{"id":1069,"date":"2021-11-17T17:25:48","date_gmt":"2021-11-17T17:25:48","guid":{"rendered":"https:\/\/loisdumonde.com\/?p=1069"},"modified":"2021-11-17T17:25:48","modified_gmt":"2021-11-17T17:25:48","slug":"affaire-mehmet-ciftci-c-turquie-cour-europeenne-des-droits-de-lhomme-53208-19","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/loisdumonde.com\/?p=1069","title":{"rendered":"AFFAIRE MEHMET \u00c7\u0130FTC\u0130 c. TURQUIE (Cour europ\u00e9enne des droits de l\u2019homme) 53208\/19"},"content":{"rendered":"<p>La requ\u00eate concerne le refus de l\u2019administration p\u00e9nitentiaire de remettre au requ\u00e9rant, d\u00e9tenu dans une prison, les exemplaires de plusieurs \u00e9ditions d\u2019un quotidien, envoy\u00e9s \u00e0 l\u2019int\u00e9ress\u00e9 par la poste.<!--more--><\/p>\n<hr \/>\n<p style=\"text-align: center;\">DEUXI\u00c8ME SECTION<br \/>\n<strong>AFFAIRE MEHMET \u00c7\u0130FTC\u0130 c. TURQUIE<\/strong><br \/>\n<em>(Requ\u00eate no 53208\/19)<\/em><br \/>\nARR\u00caT<\/p>\n<p>Art 10 \u2022 Libert\u00e9 de recevoir des informations et id\u00e9es \u2022 Refus de l\u2019administration p\u00e9nitentiaire de remettre \u00e0 un d\u00e9tenu les exemplaires d\u2019un quotidien lui ayant \u00e9t\u00e9 envoy\u00e9s par la poste \u2022 Absence de mise en balance ad\u00e9quate des int\u00e9r\u00eats en jeu conform\u00e9ment aux crit\u00e8res \u00e9tablis par la Cour constitutionnelle et par la Cour europ\u00e9enne<\/p>\n<p style=\"text-align: center;\">STRASBOURG<br \/>\n16 novembre 2021<\/p>\n<p>Cet arr\u00eat deviendra d\u00e9finitif dans les conditions d\u00e9finies \u00e0 l\u2019article 44 \u00a7 2 de la Convention. Il peut subir des retouches de forme.<\/p>\n<p><strong>En l\u2019affaire Mehmet \u00c7iftci c. Turquie,<\/strong><\/p>\n<p>La Cour europ\u00e9enne des droits de l\u2019homme (deuxi\u00e8me section), si\u00e9geant en une Chambre compos\u00e9e de\u00a0:<\/p>\n<p>Jon Fridrik Kj\u00f8lbro, pr\u00e9sident,<br \/>\nCarlo Ranzoni,<br \/>\nValeriu Gri\u0163co,<br \/>\nEgidijus K\u016bris,<br \/>\nBranko Lubarda,<br \/>\nPauliine Koskelo,<br \/>\nSaadet Y\u00fcksel, juges,<br \/>\net de Stanley Naismith, greffier de section,<\/p>\n<p>Vu\u00a0:<\/p>\n<p>la requ\u00eate (no\u00a053208\/19) dirig\u00e9e contre la R\u00e9publique de Turquie et dont un ressortissant de cet \u00c9tat, M. Mehmet \u00c7ift\u00e7i (\u00ab\u00a0le requ\u00e9rant\u00a0\u00bb), a saisi la Cour en vertu de l\u2019article\u00a034 de la Convention de sauvegarde des droits de l\u2019homme et des libert\u00e9s fondamentales (\u00ab\u00a0la Convention\u00a0\u00bb) le 24 septembre 2019,<\/p>\n<p>la d\u00e9cision de porter \u00e0 la connaissance du gouvernement turc (\u00ab\u00a0le Gouvernement\u00a0\u00bb) le grief concernant l\u2019atteinte all\u00e9gu\u00e9e port\u00e9e au droit du requ\u00e9rant \u00e0 la libert\u00e9 d\u2019expression et de d\u00e9clarer irrecevable la requ\u00eate pour le surplus,<\/p>\n<p>les observations des parties,<\/p>\n<p>Apr\u00e8s en avoir d\u00e9lib\u00e9r\u00e9 en chambre du conseil le 12 octobre 2021,<\/p>\n<p>Rend l\u2019arr\u00eat que voici, adopt\u00e9 \u00e0 cette date\u00a0:<\/p>\n<p><strong>INTRODUCTION<\/strong><\/p>\n<p>1. La requ\u00eate concerne le refus de l\u2019administration p\u00e9nitentiaire de remettre au requ\u00e9rant, d\u00e9tenu dans une prison, les exemplaires de plusieurs \u00e9ditions d\u2019un quotidien, envoy\u00e9s \u00e0 l\u2019int\u00e9ress\u00e9 par la poste.<\/p>\n<p><strong>EN FAIT<\/strong><\/p>\n<p>2. Le requ\u00e9rant est n\u00e9 en 1952. Il est repr\u00e9sent\u00e9 par Me\u00a0G. Tuncer, avocate.<\/p>\n<p>3. Le Gouvernement a \u00e9t\u00e9 repr\u00e9sent\u00e9 par M. Hac\u0131 Ali A\u00e7\u0131kg\u00fcl, directeur du service des droits de l\u2019homme aupr\u00e8s du ministre de la Justice de Turquie, co-agent de la Turquie aupr\u00e8s de la Cour europ\u00e9enne des droits de l\u2019homme.<\/p>\n<p>4. \u00c0 l\u2019\u00e9poque des faits, le requ\u00e9rant purgeait dans le centre p\u00e9nitentiaire de haute s\u00e9curit\u00e9 d\u2019Edirne (\u00ab\u00a0le centre p\u00e9nitentiaire\u00a0\u00bb) la peine de r\u00e9clusion \u00e0 perp\u00e9tuit\u00e9 aggrav\u00e9e, \u00e0 laquelle il avait \u00e9t\u00e9 condamn\u00e9e en 2002 pour avoir commis l\u2019infraction de tentative de modifier l\u2019ordre constitutionnel par la force.<\/p>\n<p><strong>I. L\u2019interception des quotidiens envoy\u00e9s au requ\u00e9rant et la proc\u00c9dure y aff\u00c9rente<\/strong><\/p>\n<p>5. Le 26 juin 2018, le comit\u00e9 d\u2019\u00e9ducation du centre p\u00e9nitentiaire (\u00ab\u00a0le comit\u00e9 d\u2019\u00e9ducation\u00a0\u00bb) d\u00e9cida d\u2019intercepter et de ne pas remettre au requ\u00e9rant cinq \u00e9ditions du quotidien \u00ab\u00a0At\u0131l\u0131m\u00a0\u00bb, envoy\u00e9es \u00e0 l\u2019int\u00e9ress\u00e9 par la poste, en vertu de l\u2019article 62 \u00a7 3 de la loi no\u00a05275 relative \u00e0 l\u2019ex\u00e9cution des peines et des mesures pr\u00e9ventives, de l\u2019article 8 \u00a7 3 du r\u00e8glement relatif aux mat\u00e9riels et articles qui peuvent \u00eatre poss\u00e9d\u00e9s dans les centres p\u00e9nitentiaires et les articles 11 b) et 12 du r\u00e8glement sur les biblioth\u00e8ques et les \u00e9tag\u00e8res des centres p\u00e9nitentiaires. Le comit\u00e9 d\u2019\u00e9ducation consid\u00e9ra que les pages 3, 15, 18, 22 et 23 du num\u00e9ro 324, les pages 5, 20 et 23 du num\u00e9ro 325, les pages 11, 12 et 20 du num\u00e9ro 326, les pages 8 et 21 du num\u00e9ro 327 et les pages 2, 6, 20, 21, 22 et 23 du num\u00e9ro 328 du quotidien en question contenaient des \u00e9crits faisant la propagande \u00e9crite et visuelle d\u2019une organisation terroriste, \u00e9logiant des crimes et des criminels, l\u00e9gitimant les actes d\u2019une organisation ill\u00e9gale, aggravant les sentiments anti-\u00c9tat des d\u00e9tenus sympathisants des organisations ill\u00e9gales, renfor\u00e7ant la solidarit\u00e9 intra-organisationnelle des d\u00e9tenus, constituant un appel \u00e0 la r\u00e9sistance, \u00e0 l\u2019insurrection et \u00e0 la violence, soutenant la violence \u00e0 des fins s\u00e9paratistes et encourageant les lecteurs \u00e0 la haine, \u00e0 l\u2019animosit\u00e9, \u00e0 l\u2019insurrection, au recours \u00e0 la violence et \u00e0 participer \u00e0 une organisation ill\u00e9gale \u00e0 ces fins et que ces \u00e9crits \u00e9taient ainsi de nature \u00e0 mettre en p\u00e9ril la s\u00e9curit\u00e9 de l\u2019\u00e9tablissement en provoquant l\u2019indiscipline et en amplifiant les activit\u00e9s li\u00e9es aux organisations ill\u00e9gales.<\/p>\n<p>6. Le 6 ao\u00fbt 2018, le juge de l\u2019ex\u00e9cution d\u2019Edirne (\u00ab\u00a0le juge de l\u2019ex\u00e9cution\u00a0\u00bb) rejeta l\u2019opposition form\u00e9e par le requ\u00e9rant contre la d\u00e9cision du comit\u00e9 d\u2019\u00e9ducation au motif qu\u2019eu \u00e9gard \u00e0 l\u2019article 62 \u00a7 3 de la loi no\u00a05275 et \u00e0 l\u2019article 11 b) et 12 du r\u00e8glement sur les biblioth\u00e8ques et les \u00e9tag\u00e8res des centres p\u00e9nitentiaires, l\u2019appr\u00e9ciation et la motivation contenues dans la d\u00e9cision du comit\u00e9 d\u2019\u00e9ducation \u00e9taient pertinentes.<\/p>\n<p>7. Le 21 septembre 2019, la cour d\u2019assises d\u2019Edirne (\u00ab\u00a0la cour d\u2019assises\u00a0\u00bb) rejeta l\u2019opposition form\u00e9e contre la d\u00e9cision du juge de l\u2019ex\u00e9cution en consid\u00e9rant cette d\u00e9cision conforme \u00e0 la proc\u00e9dure et \u00e0 la loi.<\/p>\n<p><strong>II. Le recours individuel introduit par le requ\u00e9rant DEVANT LA COUR CONSTITUTIONNELLE<\/strong><\/p>\n<p>8. Le 15 octobre 2018, le requ\u00e9rant saisit la Cour constitutionnelle d\u2019un recours individuel pour se plaindre d\u2019une atteinte port\u00e9e \u00e0 son droit de recevoir des informations ou des id\u00e9es \u00e0 raison de la saisie par l\u2019administration p\u00e9nitentiaire de cinq \u00e9ditions du quotidien susmentionn\u00e9.<\/p>\n<p>9. Le 4 juillet 2019, la Cour constitutionnelle, statuant en sa formation de commission compos\u00e9e de deux juges, d\u00e9clara le recours individuel du requ\u00e9rant irrecevable pour d\u00e9faut manifeste de fondement en consid\u00e9rant que, compte tenu des documents pr\u00e9sent\u00e9s dans le cadre de ce recours individuel, il n\u2019y avait pas eu ing\u00e9rence dans les droits et libert\u00e9s pr\u00e9vus dans la Constitution ou que l\u2019ing\u00e9rence en question ne constituait pas une violation.<\/p>\n<p>LE CADRE JURIDIQUE INTERNE PERTINENT<\/p>\n<p><strong>I. La l\u00e9gislation pertinente<\/strong><\/p>\n<p><strong>A. La loi no\u00a05275<\/strong><\/p>\n<p>10. La loi no\u00a05275 du 13 d\u00e9cembre 2004 relative \u00e0 l\u2019ex\u00e9cution des peines et des mesures pr\u00e9ventives,\u00a0entr\u00e9e en vigueur le 1er\u00a0juin 2005, dispose en son article 3, intitul\u00e9 \u00ab\u00a0Le but principal dans l\u2019ex\u00e9cution\u00a0\u00bb, ce qui suit\u00a0:<\/p>\n<p>\u00ab\u00a0Les buts principaux (&#8230;) de l\u2019ex\u00e9cution des peines et des mesures pr\u00e9ventives sont d\u2019assurer avant tout la pr\u00e9vention g\u00e9n\u00e9rale et sp\u00e9ciale, de renforcer les facteurs pr\u00e9ventifs de la commission par le condamn\u00e9 de [nouvelles] infractions, de prot\u00e9ger la soci\u00e9t\u00e9 contre le crime, d\u2019encourager le condamn\u00e9 \u00e0 se resocialiser et de faciliter son adaptation \u00e0 un mode de vie productif, respectueux des lois, des r\u00e8gles et des normes sociales et responsable.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p>11. L\u2019article 62 de la m\u00eame loi, intitul\u00e9 \u00ab\u00a0Le droit de b\u00e9n\u00e9ficier des publications p\u00e9riodiques et non-p\u00e9riodiques\u00a0\u00bb, tel qu\u2019il \u00e9tait en vigueur \u00e0 l\u2019\u00e9poque des faits, se lisait comme suit :<\/p>\n<p>\u00ab\u00a01. Le condamn\u00e9 a le droit de b\u00e9n\u00e9ficier des publications p\u00e9riodiques et non\u2011p\u00e9riodiques en payant leur prix \u00e0 condition que [ces publications ne soient pas] interdites par un tribunal.<\/p>\n<p>(&#8230;)<\/p>\n<p>3. Aucune publication mettant en p\u00e9ril la s\u00e9curit\u00e9 de l\u2019\u00e9tablissement ou contenant des articles, \u00e9crits, photographies et commentaires obsc\u00e8nes ne sera remis au condamn\u00e9.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p>12. L\u2019alin\u00e9a 3 de ce dernier article, apr\u00e8s avoir \u00e9t\u00e9 modifi\u00e9 par la loi no 7242 du 14 avril 2020, est d\u00e9sormais libell\u00e9 comme suit\u00a0:<\/p>\n<p>\u00ab\u00a03. Aucune publication perturbant ou mettant en p\u00e9ril la discipline, l\u2019ordre ou la s\u00e9curit\u00e9 de l\u2019\u00e9tablissement, [entravant] l\u2019accomplissement du but de [r\u00e9insertion] des condamn\u00e9s ou contenant des articles, \u00e9crits, photographies et commentaires obsc\u00e8nes ne sera remise au condamn\u00e9.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p><strong>B. R\u00e8glement relatif aux mat\u00e9riels et articles qui peuvent \u00eatre poss\u00e9d\u00e9s dans les centres p\u00e9nitentiaires<\/strong><\/p>\n<p>13. L\u2019article 8 du r\u00e8glement relatif aux mat\u00e9riels et articles qui peuvent \u00eatre poss\u00e9d\u00e9s dans les centres p\u00e9nitentiaires, intitul\u00e9 \u00ab\u00a0Publications p\u00e9riodiques ou non-p\u00e9riodiques et livres\u00a0\u00bb, se lit comme suit\u00a0:<\/p>\n<p>\u00ab\u00a01. Le condamn\u00e9 a le droit de b\u00e9n\u00e9ficier des publications p\u00e9riodiques et non\u2011p\u00e9riodiques en payant leur prix \u00e0 condition que [ces publications ne soient pas] interdites par un tribunal.<\/p>\n<p>(&#8230;)<\/p>\n<p>3. Aucune publication mettant en p\u00e9ril la s\u00e9curit\u00e9 de l\u2019\u00e9tablissement ou contenant des articles, \u00e9crits, photographies et commentaires obsc\u00e8nes ne sera remise au condamn\u00e9.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p>C. Directive sur les biblioth\u00e8ques et les \u00e9tag\u00e8res des centres p\u00e9nitentiaires<\/p>\n<p>14. L\u2019article 11 de la directive sur les biblioth\u00e8ques et les \u00e9tag\u00e8res des centres p\u00e9nitentiaires, intitul\u00e9 \u00ab\u00a0Publications qui ne seront pas accept\u00e9es dans l\u2019\u00e9tablissement\u00a0\u00bb, est ainsi libell\u00e9\u00a0:<\/p>\n<p>\u00ab\u00a0a) Les publications interdites par les tribunaux<\/p>\n<p>b) M\u00eame si elles ne sont pas interdites par les tribunaux, les publications qui sont consid\u00e9r\u00e9es par une d\u00e9cision du comit\u00e9 d\u2019\u00e9ducation comme mettant en p\u00e9ril la s\u00e9curit\u00e9 de l\u2019\u00e9tablissement ou contenant des articles, \u00e9crits, photographies et commentaires obsc\u00e8nes<\/p>\n<p>ne seront pas accept\u00e9es dans l\u2019\u00e9tablissement.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p>15. L\u2019article 12 de la m\u00eame directive, intitul\u00e9 \u00ab\u00a0Qualit\u00e9s requises des publications qui seront accept\u00e9es dans l\u2019\u00e9tablissement\u00a0\u00bb, se lit comme suit\u00a0:<\/p>\n<p>\u00ab\u00a0Les publications \u00e0 accepter dans les biblioth\u00e8ques et \u00e9tag\u00e8res doivent avoir les qualit\u00e9s suivantes\u00a0:<\/p>\n<p>a) Constituer de source aux programmes de r\u00e9insertion et d\u2019\u00e9ducation et aux cours<\/p>\n<p>b) Accro\u00eetre les connaissances g\u00e9n\u00e9rales et professionnelles des condamn\u00e9s et d\u00e9tenus<\/p>\n<p>c) Renforcer l\u2019amour pour l\u2019humain, la patrie et la nation chez les condamn\u00e9s et d\u00e9tenus<\/p>\n<p>d) Assurer le d\u00e9veloppement moral des condamn\u00e9s et d\u00e9tenus<\/p>\n<p>e) \u00catre conforme au nationalisme et aux principes et r\u00e9formes d\u2019Atat\u00fcrk<\/p>\n<p>f) Assurer la mise \u00e0 profit du temps libre des condamn\u00e9s et d\u00e9tenus, l\u2019acquisition par ces derniers de l\u2019habitude de lecture et le d\u00e9veloppement de leurs horizons culturellement\u00a0\u00bb<\/p>\n<p><strong>II. La jurisprudence de la Cour constitutionnelle<\/strong><\/p>\n<p>16. Dans son arr\u00eat de principe Recep Bekik et autres (Recours no2016\/12936) du 27 mars 2019, l\u2019assembl\u00e9e pl\u00e9ni\u00e8re de la Cour constitutionnelle compos\u00e9e de seize juges de la haute juridiction, a examin\u00e9 le grief des recourants, d\u00e9tenus en diff\u00e9rentes prisons, portant sur le refus de l\u2019administration p\u00e9nitentiaire de remettre aux int\u00e9ress\u00e9s des publications p\u00e9riodiques qu\u2019ils avaient achet\u00e9es.<\/p>\n<p>17. La haute juridiction a r\u00e9sum\u00e9 dans cet arr\u00eat les principes applicables au contr\u00f4le que l\u2019administration p\u00e9nitentiaire doit effectuer en vertu de la l\u00e9gislation pertinente sur les publications re\u00e7ues par les d\u00e9tenus dans les centres p\u00e9nitentiaires. Elle a expos\u00e9 ces principes comme suit\u00a0:<\/p>\n<p>\u00ab\u00a043. Les principes relatifs au contr\u00f4le qui doit \u00eatre op\u00e9r\u00e9 en vertu des articles 3 et 62 de la loi no 5275 concernant les publications, [qui ne font l\u2019objet d\u2019aucune d\u00e9cision d\u2019interdiction] sont expos\u00e9s \u00e0 l\u2019arr\u00eat Halil Bay\u0131k (Recours no 2014\/20002, 30\u00a0novembre 2017). Il est ainsi indiqu\u00e9 que des ing\u00e9rences faites avec une motivation ne r\u00e9pondant pas aux crit\u00e8res [\u00e9tablis] dans l\u2019arr\u00eat Halil Bay\u0131k constituera une violation. Les principes pr\u00e9vus dans l\u2019arr\u00eat Halil Bay\u0131k sont comme suit\u00a0:<\/p>\n<p>i. Il faut consid\u00e9rer dans quel type de centre p\u00e9nitentiaire le recourant se trouve et pour quelle infraction ainsi que la question de savoir si le centre p\u00e9nitentiaire et l\u2019infraction qu\u2019il a commise ont une incidence sur l\u2019adoption de la mesure litigieuse.<\/p>\n<p>ii. Si la restriction consistant au refus de remettre \u00e0 un condamn\u00e9 l\u2019ensemble ou une partie d\u2019une publication se rapporte \u00e0 la [r\u00e9insertion] du condamn\u00e9, il faut d\u00e9montrer [d\u2019une mani\u00e8re] exacte le lien entre le contenu de la publication et la r\u00e9insertion du condamn\u00e9.<\/p>\n<p>iii. Il faut prendre en compte le pass\u00e9 soci\u00e9tal, le casier criminel, la capacit\u00e9 et les capabilit\u00e9s intellectuelles, le temp\u00e9rament personnel, la dur\u00e9e de la peine de prison et les expectations post lib\u00e9ration de chaque condamn\u00e9.<\/p>\n<p>iv. \u00c0 cet \u00e9gard, il faut consid\u00e9rer si les publications litigieuses provoquent l\u2019orientation des condamn\u00e9s emprisonn\u00e9s pour les infractions de terrorisme vers plus de violence envers les personnes qu\u2019ils voient comme responsables des violations all\u00e9gu\u00e9es et envers l\u2019\u00c9tat.<\/p>\n<p>v. Il faut pr\u00e9ciser le type, le contenu, l\u2019\u00e9diteur et les parties probl\u00e9matiques de la publication p\u00e9riodique ou non-p\u00e9riodique non-remise au condamn\u00e9 et il faut faire une analyse d\u00e9taill\u00e9e des parties dont la remise au condamn\u00e9 est consid\u00e9r\u00e9e g\u00eanante.<\/p>\n<p>vi. Aux fins d\u2019une telle analyse, si la publication litigieuse a un lien avec les organisations terroristes ou avec la l\u00e9gitimation des activit\u00e9s terroristes, il faut \u00e9tablir une balance entre le droit \u00e0 la libert\u00e9 d\u2019expression du condamn\u00e9 et le droit l\u00e9gitime de la soci\u00e9t\u00e9 d\u00e9mocratique de se prot\u00e9ger contre les activit\u00e9s des organisations terroristes.<\/p>\n<p>vii. Pour pouvoir \u00e9tablir cette balance, il faut consid\u00e9rer\u00a0;<\/p>\n<p>&#8211; si la publication faisant l\u2019objet de l\u2019ing\u00e9rence, consid\u00e9r\u00e9e dans son ensemble, d\u00e9signe comme cible une personne sp\u00e9cifique, des agents publics, une partie du peuple ou l\u2019\u00c9tat, ou si elle incite \u00e0 la violence contre ces derniers,<\/p>\n<p>&#8211; si [la publication soumet] les individus \u00e0 un risque de violence physique ou insuffle la haine contre les individus,<\/p>\n<p>&#8211; si le message v\u00e9hicul\u00e9 par la publication all\u00e8gue que le recours \u00e0 la violence est une m\u00e9thode n\u00e9cessaire et justifi\u00e9e<\/p>\n<p>&#8211; si [la publication] glorifie la violence, incite les gens \u00e0 la haine, \u00e0 la vengeance et \u00e0 la r\u00e9sistance arm\u00e9e,<\/p>\n<p>&#8211; si les expressions contenues dans la publication litigieuse mettent en p\u00e9ril la s\u00e9curit\u00e9, la discipline et l\u2019ordre du centre p\u00e9nitentiaire,<\/p>\n<p>&#8211; si [la publication] permet la communication intra-organisationnelle des membres des organisations criminelles (&#8230;),<\/p>\n<p>&#8211; si [la publication] contient des informations fausses et mensong\u00e8res, ou des expressions constituant une menace ou une insulte de mani\u00e8re \u00e0 conduire les gens ou les \u00e9tablissements \u00e0 la panique,<\/p>\n<p>&#8211; si le degr\u00e9 d\u2019intensit\u00e9 des conflits ayant lieu dans une partie ou l\u2019ensemble du pays et le niveau de tension dans l\u2019\u00e9tablissement p\u00e9nitentiaire ou dans le pays \u00e0 la date de la publication ou au moment o\u00f9 la publication [devait \u00eatre rendue] au condamn\u00e9 avait un effet sur la remise de la publication au condamn\u00e9,<\/p>\n<p>&#8211; si la mesure restrictive faisant l\u2019objet de la d\u00e9cision visait \u00e0 r\u00e9pondre \u00e0 un besoin social imp\u00e9rieux dans une soci\u00e9t\u00e9 d\u00e9mocratique et si [cette] mesure \u00e9tait le dernier recours [possible].<\/p>\n<p>viii. Les tribunaux de fond et les autres organes exer\u00e7ant la puissance publique, lorsqu\u2019ils proc\u00e8dent \u00e0 ces consid\u00e9rations, peuvent toujours [avoir recours] \u00e0 des avis des experts et obtenir des rapports et opinions des sp\u00e9cialistes des sciences sociales, des chercheurs et des universitaires selon les circonstances de l\u2019esp\u00e8ce. De cette fa\u00e7on, le contr\u00f4le de la conformit\u00e9 de l\u2019ing\u00e9rence, consistant au refus de remettre \u00e0 un condamn\u00e9 une publication p\u00e9riodique ou non-p\u00e9riodique, aux lois et aux crit\u00e8res \u00e9tablis dans la jurisprudence de la Cour constitutionnelle pourra \u00eatre effectu\u00e9 d\u2019une mani\u00e8re plus effective (Halil Bay\u0131k, \u00a7 45).<\/p>\n<p>44. Il faut souligner aussi (&#8230;) que le but de [r\u00e9insertion] ne justifie pas tout seul une ing\u00e9rence port\u00e9e par le refus de remettre une publication \u00e0 des d\u00e9tenus (&#8230;).<\/p>\n<p>45. Enfin, il faut aussi appr\u00e9cier s\u2019il est possible de s\u00e9parer les parties consid\u00e9r\u00e9es g\u00eanantes des publications dont il a \u00e9t\u00e9 d\u00e9cid\u00e9 de ne pas remettre au condamn\u00e9 (&#8230;) apr\u00e8s un contr\u00f4le effectu\u00e9 conform\u00e9ment aux crit\u00e8res \u00e9tablis dans l\u2019arr\u00eat Halil Bay\u0131k et de remettre la partie restante au condamn\u00e9. M\u00eame s\u2019il est possible de ne pas remettre au condamn\u00e9 l\u2019ensemble de la publication dans les cas o\u00f9 il n\u2019est pas possible de s\u00e9parer les parties g\u00eanantes et o\u00f9 le restant de la publication n\u2019aurait aucune importance apr\u00e8s la s\u00e9paration de ces parties, il faut motiver cette situation particuli\u00e8re dans la d\u00e9cision.<\/p>\n<p>46. La Cour constitutionnelle, dans le cadre de sa jurisprudence relative \u00e0 l\u2019acc\u00e8s aux publications dans les centres p\u00e9nitentiaires, a conclu \u00e0 une violation de la libert\u00e9 d\u2019expression et demand\u00e9 une r\u00e9ouverture de la proc\u00e9dure dans plusieurs recours concernant les ing\u00e9rences portant sur le refus de remettre aux d\u00e9tenus et condamn\u00e9s des publications p\u00e9riodiques et non-p\u00e9riodiques. La Cour constitutionnelle a indiqu\u00e9 dans [un certain nombre] de ces arr\u00eats de violation que [la d\u00e9cision d\u2019]ing\u00e9rence n\u2019avait pas une motivation r\u00e9pondant aux crit\u00e8res pr\u00e9vus \u00e0 l\u2019arr\u00eat Halil Bay\u0131k, qu\u2019un rapport concret n\u2019avait pas \u00e9t\u00e9 \u00e9tabli avec les expressions consid\u00e9r\u00e9es g\u00eanantes [pour faire en sorte que] la motivation ne [reste] abstraite et qu\u2019il n\u2019avait pas \u00e9t\u00e9 pris en compte la question de savoir s\u2019il \u00e9tait possible d\u2019enlever les parties contenant les expressions consid\u00e9r\u00e9es g\u00eanantes et de rendre le restant de la publication aux recourants (&#8230;).<\/p>\n<p>47. Il est pr\u00e9cis\u00e9 dans certains [autres] de ces arr\u00eats de violation que m\u00eame si une concr\u00e9tisation avait \u00e9t\u00e9 tent\u00e9e par la voie d\u2019indication des num\u00e9ros de page des parties consid\u00e9r\u00e9es g\u00eanantes de la publication litigieuse, une m\u00e9thode d\u2019examen, telle que pr\u00e9vue \u00e0 l\u2019arr\u00eat Halil Bay\u0131k, n\u2019avait pas \u00e9t\u00e9 suivie. En outre, il est indiqu\u00e9 dans les arr\u00eats susmentionn\u00e9s que bien que les parties g\u00eanantes eussent \u00e9t\u00e9 clairement d\u00e9finies, l\u2019ensemble de la publication avait \u00e9t\u00e9 [intercept\u00e9], [sans] apporter [non plus] une motivation quant au refus de remettre l\u2019ensemble de la publication (&#8230;).<\/p>\n<p>18. Apr\u00e8s l\u2019expos\u00e9 de ces principes, la Cour constitutionnelle a conclu que dans le recours faisant l\u2019objet de cet arr\u00eat, il y avait eu violation du droit des recourants \u00e0 la libert\u00e9 d\u2019expression. Elle a en outre pr\u00e9cis\u00e9 qu\u2019elle avait constat\u00e9 l\u2019existence d\u2019un probl\u00e8me structurel d\u00e9coulant des pratiques administratives divergentes concernant l\u2019acceptation des publications p\u00e9riodiques dans les centres p\u00e9nitentiaires. Ces conclusions de la haute juridiction se lisent comme suit\u00a0:<\/p>\n<p>\u00ab\u00a048. En l\u2019esp\u00e8ce, des publications p\u00e9riodiques, telles que magazines et journaux, auxquelles les requ\u00e9rants se sont abonn\u00e9s ou qu\u2019ils ont achet\u00e9es ne sont pas remises \u00e0 ces derniers. \u00c0 cet \u00e9gard, puisqu\u2019il s\u2019agit [dans le cas d\u2019esp\u00e8ce] des publications p\u00e9riodiques qui ont \u00e9t\u00e9 achet\u00e9es par l\u2019administration [p\u00e9nitentiaire] [apr\u00e8s] le paiement de leur prix par les requ\u00e9rants ou auxquelles ces derniers se sont abonn\u00e9s, et qui ne font l\u2019objet d\u2019aucune d\u00e9cision [d\u2019interdiction], il est attendu des autorit\u00e9s publiques d\u2019effectuer un contr\u00f4le en application des articles 3 et 63 de la loi no 5275 et \u00e0 la lumi\u00e8re des principes et crit\u00e8res \u00e9tablis dans la jurisprudence de la Cour (&#8230;).<\/p>\n<p>49. Il est constat\u00e9 que dans certaines des d\u00e9cisions des administrations p\u00e9nitentiaires et des tribunaux de fond concernant le refus de remettre les publications en question aux recourants, des appr\u00e9ciations qui ne satisfont pas aux crit\u00e8res pr\u00e9vus \u00e0 l\u2019arr\u00eat Halil Bay\u0131k de la Cour constitutionnelle ont \u00e9t\u00e9 faites. Il est observ\u00e9 que les d\u00e9cisions en cause ne pr\u00e9cisent pas les parties, consid\u00e9r\u00e9es g\u00eanantes, dans les publications litigieuses et se contentent des consid\u00e9rations abstraites au lieu d\u2019une appr\u00e9ciation de ces parties par des liens concrets. Il est vu dans certaines autres d\u00e9cisions qui sont plus nombreuses que les administrations p\u00e9nitentiaires et les tribunaux de fond indiquent sur quelles pages se trouvent les parties consid\u00e9r\u00e9es g\u00eanantes des publications p\u00e9riodiques. Cela \u00e9tant, une partie de ces d\u00e9cisions ne contiennent pas une motivation conforme aux principes \u00e9tablis dans la jurisprudence de la Cour constitutionnelle concernant les parties g\u00eanantes dont les num\u00e9ros de page sont clairement indiqu\u00e9s. Par ailleurs, aucune de ces d\u00e9cisions [ne comporte une] discussion [sur la question de savoir] s\u2019il \u00e9tait possible d\u2019enlever les parties consid\u00e9r\u00e9es g\u00eanantes et de remettre le restant [des publications] aux recourants.<\/p>\n<p>50. Lorsque les d\u00e9cisions administratives et celles des tribunaux de fond sont consid\u00e9r\u00e9es dans leur ensemble, des motifs cat\u00e9goriques tels que les faits que les recourants avaient \u00e9t\u00e9 condamn\u00e9s [pour des infractions] de terrorisme et que les centres p\u00e9nitentiaires dans lesquels ils se trouvaient \u00e9taient des centres p\u00e9nitentiaires de haute s\u00e9curit\u00e9, et non pas la situation personnelle [des int\u00e9ress\u00e9s], ont [jou\u00e9 un grand r\u00f4le]. M\u00eame si des motifs objectifs sont avanc\u00e9s plut\u00f4t que leur situation personnelle pour beaucoup de recourants, il est constat\u00e9 qu\u2019une uniformit\u00e9 n\u2019est pas atteinte concernant l\u2019acc\u00e8s aux publications dans les centres p\u00e9nitentiaires. Il est observ\u00e9 que des consid\u00e9rations quant \u00e0 la remise ou non d\u2019une m\u00eame publication \u00e0 des d\u00e9tenus et condamn\u00e9s se trouvant au m\u00eame statut dans tous les centres p\u00e9nitentiaires du pays sont variables.<\/p>\n<p>51. Des d\u00e9cisions [divergentes] sont rendues concernant la remise ou non d\u2019une publication \u00e0 des personnes dans la m\u00eame situation l\u00e9gale se trouvant dans diff\u00e9rents centres p\u00e9nitentiaires. Alors qu\u2019une m\u00eame publication peut \u00eatre [remise] \u00e0 des personnes dans certains centres p\u00e9nitentiaires sans aucune entrave, elle peut \u00eatre refus\u00e9e partiellement ou enti\u00e8rement \u00e0 des personnes se trouvant dans la m\u00eame situation dans certains autres centres p\u00e9nitentiaires avec des motivations qui n\u2019ont rien \u00e0 voir les unes avec les autres.<\/p>\n<p>(&#8230;)<\/p>\n<p>54. Dans le cadre du cas d\u2019esp\u00e8ce, il est clair que ce sont les administrations p\u00e9nitentiaires qui sont principalement comp\u00e9tentes et [responsables] pour garantir la libert\u00e9 de recevoir des informations ou des id\u00e9es des d\u00e9tenus et condamn\u00e9s. Cela \u00e9tant, en ce qui concerne les publications p\u00e9riodiques, les juges de l\u2019ex\u00e9cution ne sont pas suffisants pour rem\u00e9dier \u00e0 des divergences dans la pratique et pour enrayer les pratiques non-motiv\u00e9es de l\u2019administration.<\/p>\n<p>55. \u00c0 la lumi\u00e8re des consid\u00e9rations qui pr\u00e9c\u00e8dent, il est parvenu \u00e0 la conviction qu\u2019il n\u2019existe pas un m\u00e9canisme susceptible d\u2019emp\u00eacher l\u2019arbitraire dans la remise ou non des publications p\u00e9riodiques \u00e0 des d\u00e9tenus et condamn\u00e9s dans les centres p\u00e9nitentiaires, d\u2019assurer l\u2019application du m\u00eame traitement \u00e0 ceux se trouvant dans la m\u00eame situation l\u00e9gale et de garantir des pratiques claires, directrices et constante.<\/p>\n<p>56. Les actes et [pratiques] de l\u2019administration doivent \u00eatre pr\u00e9visibles pour les individus dans un \u00c9tat de droit. Il est arriv\u00e9 \u00e0 la conviction que les divergences des pratiques administratives relatives \u00e0 la remise d\u2019une publication p\u00e9riodique \u00e0 des condamn\u00e9s constituent un manquement au principe de pr\u00e9visibilit\u00e9 des activit\u00e9s administratives, qui est une exigence de l\u2019\u00c9tat de droit.<\/p>\n<p>57. [La mise en place des arrangements] n\u00e9cessaires \u00e0 la lumi\u00e8re des explications ci-dessus importe au regard de l\u2019acc\u00e8s des condamn\u00e9s \u00e0 des publications p\u00e9riodiques [en payant] leur prix et pour l\u2019exercice de leur libert\u00e9 d\u2019expression de cette fa\u00e7on. [Ainsi, il est n\u00e9cessaire] de cr\u00e9er un m\u00e9canisme capable [d\u2019assurer] l\u2019appr\u00e9ciation des publications p\u00e9riodiques d\u2019une mani\u00e8re plus effective et de pr\u00e9venir l\u2019apparition des pratiques divergentes entre les condamn\u00e9s.<\/p>\n<p>58. Par cons\u00e9quent, la Cour constitutionnelle consid\u00e8re que dans [ces] recours joints [rien ne justifie] de se d\u00e9partir de sa jurisprudence relative \u00e0 l\u2019acc\u00e8s des condamn\u00e9s \u00e0 des mat\u00e9riaux de presse et de publication. Dans [ces] recours joints, il n\u2019a pas \u00e9t\u00e9 fait des appr\u00e9ciations uniformes r\u00e9pondant aux crit\u00e8res \u00e9tablis par la Cour constitutionnelle concernant la pratique relative \u00e0 l\u2019acceptation des publications p\u00e9riodiques dans les centres p\u00e9nitentiaires. Dans le syst\u00e8me actuel, il est tent\u00e9 de rem\u00e9dier \u00e0 des difficult\u00e9s n\u00e9es des pratiques de l\u2019administration uniquement par les d\u00e9cisions des tribunaux charg\u00e9s de contr\u00f4le judiciaire.<\/p>\n<p>59. Par ailleurs, bien que la Cour constitutionnelle ait rendu plusieurs arr\u00eats de violation sur la m\u00eame question jusqu\u2019aujourd\u2019hui, les ing\u00e9rences similaires et les recours individuels introduits contre [ces ing\u00e9rences] se poursuivent. Lorsque les pratiques actuelles de l\u2019administration et les difficult\u00e9s rencontr\u00e9es par les juges de l\u2019ex\u00e9cution pour assurer la conformit\u00e9 \u00e0 l\u2019\u00e9quit\u00e9 de ces pratiques sont consid\u00e9r\u00e9es ensemble, il est conclu qu\u2019il existe un probl\u00e8me structurel d\u00e9coulant de la pratique concernant l\u2019acceptation des publications p\u00e9riodiques dans les centres p\u00e9nitentiaires dans le syst\u00e8me actuel.<\/p>\n<p>60. Si, malgr\u00e9 les normes constitutionnelles pr\u00e9cit\u00e9es et les dispositions imp\u00e9ratives de la loi, [un syst\u00e8me] effectif n\u2019est pas \u00e9tabli afin d\u2019assurer la remise aux condamn\u00e9s des publications p\u00e9riodiques avec une m\u00e9thode uniforme, \u00e9quitable et r\u00e9pondant aux crit\u00e8res pr\u00e9vus par la Cour constitutionnelle par l\u2019adoption des mesures administratives et l\u00e9gales [en la mati\u00e8re], il est clair que le probl\u00e8me structurel susmentionn\u00e9 se poursuivra et que cela \u00e9quivaudra \u00e0 une violation continue de la libert\u00e9 d\u2019expression prot\u00e9g\u00e9e par l\u2019article 26 de la Constitution.<\/p>\n<p>61. Eu \u00e9gard \u00e0 ce qui pr\u00e9c\u00e8de, il faut conclure \u00e0 une violation des droits des recourants \u00e0 la libert\u00e9 d\u2019expression en raison du probl\u00e8me structurel (&#8230;) d\u00e9coulant de la pratique.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p><strong>EN DROIT<\/strong><\/p>\n<p>I. SUR LA VIOLATION ALL\u00c9GU\u00c9E DE L\u2019ARTICLE 10 DE LA CONVENTION<\/p>\n<p>19. Le requ\u00e9rant se plaint d\u2019une atteinte port\u00e9e \u00e0 son droit \u00e0 la libert\u00e9 d\u2019expression par le refus de l\u2019administration p\u00e9nitentiaire de lui remettre les exemplaires d\u2019un quotidien qui lui avaient \u00e9t\u00e9 envoy\u00e9s par la poste. Il soutient aussi que la Cour constitutionnelle, en rejetant son recours individuel portant ce grief, a m\u00e9connu sa propre jurisprudence \u00e9tablie par son arr\u00eat Recep Bekik et autres pr\u00e9cit\u00e9 en la mati\u00e8re. Il invoque l\u2019article 10 de la Convention, qui est ainsi libell\u00e9\u00a0:<\/p>\n<p>\u00ab\u00a01. Toute personne a droit \u00e0 la libert\u00e9 d\u2019expression. Ce droit comprend la libert\u00e9 d\u2019opinion et la libert\u00e9 de recevoir ou de communiquer des informations ou des id\u00e9es sans qu\u2019il puisse y avoir ing\u00e9rence d\u2019autorit\u00e9s publiques et sans consid\u00e9ration de fronti\u00e8re. Le pr\u00e9sent article n\u2019emp\u00eache pas les \u00c9tats de soumettre les entreprises de radiodiffusion, de cin\u00e9ma ou de t\u00e9l\u00e9vision \u00e0 un r\u00e9gime d\u2019autorisations.<\/p>\n<p>2. L\u2019exercice de ces libert\u00e9s comportant des devoirs et des responsabilit\u00e9s peut \u00eatre soumis \u00e0 certaines formalit\u00e9s, conditions, restrictions ou sanctions pr\u00e9vues par la loi, qui constituent des mesures n\u00e9cessaires, dans une soci\u00e9t\u00e9 d\u00e9mocratique, \u00e0 la s\u00e9curit\u00e9 nationale, \u00e0 l\u2019int\u00e9grit\u00e9 territoriale ou \u00e0 la s\u00fbret\u00e9 publique, \u00e0 la d\u00e9fense de l\u2019ordre et \u00e0 la pr\u00e9vention du crime, \u00e0 la protection de la sant\u00e9 ou de la morale, \u00e0 la protection de la r\u00e9putation ou des droits d\u2019autrui, pour emp\u00eacher la divulgation d\u2019informations confidentielles ou pour garantir l\u2019autorit\u00e9 et l\u2019impartialit\u00e9 du pouvoir judiciaire.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p><strong>A. Sur la recevabilit\u00e9<\/strong><\/p>\n<p>20. Le Gouvernement soul\u00e8ve trois exceptions d\u2019irrecevabilit\u00e9 tir\u00e9es de l\u2019absence de pr\u00e9judice important, de l\u2019absence de qualit\u00e9 de victime et du d\u00e9faut manifeste de fondement du grief.<\/p>\n<p>21. En premier lieu, le Gouvernement soutient que le requ\u00e9rant n\u2019a pas subi un pr\u00e9judice important en raison du refus de l\u2019administration p\u00e9nitentiaire de lui remettre les publications en question, parce que l\u2019int\u00e9ress\u00e9 n\u2019a pas souffert un dommage mat\u00e9riel \u00e0 cet \u00e9gard et qu\u2019il a eu la possibilit\u00e9 de recevoir des informations via plusieurs autres moyens, y compris d\u2019autres journaux ou d\u2019autres \u00e9ditions du m\u00eame journal. Il ajoute que le respect des droits de l\u2019homme garanti par la Convention n\u2019exige pas l\u2019examen du grief du requ\u00e9rant, puisqu\u2019il ne concerne pas une question d\u2019int\u00e9r\u00eat g\u00e9n\u00e9ral ou un probl\u00e8me structurel et que le grief de l\u2019int\u00e9ress\u00e9 a d\u00fbment \u00e9t\u00e9 examin\u00e9 par les autorit\u00e9s nationales. Par cons\u00e9quent, selon le Gouvernement, il convient de d\u00e9clarer la requ\u00eate irrecevable pour l\u2019absence de pr\u00e9judice important.<\/p>\n<p>22. Le Gouvernement expose ensuite que le requ\u00e9rant n\u2019a pas fait l\u2019objet d\u2019une sanction disciplinaire apr\u00e8s la mesure litigieuse, qu\u2019il a continu\u00e9 \u00e0 b\u00e9n\u00e9ficier de son droit de recevoir des informations ou des id\u00e9es par plusieurs diff\u00e9rents moyens. Il argue aussi que le refus de remettre \u00e0 l\u2019int\u00e9ress\u00e9 les publications en question avait pour but de faciliter sa r\u00e9insertion. Partant, estimant qu\u2019il n\u2019y a en l\u2019esp\u00e8ce aucune situation particuli\u00e8re portant un impact important sur l\u2019exercice par le requ\u00e9rant de son droit \u00e0 la libert\u00e9 d\u2019expression, il invite la Cour \u00e0 d\u00e9clarer la requ\u00eate irrecevable pour l\u2019absence de qualit\u00e9 de victime.<\/p>\n<p>23. Le Gouvernement consid\u00e8re enfin que le requ\u00e9rant a eu la possibilit\u00e9 de soulever ses griefs et de pr\u00e9senter ses arguments au niveau national devant les autorit\u00e9s judiciaires comp\u00e9tentes, qui les ont d\u00fbment examin\u00e9s conform\u00e9ment au principe de subsidiarit\u00e9, et qu\u2019il n\u2019y a aucune raison de remettre en cause les conclusions des autorit\u00e9s nationales en l\u2019esp\u00e8ce. D\u00e8s lors, il consid\u00e8re que la requ\u00eate doit \u00eatre d\u00e9clar\u00e9e irrecevable comme manifestement mal-fond\u00e9e.<\/p>\n<p>24. Le requ\u00e9rant conteste les exceptions du Gouvernement.<\/p>\n<p>25. En ce qui concerne les exceptions relatives \u00e0 l\u2019absence de pr\u00e9judice important et \u00e0 celle de qualit\u00e9 de victime, la Cour consid\u00e8re que, m\u00eame si le requ\u00e9rant a pu continuer \u00e0 recevoir des informations et des id\u00e9es par d\u2019autres moyens qu\u2019ils disposaient dans le centre p\u00e9nitentiaire, il a \u00e9t\u00e9 priv\u00e9 de la possibilit\u00e9 de b\u00e9n\u00e9ficier des publications sp\u00e9cifiques faisant l\u2019objet de la pr\u00e9sente requ\u00eate. Ensuite, compte tenu du constat de la Cour constitutionnelle de l\u2019existence d\u2019un probl\u00e8me structurel concernant l\u2019acceptation des publications p\u00e9riodiques dans les centres p\u00e9nitentiaires (paragraphe 18 ci-dessus), question faisant l\u2019objet de la pr\u00e9sente affaire, il ne saurait \u00eatre soutenu que le respect des droits de l\u2019homme garantis par la Convention et ses protocoles n\u2019exige pas l\u2019examen de cette requ\u00eate au fond. Il s\u2019ensuit que ces exceptions doivent \u00eatre rejet\u00e9es.<\/p>\n<p>26. Quant \u00e0 l\u2019exception relative au d\u00e9faut manifeste de fondement du grief, la Cour estime que les arguments pr\u00e9sent\u00e9s concernant cette exception soul\u00e8vent des questions appelant un examen au fond du grief tir\u00e9 de l\u2019article 10 de la Convention et non un examen de la recevabilit\u00e9 de ce grief (Mart et autres c. Turquie, no\u00a057031\/10, \u00a7 20, 19 mars 2019, \u00d6nal c.\u00a0Turquie (no 2), no 44982\/07, \u00a7 22, 2\u00a0juillet 2019, et G\u00fcrb\u00fcz et Bayar c.\u00a0Turquie, no 8860\/13, \u00a7 26, 23 juillet 2019).<\/p>\n<p>27. Constatant par ailleurs que ce grief n\u2019est pas manifestement mal fond\u00e9 ni irrecevable pour un autre motif vis\u00e9 \u00e0 l\u2019article\u00a035 de la Convention, la Cour le d\u00e9clare recevable.<\/p>\n<p><strong>B. Sur le fond<\/strong><\/p>\n<p><em>1. Arguments des parties<\/em><\/p>\n<p>a) Requ\u00e9rant<\/p>\n<p>28. Le requ\u00e9rant soutient que la restriction apport\u00e9e \u00e0 la r\u00e9ception par lui des exemplaires du quotidien en question n\u2019\u00e9tait pas fond\u00e9e sur sa situation personnelle, mais sur le fait qu\u2019il avait \u00e9t\u00e9 condamn\u00e9 pour une infraction de terrorisme et qu\u2019il \u00e9tait d\u00e9tenu dans un centre p\u00e9nitentiaire de haute s\u00e9curit\u00e9. Il consid\u00e8re que la marge d\u2019appr\u00e9ciation accord\u00e9e \u00e0 l\u2019administration p\u00e9nitentiaire par la l\u00e9gislation pertinente \u00e0 ce sujet occasionne des d\u00e9cisions injustes et arbitraires dans la pratique actuelle. Il renvoie \u00e0 cet \u00e9gard \u00e0 la jurisprudence de la Cour constitutionnelle qui constate un probl\u00e8me structurel d\u00e9coulant de la pratique en la mati\u00e8re.<\/p>\n<p>b) Gouvernement<\/p>\n<p>29. Le Gouvernement consid\u00e8re qu\u2019en l\u2019esp\u00e8ce il n\u2019y a pas eu ing\u00e9rence dans le droit du requ\u00e9rant \u00e0 la libert\u00e9 d\u2019expression. Il soutient que les publications envoy\u00e9es au requ\u00e9rant ont \u00e9t\u00e9 intercept\u00e9es au motif qu\u2019elles constituaient une menace pour l\u2019ordre et la discipline du centre p\u00e9nitentiaire et que cette mesure \u00e9tait b\u00e9n\u00e9fique \u00e0 l\u2019\u00e9tablissement et au requ\u00e9rant. Il expose en outre que le requ\u00e9rant n\u2019a pas expliqu\u00e9 en quoi il avait subi un impact n\u00e9gatif de la mesure litigieuse de sorte que cette mesure cr\u00e9e un effet dissuasif sur lui, en r\u00e9it\u00e9rant \u00e0 cet \u00e9gard les arguments qu\u2019il avait pr\u00e9sent\u00e9s concernant la recevabilit\u00e9 du grief.<\/p>\n<p>30. Pour le cas o\u00f9 l\u2019existence d\u2019une ing\u00e9rence serait admise par la Cour, le Gouvernement soutient que cette ing\u00e9rence \u00e9tait pr\u00e9vue par la loi, \u00e0 savoir par l\u2019article 62 \u00a7 3 de la loi no 5275 et l\u2019article 11 de la directive sur les biblioth\u00e8ques et les \u00e9tag\u00e8res des centres p\u00e9nitentiaires et qu\u2019elle poursuivait les buts l\u00e9gitimes de la protection de la s\u00e9curit\u00e9 nationale, de la d\u00e9fense de l\u2019ordre et de la pr\u00e9vention du crime.<\/p>\n<p>31. Le Gouvernement argue enfin que, dans la mesure o\u00f9 le requ\u00e9rant avait \u00e9t\u00e9 condamn\u00e9 \u00e0 la r\u00e9clusion \u00e0 perp\u00e9tuit\u00e9 pour des infractions li\u00e9es au terrorisme et \u00e9tait d\u00e9tenu dans un centre p\u00e9nitentiaire de haute s\u00e9curit\u00e9 avec des d\u00e9tenus condamn\u00e9s pour des infractions similaires et o\u00f9, selon lui, les publications intercept\u00e9es \u00e9taient de nature \u00e0 assurer la communication intra\u2011organisationnelle, \u00e0 maintenir la motivation organisationnelle des d\u00e9tenus vive et \u00e0 l\u00e9gitimer les actes de violence, l\u2019acceptation de ces publications dans le centre p\u00e9nitentiaire ne serait pas compatible avec le but de la r\u00e9insertion du requ\u00e9rant ainsi que d\u2019autres d\u00e9tenus se trouvant dans le centre p\u00e9nitentiaire. Il consid\u00e8re par cons\u00e9quent que la mesure litigieuse r\u00e9pondait \u00e0 un besoin social imp\u00e9rieux et qu\u2019elle \u00e9tait n\u00e9cessaire dans une soci\u00e9t\u00e9 d\u00e9mocratique et proportionn\u00e9e aux buts l\u00e9gitimes poursuivis.<\/p>\n<p><em>2. Appr\u00e9ciation de la Cour<\/em><\/p>\n<p>32. La Cour\u00a0observe qu\u2019en l\u2019esp\u00e8ce le requ\u00e9rant, d\u00e9tenu dans un centre p\u00e9nitentiaire \u00e0 l\u2019\u00e9poque des faits, s\u2019est heurt\u00e9 au refus des autorit\u00e9s p\u00e9nitentiaires de lui remettre cinq\u00a0\u00e9ditions\u00a0du quotidien At\u0131l\u0131m. Elle rappelle \u00e0 cet \u00e9gard que les d\u00e9tenus en g\u00e9n\u00e9ral continuent de jouir de tous les droits et libert\u00e9s fondamentaux garantis par la Convention, \u00e0 l\u2019exception du droit \u00e0 la libert\u00e9 lorsqu\u2019une d\u00e9tention r\u00e9guli\u00e8re entre express\u00e9ment dans le champ d\u2019application de l\u2019article 5 de la Convention. Aussi continuent-ils de jouir du droit \u00e0 la libert\u00e9 d\u2019expression (Yankov c. Bulgarie, no\u00a039084\/97, \u00a7\u00a7\u00a0126\u2011145, CEDH 2003\u2011XII, et Tapkan et autres c. Turquie, no\u00a066400\/01, \u00a7 68, 20 septembre 2007), lequel comprend le droit de recevoir des informations ou des id\u00e9es (Mesut Yurtsever et autres c. Turquie, nos\u00a014946\/08 et 11 autres, \u00a7 101, 20 janvier 2015).<\/p>\n<p>33. Elle estime que le refus des autorit\u00e9s nationales de remettre au requ\u00e9rant les exemplaires du quotidien en question s\u2019analyse en une ing\u00e9rence dans le droit de l\u2019int\u00e9ress\u00e9 de recevoir des informations et des id\u00e9es (Mesut Yurtsever et autres, pr\u00e9cit\u00e9, \u00a7 102).<\/p>\n<p>34. Elle note en outre qu\u2019il ne pr\u00eate pas \u00e0 controverse entre les parties que l\u2019ing\u00e9rence litigieuse \u00e9tait pr\u00e9vue par loi, plus pr\u00e9cis\u00e9ment par l\u2019article 62 \u00a7 3 de la loi no 5275 et l\u2019article 11 de la directive sur les biblioth\u00e8ques et les \u00e9tag\u00e8res des centres p\u00e9nitentiaires, et qu\u2019elle poursuivait des buts l\u00e9gitimes, \u00e0 savoir la protection de la s\u00e9curit\u00e9 nationale, la d\u00e9fense de l\u2019ordre et la pr\u00e9vention du crime.<\/p>\n<p>35. Quant \u00e0 la n\u00e9cessit\u00e9 de l\u2019ing\u00e9rence, elle rappelle les principes d\u00e9coulant de sa jurisprudence en mati\u00e8re de libert\u00e9 d\u2019expression, lesquels sont r\u00e9sum\u00e9s notamment dans les arr\u00eats B\u00e9dat c. Suisse ([GC], no\u00a056925\/08, 29\u00a0mars 2016) et Kula c. Turquie (no 20233\/06, \u00a7\u00a7 45\u201146, 19 juin 2018). Elle estime que pour appr\u00e9cier si la \u00ab\u00a0n\u00e9cessit\u00e9\u00a0\u00bb de l\u2019atteinte port\u00e9e au droit \u00e0 la libert\u00e9 d\u2019expression du requ\u00e9rant est \u00e9tablie de mani\u00e8re convaincante en l\u2019esp\u00e8ce, elle doit, conform\u00e9ment \u00e0 sa jurisprudence, se d\u00e9terminer essentiellement \u00e0 la lumi\u00e8re de la motivation retenue par les autorit\u00e9s nationales \u00e0 l\u2019appui de la mesure litigieuse (G\u00f6zel et \u00d6zer c.\u00a0Turquie, nos\u00a043453\/04 et 31098\/05, \u00a7 51, 6 juillet 2010 et Ramazan Demir c. Turquie, no 68550\/17, \u00a7 43, 9 f\u00e9vrier 2021).<\/p>\n<p>36. \u00c0 cet \u00e9gard, la Cour note d\u2019embl\u00e9e que la Cour constitutionnelle a \u00e9tabli dans son arr\u00eat Halil Bay\u0131k les crit\u00e8res que les autorit\u00e9s p\u00e9nitentiaires doivent prendre en compte lorsqu\u2019elles contr\u00f4lent les publications envoy\u00e9es aux d\u00e9tenus dans les centres p\u00e9nitentiaires, crit\u00e8res qui ont \u00e9t\u00e9 r\u00e9it\u00e9r\u00e9s et confirm\u00e9s par la suite par l\u2019arr\u00eat Recep Bekik et autres pr\u00e9cit\u00e9 de la haute juridiction (paragraphe 17 ci-dessus). Il ressort des principes expos\u00e9s dans ces arr\u00eats que, lors de ces contr\u00f4les, les autorit\u00e9s p\u00e9nitentiaires, d\u2019une mani\u00e8re g\u00e9n\u00e9rale, doivent effectuer une analyse d\u00e9taill\u00e9e sur les contenus des publications envoy\u00e9es aux d\u00e9tenus et r\u00e9pondre aux questions de savoir si les contenus des publications en question incitent \u00e0 la violence, justifient et glorifient le recours aux actes violents, mettent en p\u00e9ril la s\u00e9curit\u00e9, la discipline et l\u2019ordre du centre p\u00e9nitentiaire et permettent la communication entre les membres des organisations criminelles, eu \u00e9gard notamment aux situations personnelles et particuli\u00e8res des d\u00e9tenus concern\u00e9s et au niveau du tension r\u00e9gnant au pays et dans le centre p\u00e9nitentiaire en cause \u00e0 la date pertinente. Les autorit\u00e9s p\u00e9nitentiaires doivent aussi consid\u00e9rer s\u2019il est possible d\u2019enlever les parties, consid\u00e9r\u00e9es g\u00eanantes, d\u2019une publication et de remettre \u00e0 l\u2019int\u00e9ress\u00e9 le restant de la publication (ibidem).<\/p>\n<p>37. La Cour constitutionnelle a en outre pr\u00e9cis\u00e9 qu\u2019une d\u00e9cision de refus de remettre \u00e0 un d\u00e9tenu une publication doit avoir une motivation r\u00e9pondant aux crit\u00e8res susmentionn\u00e9s et que cette motivation doit \u00eatre suffisamment circonstanci\u00e9e, en pr\u00e9cisant notamment les passages consid\u00e9r\u00e9s g\u00eanants dans la publication litigieuse et en \u00e9tablissant un lien concret avec le contenu consid\u00e9r\u00e9 probl\u00e9matique de cette publication. Elle a ajout\u00e9 que la seule indication des num\u00e9ros de page des parties consid\u00e9r\u00e9es g\u00eanantes d\u2019une publication n\u2019\u00e9tait pas suffisante \u00e0 cet \u00e9gard et que l\u2019emploi d\u2019une m\u00e9thode d\u2019examen tenant compte des crit\u00e8res pertinents s\u2019imposaient dans tous les cas (paragraphes 17 et 18 ci-dessus).<\/p>\n<p>38. La Cour constate donc que la jurisprudence de la Cour constitutionnelle en la mati\u00e8re, telle que r\u00e9sum\u00e9e ci-dessus, exige des administrations p\u00e9nitentiaires de rendre des d\u00e9cisions contenant une motivation satisfaisante et r\u00e9pondant aux crit\u00e8res pr\u00e9cis lorsqu\u2019elles interceptent des publications envoy\u00e9es aux d\u00e9tenus dans les centres p\u00e9nitentiaires. Elle rel\u00e8ve que cette jurisprudence de la haute juridiction semble viser \u00e0 emp\u00eacher tout abus de la part des administrations p\u00e9nitentiaires, ce qui est un des buts vis\u00e9s dans sa propre jurisprudence. En effet, elle rappelle \u00e0 cet \u00e9gard avoir d\u00e9j\u00e0 consid\u00e9r\u00e9 que la pr\u00e9\u00e9minence du droit, qui est une notion inh\u00e9rente \u00e0 l\u2019ensemble des articles de la Convention (Golder c. Royaume-Uni, 21 f\u00e9vrier 1975, \u00a7 34, s\u00e9rie A no 18, Amuur c.\u00a0France, 25 juin 1996, \u00a7 50, Recueil des arr\u00eats et d\u00e9cisions 1996-III, et Iatridis c. Gr\u00e8ce [GC], no\u00a031107\/96, \u00a7 58, CEDH 1999-II), implique notamment que le droit interne doit offrir une certaine protection contre des atteintes arbitraires de la puissance publique aux droits garantis par la Convention (voir, entre autres, Klass et autres c. Allemagne, 6\u00a0septembre 1978, \u00a7 55, s\u00e9rie A no 28, Malone c. Royaume-Uni, 2 ao\u00fbt 1984, \u00a7 67, s\u00e9rie A no 82, et Kar\u00e1csony et autres c.\u00a0Hongrie [GC], nos\u00a042461\/13 et 44357\/13, \u00a7 156, CEDH 2016 (extraits)).<\/p>\n<p>39. En l\u2019esp\u00e8ce, la Cour note que le comit\u00e9 d\u2019\u00e9ducation de l\u2019administration p\u00e9nitentiaire a refus\u00e9 de remettre au requ\u00e9rant cinq \u00e9ditions d\u2019un quotidien au motif que ces publications pouvaient mettre en p\u00e9ril la s\u00e9curit\u00e9 de l\u2019\u00e9tablissement p\u00e9nitentiaire en provoquant l\u2019indiscipline et en amplifiant les activit\u00e9s li\u00e9es aux organisations ill\u00e9gales, parce qu\u2019il consid\u00e9rait que certaines pages de ces publications contenaient des \u00e9crits faisant la propagande \u00e9crite et visuelle d\u2019une organisation terroriste, \u00e9logiant des crimes et des criminels, l\u00e9gitimant les actes d\u2019une organisation ill\u00e9gale, aggravant les sentiments anti-\u00c9tat des d\u00e9tenus sympathisants des organisations ill\u00e9gales, renfor\u00e7ant la solidarit\u00e9 intra-organisationnelle des d\u00e9tenus, constituant un appel \u00e0 la r\u00e9sistance, \u00e0 l\u2019insurrection et \u00e0 la violence, soutenant la violence \u00e0 des fins s\u00e9paratistes et encourageant les lecteurs \u00e0 la haine, \u00e0 l\u2019animosit\u00e9, \u00e0 l\u2019insurrection, au recours \u00e0 la violence et \u00e0 participer \u00e0 une organisation ill\u00e9gale \u00e0 ces fins (paragraphe 5 ci-dessus). Le juge de l\u2019ex\u00e9cution a rejet\u00e9 l\u2019opposition form\u00e9e par le requ\u00e9rant contre la d\u00e9cision du comit\u00e9 d\u2019\u00e9ducation en consid\u00e9rant que cette d\u00e9cision contenait une appr\u00e9ciation et une motivation pertinentes (paragraphe 6 ci-dessus). La cour d\u2019assises, \u00e0 son tour, a rejet\u00e9 l\u2019opposition du requ\u00e9rant form\u00e9e contre la d\u00e9cision du juge de l\u2019ex\u00e9cution en estimant que la d\u00e9cision rendue par ce dernier \u00e9tait conforme \u00e0 la proc\u00e9dure \u00e0 la loi (paragraphe 7 ci-dessus).<\/p>\n<p>40. La Cour note que, d\u2019une mani\u00e8re g\u00e9n\u00e9rale, les consid\u00e9rations retenues in fine dans la d\u00e9cision du comit\u00e9 d\u2019\u00e9ducation peuvent, certes, \u00eatre regard\u00e9es comme constituant des motifs acceptables pour refuser de remettre les publications litigieuses au requ\u00e9rant. Toutefois, elle ne peut que constater que ni la d\u00e9cision du comit\u00e9 d\u2019\u00e9ducation ni celles rendues par d\u2019autres autorit\u00e9s en l\u2019occurrence ne lui permettent d\u2019\u00e9tablir que ces autorit\u00e9s ont effectu\u00e9 en l\u2019esp\u00e8ce une mise en balance ad\u00e9quate, conform\u00e9ment aux crit\u00e8res pertinents susmentionn\u00e9s \u00e9tablis par la Cour constitutionnelle et par la Cour en tenant compte de tous les crit\u00e8res \u00e9nonc\u00e9s et mis en \u0153uvre par cette derni\u00e8re dans les affaires relatives \u00e0 la libert\u00e9 d\u2019expression, entre le droit du requ\u00e9rant \u00e0 la libert\u00e9 d\u2019expression et d\u2019autres int\u00e9r\u00eats en jeu, tels que le maintien de l\u2019ordre et de la discipline dans l\u2019\u00e9tablissement p\u00e9nitentiaire. En effet, m\u00eame si la d\u00e9cision du comit\u00e9 d\u2019\u00e9ducation indique les num\u00e9ros de page concern\u00e9s des publications litigieuses, elle n\u2019\u00e9voque pas, m\u00eame sommairement, les contenus, consid\u00e9r\u00e9s probl\u00e9matiques, dans ces publications. Elle ne fait aucune r\u00e9f\u00e9rence non plus \u00e0 la situation personnelle du requ\u00e9rant pour \u00e9valuer l\u2019effet de ces publications sur l\u2019int\u00e9ress\u00e9. En outre, les d\u00e9cisions rendues par le juge de l\u2019ex\u00e9cution et la cour d\u2019assises ne remplissent gu\u00e8re ces lacunes.<\/p>\n<p>41. Ainsi, les d\u00e9cisions rendues par les autorit\u00e9s \u00e9noncent seulement les conclusions auxquelles ces derni\u00e8res \u00e9taient parvenues concernant les publications en question, mais elles ne contiennent pas une motivation satisfaisante ni un raisonnement faisant le lien avec les contenus litigieux, de mani\u00e8re \u00e0 expliquer comment ces autorit\u00e9s \u00e9taient arriv\u00e9es \u00e0 ces conclusions, compte tenu de tous les crit\u00e8res expos\u00e9s dans la jurisprudence de la Cour et de la Cour constitutionnelle. Elles n\u2019explorent pas non plus la possibilit\u00e9 de remettre au requ\u00e9rant les publications litigieuses apr\u00e8s l\u2019enl\u00e8vement des pages consid\u00e9r\u00e9es g\u00eanantes.<\/p>\n<p>42. La Cour constate aussi qu\u2019en l\u2019esp\u00e8ce la formation de commission de la Cour constitutionnelle, ayant examin\u00e9 le recours individuel du requ\u00e9rant, appara\u00eet avoir omis de suivre les crit\u00e8res \u00e9tablis dans les arr\u00eats de principe rendus par la formation d\u2019assembl\u00e9e pl\u00e9ni\u00e8re de la haute juridiction, en rejetant le recours individuel du requ\u00e9rant pour d\u00e9faut manifeste de fondement (paragraphe 9 ci-dessus), malgr\u00e9 les d\u00e9fauts signal\u00e9s ci-dessus dans les d\u00e9cisions des autorit\u00e9s.<\/p>\n<p>43. La Cour rel\u00e8ve par ailleurs que, dans son arr\u00eat Recep Bekik et autres pr\u00e9cit\u00e9, la Cour constitutionnelle a aussi constat\u00e9 l\u2019existence d\u2019un probl\u00e8me structurel concernant l\u2019acceptation des publications p\u00e9riodiques dans les centres p\u00e9nitentiaires en raison de l\u2019absence d\u2019une pratique uniforme entre les administrations p\u00e9nitentiaires, qui r\u00e9pond aux crit\u00e8res susmentionn\u00e9s \u00e9tablis par elle, permet l\u2019appr\u00e9ciation des publications p\u00e9riodiques d\u2019une mani\u00e8re plus effective et emp\u00eache l\u2019apparition des pratiques divergentes entre les d\u00e9tenus, et que la haute juridiction a appel\u00e9 les autorit\u00e9s \u00e0 \u00e9tablir un syst\u00e8me effectif capable d\u2019assurer la remise aux d\u00e9tenus des publications p\u00e9riodiques avec une m\u00e9thode uniforme, \u00e9quitable et r\u00e9pondant aux crit\u00e8res pr\u00e9vus par sa jurisprudence (paragraphe 18 ci-dessus). Le Gouvernement ne pr\u00e9sente \u00e0 cet \u00e9gard aucun \u00e9l\u00e9ment sur la question de savoir si les autorit\u00e9s comp\u00e9tentes ont pris des mesures sp\u00e9cifiques afin de rem\u00e9dier \u00e0 ce probl\u00e8me structurel.<\/p>\n<p>44. La Cour consid\u00e8re donc qu\u2019il ne ressort pas des d\u00e9cisions rendues par les autorit\u00e9s nationales en l\u2019esp\u00e8ce comment celles-ci ont rempli, d\u2019une part, leur t\u00e2che consistant \u00e0 mettre en balance les diff\u00e9rents int\u00e9r\u00eats en jeu dans la pr\u00e9sente affaire et, d\u2019autre part, leur obligation d\u2019emp\u00eacher tout abus de la part de l\u2019administration.<\/p>\n<p>45. Eu \u00e9gard \u00e0 ce qui pr\u00e9c\u00e8de, la Cour estime que le Gouvernement n\u2019a pas d\u00e9montr\u00e9 que les motifs invoqu\u00e9s par les autorit\u00e9s nationales pour justifier la mesure incrimin\u00e9e \u00e9taient pertinents et suffisants et que cette mesure \u00e9tait n\u00e9cessaire dans une soci\u00e9t\u00e9 d\u00e9mocratique.<\/p>\n<p>46. Partant, il y a eu violation de l\u2019article 10 de la Convention.<\/p>\n<p>II. SUR L\u2019APPLICATION DE L\u2019ARTICLE\u00a041 DE LA CONVENTION<\/p>\n<p>47. Aux termes de l\u2019article 41 de la Convention\u00a0:<\/p>\n<p>\u00ab\u00a0Si la Cour d\u00e9clare qu\u2019il y a eu violation de la Convention ou de ses Protocoles, et si le droit interne de la Haute Partie contractante ne permet d\u2019effacer qu\u2019imparfaitement les cons\u00e9quences de cette violation, la Cour accorde \u00e0 la partie l\u00e9s\u00e9e, s\u2019il y a lieu, une satisfaction \u00e9quitable.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p><strong>A. Dommage<\/strong><\/p>\n<p>48. Le requ\u00e9rant demande 10 000 euros (EUR) au titre du dommage moral qu\u2019il estime avoir subi.<\/p>\n<p>49. Le Gouvernement consid\u00e8re qu\u2019il n\u2019y a pas de lien de causalit\u00e9 entre la violation all\u00e9gu\u00e9e et la demande pr\u00e9sent\u00e9e au titre du dommage moral. Il soutient en outre que cette demande est non-\u00e9tay\u00e9e et excessive et qu\u2019elle ne correspond pas aux montants accord\u00e9s dans la jurisprudence de la Cour.<\/p>\n<p>50. Compte tenu de la nature de la violation constat\u00e9e et des circonstances de l\u2019esp\u00e8ce, la Cour estime appropri\u00e9 d\u2019accorder au requ\u00e9rant 1 000 EUR pour dommage moral, plus tout montant pouvant \u00eatre d\u00fb sur cette somme \u00e0 titre d\u2019imp\u00f4t.<\/p>\n<p><strong>B. Frais et d\u00e9pens<\/strong><\/p>\n<p>51. Le requ\u00e9rant r\u00e9clame le remboursement des frais et d\u00e9pens qu\u2019il a engag\u00e9s dans le cadre de la proc\u00e9dure men\u00e9e devant la Cour, sans pr\u00e9ciser de montant ni pr\u00e9senter de document \u00e0 cet \u00e9gard.<\/p>\n<p>52. Le Gouvernement observe que le requ\u00e9rant n\u2019a indiqu\u00e9 aucun montant et n\u2019a soumis aucun document au titre de cette demande.<\/p>\n<p>53. Selon la jurisprudence de la Cour, un requ\u00e9rant ne peut obtenir le remboursement de ses frais et d\u00e9pens que dans la mesure o\u00f9 se trouvent \u00e9tablis leur r\u00e9alit\u00e9, leur n\u00e9cessit\u00e9 et le caract\u00e8re raisonnable de leur taux. En l\u2019esp\u00e8ce, compte tenu des documents en sa possession et des crit\u00e8res susmentionn\u00e9s, la Cour rejette la demande pr\u00e9sent\u00e9e au titre des frais et d\u00e9pens en l\u2019absence de justificatif pr\u00e9sent\u00e9 par le requ\u00e9rant \u00e0 cet \u00e9gard.<\/p>\n<p><strong>C. Int\u00e9r\u00eats moratoires<\/strong><\/p>\n<p>54. La Cour juge appropri\u00e9 de calquer le taux des int\u00e9r\u00eats moratoires sur le taux d\u2019int\u00e9r\u00eat de la facilit\u00e9 de pr\u00eat marginal de la Banque centrale europ\u00e9enne major\u00e9 de trois points de pourcentage.<\/p>\n<p><strong>PAR CES MOTIFS, LA COUR,<\/strong><\/p>\n<p>1. D\u00e9clare, \u00e0 l\u2019unanimit\u00e9, la requ\u00eate recevable\u00a0;<\/p>\n<p>2. Dit, \u00e0 l\u2019unanimit\u00e9, qu\u2019il y a eu violation de l\u2019article 10 de la Convention\u00a0;<\/p>\n<p>3. Dit, par six voix contre une,<\/p>\n<p>a) que l\u2019\u00c9tat d\u00e9fendeur doit verser au requ\u00e9rant, dans un d\u00e9lai de trois mois \u00e0 compter de la date \u00e0 laquelle l\u2019arr\u00eat sera devenu d\u00e9finitif conform\u00e9ment \u00e0 l\u2019article\u00a044\u00a0\u00a7\u00a02 de la Convention, 1 000 EUR (mille euros), plus tout montant pouvant \u00eatre d\u00fb sur cette somme \u00e0 titre d\u2019imp\u00f4t, pour dommage moral, \u00e0 convertir dans la monnaie de l\u2019\u00c9tat d\u00e9fendeur au taux applicable \u00e0 la date du r\u00e8glement\u00a0:<\/p>\n<p>b) qu\u2019\u00e0 compter de l\u2019expiration dudit d\u00e9lai et jusqu\u2019au versement, ce montant sera \u00e0 majorer d\u2019un int\u00e9r\u00eat simple \u00e0 un taux \u00e9gal \u00e0 celui de la facilit\u00e9 de pr\u00eat marginal de la Banque centrale europ\u00e9enne applicable pendant cette p\u00e9riode, augment\u00e9 de trois points de pourcentage\u00a0;<\/p>\n<p>4. Rejette, \u00e0 l\u2019unanimit\u00e9, le surplus de la demande de satisfaction \u00e9quitable.<\/p>\n<p>Fait en fran\u00e7ais, puis communiqu\u00e9 par \u00e9crit le 16 novembre 2021, en application de l\u2019article\u00a077\u00a0\u00a7\u00a7\u00a02 et\u00a03 du r\u00e8glement.<\/p>\n<p>Stanley Naismith \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0Jon Fridrik Kj\u00f8lbro<br \/>\nGreffier \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0\u00a0 Pr\u00e9sident<\/p>\n<p>_____________<\/p>\n<p>Au pr\u00e9sent arr\u00eat se trouve joint, conform\u00e9ment aux articles\u00a045 \u00a7\u00a02 de la Convention et\u00a074 \u00a7\u00a02 du r\u00e8glement, l\u2019expos\u00e9 de l\u2019opinion s\u00e9par\u00e9e de la juge\u00a0S. Y\u00fcksel.<\/p>\n<p style=\"text-align: right;\">J.F.K.<br \/>\nS.H.N.<\/p>\n<p style=\"text-align: center;\"><strong>OPINION en partie dissidente DE LA JUGE Y\u00dcKSEL<\/strong><\/p>\n<p style=\"text-align: center;\">(Traduction)<\/p>\n<p>Je souscris au constat de violation de l\u2019article 10 de la Convention auquel la majorit\u00e9 est parvenue. Toutefois, je suis au regret de ne pouvoir souscrire \u00e0 la d\u00e9cision adopt\u00e9e par la majorit\u00e9 en ce qui concerne l\u2019article 41 de la Convention.<\/p>\n<p>La Cour a maintes fois soulign\u00e9 que \u00ab\u00a0sans qu\u2019elle soit formellement tenue de suivre ses arr\u00eats ant\u00e9rieurs, il est dans l\u2019int\u00e9r\u00eat de la s\u00e9curit\u00e9 juridique, de la pr\u00e9visibilit\u00e9 et de l\u2019\u00e9galit\u00e9 devant la loi qu\u2019elle ne s\u2019\u00e9carte pas sans motif valable de ses propres pr\u00e9c\u00e9dents\u00a0\u00bb (Chapman c.\u00a0Royaume\u2011Uni [GC], no\u00a027238\/95, \u00a7 70, CEDH 2001\u2011I; Mur\u0161i\u0107 c. Croatie [GC], no\u00a07334\/13, \u00a7 109, 20 octobre 2016; et Magyar Helsinki Bizotts\u00e1g\u00a0c.\u00a0Hongrie [GC], no 18030\/11, \u00a7 150, 8 novembre 2016). Je n\u2019aper\u00e7ois aucune raison justifiant que la majorit\u00e9 s\u2019\u00e9carte de la jurisprudence de la Cour sans s\u2019en expliquer clairement. Je rel\u00e8ve notamment que la majorit\u00e9 cite l\u2019arr\u00eat Mesut Yurtsever et autres c. Turquie (nos\u00a014946\/08 et 11\u00a0autres, 20 janvier 2015). Dans cette affaire, les requ\u00e9rants, qui \u00e9taient \u00e0 l\u2019\u00e9poque pertinente incarc\u00e9r\u00e9s dans un \u00e9tablissement p\u00e9nitentiaire, all\u00e9guaient que le refus de la commission d\u2019\u00e9ducation de celui-ci de leur remettre des \u00e9ditions d\u2019un quotidien emportait violation de l\u2019article 10. La Cour avait conclu \u00e0 la violation de cette disposition et allou\u00e9 300 EUR \u00e0 chacun des requ\u00e9rants pour dommage moral (Mesut Yurtsever et autres, pr\u00e9cit\u00e9, \u00a7 118). Eu \u00e9gard aux similitudes entre l`affaire Mesut Yurtsever et autres et la pr\u00e9sente esp\u00e8ce, j\u2019estime que le fait d\u2019allouer au requ\u00e9rant une somme tr\u00e8s sup\u00e9rieure \u00e0 celle qui avait \u00e9t\u00e9 accord\u00e9e aux requ\u00e9rants dans une affaire analogue sans s\u2019en expliquer clairement risque de provoquer des incoh\u00e9rences dans la jurisprudence de la Cour. En cons\u00e9quence, je consid\u00e8re que la Cour aurait d\u00fb accorder au requ\u00e9rant une somme inf\u00e9rieure, conform\u00e9ment \u00e0 sa jurisprudence.<\/p>\n<div class=\"social-share-buttons\"><a href=\"https:\/\/www.facebook.com\/sharer\/sharer.php?u=https:\/\/loisdumonde.com\/?p=1069\" target=\"_blank\" rel=\"noopener\">Facebook<\/a><a href=\"https:\/\/twitter.com\/intent\/tweet?url=https:\/\/loisdumonde.com\/?p=1069&text=AFFAIRE+MEHMET+%C3%87%C4%B0FTC%C4%B0+c.+TURQUIE+%28Cour+europ%C3%A9enne+des+droits+de+l%E2%80%99homme%29+53208%2F19\" target=\"_blank\" rel=\"noopener\">Twitter<\/a><a href=\"https:\/\/www.linkedin.com\/shareArticle?url=https:\/\/loisdumonde.com\/?p=1069&title=AFFAIRE+MEHMET+%C3%87%C4%B0FTC%C4%B0+c.+TURQUIE+%28Cour+europ%C3%A9enne+des+droits+de+l%E2%80%99homme%29+53208%2F19\" target=\"_blank\" rel=\"noopener\">LinkedIn<\/a><a href=\"https:\/\/pinterest.com\/pin\/create\/button\/?url=https:\/\/loisdumonde.com\/?p=1069&description=AFFAIRE+MEHMET+%C3%87%C4%B0FTC%C4%B0+c.+TURQUIE+%28Cour+europ%C3%A9enne+des+droits+de+l%E2%80%99homme%29+53208%2F19\" target=\"_blank\" rel=\"noopener\">Pinterest<\/a><\/div>","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>La requ\u00eate concerne le refus de l\u2019administration p\u00e9nitentiaire de remettre au requ\u00e9rant, d\u00e9tenu dans une prison, les exemplaires de plusieurs \u00e9ditions d\u2019un quotidien, envoy\u00e9s \u00e0 l\u2019int\u00e9ress\u00e9 par la poste. 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