouvernement, une telle d\u00e9marche n\u2019aurait pas \u00e9t\u00e9 coh\u00e9rente avec l\u2019esprit de la Convention de la Haye de\u00a01996 qui offre un cadre international s\u2019agissant des aspects transfronti\u00e8res de la protection des enfants, en particulier afin d\u2019offrir une meilleure protection aux enfants concern\u00e9s et le sens de cette disposition.<\/p>\n<p>37. D\u2019une mani\u00e8re g\u00e9n\u00e9rale, le Gouvernement consid\u00e8re que l\u2019article\u00a06 \u00a7\u00a01 de la Convention ne saurait \u00eatre interpr\u00e9t\u00e9 de sorte qu\u2019il fasse obstacle \u00e0 l\u2019application de l\u2019article\u00a05 alin\u00e9a\u00a02 de la Convention de la Haye de\u00a01996. Ces deux dispositions doivent au contraire \u00eatre interpr\u00e9t\u00e9es de mani\u00e8re harmonis\u00e9e, de fa\u00e7on \u00e0 pouvoir se concilier en pratique.<\/p>\n<p>38. Pour le Gouvernement, la Convention de la Haye de\u00a01996 offre un cadre international s\u2019agissant des aspects transfrontaliers de la protection des enfants pour leur offrir la meilleure des protections. Et le transfert de la comp\u00e9tence internationale en cas de d\u00e9placement de la r\u00e9sidence habituelle de l\u2019enfant lors d\u2019affaire pendante a \u00e9t\u00e9 consid\u00e9r\u00e9 comme la meilleure des solutions pour r\u00e9pondre \u00e0 cet objectif. La proximit\u00e9 des autorit\u00e9s avec le lieu dans lequel \u00e9volue l\u2019enfant leur permet de mieux appr\u00e9cier l\u2019ensemble des circonstances qui se rapportent \u00e0 la demande de protection.<\/p>\n<p>39. Le Gouvernement consid\u00e8re qu\u2019en agissant avec la diligence requise, le requ\u00e9rant aurait pu soumettre la question de l\u2019effet suspensif au Tribunal\u00a0d\u2019appel le jour m\u00eame de la notification de la d\u00e9cision de l\u2019APEA, soit le\u00a0vendredi 25\u00a0ao\u00fbt\u00a02017, et non attendre le mardi 29\u00a0ao\u00fbt\u00a02017. En effet, il estime qu\u2019il aurait pu d\u00e9poser imm\u00e9diatement un recours, m\u00eame sommairement motiv\u00e9, \u00e9tant entendu qu\u2019il lui aurait \u00e9t\u00e9 possible de compl\u00e9ter sa motivation durant le d\u00e9lai de recours ordinaire de 30\u00a0jours. D\u00e8s le moment o\u00f9 un recours est interjet\u00e9 contre la d\u00e9cision de l\u2019APEA, la comp\u00e9tence pour statuer sur l\u2019effet suspensif passe \u00e0 la juridiction de recours, en l\u2019esp\u00e8ce le Tribunal d\u2019appel. Au vu de l\u2019urgence, la juridiction aurait pu r\u00e9tablir l\u2019effet suspensif sans tarder avec une mesure superprovisionnelle en application de l\u2019article\u00a0265 alin\u00e9a\u00a01 du CPC (paragraphe\u00a014 ci\u2011dessus). En agissant le jour m\u00eame, le requ\u00e9rant aurait ainsi pu soumettre la question de l\u2019effet suspensif \u00e0 un tribunal avant le d\u00e9part de D.R. et de V.R. vers la Principaut\u00e9 de Monaco. Et si le Tribunal d\u2019appel avait demand\u00e9 en r\u00e9f\u00e9r\u00e9 le r\u00e9tablissement de l\u2019effet suspensif avec effet ex\u00a0tunc, le d\u00e9m\u00e9nagement de l\u2019enfant aurait \u00e9t\u00e9 consid\u00e9r\u00e9 comme illicite et la comp\u00e9tence des autorit\u00e9s suisses \u00e0 statuer aurait \u00e9t\u00e9 maintenue en vertu de l\u2019article\u00a07 alin\u00e9a\u00a03 de la Convention de La Haye de\u00a01996 (paragraphe\u00a016 ci\u2011dessus).<\/p>\n<p><em>2. Appr\u00e9ciation de la Cour<\/em><\/p>\n<p>a) Principes g\u00e9n\u00e9raux<\/p>\n<p>40. La Cour rappelle que le droit d\u2019acc\u00e8s \u00e0 un tribunal \u2013 c\u2019est-\u00e0-dire le droit de saisir un tribunal en mati\u00e8re civile \u2013 constitue un \u00e9l\u00e9ment inh\u00e9rent au droit \u00e9nonc\u00e9 \u00e0 l\u2019article\u00a06 \u00a7\u00a01 de la Convention, qui pose les garanties applicables en ce qui concerne tant l\u2019organisation et la composition du tribunal que la conduite de la proc\u00e9dure. Le tout forme le droit \u00e0 un proc\u00e8s \u00e9quitable prot\u00e9g\u00e9 par l\u2019article\u00a06 \u00a7\u00a01 (Golder c.\u00a0Royaume-Uni, 21\u00a0f\u00e9vrier\u00a01975, \u00a7\u00a036, s\u00e9rie\u00a0A no\u00a018). Toutefois, le droit d\u2019acc\u00e8s \u00e0 un tribunal n\u2019est pas absolu. Il peut \u00eatre soumis \u00e0 des limitations pour autant que celles-ci ne restreignent ni ne r\u00e9duisent l\u2019acc\u00e8s de l\u2019individu au juge d\u2019une mani\u00e8re ou \u00e0 un point tels que le droit s\u2019en trouve atteint dans sa substance m\u00eame. En outre, ces limitations ne se concilient avec l\u2019article\u00a06 \u00a7\u00a01 que si elles poursuivent un but l\u00e9gitime et s\u2019il existe un rapport raisonnable de proportionnalit\u00e9 entre les moyens employ\u00e9s et le but vis\u00e9 (Nicolae Virgiliu T\u0103nase c.\u00a0Roumanie\u00a0[GC], no\u00a041720\/13, \u00a7\u00a0195, 25\u00a0juin\u00a02019, Stanev\u00a0c.\u00a0Bulgarie\u00a0[GC], no\u00a036760\/06, \u00a7\u00a0230, CEDH\u00a02012, et Markovic et autres c.\u00a0Italie\u00a0[GC], no\u00a01398\/03, \u00a7\u00a099, CEDH\u00a02006\u2011XIV).<\/p>\n<p>b) Application des principes au cas d\u2019esp\u00e8ce<\/p>\n<p>41. La Cour estime appropri\u00e9 d\u2019aborder le grief tir\u00e9 du droit d\u2019acc\u00e8s en r\u00e9pondant successivement aux questions qui suivent\u00a0: (i)\u00a0Quel est l\u2019objet du litige \u00e0 trancher par la Cour\u00a0? (ii)\u00a0Le requ\u00e9rant a-t-il subi une limitation du droit d\u2019acc\u00e8s \u00e0 un tribunal\u00a0? (iii)\u00a0La limitation de ce droit \u00e9tait-elle justifi\u00e9e\u00a0?<\/p>\n<p>42. \u00c0 titre liminaire, la Cour constate que le requ\u00e9rant affirme que l\u2019APEA est une autorit\u00e9 administrative, et non un tribunal au sens de la loi (paragraphe\u00a024 ci\u2011dessus), ce que le Gouvernement ne conteste pas d\u2019ailleurs (paragraphe\u00a030 ci\u2011dessus). La Cour ne voit pas de motif d\u2019en d\u00e9cider autrement.<\/p>\n<p>i. D\u00e9finition de l\u2019objet du litige pendant<\/p>\n<p>43. La Cour constate que le requ\u00e9rant a tent\u00e9 de contester la d\u00e9cision de l\u2019APEA devant le Tribunal d\u2019appel et le Tribunal f\u00e9d\u00e9ral. Cependant, l\u2019APEA avait d\u00e9cid\u00e9 de l\u2019absence d\u2019effet suspensif d\u2019un \u00e9ventuel recours en application de l\u2019article\u00a0450c du code civil (paragraphes\u00a05 et\u00a013 ci\u2011dessus). Ainsi, la d\u00e9cision de l\u2019APEA \u00e9tant imm\u00e9diatement ex\u00e9cutoire, D.R. a signal\u00e9 le changement de lieu de r\u00e9sidence habituelle le jour m\u00eame de la notification de la d\u00e9cision et a d\u00e9m\u00e9nag\u00e9 avec V.R. \u00e0 la Principaut\u00e9 de Monaco (paragraphe\u00a07 ci\u2011dessus). Le changement de lieu de r\u00e9sidence a entra\u00een\u00e9 le transfert de la comp\u00e9tence internationale \u00e0 cet \u00c9tat et donc l\u2019incomp\u00e9tence des juridictions suisses pour conna\u00eetre des recours du requ\u00e9rant en application de l\u2019article\u00a05 de la Convention de La Haye de\u00a01996 (paragraphe\u00a016 ci\u2011dessus). Par cons\u00e9quent, suite au recours du requ\u00e9rant contre la d\u00e9cision de l\u2019APEA, le Tribunal d\u2019appel a constat\u00e9 dans son arr\u00eat du 17\u00a0octobre\u00a02017 qu\u2019il n\u2019\u00e9tait plus comp\u00e9tent pour se prononcer sur le recours, traiter de la demande de r\u00e9tablissement de l\u2019effet suspensif et du fond de l\u2019affaire (paragraphe\u00a09 ci\u2011dessus). Le 12\u00a0mars\u00a02018, le Tribunal f\u00e9d\u00e9ral confirma la d\u00e9cision du Tribunal d\u2019appel (paragraphe\u00a011 ci\u2011dessus).<\/p>\n<p>44. La question qui se pose \u00e0 la Cour dans ce contexte est de savoir si le\u00a0requ\u00e9rant a \u00e9t\u00e9 priv\u00e9 d\u2019un acc\u00e8s effectif \u00e0 un tribunal au sens de l\u2019article\u00a06 \u00a7\u00a01 de la Convention par le biais du retrait de l\u2019effet suspensif \u00e0 un \u00e9ventuel recours qui a entra\u00een\u00e9 l\u2019incomp\u00e9tence des tribunaux suisses.<\/p>\n<p>ii. Limitation du droit d\u2019acc\u00e8s \u00e0 un tribunal<\/p>\n<p>45. La Cour est amen\u00e9e \u00e0 examiner si le requ\u00e9rant a subi une limitation de son droit d\u2019acc\u00e8s \u00e0 un tribunal. Elle rappelle, \u00e0 cet \u00e9gard, que chaque justiciable a droit \u00e0 ce qu\u2019un tribunal connaisse de toute contestation relative \u00e0 ses droits et obligations de caract\u00e8re civil. C\u2019est ainsi que l\u2019article\u00a06 \u00a7\u00a01 de la Convention consacre le droit \u00e0 un tribunal, dont le droit d\u2019acc\u00e8s, \u00e0 savoir le droit de saisir un tribunal en mati\u00e8re civile, constitue un aspect particulier (Na\u00eft\u2011Liman c.\u00a0Suisse\u00a0[GC], no\u00a051357\/07, \u00a7\u00a0113, 15\u00a0mars\u00a02018, avec autres r\u00e9f\u00e9rences). La Cour estime que le requ\u00e9rant a en effet subi une limitation de son droit d\u2019acc\u00e8s \u00e0 un tribunal qui a \u00e9t\u00e9 caus\u00e9e par le retrait par l\u2019APEA de l\u2019effet suspensif \u00e0 un \u00e9ventuel recours et qui a \u00e9t\u00e9 mat\u00e9rialis\u00e9e par la d\u00e9claration d\u2019incomp\u00e9tence des tribunaux nationaux.<\/p>\n<p>iii. Justification de la limitation<\/p>\n<p>46. La question suivante que la Cour est amen\u00e9e \u00e0 trancher est celle de savoir si la restriction du droit d\u2019acc\u00e8s au Tribunal d\u2019appel poursuivait un but l\u00e9gitime. La Cour observe qu\u2019il se d\u00e9gage des observations du Gouvernement (paragraphe\u00a031 ci\u2011dessus) que l\u2019absence d\u2019effet suspensif d\u2019un \u00e9ventuel recours avait pour but l\u00e9gitime de prot\u00e9ger les droits et libert\u00e9s de la m\u00e8re et de l\u2019enfant du requ\u00e9rant.<\/p>\n<p>47. Quant au rapport raisonnable de proportionnalit\u00e9 entre les moyens employ\u00e9s et le but vis\u00e9, une d\u00e9cision portant incomp\u00e9tence d\u2019un tribunal n\u2019enfreint pas le droit d\u2019acc\u00e8s \u00e0 un tribunal si les arguments de l\u2019int\u00e9ress\u00e9 en faveur de la comp\u00e9tence du tribunal ont fait l\u2019objet d\u2019un examen r\u00e9el et effectif et si le tribunal a motiv\u00e9 de mani\u00e8re ad\u00e9quate les raisons sur lesquelles sa d\u00e9cision est fond\u00e9e (dans ce sens, Obermeier c.\u00a0Autriche, 28\u00a0juin\u00a01990, \u00a7\u00a068, s\u00e9rie\u00a0A no\u00a0179, et Konkurrenten.no\u00a0AS c.\u00a0Norv\u00e8ge\u00a0(d\u00e9c.), no\u00a047341\/15, \u00a7\u00a7\u00a046\u201147, 5\u00a0novembre\u00a02019).<\/p>\n<p>48. C\u2019est dans le cadre d\u2019un contr\u00f4le europ\u00e9en limit\u00e9 que la Cour appr\u00e9ciera la d\u00e9cision du Tribunal d\u2019appel, ent\u00e9rin\u00e9e par le Tribunal f\u00e9d\u00e9ral.<\/p>\n<p>49. Le Gouvernement consid\u00e8re que le requ\u00e9rant a pu contester la d\u00e9cision de l\u2019APEA aupr\u00e8s du Tribunal d\u2019appel, puis saisir le Tribunal f\u00e9d\u00e9ral qui constituent des tribunaux au sens de l\u2019article\u00a06 \u00a7\u00a01 de la Convention et b\u00e9n\u00e9ficiaient d\u2019un pouvoir d\u2019examen complet en fait et en droit en application de l\u2019article\u00a0314 alin\u00e9a\u00a01 en relation avec l\u2019article\u00a0450a alin\u00e9a\u00a01 du code civil (paragraphe 32 ci\u2011dessus).<\/p>\n<p>50. Cependant, la Cour est d\u2019avis que ces juridictions, s\u2019\u00e9tant d\u00e9clar\u00e9es incomp\u00e9tentes, n\u2019ont pas pu r\u00e9aliser un examen effectif et complet en fait et en droit, lors d\u2019un examen contradictoire de l\u2019affaire au cours d\u2019un proc\u00e8s \u00e9quitable respectant les garanties de l\u2019article\u00a06 \u00a7\u00a01 de la Convention.<\/p>\n<p>51. La Cour reconna\u00eet, en outre, que l\u2019\u00e9tendue de la marge d\u2019appr\u00e9ciation accord\u00e9e \u00e0 l\u2019\u00c9tat peut d\u00e9pendre notamment du droit international pertinent en la mati\u00e8re (Na\u00eft\u2011Liman, pr\u00e9cit\u00e9, \u00a7\u00a7\u00a0173\u2011174).<\/p>\n<p>52. Les arr\u00eats du Tribunal d\u2019appel et du Tribunal f\u00e9d\u00e9ral se fondent sur la Convention de La Haye de\u00a01996, qui est incorpor\u00e9e au droit suisse (paragraphe\u00a016 ci\u2011dessus), suite au d\u00e9placement de la r\u00e9sidence habituelle de D.R. \u00e0 la Principaut\u00e9 de Monaco par l\u2019APEA.<\/p>\n<p>53. La Convention de La Haye de\u00a01996 ne s\u2019applique qu\u2019aux situations dans lesquelles il y a eu un d\u00e9placement du lieu de r\u00e9sidence habituelle d\u2019un enfant au sens de l\u2019article\u00a05 de ladite convention (paragraphe\u00a016 ci\u2011dessus).<\/p>\n<p>54. La Cour consid\u00e8re donc que les arr\u00eats de ces juridictions ayant d\u00e9clar\u00e9 leur incomp\u00e9tence, en application de l\u2019article\u00a05 de la Convention de La Haye de\u00a01996, n\u2019\u00e9taient pas arbitraires et peuvent \u00eatre justifi\u00e9s si l\u2019on consid\u00e8re seulement l\u2019aspect du changement accompli de la r\u00e9sidence habituelle (comparer Prince Hans-Adam II de Liechtenstein c.\u00a0Allemagne\u00a0[GC], no\u00a042527\/98, \u00a7\u00a7\u00a062-65, 12\u00a0juillet\u00a02001).<\/p>\n<p>55. Cependant, le retrait de l\u2019effet suspensif \u00e0 un \u00e9ventuel recours a \u00e9t\u00e9 d\u00e9cid\u00e9 par l\u2019APEA, qui est une autorit\u00e9 administrative, sans que le Tribunal d\u2019appel puis le Tribunal f\u00e9d\u00e9ral n\u2019aient pu rem\u00e9dier \u00e0 cette situation.<\/p>\n<p>56. La Cour rappelle que l\u2019article\u00a06 \u00a7\u00a01 exige que, dans la d\u00e9termination des droits et obligations civils, les d\u00e9cisions prises par les autorit\u00e9s administratives qui ne satisfont pas elles-m\u00eames aux exigences de cet article\u00a0\u2013 comme c\u2019est le cas en l\u2019esp\u00e8ce avec l\u2019APEA (paragraphe 42 ci\u2011dessus) \u2013 doivent faire l\u2019objet d\u2019un contr\u00f4le ult\u00e9rieur par un \u00ab\u00a0organe judiciaire de pleine juridiction\u00a0\u00bb, y compris le pouvoir d\u2019annuler \u00e0 tous \u00e9gards, sur des questions de fait et de droit, la d\u00e9cision contest\u00e9e (voir Ramos Nunes de Carvalho e S\u00e1 c.\u00a0Portugal\u00a0[GC], nos\u00a055391\/13 et 2\u00a0autres, \u00a7\u00a0132 in\u00a0fine, 6\u00a0novembre\u00a02018).<\/p>\n<p>57. Dans le cas d\u2019esp\u00e8ce, la Cour estime que le contr\u00f4le effectif ult\u00e9rieur d\u2019un organe judiciaire de pleine juridiction national a \u00e9t\u00e9 exclu par l\u2019APEA qui a d\u00e9cid\u00e9 de l\u2019absence d\u2019effet suspensif d\u2019un \u00e9ventuel recours contre sa d\u00e9cision. Le Tribunal d\u2019appel puis le Tribunal f\u00e9d\u00e9ral se sont en effet d\u00e9clar\u00e9s incomp\u00e9tents pour traiter des recours du requ\u00e9rant.<\/p>\n<p>58. La Cour est bien consciente qu\u2019il existe des situations exceptionnelles, d\u00fbment justifi\u00e9es par l\u2019int\u00e9r\u00eat sup\u00e9rieur de l\u2019enfant, dans lesquelles l\u2019urgence particuli\u00e8re commande que le parent concern\u00e9 puisse changer le domicile de l\u2019enfant sans devoir attendre le jugement d\u00e9finitif au fond. Dans de tels cas, il est suffisant mais n\u00e9cessaire qu\u2019une proc\u00e9dure effective de recours avec des mesures provisionnelles soit \u00e0 disposition. Il n\u2019est d\u00e8s lors pas exclu que les autorit\u00e9s administratives retirent exceptionnellement l\u2019effet suspensif \u00e0 un \u00e9ventuel recours. Toutefois, dans de telles circonstances, il faut qu\u2019il soit assur\u00e9 que le parent concern\u00e9 ait la possibilit\u00e9 de s\u2019adresser \u00e0 un juge avant que le retrait de l\u2019effet suspensif n\u2019entre en vigueur et qu\u2019il soit rendu attentif \u00e0 la proc\u00e9dure \u00e0 suivre.<\/p>\n<p>59. L\u2019APEA dans sa d\u00e9cision du 24\u00a0ao\u00fbt\u00a02017 (paragraphe\u00a06 ci-dessus) et le Gouvernement (paragraphe 31 ci\u2011dessus) ont justifi\u00e9 l\u2019urgence qui commandait le retrait de l\u2019effet suspensif d\u2019un \u00e9ventuel recours \u00e0 savoir l\u2019int\u00e9r\u00eat sup\u00e9rieur de V.R. pour laquelle l\u2019APEA souhaitait \u00e9viter qu\u2019un \u00e9ventuel recours l\u2019ait plac\u00e9e dans une situation de forte incertitude. La Cour estime que les raisons de l\u2019urgence invoqu\u00e9es en l\u2019esp\u00e8ce n\u2019\u00e9taient pas assez graves pour justifier que le requ\u00e9rant n\u2019ait pas eu la possibilit\u00e9 de s\u2019adresser \u00e0 un juge avant que le retrait de l\u2019effet suspensif n\u2019entre en vigueur. Cela d\u2019autant plus s\u2019agissant d\u2019une proc\u00e9dure relevant du droit de la famille, susceptible d\u2019avoir des cons\u00e9quences tr\u00e8s graves et d\u00e9licates pour le requ\u00e9rant dans la mesure o\u00f9 des questions du futur rapport avec son enfant ainsi que ses droits vis-\u00e0-vis de ce dernier \u00e9taient directement en jeu (voir, mutatis\u00a0mutandis, Gajtani c.\u00a0Suisse, no\u00a043730\/07, \u00a7\u00a075, 9\u00a0septembre\u00a02014, et Assun\u00e7\u00e3o Chaves c.\u00a0Portugal, no\u00a061226\/08, \u00a7\u00a082, 31\u00a0janvier\u00a02012).<\/p>\n<p>60. Le Gouvernement consid\u00e8re que le requ\u00e9rant aurait pu demander la restitution de l\u2019effet suspensif au Tribunal d\u2019appel, le jour m\u00eame de la notification de la d\u00e9cision de l\u2019APEA, soit le vendredi 25\u00a0ao\u00fbt\u00a02017, et non attendre le mardi 29\u00a0ao\u00fbt\u00a02017. En effet, il estime que si le Tribunal d\u2019appel avait acc\u00e9d\u00e9 \u00e0 la demande du requ\u00e9rant, la comp\u00e9tence internationale de la Suisse pour le fond de l\u2019affaire aurait \u00e9t\u00e9 maintenue (paragraphe\u00a039\u00a0ci\u2011dessus). En tout \u00e9tat de cause, ce moyen lui aurait permis de faire examiner par une autorit\u00e9 judiciaire le risque d\u2019un transfert de la comp\u00e9tence internationale vers la Principaut\u00e9 de Monaco.<\/p>\n<p>61. Selon le requ\u00e9rant, il n\u2019aurait pas pu demander la restitution de l\u2019effet suspensif puisqu\u2019il a re\u00e7u la d\u00e9cision de l\u2019APEA le 25\u00a0ao\u00fbt\u00a02017 et que D.R. a annonc\u00e9 son d\u00e9part aux autorit\u00e9s communales et a d\u00e9m\u00e9nag\u00e9 avec V.R. \u00e0 la Principaut\u00e9 de Monaco le jour m\u00eame, alors qu\u2019il n\u2019en avait pas eu connaissance (paragraphe\u00a07 ci\u2011dessus).<\/p>\n<p>62. En l\u2019esp\u00e8ce, la Cour ne peut constater que le requ\u00e9rant aurait tard\u00e9 \u00e0 introduire son recours aupr\u00e8s du Tribunal d\u2019appel au regard de la date de la notification de la d\u00e9cision. Le requ\u00e9rant ne s\u2019est pas abstenu d\u2019utiliser les voies de recours existantes au moins en th\u00e9orie.<\/p>\n<p>63. En outre, D.R. est partie avec V.R. pour la Principaut\u00e9 de Monaco le jour m\u00eame de la notification de la d\u00e9cision de l\u2019APEA et d\u00e8s lors le requ\u00e9rant n\u2019avait aucune chance de s\u2019adresser au Tribunal d\u2019appel pour restituer l\u2019effet suspensif de son recours afin de maintenir la juridiction de la Suisse et avoir acc\u00e8s \u00e0 un tribunal au fond.<\/p>\n<p>64. Aussi, le Gouvernement n\u2019a pas apport\u00e9 la preuve de la mise en \u0153uvre et de l\u2019efficacit\u00e9 pratique des recours qu\u2019il sugg\u00e8re dans les circonstances particuli\u00e8res de la cause, avec des exemples de jurisprudence pertinente des tribunaux nationaux dans une affaire analogue (Kar\u00e1csony et autres\u00a0c.\u00a0Hongrie\u00a0[GC], nos\u00a042461\/13 et\u00a044357\/13, \u00a7\u00a7\u00a075\u201182, 17\u00a0mai\u00a02016, Parrillo c.\u00a0Italie\u00a0[GC], no\u00a046470\/11, \u00a7\u00a7\u00a087\u2011105, CEDH\u00a02015, et Scoppola\u00a0c.\u00a0Italie (no\u00a02)\u00a0[GC], no\u00a010249\/03, \u00a7\u00a071, 17\u00a0septembre\u00a02009).<\/p>\n<p>65. La Cour conclut donc qu\u2019un tel recours devant le Tribunal d\u2019appel n\u2019aurait pas pr\u00e9sent\u00e9 des perspectives raisonnables de succ\u00e8s relativement au grief formul\u00e9 par le requ\u00e9rant sur le terrain de l\u2019article\u00a06 \u00a7\u00a01 de la Convention.<\/p>\n<p>66. La Cour consid\u00e8re par cons\u00e9quent que le requ\u00e9rant n\u2019a pas pu avoir acc\u00e8s \u00e0 un tribunal national, avant le d\u00e9part \u00e0 la Principaut\u00e9 de Monaco de D.R. avec V.R., pour contester la d\u00e9cision de l\u2019autorit\u00e9 administrative \u00ab\u00a0APEA\u00a0\u00bb au fond et demander le r\u00e9tablissement de l\u2019effet suspensif.<\/p>\n<p>67. Compte tenu de ce qui pr\u00e9c\u00e8de, le droit d\u2019acc\u00e8s \u00e0 un tribunal \u00e9tait atteint dans sa substance m\u00eame par la d\u00e9cision de l\u2019APEA de retirer l\u2019effet suspensif du recours du requ\u00e9rant, suivi du d\u00e9part \u00e0 la Principaut\u00e9 de Monaco de D.R. avec V.R., qui a entra\u00een\u00e9 l\u2019incomp\u00e9tence des tribunaux suisses \u00e0 travers le transfert de la comp\u00e9tence internationale vers la Principaut\u00e9 de Monaco. Cette limitation \u00e9tait disproportionn\u00e9e au but poursuivi, \u00e0 savoir la protection des droits et libert\u00e9s de la m\u00e8re et de l\u2019enfant du requ\u00e9rant, au regard de l\u2019importance pour le requ\u00e9rant des questions soulev\u00e9es par la proc\u00e9dure litigieuse.<\/p>\n<p>68. La Cour conclut qu\u2019il y a eu violation de l\u2019article\u00a06 \u00a7\u00a01 de la Convention quant au droit d\u2019acc\u00e8s \u00e0 un tribunal.<\/p>\n<p>II. SUR LA VIOLATION ALL\u00c9GU\u00c9E DE L\u2019ARTICLE\u00a08 DE LA CONVENTION<\/p>\n<p>69. Le requ\u00e9rant se plaint que la d\u00e9cision de l\u2019APEA a port\u00e9 atteinte \u00e0 son droit au respect de sa vie familiale.<\/p>\n<p>70. Il invoque l\u2019article\u00a08 de la Convention, qui est ainsi libell\u00e9\u00a0:<\/p>\n<p style=\"text-align: center;\">Article\u00a08<\/p>\n<p>\u00ab\u00a01. Toute personne a droit au respect de sa vie priv\u00e9e et familiale, de son domicile et de sa correspondance (&#8230;).<\/p>\n<p>2. Il ne peut y avoir ing\u00e9rence d\u2019une autorit\u00e9 publique dans l\u2019exercice de ce droit que pour autant que cette ing\u00e9rence est pr\u00e9vue par la loi et qu\u2019elle constitue une mesure qui, dans une soci\u00e9t\u00e9 d\u00e9mocratique, est n\u00e9cessaire (&#8230;) \u00e0 la protection de la sant\u00e9 ou de la morale, ou \u00e0 la protection des droits et libert\u00e9s d\u2019autrui.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p>71. Le Gouvernement excipe du non-\u00e9puisement des voies de recours internes au motif que, dans son recours au Tribunal f\u00e9d\u00e9ral, le requ\u00e9rant n\u2019a pas soulev\u00e9 le grief d\u2019une violation de l\u2019article\u00a08 de la Convention.<\/p>\n<p>72. Le requ\u00e9rant maintient son grief.<\/p>\n<p>73. La r\u00e8gle de l\u2019\u00e9puisement des voies de recours internes de l\u2019article\u00a035 \u00a7\u00a01 refl\u00e8te le r\u00f4le fondamentalement subsidiaire du m\u00e9canisme de la Convention. Elle exige normalement que les griefs destin\u00e9s \u00e0 \u00eatre formul\u00e9s au niveau international aient \u00e9t\u00e9 expos\u00e9s devant les juridictions internes appropri\u00e9es, au moins en substance, dans le respect des conditions de forme et des d\u00e9lais pr\u00e9vus par le droit interne (voir, parmi d\u2019autres, Azinas\u00a0c.\u00a0Chypre\u00a0[GC], no\u00a056679\/00, \u00a7\u00a038, CEDH\u00a02004\u2011III, et Nicklinson et Lamb c.\u00a0Royaume-Uni\u00a0(d\u00e9c.), nos\u00a02478\/15 et\u00a01787\/15, \u00a7\u00a089, 23\u00a0juin\u00a02015).<\/p>\n<p>74. La Cour observe que, dans son recours devant le Tribunal f\u00e9d\u00e9ral, le requ\u00e9rant s\u2019est express\u00e9ment r\u00e9f\u00e9r\u00e9 \u00e0 une violation de son droit \u00e0 la vie familiale, a invoqu\u00e9 express\u00e9ment l\u2019article\u00a08 de la Convention ou des dispositions internes sp\u00e9cifiques prot\u00e9geant la vie familiale (paragraphe\u00a010\u00a0ci-dessus).<\/p>\n<p>75. En conclusion, le requ\u00e9rant a donn\u00e9 au Tribunal f\u00e9d\u00e9ral l\u2019occasion que l\u2019article\u00a035 de la Convention a pour finalit\u00e9 de m\u00e9nager en principe \u00e0 un \u00c9tat\u00a0contractant\u00a0: celle d\u2019examiner, c\u2019est-\u00e0-dire de pr\u00e9venir ou redresser la violation au regard de la Convention qui est all\u00e9gu\u00e9e contre cet \u00c9tat (voir,\u00a0a\u00a0contrario, Azinas, pr\u00e9cit\u00e9, \u00a7\u00a041, et Merot d\u2019o.o. et Storitve TIR d\u2019o.o.\u00a0c.\u00a0Croatie\u00a0(d\u00e9c.), nos\u00a029426\/98 et\u00a029737\/08, \u00a7\u00a7\u00a035-38, 10\u00a0d\u00e9cembre\u00a02013). La Cour estime donc qu\u2019il y a lieu de rejeter cette exception.<\/p>\n<p>76. Par ailleurs, constatant que ce grief n\u2019est pas manifestement mal fond\u00e9 ni irrecevable pour un autre motif vis\u00e9 \u00e0 l\u2019article\u00a035 de la Convention, la Cour le d\u00e9clare recevable.<\/p>\n<p>77. Compte tenu des conclusions auxquelles elle est parvenue sur le terrain de l\u2019article\u00a06 \u00a7\u00a01 de la Convention (paragraphe\u00a068 ci\u2011dessus), la Cour ne d\u00e9c\u00e8le pas de question distincte dans ce grief. Il n\u2019y a donc pas lieu de l\u2019examiner s\u00e9par\u00e9ment.<\/p>\n<p>III. SUR LA VIOLATION ALL\u00c9GU\u00c9E DE L\u2019ARTICLE\u00a013 COMBIN\u00c9 AVEC L\u2019ARTICLE\u00a08 DE LA CONVENTION<\/p>\n<p>78. Le requ\u00e9rant se plaint de ne pas avoir dispos\u00e9 d\u2019un recours effectif devant une instance nationale pour se plaindre de la d\u00e9cision de l\u2019APEA qui a port\u00e9 atteinte \u00e0 son droit au respect de sa vie familiale.<\/p>\n<p>79. Il invoque l\u2019article\u00a013 de la Convention, qui est ainsi libell\u00e9\u00a0:<\/p>\n<p>\u00ab\u00a0Toute personne dont les droits et libert\u00e9s reconnus dans la (&#8230;) Convention ont \u00e9t\u00e9 viol\u00e9s, a droit \u00e0 l\u2019octroi d\u2019un recours effectif devant une instance nationale, alors m\u00eame que la violation aurait \u00e9t\u00e9 commise par des personnes agissant dans l\u2019exercice de leurs fonctions officielles.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p>80. Constatant que le grief n\u2019est pas manifestement mal fond\u00e9 au sens de l\u2019article\u00a035 \u00a7\u00a03\u00a0a) de la Convention et qu\u2019il ne se heurte par ailleurs \u00e0 aucun autre motif d\u2019irrecevabilit\u00e9, la Cour le d\u00e9clare recevable.<\/p>\n<p>81. Compte tenu des conclusions auxquelles elle est parvenue sur le terrain de l\u2019article\u00a06 \u00a7\u00a01 de la Convention (paragraphe\u00a068 ci\u2011dessus), la Cour ne d\u00e9c\u00e8le pas de question distincte dans ce grief. Il n\u2019y a donc pas lieu de l\u2019examiner s\u00e9par\u00e9ment.<\/p>\n<p>IV. SUR L\u2019APPLICATION DE L\u2019ARTICLE\u00a041 DE LA CONVENTION<\/p>\n<p>82. Aux termes de l\u2019article\u00a041 de la Convention\u00a0:<\/p>\n<p>\u00ab\u00a0Si la Cour d\u00e9clare qu\u2019il y a eu violation de la Convention ou de ses Protocoles, et si le droit interne de la Haute Partie contractante ne permet d\u2019effacer qu\u2019imparfaitement les cons\u00e9quences de cette violation, la Cour accorde \u00e0 la partie l\u00e9s\u00e9e, s\u2019il y a lieu, une satisfaction \u00e9quitable.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p><strong>A. Dommage<\/strong><\/p>\n<p>83. Le requ\u00e9rant demande 20\u00a0737,23\u00a0euros (EUR) au titre du dommage mat\u00e9riel en d\u00e9dommagement des frais engag\u00e9s pour l\u2019exercice de son droit de visite apr\u00e8s le d\u00e9m\u00e9nagement de V.R. vers la Principaut\u00e9 de Monaco et 20\u00a0000\u00a0EUR au titre du pr\u00e9judice moral subi, le d\u00e9m\u00e9nagement soudain de V.R. ayant entra\u00een\u00e9 une r\u00e9duction soudaine de ses contacts avec elle.<\/p>\n<p>84. Le Gouvernement soutient que les dommages all\u00e9gu\u00e9s par le requ\u00e9rant se rapportent au d\u00e9m\u00e9nagement de V.R., donc \u00e0 l\u2019issue de la proc\u00e9dure interne au fond. En revanche, les questions soulev\u00e9es par la requ\u00eate \u00e0 la Cour sont de nature proc\u00e9durale. Le Gouvernement estime par cons\u00e9quent qu\u2019il n\u2019y a pas lieu d\u2019accorder au requ\u00e9rant une r\u00e9paration pour le dommage mat\u00e9riel all\u00e9gu\u00e9 et qu\u2019un constat de violation repr\u00e9senterait, le cas \u00e9ch\u00e9ant, une satisfaction \u00e9quitable suffisante au titre du pr\u00e9judice moral.<\/p>\n<p>85. La Cour rappelle qu\u2019il ne lui appartient pas de sp\u00e9culer sur l\u2019issue d\u2019une proc\u00e9dure conforme aux exigences de l\u2019article\u00a06 \u00a7\u00a01 de la Convention (voir, parmi beaucoup d\u2019autres, C.M. c.\u00a0Suisse, no\u00a07318\/09, \u00a7\u00a031, 17\u00a0janvier\u00a02017).<\/p>\n<p>86. En l\u2019esp\u00e8ce, elle ne voit pas de lien de causalit\u00e9 entre la violation constat\u00e9e et le dommage mat\u00e9riel all\u00e9gu\u00e9, et elle rejette cette demande.<\/p>\n<p>87. En revanche, elle octroie au requ\u00e9rant 12\u00a0000\u00a0EUR pour dommage moral, plus tout montant pouvant \u00eatre d\u00fb sur cette somme \u00e0 titre d\u2019imp\u00f4t.<\/p>\n<p><strong>B. Frais et d\u00e9pens<\/strong><\/p>\n<p>88. Le requ\u00e9rant r\u00e9clame 117\u00a0342,02\u00a0EUR (11\u00a0083,30\u00a0EUR pour les frais de justice et 106\u00a0258,72\u00a0EUR pour les honoraires d\u2019avocat) au titre des frais et d\u00e9pens qu\u2019il a engag\u00e9s dans le cadre de la proc\u00e9dure men\u00e9e devant les juridictions internes et 28\u00a0087,50\u00a0EUR (26\u00a0697,50\u00a0EUR pour les honoraires d\u2019avocat et d\u00e9bours\u00a0; et 1\u00a0390\u00a0EUR pour l\u2019avis de droit) au titre de ceux qu\u2019il a engag\u00e9s aux fins de la proc\u00e9dure men\u00e9e devant la Cour.<\/p>\n<p>89. Le Gouvernement rel\u00e8ve qu\u2019en ce qui concerne les frais de justice pour les proc\u00e9dures internes, le montant factur\u00e9 par l\u2019APEA pour sa d\u00e9cision du 24\u00a0ao\u00fbt\u00a02017, \u00e0 hauteur de 5\u00a0453,50\u00a0francs\u00a0suisses\u00a0(CHF), ainsi que le montant que le requ\u00e9rant a \u00e9t\u00e9 amen\u00e9 \u00e0 verser \u00e0 D.R. en vertu de cette d\u00e9cision, \u00e0 hauteur de 3\u00a0000\u00a0CHF, comprennent \u00e9galement les frais pour les d\u00e9cisions incidentes adopt\u00e9es en lien avec l\u2019exercice du droit de visite du requ\u00e9rant. Pour le Gouvernement, ces d\u00e9cisions sont sans lien avec les violations all\u00e9gu\u00e9es de la Convention. Par cons\u00e9quent, les montants \u00e0 prendre en compte, en cas de constat de violation de la Convention, doivent \u00eatre r\u00e9duits. Le d\u00e9tail du calcul des montants en question n\u2019\u00e9tant pas disponible, le Gouvernement sugg\u00e8re de chiffrer, le cas \u00e9ch\u00e9ant, \u00e0\u00a03\u00a0500\u00a0CHF les frais de proc\u00e9dure et \u00e0 1\u00a0500\u00a0CHF l\u2019indemnit\u00e9 vers\u00e9e \u00e0 D.R. Les frais de justice pour les proc\u00e9dures internes peuvent ainsi \u00eatre pris en compte \u00e0 hauteur de 8\u00a0450\u00a0CHF (5\u00a0000\u00a0CHF pour la proc\u00e9dure devant l\u2019APEA, 1\u00a0450\u00a0CHF pour la proc\u00e9dure devant le Tribunal d\u2019appel et 2\u00a0000\u00a0CHF pour la proc\u00e9dure devant le Tribunal f\u00e9d\u00e9ral).<\/p>\n<p>90. Par rapport aux frais de repr\u00e9sentation devant les autorit\u00e9s internes, le Gouvernement rel\u00e8ve tout d\u2019abord que les pi\u00e8ces vers\u00e9es au dossier par le requ\u00e9rant n\u2019indiquent ni le tarif horaire, ni le d\u00e9tail des prestations fournies. De plus, les factures jointes \u00e0 la demande du requ\u00e9rant se rapportent \u00e0 des prestations qui d\u00e9butent en\u00a02015. Le montant demand\u00e9 comprend ainsi des frais de repr\u00e9sentation pour des questions sans lien avec les violations all\u00e9gu\u00e9es, en particulier pour la r\u00e9glementation du droit de visite durant la proc\u00e9dure. En outre, le montant appara\u00eet comme manifestement exag\u00e9r\u00e9 en comparaison avec d\u2019autres affaires comparables.<\/p>\n<p>91. De m\u00eame, le requ\u00e9rant n\u2019a pas satisfait aux exigences de l\u2019article\u00a060 du R\u00e8glement de la Cour en ce qui concerne les frais de repr\u00e9sentation devant la Cour, aucune pr\u00e9cision n\u2019\u00e9tant fournie quant au montant demand\u00e9.<\/p>\n<p>92. Enfin, le requ\u00e9rant \u00e9tant repr\u00e9sent\u00e9 par un avocat et au vu des questions soulev\u00e9es par la pr\u00e9sente affaire, les frais de l\u2019avis de droit du\u00a023\u00a0septembre\u00a02020 ne sauraient \u00eatre consid\u00e9r\u00e9s comme n\u00e9cessaires au sens de la jurisprudence de la Cour.<\/p>\n<p>93. Le Gouvernement estime par cons\u00e9quent qu\u2019en cas de constatation d\u2019une violation de la Convention, aucun montant ne saurait \u00eatre allou\u00e9 au requ\u00e9rant au titre des frais de repr\u00e9sentation devant les autorit\u00e9s internes et la Cour. Pour le cas o\u00f9 la Cour ne devait pas suivre ce raisonnement, le Gouvernement consid\u00e8re \u00e0 titre subsidiaire qu\u2019un montant de 7\u00a0000\u00a0CHF serait appropri\u00e9.<\/p>\n<p>94. Selon la jurisprudence de la Cour, un requ\u00e9rant ne peut obtenir le remboursement de ses frais et d\u00e9pens que dans la mesure o\u00f9 se trouvent \u00e9tablis leur r\u00e9alit\u00e9, leur n\u00e9cessit\u00e9 et le caract\u00e8re raisonnable de leur taux. En l\u2019esp\u00e8ce, eu \u00e9gard au fait que la violation constat\u00e9e concerne l\u2019absence d\u2019un recours contre la mesure litigieuse et compte tenu des documents en sa possession et des crit\u00e8res susmentionn\u00e9s, la Cour juge raisonnable d\u2019allouer au requ\u00e9rant la somme de 15\u00a0000\u00a0EUR tous frais confondus, plus tout montant pouvant \u00eatre d\u00fb par lui sur cette somme \u00e0 titre d\u2019imp\u00f4t.<\/p>\n<p><strong>C. Int\u00e9r\u00eats moratoires<\/strong><\/p>\n<p>95. La Cour juge appropri\u00e9 de calquer le taux des int\u00e9r\u00eats moratoires sur le taux d\u2019int\u00e9r\u00eat de la facilit\u00e9 de pr\u00eat marginal de la Banque centrale europ\u00e9enne major\u00e9 de trois points de pourcentage.<\/p>\n<p><strong>PAR CES MOTIFS, LA COUR, \u00c0 L\u2019UNANIMIT\u00c9,<\/strong><\/p>\n<p>1. D\u00e9clare la requ\u00eate recevable\u00a0;<\/p>\n<p>2. Dit qu\u2019il y a eu violation de l\u2019article\u00a06 \u00a7\u00a01 de la Convention\u00a0;<\/p>\n<p>3. Dit qu\u2019il n\u2019y a pas lieu d\u2019examiner s\u00e9par\u00e9ment le grief formul\u00e9 sur le terrain de l\u2019article\u00a08 de la Convention ;<\/p>\n<p>4. Dit qu\u2019il n\u2019y a pas lieu d\u2019examiner s\u00e9par\u00e9ment le grief formul\u00e9 sur le terrain de l\u2019article\u00a013 combin\u00e9 avec l\u2019article\u00a08 de la Convention\u00a0;<\/p>\n<p>5. Dit<\/p>\n<p>a) que l\u2019\u00c9tat d\u00e9fendeur doit verser au requ\u00e9rant, dans un d\u00e9lai de trois mois \u00e0 compter de la date \u00e0 laquelle l\u2019arr\u00eat sera devenu d\u00e9finitif conform\u00e9ment \u00e0 l\u2019article\u00a044\u00a0\u00a7\u00a02 de la Convention, les sommes suivantes, \u00e0 convertir dans la monnaie de l\u2019\u00c9tat d\u00e9fendeur au taux applicable \u00e0 la date du r\u00e8glement\u00a0:<\/p>\n<p>i. 12\u00a0000\u00a0EUR (douze mille euros), plus tout montant pouvant \u00eatre d\u00fb sur cette somme \u00e0 titre d\u2019imp\u00f4t, pour dommage moral\u00a0;<\/p>\n<p>ii. 15\u00a0000\u00a0EUR (quinze mille euros), plus tout montant pouvant \u00eatre d\u00fb sur cette somme par le requ\u00e9rant \u00e0 titre d\u2019imp\u00f4t, pour frais et d\u00e9pens\u00a0;<\/p>\n<p>b) qu\u2019\u00e0 compter de l\u2019expiration dudit d\u00e9lai et jusqu\u2019au versement, ces montants seront \u00e0 majorer d\u2019un int\u00e9r\u00eat simple \u00e0 un taux \u00e9gal \u00e0 celui de la facilit\u00e9 de pr\u00eat marginal de la Banque centrale europ\u00e9enne applicable pendant cette p\u00e9riode, augment\u00e9 de trois points de pourcentage\u00a0;<\/p>\n<p>6. Rejette le surplus de la demande de satisfaction \u00e9quitable.<\/p>\n<p>Fait en fran\u00e7ais, puis communiqu\u00e9 par \u00e9crit le 8 f\u00e9vrier 2022, en application de l\u2019article\u00a077\u00a0\u00a7\u00a7\u00a02 et\u00a03 du r\u00e8glement.<\/p>\n<p>Milan Bla\u0161ko \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 Georges Ravarani<br \/>\nGreffier \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 Pr\u00e9sident<\/p>\n<div class=\"social-share-buttons\"><a href=\"https:\/\/www.facebook.com\/sharer\/sharer.php?u=https:\/\/loisdumonde.com\/?p=1258\" target=\"_blank\" rel=\"noopener\">Facebook<\/a><a href=\"https:\/\/twitter.com\/intent\/tweet?url=https:\/\/loisdumonde.com\/?p=1258&text=AFFAIRE+PLAZZI+c.+SUISSE+%28Cour+europ%C3%A9enne+des+droits+de+l%E2%80%99homme%29+44101%2F18\" target=\"_blank\" rel=\"noopener\">Twitter<\/a><a href=\"https:\/\/www.linkedin.com\/shareArticle?url=https:\/\/loisdumonde.com\/?p=1258&title=AFFAIRE+PLAZZI+c.+SUISSE+%28Cour+europ%C3%A9enne+des+droits+de+l%E2%80%99homme%29+44101%2F18\" target=\"_blank\" rel=\"noopener\">LinkedIn<\/a><a href=\"https:\/\/pinterest.com\/pin\/create\/button\/?url=https:\/\/loisdumonde.com\/?p=1258&description=AFFAIRE+PLAZZI+c.+SUISSE+%28Cour+europ%C3%A9enne+des+droits+de+l%E2%80%99homme%29+44101%2F18\" target=\"_blank\" rel=\"noopener\">Pinterest<\/a><\/div>","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>La requ\u00eate concerne le droit du requ\u00e9rant de s\u2019opposer, devant un tribunal national, \u00e0 la d\u00e9cision de l\u2019Autorit\u00e9 de protection de l\u2019enfant et de l\u2019adulte (APEA), qui a confi\u00e9 la garde exclusive FacebookTwitterLinkedInPinterest<\/p>\n<p class=\"more-link-p\"><a class=\"more-link\" href=\"https:\/\/loisdumonde.com\/?p=1258\">Read more &rarr;<\/a><\/p>\n","protected":false},"author":1,"featured_media":0,"comment_status":"open","ping_status":"open","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"_lmt_disableupdate":"","_lmt_disable":"","footnotes":""},"categories":[1],"tags":[],"class_list":["post-1258","post","type-post","status-publish","format-standard","hentry","category-cour-europeenne-des-droits-de-lhomme"],"modified_by":"loisdumonde","_links":{"self":[{"href":"https:\/\/loisdumonde.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/1258","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/loisdumonde.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/loisdumonde.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/loisdumonde.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/users\/1"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/loisdumonde.com\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcomments&post=1258"}],"version-history":[{"count":1,"href":"https:\/\/loisdumonde.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/1258\/revisions"}],"predecessor-version":[{"id":1259,"href":"https:\/\/loisdumonde.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/1258\/revisions\/1259"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/loisdumonde.com\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fmedia&parent=1258"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/loisdumonde.com\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcategories&post=1258"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/loisdumonde.com\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Ftags&post=1258"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}