{"id":1238,"date":"2022-01-25T09:36:22","date_gmt":"2022-01-25T09:36:22","guid":{"rendered":"https:\/\/loisdumonde.com\/?p=1238"},"modified":"2022-04-28T10:04:49","modified_gmt":"2022-04-28T10:04:49","slug":"affaire-ilker-deniz-yucel-c-turquie-27684-17-la-presente-requete-concerne-plus-particulierement-la-detention-provisoire-du-requerant-un-journaliste-pretendument-en-raison-de-ses-activites-journa","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/loisdumonde.com\/?p=1238","title":{"rendered":"AFFAIRE \u0130LKER DENIZ Y\u00dcCEL c. TURQUIE &#8211; 27684\/17. La pr\u00e9sente requ\u00eate concerne plus particuli\u00e8rement la d\u00e9tention provisoire du requ\u00e9rant, un journaliste, pr\u00e9tendument en raison de ses activit\u00e9s journalistiques."},"content":{"rendered":"<p style=\"text-align: center;\">DEUXI\u00c8ME SECTION<br \/>\n<strong>AFFAIRE \u0130LKER DEN\u0130Z Y\u00dcCEL c. TURQUIE<\/strong><br \/>\n<em>(Requ\u00eate no 27684\/17)<\/em><br \/>\nARR\u00caT<\/p>\n<p>Art 5 \u00a7 1 (c) \u2022 D\u00e9tention provisoire irr\u00e9guli\u00e8re d\u2019un journaliste<!--more-->, faute de raisons plausibles de le soup\u00e7onner d\u2019avoir commis une infraction p\u00e9nale \u2022 Art 15 \u2022 Absence de mesure d\u00e9rogatoire applicable \u00e0 la situation<br \/>\nArt 5 \u00a7 4 \u2022 Garanties proc\u00e9durales du contr\u00f4le \u2022 Connaissance suffisante des preuves \u00e0 charge rev\u00eatant une importance essentielle, malgr\u00e9 l\u2019impossibilit\u00e9 d\u2019acc\u00e9der au dossier d\u2019enqu\u00eate de mani\u00e8re illimit\u00e9e<br \/>\nArt 5 \u00a7 5 \u2022 R\u00e9paration accord\u00e9e manifestement insuffisante \u2022 Recours individuel devant la Cour constitutionnelle ineffectif<br \/>\nArt 10 \u2022 Libert\u00e9 d\u2019expression \u2022 Irr\u00e9gularit\u00e9 de la d\u00e9tention se r\u00e9percutant sur la l\u00e9galit\u00e9 de l\u2019ing\u00e9rence<\/p>\n<p style=\"text-align: center;\">STRASBOURG<br \/>\n25 janvier 2022<\/p>\n<p>Cet arr\u00eat deviendra d\u00e9finitif dans les conditions d\u00e9finies \u00e0 l\u2019article 44 \u00a7 2 de la Convention. Il peut subir des retouches de forme.<\/p>\n<p><strong>En l\u2019affaire Y\u00fccel c. Turquie,<\/strong><\/p>\n<p>La Cour europ\u00e9enne des droits de l\u2019homme (deuxi\u00e8me section), si\u00e9geant en une Chambrecompos\u00e9e de\u00a0:<\/p>\n<p>Jon Fridrik Kj\u00f8lbro, pr\u00e9sident,<br \/>\nAle\u0161 Pejchal,<br \/>\nEgidijus K\u016bris,<br \/>\nBranko Lubarda,<br \/>\nPauliine Koskelo,<br \/>\nMarko Bo\u0161njak,<br \/>\nSaadet Y\u00fcksel, juges,<br \/>\net de Stanley Naismith, greffier de section,<\/p>\n<p>Vu la requ\u00eate susmentionn\u00e9e introduite le 6 avril 2017,<\/p>\n<p>Vu les observations soumises par le gouvernement d\u00e9fendeur et celles pr\u00e9sent\u00e9es en r\u00e9ponse par le requ\u00e9rant,<\/p>\n<p>Vu les commentaires soumis par le gouvernement allemand (articles 36 \u00a7\u00a01 de la Convention et 44 \u00a7 1 b) du R\u00e8glement de la Cour),<\/p>\n<p>Vu les observations soumises par la Commissaire aux droits de l\u2019homme du Conseil de l\u2019Europe (\u00ab\u00a0la Commissaire aux droits de l\u2019homme\u00a0\u00bb), qui a exerc\u00e9 son droit de prendre part \u00e0 la proc\u00e9dure (articles 36 \u00a7 3 de la Convention et 44 \u00a7 2 du R\u00e8glement de la Cour),<\/p>\n<p>Vu les observations soumises par le Rapporteur sp\u00e9cial sur la promotion et la protection du droit \u00e0 la libert\u00e9 d\u2019opinion et d\u2019expression des Nations-Unies (\u00ab\u00a0le Rapporteur sp\u00e9cial\u00a0\u00bb) ainsi que par les organisations non gouvernementales suivantes, lesquelles ont agi conjointement\u00a0: PEN\u00a0International, ARTICLE 19, le Comit\u00e9 pour la protection des journalistes, le Centre europ\u00e9en pour la libert\u00e9 de la presse et des m\u00e9dias, la F\u00e9d\u00e9ration europ\u00e9enne des journalistes, Human Rights Watch, Index on Censorship, la F\u00e9d\u00e9ration internationale des journalistes, l\u2019International Press Institute et Reporters Sans Fronti\u00e8res (\u00ab\u00a0les organisations non gouvernementales intervenantes\u00a0\u00bb), autoris\u00e9es par le pr\u00e9sident de la section \u00e0 intervenir en vertu de l\u2019article 36 \u00a7 2 de la Convention et de l\u2019article 44 \u00a7\u00a03 du R\u00e8glement de la Cour,<\/p>\n<p>Apr\u00e8s en avoir d\u00e9lib\u00e9r\u00e9 en chambre du conseil le 30 novembre 2021,<\/p>\n<p>Rend l\u2019arr\u00eat que voici, adopt\u00e9 \u00e0 cette date\u00a0:<\/p>\n<p><strong>INTRODUCTION<\/strong><\/p>\n<p>1. La pr\u00e9sente requ\u00eate concerne plus particuli\u00e8rement la d\u00e9tention provisoire du requ\u00e9rant, un journaliste, pr\u00e9tendument en raison de ses activit\u00e9s journalistiques.<\/p>\n<p><strong>EN FAIT<\/strong><\/p>\n<p>2. Le requ\u00e9rant, M. \u0130lker Deniz Y\u00fccel, n\u00e9 en 1973, est un ressortissant ayant la double nationalit\u00e9 turque et allemande. Il r\u00e9side actuellement en Allemagne. Il a \u00e9t\u00e9 repr\u00e9sent\u00e9 devant la Cour par Me\u00a0V. Ok et Me\u00a0F. \u00c7a\u011f\u0131l, avocats exer\u00e7ant \u00e0 Istanbul.<\/p>\n<p>3. Le gouvernement turc (\u00ab\u00a0le Gouvernement\u00a0\u00bb) a \u00e9t\u00e9 repr\u00e9sent\u00e9 par M.\u00a0Hac\u0131 Ali A\u00e7\u0131kg\u00fcl, directeur du service des droits de l\u2019homme aupr\u00e8s du ministre de la Justice de Turquie, co-agent de la Turquie aupr\u00e8s de la Cour.<\/p>\n<p><strong>I. LA TENTATIVE DE COUP D\u2019\u00c9TAT DU 15 JUILLET 2016<\/strong><\/p>\n<p>4. Dans la nuit du 15 au 16 juillet 2016, un groupe de personnes appartenant aux forces arm\u00e9es turques, d\u00e9nomm\u00e9 \u00ab\u00a0le Conseil de la paix dans le pays\u00a0\u00bb, fit une tentative de coup d\u2019\u00c9tat militaire afin de renverser le parlement, le gouvernement et le pr\u00e9sident de la R\u00e9publique d\u00e9mocratiquement \u00e9lus (pour les d\u00e9tails relatifs \u00e0 la tentative de coup d\u2019\u00c9tat, voir l\u2019arr\u00eat de la Cour Mehmet Hasan Altan c. Turquie (no\u00a013237\/17, \u00a7\u00a7\u00a014\u201117, 20 mars 2018).<\/p>\n<p>5. Le 20 juillet 2016, le Gouvernement d\u00e9clara l\u2019\u00e9tat d\u2019urgence pour une p\u00e9riode de trois mois \u00e0 partir du 21 juillet 2016, \u00e9tat d\u2019urgence qui fut ensuite prolong\u00e9 de trois mois en trois mois par le Conseil des ministres, r\u00e9uni sous la pr\u00e9sidence du pr\u00e9sident de la R\u00e9publique.<\/p>\n<p>6. Le 21 juillet 2016, les autorit\u00e9s turques notifi\u00e8rent au Secr\u00e9taire G\u00e9n\u00e9ral du Conseil de l\u2019Europe une d\u00e9rogation \u00e0 la Convention au titre de l\u2019article\u00a015.<\/p>\n<p>7. Pendant la p\u00e9riode d\u2019\u00e9tat d\u2019urgence, le Conseil des ministres, r\u00e9uni sous la pr\u00e9sidence du pr\u00e9sident de la R\u00e9publique, adopta trente\u2011sept d\u00e9crets\u2011lois en application de l\u2019article 121 de la Constitution. Ces textes apportaient d\u2019importantes limitations aux garanties proc\u00e9durales reconnues en droit interne aux personnes plac\u00e9es en garde \u00e0 vue ou en d\u00e9tention provisoire (prolongation de la dur\u00e9e de la garde \u00e0 vue, restrictions relatives \u00e0 l\u2019acc\u00e8s au dossier et \u00e0 l\u2019examen des oppositions form\u00e9es contre les mesures de d\u00e9tention, etc.).<\/p>\n<p>8. Le 18 juillet 2018, l\u2019\u00e9tat d\u2019urgence fut lev\u00e9.<\/p>\n<p><strong>II. LA GARDE \u00c0 VUE ET LE PLACEMENT EN D\u00c9TENTION PROVISOIRE DU REQU\u00c9RANT ET LA PROC\u00c9DURE P\u00c9NALE ENGAG\u00c9E CONTRE LUI<\/strong><\/p>\n<p>9. Le requ\u00e9rant est journaliste. \u00c0 l\u2019\u00e9poque des faits, il \u00e9tait le correspondant en Turquie du quotidien allemand Die Welt.<\/p>\n<p>10. \u00c0 une date de 2016 non pr\u00e9cis\u00e9e dans le dossier, un groupe ill\u00e9gal d\u00e9nomm\u00e9 \u00ab\u00a0RedHack\u00a0\u00bb, pr\u00e9tendument li\u00e9 \u00e0 des organisations terroristes de l\u2019extr\u00eame gauche, annon\u00e7a qu\u2019il d\u00e9tenait des courriels personnels de M.\u00a0Berat Albayrak, le ministre turc de l\u2019\u00c9nergie. En d\u00e9cembre 2016, le site Wikileaks publia plus de 50\u00a0000 courriels pr\u00e9sent\u00e9s comme ayant \u00e9t\u00e9 envoy\u00e9s depuis l\u2019adresse \u00e9lectronique du ministre en question (pour des informations plus d\u00e9taill\u00e9es concernant cette enqu\u00eate, voir \u00d6\u011freten et Kanaat c.\u00a0Turquie, nos\u00a042201\/17 et 42212\/17, \u00a7\u00a7 10-26, 18 mai 2021).<\/p>\n<p>11. Le 20 d\u00e9cembre 2016, une lettre anonyme fut envoy\u00e9e \u00e0 la police d\u2019Istanbul dans laquelle il \u00e9tait all\u00e9gu\u00e9 que les courriels pirat\u00e9s avaient \u00e9t\u00e9 envoy\u00e9s \u00e0 une autre adresse \u00e9lectronique. Selon la source anonyme, la personne charg\u00e9e de ce transfert avait partag\u00e9 les coordonn\u00e9es de cette adresse \u00e9lectronique sur Twitter avec dix-huit personnes, dont le requ\u00e9rant.<\/p>\n<p>12. Le 24 d\u00e9cembre 2016, le procureur de la R\u00e9publique ordonna le placement en garde \u00e0 vue des suspects. Par une d\u00e9cision du m\u00eame jour, il restreignit le droit des avocats d\u2019examiner le contenu du dossier d\u2019enqu\u00eate ou d\u2019obtenir des copies des documents y figurant sur le fondement de l\u2019article\u00a0153 \u00a7 2 du code de proc\u00e9dure p\u00e9nale (CPP). Le 20 f\u00e9vrier 2017, le requ\u00e9rant forma un recours contre cette d\u00e9cision. Par une d\u00e9cision du 22\u00a0f\u00e9vrier 2017, le 2e juge de paix d\u2019Istanbul rejeta ce recours. Le requ\u00e9rant forma opposition contre cette derni\u00e8re d\u00e9cision. Le 18 avril 2017, le 3e\u00a0juge de paix d\u2019Istanbul rejeta cette opposition.<\/p>\n<p>13. Entretemps, le 26 d\u00e9cembre 2016, le 14e juge de paix d\u2019Istanbul avait d\u00e9livr\u00e9 un mandat d\u2019arr\u00eat \u00e0 l\u2019encontre du requ\u00e9rant. Il ressort de ce document que l\u2019int\u00e9ress\u00e9 \u00e9tait soup\u00e7onn\u00e9 d\u2019appartenance \u00e0 une organisation terroriste, d\u2019intrusion dans un syst\u00e8me de traitement de donn\u00e9es, de d\u00e9t\u00e9rioration et destruction des donn\u00e9es stock\u00e9es dans ce syst\u00e8me et atteinte \u00e0 leur acc\u00e8s, et d\u2019enregistrement de donn\u00e9es dans ce syst\u00e8me de traitement.<\/p>\n<p>14. Le 14 f\u00e9vrier 2017, le requ\u00e9rant apprit par les m\u00e9dias qu\u2019il \u00e9tait soup\u00e7onn\u00e9 d\u2019avoir commis des infractions p\u00e9nales. Il s\u2019adressa alors au parquet d\u2019Istanbul avant de se rendre au poste de police d\u2019Istanbul pour y faire une d\u00e9position.<\/p>\n<p>15. Le m\u00eame jour, il fut interrog\u00e9 au poste de police par la police d\u2019Istanbul sur le piratage des courriels du ministre de l\u2019\u00c9nergie et le partage de ceux-ci avec un groupe de journalistes. Il d\u00e9clara qu\u2019il r\u00e9pondrait \u00e0 ces questions devant le procureur de la R\u00e9publique. Il ne fut toutefois pas transf\u00e9r\u00e9 devant le parquet et fut plac\u00e9 en garde \u00e0 vue.<\/p>\n<p>16. Le 15 f\u00e9vrier 2017, sur ordre du 3e juge de paix d\u2019Istanbul, une perquisition fut effectu\u00e9e au domicile du requ\u00e9rant.<\/p>\n<p>17. Le 20 f\u00e9vrier 2017, le requ\u00e9rant forma un recours contre la d\u00e9cision de placement en garde \u00e0 vue, afin d\u2019obtenir sa remise en libert\u00e9. Par une d\u00e9cision rendue le 22 f\u00e9vrier 2017, le 2e juge de paix d\u2019Istanbul rejeta ce recours.<\/p>\n<p>18. Le 27 f\u00e9vrier 2017, le requ\u00e9rant, assist\u00e9 de ses avocats, fut interrog\u00e9 par le procureur de la R\u00e9publique d\u2019Istanbul. Dans ce contexte, le procureur lui demanda tout d\u2019abord s\u2019il avait un lien avec C.B., un des dirigeants du PKK (Parti des travailleurs du Kurdistan, une organisation terroriste arm\u00e9e), avec lequel il avait r\u00e9alis\u00e9 un entretien qui \u00e9tait paru dans Die Welt. Il lui posa ensuite des questions d\u00e9taill\u00e9es concernant principalement plusieurs des articles que l\u2019int\u00e9ress\u00e9 avait publi\u00e9s dans Die Welt, notamment\u00a0:<\/p>\n<p>i)\u00a0son article paru le 26 octobre 2016 par lequel il avait pr\u00e9tendument incit\u00e9 \u00e0 la discrimination\u00a0;<\/p>\n<p>ii)\u00a0son article du 6 novembre 2016, qui avait \u00e9t\u00e9 publi\u00e9 avec une photographie du pr\u00e9sident de la R\u00e9publique de Turquie, sous laquelle figurait la mention \u00ab\u00a0putschiste\u00a0\u00bb (darbeci)\u00a0;<\/p>\n<p>iii)\u00a0son article du 21 juillet 2016 dans lequel il avait \u00e9crit la phrase suivante\u00a0: \u00ab\u00a0la valeur de la garantie fournie par un arnaqueur\u00a0\u00bb (bir \u00fc\u00e7ka\u011f\u0131t\u00e7\u0131n\u0131n verdi\u011fi teminat\u0131n de\u011feri)\u00a0;<\/p>\n<p>iv)\u00a0son article du 19 juin 2016 que le parquet consid\u00e9rait comme faisant de la propagande en faveur de l\u2019organisation terroriste PKK\u00a0;<\/p>\n<p>v)\u00a0son article paru le 27 octobre 2016 dans lequel il avait d\u00e9clar\u00e9 ce qui suit\u00a0: \u00ab\u00a0Les r\u00e9ponses [qui ont \u00e9t\u00e9 faites] \u00e0 des questions symboliques, telles que le g\u00e9nocide des Arm\u00e9niens, montrent que la position timide [qui ressortait] de la d\u00e9claration officielle publi\u00e9e par Erdo\u011fan il y a quelques ann\u00e9es a chang\u00e9 (&#8230;) L\u2019\u00e9lite sociale et culturelle de la Turquie tourn\u00e9e vers l\u2019Ouest s\u2019est transform\u00e9e en la nouvelle Turquie d\u2019Erdo\u011fan, [une Turquie] plus autoritaire, plus bigote et ordinaire\u00a0\u00bb (Beyan ve ifadelerine hassaten Ermenilere yap\u0131lan soyk\u0131r\u0131m gibi sembolik sorulara verilen cevaplar Erdo\u011fan\u2019\u0131n birka\u00e7 sene \u00f6ncesine kadar yay\u0131nlad\u0131\u011f\u0131 resmi yaz\u0131daki \u00e7ekingen tavr\u0131n\u0131n de\u011fi\u015fti\u011fini g\u00f6steriyor&#8230; T\u00fcrkiye\u2019nin eski bat\u0131 y\u00f6nl\u00fc politik k\u00fclt\u00fcr ve elit dokusu \u015fimdilerde Erdo\u011fan\u2019\u0131n yeni T\u00fcrkiye\u2019si ile daha otoriter, daha yobaz ve s\u0131radan bir kimli\u011fe b\u00fcr\u00fcnm\u00fc\u015f)\u00a0;<\/p>\n<p>vi)\u00a0son article du 7 octobre 2016 intitul\u00e9 \u00ab\u00a0Comment un piratage de 20\u00a0Gb peut nuire au r\u00e9gime d\u2019Erdo\u011fan\u00a0?\u00a0\u00bb (20 Gb\u2019l\u0131k hackleme Erdo\u011fan rejimine ne gibi zarar verebilir\u00a0?)\u00a0;<\/p>\n<p>vii)\u00a0son article paru le 18 juillet 2016 dans lequel il avait pr\u00e9sent\u00e9 Fetullah G\u00fclen (un citoyen turc r\u00e9sidant aux \u00c9tats-Unis d\u2019Am\u00e9rique, consid\u00e9r\u00e9 comme \u00e9tant le chef pr\u00e9sum\u00e9 d\u2019une organisation d\u00e9sign\u00e9e par les autorit\u00e9s turques sous l\u2019appellation FET\u00d6\/PDY (\u00ab\u00a0Organisation terroriste fetullahiste\u00a0\/\u00a0Structure d\u2019\u00c9tat parall\u00e8le\u00a0\u00bb)) comme un ancien partenaire du pr\u00e9sident Erdo\u011fan\u00a0; et<\/p>\n<p>viii)\u00a0son article paru le 12 d\u00e9cembre 2016 dans lequel il avait \u00e9crit ce qui suit\u00a0: \u00ab\u00a0H.A., 19 ans, se cachait avec d\u2019autres [personnes] au sous-sol [d\u2019un immeuble, et] a probablement \u00e9t\u00e9 tu\u00e9e et br\u00fbl\u00e9e par les forces de s\u00e9curit\u00e9 lors d\u2019un affrontement arm\u00e9 [qui a eu lieu] dans la ville kurde de Cizre\u00a0\u00bb (19\u00a0ya\u015f\u0131ndaki H.A. &#8230; K\u00fcrt \u015fehri Cizre\u2019deki silahl\u0131 \u00e7at\u0131\u015fmada di\u011ferleri ile bir bodrumda saklanan ve burada muhtemelen g\u00fcvenlik g\u00fc\u00e7leri taraf\u0131ndan yak\u0131larak \u00f6ld\u00fcr\u00fclen).<\/p>\n<p>19. Dans ses r\u00e9ponses, le requ\u00e9rant d\u00e9clara en r\u00e9sum\u00e9 qu\u2019il n\u2019avait commis aucune infraction, qu\u2019il \u00e9tait journaliste et qu\u2019il n\u2019avait aucun lien avec des organisations terroristes. L\u2019avocat du requ\u00e9rant indiqua qu\u2019il consid\u00e9rait cet interrogatoire comme une atteinte \u00e0 la libert\u00e9 d\u2019expression de son client.<\/p>\n<p>20. \u00c0 la suite de cette comparution, le procureur de la R\u00e9publique d\u2019Istanbul demanda au 9e juge de paix d\u2019Istanbul de placer l\u2019int\u00e9ress\u00e9 en d\u00e9tention provisoire pour propagande en faveur d\u2019une organisation terroriste et incitation du peuple \u00e0 la haine et \u00e0 l\u2019hostilit\u00e9. Il motiva sa demande comme suit\u00a0:<\/p>\n<p>\u00ab\u00a0Sous couvert de journalisme, le requ\u00e9rant a contribu\u00e9 aux tentatives de l\u00e9galisation de l\u2019organisation terroriste [PKK\/KCK[1]] en r\u00e9alisant des entretiens avec [C.B.], qui \u00e9tait le dirigeant de l\u2019organisation terroriste arm\u00e9e PKK\/KCK. Dans les articles qu\u2019il a publi\u00e9s dans le journal [Die Welt], il n\u2019a pas critiqu\u00e9 les actions de l\u2019organisation terroriste PKK\/KCK, qui vise \u00e0 diviser notre pays, [mais] il a manipul\u00e9 l\u2019opinion publique [en critiquant] les op\u00e9rations et les actes des forces de s\u00e9curit\u00e9. Il a d\u00e9clar\u00e9 que les forces de s\u00e9curit\u00e9 tuaient des gens de mani\u00e8re arbitraire et que les op\u00e9rations de s\u00e9curit\u00e9 [men\u00e9es par elles] dans les r\u00e9gions de l\u2019est \u00e9taient de vrais massacres. Il a \u00e9crit dans ses articles que H.A. avait \u00e9t\u00e9 tu\u00e9e intentionnellement par les forces de s\u00e9curit\u00e9 \u00e0 Cizre. Dans un de ses articles, il a aussi [publi\u00e9] une blague qui pouvait inciter \u00e0 la haine et \u00e0 l\u2019hostilit\u00e9 entre [l\u2019identit\u00e9] turque et les soci\u00e9t\u00e9s.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p>21. Le m\u00eame jour, le requ\u00e9rant, soup\u00e7onn\u00e9 de propagande en faveur d\u2019une organisation terroriste et d\u2019incitation du peuple \u00e0 la haine et \u00e0 l\u2019hostilit\u00e9, comparut devant le 9e juge de paix d\u2019Istanbul, qui l\u2019interrogea au sujet de plusieurs articles qu\u2019il avait r\u00e9dig\u00e9s ainsi que sur les accusations qui \u00e9taient port\u00e9es contre lui.<\/p>\n<p>22. Devant le juge de paix, l\u2019int\u00e9ress\u00e9 d\u00e9clara qu\u2019il n\u2019avait commis aucune infraction, qu\u2019il \u00e9tait journaliste et qu\u2019il n\u2019avait aucun lien avec les organisations terroristes. Il indiqua qu\u2019il n\u2019avait aucune responsabilit\u00e9 dans le choix des titres de ses articles. Il soutint par ailleurs qu\u2019il y avait certaines erreurs de traduction de l\u2019allemand vers le turc dans les articles qui \u00e9taient cit\u00e9s par le parquet. Il argua en substance que les articles susmentionn\u00e9s \u00e9taient prot\u00e9g\u00e9s par son droit \u00e0 la libert\u00e9 d\u2019expression. Il ajouta \u00e9galement qu\u2019il n\u2019\u00e9tait pas possible de mener une enqu\u00eate p\u00e9nale au sujet de ses articles et cela pour cause de prescription.<\/p>\n<p>23. \u00c0 la fin de l\u2019audience, se fondant sur le contenu des articles publi\u00e9s par le requ\u00e9rant au sujet de la politique interne et internationale du gouvernement turc, en particulier ceux qui concernaient la question kurde, le juge ordonna le placement en d\u00e9tention provisoire de l\u2019int\u00e9ress\u00e9, eu \u00e9gard \u00e0 l\u2019existence de forts soup\u00e7ons pesant sur lui, \u00e0 la nature des infractions en cause, \u00e0 l\u2019\u00e9tat des preuves, \u00e0 la peine pr\u00e9vue pour les infractions en question et au risque que des mesures alternatives \u00e0 la d\u00e9tention fussent insuffisantes. Les parties pertinentes en l\u2019esp\u00e8ce de la d\u00e9cision de placement en d\u00e9tention provisoire se lisaient comme suit\u00a0:<\/p>\n<p>\u00ab\u00a0[Il ressort du contenu du dossier d\u2019enqu\u00eate] que le suspect est journaliste au [quotidien] Die Welt, une institution de la presse allemande\u00a0; que le suspect a r\u00e9alis\u00e9 un entretien \u00e0 Kandil avec [C.B.], un des dirigeants de l\u2019organisation terroriste arm\u00e9e PKK, et qu\u2019il a publi\u00e9 dans un article intitul\u00e9 \u00ab\u00a0Quand son r\u00eave de pr\u00e9sidence est tomb\u00e9 \u00e0 l\u2019eau, il s\u2019est tourn\u00e9 vers la vengeance\u00a0\u00bb les propos de [celui-ci] sur le pr\u00e9sident de la R\u00e9publique de Turquie en pr\u00e9sentant l\u2019organisation terroriste PKK comme une structure l\u00e9gitime\u00a0; que dans son article du 26 octobre 2016 le suspect a publi\u00e9 [la blague suivante]\u00a0: \u00ab\u00a0Parmi les Kurdes, la blague qui r\u00e9sume le mieux l\u2019attitude de l\u2019\u00c9tat turc envers [eux est celle-ci\u00a0:] un Turc et un Kurde ont \u00e9t\u00e9 condamn\u00e9s \u00e0 la peine capitale, ils demandent au Kurde son dernier souhait, apr\u00e8s avoir r\u00e9fl\u00e9chi un peu, le Kurde dit\u00a0: \u00ab\u00a0J\u2019aime beaucoup ma m\u00e8re, avant de quitter ce monde, j\u2019aimerais bien voir ma m\u00e8re une derni\u00e8re fois\u00a0\u00bb, quand la m\u00eame question est pos\u00e9e au Turc, [celui-ci] r\u00e9pond sans h\u00e9sitation\u00a0: \u00ab\u00a0Que le Kurde meure sans avoir vu sa m\u00e8re\u00a0\u00bb (&#8230;) Cela d\u00e9peint parfaitement le fondement de la politique de la Turquie en Syrie et en Irak. Des millions de personnes ont demand\u00e9 l\u2019asile en Turquie, pays de ceux qui veulent que le Kurde meure sans voir sa m\u00e8re\u00a0\u00bb, avec cette blague, il a d\u00e9clar\u00e9 que la politique de la Turquie visait le m\u00eame but [que la chute de la blague en question et] il a [ainsi] incit\u00e9 publiquement les citoyens turcs et kurdes, qui sont des fr\u00e8res, \u00e0 la haine et \u00e0 l\u2019hostilit\u00e9\u00a0; que, dans son article du 17\u00a0f\u00e9vrier 2017 qui publiait la photographie du pr\u00e9sident de la R\u00e9publique, Recep Tayyip Erdo\u011fan, avec un drapeau turc \u00e0 l\u2019arri\u00e8re-plan [et] le titre \u00ab\u00a0putschiste\u00a0\u00bb, il a \u00e9crit [la phrase suivante\u00a0:] \u00ab\u00a0Le pr\u00e9sident de la R\u00e9publique, Recep Tayyip Erdo\u011fan, fonde son propre \u00c9tat sans pr\u00eater attention aux autres, le pays [qui fait face \u00e0] des manifestations se dirige vers la d\u00e9sint\u00e9gration\u00a0\u00bb\u00a0; que dans son article du 17 f\u00e9vrier 2017 intitul\u00e9 \u00ab\u00a0La valeur de la garantie fournie par un arnaqueur\u00a0\u00bb, il a [pos\u00e9 des questions sur] l\u2019implication du chef du FET\u00d6, et [, le cas \u00e9ch\u00e9ant, sur le degr\u00e9 de son lien] avec la tentative hideuse de coup d\u2019\u00c9tat du 15 juillet\u00a0; que, dans son article du 19 juin 2016, il a d\u00e9sign\u00e9 le dirigeant du PKK, Abdullah \u00d6calan, comme l\u2019\u00e9tat-major du PKK [et] il a [par cons\u00e9quent] fait de la propagande en faveur de l\u2019organisation terroriste en question\u00a0; que dans son article du 27 octobre 2016, intitul\u00e9 \u00ab\u00a0De nos jours, le jargon de d\u00e9clin moral est souverain en Turquie\u00a0\u00bb, sous le chapitre Erdo\u011fan utilise le coup d\u2019\u00c9tat contre le coup d\u2019\u00c9tat, il a \u00e9crit [la chose suivante\u00a0:] \u00ab\u00a0Il [Erdo\u011fan] veut imposer son dictat par la voie du vote populaire et dans le r\u00e9gime qu\u2019il veut fonder, le parlement et les partis [politiques] n\u2019auront aucun r\u00f4le d\u00e9cisif [\u00a0;] le but [ainsi] vis\u00e9 ne se distingue pas de la monarchie\u00a0\u00bb\u00a0; qu\u2019il a fait de la propagande en faveur de l\u2019organisation terroriste en \u00e9crivant dans son article du 18 juillet 2016 qu\u2019il n\u2019existait aucune preuve d\u00e9cisive [d\u00e9montrant] que la tentative de coup d\u2019\u00c9tat du 15 juillet avait \u00e9t\u00e9 faite par l\u2019organisation terroriste FET\u00d6 et que le myst\u00e8re concernant les responsables qui \u00e9taient derri\u00e8re [celle-ci] restait toujours entier\u00a0; qu\u2019il avait r\u00e9dig\u00e9 un article, [qu\u2019il avait publi\u00e9] le 12 d\u00e9cembre 2016, qui concernait les actes [des] terroristes qui avaient attaqu\u00e9 nos forces de s\u00e9curit\u00e9 en creusant des tranch\u00e9es [et en posant] des explosifs dans les maisons des citoyens innocents de Cizre, dans [lequel] il avait fait de la propagande en faveur d\u2019[une] organisation [terroriste] et avait incit\u00e9 \u00e0 la haine et \u00e0 l\u2019hostilit\u00e9 [en \u00e9crivant] de mani\u00e8re erron\u00e9e que H.A., qui avait 19 ans, avait \u00e9t\u00e9 tu\u00e9e par les forces de s\u00e9curit\u00e9 [qui l\u2019avaient soi-disant] br\u00fbl\u00e9e.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p>24. Le 6 mars 2017, le requ\u00e9rant forma opposition contre l\u2019ordonnance de placement en d\u00e9tention provisoire prise contre lui. Par une d\u00e9cision du 13\u00a0mars 2017, le 10e juge de paix d\u2019Istanbul rejeta son opposition et ordonna son maintien en d\u00e9tention.<\/p>\n<p>25. Alors que le requ\u00e9rant \u00e9tait en d\u00e9tention provisoire et que des poursuites p\u00e9nales \u00e9taient en cours de pr\u00e9paration contre lui, le pr\u00e9sident de la R\u00e9publique, M. Recep Tayyip Erdo\u011fan, le qualifia publiquement d\u2019\u00ab\u00a0agent allemand\u00a0\u00bb et de \u00ab\u00a0repr\u00e9sentant du PKK\u00a0\u00bb et, dans une interview t\u00e9l\u00e9vis\u00e9e accord\u00e9e le 14 avril 2017, il exclut toute possibilit\u00e9 de lib\u00e9ration pour l\u2019int\u00e9ress\u00e9 tant qu\u2019il resterait en fonction en tant que pr\u00e9sident de la R\u00e9publique.<\/p>\n<p>26. Le 13 f\u00e9vrier 2018, le parquet d\u2019Istanbul disjoignit l\u2019enqu\u00eate p\u00e9nale men\u00e9e contre le requ\u00e9rant de celle men\u00e9e contre les autres suspects. Le m\u00eame jour, il rendit une ordonnance de non-lieu \u00e0 l\u2019encontre de l\u2019int\u00e9ress\u00e9 pour les infractions d\u2019intrusion dans un syst\u00e8me de traitement de donn\u00e9es et de d\u00e9t\u00e9rioration et destruction des donn\u00e9es stock\u00e9es dans ce syst\u00e8me et atteinte \u00e0 leur acc\u00e8s.<\/p>\n<p>27. En revanche, toujours le 13 f\u00e9vrier 2018, le procureur de la R\u00e9publique d\u2019Istanbul d\u00e9posa un acte d\u2019accusation devant la cour d\u2019assises d\u2019Istanbul, par lequel il requ\u00e9rait la condamnation du requ\u00e9rant pour propagande en faveur d\u2019une organisation terroriste et pour incitation du peuple \u00e0 la haine et \u00e0 l\u2019hostilit\u00e9.<\/p>\n<p>28. Le 14 f\u00e9vrier 2018, la cour d\u2019assises d\u2019Istanbul accueillit l\u2019acte d\u2019accusation du procureur de la R\u00e9publique.<\/p>\n<p>29. Le 16 f\u00e9vrier 2018, la cour d\u2019assises d\u2019Istanbul ordonna la remise en libert\u00e9 du requ\u00e9rant, lequel est par la suite retourn\u00e9 en Allemagne.<\/p>\n<p>30. Par un jugement du 16 juillet 2020, la cour d\u2019assises d\u2019Istanbul condamna le requ\u00e9rant, sur le fondement de l\u2019article 7 \u00a7 2 de la loi no\u00a03713 relative \u00e0 la lutte contre le terrorisme, \u00e0 une peine d\u2019emprisonnement de deux ans, neuf mois et vingt-deux jours pour propagande de l\u2019organisation terroriste PKK. Par le m\u00eame jugement, elle acquitta l\u2019int\u00e9ress\u00e9 des chefs d\u2019accusation de propagande de l\u2019organisation terroriste FET\u00d6\/PDY et d\u2019incitation du peuple \u00e0 la haine et \u00e0 l\u2019hostilit\u00e9. Elle releva en outre que dans son article du 26 octobre 2016, le requ\u00e9rant avait publi\u00e9 une blague concernant un Turc et un Kurde (paragraphe 23 ci-dessus) et que dans son article du 27 octobre 2016, il avait d\u00e9clar\u00e9 qu\u2019il y avait eu un g\u00e9nocide des Arm\u00e9niens commis par l\u2019Empire ottoman. Selon la cour d\u2019assises d\u2019Istanbul, ces propos constituaient l\u2019infraction de d\u00e9nigrement public de la R\u00e9publique de Turquie, d\u00e9lit r\u00e9prim\u00e9 par l\u2019article 301 du CP. Elle a par cons\u00e9quent d\u00e9cid\u00e9 de porter plainte aupr\u00e8s du parquet comp\u00e9tent.<\/p>\n<p>31. Il ressort des derniers \u00e9l\u00e9ments fournis par les parties en 2020 que la proc\u00e9dure p\u00e9nale est actuellement pendante devant la cour d\u2019appel d\u2019Istanbul.<\/p>\n<p><strong>III. LE RECOURS INDIVIDUEL DEVANT LA COUR CONSTITUTIONNELLE<\/strong><\/p>\n<p>32. Le 27 mars 2017, le requ\u00e9rant saisit la Cour constitutionnelle d\u2019un recours individuel. Il s\u2019y plaignait principalement d\u2019une violation \u00e0 son \u00e9gard du droit \u00e0 la libert\u00e9 et \u00e0 la s\u00fbret\u00e9 et du droit \u00e0 la libert\u00e9 d\u2019expression et \u00e0 la libert\u00e9 de la presse. Il soutenait ensuite qu\u2019il avait \u00e9t\u00e9 arr\u00eat\u00e9 et d\u00e9tenu pour des raisons diff\u00e9rentes de celles pr\u00e9vues par la Constitution turque et la Convention. Il demandait \u00e9galement l\u2019application d\u2019une mesure provisoire \u00e0 m\u00eame de garantir sa remise en libert\u00e9. Il se plaignait enfin d\u2019une violation de ses droits prot\u00e9g\u00e9s par les articles 3, 6, 8, 13 et 18 de la Convention et demandait \u00e0 la Cour constitutionnelle d\u2019ordonner sa mise en libert\u00e9 provisoire.<\/p>\n<p>33. Par une d\u00e9cision du 29 mars 2017, la Cour constitutionnelle, estimant que le maintien en d\u00e9tention provisoire du requ\u00e9rant ne constituait pas un danger pour sa vie ni pour son int\u00e9grit\u00e9 physique et morale, refusa d\u2019ordonner la mesure provisoire sollicit\u00e9e.<\/p>\n<p>34. Le 28 mai 2019, la Cour constitutionnelle rendit un arr\u00eat (no\u00a02017\/16589) par lequel elle d\u00e9cida, par trois voix contre deux, qu\u2019il y avait eu violation du droit \u00e0 la libert\u00e9 et \u00e0 la s\u00fbret\u00e9 et du droit \u00e0 la libert\u00e9 d\u2019expression et de la presse.<\/p>\n<p>35. En ce qui concerne tout d\u2019abord le grief tir\u00e9 de la dur\u00e9e de sa garde \u00e0 vue formul\u00e9 par le requ\u00e9rant, elle observa que l\u2019int\u00e9ress\u00e9 \u00e9tait tenu d\u2019introduire une action fond\u00e9e sur l\u2019article 141 du code de proc\u00e9dure p\u00e9nale (CPP), ce dont il s\u2019\u00e9tait abstenu. En cons\u00e9quence, elle d\u00e9clara ce grief irrecevable pour non-\u00e9puisement des voies de recours.<\/p>\n<p>36. Pour ce qui est du grief relatif \u00e0 la d\u00e9tention provisoire subie par le requ\u00e9rant, la Cour constitutionnelle, renvoyant aux principes d\u00e9coulant de son arr\u00eat \u015eahin Alpay (no 2016\/16092, \u00a7\u00a7 77-91), constata tout d\u2019abord que la d\u00e9tention provisoire de l\u2019int\u00e9ress\u00e9 avait une base l\u00e9gale, \u00e0 savoir l\u2019article\u00a0100 du CPP. Elle v\u00e9rifia ensuite si la d\u00e9tention provisoire du requ\u00e9rant poursuivait un but l\u00e9gitime et s\u2019il existait de forts soup\u00e7ons quant \u00e0 la commission par l\u2019int\u00e9ress\u00e9 des infractions reproch\u00e9es. Apr\u00e8s avoir examin\u00e9 le contenu des articles incrimin\u00e9s et les autres \u00e9l\u00e9ments de preuve contenus dans l\u2019acte d\u2019accusation, la Cour constitutionnelle conclut que \u00ab\u00a0la forte indication qu\u2019une infraction a[vait] \u00e9t\u00e9 commise\u00a0\u00bb n\u2019\u00e9tait pas suffisamment d\u00e9montr\u00e9e en l\u2019esp\u00e8ce. Puis elle examina s\u2019il y avait eu violation du droit \u00e0 la libert\u00e9 et \u00e0 la s\u00fbret\u00e9 eu \u00e9gard \u00e0 l\u2019article 15 de la Constitution, qui pr\u00e9voyait la suspension de l\u2019exercice des droits et libert\u00e9s fondamentaux en cas de guerre, de mobilisation g\u00e9n\u00e9rale, d\u2019\u00e9tat de si\u00e8ge ou d\u2019\u00e9tat d\u2019urgence. \u00c0 cet \u00e9gard, renvoyant \u00e0 ses arr\u00eats \u015eahin Alpay (pr\u00e9cit\u00e9, \u00a7\u00a7 77-91), Mehmet Hasan Altan (no 2016\/23672, \u00a7\u00a7 152-157), Turhan G\u00fcnay (no\u00a02016\/50972, \u00a7\u00a7\u00a083-89) et Mustafa Bald\u0131r (no\u00a02016\/29354, \u00a7\u00a7 83\u201188), elle estima que, m\u00eame en cas d\u2019application de l\u2019article 15 de la Constitution, il n\u2019\u00e9tait pas possible d\u2019accepter que des personnes pussent \u00eatre mises en d\u00e9tention provisoire sans qu\u2019il y e\u00fbt une forte indication qu\u2019elles avaient commis une infraction. Elle d\u00e9cida donc que la d\u00e9tention provisoire subie par le requ\u00e9rant \u00e9tait hors de proportion avec les strictes exigences de la situation et que le droit \u00e0 la libert\u00e9 et \u00e0 la s\u00fbret\u00e9 de l\u2019int\u00e9ress\u00e9, tel que prot\u00e9g\u00e9 par l\u2019article\u00a019\u00a0\u00a7\u00a03 de la Constitution, avait \u00e9t\u00e9 viol\u00e9. Eu \u00e9gard \u00e0 son constat de violation de cette disposition, elle estima qu\u2019il n\u2019\u00e9tait pas n\u00e9cessaire de se prononcer sur la question de savoir s\u2019il existait des motifs pertinents et suffisants justifiant la d\u00e9tention provisoire du requ\u00e9rant et si cette privation de libert\u00e9 poursuivait des fins autres que celles pr\u00e9vues par la Constitution.<\/p>\n<p>37. Par ailleurs, la Cour constitutionnelle d\u00e9clara le grief relatif \u00e0 l\u2019absence d\u2019ind\u00e9pendance et d\u2019impartialit\u00e9 des juges de paix irrecevable pour d\u00e9faut manifeste de fondement.<\/p>\n<p>38. En ce qui concerne le grief formul\u00e9 par le requ\u00e9rant relativement \u00e0 une impossibilit\u00e9 pour lui d\u2019acc\u00e9der au dossier d\u2019enqu\u00eate, la Cour constitutionnelle consid\u00e9ra, eu \u00e9gard au contenu des questions d\u00e9taill\u00e9es qui avaient \u00e9t\u00e9 pos\u00e9es \u00e0 l\u2019int\u00e9ress\u00e9 lors de ses interrogatoires par le procureur de la R\u00e9publique et par le juge de paix, que le requ\u00e9rant avait dispos\u00e9 de suffisamment de moyens pour pr\u00e9parer sa d\u00e9fense quant aux accusations port\u00e9es contre lui et pour contester son placement en d\u00e9tention provisoire. En cons\u00e9quence, elle d\u00e9clara ce grief irrecevable pour d\u00e9faut manifeste de fondement.<\/p>\n<p>39. Quant au grief relatif \u00e0 une absence d\u2019audience lors de l\u2019examen du recours du requ\u00e9rant contre sa d\u00e9tention provisoire, la Cour constitutionnelle jugea que la tenue d\u2019une audience ne s\u2019imposait pas \u00e0 chaque recours form\u00e9 contre les ordonnances relatives \u00e0 la mise et au maintien en d\u00e9tention provisoire et que, dans les cas o\u00f9 une personne pouvait compara\u00eetre en premi\u00e8re instance devant le juge appel\u00e9 \u00e0 se prononcer sur sa d\u00e9tention, le d\u00e9faut de comparution en appel n\u2019enfreignait pas en lui-m\u00eame la Constitution puisqu\u2019il ne portait pas atteinte au respect du principe de l\u2019\u00e9galit\u00e9 des armes. Elle observa que le requ\u00e9rant et son avocat \u00e9taient pr\u00e9sents lors de l\u2019audience qui s\u2019\u00e9tait tenue le 27 f\u00e9vrier 2017, \u00e0 l\u2019issue de laquelle l\u2019int\u00e9ress\u00e9 avait \u00e9t\u00e9 plac\u00e9 en d\u00e9tention provisoire. Elle nota que celui-ci avait form\u00e9 opposition contre son placement en d\u00e9tention provisoire, que ce recours avait \u00e9t\u00e9 rejet\u00e9 le 13 mars 2017 et que le 22 mars 2017, \u00e0 l\u2019issue de son examen sur dossier, le juge de paix d\u2019Istanbul avait ordonn\u00e9 le maintien en d\u00e9tention provisoire du requ\u00e9rant. Elle releva par ailleurs que quatorze jours et vingt-trois jours s\u2019\u00e9taient \u00e9coul\u00e9s entre la derni\u00e8re comparution du requ\u00e9rant devant un juge et la date respectivement du premier examen sur dossier et du deuxi\u00e8me examen sur dossier. Prenant en compte ces dur\u00e9es, elle consid\u00e9ra que la tenue d\u2019une audience aux fins de ces examens ne s\u2019imposait pas, et, par cons\u00e9quent, d\u00e9clara ce grief irrecevable, \u00e9galement pour d\u00e9faut manifeste de fondement.<\/p>\n<p>40. Pour ce qui est des griefs formul\u00e9s par le requ\u00e9rant relativement \u00e0 une incompatibilit\u00e9 de ses conditions de d\u00e9tention, lors de sa garde \u00e0 vue et de sa d\u00e9tention provisoire, avec l\u2019interdiction des traitements inhumains et d\u00e9gradants, la Cour constitutionnelle les d\u00e9clara irrecevables pour non-\u00e9puisement des voies de recours.<\/p>\n<p>41. Quant \u00e0 l\u2019all\u00e9gation de l\u2019int\u00e9ress\u00e9 relative \u00e0 la violation de son droit au respect de sa vie priv\u00e9e et de son domicile en raison de la perquisition effectu\u00e9e \u00e0 ce dernier, la Cour constitutionnelle la rejeta \u00e9galement pour d\u00e9faut manifeste de fondement.<\/p>\n<p>42. En ce qui concerne le grief relatif au droit \u00e0 la libert\u00e9 d\u2019expression et de la presse, la Cour constitutionnelle, renvoyant encore \u00e0 son arr\u00eat \u015eahin\u00a0Alpay (pr\u00e9cit\u00e9, \u00a7\u00a7 118-133), releva que la mesure de d\u00e9tention provisoire dont le requ\u00e9rant avait fait l\u2019objet pour ses articles s\u2019analysait en une ing\u00e9rence dans l\u2019exercice par l\u2019int\u00e9ress\u00e9 de ce droit. Elle consid\u00e9ra que cette mesure privative de libert\u00e9 poursuivait un but l\u00e9gitime, \u00e0 savoir la lutte contre une organisation terroriste qui repr\u00e9sentait un danger pour la s\u00e9curit\u00e9 nationale. En revanche, tenant compte de ses constats relatifs \u00e0 la l\u00e9galit\u00e9 de la d\u00e9tention provisoire, elle estima qu\u2019une telle mesure, lourde de cons\u00e9quences puisque consistant en une privation de libert\u00e9, ne pouvait pas \u00eatre consid\u00e9r\u00e9e comme une ing\u00e9rence n\u00e9cessaire et proportionn\u00e9e dans une soci\u00e9t\u00e9 d\u00e9mocratique. Elle nota par ailleurs que le contenu des articles incrimin\u00e9s \u00e9tait similaire aux propos d\u2019une partie de l\u2019opinion publique et des chefs de l\u2019opposition politique. Elle estima que la motivation des d\u00e9cisions qui avaient ordonn\u00e9 la d\u00e9tention provisoire du requ\u00e9rant ne permettait pas clairement de d\u00e9terminer si cette mesure r\u00e9pondait \u00e0 un besoin social imp\u00e9rieux ou bien en quoi elle \u00e9tait n\u00e9cessaire. Enfin, elle jugea qu\u2019il \u00e9tait \u00e9vident que la mise en d\u00e9tention provisoire du requ\u00e9rant, pour autant qu\u2019elle n\u2019\u00e9tait fond\u00e9e sur aucun \u00e9l\u00e9ment concret autre que les articles et discours de l\u2019int\u00e9ress\u00e9, pouvait avoir un effet dissuasif sur la libert\u00e9 d\u2019expression et de la presse. En ce qui concerne l\u2019application de l\u2019article 15 de la Constitution, elle se r\u00e9f\u00e9ra \u00e0 ses constats dans les affaires \u015eahin Alpay (pr\u00e9cit\u00e9, \u00a7\u00a7 143-146) et Mehmet Hasan Altan (pr\u00e9cit\u00e9, \u00a7\u00a7 238-241) et consid\u00e9ra qu\u2019il y avait eu violation de la libert\u00e9 d\u2019expression et de la presse au sens des articles 26 et 28 de la Constitution.<\/p>\n<p>43. Eu \u00e9gard \u00e0 ses constats de violation, la Cour constitutionnelle estima qu\u2019il y avait lieu d\u2019octroyer au requ\u00e9rant 25\u00a0000 livres turques (TRY \u2013 soit environ 3\u00a0700 euros (EUR) \u00e0 la date du prononc\u00e9 de l\u2019arr\u00eat de la Cour constitutionnelle) pour dommage moral et 2\u00a0732,50\u00a0TRY (soit environ 400\u00a0EUR \u00e0 la m\u00eame date) pour frais et d\u00e9pens.<\/p>\n<p>LE CADRE JURIDIQUE ET LA PRATIQUE INTERNES PERTINENTS<\/p>\n<p>44. Les dispositions pertinentes en l\u2019esp\u00e8ce de la Constitution turque sont expos\u00e9es dans l\u2019arr\u00eat de la Cour dans l\u2019affaire Mehmet Hasan Altan c.\u00a0Turquie (no 13237\/17, \u00a7\u00a7 57-60, 20 mars 2018).<\/p>\n<p>45. L\u2019article 216 \u00a7 1 du code p\u00e9nal (CP) dispose\u00a0:<\/p>\n<p>\u00ab\u00a0Quiconque incite, sur la base d\u2019une distinction fond\u00e9e sur l\u2019appartenance \u00e0 une classe sociale, \u00e0 une race, \u00e0 une religion, \u00e0 une secte ou \u00e0 une r\u00e9gion, une partie de la population \u00e0 la haine et \u00e0 l\u2019hostilit\u00e9 envers une autre partie de la population est passible d\u2019une peine de un an \u00e0 trois ans d\u2019emprisonnement, si pareille incitation fait na\u00eetre un risque manifeste et imminent pour la s\u00e9curit\u00e9 publique.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p>46. L\u2019article 7 \u00a7 2 de la loi no 3713 relative \u00e0 la lutte contre le terrorisme \u00e9nonce\u00a0:<\/p>\n<p>\u00ab\u00a0Quiconque fait de la propagande en faveur d\u2019une organisation terroriste en l\u00e9gitimant les m\u00e9thodes de contrainte, de violence ou de menace de ce type d\u2019organisations, en faisant leur apologie ou en incitant \u00e0 leur utilisation sera condamn\u00e9 \u00e0 une peine d\u2019emprisonnement de un an \u00e0 cinq ans (&#8230;)\u00a0\u00bb<\/p>\n<p>47. Dans ses passages pertinents, l\u2019article 153 du CPP dispose\u00a0:<\/p>\n<p>\u00ab\u00a0(1)\u00a0L\u2019avocat de la d\u00e9fense peut examiner le contenu int\u00e9gral du dossier relatif \u00e0 la phase d\u2019enqu\u00eate et peut prendre une copie des documents de son choix, et n\u2019est pas tenu de payer des frais pour cela.<\/p>\n<p>(2)\u00a0Le pouvoir de l\u2019avocat de la d\u00e9fense peut \u00eatre limit\u00e9, sur demande du procureur de la R\u00e9publique, par d\u00e9cision du juge de paix, si un examen du contenu du dossier, ou des copies prises, entrave l\u2019objectif de l\u2019enqu\u00eate en cours. (&#8230;)<\/p>\n<p>(3)\u00a0Les dispositions du deuxi\u00e8me alin\u00e9a ne sont pas applicables aux proc\u00e8s-verbaux d\u2019interrogatoire de la personne arr\u00eat\u00e9e ou du suspect, aux rapports d\u2019expertise et aux proc\u00e8s-verbaux d\u2019autres actes judiciaires, au cours desquels les personnes susmentionn\u00e9es ont le droit d\u2019\u00eatre pr\u00e9sentes.<\/p>\n<p>(4)\u00a0L\u2019avocat de la d\u00e9fense peut examiner le contenu int\u00e9gral du dossier et tous les \u00e9l\u00e9ments de preuve confidentiels, \u00e0 partir de la date d\u2019approbation de l\u2019acte d\u2019accusation par le tribunal\u00a0; il peut prendre copie de tous les dossiers et documents sans aucun frais.<\/p>\n<p>(&#8230;)\u00a0\u00bb<\/p>\n<p><strong>EN DROIT<\/strong><\/p>\n<p>I. QUESTION PR\u00c9LIMINAIRE SUR LA D\u00c9ROGATION DE LA TURQUIE<\/p>\n<p>48. Le Gouvernement indique qu\u2019il convient d\u2019examiner tous les griefs du requ\u00e9rant en ayant \u00e0 l\u2019esprit la d\u00e9rogation notifi\u00e9e le 21 juillet 2016 au Secr\u00e9taire G\u00e9n\u00e9ral du Conseil de l\u2019Europe au titre de l\u2019article 15 de la Convention. Il estime \u00e0 cet \u00e9gard que, ayant us\u00e9 de son droit de d\u00e9rogation \u00e0 la Convention, la Turquie n\u2019a pas enfreint les dispositions de cette derni\u00e8re. Dans ce contexte, il argue qu\u2019il existait un danger public mena\u00e7ant la vie de la nation en raison des risques engendr\u00e9s par la tentative de coup d\u2019\u00c9tat militaire et que les mesures prises par les autorit\u00e9s nationales en r\u00e9ponse \u00e0 ce danger \u00e9taient strictement exig\u00e9es par la situation.<\/p>\n<p>49. Le requ\u00e9rant conteste la th\u00e8se du Gouvernement.<\/p>\n<p>50. La Cour observe que la d\u00e9tention provisoire du requ\u00e9rant a eu lieu pendant la p\u00e9riode d\u2019\u00e9tat d\u2019urgence. Elle note \u00e9galement que les poursuites p\u00e9nales engag\u00e9es contre l\u2019int\u00e9ress\u00e9 au cours de cette p\u00e9riode se sont prolong\u00e9es au-del\u00e0 de celle-ci.<\/p>\n<p>51. \u00c0 ce stade, la Cour rappelle que, dans son arr\u00eat rendu dans l\u2019affaire Mehmet Hasan Altan c. Turquie (no 13237\/17, \u00a7 93, 20 mars 2018), elle a estim\u00e9 que la tentative de coup d\u2019\u00c9tat militaire avait r\u00e9v\u00e9l\u00e9 l\u2019existence d\u2019un \u00ab\u00a0danger public mena\u00e7ant la vie de la nation\u00a0\u00bb au sens de la Convention. En ce qui concerne le point de savoir si les mesures prises en l\u2019esp\u00e8ce l\u2019ont \u00e9t\u00e9 dans la stricte mesure que la situation exigeait et en conformit\u00e9 avec les autres obligations d\u00e9coulant du droit international, la Cour consid\u00e8re qu\u2019un examen sur le fond des griefs du requ\u00e9rant \u2013\u00a0auquel elle se livrera ci\u2011dessous\u00a0\u2013 est n\u00e9cessaire (voir \u00e9galement, \u015eahin Alpay c. Turquie, no 16538\/17, \u00a7\u00a078, 20\u00a0mars 2018).<\/p>\n<p><strong>II. SUR LES EXCEPTIONS PR\u00c9LIMINAIRES SOULEV\u00c9ES PAR LE GOUVERNEMENT<\/strong><\/p>\n<p><strong>A. Sur l\u2019exception tir\u00e9e du non-exercice du recours en indemnisation<\/strong><\/p>\n<p>52. Exposant que l\u2019article 141 \u00a7 1 a) et d) du CPP permet aux personnes ill\u00e9galement arr\u00eat\u00e9es ou injustement d\u00e9tenues d\u2019obtenir une indemnisation, le Gouvernement soutient que, le requ\u00e9rant ayant \u00e9t\u00e9 remis en libert\u00e9 \u00e0 l\u2019issue de sa d\u00e9tention provisoire, il aurait pu, et d\u00fb, introduire une action en indemnisation sur le fondement de cette disposition au titre de ses griefs tir\u00e9s de l\u2019article 5 de la Convention. \u00c0 cet \u00e9gard, il indique que, selon la jurisprudence bien \u00e9tablie de la Cour de cassation, il n\u2019est pas n\u00e9cessaire d\u2019attendre une d\u00e9cision d\u00e9finitive sur le fond de l\u2019affaire pour introduire en vertu de l\u2019article 141 du CPP une demande d\u2019indemnisation pour d\u00e9tention provisoire d\u2019une dur\u00e9e excessive et obtenir une d\u00e9cision sur cette demande.<\/p>\n<p>53. Le requ\u00e9rant r\u00e9plique qu\u2019une action fond\u00e9e sur l\u2019article 141 du CPP ne constituait pas un rem\u00e8de effectif pour ses griefs pr\u00e9sent\u00e9s devant la Cour.<\/p>\n<p>54. S\u2019agissant d\u2019abord des griefs tir\u00e9s de l\u2019article 5 \u00a7\u00a7 1 et 3 de la Convention, la Cour a estim\u00e9 r\u00e9cemment, dans son arr\u00eat rendu dans l\u2019affaire Selahattin Demirta\u015f c. Turquie (no 2) ([GC], no 14305\/17, \u00a7 214, 22\u00a0d\u00e9cembre 2020), qu\u2019une action en r\u00e9paration fond\u00e9e sur l\u2019article 141 \u00a7 1 a) et d) du CPP ne pouvait pas \u00eatre consid\u00e9r\u00e9e comme une voie de recours effective pour contester l\u2019absence all\u00e9gu\u00e9e de raisons plausibles de soup\u00e7onner un individu d\u2019avoir commis une infraction ou l\u2019absence all\u00e9gu\u00e9e de motifs pertinents et suffisants propres \u00e0 justifier une d\u00e9tention provisoire au sens de l\u2019article\u00a05 \u00a7\u00a7\u00a01 et 3 de la Convention.<\/p>\n<p>55. Pour ce qui est de l\u2019exception relative au grief tir\u00e9 de l\u2019article 5 \u00a7 4 de la Convention relatif \u00e0 l\u2019impossibilit\u00e9 pour le requ\u00e9rant d\u2019acc\u00e9der au dossier d\u2019enqu\u00eate, la Cour rappelle qu\u2019elle s\u2019est d\u00e9j\u00e0 prononc\u00e9e sur un grief similaire \u00e0 celui du requ\u00e9rant et qu\u2019elle a alors constat\u00e9 que l\u2019article 141 du CPP ne permettait pas de demander r\u00e9paration d\u2019un pr\u00e9judice caus\u00e9 par des d\u00e9faillances proc\u00e9durales aff\u00e9rentes au recours en opposition (Alt\u0131nok c.\u00a0Turquie, no 31610\/08, \u00a7 67, 29 novembre 2011, et Ceviz c.\u00a0Turquie, no\u00a08140\/08, \u00a7 59, 17 juillet 2012). Par ailleurs, le Gouvernement n\u2019a fourni aucune d\u00e9cision interne indiquant que, dans des circonstances similaires \u00e0 celles de la pr\u00e9sente affaire, le recours pr\u00e9vu \u00e0 l\u2019article 141 \u00a7 1 d) du CPP a pu aboutir pour un tel grief. La Cour ne voit donc pas de raisons de s\u2019\u00e9carter de sa jurisprudence en l\u2019esp\u00e8ce.<\/p>\n<p>56. En ce qui concerne ensuite de l\u2019exception concernant le grief tir\u00e9 de l\u2019article\u00a05 \u00a7 4 de la Convention relatif \u00e0 la dur\u00e9e de la proc\u00e9dure men\u00e9e devant la Cour constitutionnelle, la Cour observe que le libell\u00e9 de cette disposition ne pr\u00e9voit aucune possibilit\u00e9 d\u2019indemnisation pour un tel grief. Par ailleurs, le Gouvernement n\u2019a fourni aucune d\u00e9cision interne indiquant que, dans des circonstances similaires \u00e0 celles de la pr\u00e9sente affaire, le recours pr\u00e9vu \u00e0 l\u2019article\u00a0141 du CPP a pu aboutir pour un tel grief.<\/p>\n<p>57. Il s\u2019ensuit que l\u2019exception de non-\u00e9puisement des voies de recours internes soulev\u00e9e par le Gouvernement ne saurait \u00eatre retenue.<\/p>\n<p><strong>B. Sur l\u2019exercice du recours individuel devant la Cour constitutionnelle<\/strong><\/p>\n<p>58. Le Gouvernement reproche au requ\u00e9rant de ne pas avoir exerc\u00e9 de recours individuel devant la Cour constitutionnelle.<\/p>\n<p>59. Le requ\u00e9rant conteste l\u2019argument du Gouvernement.<\/p>\n<p>60. La Cour rappelle que l\u2019obligation pour le requ\u00e9rant d\u2019\u00e9puiser les voies de recours internes s\u2019appr\u00e9cie en principe \u00e0 la date d\u2019introduction de la requ\u00eate devant elle (Baumann c. France, no 33592\/96, \u00a7 47, CEDH 2001\u2011V (extraits)). N\u00e9anmoins, elle tol\u00e8re que le dernier \u00e9chelon d\u2019un recours soit atteint apr\u00e8s le d\u00e9p\u00f4t de la requ\u00eate, mais avant qu\u2019elle ne se prononce sur la recevabilit\u00e9 de celle-ci (Karoussiotis c. Portugal, no 23205\/08, \u00a7\u00a057, CEDH\u00a02011 (extraits), Stanka Mirkovi\u0107 et autres c.\u00a0Mont\u00e9n\u00e9gro, nos\u00a033781\/15 et 3 autres, \u00a7 48, 7 mars 2017, et Azzolina et autres c.\u00a0Italie, nos\u00a028923\/09 et 67599\/10, \u00a7 105, 26 octobre 2017).<\/p>\n<p>61. En l\u2019occurrence, la Cour observe que le 27 mars 2017, le requ\u00e9rant a saisi la Cour constitutionnelle d\u2019un recours individuel, laquelle a rendu son arr\u00eat joint sur le fond le 28 mai 2019 (paragraphes 32-43 ci-dessus). Par cons\u00e9quent, elle estime que l\u2019exception de non-\u00e9puisement des voies de recours internes a perdu toute pertinence.<\/p>\n<p>62. Il convient donc de rejeter \u00e9galement cette exception soulev\u00e9e par le Gouvernement.<\/p>\n<p><strong>C. Sur la qualit\u00e9 de victime du requ\u00e9rant<\/strong><\/p>\n<p>63. Dans ses observations additionnelles, re\u00e7ues le 2 ao\u00fbt 2019, le Gouvernement expose que l\u2019arr\u00eat du 28 mai 2019 de la Cour constitutionnelle a reconnu que le requ\u00e9rant avait subi une violation de son droit \u00e0 la libert\u00e9 et \u00e0 la s\u00fbret\u00e9 et de son droit \u00e0 la libert\u00e9 d\u2019expression et de la presse. Il ajoute que l\u2019int\u00e9ress\u00e9 a obtenu une indemnisation appropri\u00e9e et suffisante. En cons\u00e9quence, il invite la Cour \u00e0 rejeter la requ\u00eate, estimant que le requ\u00e9rant ne peut plus se pr\u00e9tendre victime d\u2019une violation de la Convention.<\/p>\n<p>64. Les observations du Gouvernement ont \u00e9t\u00e9 envoy\u00e9es \u00e0 l\u2019avocat du requ\u00e9rant, qui avait jusqu\u2019au 4 septembre 2019 pour y r\u00e9pondre. Toutefois, la Cour n\u2019a re\u00e7u aucune r\u00e9ponse.<\/p>\n<p>65. La Cour rappelle qu\u2019il appartient en premier lieu aux autorit\u00e9s nationales de redresser les violations de la Convention et que, pour d\u00e9terminer si un requ\u00e9rant peut se pr\u00e9tendre r\u00e9ellement victime d\u2019une violation all\u00e9gu\u00e9e, il convient de tenir compte non seulement de la situation officielle au moment de l\u2019introduction de la requ\u00eate, mais aussi de l\u2019ensemble des circonstances de l\u2019affaire, notamment de tout fait nouveau ant\u00e9rieur \u00e0 la date de l\u2019examen de l\u2019affaire par elle (T\u0103nase c. Moldova [GC], no 7\/08, \u00a7 105, CEDH 2010).<\/p>\n<p>66. La Cour rappelle ensuite qu\u2019une d\u00e9cision ou mesure favorable au requ\u00e9rant ne suffit pas en principe \u00e0 le priver de la qualit\u00e9 de \u00ab\u00a0victime\u00a0\u00bb aux fins de l\u2019article 34 de la Convention, sauf si les autorit\u00e9s nationales reconnaissent, explicitement ou en substance, puis r\u00e9parent, la violation de la Convention (Scordino c. Italie (no 1) [GC], no 36813\/97, \u00a7\u00a7\u00a0179\u2011180, CEDH\u00a02006\u2011V, G\u00e4fgen c. Allemagne [GC], no 22978\/05, \u00a7 115, CEDH 2010, Kuri\u0107 et autres c. Slov\u00e9nie [GC], no 26828\/06, \u00a7 259, CEDH 2012 (extraits), et Cristea c. R\u00e9publique de Moldova, no 35098\/12, \u00a7 25, 12 f\u00e9vrier 2019). Ce n\u2019est que lorsqu\u2019il est satisfait \u00e0 ces deux conditions que la nature subsidiaire du m\u00e9canisme de protection de la Convention s\u2019oppose \u00e0 un examen de la requ\u00eate (Rooman c. Belgique [GC], no 18052\/11, \u00a7 129, 31 janvier 2019).<\/p>\n<p>67. La Cour rappelle aussi qu\u2019un recours visant la l\u00e9galit\u00e9 d\u2019une privation de libert\u00e9 doit, pour \u00eatre effectif, offrir \u00e0 son auteur une perspective de cessation de la privation de libert\u00e9 contest\u00e9e (Mustafa Avci c.\u00a0Turquie, no\u00a039322\/12, \u00a7 60, 23 mai 2017). Cependant, lorsque la privation de libert\u00e9 a d\u00e9j\u00e0 pris fin, il convient de v\u00e9rifier si l\u2019int\u00e9ress\u00e9 disposait d\u2019un recours pouvant conduire, d\u2019une part, \u00e0 la reconnaissance du caract\u00e8re d\u00e9raisonnable de celle-ci et, d\u2019autre part, \u00e0 l\u2019allocation d\u2019une indemnit\u00e9 li\u00e9e \u00e0 ce constat.<\/p>\n<p>68. En l\u2019esp\u00e8ce, la Cour observe que, le 16 f\u00e9vrier 2018, le requ\u00e9rant a \u00e9t\u00e9 remis en libert\u00e9. En cons\u00e9quence, elle doit tout d\u2019abord v\u00e9rifier s\u2019il y a eu reconnaissance par les autorit\u00e9s nationales, au moins en substance, d\u2019une violation d\u2019un droit prot\u00e9g\u00e9 par la Convention et, d\u2019autre part, si le redressement offert peut \u00eatre consid\u00e9r\u00e9 comme ayant \u00e9t\u00e9 appropri\u00e9 et suffisant (voir, notamment, Vedat Do\u011fru c. Turquie, no 2469\/10, \u00a7 37, 5\u00a0avril 2016).<\/p>\n<p>69. En ce qui concerne la question de la \u00ab reconnaissance \u00bb, la Cour note tout d\u2019abord que la Cour constitutionnelle n\u2019a pas trouv\u00e9 de violation, m\u00eame en substance, dans le chef du requ\u00e9rant des droits garantis par l\u2019article 5 \u00a7\u00a7\u00a04 et\u00a05 et l\u2019article 18 de la Convention. Par cons\u00e9quent, elle estime que l\u2019int\u00e9ress\u00e9 peut toujours se pr\u00e9tendre victime d\u2019une violation de ces dispositions.<\/p>\n<p>70. En revanche, la Cour estime que le constat de violation par les autorit\u00e9s nationales ne pr\u00eate pas \u00e0 controverse pour les griefs formul\u00e9s sur le terrain des articles 5 \u00a7 1 et 10 de la Convention puisque la Cour constitutionnelle a conclu que le requ\u00e9rant avait \u00e9t\u00e9 plac\u00e9 en d\u00e9tention provisoire sans qu\u2019une forte indication qu\u2019une infraction avait \u00e9t\u00e9 commise e\u00fbt \u00e9t\u00e9 suffisamment d\u00e9montr\u00e9e. La haute juridiction a donc estim\u00e9 qu\u2019il y avait eu violation de l\u2019article 19 \u00a7 3 de la Constitution. Par ailleurs, pour ce qui est du grief relatif \u00e0 la libert\u00e9 d\u2019expression et de la presse, renvoyant \u00e0 ses constats relatifs \u00e0 la l\u00e9galit\u00e9 de la d\u00e9tention provisoire, la Cour constitutionnelle a relev\u00e9 que la mesure de d\u00e9tention provisoire impos\u00e9e au requ\u00e9rant avait \u00e9galement constitu\u00e9 une violation de la libert\u00e9 d\u2019expression et de la presse au sens des articles 26 et 28 de la Constitution.<\/p>\n<p>71. En ce qui concerne le grief du requ\u00e9rant formul\u00e9 sur le terrain de l\u2019article\u00a05 \u00a7 3 de la Convention, la Cour renvoie aux principes g\u00e9n\u00e9raux concernant le caract\u00e8re raisonnable d\u2019une d\u00e9tention, notamment d\u00e9crits dans les arr\u00eats Buzadji c. R\u00e9publique de Moldova ([GC], no 23755\/07, \u00a7\u00a7 84-91, 5\u00a0juillet 2016) et Merabishvili c. G\u00e9orgie ([GC], no 72508\/13, \u00a7\u00a7\u00a0222-225, 28\u00a0novembre 2017). \u00c0 cet \u00e9gard, elle rappelle que la persistance de raisons plausibles de soup\u00e7onner la personne d\u00e9tenue d\u2019avoir commis une infraction est une condition sine qua non de la r\u00e9gularit\u00e9 du maintien en d\u00e9tention (Merabishvili, pr\u00e9cit\u00e9, \u00a7 222, avec les r\u00e9f\u00e9rences qui y sont cit\u00e9es). En l\u2019occurrence, la Cour constitutionnelle a estim\u00e9 que le requ\u00e9rant avait \u00e9t\u00e9 mis en d\u00e9tention provisoire sans qu\u2019une forte indication qu\u2019une infraction avait \u00e9t\u00e9 commise e\u00fbt \u00e9t\u00e9 suffisamment d\u00e9montr\u00e9e. Autrement dit, elle a conclu qu\u2019il n\u2019y avait pas de raisons plausibles de soup\u00e7onner l\u2019int\u00e9ress\u00e9 d\u2019avoir commis une infraction. Aux yeux de la Cour, bien que la Cour constitutionnelle ait estim\u00e9, eu \u00e9gard \u00e0 son constat de violation de l\u2019article\u00a019 \u00a7\u00a03 de la Constitution, qu\u2019il n\u2019\u00e9tait pas n\u00e9cessaire de se prononcer sur la question de savoir s\u2019il y avait des motifs pertinents et suffisants pour justifier la d\u00e9tention provisoire du requ\u00e9rant, sa conclusion relative \u00e0 la l\u00e9galit\u00e9 de la privation de libert\u00e9 subie par l\u2019int\u00e9ress\u00e9 signifie \u00e9galement qu\u2019il y a eu reconnaissance, au moins en substance, d\u2019une violation dans le chef du requ\u00e9rant des droits garantis par l\u2019article 5 \u00a7 3 de la Convention.<\/p>\n<p>72. Il incombe donc \u00e0 la Cour de rechercher si l\u2019arr\u00eat de la Cour constitutionnelle a constitu\u00e9 pour le requ\u00e9rant un redressement appropri\u00e9 et suffisant. \u00c0 cet \u00e9gard, la Cour rappelle que, lorsque des autorit\u00e9s nationales ont octroy\u00e9 \u00e0 un requ\u00e9rant une indemnit\u00e9 en redressement de la violation constat\u00e9e, il convient qu\u2019elle en examine le montant (Hebat Aslan et\u00a0Firas\u00a0Aslan c. Turquie, no 15048\/09, \u00a7 44, 28 octobre 2014). Pour ce faire, elle tiendra compte de sa propre pratique dans des affaires similaires et elle se demandera, sur la base des \u00e9l\u00e9ments dont elle dispose, ce qu\u2019elle aurait accord\u00e9 dans une situation comparable \u2013 ce qui ne signifie pas que les deux montants doivent forc\u00e9ment correspondre. De plus, elle prendra en compte l\u2019ensemble des circonstances de l\u2019affaire, y compris le type de rem\u00e8de choisi et la rapidit\u00e9 avec laquelle les autorit\u00e9s nationales ont proc\u00e9d\u00e9 au redressement en question, d\u00e8s lors qu\u2019il leur appartient en premier lieu d\u2019assurer le respect des droits et libert\u00e9s garantis par la Convention (Vedat\u00a0Do\u011fru, pr\u00e9cit\u00e9, \u00a7 40). Cela dit, la somme accord\u00e9e au niveau national ne doit pas \u00eatre manifestement insuffisante eu \u00e9gard aux circonstances de l\u2019affaire \u00e0 l\u2019examen (voir, entre autres, \u017d\u00fabor c. Slovaquie, no 7711\/06, \u00a7\u00a063, 6\u00a0d\u00e9cembre 2011).<\/p>\n<p>73. En l\u2019esp\u00e8ce, la Cour observe que la Cour constitutionnelle a estim\u00e9, compte tenu de ses constats de violation, qu\u2019il y avait lieu d\u2019octroyer au requ\u00e9rant 25\u00a0000 TRY (soit environ 3\u00a0700 EUR \u00e0 la date du prononc\u00e9 de son arr\u00eat) pour dommage moral et 2\u00a0732,50 TRY (soit environ 400 EUR \u00e0 la m\u00eame date) pour frais et d\u00e9pens. Selon le Gouvernement, le requ\u00e9rant a donc obtenu une indemnisation appropri\u00e9e et suffisante. Bien que le requ\u00e9rant n\u2019ait pas r\u00e9pondu aux observations du Gouvernement concernant la qualit\u00e9 de victime (voir le paragraphe 64 ci-dessus), la Cour estime, tenant compte notamment de la dur\u00e9e de la d\u00e9tention provisoire subie par le requ\u00e9rant, que ces sommes sont manifestement insuffisantes eu \u00e9gard aux circonstances de l\u2019affaire \u00e0 l\u2019examen (Murat Aksoy c. Turquie, no 80\/17, \u00a7 90, 13 avril 2021, et Bula\u00e7 c. Turquie, no 25939\/17, \u00a7 53, 8 juin 2021).<\/p>\n<p>74. D\u00e8s lors, la Cour rel\u00e8ve que, malgr\u00e9 le paiement d\u2019une somme \u00e0 titre de r\u00e9paration pour les griefs du requ\u00e9rant tir\u00e9s de l\u2019article 5 \u00a7\u00a7 1 et 3 et de l\u2019article\u00a010, le requ\u00e9rant peut toujours se pr\u00e9tendre \u00ab\u00a0victime\u00a0\u00bb, au sens de l\u2019article\u00a034 de la Convention.<\/p>\n<p><strong>III. SUR LA VIOLATION ALL\u00c9GU\u00c9E DE L\u2019ARTICLE 5 \u00a7\u00a7 1 et 3 DE LA CONVENTION<\/strong><\/p>\n<p>75. Invoquant l\u2019article 5 \u00a7 1 de la Convention, le requ\u00e9rant all\u00e8gue qu\u2019il n\u2019existait aucun \u00e9l\u00e9ment de preuve quant \u00e0 l\u2019existence de raisons plausibles de le soup\u00e7onner d\u2019avoir commis une infraction p\u00e9nale rendant n\u00e9cessaire son placement en d\u00e9tention provisoire. Sous l\u2019angle de l\u2019article 5 \u00a7 3 de la Convention, il d\u00e9nonce la dur\u00e9e de sa d\u00e9tention provisoire, qu\u2019il qualifie d\u2019excessive. Il soutient que les d\u00e9cisions judiciaires ayant ordonn\u00e9 sa mise et son maintien en d\u00e9tention provisoire n\u2019\u00e9taient pas suffisamment motiv\u00e9es.<\/p>\n<p>76. L\u2019article 5 \u00a7\u00a7 1 et 3 de la Convention est ainsi libell\u00e9 en ses parties pertinentes\u00a0:<\/p>\n<p>\u00ab\u00a01. Toute personne a droit \u00e0 la libert\u00e9 et \u00e0 la s\u00fbret\u00e9. Nul ne peut \u00eatre priv\u00e9 de sa libert\u00e9, sauf dans les cas suivants et selon les voies l\u00e9gales\u00a0:<\/p>\n<p>(&#8230;)<\/p>\n<p>c) s\u2019il a \u00e9t\u00e9 arr\u00eat\u00e9 et d\u00e9tenu en vue d\u2019\u00eatre conduit devant l\u2019autorit\u00e9 judiciaire comp\u00e9tente, lorsqu\u2019il y a des raisons plausibles de soup\u00e7onner qu\u2019il a commis une infraction ou qu\u2019il y a des motifs raisonnables de croire \u00e0 la n\u00e9cessit\u00e9 de l\u2019emp\u00eacher de commettre une infraction ou de s\u2019enfuir apr\u00e8s l\u2019accomplissement de celle-ci\u00a0;<\/p>\n<p>(&#8230;)<\/p>\n<p>3. Toute personne arr\u00eat\u00e9e ou d\u00e9tenue, dans les conditions pr\u00e9vues au paragraphe\u00a01\u00a0c) du pr\u00e9sent article (&#8230;) a le droit d\u2019\u00eatre jug\u00e9e dans un d\u00e9lai raisonnable, ou lib\u00e9r\u00e9e pendant la proc\u00e9dure. La mise en libert\u00e9 peut \u00eatre subordonn\u00e9e \u00e0 une garantie assurant la comparution de l\u2019int\u00e9ress\u00e9 \u00e0 l\u2019audience.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p><strong>A. Sur la recevabilit\u00e9<\/strong><\/p>\n<p>77. Constatant que ces griefs ne sont pas manifestement mal fond\u00e9s ni irrecevables pour un autre motif vis\u00e9 \u00e0 l\u2019article\u00a035 de la Convention, la Cour les d\u00e9clare recevables.<\/p>\n<p><strong>B. Sur le fond<\/strong><\/p>\n<p><em>1. Arguments des parties<\/em><\/p>\n<p>a) Le requ\u00e9rant<\/p>\n<p>78. Le requ\u00e9rant soutient qu\u2019il n\u2019existait aucun fait ni aucune information susceptibles de persuader un observateur objectif qu\u2019il avait commis une infraction. Il ajoute que les faits \u00e0 l\u2019origine des soup\u00e7ons pesant sur lui s\u2019apparentaient pour partie \u00e0 des actes relevant de sa libert\u00e9 d\u2019expression.<\/p>\n<p>79. Le requ\u00e9rant conteste aussi les motifs retenus par les instances judiciaires pour le maintenir en d\u00e9tention provisoire. Selon lui, de tels motifs ne peuvent pas \u00eatre consid\u00e9r\u00e9s comme pertinents et suffisants pour priver une personne de sa libert\u00e9.<\/p>\n<p>b) Le Gouvernement<\/p>\n<p>80. Le Gouvernement, se r\u00e9f\u00e9rant aux principes tir\u00e9s de la jurisprudence de la Cour en la mati\u00e8re (Klass et autres c. Allemagne, 6 septembre 1978, \u00a7\u00a7\u00a058\u201168, s\u00e9rie A no 28, Fox, Campbell et Hartley c. Royaume\u2011Uni, 30\u00a0ao\u00fbt 1990, \u00a7 32, s\u00e9rie A no 182, Murray c. Royaume\u2011Uni, 28 octobre 1994, \u00a7\u00a055, s\u00e9rie\u00a0A no 300\u2011A, et \u0130pek et autres c. Turquie, nos 17019\/02 et 30070\/02, 3\u00a0f\u00e9vrier 2009), d\u00e9clare tout d\u2019abord que le requ\u00e9rant a \u00e9t\u00e9 arr\u00eat\u00e9 et plac\u00e9 en d\u00e9tention provisoire lors d\u2019une enqu\u00eate p\u00e9nale engag\u00e9e dans le cadre de la lutte men\u00e9e contre des organisations terroristes.<\/p>\n<p>81. Le Gouvernement argue que l\u2019une des raisons de l\u2019ouverture d\u2019une enqu\u00eate p\u00e9nale contre le requ\u00e9rant portait sur le fait que le compte de courrier \u00e9lectronique personnel du ministre turc de l\u2019\u00c9nergie avait \u00e9t\u00e9 pirat\u00e9. \u00c0 l\u2019issue de l\u2019enqu\u00eate, il avait \u00e9t\u00e9 \u00e9tabli que les courriels concern\u00e9s avaient \u00e9t\u00e9 transf\u00e9r\u00e9s \u00e0 un autre compte et qu\u2019un groupe d\u2019utilisateurs de Twitter avait partag\u00e9 le mot de passe de celui-ci entre eux pour divulguer les courriels personnels du ministre en question et afin de pouvoir causer un scandale. Le Gouvernement ajoute qu\u2019il a \u00e9galement \u00e9t\u00e9 \u00e9tabli que le compte Twitter du requ\u00e9rant faisait partie de ce groupe. De plus, une enqu\u00eate p\u00e9nale a \u00e9t\u00e9 ouverte contre le requ\u00e9rant pour propagande des organisations terroriste et pour incitation du peuple \u00e0 la haine et \u00e0 l\u2019hostilit\u00e9. En cons\u00e9quence, le parquet d\u2019Istanbul a ordonn\u00e9 le placement en garde \u00e0 vue des suspects et le 14\u00a0f\u00e9vrier 2017, l\u2019int\u00e9ress\u00e9 a \u00e9t\u00e9 plac\u00e9 en garde \u00e0 vue. Le 27 f\u00e9vrier 2017, eu \u00e9gard au contenu de ses articles, le juge de paix d\u2019Istanbul ordonna la mise en d\u00e9tention provisoire du requ\u00e9rant pour propagande en faveur d\u2019une organisation terroriste et l\u2019incitation du peuple \u00e0 la haine et \u00e0 l\u2019hostilit\u00e9.<\/p>\n<p>82. Le Gouvernement estime que, eu \u00e9gard aux \u00e9l\u00e9ments de preuve recueillis dans le cadre de l\u2019enqu\u00eate p\u00e9nale men\u00e9e en l\u2019esp\u00e8ce, il \u00e9tait objectivement possible de parvenir \u00e0 la conviction qu\u2019il existait des raisons plausibles de soup\u00e7onner le requ\u00e9rant d\u2019avoir commis les infractions qui lui \u00e9taient reproch\u00e9es. Il ajoute que, compte tenu de ces \u00e9l\u00e9ments, une proc\u00e9dure p\u00e9nale a \u00e9t\u00e9 engag\u00e9e contre l\u2019int\u00e9ress\u00e9 et que cette instance est actuellement en cours devant les juridictions nationales.<\/p>\n<p>83. Le Gouvernement est d\u2019avis que les juridictions nationales ont rempli leur obligation de fournir des motifs pertinents et suffisants, propres \u00e0 justifier la d\u00e9tention provisoire du requ\u00e9rant. En outre, il consid\u00e8re que la d\u00e9tention provisoire subie par l\u2019int\u00e9ress\u00e9 n\u2019a pas exc\u00e9d\u00e9 une dur\u00e9e raisonnable.<\/p>\n<p>84. Le Gouvernement indique enfin que la Turquie m\u00e8ne une lutte contre de nombreuses organisations terroristes, en particulier contre le PKK et le FET\u00d6\/PDY, et qu\u2019elle a d\u00fb faire face \u00e0 des activit\u00e9s terroristes graves. \u00c0 ce titre, le Gouvernement souligne que les mesures prises par la Turquie ne doivent pas \u00eatre compar\u00e9es \u00e0 celles prises par d\u2019autres \u00c9tats membres du Conseil de l\u2019Europe, dans la mesure o\u00f9 elle a connu toutes sortes d\u2019activit\u00e9s des organisations terroristes allant des attentats \u00e0 la bombe \u00e0 une tentative de coup d\u2019\u00c9tat militaire.<\/p>\n<p><em>2. Position des tiers intervenants<\/em><\/p>\n<p>a) Le Gouvernement allemand<\/p>\n<p>85. Le Gouvernement allemand rel\u00e8ve que la d\u00e9tention provisoire du requ\u00e9rant a \u00e9t\u00e9 ordonn\u00e9e uniquement sur la base de ses articles et ses activit\u00e9s journalistiques. Selon lui, la d\u00e9cision de placement en d\u00e9tention provisoire de l\u2019int\u00e9ress\u00e9 ne tient pas en compte la libert\u00e9 d\u2019expression du requ\u00e9rant. Il estime \u00e0 cet \u00e9gard que le droit turc ne prot\u00e8ge pas suffisamment le droit \u00e0 la libert\u00e9 et \u00e0 la s\u00e9curit\u00e9 des journalistes critiques. Dans ce contexte, il critique en particulier que la privation de libert\u00e9 litigieuse n\u2019\u00e9tait pas n\u00e9cessaire et que les raisons donn\u00e9es par les juridictions nationales \u00e9taient une simple r\u00e9p\u00e9tition des termes l\u00e9gislatives.<\/p>\n<p>b) La Commissaire aux droits de l\u2019homme<\/p>\n<p>86. La Commissaire aux droits de l\u2019homme souligne que le recours excessif \u00e0 la mesure de d\u00e9tention est un probl\u00e8me de longue date en Turquie. Elle indique \u00e0 cet \u00e9gard que deux cent dix journalistes ont \u00e9t\u00e9 mis en d\u00e9tention provisoire durant l\u2019\u00e9tat d\u2019urgence, sans compter ceux qui ont \u00e9t\u00e9 arr\u00eat\u00e9s et remis en libert\u00e9 apr\u00e8s avoir \u00e9t\u00e9 interrog\u00e9s. Elle affirme que le nombre \u00e9lev\u00e9 de journalistes d\u00e9tenus s\u2019explique entre autres par la pratique des juges, ceux-ci tendant souvent \u00e0 ignorer le caract\u00e8re exceptionnel de la mesure de d\u00e9tention, et elle pr\u00e9cise \u00e0 ce sujet qu\u2019il s\u2019agit d\u2019une mesure de dernier recours qui ne devrait \u00eatre appliqu\u00e9e que lorsque toutes les autres options sont jug\u00e9es insuffisantes.<\/p>\n<p>87. La Commissaire aux droits de l\u2019homme ajoute que, dans la majorit\u00e9 des affaires relatives \u00e0 la d\u00e9tention provisoire des journalistes, les int\u00e9ress\u00e9s sont accus\u00e9s d\u2019infractions li\u00e9es au terrorisme sans qu\u2019il n\u2019y ait de preuves \u00e9tablissant leur participation \u00e0 des activit\u00e9s terroristes. \u00c0 cet \u00e9gard, elle d\u00e9clare \u00eatre frapp\u00e9e par la faiblesse des accusations et le contenu politique des d\u00e9cisions relatives \u00e0 la mise et au maintien en d\u00e9tention provisoire des int\u00e9ress\u00e9s.<\/p>\n<p>c) Le Rapporteur sp\u00e9cial des Nations Unies<\/p>\n<p>88. Le Rapporteur sp\u00e9cial signale que, depuis la d\u00e9claration d\u2019\u00e9tat d\u2019urgence, un grand nombre de journalistes ont \u00e9t\u00e9 mis en d\u00e9tention provisoire sur le fondement d\u2019accusations vagues et non \u00e9tay\u00e9es par des preuves suffisantes.<\/p>\n<p>89. Le Rapporteur sp\u00e9cial dit que les faits cumulatifs relatifs aux poursuites des journalistes laissent \u00e0 penser que, sous pr\u00e9texte de combattre le terrorisme, les autorit\u00e9s nationales proc\u00e8dent \u00e0 des interpr\u00e9tations larges et impr\u00e9visibles de la loi p\u00e9nale et des \u00e9l\u00e9ments des dossiers d\u2019enqu\u00eate et, ainsi, r\u00e9priment amplement et arbitrairement la libert\u00e9 d\u2019expression par des proc\u00e9dures p\u00e9nales et des mesures de d\u00e9tention.<\/p>\n<p>d) Les organisations non gouvernementales intervenantes<\/p>\n<p>90. Insistant sur le r\u00f4le crucial jou\u00e9 par les m\u00e9dias dans une soci\u00e9t\u00e9 d\u00e9mocratique, les organisations non gouvernementales intervenantes critiquent l\u2019usage des mesures entra\u00eenant une privation de libert\u00e9 des journalistes.<\/p>\n<p><em>3. Appr\u00e9ciation de la Cour<\/em><\/p>\n<p>91. La Cour se r\u00e9f\u00e8re aux principes g\u00e9n\u00e9raux, concernant l\u2019interpr\u00e9tation et l\u2019application de l\u2019article 5 \u00a7 1 de la Convention en mati\u00e8re de l\u2019absence all\u00e9gu\u00e9e de raisons plausibles de soup\u00e7onner une personne d\u2019avoir commis une infraction, tels qu\u2019\u00e9tablis dans l\u2019arr\u00eat Selahattin Demirta\u015f (no 2) (pr\u00e9cit\u00e9, \u00a7\u00a7\u00a0311\u2011321).<\/p>\n<p>92. En l\u2019occurrence, la Cour observe que, le 14 f\u00e9vrier 2017, le requ\u00e9rant a \u00e9t\u00e9 plac\u00e9 en garde \u00e0 vue. Le 27 f\u00e9vrier 2017, l\u2019int\u00e9ress\u00e9 a \u00e9t\u00e9 traduit devant le juge de paix d\u2019Istanbul, qui a ordonn\u00e9 sa mise en d\u00e9tention provisoire.<\/p>\n<p>93. La Cour note de plus que, \u00e0 la suite de l\u2019exercice par le requ\u00e9rant d\u2019un recours individuel devant la Cour constitutionnelle, par un arr\u00eat rendu le 28\u00a0mai 2019, la haute juridiction a estim\u00e9, apr\u00e8s avoir examin\u00e9 le contenu des articles incrimin\u00e9s r\u00e9dig\u00e9s par le requ\u00e9rant, que la forte indication qu\u2019une infraction avait \u00e9t\u00e9 commise n\u2019\u00e9tait pas suffisamment d\u00e9montr\u00e9e en l\u2019esp\u00e8ce. S\u2019agissant de l\u2019application de l\u2019article 15 de la Constitution (pr\u00e9voyant la suspension de l\u2019exercice des droits et libert\u00e9s fondamentaux en cas de guerre, de mobilisation g\u00e9n\u00e9rale, d\u2019\u00e9tat de si\u00e8ge ou d\u2019\u00e9tat d\u2019urgence), elle a conclu que la privation de libert\u00e9 litigieuse n\u2019\u00e9tait pas proportionn\u00e9e avec les strictes exigences de la situation.<\/p>\n<p>94. En l\u2019occurrence, la Cour observe qu\u2019il a \u00e9t\u00e9 \u00e9tabli par la Cour constitutionnelle que le requ\u00e9rant a \u00e9t\u00e9 mis et maintenu en d\u00e9tention provisoire en violation de l\u2019article 19 \u00a7 3 de la Constitution. Elle estime que cette conclusion revient en substance \u00e0 reconna\u00eetre que la privation de libert\u00e9 subie par l\u2019int\u00e9ress\u00e9 a enfreint l\u2019article 5 \u00a7 1 de la Convention. Dans les circonstances particuli\u00e8res de la pr\u00e9sente affaire, la Cour souscrit aux conclusions auxquelles la Cour constitutionnelle est parvenue \u00e0 la suite d\u2019un examen approfondi (Bula\u00e7, pr\u00e9cit\u00e9, \u00a7 71).<\/p>\n<p>95. S\u2019agissant de l\u2019article 15 de la Convention et de la d\u00e9rogation de la Turquie, la Cour note que le Conseil des ministres de la R\u00e9publique de Turquie, r\u00e9uni sous la pr\u00e9sidence du pr\u00e9sident de la R\u00e9publique et agissant conform\u00e9ment \u00e0 l\u2019article 121 de la Constitution, a adopt\u00e9 pendant l\u2019\u00e9tat d\u2019urgence plusieurs d\u00e9crets-lois par lesquels il a apport\u00e9 d\u2019importantes limitations aux garanties proc\u00e9durales reconnues en droit interne aux personnes plac\u00e9es en garde \u00e0 vue ou en d\u00e9tention provisoire. Cependant, dans la pr\u00e9sente affaire, c\u2019est en application de l\u2019article 100 du CPP que le requ\u00e9rant a \u00e9t\u00e9 plac\u00e9 en d\u00e9tention provisoire. Il convient notamment d\u2019observer que cette disposition, qui exige la pr\u00e9sence d\u2019\u00e9l\u00e9ments factuels d\u00e9montrant l\u2019existence de forts soup\u00e7ons quant \u00e0 la commission de l\u2019infraction, n\u2019a pas subi de modifications pendant la p\u00e9riode d\u2019\u00e9tat d\u2019urgence. Ainsi, la d\u00e9tention provisoire d\u00e9nonc\u00e9e dans la pr\u00e9sente affaire a \u00e9t\u00e9 prise sur le fondement de la l\u00e9gislation qui \u00e9tait applicable avant et apr\u00e8s la d\u00e9claration de l\u2019\u00e9tat d\u2019urgence. Par cons\u00e9quent, elle ne saurait \u00eatre consid\u00e9r\u00e9e comme ayant respect\u00e9 les conditions requises par l\u2019article 15 de la Convention, puisque, finalement, aucune mesure d\u00e9rogatoire n\u2019aurait pu s\u2019appliquer \u00e0 la situation. Conclure autrement r\u00e9duirait \u00e0 n\u00e9ant les conditions minimales de l\u2019article 5 \u00a7 1 c) de la Convention (Kavala c.\u00a0Turquie, no\u00a028749\/18, \u00a7 158, 10 d\u00e9cembre 2019).<\/p>\n<p>96. \u00c0 la lumi\u00e8re de ce qui pr\u00e9c\u00e8de, il y a eu en l\u2019esp\u00e8ce violation de l\u2019article\u00a05 \u00a7 1 de la Convention compte tenu de l\u2019absence de raisons plausibles de soup\u00e7onner le requ\u00e9rant d\u2019avoir commis une infraction p\u00e9nale.<\/p>\n<p>97. Eu \u00e9gard au constat relatif \u00e0 l\u2019article 5 \u00a7 1 de la Convention, concernant le grief du requ\u00e9rant tir\u00e9 de l\u2019absence de raisons plausibles de le soup\u00e7onner d\u2019avoir commis une infraction p\u00e9nale, la Cour estime qu\u2019il n\u2019y a pas lieu d\u2019examiner si les autorit\u00e9s ont maintenu le requ\u00e9rant en d\u00e9tention provisoire pour une dur\u00e9e excessive et pour des motifs qui sauraient passer pour \u00ab\u00a0pertinents\u00a0\u00bb et \u00ab\u00a0suffisants\u00a0\u00bb afin de justifier la mise et le maintien en d\u00e9tention provisoire de l\u2019int\u00e9ress\u00e9 au sens de l\u2019article 5 \u00a7 3 de la Convention.<\/p>\n<p>IV. SUR LA VIOLATION ALL\u00c9GU\u00c9E DE L\u2019ARTICLE 5 \u00a7 4 DE LA CONVENTION \u00c0 RAISON D\u2019UNE IMPOSSIBILIT\u00c9 D\u2019ACC\u00c9DER AU DOSSIER D\u2019ENQU\u00caTE<\/p>\n<p>98. Le requ\u00e9rant soutient que l\u2019impossibilit\u00e9 qui lui aurait \u00e9t\u00e9 faite d\u2019acc\u00e9der au dossier d\u2019enqu\u00eate l\u2019a emp\u00each\u00e9 de contester effectivement la d\u00e9cision ayant ordonn\u00e9 son placement en d\u00e9tention provisoire. Il se plaint \u00e0 cet \u00e9gard d\u2019une violation de l\u2019article 5 \u00a7 4 de la Convention, ainsi libell\u00e9\u00a0:<\/p>\n<p>\u00ab\u00a04. Toute personne priv\u00e9e de sa libert\u00e9 par arrestation ou d\u00e9tention a le droit d\u2019introduire un recours devant un tribunal, afin qu\u2019il statue \u00e0 bref d\u00e9lai sur la l\u00e9galit\u00e9 de sa d\u00e9tention et ordonne sa lib\u00e9ration si la d\u00e9tention est ill\u00e9gale.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p>99. Le Gouvernement conteste cette th\u00e8se<\/p>\n<p><strong>A. Sur la recevabilit\u00e9<\/strong><\/p>\n<p>100. Constatant que ce grief n\u2019est pas manifestement mal fond\u00e9, ni irrecevable pour un autre motif vis\u00e9 \u00e0 l\u2019article\u00a035 de la Convention, la Cour le d\u00e9clare recevable.<\/p>\n<p><strong>B. Sur le fond<\/strong><\/p>\n<p><em>1. Arguments des parties<\/em><\/p>\n<p>a) Le requ\u00e9rant<\/p>\n<p>101. Le requ\u00e9rant d\u00e9nonce une violation de l\u2019article 5 \u00a7 4 de la Convention en raison de la mesure de restriction d\u2019acc\u00e8s au dossier de l\u2019enqu\u00eate.<\/p>\n<p>b) Le Gouvernement<\/p>\n<p>102. Le Gouvernement argue que le requ\u00e9rant pouvait contester son maintien en d\u00e9tention provisoire par la voie de l\u2019opposition. Sur ce point, il indique que, compte tenu des questions pos\u00e9es par la police, le parquet et le juge de paix, l\u2019int\u00e9ress\u00e9 et ses avocats ont eu une connaissance suffisante de la teneur des \u00e9l\u00e9ments de preuve ayant servi de fondement au placement en d\u00e9tention en cause et qu\u2019ils ont eu ainsi la possibilit\u00e9 de contester de mani\u00e8re satisfaisante les motifs pr\u00e9sent\u00e9s pour justifier la d\u00e9tention provisoire.<\/p>\n<p><em>2. Position de la Commissaire aux droits de l\u2019homme<\/em><\/p>\n<p>103. La Commissaire aux droits de l\u2019homme estime que, depuis la d\u00e9claration de l\u2019\u00e9tat d\u2019urgence, la proc\u00e9dure d\u2019examen de la d\u00e9tention a \u00e9t\u00e9 affect\u00e9e de mani\u00e8re n\u00e9gative, notamment en raison des restrictions d\u2019acc\u00e8s aux dossiers d\u2019enqu\u00eate.<\/p>\n<p><em>3. Appr\u00e9ciation de la Cour<\/em><\/p>\n<p>104. L\u2019article 5 \u00a7 4 de la Convention conf\u00e8re \u00e0 toute personne arr\u00eat\u00e9e ou d\u00e9tenue le droit d\u2019introduire un recours au sujet des exigences de proc\u00e9dure et de fond n\u00e9cessaires \u00e0 la \u00ab\u00a0r\u00e9gularit\u00e9\u00a0\u00bb et \u00e0 la \u00ab\u00a0l\u00e9galit\u00e9\u00a0\u00bb, au sens de l\u2019article\u00a05 \u00a7 1, de sa privation de libert\u00e9. Si la proc\u00e9dure au titre de l\u2019article\u00a05 \u00a7\u00a04 ne doit pas toujours s\u2019accompagner de garanties identiques \u00e0 celles que l\u2019article\u00a06 prescrit pour les proc\u00e8s civils et p\u00e9naux \u2013 les deux dispositions poursuivant des buts diff\u00e9rents (Reinprecht c. Autriche, no 67175\/01, \u00a7\u00a039, CEDH\u00a02005-XII) \u2013 il faut n\u00e9anmoins qu\u2019elle rev\u00eate un caract\u00e8re judiciaire et qu\u2019elle offre des garanties adapt\u00e9es \u00e0 la nature de la privation de libert\u00e9 en question (D.N. c. Suisse [GC], no 27154\/95, \u00a7 41, CEDH 2001-III).<\/p>\n<p>105. Plus particuli\u00e8rement, une proc\u00e9dure men\u00e9e au titre de l\u2019article\u00a05 \u00a7\u00a04 de la Convention devant la juridiction saisie d\u2019un recours contre une d\u00e9tention doit \u00eatre contradictoire et garantir l\u2019\u00e9galit\u00e9 des armes entre les parties, \u00e0 savoir le procureur et la personne d\u00e9tenue. L\u2019\u00e9galit\u00e9 des armes n\u2019est pas assur\u00e9e si l\u2019avocat se voit refuser l\u2019acc\u00e8s aux pi\u00e8ces du dossier qui rev\u00eatent une importance essentielle pour une contestation efficace de la l\u00e9galit\u00e9 de la d\u00e9tention de son client (voir, en particulier, Sch\u00f6ps c.\u00a0Allemagne, no\u00a025116\/94, \u00a7 44, CEDH 2001\u2011I, Garcia Alva c. Allemagne, no\u00a023541\/94, \u00a7\u00a039, 13 f\u00e9vrier 2001, Svipsta c. Lettonie, no 66820\/01, \u00a7\u00a7 129 et\u00a0137, CEDH\u00a02006\u2011III (extraits), et Mooren c. Allemagne [GC], no\u00a011364\/03, \u00a7\u00a0124, 9\u00a0juillet 2009).<\/p>\n<p>106. La Cour observe que, dans un certain nombre d\u2019affaires contre la Turquie, elle a trouv\u00e9 une violation de l\u2019article 5 \u00a7 4 de la Convention en raison de la limitation de l\u2019acc\u00e8s aux pi\u00e8ces des dossiers (voir, notamment, Nedim \u015eener c. Turquie, no 38270\/11, \u00a7\u00a7 83-86, 8 juillet 2014, \u015e\u0131k c.\u00a0Turquie, no\u00a053413\/11, \u00a7\u00a7 72-75, 8 juillet 2014, Mustafa Avci c.Turquie, no\u00a039322\/12, \u00a7\u00a092, 23 mai 2017, Rag\u0131p Zarakolu c. Turquie, no 15064\/12, \u00a7\u00a7 57-62, 15\u00a0septembre 2020, et \u00d6\u011freten et Kanaat, pr\u00e9cit\u00e9, \u00a7\u00a7 104-107).<\/p>\n<p>107. Par contre, elle n\u2019a pas trouv\u00e9 une violation de l\u2019article 5 \u00a7 4 de la Convention dans d\u2019autres affaires, bien qu\u2019il y ait eu une restriction emp\u00eachant les requ\u00e9rants l\u2019acc\u00e8s aux pi\u00e8ces du dossier (voir, notamment, Ceviz c. Turquie, no 8140\/08, \u00a7\u00a7 41-44, 17 juillet 2012, Gamze Uluda\u011f c.\u00a0Turquie, no 21292\/07, \u00a7\u00a7 41-43, 10 d\u00e9cembre 2013, Karaosmano\u011flu et\u00a0\u00d6zden c. Turquie, no 4807\/08, \u00a7\u00a7 73-75, 17 juin 2014, Hebat Aslan et\u00a0Firas\u00a0Aslan c. Turquie, no 15048\/09, \u00a7\u00a7 65-67, 28 octobre 2014, Aybo\u011fa et autres c.\u00a0Turquie, no 35302\/08, \u00a7\u00a7 16-18, 21 juin 2016, et Mehmet Hasan Altan, pr\u00e9cit\u00e9, \u00a7\u00a7 147-150). Dans ces affaires, la Cour est parvenue \u00e0 cette conclusion sur la base d\u2019une appr\u00e9ciation concr\u00e8te des faits. Elle a en effet estim\u00e9 que les requ\u00e9rants avaient une connaissance suffisante des \u00e9l\u00e9ments de preuve qui \u00e9taient essentiels pour contester la l\u00e9galit\u00e9 de leur privation de libert\u00e9.<\/p>\n<p>108. En l\u2019occurrence, le 24 d\u00e9cembre 2016, le juge de paix d\u2019Istanbul a d\u00e9cid\u00e9 de limiter l\u2019acc\u00e8s du requ\u00e9rant et de ses avocats au dossier d\u2019enqu\u00eate. Le recours form\u00e9 par le requ\u00e9rant contre cette d\u00e9cision a \u00e9t\u00e9 \u00e9galement rejet\u00e9. En cons\u00e9quence, le requ\u00e9rant et ses avocats n\u2019ont pas pu voir les \u00e9l\u00e9ments de preuve ayant servi \u00e0 fonder le placement en d\u00e9tention provisoire de l\u2019int\u00e9ress\u00e9 jusqu\u2019\u00e0 la date du d\u00e9p\u00f4t de l\u2019acte d\u2019accusation, soit le 14 f\u00e9vrier 2018. La Cour note que la d\u00e9cision ayant ordonn\u00e9 le placement en d\u00e9tention provisoire de l\u2019int\u00e9ress\u00e9 reposait sur les propos tenus par ce dernier dans ses articles, ce qui est confirm\u00e9 par l\u2019acte d\u2019accusation d\u00e9pos\u00e9 par le parquet d\u2019Istanbul. \u00c0 ce titre, les circonstances de la pr\u00e9sente affaire se distinguent de l\u2019affaire \u00d6\u011freten et Kanaat cit\u00e9e au paragraphe 10 ci-dessus, dans la mesure o\u00f9 les preuves que la Cour y avait estim\u00e9es comme essentielles, notamment les rapports d\u2019expertise, qui pouvaient permettre aux requ\u00e9rants de contester la l\u00e9galit\u00e9 de leur d\u00e9tention provisoire, n\u2019ont pas \u00e9t\u00e9 prises en compte dans le raisonnement des d\u00e9cisions pour justifier la d\u00e9tention du requ\u00e9rant de la pr\u00e9sente requ\u00eate. En effet, en l\u2019esp\u00e8ce, les autorit\u00e9s judiciaires se sont appuy\u00e9es uniquement sur des articles et des publications de l\u2019int\u00e9ress\u00e9 pour ordonner sa privation de libert\u00e9.<\/p>\n<p>109. \u00c0 cet \u00e9gard, la Cour observe que le requ\u00e9rant, assist\u00e9 par ses avocats, a \u00e9t\u00e9 interrog\u00e9 en d\u00e9tail sur ces \u00e9l\u00e9ments de preuve par les instances comp\u00e9tentes, d\u2019abord par les autorit\u00e9s d\u2019enqu\u00eate puis par le juge de paix, qui lui ont pos\u00e9 des questions \u00e0 ce sujet. D\u00e8s lors, m\u00eame si l\u2019int\u00e9ress\u00e9 n\u2019a pas b\u00e9n\u00e9fici\u00e9 d\u2019un droit d\u2019acc\u00e8s illimit\u00e9 aux \u00e9l\u00e9ments de preuve, il a eu une connaissance suffisante de la teneur de ceux qui rev\u00eataient une importance essentielle pour une contestation efficace de la l\u00e9galit\u00e9 de sa d\u00e9tention provisoire (Ceviz, pr\u00e9cit\u00e9, \u00a7\u00a7 41\u201144, Mehmet Hasan Altan, pr\u00e9cit\u00e9, \u00a7\u00a7\u00a0149-150 et Murat Aksoy, pr\u00e9cit\u00e9 \u00a7 124-129).<\/p>\n<p>110. \u00c0 la lumi\u00e8re de ce qui pr\u00e9c\u00e8de, et compte tenu des circonstances particuli\u00e8res de l\u2019affaire et de la nature des preuves retenues pour justifier la d\u00e9tention provisoire, la Cour estime qu\u2019il n\u2019y a pas eu violation de l\u2019article\u00a05 \u00a7\u00a04 de la Convention.<\/p>\n<p>V. SUR LA VIOLATION ALL\u00c9GU\u00c9E DE L\u2019ARTICLE 5 \u00a7 4 DE LA CONVENTION \u00c0 RAISON D\u2019UNE ABSENCE DE CONTR\u00d4LE JURIDICTIONNEL \u00c0 BREF D\u00c9LAI DEVANT LA COUR CONSTITUTIONNELLE<\/p>\n<p>111. Invoquant l\u2019article 5 \u00a7 4 de la Convention, le requ\u00e9rant estime que la proc\u00e9dure men\u00e9e devant la Cour constitutionnelle, par laquelle il a cherch\u00e9 \u00e0 contester la l\u00e9galit\u00e9 de sa d\u00e9tention provisoire, n\u2019a pas \u00e9t\u00e9 conforme aux exigences de la Convention en ce que, \u00e0 ses dires, cette haute juridiction n\u2019a pas respect\u00e9 l\u2019exigence de \u00ab\u00a0bref d\u00e9lai\u00a0\u00bb.<\/p>\n<p>112. Le Gouvernement conteste la th\u00e8se du requ\u00e9rant. Il soutient que le droit turc contient des garanties juridiques suffisantes permettant aux personnes mises en d\u00e9tention de contester effectivement leur privation de libert\u00e9. \u00c0 cet \u00e9gard, il indique que les d\u00e9tenus peuvent solliciter leur remise en libert\u00e9 \u00e0 tout moment de l\u2019instruction ou du proc\u00e8s et que les d\u00e9cisions de rejet oppos\u00e9es aux demandes faites en ce sens sont susceptibles d\u2019opposition. Il ajoute que la question du maintien en d\u00e9tention d\u2019un d\u00e9tenu est examin\u00e9e d\u2019office \u00e0 des intervalles r\u00e9guliers ne pouvant exc\u00e9der trente jours. Dans ce contexte, il est d\u2019avis que la Cour constitutionnelle ne doit pas \u00eatre consid\u00e9r\u00e9e comme un tribunal d\u2019appel sous l\u2019angle de l\u2019article 5 \u00a7 4 de la Convention. De plus, se fondant sur les statistiques relatives \u00e0 la charge de travail de la Cour constitutionnelle, il indique que, depuis la tentative de coup d\u2019\u00c9tat militaire du 15 juillet 2016, il y a eu une augmentation drastique du nombre de recours form\u00e9s devant la haute juridiction. Eu \u00e9gard \u00e0 la charge de travail, exceptionnelle \u00e0 ses yeux, de la Cour constitutionnelle et \u00e0 la notification de la d\u00e9rogation du 21 juillet 2016, le Gouvernement consid\u00e8re qu\u2019il n\u2019est pas possible de conclure que la haute juridiction constitutionnelle n\u2019a pas respect\u00e9 l\u2019exigence de \u00ab\u00a0bref d\u00e9lai\u00a0\u00bb.<\/p>\n<p>113. La Cour rappelle les principes pertinents d\u00e9coulant de sa jurisprudence relativement \u00e0 l\u2019exigence de \u00ab\u00a0bref d\u00e9lai\u00a0\u00bb au sens de l\u2019article\u00a05 \u00a7\u00a04 de la Convention, lesquels sont r\u00e9sum\u00e9s notamment dans son arr\u00eat Ilnseher c. Allemagne ([GC], nos 10211\/12 et 27505\/14, \u00a7\u00a7\u00a0251-256, 4\u00a0d\u00e9cembre 2018). Elle se r\u00e9f\u00e8re \u00e9galement \u00e0 ses conclusions dans les arr\u00eats Mehmet Hasan Altan (pr\u00e9cit\u00e9, \u00a7\u00a7 161-167) et \u015eahin Alpay c.\u00a0Turquie (no\u00a016538\/17, \u00a7\u00a7\u00a0133-139, 20 mars 2018), concernant la dur\u00e9e de la proc\u00e9dure devant la Cour constitutionnelle turque apr\u00e8s la tentative de coup d\u2019\u00c9tat du 15\u00a0juillet 2016.<\/p>\n<p>114. Dans ce contexte, la Cour rappelle aussi que le but premier de l\u2019article\u00a05 \u00a7 4 est d\u2019assurer \u00e0 des personnes priv\u00e9es de leur libert\u00e9 un contr\u00f4le judiciaire \u00e0 bref d\u00e9lai de la l\u00e9galit\u00e9 de la d\u00e9tention, ce contr\u00f4le pouvant conduire, le cas \u00e9ch\u00e9ant, \u00e0 leur lib\u00e9ration. Elle consid\u00e8re donc que l\u2019exigence de c\u00e9l\u00e9rit\u00e9 de l\u2019examen de la l\u00e9galit\u00e9 de la d\u00e9tention est pertinente tant que cette d\u00e9tention continue. Apr\u00e8s la mise en libert\u00e9 des personnes d\u00e9tenues, m\u00eame si la garantie de bref d\u00e9lai n\u2019est plus pertinente au regard du but de l\u2019article\u00a05 \u00a7 4, la garantie concernant l\u2019effectivit\u00e9 du r\u00e9examen continue \u00e0 s\u2019appliquer, puisqu\u2019un ancien d\u00e9tenu peut toujours avoir un int\u00e9r\u00eat l\u00e9gitime \u00e0 ce que la l\u00e9galit\u00e9 de sa d\u00e9tention soit \u00e9tablie m\u00eame apr\u00e8s sa lib\u00e9ration (\u017d\u00fabor c.\u00a0Slovaquie, no 7711\/06, \u00a7 83, 6 d\u00e9cembre 2011).<\/p>\n<p>115. En l\u2019esp\u00e8ce, la Cour observe que le requ\u00e9rant a introduit son recours individuel devant la Cour constitutionnelle le 27 mars 2017 et qu\u2019il a \u00e9t\u00e9 mis en libert\u00e9 provisoire le 16 f\u00e9vrier 2018. Sa mise en libert\u00e9 provisoire a mis fin \u00e0 la violation all\u00e9gu\u00e9e de l\u2019article 5 \u00a7 4 r\u00e9sultant du fait que la Cour constitutionnelle n\u2019avait pas examin\u00e9 \u00e0 bref d\u00e9lai son recours concernant l\u2019ill\u00e9galit\u00e9 de sa d\u00e9tention provisoire (\u017d\u00fabor, pr\u00e9cit\u00e9, \u00a7 85, et les r\u00e9f\u00e9rences qui y sont cit\u00e9es). La Cour est donc invit\u00e9e \u00e0 examiner dans la pr\u00e9sente affaire le grief du requ\u00e9rant tir\u00e9 du non-respect de l\u2019exigence du bref d\u00e9lai au sens de l\u2019article 5 \u00a7 4 dans la proc\u00e9dure constitutionnelle pour autant qu\u2019il concerne la p\u00e9riode comprise entre la date du d\u00e9p\u00f4t de son recours constitutionnel et celle de sa remise en libert\u00e9.<\/p>\n<p>116. Dans ses arr\u00eats Mehmet Hasan Altan (pr\u00e9cit\u00e9, \u00a7\u00a7 161-163) et \u015eahin\u00a0Alpay (pr\u00e9cit\u00e9, \u00a7\u00a7 133-135), la Cour avait not\u00e9 que, dans le syst\u00e8me juridique turc, les personnes mises en d\u00e9tention provisoire avaient la possibilit\u00e9 de demander leur remise en libert\u00e9 \u00e0 tout moment de la proc\u00e9dure et que, en cas de rejet de leur demande, elles pouvaient former une opposition. Elle avait relev\u00e9 en outre que la question du maintien en d\u00e9tention des d\u00e9tenus \u00e9tait examin\u00e9e d\u2019office \u00e0 intervalles r\u00e9guliers qui ne pouvaient exc\u00e9der trente jours. Par cons\u00e9quent, elle avait estim\u00e9 qu\u2019elle pouvait tol\u00e9rer que le contr\u00f4le devant la Cour constitutionnelle pr\u00eet plus de temps. Dans l\u2019affaire Mehmet\u00a0Hasan Altan, la p\u00e9riode \u00e0 prendre en consid\u00e9ration devant la Cour constitutionnelle avait dur\u00e9 quatorze mois et trois jours et dans l\u2019affaire \u015eahin\u00a0Alpay, seize mois et trois jours. La Cour, tenant compte de la complexit\u00e9 des requ\u00eates et de la charge de travail de la Cour constitutionnelle apr\u00e8s la d\u00e9claration de l\u2019\u00e9tat d\u2019urgence, avait estim\u00e9 qu\u2019il s\u2019agissait d\u2019une situation exceptionnelle. Par cons\u00e9quent, bien que les d\u00e9lais de quatorze mois et trois jours et de seize mois et trois jours \u00e9coul\u00e9s devant la Cour constitutionnelle ne puissent pas \u00eatre consid\u00e9r\u00e9s comme \u00ab\u00a0brefs\u00a0\u00bb dans une situation ordinaire, dans les circonstances sp\u00e9cifiques de ces affaires, elle n\u2019avait pas conclu \u00e0 une violation de l\u2019article 5 \u00a7 4 de la Convention.<\/p>\n<p>117. La Cour rel\u00e8ve que cette jurisprudence a par la suite \u00e9t\u00e9 confirm\u00e9e par la Grande Chambre dans l\u2019affaire Selahattin Demirta\u015f (no 2) (pr\u00e9cit\u00e9, \u00a7\u00a0368-370).<\/p>\n<p>118. En l\u2019esp\u00e8ce, la Cour note que la p\u00e9riode \u00e0 prendre en consid\u00e9ration a dur\u00e9 dix mois et vingt jours, cette p\u00e9riode s\u2019\u00e9tant \u00e9galement d\u00e9roul\u00e9e pendant l\u2019\u00e9tat d\u2019urgence. Elle estime que le fait que la Cour constitutionnelle n\u2019a rendu son arr\u00eat qu\u2019en date du 28 mai 2019, soit environ deux ans et deux mois apr\u00e8s sa saisine, n\u2019entre pas en ligne de compte pour le calcul du d\u00e9lai \u00e0 prendre en consid\u00e9ration sous l\u2019angle de l\u2019article 5 \u00a7 4 de la Convention, puisque le requ\u00e9rant avait d\u00e9j\u00e0 \u00e9t\u00e9 lib\u00e9r\u00e9 avant cette date.<\/p>\n<p>119. Elle consid\u00e8re donc que les conclusions auxquelles elle est parvenue dans les arr\u00eats Mehmet Hasan Altan, \u015eahin Alpay et Selahattin Demirta\u015f (no\u00a02) (pr\u00e9cit\u00e9s) valent aussi dans le cadre de la pr\u00e9sente requ\u00eate. Elle souligne \u00e0 cet \u00e9gard que le recours introduit par le requ\u00e9rant devant la Cour constitutionnelle \u00e9tait complexe puisqu\u2019il s\u2019agissait de l\u2019une des premi\u00e8res affaires soulevant des questions compliqu\u00e9es concernant la mise en d\u00e9tention provisoire d\u2019un journaliste qui se plaignait d\u2019une violation de ses droits prot\u00e9g\u00e9s par les articles 3, 5, 6, 8, 10, 13 et 18 de la Convention. Dans ce contexte, elle estime qu\u2019il est \u00e9galement n\u00e9cessaire de tenir compte de la charge de travail exceptionnelle de la Cour constitutionnelle apr\u00e8s la d\u00e9claration de l\u2019\u00e9tat d\u2019urgence en juillet 2016 (Mehmet Hasan Altan, pr\u00e9cit\u00e9, \u00a7\u00a0165, et \u015eahin Alpay, pr\u00e9cit\u00e9, \u00a7 137).<\/p>\n<p>120. \u00c0 la lumi\u00e8re de ce qui pr\u00e9c\u00e8de, la Cour consid\u00e8re que ce grief est manifestement mal fond\u00e9 et qu\u2019il doit \u00eatre rejet\u00e9, en application de l\u2019article\u00a035 \u00a7\u00a7\u00a03 a) et 4 de la Convention.<\/p>\n<p>VI. SUR LA VIOLATION ALL\u00c9GU\u00c9E DE L\u2019ARTICLE 5 \u00a7 5 DE LA CONVENTION<\/p>\n<p>121. Le requ\u00e9rant se plaint aussi de n\u2019avoir dispos\u00e9 d\u2019aucun recours effectif qui aurait pu lui permettre d\u2019obtenir la r\u00e9paration du pr\u00e9judice qu\u2019il estime avoir subi en raison de sa d\u00e9tention provisoire. Il all\u00e8gue \u00e0 cet \u00e9gard une violation de l\u2019article 5 \u00a7 5 de la Convention, lequel se lit comme suit\u00a0:<\/p>\n<p>\u00ab\u00a05. Toute personne victime d\u2019une arrestation ou d\u2019une d\u00e9tention dans des conditions contraires aux dispositions de cet article a droit \u00e0 r\u00e9paration.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p>122. Le Gouvernement conteste la th\u00e8se du requ\u00e9rant.<\/p>\n<p><strong>A. Sur la recevabilit\u00e9<\/strong><\/p>\n<p>123. Constatant que ce grief n\u2019est pas manifestement mal fond\u00e9, ni irrecevable pour un autre motif vis\u00e9 \u00e0 l\u2019article\u00a035 de la Convention, la Cour le d\u00e9clare recevable.<\/p>\n<p><strong>B. Sur le fond<\/strong><\/p>\n<p><em>1. Arguments des parties<\/em><\/p>\n<p>a) Le requ\u00e9rant<\/p>\n<p>124. Le requ\u00e9rant d\u00e9nonce une violation de l\u2019article 5 \u00a7 5 de la Convention en raison de l\u2019absence d\u2019un recours effectif qui aurait pu lui permettre d\u2019obtenir la r\u00e9paration du pr\u00e9judice en raison de sa d\u00e9tention provisoire.<\/p>\n<p>b) Le Gouvernement<\/p>\n<p>125. Le Gouvernement indique que l\u2019int\u00e9ress\u00e9 disposait de deux voies de recours, \u00e0 savoir une action en indemnisation contre l\u2019\u00c9tat sur le fondement de l\u2019article 141 \u00a7 1 du CPP et le recours individuel devant la Cour constitutionnelle. Il estime que ces recours \u00e9taient de nature \u00e0 rem\u00e9dier au grief relatif \u00e0 la d\u00e9tention provisoire du requ\u00e9rant.<\/p>\n<p><em>2. Appr\u00e9ciation de la Cour<\/em><\/p>\n<p>126. La Cour rappelle que le droit \u00e0 r\u00e9paration \u00e9nonc\u00e9 au paragraphe 5 de l\u2019article\u00a05 de la Convention suppose qu\u2019une violation de l\u2019un des autres paragraphes de cette disposition ait \u00e9t\u00e9 \u00e9tablie par une autorit\u00e9 nationale ou par les institutions de la Convention (N.C. c. Italie [GC], no 24952\/94, \u00a7\u00a049, CEDH\u00a02002\u2011X). En l\u2019esp\u00e8ce, il reste \u00e0 d\u00e9terminer si le requ\u00e9rant disposait de la possibilit\u00e9 de demander une indemnit\u00e9 pour le pr\u00e9judice subi.<\/p>\n<p>127. En l\u2019esp\u00e8ce, la Cour a estim\u00e9 qu\u2019il y avait eu violation de l\u2019article\u00a05 \u00a7\u00a01 de la Convention.<\/p>\n<p>128. Pour ce qui est de la possibilit\u00e9 de demander r\u00e9paration de la violation de l\u2019article 5 \u00a7 1, la Cour note que l\u2019article 141 du CPP ne pr\u00e9voit pas express\u00e9ment la possibilit\u00e9 de demander r\u00e9paration d\u2019un pr\u00e9judice subi en raison de l\u2019absence de raisons plausibles de soup\u00e7onner une personne d\u2019avoir commis une infraction p\u00e9nale (Ahmet H\u00fcsrev Altan c.\u00a0Turquie, no\u00a013252\/17, \u00a7 190, 13 avril 2021). \u00c0 cet \u00e9gard, le Gouvernement est rest\u00e9 en d\u00e9faut de produire une quelconque d\u00e9cision de justice relative \u00e0 l\u2019octroi d\u2019une indemnit\u00e9, sur le fondement de cette disposition du CPP, \u00e0 un justiciable se trouvant dans une situation analogue \u00e0 celle du requ\u00e9rant.<\/p>\n<p>129. La Cour note cependant que l\u2019int\u00e9ress\u00e9 s\u2019est vu octroyer une indemnit\u00e9 par la Cour constitutionnelle en r\u00e9paration de la violation constat\u00e9e. \u00c0 cet \u00e9gard, elle rappelle que l\u2019article 5 \u00a7 5 ne conf\u00e8re pas un droit \u00e0 une indemnisation d\u2019un montant particulier, pourvu que celle-ci ne soit pas d\u00e9risoire ou enti\u00e8rement disproportionn\u00e9e (Attard c. Malte (d\u00e9c.), no\u00a046750\/99, 28 septembre 2000, et Cumber c. Royaume-Uni, no\u00a028779\/95, d\u00e9cision de la Commission europ\u00e9enne des Droits de l\u2019Homme du 27\u00a0novembre 1996), ou consid\u00e9rablement inf\u00e9rieure \u00e0 ce que la Cour accorde dans des cas similaires de violation (Ganea c. Moldova, no 2474\/06, \u00a7\u00a030, 17\u00a0mai 2011, et Cristina Boicenco c. Moldova, no 25688\/09, \u00a7\u00a043, 27\u00a0septembre 2011).<\/p>\n<p>130. La Cour rappelle que, aux fins de son examen sous l\u2019angle des paragraphes 1, 2, 3 et 4 de l\u2019article 5 de la Convention, un requ\u00e9rant peut toujours se plaindre d\u2019une violation de ces paragraphes, malgr\u00e9 le paiement d\u2019une somme \u00e0 titre d\u2019indemnit\u00e9 pour la violation constat\u00e9e, dans la mesure o\u00f9 elle estime, entre autres, que la somme accord\u00e9e est manifestement insuffisante. En l\u2019esp\u00e8ce, la Cour observe que le requ\u00e9rant disposait d\u2019un recours pour obtenir r\u00e9paration et que la Cour constitutionnelle lui a accord\u00e9 25\u00a0000\u00a0TRY (soit environ 3\u00a0700 EUR) pour les violations constat\u00e9es. Dans ce contexte, elle rappelle avoir conclu que le requ\u00e9rant n\u2019avait pas obtenu une indemnisation appropri\u00e9e et suffisante, dans la mesure o\u00f9 les sommes accord\u00e9es par la haute juridiction constitutionnelle \u00e9taient manifestement insuffisantes eu \u00e9gard aux circonstances de l\u2019affaire \u00e0 l\u2019examen (voir le paragraphe 73 ci-dessus). Elle estime donc que, dans les circonstances de la pr\u00e9sente affaire, le recours individuel devant la Cour constitutionnelle ne saurait constituer un recours effectif au sens de l\u2019article 5 \u00a7 5 de la Convention.<\/p>\n<p>131. Il s\u2019ensuit qu\u2019il y a eu violation de l\u2019article 5 \u00a7 5 de la Convention.<\/p>\n<p>VII. SUR LA VIOLATION ALL\u00c9GU\u00c9E DE L\u2019ARTICLE 10 DE LA CONVENTION<\/p>\n<p>132. Le requ\u00e9rant soutient que la d\u00e9tention provisoire dont il a fait l\u2019objet a port\u00e9 atteinte \u00e0 son droit \u00e0 la libert\u00e9 d\u2019expression. Il invoque \u00e0 cet \u00e9gard l\u2019article\u00a010 de la Convention, qui est ainsi libell\u00e9\u00a0:<\/p>\n<p>\u00ab\u00a01. Toute personne a droit \u00e0 la libert\u00e9 d\u2019expression. Ce droit comprend la libert\u00e9 d\u2019opinion et la libert\u00e9 de recevoir ou de communiquer des informations ou des id\u00e9es sans qu\u2019il puisse y avoir ing\u00e9rence d\u2019autorit\u00e9s publiques et sans consid\u00e9ration de fronti\u00e8re. Le pr\u00e9sent article n\u2019emp\u00eache pas les \u00c9tats de soumettre les entreprises de radiodiffusion, de cin\u00e9ma ou de t\u00e9l\u00e9vision \u00e0 un r\u00e9gime d\u2019autorisations.<\/p>\n<p>2. L\u2019exercice de ces libert\u00e9s comportant des devoirs et des responsabilit\u00e9s peut \u00eatre soumis \u00e0 certaines formalit\u00e9s, conditions, restrictions ou sanctions pr\u00e9vues par la loi, qui constituent des mesures n\u00e9cessaires, dans une soci\u00e9t\u00e9 d\u00e9mocratique, \u00e0 la s\u00e9curit\u00e9 nationale, \u00e0 l\u2019int\u00e9grit\u00e9 territoriale ou \u00e0 la s\u00fbret\u00e9 publique, \u00e0 la d\u00e9fense de l\u2019ordre et \u00e0 la pr\u00e9vention du crime, \u00e0 la protection de la sant\u00e9 ou de la morale, \u00e0 la protection de la r\u00e9putation ou des droits d\u2019autrui, pour emp\u00eacher la divulgation d\u2019informations confidentielles ou pour garantir l\u2019autorit\u00e9 et l\u2019impartialit\u00e9 du pouvoir judiciaire.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p>133. Le Gouvernement conteste cette th\u00e8se.<\/p>\n<p><strong>A. Sur la recevabilit\u00e9<\/strong><\/p>\n<p>134. Le Gouvernement argue tout d\u2019abord que le grief du requ\u00e9rant tir\u00e9 de l\u2019article 10 de la Convention doit \u00eatre d\u00e9clar\u00e9 irrecevable pour non\u2011\u00e9puisement des voies de recours internes au motif que la proc\u00e9dure p\u00e9nale engag\u00e9e contre l\u2019int\u00e9ress\u00e9 est toujours pendante devant les juridictions nationales.<\/p>\n<p>135. Le requ\u00e9rant conteste les arguments du Gouvernement.<\/p>\n<p>136. La Cour estime que l\u2019exception de non-\u00e9puisement des voies de recours internes soulev\u00e9e par le Gouvernement pose des questions qui sont \u00e9troitement li\u00e9es \u00e0 l\u2019examen de l\u2019existence d\u2019une ing\u00e9rence dans l\u2019exercice par le requ\u00e9rant de son droit \u00e0 la libert\u00e9 d\u2019expression, et donc \u00e0 l\u2019examen du bien-fond\u00e9 du grief formul\u00e9 sur le terrain de l\u2019article 10 de la Convention. Elle d\u00e9cide donc de la joindre au fond (Mehmet Hasan Altan, pr\u00e9cit\u00e9, \u00a7\u00a0194, et \u015eahin Alpay, pr\u00e9cit\u00e9, \u00a7\u00a0164).<\/p>\n<p>137. Constatant par ailleurs que ce grief n\u2019est pas manifestement mal fond\u00e9 au sens de l\u2019article 35 \u00a7 3 de la Convention et qu\u2019il ne se heurte \u00e0 aucun autre motif d\u2019irrecevabilit\u00e9, la Cour le d\u00e9clare recevable.<\/p>\n<p><strong>B. Sur le fond<\/strong><\/p>\n<p><em>1. Arguments des parties<\/em><\/p>\n<p>a) Le requ\u00e9rant<\/p>\n<p>138. Le requ\u00e9rant soutient qu\u2019il a \u00e9t\u00e9 d\u00e9tenu \u00e0 raison de ses activit\u00e9s journalistiques. Il argue \u00e0 cet \u00e9gard qu\u2019il n\u2019existait aucun fait ni aucune information susceptibles de persuader un observateur objectif qu\u2019il avait commis une infraction. Selon lui, il a \u00e9t\u00e9 plac\u00e9 en d\u00e9tention provisoire pour avoir exerc\u00e9 sa libert\u00e9 d\u2019expression.<\/p>\n<p>b) Le Gouvernement<\/p>\n<p>139. Le Gouvernement tient d\u2019abord \u00e0 indiquer que la d\u00e9tention provisoire du requ\u00e9rant ne constitue pas une ing\u00e9rence au sens de l\u2019article\u00a010 de la Convention puisque, selon lui, l\u2019objet des poursuites engag\u00e9es contre l\u2019int\u00e9ress\u00e9 ne concerne pas les activit\u00e9s journalistiques de ce dernier. Il pr\u00e9cise \u00e0 cet \u00e9gard que le requ\u00e9rant a \u00e9t\u00e9 mis et maintenu en d\u00e9tention provisoire en raison des soup\u00e7ons pesant sur lui d\u2019avoir fait la propagande d\u2019une organisation terroriste et d\u2019avoir incit\u00e9 le peuple \u00e0 la haine et \u00e0 l\u2019hostilit\u00e9. Il ajoute que la proc\u00e9dure p\u00e9nale engag\u00e9e contre le requ\u00e9rant est toujours pendante et qu\u2019il n\u2019y a aucune peine d\u00e9finitive prononc\u00e9e \u00e0 son encontre.<\/p>\n<p>140. Le Gouvernement estime que, au cas o\u00f9 la Cour conclurait n\u00e9anmoins \u00e0 l\u2019existence d\u2019une ing\u00e9rence, il conviendrait en tout \u00e9tat de cause de consid\u00e9rer cette ing\u00e9rence comme ayant \u00e9t\u00e9 \u00ab\u00a0pr\u00e9vue par la loi\u00a0\u00bb, inspir\u00e9e par un but l\u00e9gitime et \u00ab\u00a0n\u00e9cessaire dans une soci\u00e9t\u00e9 d\u00e9mocratique\u00a0\u00bb pour l\u2019atteindre, et donc comme \u00e9tant justifi\u00e9e.<\/p>\n<p>141. \u00c0 ce sujet, il d\u00e9clare que les poursuites p\u00e9nales engag\u00e9es contre le requ\u00e9rant \u00e9taient pr\u00e9vues par l\u2019article 216 du CP et l\u2019article 7 \u00a7 2 de la loi relative \u00e0 la lutte contre le terrorisme. Il dit \u00e9galement que l\u2019ing\u00e9rence litigieuse visait plusieurs buts au sens du paragraphe 2 de l\u2019article 10 de la Convention\u00a0: la protection de la s\u00e9curit\u00e9 nationale ou de l\u2019ordre public, et la pr\u00e9vention du d\u00e9sordre et de la criminalit\u00e9.<\/p>\n<p>142. S\u2019agissant de la n\u00e9cessit\u00e9 de l\u2019ing\u00e9rence dans une soci\u00e9t\u00e9 d\u00e9mocratique, le Gouvernement expose que les organisations terroristes, en ayant recours aux opportunit\u00e9s offertes par les syst\u00e8mes d\u00e9mocratiques, forment de nombreuses structures d\u2019apparence l\u00e9gale afin d\u2019atteindre leurs objectifs. Pour le Gouvernement, l\u2019on ne peut pas affirmer que les enqu\u00eates p\u00e9nales men\u00e9es contre les individus actifs au sein de ces structures ont pour objet l\u2019activit\u00e9 professionnelle de ceux-ci. En ce sens, le Gouvernement souligne que l\u2019utilisation des m\u00e9dias comme outil pour \u00e9liminer les droits et les libert\u00e9s d\u2019autrui ne peut \u00eatre autoris\u00e9e. Selon lui, le requ\u00e9rant a \u00e9t\u00e9 mis en d\u00e9tention provisoire dans le cadre d\u2019une telle enqu\u00eate. En r\u00e9sum\u00e9, le Gouvernement est d\u2019avis que l\u2019ing\u00e9rence litigieuse \u00e9tait proportionn\u00e9e et n\u00e9cessaire dans une soci\u00e9t\u00e9 d\u00e9mocratique.<\/p>\n<p><em>2. Position des tiers intervenants<\/em><\/p>\n<p>a) Le Gouvernement allemand<\/p>\n<p>143. Se r\u00e9f\u00e9rant aux rapports d\u2019un certain nombre d\u2019institutions internationales, le Gouvernement allemand affirme que les mesures qui ont suivi la tentative de coup d\u2019\u00c9tat ont entra\u00een\u00e9 une pression excessive sur la presse et sur des journalistes individuels, y compris par le biais de poursuites p\u00e9nales. Selon lui, le cas du requ\u00e9rant n\u2019est donc pas un cas isol\u00e9. Il consid\u00e8re que la presse libre est soumise \u00e0 une pression en Turquie, depuis notamment la tentative de coup d\u2019\u00c9tat de juillet 2016. Dans ce contexte, le Gouvernement allemand rappelle que plus de 200 journalistes ont \u00e9t\u00e9 arr\u00eat\u00e9s depuis la tentative de coup d\u2019\u00c9tat et que plus de 150 journalistes sont actuellement d\u00e9tenus en Turquie. Il note qu\u2019un des motifs de ses pr\u00e9occupations est l\u2019effet dissuasif de l\u2019intensification des poursuites p\u00e9nales engag\u00e9es contre les journalistes et professionnels des m\u00e9dias en Turquie. Selon lui, la Cour doit donc examiner cette requ\u00eate dans le contexte plus large de la situation g\u00e9n\u00e9rale.<\/p>\n<p>b) La Commissaire aux droits de l\u2019homme<\/p>\n<p>144. S\u2019appuyant principalement sur les constatations faites par son pr\u00e9d\u00e9cesseur lors de ses visites en Turquie, en avril et septembre 2016, la Commissaire aux droits de l\u2019homme d\u00e9clare tout d\u2019abord que, dans ce pays, des violations massives de la libert\u00e9 d\u2019expression et de la libert\u00e9 des m\u00e9dias ont \u00e9t\u00e9 soulign\u00e9es \u00e0 maintes reprises. \u00c0 cet \u00e9gard, elle est d\u2019avis qu\u2019en Turquie les procureurs de la R\u00e9publique et les juges comp\u00e9tents interpr\u00e8tent la l\u00e9gislation relative \u00e0 la lutte contre le terrorisme d\u2019une mani\u00e8re tr\u00e8s large. Selon elle, de nombreux journalistes, qui expriment leurs d\u00e9saccords ou critiques \u00e0 l\u2019\u00e9gard des milieux gouvernementaux, ont \u00e9t\u00e9 mis en d\u00e9tention provisoire \u00e0 raison de leurs seules activit\u00e9s journalistiques, et ce en l\u2019absence de tout \u00e9l\u00e9ment de preuve concret. Ainsi, la Commissaire aux droits de l\u2019homme r\u00e9fute l\u2019all\u00e9gation du Gouvernement \u2013\u00a0peu cr\u00e9dible \u00e0 ses yeux\u00a0\u2013 selon laquelle les proc\u00e9dures p\u00e9nales engag\u00e9es contre les journalistes ne concernent pas leurs activit\u00e9s journalistiques, apr\u00e8s avoir constat\u00e9 que la seule preuve contenue dans les dossiers des enqu\u00eates men\u00e9es contre les int\u00e9ress\u00e9s repose souvent sur leurs activit\u00e9s journalistiques.<\/p>\n<p>145. Par ailleurs, la Commissaire aux droits de l\u2019homme consid\u00e8re que ni la tentative de coup d\u2019\u00c9tat ni les dangers repr\u00e9sent\u00e9s par les organisations terroristes ne peuvent justifier des mesures portant gravement atteinte \u00e0 la libert\u00e9 des m\u00e9dias, telles que celles d\u00e9nonc\u00e9es par elle.<\/p>\n<p>c) Le Rapporteur sp\u00e9cial des Nations Unies<\/p>\n<p>146. Le Rapporteur sp\u00e9cial estime qu\u2019en Turquie la l\u00e9gislation antiterroriste est utilis\u00e9e depuis longtemps contre les journalistes qui expriment des opinions critiques envers les politiques du gouvernement. Cela dit, il souligne que, depuis la d\u00e9claration de l\u2019\u00e9tat d\u2019urgence, le droit \u00e0 la libert\u00e9 d\u2019expression est encore plus affaibli. Il indique \u00e0 cet \u00e9gard que deux\u00a0cent\u00a0trente\u00a0et\u00a0un\u00a0journalistes ont \u00e9t\u00e9 arr\u00eat\u00e9s depuis le 15 juillet 2016 et que plus de cent cinquante journalistes demeurent toujours en prison.<\/p>\n<p>147. Le Rapporteur sp\u00e9cial d\u00e9clare qu\u2019une ing\u00e9rence est contraire \u00e0 l\u2019article\u00a010 de la Convention, sauf si elle est \u00ab\u00a0pr\u00e9vue par la loi\u00a0\u00bb. Il ajoute qu\u2019il n\u2019est pas suffisant qu\u2019une mesure ait une base en droit interne et qu\u2019il faut aussi avoir \u00e9gard \u00e0 la qualit\u00e9 de la loi. Ainsi, \u00e0 ses yeux, les personnes concern\u00e9es doivent notamment pouvoir pr\u00e9voir les cons\u00e9quences de la loi pour elles et le droit interne doit offrir une certaine protection contre des atteintes arbitraires \u00e0 la libert\u00e9 d\u2019expression.<\/p>\n<p>148. Le Rapporteur sp\u00e9cial fait valoir que les faits cumulatifs relatifs aux poursuites des journalistes laissent \u00e0 penser que, sous pr\u00e9texte de combattre le terrorisme, les autorit\u00e9s nationales r\u00e9priment amplement et arbitrairement la libert\u00e9 d\u2019expression par des proc\u00e9dures p\u00e9nales et des mesures de d\u00e9tention.<\/p>\n<p>d) Les organisations non gouvernementales intervenantes<\/p>\n<p>149. Les organisations non gouvernementales intervenantes soutiennent que les restrictions \u00e0 la libert\u00e9 des m\u00e9dias sont devenues beaucoup plus prononc\u00e9es et r\u00e9pandues depuis la tentative de coup d\u2019\u00c9tat militaire. Soulignant le r\u00f4le important jou\u00e9 par les m\u00e9dias dans une soci\u00e9t\u00e9 d\u00e9mocratique, elles indiquent que les journalistes font souvent l\u2019objet de mesures de d\u00e9tention pour avoir trait\u00e9 des sujets d\u2019int\u00e9r\u00eat g\u00e9n\u00e9ral. Elles d\u00e9noncent \u00e0 cet \u00e9gard un recours arbitraire aux mesures de d\u00e9tention contre les journalistes. \u00c0 leurs yeux, la mise en d\u00e9tention d\u2019un journaliste due \u00e0 l\u2019expression par ce dernier d\u2019opinions n\u2019incitant pas \u00e0 la violence s\u2019analyse en une ing\u00e9rence injustifi\u00e9e dans l\u2019exercice du droit de l\u2019int\u00e9ress\u00e9 \u00e0 sa libert\u00e9 d\u2019expression.<\/p>\n<p><em>3. Appr\u00e9ciation de la Cour<\/em><\/p>\n<p>150. La Cour observe tout d\u2019abord que le requ\u00e9rant se plaint, sous l\u2019angle de l\u2019article 10, de sa d\u00e9tention provisoire. D\u00e8s lors, dans le cadre de son examen sous l\u2019angle de cette disposition, elle ne va porter son attention que sur la d\u00e9tention provisoire subie par le requ\u00e9rant.<\/p>\n<p>151. La Cour note que le requ\u00e9rant a fait l\u2019objet de poursuites p\u00e9nales parce qu\u2019il \u00e9tait soup\u00e7onn\u00e9 d\u2019avoir fait la propagande d\u2019une organisation terroriste et d\u2019avoir incit\u00e9 le peuple \u00e0 la haine et \u00e0 l\u2019hostilit\u00e9, et ce, comme il en d\u00e9coule de l\u2019arr\u00eat de la Cour constitutionnelle, principalement \u00e0 raison de ses activit\u00e9s journalistiques. Dans le cadre de la proc\u00e9dure p\u00e9nale, l\u2019int\u00e9ress\u00e9 a \u00e9t\u00e9 priv\u00e9 de sa libert\u00e9 du 14 f\u00e9vrier 2017, date de son placement en garde \u00e0 vue, au 16 f\u00e9vrier 2018.<\/p>\n<p>152. La Cour estime que cette privation de libert\u00e9 s\u2019analyse en une \u00ab\u00a0ing\u00e9rence\u00a0\u00bb dans l\u2019exercice par le requ\u00e9rant du droit \u00e0 la libert\u00e9 d\u2019expression garanti par l\u2019article 10 de la Convention (\u015e\u0131k c.\u00a0Turquie, no\u00a053413\/11, \u00a7 85, 8 juillet 2014).<\/p>\n<p>153. Pour les m\u00eames motifs, elle rejette l\u2019exception de non\u2011\u00e9puisement des voies de recours internes soulev\u00e9e par le Gouvernement quant aux griefs tir\u00e9s d\u2019une violation de l\u2019article 10 de la Convention.<\/p>\n<p>154. La Cour rappelle ensuite qu\u2019une ing\u00e9rence emporte violation de l\u2019article\u00a010 \u00e0 moins de r\u00e9pondre aux exigences du paragraphe 2 de cette disposition. Il faut donc d\u00e9terminer si l\u2019ing\u00e9rence constat\u00e9e en l\u2019esp\u00e8ce \u00e9tait \u00ab\u00a0pr\u00e9vue par la loi\u00a0\u00bb, inspir\u00e9e par un ou plusieurs buts l\u00e9gitimes au regard de ce paragraphe et \u00ab\u00a0n\u00e9cessaire dans une soci\u00e9t\u00e9 d\u00e9mocratique\u00a0\u00bb pour les atteindre (Mehmet Hasan Altan, pr\u00e9cit\u00e9, \u00a7 202, et \u015eahin Alpay, pr\u00e9cit\u00e9, \u00a7\u00a0172).<\/p>\n<p>155. La Cour rappelle que les mots \u00ab\u00a0pr\u00e9vue par la loi\u00a0\u00bb, au sens de l\u2019article\u00a010 \u00a7 2, impliquent d\u2019abord que la mesure incrimin\u00e9e ait une base en droit interne, mais qu\u2019ils ont trait aussi \u00e0 la qualit\u00e9 de la loi en cause\u00a0: ils exigent d\u2019une part que celle-ci soit accessible \u00e0 la personne concern\u00e9e, qui de surcro\u00eet doit pouvoir en pr\u00e9voir les cons\u00e9quences pour elle, et d\u2019autre part qu\u2019elle soit compatible avec la pr\u00e9\u00e9minence du droit (M\u00fcller et autres c.\u00a0Suisse, 24 mai 1988, \u00a7 29, s\u00e9rie A no 133).<\/p>\n<p>156. En l\u2019occurrence, la Cour souligne que la privation de libert\u00e9 subie par le requ\u00e9rant a constitu\u00e9 une ing\u00e9rence dans les droits de l\u2019int\u00e9ress\u00e9 au titre de l\u2019article 10 de la Convention (paragraphe 152 ci-dessus). Elle note que, d\u2019apr\u00e8s l\u2019article 100 du CPP, une personne ne peut \u00eatre plac\u00e9e en d\u00e9tention provisoire que lorsqu\u2019il existe des \u00e9l\u00e9ments factuels permettant de la soup\u00e7onner fortement d\u2019avoir commis une infraction. Dans ce contexte, elle rappelle avoir d\u00e9j\u00e0 conclu que la d\u00e9tention du requ\u00e9rant n\u2019\u00e9tait pas fond\u00e9e sur des raisons plausibles de le soup\u00e7onner d\u2019avoir commis une infraction au sens de l\u2019article 5 \u00a7 1 c) de la Convention et qu\u2019il y avait donc eu violation de son droit \u00e0 la libert\u00e9 et \u00e0 la s\u00fbret\u00e9 d\u00e9coulant de l\u2019article 5 \u00a7 1 (paragraphes\u00a091-96 ci-dessus). La Cour rappelle en outre que les alin\u00e9as a) \u00e0 f) de l\u2019article 5 \u00a7\u00a01 de la Convention contiennent une liste exhaustive des motifs pour lesquels une personne peut faire l\u2019objet d\u2019une privation de libert\u00e9. Pareille mesure n\u2019est pas r\u00e9guli\u00e8re si elle ne rel\u00e8ve pas de l\u2019un de ces motifs (Khlaifia et autres c.\u00a0Italie [GC], no 16483\/12, \u00a7 88, 15 d\u00e9cembre 2016). Il en r\u00e9sulte que l\u2019ing\u00e9rence dans les droits et libert\u00e9s du requ\u00e9rant au titre de l\u2019article 10 \u00a7\u00a01 de la Convention ne peut \u00eatre justifi\u00e9e sous l\u2019angle de l\u2019article 10 \u00a7\u00a02 puisqu\u2019elle n\u2019\u00e9tait pas pr\u00e9vue par la loi (voir Steel et autres c.\u00a0Royaume\u2011Uni, 23\u00a0septembre 1998, \u00a7\u00a7 94 et 110, Recueil des arr\u00eats et d\u00e9cisions 1998-VII, et Rag\u0131p Zarakolu, pr\u00e9cit\u00e9, \u00a7 79).<\/p>\n<p>157. En l\u2019esp\u00e8ce, la Cour observe en outre que la Cour constitutionnelle, se r\u00e9f\u00e9rant \u00e0 ses constats relatifs \u00e0 la l\u00e9galit\u00e9 de la d\u00e9tention provisoire, a consid\u00e9r\u00e9 qu\u2019une telle mesure lourde ne pouvait pas \u00eatre consid\u00e9r\u00e9e comme une ing\u00e9rence n\u00e9cessaire et proportionn\u00e9e dans une soci\u00e9t\u00e9 d\u00e9mocratique. Elle a donc conclu \u00e0 la violation des articles 26 et 28 de la Constitution. \u00c0 la lumi\u00e8re de ce raisonnement, la Cour estime qu\u2019il n\u2019y a aucune raison pour arriver \u00e0 une conclusion diff\u00e9rente concernant la n\u00e9cessit\u00e9 de l\u2019ing\u00e9rence dans une soci\u00e9t\u00e9 d\u00e9mocratique de celle \u00e0 laquelle la Cour constitutionnelle est parvenue.<\/p>\n<p>158. La Cour note par ailleurs que la mise en d\u00e9tention provisoire des voix critiques cr\u00e9e des effets n\u00e9gatifs multiples, aussi bien pour la personne mise en d\u00e9tention que pour la soci\u00e9t\u00e9 tout enti\u00e8re car infliger une mesure r\u00e9sultant en une privation de libert\u00e9, comme ce fut le cas en l\u2019esp\u00e8ce, produit immanquablement un effet dissuasif sur la libert\u00e9 d\u2019expression en intimidant la soci\u00e9t\u00e9 civile et en r\u00e9duisant les voix divergentes au silence.<\/p>\n<p>159. En ce qui concerne enfin la d\u00e9rogation de la Turquie, la Cour se r\u00e9f\u00e8re \u00e0 ses constats au paragraphe 95 de cet arr\u00eat. En l\u2019absence d\u2019une raison s\u00e9rieuse pour s\u2019\u00e9carter de son appr\u00e9ciation relative \u00e0 l\u2019application de l\u2019article\u00a015 de la Convention en rapport avec l\u2019article 5 \u00a7 1 de la Convention, la Cour estime que ses conclusions valent aussi dans le cadre de son examen sous l\u2019angle de l\u2019article 10.<\/p>\n<p>160. \u00c0 la lumi\u00e8re de ce qui pr\u00e9c\u00e8de, la Cour conclut \u00e0 la violation de l\u2019article\u00a010 de la Convention.<\/p>\n<p>VIII. SUR LA VIOLATION ALL\u00c9GU\u00c9E DE L\u2019ARTICLE 18 DE LA CONVENTION<\/p>\n<p>161. Se basant sur les m\u00eames faits et invoquant l\u2019article 18 de la Convention combin\u00e9 avec les articles 5 et 10, le requ\u00e9rant se plaint d\u2019avoir \u00e9t\u00e9 d\u00e9tenu pour avoir exprim\u00e9 des opinions critiques. L\u2019article 18 est ainsi libell\u00e9\u00a0:<\/p>\n<p>\u00ab\u00a0Les restrictions qui, aux termes de la (&#8230;) Convention, sont apport\u00e9es auxdits droits et libert\u00e9s ne peuvent \u00eatre appliqu\u00e9es que dans le but pour lequel elles ont \u00e9t\u00e9 pr\u00e9vues.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p>162. Le Gouvernement conteste cette th\u00e8se.<\/p>\n<p>163. Constatant que ce grief n\u2019est pas manifestement mal fond\u00e9 au sens de l\u2019article 35 \u00a7 3 de la Convention et qu\u2019il ne se heurte \u00e0 aucun autre motif d\u2019irrecevabilit\u00e9, la Cour le d\u00e9clare recevable.<\/p>\n<p>164. En revanche, eu \u00e9gard aux circonstances de l\u2019affaire et \u00e0 l\u2019ensemble des conclusions auxquelles elle est parvenue, ci-avant, sous l\u2019angle des articles\u00a05 \u00a7 1 et 10 de la Convention, la Cour estime qu\u2019il n\u2019est pas n\u00e9cessaire d\u2019examiner ce grief s\u00e9par\u00e9ment.<\/p>\n<p>IX. L\u2019APPLICATION DE L\u2019ARTICLE\u00a041 DE LA CONVENTION<\/p>\n<p>165. Aux termes de l\u2019article 41 de la Convention\u00a0:<\/p>\n<p>\u00ab\u00a0Si la Cour d\u00e9clare qu\u2019il y a eu violation de la Convention ou de ses Protocoles, et si le droit interne de la Haute Partie contractante ne permet d\u2019effacer qu\u2019imparfaitement les cons\u00e9quences de cette violation, la Cour accorde \u00e0 la partie l\u00e9s\u00e9e, s\u2019il y a lieu, une satisfaction \u00e9quitable.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p><strong>A. Dommage<\/strong><\/p>\n<p>166. Le requ\u00e9rant soutient qu\u2019il a \u00e9t\u00e9 injustement priv\u00e9 de revenus professionnels. Il demande \u00e0 cet \u00e9gard 50\u00a0000 euros (EUR) au titre du dommage mat\u00e9riel qu\u2019il estime avoir subi. \u00c0 l\u2019appui de sa demande, il ne fournit aucun document. Il r\u00e9clame \u00e9galement 1\u00a0000\u00a0000 EUR au titre de dommage moral.<\/p>\n<p>167. Le Gouvernement consid\u00e8re que cette pr\u00e9tention est non fond\u00e9e et que les montants r\u00e9clam\u00e9s sont excessifs.<\/p>\n<p>168. S\u2019agissant d\u2019abord de la demande relative au dommage mat\u00e9riel pr\u00e9sent\u00e9e par le requ\u00e9rant, la Cour consid\u00e8re qu\u2019il incombe \u00e0 la partie requ\u00e9rante de d\u00e9montrer que les violations constat\u00e9es ont entra\u00een\u00e9 pour elle un pr\u00e9judice. \u00c0 cette fin, elle doit produire des justificatifs \u00e0 l\u2019appui de sa demande. Dans ce contexte, un lien de causalit\u00e9 manifeste doit \u00eatre \u00e9tabli entre le dommage mat\u00e9riel all\u00e9gu\u00e9 et la violation constat\u00e9e. La Cour pr\u00e9cise qu\u2019un lien hypoth\u00e9tique entre ces derniers ne suffit pas (Selahattin Demirta\u015f (no\u00a02), pr\u00e9cit\u00e9, \u00a7 447).<\/p>\n<p>169. En l\u2019esp\u00e8ce, les constats de violation de la Convention d\u00e9coulent principalement du placement et du maintien du requ\u00e9rant en d\u00e9tention provisoire. \u00c0 cet \u00e9gard, la Cour consid\u00e8re que la perte de revenus professionnels peut lui causer un dommage mat\u00e9riel. N\u00e9anmoins, eu \u00e9gard eu \u00e9gard au fait que le requ\u00e9rant n\u2019a fourni aucun document \u00e0 cet \u00e9gard, elle rejette la demande formul\u00e9e \u00e0 ce titre (\u00e0 comparer avec \u00d6\u011freten et Kanaat, pr\u00e9cit\u00e9, \u00a7 146).<\/p>\n<p>170. En revanche, eu \u00e9gard au caract\u00e8re s\u00e9rieux des violations constat\u00e9es et \u00e0 la pratique de la Cour dans les affaires similaires, et tenant compte du montant du dommage moral allou\u00e9 par la Cour constitutionnelle qui s\u2019\u00e9l\u00e8ve \u00e0 3\u00a0700 EUR, elle octroie au requ\u00e9rant 12\u00a0300 EUR pour dommage moral, plus tout montant pouvant \u00eatre d\u00fb sur cette somme \u00e0 titre d\u2019imp\u00f4t.<\/p>\n<p><strong>B. Frais et d\u00e9pens<\/strong><\/p>\n<p>171. Le requ\u00e9rant demande \u00e9galement 394\u00a0531,57 EUR au titre du remboursement des frais et d\u00e9pens expos\u00e9s par lui et son journal Die Welt aux fins de la proc\u00e9dure p\u00e9nale devant les juridictions nationales et de la proc\u00e9dure devant la Cour. Ce montant comprend les honoraires des avocats du requ\u00e9rant, qui demandent 294\u00a0705,08 EUR, ainsi que les frais de voyage et de s\u00e9jour qui s\u2019\u00e9l\u00e8vent \u00e0 29\u00a0372,43 EUR des personnes suivantes\u00a0:<br \/>\n&#8211;\u00a0l\u2019\u00e9pouse du requ\u00e9rant, &#8211; le fr\u00e8re du requ\u00e9rant, &#8211; l\u2019avocat du requ\u00e9rant, et &#8211;\u00a0trois journalistes du journal Die Welt. Le requ\u00e9rant r\u00e9clame \u00e9galement 54\u00a0513,93\u00a0EUR au titre des frais de traduction. Enfin, il demande la somme de 15\u00a0940,13 EUR pour les frais des campagnes de sa lib\u00e9ration et pour les annonces et les publications pour attirer l\u2019attention du public sur le caract\u00e8re arbitraire de sa privation de libert\u00e9 et pour mettre la pression au Gouvernement d\u00e9fendeur.<\/p>\n<p>172. Le Gouvernement conteste la n\u00e9cessit\u00e9 de ces d\u00e9penses et le caract\u00e8re raisonnable de leur montant.<\/p>\n<p>173. Selon la jurisprudence de la Cour, un requ\u00e9rant ne peut obtenir le remboursement de ses frais et d\u00e9pens que dans la mesure o\u00f9 se trouvent \u00e9tablis leur r\u00e9alit\u00e9, leur n\u00e9cessit\u00e9 et le caract\u00e8re raisonnable de leur taux. En l\u2019esp\u00e8ce, compte tenu des documents en sa possession et des crit\u00e8res susmentionn\u00e9s, la Cour juge raisonnable d\u2019allouer au requ\u00e9rant la somme de 1\u00a0000\u00a0EUR tous frais confondus, plus tout montant pouvant \u00eatre d\u00fb sur cette somme \u00e0 titre d\u2019imp\u00f4t.<\/p>\n<p><strong>C. Int\u00e9r\u00eats moratoires<\/strong><\/p>\n<p>174. La Cour juge appropri\u00e9 de calquer le taux des int\u00e9r\u00eats moratoires sur le taux d\u2019int\u00e9r\u00eat de la facilit\u00e9 de pr\u00eat marginal de la Banque centrale europ\u00e9enne major\u00e9 de trois points de pourcentage.<\/p>\n<p><strong>PAR CES MOTIFS, LA COUR<\/strong><\/p>\n<p>1. Joint au fond, \u00e0 l\u2019unanimit\u00e9, l\u2019exception pr\u00e9liminaire relative au non-\u00e9puisement des voies de recours internes concernant le grief tir\u00e9 de l\u2019article\u00a010 de la Convention et la rejette\u00a0;<\/p>\n<p>2. D\u00e9clare, \u00e0 la majorit\u00e9, le grief concernant les articles 5 \u00a7\u00a01 et 10 de la Convention recevable\u00a0;<\/p>\n<p>3. D\u00e9clare, \u00e0 l\u2019unanimit\u00e9, les griefs concernant l\u2019article 5 \u00a7\u00a7\u00a03,\u00a04 (l\u2019impossibilit\u00e9 pour le requ\u00e9rant d\u2019acc\u00e9der au dossier d\u2019enqu\u00eate) et 5, et l\u2019article 18 recevables, et le surplus de la requ\u00eate irrecevable\u00a0;<\/p>\n<p>4. Dit, par cinq voix contre deux, qu\u2019il y a eu violation de l\u2019article 5 \u00a7 1 de la Convention\u00a0;<\/p>\n<p>5. Dit, \u00e0 l\u2019unanimit\u00e9, qu\u2019il n\u2019y a pas lieu d\u2019examiner le grief formul\u00e9 sur le terrain de l\u2019article 5 \u00a7 3 de la Convention\u00a0;<\/p>\n<p>6. Dit, par quatre voix contre trois, qu\u2019il n\u2019y a pas eu violation de l\u2019article\u00a05 \u00a7\u00a04 de la Convention en raison de l\u2019impossibilit\u00e9 pour le requ\u00e9rant d\u2019acc\u00e9der au dossier d\u2019enqu\u00eate\u00a0;<\/p>\n<p>7. Dit, par cinq voix contre deux, qu\u2019il y a eu violation de l\u2019article 5 \u00a7 5 de la Convention\u00a0;<\/p>\n<p>8. Dit, par cinq voix contre deux, qu\u2019il y a eu violation de l\u2019article 10 de la Convention\u00a0;<\/p>\n<p>9. Dit, par cinq voix contre deux, qu\u2019il n\u2019y a pas lieu d\u2019examiner le grief formul\u00e9 sur le terrain de l\u2019article 18 de la Convention\u00a0;<\/p>\n<p>10. Dit, par cinq voix contre deux,<\/p>\n<p>a) que l\u2019\u00c9tat d\u00e9fendeur doit verser au requ\u00e9rant, dans un d\u00e9lai de trois mois \u00e0 compter de la date \u00e0 laquelle l\u2019arr\u00eat sera devenu d\u00e9finitif conform\u00e9ment \u00e0 l\u2019article\u00a044\u00a0\u00a7\u00a02 de la Convention, les sommes suivantes, \u00e0 convertir dans la monnaie de l\u2019\u00c9tat d\u00e9fendeur au taux applicable \u00e0 la date du r\u00e8glement\u00a0:<\/p>\n<p>i. 12\u00a0300 EUR (douze mille trois cents euros), plus tout montant pouvant \u00eatre d\u00fb sur cette somme \u00e0 titre d\u2019imp\u00f4t, pour dommage moral\u00a0;<\/p>\n<p>ii. 1 000 EUR (mille euros), plus tout montant pouvant \u00eatre d\u00fb sur cette somme par le requ\u00e9rant \u00e0 titre d\u2019imp\u00f4t, pour frais et d\u00e9pens\u00a0;<\/p>\n<p>b) qu\u2019\u00e0 compter de l\u2019expiration dudit d\u00e9lai et jusqu\u2019au versement, ces montants seront \u00e0 majorer d\u2019un int\u00e9r\u00eat simple \u00e0 un taux \u00e9gal \u00e0 celui de la facilit\u00e9 de pr\u00eat marginal de la Banque centrale europ\u00e9enne applicable pendant cette p\u00e9riode, augment\u00e9 de trois points de pourcentage\u00a0;<\/p>\n<p>11.\u00a0Rejette, par cinq voix contre deux, le surplus de la demande de satisfaction \u00e9quitable.<\/p>\n<p>Fait en fran\u00e7ais, puis communiqu\u00e9 par \u00e9crit le 25 janvier 2022, en application de l\u2019article\u00a077\u00a0\u00a7\u00a7\u00a02 et\u00a03 du r\u00e8glement.<\/p>\n<p>Stanley Naismith \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 Jon Fridrik Kj\u00f8lbro<br \/>\nGreffier \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 Pr\u00e9sident<\/p>\n<p>____________<\/p>\n<p>Au pr\u00e9sent arr\u00eat se trouve joint, conform\u00e9ment aux articles\u00a045 \u00a7\u00a02 de la Convention et 74 \u00a7 2 du r\u00e8glement, l\u2019expos\u00e9 des opinions s\u00e9par\u00e9es suivantes\u00a0:<\/p>\n<p>\u2013 opinion partiellement concordante du juge Bo\u0161njak\u00a0;<\/p>\n<p>\u2013 opinion partiellement dissidente de la juge Koskelo \u00e0 laquelle se rallie le juge K\u016bris\u00a0;<\/p>\n<p>\u2013 opinion partiellement dissidente de la juge Koskelo \u00e0 laquelle se rallient les juges K\u016bris et Lubarda\u00a0;<\/p>\n<p>\u2013 opinion en partie dissidente commune aux juges Pechjal et Y\u00fcksel.<\/p>\n<p style=\"text-align: right;\">J.F.K.<br \/>\nS.H.N.<\/p>\n<p style=\"text-align: center;\"><strong>OPINION PARTIELLEMENT CONCORDANTE DU JUGE\u00a0BO\u0160NJAK<\/strong><br \/>\n<strong>(Traduction)<\/strong><\/p>\n<p>1. La pr\u00e9sente opinion en partie concordante vise \u00e0 expliquer mon vote sur le grief du requ\u00e9rant tir\u00e9 de l\u2019impossibilit\u00e9 d\u2019acc\u00e9der au dossier de l\u2019enqu\u00eate. En l\u2019esp\u00e8ce, j\u2019ai vot\u00e9 avec la majorit\u00e9 en faveur du constat de<br \/>\nnon-violation de l\u2019article 5 \u00a7 4 de la Convention, en apparente contradiction avec la position qui \u00e9tait la mienne dans les affaires Atilla Ta\u015f c.\u00a0Turquie (no\u00a072\/17, 19\u00a0janvier 2021) et Murat Aksoy c. Turquie (no 80\/17, 13\u00a0avril 2021). Dans ces deux affaires, j\u2019avais formul\u00e9 avec les juges Ranzoni et Koskelo des opinions en partie dissidentes signalant que l\u2019approche adopt\u00e9e par la majorit\u00e9 dans ces affaires \u2013 et un certain nombre d\u2019autres affaires dirig\u00e9es contre la Turquie \u2013 n\u2019\u00e9tait pas compatible avec les principes bien \u00e9tablis de la jurisprudence de la Cour (voir, entre autres, l\u2019arr\u00eat rendu par la Grande Chambre dans l\u2019affaire A. et autres c. Royaume-Uni (GC), no\u00a03455\/05, CEDH 2009, ainsi que d\u2019autres exemples cit\u00e9s dans l\u2019opinion en partie dissidente jointe \u00e0 l\u2019arr\u00eat Atilla Ta\u015f, pr\u00e9cit\u00e9).<\/p>\n<p>2. Je n\u2019ai pas chang\u00e9 d\u2019avis sur cette question depuis lors. L\u2019approche g\u00e9n\u00e9rale de la Cour n\u2019a pas chang\u00e9, et celle employ\u00e9e dans les affaires dirig\u00e9es contre la Turquie continue \u00e0 s\u2019en \u00e9carter sans raison valable. Je maintiens que cette approche sp\u00e9cifique, qui diverge de l\u2019approche g\u00e9n\u00e9rale, est erron\u00e9e et qu\u2019elle devrait \u00eatre harmonis\u00e9e avec la jurisprudence constante dans un futur proche.<\/p>\n<p>3. Cela \u00e9tant, j\u2019observe que le coll\u00e8ge de la Grande Chambre a r\u00e9cemment rejet\u00e9 une demande de renvoi formul\u00e9e dans l\u2019affaire Murat Aksoy, pr\u00e9cit\u00e9e, dont les auteurs sollicitaient notamment le r\u00e9examen de la position de la majorit\u00e9 sur le grief tir\u00e9 de l\u2019impossibilit\u00e9 d\u2019acc\u00e9der au dossier de l\u2019enqu\u00eate. Le coll\u00e8ge a apparemment consid\u00e9r\u00e9 que l\u2019approche g\u00e9n\u00e9rale et l\u2019approche sp\u00e9cifique n\u2019\u00e9taient pas incompatibles au point que la Grande Chambre d\u00fbt intervenir. Si cette d\u00e9cision du coll\u00e8ge de la Grande Chambre n\u2019a pas la force obligatoire qui s\u2019attache \u00e0 un arr\u00eat de Grande Chambre, il n\u2019en demeure pas moins qu\u2019elle a pour effet de consolider l\u2019approche sp\u00e9cifique aux affaires dirig\u00e9es contre la Turquie. Tant que le coll\u00e8ge, gardien de l\u2019acc\u00e8s \u00e0 la Grande Chambre, ne sera pas revenu sur sa position et que cette question n\u2019aura pas \u00e9t\u00e9 ult\u00e9rieurement tranch\u00e9e par la formation supr\u00eame de la Cour, les juges si\u00e9geant dans une chambre appel\u00e9e \u00e0 statuer sur un grief analogue devront tenir compte de cette consolidation de fait de l\u2019approche sp\u00e9cifique aux affaires dirig\u00e9es contre la Turquie, m\u00eame s\u2019ils n\u2019y souscrivent pas et s\u2019ils estiment que son incompatibilit\u00e9 avec l\u2019approche g\u00e9n\u00e9rale n\u2019est pas acceptable.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p style=\"text-align: center;\"><strong>OPINION PARTIELLEMENT DISSIDENTE DE LA JUGE KOSKELO, \u00c0 LAQUELLE SE RALLIE LE JUGE K\u016aRIS<\/strong><\/p>\n<p style=\"text-align: center;\"><strong>(Traduction)<\/strong><\/p>\n<p>1. Nous avons vot\u00e9 contre la conclusion de la majorit\u00e9 expos\u00e9e au point 9 du dispositif, selon laquelle il n\u2019est pas n\u00e9cessaire d\u2019examiner le grief formul\u00e9 par le requ\u00e9rant sur le terrain de l\u2019article 18, en combinaison avec les articles\u00a05 et 10.<\/p>\n<p>2. Le requ\u00e9rant soutient que sa d\u00e9tention \u2013 qui a dur\u00e9 pr\u00e8s d\u2019un an \u2013 n\u2019avait pas \u00e9t\u00e9 d\u00e9cid\u00e9e ni maintenue de bonne foi mais poursuivait des buts inavou\u00e9s se rapportant \u00e0 certaines questions au sujet desquelles les autorit\u00e9s turques \u00e9taient en conflit avec l\u2019Allemagne, pays dont il a la nationalit\u00e9. En particulier, il voit dans sa d\u00e9tention un acte de repr\u00e9sailles devant le refus oppos\u00e9 par les autorit\u00e9s allemandes d\u2019autoriser les rassemblements politiques de hauts responsables politiques du gouvernement turc avant le r\u00e9f\u00e9rendum organis\u00e9 en avril 2017. Il all\u00e8gue en outre que son maintien en d\u00e9tention visait \u00e0 faire pression sur les autorit\u00e9s allemandes en vue d\u2019organiser un \u00e9change\u00a0: sa lib\u00e9ration en contrepartie de l\u2019extradition de certains individus r\u00e9fugi\u00e9s en Allemagne.<\/p>\n<p>3. Ainsi qu\u2019il est indiqu\u00e9 dans l\u2019arr\u00eat (paragraphe 25), le pr\u00e9sident de la R\u00e9publique turque fit des d\u00e9clarations publiques au lendemain de la mise en d\u00e9tention du requ\u00e9rant, qualifiant ce dernier d\u2019\u00ab\u00a0agent allemand\u00a0\u00bb et de \u00ab\u00a0repr\u00e9sentant du PKK\u00a0\u00bb et pr\u00e9cisant que la lib\u00e9ration du requ\u00e9rant \u00e9tait exclue tant qu\u2019il resterait en fonction en tant que pr\u00e9sident de la R\u00e9publique.<\/p>\n<p>4. Au vu de ces d\u00e9clarations faites par le chef de l\u2019\u00c9tat et du gouvernement au sujet du requ\u00e9rant et de sa d\u00e9tention, il nous semble difficile de conclure qu\u2019il n\u2019est pas n\u00e9cessaire d\u2019examiner le grief du requ\u00e9rant sous l\u2019angle de l\u2019article\u00a018, en combinaison avec l\u2019article 5 en particulier.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p style=\"text-align: center;\"><strong>OPINION PARTIELLEMENT DISSIDENTE DE LA JUGE KOSKELO, \u00c0 LAQUELLE SE RALLIENT LES JUGES K\u016aRIS ET LUBARDA<\/strong><\/p>\n<p style=\"text-align: center;\"><strong>(Traduction)<\/strong><\/p>\n<p>1. Nous avons vot\u00e9 contre la conclusion de la majorit\u00e9 expos\u00e9e au point\u00a06 du dispositif, selon laquelle il n\u2019y a pas eu violation de l\u2019article 5 \u00a7 4 de la Convention \u00e0 raison du refus d\u2019acc\u00e8s du requ\u00e9rant au dossier d\u2019enqu\u00eate. La question n\u2019est pas nouvelle. Elle s\u2019\u00e9tait r\u00e9cemment pos\u00e9e dans d\u2019autres affaires turques et elle a \u00e9t\u00e9 abord\u00e9e dans des opinions dissidentes pr\u00e9c\u00e9dentes sur ce m\u00eame terrain (voir, en particulier, les opinions partiellement dissidentes des juges Bo\u0161njak, Ranzoni et Koskelo dans les affaires Atilla Ta\u015f c. Turquie, no 72\/17, 19 janvier 2021 et Murat Aksoy c.\u00a0Turquie, no 80\/17, 13 avril 2021). Il n\u2019est pas n\u00e9cessaire de r\u00e9p\u00e9ter les arguments qui y sont avanc\u00e9s. L\u2019essentiel est que la ligne qui a \u00e9t\u00e9 suivie dans un certain nombre d\u2019affaires dirig\u00e9es contre la Turquie, y compris la pr\u00e9sente, ne peut \u00e0 notre avis se concilier avec les principes g\u00e9n\u00e9raux qu\u2019\u00e9nonce la jurisprudence de la Cour. Pour cette raison, nous ne pouvons attacher une importance d\u00e9cisive au fait que l\u2019arr\u00eat de chambre Murat Aksoy est devenu d\u00e9finitif \u00e0 la suite de la d\u00e9cision du coll\u00e8ge de ne pas renvoyer l\u2019affaire devant la Grande Chambre.<\/p>\n<p>2. Le probl\u00e8me est malheureusement r\u00e9current car il s\u2019av\u00e8re que les autorit\u00e9s turques ont adopt\u00e9 comme pratique d\u2019exclure syst\u00e9matiquement l\u2019acc\u00e8s des suspects au dossier d\u2019enqu\u00eate dans certains types d\u2019affaires, sans livrer la moindre appr\u00e9ciation sp\u00e9cifique des raisons qui permettraient de justifier une telle mesure dans les circonstances concr\u00e8tes de l\u2019esp\u00e8ce, et sans tenir compte de la compatibilit\u00e9 de la mesure avec la jurisprudence constante de la Cour. \u00c0 notre avis, la Cour ne devrait pas tol\u00e9rer de telles pratiques.<\/p>\n<p>3. Nous avons du mal \u00e0 accepter l\u2019argument cl\u00e9 que la majorit\u00e9 adopte dans la pr\u00e9sente affaire, et qui avait aussi \u00e9t\u00e9 invoqu\u00e9 dans d\u2019autres affaires turques o\u00f9 avait \u00e9t\u00e9 suivi un raisonnement similaire, \u00e0 savoir que l\u2019interrogatoire du suspect peut se substituer \u00e0 l\u2019acc\u00e8s au dossier d\u2019enqu\u00eate, ce qui permettrait de lui fournir des informations ad\u00e9quates sur les soup\u00e7ons et preuves retenus contre lui (paragraphe 109 de l\u2019arr\u00eat). Dans ce contexte, les circonstances des affaires telles que la pr\u00e9sente sont frappantes en ce sens que des accusations d\u2019infractions tr\u00e8s graves ont \u00e9t\u00e9 port\u00e9es contre le requ\u00e9rant, pr\u00e9sent\u00e9es comme \u00e9tant en rapport avec son travail et ses \u00e9crits en sa qualit\u00e9 de journaliste. Dans la mesure o\u00f9 les preuves avanc\u00e9es consistaient en des travaux publi\u00e9s par le suspect, il est impossible de voir une quelconque raison valable de restreindre son acc\u00e8s au dossier d\u2019enqu\u00eate. Si, au contraire, d\u2019autres preuves avaient \u00e9galement \u00e9t\u00e9 produites, l\u2019acc\u00e8s au dossier ne pouvait \u00eatre refus\u00e9 ou restreint que pour des motifs pr\u00e9cis, fond\u00e9s sur les circonstances concr\u00e8tes et la nature particuli\u00e8re de ces preuves.<\/p>\n<p>4. En l\u2019absence de motifs pr\u00e9cis qui auraient permis de justifier une telle mesure en l\u2019esp\u00e8ce, nous ne pouvons que conclure \u00e0 la violation de l\u2019article\u00a05 \u00a7\u00a04 \u00e0 cet \u00e9gard.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p style=\"text-align: center;\"><strong>OPINION EN PARTIE DISSIDENTE COMMUNE AUX JUGES PEJCHAL ET Y\u00dcKSEL<\/strong><\/p>\n<p style=\"text-align: center;\"><strong>(Traduction)<\/strong><\/p>\n<p>1. Nous avons vot\u00e9 contre les constats de violation de l\u2019article 5 \u00a7\u00a7 1 et 3 et de l\u2019article 10 de la Convention et le raisonnement correspondant, parce que, \u00e0 notre avis, le requ\u00e9rant ne pouvait plus se pr\u00e9tendre \u00ab\u00a0victime\u00a0\u00bb au sens de l\u2019article 34 de la Convention, \u00e9tant donn\u00e9 que la Cour constitutionnelle avait non seulement reconnu ces violations mais aussi accord\u00e9 \u00e0 l\u2019int\u00e9ress\u00e9 un redressement suffisant pour celles-ci. Si tel n\u2019avait pas \u00e9t\u00e9 le cas, nous aurions souscrit \u00e0 l\u2019appr\u00e9ciation de la majorit\u00e9 et \u00e0 ses conclusions quant au fond de la pr\u00e9sente affaire.<\/p>\n<p>2. Ce point de vue correspond \u00e0 celui que la juge Y\u00fcksel a exprim\u00e9 dans son opinion partiellement dissidente jointe \u00e0 l\u2019arr\u00eat rendu dans l\u2019affaire Murat\u00a0Aksoy c. Turquie (no 80\/17, 13 avril 2021), \u00e0 savoir que lorsque les autorit\u00e9s nationales ont constat\u00e9 une violation et que leur d\u00e9cision constitue un redressement appropri\u00e9 et suffisant, la partie concern\u00e9e ne peut plus se pr\u00e9tendre victime au sens de l\u2019article 34 de la Convention. Ce n\u2019est que lorsque ces conditions sont remplies que le caract\u00e8re subsidiaire du m\u00e9canisme de protection de la Convention fait obstacle \u00e0 l\u2019examen d\u2019une requ\u00eate (Rooman c. Belgique [GC], no 18052\/11, \u00a7 129, 31 janvier 2019, Albayrak c. Turquie, no 38406\/97, \u00a7 32, 31 janvier 2008). Nous maintenons que ce raisonnement, tel qu\u2019\u00e9nonc\u00e9 dans l\u2019opinion partiellement dissidente de la juge Y\u00fcksel jointe \u00e0 l\u2019arr\u00eat Murat Aksoy, reste valable.<\/p>\n<p>3. Nous sommes d\u2019avis que la pr\u00e9sente affaire se distingue de l\u2019affaire Bula\u00e7 c. Turquie (no 25939\/17, 8 juin 2021) dans laquelle, comme nous l\u2019avons compris, l\u2019approche adopt\u00e9e par la chambre \u00e9tait celle d\u00e9crite dans l\u2019arr\u00eat Murat Aksoy, qui est d\u00e9finitif. Nous observons que, dans l\u2019affaire Bula\u00e7, la question de savoir si le requ\u00e9rant pouvait toujours se pr\u00e9tendre victime au sens de l\u2019article 34 de la Convention avait \u00e9t\u00e9 soulev\u00e9e par le Gouvernement dans ses observations additionnelles et que, contrairement au requ\u00e9rant dans le pr\u00e9sent cas d\u2019esp\u00e8ce, le requ\u00e9rant dans l\u2019affaire Bula\u00e7 avait choisi de ne pas garder le silence sur ce point et d\u2019y r\u00e9pondre dans ses observations en r\u00e9ponse (Bula\u00e7, \u00a7\u00a7\u00a044\u201345).<\/p>\n<p>4. Il est \u00e9tabli dans la jurisprudence de la Cour que la question de la qualit\u00e9 de victime touche \u00e0 la comp\u00e9tence de la Cour (Buzadji c. R\u00e9publique de Moldova [GC], no 23755\/07, \u00a7\u00a7 68-70, 5 juillet 2016, Sejdi\u0107 et Finci c.\u00a0Bosnie-Herz\u00e9govine [GC], nos 27996\/06 et 34836\/06, \u00a7\u00a7 27-29, CEDH\u00a02009). Nous avons bien conscience que la comp\u00e9tence de la Cour est d\u00e9termin\u00e9e par la Convention, et non par les observations soumises par les parties dans une affaire donn\u00e9e, et, par cons\u00e9quent, que la Cour doit, dans chaque affaire port\u00e9e devant elle, s\u2019assurer qu\u2019elle est comp\u00e9tente pour conna\u00eetre de la requ\u00eate, et qu\u2019il lui faut donc \u00e0 chaque stade de la proc\u00e9dure examiner la question de sa comp\u00e9tence (Ble\u010di\u0107 c. Croatie [GC], no 59532\/00, \u00a7 67, CEDH 2006\u2011III). Rien n\u2019interdit toutefois \u00e0 la Cour d\u2019attendre des requ\u00e9rants qu\u2019ils abordent la question de la qualit\u00e9 de victime. En l\u2019esp\u00e8ce, la Cour constitutionnelle a estim\u00e9 qu\u2019il y avait lieu d\u2019octroyer au requ\u00e9rant 25\u00a0000 TRY (soit environ 3\u00a0700 EUR \u00e0 la date du prononc\u00e9 de l\u2019arr\u00eat de la Cour constitutionnelle) pour dommage moral et 2\u00a0732,50\u00a0TRY (soit environ 400\u00a0EUR \u00e0 la m\u00eame date) pour frais et d\u00e9pens. Nous observons que le requ\u00e9rant n\u2019a pas all\u00e9gu\u00e9 que ces sommes devaient \u00eatre consid\u00e9r\u00e9es comme manifestement insuffisantes et n\u2019a pas soulev\u00e9 la question de savoir s\u2019il pouvait toujours se pr\u00e9tendre victime au sens de l\u2019article 34 de la Convention. Dans ses observations additionnelles, le Gouvernement a soutenu que le requ\u00e9rant ne pouvait plus se pr\u00e9tendre victime d\u2019une violation de la Convention \u00e9tant donn\u00e9 que, dans son arr\u00eat rendu le 28 mai 2019, la Cour constitutionnelle a reconnu qu\u2019il avait subi une violation de ses droits et lui a octroy\u00e9 une indemnisation appropri\u00e9e et suffisante. Bien que les observations du Gouvernement aient \u00e9t\u00e9 envoy\u00e9es au requ\u00e9rant, la Cour n\u2019a re\u00e7u aucune r\u00e9ponse sur ce point (paragraphe 64 de l\u2019arr\u00eat). Au vu des principes susmentionn\u00e9s et dans les circonstances particuli\u00e8res de l\u2019esp\u00e8ce, nous sommes d\u2019avis que la Cour ne saurait ignorer le silence de l\u2019int\u00e9ress\u00e9 sur la question de la qualit\u00e9 de victime. Nous estimons, par cons\u00e9quent, qu\u2019eu \u00e9gard aux circonstances particuli\u00e8res de l\u2019esp\u00e8ce le requ\u00e9rant ne pouvait plus se pr\u00e9tendre victime au sens de l\u2019article 34 de la Convention relativement aux griefs qu\u2019il a formul\u00e9s sur le terrain de l\u2019article\u00a05 \u00a7\u00a7 1 et 3 et de l\u2019article\u00a010 de la Convention. Pour ces raisons, la requ\u00eate aurait d\u00fb \u00eatre d\u00e9clar\u00e9e irrecevable \u00e0 raison du d\u00e9faut de la qualit\u00e9 de victime, les griefs formul\u00e9s par le requ\u00e9rant \u00e9tant incompatibles ratione personae avec les dispositions de la Convention au sens de l\u2019article 35 \u00a7 3 a).<\/p>\n<p>5. Pour conclure, nous souhaitons rappeler que dans des circonstances telles que celles de la pr\u00e9sente affaire, o\u00f9 la Cour constitutionnelle a constat\u00e9 une violation et le requ\u00e9rant n\u2019a pas all\u00e9gu\u00e9 que la somme qui lui avait \u00e9t\u00e9 octroy\u00e9e \u00e9tait manifestement insuffisante, la conclusion selon laquelle ce dernier ne pouvait plus se pr\u00e9tendre victime au sens de l\u2019article 34 de la Convention est non seulement juridiquement correcte, mais aussi plus appropri\u00e9e au regard du r\u00f4le subsidiaire de la Cour et pourrait, selon nous, mieux contribuer au renforcement du dialogue judiciaire entre cette Cour et la Cour constitutionnelle aux fins de faire progresser la protection des droits fondamentaux en Europe, dont nous estimons qu\u2019il s\u2019agit d\u2019une consid\u00e9ration importante pour la Cour.<\/p>\n<p>__________<\/p>\n<p>[1]. Le KCK (Koma Civak\u00ean Kurdistan en kurde (Union des communaut\u00e9s kurdes) est consid\u00e9r\u00e9 par la Cour de cassation comme une organisation terroriste et comme la \u00ab\u00a0branche urbaine\u00a0\u00bb du PKK.<\/p>\n<div class=\"social-share-buttons\"><a href=\"https:\/\/www.facebook.com\/sharer\/sharer.php?u=https:\/\/loisdumonde.com\/?p=1238\" target=\"_blank\" rel=\"noopener\">Facebook<\/a><a href=\"https:\/\/twitter.com\/intent\/tweet?url=https:\/\/loisdumonde.com\/?p=1238&text=AFFAIRE+%C4%B0LKER+DENIZ+Y%C3%9CCEL+c.+TURQUIE+%E2%80%93+27684%2F17.+La+pr%C3%A9sente+requ%C3%AAte+concerne+plus+particuli%C3%A8rement+la+d%C3%A9tention+provisoire+du+requ%C3%A9rant%2C+un+journaliste%2C+pr%C3%A9tendument+en+raison+de+ses+activit%C3%A9s+journalistiques.\" target=\"_blank\" rel=\"noopener\">Twitter<\/a><a href=\"https:\/\/www.linkedin.com\/shareArticle?url=https:\/\/loisdumonde.com\/?p=1238&title=AFFAIRE+%C4%B0LKER+DENIZ+Y%C3%9CCEL+c.+TURQUIE+%E2%80%93+27684%2F17.+La+pr%C3%A9sente+requ%C3%AAte+concerne+plus+particuli%C3%A8rement+la+d%C3%A9tention+provisoire+du+requ%C3%A9rant%2C+un+journaliste%2C+pr%C3%A9tendument+en+raison+de+ses+activit%C3%A9s+journalistiques.\" target=\"_blank\" rel=\"noopener\">LinkedIn<\/a><a href=\"https:\/\/pinterest.com\/pin\/create\/button\/?url=https:\/\/loisdumonde.com\/?p=1238&description=AFFAIRE+%C4%B0LKER+DENIZ+Y%C3%9CCEL+c.+TURQUIE+%E2%80%93+27684%2F17.+La+pr%C3%A9sente+requ%C3%AAte+concerne+plus+particuli%C3%A8rement+la+d%C3%A9tention+provisoire+du+requ%C3%A9rant%2C+un+journaliste%2C+pr%C3%A9tendument+en+raison+de+ses+activit%C3%A9s+journalistiques.\" target=\"_blank\" rel=\"noopener\">Pinterest<\/a><\/div>","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>DEUXI\u00c8ME SECTION AFFAIRE \u0130LKER DEN\u0130Z Y\u00dcCEL c. 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